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Mardi 30 septembre 2014 2 30 /09 /Sep /2014 07:01

Dans cet Atelier, nous sommes convenus au moment de sa création de travailler sur les différentes Traditions pour essayer d'y retrouver cette sorte de Parole perdue qui est le souvenir des origines, ce que d'autres appellent la Vérité primordiale.

C'est dans cette recherche que j'ai rencontré le mythe du déluge qui est commun à presque toutes les Sociétés du monde.

Il est généralement admis que le mythe du déluge, que l'on retrouve donc dans presque toutes les traditions du monde, à l'exception notable de l'Afrique, recouvre un événement réel, probablement d'une amplitude plus faible que celle décrite par tous les textes ou légendes orales, qui se serait produit dans les temps anciens et qui aurait laissé un souvenir amplifié dans la mémoire des hommes.

Dans ma recherche de trouver derrière les mythes les faits rééls je me suis donc intéressé à ce mythe du déluge.

Mais avant je voudrais citer une intervention du professeur Antoine Faivre, lors d'un récent colloque sur le légendaire maçonnique. Celui-ci définit 3 approches très différentes et qui seraient chacune la façon de voir la maçonnerie par les maçons eux-mêmes, même si quelquefois ils les mêlent allègrement.

La première, qu'il définit comme empirico-critique, est purement objective et historique. C'est celle qui voit dans la maçonnerie une institution créée de toutes pièces au 18ème siècle et qui a comme objectif principal l'exercice de la charité, accessoirement la rencontre d'esprits curieux.

La deuxième, qu'il définit comme mytho-romantque, a une origine inconnue, remontant aux temps les plus anciens, et véhiculant des mythes universels, selon une transmission ininterrompue.

Enfin, la troisième, qu'il définit comme universalisante, la considère comme un réservoir d'images ou d'archétypes à caractère universel, et la filiation n'a ici pas d'importance. En tous les cas on y retrouve toutes les traditions du monde, filles comme elle de la tradition pérenne.

Il est clair que je m'inscris en priorité dans cette dernière approche, même si la deuxième ne me laisse pas indifférent. Quant à la première, elle ne correspond pas du tout à l'image que je me fais de la Maçonnerie, école initiatique authentique.

Pourquoi je voulais citer cette intervention ? et bien c'est pour justement venir justifier cette réflexion, allant bien au-delà de la Maçonnerie, pour retrouver dans les mythes en général, et ce soir dans celui du déluge en particulier, les échos de cette tradition pérenne, ce que j'appelle la connaissance du premier instant, ce premier instant étant étendu à toute la protohistoire de l'homme.

Je voudrais donc d'abord vous présenter les différentes versions de ce mythe, selon les traditions anciennes, puis, ensuite, je souhaiterais apporter ma vision personnelle de cet événement vraisemblablement réel.

Extrêmement répandus, les mythes de catastrophes cosmiques racontent comment le monde a été détruit et l’humanité anéantie, à l’exception d’un couple ou de quelques survivants.

Les mythes du déluge sont les plus nombreux, et presque universellement connus ( bien qu’extrêmement rares en Afrique, et j'essaierai d'en comprendre la raison ). À côté des mythes diluviens, d'autres relatent la destruction de l’humanité par des cataclysmes cosmiques: tremblements de terre, incendies, écroulement de montagnes, épidémies. Évidemment, cette fin du monde n’est pas représentée comme radicale, mais plutôt comme la fin d'une humanité, suivie de l’apparition d’une humanité nouvelle. Mais l'immersion totale de la Terre dans les eaux, ou sa destruction par le feu, suivie de l'émersion d’une Terre vierge, symbolisent la régression au Chaos et la cosmogonie. Dans un grand nombre de mythes, le Déluge est rattaché à une faute rituelle qui a provoqué la colère de l’Être suprême. Parfois il résulte simplement du désir d'un Être divin de mettre fin à l'humanité. Mais, si l'on examine les mythes qui annoncent l'imminence du Déluge, on retrouve, parmi les causes principales, non seulement les péchés des hommes, mais aussi la décrépitude du monde. On peut dire alors que le Déluge a ouvert la voie à la fois à une re-création du monde et à une régénération de l'humanité.

Nous autres, en Occident ou plus précisément dans ce que je préfère appeler le monde méditerranéen, nous connaissons en priorité le mythe du déluge décrit dans la Bible hébraïque.

Rappelons nous en le texte, qui est en Genèse, 6-5 à 9-20 :

Le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée, son cœur n'était porté qu'à concevoir le mal, 6 et le Seigneur se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre. Il s'en affligea 7 et dit : « J'effacerai de la surface du sol l'homme que j'ai créé, homme, bestiaux, petites bêtes et même les oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits ».8 Mais Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur.

9 Voici la famille de Noé : Noé, homme juste, fut intègre au milieu des générations de son temps. Il suivit les voies de Dieu, 10 il engendra trois fils : Sem, Cham et Japhet. 11 La terre s'était corrompue devant Dieu et s'était remplie de violence. 12 Dieu regarda la terre et la vit corrompue, car toute chair avait perverti sa conduite sur la terre. 13 Dieu dit à Noé : « Pour moi, la fin de toute chair est arrivée ! Car à cause des hommes la terre est remplie de violence, et je vais les détruire avec la terre ».

14 « Fais-toi une arche de bois résineux. Tu feras l'arche avec des cases. Tu l'enduiras de bitume à l'ntérieur et à l'extérieur. 15 Cette arche, tu la feras longue de trois cents coudées, large de cinquante et haute de trente. 16 Tu feras à l'arche un toit à pignon que tu fixeras à une coudée au-dessus d'elle. Tu mettras l'ntrée de l'arche sur le côté, puis tu lui feras un étage inférieur, un second et un troisième.

17 « Moi, je vais faire venir le déluge — c'est-à-dire les eaux — sur la terre, pour détruire sous les cieux toute créature animée de vie ; tout ce qui est sur terre expirera. 18 J'établirai mon alliance avec toi.

« Entre dans l'arche, toi et avec toi, tes fils, ta femme, et les femmes de tes fils. 19 De tout être vivant, de toute chair, tu introduiras un couple dans l'arche pour les faire survivre avec toi ; qu'il y ait un mâle et une femelle ! 20 De chaque espèce d'oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de petites bêtes du sol, un couple de chaque espèce viendra à toi pour survivre. 21 Et toi, prends de tout ce qui se mange et fais-en pour toi une réserve ; ce sera ta nourriture et la leur». 22 C'est ce que fit Noé ; il fit exactement ce que Dieu lui avait prescrit.

7.1 Le Seigneur dit à Noé : « Entre dans l'arche, toi et toute ta maison, car tu es le seul juste que je vois en cette génération. 2 Tu prendras sept couples de tout animal pur, un mâle et sa femelle — et d'un animal impur un couple, un mâle et sa femelle, 3 — ainsi que des oiseaux du ciel, sept couples, mâle et femelle, pour en perpétuer la race sur toute la surface de la terre. 4 Car dans sept jours, je vais faire pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits, j'effacerai de la surface du sol tous les êtres que j'ai faits ». 5 Noé se conforma à tout ce que le Seigneur lui avait prescrit.

6 Noé était âgé de six cents ans quand eut lieu le déluge — c'est-à-dire les eaux — sur la terre. 7 À cause des eaux du déluge, Noé entra dans l'arche et avec lui ses fils, sa femme et les femmes de ses fils. 8 Des animaux purs et des animaux impurs, des oiseaux et de tout ce qui remue sur le sol, 9 couple par couple, mâle et femelle vinrent à Noé dans l'arche comme Dieu l'avait prescrit à Noé.

10 Sept jours passèrent et les eaux du déluge submergèrent la terre.

11 En l'an six cents de la vie de Noé, au deuxième mois, au dix-septième jour du mois, ce jour-là tous les réservoirs du grand abîme furent rompus et les ouvertures du ciel furent béantes. 12 La pluie se déversa sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. 13 En ce même jour, Noé entra dans l'arche avec ses fils, Sem, Cham et Japhet, et avec eux, la femme de Noé et les trois femmes de ses fils 14 ainsi que toutes les espèces de bêtes, toutes les espèces de bestiaux, toutes les espèces de petites bêtes qui remuent sur la terre, toutes les espèces d'oiseaux, tout volatile, toute bête ailée. 15 Ils vinrent à Noé dans l'arche, couple par couple, de toute créature animée de vie. 16 C'étaient un mâle et une femelle de toute chair qui entraient. Ils entrèrent comme Dieu l'avait prescrit à Noé. Le Seigneur ferma la porte sur lui.

17 Le déluge eut lieu sur la terre pendant quarante jours. Les eaux s'accrurent et soulevèrent l'arche, et elle fut élevée au-dessus de la terre. 18 Les eaux furent en crue, formèrent une masse énorme sur la terre, et l'arche dériva à la surface des eaux. 19 La crue des eaux devint de plus en plus forte sur la terre et, sous toute l'étendue des cieux, toutes les montagnes les plus élevées furent recouvertes 20 par une hauteur de quinze coudées. Avec la crue des eaux qui recouvrirent les montagnes, 21 expira toute chair qui remuait sur la terre, oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, toutes les bestioles qui grouillaient sur la terre, et tout homme. 22 Tous ceux qui respiraient l'air par une haleine de vie, tous ceux qui vivaient sur la terre ferme moururent.

23 Ainsi le Seigneur effaça tous les êtres de la surface du sol, hommes, bestiaux, petites bêtes, et même les oiseaux du ciel. Ils furent effacés, il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui dans l'arche. 24 La crue des eaux dura cent cinquante jours sur la terre.

Vous connaissez la suite, avec la fin des pluies et l'épisode de l'envoi d'oiseaux de couleurs différentes qui ont été largement identifiés à des étapes alchimiques.

Cependant, on sait aujourd'hui que cette histoire est largement répandue dans d'autres Traditions et que même celle-ci, celle de la Bible, est à l'évidence la fusion de deux versions indépendantes.

Les Hébreux ont, en effet, très probablement, emprunté le mythe aux Babyloniens. Mais le thème du Déluge est encore plus ancien puisqu'il est déjà attesté chez les Sumériens. Le nom du Noé sumérien est Ziusudra; et dans la version babylonienne, il est appelé Utnapishtim. Le Déluge est raconté dans la 11ème tablette de l'Épopée de Gilgamesh: les Dieux décident d'anéantir le genre humain, mais le dieu Ea prévient Utnapishtim et lui conseille de construire un bateau pour sauver sa famille et un certain nombre d'animaux. Le Déluge est provoqué par une pluie torrentielle qui dure sept jours. Le huitième, Utnapishtim lâche une colombe et, peu après, une hirondelle, mais les oiseaux reviennent. Finalement, il lâche un corbeau qui ne revient plus. Alors Utnapishtim débarque sur le mont Nishir et offre un sacrifice aux Dieux. Mais ici eux-ci découvrent avec surprise que le genre humain n'a pas été anéanti. Ils décident pourtant que, désormais, Utnapishtim ne sera pas mortel et le transportent, avec sa femme, dans un pays fabuleux et inaccessible, « aux bouches des fleuves ». C’est là que, longtemps après, Gilgamesh, en quête de l'immortalité, lui rend visite et apprend l'histoire du Déluge.

Il est évident que ce mythe est à l'identique celui développé par la Bible, avec cette seule exception – de taille ! – c’est que les hommes ne sont pas anéantis. Il est vrai que le Dieu juif est particulièrement violent et vindicatif, et cette destruction totale de sa création n'est pas étonnante compte tenu de la mentalité du bonhomme, même si beaucoup, depuis la nuit des temps, s'interrogent sur ce Dieu qui a d'une part créé des hommes à son image mais mauvais, et qui ensuite détruit sa créature.

Nous sommes évidemment loin d'un Dieu bon et parfait, et les Gnostiques ont largement, en leur temps, développé leurs théories pour justifier l'injustifiable.

Un mythe similaire est connu dans l’Inde.

Absent dans le Véda, le mythe du Déluge est attesté pour la première fois dans le Satapatha Brahmana (I, VIII, 1), rituel rédigé probablement au VIIe siècle avant notre ère.: un poisson avertit Manu de l'imminence du déluge et lui conseille de construire un bateau. Lorsque la catastrophe éclate, le poisson tire le bateau vers le nord et l'arrête près d’une montagne. C’est là que Manu attend l'écoulement des eaux. À la suite d'un sacrifice, il obtient une fille, et de leur union descend le genre humain.

Dans la version transmise par le Mahabharata, Manu est un ascète. Dans le Bhagavata Purana (VIII, XXIV, 7 sq.), le roi-ascète Satyavrata est averti de l'approche du Déluge par Hari (Vishnu) qui a pris la forme d’un poisson.

En tous les cas rien ne semble relier ici cette catastrophe avec un quelconque ressentiment des Dieux vis à vis des hommes.

On peut juste s'interroger sur leur incapacité à sauver ces hommes qui sont leur création et qui ont un rôle essentiel à jouer, celui d'être leur miroir, celui dans lequel ils peuvent voir leur beauté et leur puissance.

Sans création les Dieux restent inconnus et inutiles !

En Iran, la fin du monde est consécutive à un déluge résultant de la fonte des neiges accumulées pendant un terrible hiver. Ahura Mazdâ conseille à Yima, le premier homme, qui est aussi le premier roi, de se retirer dans une forteresse..

Yima prend avec lui les meilleurs parmi les hommes et les différentes espèces d'animaux et de plantes. Le déluge met fin à l'âge d’or, qui ne connaissait ni la vieillesse ni la mort.

Dans l'état actuel de nos connaissances de ces textes nous n'avons pas non plus de traces d'une quelconque décision divine de grand nettoyage même si ici le retour à une situation normale voit la disparition d'un monde ancien, celui de l'âge d'or.

On peut ici s'interroger sur le pourquoi de la fin de cet âge…

En Grèce, c'est Prométhée qui avertit son fils, Deucalion, que Zeus a décidé l’anéantissement des hommes de l’âge du bronze. Deucalion s’échappe avec sa femme dans une arche.

A nouveau une décision divine de tout recommencer.

Le mythe du Déluge se rencontre aussi chez certaines peuplades autochtones de l’Inde ( Bhils, Mundas, Santals, etc.), chez les Lepchas de Sikkim et en Assam. Il est encore plus répandu dans l’Asie du Sud-Est, en Mélanésie et en Polynésie. Les versions recueillies en Australie parlent d’une grenouille géante qui avait absorbé toutes les eaux. Souffrant de la soif, les animaux décidèrent de faire rire la grenouille. En voyant l'anguille se tordre, la grenouille éclata de rire et les eaux s'écoulèrent de sa bouche, provoquant le déluge. La grenouille est une des images mythiques de la Lune. Et puisque la Lune est, par excellence le symbole de la mort et de la résurrection, elle gouverne aussi les eaux, les inondations et les marées.

Chez les peuples de l'Amérique du Sud, le déluge est provoqué généralement par un des jumeaux mythiques qui, frappant la terre de son talon, fait jaillir les eaux souterraines.

En Amérique centrale et en Amérique du Nord, les versions du déluge sont assez nombreuses: la catastrophe est produite soit par des inondations soit par des pluies.

Il est à noter qu'en comparaison avec les mythes narrant la fin du monde dans le passé, les mythes se référant à une fin à venir sont assez peu nombreux chez les primitifs, au contraire de nos Sociétés méditerranéennes ou indo-européennes. Mais cette rareté est peut-être due au fait que les ethnologues n'ont pas posé cette question dans leurs enquêtes.

En outre, il est parfois difficile de préciser si le mythe concerne une catastrophe passée ou à venir. Ainsi, par exemple, selon E.H. Man, les Andamanais, un peuple en voie de disparition qui vit aux confins de la Birmanie et de la Thaïlande, croient qu'après la fin du monde une nouvelle humanité, jouissant d'une condition paradisiaque, fera son apparition: il n’y aura plus ni maladies, ni vieillesse, ni mort. Mais un autre anthropologue, A. Radcliffe Brown, estime que son collègue Man a en fait combiné plusieurs versions, recueillies d'informateurs différents.

En réalité, précise Radcliffe Brown, il s’agit bien d'un mythe relatant la fin et la re-création du monde; mais le mythe se rapporte au passé et non pas à l'avenir. Mais comme, suivant la remarque de F. F. Lehmann, la langue andamanaise ne possède pas de temps futur, il n'est pas facile de décider s’il s’agit d’un événement passé ou d'une fin à venir.

Nous sommes donc ici passés du mythe du déluge, celui de la fin d'une époque pour entrer dans une nouvelle, plutôt inscrite dans le passé, à la possibilité que ces évènements se rencontrent aussi dans le futur.

Parmi les mythes primitifs de la fin, très rares sont ceux qui ne présentent pas d'indications précises concernant l'éventuelle re-création du monde.

Ainsi, dans une des îles Carolines, Aurepik, c'est le fils du Créateur qui est responsable de la catastrophe. Lorsqu'il s'apercevra que le chef ne s'occupe plus de ses sujets, il submergera l'île au moyen d'un cyclone. Il n’e st pas certain qu'il s’agisse d’une fin définitive: et l'idée d'une punition des « péchés » implique généralement la création ultérieure d'une nouvelle humanité, instruite de ce qui s'est passé avant elle et devant, en principe, en tirer les conclusions.

On peut penser qu'en ce qui concerne le texte biblique notre bonhomme IAWEH s'est largement fourvoyé et que probablement les hommes d'après le déluge n'ont rien à envier à ceux d'avant dans le domaine de la méchanceté.

Plus difficiles à interpréter sont les croyances des Négritos de la péninsule de Malacca. Les Négritos savent qu'un jour Karei mettra fin au monde parce que les humains ne respectent plus ses préceptes. Aussi, pendant l'orage, s'efforcent-ils de prévenir la catastrophe en faisant des offrandes expiatoires de sang. La catastrophe sera universelle, elle frappera sans distinction pécheurs et non-pécheurs, et ne préludera pas, semble-t-il, à une nouvelle création. C’est pourquoi les Négritos appellent Karei « mauvais », et voient en lui l 'adversaire qui leur a « volé le Paradis ».

Un exemple singulièrement frappant est celui des Guaranis du Mato Grosso.

Sachant que la Terre sera détruite par le feu et par l'au, ils partirent à la recherche du « Pays sans péché », sorte de paradis terrestre, situé au-delà de l'Océan. Ces longs voyages, inspirés par les chamans, et effectués sous leur direction, ont commencé au 16ème siècle et ont duré jusqu'en 1912.

Certaines tribus croyaient que la catastrophe serait suivie d’un renouvellement du monde et du retour des morts. D'autres tribus attendaient et désiraient la fin définitive du monde.

La majorité des mythes amérindiens de la fin impliquent soit une théorie cyclique (comme chez les Aztèques), soit la croyance que la catastrophe sera suivie par une nouvelle création, soit, enfin, dans certaines régions de l'Amérique du Nord, la croyance à une régénération universelle effectuée sans cataclysme.

Dans ce processus de régénération, seuls les pécheurs périront.

Selon les traditions aztèques, il y a eu déjà trois ou quatre destructions du monde, et la quatrième ( ou la cinquième ) est attendue pour l'avenir. Chacun de ces mondes est régi par un « Soleil », dont la chute ou la disparition marque la Fin.

La croyance que la catastrophe est la conséquence fatale de la « vieillesse » et de la décrépitude du monde semble assez répandue dans les deux Amériques. Selon les Cherokees, quand le monde sera vieux et usé, les hommes mourront, les cordes se casseront, et la Terre s'abîmera dans l’Océan, la Terre étant imaginée comme étant une grande île suspendue à la voûte céleste par quatre cordes.

Dans un mythe Maidu, le Créateur assure au couple qu'il avait créé : « Lorsque ce monde sera trop usé, je le referai entièrement; et quand je l'aurai refait, vous connaîtrez une nouvelle naissance.»

En somme, ces mythes primitifs de la fin du monde, par déluge ou incendie, car l'élément eau n'est pas le seul à être utilisé, le feu est également largement employé et je voudrais y revenir, impliquent plus ou moins clairement la re-création d'un univers nouveau, expriment la même idée archaïque, et extrêmement répandue, de la « dégradation » progressive du cosmos, ou de la chute pour retrouver une idée largement répandue sur nos Colonnes, nécessitant sa destruction et sa re-création périodiques. C'est de ces mythes d'une catastrophe finale, qui sera en même temps le signe annonciateur de l'imminente re-création du monde, que sont sortis et se sont développés les mouvements prophétiques modernes et les mouvements millénaristes des sociétés primitives.

La théorie de la création et de la destruction cycliques du monde a été largement développée dans l’Inde, à partir des Brahmanas et surtout dans les Puranas. C'est la doctrine des quatre yugas, les quatre âges du monde. Le cycle complet, le kalpa, se termine par une « dissolution », un pralaya, qui se répète d'une manière plus radicale ( mahapralaya, la « grande dissolution ») à la fin du millième cycle. Selon le Mahabharata et les Purana, l'horizon s'enflammera, sept ou douze soleils apparaîtront au firmament et dessécheront les mers, brûleront la Terre. Ensuite, une pluie diluvienne tombera sans arrêt pendant douze ans, la Terre sera submergée et l'humanité détruite (Vishnu Purana, 24, 25).

Puis tout recommencera ad infinitum.

Cette théorie des quatre Yugas, avec son premier, celui de l'âge d'or, et son dernier, celui du fer, appartient à la doctrine traditionnelle et se retrouve dans beaucoup de traditions.

Il semblerait que ce nouveau cycle, ce kalpa, ait débuté vers environ 63000 ans avant notre ère, et l'âge d'or, le Krita-Yuga, a duré 26000 ans.

L'âge suivant, le Trêta-Yuga, ou âge d'argent, qui a correspondu à l'apparition des continent s de l'Atlantide au Nord, et de la Lémurie, au Sud, s'est terminé par le déluge biblique, vers 11000 ans avant notre ère.

