Cathares

Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 14:25

Si le fait, pour certains hommes, de s’interroger d’une manière lancinante, aiguë, sur l’origine et l’horrible omniprésence si multiforme du mal sur la terre, constitue une expérience universelle qui resurgit à toutes les époques, il faut assigner au dualisme religieux proprement dit une filiation historique qui remonte à l’Iran.

On remontrait tout d’abord à Zoroastre, qui vécut vers 600 avant notre ère : sa révélation fait bien, du monde et du temps, le théâtre de l’affrontement historique des deux principes opposés.


Au IIIe siècle après Jésus-Christ apparaîtra le manichéisme, que l’on peut considérer comme la vraie source première et précise du catharisme. Il s’agit du système de
Mani ou Manès, autre grand réformateur iranien, qui vécut au IIIe siècle de notre ère. Mani, qui se proclamait le quatrième grand missionné divin (après Zoroastre, Bouddha et Jésus), développait avec une logique impitoyable la doctrine dualiste : deux principes engendrés et équivalents dont l’affrontement donne naissance au douloureux drame historique qui est l’existence même du monde sensible, de la matière


Le manichéisme se répandra très vite en Occident, mais pour y connaître d’atroces persécutions : compte tenu de la possibilité de quelques noyaux très secrets de survivance, il sera même pratiquement éliminé d’Europe occidentale, quand s’épanouira bien plus tard le catharisme. Celui-ci surgira donc à la suite d’une nouvelle vague de dualisme. Vague manichéenne sans nul doute à l’origine, mais qui se présentera sur les (?) idéologiques. Le
catharisme proprement dit, dont la période d’épanouissement va du XIe au XIVe siècle après Jésus-Christ, comprend en fait quatre ordres historiques (par ordre d’apparition) :


Les Pauliciens, les Bogomiles, les Patarins et enfin les Cathares proprement dits. La
même religion dualiste, certes, mais dont l’histoire, voire complète, nous mènerait de l’empire byzantin et des Balkans

l’Italie, puis à l’Europe occidentale : France et Catalogne principalement, mais avec des noyaux en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Quant aux Albigeois, c’est tout simplement le nom géographique qui fut donné aux Cathares quand ils se répandirent dans le Languedoc. En fait, d’ailleurs, la ville même d’Albi fut relativement peu touchée par le catharisme : le nom fut donné sans doute après l’échec du colloque de Lombers, ville voisine d’Albi, tenu en 1157 au cours duquel des théologiens catholiques n’avaient pas réussi à convaincre les hérétiques. Si le pays albigeois proprement dit connut, certes, un développement réel (à Cordes par exemple), un épanouissement tout aussi important eut lieu dans d’autres parties du Languedoc et de l’Occitanie.


De toute manière, l’albigéisme marqua bien la phase la plus dramatique du catharisme, celle de son épanouissement dans toute l’Occitanie et en fait tous les pays de langue d’Oc, mais aussi celle de sa destinée suprêmement tragique. L’atroce drame albigeois couvre en fait trois générations, qui virent l’apogée et la ruine de la civilisation méridionale à laquelle la spiritualité cathare avait si étroitement lié son sort. On ne doit pas oublier cette longue durée de la terrible « Croisade des Albigeois » : drame atroce au cours duquel la cruauté et la haine se déchaînèrent d’une manière particulièrement inexpiable. Inutile de nous étendre sur les massacres et les atrocités commises par les soi-disant « Croisés » venus du Nord sur l’impitoyable répression ecclésiastique qui - lorsque l’Occitanie une fois conquise - s’acharna à traquer l’hérésie dans toutes les classes sociales.

 
Nous rappellerons uniquement et seulement l’hallucinant épisode qui suivit la prise du château de Montségur : l’énorme bûcher du 16 mars 1244 qui fit 210 victimes. Mais, à Lavaur, n’avait-on pas fait mieux avec 400 Parfaits brûlés vifs d’un seul coup ! Mais ce fut bien supérieur à la sombre période médiévale en matière d’extermination massive d’êtres humains jugés « nuisibles », le XXe siècle devait faire bien mieux encore si on peut dire.
 
Pourquoi les Cathares furent-ils l’objet d’une « croisade » tellement impitoyable ?
 
Comme les Templiers, ils furent victimes de la tiare et de la couronne. Comme les premiers, les Cathares avaient dû affronter la même accusation odieuse (« quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage », dit le proverbe populaire) : les Parfaits cathares furent accusés de sodomie, sans doute parce qu’ils allaient toujours par deux dans leur terrible évangélisation. Accusation odieuse et absurde contre des hommes qui n’avaient fait vœu de totale pureté physique.
 
Cathare vient en effet du grec (catharsis), ce mot signifie pur : purs, les « Parfaits » l’étaient ; nous verrons tout à l’heure la profondeur de leur ascétisme. Mais, durs pour eux-mêmes, ils étaient charité, amour, indulgence pour les autres, quelles que fussent leurs faiblesses : les « Parfaits » étaient surnommés les « bons hommes » par la population où ils exerçaient leur apostolat. Mais pourquoi le Languedoc, l’Occitanie reçurent-ils avec tant d’ardeur la prédication cathare ? A quoi cela tenait-il ? En partie, certes, à l’admirable organisation et à l’efficacité de la prédication des « Parfaits », qui étaient en liaison avec les dualistes d’Italie et même des Balkans. Par exemple, les Cathares tiendront un concile en 1167 à Saint-Félix-de-Carman ; parmi les participants présents, l’évêque Bogomile Nicetas venu spécialement de Bulgarie.
 
L’actif commence entre l’Occitanie et l’Europe orientale, qui favorisa d’ailleurs le développement du catharisme. D’autre part, n’oublions pas que les données politiques et sociales, très importantes (le particularisme méridional équivalait pratiquement à une indépendance de fait) de l’Occitanie étaient vues d’un très mauvais oeil par les seigneurs du Nord, et encore par le pouvoir royal. Nous n’hésiterons donc pas à dire que, même s’il n’y avait pas eu de catharisme, la conquête du Languedoc se serait trouvée engagée tôt ou tard par le pouvoir royal sous un prétexte quelconque. Comme pour le drame templier, on trouve dans la racine du drame cathare une impitoyable question de raison d’Etat.
Le catharisme prit vite figure d’une Église nationale, symbole de l’indépendance occitane. D’ailleurs, bien des catholiques languedociens luttèrent contre les envahisseurs venus du Nord : ne croyons pas que les troupes qui résistèrent si longtemps à l’annexion brutale étaient toutes composées de Cathares.
 
L’Occitanie était appelée tôt ou tard, répétons-le, à devenir une proie bien tentante pour le pouvoir royal
 
Mais pourquoi un tel succès du catharisme en Languedoc.
 
L’Église catholique, avant les efforts que devait déployer Saint-Domingue pour en réformer ses mœurs, était tombée bien bas dans le Languedoc : le clergé, et même les moines, donnèrent un exemple assez peu édifiant ; d’où, par le contrecoup normal, le grand prestige des Cathares auprès de la population. Pourtant il peut sembler paradoxal de voir l’Occitanie - où s’est développée une civilisation très raffinée et très luxurieuse, une douceur de vivre quelque peu indulgente aux faiblesses humaines - faire un accueil aussi enthousiaste à des maîtres spirituels qui prêchent sans compromission le total renoncement aux plaisirs charnels, un ascétisme très strict.
 
Mais, ne l’oublions pas, les Parfaits n’étaient qu’une faible minorité : s’ils prêchent certes au définitif et au total renoncement des joies de ce monde, ils ne forçaient personne à se conformer à leur exemple si pur, en raison même de leur respect intégral d’une éthique de non-violence, de charité absolue. Ils n’étaient guère gênants en fait pour tous ceux qui, eux, cherchaient des « accommodements »
 
D’autre part, il faut noter la sympathie manifestée tout naturellement à la spiritualité cathare par les troubadours méridionaux, ces chantres d’un amour courtois totalement libérés des conditionnements charnels. Écoutons UC de Saint-Circ : « prenez ma vie en hommage belle et Dieu merci, pourvu que vous m’accordiez que par vous au ciel je tende ! » et aussi Guiraut de Calernson : « dans le palais où elle siège (la Dame) sont cinq portes : celui qui peut ouvrir les deux premières passe aisément les trois autres, mais il lui est difficile d’en sortir. Et vit dans la joie celui qui peut y rester. On n’y accède que par quatre degrés très doux, mais là n’entre ni vilain, ni malotru, ces gens-là sont logés dans les faubourgs, lesquels occupent plus de la moitié du monde.
 
