symbolisme

Vendredi 7 juin 2013 5 07 /06 /Juin /2013 06:49

Voici un extrait du livre de Jean Pierre Bayard "Grande enyclopédie maçonnique des Symboles, Editions Cêtre 2000".
Cet article à la mérite d'être exhaustif en la matière, le voici à la demande de plusieurs Internautes et de notre sœur Esther.

HIRAM

Le nom d’Hiram figure à plusieurs reprises dans la Bible. Il est roi de Tyr, ami de Salomon (I Chroniques I, 52-54), auquel il expédie les bois du Liban et il lui adresse un ouvrier hautement qualifié, un autre Hiram « le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, (une tribu d’Israël), et d’un père tyrien qui travaillait l’airain » (1 Rois VII, 13-14). Il y a également Adoniram chef des corvées, qui devient le successeur d’Hiram au 4e degré du REAA. On trouve encore Hiram-Abi ou Huram Abi ou Hiram Abiff « Hiram mon maître » qui apparaît en 1723 dans le Livre des Constitutions et correspond à la maçonnerie adonhiramite des Anglais ; ou encore Adon Hiram « Seigneur Hiram », Adoni étant un terme d’excellence. Quelques commentateurs veulent voir en l’artisan Hiram le fils du roi de Tyr, ce qui paraît invraisemblable car le roi aurait annoncé cette filiation à Salomon. Originaire de Tyr la phénicienne, on y ressent l’influence de Melkart : Hiram pratique-t-il une religion différente de celle de Salomon ? Celle de son père ou celle de sa mère ? Par « Adon-Hiram » on peut aussi comprendre « l’homme qui a dépassé la mort », ce qui présagerait le thème « Mort et résurrection ».

La légende maçonnique en fait l’architecte, chef de la constriction du Temple de Salomon et lui donne les pouvoirs les plus étendus, alors que pour la Bible il est principalement un fondeur d’élite. D’après Genèse IV, 18-24 ; 1 Rois VII, 14), le patriarche Lamech - ou son fils Tubal aussi nommé Tubalcaïn - serait l’ancêtre de tous les forgerons en cuivre et quelques versions maçonniques l’évoque à la place d’Hiram ; on laisse à celui-ci le bénéfice d’avoir fondu les colonnes J et B et la Mer d’airain. Ce forgeron qui travaille les métaux fait songer à Vulcain, le dieu du feu, un être boiteux qui vit dans le monde souterrain et comme tel il est évoqué dans les rituels des Compagnons Forgerons. Dans II Chroniques (II,13-14) Hiram travaille non seulement l’airain , mais tous les métaux, ce qui peut conduire à sa fonction de maître d’œuvre ; il n’est pas uniquement un alchimiste pratiquant la fusion des métaux, mais sur son énorme chantier il doit encore associer des volontés différentes : Sa réussite est incomplète puisque nous assistons à la révolte des « trois mauvais compagnons ».

Le mythe d’Hiram a été très souvent abordé et a conduit à de nombreuses interprétations. Maître Jacques et le Père Soubise travaillent sous sa direction à Jérusalem. La mort d’Hiram apparaît en 1730 dans La Maçonnerie disséquée de Samuel Pritchard. Rompant avec la stricte Maçonnerie de métier et tout en s’appuyant sur les faibles traces des textes sacrés, une magnifique légende a été créée plaçant la mort d’Hiram sur un plan initiatique, ayant pour thème la mort et la résurrection. Influence de la mort du Christ ? Ou de celles d’Osiris, de Maître Jacques, provenant du complexe d’Œdipe ? Nous n’avons aucun document sur l’origine du récit mais cet homme instruit meurt injustement sous l’effet d’une violence aveugle.

N’est-ce pas un sacrifice permettant à l’architecte de devenir le « Maître éternel » ? Les trois mauvais compagnons qui ne bénéficient pas du mot du Maître, sont la cause inconsciente de sa résurrection : « Le Maître est retrouvé et il reparaît plus radieux que jamais ». On songe à la mort annuelle du roi, ce qui permet la renaissance de la végétation, la fertilité du pays : Frazer a développé les aspects de ce mythe. On évoque peu en cette fin des travaux un « sacrifice de fondation » où un être était sacrifié pour assurer la stabilité de l’édifice, ni celui du maître architecte qu’on tue afin qu’il ne puisse communiquer les secrets de sa construction. Nous sommes à l’achèvement d’un temple dont les plans ont été établis par Dieu et où tout est sacré : Nous nous élevons vers des valeurs spirituelles.

Cependant cet édifice est-il absolument pur ? Sacré il ne peut être construit que par une main-d’œuvre « libre et de bonnes mœurs » instruite dans la religion juive. Or le peuple d’Israël jusqu’ici nomade ne sait pas réaliser de tels travaux, il a recours à des ouvriers compétents venus de différentes régions mais qui adorent un autre Dieu : Ces ouvriers immigrés, avec un chef Hiram lui-même étranger par son père, peuvent-ils construire valablement pour un Dieu qui leur est extérieur ? Le sang d’Hiram peut être un sacrifice qui remédie au sacrilège : Est-il le bouc émissaire ? Jésus est frappé à mort à cause de nos péchés. Ainsi nous sommes les véritables responsables de ces drames.

Cette légende a pu être connue des constructeurs médiévaux, mais nous n’en avons aucune preuve. Dans la légende des Quatre fils d’Aymon, Renaud de Montauban est tué car ce compagnon trop fort, trop parfait, trop travailleur, risque d’apporter un préjudice à leur profession. En 1723, les Constitutions d’Anderson ne mentionnent pas la mort d’Hiram ; l’édition de 1738 paraît l’évoquer avec ce vague troisième degré établi à Londres en 1726, mais en effet c’est dans le manuscrit Graham de 1726 que l’on trouve la mention du cadavre relevé. Le rituel des « Trois Coups Distincts » évoque une cérémonie semblable qui aurait été pratiquée par les loges des Ancients, donc vraisemblablement avant 1717. En réalité ce n’est qu’en 1730 que la mention du meurtre d’Hiram apparaît dans Masonry Dissected de Prichard. Les êtres qui apportent l’amour meurent sous la violence, comme Abel, Osiris, Maître Jacques, mais aussi comme Gandhi et principalement Jésus.

Il peut paraître qu’Hiram n’a pu ou n’a su transmettre sa connaissance et qu’ainsi une quête doit débuter pour rechercher tout indice sur la Parole qui semble perdue. Tout risque de disparaître avec cette mort. Il est cependant dit « que le maître est retrouvé entre l’équerre et le compas et il parait plus radieux que jamais » ; il n’a aucune apparence de souffrance ou de regret mais exprime l’image du repos, après le travail bien accompli. On donne des nombres bien symboliques à la tombe de l’architecte : Trois pieds de large, cinq de profondeur et sept de long. A la tête du tombeau est placée une branche d’acacia et une équerre ouverte à 90° sur l’occident ; le compas placé aux pieds est également ouvert vers l’occident.

Avec la mort d’Hiram, la franc-maçonnerie, plongée dans le deuil, revêt son temple de tentures noires. Le Vénérable descendu de son trône et ses deux surveillants jouent les rôles des trois félons », « trois mauvais compagnons » qui cependant appartiennent à l’ordre en recevant deux investitures. Les trois mauvais compagnons prennent les noms d’Ignorance, Fanatisme et Ambition, ou Jubelas (à la porte du Sud), Jubelos (à celle de l’Ouest), Jubelum (à la porte de l’Est) ; d’après Gérard de Nerval ce sont Olem, Sterkin, Hoterfut. Leurs noms varient selon les rites ; on trouve Jubela, Jubelo et Jubelum ; Giblon, Giblas et Giblos ; Abiram, Romvel et Hobden ; Starke, Sterkin et Oterfut… Ceux-ci expriment des vices caractéristiques : Ils n’ont pu s’intégrer dans l’esprit de la recherche et ils se révoltent contre leur Maître qui subit un échec dans sa maîtrise. Etrangement ces meurtriers sont représentés par les trois premiers officiers de la loge.

D’après le document Latonia cahier 12. (Maçonnerie des Hommes, Kloss XXXIV – 2p.107-127), intitulé Histoire des trois Elus Irlandais, il semblerait que les trois meurtriers ainsi désignés aient donné naissance à un système de trois grades. Il faut qu’il y ait un crime rituel pour qu’Hiram accède à sa véritable dimension. Les trois mauvais compagnons abattent leur maître avec trois nobles instruments : La règle qui l’atteint au bras droit, l’équerre qui le touche au cœur ou à l’épaule gauche, le maillet qui l’assomme, ce coup étant porté à la tête. Enterré furtivement par ses meurtriers, le corps étant bien orienté avec les pieds à l’Est, il n’est découvert que grâce au rameau d’acacia.

Connaître l’acacia indique que l’on est initié aux mystères du 3e degré.

Comme le suggère Michel Saint-Gall la mort d’Hiram paraphrase la mort du Christ qui elle-même apparaît selon les plus antiques civilisations dans le trépas d’un dieu. Celui qui est exalté au 3° degré du REAA devient Hiram et il est couché dans un cercueil, les pieds à l’Orient, la tête à l’Occident, comme le défunt entre dans l’église catholique.

Hiram, symbole de la connaissance toujours renaissante, par sa mort rituelle devient le prototype de l’initié alors que sans ce drame affreux il ne serait resté qu’un ouvrier habile qui aurait eu 170 000 ouvriers sous ses ordres. Mais ce grand architecte serait mort comme un simple mortel, à qui on aurait peut être rendu des honneurs éphémères, alors que maintenant il revit dans chaque nouvel initié…

On établi une correspondance entre les morts d’Hiram et d’Osiris, plus particulièrement au RER (Régime Ecossais Rectifié), alors qu’au rite Emulation on ressent une influence Compagnonnique bien que cette légende ne semble y apparaître que tardivement. Cependant aux 4°, 5° et 12° degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté (Maître secret, Maître Parfait, Grand Maître Architecte) on lui construit un mausolée et on s’interroge, non plus sur sa renaissance, mais sur le fait de la perte de la Parole et l’inachèvement du Temple dont les plans paraissent égarés. Ce sacrifice crée une rupture dans le ternaire Salomon, Hiram de Tyr et Hiram Abi : Il faut être trois pour ouvrir le coffre, pour former le triangle mystérieux, pour posséder le Mot qui paraît être perdu puisque la parole ne circule plus. Nous voici dans les ténèbres. Pour retrouver l’éclat premier il est nécessaire de reconstituer ce ternaire : le récipiendaire se substitue à Hiram Abi, subit le sacrifice mythique, connaît l’acacia signe d’immortalité et le mot « substitué » qui lui permet d’entreprendre la quête de la Parole hélas ! perdue.

Grâce au mythe, Hiram devient l’homme parfait, l’ouvrier modèle et il prend la stature du grand initié, du Maître dont la mort alimente les premières légendes des Hauts Grades. Au 6e degré (Secrétaire Intime), Joaben en apaisant la querelle entre Salomon et Hiram de Tyr, permet l’établissement d’une nouvelle alliance mais ne remplace cependant pas le Maître architecte. Dans la 9° arche Guibulum (Grand Elu Parfait et Sublime Maçon 14° degré) en retournant la Pierre d’Agate, atteint le Centre spirituel connu par Hiram.

Source : www.ledifice.net

Par JP Bayard - Publié dans : symbolisme
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Mercredi 19 décembre 2012 3 19 /12 /Déc /2012 10:12

La question du secret maçonnique est sans conteste celle qui est la plus souvent avancée pour diaboliser la franc-maçonnerie.

La mise en cause de la franc-maçonnerie, en raison du « secret » dont elle se pare n’est pas une nouveauté. Si au 18ème siècle, la franc-maçonnerie est plutôt tournée en dérision par des divulgations fantaisistes et des caricatures humoristiques, elle ne rencontre pas de franche hostilité. Un anti-maçonnisme populaire s’exprime en Angleterre comme en France, qualifiant les loges de repaires d’ivrognes et de libertins.

Paradoxalement, l’ancienne maçonnerie qui gardait jalousement cachées ses pratiques, ne fut jamais interpellée à cause de ses secrets, mais seulement condamnée par l’Eglise catholique apostolique et romaine, à différentes reprises pour les mêmes raisons que celles exposées dans le Décret du Concile d’Avignon, en date du 18 Juin 1326, qui commence ainsi « Dans certains cantons de nos provinces, il y a des gens, le plus souvent des nobles, parfois des roturiers qui organisent des ligues des sociétés, des coalitions interdites, tant par le droit ecclésiastique que par le droit civil. » Cette interdiction, régulièrement rappelée, ne lui est pas réservée mais concerne l’ensemble des associations qui n’ont pas été autorisées par l’Eglise elle-même.

A peine s’est-elle manifestée officiellement, la franc-maçonnerie moderne, dont les statuts ou constitutions sont publiées en 1723, donne lieu à des présentations de ses pratiques, rites ou symboles que l’on peut qualifier de divulgations.
Je n’en citerai que quelques unes :

En 1723, à Londres, est publié dans un Journal « The Flying Post » un texte dénommé depuis « Examen d’un maçon » qui nous renseigne sur les mots, signes, attouchements des francs-maçons et la cérémonie de réception d’un profane .

Puis en 1730, Samuel Prichard, un franc-maçon, membre en exercice ou démissionnaire de la loge « La Tête d’Henry VIII » à Londres, publie, sous le titre « la maçonnerie disséquée » un rituel pratiqué au sein de la Grande Loge de Londres qui comporte pour chacun des grades la description de la cérémonie d’initiation.

En France, le lieutenant de police Hérault rend public les secrets des maçons dès 1737. En 1742, de la Tierce publie « Histoire. Obligations et statut de la très vénérable confraternité des francs-maçons ». Deux autres ouvrages, celui de Louis Travenol, « Catéchisme des francs-maçons », en 1744 et celui du baron Tschoudy « L’Etoile flamboyante ou la société des francs-maçons », en 1766, dévoilent très précisément les règles et pratiques des loges maçonniques.

L’anti-maçonnisme s’exprime dans le libelle de l’abbé Pérau : « L’ordre des francs-maçons trahi et ses secrets révélés » (1742).

Depuis lors, la parution d’ouvrages traitant des rites, symboles et pratiques maçonniques, a été constante.

De même, après la Révolution Française, dont très tôt, furent rendus responsables « les réseaux maçonniques », tant dans ses principes que dans ses outrances, l’anti-maçonnisme s’est exprimé d’une manière constante et brutale.

Les termes pour diaboliser la franc-maçonnerie ont changé ; hier, il s’agissait de la maçonnerie dévoyée, de la maçonnerie luciférienne, du complot judéo-maçonnique, des forces occultes ; aujourd’hui, il s’agit des frères invisibles, des réseaux affairistes.

Le ton des attaques a aussi changé. Autrefois, ce n’était que dérision, injures, menaces, désormais le détracteur se pare de la conscience du juste et procède par allusion, amalgame. Il transforme en informations vraies ce qui n’est que ragots et basses vengeances.

Hier, les francs-maçons étaient les déstabilisateurs d’un ordre social harmonieux, les destructeurs des références morales établies de toute éternité ; aujourd’hui, les voici devenus les pires conservateurs qui puissent exister et les acteurs des affaires les plus louches.

Tout ceci serait dérisoire et pourrait être traité par le mépris si, quelles que soient l’époque et l’expression, le même esprit n’animait les pourfendeurs de la franc-maçonnerie. Il ne s’agit pas seulement de régler ses comptes avec une institution qui vous a refusé l’admission ou vous a exclu ; pas seulement non plus de se construire une notoriété ; mais de s’opposer, par de basses attaques et au besoin par la violence, à un ordre qui plus que tout autre est porteur et missionnaire de l’idéologie de la liberté de conscience et de libération des individus. Il s’agit bien de la manifestation, consciente ou non, du plus pur esprit totalitaire.

Il n’est pas inutile d’indiquer quelques aspects de l’anti-maçonnisme tel qu’il s’est exprimé, par des comités, dans des livres et des revues, à la fin du 19ème siècle et dans la première année du 20ème siècle.

En 1897, se manifeste un Comité anti-maçonnique de Paris qui deviendra l’Association anti-maçonnique de France en 1904, et publiera « La Franc-maçonnerie démasquée » qui paraîtra jusqu’en 1924.

En 1900, un comité dénommé le Groupe des Amis de « A bas les tyrans » devient l’Union française anti-maçonnique, puis la Ligue de défense nationale contre la franc-maçonnerie qui publie « A bas les tyrans » et « La Bastille ».

En 1907, Jean Bidegain, radié du Grand Orient de France, publie « Magistrature et justice maçonnique ». On y trouve des propos de la même veine que ceux exprimés aujourd’hui et que l’avocat Bernard Mery, développe dans « Justice, Franc-maçonnerie, Corruption », à savoir, notamment, qu’un juge franc-maçon ne peut rendre une justice totalement impartiale ni équitable, du fait de son serment.

En 1913, s’établit un Institut anti-maçonnique qui aura une existence éphémère.

En 1926, une revue « Les Cahiers de l’Ordre » qui fera une campagne active aux élections de 1928, voue aux gémonies les francs-maçons qu’elle associe dans la même opprobre aux juifs et aux communistes, initiant l’idée du complot judéo-bolchevique-maçonnique qui deviendra le thème obsessionnel des groupes et groupuscules fascistes.

Il y eut aussi la Revue Internationale des Sociétés Secrètes qui de, 1920 à 1939, s’acharna sur les idées maçonniques et se fit un devoir de dénoncer les réseaux maçonniques.

Je pourrai poursuivre cette énumération des expressions anti-maçonniques de la première moitié du siècle. Peut-on penser qu’aujourd’hui les choses ont changé ? Non, il y eut certes une période d’accalmie mais, depuis quelques temps, l’anti-maçonnisme ressurgit. Il n’est plus besoin désormais d’officines spécialisées, puisque la presse dite d’opinion ouvre largement ses colonnes à tous ceux qui prétendent faire des révélations ou avoir effectué des enquêtes sérieuses dans le monde des francs-maçons.

