Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Rites et rituels laïques

21 Novembre 2012 , Rédigé par Loge Averroes Publié dans #Rites et rituels

Y a t-il des rites et rituels laïques ? La question est redoutable.
De quoi parle-t-on quand on parle de « rites » ? J’irai vite sur cette question déjà abordée mais elle a ici une importance déterminante. De même de quoi parle-t-on quand on parle de laïcité ? S’agit-il d’une option philosophique anti religieuse ou anti-églises, mais dans ce cas , que serait le sacré d’une option qui dénie le droit à la transcendance d’orienter la société ? Est-ce un cadre d’organisation mais dans ce cas, comment célébrer un cadre juridique et constitutionnel ?
Qu’on me permette ici de faire un aparté profane, mais la laïcité n’est pas un symbole maçonnique mais un concept politique. Pour savoir de quoi on parle, faisons un peu de politique.

Qu’est ce que la laïcité ? ...

Un problème de perception

La laïcité est un cadre d’organisation des rapports Etat/religion. Mais elle est souvent perçue ou ressentie comme une option philosophique, anti religieuse voire athée. Ainsi le pilier laïque en Belgique ou les revendications des « atheists » américains qui se présentent comme laïques. Ainsi lit-on dans un article récent du Courrier International : « Plus de deux mois après avoir érigé un panneau proclamant : “Vous ne croyez pas en Dieu ? Vous n’êtes pas seul”, les treize membres du comité directeur de l’organisation athée Secular Humanists of the Lowcountry [Humanistes laï­ques du Lowcountry] se sont réunis dans le salon de Laura et d’Alex Kasman pour débattre des retombées de leur geste ». De même, en Anglais, le mot « laïcité » se traduit par « secularism » soit un recul de l’influence religieuse.

L’Histoire de la laïcité française

L’histoire de la laïcité française est autrement complexe : la « religion naturelle » des philosophes se voulait le cadre d’exercice de la tolérance. Le Grand Architecte des franc-maçons  se nourrit de ces influences, de Rousseau à Kant. Dans les Constitutions d’Anderson, on lit : « quoique dans les temps anciens les maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la religion de ce pays ou de cette nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des hommes bons et loyaux, hommes d'honneur et de probité, quels que soient les dénominations ou croyances qui puissent les distinguer ».

Le Grandd Architecte De L’Univers (Gadlu) a fait l’objet d’élaborations théoriques diverses, mais le fond est là : soit le GADLU est le dieu des philosophes, le « grand horloger » de Voltaire, soit la religion apparaît comme le synonyme de la morale (la Loi qui fonde « l’impératif catégorique»chez Kant) et nécessaire à la cohésion sociale, voire même, ou encore ce Dieu minimal, débarrassé de l’intolérance que promeut la version libérale du protestantisme avec Desmons et Ferdinand Buisson.

Cette religion naturelle est devenue avec la révolution un projet de « religion civile »
C’est Rousseau qui explicite la notion de religion civile. Dans le « Contrat social » 1762, il parle d’une profession de foi sur des sentiments « sans lesquels il est impossible d’être bon citoyen ni sujet fidèle ». La Religion civile est donc la clé de voûte du contrat social. Pour Rousseau, une société républicaine ne saurait être édifiée sans l’appui d’une transcendance; il s’agit de sacraliser l’être ensemble collectif.
Sur cette conception, 2 options s’ouvrent. Soit les valeurs républicaines appellent une transcendance qui les surplombe, c’est le culte éphémère de l’Etre suprême avec Robespierre, ou encore le « in God we trust » américain, soit la République se suffit à elle-même, elle est elle-même sacralisée.

