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Hauts Grades

Science écrite de tout l'art hermétique

14 Janvier 2010 Publié dans #Alchimie


Anonyme 1736

qui n'a pas été puisée dans les Livres d'autrui ; mais qui a été justifiée et prouvée par l'expérience même ; mise en lumière, en l'honneur et gloire des enfants de l'art. Les Ides de Septembre de l'année 1720, par un Philosophe connu pour tel.

I — L'Alchimie est une étude, qui imite la nature, et va beaucoup plus loin que cette servante de la Divinité.

II —  Ce n'est pas la Lecture des Livres Philoso­phiques qui constitue le Philosophe ; mais bien plutôt la pratique, précédée des décou­vertes d'un fidèle ami, qui nous démontre l'art.

III — Notre art est aisé et difficile, très précieux et vil, selon le sujet qui s'y applique et s'y atta­che.

IV  — Il est aisé en ce qu'il ne se conduit que selon la voie de la simple nature.

V — Il est difficile en ce qu'il nous découvre tous les mystères de cette savante ouvrière, et nous rend les confidents de ses ressors ca­chés.

VI — Il est très précieux, par rapport à ceux qui re­cherchent notre art, dans les choses pré­cieuses et chères.

VII — Il est vil en ce qu'il tire son origine d'une chose, sinon vile, du moins très-commune et très connue.

VIII — La matière des Philosophes est unique, en essence, et en nombre, et ne dépend point de plusieurs sujets.

IX — Ce n'est point dans le règne Astral qu'il faut chercher notre matière, quoiqu'elle renferme toute la vertu des astres.

X —  Ce n'est pas aussi dans les Eléments, quoi­qu'elle les ait concentrés en elle-même.

XI — Le règne animal ne peut pas non plus nous la donner, quoiqu'elle soit douée d'une âme très noble.

XII  — Le règne Végétal ne peut pas nous fournir notre matière, quoiqu'elle ait un esprit végé­tatif, et une vertu beaucoup plus multipliante que tous les végétaux.

XIII — C'est enfin daris la dernière famille de la na­ture : je veux dire le règne minéral, qu'il faut la découvrir, quoi qu'elle ne soit ni or, ni argent, ni mercure vif, ni aucun des au­tres métaux, et minéraux, majeurs, et mi­neurs, à l'exception de ce que les Philoso­phes appellent leur ELECTRE MINERAL, non mûr, ou la MAGNESIE PHILOSOPHI­QUE, qu'ils appellent leur SATURNE, qui n'est nullement le commun, et qui ne peut-être compris par le sens ordinaire des Chymistes vulgaires.

XIV — La Matière des Philosophes doit être crue ; c'est à dire, n'avoir jamais passé par le feu.

XV — Notre Magnésie est la vraie et unique ma­tière de la Pierre Philosophale, dans notre voie universelle, qui est humide et sèche.

XVI  — La Solution de notre matière est, ou vio­lente, ou douce, ou bénigne.

XVII  — Le feu des Philosophes, en tant que le plus grand, et le premier de leurs secrets (puis­que c'est la seule connAissance qui distingue le Philosophe des Sophistes), est triple, le naturel, le surnaturel, et l'élémentaire.

XVIII —C'est le feu naturel, qui fait le soufre d'or de la Magnésie.

XIX — Le feu surnaturel est le menstrüe dissolvant des Philosophes qui n'est pas corrosif. C'est un feu non igné, une eau non aqueuse, un esprit corporel, et un corps spirituel ; en un mot, un feu froid, dont la chaleur l'emporte cependant sur la naturelle et l'artificielle. Il n'est que cette chaleur qui puisse dissou­dre l'or radicalement, sans aucune corrosion, et le rendre fusible et potable, qui est de toutes les médecines, et de tous les remèdes, le meilleur, et le plus agissant.

XX — Le feu élémentaire est la clef du naturel et du Surnaturel.

