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Hauts Grades

Tolérance et exclusion

8 Janvier 2013 , Rédigé par Bernard P Publié dans #Planches

Je tiens à préciser que cette planche n’est pas une planche d’actualité et en aucun cas elle ne traite de l’exclusion du maçon reconnu comme tel par ses Frères mais de l’exclusion du profane à être reconnu par nous pour devenir l’un des nôtres.

Je me demande, encore aujourd’hui, les raisons qui m’ont poussées à traiter d’un sujet aussi « brûlant » et épineux.

Il est question, entre autre, de la gestuelle imposée dans nos rituels et à laquelle ne peuvent pas se conformer, entre autres, les personnes infirmes.

A première vue, les termes « Tolérance » et « Exclusion » sont, on ne peut plus antinomiques. Qui dit Tolérance, di acceptation de l’autre, de ses défauts, de sa différence.

Le franc-maçon est Tolérant. Il est dit, dans les Constitutions d’Anderson, « qu’un maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale ; et s’il entend bien l’Art Royal, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. » Plus loin, « que les personnes reçues membres d’une Loge doivent être des Hommes bons et sincères, nés libres, d’âge mûr et discret, et non des esclaves, des femmes, ni des hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation. »

Une certaine exclusion apparaît dans cette phrase, pour ce qui concerne les femmes. Ramsay disait : « ce n’est point un outrage à sa fidélité ; mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes ne produise l’oubli de la Fraternité. Nombres de Frères et d’amis seraient de faibles armes pour garantir les cœurs de la rivalité. »

En ce qui concerne les hommes immoraux ou scandaleux, cela me semble logique et sans appel.

Les esclaves ; pourquoi pas ? Et encore !!!

Qu’en est-il aujourd’hui dans nos obédiences, dans nos loges ?

Je ne citerai pas la « seule » obédience dite « régulière » qui rejette d’un bloc tout ce qui le lui appartient pas et ceux qui ne pensent pas comme elle. Elle ne m’intéresse vraiment pas car, dans celle-ci, ne règne qu’exclusion et intolérance.

En ce qui concerne les femmes, la situation s’est bien améliorée et cela est bien, à l’exception de l’obédience préalablement citée pour qui la femme n’est bonne qu’à procréer, et encore.

Mais chez nous, Frères tolérants et fraternels, la porte de nos temples est-elle accessible à tous ?

Sommes-nous prêts à accueillir tout homme libre et de bonnes mœurs ? Même s’il est pauvre, malade, muet, aveugle, infirme ou ex-bagnard ? Jean Valjean eut-il été admis chez nous à son époque ?

Je pense que, si ce postulant est tout cela en même temps, il y a lieu d’hésiter un moment. Mais prenons un profane qui frappe à notre porte après avoir franchi dans le bon sens celle de Fresnes ou toute autre prison. Imaginons que son casier judiciaire est chargé après avoir purgé une peine de prison conséquente suite au meurtre de l’assassin de sa femme et de ses enfants. Cet homme, rejeté par la société, par ses amis peut-être, doit-il être rejeté par nous, nous qui, du jour au lendemain, pouvons être confrontés à une situation analogue ? Cet homme ayant purgé sa peine, ayant toujours été un excellent père de famille, n’est-il plus libre et de bonnes mœurs ? Doit-on lui jeter l’opprobre et ne rien faire pour soulager sa souffrance et pour l’aider à se retrouver, à retrouver son « moi » ? La main tendue n’existe-t-elle pas pour lui ?

Autre exemple d’exclusion de nos temples : le fric ! Ce fric responsable de tous les maux de l’humanité. Le Smicart, le Rmiste, le SDF a-t’il une chance d’entrer chez nous ? Il peut être libre et de bonnes mœurs, avoir un Q.I. respectable et de ce fait, pouvoir participer à nos travaux sans problème, nous apporter ses connaissance. La valeur de ses raisonnements nous serait vraisemblablement très profitable, mais malheureusement à la sempiternelle question des frères enquêteurs « pourrez-vous payer vos cotisations ? » S’il répond par trois fois : « Non ! » ; une partie peut-être, et en me privant terriblement : je renonce ! Quel serait le résultat du vote ? Bien sûr, nous ne sommes pas une œuvre de charité, mais ne nous privons pas d’une si belle pierre qui rendrait notre édifice encore plus beau et plus solide.

Je pense du fond du cœur, qu’un atelier se disant tolérant et rejetant l’exclusion sous toutes ses formes devrait pouvoir accueillir de telles situations et œuvrer à l’aider à s’en sortir en sein de sa fraternité. Le tronc de la veuve existe pour subvenir aux besoins d’un Frère ou de sa famille dans la détresse. N’est-il pas tentant d’imaginer un « tronc d’accueil d’amour » permettant de tendre la main à cet homme qui aurait pu être notre Frère ? Réfléchissez, ce n’est vraisemblablement pas une utopie.

