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Hauts Grades

Traité de Chymie Philosophique et Hermétique....

14 Janvier 2010 Publié dans #Alchimie

Auteur inconnu


Magistère Métallique

L’astre du soleil, j’entends le soufre incombustible, où une particule & étincelle du feu vital, ou âme catholique que soleil céleste a mis dans l’or appelé soleil céleste, à cause de leurs sympathies, ne se trouve pas seulement dans le corps de l’or, mais encore dans les corps de Mars & de Vénus, & dans le bon vitriol minéral, avec lesquels soufres tant métallique que minéral, unis avec l’esprit ou mercure des Sages dupliqué, on peut faire l’œuvre ou Médecine des Philosophes, parce qu’ils sont terres d’une même racine & origine, ont une même teinture de semblable substance & couleur ; & la substance de cette teinture est un esprit & une fumée qui se réduit en liqueur, laquelle pénètre tous les corps métalliques.

Or comme de Vénus & de Mars on peut faire du vitriol, qui est proprement rétrograder, réincruder, & réduire le métal ou minéral ; aussi peut-on réduire le minéral ,c’est-à-dire le vitriol pur, qui croît dans les mines en une essence spirituelle, gardant les propriétés métalliques ; toutefois cette substance n’est pas la première matière, mais elle peut être convertie & réduite par l’art en la première matière ou hilé qui est la semence des métaux & minéraux; de manière qu’il ne serait pas nécessaire de recourir aux métaux pour en avoir le vitriol, puisque leur semence se rencontre & se trouve dans le vitriol minéral toute nue & à découvert.

Mais d’autant qu’il faut pour cette opération avoir du vitriol pur qui ne soit point imbu dans sa minière d’esprits arsenicaux, ni d’autres choses hétérogènes, & qu’on n’est pas assuré si les vitriols qu’on apporte de Chypre & de Hongrie, sont adultères ou non, je conseille de se servir du vitriol extrait de verdet, veridis aëris, qui est de couleur émeraude, d’un degré fort haut, & qui répand sa couleur au large ; car par ce moyen vous aurez assez de matière pour la réduire & en faire le Magistère des Sages, en cas que vous fussiez en doute de ne pouvoir accomplir cette arcanité par d’autres vitriols.


Extraction du Vitriol Emeraudin contenu dans le verdet & sa distillation

n° 1 _ Le verdet que les Latins appellent veridis aëris, & les Français vert-de-gris par un mot corrompu, n’est autre chose que le cuivre calciné par corrosion lente en poudre de couleur vert-de-mer ; laquelle calcination se fait par ératification,. c’est-à-dire qu’on fait un lit avec les aines ou marcs de raisins pressé au pressoir, & un autre lit de lames de cuivre, contenant lit sur lit, tant que le vase contenant soit rempli puis par succession de temps les lames se convertissent en verdet, qui se fait abondamment en la Province de Languedoc.

Prenez donc douze livres de verdet ou davantage si vous voulez, pilez-les, & les mettez dans huit cucurbites de verre, à chacune une livre & demie ; versez dessus du vinaigre distillé à l’éminence de huit doigts en travers : laissez digérer aux cendres les vases clos pendant quarante huit heures, remuant souvent la matière avec un bâton ; puis filtrez le menstrue teint par le papier gris, remettez de nouveau vinaigre sur les fèces ; digérez, filtrez, & continuez ainsi tant que toute la teinture verte soit extraite, & que les fèces demeurent de couleur d’ocre brun : faites ensuite évaporer le menstrue teint, tant qu’il n’en demeure que le tiers ou le quart, & le mettez en lieu froid, & se formeront de beaux cristaux émeraudin, videz par inclination le menstrue resté, faites évaporer & cristalliser comme devant, tant que vous ayez tout le vitriol du verdet en couleur d’émeraude, qui sera à la quantité de six livres, qui est demi-livre par livre de verdet. Ce vitriol est appelé des Peintres verdet calciné, mais improprement, duquel ils se servent, parce qu’il est excellent pour faire une très belle couleur émeraudine ; faites-le dissoudre derechef en le faisant bouillir dans de l’eau commune, puis filtrez & cristallisez, afin de l’avoir plus pur, & privé de tes excréments terrestres.