Bien que depuis ses origines et aujourd’hui plus qu’avant, la franc-maçonnerie ait « pignon sur rue », qu’elle extériorise son action par des rencontres et des colloques ouverts à tous, qu’elle se soit placée sous le régime légal des associations déclarées et que ses rites, pratiques et symboles, soient exposés et commentés dans des centaines d’ouvrages les mettant à la portée et les livrant à la curiosité de tous, des contempteurs de l’ordre maçonnique continuent à prendre pour prétexte les secrets et le serment maçonniques pour diaboliser les francs-maçons.

Au risque de répéter ce qui a déjà été dit et bien dit, je souhaite revenir sur ce sujet . De quels secrets s’agit-il , :le secret d’appartenance, le secret de nos travaux ou le secret initiatique, lorsque les francs-maçons font serment de garder le secret des mystères de la franc-maçonnerie ?

•Le secret d’appartenance

Contrairement à ce qui est dit et répété ici et là, nul maçon n’est tenu de taire son appartenance à la franc-maçonnerie. Il lui est seulement demandé d’être discret et de ne pas dévoiler ou révéler l’appartenance d’un autre que lui-même. Cette double obligation découle de la morale et de la philosophie maçonniques qui sont le respect d’autrui dans ses propres convictions et sa liberté de conscience.

Ce sont le même souci de respect de la libre indépendance de chacun, les mêmes règles éthiques, qui font devoir aux obédiences maçonniques de ne dresser aucun annuaire de l’ensemble de leurs membres qui serait diffusé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’ordre.

Des clubs-services, Rotary International, Lions’Club le font, des associations d’anciens élèves de grandes écoles également. Mais nombre d’organisations : partis politiques, religions établies ou groupes culturels s’en dispensent et il ne vient à l’idée de personne – et cela est le signe d’un véritable esprit de tolérance démocratique – de demander à un protestant, un musulman, un catholique, un adhérent de tel ou tel parti politique, même si celui-ci s’affiche officiellement, voire à un membre de l’Opus Dei, de déclarer son appartenance lorsqu’il postule à tel ou tel emploi public ou exerce une autorité soit comme fonctionnaire, soit comme magistrat. Or, à nouveau, sous les fallacieux prétextes du secret d’appartenance et du serment maçonnique , un procès d’intention est fait à l’encontre de l’ensemble des francs-maçons. Ceux-ci ne pourraient assumer des charges de hauts fonctionnaires ou de magistrats s’ils ne déclaraient pas leur appartenance.

Des journaux en quête de lecteurs et de prétendus écrivains recherchant la notoriété reprennent la vieille antienne du complot maçonnique, confondant les agissements de quelques affairistes avec l’ordre maçonnique lui-même, et donnant la voix aux faux maçons, anti-maçons et radiés de la franc-maçonnerie.

La méthode n’est pas nouvelle et marque une résurgence des sentiments d’exclusion au sein d’une société qui se déstabilise et perd une partie de ses références démocratiques.

Certains soi-disant spécialistes de la franc-maçonnerie, en mal de règlement de compte ou de reconnaissance, ne manquent pas de trouver en l’ordre maçonnique le bouc émissaire idéal lorsque la communauté nationale manifeste, sous quelque forme que ce soit, son mal être.

Il en fut ainsi dans les années 1935/1940. Au cours de cette période, qui fut sinistre à bien des égards, les partisans d’un ordre nouveau et les nostalgiques de toutes les formes de conservatisme, s’acharnèrent sur les francs-maçons. Il y eut d’abord les accusations lancées contre tel ou tel, appartenant à la fraternité, pour de prétendues complicités ou crimes politiques liés aux scandales financiers des années 1930. Puis,
vint la parution de listes de personnalités, membres ou supposées telles de l’ordre maçonnique. On y trouve les noms aussi bien de hauts dignitaires ecclésiastiques tels les cardinaux Verdier, Dubois et Liénart que de personnages appartenant à la haute administration, ou acteurs de la vie politique, économique et sociale.

Compte tenu de ces révélations sur l’appartenance à la franc-maçonnerie, les nazis crurent même pendant un temps que le Maréchal Pétain avait appartenu à la fraternité, lui qui dès sa prise de pouvoir en juillet 1940, désigna la franc-maçonnerie comme l’une des causes principales de la défaite.

Sous le régime de l’Etat français dont la devise « Travail, Famille Patrie » fut substituée à celle de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » l’anti-maçonnisme s’installe et il se manifeste officiellement.

Bernard Fay, dont la revue « Les documents maçonniques » publie, avec un art de l’amalgame saisissant, à côté d’études remarquables sur la maçonnerie du moyen âge, des témoignages émanant de personnes prétendant avoir été ruinées ou empêchées de réussir dans leurs entreprises et leurs fonctions par des francs-maçons, prend la direction du service créé par l'Etat vichyssois pour assumer les basses œuvres de la lutte contre la « pieuvre » maçonnique. Ce service a pour mission de recenser tous ceux qui ont appartenu à la fraternité. Il met « en fiches » soixante mille personnes et le Journal Officiel de l’Etat Français peut publier quinze mille noms de maçons, fonctionnaires, militaires, magistrats, enseignants, dignitaires des obédiences et anciens vénérables de loges. L’occupant, dont l’idéologie nationale-socialiste s’abreuvait des ragots d’un complot judéo-maçonnique, dont les membres étaient les agents de l’impérialisme anglo-saxon, n’eut qu’à puiser dans ces listes pour diligenter des perquisitions, effectuer des arrestations et déporter ceux parmi les francs-maçons qui lui paraissaient dangereux.

C’était le temps des « forces occultes », celui d’une franc-maçonnerie comploteuse et affairiste qu’il convenait d’abattre.

Dans le années 1960, brodant sur le thème « ils sont partout où s’exerce le pouvoir », Roger Peyrefitte, avec le goût de la provocation qu’il cultiva toute sa vie et la finesse de son écriture, publia une histoire romancée de la franc-maçonnerie en son état des soixante premières années du siècle. Si ses propos n’échappent pas à la facilité des révélations sensationnelles destinées à attirer les faux naïfs, le fond demeure bien documenté et les personnalités supposées avoir transmis des informations à l’auteur sont généralement sérieuses.

En outre, Roger Peyrefitte a l’élégance de gratifier les francs-maçons du nom que nous nous donnons nous-mêmes , « les fils de la lumière ».

En notre temps, les francs-maçons, désormais qualifiés de « frères invisibles », sont crédités de nouveaux pêchés. L’époque n’admet plus les anathèmes trop excessifs mais se satisfait de la diffusion subtile de rumeurs et de messages mensongers. De hardis défenseurs d’une morale de la transparence – mais sont-ils eux-mêmes transparents ; qu’en est-il de leurs engagements présents ou anciens dans les domaines politiques, religieux ou philosophiques – découvrent et racontent une franc-maçonnerie qui, du fait de son action secrète, de ses réseaux organisés, est une menace pour la démocratie ainsi que des francs-maçons toujours affairistes mais aussi piètres conservateurs. Roger Peyrefitte, plus sensé que ces nouvelles autorités de la geste anti-maçonnique, avait eu l’intelligence de faire dire à l’un des personnages de son inventaire de la franc-maçonnerie, discutant au sujet des forces occultes : « vous avez vu le film « forces occultes », déclara-t-il. Mais il y a de vraies « forces occultes », elles s’appellent la synarchie ».

Sans doute, il en est de même en notre époque. Il existe des « forces occultes » revanchardes, liberticides, qui se dissimulent sous la parure du juste et qui, par l’intermédiaire de ces nouveaux croisés de la vertu autoproclamée, s’acharnent contre la franc-maçonnerie, lieu d’expression de la libre conscience et du libre arbitre. Ils nous ramènent, consciemment ou non, aux pires époques de l’inquisition, des procès en sorcellerie et des persécutions

Aucune obédience maçonnique n’exige de ses membres qu’ils taisent leur appartenance à la fraternité et la franc-maçonnerie aurait tout à gagner d’inviter ses adeptes à s’afficher comme maçons.

• Le secret des travaux.

Parmi les critiques émises à l’encontre de la franc-maçonnerie, les reproches qui lui sont adressés, figure en bonne place l’impossibilité pour toute personne n’appartenant pas à la fraternité d’être admise aux travaux de loge, de connaître le contenu des délibérations, discussions et échanges qui ont lieu pendant les tenues.

Contrairement à ce qui est dit à ce sujet, la règle du secret des travaux, le devoir de garder le secret est d’ordre général ; elle s’applique à l’égard de tous, jusque et y compris les membres de la loge absents lors de la tenue, quels que soient leurs grades et l’office qu’ils peuvent occuper. Un résumé des travaux du jour fait l’objet d’un compte rendu écrit, dénommé « la planche tracée des travaux » qui est lu lors de la réunion suivante et soumis à l’approbation des frères ou sœurs présents mais ne donne lieu à aucune diffusion.

Il est nécessaire de rappeler que la loge maçonnique est une communauté initiatique. Les évolutions de la conception du rôle et de la place de l’institution maçonnique, ayant abouti à la diversité obédientielle, n’ont pas ôté le caractère initiatique de l’admission et du travail en loge. Il s’ensuit que seules les personnes qui ont été initiées et qui dès lors connaissent les symboles et les pratiques présidant au déroulement des travaux en loge, peuvent participer à ceux-ci. Il ne s’agit pas d’un quelconque principe d’exclusion mais seulement du respect d’une règle traditionnelle qui n’est pas particulière à la franc-maçonnerie, mais est aussi commune à toutes les institutions qui s’inspirent d’une doctrine ou d’un enseignement spiritualiste qu’ils soient d’essence religieuse ou gnostique.

Il convient aussi d’observer que la tradition maçonnique demeure fondamentalement celle d’une transmission orale et que le travail en loge joue à cet égard un rôle essentiel qui ne peut être partagé qu’entre les adeptes de la fraternité. Cette transmission que l’on peut assimiler au « solve et coagula » de l’œuvre alchimique ne peut s’exporter par l’écrit ni être vécu par quiconque n’a pas effectué en lui le passage du temps profane au temps sacré ; passage qui n’est pas donné par l’initiation, mais que l’initiation rend opératoire.

Cependant, la franc-maçonnerie n’est pas un univers clos, une ou des institutions fermées sur elles-mêmes. Quiconque peut visiter un temple maçonnique comme un non catholique peut pénétrer dans une église. Les obédiences, les loges organisent des conférences, des rencontres, des tenues auxquelles sont conviées des personnes non maçonnes. Seuls, les travaux en tenues de loges sont réservées aux adeptes, de même qu’un non musulman ne saurait être admis à l’office de la prière.

• Le serment maçonnique

Le serment maçonnique prêté par toute personne au moment de sa réception au grade d’apprenti et qu’elle est amenée à renouveler lorsqu’elle est reçue aux degrés suivants, est ce qui alimente les incantations des professionnels de l’anti-maçonnisme depuis toujours.

Prenant corps sur une formulation archaïque qui trouve son origine dans les pratiques des anciennes loges et que plusieurs rites ont conservé, nos ennemis s’en donnent à cœur joie.

Il est vrai que les obédiences et les loges qui ont conservé la formulation ancienne devraient en retirer la partie qui fait dire au postulant, sous cette forme ou une autre du même acabit : « je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d’aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d’avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d’être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d’appartenir à la franc-maçonnerie ».

Ce serment qui donne prise à toutes sortes d’interprétation malveillante et justifie les accusations portées à l’encontre des francs-maçons, n’a aucune valeur pratique dès lors qu’il n’est pas dans les usages des institutions maçonniques de faire subir un quelconque châtiment ou d’exercer une vengeance envers ceux qui ont renié leur engagement maçonnique ou qui ont trahi leur idéal ou leurs frères. Il a perdu en outre la force symbolique qu’il pouvait exprimer dans un cadre social différent de celui qui est désormais établi, fondé sur la tolérance et l’idéal démocratique.

Cependant, nous pouvons encore lire des déclarations comme celles-ci, relevées récemment dans un journal qui cherche sa clientèle . « Tout cela n’est que poudre aux yeux. Un maçon, lors de son intronisation, prête serment à la vie, à la mort, de fidélité à sa loge. Ce serment oblige celui qui s’y prête à le préférer à tout autre serment. Rapporté au rang de juge, ce n’est pas concevable, car il y a nécessairement conflit, confrontation entre deux serments, celui que prête le juge à l’Etat républicain et celui que l’individu prête à sa loge. Le second dominera le premier si l’adepte veut encore espérer obtenir un meilleur avancement. Son intérêt lui interdira d’aller contre celui de l’un de ses frères. Qu’il soit justiciable ou juge, il s’interdira de condamner le frère, ou lui accordera ce qu’il réclamera ».

Si je cite ici ce texte, extrait du n° 1 de « Liberté d’Expression », c’est qu’il est très représentatif d’un courant de pensée anti-maçonnique qui tend à faire croire que les francs-maçons, en général, ne pourraient être des citoyens comme les autres.

Or, si l’on excepte le contenu de la phrase que j’ai rappelée ci-dessus, quelle est l’obligation prêtée par le récipiendaire. Avec quelques nuances de style, selon le rite pratiqué, elle est ainsi énoncée : « de ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, de ne jamais révéler aucun des secrets de la franc-maçonnerie à qui n’a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver, sculpter ou de les reproduire autrement. Je jure d’observer consciencieusement les principes de l’ordre maçonnique, de travailler à la prospérité de ma respectable loge, d’en suivre régulièrement les travaux, d’aimer mes frères et de les aider par mes conseils, et mes actions ».

En outre, il est constamment rappelé aux membres des loges, qu’ils doivent être fidèles aux lois de la République, les respecter et s’ils ont une quelconque fonction publique, les appliquer, suivant en cela la prescription énoncée dans les Constitutions d’Anderson « Le maçon est un paisible sujet vis-à-vis des pouvoirs civils, en quelque endroit qu’il réside ou travaille, et ne doit jamais se mêler aux complots et conspirations contre la paix ou le bien-être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs ».

Mais, le franc-maçon a le devoir de désobéissance, lorsque le gouvernement est exercé par un pouvoir illégal ou que le droit est détourné de son objet par telle ou telle autorité politique. Ce devoir est aussi proclamé par la Constitution de la République et concerne l’ensemble des citoyens.

Le serment du maçon doit être ramené aux justes dimensions de l’engagement d’un homme ou d’une femme libre, auxquels la société maçonnique laisse sa liberté de conscience et sa liberté d’agir, en toutes circonstances mais qui a pris la décision d’appartenir à une institution qui est une communauté initiatique et une société philanthropique et d’en respecter les règles internes qui lui font devoir de travailler à son accomplissement moral, de faire œuvre de solidarité et de conserver en lui-même les secrets de la franc-maçonnerie.

Mais de quels secrets s’agit-il donc ?

• Le secret maçonnique.

Il existe bien un secret maçonnique mais ce secret n’est pas là où les commentateurs mal intentionnés ou mal informés le situent. Ainsi que le note Pierre Simon, dans son essai intitulé « La franc-maçonnerie » : « le secret relève du sacré, qui selon, Mircea Eliade, n’et pas seulement un stade de l’histoire de la conscience humaine, mais est un élément constitutif de la structure de cette conscience »

Le secret maçonnique se réfère à une tradition ésotérique.

Lorsque les francs-maçons sont réunis en loge, que les travaux sont ouverts selon un rituel d’ouverture, l’espace que constitue le temple est devenu sacré. Il se met alors en action une démarche communautaire de nature spirituelle qui se prolonge à l’intérieur de chacun des adeptes et s’y épanouit.

La connaissance que le franc-maçon vient quérir dans la loge, ne peut être placée sur le même niveau que l’ensemble du savoir auquel il peut accéder dans les institutions du monde profane. Si la loge devait fonctionner comme n’importe quel lieu de réunion, d’éducation, d’enseignement et de prise de parole, elle ne serait qu’un cadre de la vie sociale, certes favorable à l’épanouissement de l’homme mais sans singularité, ni caractère initiatique. La loge ne peut se comprendre et n’a de légitimité que dans la mesure où elle est l’espace dans lequel tout individu, homme ou femme, trouve les processus et les outils d’un véritable voyage initiatique.

En cela, le travail en loge établit une pénétration sensible à l’intérieur de chaque adepte qui participe ainsi aux mystères d’un ordre initiatique. Ces mystères, au sens antique du terme, que les francs-maçons nomment aussi les secrets de la franc-maçonnerie et qui se trouvent évoqués lors de la cérémonie d’initiation, notamment lorsqu’il y est dit « … qui demande à être admis aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie » puis ensuite : « au cours de ce voyage, à l’instar des anciens mystères » sont incommunicables puisqu’ils n’existent, ne se manifestent qu’à l’intérieur de chacun et qu’ils sont constitutifs de l’invitation permanente faite au maçon de se connaître soi-même.

L’évocation d’un secret maçonnique, le rappel constant d’un secret qu’il convient de garder en soi, de protéger, de ne pas exposer à l’extérieur, ne sont en fait que l’exaltation de la nécessaire quête à laquelle est convié l’initié et hors laquelle l’initiation n’a pas de sens.

Cette mise en relation avec des mystères n’est pas propre à la franc-maçonnerie qui a su cependant conserver par le symbolisme qu’elle développe un sens réel et profond à l’initiation et faire en sorte que la connaissance initiatique ne soit pas un faux semblant.

Ainsi que Goethe l’a exprimé : « la symbolique transforme le phénomène en idée, l’idée en image, de telle sorte que l’idée reste toujours infiniment active et inaccessible dans l’image et que même dite dans toutes les langes, elle reste indicible ».

Le secret maçonnique réside dans cette particularité propre aux sociétés initiatiques et que la franc-maçonnerie a hérité de l’ensemble des communautés hermétiques et opératives qui l’ont fécondée, à savoir qu’ils ne peut y avoir ni transmission de la connaissance initiatique, ni développement de la quête spirituelle à qui n’a pas reçu pas à pas, mot à mot, lettre à lettre, symbole après symbole, les secrets de l’autre regard sur le monde que celui communément donné à l’homme par l’éducation profane. C’est ce que traduit le « je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler » qu’enseignent les rituels maçonniques et que Casanova expose clairement dans ses « Mémoires » lorsqu’il note : « le secret de la maçonnerie est inviolable par sa propre nature puisque le maçon qui le sait ne le sait que pour l’avoir deviné. Il l’a découvert à force d’aller en loge, d’observer, de raisonner et de déduire ».

