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Hauts Grades

Rite écossais rectifié et Christianisme primitif

13 Novembre 2012 , Rédigé par A Valle Sancta Publié dans #spiritualité

Nombres de maçons rectifiés s'intéressent au christianisme primitif. Aucun n'a écrit, pour le moment, de texte précis sur le sujet. La relation entre christianisme primitif et régime écossais rectifié est complexe car elle sous entend plusieurs problématiques :

  • qu'est ce que le christianisme primitif ?
  • comment se situe le christianisme primitif par rapport aux christianismes contemporains ?
  • comment se positionne le régime écossais rectifié par rapport au christianisme et plus précisément par rapport au christianisme primitif ?
  • à quel christianisme précisément se réfère le régime écossais rectifié ?
  • le régime écossais rectifié peut-il avoir comme référent un christianisme primitif et si oui lequel ?

Voilà, à mon avis, les questions sans lesquelles on ne peut aborder la question de la relation entre régime écossais rectifié et christianisme primitif... Il peut y en avoir d'autres...

J'essaierais donc ici, dans la mesure de mes capacités, de répondre à chacune des questions posées ci-dessus de manière à aboutir à une vision d'ensemble de la relation entre les deux phénomènes qui nous concernent. Le christianisme primitif inclut plusieurs composantes. On sait que le christianisme est né à Jérusalem avec une première communauté sémitique dirigée par Jacques, Frère du Seigneur. On sait que très vite, à Jérusalem même, des héllénophones sont considérés comme chrétiens (anachronisme me dira-t-on, mais faisons simple...) : en tout cas ils le sont suffisamment pour être martyrisé à ce titre (Etienne). A Antioche, ce christianisme double est encore plus flagrant : il y a les juifs qui se réclament de Jésus et qui restent rattachés à la loi mosaïque et il y a les gentils qui se réclament du même Jésus sans pour autant être "statutairement" rattachés à la loi mosaïque. Et j'esquive exprès (pour simplifier le discours) le cas des judaïsants, c'est-à-dire des juifs héllénophones qui se rattachent à la loi mosaïque. Cette distinction entre ceux qui se rattachent aux prescriptions de la loi et ceux qui n'y souscrivent pas est l'une des premières difficultés que rencontrera le christianisme naissant. L'autre difficulté sera le regard porté sur l'identité de Jésus : est-il un homme comme les autres, est-il un prophète, un élu du Seigneur, le Messie promis à Isarël, un fils de Dieu, le Fils de Dieu, Seigneur, etc. Un livre fondamental sur ce sujet est à prendre en considération : Le Seigneur Jésus Christ : La dévotion envers Jésus aux premiers temps du christianisme, Larry W. Hurtado (Cerf, 2009). Notons que les judéo-chrétiens, c'est-à-dire ces juifs qui suivent Jésus à Jérusalem et ailleurs dans le Moyen-Orient sont à regrouper en plusieurs groupes les plus fameux étant les Elakassaïtes, les Ebionites et les Nazoréens. Notons également que ce qui allait devenir la grande Eglise utilisait, dans les Evangiles (c'est à dire très tôt), le vocable "Seigneur" (Kurios) pour désigner Jésus de Nazareth. Or ce "Seigneur" est à rapprocher de Adonaï, c'est-à-dire le mot que les juifs substituent au Tétragramme, YHWH, dont la prononciation est interdite (ou perdue). Cela donne déjà une valeur probante à la communauté en devenir qui considérait déjà Jésus comme Fils de Dieu, comme Dieu même si on n'ose le dire encore. En bref, si l'on parle de christianisme primitif, on a deux principales caractéristiques pouvant être compatibles :

  • rattachement à la loi mosaïque
  • confession de la divinité (au moins de la messianité) de Jésus

On pourrait aussi rajouter quelques autres caractéristiques (position face au Temple, etc.) mais elles sont moins cruciales...