Prenez quatre livres de ce vitriol , desséchez à lente chaleur, mettez-le dans une retorte bien lutée ; posez-la au fourneau de Ponuture à feu nu, adaptez-y un grand récipient, lutez-y bien les jointures, puis distillez selon l’art, donnant feu lent au commencement & l’élément de l’eau passera, augmentez un peu, & l’élément de l’air passera abondamment dans le récipient en fumée blanche, & la liqueur qui tombera du bec de la retorte, sera verdâtre, augmentez encore le feu enfin très violent, & vous verrez l’élément du feu passer en liqueur rougeâtre, & ses fumées seront plus troubles qu’en la distillation de l’air. Pendant que les esprits fumeux entrent dans le récipient, il s’échauffe fort ; c’est pourquoi il faut tremper des linges dans l’eau froide, & les appliquer prudemment de temps en temps sur le récipient, afin de faire résoudre les vapeurs, en. liqueurs. Lorsque vous verrez que le récipient sera éclairci & refroidi, se sera le signe que la distillation sera finie ; ce qui s’effectue en sept ou huit heures u environ. Vous laisserez refroidir les vases & le fourneau pendant douze heures puis ôtant soigneusement le récipient, après avoir bien humecté le culte du col, vous verserez dans une forte bouteille de verre la liqueur contenue dans le dit récipient , & la boucherez avec de la cire.

Pour déflegmer cet esprit & le rectifier, vous poserez au bain-marie, & vous ferez distiller le flegme ou 1’eau insipide, qui sera en petite quantité & la goutterez souvent ; & quand la liqueur commencera à distiller avec acidité alors vous porterez la retorte au fourneau, où seront accommodées des cendres chaudes ; vous y joindrez un récipient, luterez les jointures, & ferrez distiller jusqu’à siccité; & ainsi vous aurez un esprit mercuriel & sulfureux, de couleur hyacinthe, pénétrant une agréable acidité, & qui sera au poids de vingt neuf onces ou environ. Par la même méthode vous ferez distiller tout votre vitriol émeraudin, & de douze livres d’icelui, vous aurez quatre vingt quatre onces & plus d’esprit sulfureux & au fond des retortes il restera des dites douze livres, soixante neuf onces de matière cuivreuse.

Je vous donnerai encore ici une autre manière pour faire l’esprit de vitriol extrait du verdet, laquelle est meilleure que la première, mais plus pénible.


Distillation de l’Esprit Mercuriel & sulfureux du Vitriol du Verdet

n° 2 _ Prenez du vitriol du verdet extrait comme il est dit, avec du vinaigre distillé, puis dissout avec de l’eau commune filtrée & coagulée par trois diverse fois, & ainsi il sera bien purifié, faites le calciner doucement, tant qu’il commence à devenir rouge ; Joignez à trois livres de ce vitriol une livre & demie de cailloux calcinez & éteints par trois fois dans du vinaigre distillé, pilez, mêlez , & mettez tout cela dans une retorte lutée, posez-la aux cendres, joignez-y son récipient convenable, puis donnez feu lent pendant 24 heures, & passeront premièrement des esprits blancs & verds, puis après en augmentant le feu autres 24 heures, il sortira des gouttes rouge avec les esprits, continuez la même force de feu, tant que tous les esprits & les gouttes rouges soient passées dans le récipient : cela fait, les vases étant refroidis vous prendrez, tout ce qui sera dans le récipient, & le renverserez dans une cucurbite, puis distillerez doucement au bain, le flegme sortira, & l’huile rouge demeurera au fond de la cucurbite.


Extraction du Vitriol De Fer

N° 3 _ Prenez une livre de limaille de fer bien nette, mettez-la dans une cucurbite, mêlez dessus une livre de ladite huile rouge de vitriol de verdet, & deux livres d’eau commune distillée, faites digérer aux cendres chaudes, & quand la limaille sera dissoute, vous filtrerez la dissolution, puis vous en ferez distiller les trois parts, & mettrez le reste en lieu froid, & il le cristallisera, un autre vitriol, dans lequel Venus & Mars seront unis, & sera de saveur douceâtre, faites trois livres de ce vitriol.


