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Hauts Grades

Théorie et symboles de la philosophie hermétique (2)

26 Mai 2012 , Rédigé par O Wirth Publié dans #Hermétisme

CHAPITRE VI

LE MAGISTERE DU SOLEIL

L'Illumination. - La Maîtrise. - La Réintégration dans l'Unité. - L'or philosophique. - La Sagesse. - Le Pélican. - L'Etoile de Salomon.

Selon les rites initiatiques, le bandeau de l'ignorance profane tombe des yeux du Récipiendaire dès que celui-ci a été purifié par les Eléments. Cette quadruple purification a pour effet de rendre  l'écorce terrestre perméable et transparente ; aussi désormais la lumière extérieure peut être aperçue du dedans. Mais il ne suffit pas à l'Initié de voir la Lumière il lui incombe de l'attirer, pour la concentrer sur le foyer radical de sa personnalité. C'est ce qui s'appelle coaguler le Mercure.
En vue de cette opération le Feu intérieur doit tout d'abord être exalté. L'ardeur centrale extériorise ainsi l'humidité animique, qui transforme l'atmosphère individuelle en un milieu réfringent,
propre à recueillir et à condenser la clarté diffuse de l'Azoth. Grâce à cette réfraction, la personnalité finit par s'imprégner intégralement de Lumière coagulée.
Il importe alors de rendre permanent l'état qui a. su être atteint. On ne peut y parvenir qu'en induisant une circulation vitale nouvelle et plus transcendante que celle qui s'effectue dans le domaine ordinaire des Eléments.

Mais la conquête d'une vie plus élevée suppose toujours une mort préalable. Or, ce n'est plus cette fois le Profane qui périt au sein des ténèbres pour renaître à la Lumière, c'est l'Initié qui meurt élevé au-dessus de terre et cloué sur la croix, en vue d'accomplir le Grand Oeuvre.
Cette mort représente le sacrifice total de soi-même. Elle exige le renoncement à tout désir personnel. C'est l'extinction de l'égoïsme radical, et par suite l'effacement du péché originel. Le moi étroit disparaît, absorbé dans le soi de la Divinité.
Une semblable absorption investit l'Homme de la souveraine puissance. L'être qui n'est plus esclave de rien devient par ce seul fait maître de tout. Sa volonté ne formule que les intentions même de Dieu et à ce titre elle s'impose irrésistiblement.

Mais, en réalisant l'idéal chrétien le sage parfait ne saurait plus s'adonner à aucune entreprise arbitraire. Sa mission de rédempteur le détache de toute mesquinerie. Il ne peut être question pour lui de fabriquer de l'or vulgaire, susceptible de tenter les avares. Lorsque la pierre philosophale est projetée sur les métaux en fusion, c'est en or philosophique qu'elle les transmue, c'est-à-dire en un trésor inaliénable, dont la valeur est absolue et non de simple convention.
Cet or se rapporte à la plus haute somme de perfection dont un être soit susceptible du triple point de vue intellectuel, moral et physique. C'est ainsi que la pierre philosophale devient la suprême médecine à la fois de l'esprit, de l'âme et du corps. Elle procure la santé parfaite et rétablit la créature déchue dans les droits primitifs de sa création.

Mais, pour rendre autrui parfait il faudrait être parfait soi-même. Or, qui oserait prétendre à la perfection ? N'est-elle pas un modèle que l'on peut suivre, mais qu'on n'atteint jamais ? Il en est ainsi lorsque l'on parle de la perfection absolue. Mais ce n'est pas à elle que fait allusion l'or philosophique, qui ne représente que le degré de perfection compatible avec la nature de chaque être. Dès que l'on a soi-même atteint ce degré on peut efficacement remplir le rôle de sauveur. La plus modeste lumière contribue à dissiper les ténèbres, et pour guérir les autres il suffit d'être sain.

