Planches

Mardi 15 avril 2014 2 15 /04 /Avr /2014 07:05

Un texte des Old Charges éclaire la généalogie des deux phrases rituelles qui ont mobilisé mon travail, et qui sont prononcées, par le second surveillant puis par le premier surveillant.

Sem, Cham et Japhet s’étaient rendus sur la tombe de leur père pour essayer d’y découvrir quelque chose à son sujet qui les guiderait vers le puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ils parvinrent à la tombe et ne trouvèrent rien, sauf le cadavre presque entièrement corrompu. Ils saisirent un doigt qui se détacha, et ainsi de jointure en jointure, jusqu’au poignet et au coude. Alors, ils relevèrent le corps […]

La parenté avec notre rituel est visible, on repère également tout le travail fait par des générations de maçons, pour stabiliser ce nous vivons aujourd’hui ; les homologies et les différences pourraient faire l’objet de quelques réflexions et de quelques planches.

Les mots, la chair quitte les os, puis tout se désunit, que je rapprocherai au long de cette présentation, sont forts et mêmes inquiétants.

Leur caractère horrifique comme le dirait Rabelais, est un appel à l’attention sur l’un des moments clé du rituel.

Les mots doivent être éprouvés. Leur signification, devient alors vivante. L’on sort ainsi plus aisément de la passivité tranquille qui guette toujours, quand les symboles sont lus ou entendus comme des routines verbales, des incantations rendues creuses parce que peu éprouvées.

Je retrace ici le chemin de cette épreuve avec l’ambition de tenter de répondre aux questions qui touchent à la réalité de ce qui se passe lors de l’initiation.

Ce travail a été fortement éclairé par le souvenir d’un chantier de restauration d’un ossuaire du XVI° siècle, à Brillevast dans le nord du département de la Manche, ossuaire placé prés d’une rivière dont l’eau acide décapait les corps sur une planche de pierre avant que, transformés en squelettes, ils ne se rejoignent dans cet ossuaire.

J’ai également visité les nombreux moments de détachement d’enveloppes pour en adopter une nouvelle, moments qui sont placés sur notre chemin initiatique avant d’accéder au troisième grade, qui m’apparaissent comme autant d’indices pour le travail intérieur en général et ce travail en particulier.

Ces détachements signent l’accès à d’autres niveaux de compréhension : les vêtements, que l’on enlève, une jambe de pantalon qui est relevée et qui rend visible l’ossature de la jambe, le changement de peau pour le tablier, modifié ou différent à chaque grade.

Notre manière aussi d’épeler les mots, de les peler, lettres détachées, mots désunis, jusqu’à ce qu’il ne reste alors qu’une mémoire du mot qui est reconstitué, au creux de l’oreille dans un échange au sein d’un espace presque intime où l’un est l’autre. Les frontières du mental posées par la culture ont alors disparues et les maçons rapprochés figurent alors, l'unité retrouvée.

Je suis donc parti de l’exclamation du T\ V\ M\ : O Ciel, c’est lui…est l’Architecte, avant que le second surveillant, comme membre du groupe des neuf maîtres envoyé par le roi Salomon pour rechercher les restes de Maître Hiram, n’essaie, sans succès de relever le cadavre par l’attouchement d’apprenti en prononçant : « La chair quitte les os ».

L’office du second surveillant s’exerce sur la colonne BOAZ, associée à la lune. Il est donc entre autre, particulièrement tourné vers tout ce qui a trait à la vie. Il est en contact avec ceux qui étaient, les apprentis, il y a peu encore, des hommes appartenant au monde profane, imprégnés de l’idéologie de ce monde : valorisation de l’individu et de son apparence, mise en avant constante de l'extérieur des choses, de la peau des choses.

Le travail du second surveillant consiste ainsi, à donner les impulsions nécessaires, à l’initié, afin qu’il emprunte le chemin de l’initiation réelle.

Cette impulsion doit l’aider en utilisant les outils à sa disposition, à maîtriser ses émotions et ses passions, avec pour objectif de renouveler son individualité et à libérer ses forces psychiques pour le grade suivant où seront mobilisés : intelligence, ouverture d’esprit, exercice conjoint de la raison et de l’intuition, maîtrise de la parole.

Au cours de ce travail sur lui-même, le jeune initié reste un individu. Son altérité est faite d’un heureux mélange d’émotions, de particularités mentales, de modalités de réflexion, et de comportements reconnaissables de l’extérieur.

Or, le constat : la chair quitte les os, appelle à la MISE À DISTANCE du travail accompli.

Il ne s’agit pas de le nier, car le maçon reste un apprenti permanent, et son travail à ce titre est un travail de fondation toujours à reprendre et à affiner. Il s’agit plutôt de faire comprendre dans le scénario de l’exaltation que le refuge ultime de l'individualité, la chair, sensible, jouissante, souffrante, et tout le psychisme qui va avec, est un registre insuffisant pour poursuivre la démarche d’initiation et aller vers l’initiation réelle.

Cette mise à distance, commence par la corruption.

Des éléments de compréhension m’ont été accessibles à travers la tradition alchimique. Elle est présente dés l’initiation au premier degré ; elle constitue une source de méditation complémentaire pour notre travail de maçons, même si elle reste pour moi, une énigme.

N’étant pas versé dans cet art, je ne l’ai approché que de manière imparfaite grâce aux portails ouest des cathédrales, en les observant et en les documentant par quelques textes qui me semblaient fondamentaux, alors.

Pour éclairer la phrase de notre rituel, j’ai trouvé dans le texte : Les 12 clés de la philosophie du moine bénédictin Basile Valentin, de quoi méditer :

Première clé : « Sache mon ami, que tous corps impurs et lépreux ne sont pas propres à notre œuvre, car leur impureté et leur lèpre ne peuvent non seulement rien produire de bon mais elles empêchent même, que ce qui est, puisse se produire ».

Quatrième clé : « Toute chair, née de la terre, sera dissoute et retournera en terre, afin que le sel terrestre aidé par l’influence des cieux fasse lever un nouveau germe ».

Nous retrouvons la graine qui, dans le texte de l’Évangile de Jean, doit mourir pour renaître.

L’influence céleste se manifeste comme la chaleur enveloppe et fait lever la graine. Ce qui enveloppe c’est l’esprit, celui qui génère toute chose, dont les os de l’individu deviennent le support.

Je me suis appuyé sur la notion d’enveloppe pour aborder cette seconde étape du rituel au moment où est prononcé la phrase : Tout se désunit.

En Ézéchiel, au chapitre 37, versets 4 et 5 il est écrit : « Prophétise sur ces os ! Tu leurs diras : Ossements desséchés, écoutez la parole de l’Éternel ! Ainsi parle le seigneur, l’Éternel à ces os : voici que je vais faire venir en vous un esprit, et vous vivrez, et au verset 9 : Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts et qu’ils revivent ».

La chair quitte les os qu’elle enveloppait et chez Ézéchiel, ce sont les quatre vents qui enveloppent et vivifient, désormais.

Ce qui enveloppe après le dépeçage du squelette est d’une autre nature que ce qui enveloppait l’individu avant qu’il n’entre dans le processus initiatique. Il change de peau parce qu’il change d’état, c’est ce processus qui commençait au moment où le second surveillant avait saisi le cadavre et qui se prolonge lorsque le premier surveillant prononce la phrase rituelle Tout se désunit.

Car ce qui est suggéré ici, est qu’il ne suffit pas de mourir, il faut également opérer un retour vers l’« amorphe », vers le Chaos, qui est l'étape ultime vers un nouvel Ordre, dans lequel l’initié a sa place.

Pour éclairer ce moment du retour au Chaos, vers l'amorphe j’ai mobilisé trois références : La première est encore celle de Basile Valentin avec sa huitième clé : « Une créature céleste, la vie de laquelle est nourrie par les astres et alimentée par les quatre éléments, meure et puis se putréfie. Après cela, les astres, moyennant les éléments qui ont cette charge, redonneront à nouveau la vie à ce corps pourri, afin qu’il s’en fasse un céleste… »

il faut pourrir, et accepter de voir tout se désorganiser pour espérer accéder à un état renouvelé.

La seconde provient du mythe du Phénix. Ce mythe apporte également quelques indices.

Lorsque le Phénix sentait sa mort proche, il s’exposait au soleil jusqu’à ce que les rayons le consument. De la moelle et des os sortait un œuf d’où émergeait un oiseau régénéré. Je n'oublie pas que le Premier surveillant, exerce son office sur la colonne JAKIN, le midi de notre espace sacré.

La troisième, m’a été apportée par la tradition Hébraïque, citée par René Guénon dans Le Roi du Monde.

Il existerait selon cette tradition, dans le corps humain une particule indestructible, représentée symboliquement comme un os très dur, et à laquelle l’Esprit demeurerait lié après la mort.

Cet os, est désigné par le mot LUZ en hébreu avec le sens d’amande de « noyau » contenant le germe.(la mandorle des portails OUEST). Comme le noyau contient le germe et l’os la moelle, le LUZ contient les éléments virtuels nécessaires à la restauration de l’être.

Cette restauration s’opérera sous l’influence de la rosée céleste revivifiant les ossements desséchés. Cet os situé à l’extrémité de la colonne vertébrale est désigné dans notre langue sous un nom très parlant le sacrum.

J’ai choisies ces quelques références par ce qu’elles me semblaient justes et suffisamment concises pour faciliter l’écoute de notre rituel. Elles constituent des éléments d’appui à la marche comme des pas japonais sur un sol à explorer.

Avant d’aborder la phase conclusive, je ferai d’abord un point sur ce que je pense avoir acquis.

Premièrement, Le scénario de l’intervention du T\ V\ M\ et des deux surveillants m’apparaît comme une remontée des enfers, après une sorte de récapitulation des états antécédents, par laquelle leurs possibilités ont été, en fait, épuisées.

Deuxièmement, le mécanisme initiatique qui commence par la corruption fait entrer l'initié dans un autre temps, dans lequel, le contact entre le corps et son environnement procédera d’autres mécanismes que ceux qui rapprochaient l’individu charnel de ses congénères.

En effet, pour ce qui était de sa quête, l'individu pensait entrer en communication avec le monde de l’esprit par les forces du mental, émotions, mémoire, raison, volonté, intellect, représentées par la chair.

Dans le nouvel état, celui auquel il est appelé, le travail mental, l’intelligence la mémoire, ne sont plus d’aucune utilité, pour recevoir l’influence céleste comme le suggère Ézéchiel.

L’initié, squelettique et démembré doit être reconstitué, être préparé à recevoir une nouvelle enveloppe. La référence à Osiris, présente des parentés claires.

Troisièmement, Ce changement d’état implique une renonciation au mental, c’est-à-dire à toute faculté discursive qui est désormais impuissante puisqu’elle ne saurait franchir les limites qui lui sont imposées par la nature même.

C’est la seconde mort que vit l’initié, la mort psychique (de là, l'importance du sentiment horrifique ressenti (mort du sentiment et de l’imagination, pour changer d’état) en entendant les phases du rituel sur lesquelles j’ai travaillé.

Finalement, ce qu’il nous est proposé de comprendre, c’est qu’il s’agit alors, de dépasser les forces et les facultés de l’individu, devenir disponible ;

Car celui qui s’attache exclusivement au raisonnement, croit en sa force, et ne s’en affranchit pas au moment venu ; il reste prisonnier de la forme qui est la limitation par laquelle se définit son état ; il ne le dépassera jamais, il n’ira jamais plus loin que l'extérieur de choses.

Il demeurera lié au cycle indéfini du destin comme dirait Boèce. Il ne pourra s’approcher du Principe.

Car, cette disponibilité intérieure pour le principe est ce qui nous est proposé dans l'étape initiatique sur laquelle nous travaillons ce midi, comme l’annonçait Ézéchiel.

Le principe qui était le centre des préoccupations intellectuelles de l’initié aux degrés antérieurs, vient à lui dans l'exaltation, l’entoure, devient sa périphérie, son extérieur, et l’initié est lui au centre.

Ce renversement de perspective, cette « conversion du regard » est celui auquel nous appelle le langage du rite à partir du langage ordinaire.

Cette dernière piste me semble suffisamment riche pour former le corps de ma conclusion et finalement exprimer ce que j’ai compris.

Le langage ordinaire d’abord est pour une part importante l’instrument d’une pensée rationnelle individuelle, à visée discursive. Il ne permet donc d’atteindre que ce qui est accessible à l’individu dans ses limites d’individu, dans son état contingent.

L'individu est également tout autre que le fruit de la contingence.

Un principe permanent et immuable le constitue, il relève d’un inexprimable, d’un illimité et d’un a-temporel.

Cette dimension apparaît furtivement lorsque, au terme de la lecture d’un poème, tout d’un coup la pensée s’immobilise, un silence intérieur total s’établit au-delà de tout mot, de tout concept ; l’intuition du lecteur parcourt alors de manière immédiate et synthétique une multitude de sens, hors du temps, dans une fulgurance de conscience.

Le mental s’efface, une fracture s’opère, l'homme dans son intégralité pénètre un univers inconnu ; il est alors entré dans le domaine secret de l’Esprit.

Le langage rituel dès lors qu’il est entendu, par la Loge et par chacun, dans ses paroles et dans ses silences offre cet accès de manière durable.

Comme le langage poétique, son caractère tourné vers l’universel permet d’évoquer moins des idées distinctes clairement définies et délimitées, qu’une représentation synthétique et schématique de tout un ensemble de conceptions, que chacun pourra s'approprier selon ses capacités, son travail et son degré de préparation.

Cette entrée dans le domaine de l'esprit, est un passage ; après ce passage, ceux qui l’ont vécus doivent revenir dans la condition manifestée. C’est une exigence, un impératif, qui signe l’entrée sur le chemin de l'initiation réelle, et qui la différencie de l’exaltation mystique solitaire.

En provoquant l'interrogation, par deux phrases inquiétantes en langage ordinaire, la chair quitte les os […] tout se désunit, de manière très puissante, on comprend que le chaos de la désunion est l’écrin d’un nouvel ordre et qu’en faisant refluer les certitudes, s’ouvre le champ de l'intuition et du possible, dans un nouvel état de conscience.

Les ombres de la caverne sont derrière l’initié qui, retourné par le rituel, est enveloppé de la lumière qu’il regarde comme l’aigle en face. Ce moment fugitif, qu’il travaille à rechercher toujours ; c’est la clé de sa progression de l’initiation virtuelle à l’initiation réelle, en étant enveloppé avec confiance par l’Esprit.

« En sorte qu’éclairé sur tes droits véritables, ton cœur de vains désirs ne se repaîtra plus [Vers dorés de Pythagore (29)].

La chair quitte les os, […] tout se désunit.

J'ai dit Très Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

Par X\ G\ - Publié dans : Planches
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Lundi 14 avril 2014 1 14 /04 /Avr /2014 07:31

Nous avons tous connu dans nos loges respectives, un Frère qui se distinguait des autres Frères, par son activisme dans le domaine maçonnique, il arrive que cela énerve, comme il arrive que cela indiffère ; tout dépend du degré de sagesse atteint par les uns et les autres.