Calcination & distillation du Vitriol de Mars

N° 4 _ Calcinez doucement & subtilement ce vitriol sous le moufle à feu lent, le remuant souvent avec la verge de fer, & il se convertira en une poudre subtile de couleur rouge bruns mettez cette poudre dans une retorte lutée, joignez-y son récipient, lutez bien les jointures, & distillez par le degré du feu, tout ainsi que vous aurez fait en la distillation du vitriol du verdet, c’est-à-dire pendant quarante-huit heures, en distillant l’huile rouge. Ainsi premièrement vous distillerez l’esprit blanc qui est le mercure des Philosophes ; puis suivra l’esprit rouge, qui est leur soufre ou huile incombustible, des deux teintures de Mars & de Vénus, réduits en un, qui ne se peuvent plus séparer ; & ainsi sera joint le sang du lion vert, c’est-à-dire, du vitriol de Mars, duquel double sang, leur père qui est le souffre de l’or, (dont nous parlerons ci-après) doit être alimenté.

Mettez cette huile au bain- marie, dans un vase distillatoire, & en séparez exactement le flegme, & l’huile demeurera au fond rouge comme sang.


Extrait du Sel de Mars et de Vénus

N° 5 _ Prenez le caput mortuum resté après la distillation du vitriol de Mars, qui fera aussi rouge que l’écarlate, broyez-le subtilement, & le mettez dans un vase de verre ; versez dessus de bon vinaigre distillé, faites digérer a lente chaleur par trois jours & trois nuits, afin que le vinaigre distillé attire le sel, dans lequel est caché le trésor de gloire, que si ce sel manquait votre labeur serait inutile, par après filtrez le menstrue, & l’ayant retiré par distillation aux cendres jusqu’à siccité, le sel demeurera au fond du vase , lequel dissoudrez en eau de pluie distillée, filtrez & congèlerez par trois fois ,pour l’avoir; pur.


Volatilisation du Sel de Mars

N° 6 _ Versez sur le sel dépuré qu’aurez mis dans une retorte lutée toute l’huile de Mars & de Vénus déflegmée, & il s’y résoudra promptement, alors vous distillerez à forte chaleur, & l’huile rentra volatil & emportera son propre esprit de sel en la distillation de flegme cette liqueur au bain & je vous assure qu’elle fera dix fois plus forte qu’elle n’était auparavant, à cause qu’elle sera imprégnée de ton sel rendu spirituel. Par ce moyen sera préparée l’huile incombustible , qui est tout ensemble mercure, souffre & sel, venant tous trois d’une même racine, la vraie première matière des métaux, & la racine, dont l’or a été premièrement engendré.


Dulcification de l’huile incombustible de Mars & Vénus

N° 7 _ Prenez sept onces de cette huile très aigre, mettez-les dans une retorte lutée ; versez dessus cinq onces d’esprit devin réduit au suprême degré ; posez la retorte au sable, joignez-y son récipient, luttez bien les jointures, puis distillez d’abord à feu assez fort fans observer les degrés ; versez derechef par dessus cinq autres onces de nouvel esprit de vin, distillez comme la première fois ; retournez encore à faire ainsi pour la troisième fois, en sorte qu’il y ait quinze onces d’esprit de vin, pour les huit onces d’huiles , faites-les après circuler au bain tiède pendant un mois, & par ce moyen l’huile perdra son acrimonie, & deviendra douce & agréable ; car 1e feu aetherée contenu dans la concavité de cet esprit de vin, moyennant la digestion circulatoire, meurit les choses acides, adoucit les âpres & acerbes, subtilise les choses crasses. cuit les crues, adoucit aussi les corrosifs, non pas qu’il soit doux de soi, mais par ce qu’il emporte avec soi, par distillations réitérées, les esprits corrosifs.

Cette huile ayant donc digéré & circulé, comme dit est, sera mis au bain tiède pour en tirer l’esprit de vin par distillation, & ainsi l’huile demeurera au fond préparée, comme il faut, corrigée de son acrimonie, réduite en douceur subtile, pénétrant, d’agréable saveur, & de bonne odeur, ayant la puissance de résoudre l’or converti en chaux pour premier, en ce que l’on nomme manteau de pourpre, le faire monter & passer par l’alambic, & le réduire en or potable, ce qui s’effectuera par les opérations suivantes, la première desquelles est la purification de l’or par l’antimoine.


Purification de l’Or

N° 8 _ Prenez une part d’or de départ, & trois parts de bon antimoine ; pillez-les, & les mêlez, puis les mettez dans un creuset neuf, & les faites, fondre ensemble au four avant, en soufflant & donnant bon feu, le tout étant bien fondu, vous le jetterez dans un verre d’acier en forme pyramidale, ainsi que font les Orfèvres : il faut que ce vase soit premièrement oint avec un peu de suif par dedans, & qu’il soit chaud, puis soudain vous frapperez les bords dudit vase avec un marteau, afin de faire descendre au fond 1e régule qui contiendra l’or, lequel régule, vous détremperez & abattrez avec le marteau..