XXI — Le feu surnaturel est la mère du mercure des Philosophes ; le naturel en est le père, et l'élémentaire en est la nourrice, et la gou­vernante.

  XXII— Le mercure des Philosophes est simple, ou double, ou triple.

XXIII — Le simple est la fontaine aigrelette des Phi­losophes, ou leur VINAIGRE PHILOSO­PHIQUE, qui est le premier fondement et l'unique principe de la Pierre, c'est lui qui extrait les soufres des métaux, résout et volatilise leurs sels.

XXIV — Le double qui est la terre feuillée Philoso­phique, est un parfum et un OXYCRAT très doux, une eau qui ne mouille pas les mains; enfin il est ce que les Philosophes appellent leur Azoth.

XXV — Le mercure triple est la première matière des Philosophes, qui renferme leurs trois principes ; savoir, sel, soufre, et mercure Philosophiques, unis inséparablement, par le lien de conjonction. C'est enfin ce mercure qui se scelle hermétiquement de lui-même, et cette eau mêlée de feu.

XXVI — Nous avons cinq solutions de notre matière.

1° De la matière crue, pour en tirer le feu des Philosophes.

2° Afin que ce feu secret, étant extrait, il fasse paraître le FEU VITRIOLIN, non commun ; mais philosophique, qu'on appelle, PLOMB des Philosophes.

3° Que ce feu vitriolique passe par la putré­faction, au cahos des Philosophes.

4° De l'or philosophique, par le propre ai­mant mercuriel.

5° De la terre philosophique, afin d'en for­mer le double mercure.

XXVII — Il parait deux putréfactions ; celle de notre VITRIOL, et celle de la TERRE ADAMIQUE, ainsi appelée par les Philosophes, afin d'en préparer la terre feuillée, ou le double mercure.

XXVIII   Les Philosophes n'ont qu'un aimant, et deux aciers.

XXIX  — Le mercure simple des Philosophes, est l'ai­mant de leur Soufre.

C'est par lui qu'on tire l'or des Philosophes, qui est beaucoup plus précieux que l'or vul­gaire : il est aussi l'aimant du sel philosophi­que; c’est avec lui qu'on lave la terre philoso­phique, et qu'on la rend volatile, afin qu'ils se joignent exactement, et qu'ils fassent ce qu'on appelle mercure double.

XXX — L'un et l'autre acier tant sulfureux que salin, doit faire coït onze fois avec l'aimant mercuriel, afin qu'il acquière par cette cohobation réitérée, une nature régénérée très noble.

XXXI —  La volatilisation de la terre philosophique par l'Esprit du mercure (afin que le sel des métaux qui est la pierre même, soit engen­drée) demande un artiste ingénieux, assidu, et patient.

XXXII —Le grand mystère est de savoir volatiliser la terre philosophique, sans cette volatilisa­tion les autres travaux sont inutiles, et vains. Les Philosophes ont été très-réservés sur cet article. Raymond Lulle, Basile Valentin, Théophraste, Paracelse, Geber, Arnaud de Villeneuve, Melchior, Michel Sendivogius, le comte Trévisan, Morien, et plusieurs au­tres ont été très-secrets, et très obscurs, ils n'en ont dépeint le procédé qu'avec différons hyérogliphes, et en ont parlé avec des ter­mes très-variés. En égard à la diversité des Phénomènes qui paraissent dans cette élabo­ration ; les uns lui ont donné le nom de Nitre Vierge extrait de la terre adamique ; d'autres l'ont nommé, Grands jours de Salomon ; quelquefois, les Champs de Mars ; ailleurs, Benoîte Verdeur de Vénus ; quel­quefois Moisson portant feuilles, et fruits ; dans des occasions, Huile de Talc des Phi­losophes ; tantôt Mercure Amalgamé ; d'au­tres Masse de perles prêtes à se coaguler, Masse stygienne, Mer Glaciale ; quelquefois Lune engrossée de mercure ; ailleurs Dia­mant philosophique, Terre feuillée, Tartre des Philosophes, Manne, Dragon dévorant sa propre queue : on ne finirait pas à les rapporter.