Ainsi, si les maçons rectifiés veulent se rattacher au christianisme primitif, ils vont avoir besoin de se positionner face à ces deux caractéristiques...Je vais essayer dans ce billet de répondre brièvement à la question : comment se situe le christianisme primitif par rapport aux christianismes contemporains ?
J'emploie à dessein le pluriel pour parler du christianisme tel qu'on le connaît aujourd'hui. En effet, il ne faut jamais oublier que, même si l'Eglise latine est majoritaire, le christianisme a très tôt connu plusieurs divisions dont certaines persistent jusqu'à nos jours :

  • Les non-chalcédoniens vont se séparer des grecs et des latins présents dans le périmètre de l'Empire romain
    • Syriaques
    • Coptes
    • Arméniens
  • Les chalcédoniens vont à leur tour se diviser sur la question du Filioque et sur l'autorité de l'Evêque de Rome
    • Latins (devenus depuis les catholique présents en Europe occidentale et de là partout ailleurs du Nouveau monde à l'Asie)
    • Grecs (devenus depuis les orthodoxes essentiellement présent en Europe centrale, en Europe de l'Est et au Moyen-Orient)
  • Les protestants
    • Clavinistes
    • Luthériens dont les épiscopaliens, anglicans et autres scandinaves, etc.
    • Evangéliques

Je m'en arrête là et c'est largement suffisant pour justifier le pluriel utiliser dans l'intitulé de ma question. Mais toutes ses branches ont-elles un tronc commun qui puisse être un dénominateur commun entre eux mais aussi un dénominateur commun avec les chrétiens primitifs, c'est à dire ceux des trois ou quatre premiers siècles de notre ère ?

La plupart des communautés évoquées ci-dessus confessent peu ou prou deux articles de foi qui leur sont communs :

  • la Sainte Trinité : un Dieu en trois personnes
  • la double nature de Jésus-Christ : Dieu parfait et Homme parfait

Evidemment cela ne va pas sans difficulté de combler, ou ne serait-ce que de réduire, les failles qui séparent toutes les communautés chrétiennes. Malgré, par exemple, les nuances terminologiques et linguistiques qui peuvent exister entre chalcédoniens et non-chalcédoniens, je pense que ces deux dogmes sont communs à une très large majorité des communautés aujourd'hui répandues sur la surface de la terre et se considérant chrétiennes. Bien sûr il existe quelques exceptions à la marge (le cas des unitariens serait intéressant à étudier dans cette perspective), mais pour notre étude cela reste d'un intérêt limité. Voyons maintenant si ces deux articles de foi sont présents dans le christianisme des trois ou quatre premiers siècles...

Des références bibliographiques sérieuses seront proposées en toute fin de série dans quelques semaines. Ce sont des ouvrages que j'ai acquis, lu et en partie synthétisé de manière à alimenter une étude en cours de rédaction, et qui tarde à être finalisée (?!), sur le judéo-christianisme, composante majeure du christianisme primitif. Mais pour ces billets, assez brefs sommes toute, je me baserais sur un ouvrage court et direct : Christ, Seigneur et Fils de Dieu. Libre réponse à Frédéric Lenoir de Bernard Sesboüé (Lethielleux, 2010) que j'évoquais brièvement ici.
Que nous dit Sesboüé ? Son étude approfondie de la christologie et de son histoire lui permet de résumer l'affaire qui nous préoccupe ici comme suit :

[Il y a] parfait continuité de foi entre le témoignage du Nouveau Testament et celui des deux siècles suivants. Cette cohérence et cette continuité étaient importantes à enregistrer. S'il y a bien eu un devenir de la foi pour la génération des apôtres et des contemporains de Jésus, ce devenir est achevé d'abord avec sa résurrection et ensuite par le discours qui se développe dans le Nouveau testament. Il n'y a plus désormais de "plus-value". La fois chrétienne en la Trinité et en la parfait divinité du Fils - qu'on la confesse ou que l'on ne la confesse pas aujourd'hui - est une réalité historiquement vérifiable au niveau de la confession de foi de la "grande Eglise". Elle est bien ferme, même si son élaboration théologique nous paraît encore insuffisante, et bien avant que les empereurs romains n'interviennent. Pour justifier cette conclusion, plusieurs éléments sont brillamment exposés par Sesboüé :

