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Hauts Grades

Un aspect méconnu de la genèse du Rite Ecossais

9 Juin 2012 , Rédigé par André BERTÉ, 33e Publié dans #histoire de la FM

LE RITE FRANÇAIS EN SEPT DEGRÉS PRATIQUÉ A LONDRES (1764-1791)

Résumé :

Par les travaux de la célèbre loge de recherche Quatuor Coronati, le monde maçonnique a pris connaissance, en deux séquences, la première en 1926 et la seconde en 1955, de l'activité importante en Angleterre, depuis 1756, d'un Rite en sept degrés, importé par des français et «combinant la tradition templière avec quelques degrés écossais ou d'origines diverses».

Rite différent de tous ceux déjà propagés en France, il fut pratiqué par douze loges de Londres.

Par la même occasion, il s'est révélé que «les deux plus anciens chapitres de Rose-Croix reconnus comme réguliers du monde» «étaient jaillis également d'une source française».

Le rite en sept degrés a même failli être reconnu (ou l'a été ?) par le Royal Order Of Scotch Masonny d'Edimbourg, il est à l'origine du rite de Baldwyn, ou de Bristol, encore régulièrement pratiqué notamment dans cet orient.

 

LES TRAVAUX DE LA R... L... QUATUOR CORONATI

En 1926, le F... W. Wonnacott, très peu de temps avant son passage à l'Orient Eternel, présenta à la R... L... Quatuor Coronati Lodge n° 2076, de la Grande Loge Unie d'Angleterre une planche intitulée : The Rite of Seven Degrees in London - Le Rite en Sept degrés à Londres, d'après des documents inédits datant de la fin du XVIIIe siècle.

En 1955, le F... George S. Draffen, Grand Bibliothécaire de la Grande Loge d'Écosse, publia à son tour, d7après des documents d'époque qu'il venait de retrouver, et en se référant aux travaux du regretté F... Wonnacott : Some further Notes on the Rite of seven Degrees in London - Quelques notes complémentaires sur le Rite en sept degrés à Londres. Ces deux travaux suscitèrent en Grande Bretagne, l'un après l'autre, un intérêt certain accompagné d'un semblable étonnement : - pour le premier : comment avait-on pu attendre 1926 pour exhumer de tels documents, alors qu'ils étaient conservés dans les archives de la Grande Loge d'Angleterre ? - et pour le second : comment, après la sensation déjà dégagée par le travail du F... Wonnacott, alors que «la découverte du F... Draffen est pour l'histoire des grades de chevalerie aussi importante que le fut celle du manuscrit Graham pour la Maçonnerie du Métier» et que ces manuscrits étaient pourtant soigneusement archivés dans le premier Letter Book du Royal Order of Scotland, avions-nous dû en attendre la publication vingt-neuf ans après la révélation des premiers textes ?

En ce qui nous concerne, ces deux morceaux d'architecture de grande qualité, comme le sont la plupart de ceux de cette célèbre Loge de Recherche, nous interpellent directement puisqu'ils portent sur des degrés, indubitablement de source française, pratiqués en français au cours de cette période de 1764 à 1791, dans un atelier des hauts grades animé par des F... pour la plupart français de nationalité ou de souche, appartenant à l'origine à la Union French Lodge ou à la Loge St. George de l'Observance. «Ces deux loges étaient intimement associées avec un corps pratiquant les hauts degrés, une espèce de Collège des Rites, lequel avait adopté une série de sept degrés ou grades, et apparaît comme ayant combiné la tradition templière avec les différents degrés du Rite Ecossais aussi bien qu'avec d'autres degrés d'une curieuse mais intéressante nature.»

Un nouveau sujet d'étonnement pour nous réside dans le fait que ni l'une ni l'autre de ces publications n'a fait l'objet, à notre connaissance, de commentaires significatifs de ce côté-ci de la Manche. Ajoutons qu'il en a été de même pour une troisième planche portant plus précisément sur le Rite dit de Baldwyn, et publiée en 1959.

