symbolisme

Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 07:38

Une étude attentive des rites maçonniques révèle l’omniprésence d’un principe de triangulation à différents niveaux, notamment ceux de la prise de parole, de la gestuelle, mais aussi de la gestion des distances spatiales et des données temporelles.

Revêtant des fonctions psychologiques, sociales et symboliques, la triangulation maçonnique constitue un véritable modèle de communication. Un tel modèle, dans lequel prime le genre expressif, inscrit les membres de la communauté au-delà des schémas de type interpersonnel et vise un dépassement des contraires, censé opérer un processus de médiation-transformation au sein de l’individu même.

 

Triangulation de la prise de parole et de la gestuelle en loge

La loge maçonnique est l’un des rares lieux sociaux où la prise de parole en public soit codifiée de manière aussi rigoureuse et dotée d’une charge symbolique aussi forte. L’une des particularités du rite maçonnique réside dans le fait que toute action des membres de la communauté, tout positionnement des objets dans le temple, est porteur d’information et de sens. Chaque chose est à sa place, chaque discours vient en son temps, et une telle distribution garantit la cohérence d’une totalité harmonieuse. L’ordre, recherché en permanence ne naît pas du respect de consignes arbitraires. Il est produit par l’agencement savant des divers rouages d’un système global que l’adepte, en tant que pièce constitutive, s’efforce de comprendre et d’intégrer. Même les célébrations religieuses, qui exécutent un rituel strict où les propos, suivant un canevas précis et extrayant des passages du livre sacré, sont accompagnés d’une gestuelle spécifique (signes de croix, etc.), ne vont peut-être pas aussi loin dans la sémantisation et la participation agissante des membres du groupe, dans la mesure où les spectateurs-acteurs se contentent d’en suivre le cours sans pouvoir intervenir individuellement dans son déroulement.

Les modes de communication mis en place par le rituel maçonnique sont d’une telle singularité qu’ils méritent que l’on s’attarde sur eux. En loge, la communication s’inscrit dans un schéma qui n’a rien de linéaire, comme peut l’être le modèle télégraphique de Claude Shannon, avec sa chaîne Émetteur-Message-Récepteur ; ni même simplement interactif ou circulaire, comme celui établi par les théoriciens de l’École de Palo Alto. Elle suit un schéma triangulaire, et cela à plusieurs niveaux. La première forme de triangulation est relative au discours : en loge, on ne prend pas la parole, on la demande. Et lorsqu’on la demande, on ne s’adresse pas directement au Vénérable Maître dirigeant la loge, qui peut seul l’accorder, mais à l’un des deux intermédiaires que l’on nomme Premier Surveillant et Second Surveillant. Enfin, le Vénérable Maître lui-même accorde la parole en passant également par l’un des deux intercesseurs suscités, lequel relaie l’information au requérant. Ce dernier s’exprime alors, et nul ne peut l’interrompre ni même s’adresser à lui, à moins que la teneur de ses propos ne nécessite une censure brutale de la part du Vénérable Maître (tel serait le cas pour des discours véhiculant des idéologies intolérantes, extrémistes ou racistes).

Certains pourraient ne voir dans ce procédé qu’un artifice pompeux, participant simplement de la théâtralité du cérémonial. Cependant, les raisons de cette triangulation de la parole sont plus profondes qu’il n’y paraît et dépassent largement le cadre de la dramaturgie. Procédé de médiation, elle a pour objectif d’évacuer toute communication interpersonnelle — forme la plus usuelle dans nos sociétés —, et de tisser un lien collectif en dépassant les échanges d’individu à individu (il n’est pas inutile de rappeler l’efficacité de ce que l’on appelle « l’effet de groupe » en psychosociologie, que les franc-maçons retrouvent à travers l’« Égrégore »). Les rites maçonniques ne relèvent donc pas de cette catégorie de rites que Erving Goffman a baptisés rites « d’interaction », mais bien de rites « sociaux » ou « communautaires », selon la typologie de Pascal Lardellier. Et si l’on veut bien se souvenir du fait que le terme communication (de communicare), signifie étymologiquement « mettre en commun » et implique les notions de partage, alors le rituel maçonnique atteint probablement l’objectif de toute communication, dans ses formes les plus paroxystiques.

Le rituel maçonnique apparaît doublement conjonctif. Il l’est d’abord en tant que rituel ainsi que le note Claude Lévi-Strauss :

[…] le rituel est conjonctif, car il institue une union (on peut dire une communion), ou, en tout cas, une relation organique, entre deux groupes (qui se confondent, à la limite, l’un avec le personnage de l’officiant, l’autre avec la collectivité des fidèles), et qui étaient dissociés au départ (1962 : 46-47).

Il l’est ensuite en tant que rituel particulier mettant en place des moyens de liaison internes, redondants avec sa fonction première. L’esprit de convivialité est crucial dans les loges, comme le prouve ce moment privilégié que constituent les « Agapes », mais aussi les nombreux vocables, symboles et métaphores exprimant la fraternité : la « truelle »  le « ciment », la « corde à nœuds », les « lacs d’amour », la « chaîne d’union », le « compagnon », les « frères » et « sœurs ». Le poète Alphonse de Lamartine, grand admirateur de la res maçonnica, pleinement conscient de son essence fédératrice, déclarait dans un discours prononcé en loge en 1848 : « Vous écartez tout ce qui divise les esprits, vous professez tout ce qui unit les cœurs, vous êtes les fabricateurs de la concorde » (cité par Garibal, 2004 : 23). La franc-maçonnerie remplit une fonction phatique prépondérante, pour reprendre la terminologie que Roman Jakobson applique à la linguistique. Car s’il est vrai qu’elle agit à ce niveau de communication que représente le contenu du message, par la transmission de valeurs, elle œuvre principalement au niveau de la relation. Là encore, nous nous trouvons fort éloignés du schéma de Claude Shannon, qui tend à réduire le réel à son aspect informationnel, à la notion de réseau et à la quantité d’informations qui circule en son sein .

La médiation que le rituel maçonnique établit dans le cadre de la prise de parole constitue une véritable discipline à laquelle il convient de se soumettre, et qui contrarie les inclinations naturelles des individus, habitués à parler librement ou à demander l’autorisation de s’exprimer directement à la personne qui dirige un débat. Or, toute discipline vise à transformer, par une action contraignante, une materia prima. Tel est bien le cas de la franc-maçonnerie, qui se définit elle-même comme une institution « philanthropique, philosophique et progressive »  travaillant au perfectionnement moral et intellectuel de l’humanité et proposant à ses membres un changement de cadre mental, censé s’opérer durant le rituel.

Ensuite cette médiation, précieux outil de régulation, favorise l’ordre et la pondération, car elle rend impossibles les interventions intempestives, les débats à plusieurs voix où nul ne s’entend, les conflits engendrés par des membres en désaccord ayant l’opportunité de s’adresser les uns aux autres. Le respect d’autrui et la courtoisie sont d’ailleurs inscrits comme autant de devoirs dans un texte fondateur de 1735, faisant office de Constitution pour la maçonnerie française. Ainsi est-il stipulé, au 6e devoir, qu’aucun Frère n’aura des entretiens secrets et particuliers avec un autre sans une permission expresse du Maître de la Loge, ni rien dire d’indécent ou d’injurieux sous quelque prétexte que ce soit, ni interrompre les Maîtres ou Surveillants, ni aucun Frère parlant au Maître, ni se comporter avec immodestie ou risée (partiellement reproduit par Gayot, 1991 : 62).

Ce qui fait dire au franc-maçon Gilbert Garibal, docteur en philosophie et psycho-sociologue, que

[...] les frères, du néophite au « vétéran », fréquentent la loge pour communiquer, avec eux-mêmes et les autres. Cette communication fonctionne d’autant mieux que la loge est aussi « communicante ». Autrement dit, qu’elle prend bien soin d’éviter la formation de clans, castes et autres sous-groupes, nuisibles à son unité (2004 : 129).

La parole maçonnique n’est donc pas, loin s’en faut, un instrument de pouvoir à des fins de manipulation, mais utilise une méthode originale d’accouchement des esprits, assez proche de la maïeutique et de la dialectique socratiques (à la différence près que celles-ci étaient interpersonnelles). En outre, en mettant les locuteurs dans une position d’attente de leur tour de parole, le rituel temporise — au sens étymologique du terme —, c’est-à-dire écarte toute spontanéité et oblige à une certaine maturation de la réflexion. Car comme le souligne Oswald Wirth « les idées se mûrissent par la méditation silencieuse, qui est une conversation avec soi-même. Les opinions raisonnées résultent de débats intimes, qui s’engagent dans le secret de la pensée. Le sage pense beaucoup et parle peu. » (2001 : 122)

Accordant une importance aussi grande à la communication non-verbale (comme c’est le cas dans la plupart des traditions rituelles, qui font du corps un vecteur majeur de transmission de certaines valeurs), la maçonnerie applique un procédé de triangulation identique au plan de la gestuelle. À ce sujet, il est indispensable d’opérer « une partition entre ce qui relève de la gestuelle d’accompagnement et du message proprement dit », ainsi que le font remarquer Philippe Breton et Serge Proulx. « La gestuelle d’accompagnement est formée par tous ces gestes que nous faisons à l’appui d’une communication », elle est donc bien distincte « du langage des signes », où « c’est le geste qui constitue la communication » (2002 : 63 et 48). Dans ce cas, « la gestuelle se transforme en signes codés et signifiants ». Le rite maçonnique appartient à cette seconde catégorie. Il constitue l’un des rares langages des signes qui ne trouve pas son origine dans une incapacité à produire de l’oralité, comme c’est le cas avec le langage des sourds et des malentendants, par exemple.

Tandis que l’être humain s’approprie inconsciemment, par un phénomène de mimétisme, l’ensemble des codes corporels qui prévalent au sein de sa culture — ainsi que l’ont révélé des chercheurs en kinésique tels que Ray Birdwhistell (Winkin, 1981 : 61-77) —, et qui trahissent parfois malgré lui son état et ses intentions, le franc-maçon apprend un système de signes qu’il reproduit sciemment et adapte à divers contextes. Lorsqu’il rentre dans le temple, l’apprenti fait trois pas. Les bras, les mains et les pieds du maçon sont disposés en équerre. Les gestes sont précis, calculés, parfaitement maîtrisés. Ils traduisent en outre la médiation, leur modélisation ternaire représentant la réconciliation dialectique du même et de l’autre, la dualité dépassée car augmentée de l’unité8. Seule l’institution militaire s’est peut-être approchée de ce dispositif corporel complexe dans son cérémonial : les positions du garde-à-vous, le salut militaire, les demi-tours, forment d’ailleurs des équerres, ce qui n’a rien de surprenant si l’on considère les relations étroites que l’armée et la franc-maçonnerie ont entretenues à partir du xixe siècle, ainsi que l’a démontré Jean-Luc Quoy-Bodin (1987).

Là encore, il ne s’agit pas de faire exécuter au maçon une série de contorsions absurdes, mais plutôt de mettre ses membres en conformité avec son esprit. Inversement, on tente de produire un équarrissage de la pensée par la rigueur comportementale que l’on impose à une chair généralement livrée à une certaine liberté. La tension physique qu’engendrent des positions si peu familières à l’homme est en effet propice à l’effort et au travail. Combattant la nonchalance, qui se manifeste par une attitude de relâchement, ce maintien artificiel et peu confortable du corps requiert une attention soutenue, et suscite à son tour la concentration. Il a un effet structurant. Plantagenet ne s’y trompe pas lorsqu’il déclare : « remarquons combien cette marche rituelle est pénible : brutalement coupée par trois arrêts, elle brise notre élan ; à chaque fois elle nous contraint à un nouvel effort pour repartir » (2001 : 161). Au-delà de cette idée, tenace en Occident, selon laquelle « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » et qui veut que toute souffrance fût revêtue d’un caractère initiatique, selon l’exemple de la passion christique, le formalisme rigide infligé au corps conduit avant tout à un dressage dont nous étudierons ultérieurement la nature et les effets.

Enfin, force est de constater que la gestuelle extrêmement contraignante prescrite par le rituel recoupe l’aspect fonctionnel que recouvre la triangulation de la parole, aux effets pondérateurs. À propos de la position dite de l’ordre, posture obligatoire et assez inconfortable pour ceux et celles qui s’expriment oralement, Jules Boucher remarque ainsi que « indépendamment de la valeur réelle du signe, il faut remarquer que ce geste, si simple en apparence, empêche tout autre geste et par suite toute véhémence. Combien d’orateurs — profanes — parlent plus encore avec leurs mains qu’avec leur voix ! » (1998 : 323).

 

Triangulation de l’espace et du temps rituels

On sait, depuis les études fort éclairantes menées par Edward T. Hall dans le domaine de la proxémique10, que la gestion de l’espace et les distances qui séparent des individus sont, en elles-mêmes, un acte de communication, mais aussi des données remplies de sens révélant des appartenances culturelles parfois insoupçonnées. La franc-maçonnerie témoigne, si besoin en était encore, de l’importance que revêtent les données spatiales dans l’accomplissement et la compréhension des rôles incombant à chaque communicant dans un contexte particulier.

En loge, le positionnement des individus dans l’espace du temple définit des fonctions spécifiques : à l’Orient, où se lève la lumière, est situé le Vénérable Maître, à l’Occident crépusculaire est le Couvreur, et ainsi de suite — c’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle la géométrie tient une place cruciale dans la voie maçonnique. De la même manière, le positionnement des objets de culte ne doit rien au hasard. Il est toujours investi d’une signification, il est signifiant par lui-même. Il va sans dire que cet ancrage territorial du système sémantique à travers une localisation pertinente des personnes et des choses permet de rendre très concrets les messages symboliques que véhicule la cérémonie (« ici, tout est symbole », déclare-t-on à l’apprenti lors de son initiation). C’est ainsi que la modélisation ternaire de la parole, médiatisée entre le requérant et le Vénérable Maître par une tierce personne (Premier ou Second Surveillant), s’enracine également dans une triangulation spatiale, ce qui aboutit à une répétition du schéma ternaire. En effet, celui qui sollicite la parole pour le requérant auprès du Vénérable Maître est toujours le Surveillant qui se trouve sur les colonnes opposées, face au requérant. Ce croisement des prises de parole forme donc un triangle visible, un triangle humain qui incarne géographiquement la dynamique du chiffre trois.

