Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Sic transit gloria mundi : ainsi passe la gloire du monde !

9 Mai 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Voilà bien une parole de vraie sagesse ! Mais elle résonne ici surtout comme une mise en garde en direction du futur Frère apprenti dans la dernière phase de sa réception, au moment même où il retrouve la lumière, belle et fulgurante, soudaine comme un feu de paille, ténue et volatile comme vapeur ! Mais quoi ! Voici déjà un bon moment que cette voix d’outre-tombe lui parle de la lumière, lui dit combien elle est fondamentale, nécessaire, indispensable au maçon.

Il y a … si longtemps qu’il en est privé, qu’il navigue dans le noir, dans les ténèbres, tous sens en alerte, … qu’il est guidé comme un aveugle, poussé et tiré à hue et à dia, une main brûlée ou bien trempée, l’autre armée d’une épée perçant sa poitrine, ballotté, mis en garde contre lui-même, invectivé dans sa solitude au cœur d’une assemblée qu’il ne peut que deviner !

Et au moment où enfin cette lumière vient à lui, où elle explose devant lui et en lui, on clame alors qu’elle est comme la gloire du monde … passagère, fluente, provisoire !

Et d’ailleurs pourquoi, après avoir traversé tant d’épreuves, buté sur tant d’obstacles, après avoir raidi le cou, armé sa poitrine de courage, résisté à la peur et pourtant renouvelé sa confiance envers ces inconnus qui vous subjuguent … en un mot après avoir cherché, persévéré et souffert … pourquoi diable remettre en question cette victoire sur soi-même emportée de haute lutte ?

Mais, mon bien aimé Frère apprenti, simplement parce qu’à partir de ce jour, de cet instant, de cette minute où vous recouvrez la lumière et devenez maçon, la loge … c’est-à-dire nous… va se pencher sur vous comme le ferait une mère attentionnée sur son nouveau-né, … pour vous nourrir de connaissance, vous rendre fort de toutes les vertus, vous accompagner sur votre chemin, vous protéger de vous-même et des autres … à chaque grade de votre vie de maçon et ce jusqu’au moment où de l’avis de tous vous serez assez fort et lumineux pour continuer seul le chemin, par vous-même, mais toujours au milieu de nous.

Ainsi, ce à quoi vous invite cette maxime « sic transit gloria mundi », c’est à l’humilité « qui est l’antichambre de toutes les perfections » et à la vertu et au zèle, qui remplacent toutes les fausses gloires du monde.

La preuve ? C’est cette même phrase que prononçait par trois fois traditionnellement un simple moine devant le Pape nouvellement élu en brûlant à ses pieds une mèche d’étoupe :

« Sancte Pater, sic transit gloria mundi » , « Saint Père, ainsi passe la gloire du monde ».

Une manière de lui rappeler qu’en toutes choses il n’est qu’un homme et doit se garder de tout orgueil, de toute vanité.

Et, cette maxime ne ressemble-t-elle pas aussi au « memento mori » ! ( rappelle-toi que tu es mortel ! ) que l’on glissait à l’oreille des généraux romains portés en triomphe dans les rues de Rome pour leur rappeler le caractère transitoire, fugace et vain de toute victoire en ce bas monde.

C’est aussi ce que développe, dans le rituel d’apprenti, le vénérable Maître aussitôt après que la flamme de la pipe à lycopodes ait jailli, puis disparu :

« … Songez que le moment doit arriver où toutes les illusions disparaissent plus vite que l’éclair. Aimez donc exclusivement la vérité, la justice, si vous voulez acquérir un bonheur solide et durable… »

Puis encore, lorsque l’apprenti va être emmené par le Frère Introducteur pour retrouver ses habits : il n’omettra pas de lui dire :

« ..Puisqu’en quittant ses décorations profanes, notre nouveau frère avait reconnu devant vous que la sagesse est la seule parure qui distingue vraiment les hommes, allez lui faire reprendre des vêtements qui, bien loin de servir à leur orgueil, ne devraient être pour eux que le signe de leur besoin » .

Voici peut-être pourquoi nous sommes ici habillés semblablement ! Et qui indique clairement combien l’humilité devrait toujours régner parmi les maçons !

En est-il toujours ainsi ? … Voire !

Plus encore qu’au seul frère apprenti, ce rappel ne s’applique-t-il pas plutôt à toute la loge ? Et chacun de nous, ici et maintenant, n’a-t-il pas besoin de se remettre en question, quelque soit son grade, son titre ou sa fonction ?

Dans un grade plus élevé ne dit-on pas, en tête d’un premier discours : « Il n’y a rien de stable dans ce monde. Tout passe comme une fumée. »

Mais allons plus loin ; cette humilité qui nous est demandée, … que dis-je …exigée … Que représente-t-elle et quel est son impact sur notre vie en loge et hors la loge ?

Elle est d’abord et avant tout le fruit d’une descente en nous-mêmes, en nos propres enfers, dont nous devrions remonter renseignés, souriants, libres et nus….

Renseignés …parce que l’humilité ne nous demande rien d’autre, dit Saint Augustin, « que de nous connaître en vérité, sans détour », sans artifice.

Souriants … parce qu’au fond de nous-mêmes, nous devrions avoir trouvé cette petite étincelle de lumière divine porteuse d’espoir qui devra devenir un brasier.

