Planches

Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 06:32

Je suis une planche. 

Vous savez, cet exposé écrit lu en loge par un frère ou une sœur, que l’on appelle aussi « morceau d’architecture » en référence symbolique aux pièces  de construction. 

Nos lointains cousins, bâtisseurs de cathédrales, ne se doutaient pas, en portant  les pierres contre leurs cœurs, au risque de leur vie, sur la planche étroite de l’échafaudage, que celle-ci comportait plusieurs sens ! Confiants en ma solidité, préoccupation majeure,  ils ignoraient que je leur indiquais aussi une direction à suivre. Et par métaphore, une transformation de leur progression pas à pas, en  actes positifs dans la cité. 

De matériau de chantier élevant l’homme vers le ciel, je suis ainsi devenue de la « matière à penser » horizontale pour lui permettre de mieux avancer vers les autres ! De support des corps, me voici métamorphosée en support de réflexion. Et même en tremplin pour permettre aux maçons de l’esprit de bondir dans le vaste domaine de l’imaginaire ! D’une planche, l’autre. A écrire et à lire, pour être écoutée, réfléchie, augmentée, reproduite. Copiée, traduisent outrés les « étroits penseurs ». Transmise, rectifient souriants, les « larges d’idées ». Car tel est bien là, le credo même des francs-maçons : la transmission ! Sous toutes ses formes. Pourvu que,  planche de mon état, j’enrichisse quelqu’un. Rédacteur, auditeur, lecteur. Et même l’emprunteur occasionnel,  passeur à sa façon, à qui je transmets, qui sait,  du désir. A savoir, le modèle même pour écrire un jour une planche, à son tour. Au fil du temps, l’homme ne doit-il sa survie à l’imitation qui engendre elle-même la création ?! Dès lors, trêve de morale culpabilisante : il n’y a pas de maçons plagiaires, il n’y a que des frères à instruire ! 

En loge, il est dit rituellement au moment du débat «  Que la parole circule ! ». Alors que la mission acceptée de l’initié (e) est de transmettre généreusement ses acquis, des milliers de planches sont écrites chaque jour dans le monde, exprimées et commentées une seule fois en loge, le plus souvent devant un auditoire restreint !  Puis,  enfouies dans un tiroir, à la maison revenue ! Des heures d’écriture pour une heure d’existence ! Pourquoi me condamner ainsi aux ténèbres, quand j’ai vocation à la lumière ! 

Enterrer une planche, c’est aussi enterrer la pensée ! Or, par définition même, plancher c’est, par l’écrit et la parole,  transmettre « du vivant », à des vivants ! La planche que je suis est faite pour rayonner, donc, tout au contraire de la rétention,  atteindre le plus grand nombre. 

Il est de bon ton de brocarder les  prodigieux outils de la technologie moderne, qui sont utilisés chaque jour…par leurs détracteurs eux-mêmes. Entre autres,  l’Internet -  cette bibliothèque virtuelle tentaculaire et tentatrice - est accusée de bien des maux ! Accoutumance, ingérence,  permissivité, suppression de l’effort intellectuel, etc. C’est ainsi,  le meilleur des médicaments a des effets secondaires, réels ou fabriqués ! 

La franc-maçonnerie et les francs-maçons ne peuvent évidemment pas faire aujourd’hui l’économie de cet Internet. N’en sont-ils pas   d’ailleurs de très grands consommateurs ?! De la sorte,  sortie du Temple pour accomplir sa destinée, la parole maçonnique circule aussi avec bonheur sur les ondes informatiques ! Elle bénéficie largement des avantages de l’outil : facilité d’accès, instantanéité, diffusion élargie à la planète. Autrement dit, présentation au grand jour de l’Institution, si longtemps étouffée par le secret, lequel, nécessaire en une dramatique période, n’est plus guère de mise à l’heure de ladite mondialisation ! Partant, comment pourrait-on reprocher aux fidèles servants de l’Art Royal -  lequel veut améliorer ses membres et parfaire l’humanité - d’informatiser leurs réflexions correspondantes ?! Il est tout à fait pensable que dans un avenir proche, les obédiences mettent nombre de  travaux numérisés  à la  disposition du Grand Public. L’appétence d’un lectorat, donc le recrutement possible,  passe aussi par ce média ! Le succès des différents sites,  diffuseurs de documents et travaux maçonniques, n’est pas seulement dû, loin de là,  à quelques frères  saisis de paresse passagère ou en panne d’idée momentanée! Au delà de ces clichés faciles, il correspond à une réelle curiosité, c’est à dire à une faim d’information qu’il convient  de rassasier !  

Les planches sont parties intégrantes de ces travaux. Telle une eau de source, la planche que j’ai le plaisir d’être, est faite pour jaillir et alimenter les ruisseaux et fleuves du savoir ! Je mérite  souvent un prolongement après ma prestation en loge ! Parce que, au delà du support de réflexion,  je peux constituer un moyen de recherche,  de perfectionnement, bref,  de créativité. N’oublions pas ce que la France doit à cette créativité maçonnique. Au début du XXème siècle, à l’ère industrielle naissante, faites de grandes avancées  mais aussi de graves inconvénients, les planches contenant des propositions humanistes étaient transmises aux députés. C’est ainsi que furent traités à l’Assemblée Nationale, des sujets aussi importants que les retraites de vieillesse, la dénatalité, la réglementation du travail pour les hommes, mais aussi pour les femmes et les enfants, la criminalité, la liberté d’association en 1901, la laïcité de l’enseignement en 1905, le premier système d’assurances sociales pour l’industrie et le commerce en 1930. Les maçons ont eu une ultime satisfaction en 1936, avec l’instauration des congés payés, qu’ils avaient suggéré avant la seconde guerre mondiale.

Autant de planches, autant d’étoiles dans le ciel maçonnique, autant de petites lumières brillantes d’idées pour  le progrès humain. Autant de réflexions à mener pour demain.

Il reste du pain sur la planche. La prochaine est toujours à écrire. Avec  ardeur, avec amour. Avec humeur, avec humour. Au fil des mots et de leurs jeux, moi, la planche, j’aime faire sourire aussi : Pour que l’écrit  dure, il faut que le stylo  graphe !

Par G.G - Publié dans : Planches
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Mardi 21 octobre 2014 2 21 /10 /Oct /2014 07:02

Lorsqu’on m’a demandé de choisir une planche en vue de mon augmentation de salaire, j’avais pensé traiter de la main qui est incontestablement le plus beau des outils qu’un maçon peut avoir à sa disposition.

Mais je me suis vite rendu comte que le sujet avait été traité, retraité voire maltraité tellement de fois, que la place qui restait à l’originalité me paraissait des plus mince.

Je fis part de mes réflexions au 1er surveillant qui sur le ton de la plaisanterie me proposa si je voulais faire preuve d’originalité, de tracer une planche sur le thème de « Je suis content ».

Vous l’avez peut être remarqué mais depuis ce jour chaque fois que je le rencontre il ne manque pas de me demander si je suis content ?

Pendant un court moment je me suis demandé si je devais être content c'est-à-dire comblé par ce choix. Pour moi être content était une chose simple sans détour, nous allons fêter la Saint Jean à Reims et ne résiste pas au plaisir de vous citer BARRES qui résume assez bien l’expression du contentement du compagnon que je suis en loge. « Voyez le sourire énigmatique des anges de Reims. Ils sont contents d'eux-mêmes, heureux de plaire, pareils d'abord à des enfants sages et empressés auprès de leurs parents. »
Barrès, Mes cahiers

 

Je suis content:

 

C’est vrai que chaque premier lundi du mois, je suis content de vous retrouver, mais le contentement du franc maçon ne se limite pas à cette quasi béatitude.

Tout n’est pas aussi simple dans notre rituel et nous amène très vite à se poser la question : qu’est ce qu’être content en franc-maçonnerie ? Pour un compagnon ? Content de quoi ou de qui ?

Si on revient aux définitions que j’ai pu lire, être content, c’est l’état de celui :
· Qui éprouve un sentiment de plaisir intérieur, de calme plénitude causée par la satisfaction d'un besoin, d'un désir ou d'une aspiration.
· Qui a le cœur et l'esprit satisfaits, dont les désirs sont comblés, qui ne souhaite plus rien. »

 

Depuis que je suis compagnon j’ai entendu à deux reprises l’expression de ce contentement et ce constat est venu modifier la portée de cette définition.

J’ai entendu l’adjectif « content » :
· Dans notre rituel de 1802, à l’occasion de chaque tenue lorsque le vénérable maître clôture la cérémonie et dit :
Frère 2éme Surveillant, où se tient le 1er Surveillant ?
A l'Occident Vénérable Maître, pour aider le Maître dans ses Travaux, payer les Ouvriers et les renvoyer contents et satisfaits.
· Dans le cadre de l’instruction donnée en loge de compagnon à l’occasion du dialogue qui se noue entre le premier surveillant qui fait les demandes et le deuxième surveillant qui donne les réponses du compagnon et que je rappelle :
D : Avez-vous reçu votre salaire
R : « Je suis content »
D : Où l’avez-vous reçu ?
R : A la colonne J.

J’imaginais avant de réfléchir sur ce sujet que contentement et satisfaction étaient synonymes. Dans mon esprit être « content et satisfait » signifiait que le terme satisfait venait uniquement renforcer le sentiment de contentement des ouvriers au regard du salaire qu’ils venaient de percevoir. En fait il existe une nuance entre contentement et satisfaction et je compléterai la définition en disant que le contentement est l’état de celui qui éprouve un sentiment de plaisir intérieur résultant de la satisfaction d'un besoin, d'un désir ou d'une aspiration fugace ou momentanée alors que la satisfaction est un sentiment de plaisir que ressent quelqu’un dont les désirs sont comblés, qui ne souhaite plus rien. Napoléon au soir de la bataille d’Austerlitz n’a pas dit à ses troupes rassemblées je suis satisfait de vous mais « Soldats je suis content de vous ». Il était heureux de l’issue de la bataille mais la guerre n’était pas terminée, il ne pouvait être que content. Le contentement serait passager ou momentané alors que la satisfaction à un caractère plus définitif et pour résumer cette distinction je livrerai deux exemples tirés de mes lectures. Le contentement pourrait être exprimé dans ce vieux quatrain d'un égoïste que j’ai trouvé au hasard de mes recherches : « Quand j'ai fait mes quatre repas Et que j'ai dormi d'un bon somme, Il ne m'importe guère comme Chacun de moi pense ici-bas. Cet homme là qui ne constitue pas un exemple pourra vivre heureux et content chaque jour; mais celui qui s’est fixé un objectif ambitieux, qui sait qu'il a, quelque part, une mission à remplir sur cette terre, sera content a chaque étape de sa démarche celui-là ne sera satisfait que s'il a personnellement conscience d’avoir atteint le but suprême auquel il aspirait. Il est incontestable que dans la FM le contentement seul n’est qu’une phase de transition. Pour résumer la description contentement du compagnon. je citerai l’exemple du sculpteur grec Callimaque, Corinthien à qui on attribue l’invention du chapiteau corinthien (à feuilles d’acanthe). Vitruve disait de lui « qu’il taillait le marbre avec une délicatesse admirable, était content des observations et des compliments qu'on faisait de ses ouvrages, tandis que lui-même n'en était jamais satisfait ».Pour revenir à notre rituel de 1802, je vous rappelle qu’à la clôture de la tenue le vénérable maitre renvoie tous les ouvriers payés contents et satisfaits, alors que dans le cadre d e l’instruction le compagnon se limite à être content du salaire qui lui a été versé. Je pense que c'est ainsi qu'on peut plus facilement saisir les nuances du sentiment de contentement d'avec celui de satisfaction,le compagnon est satisfait du salaire qui lui a été versé en contrepartie de son travail mais n’est pas satisfait de son ouvrage car celui-ci est perfectible la pierre qu’on lui a donné a polir n’est pas parfaite, dans le mesure ou il n’a pas atteint la plénitude de son art. Les frères en loge sont contents et satisfaits car le travail en commun et l’égrégore qui en a résulté leur à apporté ce sentiment de plaisir que procure le sentiment d’avoir atteint son but. Nous nous limiterons au compagnon et reviendrons au motif de son contentement.

Le salaire du compagnon :

Le motif de contentement des ouvriers compagnons confondus est d’avoir été payé ou d’avoir perçu leur salaire. Le salaire est traditionnellement la récompense qui échoit à quelqu'un en contrepartie de ses actes ou travaux. Mais au REAA la réponse est énoncée très clairement dans l’instruction au premier de gré lorsqu’on demande à l’apprenti :
Qu'appelle-t-on «Salaire » en FM ? C'est la récompense du Travail produit par l'Ouvrier. Par quoi se traduit le « Salaire » des Francs-Maçons ? Par un perfectionnement graduel de soi-même. Le contentement du compagnon s’exprime au regard de la récompense du travail produit et par le constat du perfectionnement graduel de soi. Le travail produit est apprécié par les frères de la loge et le 1er ou le deuxième surveillant dans le cadre de la démarche de formation qui est proposée. L’apprenti et plus tard le compagnon, dégrossi la pierre qui est en lui sous l’œil bienveillant de ses frères qui lui apportent conseil et soutien dans le cadre de sa démarche qui reste fondamentalement personnelle. La démarche du compagnon vers cette conscience éclairée qui est son objectif s’effectue dans le cadre collectif de partage des aspirations des frères composant la loge. Pour progresser le compagnon a besoin de ses frères et surtout « Qu’ils le reconnaissent comme tels ». Cette marque de considération constituera le salaire du compagnon et justifiera la cause de son contentement pendant sa progression jusqu’à la consécration suprême que constituera in fine l’augmentation de salaire.

Le perfectionnement graduel de soi

C’est le travail que le FM effectuera sûr lui même avec comme support cet arbre de potentialité que constitue le Rituel et comme racines la Franc Maçonnerie, alliance d'hommes libres de toutes confessions et de tous horizons sociaux. C’est par un enseignement progressif d’étape en étape, de degré en degré, que s’effectue cette démarche. Pour cela le FM commence par mettre de l’ordre dans son « chaos intérieur ». par un inventaire exhaustif de ses imperfections, en se contraignant à les regarder en face et à renoncer aux fausses excuses dont il avait coutume d’user jusqu’alors.
Il lui faut donc créer une rupture, une prise de conscience et acquérir de nouveaux schémas de pensée, et qu’il: « Tue le vieil homme qui est en lui ». La première étape a été Le Cabinet de Réflexion, lieu d’introspection qui lui a permis d’entrevoir sa réalité, de découvrir cette pierre informe, noirâtre, recouverte d’aspérités et faiblement éclairée par une lumière incertaine. Puis avec lucidité et détermination il a entrepris, avec application ,de débarrasser la pierre qui est en lui de ses multiples imperfections afin qu’apparaisse ce qui est parfait en elle. Ainsi dans le cadre de cette volonté active de progression, les points sur lesquels le FM travaillera sont ces fausses valeurs qui font que l'on a une attitude de repli sur soi plutôt que d'ouverture à l'autre.et qui sont sans que cette liste soit exhaustive :
· Les métaux. Qui nous rendent pesant.
· Nos préjugés. Qui nous ferment aux autres.
· Notre fanatisme. Qui nous rend aveugle à la connaissance.

Ce perfectionnement graduel est très bien décrit par Jules BOUCHER qui écrit : « Le récipiendaire sort d’abord de la terre, il est ensuite purifié par l’air, puis par l’eau et par le feu. Il s’affranchit par paliers de la vie matérielle, de la philosophie et de la religion et parvient enfin à l’initiation pure, réunissant ainsi les quatre éléments.
Avec le feu, c’est l’esprit, l’initiation.
Avec l’eau, c’est l’âme, la spiritualité, la connaissance, la lumière, la vie.
Avec l’air, c’est le mental, la philosophie, l’intelligence.
Et La terre, représentant le corps, la vie matérielle, la résistance, la forme « 
Cette transmutation symbolique par une prise de conscience de soi, de l’Etre intérieur, confère à l’adepte une meilleure connaissance de lui-même. Cette connaissance de soi qui permet de faire des choix réfléchis dans la vie et de travailler ainsi à son propre perfectionnement.
Qui peuvent être psychologique : quelles sont mes motivations ? Quels sont mes désirs ? Comment les intégrer dans ma personne ?
Philosophique: qu’est-ce que l’Homme ? Quel sens donner à l’existence ?
Spirituel: de quel «tout » fais-je partie ? (Nature, Univers, Dieu ) Comment le ressentir ? Comment s’y intégrer ?
Le plan philosophique est tracé, le chemin est indiqué, la voie est ouverte, il ne reste qu’à travailler, réfléchir, comprendre.
Avec comme pierre angulaire le rituel. merveilleux outil qui nous permet au fur et à mesure de notre progression de baliser notre chemin.
Cependant, il ne faut pas se contenter d’écouter ce dernier comme une pièce de théâtre, mais au contraire devenir acteur en la matière, c'est en effet la seule façon de se l'approprier, et l'erreur serait d’avoir en ce qui concerne le rituel, tendance à Vénérer l'outil plutôt qu'à lui donner un Sens.
Donc pour réussir ce perfectionnement progressif, il est impératif d’acquérir et d’assimiler les connaissances symboliques d’un degré pour espérer passer au degré suivant.
Tout comme l’on ne peut courir si l’on n’a pas appris à marcher, on ne peut envisager l’université si l’on n’est pas passé par les classes secondaires.
C’est pourquoi Le Rite Ecossais ancien et Accepté propose comme technique de construction une méthode en 33 étapes ou degrés, pour libérer l’homme et en faire un initié, c'est-à-dire un homme achevé dans sa construction, conscient de lui-même, des autres, de l’humanité entière et de tout son destin dans l’univers.
La doctrine des pythagoriciens établissait déjà ce lien
«se purifier, s’instruire et se perfectionner, passer par degrés de la connaissance de soi à la connaissance de l’univers, de la connaissance de l’univers à celle de l’Etre des Etres ».
La sagesse que nous recherchons n'est pas une école de vérité mais une école de l'interrogation, ce n'est pas non plus l'initiation à une vérité révélée mais un cheminement vers soi-même.
Sans oublier que notre engagement maçonnique ne se limite pas à un usage répété de l’examen de conscience en vue de notre «perfectionnement graduel ».
Les textes maçonniques évoquent aussi le devoir «d’être utiles à nos semblables », par notre participation à la recherche constante et sans limite de la vérité et de la justice dans le respect d'autrui.
Comme il est évoqué au point quatre de la Règle en douze point, nous nous devons de contribuer «au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité »

En conclusion, mes Frères, ce perfectionnement graduel de soi-mêmequi correspond à notre Salaire de Maçon, ne se fera pas toujours dans la facilité, il sera même parfois difficile. Et si nous voulons parvenir à la Maîtrise de nos actes, à la réalisation de l’homme vraie et accompli, à l’harmonie de l’esprit et de la matière, et réussir nôtre chef d’œuvre “le Grand Œuvre” pour les Alchimistes.
C’est à dire notre élévation vers la lumière, et notre approche de la sagesse divine.
Il nous faudra, essayer, progresser, recommencer, partager nos idées, comprendre les autres et pratiquer la Fraternité.
Le chemin sera long, sinueux, pavé d’embuches, Mais à celui qui saura, non seulement écouter mais aussi entendre, très vite, apparaîtra les premières satisfactions, les premiers salaires, juste rétribution d’une opiniâtreté sans faille. La nature ayant horreur du vide, l’espace libéré par l’élimination des copeaux s’éclairera peu à peu, au fur et à mesure que le doute fera place à des certitudes, si ténues soient-elles.
Certes tout ceci s’opérera graduellement, imperceptiblement et souvent même sans que nous en ayons conscience.
Ne nous impatientons pas devant la lenteur des résultats obtenus, des progrès accomplis. L’apprentissage est avant tout une question de résolution et de persévérance.
La vie aussi.

Source : www.ledifice.net

Par G\ R\ - Publié dans : Planches
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Lundi 20 octobre 2014 1 20 /10 /Oct /2014 07:02

INTRODUCTION
A la GLDF, nous pratiquons les trois premiers degrés du REAA, et nous sommes tous solidaires de l’Ordre Maçonnique.
Cette dernière affirmation nous indique que notre engagement va au delà de
l’Obédience, au delà du Rite, qu’elle nous rattache à la FM:. Traditionnelle et Initiatique.
Cet Ordre Universel, d’essence indéfinissable, ne peut être abordé qu’avec “notre cœur et notre intuition”.
Il nous appartient donc de connaître le contenu initiatique et traditionnel du Rite, de nous imprégner de ses permanences et principes fondamentaux, et ce afin d’assurer la pérennité de l’Ordre.
C’est pourquoi, avant d’aborder le troisième degré et voir si la maîtrise est un aboutissement, un palier, un passage ou une ouverture sur la voie de la Connaissance, permettez-moi un préalable. Ce préalable doit nous permettre de vérifier si nous sommes d’accord sur la réalité de notre démarche et sur notre engagement initiatique.

INITIATION
Pour moi, l’initiation doit être comprise comme une démarche individuelle, comme une dynamique de vie. Elle ne peut être réduite à des instants ou à des actes privilégiés.
Elle ne peut être réduite à un instant, fut-il initial! Elle est avant tout une construction, ou plutôt une reconstruction de l’individu dans toutes ses composantes, suivant un projet individuel de perfectionnement et de spiritualisation.
La démarche initiatique est donc reconstruction du Moi, comme reconstruction du Soi! L’initiation est plus encore; elle est écoute, elle est ouverture, elle est disponibilité, mais aussi réactions à soi, à l’autre, au monde, à la nature, au cosmos, à l’Univers, au GADLU.
L’initiation n’est pas non plus et seulement la mise en place de cette dynamique de reconstruction, elle est permanence et à ce titre, une démarche, une voie!
L’initiation devient ainsi une sorte d’énergie, sublimée par le désir de connaissance qui amène l’homme vers sa transcendance.
Pourtant si la démarche initiatique semble être une voie privilégiée, celui qui l’emprunte doit se rappeler cette parole du sage: “quand on estime avoir tout fait, il reste encore une chose à faire: se refaire”
Chacun d’entre nous doit prendre conscience de notre capacité d’évolution et de perfectionnement. Et cette démarche ne peut qu’être profondément vécue, à la fois dans l’épreuve et le dépassement, dans le doute et la certitude, dans la déconstruction et la reconstruction, mais toujours dans la foi et l’espérance.
Par contre cette initiation ne peut s’effectuer qu’au sein d’un collectif! L’acte
initiatique ne peut avoir lieu que dans un espace-temps sacré, crée par un engagement collectif.
C’est la raison d’être et le but des rituels initiatiques que de permettre à un groupe de créer cet espace-temps sacré, que de créer un égrégore.
Les rituels sont de véritables outils, ils permettent de rassembler les forces spirituelles qui sensibiliseront l’impétrant à lui-même, à son environnement, aux autres; il sera également sensibilisé au Principe Créateur qui lui fera prendre conscience de la montée dans les degrés de l’initiation.
L’initiation doit s’inscrire enfin dans un projet collectif de perfectionnement du collectif. C’est par le perfectionnement de l’homme que se fera le perfectionnement de l’humanité!
C’est en ce sens, me semble-t-il, que le projet initiatique est un projet humaniste.
Au REAA, l’initiation peut nous conduire encore plus loin: travailler à la gloire du GADLU, c’est combattre pour le triomphe de l’esprit, pour le triomphe d’une spiritualité issue de la Connaissance!
Ce préalable posé, voyons si le contenu initiatique de ce troisième degré peut constituer un aboutissement, annoncer le commencement d’un nouveau cycle, et quelles sont les réponses qu’il apporte, les questions qu’il suscite.

PERSPECTIVES DU CONTENU INITIATIQUE
La démarche de l’initié, jusqu’à son élévation à la maîtrise, a été de retrouver en lui l’homme spirituel, harmonisé, ayant surmonté ses contradictions intérieures pour s’accorder à son environnement extérieur.
La première mort a consisté pour lui à se dépouiller de ses enveloppes les plus grossières.
La seconde mort est plus profonde: l’initié meurt à lui-même, à sa propre personnalité. Savoir mourir est ainsi la démarche clef de l’initié en quête de Vérité, car en mourant, il se dégage de ce qui est inférieur pour s’élever.
L’Initié tombe sous les coups des trois mauvais compagnons, allégories de l’Ignorance, (incapables de saisir l’esprit), du Fanatisme (réducteur du temple), de l’Ambition (tour de Babel ne menant nulle part)!
Nos véritables ennemis sont en nous et résultent de l’usage inapproprié de nos facultés, de l’usage déformé de nos propres vertus.
Ces trois compagnons, c’est peut-être nous, qui, par le maniement incorrect de nos outils, ensevelissent à jamais le Maître qui est en nous; et nous sommes incapables alors de retrouver l’endroit où fleurit l’acacia!
Face aux apparences de l’homme banal, qui ne sont faites que d’écorce morte, il faut donc mourir, car seule la mort sépare le subtil de l’épais, dégage l’esprit de la matière.
La légende d’Hiram, que mime l’initié, est la consécration de la démarche initiatique: le compagnon est reconnu apte à la Maîtrise et va s’élever à cette Maîtrise.
Son ascension a été transcendante: vers l’Esprit, vers le Maître qui se trouve en lui et qui déterminera ses actes.
Sa mort lui fera désormais prendre conscience que la cause de l’Homme est en lui, tout comme la cause de l’Univers est intérieure à l’Univers lui-même.
La mort initiatique, c’est notre propre capacité à tuer la vie à laquelle nous sommes promis et de renaître à la vie de l’esprit, qui est la seule à pouvoir apporter la paix et la joie.
Hiram est mort, il faut retrouver la tombe où fleurit l’Acacia, cette tombe qui est en nous; nous recherchons la parole perdue par la réintégration finale de nous-mêmes, dans notre essence propre, par l’intellect, le cœur, le rythme de la lumière et de l’harmonie.
Ce souvenir et cette espérance demeurent au plus profond de nous: c’est peut-être la parole retrouvée.... j’en doute, mais c’est déjà la renaissance!
La renaissance d’Hiram, c’est la renaissance du Maître qui est en nous, rappel de la chute originelle de l’homme perdu dans ses contradictions insurmontables, car il a enfoui son Esprit dans le tumulte et l’opacité d’une vie sans lumière!
Notre mort initiatique, notre résurrection dans notre être physique et dans notre esprit, c’est notre conscience perdue et retrouvée, parcelle du GADLU.
Si la mort initiatique s’est poursuivie depuis l’entrée dans le temple jusqu’à l’élévation à la Maîtrise, la mort d’Hiram n’apparait pas comme le reflet de la mort de l’initié: Hiram n’a plus à mourir au monde puisqu’il a atteint l’absolu de l’initiation.
Sa mort n’est qu’apparence puisque rien ne peut tuer l’Esprit, la Conscience!
L’initiation a eu pour effet d’harmoniser ce qu’il y a en nous: l’envers et l’endroit, la raison et la déraison, le désespoir et l’espoir, les deux colonnes J et B appelées à se transformer, à se fondre en une colonne centrale qui figure l’être absolu, l’être idéal, ou si l’on veut la pensée et la vie, la fusion de la matière et de l’esprit, la beauté pure!
Oui, le mythe d’Hiram, proposé par le Rite, est bien la synthèse de l’ascension vers la Lumière.
Par l’approche de l’éternel retour, parce que sa mort lui a procuré la force de rattacher le commencement et la fin, l’initié libère son esprit de l’absolu des choses.
La mort et la résurrection qui consacrent l’unité de l’être temporel et de l’être intemporel, assurent la pérennité de l’œuvre.
Cette mort initiatique nous rappelle que nous sommes mortels en tant que simples existants et immortels là ou nous apparaissons dans le Temps, comme ce qui est éternel.
Mais c’est bien l’Amour qui doit soutenir la démarche initiatique jusqu’à la mort; l’initié sort de sa torpeur grâce à l’appui des Maîtres en qui revît l’Esprit d’Hiram. Les Maîtres mettent en commun leur intelligence, car la pensée demeure fragmentaire lorsqu’elle est dissociée de la multiplicité des individus et des temps.
A ce stade j’accepte l’idée, qui est celle sans doute de bon nombre de frères et certainement des plus anciens, que le mythe d’Hiram est le mythe fondateur du REAA!
Ce que je peux dire plus sûrement, c’est que le troisième degré est la clef de voûte de l’édifice rituel et initiatique de l’Ordre Écossais.
En même temps, tous les grades qui se mettent en place laissent à penser que bien au delà de la recherche de la Parole perdue, la Maçonnerie Traditionnelle cherche à pénétrer les secrets des anciennes initiations dont elle est héritière.
Ainsi donc, lorsqu’une volonté d’organisation de tous ces grades va se manifester, le mythe d’Hiram servira naturellement de fil d’Ariane.