Un autre troubadour, Guiraut Riquier, donna de ce beau passage le commentaire suivant, très précis dans sa concision : « les cinq portes sont Désir, Prières, Servir, Baiser et Faire par là où l’amour périt ».
 
Amour platonique de la « Dame « choisie par le troubadour par excellence (la Reine du Ciel et de la Terre). Queste initiatique du Saint Graal : ces splendides doctrines de l’ésotérisme des troubadours ne pouvaient que rendre ceux-ci aptes à comprendre l’entière spiritualité ascétique des Cathares.
 
Comme, même dans la clarté la plus aveugle, il se glisse malgré tout un peu d’ombre sournoise, signalons que le zèle de certains seigneurs méridionaux a favorisé les Cathares et ne fut pas toujours (certes, le cas a existé chez les plus nobles figures) dû à des motifs spirituels ; en confisquant les biens de l’Église catholique, ils n’avaient pas à en faire don aux « bons hommes » qui, non seulement ne possédaient rien mais qui n’avaient fait voeu de pauvreté totale ; d’où bénéfice total pour le seigneur qui procédait à la sécularisation.
On devait retrouver une même utilisation des circonstances éminemment pure en elle-même lors de la Réforme : le zèle avec lequel certains seigneurs et souverains allemands procédaient à de fructueuses sécularisations des biens conventionnels laissait supposer des motifs pas toujours très clairs à leur conversion tellement rapide du (?)
 
Mais revenons aux Cathares. Quelle était donc leur doctrine ?
 
 I - LA DOCTRINE CATHARE
 
Le catharisme peut être défini, au point de vue spirituel et philosophique, comme étant un dualisme religieux. Laissons la parole à un texte cathare, le livre des ND Principes (texte publié par René Nelli dans son livre Écritures cathares, pages 172-173) :
 
« Que les gens instruits lisent donc les Écritures et, sans aucun doute, ils se convaincront qu’il existe un lieu mauvais - seigneurs et créateurs - qui est la source et la cause de tous les maux (...), sans quoi il leur faudrait nécessairement confesser que c’est le vrai Dieu lui-même - celui qui est la lumière et qui est bon et sain, celui qui est la fontaine de vie et l’origine de toute douceur, de toute suavité et de toute justice - qui serait la cause de toute iniquité et toute injustice, et que tout ce qui est opposé à ce Dieu, comme étant son contraire, procéderait en réalité de lui seul : c’est qu’aucun sage n’aurait jamais la sottise de soutenir dualiste sans équivoque ni compromission ».
 
C’est pourquoi nous devons nécessairement reconnaître qu’il existe un autre principe, le principe du mal, que ce principe paraît animer Dieu contre sa nature et la créature contre son Dieu ; et qu’il pousse Dieu à vouloir y désirer ce que, de lui-même, il ne voudrait nullement. D’où il résulte que, sous cette (?) que l’Ennemi malin, le vrai Dieu veut qu’il souffre, se repent, sert ses propres créatures et peut-être, aidé par elles (p. 96), nul échappatoire n’est possible. Il est donc évident que tout ce que l’on trouve de beau dans la créature de Dieu vient directement de lui et par lui. C’est lui qui a donné son être au bien et qui en est la cause (...). Mais le mal, s’il se rencontre dans le peuple de Dieu, ne provient pas du vrai Dieu ni ne se manifeste par lui : ce n’est pas Dieu qui l’a fait exister, car il n’est pas sa cause et ne l’a jamais été (p. 101). Impossible autrement d’expliquer le mal. On doit donc considérer ici que nul en ce monde ne peut nous montrer le Dieu mauvais, d’une façon visible et temporelle, pas plus qu’ailleurs que le Dieu bon, mais que c’est par l’effet que l’on connaît la cause (p. 161).
 
Mais il est extrêmement important de préciser que les Cathares n’entendaient pas en fait (malgré certaines expressions suscitant la confusion) l’existence des « deux Dieux » de puissance égale, mais bien plutôt de deux principes. La nuance est capitale. A cet égard, nous laisserons la parole à l’adversaire qu’aurait affronté Saint Augustin dans ses polémiques, l’évêque manichéen Faustus de Milède. Voici, tel qu’il se trouve reproduit dans le contrat Faustum, le dialogue qui s’engagea contre le théologien dualiste et le grand champion de l’Église catholique: « croyez-vous qu’il y ait deux Dieux lorsqu’il n’y en a qu’un seul ? Il n’y a absolument qu’un seul Dieu. Dieu vient donc que l’on nous a entendus dire « deux Dieux », mais sur quoi fondez-vous le soupçon ? Vous affirmez deux principes, l’un du bien et l’autre du mal. Il est vrai que nous connaissons deux principes, mais qu’il n’y en a qu’un que nous appelons Dieu ; nous nommons l’autre Hylé ou la matière ou, comme on dit plus communément, le démon. Or, si on prétendait que c’est là qu’on établit qu’il y a deux Dieux, vous prétendez aussi qu’un médecin qui traite de la santé et de la maladie établit qu’il y a deux « santés », d’où un philosophe qui discourt du bien et du mal, de l’abondance et de la pauvreté, soutient qu’il y a deux « biens » et deux « abondances ».
 
Pour comprendre le véritable sens du dualisme spirituel, on se rapportera avec profit aux beaux ouvrages d’un auteur qui, de nos jours, renoue si intrépidement avec l’ascétisme critique dans toute sa rigueur : J.-C. Salémi (livre publié par les Editions Ondes Vives, 26, rue Louis Blanc, Saint-Leu-la-Fôret, Val d’Oise). Leurs études ouvrent d’importants éclaircissements capables de mener à une claire compréhension des fondements même de l’aspect spiritualité cathare.
 
On pourrait aussi concevoir que le mal, la privation, entrent dans le plan deux Plans. Le dualisme cathare tel que nous le connaissons aurait-il, dans son aspect ésotérique, débouché sur une doctrine de la complémentarité de ses deux principes, conçus comme « main droite » et « main gauche » de Dieu ? C’est la question que nous osons soulever. De toute manière, le dualisme est, sur le plan du monde sensible où nous vivons, quelque chose d’indéniable et de combien tragique. Nous voyons s’affronter le Bien, c’est-à-dire l’Etre à la suprême puissance ; et le Mal qui, lui, tend vers le non-être : le principe même de la négation, de la corruption, de la destruction - le principe inhérent de la matière en elle-même. Comme le disait un autre théologien manichéen, adversaire de Saint Augustin, Fortuna : « quant à l’autre principe, nous l’appelons matière ou, un terme plus connu et plus usité, démon ».
 
Dans cette perspective, qu’est-ce qu’est l’âme humaine ? C’est une étincelle de lumière captive des ténèbres, un ange déchu (animalisé), une essence lumineuse tragiquement emprisonnée dans le corps. A la fin du présent cycle terrestre se produire la grande consécration purificatrice. Voici un passage du traité cathare, la Cène secrète, Version Vienne (Nelli, Écritures cathares, page 66) :
 
« Et alors, avec la permission du père, une ténébreuse géhenne de noirceur et de feu sortira des profondeurs de la terre, qui consumera toute chose depuis les plus basses parties de la terre jusqu’au firmament de l’air ». Le « feu noir » émanant de la terre devra finalement consumer le monde. Ainsi se terminera enfin la période de la manifestation terrestre, du temps matériel, durant laquelle les esprits se trouvent emprisonnés dans la chair de ces appétits animaux.
 
Selon les théologiens cathares, Jésus-Christ n’avait pas pris en fait un corps physique : il n’était venu qu’en apparence (c’est la doctrine appelée docétisme par la théologie catholique). Les Cathares refusaient donc de vénérer le crucifix. A ce propos, on pourrait songer à ce rite bien irritant du reniement de la Croix, que l’on reprochera aux Templiers lors du procès. C’est du moins une question intéressante à poser.
 