 

LE RITE FRANÇAIS DE LONDRES

Le Régime français en sept grades pratiqué à Londres a suscité - par ses trois premiers degrés, mais surtout par les supérieurs - un intérêt considérable parmi les FF..., d'abord en Angleterre, en Ecosse et en Irlande ensuite, puis dans la jeune République Confédérée des Etats-Unis d'Amérique. L'étude de l'influence, de la pérennité et des développements de ce rite templier dans le monde anglophone dépasserait la taille prévue pour le présent travail. Quasiment reconnu en Écosse après s'être implanté en Angleterre, le Rite survécut en Irlande (voir ci-après la comparaison des degrés entre le Rite de Londres à sept degrés, et le Rite de Dublin), en Amérique, en Russie, en Basse-Saxe notamment et il continue d'être pratiqué à Bristol et ailleurs, sous la variante du Rite Baldwyn.

Ce Rite en sept degrés n'était évidemment pas celui qui sera normalisé officiellement par le Grand Orient de France en 1786, ni celui publié, à partir de 1801, par les soins du frère Prosper Moutier, sous le titre de Régulateur du Maçon, et qui deviendra le Rite Français Moderne. Ce n'était pas non plus celui révélé par Les Plus Secrets Mystères des Hauts Grades de la Maçonnerie dévoilés ou le Vrai Rose-Croix, suivi du Noachite (de 1766, attribué soit à Bérage, soit à Koeppen) - dont le sixième grade était le Chevalier de l'Épée et de Rose-Croix et le septième le Noachite ou Chevalier Prussien et comportant une partie «historique» se référant à «des archives détenues par le roi de Prusse» - ni celui du Recueil Précieux de la Maçonnerie Adonhiramite (de 1786), attribué à Guillemain de Saint-Victor - ce dernier rite, descendant du précédent, comportait deux hauts grades supplémentaires intercalés le Chevalier Rose-Croix, détaché du Chevalier de l'Épée et le Maître Écossais, précédant celui-ci.

En fait, dans tous ces rites aussi bien que dans le Rite d'York, les trois premiers degrés se réfèrent le plus souvent aux trois degrés du Craft, enrichis (ou alourdis ?) d'un symbolisme dont le rapport à celui-ci n'est pas toujours évident, les degrés supérieurs s'inspirant de traditions variées, mais le plus souvent de celles du «Livre»

Mais il semble évident que ces rites, tous en sept degrés ou comme celui de Londres, regroupant dans chacun de ceux-ci, de façon inhabituelle, plusieurs «sections» - les trois grades symboliques dans ce cadre ne constituant, par exemple, qu'un seul degré - procédaient d'un ancêtre ou plus certainement de plusieurs ancêtres communs et tendaient à symboliser, par la limitation à sept du nombre des degrés, une même aspiration, celle qui sera exprimée par son titre même dans le futur Rite de Perfection. Ce sera certainement ce même souci de perfection qui animera aussi tous ceux qui s'efforceront plus tard de canaliser dans les limites de sept sas, le flot exubérant des nouveaux hauts grades.

Il est intéressant de constater que les six premiers grades de notre système de Londres comportaient chacun trois «sections», soit dix-huit degrés, le septième et dernier, sept «sections», d'après le Compendium du 31 (sic) novembre 1782, ce qui représentait en tout vingt-cinq degrés (les quels, pas plus que dans nos rites actuels, n'étaient d'ailleurs tous pratiqués), mais rien, d'après les autres documents, ne démontre qu'il en était ainsi depuis l'origine, ni même à cette époque, en fait. Le septième degré «comprenant sept sections, sept Mots sacrés, etc...» n'était peut-être ainsi morcelé que dans le dessein d'accentuer dans cet ultime degré, le symbolisme évoqué ci-dessus.

Dans le tableau comparatif des Rituels de Londres et de Dublin que nous avons dressé en annexe, nous avons fait ressortir en caractères gras, les dénominations des trois sections par grade que nous avons recensées, non pas de façon constante mais le plus habituellement dans les divers documents. Nous retrouverons souvent leurs titres sous des formes voisines, parfois identiques, reclassés dans un ordre différent dans le Rite de Perfection mais surtout plus tard, dans le Rite Écossais Anc ien Accepté lorsque celui-ci nous reviendra des Amériques, complété et ordonné.

Nous avons évité de rapprocher directement ces grades de ceux du R.E.A.A. ; entre les années soixante du XVIIIe siècle et l'orée du XIXe des appellations identiques ou voisines dissimulaient souvent des contenus qui, entre-temps, s'étaient différenciés.