Puis vint le Dvapara-Yuga, l'âge d'airain.

La fin de ce cycle , et nous sommes en plein dans le Kali-Yuga, l’âge du fer, est annoncée pour le 21ème siècle….

En Grèce, la doctrine cyclique fait son apparition avec Héraclite qui aura une grande influence sur la doctrine stoïcienne de l'Éternel Retour.

Au 3ème siècle avant notre ère., Bérose vulgarisait dans tout le monde hellénistique la doctrine chaldéenne de la « grande année ». L'Univers y est considéré comme éternel, mais il est anéanti et reconstitué périodiquement chaque « grande année » - le nombre correspondant de millénaires varie d'une école à l'autre - lorsque les sept planètes se réuniront dans le signe du Cancer ou « grand hiver », un déluge se produira.

Quand elles se rencontreront dans le signe du Capricorne, au solstice d'été de la « grande année », l'Univers entier sera consumé par le feu. Selon un texte perdu d'Aristote, les deux catastrophes avaient lieu aux deux solstices: la conflagration au solstice d'été, le diluvium au solstice d'hiver.

On le voit, le mythe du déluge participe largement de deux théories :

L'une qui voudrait que le Dieu créateur, excédé par sa création, ait un jour envie de tout détruire.

L'autre qui exprime le principe d'une création cyclique, d'un retour indispensable au néant avant que de repartir. En Inde cela est clairement symbolisé par le souffle de Brâhma, celui qui crée en expirant et qui à la fin du cycle reprend sa création en inspirant, et ainsi de suite.

Cette théorie est du reste parallèle à celle des astrophysiciens modernes qui parlent d'un monde en expansion puis en contraction, du big bang au big crash.

Il est évident que si nous voulons retrouver derrière les mythes la réalité des évènements, cette seconde théorie semble plus proche de ce qui s'est passé, puisqu'aussi bien elle peut être exprimée d'une façon scientifique.

Mais la première peut aussi révéler des évènements réels, enfouis dans la mémoire des hommes et traduits avec les mots et les symboles à la disposition d'autres hommes, longtemps après, et qui ne pouvaient qu'être interprétés à cette aune.

Du strict point de vue scientifique, l'historicité du Déluge a longtemps été niée.

Actuellement, un grand nombre de savants de toutes disciplines envisagent sérieusement que la dernière transgression, c'est-à-dire l'ennoyage des plates-formes continentales à la suite des déglaciations, pourrait être en connexion avec ces mythes.

Et il est vrai que cet épisode géologique a entraîné une augmentation du niveau de la mer, mais de 100 mètres environ sur une durée de 10.000 ans, même! Si certaines estimations sont de 130 m sur 8.000 ans, soit, en gros, 2 mètres par siècle ou encore pour se plus de la durée de vie humaine de un mètre tous les 50 ans !

Personne ne peut raisonnablement affirmer qu'une telle élévation du niveau de la mer ( 2 cm par an !!! même si localement on a pu avoir une élévation de quelques dizaines de cm par an à certaines périodes ) peut être assimilée à ce que toutes les traditions, d'un bout à l'autre de la planète, décrivent comme un événement ayant été brutal, rapide, limité dans le temps, excessivement destructeur, etc.

Alors, même si cette explication est parfaitement valable pour expliquer les traces d'habitats préhistoriques actuellement sous la mer, il va bien falloir trouver autre chose pour "élucider" le mystère du déluge...

Depuis de nombreuses années les conséquences de la chute d'un astéroïde ou d'un fragment de comète dans l'océan ont été modélisées et un consensus s'est établi dans la communauté scientifique autour des effets possibles dans cette hypothèse.

Dans le cas d un impact océanique très au large ( sans cratère visible, donc...), le phénomène le plus évident serait de gigantesques tsunamis. Un tsunami ( le mot est à préférer à raz-de-marée car le phénomène en question n'a rien à voir évidemment avec la marée...) peut se déplacer en pleine mer à des allures pouvant aller jusqu'à 700 km/h.

En atteignant les côtes, et donc des fonds moins élevés, il ralentit et c'est là que, paradoxalement, le danger commence ! En effet, tout se passe alors pour les vagues comme pour les voitures sur l'autoroute lors d'un ralentissement: le front ( rapide ) des vagues rattrapant l'avant (ralenti). Sur une autoroute c'est le carambolage. Sur la côte, on observe une compression qui va entraîner une élévation considérable des vagues déferlantes. Le facteur de compression peut facilement atteindre 40! Ainsi un simple train de vagues d'une hauteur de 1 m en mer se transformera en une série de vagues tueuses d'une hauteur de 40 m.!

C'est environ la hauteur d'un immeuble de 12 étages, autant dire que bien peu de choses risquent d'être encore debout après le passage de la première vague, alors à la dixième...

Et quand on pense que les deux-tiers de la surface terrestre sont constitués d'océans, on peut également conclure que c'est ce type d'impact qui a le plus de probabilité d'arriver.

Et plutôt deux fois qu'une ! Avec à chaque fois les mêmes conséquences bien sûr ! Ce qui fait parler de déluge au singulier est très certainement faux et que l'on devrait parler de déluges périodiques.

Il semble toutefois que dans de nombreuses traditions on ait gardé en fait le souvenir d'un déluge plus important que les autres et on peut supposer que c'est celui-ci qui est responsable, par exemple, de la destruction de l'Atlantide..

L'Atlantide et la Lémurie, ces continents disparus sur lesquels des civilisations de très haut niveau – pour les autres hommes de l'époque – auraient vécu, peuvent avoir disparu suite à un cataclysme tel qu'une immense inondation d'origine ensuite oubliée.

Il était facile ensuite, très longtemps après, d'imaginer ces catastrophes comme étant d'origine divine, et liée à l'inconduite des hommes.

Et en fait les 2 théories peuvent être simultanées, le cycle des mondes pouvant être marqué par une catastrophe soudaine.

Mais je vois aussi, dans le thème de l'eau, autre chose :

Et si finalement, en oubliant ces possibles catastrophes dont personne n'a jamais eu la moindre preuve, le souvenir du déluge n'était que le souvenir du moment où le premier être vivant est sorti de l'eau, cette eau qui jusque la avait abrité toute forme de vie, milieu même dans lequel la vie était née.

Dans la mesure où l'homme s'est cru la création d'un dieu, il n'a jamais pu imaginer ne pas avoir existé avant un quelconque déluge, qui serait toujours venu, pour lui, le punir pour ses fautes.

En fait le déluge était l'état primordial, ou tout au moins il a précédé l'apparition de la vie sur la terre. Or comme cette apparition de le vie sur la terre ferme semblerait vieille de 345 millions d'années, je vous laisse apprécier le lointain souvenir que ceux qui ont écrit les mythes du déluge pouvaient en avoir.

En fait je suis en train, ici, de me demander si je ne suis pas en train de réinventer les archétypes ?

Car là on côtoie le mythe de la mer initiale, celle par exemple que Brâhma a baratté pour en exprimer la vie, ou le lac des égyptiens, ou les eaux primordiales de la Bible…

Et puis, pourquoi pas, intéressons nous aussi à une possible dimension psychanalytique : cette eau serait celle du liquide amniotique dans lequel tout enfant a baigné tout au long de sa présence dans le ventre de sa mère. Le souvenir heureux de cet avant baignant dans un liquide serait traduit par un déluge après lequel tout a été différent, et la vie de l'homme finalement très difficile.

J'ai lu, pour m'aider dans ma réflexion, différents textes, et l'un est même allé jusqu'à proposer, la aussi, sous le couvert de la psychanalyse, que, je cite : « le déluge serait une projection cosmogonique à la fois du flux séminal et d'un déversement du liquide amniotique, exprimant ainsi le désir inconscient de grossesse masculine propre aux sociétés patriarcales, le mythe remplaçant de manière symbolique l'incapacité biologique du mâle à enfante « !!!!

Je vous laisse méditer sur cette suggestion.

Quant à moi, je m'interrogeais, plus haut, sur les deux éléments sources de destruction, le feu et l'eau.

A ce moment de ma réflexion je vois l'eau non plus comme un élément destructeur mais au contraire comme l'élément fondateur de la vie.

Ce sont les hommes, par leurs mythes, qui ont cru y voir un élément négatif, ou tout au moins purificateur. L'eau est, au contraire, créatrice de vie, elle lave, abreuve, féconde. Tout organisme vivant a besoin d'eau pour vivre.

En revanche, le feu reste bien, lui, un élément destructeur, purificateur.

Et puis je posais aussi la question du pourquoi de l'absence presque totale du mythe du déluge en Afrique.

J'avoue ne pas avoir de réponse si je veux rester dans la dimension évolutionniste, où l'homme serait apparu en Afrique, car il aurait malgré tout comme origine cette soupe initiale, cette eau au sein de laquelle la vie a vu le jour, après une alchimie complexe.

Et donc tous les hommes devraient posséder en eux ce souvenir initial.

En revanche, si le déluge est le souvenir d'un cataclysme réel, pourquoi les hommes d'Afrique ne s'en souviendraient ils pas alors qu'en Asie ou en Amérique les Traditions l'évoquent largement ? je n'ai donc ici non plus, pas plus de réponse satisfaisante. Une possible absence de grands fleuves, d'éloignement des côtes, ne me convainc pas.

Peut-être m'en apporterez vous une ?

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Jeudi 25 septembre 2014 4 25 /09 /Sep /2014 06:48

Notre V\ M\ nous ayant demandé dernièrement - lors de sa planche de réinstallation - de réfléchir, cette année, à ce monde dans lequel nous sommes immergés, j’ai voulu commencer…et bien…par le commencement ! Mais quel commencement ? Celui de l’Univers ou celui de l’Humain ? Ou les deux, peut-être ? ! De tous temps et en tous lieux, l’Homme se pose constamment des questions sur ses origines et celles du monde. Il cherche toujours à savoir ce qui a précédé son arrivée, qui l’a conçu et comment. Nous ressentons tous la nécessité de cette connaissance du passé, elle nous pousse à l’étude de l’Histoire. Le passé explique le présent et aide à mieux prévoir le futur.

Mais avant que d’employer des mots à tort et à travers et afin de mieux cerner le titre de mon travail, je pense utile de trouver leur signification encyclopédique.

La cosmologie c’est la doctrine scientifique expliquant la formation de l’Univers par l’étude de la naissance et de l’évolution des différents éléments constituant les galaxies. C’est avec Descartes et sa publication intitulée « le Monde », en 1664, qu’a démarré la recherche cosmologique moderne. Vite suivie par Kant, Laplace et bien d’autres, elle a obtenu des débuts de réponses sur la formation du cosmos. Chaque décennie, depuis un peu plus d’un siècle, nous apporte une nouvelle théorie sur la naissance et les structures de notre univers et tout cela nous donne un éclairage chaque fois plus précis sur notre planète, sa révolution autour du soleil, les étoiles, les trous noirs et autres comètes ou météorites... Ainsi avons-nous découvert, dans les années 1920, la théorie du Big Bang, l’explosion originelle d’il y a 10 ou 20 milliards d’années. Les chercheurs affirment réussir l’observation et l’enregistrement de son bruit quelques dizaines de secondes après l’évènement selon lequel l’énergie libérée par l’éclatement de l’atome primordial fut la source de la matière, constituant primitif de l’univers.

Le décor est planté… Quant à la naissance de toute vie sur terre, les scientifiques sont parvenus jusqu’à ce tortillon microscopique, constituant premier de tout être vivant tant végétal qu’animal, j’ai nommé l’ADN. Nous commençons, également, à mettre de l’ordre chronologique dans les différentes espèces peuplant ou ayant peuplé la planète. De découvertes en découvertes, on est capable, à présent - même si c’est encore de manière fragmentaire et imprécise - de dater et situer géographiquement l’apparition et les différentes migrations de nos très lointains ancêtres. Bien que passionnant, tel ne sera pas tout à fait mon propos ce soir…

La cosmogonie, et c’est ce qui m’intéresse ici, est l’ensemble des doctrines mythologiques créées par les différents peuples pour répondre à leurs préoccupations de genèse. Alors ? Mais qu’y avait-il AVANT cette création ? Le vide, la confusion, l’inexistant, l’informel, l’incréé : c’est–à-dire le chaos, source d’invention du commencement ! Notion immatérielle très difficile à imaginer, aussi difficile à percevoir que celle de l’infini ! C’est pourtant par ce chaos primordial qu’est apparu le monde d’où la vie a fini par émerger ! Donc…la cosmogonie par le chaos, titre de cette planche…mais je pourrais l’intituler aussi, sans en changer le sujet d’un iota, la Genèse par le Tohu-bohu…pour rester dans les points de vue judéo-chrétiens où nous évoluons…

Personnellement, j’ai toujours été attirée par les mythes et les légendes, chargés en allégories et en symbolisme, qui se transmettent de génération en génération et remontent à la nuit des temps. Toutes les civilisations, ou presque, ont eu la même démarche les poussant à imaginer l’antériorité de toute vie, l’avant création. La majorité des peuples a supposé une cosmogonie répondant à ses croyances divines et expliquant les observations célestes de ses sages : les mouvements quotidiens et cycliques des astres, la régularité des saisons, les cycles de l’existence leur ont suggéré un ordre cosmique. C’est ainsi qu’ils ont trouvé une preuve, convaincante à leurs yeux, d’un projet rationnel auquel serait soumis l’univers - si déconcertant - qui les entourait. Je pars donc en voyage dans le temps pour visiter quelques unes de ces croyances imaginées par l’Homme…

Ma première visite est pour l’une des rares civilisations s’étant peu préoccupée de savoir d’où pouvait bien venir le monde, la Mésopotamie. Je commence par l’une des exceptions du sujet ! En effet, les Sumériens, habitants du « pays du milieu des fleuves », - c’est ainsi que les Grecs les surnommaient – ne se posaient aucune question sur les origines de l’Univers, sur l’apparition du monde ou de la vie. Ils étaient bien trop occupés par l’organisation de leurs villages primitifs pour envisager le monde ailleurs et autrement que le concret vécu tous les jours. Il faudra attendre l’émergence de la civilisation babylonienne pour qu’apparaisse un début de mythe sur la question. Et là, tout commence par une séparation, celle de An, le ciel, d’avec Ki, la terre, par la faute de leur fils Enlil, seigneur de l’atmosphère. Puis, intervient Enki, le dieu primordial qui, pratique et proche de l’Homme, crée et organise le monde et les civilisations.

C’est le « poème de la création » des akkadiens qui raconte la Création vu par nos très lointains ancêtres. Selon la légende, Enki l’aurait remit à Anu, premier de tous les hommes, sous forme de 7 tablettes de pierre gravées.

Il commence par ces vers : « Lorsque Là-haut le ciel n’était pas encore nommé ; Et qu’ici-bas la terre-ferme n’était pas appelée d’un nom ; Seuls Apsû-le-premier, leur progéniteur ; Et Mère-Tiamat, leur génitrice à tous ; Mélangeaient ensemble leurs eaux : Ni bancs-de-roseaux n’y étaient agglomérés ; Ni cannaies n’y étaient discernables ».

Ce couple de géniteurs, AN et KI, n’a aucune origine connue. Ils sont ! Sans autre forme d’explication. Reculant de quelques siècles et enjambant plusieurs états, me voici en Asie où une première version de la mythologie chinoise crée le Ciel et la Terre bien avant l’Humanité.

Ces asiatiques nous parlent d’une mère créatrice Niu-Koua mais sans nous en expliquer l’origine. Qui est-elle, d’où vient-elle ? Aucune précision n’a été transcrite nulle part ! Elle existe, c’est tout ! Elle invente l’Univers, y prend son temps et finit par modeler des hommes dans de la glaise jaune, bien sûr, avant d’en fabriquer d’autres avec de la boue. Ceci prouvait aux chinois qu’ils appartenaient à la race des « hommes nobles » alors que les autres étaient de la race des « hommes vils ». La xénophobie est aussi vieille que nous… Hitler n’en est qu’un misérable représentant moderne !

Une autre légende raconte l’apparition extraordinaire d’un héros capable de prendre un aspect à la fois homme, dieu et démon. J’ai nommé P'an-Kou. Lui serait né d’un chaos à forme d’œuf. Cet œuf est constitué de purs éléments « Yang » - d’où sera issu le Ciel – et de purs éléments « Ying » – d’où sortira la Terre. Mais cette naissance n’est pas tout à fait spontanée. L’être se confond d’abord avec ses parents, prenant tantôt le côté masculin, tantôt le côté féminin des deux principes. Il se transforme sans arrêt pour finir par devenir la première manifestation de vie, tandis que le Ciel s’élève au-dessus de la Terre. La Terre finit par être l’infiniment profonde d’aujourd’hui et le Ciel l’infiniment haut.

Voici donc le premier être vivant qui décédera au bout de 18 000 ans, record de longévité s’il en est ! Apparemment, il vécu tout ce temps tout seul sur la planète et sous la voûte céleste. En effet, le Chou-Yi-King, recueil de textes anciens, nous dit que c’est de son cadavre que sortent les différentes formes de vie. Il est le « Grand Ancêtre des Dix Mille Etres » qui peuplent le monde. Sa tête devient la Montagne Sacrée, ses yeux sont à présent le Soleil et la Lune, son sang a fait les fleuves et les mers, son système pileux a donné les végétaux, sa voix a sorti le tonnerre et ainsi de suite…

En résumé et mis à part le sort funeste de l’individu, il est à rapprocher du Yahvé de la bible dans le sens où c’est lui le créateur de toute chose en ce monde. J’arrive dans le royaume gouverné par le pharaon de Haute et Basse Terre… Il est évident, pour les Egyptiens, que, puisque nous avons tous une mère, le monde en a une aussi. Et c’est de son ventre que tout est issu. Elle a surgi du chaos, du rien, du néant et s’est engendré elle-même. Cette croyance, d’abord transmise oralement, semble remonter à encore plus haut que la civilisation pharaonique et venir de lointains ancêtres nubiens. N’aurions-nous pas, ici et un peu comme en Chine, une approche d’un dieu unique ? Etonnant lorsque l’on suit de près l’histoire des croyances égyptiennes qui a multiplié à l’envie les dieux et demi-dieux, un peu comme le feront plus tard les grecs, repris par les romains...

Cela expliquerait-il l’apparition du monothéisme d’Akhénaton et celui du peuple de Moïse, quelques siècles après ? Il semblerait que l’idée était déjà là, depuis le début, mais que son affirmation a mis plusieurs millénaires à s’imposer. Toujours est-il que ce personnage va, au fil des dynasties, différer quelque peu afin de mieux expliquer aux hommes le façonnage du monde suivi de celui des humains. Cette mère primordiale prend, au fil des générations, des apparences, des légendes et des noms différents pour l’approche du même phénomène. Mais elle devient, d’abord et avant tout, Rê, dieu solaire suprême et à qui tous les démiurges sont, tôt ou tard, assimilés. On croise ainsi Atoum qui engendre Shou et Tefnout, créateurs de l’atmosphère et de l’eau d’où émerge toute vie. Puis, très logiquement, ce couple met au monde Nout inventeur de la voûte céleste et Get, créateur du plancher du monde. Ainsi de suite, de générations divines en générations divines se forment l’Univers et tout ce qui l’habite.

On trouve Khnoum, (nom différent mais même principe procréateur de toute chose), présenté sous forme d’homme à tête de bélier, qui façonne le premier homme sur son tour de potier. Il y a aussi Khépri (ou Kheperer), le scarabée sacré, qui, par transformation permanente, crée l’univers, la terre, les êtres vivants. Cet aspect de la mère primordiale finit par devenir symbole de l’immortalité. Voici Amon, grand dieu figuré en humain de couleur bleu – comme le ciel –. Lui, prend Mout, la déesse-mère d’Egypte, pour femme et c’est à eux deux qu’ils engendrent l’Univers et tout ce qu’il contient. Enfin, on trouve le dieu crocodile Sobek, tout aussi créateur du monde, mais assez féroce et vorace pour dévorer ses créations, s’arrogeant le droit de vie et de mort sur ses progénitures. De multiples visages pour un principe créateur unique, c’est ainsi que ce peuple trouvait des réponses au commencement des commencements.

Je saute quelques lustres pour m’arrêter à la cosmogonie hébraïque : c’est, ici, se pencher sur la Bible…bien entendu ! Je vous fais grâce du récit que chacun d’entre nous connaît sur Dieu créant le monde en six jours et se reposant le septième. Mais d’où vient Dieu ? Ca on ne le sait pas…tout comme la mère égyptienne ou la Niu-Koua chinoise, c’est une apparition spontanée, semble t’il ! Selon une très ancienne légende juive, Dieu produisit dix choses : les cieux et la terre, Tohu et Bohu – grand désordre originel créateur, la lumière et les ténèbres, le vent et les eaux, la durée du jour et celle de la nuit.

Savez-vous qu’il existe, en fait, deux récits de la Création ? Le premier daterait de plus de huit siècles avant notre ère : le Yahiste. Ce premier texte est de tradition purement orale et se présente poétiquement. Il était transmis de père en fils, de famille en famille. Le plus récent, l’Elohiste, aurait deux siècles de moins et serait celui qui a été choisi pour servir d’ouverture à la Bible. Tous deux racontent à peu près la même chose, reprenant la toute première légende et apportant, au fil du temps, de nombreux détails.

Sautant encore d’époque et d’une civilisation à d’autres, je passe par les mythes celtiques. Eux ne parlent pas directement de création du monde mais croient en la pré existence d’un démiurge. Selon les récits, il est dieu ou héros, masculin ou féminin et offre toujours une très nombreuse descendance. Sa principale occupation est le défrichage de la planète pour faire apparaître toujours plus de plaines, de nouveaux lacs et des rivières. Chacune des cinq vagues mythiques irlandaises apporte son complément de décor qui permet à l’Humanité de s’établir et de se développer, protégée et gouvernée par une multitude de dieux plus ou moins guerriers.