MYTHE D’HIRAM ET PAROLE PERDUE
A ce troisième degré du Rite, les secrets de la construction sont perdus et le nouveau Maître qui ne dispose que des “Mots Substitués” doit rechercher par le monde les secrets véritables du Maître Maçon! Il sera ainsi amené à la rencontre de sa véritable nature spirituelle, comme nous l’avons vu.
Le Maître est devenu respectueux de l’ordre découvert, c’est à dire de son ordre intérieur, de lui-même.
Il est passé d’une conscience éclatée au premier degré, réorganisée au deuxième degré, à une conscience harmonisée en accédant à la Chambre du Milieu!
Les outils opératifs sont devenus une clef d’accession aux Mystères du Rite, et une ouverture spirituelle l’invite à prolonger l’action humaine et terrestre des trois premiers degrés symboliques.
Les mots substitués deviennent la Parole Perdue.
A première vue, le terme Parole semble indiquer un message, donc un savoir essentiel à l’initié en quête de Lumière initiatique, savoir que l’humanité aurait possédé aux origines. Son sens serait occulté parce que l’homme, en raison d’une involution, aurait perdu le pouvoir de comprendre.
De ce message antique devenu illisible, il ne nous resterait qu’un univers de langues symboliques émiettées, véhiculées par notre tradition maçonnique, par de multiples traditions initiatiques et l’immense patrimoine humain des mythes!
Et cette Parole Perdue qui revêt des formes variées et déroutantes, ne permet pas de savoir la nature exacte de cette Parole dont nous avons à quêter les sens.
Où faut-il la chercher, sous quelle apparence symbolique?
S’agit-il du secret Véritable des Maîtres Maçons, perdu par la mort d’Hiram? Est-ce le Nom inconnu du Grand Architecte? Est-ce la somme des messages ésotériques que renferme le Volume de la Loi Sacrée? Est-ce l’ensemble des grands mythes de l’humanité?
Il nous faut opérer une véritable fouille archéologique de toutes les traditions pour retrouver les morceaux de la Parole, que nous sentons à la fois vivante et remplie de mystères.
Peut-être n’y a-t-il pas de plus beau symbole de cette quête que la recherche, au cours de l’initiation au troisième degré, du corps d’Hiram assassiné dans ces ténèbres profondes!
L’Architecte du Temple de Salomon est tué et l’œuvre reste inachevée; lui seul devait en posséder le plan et savoir que le Temple devait figurer la face visible et invisible du Cosmos.
Le Secret des Maîtres Maçons c’est probablement le sens ésotérique de l’architecture du temple de Jérusalem, modèle de tous les temples.
Une question peut cependant se poser à propos du mot de Maître qu’Hiram refusa de
livrer.
S’agissait-il du Nom inconnu du Grand Architecte? On sait que dans de nombreuses traditions initiatiques et religieuses, le Nom Divin fait l’objet d’un interdit absolu, conformément à l’idée du Sacré.
Alors pourquoi ce Nom doit-il rester le secret des secrets? Pour quelles raisons doit-il rester ineffable? Est-ce que sa possession serait une voie de communication et de rencontre avec l’Etre Absolu?
Le désir de connaître le Nom est une expression éternelle de l’orgueil humain, de son désir d’identification au divin et de son insatiable volonté de puissance.
Personne ne peut même dire, si, aux origines, le Nom du Grand Architecte a pu être
connu!
Ce qui est certain, c’est que l’interdit qui le frappe permet de le considérer comme une figure de la Parole inaccessible, sinon perdue, symbolisant la distance impossible à franchir entre l’humain et le divin.
Selon la Tradition, la Parole Perdue est associée à l’idée d’une “Connaissance Primordiale des Mystères” située aux origines de l’humanité et dont elle serait aujourd’hui privée!
Toute démarche initiatique ne serait qu’un travail inlassable pour tenter de la retrouver.
Par conséquent nous pouvons penser que cette connaissance n’est pas irrémédiablement perdue, puisque nous essayons de la recomposer à partir des mythes, des rites, des constructions symboliques.
Mais notre œuvre de recomposition est hasardeuse, car notre recherche ne porte que sur les substituts de la Parole, sur des traductions humaines de ce qui fut révélé à nos ancêtres!
Dans cette recherche d’une connaissance perdue, il existe un recueil qui nous a toujours servi de référence pour l’élaboration de nos rites, de notre symbolique et de notre pensée: c’est la Bible que nous appelons VLS\ par opposition au livre sacré des deux religions.
La Bible nous explique pourquoi la Parole a été perdue, comment elle a été rétablie par l’offre divine de l’Alliance, pour obtenir de lui la soumission à l’autorité du Sacré.
C’est ce qui peut rendre crédible l’idée que le Livre véhicule des éléments de la Connaissance Primordiale.
C’est pourquoi la FM\ Traditionnelle a fait de la Bible la référence centrale de ses rites, de sa pensée initiatique, de son éthique de la fraternité.
S’il m’est permis de hasarder une opinion sur le sens de la parole Perdue, je peux dire qu’il y a une recherche de retour à l’état primordial de notre être!
État de communication, voire de communion avec la source originelle de la Lumière qui projette dans l’aventure initiatique les pèlerins de l’Etoile.
Cette communion des origines du Verbe et la compréhension du sens ésotérique de la Parole forment la double substance du Secret Maçonnique, qu’il appartient au Maître de découvrir en d’autres lieux.
Car cette Parole a éclaté en mots substitués, en symboles épars, que nous travaillons à rassembler chacun pour notre compte et en commun, à travers nos échanges fraternels.
Nous sommes là dans le champ de la construction du Temple inachevé de la Connaissance qui se confond avec la reconstruction de la Parole Perdue!
Nous voyons bien que ce thème porte en lui la raison première d’une progression initiatique sur la voie du Rite, au delà du troisième degré.
Et bien sûr de nouvelles questions qui appellent des réponses, n’en doutons pas, à des niveaux différents de connaissance initiatique! Aurons-nous la capacité à inscrire notre œuvre et nous mêmes dans l’espace et le temps, à nous élever en même temps que notre œuvre?
Il faut bien admettre que le Maître Maçon est encore en suspens entre l’équerre et le compas, entre ciel et terre certes, mais avec la face toujours tournée vers la terre.
Après l’avoir fouillée, il lui faut maintenant scruter le ciel, passer de l’équerre au compas pour rechercher la Vérité dans son subconscient et l’amener à la conscience.
Cette démarche le délivrera et dirigera son regard vers le ciel, vers les hautes régions de la Connaissance Spirituelle.
Mais ce parcours exige volonté et persévérance et la libération espérée suppose une tension de l’être tout entier, une mobilisation totale des facultés de l’intelligence et du cœur. Pierre à pierre, le chantier s’organise et se précise jour après jour.
Tout en sachant que nous sommes notre propre artisan, nous avons trop conscience de notre imperfection pour refuser d’être soutenu et dirigé.

CONCLUSION
Mes TCF\ qui êtes venus ici pour travailler, pour progresser et pour comprendre, peut-être trouvez vous que je ne vous dit pas grand chose et vous avez sûrement raison!
Mais je ne suis comme vous qu’un cherchant de Lumière et comme vous je m’interroge!
Si nous ne portions pas en nous une émanation de cette “Couronne Lumineuse” aurions nous le désir de gravir les marches, d’élever des colonnes et des Temples pour remonter vers la Source?
Serions-nous tourmentés par le sentiment de nos limites et de nos imperfections, désirant les dépasser et nous tourner vers les hautes régions de la Connaissance Spirituelle si un point ne vibrait pas dans la nuit de l’inconscient?
C’est bien parce que nous portons en nous quelque chose du Verbe que nous nous sentons privés de la Présence de la Parole et que nous ressentons comme un devoir, un besoin essentiel, la quête de sa redécouverte.
“Je ne te chercherai pas si je ne t’avais déjà trouvé” C’est bien ce qui nous sépare d’une conception purement matérialiste de l’être humain.
L’Arbre de Vie et l’Arbre de la Science ont poussé dans chaque être humain une racine, faible ou puissante, mais l’Arbre de Vie et l’Arbre de la Science appartiennent l’un et l’autre au Jardin de l’Eternel !

J’ai dit VM\

Source : www.ledifice.net

Par T\ S\A\ - Publié dans : Planches
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Vendredi 17 octobre 2014 5 17 /10 /Oct /2014 11:38

A peine chaussée de mes bottes de sept lieues, celles du chat Botté bien sur, pour gagner ce temple au plus vite, curieuse de te voir passer du Club des 5 au Clan des sept, je découvre que tu viens tout juste d’avoir 7 ans ! L’âge de raison en somme !

Tout ce temps pour cela. Serai-je désappointée ? Rassure-toi ! C’est exactement l’inverse. Aujourd’hui tu es devenu maître, accueilli en cette chambre du milieu et si ton âge est de 7 ans, ce n’est pas l’unique fait du hasard. Tu as successivement gravi 3 marches puis 5 et enfin 7 et tout cela par palier. Il y a quelques instants c’est par les 3 coups portés par les mauvais compagnons que la parole est perdue. et c’est par les 5 points parfaits de la maîtrise que tu viens d’être reçu en chambre du milieu.

Chaque étape de ta vie maçonnique a été ainsi jalonnée d’un nombre, celui de ton âge qui n’est que purement symbolique. Ce soir je vais donc m’attarder à ce 7.

D’emblée, sachez que je n’ai nullement l’intention de faire du symbolisme à outrance sur les chiffres bien consciente qu’on leur fait dire ce que l’on veut.

Ainsi si je considère les simples fait de la vie ; je constate comme chacun que la semaine comporte 7 jours, que l’arc-en-ciel est constitué de 7 couleurs, que la rose symbolique comporte 7 pétales, que la gamme musicale est composée de 7 notes. De même, il est référencé 7 péchés capitaux à savoir avarice, gourmandise, paresse ; colère, orgueil, envie et luxure (à l’opposé les vertus cardinales : tempérance, justice, force ne sont que 4 comme les filles du docteur March d’ailleurs) ; De là à penser qu’il est plus facile d’être mauvais que bon ! Y aurai-t- il un pas ?

Mon mauvais esprit en ce domaine est connu puisqu’il m’appartiendrait d’y ajouter les 3 vertus théologales que sont foi, espérance et charité pour obtenir les 7 vertus morales.

Je ne rappellerai pas davantage les 7 sacrements de l’église chrétienne et je comprends la frustration de notre sœur Françoise qui ne pouvait aborder l’apocalypse en toute liberté au grade d’apprenti car le nombre 7 est constant avec les 7 clés mais aussi 7 rois,, 7agneaux, 7 étoiles, 7 tonnerres, 7 trompettes …

La grande Ourse, elle aussi, est composée de 7 étoiles.

Dans la Bible Salomon a construit le temple en 7 ans.

Les légendes grecques sont elles aussi animées de ce même chiffre avec notamment le culte d’Apollon, les 7 hesperides ; les sept cordes de la lyre..

Athéna pour sa part, devait livrer chaque année au Minotaure 7 jeunes hommes et 7 jeunes filles. Thésée fut le 7 ème d’un groupe. Il pénétra dans le labyrinthe et tua le Minotaure.

Le bouddha comporte aussi 7 emblèmes.

Le bardo tibétain dure 49 jours soit 7 fois 7 jours.

Ne poursuivant pas davantage dans ce registre, je me réjouis d’évoquer les contes et en particulier les 7 fées qui se sont penchées sur la belle au bois dormant.

Je suis sûre que chacun connaît Timide, Prof, Simplet, Joyeux, Grincheux, Atchoum et Dormeur, les 7 nains qui entourent Blanche Neige mais aussi Barbe Bleue et ses 7 femmes.

Quant à notre Petit Poucet, n’est-il pas le dernier d’une famille de sept enfants !

Cependant, il se distingue de ses frères. Il possède un niveau différent de conscience par rapport à ses frères, cette conscience de la vie selon Loeffer différente des états de conscience de ses frères que sont conscience du corps physique, de l’émotion, de l’intelligence, de l’intuition, de la spiritualité, de la volonté. Cela correspond à des étapes d’évolution qui lui permettent d’avoir un rôle de sauveur comme ce 7 ème jour de la semaine que nous consacrons au repos mais qui est en fait un jour d’autres choses. Il correspond à un accomplissement, à la fin d’un cycle par analogie au cycle lunaire.

Ce 7 symbolise une totalité en mouvement.
En effet, nous pouvons ainsi représenter les 6 directions de l’espace que sont Nord Sud, Orient- Occident, Zénith et Nadir qui se croisent en un point central. Nous pouvons imaginer ainsi le plan avec ses 4 points cardinaux puis ce qui est au-dessus et ce qui est en dessous le tout se croisant en un point qui est l’homme. Cela est donc à la fois symbole du temps et de l’espace, de la totalité de l’univers en mouvement.

Lorsque Salomon construit le temple, la 7ème année est consacrée, elle aussi au repos et il est important de noter qu’il y a dans de nombreux exemples les 6 éléments précédant puis le 7ème isolé ; le tout formant l’unité. Le sept représente alors le sens d’un changement après un cycle accompli et un renouvellement positif. A partir de là, il est aisé de dire que 7 est le chiffre de l’accomplissement voire celui de la perfection Alors nous maîtres maçons sommes –nous parfaits ? j’en doute beaucoup !

Je préfère, pour ma part à cette expression de perfection, celle de l’harmonie, celle de l’équilibre qui confère alors ce sentiment d’unité. La perfection ne tolère selon moi aucune nuance, aucune souplesse tandis que celle d’équilibre accepte les écueils ; les éraflures, mais aussi les colmatages, les gommages. Elle n’est pas fin mais consensus Elle correspond selon moi à l’homme qui tente de se construire qui dérape, fort de ses défauts, de ses erreurs, ses passions, ses illusions e et qui repart enrichi de ses doutes et de ses expériences.

7 est l’addition de 6 et de 1, il est aussi addition de 4 et de 3.

Ainsi chez les Dogons, 4 est le féminin tandis que 3 est le principe masculin. l’union des deux est donc signe autant de fécondation que de perfection.

Dans la symbolique du tarot, l’arcane 4 est celle de l’empereur qui n’est anime ni d’un pouvoir dictatorial, ni directif mais qui correspond à la domination de soi-même et à une invitation à descendre plus bas pour remonter plus haut.

L’arcane 3 est celle de l’impératrice. Symbole de l’intelligence souveraine qui donne le pouvoir, la force motrice par laquelle vit tout ce qui vit. C’est aussi et surtout la possibilité de réaliser et accomplir le voyage dans son propre labyrinthe

7 c’est aussi l’addition de 5 et 2 et dans la symbolique du tarot cela correspond à la papesse.

( arcane 2) invitation à une rupture avec soi- même et ses acquis et à l’arcane 5 ( le pape) dont la voie conduit à l’homme parfait qui sera guidé dans sa démarche par l’étoile à 5 branches pour aboutir au triomphe de l’effort.

L’arcane 7 le chariot, résultante de ces 2 additions potentielles est celui du char triomphant celui de la force morale qui nous invite à être au-dehors ce que nous sommes au-dedans et vice versa et qui se met en mouvement d’accord avec la justice(arcane 8) pour aboutir à l’ermite (arcane 9) le sage, le philosophe expérimenté, le maître.

La sagesse n’est sans nul doute une vertu que l’on n’acquiert pas facilement encore moins spontanément. Il faut beaucoup d’efforts, il faut persévérer connaître la vie avec ses aléas. La règle et le compas nous aident à en tracer l’existence tandis que l’équerre permet de tailler et polir sa pierre. La sagesse fait référence pour ma part à la sérénité, cet état de bien être qui permet d’apprécier ce qui est au dehors mais aussi au-dedans tant de notre temple maçonnique que de nous-mêmes, ce qui nous permet recul, écoute en toute quiétude ; analyse sans jugement, harmonie, rappel de la table d’émeraude où tout ce qui est au-dessus est semblable à ce qui est dessous

Et nous voilà revenus en notre temple maîtres maçons. Parmi les 7 arts libéraux, le maçon en privilégie un qui est celui de la géométrie.

Le maître maçon a utilisé des outils tels l’équerre et le compas comme des outils de vérification, comme des outils d’homme libre.

L’équerre est associée au carré donc à la matière tandis que le compas est associé au cercle et donc à l’esprit.( Parallèlement, nous pourrions dire que le maillet du vénérable est symbole de temporel à l’opposé de l’épée d’ordre spirituel)Le géomètre bâtisseur mesure la parole selon son sens

A ce stade, désormais le compas est placé sur l’équerre car le maître maçon pratiquant l’art royal c’est à dire l’art de devenir un homme libre. capable de choisir son destin et d’élargir l’espace de son autonomie.

Si 7 des officiers sont obligatoirement élus à bulletin secret ; 7 parmi nous ont cherché la dépouille d’Hiram.

La tombe d’Hiram mesure 3 pieds de largeur ; 5 de longueur et 7 de profondeur. Notons que le chiffre de l’apprenti est affecté au côté le plus petit et ainsi de suite…

La loge est composée de 3 maîtres qui la constituent, de 5 qui l’éclairent tandis que 7 la rendent juste et parfaite. Là aussi, il y a évolution.

En effet lorsque la loge comprend 3 membres est en germination, elle est la graine d’une future loge qui est apte à chercher la lumière et pas encore prête à la délivrer. Mais lorsque les maîtres sont au nombre de cinq la loge est juste c’est à dire capable de juger et prendre des décisions théoriques Elle ne peut encore agir Lorsque le nombre de maîtres est de 7 alors la loge peut procéder à des initiations et elle peut agir totalement comme une entité maçonnique. Il semblerait que nous soyons passés du stade de l’enfance à celui de l’adolescence puis à celui de l’adulte. la loge est devenue majeure, libre et responsable ( 3 est le nombre de ce qui se conçoit : la sagesse, 5 est le nombre de toute décision consciente : la force ; et 7 est le nombre de l’action harmonique nécessaire à la réalisation de l’idéal conçu : la beauté).

Le maître maçon a 7 ans et plus.

Si 7 ans signifie connaissance, le plus est la nécessité d’accroître cette connaissance indéfiniment Il nous appartient peut-être de nous référer à Platon pour qui les nombres sont le plus haut degré de la connaissance.

Par ailleurs, notre mot de passe est Tubalcain.

Pourquoi ? parce que le forgeron est celui qui sait. Il maîtrise les 4 éléments :
Eau - terre - air - feu.

Il possède les techniques qui lui permettent d’accomplir ce qu’il sait ; il puise dans la terre les éléments, que sont les métaux puis crée des outils et tout ce qui lui est utile à son élévation ; il pratique l’art royal puisqu’il possède un savoir-faire.

Pour poursuivre, la 7ème lettre de l’alphabet hebraique est zain et son graphisme évoque un serpent dressé verticalement, associé à l’antique hiéroglyphe de la fécondation.

Par ailleurs, j’ai abordé précédemment un idéogramme de type septénaire avec la croix spatiale, il en est pourtant un autre auquel je suis particulièrement sensible. Il s’agit bien sûr de celui formé de 2 serpents enlacés autour d’un axe dont le nombre etait souvent cinq et qui ajouté au point de rencontre tête et queue constituent aussi 7 points fondamentaux formant le caducée, ce caducée cher à ma profession de pharmacien

Quelle ambiguïté pour moi qui, élevée selon la tradition judéo-chrétienne, ait dans mon enfance et mon adolescence été imprégnée du côté maléfique du serpent, lui le responsable, lui le provocateur, la cause de notre malheur d’humain.

Et puis quelques années après, j’ai pour emblème ce caducée formé de 2 serpents enroulés autour d’un bâton, le tout surmontée d’une coupe, celle d’Hygie. Et soudainement, ces serpents sont devenus salvateurs. Quel dilemme, convenons-en !

Je n ‘échapperai donc pas à évoquer avec vous ce reptile qui, visible, semble toujours jaillir d’une bouche d’ombre pour cracher la mort ou la vie. En effet l’été nous amène à découvrir ce reptile d’apparence froide telle la couleuvre qui se glisse entre quelques herbes sèches. Quant à la vipère, Hervé Bazin la décrit beaucoup mieux que moi (dans Vipère au poing).

« L’été craonnais, doux mais ferme, réchauffait ce bronze impeccablement lové sur lui- même : trois spires de vipères à tenter l’orfèvre, moins les saphirs classiques des yeux, car, heureusement pour moi, cette vipère, elle dormait.

Par bonheur, une tête de vipère c’est triangulaire.. Par bonheur, une peau de vipère c’est rugueux, sec d’écailles, privé de la viscosité défensive de l’anguille...


elle avait de jolis yeux, vous savez cette vipère, non pas des yeux de saphir comme les vipères de bracelets, je le répète mais des yeux de topaze brûlée, piqués noir au centre et tout pétillants d’une lumière que je saurais plus tard s’appeler la haine...


avec au centre la fameuse langue bifide- une pointe pour Eve, une pointe pour Adam- la fameuse langue qui ressemble tout bonnement à une fourchette à escargots…
».

Représenté chez les Pygmées comme une ligne sans fin ni commencement, le symbolisme du serpent est selon René Guenon, lié à celui de la vie. En effet en arabe le serpent ; c’est « el hayaah » et la vie « el hayat ».

Cependant ; pour nous le serpent est d’abord le tentateur de l’Eden.

Le couple Adam Eve, reflet de l’humanité primitive, ignore des éléments tels que le feu le vêtement, le logement. Son mode de fonctionnement, paradisiaque est donc l’instinct et il est satisfait de sa condition. Protégé, il n’a pas accès au discernement, générateur d’autonomie.

S’il renonce à se laisser guider ; il est coupable d’insubordination ; donc de péché.

L’intelligence suprême représentée par le dieu du paradis forme les acteurs du drame en l’occurrence le serpent, lui-même, doté d’un extraordinaire pouvoir de séduction. Considérons toutefois que ce drame est cause d’évolution. La désobéissance permet, en effet de passer de l’instinct à l’intelligence. Cela a probablement pris beaucoup de temps mais le mythe supprime la notion de temps.

Nous pourrions également dire que l’humanité a longtemps rêvé et donc que l’imagination a précédé la raison. C’est sans doute pourquoi le serpent s’adresse plus à Eve, symbole de l’imagination qu’à Adam symbole de la raison. Eve mange le fruit de l’arbre ( la pomme ), celui du discernement en le partageant avec Adam car elle le trouve excellent et que son intuition permet le progrès de son intellectualité.

Ceci permet finalement l’émancipation de l’humain et donc l’accès à la sagesse et à la connaissance.

La sagesse était pour les anciens grecs une vertu faisant partie intrinsèque de la personnalité.

La connaissance s’acquiert par l’intelligence et sa parfaite maîtrise conduit à la dite sagesse.

C’est donc pourquoi selon Wirth le serpent est maudit à tort car c’est selon lui, grâce au serpent que nous ne sommes plus des bêtes.

Goethe dans le serpent vert rend hommage lui aussi au serpent.
Il montre en effet ; la grande couleuvre se sacrifiant pour sauver le monde en se transformant en pont en reliant les 2 rives du fleuve de la vie.

Ainsi tout comme les fables par le biais du langage des animaux nous envoient des images propres à enseigner une morale, la doctrine chrétienne utilise l’intervention d’un sauveur pour réparer la catastrophe.

Parvenue à ce stade l’imagination( imprégnée des choses obtenues comme le serpent ou le python inspirateur dans la bible )e travaille et retient des images qu’elle fixe et donne ainsi naissance à l’idée, matière première de la pensée.

Le serpent est donc le 1er initiateur et Eve la 1ère initiée, la pomme le fruit initiatique (en analogie avec le symbolisme de l’étoile) et symbole de l’amour La bible ne précise d’ailleurs pas la nature du fruit. pomum signifie fruit et il s’agit probablement d’une déformation du mot.

Toutefois le serpent peut être aussi emblème guérisseur tel le serpent d’airain conçu par Moise et ainsi défini dans le livre des Nombres : Moise donc fit un serpent d’airain et il le mit sur une perche ; et quand quelque serpent avait mordu un homme, cet homme regardait le serpent et il était guéri.

Des textes littéraires ont évoqué cette dualité du serpent qui peut donner la mort et guérir l’homme. Ainsi Kipling écrit dans le livre de la jungle que la morsure du vieux serpent n’est pas mortelle.

Symbole de la vie, les Ligures le comparent au ruisseau et songent donc au rite de fertilité.

L’ouroboros serpent qui se referme sur lui-même en se mordant la queue signifie la vie indestructible, éternel recommencement, pur mouvement circulaire, évolution dans le temps éternel, dans celui de l’infini.

Ce serpent qui sort de terre, rampe et se tortille peut aussi représenter le feu vital enclos dans la matière.

Sous son aspect bénéfique, le serpent peut aussi s’associer l’oiseau tel le serpent à plumes « quetzalco-huatl ».

J’évoquerai rapidement ce mythe dans lequel Quetzalcoatl se dirige vers l’eau divine cad le Golfe du Mexique, jeune 4 jours, se revêtit de ses plus beaux habits, s’immola et son cœur monta aux cieux et se transforma ne Vénus, l’étoile du matin au milieu d’oiseaux sortis des flammes. Quetzalcóatl symbolisait sous cette forme la mort et la renaissance.

De même, L’homme doit aussi parcourir les cycles éternels et accepter la décomposition de son enveloppe charnelle tout en conservant un esprit (éternel)

Le maître, également, ne meurt pas même si l’on retrouve son cadavre. Il renaît par l’esprit et la chaîne s’allonge avec chaque nouveau maillon. Elle s’étire à l’infini vers l’avenir.

Ce serpent peut changer de peau donc se rajeunir. Aurait-il comme le phénix un don d’immortalité, Peut être est-il la santé qui succède à la maladie ?

Pour poursuivre l’étude du caducée, en latin caduceum mot provenant du grec signifiant héraut, annonciateur, ( dans la racine figure le mot coq héraut du soleil), je me dois d’aborder le mythe d’Hermès.

En effet, Hermès dieu ambivalent par excellence est doté d’une curiosité qui le fait se rapprocher un jour d’un chemin poussiéreux où s’affrontent 2 serpents dans une bataille sans merci. Voyant que la mort serait l’issue du combat, il lança sa baguette entre les 2 adversaires. Ceux –ci s’enroulèrent autour d’elle et s’y immobilisèrent pour l’éternité. La baguette devint le caducée symbole d’Hermès. En grec, kerrykeron ; insigne du héraut, de l’annonciateur, de celui qui proclame.