Nous ne pourrons reprendre ici l'intégralité, ni même l'essentiel des planches visées ci-dessus ; nous nous limiterons à une brève présentation des protagonistes du rite, de leurs démarches pour tenter de faire intégrer ses ateliers supérieurs dans la Maçonnerie régulière Écossaise (nous voulons bien dire : d'Écosse) et d'énoncer les douze loges symboliques ayant travaillé à la française, en cette fin du siècle à Londres, sous l'obédience détachée d'elle : la Grand Lodge of AIl England South of the River Trent. Enfin, nous évoquerons très succinctement la survivance jusqu'à nos jours du Rite de Bristol.

En revanche, nous avons estimé que méritait une publication intégrale le Compendium traduit en anglais par le Deuxième Grand Secrétaire Melchior François Baes, initié à Dunkerque, lequel, professeur de langues, s'était révélé plus adapté à cette mission que Pierre Lambert de Lintot, le Grand Administrateur Général Député Grand Maître et Grand Conservateur.

Cet important document, retraduit ici en français, nous permettra en effet de discerner parmi les différents grades leurs éléments significatifs dont on peut rechercher l'origine dans les cahiers du Rite de Clermont (1754), des Chevaliers d'Orient Souverains Princes de la Maçonnerie (1756), des Empereurs d'Orient et d'Occident (1758) ou de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon (1760) et que nous retrouverons plus tard dans le Rite de Perfection (en 25 degrés) puis dans le Rite Écossais Ancien Accepté, ou encore dans certains rituels «rectifiés».

Remarquons, en ce qui concerne cette dernière branche, particulièrement représentative de la légende Templière, que le R.E.R. se présente comme un rite en six degrés : les trois premiers «bleus» précédant ceux de Maître Écossais de St André, d'Écuyer novice et de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, alors cependant que son 4e degré se trouve généralement divisé en deux classes Maître Écossais Parfait et Maître Parfait de St André ; ce qui pour un initié non rectifié pourrait sembler correspondre à sept échelons. Le Grand Prieuré Indépendant de France au sein du Grand Collège des Rites quant à lui, fidèle à la tradition, respecte un cheminement initiatique en six degrés.

L'intérêt complémentaire et précieux, des textes publiés par les trois chercheurs successifs consiste dans le fait assez rare pour être retenu qu'ils se réfèrent à des documents originaux bénéficiant tous d'une datation certaine, ce qui nous permet notamment de confirmer que le Bite à Londres a bien poursuivi ses travaux sous l'autorité de Lambert de Lintot de 1764 à 1791. La loge de l'Espérance, quant à elle, n'a éteint ses feux qu'en 1830.

 

«LES DEUX PLUS ANCIENS CHAPITRES DE ROSE-CROIX DU MONDE»

A l'occasion de la présentation de la planche du F... Draffen, un document très significatif a été produit par un F... de la loge Quatuor Coronati : le procès-verbal de la tenue de la Kilwinning Lodge de Dublin du 13 janvier 1782, ouverte d'abord en Loge des Hauts Chevaliers du Temple, en la forme accoutumée, afin de conférer ce degré à trois nouveaux FF.... Les travaux furent repris ensuite en Loge extraordinaire au degré de Prince Maçon Chevalier Rose Croix, et conduits par le F... Laurent, Prince Maçon de Paris, en chaire, assisté d'un autre Prince Maçon parisien, le F... Emmanuel Zimmerman, Grand Gardien. Six frères de cette loge, dont l'un de ceux qui venaient d'être élevés au grade antérieur, furent alors exaltés à ce sublime Degré, et l'un d'entre eux investi, avec l'autorité et les honneurs qui lui étaient dus, de la dignité de (Très) Sage Souverain Prince Maçon, par le F... Laurent.

C'est de cette tenue, en concluait un intervenant, que sprang the two Irish Prince Masons (Rose Croix) Chapters, Original» and «Kilwinning»... They are the two oldest R.C. Chapters in the world.» Ainsi les deux plus anciens Chapitres de Rose-Croix reconnus comme réguliers («warranted») du monde ; Original Chapter et Kilwinning Chapter seraient-ils «jaillis» de l'initiative d'un F... Français, Pierre Jean Laurent et auraient trouvé leur régularité dans les pouvoirs dont celui-ci avait été investi à Paris

Pour les services ainsi rendus, le F... Laurent, reçut de l'obédience écossaise le diplôme de membre d'honneur de la Kilwinning Lodge ; quelques mois plus tard, de retour à Londres, il fut élevé par la Perfect Observance au 7e et suprême degré de K.D.S.H. du rite «français».