Toute expérience spirituelle ne peut être qu’intime et se situe dans les profondeurs de l’être.. Elle est à la fois transmissible et incommunicable : transmissibles sont les éléments qui la portent et que nous nommons les symboles ; incommunicable est le rapport sensible qui s’établit entre le symbole et le moi profond de l’adepte. La franc-maçonnerie, comme toutes les sociétés spiritualistes, fournit à ses adeptes des outils et des clés d’accès à la connaissance des mondes ; ces outils et ces clés sont mis en action par l’exposition de symboles. Cependant, les symboles ne s’imposent pas d’eux-mêmes. Ils n’affichent ni ne dictent une quelconque vérité cosmologique, morale ou spirituelle. Il appartient à chaque maçon de les identifier, les reconnaître, les interpréter et de se les approprier.

Le symbole maçonnique n’est ni enseigné ni appris, mais il est seulement présenté et exposé. Chaque adepte doit l’intégrer dans son propre vécu, le faire sien. Mais le symbole ne lui appartient pas et détient la fonction de relier son vécu personnel aux vécus de tous les membres de la communauté. Le symbole n’et pas un agent de communication, il est un instrument de communion et un signe de reconnaissance et d’approfondissement initiatiques. Il existe bien là un domaine qui n’est pas accessible à ceux qui n’appartiennent pas à la franc-maçonnerie et quelles que puissent être les diffusions des rites, des symboles, des légendes et des mystères qui constituent le corps de la tradition maçonnique, leur lecture n’apportera rien à celui qui ne s’est pas conditionné pour être en communion avec l’esprit de la tradition et les secrets restent le secret car il est le secret pour celui qui, selon la parole célèbre, n’a pas les oreilles pour l’entendre.

Guy PIAU
Extrait de son livre "Francs maçons, militants de l'humain" et avec son aimable autorisation.

Source : www.ledifice.net

Par Guy Piau - Publié dans : symbolisme
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Mercredi 19 décembre 2012 3 19 /12 /Déc /2012 09:30

Si le grade de Maître est le plus beau et le plus enrichissant de nos divers degrés symboliques, il est, malheureusement, souvent mal compris, mal donné et ne réserve pas à ses néophytes les lumières qu’ils sont en droit d’en attendre.

Historiquement, il y a lieu d’observer : que dans la Maçonnerie « opérative », il n’existait traditionnellement que deux degrés – celui d’apprenti, où le débutant apprenait à tailler la pierre brute, avait le droit d’être admis dès l’âge de 14 ans et se formait pendant sept années – et ensuite celui de Compagnon, où les secrets du métier étaient approfondis, spécialement en matière d’arpentage, de géométrie, de sculpture et d’architecture, un seul mot de passe, un seul signe de reconnaissance y étaient enseignés et le mythe d’Hiram y était inconnu. Quant au « Maître », c’était à ce moment soit le seul chef de chantier, soit le patron lui-même, établi pour son compte. Puis, la crise économique appauvrit les communes libres de l’époque ; le métier décline ; on ne bâtit plus de cathédrales ni d’hôtels de ville ; pour sauver la profession, les tailleurs de pierre élisent des « membres d’honneur » ; ce seront leurs protecteurs, ils leur confieront l’édification de châteaux et de maisons de maître, puis, peu à peu, les « spéculatifs » remplaceront les « opératifs » ; déjà en 1663, une loge pouvait comporter un seul homme de métier et quatre « maçons libres et acceptés » ; à Aberdeen, en 1670, une loge de 40 maçons ne comportait déjà plus que 8 maçons de métier.

Initialement : c’est bien autre chose que le grade de Maître nous apporte ! Il est d’une incroyable richesse ; encore est-il nécessaire de le rappeler !

a) Le cadre rituel d’abord : le passage du 2° au 3° degré est une grande « opération » et non un simple jeu de théâtre.

C’est le passage de l’ordre psychique à l’ordre spirituel ; une évolution importante ; une nouvelle étape de compréhension.

Pour comprendre ce mûrissement, il faut se rappeler encore la nature de l’être humain, que toutes les traditions initiatiques nous ont confirmée, de l’Égypte antique à la Grèce, de celle-ci à Rome et au judéo-christianisme.

L’homme est une matière unie à l’esprit par un médiateur psychique ; il est à la fois force, sagesse et beauté émotive ; un rituel psychomoteur doit donc frapper à la fois ces trois états de l’être.

Comment le cadre rituel du grade résoud-t-il ce programme ? II le fait en trois stades :

Premier stade : Préparation du psycho-drame ; deuil et tristesse. C’est l’épreuve du seuil. On interroge le néophyte, on le suspecte, on le vérifie. L’enquête se termine par la reconnaissance de son innocence dans le meurtre du Maître.

Deuxième stade : Épreuve de l’abandon, de l’errance, de la recherche. Nous sommes tous orphelins ; le Maître est mort et on ignore même où se cachent ses pauvres restes.

Troisième stade : Épreuve suprême : voyage par l’élément TERRE et jaillissement du germe de VIE. La mort sera vaincue ! HIRAM sort des ténèbres de la mort, des profondeurs de la terre ; il re-naît dans le néophyte ; la Vie a triomphé à jamais de la mort.

Le RITUEL le montre, l’enseigne :

LA MARCHE DU MAÎTRE triomphe trois fois de la mort car on enjambe trois fois le douloureux emblème qu’est le Cénotaphe.

L’homme étant un être TRIPLE, doit donc triompher trois fois de la mort (sinon un seul enjambement suffirait !)

La lumière rouge est symbole de chaleur vivifiante ; 1’infrarouge annonce la lumière intégrale et mûrit le germe de vie par sa bienfaisante radiation.

Les 5 POINTS DE PERFECTION complètent cette renaissance de la vie : si à l’origine on fixait sur le sol un piquet à chacun des quatre angles de la construction future, puis un cinquième au centre, point de rencontre des diagonales du Temple à construire, on retrouve ces « cinq landmarks » essentiels dans l’initiation au grade de Maître, où le néophyte doit, lui aussi, devenir un TEMPLE VIVANT à construire par sa revivification.

La jonction des pieds, l’inflexion des genoux, la jonction des mains, le serrement de la main gauche sur l’épaule droite et finalement le Baiser de Paix infusent dans le récipiendaire toutes les vertus de son nouvel état de conscience : l’amour fraternel, le dévouement affectueux, la confiance totale, la collaboration éclairée, la douce union initiatique – points sacrés unissant à la fois les cœurs, les pensées, les volontés dans un idéal partagé. Oui, désormais nous ne faisons plus qu’un, car nous nous comprenons, nous nous entendons ; être Maître, c’est atteindre un palier nouveau.

Mais attention cependant : il ne suffit pas de relever le candidat par les cinq points de la Maçonnerie pour que d’office il soit devenu HIRAM lui-même !

On ne devient pas Maître en un seul instant. Un enfant, mis au jour, doit encore grandir. Un nouveau Maître doit se rendre compte :

1) Qu’il a sans doute « 7 ans et plus », c’est surtout « et plus » qui comptent ici, c’est-à-dire le temps de la maturation.

2) De ce que la Parole est « perdue » et doit être retrouvée un jour, c’est toute une évolution, tout un programme ; tout un travail intérieur !

Le Maître devra mûrir pour donner un jour tout son fruit.

L’ACACIA symbolise cette bataille pour la Vérité ; son bois est dur et solide car un Maître doit être stable et robuste ; mais il est hérissé d’épines, car il est apotropaïque : le pouvoir des pointes qu’il recèle ainsi rejette au loin les forces des ténèbres.

« L’acacia m’est connu » : je suis en mesure de me défendre et de rejeter au loin tout préjugé, toute erreur, toute sujétion à des images préfabriquées par une société imparfaite.

QUANT AUX SIGNES DU MAÎTRE et des deux premiers degrés, combien ils ont été mal compris ! Ils sont tous les précurseurs de « l’acacia m’est connu », car l’initiation est une bataille continuelle et progressive contre les puissances des ténèbres.

L’Apprenti se coupe la gorge ; celle-ci est à la fois le véhicule de la nourriture et l’organe de la parole. L’Apprenti enlève ainsi en lui l’esclavage des appétits physiques et l’imprudence des vaines paroles ; il apprend les vertus du silence, de la retenue, de la prudence verbale.

Le Compagnon s’arrache le cœur, en ce sens qu’il se défait des excès du sentiment et des liaisons sentimentales qui peuvent annihiler sa volonté ; il se libère de l’esclavage charnel et sentimental, si entaché d’égoïsme effréné ; il bride ainsi ses passions et atteint un équilibre rationnel.

Le Maître enfin se coupe le ventre. PLATON enseignait que tout est hiérarchie dans l’être humain ; la tête doit dominer le cœur et celui-ci doit dominer le ventre, symbole de tous les appétits terrestres et de toutes les passions inférieures. Etre sans désir est le grand secret du Maître, qui peut par la puissance de sa volonté, triompher de toutes les faiblesses. Un Maître se domine entièrement et sans effort.

Il a triomphé de ses derniers sursauts d’égoïsme. Ainsi libéré de lui-même, il pourra remplir son devoir social et libérer les autres.

Le Maître agit. Se placer à l’ordre de Maître, c’est dire : « Me voici. Je suis prêt à agir ». Le Maître est toujours en alerte, prêt à l’action

Quelle action ? Celle qui est sa raison d’être, la raison d’être de notre Ordre. La libération de l’humanité de son état d’indignité et de méchanceté, Le signe d’horreur le révèle. Le monde est rempli de haine, d’iniquités ; le meurtre d’HIRAM en est l’affreuse image ; il révolte notre conscience ; il provoque notre juste courroux. On se réfugie alors dans le Temple des mystères, on s’écrie : « Ah ! Seigneur, mon Dieu ! » pour signifier qu’on appelle à soi toutes les puissances bénéfiques de la Nature, toutes les vertus de bonté humaine, tous les ressorts de la générosité, pour mettre fin au règne des ténèbres, qui égare et asservit les hommes.

b) Après ce « Cadre rituel », sachons trouver le symbole vivant de la Maîtrise, dont tout l’enseignement, tout le suc initiatique est condensé en un seul geste : la précieuse « GRIFFE DE MAÎTRE » qui est généralement si mal enseignée, si mal pratiquée et si mal comprise, au point qu’elle est en fait dépourvue de ce qui fait l’essence même de sa révélation.

Sans doute, la Griffe de Maître nous rappelle que chaque Maître est pour les autres un MAILLON de la Chaîne des Maîtres.

Elle est un signe d’ALLIANCE éternelle, dans un but élevé commun. « Nous nous comprenons, nous nous aimons ». Mais, bien, pratiquée, elle est bien plus que cela ; elle est te secret de lu. Maîtrise elle-même !

Car, quel est le secret essentiel du Grade ? La renaissance du Maître HIRAM en chacun des Maîtres.

Pour venir au jour, pour naître, il faut inévitablement et préalablement être conçu !

Pour être conçu, il faut qu’un générateur dépose la semence de vie dans un milieu favorable et réceptif ; la Mère a en elle une « Chambre du Milieu » où cette précieuse opération de création de la Vie pourra se faire.

Il faut donc que le néophyte ferme sa main en griffe pour symboliser la cavité réceptive du germe de vie et que l’Initiateur pousse son doigt médius au sein de cette cavité au moment où il ferme sa main en griffe sur la main du néophyte Cela signifie : « Je te crée Maître ».

Et ceci perçu, le néophyte à son tour pousse son médius dans le creux de la main de son Initiateur en disant mentalement : « Oui, je viens de naître. Me voici ! »

Il y a donc deux temps dans cette action :

1) Création, fécondation.

2) Naissance et manifestation.

Le Maître Initiateur doit donc émettre une flamme spirituelle, qui favorisera la naissance du néophyte à un nouvel état supérieur de conscience et de spiritualité.

La paternité est un échange de vitalité.

Initier, c’est éveiller en autrui une sorte de « courant induit » volontairement bénéfique et qui le rend meilleur pour l’avenir, de façon indélébile.

On conçoit dès lors combien est émouvante la GRIFFE DE MAÎTRE que l’on échange de façon soignée : elle rappelle ces deux grands moments de l’initiation de l’HIRAM nouveau :

« Je t’ai créé Je suis ton fils ? »

Notons au passage que la Griffe était connue des Anciens et que les Orphiques et les Gnostiques, le pratiquant couramment, ont été de ce fait, l’objet des attaques perfides des Pères de l’Église, sophistes ayant toujours la bave aux lèvres, voulant attaquer la « griffe initiatique » où l’on se « chatouille le creux de la main », les polémistes chrétiens y voyaient un mariage avec les démons. Les mots « chatouiller le creux de la main » montrent bien que la Griffe n’étaient pas simplement le fait de se donner la main comme le font les profanes, niais un moyen rituel de se faire reconnaître par des actes précis que l’on échangeait à cette occasion.

Tel est le résumé suggestif et vivace de ce degré sublime.

Les anciens Grecs enseignaient que tout est immortel et impérissable dans l’Univers, dans le Kosmos vivant. La mort physique n’est pour eux qu’un passage naturel d’un état à un autre ; aucun de nos atomes ne peut se perdre ou s’anéantir ; tout vit à jamais, c’est là l’image d’une Maîtrise éternelle. Puisse chacun de nos FF s’en souvenir, le jour où son corps périssable sera livré au froid, aux ténèbres et au silence du sépulcre ; alors que comme Hiram, il verra « sa chair quitter les os » (MAC BENAC). Mais Hiram, c’est lui ; comme lui, il est impérissable et il sera toujours vivant, chargé d’une immortelle Espérance.

Source : http://www.esoblogs.net/1291/les-secrets-du-grade-de-maitre/

 

Par Jean Mallinger - Publié dans : symbolisme
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Samedi 24 novembre 2012 6 24 /11 /Nov /2012 08:43

J’aurais pu sur ce sujet vous dire seulement cette pensée de Daniel Pons :

Vivre, c’est prendre des risques, mais le seul risque véritable, c’est de porter en soi le profond désir de mourir " au moins ", pour renaître " au plus ". Toutefois, j’ai eu envie de polir davantage ma pierre jusqu'à ce qu’elle vibre à ses limites comme un miroir.

Ici est une forme de vie, ici est un monde qui se veut celui de la liberté et de la lumière. Ici, vous et nous, nous sommes chez Nous. Et c’est par une cérémonie d’initiation que nous sommes devenus FM

Ah ! Naître par l’initiation. Ah ! Etre initié par une naissance.

On sait que toute initiation comporte une série d’épreuves rituelles qui symbolisent la mort et la résurrection du néophyte. Grâce nous fut faite par la douceur des épreuves. D’autres traditions demandent aux impétrants d’être plus éprouvés ; sont-elles forcément plus opérantes ?

Il s’agit de façon réaliste ou spéculative, par des opérations alchimiques assimilées à des épreuves difficiles, voire à des tortures, il s’agit de la mort et de la résurrection du myste; il s’agit de transmuer, c'est à dire d’obtenir un mode d’être transcendantal. C’est la leçon de toutes les traditions ou de la connaissance de la vie simplement.

Il n’y a aucun espoir de ressusciter à un mode transcendant, sans une mort préalable.

Notre vie fut et sera une succession d’initiations où nous sommes morts à quelque chose, pour devenir autre. Comme les épreuves d’initiation, celle de notre vie témoigne, pour nous seuls, de notre degré d’initiation à la condition humaine.

Ici nous a été proposée une autre Initiation, une autre mort, une autre naissance.

Le passage, par le cabinet de réflexion, inscrit la cérémonie dans la dramaturgie de la matière univers. Selon Paracelse « celui qui veut entrer dans le royaume de Dieu, doit, premièrement, entrer avec son corps dans sa mère et là, mourir »

Ce regressus ad uterum, ceretour aux origines, cette réintégration d’une situation originaire aux confins du chaos primordial, présente aux moins deux significations qui éclairent les significations de la cérémonie d’initiation, significations cosmologiques et initiatiques.

Toute mort rituelle peut être considérée comme une réintégration de la nuit cosmique, du chaos pré-cosmologique et des ténèbres d’où nous sommes revenus, et qui, dans sa dissolution des formes, exprime aussi le stade séminal de l’existence.

Et puis Ordo ab Chao. JB s’accomplissent. Toute création, toute apparition des formes, tout accès à un autre niveau plus transcendant peut s’exprimer par une cosmogénèse. Et la lumière fut !

Notre naissance au monde Maçonnique répète, réitère, comme chaque initiation par la naissance, le spectacle infini de la re-création cosmique, et nous avons été reçus FM comme une graminée d’étoile pour que nous éclairions notre part d’univers.

Cette expérience, où l’on nous a fait vivre la sacralité de l’univers attesté par les quatre éléments réintégrés en nous, nous accouche, comme conscience que le monde n’est pas seulement vivant, mais ouvert, qu’un objet n’est pas jamais simplement lui-même, mais aussi la réceptacle ou le signe d’une réalité qui le transcende.

Cette expérience n’est qu’un commencement, une initiation sur notre propre chemin, vers ce que l’on nomme le Destin et qui est notre être en devenir.

Chaque initiation parle à l’impétrant, et lui parle de lui et de sa propre histoire, dans un langage symbolique, qui n’appartient qu’à lui de décoder.

Le souffle nocturne de sa vie la plus lointaine, ensevelie, indicible, se pose sur lui dans ce plongeon cosmique.

Il n’y a pas un sens fixé ; la vérité du rituel n’est révélée que par l’interprétation, où chacun a le pouvoir de faire exister du sens, de décider des sens. Ce que je ressens et comprends n’engage que moi. Par ce que je suis, je multiplie le monde dans sa métamorphose qui reste cependant, dans son unité holistique complexe.

« Une herméneutique créatrice dévoile des significations qu’on ne saisissait pas avant, ou les met en relief, avec une telle vigueur, qu’après avoir assimilé cette nouvelle interprétation, la conscience n’est plus la même » nous écrit Mircéa Eliade.

Il s’agit donc de faire une expérience avec cette recréation. On peut opposer à ce niveau les expressions : avoir une expérience et faire une expérience.

