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Hauts Grades

Trois siècles de résurgences templières

9 Avril 2012 Publié dans #chevalerie

En 1972, l'excellent Laurent Dailliez dénombrait dans le monde quarante-sept groupements néo-templiers ! Combien sont-ils aujourd'hui ? Sans doute bien davantage ! C'est dire combien l'Ordre du Temple garde une partie de son attrait, près de sept siècles après son anéantissement. Au vrai, l'imaginaire templier, mais aussi ce que l'on peut appeler - pourquoi pas ? - la spiritualité néo-templière, font désormais partie du paysage des courants spirituels marginaux et des nouveaux ordres de chevalerie. Chevalerie authentique ou pseudo-chevalerie, c'est à voir. Mais prévenons dès à présent que tous les ordres néo-templiers ne sont pas pour autant des ordres de pacotille, et quelques rares cas flagrants de dérive sectaire - dont le tristement célèbre Temple solaire - ne doivent pas occulter le fait que le cheminement spirituel que proposent certains - je ne dis pas tous, ni même la majorité d'entre-eux - n'est pas toujours inintéressant. Ce cheminement spirituel est-il pour autant fidèle à la spiritualité templière à la lettre, des XIIe, XIIIe ou XIVe siècles ? Là encore, il ne s'agit pas de porter un jugement de valeur, mais d'examiner ce que sont et ce que proposent ces organisations, en fonction de ce que nous savons aujourd'hui de l'histoire et de la spiritualité du Temple médiéval.

D'emblée, je ne range pas parmi les mouvements neo-templiers les deux ordres qui, aujourd'hui, sur le plan historique, voire canonique, peuvent prétendre à la succession directe de l'Ordre du Temple. Il s'agit d'abord, on le sait, de l'Ordre de Montesa, fondé en 1317 par le roi Jame II d'Aragon, confirmé cette année-là par le pape Jean XXII, en lien avec l'Ordre de Calatrava, pour servir de refuge aux templiers espagnols, après la dissolution du Temple. Ensuite, l'Ordre du Christ, constitué en 1318 par le roi Dinis, pour accueillir pour les mêmes raisons les templiers portugais. En dehors de ces deux ordres d'obédience catholique romaine - dont le second est d'ailleurs devenu séculier au XIXe siècle - , pendant des siècles, personne n'aurait songé à se placer de quelque façon dans la continuité du Temple disparu.

Tout change au siècle des Lumières. Depuis le XVIIIe siècle, en effet, forts nombreux ont été les hommes et les groupes à se réclamer de l'illustre descendance du Temple. Quoiqu'elle n'en provienne aucunement, la franc-maçonnerie moderne, qu'on dit spéculative pour la distinguer de la maçonnerie opérative des corporations de bâtisseurs, a ouvert la voie en revendiquant très tôt une filiation templière, d'abord un peu vaguement, puis très explicitement pour certains de ses rameaux. Alors que la première Grande Loge moderne apparaît à Londres en 1717, dès 1723, les fameuses Constitutions de pasteur James Anderson (1684-1739), charte instauratrice de la franc-maçonnerie spéculative, renvoient aux chevaliers du moyen âge, sans plus. En 1736, le célèbre Discours d'André Michel de Ramsay (1686-1743) marque une étape supplémentaire en rangeant parmi les ancêtres de l'ordre maçonnique les ordres chevaleresques de Terre Sainte. On y chercherait cependant en vain toute allusion explicite aux templiers.

Pourtant, moins de vingt ans plus tard, alors que se développent sur le continent les hauts grades maçonniques, la légende templière prend corps, dans la franc-maçonnerie certes, mais aussi dans la littérature anti-maçonnique ! Un pamphlet de 1752, publié à Bruxelles, dénonce ainsi la nouvelle société comme ennemie de la religion chrétienne, au même titre que…les templiers. Récapitulant en quelque sorte les griefs connus, tout en y associant quelques fantasmes anti-maçonniques modernes, ce texte condamne en effet tout ensemble templiers et francs-maçons, supposés descendre du Temple.

Entre 1750 et 1760, au moment où l'on commence à porter l'épée en loge, la franc-maçonnerie s'approprie, sinon définitivement, du moins durablement la légende templière multiforme. Que dit cette légende ? Que la franc-maçonnerie descend du Temple, soit en ligne directe, par Jacques de Molay en personne, ou certains de ses compagnons, soit de quelque autre manière indirecte, notamment par l'intermédiaire d'anciens templiers, réfugiés en Ecosse.

L'exemple le plus connu, et d'ailleurs le plus significatif, de la maçonnerie templière, est celui de la Stricte Observance du baron Karl von Hund (1722-1776), dont les activités " templières " sont attestées en Allemagne au plus tard en 1751. Mais l'origine de la filiation de Hund, pour dire le moins, n'est pas claire. Celui-ci prétend en effet qu'à Paris, en 1743, un chevalier l'admit dans la maçonnerie templière en lui confiant la charge de grand maître de la VIIe province de l'Ordre. Quel chevalier ? Selon Hund, Eques a Penna rubra, qu'il identifie au prétendant Charles-Edouard… qui n'était pas alors à Paris et, du reste, nia toute l'affaire, en 1777. Quoi qu'il en soit, Hund, en 1751, est bien le personnage central de l'Ordre éminent du Saint Temple de Jérusalem, qui, en 1753, apparaît officiellement sous l'appellation de Stricte Observante. Celle-ci se propose deux objectifs : réhabiliter la mémoire des templiers médiévaux, dont descendrait, via l'Ecosse, la franc-maçonnerie, et obtenir à son bénéfice la restitution des biens matériels du Temple. Le premier point peut paraître fort louable, mais le second allait naturellement poser problèmes !