Hermès est le type même de la dualité car à la fois dieu de l’information et de la communication mais aussi du mensonge, messager des dieux et dieu des voleurs,, des savoirs secrets et de la manipulation( à la fois inventeur de l’astronomie et de l’astrologie), crée l’alphabet mais aussi des écrits incompréhensibles dits hermétiques, protecteur des voyageurs( sandales ailées et baguette), dieu de carrefours.

La baguette d’Hermès est le sceptre du souverain, symbole de l’initiateur et du conducteur et celui qui porte cette baguette possède la puissance

Le bâton appelé boursier dans le pays basque date de 15000 à 8000 ans avant notre ère. Il figure dans de nombreuses fêtes, danses, combats, bâton initiatique des confréries (notre maître des cérémonies en possède un)compagnon de voyageur souvent fourchu et en forme d’y. la houlette qui l’orne est symbole de connaissance Ce bâton impose l’attention sur celui qui la porte.

L’emblème des pharmaciens attribué à Mercure, dieu du commerce, homologue romain d’Hermès est proche de celui des médecins.

Le serpent d’Epidaure ne s’enroule plus autour du bâton d’Esculape mais du pied court d’une vaste coupe dans lequel, il vient s’abreuver, sans doute vase sacré qui doit contenir le liquide nourricier offert par la déesse Hygie.

Hygie ou Salus chez les romains était la déesse de la santé à la fois physique et morale, de la guérison, du bonheur et du bien public. Vers 500 avant JC, on en fit une déesse distincte mais toujours associée à d’autres dieux guérisseurs surtout à Asclépios, son père, dieu de la Médecine. (Panacée, une autre fille d’Asclépios était la déesse des soins ).

Le nom d’Hygie est à l’origine du terme hygiène et l’étymologie souligne le lien existant entre l’hygiène et la prévention en matière de santé puisqu’elle avait pour rôle d’enseigner les manières les plus saines de conduire notre vie. La coupe avec sa concavité s’apparente à l’arche. Le serpent, quant à lui puise sa connaissance dans cette matrice où la lumière continue de briller.

Le serpent maléfique et bénéfique est donc symbole double Les 2 serpents s’affrontent et se neutralisent comme deux forces opposées et égales le font.

Le caducée est le représentant de l’équilibre des tendances réalisées autour de l’axe du monde ; joignant le ciel et la terre, symbole de paix et de santé physique.

Pour les alchimistes, les 2 serpents sont les 2 principes que l’on doit unifier quels qu’ils soient il faut donc pour eux concilier force et volatil ; soufre et mercure ; chaud et froid ; sec et humide Ces principes se réalisent dans l’axe du caducée qui devient l’or philosophal.

Pour les maçons, le caducée est le symbole de l’équilibre auquel nous aspirons, alors que nous sommes comme tous les humains écartelés entre des pulsions antagonistes et puissantes mais qui peuvent aussi et surtout être complémentaires, devenant alors des éléments majeurs de progrès. Un combat se livre en permanence en nous sur le plan physique, moral ou spirituel Le caducée représente l’équilibre qui nous aide à franchir les cycles à effectuer nos changements d’états Il nous fait comprendre qu’il ne suffit pas de Savoir ni Connaître, il faut aussi transmettre. Le caducée transmet. exercice auquel le maître que nous sommes s’applique à faire.

Le caducée symbolise la coïncidence des opposés et la conciliation et la combinaison des contraires.

Le caducée, principe d’union réalise l’unité entre les forces descendantes et ascendantes et cela en un seul chemin que symbolise la baguette ; chemin qui est celui de la rectitude car il n 'est peut-être pas sain d’utiliser à outrance les multiplicités et divergences.

Il nous faut éviter d’errer indéfiniment dans le labyrinthe des spires du serpent afin d’atteindre notre idéal car ne pas craindre la morsure du serpent, c’est peut-être avoir appris à se dominer donc à se maîtriser et peut être avoir fait un pas sur la voie de la connaissance.

L’homme qui unit la paix du cœur et la connaissance par l’esprit réalise la conjonction de ses états afin de devenir l’homme universel ayant gagné la sérénité et peut-être la sagesse.

Dans la tradition tout mouvement ascendant est hélicoïdal et le serpent arc-en-ciel des aborigènes qui enroule sa spirale viscérale autour des écorces me semble une excellente passerelle pour aborder ce soir le troisième volet de mon travail à savoir la spirale.

En effet pour ma planche d’augmentation de salaire, j’avais abordé à l’instar de Roger le thème de l’étoile. Afin de construire cette étoile, j’avais utilisé le compas et l’équerre. Parvenue à ce stade, j’avais alors ébauché l’approche de la spirale étant consciente que toute évolution ne se fait pas par stries mais bien par spires. Carl Jung dit d’ailleurs à ce sujet : « la voie vers le but s’élève en spirale ».

La spirale n’est-elle pas à la fois le symbole de l’évolution humaine, de l’évolution sociale mais aussi du cheminement initiatique ?

Omniprésente dans notre quotidien, j’évoquerai ainsi le célèbre jeu de l’oie, les coquillages, les cornes des dieux mythologiques de « cernunos » ou « dionysos » et celles du cerf, du mouflon, du bouc, les hélices des bateaux, les ressorts de nos piles de transistors et réveils. Quant à nos empreintes digitales formées de boucles, d’arcs et de spirales, elles nous amènent à songer à cette représentation en hélice de l’ADN si important dans les recherches d’aujourd’hui. Tous ces éléments qui ornent notre quotidien font état de formes concentriques ou spiralées en parfaite équilibre, en, totale harmonie… ce qui fait dire à Einstein ce qui m’étonne le plus c’est que notre monde soit compréhensible. Spirales, hélices, volutes, étoiles structurent notre monde.

À côté des spirales hélicoïdales voisinent les spirales planes dont le labyrinthe est l’image la plus connue. Symbole de la quête initiatique faite d’avancées et d’embûches, d’obstacles et de difficultés, le labyrinthe c’est aussi le symbole de la pensée avec son évolution et son progrès.

En effet si le cercle symbolise le temps cyclique et la droite le temps linéaire, la spirale évoque le temps évolutif par les rythmes répétés de la vie, avec pour exemple les stades classiques telles que naissance vie mort ; enfance adolescence-âge adulte ou matin, midi et soir !

Le rythme des saisons des cycles lunaires et solaires est davantage symbolisé par la roue qui tourne ou mieux encore par le serpent ourobros, celui qui se mord la queue, tel le cercle fini limité dans l’espace.

Par ailleurs, le féminin est au cœur de la spirale et Jacques Attali écrit à ce propos : « le premier chemin parcouru par l’homme, au terme duquel il devient une personne est celui qui le fait sortir du ventre maternel. La femme est le premier labyrinthe de l’homme »

Dans la même perspective pourquoi ne pas rapprocher cela de l’oreille, organe de l’écoute, construite en forme de spirale et qui transforme le bruit en sens et dans cet esprit est fécondante.

Enfin le serpent originel est en sa forme spiralée, symbole sexuellement ambivalent puisqu’à la fois matrice et phallus ? de la naissance de l’être, nous passons alors à la naissance du monde.

Entre sa naissance et sa mort ; l’être humain va connaître ambivalences et paradoxes, sel de sa vie et qui font l’intérêt et la complexité de son existence.

Car, en effet lors de sa naissance, il y a fin d’un état fusionnel mère fœtus mais aussi nostalgie du lien rompu ; souhait de retrouver les liens disparus, envie de créer des liens fraternels et à l’opposé quête de connaissance et de sagesse avec perte des illusions des passions des préjugés..

Pour nous francs- maçons ; la spirale a double vocation. Descendante, elle conduit dans les profondeurs d’un savoir complexe et ascendante, elle conduit vers la lumière ou plus précisément la spiritualité.

Je citerai pour témoin la marche dans nos temples. Au grade d’apprenti et de compagnon, nous marquons les angles lors de nos déplacements dans le temple tandis qu’au grade de maître nos déplacements se font sans les marquer ; montrant ainsi le passage du rectangle au cercle.

Sans doute ainsi défini, le passage de l’équerre au compas pour accéder à la maîtrise signifie dépasser le stade de la matière pour atteindre l’esprit.

La construction successive de cercles permet la réalisation de la sphère et donc de parvenir au cosmos et là, de toute évidence nous constatons la nécessité d de passages successifs, de graduations.

La spirale n’a ni fin ni commencement et laisse toujours l’accès à l’évolution ou au progrès mais aussi au recul. Tel l’escalier en spirale, elle permet la progression vers le savoir, l’accès à la connaissance. Elle participe à la construction de notre temple intérieur par une descente primordiale au fond de soi avant une remontée vers le perfectionnement et le développement spirituel. Invitant au voyage et à la découverte, elle participe alors à la construction du temple extérieur qui nous permet d’agir en citoyen actif.

Pour le compagnon devenu maître, elle représente l’atteinte de l’équilibre ; la maîtrise des dualités.

Le nouveau maître découvre et expérimente les multiples facettes de son compas car il ne se contente plus de tracer des cercles ; fermés par définition mais il élargit les cercles et peut laisser ainsi son esprit aller à la conquête de l’inconnu, de l’ignorance. Il a gagné sa liberté de penser, sa liberté de sentiments et de passions bref la maîtrise de lui- même.

Pour sa part, l’art royal ou art de la géométrie permet de résoudre les contradictions en les englobant dans une réalité qui les dépasse. Ainsi, la spirale ajoute une 3ème dimension à la rencontre du cercle et de la droite permettant d’unir imagination et raison et d’établir une progression géométrique comparable à la double voie initiatique de l’amour et de l’œuvre ;

Je ne pourrai terminer sans évoquer un symbole qui serpente sur nos murs et qui lui-même formant des lacs d’amour n’est qu’une succession de spirales.

Elle se concrétise par la chaîne d’union, spirale horizontale constituée des bras et des mains enlacés des frères et sœurs, symbole de l’union en dehors du temps et de l’espace, au-delà des murs et des frontières. Symbole si fort et si important à mes yeux que je n’ose penser que certains des maillons qui la constituent puissent être défaillants. Je ne pourrai en aucun cas m’associer à cette chaîne si des faits graves concernant l’un d’eux m’était connu. J'ai parallèlement des difficultés à accepter la différence entre paroles dans le temple et hors du temple Dans la table d’émeraude, ce qui est au –dessus est identique à ce qui est au –dessous. Pourquoi n’imaginerai- je pas que tel Hiram assassiné et relevé en notre nouveau maître Hiram, cette table passe symboliquement de l’horizontale à la verticale afin que ce qui est de chaque côté de la porte du temple soit identique, prouvant la cohérence entre les propos et les actes dans le temple et hors du temple.

J’ai eu connaissance de faits graves en l’occurrence de menaces de violence et de mort proférés par un maçon.

Qu’elles soient à l’encontre d’un profane ou d’un franc-maçon elles sont pour moi du domaine de l’intolérable et je me pose alors la question de ma présence ici sur ces colonnes ! Je me demande pourquoi certains soirs nous sommes si exigeants pour l’entrée de profanes parmi nous leur réclamant d’être libres et de bonnes mœurs tandis que d’autres franchissent allègrement les mailles du filet et atteignent des degrés importants.

- Oui, je suis triste et déçue
- Oui je sais que qu’il ne faut pas tout amalgamer et qu’il ne faut pas confondre franc- maçonnerie et francs-maçons.
- Oui nous ne sommes que des humains mais je ne peux accepter l’intolérable et là il est atteint.

J’ai été tentée de déposer mes outils mais finalement ce n’est pas la franc- maçonnerie qui m’a déçue ; Ce sont certains maçons qui du moins se disent comme tels qui m’ont déçue. Peut- être ai- je mis la barre un peu trop haute. Suis-je un peu trop utopiste Je me suis toutefois rappelée qu’il y a quelques mois je vous avais dit que tant que la paix ne règnerai pas sur terre je serai sur le chantier mais aussi que mon engagement m’invitait à travailler au perfectionnement de l’homme.

Ces évènements vont me permettre de retrouver un certain équilibre celui dont j’ai parlé tout au long de cette planche, cet équilibre que l’on atteint pas si facilement qui est fait de doutes de crises d’émotions, de tempêtes, d’épreuves mais aussi de joies et de travail. Le chantier est loin d’être achevé et nous avons encore beaucoup à travailler dans la recherche de l’harmonie, de l’équilibre nous ne sommes pas au bout du chemin., la spirale est sans commencement ni fin !

Elle est symbole de la diversité, de l’ouverture, de l’optimisme, de la connaissance à conquérir, du possible à construire, source de progrès et d’espérance initiatique car l’essence de la vie ne réside t-elle pas dans cette quête qui n’est réalisable que par d’infinies et successives spirales.

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

Par A\ B\ - Publié dans : Planches
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Jeudi 16 octobre 2014 4 16 /10 /Oct /2014 06:50

Le chevalier de Ramsay a-t-il contribué à la naissance de l'Ecossisme ? La réponse est non.

Le chevalier de Ramsay a-t-il donné une définition à l'Ecos­sisme, en a-t-il précisé les principes, a-t-il jeté les bases de son organisation ? C'est indiscutable.

Nous savons qu'il avait rédigé son célèbre Discours pour l'assemblée annuelle du 25 mars 1737 de la Grande Loge Provinciale de France — dont il était le Grand Orateur. En réalité, il est établi aujourd'hui que ce discours, dont nous connaissons actuellement huit rédactions successives et quelque peu différentes, ne fut jamais prononcé. Le cardinal Fleury, Premier ministre, avait en effet donné trois jours plus tôt au lieutenant de police l'ordre d'interdire toutes les assemblées maçonniques. Le Discours du chevalier de Ramsay n'ayant pas été prononcé le 24 mars 1737, il n'eut d'influence réelle qu'à partir de 1742, c'est-à-dire après sa publication par La Tierce dans un ouvrage intitulé « Histoire, Obligations et Statuts de la très-vénérable Confrérie des Francs-Maçons ».

Pour quelles raisons le système maçonnique, qui devait s'organiser en Rite Ecossais Ancien et Accepté, a-t-il affiché une référence écossaise ?

Ceux d'entre vous qui, à la Bibliothèque de la Grande Loge de France, auront la curiosité de relire toutes les planches présentées en Loge par les dignitaires les plus respectés de notre Ordre et traitant de cette question, trouveront cent explications pour une. On a fait souvent référence à la très vieille Loge de Kilwinning. On a fait référence aux Stuarts. On a fait de la tradition écossaise l'héritière du vieil Ordre écossais du Chardon. J'ai même lu que l'Ecossisme était né dans un château de la Haute-Marche, le château d'Ecosse, et qu'il se rattachait ainsi à la tradition de la Maçonnerie forestière.

Plus sérieuse à coup sûr est l'explication donnée par notre Frère Jean Baylot — qui fut Grand Maître adjoint du Grand Orient de France avant de devenir Grand Surveillant de la Grande Loge Nationale Française. Il rattache, en effet, la tradition écossaise à l'introduction de l'épée dans le rituel des cérémonies maçonniques. « Les rituels anglais », a-t-il écrit, « ne l'emploieront que pour la garde symbolique des temples. Au contraire, elle sera d'un emploi très général dans les rituels français, chacun des membres en disposant dans certains cas. La chose est importante. Il faut y voir, dès les débuts, l'évolution de la Franc-maçonnerie en France vers des caractères chevaleresques. Au contraire, les rites anglais demeureront corporatifs. Là est l'origine première des systèmes de hauts grades, dits écossais. » Il devait ajouter cependant : « Ecossais, peut-être parce que, comme le remarque M. Chevalier, ces innovations ont été conçues, ou expérimentées, dans la Loge du Grand Maître Derwentwater. » « Il semble admis, en effet, que la Loge Saint-Thomas de Derwentwater fut la première à pratiquer un rite aux références chevaleresques. Il est fort possible que ce soit pour combattre cette influence pré-écossaise que la Grande Loge de Londres a créé en 1732, en territoire français, la Loge du bijoutier Coustos qui s'en tient avec rigueur aux pratiques des Loges anglaises. »

Le procès-verbal de la tenue du 12 mars 1737 de la Loge Coustos-Villeroi enregistre les protestations contre certaines innovations pratiquées dans la Loge du Grand Maître Derwentwater
comme de tenir l'épée à la main dans les réceptions ». Cette Loge, fidèle aux traditions anglaises, proclame alors :
« L'Ordre n'est pas un Ordre de chevalerie mais de société, où tout homme de probité peut être admis sans porter l'épée, bien que plusieurs seigneurs et principes se fassent un plaisir d'en être. »

L'historien Daniel Ligou, haut dignitaire du Grand Collège des Rites, devait écrire en 1970 dans la revue « Humanisme », éditée par le Grand Orient de France : « Il est malaisé de connaître les finalités de l'Ecossisme : désir de sélection sociale, intellectuelle, spirituelle ? Recherche du « secret » qui paraît sans cesse à portée de la main et qui est toujours inaccessible ? Interférence — à peu près certaine — de l'ésotérisme traditionnel, et peut-être surtout de l'alchimie ? Désir aussi de compléter le mythe d'Hiram ? Incompréhension, déjà visible dans le Discours de Ramsay, d'un opératisme traditionnel que l'on comprend mal parce qu'en France, à l'inverse de l'Angleterre, la Maçonnerie ne s'est pas directement souchée sur les corpora­tions ? »

Il n'est plus possible, aujourd'hui, compte tenu des découvertes historiques, de nier que l'Ecossisme a été adopté par un courant maçonnique qui fut introduit en France dès 1726. Ce courant se voulait gallican, catholique, royaliste et indépendant de la Grande Loge de Londres. Il fut contesté à partir de 1732 par les Loges fondées par l'Obédience anglaise en territoire français.

C'est le courant gallican qui a voulu constituer une Grande Loge de France. Cette Grande Loge a exprimé très vite le désir d'imposer son autorité aux nouveaux grades nés de l'Ecossisme.

Le courant écossais est donc né indiscutablement avant le Discours du chevalier de Ramsay.

La première Loge écossaise, la Loge Saint-Thomas, avait été créée en 1726 par un stuardiste, Lord Derwentwater. L'une des Loges où se précisa le courant gallican, la Loge d'Aubigny, avait été installée le 12 août 1735 dans le château de Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth.

Ce sont les premières Loges écossaises qui ont désigné le chevalier Maclean, baronnet d'Ecosse, comme Grand Maître en 1735, et Charles Radcliffe, Lord Derwenwater, en 1736.

L'Ecossisme n'est pas né en 1726 par la volonté de quelques Francs-Maçons français épris de modernisme. En fait, ils ne faisaient rien d'autre que de réveiller une tradition chevaleresque qui, en France, était à coup sûr antérieure à la Franc-Maçonnerie d'inspiration anglaise.

Entre 1726 et 1735, pour affirmer un courant français indépendant de la Franc-maçonnerie anglaise, il y a eu seulement divulgation du rite ancien dans le but de réformer le système importé d'Angle­terre.

C'est à cette volonté que va répondre le Discours de Ramsay. René Guénon ne s'y trompait pas lorsqu'il écrivait que « la première raison d'être de l',Ecossisme fut précisément de s'opposer aux tendances protestantes et « orangistes n représentées par cette dernière depuis la fondation de la Grande Loge d'Angleterre ».

Jusqu'en 1738, c'est-à-dire jusqu'au moment où Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'Antin, prince du sang, fut désigné comme Grand Maître de la Franc-maçonnerie en France, il se développa dans le pays deux courants maçonniques bien distincts : celui des Loges anglicanes et celui des Loges gallicanes.

L'historien Paul Naudon marque bien la différence qui existe dès cette époque entre les Loges anglaises, dépendant de la Grande Loge de Londres, et les Loges écossaises, constituées la plupart du temps par des stuardistes qui auraient vécu et essaimé suivant les rites traditionnels. Il admet cependant que l'opposition entre ces deux Maçonneries doit être envisagée avec beaucoup de nuances, les divergences originelles n'ayant pas exclu, selon les circonstances, des rencontres et des conciliations.

En fait, la création de la Grande Loge de Londres en 1717 n'avait été déjà qu'une réponse des orangistes et des hanovriens à la déviation stuardiste des Loges écossaises. Dès ce moment, l'Ecos­sisme s'implante dans le royaume de France.

Il n'est pas impossible que la démarche du chevalier de Ramsay, en 1737, ait caché des mobiles politiques. Pour faire accepter la Franc-maçonnerie en France par le pouvoir royal, pour favoriser sa pénétration à la Cour, il fallait à coup sûr présenter un système français échappant à l'influence anglaise.

Le grand mérite de Ramsay fut alors de définir un système maçonnique original, différent du système anglais, le système qu'attendaient les Loges gallicanes pour affirmer leur indépendance. A la tradition opérative, maintenue dans le rite par la Grande Loge de Londres, il ajoute une tradition chevaleresque, fondée sur la légende templière. Il conte comment l'Ordre Maçonnique s'était uni en Terre Sainte aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; comment les rois, les princes et les seigneurs, à leur retour de Palestine, avaient fondé des Loges en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et en Ecosse. Ici, la légende symbolique interprète l'Histoire mais elle ne la trahit pas, car il est vrai qu'avant et après les Croisades des liens étroits avaient existé entre les Templiers et les confréries de Bâtisseurs.

Ramsay n'invente pas la tradition chevaleresque. Il se contente de la ressusciter. Il emprunte même à une tradition maçonnique authentique qui survit alors en Angleterre en dehors de la Grande Loge de Londres. C'est ainsi que le grade de Maître Ecossais est apparu à Londres en 1733. Il sera introduit en France vers 1742. Ramsay rattache confusément la Franc-maçonnerie aux mystères de l'Antiquité, ceux de Cérès à Eleusis, d'Isis en Egypte, de Minerve à Athènes, d'Uranie chez les Phéniciens, de Diane en Scythie, et, par eux, à l'ancienne religion de Noé et des Patriarches. Il ne prétend à aucun moment réformer le ritualisme. Il ne propose aucun grade supplémentaire. Il suggère cependant de façon très nette l'adjonction de la tradition chevaleresque à la tradition opérative.

Il est donc faux de prétendre, comme on l'a souvent fait, qu'il a été le créateur des hauts grades, mais il est vrai qu'il les a en quelque sorte légitimée.

Le Frère Lindsay, qui fut Secrétaire Général du Suprême Conseil d'Ecosse, affirme dans un de ses ouvrages qu'il existait avant 1717 en Angleterre des hauts grades associés à la Maçonnerie bleue : Ces grades, précise-t-il, étaient chrétiens et comportaient, une cérémonie connue sous la désignation de « Passage du Pont ».

Il demeure que ce fut surtout à partir du Discours de Ramsay que l'on vit naître en France des systèmes de hauts grades écossais. Ce fut d'abord le Chapitre de Clermont, constitué par le chevalier de Bonneville. Ce fut ensuite la Loge Saint-Jean de Jérusalem. Ce fut en 1758 le Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident. Dans les années qui suivirent, de nombreuses Loges de Perfection furent installées dans différentes provinces.

Le premier de ces grades chevaleresques, celui du Chevalier d'Orient ou de l'Epée, apparut vers 1748 à Paris et à Bordeaux. A partir de Ramsay, l'Ecossisme a eu pour mérite essentiel de diffuser dans l'Ordre maçonnique la doctrine de fraternité. Fondé sur l'amour de l'Humanité, il a cherché à créer une sorte de religion universelle. Il enseigne et démontre que les principes de liberté et d'égalité ne peuvent entrer en application qu'avec une hiérarchie fondée sur l'autorité et sur l'intelligence.

Ramsay s'inspire des idées de son maître Fénelon. C'est de lui qu'il tient ses principes sur la solidarité du genre humain auxquels il se réfère pour présenter la Franc-maçonnerie comme la promesse d'une République universelle, d'une grande nation spirituelle. Il est en fait le premier à attribuer à la Franc-maçonnerie universelle un idéal suprême. Il ne contredit à aucun moment les Constitutions d'Anderson. Il se contente d'en élever l'esprit jusqu'à faire de la Franc-maçonnerie une théologie du cœur.

Dès lors, pour nous, il ne fait aucun doute que, contrairement à une idée très répandue, ce n'est pas la création en 1717 de la Grande Loge de Londres qui a assuré le passage historique de la Franc-maçonnerie opérative à la Franc-maçonnerie spéculative. C'est la naissance et le développement en France de l'Ecossisme et cette naissance fut considérée comme un schisme par les dignitaires de la Franc-maçonnerie anglaise.

Publié dans le PVI N° 44 - 1er trimestre 1982  

Source : www.ledifice.net

Par J.A. FA... - Publié dans : Planches
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Mercredi 15 octobre 2014 3 15 /10 /Oct /2014 08:02

Les historiens sont toujours un peu mal à l’aise dans ce genre de réunions, parce qu’on les invite à des commémorations, on les invite à exalter les mythes fondateurs mais le rôle des historiens, c’est du moins comme cela que je l’entends est plutôt d’égratigner les mythes fondateurs. Alors si au passage, j’égratigne, ne m’en veuillez pas, c’est en quelque sorte une partie de mon métier. Ce texte dont nous fêtons le bicentenaire, c’est le texte du concordat, c’est un texte très administratif, ennuyeux à lire. Mais c’est un texte décisif dans la mesure où il va marquer sinon l’introduction du R\E\A\A\en France, ce qui a déjà été évoqué, du moins son implantation quasi définitive mais surtout sa reconnaissance par le Grand Orient de France. Grosso modo c’est un texte qui préfigure l’organisation que nous connaissons c’est à dire les 3 premiers degrés régis par le Grand Orient de France, les autres, jusqu’au 33ème, étant régis par les organismes écossais. L’organisation de tout ceci a été laborieuse, l’enfantement a été véritablement douloureux, laborieux, et si’il n’y avait pas eu les travaux d’André Doré d’une part, et de Pierre Mollier d’autre part, j’aurais été incapable de comprendre l’ensemble de l’opération. A Vrai dire, je crois avoir mis de l’ordre dans la chose, je ne suis pas sûr d’être tout à fait dans la vérité, mais voilà la vérité telle que je crois quelle s’est passée.

Il y a deux étapes dans toute cette affaire. La première est la crise des années 1802 – 1804 et la deuxième est la réconciliation forcée de l’année 1804. Alors commençons par le bouillonnement des années 1802 – 1804. Vous savez tous que la maçonnerie d’ancien régime était une franc maçonnerie nombreuse, très influente, si influente qu’une partie des royalistes, notamment les royalistes émigrés ont soutenu la thèse du complot maçonnique. L’abbé Barruel en tête, est un des grands auteurs qui a écrit sur la question. Pour ces gens là, c’est le complot des francs maçons, le complot maçonnique qui a organisé et déclenché la révolution française. Les historiens ont balayé depuis longtemps ces plaisanteries et d’ailleurs, la tourmente révolutionnaire a quasiment balayé la franc maçonnerie, notre frère nous a expliqué quels ont été les malheurs des écossais de Marseille : des exécutions, des noyades pendant des fuites, des disparitions, etc… donc on voit bien que ces gens là n’avaient pas organisé la révolution, bien au contraire, puisque leur milieu social d’origine est loin d’être jacobin ou sans culotte. Le résultat, c’est qu’en 1796 en France, il n’y a plus que 18 loges au total qui se réunissent à peu près régulièrement et encore, je dis bien à peu près. C’est seulement en fin de siècle quand la politique s’est apaisée, quand on est passé de la révolution à la civilisation puis à quelque chose qui ressemble fort à une contre révolution, c’est seulement en fin de siècle que la franc maçonnerie française se réorganise. D’abord la Grand Loge de Clermont s’est réunifié avec le Grand Orient de France, ensuite pour les hauts grades, chaque loge de quelque importance s’est dotée d’un chapitre qui lui est intimement lié, puisque les membres de la loge et les seuls membres de la loge peuvent être membres du chapitre. Finalement le chapitre, c’est l’atelier supérieur de la loge. On passe de l’un à l’autre de façon régulière, sinon à l’ancienneté au moins à la notoriété et par la cooptation. A Paris existe un Chapitre Général de France qui regroupe, rassemble, essaie de coordonner l’action des différents chapitres.

