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Hauts Grades

Tribune libre : planche du convent de la GLEFU (2014)

25 Octobre 2014 , Rédigé par C.G Publié dans #Tribune libre

Quand je suis entre en FM, comme beaucoup d'entre nous, je n'ai pas choisi mon obédience ni ma loge, ni le rite, c'est mon parrain qui m'a conduit sur le chemin.

Dès le lendemain de mon initiation, je lisais le rituel que l'on m'avait remis, ainsi qu'un livret qui expliquait que j'avais le privilège d'avoir été reçu dans l'obédience reconnue par le monde entier et que j'étais un régulier.

Parallèlement je découvrais que les 130 000 autres maçonnes et maçons (qui se reconnaissaient comme tels) étaient des usurpateurs.

Dans un premier temps, j'en tirai quelque fierté, alors que je n'y étais pour rien, mais finalement, le GADLU avait fait son travail et mon bon choix. C'était sans compter sur ma curiosité, et très vite, je suis allé voir de près ces irréguliers.

Des que j ai été compagnon, ne comprenant pas cet ostracisme, j'ai créé ma première table d hôtes dans un restaurant rennais, ouvert évidemment à toutes les obédiences. Le succès a été tel que des les premiers déjeuners, nous étions 10,20,30... et plus à nous retrouver chaque semaine. Et j ai constaté que tous partageaient la même quête philosophique, spirituelle, les mêmes valeurs de liberté, de tolérance et de fraternité avec quelques nuances dans les approches, mais les bases étaient semblables. Certains étaient athées, d'autres agnostiques, déistes ou théistes ; il n'y avait jamais de polémique tranchée sur les sujets de croyance mais des respects réciproques, nous enrichissant mutuellement de nos différences. Les controverses étaient, déjà à l’époque, bien plus violentes à l'intérieur de mon obédience quand on s'opposait à une affirmation théiste de certains, face aux arguments déistes, laïcs ou orientaux.

Apres l'explosion de notre ancienne obédience, je croyais que tous les FM du monde allaient de nouveau se donner l'accolade, et redevenir sœurs et frères. Hélas, c'est encore pire qu'avant, nous assistons à un triste spectacle de décomposition du paysage maçonnique français, dû essentiellement à la recherche de reconnaissance anglaise, américaine, européenne, de grandes loges, juste pour permettre à moins de 1% de petits chefs de voyager gratuitement dans le monde entier. Je suis persuadé que les schismes, actuels et à venir, sont dus essentiellement à ces besoins vaniteux de pouvoir artificiel. Car enfin si nous revenons aux sources de la maçonnerie moderne, dite spéculative, il nous suffit de reprendre les constitutions d'Anderson, et notamment, l'article 1er, pour vivre cette fraternité universelle dont chacun se réclame, et ce, sans ambiguïté : je cite :

"Dans les temps anciens, les maçons étaient obligés, dans chaque pays de professer la religion de leur patrie ou nation quelle qu'elle fut ; aujourd’hui, laissant à eux-mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus à propos de les obliger seulement à suivre la religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord. Elle consiste à être bons, sincères, modestes et gens d'honneur, par quelque dénomination ou croyance particulière qu'on puisse être distingué. D'où il s'ensuit que la Maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de conclure une sincère amitié parmi des personnes qui n auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles ".

Alors pourquoi ces ostracismes qui perdurent et sont entretenus, sinon par besoin de compenser un manque de positionnement social !?

Alors qu'à la question présente dans tous les rituels : êtes-vous maçon? la réponse universelle est bien : mes frères me reconnaissent pour tel! Alors pourquoi, surtout avec ceux avec qui nous avons partagé tant de tenues remplies d'émotion et de vibrations, existe-t-il aujourd’hui un tel fossé d indifférence, mêlé de ressentiment voire de haine ?

Et pourtant, pour beaucoup d'entre nous, il a été difficile de couper le cordon avec notre obédience mère, et a fortiori de notre loge mère. 

Quel que soit le nombre d'années passées au sein de cette structure qui nous a donné la lumière, la nostalgie existe et personne ne peut le nier. Car c'était une belle machine, organisée, avec une solennité qui nous a tous marqués. Et puis nous étions 45000, répartis sur 1800 ateliers, nous nous connaissions, nous étions une grande famille de frères ; même si exceptionnellement nous allions discrètement visiter des irréguliers, nous revenions chez nous avec ce sentiment qu'on était bien à la maison et que la rigueur et la chaleur de notre fraternité faisait que nous n'avions pas besoin d aller voir ailleurs. Et ça n'avait rien à voir avec la régularité ou la reconnaissance, ou les serments, ou l'ordre... Nous avions chez nous le bonheur et la spiritualité que nous étions venus chercher.

Nous ne nous posions pas de questions, nous payions, nous votions les budgets sans chercher à comprendre, nous faisions des entrées maillets battants, nous n aimions pourtant pas les vaniteux aux tabliers bleus, nous les critiquions mais les tolérions, et puis on acceptait ce tablier quand on nous le proposait car ça faisait partie du jeu et de l'avancée dans la carrière maçonnique, nous disait-on.

Et puis certains ont commencé à ouvrir les yeux sur les dérives financières et autoritaristes que l'on ne voulait pas voir. Certains en ont trop fait, les dépenses n'étaient pas plus outrancières qu'avant mais la révolte était en marche. La politique politicienne a pris le pas sur la maçonnerie et les frères ont commencé à devenir des frères ennemis. Chacun a pris position d'une manière passionnelle et les frères se sont déchirés, se sont mis à se haïr, à ne plus se parler et à s'insulter.

L intolérance a remplacé notre égrégore et notre fraternité.

La haine a supplanté l'amour.