Pour ce qui est de l’Antimoine demeuré au-dessus du régule, vous le ferez fondre derechef dans le creuset, le jetterez dans le vase pyramidal, et en séparerez le second régule , puis ferez ainsi pour la troisième fois, afin de ne rien perdre de votre or.

Cela fait, prenez vos régules, mettez-les dans un cherbe ou coupelle sèche de terre de creuset, posez-la sur le feu, & l’environnez de charbons ardents, l’ayant auparavant couverte d’un. moufle de terre, après soufflez avec le soufflet, tant que tout l’antimoine contenu dans les régules soit entièrement exhalé ; cela fait, l’or paraîtra pur, & se congèlera soudain, il faut faire encore deux fois cette même opération, & en la même manière que ci-dessus, savoir, une part d’or & trois parts d’antimoine : par ce moyen vous aurez un or sans aucun mélange, purifié & de haute couleur, d’autant qu’en cette opération, l’or’ retient à soi la teinture ou ce soufre fixe de l’antimoine, parce qu’il lui est homogène, dérivant de la même source.


Calcination de l’Or

N° 9 _ Prenez une part d’or passé par l’antimoine & six parts de mercure revivifié de cinabre, ou du sublimé corrosif, & bien purifié avec sel & vinaigre, coupez votre or en petits morceaux après l’avoir réduit en lame déliée, puis le faites rougir dans un creuset neuf; faites aussi chauffer votre mercure dans un autre creuset, retirez les creusets du feu ; versez le mercure chaud dans le creuset où est l’or, & remuez bien tout ensemble avec un bâton sec, tant que le mercure ait englouti l’or : prenez cette matière appelée amalgame qui pèsera par exemple sept onces, puis ayant fait fondre quatorze onces de fleurs de soufre dans un creuset à feu lent, vous jetterez dedans votre amalgame, & remuerez bien fort avec un, bâton, tant qu’il se mette en poudre noire, laquelle vous broierez & mettrez exhaler & réverbérer sous le moule, ce qu’étant fait l’or demeurera en chaux, laquelle conserverez pour la mettre dans l’eau forte royale.


Eau Forte Royale

N° 10 _ Prenez salpêtre purifié, sel harmoniac aussi purifié, de chacun deux parts, cailloux pillés une part, pillez & mêlez ensemble le tout : après vous prendrez une retorte de bonne terre, & qui soit tubulée, luttez bien ladite retorte, & la posez au réverbère, & y joignez son récipient, dans lequel vous aurez mis un peu d’eau commune pour attirer l’esprit, luttez les jointures, échauffez peu à peu la retorte, tant qu’elle commence à rougir, alors vous jetterez quatre onces de la matière par le tuyau, que boucherez promptement, & soudain verrez les matières nébuleuses passer dans le récipient, & l’en remplir : c’est pourquoi il doit être grand, comme ceux dans lesquels on fait l’eau-forte, les susdites vapeurs venant se résoudre peu à peu, se mêleront avec l’eau commune qui fera au fond dudit récipient, lequel alors s’éclaircira, quoi voyant, vous rejetterez quatre onces de nouvelle matière, faisant comme dessus, continuant ainsi tant que toute la matière soit distillée; après vous déflegmerez la liqueur par le bain marie, & la rectifierez aux cendres, & ainsi sera faite l’eau appelée des deux champions, mais d’autant qu’elle est assez difficile & hasardeuse à faire, j’en donne ici une méthode pour la faire plus facilement & avec moins de danger.

Prenez une livre de salpêtre, trois livres d’argile ou cailloux pilez, mêlez, & les distillez au réverbère, selon l’art adaptant au bec de la retorte de verre bien luttée un grand récipient, & les esprits rouges comme feu passeront dans icelui, deflegmez cet esprit de salpêtre & le rectifiez. Prenez-après une livre de sel armoniac & quatre livres de cendres, desquelles vous aurez ôté le sel , par le moyen de l’eau chaude commune, mêlez, & puis distillez au sable à bon feu, & l’esprit de l’armoniac passera dans le récipient, lequel vous deflegmerez au bain, & rectifierez aux cendres ; cela fait, prenez parties égales de salpêtre & d’armoniac, mêlez-les, & les distillez au feu de cendres, & vous aurez le dissolvant solaire.