Avoir renvoie à la possession, au connaître, à l’installation dans la satisfaction, à la confiance que procure l’acquis. Avoir l’expérience d’un rituel de passage serait poser et imposer des significations une fois pour toutes.

Faire l’expérience signifie ne pas savoir à l’avance le résultat de la recherche. Rien ne doit correspondre à notre attente. Pour cela, on ne doit rien dévoiler des cérémonies de type initiatique. Faire une expérience, c’est s’inscrire dans l’ouverture, dans l’au-delà de l’attendu, dans le commencement sans cesse renouvelé.

Comme l’écrit Jankélévitch dans son livre " Quelque part dans l’inachevé " : La prétention de toucher un jour à la vérité est une utopie dogmatique, ce qui importe, c’est d’aller jusqu’au bout de ce qu’on peut faire, d’atteindre à une cohérence sans faille, de faire effleurer les questions les plus cachées, les plus informulables pour en faire un monde lisse.

Ainsi à chaque initiation l’œuvre de la genèse reprend son cours. La création n’est pas faite une fois pour toutes. Chaque naissance l’accomplit ; et c’est dans la lumière que se célèbre l’accomplissement. On peut donc dire que l’enfantement par la porte basse répète l’acte exemplaire de la naissance de l’humanité conçue comme une émersion de la plus profonde caverne chtonienne.

La cérémonie d’initiation Maçonnique, qui après avoir fait réintégrer à l’impétrant l’état premier, l’état germinal de la matière du cabinet de réflexion et l’amène à sa résurrection, à sa renaissance, cette cérémonie correspond sans doute à la création cosmique. Et cette phase de la cérémonie me paraît être tout particulièrement placée sous le signe du féminin parce que maternelle.

La survivance des cultes des vierges noires nous en apporte l’écho. Tout est en place avec elles pour la renaissance du pèlerin, après qu’il soit descendu dans la crypte sacrée où on les gardait.

Ces vierges noires ont nom Cybèle, Isis, Lilith, la Déméternoire de Phygalie en Arcadie, Kali, Marie l’égyptienne ou Sarah la noire ; toutes vierges qui doivent enfanter et qui disent leur appartenance aux forces de la nuit, à une science secrète liée aux profondeurs de la terre et des origines.

Comme dans le livre des morts égyptiens, il faut opérer la traversée toute entière de pilier en pilier, de porte en porte, pour pouvoir espérer la remontée. Mais seul le principe féminin, la mère , la déesse, la Terre parce qu’elle intègre à la fois le pouvoir de donner la vie et le pouvoir de donner la mort peut accompagner la néophyte dans cette trajectoire.

Au commencement, comme à la fin, la Mère est là pour nous bercer, nous prendre dans ses bras, nous aider à réussir tous les passages, à franchir les seuils, ceux du naître et ceux du mourir; ceux de la mort et de la mort de la mort.

On ne peut manquer de faire un parallèle avec la méthode alchimique.

En cherchant la materia prima (racine maternelle) l’alchimiste poursuit la réduction des substances à l’état pré-cosmologique La cathédrale de Paris, nous dit Fulcanelli, ainsi que la plupart des basiliques métropolitaines sont placées sous l’invocation de la benoîte vierge Marie ou Vierge Mère. En France, le populaire appelle ces églises des Notre-Dame.

En Sicile elles portent un nom plus expressif encore, celui de Matrices. Ce sont bien des temples dédiés à la mère (mater), à la matrone dans le sens primitif, qui par corruption devientla Madone(ma donna), Ma Dame et par extension Notre-Dame. La virgo paritura, la vierge qui enfantera, dont on trouve des monuments antérieurs au christianisme, c’est la terre avant sa fécondation, avant que le principe mâle ne vienne l’animer. C’est la mère des dieux dans l’attente de l’esprit.

Alors la cérémonie d'initiation par une naissance répond à la question d’où je viens, où je vais et peut-être qui je suis. Une place de l’homme dans l’univers, que l’on appelle une philosophie, me semble être proposée par la philosophie Maç\ de son initiation.

Je la rattacherai à ce que l’on appelle la science-sagesse-sacrée avec trois propositions fondamentales exprimées dans les ternaires.

· Un principe omniprésent éternel, illimité, inconcevable et immuable, innombrable, que Blavatsky appellerait l’Etre-té ou la Vie-une.

Je dirai que c’est avant même le Aleph auquel le Beth du béreshit nous renvoie, au Ayin , au Rien.

· Une fois sorti de cet absolu, la dualité survient dans le contraste de l’esprit et de la matière qui demeurent, sous deux aspects différenciés, la même chose, le Un. L’esprit est la première manifestation de la matière et la matière est la première manifestation de l’esprit La substance cosmique, l’espace, l’aether grec est aussi appelé la Mère avant son activité cosmique, et le Père-Mère au premier stade de son réveil, dont le mode de mise en mouvement peut-être le Logos, le Verbe.

· L’univers manifesté, qui en est issu ensuite, est donc pénétré par cette dualité. Il en est le fils consubstantiel ; C’est le Fils de la vierge-mère fécondée par l’esprit. Et l’on peut dire : de l’esprit ou Idéation cosmique ou Père, viendrait notre conscience. De la substance cosmique ou Mère viendraient les véhicules dans lesquels cette conscience est individualisée ; tandis que l’énergie du Un dans ses différentes manifestations serait le mystérieux lien d’unité entre l’esprit et la matière, le principe animateur qui donne la vie.

C’est ce que j’ai compris de ce que disent les stances de Dzyan, le plus vieil écrit sacré d’après lequel furent compilés d’autres écrits sacrés plus connus des profanes.

C’est ce que semble dire également Einstein dans « espace, temps, gravitation »

Il écrit : Masse et énergie ne sont qu’une seule chose ou du moins ne sont que deux aspects d’une même chose.

La cérémonie de passage se donne à vivre comme la conception et la naissance spirituelle ou plutôt comme la renaissance de l’individu et sa régénération.

Le profane courbé à l’entrée du temple sanctuaire, prêt à traverser la matrice de la nature-mère, ou prêt à redevenir l’être spirituel primordial devient ainsi l’homme pré-natal.

Cette ployance foétale, c’est une chute de l’esprit dans la matière dirait le sémite, c’est au contraire son retour à sa source primordiale dans laquelle il s’immerge dirait l’aryen. Dans les deux cas il s’agit toujours du UN manifesté en Matière et esprit mais de façon ascendante ou descendante.

En d’autres termes l’initiation Maçonnique, en nous refaisant produire la cosmogénèse, l’anthropogenèse, nous demande de faire de nous-mêmes, une matière humaine, une copie microcosmique, un reflet de la matrice céleste, en un mot un espace femelle dans lequel l’esprit mâle fécondera le germe du fils, celui de l’univers visible parce que lui-même lumière.

C’est ce que l’on peut appeler une mixité universelle.

C’est Beth attendant sa fécondation par Iod qui se fera dans le vase de l’œuvre au noir déversant du cabinet de réflexion le myste comme de l’or naissant.

C’est cela que me raconte entre autre la première partie de la cérémonie d’initiation. Ici s’accomplit ce dont je ne sais pas où est le début, mais c’est l’initiation par la naissance.

Et puis vient la naissance par l’initiation et c’est un autre commencement.

Pour accéder à lui-même l’homme doit se retirer de soi.

Nous sommes le produit d’une préfabrication institutionnelle, une subjectivité préfabriquée dans son environnement et ses acquis socio-économico-psyco-culturel, je dirai aussi moraux. Ici se pose le problème : comment échapper à cette situation, car si l’homme n’est que de l’être impersonnel de l’institution et s’il est impossible de faire advenir son propre monde, la question, je dirai la quête de l’être, n’a plus d’importance puisqu’ainsi pensé, l’homme serait né avant la naissance et la naissance serait un non-sens.

Etre ou ne pas être, naître est la question

Naître permet d’accéder à une parole nouvelle libérée de ceux qui pensent posséder une maîtrise sur leur parole et la parole des autres, naître en tant qu’individu différencié, naître comme œuvre à faire.

C’est cette idée qu’exprime Rabbi Zouzia, peu avant sa mort ; « Dans l’autre monde, On ne me demandera pas, pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? On me demandera, pourquoi n’as-tu pas été Zouzya ? »

Chaque homme est une lettre ou une partie d’une lettre. Le livre tout entier est écrit lorsqu’il ne manque aucune lettre. Chaque homme a l’obligation d’écrire sa lettre, de s’écrire, c'est à dire de se créer en renouvelant le sens, son sens.

Le cabinet de réflexion, de réflectivité en tant que miroir, est le face à face qui nous demande de commencer à rechercher notre identité enfouie.

Alors le FM sera un éclat existentiel, une brisure, séparé mais aussi une brillance. L’initié Maçon est ce lieu de lumière qui se retire et rayonne à la fois ; qui existe au sens étymologique (ex sistere) dans cette capacité à sortir de soi, de se dépasser et de d’inscrire dans un mouvement de création. C’est là où l’homme se trouve qu’il doit faire briller la vie cachée de l’absolu.

Rappelons-nous ! Il n’est d’accès à aucune vérité qui ne comporte un renoncement. Le sacrifice verticalise l’être humain. Le supplément maçonnique ou alchimique ou initiatique ne sera donné qu’en échange d’une offrande sacrificielle. Sacrifier ne signifie-t-il pas faire du sacré ? Sans sacrifice, pas de passage vers la transcendance, pas d’initiation ni d’affrontement avec la mort, pas d’accès à la phase suivante. Cette phase qui suit correspondrait sur le plan spirituel à une résurrection et elle se traduit par l’appropriation de certains états de conscience normalement inaccessibles à la condition profane.

Chaque initialisation réactualise, réinitialise une nouvelle loge, dans le ordo ab chao et cette sacralité là, nous l’appelons notre loge-mère, lieu où est ordonné le monde, lieu où se crée le sens qui va structurer la cité fraternelle. Ce sens assurera la cohésion en situant le néophyte dans un cercle magique, dans une hiérarchie non contestée, car elle est aussi une filiation symbolique.

Après le dépouillement, après la saison automnale du cabinet de réflexion, de nos esprits d’où tombent les pensées mortes, renaîtront de vivaces intentions d’ajouter de la valeur humaine. Dans ce lieu de rencontre du COS et du CHIASME ? L’aventure se termine, une autre commence. Une ère a pris fin, une autre s’inaugure dont les acteurs ont accédé, par l’épreuve à la connaissance réservée au voyageur rescapé.

L’homme en quête de sagesse est un homme qui marche, qui est voyageur, vers le pays promis, vers la terre édénique, vers son Amérique, vers ses sources ou vers lui-même.

Entre le départ et l’arrivée, entre l’initialisation et l’accomplissement, le désert, l’océan, le chemin, des solitudes, des épreuves et le voyageur exilé se transforme en pèlerin, et l’errance devient traversée du monde, de soi, de miroirs, et qui menée à bien, ouvre à l’itinérant l’accès à son identité, à sa rédemption .

Par elle accompli, il peut alors se déclarer fils de... dieu, de la veuve, de la putréfaction de l’Univers, fils de ... Les rituels nous exposent à cette dramaturgie du devenir.

« lekh lekha » dit D. à Avram, ce qui signifie va vers toi. C’est pour cela que nous construisons ensemble l’arbre de la connaissance dont chacun est appelé à en devenir un fruit.

Devenir FM par une naissance, c’est inscrire l’action Maçonnique dans la liberté, en soulignant que l’être Maçonnique s’oppose au geste de répétition, que l’homme Maçonnique  est un nouveau commencement, un initiateur. C’est un être pour-la-naissance.

Le FM est vertueux de toutes ses naissances à venir.

Le rituel d’initiation par la naissance nous permet de dire que la F.M.envisage le monde, non pas dans ce qu’il est, mais dans ce qu’il a à être. Avec André Néher, nous disons " la perfection de l’homme est sa perfectibilité ".

Par l’avènement de sa mise au monde, le FM porte en lui la promesse d’un avoir à être. Cela est un des fondements d’une éthique pour un FM

C’est pourquoi chaque initiation est un don qui est fait aux FM qui y participent; don de la vie à ses origines; don de l’espérance qui l’accompagne comme fécondation du monde.

Philosophiquement parlant confirme Mircéa Eliade, l’initiation équivaut à une mutation ontologique du régime existentiel. Les 3 étapes que le récipiendaire aura vécues dans le rituel de passage, « séparation, initiation, résurrection » correspondent dans la bible à la chute, l’exil et la rédemption. La réussite aux épreuves va redéfinir l’impétrant comme F\M\, un homme ou une femme dont les nouveaux rôles et la nouvelle identité justifieront qu’il ose proclamer une existence rénovée, non plus celle que lui imposaient les filiations charnelles et les hasards destinaux, mais celle de la libre déclaration de son origine et l’aveu de sa filiation découverte par lui seul qui le rend F\ ou S\ de l’humanité depuis les origines.

Voilà tout nous fut donné le jour de notre initiation. Il nous reste à répéter, pour nous-mêmes l’apprentissage de notre naissance, de notre vie, de notre mort.

· Mort et renaissance avec la descente au cœur de la terre, la caverne, la nuit obscure des gestations, la terre fécondée, l’eau purificatrice et fertilisatrice, la matrice aveugle et la grotte protectrice, la source, les profondeurs d’où surgit l’être revivifié par le bandeau enlevé

· et puis l’ascension, le dépassement, l’élargissement, la montée vers l’au-delà avec tout ce qui exprime l’élan invincible et toujours recommencé vers l’inaccessible, avec l’Amour qui promeut la vie.

· et encore, les mouvements d’ordre transversal, les voyages, les migrations, les passages, la poursuite méthodique de l’exploration du réel et de l’imaginaire, la marche du connu vers l’inconnu, en un mot, la quête, condition de l’errance féconde.

· et surtout, ce qui a trait au dépouillement, à l’abandon progressif, au renoncement de ce qu’il faut quitter pour laisser place à ce qui compensera la perte de tout le reste.

La FM nous a accueillis pour permettre à l’esprit de sortir de la confusion.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

Par S.Sudarskis - Publié dans : symbolisme
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Mercredi 14 novembre 2012 3 14 /11 /Nov /2012 07:22

Qu'est-ce que la connaissance ? De qui ai-je appris ce que je sais ? Comment ai-je découvert que c'était ne rien connaître ? Multiples sont les chemins du savoir et sablonneux ceux de l'oubli.

Que le feu brûle, que le froid pince, que la mer est salée, que pleurs ou sourires nous vaudront nourritures ou privations, que les saisons se succèdent, que les cigales ne chantent pas mais frottent leurs élytres, qu'il faudra mourir, que la terre tourne autour du soleil, que la lune commande les marées, enfants au biberon nous commençons déjà cette escalade du savoir. Nous ne cesserons pas d'apprendre, à nos dépens ou pour notre joie, par nécessité ou par orgueil, et cette multitude de choses sues passera au tamis des sables de l'oubli. Notre conscience éveillée en retiendra certaines, les essentielles à notre survie animale et sociale, d'autres aussi, apparemment futiles, que notre fantaisie accrochera pour toujours aux fibres les plus secrètes de notre être.

Savants, nous le sommes tous. Plus ou moins évidemment. Mais aucun d'entre nous n'échappe à cette loi qui veut que nous accumulions à la manière des abeilles les connaissances butinées ici ou là et qui, pour la plupart, ne nous serviront généralement à rien, sinon de passeport social. Oui, nous sommes tous savants, les analphabètes comme les érudits, main à la plume ou main à la charrue, mais hélas bien souvent des singes savants, des perro­quets verbeux. Pâles imitateurs sans force créatrice personnelle, nous répétons ce qu'on nous a appris. Mais qui dirige nos études ?

Qui nous a mis sous le nez ce que nous avions à savoir ? Notre famille, notre clan, notre tribu, l'Etat, leurs magisters, leurs prêtres, leurs adjudants. L'important, dans une société pressée est d'aller vite. Seuls parviendront très haut dans l'escalade du savoir ceux qui auront pris le départ en courant. Honte aux lam­bins et aux traînards ! Pour gagner du temps et saisir les jeunes esprits pendant qu'ils sont encore chauds, il faut une bonne tech­nique : c'est la pédagogie du sprint.

Apparemment les choses sont assez simples. On dirait un problème de physique élémentaire. Comment transvaser le savoir d'un cerveau plein dans un cerveau vide ? Je sais, tu ne sais pas, écoute-moi et tu sauras. Pour bien retenir, apprends par cœur.

Tiens, tiens, le langage en révèle toujours plus qu'il n'en a l'air. Par cœur ? Qu'est-ce que le cœur vient faire là-dedans ? De quoi l'affectif se mêle-t-il donc ? Mon adjudant n'aurait pas beaucoup aimé ça. A vrai dire, mon curé non plus. Question : de quoi sont les pieds du fantassin ? Réponse : les pieds du fantassin sont l'objet de soins constants. C'est la méthode dogmatique dans toute sa splendeur. Avec plus ou moins de subtilité, vous la trou­verez pratiquée partout. Ecoutez un débat télévisé, combien de fois entendrez-vous : « Que faut-il penser Monsieur le Professeur de ... ? Et combien de fois le Professeur répondra-t-il : Mais il ne faut rien penser, cher Monsieur, vous êtes libre ».

Libre de se tromper alors, libre de claironner des inepties, libre de jouer du tambour sur la caisse creuse des ignorances ? En règle générale, famille, clan, tribu, Etat proclament fort et haut ce qu'il faut penser. En règle générale celui qui sait prend soin d'établir en dogme son savoir. Qu'il l'appelle théorie ou théo­rème, vérité scientifique ou vérité révélée, il s'agit bien de dog­mes, et la transmission du savoir se fait pratiquement partout par la méthode dogmatique, la plus rapide, la plus économique, et la plus sûre. C'est par elle que j'ai appris, que nous avons tous appris, la quasi-totalité de ce que nous savons. Elle suppose un élève et un maître, dont les rappots sont décalqués sur ceux du père et de son fils, D'un côté le savoir, le prestige et l'autorité ; de l'autre la soumission, l'ignorance et l'admiration. Des relations de haut en bas et de bas en haut, qui s'autodétruiront dans l'égalité, qui ne laisseront aucune place, ni à la fraternité, ni à la liberté.