En 1802, dans cette atmosphère qui semble apaisée ou en cours d’apaisement, le frère Abraham d’une loge parisienne « les Elèves de Minerve », publie un texte qui est une sorte de brûlot très véhément qui commence par les mots : »Israël, Israël, revient au Seigneur ». On l’a compris, dans la pensée d’Abraham, Israël est la franc maçonnerie et le Seigneur, c’est l’écossisme. Alors que dit Abraham ? D’abord il affirme bien haut et bien fort sa fidélité au Grand Orient de France. Il dit tout de même que le Grand Orient de France veut liquider le rite écossais entre guillemets (il faut employer beaucoup de guillemets dans cette affaire). Il veut liquider le rite écossais au moment même où ce rite écossais est en train de renaître grâce à des frères, grâce à un certain nombre de loges qui, dit-il, ont cru étendre leurs lumières sans remonter à la source des connaissances maçonniques, les ont trouvées dans l’écossisme. Qu’est ce que cet écossisme ? Qu’entend il par écossisme ? C’est extrêmement difficile à dire .Il y a une grande confusion au niveau des mots, au niveau des concepts. Evidemment, quand les mots et les concepts sont confus, le résultat est d’une confusion totale. De quoi peut on être surs ? Avant tout, quand ces gens là parlent d’écossisme, il s’agit bien, au départ, des hauts grades, ce sont les hauts grades qui sont concernés. Avec une totale sincérité, ils ont une double conviction profonde.

La première, c’est que la source originelle de la franc maçonnerie vient d’Ecosse. Tout vient d’Ecosse. La deuxième, c’est que par conséquent, il ne faut pas s’éloigner de l’Ecosse, il faut sans cesse revenir à l’Ecosse, à l’écossais, à l’écossisme. Par conséquent, revenons sans cesse au système écossais, au système de la Mère Loge Ecossaise de Marseille dont on vient de parler, autour de 1760 les trois grades bleus, plus quatre grades supérieurs (Maître Parfait, l’Elu, l’Ecossais, le Chevalier d’Orient). Pour la majorité de ces amateurs d’Ecosse, l’essentiel est d’avoir un grade, de porter un titre où figure le mot écossais, Sans trop se préoccuper du contenu. Pierre Mollier dit de façon très plaisante : « tout le monde veut être écossais de ceci ou de cela », ce qui est une formule tout à fait amusante mais très caractéristique. Il a relevé qu’au gré des lieux, au gré des endroits, des loges, il y a au moins 22 loges qui portent dans leur titulature le nom écossais. Il en cite un certain nombre : Petit Ecossais, Ecossais des Trois Points, Ecossais de Clermont, Ecossais Trinitaire, Sublime Ecossais, Grand Ecossais, (il n’y a pas de Moyen Ecossais…) Enfin il y a 22 grades d’écossais dans la nature. Le Grand Orient, sans doute un peu décontenancé par cette attaque d’Abraham, va répondre qu’il a le plus grand respect pour l’écossisme, qu’il est tout à fait prêt à faire les adaptations nécessaires pour que tout le monde se sente bien dans son sein, qu’il est prêt à discuter mais que tout de même, il faut bien mettre un peu d’ordre dans ce qu’il appelle le désordre, le chaos écossais. Rien n’y fait. Ceux que j’appellerai par commodité les écossais d’Abraham pour les distinguer du deuxième groupe qui interviendra ensuite, organisent en août 1802 une assemblée générale dont le prétexte est la remise en activité de la loge Saint Alexandre d’Ecosse. Assemblé Générale, c’est beaucoup dire. Ils ne sont pas plus de 5 ou 6, ils n’arrivent même pas à ouvrir les travaux, ce qui est très gênant et donne une idée de la faiblesse numérique de départ. Très laborieusement, ils vont arriver à entraîner autour d’eux la loge Parisienne du frère Abraham, « les Elèves de Minerve », puis une loge de Douai qui depuis longtemps, avait des contacts fréquents avec « les Elèves de Minerve », qui s’appelle « la Parfaite Union », deux loges parisienne dont notamment « la Réunion des Etrangers ». Ceci n’est pas négligeable car cette loge a une certaine notoriété dans le milieu maçonnique parisien.

Comme la querelle ne s’apaise pas, au contraire, le Grand Orient décide de prendre des sanctions. En réalité, il se rend compte que derrière cet amour immodéré de l’Ecosse, apparaît une menace. Il craint que les amis d’Abraham ne veuillent battre en brèche son autorité sur les hauts grades. Par conséquent il annonce qu’il va déclarer irrégulières les loges qui trempent dans cette affaire. Il frappe d’abord celles qui est le plus en vue : La Réunion des Etrangers et passe ensuite aux Enfants de Minerve. Rien n’y faisant, le Grand Orient va utiliser ce qu’il a toujours considéré comme son arme suprême : le maîtrise des locaux. Quand vous interdisez à quelqu’un de venir dans votre local, vous l’obligez à s’installer ailleurs avec tous les frais et les complications que ceci entraîne. Bref, c’est la bombe atomique du Grand Orient. Les écossais rebelles en sont réduits, pour leurs réunions, à louer la cave d’un restaurant qui se trouve à Paris rue Poissonnière. A ce niveau de la querelle, vous imaginez la disproportion des forces, d’un coté, ceux que j’appellerai plaisamment les écossais de la cave à vin, et de l’autre la grande puissance renaissante qui est le Grand Orient de France. Apparemment, l’issue ne fait aucun doute. A ce moment là deux évènements de sens contraire vont intervenir, qui vont d’abord envenimer puis clore définitivement la querelle. D’une part, il y a l’irruption de ceux que j’appellerai les américains, je m’expliquerai là dessus, qu’il faudrait en fait appeler les anciens d’Amérique, qui viennent renforcer puis supplanter les premiers rebelles. D’autre part, l’intervention de l’autorité impériale qui impose à tout le monde une réconciliation rapide. C’est donc l’année 1804 et l’irruption des américains. Alors, avec les américains ressurgit une querelle qui est celle des anciens et des modernes qui n’est pas dans mon propos. Manifestement elle est la derrière, sous jacente, elle a sérieusement agité le milieu maçonnique français au XVIIIème mais surtout elle a agité énormément les milieux maçonniques anglais et américains. Quand on parle des américains, il ne s’agit évidemment pas d’une sorte d’impérialisme maçonnique des 13 états d’Amérique. Il s’agit en réalité des suites de l’indépendance en 1803 de l’île de Saint Domingue, actuellement Haïti et la République Dominicaine. Saint Domingue était une colonie française et la vie maçonnique y était tout à fait importante, tout à fait intense. Les planteurs et les aristocrates blancs de l’île durent fuir devant la révolte noire. Une partie d’entre eux sont passés soit en Pennsylvanie, soit en Caroline du Sud. Pourquoi si près ? parce qu’ils sont persuadés que les choses vont se tasser et qu’ils pourront retourner dans l’île. Par conséquent, ils ne s’éloignent pas trop dans l’espoir de venir récupérer un jour leurs terres, leurs biens, leurs esclaves. En 1804……

…..Les américains, c’est en quelque sorte les anciens maçons de Saint Domingue. Ils sont relativement nombreux, et comme ils se concentrent à Paris, ils vont pouvoir créer deux loges : La Triple Unité et le Phénix. Le mot de Phénix est très caractéristique. C’est quelque part, un jour, le Saint Domingue de papa renaîtra. Ces américains ont une très grande expérience maçonnique à la fois dans le temps et dans l’espace. Certains d’entre eux ont déjà été initiés en France, avant la révolution. Le plus flamboyant dont on parlera sans cesse est Grasse Tilly. Il a été initié en 1783 alors qu’il avait 19 ans. Ils ont donc le souvenir de la tradition de la vieille maçonnerie de l’ancien régime. A Saint Domingue même, ils ont pratiqué dans les grades bleus, le rite des anciens ou ancien et accepté, directement importé des Etats d’Amérique. Dans les hauts grades, ils ont pratiqué à Saint Domingue le Rite de Perfection avec une vingtaine de grades (ou de degrés). Arrivés aux Etats-Unis d’Amérique, ils ont retrouvé les grades auxquels ils étaient déjà habitués, dans les loges, ils ont retrouvés des gens qui étaient du même groupe social qu’eux, il s’agit bien d’aristocrates, planteurs, propriétaires d’esclaves. La seule différence qui est évidemment importante c’est que eux sont ruinés alors que ceux qui sont aux Etats Unis ont conservé tous leurs biens. C’est la même catégorie sociale, la même forme de penser. Ils n’ont donc aucune peine à s’insérer dans la vie maçonnique américaine et même à y briller. Grasse Tilly, toujours lui, va devenir Grand Maître des Cérémonies de la Grande Loge des Anciens de Caroline du Sud laquelle pratique une maçonnerie à 33 degrés.

De retour en France, ces gens là sont accueilli avec une certaine circonspection par le Grand Orient tout de même un peu étonné par leur rite inconnu, un peu irrité par leurs titres véritablement ronflants et qui estime qu’après tout, il n’a pas de leçon d’écossisme à recevoir de qui que ce soit. C’est là qu’il faut faire intervenir la personnalité de Grasse Tilly. Vous savez que les historiens considèrent en général que le rôle des grands hommes dans l’histoire, tout ceci a été balayé par l’école marxiste il y a bien longtemps, pour les grands mouvements de fond de l’histoire, la personnalité ne joue pas beaucoup. Mais là, il ne s’agit pas d’un grand mouvement de fond mais d’un milieu extrêmement fermé, extrêmement étroit et la personnalité de Grasse Tilly va jouer. Mollier considère qu’il y a une cinquantaine de maçons impliqués dans cette querelle qui fait un bruit énorme et qui ne concerne qu’une cinquantaine de personnes. Cinquante personnes, une personnalité importante, vous voyez donc que Grasse Tilly peut jouer un rôle important. C’est incontestablement le plus flamboyant des américains, ce n’est pas le seul, il serait injuste de l’oublier. Un autre frère qui s’appelait Germain Hacquet, lui aussi revenu de Saint Domingue a eu lui aussi un rôle relativement important dans le sens de la modération et de l’organisation. Grasse Tilly, de grande famille provençale, était le fils de l’Amiral de Grasse, héros de la guerre d’indépendance d’Amérique, à l’égal de Lafayette. A l’époque, l’amiral de Grasse est aussi connu, aussi célèbre et aussi adulé quasiment que Lafayette, c’est un très grand nom de France et il a un formidable réseau de relations qui va lui rendre d’immenses services.

Grasse Tilly est lui un désargenté perpétuel. Pour différentes raisons qui n’ont rien à voir avec ses qualités, il a évidemment perdu dans la guerre d’indépendance de Saint Domingue ses plantations qui lui venaient de son père, comble de malchance, il est arrivé à rassembler tous ses biens (mobiliers, etc, etc…) il les a embarqué, mais un corsaire anglais a attaqué et coulé le bateau. Grasse Tilly est donc complètement ruiné. On dit tout le temps qu’il agit dans le monde maçonnique sous la pression de la nécessité. Une formule élégante pour dire qu’il a de grands besoins d’argent et que la maçonnerie lui rend pas mal de services dans le domaine financier.

Ce qui est tout a fait caractéristique, c’est que chaque fois qu’il s’attribue une charge, il se nomme (lui même en général) ad vitam. Il va pouvoir continuer à bénéficier jusqu’à la fin des avantages de sa charge Il fait mieux, lorsqu’il va lancer son rite, il va émettre des actions, 80 actions de 100 livres, ce qui fait 8 000 livres ce qui représente une somme considérable pour l’époque. Il émet des actions, il les fait souscrire à ses amis, leur promet un intérêt de 5%, et pour le remboursement, le texte porte : « dès que possible », ce qui n’engage à rien. Je ne sais pas s’il a remboursé, je suis un peu sceptique. Vous voyez le personnage. Il avait des problèmes financiers graves. Quoi qu’il en soit, c’est ce Grasse Tilly qui va souder l’alliance entre les écossais d’Abraham dont on vient de parler et les anciens d’Amérique qu’il va représenter. Il rassemble quelques mécontents des organisations maçonniques. Au total, il va regrouper et rassembler un nombre important de loges. Les deux ou trois écossaises du départ, les deux loges américaines, Saint Alexandre d’Ecosse, Saint Jean d’Ecosse, La Parfaite Union, etc… et pour clore la liste, La Saint Napoléon, il faut insister sur les Saints Napoléon, la flagornerie maçonnique de l’époque napoléonienne dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Il y a même une loge qui fait partie de l’affaire, c’est la Saint Joséphine. Il s’agit bien de Joséphine de Beauharnais. Lorsqu’on connaît la vie, les mœurs, les habitudes de Joséphine de Beauharnais, ça paraît tout à fait extraordinaire.

Dans une première étape, Grasse Tilly affirme qu’il est Grand Commandeur Ad Vitam d’un Suprême Conseil des Iles du Vent et Sous le Vent qui pratiquerait le R\E\A\A\ à 33 degrés, cette organisation étant sortie de son imagination très fertile. La dessus, il fait mine de ne s’intéresser qu’aux hauts grades et lui même se met à conférer des hauts grades par communication et à tour de bras. Il est en France début juillet, fin juillet il a déjà fait dix sept 33ème. La promotion est rapide, laisse rêveur. Un de ses amis est fait 18ème fin septembre 1804, est fait 32ème début octobre et 33ème fin octobre. Il a besoin de troupes dans ces hauts grades et fabrique donc des 33èmes. Trois mois après son retour en France, le voilà en mesure de fonder une organisation écossaise qu’il appelle la Grande Loge Générale Ecossaise. Il laisse murmurer dans Paris que c’est le frère du 1er Consul, Louis Napoléon Bonaparte qui va devenir Grand Maître et lui se nomme naturellement représentant du Grand Maître évidemment Ad Vitam. Comme il a des relations, il va embarquer dans son affaire, (j’emploie à son égard des termes parfois trop critique, mais je n’ai pas d’autre terme sur la langue) des personnalités éclatantes ; Il a quatre maréchaux d’empire, (Kellermann, Masséna, Lefèvre, Serrurier) il a le Grand Chancelier de l’Ordre de la Légion d’Honneur, des membres du conseil d’état… On se demande comment il est arrivé à faire tout ça en deux mois. Il est arrivé à mettre sur pied une organisation qui menace incontestablement l’autorité du grand Orient sur les hauts grades. Le problème de Grasse Tilly, c’est ce qui lui vaudra ses déboires, c’est qu’il est complètement à contre courant du mouvement politique général. On est en 1804, Napoléon remet de l’ordre dans tout le pays, il sort le Code Civil, il organise le contrôle politique strict et même policier de la nation, il se fait sacrer empereur le 2 décembre, j’insiste sur cette date du 2 décembre, vous verrez ce qui s’ensuit. Napoléon ne s’intéresse pas du tout aux querelles maçonniques, la seule chose qui est, les militaires dans la salle m’excuseront, c’est que c’est un militaire et il n’a envie de voir qu’une seule tête , qu’un seul responsable . Un dirigeant, une organisation, dans le fond, il veut contrôler la maçonnerie, parce que la Maçonnerie est un des pilotis de sa domination sur la France et sur l’Europe. Dans ces conditions là, quand le maréchal Kellermann se rend auprès de l’archichancelier de l’empire Cambacérès et lui présente Grasse Tilly, il lui demande de bien vouloir désigner un Grand Maître pour la nouvelle puissance maçonnique, Cambacérès lui répond que l’empereur désire que les deux puissances maçonniques se rapprochent. Les désirs de Napoléon étant des ordres, il n’y a plus qu’à s’exécuter. Ce qui veut dire que l’équipée de Grasse Tilly s’achève en 3 ou 4 jours, le 2 décembre l’empereur est sacré, le 3 décembre, les représentants de l’organisation de Grasse Tilly et ceux du Grand Orient se réunissent à l’hôtel de Kellermann, ils décident de la réunification. Le 5 décembre, ils désignent des membres de leurs instances dirigeantes pour travailler au texte de réunification. Elles se réunissent séparément et approuvent un texte. Il y a des va et vient. C’est le fameux texte du concordat dont nous fêtons le bicentenaire. Avant de sortir le texte, l’avis de l’empereur a été demandé qui a dit allez voir Cambacérès. Cambacérès est d’accord, le dit à l’empereur, tout le monde étant d’accord, il n’y a plus qu’à officialiser le texte. Dans une certaine mesure, les écossais d’Abraham, les anciens d’Amérique, les gens de Grasse Tilly ont été à Canossa : Ils ont été obligés d’aller signer la réconciliation, le texte du concordat dans les locaux du Grand Orient. Quand on se déplace, on est en position de faiblesse. On y a cependant mis les formes : reçus par les 9 lumières sous la voûte d’acier, maillets battants. On se jure mutuellement : « réunion absolue franche et éternelle dans l’enthousiasme de la joie et de la confiance ». Belle rhétorique maçonnique ! Ils n’ont tout de même pas tout perdu pour la raison suivante : au Grand Orient, on maintient un Grand Chapitre Général au 32ème. Mais ce Chapitre Général est coiffé par un Suprême Conseil au 33ème dont le rôle est de s’occuper des plus hautes connaissances mystiques et d’en régler les travaux. Vous savez qu’on a retrouvé aux Etats Unis récemment et que Mollier a publié dans « Renaissance traditionnelle » le livre d’architecture de ce Suprême Conseil ?

Quant à Grasse Tilly, il devient Grand Commandeur de ce Suprême Conseil avec cette petite différence qu’il n’est plus ad vitam . Il est à terme et au bout de deux ans, il est débarqué. Pour conclure, je dirai que dans une certaine mesure, si je peux me permettre un horrible anachronisme, cette négociation, ce texte de 1804 est en quelque sorte un compromis historique entre le R\E\A\A\ et le Grand Orient de France. Dorénavant, le Grand Orient déclare qu’il ouvrira sa porte et professera tous les rites. Naturellement, il y aura des difficultés d’application. Il y aura des retours en arrière, ruptures suivies de réconciliations suivies de nouvelles ruptures. En tous les cas, on a jeté les bases de l’organisation actuelle : les trois premiers degrés au Grand Orient, les autres aux organismes écossais. J’ajouterai pour finir que cette stabilisation du système permettra l’expansion internationale du R\E\A\A\où Grasse Tilly continue à s’agiter et à agir. En Italie, il y aura un Suprême Conseil du Royaume d’Italie dont la capitale est Milan qui sera dirigé par le prince Eugène Napoléon ; il y aura un Suprême Conseil du Royaume de Naples dirigé par le roi Joachim Napoléon, qui en réalité est Murat, adopté par la famille Bonaparte ; en Espagne, le Suprême Conseil sera dirigé par le roi Joseph Napoléon. L’expansion continue donc dans l’empire Napoléonien. Cette organisation va ensuite continuer à se développer dans les zones d’influence française en Méditerranée aux XIXème et XXème siècles. Voilà ce que j’avais à vous dire sur les origines de notre concordat de 1804.

Je vous remercie.

Source : http://sog1.free.fr

Par Christian Gras - Publié dans : Planches
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Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 06:33

La liberté est affaire de compromis. Compromis entre l’exercice volontaire de ses choix, le respect d’autrui et celui de la loi. Le libre arbitre est affaire de jugement, éclairé par la conscience, sur des choix et des actes, au regard de l’éthique. Ainsi, le choix, qui relève du libre arbitre, semble être circonscrit à la liberté de trouver un compromis, celui de réaliser ses désirs selon sa conscience, dans le respect de la loi et d’autrui. Sur un plan social, on a coutume de dire que trop de liberté creuse les inégalités, que trop d’égalité obère la liberté, et qu’en principe la fraternité permet le juste partage... Mais a-t-on tout dit pour autant ? Que convient-il de s’accorder à soi-même et de tolérer aux autres pour une liberté réciproque raisonnable ? Derrière ce que nous croyons être notre liberté se cachent le mensonge et l’aveuglement à nous même, la permissivité à notre égard, l’indifférence aux autres et l’ignorance ou la transgression de la loi. En fait, la liberté nécessite, de manière consubstantielle, une aptitude à se commander qui devrait s’acquérir tout au long de la quête. Si l’éthique maçonnique, dans sa transmission orale, invite à un humanisme de bon aloi, les rituels de l’Écossisme, quant à eux, marquent des progressions et des régressions, des tentatives bénéfiques et des échecs qui se veulent pédagogiques et qui n’ont d’autre but que de mettre en exergue les faiblesses humaines pour en faire l’expérience. Ainsi, les sensations de liberté sont-elles tour à tour guidées par les émotions, les instincts, l’empathie ou la loi morale selon les grades. Et les actions sont conduites par impulsion, intérêt, bienveillance ou devoir. Alors, comment concilier désirs, nécessité, croyances, altérité et humanisme ?

Le grade d’Apprenti, au-delà de la contrainte du silence et de l’euphorie de la découverte, met le Maçon au pied du mur qu’il doit édifier. L’espoir de la construction d’un monde meilleur demeure le moteur du devenir. Tout est à refaire, comme pour conjurer les frustrations profanes qui ont conduit en Maçonnerie. Un projet est en route.

Le grade de Compagnon, dans le prolongement du grade précédent, bâtit un véritable espace de liberté par l’apport essentiel du travail comme outil d’émancipation, et pour une œuvre collective à dimension humaine et solidaire. Chacun tient la juste place symbolique qu’il doit occuper, selon ses qualités et ses qualifications, sous l’autorité incontestée de Maîtres reconnus. Tout paraît aller de soi, dans un monde harmonieux. Il n’y a plus ici de contraintes apparentes, hormis celles d’une discipline salutaire. L’Art est la joie des hommes libres, dira un rituel.

Le grade de Maître déstabilise cet édifice en mettant en scène la face sombre du visage humain. En sortant de leurs prérogatives et des règles établies, les Compagnons abusent de la liberté qui leur a été donnée parce qu’elle ne leur correspond pas. Cette prise de pouvoir meurtrière engendre désordre, doutes et iniquités. Tout est à refaire.

Les deux premiers grades sont-ils un leurre au regard du troisième et des suivants ?

Au 4e grade, le Maître Secret met en exergue son libre arbitre pour tenter de reconsidérer l’usage des valeurs, pour percevoir une vérité qui se veut différente de celle admise communément, pour apprendre à penser par lui-même, se dégager des contingences, des faux-semblants et de l’idolâtrie. Il s’agit de tirer les leçons du passé, de voir le monde autrement, par devoir et raison, et discerner les vrais leviers d’action.

Au 5ème grade, le Maître Parfait, en ne gardant que le meilleur du Maître défunt, entreprend le dépassement de ce qui est maintenant révolu et poursuit ainsi son propre affranchissement, son émancipation par rapport à la tutelle de pseudo maîtres à penser.

Au 6e grade, le Secrétaire intime, par son implication, sa responsabilité et la réconciliation qu’il réalise, favorise une plus grande intelligence sociale et se libère des divisions. Un nouvel ordre est en marche, actif et participatif.

Au 7e grade, les Prévôts et Juges, qui possèdent les plans de l’édifice, montrent leur aptitude à commander, à se commander, avec justice et justesse, ordre et concorde, pour éviter tout abus. Un pouvoir régulateur, qui s’exerce aussi sur soi-même, s’instaure et s’affirme ici.

Au 8e grade, l’Intendant des bâtiments entretient et perpétue l’ouvrage pour étayer et pérenniser ce nouvel équilibre libérateur. Tout est maintenant à sa juste place.

L’arrêt de la construction depuis le 3e degré, sa déconstruction structurée et son entretien méthodique ensuite, contribuent à porter ici un libre jugement sur l’œuvre.

Au 9e grade, le Maître Elu cherche à se libérer d’une partie de lui-même par la force justicière. En assouvissant une vengeance symbolique nécessaire contre le mal enfoui en lui, il tente de se vaincre, de se surmonter, en vue de se forger une liberté et obtenir la clémence de sa conscience pour la brutalité de la méthode.

Au 10e grade, l’Illustre Elu des 15 poursuit la libération violente de ce qui pèse sur sa conscience, par un châtiment public démonstratif. Si les méthodes et les règles de vie sont encore disproportionnées, l’animalité semble symboliquement vaincue.

Au 11e grade, le Sublime Chevalier Elu institue une gouvernance libératrice du poids des iniquités et des contraintes passées en répartissant les responsabilités. Cette partition, au-delà de la division apparente, n’a pour but que de mettre en place des relais de pouvoir pour un équilibre régulateur. Le processus de justice est en marche. Mais quelle est la latitude réelle de l’impétrant dans ces 3 grades d’Elu, où la sélection s’opère successivement par tirage au sort, par désignation et par élimination ?

Au 12e grade, changement de registre : le Grand Maître Architecte développe sa volonté pour se libérer des contingences par la création. Les institutions étant en fonction et la vengeance étant assouvie, un nouveau projet peut redémarrer. On se tourne ici délibérément vers le devenir et l’universalisme. Chacun peut participer : les portes ne sont plus gardées. Mais rien n’est pérenne. La liberté dépend aussi des autres. Les sociétés, les édifices, aussi bien construits fussent-ils, ne résistent pas au destin et aux luttes des civilisations. Le Temple, convoité parce que symbole de puissance, est détruit.

Au 13e grade, le Chevalier de Royal Arche, esclave de la matérialité, en explorant les ruines du passé, mais aussi ses propres sous-sols pour chercher d’antiques vérités, côtoie les limites de sa connaissance, de sa culture et de son entendement pour trouver l’horizon de son propre être, la mesure de lui-même, de sa propre liberté, celle de se mouvoir dans son espace intérieur, celle de dire selon sa pensée et son langage. Des portes s’ouvrent par le hasard des mots, comme par leurs vertus, sur l’indicible et l’impossible.

Au 14e grade, le Grand Elu de la Voûte Sacrée, Parfait et Sublime Maçon, fort de ses trouvailles, affirme son identité. Mais il doit retourner, dénué d’illusions, parmi ses congénères, en captivité à Babylone, cité de l’esclavage à un autre pouvoir, symbole du paraitre et de l’illusion, monde de servitudes. Cependant, il est censé avoir démystifié la culture communément admise et pris la mesure du possible. Il s’est pourfendu sans complaisance pour s’affirmer. Il sait qu’il est toujours prisonnier de sa condition, de sa culture, de son passé, de lui-même et de ses semblables (le centre de l’idée demeure entre le mot indicible et un vain symbole), qu’il est pleinement responsable de sa soumission, de son assujettissement, par nécessité souvent, par compromis parfois aussi. La parole qu’il prononcera sera sans aucun doute libératrice, car à travers les grades de perfection, il a pu entrevoir les faiblesses de ses pensées et de ses actions, le sens de leur finitude et de leur temporalité.