Sur le premier point, il faut rappeler cet épisode oublié du Culte de l’être Suprême .
Le culte de la Raison, le culte de l'Être Suprême, ou le théophilanthropisme sont, en France, un ensemble d'événements et fêtes civiques et religieux qui eurent lieu de fin 1792 à 1794 (surtout les ans II et III de la Révolution), souvent à l'instigation de personnalités anti-catholiques. Philosophiquement, ces cultes procèdent du syncrétisme des Lumières, du déisme de Voltaire, et surtout des idées de Rousseau, dont s'inspirait Robespierre.
Après les massacres de septembre (2 septembre 1792), plusieurs églises furent transformées en temples de la Raison, notamment l'église Saint-Paul Saint-Louis dans le Marais. Le "culte" s'est manifesté en 1793 et 1794 (an II et III) par des cortèges carnavalesques, des dépouillements d'églises, des cérémonies iconoclastes, des cérémonies aux martyrs, etc. Le culte de la Raison a commencé à se développer en province, particulièrement à Lyon et dans le Centre, où il était organisé par des représentants en mission souvent proches de l'hébertisme. Le mouvement se radicalisa en arrivant à Paris avec la fête de la Liberté à la cathédrale Notre-Dame le 10 novembre 1793, organisé par Pierre-Gaspard Chaumette. Le "culte" était célébré par une beauté appelée déesse de la Raison.
Un décret du 18 floréal an II (7 mai 1794), adopté par la Convention montagnarde sur un rapport de Robespierre (Comité de salut public) instituait un calendrier de fêtes républicaines marquant les valeurs dont se réclamait la République et se substituant aux fêtes catholiques. En outre, elle établissait le culte à l'Être Suprême, qui se juxtaposait au culte de la Raison.
Robespierre, déiste, avait vivement attaqué les tendances athées et la politique de déchristianisation des ultra-révolutionnaires (hébertistes), qui avaient institué le Culte de la Raison fin 1793.Il leur opposa une religion naturelle - reconnaissance de l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme - et un culte rationnel (institution des fêtes consacrées aux vertus civiques) dont le but était, selon lui, "de développer le civisme et la morale républicaine".
Le culte de l'Être Suprême était un culte déiste, influencé par la pensée des philosophes du Siècle des Lumières, et consistait en une "religion" qui n’interagissait pas avec le monde et n’intervenait pas dans la destinée des hommes.
La fête de l'Être suprême, célébrée le 20 prairial an II (8 juin 1794), est, pour quelques heures, la manifestation de cette unanimité mystique, morale et civique que Maximilien de Robespierre envisage pour l'avenir comme condition de la paix et du bonheur. La fête de l'Être suprême connut un grand succès à travers la France
Ce jour-là, des Tuileries au Champ-de-Mars, la musique de François-Joseph Gossec et d'Étienne Nicolas Méhul rythment la marche. Robespierre précède les députés de la Convention dont il est le président. Il avance seul, et pour la circonstance il a revêtu un habit bleu céleste serré d'une écharpe tricolore. Il tient un bouquet de fleurs et d'épis à la main. La foule immense, venue communier aussi à ce grand spectacle, est ordonnancée par Jacques-Louis David. Devant la statue de la Sagesse, Robespierre met le feu aux mannequins qui symbolisent l'Athéisme, l'Ambition, l'Égoïsme et la fausse Simplicité.

Ce point d’histoire est essentiel, puisqu’il rappelle la tentation de créer une religion substitutive aux cultes historiques. En effet, l’épisode révolutionnaire n’st pas isolé. Tout au long du XIX° siècle, cette idée court. Pendant un demi siècle divers responsables du GODF développent un corpus tendant à faire de la maçonnerie La Religion. La F.M. serait pour eux la forme achevée de la religion naturelle, une religion universelle. Le GADLU est alors de plus en plus identifié au Dieu de Saint-Simon, à celui des utopistes Cabet et Fourier, de Pierre Leroux, fondateur du mot « socialisme » , de George Sand, bref un Dieu créateur, infiniment bon. Il n’est pas rien que ce mouvement pour une religion réconciliée avec la raison et la tolérance ait trouvé écho chez les inventeurs du socialisme utopique ou républicain, qu’il soit en phase aussi avec l’idée d’un pont entre Orient et Occident porté par le saint-simonisme, dont le canal de Suez creusé par Ferdinand de Lesseps fait image et qu’illustre l’adhésion de l’Emir Abdelkader, soufi et chef d’Etat, à la Franc-maçonnerie, dans la même période où il assiste à l’nauguration justement de ce canal de Suez.
Rappelons aussi la création d’une religion et d’une église positiviste inventée par Auguste Comte et qui donna la devise « ordem et progresso » au Brésil où ce culte subsiste à Rio et Porto Alegre
Sur le second point, la République fut une religion civile avec son culte des saints ( Jeanne d’Arc, Pasteur, De Gaulle) des morts ( de la grande guerre) sa foi dans le progrès et ses icônes Marianne et le drapeau, sans oublier les arbres de la liberté de 1848.
Cette religion civile républicaine refusant la diversité au profit d’un citoyen abstrait est surement l’impensé de la laïcité française.
Enfin, comme l’indique Jean-Paul Willaime, on peut observer des synchrétismes entre religion civique et la « common religion ». C’est un peu le cas en France avec les déclarations de laïcité positive du Président et sa reconnaissance de l’héritage religieux de la France, ou encore sur le fait que le calendrier fait des fêtes catholiques des jours fériés. Le thème développé par Marcel Gauchet de la « religion de la sortie de la religion » (le christianisme se prolongeant dans l’humanisme et les droits de l’homme avec Frédéric Lenoir ou avec Gauchet préparant l’avènement de l’individu et donc la société moderne post-religieuse) contribue à cette « catholaïcité ».

Les libres penseurs se divisèrent en 2 tendances, spritualistes partisans d’une religion non sectaire ( de Hugo au culte positiviste créé par Auguste Comte ) et rationalistes combattant l’obscurantisme des églises et promouvant la raison et la science.

La loi de 1905 fixe une doctrine qui n’investit pas l’Etat d’une option philosophique (religion naturelle ou rationalisme athée) mais définit la laïcité comme un cadre. Loi de compromis, elle rompt avec la tentation anti-religieuse et coupe partiellement avec l’invention d’une religion civile de substitution .