Donc, dans une loge de ma connaissance, j’avais moi même été confronté à ce genre de Frère, et je dois dire que la coexistence ne fut pas toujours sereine. Il frappa à la porte du Temple, à l’âge de la trentaine, bonne présentation, bonnes études et bon métier firent qu’il fut admis sans difficulté. Le temps de l’apprentissage, il resta calme et silencieux. Les choses commencèrent à se manifester, au grade de compagnon, en fait il intervenait très et trop souvent, sur tout les sujets et surtout, pour mettre en avant son savoir livresque. Nous le savons tous, la Loge est un excellent révélateur du caractère des Frères, d’ailleurs c’est ce qui permet de mesurer l’état d’avancement initiatique du Maçon. Il fallut se rendre à l’évidence notre Frère était égoïste et orgueilleux. Ce qui ne fait dire cela, c’est au cours d’agapes, il nous avait confié que dans sa vie professionnelle, il avait un plan de carrière, en bonne logique et pour être fidèle à son caractère, il devait bien en avoir un aussi pour son avancement maçonnique et peut être initiatique. Les années passèrent, il participa aux travaux d’une loge de Perfection, puis au Chapitre ; il devint donc Kadosch et enfin 33ème. Ce qui n’arrangea pas les choses, ne se contentant pas de toutes ces Tenues, il visitait pratiquement tous les jours, la plupart des Loges de la région, et peu importe l’Obédience et le rite, mais il aimait particulièrement, les Loges mixtes et féminines ; allez savoir pourquoi ? En fait il devenait arrogant, un soir dans une loge amie et comme visiteur, il se permit de reprendre le Vénérable en chaire, sur un détail du rituel ; la chose laissa des traces dans la mémoire des Frères présents, en considérant son indélicatesse, comme de la suffisance. Dans sa Loge mère, il était de coutume de mettre un testament philosophique, dans une urne scellée, et lors du passage à l’Orient Eternel d’un frère, au cours de la Tenue funèbre qui s’en suivait, le plus jeune des apprentis, lisait le testament du Frère décédé. Notre Maçon ne dérogea pas à la coutume. Ce qui fut dit, fut fait. Comme l’Orient en cause était proche de la mer, un certain nombre de Frères, pratiquait la pèche côtière en amateur, notre frère étant du nombre. Il partit donc, profitant de la marée, pour la pèche au maquereau. Son bateau était convenable, ses qualités de marin plus discutables, et puis le temps semblait propice à une sortie, de fait il n’avait pas jugé utile de passer à la capitainerie, pour voir le bulletin météo. Ciel bleu, grand soleil et vogue la galère ! Il y a bien longtemps que les Hommes ne savent plus lire les messages que la Nature nous adresse. Lorsque l’on voit très clairement les côtes de Jersey, il vaut mieux rentrer au port. Notre maçon pécheur lui ne voyait rien, sauf sa ligne de pèche et les maquereaux pris au piège des hameçons. Après le beau temps, arrive les gros nuages noirs, et au calme succéda à un grain violent et soudain comme cela arrive en mer. Gros temps, un plaisancier décontenancé par la violence des vagues et la force du vent, le bateau chavira, et notre Frère avec. Il est recommandé de mettre, lorsque l’on sort en mer, son gilet de sauvetage… Notre Homme se noya, et les poissons firent le reste… Malgré les efforts du Cross de Jobourg, le corps ne fut pas retrouvé… Comme il se doit, la Loge organisa une Tenue funèbre, comme c’est la coutume, on ouvrit l’urne, on prit le testament du Frère passé à l’Orient Eternel, et l’apprenti concerné lu les dernières volontés de notre Frère. Ce dernier, entre autre, souhaitait être enterré avec tous ses décors maçonniques, ce qui rendit l’assistance et le Vénérable perplexes, il n’y avait pas de corps, la mer avait gardé la dépouille de notre maçon.
Notre Frère, qui dans sa vie terrestre revendiquait haut et fort son athéisme et une laïcité, genre : »ni Dieu, ni Maitre ! » Fut très surpris de se trouver en face du Grand architecte de l’Univers, il se crut dans un mauvais rêve, son esprit réalisa que maintenant il était bien mort, et loin de la vie terrestre.
Le Grand Architecte le jaugea d’un regard doux mais pénétrant, et dit : pendant ta vie sur Terre, tu as été matérialiste, très égoïste, et en fait tu te croyait dieu sur Terre , sans Dieu, toute ta vie tu n’as jamais levé les yeux au ciel et pas une seule fois tu as laisser parlé ton cœur, à plusieurs reprises, j’ai essayé de t’éveiller en t’envoyant des signaux, mais ta carapace de pierre était trop dure, et pourtant tu avais choisi un système initiatique, qui devait te rendre plus réceptif au sens de l’Univers, mais là aussi tu as fait le tri choisissant le plus facile et rejetant ce qui te semblait une épreuve , tu es resté au seuil de ton temple intérieur, et ton égo a étouffé, toute possibilité de spiritualité, à la profondeur tu a choisi le superficiel, tu te voulais être un dieu sur terre , mais tu n’as pas été capable de diriger ta simple vie, alors que vais-je faire de toi, moi qui avais besoin de toi sur la Terre ? J’ignore la suite de cette réprimande, mais je me doute bien que l’âme de notre Maçon, fut emplie de tristesse, à l’idée de revenir sur Terre, et dans quelles conditions… Sur Terre, embarrassé, par tous les décors du maitre passé et les parvis étant suffisamment décorés, la Loge pris la décision de mettre tous les décors dans un placard. Après la Lumière, l’obscurité, triste fin, en vérité…

Source : www.ledifice.net

Par P\ L\ - Publié dans : Planches
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Vendredi 11 avril 2014 5 11 /04 /Avr /2014 07:34

Introduction
Après avoir offert le grain et le vin, la Vénérable maîtresse offre l’huile, symbole de Paix et d’harmonie. C’est l’olivier qui nous offre cette huile sacrée.
L’olivier constitue avec le blé et la vigne, la trilogie des arbres symboliques que l’on retrouve lors de la cérémonie de la Saint-Jean d’été.
Généreux présent des Dieux, l’olivier est un arbre d’exception qui opère une véritable fascination. Sa silhouette noueuse évoque le soleil, la chaleur et le chant des cigales.
La multitude des symboles représentés par cet arbre permettent de mesurer l’impact culturel fondamental de l’olivier sur l'humanité. En effet, de nombreuses civilisations ont incorporé des symboles qui se rattachent à l’olivier. L’arbre est ainsi entré dans une dimension universelle, alors qu’il est cultivé essentiellement dans les pays méditerranéens. Depuis quelque années il est présent sous les tropiques et nous le voyons pousser dans nos jardins.
Un symbole culturel universel
Depuis les débuts de l’humanité, les Hommes, ont associé l’olivier à leurs les traditions et à leurs rites religieux.
Dès la plus haute antiquité l’olivier est une premières plantes cultivée par les Perses 12000 ans avant J.C. par les Egyptiens 6000 ans av. J.C., qui l’utilisent dans les soins du corps et les rites funéraires. Les Crétois extraient l’huile d’olive 2500 ans av. J.C. et il arrive dans le midi de la France vers 600 av J.C.
Il est symbole de longévité et de ténacité car il pousse quelles que soient les conditions. Aujourd’hui encore de jeunes rameaux pousseraient sur des racines de plus de 2000 ans. Dans tout le bassin méditerranéen, on rencontre des oliviers millénaires, et parfois même réputés plurimillénaires. Le plus vieil olivier du monde se trouve dans un village au sud de Jérusalem, il aurait entre 5.000 et 7.000 ans selon les estimations, et il est considéré comme un trésor national. L'Olivier le plus vieux de France se trouve à Roquebrune-Cap-Martin dans les Alpes Maritimes, il a 2000 ans.

L’olivier l’arbre béni des Dieux

Il est consacré à Athéna, la déesse de la pensée en Grèce, ses attributs sont la raison, la mesure, la pondération et la sagesse. Les oliviers étaient alors divinisés et protégés. Ceux qui les endommageaient étaient traduits en justice.
Le premier parfum offert aux dieux antiques fut de l’huile d’olive et les représentations des divinités étaient sculptées dans du bois d’olivier.

Dans la mythologie grecque et romaine

L’olivier est le symbole de force. Selon Homère, Hercule en faisait ses massues et le pieu qu’il utilise pour vaincre le Cyclope est fait de bois d’olivier.
Il est aussi symbole de fidélité car le lit dans lequel Pénélope resta fidèle à Ulysse pendant ses 20 ans d’absence était fait de bois d’olivier.
En 400 avant J.C., dans les jardins de l’Académie, Platon enseignait la philosophie à ses disciples à l’ombre d’un olivier.

L’olivier est un arbre sacré

Il est souvent cité dans la Bible. Le Roi Salomon livrait chaque année à Hiram, Roi de Tyr, du blé et vingt Kors d’huile d’olive soit entre 4000 et 8000 litres (I Rois 5 :11 ).
Dans la nuit qui précéda son arrestation, Jésus choisit le Mont des Oliviers pour se recueillir et prier. C’est dans ce lieu qu’il serait mort sur une croix faite de bois d’olivier et en cèdre. L’olivier est alors symbole d’amour et de sacrifice.
Olivier et huile d’olive signent le pacte entre l’homme et Dieu.
Seule l’huile d’olive vierge était admise dans les rites religieux, la médecine ou l’éclairage.
L’huile d’olive apaise, purifie nourrit et fournit un combustible. On brûlait l’huile dans les temples grecs : les héros et les dieux de l’Odyssée s’en frottait pour préserver leur beauté immortelle.
L'onction à l'huile d'olive, dans une fonction sacralisante et purifiante, est souvent utilisée dans les rites de diverses religions, Dans le catholicisme et le judaïsme, l'huile d'olive est la divine source de lumière, servant de guide aux hommes. Elle confère la puissance et l’autorité, aussi les Hébreux en enduisaient-ils leurs grands prêtres, leurs juges et leurs rois. David fait de l’olivier le symbole du succès et de la bénédiction divine. Cette fonction sacrée de l’huile se retrouve dans le Saint-Chrême avec lequelle on fait des onctions lors des baptêmes, ou lors du sacre des rois, de l’ordination des prêtres et des malades avec l’extrême onction.
Le dimanche des Rameaux, ce sont des branches d’olivier que l’on fait bénir à la messe dans les régions méditerranéennes.

Le Coran
enseigne que l'olivier est un arbre béni, « l’arbre central », symbole de l'homme universel. Il est l'axe du monde, associé au figuier, il tient le rôle d'arbre sacré du Paradis. Mahomet aurait dit : « Consommez de l’huile d’olive et frottez-vous en le visage, car elle provient d’un arbre béni ».
Pour les Soufis, c’est un arbre béni qui donne l’huile alimentant les lampes et répand la lumière. Arbre central, axe du monde, il est symbole de l’Homme universel, l’Homme réalisé spirituellement, et permet l’accès à la vie éternelle.

L’olivier est présent dans de nombreuses traditions

Il est symbole de victoire et de récompense
Les vainqueurs des Jeux Olympiques d’Athènes étaient récompensés avec des branches d’olivier et des jarres d’huile d’olive en plus de la couronne de laurier.
Comme à Rome, arbre de Minerve (équivalente d’Athéna) et Jupiter qu’on fêtait à l’équinoxe de printemps et au solstice d’été, où le vainqueur de la grande course à pied était aussi récompensé par une couronne de rameaux d’olivier et une jarre d’huile d’olive.
Au Japon, c'est l'arbre de l'amabilité et de la victoire morale, il représente la réussite et le succès dans les entreprises qu’elles soient civiles ou guerrière.

Il est symbole de Paix

Le rameau d’olivier porté à Noé par une colombe à la fin du Déluge symbolise la paix entre Dieu et les hommes.
En Inde l’olivier est l’arbre de la pacification et de l’apaisement « Quand la nature est en furie, on offre de l’olivier à une rivière en crue pour la faire rentrer dans son lit, à un typhon pour le détourner d’une région, à un tremblement de terre pour qu’il reste mineur. Quand les hommes sont saisis de folie meurtrière, on fait des sacrifices d’olivier pour mettre fin aux émeutes, aux guerres, aux troubles de toutes sortes qui viennent perturber le cours tranquille et naturel de l’existence » On en offre aux couples qui se disputent. En France du sud on dit « Vous mettez si vous êtes victimes d’un époux ou d’une épouse acariâtre quelques feuilles d’olivier sous son matelas à hauteur de la tête. Vous aurez alors le plus doux et le plus aimable des partenaires et votre vie conjugale sera des plus heureuses »
L’olivier symbolise la paix universelle au travers du drapeau de l’ONU qui représente le monde entouré d'une couronne de rameaux d'olivier.
Les ambassadeurs de paix tenaient dans leurs mains des branches d’olivier entourés de laine.

Ses vertus médicinales sont impressionnantes

Ses feuilles dans l’Antiquité étaient utilisées contre les fièvres, pour se guérir d’une migraine ou de verrues. Elle renforcerait la fécondité des femmes ou la vigueur sexuelle des hommes. Tandis qu'en Chine l’olivier joue un rôle protecteur contre le poison.
En Espagne on suspend des branches au dessus des portes pour éloigner tous maux de la maison. Au Moyen-Age, alors qu’Hildegarde de Bingen recommandait son huile, l’olivier incarnait l’or et l’amour.
C’est l’arbre de la sagesse : l’habit vert des membres immortels de l’Académie française doit son nom aux broderies vertes qui le décorent et qui représentent une branche d’olivier.

Un arbre cosmique pour la F\ maçonnerie
Dans l’univers symbolique, l’arbre correspond à l’axe cosmique reliant la terre au ciel.
Avec ses racines qui plongent dans le sol, son tronc qui apparaît à la surface de la Terre, ses branches et ses feuillent qui montent vers le ciel, l’arbre est un sujet cosmique qui incite à la réflexion et notamment l’olivier est l’un des arbres dont le symbolique est particulièrement riche.
Une réflexion sur le temps : par sa longévité supérieure à celle de l’homme, par le temps qui semble ne pas l’atteindre, l’olivier est le symbole de l’éternité, il repousse inlassablement le temps, fidèle à la vie, tourné vers la lumière. Son tronc noueux souligne cette impression de force et de sagesse. Deux vertus qui nous sont chères.
Il évoque la vie par ses feuilles qui absorbent la lumière et la transforme en sève, en fleurs et en fruits par la magie de la chlorophyle.
Par ses racines et sa cime, il est l’axe vertical qui relie la terre au ciel.
Parmi tous les symboles évoqués nous en retiendrons cinq qui nous semblent particulièrement essentiels pour notre cheminement en Franc-Maçonnerie.

1 – Le symbole d’éternité.

Cet arbre qui demeure vert, symbolisent l’immortalité et par conséquent le travail de recherche du franc Maçon, la quête perpétuelle qui ne s’achèvera jamais. La couleur verte est également la couleur de l’espérance en la vie éternelle ; la couleur de l’élément Eau et la couleur de la création.

2 – Le symbole de Paix

Dans notre rituel de la Saint-Jean, la VM offre l’huile en prononçant cette prière « offrons l’huile symbole de Paix et d’harmonie, nous offrons nous-mêmes au service de l’Amour fraternel. Que la Paix soit en nous et autour de nous. » Paix intérieure, harmonie, amour fraternel autant de sentiments nous recherchons toutes.

3. – Le symbole de force

L'olivier est réputé pour son bois très compact, très lourd et très dur. Notre force est à puiser dans cette huille vivifiante et purifiante qui nourrit le corps et l’esprit. Elle une fonction régénératrice et d’élévation spirituelle.

4 – Le symbole de sagesse

L’olivier se mérite. Cet arbre que ne rebute pas les rigueurs du climat donne à l’homme une leçon d’exigence et de vie : « Comme nous, il répugne à la facilité, dit l’écrivain algérien Mouloud Mammeri Contre toute logique, c’est en hiver qu’il porte ses fruits, quand la froidure condamne à mort tous les autres arbres. » Par la transformation des produits de la nature avec mesure, l'homme participe d'une certaine manière à la création, d’une évolution spirituelle.

5 – Le symbole dela lumière

Un des usages de l'huile d’olive est donner la lumière. La lumière émise est chaude et permet de communiquer A travers son huile, l'olivier transmet le message de lumière, mais aussi de justice et de miséricorde, de clarté intérieure et d’amour de son prochain.
Conclusion
Aucun arbre ne cumule autant de symboles : Sagesse, Longévité, Espérance, Sacrifice, Réconciliation, Symbole de vie, d’éternité, de victoire.
L’olivier est un arbre généreux : il nourrit l’homme, le réchauffe, l’éclaire, l’aide à se garder en bonne santé. En franc maçonnerie, cette huile fournie par l’olivier nous interpelle par la lumière qu’elle permet de diffuser. Elle nous invite à réfléchir au symbolisme solaire qui se rattache si étroitement à la célébration de nos fêtes de la Saint-Jean, notre grand luminaire diurne, caractérisé par le rayonnement, la chaleur et la lumière qui en émanent.
Pour terminer je citerai une parabole extraite du Coran dans laquelle d’Allah oppose la lumière aux ténèbres de l’incrédulité : « Dieu est la lumière des cieux et de la terre ! Sa lumière est comparable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre ; le verre est semblable à une étoile brillante. Cette lampe est allumée à un arbre béni : l’olivier qui ne provient ni de l’Orient ni de l’Occident et dont l’huile est près d’éclairer sans que le feu la touche. Lumière sur lumière ! 
 

Source : www.ledifice.net

Par Y\M\ R\ - Publié dans : Planches
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Jeudi 10 avril 2014 4 10 /04 /Avr /2014 07:06

En préalable, je citerai les travaux suivant, programmés par notre Atelier durant cette année maçonnique:
-  « L’espace et le temps » du Frère R.B,
-  « Puisqu’il est l’heure, que nous avons l'âge » avec le Frère P.L,
-  et encore, le tout récent « De Minuit à Midi » qui a inspiré le Frère R.L.

Cela pour constater combien un thème peut, en un moment donné, interpeller un Atelier, au point qu’il réagisse comme un corps spirituel, une entité qui s’interroge et se préoccupe de ce qui le touche, l’intéresse ou peut-être l’inquiète.

Stella Maris aura ainsi, cette année, décortiqué, conjugué, décliné le temps, sous quelques uns de ses aspects les plus notables.
 