Même les Incas vénéraient un dieu créateur suprême nommé principalement Viracocha. Représenté sous forme humaine, il est le premier de tous dans les croyances amérindiennes. Il est le géniteur des ancêtres mythiques nommés Ayar manco et Mama Ocllo. Dieu tutélaire, il ne possède pourtant pas la suprématie dans la pensée inca. C’est un autre dieu, le dieu-soleil Inti, que les Incas pensaient être leur père. Le soleil –comme dans la civilisation égyptienne – est le principe majeur de cette cosmogonie lointaine malgré un panthéon riche en divinités variées. C’est lui qui, las de la barbarie, de l’ignorance et de la misère dans laquelle vivaient ses enfants – les hommes – leur envoya deux de ses progénitures divines pour leur apprendre à vivre mieux et plus proches de la nature qui les entourait. Ici comme dans toutes mes autres visites, il n’est pas expliqué l’origine première du fondateur de l’Univers.

Je pourrais, comme ça, faire le tour détaillé de bien d’autres civilisations…en passant par les Grecs, les Romains ou les Hindous… Ce soir n’y suffirait pas… Toutes ces cosmogonies présentes des points similaires. Malgré les différentes composantes spécifiques à chaque récit, ce sont ces observations les points les plus intéressants. Voilà bien une réaction universaliste que cette recherche puisque, si les contes divergent parfois – pas toujours -, le phénomène de questionnement, lui, s’est posé quasiment partout et depuis le début de la civilisation de l’Humanité : dès qu’il s’organise en société, mais aussi dès qu’il commence à enterrer ses morts, l’homme cherche des explications à son existence et un commencement avant le commencement des temps. C’est sa façon de répondre à son besoin de comprendre, sa soif de savoir.

De continents en époques, tous aussi éloignés les uns des autres, l’idée est venue à l’esprit d’hommes aussi différents que pouvaient l’être les amérindiens, les chinois, les arabes ou les irlandais… Et là, on ne peut que se rendre compte que se pencher sur les cosmogonies c’est plonger dans la naissance de la spiritualité. C’est en transcendant le phénomène de création que l’homme est parvenu à l’invention des divers dogmes religieux auxquels les populations se sont soumises et se soumettent encore de nos jours.

Ensuite, on remarque que les échanges, tant commerciaux que guerriers, ont contribués à la propagation d’idées et de croyances et ceci bien avant les diverses découvertes instrumentales et technologiques permettant les vérifications scientifiques. En effet, certaines similitudes se repèrent facilement d’une histoire à l’autre.

La réflexion qui me vient c’est le monothéisme archaïque qui se dégage souvent de plusieurs de ces mythes. Enki, le dieu primordial babylonien, la mère créatrice chinoise Niu-Koua, l’Elohim juif, le démiurge celtique, la mère primitive des Egyptiens, jusqu’au dieu Viracocha inca, ils sont d’abord uniques. La plupart assurent leur descendance par une myriade de déesses, de dieux ou demi-dieux plus ou moins proches des hommes qu’ils guident, surveillent, combattent, tuent ou honorent.

Chacun de ces principes organisateurs, qu’il soit assimilé au souffle, à la parole ou à l’esprit, représente l’avant le commencement, c’est ce qui lui donne sa valeur exceptionnelle. Tous sont sortis de l’imagination humaine sans qu’il y ait eu besoin d’apporter des précisions sur leur éventuel passé ! Ils pré existent, voilà tout ! Toute origine, chaque création est – par essence même – sacrée : celle du monde, quelque soit la manière de l’appréhender, l’est encore plus parce qu’elle garde son énigme et parce qu’elle est d’intervention divine. Mais cette nécessité est temporisée par une autre : celle de mettre à la portée de chacun une partie de ces mystères qu’il ne parvient pas à bien expliquer mais dont il éprouve le besoin.

Une autre réflexion me fait remarquer que les hommes ont compris qu’avant leurs apparitions, le décor devait d’abord être créé : chaque démiurge débute son « travail » par le façonnage d’un cadre de vie : le ciel se sépare de la terre, le jour et la nuit se différencient, l’air, le feu, l’eau et la lumière se constituent. Puis viennent les éléments naturels tels que les montagnes, les rivières, les plaines… L’Humain semble ainsi être l’aboutissement du labeur du dieu-créateur, la finalité, pourrait on croire.

Enfin, une dernière réflexion émerge de ma recherche : rien ne se produit calmement, dans la paix : le chaos originel qui permet le déploiement de l’énergie indispensable à la création du monde entraîne, obligatoirement, conflits, débordements, guerres. L’ordre ne peut s’établir qu’après le désordre, le Tohu-Bohu. Aucune de ces légendes n’a une ambiance de paix, de sérénité. Toutes ces scènes sont un enchainement de terribles luttes.

Cela me fait penser à la mère qui enfante dans la douleur, à l’artiste qui crée le plus souvent dans le malheur et la pauvreté. Le démiurge, qui façonne le monde, travaille à partir d’une énergie destructrice qu’il ordonne et organise. Cela voudrait dire que toute création ne peut se faire que dans le sacrifice. Et cela voudrait-il dire que du chaos de chaque guerre doit ressortir l’ordre de paix auquel nous aspirons tous ? Je me pose la question. Jung dit que changer c’est à la fois naître et mourir ! Un peu comme nous le faisons en tapant à la porte de notre T\ Nous mourrons dans le Cabinet de Ref\ pour renaître au bout de l’Initiation qui débute par un voyage chaotique, se calme un peu au cours du deuxième pour s’apaiser au troisième, juste avant le jaillissement de la Lumière.

RESUME

Dès qu’il s’organise en société, mais aussi dès qu’il commence à enterrer ses morts, l’homme cherche des explications à son existence et un commencement avant le commencement des temps. De continents en époques, tous aussi éloignés les uns des autres, l’idée est venue à l’esprit d’hommes aussi différents que pouvaient l’être les amérindiens, les chinois, les arabes ou les irlandais : c’est en transcendant le phénomène de création qu’ils sont parvenus à l’invention des divers dogmes religieux auxquels les populations se sont soumises et se soumettent encore de nos jours. Parce qu’il leur est évident que seule une intervention divine peut être à l’origine de toute chose. Rien ne se produit calmement, dans la paix : le chaos originel qui permet le déploiement de l’énergie indispensable à la création du monde entraîne, obligatoirement, conflits, débordements, guerres. Cela voudrait dire que toute création ne peut se faire que dans le sacrifice.

Source : www.ledifice.net

Par E\ V\ et C\ L\ - Publié dans : Planches
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Mercredi 24 septembre 2014 3 24 /09 /Sep /2014 07:37

Le frère Expert se lève et, avant de tracer le tableau de loge qui va achever la préparation matérielle de la loge, il ouvre le Livre de la Loi Sacrée au Prologue de Jean :

« Au commencement était le Verbe,
le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était proche de Dieu.
Tout a existé par Lui et rien de ce qui existe n’a existé sans Lui.
En Lui était la Vie des Hommes et la Vie était la Lumière des Hommes.
La Lumière brille dans les Ténèbres et les Ténèbres ne l’ont pas connue
. »


Nos travaux se déroulent sous le patronage de Jean et de ce texte cosmogonique tiré du Livre de la Loi Sacrée.
Toutes les traditions possèdent un mythe qui raconte la création de l’univers et explique sa fin. Depuis l’océan de lait de Brahmâ jusqu’au Pancréator orthodoxe ou le serpent à plumes aztèque, toutes les cultures racontent un mythe de genèse explicatif de l’état actuel du monde et qui comporte des indications sur sa fin possible, probable ou certaine.
Ces cosmogonies inspirent les monuments qui nous sont parvenus : soit des observatoires astronomiques pour suivre la cosmogonie en marche comme à Stonehenge, soit des monuments reconstituants la cosmogonie elle-même dans la pierre comme à Angkor, soit des livres de pierre racontant cette cosmogonie comme nos cathédrales.
L’humanité se partage entre ceux qui pensent avec Jacques Monod, que la Vie est due au hasard et à la nécessité et ceux qui croient que l’univers a un sens.
Nous autres, maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, pensons que l’univers a un sens et que ce sens lui est donné par un Principe supérieur que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers.
Cette appellation marque notre volonté de ne pas l’identifier à un dogme et permet à chacun d’avancer à son rythme sur le chemin de sa propre compréhension de la transcendance depuis la figure d’un dieu révélé jusqu’à l’abstraction d’un principe mathématique.
Notre article 1er de la Déclaration de principes de la Grande Loge de France dit explicitement : « La GLDF travaille à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. »
Cette invocation qui consacre nos travaux, c’est-à-dire qui les rend sacrés, doit ramener à notre conscience, si nous l’avions oublié, que nous sommes des ouvriers qui travaillent sur un plan, et qui dit plan dit finalité. Finalité qui nous échappe et nous échappera jusqu’à l’orient éternel, mais finalité qui nous impose en permanence la recherche de notre propre amélioration afin d’être le meilleur ouvrier possible, car il est plus facile de faire son devoir que de le connaître.
Ce n’est que dans la perspective de cette finalité que la fraternité, fondement de notre ordre initiatique et traditionnel, offre sa véritable dimension.
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu …. »

Ce « commencement » temporel et éternel ouvre le déploiement d’une Cosmogonie qui se poursuit encore aujourd’hui et que viendra clore l’Apocalypse du même Jean.
Commençons par l’étymologie : cosmos vient du grec kosmos que nous traduisons rapidement par monde ou univers mais qui veut d’abord dire « ordre » et « beauté », et gonie qui veut dire génération au sens d’enfantement. La cosmogonie est donc l‘enfantement dans la Beauté de l’ordre universel. Une sorte d’abrégé de notre devise « Ordo ab Chaos »
Voyons d’abord ce que la science, la physique fondamentale, l’astrophysique peuvent dire aujourd’hui sur la cosmogonie, sur la création de notre univers.
La théorie du Big Bang initial reste, pour le moment, majoritairement reconnue comme étant la plus probable, même si, comme toutes les théories, elle a ses détracteurs. Cela se serait passé il y a entre treize et quinze milliards d’années. Depuis, selon une complexité croissante, la vie en est arrivée sur notre planète au stade humain.
Tous les astrophysiciens sérieux professent que les statistiques nous obligent à concevoir que la Terre n’est pas la seule planète habitée par la vie dans la Voie Lactée, notre galaxie, et à fortiori dans l’Univers. Ces mêmes statistiques nous obligent également à admettre que l’évolution intellectuelle et technologique de l’humanité n’est pas un étalon absolu et que d’autres intelligences peuvent fort bien se trouver à d’autres stades plus ou moins élevés.
L’évolution de l’Univers a deux fins possibles : soit l’expansion infinie avec un refroidissement constant, soit une inversion de l’expansion en cours vers un Big Crash final. Le choix est entre les deux scénarii est entre les mains (si j’ose dire) d’une particule élémentaire appelée neutrino : si cette particule a une masse, même infinitésimale, alors la Loi d’attraction impose un ralentissement progressif puis un retour vers le point de départ : c’est le scénario du Big Crash qui prévaut aujourd’hui.
Car il semble bien que ce neutrino ait effectivement une masse et qu’après une période d’expansion toujours actuelle, il y aura une période de contraction. Les anciens Védas indous appellent cette alternance : la respiration de Brahmâ.
Depuis les années 1905-1910, deux grandes théories s’affrontent dans l’explication physique de l’Univers : la théorie d’Einstein de la Relativité générale et celle de Planck, la théorie quantique.
Je ne rentrerais pas dans l’explication de ces théories, mais je rappelle seulement qu’elles se sont combattues par physiciens interposés pendant 60 ans comme étant irréductibles l’une à l’autre.
En fait, le statu quo s’est organisé dans une répartition des territoires : à Einstein, la physique subatomique et à Planck, la physique infra atomique.
Mais en 1962, un mathématicien et physicien français, Jean Charon publie « Eléments d’une théorie unitaire de l’Univers » puis en 1974 « Théorie de la Relativité complexe ». S’en était fait de la guerre entre les 2 théories même si, comme à l’accoutumée, des escarmouches continuent en arrière garde.
Charon et d’autres à sa suite avaient réussi à fondre les deux visions en une théorie unitaire. La clef leur avait été donnée par l’étude des trous noirs. Un trou noir apparaît (si j’ose dire puisqu’il est invisible) quand une étoile massive s’effondre sur elle-même au point de contraindre les éléments constitutifs de l’atome, protons, neutrons et électrons à s’agglutiner les uns contre les autres. Cette monstrueuse contraction crée un objet d’une densité telle qu’il crève littéralement l’espace-temps pour disparaître ne laissant dans l’univers que la trace de son emplacement sous forme d’un point d’attraction infinie capable de tout avaler y compris … la lumière ! Ce pourquoi il devient invisible.
Mais si cette étoile a disparu à nos yeux en trou noir, elle existe toujours, mais …… ailleurs et c’est l’étude de cet « ailleurs » qui a permis à Charon de construire sa théorie. Ses publications ont été saluées comme des avancées éminentes de la physique fondamentale, et on commença même à parler de Prix Nobel, jusqu’à ce qu’il publie d’autres ouvrages dont certains de vulgarisation sur les conséquences de sa théorie, en particulier sur l’électron.
En faisant court, l’électron est un trou noir à la taille des particules élémentaires : il est éternel, invisible, n’a pas de masse, accroît son énergie sans jamais en perdre, et interagit avec ses voisines avec lesquelles il peut échanger des informations. Comble du paradoxe, ils peuvent échanger entre eux des informations instantanément quelle que soit la distance qui les sépare, ce qui va à l’encontre du tabou de la vitesse limite de la lumière.
Tous ces développements ont amené Jean Charon à conclure que l’électron manifestait des caractéristiques en tout point semblables à celles que l’on prête à l’Esprit : immortalité, accroissement constant d’organisation, réalité d’un autre niveau mais interagissant avec le nôtre, etc … L’électron participe temporairement à des structures vivantes que la mort détruit sans que lui-même soit altéré le moins de monde.
Je vous laisse à penser le sort que ces collègues scientifiques lui réservèrent. Pourtant ses publications scientifiques continuent à faire autorité car personne ne peut, pour le moment, trouver de faille dans ses raisonnements.
Les trous noirs et l’électron nous démontrent donc scientifiquement qu’il existe un « ailleurs » où nos lois physiques classiques sont inversées, temps, espace, entropie, vitesse de communication pour ressembler curieusement à un univers spirituel.
Laissons maintenant un instant la science avec notre côté Soleil pour laisser parler la Lune et notre imaginaire nourri de ces informations scientifiques et des mythes de la Tradition.
Toutes les traditions racontent une histoire ou plus exactement l’Histoire du Monde avec un H. Ces mythes sont parfois traités avec un mépris à peine déguisé par des têtes bien pensantes au nom de la réalité cognitive : tout ce fatras ne serait qu’une tentative d’explication anthropomorphique pour compenser notre peur de mourir.
Cela n’a jamais été pas mon sentiment personnel et encore moins mon sentiment de maître maçon.
Tous ces mythes parlent du GADLU et de l’Univers, le sien et le nôtre. Or quelle que soit notre envie, nous ne pouvons employer que des mots d’homme ; même ce que nous appelons l’abstraction mathématique est encore anthropomorphique. A chacun d’entre nous de trouver l’idée derrière le mot.
Pour aller plus loin, je vous propose un songe qui pourrait avoir été celui d’Hiram et qui combine dans une forme que j’espère maçonnique les grandes traditions spirituelles. Et souvenez-vous que pour approcher l’indicible, le seul outil qui vaille est le symbolisme.
Imaginez, si vous le pouvez, le Néant, sans lumière, ni forme, ni temps, ni son.
C’était il y a très, très longtemps : 15 milliards d’années.
Le GADLU sortait doucement de sa rêverie car le moment était proche. La montée de Son désir devenait trop forte. Il savait que toute Sa sagesse allait vouloir répondre à la Force qu’il sentait monter en Lui.
Une énorme pulsion de volonté L’amena à se contracter pour créer un espace de vide suffisant afin d’accueillir la Beauté d’un nouveau cycle de croissance.
Il savait déjà combien l’extase de la création allait engourdir Sa conscience ; Il vibrait doucement au bonheur à venir des fusions futures.
Sa volonté se fixa tout entière sur Son désir et Il S’abandonna au déchaînement de la jouissance pure.
La Lumière vibrante envahit tout le Vide et partit à la rencontre du Néant. Le flamboiement s’accompagna d’une fantastique chaleur dans laquelle rien n’existait en densité.
La violence de l’acte créateur, la puissance infinie de la sensation, les torrents de Lumière accompagnant la Force de Son cri d’Amour lancèrent à nouveau des myriades de semences hors de lui dans l’espace ainsi créé.
Ces graines inconscientes, ces éons, incandescents tourbillonnaient, se déployant toujours plus loin, s’écartant peu à peu l’une de l’autre, s’éloignant de Lui.
Lui, comblé, engourdi, radieux voyait ce nouvel univers insouciant de sa quête pourtant déjà commencée, s’épanouir en corolles étincelantes et colorées.
Lentement avec l’éloignement, la chaleur diminua et les Lumières se séparèrent : l’une à l’extérieur, l’autre à l’intérieur.
Les éons nouveaux nés sortirent de leur torpeur et s’identifièrent aux premiers grains de matière que leur inertie avait fait apparaître.
Alors cherchant sans savoir quoi, ils se rapprochèrent, se connurent, s’agglutinèrent, élaborant ensemble des machines à apprendre.
Ils s’organisèrent selon les règles de la Vie qu’Il avait données, écartelés sans encore le comprendre entre une vague nostalgie et un espoir fou. Toute leur recherche tendue vers ce manque impossible à qualifier qui pourtant les empêchait de rester immobiles.
Lui attendait, disponible, aimant, et attentif.
Avec lenteur d’abord, puis de plus en vite, les éons remontaient l’échelle de Lumière : sidéral, élémental, minéral, végétal, animal.
Chaque expérience rendait la quête plus nécessaire, plus impérieuse, leur désir plus fort et la nature de ce désir plus proche et pourtant encore si mystérieuse.
Les formes périssables qu’ils élaboraient les obligeaient à perdre périodiquement leur support matériel et à expérimenter la peur de la Mort.
Cette Mort les replongeait momentanément dans un état de conscience pur proche du Sien et cependant toujours voilé.
Mais toujours le ressort du désir les poussait plus loin sans s’attarder.
Peu à peu, leur conscience engourdie s’éveillant, des échos lointains leur laissaient à penser qu’une autre réalité était possible ou même nécessaire : « Chimères ! Avancez » disaient les marchands, « A genoux ! Craignez la colère des Dieux ! » disaient les prêtres.
Mais ils continuaient à travailler en plus grand nombre dans des ensembles chaque jour plus complexes qui leur permettraient de mieux avancer et d’accroître encore et encore leur niveau de conscience.
Les galaxies, les systèmes planétaires se pliaient à leur recherche.
Ils travaillaient en groupes, les plus éveillés aidant leurs voisins les plus proches avec qui ils avaient depuis longtemps l’habitude d’échanger.
Ils essayent maladroitement à travers ces échanges d’apaiser le besoin secret qui les taraudait.
Des écoles s’organisaient en créant en leur sein des synergies plus profitables pour calmer leur tension intérieure.
Puis, un jour, un éon recouvrit sa mémoire: il se tourna vers Lui et Lui sourit. Il se leva parmi les siens et dit « : « L’Esprit est ». Alors la quête consciente commença.
Ce premier fut suivi par un second puis un troisième, un quatrième ……
Ensemble s’épaulant, ils conçurent de nouveaux cénacles pour aider ceux qui étaient prêts à retrouver la mémoire plus vite, à aimer plus vrai.
Ces cercles se remplirent et d’autres furent nécessaires.
Les marchands essayent périodiquement de ralentir ce mouvement, de fermer les écoles, de tuer les meneurs, mais rien n’y faisait : leur ardeur était Sa joie, leur prière Son attente.
De temps en temps, l’un d’eux se levait pour parler de Son amour : certains pleuraient de joie, d’autres riaient.
Le jour arriva où leur amour fut suffisant : la dispersion se ralentit et s’inversa : le retour avait commencé.
Chaque fois qu’ils le pouvaient, les éons fusionnaient dans un éclair de Lumière pour rendre visible cette puissance de l’Amour. Et chaque fois, ils se rapprochaient davantage de Lui pour mieux Le connaître.
Peu à peu, les galaxies revenaient du fond de l’espace vers Lui en chantant. Chaque fusion accélérait le mouvement.
Puis, la Lumière intérieure réapparut, vibrante, scintillante. Le chœur de Ses proches se fit entendre de tous.
Enfin, quand ils furent tous prêts, en Paix jusqu’au dernier, unis dans leur chant d’Amour, Il les accueillit dans un appel prodigieux et tandis qu’ils plongeaient avec Joie dans Sa Conscience, Sa Sagesse Dilatée contemplait l’Univers se refermer en Lui.
J’espère que cette évocation poétique puisée dans diverses cosmogonies traditionnelles ne vous a pas lassés.
J’arrête là mon travail qui n’avait d’autres buts que de proposer à l’atelier de nouvelles pistes de réflexion sur l’homme et sa place dans l’univers.
Pour clore ce songe, je vous propose une citation d’un maître soufi :
« Quand j’ouvre les yeux, j’observe ma petitesse face à l’univers, mais lorsque je ferme les yeux, je vois l’univers en moi. »

V.M. et vous tous mes frères, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Vendredi 5 septembre 2014 5 05 /09 /Sep /2014 11:57

« La Tenue du Franc-Maçon » voilà encore une planche découverte sur le Net qui m’a interpellé et que je vous livre. Je qualifie cette planche à double sens car elle revêt non seulement l’habit du franc-maçon mais aussi la conduite du franc-maçon. Un beau parallèle est fait dans ce morceau d’architecture sur la vie du Franc-maçon dans le monde maçonnique et dans le monde profane : pas un double sens mais un quadruple sens finalement.

