Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Sans peur et sans reproche, avec des armes pures,fais ce que tu dois...Advienne que pourra

31 Octobre 2012 , Rédigé par Jean-Pierre DARRY Publié dans #Planches

La devise des Kadosh , que l’on dirait sortie directement et toute armée du blason d’un Chevalier du Roman de la Rose, se prête à interrogations multiples.

Car si l’objectif est affirmé sans réserve : « fais ce que dois », les moyens sont passés sous silence, comme s’ils pouvaient être d’avance justifiés par la fin assignée, et les résultats relativement dénués d’importance au regard des intentions : « advienne que pourra ».

Que signifie cette formule : que dois faire le CKS, de quels moyens dispose t’il, est il dégagé d’une obligation de résultats, se désintéresse t’il des conséquences de la mise en œuvre de son Devoir , l’éthique de l’intention prime t’elle la morale des moyens et le résultat de l’action ?

Pour avoir entendu ici ou ailleurs, certaines de ces interrogations depuis mon élévation au grade, ce qui tendrait à prouver que les travaux proposés au Grand Conseil d’Automne 1991, n’avaient pas apporté de réponses véritablement satisfaisantes, ainsi que le reconnaissait d’ailleurs le T\I\F\ KAROUBI, rapporteur de cette question

On pourrait résumer de cette manière les 3 parties de la synthèse de la question de 1991 qui portait sur la responsabilité (ou non) des conséquences de l’action: - Fais ce que dois : c’est un impératif catégorique dont le rapport évoque le contenu en termes plutôt généraux ( le combat du bien contre le mal) mais la description des armes du grade aide à cerner le Devoir du CKS… Je suis assez d’accord avec cette première partie- Advienne que pourra : le rapport fait sien l’analyse d’un seul Conseil qui ventile les significations possibles en 4 catégories sans pour autant choisir son camp: égocentrique (après moi le déluge), mystique (le destin du monde m’échappe et n’en suis pas responsable) psychanalytique ( irrépressible besoin d’agir sans souci du reste) , pénale (je suis innocent et n’ai fait qu’obéir aux ordres). Il y a je crois matière à approfondir ce qui n’est que le contraire d’une synthèse, mais seulement la réponse d’un seul aréopage…- Insouciance des conséquences : après avoir évoqué le choc éventuel de valeurs antagonistes dans cette dernière partie moins étoffée que les autres, il développe 3 versions possibles : a :le résultat ne peut être que bon puisque l’action a ordonné le chaos, même de façon imparfaite, b :l’engagement absolu du CKS peut l’amener au sacrifice, c :à moins qu’il faille limiter ses actions aux seules dont les conséquences sont attendues favorables, bref réfléchir avant d’agir …

En résumé, et selon une lecture forcément subjective, ce rapport plus clinique que philosophique, et plus descriptif que causal, s’il décrit minutieusement la phase 1 « fais ce que dois », glisse de façon plus rapide, à l’image des aréopages qui l’ont traitée, sur la phase 3 concernant les conséquences de la devise, et propose pour la phase 2 « advienne que pourra » une multiplicité de versions sans choisir ni fonder ou approfondir le lien, que je crois nécessaire et complémentaire entre d’une part, les deux propositions de la devise et d’autre part l’interrogation sur les résultats qu’elle suscite.

En outre je crois que l’analyse ne peut être déconnectée des moyens utilisés et pourtant passés sous silence par la formule, qui expliquent pourtant, à mon sens, la sérénité de l’acteur face à la réalité de l’accomplissement de son devoir.

On remarque en effet que la formule utilisée « advienne que pourra » intègre l’incertitude dans la réalisation et semble entraîner la résignation quant aux conséquences qu’elle ne maîtrise pas, ce que ne retiendrait pas le verbe « sera » (ainsi en sera t’il ou « ainsi soit il » au présent…

Remarquons au passage, oh étonnement, que le présent « fais » précède le futur « pourra », mais qu’au delà de la tautologie et du nécessaire délai d’exécution entre l’ordre et la réalisation, il y a place pour une lecture temporelle de la devise, entre l’immédiateté de l’action et le devenir de l’humanité, entre présent individuel et futur collectif, en quelque sorte entre action et cosmogenèse en espérance…J’y reviendrais.