  • Dans le Nouveau Testament :
    • La progressivité et la pédagogie dont use Jésus dans la révélation de sa divinité
      • Recours à des capacités que seul Dieu détient selon le judaïsme (capacité de pardonner par exemple)
      • Recours à une terminologie spécifique à Dieu selon le judaïsme ("Je suis", etc.)
      • La mort et la résurrection du Christ qui n'auraient pas de sens si le Christ n'était pas Dieu
    • Le kérygme apostolique
      • Paul (qui est chronologiquement le premier) et Jean (qui est chronologiquement le dernier) expriment tout deux la divinité de Jésus (Seigneur, relation Père / Fils, etc.) et la Trinité qui ne porte pas encore ce nom (trois Noms pour un seul Dieu, intervention fréquente de l'Esprit dans les textes néotestamentaires)
      • Prologue de Jean : "Au commencement était le Verbe et le Verbe était après de Dieu et le Verbe était Dieu [...], le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous", même si le texte est tardif, il donne néanmoins une indication précise sur le kérygme professé au tournant des années 90-100
    • Dans les écrits des Pères apostoliques (II et IIIè siècles) :
      • Ce scandale et cette folie de la croix, de la résurrection et de la divino-humanité de Jésus ont induit des thèses multiples et variées sur l'identité réelle de Jésus, thèses forgées par ceux qui essaient de comprendre les paradoxes essentiels du christianisme (Tri-unité de Dieu et divino-humanité de Jésus)
      • Face à ces thèses, les "champions de la foi" (les Pères tels que s. Polycarpe, s. Ignace, s. Irénée, Origène, s. Clément de Rome, etc.) ont développé les articles de cette foi en se basant sur une méthode unique : la théologie de la tradition, rattacher chaque éléments de la foi aux éléments qui l'ont précédé (Ancien Testament, Nouveau Testament, etc.)
      • D'ailleurs leurs contradicteurs païens ou juifs confirment bien leurs prétentions : "Christo quasi deo" (Pline le Jeune résumant la position des chrétiens), "bien qu'il soit formé d'un corps mortel, nous le croyons Dieu" (Celse citant les chrétiens pour le leur reprocher), un "second Dieu" (objection de Tryphon le Juif face aux chrétiens)

Ainsi le Nouveau testament montre une progressivité dans la révélation de la divinité de Jésus et dans l'apparition des trois personnes (Père, Fils et Esprit). Les écrits des Pères apostoliques eux aussi, en se rattachant systématiquement aux Ecritures saintes, développent ses deux articles de foi. Les opposants des chrétiens confirment eux aussi les deux articles de la foi. On peut donc assez sereinement considérer que le christianisme primitif (celui des années 50-60 avec les épîtres pauliniennes, celui des années 90-100 avec l'Evangile selon s. Jean, celui des années 150-250 avec les Pères apostoliques) est fondé sur les deux articles :

  • Divino-humanité du Christ
  • Tri-unité de Dieu en tant que Père, Fils et Esprit

Je poursuis la rédaction de la série de billets (1, 2 et 3) sur le régime écossais rectifié et le christianisme primitif. Mais les derniers billets nécessitent plus de recherche que ce que je pensais. Après avoir présenté ce que je pense être un reflet fidèle de ce qu'il est convenu de nommé "christianisme primitif" (cf 1, 2 et 3), il me reste à essayer d'établir la relation entre ce christianisme primitif et le régime rectifié tel que défini et mis en oeuvre par Jean-Baptiste Willermoz. Dans le cadre de mon essai de définition de cette relation, je m'appuierai sur 3 éléments :