Une étincelle divine brille d'ailleurs en tout homme. Elle étouffe le plus souvent sous l'épaisseur de la matière. L'initiation allège celle-ci et avive la flamme sacrée. Dans l'être humain elle développe l'Homme-Principe en faisant éclore le germe des potentialités latentes que nous portons en nous. On ne saurait rien demander de plus; car toute construction est parfaite dès qu'elle est conforme au plan conçu par l'architecte. Or, il ,s'agit ici de l'Architecte souverain ordonnateur de toutes choses.
D'un autre côté, l'homme n'est rien par lui-même : tout lui vient du dehors ; c'est ce qui lui permet de participer à la toute-puissance dans la mesure où il se rapproche de sa source. Or, pour se rapprocher de Dieu, il suffit de faire sa volonté et de l'aimer.
Faire la volonté de Dieu, c'est travailler à la réalisation du plan divin et, comme une tâche déterminée est assignée à chaque être, tout le devoir consiste à la remplir fidèlement. Le mérite ne réside pas dans les oeuvres grandioses, mais dans celles qui répondent aux exigences de (harmonie générale. Dans le concert universel, les exécutants doivent s'appliquer non pas à faire beaucoup de bruit, mais à fournir strictement la note qui leur est demandée.

Remplir rigoureusement sa destinée, telle est donc toute líambition du sage. Gloire, honneurs, richesses, plaisir et satisfactions, rien à ses yeux ne peut avoir du ,y prix. Il ne voit dans le monde qu'un théâtre où les personnalités se donnent en spectacle. Les  acteurs paraissent sur  scène affublés d'accoutrements d'emprunt, et ils jouent leur rôle avec conviction, oubliant qu'à la chute du rideau,  ils dépouilleront leurs y oripeaux pour redevenir eux-mêmes.

Dans ces conditions, le personnage que l'on incarne importe assez peu. Prince ou mendiant, héros ou traître, l'essentiel est de bien jouer, en répondant exactement aux intentions de l'auteur.

Cependant, si la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, la simple docilité n'en est pas la fin. La soumission et l'obéissance sont indispensables, mais, à elles seules, elles ne suffisent pas pour élever vers Dieu : notre élévation se proportionne au degré d'Amour dont nous sommes capables.

Le Pélican est, de ce point de vue, l'emblème de cette charité sans laquelle on ne saurait être qu'un airain qui résonne ou une cymbale retentissante. Cet oiseau blanc alimente ses petits de son propre sang. Il est l'image de l'âme qui se dévoue sans réserve. C'est dans le sentiment qui unit l'individu à tous les êtres que réside la suprême vertu, la « force forte » de toute force.

L'adepte qui brûle de cet amour infini obtient le Sceau de Salomon. Ce signe de la puissance magique par excellence, se compose de deux triangles entrelacés, qui sont les symboles alchimiques du Feu et de l'Eau . Ils représentent plus particulièrement ici la nature humaine unie à la nature divine.

L'Hexagramme ou l'Etoile du Macrocosme est ainsi l'emblème de la théurgie, qui s'appuie sur l'alliance de la Volonté et du Sentiment, alors que la Magie simple se base sur la seule Volonté de l'adepte portée à sa plus haute puissance. Son pantacle est en cela le Pentagramme ou l'Etoile du Microcosme.

Le mage développe son individualité, il exalte son Soufre et devient un centre puissant d'initiative personnelle. Il se rattache à l'initiation masculine ou dorienne, à l'encontre du mystique, qui se conforme aux principes de l'initiation féminine ou ionienne lorsqu'il s'efface devant une puissance extérieure à lui-même (Mercure). Quant au théurge, sa supériorité consiste à concilier l'activité du mage et la passivité du mystique. C'est un chaînon de la suprême hiérarchie : il commande et il obéit, il transmet l'ordre reçu d'en haut à ce qui est placé sous lui, maître dirigeant le travail d'autrui il assure la réalisation du plan de l'éternel Architecte.


CHAPITRE VII

LES SEPT MÉTAUX

La constitution ternaire et septénaire de l'homme. - Correspondance des Métaux et des Planètes. - Les sept principes du Bouddhisme ésotérique.

