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Hauts Grades

Sept ans et plus…ou l’âge du Maître

17 Décembre 2013 , Rédigé par G.R Publié dans #Planches

Tel est l’âge symbolique du Maître Maçon. Qu’en dire ? Sous quel angle raboter cette planche ? Evidemment, des idées me viennent mais comment les agencer ? Il me paraît incontournable de parler du symbolisme et de la signification du nombre 7 mais je ne maîtrise guère les quantités d’informations que l’on peut trouver à ce sujet : interprétations alchimique, soufie, hermétique et j’en passe. Si par extraordinaire on appréhendait la totalité d’un symbole, on aurait immédiatement connaissance du tout et être Maître, ça n’est pas tout savoir mais plutôt savoir ce qu’il nous reste à apprendre. Dois-je alors parler davantage du « et plus » et de ce qu’il m’inspire ? Je ne peux, par ailleurs faire l’impasse sur ce que nous disent les rituels (REAA ancien et nouveau et le Rite Français). Faut-il également que j’évoque mon vécu de Maître Maçon qui a, lui, et de façon non symbolique, dix ans et plus ? Le sujet me paraît bien vaste à traiter. Pourtant, à l’instar du compagnon qui gravi l’escalier en colimaçon et s’apprête à entrer à reculons dans le temple plongé dans l’obscurité et l’affliction, je dois regarder en arrière, refaire le chemin parcouru avec, autant que possible, une certaine clarté d’esprit. Ainsi, il me faut dans un premier temps évoquer l’âge du Maître [7] mais sans pour autant le dissocier du 9 de la batterie du grade. Dans un deuxième temps, il me paraît important de se fier à ce que me disent les rituels que j’ai pratiqués. Enfin, je terminerai par évoquer ce que signifie pour moi avoir sept ans et plus. Commençons par évoquer la signification du 7 comme âge du Maître. Le nombre 7 a toujours représenté depuis des temps les plus reculés le degré le plus élevé de l’initiation. Il semble donc naturel qu’une école initiatique comme la Franc-Maçonnerie offre une large part dans son symbolisme à la valeur des nombres et à leur signification. Mais pourquoi l’âge du Maître est-il symbolisé par le 7 ? Pourquoi la batterie de ce même grade est-elle de neuf coups ? Pourquoi aussi ce décrochage entre l’âge et la batterie au 3ème degré alors que dans les grades d’App.°. et de Comp.°. âges et batteries sont parfaitement associés : 3 pour les App.°. et 5 pour les Comp.°.. Sept ans, c’est l’âge de raison chez l’enfant, dit-on ; c’est aussi l’âge du raisonnement, de la connaissance. Doit-on comprendre par là que parvenus à notre symbolique « 7 ans et plus » nous possédons les clefs de la connaissance et que c’est à nous à présent de savoir en ouvrir les portes afin de la développer indéfiniment ? Constitué de l’addition du 3, plan divin, nombre sacré ou triade chez les Pythagoriciens et du 4, plan de la création, le 7 assemble ainsi le triangle et le carré. C’est ainsi l’association de la pierre cubique, que nous avons polie au cours de nos années d’apprentissage et de compagnonnage, et de la pyramide à 4 faces, symbole de l’achèvement. Pierre cubique et pyramide forment ensemble la pierre cubique à pointe. Si l’on reste dans le domaine arithmétique, le 7 est également le total de 3 + 3 + 1. Cela nous donne deux triangles et un point. Nous connaissons la symbolique du triangle mais ce point, que signifie-t-il ? Les Pythagoriciens y voient la Monade divine, d’aucuns l’image du Sceau de Salomon avec les deux triangles imbriqués. Pour moi, ce point, c’est le centre du cercle (comme nous le dit le rituel) où se trouve le Maître Maçon. Le nombre 7 ne peut donc pas être considéré comme le nombre absolu de la perfection – c’est le Un – même si l’idée d’achèvement pourrait le laisser augurer. Qu’il soit 4 + 3 ou 3 + 3 + 1, le 7 est un nombre ambivalent. Il est à la fois le Bien (les 7 vertus) ou le Mal (les 7 péchés capitaux). En outre, il indique un caractère progressif. Je ne ferais pas de catalogue de toutes les significations du 7 dans toutes les traditions mais, pour l’avoir étudié en réunion de MM.