Eau Forte de Sel Marin

N° 11 _ Toutefois je vous avertis que l’esprit de sel marin, distillé comme on fait le salpêtre, fait la même opération que 1’eau des deux champions, & si elle n’est pas si corrosive. Prenez donc trois parts de cet esprit de sel marin, & une part d’esprit de salpêtre, par ce moyen vous aurez une eau royale, qui dissoudra l’or plus promptement que l’esprit de sel armoniac, & le ferez monter & passer par l’alambic & tomber dans le récipient.


Dissolution de la Chaux de l’Or, & sa conversion en Vitriol

N° 12 _ Mettez dans un vase de terre une part de chaux d’or du N° 9 versez dessus trois parts de l’eau. des deux champions du N° 10 ou plutôt de celle d’esprit de sel marin mêlé avec celle de l’esprit de salpêtre du N° 11 Laissez dissoudre la chaux sur les cendres chaudes, versez par inclination ce qui sera dissous, puis remettez trois parts d’eau nouvelle sur les fèces, tant que toute la chaux soie dissoute ; séparez la dissolution d’avec ce qui sera demeuré indissoluble, qui sera en petite quantité, & la faites digérer au bain marie pendant vingt-quatre heures, séparez encore les fèces, s’il y en a, puis les mettez à digérer pendant neuf jours & autant de nuits, & alors distillez l’eau dissolvante par le bain, jusqu’à 1’acuosité & la cohobez tant de fois que vous trouviez au goût l’eau débilitée, & comme insipide, sur cette consistance huileuse, imprégnée des esprits du dissolvant, vous verserez de nouvel esprit de sel marin & de salpêtre; mêlez-les ensemble, & referez lés mêmes digestions, distillations & cohobotions, comme devant, excepté que lesdites dernières distillations & cohabations se doivent faire sur le sable, fortifiant le feu d’un degré, tant que tout l’or soit dissout & s’élève épars par l’alambic, avec le dissolvant & tombe dans le récipient. Cela fait, vous distillerez le dissolvant par le bain Jusqu’à consistance huileuse, puis mettrez le vase de verre en lieu froid & humide, & se formeront des cristaux diaphanes qui seront le vitriol de l’or ; l’eau surnageant distillez-la par inclination jusqu’à obit, & remettez à cristalliser pour avoir tout le vitriol de l’or.


Conversion du Vitriol d’Or en Crocus de couleur pourprée appelé Manteau de Pourpre

N° l 3_ Prenez tous les cristaux, ou vitriol de l’or, faites-le dissoudre dans de l’eau commune distillée, puis jetez dans cette dissolution du mercure revivifié du cinabre, & purifié trois fois le poids du vitriol, remuez bien cette mixtion, & vous verrez diversité de couleurs, puis l’eau de jaune qu’elle était deviendra claire, & l’amalgame qui sera faite de l’or en vitriol, & du mercure se précipitera au fond du vase, laquelle vous prendrez, dessécherez & mettrez à feu lent sous le moufle dans une cherbe de terre de creuset , remuerez doucement avec une petite baguette de fer, tant que tout le mercure soit évaporé, & ainsi votre vitriol fera converti en crocus, qui sera une poudre belle, de couleur d’écarlate pourprée, laquelle se dissout incontinent dans vinaigre distillé en couleur rouge comme sang; cela s’appelle aussi manteau de pourpre des Philosophes.

Lequel manteau pourprin , il faudra séparer en trois parties, l’une desquelles servira pour extraire le soufre avec 1’eau mercurielle, comme il est dit ci-dessous N° 15

L’autre partie pour la convertir en liqueur spirituelle dorée, comme l’on voit ci-dessous N° 17 & la troisième partie de ce manteau de pourpre sera employée pour en extraire le soufre avec 1’esprit de sel marin, adouci par l’esprit de vin, pour après en faire l’or potable, ainsi qu’il sera enseigné aux pages suivantes.

 

Préparation & distillation de l’Eau Mercurielle attractive


N° 14 _
Prenez du mercure sublimé avec le sel marin préparé & vitriol calciné ; car le mercure enlève avec foi en la sublimation la quintessence de vitriol, sans laquelle on ne saurait faire aucune extraction réelle de l’or, ni par conséquent aucun vrai or potable : pulvérisez subtilement ce sublimé, & l’étendez fur une feuille de fer que vous poserez à la cave, & dans peu il se résoudra, en eau laquelle vous verserez dans un verre ; & quand il ne se fera plus d’eau, filtrez nettement ce que vous aurez recueilli.