XXXIII — La terre feuillée des Philosophes se compose avec leur or liquide, selon le poids de natu­re : elle est pour lors première matière, à laquelle si l'on proportionne le FEU GRA­DUE PHILOSOPHIQUE (que les Philoso­phes appellent l'HUILE DE SATURNE, ou le CACHET d'HERMES) cette terre est conduite à l'élixir blanc et rouge : elle se teint, et se parfait par ses propres éléments, qui sont l'air et le feu, et se multiplie à l'in­fini.

XXXIV — II n'y a point de voie particulière qu'elle ne soit émanée de la source universelle. Il ne faut donc pas ajouter foi aux fables des So­phistes du temps présent, qui savent extor­quer de l'argent aux sujets trop crédules, et les trompent par l'esprit d'un gain futur qui n'arrivera jamais.

XXXV — Les particuliers réels se font par le simple esprit du Mercure des Philosophes, qui est solaire et lunaire, comme la pierre de feu de Basile Valentin, l'augmentation de l'or et de l'argent, le cuivre conduit à des degrés de perfection. La transmutation de l'or et de l'argent en une teinture TEINGENTE. La maturation du mercure vif, en argent et en or, et plusieurs autres.

XXXVI — Le double mercure des Philosophes rend l'huile de Talc, que quelques-uns ont appelé leur GUT. Il conserve la fleur de la jeunesse jusqu’au dans la vieillesse la plus avancée. Il peut dissoudre plusieurs petites perles pour en faire de très-grosses, plus belles de beau­coup, en qualité et en beauté, que les natu­relles.

XXXVII — La teinture parfaite, outre la transmutation des métaux, multipliée à l'infini, rétablit et fortifie la santé, elle rend fécondes les fem­mes stériles, elle transmue les cristaux en pierres précieuses, et en diamants, elle exu-bère les derniers en escarboucles, et rend le verre malléable.

XXXVIII — En un mot les mystères de la Pierre sont si grands, qu'à peine la raison humaine peut-elle les concevoir.

XXXIX   C'est ainsi, dit Hermès, que Dieu créa le monde.

XL — La Pierre renferme enfin en elle, les secrets, les richesses, les miracles, et les forces des trois règnes.

Le tout procède d'une seule chose. Très-célèbre Médecin ou Chimiste, qui que vous soyez, résolvez-moi, si vous le pouvez, et s'il vous plaît, ce SYLLOGISME ; si-non, si vous m'en fournissez l'occasion, je suis prêt à vous le résoudre démonstrativement.

Je ne doute pas, Monsieur, que ce programme ne jette tous les lecteurs dans les expériences des minéraux, attendu qu'il désigne cet ELECTRE MINERAL, non mûr, comme la matière de la Pierre .

Je vais vous expliquer ce que les Philosophes enten­dent par leur ELECTRE MINERAL. Notre matière, di­sent-ils tous, se trouve sur mer et sur terre ; ils disent vrai : mais dans un autre endroit ils avertissent qu'on ne peut la trouver en aucun endroit du monde : ils ne nous trompent pas.

On entend par des minéraux, les sels quelconques ; c'est ce sel Philosophique dont parle Philaléthe, et qu'il appelle le premier être de tous les sels, qu'il faut rendre tel ; c'est à dire, le composer par un aimant attractif des vertus célestes, qui est l'ELECTRE MINERAL, paraissant sous la forme d'un « fray de Grenouilles ». Ils n'ont donc pas tort d'exclure tous métaux, et minéraux, puisque ce minéral est formé par l'artiste, d'une chose tirée d'une minière, qui n'est rien moins que les mines ordinaires, et cette chose est l'aimant des vertus célestes ; aussi se recrient-ils : NOSTRE MATIERE A SES PROPRES MINIERES.