Les activités de la Stricte Observance seront interrompues par la guerre de Sept Ans, à l'issue de laquelle, en septembre 1763, un certain Johnson se présente comme grand prieur de l'Ordre du Temple de Jérusalem, en provenance d'Ecosse, envoyé par le grand chapitre de Londres. C'est un imposteur. Méfiant, Hund réclame des preuves et finit par le démasquer, en présence des représentants d'une dizaine de chapitres, en 1764. Johnson s'enfuit ; il mourra en prison quelques temps après. La Stricte Observance peut reprendre son expansion dans la sérénité, ralliant sous sa bannière la plupart des loges allemandes. De là, elle se répand en France, à Strasbourg et Lyon, en 1773-1774, et en Italie, à Turin, en 1775. Mais le convent de Brunswick, cette année-là, marque la fin de Hund et le début du déclin de l'Ordre. Après la mort de Hund, en 1776, le duc Charles de Sudermanie, qui sera bientôt roi de Suède, lui succède à la grande maîtrise de la VIIe province. Mais, déjà, le convent de Lyon, en 1778, pose les bases nouvelles d'un Ordre qui attend sa réforme. Son principal artisan, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), métamorphose la branche française en un Ordre des chevaliers bienfaisants de Cité sainte. L'année suivante, à la suite d'un vœu exprimé par le convent de Lyon, l'Helvétie s'émancipe sous la forme d'un Grand Prieuré indépendant, qui maintiendra en Suisse le rite écossais rectifié alors même qu'il aura quasiment disparu de la surface du globe.

Au convent international de la Stricte Observance, à Wilhelmsbad, en 1782, qui marque la victoire de la réforme lyonnaise de 1778, des dignitaires de la franc-maçonnerie européenne s'interrogent mutuellement : la franc-maçonnerie descend-elle véritablement de l'Ordre du Temple ? Le très catholique Joseph de Maistre y répond : " […] qu'importe à l'univers la destruction de l'ordre des T[empliers] ? Le fanatisme les créa, l'avarice les abolit : voilà tout. […] Il paraît donc qu'on ne devrait pas être flatté de trouver l'origine de la Maçonnerie dans l'ordre des T[empliers] ". Du reste, Hund n'avait pas apporté le moindre commencement de preuves de ses prétentions. Et les supérieurs inconnus, appelés par celui-ci à la rescousse, ne s'étaient pas montrés.

En l'absence de documents et de témoignages probants, la majorité des frères décida donc qu'il serait sage, en effet, de renoncer à une abusive filiation templière : "Après plusieurs recherches curieuses sur l'histoire de l'ordre des Templiers, dont on dérive celui des maçons, qui ont été produites, examinées et comparées dans nos conférences, nous nous sommes convaincus qu'elles ne présentaient que des traditions et des probabilités sans titre authentique, qui puisse mériter toute notre confiance, et que nous n'étions pas autorisés suffisamment à nous dire les vrais et légitimes successeurs des T[empliers], que d'ailleurs la prudence voulait que nous quittions un nom qui ferait soupçonner le projet de vouloir restaurer un ordre proscrit par le concours de deux puissances, et que nous abandonnions une forme qui ne cadrerait plus aux mœurs et aux besoins du siècle" .

Sage décision ! Ainsi est né, sous l'influence de Jean-Baptiste Willermoz, l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte (CBCS), constituant l'Ordre intérieur du régime ou rite écossais rectifié (RER). En France, le RER ne survécut pas de beaucoup à la Révolution, mais après s'être maintenu en Suisse, au XIXe siècle, il sera réimplanté sur son sol natal, en 1910, et dans de nombreux pays depuis. Ce rite maçonnique offre la particularité - qui n'en était pas une au siècle des lumières, mais qui l'est devenue aujourd'hui - d'être réservé à des francs-maçons de confession chrétienne - sans être obligatoirement catholiques romains. On y cultive une spiritualité " templière " où la Cité sainte, à édifier et à défendre, n'est plus la ville terrestre de Jérusalem, mais la cité parfaite : la Jérusalem céleste décrite par l'Apocalypse de saint Jean, où il n'y a plus de temple, parce qu'elle est le Temple lui-même.

Pour mémoire, d'autres rites maçonniques, tel que le rite suédois, qui ne fut pas sans lien avec la Stricte Observance, se réclament aussi de l'Ordre du Temple. Dans le rite écossais ancien et accepté, le plus répandu des rites maçonniques, la légende du Temple se trouve en quelque sorte incorporée dans le 30e grade, dit "chevalier kadosh". En 1761, la version initiale de ce grade préconise de revenir à la pureté de la foi et de la morale du Temple, offertes comme un véritable modèle. Hélas, au XIXe siècle, de réformes en réformes, de nouvelles versions aberrantes feront du chevalier kadosh un grade de vengeance où le récipiendaire devra jurer de combattre la tiare et la couronne, réputées ennemies du Temple !