Voici maintenant la pure et dure éthique cathare. Dans la perspective dualiste qui en est le fondement, la procréation se trouvera considérée comme négative par essence (nécessaire seulement d’une manière transitoire comme le terrible moyen de punition des âmes déchues) : l’enfantement a pour résultat de faire descendre les âmes dans la matière, de les emprisonner dans le corps animal.
 
Dès qu’il a été illuminé par la Vérité, l’homme devrait - selon l’éthique cathare - vivre désormais dans l’ascétisme le plus rigoureux : détachement volontaire de toutes les conditions charnelles, à commencer par le sexe. De même, la non-violence intégrale s’imposera au Parfait : tuer, c’est risquer d’interrompre la pénitence, l’épreuve purificatrice d’un esprit incarné. Les Cathares croyaient non seulement à la réincarnation dans des corps humains, mais (dans des cas vraiment très graves du moins) à la métempsycose de certaines âmes et en des corps animaux. L’ascétisme total s’impose. Dans un rituel occitan (Nelli, Écritures cathares, p. 213), nous lisons :
 
« O Seigneur, juge et condamne les vices de la chair. N’aies pas pitié de la chair née de corruption, mais aies pitié de l’esprit mis en prison ».
 
Et, d’autres passages du même document, en page 221 : « il convient également que vous haïssiez ce monde et ses oeuvres, ainsi que les choses qui sont de lui (...) ».
 
Mais s’ils invitaient ainsi l‘humanité à s’engager dans cette dure voie du total renoncement, les Cathares ne cherchaient nullement à imposer cet idéal, à contraindre les hommes ordinaires (avec toutes leurs lamentables faiblesses), à vaincre sans pitié leurs désirs corporels : pour la plupart des hommes, nécessité de plusieurs vies avant de mériter le Consolamentum (nous verrons ce que désigne ce mot).
 
Au début de la Croisade des Albigeois, il y avait quelques milliers de Parfaits ; et on connaît deux cas seulement d’abjuration. On ne peut qu’admirer une foi aussi pure et ardente qui suscite tant de martyrs intrépides.
 
Pour se distinguer des humbles Croyants, les Parfaits se ceignaient d’une corde et portaient une grande pèlerine noire. Au moment des persécutions, ils gardèrent seulement la corde cachée sous leurs vêtements ordinaires. Les femmes, comme les hommes, pouvaient accéder au rang de Parfaits.
 
Pourquoi ce nom de Parfaits chez des êtres qui rejettent tout orgueil personnel ? Outre que les Parfaits se trouvaient devenir la résistance privilégiée (mais impersonnelle) de l’esprit saint, l’expression « Parfaits Chrétiens » doit être entendue en songeant au latin Perfectos, qui signifie tout simplement « Accomplir ». Les Parfaits se trouvaient passer au-delà des joies et des devoirs du monde profane.
 
A la tête de chaque communauté cathare il y avait un diacre et à la tête de l’Église cathare, un évêque. L’Église cathare avait-elle un chef suprême ? On a pu le penser.
 
II - CEREMONIE DU RITE
 
Le culte public de l’Église cathare était extrêmement simple : par son dépouillement, il peut ainsi être considéré comme une sorte de préfiguration des formes les plus radicales du protestantisme. Mais, outre la cérémonie habituelle de la liturgie chrétienne, les lieux de culte cathare servaient de théâtre à deux pratiques dans lesquelles il est loisible de voir les deux degrés successifs d’une initiation, bien qu’il s’agisse de cérémonies publiques.
 
Premièrement, la tradition de l’oraison dominicale devait, devant l’assemblée des fidèles, d’abord d’être présenté par son parrain (d’ordinaire le doyen de la communauté appelé ancien). Le Croyant écoutait l’explication du rituel ; c’est alors que s’accomplissait le rite de la remise des Évangiles. Le Croyant faisait enfin son melioramentum, c’est-à-dire une demande de bénédiction et de pardon des fautes par les Parfaits.
 
Deuxièmement, l’entrée dans la catégorie des Parfaits ou Élus se faisait par le baptême spirituel spécial, appelé Consolamentum (Consolation). Après un discours, le ministre plaçait le livre des Évangiles sur la tête du récipiendaire. Chacun des assistants parvenu au degré de Parfait devait, lui aussi, apposer la main droite (nous retrouvons ici un rite essentiel du christianisme primitif). Le maître des cérémonies lisait le prologue de l’Évangile de Saint Jean dans son texte latin. On récitait plusieurs fois l’oraison dominicale, accompagnée de formules spéciales d’adoration. Avant de se séparer, le nouveau Parfait échangeait le baiser de paix avec les participants et recevait une pénitence liturgique, le Servicium.
 
Le Consolamentum avait pour but de réunir l’âme à l’esprit saint (le noyau divin de la personnalité). Le Parfait devait vivre dès lors dans un ascétisme total : s’il retombait dans le péché, l’expiration était très dure. Devant la gravité des engagements pris, on comprend que de nombreux fidèles aient attendu le tout dernier moment pour se faire consoler. On a accusé les Cathares de conseiller, si un malade que l’on croyait mourant se rétablissait, le suicide par inanition (problème de l’endurât). Cette accusation semble fausse. Citons le rituel occitan (Nelli, Écritures cathares, P. 277).
 
« Si le malade maintenant survit, les Chrétiens doivent le présenter à l’Ordre et prier pour qu’il se fasse consoler de nouveau le plus tôt qu’il pourra : et sur ce point qu’il suive sa volonté ».
 
Existe-t-il, en outre, des rites initiatiques extrêmement secrets qui marquaient autant de degrés accessibles ? Le célèbre château fort de Montségur (dans l’Ariège) recèle dans son plan même la possibilité de repérer avec une très grande précision les positions principales du soleil à son lever au cours de l’année. Tout laisse supposer qu’avant de devenir par la force des choses une forteresse, le château de Montségur était en réalité le grand temple solaire des hauts initiés cathares (1), le site ayant d’ailleurs été (on constate toujours le phénomène de la superposition temporelle des voies initiatiques) un haut-lieu solaire bien avant l’avènement du christianisme.
 
De même, certaines grottes pyrénéennes à peintures symboliques semblent avoir été utilisées par les Cathares comme labyrinthe initiatique.
 
On devrait songer aussi au rapport possible entre les Cathares de la société hermétique chrétienne des fidèles d’Amon, dont le Dante en fit partie. Signalons pour mémoire le fameux problème du Trésor des Cathares : son existence n’a rien d’impossible mais (en réservant la tradition selon laquelle le Saint Graal serait caché sous la colline de Montségur) - dirions-nous - pourquoi y cacher à tout prix la formidable richesse matérielle ? On pense à des manuscrits ou à des objets initiatiques.
 
III - LA SURVIVANCE DU CATHARISME
 
Les historiens universitaires nient d’ordinaire la survivance du catharisme depuis la réduction des forteresses de Montségur et de Querifus, puis surtout l’impitoyable « ratissage » subséquent de toute l’Occitanie par les inquisiteurs. En fait, et si, pour certains néo-cathares d’aujourd’hui, il s’agit d’une simple résurgence sentimentale, il semble que - pour parler familièrement - les inquisiteurs n’aient pas « eu » tous les Cathares. l’Histoire récente a pu prouver que, même avec les moyens policiers les plus perfectionnés, on n’arrive jamais à supprimer totalement des groupes, voire des collectivités entières que l’on veut exterminer. Il semble que la survivance secrète du catharisme se soit faite de deux manières : d’une part par des petits noyaux ayant réussi à se terrer et, surtout, à n’être pas « repérés » (2) ; d’autre part, grâce à l’intégration d’apports initiatiques cathares dans les diverses filiations ésotériques. Nous touchons ici au problème des liens du catharisme avec la chevalerie du Graal, puis avec les Templiers, avec la rose-croix. Par contre, par exemple le musée cathare d’Ussat-les-Bains a été organisé par une branche actuelle du rosicrucianisme qui se réclame précisément des Cathares. Signalons aussi l’intérêt actif de Frédéric Mistral, dans les faits libres pour les traditions cathares. Quoi qu’il en soit, les citharistes semblent plus que jamais fasciner le public. En effet, il ne s’agit plus seulement d’une curiosité intérieure aux fervents de la spiritualité et de l’ésotérisme, mais de l’histoire de France.
 
