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Hauts Grades

Sol Invictus

6 Novembre 2012 , Rédigé par D.L Publié dans #Planches


Mes très chers FF, c’est avec plaisir que j’ai répondu par l’affirmative à notre V\M\ quand ce dernier m’a demandé de dire quelques mots sur le thème "Sol Invictus" dans l’esprit de notre banquet de la Saint-Jean d’été et dans la ligne du thème de notre année maçonnique « La Lumière ».

"Sol Invictus" ou "Soleil invaincu, Soleil toujours vainqueur"…Au moment où je vous parle, le grand luminaire du quatrième jour de la Création frôle l’horizon de l’hémisphère austral, sa course dans le ciel va décroître puis être abrégée par l’hiver. Depuis le solstice d’été, il perd de sa puissance calorique et même, à certains moments, de son éclat. Il n’en persiste pas moins, cependant, à "se lever à l’Orient pour ouvrir la carrière du jour" même s’il va s’enfuir toujours plus vite devant les froides ténèbres jusqu’à la longue nuit du solstice…

Il en est ainsi, au terme de cette période que les hommes ont défini comme étant une année, depuis que l’univers est sorti du chaos des origines. Il en sera ainsi, encore et toujours, jusqu’à ce que notre Soleil se transforme en géante rouge, c’est à dire dans trois ou quatre milliards d’années ou, autrement dit, jusqu’à la fin des temps…

Dans ce travail, vous voudrez bien me pardonner d’axer ma recherche sur les apports de la Tradition Primordiale et de ne point m’attarder sur le symbolisme de la Lumière dans la tradition johannique, que nous avons déjà largement évoqué.

Sol Invictus, les racines indo-européennes du culte de Mithra
Dieu des religions à mystères, ou de salut, distributeur de l’énergie vitale associée au soleil, souverain des armées, Mitra est, à l’origine, un dieu védique, associé à Varuna et à Indra. C’est cette trilogie que les anciens grecs (les Achéens, les Doriens, les Hellens) importèrent en Grèce puis les transposèrent afin de détrôner le culte de la déesse primordiale, la déesse-lune que les Pélasges surnommaient Héra. Le Mitra védique décrit par Georges Dumézil est un dieu souverain, complémentaire et cosmique de Varuna (l’équivalent grec d’Ouranos) et rarement distingué de lui dans le Rig-Veda dans l’organisation de la création, même si leurs modes d’action sont différents. D’après l’hymne qui lui est consacré, Mitra est un dieu « très favorable », « roi au bon pouvoir temporel », ordonnateur. Mitra incarne ainsi le jour, Varuna la nuit. Mitra est le bienveillant, l’amical, le lumineux, celui qui réfléchit, celui qui est proche de ce monde-ci, alors que Varuna est le justicier, le vigoureux, le redoutable, celui qui agit, le ténébreux, le lointain, celui qui est de l’autre monde. La paix solaire de Mitra s’oppose à la violence nocturne de Varuna.

Mitra a un homologue mazdéen (iranien) : Mithra, qui procède de la même origine indo-européenne, avec quelques différences cependant. Mithra perd Varuna, son homologue, et se charge progressivement de ses traits. Toujours lumineux, il voit tout et dispose de mille espions. Son nom évoque la notion d’alliance, fondée sur un contrat. Il est le gardien de la loyauté et de l’amitié sincère, le témoin par excellence. Les traîtres sont ses ennemis et il favorise la prospérité des justes. Il prend aussi des allures militaires, il est « Mitra aux vastes pâturages » qui permet de conquérir de nouveaux territoires, n’hésitant pas à manier l’épée pour préserver la juste alliance et mener la guerre sainte contre les armées ennemies, ni même à recourir à la magie. Assimilé au dieu du temps infini (Chronos chez les grecs), il se trouve à l’origine de l’Univers des vivants et le dirige. Mithra est représenté sous la forme d’un héros, portant souvent un bonnet phrygien, égorgeant un taureau, le premier vivant, dont le sang répandu donnera naissance aux végétaux et aux animaux. Ce symbolisme trouve probablement son origine dans l’élimination en Inde du monstre Vrta par Indra, ce qui avait enclenché le cycle cosmique et permis au soleil de briller, aux eaux de couler, aux plantes de pousser. Dans d’autres représentations, Mithra est symbolisé par un être humain à tête de lion, dont le corps est entouré d’un serpent, figurant le cours du soleil et du temps. Rappelons que chez les Grecs, le taureau et le serpent représentaient la croissance et la décroissance de l’année – « le taureau qui est le père du serpent et le serpent dont le fils est le taureau » - et le roi sacré obtenait sur eux la victoire. Nous retrouvons ce symbolisme dans le combat d’Héraclès contre le dieu-fleuve Achélôos, homme à tête de taureau sous sa forme humaine, qui se transformera en serpent au cours de la lutte avant de redevenir taureau. Rappelons aussi que le héros babylonien Enkidu, le jumeau mortel de Gilgamesh, saisit le taureau du ciel par les cornes et le tua avec son épée.