Mais, qu’est ce que le temps ...
 
 
« Le temps, disait saint  Augustin, j'ai l'impression de savoir ce que c'est quand on ne me le demande pas. Quand on me le demande, je ne sais plus rien ».
 
Il est vrai qu’en première approche, notre expérience nous fait découvrir la sensation d’un temps auquel nous avons le sentiment d’être inéluctablement soumis. De plus, l’analyse que nous pouvons entreprendre du temps, pose immanquablement de sévères difficultés. Ce n’est pas une matière à chacun de nos cinq sens, nous ne pouvons pas nous mettre en retrait par rapport à lui, ni l’arrêter ou le suspendre et il demeure pour nous un “ objet ” introuvable.  

Alors, me direz vous, pourquoi avoir choisi un tel sujet ?
Etudiant je m'étais colleté aux équations, où le temps entrait comme un paramètre souvent difficile à maîtriser puis... le temps s'est écoulé.
Plus tard j'ai découvert que l'humanité avait évolué au rythme de la maîtrise du temps.
Enfin, à Midi sonnante, il m'a été tracé l'ouverture d'une autre voie où le temps n'est pas absent.
Cela suffit pour que j'éprouve le besoin d'y voir plus clair !

Etymologiquement, le mot temps issu du latin « tempus », temps du battement des artères, désigne une fraction de la durée mais aussi le moment, l'époque et en particulier le moment favorable, l'occasion. « Tempus » latin est distinct de « aevum » : âge, qui indique plutôt le temps dans sa continuité. On peut noter que le mot tempé, réfection de l'ancien français temple, a la même racine « tempus » que temps. Tempé ayant lui pour sens la région latérale de la tête et par extension le cerveau.
 
 Dans notre langue, le mot temps apparaît à partir du XIIIème siècle. Il cumule les significations de tempus et aevum, fraction de durée et durée continue, il désigne la suite des événements dans l'histoire, l'époque à laquelle on vit ou encore l'idée de : moment de faire. Dans le langage didactique, le temps est conçu comme une grandeur mesurable, objet de la chronométrie. Au pluriel il met l'accent sur l'indétermination et appartient plus particulièrement au langage biblique : "avant les temps", c'est-à-dire avant la  création. Parallèlement, le mot temps désigne, dès le XIIIème siècle, l'état de l'atmosphère à un moment donné.
 
Le dictionnaire de la philosophie, enfin, définit le temps comme un milieu infini dans lequel se succèdent les événements. Il est considéré souvent comme une force agissant sur le monde et les êtres.
 
Il semble que chaque société, chaque culture a son temps propre et se construit autour d'un sens du temps. Dans la plupart des langues, un même vocable désigne le temps des hommes, celui des étoiles, des calendriers, des horloges. Il désigne également le temps qu'il fait et le temps de faire, celui du soleil et celui des moissons.
 
Ainsi donc l'ambiguïté des sens accordés à ce mot, signifie bien dans quelle perplexité se trouve l'homme face à ce concept et cela, parce qu'il est le drame humain essentiel, une obsession de la pensée, avec son poids d'angoisse et de peines, ses images d'un lent et irrésistible délabrement. Cette ambiguïté, nous verrons que l'homme l'a cultivée au bénéfice de ses  ambitions. Avoir du pouvoir, c'est contrôler le temps des autres et le sien propre, le temps du présent et celui de l'avenir, le temps passé et celui des mythes.
 
Nous allons donc ce soir, une fois de plus tenter, non pas de savoir mais, beaucoup plus modestement, de disséquer le temps et, pour mieux comprendre ce concept, il m'a paru opportun d'envisager les différentes significations que nous lui accordons, pas toutes, bien sûr, une soirée ne suffirait pas.
Ainsi nous aborderons :
 
- le temps usuel, celui qui rythme la vie des hommes, et sa lente maîtrise au cours des siècles,
- le temps scientifique qui, de grandeur mesurable, n'a cessé d'évoluer vers un concept de plus en plus philosophique,
- le temps historique obstinément rejeté par nos ancêtres, au profit d'un temps cyclique plus rassurant,
- et enfin, le temps des dieux ou calendrier du sacré.

LE TEMPS USUEL

Voyons en premier lieu, pourquoi l'homme éprouva le besoin et, par suite, se dota des techniques lui permettant de rythmer sa vie et ses occupations.
Tant que l'homme vécut uniquement d'agriculture et d'élevage, il n'eut guère besoin de petites unités de durée. Pour savoir s'il allait faire soleil ou froid, pleuvoir ou neiger, les saisons suffisaient. A quoi bon heures et minutes. La journée, unique moment où l'homme pouvait travailler, était la seule unité de temps qui comptait. En ces temps, (voyez l’ambiguïté des significations du mot) en ces temps donc, mesurer le temps utile, c'était mesurer les heures du soleil. L'heure d'horloge, telle que nous la connaissons est une invention moderne, et plus récentes encore, sont la minute et la seconde.
 
L'homme primitif avait remarqué que l'ombre du gnomon - du grec "connaître" - diminuait à mesure que le soleil s'élevait dans le ciel, et s'allongeait de nouveau lorsque l'astre déclinait. Les Egyptiens connaissaient cet instrument et même, un gnomon datant du Thutmose III, vers 1500 avant J.C., est parvenu jusqu'à nous. De même, lorsque dans la Bible, le prophète Esaïe promet de guérir le roi Ezéchias en faisant revenir le temps en arrière, il explique que pour cela, il fera reculer l'ombre du soleil. Ainsi furent élaborés les premiers cadrans solaires, qui d'ailleurs sont aujourd'hui revenus à la mode. Cette première mesure du temps qui passe ne fut pas du goût de tous, et de Plaute qui écrit : “ Les dieux confondent l'homme qui le premier trouva le moyen de distinguer les heures ! Puissent-ils confondre aussi, le misérable qui, en ce lieu mit un cadran solaire, afin de découper et hacher mes journées ” fin de citation. Pendant des siècles, cet instrument constituera la mesure universelle du temps. Instrument incommode puisque : pas de soleil, pas d'ombre et, pas d'ombre, pas de mesure. De plus, partout, sauf à l'équateur, la longueur de la journée varie d'un jour à l'autre. Il a fallu attendre le XVIème siècle environ, pour que les cadrans solaires soient étalonnés aux heures vraies.
 
Pour s'affranchir des aléas lumineux, les romains, les premiers conçurent l'horloge à eau qui d'ailleurs était étalonnée, tant bien que mal avec les cadrans solaires. « Il est aussi difficile à Rome, fait observer Sénèque, de mettre d'accord les horloges à eau que les philosophes ». On se servait d'un vase à fond percé, qui mettait une vingtaine de minutes à se vider et cette unité horaire était tellement vulgarisée qu'elle passât, sous le nom de clepsydre, dans le langage courant. Les avocats n'étaient pas moins bavards à l'époque qu'aujourd'hui. L'un d'eux, particulièrement verbeux, a inspiré au poète latin Martial, l'épigramme suivant : « Tu as réclamé à cor et à cri sept clepsydres, Cecilianus, et le juge, à contrecoeur, te les a accordés. Mais tu parles beaucoup et longtemps et, la tête rejetée en arrière, tu siffles des flacons entiers d'eau. Afin que tu puisses une fois pour toutes étancher ton art oratoire et ta soif, nous te conjurons, Celianus, de boire désormais directement à l'horloge ! ».
 
En remplacement de l'eau, l'horloge de sable apparaît en Europe au VIIIème siècle.  La légende en attribue l'invention à un moine de Chartres. C'est un perfectionnement puisque le sable continue à couler là où l'eau gèle et les progrès de la verrerie permettront, par la suite, d'obtenir un récipient bien hermétique, dont le fonctionnement ne sera plus ralenti par l'humidité.
 
Cadrans solaires, clepsydres et horloges de sable, ne sont des outils efficaces que pour marquer de courtes durées. Ils ne permettent pas - a quelques rares machines difficilement étalonnables près -, de conserver l'heure avec précision, en particulier durant la période nocturne. Seule, l'invention de l'horloge mécanique permit de gagner les heures de nuit. Il faut attendre le milieu du XIVème siècle pour trouver, avec certitude, en Italie, une horloge à poids. C'est une réalisation technique exceptionnelle : un calendrier perpétuel donne les mouvements du soleil et des cinq planètes, et fournit la date de toutes les fêtes religieuses, mobiles et fixes. Sa conception nécessitait de maîtriser la pesanteur en tant qu'énergie mais aussi le calcul et l'usinage d'un grand nombre d'engrenages extrêmement précis. 
 
Les premiers marque-temps mécaniques n'ont ni cadrans, ni aiguilles, leur seule raison d'être étant de sonner l'heure. Ils fixent le début de l'horloge de clocher et, le monastère, en affichant sa vie à l'extérieur devient alors, lui-même, une immense horloge à l'image du monde. Le Prophète a dit : sept fois le jour j'ai chanté vos louanges et les moines, pour suivre ce précepte, sept fois dans la journée, se réunissent pour louer le Seigneur. Ainsi la cloche réunit les moines, mais aussi elle annonce au monde environnant les heures canoniales. Dès la fin du XIVème siècle, l'influence des clochers sur le rythme urbain et rural est importante. De même que l'église a su imposer en 532, un calendrier et la désignation du point zéro de l'ère, en le fixant à la date de sa propre origine, de même que les moines ont divisé les mois en semaines de sept jours, selon la tradition hébraïque, de même la cloche devient l'instrument nécessaire à la gestion quotidienne des populations rurales et urbaines, de plus en plus nombreuses.
 
La maîtrise du temps est apparue comme un enjeu vital pour le pouvoir et l'église n'est pas la seule à se l’approprier. A partir de l'an mil, la ville européenne commence à gérer son propre temps. Pour cela, le pouvoir civil ne peut se contenter d’écouter sonner la cloche du couvent. Avec l'invention de l'horloge mécanique, une autre cloche monte sur un monument nouveau : le beffroi. Sur le fronton de la première horloge mécanique, installée sur un des murs de l'Hôtel de Ville de Paris, on note cette inscription : « Observateur de la loi de Dieu, respecte le droit royal. La machine qui divise avec tant de justesse les douze heures du jour nous avertit d'observer la justice et d'obéir aux lois ».
 
Mais si le petit peuple connaît maintenant l'heure, il allait s'écouler plusieurs siècles encore, avant qu'il n'adopte la minute. L'analphabétisme ambiant contribue à expliquer pourquoi le cadran fut si long à apparaître sur les horloges publiques.
 
L'apparition de l'horloge portative, quant à elle, est motivée par l'exploration océanique et la nécessité de déterminer avec le plus de précision possible une longitude et une latitude, coordonnées qui déterminent une position absolue sur le globe terrestre. En 1714 le Parlement anglais adopte une loi offrant récompense à quiconque découvrira un moyen pour déterminer la longitude en mer. L'heureux gagnant fut un nommé John Harrison. Celui-ci, utilisant l'énergie d'un ressort et l'échappement à ancre, réussit à mettre au point une montre, qui en neuf semaines de voyage, n'accusât que cinq secondes de retard.

Avec l'horloge portable, et bientôt portative, allait naître un nouveau rapport de l'homme au temps. Le temps pouvait dès lors devenir de l'argent, et l'humanité, tout du moins celle du monde occidental, allait accéder à l'économie industrielle.

LE TEMPS SCIENTIFIQUE

 

Arrivés à ce point de notre exploration, je vous invite à défricher un autre aspect du concept, celui du temps scientifique.
 
En quoi le temps dans les sciences peut-il être intéressant ? Plus qu'intéressant, il est passionnant. En effet, c'est sur le temps que se sont affrontés les physiciens, au XIX et encore au XXème siècle, plus précisément sur le concept de réversibilité ou d'irréversibilité du temps. La controverse que nous allons évoquer a même provoqué mort d'homme puisque le physicien Boltzmann, il y a un peu moins d'un siècle, fut conduit au suicide pour avoir osé démontrer ce que la science niait depuis son origine : l'irréversibilité du temps. Mais remontons le temps historique pour mieux comprendre où se situe la controverse.
 
Dans le Politique, Platon raconte qu'à l'époque de Chronos, le père de Jupiter, les temps du monde étaient réversibles, fonctionnant tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Ce qui était origine à un moment, pouvait devenir fin à un autre. Nous savons également l'importance, dans l'Antiquité, de l'idée d'un temps circulaire, revenant périodiquement à ses origines. En accord avec les conceptions des philosophes de son temps, pour Aristote, le temps est réversible car les équations de la physique sont incapables de distinguer entre le présent et l'avenir.
 
Cette conception, apparemment extravagante va perdurer pendant des siècles, et ni Galilée ni Newton ne l'infirmeront . A telle enseigne que nos idées actuelles sur le temps scientifique, paramètre du mouvement des corps, ont peu varié. Nous avons tous appris, dès l'enseignement élémentaire de la physique, qu'une trajectoire n'est pas seulement déterministe mais intrinsèquement réversible. Souvenez-vous de l'équation qui décrit la trajectoire d'une bille, roulant sur un plan incliné, en milieu peu résistant, pour ensuite remonter sur un autre plan incliné symétrique. Cette équation est parfaitement réversible. A une accélération succède une décélération et vice versa si l'on inverse le sens du temps.
 
La mécanique quantique qui traite de l'infiniment petit et la cosmologie qui étudie  l'infiniment grand, toutes deux fondées sur la théorie de la relativité générale d'Einstein, sont les sciences de pointe de ce XXème siècle, celles qui se sont substituées à la dynamique classique en tant que sciences fondamentales. Ce sont ces disciplines qui nous confrontent aujourd'hui aux questions qui, depuis l'origine, sont celles de la physique : l'espace, le temps, la matière. C'est donc, par rapport à elles que se joue de nos jours, la question du temps, comme elle se jouait, à la fin du XIXème siècle, par rapport à la dynamique classique. Or, la mécanique quantique et la relativité générale, quelque soit leur caractère révolutionnaire sont, du point de vue de la question du temps, les héritières directes de la dynamique classique. Comme cette dernière, elles sont porteuses d'une acceptation sans réserve du temps réversible.
 
La controverse est apparue dans les années 1800 avec les découvertes liées à la thermodynamique, science qui décortique les relations et les échanges existant entre l'énergie, la chaleur et la mécanique, c'est-à-dire le travail. La thermodynamique démontre que le temps ne peut être réversible. Le second principe de cette science pose, que dans tout système, le désordre croît toujours avec le temps. C'est ce théorème qui empêche qu'une tasse tombée du rebord de la table et brisée en mille morceaux, ne puisse se rassembler soudain et sauter en l'air pour former une tasse entière sur la table ! On peut passer aisément de la tasse sur la table, dans le passé à la tasse brisée sur le plancher, dans le futur, mais on ne fera jamais l'inverse. L'accroissement du désordre ou entropie, avec le temps, est un exemple de ce que l'on appelle la flèche du temps. Le fondamentaliste Stephen Hawking pense que l'impossibilité d'être mort avant de naître est due au concept de l'univers, sans bord, en expansion après le point singulier du big bang.
 
Cette controverse a toujours cours parmi la gent scientifique. Nombreux sont encore de nos jours les dynamiciens qui prêchent pour un temps réversible et n'admettent pas qu'ils ont eu tort et continuent à trouver de nouveaux arguments, souvent mutuellement incompatibles, pour conforter leur thèse. Ceux-ci, sans doute, feraient bien de prendre exemple sur Einstein qui estima un jour que la constante cosmologique qu'il avait introduite lorsqu'il essayait de faire un modèle statique d'univers, était la plus grande erreur de sa vie.
 
Hawking nous dit encore qu'il faut abandonner l'idée d'un temps unique et absolu. Pour lui, existent au moins trois flèches du temps différentes. D'abord, il y a la flèche thermodynamique du temps, la direction du temps dans laquelle le désordre croît. Ensuite, il y a la flèche psychologique. C'est la direction selon laquelle nous sentons le temps passer, dans laquelle nous nous souvenons du passé mais pas du futur. Enfin il y a la flèche cosmologique, direction du temps dans laquelle l'univers se dilate au lieu de se contracter. S'il se trouve que ces trois flèches pointent dans la même direction, c'est depuis peu, et sans doute grâce au progrès de la race humaine dans la compréhension de son environnement, qui a établi un petit coin d'ordre dans le désordre croissant de l'univers.
 
L'éternel retour lui-même est marqué par la flèche du temps, comme le rythme des saisons ou celui des générations humaines. Aucune spéculation, aucun savoir n'a jamais affirmé l'équivalence entre ce qui se fait et ce qui se défait, entre une plante qui pousse, fleurit et se fane, et une plante qui ressuscite, rajeunit et retourne vers sa graine primitive, entre un homme qui mûrit, apprend et meurt et un homme qui devient progressivement enfant, puis embryon, puis cellule.
 