Nous reproduisons ci-dessous le schéma en vigueur au Rite écossais (au Rite Français, la position des colonnes et des surveillants est inversée par rapport au Rite écossais, mais la triangulation spatiale demeure), qui montre bien le croisement systématique de la parole et la triangulation spatiale qui en résulte :

Il est à noter, cependant, qu’à l’inverse de la plupart des rites (notamment des rites politiques), où se « jouent des rapports de domination et de sujétion, hypostasiés à ce ballet qui définit les fonctions, exprime les allégeances, confirme les rangs et les statuts » (Lardellier, 2003 : 95), le rite maçonnique, créateur de lien social, ne fait guère reposer les rôles assignés aux adeptes sur la situation professionnelle et financière que chacun occupe sur l’échelle sociale, dans le monde profane. C’est ainsi qu’un ouvrier d’usine accèdera progressivement au grade de Maître, tandis que le PDG d’une grande entreprise ouvrira sa voie maçonnique au grade d’Apprenti, comme tout un chacun, avec les corvées qui accompagnent cette première étape (installation du Temple, préparation des Agapes et service durant le repas, etc.), qui se veut un apprentissage de la patience et de l’humilité, une familiarisation, aussi, avec une dimension symbolique souvent inconnue du néophyte.

D’autre part, les fonctions de chacun ne sont guère figées, puisque les membres du groupe changent de rôle au fil des ans. Or, ce principe d’égalité et de circularité est, encore une fois, spatialement et communicationnellement inscrit. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, par exemple, le Vénérable Maître, après avoir occupé des fonctions centrales à l’Orient durant quelques années, se voit-il relégué à l’Occident, près du Parvis. Outre que ce positionnement diamétralement opposé lui confère un angle de vision — et par conséquent un angle de compréhension — différent sur le Temple, il traduit le passage d’une position supérieure à une position inférieure. En devenant Couvreur, il quitte la place dominante et ordonnatrice pour une place d’exécution, en contre bas. Il en va de même pour les autres officiers de la loge (citons l’interversion des Premier et Second Surveillants, notamment).

On ne s’étonnera donc guère que le niveau figure parmi les outils et symboles privilégiés de l’institution, ni même que le principe d’égalité présidant aux travaux maçonniques ait pu contribuer à la diffusion des idées émancipatrices jadis émises par les philosophes des Lumières. Sans verser dans la théorie du complot ou du projet intentionnel que certains, tel l’abbé Barruel (1803), prêtent à la franc-maçonnerie, il semble avéré qu’en favorisant le brassage social (puis la mixité, à partir du xixe siècle, dans quelques obédiences les loges précipitèrent la chute d’un régime inégalitaire. « La Franc-Maçonnerie vint ainsi offrir un excellent terrain de culture au ferment des idées révolutionnaires », souligne Oswald Wirth (2001 : 54). Les idées progressistes qu’elle véhiculait étaient d’ailleurs jugées subversives et dangereuses, tant par le pouvoir politique que par le pouvoir ecclésiastique. On peut aisément le comprendre à la lecture de certains textes du dix-huitième siècle : « Ramener les hommes à leur égalité primitive par le retranchement des distinctions que la naissance, le rang, les emplois ont apporté parmi nous. Tout maçon en loge est gentilhomme » (Le sceau rompu, 1745 : 22 ; cité par Gayot, 1991 : 125). Tout semble concourir à faire de l’espace maçonnique un espace sociopète, selon le mot de Edward T. Hall, un lieu de partage, de cohésion et d’intégration.

Comme l’espace de la loge, le temps maçonnique se trouve lui aussi soumis au principe de triangulation. Il serait fastidieux et surtout ambitieux de vouloir dresser une liste exhaustive de ce temps triangulaire, tant celui-ci est riche. Quelques exemples significatifs suffiront néanmoins à en rendre compte. Les maçons, tout d’abord, travaillent entre les heures symboliques de « Midi » et « Minuit » (périodes elles-mêmes transitoires puisqu’elles marquent tout à la fois l’apogée du jour et de la nuit, et leur déclin imminent), à l’âge non moins symbolique et transitionnel de « trois ans ». Parmi les fêtes maçonniques, mentionnons également les fêtes de la Saint-Jean d’hiver et de la Saint-Jean d’été, correspondant aux deux équinoxes. Comme les heures de midi et de minuit, les équinoxes traduisent un point d’équilibre précaire et transitionnel, l’apogée d’un état et par conséquent sa proche déchéance, selon la loi de la dialectique des contraires.

Autre expression de cette triangulation, lors de l’ouverture et de la fermeture des travaux, le Vénérable Maître, assisté des Premier et Second Surveillants, procède à l’allumage puis à l’extinction des feux. Au début de la tenue, chacun d’entre eux se tient devant l’un des trois piliers nommés Sagesse, Force et Beauté, afin d’allumer des bougies. Faisant le tour dans le sens des aiguilles d’une montre, ils échangent leur place et chaque officier se retrouve ainsi, l’instant d’après, face au pilier devant lequel était positionné son voisin de gauche. Ce mouvement circulaire en trois étapes autour des trois piliers forme une roue spatio-temporelle dynamique, proche de la svastika indienne. Certains maçons voient d’ailleurs dans ce moment cérémoniel une représentation de la création du monde (Doignon, 2005), un espace-temps zéro à partir duquel apparaissent progressivement l’espace et le temps sacrés. Cette interprétation semble corroborée par l’allumage des bougies qui provoque le passage des ténèbres à la lumière, ainsi qu’il est fait dans la Genèse où les mots fiat lux précèdent l’apparition des différents éléments du monde ; mais également par la signification attribuée aux trois piliers : la Sagesse « conçoit », la Force « exécute », et la Beauté « orne ». Il s’agit bien d’un acte de création primordial, similaire à celui du « Grand architecte de l’univers », et se déroulant en trois phases, à savoir conception, réalisation puis contemplation esthétique du produit fini.

L’omniprésence de la figure deltaïque, suggérant, selon certains maçons, un triangle temporel, semble confirmer ces vues. Ainsi Jean-Marie Ragon perçoit-il les points de cette figure géométrique comme évoquant le Passé, le Présent et l’Avenir (1853 : 369). Le sens de cette triade correspond parfaitement à la philosophie maçonnique, ancrée dans la tradition et tournée vers l’avenir d’un monde meilleur via une tentative de perfectionnement au quotidien. Les franc-maçons se sont d’ailleurs souvent inspirés, dans leurs réflexions, du célèbre tableau de Gauguin intitulé D’où venons-nous ?, Qui sommes-nous ?, Où allons-nous ?, preuve que leur voie s’interroge sur l’identité et le devenir de l’homme à travers les trois temporalités classiques que nous reconnaissons. Car comme toute tradition, la franc-maçonnerie opère à un niveau à la fois diachronique et synchronique. Soucieuse de transmettre des valeurs régulatrices, elle agit sur l’axe vertical du passé, où la mémoire relie la chaîne générationnelle à un temps originel, mais également sur l’axe horizontal de l’espace communicationnel qui met les vivants en présence (Debray, 1997). Nous pouvons résumer ainsi ce mouvement maçonnique, qui se nourrit au présent de la sagesse des anciens pour tenter de construire une société idéale.

IAjoutons enfin que le temps du rituel est rythmé par trois coups de maillet, répétés trois fois, par la triade Vénérable — Premier Surveillant — Second Surveillant, au début et à la fin de la tenue. Ce rythme ternaire ouvre et ferme l’accès au temps sacré, de même que les pas d’entrée sur le pavé mosaïque, puis la sortie hors du temple, équivalent à un va-et-vient entre l’espace sacré intra-muros et l’espace profane à laquelle les adeptes sont rendus dès la fin de la cérémonie rituelle. . Lorsque commencent les travaux, le Vénérable Maître n’affirme-t-il pas « nous ne sommes plus dans le monde profane » ? La figure du Vénérable est semblable à celle d’un chef d’orchestre (métaphore chère aux chercheurs de Palo Alto) qui, par ses coups de maillet injonctifs, introduit des ruptures rythmiques dans le temps mais aussi dans l’espace communicationnels de la cérémonie (silence/possibilité de prise de parole, immobilisme/gesticulation, position debout/assise), donnant le tempo d’une partition connue. Elle crée en outre une « synchronie interactionnelle », pour reprendre une expression de William Condon et de Edward T. Hall, chaque participant agissant en même temps que ses confrères et de manière identique à eux. Et si, pour les théoriciens modernes, toute communication doit être envisagée comme un système, dans lequel les multiples éléments interagissent les uns par rapport aux autres, le rituel maçonnique possède cette particularité rare qu’il est un système intentionnel et pré-régulé, qui cherche à optimiser au maximum ce caractère systémique et interactionnel. Ainsi en est-il de la « triple batterie » et de « l’acclamation », à l’annonce desquelles tous les maçons frappent rapidement trois fois dans leurs mains, et répètent ces gestes trois fois, en criant « Liberté », « Égalité », « Fraternité ».

Les penseurs de ce que l’on a appelé « la nouvelle communication », en effet, ont montré que l’espace et le temps au-delà de leur aspect physique, mathématiquement mesurable, forment des cadres culturels organisés et vécus de manière différente d’un continent à un autre, engendrant ainsi des modes de communication spécifiques. Mais de telles constructions, relatives puisque variant selon les époques et les lieux, sont généralement le fruit d’une élaboration longue et inconsciente, déterminée par l’histoire particulière des peuples et les paramètres environnementaux dans lesquels ils s’insèrent. Les individus répondent ainsi à des codes et règles tacites sans avoir conscience d’évoluer dans une dimension artificielle. Or, la maçonnerie offre l’exemple d’un programme culturel conscient et volontaire, d’une composition sémantique qui s’affiche comme telle, et qui a cependant — là est le paradoxe — une prétention universelle (les Ordres internationaux, faisant fi des divers particularismes locaux, appliquent le même rituel aux quatre coins de la planète), comme si sa valeur atteignait quelque absolu en saisissant l’essence de l’homme, le point nodal de ses aspirations.

 

Vers une triangulation de l’individu : pure métaphore ou symbolisme opératoire ?

La franc-maçonnerie introduit l’homme dans l’« empire des signes », pour reprendre l’expression que Roland Barthes a forgée à propos de la culture japonaise. Signes corporels et symboles divers jalonnent le laborieux parcours de l’adepte. Mais au stade de ce constat, il convient de s’interroger sur la fonction que remplissent ces signes : simple jeu d’analogies au sein duquel l’individu se meut plaisamment ; ou véritable projet transmutatoire engageant l’être lui-même, faisant de lui l’objet d’un changement radical ? Déchiffrage d’un langage codé ou règles opératives modifiant l’humain en profondeur ?

La réponse est donnée dès le grade d’apprenti, puisque l’on exhorte le jeune initié à dégrossir la pierre brute, qui n’est autre que lui-même. Oswald Wirth (2001) rappelle, en guise d’introduction au premier tome de son ouvrage : « De la création de l’homme par lui-même naît l’homme perfectionné, le Fils de l’Homme ». D’où l’importance accordée au corps, matière imparfaite qu’il faut patiemment ennoblir pour que s’ennoblisse aussi l’esprit, et dont la métanoïa ou conversion débute lors de l’initiation, ainsi que le relève Bruno Etienne (2002). Michel Foucault a fort bien montré que le dressage des esprits était indissociable du dressage des corps, ce que les institutions dites « totales » ont également compris et exploitent avec brio (1993 : 31-31). L’interaction corps-esprit/esprit-corps est reconnue depuis fort longtemps, puisqu’en des siècles reculés l’ascèse corporelle, au sein de l’institution religieuse et de certaines sociétés mystiques, avait pour but de purifier l’âme. Blaise Pascal ne déclarait pas autre chose lorsqu’il affirmait « qu’il faut s’agenouiller et faire les gestes de la foi pour croire »…

En revanche, il existe une différence notable entre le dressage pratiqué par les institutions totales, au rang desquelles on peut ranger l’armée, et celui auquel procède l’institution maçonnique. Car le premier développe un conditionnement de type pavlovien, privatif de toute liberté de pensée, d’expression et de comportement, tandis que le second, anti dogmatique et émancipateur, a pour effet de libérer le sujet de ses préjugés (le maçon est dit « libre et de bonnes mœurs »). Le rituel maçonnique ne peut donc être bénéfique que s’il est rigoureux et que son sens est parfaitement compris. « Tout symbole, tout rite — mise en action des symboles — perdent leur valeur, et ne sont plus que des “simagrées” dès qu’ils ne sont plus exactement respectés comme ils devraient l’être », affirme avec raison Jules Boucher. Puis de renchérir : « Et le plus souvent ils ne sont pas respectés, parce qu’ils ne sont pas compris » (1998 : 323).

Le corps est bien plus qu’un vecteur de communication à visée informative. Favorisant le mode expressif il est le creuset matriciel dans lequel s’accomplissent de véritables transformations mentales .Au-delà du fait qu’il est un langage dont il faut décoder le sens pour en saisir la pleine valeur, le dispositif matériel et physique du rituel maçonnique possède un caractère performatif, qui se révèle à son tour hautement signifiant par les changements cognitifs, sentimentaux et comportementaux qu’il introduit. On rejoint là la conviction de la philosophe Hannah Arendt, pour laquelle « être et paraître coexistent », et celle de nombreux penseurs avançant l’hypothèse que toute transformation ontologique s’enracine nécessairement dans une transformation phénoménale. Ainsi pourrait-on appliquer, en l’inversant, l’approche de John Austin : « Quand faire, c’est dire ». Des bâtisseurs de cathédrales et maçons francs opératifs, en effet, qui en furent la source d’inspiration principale, la maçonnerie spéculative a conservé une certaine concrétude à travers la mise en geste des mots et la mise en acte des idées. Pascal Lardellier, évoquant le rôle de ce « corps, puissamment sémantique », souligne avec justesse que

[...] le rite exige toujours de ses participants une démonstration physique, « une création de présence » (E. Schieffelin). Ne pouvant en aucun cas être vécu de manière abstraite, in absentiae, il impose une incarnation, sans laquelle aucune action symbolique ne saurait être atteinte. Car pour être crédible, ce rite se doit d’être vécu, investi de l’intérieur (2003 : 94).

