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Hauts Grades

voyage vers une folie raisonnable

3 Août 2012 Publié dans #Planches

On frappe à la porte de la franc-maçonnerie pour combler un vide. Ce vide n’est que l’expression d’une demande évolutive que l’on nomme spiritualité. Cette quête illustre d’une manière idéale la demande absolue d’une reconnaissance intérieure, celle de l’âme que nous associerons à l’inconscient.

Les symboles qui décorent la loge ne sont que les représentations de nos modèles d’images. Tels des traits d’union entre nos deux mondes. Ils vont permettent notre évolution. Ici le but du jeu est de partir vers notre découverte, en comprenant qu’il nous faudra « vivre » le symbole, c’est-à-dire l’interpréter pour l’intégrer. En effet, sauf si l’on se nomme DESCART, le seul discours sur la méthode ne représentera qu’une subtile conduite d’évitement. Car le mental ici n’est pas suffisant.

C’est uniquement dans un premier temps que la manœuvre intellectuelle va primer. Débarrassé des valeurs du monde profane en pénétrant dans la Loge, intégré dans un espace de réflexion par le biais du rituel, le franc-maçon va pouvoir contacter d’une manière cérébrale le contenu du symbole. Par le biais des membres de la Loge ainsi que de leurs travaux, notre réflexion va pouvoir s’intensifier, permettant au symbole de nous « parler ». Prenons l’exemple du Pavé Mosaïque : il illustre d’une manière parfaite que l’ombre et la lumière ne peuvent se dissocier. La métaphore est évidente, elle me semble parlante, l’homme ne peut être complet qu’en intégrant son ombre.

Le « jeu » va continuer en partant à la rencontre émotionnelle du contenu symbolique pour l’intégrer. Mais souvent tout s’arrête ici et la Loge se transforme en club service. Face à la difficulté d’intégrer l’inacceptable, c’est la bascule vers un caritatif compensateur de bas étage, ou vers une auto satisfaction aussi stérile que prétentieuse.

En effet, la reconnaissance du contenu de notre ombre est issue de la découverte de nos projections. Et c’est ici que le groupe va intervenir : nos jugements, nos critiques et nos condamnations portant sur certains membres, aussi justifiés soient-ils, sont autant de pistes qui peuvent nous amener vers notre ombre.

Le symbole s’avère alors être le guide privilégié qui nous amène à nous réunir en utilisant les projections « éclairantes » du contenu de notre face cachée.

Nous percevons ainsi que notre monde intérieur diffère radicalement de notre apparence… le masque peut enfin tomber. Et surtout nous réalisons avec stupeur l’évanouissement de notre animosité envers celui qui n’était que le reflet de notre ombre. Les guerres souterraines qui nous animent ne sont alimentées que par la projection de ce que nous refoulons.

A ce stade on perçoit le rôle de l’intellectualisation des projections dans un milieu privilégié, l’intérêt du groupe en tant que miroir, et la puissance émotionnelle du symbole comme révélateur.

En effet, c’est ici que tout se joue : la peur, la culpabilité ou la honte d’être jugé en affichant notre identité seront les risques que nous devons affronter. Nous retrouvons ici toutes les notions qui ont été rationalisées antérieurement : une conscience de notre contenu caché par le biais de nos projections, la prise de risque liée au vécu de cette composante, le sacrifice nécessaire à la perte de notre image, tout ceci baignant dans une foi liée au symbole où l’intellect et l’émotion se conjuguent d’une manière harmonieuse.

Cette découverte du monde intérieur, puis son intégration vont automatiquement provoquer une angulation de la vie de chacun d’entre nous. L’efficacité de la maçonnerie se jauge à la transformation de ses membres qui se doit d’être « contagieuse ».

On perçoit ici toute la finesse du processus : dans une telle alchimie, la valeur dogmatique est inopérante. Le seul dieu agissant reste le sien, celui que l’on doit découvrir au fond de soi-même.