Ainsi la science, pas plus que la philosophie ne pourra nous dire ce qu'est le temps mais, comme la philosophie, elle a pour problème le temps. De plus, me semble-t-il, la science a comme devoir de créer une cohérence entre notre expérience la plus intime, qui est celle du temps irréversible, et nos manières de décrire le monde et nous-mêmes, qui avons émergé de ce monde.
 
LE TEMPS ET L'EVENEMENT HISTORIQUE

Abordons maintenant un autre volet de la perception du temps par l'homme, celui lié à la mémorisation des événements passés que nous appelons encore : enregistrement de l'événement historique. Pour cela, nous nous intéresserons à la conception de la réalité que l'on peut dégager, à partir du comportement de l'homme des sociétés "pré-modernes" ou "traditionnelles", à sa révolte contre le temps concret, historique, à la nostalgie d'un retour périodique au temps mythique des origines.
 
Dans la plupart des sociétés primitives, les coupures du temps étaient commandées par les rituels qui régissaient le renouvellement des réserves alimentaires, c'est-à-dire les rituels qui assuraient la continuité de la vie de la communauté toute entière. Quels que soient les calendriers en vigueur, leurs imperfections et leurs variations, il existait partout une conception de la fin et du début d'une période temporelle fondée sur l'observation des rythmes bio-cosmiques, en quelque sorte, une régénération périodique du temps, celle-ci induisant, sous une forme plus ou moins explicite, une Création nouvelle, par une répétition de l'acte cosmogonique. Une telle conception d'un temps cyclique peut être considérée, de la part de l'homme archaïque, comme une négation du concept historique qui nécessite un déroulement du temps, continu et ininterrompu, dans une seule et même direction.
 
Croyance de nombreuses sociétés primitives, la régénération ou nouvelle naissance du temps, par une expulsion annuelle des péchés, maladies et démons, est au fond, une tentative de restauration du temps mythique et primordial, du temps « pur », celui de l'instant de la création.
 
Pour l'homme primitif, l'imitation du modèle archétypal devait être considérée comme une réactualisation du moment mythique où l'archétype a été révélé pour la première fois. Les cérémoniels qui scandaient la fin et le début d'un temps, suspendaient l'écoulement du temps profane : la durée, et projetaient ceux qui les célébraient dans un temps mythique.
 
Ainsi l'homme primitif vivait dans un continuel présent atemporel, son comportement était régi par la croyance dans une réalité absolue qui s'opposait au monde profane des irréalités.
 
Ce rejet du temps profane était sans doute dû au fait que, isolé ou vivant en tribu, l'homme primitif était le jouet des événements extérieurs, qui constamment l'assaillaient, sans qu'il puisse réellement les prévoir et donc les éviter ou les détourner. Il ne pouvait rien contre les catastrophes cosmiques, les désastres guerriers, les malheurs personnels ou les injustices sociales liées à la structure même des sociétés dans lesquelles il vivait.
 
Mircéa Eliade nous dit que, pour l'homme archaïque, la souffrance avait un sens et qu'elle répondait à un ordre dont la valeur n'était pas contestée. Il s'agit ici de la souffrance en tant qu'événement, en tant que fait historique. Cette souffrance était imputable à la volonté divine, que celle-ci soit intervenue directement pour la produire ou qu'elle ait permis à d'autres forces, démoniaques ou divines, de la provoquer.
 
Pour les Hébreux, toute nouvelle calamité historique était considérée comme une punition infligée par Yahvé. Les prophètes ne faisaient que confirmer et amplifier, par leurs visions terrifiantes, l'inéluctable punition de Dieu à l'égard de son peuple qui n'avait pas su conserver sa foi.
 
Les événements historiques gagnaient alors, une signification religieuse, c'est-à-dire qu'ils apparaissaient clairement comme les punitions infligées par le Seigneur, en échange des impiétés d'Israël. C'est ainsi que les Hébreux furent les premiers, sans doute, à interpréter l'histoire comme épiphanie, ou encore, manifestation de Dieu. Les prophètes de leur religion reprenant le très ancien scénario de la régénération annuelle du Cosmos, par répétition de la création, enseignaient que le futur rendra au temps, sa pureté et son intégrité originelle. Alors, le monde sera sauvé, une fois pour toute et l'histoire cessera d'exister.
 
L'histoire n'apparaît plus comme un cycle qui se répète à l'infini mais comme une suite de manifestations divines, négatives ou positives, dont chacune a sa valeur intrinsèque. L'irréversibilité des événements historiques et du temps est compensée par la limitation de l'histoire dans le temps, par son abolition dans le futur.
 
Vis-à-vis de l'histoire, l'homme ancien, par ses croyances en un temps cyclique se régénérant périodiquement, ou en un temps fini, situé entre deux infinis atemporels, a constamment manifesté la volonté de mettre fin à l'histoire d'une manière définitive.
 
Avec les Indiens, la théorie des quatre âges composant un cycle cosmique complet de 12 000 ans, est consolante pour l'homme, terrorisé par l'histoire. En effet, d'une part les souffrances qui lui sont échues, l'aident à comprendre la précarité de sa condition et d'autre part, la théorie valide et justifie les souffrances de celui qui ne choisit pas de se libérer, mais qui se résigne à subir son existence, à l'époque dans laquelle il lui a été donné de vivre, ou plus précisément de re-vivre.
 
Cette conception traditionnelle de défense contre l'histoire, cette manière de supporter les événements historiques, a continué de dominer le monde jusqu'à une époque très proche de nous. Elle continue même aujourd'hui à consoler certaines catégories de notre société moderne, par exemple les sociétés agricoles européennes qui, souvent encore, se maintiennent avec obstination dans une position anhistorique et sont, de ce fait, en butte aux attaques, parfois violentes de toutes les idéologies modernistes.
 
Cependant l'homme, dit moderne, est-il préparé pour supporter la pression de plus en plus puissante de l'histoire contemporaine ? La christianisation y a certainement contribué. Rappelons que pour le christianisme, le temps est réel, parce qu'il a un sens : la Rédemption. Une ligne droite trace la marche de l'humanité, depuis la Chute initiale jusqu'à la Rédemption finale. C'est cette conception linéaire du temps et de l'histoire, qui tracée déjà au IIème siècle par Irénée de Lyon, sera reprise par saint Bazile, saint Grégoire et finalement élaborée par saint Augustin.
 
Des philosophes ont aussi donné un sens à l'événement historique. Hégel par exemple, a développé le concept de la nécessité historique, donnant à chaque événement, la volonté de « l'Esprit Universel », tendant à préserver la liberté humaine. Marx, pour sa part, a considéré que "l'âge d'Or" se situe au terme de l'histoire. Pour lui, tout drame provoqué par la pression de l'histoire est un mal nécessaire, avant-coureur du triomphe prochain qui mettra fin, à jamais, au mal historique.

On sait, maintenant, combien une telle théorie a permis de justifier les errements et la froide cruauté de despotes agissant pour le "bien de l'humanité". Heidegger déjà, avait pris la peine de montrer que l'historicité de l'existence humaine interdit tout espoir de transcender le Temps de l'Histoire.

En définitive, il semble que la justification d'un événement historique, par le simple fait qu'il est, un événement historique, autrement dit, par le simple fait qu'il s'est produit de cette façon, aura bien de la peine à délivrer l'humanité de l'horreur qu'il peut inspirer. Aucun concept, aussi moderne soit-il, ne nous persuadera de normaliser le "mal", non pas celui lié à la condition humaine et relevant de la morale, mais celui engendré par le comportement de l'homme à l'égard d'autres hommes. Rien ne nous autorisera à justifier la disparition du peuple Bosniaque par le simple motif qu'il se trouve sur le chemin de l'histoire.
 
DU TEMPS PHILOSOPHIQUE AU TEMPS SACRE

Qu’avons-nous appris ? 
Que le temps est une notion bien cruelle pour l’homme qui la subit. Chaque seconde, chaque minute, chaque heure qui passe, nous rapproche d’un néant qui fait injure à notre intelligence et à notre faculté de comprendre et d’influer sur le fonctionnement même de la nature. L’homme a une action transformatrice sur bien des choses mais pas sur le temps qui passe.
 
Ce temps qui passe, s’il rythme notre long terme, notre existence, est aussi une quantité mesurable du court terme, du présent - ce proche futur - qui, sitôt vécu, devient un proche passé. Cette quantité mesurable, l’humanité dans son évolution, n’a eu de cesse de la maîtriser, de la scander, au fil de l’eau et du sable qui coulent, puis avec le lent aller retour du balancier, jusqu’à la sèche et froide oscillation du quartz qui rythme l’infiniment bref.
 
Maîtriser ce temps qui passe, fut et est pour l’homme, le seul moyen qui lui permette, ou qui lui donne l’illusion, de vivre plus intensément, d’être plus « productif », mais aussi plus dominateur vis-à-vis de ceux qui subissent le temps.
 
Ce temps qui passe, nous avons également compris qu’il fut la cause de spéculations passionnées de la part de ceux qui se donnent comme mission de comprendre l’univers. Ces scientifiques, tellement convaincus de l’implacable logique de leurs déductions, en oubliaient de se regarder dans le miroir pour vérifier, à chaque nouvelle ride, que le temps n’est pas réversible et que la flèche du temps pointe toujours dans la même direction, celle du futur.
 
Ce temps qui passe, enfin, nous savons maintenant quelle angoisse métaphysique il a pu engendrer auprès de nos lointains ancêtres, qui pour apaiser leur angoisse, ont inventé la Création, leur création, et qui ensuite, se sont convaincus de la périodicité de cette création, chacune d’elles devant succéder à une fin annoncée. Ils ont imaginé ainsi, une régénération continue du temps, laquelle offrait l’avantage de pouvoir nier  l’historicité, c’est-à-dire le sens de l’histoire, cette comptabilité implacable de nos haines et de nos turpitudes.
 
Dans la symbolique romane, le Christ est souvent représenté en maître du temps, le chronocrator, comme sur le tympan de l'église d'Autun. Cette notion rejoint d'ailleurs celle de Maître de l'Univers et de ses rythmes, de cosmocrator. Le Grand Architecte de l'Univers, Dieu, Maître de l'Univers, est en effet, nécessairement, Maître du temps, puisque la durée prend naissance avec la création de l'univers.
 
Pour l'homme, les trois dimensions du temps sont le présent, le passé et l'avenir. Saint Augustin, dans "les confessions", écrit : « il y a en effet, dans l'âme, ces trois instances, et je ne les vois pas ailleurs : un présent relatif au passé, la mémoire; un présent relatif au présent, la perception et un présent relatif à l'avenir, l'attente. Alors que nous pouvons agir sur l'espace, par la vitesse sans cesse accrue de nos moyens de transports, nous ne pouvons pas agir sur le temps ».
 
« L'espace, signe de notre puissance, le temps, signe de notre impuissance », écrit le philosophe Lagneau en 1880.
 
De tous "temps" pénétré de sa mortalité, l'homme a tenté de surmonter l'angoisse et l'éphémère que lui inspire la fuite du temps. Organiquement soumis à un commencement et à une fin, il n'a eu de cesse, comme nous l'avons vu précédemment, d'affiner la mesure du temps. En effet, maîtriser la durée est un besoin et un acte de haute intellectualité, représentatifs de l'homme pensant et donc conscient de sa temporalité.
 
La structure temporelle de notre expérience est si contraignante que nous avons toujours rêvé de nous en affranchir et le désir d'éternité s'exprime dans presque toutes les religions. Il s’exprime dans le comportement de l'homme qui cherche à se survivre à lui-même par ses oeuvres ou par sa descendance. A ce sujet, on peut dire que toute forme d'enthousiasme - au sens étymologique : être en Dieu, du grec anthéos - constitue une expérience de l'éternité.
 
Avec Heidegger, la temporalité, c'est-à-dire la conscience du temps, est le caractère primordial de la conscience d'exister, à partir de laquelle se définissent toutes choses. « Lorsque je cherche à me comprendre, dit-il, je me projette dans le passé et rebondis sur la contingence de ma naissance, le fait d'être-là, jeté au monde. Je me projette également dans l'avenir et butte sur l'inéluctabilité de la mort. Le résultat de ce double renvoi, ou de ce double rebondissement, donne le sentiment de la temporalité authentique » fin de citation. Ainsi, la conscience du temps est liée à une distance par rapport à soi, à une conscience de soi. C'est, en quelque sorte, une activité humaine, qui peut d'ailleurs, être la connaissance ou l'action proprement dite.
 
 Rappelons la définition augustinienne du temps « image mobile de l'immobile éternité ». Pour représenter cette notion, quelle meilleure image que celle de la roue, symbolisant les douze signes du zodiaque qui décrivent le cycle de la vie. Gagner l'immortalité, c'est s'identifier au pivot de cette roue pour ainsi, avoir une vision immobile, gage d'éternité. Cette symbolique rend possible le mouvement des êtres tout en s'opposant à celui-ci, comme l'éternité au temps. C'est une manière d'occulter l'éphémère pour n'indiquer que l'instant présent dans l'espace.
 
L'homme tente, en vain, de s'échapper hors du temps, mais sortir du temps c'est sortir totalement de l'espace cosmique, pour entrer dans un autre ordre, un autre univers qui échappe totalement à notre compréhension.
 
Il existe pourtant, une possibilité, elle est donnée par l'Initiation, c'est le temps sacré, et passer du temps des hommes au temps sacré, c'est alors communier avec l'univers.
 
Le Temple orienté par ses trois dimensions : de l'Orient à l'Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir, ainsi que par la dimension temporelle, fait partie de l'univers, il est l'univers. L'Initié qui, dans cet espace, élève sa pensée au delà des contingences matérielles, est lui aussi l'univers. Il ne l'est, certes pas constamment puisqu'il n'en est pas moins homme mais, de Midi à Minuit le miracle s'opère. Durant ce laps de temps, il est l'univers avec ses Frères en communion, ce qui veut dire qu'il a conscience que son microcosme s'élargit pour atteindre la dimension cosmique. Utopie, extase, crédulité ? Certainement pas, il n'est pas demandé à l'Initié de croire, mais de vouloir, et c'est lorsqu'il est l'heure, que nous avons l'âge, que tout est conforme au rite et qu'ensemble nous aspirons à nous dépasser, à nous transcender, qu'alors le temps des hommes n'a plus cours.
 
C'est le seul moyen qui soit à notre portée, pour gagner parfois, une once d'éternité. Bien sûr, ce n'est pas facile et les pré-requis sont nombreux, mais en y réfléchissant, nous conviendrons qu'il ne peut en être autrement.
 
Comme Adam, nous sommes glébeux et la boue, l'argile colle obstinément à nos pieds pour nous figer dans une temporalité matérielle qui est partie prenante de notre condition d'homme.
 
Parlant du temps sacré, Mircéa Eliade dit qu'il s'agit d'une rupture effectuée dans l'univers de l'expérience quotidienne. Il s'agit donc d'une nouvelle façon de penser, de sentir, de percevoir et tout acte situé dans le temps sacré est réitérable. Je n'ai pas dit réversible mais, réitérable. Lorsqu'il se produit, il a le même sens que s'il se produisait pour la première fois, par opposition au temps profane, qui lui est  bien irréversible. L'Initié sort du temps, ce qui le conduit à concevoir la part immortelle de l'être, « le temps de ce qui n'est pas l'homme et non le plus long temps des hommes », écrit Malraux dans La métamorphose des dieux.  Ainsi nous tentons de réitérer, lors de chacune de nos réunions, la perception de la lueur, faible certes, mais bien présente que nous avons entrevue, lors de notre Initiation.
 
Minuit s'approche. Après cette excursion, ou encore cette incursion dans le domaine du temps, il est l'heure de se préparer à regagner l'autre bord du fleuve, là où le temps c'est de l'argent. Traverser les grandes eaux est toujours une entreprise délicate et risquée, nous enseigne la sagesse chinoise. Pourtant, chaque fois, nous devons entreprendre ce périple, avec crainte peut-être mais certainement avec détermination, car il y a tant à faire sur cette autre rive, solidaires de tous nos Frères en humanité.

Source : www.ledifice.net

Par P\ Q\ - Publié dans : Planches
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Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 07:46

Quelques dates permettent de nous situer dans l’histoire, bien que les associations de métiers existent depuis la plus haute antiquité, à preuve l’édit de 643 (les Collegia Fabrorum).

1376 : Apparition du terme « Franc-maçon » dans un document de la Guilde de Londres.

1390 : Manuscrit Régius : plus ancienne charte sur les devoirs des métiers opératifs.

1410 : Manuscrit Cooke sur les Devoirs des Compagnons.

1459 : Apparition des « Loges »au sein du Compagnonnage. (Grande Loge opérative au sein du Saint-Empire, Sarasbourg).