Mais pourquoi une obligation de cette sorte est elle demandée avec autant de force, sans échappatoire ni discussion, alors même qu’elle semble admettre des hypothèses de réalisation dommageables ?

Il m’est donc apparu indispensable de cerner la portée de notre devise, d’examiner le contenu de ce Devoir tout en le replaçant dans son contexte symbolique historique puis actuel, de recenser les moyens à la disposition du Chevalier Kadosh et d’expliquer, ou de tenter de le faire, l’apparent désintérêt des conséquences de l’action .

J’en propose donc une lecture personnelle, au risque de me perdre, au risque de vous égarer. « Je fais ce que je dois sans peur et sans reproche, avec des armes pures et advienne que pourra de cette balustre sur vos consciences»

C’est ainsi que je la subdiviserai en 3 parties : « Fais ce que dois », « Advienne que pourra », et « Sans peur et sans reproche avec des armes pures », trois formules contenues en 3 lignes successives de notre rituel, sachant que cette dernière partie précède immédiatement la devise et que cette place particulière peut permettre de l’éclairer.

1-FAIS CE QUE DOIS

Que est le contenu de cette règle, son objectif et de quels moyens dispose le CKS ?

1-1 De quelle règle s’agit il ?

Même si le maçon obéit à la loi civile, s’il comprend bien l’art, il sait qu’elle n’est que l’expression d’une résultante de forces contradictoires, entre circonstances historiques, droit du plus fort, évolution des mœurs et exigence sociale.

Il sait également que son champ d’application, vaste et indéfini, se soucie peu de la justice individuelle au nom de la primauté de l’intérêt général, non plus que de l’équité dont on chercherait vainement la présence dans les codes, et qui toujours, cède la place à la volonté structurante des lois. L’obligation du grade ne concerne donc pas la loi civile ou politique.

Ce n’est plus seulement le Devoir du Maître Secret, « envers soi même, envers la lumière qui réside au fond de tout être, (…) ce devoir primordial qui entraîne tous les autres devoirs et qui concerne le monde dans ses multiples aspects »A ce stade « Fais ce que dois » suffirait car le MS, ne maîtrise pas la totalité de la démarche, et il doit encore obéir.

Le Chevalier R+C connaît cette règle morale qu’il a contribué à ériger tout au long de son parcours maçonnique antérieur et qui trouve sa forme actuellement la plus aboutie dans l’accomplissement du grade…Il agit déjà en Initié et son engagement ne se limite pas à son étude, il s’est fait prosélyte.

On distingue traditionnellement en droit 3 catégories d’ obligations distinctes: d’action (ou d’inaction), de résultat ou de moyen. Ici, la Règle, l’obligation, au double sens de devoir (fais ce que dois) et de serment, relève de la première catégorie : le Rose Croix est devenu Kadosh, il est passé de l’Amour en quelque sorte, modélisé, exemplarisé, apostolique, à la défense pratique des conditions de son implantation et de sa survie. Le soldat succède au missionnaire.

La formule vient en conclusion aux phrases qui la précèdent : « Montrons nous fidèles à nos préceptes d’Amour de la Vérité et d’Amour de l’Humanité. Dans les combats que nous avons à livrer, nous apporterons un cœur pur et nous n’userons que d’armes pures. Nous serons sans peur et sans reproche, conformément à notre devise » C’est aussi d’une obligation de moyen.

L’obligation du Kadosh « Fais ce que dois » répond directement à l’obligation prêtée lors de son élévation au grade, engagement qui complète les étapes antérieures et couronne le parcours intérieur en lui offrant le réel en champ d’action.

Car, outre la poursuite de « l’acquisition de la connaissance qui mène à la sagesse éclairée par la science sanctifiée par la conscience », il promet de refuser toute dictature, de résister à tout asservissement, de répudier toute volonté de domination et de contribuer à réparer les maux causés par les excès de pouvoir en réglant ses actes sur l’Amour de la Vérité et de l’Humanité. Il s’agit donc également d’une triple obligation d’action, de moyen et de résultat.