Bien souvent l’individu dans la deuxième moitié de sa vie, en proie à un manque de spiritualité ou encore à un doute, une interrogation, donc à un vide intérieur, va chercher dans le groupe un moyen de combler ce vide sans tête. Le groupe philosophique avec ses symboles apparaît comme le biais quasi idéal par lequel il va pouvoir répondre à ses demandes et ses aspirations. Le caractère symbolique de la maçonnerie reste un gage de qualité pour le prétendant et, le fameux secret maçonnique, n’est rien d’autre que ressentir intellectuellement et émotionnellement l’évidence d’une rencontre avec soi-même difficilement transmissible par le seul biais du verbe. Tout le reste n’est qu’un secret de polichinelle.

Le but de la maçonnerie est donc l’activation de nos archétypes. Si j’ai pris l’exemple du Pavé Mosaïque pour amener le concept de l’ombre, la Lune et le Soleil, autres symboles de la Loge, nous entraînent à la rencontre d’une nouvelle dualité, plus profonde, celle de notre intimité féminine face à notre masculinité d’apparence. De nombreux symboles permettent notre construction. Il va sans dire que cette évolution amène son lot de transformation au sein du groupe, du couple et de notre vie.

Mais ce descriptif est pour le moins optimiste car la réalité est quelquefois toute autre. Les obédiences se multiplient, certaines se taxent de régulières, d’autres prétendent détenir l’authenticité de la fondation. La course au pouvoir ne cesse de s’accélérer : elles font preuve d’un prosélytisme troublant. L’utilisation du symbole fait place à une déification profane du monde symbolique. Là encore le profane se substitue au sacré.

C’est là tout le problème des Loges où l’on parle du symbole sans le vivre. Le risque est trop grand et l’on se retrouve, des années plus tard, dans la même position que lorsque l’on y est entré. Tous les prétendant sont en quête d’une spiritualité, mais face à la nécessité de prises de risque liée à l’authenticité de notre démarche, nombreux sont ceux qui se fourvoient dans des conduites d’évitement bien connues.

La première de ces conduites d’évitement est une compensation sur le mode fraternel : ont s’auto congratulent avec force et vigueur, ravis d’appartenir à la Franc-maçonnerie baignant dans une béatitude éthérée, intimement convaincus d’être les élus des temps modernes par nos secrets à faire pâlir de jalousie le monde profane.

La seconde est beaucoup plus pernicieuse : afin d’éviter la prise de risque émotionnelle liée à l’intégration de notre monde intérieur, on tend vers des travaux livresques titanesques. Ces réflexions hyper conscientisées, narcissiques, frisent le ridicule par leur absence de profondeur et d’engagement. Nous assistons ici à la victoire de l’intellectualisation sur la composante émotionnelle.

La troisième conduite d’évitement dérive de la seconde. Si certains Frères ou Sœurs sont incapables d’évoluer, ils doivent trouver une bonne raison à leur statut, de ce fait, ils vont compenser par la recherche du pouvoir ou de la sécurité de l’institution : c’est la multiplication des titres à l’image de leurs tabliers, véritables emblèmes de leurs grades.

Ces types de compensation peuvent revêtir moult aspects : celui du « vieux » franc-maçon, encroûté dans ses certitudes rationnelles, qui se permet de donner des conseils aux jeunes apprentis, celui du franc-maçon « carriériste », qui part à la conquête des grades supérieurs pour compenser une évolution trop coûteuse émotionnellement, ou encore celui du frère ou de la sœur « réfléchi » qui rigidifie dans sa ritualisation, drapé dans un sérieux théâtral, voire dans un aspect vertueux dégoulinant de raisonnable.

Toute originalité sera vécu comme subversive car elle risquerait de mettre en péril l’assise du groupe et la moindre déstabilisation est synonyme de danger. Dans ce cas de figure, le frère ou la sœur qui chemine symboliquement risque l’exclusion ; il représente le support idéal à la projection de l’ombre collective.