Libres et nus … parce que « Cette courageuse plongée en notre intime labyrinthe n’a pas pour fin de nous y perdre, ni de nous y enfermer, mais de nous désabuser et de nous détromper de nous-mêmes afin que, de cet abîme suffoquant, nous ressortions libres et nus. Nus,… car nous savons désormais que rien de misérable ne nous est tout à fait étrangerLibres,… car nous savons dès lors qu’il n’y a ni force, ni talent, ni vertu dont nous soyons propriétaires, et dont nous puissions nous faire fort, par nous-mêmes et à jamais. »

Or c’est bien libre et nu (ou presque) que se trouve le futur Apprenti au moment où il reçoit cette lumière et entend cette maxime.

Le message est ici évident, il est maintenant sur un chemin d’humilité qui va d’abord le conduire au-dedans de lui-même, puis dans le monde, au cœur d’un voyage sans bagages où c’est le but qui est créateur et porteur de vertu.

Pour ce voyage en terre d’humilité, rien ne sert en effet de se demander si l’on est assez courageux, assez patient, assez intelligent pour assurer telle tâche ou telle action, … mais seulement si cette tâche est nécessaire et cette action requise. Si c’est le cas, alors la volonté et le zèle déployés créeront les vertus nécessaires à l’accomplir, particulièrement au sein de la loge, car « seul celui qui se sait pauvre peut oser appeler et oser recevoir »

Et c’est comme pour précéder cet appel, cette demande de l’humble, que le vénérable Maître lui montrera de nouveau les épées des frères de la loge, lui disant : « vous voyez maintenant les mêmes armes tirées pour votre défense, pour vous convaincre que jamais l’Ordre ne vous abandonnera…»

Voici, mes bien-aimés frères, ce que doit être l’attitude de l’apprenti-maçon et aussi celle qui devrait être la mienne et la nôtre … à tous … en loge et en dehors de la loge.

Et voici aussi le temps pour nous d’endosser en confession les paroles du Duc d’Aumale :

« je dis ces paroles pour qu’elles fassent honte à mes actions ».

Car « cette descente dans l’abîme… que nous sommes ! veut une lumière, celle de Dieu, plus forte que notre conscience, … et un but, celui d’œuvrer enfin,… plus riche que nos jugements, bons ou mauvais, sur nous ».

C’est pourquoi il nous faut à chaque instant porter attention à conserver les vertus de mesure et d’effacement qui nous épargnent d’imposer aux autres notre présence, notre regard, notre conviction, notre jugement, et d’envahir leur espace comme par un droit de conquête. Ne soyons ni des juges et ni des conducteurs d’âmes.

Rappelons-nous toujours ceci :

« Un courage sans humilité n’est que folle témérité, une intelligence sans humilité n’est que sotte outrecuidance, une autorité sans humilité n’est que tyrannie capricieuse.»

Ainsi, en pensant – faussement – avoir acquis la sagesse, accompli son chemin, prenons garde, nous maçons, de ne pas confondre … se connaitre soi-même et … se comparer aux autres !

Se connaître n’est pas se comparer ! Car en vérité que m’apprend de me trouver pire ou meilleur qu’un autre que je connais moins encore que moi ?

Alors mesure, oui ! Effacement, bien sûr ! … Mais à l’inverse, en quoi se déprécier serait-il plus pur que se vanter ? … En rien !

Car ce ne sont là, qu’on se le dise, que les marées hautes et basses du même narcissisme, que pièges qui nous font tomber de Charybde en Scylla, et on connait des sicaires de l’autorité comme on connait aussi des fanfarons de la petitesse, de l’indigne.

Il nous faut donc, mes frères, veiller à poser … et conserver … des limites qu’il s’agit de ne pas franchir, ni au delà et en deçà, et des distances à ne pas abolir pour que le frère, pour qu’autrui … soit et respire, reste libre et mobile.

Et si l’humilité, la réserve et la mesure en toutes choses sont de belles vertus, leur objet est, d’abord et avant tout, d’empêcher tous ces débordements où la mise en avant de notre être ferait de l’autre notre chose ou notre jouet, même au nom de son prétendu bien.

Gardons nous donc de l’hypocrisie comme de l’ostentation !

L’humilité, la vraie, celle qui est mesurée … est notre pierre de fondation et la demeure de la charité.

Saint Augustin affirmait :

« Si vous me demandez ce qui est le plus essentiel dans la religion et dans la discipline de Jésus-Christ, je vous répondrai : d’abord, l’humilité, ensuite, l’humilité et en troisième lieu, l’humilité . »

Car en plus de nous révéler la profondeur de l’amour que Dieu nous porte, l’humilité nous montre la voie réelle qui conduit à la plénitude de cet amour.

« L’ouverture du cœur est à la mesure du désert intérieur » nous rappellera toujours le Père de Foucault.

Et l’on est sur la bonne voie lorsque l’on comprend enfin que la force de notre amour ne vient pas de nous-mêmes,… mais qu’elle émane de ce que nous aimons. C’est pourquoi elle ne saurait manquer.

C’est aussi pourquoi c’est bien cette amoureuse humilité, et non pas la vaine recherche de cette fausse gloire du monde, qui renvoie à toutes les grandeurs du maçon écossais rectifié.

“Vanitas vanitatum” , dit l’Ecclesiaste “Vanitas vanitatum, omnia vanitas”

Vanité des vanités, tout est vanité !

Source : http://www.info-france.fr/123LAPAROLECIRCULE/archives/5319

Partager cet article

Commenter cet article