Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Rite Français : de la maçonnerie christique : Pâques et la Rose-Croix : christiques ?

24 Septembre 2012 , Rédigé par Jean van Win SPRC Publié dans #Rites et rituels

Dernièrement, un brave frère fort agnostique me disait ne supporter le grade de Rose-Croix que parce qu’il était « christique » et non chrétien. De son côté, un frère français, il y a quelques jours, estimait que le Rite Ecossais Rectifié (RER) était fort « christique ».

 

J’éprouve une certaine difficulté à bien saisir ce que ces frères veulent dire. « Christique » est un adjectif qui relève de la pure invention. C’est un néologisme, pire encore, un « maçonnisme » qui me semble tout à fait saugrenu. Il n’a aucune existence légale ou sémantique. Il n’apparaît ni dans le Larousse, ni dans le Robert, ni, bien entendu, en l’Académie Française qui sont, comme chacun sait, les trois mamelles du bien parler et du bien écrire. C’est un barbarisme pur et simple, mais assorti de connotations insidieuses et retorses. Néanmoins, son emploi se généralise et il trouve un certain accueil dans des dictionnaires grands ouverts aux « nouveautés ».

 

On effectue même aujourd’hui la distinction suivante : « christique : relatif au Christ, à Jésus-Christ lui-même, par rapport à chrétien qui prendrait alors le sens de « relatif au christianisme». Comme si christianus, soit chrétien, ne signifiait pas relatif au Christ, la religion chrétienne ayant été fondée et prêchée par le Christ. Mais cela permet de parler du Christ en l’isolant de sa religion, en lui donnant une dimension « universelle », ce que certains n’ont pas manqué de faire. C’est là un débat métaphysique qui n’a pas sa place ici.

Plus innocent est le stupide « rituélique », que l’on trouve parfois sous des plumes respectables, mais qui s’efforcent alors d’en justifier l’emploi sous des prétextes inventifs. « Rituélique » n’existe pas davantage que christique. C’est un autre maçonnisme parfaitement barbare, inconnu des dictionnaires précités comme de (presque tous) les prosateurs célèbres.

 

Le mot adéquat est « rituel », qui est un adjectif signifiant « qui a trait au rite ». Un chant rituel. Un livre rituel. Comme souvent, l’adjectif fut pris substantivement, selon cet usage francophone insupportable qui se doit d’amputer tout mot pluri syllabique. « Un rituel » est donc devenu abusivement substantif sans en avoir le statut, mais entériné comme tel par des dictionnaires peu regardants. Un rituel. Un ado. La télé. Mon prof. Un mag. Mon beauf. La docu. L’actu.

Un « rituel maçonnique» est donc un « livre rituel maçonnique», l’adjectif s’étant substitué au substantif qu’il qualifie. Rituélique est donc à proscrire sans l’ombre d’une pitié.

De même que, tant que nous y sommes, est à pourfendre la perpendiculaire ! En réalité, il s’agit du « fil d’aplomb » que l’Eternel fit descendre au milieu de son peuple ( Amos, VII, 7-9). Fil d’aplomb, et non « fil à plomb », selon une autre pittoresque déformation. En vertu de quel impératif physique, métaphysique ou ésotérique, en effet, le poids qui sert à tendre le dit fil devrait-il être en plomb ? Ce vil métal n’a rien à faire ici. Les poids supportés par des fils d’aplomb que nous admirons dans les musées du Compagnonnage sont tous en acier, en fer, en laiton. Pas en plomb, métal mou et déformable, inadéquat sur un chantier.

Le fil d’aplomb est donc le fil perpendiculaire servant à vérifier le parfait aplomb d’un mur vertical. Par abréviation, puisque le mot fil est décidément beaucoup trop long à prononcer, il devient le perpendiculaire. Et non pas la, vous avez raison. C’est du reste ainsi que le désignent les anciens rituels non encore « améliorés » par les instituteurs de la IIIe république.

Mais l’implacable logique de cette honorable caste, responsable de tant de ravages en maçonnerie, fit que, non contente d’introduire « la fée électricité » dans nos rituels, ainsi que le détestable « départ des compagnons » qui sévit en Belgique, elle imposa désormais le genre féminin à cet instrument, en raison probable de la présence d’un e muet terminal, marque usuelle du féminin. Voici donc notre perpendiculaire transsexuelle. Un des 10.000 glissements de sens dont est coupable la maçonnerie du XIXe siècle.