 Thème d’étude de l’Alpina – LA TENUE DU MAÇON


Dans l’idée de « tenue », le Franc-Maçon se trouve confronté à quatre concepts essentiels. Tout d’abord, les réunions rituelles des Francs-Maçons au Temple, sont appelées « Tenues », illustrant tout simplement le fait que la réunion se « tient » à ce moment et en ce lieu précis. Pour participer à cette tenue le Franc-Maçon, va revêtir une « tenue » vestimentaire particulière.
En tenue », le Franc-maçon doit adopter donc une « tenue » convenable, ce qui signifie une attitude, un maintien et une manière d’être corrects. Enfin dans le monde profane, le Franc-Maçon se doit d’avoir une « tenue », donc un comportement irréprochable.
Nous passerons sans nous y arrêter sur la « tenue » = réunion pour ne traiter ici que des trois autres aspects et surtout du comportement en loge et dans le monde profane.
La tenue vestimentaire.
Lors des tenues, les Frères doivent être chaussés de noir, vêtus de sombre (gris foncé, bleu marine ou noir). Ils porteront une cravate ou un nœud papillon noir sur une chemise claire (de préférence blanche), auxquels viennent s’ajouter deux des éléments symboliques parmi les plus importants dans notre ordre: le tablier et les gants blancs.
Cette tenue vestimentaire de base, qui est complétée selon les rites et les loges d’accessoires divers, (baudriers, sautoirs, camails, bijoux de loge, couvre chef, épées…) répond évidemment à des notions symboliques… L’uniformité de la vêture des Frères, les dépouille des diverses apparences et appartenances que leur confère leur accoutrement profane et les place en situation d’égalité.
L’importance de l’habillement apparaît dès le début de notre parcours maçonnique à travers la demande rituelle: « Comment étiez vous lors de votre entrée en loge ‘? » et la réponse « Ni nu, ni vêtu et dépouillé de tous métaux. » L’initié qui vient en quelque sorte de subir une purification, outre sa nouvelle tenue sombre, requise pour les tenues, se voit remettre l’essentiel : ce tablier et ces gants évoqués plus haut.
Le tablier, en principe en peau d’agneau mais parfois en tissu, est le signe distinctif le plus visible du Maçon. La blancheur de ce symbole du travail, suggère la pureté, la lumière, la rectitude de nos mœurs et l’égalité entre tous les Frères. Il sensibilise le Franc-Maçon aux valeurs de base de notre ordre et marque pour le nouvel apprenti son appartenance à la fraternité universelle. Il protége symboliquement le Maçon de ses imperfections, ses vices et ses passions.
Les gants indiquent que les mains d’un Franc-Maçon sont pures de tout acte blâmable, tel qu’exigé pour tout travail rituel. Portés pendant toute la durée des travaux en tenue, ils sont retirés au moment de la Chaîne d’Union. Alors toutes les mains des assistants s’unissent; dénudées pour favoriser la circulation de l’énergie de fraternité. Indissociables du tablier en tenueMaçonnique, les gants rappellent les engagements solennellement pris et tous deux ont la même signification quant aux exigences de la purification, prélude à la renaissance spirituelle.
Du maintien lors de la Tenue.
On peur affirmer sans grand risque de se tromper, que le fait de revêtir l’habillement traditionnel en vue de la tenue, constitue une préparation intérieure à l’ouverture, et surtout à celle du cœur. En effet, après avoir endossé cette tenue rituelle, on ne se sent plus le même, quelque chose a changé. L’uniformité d’ensemble de l’habillement solennel, porté avec dignité en tenue, dégage une impression d’unité, de calme et de sérénité propice à la qualité des travaux.
De façon subtile, un peu malgré soi, on s’est coupé du monde habituel, le monde profane. On s’exprime autrement. Le langage profane se fait plus discret, puis disparaît. On voit malheureusement encore trop souvent des parvis de Temples qui ressemblent plus à des halls de gare ou de foire. Pendant la tenue les propos n’ont pas toujours la retenue ou la réserve qui sont le résultat de la réflexion et de la modération. La façon de dialoguer des Maçons, qui consiste à ne pas s’adresser directement à un Frère mais à la communauté, devrait, si elle était plus scrupuleusement appliquée, contribuer à maintenir les échanges à la hauteur qui convient.
Le comportement physique lui aussi fait sa mutation, faisant place à une gestuelle spécifique dans le travail. La prise de parole répond à des règles bien précises (variant un peu d’une loge à une autre). Les respecter garantit là aussi des échanges plus fraternels et plus profitables pour tous. La posture enfin, assis sur les colonnes, doit être détendue mais digne et respecter une unité propre à la Loge.
L’unité de l’attitude renforce encore le sentiment d’appartenance à un groupe d’une autre dimension que celle des groupes profanes. On peut parfaitement se tenir assis bien droit les genoux légèrement écartés et les pieds, talons joints à l’équerre, pendant toute la durée d’une tenue, sans en concevoir de fatigue particulière. Bien entendu les Frères les plus âgés ou ayant des difficultés d’ordre physique, adopteront une posture compatible ave leur état. Que dire de ces Frères littéralement avachis sur leur siège ou un bras nonchalamment posé sur le dossier de celui-ci ou encore croisant les jambes, quand ce n’est pas le pied opposé posé sur le genou, etc…? Triste spectacle que l’on voit encore trop souvent dans certains ateliers.
Respectons nos usages, usages auxquels nous avons librement adhéré, afin que le profane ne s’insinue pas dans nos Temples, lieux de résidence du seul sacré.

Tenue dans le monde profane.

La Franc-maçonnerie, afin d’édifier le Temple idéal de l’Humanité et plus prosaïquement d’améliorer un peu ce monde où nous vivons, a besoin que ses membres tiennent les promesses qu’ils ont faites à l’égard de leurs semblables, à travers leurs actions dans la vie quotidienne. Tout commence dans la propre famille de chacun d’entre nous, en en respectant chaque composante et en ayant le souci permanent d’éduquer nos enfants dans le respect des valeurs fondamentales de l’humanité que nous avons faites nôtres. Elargissons la famille à la société dans laquelle nous évoluons. En prenant part à la vie des associations diverses (de parents, de donneurs de sang,..), en assistant ceux qui en ont la nécessité (jeunesse, personnes âgées), en s’engageant d’une manière générale dans des activités sociales, qu’elles soient professionnelles, politiques ou culturelles, le Frère impliqué présentera là une attitude résolument Maçonnique. Pour y arriver il est nécessaire de mettre en pratique l’aptitude à l’ouverture et à la compréhension des autres et de leurs problèmes, acquise par notre avancée sur la voie Maçonnique. Exprimons cette capacité par des actes empreints d’abnégation plutôt que par de beaux discours, dans le respect de nos choix moraux et éthiques. Cette aide et cette compassion que nous apportons à nos semblables, ne serait-ce que par l’exemple, inscrivons-la dans une perspective de justice. Le faire est déjà acte de justice. Allons au-delà de nos préjugés, exerçons la charité et offrons notre amour à toute personne, quelle que soit sa condition, son appartenance ethnique ou sa religion. Ne nous laissons pas circonvenir par les idées toute faites et posons-nous les bonnes questions. Evitons d’asséner nos propres vérités et laissons la porte ouverte aux avis d’autrui. En présence de situations conflictuelles, le Franc-Maçon aura à cœur dans la mesure du possible, de par sa capacité de réflexion et de pondération, d’apporter calme et apaisement.
Plus généralement essayons à notre niveau et avec les moyens qui sont les nôtres (et qui ont quelque consistance) de lutter contre l’envahissement de notre société par les valeurs fallacieuses de l’argent et par l’individualisme forcené. Si nous sommes vraiment désireux de combattre l’injustice et faire respecter la dignité humaine, en tous temps, en tous lieux et en toutes circonstances, que chacun de nous commence tout de suite à faire le peu qu’il peut. Ceux qui s’engageront sincèrement sur cette voie, aillant revêtu la « tenue » rituelle ou non, en « tenue » ou dans le monde profane, auront une « tenue » absolument correcte.


Tolérance et Fraternité – Orient de Genève Octobre 2007 

source : http://www.gadlu.info/

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Jeudi 4 septembre 2014 4 04 /09 /Sep /2014 07:02

Dans l'un des quatre récits évangéliques, dans celui que les philosophes et les amateurs de merveilleux préfèrent, il y a une phrase bien faite pour éveiller les curiosités. Saint Jean, considéré comme le plus compréhensif des évangélistes, comme ayant pénétré le plus près des mystères du Christ, dit à la fin de son Évangile: Il y a encore beaucoup d'autres choses que Jésus a faites; et, si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde entier pût contenir les livres qu'on écrirait. C'est de ces choses que je veux m'entretenir avec vous. C'est un sujet vaste, infini dans son ensemble et dans les détails. Nous prendrons seulement les épisodes typiques et représentatifs de la vie du Christ.

Si nous suivions l'ordre logique, il faudrait prendre le Verbe à l'origine des temps, Le suivre dans Sa descente immense à travers les mondes, à travers les nébuleuses, les planètes, voir ce qu'Il a fait sur la terre pendant le temps où Il disparut et où Ses faits et gestes nous sont inconnus, remonter avec Lui vers Son Père, lorsqu'Il quitta la terre, voir les secrets de Sa Présence permanente et de Son opération mystérieuse dans le coeur de ceux qui ont été élus à Le recevoir.

Une étude aussi systématique risquerait de devenir ennuyeuse. Je préfère adopter une méthode moins stricte, suivre l'un après l'autre les épisodes connus et soulever avec vous le voile qui flotte sur ces mystères. Ce sera un enseignement plus vivant et nous serons, en cela, plus conformes aux exigences de l'intelligence moderne qui recherche l'action et la vie. Comme chaque geste du Christ représente et féconde l'univers entier, nous aurons, en étudiant le plus minime de Ses gestes, un modèle pour tous nos actes et toutes nos pensées.

Aujourd'hui on parle beaucoup du Christ. Les uns cherchent à retrouver Ses traces en tentant des expériences avec la matière sociale, en se spécialisant dans la métaphysique ou dans les raffinements de l'esthétique. Mais le Verbe n'est pas ici ou là. Il est partout. Le Verbe offre, dans chacune de Ses manifestations, une synthèse parfaite de toute beauté, de toute bonté, de toute vérité. Chaque acte de Lui est un modèle pour nos sentiments, nos pensées et nos actes et reste toujours le type le plus idéal de tout ce que nous pouvons sentir, concevoir, élaborer ou réaliser.Jusqu'à présent on a fait la géographie de l'Évangile; nous allons essayer d'en faire la géologie, d'étudier les fondements de l'Oeuvre du Christ, de voir les côtés inconnus de Sa physiologie profonde. Tout ce qui est extérieur vient de l'intérieur, tout ce qui est visible vient de l'invisible. La vertu au moyen de laquelle les grands mystiques ont agi et qui a suscité d'autres mystiques sur leurs pas, n'est que la fleur merveilleuse de racines lointaines et profondes, d'efforts persévérants, de prières et de pénitences cachées de ces êtres supérieurs, de ces inconnus qui ont vécu dans l'obscurité et la pauvreté les plus complètes. L'enseignement du Christ est celui du labeur obscur auquel Il S'est astreint pour pouvoir produire et rendre possible en nous la descente de la Lumière. Tout ce que dit le Verbe vient du Père, le plus mystérieux, le plus inconnaissable des Etres. Les miracles spirituels qui nous charment par leur simplicité, leur familiarité, sont les fleurs jaillies de Ses labeurs inconnus, les fruits pour lesquels Il a tant peiné, accepté tant de souffrances et tant d'esclavages. Quand nous étudions l'Évangile, nous ne pensons qu'à imiter la vie publique du Christ. Nous devrions chercher à imiter les exemples et les leçons de sa vie cachée. Ce serait une tâche, un but plus modeste mais plus fertile en résultats. Il n'y a pas de sainteté sans la santé morale. Or rien n'est plus utile que le bon sens quand on aborde les mystères. Il faut savoir le conserver. Nous chercherons, dans ces causeries, à réagir contre la tendance contemporaine à rechercher l'effet et non le fond. Les hommes les plus en vue ne paraissent pas convaincus de ce qu'ils enseignent. On ne fait plus son travail consciencieusement et à fond, on donne à la réclame plus de soins qu'au travail. C'est pourquoi on arrive au factice et au falsifié. Il faut réveiller le goût du sincère, de l'authentique, de la conscience et, pour cela, fixer nos regards non seulement sur les scènes touchantes de la vie religieuse et mystique, mais sur le sol ingrat où ces merveilles ont trouvé leur primitive substance. L'incarnation du Verbe est un drame cosmique, le drame par excellence. La scène remplit tout l'espace, toute la durée du temps. Tous les personnages qui y participèrent et toute l'armée des créatures deviennent, à un moment, des spectateurs. Il faut se représenter l'instant initial du Monde, s'imaginer le Père semant une graine de Lumière dans un univers resplendissant, celui que le Christ appelle le Royaume , puis semant une autre graine dans cette circonscription prise sur le néant qu'est la Nature. Cette graine ci est semée à l'intersection de l'espace et du temps. Chacune de ces graines croît, mais en sens inverse; la première plonge ses racines en haut, dans le sol mystique que les Sages ont appelé la vierge éternelle. L'autre plonge ses racines dans toutes les substructures inférieures du monde matériel. Les deux se chercheront, progresseront à travers les siècles, tendant l'une vers l'autre et finiront par se rencontrer. Quand la rencontre a lieu sa fleur sera la Vierge son fruit sera la Nativité . Cette fleur donne naissance à un fruit qui rendra possible la Vie éternelle et le retour des créatures dans leur véritable patrie. Chacun de nous retournera un jour dans cette patrie vers laquelle quelque chose en nous tend comme l'enfant tend les bras à sa mère, sachant qu'il trouvera en elle le refuge qu'il cherche.
Mais, pour que le retour se réalise, il faut que toutes les créatures connaissent la vie inconnue du Christ et qu'elles aient compris et réalisé profondément ce qu'elle renferme d'enseignements. Cette vie inconnue, c'est la lente croissance de l'ordre éternel.

Avant de poursuivre, je veux attirer votre attention sur une distinction capitale. Je vais vous parler de choses merveilleuses, mais il faut faire la différence entre l'Occultisme et le Christianisme. Il ne se ressemblent pas; ils n'ont en commun que quelques traits extérieurs. L'ésotérisme et l'occultisme sont l'étude des forces naturelles par des moyens naturels et crées, par des méditations et des procédés tirés de l'arsenal de la nature. Le mysticisme n'est pas une étude, c'est un système de vie; il ne cherche pas la connaissance, mais l'amour; il ne convoite rien de la création, il ne désire posséder rien que le Surnaturel. Il a aussi un Invisible, comme l'occultisme, mais cet Invisible est purement spirituel. Prenez les forces les plus subtiles que jamais adepte ait maniées; elles obéissent néanmoins à des lois, elles sont conditionnées, soumises à l'espace et au temps; aussi renferment-elles toujours une proportion plus ou moins grande de matière. La physique, par exemple, a découvert que l'électricité, les sons, la lumière, les fluides ont un poids. On verra bientôt que la pensée, la vitalité pèsent aussi quelque chose. Dans l'Univers surnaturel, le domaine du mystère, tout est libre; il n'y a pas d'autre esclavage que celui qui est accepté librement par amour. Les forces du mysticisme ne sont soumises à aucune loi. Tout leur est perméable, depuis la roche la plus dure jusqu'aux océans de feu qui incendient les comètes; rien ne peut leur être une barrière. Dans l'Océan mystique, le Père veut; le Fils obéit. Il accomplit la volonté du Père. L'Esprit est le lien qui les unit, l'artisan de ces volitions. Selon l'occultisme aussi, sans doute, le Père crée, mais les études occultes n'ont d'autre objet que l'image de la Réalité, et l'Esprit y est remplacé par les forces naturelles. Par un décret providentiel, l'Arbre du Salut éternel est dirigé vers la terre vers un certain lieu, un certain groupe, et à un certain moment de la durée. Or qu'arrive-t-il lorsqu'un chimiste veut conserver un acide violent ? Il cherche un vase imperméable afin que ses parois résistent à l'action corrosive. La Providence fait comme le chimiste. Elle a prévu que le monde, un jour, aurait besoin d'Elle. Elle a donc préparé Sa venue dans Sa forme la plus visible; mais Elle a prévu que le monde ne pourrait supporter cette incandescence venant sous la figure du Verbe. En conséquence, elle a cherché sur terre un contenant, un vase éprouvé, afin que ce feu dévorant puisse y subsister, sans que les visages qui le regardent soient réduits en cendres. Elle a choisi, pour Se manifester, le temps le plus critique, où régnaient le mensonge, la violence, la négation de l'Esprit, le temps où les faibles étaient parvenus à la limite de l'écrasement, le temps où les humains semblaient n'avoir plus qu'un pas à faire pour tomber dans l'abîme. Ce temps ressemblait assez à celui où nous vivons actuellement. La Providence a choisi, dans ce siècle-là, les hommes les plus méprisés, les épaves des civilisations les plus anciennes, mais qui étaient les porteurs du plus grand acquis psychique; un peuple tenace, préoccupé de la matière, dur, fermé, intraitable; Elle a jugé que ce peuple constituait l'organe le plus propre à réaliser les desseins de Dieu, et que là pouvait descendre le Feu de Dieu .

Tels étaient les Hébreux il y a 2000 ans. Quand Moïse les emmena d'Egypte, ces esclaves avaient dans les veines le sang noir des anciens Éthiopiens, le sang rouge des Atlantes et celui plus neuf des Celtes primitifs; mais ils étaient les hommes les plus irréductibles que l'on pût alors trouver. Moïse a mis tous ses soins de théurge à rendre cette raideur encore plus imbrisable. C'est que de ce roc devait sortir la source de la vie éternelle, de cette race devait sortir le Doux, le Martyr volontaire et perpétuel.

Le Judaïsme d'il y a vingt siècles formait le centre du monde antique. Situé entre l'Egypte rouge et la Chaldée noire, entre l'Orient fanatique et la Rome réaliste, il semblait un point mort où se rencontraient les anarchies, les novations, les traditions, les puissances césariennes et les forces des instincts populaires.
Si nous avons compris la position du Peuple Juif d'alors, nous avons déjà saisi le mode d'action du Ciel sur la terre. Le rayon de lumière est plus visible sur un fond sombre que sur un fond clair. Il en est de même du point de vue moral. Dans les enseignements du Christ nous voyons que les plus coupables ont tous ses soins, toute sa mansuétude; que, chez un homme ayant deux fils, Il ne S'occupe pas de celui qui est bon et obéissant, mais de l'enfant prodigue. Il met tout en oeuvre pour le repentir et le retour de celui-ci.

Telle est la méthode que le Père emploie aussi bien envers les individus qu'envers les peuples et les races. Là où les ténèbres sont le plus épaisses, là se dirige spécialement l'action du Ciel. Là où règnent les enfers, où le mal semble triompher, c'est là que le Verbe se présente, là que s'abat l'Esprit. Nous ne faisons pas d'ésotérisme; pourtant il nous faut étudier ce qui s'est passé à l'intérieur de ce monde surnaturel qu'est le Verbe, et qui est la corporisation de l'oeuvre providentielle du Père. Le Père, un jour, a donné la vie au monde; puis, après que l'homme eût méconnu Ses dons, Il nous a donné le moyen de rentrer dans notre patrie. L'Arbre éternel a passé par le centre d'Israël; c'est pourquoi ce peuple d'Israël, dans ses enseignements, a toujours été près de la vérité. Ces enseignements, c'est dans la Kabbale qu'on les retrouve avec le plus de pureté; en particulier la Kabbale contient de nombreuses indications sur le Verbe et la Vierge-mère. Mais, questionnons le Christ Lui même avec sincérité et ingénuité. Nous tâcherons d'obtenir des réponses, quoique celles-ci ne soient pas très urgentes, puisque ni les uns ni les autres nous n'avons pu réaliser ce que nous avons compris de Ses paroles ! Espérons qu'au moins ces réponses nous donneront plus de zèle pour faire un pas en avant. Le plan de la Création peut, en résumé, être représenté comme suit: nous sommes mis à l'école pour apprendre une leçon difficile, compliquée; ou dans un désert pour le défricher. Il y a un maître d'école chargé de nous venir en aide, dès que nous reconnaissons que nous ne pouvons plus rien apprendre par nous-mêmes; et aussi un jardinier qui a pour mission de nous montrer comment travailler. Mais pour écouter et imiter l'un ou l'autre, il faut que nous ayons des oreilles pour entendre et des mains pour travailler. Le Ciel nous donne les forces nécessaires selon notre désir et la qualité de notre effort vers Lui. Pour opérer le salut de n'importe quel être, le Verbe descend d'abord jusqu'au centre de cet être. Il y réalise Son opération divine par le ministère de l'Esprit et par l'être encore inconnu qu'on nomme la Vierge éternelle. La Vierge était déjà dans l'Éternité antérieure; elle est l'atmosphère du Royaume de Dieu où les élus sont assurés de trouver la béatitude. Dans notre coeur il y a aussi une vierge et quand le Christ, le Verbe, naît en nous, la vierge est toujours là qui préside à cette naissance. L'action du Verbe est totale et instantanée; elle n'a pas lieu seulement à un certain moment du temps, en un certain lieu de l'espace; elle se produit partout à la fois. C'est pourquoi ni les oeuvres du Christ, ni les faits de l'Évangile ne doivent être situés exclusivement dans l'Histoire. Si nous voulons en faire la nourriture de notre âme, nous devons nous souvenir que les vérités spirituelles sont de toujours et qu'elles sont éternellement agissantes. Le Christ n'est pas seulement né à Bethléem; Il naît partout où une étable veut bien Le recevoir. Il n'a pas exclusivement guéri tel ou tel individu, il y a 2.000 ans; maintenant encore cette action dure, pourvu que le malade joigne le Guérisseur dans Son domaine; et le moyen de Le joindre est cette naissance appelée la Foi. C'est qu'il n'y a pas qu'un Bethléem, qu'un Thabor, qu'un Golgotha; il en existait déjà avant ceux qui portent ces noms; et il y en aura encore jusqu'à la fin. Il y en a aujourd'hui et ces mêmes faits que l'Évangile raconte et qui s'appellent Nativité, Transfiguration, Crucifiement, se dérouleront, plus encore peut-être qu'alors, dans la gloire, parce qu'ils seront plus cachés. Une tempête dans le Pacifique pourra être calmée parce que des vagues ont été apaisées, un certain jour, sur le lac de Génézareth. Un criminel pourra trouver son pardon, parce qu'un certain larron fut pardonné voici dix-neuf siècles, sur le Golgotha. Les êtres et les personnages qu'on trouve dans l'Évangile: la drachme, le figuier, le levain, les vierges folles, l'enfant prodigue, etc. sont des êtres vivants, des vertus dont notre esprit immortel peut se nourrir, si nous le voulons bien.