L'Esprit essentiellement actif ne peut agir sur la substance passive du Corps que par l'intermédiaire de l'Ame, qui se montre passive relativement à l'Esprit niais active par rapport au Corps.
Or, la santé exige que l'influence de l'Esprit puisse s'exercer pleinement sur le Corps. A cet effet, l'Ame doit être le moyen terme exact entre l'Esprit et le Corps. L'harmonie ne peut donc être réalisée que s'il y a équivalence entre les trois facteurs de la personnalité humaine.
Ceux-ci peuvent être représentés graphiquement ,par trois cercles qui se pénètrent partiellement. Il s'engendre alors un Septénaire qui permet d'envisager la constitution de l'homme sous un nouvel aspect.

L'Esprit, l'Ame et le Corps correspondent désormais à l'Or, à l'Argent et au Plomb. Leur synthèse est figurée par le Vif-argent, symbole de la Quintessence, ou du substratum invisible et permanent de la personnalité physique. L'Ame et l'Esprit s'unissent dans l'Ame spirituelle, à laquelle se rapporte l'Étain, tout comme le Fer et le Cuivre s'appliquent respectivement à l'Esprit corporel et à l'Ame corporelle.

A chaque métal se rattache en outre une planète ou une divinité olympienne.

Le Plomb, lourd et vil, appartient à Saturne  le dieu détrôné par Jupiter qui se reflète lui-même dans l'Étain, le plus léger des métaux.

Ces deux métaux sont mous et s'opposent à deux autres qui sont durs. L'un le Cuivre, prend en s'oxydant la couleur verte de Vénus. L'autre est le Fer qui rougit au feu et fournit des armes à Mars.

La mobilité du Vif-argent est rappelée par les mouvements rapides de la planète Mercure et par l'égalité du messager des dieux.

La Lune  semble trouver sa blancheur et son éclat tempéré dans l'Argent, alors que l'Or, brille comme le Soleil.

Les éléments correspondent au Plomb (Terre), à l'Etain (Air), au Cuivre (Eau) et au Fer (Feu).
L'Or incorruptible est représenté par Apollon, le dieu-lumière, source primordiale de toute vie et de toute activité. C'est l'Esprit pur qui anime la création, dont il est le commencement et la fin, A , et Z, Alpha et Oméga, Aleph et Thau, comme l'indique le mot  , AZoth ,composé kabbalistiquement de la lettre initiale de tous les alphabets (A), suivie du dernier caractère alphabétique des Latins , des Grecs et des Hébreux.

Ce principe se rapporte à l'Atma du bouddhisme ésotérique. Il se rattache directement au Buddhi, le principe pensant qui délibère et décide. C'est l'Esprit animique  ou Jupiter, uni à Junon son épouse, qui personnifie l'Ame spirituelle. Le maître de l'Olympe tient conseil et lance la foudre de la volonté. De son cerveau surgit toute armée Minerve ou la Raison.

 L'Ame, le domaine de la chaste Diane, correspond au Manas des Hindous. C'est la source du Sentiment, de l'Imagination et de la Mémoire.

 L'Esprit corporel ou l'Instinct animal s'applique au Kama Rupa ou « corps de désir des Orientaux ». C'est l'énergie vitale que dépeint si bien la férocité de Mars et l'âpre dureté du Fer.

Le Corps astral assure la permanence du Corps physique, dont il est le double éthéré ou aromal. Tout retentit sur lui, car il est le núud de la personnalité. Il transmet les ordres de Jupiter et remplit le rôle d'intermédiaire universel. Mercure le personnifie donc à juste titre. Les Bouddhistes le nomment Linga Sharira.

Ils appellent Prâna ou Jîva la Vitalité, qui a pour véhicule l'Eau fécondante dont l'écume donne naissance à Vénus, personnification de l'Ame Corporelle.

Reste Rûpa, le Corps matériel qui, livré à lui-même, se putréfie sous l'action dissolvante de Saturne.