Pierre LAMBERT DE LINTOT et de CABIROL et ses DISCIPLES

Né en 1726, initié en France en 1745, nous retrouverons Pierre de Lintot à Londres en 1766, où il se présentera comme «Ancien Maître de la Loge de Perfection des observants des 7 degrés». Il était ancien 1er Lieutenant des Grenadiers Volontaires de Normandie et originaire de cette province, paraît-il, mais l'on ne sait à quelle époque et dans quelles conditions il avait franchi la Manche. Il reçut le premier maillet de la Loge St George de l'Observance, qu'il conserva cinq ans. Il devint ensuite le Maître de la Loge de la Parfaite Observance °1 South of the Trent sur laquelle il allait soucher le régime à sept degrés, coiffé par «The Metropolitan College d'Ecosse d'Heredon des 7 et Derniers Degrés». Il se prévaudra, vers la fin de sa carrière, de ses quarante-cinq années de Maçonnerie, et de la détention de nombreux grades inconnus des FF... anglais.

D'après lui, depuis 1764, le Grand Maître du Rite aurait été le Duc de Chartres, «seul Grand Maître de toutes les Loges de Grand Elu en France». Les autres promoteurs du Rite en Sept Degrés au sein de la «Loge de Perfection de l'Observance», en 1764, étaient le chevalier Mac Mahon, le baron de Bissy, le marquis de Berville, tous officiers des «armées de Normandie» ainsi qu'un avocat au Grand Conseil, de Palfroy.

A Londres, le succès du nouveau rite sera évident parmi les membres des loges de Moderns, mais il attirera également jusqu'à l'Union de 1813, des adeptes de la tendance des Antients. Le livre d'architecture du Collège fait état notamment, à la date du 7 décembre 1788, de l'élévation au 7e grade du comte «d'Antram» (il faut lire : Antrim), de la plus ancienne noblesse écossaise et Grand Maître des Antients, ce qui constitue un événement considérable.

A tel point qu'en 1790, une passerelle sera aménagée qui permettra dès lors à certains maçons du régime de Royal Arch, complément quasi obligé des ateliers du Craft de la Grande Loge d'Angleterre depuis 1766, d'être directement exaltés au 7e et dernier degré de K.D.S.H. du Rite français en sept grades.

La détermination des date et lieu de naissance du Royal Arch constitue un des points les plus controversés de la «cross-fertilization between England and France» comme le reconnaissent nos amis d'outre-Manche ; d'autant plus, qu'outre la filière irlandaise, une origine suédoise est maintenant évoquée (depuis 1984). Ce qui est évident, c'est que la passerelle entre le Rite de Royal Arch et le Rite Français de Londres ne permettait jamais que le passage à pieds secs entre le 4e et le 7e degré de ce dernier Rite.

On ne trouvera plus aucune trace à partir de 1791 de Lambert de Lintot, mais le contrôle de son régime axé sur les grades chevaleresques sera alors pris par Thomas Dunckerley (1724-1795) lequel en accentuera la coloration templière et deviendra ainsi le promoteur de cette Maçonne rie qui fleurira en Angleterre mais produira au XIXe siècle de plus riches bourgeons encore aux U.S.A.

Dunckerley, qui passait pour le fils illégitime du roi George Il et de Mary Dunckerley, arborait les armoiries réservées aux descendants illégitimes de la famille royale, avec la devise qu'il avait choisie (Fato non merito !) ; il s'invitait dans les châteaux de la couronne, et avait obtenu une pension sur la cassette du roi George III, son demi-frère. Trois autres frères ou demi-frères du roi William Henry, duc de Gloucester, Henry Frederick, duc de Cumberland, Edward Augustus, duc d'York, deviendront des dignitaires de l'ordre. Tous ses fils également à l'exception du cadet, le duc de Cambridge : George Augustus Frederick, prince de Galles, futur George IV, Frederick Augustus, duc d'York, William, duc de Clarence, futur William IV, Edward Augustus, duc de Kent, Ernest Augustus, duc de Cumberland, futur roi du Hanovre, Augustus Frederick, duc de Sussex. Il en sera de même de son neveu, le prince William de Gloucester.