1-2 L’objectif de la règle

1-2-1 Une lecture causale et philosophique:

Il n’est pas interdit de se souvenir que le CKS affirme une filiation avec l’Ordre du Temple qui honnissait les 3 « abominables » et irréductibles ennemis dont il fallait se venger, Philippe le Bel, Clément V et l’Ordre de Malte.

Le super grade de vengeance n’avait pas encore fait place à celui du défenseur de la Vérité et de l’Humanité et cela pourrait éventuellement expliquer la seconde partie de la maxime, mais ce serait là une bien pauvre finalité, aux antipodes des aspirations du Franc Maçon.. Alors quid ?

Si le respect de la Règle peut être un objectif pour le soldat ou les grades inférieurs, il ne s’agit pas de respecter la règle pour elle même, comme une sorte de nouvelle divinité substituée, à l’image des scientistes pour qui hors de la science il n’y a pas de salut, oubliant que la soumission à la raison est le début de la démission de la raison…

Il ne s’agit pas de respecter la règle au profit des donneurs d’ordres qui auraient des droits sur le Kadosh et qui auraient le privilège de savoir en leurs lieu et place ce qui est bon pour eux , il ne s’agit pas de se plier aux règles des 3 couronnés…Rien n’est au dessus du CKS

Il s’agit, bien au contraire de décider soi même, après une longue réflexion où interviennent aspirations morales et devoir social, il s’agit d’intervenir sur le cours des choses, de quitter le monde philosophique pour intervenir dans le monde réel en ajoutant l’action du militant au verbe de l’apôtre .

Il s’agit de mettre en œuvre l’enseignement de ces « saints séparés » au bénéfice de l’évolution morale de l’humanité. La fin en soi vise donc à construire sur Terre, cette Jérusalem céleste ébauchée par le Maçon depuis le grade d’Apprenti. La réparation constructive succède à la Vengeance destructive.

1-2-2 Une lecture causale et cosmogonique

Pour autant doit on limiter l’analyse de la devise à un rapport de causalité immédiate entre action et résultat incertain ?

Une devise n’est pas un théorème vérifiable à chaque expérience, c’est une approche du monde, une vision condensée et mythique de ce qui doit être ; il n’y a pas corrélation immédiate entre action et devenir, mais nécessairement décalage dans le temps entre prise de résolution , voire réalisation pratique et survenance de l’objectif…

Par ailleurs, elle présuppose sa propre universalité pour atteindre l’efficacité…une devise qui ne serait mise en œuvre que par une seule personne, n’est qu’une règle de conduite particulière, sans incidence réelle sur le devenir collectif.

Enfin elle participe obligatoirement de l’utopie en ce sens qu’elle révèle la vision cosmogonique de son auteur ; elle contient dés lors une part importante d’incertitude et d’acceptation d’un décalage entre souhait (fais) et réalité (advienne que pourra).

1-3 Les moyens d’action du Kadosh : ses armes ou/et sa vertu ?

Devant l’éternel dilemme de la qualité des moyens et des fins, où la pureté des intentions ne dispense pas de s’assurer de la valeur des outils, le Chevalier dispose à la fois des valeurs du missionnaire et des armes du soldat

Malgré l’épée et le poignard, qui correspondent à la mission historique du Kadosh, bras vengeur de son Ordre, il use aussi d’armes bien plus efficaces et subtiles pour s’opposer aux forts, intercéder pour les faibles ou réparer les maux sans attendre de récompense ou de gratitude.

Durandal, Joyeuse ou Excalibur, ne peuvent être utilisées que pour le service du Bien et se retourneraient contre leur possesseur dans le cas contraire, elles sont polarisées comme une boussole et ne peuvent s’opposer qu’au Mal.

Le rituel stipule qu’il n’est pas doté du poignard du sicaire, du couperet du bourreau ou du stylet du calomniateur. Son épée n’est pas celle du duelliste, mais le glaive de St Michel, la lame de St Georges, le Caducée de Mercure…

Le Kadosh met en jeu toutes ses facultés intellectuelles et morales :..

Car au delà des armes, la Vertu du Kadosh lui permet d’engager l’action en évitant les effets destructeurs de la force brute.. Si la Force est en lui, elle est d’abord morale et vertueuse.