En outre, l’effet cathartique produit par la mise en scène des corps — effet identique à celui que revêtait la tragédie selon Aristote — ne doit pas être négligé. L’élève de Platon évoquait avec raison « cette imitation qui est faite par des personnages en action et non au moyen du récit », et qui « opère la purgation propre à pareilles émotions » (1952 : 1449b). À son tour, Jacqueline de Romilly a mis en évidence la fonction psychologique et sociale de la tragédie grecque, qui permettait d’extérioriser la violence via un phénomène d’identification du spectateur à l’acteur-personnage, et de l’évacuer ainsi hors des murs de la cité. Le rituel maçonnique accomplit une purification assez semblable grâce au spectacle visuel qu’il livre. Il va même plus loin que la tragédie si l’on considère que tous les spectateurs sont également des acteurs de la pièce qui se joue, le geste se joignant à l’observation.

Les gestes que l’apprenti exécute sont d’ailleurs très évocateurs : le bras et la main disposés en équerre au dessous de la gorge sont destinées à juguler les passions provenant du cœur et à les empêcher de troubler l’âme, ainsi que l’explique le rituel au premier degré du Rite écossais ancien et accepté. Ce signe dit « guttural » devient un signe « pectoral » au grade de compagnon, la main se situant alors au niveau du cœur.

L’objectif opératif est si prépondérant que certains, tel Jules Boucher, font remarquer que ces positions correspondent à des chakras et mobilisent ainsi les centres d’énergie de l’être. Par ailleurs, l’idée d’une thérapie de groupe fondée sur une approche systémique, c’est-à-dire sur une régulation des relations que les éléments du groupe entretiennent les uns avec les autres, est assez proche, même si elle diffère dans sa mise en œuvre, des thérapies familiales de Don D. Jackson et de Paul Watzlawick et plus largement du Mental Research Institute, fondées sur la notion d’homéostasie.

L’aspect physique est tellement essentiel qu’un maçon doit être « un homme exempt de défaut du Corps, qui peut le rendre incapable d’apprendre l’Art »  de l’avis de certains adeptes. Il ne s’agit bien évidemment pas de discrimination, mais de la conviction que les lumières de la maçonnerie demeureraient à jamais inaccessibles à celui dont un corps infirme ne permettrait pas l’accomplissement du rituel, la spécificité de l’initiation étant par ailleurs le vécu d’une progression extérieur/intérieur. On voit là tout ce qui peut séparer la tradition maçonnique de certaines mystiques ou traditions ésotériques proposant une élévation spirituelle en s’adressant directement et uniquement à l’esprit. Passer du contact sensible des choses matérielles à leur conceptualisation, de la conceptualisation à l’imagination, de l’imagination à la monstration, de la monstration à l’intériorisation, et de cette dernière à une appréhension de nature intuitive : tel est l’un des objectifs de la voie maçonnique. Mais à l’instar de la tradition alchimique, cette dernière s’appuie toujours, initialement, sur un support physique, un substrat matériel, destiné à servir de déclencheur transmutatoire.

Dans l’accession à un mode de connaissance intuitif, le maniement des symboles joue un rôle déterminant. Signifiant moins abstrait, moins arbitraire surtout, que ne le sont les mots, formés de lettres et de sons conventionnels selon la linguistique saussurienne, le symbole possède en effet une sorte de lien naturel avec le signifié, puisqu’il procède par substitutions et transferts sémantiques. Il tient lieu de jonction entre les réalités strictement matérielles et les concepts purement intelligibles, les sens et la raison (l’idée d’une réunion de deux parties séparées est d’ailleurs présente dans l’étymologie du mot symbole, « sumbolon », et du verbe grec « sumballein » qui signifie « mettre ensemble »). S’il est un vecteur d’information et de communication privilégié, c’est précisément parce qu’il est doté de cette nature bicéphale qui introduit l’adepte dans un entre-deux. Il crée une voie médiane, ou troisième voie, pour ceux qui refusent le réductionnisme du matérialisme et de l’idéalisme. Procédant par triangulation, évitant le piège du principe de non-contradiction d’Aristote, que la physique quantique a récemment mis à mal il ouvre des perspectives nouvelles. En outre, la plupart des symboles prétendent à l’universalité. Empruntant au registre de Jung, on peut dire que ceux-ci possèdent une dimension archétypale qui les rend accessibles à chacun.

L’efficacité du symbole — notamment du symbole de condensation, réalisant une propagation affective et énergétique inconsciente, par opposition au symbole de référence , a été relevée par nombre de chercheurs. Pascal Lardellier note ainsi : « Et le contexte rituel dans son ensemble va aller jusqu’à générer des états modifiés de conscience, la réalité devenant symbolique, et le symbolique performatif, puisque capable de transformer cette réalité » (2003 : 92).  Les alchimistes, qui œuvraient également à partir d’une voie initiatique, hermétique et herméneutique, répétaient inlassablement les mêmes gestes dans les mêmes alambics, assortis des mêmes prières, paroles et symboles, ce qui était censé produire un éveil de la conscience et une transformation corporelle, conjointement à une transmutation de la matière hermétiquement scellée, sujet et objet ne faisant plus qu’un.

En conclusion, on peut dire que le rituel maçonnique repose sur l’intuition que l’homme est une vaste structure de relations externes et internes, dont le perfectionnement dépend d’une alchimie communicationnelle à plusieurs niveaux. Proposant un modèle interactionniste global, fondé non seulement sur le « dire », mais aussi sur le « voir », le « faire » et le « ressentir », il utilise le principe de triangulation de la prise de parole, de la gestuelle ainsi que de la gestion spatio-temporelle, qui vise à produire une dialectique visible-invisible, transcendance-immanence, théorie-pratique. In fine, celle-ci doit engendrer une triangulation de l’agent lui-même (du type soufre-sel-mercure, soit esprit-âme-corps), c’est-à-dire une transmutation de l’individu par la réconciliation des contraires qu’opère le modèle ternaire, prélude à l’unification finale de l’être. La philosophie maçonnique, avec son approche praxéologique, semble bien faire partie de ces systèmes d’« idées » qui « deviennent des forces matérielles », selon les mots de Régis Debray (1994 : 22). Cette thèse médiologique se trouve d’ailleurs énoncée près d’un siècle auparavant et dans des termes similaires par le maçon Edouard Plantagenet (1992 : 142), lorsque ce dernier explique que « l’idée froide », purement abstraite, entre en contact avec les sentiments fécondants durant le rituel et « se transforme soudainement en idée-force en s’intégrant dans notre personnalité ». Loin de se cantonner au plan individuel, cette transformation du maçon vise à transformer à son tour l’ensemble de la collectivité maçonnique et même de la société profane, étant entendu que le perfectionnement des parties constitutives d’un groupe participe également du perfectionnent de la structure globale.

 

Source : http://communication.revues.org/

Par Céline Bryon-Portet - Publié dans : symbolisme
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 17:43

Le monde végétal est bien représenté dans notre rituel ou nous retrouvons tour à tour : la rose lors de notre initiation, puis l’acacia, le laurier et l’olivier contrairement au monde animal relativement discret.

Au grade de maitre secret nous retrouvons une clef d’ivoire, puis un chien nous accompagne au grade de maitre élu des neuf jusqu’a l’entrée d’une caverne.

Des chameaux accompagnés de mages font leur apparition au grade de chevalier du royal arche dans leur périple vers Babylone. Puis nous trouvons l’agneau qui nous escorte tout le long de notre réception au17ème Degré. Agneau vers lequel nous devons tendre.

Nous le retrouvons également des le premier jour de notre parcours Ecossais sous la forme d’un tablier blanc qui nous est remis avec déjà et nous y reviendrons une notion de sacrifice.

Ce même agneau nous le retrouvons une fois l’an comme met principal le jeudi précédent pâques lors de notre agape pascale. Nous le consommons lors de l’exécution d’un rituel bien précis après l’avoir sacrifié.

Les écrits ainsi que l’iconographie sur la symbolique de l’agneau sont abondants et nous permettent de mieux comprendre et d’appréhender les voies de la transformation que nous propose nôtre rituel de chevalier d’orient et d’occident.

A tous les étages de la civilisation méditerranéenne l’agneau premier-né, celui que l’on appelle l’agneau de la saint jean apparait dans sa blancheur immaculée et glorieuse comme une cratophanie printanière.

Il incarne le triomphe du renouveau, la victoire de la vie sur la mort, l’innocence. C’est cette même fonction qui fait de lui par excellence une victime propiatoire qu’il faut sacrifier pour assurer son propre salut. Dans certains rituels il symbolise l’espérance

Ce que l’on peut constater c’est que l’agneau de lait des juifs aux chrétiens puis de ceux-ci aux musulmans est la victime sacrificielle en toutes occasion et surtout du renouveau ou se succède pâques juives, pâques chrétienne (mort et résurrection du christ agneau de dieu) et sacrifice du ramadan.

L’étude détaillée de ces trois rituels nous dit le dictionnaire des symboles fait apparaître la continuité de leur signification symbolique jusque dans les moindres détails. Ainsi l’effusion du sang rédempteur du Christ sur la croix n’est pas sans rapport avec ce sang salvateur dont les juifs enduisent les montants et les linteaux de leurs portes pour écarter les forces du mal.

Cet agneau nous le retrouvons dans l’apocalypse de Jean support de notre rituel du 17éme degré. Il est sur la montagne de Sion au milieu de la Jérusalem céleste.
-René Guénon nous propose un rapprochement :
Se fondant sur une description presque identique du Brahmâ-pura et de laJérusalem céleste il suggère un rapprochement phonétique entre l’agneau et l’agnivédique.Il nous dit ceci :
« Nous ne prétendons pas qu’il y ait entre les mots agni et ignis (équivalent du latin d’Agni) autre chose qu’une de ses similitudes phonétiques qui ne sont pas pour autant accidentelles. »

La similitude ne saurait être fortuite car outre le caractère sacrificiel d’Agni l’un et l’autre apparaissent comme la lumière au centre de l’être que l’on atteint dans la quête de la connaissance suprême.

Ce rapprochement avec le Dieu védique du feu manifeste l’aspect solaire, viril et lumineux de l’agneau. C’est la face léonine de l’agneau que l’on trouve également signalés dans l’apocalypse de Jean qui emploie vingt-huit fois le mot agneau pour désigner le Christ.
Ignis signifie feu en latin. Un certain symbolisme du feu qui dans diverses formes se lient assez étroitement avec l’amour. L’agneau se trouve associé à la fois aux représentations du paradis terrestre et de la Jérusalem céleste.
L’Agni parmi la divinité védique est le dieu du feu et de la liaison entre le monde terrestre et le monde divin. L’Agni védique est le symbole de l’agneau.

L’iconographie de l’agneau est elle aussi abondante. On peut citer « l’agneau mystique » des frères Van Eych qui est un polyptique de l’adoration visible à la cathédrale de Gand.

De tous les êtres vivants, Nous dit Louis Charbonneau-lassay dans son bestiaire du Christ, qui on eu l’honneur de représenter le Christ l’agneau est celui qui a connu la plus grande vague.

Et celle-ci repose sur des bases bien établies par les écritures sacrées et par ce que les liturgies chrétiennes on de plus auguste et de plus immuables. Dans tous les cultes à sacrifice l’agneau fut par excellence la victime virginale, sa blancheur, sa grâce, son âge le désignant a ce rôle. Victime expiatoire et propiatoire substitué à l’humanité coupable, il a pris à ce titre le premier rang parmi les symboles et les emblèmes du christ.

Son iconographie présente une progression. Les plus anciennes images le représentent
En victime et il est en position couchée, plus tard nous le retrouverons en position debout comme la victime triomphante du ciel.

A travers ce survol restrictif de la symbolique et de l’iconographie de l’agneau découle entre autres deux notions celle de sacrifice et de bouc-émissaire.
Le sacrifice est présent dans toutes les traditions du monde et y aurait-il une humanité sans sacrifices ? Il existe toujours des rites de passage, des sacrifices souvent expiatoires c’est à dire des sacrifices de victimes qui protègent l’homme de sa violence.

Dans le premier livre de l’ancien testament on lit comment l’offrande d’Abel (les premiers-nés de son troupeau) fut acceptée et celle de Caïn qui avait offert les fruits de son travail fut refusée. Plus loin c’est Abraham prêt à sacrifier son fils. Dieu retint son bras scarificateur.

Selon R.Girard dans le processus culturel les sacrifices d’animaux permettent de détourner la violence individuelle vers des objets de substitution je cite « on choisit les animaux les plus précieux pour leur utilité, les plus doux, les plus innocents, les plus en rapport avec l’homme par leur instinct, par leur habitudes. On choisissait dans l’espace animale les victimes les plus humaines si l’on peut s’exprimer ainsi.
Selon R. Girard si Abel ne tue pas son semblable c’est parce qu’il tue lui-même des animaux qui les lui rappelle et il décharge ainsi sa violence sur les animaux sacrifiés. Alors que Caïn ne bénéficiant pas de tels expédients sacrifie son frère.

La violence du sacrifice permet de canaliser notre propre violence, d’exorciser le mal en lui donnant une forme propre dont on peu se débarrasser à l’occasion du sacrifice et permettre à la société de survivre de façon satisfaisante. L’objet du sacrifice répond ainsi à la fonction de bouc-émissaire .Mais ajoute t-il « c’est quelque chose qui nous gène on ne veut pas savoir que l’humanité entière est fondée sur l’escamotage mythique de sa propre violence projetée vers de nouvelles victimes. ».

Il s’oppose à la vision sacrificielle des évangiles et nous en propose une lecture non-sacrificielle. Selon lui jésus apporte un message d’amour et de non-violence. Il serait victime de ce mécanisme et aurait été pris comme bouc-émissaire. En le sacrifiant le peuple juif s’est bien sauvé car il a préservé le secret du mécanisme sacrificiel. Globalement on peu retenir que le sacrifice d’un point de vue religieux permet grâce a une substitution le sauvetage des âmes et sociologiquement le sauvetage d’une société.

Le grade de chevalier d’orient et d’occident peut-être considérer comme une introduction au chapitre rose-croix pour certains même la première partie du temple noir.

L’expérience du 17éme degré nous introduit dans une démarche sacrificielle, le plus humble de tous étant le modèle vers lequel nous devons tendre. Cette démarche n’est pas qu’un abandon de la personnalité égotique elle est aussi une relativisation de notre existence.

Ce degré marque une rupture avec le précédent. Nous avons quitté l’exil de Babylone, passé le pont de Gandhara en laissant nos biens matériels derrière nous et nous avons entrepris de reconstruire l’épée dans une main et la truelle dans l’autre. Et voila que comme d’habitude au REAA le décor change.