°., j’évoquerais le culte mystérieux de Mithra qui présente de troublantes analogies avec notre Rite. Il y avait 7 portes, 7 autels accessibles après avoir franchi 7 marches, 7 mystères. Les adeptes de Mithra suivaient un parcours initiatique de 7 degrés. Pour le Maçon, il symbolise donc un cycle complet, d’où l’idée déjà évoquée d’achèvement, mais dans le sens d’un changement, d’un renouvellement positif, d’un aboutissement à une plénitude. Cependant, si cycle il y a – on l’appellera cycle septenaire – cela veut dire qu’un autre est prêt à être commencé. C’est sûrement en partie cela la notion de « et plus ». A l’instar des sept notes de la gamme musicale, un autre cycle recommence mais à l’octave supérieur. Quel curieux nombre que le 7 ! Il est aussi l’équilibre, l’harmonie. En effet, dans nos ateliers, ne dit-on pas qu’il faut 7 Maîtres pour qu’une loge soit juste et parfaite ? Notons de même que les mesures du tombeau d’Hiram correspondent à trois pieds de large, cinq de profondeur et sept pieds de longueur. Les nombres 3, 5 et 7 forment un cycle progressif complet que l’on retrouve dans la description de l’escalier en colimaçon qui parvient à la Chambre du Milieu. Cet escalier qui s’enroule en spirale autour d’un axe vertical est divisé en trois parties ou repos : l’un de trois marches que peuvent figurer les trois ans où l’on est initié aux mystères maçonniques ; le second de cinq marches associées aux cinq ans du compagnon, aux cinq branches de l’étoile flamboyante, aux cinq sens ; enfin, le troisième de sept marches conduisant à la connaissance. Les Egyptiens connaissaient ce symbole comme en témoignent les pyramides à degrés ou bien cet escalier à sept marches que les âmes des morts devaient gravir pour comparaître devant Isis et Osiris afin d’y subir le jugement par la pesée de la conscience. Puisque la suite 3 – 5 – 7 est un cycle, est-ce que cette suite continue ou bien redémarre-t-elle ? Jacques Trescases dans La symbolique de la mort nous dit que « si le Maître a sept ans et plus, c’est qu’il connaît le huit et surtout le neuf sur le quel son attention a été spécialement attirée : ce sont neuf maîtres sont allés à sa recherche quand il était dans son tombeau et il a entendu les neuf coups de la batterie du grade ». Autrement dit, si le 7 symbolisait une sorte d’état « d’apesanteur » dissocié des notions d’espace et de temps, le 9 suggère par le son et le rythme perçus une notion de temps subi. 9 c’est le carré de 3. C’est le rythme de notre batterie qui mesure ainsi le temps par trois fois trois coups. On peut y voir par ailleurs une sorte de cycle signifiant le commencement, la durée et la fin des choses. Le neuf a ainsi un aspect limitatif et extérieur à nous-mêmes alors que le 7 évoque plutôt un état qui se manifeste au-dedans de nous. Ne considérons pas pour autant comme négatif ce 9 associé au 7 car la batterie, par son rythme, réalise la mise en mouvement, le cadre nécessaire à notre cheminement de Maître. Que nous disent les rituels au sujet de ce « sept ans et plus » ?
Quand je dis les rituels, j’évoque ceux que je connais : le Rite Ecossais Ancien & Accepté (ancien et nouveau) ainsi que le Rite Français.
Le REAA « ancien », celui auquel nous travaillons dans notre atelier nous dit ceci :
-« Quel âge avez-vous ?
- Sept ans et plus.
- Que veut dire cela ?
- Le nombre 7 symbolise la Connaissance, « et plus » indique que cette connaissance doit s’accroître indéfiniment. »
Le REAA « Cerbu » varie un peu. Il dit cela :
- « Quel âge avez-vous ?
- Sept ans et plus.
- Que veut dire ceci ?
- Que le Maître parvenu à la sagesse est en mesure d’approcher la Connaissance. »
Quant au Rite Français, il propose une définition moins métaphysique et qui se réfère davantage au mythe d’Hiram mais tout aussi chargée de sens :
-« Quel est l’âge d’un Maître ?