Il dispose d’armes morales tout en étant doté d’armes traditionnelles mais les unes comme les autres sont pures parce qu’ activées par la seule vertu chevaleresque.

C’est un Galaad de la Table Ronde, obéissant à la Règle de la Chevalerie, mettant sans réserve, son devoir et son épée au service de son Roi, de sa Dame et des faibles. Un seul souci le guide : ne pas faillir.

Mais il n’est pas le robot au service d’une idéologie, il n’est en rien un fidèle obéissant aveuglément , pas plus un missionnaire intégriste qu’un mécréant protestataire : Il pense et il agit…

Il pense en homme d’action, mu par l’Amour de la Vérité et, ayant perçu les errements du Monde, il développe l’intuition, imagine la progression tant individuelle que collective de l’espèce humaine, fait appel à sa raison, sans oublier la nécessité de la beauté que l’art ajoute, confronte ses ambitions aux possibilités reconnues par les sciences et érige le résultat en modèle philosophique.

Puis, il agit en homme de réflexion, mu par le souci de la perfection, armé de la patience nécessaire quand il s’agit de l’Homme, fort de la persévérance que requiert toute action d’importance, plein de courage et respectueux de l’équité, il avance avec prudence en Homme sage investi de l’Amour de l’Humanité…

C’est un Sage en prise avec le réel, ni Bouddha , ni César, seulement une Conscience en action.

Pour autant l’exécution du devoir n’exonère en rien des conséquences de l’action :

2-ADVIENNE QUE POURRA

On remarque que le choix de « pourra » et non « sera ou devra » permet d’approcher sa signification, éliminer les lectures scientifiques ou religieuses de la devise pour se concentrer sur la vocation du CKS et la destinée humaine.

« Devra ou sera » impliquent davantage une relation de causalité à caractère inéluctable ; César dirait « Alea jacta est » , « Inch Allah ou Mektoub » soufflerait le musulman, « Ainsi soit il » approuverait le chrétien.

Le premier constate son impuissance relative face aux conséquences imprévisibles de ses choix, il en accepte les dégâts collatéraux, voire l’échec.

Le second dégage sa responsabilité dans une situation où il n’est que le messager ou l’instrument divin « c’est écrit » .

Le chrétien quant à lui, respecte toutes les conséquences d’un geste réputé dicté par Dieu.

Tous trois admettent qu’ils ne détiennent que peu de pouvoir sur le sort du monde, et qu’à tout le moins le résultat de l’action sur la matière humaine n’est en rien de leur ressort.

« Advienne que pourra » paraît donc introduire la relativité du résultat (et se rapprocher de César) sans véritablement désigner de responsable, (Inch Allah) tout en semblant en exonérer l’acteur (c’était écrit). Nous verrons ces trois possibilités au regard des mythes et de l’histoire.

Mais on peut auparavant se demander la raison de ce second membre de phrase, le premier se suffisant à lui même. « Fais ce que dois » sans complément balaye toute interrogation sur les conséquences de l’action. Fais ce que dois, point final, circulez y’a rien à voir !

Ne pas compléter la devise implique que l’obligation s’impose comme un ordre excluant tout état d’âme, que rien d’autre ne doit avoir d’importance pour l’exécutant et que les conséquences échappent à la responsabilité de l’auteur. Au contraire, la compléter n’est en rien superfétatoire et atténue le caractère irréfragable de l’ordre en prenant en compte la conscience de l’auteur, et lui conférant dés lors un droit à jugement sur l’obligation tout en l’incitant à dépasser ses réticences…

Voyons ces différentes acceptions :

2-1 Les facteurs historiques et mythiques

On admettra que la formule, issue d’un recueil de vêpres, puisse être d’origine religieuse.