Alexandre von Saenger
  
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE.
- Serge Hutin. Les Cathares. (Article).
- Cahiers d’Etudes Cathares. Revue. A Arques ; dans l’Aude.
- Pierre Durban. Actualités du catharisme.
- Paul Cassé. Mes ancêtres les Cathares.
- Duc de Lévis-Mirepoix. Montségur. Roman. Le livre de Poche. Paris.
- Maurice Maigre. Le trésor des Albigeois. Fasquelle Editeur.
- René Nelli. Écritures cathares. Denoël Éditeur ; Paris.
- Denis de Rougemont. L’Amour et l’Occident. Plon, Éditeur ; Paris.
- Henri-Charles Puech. Le manichéisme. Musée Guimet. Paris.

 

source : http://www.ledifice.net/

Par Thomas Dalet - Publié dans : Cathares
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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 10:41

 

1- Les origines du Catharisme.


Pour comprendre le catharisme, il faut plonger dans les racines lointaines, dans les croyances qui naissent sur les rives de l'Indus plusieurs siècles avant notre ère et instaurent des religions dites "dualistes". 
C'est entre 660 et 583 avant J.C qu'aurait vécu en Iran, Zoroastre (plus connu sous le nom de Zarathoustra) dont le principal apport fut d'avoir mis en forme les diverses religions antiques qu'il transmit à travers le mazdéisme. Celui-ci enseigne l'existence de deux dieux, deux forces qui s'affrontent dans l'univers; le dieu du mal ou des ténèbres, Arhiman et le dieu du bien ou de la lumière, Ahura Mazda. 
Le nom «cathares» (du grec, katharos, «pur») fut adopté par de nombreuses sectes chrétiennes du Moyen Âge. Les cathares se signalaient par leur ascétisme rigoureux et une théologie dualiste fondée sur le manichéisme : la croyance en l'affrontement du Bien et du Mal, reflet d'un univers composé d'un monde spirituel créé par Dieu opposé au monde matériel créé par Satan, dans lequel le Bien sort finalement vainqueur de son combat avec le Mal et les hommes, dans un jugement dernier, sont punis ou récompensés de leurs actes. Dès le IIIe siècle, l'hérésie chrétienne novatienne fut qualifiée de cathare parce qu'elle excommuniait tous les chrétiens apostats ou simplement fautifs, même repentis. 


2 - Les Albigeois ou Cathares.


Les qualificatifs d'Albigeois (région d'Albi) ou cathares ne sont pas uitilisés à l'époque par les adeptes de cette religion. En fait, il n'existe pas, chez eux, de terme générique pour nommer leur doctrine. Ils se disent "chrétiens" et, pour désigner les prêtres de leur religion, les fidèles ou croyants emploient l'expression significative de "Bons Hommes". Par dérision, les catholiques les appelèrent "parfaits" puis le mot "Albigeois" est employé par leurs adversaires au XIIIème siècle et désignera les adeptes de cette religion néo-manichéenne du midi de la France. 


3 - La religion Cathare.


Le Catharisme, affilié aus religions dualistes qui se sont développées depuis l'Antiquité, prône également l'existence des deux principes fondamentaux du Bien et du Mal. 
La religion des Bons Hommes distingue l'esprit, oeuvre de Dieu et le corps ainsi que toute matière, oeuvre de Satan. Héritière des religions manochéennes et gnostiques qui se sont développées parallèlement au christianisme, la doctrine cathare ne rejette pas entièrement les dogmes chrétiens. Paradoxalement, les cathares se réclament du christianisme primitif mais rejettent l'Ancien Testament, les sacrements (même celui du mariage), et se réfèrent au Nouveau Testament, notamment à l'Evangile selon saint Luc. Prônant un détachement total de la vie matèrielle, émanation du Mal, les cathares sont amenés à suivre des principes stricts d'ascétisme. Ils croient à la réincarnation qui mène l'homme peu à peu à la perfection et à la vie éternelle. Ils sont végétariens, doivent s'abstenir des désirs charnels et sont totalement indifférents aux biens matériels. Il n'existe dans leur rituel qu'un seul sacrement : le consolamentum par lequel le croyant devient un "Bon Homme" (ou prêtre) et qui est accordé au malade à l'heure de sa mort. 
Leur culte est d'une grande simplicité et leur unique prière est le Pater. 
Tout au long du XIème siècle, l'hérésie cathare s'est enracinée dans les terres du midi languedocien. Elle compte des adeptes dans toutes les couches de la société : auusi bien chez les seigneurs que dans la bourgeoisie ou le milieu artisanal. 


4 - La répression.


La croisade spirituelle.

Les tentatives d'évangélisation de Saint Bernard ou le concile de Lombers en 1165, près d'Albi, dernière tentative de rapprochement entre cathares et catholiques, s'avèrent être un échec total. 
Avec l'élection du pape Innocent III en 1198, la lutte contre l'hérésie cathare prend une nouvelle dimension. Celui-ci va mettre tout en oeuvre pour extirper du Languedoc la religion hérétique qui représente une trop grave menace pour l'unité de l'église catholique. 

La croisade armée.

Le 14 janvier 1208, le légat du pape Pierre de Castelnau est assassiné, près de Saint Gilles du Gard, sur les terres du conte Raymand VI de Toulouse. Les soupçons se portent immédiatement sur ce dernier, convaincu depuis longtemps d'aider les hérétiques sur ses domaines et par ailleurs ayant entretenu des relations tumultueuses avec le légat assassiné. Innocent III ne pouvait trouver de meilleur prétexte pour déclencher une croisade armée contre les Albigeois. 
Il fait appel au roi de France, Philippe-Auguste qui, préoccupé par ses rivalités avec l'Angleterre et peu désireux de guerroyer contre son cousin du Languedoc, refuse de s'engager dans la croisade. Il accepte toutefois que ses fidèles vassaux, tels le duc de Bourgogne, le conte de Nevers ou le conte de Saint Pol, prennent les armes. 
Une armée considérée comme la plus importante levée en Europe à cette époque est constituée, rassemblant toute la chevalerie des pays du Nord. Placée sous la bannière de l'Eglise, leur chef n'est autre que le légat du pape Arnaud Amaury, abbé de Citeaux.

L'inquisition.
A la suite du traité de Meaux qui prévoyait l'éradication complète de l'hérésie cathare, le concile de Toulouse, présidé par le légat Romain de Saint Ange, met en place les procédures de l'Inquisition, institution qui allait sévir pendant des siècles dans toute la Chrétienté. 
Les tribunaux de l'Inquisition sont composés de frères Dominicains, ordre créé par Saint Dominique, qui ne sont responsables, dans leurs agissements, que devant le pape. C'est dire que, fort de ce pouvoir absolu, la répression est terrible et impitoyable dans le midi
Languedocien et les prisons inquisitoriales sont bientôt pleines. 


LA PREMIERE CROISADE CONTRE LES CATHARES (1209-1213)


 -
22 juillet 1209 : prise de Béziers et massacre de ses habitants 
 - 1er août 1209 : chute de la Cité de Carcassonne 
 - 10 novembre 1209 : mort de Raymand-Roger Trencavel, vicomte de Carcassonne, Béziers et Albi. 
 - Mars 1210 : Montlaur (N-E), habitants pendus .Bram (Ouest de Carcassonne), supplice : on creva les yeux à une centaine de cathares 
 - Avril 1210 : Cabaret (Nord de Carcassonne) attaque Alaric (S-E de Carcassonne) siège et prise du château 
 - Mai 1210 : échec de l'alliance Pierre II d'Aragon et les barons du comté de Carcassonne à Montréal. 
 - Juillet 1210 : chute de Minerve (N-E de Carcassonne 1er bûcher : 140 cathares brûlés). 
 - Août-Nov. 1210 : Puivert (S-O), Termes (S-E) siège et prise. 
 - Mai 1211 : siège de Lavaur (entre Albi et Toulouse) 300 à 400 cathares brûlés 
 - Mai 1211 : Les Cassès (S-O de Castelnaudary) 60 cathares brûlés. 
 - Juin 1211 : échec du siège de Toulouse. 
 - Septembre 1211 : bataille de Castelnaudary. 
- 1212 : conquête du Lauragais, du pays Albigeois, du Bas-Quercy et de l'Agenais. 
 - 1213 : bataille de Muret, mort du roi Pierre II d'Aragon et défaite écrasante des méridionnaux. 
 - 1215 : soumission de Toulouse, exil de Raymond VI et de son fils à la cour d'Angleterre. 
 - 1216 : mort du pape Innocent III, élection d'Honorius III. 
 - 1217 : Prise de Montgaillard et soumission de Peyrepertuse 
             Reconquête de Toulouse par Raymond VI. 
 - 1218 : mort de Simon de Monfort devant Toulouse qu'il assiégeait. 
 - 1222 : mort de Raymond VI de Toulouse, son fils Raymond VII lui succède. 
             Amaury de Monfort abandonne ses droits sur le Languedoc à la Couronne de France. 
 - 1223 : mort de Philippe Auguste et du comte Raymond Roger de Foix. 


