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Hauts Grades

Sermon de JM Vianney , curé d’Ars : St Jean-Baptiste (extrait)

23 Septembre 2012 , Rédigé par JM Vianney Publié dans #spiritualité

Sa pénitence commence presque avec sa vie. Ah ! pauvre enfant, pourquoi faites-vous pénitence ? C'est vrai, il n'est pas le seul qui ait fait pénitence. Quand nous parcourons les vies des Saints, nous y trouvons des rigueurs qui font frémir et confondent notre lâcheté. Les uns passent sept ou huit jours sans boire ni manger ; d'autres, tel qu'un saint Siméon Stylite , vont même jusqu'à quarante jours ; ou bien ils endureront des tourments à faire mourir de frayeur, ici qu'un saint Venance, une sainte Reine, et bien d'autres encore. Néanmoins, nous voyons que tous avaient péché, et tous, par conséquent, avaient besoin de faire pénitence pour satisfaire à la justice divine. Mais notre saint Jean, pourquoi fait-il pénitence ? Sa voix n'est-elle pas la plus sainte et la plus pure de toutes les vies, après celle de la sainte Vierge ? En voici la raison. Étant l'ambassadeur du Père Éternel pour annoncer la venue de son Fils, il fallait qu'il fût orné des plus sublimes vertus, et que sa seule présence commençât à ébranler et à toucher les cœurs par l'exemple d'une vie si innocente et si pénitente. Les larmes et les gémissements sont toute sa nourriture et son occupation ; il n'est aucune vertu qu'il ne pratique au plus haut degré de perfection. Si, après tant d'années de larmes et, de pénitences, il quitte son désert, c'est pour annoncer au peuple et préparer la venue du Messie ; s'il eut tant de courage, c'est qu'il espérait donner sa vie pour son Sauveur, avant que son Sauveur ne la donnât pour lui.

 

Il fut grand par son zèle. Il parlait avec tant d'ardeur, avec un zèle si enflammé, qu'il étonnait tout le monde. L'on croyait voir en lui le prophète Élie revenu sur la terre et monté sur son char tout de feu, pour convertir les pécheurs les plus endurcis. Rien n'est capable de l'arrêter ; partout où il trouve le vice, il le combat avec un zèle inouï. Il reproche aux pécheurs leur vie honteuse, et les menaces de la colère de Dieu s'ils ne font pénitence : « Races de vipères, leur dit-il, qui vous a appris à fuir la colère du Seigneur prête à tomber sur vous ? Faites donc de dignes fruits de pénitence, ne retardez plus votre conversion ; car la cognée est au pied de l'arbre, et tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu . » « Oui, s'écrie saint Bernard, il était tellement enflammé de l'amour de Dieu, que ses paroles étaient comme des charbons ardents, capables d'embraser les cœurs les plus glacés et de convertir les pécheurs les plus endurcis. » Si on lui demandait ce qu'il fallait faire pour se préparer à la venue du Messie « Que celui, leur disait-il, qui a deux habits en donne un aux pauvres. Que celui qui a du pain en donne à celui qui n'en a point . » Enfin, dans l'ardeur de son zèle, ayant appris que le roi s'abandonnait au vice infâme de l'impureté, il va à la cour, et lui reproche hardiment une vie si honteuse et si indigne. Cependant, il savait très bien que cette démarche lui coûterait la vie ; n'importe, la gloire de Dieu est attaquée, cela lui suffit pour que ni les menaces, ni les tourments ne puissent l'arrêter ; il foule tout sous ses pieds, il ne se croit au monde que pour défendre les intérêts de son Dieu, et, dès que l'occasion s'en présente, il la saisit. Ah ! plût à Dieu que ses ministres d'aujourd'hui fussent tous dans les mêmes dispositions, et que ni les promesses, ni les menaces ne fussent pour eux un sujet de trahir leur conscience ! Oui, M.F., ce grand saint brûlait du désir de donner sa vie pour son Sauveur. Oh ! si nous avions tous ce bonheur, et si nous faisions pour cela tout ce qui serait en notre pouvoir, que de péchés de moins, que de vertus et de bonnes œuvres de plus ! ...
Il est grand par son détachement des biens de ce monde et le mépris même de la vie. Il a, en quelque sorte, surpassé Jésus-Christ dans sa pauvreté. Si Jésus--Christ n'a pas voulu naître dans une maison qui appartînt à ses parents ; cependant, quelque temps après, il est revenu à Nazareth, dans la maison de sa mère. Saint Jean-Baptiste, au contraire, quitta la maison paternelle à l'âge de dix-huit mois environ, et il n'y revint jamais. Le Fils de Dieu fut bien pauvre dans ses vêtements et sa nourriture ; saint Jean-Baptiste, pour ainsi dire, l'a été encore davantage. Le Fils de Dieu avait des habits ordinaires ; lui, n'a qu'une peau de chameau toute hérissée de poils. La nourriture du Fils de Dieu est un peu de pain ordinaire ; celle de saint Jean-Baptiste est un peu de miel sauvage et quelques sauterelles. Le Fils de Dieu se reposait sur un bien mauvais lit ; saint Jean n'avait que la terre nue. Aussi Jésus-Christ lui-même dit que Jean-Baptiste ne mangeait ni ne buvait, pour nous mon-trer la grandeur de sa pénitence. Le Sauveur du monde avait encore la compagnie de ses parents ; saint Jean-Baptiste n'eut que la compagnie des bêtes sauvages. N'est-il pas vrai, M.F. ? nous sommes forcés de l'avouer, l'on ne peut trouver le fond de cet océan de vertus, et tout ce que nous pouvons en dire n'est rien.