Ainsi, la version religieuse en sanctifiant l’obéissance à la Règle, subordonne toute légitimité de l’action humaine à l’accomplissement d’actes au profit de la plus grande gloire de Dieu . Ce dernier est ordonnateur de toutes choses et tout est fait en son nom par des fidèles qui n’ont donc à se soucier des conséquences du respect de la Règle, les résultats et autres effets collatéraux étant tout autant légitimés que voulus par le Créateur: « Dieu le veut » le fidèle doit se conformer et obéir passivement…

Quant à la Chevalerie on se rappelle qu’elle établissait des liens de dépendance et d’obligations réciproques, très forts, entre suzerains (entre autres un Roi de droit divin) et vassaux (lesquels étaient les hommes lige des premiers). On ajoute la noblesse d’action au Devoir, la pureté des intentions à la justesse des actions.

Dans la version Chevaleresque,: le croisé doit agir et non plus simplement obéir et le champ clos où la bataille a lieu ne peut que voir la défaite de l’offenseur (à Dieu, au Roi ou à la Règle). Dés lors peu importait les conséquences, le sort de l’ennemi était là aussi voulu, décidé, programmé, et le Chevalier, forcément vainqueur en raison de son bon droit, se présentait sans peur et sans reproche au jugement de Dieu

Le Chevalier mettant en œuvre cette maxime se trouve néanmoins, in fine, dans la même position de dépendance et d’obligation: il est redevable devant Dieu et son Roi, lesquels avaient pouvoir de décider en ses lieu et place de ce qui était bon pour les fidèles ou le royaume. Dés lors le respect de la règle édictée par autrui, exonérait l’acteur des conséquences d’une action dont il n’était, la aussi, que le fidèle et preux exécutant…

La féodalité induisait une forme d’irresponsabilité du Chevalier qui agit sur ordre de Dieu, de son Roi, lesquels ne pouvaient se tromper, et les conséquences de son action, même dommageables pour tel ou tel, étaient réputées voulues par le donneur d’ordre qui seul, avait la bonne compréhension du Bien commun et de son devenir.

Le Chevalier n’a pas à porter jugement sur les conséquences de ses actions pour autant qu’il respecte la Règle, cette Règle qui pour son suzerain, (Dieu ou Roi) constitue un moyen d’atteindre ses objectifs et d’asseoir son autorité, mais qui pour le vassal, constitue une véritable fin en soi. Qu’importe donc la suite !

Cette conception semble conforme à la philosophie religieuse initiale de la maxime: faire son devoir par devoir car les voies du Seigneur sont impénétrables et il faut s’y soumettre quoiqu’il en coûte. .

2-2 L’influence de la filiation supposée : La version templière

On a toujours présent à l’esprit que les Templiers connurent un contentieux pour le moins important avec la tiare et la couronne.

Même si le Templier est un chevalier chrétien, et un donc un double vassal, de Dieu et du Roi, et que par conséquent la reprise de la devise participe au moins pour partie de la conception précédente, on pourrait soutenir que le traumatisme subi par l’Ordre lors de l’élimination des membres du Temple, ait pu conduire ses survivants, dans ce grade initialement de vengeance à tout subordonner à cet objectif : Venge l’Ordre avant toute chose… qu’importe le reste !

En d’autres termes, l’objectif serait en quelque sorte la vengeance et rien d’autre, quel qu’en soit le prix, laver l’offense à la hauteur de l’affront ..

N’oublions pas que ce grade fut condamné comme « fanatique et détestable, contraire aux principes de la FM » par le conseil des Chevaliers d’Orient et que le GODF lui même élimina ce degré des 7 grades de rite français et qu’il ne fit sa rentrée en France au REAA dans une version plus modérée que 25 ans plus tard

Cependant, la formule semble venir de la fin du 15è siècle, (la Véprie) soit deux siècles après la tragédie templière du début 14è et autant avant la naissance du grade de Kadosh au milieu du 18è. Elle est surtout reprise de façon quasi concomitante à la Révolution Française qui rééquilibre l’ordre social au profit du Tiers Etat et au détriment des 3 couronnés…

On pourrait donc considérer que dans la revendication d’une filiation templière, les fondateurs du grade aient détourné un concept ancien et probablement religieux en l’orientant vers un but plus conforme à la philosophie ambiante des Lumières : il existe un Devoir d’une essence plus élevée que le principe d’obéissance aux 3 couronnés…celui d’assumer sa Liberté et d’exiger Justice envers et contre tous…

2-3 La devise et la Franc Maçonnerie moderne

Cette Justice et cette Liberté, le Chevalier Kadosh, les revendiquent en résistant à tout asservissement de la pensée ou de l’esprit, refusant toute dictature, en Ami de la Vérité. Le but assigné « Fais ce que dois », libère le Monde des préjugés et fausses vérités, réveille les consciences…les moyens sont connus, ce sont « les armes pures » de la morale et de l’action, et les résultats directs sont attendus… sinon il n’aurait servi à rien de décider d’une action …purement gratuite.