Nous avions pourtant un bel idéal de paix d'amour et de fraternité.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Le divorce était inéluctable, et ce qui devait se produire eut lieu : les 2 tiers des membres de notre ancienne structure l'ont quittée et se sont éparpillés; des loges libres et souveraines se sont reconstituées, des regroupements se sont faits, au sein de nouvelles organisations qui curieusement, pour la plupart, ont reproduit le même modèle que celui que nous avions fui. Alors que nous avons tous fait les mêmes constats : les cotisations élevées versées à une obédience n'amènent pas une valeur ajoutée ; la structure hiérarchique verticale est un contresens maçonnique ; l'isolement et la régularité ou la reconnaissance ne mènent qu'à des dérives sectaires.

A la Grande Loge Européenne de la Fraternité Universelle (GLEFU), nous avons repris les fondations de la maçonnerie, celles que nous avons toujours souhaitées, que nous croyions vivre mais qui n'étaient alors qu'illusion.

Nous reprenons à notre compte les constitutions d'Anderson : rassembler ce qui est épars ; mais je crois que nous avons à ce jour un objectif encore plus ambitieux : rassembler ce qui est devenu épars. Nous n'avons pas de problème avec les obédiences dites irrégulières ; notre dernière tenue de l’Hermine a salué des visiteurs de GLDF, GO, DH, GLTSO, OITAR, GLAMF, GLTF et des errants de loges de St Jean. 

Par contre je déplore que des frères (notamment ceux qui se soumettent si servilement à cet article 164, sans un soupçon de révolte!? dans lequel le vénérable qui le voudrait n'a pas le droit de recevoir un étranger sans l'accord du GM!), je regrette donc que des FM qui se disent réguliers ou qui cherchent la pseudo reconnaissance GLUA, continuent de nous considérer comme des pestiférés, quand il y a encore 3 ans, nous étions si proches. Mais il est vrai, j'ai tendance à l'oublier, tant le contraire nous est devenu archaïque, que nous recevons des sœurs (ultime sacrilège).

Nonobstant cette tristesse que des soi disant frères ne nous considèrent plus comme tels, au nom d'une obéissance aveugle à un pouvoir autocratique, et reniant toute liberté de jugement, je tends la main, mes bras, mon cœur vers tous ceux avec qui j'ai partagé tellement de bonheur maçonnique où l'égrégore était à son apothéose. Je n ai pas de haine, je n ai pas de ressentiment, y compris envers ceux qui nous tournent le dos, parce qu'ils ont des ordres, je leur dis : venez partager nos travaux, venez partager le pain et le vin à nos agapes, étrennons-nous par l'accolade fraternelle et recommençons à nous aimer les uns les autres, sans arrière pensée mais dans l'esprit de fraternité qui n'aurait jamais dû nous quitter.

Je suis sans doute naïf, mais pourtant j'y crois encore à cette chaîne d'union que je vous propose de reconstituer, mes sœurs et mes frères en guise de conclusion à ce message d'espérance et d’ amour.

 

J’ai dit. 

C. G., avril 2014 

Commentaire : j’ai décidé d’ouvrir ce blog à des Sœurs et à des Frères qui souhaiteraient s’exprimer avec respect et fraternité dans une nouvelle rubrique « Tribune libre ». C'est un essai. S'il n'est pas concluant et si ce blog devient un champ de bataille, je supprimerais cette rubrique.

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Lucho Réveillé 27/10/2014 17:35


Mon TCF C.G.


En lisant ton article, j'ai cru que c'était moi qui l'avait écrit.


Quand la crise est arrivée, j'étais le doigt sur la couture du pantalon, croyant naïvement que les "vérités" que l'on m'enseignait ne se négociaient pas.


Avec le recul qu'il sied parfois à la raison, j'ai cherché à comprendre.


J'ai coupé le cordon qui faisait de moi une pomme qui pourrissait, attachée à un arbre dont les racines s'étaient perdues dans une terre viciée et corrosive.


Alors, petit à, petit, tout est devenu devient plus clair. Je me suis apperçu que j'avais perdu le sens de mon être, de ma liberté d'homme et surtout de ma liberté de Maçon, celle qui est
tant galvaudée et dont les scientifiques de notre mouvement nous font une docte description qui n'a plus rien à voir avec ce si joli nom qui va si bien avec les bonnes moeurs.


Il me semble pourtant qu'un Maçon n'est pas un adepte du reniement.


Le chemin maçonnique exige beaucoup de courage, dont celui du sondage objectif de sa conscience. C'est douloureux certes,
mais cela n'est-il pas fait pour arrèter de souffrir. 


Quel bonheur à la sortie pour celui qui s'y astreint. L'Amour et la Fraternité ont de nouveau un sens et l'ostracisme préché par des maçons d'un autre temps ne fera bientôt plus recette.


Que l'Amour règne parmis les hommes et que la Joie soit dans les coeurs. C'est probablement un voeux pieux proféré par des Macons sincères. Mais nous sommes là pour ne pas douter que
l'avenir nous donnera raison, même si c'est utopique car l'utopie fait partie du Maçon cherchant qui ne ménage pas sa peine au travail.


En attendant, il nous faut donner l'exemple de la Fraternité qui nous fait tant défaut, sans haine ni rancoeur, l'espoir chevillé au corps.


Que le Grand Architecte nous entende.


Je t'aime mon Frère.


Je vous aime mes Frères.


L.R.

T.D 27/10/2014 19:08



Merci beaucoup mon BAF pour ce superbe commentaire.


CG voudrait rentrer en contact avec toi. Pourrais-tu s'il te plaît m'envoyer ton adresse mail et/ou ton tél à thomas.dalet@orange.fr


Merci