La méthode dogmatique de transmission des connaissances ressemble à la becquée. Il s'agit de faire ingérer par le petiot une nourriture prémâchée. L'élève doué sera celui qui sait tendre le bec et le père gonflera ses plumes d'orgueil à sentir l'oisillon si dépendant de lui et de son savoir.

Ne rions pas. Cette méthode a parfois du bon et elle a fait ses preuves. On ne peut tout de même pas demander à chaque nouveau-né de reconstituer à lui seul le savoir de l'espèce. Avais- je la moindre chance, moi, de découvrir par mes propres moyens que la lune commande les marées, que la terre tourne autour du soleil ? Si je le sais, si je le crois, c'est parce qu'on me l'a dit. Merci, mes pères, d'avoir pris la peine de vérifier tout ça pour moi, et force m'est de vous faire confiance.

Mais ma confiance est limitée. Si, par nécessité, j'ai dû me satisfaire d'avoir appris tant de choses de seconde, voire de mil­lième main, j'ai grand peur de cette propension des pères et des maîtres à totaliser leurs connaissances pour les présenter comme un ordre du monde. Mon adjudant raisonnait à lui tout seul comme un concile et le vieux curé, qui me faisait le catéchisme avec une tranquille certitude, nous montrait l'univers dans le creux de sa main. Peut-il en aller autrement ? Les oisillons à la becquée sont d'une terrible exigence. Mon papa sait tout, mon papa doit tout savoir, et le pauvre père qui en sait si peu, ayant établi son maigre savoir en dogme pour répondre à cette plaintive, affectueuse et tyrannique exigence, la présente inévitablement comme un savoir totalitaire.

Les escholiers du Moyen Age ont répété pendant des siècles : « Aristoteles dixit . parce que, dans la Grèce lumineuse, Aristote, ce modèle des pères, avait prétendu répondre à tout. Maître de la logique, il enseignait que ce qui est est, que toute chose ne peut être à la fois ce qu'elle est et son contraire. Il dotait ainsi la raison humaine d'une épée de feu pour séparer le vrai du faux. Les pères et les maîtres se saisirent de cette épée. Par milliers, schis­matiques, hérétiques, déviationnistes, contestataires des dogmes périrent sur les bûchers. Toute l'histoire des idées dans notre monde occidental nous apparaît comme une longue guerre avec d'un côté les pères et les maîtres, conservateurs des dogmes, à la fonction totalisatrice, et, de l'autre, les mauvais fils, les mauvais élèves, qui plus nombreux et plus têtus que les vagues de la mer, viennent battre en brèche les bastions du savoir entre lesquels ils se sentent inexorablement emprisonnés.

Des systèmes entiers s'effondrent. Les vérités les mieux démontrées se retournent comme des gants. Ce qui était n'est plus, comme si le temps dynamitait le principe d'identité. Toute chose après avoir été ce qu'elle était, devient tout à coup son contraire. Les plus prestigieux acquis de la conscience humaine n'étaient-ils donc, et ne peuvent-ils être que des superstructures qu'ébranlent dans leur soubassement les tremblements sociaux et les cyclones économiques ? Ou la loi de la vie veut-elle tout simplement que chaque fils poursuive la mort du père ? Un jour ou l'autre, un peu plus tôt, un peu plus tard, les oisillons refuseront la becquée. Ils voudront prendre leur vol et ils recracheront la nourriture prédigérée. Plus le dogme paternel sera rigide plus le combat sera rude et sans merci.

Mais alors comment faire ? Et comment l'humanité a-t-elle fait ? Car elle est bien sortie des ténèbres de sa préhistoire. Les connaissances essentielles ont bien passé d'une génération à l'autre en dépit des rejets, des oublis et des retournements. A toute époque, les hommes ont pressenti, recherché, découvert et transmis un faisceau de vérités fondamentales qu'on appelle par­fois la Connaissance et qui constitue le tissu de l'espèce.

Le peuple profond des morts, enseveli sous la poussière du temps, a recouvert la terre entière d'un immense ossuaire. Mais si la parole de ce peuple profond s'est perdue, des mots symbo­liques et des rites lui ont été substitués. Ainsi, pendant que la méthode de transmission des connaissances provoquait de siècle en siècle renversements et cataclysmes, pendant que le monde retentissait de l'entrechoc des dogmes, la parole se transmettait par le truchement des mots substitués, passant secrètement d'une génération à l'autre au fil d'une autre voie, voie parallèle, voie souterraine par prudence, voie souvent élitaire par nécessité, la voie initiatique.

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Elle enseigne que la vie est un voyage. Elle oppose à une conception stattionnaire de l'homme, simple créature, une démar­ che ascensionnelle par degré de l'homme libre créateur de lui- même. Elle substitue à la relation père-fils le rapport fraternel des compagnons de route, car elle est d'abord une invitation au voyage.

Mais quel voyage ? Et qu'est-ce qu'un voyage ? N'allez sur­tout pas, pour le savoir, interroger une agence de tourisme. De nos jours, même le voyage est devenu l'affaire, la bonne affaire, de l'esprit dogmatique, et laissez-moi rire de tous ces « dogma­tic travels » organisateurs de voyages, qui vous font découvrir la planète sans peine et sans risque. Avant même de partir, vous savez où vous allez, ce que vous devez voir, où vous coucherez, ce que vous mangerez : pas de surprises. Les guides, en vous menant droit où il faut, vous épargnent incertitudes et déceptions. Du coup, le langage, toujours prompt à saisir les nuances, a remplacé les verbes regarder, voir, observer, découvrir, par le prétentieux verbe faire. On ne remonte plus le Nil : on fait l'Egypte. Rien que ça ! Quatre millénaires en sept jours ! Mais le chef-d'oeuvre des « dogmatic travel », c'est encore, je crois bien, quand ils vous proposent de faire l'Odyssée d'Ulysse en croisière. Tout est prévu. Avant d'embarquer, chacun reçoit une notice descriptive de toutes les escales. A Djerba la douce vous recontrerez les « Lotophages », à l'approche du Stromboli on vous évitera de tomber de Charybde en Scylla, et chez Circé, la magicienne, le vin à volonté risque fort de transformer vos compagnons en pourceaux, pendant que sur la plage il vous sera servi des chiches-kebabs.

Le voyage initiatique c'est autre chose. On prend la route sans notice descriptive préalable. On s'embarque les yeux bandés sans connaître le nombre d'escales. Non pas pour faire, mais pour devenir. A la différence de l'autre voyage, le voyage initiatique ne vise pas à vérifier le déjà révélé, mais à exercer l'intelligence du caché,

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Cette intelligence qui perce les mystères, nous l'avons tous eue en partage quand nous étions enfants, petits enfants. Notre premier voyage initiatique nous l'avons tous entrepris en naissant, quand nous avions des yeux et ne pouvions pas voir, et notre pre­mière initiatrice fut notre mère. Hélas ! très tôt, car il fallait nous dresser pour faire de nous de petits singes et des perroquets, à la méthode initiatique maternelle, notre entourage et notre propre mère, cruellement parfois, préféra pour aller plus vite le dogma­tisme paternel. Ce fut un grand dommage pour chacun d'entre nous. Seuls les artistes garderont toujours, avec la nostalgie d'une autre forme d'enseignement, le souvenir du vert paradis des épreuves enfantines, des intuitions d'alors, de cette intelligence du caché qu'ils avaient, qu'ils ont perdue. Car pour chacun d'entre nous, la première voie initiatique se perd dans l'âge de raison. C'est fini ! Le voyage s'achève sitôt commencé. Nous n'apprendrons plus rien d'essentiel par nous-mêmes. Nous répèterons ce qu'on nous aura dit, plus ou moins conscients de nous gaspiller dans le gigantesque gaspillage d'hommes qui vivent et qui meurent à la surface des choses, à moins que....

A moins que nous acceptions de mourir à ce qu'on a fait de nous, pour naître à nouveau. A moins d'entreprendre le vrai voyage initiatique, le voyage volontaire, celui que de tout temps, dans toutes les civilisations, même dans la nôtre, des Sociétés initia­tiques proposent comme voie parallèle.

Lors du premier voyage nous n'avions pas pris le départ, on nous avait jetés dans la vie, on nous avait embarqués de force, nous n'avions pas appris la liberté mais la dépendance, nous n'avions pas choisi d'être : nous avions existé, nous avions émergé du néant.

Le second voyage, le voyage volontaire, est un choix, et il doit être un choix d'hommes libres. Pourtant se pose une question : ce voyage que nous allons entreprendre de notre pleine et libre volonté sera-t-il un simple aller sans retour ? Ou comme on l'a si souvent décrit, sera-t-il un voyage circulaire ? Mène-t-il quelque part ou ramène-t-il l'initié à son point de départ ? Je n'aurai pas, là, aujourd'hui, vous le pensez bien, la prétention de répondre à cette grande question. A chacun, selon qu'il est plus ou moins avancé dans le voyage, de décider par lui-même si la voie qu'il suit est droite ou si elle amorce déjà la courbe des retours.

Nous ne pouvons cependant pas nous dissimuler, que pour nous autres occidentaux, fils de l'Egypte et de la Grèce, il existe une tradition littéraire du voyage initiatique. Et cette tradition le présente pratiquement toujours comme une circum-navigation, un périple.

Le texte à la fois le plus ancien, le plus connu et le plus clair est évidemment l'Odyssée d'Homère, avec retour d'Ulysse au Palais ancestral, à la maison, à la femme. A la suite de ce texte fonda­mental, et jusqu'à l'Ulysse de James Joyce, dont je vous rappelle qu'il se termine sur les oui sexuels incessamment répétés de Molly Bloom, la plupart des récits de voyages initiatiques, principale­ment chez les grands romantiques allemands, laissent penser que le point d'aboutissement de la voie initiatique, l'objet de la quête, est la femme. S'agit-il là d'une simple image poétique, d'un sym­bole, permettant de ne pas révéler aux profanes l'objet réel de la quête, ou cherchons-nous seulement, par le long détour de la voie initiatique, à retourner à la maison, à retrouver la première initia­tion, la première initiatrice, la femme, de manière à réaliser l'an­drogyne originel ?

Je ne trancherai pas, mais j'insiste sur l'opposition de ces deux conceptions du voyage. D'un côté, une voie droite, sans retour, qui conduirait à ce que les Francs-Maçons désignent par le symbole de la Lumière, de tradition très évidemment judéo-chré­tienne, et dont René Guénon, mais lui seul ou presque seul, a pu dire qu'il n'aurait aucun sens s'il ne menait à un Dieu personnalisé, l'origine même de la parole perdue que la voie initiatique propose de retrouver. De l'autre côté, une voie circulaire, d'inspiration païenne, ou grecque, ou plus précisément platonicienne, qu'illustre le retour d'Ulysse chez Pénélope, toute la littérature celtique et germanique de la quête, et la formule moderne d'Aragon : « La femme est l'avenir de l'homme ».

Je ne trancherai pas car, dans la pratique, ces deux concep­tions se confondent, comme se mêlent en nous les dépôts cultu­rels qui ont fait de nous ce que nous sommes. Il serait d'ailleurs contraire à l'esprit même de la démarche initiatique d'annoncer par avance au postulant la direction du voyage qu'il entreprend. Mais on comprend que toutes les grandes traditions initiatiques prennent bien soin de séparer les sexes. Hommes et femmes ont beau avoir connu la même première initiation maternelle, puisque les uns et les autres sont fils et filles de la femme, le chemin du retour, s'il y a retour, ne saurait être rigoureusement le même pour l'homme et pour la femme. Or, qui peut préjuger, sans être dog­matique, préjuger et décider qu'il n'y a pas retour, volonté de retour ?

La méthode initiatique de transmission des connaissances et d'accession à la Connaissance nécessite des relations fraternelles entre les initiés, dégagées du souvenir anxieux de la dépendance à la mère ou au père. A chaque sexe par conséquent sa voie, à chaque sexe sa liberté, ce qui n'a rien à voir, bien évidemment, avec la lutte sociale des femmes pour l'égalité des sexes, car, si la voie dogmatique d'inspiration paternelle, et dans ce cas pater­naliste, a honteusement contesté leur liberté aux femmes, nul n'a jamais sérieusement nié le droit des femmes à l'initiation, et les traditions initiatiques féminines abondent dans toutes les civilisa­tions, ni plus ni moins sexuées que les traditions masculines.

Dans toutes, par cette invitation au voyage et aux épreuves, il s'agit d'acquérir la connaissance de soi, pour, selon la fameuse formule de Nietzsche, devenir ce que l'on est. Dans toutes, même quand il y a pression sociale, il est demandé au départ un acte volontaire. Nous ne sommes plus embarqués, nous nous embar­quons, nous témoignons de notre liberté.

*
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Cela commence par l'épreuve de la terre, séjour dans une grotte, une caverne, un obscur cabinet, descente dans un souter­rain ou quelque cavité terreuse. Ne confondons pas avec un tom­beau : nulle simulation de la mort physique par endormissement ou léthargie, mais au contraire l'éveil de l'alchimiste devant son creuset. Ne confondons pas non plus avec la regretio in utero, le retour dans le ventre de la mère. La première initiation a été charnelle et affective. La seconde sera cosmique. Et ce sont peut-être Novalis et Jules Verne qui ont donné les plus saisissants récits de ce premier rite de passage, de cette traversée des ombres.

Le héros de Novalis, Heinrich, part en quête de la Fleur bleue, évident symbole de la femme pour celui qui a écrit que sa bien- aimée était l'élongation de l'univers. Mais il faut d'abord qu'Heinrich découvre ce qu'il y a au-dedans des montagnes. Un mineur le conduira dans le souterrain. Il y reçoit d'un géologue la révé­lation du livre de sa vie, et il acquiert la conviction que mûrissent et croissent au feu intérieur du ventre ténébreux des créatures géantes de corps et d'esprit destinées à migrer vers le ciel et les astres. Ainsi dans un véritable ossuaire paléontologique, Heinrich prend connaissance de son devenir.

Moins conscient que Novalis de la portée initiatique de son roman d'aventure, Jules Verne, dans Le voyage au centre de la terre, nous raconte le cheminement d'un petit jeune homme, Axel, qui s'enfoncera dans la terre sous les brumes du septentrion pour ressortir à la lumière en Méditerranée, après avoir cherché le centre, le lieu du feu central, semblable au creuset de l'alchimiste, passage nécessaire pour atteindre le centre de soi-même, ou la pierre philosophale, ou la Nouvelle Jérusalem, ou encore, peu importe, la connaissance scientifique, la Fleur bleue de Novalis, les femmes-mères de Dante ou de Goethe.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, enseigne Hermès Trismegiste et André Breton : « Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit, d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incom­municable, le haut et le bas, cessent d'être perçus contradictoi­rement ».

Homère, Dante, Goethe, les grands romantiques, Jules Verne, James Joyce, André Breton, tant d'autres, tous auteurs du premier rayon, nous voilà bien loin de cette mauvaise littérature si sou­vent présentée comme exclusive de la pensée initiatique. Elle a produit toute une bibliothèque de pacotille, fumeuse et verbeuse, qui ridiculise la voie initiatique en l'encombrant des vieux tacots que sont les tables tournantes, les signes du zodiaque, le fantas­tique à bon marché, les grands soirs et les petits matins des magiciens.

Il est grand temps de désherber tout ça. Cesser de percevoir contradictoirement le réel et l'imaginaire, la vie et la mort, le haut et le bas, comme le suggère André Breton, ne vise pas à jeter du brouillard sur la raison humaine, à créer une contre-culture de la confusion, mais à nous sortir de la voie trop bien balisée des dog­matismes.

Ces balises, disons-le, ce sont les mots, férocement identifiés à des concepts. Les hommes endoctrinés prennent les mots pour chacun d'entre nous, aux bornes de son savoir et de son vocabu­laire. Au-delà, point d'autres ressources que la foi du charbonnier.

Tout à l'opposé, la voie initiatique nous porte au-delà de notre savoir et de nos barrières langagières, sans nous imposer aucun credo. Elle y réussit parce que le seul langage admis sur la voie initiatique est le langage symbolique. Il s'agit là d'une méthode, et seulement d'une méthode, pour accéder aux connaissances, peut-être même, partiellement du moins, par intuition, à la Connais­sance. Rien à voir avec les tables tournantes, l'astrologie, la para­psychologie, la magie. Et que les rationalistes dorment tranquilles : on ne leur glisse pas un pétard sous les fesses. La voie initiatique ne bafoue pas la raison humaine. Cesser de percevoir contradic­toirement le haut et le bas, la vie et la mort, ne vise pas à confon­dre la raison. C'est là au contraire une haute ambition pour l'esprit, dès lors qu'il admet que le temps échappe à notre entendement.

Ainsi pour commencer le voyage initiatique, il est demandé au postulant de descendre sous terre, dans la nuit des temps. Ce n'est là qu'un symbole, un premier rite de passage. Chacun lui donne sa propre interprétation, différente pour le héros de Nova­lis et pour celui de Jules Verne. Vous et moi en trouverons une troisième, une quatrième. Aucune importance. La question n'est pas de savoir quelle est la bonne, mais si le voyage initiatique a réellement commencé pour Heinrich, pour Axel, pour vous, pour moi. Lors de l'initiation maçonnique, telle qu'elle se pratique à la Grande Loge de France, il est demandé au postulant, après l'épreuve de la terre, s'il désire poursuivre ou tout arrêter là. S'il veut renoncer, il le peut sans aucun engagement de sa part, mais bientôt, lui confie le Vénérable, il ne le pourra plus. Pourquoi cela ? Parce que le postulant est seul à savoir s'il a réellement commencé le voyage. Si le symbole n'a eu pour lui aucune signifi­cation, quel secret lui demanderait-on de garder ? Qu'il s'en aille ! Et s'il renonce, il s'en ira en maugréant : . Simagrées, foutaises, rêveries infantiles ! » Tel est son droit. Nul ne peut être contraint à trouver un sens aux symboles et la voie initiatique n'est jalon­née d'aucun bûcher, d'aucun échafaud. Il ne s'agira jamais d'un passage obligé.