 

Il est grand par son humilité. Jamais, M.F., la terre n'a eu le bonheur de voir un saint aussi humble. Il est, après la sainte Vierge, tout ce qu'il y a de plus grand, et il se compare à tout ce qu'il y a de plus vil et de plus faible sur la terre. Il jouit, aux yeux du monde, de la plus haute réputation : les uns le regardent comme un ange descendu du ciel, les autres le prennent pour le Messie lui-même. En effet, les pontifes et les premiers d'entre les Juifs avaient conçu de lui une si grande idée, qu'ils lui envoyèrent tout ce qu'il y avait de plus consi-dérable dans leur nation, tel que les prêtres et les lévites, pour savoir de lui-même et de sa propre bouche, qui il était. On lui demanda d'abord s'il était le Messie ; car une vie remplie de tant de prodiges, si retirée et si pénitente, ne pouvait, à leurs yeux, convenir qu'au Messie. Cet abîme d'humilité leur répond sans détours : « Non. » Ne pouvant se persuader qu'il fût un homme ordinaire, ils lui demandent s'il est Elie ; sachant que ce prophète était un homme de miracles. II dit de nouveau : « Non, je ne le suis pas. » « Mais, lui disent-ils, si vous n'êtes ni le Messie, ni un prophète, dites-nous qui vous êtes, afin que nous rendions raison à ceux qui nous ont envoyés vers vous. » « Eh bien ! leur répond ce prodige d'humilité, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur, faites pénitence » Pouvait-il mieux montrer son humilité, disant qu'il n'est que le son d'une voix retentissant dans le désert ? Peut-on trouver quelque chose de plus faible et de moindre valeur que le son de la voix ? « Celui qui vient après moi est infiniment plus grand que moi, je ne suis pas même digne de toucher le cordon de ses souliers. » O humilité incomparable ! Il pouvait très bien s'attribuer la qualité de prophète, puisqu'il est envoyé de Dieu pour annoncer la venue de son Fils ; mais, afin de détruire la bonne opinion que l'on avait de lui, il se sert des termes les plus capables de le faire confondre avec le commun des mortels. « Il est aisé, M.F., nous dit saint Augustin, de ne pas désirer les louanges quand on ne veut pas nous les donner ; mais il est difficile de ne pas prendre plaisir à les entendre lorsqu'on les publie devant nous. »

 

