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Hauts Grades

Rite Ecossais Primitif et Premières Loges Maçonniques en France

10 Avril 2012 Publié dans #Rites et rituels

Au risque de déplaire aux derniers maçons qui croient dur comme fer à la naissance de la Franc-maçonnerie en 1717, l’étude historique des loges régimentaires démontre la présence d’une Franc-maçonnerie primitive dès 1688 sur le territoire français. Cet aperçu historique se limite à l’arrivée des loges régimentaires accompagnant la famille Stuart en exil à Saint Germain en Laye. On a ainsi qualifié cette période de « maçonnerie de Saint Germain ». Nous n’étudierons pas la période révolutionnaire et napoléonienne où les Loges régimentaires furent utilisées pour une propagande liée à la conquête territoriale. Celle-ci allait de pair avec la conquête des esprits éclairés. Les lumières de la République et le progrès libérateur des peuples, étaient le sel de la Franc maçonnerie de cette époque…

La lutte contre les abus sur les champs de bataille, contre les égorgeurs, dépouilleurs de soldats blessés ne fut pas qu’une légende. Nombre de combattants eurent la vie sauve en faisant au moment adéquat le signe de détresse.

Cette maçonnerie des armes était bien plus qu’une assemblée frivole d’officier et bas officiers. Il y était question des usages au combat, des méthodes et des techniques qui en ces moments critiques, étaient susceptibles de sauvegarder des vies. La voie guerrière est initiatique.

L’art de la guerre se retrouvait ramené au dualisme d’un pavé mosaïque, avec pour auditeur ceux qui risquaient leur vie. L’acte guerrier porte la mort comme moyen et le respect de soi comme finalité. Cet art était proche de la chevalerie, dont on sait qu’elle avait de hauts buts et constituait une voie initiatique à part entière. La finalité des Loges militaires dépassait le combat lui-même. C’est une aristocratie de pensée qui s’élaborait peu à peu, sur les colonnes improvisées des loges sans Orient.

L’affectio sociétatis que nous trouvons aujourd’hui dans nos loges symboliques était de même nature dans ces loges provisoires, bien que d’intensité moindre. Les Loges se tenaient en tout lieu de fortune, arrière taverne, ou tente dans un campement. La peur du lever du jour marquant les premières manœuvres sur le champs de bataille, était une épreuve à laquelle il fallait se préparer. La loge devenait alors un lieu intense de recueillement et d’introspection au rythme des heures symboliques.

Les frères d’arme fusionnaient dans un égrégore sans pareil.

Peut il exister pareille intensité dans une loge civile de nos jours ? Qu’aurions nous donc à enseigner à nos frères, de plus intense que ce qu’ils allaient endurer ?

Vraiment les maçons spéculatifs d’aujourd’hui font pâle figure face à un bas officier Stuartiste du XVIIIème siècle, pour lequel la mort n’était pas qu’une potentialité.

Les tenues se déroulaient suivant un cérémonial identique à la maçonnerie de métier dont elle procédait. Elles se prolongeaient par le partage du pain et du vin.

Les maçons acceptés, militaires de leur état, avaient déjà importé les rituels communs, des villes et villages ou ils furent initiés. L’initiation par la transformation de la matière, épousait fort bien l’initiation par les armes. Ainsi, les concepts de transformation de soi par l’acte de bâtir le temple de Dieu sur terre, rejoignaient le don de soi et de sa vie sur le champ de bataille.

La traversée du champ de bataille valait bien la traversée du pavé mosaïque. Lieu de vérité ultime ou les vivants croisent ceux qui vont mourir, où le combattant et son arme ne font qu’un, comme le tailleur de pierre devient la pierre elle-même. La vie de l’un ne vaut que par la mort de l’autre, comme la case blanche n’existe que par la présence des cases noires.

Un homme du rang pouvait y être initié, mais on assistait plutôt à une fréquentation par les bas-officiers et officiers soit dans une même loge soit en deux loges.

La rituellie restait simple et efficace. On traçait à la craie ou au charbon le tableau de loge qui portait en lui tout les symboles, on l’entourait de trois flambeaux, on dressait un autel sommaire sur lequel étaient déployés la Bible, le compas et l’équerre.

Avec ou sans cornemuses, les Frères des régiments Ecossais ou Irlandais entraient après que les trois flambeaux furent allumés par le maître de cérémonie, car il faut rappeler que la lumière artificielle n’existait pas et les flambeaux préalablement allumés sécurisaient l’entrée des Frères.

Ils prenaient place sur deux colonnes, au Nord les apprentis entrés, au Sud les compagnons.

Il n’y avait que deux grades.