1492 : Apparition du terme « Franc-maçon Accepté » et de celui de Maître.

1589 : Loge de Kilwining en Ecosse.

1598-99 : Statuts Schaw (Edimbourg) : observations aux Maçons, 1 Loges Ecossaises.

1634 : Admission de non-opératifs au sein de la Loge d’Edimbourg (Ecosse).

1637 : Apparition du terme « mot du Maçon » (les secrets).

1646 : Manuscrit Sloane sur les Devoirs.

1649 : Premières Loges Militaires.

1670 : La Loge d’Aberdeen (Ecosse) coopte quelques 12 membres de l’Université.

1696 : Premier texte rituel sur les moyens de reconnaissance et la circulation du mot, transition de l’Opératif vers le Spéculatif (archives d’Edimbourg).

1700 : Manuscrit Chetwode Crawley.

1702/64 : Une Loge d’Ecosse (Haughfoot) fonctionne uniquement avec des non-opératifs.

1705 : Grande Loge d’York.

1710 : Il existe au moins 25 Loges Ecossaises. Manuscrit Dumfries.

1711 : Manuscrit Trinity Collège (Dublin), système en 3 grades.

1714/20 : Manuscrit Kevan.

1717 : Création de la Grande Loge de Londres (4 Loges), spéculative.

1723 : Constitutions d’Anderson et Desaguliers…dites des « Moderns ».

1725 : Premières Loges françaises, adoption des anciennes obligations (texte de 1722).

1728 : Première Grande Loge de France.

1730 : Reprise du grade de Maître par les « Moderns ». Manuscrit Pritchard.

1735-43 : Autonomie de la première Grande Loge de France (Cf. 1763).

1736 : Grande Loge d’Ecosse, antérieure à la fondation en Angleterre des Antients, fondée par 33 Loges dont certaines datant de plus d’un siècle.

1736-37 : Discours (2) du Chevalier de Ramsay.

1751/53 : Constitution des « Antiens » : « l’Ahiman Rezon »de Lawrence Dermott.

1761 : Organisation du Rit de Perfection en 25 grades par E. Morin et H. Francken, et qui sera plus tard le noyau du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

1762 : Constitutions de Bordeaux, Rite de Perfection en 25 degrés.

1763 : Indépendance officielle de la GLDF vis-à-vis de la Grande Loge de Londres, laquelle avait reconnu depuis longtemps l’indépendance des français.

1774 : La GLDF se déclare « seul Grand Orient de France » (c.a.d. Grande Loge…)

1775 : Affirmation de « l’Ecossisme » par la Grande Loge de France.

1782 : Apparition de la Bible sur l’Autel des serments.

1786 : Constitutions de Berlin (REAA).

1801 : Création des Suprêmes Conseils des Etats-Unis (Charleston), 33 degrés.

1804 : Création du SCDF, gardien du REAA, dans sa forme actuelle (De Grasse-Tilly).

1804 : Création de la Grande Loge Générale Ecossaise.

Les Antiens devinrent au début du XIX siècle égaux en nombre aux Andersoniens mais restèrent inconnus en Francepratiquant le même rituel que les Ecossais et les Irlandais.

1813 : Fusion des Antiens et des Moderns.

1875 : Déclaration du Convent de Lausane indiquant les spécificités du REAA actuel.

1894 : Création de la Grande Loge de France actuelle, travaillant au REAA.

1904 : Indépendance de la GLDF qui régit alors les 3 premiers degrés du REAA.

2004 : Deuxième centenaire du REAA...

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mardi 8 avril 2014 2 08 /04 /Avr /2014 06:53


« Bien au-delà des soucis de la vie matérielle s’ouvre pour le Franc-maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. »
Cette phrase, énoncée par le vénérable maître au sein de la chaîne d’union, à la fin de nos travaux, m’a toujours interpellé. Pourquoi séparer le vaste domaine de la pensée et de l’action des soucis de la vie matérielle ? Est-ce à dire que l’initié devra pouvoir s’affranchir des contraintes du quotidien pour progresser ?
Afin de pousser jusqu’au bout ma réflexion, quoi de mieux que d’en faire le sujet de la planche que je vous propose ce soir ?

Pensée et action. Ces deux notions s’enchaînent comme une conséquence l’une de l’autre, mais est-ce réellement le cas ? J’ai fini par me convaincre, au fur et à mesure de mon travail, que ces deux outils mis à notre disposition, la pensée et l’action, étaient en réalité plus proche de l’allégorie d’un attelage tiré par deux chevaux, l’un nommé action et l’autre pensée, que l’initié doit savoir guider d’une main sure. Cette image rappelle l’arcane majeur VII du tarot, dénommé le chariot.

Mais entrons dans le vif du sujet.
Nous sommes tous nés un jour, et nous sommes donc tous destinés à rejoindre l’Orient éternel. Contrairement aux profanes, au travers de l’initiation que nous avons connue, nous avons décidé de mourir pour effacer le vieil homme qui était en nous, afin de renaître plus sage, plus fort et plus beau. Or, une utilisation judicieuse des deux outils que sont la pensée et l’action conditionnent une renaissance initiatique réussie, marquée du sceau de l’harmonie.
Vous avez décidé de renaître, et bien poussons le parallèle jusqu’au bout, et replaçons-nous chacun dans la peau du nouveau-né que nous avons été.
Dans les premiers jours qui suivent la naissance, nous percevons le monde de façon lointaine, car nos sens ne sont pas encore matures. Ce qui nous caractérise le plus, c’est que nous considérons que tout est en nous ; le sein qui nous nourrit, la bouche qui nous embrasse, les bras qui nous soutiennent font partie de notre être. En d’autres termes, tout est moi, et l’autre n’existe pas. Grâce au développement de nos cinq sens, la vue, l’odorat, l’ouïe, le goût et le toucher, nous allons prendre conscience que l’autre existe. C’est un vrai drame que de s’apercevoir que le sein qui nous nourrit n’est pas nous !, et c’est un véritable apprentissage de savoir faire le tri entre la main qui fait partie de notre moi et les objets qu’elle saisit et qui ne font pas partie de notre moi. Plus difficile encore, nous devons faire le deuil de notre mère, qui ne fait pas non plus partie du moi. Petit à petit, nous apprendrons que l’autre existe, et nous apprendrons, la plupart du temps, à vivre avec. Cette époque de séparation est une période où nous expérimentons la souffrance, comprenant que certaines choses procurent du plaisir, comme téter le sein ou le biberon, alors que d’autres sont à l’origine de frustrations et de mal-être, voire de souffrance, comme la sensation de froid ou encore de faim. Comme le dit Alain, que je cite, « c’est à travers l’ordre humain, en commençant par sa mère, que l’enfant prend idée de lui-même, fait la différence entre le moi et le non-moi, puis finit par poser la première opposition : moi et les autres ». Ainsi, nos connaissances et nos pensées naissent en réaction aux autres.

Au niveau symbolique, un parallèle peut être tenté entre la situation du nouveau-né après sa naissance et le profane. Le profane a tendance à ramener les événements à sa personne, il est plutôt égocentrique. Si le nouveau-né ne maîtrise pas encore ses sens, ce qui explique qu’il ramène tout à lui, nous pourrions dire que le profane a oublié l’utilité de ses sens en s’enfermant dans sa bulle, pour finir couper des autres, hermétique à tout échange. Heureusement, parmi les profanes, certains vont souhaiter s’ouvrir au monde des autres, ils vont cesser de faire tourner le monde autour d’eux, tout comme le nouveau-né finit par percevoir l’autre grâce à l’épanouissement de ses sens. Ces profanes sont prêts à entamer un chemin initiatique, ils sont demandeurs de la lumière, qu’ils trouveront par des chemins divers et variés, et pour certains d’entre eux, en entrant en Loge. Ainsi, le nouvel initié, enrichi par les différences de l’autre, a saisi son bâton, et s’est mis en mouvement sur son chemin, à la rencontre de lui-même.

Notons quand même que le cheminement du nouveau-né et celui de l’initié ne sont pas exactement identiques. Le nouveau-né scinde son monde en deux : d’un monde unique, il passe à l’existence d’un moi et d’un autre. L’initié, comme tout profane, après avoir pris connaissance qu’il existait deux mondes, celui du moi et celui de l’autre, avait d’abord choisi de se replier sur le territoire de son moi. Mais à la différence d’un simple profane, l’initié a compris que pour mieux explorer son moi, il doit connaître la vision qu’a l’autre de son moi ; l’initié décide de s’ouvrir au territoire de l’autre, et c’est alors qu’il découvre le monde dans son ensemble, le moi et l’autre. La démarche initiatique consiste peut être, et au moins partiellement, à établir une harmonie entre le moi et l’autre.

Passé le premier stade de la différenciation entre le moi et l’autre, l’expérience guidera notre développement. Mais quel est le rôle exact de l’expérience dans notre développement, et comment la définir ? Nous verrons que l’expérience fait appel aux deux outils sujets de ma planche, la pensée et l’action.

Analysons notre situation au quotidien. Chacune de nos actions est suivie d’une réaction, ou d’une absence de réaction. La répétition à l’identique de ce schéma pour une action donnée va nous permettre de mémoriser des situations types. Par exemple, s’approcher du feu entraîne toujours une sensation de brûlure : conclusion, le feu brûle. Cet exemple peut paraître caricatural, mais la démonstration est aussi valable pour des situations plus complexes de la vie sociale où ce sont les répétitions de situations identiques qui vont nourrir notre mémoire, interagir sur nos pensées, alimenter notre expérience et influer sur notre rapport aux autres.
Intéressons-nous à la logique de raisonnement qui domine ce que nous appelons l’expérience.

La logique employée est empirique, elle ne repose que sur la répétition, l’habitude et la coutume ; cette forme de logique basique est la clé de nos pensées. Hume l’avait très justement souligné : c’est uniquement la coutume qui nous sert de support pour inférer nos affirmations. Je traduis en langage clair ce jargon proche de celui d’un logicien à ceux de nos Frères qui ne sont pas des spécialistes : Hume affirme que toutes nos déductions sont effectuées à partir d’habitude ou de coutume : nous avons observé des dizaines de fois que l’action A est suivie de l’action B, en conséquence, notre cerveau traduit cet enchaînement temporel par une phrase logique, du type si l’action A est effectuée, alors l’action B surviendra. Il cite l’exemple du coq qui chante à chaque fin de nuit, juste avant que le soleil se lève. Les paysans en concluent que c’est le chant du coq qui fait lever le soleil. Cet exemple vous paraît trivial, et bien passons maintenant à un niveau disons supérieur, celui de l’éducation. L’éducation nous formate en nous apprenant ce qui est bien et ce qui est mal. Or, comme le dit Hume, les valeurs inculquées par notre éducation ne valent que par des traditions et des habitudes, et leur justification ne vaut guère mieux que le raisonnement du paysan affirmant que c’est le chant du coq qui provoque le lever du soleil. Nos traditions et nos croyances ne valent que pour notre société judéo-chrétienne, et c’est peut être pour cela que nous avons tant de mal à admettre les valeurs des autres civilisations. Leurs coutumes n’étant pas les nôtres, elles en deviennent méprisables ou ridicules. Alain enchérit en affirmant que les pensées mènent tout le monde, alors que personne ne pense. En effet, la plupart des hommes rangent leur opinion du côté du plus grand nombre, et l’opinion du particulier finit par être celle du tout, effaçant ainsi toute originalité. L’expérience de Asch démontre l’importance insoupçonnée de ce phénomène : vous allez vous apercevoir que l’homme social est soumis à un conformisme que vous auriez du mal à imaginer.

Je vous décris cette expérience, car elle est assez édifiante.
Un homme, le cobaye, est placé dans une salle au côté d’autres personnes qu’il croit être comme lui des volontaires. En réalité, les autres sont tous des acteurs. Des tests visuels aux réponses évidentes sont proposés les uns après les autres au soit disant groupe de volontaires.

Chaque intitulé de question est projeté sur un écran. L’expérimentateur a expliqué au cobaye qu’il répond dans un premier temps en utilisant un boitier électronique ; ensuite, au bout d’une minute de réflexion, chaque membre du groupe exprimera oralement sa réponse à chaque question, chacun parlant à tour de rôle, selon un ordre déterminé au hasard. Le cobaye a alors la possibilité de modifier sa réponse en fonction des réponses des autres personnes du groupe, s’il s’est rendu compte qu’il s’est trompé. Evidemment, comme par hasard, le cobaye se retrouve toujours le dernier à dévoiler oralement sa réponse après chaque test, ce qui lui permet de prendre connaissance des réponses des autres. Ensuite, tout est très simple.

Imaginez le test suivant : parmi trois lignes horizontales, désigner celle qui est la plus longue. La réponse est par exemple la ligne du milieu, deux fois plus grande que les autres ; dans un premier temps et sans hésiter, le cobaye valide grâce à son boitier électronique la réponse qui correspond à la ligne du milieu ; or, à sa grande surprise, lorsque chacun donne sa réponse à voix haute, tous les membres du groupe, tous des acteurs de l’expérience, je vous le rappelle, désignent la ligne du haut comme la bonne réponse, avec des commentaires comme « c’est tellement évident » ou « on se demande pourquoi on passe des tests aussi simples ». Et bien, dans une telle situation, environ deux personnes sur trois changeront d’opinion et se rangeront à l’avis du groupe. Par conformisme, deux personnes sur trois n’oseront pas affirmer une opinion différente devant le groupe, et ce à plusieurs reprises durant l’expérience.

Les techniques de manipulation des foules, comme la publicité, sont fondées sur les observations issues de ces expériences de comportement de groupe. Je ne manquerai pas de vous citer l’homme qui les a développées, puis mises en œuvre au profit d’un gouvernement ou de sociétés multinationales, l’américain Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud. Goebbels le considérait comme un maître à penser, et il possédait même un portrait de Bernays dans son bureau.

A notre mode de raisonnement empirique fondé sur les traditions et influencé par le conformisme, il faut aussi ajouter une perception déformée de la réalité qui nous entoure. Les signaux transmis par nos sens sont interprétés par notre cerveau, puis notre pensée utilise cette interprétation en la tenant pour vraie. Or, l’interprétation des sensations perçues par nos cinq sens est susceptible de nous induire en erreur, plusieurs expériences de psychologie l’ont démontré. Par exemple, il est impossible de voir plus de trois faces d’un même cube, mais ça n’empêche pas notre cerveau de reconstruire le cube à partir des trois faces, faisant ainsi un pari sur l’interprétation de l’image réellement transmise par nos yeux. La plupart d’entre nous n’a plus conscience de cette interprétation incessante des sensations transmises à notre cerveau, et de nombreux tours d’illusionnistes reposent sur ce phénomène.

Descartes avait certainement raison lorsqu’il affirmait que la seule certitude pour démontrer notre existence, et après avoir écarté les unes après les autres toutes les sources d’erreurs possibles, c’était « je pense donc je suis ». Associée à une autre de ses pensées, « là où il y a doute, il y a raison » nous possédons deux piliers solides pour participer à la construction de l’homme nouveau qu’est l’initié. Notons, c’est important, que Descartes prônait un doute raisonné et rationnel, et qu’il avait écarté la pratique d’un doute systématique, qu’il jugeait stérile.

Le nouvel initié a fait l’effort de renaître pour réapprendre ; le rôle de la Loge est de lui procurer des sensations dont l’interprétation ne soit pas faussée. Notre parcours initiatique semble, en cela, conforme à une rééducation sensorielle. L’initiation nous fait passer par une suite d’épreuves qui avertissent le futur initié que l’interprétation qu’il fait des sensations en provenance du monde extérieur peut l’égarer. Puis le miroir désigne au nouvel initié son plus grand ennemi, c'est-à-dire lui-même ; le nouvel initié est d’une certaine façon enjoint à quitter le monde du MOI, pour s’ouvrir au monde de l’autre, en utilisant ses sens mais en doutant raisonnablement de l’interprétation de ses sensations. Cette image me rappelle vivement celle de l’arcane majeur VIIII du tarot. On y voit un ermite qui éclaire prudemment le chemin devant lui, en s’aidant d’une lanterne qu’il brandit aussi haut que possible dans l’obscurité.
En Loge, la coutume ne va plus de soi, seul règne le rituel, intemporel, au milieu des symboles dont notre vision et notre pensée se disputent les influences. Le travail sur les symboles fait travailler nos sens et notre pensée, il met en jeu notre cerveau. Petit à petit, il nous fait prendre conscience d’une autre réalité, loin des influences auxquelles sont soumis les profanes.