Pour comprendre ces choses, il suffit d'avoir un peu ressenti la présence essentielle des êtres que l'on a coutume d'appeler inanimés.

D'abord les deux généalogies du Christ que nous trouvons dans Matthieu et dans Luc nous représentent la jonction successive de deux arbres. Chaque fois qu'un rameau descendant éternel a touché, rencontré un rameau ascendant terrestre, c'est un ancêtre de Jésus qui est né. Dans un certain endroit de la terre, une bénédiction spéciale fut donnée sous la forme de quelques épis de blé et de grains de raisin. Ces végétaux destinés à la nourriture de l'homme furent précieusement conservés par les soins des justes. C'est ce qui a permis d'acclimater sur notre terre la substance radiante du Verbe et la personne humaine du Christ. Ce froment et cette vigne, on les retrouve dans l'histoire des anciennes religions, dans les traditions des cultes les plus purs.

Melchissédec, cet homme mystérieux dont on n'a retrouvé nulle part les antécédents, quand il offrit le premier sacrifice non sanglant, fut le rénovateur de cette Bénédiction; Moïse en renouvela la forme dans l'Arche d'alliance. Dans les temples, ce n'est pas la grande statue adorée en public qui renferme les vertus du sanctuaire, c'est la petite image dont le grand-prêtre seul sait la présence cachée. La tradition catholique enseigne que le sacrifice de la messe dans une église n'est vraiment efficace que s'il a lieu sur les images ou les reliques des saints de cette église. C'est que, en réalité, le vrai support de l'énergie secrète d'un culte demeure toujours caché.

L'Arche d'alliance, on pouvait la voir; mais au dedans, à l'abri des regards, était le calice de métal où étaient gardés les grains de froment et les grains de raisin primitifs. Sur eux reposait la force du culte de Jéhovah. Quand les Israélites furent dispersés, ce calice et ces grains furent conservés en Israël: d'abord par le clergé ordinaire, les rabbins et les lévites. Parmi ces rabbins, les plus savants scrutaient le sens secret de la Thorah, de la Kabbale et ils faisaient leurs expériences métaphysiques dans les collèges prophétiques. En second lieu, il y avait les Juifs laïques: les Nazaréens consacrés à Dieu, pour une période déterminée, par une vie d'ascétisme et de pénitence. Enfin, il y eut un troisième groupe de sacerdotes secrets: les communautés esséniennes qui descendaient des prêtres à qui Moïse et Aaron avaient confié l'Arche. Les Esséniens, après la dispersion d'Israël, se réunissaient au Carmel, à Saint-Jean-d'Acre, sur l'Horeb. C'est là que fut gardé le Calice sacré en attendant que le règne de la Rigueur fût remplacé par celui de la Miséricorde en la personne du Messie.

Pour ces savants en science religieuse, les dix Sephiroth étaient les dix formes divines, et, dans l'une d'elles, la Vierge représentait la fleur de l'humanité qui devait recevoir le Sauveur. Les Esséniens travaillaient à hâter cette opération. Ils pensaient qu'un moyen de raccourcir le règne de la Rigueur était de s'en charger, de l'attirer sur eux-mêmes. Ils se condamnaient à l'ascétisme pour ce but, et s'offraient en holocaustes pour avancer la venue du Messie. Dans le Lévitique, on voit que, dans les sacrifices moïsiaques, une part de l'offrande était mise de côté pour être offerte à l'Éternel dans l'intention de Lui rappeler Sa promesse de miséricorde.

Toutes ces choses sont ignorées de l'homme ordinaire et peu connues des contemplatifs. C'est un bien sans doute, car elles soulèvent de nombreux problèmes. Si je vous raconte ces faits, qui risquent d'être considérés comme légendaires, c'est pour vous montrer combien grand est le souci du Père de nous attirer vers Lui; combien longtemps le Fils a été en marche vers nous, pour nous sauver; combien de planètes, de constellations, de nébuleuses, d'espaces Il a traversés pour nous venir en aide et rendre possible notre béatitude future !

Si nous pouvions nous représenter réellement cette marche, cette somme d'efforts renfermés dans la vie de Jésus, notre zèle s'enflammerait; nous aurions une vie toute de ferveur et de sacrifice. Nous verrions que le Verbe nous mène avec une sagesse pleine de sollicitude; que les épreuves auxquelles nous sommes soumis sont des écoles salutaires. Nous verrions comment le genre humain est mené de l'extérieur à l'intérieur; comment les sacrifices sanglants des Anciens évoluèrent vers le sacrifice non sanglant qu'est la sainte Cène et comment cette Cène est l'aurore et le présage de ce culte en Esprit et en Vérité que le Christ a annoncé.

Jésus n'a pas condamné les rites, puisqu'Il en a accompli les principaux Lui-même fidèlement; mais, entre autres lumières, Il a ravivé celle-ci; les rites ne sont rien s'il n'y a pas dans le coeur du fidèle la flamme dont ces rites sont la forme.

Toutefois, si les choses dont je veux vous entretenir ne doivent être qu'un aliment pour votre curiosité, il faut réprimer cet appétit du merveilleux et vous tourner plutôt vers les oeuvres substantielles du Maître de la Vie. Les oeuvres des hommes extraordinaires ne sont que des prestiges qui s'effacent au bout de quelques années. Les oeuvres du Christ durent toujours; ils sont les miracles de la permanente Réalité. Les hommes ne conservent leur puissance qu'un court espace de temps; le Verbe conserve toujours Son même degré de toute-puissance et d'actualité. Il est véritablement cet Alpha et cet Oméga dont parle Saint Jean dans l'Apocalypse; cette grandeur qui résulte de l'humilité; cette richesse que donne la pauvreté en esprit; cette beauté perpétuelle, couronnement de l'Amour vrai. Et, dans la mesure où nous réalisons Sa parole, nous acquérons ces merveilles spirituelles.

Telles sont les choses que je voudrais vous faire comprendre.

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mardi 2 septembre 2014 2 02 /09 /Sep /2014 07:36

Cette planche s'intitule Feu, Fer, Forge, car cette trilogie a pris une grande place dans ma vie, tant sur un plan pratique et opératif, que symbolique, voici près de 15 ans, et grâce à laquelle j'ai le plaisir de me trouver parmi vous ce soir, puisque c'est bien grâce au feu et à la forge que la Maçonnerie m'a un jour tendu les bras.

La forge m'ayant souvent amené à me dire que je refaisais des gestes accomplis à l'identique par les forgerons depuis des millénaires, j'ai eu envie de me replonger dans le passé, mais ce passé s'il remonte à un peu plus de 3000 ans pour le travail de forge du fer, à près de 5000 ans pour le bronze, remonte à près de 500 000 ans pour que les hommes et le feu commencent leur histoire commune. Et quelques relectures récentes comme "la guerre du feu" de Rosny aîné, et "pourquoi j'ai mangé mon père" de Roy Lewis m'ont amené à voir avec d'autres yeux. Mais avant de commencer, lequel d'entre nous n'a jamais été fasciné devant le spectacle d'un feu de cheminée, par le travail d'un forgeron devant le blanc éblouissant du feu de forge, et l'éclat du métal rougeoyant ?
Depuis toujours, le feu nous fascine, nous hypnotise, et je me dis que si nous, avec une culture technique et scientifique ressentons encore ces émotions, qu'en a-t-il été il y a des milliers de siècles....

Alors si vous le voulez bien, fermez un instant les yeux, vous qui me lisez, et accompagnez-moi dans un voyage, que j'espère un peu initiatique : car ce soir, ce n'est pas un Franc-Maçon de la Grande Loge de France au début du XXIème siècle, un peu forgeron à ses heures, qui va vous parler du feu, mais un homme, non, un hominien, enfin un de ces êtres, il y a près de 500 000 ans, pas encore tout à fait un homme, et plus vraiment tout à fait un singe, un de nos ancêtres, qui vivait, nu, quelque part, sur le continent Africain, dans des conditions d'existence terriblement difficiles.
Notre ancêtre à tous, et déjà notre frère.
Pour lui, l'Univers se résumait à un concept : la survie; il possédait déjà peut-être en guise de vocabulaire quelques mots, enfin quelques grognements, et Teilhard de Chardin disait de lui : "Il est entré sans bruit sur la scène du monde. Mais il couvre l'Ancien Monde... Déjà certainement, il parle, il vit en groupe. Et déjà, il fait du feu..."
Trois points marquent et différencient cet homme :
- Son intelligence, qui entre autre lui permet de fabriquer...
les premiers outils.
- Ensuite le rire, propre de l'homme, d'après Bergson.
- Enfin la maîtrise du feu "signe éblouissant des hommes"
Pour cet homme déjà intelligent mais craintif, le monde qui l'entoure, pour son esprit encore fruste, pas encore analytique, n'est que symbole, peur et incompréhension, émerveillement, violence et mort, vivre ou être tué, manger pour survivre, ou être mangé... Et le monde alentour se résumait à peu de choses, la terre qui le portait et le nourrissait, l'eau pour boire, le vent dont il ne savait pas encore qu'il était fait d'air, et le plus terrible de tout ces symboles : le feu...

Cette chose vivante, terrifiante, rouge et orange, magique et rugissante, effrayante, fruit du courroux des Dieux d'en haut quand il tombait du ciel lors des orages, ou fruit de la colère des Dieux d'en bas quand la montagne se mettait à cracher du feu, symbole d'une bête vivante, et bien qu'immatérielle, aux dents terribles et à la morsure atrocement douloureuse, à l'appétit féroce et qui détruisait tout leur univers quand elle se mettait à courir plus vite qu'un cheval au galop, et qu'elle dévorait tout sur son passage, hommes, bêtes, arbres... Et cet homme a du se dire un jour que si tous les animaux étaient aussi effrayés que lui devant le feu, s'il pouvait maîtriser, apprivoiser cette bête, ce pourrait être un moyen de protéger sa horde des animaux sauvages...
Qu'a dû penser cet homme, qui déjà cherchait à domestiquer le feu, a-t-il voulu défier les Dieux tel Prométhée ?
La conquête du feu symbolise déjà le courage et l'intelligence qui lui permirent de surmonter sa peur.
Car cet Homo Prométhéus s'en alla un beau jour dérober le feu aux Dieux, découvrit qu'en plongeant un bâton dans ce feu, il pouvait en voler un peu et le rapporter dans sa grotte, il apprit à l'entretenir, à le nourrir, et miracle, les bêtes fauves qui la nuit venaient s'attaquer aux petits, aux malades, aux plus faibles se tenaient désormais respectueusement à distance. Pour ces hommes il devint rapidement symbole de sécurité, de vie, et de chaleur, vénéré tel un Dieu, et la nuit qui était si froide, les obligeant à se tenir pelotonnés les uns contre les autres, la nuit se réchauffait grâce au feu, et plus extraordinaire encore, les ténèbres, si sombres et si effrayantes étaient vaincues : l'homme en domestiquant le feu... venait de découvrir...
la Lumière... quelle magnifique initiation et quelle a dû être leur émotion...
Vous venez d'assister en direct à ce qui fût probablement la première cérémonie initiatique de l'histoire de l'humanité, vraie dans sa simplicité, émouvante dans sa grandeur quand le bandeau des ténèbres est tombé, fraternelle dans cette communion des hommes, femmes et enfants réunis autour du feu, par une véritable chaîne d'union...
A-t-il ressenti peut être en se brûlant ou en mettant le feu autour de lui, ce qu'ont pu éprouver les Rutherford et les Curie, Einstein et Oppenheimer perçant les secrets de la matière, et les premiers physiciens atomistes de Los Alamos en 1945, découvrant la puissance monstrueuse du feu de l'atome... et se disant ensuite devant leur boîte de Pandore : "Mon Dieu, qu'avons-nous fait ?"
Ce qui devint certainement un rite magique et religieux leur permettait d'empêcher la mort du soleil, la permanence du feu assurait leur protection, leur sécurité et les faisait peut-être déjà rêver d'immortalité... car l'animal le plus faible de la savane, ce petit être si peu protégé par une peau fragile, un maigre pelage, aux ongles et aux dents quasiment inutiles, à la vitesse de course ridicule, ce petit prédateur malingre et chétif se mua d'un coup en seigneur et maître de la brousse et de la savane, le chassé devint chasseur, la proie devint le plus grand des prédateurs.
La possession du feu venait de lui apporter le pouvoir, toute la puissance du monde, et allait lui permettre de dominer toutes les autres créatures de l'univers... et l'Univers lui-même... Peut-être est cette communion avec l'harmonie universelle que nous revivons lors de nos tenues, quand nous recréons un nouveau monde, sacré, par la montée de la Lumière... Il est vrai que les rites initiatiques redonnent en général au feu une importance ancestrale de purification et de rapprochement avec le cosmos que nos sociétés modernes ont peut être perdu...
Et de ce jour, au lieu de se blottir dans l'effroi dès la tombée du jour, ils se regroupèrent autour du feu le soir, la vie sociale naissait et avec elle le développement du langage, car je me plais à imaginer que l'homme a dû éprouver le besoin de communiquer le soir autour du feu... Education des jeunes, apprentissage, partage des connaissances, premiers mots d'amour peut-être... au coin du feu, déclarer sa flamme à celle que l'on aime...
La Lumière... symbole de la Vie, cette vie très vite il éprouva le besoin de la représenter sur un support, les parois de pierre de ses cavernes, représentation de la vie, de la chasse, de son monde... le feu était devenu Lumière, la Lumière éclairant le fond de la grotte était devenue mère de l'Art, et probablement la représentation artistique fut-elle ainsi la mère de sa spiritualité... La Lumière donna ainsi naissance à la Beauté...
Sécurité, chaleur, protection et lumière, pensée symbolique et artistique, l'homme commençait ainsi à goûter à ce qui allait lui devenir le plus cher : la liberté.
Un jour il ramassa une bête tombée par accident dans le feu ou victime d'un incendie de forêt, ça sentait bon, il goûta et en apprécia le goût et surtout la facilité extraordinaire pour mastiquer par rapport à la viande crue, il venait d'inventer la cuisson des aliments... et la nouvelle cuisine, car les aliments cuits se digéraient mieux que crus, et peut-être maintenant mieux nourri, vécut-il plus longtemps en meilleure santé, et put-il ainsi développer son intelligence, son esprit, curieux et inventif... et ce feu maintenant de plus en plus domestiqué et dompté, symbole de progrès et d'évolution, lui donna la puissance, la maîtrise du monde... mais peut-être aussi déjà le commencement de la folie des hommes, Force, Beauté, oui, mais peut-être pas Sagesse... (science sans conscience, dira-t-on plus tard...) et d'après Joseph Rosny Aîné, la première guerre des hommes a été... la guerre du feu... Un véritable voyage initiatique, série d'épreuves, et la quête du feu y était assimilée à une véritable lutte du bien contre le mal... entre le héros et ses adversaires, ou ses frères félons, mauvais compagnons retrouvés dans ce récit. Mais en regardant entre les lignes, le bien et le mal sont liés dans le feu...
La civilisation vient de prendre naissance, et ce symbole de progrès, déjà si ambivalent, peut se muer très facilement et rapidement en symbole de destruction... Il est la vie, mais il est la mort. Il éclaire, mais il aveugle aussi. Il cuit la nourriture, mais il brûle, il sert aussi à durcir la pointe des épieux de bois et des flèches, comme plus tard on trempera l'acier des armes, et les armes de chasse s'améliorant, la capture du gibier devint plus aisée, on pouvait s'attaquer à ceux dont la peau résistait, le gibier devenait abondant, le feu permit ainsi de ne plus avoir faim. Mais si l'industrie de la chasse s'améliore, l'industrie de la guerre ne va pas tarder à naître, et rapidement l'instinct de l'homme, instinct de possession, de territorialité, la défense du feu et de la tribu va amener les premiers affrontements humains, et les armes qui servaient à manger... et à se protéger... vont bientôt commencer à servir à tuer des hommes...
Revenons un instant, et gardez encore un peu les yeux clos, asseyez vous là, autour du feu parmi la horde, la horde devenue tribu maintenant depuis des lunes et des lunes et des lunes grâce à la protection du feu, et regardez là en face, celui qui taille des silex, ces pierres, dures, qui servent à dépecer les animaux, à racler la terre, à cueillir des fruits, à fixer au bout des lances, à couper des branches pour allumer le feu...
Vous allez assister à ce qui fût probablement le moment initiatique le plus fort de l'histoire de l'humanité, comparable au moins à la découverte de l'atome et pensez simplement à celui qui un jour eût l'idée ingénieuse et extraordinaire de comparer ces petites lueurs qui apparaissaient au bout d'un silex percuté avec une autre pierre (de la marcassite en général, contenant du minerai de fer) de les comparer au feu allumé à l'entrée de la grotte, ce feu qu'il fallait entretenir et nourrir, question de vie ou de mort, tout le monde n'ayant pas un orage ou un volcan à sa disposition immédiate... et qui réalisa que ces petites choses rouges au bout des silex, en tombant dans de la paille ou des feuilles sèches ... pouvaient démarrer un feu... dans l'esprit de celui qui le premier a fabriqué du feu, l'exaltation, l'émotion ont dû porter son âme au niveau des Dieux, dont il n'aurait plus à dépendre pour devenir leur égal, et pourquoi pas d'ailleurs envisager de les supplanter... D'ailleurs l'histoire nous rappelle que Zeus n'a pas vraiment aimé les exploits de Prométhée et qu'il le lui fit bien savoir... Mais quel plus beau symbole pour nous Franc-Maçons, que l'homme tirant le feu et la Lumière des pierres ... Pour nous, il a été le premier des alchimistes... communiant avec la matière et l'univers ...
Le pouvoir, la puissance, la domination, et l'orgueil venaient de naître au bout des doigts et de deux cailloux, et pour peu qu'il ait gardé pour lui ce secret, le maître du feu devenait le maître de la horde... le maître du monde... le premier tyran de l'histoire...
Par ailleurs la protection qu'apportait le feu impliquait sa possession et son entretien permanent sous peine de redevenir l'un des animaux les plus faibles de la nature, à nouveau à la merci des grands fauves. L'entretien du feu impliquait une présence permanente au foyer, le déplacement était périlleux, et le transporter entraînait le risque de le perdre ou de le voir mourir... Mais à partir de l'instant où le feu devenait productible à volonté, l'éloignement devenait possible en toute sécurité, et si la possession du feu symbolisait la liberté de la horde sur son territoire, sa fabrication amena la liberté dans l'espace, l'homme pût voyager, s'éloigner, acquérir la connaissance d'autres lieux, d'autres êtres, d'autres civilisations... La production d'une flamme en fît ainsi le symbole de l'ouverture sur le monde. Peut être le passage de l'ésotérisme à l'exotérisme ...
Il est ainsi le symbole du génie de l'homme qui a su passer de la terreur du feu à son observation, puis à la compréhension des avantages qu'il pourrait en retirer, pour en arriver à s'en emparer et enfin à le produire lui-même.
Car l'homme, ternaire achevé, d'après Guy PIAU, se composerait de trois éléments, trois principes : le corps, l'âme et l'esprit. Le corps est né de la terre, à laquelle on peut logiquement rajouter l'eau, il est donc l'élément matériel, la substance au sens étymologique du terme, et le siège des sensations. L'âme serait née du ciel, de l'air donc, elle est l'élément animique, sensibilité et sentiments... L'esprit lui serait né de l'Esprit Saint, du feu, il est intelligence, pensée, idée ... L'âme anime le corps et l'esprit l'éclaire. Ainsi en produisant le feu, l'homme s'est accompli dans sa totalité, il a achevé lui-même sa création.
Revenons un instant sur le feu et ce qu'il représente, car nul symbole ne semble aussi ambivalent : le feu réchauffe, éclaire, protège, mais peut aussi brûler, tuer, tout dévorer sur son passage, expression de la colère de la nature, foudre ou lave, ou de la folie des hommes. Le bien-être et la vie d'un côté, la souffrance et la mort de l'autre. Il est flamme divine, symbolisée par l'Esprit Saint, le Buisson Ardent apparu à Moïse, mais il est également les flammes vengeresses de l'Enfer, symbole de la punition. Il est purificateur, mais aussi châtiment. Il est le symbole du foyer, vénéré dans la Rome antique par les Vestales, symbole de vie au solstice à la Saint-Jean, hommage sacré dans nombre de cultures, anciennes ou modernes, les Egyptiens de l'Antiquité le vénéraient comme ils vénéraient le soleil, il est l'âme de notre Soldat Inconnu, symbole du héros et du martyr anonyme, il est le symbole du début des travaux et de la vie en Loge, et il est, des quatre éléments de notre tradition symbolique ... le seul que nous sachions produire... Et par parenthèse, le seul contre lequel nous ayons dû lever une armée, et oui, pour le combattre, en créant les pompiers... les soldats du feu. Pas besoin de soldats de la terre, de l'air ou de l'eau...