Le culte de Mithra en Iran va évoluer. Ecarté dans un premier temps par la réforme du prophète Zoroastre au profit du dieu souverain Ahura-Mazda, Mithra va bientôt être réintégré dans le corpus religieux mazdéen comme une créature de Mazda, mais il lui arrive parfois de le dépasser. Il devient le gardien de l’ordre social, le Sol Invictus qui triomphe de tous ses ennemis.

Sol Invictus, religion de l’état dans l’Empire romain
Suite à une très grave crise qui conduisit l'empire romain au bord de la dislocation au IIIe siècle, l'empereur Aurélien décida en 274 après J.C d'instaurer un culte commun à tout l'Empire afin de renforcer le lien commun entre les provinces : en effet chaque cité, chaque province, restait attachée aux cultes locaux, dont les rites et les formes pouvaient varier considérablement. Ce nouveau culte devait être pour cela suffisamment neutre pour être accepté par les différentes populations de l'empire.
Son choix se porta sur un culte solaire, le Soleil étant censé être universel : c'est le culte de Sol Invictus, le Soleil Invaincu. Aurélien lui fit édifier à Rome un temple sur le Champ de Mars, et créa un collège de Pontifes du Soleil, et fit du culte de Sol Invictus une sorte de religion de l'État (et non une religion d'État), se substituant au culte impérial tombé en désuétude. Il ne s’agit cependant pas d’un monothéisme, car la nouvelle divinité, loin d'être exclusive des autres, se superposait simplement aux autres cultes, et reste fondamentalement polythéiste : l’Empereur est l’émanation du Sol Invictus. La grande fête du Soleil Invaincu avait lieu le 25 décembre, soit la date du solstice d'hiver selon le calendrier julien : c'était le Dies Natalis Solis, « Jour de naissance du Soleil », christianisé par la suite en Occident (Natalis a donné Natale en italien, Noël en français) (Le Monde des Religions, page 43).

Ce nouveau culte fut mal accueilli par les milieux conservateurs romains (tels que les rédacteurs de l'Histoire Auguste), attachés à la religion traditionnelle romaine et méfiants envers ce nouveau venu qu'elle assimila pour le décrédibiliser à Elagabal, un culte local syrien entouré d'un folklore oriental (culte d'un bétyle, prostitution sacrée, transfert des reliques et statues les plus sacrées de Rome).
Cette religion du Soleil Invaincu s'adressait davantage aux militaires qu'aux civils, qui ne faisaient guère que suivre le mouvement, et elle fut, de fait, très répandue dans les milieux militaires. L'empereur Constantin Ier (306-337), fervent adorateur de ce dieu, fera frapper sur les monnaies la légende « Soli Invicto Comiti », « Au Soleil Invaincu qui m'accompagne ». C'est lui qui, par une loi du 7 mars 321, fera du « Jour du Soleil » (c’est-à-dire le dimanche) le jour du repos hebdomadaire (Code Justinien 3.12.2).
Dans le culte du soleil, les romains représentent Mithra avec un globe dans la main, tandis qu’il touche le zodiaque de l’autre. Il est entouré des quatre éléments, des quatre vents et des quatre saisons. Le culte est pratiqué dans des temples mithraïques appelé mithrae que les légionnaires romains construisaient pendant leurs campagnes ou près de leurs garnisons. A Rome, les mithrae voisinent d’ailleurs avec les tombes des chrétiens dans les catacombes.