Prenez cette liqueur mercurielle au poids d’une livre, mettez-la dans un grand récipient, puis faites une eau-forte avec deux livres de bon vitriol, & deux livres de salpêtre sans les déflegmer, & chassez par degrés les esprits de cette matière par le réverbère dans ledit récipient, où fera l’eau du sublimé, & lorsque tous les esprits seront sortis de la cornue, prenez tout ce que vous trouverez dans le récipient, & le rectifiez par l’alambic au feu de cendres, & il demeurera au fond du vase beaucoup de terre, mais 1’eau mercurielle attractive sera claire & nette.


Extraction du Soufre de l’Or contenu dans le Manteau de Pourpre.

N° 15 _ Prenez six parts de l’eau mercurielle attractive susdite, versez la dans un vase de verre , dans lequel vous aurez mis une part de l’or préparé en manteau de pourpre réserve, comme il est dit, fermez bien le vase, & le tenez à la chaleur lente, tant que cette eau ait tiré l’âme ou le soufre de l’or, & soit teinte en couleur très rouge : tirez cette liqueur teinte par inclination, & si la poudre qui reste au tond du vase paraît encore jaunâtre ; jetez dessus de nouvelle eau mercurielle, & extrayez de nouveau jusqu’à ce qu’il reste un corps blanc comme neige, lequel corps solaire demeure au fond du vase sans être dissout, & sera conservé pour en extraire le sel, comme il sera dit au N° 18 Cette attraction du soufre d’or étant parachevée, vous en retirerez par distillation avec l’alambic toute l’eau mercurielle jusqu’à siccité, & le soufre d’or demeurera au fond ; mettez du vinaigre distillé à l’éminence de quatre travers de doigt, faites-le digérer jusqu’à ce que le vinaigre se colore d’un rouge haut , versez par inclination ce menstrue teint, remettez-en de nouveau; digérez & continuez ainsi tant que le vinaigre n’attire plus rien ; ainsi vous aurez la vraie séparation.

Du soufre solaire, extrait de son corps mettez les fèces à part, puis retirez par distillation le vinaigre jusqu’à siccité, & le soufre restera au fond du vase, lequel dulcifierez plusieurs fois avec eau de pluie distillée, & en le retirant de dessus par distillation.


Conversion du Soufre d’Or en Or potable.

N° 16 _ Prenez six parts de l’huile incombustible de mars & de vénus, adoucis avec l’esprit de vin, comme il est enseigné ci-devant N° 7 versez les sur une part de soufre d’or susdit au N° 15 dans un vase distillatoire puis distillez & cohobez tant de fois que l’âme de l’or monte & passe spirituellement avec ladite huile incombustible dans le récipient ; alors mettez cette liqueur à circuler dans un pélican, ou autre vase distillaroire pendant un mois, & ainsi vous aurez l’or potable qui ne retourne plus en corps, & est un très grand secret pour la santé.


Distillation de l’Or en Crocus, & sa conversion en eau spirituelle

N° 17 _ Prenez six onces de l’huile incombustible préparée & dulcifiée du N° 17 & deux onces d’or préparé en crocus ou manteau de pourpre du N ° 13 mettez-les ensemble, & les faire. digérer en vase clos, tant que le crocus soit dissout, s’il y a des fèces, séparez-les car elles ne valent rien pour votre œuvre ; mettez cette dissolution d’or dans une cucurbite basse, joignez-y son chapiteau, & adaptez-y son récipient fermez les jointures, puis distillez & remettez chaudement ce qui fera distillé sur ce qui restera dans le vase, & continuez la distillation & cohobation tant de fois que la dissolution passe dans le récipient en liqueur, que si il demeure quelques fèces blanches, séparez-les. Gardez bien cette liqueur dorée, car l’or y est en essence spirituelle, mercurielle & sulfurée.