Et s'il est de tous temps chaleur et lumière, vie et force, énergie et puissance, il est aujourd'hui le premier outil de nos industries, le moteur de nos voitures, la flamme du serment Olympique, le laser qui rend la vue en recollant une rétine et permet de retrouver la lumière, mais, détourné de son utilisation pacifique par les hommes, il est aussi bûcher de l'Inquisition, horreur à Verdun ou Stalingrad, Dachau ou Auschwitz, Hiroschima et Nagazaki, bêtise ou faiblesse humaine à Tchernobyl ou à Toulouse, et démence criminelle en septembre 2001 à New York... il est ainsi le symbole absolu du pouvoir, de la force de l'homme et de son absence fréquente d'humilité et de sagesse, et comme tous les symboles il n'est que ce que nous en ferons. Voyez ces deux tours gigantesques, joyaux d'architecture et symboles de la puissance, et peut-être de la démesure de l'homme, réduites en cendres dans une apocalypse de fer et de feu...
Le feu a permis à l'homme de survivre puis de vivre, puis d'explorer le monde, puis de s'y adapter, et enfin de le dominer. Il est notre chemin en humanité, et il est notre devenir. Car d'une manière ou d'une autre, le feu détruira notre monde : si nous restons sages, notre étoile, le soleil, devenu une géante rouge s'embrasera dans environ 3,5 milliards d'années, et engloutira notre Terre et tout notre système solaire, tout notre univers, dans une gigantesque apocalypse de feu cosmique. Et si nous ne sommes pas restés sages, nous aurons largement devancé le soleil et accompli son travail bien avant lui. Le feu qui donna à l'homme la domination sur le monde lui donna aussi le pouvoir de se détruire. Il nous rappelle ainsi de temps en temps à l'ordre, ayons donc la sagesse de l'écouter.
Et pensons nous, amis lecteurs, nous qui allons dîner tout à l'heure sans songer que nos aliments ont été cuits sur une plaque à gaz à allumage piézo-électrique ou peut être même une plaque à induction, nous qui allons pour certains craquer une allumette ou utiliser un briquet pour allumer une cigarette, pensons nous à ce que ce geste si anodin aurait pu représenter pour les hommes pendant des centaines de milliers d'années, et jusqu'à une époque très récente, et encore de nos jours pour une partie de l'humanité, un simple briquet serait un objet presque magique, un trésor sans prix... et nous : "t'as du feu...?" et même pour finir et changer de symbole, nous représentons nous le trésor inimaginable pour une plus grande partie de l'humanité encore, que constitue un simple robinet d'eau pure ... Le feu devient ainsi le symbole de notre richesse, tout comme l'eau, symboles bien mal partagés de nos jours, mais en fin de compte, nous qui les possédons tous, l'air que nous polluons et la terre que nous salissons, nous ne prenons pas soin de nos quatre symboles de base ...
Difficile alors de ne pas penser qu'allumer un feu de cheminée ou me servir un verre d'eau sont des gestes qui devraient nous ramener à l'humilité.

Source : www.ledifice.net

Par E\ V\ - Publié dans : Planches
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Vendredi 29 août 2014 5 29 /08 /Août /2014 10:28

La planche qui me vaut l’honneur d’être devant vous ce midi a pour thème « Le Bon sens en ce 21ème siècle ». J’aimerai voir avec vous ce qu’il est fondamentalement ce « bon sens » et vers quoi il peut nous mener en ce siècle qui commence :
Rappelons tout d’abord ce que Descartes dit du Bon Sens : Il serait la puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux. Il s’appellerait indifféremment « bon sens », « raison » et même « évidence ».
De plus, il faut souligner que cette notion de sens commun se rapporte à une forme de connaissance regroupant les savoirs socialement transmis et largement diffusés dans une culture donnée : tels que les normes, les valeurs, et symboliques.
Ce bon sens ou « raison » est alors à imaginer en dehors des platitudes du style : « il faut se couvrir quand il fait froid » et l’observer dans plusieurs contextes (les questions de pouvoir, d’éthique, de philosophie de vie, etc…), suivant le niveau de connaissance des uns et des autres, et l’implication de cœur ou de passion de l’un ou de l’autre dans l’affaire…
Mais Boileau, à l'instar de Littré rappelle que si «Tout doit tendre au bon sens…, pour y parvenir, le chemin est glissant et pénible à tenir; pour peu que l’on s'en écarte, aussitôt on se noie
Aussi peut-on se poser la question du « Bon sens » dans notre société occidentale en ce début du 21e siècle …qui a l’air de se noyer.
Là Descartes explique dans son discours de la Méthode :
« la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses.»
Sachant que La Bruyère soupire en parlant de la conduite humaine : «Qu'il est difficile d'être content de quelqu'un !» on cherchera à savoir si on parle avec une présupposée commune, un acquis commun, un but commun… Et l’on verra en définitive si l’on a un « bon sens » commun.
La chose est d’autant plus sensible que les « bons sens » peuvent être divers et contraires suivant ce qui est placé dans une société en priorité suivant des projets : des vues économiques et commerciales, sociales, morales, etc…
Rappelons-nous les catastrophes nucléaires au Japon : du bon sens technique et économique de fabriquer ces centrales face à la mer, on est rapidement passé après les soubresauts de la nature, à la mise en lumière d’un autre bon sens un peu oublié, celui de la sécurité, qui aurait du être suivi …et CQFD ne pas construire en ces endroits. Et ainsi, par effet domino, on voit des vérités de bon sens particuliers qui tout à coup sont vues avec le recul, donnant un bon sens, une évidence dirais-je… plus générale et globale… à cause des implications multiples que l’on y découvre, ou que l’on ne refuse plus de voir.
Prenons ensemble quelques points forts de nos questionnements au 21e siècle :
- L’éducation
- L’égalité entre l’homme et la femme
- La bonne gestion des deniers personnels
- La fin de vie

- L’éducation
Montesquieu écrivait dans L’Esprit des Lois : « La plupart des peuples anciens vivaient dans des gouvernements qui ont la vertu pour principe ; et lorsqu’elle y était dans sa force, on y faisait des choses que nous ne voyons plus aujourd’hui et qui étonnent nos petites âmes.
Leur éducation avait un autre avantage sur la nôtre ; elle n’était jamais démentie. Epaminondas, la dernière année de sa vie, disait, écoutait, voyait, faisait… les mêmes choses que dans l’âge où il avait commencé d’être instruit…
Aujourd’hui, nous recevons trois éducations différentes ou contraires : celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du monde. Ce qu’on nous dit dans la dernière renverse toutes les idées des premières. Cela vient en quelque sorte du contraste qu’il y a parmi nous entre les engagements de la religion et ceux du monde ; chose que les anciens ne connaissaient pas ».
Ainsi d’une part, recevons nous aujourd’hui plusieurs types d’éducation : celle de nos parents charnels ou de substitution, celle de nos précepteurs institutionnels tels que les maitres d’école, les éducateurs et autres personnes ayant autorité sur nos jeunes âmes, sans oublier la quantité incroyable de maitres à penser non répertoriés comme tels, mais d’une impitoyable efficacité qui se montre sur les petits et grands écrans et ailleurs encore.
D’autre part, nous nous rendons compte que la lettre et l’esprit des éducations dispensées par l’un ou l’autre se rapprochent parfois et s’opposent souvent.
Alors comment : Garder un esprit serein ? Garder ses sens et apprendre avec « bon sens » et vivre pleinement ? Pour cela où trouver ce bon sens ? Quelle sera la vision de l’éducation dans sa méthode et dans son contenu qui sera vu par l’homme et la société dans laquelle il évolue, comme étant raisonnable et de bon sens ?
Serait-ce celui ou celle qui va dans l’esprit d’ambiance locale, comme parfois souligné « chute de toute barrière morale qu’elle soit religieuse ou laïque dans les domaines des mœurs au profit d’une vue consumériste de la liberté ? », ou l’« absence de projet de société qui fait que chaque fondement se trouve chahuté, déboulonné avec pour unique lietmotiv celui de faire ce qui nous plait sans explorer les conséquences funestes ? » Ou encore le « bon sens » nous guiderait-il a ne pas se poser trop de questions et se laisser aller à l’influence du courant majoritaire dans lequel nous baignons… avec seule direction celle du gouvernail de la vie, ou de survie ?
Là nous toucherions à ce qui est appelé la tyrannie de la majorité sous influence : En Chine par exemple, plus d’un milliard de chinois pensent avec leur bon sens que l’homosexualité est une maladie mentale, ou encore qu’il est normal de pratiquer l’avortement jusqu’au jour de la naissance supposée de l’enfant. Leur bon sens ? Une vue philosophique et une appréciation spécifique de la place de l’homme et sa valeur individuelle au sein de leur société.
Dans bien des états, d’orient à l’occident, on verra aussi …que la peine de mort est le fruit d’un raisonnement qu’il est impensable de remettre en cause. Par contre chez nous, le « bon sens » tel qu’il a été éduqué nous dicte d’autres voies dans tous ces domaines.

- L’égalité entre l’homme et la femme
La philosophie des Lumières occidentale a posé, au moins dans ses principes, l'égalité entre homme et femme, appartenant au même genre humain. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ne les distinguent d’ailleurs pas.
Ainsi voit-on que les combats pour cette égalité ont touché toutes les facettes de la relation homme-femme-enfants, remettant en cause les fondements de la société occidentale judéo-chrétienne. Mais ce qui est considéré comme une vraie avancée a bouleversé la donne sur de nombreux points.
1-Des altérations du modèle de distinction entre l’un et l’autre sexe se sont fait jour, nous poussant à revoir le modèle social du couple, que dire, de la famille, comme cellule primaire de la société : ce n’est plus l’homme et la femme comme deux parties dissemblables et égales transmettant la vie ; mais 1+1 quelque soit le sexe transmettant la vie selon de nouveaux plans. Et le rôle parental de se voir redistribué dans cette configuration même.
2-Des altérations par ce que certains appelleraient « abus de position dominante » de la femme …de par ce que la nature l’en a fait l’unique sexe gestateur et procréateur de la race humaine. Pardonnez ce raccourci, mais : L’un a la graine, l’autre a le ventre… Et là, d’égalité il n’y a pas. De nombreuses lois qu’elles soient dans le cadre du droit à l’avortement, de la reconnaissance de paternité et autres, nous montrent cette non égalité entre l’homme et la femme. La graine peut être prise là où elle se trouve sans que l’on dise au « Male » ce que l’on en fera. En outre si la femme est considérée de fait comme mère car ayant porté l’enfant à naitre, l’homme n’est pas implicitement reconnu comme père car ayant donné cette même graine.
Verra-t-on un jour le géni-sorcier de l’homme aller vers une égalité totale de l’homme et de la femme, qui le poussera à faire procréer la femme sans l’assistance de l’homme et l’homme sans l’assistance de la femme… comme dans certains films ou livres d’anticipation ? Verra-t-on la naissance de la race des femmes et celle des hommes qui devront au nom de cette égalité cohabiter ?
Aussi, où en est le « bon sens » ? Où a-t-il sa place ? Quel sera-t-il demain et que définira-t-il comme « raisonnable » ?

- La bonne gestion des deniers personnels
Il existe une littérature assez abondante sur le thème de la « bonne gestion », et Antoine Pinay « le sage de Saint Chamond » a été longtemps la référence politique en la matière. Il disait d’ailleurs du libéralisme : « c’est le régime qui implique le plus de rigueur volontaire et de sens de l'intérêt collectif. Il ne s'accommode ni de la fraude en matière fiscale, ni de la rouerie en matière commerciale ». On pourrait se demander avec un brin d’ironie : où sont ses disciples ? Laissons la gestion des biens de l’état et l’administration des entreprises pour se concentrer sur la gestion des biens personnels. Le « bon sens » ici se trouve bizarrement réduit à une notion des plus abstraite… « Vivre avec ce qu’on a » disent les uns. « Ne pas s’alarmer de la vie à crédit que l’on peut s’offrir » rétorquent les autres. « Garder une pomme pour la soif » reprennent d’autres encore… Et chacun de mettre le doigt sur un point philosophique ou d’intérêt purement politico-commercial pour juger d’une posture ou d’une autre. Citons quelques positionnements encore : « La jouissance vaut mieux que la possession » ; « créons des besoins car il faut faire tourner l’économie » ; «interdisons la fumée de tabac partout, car il faut que l’homme vive et consomme » ; « acceptons-là partout car sinon il y aura trop de retraités à payer »… Et la publicité de se faire l’écho démultiplicateur de l’influence pour l’une ou l’autre posture.
Enfin, dans cette attitude de gestion des deniers personnels on se rend compte d’une prise de conscience (ou ne serait-ce qu’un dictat de certains pour d’autres raisons moins louables…) d’une prise de conscience, dis-je de couleur verte ! Une moralisation de l’achat de par la vision catastrophiste donnée soit par les médias (sur le travail des enfants dans certains pays… donc n’achetez plus telle ou telle marque de chaussure) ou par les politiques même (sur le péril de l’emploi par chez nous si tout est produit « ailleurs », le réchauffement de la planète, la pollution…). On se posera la question : Est-ce que le bon sens du 21ème siècle prendra une vraie couleur humaine et plus préservatrice de l’environnement qu’au 20ème siècle ???
Si tel est le cas, il faudra savoir si… La mort programmée des biens de consommation que le courtier en bourse Bernard London a théorisé en 1929, année du fameux krach boursier de Wall Street, expliquant ses avantages pour relancer l’économie…. va être reprogrammée pour plus de liberté individuelle, moins de gaspillage et une consommation revue en quantité et qualité.
Autre point : un fabricant de maisons, (phénix pour ne pas le nommer) a bien compris qu’il fallait prendre la course à l’écologie au sérieux… mettant en vente une maison nommée « la maison du bon sens », éco-respectueuse… etc. Un vrai slogan type « moralisateur ».
Enfin, verrons-nous un autre « bon sens » que celui des producteurs et financiers ? Verrons-nous émerger un autre type de production et consommation rendant plus libre l’un et l’autre ? Est-ce que ce bon sens sera malgré tout soumis à un dictat ? Celui de la tyrannie du vert ? Celui de la tyrannie de l’anti consumérisme ?

- La fin de vie
« Il n’y a qu’une justice, c’est face à la mort » disaient les anciens… parmi lesquels mon propre grand-père.
M. Donat Decisier, membre du groupe de la confédération générale du travail (activités santé CGT) et membre de la section des affaires sociales écrivait lui dans un avis « Longtemps, la mort a été familière aux vivants. Le mourant était parfaitement au fait de sa fin prochaine et nul ne songeait à la lui cacher. Dans l'antichambre de la mort, il s'attachait à accomplir les dernières formalités.
On a peine à imaginer aujourd'hui de telles scènes, tant l'approche de la mort dans nos sociétés modernes a changé. La mort, le mourant, tout ce qui peut les entourer dans la représentation que l'on s'en fait remettent en cause l'image que nos sociétés veulent renvoyer d'elles-mêmes. La mort est une anomalie. On la tait, on la cache.
Sans doute aussi, les progrès considérables et fulgurants de la médecine et de la thérapeutique au cours de ces soixante dernières années, en repoussant toujours plus loin les limites de la vie, ont-ils contribué à façonner les mentalités. La médecine elle-même, cultivant volontiers une idéologie de puissance face à la maladie, a conforté cette tendance consistant à traiter la pathologie ou l'organe plutôt que la personne malade, à écarter la mort des trajectoires possibles.
Quel est le « bon sens » à suivre ? Qu’est-ce que la vie dans notre définition actuelle ? Qu’elle est l’existence dans notre définition actuelle ? Et pourquoi veut-on vivre ? Et pourquoi ne veut-on pas mourir ?
Certains verront l’utilité de la vie dans le sens philosophique utilitaire …comme un certain Saint-Paul qui disait avec sa vue spirituelle : « si je m’en vais, je suis plus près de mon Dieu, si je reste, je peux encore être d’une utilité quelconque pour mes frères ».
D’autres estimeront que l’âge avancé est un don qu’il faut savoir apprécier, indépendamment de ce que l’on fait de son temps d’existence.
Dans les services hospitaliers les différences d’opinion de bon sens se côtoient, se sentent et se pratiquent : Le bon sens là, y perd son sens, …et la raison ses raisons.
Verra-t-on alors au-delà de pilules et soins de jouvence super-vitaminés « une progression technique qui fera aller l’homme dans la voie du clonage humain, banque d’organe sur pieds et déclaré sans âme pour se donner bonne conscience », comme dans un film d’anticipation ? Et vers quelle vue ira-t-on pour définir l’humain ?
Verra-t-on aussi le remplacement de la chair par les micromachines ? Bref, que veut l’homme ? Veut-il rejoindre les mythiques Mathusalem, Enoch, Tubalcaïn et autres patriarches …à la vie longue de plusieurs centaines d’années ? Quelle classe d’hommes pourra accéder à « ces pratiques retardatrices de l’échéance ultime » ?
Et tout cela en amputant du discours toute la partie dite « question de société à grande échelle » avec le vieillissement de la population, les éventuelles tensions à venir allant vers un racisme anti-vieux qui pourrait être qualifié de « raisonnable » par certains aux vues soi disant cartésiennes, mais surtout « eugénistes ».
Est-ce qu’un certain eugénisme a plusieurs facettes deviendra dans la société de demain un « bon sens » comme un certain Hitler a pu faire croire en son temps à des jeunes de cours primaire en Allemagne, qu’il était raisonnable de ne pas soigner des attardés mentaux, car improductifs pour la société et aux soins couteux sans raison… ?
Le contrôle des naissances poussé à l’extrême dans certains pays comme en Chine communiste ou en Inde du temps d’Indira Gandhi avec la stricte observance du principe de l’enfant unique pour l’un et la stérilisation des populations sans leur demander leur avis pour l’autre, laisse dubitatif sur un pouvoir déshumanisé et nos rapports avec nos propres contemporains dans certains contextes.
On parlera aussi de l’étape ultime : Du libre choix de mourir dans la dignité pour les personnes âgées …va-t-on aller dans le choix pour l’autre, par la culpabilisation du vieux qui vit encore ? La fameuse assertion « la vie ne vaut plus la peine d’être vécue » va-t-elle aller jusqu’aux excès tels que nous les voyons dans la chirurgie plastique qui est partie de la réparation des gueules cassées (louable en soit), vers la folie du bistouri qui charcute en tout « bon sens » et choix « libre », les jeunes filles pré pubères parce que certains estiment que « c’est mon choix », ou du côté du médecin, « c’est son choix » ? Va-t-on revenir aux agissements vus dans certaines nations et la notre dans les villages jusqu’au fin du 19ème siècle, que l’ancien se sentant une charge se laissait mourir « logiquement, car le bon sens faisait que c’était comme ça » ?

Ma Conclusion sur le bon sens en ce siècle naissant serait :
D’une part :
N’oublions-nous pas qu’il n’y a pas de « bon sens » sans un chemin à fouler et emprunter, par définition « dans le bon sens et non à contre sens » ! Et pour la « raison », sa signification est non seulement « la raison dans l’appréciation du raisonnable », mais aussi « raison dans l’expression de la réponse aux questionnements sur le pourquoi des choses ».
Ainsi, sachant que la liberté humaine ne va pas sans conscience humaine et sans raison humaine, si on parle de liberté, on parle de limites, et si on parle de chemin, on parle de bordures du chemin et de destination à ce chemin. Et c’est peut-être ce qui nous manque dans ce siècle individualiste.
Sans voie ou projet de société, comme le porte par exemple l’idéal franc-maçon avec sa recherche du bien, du beau et du bon, la question du vrai et du faux se fait jour avec plus de finesse encore : Mais vrai, dans quoi ? Faux, pourquoi ? Et par rapport à quelle vision ? Tout est relatif, n’est-ce pas ???
D’autre part :
Si nous regardons même l’idéal qui est le notre, la ligne de conduite, son bon sens en question …doit être soumis à des intérêts, des vues supérieures, que nous nous voulons d’ailleurs voir répandues et partagées : Les valeurs inscrites dans la déclaration internationale des droits de l’homme, mais son pendant aussi, qui est l’action issue d’un projet muri !
Alors, oui !
L’expression du bon sens n’est pas fixe, très relatif même, mais répond à une certaine dynamique, selon les groupes sociaux, les intérêts et les transformations qui s’y opèrent en eux.
Plus il se transforme et plus il s’adapte dans un idéal humaniste respectueux, il n’en est alors que plus respectable. Sa légitimité s’affirme comme le résultat d’une mise au point, ainsi est-il nécessaire de le respecter et de s’y soumettre.
Les responsables athées ou religieux, les dirigeants de nations ou groupes plus restreints, doivent sans cesse être à l’écoute du bien être et du mouvement de la société, afin d’appliquer en bon sens tout ce qui est bon pour le temps et l’endroit où l’on est. Nous devons ainsi écarter les idées toutes faites, les slogans impropres car non adaptés. Nous devons par contre nous attacher à un idéal fort, qui transcende notre petitesse.
J’ose espérer que l’usage du « bon sens » qui sera le notre ne sera pas dans une réponse d’adaptation et de suivi des mouvements du monde seul, mais une vraie action créative, positive et constructive, …pour une amélioration de la société dans un but clairement défini : le bien de l’humanité entière dans tous ses aspects : son esprit, son âme et son corps pour certains, son esprit et son corps pour d’autres… dans ce qu’elle est, un tout à multi-facettes en interrelation avec chacune de ses composantes. Parmi celles-ci je mentionnerai : la nature, l’environnement social et culturel.
Bref, nous devons prendre un continuel souci de nous maintenir ouverts à la vérité et, comme dit Montaigne, être « en puissance de bien juger ». Et au fait qu’est-ce que le « Bien » ? Tissot le définit : « c’est ce qui doit être fait par un être raisonnable ».

