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Hauts Grades

Spiritualité et Mysticisme de la Perpendiculaire

12 Septembre 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Planches

« J'ai cherché mon Ame à travers l'invisible  

Pour déchiffrer les mystères de l'Eternité  

Et une nuit, elle m'est revenue
En me chuchotant que je suis moi-même
Le Ciel et l'Enfer »
Omar Kayyam

Bien que pouvant se référer à des religions ou des croyances, il est inutile de préciser que cette approche est faite en dehors de toute conviction religieuse.
La perpendiculaire ou fil à plomb est le bijou distinctif du 2eme S\, l’Off\ ayant en charge les App\. Je vais essayer d’en parler, arbitrairement, selon différents aspects.

Sur le plan opératif :

Le fil à plomb sert à représenter et vérifier concrètement la verticalité d’une structure ou d’un objet.
La verticale est une droite qui forme un angle droit avec l’horizontale, de plus elle est orientée, polarisée ; c'est-à-dire dirigée vers le haut et aussi vers le bas, du nadir vers le zénith, ou le contraire.

Sur le plan spéculatif :

Le fil à plomb est situé au-dessus des carreaux noirs et blancs du pavé mosaïque, ils se référent tous les deux à la notion de dualité.
De ce fait, pour moi, le fil à plomb est une dyade par excellence.
La première notion qui me vient à l’esprit est que ce symbole nous incite à nous élever, à prendre de la distance par rapport aux choses et aux idées. Prendre de la distance ne veut pas dire être indifférent. Il nous appelle à faire preuve de plus de tolérance et de clémence, c'est-à-dire à tendre vers une grandeur d’âme, à plus de solennité. Direction le zénith.
Comment peut-on espérer s’affranchir d’une tâche aussi lourde ? Grâce à un autre outil ; le silence de l’App\.
En effet, en observant le silence, loin d’être une brimade, cela nous permet d’écouter les autres, chose que l’on ne peut faire si l’on accapare la parole. Excellent moyen de travailler notre ego qui à la fâcheuse tendance à grandir quand il est livré à lui-même.
Ensuite le corollaire à l’élévation est évident, direction le nadir, c’est-à-dire travailler sur soi. Comment peut-on le faire ? Un excellent moyen, encore une fois ; le silence de l’App\. Loin d’être paradoxal, au début de notre cheminement initiatique et même après, en observant le silence l’on n’écoute pas forcément les autres, on met en sourdine le discours de l’autre et ainsi on écoute notre propre voix intérieure, notre inconscient enfoui en nous même.
Toujours dans le cadre spéculatif, à y regarder de plus près, en dehors de la géométrie euclidienne, deux droites verticales ne sont pas vraiment parallèles entre elles, elles convergent vers un même point : le centre de la terre, qui représente l’origine unique des hommes. À l’inverse, à l’autre extrémité des verticales, il y a une dispersion en arborescence vers la voûte étoilée, allégorie du rayonnement universel et de la F\M\.

Sur un plan spirituel :

Ce voyage incessant du bas vers le haut, et vice-versa, prête à dire que le l’homme en général et le franc-maçon en particulier se situent entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Macrocosme et microcosme, ou el kawnu el kabir et el kawnu essaghir des soufis.
Cette circulation à double sens a été décrite par les anciens et par les contemporains. Déjà Hermès Trismégiste disait dans la table d’émeraude : « tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », les soufis parlait du « tawhid » et de la dualité de l’écorce (qichra) et du noyau (el loub), et tout récemment les figures fractales étudiées en mathématiques et bien d’autres.
La perpendiculaire est un moyen de passer de l’essentiel (le bas) vers l’existentiel (le haut), en d’autres termes du matériel vers le spirituel. De passer de l’avoir : tous les métaux de la vie profane, vers l’être : richesse spirituelle et sacrée. Pour obtenir, comment dirai-je ? Pour obtenir ce supplément d’âme qui permet au F\M\ d’œuvrer pour le bien-être de l’humanité, de la société, et de vaincre ses passions.

Sur le plan mystique :

La perpendiculaire est comme un ascenseur qui nous permet de monter vers les étages supérieurs et nous approcher des nues ou de descendre vers les sous-sols et les tréfonds des entrailles de notre inconscient.
Le rituel ne dit-il pas qu’il faut s’approcher de la vertu et s’éloigner du vice ? On peut aussi rapprocher cela à la notion de transcendance et d’immanence, opposition apparente entre le haut et le bas. En réalité les apports de la transcendance (du haut) et de l’immanence (le bas) ne sont pas quantitatifs mais qualitatifs, en d’autres termes, comme je le disais plus haut, ne pas confondre l’avoir et l’être. Un F\M\ devrait se soucier de la qualité de l’être et mettre en second plan la quantité de ce qu’il peut avoir.
Cet ascenseur est l’équivalent du sceau de Salomon (khatem sidna Soulaiman) avec un triangle équilatéral dont la pointe est dirigée vers le haut et l’autre triangle vers le bas représente la double circulation des énergies entre le divin et l’humain. Le côté miraculeux et les pouvoirs prêtés au sceau de Salomon sont communs aux traditions juives, chrétiennes et musulmanes.
Cette allégorie de l’élévation est présente dans toutes les religions. Pour recevoir la lumière il faut s’élever, l’ascension : Moïse prophète des juifs a gravi le mont Sinaï où il fut témoin de la théophanie, parabole du buisson ardent. Pour les chrétiens, la transfiguration de Jésus s’opère au sommet du mont Thabor, sidna Mohamed le prophète des musulmans, durant le voyage nocturne (el isrâ), monte au ciel (el mi3raj = ascension) grâce au cheval ailé Bouraq (l’éclair).
Cette circulation à deux sens me fait penser aux deux voies théologiques pour aborder le problème de la connaissance de Dieu exposées par Denys l’Aréopagite Ce sont les approches cataphatique et apophatique de la spiritualité. Cataphatique ou positive qui procède par affirmations et nous fait accéder à une certaine connaissance de Dieu L’apophatisme consiste à définir Dieu par ce qu’il n’est pas.
Pour la voie cataphatique, Dieu est le miséricordieux, le tout puissant, le magnanime…C’est la voie descendante, du ciel vers nous. Cette approche semble être limitée, puisqu’on ne peut qualifier l’inqualifiable.
La voie apophatique, ou négative, préconise de dire tout ce que Dieu n’est pas, puisqu’il est par nature indéfinissable. C’est la voie ascendante qui nous rapproche de Dieu. Comme la connaissance ne peut atteindre que ce qui est, Dieu étant au-delà de toute connaissance, car il est inaccessible, et ineffable, on dit tout ce qu’il n’est pas. Cette voie permet de dire et de décrire tout ce qui lui est inférieur, et ainsi se rapprocher de Lui. Comme une asymptote qui tend à rejoindre une droite sans jamais la couper, il y aura toujours un accès, une approche, par une limite inférieure. La connaissance de Dieu ne sera jamais parfaite, les voies du Seigneur sont impénétrables. L’approche apophatique est celle adoptée, entre autres, par les soufis.
Ainsi la voie apophatique nous mène vers les étages supérieurs, et à contrario la voie cataphatique vers les étages inférieurs.