Au tout début du XIXe siècle, en France, la légende templière commence à se répandre en marge de la franc-maçonnerie, dans le cadre d'un Ordre d'Orient et de la loge parisienne des chevaliers de la Croix, dirigée par un certain Dr Ledru, qui prétend détenir la succession magistrale du dernier grand maître secret de l'Ordre du Temple, le duc Timoléon de Cossé-Brissac. Elu grand maître en 1804, Bernard Raymond Fabré-Palaprat (1775-1838), un ancien séminariste devenu médecin, propage véritablement ce nouvel Ordre du Temple, sous le patronage de l'empereur Napoléon 1er, ce qui lui vaut d'attirer quelques personnages de renom. Fabré-Palaprat revendique en ligne directe la succession de Jacques de Molay, et, pour attester son lignage, produit même une charte, portant la signature de tous les grands maîtres depuis le moyen âge... C'est un faux, qui sera vite reconnu et dénoncé comme tel. Il n'empêche que l'Ordre eut en France sa période faste, ses notables, son clergé.

Fabré-Palaprat, consacré grand maître par l'évêque constitutionnel Guillaume Mauviel, en 1812, a également associé son Ordre du Temple à une Eglise johannite des chrétiens primitifs, dont il s'est déclaré le 115e souverain pontife. Il fit même consacrer l'abbé François-Ferdinand Chatel comme primat co-adjucteur des Gaules, avant que celui-ci ne se sépare de l'Ordre pour se consacrer à l'Eglise catholique française, qu'il a fondée en 1831. L'Eglise johannite a publié cette année-là le Levitikon, une version tronquée de l'Evangile de Jean, présentée comme le "statut fondamental de la Sainte Eglise du Christ" et l'exposé des "principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens-catholiques primitifs".

Avant même la mort de Fabré-Palaprat, en 1838, l'Ordre s'est scindé en plusieurs branches, dont une qui se maintint sous la direction du duc de Choiseul. Il s'éteindra peu à peu, au point de disparaître presque complètement, avant de connaître un véritable réveil dans la seconde moitié du XXe siècle.

A la Belle époque, des occultistes de différents courants revendiquent à leur tour l'héritage du Temple : Joséphin Péladan (1859-1918) réussit le tour de force de défendre le catholicisme romain tout en se réclamant d'une tradition rosicrucienne et d'une tradition templière familiales, sur fond d'occultisme, d'art et de littérature. Son Ordre de la Rose-Croix du Temple et du Graal, né en 1890, reprend, certes, la devise du Temple "non nobis Domine, sed nominis tuo gliorae solae", mais il se fera surtout connaître à travers les extravagances littéraires de son grand maître et des Salons de la Rose-Croix où des artistes de renom viendront exposer leurs œuvres. Ici ou là, Péladan passe aussi pour avoir été grand maître, de 1892 à 1894 dit-on, de la lignée templière de Fabré-Palaprat. Je ne puis le garantir.

Cette succession, dont les Statuts des chevaliers de l'Ordre du Temple avait été publiés à Bruxelles, en 1840, sera conservée en Belgique, au sein d'un cercle d'occultisme : le groupe KVMRIS, branche du Groupe indépendant d'étude ésotériques, qui rassemblait des filiations occultistes diverses, notamment en provenance du Dr Gérard Encausse (1865-1916), le mage Papus. Le 13 novembre 1894, les templiers européens de la même obédience, à l'exception des frères anglais, s'étaient réunis à Bruxelles pour constituer un Secrétariat international de l'Ordre du Temple. Celui-ci sera un temps dirigé par un personnage singulier : Georges Le Clément de Saint-Marcq, qui, à l'instar de certains gnostiques licencieux des premiers siècles, ira jusqu'à interpréter l'eucharistie comme un acte de magie sexuelle et de spermatophagie enseigné par Jésus-Christ à ses disciples. On s'en doute, les "templiers" belges ont très diversement apprécié les délires de Le Clément de Saint-Marcq, dont la brochure sur l'Eucharistie, publiée confidentiellement en 1913, puis éditée en 1928 à Anvers, fit véritablement scandale.

En revanche, les thèses de Le Clément, ou des thèses similaires, ont été épousées en Allemagne où est né, en 1905-1906, l'Ordo templi orientis (OTO) de Carl Kellner (1850-1905) et Theodor Reuss (1855-1923) imaginé par le premier et réalisé par le second. Comme son nom l'indique, cet ordre-là se veut, certes, d'essence templière, mais c'est afin d'attribuer au Temple une doctrine étrange. Kellner avait voyagé en Orient, d'où il aurait ramené les enseignements d'une magie sexuelle - était-ce du tantrisme ? je n'en suis pas certain - que Theodor Reuss a propagée à son tour. Dans l'Allemagne puritaine des années 1900, une brochure de Reuss, intitulée Lingam-Yoni, fit scandale. Il est vrai que le personnage était assez trouble. Réfugié à Londres, il y établira le siège de l'OTO, qui a été associé à une branche de la franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm. Le secret de la franc-maçonnerie, selon Kellner et Reuss, est donc aussi celui du Temple, mais d'un Temple réputé possesseur d'une part des secrets du culte phallique comme fondement des principales traditions et des grandes religions, et d'autre part dépositaire de techniques de magie sexuelle. Les aveux extorqués par l'Inquisition à certains templiers ont alimenté ainsi la très fertile imagination de Kellner et de Reuss… Héritier initiatique de Reuss, le mage Aleister Crowley (1875-1947) reprendra à son compte la magie sexuelle de l'OTO, qui, après lui, se scindera en maintes branches rivales. Il ne s'agit là, bien entendu, que d'une magie prétendue templière.