- Sept ans et plus.
- Pourquoi dites-vous sept ans et plus ?
- C’est que Salomon employa sept ans et plus à la construction du Temple. »
Si l’on se fie à ce que nous dit notre rituel « écossais », le Maître serait en effet à la fin d’un cycle qui lui aurait apporté la sagesse et qu’il serait « en mesure d’approcher la Connaissance ». C’est ce que nous dit « le Cerbu » qui paraît moins encourageant que notre rite actuel qui, lui, révèle que le Maître a la connaissance mais qu’il lui faut l’accroître. En tous les cas, les deux sentences montrent que le Maître est à l’orée d’un autre cycle. D’ailleurs, si l’on en revient au rituel, le Maître n’a pas terminé son parcours après avoir gravi les marches de l’escalier en spirale. Il est monté en dessinant des cercles concentriques autour d’un axe vertical. Cet axe, c’est son soi intime autour duquel il construit tout ce qui représente sa vie, ses intérêts, ses émotions. Arrivé en haut de l’escalier, que fait-il ? Se contente-t-il de contempler ce qu’il vient d’effectuer ? Comme le jugement des âmes propre aux Egyptiens, pèse-t-il à sa juste valeur les plans qu’il a tracés ? Sûrement, car c’est à reculons qu’il est introduit dans la Chambre du Milieu où règne la plus profonde obscurité et la plus grande affliction. En effet, le Maître refait une seconde fois le chemin parcouru mais, cette fois, il le vit « en esprit » pour bien marquer le changement de plan. A l’image de l’escalier spiraloïde, le Maître Maçon se tourne en lui-même, vers son fond le plus enfoui afin « d’approcher » ou « d’accroître » - selon les rituels – la Connaissance. On retrouve là la symbolique de V.I.T.R.I.O.L. Peut-être le Maçon croyait-il enfin atteindre la pleine lumière mais ce sont les ténèbres qui l’attendent ! Il doit même veiller à ce que son tablier et ses mains ne soient entachés d’aucune souillure. Il doit connaître l’épreuve de la mort avant de passer à une nouvelle étape : celle de la résurrection. Auparavant, il doit quitter le tombeau qui mesure trois coudées de large, cinq de haut et sept de long qui s’associent aux âges des trois grades. Hiram ou le Maître qui l’incarne quitte donc un univers limité à trois dimensions pour un univers au-dessus, celui de la Connaissance. Il est capable de cela grâce aux cinq points de la Maîtrise qui lui insufflent une nouvelle énergie qu’il devra utiliser à bon escient quand il voyagera de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient c’est-à-dire de la lumière vers les ténèbres et vice-versa. Quel cycle va-t-il entamer maintenant ? Celui, je pense, de répandre la lumière. Voilà, le Maître en mesure d’approcher la Connaissance comme nous le dit notre rituel. Mais cela s’apparente à de la petite métaphysique maçonnique. Tout cela ne prend son sens véritable que si nous pouvons nous en servir pour modifier nos conduites. Approcher la Connaissance, c’est d’abord se connaître soi-même. La devise de notre Rite n’est-elle pas ce vieil adage : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux » ? Si l’on fait le parallèle avec la formule « sept ans et plus », sept ans, c’est peut-être le temps nécessaire pour se connaître tandis que « et plus » serait cette perception du divin. Que représente pour moi ce « connais-toi toi-même » ou cette « approche de la Connaissance » ? En premier lieu, c’est connaître ses réactions mentales (pulsions, émotions, instincts) et corporelles c’est-à-dire devenir maître de soi. Mais prenons l’exemple d’une situation concrète et banale de la vie de tous les jours car on n’est pas Maître Maçon qu’un samedi soir par mois : un événement nous contrarie et déclenche chez nous une attitude colérique – je prends volontairement un exemple qui m’est connu. On se dit à ce moment qu’il faut avoir une attitude modérée, mesurée comme le ferait tout bon franc-maçon et l’on essaye tant bien que mal de ne pas laisser apparaître cette conduite, de la masquer en la refoulant. Cependant, l’état intérieur de colère n’a en rien disparu. Alors, que faire pour se dépouiller de ce métal ? Tout le travail sur soi, autrement dit devenir