La laïcité comme cadre

 

Cette définition de la laïcité rassemble 2 principes, la liberté de conscience qui inclut la liberté religieuse et suppose le droit à l’émancipation de tout dogme, et la séparation qui suppose un Etat neutre, ni religieux, ni athée ou agnostique.

Cette articulation exclut donc toute promotion d’une option philosophique et religieuse sans pour autant être une définition seulement négative. La laïcité n’est pas l’athéisme mais n’est pas non plus la neutralité. Elle prend parti pour la raison critique et la liberté individuelle.

La laïcité distingue la religion qui relève du privé et l’espace public. Cette notion fait l’objet de contresens divers: le « privé » n’est pas seulement l’intime ou le cercle familial ; Loi de 1905 : « la République garantit le libre exercice des cultes » ; la distinction privé/public n’exclut pas l’exercice de libertés religieuses collectives ni la participation des autorités religieuses au débat public; elle exclut la soumission de l’espace public à un dogme. De même, on doit distinguer espace public civil et espace public institué, d’où les restrictions à la liberté religieuse à l’école ou pour les fonctionnaires.

La Laïcité est en débat.
Voici quelques axes de ce débat: la notion de » laïcité ouverte » renvoie à plusieurs choses différentes

  • La volonté de certains de conférer aux leaders religieux une autorité morale et à la religion une utilité sociale, notion des pays protestants
  • La volonté de combiner laïcité et diversité culturelle par une laïcité interculturelle( cf Jean Baubérot)
  • Le risque de dérive laïciste, obsédée par le communautarisme et hostile aux intégrismes au risque de la stigmatisation. Christine Kintzler, professeur à Lille, 3 a résumé ces débats en montrant en quoi la distinction entre espace public institué et l’espace public de la société civile est au cœur de ces questions.

« Mais la dérive symétrique existe : vouloir étendre le principe d’abstention à une partie de la société civile, vouloir par exemple interdire les affichages religieux dans un commerce, dans un lieu public comme un restaurant… Cette dérive, que j’appelle « l’ultra-laïcisme », a existé dans l’histoire de la laïcité, elle est restée discrète de nos jours tant que la question de la laïcité scolaire a occupé le devant de la scène...En gros je pense que cette extension serait contraire à la finalité même de la laïcité, qui a pour effet de rendre possible la coexistence des libertés dans le cadre du droit commun. Porter un voile ou une croix ou un drapeau noir à la boutonnière dans un hôtel, esquisser un discret signe de croix avant le repas, c’est un droit, je dois pouvoir le tolérer même si ça me choque, même si ça ne me plaît pas (d’ailleurs à quoi bon la liberté si elle ne bénéficie qu’à ce qui a mon assentiment ?). En revanche, faire sa prière à haute voix dans le salon commun d’un hôtel ou imposer la récitation du Benedicite au début du repas dans un restaurant, c’est empiéter sur le droit d’autrui, c’est un trouble à l’ordre public qu’on ne doit pas tolérer. »

Un modèle convergent européen

La laïcité est-elle un particularisme français face à l’Europe ou est-elle universalisable en devenant européenne ? pour certains l’exception affronte l’Europe et doit soit s’en protéger soit la conquérir  , pour d’autres l’exception française n’est qu’un relativisme local.
A l’évidence, la laïcité et l’Europe ne s’opposent pas.Il est possible de dégager un contenu commun qui pourrait être la combinaison des principes d’adhésion (les groupes particuliers participent de la société plus large) d’autonomie ( les personnes sont libres) de non-discrimination (égalité de traîtement entre les cultures) Mais il faut peut-être aller plus loin et regarder le Québec inventer une « laïcité interculturelle » pratiquant avec la méthode délibérative des « accomodements raisonnables » une laïcité soucieuse de la pluralité de la société et organisant l’interculturalisme comme alternative au multiculturalisme qui sépare. C’est ce que décrit le dernier ouvrage de Jean Baubérot « une laïcité interculturelle ».

Aujourd’hui, il s’agit certes de défendre la laïcité mais surtout de l’approfondir. Dans ce cas, la laïcité trouve son contenu positif dans l’universalisme des droits de l’homme (cf rapport Badinter). Elle oppose l’idée de l’émancipation à une conception religieuse de la société qui refuse le droit aux hommes de délibérer librement leurs règles par l’usage d’un débat éclairé par la Raison.
Mais au-delà, il s’agit aujourd’hui pour la laïcité de se mobiliser contre les nouvelles barbaries, fondamentalismes religieux, comme le culte du Dieu Mammon d’une société qui réduit l’humain à une marchandise.
Derrière le supposé « retour du religieux, il y a à la fois l’exigence d’être reconnu dans ses identités multiples surtout quand elles sont méprisées et la réaction face à une modernité arroganteface à quoi la tentation est forte de se replier sur des références figées et autoritaires.
Comme le dit Edgar Morin, « la laïcité doit créer un espace public de tolérance et de pluralisme » « la laïcité est d’abord la « problématicité permanente », le questionnement ininterrompu »

Cette laïcité fondée sur l’idée que l’homme est d’abord une conscience, elle me semble pouvoir être partagée par beaucoup.