Nous sommes maintenant en référence à l’apocalypse de Jean et à la Jérusalem céleste. Ce degré marque le lien entre l’ancienne et la nouvelle loi. C’est à ce degré de chevalier d’orient et d'occident (synthèse de deux mondes en opposition et de toute forme de dualité) que s’opère nous dit I. Mainguy, le passage entre la tradition judaïque développé par l’ancien testament à la tradition chrétienne néotestamentaire qui va se référer à l’apocalypse.
L’apocalypse qui nous occupe au 17éme degré en est une vision partielle. Le support en est l’évangile de jean. Vison partielle car ce sont des extraits de textes qui nous sont lus et ces extraits ne concernent que les onze premiers chants de l’ouvrage. Les extraits choisis proposent un sens qui va soutenir l’aspect alchimique dans le déroulement de la cérémonie.

Les messages sont simples mais codés ils s’achèvent par deux phrases :
- La loi est unique. La dualité repose dans la loi.
- Le nombre sept règles le ballet des mondes infinis.
Ces deux phrases vont guider l’impétrant pour être admis parmi les chevaliers d’orient et d’occident. C’est le trait d’union entre l’ancienne et la nouvelle alliance.

Au début de sa réception le récipiendaire est revêtu d’une haire blanche en signe d’humilité et de simplicité. Les épreuves qu’il va subir consiste en des rites de purification progressive. Ces épreuves sont comme une dissolution successives, progressive d’écorces nous dit I. Mainguy.

Ces écorces correspondent au sept sceaux, qui scellent le livre de la vie et que seul pourras briser celui qui seras à l’image de l’agneau prêt à s’offrir totalement en sacrifice pour les autres.
On demande clairement au récipiendaire de se substituer au christ-agneau libérateur dont l’action permet d’accéder à de nouveaux dévoilements par là même à de nouveaux états de construire. Pour être digne de porter cette haire la cérémonie se termine par l’effusion de sang.
Pourquoi par le sang ? Tout bon maçon ne doit pas craindre de répandre son sang pour la maçonnerie et la défense de ses frères apparaît à nouveau la notion de sacrifice. L’eau et l’effusion de sang rappelle le passage du pont de Gandhara du chevalier de l’orient et de l’épée. Ce que l’on demande ici au récipiendaire c’est de mourir à lui-même et de donner la dernière goutte de son sang pour pouvoir ouvrir le livre des sept sceaux.
Au moment où il doit être sacrifié on lui dit que la maçonnerie n’a nul besoin de son sacrifice et que le courage dont il a fait preuve le rend digne d’ouvrir les sceaux car il est devenu semblable à l’agneau immolé.
Nous devenons des soldats œuvrant dans une fraternité. .Après ces purifications le récipiendaire devenu innocent comme l’agneau ouvre les sceaux, il devient ce mystérieux agneau qui va prendre possession du dessein divin. L’agneau évoque la figure du serviteur souffrant conduit comme un agneau à l’abattoir ainsi que le décrit Isaïe. Dans l’apocalypse de Jean c’est le Christ exécuté sur la croix. L’agneau c’est le verbe triomphant et il va pouvoir transmettre au monde ce message. Quand on représente le livre des sept sceaux surmonté de l’agneau tenant l’étendard on signifie que le Johanisme (dont l’agneau à l’étendard est le sceau) conduit à la connaissance représenté par ce livre. Le fait que ce livre soit scellé représente la connaissance secrète. Voilà à mon sens une des possibilités d’interprétation de l’agneau a ce grade.

Nous nous sommes réunis il ya quelque temps le jeudi précédent Pâques pour procéder à l’agape pascale rituelle. Les fêtes pascales sont liées dans l’ancien testament à l’histoire du passage des Hébreux qui cherchent à quitter l’Egypte à travers les barrières édifiées par pharaon leur oppresseur.

Notre agape pascale se déroule autour de trois éléments clés :
- L’extinction des lumières.
- La réanimation des lumières.
- Le sacrifice de l’agneau.

Dans le 18éme degré après Abel et Abraham nous sacrifions l’agneau. C’est également la victime du seder (repas rituélique des pâques juive, des rituel chrétiens du jeudi saint (avec le fait que c’est le christ agneau de dieu qui s’offre lui-même en sacrifice.) et musulman de l’Aïd el Kabîr.
- Nous partageons lors de l’agape pascale les espèces et l’esprit qui nous fondent chevalier rose-croix. Dans l’agape pascale nous manifestons cette offrande de soi, cet amour de l’humanité de Dieu, des chevaliers entre eux, selon la tradition inaugurée par le Christ mais fondement actuel du lien universel de tout les chevaliers Rose croix du monde. Au 3éme degré avec le drame hiramique nous avons perdu la parole. Nous l’avons vainement recherché à partir du 4éme degré, ou nous étions « les serviteurs d’un Dieu caché ». Cette quête nous a conduit au 18éme degré ou nous sommes devenu « les amis d’un Dieu révélé. » tenant à la fois du clerc et du laïque, ou chevalier Rose –croix, lorsqu’on nous à dévoilé I.N.R.I., le feu transmutatoire.
- On sait que le langage des « cours d’amour » n’était accessible qu’aux seuls initiés pour qui l’âme est la seule réalité qui puisse permettre d’atteindre le Divin. Dans ces condition cette désignation « d’agape Pascale » se justifie doublement. Agapè en grec c’est l’amour partagé, l’amour altruiste, la caritas des latins, dévoyée en charité. Ce n’est pas l’éros passionnel, possessif et foncièrement égoïste. C’est le repas pris en commun par « les Amis de Dieu ». Il illustre l’Amour universel que nous nous portons les uns aux autres, et surtout cet amour qui est un dépassement de soi, au service de tous les hommes à travers le sacrifice de Jésus dans sa dimension symbolique.

La qualification de cette agape dite « Pascale », signifie le début d’un processus alchimique qui commence au début du printemps en mars, sous le signe du bélier et lorsque la lune est à son plein.

Nous allons partager le Pain, le Vin et sacrifier l’agneau sous le signe de la croix.
Cette croix c’est la table autour de laquelle nous avons pris place. C’est celle qui indique celui qui est l’objet et le sujet de l’œuvre, lorsque nous nous mettons au signe d’ordre du « bon pasteur », la croix de Saint André, ou lorsque nous exécutons des libations avec notre calice.

C’est celle sous la forme de laquelle l’agneau est rôti lorsque nous passons la branche montante de cette croix de la tète à l’extrémité postérieure et la branche transversale à la hauteur des épaules pour y attacher les pattes postérieures. Cette croix c’est le hiéroglyphe alchimique du creuset. Elle est dans la tète ou se trouve le cerveau, la pierre encéphale dont nous devons extraire la « pierre non-pierre », par le vitriolum.C’est pourquoi il est dit que le Christ à vécu sa passion sur le Golgotha qui veut dire lieu du crane. Le contenu de la boite crânienne étant la demeure de la partie divine de l’homme. Michel-Ange qui le savait inscrivit une coupe sagittale du cerveau dans la fresque du plafond de la Chapelle Sixtine.
- Le vin est lié à la faculté créatrice et représente le premier acte fondateur d’une nouvelle terre et d’un nouveau ciel. C’est l’incarnation de l’âme universelle dans la totalité des êtres vivants. Le symbole de la vigne et du vin est synonyme de l’esprit. « Que ce vin symbole de l’esprit élève notre intelligence. » Le pain est le reflet du vin dans le monde manifesté et il en devient la nourriture essentielle. Les 12 pains de proposition exposés dans le temple en sont la meilleure représentation.
- Nous sacrifions l’agneau. L’agneau de Dieu, par lui nous absorbons une nourriture organique en même temps que spirituelle. L’agneau puise sa lointaine origine culturelle dans le temps ou Yahvé frappait les premiers-nés des Egyptiens. La tradition chrétienne verra dans l’agneau pascal l’image du christ immolé et dont le sang est répandu sur la croix pour le salut des hommes dans la nouvelle alliance. Le chevalier Rose-croix en mangeant l’agneau incorpore cette tradition est devient signe lui-même. La loi prescrivant de faire rôtir cet agneau de façon à le figurer sur la croix latine nous pouvons dire qu’il est soumis à l’action du feu dans le creuset transmutatoire.
Placé sous le patronage de Saint jean l’évangéliste, il faut savoir que la clé de l’art réside dans l’utilisation du Feu, celui d’I.N.R.I., appelé Mercure, unique agent dont on ait besoin et que les auteurs ont décrit sous de nombreux noms. Ce feu n’est « ni celui des charbons ardents, ni celui du bois enflammé ». Ce feu doit être applique trois fois, pour obtenir un SOLVE et COAGULA c'est-à-dire une mort et une résurrection, l 'Oeuvre au noir et l’œuvre au blanc comme l’indique les trois clous qui fixèrent le crucifié.
En répétant sept fois ce Solve et Coagula , on obtient la pierre philosophale, de même nature que celle du Vitriolum, mais dont la puissance et la rapidité d’action ont décuplé : l’œuvre au rouge. Ceci nous amène à l’extinction et à la réanimation des lumières : Mort et résurection.

L’extinction des sept lumières , l’une après l’autre conduit au « tout est consommé » pour dire tout est « consumé » calcifié, mortifié. Le corps est comme mort , ce n’est pas « un dernier sommeil » car il reste un Feu divin inextinguible parole de vie. L’âme réalise une ascension au travers du monde imaginal, comparé par Nicolas Flamel à une procession, à un cortège coloré chaque couleur représentant une étape, sept en tout, l’une conditionne l’apparition de l’autre

La réanimation des sept lumières consiste à les allumer une à une, pour passer de l’Un au multiple grâce au feu inextinguible, parole de vie, reflet de la lumière, qui éclaire l’intelligence de la matière en même temps que celle de l’opérateur, et les maintient dans un état d’éveil sans lequel aucune transmutation n’est possible.

Cette réanimation des lumières est une résurrection, « la Parole à vaincu la mort » Lumière et influence spirituelle (la première est porteuse de la seconde) sont créatrices, transformatrices et évolutives dans cette optique rien n’est impossible, nous sommes dans l’axe alchimique de la transmutation du plomb en or. Nous comprenons l’importance du, 18éme degré dans la hiérarchie des autres degrés initiatiques. Il est le degré de la transmission, de la transformation et du don d’amour.
La transmission : Le chevalier rose-croix est un intercesseur entre le ciel et la terre et en vertu de la loi d’hermès il reçoit l’influence céleste et la dirige vers le monde terrestre ou elle se répand sous la forme des trois vertus théologales.

La transformation : la puissance des trois vertus transforme l’âme de l’homme, l’obscurité devient lumière, le plomb devient Or, par le degré de chevalier rose-croix, nous passons des petits mystères aux grands mystères, la parole enseigne l’âme, sur le sens de la vie, de la création, sur la réalité de l’âme, sur l’immortalité. Le vieil homme rend son âme mortelle et l’homme libéré de ses chaines arrive au pied de l’échelle de Jacob.

Don d’amour : l’homme de cet état devient le don, il reçoit et donne en permanence, il reçoit et donne le pain de vie et le vin de l’esprit. L’Amour est la clef qui ouvre le Don. L’Amour est l’éclair qui ouvre la voie du cœur.
Pour cet homme l’espérance, la foi et la charité s’effacent il ne reste que le feu de l’amour et la lumière de la connaissance.

J’ai dit T.S.A.

Source : www.ledifice.net

Par A M - Publié dans : symbolisme
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 02:15

En 1723, lorsque la Grande-Loge de Londres, âgée de sept ans promulgua le Livre des Constitutions, la Franc-Maçonnerie moderne fut présentée au monde comme une institution une dans son universalité. Ce devait être une confraternité morale unissant les hommes de bien de tous les pays, de toutes les langues, de toutes les races et de toutes les positions sociales, en dépit des opinions politiques ou religieuses qui les divisent.. Il s'agissait de réaliser le rapprochement de tous les hommes de bonne volonté, en une alliance constructive d'une société humaine plus harmonique. Un Temple devait être bâti : celui de la Paix basée sur l'estime et la compréhension réciproque.

Nouvelle en son esprit
, l'organisation naissante se rattachait à un lointain passé. Elle prétendait révéler des mystères traditionnels en se conformant à des usages d'une vénérable antiquité. Ce fut là pour la Franc-Maçonnerie un notable élément de succès, car la curiosité lui valut au dix-huitième siècle le plus grand nombre de ses adeptes.
Ceux-ci furent généralement déçus par les révélations qui leur étaient faites, sous la garantie d'un serment solennel les liant au secret le plus absolu. Ils avaient subi des épreuves déconcertantes que les esprits forts jugèrent puériles, alors qu'elles laissaient une impression indéfinissable au plus grand nombre des néophytes. Le cérémonial, accompagné de paroles énigmatiques se rapportant à des symboles
, n'était plus de notre époque : il troublait en évoquant un passé prestigieux, devant lequel s'inclinait l'incompréhension des initiés d'apparat.

L'initiation de ces confrères de la truelle
restait superficielle. Ils participaient à des rites dont ils ignoraient la portée, exécutaient des gestes par imitation et prononçaient des paroles inintelligibles. La tradition le voulait ainsi ; cela leur suffisait. Ils étaient Maçons comme on est Chrétien, Juif ou Musulman, en se conformant aux usages de sa confession. Tel est le cas de nos jours de quatre millions de Francs-Maçons qui peuplent l'immense ensemble des Loges régulières. Ils forment une EEglise unitaire en dépit des rivalités qui opposent les gouvernements maçonniques les uns aux autres. Si l'on considère les choses de haut, il est permis de faire abstraction des chapelles qui s'excommunient à propos de landmarks. C'est là le côté grotesque de la Franc-Maçonnerie, dont rougissent les Maçons éclairés, non moins que le candide adepte qu'animede purs sentiments maçonniques. En réalité, la Maçonnerie est une dans le cœur des Maçons, qui souffrent des restrictions à la fraternité qu'imposent cerlaint's oUdiences imbues d'esprit profane.

Ce sentiment d'unité vient de donner naissance en 1929, à la Ligue internationale des Francs-Maçons, qui donne corps
au besoin d'union que contrarient les Grandes-Loges, jalouses de la discipline qu'elles imposent. Sans se faire illusion sur le résultat de l'activité de cette ligue, sa fondation est un précieux symptôme. Elle manifeste un état d'âme caractéristique d'une évolution dans la mentalité des Francs-Maçons, qui sont las d'être gouvernés par des pontifes inconsciemment traîtres à l'esprit de la Franc-Maçonnerie.