La vie en Loge fournit aux initiés une réalité tangible. Cette réalité se manifeste au travers d’un rituel dont les actions sont répétées inlassablement au cours de chacune des tenues. L’initié doit comprendre que l’enchaînement d’actions inlassablement répétés n’a pas forcément valeur de causalité, et encore moins de vérité. Il entame alors un chemin difficile, en entrant dans une démarche d’analyse critique des raisonnements et des valeurs qu’ils n’avaient jamais remis en doute, mais qui reposent pourtant sur des coutumes et des usages imposés par un conformisme social puissant.

Nous sommes en recherche d’une harmonie entre la pensée et l’action, harmonie qui se traduit par la création parfaite, en équilibre avec son environnement, et conforme aux souhaits de celui qui en est à l’origine. Le GADLU traduit sa pensée et son action par le Verbe, vecteur puissant de la création divine. Contrairement aux simples humains que nous sommes, le GADLU a connaissance du Tout. L’initié, aussi avancé soit-il sur son chemin, n’a pas connaissance du Tout, et son domaine d’action et de pensée, aussi vaste soit-il, est donc, par définition, limité. Ne l’oublions pas, la pensée, même si elle possède un puissant levier d’influence, n’est pas capable d’instruire l’inconnu.

La pensée pure, conduite au cours de la méditation, participe au bonheur de l’individu en préparant des actions et donc des créations harmonieuses ; cette idée est soutenue par Aristote.
L’action pure, celle qui transforme la matière, conduit aussi au bonheur par l’équilibre harmonieux de la création matérielle dans son environnement.

Evidemment, opératif et spéculatif ne sont pas exclusifs l’un de l’autre, mais plutôt complémentaires. Le résultat parfait de la pensée et de l’action est une œuvre qualifiée de belle ou peut être plus justement gracieuse, et qui a demandé sagesse et force : le grand œuvre par la voie alchimique, ou le chef d’œuvre par la voie du compagnonnage initiatique.

La capacité de parole est certainement une des caractéristiques les plus évidentes de l’espèce humaine. La pensée de l’homme se manifeste par l’action, et les paroles, qui sont le fruit de l’action des muscles de nos cordes vocales, sont bien le fruit de pensées et d’actions. Parler n’est pas une action comme une autre ; la parole véhicule nos pensées et nos sentiments. La parole permet de communiquer avec l’autre en parlant du passé, du présent et du devenir. Le champ d’action de la parole paraît vaste, c’est celui des mots, et il se décline sur toute la flèche du temps.

Contrairement aux autres actions, les paroles sont plus faciles à mettre en œuvre et de fait, sont moins soumises à la réflexion qui précède ou qui devrait précéder toute action. Je m’explique. Lorsque le comportement d’un individu m’irrite, je sais que si je lui donne un coup de poing, je m’exposerais à des représailles physiques qui auront des conséquences directes sur mon intégrité physique. Par contre, une simple phrase d’avertissement porte moins à conséquence, car je ne risque la plupart du temps qu’une réplique sèche en retour, voire, au pire, quelques insultes. Peut être à cause d’instincts comportementaux hérités des temps préhistoriques, je réfléchirai avant d’agir physiquement sur quelqu’un ou sur mon environnement matériel, alors que j’exprimerai avec moins de retenue des sentiments ou des impressions, sachant qu’ils n’influeront pas directement sur mon intégrité physique ou mon environnement matériel. Je dis « qui n’influeront pas directement », car en définitive les paroles blessent comme les coups, flattent comme des caresses, ou dressent comme un chien. Les paroles agissent sur les représentations mentales de notre MOI, et elles ne sont jamais sans conséquences sur l’autre.

Continuons à nous concentrer sur la parole, et abordons maintenant la notion du champ d’action de la parole.
Je vous l’ai dit auparavant, le champ de la parole est celui des mots. Or, les mots que nous utilisons trompent notre pensée, tout comme le fait notre cerveau lorsqu’il interprète les signaux en provenance de nos cinq sens. Comme le dit Bergson, « notre pensée ne voit pas les choses, elle se contente de lire les étiquettes collées sur elles. La conséquence est que nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes ». Je vous disais tout à l’heure que le domaine de la connaissance était limité pour l’initié, contrairement à celui du GADLU. En voici une bonne illustration avec la parole, puisque n’existe pour nous que ce qui porte un nom. En effet, si nous n’avons pas connaissance d’un nom pour qualifier l’existence de quelque chose d’abstrait ou de concret, alors nous serons incapables de prendre la mesure de cette chose, et elle n’existera pas pour nous. D’où l’importance du nom dans la civilisation égyptienne, où la faculté d’être nommé est une condition sine qua none à la vie spirituelle et éternelle. Dans la genèse, nous retrouvons l’importance du nom, lorsque Dieu présente à Adam un à un les animaux pour qu’il leur donne un nom, et qu’il fasse partie de l’univers d’Adam. «YHWH Elohim façonne de l'adama tout vivant des champs, tout oiseau des cieux. Il (les) amène vers l'Adam pour voir ce qu'il leur crie. Et tout vivant auquel l'Adam crie : tel est son nom. Et l'Adam crie le nom de tout bétail, de tout oiseau des cieux et de tout vivant des champs ».
Dans le monde profane, la parole est souvent dévoyée. En Loge, l’initié a mesuré son importance après une période de silence imposée. Durant la tenue, la parole circule, elle participe à l’égrégore de la Loge. La Loge tout entière s’exprime à travers ce fluide, et la parole n’appartient à personne, elle circule, elle vole de frère en frère, au rythme du rituel et des planches. Elle est animée par une volonté d’échange et baigne dans un monde symbolique, à l’intérieur d’un lieu sacralisé, où les autres s’ouvrent à nous et où chaque mot compte. Les pensées de tous les frères alimentent la parole circulante qui s’échange comme un flambeau symbolique.

Bien penser, bien dire, bien faire.
Voici nos maîtres mots, supportés par le ternaire du compas, de l’équerre et de la règle. Ce ternaire permet à l’initié de tracer non plus de simples schémas, mais de véritables épures à la gloire du GADLU. Arriver à transcender le quotidien par nos pensées, nos actions et nos paroles. Pour cela, il nous faut avoir pris conscience du chemin qu’il nous reste à parcourir. Il ne faudra pas se perdre au milieu des illusions que nous procure l’interprétation de nos sens. Il ne faudra pas non plus se laisser trompé par les mots qui, mal utilisés, peuvent être un carcan empêchant notre moi de progresser.

Finalement, pour répondre à la question que je m’étais posé au début de ma planche, oui, c’est vraiment au-delà des soucis de la vie matérielle que s’ouvre pour le Franc-maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action.

Mes frères, méditons pour bien agir.

Source : www.ledifice.net

Par Xavier D\ - Publié dans : Planches
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Jeudi 3 avril 2014 4 03 /04 /Avr /2014 07:39

Le symbolisme maçonnique est riche de part la complexité de ses représentations outils ; mots, acclamations, nombre et un fort signifiant de couleurs qui forcément n'interpelle pas toujours alors que c'est un vecteur d'approfondissement de la pensée.

La maçonnerie des métiers fait référence à un symbolisme des couleurs; et chaque compagnon doit s'approprier les symboliques et les rendre agissantes.

Pour eux, 5 couleurs ; la blanche la rouge la bleue la jaune la verte et une cachée:la noire ; c'est le noir qui contient toutes les couleurs, puisqu'elle est à la fois couleur matricielle et couleur de la mort qui ramène toute chose à son origine.

Evoquer le caractère initiatique de la F\ M\ et quelques emprunts au Compagnonnage apparaît comme une tautologie puisque sa nature même consiste à vivre et à transmettre l'initiation qui repose aussi sur un fort signifiant des couleurs ; la loge bleue, la rose rouge offerte à l'impétrant, la grenade que l'apprenti découvrira sur le colonnes, ne impression de manque ; il n'est pas satisfaisant que le mythe s'arrête ainsi ; et me voilà frappant à la porte du Rouge.

Au chapitre : Instruction au grade d'élu il est demandé : « Que signifient les couleurs de la chambre du Conseil ? » En réponse : Le noir signifie la noirceur de l'action les flammes expriment notre ardeur à rechercher de la justice et le rouge dénote qu'elle ne peut être éteinte que par la punition des coupables.

Donc en premier le noir signifie la noirceur de l'action ; le substantif noirceur donne une idée d'expansion malsaine, de contours mal définis et peu repérables, d'infiltration, une impression de nébuleuse angoissante, de forces obscures qui se trament dans l'ombre et qui sont récurrentes ; mais aussi de fin inéluctable ; ce dont nous sommes certains et ce sur quoi nous ne savons rigoureusement rien.

Le noir rappelle l'affliction et le deuil du Maître disparu; lié à la perte de la parole ; l’œuvre est interrompue et inachevée et la parole désormais perdue est à retrouver ; « le fanatisme est une fureur aveugle et stupide que la raison ne retient jamais » rousseau.

La mort d'Hiram par 3 assassins est le crime de la bêtise; de la barbarie, de l'acte inadmissible ; l'ignorance le fanatisme l'hypocrisie sont les foyers des systèmes fondés sur la violence, l'illégitimité ; c'est le noir absorbant le noir mat qui absorbe toutes les couleurs, qui absorbe la lumière et ne la rend pas ; c'est le processus d'escalade du fanatisme et de l'obscurantisme.

La contagion en est violente ; ce sont les violences visibles du terrorisme sans limites ni frontières ; c'est le noir de la burka, des lapidations.

Quelle que soit les manifestations du fanatisme dans tous les temps et dans tous les lieux,il présente certains caractères constants; le fanatique est d'une sincérité trouble il subordonne tout à la prévalence de la conviction qui le possède, il n'admet aucun obstacle, surtout pas les droits de la vérité ou de la justice ; se balaie des lois et des droits des peuples ; le fanatisme trouble le jugement et la conscience ; c'est l'emportement de la pensée et une passion de penser qui aveugle ; c'est l’extrémisme religieux et l’obsession de museler les femmes ; depuis des siècles la mauvaise réciprocité s'est manifesté sous la forme de cycles de vengeances interminables; et cette menace n'a pas disparue.

Aujourd’hui la folie fanatique et les régimes totalitaires sont un haut niveau de risques, par et les printemps arabes commencés en Tunisie et en Égypte même s'ils peuvent finir en quasi échec sont une formidable aspiration des peuples à la liberté et à la démocratie ; si on laisse briser ces aspirations ce sera la multiplication des pires dictatures.

Ce crime sur Hiram est une violence interne, avec but de détruire la communauté et sses lois ses droits.

Les mauvais compagnons veulent un désordre social, une désorganisation au profit de l'arbitraire ; c'est le fascisme qu'ils veulent imposer ; l'arbitraire, la mystification ; c'est un pouvoir de manipulation qui repose sur l'ignorance, sur les peurs, sur la haine ; sur la violence.

Le meurtre d'hommes éclairés est récurrent par ex Lincoln, jean Jaurès ; etc. Luther King, en Tunisie chorion belaïd ; c'est le noir de la la folie obscurantiste et du fascisme qui sont des pierres d'achoppement pour toutes les démocraties.

« L’homme est un loup pour l'homme » selon Hobbes. Les tendances à l'auto-destruction selon Freud seraient enfouies au tréfonds de chacun ; c'est l'aliénation à notre esclavage intérieur ; ce serait la désintoxication des pulsions qui feraient apparaître l'ambivalence Amour/Haine ; ce qui nous ramène au « connais toi toi même ».

Le noir c'est ne vouloir ni se voir, ni s'entendre, c'est projeter l'autre comme mal à expulser, à détruire ; c'est rester dans ses peurs, ses préjugés, ses habitudes ; le noir c'est tout ce qui est anti-lumière dans tous les domaines des sociétés (que ce soit le politique, l'économique, le médiatique, le religieux, les croyances ésotériques qui font un retour impressionnant, le noir se rapporte à une dualité aliénée ; un arrête brutal ; je suis le bien et je vais détruire le mal l'autre, le différent, aucun droit à l’espoir ; tout à la soumission ; mais c'est dans le noir que l'on cherche la lumière.

2ème sentence : les flammes expriment notre ardeur à rechercher la justice.

Le terme ardeur porte une certaine ambivalence : c'est la vivacité, la fougue que l'on met à faire quelque chose, c'est l'impétuosité, aussi la chaleur extrême, comme l'ardeur du soleil. Quant aux flammes, elles évoquent aussi un double sens ; en premier une lumière, un idéal qui nous motive ;
en deuxième un feu intérieur qui poussé par l'ardeur peut tomber dans l'excès, le débordement, associés ces mots portent en eux, le feu qui couve sous la cendre. C'est un rappel de notre zone d'ombre, de notre noir enfoui « de cet inconscient qui nous manipule à notre insu ; mais là encore nous sommes plus ou moins persuadés de la justesse de notre raisonnement, nous cultivons l'illusion de la compassion apparente sans en voir le sens caché : c'est être ensemble dans la passion pour le meilleur et pour le pire ».

Pour cet élu le désir de venger Hiram nait de cette union inséparable de la raison et de la passion, c'est pour lui le moyen de réagir contre l'inacceptable de cet acte.

Bien sûr que l'élu exerce son discernement lorsqu'il est désigné chef « d'un si noble projet ». S'engager n'est pas une attitude naturelle ; cet engagement est une véritable implication ; ce crime est un événement qui le touche directement ; ce devoir est accepté en toute honnêteté et avec la conviction du moment. Il ne réalise pas que les mots ne sont pas forcément des interprètes fiables de notre comportement ; il est dans le rouge de l'énergie vitale, énergie venant du grec Orgos qui veut dire « contient l'action en puissance » c'est le rouge primaire ie qu'il ne provient d'aucun mélange. On peut aussi l'identifier à la kundali qui dans la philosophie tantrique est l'énergie vitale à la base de la colonne vertébrale ouvrant les chakras ou roues d'énergie, ce chakras du périnée est une énergie brute.

Ce premier devoir est de livrer Abibal à la justice de Salomon ; il est tout à fait légitimé dans cette action ; il est dans son droit et son devoir, mais le devoir, l'obéissance à la loi est une limitation telle que le droit le défini et sans doute, cet élu trop dans l'émotion rentre dans ses rêves dans sa propre intimité dans ses propres désirs en oublie la régulation par la loi, (peut -être la première faille est elle, de quitter le groupe, celui qui n'a peur de rien et va au devant de n'importe quel danger devient téméraire), et sa responsabilité de chef est aussi une responsabilité collective, mais l'ardeur poussé au rouge par la flamme du feu intérieur stimule l'égo dans toute son individualité et sa démesure. La chaleur lui monte à la tête, il est tout feu et flamme, la passion le dévore. Certains choix qui paraissent pertinents au moment de la décision se révèle en fin de compte plus mauvais qu'on ne le croyait on a dépassé les bornes et c'est la précipitation vers la caverne effroyable dans laquelle le traître se préparaît à prendre du repos pour Platon la caverne est « un lieu d'ignorance, de souffrance et de punition où la conscience humaine se trouve enchaînée » les Peuls en Afrique, disent « qu'au centre de la terre, vie et mort se livrent un combat corps à corps », en se tuant, en faisant couler son sang le meurtrier a échappé au chatiment qui l'attendait, mais peut être aussi est ce la mort heureuse, celle qui conduit tout droit au paradis pour les fanatiques de tout bord.

En se saisissant du poignard l'élu réalise que la justice ne pourra pas faire son travail de fonction d'instruction et en même temps il est submergé par la violence et la noirceur de son intériorité. Il se voit vengeur et coupable d'intention certaine de tuer l'élu se voit vengeur, coupable d'intention de tuer complètement détourné de l'idée de justice, il voit en lui une noirceur criminelle qu'il ne soupçonnait pas en rencontrant son intériorité, il a vaincu l'ignorance et trouvé la connaissance.

Abibal en mourant a rendu ce lieu matriciel comme n'importe quelle mort : « rouge est le sang du noir ,rouge est le sang du blanc » chante Manu DIBANGO. En se désaltérant à la source l’élu se reprend « il n'a pas répandu le sang, ses mains sont propres ». Un rouge sang vicié donne la mort, l'autre sang est le sang de la naissance, le sang d'hiram libéré de la branche d'acacia qui coule désormais dans les veines de l'élu c'est le rouge du perfectionnement, de l'alliance avec Hiram c'est le rouge de la reconquête de la parole perdue.

En sortant de la caverne Joaben est en ordre avec lui-même, il sait que le noir est une non couleur une couleur cachée disaient les compagnons et qu'il devra toujours la démasquer avec constance et humilité, et le rouge dénote qu'elle ne peut être éteinte que par la punition des coupables.

La kundali peut remonter le long de la colonne vertébrale et ouvrir tous les chakras, le rouge passera ainsi par toutes les couleurs jusqu'à ce qu'il retrouve le noir à la fin du spectre.