Lorsque ces sept principes se contrebalancent harmoniquement il en résulte une santé parfaite. Mais la perfection n'est jamais atteinte. L'équilibre idéal est toujours plus ou moins rompu. C'est ce qui engendre la diversité des individus d'une même espèce ; car ils se confondraient dans l'unité de leur type commun, s'ils étaient tous strictement conformes à leur modèle abstrait.

Les déviations sont innombrables ; mais elles se ramènent à un petit nombre de types secondaires qui seront décrits au chapitre suivant.

 

CHAPITRE VIII

LES MODIFICATIONS FONDAMENTALES DU TYPE HUMAIN

La lumière blanche et les couleurs du prisme. - Matérialité et Animalité. - Spiritualité. - Bonté et Altruisme absolu. -Férocité. - Activité et Intellectualité pure. Paresse.

L'Homme-Type ou Adam-Kadmon représente un idéal d'harmonie qu'aucun être concret ne parvient à réaliser. Il en résulte des idiosyncrasies variées à l'infini, que seul l'Hermétisme permet de classifier d'une manière strictement logique.

A cet effet, il importe de remonter jusqu'aux causes qui engendrent une rupture plus ou moins prononcée de líéquilibre parfait. Elles se ramènent à une seule : la disproportion des facteurs constituants du ternaire humain. Chacun d'eux peut se trouver en excès ou être, au contraire, insuffisamment représenté. On peut ainsi distinguer six variations fondamentales, caractérisées par la surabondance ou la pénurie du Corps, de l'Ame et de l'Esprit.
Pour se rendre compte de ces déviations, il faut se reporter au schéma du chapitre précédent.

Chacun de ces trois cercles étant tour à tour avancé, puis reculé, leurs interférences normales sont modifiées de façon à expliquer les tonalisations principales de l'harmonie humaine.
Celles-ci se groupent autour de l'équilibre parfait, auquel correspond la lumière blanche synthétique dans le symbolisme des couleurs, alors que les trois couleurs primitives, rouge, bleu et jaune, conviennent respectivement à l'Esprit, à l'Ame et au Corps. Quant aux nuances intermédiaires, violet, orange, vert, elles s'appliquent à l'Aine spirituelle, à l'Esprit corporel et à l'Ame corporelle. Les principales variations du type humain peuvent ainsi se rattacher à l'une des couleurs du prisme. C'est ce qu'indique le tableau ci-contre.
Mais il convient d'étudier séparément chacune des divergences ainsi représentées.
      

Lorsque l'on trace le cercle corporel de manière à le faire empiéter sur les deux autres, il y a extension de Mars, Vénus et Mercure aux dépens de Jupiter.

C'est le schéma de la prédominance matérielle. L'activité physique (Mars) la sève vitale (Vénus) et l'intelligence pratique qui pourvoit aux besoins du corps (Mercure) se réunissent pour étouffer l'idéalité (Jupiter).  Il y a peu de place pour le rêve, les conceptions élevées et les sentiments nobles. En revanche, la vigueur musculaire ne laissera rien à désirer. De semblables natures sont faites pour travailler sous la direction d'autrui. Elles n'aspireront qu'à la satisfaction de leurs besoins corporels. Toute autre ambition leur paraîtra déraisonnable. Sancho Panza réalise pleinement ce type.

La pondération massive de ces êtres robustes les, fait jouir d'une santé excellente, si l'on s'en tient aux apparences; car, en réalité, ils sont prédisposés à l'apoplexie et aux accidents du tempérament athlétique. L'obésité et la pléthore les menacent, s'ils ne dépensent pas leur force ; d'autre part, leurs organes risquent d'être prématurément usés par la fatigue excessive qui pourrait leur être imposée.

Ces personnalités épaisses ont besoins de réagir contre la pesanteur de la matière. L'imagination (Lune) chez elles, devra idéaliser la vitalité (Vénus), Diane (Lune) inspirant à Vénus  des sentiments purs, donnera plus d'empire à Jupiter, surtout si' Apollon (Soleil), de son côté, parvient à tourner la fougue de Mars  vers l'ambition des grandes choses.