Au 15e grade, les Chevaliers d’Orient et de l’Epée sont libérés par leur geôlier, Cyrus, qui, effrayé par les prédictions entrevues dans un songe qu’il aurait fait, les a instruits dans l’art de la guerre pour les laisser partir reconstruire le Temple. Il y aurait long à en dire sur le plan psychanalytique : le bourreau est celui par qui la liberté peut advenir. Mais rien n’est acquis puisqu’ils devront combattre face à l’ennemi pour passer le pont qui mène au monde promis. Cette Liberté De Passer est une conquête collective mais temporaire, dans la mesure où les constructeurs doivent encore lutter pour reconstruire le temple, la truelle d’une main et l’épée de l’autre. Ici, liberté de passer rejoint liberté de penser et de vivre ensemble, mais dans la confrontation et l’adversité. Le triangle émotionnel et dramatique mis en scène à ce grade (Cyrus dominateur, Zorobabel victime et Samaritains boucs émissaires), où le rôle de sauveur passe des mains de Cyrus à celles de Zorobabel et ses troupes, donne au développement du thème de la liberté un visage nouveau et complexe, bien au-delà de la simple liberté de passer essentiellement évoquée à ce grade. La relation entre les protagonistes, auxquels chacun peut s’identifier tour à tour, devient ambiguë et quelque peu perverse au fur et à mesure du récit. Cependant chaque parti semble y trouver son intérêt, exceptés les Samaritains, nouvel ennemi, usurpateurs de l’identité initiale, coupables de représenter le soi ancien, duquel les héros cherchent à se séparer à tout prix, obnubilés par la reconstruction. A ce grade, on a dépassé le divin, le mystique et la magie, puisés dans le passé et les ruines des deux degrés précédents, pour adopter une tactique, une stratégie guerrière de reconquête, y compris dans la réédification du Temple. Le Maçon devient Chevalier. Armé, il entre dans une logique de l’honneur et du combat.

Au 16e grade, le Prince de Jérusalem est à nouveau obligé de solliciter le dominant étranger, Darius, l’autre, le puissant, pour obtenir la liberté de construire ensemble dans la légitimité du pouvoir. Les illusions d’un monde où la place de chacun paraissait acquise tombent une nouvelle fois, y compris au sein de sa propre ethnie. Jérusalem symbolise ce qui fût perdu et qu’il importe encore ici de retrouver à ce stade de l’initiation : l’âge d’or, l’idéal du grade de Compagnon. Mais les conditions ont bien changé. Une autorité de justice sociale institutionnalisée donne une patente pour œuvrer et, de fait, le pouvoir de commander. Légitimité, liberté, autorité et commandement vont de pair. La lutte continue. La répression et les lois (fussent-elles illusoires) maintiennent la croyance en un avenir meilleur.

D’une certaine façon, les 13e, 14e, 15e et 16e grades forment un tout cohérent où chaque acteur tient un rôle particulier, qui évolue entre nécessités, besoins, désirs et fantasmes.
Nabuchodonosor, représente le conquérant, le puissant, le rival agressif et destructeur, mégalomane et envieux des fastes du Temple, de ses avantages et de sa gloire. Il symbolise la frustration, la convoitise et le pouvoir. Sa force conduit le peuple des israélites à l’épreuve de l’exil, comme punition d’avoir su réaliser un tel édifice.
Cyrus apparaît aux yeux des israélites comme le libérateur, le sauveur. En réalité, rongé par le remords et la peur de la perte de son pouvoir à la suite d’un songe prémonitoire dans lequel il voit Nabuchodonosor enchaîné, il entre dans une phase de négociation, de séduction, de manipulations, de chantage et d’échanges avec Zorobabel, qui, par ailleurs s’avèrent infructueux. S’il initie le peuple à l’art de la guerre pour reconquérir Jérusalem, c’est parce qu’il estime vraisemblablement que le Temple en ruines ne vaut plus un clou au regard de sa déchéance probable ! Ses motivations n’ont rien d’altruistes…
Darius incarne une autorité légitime qui parachève l’épisode et permet un nouveau projet de vie par la loi, le décret. Son intérêt est convergent avec celui des Israélites.
Le peuple symbolise les initiés. D’abord vaniteux, puissant et fort d’un Temple si majestueux aux yeux des autres, il attire les envieux qui le combattent et le conduisent en exil. Puis, soumis et asservi, il apparaît quelque peu masochiste, n’existant que dans la souffrance et se sentant responsable de sa culpabilité. Il va évoluer au fil des grades. Conduit par le mage Guibulum dans les voutes souterraines du Temple pour retrouver ses racines, tenter de découvrir les mystères du passé et mesurer les limites de son moi, il prend désormais pour chef guerrier Zorobabel « de la tribu de Juda, prince de sang de David, le premier parmi les égaux, libre par état, et captif par disgrâce » dit le rituel, qui va résister au feu et passer les eaux… Zorobabel, incorruptible, résistant à la tentation des richesses et du pouvoir dans un premier temps, va conduire le peuple à la victoire, en chef de guerre, mais sans gloire. Il échoue d’abord dans son combat par les armes, et n’obtient finalement la liberté de passer qu’en abandonnant à ses adversaires la délégation de pouvoir (bagues et rubans) que Cyrus lui avait conférée. Mais surtout il va désormais assouvir sa volonté de puissance par la reconquête et la reconstruction du Temple en ruines. De victime, il devient à son tour dominateur, persécuteur et harceleur des Samaritains, estimant être investi de la mission et du devoir de reprendre le bien de ses ancêtres. Acharnement, volonté délibérée, ou victime de la manipulation de Cyrus dans le piège duquel il est tombé à son insu ? Enfin, n’ayant pas réussi par la truelle qui cimente et l’épée qui défend, il s’en remet au pouvoir et à la loi de Darius pour œuvrer, comme si la force seule était inopérante. Nouvel échec personnel ou bien réussite totale à tout prix ?
Les Samaritains, quant à eux, sont les boucs-émissaires du scénario. Dans la légende, ils ne sont pas des ennemis ancestraux. Habitants de la Samarie, ils représentent 10 des 12 tribus d’Israël dont il est question au 11e grade, hors Juda et Benjamin (mots prononcés lors de l’attouchement du 15e grade) et ont contribué jadis à la construction du temple en transportant les cèdres du mont Liban. Selon Esdras 4, 1 à 3, ils proposèrent même à Zorobabel et les siens de reconstruire le Temple ensemble. Ces derniers, possessifs et fiers, refusèrent. C’est à partir de là que les Samaritains cherchèrent à entraver la construction. Ils résistent à l’épée au 15e degré pour plier, sous l’effet d’une pseudo légitimité étrangère, au 16e, car le Temple, vassalisé, reste propriété de Babylone… (Notons qu’ils ne sont pas cités dans le rituel du 15e de Bordeaux, et qu’ils sont les ennemis à combattre sur le pont de l’Euphrate dans le rituel du site de la juridiction du REAA.) Alors, ce peuple et ses leaders auxquels l’initié maçon est censé s’identifier, sont-ils victimes des autres ou victimes d’eux-mêmes ? Sont-ils bourreaux d’eux-mêmes ou bourreaux des autres ? Quelle marge de manœuvre les rituels leurs laissent-ils ? On dit que les rites servaient à préserver la paix dans les sociétés primitives, mais qu’ils ont pour vocation de conditionner le peuple dans nos sociétés dites civilisées ! Sont-ils alors l’objet de leur destin, de leur acharnement à construire et reconstruire un Temple qu’ils ont par trop sacralisé ? Sont-ils manipulés par leur entourage, la société et ses lois ? L’art de la guerre, le maniement des armes auquel ils ont été initiés, leur ont-t-ils réellement servi ? Etape initiatique nécessaire, répondront d’aucuns, comme pour éprouver leur sens guerrier…

Au 17e grade, changement de décor : le Chevalier d’Orient et d’Occident incarne le juste, en conscience avec lui-même, celui qui pense et agit sans erreur ni écart, celui qui a rectifié maintes fois, et qui peut ainsi juger en toute sérénité parce qu’il s’est libéré de ses contingences individuelles. Il est libre et assez fort pour accepter toutes les destructions. « Il y aura toujours devant (lui) une porte ouverte et que personne ne pourra fermer » dit le rituel. Les vérités scellées du livre intérieur à soi (mystères du ciel, énigmes des origines, perspectives insondables de l’avenir : fin des temps, jugement dernier des hommes, avènement d’un temps nouveau) s’ouvrent dans un fracas apocalyptique que les êtres libres, purs et forts sont capables de surmonter, alors que les impies seront symboliquement châtiés. La liberté est mise à l’épreuve de la destruction. Mais changer l’homme n’est pas changer le monde. Dérèglements et iniquités perdurent. Les Temples sont à nouveau démolis et, pire, les outils dispersés. Il convient d’en tirer un nouvel enseignement et apprendre à vivre autrement, sans temple, et bientôt dans l’errance et le nomadisme. Ainsi va la vie.

Au 18e grade, le Chevalier Rose+Croix n’a plus besoin d’espace sacré : le temple est détruit, l’espace est (enfin) ouvert et ne se refermera plus ensuite. La liberté semble tout entière dans la libération du carcan et dans l’abandon (provisoire !) de l’obsession croissante qu’est devenu le Temple au fil des grades, car il n’est pas une fin en soi, fut-elle symbolique. Et nul doute que le Temple mystique, prophétique ou extatique de substitution, révélation subite et vision spirituelle éthérée, ne soit qu’une impasse pour beaucoup d’entre nous. La carapace nécessaire au processus initiatique pour la réalisation d’une acculturation par rapport au monde profane n’est plus utile. Tout devient transparent, l’ouverture brise les barrières entre l’intérieur et l’extérieur. La liberté intérieure rend disponible et permet l’altérité. Une loi nouvelle, plus humaniste et plus forte, ouvre les perspectives d’un monde nouveau. Mu par la foi, porteur d’une parole d’espoir, libéré de lui-même, le Chevalier pourra peut-être œuvrer pour l’amélioration de la société. Mais, quelle part de liberté reste-t-il aux Maçons qui gardent de ce grade une vision sacrificielle et doloriste, malgré la devise « j’ai ce bonheur » ? Liberté de se sacrifier ou bien simple exercice du devoir ? A quel moment le devoir devient-il sacrifice ? L’affranchissement progressif vécu au cours de ces 4 degrés chapitraux donne toute sa qualité à l’Initié qui, du « bien bon maçon » reconnu dans les Loges de Perfection, devient le Franc Maçon, le Maçon affranchi, promis par le cursus maçonnique au 18e degré. On a abandonné (provisoirement) la force pour magnifier l’altérité, l’altruisme et l’agapè. Mais l’empathie et l’action altruiste sont-elles suffisantes pour la construction d’un monde meilleur et plus éclairé ? Si cette étape chapitrale demeure le cœur du processus, nul doute que la suite de l’initiation sera nécessaire pour développer la méthode symbolique indispensable à l’action individuelle et sociale. Des voies multiples vont s’ouvrir, qu’il faut aussi connaître pour en faire de justes usages.

Au 19e grade, le Grand Pontife ne se bat plus sur des ponts, mais il les construit pour relier deux rives, deux mondes. C’est lui qui donne maintenant la liberté de passer. C’est un passeur qui ouvre des voies vers une spiritualité, mais, n’en doutons pas, la Jérusalem céleste du rituel, édifice mystique pour d’aucuns, ne remplacera pas les ruines de l’ancien temple. Elle ne demeurera qu’une espérance, une promesse, une croyance, une idéologie, une illusion supplémentaire. Mais elle fait aussi partie de notre imaginaire anthropologique, culturel et cultuel.

Au 20e grade, le Maître Ad Vitam semble avoir l’éternité de la maîtrise devant lui. Est-ce un leurre, une illusion, la réminiscence des pratiques du début du 18ème siècle, ou bien une possibilité acquise par la sagesse ? S’il porte en lui les lumières de ses ancêtres comme le dit le rituel, il serait fâcheux qu’il prenne la liberté d’en abuser. Rien n’est pérenne, tout n’est que tentative et impermanence, mais ces tentations de puissance existent.

Au 21e grade, le Chevalier Prussien subit l’échec d’avoir voulu construire une tour qui mène jusqu’aux portes du ciel (comme il s’était fait refouler de la porte de son infini au 14e grade), pour se retrouver gisant dans les mines de sel prussiennes. La liberté a ses limites, dans les profondeurs comme dans l’élévation, mais il faut oser les explorer pour prendre la mesure du possible, au risque de la dispersion et de l’exil.

Au 22e grade, le Prince du Liban, armé d’une Royale Hache, tranche les cèdres car ils ne peuvent s’élever jusqu’au ciel. Leur utilité est bien sur la terre, pour étayer et bâtir… Il rompt ainsi les liens avec l’illusoire, se débarrasse de l’inutile pour s’en libérer et trouver le juste usage.

Au 23e grade, le Chef du Tabernacle voit les limites de sa raison et perd une partie de sa liberté dans la mesure où il lui préfère des sacrifices et des offrandes qui relèvent indubitablement de croyances incantatoires. Ce retour en arrière, dans la traversée du désert, évoque bien l’empreinte dont est marqué l’esprit et sa part d’irréfléchi, prête à des pratiques idolâtres que l’on croyait oubliées. Notre inconscient est aussi notre destin et il nous mène souvent sans que nous le sachions.

Au 24e grade, le Prince du Tabernacle, prêt à sanctifier le Temple, s’égare dans les mêmes errements superstitieux face à l’attitude déviante de l’indétrônable Salomon, susceptible de mettre l’institution en péril. Non seulement des limites sont posées, mais des régressions sont toujours possibles. L’initié en sortira cependant grandi, libéré de l’idolâtrie qu’il vouait à l’image du « juge étalon » dont l’emblématique sagesse est déchue vers la fin de ses jours. Tout passe. On ne voit plus avec les mêmes yeux.

Au 25e grade, le Chevalier du Serpent d’Airain est libéré de ses chaînes qui sont une entrave à sa liberté, pour effectuer son ascension sur la montagne et rencontrer le reptile qui guérit des morsures de la vie. Mais, le talisman qu’il érige avec le serpent autour du Tau ne doit pas devenir un nouveau gri-gri, une nouvelle superstition qui enfermerait encore… Puissant symbole de vie et d’espoir nécessaire ou bien petitesse et déréliction de l’esprit fétichiste à qui il faut des amulettes pour béquilles ?

Au 26e grade, l’Écossais Trinitaire, Prince de Mercy, cherche à se libérer de sa peur morale et physique alors qu’il choisit de s’élancer dans le vide, mais il perçoit clairement sa dépendance au monde matériel lors de l’ascension de l’échelle des vertus théologales qui mène vers un troisième ciel parfait, ouvert, mais qui reste à explorer. Cependant, la Vérité statufiée en palladium à ce grade, si elle peut délivrer de l’erreur, ne doit pas confiner à une autre idolâtrie, pas plus que les ailes dont est affublé le récipiendaire ne lui permettront l’envol... Il reste sanglé pendant le saut, attaché à la vie, mais peut-être un peu plus fort face à son destin. Le troisième ciel est-il de ce monde ? Ces 4 degrés ajoutés au rite de Perfection, issus de l’Ordre des Ecossais Trinitaires, confinent pour partie à un fétichisme lié à des cultes anciens qu’il convient de relativiser.

Au 27e grade, le Grand Commandeur du Temple aura les mains libres de ses entraves alors qu’il lui sera annoncé : « je vous délie du joug de la servitude des hommes, vous ne serez plus soumis à aucun frère, tous vous respecteront, il n’y a que votre souveraine Cour qui vous égale ». Egalité, respect, liberté, et devoirs réciproques, sont les valeurs cardinales de ce grade qui réunit autour d’une table ronde.

Au 28e grade, le Chevalier du Soleil, se libère de ses dernières illusions, par un retour aux Lois de la Nature, là où « le mal et ses manifestations font partie de l’harmonie universelle » et ou « toute harmonie se renouvelle sans cesse par le jeu des forces contraires », (même si ces notions on été introduites tardivement). C’est pour cela que certains rituels laissent la liberté nécessaire d’entrevoir la même action selon deux points de vue opposés (l’un intéressé et vil, l’autre humaniste et sage), comme descente du piédestal édénique sur lequel l’humain se place trop souvent. Il faut bien se résoudre à voir le monde et les hommes tels qu’ils sont. Pas d’angélisme, une simple remise en place lucide de la perfectibilité de l’homme, fonds de commerce de la Maçonnerie. La violence semble inscrite dans nos gènes et la Vérité est tout entière contenue dans notre cœur, là où elle s’est réfugiée par crainte de ce que les hommes en ont fait. Elle ne se manifeste que si on sait l’y trouver et la délivrer, par delà le bien et le mal.

Au 29e grade, le Grand Ecossais de Saint André, chevalier bâtisseur, commet l’erreur de vouloir imposer sa vérité dans des lieux orientaux habités par d’autres mœurs, d‘autres croyances. Infiltrés par l’ennemi, les Chevaliers reviennent pourtant, accueillis en vainqueurs en Ecosse. Des limites à la liberté sont à nouveau posées, là où les croyance ou la raison deviennent dogme. « Vénérer la raison pure, servir la Vérité, protéger la Vertu, combattre pour le Droit », crédos du grade, ne sont universalisables que dans la mesure du respect des autres cultures. Il faut ainsi savoir revenir d’où on est issu après les nécessaires voyages, qui ne doivent pas se confiner à des guerres idéologiques, saintes ou colonialistes (ou à des conquêtes mercantiles, pourrait-on ajouter aujourd’hui). Ce 3e point de rebroussement (après celui des 13e et 21e degrés) ne sera pas le dernier du processus, le haut de l’échelle du grade suivant en sera un autre.

Au 30e grade, le Chevalier Kadosh, qui clame « Fais ce que dois, advienne que pourra », semble conquis par une liberté totale, celle d’un justicier, qui cherche réparation à partir d’un camp itinérant. La progression initiatique, avec ses connaissances acquises, ses vertus éprouvées et ses vices réprouvés, pourrait ainsi permettre l’action en opposition aux « puissances du mal ». Le Chevalier Kadosh, qui cherche « la lumière de la liberté pour ceux qui n’en abusent pas », ne se contente pas d’être soumis à une législation, il s’érige en législateur. En « soldat de l’universel », il se prescrit la loi à laquelle il obéit pour accomplir sa liberté. Car la liberté ne peut être en dehors de toute loi. Par la raison comme juge de la morale, l’homme a la faculté de se donner la loi qu’il ne peut trouver ailleurs qu’en lui. Sa conscience lui donne de surcroît l’autonomie de sa propre détermination par rapport à cette loi, pour son bon usage dans l’action. Mais comment le Chevalier Kadosh, dans sa croisade et son combat réparateurs, dans sa conjuration des maléfices, peut-il se prévaloir de la suffisance de son devoir, de l’innocence de son intention, de la justesse de son action et de l’impunité des conséquences de ses actes, même si ses armes pures peuvent aussi se retourner contre lui ? La conviction, fut-elle lucide, suffit-elle à justifier l’action ? Et ce nec plus ultra, qui domine les connaissances, les valeurs et les vertus de l’échelle, est-il le sommet de la conscience du Maçon Ecossiste, ou bien l’abîme de sa déréliction ?

Au 31e grade, le Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur acquière la liberté de juger dans le Grand Tribunal du monde, mais avec équité et responsabilité, sans pour autant prononcer de sentence. La liberté du grade consiste à interpréter la loi, aveugle aux cas particuliers, pour gommer les inégalités. Mais exercer sa faculté de juger, c’est aussi savoir discerner dans la limite de l’entendement, selon une grille de lecture éthique de la vie et des valeurs morales de référence. Aussi, la liberté est-elle subordonnée aux principes judicatifs inhérents aux mœurs, et plus encore, à l’humain. Le maçon retrouve une place apaisée à ce grade où la loi et la justice se substituent aux combats tragiques de la liberté contre la fatalité. L’ordre est symboliquement rétabli. Il en est fini de la vengeance, du châtiment, de la justice archaïque, salomonienne ou divine, qui faisaient office de destinée. Une fonction nouvelle de régulation et de modération se met en place.

Au 32e grade, le Vaillant et Sublime Prince du Royal Secret pratique un art de vivre sous-tendu par un idéal de liberté raisonnable, car savoir-faire et savoir-quoi-faire vont de pair. Mais, si le rituel évoque une convergence solidaire et un ralliement de circonstance, c’est pour poursuivre un combat pour « le droit à la liberté de conscience » dans le camp du rendez-vous, destination finale, où l’on se tient prêt à assiéger le Temple initial devenu citadelle, car reconstruit, fortifié et occupé par d’autres communautés de pensées aux convictions différentes, ennemies ancestrales. La lutte continue et la guerre n’aura d’issue que pour ceux qui mourront. « J’ai été ce que vous êtes, vous serez ce que je suis » rappelle utilement le rituel. L’homme semble être condamné à veiller et guerroyer pour sa survie, mais aussi pour des croyances, voire des idéologies, auxquelles il s’identifie. La Maçonnerie fonde sa méthode initiale sur le thème de la construction d’un édifice solidement ancré, puis de son appropriation, par tous les moyens, en vue d’une possession sédentaire qui s’avère illusoire, pour finir, d’exils en destructions, de reconstructions en échecs, en une errance nomade, réparatrice d’abord, justicière ensuite et combative enfin. Est-ce là la destinée du Maçon ? Libérer ses frustrations ou son agressivité dans l’impermanence, se battre pour ou contre quelque chose, c’est forcément détruire, détruire ce que d’autres ont bâti, détruire (volontairement ou non) ce que l’on a soi-même construit, quoi qu’il en coûte. Cette analyse schématique vient-elle borner l’espoir de liberté de l’initié, héros tragique sur le chemin du devenir ?

Au 33e grade, le Souverain Grand Inspecteur Général est partagé entre le sentiment d’accomplissement d’un parcours achevé et celui de la perspective d’un cycle à recommencer sans cesse dans un monde ouvert. Le grade invite à regarder avec lucidité le cheminement maçonnique pour s’apercevoir qu’un grade ne vient pas en écraser un autre. L’attachement à l’Ordre incite à les pratiquer tous simultanément, comme si un front qui contient passé et présent avançait dans la temporalité, pour un avenir prometteur. La libération, si tant est qu’elle se réalise, ne se pratique pas par l’oubli, même si le cursus invite à épurer les connaissances.

La liberté de l’Ecossisme est avant tout engagement et responsabilité dans un monde improbable en marche, et tous les grades comportent leur part de vérité. En effet, si la majorité des grades met en perspective une liberté sous-tendue par la conscience d’une volonté raisonnable, ils sont entrecoupés par d’autres, moins humanistes, mais tout aussi humains (trop humains peut être !), qui mettent en scène la satisfaction de besoins immédiats, souvent par la force et la violence. Ces derniers, dont l’origine peut être attribuée aux nécessités, mais sans doute aussi essentiellement aux croyances, se soldent souvent par des échecs formateurs qui relancent l’épopée de l’Ecossisme. D’autres, dont le fondement a trait à la conscience d’un monde plus grand que soi, mettent en exergue l’ouverture d’esprit et l’altérité. D’autres, enfin, exacerbent la nécessaire expression de l’ego et l’horizon de sa finitude dans laquelle la liberté est circonscrite. Le cursus maçonnique du REAA, à travers son symbolisme, ses mises en situation et ses mythes, fait apparaître ainsi les facettes d’une Liberté complexe, non monolithique et sans cesse remise en question. Et pourtant, le sens philosophique du parcours laisse à penser que le Maçon a la vocation d’être un juste, un faiseur de lois, qu’il est censé créer en avançant sur le chemin de la vie. En contrepoint, la posture du Maçon dans les Consistoires, derniers espaces de travail du REAA, donne l’impression que le parcours initiatique, loin de le changer, lui fournit au contraire les outils et les armes nécessaires pour le conforter dans ses convictions initiales. Seul son regard sur lui-même et sur le monde change, mais son for intérieur semble immuable. Mieux outillé et mieux armé, aguerri à l’art de la rhétorique, souvent caparaçonné dans un prêt à penser maçonnique, il saura user de l’éloquence nécessaire pour expliquer ce qu’il est, ce en quoi il croit, avec des références culturelles acquises en Loge, mais son fonds éthique, celui qui a permis sa cooptation initiale au sein de l’Ordre, parait demeurer le même. En effet, dès que le consensus humaniste de forme est dépassé dans le discours en Loge, chacun reste campé sur ses positions. Rares sont les conversions, qu’elles soient progressives ou cathartiques. L’adage « On ne devient ce que l’on est que parce que l’on est ce que l’on devient », semble ici se vérifier. Les croyances de chacun sont finalement le moteur de l’existence, ce qui reste permanent en soi, sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Alors, la Maçonnerie est-elle un alibi pour se donner une bonne conscience humaniste ?

La vie est une lutte permanente, contre l’entropie pour tous, mais aussi contre la peur pour certains, (moins chanceux ?), qui se battent contre eux-mêmes et contre les autres pour exister. Combats nécessaires ou bien vaines gesticulations, combats médiocres ou bien sentiment d’exister ? Et pourtant, c’est à ce prix que les libertés se conquièrent. Un être qui perd son énergie vitale perd sa place parmi ses congénères ; c’est la dure loi de l’évolution des espèces. Aussi, on peut estimer, faute d’autres explications, qu’il existerait un instinct salvateur, souvent belliciste, supérieur à la légalité, qui transparaît dans les mœurs et qui échappe à la cognition, parce que nécessaire à la survie. Les luttes nous confirment que nous vivons, et la maçonnerie n’échappe pas à ces combats. Théoriquement non inféodé, le Maçon se doit cependant de défendre ce que l’on appelle l’Ordre, notion au demeurant maçonniquement floue, au risque de compromettre une part de sa liberté. Ainsi, les luttes sont immorales au 3e degré pour acquérir un pouvoir illusoire, vengeresses aux 9e et 10e degrés pour retrouver un équilibre psychologique, à la fois guerrières, salvatrices et illusoires aux 15e et 16e degrés, pour trouver une liberté tant attendue et pouvoir continuer à bâtir, réparatrices au 30e degré, conquérantes aux 29e et 32e degrés, mais sont-elles légitimes pour autant ? Curieuse destinée que celle de l’homme, qui se croit libre mais ne fait que « danser dans ses chaînes »… Seuls sa conscience et son libre arbitre peuvent être ses guides. Mais quelle latitude, quelle liberté espérer dans la pourtant nécessaire décision et dans l’action contingente ? Avons-nous la liberté de nos choix ? Freud répond à ce questionnement par un pessimisme réaliste, sans aucun doute partial, mais qui pousse à la réflexion : « le libre arbitre c’est le choix de la névrose ». Cette idée de libération dans la contrainte montre somme toute que l’homme, prisonnier de sa condition, ne sait la dépasser qu’à la hauteur du mythe et de la culture qu’il génère, et dans l’épaisseur du langage, qui s’oppose bien souvent à la recherche de la parole vraie, à la délivrance du sens emprisonné. « Sans sol, sans ordre, sans origine, l’être n’est pas, dit Heidegger, il lui faut une histoire ». « La vie, quand elle n’est pas souffrance, est jeu » déclare Emil Cioran et, quel que soit le moyen employé (ordre, violence, force, altruisme, amour), la liberté demeure située entre croyance, désir et nécessité. La sagesse n’est-elle pas finalement qu’une acceptation, un compromis, voire une compromission avec le destin, en même temps que la discipline des désirs ? Il semble bien, qu’en revendiquant notre liberté de penser, pourtant dotés de raison et d’esprit critique, de volonté et de détermination, nous soyons simplement condamnés à espérer

Source : http://www.amhg.fr

Par AMHG - Publié dans : Planches
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Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 06:54

Le 24ème degré du R.E.A.A  fait référence aux symboles de l’URIM (Lumières) et du THUMIMM (Perfections).  Comment ce Prince peut-il s’appuyer sur ces symboles pour « construire » l’unité du CHK ? 