D'un tout autre genre sera l'Ordre du Temple rénové (OTR), en sept grades, qu'un jeune occultiste français fonde, en 1908, avec d'autres jeunes gens et le concours de quelques esprits frappeurs. Son nom, alors, n'est pas connu en dehors du cercle où il s'active, dans l'entourage du mage Papus et de son Ordre martiniste. Il le deviendra quelques années plus tard, au point d'être considéré comme l'un des plus grands auteurs traditionnels du XXe siècle. Son nom, donc : René Guénon (1886-1951). D'autres occultistes de renom ont été associés à l'entreprises : Victor Blanchard, Marc Haven… Des procès-verbaux des séances spirites de l'Ordre nous sont parvenus. Jacques de Molay, Cagliostro, Frédéric le Grand, Adam Weishaupt (1748-1830, le fondateur des Illuminés de Bavière) s'y expriment par le truchement d'une table tournante. Leurs propos n'ont rien que de très banal et leur enseignement garde un air de famille avec celui des occultistes d'alors, et pour cause ! Mais l'aventure tourna court, l'Ordre viendra vite à se dissoudre, en 1911 au plus tard, et Guénon s'efforça de l'oublier. L'oubli, du reste, tourna à l'amnésie, et, en 1921, Guénon s'éleva avec véhémence contre Le théosophisme, avant de dénoncer deux ans plus tard, chez d'autres, l'Erreur spirite, qui avait aussi été la sienne quelques années plus tôt.

Passé ces erreurs de jeunesse, Guénon a toujours considéré l'Ordre du Temple comme celui des "gardiens de la terre sainte", c'est-à-dire non pas de la ville de Jérusalem ou de la Palestine, mais du "centre" dépositaire des connaissances sacrées. Quant à la succession du Temple, il écrit lui-même dans ses Aperçus sur l'initiation : "Après la destruction de l'Ordre du Temple, les initiés à l'ésotérisme chrétien se réorganisèrent, en accord avec les initiés à l'ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction ; mais cette réorganisation dut se faire d'une façon plus cachée, invisible en quelque sorte, et sans prendre son appui dans une institution connue extérieurement et qui, comme telle, aurait pu être détruite une fois encore. Les vrais Rose-Croix furent probablement les inspirateurs de cette réorganisation… ".

L'idée d'un lien entre Ordre du Temple et le mouvement rosicrucien, apparu en Allemagne au début du XVIIe siècle, n'est pas nouvelle. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle ait quelque fondement ! Car la Rose-Croix, quel que soit d'ailleurs le sens donné à cette appellation, ne descend pas plus du Temple que la franc-maçonnerie. Joséphin Péladan, nous l'avons vu tout à l'heure, fut certainement l'un des premiers, en 1890, à les rapprocher. Theodor Reuss s'en inspire. René Guénon les associe à son tour dans son œuvre. Beaucoup d'autres leur emboîteront le pas.

Le 19 janvier 1932, des templiers de la lignée de Fabré-Palaprat (Joseph Cleeremans, Gustave Jonckbloedt et Théodore Covias) fondent à Bruxelles l'Ordre souverain et militaire du Temple, dont l'enregistrement paraît au Moniteur belge, le 20 janvier 1933. La même année, Georges Le Roy, bailli de l'Ordre, décrit ainsi la direction de son organisation : "A l'heure actuelle, l'Ordre est dirigé par un Grand Maître, élu comme tous les dignitaires et ayant rang de prince souverain. Il est secondé par un Souverain-Conseil. L'Ordre possède, en divers pays, des chapitres ou associations nationales de Chevaliers, présidées par un grand-bailli, assisté d'un conseil et secondé par un grand-chancelier. En plus de ces chapitres, il existe des baillages et des commanderies." Voilà qui est bien possible. En revanche, il paraît difficile de croire que l'Ordre ait compté alors, comme il l'affirme, quelques 3500 membres dans le monde…

En 1933, l'Américain H. Spencer Lewis (1883-1939) reçoit des templiers belges un titre de bailli grand croix, transmissible à ses descendants. Rappelons qu'en 1915, Lewis avait fondé à New-York l'Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix (AMORC), qu'il ne cessera de présenter comme une résurgence de l'ancienne confrérie de la Rose-Croix, l'œuvre de sa vie. Des enseignements de son ordre sont consacrées à la chevalerie templière, et cette charte d'un genre classique autorise Lewis à conférer "le titre honoraire de chevalier du Temple à tous ceux qui se sont distingués par des services particuliers rendus à l'ordre rosicrucien en Amérique du Nord".

Au cœur de l'AMORC, Lewis constitua d'ailleurs un noyau chevaleresque, sous le nom de Militia crucifera evangelica (MCE), conçue "comme un groupe de défense", et "la véritable organisation secrète à l'intérieur de l'Ordre Rosicrucien", qui revendique, au moins spirituellement, l'héritage de Simon Studion. "Ne peuvent en être membres que ceux qui sont parfaitement formés aux principes fondamentaux des enseignements rosicruciens, ceux qui se sont engagés à consacrer leur vie entière aux idéaux rosicruciens et surtout ceux qui ont promis de soutenir la personne de l'Imperator dans chaque pays où existe la Militia". En juillet 1940, le premier conclave de la Militia, au siège mondial de l'AMORC, à San Jose, en Californie, eut pour objectif "d'adopter des moyens de défendre la chrétienté‚ et les concepts mystiques". Mais ce cercle resta surtout honorifique et, pour le coup, nous sommes très loin du Temple.