Extraction du sel de l’Or

N° 18 _ Prenez tout le corps blanc qui est resté au fond du vase après l’extraction du soufre de l’or, comme il est dit ci-devant au N° 15 faites-le réverbérer par trois jours & trois nuits, puis le faites sublimer avec partie égale de sel armoniac purifié ; remettez ce qui sera sublimé avec ce qui fera demeuré au fond du sublimatoire , & faites sublimer, comme devant, réitérez cette sublimation tant de fois que tout ce corps blanc solaire soit monté & rendu volatil, alors versez sur ce sublimé de l’eau commune tiède, & le sel armoniac se dissoudra, & le corps solaire se précipitera en poudre, laquelle vous dulcifierez entièrement de l’armoniac avec eau de pluie filtrée, & puis la ferez sécher a lente chaleur ; cela fait, vous en extrairez le tel avec vinaigre distillé, ce qui s’effectuera en trois jours par digestion douce, après vous retirerez le vinaigre par distillation aux cendres jusqu’à siccité, & le sel solaire demeurera au fond du vase , lequel vous clarifierez ainsi.

Faites dissoudre ce sel dans deux parts d’esprit de vin, & retirez par distillation trois quarts de cet esprit, & mettez le reste à la cave ou autre lieu froid, & il se formera des cristaux que vous conserverez, après ayant vidé par inclination l’esprit de vin resté, vous le ferez distiller davantage, & remettrez à cristallisation au froid, réitérez ce labeur tant qu’ils ne se fasse plus de cristaux, lesquels ferez doucement sécher, & ainsi vous aurez le vrai sel de l’or bien clarifié.

Toutes les opérations susdites étant parachevées, selon que je l’ai clairement enseigné, il vous faudra mettre tout ce sel d’or, autant que vous en aurez pu recouvrer, avec le mercure & le soufre de l’or au four des Philosophes dans un vase de verre que vous sigillerez, ce que vous effectuerez comme il s’ensuit en la commixtion & composition desdites substances Physiques & Philosophiques pour faire & accomplir la médecine, tant occultée & célébrée par les anciens sages & vrais Philofophes naturels.


Composition & conjonction des substances Physiques et Philosophiques

N° 19 _ Prenez au nom du Très Haut, l’or potable du N° 16 versez le sur la distillation de l’or en crocus , converti en liqueur spirituelle dorée du N° 17 puis y ajoutez autant pesant que sont ces deux ensemble de l’huile incombustible de mars & de vénus préparée & adoucie par l’esprit de vin du N° 7 finalement, mettez-y tout le sel de l’or du N° 18 puis enfermez tout cela. dans l’œuf Philosophique, duquel les trois parts demeureront vides pour la circulation des esprits, sigillez ce vase hermétiquement, & le posez à l’Athanor au four des Philosophes, & puis lui donnez doucement le premier degré du feu qui doit être suave, lent, vaporeux , clos & subtil. Alors le feu interne du soufre de l’or excité par le " feu externe s’échauffera & s’allumera de son propre sang, & pendant dix mois le convertira & éclora en une grande noirceur, qui est la vraie putréfaction, puis s’unira avec son sang, c’est-à-dire, l’huile incombustible de vénus & de mars qui lui est homogène , & avec sa chair qui est le tel de son propre corps blanc, le tout se convertira en une seule nature fort subtile volatile ; après ( s’entend après la noirceur passé ) vous augmenterez le feu de deux degrés, & ce qui était volatile se rassoira au fond du vase, & la noirceur se perdra en bref après avoir duré quarante ou quarante-deux jours, puis apparaîtront des couleurs fort diverses, & en ce second degré de feu tous les flegmes feront joints en la nominature du Roi, incontinent que vous verrez que les couleurs dorées s’éclairciront, & commenceront à disparaître, pour lors augmentez le feu jusqu’au troisième degré, & le continuez ainsi tant que votre ciel , c’est-à-dire, la voie sphérique, soit couvert de broderie d’argent, qui est la teinture ou élixir d’argent.

Ce que voyant vous donnerez le quatrième degré de feu, & la blancheur luisante s’anéantira, & paraîtront en sa place dans le vase, mille petites stries ou veines montantes & descendantes finalement, lorsque les veines ne paraîtront plus, la matière se précipitera entièrement, s’arrêtant au fond du vase , & se changera en une poudre fixe de couleur rouge brun comme un grenat & de grande pesanteur, alors le salut est prest, & la régénération de la teinture rouge est parfaite.