Reste que la devise retient toujours l’antienne sur le peu d’importance supposée des conséquences de la consigne reçue et acceptée …Alors que signifie aujourd’hui cette formule ambiguë dont il n’est pas concevable qu’elle ait été reprise par inadvertance ?

Dans sa version moderne, se peut il encore que le Kadosh ne se soucie du résultat, se désintéresse des autres ou accepte sans broncher le sacrifice du soldat ? ce serait une conception bien étrange pour qui partage une vision idéalisée du Monde, considère ses Frères comme ses alter ego et accorde à la vie une valeur sacrée.. Voyons les contre sens possibles sachant que l’objectif reste de l’ordre de l’Utopie créatrice

2-3-1 Un premier contre sens : peu importe le résultat (Advienne que pourra …de l’issue)

A ceux qui soutiendrait que la toute puissance de Dieu a pour corollaire l’irresponsabilité du servant, qui ne maîtrisant aucunement les conséquences d’actes dictés par son Maître ne peut qu’être exclu du débat sur la responsabilité des conséquences de l’action, on rétorquerait que le Maçon se situe dans un problématique exclusivement humaine et n’a de responsabilité qu’à l’égard de lui même et de ses semblables

Loin de vouloir déconnecter l’obligation d’agir de l’évaluation des résultats, la formule oblige en fait à la réussite, car rien en sert d’entreprendre si ce n’est pour espérer atteindre le but assigné…. Le Chevalier Kadosh n’ayant pas vocation à faire des ronds dans l’eau, ce n’est pas de l’absence (ou non) des résultats dont il ne se soucie guère, mais des conséquences du succès dont il semble se désintéresser …

Car il ne faut pas oublier que la logique du grade est celle de l’action et que s’il y a forcement prise de risque, le plus grand danger réside dans l’inaction coupable. Le résultat programmé, attendu, voulu dans la première partie de l’aphorisme, ne peut être nié sans contradiction interne avec la seconde partie.

2-3-2 Une seconde méprise : le désintérêt des autres (Advienne que pourra… des autres)

Parce qu’il a lui même souffert de l’injustice des 3 couronnés, le FM en général et le Chevalier Kadosh en particulier, ne peut se désintéresser des conséquences de ses actes ou des dégâts collatéraux qu’ils impliquent. Une obligation morale maçonnique déconnectée des incidences de son exécution n’a aucun sens.:

Il faut chercher ailleurs le sens de la maxime…l’objectif visé étant, outre le perfectionnement des uns et des autres, la réparation des atteintes, la résistance à l’oppression, l’instauration d’une Cité Idéale.

2-3-3 Une troisième confusion : l’acceptation du sacrifice (Advienne que pourra… de moi)

L’axiome ne signifie aucunement l’acceptation par avance du sacrifice du Kadosh. Tel un impératif kantien, le Chevalier ne peut accepter le principe de sa disparition ou de celle de ses Frères en raison de l’échec de leurs actions : La norme première reste la préservation de l’existence afin de pouvoir rééditer le voyage, la recherche, la tentative, l’action. On rappelle qu’il fallut 3 voyages pour retrouver le corps d’Hiram et que le sacrifice est d’entrée, définitif.

Si la Chevalerie imposait le respect de la Règle au prix de sacrifice de soi , il faut, à mon sens, davantage comprendre ce précepte comme une métaphore destinée à souligner l’importance du principe soutenant l’action du Chevalier et la primauté du but désigné sur tout autre ambition.