maître de soi, consiste à retrouver ce centre immobile qui, lorsqu’il est confronté à une situation « sensible » restera immuable, imperturbable ou infiniment moins colérique. Comment ? Par des exercices associant le corps et l’esprit où l’on apprend à domestiquer nos réactions mentales et épidermiques, à maîtriser ses cinq sens. Les gestes, les postures que nous pratiquons en loge sont une invitation à cela. Il me semble que ces rares moments ne suffisent pas. A nous, par le sport, la relaxation, le yoga ou que sais-je encore de développer cette connaissance. Celle-ci ne doit pas en rester à un plan purement conceptuel par trop métaphysique mais s’appliquer à un plan pratique, existentiel. Même si au grade de Maître on entend souvent dire que l’esprit domine la matière, il me semble quand même que l’on doive accorder une place éminente à notre matière. Nous ne connaissons guère notre corps et sommes peu intéressés par son fonctionnement non pas au sens anatomique du terme mais au sens de l’association corps/esprit. Autrement dit, se connaître soi-même ne revient pas uniquement à connaître son mental, son esprit, son intellect, sa psyché. Les alchimistes, me semble-t-il – mais je ne maîtrise pas le sujet – ne distinguaient pas esprit et matière. En second lieu, je dirais que se connaître revient à « rassembler ce qui est épars ». A l’instar d’Isis qui rassemble les parties du corps démembré d’Osiris, il s’agit, comme je viens de l’évoquer, de rassembler le corps et l’esprit mais également de réunir ou plutôt de réunifier ce qui au cours de notre vie et de notre parcours maçonnique a été remarquable : les bonnes choses comme les mauvaises. Je repense à l’image de ce franc-maçon qui, après avoir gravi les sept marches, doit se retourner et contempler le chemin parcouru. Un périple vient de s’achever ; un autre va commencer. C’est la porte ouverte sur l’Inconnu, au-dessus de la pesanteur terrestre, un voyage dans cette voûte étoilée sur laquelle s’ouvre notre temple, dans ce Cosmos infini, tellement immense que l’on pourrait s’y perdre mais qui est paradoxalement l’endroit où l’on peut se trouver. Donc, avoir « sept ans et plus », c’est savoir que ce que nous avons appris jusqu’à présent n’est rien ou n’est qu’un commencement auprès de ce qu’il reste à apprendre. On rejoint par là ce que nous dit le rituel : « être en mesure d’approcher la Connaissance ». Cela revient à découvrir par soi-même, par l’intérieur, sous les symboles, la Vérité ou tout au moins une parcelle de Vérité. Avoir Sept ans et plus, c’est faire son Devoir. Non pas un devoir imposé, contraignant, une action pénible mais plutôt un devoir à caractère sacré. Je m’explique. Il convient d’accepter d’abord ce qui nous incombe en tant que Maître : l’assiduité, le travail, s’instruire et instruire, le bien de la loge et des frères qui la composent, ne pas être incité à l’action par l’espoir du résultat sans pour autant se complaire dans une inertie pesante. Je dirais que c’est cela le devoir de base. Mais, il existe un Devoir plus sacré encore : c’est l’acceptation de ce qui nous échoit, de ce qui fait notre vie, notre parcours, nos épreuves. Tout cela est à considérer comme les opportunités nécessaires à notre progrès ultérieur. Autrement dit, une sorte d’alchimie qui consiste à tirer de chaque épreuve, de chaque problème, la substance qui alimentera notre parcours. Enfin, je dirais que le Devoir c’est l’obéissance volontaire à ce qui nous relie au Divin. Un rituel compagnonnique nous dit quelque chose d’un peu semblable à propos du Devoir :
- Quel serment vous a-t-on fait faire ?
- De soutenir mon Devoir.
- Qu’entendez-vous par Devoir ?
- Il m’est impossible de vous le dire. C’est comme une prière mais je ne m’en souviens pas.
Avoir Sept ans et plus, c’est alimenter sans cesse notre flamme, répandre la lumière autour de nous. Avoir Sept ans et plus, c’est … beaucoup de choses. Des choses qui ne peuvent se dire ou pas encore se dire car elles appartiennent au Maître intérieur.

Source : www.ledifice.net

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