Astrologue, devin, pythonisse, sibylle, prophète, cartomancienne, chiromancienne,  numérologue, voyant, médium…les mots ne manquent pas au fil de  l’histoire de l’Homme,  pour désigner ceux et celles ayant le don de lire dans le passé ou prédire l’avenir,  à qui les approche ! Je me souviens de ma propre expérience de consultant involontaire dans ce domaine de la prédiction. Il y a quelques années, alors que j’étais attablé à la terrasse d’un café, près d’ici avant une tenue, une diseuse de bonne aventure qui passait  m’a saisi brusquement la main.  Pour y lire en un éclair, dans l’ordre,  que ma voiture perdrait bientôt une roue en marche et que je serai grand-père un jour de Noël à venir ! En quelque sorte,  la mort et la vie, dans la même prophétie ! Sans vouloir trop croire à ces annonces, une vague inquiétude et une joie mêlées ont tout de même troublé ma soirée en loge ! Puis j’ai oublié la femme enturbannée.  Ses paroles me sont  revenues quelques mois plus tard,  lorsque,  effectivement, en quittant une station service, la roue avant droite de mon véhicule est sortie de son moyeu ! Au ralenti, heureusement. C’était à l’époque où l’on y  permutait les roues  pour égaliser l’usure des pneus. Le mécanicien avait  oublié de remettre les écrous sur la roue en cause !   Et le jour de  Noël de la même année, notre fille a bien accouché d’une petite fille, faisant de moi et de mon épouse, des  grands parents comblés !

 La divination, une vieille histoire

La divination est une vieille histoire.  Depuis l’origine, pour perdurer, malgré les obstacles, le fils d’Adam est contraint de toujours semer pour récolter ! Il doit précéder l’évènement. Pour se nourrir, prévenir les agressions de la nature, se protéger de son semblable, préserver sa santé ou assurer ses vieux jours. S’est ainsi installée dans son esprit une forme d’évidence : l’avenir c’est la menace, souvent justifiée. Il s’agit donc constamment pour lui de  prévenir le risque, si possible de le réduire. Rien de changé, aujourd’hui comme hier. Le prévisionniste météo,  à la merci des caprices du ciel le sait bien : anticiper, c’est avoir un regard d’avance ! A l’époque du roi Salomon, ses grands prêtres observent déjà les astres. C’est dans leurs éclipses qu’ils disent voir les bons et mauvais présages. Plus près de nous, au début de notre civilisation méditerranéenne, Platon ne prétend-t-il pas que le foie est l’organe de la prophétie ?! Les Romains aussi ont leurs devineresses : les fameuses sibylles précitées, qui basent aussi leurs annonces sur l’inspection des entrailles de poulets ou le vol des oiseaux. Elles prédisent de la sorte l’assassinat de l’Empereur César. Ce sont ces mêmes sibylles qui préviennent Agrippine de son proche empoisonnement par Néron, son fils ! Un survol de l’histoire nous montre qu’après les prophètes bibliques, vient avec Jésus,  le temps des « missionnés », telle Jeanne d’Arc la clairaudiente,  puis plus tard, celui des «visionnaires»,  avec Nostradamus le futurologue, dont les prédictions atteignent notre millénaire. En remontant le temps maçonnique, nous constatons que nos cousins bâtisseurs de cathédrales se réfèrent précisément sur leurs parchemins à la période salomonienne et à ses astrologues. Il n’est pas étonnant que l’Art Royal y ait également puisé ses légendes par porosité et soit ainsi, à sa manière, entrée dans le monde divinatoire. Moins bien entendu, pour y trouver des prédictions que des métaphores productrices de sens et  de passages aux actes positifs. La franc- maçonnerie  spéculative est en soi un projet : Ce sont bien lesdites métaphores, qui en support de notre méthode symbolique, nous projettent  dans « les choses à faire » donc dans le futur. Avec le doute prudent, l’interrogation judicieuse, l’espoir raisonnable, l’auto-questionnement sincère et l’indispensable esprit critique. Contrairement aux religions qui, dans leur rôle, sans réserve,  apportent des réponses immédiates et intemporelles et du prêt à penser.

Dès le 1er degré du REAA, avec son injonction « Connais-toi toi-même, Socrate nous impose littéralement de nous « deviner ». De l’angoissant bandeau initial bouchant mes yeux,   à ma main voilant à nouveau ma vue, précisément signe de reconnaissance du 24ème degré, qui nous interpelle ce soir, je suis invité par ledit rituel,  à interroger mon être intérieur. Se trouver soudain dans l’obscurité, ne plus voir, c’est  véritablement « être éteint »,  c’est bien sûr vouloir à nouveau la lumière, c’est par conséquent désirer retrouver l’usage de cette perfection en soi que constitue l’œil, premier capteur de nos perceptions ! Le rituel m’indique que Prince du Tabernacle devenu à ce 24ème degré, je suis ainsi un intermédiaire entre Dieu et les hommes. J’ai le sublime honneur d’avoir symboliquement reçu  avec ce degré, le pectoral, ornement brodé sur ma poitrine par deux jeux de pierres précieuses. A savoir :   L’Ourim (Lumières en hébreu)  désignant deux pierres de sardoine (une blanche signifiant oui  et une noire signifiant non) et  le Thumimm (Perfections en hébreu), constitué par un carré de douze pierres multicolores et scintillantes - chacune siglée d’une lettre de l’alphabet hébraïque -  correspondant aux  douze tribus d’Israël. Parmi les nombreuses versions existantes, je choisis la plus simple : Celle indiquant que Dieu répond  à mes questions en activant la brillance ou la matité  des pierres de l’Ourim ou bien me donne des directives par le clignotement des lettres formant des mots sur les pierres du Thumimm. Les légendes ont sans cesse  besoin d’être racontées pour continuer d’exister! Retenons de celle-ci que ces deux instruments divinatoires ont cessé  à jamais d’émettre toute parole et toute vérité de l’Etre Suprême  après les errements de  Salomon,  à type de croyances idolâtres et de débauches honteuses. Partant le roi, privé de l’aide divine, redevient un homme lambda, seul, devant ses obligations terrestres.

Qu’est-ce que l’homme ?

Notre  rituel me dit que la construction du Temple de Salomon est enfin achevée à ce moment même mais l’homme ordinaire que je suis doit poursuivre seul la construction de son Temple intérieur. Ainsi, sans l’aide divine, sans le secours éventuel des diverses mancies et dans le réel de la cité du deuxième millénaire revenu, comment puis-je envisager de construire mon unité de Chevalier Kadosch, avec ces symboles-outils Lumières et Perfections soudain « dédivinisés ».En clair, comment devenir, sous ma seule responsabilité, un être autonome et  éclairé,  alors que je vis dans un monde où, comme dit Nietzsche, les hommes recherchent d’abord la lumière pour briller ! Comment me parfaire, c'est-à-dire comment m’améliorer, changer en mieux, alors même  qu’on ne change pas un programme génétique, comme on remplace une carte  de téléphone ?!! De fait, on peut ici se poser la question « Qu’est-ce que l’homme ? ». « L’homme est   la mesure de toutes choses  »  me répond le sophiste grec Protagoras.  Avec  la raison, l’intuition et l’imagination, ces trois sœurs qui se chamaillent  en lui, l’homme n’est-il pas tout au contraire  la démesure de toutes choses, cette fameuse ubris, « le toujours plus » des grecs anciens. Car enfin, qu’est-ce que l’homme, sinon un être dont cette raison est sans cesse  bousculée, mise à mal, défiée par les deux autres,  ces deux espiègles, vitales mais non fiables,  la pythonisse précitée  et la « folle du logis », ainsi nommées par ces mêmes grecs. Cet homme doué de  raison donc,  - j’entends ici l’homme qui ne cherche pas à avoir raison  mais à raisonner -  c’est  celui qui, sans passion excessive et grâce à une pensée cohérente, cherche à distinguer  le réel de la fiction,  le bien du mal,  le vrai  du faux, le juste de l’injuste, le bon du mauvais. C’est celui qui observe des normes claires, qui fait preuve de logique et de bon sens. Mais, mais… ce serait ignorer que cet homme dit raisonnable doit compter aussi avec son  affectivité qui  le rend,   tantôt  euphorique, tantôt angoissé, autant dire dominé par  ses émotions, incertain, jaloux, méchant, violent – nous vivons cette violence au quotidien -  et dont  l’intuition,  peut lui donner une prescience des choses,  comme le soumettre à l’erreur totale ! Quant à  son imagination, elle fait de lui un être subjectif, prompt à la pensée magique - à preuve la voyance - prompt aussi  au merveilleux, aux signes, aux coïncidences, qui  refuse la mort, se berce d’illusions, croit  plus au destin qu’à son libre-arbitre, et par là-même se pense agi par le sort, sinon les forces de l’esprit. Ainsi est l’homme, ne nous le cachons pas,  un être  à la fois multiple et incomplet,  commun et paradoxal, davantage disposé par nature, au plaisir qu’à l’ascèse, à la croyance qu’à la preuve, au désordre qu’à la sagesse…Ainsi nous sommes. Ainsi je suis!  Je ne veux pas affirmer pour autant que la raison est notre vérité absolue et doit dominer en permanence tous les actes de notre vie. L’ère de la technologie nous fait  croire que la raison est aux commandes de notre psychisme et que l’intuition et l’imagination, ont un rôle secondaire, voire fantaisiste ou toujours dangereux.  « Si c’est la raison qui fait l’homme, c’est le sentiment qui le conduit », dit fort à propos Jean-Jacques Rousseau. Nous avons pris l’habitude de juger notre société des hommes, en termes d’actes rationnels et irrationnels. Or, on entend par « irrationnel » - avec un brin de moquerie- non seulement ce qui n’est pas explicable par la raison, mais ce qui serait faux, trompeur, illusoire, farfelu. Cette attitude fait ainsi bon marché de l’une des fonctions principales de notre psychisme : l’imaginaire, qui abrite en son  sein notre imagination. Au vrai,  par le truchement de cet imaginaire - siège même de nos croyances - qui nous permet de nous évader de notre scaphandre personnel  et d’agrandir notre espace mental, nous exprimons toute cette part « irrationnelle », difficilement contrôlable de nous-mêmes, sans laquelle nous ne pourrions pas vivre une vie riche et  pleine, de nos émotions de base à nos doutes quotidiens, de nos impressions premières à nos élans poétiques, de nos angoisses les plus fortes à nos espoirs les plus enthousiastes, de nos pensées les plus sophistiquées à notre créativité la plus débridée. Nous jouons les rationnels purs et durs et, dans le même temps, indisciplinés, nous succombons à nos désirs, à nos amours, pulsions et croyances, toujours nouveaux. A travers nos contemplations, nos coups de foudres, nos achats même, dits impulsifs, donc irrationnels. Un regard en forme de promesse, un concerto de notre cher Mozart, un coucher de soleil sur la plage ou une automobile en vitrine, peuvent littéralement,   irrésistiblement, nous emporter !.Parce que notre vie serait bien triste, si elle  n’était que raison, sans les lumières de nos fantasmes,  ces délicieux aiguillons  du désir….Nous sommes rationnels mais captivés ici-même et dans nos lectures, par l’irrationalité des récits bibliques, templiers, alchimiques, des contes égyptiens, des légendes maçonniques et compagnonniques, véritables bains de jouvence pour notre esprit curieux, assoiffé d’énigmes à tiroirs, d’aventures à suspense et d’images métaphoriques.. Alors, acceptons-nous comme nous sommes,  des grands enfants, des êtres de contradiction. Pour vivre, nous avons besoin d’un passé donc de récits, mais aussi de pain et  d’eau, (de vin bien sûr !) et encore, d’amour et de rêves. Partant vivre, c’est croire même à l’incroyable! Parce que notre cerveau animé par le principe de plaisir, mais sans cesse contré par le principe de réalité, a besoin de projets agréables ! 

De la lumière à la lucidité 

De fait, comment pourrions-nous vivre, si nous ne croyons pas que nous serons vivants demain, la semaine prochaine, si nous ne croyons pas à nos rendez-vous à venir, à nos projets de travaux et de vacances ?!   Puisque la science ne nous répond pas,  ou mal encore,  à la trilogie questionnante : Qui suis-je ? d’où viens-je ? Où vais-je ?, il faut bien que notre imaginaire espiègle nous fasse, si j’ose dire,  présent  d’un passé et  aussi d’un futur. Qu’il compense, joue, qu’il dessine des arcs en ciel devant nos yeux, pour enchanter le monde ! Nous sommes des êtres de désirs et de répétitions. Dès lors, le besoin de croire ou plutôt le désir de croire au surnaturel et au merveilleux, entraîne  en nous  celui d’entendre, et de réentendre - comme autant de bonbons de l’esprit - des histoires, en l’occurrence, fondatrices. Rappelons-nous notre enfance et notre propension à nous faire répéter sans fin des contes de fée, avant de nous endormir, tels le Petit Chaperon rouge ou le Petit Poucet. Ces récits, tranches de vie insolites  mises en mots, ont permis à chacun de nous, en devenant inconsciemment un héros de fiction, de se créer une mythologie personnelle.  « Dis-moi quel est ton conte de fée préféré, et je te dirai qui tu es ! » affirme le psychologue Bruno Bettelheim. Qui dit mythe, dit passé. Nous rattrapons ici un autre grand fantasme de l’homme : s’attribuer une rétrospective et revendiquer une origine toujours plus lointaine !  Sur ce plan, il n’est qu’à constater le succès pérenne de la généalogie familiale ! Pourtant, lorsque l’imagerie nous ramène à Adam, au hasard des pages  illustrées d’un catéchisme  d’enfance, que découvre-ton en regardant bien ? L’homme premier n’a pas de nombril : il ne s’est pas créé lui-même ! De la sorte, depuis la genèse, les successions humaines, par définition, se reproduisent…mais ne cessent de se poser la question de leur créateur initial ! Pour dépasser ce mystère, elles ont d’abord inventé des divinités génitrices, puis du polythéisme, sont venues au monothéisme avec les religions du Livre. Autant de symboles « compensateurs » pour apaiser leur tourmente existentielle. L’homme moderne continue de la subir et il éprouve toujours la même obsession  lancinante, frustrante : celle d’un début à connaître, d’un point de départ de l’univers, d’un « comment » et partant d’un « pourquoi » de sa propre histoire. 

Le « pourquoi », précisément - son besoin de sens -  c’est la caractéristique même de l’homme, sa qualité majeure sur les autres animaux,  en termes de curiosité créative, mais  c’est aussi son défaut, car ce questionnement  permanent  participe à l’angoisse précitée. Voilà donc, tel que nous sommes, tel que je suis, Chevalier Kadosch, mais aussi éternel homme-apprenti, en quête d’explications. Un homme qui de fait, en contient  trois, l’expert modelé par les techniques modernes et rompu à leur usage, le logicien héritier du rationalisme de ces fameuses Lumières  et le poète, que son imaginaire avide invite à rêver davantage, seul ou mieux en communauté. Parce que dans la cité, à l’époque de l’avion supersonique, du TGV, de  l’ordinateur et du téléphone portable, certes on communique de plus en plus…mais on se parle de moins en moins ! N’y a-il pas  quelque utopie, voire prétention,  à parler d’unité à propos de la construction de l’homme, fut-il symboliquement Chevalier Kadosch  ou davantage! Nous sommes le résultat de ceux qui nous ont précédés. Nous sommes les autres,  et partant des êtres multiples, nous venons de le voir ! Ne s’agit-il dès lors pour moi, de passer de la lumière…à la lucidité ?!

Que signifie pour moi être lucide, sinon  éclairer crûment ma réalité. Donc ne pas me mentir, ni à moi ni aux autres. C’est abandonner mes illusions, sortir  des pensées d’almanach  et  fuir les discours creux si courants. C’est, en loge, raison garder en respectant le rite sans être « ritolâtre ». C’est, dans la cité, être clairvoyant mieux que voyant, ne pas attendre obstinément un train qui ne passera jamais mais marcher vers un but accessible ! Sans me dévaloriser, c’est être conscient de mes moyens, moi  poussière d’étoile ! C’est cultiver mon souvenir du bien reçu et autant que possible mon oubli du mal qui a pu m’être fait ! C’est encore m’attacher à considérer mon semblable et à être considéré par lui,  mieux que reconnu. C’est enfin conserver un ego protecteur mais ne pas le « surgonfler » pour obtenir des regards admiratifs. Le ver n’est luisant que dans les ténèbres ! Dans notre monde du  vivant, nous sommes animés par un puissant  et mystérieux « vouloir-vivre ». Cet état  fait de nous des êtres en demande permanente. De relation, de possession, d’action. Nous éprouvons un constant  besoin d’étonnement. Puisque, comme dit Pascal, nous ne savons pas rester dans notre chambre, nous nous affairons fébrilement  au dehors. Qui, fuit  ainsi la solitude, qui, cherche à se mesurer, qui coure après le pouvoir et les médailles !  Pour trouver du sens, dans une vie qui n’en a pas et oublier notre condition d’hommes provisoires, donc de mortels. Etre lucide, c’est désirer oui, c’est rêver, espérer, croire, j’y reviens. Notre vie s’appuie sur le « croire ». Au ciel, à l’homme, donc au progrès, à la science,  la médecine, la justice, l’amour, etc. Le relationnel ne fonctionne qu’à coup de croire et décroire.  Parce que croire en quelque chose ou quelqu’un ce n’est pas être dupe : faire confiance, c’est faire crédit, prendre un risque. Donc garder une place au doute, à l’esprit critique. Il faut savoir que l’on croit et ne pas croire que l’on sait ! Qui dit lucidité dit humilité. Le désir est manque mais il est aussi création.  Etre lucide n’exclut ni l’imagination, ni la sensibilité. Ainsi la lucidité devient pure clarté quand, par exemple,  elle conduit vers l’art et les émotions esthétiques. Pour ce qui nous concerne, la lumière initiatique reçue lors de notre première initiation, puis lors des suivantes,  nous a mis et continue de nous mettre en présence d’une beauté  spécifique. Avec, dans nos loges,  l’harmonie des décors et des couleurs, les représentations symboliques et graphiques, les modulations vocales et musicales, les rythmes gestuels et rituelliques. Cette synchronie  si particulière, je dirais, « d’éléments en sympathie », régulièrement revécue, fait tomber les défenses en entretenant joie du cœur et paix de l’âme. Tel est mon ressenti. De la sorte, ne constitue-t-elle pas en soi  une incitation permanente, une  véritable ouverture, le parvis franchi,  à toute la gamme d’expressions artistiques dans la cité, qu’elle soit musicale, romanesque, picturale ou encore théâtrale, entre autres ?! Aussi bien comme auditeur ou lecteur, acteur ou spectateur. Participer à la création, s’initier à un art, comme à la franc-maçonnerie qui en est un aussi,  c’est naître de soi-même. Nous savons lucidement,  que nous ne posséderons jamais la vérité, mais à travers  toutes les formes  d’art, nous pouvons en percevoir les accents. La représentation enseigne et produit souvent les métaphores du réel. Pratiquer un art ou en être amateur, dans le prolongement maçonnique même, c’est poursuivre dans l’enthousiasme notre auto-construction, notre enrichissement. Si ce n’est pas forcément baigner dans l’hypothétique bonheur, c’est  à coup sûr,  en vivre de précieux instants!   

De la perfection, la sagesse 

Il fut un temps très lointain où la nature était le garde-manger ouvert des humains. La cueillette, forme première de l’égalité, offrait l’abondance à chacun. C’est la raréfaction progressive qui a imposé dans l’ordre,  l’agriculture, la propriété, la défiance, la compétition et la jalousie meurtrières. Accepter que l’autre, cet autre moi,  existe et mange,  fut et demeure  la première forme de tolérance ! Et en même temps le constat que l’homme, par sa volonté,  est perfectible, améliorable en termes relationnels. Si la perfection (du latin perfectio, achèvement, complet) semble exister dans l’univers, elle n’est évidemment pas atteignable par l’homme, être inachevé. Et  ce n’est sans doute pas à souhaiter. C’est difficile à dire et à entendre, mais sans le mal, notamment, cet homme que nous sommes,  n’aurait plus aucun effort à faire sur lui-même et se morfondrait dans la béatitude émolliente du bien ! Pour faire image,  en ce siècle de mal au dos, les colonnes du temple peuvent inspirer au franc-maçon de redresser si besoin sa colonne mentale - support de son ciel intérieur – exactement comme il redresse sa colonne  vertébrale physique en se levant. L’homme vivant  et confiant est un homme debout qui avance, comme le funambule, le buste droit, à coup d’équilibres et de déséquilibres,  sur le fil de la vie. Notre cerveau a besoin de la comparaison, bon outil d’évaluation, s’il est bien utilisé, pour aborder son environnement. Précisément, perfection et sagesse (du latin sapience, science, savoir) sont souvent comparées et rapprochées en maçonnerie. Qu’est-ce au juste que la sagesse, sinon le savoir-vivre même ?!  La sagesse   oppose la raison à la passion, la mesure à l’excès, le contrôle de soi à la colère. C’est le médiateur,  le juste milieu. Si dit-on, l’homme est un animal raisonnable, il s’agit pour lui, s’il est sage,  de trouver la bonne mesure entre sa raison et son instinct. Comment va opérer le Chevalier Kadosch - qui se sait perfectible – pour appliquer cette sagesse dans l’action quotidienne, son  credo ?  Par quoi vais-je remplacer  dans la cité l’épée symbolique, brandie en loge ?  La vie est un combat, certes et il est même affirmé par l’anthropologie que nous avons besoin d’adversaires pour vivre ! Notre premier adversaire étant nous-mêmes, ne pouvons nous tenter néanmoins de contenir nos passions dans une main fermée et tendre l’autre ouverte vers autrui ?! Le bras désarmé devient alors outil de rapprochement. La fratrie est le lien par le sang, la fraternité est le lien par le sens. Nous le savons par l’histoire : cette fraternité est une guerre mais que l’on peut décider de ne pas se faire. Grâce à notre volonté même ! A l’époque des Lumières, les philosophes sont persuadés que le progrès éducationnel, culturel et scientifique sera synonyme de progrès de la civilisation. Trois siècles après, les génocides arméniens, juifs et rwandais, entre autres abominations humaines, ont prouvé l’évidente insuffisance de la culture. Contrairement à l’animal que l’on dit bête, qui tue par instinct,  l’animal humain peut exercer le mal pour le mal, par plaisir même. La haine nous est spécifique. Les philosophes contemporains remarquent pour leur part avec tristesse que c’est en Allemagne, pays de longue  culture s’il en est, que la barbarie a surgi de la folie nazie, pendant la dernière guerre.  Savoir et connaissance ne sont pas, loin de là, synonymes de sagesse et de bonté ! Autant d’éclairements signifiants pour le Chevalier Kadosch que l’accès au sommet de l’échelle mystérieuse ne doit pas enivrer. Après l’effort de la montée, c’est en descendant que s’impose à moi, en conscience, le sentiment d’humilité. C’est en même temps une descente en moi-même, dans cette caverne d’où, humain de condition,  je dois m’évertuer à chasser les démons qui y sont encore blottis. Des préjugés à la vanité. Se perfectionner ne signifie pas perfectionnisme. Nous venons de constater les limites du progrès. Elles existent aussi en soi, ces limites, comme nous le rappelle Socrate avec son injonction précitée « Connais-toi toi-même ». La véritable deuxième partie de la maxime  est « Sache que tu n’es pas un dieu ! ». Autrement dit, « sache être content de toi, en tant qu’homme ». Vouloir toujours mieux peut conduire à n’être jamais satisfait. La joie et la liberté d’être  passent par la conformité à soi-même et à ses possibilités. Accepter la réalité, c’est allier ici la  modestie à la lucidité. Lorsque le Chevalier Kadosch, homme d’action et passeur de valeurs, s’interroge  sur sa mission dans la cité, des symboles Lumières et Perfections lui viennent une réponse. Qu’il croit au ciel ou qu’il n’y croit pas, celles-ci indiquent une direction, un sens, celui du sacré, qui est à installer ou restaurer dans la cité. Sans le sacré, règnent le désordre et la violence sociale. Avec le sacré, naît ou renaît en l’homme, le respect sous toutes ses formes. Et aussi ce sentiment de transcendance, porteur du « pourquoi originel », évoqué plus haut, à même de lui suggérer, précisément,  de se mettre ou remettre en question. Pour prendre l’authentique chemin de lui-même et de l’autre. Parce que transmettre, c’est apprendre deux fois.

« Celui qui a un pourquoi dans la vie, peut supporter tous les comment ! », affirme Nietzsche. 

J’ai dit, Très Eminent Commandeur,

 

Source : http://supreme-conseil-mediterranee.fr/

 

Par G.G. - Publié dans : Planches
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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 07:41

Tout d’abord je vais vous faire part des supports écrits qui m’ont aidé à réaliser ce travail.

Il s’agit de : lamythologie égyptienne de Nadine Guilhou et Janice Peyré, Le rituel du 1er, du 2d et du 3ème degré, Le rituel d’initiation, d’élévation et d’exaltation. L’encyclopédie de l’Egypte aux Editions Atlas.

Je vais articuler mon travail autour de 3 parties. La première traitera de la place de cette question dans le rituel du troisième degré. J’en donnerai les détails, les acteurs, et je décrirai la scène communément représentée. La seconde s’articulera autour de 2 axes, le 1er étant la représentation symbolique de l’équerre et sa place dans notre rituel à tous les degrés. Le second axe étant la représentation symbolique du compas et sa place dans notre rituel à tous les degrés. Quant à la troisième partie, elle consistera à ouvrir le débat sur le sujet en tentant de répondre à cette question en rapport avec l’association de l’équerre et du compas et avec mon parcours maçonnique d’homme libre.

Enfin j’apporterai une conclusion à ce travail.

Où se trouve le maître quand il est perdu ?

C’est dans le rituel d’exaltation au grade de maître que le sujet qui m’a été confié se situe. En effet, la réponse à cette question est donnée par le vénérable premier surveillant lors de cette cérémonie. Suite à la première partie de l’initiation donnée au frère compagnon, le très respectable maître déclare qu’il va lui être expliqué le haut symbolisme qui se dégage de la légende d’Hiram. Le vénérable premier surveillant indique alors que le rituel nous apprend que lorsqu’un Maître est perdu, on le retrouve entre le Compas et L’équerre. Le premier sens de cet axiome est que le Maître Maçon digne de ce nom ne peut s’égarer, puisqu’il est toujours sur le chemin du Devoir (l’équerre) et de la Raison ou de l’Intelligence (le compas). Le second sens, nous est laissé à notre méditation, nous rappelant seulement que le Compas, dans l’ancienne symbolique de notre ordre, signifiait le ciel et que l’Equerre signifiait la Terre. Il semble donc que le Maître qui s’égare, au sens pneumatologique du mot, soit amené à errer entre deux Mondes.