LA 2ème CROISADE : LA CHEVAUCHEE DE LOUIS VIII (1226-1229)


Pour intervenir et conduire une croisade, Louis VIII, fils de Philippe Auguste, pose dès 1224 ses conditions au pape et propose que les terres confisquées aux cathares lui reviennent. Devant le refus du pape, en janvier 1228, il fait adopter par le parlement le principe d'une 2ème croisade pour  condamner Raymond VII et obtenir la cession de tous ses droits au royaume de France. 
 - 1226 : excommunication de Raymond VII et croisade royale de Louis VIII. 


L'INQUISITION ET LA FIN DES CATHARES (1229-1321)


Le pape Grégoire IX qui a succédé à Innocent III a décidé de prendre les affaires en main sans avoir de comptes à rendre ni aux évêques ni au pouvoir civil. Il va s'appuyer sur les ordres religieux et en particulier sur les dominicains. 
Le mot inquisition vient du latin "inquirere" qui veut dire s'enquérir. Le 4ème concile de Latran en avait fixé les règles, remise des hérétiques au pouvoir civil. La procédure est expéditive, le tribunal annonce son arrivée dans la ville. On agit sur  dénonciation, un témoin a vu, l'accusé n'a pas d'avocat, le recours à la torture est possible, ingestion d'eau, pieds brûlés, torsion des membres. A la fin du procès, sentence et remise du condamné au pouvoir civil pour exécution de la sentence. 
Le tribunal est composé d'un prêtre et de deux laïcs. 
 - 1229 : traité de Meaux ou de Paris qui entérine la soumission du comte de Toulouse 
             Concile de Toulouse qui prévoie la répression de l'hérésie cathare. 
 - 1233 : mise en place des tribunaux inquisitoriaux. 
 - 1240 : rébellion du vicomte Trencavel et chute du château de Peyrepertuse. 
Jean de Beaumont  va reprendre toutes les Corbières, la répression est féroce. Les chateaux qui résistent sont brûlés, ceux qui se rendent sont épargnés ou emprisonnés. 
 - 1242 : massacre d'Avignonet. 
 - 1244 : capitulation de Montségur, 200 hérétiques sont brûlés au camp des cramats. 
 - 1249 mort du comte Raymand VII de Toulouse. 
 - 1255 : chute de Quéribus. 
 - 1271 : mort d'Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse, sans héritiers. 
             Le Languedoc est définitivement annexé au royaume de France. 
Après leur soumission à Saint-Louis, beaucoup de seigneurs comme Olivier de Termes pour se racheter accompagneront Saint-Louis en Terre Sainte. Les derniers refuges cathares livrés, il faudra attendre encore 70 ans avant de voir périr sur un bûcher le dernier cathare.
 
(Extraits de "Le Pays Cathare - Le Catharisme" par Didier Poux). 

Par Gibelain - Publié dans : Cathares
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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 10:35

traduction de Anne Brenon.


Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Nous voulons rassembler quelques témoignages des Saintes Écritures, pour faire comprendre et connaître ce qu'est l'Église de Dieu.

I  Cette Église n'est pas de pierre, ni de bois, ni de rien qui soit fait de main d'homme. Car il est écrit dans les Actes des Apôtres (Act 7.48) que : «Le très haut ne demeure pas en chose faite de main d'homme». Mais cette sainte Église est assemblée des fidèles et des saints, dans laquelle Jésus-Christ se tient et se tiendra jusqu'à la fin des siècles, ainsi que le dit Notre Seigneur dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 28.28) : «Voici : je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles». Et dans l'Évangile de Saint Jean, il dit (Jo 14.23) : «Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui et nous demeurerons auprès de lui». Et il dit encore (Jo 14.15-18) : «Si vous m'aimez gardez mes commandements et je prierai le Père et il vous donnera un autre consolateur, qui sera avec vous pour l'éternité, Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit ni ne le connaît ; mais vous, vous le connaîtrez, car il se tiendra en vous et il sera en vous ; je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous.»
Et de cette sainte Église, saint Paul dit aux Corinthiens (1Cor 3.16-17) : «Ainsi, vous ne savez pas que vous êtes temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Mais si quelqu'un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple est saint et c'est vous qui êtes ce temple». Et il dit encore (1Cor 6.19) : «Ainsi, vous ne savez pas que vous-mêmes, avec vos membres, vous êtes temple du saint Esprit, qui est en vous, que vous tenez de Dieu ?» Et il dit encore (2Cor 6.16-18) :«Vous êtes temple du Dieu vivant, ainsi que Dieu l'a dit : je me tiendrai en eux et j'irai et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple ; pour cette raison, sortez du milieu d'eux et tenez-vous à l'écart et ne touchez à rien de souillé,et je vous recevrai et je serai pour vous un père et vous serez pour moi d es fils et des filles, ainsi dit le Seigneur Dieu tout puissant».
Et saint Paul dit encore à Timothée (1Tim 3.14-15) : «Je t'écris ces choses en espérant aller bientôt ver s toi ; mais si je tardais, il faut que tu saches de quelle manière il convient que tu te comportes dans la maison du Dieu vivant, colonne et support de vérité». Et il dit encre aux Hébreux (Héb 3.6) : «Le Christ est comme un fils dans sa maison, et cette maison, c'est nous».
Et de cette Église, le Christ dit à Saint Pierre dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 16.18) : «Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Église et les portes de l'enfer ne pourront rien contre elle». Et Saint Luc dit dans les Actes des Apôtres (Act 9.31) : «Assurément, l'Église avait la paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie, et elle s'était édifiée dans la crainte du Seigneur et elle était comblée de la consolation du Saint Esprit». Et Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.15-17) : «Si ton frère vient à pécher contre toi, va le réprimander seul à seul et s'il t'écoute tu auras gagné ton frère ; mais s'il ne t'écoute pas, fais-toi accompagner d'un ou deux autres, si bien que de la bouche de deux ou trois témoins sorte toute parole ; mais s'il ne les écoute pas, dis-le à l'Église et s'il n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain». Tout cela, l'Église du Christ ne pourrait l'accomplir si elle était une de ces maisons que les gens appellent des églises, car de telles maisons ne peuvent marcher, écouter ni parler.
Mais de cette sainte Église du Dieu vivant, Saint Paul dit aux Éphésiens (Éph 5.25.27) : «Le Christ a aimé l'Église au point de se livrer pour elle, au point de la sanctifier en la purifiant par le bain de l'eau, la parole de vie, pour qu'elle puisse lui apparaître comme une Église de gloire, sans tache ni ride ni rien de cette sorte, mais sainte et immaculée». Une telle Église, sainte et immaculée, est demeure du saint Esprit, comme il sera montré plus loin. Le Christ en dit (Mt 10.20) :«Ce n'est pas vous qui parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous».