De Belgique viendront les lignées contemporaines de l'une des organisations néo-templières les plus connues. En 1934, un Conseil de régence de ce qu'il reste de l'Ordre de Fabré-Palaprat place à sa tête Emile Vandenberg - avec un intermède par un certain Théodore Covias, de 1935 à 1942 - qui, le 23 décembre 1942, transmet ses pouvoirs au Portugais Antonio Campello Pinto de Sousa Fontes. En 1945, celui-ci fonde l'Ordre souverain et militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ).

Si l'ancêtre directe de l'OSMTJ ne figure pas parmi les signataires de l'acte de constitution de la Fédération universelle des ordres et sociétés initiatiques (FUDOSI), fondée à Bruxelles, en 1934, plusieurs "templiers" y étaient pourtant forts actifs. En 1946, la FUDOSI, avait admis en son sein une Société d'études et de recherches templières, qui, sans doute, n'était pas étrangère à ce courant. Son grand prieur, dit sâr Grégorius, paraît avoir été un authentique prêtre catholique romain, le père André Barbelin (1891-1960), qui, pendant plus de vingt ans, a servi son Eglise, en Hollande, en Belgique et en France, sous la fausse identité d'"Augustin Cordonnier". Mais ceci est une autre étrange histoire !

En 1970, un convent international se réunit à Paris pour désigner le successeur de Sousa Fontes, mais alors que la majorité semble désigner son fils, Fernando, des hommes de main du Service d'Actions civiques (SAC) du mouvement gaulliste, où se mêlent services secrets et polices parallèles, truquent l'élection, afin de faire main basse sur l'organisation. Contre toute attente, c'est un certain Antoine Zdrojewski qui en prend les commande. L'OSMTJ explose. La branche d'Antoine Zdrojewki défraiera la chronique, en France, lors d'une affaire du SAC, entraînant la dissolution de ce dernier mouvement, en août 1973. Mais on reparlera encore de cette branche de l'OSMTJ et du SAC, en 1981, à la suite de l'assassinat de l'inspecteur Jacques Massié, à Auriol, près de Marseille, qui reste aujourd'hui encore une bien ténébreuse affaire.

Loin des polices parallèles et des activités mafieuses, les deux autres branches de l'OSMTJ se maintiendront, l'une essentiellement au Portugal, sous la direction de Sousa Fontès ; l'autre en Suisse, sous la forme d'un Grand Prieuré, dirigé par Alfred Zappelli. Ces deux branches se sont maintenues jusqu'à nos jours.

D'un tout autre genre encore est l'Ordre des frères aînés de la Rose-Croix (FARC), un cercle d'alchimistes qui associe le Temple et la Rose-Croix, et revendique la possession de nombreux documents, dont 115 parchemins munis de leur sceau, s'étalant de 1317 et nos jours. L'un de ces manuscrits de plus de mille deux cents pages, comprend plus de trente écritures différentes, et couvre une période qui va de 1503 et 1723. Las, si les documents en question existent bien (des photographies en ont été publiées), on doit regretter qu'ils n'aient pas encore fait l'objet de la moindre analyse.

Fort de cet impressionnant héritage, les FARC revendiquent une filiation multi-séculaire, et se donnent une liste impressionnante de dirigeants, qui passerait, elle aussi, par le Temple. Si l'on en croit Roger Caro, qui a révélé l'existence des FARC, l'origine même de cet ordre serait à rechercher dans les liens entre certains templiers et des alchimistes d'une école de Bagdad. Les FARC reprennent d'ailleurs en partie à leur compte la légende templière maçonnique : prévenus par un chapelain du manoir de la Buzardière, près du Mans, sept templiers français, dont certains détenaient des secrets alchimiques, auraient échappé à l'arrestation commanditée par Philippe le Bel. Gaston de la Pierre Phoebus, Guidon de Montanor, Gentilis de Foligno, Henri de Monfort, Louis de Grimoard, Pierre Yorick de Rivault et César Minvielle se seraient ainsi réfugiés vers Dinard, puis à Saint-Malo, d'où ils auraient rejoint l'Angleterre. Certains auraient été hébergés dans la commanderie de Londres, tandis que d'autres se seraient enfuis sur l'île de Mull, avant de retourner en France où, avec la bénédiction du pape Jean XII, ils auraient fondé les FARC, le 2 décembre 1316.