L'union poursuivie se borne
à faire appel aux bons sentiments. Nous voulons être frères parce que nous nous estimons et nous nous aimons en dépit de nos divergences d'opinion. Que chacun pense librement selon les lumières qu'il possède ; nous n'avons à juger ni des croyances, ni des incroyances, mais de la sentimentalité qui se traduit par des actes. Qui agit bien et désire le bien général mérite d'être des nôtres.

Ainsi la Franc-Maçonnerie s'ouvre, non au premier venu stimulé par la curiosité, la vanité ou l'appât d'avantages matériels, mais à tout honnête idéaliste, soucieux de se perfectionner en compagnie de sages modestes aspirant à travailler à l'amélioration du sort commun des hommes.

A ce point de vue,
la Franc-Maçonnerie peut devenir une très vaste association, surtout si elle se spiritualise en répandant ses principes, sans exiger que ceux qui les acceptent viennent participer aux mystères des Loges. Les Maçons sans tablier sont souvent les meilleurs. Pourquoi ne pas favoriser leur auto-formation ? Cessons d'être esclaves de nos organisations administratives. Elles ont leur utilité, mais elles ne représententent que le corps de la Maçonnerie dont l'âme ne doit pas être perdue de vue. Cette mère a toujours compté des enfants spirituels qu'en son sein elle n'a point portés. Pourquoi seraient-ils exclus de la grande fraternisation des réels adeptes?

Ici se pose la question du dédoublement de la Franc-Maçonnerie. En l'institution une, ne convient-il pas de distinguer le corps
et l'âme, en concevant une Maçonnerie spirituelle répondant à un idéal supérieur irréalisable par les Loges, contraintes de s'adapter aux nécessités pratiques de temps et de lieu ?

Si, selon la formule anglaise, la Maçonnerie se ramenait purement et simplement à un enseignement moral basé sur des symboles, il n'y aurait pas à chercher mieux que ce qui se fait depuis deux siècles. Les mystères traditionnels resteraient mystérieux et se justifieraient par des interprétations morales élémentaires, assimilables par toutes les intelligences. Cette simplification de la Maçonnerie se prête à son succès numérique ; elle facilite le recrutement des Loges qui aiment à se sentir fortes en effectif et en matière financière, car elles ont des charges en raison du local qu'elles occupent et des contributions que leur impose leur gouvernement maçonnique. Il y a là un lourd côté matériel rappelant des hauteurs
d'une trop sublime idéalité. La sagesse veut que nous en prenions notre parti, en prenant l'organisation maçonnique, telle qu'elle s'offre à nous et en nous efforçant d'en tirer le meilleur rendement initiatique possible.

A quoi pouvons-nous initier la masse des braves gens qu'attire le prestige de la Franc-Maçonnerie ? Au côté enfantin de l'Initiation, aux rites qui frappent les sens, aux symboles
envisagés comme sacrés et aux règles de bonne conduite de l'Initié. Les Loges se sont tenues jusqu'ici à ce programme qu'elles estiment raisonnable à très juste titre.

Tous les Maçons ne se contentent cependant pas de pratiquer la Maçonnerie avec dévotion, sans s'expliquer la raison d'être de ses allures mystérieuses. Pour prêcher la morale de la fraternité universelle, la mise en scène rituélique est superflue, de même que l'affectation de mystère et de secret. Cette argumentation ne manque pas de logique et sa force
détermina quantité de Loges à renoncer aux simagrées archaïques. Ces ateliers eurent alors la surprise de constater, qu'en renonçant au formalisme traditionnel, ils se dépouillaient de tout caractère maçonnique. Sans symbolisme, plus de Maçonnerie !

Puisque les symboles s'imposent à ceux qui veulent rester Maçons, il faut, ou les accepter aveuglément, par piété envers la tradition, ou les étudier, afin de découvrir ce qu'ils signifient. C'est en faveur de l'étude que nous nous sommes décidés en France.

Il en résulte que la Maçonnerie s'est révélée à nous sous un jour nouveau. Ses mystères sont réels, mais ils ne s'adressent pas au premier venu, fût-il animé des plus respectables sentiments. Pour comprendre ce que signifie le rituel maçonnique, il faut faire preuve de qualités intellectuelles particulières, qu'on ne saurait exiger de quatre millions de citoyens « nés libres et de bonnes
mœurs ».

Il faut s'attendre à la constitution d'une nouvelle Maçonnerie qui ne sera plus celle du grand nombre. Se donnera-t-elle une organisation ? Ce n'est pas indispensable, puisque la Maçonnerie déjà organisée répond aux besoins d'association et de travail en commun des Initiés. Ce qui est essentiellement d'ordre intellectuel répugne à trop de corporisation. Pour qui sait comprendre, l'expression passe au second plan, l''ésotérisme
 primant la forme par laquelle il se traduit. Le symbole conserve sa valeur, mais uniquement par rapport au symbolisé ; il est le contenant nécessaire d'un contenu seul vraiment précieux.

Dans ces conditions, la Maçonnerie cérémonielle demeure utile et même indispensable. Il est bon que les
rites soient fidèlement accomplis, fût-ce par des acteurs qui n'en saisissent pas l'esprit – ce qui est regrettable, car, pénétrés de la signification de leurs gestes, ils rempliraient mieux leur rôle ; mais le pieux ignorant respecte les formes qu'il répète sans les altérer, afin de les transmettre intactes à ceux qui sauront comprendre. Soyons reconnaissant aux Maçons qui, sans y entendre malice, ont eu la piété du rituel.

De nos jours,
le cérémonial initiatique est connu à la suite d'innombrables divulgations imprimées. Les profanes ont pu s'esclaffer du ridicule des « mystères » maçonniques. C'est leur droit ; mais s'ils s'imaginent avoir surpris le secret de. la Maçonnerie, ils se font de candides illusions. Une outre grotesque peut renfermer un vin délicieux : tant pis pour qui s'en tient à l'aspect du contenant.

Mais le spirituel n'est pas accessible au vulgaire et ne saurait être mis à sa portée cérémoniellement.

Aux appelés qui subissent les épreuves symboliques
 ne correspond qu'un petit nombre d'élus, qui devinent le sens de la représentation à laquelle ils ont participé. Ce sont ces élus de l'intelligence qui deviennent les adeptes d'une Maçonnerie spirituelle indépendante de l'organisation administrative des Loges.

Ces adeptes du Maçonnisme pur se rencontrent partout, car l'Esprit souffle où il veut, sans tenir compte des sacrements initiatiques, si bien que les porteurs d'insignes maçonniques sont parfois moins qualifiés pour s'en parer que les Maçons sans tablier, restés étrangers à la pratique des Loges. Ces Maçons de l'esprit s'ignorent comme tels et n'ont pas conscience de former une communauté spirituelle. Il convient de les appeler, non pas à faire corps, mais à se sentir unis animiquement par l'identité des aspirations sentimentales et en la poursuite d'un même idéal de compréhension constructive. Car pour être Maçon, il faut vouloir bâtir spirituellement et non se contenter de parader avec les outils de la Maçonnerie ; il faut être résolu à travailler effectivement, après avoir joué en imitant les ouvriers.

A l'école enfantine préparatoire de la Maçonnerie symbolique, il est temps de superposer les classes plus sérieuses d'une Maçonnerie réellement initiatique. Les fondateurs des hauts-grades y avaient songé, mais ils ont manqué de spiritualité. En créant de nouvelles distinctions ostensibles, ils ont attiré des vaniteux, tout aussi incapables de comprendre la Maçonnerie que les Maçons demeurés « symboliques
 », en ce sens qu'ils s'en tiennent aux symboles de la Maçonnerie, sans s'attacher à découvrir ce qu'ils signifient. Des grades dits « philosophiques » semblaient promettre une étude approfondie dusymbolisme, mais au lieu de s'attacher à ce qui est traditionnel, ils engageaient l'esprit sur la fausse piste d'allégories fantastiques, dépourvues de valeur initiatique.

Ainsi les hauts-grades n'aboutirent qu'à faire échanger les rubans bleus contre des cordons successivement rouges, noirs et blancs. Ils eurent cependant l'avantage de grouper des Maçons zélés et d'aboutir à la seule organisation internationale de la Franc-Maçonnerie. Leur avenir ne saurait être assuré que par leur retour à la pure tradition initiatique. Sans se laisser distraire par les inventions du dix-huitième siècle, leurs titulaires doivent s'attacher à l'ésotérisme des trois degrés fondamentaux de l'Art Royal. Instruits de ce que devraient savoir les Apprentis, les Compagnons
et les Maîtres, ils iront porter la lumière dans les Loges et travailleront ainsi à la régénération initiatique de la Franc-Maçonnerie.

Tous les Maçons n'étant pas réellement initiables, il est à prévoir que la Maçonnerie bleue
conservera, dans son ensemble, un caractère primaire, les hauts-grades assumant l'enseignement secondaire et supérieur du Maçonnisme. Souhaitons qu'il en soit ainsi.

Il y aurait de la sorte dédoublement déjà au sein du corps de la Maçonnerie, sans préjudice d'un autre dédoublement qui nous semble être dans la nature des choses. Il y aura des Maçons selon la lettre et d'autres selon l'esprit. Normalement, la lettre doit conduire à l'esprit ; mais la lettre suffit à ceux qui manquent de pneumatisme et, d'un autre côté, les pneumatiques arrivent à la lettre par l'esprit.

Gardons-nous donc de dédaigner le support de l'esprit, son véhicule objectif et formel. Le subtil ne nous devient accessible que par condensation. L'air
transparent est invisible, mais le brouillard tombe sous nos sens et devient révélateur pour qui ne s'en tient pas à l'aspect superficiel de ce que l'observation lui montre. Des images sont d'ailleurs à la base de tout enseignement. Nous débutons par elles dans la formation de nos idées, puis revenons à elles pour retenir et fixer nos conceptions les plus élevées. C'est dire qu'il n'y a pas de spiritualité qui veuille rester éthérée. La légende nous dit que les esprits célestes devinrent amoureux des filles d'Adam et s'unirent à elles. C'est là l'expression poétique d'une vérité de tous les jours : la pensée pure tend à s'appliquer en se mariant avec l'objectivité de la vie.

Mais revenons à la Maçonnerie de l'esprit. Elle aussi semble attirée par les intelligences terrestres, comme si son idéalisme se proposait d'engendrer une future race de géants,
Prise au sérieux, comprise, approfondie et mise en œuvre dans la vie pratique, l'Initiation formera de réels Initiés. Puisse la Maçonnerie contemporaine, dite symbolique, se prêter au dédoublement qui la rendra initiatique en plus de ce qu'elle a été jusqu'ici. Un travail méthodique doit se poursuivre en ce sens au sein des Loges, plus spécialement grâce aux FF:. revêtus de grades supérieurs. Il importe d'initier les initiables, déjà Francs-Maçons, sans oublier les autres, les « gentils » qui ont droit, eux aussi, à la bonne nouvelle initiatique. Envisageons donc un dédoublement opérant à la fois à l'intérieur de la Franc-Maçonnerie et dans le monde profane, celui qui distinguera les Maçons spéculatifs attachés à la lettre de ceux, moins nombreux, qu'illuminera l'esprit.

Le culte des formes traditionnelles est à maintenir, car il est respectable et utile en sa puérilité ; mais il doit conduire à la découverte de la Vraie Lumière et à la transfiguration
du vieux formalisme. L'image incomprise a régné jusqu'ici en Maçonnerie ; après deux siècles d'enfance, il est temps que vienne un âge de saine compréhension. Sachons ce que signifient nos symboles et affirmons-nous Maçons de l'esprit.

source : www.boutiquefs.com

Par O Wirth - Publié dans : symbolisme
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 07:22

La présence de l'oiseau de Zeus dans le ciel des maçons n'est pas liée aux instruments du métier, mais à la prééminence de Jean sur les autres évangélistes, qui donne le sens spirituel des paroles du Christ.
La question fut posée de savoir s'il ne s'agissait pas du Baptiste, ou des deux, en rapport avec les deux fêtes solsticiales qui leur sont dédiées.
C'est à ce sens intérieur caché au profane que se réfèrent les ouvriers des loges de Saint-Jean, ainsi qu'à la tradition symbolique impériale par les grades chevaleresques qui se multiplièrent dès le XVIIIe siècle.

Les deux traditions se retrouvent dans le Discours de Ramsay* qui attribue aux chevaliers croisés en Terre sainte l'origine de l'Ordre par une articulation produite par une longue élaboration dans l'histoire occidentale, mûrie par la vogue des romans de chevalerie qui, au XVIIIe siècle, fit passer l'imaginaire chevaleresque médiéval dans la maçonnerie.

Dans un premier temps la vision du char d'Ezechiel (1, 4-9), qui décrivait (.
en son centre ,) quatre animaux combinant les ailles de l'aigle, avec la face de l'homme, les sabots du bœuf..., fut associée à celle des « quatre vivants» de l'Apocalypse de saint Jean (Ap 4), ces animaux étranges qui ressemblent aux statues des Karibu gardant les palais de Babylone.
Ensuite, les théologiens grecs et latins affirmèrent la prééminence de l'aigle dont le regard porte vers les cieux, avant de l'identifier définitivement à l'apôtre bien-aimé; ainsi saint Jérôme (347-420) ou Bède (673-735) avaient exalté celui qui peut «. contempler le soleil ».
La vénération de Jean fut au cœur de la renaissance carolingienne très vivante dans les sphères du pouvoir où Alcuin (730-804) liait au vol céleste de l'aigle la profondeur des mystères divins du visionnaire de Pathmos.
C'est par ce biais que l'iconographie de l'aigle fut liée à l'idée du pouvoir impérial lequel prétendait participer du divin conjointement au pouvoir sacerdotal.
Apres le sacre d'Othon le en 962, l'emblème, désormais fixe, marqua la supériorité du Saint-Empire sur les royautés locales et les grands féodaux.