Multiplication de la Pierre tant en quantité qu’en qualité

Prenez une partie de cette poudre Philosophique, faites comme il est dit ci-dessus N° 19 & six parties de l’huile incombustible de mars & de vénus, adoucie par l’esprit de vin du N° 7 broyez ladite poudre subtilement sur le marbre ; mettez la dans un pélican ou œuf Philosophique, & versez dessus votre huile incombustible, sigillez le vase hermétiquement, & le mettez en coesion à l’athanor , observez le même régime & degré de feu, comme vous aurez fait ci-devant, & ainsi la poudre se refondra facilement en liqueur , se noircira, blanchira & rubifiera en peu de temps ; de forte que ce que vous aurez fait la première fois en dix mois , vous le parachèverez cette deuxième fois en deux mois , d'autant que la pierre très-fixe est pleine de feu, & peut fixer & derechef sa teinture liquide, c'est-à-dire, l'huile de mars & de venus en bref, si bien qu'elle s'unit à notre pierre , parce qu'elle la pénètre promptement par so activité ignée & grande puissance.

Vous procéderez plus avant en même manière que vous aurez fait la deuxième fois en dissolvant la pierre avec l'huile incombustible, & congelant l'huile avec la pierre, & ainsi vous aurez une multiplication comme à l'infini de la pierre Physique, laquelle en chaque dissolution & coagulation s'augmentera en vertu & en poids, & fait à chaque fois une plus haute projection.

Cette médecine universelle guérit la lèpre, l'épilepsie, l'hydropisie, goutte, calcul, & généralement quelques maladies que ce soit par sa grande vertu, & ceux qui en useront jouiront d'une santé parfaite, & sentiront un entier rétablissement de leurs forces ; elle pénètre tout le corps, agit spirituellement, & donne à toutes chose un être accompli.

La dose est un grain dans deux cuillerées de bon vin blanc , dans quoi elle se dissout, ou dans quelque autre liqueur convenable, s'il y a fiere.


Fermentaion & Specification de la Pierre

Prenez une part de cette pierre préparée , comme il est dit ; pilez-la, & trois part de pur or passé par l'antimoine, comme il se voit au N° 8 & battu en lame très déliée , mettez-les ensemble dans un creuset bon & neuf, en faisant S S S, & leur donnez feu modéré les douze premières heures, puis les fondez , & les tenez en ce feu de fusion pendant trois jours naturels, & le tout sera changé en vraie médecine d'une nature subtile, spirituelle & pénétrante , mais elle ne teindra pas aisément les métaux imparfaits, à cause de sa grande subtilité ; le ferment de l'or corporel étant donc fermenté de son semblable, la teinture entre facilement.


Projection

Prenez une part de cette médecine fermentée , & la jetez sur mille parts de métal imparfait fondu, & le tout se convertira en pur or , car un corps prend aisément un autre corps, & bien qu'il ne lui soit pas semblable, il doit néanmoins lui être conjoint, afin que par sa grande force & vertu il lui soit rendu semblable , vu que le semblable a été engendré de son semblable.

Aucune chose créée ne peut être comparée à la grande subtilité de cette Pierre, car elle seule comprend & possède toutes choses que l'on peut trouver par raison naturelle, contenues encloses dans la circonférence de l'univers.

Voilà donc comme s'accomplit le grand Magistère métallique , que si vous prenez la peine d'en considérer profondément les circonstances & les merveilleuses opérations physiques & philosophiques d'icelui, vous connoi-que l'art aide grandement la nature , & que les choses qu'elle n'a pu faire , purement, sont accomplies par le sage artiste, auquel elle fournit le sujet duquel il sépare les principes , les purifie de leurs hétérogénéité , & les réunit. Puis la nature opérant entièrement par sa chaleur naturelle, étant doucement excitée par la chaleur externe artificielle ,en produit ensuite une matière contenant une forme bien plus noble qu'elle n'était auparavant, ce qui est proprement le grand œuvre des Philosophes ; lesquels ont voilé cette vérité par énigmes & paraboles que nous avons explique sincèrement, afin que les ignorants & Sophistes n'eussent l'intelligence d'une chose si sublime & précieuse, par laquelle Dieu soit loué & béni éternellement.

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Pr Stéphane Feye 25/12/2012 19:12


Beaucoup de bonnes recettes! La Table d'émeraude d'Hermès Trismégiste a souvent été commentée. Mais, le commentaire le plus précis et le plus concordant entre le chapitre 1 de la Genèse et cette
Table d'Émeraude se trouve chez Gerard Dorn dans: PARACELSE  DORN  TRITHÈME   de Caroline Thuysbaert, qui vient d'être publié pour la première fois en français chez Beya
Éditions (Grez-Doiceau, 2012. Extraordinaire!