Le grade de Maître arriva vers 1730 et la légende d’Hiram fut interprétée dans ces Loges jacobites comme une allégorie politique de la déchéance et du retour des Stuarts au pouvoir. Autrement dit, la décapitation de Charles 1er en 1649, fait que l’on pleure le « maître » perdu et l’on espère sa résurrection par le fils Charles II, incarnant la parole perdue et retrouvée en sa personne, grâce au soutient et à la perspicacité de ses partisans, les enfants de la veuve. Le maître de Loge était, soit nommé à vie, soit élu en fonction de ses qualités.

L’inspection des colonnes était croisée conformément aux usages militaires du croisement des feux, le premier surveillant placé au Nord et le second placé au Sud.

La tenue était brève mais recherchée pour l’effet psychologique de cet égrégore de veillée d’arme.

Les décors étaient à dominante rouge et les tabliers bordés de rouge couleur de l’Irlande. Bien plus tard, vers 1750, on assistera dans les loges militaires et civiles à une francisation par la couleur bleue se substituant à la rouge et parfois par le non croisement de l’inspection des colonnes.

Aux engagements physiques des loges régimentaires et répondrons les engagements politiques des loges jacobites. Ce qui les unissaient aux maçons de l’autre bord était l’idée d’une fraternité que nous retrouvons intacte dans les rituels jacobites devenus Rite Ecossais Primitif.

Les loges régimentaires stationnant en garnison durablement, essaimaient dans une version civile entraînant dans leurs sillages des Frères plus ou moins acquis à la cause des Stuarts. Lesdites loges « civilisées » recevaient naturellement les officiers et bas officiers d’autres régiments mais aussi les exilés politiques et économiques d’Angleterre d’Ecosse et d’Irlande. On devine leurs sentiments vis-à-vis du pouvoir Orangiste qui règne sur la grande Ile. On comprendra que ces loges ont en partage, la notion de fraternité, teintée de reconquête du trône. Pour autant les loges jacobites recevaient en leurs sein des maçons orangistes de passage, démontrant que la fraternité n’était pas un vain mot, dans la mesure ou elle pouvait faire avancer la cause.

C’est ainsi qu’est née en Royaume de France à l’époque de Louis XIV une franc maçonnerie Jacobite supportant l’idée de reconquête Stuartiste du pouvoir. Elle précède de plusieurs décennies la maçonnerie Orangiste structurée en 1717 et 1723 en Grande Loge de Londres.

Derrière cette antériorité est sous-tendue l’opposition entre les loges dite Ecossaises attachées aux anciennes traditions et les loges Anglaises soumises aux constitutions novatrices de 1723. La terminologie Ecossaise et Anglaise et donc moins liée à une appartenance géographique qu’au maintient ou non des anciennes traditions.

Dès 1730 apparaîtra l’opposition entre les Anciens et les Modernes. Les deux systèmes vont générer des loges Ecossaises attachées à la tradition des anciens devoirs et des loges Anglaises mieux structurées car regroupées derrière la Grande loge de Londres qui deviendra la Grande Loge d’Angleterre.

Les Anciens tenteront leur propre Grande Loge derrière Laurence Dermott. En terre de France la tendance écossaise perce par le biais des loges Jacobites. Elle se structure de manière informelle derrière le système loge-mère, loge-fille. La loge mère de Marseille fit ainsi concurrence au système anglais de Grande Loge importé en France.

Pour conclure cette approche historique des loges régimentaires et de leurs effets dans le monde maçonnique français, il est indéniable que nous avons jusqu’au milieu du XVIIIème siècle trois vecteurs maçonniques. Le premier repose sur les Loges Jacobites de militaires et d’exilés, le second passe par les loges de rite écossais qui par affinité se superpose au Jacobites, et enfin les loges de rite Anglais francisées qui ont l’avantage d’une organisation plus ou moins centralisée leur donnant poids et efficacité par l’attraction de la « reconnaissance ». Le fond de commerce d’une obédience, depuis cette époque, demeure la reconnaissance obédientielle, qui donne l’aspect de la régularité. Cette trouvaille fit le bonheur du système anglais de Grande Loge et laissa la portion congrue aux loges dites libres qui sans être irrégulières au plan initiatique, le devinrent au plan administratif.

C’est donc la superposition des loges de rite Jacobite et d’une option rituelle écossaise qui produit ce Rite Ecossais Primitif.

Nous vous invitons à relire le résultat des recherches historiques de Gustave BORD publiées en 1908 dans « La Franc-maçonnerie en France » TI « Les ouvriers de la révolution , 1688-1771 ».

Nous avons conservé la pagination et les abréviations d’origine, pour favoriser le travail des chercheurs.

source : http://fr.wikibooks.org/

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