Les rites

Qu’est ce qu’un rite ?
Pour Wikipedia, un rite ou rituel est une séquence d'actions stéréotypées, chargées de signification (action « symbolique »), et organisées dans le temps. Le rite n'est pas spontané : au contraire, il est réglé, fixé, codifié, et le respect de la règle garantit l'efficacité du rituel.. Le rite est un élément d'un rituel.
Les rituels peuvent intervenir dans la plupart des circonstances de la vie. On distingue ainsi des rituels sacrés (messe, prière…) et des rituels profanes (vœux de Nouvel An, manifestations sportives…); des rituels sociaux (rites de politesse, discours de promotion ou de fin d'année...) et des rituels privés (rites de la toilette, de la séduction…). On pourrait dire que tout rite est “religieux” (donc sacré) si l'on se fie au double sens étymologique de "relier" et "se recueillir", s'unir volontairement à la tradition que le rite consacre.
Les rites de passage également nommés rites initiatiques accompagnent dans beaucoup de sociétés humaines les changements "biologiques" et "sociaux" d'un individu.
Chaque religion ou confession a codifié, au fil des siècles, les gestes qui lui sont propres pour la célébration de son culte. Par la pratique de ces rites, les fidèles reconnaissent leur adhésion intérieure et extérieure à ce culte. Les occasions rituelles les plus connues sont:

On voit donc que les définitions ordinaires mettent l’accent sur l’aspect extérieur du rite, son caractère figé, conservateur, stéréotypé. De même, elles proposent une conception élargi du concept.
De même, le Larousse insiste sur « l’ensemble de règles » pour définir le rite, et le rituel est défini commel’ensemble des rites.
Dans le champ maçonnique, le rite, REAA ou RER etc, se traduit dans des rituels, référentiels qui codifient des cérémonies.
Mais si on se tient à une définition trop large du rite/rituel, on ne s’en sort pas. On ne peut traiter ensemble la messe, le rituel d’ouverture, les rites dits de passage, et le rituel débat du second tour des présidentielles, la rituelle et défunte cérémonie de distribution des prix, la rituelle dinde de Noel ou le rituel des supporters footballistiques.
Ce qui relie des différents aspects sociaux, c’est la répétition, la règle, le cérémonial, la tradition aussi.
Mais nous devons intégrer une autre notion qui est celle de sacré.
Le rituel est ce qui relie au sacré, il constitue l’alliance de l’horizontalité en constituant la communauté par la cérémonie, et de la verticalité en reliant cette communauté à une transcendance.
On conviendra certes que la dinde de Noël constitue le cercle familial et relie chaque famille à la sainte famille à Noel, on conviendra qu’il y a du dyonisiaque dans un concert d’ACDC, mais on sent bien qu’il s’agit là d’une exension qui dilue le concept, sauf à dire une banalité du type, le sacré est à chaque coin de rue.
Nous devons revenir à notre question : si le rite est d’abord ce qui relie au sacré, peut-il y avoir du sacré hors du religieux et quelle est la spécificité du sacré maçonnique ?
A ce stade, il nous faut parler de la théorie de René Girard qui a fait du meurtre du bouc émissaire le noyau dur des rites constituant la communauté et l’origine même du sacré.
Si deux individus désirent la même chose il y en aura bientôt un troisième, un quatrième. Le processus fait facilement boule de neige. L’objet est vite oublié, les rivalités mimétiques se propagent, et le conflit mimétique se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, l'indifférenciation, « la guerre de tous contre tous » de Hobbes, ce que Girard appelle la crise mimétique. Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ?
Pour Girard, cette énigme ne fait qu’un avec le problème de l’apparition du sacré. C’est précisément au paroxysme de la crise de tous contre tous que peut intervenir un mécanisme salvateur : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un. S'il ne se déclenche pas, c'est la destruction du groupe. Pourquoi mécanisme ? C'est qu'il ne dépend de personne mais découle du mimétisme lui-même. Plus les rivalités mimétiques s'exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier les objets qui en furent l'origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres. À ce stade de fascination haineuse la sélection d’antagonistes va se faire de plus en plus contingente, instable, rapidement changeante, et il se pourra alors qu'un individu, parce qu'un de ses caractères le favorise, focalise alors sur lui l'appétit de violence. Que cette polarisation s'amorce, et par un effet boule de neige mimétique elle s'emballe : la communauté tout entière (unanime !) se trouve alors rassemblée contre un individu unique.
Ainsi la violence à son paroxysme aura alors tendance à se focaliser sur une victime arbitraire et l’unanimité se faire contre elle. L’élimination de la victime fait tomber brutalement l’appétit de violence dont chacun était possédé l’instant d’avant et laisse le groupe subitement apaisé et hébété. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme la responsable de la crise et l'auteur de ce miracle de la paix retrouvée. Elle devient sacrée c'est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. C’est la genèse du religieux archaïque que René Girard vient de découvrir : du sacrifice rituel comme répétition de l’événement originaire, du mythe comme récit de cet évènement, des interdits qui sont l’interdiction d’accès à tous les objets à l’origine des rivalités qui ont dégénéré dans cette crise absolument traumatisante. Cette élaboration religieuse se fait progressivement au long de la répétition des crises mimétiques dont la résolution n’apporte la paix que de façon temporaire. L’élaboration des rites et des interdits constitue une sorte de savoir empirique sur la violence.
Si les explorateurs et ethnologues n’ont pu être les témoins de semblables faits qui remontent à la nuit des temps, les preuves indirectes abondent, comme l’universalité du sacrifice rituel dans toutes les communautés humaines et les innombrables mythes qui ont été recueillis chez les peuples les plus divers. Si la théorie est vraie, alors on trouvera dans le mythe des caractères récurrents : on y verra une victime-dieu, qui est coupable, qui porte des traits préférentiels de sélection victimaire (par exemple une infirmité), qui est à l’origine de l’engendrement de l’ordre qui régit le groupe. Et René Girard trouve ces éléments dans les nombreux mythes, à commencer par celui d’Œdipe.
Dans Des choses cachées René Girard aborde pour la première fois le christianisme et la Bible.
Les Evangiles se présentent apparemment comme n’importe quel récit mythique, avec une victime-dieu lynchée par une foule unanime, événement remémoré ensuite par les sectateurs de ce culte par le sacrifice rituel – symbolique celui-là – eucharistique. Le parallèle est parfait sauf sur un point : la victime est innocente. Le récit mythique est construit sur le mensonge de la culpabilité de la victime en tant qu’il est récit de l’événement vu dans la perspective des lyncheurs unanimes. C’est la méconnaissance indispensable à l’efficacité de la violence sacrificielle.
La « bonne nouvelle » évangélique affirme clairement l’innocence de la victime, devenant ainsi, en s’attaquant à la méconnaissance, le germe de la destruction de l’ordre sacrificiel sur lequel repose l’équilibre des sociétés. Déjà l’Ancien Testament montre ce retournement des récits mythiques dans le sens de l’innocence des victimes (Abel, Joseph, Job, Suzanne...) et les Hébreux ont pris conscience de la singularité de leur tradition religieuse. Avec les Evangiles, c’est en toute clarté que sont dévoilées ces « choses cachées depuis la fondation du monde » (Mathieu 13, 35), la fondation de l’ordre du monde sur le meurtre, décrit dans toute sa laideur repoussante dans le récit de la Passion.
Le Christ achève ainsi le mouvement enclenché par Abraham : celui-ci avait substitué l’agneau à son fils, le sacrifice animal remplaçant métaphoriquement le sacrifice humain. La symbolisation fait reculer la violence.
Mais la scène crucifixion/Résurrection va plus loin : elle poursuit le mécanisme de symbolisation par l’Eucharistie : » ceci est mon corps », le pain remplace la chair et nous ne tuons plus le mouton mais en plus, la victime innocente meurt pour nous tous et nous libère par l’Amour du cycle victimaire : elle est la victime une fois pour toutes et par la résurrection, elle traverse la mort.
Si donc on dépasse la conception du rite fondée sur son apparence extérieure : répétition, fixation, stéréotype pour se concentrer sur ce qu’il fabrique, à savoir l’institution du sacré, on trouve chez Girard un modèle explicatif séduisant. Le sacré, c’est le sacrifice, comme le dit l’étymologie.
On pourrait dire que le mythe d’Hiram confirme cette hypothèse.
Mais est-ce si simple ? Si « le rite est l’habitude mise en place par l’approbation commune dans la manière de mener les sacrifices « , si le mot « sacrifice » veut dire « ce qui rend sacré » , si « rite » vient de l’étymologie sanskrite « r’tam » « ce qui est conforme à l’ordre cosmique » soit ce qui relie à l’universel, ce qui relie le particulier au tout et fait vivre le tout dans la partie, doit-on en conclure que le sacré passe toujours par le meurtre du bouc émissaire ?
Il semble que pour valider son hypothèse, René Girard limite son analyse aux rites archaïques.
Tristan Muret dans « Vivre le Rite » propose une autre typologie à partir d’une autre définition.
« Le rite est le désir lui-même tendant de soi à se discipliner selon des figures, des gestes et des actions capables de suggérer, et même de commander, pour l'homme, des voies de prospection de son être et, par conséquent, les voies d'espérance. Tout désir vrai appelle en lui le rite, ou y tend, pour la simple raison qu'il ne saurait exister comme tel sans le rite. C’est dans et par le rite que le désir parvient à affirmer les forces créatrices de la vie, s’éduque et grandit, accède à sa droiture. »
Le rite serait ainsi l'ensemble des cérémonies visant à situer les actions humaines dans le mouvement des forces de vie de la nature, dans l'élan de la fécondité réglée de la nature, inséparablement en nous et hors de nous ; ces rites visent à protéger, fortifier, cultiver, assurer en soit les forces de vie, à contribuer à leur renouvellement auto créateur. Dans cette conception, le désir révèle que le but d'un être est non de parvenir mais de surgir. » Vous êtes comme des dieux » fit dire saint Matthieu à Jésus. Spinoza fait de la joie le principe fondateur de l'affirmation de la vie. Nietzsche nous dit » deviens ce que tu es » et Sartre nous appelle à nous autocréer par l’exercice de notre difficile liberté.
Dans cette conception, le rite apparaît moins comme la répétition d'un sacrifice, conception qui traduit une grille de lecture finalement chrétienne autour de la chute et de la rédemption, mais comme l'affirmation des forces de vie. Nul sacrifice dans la cérémonie d'initiation si ce n'est que nous faisons mourir en nous le vieil homme pour renaître à la vie. Nous « laissons les métaux à la porte du temple » pour mieux entrer dans la vraie vie. Cet auto sacrifice n'a pas pour but de fonder la communauté sur le meurtre mais elle constitue au contraire une Assomption de la vie.
C'est ainsi que l'on peut désormais analyser les rites fondateurs que sont le rite du mariage, celui de la reconnaissance des enfants, les rites d'entrée dans l'adolescence et dans la sphère des responsabilités adultes, celui de l'élection du chef et enfin le culte des morts
Le rite du mariage relie l'état de nature sexuelle à une conception cultivée de l'amour : respect mutuel, stabilité, responsabilité vis-à-vis du conjoint comme vis-à-vis des enfants. Au-delà du besoin, l'individu dans le mariage devient une personne qui assume librement un rôle, une personne, c'est-à-dire un être de volonté.
Le rite de la reconnaissance des enfants procède de la même volonté de passage de l'animalité à la culture afin d'assurer la transmission. De même pour les rites d'adolescence. Les rites d'élection obligent à organiser et à accepter une hiérarchie confiant à certains « élus » la conduite de la communauté du fait qu'ils ont acquis par degrès les valeurs qui leur permettent d'assumer ce devoir.
Enfin le culte des morts vise à donner un sens à la mort pour la communauté, à préparer chacun a sa propre mort, et à replacer le mort dans la longue chaîne des humains.