Au nom des FARC, Roger Caro nie pourtant que son ordre puisse être considéré de quelque façon comme le continuateur du Temple : "Les FARC ne sont pas les continuateurs des Templiers. Les Membres fondateurs étaient d'anciens miliciens dissous, ils possédaient l'enseignement occulte que se partageaient Sénéchaux et Grands-Prieurs, mais leur Règle et leur unique Mission (plusieurs fois séculaire) n'ont rien en commun avec l'Ordre du Temple". Les FARC se donnent ensuite une longue liste de dirigeants (qui portent le titre d'imperator), parmi lesquels on rencontre Guidon de Montanor (qui en aurait fixé le siège à la commanderie de Montfor-sur-Argens, en 1333), des chevaliers de Rhodes, saint Vincent de Paul, des alchimistes ou réputés tels comme Nicolas Flamel ou Robert Fludd, des personnages bien connus de l'histoire de l'occultisme : Bulwer Lytton, Eliphas Lévi, William Wynn Westacott, Rudolf Steiner et enfin Pierre Phoebus, alias Roger Caro (1911-1992) lui-même, radiesthésiste, thaumaturge et alchimiste, entré en fonction en 1969.

S'il paraît bien difficile d'accorder crédit à cette belle histoire d'un genre assez répandu, il faut souhaiter qu'un historien puisse un jour analyser objectivement les pièces produites par les FARC, qui semblent en tout cas dépositaires d'une vraie tradition alchimique, dite de la voie du cinabre. Roger Caro a d'ailleurs publié plusieurs ouvrages d'alchimie, ainsi que de remarquables planches de photographies en couleurs représentant certaines phases du Grand Œuvre alchimique. Du reste, depuis leur apparition dans les années 1960, les FARC sont restés assez discrets - en dehors des publications hors commerce de leur imperator qui a largement contribué à la littérature alchimique contemporaine - l'ordre étant limité à trente-trois membres.

Parallèlement aux FARC, Roger Caro a également fondé une petite église : l'Eglise universelle pour la Nouvelle Alliance (EUNA), au sein de laquelle les FARC se sont officiellement retirés, en 1972. En l'espèce, Roger Caro se réclament également du Temple, qui, en 1972, explique à un correspondant qu'il se plonge "dans les archives de notre vieille Eglise F.A.R.C., et j'ai pu, grâce aux documents primitifs que nous possédons mettre sur pieds non seulement tous les canons qui régissent l'ex-Eglise Templière mais les rituels touchant les offices et la célébration des sacrements." A la mort de Roger Caro, en 1992, les FARC ne semblaient pas être officiellement sortis de leur sommeil.

Selon une autre "tradition" templière encore, le château d'Arginy, situé en France, dans le Beaujolais, passe pour le berceau de l'Ordre du Temple médiéval, son grand quartier général occulte, le lieu de réunion de son chapitre secret. Or, si la partie la plus ancienne du château semble en effet dater du XIe siècle, ses liens avec le Temple sont sans le moindre fondement historique.

Mais il est vrai qu'Arginy reste le point de départ d'une des plus importantes résurgences templières modernes. En 1951, l'occultiste français Jacques Breyer (1922-1996) qui y vivra sept ans, y rencontre le comte de Rosemont, propriétaire du château, puis entreprend d'interpréter les graffitis du donjon, réputés templiers. A partir de 1952, il tente des invocations occultes, en compagnie de deux médiums exceptionnels : un journaliste, Marcel Veyre de Bagot, qui le rejoint au mois de mai, suivi par le spagyriste et astrologue bien connu Armand Barbault (1906-1974), dit Rumélius. A l'issue d'une opération particulière, conduite le 12 juin 1952, les trois occultistes sont convaincus d'entrer en contact avec l'égrégore de l'Ordre du Temple médiéval et ce sera pour eux le jour d'une "nouvelle ère du Temple".

Jacques Breyer tirera de cette retraite volontaire deux livres qui, selon lui, se rapportent directement aux connaissances du Temple : Dante alchimiste, en 1957, suivi d'Arcanes solaires ou les secrets du temple solaire, en 1959. Autour du trio initial, se constitue alors un cercle informel où se retrouvent des occultistes ou des francs-maçons : Maxime de Roquemaure, Jean Roux, Jean de Foucault, Victor Michon, Pierre de Ribaucourt, Vincent Planque, (fondateur en 1958 de la Grande Loge nationale française Opéra, devenue aujourd'hui Grande Loge traditionnelle et symbolique). A ce premier noyau, se joint, fin 1957, Jean Soucasse, puis Robert Chabrier et Georges Sourp. A partir de 1960 ou 1961, Breyer rassemble des collaborateurs dans le milieu maçonnique français, qui publient la revue La voix solaire. En 1964, le cercle initial se scinde en deux groupes : l'un restera fidèle aux travaux et à l'esprit de Breyer, qui, de son côté, poursuivra son œuvre littéraire dans l'indépendance ; l'autre s'assemble, le 24 juin 1966, en un conclave, qui procède à l'élection de Jean Soucasse, dit Jean, soi-disant vingt-troisième grand maître du Temple, qui devient en la circonstance l'Ordre souverain du temple solaire (OSTS).

En juin 1967, l'OSTS apparaît officiellement à Monaco, où il bénéficie même d'une reconnaissance de la Principauté. Pour la saint-Michel 1973, il se manifeste publiquement pour la première fois, au Mont Saint-Odile, en Alsace. Le 6 novembre de la même année, le grand maître Jean adresse depuis la commanderie de saint-Jean-le-Baptiste, à Villié-Morgon, un télégramme aux évêque de France réunis à Lourdes, dans lequel il réclame "fermement à l'épiscopat français, en un temps où l'Eglise désertée cherche en vain ses soutiens, l'ouverture d'une procédure de réhabilitation auprès de notre saint-père le pape". La supplique restera lettre morte. En 1974, il renouvelle son geste, en adressant depuis la commanderie de Saint-Michel-Archange, un nouveau télégramme au secrétaire général du synode des évêques assemblés à Rome : "Conscient, avec le saint-père, qu'en aucun cas l'Evangile ne peut être utilisé à des fins oppressives qu'elle qu'en soit la forme, l'Ordre souverain du Temple solaire réaffirme sa mission universaliste et convie l'Eglise catholique romaine à lever la mesure arbitraire de 1312 qui, en tout état de cause, fait obstacle a un véritable œcuménisme". Mais le synode restera sourd à ce nouvel appel des templiers français.