2-3-4 L’approche utopique

On a vu que le principe d’une devise impliquait à la fois l’universalité de son principe d’action ainsi qu’un a priori : celui d’une vision cosmogonique supposée partagée par autrui…

On acceptera également de considérer qu’une devise ne vaut que dans le temps, la durée, sinon elle se réduit à une proposition temporaire sans accéder au niveau de la Règle. On dira « ne le tue pas » en vivant dans l’instant, mais « tu ne tueras point » pour signifier la permanence du commandement.

Une devise est donc la traduction d’un système de valeurs morales, applicable à soi, mais dont on souhaite, sinon la réalisation concrète (par définition inaccessible, ce serait dans le cas contraire, un simple projet matériel), dont on souhaite l’applicabilité au groupe, voire à l’humanité toute entière. Faute de relever de la matière inerte et de la pure logique, pour s’appliquer à l’humain, elle intègre évidemment sa part d’impondérable.

Son affirmation, vaut tant par son caractère d’évidence que par sa vocation à rejeter le découragement : « Advienne que pourra » : le résultat n’est pas garanti, mais ce n’est pas une raison pour se dispenser de faire si l’on veut approcher .. « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ! »

Le résultat est d’autant moins garanti que la réalisation de l’utopie dépasse largement une unité de vie humaine ; c’est une succession interrompue et prolongée d’observance du Devoir qui permet d’approcher la Cité idéale, la Jérusalem Céleste . On se situe dans l’espace-temps de l’utopie et non pas dans un plan de carrière ou un objectif marchand…

3- SANS PEUR ET SANS REPROCHE… AVEC DES ARMES PURES

On voit donc la complémentarité nécessaire et l’absence de contradiction entre les deux parties de la devise, mais je pense de plus que la formule complète n’a de sens qu’à la lumière de ce qui la précède.

Le Kadosch se soucie donc en effet du résultat de la mise en œuvre de son devoir, des conséquences de son action pour autrui et sur lui même … mais pourtant continue d’affirmer « advienne que pourra »…comme s’il témoignait sa sérénité sur ce sujet

Comment peut il être serein ? car enfin la formule « advienne que pourra » n’est pas là par hasard, et si elle correspond à une époque maçonnique aujourd’hui dépassée (imprégnation religieuse ou crise templière) pourquoi la conserver alors qu’elle fait problème ? Mais on ne touche pas aux monuments comme notre Marseillaise et son «sang impur »

La Tradition est certes un puissant moteur mais qui doit, sauf se condamner à disparaître, évoluer en agrégeant l’éphémère à l’éternité, et pourtant lors des ré écritures des rituels Kadosh abandonnant la vengeance au profit de la réparation, la devise est restée immuable.

A moins que sa signification, historisée mais revisitée, puisse reprendre force et vigueur dans un cadre philosophique moderne où la morale maçonnique correspond à l’éthique humaniste d’une action trouvant ses racines dans le mythe. Le rituel évoquant Bayard ainsi que les armes morales suggère une réponse. On rappelle que les CKS ont une triple obligation, obligation individuelle de faire et de moyen et obligation collective de résultat.

Bayard le pur, ce Chevalier blanc, ne connaît ni la peur ni les reproches par qu’il sait distinguer le Bien du Mal et qu’il a choisi l’oriflamme du premier sur ses champs de bataille.

Mais il ne s’agit pas de la pureté de l’innocence, de celui qui ne sait pas, ou de l’irresponsable, mais de celle des saints, qui s’étant dépouillés des biens matériels ou des espoirs de prébendes ou bénéfices personnels, n’agissent que dans le souci altruiste du bien des autres.

C’est en toute connaissance des causes, des buts assignés et des effets induits que s’engage le Kadosch, il est pur parce que fondamentalement altruiste, parce qu’il n’est pas le bras armé d’autrui, il est seul et ne rend compte qu’à son honneur, sa clairvoyance, sa propre humanité et au delà aux destinataires de son engagement.