Les adeptes de Sol Invictus pratiquaient le culte du taurobole. Au solstice, le dévot descendait dans une fosse spécialement creusée à cet effet et recouverte d’un plafond percé de trous ; puis on égorgeait un taureau au dessus de lui, dont le sang fumant ruisselait à travers les ouvertures sur tout son corps ; celui qui se soumettait à cette aspersion sanglante était renatus in aeternum (né à une nouvelle vie pour l’éternité), l’énergie vitale de l’animal, réputé le plus vigoureux avec le lion, régénérant le corps et peut-être l’âme de l’officiant.
Pour le peu que nous en savons, l’initiation mithraïque se faisait selon sept degrés : le corbeau, le griffon, le soldat, le lion, le Perse, le Courrier du Soleil et le Père, qui correspondaient aux sept planètes dont il fallait traverser les sphères et vivre l’état psychique et spirituel qu’elles commandaient pour parvenir à la béatitude. Cette idée de perfectionnement moral et spirituel fait apparaître progressivement le mithraïsme comme une religion du salut. Mithra l’invincible ne meurt pas, il monte à l’arrière du Char du Soleil pour prononcer le jugement suprême au Ciel. Le culte de Sol Invictus /Mithra prospéra dans l’Empire romain, se répandant de la Syrie et l’Egypte jusqu’au nord de l’Angleterre et sur les rives du Rhin et du Danube. In entra de facto en concurrence avec le christianisme. En 391, Tertullien établit que le Christ était le seul Sol Invictus et le culte fut interdit.

De l’initiation mithraïque à l’initiation maçonnique

Sol Invictus symbolise la régénération physique et psychique par l’énergie du sang, puis par l’énergie solaire, enfin par l’énergie divine. Bel exemple de symboles superposés, suivant un même axe. Il en vient à exalter non seulement l’énergie vitale du guerrier, mais l’énergie de celui qui est appelé à combattre toutes les puissances du mal, pour faire triompher la pureté spirituelle, la vérité, le don de soi et la fraternité universelle des vivants.
La quête inlassable des Francs-Maçons, particulièrement ceux qui pratiquent le Rite Écossais Ancien & Accepté, les conduit à la recherche de la Tradition Primordiale. Avec un constat : l’homme ressent de tout temps l’angoisse, la peur viscérale et mortelle engendrée par la nuit comme l’espérance en la résurrection quotidienne de la nature au moment où le soleil se lève.

Deux entités "divinisables" vont donc pouvoir prendre naissance des que l’homme aura pris conscience de sa propre existence :
- d’un côté, ce qui est en bas, la "Tellus Mater", cette Terre-mère qui soutient ses pas et participe à sa subsistance comme à sa protection,
- de l’autre, ce qui est en haut, le Ciel, cet infini qui, de toute sa profondeur et de son immensité, l’exalte et l’écrase.

Ainsi se mettrent en place ce que Mircea Eliade appelle des "hiérophanies cosmiques", chacune d’elles n’étant rien d’autre que ce "quelque chose qui manifeste le sacré". Ce sont, en fait, des choses simples qui participent directement du cadre de vie primitif. On y trouve, bien entendu, les quatre éléments primordiaux : terre, air, eau et feu. Viennent ensuite leurs multiples variantes telles que pierres, rochers, grottes, montagnes, vent, pluie, tonnerre, ruisseaux, rivières, lacs, mers, flamme, foudre, éruptions volcaniques et tremblements de terre. De façon analogue, y figurent également la voûte céleste avec son astre diurne et ses astres nocturnes, les nuages, le levant et le couchant. La végétation est également représentée et, plus particulièrement les arbres, les semences et les récoltes de même que certains animaux terrestres; atmosphériques ou aquatiques. La fécondité comme la mort n’y sont pas oubliées…

L’homme, dont l’intelligence supplée déjà à la force, confère à chacun de ces éléments et à chaque forme qu’il vénère un pouvoir, une puissance bénéfique ou maléfique et les insère dans un panthéon organisé mais pourtant bouillonnant de vie…Il est pourtant remarquable de constater que, quelle que soit la latitude, cet ordonnancement a toujours été précédé par l’imagination d’un inévitable chaos originel. La Bible, elle-même, si elle se réfère plus volontiers au "Verbe" qu’elle définit comme le "principe créateur", n’en passe pas moins pour expliquer la Genèse par un chaos nécessaire qui a valeur de néant mais grâce auquel le "Verbe" générera et ordonnera les éléments de la Création.

L’homme primitif n’est pourtant pas sans distinguer, au sein de l’univers créé, un certain nombre de cycles dans lesquels alternent avec une parfaite et stupéfiante régularité des phénomènes et des événements de sens contraire. En effet, de même que la lumière et la vie ont surgi du néant et des ténèbres chaotiques, le jour et la nuit, l’été et l’hiver, la naissance et la mort se succèdent inéluctablement de façon apparemment contradictoire. Cette "coïncidence des contraires", l’homme va tout naturellement la transmettre aux divinités attachées aux choses, aux êtres ou aux faits qui l’impressionnent. Ces divinités deviendront ainsi pour lui bienveillantes ou terrifiantes, constructrices ou destructrices. C’est bien le cas avec le soleil qui, s’il est gage de lumière et de vie, peut aussi désertifier la terre et apporter la mort. Il est tout à la fois le feu vivifiant comme le feu destructeur et mortel. Il éclaire et réchauffe mais il aveugle et calcine. Il est tout autant dieu du jour que dieu de la nuit et cette ambivalence se traduit encore dans son rôle de dieu des vivants et des morts.