Selon cette conception, le rite ne vise pas seulement à adapter l'individu à des savoirs et règles préexistants, comme il s'agit pour les rites de passage.. Le rite de passage fait accéder l'enfant ou l'adolescent a un statut préétabli, il lui assigne une place, il est par essence normatif et conservateur. Le rite tel que nous le concevons est ambivalent. Il est à la fois adaptateur à un système de règles mais uniquement parce que cette soumission aux règles est la condition de la libération de l'énergie créatrice. Le rite montre que la règle loin d'enfermer permet l'émancipation.
L'initiation maçonnique apparaît donc comme un humanisme initiatique permettant par le rite la libération de l'individu.
Le rite maçonnique se traduit par trois catégories de rituels.

  • - les rituels d'ouverture et de fermeture qui sont des rituels d'institution du sacré séparé du profane.
  • - les rituels d'initiation permettant à la personne de progresser par degrès.
  • - les rituels solsticiaux qui rattachent le temps de l'homme au temps de la nature.

Ces 3 types de rituels peuvent-ils inspirer des actes de sacralisation extérieurs au Temple ?

Des rites et rituels laïques ?

Résumons-nous : nous avons vu dans une première partie que le concept de laïcité ne décrit pas une option philosophique opposée à l'emprise religieuse mais un concept fondé sur le double principe de séparation entre l'État et le religieux et surtout de liberté de conscience incluant la liberté religieuse. Loin d'être un cadre vide, la laïcité est aussi l'expression de valeurs fondatrices fondées sur le droit à l'émancipation des individus, la capacité de la raison à organiser la société. Elle s'oppose donc à toute option communautariste, dogmatique, autoritaire et totalitaire.
Aussi nous pouvons désormais définir le mot laïque.

Il désigne donc d'abord ce cadre d'organisation. Par extension il désigne un mouvement de pensée qui a affirmé face à l'emprise religieuse le pouvoir du libre arbitre, de la liberté de conscience. L'histoire montre que ce mouvement ne fut pas seulement matérialiste, athée, positiviste, scientiste, mais aussi spiritualiste, allant même jusqu'à rêver de l'institution d'une nouvelle religion universelle, religion naturelle, des philosophes, civile. Enfin il faut rappeler que laïque vient de « laios », le peuple ; serait » laïque » les choses communes à tous.

Dans un second temps j'ai défini le rite en montrant d'abord les dangers d'une conception descriptive et extérieure des rites qui placerait le rite du côté de la conservation, de la tradition, de l'archaïsme, pour tout dire du ringard. De même j'ai montré la nécessité de ne pas confondre ce qui est rituel au sens de ce qui est habituel et ce qui relève du rite au sens qu'il a à voir avec le sacré. Nous ne mélangerons donc pas ici la dinde de Noël et le mythe d’Hiram. De même j'ai montré la fécondité de la théorie du bouc émissaire de René Girard mais aussi ses limites pour finalement proposer une conception du rite à la fois ordre et libération dont le rite maçonnique peut apparaître comme la quintessence.