Cette intervention simultanée de l'Ame (Lune) et de l'Esprit (Soleil) renforce l'Ame spirituelle ou raisonnable (Jupiter) qui distingue l'homme de la bête.

Celle-ci s'abandonne passivement aux impulsions qui la gouvernent. Elle obéit avec une docilité absolue aux lois de son espèce, et ne délibère pas ses actes qui restent purement impulsifs. Les animaux sont comparables, sous ce rapport, à des  sujets hypnotiques qui subiraient d'irrésistibles suggestions.

Chez eux il n'y a pas trace d'idéalité . L'Esprit (Soleil) se manifeste tout entier dans l'Instinct (Mars), et l'Ame (Lune) dans la Vitalité (Vénus). Quant au Corps Astral, il est plus puissant que chez l'homme.

L'inconscience qui caractérise l'animalité tient à l'absence d'Ame spirituelle (Jupiter). Celle-ci ne se développe qu'à la suite de la révolte initiale qui fait conquérir l'autonomie personnelle. L'homme a voulu être par lui-même et de ce fait il s'est placé en dehors du courant de la vie générale ou édénique, il a détruit l'intimité du rapport reliant l'individu à l'espèce. Ainsi s'est déchaînée une lutte entre la raison naissante  et l'instinct d', désormais privé de son infaillibilité. Les épreuves douloureuses de l'évolution individuelle dégagent par degrés de cet état de trouble. Les facultés psychiques se développent pour replacer l'homme dans le courant d'une vie supérieure.

La vertu se tient à égale distance des extrêmes. A tout vice s'oppose une défaillance en sens contraire. C'est ainsi que la matérialité exagérée a pour antagoniste une spiritualité excessive.

Ici le cercle du corps est repoussé au dehors. Il ne laisse plus qu'un domaine précaire à Mars, Vénus et Mercure ; en revanche, Jupiter absorbe tout. C'est la pensée qui s'exerce aux dépens de l'énergie réalisatrice (Mars), de la vitalité (Vénus) et de la trame invisible de la personnalité (Mercure). Les gens de cette catégorie sont des rêveurs débiles. Ils habitent les nuages et désertent leur corps qui s'étiole.

Volontiers ils tombent dans les excès de la mysticité. Or, qui veut faire l'ange fait la bête, car notre nature tend fatalement à l'équilibre : le Corps ressaisit par suite avec violence l'Esprit et l'Ame qui cherchent à lui échapper. La sagesse veut que nous subissions les lois de notre enveloppe terrestre. Elle enseigne à régner sur la matière et non à la fuir. Dans ce but, il importe de volatiser le fixe tout en fixant le volatil, ou de spiritualiser les corps en corporisant les esprits. Tout le secret du Grand Art est là.

Pour rattacher à la terre une personnalité par trop éthérée Vénus peut utilement intervenir, en inspirant une de ces passions qui attirèrent les Béné-Elohim vers les filles des hommes.
D'autre part, l'exercice musculaire et la gymnastique pourront permettre à Mars de conquérir sa vigueur normale.

Les personnes qui ont trop d'Ame (Lune) sont riches en Idéalité  (Jupiter) et en Vitalité (Vénus). Le noyau de leur personnalité  est puissant, mais elles manquent d'esprit d'initiative.
Généreuses et compatissantes elles s'oublient facilement elles-mêmes ; aussi risquent-elles de devenir la proie des avidités qui les guettent.
Or, le premier devoir de l'être vivant est de se conserver et de se constituer avec solidité. C'est en ce sens que charité bien ordonnée commence par soi. Un égoïsme raisonnable doit retenir les élans irréfléchis du cúur.
Les dispositions morales qui privent l'être de toute énergie de défense personnelle ont d'ailleurs leur répercussion sur l'organisme. L'ardeur vitale (Mars) a pour mission de repousser les ennemis envahissants dont nous sommes sans cesse menacés. Il faut se défendre si l'on ne veut pas être dévoré.