Saint Jean-Baptiste est grand devant Dieu, parce que Jésus-Christ lui-même a fait son panégyrique, et qu'il a loué toutes ses belles vertus. Assurément, il y a bien de la différence entre les louanges que donnent les hommes, et celles que Dieu donne lui-même. Tous les hommes sont sujets à se tromper, mais Dieu n'estime et ne loue que ce qui est digne d'être estimé ou loué. O quelle gloire pour notre saint d'avoir été grand devant Dieu ! C'est le plus grand des honneurs. Jésus-Christ en a fait tant d'estime, qu'il n'a pas voulu qu'un homme ordinaire, ni même un ange, fît l'éloge de ses vertus ; il a voulu le faire lui-même : montrant ainsi qu'il n'y avait nulle créature dans le ciel ni sur la terre, capable de le faire dignement. Nous lisons, il est vrai, dans l'Écriture sainte, que Dieu dit, parlant de Moïse, de Joseph, du prophète Nathan et du prophète Élie, qu'ils ont été grands devant les rois de la terre ; mais, pour être grand devant Dieu, saint Jean-Baptiste seul est mis à ce rang. Si j'osais, je dirais que Dieu semble vouloir l'égaler à lui-même. L'ange, messager de l'Incarnation, se sert des mêmes paroles, en parlant à Marie et en parlant à Élisabeth : « Le Fils qui naîtra de vous sera grand devant Dieu et devant les hommes. » D'après cela, M.F., n'avais-je pas raison de vous dire que nulle créature n'était capable de faire l'éloge de cet ange terrestre ? Jésus-Christ, il est vrai, a bien loué Madeleine pour avoir embrassé ses pieds ; il a bien loué le Centenier et la Chananéenne, en disant qu'il n'y avait point de foi si grande en tout Israël, mais cela n'est dit que pour quelques vertus particulières ; il prend, au contraire, un singulier plaisir à parler de chacune des perfections de notre saint. Écoutez-le quand, s'adressant aux Juifs, il leur parle de sa fermeté : « Qu'êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent ? » c'est-à-dire un homme ordinaire, qui a pour apanage l'inconstance et la faiblesse, qui plie à tous les vents. Mais non, c'est un homme inébranlable, et inviolablement attaché aux lois de son Dieu. Entendez-le parler de sa pénitence. Qui êtes- vous allé voir ? « Avez-vous vu un homme vêtu délicatement » comme les mondains ? « Non, ces personnes se tiennent dans les maisons des grands. » Enfin, pour porter ses louanges comme à l'infini, il dit que « nul d'entre les enfants des femmes ne peut l'égaler . » Que peut--on dire de plus, M.F. ? Quand Jésus-Christ a loué quelques vertus, il ne les a jamais mises au-dessus de celles d'autres saints ; mais, quand il loue Jean-Baptiste, il exalte sa sainteté au-dessus de celle de tous les autres hommes. Encore, il finit par assurer que « c'est un prophète, et plus qu'un prophète. » Oh ! M.F., que de grâces et que de bénédictions nous obtiendrions, si nous avions le bonheur d'avoir une vraie confiance en ce grand saint ! ...

 

Saint Jean est grand devant les hommes. Plusieurs siècles avant, les prophètes ont annoncé sa naissance, et ils ont employé, en parlant de sa venue, toute l'éloquence que le Saint-Esprit leur avait donnée. Le prophète Isaïe le peint sous la figure d'une voix retentissante, qui se fera entendre dans tous les déserts de la Judée . Jérémie le compare à un mur d'airain et à une flèche embrasée, pour nous montrer sa constance et son zèle pour la gloire de Dieu . Malachie l'appelle un ange, pour nous montrer la beauté et la grandeur de sa pureté . « L'opinion que l'on avait de lui était si grande, dit saint Jean Damascène, que tout le peuple le suivait en le prenant pour le Messie. Quand il eut le bonheur de baptiser Jésus-Christ, on lui eût attribué ces paroles qu'on entendit descendre du ciel. « C'est ici mon Fils bien-aimé, » si le Saint-Esprit, qui parut alors sous la forme d'une colombe, n'eût fait connaître le Fils de Dieu en se reposant sur sa tête. » Après sa mort, on a cru voir en la personne de Jésus-Christ, Jean-Baptiste ressuscité. Les Pères de l'Église ne savent en quels termes parler de lui, tant ils trouvent ses mérites au--dessus de leur science. Saint Pierre Chrysologue l'appelle l'école de la vertu, le modèle de la sainteté, la règle de la justice, le martyr de la virginité, l'exemple de la chasteté, le prédicateur de la pénitence, la voix des apôtres, la lumière du monde, le témoin de Dieu et le sanctuaire de la sainte Trinité. Et pour vous donner une idée de l'estime que l'Église du ciel, et de la terre fait de notre saint, je vous dirai que Dieu avait inspiré à son Église la pensée de célébrer trois messes le jour de sa naissance, comme à la naissance du Sauveur ; tant sa vie a de conformité avec celle du divin Maître. Hé bien ! M.F., vous faisiez-vous une telle idée de la grandeur, de la dignité et de la sainteté de notre Jean-Baptiste ? Ah ! mes amis, pourquoi avons-nous si peu de dévotion et de confiance aux saints ? C'est que nous n'avons jamais pris la peine de connaître les vertus et les pénitences qu'ils ont pratiquées, et le pouvoir qu'ils ont auprès du bon Dieu

 

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