Sur le plan rituélique maçonnique :

 

Ces différents changements d’états du maçon me font penser à des mues successives pour atteindre à chaque fois un état initiatique supérieur.
René Guénon (le symbolisme de la croix) le décrit très bien dans « la multiplicité des états de l’être ».
Notre première mort, celle du profane qui après être passé par le cabinet de réflexion, symbole des entrailles de la terre, renaît en App\ F\M\, vers la lumière, symbole du firmament.
C’est aussi le symbole d’Hiram ou plus exactement, la mort d’Hiram et sa résurrection. Hiram qui revit dans le corps du compagnon devenu M\ à son tour. Le compagnon rentre à reculons dans le temple, c’est la phase de régression, suivie par l’exaltation lors du passage à M\.
Le meurtre de l’Architecte par les trois mauvais compagnons, permet de transmettre le flambeau de la Connaissance à tous les FF\.
Cette notion est retrouvée dans l’architecture même du temple de Salomon.
Le temple a été érigé sur les bases de la géométrie sacrée et se divise en trois parties principales ; le Vestibule, le Lieu Saint et le Saint des Saints ; qui sont en relation directe avec aussi bien le macrocosme (ou monde cosmique) que le microcosme (ou monde individuel).
« Le Vestibule ou Ulam, correspond à la terre dans le macrocosme et au corps humain dans le microcosme, il est inondé par la lumière du jour.
Le Lieu Saint ou Hikal, associé à l'atmosphère dans le macrocosme et à l'âme humaine dans le microcosme, reçoit la lumière du jour réfléchie.
Le Saint des Saints ou Debir, représentant le ciel dans le macrocosme ou l'esprit dans le microcosme, est quant à lui plongé dans l'obscurité. ».
L’on remarquera que la lumière reçue est en quantité inverse entre le tableau de loge du premier degré et l’architecture réelle du temple. Plus on s’approche de la maîtrise, plus on reçoit de la lumière, or plus en pénètre dans le temple plus cela s’obscurcit.

En conclusion :

 

Le fil à plomb matérialise l’axe du monde, « l’axis mundi », qui permet de descendre en nous même pour mieux nous élever, tel un athlète qui recule pour mieux sauter. C’est l’ascension pour bâtir notre temple spirituel, une fois en haut, il faut redescendre pour consolider les bases du temple spirituel, un incessant va et vient, mais pas comme un yo-yo. Cela doit être réalisé de façon harmonieuse, une troisième direction est possible. En effet, si la verticale élévation c’est l’existentiel, la verticale dirigée vers le bas c’est l’essentiel, la voie ternaire est possible, celle du cheminement initiatique du F\M\ pour passer harmonieusement de l’une à l’autre. La Sagesse de l’élévation, la Force de l’introspection et la Beauté du chemin initiatique, telle peut être l’approche ternaire du fil à plomb. Comme si le chemin initiatique répondait à la théorie quantique, après avoir parcouru un bout de chemin vers la connaissance, l’on retravaille sur soi pour atteindre, de nouveau, un degré de connaissance supérieur au précédent. Il n’y a pas de continuum, mais des étapes successives par couches de plus en plus riches, de plus en plus épaisses. C’est ce que décrit Ibn Arabi le maître soufi dans le « tartîbu-t-taçawwuf », c'est-à-dire « les catégories ou niveaux d’initiation. »
La perpendiculaire est l’allégorie de l’initiation, en effet on n’est pas initié, on s’initie, c’est donc à nous d’emprunter, à notre convenance et à notre rythme, ces deux voies que nous propose la perpendiculaire, l’ascendante et la descendante. Je ne sais plus qui a dit : «La franc-maçonnerie n'existe pas, seuls les francs-maçons existent ». Ce qui veut dire que l’initiation et son côté spirituel sont un cheminement personnel. Mais il ne faut pas croire que nous sommes des ermites, isolés dans le fin fond du désert, on peut et on doit être aidé moralement et soutenus physiquement par les autres FF\, la progression, quant à elle, restera toujours personnelle.
Socrate avait déjà résumé cette planche, 400 ans avant J.C.: « Connais-toi toi même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux »

J’ai dit V\M\

 

source : www.ledifice.net

 

 

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