Investi, au sens de totalement acquis, à la force des 3 vertus pratiqués par le Rose Croix qu’il fut et qu’il demeure, ayant gravit les échelons, guidé par le culte de la Vérité des faits et des personnes, il est redescendu plein d’attention pour l’Humanité, pour mettre en œuvre son devoir, sans peur et sans reproche, …

Sans peur, car de la même manière que le jugement de Dieu donne toujours raison et victoire à celui dont l’âme et la cause sont pures, celui de sa Conscience le fortifie dans son jugement…Que pourrait il craindre dans ces conditions, assuré qu’il est du bon droit qu’il défend et de sa validation morale par la Règle …

Sans reproche, car Chevalier du Bien combattant le Mal, son action tend à ordonner le chaos. Il se trouve du côté de la Lumière et ne peut être confondu avec un quelconque Dark Vador, ce Chevalier incarnant le côté sombre de la Force ; il avance, assuré de l’invincibilité de ses principes, de la justesse de sa cause et du résultat de son engagement.

Entièrement investi de la notion du Bien commun, au service de la Vérité et de l’Humanité, il sait ne pouvoir être véritablement contesté dans ses buts ou ses actions. Il fait ce qu’il doit !

Parce que le Chevalier Kadosh n’est pas un Dieu, parce que l’erreur fait partie de sa nature humaine, sauf à ne rien entreprendre et à engager cette autre responsabilité, sa réflexion, son analyse, son jugement le confortent dans la nécessité d’action tout en affirmant en une sorte de conclusion pré opérationnelle, qu’il en a justement pesé les conséquences …

Il n’agit pas de façon immature, s’opposant sans raison ou pour des motifs déraisonnables; il ne s’engage pas de façon velléitaire ou superficielle, il n’est pas béatement optimiste ; il n’agit pas comme un despote qui impose sa vision du Monde, mais, faisant en sorte d’acquérir la « connaissance qui mène à la Sagesse, éclairée par la Science, sanctifiée par la Conscience »…il sait que de cette manière on atteint le nec plus ultra de la mission humaine.

Le pari de Pascal vient de la Foi religieuse et de l’espérance a priori heureuse, des conséquences de ce pari ; le Kadosh, lui, après un long parcours de maturation depuis l’initiation, a acquis certes la conviction qu’il doit s’investir dans l’action, mais perçoit également que sa responsabilité est engagée lors du plongeon dans le réel. Il est responsable de ses actions mais aussi comptable de son inaction et il dispose d’armes moralement validées par l’éthique humaniste du grade. Cœur buts et moyens sont purs et nobles.

Comment dés lors pourrait il se tromper si la science comme sa conscience le confortent dans son analyse et l’amènent à la sagesse dans l’action ?

Il fait donc ce qu’il doit, sans peur de se tromper ou de tromper les autres, et sans craindre de reproches, peut légitimement estimer que ce qui doit advenir, adviendra, PEU ou PROU, grâce à la mise en œuvre des armes pures que constituent la volonté bonne et l’intention parfaite, entre amour de la raison et celui de l’humanité. Essayer c’est réussir !

La devise Kadosh retient de sa filiation chevaleresque le « fais », traduction du Devoir en action, garde de son inspiration religieuse la nécessaire transcendance du « dois », ce Devoir, qui dépasse l’individu dans une vision ontologique de l’Humanité, conserve de sa source templière l’indépendance du chevalier qui décide lui même de ce qu’il doit , et agrège l’éthique maçonnique qui demande une intention pure au profit des Hommes, nos Frères. « Advienne que pourra » est en réalité la traduction d’un souhait ardent d’une cosmogenèse « en création » conforme PEU ou PROU aux espérances parce que juste dans sa finalité et son exécution . « Advienne que pourra » porte en fait sur le degré de réalisation et non la possibilité de l’échec.

Ce faisant, l’inspiration initiale de la formule, religieuse, au sens de transcendance et dépassement de soi, chevaleresque, qui théorise le principe d’action en pureté de sa finalité templière, dans sa connotation laïcisée et indépendante des 3 couronnes…rejoint la modernité de l’exigence maçonnique actuelle du Chevalier Kadosh qui doit savoir manier de concert la Rose, l’Epée et le Caducée…l’Amour, la Force et la Sagesse …pour entreprendre et réussir ! Ai je raison, ai je tort ? Seul j’ai décidé, collectivement vous me jugerez .

Source : http://esmp.free.fr/

Partager cet article

Commenter cet article