Parmi cette descendance royale, trois princes ont été Grands Maîtres de la Grande Loge des Modems : le duc de Cumberland en 1782, le prince de Galles en 1790 et le duc de Sussex, pour quelques mois en 1813 ; le duc de Kent a été Grand-Maître de la Antients Grand Lodge en 1813. Sussex a été pendant trente ans, de 1813 à 1843, Grand Maître de la United Grand Lodge of En gland. On peut estimer qu'il est le père de la Maçonnerie anglaise moderne ; il s'est notamment attaché à déchristianiser les rituels, (ce qui ne veut pas dire : dédéiser)

Initié le 10 janvier 1754 dans la Three Tuns Lodge de Portsmouth, Dunckerley, officier canonnier de la Royal Navy, s'était ensuite affilié successivement à trois loges à bord des H.M.S. Vanguard, Prince et peut-être Guadeloupe. C'est certainement de son origine royale et de cette carrière militaire qu'il tirera la coloration de son «Ordre Royal, Exalté, Religieux et Militaire de H.R.D.M., Grands Elus, Chevaliers Templiers Maçonniques, K. D. S. H. de St Jean de Jérusalem, Palestine, Rhodes, etc.». En 1786, la Grande Loge d'Angleterre lui conférera la très haute dignité de Passé Premier Grand Surveillant. A la fin de sa vie, il réussira à cumuler les charges de Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers Templiers Maçonniques et de Grand Superintendant des Maçons de Royal Arch !

Dunckerley se considérait peut-être également comme l'héritier de Lambert de Lintot, car il ne se fera pas faute de piller ses textes, rituels, formules, devises et emblèmes après sa disparition. (De Lintot était un graveur de talent, doué au surplus d'une belle imagination en matière de nouveaux symboles, et ses gravures sont très recherchées encore de nos jours)

ET LÉCOSSE ? IL S'EN EST FALLU DE TROIS GUINÉES !

La contribution de George DRAFFEN nous apporte en outre des précisions intéressantes sur le souci de Lambert de Lintot d'obtenir la reconnaissance écossaise pour sa loge à sept degrés, afin d'assurer la pérennité de son régime.

Le 11 octobre 1782, il sollicita de la Grande Loge Nationale d'Écosse la délivrance «d'une constitution ou d'un diplôme, sous le nom et le titre de la Parfaite Observance d'Écosse de Heredon des sept degrés désignés ci-dessus [Apprentis, Compagnons, Passés Maîtres, Architectes, Chevaliers du Royal Arch, de l'Epée, de l'Aigle et Templiers sous la condition d'avoir payé pour chaque Membre (admis et authentifié comme tel par notre Loge nous conformant nous-mêmes aux Statuts et Lois de la Parfaite Maçonnerie) enregistré dans la Très Respectable Grande Loge d'Ecosse, susmentionnée, 2 sh 6.»

Il indiquait que «le sens de notre Pétition c'est de nous permettre de maintenir notre Loge sur la voie superlative mais régulière des hauts degrés, en évitant comme dans les [loges]symboliques le chaos habituel d'avoir été trop souvent composées de membres d'une foi suspecte, les quels une fois admis, oublient le propre respect de leur obligation, dérangent tout ordre établi, avilissent la société et annihilent la Loge, ce qui ressort trop fréquemment du nombre de Loges qui subsistent seulement pendant une très courte période».

Il ajoutait que «notre désir est aussi de prévenir la pour suite de l'admission de nombre de profanes de tous les pays d'Europe, qui se prétendent d'eux-mêmes comme ayant été admis dans les degrés supérieurs, lesquels n'ont souvent d'autre science que celle acquise dans un livre imprimé soit en France, ou n'importe où [c'était ici vraisemblablement Les Plus Secrets Mystères des Hauts Grades etc...» qui se trouvait visé] et souvent très peu au fait de la véritable Maçonnerie Écossaise, et qui par ces moyens ont créé un grand nombre de Loges, tout en étant, eux et leurs naïfs adhérents, ignorants de ses fondements».

Il est bien évident que le Grand Secrétaire de la Grande Loge d'Écosse, puissance symbolique, ne pouvait accueillir une telle requête, mais il s'empressa cependant d'ajouter que «comme il avait par ailleurs, l'honneur d'occuper de hautes fonctions dans l'Ordre de H. R. D. M. de Kilwinning, il avait communiqué le courrier» au Secrétaire de cette puissance des Hauts Grades.