Si, au contraire, en sortant du souterrain, de la caverne, du cabinet sombre, le postulant a le sentiment d'avoir découvert une voie nouvelle, vieille comme le monde, mais nouvelle pour lui, le voyage a commencé.

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Mais quel genre de connaissances peut-on espérer acquérir si l'interprétation est libre ? Drôle de voyage. Partir sans destination et sans même savoir si on a pris le bon bateau. Admettons qu'il s'agisse d'une expérience et que toute expérience enseigne quel­que chose, mais quoi d'autre ? Si chacun y va de sa propre inter­prétation, sans qu'elle soit jamais corrigée, comment peut-il y avoir transmission des connaissances ?

D'accord : une interprétation, deux interprétations, trois inter­prétations peuvent différer beaucoup, mais des millions d'hom­mes et de femmes ont effectué ce même rite de passage, et des millions d'interprétations ne diffèrent plus, elles se conjuguent, elles se répondent, elles laissent un dépôt dans l'espèce. Il existe une très longue et très riche expérience humaine de la descente symbolique dans les entrailles de la terre aux fins d'une nouvelle naissance. Aucun auteur n'est jamais parvenu à l'exprimer, pas plus Novalis que Jules Verne. Mais si les conditions de l'initiation sont réunies par une Société initiatique, traditionnelle, scrupuleuse, la puissance de cette longue et riche expérience suintera au travers des murs de la caverne ou du cabinet noir. Ce soir, dans une Loge maçonnique ou ailleurs, demain, après-demain, des dizai­nes, des centaines, des milliers d'hommes et de femmes descen­dront de leur propre et libre volonté dans la terre pour demander une autre naissance, pour entreprendre le voyage. Que vont-ils avoir de commun ? Et qu'ont-ils en commun avec l'initié grec ou égyptien, avec le jeune Africain, plongé lui aussi dans les ténèbres avant d'être initié aux vertus viriles et guerrières de sa Tribu ? A leur sortie du souterrain, pas grand chose il est vrai. Apparem­ment, ils s'en vont dans tous les sens, mais d'autres rites de passage suivront le premier. La voie initiatique s'enfoncera dans une forêt de symboles, vivants piliers de la nature disait Baude­laire, et le voyageur établira entre eux des correspondances qui lui permettront de trouver son chemin. A établir ces correspondances, il exercera et développera son intelligence du caché, librement, degré par degré, à son pas, à sa mesure, quels que soient son savoir et sa culture.

Sa culture n'exagérons rien. Idéalement oui. Pratiquement non. Notre culture ne constitue pas un bagage que nous pouvons laisser à la consigne. Le voyage initiatique ne peut pas être non plus notre occupation exclusive. Il ne nous conduit pas dans un désert pour nous transformer en anachorète, ou derrière les murs d'un couvent pour faire de nous des moines contemplatifs. A tout moment, nous devons quitter la voie parallèle pour l'autre. Allez donc parler de voie initiatique à votre percepteur et lui proposer de le payer de façon symbolique et par degré. Il vous répondra par voie d'huissier. L'intelligence du caché ne nous dispense pas de l'intelligence du visible. Nous cheminons donc sur la voie initiatique avec notre bagage culturel, notre savoir, nos diverses contraintes sociales. Si nous nous efforçons de ne pas trop nous encombrer, ces baga­ges pèsent lourd, ils tirent sur les bras. L'initié grec, l'initié égyp­tien, le jeune Africain, vous, moi ne portons pas les mêmes baga­ges. Sans doute, la tradition a-t-elle conservé les mêmes grands symboles, vivants piliers de la nature, mais chaque époque, chaque civilisation ne propose pas à travers ces symboles un même che­minement. S'ils dérivent tous des mêmes grands archétypes, cha­que époque, chaque civilisation n'établit pas entre eux les mêmes correspondances.

C'est là qu'interviennent les sociétés initiatiques, véritables organisatrices du voyage, et puisque je me suis moqué tout à l'heure des « dogmatic travels » permettez-moi d'ironiser à présent sur les « initiatic travels ». Dans l'ensemble, ces agences du voyage initiatique travaillent à peu près de la même façon, puis­sant au même fond traditionnel et utilisant un langage symbolique plus ou moins universel et intemporel, mais chacune de ces « ini­tiatic travels a ses propres travers. Les conditions économiques, l'habitat, l'organisation familiale, tribale, sociale, une plus ou moins grande pression des églises ou des idéologies dominantes vont nécessairement modifier la géographie du terrain où se dresse la forêt symbolique. Les initiés, toujours plus ou moins contesta­taires des dogmes, puisqu'ils se veulent des hommes libérés, devront prendre plus ou moins de précautions. Le Prince tentera toujours plus ou moins d'asservir la société initiatique. Ainsi, le jeune Africain dont on a zébré le visage de cicatrices ne fait pas exactement le même voyage que l'Empereur Hadrien quand il se rend à Eleusis. Et, même chez les Francs-Maçons d'aujourd'hui, plusieurs rites orientent différemment la démarche des Frères.

Il n'empêche, tous ces candidats à la voie initiatique ont en commun de vouloir se dépasser eux-mêmes. Et c'est encore chez un romantique allemand que je chercherai une des meilleures expressions de cette volonté de dépassement. Je pense au roman de Jean-Paul : La Loge invisible. Comme dans tant d'autres récits de cette époque, la formation du héros, Gustave, nous est racontée à travers des allégories sous forme de quête initiatique. Mais que vise Gustave ? II veut devenir un homme haut, non pas un grand homme, un génie, un homme admiré pour sa supériorité , un surhomme habité par la volonté de puissance, mais un homme qui vit haut, quand la plupart des autres hommes vivent bas. Le thème a évidemment toutes les couleurs du romantisme et on le retrouve chez Flaubert, chez Stendhal, chez quantité d'auteurs du XIXe siècle, mais le titre du roman ne laisse aucun doute sur les intentions initiatiques de Jean-Paul : La Loge invisible. Cette Loge est compo­sée d'hommes qui ne se connaissent peut-être pas entre eux, mais qui ont suivi le même chemin, qui vivent haut et qui agissent chacun sur son entourage pour modifier la société selon leur idéal de la hauteur.

L'Empereur Hadrien vise au même but, mais sans romantisme. Le jeune Africain au visage lacéré a le même idéal, mais pour lui la vertu supérieure est le courage du guerrier. La très grande majorité des Francs-Maçons que je connais ont, eux aussi, la même espérance de vivre plus haut. Qu'ils y parviennent ou non, à chacun d'en décider. Au reste, le héros de la Loge invisible pas­sera par la caverne, sans que nous sachions s'il a réussi en défi­nitive à pénétrer dans la confrérie des hommes hauts. L'important ne me parait d'ailleurs pas qu'il y parvienne, mais qu'il le tente. Et qu'il le tente non point dans le mépris de la condition humaine, mais par un exercice méthodique d'exploration de la richesse humaine. C'est dans ce sens étymologique d'exercice, et seule­ment dans ce sens, que j'accepte personnellement, qu'on parle d'ascèse initiatique, bien que le mot me semble très mal choisi, car il a des relents de macération et de mortification. L'initié ne se purge d'aucune faute, il ne fait point pénitence, il ne vise nulle­ment à une vie austère, puritaine, rigoriste. S'il m'a été donné de rencontrer des Initiés, du moins des hommes et des femmes que j'estimais tels, je les ai plutôt trouvés bons vivants et en communion d'Amour avec l'ordre de l'Univers. Qu'ils sachent que le destin individuel de chacun d'entre nous est tragique, c'est évident. Il faut avoir la vue bien basse pour l'ignorer. Qu'ils aient parfois crié d'horreur devant les déchaînements du fanatisme, de l'ignorance, des sales ambitions, j'en conviens, mais l'exercice, l'ascèse initiatique pour ceux qui tiennent à ce mot, leur avait ouvert les voies du dépassement et de la connaissance rayonnante. Ils étaient parvenus à ne plus concevoir contradictoirement la vie et la mort. Ils pouvaient ainsi, libérés, agir autour d'eux à la manière des hommes hauts de la Loge invisible.

Ces gens-là sont-ils rares ? Pas très nombreux sans doute. Mais comment voulez-vous les décompter ? Ils n'apparaissent assurément pas dans les statistiques des instituts d'opinion. C'est dans le Temps qu'ils se retrouvent.

« Alors, ils ne m'intéressent pas ! Ce sont des marginaux, dira le militant, uniquement soucieux d'accélérer l'évolution des masses. Dès lors que cette voie initiatique n'est pas ouverte à tous : elle ne vaut rien ! Elle est anti-démocratique ! Fichez-moi tous ces faiseurs de mystère en prison. » Malheureusement, il en va périodiquement ainsi. Que ceux qui s'embarquent le sachent : le voyage n'est pas sans risque. Exercer l'intelligence du caché ne peut pas plaire à ceux qui imposent une seule vérité pour tous, et le salut forcé de chacun. Heureusement pourtant, ces totalitaires comprennent souvent si mal de quoi il s'agit que, mé­prisants, ils laissent faire. La voie initiatique se trouve ainsi protégée par son insignifiance.

Et elle ne signifie rien, c'est vrai, dans le sens où les signi­fiants, les symboles, n'ont de signifiés que pour l'Initié. Or l'Initié n'est jamais un être passif, dominé, dirigé. La voie initiatique ne peut donc être empruntée par les masses, mais elle n'est pas réservée non plus à une aristocratie sociale. A Eleusis, on don­nait la lumière à des esclaves. Un choix s'opère, et chaque Société initiatique est responsable de ce choix. Ce qui ne veut pas dire que toutes le fassent bon. Certaines pour se donner de l'impor­tance galvaudent l'initiation et la transmission ne se fait plus. Certaines sont tellement fermées, qu'elles se dessèchent et racor­nissent. D'autres encore se dénaturent en instruments du pouvoir politique, de son opposition ou d'un parti. D'autres sont avalées par les religions dominantes. Le Christianisme en a digéré quel­ques-unes et il a repris à son compte plusieurs grands symboles ésotériques, telle l'épreuve de l'eau, devenue le baptême, ou les fêtes des deux solstices, transformées en fêtes des deux Saint- Jean. Ainsi, quand une Société initiatique disparaît, il se peut que la transmission se fasse au travers du rituel d'une institution domi­nante et dogmatique. Celle-ci donne et impose une interprétation unique aux grands symboles traditionnels. Apparemment, les pom­pes officielles et les tribunaux semblent avoir eu raison de l'intel­ligence du caché. Puis, quand le temps des libertés revient, la voie initiatique ressurgit, comme un cours d'eau refait surface après avoir été un moment souterrain. Puisque, par définition, les Sociétés initiatiques sont secrètes, ou du moins insignifiantes, sans signification déclarée, les historiens y perdent leur latin. Du coup, quelques charlatans ou quelques illuminés, faisant état de vieux grimoires, se déclarent périodiquement dépositaires de telle ou telle tradition. On bricole un rituel, on mitonne quelques petites épreuves initiatiques, inspirées des principes du bizutage, on s'environne de mystères et de fumées, puis on part à la pêche aux gogos. Ils ne manquent pas. Tant d'hommes ont besoin d'autre chose, d'une autre dimension, en ont assez des dogmes et se sentent si seuls au monde. Voilà qu'on leur propose un voyage. Pourquoi pas ? L'Initiation, l'exploration des secrets de l'Univers, la Fraternité des Initiés, quelle séduction ! Mais on commence par vous demander une cotisation. La peur d'être pris pour un gogo retiendra sur le quai plus d'un candidat au voyage.

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Aussi comment s'y reconnaître ? A qui faire confiance ? Suffit- il d'admirer quelqu'un et de suivre le même chemin que lui sans trop se poser de questions ? Faut-il fouiller les bibliothèques et se dépatouiller dans l'imbroglio des prises de positions contradic­toires, des querelles d'obédiences ? La puissance immobilière de telle ou telle Société initiatique fait-elle la preuve de sa valeur, ou de savoir que tel ministre, tel écrivain en fait partie ? Mozart et Washington ont été Francs-Maçons. Qu'est-ce que ça prouve ? Quelques sinistres personnages l'ont été aussi. Qu'est-ce que ça prouve ? Les écoles dogmatiques ont besoin de preuves et, quand il leur en manque elles les fabriquent. N'en n'attendez jamais aucune de l'Initiation. Demander l'Initiation sera toujours accepter d'aller vers les mystères pour les percer, non pour qu'ils nous soient expliqués. Mystère de la Vie, mystère des Etres, mystère de l'Etre et mystère de ce qui nous apparaît nécessairement comme leur contraire ou leur négation : la mort. La raison, cette faculté qu'a l'esprit de décortiquer, rassembler, ordonner, vacille devant la mort opaque et les terrifiantes cruautés que peuvent nous réserver les plus radieux matins d'été. Comment, sans abolir la souveraineté de la raison, la voie initiatique peut-elle approcher ces mystères à la manière des routes en corniches qui surplom­bent les précipices ?

C'est le privilège historique de la Franc-Maçonnerie de le ten­ter toujours, d'y parvenir parfois. Du moins, cette branche uni­verselle de la Franc-Maçonnerie, qui pratique, comme la Grande Loge de France, le Rite Ecossais Ancien et Accepté sous l'invo­cation du Grand Architecte de l'Univers.

L'étrange est néanmoins que le concept de démarche initia­tique ne semble pas avoir été très clair dans l'esprit des fondateurs de la Franc-Maçonnerie spéculative moderne. Très clair ou très clairement explicité. Préféraient-ils n'en point parler ? Leur était-il si familier qu'ils jugeaient inutile d'en rien dire, comme un roman­cier ne précise pas que son héros respire. Toujours est-il que le qualificatif d'initiatique ne semble jamais venir sous la plume des premiers auteurs maçonniques et nous ne le trouvons pas dans le texte des Anciennes Obligations tel qu'il a été adopté en 1723 par la Grande Loge de Londres.

Au demeurant, l'idée fondamentale du cheminement par degré ne pouvait guère préoccuper des Francs-Maçons qui s'étaient longtemps contentés des deux seuls grades hérités du Moyen-Age, ceux d'Apprenti et de Compagnon. La création du grade de Maître, puis la complexe élaboration des Hauts Grades vont modifier l'esprit de la démarche. C'est alors très consciemment que la Franc- Maçonnerie se constitue en Confrérie initiatique. De nos jours, un pareil mouvement eût versé inévitablement dans un orientalisme de bazar. Dévoilé illico à la télévision comme une nouveauté allé­chante, il eût crevé aussitôt comme une bulle gonflée à l'air chaud des médias.

Par chance pour la vocation initiatique de la Franc-Maçonne­rie, le mouvement, venu du Moyen Age, a hiverné dans la secrète Ecosse, a éclos dans la pragmatique Angleterre, s'est répandu dans la France du siècle des Lumières, a gagné l'Amérique de l'Indépendance et il a rencontré l'Allemagne des premiers roman­tiques.

Il s'agit bien là du grand alambic d'où est sorti le monde occi­dental actuel. Rien d'étonnant qu'en soit sortie parallèlement la grande Voie initiatique proposée à nos contemporains. Sans la diviniser elle ne rejette pas la raison, car la Franc-Maçonnerie moderne est fille du siècle des Lumières, rationaliste, progressiste, humanitaire, démocratique, mais elle est fille également du grand courant romantique, chevaleresque, initiatique, fasciné par le Moyen Age et l'Orient, aristocratique et souverainement mépri­sant des petitesses.

La Voie initiatique maçonnique mêle ainsi très intimement les traits contradictoires des deux courants qui l'ont composée. Elle use de nombres mystérieux, chers à Pythagore, des verbes secrets, des mots sacrés, elle recherche la parole perdue, mais, par l'utili­sation rationnelle des outils du bâtisseur, elle vise, comme le dit Goethe, à rendre l'homme utile à lui-même et à la Société.

Aucun de ses textes rituels ne préconise l'abandon à des puissances occultes, inconscientes, telluriques, démoniaques ou divines. On n'y trouve aucune défiance envers le mental et les libres exercices de l'intelligence, non plus qu'aucune crainte des joies du corps.

Si la psychanalyse permet d'expliquer certains des mécanis­mes qu'elle met en oeuvre, elle lui est bien antérieure, comme le Sophocle d'Antigone et d'OEdipe Roi. Elle n'édicte aucun code, mais elle saisit le Frère sauvage du héros romantique, ce double enténébré de soi-même, qu'il faut perdre dans le labyrinthe initia­tique pour que l'être authentique parvienne à la Lumière.

Dès lors, ne me demandez pas de vous définir l'objet de la quête. L'or des alchimistes, le centre de la terre de Jules Verne, le pôle Sud illuminé de blanc de l'Arthur Gordon Pym d'Edgar Poe, l'Evanescente Dulcinée du Toboso de Don Quichotte, la positive et conjugale Pénélope, le centre du cercle, l'ordre issu du chaos, la Lumière, il s'agit du même soleil, cet oeil que les Francs-Maçons inscrivent dans un triangle rayonnant.

Ne me demandez pas quel est l'objet de la quête et moins encore quelle sera la durée du voyage : vingt ans, cinquante ans, cent ans, l'éternité, ne nous attachons pas à la durée, mais à l'intensité, à la beauté, à la pureté de la trajectoire, et que nous puissions dire en fin de compte et au bout du voyage : Nous avons superbement joui et beaucoup pleuré. Nous avons été tour à tour le chevalier blanc et le chevalier noir. Nous avons navigué d'île en île par des matins toujours plus clairs. Heureux comme Ulysse, nous nous sommes efforcés, sans y parvenir jamais tout à fait, de dégager, l'un de l'autre, le double de ténèbres et le moi lumineux.

Jean Verdun

(1) Conférence prononcée par Jean Verdun le 17 novembre 1979 pour l'ouverture du cycle des conférences organisées par le Cercle Culturel Condor­cet-Brossolette dans le grand Temple de la Grande Loge de France à Paris.