J’ai dit !

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Par M\ D\ - Publié dans : Planches
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Jeudi 28 août 2014 4 28 /08 /Août /2014 13:32

Faire une planche symbolique mes Frères, c’est essayer de traduire ce que l’on ressent à la vue d’une image, d’un outil ou à l’écoute d’une phrase dont on ne perçoit pas immédiatement le sens, ou tout simplement comme ce soir, c’est vous faire partager le bonheur que j’ai à remplir mon rôle de second surveillant que vous m’avez confié.
M’occupant de l’instruction des Apprentis, étant attentif à leurs premiers pas, vous comprendrez aisément que ma planche leur est tout naturellement destinée, tant ils ont contribué sans le savoir à la poursuite de mon propre perfectionnement , de ma quête personnelle qui est bien loin d’être achevée.
La charge de second surveillant est d’une importance capitale et l’on se rend rapidement compte que l’on est confronté à une mission de grande difficulté. L’Initiation est le commencement d’une vie nouvelle, l’entrée dans la tradition maçonnique. Cette tradition que la stricte observance du rituel nous habilite et nous invite à transmettre. Le rituel, par des phrases simples, parfois curieuses, nous aident dans notre cheminement car il nous amène à nous poser des questions, à nous interroger sur tout ce qui nous entoure. L’initiation est donc l’entrée dans une vie nouvelle et dès le début de l’instruction des Apprentis, on va rassurer les uns qui désespèrent devant le silence des outils, on va tempérer les autres qui trépignent d’impatience et voudraient posséder le livre de la connaissance si tant est qu’il puisse exister.
Patience mes Frères Apprentis, si notre progression se fait degré par degré ce n’est pas un hasard. Le nouvel initié est une graine en germination et l’Initiation lui a donné le souffle nécessaire pour démarrer sa croissance. Combien c’est passionnant mes Frères de contribuer à ce chamboulement progressif ! Les réunions d’Apprentis auxquelles plusieurs Maîtres de la loge ont participées cette année, et d’autres participeront l’année prochaine, ont pour but d’éveiller la conscience de chacun point de départ du développement intérieur.
Comment ? En les invitant, après leur visite des profondeurs de la terre dans le cabinet de réflexion, à pénétrer leur moi profond pour apprendre à mieux se connaître. C’est la démarche fondamentale, c’est l’œuvre quotidienne et constante, qui se traduit par un cheminement dont le but est la recherche de la vérité, leur vérité.
Oubliées toutes les certitudes de la vie profane. C’est en se laissant aller au fil d la perpendiculaire, symbole du second surveillant, que l’on retrouve peu à peu notre innocence primordiale. C’est en voyageant sans cesse que les symboles muets deviennent vivants et nous conduisent ainsi à une réflexion intérieure. Il est grand temps mes frères apprentis de tendre l’oreille du cœur pour écouter ce que nous dit le silence. Faites fi de la réalité et des apparences, car tout ce que vous cherchez au loin se trouve peut-être autour de vous dans cette loge.
Est-ce la raison qui guide vos pas ? Moi je vous demanderai d’imaginer, de rêver, d’essayer de traduire vos émotions, d’avoir la pensée intuitive et l’imagination créatrice. Bien sûr, il faut se livrer et quelque fois ce n’est pas facile. Mais rien n’est ridicule, tout à un sens et peu à peu à force de travail, vous trouverez peut-être le fil de votre propre réalité. Comme il n’est pas facile de la trouver, la méthode initiatique nous indique un axe de travail vertical, la perpendiculaire dont j’ai déjà parlé. Il faut sans cesse redescendre en soi pour mieux s’élever. C’est le moyen qui nous permet d’échapper à notre nature matérielle et progressivement de passer d’un plan à un autre : du matériel vers le spirituel. Mais nous avons besoin d’un support pour réaliser cela. Alors la Franc Maçonnerie nous a transmis un rituel. Pourquoi un rituel ? tout simplement parce qu’il nous conditionne, nous prédispose à entendre ce que l’on ne peut recevoir dans le monde profane. On est ainsi en situation de sentir toute cette richesse qui nous entoure. Peu importe si l’on se sent perdu. Il n’y a pas que le visible qui doit guider vos pas. Fouillez, gratter, chercher autre chose. Battez vous contre vous même, c’est ainsi que vous avancerez. Cette lutte symbolique, ce combat intérieur que vous avez décidé de mener vous pouvez en sortir vainqueur à force de travail et de volonté.
Vous êtes sur le chemin du connais-toi toi même. Le silence que vous êtes tenu d’observer va vous aider dans ce sens car il est la condition nécessaire pour mieux se connaître et ainsi progresser. Ce silence qui nous dit qu’il y a de la vie qu’il y a de l’être. L’Être avec un grand « E » serait en nous et contribuerait sans que nous le sachions à la construction de notre être ? Nous, si petits, porterions nous en notre sain l’immensité ? Je ne puis répondre à ces questions car j’en suis bien incapable.
Cependant, comme moi, vous avez prêté un serment. Il est de votre devoir de le respecter car il est tout simplement. Faire son devoir ne requiert aucun motif. Pourquoi je le fais ? Tout simplement parce que je me dois de le faire. Comme moi vous avez un projet. Celui de votre propre perfectionnement. Nous avons donc en commun le même projet. Vous comprenez alors que le perfectionnement de l’un profite non seulement à vous même mais aussi au groupe tout entier. C’est cela la Franc Maçonnerie : l’amélioration de chacun profite au collectif et vice versa.
Chaque Franc Maçon doit être son propre créateur. Vous êtes l’outil et l’objet de votre travail, vous êtes un être en devenir. Peu à peu mes Frères Apprentis vient la paix intérieure, la tranquillité obtenue dans le partage et la fraternité. C’est au fond de nous mêmes que nous sommes le plus près de nos frères. Ce lien qui nous unit est invisible mais il est si indéfectible qu’il nous unit pour toujours à nos Frères qui nous ont quitté. Lorsque je pense à cela , je mesure la chance que j’ai d’appartenir à la franc maçonnerie. Alors mes frères ne nous égarons pas sur les sentiers fleuris, poursuivons notre tache et que la joie soit dans les cœurs !

J’ai dit V\M\ 
 

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Par S\ A\ - Publié dans : Planches
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Mardi 26 août 2014 2 26 /08 /Août /2014 06:57

Que représente le suicide pour l'initié ? Peut-il être et doit-il être un aboutissement ? Peut-il être et doit-il être toujours envisagé comme une défaite, voire une lâcheté et une démission ? Comment peut-il nous concerner, qu'il entre ou non dans les recours possibles auxquels nous pouvons songer ?

Une première réflexion s'impose quant au terme de suicide lui-même. Formé de deux mots latin, sui « de soi-même » et cidium du verbe cedere tuer, ce terme de suicide n'est guère employé dans la langue française avant le XVIlle siècle. Voltaire s'en est servi dans son commentaire de l'esprit des lois en 1778 alors que Montesquieu ne l'employait pas. Le mot se trouvera dans la troisième édition du dictionnaire de l'Académie la même année. Quelle formule utilisait-on auparavant ? Montesquieu parle d'homicide de soi-même ou même de mort volontaire. Il semble, cependant, que l'expression la plus couramment employée ait été se défaire soi-même. On la trouve utilisée comme terme technique dans les textes juridiques qui traitent du suicide et Voltaire l'emploie encore. Se défaire soi-même, se suicider, dans aucun des deux cas, on ne trouve sur le plan étymologique, l'évocation du meurtre : commettre un meurtre, se dit occidere. C'est le mot utilisé par la Vulgate pour le sixième commandement. Nous reviendrons sur cette question. Bornons-nous simplement à remarquer que sur le plan du vocabulaire les expressions « se défaire » puis « se suicider » ne comportent pas l'évocation péjorative du meurtre, ce qui est particulièrement intéressant par rapport aux lois, us et coutumes des pays chrétiens qui interdisaient le suicide et le sanctionnaient au nom de la morale et de la religion. « Le suicide, pourra encore écrire Jean-Jacques Rous­seau, en plein XVIIIe siècle, siècle bien peu religieux pourtant, est une mort furtive, honteuse, c'est un vol fait au genre humain. »

Les maçons que nous sommes doivent me semble-t-il, être sensibles au symbolisme de langage. Aussi, l'étymologie comprise dans sa dimension symbolique doit-elle constituer un précieux outil de réflexion. Et je trouve pour ma part extrêmement révélateur que des siècles de censures et d'interdits religieux ainsi que tout un arsenal de lois répressives n'aient pas réussi à forger des expressions péjoratives pour signifier la mort volontaire. Cela devrait suffire pour nous inciter à nous poser la question du bien- fondé de ces interdits surtout si nous songeons qu'un certain nombre de sociétés fort civilisées et fort respectables, loin de condamner systématiquement le suicide, le prônaient, au contraire dans certains cas. Je songe à la société japonaise, entre autres.

Pour sérier notre problème nous laisserons de côté toute cette question de suicide dans les autres civilisations pour ne nous préoccuper que de la nôtre et des deux sources qui, en gros, l'ont formée : l'Antiquité gréco-romaine et la Bible.

L'Antiquité gréco-romaine admettait le suicide sous l'influence de la philosophie stoïcienne. La loi romaine ne poursuivait le suicide que quand celui-ci était accompli pour échapper à un châtiment capital. La peine était la confiscation des biens par le fisc. Et encore y avait-il des accommodements dans ce domaine si le suicide faisait faire à l'Etat l'économie d'un procès. Moyennant un arrangement financier avec l'Empereur celui qui recevait l'ordre de se suicider, pouvait tester en faveur des siens, même si par son suicide il échappait à la peine capitale. Par contre, tous les autres motifs étaient parfaitement admis et ce, grâce à la très grande influence de la morale stoïcienne dont il nous faut dire maintenant quelques mots, car celle-ci n'est pas sans rapport avec certains de nos principes maçonniques. Je voudrais pour cela citer un passage du traité de Cicéron « de fins des biens et des maux », un des rares exposés d'ensemble de la morale stoïcienne qui est, d'ailleurs, sans doute, beaucoup plus une traduction d'un traité grec remontant à la fin de l'ancien stoïcisme plutôt qu'une œuvre composée par Cicéron lui-même. Avant de citer ce passage, il me faut rappeler une notion importante pour la compréhension de ce texte comme du stoïcisme en général et qui est celle du convenable ou encore du rôle de l'office : en grec kathékon, en latin officium. Les passions constituent l'ennemi essentiel du sage stoïcien parce qu'elles l'empêchent de remplir le rôle, l'office que la nature lui a assigné ; aussi, l'on peut dire, et je cite, ici, Lafon dans son livre sur les stoïciens (page 96) : « quand un homme fait ce qui convient à l'homme ses actes s'expliquent. Convenable se dit de tout acte susceptible d'une explication raisonnable. Le convenable pour chaque être, c'est son rôle, son office, sa fonction. Comme chaque être tient son rôle de la nature, l'origine du convenable doit être cherchée dans les tendances premières de cette nature ; et le premier convenable, le premier office, consiste à obéir à ses tendances. De cet office primordial dérivent tous les autres. »

Ecoutons, maintenant, Cicéron traiter du problème du suicide : Comme tous les convenables procèdent des choses moyennes, l'on dit, non sans motif, que toutes nos réflexions se rapportent à elles, entre autres la question de savoir si nous devons quitter la vie ou y demeurer. Sont-ce les états conformes à la nature qui dominent chez un homme, alors il est convenable de rester en vie ; si ce sont les états contraires qui paraissent dominer ou sur le point de dominer, il est convenable de quitter la vie »... et plus loin, « Souvent le convenable pour le sage est de s'écarter de la vie, alors qu'il est au comble du bonheur, s'il peut le faire à propos ; car les stoïciens pensent que la vie heureuse, c'est-à-dire la vie conforme à la nature est liée à l'opportunité des actes. Ainsi, la sagesse prescrit qu'on l'abandonne (la vie) si le sage a profit à l'abandonner (pages 284-285).

Ainsi, le suicide n'est-il envisagé, ici, ni comme une défaite, ni comme une démission, ni comme une lâcheté. Tout au plus, peut-on parler de fuite devant ce qui peut apparaître au sage comme dégradant, comme contraire aux aspirations de sa nature profonde ou encore de nature à troubler l'équilibre auquel il a pu parvenir. Ainsi, l'a bien exprimé et vécu Henry de Montherlant, un authentique stoïcien et je cite, ici, l'un de ses carnets : « Va jouer avec la poussière » (pages 118 et suivantes) « on se suicide par peur de ce qui va être et il faudrait fouetter jusqu'au sang les gens qui osent flétrir cette peur quand, eux, ils n'ont rien à craindre. On se suicide par respect pour la raison quand l'âge ou la maladie enténèbrent la vôtre et qu'y a-t-il de plus honorable que ce respect de la raison ? On se suicide par respect pour la vie quand votre vie a cessé de pouvoir être digne de vous et qu'y a-t-il de plus honorable que ce respect de la vie ? » Henry de Montherlant n'a pas triché avec ses exigences ; contrairement beaucoup d'écrivains et de philosophes volontiers matamores, il avait un courage à la hauteur de sa plume. Sa mort volontaire, sinon l'approbation, mérite le respect. De toutes les justifications et explications données, en effet, par les stoïciens sur le suicide, il ressort, en effet, une idée fondamentale, une idée maîtresse qui ne peut nous laisser insensibles, nous maçons, et qui est la maîtrise de soi. Comme le sage stoïcien, nous devons, en effet, tendre à la maîtrise de nos passions par la découverte de nos convenables de ce qui est conforme à notre nature. Il va sans dire qu'une pareille démarche est inaccessible à la masse qui la traduirait immédiatement en licence ou en laisser-aller un peu comme le font les ignorants à vernis culturel pour qui épicurisme signifie bon vivant voire débauché. La découverte de ses « convenables » pour reprendre cette notion stoïcienne, n'est possible que dans le cadre d'une véritable ascèse, ce à quoi devrait mener la quête initiatique. Parvenu aux stades élevés du « connais-toi toi-même », l'homme doit savoir à quoi s'en tenir, sur lui, sur les autres et en particulier sur les éléments qui donnent de la valeur à sa vie. Au nom de qui alors, je vous le demande, pourrions-nous, en tant que maçon condamner la mort volontaire de celui pour qui la continuation de la vie aboutirait à la souffrance stérile et dégradante. Au nom de la seule raison, aucune condamnation n'est sérieusement possible à moins d'un recours à de subtils artifices et surtout d'une révélation religieuse. Et de fait, c'est au nom de la religion que certains ont établi les censures les plus rigoureuses en assimilant le suicide au meurtre et en rappelant que toute vie appartient à Dieu. Nous verrons plus loin ce qu'il faut en penser. Constatons simplement que la démarche initiatique, pour qui la maîtrise des passions est un des buts essentiels, ne peut condamner systématiquement le suicide pourvu que celui-ci intervienne comme signe de réelle maîtrise et non comme signe d'abandon. Entachera-t-il la gloire du Grand Architecte de l'Univers ?

Disons tout de suite qu'au sens où nous entendons ce symbole, c'est-à-dire le principe d'ordre de la création et non un Dieu personnel, la réponse est non. La création, en effet, est pleine de morts et de souffrances sans explication, sans raison, ce qui ne permet pas de dire que cette création constitue en elle-même un appel à la vie à tout prix. Ou alors peut-on tout au plus dire que si appel à la vie il y a, toute forme de vie ne saurait être réputée sacrée et respectable.

Dans la nature comme chez les humains en particulier, il existe, nous le savons, des formes de vie nuisibles qui n'ont absolument rien de sacré. Tous les systèmes moraux désireux de maintenir une forme de vie organisée admettent alors fort bien qu'au nom de ce maintien, on élimine, d'une manière ou d'une autre, les formes de vie nuisibles. On tuera des microbes, on abattra un bandit. Ce qui revient à supprimer un type de vie pour en sauvegarder un autre. Pourquoi un tel raisonnement appliqué à soi-même contrarierait-il alors l'ordre de l'univers ? La seule objection qu'on puisse sérieusement lui faire ne se situe pas au niveau des principes qui président à une telle application mais à la justesse du raisonnement. Autrement dit et pour en rester au seul niveau de la raison, je ne me sens pas le droit en tant que maçon de décréter que celui qui renonce à la vie parce que celle-ci va devenir insupportable et partant nuisible pour lui-même et pour les, autres, qui donc supprime sa vie par refus de voir celle-ci se pervertir, épargnant aux autres et à lui-même des épreuves pénibles, celui-là porte atteinte à l'ordre de l'Univers alors que cet ordre de la Création pour rester ordre implique la mort et la souffrance.

Et la seule question qui pour l'initié doit se poser est la suivante : le suicidé a-t-il oui ou non bien apprécié sa situation, a-t-il eu raison vus ses « convenables », pour reprendre le terme stoïcien, de mettre fin à ses jours ? Si oui, sa mort n'est pas une régression dans son ascension initiatique, elle peut même lui avoir fait franchir une étape supplémentaire, je ne pense pas à la mort en elle-même comme suprême initiation débouchant sur l'Orient Eternel, non, je pense tout simplement à l'idée de la mort immédiate, de la mort prochaine, notion essentielle dans notre quête initiatique et que notre rituel nous rappelle de multiples manières. Les gestes, les actes, les pensées, les écrits qui viennent de celui qui se prépare à une mort volontaire peuvent donc être compris comme autant de rites initiatiques. Ils symbolisent la mort sans être la mort elle-même au même titre que ce que nous utilisons dans nos rituels. Aussi, le suicide stoïcien a-t-il une réelle valeur initiatique. Seulement comme tout ce qui touche à l'initiation, il ne peut concerner qu'un petit nombre d'individus. Pour la grande majorité des individus, le suicide reste sans grande valeur spirituelle. Il a souvent le goût amer de la défaite, de la défaite du suicidé et de son entourage. La vocation exotérique des Eglises devrait donc fatalement les pousser à condamner le suicide et à le ranger dans le domaine des maux. Il était alors normal que les sociétés de chrétienté le considérassent comme crime et leur médecine comme folie. Crime et folie, deux termes qui traduisent bien chacun dans leur domaine la faiblesse humaine perçue au niveau sociologique. Mais qu'en est-il exactement au niveau de la Bible dont les Eglises juive, chrétienne et musulmane s'inspirent pour condamner le suicide ? C'est là une question que nous devons maintenant nous poser, avant d'aller plus loin dans notre réflexion sur le suicide et l'initiation, non seulement parce que nous l'avons dit au début de cette planche, notre civilisation a été marquée par le judéo-christianisme, mais encore parce que dans nos Temples la Bible est le volume de la Loi Sacrée, une des trois grandes lumières de la Franc-Maçonnerie régulière dont la fonction ne doit pas être seulement décorative. Or, il est frappant de constater que, dans cette Bible, il n'y a aucune condamnation explicite du suicide et que, par ailleurs, les cas de suicide y sont assez rares. Il est vrai qu'on ne se tue pas chez les juifs comme l'a fort bien montré Durckheim, nous reviendrons sur cette question. Si l'on écarte, en effet, les faux suicides qui sont le sacrifice de Samson faisant écrouler le temple de Dagon sur les ennemis d'Israël et sur lui-même (juges 16-29 ss.) et les suicides de Abimelec (juges 9-54) Saül et son écuyer (1 Sam 31-4 et ss.) et du général Zimri (1 Rois 16-18) qui ne font que devancer une mort certaine qui aurait eu en plus l'inconvénient d'être accompagnée de honte et d'outrages, il ne reste, en fait que deux suicides, celui d'Achitophel et de Judas. Vous connaissez l'histoire de Judas, moins celle d'Achitophel. Ce dernier était conseiller du roi David et avait une très grande réputation de sagesse. On l'écoutait donc toujours. Quand il prend le parti d'Absalon qui s'était révolté contre son père David, le roi David est terrorisé à l'idée que les révoltés vont avoir avec eux un aussi habile conseiller et il demande, alors, à Dieu de réduire à néant les conseils d'Achitophel. Et c'est ce qui se produisit. Achitophel donne à Absalon un bon conseil que celui-ci pour son malheur ne suit pas. De dépit Achitophel va se pendre. Le seul aspect négatif sur le plan moral de cette histoire est qu'Achitophel avait trahi David comme d'ailleurs Judas avait trahi Jésus. Leur mort par suicide peut donc apparaître comme un châtiment. Cependant, la Bible n'en donne aucun commentaire. La situation d'Achitophel et de Judas était sans issue, le suicide par désespoir apparaît donc dans ces deux récits comme une solution logique.

Sur quoi se basera-t-on, alors, pour condamner le suicide. Sur une interprétation du commandement « tu ne commettras pas de meurtre », improprement traduit par « tu ne tueras point ». Je dis improprement car le mot hébreu employé désigne lui le meurtre et non l'action de tuer que la Bible permet dans certains cas : dans le châtiment des criminels et dans le métier de soldat. Et encore faudra-t-il attendre le Ive siècle avec saint Augustin pour que soit faite l'assimilation du suicide au meurtre. Et il faudra encore attendre le Vle siècle pour que le Concile d'Orléans en 553 refusât les rites funéraires aux suicides religieux, puis le Concile de Prague en 562 pour que ce refus s'étendît à tous les suicidés. Les Conciles suivants comme celui de Troyes en 578 confirmèrent ces dispositions en faisant du suicide une des conséquences de l'inspiration démoniaque. Saint Thomas qui fixera pour longtemps la doctrine catholique sur ce point en fera un crime plus grave que l'homicide ordinaire.