Dans sa réponse, ce dernier exposait très posément et très clairement ce qu'était le Royal Order of Scotch Masonry, précisant notamment que «cet Ordre comportait quatre autres degrés de maçonnerie et avait été institué pour beaucoup de grands et valables buts ; mais il ne nous semble pas, d'après tout ce que nous en savons, que vous apparteniez à cet Ordre». Notons, en passant, qu'en vérité cet Ordre des Hauts Grades, n'en comprenait (et n'en comprend encore) que deux : celui de «Heredom de Kilwinning» et celui de «Rosy Cross». Le Grand Secrétaire ne voulait-il pas, en gonflant son catalogue, éviter d'apparaître comme plus démuni que le solliciteur qui se présentait ?

Toujours est-il qu'il lui indiquait en outre, que le seul moyen d'obtenir une patente, c'était d'envoyer, sans perdre de temps, un membre de la Loge en Ecosse, lequel serait exalté, en la forme accoutumée, instruit et muni des pouvoirs nécessaires «car les pouvoirs que vous exigez sont larges et variés et nécessiteront d'être réglés et mis au point par une conférence et une concertation. Nous vous recommandons à la Toute Puissante Protection du Grand Architecte, qui est Amour, et prions sincèrement que la Paix, l'Harmonie et la Concorde subsistent à jamais parmi vous».

Plutôt que de se rendre à Édimbourg, Lambert de Lintot préféra adresser un tableau des grades pratiqués dans sa loge, accompagné du Compendium reproduit ci-dessous, lequel devait permettre à l'obédience, qu'il s'obstinait à nommer «the Said grand Lodge Seated at Edinburgh», de s'assurer de sa régularité et de lui adresser la patente demandée.

Un dialogue de demi sourds s'engagea ; finalement, l'Ordre Royal informa Lambert de Lintot, le 29 mars 1783, qu'il était prêt à lui délivrer une patente permettant de conférer les grades du Royal Order de H.D.M. de Kilwinning à soixante-trois FF... au maximum (si plus, il faudrait solliciter et payer une autre patente pour un nouveau chapitre), contre une somme de trois guinées.

Malheureusement, la correspondance retrouvée s'arrête ici. Mais le Compendium nous reste.

De Lintot a-t-il payé les trois guinées par chapitre ?

 

ET DEPUIS 1791 ? LE «BALDWYN RITE» du PRECEPTORY de BRISTOL

Jusqu'au 7 mars 1958, date de la présentation devant la Quatuor Coronati Lodge de la planche du F... E. Ward, le Bristol Preceptory était généralement considéré dans le monde maçonnique anglo-saxon comme «peut-être la plus fameuse association de Chevaliers du Temple du monde» laquelle se prévalait d'une origine immémoriale : «le Camp de Baldwyn, qui avait été instauré à Bristol par les Templiers de retour de Palestine, avait toujours continué de tenir ses réunions, et était considéré comme ayant préservé les anciennes cérémonies de l'Ordre.»

La prétention à l'antiquité du Rite reposait en fait sur un seul document : La «Charter of Compact» (Charte d'accord) datée de 1780, dont l'antériorité alléguée ne remontait donc pas à une époque tellement ancienne. Cependant la validité du document avait été reconnue, outre par ceux de Bristol, par quelques frères éminents.

Mais l'analyse critique développée par le F... Ward établit notamment que l'emblème décorant la Charte correspondait à celui utilisé par Dunckerley, et dont nous connaissons un tirage de 1794, et un plus ancien de novembre 1791 ; il remplaçait en le plagiant, celui d'avril 1791 qu'il avait tout simplement décalqué sur celui de Lambert de Lintot («the founder of the Rite of 7° in London and possibly the most vivacious exponent ever of Continental Masonic novelties in England)» remontant à 1785.

L'emblème n'avait donc pu être apposé en 1780. Tout ce que qui a été retrouvé de plus ancien sur le Bristol Encampment, c'est qu'il avait certes été reconnu par le Grand Conclave, et en 1791 en tant que «Emminent of 7 degrees», mais au même titre que la London Observance of 7° «De Lintot's school» et les autres Camps du 7° patronnés par Dunckerley.