Ce qui a trompé encore une infinité d'artistes, qui ont travaillé sur la vraie matière sans fruit, c'est qu'ils ont pris le sceau d'Hermès pour un vase luté, à la lampe d'émailleur, ou exactement bouché par un lut : mais je crois qu'il faut que notre matière se fasse un lut elle-même ; c'est-à-dire, que le ver à soie se renferme de lui-même dans sa coque (Buchère, Amy-Sage, Flamel). Je crois en outre qu'aucun des feux des chimistes ne doit servir à l'œuvre, par conséquent sur l'attestation des Philosophes, j'exclus tous les feux de fourneaux à vent, de retorte, de réverbère, de lampe, de ventre de cheval, et m'en tiendrais à leur feu secret.

Mais quel est-il ce feu secret ? C'est ici la pierre d'achoppement. La matière de la pierre et le feu secret, ont fait broncher quantité d'habiles gens : il n'a pas été accor­dé à tous les hommes de pénétrer les plus sublimes mys­tères de la nature, parmi lesquels la Pierre Philosophale tient le premier rang.

J'ai lu presque tous les Auteurs, qui traitent de ce grand art, sans pouvoir les approfondir entièrement. J'ai consulté ceux qui avoient le plus de réputation sur ces matières, je n'ai pas même négligé les manuscrits, et j'avoue que toutes les connaissances que j'en ai pu tirer, ne sont encore que très imparfaites.

Je me mets, malgré tous mes soins, au plus bas rang de ceux que les Adeptes appellent Profanes. J'ai même la témérité de penser que bien des Auteurs, qui ont la réputation d'avoir opéré le Grand-Œuvre, ne l'ont acquise qu'en écrivant obscurément, et en copiant les pas­sages des vrais Philosophes, sur l'interprétation desquels ils avaient fait de vains efforts.

Ce n'est pas que je nie la possibilité du Grand-Œuvre ; j'en suis au contraire convaincu. Il ne serait pas possible que de si grands hommes, qui en ont fait de si amples traités, eussent pu donner la plus sérieuse étude de leur vie à une chimère : ou s'ils avoient été entraînés par une aveugle crédulité, on n'en lirait pas parmi eux, qui feraient les serments les plus authentiques, et qui prendraient a témoins les choses les plus respectables et les plus sacrées, de la vérité qu'ils vont vous annoncer.

J'avoue que bien des gens ont été séduits par l'impos­ture : je conviens qu'une infinité de malheureux ont impu­nément pris le nom de Philosophes. Il est sûr que ces mêmes ont eu beau jeu, pour en imposer à la plus grande partie des hommes, au sujet de la transmutation métalli­que. Tous les Chimistes vulgaires qui ont un peu d'expé­rience, savent, à n'en point douter, qu'en dessoufrant avec des corrosifs les deux métaux parfaits, et en jetant ce soufre sur pareille quantité, ou poids de mercure, ou métaux imparfaits, la transmutation se fait à l'instant. Cependant le commun des hommes crie miracle à de pareilles expériences ; les bourses s'ouvrent, et le fraudu­leux Alchimiste profite de leur simplicité.

La Pierre des Philosophes est d'une toute autre nature ; elle transmue les métaux, sans avoir besoin d'em­prunter les soufres des autres métaux parfaits, et elle est la souveraine médecine pour guérir les mixtes des trois règnes.

Le morceau que je viens de vous donner, est suffisant pour donner une idée juste de l'art, pour faire voir aussi ce que des milliers de volumes ont écrits sans ordre : c'est en un mot, une sorte de thèse qu'un Seigneur Allemand prétend soutenir à la face de l'Univers.

Il s'y donne pour le tenant du tournoi, et semble inviter à la dispute les savants sur cette matière, à la manière d'Allemagne, où l'on soutient des thèses publi­ques sur cette science.

Ce petit Ouvrage est écrit en Latin, mais il devrait être traduit en toutes sortes de langues, pour la commo­dité de bien des enfants de l'art, qui ne sont pas lettrés.

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