 

II  Cette Église de Dieu dont nous parlons a reçu tel pouvoir de Notre Seigneur Jésus-Christ que par sa prière sont pardonnés les péchés, comme le dit le Christ dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 20.22-23) : «Recevez le Saint Esprit et, ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus». Et Saint Matthieu dit (Mt 20.1) : «Il leur donna le pouvoir de chasser les mauvais esprits ». Et Saint Marc dit (Mc 3.15): «Il leur donna le pouvoir de guérir les langueurs et de chasser les démons». Et Saint Luc dit (Lc 9.1) : «Il leur donna pouvoir sur tous les démons».
Et le Christ, dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.17-20) : «Si ton frère n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain ; car je vous le dis en vérité, toutes les choses que lierez sur la terre seront liées dans le ciel, et toutes les choses que vous délierez sur la terre seront déliées dans le ciel ; et derechef je vous le dis, si deux d'entre vous unissent leurs voix sur la terre, toute chose qu'ils demanderont seront accomplie pour eux par mon Père qui est au ciel ; car là où deux ou trois se trouvent assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux».
Et Saint Pierre dit en son épître (1Pe 3.12) : «Car le Seigneur a les yeux sur les justes, et tend l'oreille à leur prière». Et Saint Jacques dit (5.16) : «La prière fervente du juste a beaucoup de pouvoir». Et le Christ dit dans l'Évangile de Saint Marc (Mc 11.24) : «C'est pourquoi je vous dit : tout ce que vous demanderez par la prière, croyez que vous le recevrez,et cela vous sera accordé». Et il dit encore (Mc 16.17-18) : «Voici les signes qui accompagneront ceux qui seront les croyants : en mon nom, ils chasseront les démons et ils parleront en langues nouvelles, et il écarteront les serpents et ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci en seront mieux». Mais à propos de ces infirmes, c'est-à-dire de la maladie du péché, Saint Jacques montre de quelle manière doit être guérie l'infirmité de l'âme, quand il dit (Jac 5.13-15) :«Si l'un de vous est malade, amenez les prêtres de l'Église et qu'ils prient sur lui, l'oignant d'huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi sauvera la malade et le Seigneur le relèvera, et s'il est en état de péché, ses péchés lui seront pardonnés».
Ainsi, pour toutes ces raisons et pour beaucoup d'autres, il est manifeste que ce n'est que par la prière de la sainte Église du Christ que sont pardonnés les péchés, comme le dit le Christ (Jo 17.19-21) : «Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus». Mais si quelqu'un était aveugle et mal enseigné au point de prétendre qu'un tel pouvoir n'avait été donné qu'aux Apôtres, et n'avait été reçu que par eux, qu'il regarde dans l'Évangile de Saint Jean, ce que dit le Christ (Jo 17.20-21) : «Ô Père, je ne te prie pas seulement pour ceux-là, afin que tous soient un». Et le Christ dit encore dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.20) : «Voici, je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles». Et il dit encore (Mt 24.34) : «Cette génération ne passera pas, que toutes choses ne soient accomplies». Pour de telles raisons,il est certain que, ce pouvoir que l'Église du Christ possédait, de la même manière elle le tient et le tiendra jusqu'à la fin.

 

III  Cette Église se garde de tuer et ne consent à aucun meurtre. Notre Seigneur Jésus-Christ dit en effet (Mt 19.16et18) :«Si tu veux entrer en vie (éternelle), tu ne tueras point». Et il dit encore (Mt 5.21-22) : «Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : tu ne tueras pas, car celui qui tue sera inculpé judiciairement, mais moi je vous dis :quiconque tient en haine son frère, en répondra au tribunal». Et Saint Paul dit (Rom 13.9) : «Tu ne tueras pas». Et saint Jean dit en son épître (1Jo3.15) : «Vous savez qu'aucun meurtrier n'a en lui la vie éternelle». Et dans l'Apocalypse,il dit (Apoc 22.15) : «Les assassins seront jetés hors de la cité sainte». Et il dit encore (Apoc 21.8) : «La part des meurtriers sera dans l'étang brûlant de feu et de soufre».
Et Saint Paul dit aux Romains, qui étaient pleins de l'envie de meurtre, de dispute, de tromperie et méchanceté (Rom 1.32) : Ceux qui font de telles choses sont dignes de mort, et non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font».

 

IV Cette Église se garde de l'adultère et de toute souillure, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit (Mt 19.18) : «Tu ne commettras pas l'adultère». Et il dit à nouveau dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 5.27-28) : «Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : tu ne commettras pas l'adultère ; mais moi je vous dis : quiconque regardera la femme en la désirant,il aura déjà commis avec elle l'adultère en son cœur». Et il dit encore (Mt 15.19-20) : «C'est du cœur que sortent les mauvaises pensées, adultère et fornication, et c'est cela qui souille l'homme». Et au livre de Sagesse il est écrit (Prov6.32) : «Celui qui est fornicateur perdra son âme par manque de cœur».
Et Saint Paul dit aux Philippiens (Éph 5.3) : «Que les noms de fornication ni souillure ne soient prononcés par vous». Et il dit encore (Eph 5.5) : «Mais sachez-le bien : aucun fornicateur, débauché ni avare n'a droit à l'héritage dans le royaume du Christ». Et aux Galates il dit encore (Gal 5.19-21) : «Les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont fornication, souillure, débauche, luxure etc. Et ceux qui commettent de telles choses n'atteindront pas le royaume de Dieu». Et il dit encore aux Hébreux (Héb 13.4) : «Car Dieu jugera les fornicateurs et les adultères». Et dans l'Apocalypse, il est écrit (Apoc 22.15) que : «Ceux qui ne sont pas chastes seront jetés hors de la cité sainte». Et encore (Apoc 21.8) : «La part des adultères sera dans l'étang ardent de feu et de souffre», qui signifie leur propre mort.

 

V Cette Église se garde de commettre ni vol ni malhonnêteté, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 19.18) : «Tu ne voleras pas». Et Saint Paul dit aux Éphésiens (Éph 4.28) : Que celui qui volait ne vole plus,mais travaille plutôt, œuvrant de ses propres mains, ce qui est bien, pour qu'il ait de quoi donner». Et il dit également aux Romains (Rom 13.9) : «Tu ne voleras pas, ni ne désireras ce qui appartient à ton prochain». Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 4.15) : «Qu'aucun de vous n'ait à souffrir comme meurtrier, comme malfaiteur, ou comme avide de biens étrangers».

 

VI  Cette Église se garde de mentir ou de porter de faux témoignages, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit (Mt 19.18) : «Tune porteras pas de faux témoignages». Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 3.10) : «Celui qui veut aimer la vie et connaître des jours heureux, qu'il garde sa langue du mal et que ses lèvres ne prononcent pas de paroles trompeuses». Et Saint Paul dit aux Romains (Rom 13.9) : «Tu ne porteras pas de faux témoignages». Et il dit encore Éphésiens (Eph 4.25) : «Pour cette raison, rejetant le mensonge, que chacun d'entre vous dise la vérité à son prochain». Et dans l'Apocalypse (Apoc 21.27), le Christ dit : «En la cité sainte, ne pénétrera rien de souillé, ni ceux qui commettent abomination et mensonge». Et il dit également (Apoc 22.15) que : «Tous ceux qui mentent, leur part sera dans l'étang de eu ardent». Et pour cette raison, saint Paul dit aux collossiens (Col 3.9) : «N'acceptez pas le mensonge entre vous». Et au livre de la Sagesse, il est écrit (Sap 1.11): «La bouche qui ment tue l'âme».