À partir de là nous pouvons enfin à répondre à la question : peut-il exister des rites et rituels laïques ?

En premier lieu je serai tenté de dire que le rite et rituel laïque par excellence c'est le rite maçonnique. En effet j'ai montré que le rite maçonnique est celui-là même qui pousse le plus loin l'affirmation de la vie, de la joie, de la liberté et de l'émancipation. En ce sens le rite maçonnique rejoint totalement la conception de la laïcité fondée sur le principe d'émancipation par la liberté de conscience. De même le rite maçonnique démontre que pour surgire le sacré doit se séparer du profane. En ce sens il cantonne le rite dans le Temple et ne s'impose pas dans l'espace public. Aujourd'hui aucun d'entre nous n'imagine faire du credo maçonnique la nouvelle religion universelle substitutive des religions historiques. Le temps n'est pas venu où franc-maçonnerie et humanité se confondront.

Dans un second temps je me poserai la question du savoir si la question des rites et rituels laïques renvoie en fait aux problématiques de célébration du sacré républicain. En effet j'ai montré que la république a fonctionné dans l'histoire comme religion civile. Elle eut ses cérémonies et rites de passage .

Régis Debray dans son ouvrage « le Moment Fraternité » fonde son analyse sur le fait qu'il a existé une religion civile républicaine qui a donné son aura à un nous d’élite, souvent dominateur et longtemps sûr de lui. » Cette religion civile républicaine s'est fondée sur le sacré dont Régis Debray dit » si l'on rencontre du sacré, partout où s'est formée une communauté durable, c'est en vertu d'actes humains de sacralisation. Le sacral n'est pas l'émanation d'un être, mais le produit d'un faire. »
Aussi la religion civile républicaine a sacralisé la république par des actes et cérémonies respectueuses des principes de sacralisation. Régis Debray décrit ces principes à travers plusieurs observations.
Première observation : là où il y a du sacré, il y a une enceinte. Et là où la clôture s'efface, ligne, seuil ou dénivelé, le sacré disparaît. Ainsi dans la République en est-il de la séparation de l'école et de la société ou du secret de l'isoloir.

Deuxième observation : là où il y a nous, il y a une sacralité ; et là où le « nous » se disloque, le sacré s’estompe.

Troisième observation : il n'y a pas de sacralité sans une absence cruciale, vers laquelle lever les yeux. Là où et quand ce point sublime s'efface, le sacré s'estompe. Ainsi donc de la patrie. Les mémorials de la guerre rattachent verticalement les morts et les survivants à une idée transcendante de nation et de patrie, la France cette personne réelle, célébrée par le général De Gaulle, bref une transcendance au sens minimal de

« ce qui se tient par delà ». Régis Debray dit » les stades, dit-on parfois, ce sont les cathédrales de la modernité. Par le volume et l'audace des constructions, c'est incontestable. Ils se ressemblent tous ? Les vaisseaux gothiques aussi. Ce sont des enceintes fermées, en forme d'anneau ou ovoïde, des foules s'y rassemblent volontairement, fidèles appelés fans mais pas pour longtemps: même si les spectateurs pratiquent le soutien sans participation, les cérémonies sportives obéissent, elles aussi, à un rituel fixé d'avance, tout ce qu'il faut pour une bonne effervescence. Sauf le point d'incomplétude. Les cathédrales ont une flèche, les palais, une hampe, les stades n'ont rien qui dépasse. Pas de verticale, pas d'appel d'air, pas de dédicace. Le rituel sportif fait le plein, soit, mais c'est le vide qui lui manque, par défaut d'ancêtres et de recul. À l'ordinaire, les jeux du stade n'ont rien à raconter, que de plan et de plat. Sans passé ni futur, effaçant l'histoire, ses spasmes collectifs, célébrations courtes et sans sillage, s'épuisent dans l'instant et ne font pas d'enfants . »

Observons donc que la société du spectacle, la disparition ici de la guerre, l'effacement de la nation, le culte de l'individu, ont dissous cette religion civile républicaine, dont la IIIe République fut le coeur. Inventer des rites et rituels laïques serait dans cette acception recréer cette religion civile républicaine. On peut en effet regretter la cérémonie annuelle de distribution des prix. Il ne manque pas non plus de bonnes âmes pour regretter la disparition du service militaire comme rite de passage à l'adulte.
Mais faut-il regretter le service militaire, ses petits chefs imbéciles, ses humiliations sordides, sa masculinité trouble. Ou faut-il se cacher que le seul véritable rite de passage du service militaire est la visite collective au bordel. Ne faut-il pas entendre dans le regret de la disparition du service militaire l'idée réactionnaire que nos jeunes auraient besoin d'une bonne guerre pour devenir adulte, en tout cas pour les survivants. Pour le dire tout net je ne suis pas sûr que la restauration des cérémonies républicaines soit conforme à notre idée du rite humaniste qui accorde la règle et l'émancipation. Je ne vois ici que la soumission au groupe, à la règle et à la hiérarchie. Il n'appartient pas aux maçons d'inviter de nouveau les citoyens à mourir pour la patrie.