Un autre cas d’école : un maçon est un homme debout, mais cela est incompatible avec le fauteuil roulant du tétraplégique ou même de l’hémiplégique. Notre rituel, nos déplacements en loge sont incompatibles avec ce genre de véhicule. Et pourtant… Cet homme que la maladie, l’accident, a diminué pour toujours au regard de la société, de son entourage, n’a-t’il plus le droit non plus de s’élever parmi nous dans la sagesse, la recherche de lui-même ?

Même l’initiation lui est interdite : comment voyager ? Comment prêter serment sur les 3 grandes lumières de la franc-maçonnerie ? Comment donner l ‘accolade fraternelle ? Comment enfin, entrer dans la chaîne d’union et serrer avec vigueur et tendresse les mains des Frères qu’il n’aura jamais ? Et au fait, que fait-on du Frère en pleine santé à qui cela arrive ? je ne sais pas et je suis certain que l’un d’entre vous me le dira à la fin de ma planche. Pour illustrer mon propos, je vous raconterai la belle histoire suivante : il y a quelques temps, j’ai visité un atelier et je ne regrette pas ce voyage car j’ai eu le bonheur de constater la beauté de l’amour et de la fraternité. Dans cet atelier, j’ai découvert une chose surprenante : le deuxième surveillant, troisième lumière de la loge, ne pouvait pas se déplacer dans la loge du fait d’un handicap sévère à une jambe. A chaque tenue, un Frère volontaire exécutait à sa place les déplacements d’ouverture et de fermeture des travaux suivant les invocations que ce Frère, privé de ses jambes, lançait de son plateau. Quelle émotion de voir évoluer de voir évoluer ces deux Frères en symbiose totale. L’un étant le geste, l’autre la parole, pour que la lumière rayonne sur l’ensemble es Frères de l’atelier et que les travaux puissent vivre. Qu’est-ce que l’égrégore sinon cela ?

Je poursuivrai par l’homme noble de cœur et d’esprit, parfaitement adapté à devenir une superbe pierre polie de belle qualité, mais non-voyant. Comment, tout d’abord, peut-il recevoir la Lumière ? Cela peut paraître simple car cette Lumière est en nous, vacillante dans notre corps profane, mais visible même dans les ténèbres de la cécité pour qui sait la recevoir et surtout la découvrir au plus profond de lui-même.

Mais nos ateliers et nos rituels ne sont pas fait pour celui qui est entouré de ténèbres. Notre cabinet de réflexion nous est dévoilé « sans le bandeau ». Comment imaginer ce cabinet sans la petite flamme de la bougie qui permet à l’impétrant de découvrir, sans pour cela comprendre, les multiples symboles qu’il découvre le jour de son initiation et qui porterons sa réflexion à venir ? Comment ce même aveugle pourra-t-il reconnaître cet ennemi hypothétique à qui il devra essayer de pardonner ? Comment pourra-t-il découvrir et assimiler tous ces symboles qui jalonnent notre chemin initiatique ? Comment pourra-t-il suivre nos rituels ? Comment, deuxième ou premier surveillant, pourra-t-il « voir » la main levée de ce Frère qui souhaite la parole pour demander au Vénérable-Maître le départ de celui qui ne l’a jamais vu ?

« Gémissions ! Gémissons ! Gémissions, mais espérons ! »

Je pourrais continuer cette liste terrible des exclus de nos temples et l’intolérance qui parfois y règne (« il n’a pas de voitures pour venir en tenue » ; « il a des horaires trop irréguliers dans sa profession pour être assidu » ; « il n’a rien lu sur la Franc-Maçonnerie » ; « il n’a pas assisté à des conférences, ni écouté la Grande-Loge vous parle à la T.S.F. » ; « il est pédé comme un foc » ; « il est flic » ; etc…). Mais, pour conclure cette planche, même si tous les cas dont j’ai parlé sont en fait de faux problèmes et que tous peuvent venir auprès de nous, qu’il serait beau de voir, même et surtout du monde profane, une loge qui se composerait comme suit :

Trois Frères la dirigeraient :

Le Vénérable-Maître ; ancien du Front National : ayant reçu la Lumière, ferait rayonner plus que quiconque la tolérance et le respect de l’autre dans une fraternité sans plus aucune exclusion.

Le premier Surveillant ; tétraplégique : dirigerait par sa voie d’éveil le jeune Maître malhabile dans l’ouverture et la fermeture des travaux.

Le second Surveillant ; S.D.F : offrirait les richesses de son cœur aux jeunes apprentis en leur apprenant l’humilité.

Cinq l’éclaireraient :

L’Orateur ; repris de justice : ferait respecter les lois de la franc-maçonnerie en général et de la fraternité en particulier.

Le Secrétaire ; aveugle : pour qui la planche tracée de nos travaux serait en braille et de ce fait donnerait plus de relief à ceux-ci.

Sept la rendraient juste et parfaite :

L’Expert ; sourd : lisant sur les lèvres et les yeux de son Vénérable-Maître toute la sagesse de la loge afin de mener au mieux sa tâche.

Le Couvreur ; muet à toute tentation de corruption de profanes venant forcer la porte de notre temps, mais reconnaissant les siens à la chaleur fraternelle de leurs mains.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/

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