 

VII Cette Église se garde de jurer, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 5.34-36) :«Il ne faut absolument pas jurer, ni par le ciel, qui est la demeure de Dieu, ni par la terre qui est l'escabeau sous ses pieds, ni par ta propre tête, car tu ne peux y faire un cheveu blanc ou noir». Mais, après avoir interdit de jurer il enseigna comment on doit parler, en disant (Mt 5.37) : «Que vote parole soit : oui, oui ; non, non». Il entend ainsi que, ce que tu as lu dans le cœur, tu ne l'exprimes que par des paroles, sans serment. Le Christ dit en effet (Mt 5.37) : «Ce qu'on dit en plus vient du mal», c'est-à-dire du diable, lequel est appelé mal, et à propos duquel nous prions Dieu, dans l'Oraison, qu'il nous délivre de lui, quand nous disons : «mais libère-nous du mal» (Mt 6.10).
Mais à l'encontre de ces vérités, la mauvaise Église romaine dit et affirme qu'on doit jurer ; et elle prétend que Dieu a juré ainsi que l'ange ; mais même s'ils ont effectivement juré, ce n'est pas une raison pour que nous devions nous-mêmes jurer, car ce n'est pas à Dieu ni à l'ange que fut donné loi ou commandement de ne pas jurer. Saint Paul dit en effet (Rom 4.15)que : «En l'absence de loi, il n'y a pas de transgression». Et c'est pour cela que l'homme ne doit pas jurer, car c'est à lui qu'a été fait commandement de ne pas jurer. Car si l'homme jure, il pourra souvent se parjurer, comme il est manifeste que plus de cent mille parjures ont été commis par la mauvaise Église.
C'est pour cette raison que l'apôtre Saint Jacques, qui avait entendu la vérité de la bouche de Notre Seigneur Jésus-Christ, dit dans son épître (Jac 5.12) : «Mais avant toute chose, mes frères, ne consentez à jurer ni par le ciel, ni par la terre, ni par quelque autre serment ; mais que votre parole soit : oui, oui, non, non, de façon à ce que vous ne tombiez pas sous le jugement». C'est pour cette raison que l'Église du Christ ne veut pas jurer, car si elle jurait, elle transgresserait la loi du Christ qui dit ne pas jurer.

 

VIII  Cette Église se garde de blasphémer et de maudire, car Saint Jacques dit (Jac 1.27) : «Si quelqu'un pense être religieux sans retenir sa langue du mal, mais en trompant son propre cœur, sa religion est vaine». Et Saint Paul dit aux Éphésiens(Éph 4.29) : «Qu'aucune mauvaise parole ne sorte de votre bouche». Et il dit encore (Éph 4.31) : «Amertume, colère,indignation, emportement et blasphème, tout cela doit être extirpé de vous». Et il dit aux Colossiens (Col 3.8) :« Désormais, déposez toute colère, indignation et blasphème, et de votre bouche vous ne lancerez pas de mauvaise parole».Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 3.9-10) : «Veuillez ne pas rendre insulte pour insulte, mais au contraire, bénissez car vous avez été appelés à posséder la bénédiction en héritage. Si quelqu'un veut aimer la vie et connaître de bons jours,qu'il garde sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses ».
Mais le Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 12.36-37) : «Je vous le dit en vérité, toute parole oiseuse que diront les hommes, il en rendront raison au jour du jugement ; car de tes paroles tu seras justifié, et de tes paroles tu seras condamné». Et c'est pour cette raison que les justes, qui usent de bénédiction, au jour du jugement seront appelés du nom de bénits ; et que les méchants, qui usent de malédiction, seront appelés du nom de maudits ; c'est ce que montre l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 25.31-32) : «Quand le Christ prendra place sur son siège de Majesté, il séparera les mauvais des bons» ;et le Christ dira aux bons (Mt 25.34) : «Venez, bénits de mon Père, prendre possession du royaume préparé pour vous» ; et aux méchants il dira (Mt 25.41) : «Écartez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel».

 

IX  Cette Église garde et tient tous les commandements de la loi de vie, car Saint Jacques dit dans son épître (Jac 2.10-11) : «Celui qui respectera toute la loi mais s'en écartera sur un point, il sera inculpé de tout ; car celui qui a dit : tu ne commettras pas l'adultère, a dit aussi : tu ne tueras pas. Donc, si tu ne commets pas l'adultère mais que tu en viennes à tuer, te voilà transgresseur de la loi». Et le Christ dit (Mt 12.33) : «Ou tu fais le bon arbre, et son fruit est bon,ou tu fais le mauvais arbre, et son fruit est mauvais». Et c'est pour cela que l'Église de Dieu veut faire en sorte que tout son fruit soit bon pour ressembler à son bon maître et pasteur Jésus-Christ, car tout ce qu'il enseignait aux autres, il le faisait et l'accomplissait d'abord en actes, de manière à ce que celui qui ne voulait pas croire en lui pour ses paroles, croie en lui pour ses bonnes œuvres. De cela il dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 10.38) : «Si vous ne voulez pas croire aux paroles, croyez aux œuvres». C'est pour cela que Saint Pierre dit (1Pe 2.21-22) : «Le Christ subit la passion pour nous,pour nous laisser à suivre l'exemple de son comportement, lui qui ne commit pas un péché et dont la bouche ne fut jamais trompeuse».
C'est ainsi que la sainte Église de Dieu, qui est dite corps du Christ, veut suivre son chef Jésus-Christ. Ce dont Paul dit (Éph 1.22-23) : «Toutes choses sont soumises sous les pieds du Christ et lui-même constitue la tête de toute l'Église, qui est son corps». Et il dit encore (1Cor 12.27) : «Vous êtes le corps du Christ». Et encore (1Cor 6.15) : «Vos corps sont membres du Christ, etc.»
Donc, comme les vrais chrétiens sont membres du Christ, il convient qu'ils soient saints, purs, chastes et ne soient souillés d'aucun péché, comme leur chef Jésus-Christ. Saint Jean dit en effet (1Jo 3.6) : «Quiconque demeurera en lui ne pèche pas,et quiconque pèche ne l'a vu ni ne l'a connu». Et il dit encore (1Jo 2.6) : «Si nous disons que nous sommes de sa compagnie et que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons et ne faisons pas vérité ; mais si nous marchons dans la lumière,nous sommes de sa compagnie». C'est pour cela qu'il dit (1Jo 3.7) : «Quiconque pratique la justice est juste, comme Lui est juste.»

 

X  Cette Église souffre les persécutions, les tribulations et le martyre pour le nom du Christ, car lui-même les souffrit dans la volonté de racheter et sauver son Église et lui montrer en actes comme en paroles que, jusqu'à la fin des siècles,elle devrait souffrir persécution, honte et malédiction, comme il le dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 15.20) : «S'ils mont persécuté, ils vous persécuteront aussi». Et dans l'Évangile de Saint Matthieu il dit (Mt 5.10-12) : «Bienheureux ceux qui souffrent les persécutions pour la justice, car le royaume du ciel leur appartient. Vous serez bénis quand, pour moi, les hommes vous maudiront, vous persécuteront et diront contre vous toute la malfaisance de leurs mensonges ; donc réjouissez-vous et exultez, car votre récompense est abondante dans le ciel ; car ainsi ils persécutèrent auparavant les prophètes». Et il dit encore (Mt 10.16) : «Voyez, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups». Et encore (Mt 10.22-23) : «Vous serez haïs par tous les hommes à cause de mon nom ; celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. Et quand ils vous persécuteront dans une cité, fuyez dans une autre».
Notez à quel point toutes ces paroles du Christ contredisent la mauvaise Église romaine ; car celle-ci n'est pas persécutée,ni pour le bien ni pour la justice qu'il y aurait en elle ; mais au contraire, c'est elle qui persécute et met à mort quiconque ne veut pas consentir à ses péchés et à ses forfaitures. Et elle ne fuit pas de cité en cité, mais elle a seigneurie sur les cité et les bourgs et les provinces, et elle siège majestueusement dans les pompes de ce monde, et elle est redoutée des rois, des empereurs et des autres barons. Elle n'est nullement comme les brebis parmi les loups, mais comme les loups parmi les brebis et les boucs ; et elle fait tout pour imposer son empire sur les païens, les Juifs et les Gentils ; et surtout, elle persécute et met à mort la sainte Église du Christ, laquelle souffre tout en patience, comme le fait la brebis qui ne se défend pas du loup. C'est pour cela que Saint Paul dit (Rom 8.36) : «Car pour Toi, chaque jour, nous sommes mis à mort ; on nous traite comme des moutons à l'abattoir».
Mais à l'encontre de tout cela, les pasteurs de l'Église romaine n'éprouvent aucune honte à dire que ce sont eux les brebis et les agneaux du Christ, et ils disent que l'Église du Christ, celle qu'ils persécutent, est l'Église des loups. Mais c'est là une chose insensée, car de tout temps les loups ont poursuivi et tué les brebis, et il faudrait qu'aujourd'hui tout soit retourné à l'envers, pour que les brebis soient enragées au point de mordre, poursuivre et tuer les loups, et que les loups soient patients au point de se laisser manger par les brebis !
Mais l'Église romaine dit encore : «nous ne persécutons pas les hérétiques pour ce qu'ils font de bien, mais pour leur foi : car ils ne veulent pas croire en notre foi». Remarquez comme il est évident ici qu'ils sont bien les héritiers de ceux qui ont tué le Christ et les apôtres ; en effet ils les ont tués et persécutés, et ils le feront jusqu'à la fin,pour la raison que les saints portent la contradiction de leurs propres péchés et leur annoncent la vérité, qu'ils ne veulent pas entendre. Le Christ le leur dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 10.32) : «Je vous ai montré beaucoup de bonnes œuvres de mon Père ; pour laquelle d'entre vous me lapidez-vous ?» Et ils lui répondirent (Jo 10.33) : «Nous ne te lapidons pas pour tes bonnes œuvres, mais pour le blasphème.»
Ainsi, il est manifeste que depuis le commencement les loups poursuivent et tuent les brebis, les mauvais persécutent les bons et les pécheurs persécutent les saints. Et pour cette raison Saint Paul dit (2Tim 3.12) : «Quiconque voudra vivre dans le bien en Christ souffrira la persécution». Notez bien qu'il ne dit pas : persécutera, mais : souffrira la persécution. Et Jésus-Christ, dans l'Évangile de Saint Jean, dit à sa sainte Église (Jo 16.2) : «L'heure vient où quiconque vous persécutera pensera servir Dieu». Notez bien qu'il ne dit pas : l'heure vient où vous persécuterez et tuerez des hommes pour servir Dieu. Et le bon Jésus-Christ dit encore aux persécuteurs (Mt 23.34) : «Voyez, je vous enverrai des scribes et des sages, et vous en tuerez, et vous les tourmenterez et les battrez et les poursuivrez de cité en cité». Et dans les Actes des apôtres, les apôtres déclaraient (Act 14.22) : «Il nous faut passer par bien des tribulations et des persécutions pour entrer au royaume du ciel». Et c'est pour cela que l'apôtre Saint Jean dit (Jo 13.13) : «Ô frères,ne vous étonnez pas que le monde vous haïsse».