Voila, la question de ce sujet semble avoir trouvé sa réponse, une réponse simple mais dans son premier sens, le second me paraît immédiatement moins évident. Il va donc falloir revenir à l’essentiel, c'est-à-dire dans un premier temps à l’observation et à la description de ces outils. L’observation de cette scène est très importante, en effet le compagnon n’a franchi qu’une partie de cette cérémonie d’exaltation, il n’a pas encore donné sa promesse à la Formule sacramentelle d’engagement, il n’est donc pas encore Maître et le vénérable expert ne lui a pas encore livré les secrets du grade. Cette mise en garde est alors d’autant plus importante. D’autant que, pendant ce rituel, il a vécu la légende d’Hiram et a vu comment par fainéantise et par envie des frères compagnons ont assassiné Hiram pour obtenir par la force les mots et secrets caractérisant la maîtrise. De cet acte tragique en a résulté une perte inestimable, notamment la vie d’un Maître a été perdu, mais au-delà de ça, les mots sacrés de la maîtrise on également été perdu. En effet pour moi, c’est toute la symbolique de la transmission qui est remise en cause par des désirs profanes, d’ambition, de vanités et autres métaux envers lesquels nous devons tous lutter. Tuer Hiram, au sens symbolique de cette histoire, cela nous est tous possible si nous ne faisons pas attention à freiner nos ambitions personnelles ?

Par là, c’est toute la maçonnerie qui risque de s’effondrer. Car bien que Maîtres, nous sommes éternellement des apprentis, et chercher à s’améliorer et à progresser est une chose, mais vouloir le faire sans efforts, sans souffrance et sans laisser de côté son ego est impossible. Alors il nous est donné des clés, des messages forts qu’il nous faut comprendre et analyser sur des plans de consciences différents pour en retirer une énergie créatrice. Car au-delà de la transmission de nos acquis, il s’agit d’avancer sur son chemin initiatique propre, mais en corrélation avec un tout, avec nos Frères, avec la loge et avec notre rite. Pour se faire, revenons sur la symbolique du compas et de l’équerre et de leur place l’un par rapport à l’autre au cours des différents degrés. L’équerre et le compas avec la règle se situent au centre du naos, une foi disposée par le frère expert nous disons que les joyaux rayonnent de nouveau. Ils sont également présents à l’orient sur le plateau du vénérable Maître où la règle est symbolisée par le livre sacré qui, à notre rite, est représenté par le livre des morts.

Mais intéressons-nous plus précisément au compas et à l’équerre.

Le mot compas, vient du latin : « compassare » qui signifie mesurer avec le pas. Très tôt, le besoin de mesure, de quantifier les espaces, les surfaces et les points fut ressenti comme une nécessité. L’invention de cet instrument de mesure est attribuée, par les Anciens, à Talaüs, neveu de Dédale. C’est l’un des outils de tracé et instrument de géométrie parmi les plus anciens inventé par l’homme pour comparer, conserver et reporter, déterminer les mesures et les proportions. Le compas exprime ce qui est essentiellement mouvant, il symbolise à la fois la rigueur mathématique, le dynamisme constructeur de la pensée, les activités créatrices, les cycles spatio-temporels, le temps, le champ des connaissances, l’esprit et la mesure en toute chose. Le compas est un outil actif qui s’ouvre au maximum à 180° où il n’agit plus, et à 45°, il devient aussi équerre. Le compas permet de décrire des cercles, c’est-à-dire des circonférences où peut agir la pensée. Ces cercles sont les différents modes de la pensée et de ses raisonnements. Ils symbolisent la pensée juste qui explore différentes possibilités clairement et précisément. Le compas qui sert à la mesure du cercle dévolu au maître est pour l’apprenti la sincérité et la confiance qu’il porte à ses compagnons et à son apprentissage. C’est aussi le respect des autres, de leur langage et de leur maîtrise. L’apprenti ignore l’usage du compas.

L’équerre se dit en latin : « norma », mot qui signifie : règle, modèle ou exemple, il tire son origine du bas - latin : « exquadra » dérivé du verbe : « exquadrare » signifiant équarrir, rendre carré. L’équerre permet de délimiter l’espace terrestre en le divisant en quatre régions selon les quatre directions (les quatre points cardinaux). Elle est non seulement le symbole du carré, mais aussi du nombre 4 tous deux représentant la solidification et la densification. L’équerre symbolique implique l’idée de rectitude, de rigueur, de précision. Le maçon se doit « d’être à l’équerre », c'est-à-dire droit, rigoureux et ferme dans ses pensées, ses actes et ses paroles. Elle sert à tracer des angles droits et réunit l’horizontale et la verticale pour obtenir l’aplomb. L’équerre donne la rectitude dans l’action et symbolise la justice. Dans le raisonnement, l’équerre donne de l’ordonnancement dans les idées, afin que l’édifice tienne en place. Emblème de la Franc-maçonnerie, l’association de l’équerre et du compas symbolise une conjonction d’opposés : masculin et féminin, terrestre et céleste, matériel et spirituel. Ils représentent, l’un par rapport à l’autre, un équilibre nécessaire à construire ou à maintenir. Le compas représente le ciel, alors que l’équerre représente la terre, rappel, lorsque les deux symboles sont entrecroisés, de l’étroite imbrication entre microcosme et macrocosme. L’équerre est aussi l’attribut du Vénérable Maître qui dirige la loge, bijou porté en sautoir qui désigne sa fonction, alors que le compas est l’attribut du Grand-maître d’une obédience.

Au premier degré, l’équerre sur le compas est la matière que ne domine pas encore l’esprit. En effet l’apprenti a pour objectif de descendre et de remonter sans cesse en lui-même à l’aide du fil à plomb. Aller chercher la pierre brute et la rectifier. A ce grade, la matière recouvre complètement l’esprit.

Pour le compagnon, l’équerre étant croisée avec le compas, il y a équilibre entre la matière et l’esprit. Le compagnon n’est plus dans les ténèbres et il s’achemine vers la sincérité et le discernement. Lors du second voyage durant la réception d’un apprenti au grade de compagnon, l’apprenti apprend à se servir du compas avec lequel il trace un cercle dans lequel il figure un triangle. Par cet acte, il apprend la mesure liée au compas et la concentration et la canalisation de son énergie pour renforcer l’édifice, qui doivent le conduire à la découverte réfléchie de la vérité. Et donc l’accès à un autre plan de conscience donnée par le grade de compagnon. Lors du quatrième voyage à l’aide de l’équerre et de la règle, il va apprendre pour la première fois à édifier une oeuvre, à l’aide du carré magique. Mais se sont seulement l’application, le zèle et l’intelligence qui peuvent l’élever, alors qu’il lui est recommandé de ne pas choisir les forces présentes devant lui mais de les équilibrer pour que l’édifice qu’il vient de monter est une base solide, des fondations stables. Ainsi, au second degré, une branche du compas recouvre l’équerre. L’esprit gagne sur la matière, et là j’ai diverses interprétations. A savoir que l’esprit, contenu dans la matière, donc venant d’en bas, se dégage et traverse cette même matière pour apparaître, alors qu’on peut développer le fait que, venant d’en-haut, l’esprit recouvre la matière et peut s’y reposer car celle-ci, densifiée par le travail lié à l’apprentissage, est quelque part plus solide, plus stable donc plus ferme pour ne plus laisser passer l’esprit qui a trouvé un socle, une base où il va pouvoir grandir et se développer au grade de compagnon. Avec son âge de 5 ans et ses 5 pas, il s'approche de la lumière plus que ne peut le faire l'apprenti. Le compagnon est en constante pérégrination. Le 4ème pas du compagnon marque l'action exploratrice de celui qui va dans les différentes directions de l'espace pour mieux se connaître lui-même ainsi que le monde qui l'entoure. Il trace avec ses pas une surface. Par le 5ème pas, il retourne dans l'axe des 3 1ers pas de l’apprenti et souligne ainsi que le chemin de la recherche de la Lumière passe par le plus court chemin, celui de la voie droite... Le Compagnon a voyagé, il a appris, il est entré dans les voies qui lui sont ouvertes, mais il n’est pas Maître. Il veut se rapprocher de la Lumière, mais les épreuves l’attendent.

Le Maître, par sa marche, explore les trois dimensions: ligne, plan, volume. Il s’élève au- dessus de la Terre par deux pas qui dessinent un compas, puis se replace à nouveau sur la ligne par un troisième pas, face à l’Orient. Il montre ainsi les progrès qu’il a faits pour se rapprocher de la Lumière, de la Connaissance. Il réalise ainsi le passage de l’équerre au compas, du tangible au monde des idées. En enjambant le cercueil, le Maître poursuivra l’oeuvre, sans souci des pièges mortels que tendront sous ses pas les meurtriers d’Hiram.

Tous ces aspects symboliques étant pour moi de l’ordre aussi bien du macrocosme que du microcosme. Le Frère maître maçon, en tant qu’Homme doit pouvoir s’attribuer ces symboles, se les approprier pour réaliser aussi bien le chemin qu’il a déjà parcouru que le chemin qu’il lui reste à parcourir.

Ainsi au grade de Maître, les branches du compas sont sur l’équerre. La matière est dominée par l’esprit, elle sert de fondement au développement de l’édifice intérieur qui va pouvoir s’élever vers le ciel, vers la lumière.

Equerre et compas : deux fonctions distinctes, mais convergentes ; des symboles différents, mais indissociables, car complémentaires, qu’il apparaît même comme irréaliste de séparer. En effet, dans presque toutes les traditions, l’équerre est associée au carré, à la terre, à la matière, et le compas est associé, lui, au ciel et à l’esprit…

Alors pourquoi, quand un maître est perdu, dit-on qu’il est entre l’équerre et le compas ?  Je peux, à ce stade de mon exposé, avancer une réponse très personnelle, et pour cela je vais m’appuyer sur la mythologie égyptienne. En effet dans la cosmogonie d’Héliopolis, le démiurge est Atoum, dont le nom est particulièrement intéressant. Atoum signifie en effet « celui qui est complet », la totalité et « Ce qui n’est pas ». L’être est le néant en quelque sorte. Atoum émerge alors de l’océan primordial, le Noun, il engendre alors le premier couple divin, Shou (l’air) et Tefnout (l’ardeur du soleil). Shou et Tefnout s’unissent pour engendrer le dieu Geb (la terre) et la
déesse Nout (le ciel).
Au premier temps, Geb et Nout étaient unis en un mariage sacré, permanent, le ciel et la terre ne faisaient qu’un. Ainsi, l’esprit et la matière étaient liés. Sur ordre, Shou sépara Geb et Nout pour mettre fin à leurs étreintes. De plus, après cette séparation et par un adroit stratagème, Geb et Nout s’unirent encore un fois et eurent comme enfants Osiris, Isis, Seth, Nephthis et Horus l’ancien. La création procède, ici comme ailleurs, par différenciation et par multiplications successives. L’ennéade est alors composée de 9 dieux plus le démiurge (Atoum) soit 10 divinités au total, et ainsi un retour à l’unité. Ce qui nous intéresse, c’est la représentation de Nout qui est très importante pour le sujet que je traite ce soir, en effet elle est représentée comme une vache ou comme une femme allongée au-dessus de la terre qu’elle touche seulement des pieds et des mains. Matérialisant ainsi les 4 points cardinaux qui servent de repère pour se diriger sur terre et donc éviter de se perdre physiquement. Mais là, le ciel s’appuie sur la matière pour exister, pour se matérialiser. Le ciel a besoin de la matière pour trouver un appui. Or si, comme nous le précise le vénérable premier surveillant, le Maître qui s’égare est amené à errer entre deux Mondes, c'est-à-dire pour moi qu’il ne s’appuie pas sur la matière, représentée par l’équerre pour s’élever vers la lumière, vers l’esprit représenté par le compas, c’est que ce Maître perdu a oublié comment se servir de ces outils, leurs significations et ce qu’ils représentent. En fait, tout ce qui lui a été donné depuis son initiation, pour avancer sur le chemin lumineux de la vérité, et ainsi pouvoir pratiquer la Beauté avec force et sagesse.

Cette planche est for à-propos. En effet, c’est mon Frère Jean-François S qui est venu à moi cet été pour me demander si cela m’intéressait de participer aux travaux des ateliers supérieurs. Bien évidemment, ma réponse fut positive et enthousiaste. Mais ce sujet qu’il me demanda de traiter au troisième degré est alors d’importance, car au fond, nous ne sommes que des hommes et rapidement l’ego profane (donc mes métaux), peut venir prendre le dessus et bousculer l’équilibre de mon équerre et de mon compas. Pour éviter, en somme, que j’attrape la grosse tête, traiter de ce sujet et une très bonne introduction et une mise en garde sur la suite, s’il y a une suite. De plus, par ce sujet, et son travail au troisième degré je m’aperçois que tous les rituels sont étroitement liés les uns aux autres, qu’ils constituent un tout indissociable, comme le compas et l’équerre. L’un sans l’autre, cela n’a pas de sens, et la position du compas nous indique alors le chemin parcouru vers cette lumière, vers la prise de conscience de l’esprit dominant la matière. Ce sont des plans de consciences différents et qui se succèdent les uns aux autres, mais pour que le compas domine de ses deux branches l’équerre, il a d’abord fallu qu’il soit totalement en dessous puis qu’il passe une de ses branches, celle du midi, celle de la colonne des compagnons, au-dessus de l’équerre, avant de passer la deuxième branche, celle du nord au grade de Maître, au troisième degré symbolique. Et tout cela dans cet ordre, pour que le Maçon que nous sommes, puisse transmettre à nouveau la lumière à un profane, qui sera reçu apprenti et pour qui ce chemin et ces étapes commencent par la matière qu’il lui faut explorer et travailler. Cette même matière qui lui servira d’appui quand l’esprit s’en dégagera comme la déesse Geb qui repose sur Nout.

Ainsi donc, à notre grade, c’est donc les errements entre deux mondes, entre la matière et l’esprit, qui signifie qu’un Maître est perdu.

Soit, mais je me pose la question suivante : et si un Maître s’appuyait uniquement sur l’équerre, donc sur la matière, sans référence à l’esprit, donc sans élever son édifice intérieur avec cette prise de conscience. Ou au contraire, si un maître ne faisait appel qu’à l’esprit sans référence se reposant sur la matière, donc sans fondation solide pour son évolution. Que pourrait-on dire ? Ne serait-il pas perdu également ? Une réponse immédiate pourrait être que non, car il serait déjà dans un monde, certes pas en connexion avec l’autre mais il serait dans un monde et donc pas perdu. Mais pour moi, il le serait à terme, car un bon maçon doit pouvoir élever son édifice en conscience de ces 2 mondes et avec tous les outils qui lui ont été donné au cours de sa vie maçonnique. Nous permettant ainsi de poursuivre l’oeuvre de notre Maître Hiram, qui renait en nous. Cette oeuvre que nous devons perfectionner afin de la léguer à notre tour. Pour réaliser notre devoir maçonnique c'est-à-dire transmettre la lumière dans la tradition de notre loge et en totale adéquation avec ses valeurs. Il faut cependant se méfier de perdre son chemin initiatique, pour cela j’ai donc mes rituels, les outils qui m’ont été transmis et surtout mes Frères composant les deux Loges que je fréquente. Je compte sur eux pour me dire si je m’égare entre le compas et l’équerre comme ils peuvent compter sur moi pour les mettre en garde au cas où cela leur arriverait.

Maintenant, je terminerais en me posant une simple question : où est-ce que je me situe actuellement ? A cela, peut-être que le travail que je viens d’effectuer me donne et vous donne un début de réponse…mais ce travail doit continuer bien au-delà.

Vénérable maître et vous tous mes frères, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mardi 7 octobre 2014 2 07 /10 /Oct /2014 06:41

Narrateur -

Le cataclysme, dû au choc avec une météorite, qui avait dévasté la terre, s'était produit en une fraction de seconde et, au contact de la chaleur, un amas de cendres, par couches successives, avait statufié toute vie. Maintenant, tout n’était qu’un magma grisâtre, uniforme, couvert surtout par le silence absolu. La cendre, comme un sel, manifestait une œuvre au blanc et la terre blanche semblait issue de la combustion des impuretés, ne laissant que la substance du corps incorruptible et, comme le disent les alchimistes, montrait le diadème du cœur, la simplicité paradoxale de la connaissance de soi. Les fouilles avaient commencé alors que le soleil avait atteint son zénith. On ne voyait, dans la poussière qui recouvrait toute la surface de la ville engloutie sous les décombres, que les traces de pas laissées par les scaphandres des visiteurs venus du ciel pour récupérer des informations sur cette Planète anéantie.

Commentaire -

Selon le Dictionnaire des symboles « la cendre est le résidu d’un corps organique après sa calcination. Les cendres sont poussières inertes, sans vie qui s’en sont allées avec l’extinction du feu ; elles se dispersent au vent, se répandent sur la terre ou se dissolvent dans l’eau. La cendre nous renvoie à notre peu d’importance, notre éphémère condition humaine ; elle nous invite à observer l’humilité devant l’Univers.

La cendre est aussi un symbole de destruction totale : une ville dévastée par les éruptions volcaniques ou les bombardements, la Shoah et ses fours crématoires, les bombes nucléaires avec l’annihilation, la désolation et la mort à grande échelle, leurs cendres marquent l’extermination, l’horreur. Cependant l’absence de vie ne signifie pas obligatoirement la mort qui, elle, peut être considérée comme une autre forme de vie. La cendre représente, pour certaines traditions, le néant, ou plus exactement le ni-vivant-ni-mort, un état amorphe tel qu’il était avant la Création de l’univers selon différents mythes.

Et pourtant, le feu qui couve sous la cendre est un feu caché, le feu de vie invisible et qui est sacré. Dans ce cas, la cendre est encore chaude et maintient la vie, elle la protège. La cendre partage ici le symbolisme de la grotte et de la caverne, ainsi que de la matrice. En jetant de l’eau sur cette cendre, le liquide éteint la braise et détruit le feu vital ; il ne laissera que de la matière inerte et froide. C’est pourquoi la tradition chinoise fait une distinction entre cendre sèche et cendre humide. Selon Lao-Tseu, la vision de cendres humides était un présage de mort. Toutefois, dans de nombreuses cultures, la cendre humide garde tout son pouvoir de régénérescence. Les ascètes indiens couvrent leur corps de cendre humide. Cette cendre est la nourriture du dieu du Feu.

Dans d’autres rituels, la cendre est utilisée pour obtenir la pluie. L’eau est son élément opposé, mais aussi son complémentaire. De ce fait, la cendre est associée au principe yang, au soleil, à l’or, au feu, ainsi qu’à la sécheresse, symbolisant l’Esprit, le principe masculin ; l’eau symbolisant l’Âme, le principe féminin ».

La tradition, c'est la transmission du feu et non l'adoration des cendres.

Narrateur -

Les visiteurs étaient les descendants de ces savants astronautes partis en voyage intersidéral voilà environ 1000 ans, juste avant le cataclysme. Ils avaient été recueillis lors d’une étape, dans une galaxie lointaine, par des êtres de lumière, et ils s’étaient retrouvés dans une cité de cristal où ils eurent accès à l’enseignement d’un savoir progressif et universel. Là, ils apprirent ce qui arriva à la Terre et décidèrent de poursuivre leur voyage spatial à vitesse supraluminique via un sub-espace artificiel au cours duquel des générations s’étaient succédé, oubliant la manière de vivre des terriens pour s’adapter à d’autres espèces d’intelligence qu’ils rencontrèrent dans l’Univers. De passage sur la Terre, ils avaient eu envie de découvrir comment leurs ancêtres vivaient et pour cela ils venaient collecter des indices à exploiter à force de conjectures. Au hasard, ils avaient choisi un endroit ; les fouilles avaient déjà mis à jour un tronçon de rue et des portions de maisons dans le secteur 6 que quelques lettres avaient permis d’identifier comme portant le nom de Gari. Grâce à une méthode de conservation efficace de tout ce qui était prélevé, des objets variés furent récupérés et ramenés au laboratoire. Les masques, qu’ils portaient, avaient filmé et enregistré ce qui pouvait se voir, les corps en particulier, leur posture saisie comme dans un moule de résine, la structure de l’habitation, l’agencement du mobilier encore visible. Tous ces éléments allaient être étudiés à l’abri dans le vaisseau sidéral. Somarca, le plus jeune de l’expédition fut missionné pour faire un rapport établissant, à partir des vestiges trouvés, comment vivaient les terriens. Ce jeune savant avait reçu un peu du savoir des civilisations de l’Antiquité. Somarca se retrouva avec les films des caméras, mais surtout avec des cendres, dans lesquelles furent identifiés des éléments de décor, des objets entamés par les dégâts et donc parcellaires, des fragments de papier calciné ne laissant lire que quelques mots de phrases inintelligibles.

Avec son savoir reçu des êtres de lumière il put cependant en retirer des conclusions et écrivit :

Rapporteur -

Sur la Terre, ce 18ème jour de 1046, de la parfaite année lumière de Cristal.

La datation de l’apocalypse qui a détruit la Terre nous est révélée par la date suffisamment lisible d’un document placé devant l’un des squelettes : 1er octobre 6014 de la vraie année lumière. Le mystère a été de comprendre pourquoi cette date indiquait un futur par rapport à notre système de datation. Viennent-ils du futur ? Après quelques recherches, j’ai compris que la référence au commencement de cette datation remontait 4000 ans avant J-C. parce que nous avons trouvé en fait deux dates sur les documents : une date notée comme année de la vraie lumière et une autre date faisant référence à une ère vulgaire : 1er octobre 2014. Conclusion, ces documents appartiennent à un groupe qui peut changer de référents temporels, ses membres étaient capables, instantanément, de se déplacer dans le temps et de voyager d’un espace à un autre pour y chercher la vérité.

Commentaire -

Partie des épreuves propre à tous les grades, le voyage rappelle ceux de la vie, les pèlerinages, le Tour de France des Compagnons. En tant qu’itinéraire, le voyage est à rapprocher du mot initiation. Le Silence de l'Apprenti est le cinquième voyage invisible de la cérémonie d'initiation. L'homme de l'initiation doit s'arracher du monde, obstacle à la réflexion qui empêche la spéculation de l'absolu en lui. Le voyageur ne s'identifie pas au conquérant assuré de ses trajets, ni à l'errant désorienté qui fuit, mais au pèlerin à la quête de cet ailleurs dont on lui a parlé.

Quant à la date maçonnique indiquée comme année de la vraie lumière et la date profane comme ère vulgaire, celle-ci varie selon les rites et les obédiences. Traditionnellement, les Maçons utilisent, dans leurs actes et leurs correspondances, l'ère maçonnique.

Au REAA, dans les loges bleues, on obtient la valeur de l’année dite vraie année lumière en ajoutant 4000 ans au calendrier chrétien. C’est le Révérend Uscher, prélat anglican du XVIe qui a donné cette date ; Anderson dans ses Constitutions reprend à peu près cette datation. Il convient d’utiliser le calendrier Julien faisant commencer l’année le 1er Mars (car c’est le mois du Bélier, 1er signe du Zodiaque), pour cela, il faut décomposer les éléments de la date. Ainsi, le 15 janvier 2014 ère vulgaire devient le 15ème jour du 11ème mois de l’année de la Vraie Lumière 6013 ; le 1er mars 2014 a été le 1er jour du 1er mois de l’année de Vraie Lumière 6014 et aujourd’hui nous sommes le 1er jour du 8ème mois de l’année de Vraie Lumière 2014.

D'une façon générale, les loges françaises et allemandes utilisent l’année de la Vraie Lumière ou l'anno lucis pour faire remonter symboliquement l'origine de la Maçonnerie à la création du monde selon la tradition biblique. L’emploi des mois hébraïques est aujourd'hui sorti d'usage (sauf parfois au Rite Écossais), mais on n'emploie pas les noms des mois courants, seulement leurs quantièmes.

Ce style n'est pas accepté partout : les Maçons écossais emploient parallèlement, surtout aux Hauts Grades, en même temps que les mois hébraïques, un calendrier utilisant la chronologie juive, l'anno hebraico ou l'anno mundi. Ce calendrier commence mi-septembre et il faut ajouter au calendrier grégorien 3760 ans jusqu'en septembre ou 3761 ans postérieurement.

Au grade de Royal Arch, la date du point de départ du calendrier est celle du début de la reconstruction du Second Temple par Zorobabel, date fixée à 530 avant J.-C. C’est l’anno inventionis. Au grade de « Royal and Select Master », le point de départ est la date de la dédicace du Temple de Salomon, soit 1 000 ans avant J.-C. C'est l'anno depositionis. Aux grades Templiers, on compte depuis la date de création de l'Ordre du Temple (1118 après J.-C.).C'est l'anno ordinis.

Rapporteur -

Au vu des éléments composites retrouvés, on peut dire que les terriens utilisaient des pièces de dimensions très différentes. A côté de grands espaces où ils se rassemblaient, se trouvaient de toutes petites pièces pour s’isoler, des emplacements pour solitaire, des réduits peints en noir. L’éclairage y était primitif : on a trouvé des restes de bougie, ce qui semble avoir été la seule source de lumière. Des objets sont posés sur une table, des sentences sont écrites sur les murs : Si la curiosité t’a conduit ici, va-t-en ! Si ton âme a senti l’effroi, ne va pas plus loin ! Si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres, tu verras la lumière ! Ce cabinet, incitant à la réflexion, est comme une matrice pour un rituel de purification avant l’accès à une cérémonie pour rejoindre le groupe de la grande salle, peut-être une préparation pour un voyage dans le temps. Deux fioles transparentes, laissant s’écouler entre elles une matière visible, de la poussière de marbre ou du sable, formant donc un sablier, ont pu être reconstituées, attestant d’une préparation à un voyage interstellaire avec la représentation du ciel, le spirituel dans la fiole du haut, et de la terre, la matière dans la fiole du bas. Le mouvement du sable indique un pôle d'attraction. La liaison entre ses deux sphères n'est qu'un étranglement, une difficulté à franchir, une porte étroite qu'il faut traverser pour changer de plan, parvenir à un autre monde et se retourner pour passer du bas vers le haut

Commentaire -

Le sablier, du cabinet de réflexion, attribut de Saturne, symbolise le temps qui s’écoule inexorablement, qu’on ne peut pas arrêter et qui conduit vers la mort comme l’indique le crâne à considérer comme une projection psychique ou même métaphysique, à cause du commentaire qui l’accompagne : J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis !

Plus qu’un passage, le cabinet de réflexion procure des repères indispensables au voyageur qui poursuit sa quête. Il montre l’essentiel à celui qui entreprend le voyage. Il lui indique des sens (directions et significations) et par où commencer le chemin, notamment avec la mystérieuse formule alchimique VITRIOL.

L’acronyme V.I.T.R.I.O.L est la révélation de l’opération du Grand Œuvre, aide-mémoire indispensable au profane, comme à l’initié, car il révèle le processus alchimique de la transmutation de l’être comme celle des métaux : Visita Interiora Terræ, Rectificando Invenies Occultum Lapidem (Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée). La pierre que le profane doit trouver n’est autre que la pierre philosophale des alchimistes, et celle-ci se trouve au plus profond de chacun, elle ne se dévoile qu’à ceux qui, par un travail intérieur sincère, sont arrivés au parfait équilibre pour ne faire qu’un : tout procède de l’Unité, tout tend vers l’Unité.