Un être qui ne serait qu'amour et dévouement ne saurait subsister au milieu d'une société basée sur la lutte pour la vie. Poussé à l'extrême l'altruisme supprime entièrement l'instinct (Mars). C'est alors le triomphe de l'Ame (Lune), mais en même temps la cessation de toute vie corporelle. La Vierge (Lune) ne peut écraser la tête du serpent d' que dans le ravissement qui la transporte au ciel.

Lorsque l'Ame  tient trop peu de place dans la personnalité, Mars  prédomine au détriment
de Jupiter, de Mercure  et de Vénus. Le feu corporel (Mars) se montre par suite agressif, brutal et violent. L'Idéalité (Jupiter) et la sensibilité (Vénus) ne parviennent pas à lui opposer un frein suffisant. Une énergie indomptable se joint chez de pareilles natures à un égoïsme cynique. Le crime en fait ses instruments les plus dangereux.

Les instincts méchants et destructeurs peuvent néanmoins tourner au bénéfice d'une société qui parvient à les discipliner car, si les hommes d'action et de mouvement se montrent peu sensibles, ils n'en subissent pas moins l'ascendant de toute supériorité morale et intellectuelle. Ils demandent à être domptés, comme des bêtes féroces qu'ils sont. Avec du tact et de l'assurance on réussira souvent à tirer parti d'eux, car il y a toujours de la ressource avec les forts, tandis que les lâches restent fermés à toute vertu.

A ceux qui manquent d'âme, il convient d'en donner, comme on le fit à l'époque de la chevalerie. Le culte du courage, de l'honneur viril, rapproche Mars de Jupiter. Le respect de la femme, cette charmeuse dont l'irrésistible ascendant s'impose, permet d'autre part à Vénus d'adoucir ce qu'il y a dans Mars de rude et de sauvage.

L'Esprit  en excès porte préjudice à Vénus au bénéfice de Mars, Mercure  et Jupiter.
Ce dernier entretient une ambition démesurée, que Mars  est prêt à servir de toute sa dévorante activité. Mais il y a pénurie de liquide vital ;

le Feu manque de combustible. Il se consume plein de rage et déchaîne une fureur maladive, que l'influence d'une personne aimante et douce parviendra seule à calmer. De pareilles natures en rongent, elles voudraient tout entreprendre et souffrent de leur impuissance. La fièvre les secoue et leur brûle le sang. Parfois elles se renferment dans un désespoir farouche, pour éclater soudain en des crises de colère furieuse. La musique semble alors susceptible de ramener l'harmonie dans ces âmes troublées. C'est du moins ce que nous apprend l'histoire de David et de Saül.

On peut imaginer un être chez qui l'Esprit supplanterait entièrement la Vitalité. Ce sera le fantôme de l'intellectualité pure, une sorte de Lucifer, archange d'orgueil et d'indépendance absolue.
La pauvreté spirituelle sacrifie Jupiter, Mercure  et Mars à la domination tyrannique de Vénus .
Celle-ci répugne à l'action et ne recherche que la volupté. C'est la paresse et la sensualité qui atrophient l'intelligence et engourdissent toutes les forces vives. La vitalité croupissante se corrompt, et engendre les vices les plus pernicieux. L'hystérie, avec ses perversions du sens moral et de l'instinct, se rattache à ce genre de déséquilibrement.
Le salut doit être cherché dans les distractions qui font travailler le corps en occupant l'esprit. La vitalité en excès demande, en outre, à être dépensée au bénéfice d'autrui. L'exercice du magnétisme peut offrir en cela une dérivation extrêmement salutaire.

Il appartient au lecteur de tirer par lui-même toutes les conséquences des prémisses qui viennent d'être posées. Ce qui précède n'est qu'une esquisse, rudimentaire mais suffisante pour compléter les notions qu'il importait de donner sur la Médecine philosophale. Cette thérapeutique vise à ramener l'homme à l'équilibre rigoureux de son type divin. C'est ce qu'on pourrait appeler la Médecine intégrale.
Puisse la Médecine ordinaire s'occuper moins exclusivement du corps. Espérons qu'une philosophie sagace viendra de plus en plus éclairer la science, et que justice sera rendue dans l'avenir au génie méconnu du passé !