Un manifeste officiel de l'Ordre, publié en 1975, sous la signature de Peronnik (qui semble désigner Robert Chabrier) et le titre Pourquoi la résurgence de l'Ordre du temple ? témoigne de la très singulière doctrine de cet ordre, sans rapport avec la pensée de Jacques Breyer. On y découvre, en particulier le thème de Sirius, dont une des planètes, nommée Epolitas, est identifiée à Héliopolis, la Cité du soleil des hermétistes. On y apprend ensuite qu'Héliopolis est habitée "par une humanité qui a connu la Chute à une époque très reculée mais qui, rachetée par une Incarnation du Christ, est présentement considérablement plus évoluée que la nôtre, tant par l'exercice de l'amour du prochain que sur le plan technique". Le personnage biblique de Melchisédech et les fondateurs des pyramides d'Egypte ne seraient autres que des "héliopolitains". Plus inquiétant au regard de la fin tragique du Temple solaire, l'ouvrage annonce le retour des sages d'Héliopolis : "Lorsque les temps seront venus, en principe avant la fin du siècle présent, et s'il existe sur notre Terre un nombre suffisant (quoique faible) d'hommes dignes de prendre contact avec eux, les initiés d'Héliopolis reviendront, dans une discrétion totale, opérer une jonction avec leurs frères du Temple terrestre".

En 1978, après les décès successifs de Robert Chabrier (en février) et de Marcel Veyre de Bagot (en avril), des tensions apparaissent dans l'OSTS. Il en résulte une scission : une branche, dite de la Massenie, dirigée par Jean et Paul Soucasse, se métamorphosera en un Collège templier, ou Ordre du Temple cosmique, qui a publié la revue Helios. La branche "monégasque", dirigée par Jean-Louis Marsan, qui meurt en 1982, donnera elle-même naissance à l'Ordre du Temple universel. La branche espagnole de l'OSTS deviendra, en 1985, l'Orden Soberana del temple de Cristo (OSTC), qui semble bénéficier depuis 1992 d'une certaine reconnaissance du Gouvernement espagnol.

Après avoir fréquenté des cadres de la résurgence d'Arginy, le Français Raymond Bernard, grand maître de l'Ordre de la Rose-Croix AMORC pour les pays de langue française, fonde à son tour, le 26 octobre 1970, un nouvel ordre néo-templier. L'Ordre rénové du Temple (ORT) se base sur le récit mythique d'un Rendez-vous secret à Rome de Raymond Bernard. Selon ce récit allégorique, qui a été partiellement repris par d'autres cercles néo-templiers et qui s'inspire d'ailleurs partiellement lui-même de mythes antérieurs, la fondation de l'Ordre du Temple médiéval aurait été décidée dans un lieu secret, la crypta ferrata, près de Rome, puis, en 1087, les fondateurs de l'Ordre auraient reçu l'investiture secrète qui leur aurait permis d'en poser les bases, en 1096, à Constantinople, avant que l'Ordre ne voit officiellement le jour en 1118. Le Temple ne serait d'ailleurs que l'écorce extérieure de l'Ordre du Graal, expression lui-même d'une société encore plus intérieure : l'Ordre de Melchisedec.

Et voilà que l'histoire se répète. La décision de réveiller l'Ordre du Temple, et par conséquent de fonder l'Ordre rénové du Temple, aurait été prise par des maîtres cachés de la tradition, le 5 février 1962. Cette étape première d'une longue préparation aboutit, en 1968, à la rencontre de Raymond Bernard et d'un mystérieux Jean, descendant des rois de France, avec "le cardinal blanc", un dignitaire secret du Temple. Celui-ci lui transmet, dans la crypta ferrata, crypte secrète de l'abbaye uniate de San Nilo, en banlieue de Rome, l'adoubement et la mission de réveiller l'Ordre en communiquant à son tour cet adoubement, à Chartres. Là s'arrête le récit allégorique de Raymond Bernard, que beaucoup, malheureusement, ont pris au pied de la lettre.

Au moment où il publie son "aventure", en 1968, Raymond Bernard transmet donc l'adoubement "templier", soi-disant reçu près de Rome, à deux proches, Raymond Devaux et Julien Origas, dans la crypte de la cathédrale de Chartres. Deux ans plus tard, il fonde l'Ordre rénové du Temple, dont il sera jusqu'en 1972 le grand maître secret. Cet Ordre se développe d'abord dans le giron de l'AMORC, ce qui lui permet de compter en quelques mois près de mille cinq cents membres. D'autant que l'ORT adopte la forme d'enseignement par correspondance inaugurée par l'AMORC. Par suite de difficultés diverses, en 1972, Raymond Bernard choisit de se retirer de l'ORT et le confie à son bras droit, Julien Origas, un ancien de l'OSTS, qui poursuivra son développement. En 1988, après avoir cessé ses fonctions dans l'AMORC, Raymond Bernard fondera l'Ordre souverain du Temple initiatique (OSTI) dont il a transmis la grande maîtrise à Yves Jayet, en 1997.