  • la référence fréquente (au moins à trois reprises) que fait Willermoz à un christianisme qu'il situe durant les 6 premiers siècles et qui selon lui était pur et initiatique (page 64 du rituel d'Ecuyer Novice édité par le GPDG en 1995, lettre à Saltzmann de mai 1812 publié par C. et R. Amadou dans Renaissance Traditionnelle n° 147-148, "Traité des deux natures..." édité par la Diffusion rosicrucienne en p.30)
  • le développement sur la Sainte Trinité que Willermoz effectue dans le cinquième des "Cahiers D"
  • le développement sur la double nature de Jésus-Christ que Willermoz effectue dans le troisième des "Cahiers D" plus connu sous le titre "Traité des deux natures..."

J'en présente ici une version brève que je détaillerais dans une étude qui sera publiée un jour prochain...Une remarque concernant la méthodologie : si j'ai choisi d'avoir recours à des extraits des "Cahiers Doctrine", c'est parce qu'à mon sens, ces "cahiers" constituent le concentré de la spiritualité willermozienne, la substance même de cette doctrine que le lyonnais a insufflé dans les différents grades selon un dosage pédagogique dont il avait le secret. Je pense donc qu'on ne peut pas considérer les "Cahiers D" comme de simples documents d'ordre privé : pour moi ces "Cahiers" formalisent l'esprit qui anime la lettre de nos rituels.

La double nature de Jésus-Christ

En attendant le développement de mon argumentaire, je propose au lecteur un extrait du "Traité des deux natures..." (feuillets 22 et 23) qui n'est pas sans marqué fortement le point de vue du fondateur du régime écossais rectifié quant à la double nature du Christ Jésus :