 

Je digresse solidement, une fois encore. Revenons donc à nos moutons « christiques ».

L’emploi de ce néologisme barbare n’est pas innocent. En qualifiant le grade de Rose-Croix de « christiques », nos violeurs de syntaxe savent ce qu’ils font : un péché contre l’esprit. Il ne leur sera donc pas pardonné. Un bon agnostique à coloration anticléricale ne peut adhérer à quoi que ce soit de chrétien. C’est contre sa conscience et sa dignité, car il voit se profiler dans l’ombre Rome et ses complots de centenaires parkinsoniens, voire même l’Inquisition qui brûla vives 6 .000 sorcières qui toutes, notons-le bien, étaient innocentes.

La chose est simple : est chrétien ce qui se rapporte au christianisme, c'est-à-dire à la foi en Christ, fils de Dieu, Réparateur de la Chute originelle et Rédempteur du genre humain par sa Résurrection promise à tous. En latin, ceci se dit christianus, et jamais christicus. Et l’Ascension se produit trois jours plus tard, après une descente aux Enfers sur laquelle on n’insiste jamais...

Y a-t-il plus parfait paradigme du processus initiatique universel que cet ensemble d’événements régénérateurs ?

 

Par extension, et l’on ne veut voir que ce seul aspect des choses dans nos contrées, est chrétien ce qui est surtout catholique, apostolique et romain, et, selon certaine vox populi, « d’un dogmatisme coercitif, borné, attardé, inquisitorial, réactionnaire, pédophile et milliardaire ».

On ignore bien des choses du monde protestant, orthodoxe, réformé, ainsi que des nombreuses églises d’Orient et d’Occident se réclamant du christianisme, toutes dénuées d’attaches avec Rome. On en admire d’autant plus la religion égyptienne, Zoroastre, Mazda, Bouddha, Mithra, Isis et Osiris, et quelques autres traditions religieuses, pourvu qu’elles soient non chrétiennes, ce qui révèle notre étonnante largeur de vues ! Et de préférence orientale, comme le souligne avec insistance Guénon…La maçonnerie de la fin du XIXe fut égyptolâtre et adoratrice d’Isis, alors que, simultanément, elle foulait aux pieds les infantiles superstitions catho.

 

Dans cette foulée, dont il subsiste hélas des relents contemporains, il convient d’éviter soigneusement la référence chrétienne. Nous vivons en Belgique avec « ces idées-là » depuis Théodore Verhaegen et consorts, sous Léopold 1er, excentricités qui ont valu à la maçonnerie belge le privilège glorieux d’être mise hors la loi maçonnique universelle à deux reprises : en 1854 puis en 1872. Et, pour une fois, c’est la France qui a suivi nos audaces sur ce terrain scabreux, et elle ne vaut donc guère mieux que nos propres esprits forts. Car oui, pour une fois, c’est chez nous Belgicains qu’on tousse et éternue, et chez nos amis méridionaux d’outre Quiévrain qu’ensuite on se mouche.

L’inconvénient en Maçonnerie, c’est que pour parvenir « très haut », ce qui est devenu un droit démocratique et une sorte d’obligation s’adressant à n’importe qui, il faut bien passer par le grade de Rose-Croix, dix-huitième de l’échelle du REAA ou IVe Ordre du Rite Français, qui est « infiniment chrétien » en ce que son thème unique se réfère, non pas allusivement, comme il est d’usage en franc-maçonnerie, mais clairement et explicitement, à la Passion de Jésus et à sa Résurrection. C’est à tout le moins ce que ce grade est demeuré à certain Rite Français ( mais il en existe aussi des interprétations radicalement néologistes) et, paraît-il, en Grande Bretagne.

 

Depuis son apparition en 1760, des ajouts multiples, à relents hermético alchimiques, dont certains d’un burlesque absolu, y ont été déversés par des scribes inspirés, afin de le rendre, semble-t-il, « plus universel », soit une fois encore moins chrétien. Parce que la thématique initiatique de la Mort et de la Résurrection est évidemment tout à fait insuffisante par elle-même. L’ « enrichissement » obtenu par des emprunts et des ajouts multiples et hétéroclites romantiques ne m’apparaît toutefois pas d’une une intense clarté, mais c’est là une opinion.