Source : www.ledifice.net

Par Jean Verdun pour PVI - Publié dans : symbolisme
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Vendredi 2 novembre 2012 5 02 /11 /Nov /2012 08:39

1. Des sources iconographiques au symbole maçonnique

L'Aigle à deux têtes est aujourd'hui l’emblème du système de hauts grades maçonniques le plus pratiqué dans le monde : le Rite Écossais Ancien et Accepté. À l'origine, les grades pratiqués sous la juridiction des Suprêmes Conseils tenaient fortement à la tradition judéo-chrétienne. Au terme d'une évolution de deux siècles ce rite se veut aujourd'hui porteur d'une spiritualité universaliste. Il est curieux de constater que cette vocation universelle existait virtuellement dans l’emblème choisi aux origines du rite. En effet, pour l'historien de l'iconographie « l'aigle est avec le dragon le seul animal qui appartienne à l'emblématique de tous les temps et de tous les pays ». Or depuis la plus haute antiquité des communautés humaines ont fait de l’aigle à deux têtes, mi-aigle, mi-animal fabuleux et qui par là tient au dragon, une figure emblématique. Lorsque dans le deuxième tiers du XVIIIe siècle la Franc-Maçonnerie s’agrégera une partie du corpus symbolique occidental, l’aigle à deux têtes prendra naturellement place parmi ses emblèmes.


I. L'Orient aux origines de l'Aigle à deux têtes


A. NAISSANCE DE LA POSITION HÉRALDIQUE DE L'AIGLE À DEUX TÊTES CHEZ LES HITTITES

Peut-être les figurations à deux têtes sont-elles connues depuis des temps immémoriaux ? Ainsi une représentation féminine à deux têtes (Déesse-Mère ?) retrouvée à Catal Hüyük, une des plus anciennes villes du monde, a-t-elle pu être datée du sixième millénaire avant J.C. Les premières attestations de la figure de l'aigle à deux têtes sont aussi extrêmement anciennes. On les découvre dans le matériel archéologique laissé par la civilisation hittite qui s’épanouit en Asie Mineure entre le XXe et le XIIIe siècles avant notre ère.
Il s'agit d'abord de sceaux cylindriques trouvés dans les fouilles de Boghazköy, ancienne capitale hittite. Ils présentent de façon très claire un aigle bicéphale aux ailes déployées. La recherche d'une certaine esthétique conduit à cette position “héraldique” qui s'explique aussi par une tendance naturelle à la symétrie et la nature probablement religieuse de l'être représenté. La datation proposée par les scientifiques est de + ou – 1750-1715 et le contexte situerait l'origine de ces sceaux dans un milieu commerçant.
On retrouve cette image de l'aigle à deux têtes dans la même région dans deux oeuvres monumentales, à Alaça Hüyük (datée de + ou – 1400) et à Yazilikaya (1250 au plus tard).
Le contexte est ici différent et semble exclusivement religieux. L'aigle devient le symbole de la divinité. À Alaça Hüyük, l'aigle se trouve sur la face intérieure de l'orthostate portant les sphinx situés à l'entrée monumentale de cette ville. À Yazilikaya, il se trouve au milieu d'une procession de divinités, dont l'ensemble servit de sanctuaire en plein air.
L'aigle à deux têtes semble s'estomper dans la dernière période hittite, du IXe au VIIe siècles, et disparaître avec la fin de cet empire.

B. SELDJOUKIDES ET TURCOMANS : LA REDÉCOUVERTE DE L'AIGLE À DEUX TÊTES AU HAUT MOYEN-ÂGE

C'est dans la même région, mais deux mille ans après, que va réapparaître l'aigle à deux têtes. A partir de l'an mil, les Seldjoukides – seigneurs turcs de Mongolie convertis à l'Islam vers 920 – envahissent l'Anatolie. À la fin du XIe siècle les Seldjoukides d'Anatolie se séparent des Grands Seldjoukides d'Iran pour créer le royaume des Seldjoukides dit de Rum (Rome) car situé en pays byzantin. Ils établissent leur capitale à Nicée (Iznik), puis à Konya.
L'aigle à deux têtes se rencontre à profusion sous le règne du plus grand sultan seldjoukide de Konya, Alaeddin Keykübad (1219-1236) et de son fils et successeur Keyhusrem II (1236-1246). On le découvre en effet sur des tissus, des pierres taillées, des carreaux muraux ou des porte-Coran. Comme toute problématique iconographique il est très difficile de dire s'il s'agit d'un emprunt ou d'une recréation. L'un et l'autre auraient été facilités par le fait que les ancêtres des Seldjoukides connaissaient au Ve siècle un coq à deux têtes. Mais c'est bien d'un emprunt dont il s'agit chez les successeurs des Seldjoukides au tout début du XIIIe siècle, les Turcomans. Si l'on trouve des aigles à deux têtes sur certaines de leur pièces de monnaie en bronze, on y découvre aussi des motifs sassanides, grecs, romains, byzantins et chrétiens manifestement copiés sur des vestiges anciens.

C. BYZANCE : L'AIGLE À DEUX TÊTES EMBLÈME DE L'EMPIRE

Constantinople se veut la Nouvelle Rome et à ce titre l'emblématique de l'aigle y est bien connue, comme symbole de la puissance et de la souveraineté. À l'image des Césars et des Augustes de la Rome antique, le Basileus, l'empereur byzantin, souverain de l'Empire Romain d'Orient, porte l'aigle pour armes. Comment cet aigle impérial romain est-il devenu un aigle à deux têtes ? Une alternance de guerres et d'échanges commerciaux rythmait les relations étroites des Byzantins avec leurs voisins et ennemis, Seldjoukides puis Turcomans. L'aigle à deux têtes est très probablement arrivé à Constantinople sur les tissus ou les monnaies d'un marchand ou dans les souvenirs d'un soldat. Les lutrins des églises orthodoxes qui présentent cet emblème sont les cousins des porte-Coran seldjoukides. Par son caractère propre, l'aigle à deux têtes a dû peu à peu se développer dans l'art et l'emblématique jusqu'à infléchir le dessin de l'aigle impérial. C'est probablement le basileus Théodore II Lascaris (1254-1258) qui le premier fit de l'aigle bicéphale un emblème de l'empire. Il faut dire que les deux têtes de l'aigle symbolisaient particulièrement bien la double souveraineté temporelle et spirituelle à laquelle prétendaient les basileus. Par la suite l'emblématique de l'aigle à deux têtes sera toujours très présente dans l'église orthodoxe grecque, jusqu'à en devenir l'emblème officiel ! Les aigles à deux têtes des pays balkaniques, ainsi que celui de l'empire russe, sont directement hérités de Byzance.


II. L'Aigle à deux têtes dans l'Occident médiéval

A. APPARITION DE L'AIGLE À DEUX TÊTES L'ART ROMAN

On découvre quelques exemples d'aigle à deux têtes dans la sculpture romane des églises de Vouvant (Vendée), Civray (Vienne), Gensac-la-Pallue et Sainte-Colombe (Charente), Moissac (Tarn-et-Garonne), Vienne (Isère). Sans qu'il soit possible de les dater très précisément, aucune de ces églises ne semblent postérieures au XIIe siècle.Comment cette figure d'origine orientale a-t-elle pu rejoindre puis s'épanouir au coeur de l'Occident médiéval ? Suivons les explications d'Emile Mâle sur un itinéraire iconographique classique qui pourrait bien être aussi celui de l'aigle à deux têtes :

« Au temps de Saint-Bernard, c'est-à-dire en pleine époque romane, les fleurs et les animaux qui ornent les cloîtres et les églises sont la plupart du temps des copies d'originaux antiques, byzantins, orientaux, que l'artiste reproduisait sans en comprendre le sens.
L'art décoratif du Moyen-Age a commencé par l'imitation. Ces prétendus symboles ont été souvent sculptés d'après le dessin d'une étoffe persane ou d'un tapis arabe.
A mesure qu'on l'étudie mieux, l'art décoratif du XIe et du XIIe siècles apparaît de plus en plus comme un art composite qui vit d'emprunts. Les multiples éléments dont il est fait commencent à se laisser entrevoir. Les chapiteaux romans nous montrent fréquemment, par exemple, deux lions disposés symétriquement de chaque coté d'un arbre ou d'une fleur. Irons-nous avec l'abbé Auber, en chercher le sens dans les livres des théologiens du XIe siècle ? – Nous perdrions notre temps, car ces deux lions, Lenormand l'a prouvé, ont été copiés sur quelque étoffe fabriquée à Constantinople d'après de vieux modèles persans. Ce sont les deux animaux qui veillent sur le hom, l'arbre sacré de l'Iran. Les tisserands byzantins n'en savaient déjà plus le sens et n'y voyaient qu'un dessin industriel d'une disposition heureuse. Quant à nos sculpteurs du XIIe siècle, ils imitaient les figures du tapis byzantin apporté en France par les marchands de Venise, sans se douter qu'elles pussent avoir une signification quelconque. »

Or il se trouve que l'on a justement découvert lors de travaux dans la cathédrale de Périgueux, en 1895, un tissu d'origine orientale présentant des motifs d'aigle à deux têtes. Appelé “Le Suaire de Saint-Front”, il s'agit d'un morceau de soie du XI-XIIe siècle, d'origine Grand-Seldjoukide, turcomane ou provenant d'un atelier de Constantinople, voire de l'Espagne musulmane. Il s'agirait d'un morceau de chasuble d'un évêque dont les restes ont été transférés avec ceux d'autres évêques, et emmurés en 1173.
Un dernier élément renforce la thèse de l'emprunt à l'Orient. l’aigle à deux têtes semble bien représenté dans les blasons des principaux participants des croisades. Jourdain d'Amphermet, Jean de Dion, Hamelin et Geoffroy d'Antenaise, Jean de la Béreaudière, Le Meigre, Amaury de Saint-Cler, Hugues de Sade et Laurent de la Laurencie portent l’aigle à deux têtes.

B. L'AIGLE À DEUX TÊTES DANS LES SCEAUX ET LES ARMOIRIES

Les armoiries apparaissent sur les champs de bataille du XIIe siècle pour permettre aux combattants de se reconnaître au coeur de la mêlée… Les animaux furent parmi les premières figures utilisées. Les armoiries animalières constituent 60 % des armoiries vers 1180, 40 % vers 1250 et se stabilisera autour de 30 %, puis vers 25 % au cours du XIVe siècle. L'aigle – monocéphale – est l'une des grandes figures de l'héraldique. Mais « Dans les armoiries occidentales, son indice de fréquence est cependant très inférieur à celui du lion : au Moyen-Âge on compte environ un écu à l'aigle pour six écus au lion, et à l'époque moderne le rapport semble passer de un à dix. C'est surtout la rareté de l'aigle dans les armoiries roturières qui explique ces différences. L'aigle est en effet essentiellement une figure héraldique nobiliaire, symbole de puissance et d'autorité ».
« L'origine et la signification de l'aigle à deux têtes sont des sujets qui ont fait couler beaucoup d'encre. Il semble bien que ce soit avant tout un thème essentiellement graphique et que le blason l'ait emprunté, tardivement, à l'iconographie orientale ». Le plus ancien exemple français est celui du sceau apposé en 1227 par un Chevalier… de l'Ordre du Temple, Guillaume de l’Aigle, Commandeur du Temple en Normandie.
Le second cas est celui de Jocelin de Chanchevrier daté de 1229. On a pu calculer que jusqu'en 1300, dans les armoiries françaises, à peine 7 % des aigles étaient bicéphales.
L'aigle à deux têtes n'est donc pas un motif héraldique quantitativement important. En revanche la qualité de certaines personnalités l'ayant pour arme a pu contribuer à en donner une image particulière. Ainsi découvre-t-on qu'il constitue les armes de Bertrand du Guesclin (1320-1380). Héros de tournoi, chevalier errant et justicier au renom légendaire, guerrier victorieux puis connétable de France, on fit de lui sous Charles VI, le type du parfait chevalier.
Or Bertrand du Guesclin portait « d'argent à l'aigle à deux têtes de sable, à la côtice de gueules brochant sur le tout, becquée, lampassée et armée de gueules ». L'aigle à deux têtes se voit donc associé dans l'imaginaire médiéval au type du parfait chevalier.
Outre sa présence dans les armoiries des chevaliers croisés, l’aigle à deux têtes constitue le blason d’un Ordre hospitalier du Moyen-Âge, les Chanoines réguliers de Saint Antoine qui portent « D’or à un aigle de sable à deux têtes, diadémé de même, ayant le vol étendu et au col une couronne d’or, en forme de collier, duquel pend un écusson aussi d’or, posé sur la poitrine de l’aigle et chargé d’un tau ou taph d’azur ».

C. L'AIGLE À DEUX TÊTES DANS L'EUROPE MODERNE

Plus on avance vers le XVe siècle plus l’aigle à deux têtes se développe dans les pays germaniques auquel il est souvent exclusivement associé aujourd’hui, plus à tort qu’à raison. Mais « malgré quelques témoignages exceptionnels à l'époque de Frédéric II, ce n'est que sous l'empereur Sigismond, c'est-à-dire au début du XVe siècle, que l'aigle bicéphale devint définitivement la figure héraldique de l'empereur, tandis que l'aigle monocéphale était désormais réservé au roi des Romains ».
En héraldique, à la fin du XVIIIe siècle, l’Aigle éployé entre dans les armes de près de 500 familles européennes dont, pour 200 d’entre-elles, il constitue les armes complètes.

III. Les débuts de l’Aigle à deux têtes en Maçonnerie


L’Aigle à deux têtes apparaît en Maçonnerie en France dans le tout début des années 1760 avec le grade de Grand Inspecteur Grand Élu ou Chevalier Kadosh. On le découvre ainsi dans la fameuse lettre que les Maçons de Metz écrivent à ceux de Lyon en juin 1761. Ce précieux courrier a pour objet l'information réciproque des dignitaires de l'ordre sur les grades connus ou pratiqués dans les deux orients. Les Maçons lorrains y expliquent que le grade le plus élevé qu'ils pratiquent est celui de « Chevalier Grand Inspeur Grand Elû der grade », en conséquence, « Tous les grades […] sont tous subordonnés à ce dernier » , or :

« Le petit attribut [de ce grade] est un aigle d'or éployé portant une couronne de prince sur les deux têtes et tenant un poignard dans ses serres. Le grand attribut est une Croix rouge à 8 pointes semblable à celle de Malthe ; sur le centre, dans un Cercle, sont une Epée et un poignard en sautoir »

On trouve justement au bas de la copie d'un procès-verbal conservée dans les archives de la Loge « de Saint Jean » de Metz un très beau sceau présentant un aigle à deux têtes. Ce document est daté du 25 avril 1763 et il n’est pas indifférent que le signataire en soit le frère Le Boucher de Lénoncourt. On le connaît en effet comme l’un des principaux promoteurs du grade de Kadosh dans les années 1760. Ce sceau présente donc très probablement l’iconographie première de l’aigle à deux têtes en Maçonnerie. Peut-on attribuer la réalisation de ce sceau à Augustin Pantaléon, l'une des personnalités du cénacle animé par Le Boucher de Lénoncourt, qui exerçait la profession de graveur ? Nous aurions donc là, à la fois le dessin originel de l'aigle à deux têtes dans l'Ordre maçonnique et son auteur !
Dans un courrier confidentiel à Willermoz, Meunier de Précourt révèle l'enseignement secret du grade de Grand Inspecteur Grand Élu ou Chevalier Kadosh : les francs-maçons sont en fait les descendants de « ces fameux infortunés T....... [Templiers] ». Il y ajoute une glose sur l'emblème du grade :

« L'aigle portant un poignard dans ses serres avec ces mots : Neccum Adonay, Vengeance à Dieu, nous représente les dernières paroles de Jacques de Molay, dernier Grand Maître, quand il ajourna le pape et le roy ; ajournement terrible vérifié par l'événement. L'aigle, l'animal qui plane le plus haut dans les airs et le seul qui fixe le soleil, est le juste emblème de cet infortuné vieilllard »

Dans la lettre suivante où Meunier de Précourt entreprend d'exposer dans le détail les liens entre les Templiers et les Chevaliers G.I.G.E. , l'explication est un peu différente. Ce sont en effet les Templiers survivants au supplice qui :

« Comme l'aigle est le Roy des oiseaux et le seul qui regarde fixement le soleil, ils le prirent pour devise en l'armant d'un poignard dans les serres, comme pour demander justice à la divinité d'un aussi horrible attentat »

On doit noter que ces explications n'éclairent pas sur le caractère éployé de la dite aigle. Peut-être celui-ci devait-il contribuer à assurer la préséance du Kadosh sur un autre grade apparu à la même époque et qui allait contester au Chevalier G.I.G.E. le rôle terminal de Nec plus Ultra de la maçonnerie : le Chevalier de l'Aigle Rose-Croix. La symbolique de l'aigle – monocéphale – y joue en effet un rôle. Mais peut-être, tout simplement, l'aigle à deux têtes, dont les qualités chevaleresques et de souveraineté appartenaient au fond commun de la symbolique occidentale, apparut-il particulièrement adapté pour ce grade auquel « Tous les [autres… devaient être] subordonnés » ; grade qui en conséquence se voulait porteur des plus précieuses révélations de la Maçonnerie et aspirait à gouverner l'Ordre.
Toujours est-il que le G.I.G.E. ou Chevalier Kadosh allait connaître une grande fortune dans la Maçonnerie française des années 1760 et avec lui son emblème, l’aigle à deux têtes. Ainsi, dès 1762, les dignitaires de la Grande Loge des Maîtres de Paris, dite de France, avec à sa tête le substitut du Grand Maître, Chaillon de Jonville, s'annoncent « décorés du Grade par Excellence de G.I.G.E. ». Tous les rituels manuscrits de G.I.G.E. ou Chevalier Kadosh qui nous sont parvenus présentent l’aigle à deux têtes comme l'emblème du grade. Celui-ci se trouve ainsi associé au Nec plus Ultra de la Maçonnerie et devient donc, de fait, le symbole d'une fonction dirigeante dans la Première Grande Loge de France.

Article paru dans le n° 107-108 (tome XXVII, 1996). Texte reproduit intégralement mais sans les notes et références bibliographiques, ni les illustrations.