Le cordon noir que l'élu porte de gauche à droite, les murs ornés de tentures noires, le noir de la bordure du tablier ne sont pas ce noir obscur cette non couleur gouffre des lumières, c'est le noir plus brillant qui est source lumière pour cet élu, source d'éveil, source de combat. C'est le noir qui fait entrer dans la vie, le noir de la germination du rouge, ce rouge qui passera par toutes les couleurs et qui retombera dans le noir à la fin du spectre ce sera alors le noir brillant de sa finitude, mais le rouge qui borde le tablier, le rouge des flammes, le rouge à l'orient s'est dissocié du noir. Il y a une règle inflexible « on ne met jamais de noir dans une couleur sous peine de la salir ». Le rouge est centre vital mouvement, avancée, flamme qui cherche la lumière et dans notre obscurité et au coeur du monde dans le sentier des hommes, c'est trouver sa place entre la terre, l'air, l'eau et le feu ; « c'est vaincre ses passions et ses pulsions ».

Il faut commencer par désapprendre, mettre en doute nos certitudes, plonger dans notre nature profonde pour toucher au vrai « ce qui fonde l'humain », le chemin de tout initié, la conscience vêcue d'être le maillon d'une chaîne et la nécessité impérative de l'autre, c'est le rouge citoyen de notre histoire et de notre démocratie, c'est la conscience de la responsabilité individuelle qui conduit à la conscience de la responsabilité collective de l'intérêt général.

«Soyons le changement que nous voulons voir advenir dans le monde » disait Ghandi. On peut penser à LOUISE MICHEL qu'on appelait la rouge disait ceci en parlant de la Commune : « nous vivions la révolte, nous la voulions, nous étions devenus la révolte, la révolution elle-même, enfin levés contre l'injustice, prêts à mourir au nom de la liberté ».

Ils étaient tous ceinturés de l'écharpe rouge, rouge comme le sang et la mort annoncée, rouge symbole de cette filiation citoyenne qui fait cette communauté nationale entre le passé le présent et l'avenir, j’ai dit.

On ne peut pas attendre d'être parfait, la vie demande engagement, responsabilité, liberté et perfectibilité, à chacun il est donné cette énergie vitale rouge, à chacun va à sa servitude volontaire sauf qu'il y a en chacun un citoyen le rouge et /noir, c'est un outil permettant de dominer sinon de maîtriser ses passions et ses pulsions, c'est travailler à son parcours initiatique c'est ne pas confondre le mot et l'idée qu'il donne à entendre, c'est donner du sens par l'engagement et chacun peut y trouver des raisons « de s'indigner » pour reprendre une expression chère à Stéphane HESSEL ; un noir mat offensif et violent qui attaquent directement les démocraties et qui suscitent plus que jamais ce sont des défis qui décident d'engagements d'actions citoyennes vitales parce qu'à terme la planète peut -être rendue inhabitable pour l'homme à la démocratie ; (c'est pouvoir se dégager de schémas pour prendre sa place) et les vrais coupables ont leur têtes empalées sur des piquets ; eux ils sont bien morts. L'élu est en ordre avec lui-même son cordon noir porté de gauche à droite sur lequel est inscrit « vaincre ou mourir ».

La kundali peut remonter le long de la colonne et ouvrir tous les chakras, c'est le rouge qui se teinte d'orangé, c'est le vert, il sait parfaitement ce qu'il ne fera plus : il maîtrisera ses passions et ses pulsions il s'affranchira des apparences pour agir selon sa réalité profonde, c'est ne pas confondre le mot avec l'idée qu'il dissimule. Le cordon noir qu'il porte de gauche à droite sur lequel est brodé « vaincre ou mourir » est le signe de ces obligations.

Il se place aussi en tant que citoyen par rapport à l'état : le respect de l'état de droit, sa légitimité à faire respecter la loi pourvu qu'elles soient juste, la conscience de l'interdépendance et de la solidarité rouge et noir s'épaulent l'un l'autre. Tout est question de dosage : l'opposition rouge /noir comme dans Stendhal est je crois conflit intérieur et conflit de société. Le rouge c'est le premier chakras source d'énergie vitale, peut être faut-il plusieurs aspects pour réfléchir, c'est la diversité culturelle « soyons le changement que nous voulons voir advenir dans le monde » disait GHANDI.

J’ai dit.

Source ; www.ledifice.net

Par J\ C\ - Publié dans : Planches
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Mercredi 2 avril 2014 3 02 /04 /Avr /2014 07:34

Ce sont les trois qualités initiatiques que le Franc Maçon a le devoir de développer en lui, par son travail et par sa réflexion, il doit en faire le credo de son initiation et le but suprême de ses efforts de ses connaissances et de son élévation.

Je vais essayer de d’expliquer mes idées sur la question.

Les mathématiciens s’accordent pour dire qu’Euclide possédait l’Essentiel.

Mais quel était cet Essentiel.

C’était et c’est encore la science des Mathématiques et de la Géométrie, qui sont toujours associés à la Sagesse et que Bernard de Clairvaux , abbé de Cîteaux, fit étudier par les moines bâtisseurs que ceux-ci nommèrent le « Trait » et adaptèrent à l’architecture religieuse dont les ouvriers du bâtiment tirèrent un enseignement qu’ils transformèrent en science dans l’art de concevoir et bâtir des édifices et qui engendrèrent le Compagnonnage avec ses règles strictes de connaissance et de secret, et dont nous pouvons dire que la Franc Maçonnerie est issue et dans laquelle on vénère, peut-être plus qu’ailleurs, la Sagesse qui est vertu, savoir, prudence, don de l’esprit et science politique.

C’est sur la colonne du nord, où il est installé après son initiation, que le nouvel apprenti prend contact avec la sagesse, celle qui lui a été imposée par l’obligation de silence; ce silence qui lui permet d’écouter, et non d’entendre, et ensuite de réfléchir sur ce qui a été vu et entendu durant la tenue et en tirer, avec sagesse, tous les enseignements nécessaires à son cheminement, car la sagesse est une affaire de pénétration intérieure, elle ne ressemble pas à la science, l’une est profane et l’autre sacrée, elle est dans l’esprit de chacun, jeune ou vieux car il n’y a pas de limite d’âge pour acquérir ou posséder la sagesse et les vieillards n’en possèdent pas plus que les autres, même si on en a fait une croyance populaire.

Car la Sagesse nous inspire des sentiments qui doivent faire de nous des hommes capables d’apprécier, avec discernement, le monde qui nous entoure, sans préjuger de telle ou telle situation sociale, économique ou foncière pour donner ou non son amitié, son respect, son aide ou son amour à autrui. La sagesse doit être le régulateur de nos instincts et de nos élans, elle doit nous maintenir dans une juste appréciation des situations qui se présentent à nous et nous forcer à agir avec justice vis-à-vis de tous et de tout en nous évitant les impulsions préjudiciables à notre bon raisonnement. Si, malgré tout, nous cédons à une mauvaise attitude, la sagesse devra nous faire découvrir nos errements et nous obliger à reprendre le bon chemin ; il faudra, pour cela, faire appel, comme le faisaient les compagnons lors des calculs des constructions qu’ils envisageaient, a la Force, pour eux celle des matériaux utilisés et pour nous celle de notre caractère, celle que nous devons maîtriser, justement par la sagesse car l’une ne peut agir sans l’aide de l’autre ; il est impensable qu’un individu sans sagesse puisse se maîtriser et reconnaître ses erreurs.

Lors de son initiation, le néophyte est instruit d’un mot qui représente la Colonne qui lui est dévolue pour y exécuter son travail, on lui apprend que celle-ci a pour signification : « La force est en lui » ou plus simplement « En Force »

Si on lui donne ce principe en réflexion c’est qu’il doit s’en servir avec toute la sagesse dont il est capable et pour cela maîtriser ses pulsions, prendre conscience qu’il aura beaucoup à faire pour débarrasser son ego des scories qui l’imprègnent et tailler sa pierre, comme il est dit dans le rituel, pour en faire un élément digne de figurer dans le parement du Temple intérieur qu’il a commencé a édifier en demandant à être initié.

La sagesse ne s’apprend pas, elle s’acquiert « On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous »écrit Marcel PROUST et les chinois disent « Le sage s’interroge sur lui-même, le sot interroge les autres »

La sagesse a toujours été un élément majeur de la connaissance, elle suppose un savoir et a pour but la connaissance, elle ne recherche pas le pouvoir elle est sa propre finalité.

Dans EXODE (31-2.3 ) Il est dit : « Vois, j’ai nommé Betsaléel, fils d’Uri, fils de Hur de la tribu de Juda, je l’ai rempli de l’esprit de Dieu, lui donnant la Sagesse (hokhmah) intelligence et savoir pour toutes sortes d’ouvrages. »

Cette sagesse c’est Dieu qui la répartit et c’est l’attribut qu’il met en œuvre pour réaliser la création de l’Univers, dans PROVERBES on retrouve cette sagesse qui se tient, dès l’origine, près du Dieu créateur ; il y est dit : « Quand il disposa les Cieux, j’étais là ; quand il affermit les fondations de la terre, j’étais à côté de lui comme un frère de lait. »

C’est en tant qu’attribut divin que la Sagesse figure dans la triade ‘’SAGESSE, FORCE et BEAUTE ‘’ ces trois piliers qui soutiennent la loge, image de l’Univers, un des trois, la Sagesse est associée à la lumière qui émane du V\M\, il est symétriquement relié à la Force, qui elle aussi émane du V\M\

Anderson nous dit une chose très importante, qui recoupe ce que je disais au début de cette planche : « Cette géométrie selon laquelle il a ordonné le monde, le GADLU l’a inscrite dans le cœur d’Adam, créé à son image » et il ajoute plus avant dans son écrit : « Nous ne faisons que nous efforcer de l’imiter, mais nous ne sommes pas arrivés à sa perfection » et j’ajoute que nous devons nous efforcer d’y arriver, mais, nous maçons, savons au moins que le sacré est en nous et que la sagesse, un de ses attributs, est donc aussi en nous, qu’il nous faudra la développer, mais que la révélation ne s’en fera pas complètement en ce monde.

C’est donc dans ce but qu’il nous faudra user de la Force, force de travail, et force de caractère, car comme la force, symbole du deuxième pilier soutien l’édifice, elle devra soutenir nos efforts pour arriver à tailler correctement et avec passion notre pierre pour en faire un objet admirable et plein de beauté qui pourra provoquer autour de nous l’admiration et le désir de nous ressembler et éventuellement de nous rejoindre pour acquérir les qualités et les vertus qui seront devenues les nôtres, cela par un travail incessant avec en tête la détermination d’atteindre un but que nous avons fixé lors de notre entrée dans le Temple.

Pour reprendre l’exemple des bâtisseurs dont nous sommes peut-être issus ; après avoir, avec sagesse, dressé leurs plans et calculé les poussées des matériaux, ils ont recherché les pierres qui présentaient les meilleures qualités et la force nécessaire pour résister aux forces contraires et à l’usure du temps, ils les ont dressées et mises en place pour qu’elles soient en accord avec ce qu’ils avaient calculé ; tout comme il nous faudra savoir, avant de nous aventurer dans une voie qui ne correspond pas à notre attente et à nos aspirations, si nous serons capables d’aller au terme de notre engagement et si la tâche n’est pas au dessus de nos forces. Car l’aboutissement et le résultat de notre travail ne sera jamais perçu de façon concrète par ceux qui nous entourent et qui nous assistent, il ne sera que l’impression que nous aurons de notre réussite ou de notre échec.

Si nous arrivons à percevoir une amélioration de notre ego, alors, et alors seulement nous pourrons penser que le travail accompli peut être apprécié pour sa force et aussi sa beauté, car le travail réalisé avec amour et conscience, même s’il n’est pas sublime, est toujours beau à regarder, c’est ce que nous cherchons à faire en travaillant sur nous même, pour comme le dit aussi le rituel, porter au dehors ce que nous avons réalisé ou reçu dans le temple et éclairer de nos lumières le monde profane où il est nécessaire de rayonner pour faire connaître et admirer la beauté de notre travail.

Les compagnons lorsqu’ils avaient terminé le gros œuvre de leurs édifices les paraient , extérieurement, de statues et de sculptures symboliques qui les rendaient agréables à regarder et qui donnaient envie de pénétrer dans le sanctuaire pour y prier et, à l’occasion, y recevoir l’instruction d’une connaissance ignorée, c’est ce qui devrait arriver au contact de chacun d’entre nous, et donner au profane qui nous côtoie, qu’il soit un familier ou un étranger le désir de nous ressembler, d’accéder à la beauté de notre rayonnement et de notre connaissance.

A la fermeture des travaux, le V\M\ , à l’extinction de la colonne Sagesse dit : Que la Paix règne sur la terre ; rejoignant ainsi l’essence même de la sagesse, car le sage est toujours en paix, avec lui-même et avec le monde ; car le sage ne sait pas, il comprend, le silence du sage n’est ni sottise ni ignorance mais refus d’éclat, il recherche et veux la paix, pour lui et pour l’univers, pour cette recherche toujours il médite.

Mes Frères, je n’ai pas fait, comme souvent, l’explication et la définition des trois symboles que je vous ai présentés, cela a été fait tant de fois, j’ai voulu donner le sens et le ressenti que j’ai de ces trois piliers qui sont devant moi à chaque tenue et que je contemple en réfléchissant à ce qu’ils peuvent représenter pour moi, Franc Maçon, qui cherche un sens à sa vie en suivant son chemin de lumière.

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

Par A\ B\ - Publié dans : Planches
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Mardi 1 avril 2014 2 01 /04 /Avr /2014 06:26

Oh ! Combien résonne en nous avec félicité cette émotion. Elle nous emmène en tout premier lieu au bonheur. D’ailleurs, lorsque nous ouvrons un dictionnaire à la page adéquate, la définition de joie nous ramène invariablement au bonheur, à la gaieté, aux plaisirs et nous éloigne de la tristesse, de la déception, de la désespérance.

Nous pourrions raisonnablement en déduire que tout ce qui touche au bien-être de l’homme se résume à la joie ou à la tristesse. Depuis notre naissance, nous sommes soumis à ces émotions temporelles, chacune l’emportant tour à tour sur l’autre, au gré de notre destinée. Du nouveau-né radieux dans les bras de sa maman à la réussite scolaire de l’enfant ou, plus tard, dans la vie familiale et professionnelle de l’adulte, la joie est présente. Quelquefois, face aux aléas de la vie, lorsque nous souffrons dans notre chair, dans notre cœur, que tristesse ou désespoir nous ont engloutis, et que la guérison survient, ou que les différents problèmes importants se résolvent, la joie nous envahit à nouveau, en devenant parfois bouleversante. Malheureusement, tous les êtres humains ne sont pas nés sur un même pied d’égalité. Certains ne connaîtront qu’une joie éphémère, d’autres, ne survivrons que dans la grisaille de journées sans lendemain.

Mais au-delà de ces pensées métaphysiques la joie n’est-elle pas une perception émotionnelle forte, un sentiment de satisfaction spirituelle, plus ou moins durable, qui emplit la totalité de notre conscience ? Assurément, elle se rapproche de tout ce qui forme le bonheur. Toutefois, la joie se distingue des satisfactions liées aux plaisirs du corps, qui elles, n’affectent qu’une partie de la conscience.

Dans Phèdre de Platon, le philosophe rapproche la joie du terme Mania qui, lui, exprime une forme de délire ou de folie. Nonobstant, cette forme de joie désigne la présence du divin dans ce qu’elle a de transformateur et de dynamisant pour l’homme. Elle se rapproche de l’enthousiasme qui affecte celui qui contemple le bien et le beau. Elle va, nous le voyons bien, au-delà du simple sentiment.

Ne contemplons-nous pas, nous aussi maçons, ce bien et ce beau qui avec le vrai forment notre idéal ?

Dans la philosophie moderne, le grand penseur de la joie : le hollandais Baruch Spinoza, nous expose dans son traité de métaphysique : l’Ethique ; que la joie, la tristesse et le désir sont les trois affects fondamentaux de l’être humain. Tous les autres sentiments : amour, haine, espérance, crainte…peuvent se caractériser comme des formes particulières de la joie ou de la tristesse.

Spinozadéfinit la joie comme le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection, c’est-à-dire d’une augmentation de force et de réalisation de soi de l’être humain.

Ne voit-on pas aussi dans la joie, le signe d’un accomplissement, d’une réussite, d’un achèvement ? Toute grande joie ne serait-elle pas la conséquence d’une création ? Réussite matérielle, certes, mais aussi et surtout création humaine avec la naissance d’un nouveau- né…
Robert Misrahi, ancien Maître de conférences à la Sorbonne, quant à lui, associe la joie à la liberté que possède tout homme d’agir, d’aimer et de fonder son propre bonheur.