Ainsi, écrira-t-il, dans la Somme théologique : « l'homicide de soi-même l'emporte d'autant plus en gravité sur les autres homicides que l'amour qu'on se doit à soi-même doit être le type de l'amour qu'on doit aux autres hommes ». Ainsi, le suicide devient-il le péché du péché par ce que s'opposant à l'un des plus grands commandements : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».Comment en est-on arrivé là, pourquoi cette escalade dans la condamnation ? Je crois personnellement que les persécutions dont les chrétiens ont été l'objet au cours des premiers siècles ont joué leur rôle. Le martyr, ne l'oublions pas, donnait la certitude du salut. D'où la recherche du martyr quelquefois si insistante qu'elle peut être assimilée dans bien des cas à de véritables suicides. La mort intervient alors comme la séparation définitive d'un monde jugé méprisable et la porte ouverte sur le Royaume de Dieu. Quand les persécutions cessèrent au Ive siècle, justement, il y eu un vide. Les souffrances et la mort manquèrent à certains et ce d'autant plus que la vie en ce monde apparaissait comme toujours méprisable. A ceux qui se lancèrent dans l'ascèse désordonnée destinée à provoquer la mort lente par des souffrances purificatrices, l'Eglise proposa des règles monastiques pour limiter les dégâts, à ceux qui préfèreraient des solutions plus rapides, elle opposera une condamnation sans appel du suicide qui alla en s'aggravant. Le sommet étant atteint par le Moyen Age. Au fond, l'Eglise a voulu endiguer l'instinct de mort au niveau des masses comme les sentiments masochistes. Au niveau où elle se situait, elle ne pouvait pas faire de détail. Même démarche dans l'Islam et le judaïsme. Il n'en est pas de même, par contre, pour un ordre initiatique qui, parce qu'il fait appel à la réflexion personnelle à partir de symboles, ne peut s'adresser valablement qu'à une élite. Voilà pourquoi je ne me suis pas senti le droit de rejeter le suicide stoïcien. Certes, cette position n'est pas sans danger. Et il est toujours à craindre, y compris dans un groupe comme le nôtre, que de pareils propos et surtout ceux qui vont suivre en conclusion, puissent être compris à tort comme faisant finalement l'apologie du suicide.

Dans son admirable étude sociologique sur le suicide, Durckheim classe dans l'ordre suivant les confessions religieuses quant à l'importance du nombre de suicides ; en tête, le protestantisme, puis le catholicisme, en dernier et loin derrière, le judaïsme. Il remarque que la culture n'est pas sans jouer un rôle ce qui appuie cette remarque de Voltaire : « les sauvages ne s'avisent pas de se tuer, c'est un raffinement de gens d'esprit ». Mais là n'est pas la cause essentielle car celle-ci ne joue absolument pas pour le judaïsme qui, en Europe, détient le record absolu dans le domaine de l'instruction. La cause fondamentale et qui doit nous faire réfléchir est le libre examen et le manque de structures ecclésiastiques qui placent le protestant devant une liberté plus grande que le catholique ou le juif. Celui qui peut plus librement qu'un autre réinventer pour lui-même, non pas l'essentiel de sa foi mais simplement sa formulation, celui qui a moins de comptes à rendre à un clergé qu'à Dieu seul, celui-là dispose plus facilement de sa vie. Et ce qui achève de prouver cette démonstration, c'est que, parmi les pays protestants, celui qui a le taux de suicide le plus faible est l'Angleterre dont l'Eglise est la plus structurée.

Ne risquons-nous pas, alors, nous maçons, par notre exhortation à la constante recherche de la vérité et de la perfection, par notre refus dans le cadre maçonnique des dogmes, ne risquons-nous pas par notre proximité avec la morale stoïcienne, ne risquons-nous pas de dépasser la simple compréhension du suicide dans certains cas pour en arriver à l'incitation. Je ne le crois pas.

Car la liberté maçonnique avec tout ce qu'elle implique est vécue dans un cadre précis qui est celui de la loge et du rituel, structure solide mais non étouffante qui doit et qui peut donner le sentiment à celui qui en fait partie, qu'il appartient à un groupe réel. Cette notion de conscience du groupe est de première importance dans la dissuasion du suicide. Pour Durkheim, c'est elle qui donne au judaïsme le taux plus bas, avec il est vrai, comme facteur supplémentaire les menaces permanentes de l'antisémitisme. Les groupes, les peuples qui ont à lutter pour la vie, et ce quels qu'en soit les motifs, ne se suicident pas. Le Franc-Maçon qui n'a été persécuté que rarement et peu de temps, en Occident du moins, ne saurait être retenu de se suicider pour ce dernier facteur. Par contre, la conscience d'appartenir à une loge, à une véritable famille de frères où il a à poursuivre une recherche spirituelle, non pas seul mais aidé par les autres et par un rituel, tout cela devrait le retenir et éviter le suicide démission, le suicide fuite, le suicide lâcheté. Si ceux-ci interviennent quand même, alors l'échec de groupe est certain. Tous les suicides ne méritent cependant pas ce qualificatif, en particulier le suicide stoïcien quand il est commandé par l'honneur et par l'esprit de sacrifice. Peut-on, dans ces conditions, parler d'échec du groupe, d'échec de la Loge ?

Avant d'y répondre je voudrais vous citer deux courts passages du livre de Durkheim que j'approuve entièrement :

« Dans l'ordre de la vie, rien n'est bon sans mesure. Un caractère biologique ne peut remplir les fins auxquelles il doit servir qu'à condition de ne pas dépasser certaines limites. Il en est ainsi des phénomènes sociaux. Si, comme nous venons de le voir, une individuation excessive conduit au suicide, une individuation insuffisante produit le même effet. Quand l'homme est détaché de la Société, il se tue facilement, il se tue aussi quand il y est trop fortement intégré » (page 233).

Puis plus loin : « chaque sorte de suicide n'est donc que la forme exagérée ou déviée d'une vertu ». Ne vous semble-t-il pas, qu'on nous parle, ici, de la situation commune à tout initié. Par son idéal de bâtisseur, celui-ci est fortement intégré à la Société aussi bien sous sa forme profane qu'initiatique mais par la nature même de la démarche initiatique essentiellement individualiste et spirituelle, il est aussi détaché de cette Société qu'elle s'appelle l'Humanité, son Eglise, son pays, sa famille, sa loge. De toutes les structures humaines même de celles qui lui sont les plus chères, un initié ne saurait être l'esclave au sens où il leur sacrifierait quoi que ce soit aux dépens de sa quête initiatique qui ne peut être qu'ascendante.

Constamment, il doit lutter contre tout ce que ces différentes structures humaines comportent de négatif et de profane, d'éléments qui tirent l'homme vers le bas pour le ramener dans les ténèbres d'où l'initiation l'a fait sortir. Selon le sens qu'un homme a donné à sa vie et nul n'a alors le droit de juger car ce choix appartient à chaque individu, cet homme sera sensible aux défauts d'une telle structure humaine plutôt qu'à telle autre. Et cette sensibilité pourra être si forte qu'aucune contrepartie venant d'ailleurs sera de nature à l'apaiser. Nous devons donc admettre que lorsqu'un initié se trouve dans l'impossibilité de continuer certaines luttes sous peine de déchoir et de remettre en cause ce qu'il a conquis, celui-ci affiche alors son mépris pour la vie en la quittant parce que celle-ci est devenue ou risque de devenir trop profane. Il agira, alors, dans la logique de son initiation, et la loge ne pourra considérer son brusque départ comme un échec.

L'initiation n'est-elle pas au fond un suicide permanent ? Ne nous apprend-on pas, en effet, tout au long de notre vie initiatique, à tuer en nous le profane. Et tout cela a procédé d'un libre choix quand nous avons voulu frapper à la porte du Temple parce que nous éprouvions le besoin d'un supplément d'âme et que nous en avions assez d'une certaine forme de vie. Nous avons accepté, alors, un certain nombre de démarches pour préparer notre mort initiatique, nous avons mis de l'ordre en nous, nous avons réfléchi et médité et nous avons alors suivi des rites de mort et de résurrection. Avons-nous pris vraiment tout cela au sérieux ? Si oui et c'est le seul cas qui m'intéresse, nous ne devrions pas avoir de peine à imaginer la même démarche avec quelques variantes et je dis la même démarche car les rites ne ressemblent au point que quelquefois ils se confondent. Seulement l'épée peut ne pas être symbolique, elle peut être remplacée par un vrai poignard ou par d'autres choses qui font que la mort n'est plus symbolique mais effective. Celui qui agit ainsi s'est peut-être trop laissé détruire par la lumière initiatique et à l'instar de certains Indiens adorateurs du soleil fixant constamment leur Dieu de leur regard, sera-t-il devenu aveugle ? Mais il est aussi permis de penser qu'il a bien compris cette leçon particulière de l'initiation, cette leçon de flammes et de cendres. Ecoutons encore Montherlant : « Cet attrait semblable à celui de l'abîme de détruire avant de mourir une partie au moins de ce qu'on a écrit. J'ai pensé d'abord que c'était pour montrer à quel point on s'en fichait. Ensuite, j'ai pensé que c'était la même mécanique que le suicide. Dans le suicide on n'est pas libre entièrement puisque de toute façon on devra mourir ; on est libre pour les circonstances et pour l'heure (du moins si tout va bien). En détruisant une partie de ce qu'on a écrit, convaincu que tout le sera un jour, par le temps ou par les hommes, on se donne là aussi une certaine liberté quant à la mort de son œuvre. On choisit la partie que l'on détruit et l'heure où on la détruit. C'est comme avec le suicide, une parcelle de liberté dans la nécessité ». (« Carnets », ma Marée du Soir, page 77, année 1969). Le sens de l'honneur, la défense d'une idée, la protection de ceux que l'on aime peuvent donc conduire d'authentiques initiés à choisir la solution du suicide. Habitués à la mort, exercés à s'en approcher, ils ont pu tout naturellement songer à la voir de plus près. Et si c'était là, compte tenu des éléments donnant à leur vie sa valeur, la seule parcelle de liberté qu'il leur restât dans la nécessité où ils se trouvaient, je considère qu'ils ont agi en maçons accomplissant le sacrifice suprême pour rester libres jusqu'au bout.

Mais il va de soi que le choix d'une semblable solution implique une réelle maîtrise dans le domaine de l'initiation. Il est difficile de dire de quelqu'un avec certitude qu'il y est parvenu comme d'affirmer qu'il n'y ait pas parvenu. Tout ce que l'on peut dire, c'est que cet état de maîtrise est certainement fort rare et que nous avons raison de nous considérer comme étant toujours des apprentis même si nous ne le pensons pas autant de fois que nous le disons. Il faudra donc toujours y regarder à deux fois avant d'interrompre un apprentissage. C'est la raison essentielle pour laquelle le suicide ne saurait être encouragé chez nous. Il doit néanmoins être compris et accepté dans les cas d'exception où il apparaît comme une expression de la liberté et l'évolution initiatique.

Publié dans le PVI N° 37 - 2éme trimestre 1980

Source : www.ledifice.net

 

Par Michel VIOT. - Publié dans : Planches
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Jeudi 31 juillet 2014 4 31 /07 /Juil /2014 07:57

La Franc-Maçonnerie militaire a joué un rôle essentiel dans l'apparition en France de la Maçonnerie spéculative. Avant 1789, les Loges militaires qui existaient dans la plupart des régiments de l'armée royale initiaient au hasard des déplacements, d'une garnison à l'autre, des aristocrates, des bourgeois, des commis d'administra­tion, des avocats, des religieux qui allaient devenir un peu plus tard les animateurs des Loges sédentaires.

Plus tard, sous le Premier Empire, ce furent les Loges militaires de la Grande Armée qui propagèrent la Franc-Maçonnerie dans toute l'Europe, notamment en Belgique, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Italie, en Espagne, initiant un peu partout dans les terri­toires occupés et y donnant naissance à une Maçonnerie locale là où elle n'existait pas encore, réveillant ailleurs de vieilles Loges qui étaient en sommeil depuis un certain temps. Par un étrange para­doxe, ce furent ainsi les militaires francs-maçons de l'armée impé­riale qui propagèrent à travers l'Europe l'idéal de la Révolution française de 1789.

Officiers et hommes de troupes se retrouvaient fraternellement unis dans la Loge, sans aucune distinction de grades. Ainsi, en 1779, La Parfaite Union du régiment du Vivarais avait comme Vénérable le simple soldat Dupred, alors que le capitaine Charles de Roux l'assistait comme Secrétaire.

En 1773, la Loge Saint-Charles des Amis Réunis, installée au sein du régiment de Saintonge, avait pour Vénérable le fourrier La­bouisse. Elle comptait parmi ses membres le comte de Bérenger, mestre de camp.

Il n'est pas inutile de rappeler que, bien avant la création en 1717 de la Grande Loge de Londres, la Franc-Maçonnerie dans sa forme spéculative, avait été introduite en France par des militaires. Lorsque la reine Henriette, fille du roi de France Henri IV, épouse du roi d'Angleterre Charles r, s'était réfugiée au château de Saint- Germain, la plupart des officiers écossais de sa suite appartenaient à des Loges anglaises qu'ils s'étaient empressés de reconstituer en exil.

Dès 1689, à Saint-Germain-en-Laye, une Loge jacobite, La Bonne Foi, existait au régiment de Dillon des gardes écossais. Plusieurs autres Loges stuartistes furent ouvertes en France dès 1690. Dans des conditions identiques, des marins et des soldats participèrent à la fondation des premières Loges spéculatives en territoire fran­çais. Ainsi, en 1732, des officiers de marine anglais séjournant à Bordeaux y ouvrirent la Loge L'Anglaise qui existe encore de nos jours.

De nombreux officiers français furent initiés à cette époque. En 1736, plus de deux cents officiers de hauts grades assistaient à la Tenue maçonnique pour laquelle le chevalier de Ramsay écrivit son célèbre Discours, premier essai de réforme de l'Ordre maçonnique. Ce fut à ce moment que fut initié le Maréchal d'Estrées.

Le premier Grand Maître français, Louis de Pardaillan de Gon­drin, duc d'Antin et d'Epernon, élu le 24 juin 1738, était lui-même colonel du régiment de Royal-Marine.

Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, qui fut appelé à lui succéder en 1743, avait fait ses preuves sur le champ de bataille. Il fut désigné par ses Frères de préférence au prince de Conti et au Maréchal de Saxe.

Il y eut ainsi une longue période pendant laquelle les militaires exercèrent l'autorité suprême dans l'Ordre maçonnique en France. Au tableau des Grands Officiers pour l'année 1773 figurent ainsi le Frère de Montmorency-Luxembourg, brigadier des armées du roi ; le colonel d'infanterie de Buzançais ; le mestre de camp de cava­lerie Rohan-Guéménée ; le colonel d'infanterie de Lauzun ; le colo­nel d'infanterie Bacon de la Chevalerie ; le colonel du régiment de Champagne Colbert, marquis de Seigneley ; le maréchal de camp prince de Tarente ; le mestre de camp des dragons prince de Pigna­telly ; le colonel d'infanterie vicomte de Rouait ; le colonel d'infanterie chevalier de Launey ; le lieutenant-colonel Giraud-Destours ; le colonel comte d'Ossun ; le mestre de camp de cavalerie marquis de Clermont-Tonnerre, d'autres encore.

Tous les régiments possédaient alors une ou plusieurs Loges maçonniques.

Il suffit par ailleurs de consulter les tableaux des Loges pari­siennes avant 1789 pour y trouver en très grand nombre des mili­taires de toutes les armes et de tous les grades.

Tout naturellement, les soldats francs-maçons prirent fréquem­ment l'initiative de créer des Loges civiles et sédentaires dans les villes où ils étaient affectés. Ce fut ainsi que le capitaine Frignet, du Royal-Lorraine-Cavalerie, fut en 1748 le fondateur à Rennes de La Parfaite Union, une Loge qui devait devenir plus tard la Mère- Loge de la Maçonnerie bretonne. De même, en 1756, ce fut la Loge militaire Les Frères Unis, au régiment de Thianges-Dragons, qui installa à Laval la Loge sédentaire L'Union, composée essentielle­ment de petits bourgeois.

En 1768, lorsque L'Heureuse Rencontre fut installée à Brest, elle comptait parmi ses fondateurs une majorité d'officiers.

Les archives de la Franc-Maçonnerie française permettent de suivre les régiments dans leurs successifs déplacements. Prenons l'exemple de La Parfaite Union, Loge militaire du régiment Royal­Roussillon-Cavalerie. Elle se trouve en garnison à Hesdin en 1774 lorsqu'elle ouvre ses travaux sous la direction du capitaine de More­ton-Chabrillant. En 1775, lorsqu'elle initie le comte des Rieux et le comte de Carné, elle tient ses assises dans le Temple de la Loge de Rennes.

De la même façon, nous pouvons suivre pendant plus de vingt ans dans ses déplacements la Loge militaire de l'Orléans-Dragons. Des noms connus figurent sur les tableaux des Loges militaires. Le sous-lieutenant Alexandre de Musset, grand-oncle du poète, appar­tenait à La Concorde, Loge du régiment d'Auvergne. Le baron de Montboissier-Beaufort-Canillac, gendre de Malesherbes, fut Véné­rable de L'Amitié à l'Epreuve, la Loge de l'Orléans-Dragons. Le duc de Richelieu, futur Premier ministre du roi Louis XVIII, fut l'orateur des Dragons Unis, au régiment des Deux-Ponts-Dragons. Percy, l'un des rénovateurs de la chirurgie militaire, fut le Secrétaire des Frères Unis, au régiment de Berry-Cavalerie. Le célèbre Choderlos de Laclos, l'auteur des « Liaisons dangereuses «, fut le Vénérable de L'Union, au corps d'artillerie de Toul.

Lafayette et Rochambeau étaient eux-aussi francs-maçons.

Axel de Fersen, colonel du Royal Suédois, l'homme qui organisa la fuite à Varennes de la famille royale, appartenait à L'Olympique de la Parfaite Estime. Dans cette Loge il retrouvait un lieutenant- général qui se nommait... Charles d'Estaing.

Le célèbre mathématicien Gaspard Monge fut en 1779 l'Orateur de L'Union Parfaite du Corps du Génie où il avait été initié. La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de France, tombé au champ d'hon­neur le 27 juin 1800, appartenait à une Loge bretonne.

Il demeure que la période la plus faste de la Maçonnerie mili­taire, ce fut indéniablement celle du Premier Empire, avec les francs-maçons Junot, Pichegru, Mac Donald, Beurnonville, Kléber, Brune, Joseph.et Jérôme Bonaparte, Sérurier, Kellermann, Mortier, Ney, Lannes, Lefebvre, Murat, Augereau, Moreau, Exelmans, Suchet, Oudinot, Bernadotte, Molitor, sans oublier le général Hugo, père de Victor, qui appartenait à L'Amitié d'Aix-en-Provence et à La Concor­de de Bastia.

Faire aujourd'hui le tour de Paris par les boulevards extérieurs c'est s'offrir l'occasion de saluer l'un après l'autre les plus grands noms de la Maçonnerie militaire.

N'oublions pas le maréchal Masséna, duc de Rivoli, qui avait été initié à Toulon en 1784 par la Loge Les Enfants de Minerve. Quant à Grouchy, celui de Waterloo, il appartenait à La Candeur de Strasbourg.

Dans toute l'histoire de la Franc-Maçonnerie universelle aucune date n'est plus douloureuse que celle du 18 juin 1815. Ce jour-là, dans la plaine de Waterloo, se retrouvèrent face à face les francs- maçons français du Frère Grouchy, les francs-maçons anglais du Frère Wellington, les francs-maçons prussiens du Frère Blücher. La fine fleur des Loges militaires de la Grande Armée disparut dans la charge héroïque de la Haie-Sainte que commandait le franc-maçon Lassale.

Quelques-uns des plus grands noms de la Marine figurent éga­lement sur les tableaux des Loges, notamment ceux du corsaire Surcouf et du corsaire Bompard, du bailli de Suffren, de l'amiral Villaret de Joyeuse, de l'amiral Bruix, de l'amiral Magon de Médine qui trouva la mort à Trafalgar.

Les marins français participèrent activement à l'implantation et au développement de la Maçonnerie aux Antilles, à Saint-Do­mingue, aux Indes, au Moyen-Orient et en Amérique Latine. Un mili­taire comme le comte de Grasse-Tilly propagea de la même façon et organisa dans plusieurs pays d'Europe, notamment en Belgique et en Espagne, le système des Hauts Grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

La liste est longue des soldats francs-maçons qui, sous les différents régimes, furent élevés à la dignité de Maréchal de France. Les plus connus sont Augereau, Bernadotte, Exelmans, Joffre, Keller­mann, Lefebvre, Masséna, Murat, Ney, Soult et Suchet. Pendant la guerre de 1914-1918, le Grand Maître de la Grande Loge de France était le général Peigné. Une Loge parisienne de son Obédience porte aujourd'hui son nom.

Entre 1919 et 1940, et depuis 1944, de nombreux officiers d'ac­tive furent Vénérables de Loges écossaises et plusieurs d'entre eux furent appelés à siéger au Conseil Fédéral de la Grande Loge de France.

Ainsi, la tradition de la Franc-Maçonnerie militaire se prolonge. Elle constitue à coup sûr l'une des plus belles pages de l'histoire de la Franc-Maçonnerie française.

MAI 1982 Publié dans le PVI N° 46

Source : www.ledifice.net

Par PVI - Publié dans : Planches
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