Parallèlement, on observe que dans de nombreuses mythologies, le Soleil a pour substitut ou pour symbole l’Aigle. Ce n’est certes pas le seul animal qui ait été utilisé comme représentation de l’astre diurne. S’il convient, ici et maintenant, d’attirer l’attention sur le tandem Soleil-Aigle, c’est bien que le roi des oiseaux est aussi, en tant que photophore, le roi du firmament. Il a donc valeur, entant que tel, de contemplation et de régénération spirituelle. Dans l’iconographie chrétienne, du reste, il est le symbole même du Verbe.

L’Aigle, symbole du Rite Ecossais Ancien et Acepté, possède la double capacité de voler à de très grandes altitudes, "au-dessus même des nuages" et de pouvoir planter son regard dans le Soleil qui ne l’aveugle pas. Grâce à cette double opportunité, il règne dans le ciel et possède la perception directe de la lumière. Il jouit pourtant d’une telle acuité visuelle qu’elle le maintient en relation constante avec le sol. Comme le dit Paul Naudon, "il devient ainsi l’intermédiaire entre le plan humain et le plan divin". Toutefois, s’il vole haut et fixe le soleil, il doit néanmoins redescendre puisqu’il est aussi une créature terrestre. Il ramène, de la sorte, la lumière supérieure jusqu’au modeste niveau où l’homme peut éventuellement l’entrevoir. Il exprime alors la souveraineté et la transcendance, dans le même temps qu’il apporte l’illumination. A titre anecdotique, dans la Kabbale, il représente le point cardinal de l’Orient. Ce n’est pas un hasard…

Pour en revenir au symbolisme solaire qui se rattache si étroitement à la célébration de nos fêtes de la Saint-Jean, notre grand luminaire diurne, caractérisé par le rayonnement, la chaleur et la lumière qui en émanent, s’associe symboliquement au Feu-Principe purificateur. Il est également source d’Amour et s’assimile à l’Initiation et à l’Esprit. Il n’est donc pas surprenant que le feu ait joué et continue à jouer un rôle capital dans la tradition initiatique. Il est en effet l’élément moteur de la mort profane du postulant comme de la résurrection du néophyte qui renaît à une existence spirituelle nouvelle puis qu’il aspire à la Connaissance.

Tout initié est, du reste, appelé à franchir le "rideau de feu" qui matérialise la séparation symbolique entre l’état profane et le monde du Sacré. Le feu le tue et le régénère comme, en alchimie, il transmute la matière vile en métal pur et précieux. Il est la puissance cosmogonique fécondante qui donne vie et croissance à tous les êtres vivants. Il est celle des trois grandes divinités védiques qui, ayant gardé son caractère physique, devient le Dieu universel, invisible et mystique, qui, sous le nom d’Agni, se matérialise "sous la forme de la flamme pure et brillante qui dévore le bois sur l’autel et monte vers le ciel qui est sa demeure et sa véritable patrie" bien qu’il soit tout à la fois le feu du foyer, le feu terrestre, le feu de l’éclair et le feu du Soleil.

Dans tous les cas, comme par exemple de "l’Enouma Elish", le merveilleux poème de la Création des Mésopotamiens, en passant par l’immense épopée du "Mahabharata" hindou, l’Hymne au Soleil du Pharaon Akhenaton, l’Invocation au Soleil de Zoroastre, les relations entretenues par Mithra, le Tauroctone, avec le Soleil et jusqu’à notre vénérable Volume de la Loi Sacrée, la continuité de la Tradition est évidente. Tous les hommes de pensée qui nous ont précédés ont donc rempli infailliblement et de façon continue leur rôle de transmetteurs intègres de la Tradition Primordiale. A nous de savoir "passer le témoin"… En fait, la vision du grand mythe solaire n’est qu’une fraction de l’interminable histoire, à la fois unique et multiple, de la tradition spirituelle qui sous-tend l’unité de l’espèce humaine au plan de la métaphysique et de la connaissance, dans le temps comme dans l’espace.

C’est le sens profond qu’a pour nous, Franc-Maçons de Rite Écossais Ancien et Accepté, le message cosmique de Sol Invictus, à mettre en parallèle avec l’aphorisme d’Héraclite "Le soleil est nouveau chaque jour".

J'ai dit Vénérable Maître,

Source : www.ledifice.net

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