D'anciens cadres de l'ORT ont fondé à leur tour d'autres ordres néo-rempliers : l'Ordre des veilleurs du Temple (OVDT), de Lucien Metche, en 1973 ; le Cercle des Templiers du Saint Graal (CTSG), en 1976, qui se transformera lui-même, en 1978, en une Fraternité pour la résurgence templière (FJRT), laquelle deviendra en 1984 l'Ordre des Chevaliers du Temple, du Christ et de Notre-Dame (OCTCND), aujourd'hui ramifié.

Mais le descendant le plus connu de l'ORT restera à jamais le tristement célèbre Temple solaire. A la mort de son grand maître, Julien Origas, en 1983, la direction de l'ORT revient à un médecin vivant en Suisse, du nom de Luc Jouret (1947-1994), désigné par le grand maître défunt. Cependant, une partie des cadres refusent de lui faire allégeance et reprennent rapidement en main l'ORT. Avec les membres restants, Jouret et son associé, Joseph - dit Jo - Di Membro (1924-1994) fondent alors, en 1984, l'Ordre international des chevaliers du Temple solaire, qui mutera, en 1990, en Ordre Tradition solaire ou Ordre du Temple solaire. Ce mouvement suivra, au fil des mois, une dérive sectaire - voire peut-être une dérive mafieuse - dont on sait qu'elle conduira à l'assassinat et au suicide de 53 personnes, adultes et enfants, en Suisse et au Québec, en octobre 1994. En décembre 1995, un deuxième acte du drame provoquera en France la mort de 16 autres personnes.

Le Temple et l'imaginaire templier restent d'actualité. Alors que le procès en appel du Temple solaire doit s'ouvrir à Grenoble en 2006, le fameux roman de Dan Brown, Da Vinci code, ne met-il pas en scène un Ordre mystérieux, dit du Prieuré de Sion, qui ne serait pas sans lien avec les templiers ? Le Prieuré de Sion, dont le roman de Dan Brown aura contribué à redorer le blason, revendique d'avoir fondé l'Ordre du Temple comme son bras militaire. Il affiche de surcroît une généalogie encore plus extravagante que bien des sociétés du même genre, qui commence avec Godefroy de Bouillon, qui l'aurait fondé à Jérusalem en 1099, puis passe par Nicolas Flamel, Léonard de Vinci, Isaac Newton, Claude Debussy, Sandro Botticelli, Victor Hugo, Charles Nodier, Jean Cocteau... La vocation de l'Ordre aurait été de protéger le secret de saint Graal, qui ne serait autre que celui du sang royal du Christ perpétué par ses descendants, issus d'une union avec Marie-Madeleine, lesquels seraient les Mérovingiens qui longtemps régnèrent sur la France. En réalité, le Prieuré ne remonte ni au moyen-âge, ni même au XVIIIe siècle comme le prétend un de ses dirigeants contemporains, mais au 7 mai 1956, date de sa fondation par Pierre Plantard (1920-2000), dit Plantard de Saint-Clair, personnage d'origine modeste qui se prétendait d'ascendance mérovingienne et briguait à ce titre le trône de France… Quant aux Dossiers secrets déposés à la Bibliothèque nationale, qui attribuent notamment pour grands maîtres au Prieuré de Sion Victor Hugo, Claude Debussy ou Jean Cocteau, se sont bien entendu des faux.

De toutes les lignées néo-templières, qui se sont développées depuis le XVIIIe siècle et dont nous n'avons fait que survoler l'histoire, aucune, on l'aura compris, ne descend historiquement de l'Ordre du Temple. Sur le plan des idées, les templiers du XIVe siècle seraient d'ailleurs sans doute bien surpris de constater à quelle "tradition" ont les rattache. Les délires et les fantasmes des inquisiteurs ont, certes, largement contribué à nourrir, depuis des siècles, l'imaginaire templier. Mais combien de conceptions et de mythes étranges s'y sont greffés depuis ! Au vrai, on trouve le plus souvent aujourd'hui dans les ordres "templiers" ce que leurs fondateurs respectifs ont cru être, parfois de bonne foi, des "traditions templières". Las, sous le regard de l'histoire, ces "traditions " sont le plus souvent fantaisistes, qui font que la plupart de ces ordres sont pseudo-templiers. D'aucuns mêmes y ont apporté ou trouvé la mort la plus atroce. Mais les escroqueries spirituelles et les caractéristiques sectaires de certains mouvements ne doivent pas faire oublier que, dans la plupart des cas, les ordre "templiers" contemporains, aussi peu "templiers" soient-ils, n'en sont pas moins parfaitement inoffensifs.

Quelques-uns, enfin, tel l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte du rite écossais rectifié, sortent du lot, en proposant une approche véritablement profonde du Temple et en engageant leurs membres dans une authentique démarche spirituelle. Depuis le XVIIIe siècle, ils témoignent, par delà la réalité historique, de la persistance d'un idéal moral, et même chevaleresque, sous la bannière du Temple.

 

Source : http://www.hermanubis.com.br

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