Il faudrait donc imaginer des cérémonies laïques qui permettraient aux citoyens de combiner la participation au groupe et le droit à l'émancipation. On peut effectivement imaginer de nouvelles formes de cérémonies de distribution des prix qui ne récompenseraient pas seulement les meilleurs élèves, au risque de ne pas imaginer ce que ressentent alors les mauvais élèves, mais aussi les bonnes actions de solidarité, les projets collectifs, les talents les plus divers et les plus singuliers, on peut encore imaginer des cérémonies en l'honneur des jeunes et moins jeunes qui deviennent français, qu'ils aient 18 ans ou qu'ils aient acquis la nationalité française, à condition de ne pas transformer le droit à la langue en une obligation de parler français pour ne pas être exclu, on peut enfin imaginer un service civil universel qui remplacerait le service militaire pour inviter les jeunes à faire la démonstration que c'est en servant les autres qu’on se procure le plus grand plaisir, et qu'on devient soi-même en voyageant loin. Mais attention encore à ce que l'idée de refonder des rites et rituels laïques c'est-à-dire constitutifs d'une religion civile républicaine ne soit pas une tentative ringarde de restauration d'un ordre ancien que nous aurions bien tort d'idéaliser.

Enfin, troisième temps, on doit se poser la question des rites et rituels, mariage et funérailles, tels qu'ils existent aujourd'hui. Longtemps ces cérémonies eurent un contenu religieux. Afin d'offrir une alternative à ceux qui ne se reconnaissent pas dans une religion révélée, la franc-maçonnerie a mis en place des rituels par exemple de reconnaissance du conjoint ou de l'enfant montrant par là qu'il y a un besoin qui n'est pas satisfait. En effet il ne serait pas juste que parce que je n'accepte pas une religion révélée, le caractère sacré des funérailles, du mariage, ou de la reconnaissance des enfants me soit interdit. Mais il reste à inventer les rites et rituels qui, en dehors du temple maçonnique, proposerait donc ce sacré sans religion, cette spiritualité laïque auquel ont droit agnostiques et athées.
Martine Segalen a montré dans son ouvrage « les confréries dans la France contemporaine » l'existence dans le monde rural de « confréries de charité » qui accompagnaient les morts en solidarité. Cette tradition perdure encore dans la région de Béthune.
Par ailleurs l'histoire de la libre pensée en France formidablement racontée par Jacqueline Lalouette montre en quoi la mort sans prêtre, les obsèques civiles et autres cérémonies civiles telles que baptême et mariage ont fait l'objet de combats nombreux. Ainsi furent civiles les obsèques du père d'Émile Littré, du père puis de la fille de Michelet, de la mère d'Edgar Quinet, de Lamennais, du père Enfantin, de Proudhon, de Sainte-Beuve, et de Barbès, en 1870. Et je tiens des rituels laïques édictés par les associations laïques de Mouscron pour le mariage et les funérailles. Chacun qui a vécu les funérailles dans un crématorium a saisi la faiblesse de ces cérémonies par rapport à ce qu’offre l'église. Décor et décorum, musique et encens, le faste relatif de la cérémonie religieuse apparaît plus respectueux des morts et des vivants que le fonctionnalisme froid du service public de funérailles. Mais il faut aussi constater que les rituels de cérémonie civile pèchent souvent par la faiblesse de leur symbolisme et de leur langage. J'imagine volontiers qu'une collaboration entre francs-maçons et artistes serait à même d'inventer les cérémonies civiles qui dans une société post-religieuse permettrait à ceux qui le veulent de s'inscrire dans une sacralité.
Dans les Constitutions d’Anderson,
« quoique dans les temps anciens les maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la religion de ce pays ou de cette nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des hommes bons et loyaux, hommes d'honneur et de probité, quels que soient les dénominations ou croyances qui puissent les distinguer »

Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes.

[...] Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent.
[...] La morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini.
[...] J’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire d’une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout
[...] Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. [...] »

« Considérant que la laïcité a beaucoup de difficultés à s’imposer en Europe du fait du poids de l’histoire, des cultures et des institutions religieuses sur la vie de la société contemporaine des divers états qui la composent, nous entendons travailler à la promouvoir, dans la mesure même où nous la considérons comme l’indispensable ferment de la construction culturelle d’un ensemble politique cohérent…
Constatant que seule la France dans la sphère européenne a inscrit dans sa constitution cette laïcité fondée sur les droits de l’homme, la séparation des églises et de l’état et le refus du relativisme culturel, nous cherchons à en faire progresser l’avancement comme principe d’organisation de toute société humaine et condition d’une vie sociale libérée des contraintes imposées par les organisations religieuses. » Statuts de l’IDERNE.

Source : http://averroes-roubaix.org/listes-des-conferences/56-rites-et-rituels.html

 

Partager cet article

Commenter cet article