 

CHAPITRE IX

CONCLUSION DE LA PARTIE THEORIQUE

Enigme dans le goût des Alchimistes.

Il est un âge pénible où l'on cherche sa voie. Une imagination ardente fait concevoir alors les projets les plus ambitieux : on escalade le ciel à l'instar des Titans ; mais la raison intervient, et des hauteurs de l'enthousiasme on se voit précipité dans l'abîme d'un noir découragement.

Puis la folie reprend. Encore tout meurtri de sa chute l'esprit s'élève de nouveau sur les ailes du rêve, pour retomber plus douloureusement sur le sol de la réalité brutale.

Et ces alternances se poursuivent sans relâche. Le jugement en déroute ne trouve aucun point fixe où se rattacher : d'un extrême il passe à l'autre, sans arriver à la certitude, au repos.
Cependant, cette agitation doit prendre fin : il faut se décider et choisir son orientation. Plein d'angoisse, on implore donc une clarté directrice, on fait appel à la lumière qui guide les égarés...

C'est dans ces conditions que j'eus un songe étrange, une nuit où je m'étais endormi plus accablé que de coutume.

Un vaste tableau captive tout d'abord mon attention. Je le vois dans son cadre et je m'estime en présence d'une toile de maure. Mais à qui attribuer ce chef-díúuvre inconnu ? J'examine le style du dessin, le coloris, la facture, et je ne reviens pas de ma surprise en constatant que cette composition c'est moi-même qui l'ai peinte !...
La lumière et l'ombre se combattent dans un ciel nuageux, envahi par les blancheurs de l'aube. Une légère vapeur s'élève de la terre labourée, qui s'étend au loin sans porter trace de végétation.
A gauche, la lisière d'une forêt de cèdres surmonte une croupe de terrain qui s'abaisse en pente douce jusqu'au premier plan. Le sol en cet endroit n'a pas été remué, mais il est nu et porte à peine quelques touffes d'une herbe jaunie par de récentes gelées.

Ce décor renferme des personnages qui, rangés en cercle, semblent dans l'attente d'un fait extraordinaire. Leurs vêtements sombres font ressortir l'écarlate de certains costumes et le jaune dont se drapent quelques rares privilégiés.
La foule est innombrable. Elle contemple d'un air hébété un sépulcre ouvert, dont l'immense pierre tombale se dresse en arrière comme un menhir druidique. La tombe est bordée d'une margelle, qui fait songer au puits où la Vérité se cache.
De ce tombeau sort une jeune fille qui semble morte. Elle se tient debout dans le vide. Un long
voile blanc tombe de sa tête penchée : ses bras pendent sous les plis de son suaire de lin.
Et tous regardent pétrifiés...

Subitement ce morne tableau s'anime. De la foule rangée derrière le monument, un jeune homme se détache. Il a le type et le costume d'un écolier florentin. D'un pas décidé il avance et approche de l'apparition. Sans hésiter, il l'attire à lui, la prend dans ses bras et dépose sur son front le baiser de la vie.
A ce contact la vierge se réveille, elle respire. Son visage se colore et ses paupières s'ouvrent, lourdes encore du sommeil des siècles. Ses yeux ensuite s'arrêtent sur son sauveur avec une expression d'infinie tendresse. Un instant les deux êtres se regardent en confondant leurs âmes ; puis le jeune homme se retire brusquement et disparaît dans la foule d'où il est sorti.
La vestale ressuscitée quitte alors le tombeau. Calme, elle avance de trois pas puis, portant la vue au ciel, elle laisse tomber son voile.
A cet instant le soleil paraît, inondant tout l'espace de sa splendeur dorée.
La foule admire, joyeuse, car désormais elle comprend.

http://www.louistrebuchet.fr/masoniclib/

 

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