J’affirme calmement que le thème de ce très beau grade est de forme chrétienne : mort et résurrection, ténèbres et lumière, disparition dramatique des vertus théologales et leur retour lumineux parmi les hommes en recherche et en voyage… Je dis bien : de forme. De même qu’il me plaît de voir aussi, dans le grade de Maître Maçon, la thématique profondément bouddhiste du « Si tu rencontres le Bouddha, tue-le ».

Cette tradition chrétienne est toujours vivante dans sa forme originelle. Les candidats agnostiques au grade chrétien de Rose-Croix (ils sont légion) sont bien gênés et certains renâclent. La plupart franchissent l’obstacle avec condescendance, en le déclarant « christique », c'est-à-dire en relation directe avec l’homme Jésus, le prophète exalté « de gauche » qui a « tempêté contre les cléricaux juifs ». Il est des nôtres, quoi ! Cet espèce de SDF, préfiguration de Karl Marx, vitupérant les riches et exaltant les pauvres, n’aurait du reste jamais dit qu’une seule chose digne d’intérêt : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », slogan hélas démenti par toute l’histoire comportementale du monde vivant, et dont la source originale est en réalité en Lévitique XIX, 18. Une fois encore, le Premier Testament sert de carrière d’idées au Deuxième, et montre bien que ce dernier n’est pas aussi nouveau que cela, car il puise sans cesse dans les poches de son grand frère.

Le même barbarisme « christique » sert couramment pour (dis)qualifier le RER ou les versions antérieures à 1786 du RF. Ce rite écossais de France est réputé « christique », ce qui permet de le tolérer, parfois avec répugnance et incompréhension, dans le concert des rites que l’on pratique de nos jours. Mais tous les rites, à l’origine, étaient judéo-chrétiens.

 

Le grade de Rose-Croix et le RER sont restés chrétiens et se réfèrent l’un et l’autre à la religion chrétienne. Ni l’un ni l’autre n’exigent (plus) que ceux qui s’en approchent soient DEJA chrétiens avant de les rejoindre, tout au moins en est-il ainsi au RER. C’est Willermoz lui-même qui écrit cela ! Ni d’ailleurs qu’ils le deviennent après.

Quelle religion chrétienne ? C’est une autre affaire. En fait, non, c’est une affaire d’importance majeure. C’est l’affaire des candidats concernés, et d’eux seuls. Ils ont sous la main et à portée des yeux ce qui leur est nécessaire pour pouvoir un jour abandonner la lettre qui leur colle aux semelles, et privilégier l’esprit. Il leur faudra apprendre à voler plus haut de leurs propres ailes, afin de contempler le soleil en face.

Encore faut-il qu’ils le désirent, même confusément au départ. Mais ce désir-là est indispensable. Il n’y a pas à disserter sur ce qui ne relève que de la conscience individuelle. « Je ne juge pas », dit Jésus en dessinant sur le sable…Voir Jean et son récit de la Femme adultère ; quelle leçon de tolérance, même contre la règle, pour un maçon…

Mevlâna a fondé le Soufisme. Quelle autre leçon de tolérance pour un maçon. Il écrit :

« Viens, viens, qui que tu sois, viens aussi.

Que tu sois un infidèle, un idolâtre ou un païen, viens aussi.

Notre couvent n’est pas un lieu de désespoir,

même si cent fois tu as violé un serment.

Viens aussi ».

Dans toute fraternité, il y a d’abord l’accueil, et aussi l’absence de jugement qui, pour le maçon, donne le pas à la clémence sur la justice. A l’amour sur la justice. A la pitié et à la compréhension sur la justice.

Ce qui élève l’homme, lorsqu’il désire pareille élévation avec ferveur, est profondément maçonnique. Il doit pour cela souffrir, persévérer, mourir, ressusciter. Et l’homme, en ses quêtes éternelles et pourtant renouvelées à chaque génération, recrée, simule et vit ce processus depuis l’aube des temps. Peu importe qu’on le qualifie de christique ou non. La réalité est muette, car elle se situe bien au-delà des mots. Paix profonde à vous.

Source : http://montaleau.over-blog.com/

 

Partager cet article

Commenter cet article