Spinoza,toujours lui, indique que la joie est intrinsèquement opposée aux passions qui nous rendent esclaves. Tiens, ce terme ne nous apostrophe-t-il pas ? Mais oui bien sûr ! Nous maçons, ne répondons-nous pas à la question que venez-vous faire en maçonnerie, par ? « Vaincre mes passions…et soumettre ma volonté… »

La joie suprême ne réside-t-elle pas aussi, dit toujours Spinoza, dans l’action éclairée par la connaissance ? Plus nous connaissons, plus nous comprenons, plus la joie croit en nous et plus nous devenons meilleurs et humainement plus forts.

La joie peut aussi être altruiste, comme la présente certaines philosophies indoues. Dans le Bouddhisme, le terme Mudita signifie joie bienveillante. L’être se réjouit du bonheur et des succès des autres. C’est une joie sacrée qui trouve son contentement dans le bien-être de son prochain plutôt que de nourrir des pensées envieuses et jalouses à son égard.

Dans les diverses formes philosophiques que nous venons de survoler rapidement, la joie ne nous ramène-t-elle pas quelque peu, vers la symbolique maçonnique ?

Tout d’abord, le travail personnel qui nous amène à nous élever et à rechercher la perfection, d’où cette satisfaction spirituelle que nous pouvons interpréter comme une joie intérieure. La joie qui succède à l’anxiété chez le nouvel apprenti après sa cérémonie d’initiation. Et notre bonheur n’est-il pas immense de retrouver enfin sur nos colonnes, un F\ : éloigné du temple par soucis de santé, ou à cause des tracas de la vie de tous les jours ?

Puis, la contemplation et la recherche du bien et du beau dans lesquelles la joie devient catalyseur pour le maçon en le transformant pour mieux s’élever spirituellement et humainement. « Par ton travail : de pierre brute tu deviendras pierre cubique qui trouvera sa place dans le temple spirituel que nous élevons à la gloire du Grand Architecte de l’Univers… » Et après ce travail en vue d’une élévation de salaire, lorsque, figé par l’émotion entre les colonnes, nous attendons le « verdict » de nos F\ : et que celui-ci est favorable, accompagné d’analyses bienveillantes, quel soulagement ! Soulagement qui s’accompagne d’une grande joie intérieure.

Enfin, la joie devient humanisme avec les notions de valeurs vertueuses qui récusent la jalousie, la haine, l’obscurantisme et qui prônent au contraire : la tolérance, la liberté, la fraternité, l’amour de son prochain. D’ailleurs, dans le rituel d’instruction du 1er degré, deux questions nous interpellent : « Qu’apportez-vous en loge ? Bienveillance à tous mes F\ : ! » Et à cette autre : « Qu’est-ce qu’un Franc-maçon, nous répondons : c’est un homme né libre et de bonnes mœurs, également ami du riche et du pauvre, s’ils sont vertueux ! »

L’espérance, n’est-elle pas aussi une forme de joie ? Lorsque un F\ : vient de nous quitter pour passer à l’Orient Eternel, et que nous tirons une batterie de deuil, celle-ci est suivie de l’acclamation : « Gémissons, gémissons, gémissons…mais espérons ! »

Dans ce moment de détresse, ne souhaitons nous pas pour notre F\ : un nouveau bonheur dans l’au-delà ? En même temps que nous espérons qu’un nouveau maillon vienne refermer notre chaîne d’union pour le bien de la maçonnerie et la continuité de nos travaux dans la joie ?

La joie de nous retrouver en tenues, comme ce soir, de travailler à l’élévation de notre temple intérieur, n’est-elle pas aussi symbolique de la maçonnerie spéculative qui est la nôtre ? En d’autres temps, en d’autres lieux, nos prédécesseurs, ces maçons opératifs, bâtisseurs de cathédrales qui élevèrent ces magnifiques édifices à la Gloire du Divin, ne connurent-ils pas eux aussi, la joie du travail dignement accompli ?

Revenons un instant à notre rituel. Qu’entendons-nous lors de la fermeture de nos travaux au REAA ?
Nous entendons notre F\ : second surveillant clamer, lors de l’extinction de la colonne beauté :

« Que la Joie soit dans les cœurs » !

Au moment où chacun de nous, mes TCF, va rejoindre les ténèbres, cet univers tumultueux que nous appelons le monde profane, cette invocation à la joie n’est-elle pas aussi un encouragement à continuer et à embellir au dehors, l’œuvre commencée dans ce temple ?

« Que la joie soit dans les cœurs ! »

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Lundi 31 mars 2014 1 31 /03 /Mars /2014 07:09

A la gloire du Grand Architecte de l’univers. Vénérable maître, vous tous mes frères, en vos degrés et qualités, j’ai plaisir à vous présenter une réflexion sur le pavé mosaïque, en soulignant aux travers d’exemples fondés et de leurs contradictions naturelles, les dualités et les formes complémentaires de cet outil de travail, de pensée symbolique et d’ornement.

En effet, le pavé mosaïque, également appelé « pavé d’équerre par les anciens », s’avère si riche qu’il regroupe ou qu’il met en mouvement bon nombre de symboles que l’on rencontre dans un Temple Maçonnique, et qui figurent derrière le Frontispice du Temple. (façade principale de l’édifice)

Dans le labyrinthe d’idées creusé par ce signe, il existe des marques distinctives propres à chacun d’entre-nous. Ce qui s’avère blanc pour Michel, s’appréciera en noir dans l’esprit de Paul et des autres… Faut-il être comme Saint Thomas, de tout contrôler avant de croire, ou alors suivre aveuglement les écrits et les dires, même lorsqu’ils se colportent dans notre noble assemblée ?

L’histoire controversée de nos anciens explique que les opératifs posaient souvent ce pavé mosaïque sur le sol des églises, pour reproduire celui du Temple du roi Salomon. Il se raconte que la construction respectait les bases du nombre d’Or, dont la valeur universelle précise : 1,618 033 989 se calcule selon la formule, 1 à la racine carrée de 5 divisé par 2. La Bible précise, dans le premier livre des Rois, que ce temple mesurait soixante coudées de long, vingt de large et vingt cinq de haut. Pour les matheux, une coudée mesure environ 30 cm.

Maîtres de l’art royal et de la géométrie, les constructeurs d’édifices respectaient trois orientations : technique, artistique et religieuse. Ils utilisaient ces dalles noires et blanches pour y projeter dans l’édifice en association avec un fil à plomb, une position du zénith au nadir, ou du déambulatoire au sol, en passant par les différentes élévations de l’ouvrage. Cela soulignait la dimension verticale de la bâtisse « tournée vers Dieu » face à un pavage, plan par définition et posé au sol. La géométrie s’avère bien la 5e des sciences à laquelle un bon compagnon s’applique « préférablement ».

L’association d’un fil à plomb, d’un damier et de la règle graduée détermine les trois dimensions de l’espace : largeur, longueur et hauteur, soit « X Y Z ». L’angle droit des carrés forme un rayon de 45°. Il montre, qu’en suivant cette voie sans cesse tracée, l’homme y trouve son chemin, celui de la rigueur géométrique du maçon opératif d’hier.

L’histoire explique que le travail en loge s’exécutait dans une simple cabane tenue « secrète » et placée du côté le plus éclairé du chantier, on disait également, la fabrique. Un pavé mosaïque dessiné servait de planche à tracer pour définir les plans de l’ouvrage. En référence à ces pratiques anciennes, on y place aujourd’hui différents types de tapis de loge correspondant aux grades représentés dans la F.. M..

A l’issue de la tenue, le plus jeune des apprentis entrés en loge effaçait le sol crayonné, à l’aide d’un sceau d’eau et d’une toile. Il répandait ensuite du sable pour dégager toutes traces issues des travaux, notamment les lignes droites et les perpendiculaires. Nous exécutons aujourd’hui, symboliquement, la même pratique par notre silence hors du Temple.

Faut-il accréditer, mes frères, l’idée que ce pavé mosaïque servait de guide de mesure sur les sols des cathédrales ? Thomas ne le pense pas. Il le classe dans le registre, déjà trop riche, des légendes. En effet, il semble invraisemblable que des maçons puissent manœuvrer sur un sol chargé de détritus d’un chantier, des blocs de pierres dont le plus léger avoisine les cent cinquante kilos. Cela aurait créé de graves dommages au précieux pavage noir et blanc.

La réalité de l’époque s’avère, selon d’autres historiens, différente. La bible explique que le sol du Temple de Salomon, Debir ou Saint des Saints compris, n’était pas recouvert d’un pavé mosaïque, mais de bois de genévrier plaqué d’or. Alex Horne cité dans le dictionnaire de la F.. M.., fait allusion à Moïse en se rapportant au pavage de l’intérieur du tabernacle, dont la méthode d’assemblage fut appelée Mosaïque. Il n’existe pas d’allusion biblique à une telle interprétation.

Et pourtant, les constructeurs de cathédrales utilisaient bien une simulation de pavé mosaïque. Cette technique s’imposait comme la « Clef du Mestier » des compagnons d’antan. Leurs descendants, adeptes du compagnonnage, l’utilisent encore.

Sur un terrain plat, imprégné de charbon de bois écrasé et tassé au rouleau, les opératifs traçaient à l’aide d’un cordeau frotté à la craie, les lignes de la construction. Ce quadrillage, qui représente un plan à l’échelle « 1 », s’applique aussi sur les murs et les charpentes, pour y tracer la position des ouvrants et des madriers. De petits piquets plantés aux intersections de fils tendus, généraient ainsi des quadrillages dans le principe d’alignement du pavé mosaïque.

Dans certains rituels anciens, à la question « Comment servez-vous votre Maître » les compagnons répondaient, « avec le charbon de bois, la craie et l’argile », l’argile servant à tirer des traits.

Retour à la réalité des modernes. Les maçons opératifs ont, dit-on, cédé leur place aux maçons spéculatifs. Le pavé mosaïque a survécu. D’outil géométrique, il se mute en un moyen, ou plutôt un instrument de réflexion symbolique. Le penseur y perçoit des messages.

La force des contraires, celle qui règne au cœur de cette mosaïque, semble dominer le monde. Ce « sans partage » inquiétant à bien des égards, se révèle lorsqu’il se trouve encensé à l’extrême. Il génère pourtant l’équilibre indispensable à la vie. Les peuples civilisés ne s’appuient-ils pas sur ces contradictions, sur un rapport faible / fort – riche / pauvre – malade / bien portant – croyant / athée… pour mettre en évidence d’autres hommes, apparemment mieux lotis ? Initiés nous sommes, certes, mais ne tombons pas dans ce que la justice appelle le délit d’initié.

De ce fatras incohérent de propos, de déclarations des médias contre la F.. M.., naît une volonté : celle d’hommes justes et de leur homogénéité sans cesse recherchée. Le respect de l’autre et son écoute, au travers de la fraternité qui nous unit, s’apprennent bien dans le silence, celui d’un pavé mosaïque qui parle tant…

Force est de constater que ce damier renferme, à lui seul, les règles de l’architecture de l’univers. Il régit nos différences chroniques et les influences incontrôlées qui en découlent.

Terrain de stratégie par prédilection, cette dualité entre le noir et le blanc règne sans partage. Elle me rappelle le plan d’un jeu d’Echecs, un nom arabe qui désigne la mort d’un vieil homme. Simple mort physique certes. Le mental, lui, manœuvre les mathématiques de l’esprit, sans l’aide des chiffres. Il s’évade dans la polarité et les couples d’opposés, là où règnent « l’être et le non être, le bien et le mal, le un et le deux… Nous y sommes.

Mais, méfions-nous, comme Saint Thomas. Le yin et le yang ne s’opposent pas, bien que fondé sur le nombre « 2 ». Le couple, celui formé par deux êtres vivants, se moque bien des chiffres. Mâle et femelle se retrouvent en un « 1 » pur dans l’amour, à l’image du limaçon, un invertébré qui porte ces deux organes reproducteurs.

Ces entités opposées ou complémentaires et impalpables, recèlent des facettes changeantes de la personnalité humaine pour qui seul le « trois » semble capable de venir à bout de toutes formes de dualités. Le dictionnaire des symboles explique bien que chaque nombre se lie à une forme : le trois est un triangle. Cela se constate dans le Temple. Le quatre matérialise le carré. Les quatre côtés de ce dernier nous renvoient dans le pavé mosaïque, sur le nombre deux, fait de l’opposition des couleurs.

En colorimétrie, le noir et le blanc ne sont jamais pris en compte comme des couleurs de la création. Soumis au rayonnement, ou plutôt aux radiations du soleil, le blanc rejette la chaleur alors que le noir la stocke comme un redoutable condensateur thermique.

Ces variantes ne s’expriment pas, physiquement, dans notre temple immergé sous une voûte étoilée. La symbolique s’anime sous l’effet des lumières émises de l’Orient.

Chaque carré du pavé mosaïque étant entouré de couleurs opposées sur quatre de ses côtés, il y a échange thermique. En d’autres mots, le un et le deux issus des deux tons du pavé mosaïque, se retrouvent dans le trois, le cinq ou le sept, selon le niveau du rituel et du tapis de loge posé sur cet enclôt magique. L’échange, celui qui favorise la communion entre les hommes, existe bien dans la chaîne d’union qui se forme autour de ce pavage bicoloré.

Ce noir et ce blanc sont des tonalités qui s’affrontent sans cesse aux véritables couleurs de base : le cyan (bleu), le jaune et le magenta (rouge violacé). Ces tons complémentaires se glissent dans le prisme, celui des vitraux des cathédrales lorsqu’ils sont éclairés, ainsi que dans les lumières de l’arc-en-ciel.

 Les opératifs maîtrisaient bien la spectrométrie, en utilisant les rayons du soleil ou leurs reflets sur la lune qui traversaient leurs vitraux colorés. Ces tonalités harmonieuses, mais sans neutralité, s’avéraient capables de mettre en état de méditation les fidèles, notamment lorsque des forces telluriques, émises par le croisement de cours d’eau souterrain, y associaient des vibrations. Entre nadir et cosmos, ces éléments créaient des atmosphères renforcées par le symbolisme du site, et la stylisation des décors et de la lumière.

 Ce n’est pas le cas du pavé mosaïque qui n’utilise pas de mélange de ton, mais une opposition constante de deux variantes : blanc et noir. La complexité hors limite de l’esprit humain remet cette donnée en cause. Des coloristes démontrent qu’en faisant tourner rapidement un pavé mosaïque sur son centre, le noir et le banc se mélangent artificiellement pour donner vie au gris. La rigidité de ces deux tonalités de base peut donc être prise en défaut, en trompant l’œil et le cerveau. En effet, ces dualités s’expriment au cœur du cerveau de tout un chacun.

 Entrons, avec une question, dans la symbolique de ce pavé mosaïque : Quelle différence neurologique existe-t-il entre une idée limpide, émise par un être logique, et une seconde image, faussement construite, qui tient compte d’une certitude non fondée ?

Aucune mes frères, dans les deux cas, un cerveau affaibli interprète l’information comme juste, preuve que les mirages existent aussi dans les songes. Pour cette raison, nous devons nous méfier des idées préconçues et des certitudes tenaces.

Ce cerveau démontre également que le visible de l’homme, lorsqu’il se matérialise au travers du nombre « 1 » compris dans un seul des carrés du pavé, ne renvoie aucune image concrète de la personnalité. L’invisible, matérialisé par la pensée, ouvre parfois la porte du subjectif. Le rêve, lorsqu’il devient réalité, peut être la résultante de nos anciens conditionnements de profane.

Si les couleurs s’opposent, les mots aussi, comme les anachronismes de l’utilisation du pavé mosaïque par nos anciens. La rhétorique consiste, selon le dictionnaire, à détourner le sens des mots, à les opposer ou à les renforcer. On y parvient par une ellipse, une inversion, un pléonasme, une métaphore, un euphémisme ou une antiphrase… Il s’agit là de figures de pensée, de symbolisme peut-être, tout comme ce texte d’ailleurs…

La Bible, inépuisable réservoir d’informations et de sagesse, raconte que pendant la construction du temple de Salomon, les compagnons tailleurs de pierres n’ont donné aucun coup de marteau dans l’édifice. Leurs outils métalliques n’y avaient pas accès… Laissons donc les coups et les métaux à la porte du Temple pour réfléchir et travailler dans la sérénité que Tradition et Vérité nous propose.

Cette recherche de la vérité, au travers du pavé mosaïque pourrait bien durer des heures. D’ailleurs, les dix minutes qui m’ont été allouées sont largement épuisées. Elles montrent qu’en vertu de nos contradictions trône un inépuisable réservoir de sérénité et de connaissances. Le vôtre mes frères. Ensemble nous pouvons, à force de travail et de fraternité, œuvrer à une nouvelle architecture de l’être humain. J’ai dit.

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Par Daniel D - Publié dans : Planches
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