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Hauts Grades

Un aspect pneumatoloqique des travaux martinésistes : le rituel de la bougie et du mot du centre

19 Avril 2012 Publié dans #Rites et rituels

Afin de s’assurer de la régularité et des résultats de leurs travaux et opérations, les Elus Coens veilleront à se présenter devant l’Eternel et ses anges le corps et l’âme purifiés. Le corps par les ablutions rituelles des mains et pieds ainsi que du visage ; l’âme par le feu. Mais quel feu ?

Le rituel de la bougie et du mot du centre du cercle d’opération nous donne de précieuses informations à ce sujet. En effet, l’opérant, agenouillé au bord du cercle intérieur dit :

« Ô lumière pure, symbole du chef de mon âme, à qui l’éternel a confié le soin de ma pensée, de ma volonté, de mon action et de ma parole, fais que par ton feu radieux, mon âme soit purgée et mes lèvres purifiées, afin que la parole que je vais prononcer opère pour la plus grande gloire de l’éternel, pour mon instruction, et pour l’édification de mes semblables. Amen. »[1]  

Ici, la lumière du centre est appelée « symbole du chef de l’âme ». Mais qui est donc ce chef dont il est dit que l’Eternel lui confia le soin des pensées, volonté et action qui sont les attributs de l’âme, du mineur spirituel, et dont l’expression est celle de l’image divine qui est le propre de l’homme ?

Selon Martinès de Pasqually, et compte tenu de la chute, le mineur spirituel ne peut seul accéder aux lumières divines qui rendront sa pensée, sa volonté et son action opérantes et justes. Seul, le mineur ne peut plus opérer selon les pouvoirs et puissances qui étaient les siens originellement. Il doit tout espérer du secours de son gardien, dont la jonction se fera par l’intellect que celui-ci lui enverra et qu’il devra accepter librement. Cet intellect féconde et illumine sa pensée, fortifie sa volonté et guide son action. Chaque fois que le mineur acceptera cet intellect, il se joindra à son gardien jusqu’à ne faire plus qu’un avec lui :

« Lorsque l’âme et l’intellect sont joints et spiritualisés, ils se confondent avec l’esprit dont était émané l’intellect et tous trois ensemble se rejoignent à la Divinité, ayant rempli chacun leur fonction avec succès.»[2]  

L’âme impassive et spirituelle se met ainsi en état de recevoir impression de son gardien et donc l’illumination qui est la récompense des esprits mineurs ayant de ce fait recouvré la communication avec leur créateur. Aussi peut-on dire que le gardien et son intellect sont le chef de cette âme humaine – mineur spirituel - dont Dieu leur confie le soin. Un chef qui donne aussi une puissance nouvelle d’action et d’opération à cette âme incorporisée et donc affaiblie par sa prison de matière. Martinès l’exprime en ces termes :

« L’âme est un feu, simple en sa puissance et faible en ce bas monde. Elle fortifie sa puissance par son intellect, recevant de lui un second feu plus pur et plus puissant que le sien »[3]  

Ainsi, de même que la fortification, l’action de purification du mineur se fait-elle par cet esprit et l’intellect qui en est l’émanation. Par la purification des lèvres, organes de l’expression du verbe - qui est la manifestation de la pensée et de la volonté ainsi que la mise en action de cette pensée - se réalise la purification de l’âme. Et c’est alors que, l’âme ainsi purifiée, l’opérant pourra prononcer le mot du centre, mot de puissance qui est l’expression de ses pouvoirs désormais recouvrés.

Cette vision martinésiste de la purification, de la fortification et de l’illumination par la médiation de l’esprit – ou gardien – et de son intellect n’est-elle cependant pas trop restrictive pour un chrétien ? N’exclut-elle pas trop radicalement l’action directe de l’Esprit Saint ?

Consécutivement à la purification des lèvres, opérée en insufflant la flamme de la bougie de façon à faire pénétrer en soi le feu qui en est l’essence, l’opérant porte les mains en équerre sur le visage et dit à basse voix la tête inclinée au-dessus de la bougie posée au centre du cercle intérieur :

« Viens, esprit saint +7, entoure le feu qui t’est consacré pour être ton trône puissant et dominant sur toutes les régions du monde universel ! Domine selon ma pensée sur moi et sur mes frères ici présents ! »

Ainsi il apparaît pour la première fois que l’opérant appelle un esprit saint à descendre sur un feu qui lui serait consacré. Mais de quel esprit saint parle-t-on ?