Pour les humanistes universalistes du XVIIe, qui ont inspiré la Franc-maçonnerie naissante, l’Alchimie était au cœur de leurs recherches. Certains travaillaient eux-mêmes au fourneau, d’autres entretenaient des laboratoires. Ils publiaient des traités sur le sujet. Pour eux, Alchimie, Rose-Croix et Franc-maçonnerie ne pouvaient être désunies. Ainsi, en atteste aussi le ternaire alchimique présent, celui indispensable au processus de formation de la pierre philosophale : le Sel, le Souffre, et le Mercure qui expriment ensemble le véritable équilibre auquel le profane doit tendre afin de se régénérer. L'alchimiste se présente comme un philosophe. Il prétend connaître, non seulement les métaux, mais aussi les principes de la matière, le lien entre matière et esprit, les lois de transformation, en apportant des réponses aux questions sur la nature humaine. Son ontologie repose sur la notion d'énergie (représentée par le dragon), une énergie dynamique, unique, en métamorphose de laquelle il faut sortir la lumière. Il avance une grande méthode, l'analogie : tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Par analogie métaphorique, on peut dire que « tailler sa pierre » conduit à trouver cette pierre philosophale, réalisant, ainsi, l’admonition du VITRIOL. Le franc-maçon, alchimiste de lui-même se confond avec l’œuvre. Il est œuvre, matière, but, voie, aboutissement, il est la pierre de fondation et la construction spiritualisée par la lumière qu’il aura trouvée. Par l’alchimie, le franc-maçon atteint la 4ème dimension, celle de la profondeur ; son être reconstruit de l'intérieur par les vertus transmutantes de son propre cœur, réceptacle de la pierre, deviendra alors incorruptible.

A l’issue du cabinet de réflexion, de cette matrice sortira le nouvel apprenti, avec une nouvelle identité. Il ne s’agit plus d’une identité d’état civil mais d’une identité par le semblable, l’analogique, les qualités, les affinités électives philosophiques et morales. Une identité tout autre qui se libère des référents spatio-temporels, hors du temps des horloges et de l’espace euclidien.

Le cabinet de réflexion n’existe pas dans les rituels anglo-saxons. Dans le Rite forestier, le postulant, appelé Guêpier ou Briquet, est enfermé dans une Cabane.

Rapporteur -

A l’entrée de la grande salle, de chaque côté de la porte deux colonnes, une intacte, une brisée marquent ce qui devait en être le seuil. On n’a pas pu préciser si la colonne était déjà brisée volontairement pour le décor. Le symbole de colonnes jumelles a été, depuis des temps immémoriaux, le gardien de portes vers des lieux sacrés et des royaumes mystérieux. Les colonnes marquent le passage vers l’inconnu, vers l’autre monde.

Selon la version de Platon, le royaume perdu d’Atlantide se situait au-delà des colonnes d’Hercule ; symboliquement, dépasser les colonnes d’Hercule peut signifier quitter l’impureté du monde matériel pour accéder au royaume supérieur de l’illumination.

Par leur situation de chaque côté de l’entrée, les deux colonnes agissaient comme un portail conduisant aux Mystères vers un endroit sacré. Pour cette raison, les deux colonnes trouvées dans chacune des grandes pièces, avec pour nom J et B, encore visiblement gravés sur les vestiges, indiquent que les humains considéraient qu’être ensemble c’était créer un espace de sacralité, que le sacrifice demandé était de n’avoir ni peur, ni curiosité et de s’être purifié en passant dans un sas, probablement dans la petite pièce décrite précédemment, pour pouvoir entreprendre leurs voyages inter temporels.

Commentaire -

Les colonnes du Temple de Salomon avaient entre autres propriétés celle d’être particulièrement acoustiques parce fabriquées en airain : en effet, l'airain entre en résonnance aux basses fréquences qui sont audibles par l'oreille humaine. Un effet d'écho était amplifié du fait que les deux colonnes, proches l'une de l'autre, se transmettaient leurs vibrations jusqu'à amplitude maximum. Seuls le Grand Prêtre, les prêtres désignés, le Chef des armées et le président du Grand Sanhédrin étaient admis dans l'enceinte du Temple. Ainsi, les colonnes, en tant qu’amplificateur sonore, leur permettaient de s’adresser au peuple amassé sur le parvis.

Lors de la construction du Temple (I Rois 7. 21), les colonnes furent nommées J et B, complément l’une de l’autre, elles sont indissociablement liées. Elles font du terme « deux », du binaire, le principe fondamental, essentiel de l’existence du monde sensible et de la vie du genre humain. Elles correspondent à toutes les dualités : sujet-objet, actif-passif, positif-négatif, mâle-femelle, père-mère, donner-recevoir, agir-sentir, esprit-matière, soleil-lune, froid-chaud, sec-humide, abstrait-concret…

Adhuc Stat, est la devise qui accompagne la colonne brisée si chère au RER, elle signifie elle tient encore debout. La colonne est brisée au sommet, donc ce qu’elle soutenait a disparu, mais elle est solidement ancrée dans le sol et l'on peut s’appuyer sur elle pour reconstruire. Cela peut être interprété de deux façons différentes : soit on s’en tient à cette première vision, soit on le prend comme une invitation à briser cette colonne, à prendre le risque de la détruire pour voir ce qui va en sortir, comme si ce symbole représentait justement le langage dans sa pauvreté affligeante par rapport à la richesse infinie du réel ; rares sont les mots qui valent mieux que le silence aurait pu dire Montherlant aux apprentis.

Rapporteur -

Les grandes salles, comme le petit cabinet, sont des espaces clos, on n’a pas pu déceler des ouvertures autres que celle de la porte d’entrée. Pourtant, parmi les débris d’un tableau encore visible, posé au sol, des fenêtres dessinées et grillagées apparaissent. Les hommes, vivant soit dans l’obscurité, soit avec des lumières artificielles, avaient probablement perdu la vraie lumière et n’en conservaient que la mythique importance sous forme de dessin de fenêtre.

Ce tableau devait avoir des pouvoirs holographiques et avait comme rôle supposé de montrer, aux participants à la réunion, l’ensemble des éléments réels et symboliques du décor de la grande salle qu’ils pouvaient embrassés ainsi en trois dimensions d’un seul coup d’œil, la quatrième dimension ne leur étant donnée que par le temps de leurs voyages vers cette lumière.

Commentaire -

Le mot fenêtre, en latin fenestra, signifiait la voie, l’issue. Dans I, Rois 6,4 il est rapporté que Le Roi Salomon fit à la Maison de l’Eternel des fenêtres solidement grillagées.

La fenêtre est souvent composée d’une base carrée surmontée d’un arc de cercle, représentant le passage du plan terrestre au plan céleste. En tant qu’ouverture sur l’air et la Lumière, la fenêtre symbolise la réceptivité. Si l’ouverture est ronde, la réceptivité est de même nature que celle de l’œil ou de la conscience. Si elle est rectangulaire, elle induit une réceptivité de l’ordre terrestre. La fenêtre carrée ou rectangulaire contient, dans l’iconographie du vitrail, des messages de nature humaine, alors que les fenêtres de forme circulaire véhiculent des messages divins. Il est montré ici le symbolisme du nombre 4 de nature terrestre et celui du cercle ou de la voûte de nature céleste et extra-terrestre, c’est-à-dire divine, en liaison avec, respectivement, l’équerre et le compas.

Remarquons que les fenêtres grillagées, dont l'une est à l'Orient, ont une forme de maillage qui peut être aussi bien en losange qu’en carré et, au lever du soleil, l’ombre du grillage projette une Planche à tracer sur le tapis de loge.

La Planche à tracer, nous dit Jules Boucher à propos de la description du tableau d’apprenti, est un rectangle sur lequel sont indiqués les schémas qui constituent la clé de l’alphabet maçonnique.

Le symbolisme maçonnique fait que le papier sur lequel on écrit est appelé « planche à tracer » et que le verbe « écrire » est remplacé par l’expression « tracer une planche ».

La disposition des dessins sur les tableaux d’apprentis et de compagnons montre que l’écriture sur la planche à tracer n’est pas celle de notre stylo. C’est l’écriture de la lumière. A partir de cette remarque, le rôle de la planche à tracer n’est pas d’écrire un texte ou un discours, mais de découvrir les traces de la lumière autour de nous et en nous. La planche à tracer invite à apprendre à recevoir la lumière, ce qui nécessite une démarche totalement opposée à celle de l’élaboration d’un discours. Et le premier pas pour s’approcher de la lumière est le silence mental.

Rapporteur -

A l’opposé de la porte, au pied de ce qui fut probablement une estrade de plusieurs marches, sur un bloc de soutènement, se trouvait une équerre en bois calciné et un compas en fer rouillé, tous deux posés sur, sans doute, un livre, mais trop brûlé pour être identifié.

Commentaire -

Le terme d’équerre vient du bas latin exquadra lui-même issu d’exquadrare (rendre carré). Il s’agit d’une pièce, à l’origine uniquement en bois, qui sert à tracer des angles droits ou élever des perpendiculaires. L’équerre est devenue l’outil de tout métier de construction. La seule manière de bâtir était fondée sur la connaissance de la géométrie grâce aux tracés d’angles droits et de cercles qui, sur le terrain se faisaient avec la corde à nœuds et sur les plans avec équerre et compas. Les traces de cet outil qui vérifie l’angle droit et de sa valeur symbolique peuvent être retrouvées dans la plus haute antiquité : sur les monuments chaldéens (4500 av JC), dans les plus anciens livres sacrés de la Chine, sur les portes des temples en Inde centrale.

Le mot compas, quant à lui, vient du verbe latin compassare qui veut dire : mesurer avec le pas. Cet instrument sert à prendre une mesure pour la reporter à l’identique, traçant ainsi un cercle dont l’ensemble des points se situent à égale distance d’un point appelé centre. Ainsi, le compas délimite le monde mais, aussi, définit ce qu’il contient. C’est ainsi que Dante, dans Le Paradis (XIX, 40-42), désigne le dieu créateur comme : celui qui de son compas marqua les limites du monde et régla au-dedans tout ce qui se voit et tout ce qui est caché. Le compas est donc symbole de création du monde.

Le compas serait attribué à Talos, neveu de Dédale. Si le cercle est, dès la plus haute antiquité, associé à la création et/ou à un dieu créateur, le compas en Occident, et dès le Moyen Âge, se substitue au cercle : il est l’outil par excellence du créateur.

L’utilisation du compas implique une rotation, donc un mouvement, c’est pourquoi il est perçu comme l’activité dynamique de la pensée et de l’esprit. Il matérialise également ces vertus fondées sur la mesure que sont la prudence, la justice, la tempérance et la sagesse.

Le compas est au ciel ce que l'équerre est à la terre. En effet chacun de ces deux outils est muni de deux branches, celles du compas sont mobiles concrétisant l'universalité du macrocosme, ainsi capables d'exprimer l’ouverture d'esprit, alors que celles de l'équerre, fixes, sont là pour appeler à la rectitude.

Dans la Confession d’un maçon (1727) le compas est lié au serment de l’initié qui le tient alors piqué sur sa poitrine ouvert à 90° (qui est la mesure de l’équerre). Dans le régime rectifié le Vénérable Maître dit à l’initié : prenez ce compas ouvert en équerre et posez en la pointe avec la main gauche sur votre cœur à découvert… le compas sur le cœur est l’emblème de la vigilance avec laquelle vous devez réprimer vos passions et réguler vos désirs.

Lié au serment de l’initié, alors ouvert, piqué sur sa poitrine, servant de mise en mémoire par un affect d’un contenu signifiant l’ouverture de conscience, le compas, après avoir été dominé par la matière, devient au cours du chemin initiatique dominant à son tour ; il a les pointes découvertes et n'est plus protégé. Selon une tradition du compagnonnage, attestée depuis Perdiguier, le compagnon est celui qui sait manier le compas, qui a donc dépassé le stade de l'équerre et acquis la maîtrise du trait. Le mouvement de l'équerre au compas est en fait la traduction du passage symbolico-cosmique de la terre au ciel ou, dit de manière plus maçonnique par le système Émulation, d'une surface horizontale à une vivante perpendiculaire.

Quant au livre sur lequel reposent ces outils, dans les rites christiques ou déistes, c’est la Bible ouverte au premier chapitre de l'Évangile de Saint Jean. La Bible a été remplacée par un autre symbole, comme les Constitutions d’Anderson, ou par le Livre de la loi dans les rites laïcisés, parfois même, dans certaines loges, par un livre dont les pages sont blanches.

Rapporteur -

Un restant de corde, enroulé par endroit en forme de nœuds, serpentant le long de la corniche des murs, formait sans doute un cercle magique permettant les voyages dans l’espace et le temps. Les terriens recherchaient des contacts avec une transcendance qui leur insufflait leur savoir qui rappelle celui des bâtisseurs.

Commentaire -

La corde relève en général de la symbolique de l’ascension, nouée elle représente toutes formes de liens et possède des vertus secrètes et/ou magiques.

Dans un but d’orientation, le cordeau avait pour fonction de maintenir les différents éléments de la construction. Dans la plupart des traditions, il était tendu entre quatre piliers correspondant aux quatre directions de l'espace, chacun des côtés figurait trois signes du zodiaque, conformément à la représentation que les anciens astrologues donnaient de l'univers. Le cordeau définissait ainsi un cadre cosmique qui fixait sur terre la projection de l'ordre universel, ce que les alchimistes appellent un rite de fixation ou de coagulation du monde céleste dans le monde terrestre.

Une fois la construction achevée, il convenait de conserver à l'intérieur de l'édifice ce cadre à partir duquel le monde d'en haut était venu engendrer le monde d'en bas. Une corde, entre les murs et le plafond, symbolisait alors l'origine céleste de l'édifice, parfois une frise, la remplaçait.

Les hiéroglyphes égyptiens désignent le nom d’un homme, c’est à dire l’existence distincte de l’individu, par une corde nouée, qui est aussi le symbole du cordon ombilical, nourricier.

La tradition védique dit de la corde d’argent qu’elle est la voie sacrée qui relie l’esprit de l’homme à l’essence universelle. Nous retrouvons ce canal éclairant, rassurant et nourricier, dans le vocabulaire courant qui a de ces raccourcis fulgurants quand cordial signifie qui part du cœur. La concorde, cet état des hommes en paix, nous désigne comme étant ensemble, cum cordem, avec la corde. Dans la chaîne d’union, le nœud n’est pas seul, isolé, il est relié au Principe Universel par la corde comme les Frères sont reliés par les bras.

Rapporteur -

Presque intactes, protégées dans un coffre, les pièces trouvées de tissus bleu avec un liseré rouge, brodées d’images servaient probablement à décorer des statues car leur forme en sautoir indique un hommage décoratif.

Commentaire -

Les Officiers de la Loge portent un sautoir, aux couleurs traditionnelles du Rite (ou du pays), comme celles des cordons des maîtres. Parfois il est brodé du symbole de la fonction de l’officier, parfois pend à son extrémité le bijou de la fonction. Il est plus ou moins richement décoré.

Les bijoux dans le rite REAA : pour le Vénérable une équerre, pour le Premier Surveillant un niveau, pour le Deuxième Surveillant une perpendiculaire, pour l'Orateur le Livre de la loi ouvert, pour le Secrétaire deux plumes croisées, pour le Trésorier deux clefs croisées, pour l'Hospitalier (Élémosinaire ou Aumônier) une bourse aumônière avec un cœur, pour l'Expert une règle et l'œil, pour le Maître des cérémonies deux bâtons croisés, pour le Couvreur deux glaives croisés.

Rapporteur -

D’autres pièces de tissus, mais blanches, en cuir ou en soie, ont été découvertes, certaines avec un liséré rouge, d’autres avec un liseré bleu, d’autres encore sans décor apparent. Leur façonnage laisse penser que c’était des protections retenues par une attache autour du ventre. L’aspect de ces pièces varie du plus modeste aspect au plus sophistiqué indiquant par là sans doute l’évolution de prouesses liées à leur utilité. La plupart portent un M et un B, un acronyme ; nous proposons pour ces initiales « Meilleur Bêtatron », cet accélérateur de particule servant à produire une haute énergie dont ils avaient besoin pour pouvoir s’éclairer dans ces lieux.

Commentaire -

La position de la bavette du tablier, partie triangulaire du tablier, a pour fonction de laisser apparaître le degré du franc-maçon en tenue. La documentation la plus ancienne sur le sujet se trouve dans une publication d'origine française, « Le Catéchisme des francs-maçons » de 1744, qui précise que les Compagnons de métier portent le tablier "pointe en haut" alors que les Maîtres laisseront la bavette retomber. Mais on trouve aussi, dans la divulgation Solomon in all his Glory, traduction du Franc-maçon démasqué de 1751 et publiée en Angleterre en 1768, que l'Apprenti doit porter son tablier avec le volet sur l’intérieur, c'est à dire que seule la partie carrée du tablier reste visible.

La tête symbolise l’Esprit manifesté, le corps une manifestation de la matière. C’est pourquoi, la protection de la zone gastrique par la bavette relevée de l’apprenti est à rapprocher de la posture de la main à l’ordre d’apprenti. Au plan spéculatif, cela marque la séparation, dans le corps, des parties nobles de la pensée, de la raison, de la spiritualité, celles qui doivent travailler, de celles vouées à l’accomplissement des fonctions charnelles de la nature, celles des pulsions, des penchants de l’ego, des peurs, des envies, de l’animalité, de l’ignorance… Les apprentis francs-maçons, au commencement de l’équarrissage de leur pierre brute, doivent se prémunir davantage contre leurs émotivités négatives et protéger les autres des influx de leurs émanations.

Au grade de compagnon, la bavette se porte donc de manière différente de celle de l’apprenti, c’est-à-dire la plupart du temps rabattue. Les protections symboliques peuvent être enlevées car l’apprentissage met le compagnon à l’abri de manœuvres dangereuses, il a appris à maîtriser ses émotions.

Pour le maître maçon, dans les Loges américaines qui pratiquent encore la vieille coutume, les deux coins du tablier sont relevés, fixés à la ceinture et roulés sur le fond du tablier qui reste plat. La forme obtenue représente un cercueil.

En Europe, le maître maçon dispose d'un tablier décoré, porteur d'une représentation schématisée de la bavette rabattue mais dont la particularité principale est de porter des couleurs distinctives des rites ainsi que des indications symboliques.

Pour le décor des tabliers de maîtres, les artisans et les brodeurs ont utilisé des éléments différents selon les époques et les pays en puisant dans le corpus symbolique maçonnique. En France, la fin du XVIIIe siècle voit le recours à la symbolique du Temple, le Directoire la vogue de l'Égyptomanie (sphinx, pyramides,...), l'Empire l'apparition des abeilles ou de la ruche et la suite du XIXe la thématique de l'équerre et du compas. Dans les pays anglo-saxons, d'autres symboles ont été utilisés telles l'Ancre, l'Arche, les Vertus théologales.

Par ailleurs, la couleur du galon de bordure a changé au fur et à mesure de la création des Rites maçonniques : d’un certain bleu pour le Rite Émulation (couleur de l'ordre de la Jarretière) et le rite de Salomon, bleu clair pour les Rites Français et Écossais Rectifié (couleur de l'Ordre du Saint Esprit), rouge pour le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Au XXe siècle, une harmonisation du tablier s'est imposée, avec des décors uniques, dont les seules variations portent sur la couleur selon le rite, le degré (Apprenti, Compagnon, Maître) ou la fonction du Frère ou de la sœur qui le porte : Vénérable Maître, Grand Officier Provincial ou National... Aujourd'hui, seuls les tabliers dits "des Hauts Grades" continuent de porter un symbolisme figuratif variant de degré en degré, tel qu'il avait été fixé à la création des Rites.

En Écosse, il en existe une très grande variété ; le tablier indiquant la Loge à laquelle on appartient. Le tablier standard, tel qu'il a été défini en accord avec les autorités de la GLNF puis repris tel quel par la GLTSO, est orné uniquement du tartan Royal Stuart. Le tablier se porte sous la veste. En effet, les vestes portées avec les kilts sont plus courtes qu'une veste normale et ouvertes devant pour le sporan.

Au REAA il se porte sur la veste.

Rapporteur -

Intacte une seule canne surmontée d’une boule blanche fut trouvée, représentant naturellement l'autorité, le pouvoir, la force, la protection du lieu. Elle devait appartenir à un chef, ouvrant le passage vers les voyages intersidéraux.

Commentaire -

Dans certaines loges belges, il est de coutume d'offrir aux nouveaux compagnons une canne, appareil qui les soutiendra dans leurs différents voyages.

Lors de ses déplacements, le Maître des cérémonies est toujours muni de la canne. Il est à noter que la canne du Maître des Cérémonies est faite, normalement, en gaïac, bois brun verdâtre très dur qui est aussi appelé « bois saint » ou « bois de vie » (lignum vitae), surmontée d'une boule en ivoire, son bout est en métal. Elle est donc composée de 3 éléments : végétal, animal et minéral.

Rapporteur - Des textes calcinés, que l’on peut considérer comme des archives, ont pu être déchiffrés ; ils portaient des numéros de référence séquentiels et chronologiques. D’après leur contenu, les domaines de leur raisonnement analogique se traduisent plus particulièrement par des translations disciplinaires, empruntant des savoirs à des champs différents, par exemple la philosophie, l’étymologie, l’histoire, la sociologie, l’ésotérisme, l’alchimie, le symbolisme, etc. Les passages d’un contexte lexico-sémantique à un autre s’effectuent notamment par les outils métaphoriques et poétiques dont on a pu relever plusieurs formes. Tous les écrits trouvés sont des manières de donner du sens. De façon plus spécifique, l’analyse permet de définir ces textes comme une herméneutique dans laquelle l’évaluation du travail d’interprétation se définit par l’originalité de l’agencement des arguments et des transpositions sémantiques réalisées par leur auteur.

On peut noter une particularité dans la syntaxe des phrases : on trouve très souvent, de façon très proche du pronom « nous », des mots équivalents, notre, nos, etc. Ce sont des concepts formateurs de l’identité de ce groupe de terriens par condensation sémantique de l’ensemble des processus d’apprentissage et d’intégration dans lesquels les membres ont été symboliquement construits comme parties d’un tout.

Commentaire -

Espace dédié à la prise de parole orale, l’expérience maçonnique est celle d’« avoir une voix », quel que soit l’objet du discours. En ce sens, présenter des planches, sur des thèmes qui ne sont pas nécessairement ceux de la politique, de l’actualité ou de sa profession, permet la mise en application d’une sociologie de l’apprentissage de la prise de parole démocratique. Celle-ci se définit notamment par l’inscription dans une communauté d’appartenance, une unité de pratiques langagières et discursives suffisamment symboliques pour permettre la mise en relation effective des expériences.

Je, tu, nous, vous cesse d’être des pronoms personnels pour devenir des pro-noms rituels. Alors qui parle ?

Le rituel est une parole préexistante, présentée oralement au devant des colonnes par les officiers. Ce qui parle c’est le rituel ; la parole est sédimentée par la tradition du rite. Au cours du rituel, la parole des officiers est celle d’une fonction, ils n’ont donc pas besoin de se lever parce qu’ils ne sont pas les auteurs de ce qu’ils disent. La parole rituelle qu’ils proclament les oblige à un renoncement du moi, à plus d’humilité que les autres frères ou sœurs présents.

L’homme donne sens au monde par la parole. Et il ne peut donner sens que s'il est présent au monde, c'est-à-dire en état d'éveil, de conscience du monde et de conscience au monde. En d'autres termes il se désigne lui-même comme face au monde. Par la prise de parole, le franc-maçon est là ; il le montre en étant debout et à l’ordre. Sa parole maçonnique assume ce qu’il dit et s’achève sur cette revendication par le « j’ai dit ».

A part le vénérable, la parole n’est jamais prise, elle est autorisée par triangulation ; cette parole s’adresse à tous, sans dialogue.

Les serments sont, pour la plupart, personnels sauf en clôture des travaux des tenues du premier degré, tous achèvent le travail par : « nous le promettons ». Le grand expert prend un engagement pour les autres. Sa promesse est un pluriel d’union au nom de tous les Fø et Sø présents.

Rapporteur -

Conclusion du rapport : les éléments d’échantillons dont nous disposons nous permettent de penser que cet espace était un lieu d’initiation par lequel les terriens devaient passer.

Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais aussi redoutables car susceptibles d’être détournés de leur action bénéfique et d'être transformés dans un but malfaisant. Ces initiations avaient été transmises par les êtres de lumière comme ceux qui ont accueillis nos ancêtres lors du voyage sidéral qui les avaient sauvés du cataclysme.

Commentaire -

On raconte que des extraterrestres, venus s'installer sur terre bien avant le déluge, formant une petite communauté d’Hyperboréens, allaient donner naissance aux Atlantes et aux habitants de la terre de Mû. Le déluge (ou la guerre atomique entre Mû et l'Atlantide) devait détruire toutes ces civilisations, ne laissant sur les hauts plateaux qu'un petit nombre de rescapés. Il y a plusieurs milliers d’années, un second groupe d'extraterrestres originaires de Vénus serait venu civiliser les humains qui, du Pérou au Tibet, avaient tant bien que mal réussi à survivre. Sur une dalle du Yucatan, gravée avec minutie, se profile une fusée spatiale ; sa forme, ses mécanismes de propulsion sont d'une ressemblance frappante avec une fusée. De très nombreuses autres descriptions ou dessins relevés dans les manuscrits mayas, égyptiens, phéniciens concordent : il y a longtemps, des étrangers venus d'autres planètes (appelés dieux, anges ou extraterrestres) auraient vécu sur la Terre et auraient laissé des signes, des marques de leur passage.

Les anciens textes sacrés racontent qu’à la nuit des temps, la Chine fut gouvernée pendant 18000 ans par une race de Dieux. Le Huai-nan-Tzu parle d’une période idyllique, un véritable paradis. Mais un jour, les hommes se rebellèrent, des catastrophes ravagèrent la planète, les rois de l’espace coupèrent toutes communication avec les hommes, les laissant reconstruire, seuls, leur civilisation.

La mythologie Égyptienne évoque les pouvoirs magiques des divinités. Les Égyptiens croyaient que leur Pharaon était un véritable Dieu. Ils parlent d’une époque où les Dieux dominaient la Terre, puis ce fut l’époque des demi-dieux avant que le premier Pharaon ne gouverne les terres d’Égypte.

Pour Édouard Schuré, le ciel et la terre ont été, comme la Bible hébraïque le raconte, créés par des élohîm mais ceux-ci ne sont pas Dieu : ce sont des anges de la 7e classe, de ceux qu'on appelle habituellement, mais improprement, en français, les "principautés" et qui font partie de la troisième triade angélique, Schuré assimilant les membres de celle-ci aux Dévas de l'hindouisme. Pour lui, cependant, la planète Saturne aurait été créée en premier lieu, puis successivement le Soleil, Jupiter et Mars. C'est alors que se serait produite la révolte du chérubin Lucifer, laquelle aurait eu pour conséquence la création de la Terre, de la Lune et de l'homme. La plus ancienne civilisation terrestre aurait, pour Schuré, été celle des Atlantes, de laquelle dériveraient toutes les autres.

Rapporteur -

Cependant, trop de réponses à notre questionnement restent ensevelies sous le voile de cet anéantissement de la réalité. La conclusion qui s’impose demeure une question : les fouilles auraient-elles mis en évidence que tous les terriens étaient redevenus des initiés ?

Narrateur -

Somarca pensa que tout cela paraîtrait trop simple pour les anciens, fallait-il refaire le rapport ? La nuit était tombée depuis longtemps, il était à mi- nuit et il décida de remettre, au lendemain, la réponse à son questionnement. Soudain un courant d’air emporta quelques cendres qui, en les mêlant, fit apparaître de façon fugitive un nuage de poussières laissant voir des lettres écrivant en suspension le mot « arbre de liberté » qui se disloqua aussitôt.

C’est alors que Frandelf [1] se réveilla de son sommeil agité. Il était un jeune apprenti qui, la veille, venait d’être reçu franc-maçon dans la respectable loge L’arbre de Liberté. Par delà le songe, il comprit que la langue des symboles avait fait place au silence, que le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’homme, et que, dans les rêves ou la réalité, tout est symbole.

[1] Évocation des prénoms des apprentis de la loge

 

 Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com

Par Solange Sudarskis - Publié dans : Planches
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