Dante (1265-1321) glosa sur ce thème dans La Divine Comédie et De monarchia repris par de nombreux auteurs maçonniques.
Il a place notamment l'empereur romain Trajan dans l'œil de l'aigle qui parle dans le ciel de Jupiter, reprenant le début du Livre de la Sagesse sur la justice (chant XVII).
On retrouve bon nombre de ces associations dans la floraison de grades chevaleresques des 1750.
Le terme « aigle» apparaît ou disparaît selon la fantaisie des loges*: le Chevalier du Soleil* et de l'Aigle voisinant avec un Rose Croix* Chevalier de l'Aigle, Chevalier du Pélican... dont le Rituel de 1761 précise
«Il est appelé Chevalier de l'Aigle titre connu pour le plus ancien et le plus allégorique à la puissance du Grand Architecte de l'univers qui vint établir sur la terre un travail qui a racheté le genre humain et le fils de l'homme étant indépendamment: comparé à la suprême puissance du père, l'aigle est regardé comme cette puissance», Le comte de Clermont avait tente à la même époque de mettre de l'ordre dans ce foisonnement avec les statuts de la loge Saint-Jean de Jérusalem.
Le Rite Ecossais Ancien et Accepte* tel qu'il fut fixe au XIXe siècle acheva d'arrêter titres, décors et rituels: le Grand Elu Chevalier Kadosh* dit Chevalier de l'Aigle Blanc et Noir (30°) comporte la justice comme premier échelon de l'échelle du Kadosh escaladant le ciel; le bijou* du grade (une croix teutonique) porte un aigle à deux têtes tenant une épée dans ses serres et l'instruction rituelle dit: .
< Pour me rappeler d'employer mon épée en tout temps sous la bannière de l'Aigle noir, pour le soutien de l'ordre.
,) Le 32°, Sublime Prince du Royal Secret, reprend, dans le décor d'un « pavillon » du « camp » où se réunissent les titulaires du grade, l'emblème de l'aigle bicéphale d'or ou d'argent; il figure également sur le cordon porte et le bijou.
Le 33° et dernier, souverain Grand Inspecteur Général a le même bijou et l'aigle ont deux têtes figure sur la « grande décoration de l'ordre «,.
D'autres rites l'utilisèrent, tel le Rite égyptien* de Misraïm (1817) ou l'aigle se retrouve aux 37°, 38° et 39° (Chevalier de l'Aigle de l'Aigle Noir et de l'Aigle Rouge) ainsi qu'au 64° (Chevalier de l'Aigle Blanc) qui précède le Kadosh.
Le Rite de Memphis (1849) ne connaît que l'Aigle Rouge, au 25°, que le rite révisé par John Yarker (1875) déplacé au 12°.

La déchristianisation des rites, le Rose Croix et le Kadosh notamment, s'appuya sur Dom Pernety, ses Fables égyptiennes (1786) et son Dictionnaire mytho hermétique (1787) fournissant une iconographie alchimique de l'aigle fort abondante.

On pourra enfin noter la présence de l'aigle dans les cahiers de dessins de l'architecte Villard de Honnecourt (milieu du XIIIe siècle) associé à l'étoile à cinq branches et assorti de l'inscription: « Ici commence la méthode du trait de portraiture ainsi que l'art de géométrie l'enseigne...»

Source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu

Par J.-P.L. - Publié dans : symbolisme
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 07:13

Parmi les symboles  qu'elle soumet à la méditation de ses néophytes, la Maçonnerie anglo-saxonne attache une importance particulière au point marqué au centre d'un cercle. Deux tangentes verticales complètent la figure, à laquelle s'ajoute parfois l'inévitable Bible, que nous envisageons comme superfétatoire.

Aucune explication n'accompagnait primitivement ce tracé traditionnel, que les Freemason's Monitors modernes ont cru devoir commenter discrètement. Nous apprenons ainsi que les deux perpendiculaires latérales figurent les deux patrons chrétiens de la Maçonnerie : saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Evangéliste , auxquels s'associent les Saintes Ecritures. « En parcourant le cercle, nous est-il expliqué, nous touchons nécessairement aux deux lignes et au Livre Sacré (posé sur le bord supérieur du cercle) ; aussi, tant qu'un Maçon se maintient dans les limites de l'enseignement sacré, il est impossible qu'il se trompe matériellement. »

Nous estimons que la Bible est ici mentionnée hors de propos, dans un esprit
étroit qui n'a rien d'initiatique. Le symbole purement géométrique se passe admirablement d'un texte détournant de son approfondissement méditatif. L'Initiation est plus ancienne que toutes les écritures saintes et, sans les mépriser, elle en fait abstraction lorsqu'elle enseigne à chercher la vérité, non dans les mots qui la traduisent imparfaitement, mais dans les signes et les figures propres à faire penser. En écoutant ceux qui parlent, nous nous instruisons profanement, puisque nous recevons du dehors, sans pénétrer dans notre sanctuaire intérieur, où, seul en présence de lui-même, notre esprit s'interroge, pour s'instruire initiatiquement, dans le silence que ne trouble aucun écho extérieur. Les prédications que nous entendons et les livres que nous lisons nous sont d'un immense profit et nous aurions tort de nous fermer aux richesses de l'enseignement profane. Il nous est loisible de rester devant le temple – pro fanum – ; mais, en ce cas, ne trompons personne et ne nous posons pas en initiés.

L'initié pénètre dans ce qui est fermé à la masse incapable de penser par elle-même ; il ne s'en tient pas à l'endoctrinement général et veut savoir par lui-même, en redécouvrant la vérité, telle qu'elle s'est révélée aux sages, qui sont descendus eux-mêmes pour l'apercevoir au fonds du puits
 symbolique où elle se cache pudiquement.

Si notre ambition est de nous initier, apprenons à penser avec indépendance, en rigoureuse autonomie, en dehors de toute suggestion verbale. Ce qui nous y aidera le mieux, ce sont les signes les plus simples et les plus élémentaires tracés géométriques ; or, rien ne dépasse, à cet égard, la simplicité du point, envisagé comme centre d'un cercle.

A strictement parler, le centre est une pure conception
de l'esprit, qu'il est impossible de figurer visiblement et même de se représenter mentalement. C'est un point mathématique sans dimensions, donc un rien que cependant, nous localisons. Nous concevons un rien pouvant être quelque part pour remplir une fonction.

Voilà de quoi méditer très sérieusement. L'idée de centre s'impose à nous : tout a un centre et un centre rigoureux ne peut être qu'un point mathématique ! Moi-même, personnalité agissante, consciente et voulante, j'ai mon centre auquel se rapporte mon moi. Tout part en moi d'un point mathématique insaisissable, d'un rien mystérieux, qui se retrouve en tout ce qui a forme. L'univers a son centre comme chaque être particulier a le sien, et tous ces centres
agissent comme tels de façon analogue ; sur eux se concentre l'universalité, qu'ils répercutent à leur façon. Des ondes vibratoires partent de chaque centre, puis reviennent sur lui, d'où le double aspect de mouvement vital.

Tout cela est suggéré par le modeste symbole
du point dans le cercle , dont les astrologues ont fait l'idéogramme du Soleil, source de la lumière qui débrouille et coordonne le chaos. Cette lumière devient créatrice au sein de la substance primordiale, en tant que radiation partant simultanément de partout, donc de tous les points-centres de l'immensité. Les Hermétistes ont rapporté à leur Soufre l'énergie expansive contenue en tout centre de vie, tout en se figurant leur Mercure comme exerçant l'action centripète universelle. Il y a simultanément dilatation procédant de tous les centres et compression exercée sur chaque centre par le rayonnement expansif de tous les autres. Autour de chaque centre se constitue ainsi une zone d'équilibre, où l'expansion individuelle est neutralisée par la réaction de l'ambiance. Cette sphère limitative prend nom de Sel .

Cette théorie n'est pas abracadabrante et ne doit pas terroriser le Maçon soucieux de s'instruire des principes de son art. Il y est conduit, pour peu qu'il réfléchisse sur le point dans le cercle.

Mais que signifient les tangentes chrétiennement sanctifiées par nos FF:. anglo-saxons ? Elles font songer aux solstices
, consacrés, eux aussi, aux deux Saint Jean. Or, les solstices délimitent la course du soleil, qui ne s'élève pas plus haut que le solstice d'été (fête de saint Jean-Baptiste), et ne descend pas plus bas que le solstice d'hiver (fête de saint Jean l'Evangéliste). A ces limites correspondent les Colonnes d'Hercule dressées aux confins du monde, colonnes que la Maçonnerie christianisée a retrouvées devant le temple de Salomon. Ce sont pour elle les extrêmes entre lesquels se développe la réalité accessible à l'esprit humain.

Ces deux colonnes ont toujours été envisagées comme les piliers de la sagesse maçonnique. Elles sont en relation avec le Soleil
et la Lune , avec Soufre et Mercure, Niveau et Perpendiculaire, Force et Beauté. Il y a là des rapports subtils qui peuvent échapper à la brutalité raisonneuse ; mais l'artiste n'est pas une brute et, si le manœuvre chargé de démolir peut laisser jouer ses muscles, l'ouvrier constructeur ne peut se dispenser de faire intervenir son cerveau.

Cela parut évident dès les temps les plus anciens, où la géométrie fut en honneur parmi les Maçons. Or, toute spéculation géométrique remonte au point sans dimensions, rien dont le mouvement engendre la ligne dépourvue de largeur, de laquelle naît la surface, génératrice à son tour de la forme à trois dimensions.

Rien de plus positif, de plus solide en ses démonstrations que la géométrie. Et pourtant – cruelle ironie – toute la science de l'espace procède d'une notion absurde : celle du point mathématique, entité fictive, qui est sans être, tout en étant. Quelle leçon d'humilité ! Le rituel a raison, lorsqu'il nous fait plier jusqu'à terre pour franchir la porte du sanctuaire où se cherche la Vérité.

souce : www.boutiquefs.fr

Par Oswald Wirth - Publié dans : symbolisme
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 15:36

En matière de religion, la femme ne partage pas toujours les idées de l'homme qu'elle consent à épouser. L'amour unit souvent deux êtres que les convictions intimes séparent. Une catholique attachée à sa foi peut devenir ainsi la femme d'un libre-penseur et même d'un Franc-Maçon qu'elle sait excommunié. Comment l'harmonies'établira-t-elle en pareil ménage ?

Nous n'avons à nous occuper ici que du mari qui, en sa qualité de Franc-Maçon, a le devoir de se montrer tolérant et compréhensif à l'égard de sa compagne. Celle-ci n'a pu lier sa destinée à la sienne qu'au prix de sacrifices moraux qui s'imposent à l'appréciation du bénéficiaire. La femme respectant les convictions de son époux
, la réciproque s'impose. Le mari fréquentera sa Loge, tout en laissant pleine liberté à sa femme d'aller à l'égliseet de pratiquer sa religion. Il pourrait redouter la confession, car un prêtre fanatique ne manquerait de jeter le trouble dans la conscience d'une bonne catholique vivant avec un ennemide Dieu. Dans la pratique, le danger, du moins en France, s'atténue fort heureusement. Notre clergé se montre, en général, accommodant et bon psychologue. Il ne cherche pas la guerre et s'efforce de ne donner que de bons conseils, adaptés à l'état d'âme des pénitents. Du reste, la femme d'un Franc-Maçon saura choisir son confesseur et en changer si elle n'en est pas satisfaite. Il en est des médecins de l'âme comme de ceux du corps: le patient se confie à qui lui inspireconfiance.

En somme, il n'est pas pas trop difficile de s'entendre sur le terrain religieux entre époux que l'affection aide à s'accorder, en dépit de l'opposition de leurs idées. Plus le Maçon se montrera compréhensif en matière de religion, plus il contribuera d'ailleurs à la bonne entente. S'il comprend bien l'Art, il ne sera ni un stupide athée, ni un libertin irréligieux. Entendons par là qu'il ne s'amusera pas à nier Dieu sottement, par fanastisme anticlérical, ou à poser pour une indépendance morale contraire aux obligations contractées en devenant Franc-Maçon. La sagesse initiatique veut que nous comprenions autrui et que nous ne scandalisions personne en la sincérité de ses croyances. Efforçons-nous de nous assimiler l'esprit
des religions. puis aidons les croyants à spiritualiser leur foi. Le catholicisme  qui nous excommunie, est une fort belle religion que nous n'avons pas à combattre, car il est maçonnique, autant que chrétien, de rendre le bien pour le mal.

Si, initiés aux beautés ésotériques
d'un culte, nous lui rendons justice en nos appréciations, nous parons aux attaques injustes dont nous sommes l'objet. Il se produit alors un effet du fameux choc en retour des occultistes. La calomnie retombe sur celui qui l'émet. Tant pis pour ceux que la haine aveugle : ils récoltent ce qu'ils ont semé. Voyant de près ce qu'est un Franc-Maçon, l'épouse catholique perdra la foi en certaines prédications ; elle pourra se faire aussi des idées nouvelles sur le catholicisme, en lequel elle se sentira confirmée d'une manière moins enfantine.

Mais voici des enfants
qui naissent et le problème de leur éducation religieuse se pose. La mère n'admettra pas qu'ils soient élevés en petits païens, non incorporés à l'Eglise chrétienne par le baptême. Le père n'attachera pas au sacrement plus d'importance qu'il ne convient. Vivant dans un milieu catholique, il ne voudra pas exposer ses enfants aux inconvénients d'une attitude antireligieuse. Il se pourra même que, ne regrettant pas l'enseignement religieux reçu en sa prime jeunesse il croie bon de faire passer ses enfants par la même école. Pour comprendre la religion, il convient d'être instruit de ses pratiques et de son dogmatisme. Or la religion joue un trop grand rôle dans le monde pour qu'il soit sage de l'ignorer. Un Initié ne craindra pas son iinfluence sur son fils ou sur sa fille, surtout s'il réserve aux siens un enseignement religieux supérieur, rectificatif en son temps, des notions trop élémentaires du catéchisme.

Cette rectification familiale estt indispensable. Elle ne souffrirait aucune difficulté, sans la préparation à la communion. La jeunesse actuelle est de plus en plus déconcertée par des rites
d'un formidable intérêt archéologique, mais qui s'accordent de moins en moins avec la mentalité moderne. Beaucoup de parents, qui n'ont pas abjuré le catholicisme, mais ne le pratiquent phis, se sentent en une position très fausse quand leur progéniture est endoctrinée en vue de recevoir Dieu en son tube digestif. Il en est qui appellent le symbolisme au secours de leur conscience. « Tout cela est vrai, explique une de nos lectrices à son fils, mais ce sont des symbolismes dont tu ne peux pas comprendre maintenant la signification. Plus tard tu réfléchiras jusqu'à pleine compréhension. » Et le collégien de répondre : « Oui, je sais bien, avec le symbolisme on retombe toujours sur ses pattes ».