Comment donc ces degrés additionnels avaient-ils pu par venir jusqu'à Bristol ? Tout simplement nous dit Eric Ward, par William Hannam, membre des chapitres de Lintot ensuite promu Député G.M. de Dunckerley au Grand Conclave, lequel s'était empressé d'en faire profiter les FF... de Bristol. Ce rite n'était pas, contrairement à celui développé à Dublin, qu'une simple variante de celui de Lambert de Lintot ; le 7e degré templier s'y trouvait, en outre, déplacé au 6e et avait perdu en 1791 sa connotation de K.D.S.H., décision qu'il serait peut-être sévère de taxer d'opportuniste, dans l'Angleterre de cette époque, le grade de Rose-Croix accédant ainsi au 7e et ultime degré, démarche voisine d'ailleurs de celle qui sera suivie en France, dans un contexte voisin.

Quant au Royal Arch, il s'était trouvé rétrogradé du 4e au 2e degré.

Le Rite «de temps immémorial», était donc, sous Dunckerley, divisé en sept degrés, et continue de l'être, suivant l'échelle suivante (à comparer avec le tableau en annexe) :

1° «Le Craft : Ceci signifie simplement les trois degrés, ceux délivrés dans toute loge normale du Craft,

2° Royal Arch et Veils (voiles), comme dans n'importe quel chapitre du Rite de Bristol,

3° Maîtres Élus des Neuf,

4° Chevalier Écossais Grand Architecte et Chevalier Ecossais de Kilwinning,

5° Chevalier d'Orient, de l'Épée et de l'Aigle,

Ces trois derniers, appelés, les trois degrés inférieurs de la Chevalerie,

6° Chevalier de St Jean de Jérusalem1 de Palestine, de Rhodes et de Malte, autrement dit Chevalier Templier. Ceci est l'essentiel du Rite.

Chevalier Rosæ Crucis».

Les trois premiers degrés seront pratiqués à Bristol et dans d'autres villes de l'ouest, suivant un rite qui différera de celui des Moderns de 1736 aussi bien que de celui qui sera adopté ensuite par les Antients ; et pour ce qui concerne les degrés supérieurs, depuis 1789/1791, suivant le découpage ci-dessus.

Après avoir chaudement félicité le rapporteur, suivant l'usage, le Vénérable Maître G.S. Draffen lequel, trois années auparavant, avait lui-même présenté le deuxième travail intervenu sur le Rite en 7 degrés, et avant de faire circuler la parole sur les colonnes, s'était étonné que «in these days of regimentation, standardisation» un tel «extraneous Masonic body» puisse encore exister aujourd'hui et pratiquer ce même rite non seulement à Bristol, mais sous une forme voisine à Newcastle.

Un intervenant, le Très Vénérable, l'Honorable W.R.S. Ba..., Grand Maître Provincial de la Grande Loge Unie d'Angleterre pour le Gloucestershire, prenant la parole en sa qualité d'Éminent Commandeur et Précepteur du Camp de Chevaliers Templiers de Baldwyn de Bristol, avec toutes les réserves qu'imposait l'évocation d'un tel sujet dans une Craft Lodge, ne se montrait évidemment pas choqué de la survivance de ce «Corps Maçonnique Etranger» qu'il présidait, mais s'étonnait en revanche, que l'on ait du mal à concevoir que les trois premiers degrés du Craft puissent n'être décomptés que pour un seul dans le nombre d'échelons «il est intéressant de trouver préservée intacte cette caractéristique du système de Lintot, à Bristol, jusqu'à nos jours»... «L'arithmétique maçonnique ne suit pas les lois terre-à-terre...» !

Il regrettait fort, de plus, qu'en ce qui concerne le grade de Royal Arch, on ait dû «au mépris de la continuité historique sacrifier le quatrième rang qu'il occupait dans l'échelle du rite de Linton Mais il était impossible, en Angleterre, de lui donner une autre place que la seconde, immédiatement après le Craft».

En effet, en Angleterre, le Royal Arch n'est pas considéré comme un haut grade, ni comme le premier d'une nouvelle série, mais comme partie intégrante et complément quasiment nécessaire des trois seuls degrés du Craft. Ce qui nous apporte la démonstration qu'il y a des accommodements avec les principes de la «pure ancienne Maçonnerie des trois degrés et qu'il n'y a pas que dans le rite français à sept degrés que : «Masonic arithmetic follows no mundane laws».

 

Source : esmp.free.fr/Syntheses.18-30/199.04-n131.BulletinEntier.htm

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