[...] Cette union intime, absolue et devenue inséparable du verbe créateur de tous les êtres avec une pure créature humaine, pour pouvoir instruire publiquement, souffrir et mourir en elle, est un acte de l’amour de Dieu pour les hommes si prodigieux, si inconcevable et si fort au-dessus de tout entendement humain, que de tous les actes révélés à la foi chrétienne c’est celui-là qui a été dans tous les temps, et qui est encore le plus contesté. Les contemporains de Jésus-Christ, quoique témoins journaliers d’une multitude des miracles éclatants, qu’il opérait devant eux, ne virent en lui que l’homme, et nièrent sa divinité, ses disciples, ses apôtres mêmes, quoiqu’instruits par lui et témoins des mêmes prodiges, n’y crurent que faiblement, jusqu’à ce que trois jours après sa mort, convaincus de la vérité de sa résurrection qu’il leur avait prédit lui-même, et entendant ses instructions pendants quarante jours, ils le virent monter divinement au ciel, dans son humanité glorifiée. Faut-il donc s’étonner si l’homme actuel, qui n’admet plus d’autres témoignage que celui de ses sens physiques et matériels, nie encore pour son malheur cette grande vérité ? [...] On voit ainsi que le lyonnais n'est pas surpris par l'incapacité des contemporains de Jésus, par l'incapacité de ses propres contemporains (et par extension des nôtres) à comprendre le mystère de l'incarnation et de la double nature divino-humaine de Jésus-Christ ainsi que le rôle centrale dans la réconciliation que joue ce mystère. Et Willermoz d'exprimer son point de vue de manière explicite (Cahier D3, feuillet 22) : [Face à la prévarication de l'homme] il faut donc une grande victime pour satisfaire à la justice divine ; car si la miséricorde de Dieu est infinie et sans bornes, sa justice l’est aussi, et ne peut être arrêtée que par une réparation proportionnée à l’offense : [F°22] il fallait donc une victime pure et sans tâche de la propre nature humaine du prévaricateur ; et puisque c’était l’homme qui par son crime avait fait entrer la mort dans le monde, il fallait que cette sainte victime se dévoua volontairement à la mort, à une mort injuste, violente et ignominieuse qui put réparer tant d’outrages ; il fallait enfin que le Juste par son sacrifice volontaire resta vainqueur de la mort du péché, afin que celle dont la justice divine avait prononcé l’arrêt irrévocable contre la race du prévaricateur, ne fut plus qu’un sommeil et un passage de la vie temporelle à la vie éternelle pour tous ceux qui à son exemple, abandonnent pendant la durée de leur expiation individuelle, leur libre arbitre, leur volonté propre à la seule volonté de Dieu, mériteraient d’en recueillir les fruits. Un second Adam, émané du sein de Dieu en toute pureté et sainteté, se dévoua et s’offrit en victime à la justice divine pour le salut de ses frères, et son dévouement fut accepté par la miséricorde. Aussitôt la sagesse incréée, le Verbe de Dieu, qui est Dieu, le fils unique, l’image et la splendeur du père Tout-puissant, se dévoua à s’unir intimement et pour l’éternité à l’intelligence humaine du nouveau Adam, pour le fortifier dans son sacrifice, pour assurer, pour compléter son triomphe, et le rendre par une résurrection glorieuse vraiment vainqueur de la mort. C’est par l’union incompréhensible de la nature divine à la nature humaine, chef d’oeuvre de l’amour infini de Dieu pour les hommes, que s’accomplit le grand ouvrage de la rédemption du genre humain, et l’établissement de la religion sainte qui lui apprendrait à connaître le vrai Culte à rendre à son créateur, et le seul qui puisse lui plaire [...]. Ainsi nous voyons que Willermoz place l'incarnation du Verbe et donc la double nature divino-humaine de Jésus-Christ au centre du dessein divin de la réconciliation du Créateur et de la créature. Ce dessein qui est la "sublime destinée [de l'homme qui] recouvrera cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l’initiation maçonnique fait son objet principal" (extrait de la Règle maçonnique remise à l'apprenti maçon dans le régime écossais rectifié).
La Sainte Trinité
En complément un extrait du Cahier D5 (Feuillets 59 et sq) où la Sainte Trinité est évoquée en termes alliant l'orthodoxie catholique à l'orthodoxie martiénsienne : Dieu est Un dans sa nature essentielle. C’est cette Unité absolue, indivisible et concentrée en elle-même qui est incompréhensible à toute intelligence créée ; tant qu’elle ne se manifeste pas hors d’elle par ses productions et ses émanations spirituelles. Mais dans cette Unité ineffable [...] existe une Trinité active d’actions distinctes et de puissances créatrices et personnifiées, que nous adorons sous les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit : Grand et incompréhensible mystère de Trois en Un qui étonne la raison humaine, qui la réduit à un silence respectueux en la subjuguant, et qui diminue la grandeur du sacrifice qu’il exige d’elle par la nature même du Garant qu’il lui donne de la certitude de ce dogme ; car c’est la seconde personne de cette adorable Trinité, c’est celui qui est la vérité même, c’est enfin Jésus-Christ en personne qui révèle aux hommes ce grand mystère, au moment où il va monter au ciel par sa propre puissance en présence de ses Apôtres et de la multitude de ses disciples, pour leur prouver à tous sa Divinité. [...] Mais peut-on reconnaître en Dieu une triple essence divine agissante, et trois puissances actives sans cesse opérantes, sans y voir nécessairement une quatriple essence et quatre puissances divines distinctes dans leurs effets ? Peut-on concevoir en Dieu trois puissances opérantes si actives, sans résultats de vie analogues à leur propre nature et provenant de leurs opérations ? Non, sans doute. Or, ces êtres, ces résultats de vie n’existent et ne