C'est entendu, mais une grosse difficulté subsiste. L'enfant que l'on entraîne à la pratique, alors que ses parents ne pratiquent pas, voit forcément en ceux-ci de mauvais catholiques, en route pour l'Enfer
, puisqu'ils s'affranchissent des commandements de l'EgliseIl en résulte une baisse dans l'estime des enfants, tenus cependant d'honorer père et mère selon la loi divine. En consentant à la catéchisation de ses enfants, un père franc-maçon se résigne donc à perdre, auprès d'eux, beaucoup de son autorité familiale. Ils le plaindront comme étant dans l'erreur et prieront pour sa conversion. Cela est-il tolérable, même de la part d'un homme qui s'applique à pratiquer la tolérance la plus large ?

Tout peut cependant ce concilier, si les enfants se persuadent que la religion de leur père est supérieure à celle du prêtre, qu'ils ne sont pas encore d'âge à devenir philosophes et qu'il est bon qu'ils s'instruisent de ce que croit la foule. Cette solution s'applique aux religions moins absolutistes
que le catholicisme. Celui-ci se base sur sa divinité qui lui fait condamner comme diabolique toute rébellion contre son autorité. Un Franc-Maçon est, à ses yeux, un suppôt de Satan, d'où le déplorable effet de l'instruction religieuse sur des enfants dont les parents se sont émancipés du catholicisme. La religion fondamentale du cœur humain inspire à l'enfant le culte de ses parents, qu'il respecte naturellement et qui sont, pour lui, les représentants directs de la divinité. Ils ont le devoir de ne pas oublier leur rôle et de se comporter en prêtres vis-à-vis de leurs enfants. S'il en était ainsi, la religion normale et naturelle serait remise en vigueur et supplanterait progressivement les cultes qui se discréditent.

La Franc-Maçonnerie
n'a-t-elle pas précisément pour mission de ramener à la nature dans le domaine religieux ? Son idéal est une religion sur laquelle tous les hommes seraient d'accord. Nous devons chercher cette religion avec d'autant plus d'empressement que les circonstances nous y contraignent. Puisque le catholicisme se révèle immoral sur le chapitre du respect filial, ne nous rendons pas complices de son immoralité. N'abdiquons pas ! Le père de famille a des devoirs religieux envers les siens. S'il approuve ce qui s'enseigne à l'église, qu'il y conduise lui-même ses enfants et leur donne l'exemple d'une discipline qu'il accepte. Mais s'il estime un enseignement faux et immoral sur certains points, il ne peut, en conscience, consentir à l'empoisonnement mental de ses enfants.

Il n'y aura dans son attitude aucun sectarisme. Nous sommes enthousiastes de l'idéal chrétien, que nous aspirons à réaliser ; mais la forme donnée au christianisme par l'Eglise romaine ne répond pas à cet idéal. Nous le regrettons, car la tradition ecclésiastique éclaire la nôtre et le catholicisme pourrait être une excellente préparation à la Franc-Maçonnerie. Malheureusement, l'Eglise pratique l'absolutisme
spirituel ; elle impose des formules rigides qui doivent être acceptées comme indiscutablement vraies, et nous, chercheurs indépendants de la vérité, nous ne pouvons nous incliner devant son enseignement. Nous sommes disposés à reconnaître qu'il n'est pas radicalement faux, mais qu'il fait allusion à des mystères de l'intelligence qui ne sont pas à la portée de la foule des croyants passifs que régente l'Eglise. Il y a erreur par incompréhension. Mais si le dogme se prête à l'interprétation des spécialistes, son application pratique conduit à la tyrannie de conscience. Alors que la religion la plus pure est celle que l'homme puise en lui-même, en dehors de toute prédication conventionnelle et trop souvent intéressée de la part des prédicateurs, il convient de cultiver en l'enfant le sentiment naturellement religieux.

La tâche est ardue pour l'homme moderne qui n'est plus naturellement religieux, mais il faut qu'il le redevienne. Il est providentiel, après tout, que les Francs-Macons soient excommuniés et qu'il leur soit imposable de s'en remettre au clergé catholique en ce qui concerne la formation religieuse de leurs enfants, puisque cette formation se traduit à leurs yeux par une déformation. Les voilà, bon gré, mal gré, rappelés à leur devoir d'éducateurs religieux familiaux. Le catholicisme devient un très puissant facteur de rénovation religieuse par son intransigeance, qui s'oppose à toute accommodation tolérante. Il serait avantageux pour nos enfants d'être initiés à la vie catholique, si cette initiation ne dlevait pas les troubler en leurs sentiments de piété familiale. « Honore ton père et ta mère » est un commandement qui passe avant tous ceux de l'Eglise. Tant pis pour elle si elle oublie d'en tenir compte.

Qu'il me soit permis de conclure en conseillant à chacun d'agir en toute loyauté, selon sa conscience. Nous sommes tolérants et respectons toutes les opinions sincères, car notre idéal est la paix dans la liberté. Mais l'Eglise nous a déclaré la guerre dès 1739, sans provocation de notre part, à titre préventif, en nous prêtant des intentions qui n'étaient aucunement les nôtres. Fidèles à nos principes, nous sommes demeurés bienveillants à l'égard de l'Eglise, tant que son hostilité véhémente ne nous contraignit pas à prendre position contre elle. Du coup les injures redoublent, simplement parce que nous ressemblons à la bête traquée dont il est dit : « Cet animal
est très méchant, quand on l'attaque il se défend ! »

Nos procédés de défense n'ont pas toujours été dignes de nous. Il nous est arrivé d'aller au devant de l'adversaire et de nous colleter avec lui sans élégance. Renonçons à jamais aux mauvaises manières de l'anticléricalisme grossier. N'attaquons sous aucun prétexte; nous sommes retranchés et dominons le camp adverse. Observons ce qui s'y passe et faisons notre profit de nos observations. Accueillons les transfuges et offrons-leur mieux que ce qu'ils quittent. Sachons comprendre les besoins de la nature humaine, nous qui ornons nos Temples de deux colonnes significatives. L'Humanité mâle et femelle
est androgyne en chacun de nous, car nous raisonnons et nous sentons, nous percevons à la fois par le cerveau et par le cœur. Il ne nous suffit pas de penser en froids philosophes, car la sentimentalité ne se laisse pas étouffer. Sachons la cultiver en descendant en nous-mêmes. Découvrons en nous la Pierre cachée des Sages, cet élément constructif d'une solide philosophie religieuse et offrons à nos enfants un or pur qui les détournera du clinquant des marchands d'orviétan.

Initions-nous afin de pouvoir initier les initiables. Soyons
plus instruits que le prêtre qui n'est plus à la page en matière de religion. Montrons-nous plus religieux que lui et attendons qu'il nous demande la lumière. Mais ne nous contentons pas de celle qui jaillit d'une pipe à lycopode!

Source : www.boutiquefs.com

Par 'Oswald Wirth (mai 1930) - Publié dans : symbolisme
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 09:30

 Aucun antimaçon n'ignore que, pour être admis à franchir pour la première fois le seuil d'une Loge, il faut être dépouillé de tous métaux et avoir les yeux bandés. Mais ce n'est pas tout : les anciens rituels exigent que le bras droit du récipiendaire soit mis à nu, de même que son sein gauche et son genou gauche, alors que son pied droit est mis en pantoufle et qu'une corde, avec nœud coulant, lui est passée autour du cou.

Le
Livre de l'Apprenti
fournit sur ces usages des explications qui ne coïncident pas précisément avec celles que renferment les « lectures » annexées aux rituels anglais.

D'après ces commentaires, trois motifs rendent obligatoire l'enlèvement des métaux :

Le récipiendaire ne doit rien apporter en Loge qui, au point de
vue offensif ou défensif, soit susceptible d'y troubler l'harmonie  ;

Ayant été admis dans la Franc- Maçonnerie pauvre et sans la moindre obole, le Franc- Maçon devra ensuite toujours se rappeler son devoir d'assistance envers les FF:. indigents, dans la mesure de ses moyens, de même qu'en tenant compte des besoins et plus spécialement du mérite des solliciteurs ;

Lors de l'érection du Temple de Salomon, le bruit d'aucun outil métallique ne se fit entendre, tous les matériaux ayant été apportés tout taillés, si bien qu'il n'y eut plus qu'à les mettre en place à l'aide de maillets et d'autres instruments de bois.

La Bible attache d'ailleurs une idée de souillure au contact du métal, témoin ce qui se
lit à la fin du chapitre XX de l'Exode, où Dieu ordonne à Moïse :

«
Tu me feras un autel de terre, sur lequel tu sacrifieras tes holocaustes et tes oblations de prospérités, ton menu et ton gros bétail ; en quelque lieu que ce soit que je mettrai la mémoire de mon nom, je viendrai là à toi, et je te bénirai.
Que si tu me fais un autel de pierres , ne les taille point ; car si tu fais passer le fer dessus, tu le souilleras.
Et tu ne monteras point à mon autelpar des degrés, de peur que ta nudité ne soit découverte en y montant.
»

Pour être strictement orthodoxe, le roi Salomon aurait donc dû n'employer, pour la construction du Temple, que des pierres non taillées, ce qui eût
été la négation même de la Maçonnerie. Sa sagesse lui permit de tourner la difficulté à l'aide d'un pieux subterfuge : les matériaux furent apportés à Jérusalem dans leur état définitif, sans nécessiter aucune retouche pour être mis en place.

Bien qu'une certaine liberté ait été prise en cela avec les prescriptions du Très-Haut, la Maçonnerie anglo-saxonne actuelle croit imiter la piété de Salomon en astreignant le candidat à se dépouiller de tous métaux.

Le scrupule était autrefois poussé très loin sous ce rapport. On ne laissait au récipiendaire aucun vêtement portant des boutons de métal, ou ceux-ci étaient coupés sans ménagement. Pour mettre fin à cet excès de sévérité, il ne fallut rien moins qu'une lettre, écrite en 1872 par le Grand-Secrétaire de la Grande Loge Unie d'Angleterre, alors le F:. Hervey, qui, fort de l'approbation personnelle du Grand-Maître, stipula qu'en la circonstance, « métal » doit être pris dans le sens d'objet de valeur. Outre les armes proprement dites, les couteaux de poche ou canifs, il convient de faire déposer les bijoux et le numéraire, y compris les billets de banque, qui ne sont pourtant pas métalliques. Par contre, on respectera les clous qui retiennent les talons des chaussures, et nul ne sera contraint, pour obéir au rituel, de se faire déplomber une dent.

Si les yeux sont bandés, c'est également pour un ternaire d'excellentes raisons.

Le récipiendaire pourrait, en effet, refuser de subir l'une des épreuves traditionnelles. Or, il faut que, dans cette éventualité, il puisse être conduit hors de la Loge « sans avoir découvert la forme de celle-ci ».

Il est indispensable, en outre, que son cœur s'efforce de concevoir, avant qu'il ne soit permis à ses yeux de discerner.

Ayant enfin été admis dans la Franc- Maçonnerie dans un état de ténèbres, il ne devra jamais oublier de maintenir le monde entier dans les ténèbres par rapport à nos secrets, ceux-ci ne devant être révélés qu'à ceux qui auront acquis aussi légalement que le récipiendaire lui-même le droit de les connaître.

Le bras droit est mis à nu, pour montrer que le candidat est disposé à travailler et qu'il en est capable.

Le sein gauche est découvert, afin que rien ne s'interpose entre la région du cœur et la pointe acérée qu'y appuie le F:. Expert, dès que le récipiendaire a pénétré dans la Loge. C'est aussi une garantie certaine du sexe de l'impétrant.

Le genou gauche est mis à nu en concordance avec la coutume immémoriale de l'Ordre, d'après laquelle l'Apprenti doit prêter son obligation en ployant le genou gauche posé nu sur le sol.

Quant au pied droit déchaussé, il nous reporte à des usages d'une très haute antiquité.

Nous lisons, en effet, au Livre de Ruth, IV, 7 et 8 :

«
Or, c'était une ancienne coutume en Israël, qu'au cas de droit de retrait lignager et de subrogation, pour confirmer la chose l'homme déchaussait son soulier, et le donnait à son prochain ; et c'était là un témoignage en Israël, qu'on cédait son droit.
Quand donc celui qui avait le droit de retrait lignager eut dit à Booz : « Acquiers-le pour toi », il déchaussa son soulier.
»

Le Deutéronome, XXV, 5 à 10, explique d'ailleurs à ce sujet :

«
Quand il y aura des frères demeurant ensemble, et que l'un d'entre eux viendra à mourir sans enfants, alors la femme du mort ne se mariera point dehors à un étranger ; mais son beau-frère viendra vers elle, et la prendra pour femme, et l'épousera comme étant son beau-frère.
Et le premier-né qu'elle enfantera succédera en la place du frère mort, et portera son nom, afin que son nom ne soit point effacé d'Israël.
Que s'il ne plaît point à cet homme-là de prendre sa belle-sœur, alors sa belle-sœur montera à la porte vers les anciens, et dira : « Mon beau frère refuse de relever le nom de son frère en Israël, et ne veut point m'épouser par droit de beau-frère. »
Alors, les anciens de sa ville l'appelleront et lui parleront ; et s'il demeure ferme, et qu'il dise : « Je ne veux point la prendre. »
Alors sa belle-sœur s'approchera de lui devant les anciens, et lui ôtera son soulier du pied, et lui crachera au visage ; et, prenant la parole, elle dira : « C'est ainsi qu'on fera à l'homme qui n'édifiera point la maison de son frère. »
Et son nom sera appelé, en Israël, la maison de celui à qui on a déchaussé le soulier.
»

Dès l'Exode, III, 5, nous entendons, au surplus, la voix sortant du buisson ardent crier à Moïse
« N'approche point d'ici : déchausse tes souliers de tes pieds ; car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. »

Reste la corde passée au cou du récipiendaire en signe de soumission et d'humilité. Il est bien question dans la Bible (1er Livre des Rois, XX, 31 et 32), des serviteurs de Benhadad, qui, pour implorer la pitié du roi d'Israël, « se ceignirent de sacs autour des reins et de cordes autour de leurs têtes » ; mais ces cordes en forme de turban ne semblent pas se rapporter à la menace de pendaison qu'implique le rite maçonnique.