En effet, du fait du manque de majuscule – ou plutôt d’une règle peu établie pour les majuscules - dans les rédactions du 18ème siècle et de l’appellation d’esprit saint que donne Martinès aux esprits majeurs septénaires, et par extension à tout esprit bénin, il est difficile de savoir de prime abord si l’on s’adresse ici à l’esprit majeur bon compagnon – au gardien dont nous avons parlé précédemment – ou bien au Saint Esprit. Cette interrogation est renforcée par le fait que les esprits majeurs septénaires peuvent être assimilés à des agents du Saint Esprit et que Martinès leur assigne, entre autres, comme mission de véhiculer les dons de l’Esprit et les grâces divines. Nous pourrions alors supposer que l’opérant s’adresse bien ici à cette classe d’esprits à laquelle son gardien particulier est rattaché.

Cependant, l’opérant continue son invocation en disant :

« Eloigne de ces cercles tout esprit de ténèbres, d’erreurs et de confusion, afin que nos âmes puissent profiter du fruit des travaux que l’ordre donne à ceux qui se rendent dignes d’être pénétrés par toi +7, qui vis et règne avec le père et le fils à jamais. Amen. »

La fin de cette invocation à l’esprit saint ne fait plus aucun doute dans la mesure où son action est associée à celle du Père et du Fils. Ainsi, c’est bien au Saint Esprit, troisième personne de la divine Trinité, que l’opérant s’adresse afin qu’il répande sur lui et tous les frères présents sa céleste lumière en dominant sur eux par leur pensée, et afin qu’il protège les lieux et les opérations de sa toute puissance.

L’Esprit Saint est donc appelé, dans ce but d’illumination et de protection des frères, à entourer le feu dont on dit qu’il lui est consacré. En effet, lors de l’allumage du feu nouveau, qui est la source du feu central – quand ce n’est pas directement lui - l’opérant dit :

« Je te conjure, Esprit +7, que j’invoque par ma puissance et par tout ce qui est en ton pouvoir et au mien, pour que ton feu spirituel embrase la matière que je consacre au sein de ces circonférences ; que le feu élémentaire qui y réside s’unisse avec le tien par contribuer à la lumière spirituelle des hommes de désir et qu’ils soient animés de ton feu de vie. »

Par cette conjuration, l’opérant appelle la force, la puissance et les vertus sanctifiantes, fortifiantes et vivifiantes de l’Esprit Saint à descendre sur la bougie. Par quelle opération ? Tout simplement par analogie et correspondance entre le feu de l’Esprit et le feu élémentaire. Ainsi, le feu de l’Esprit est-il appelé à s’unir au feu de la bougie qui lui devient de ce fait consacrée. Nous sommes ici bien au-delà d’un symbolisme conventionnel du feu et des lumières comme on pourrait le trouver dans des rituels maçonniques et particulièrement au Rite Ecossais Rectifié. Ici, le feu n’est plus symbole. L’Esprit est appelé à habiter le feu. Et c’est la raison pour laquelle la purification des lèvres n’est pas un acte symbolique mais une opération réelle.

Si comme nous le disons l’Esprit habite et entoure le feu de la bougie qui est son trône, l’opérant qui agit doit nécessairement être pourvu de quelque puissance lui permettant d’obtenir cette faveur divine. La dimension sacerdotale, conférée par les ordinations, s’exprime pleinement dans cet acte simple mais fondamental. Nous sommes ici au-delà d’une simple opération théurgique ; nous sommes dans une liturgie de l’Esprit Saint, dans un acte qui, sans pouvoir prétendre être sacramentel, est un acte consécratoire opérant. Le sacerdote Coen est ici sacerdote du ministère de l’Esprit Saint. Quelle admirable mais aussi redoutable vocation !

Ceci est fondamental et conditionne donc le succès de toutes les opérations. Le culte Coen se place sous la protection de l’Esprit Saint et agit dans l’Esprit et par l’Esprit qui seul confère à l’opérant les puissances et vertus nécessaires au succès des opérations et ordinations qu’il place sous la protection de l’Esprit Saint. Nous comprenons alors que cette opération soit réservée aux Conducteurs en Chef des temples.

Ainsi, fort de l’Esprit, quand l’opérant dans son invocation, demande que le feu qui est le trône de l’Esprit Saint devienne « puissant et dominant sur toutes les régions du monde universel » c’est aussi à une re-sanctification de l’univers qu’il appelle et donc à la réconciliation universelle.

 

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

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