peuvent exister distinctement hors de ce principe générateur qui les contenait que parce qu’ils existaient en puissance auparavant ; Leur existence individuelle hors du sein du créateur n’est donc que la manifestations d’une quatrième puissance innée en Dieu, que nous nommons puissance d’opération pour la distinguer des trois premières qui opèrent ; Nous rendrons bientôt ceci plus sensible par l’application que nous ferons des quatre nombres primordiaux divins à chacune des puissances divines auxquelles ils appartiennent. Ces trois puissances créatrices, ces trois personnes divines opérantes en Dieu forment dans l’immensité incréé l’éternel triangle divin, dont l’unité est le principe et le centre. Elles sont tellement inhérentes à la nature essentielle de l’unité, et tellement identiques avec elle, que quoique toujours distinctes par leur action particulière elles forment ensemble avec l’unité un seul Dieu. C’est pourquoi nous parlons souvent d’une triple essence en Dieu, et ne disons jamais trois essences, parce qu’il n’y a pas trois Dieux. C’est par l’action et le concours simultané de ces trois puissances créatrices que l’unité se manifeste hors d’elle-même dans toutes ses productions divines, et dans les émanations qu’elle fait sans cesse des êtres spirituels qu’elle contient en elle de toute éternité, quoique sans distinction ni individualité jusqu’au moment où il lui plaît de leur donner hors de son sein une existence particulière, qui devient dès lors éternellement distincte et individuelle, afin qu’ils puissent lui rendre dans son immensité le culte d’amour et de reconnaissance de ces êtres contenus en puissance en Dieu qui se manifeste la quatriple essence divine, qui complète le quaternaire divin dont il nous importe beaucoup de connaître les propriétés. Les puissances divines ont toutes un nombre particulier caractéristique de leur action personnelle. Elles ont aussi un nom où dénomination qui caractérise aussi la nature de leur action particulière, et des attributs distinctifs qui sont spécialement propres à chacune d’elles. La première des puissances opérantes en Dieu est la pensée ou intention divine, qui crée, conçoit, et peint en elle même tous les plans d’émanation et de création. Elle est le premier agent de manifestation de l’unité, étant le principe unique, l’éternel générateur de tout ce qui est, et de tout ce qui pourra être, le nombre 1 lui appartient essentiellement, nous la nommons le Père créateur de toutes choses, et nous lui attribuons spécialement la Toute-puissance. La seconde puissance est la volonté divine, second agent des manifestations de l’unité ; Elle est le verbe et l’expression de l’intention divine, et comme engendrée par elle, puisqu’elle ne peut exercer son action seconde que les objets qui lui sont présentés et transmis par la première, qui se réfléchit en elle, et dont elle est l’image. C’est pourquoi nous le nommons le fils unique du père créateur ; le nombre 2 qui représente une double action lui appartient essentiellement, et nous lui attribuons spécialement la sagesse infinie qui connaît, détermine et coordonne toutes choses, conformément à l’intention du père. La troisième est l’action divine même, la parole toute puissante, le Grand Fiat qui commande et opère le parfait accomplissement de tous les plans et desseins de création et d’émanation spirituelle conçue dans la pensée du père, adoptés et déterminés par la volonté du fils ; Elle est l’Agent direct de la première et de la seconde, desquelles elle procède, car elle n’opère sa propre action, dans laquelle se réfléchissent les deux premières qu’en troisième rang, et sur les objets que l’une et l’autre lui présentent. Le nombre 3 lui appartient essentiellement. Nous la nommons le Saint Esprit parce qu’elle est vraiment Esprit de l’Unité divine et de toutes ses puissances réunies et conserve toutes les productions vivantes de l’amour divin et qui les unit entre elles et à leur principe par l’amour et pour l’amour. Ainsi on constate que Willermoz reconnaît l'unicité de Dieu et explique aussi que l'unicité de Dieu inclut un caractère triple où le Père est rapproché de la Pensée (1), le Fils rapprochée de la Volonté (2) et le Saint Esprit rapproché de l'action (3) l'ensemble étant un mystère incompréhensible pour l'homme et dont la véracité est révélée et comme "garanti" par la deuxième de cette Sainte Trinité qui est à la fois homme comme nous et Dieu comme ces trois personnes divine composant la Sainte Trinité. On notera ici le corrélation établie par WIllermoz entre les deux dogmes fondamentaux du christianisme primitif qui sont aussi les deux dogmes fondamentaux des christianismes actuels (catholique, orthodoxe et protestant).
Accessoirement le maçon rectifié notera que Willermoz christianise les thèses martiénsiennes en superposant la triple puissance martinésienne (celle-là même qui "ordonne et gouverne le monde") à la Tri-Unité chrétienne.
En marge du sujet du présent billet, notons que dans l'extrait du Cahier D5 cité ci-dessus, Willermoz évoque rapidement le nombre 4 et la quatrième puissance de la divinité qu'il nomme avec Martines "opération" (qui vient complété la pensée, la volonté et l'action et qui en est le résultat immédiat). On aura compris que l'opération est l'être spirituel émané du sein de Dieu, c'est-à-dire la personne humaine appelé à participer à la triple essence qui devient ainsi quatriple (pour reprendre un vocable martinésien). Tout cela rappelle forcément l'icône de
Roublev où l'homme qui regarde l'icône se retrouve, s'il le veut bien, assis à la table d'Abraham avec les trois anges figurant la Sainte Trinité. C'est ce que Willermoz appelle "réconciliation" et que l'orthodoxie chrétienne appelle "déification" en orient et "rédemption" en occident.