La mythologie grecque  donne comme point de départ à l'expédition des Argonautes la perte d'une chaussure, restée dans le lit de la rivière que Jason avait fait traverser sur ses épaules à une pauvre vieille femme, qui si fit reconnaître ensuite comme Junon la Reine du Ciel .Le jeune héros, qui, à l'exemple d'Hercule , venait d'avoir pour éducateur le centaure Chiron, poursuivit sa route sans s'inquiéter de son pied nu. Mais lorsqu'il pénétra ainsi dans Iolchos, le roi Pélias, averti par un oracle, reconnut en lui l'homme qui devait attenter à sa vie. Croyant se débarrasser à jamais de Jason, il l'envoya au loin chercher la Toison d’or, expédition considérée comme tellement périlleuse, que le retour du téméraire qui l'entreprendrait ne semblait pas à craindre.

Cette entreprise difficile et hasardeuse correspond au Grand-Œuvre, dont Jason est l'artisan. Pour entrer dans la ville où sa carrière initiatique devait se déterminer, il lui fallut se présenter chaussé d'un seul pied.

Si nous consultons à ce sujet Eliphas Lévi, il nous apprendra, dans son
Rituel de la Haute-Magie, page 58, que « les anciens, dans leurs symboles et dans leurs opérations magiques, multipliaient les signes du binaire, pour n'en pas oublier la loi, qui est celle de l'équilibre. Dans leurs évocations, ils construisaient toujours deux autels différents et immolaient deux victimes, une blanche et une noire ; l'opérateur ou l'opératrice, tenant d'une main l'épée et de l'autre la baguette, devait avoir un pied chaussé et l'autre nu. » Plus loin, il est recommandé à l'opérateur de n'avoir sur soi aucun métal. Mais Eliphas s'est-il inspiré de la Maçonnerie, ou nos rites se rattachent-ils à la Magie cérémonielle du moyen âge et de l'antiquité classique ?

Source : www.boutiquefs.com

Par Oswald Wirth (décembre 1912) - Publié dans : symbolisme
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 07:16

 En Allemagne, les travaux maç:. se terminent in­variablement par la formation de la Chaîne d'Union, symbole de concorde et d'amour fraternel. Nul Maçon présent ne saurait être exclu de cette Chaîne, qui a pour objet de rendre sensible l'idée de l'universalité de notre Ordre et de la solidarité qui relie tous ses Membres.

Dans ces conditions, un F:. allemand a été doulou­reusement surpris d'être invité à se retirer au moment ou les Membres d'une Loge de Paris
s'apprêtaient à for­mer la Chaîne. Il s'est cru repoussé en sa qualité d'é­tranger, et, comme il relève d'une Grande Loge en rela­tions officielles avec le Grand Orient de France, il a fait demander à ce sujet des explications aux autorités de son Obédience.

Se doutant bien qu'il ne pouvait s'agir que d'un mal­entendu, le G:. M:. adjoint de la G:. L:. en ques­tion m'a demandé de lui fournir officieusement les éclaircissements nécessaires.

Il m'a été très facile de lui donner satisfaction, en lui expliquant que la Chaîne d'Union ne se forme, chez nous, que deux fois par an, en vue
de la communica­tion du mot du semestre, auquel n'ont droit que les Membres actifs de l'Atelier. Tous les FF:. visiteurs, indistinctement, qu'ils soient étrangers ou nationaux, se trouvent ainsi écartés de cette Chaîne, qui n'a plus rien de la signification qu'on lui attribue en Alle­magne.

La morale de cet incident, qui se trouve clos par l'entrefilet explicatif paru dans la Bauhütte du 24 août dernier, c'est que nous devrions mieux connaître la Maçonnerie. Nous ne pratiquons pas partout identique­ment les mêmes rites,
 ce qui est regrettable, mais fatal, l'uniformité absolue étant d'une réalisation à peu près impossible. La diversité répond, d'ailleurs, à des néces­sités d'adaptation et d'évolution. Mais, pour qu'elle ne soit pas préjudiciable, il faut qu'elle ne dépasse pas certaines limites, et qu'elle ait comme correctif une connaissance suffisante des usages maçonniques parti­culiers aux différents pays.

Nous profiterons de toutes les circonstances qui se présenteront pour éclairer nos FF:. à ce sujet.

Il est, d'ailleurs, une Loge, au moins, à Paris, dont les Membres ne se séparent jamais sans avoir formé la Chaîne d'Union. C'est la L:. N°137, Travail et Vrais Amis Fidèles, Atelier qui s'est fait une spécialité de l'é­tude de nos rites et de nos traditions. Cette étude lui a fait envisager la Chaîne d'Union comme un rite
obligatoire, moins en raison de sa signi­fication symbolique, qu'en vertu de son efficacité agissante.

Tout Atelier, en effet, doit viser à l'action ; la contem­plation stérile serait indigue d'un Ouvrier-Maçon, constructeur d'une Société humaine meilleure, et, par suite, agent
transformateur du monde.

Donc, il faut travailler, et cela maçonniquement, avec les outils spirituels dont le maniement nous est ensei­gné par l'initiation. Cela veut dire qu'il faut savoir mettre en œuvre les énergies psychiques, non seule­ment individuelles, mais encore collectives.

Un homme qui, isolément, sait concentrer sa pensée et discipliner sa volonté, devient une personnalité puissante, dont l'influence
 s'exerce immanquablement sur son entourage. Supposons, maintenant, que des hommes entraînés à penser et à vouloir, s'associent étroitement pour synthétiser leurs énergies, pour les fusionner en un faisceau unique. Quelle sera l'influen­ce occulteou télépathique susceptible d'être exercée par une pareille association d'Initiés ?

Dans ces conditions, la Chaîne d'Union est un ma­gnifique symbole, sans doute ; mais elle est, en plus, un moyen de réalisation. Si la Maçonnerie est puissante, c'est que les Maçons font la chaîne, même inconsciem­ment. Qu'obtiendrons-nous donc quand nous possède­rons pleinement un Art que nous pratiquerons en pleine connaissance de toutes ses règles et de toutes ses ressources ?

source ; www.boutiquefs.com

Par Oswald Wirth - Publié dans : symbolisme
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 07:05


La Maçonnerie ne disposait pas, à l'origine, de locaux uniquement réservés à ses réunions. Celles-ci se tenaient dans une salle quelconque, pourvu qu'elle puisse être rigoureusement close, en sorte de préserver les mystères de toute indiscrétion profane. Se mettre à couvert était donc le premier soin des initiés qui s'apprêtaient à ouvrir leurs Travaux. Ils s'assuraient ensuite de leur qualification au Travail : tous les assistants avaient-ils bien réellement le droit de participer aux mystères ? Aucun doute ne subsistant plus à cet égard, il était procédé à la transformation du local, jusqu'ici profane, en Temple sacré. Cette métamorphose s'effectuait par la vertu d'un tracé fait à la craie sur le plancher de la salle, tracé qui était soigneusement effacé avec une éponge lors de la fermeture des travaux.

Bien qu'affectant la forme d'un carré long, ce tracé n'en correspondait pratiquement pas moins aux
cercles magiques. Les initiés venaient de procéder à une évocation : ils avaient appelé au milieu d'eux l'esprit maçonnique. Désormais ils cessaient d'être ce qu'ils étaient encore peu d'instants auparavant : une émotion particulière les saisissait, et ils se sentaient entrés en communion avec ce qui est au-dessus des individus, dans le domaine des pensées larges et des aspirations noblement humanitaires. Quelques lignes et quelques figures, plus ou moins gauchement tracées, suffisaient à réaliser cette merveille.

Par la suite, lorsque les Loges eurent leur domicile fixe, on s'offusqua des imperfections d'un dessin rapidement exécuté à la craie, et l'on crut génial de substituer au tracé chaque fois renouvelé un tableau permanent, peint sur toile. Les symboles
essentiels de la Franc-Maçonnerie y furent représentés. Chaque grade eut ainsi son ensemble caractéristique, sorte de pentacle complexe, dont l'explication plus ou moins approfondie constituait le plus clair de l'instruction initiatique.

Ces tableaux se terminaient d'ordinaire par une bordure dentelée, composée de triangles
équilatéraux, les uns noirs et les autres blancs. Parfois, les triangles de la rangée extérieure étaient noirs, comme dans le tableau mystique reproduit page 110 du

source ; www.boutiquefs.com

Livre du Compagnon. Les triangles blancs indiquaient alors une émanation lumineuse, partie du centre du tableau, où brille l'Etoile flamboyante.

La dispositioninverse serait cependant plus correcte, d'après le F:. J. Eigenhuis, le savant rédacteur du Vrijmetselaar, organe de l'Association maçonnique hollandaise pour l'étude des symboles et des rituels. Se basant sur les recherches érudites du F:. Dr Ludwig Keller, de Berlin, le F:. Eigenhuis ne voit, en effet, dans la bordure dentelée rien moins qu'un souvenir des catacombes. Cela nous ramène en droite ligne au Fossoyeur Diogène, dont nous avons fait mention à propos du Pasteur d'Hermas, page 25 de notre premier fascicule.

Ce personnage a bien pu être membre d'un « Portique », c'est-à-dire d'une « Loge », car le grec Stoa, le latin Porticus et l'italien Loggia désignent un parvis ou péristyle, constructions formant un abri ouvert d'un côté.

Or, les inscriptions des catacombes nous révèlent que les mots Stoa et Porticus avaient pour les premiers chrétiens un sens conventionnel particulier. Ils considéraient, en effet, leurs lieux de réunion, non comme des sanctuaires proprement dits, mais comme des parvis, convenables aux délibérations. Ainsi s'expliquerait l'origine du mot Loge, qui n'a jamais été
fixée avec certitude.

Le portique, tel qu'il était alors conçu, comportait deux colonnes, rappelant à la fois celles du temple de Salomon et celles d'Hercule
, destinées à marquer les confins du monde sensible. Trois marches y conduisaient à un pavé composé de dalles carrées, alternativement blanches et noires. Au fond, s'ouvrait une porte surmontée d'un fronton, au-dessus duquel étaient pratiquées trois lucarnes, dites lumina. Les deux colonnes étaient enfin rejointes par une sorte de voûte formant toit et représentant intérieurement un ciel  avec cinq étoiles, la lune et le soleil. Le tout était donc bien un symbole de l'univers visible.

Mais, comme nous le montre une ancienne gravure que nous reproduisons ici, cet ensemble était sculpté dans le roc, lequel, dans ce qui restait à l'état brut, figurait l'immense domaine de l'inconnu, situé en dehors des limites de nos perceptions. Ce domaine du mystère enveloppait le portique, image du monde connu ; il formait même à celui-ci un cadre de brisures du roc, que rappellerait la bordure dentelée des Tableaux mystiques de la Franc-Maçonnerie moderne.

S'il en est réellement ainsi, ce sont les triangles de la rangée extérieure qui doivent être blancs, pour indiquer l'influenceilluminative exercée sur nous par l'immensité ambiante que nous ignorons. En ce cas, les triangles noirs exprimeront, de la part des initiés, un effort de compréhension réceptive, alors que les triangles blancs, dont la pointe serait tournée vers l'extérieur, comme dans le tableau mystique du
Livre du Compagnon, dénoteraient une sorte d'offensive prise contre le mystère par l'esprit humain, fort des principes de lumière puisés dans la Gnose. Les deux systèmes peuvent donc se soutenir ; mais le premier suppose qu'aucune clarté n'émane du portique, alors que le second fait prédominer la lumière intérieure ou sulfureuse sur celle qui prend sa source dans l'extérieur, d'où elle pénètre toutes choses, en vertu de ce que les hermétistes appellent l'action mercurielle .Hâtons-nous d'ajouter que la lumière est une dans son essence vérité dont le Maître se rendra pleinement compte quand il discernera la provenance de tout ce qui sortira de lui. Il transmettra une lumière qu'il aura su attirer de l'extérieur et condenser en lui. Aurait-il dès lors droit aux triangles blancs tournés vers l'extérieur, ou, passif et actif tour à tour, devrait-il disposer d'une bordure dentelée à renversement ? Fort heureusement, la question ne passionnera personne, et nous ne risquons pas de voir les Maçons se diviser et s'excommunier réciproquement, à propos de triangles blancs ou noirs. Il est bon cependant que chacun sache désormais, grâce au F:. Eigenhuis, à quoi rime la bordure dentelée.

 

Par Oswald Wirth (mars 1913) - Publié dans : symbolisme
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 06:59

Considérons la branche d'acacia comme le symbole de ce qui reste dans le monde et fleurit après la mort du corps tout en s'élevant de ce corps qui lui donne naissance.

La primitive légende égyptienne nous raconte que le corps d'Osiris, après le meurtre de celui-ci par Typhon symbole de la cupidité, de la sensualité, du désir de puissance, fut lavé sur les rives du Nil, et qu'en l'espace d'une nuit, un tamarin (arbuste de même famille que l'acacia) s'éleva du cadavre. Osiris était mort ; cependant, ce qu'il avait créé pendant sa vie ne périssait pas, mais au contraire prospérait et s'étendait.

Shakespeare a raison de dire : « Le mal que font les hommes vit après eux. » Le bien agit de même, mais le mal se concentre et s'épand plus facilement que le bien. Quand un acte est accompli, ses conséquences peuvent vivre à tout jamais. Les morts gouvernent les vivants, car ceux-ri récoltent les fruits des actes de ceux-là, en bien et en mal. Notre destinée, pour une large part, dépend de ceux qui nous ont précédés. Nos habitudes, nos vices, nos passions affectent non seulement notre propre destin mais aussi celui de la génération qui nous suit, petit-être celui de plusieurs générations.

Il s'ensuit que nous devons nous connaître sans fards, nous chercher nous-mêmes, arracher les vices et passions symbolisés par les métaux. Durant notre vie, par une conduite droite, par le précepte et l'exemple, nous plantons en nous la graine de l'acacia. Il germera et croîtra longtemps après notre départ pour le Grand Au-Delà. Agissons de telle sorte que grandisse un arbre de bonté, rendant ainsi le monde un peu meilleur par suite de notre séjour ici-bas. Et prions, avec Tiny Tim : « Seigneur, faites que ma mémoire reste verte ! »

Par Ernest E. Murray (juin 1933) - Publié dans : symbolisme
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