Jonathan Livingstone le goéland illustre fort bien cette ombre collective. S’il se détache du groupe pour vivre ses expériences initiatiques, son évolution n’est nullement opposée à celle du groupe ; bien au contraire il tente même de faire partager ses émotions et ses découvertes. Mais le groupe va l’évincer car il représente un danger majeur pour les piliers conservateurs du groupe, l’immobilisme étant le garant de leur pouvoir.

Si je concède que ces conduites d’évitement sont le plus souvent inconscientes, imprégnées d’un réel désir de bien faire et d’une logique ou d’une cohérence apparente au dessus de tout soupçon, elles annuleront malgré tout le moindre processus évolutif.

Ainsi une interrogation se posent à moi :

La Franc-Maçonnerie est-elle un « passage » ou bien une finalité en soi ?

Je peux facilement admettre qu’un frère ou une sœur ait le souhait d’évoluer individuellement. Je n’y voit d’ailleurs ni trahison ni reniement mais d’avantage un succès de la franc-maçonnerie : une évolution cohérente liée à sa transformation, une harmonisation profonde de sa nature avec ce qui l’entoure sont les signatures d’une réussite. On peut me rétorquer qu’il se doit de transmettre ce que la Loge lui a apporté, mais peut-on le blâmer s’il se sent en décalage ? Je crois que l’on a le droit de mettre un terme à une thérapie. L’immobilisme et la dépendance au groupe peuvent aussi signer une défaite de la maçonnerie.

Je suis malheureusement passé par ces trois phases d’évitement, peut être pas dans le même ordre ou je les aient décrites. Mais, j’ai cru un moment revêtir les habits de Jonathan Livingstone le goéland car j’ai pensé que la vie animale me renverrait d’une manière naturelle cet équilibre que j’ai tant de mal à intégrer. J’ai porté l’ambition de construire mon intellect comme une manne céleste et j’en mesure aujourd’hui toutes les incohérences.

Pour ne pas sombrer dans le despotisme intellectuel j’ai accepté volontiers les barrières que je me suis posées comme des limites au « JE » ou au jeu. J’essaye de me rappeler que le Compas possède une pointe sur l’une de ces branches et que l’Equerre peu parfois se rompre.

Je suis toujours dans la Caverne. A l’extérieur, elle est mon chemin pour affronter mes peurs. Le problème c’est que j’ai emporté avec moi une lampe de poche et que je m’autorise de temps en temps à l’allumer. Observer les autres dans le noir, c’est si facile quand on possède la lampe. Mais cela ne dure qu’un temps, car comme tout ce qui est matériel, les piles de la lampe s’usent et il faudra bien que j’affronte la vérité.

Il en est de même à l’intérieur, j’ai glissé le long du fil à plomb au fond de moi-même, toujours avec ma lampe de poche ! Car j’ai cru pouvoir avec ce rayon de lumière artificiel remonter plus facilement. Mais heureusement qu’il y a toujours autour de moi une sœur ou un frère assez proche pour éteindre la lampe. Jason ou Minotaure, je suis toujours dans le Labyrinthe.

Alors, le moment est venu pour moi d’abandonner DESCART l’homme du discours pour retrouver JUNG l’explorateur de l’intérieur. Car sur le chemin je voyage dans une folie raisonnable avec trois corps. Le premier, le plus âgé, il a 60 ans depuis 8 jours, c’est le Frère Ego, il a accumulé depuis tout ce temps culture et connaissances. Le troisième, le plus jeune, un Frère de Lumière, il n’a que 8 ans, il cherche la vérité. Mais c’est le cadet qui me tire souci, balancé entre Ombre et Lumière, il voudrait bien être les deux : Savoir et Vérité.

Alors, Bien souvent une petite voix me dit : « Si tu veux arriver où tu ne sais pas, il te faut passer par où tu ne sais pas ».

Jakin,

Source : http://jakin.centerblog.net/32-voyage-vers-une-folie-raisonnable

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