Passons maintenant à ce christianisme des six premiers siècles, peut-être nous permettra-t-il de conclure l'ensemble de cette étude portant sur le régime écossais rectifié et le christianisme primtif...
Les six premiers siècles du christianisme
Il s’agit de la fameuse référence willermozienne au VIe siècle comme limite au-delà de laquelle l’Eglise a perdu toute ou partie de son corpus initiatique.
Dans l'Instruction d'Ecuyer Novice, on peut lire : Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu'au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu'à cette époque le souvenir s'en est affaibli [...]

Willermoz écrit à Saltzmann, en 1812, au sujet de la doctrine des Grands Profès :

Toutes ces choses desquelles dérive un sentiment profond d’amour et de confiance, de crainte et de respect, et de vive reconnaissance de la créature pour son Créateur, ont été parfaitement connues des chefs de l’Eglise pendant les quatre ou six premiers siècles du christianisme. Puis dans le Traité des deux natures : Toutes choses que les chefs de l’Eglise chrétienne, auxquels la connaissance en était presque exclusivement réservée pendant les cinq à six premiers siècles du christianisme, ont parfaitement connues. Ainsi Willermoz, qui croit en les deux dogmes fondamentaux de l'Eglise (Sainte Trinité et double nature de Jésus-Christ), estime-t-il qu'il y a quand même une connaissance initiatique que l'Eglise détenait et que l'Eglise perdit aux alentours du VIè siècle !
Mais que s'est-il donc passé au VIè siècle pour que l'Eglise perde des connaissances si importantes ?! Il est difficile de savoir d’où vient précisément cette idée que Willermoz répète à trois reprises dans trois textes différents et qui souligne le fait que les connaissances aujourd’hui transmises par l’initiation étaient, jusqu’au VIe siècle, connues des chefs de l’Eglise. Il est cependant plus facile de prendre un manuel d’histoire du christianisme pour essayer d’étudier les caractéristiques de cette période Ve - VIe siècles pour vérifier ce que J-B Willermoz entend par : Toutes choses que les chefs de l’Eglise [...] ont parfaitement connues. L'ensemble des billets composant cette étude en épisodes sur "Rite écossais rectifié et Christianisme primitif " constitueront un texte plus détaillé où j'évoquerais plus longuement ce qui a pu faire basculé les connaissances de l'Eglise au VIè siècle. Pour éclaircir ce point j'aurais recours à deux auteurs :

  • Meyendrof : Unité de l’Empire et divisions des Chrétiens. L’Eglise de 450 à 680. Cerf, 1993.
  • Pelikan : L’émergence de la tradition catholique. 100 - 600. La tradition chrétienne. Vol. I. PUF, 1994


Pelikan considère notamment que :

[...] à la fin du VIe siècle, les principales doctrines chrétiennes ont reçu leur forme canonique.