 

XI  Cette Église pratique le baptême spirituel, c'est-à-dire l'imposition des mains, par lequel est donné le Saint Esprit ; Jean-Baptiste dit (Mt 3.11) : «Celui qui doit venir après moi, celui-là vous baptisera dans le Saint Esprit». Et ainsi, quand Notre Seigneur Jésus-Christ fut venu du siège de la grandeur pour sauver son peuple, il enseigna à sa sainte Église qu'elle baptise les autres de ce baptême, comme il le dit dans l'évangile de Saint Matthieu (Mt 28.19) : «Allez et enseignez toutes les nations, et baptisez les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit». Et dans l'Évangile de saint Marc,il leur dit (Mc 16.15-16) : «Allez dans le monde entier, prêchez l'Évangile à toutes les créatures, et celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; et celui qui ne croira pas sera condamné.»
Mais la mauvaise Église romaine, comme la menteuse et semeuse de mensonges qu'elle est, dit que le Christ entendait par là le baptême de l'eau matérielle, que pratiquait Jean-Baptiste avant que le Christ ne prêche. Ce que l'on peut réfuter par de multiples raisons ; car si le baptême pratiqué par l'Église romaine était celui que le Christ avait enseigné à son Église, alors tous ceux qui ont reçu leur baptême seraient condamné». Or, ils baptisent les petits enfants qui ne peuvent ni croire ni savoir ce qu'est le bien et le mal ; donc, par leur parole, ils les condamnent.
De plus, si par le baptême de l'eau temporelle les gens étaient sauvés, le Christ serait venu mourir pour rien ; car,avant lui, on avait déjà le baptême de l'eau. Mais il est chose certaine que l'Église du Christ baptisait d'un autre baptême que celui de Jean-Baptiste, ainsi que le montre saint Jean l'évangéliste, lorsqu'il dit (Jo 4.1-2) : «Mais quand Jésus connut que les pharisiens avaient entendu dire qu'il avait fait quelques disciples et baptisait différemment de Jean, Jésus ne baptisa plus ses propres disciples». Et Jean-Baptiste lui-même le démontrait clairement, quand il disait (Mc 1.8) : «Pour moi je vous baptise dans l'eau, mais lui vous baptisera par le Saint Esprit.»
Mais Jean était venu baptiser dans la seule eau, pour inviter les gens à croire dans le baptême du Christ, et c'est pour cela qu'il porta un ferme témoignage du Christ, dont il prêchait la venue ; en effet, de tous ceux que Jean baptisait, sur aucun d'entre eux ne devait venir le Saint Esprit, sinon sur Jésus lui-même, afin qu'ainsi Jean reconnaisse celui-ci comme le Christ, lequel devait baptiser en Saint Esprit ; car autrement, Jean n'aurait pas su qui était le Christ, comme il le montre dans l'Évangile de Saint Jean, en disant (Jo 1.31-34) : «Et moi je ne le connaissais pas,mais c'est pour qu'il soit manifesté à Israël que je suis venu baptiser dans l'eau ; car je vis l'Esprit descendre du ciel comme un colombe et demeurer au-dessus de lui ; et je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau,celui-là m'avait dit : celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui qui baptisera dans le Saint Esprit. Et j'ai vu, et je porte témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu». Et c'est pour cela que Jean baptisait car, baptisant dans l'eau, il devait reconnaître le Christ pour montrer au peuple qu'il était bien celui qui devait faire l'autre baptême.
Mais de ces deux baptêmes, Saint Paul démontra qu'un seulement apportait le salut, en disant (Éph 4.5) : «Une foi, un Seigneur, un baptême, etc.» Et Saint Luc révèle, dans les Actes des Apôtres, quel est le baptême que pratiquait l'Église de Dieu, en montrant bien quel peu de prix [les Apôtres] accordaient au baptême d'eau, disant (Act 19.1-6) : «Quand Paul fut venu à Éphèse, il y trouva quelques disciples et il leur demanda s'ils croyaient avoir reçu le Saint Esprit, et ils lui répondirent : mais nous n'avons jamais entendu dire qu'il y avait un Saint Esprit ; Et Paul leur dit : en quoi avez-vous donc été baptisés ? Ils répondirent : du baptême de Jean. Paul leur dit alors : Jean baptisait le peuple du baptême de pénitence, disant croire en celui qui devait venir après lui, c'est-à-dire en Jésus. Et quand ils eurent entendu ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus ; et quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit Saint vint sur eux.»
Mais saint Luc démontre une autre fois ce fait, en disant (Act 8.14-17) : «Quand les Apôtres, qui étaient à Jérusalem,eurent entendu dire que la Samarie avait reçu la Parole de Dieu, ils envoyèrent auprès des Samaritains Pierre et Jean, lesquels, quand ils furent venus, prièrent pour eux afin qu'ils reçoivent le Saint Esprit : car il n'était pas encore venu sur aucun d'entre eux, ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus ; les Apôtres imposèrent donc les mains sur eux et ils reçurent le Saint Esprit.» Et Saint Paul dit à Timothée qu'il avait baptisé de ce même baptême (2Tim 1.6) : «Je t'admoneste à raviver la grâce de Dieu, qui est en toi par l'imposition de mes mains».
Et Ananie lui aussi en baptisa Saint Paul (Act 9.17). Et de beaucoup d'autres, qui ne furent pas Apôtres, il advint qu'ils pratiquèrent ce saint baptême comme ils l'avaient reçu de la sainte Église : car l'Église du Christ l'a maintenu sans interruption, et le maintiendra jusqu'à la fin du monde, ainsi que le Christ le dit aux Apôtres (Mt 28.19-20) : (Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et voici : je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles.»
Et Saint Pierre montre bien que sans ce baptême on ne peut être sauvé, quand il dit (1Pe 3.20-21) : «De la même manière que, du temps de Noé, un petit nombre de personnes – c'est-à-dire huit – furent sauvées par l'arche, ainsi vous sauve le baptême,etc.» Ce qui signifie que tout homme qui n'est pas baptisé de ce baptême ne peut être sauvé, de la même manière que tous ceux qui étaient hors de l'arche furent noyés par le déluge, car il dit : «de la même manière que le baptême vous fait sauf» etc.
Suficiat modo de batismo

Par Gibelain - Publié dans : Cathares
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