On notera les événements majeurs suivant durant la période Vè-VIè siècles :

  • La condamnation de certaines thèses d’Origène en 553 lors du deuxième concile de Constantinople
  • La promulgation du dogme christologique à Chalcédoine en 451
  • La profonde transformation de l’Eglise d’Occident sous le règne du pape Grégoire le Grand

Mais sans rentrer, dans ce billet, dans les détails de cette période, notons la réponse que nous suggère Willermoz lui-même : [L’ordination sacerdotale et la consécration épiscopale] leur imprimaient alors comme aujourd'hui la plénitude du caractère indélébile de leur sacré ministère ce qui montre bien que dans son esprit, hier et aujourd'hui et malgré ses propres critiques, le ministères garde toute sa valeur sacré. Et Plus loin Willermoz situe bien la cassure du VIe lorsqu'il écrit : Mais lorsqu'une partie notable du clergé et particulièrement du haut clergé devenue trop sensible à l'ambition des honneurs, des grandes dignités ecclésiastiques, et des richesses qui les accompagnèrent bientôt, commença à perdre de vue, l'humilité et de désintéressement qui l'avait rendu jusque là si respectable ; Lorsqu'il eût recours à la faveur des Princes et aux puissantes protections pour les obtenir, l'initiation secrète prit une autre route et devint rare pour ceux à qui elle avait été jusque là spécialement destinée. On dirait que pour lui, la faute des ecclésiastiques est due à un clergé qui s'institutionnalise et s'établit loin des persécutions et prêt des princes, très éloignés, dans la plupart des cas, de l’ "initiation secrète".

Mais il ne se situe pas dans le camps des critiques pures et dures car il soutient que l’Eglise ancienne montre son caractère initiatique sans doute possible : nier fermement et dogmatiquement [l'] existence [de l'initiation religieuse], malgré les nombreux témoignages des saints pères de l'église primitive, qui souvent dans leurs ouvrages parlent et agissent comme des initiés. C'est un homme pieux mais exigeant, il souligne les erreurs de ses contemporains et reconnaît l'autorité des Pères qui sont "comme des initiés". Et il précise bien que, pour lui, il faut distinguer l'homme et son ministère : [on] tend [ à tort] à identifier leurs personnes avec le sacré caractère dont elles sont revêtues

mais se défend face à ce clergé qui a tendance à exclure les laïcs comme lui de toute discussion : il se qualifie d’ "instruits et très religieux" par opposition à la "morgue théologique [des présomptueux]".

Conclusion
On peut donc conclure sous la plume de Willermoz lui-même que le christianisme primitif est celui de cette "église primitive" dont les "Pères [...] parlent et agissent comme des initiés", ceux-là même qui ont défini les deux dogmes fondamentaux du christianisme : la double nature de Jésus-Christ et la Sainte Trinité. Notons que ces deux dogmes sont des conditions sine qua non au travail du maçon rectifié : même si au début de son cheminement l'apprenti n'en a pas nécessairement conscience, progressivement, le maçon rectifié (et plus encore, le CBCS, qui prononce une profession de foi en tout point conforme à ces deux dogmes) aura besoin de ces deux chandeliers de la foi chrétienne sans lesquels il n'y a point de Lumière...

Source : http://blog.avallesancta.com/2010/12/rite-ecossais-rectifie-et-christianisme.html

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