Par Pierre Mollier - Publié dans : symbolisme
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Samedi 22 septembre 2012 6 22 /09 /Sep /2012 09:18

La terre, l'air, l'eau et le feu constituent les quatre éléments symboliques de la cosmologie maçonnique, présents principalement au Rite Français et au Rite Écossais Ancien et Accepté ; ils ont été hérités de la vision traditionnelle gréco-romaine revue par le monde médiéval puis par les écrits des hermétistes et de Paracelse (1493-1541) à la Renaissance.
« Elementa » au pluriel en latin désignait bien la terre, l'eau, l'air et le feu selon une tradition solidement établie depuis Thaïes de Milet (VIe siècle av. J.-C.), auteur de la première spéculation cosmologique philosophique succédant aux approches magiques égyptienne et babylonienne. Empédocle élabora, un siècle plus tard, une théorie complète des quatre éléments en correspondance avec les métaux et les « caractères », sec, humide, chaud, froid, etc. Les pythagoriciens l'enrichirent d'une exégèse sur les nombres et de représentations géométriques ont la « tétractys », le triangle de base 4 et de sommet 1 compose la figure la plus connue et la plus exploitée en maçonnerie. Platon, dans le Timée, devait donner ses lettres de noblesse philosophique à la théorie, le pythagorisme inscrivant le tout dans le cadre initiatique des religions à mystères de l'Antiquité. Ces dernières demeurèrent au premier plan des préoccupations intellectuelles de l'Europe des Lumières et de la première moitié du XIXe siècle, avec l'apparition notamment d'une véritable égyptomanie, liée à l'idée que les Grecs étaient allés chercher dans les sanctuaires d'Egypte leurs connaissances les plus secrètes. Les principaux systèmes rituels maçonniques ont été élaborés et « corrigés » dans ce contexte. À la même époque, l'Occident avait pris conscience de l'existence de théories analogues au-delà de l'Egypte, en Inde et en Chine. Les quatre éléments dans l'Inde védique « supportaient » la naissance du monde, l'intervention d'un cinquième (la quintessence des alchimistes en Occident), l'éther non visible, assurant la correspondance avec les états supérieurs de l'être et le monde divin. Des théories voisines s'étaient développées en Chine, dès le VIe siècle av. J.-C., en correspondance avec les métaux.
Les auteurs maçonniques du milieu du XIXe siècle comme Jean-Marie Ragon (1781-1862) diffusèrent largement ces idées, reprises dans les manuels « classiques » en France par Oswald Wirth (1860-1943), le rénovateur des études symboliques, ou Jules Boucher, La symbolique maçonnique, maintes fois rééditée.
La démarche du profane accédant à l'initiation a pu, dans ces conditions, être assimilée à une alchimie intérieure joignant les purifications à l'action des principes vitaux : le soufre, le mercure et le sel à travers les éléments. À la terre correspond la mort symbolique au monde matériel du cabinet de réflexion et la »descente aux enfers ». L'air, figure sensible du monde invisible et le lieu de la lumière, est associé à la purification spirituelle, à la séparation du « subtil » du grossier, au terme des épreuves du premier «voyage» (Rite Français) ou du second (Rite Écossais Ancien et Accepté) ; il est confondu avec le ciel dans un certain nombre de hauts grades, notamment au 26e du Rite Écossais Ancien et Accepté, le « Prince de Merci » et uni à l'aigle de saint Jean l'Évangéliste ; au 28e, « Grand Écossais de Saint-André », il représente cœur dans sa « droiture ». La purification par l'eau, image de la « substance universelle », est subie au terme du premier ou du second voyage/épreuve «selon les rites déjà cités ; elle a pour but de ramener l'être humain à l'état de « materia prima », c'est-à-dire capable de recevoir l'initiation comme acte créateur de la vie nouvelle. Ultime étape, le feu purificateur est éprouvé au terme du troisième voyage quand le candidat persévérant et maître de soi est prêt à voir la vraie lumière.
Oure les rituels d'initiation, le terme peut être utilisé pour désigner les luminaires, le soleil au tableau d'apprenti ou l'étoile flamboyante. Le « Vénérable Grand Maître », 20e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, reçoit ceux qui l'acquièrent « par le fer et le feu ».
Les associations opérées dans les commentaires avec les signes du zodiaque et les planètes, les couleurs, les vertus ont pu varier d'un auteur à l'autre, néanmoins des lignes de force se dessinent commandées par les traditions hermétiques : l'eau et la terre sont « humides », l'air et le feu « secs » et les corpus symboliques médiévaux : le lion est une figure du feu, etc. Les correspondances établies à partir du nombre quatre sont également traditionnelles: les directions de l'espace, les quatre métaux liés aux quatre âges du monde (or, argent, bronze, fer), les Evangélistes avec les quatre animaux de l'Apocalypse (lion, taureau, homme, aigle). Initiation de métier, la maçonnerie développa naturellement des considérations d'ordre cosmologique d'où le rôle central donné à la théorie des quatre éléments.

Source : http://www.guichetdusavoir.org/

Par X - Publié dans : symbolisme
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Samedi 22 septembre 2012 6 22 /09 /Sep /2012 09:12

Les Maçons des Loges de Perfection connaissent en leurs degrés ultimes deux états successifs : l’exaltation des Chevaliers de Royal-Arche contemplant le Triangle Sacré et le Nom Ineffable, puis la paix des GEPSM dans l’alliance avec la Vertu et les hommes vertueux. Ils se manifestent et évoluent en deux espaces temps différents : l’immédiateté et le secret bien gardé du cœur illuminé au 13èmedegré, et le temps des œuvres des Grands Elus au 14ème degré, et génèrent deux états d’être et entre eux une douce tension, le souffle de l’être vertueux soufflant sur le feu de la nostalgie du Nom Ineffable. Cette nostalgie rappelle au 15ème degré, Chevalier d’Orient et de l’Epée, celle des Hébreux en captivité à Babylone, la douleur de l’exil et la mélancolie préludant à leur libération par Cyrus et à la joie de leur retour à Jérusalem.

Dans la gravure de Dürer « Mélancolia I», l’ange a déposé autour de lui les instruments d’une recherche ésotérique, pensée qui conçoit l’existence comme une énigme dont serait déchiffrable un sens. « Il s’est tenu à la pointe du désir de sens, a multiplié les procédures de l’esprit, mais n’a trouvé à chaque fois que l’imminence d’une signification ultime. Par différence avec la nostalgie, qui se comprend comme un manque, la mélancolie est à chaque fois une plénitude dans cette imminence. Elle se tient entre le sens et la vérité, où sens et absolu sont disjoints, et a rapport au sentiment d’une idée, en deçà de la certitude d’une vérité. » (Maël Renouard) Il y a, en même temps, plénitude et absence du dernier mot, du sens ultime, la Parole I.N.R.I. qui s’épelle et ne se prononce pas.

 

Cette humeur accompagne sous des formes diverses le cheminement initiatique en ces degrés où est omniprésent le roi Salomon, et avec lui le sceau de Salomon  , hiéroglyphe du Lapis alchimique qui réunit les symboles de la Terre  et de  l’Air  et conjugue en lui les éléments fixes et volatils d’une alchimie intérieure. Il symbolise le travail de la psyché, un travail dans le temps sacré des Maçons qui transforme le temps profane en véritable genèse. C’est ainsi que les alchimistes comparent leur « prima materia » à un chaos où cette genèse, traduite par « Ordo ab Chao » (devise figurant à l’Occident des Loges), opère tout d’abord par dissolution.

 

La période de dissolution, dit Fulcanelli dans « Les Demeures philosophales », est « la clé du Magistère cachée sous l’axiome énigmatique « solve et coagula » : dissous (le corps) et coagule (l’esprit) … Par la volatilisation régulière du fixe et sa combinaison avec le volatil, le corps se spiritualise et l’esprit, abandonnant son vêtement souillé, en revêt un autre de plus grand prix, auquel les anciens maîtres donnèrent le nom de mercure philosophique … Ce mercure est exprimé par deux V entrelacés de la pointe, signe alchimique connu de l’alambic … Les philosophes ont traduit l’union du fixe et du volatil, du corps et de l’esprit, par la figure du serpent qui dévore sa queue. L’Ouroboros des alchimistes grecs, réduit à sa plus simple expression, prend ainsi la forme circulaire, tracé symbolique de l’infini et de l’éternité, comme aussi de la perfection. » Cet Ouroboros figure à l’Orient des Temples, au-dessus du plateau du Très Sage, et les deux V entrelacés ne sont pas sans rappeler l’Equerre et le Compas placés sur l’autel des serments des premiers degrés du Rite.

 

La mélancolie est la marque de la gestation de l’âme et le fruit du travail intérieur des Maçons devenus Adeptes, durant lequel les principes élémentaires dissous (Soleil Lune) , présents à l’Orient des Temples aux degrés symboliques, se transforment en principes principiés (Soufre Mercure) . La conjonction des principes  induit aussi la constitution d'un corps mixte, c'est-à-dire d'un Sel  médiateur et tiers-agent nécessaire pour lier les extrémités du « vaisseau de nature » des alchimistes en sorte de provoquer une attraction « par amitié » et « sans discorde » pour reprendre les termes d'Empédocle.

 

Sous l’action du feu des Adeptes, l’œuvre consiste à domestiquer les pulsions du corps d’une part, et de l’âme dans son état primitif de Soufre  d’autre part. Alors que le corps est incombustible et stable (symbole de la salamandre), l'âme demande à être modelée car elle vient à peine de sortir de terre, de la « materia prima ». L'âme primitive, de nature ignée et de forme éthérée, est issue en droite ligne du Chaos et son état tient encore du serpent puisqu'on n’y trouve pas encore d'esprit qui y soit mêlé. Aussi cette âme est-elle comme folle et incontrôlée : c'est à l'Artiste d'y insuffler le logos régulateur, c'est-à-dire le Mercure.

 

« Fulcanelli a montré que le Soufre et le Mercure  ne forment, au fond, qu'une seule et même substance, selon la forme qu'elle emprunte. Il en est de même de ce pouvoir relationnel antagoniste ou agoniste que subissent ces principes. Sont-ils élémentaires ? Alors, ils s'affrontent. Sont-ils principiés ? Alors, ils s'attirent. » (Hervé Delboy). C’est pourquoi la dissolution est à la fois considérée comme « une humeur sombre et mélancolique qui évoque la mort et la tombe », mais aussi comme la nuit spirituelle de l'âme, « un état absolument positif, dans lequel la lumière divine, invisible... pénètre l'âme et la purifie. » (Saint Jean de la Croix ) et rappelle la Passion du Christ, la « Passio » dans « Les racines de la conscience » de Jung.

 

« Après l’élévation des principes purs du composé  philosophique, le résidu est prêt à fournir le Sel mercuriel ( ), auquel de vieux auteurs ont souvent donné l’épithète de Dragon babylonien. … le Sel des Philosophes (est) ce Roi couronné de gloire, qui prend naissance dans le feu afin, dit Hermès, que les choses occultes deviennent manifestes. » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales). En Chapitre, deux rois, Cyrus et Darius, succèdent à Salomon aux 15ème et 16èmedegrés du REAA pour illustrer cette autre phase du « labeur » où les trois principes Mercure, Soufre et Sel sont à l’œuvre. Une fois les Hébreux libérés, « projetés » hors de Babylone, ces deux Rois demeurent en puissance leurs protecteurs. Ne pouvant être menacés par le feu des combats sur la route de Jérusalem, ils symbolisent le Corps incombustible, le Sel  dont s’éloigne le Soufre  l’Âme en route vers son Royaume Jérusalem, symbolisée par le peuple hébreux guidé et inspiré par l’Esprit, son Mercure Zorobabel.

 

La génération du couple à partir des principes élémentaires  est illustrée dans les degrés de Perfection par le passage de l’opposition Bien/Mal à la conjugaison de la réflexion et du sentiment, de la Raison et du Cœur, l'antinomie du sens et du sentiment n'existant pas. C'est bien plutôt d'une dualité complémentaire qu'il faut parler, à la façon de l'aspect dual onde/particule que revêt un corpuscule lorsqu'on le soumet à la mesure. Cette dualité se retrouve dans les fonctions alternatives et complémentaires dans la conscience des « projections » et des « transferts » dans la psychologie jungienne, illustrés dans les légendes des grades du REAA par le symbolisme du mouvement et de l’union de principes emblématiques dans la psyché.

 

Comme les archétypes, les principes Mercure, Soufre et Sel qui  transparaissent dans les rituels sont susceptibles de se manifester dans la psyché lors de circonstances critiques, soit à la suite d'événements extérieurs illustrés au 15ème degré par la fin de la captivité des Hébreux à Babylone et les combats préalables au passage du fleuve Starbuzanaï, soit du fait de quelque modification intérieure[] comme le refus des Samaritains au 16ème degré d’œuvrer pleinement à la reconstruction de Temple à Jérusalem. Pour Jung et ses continuateurs, les archétypes sont vivants au sein de l'âme psychique, ils sont par ailleurs la clé du développement de l'individu.

 

Plus précisément au 16èmedegré, l’apparition des Samaritains, Soufre « déviant » par leur refus de « substituer » à leurs dieux païens multiples un Dieu unique, peut s’apparenter à celle d’une « ombre » jungienne, phénomène psychique à l’origine notamment de la peur de l’autre, et surtout du « Tout Autre » : Dieu. Afin d’intégrer cette crainte de Dieu à leur psyché, les Hébreux     délèguent au 16ème degré une ambassade  auprès de Darius à Babylone, autrement dit « projettent » sur lui leur « défaut résistant », permettant à leur conscience de prendre du recul. Puis l’ambassade revient triomphalement à Jérusalem, les Hébreux effectuant un « retrait de projection », afin de repolariser l’énergie psychique non au-dehors mais en eux-mêmes par un travail de conscience.

 

Le retour des Samaritains dans l’esprit du Soufre « initial » illustre la « réincrudation », terme de technique hermétique qui signifie rendre cru, c'est-à-dire remettre dans un état antérieur ou « rétrograder ». Les alchimistes accomplissent cette opération en vue de réanimer les corporifications, c'est-à-dire de rendre vivants les métaux morts. Ce « retour » à l'Âme ( ) par la médiation de l'Esprit exprime un mouvement spirituel dynamique et traduit le feu de la passion, l’ardeur d'un sentiment symbolisés par la joie partagée du peuple hébreu au retour triomphant des ambassadeurs.

 

Le feu du cœur est essentiel dans ces « projections » et « retraits de projections », d’où la place centrale qu’il occupe dans les rituels capitulaires vécus collectivement dans l’« émulation », et des prises de conscience individuelles des Chevaliers. « Ceux qui ne se rendent pas compte de la tonalité affective particulière de l'archétype ne se retrouveront qu'avec un amas de concepts mythologiques, que l'on peut sans doute assembler de façon à montrer que tout a un sens, mais aussi que rien n'en a. Les cadavres sont tous chimiquement identiques, mais les individus vivants ne le sont pas. Les archétypes ne se mettent à vivre que lorsqu'on s'efforce patiemment de découvrir pourquoi et comment ils ont un sens pour tel individu vivant. » (Jung) C’est là tout le sens de l’étude des symboles et rituels maçonniques depuis le premier degré du Rite.

 

La réincrudation est l’équivalent du concept d’« individuation » sur lequel Yung a forgé tout son système.  La réincrudation ou albedo, purification, fait bien suite à la nigredo ou dissolution dans l’Œuvre alchimique, et précède la rubedo ou coagulation et accrétion du Soufre illustrée au 18ème degré du Rite. Ces trois phases, l’Œuvre  au noir, l’Œuvre  au blanc, l’Œuvre  au rouge, correspondent régulièrement aux couleurs dominantes des degrés du Rite.

 

La couleur « aurore » des bandeaux des Princes de Jérusalem au 16ème degré est celle de « l'Auro hora », l’heure d’or, l’aurore de l'Œuvre. L’aurore brille d’une double couleur, jaune et rouge, et luit entre la nuit (nigredo) et le jour (albedo). Cette heure où « les malades sont soulagés de toutes les infirmités nocturnes et se reposent », est semblable à l’aurore alchimique où « toutes les odeurs et vapeurs mauvaises attaquant l’esprit de l’opérateur s’évanouissent et disparaissent, selon la parole du psaume : Le soir dureront les pleurs et au matin ce sera la joie. » ( Aurora Consurgens, p210, Marie-Louise Von Franz)

 

« La variante « aurea hora » est aussi essentielle chez les mystiques du haut Moyen Age, et dans la parole de Saint Bernard extraite de son commentaire du Cantique « rara hora et parva mora » (heure rare et court instant). Cette expression désigne « l’heure rare » ou l’heure d’or et le « court instant » où la connaissance humaine est en contact direct avec la sagesse de Dieu, c’est-à-dire avec Dieu lui-même, et la goûte dans l’extase. Ainsi le « lever de l’aurore » (dans l’ouvrage « Aurora Consurgens » attribué à Saint Thomas d’Aquin) est-il en réalité l’instant de l’union mystique avec Dieu » (idem p212).

source : http://www.patrick-carre-poesie.net/

Par Patrick Carré - Publié dans : symbolisme
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Mercredi 19 septembre 2012 3 19 /09 /Sep /2012 07:58

Symbolisme

·    C'est la solidarité cosmique non plus en principe, mais réalisée dans l'Univers, selon R. Allendy.

·    Un compas ouvert à quatre‑vingt‑dix degrés indique un équilibre entre les forces de l'esprit et de la matière.

·    Selon Thibaut De Langres, ce nombre symbolise les anges, 2+4+6+8+10+12+14+16+18 = 90, en rapport avec la femme que Jésus guérie, tenue courbée par satan pendant 18 ans, ce qui a pour effet de la met en compagnie des anges.

·    Symbole de gestation spirituelle.

·    Symbolise la perfection du créé.

·    Symbole de l’achèvement féminin.

·    Ce nombre correspond à la lettre hébraïque tsadé, c, et au 18e arcane du Tarot: la lune. 

Général

·    La Vierge Marie resta 90 jours auprès d'Élisabeth pour la naissance de Jean le Baptiste.

·    Contrairement aux Rites maçonniques écossais et français, qui comptent chacun 33 degrés, le Rite maçonnique de Misraïm, d'Égypte, est de 90 grades divisés en 33 grades symboliques, 33 grades philosophiques, 11 grades mystiques et enfin 13 grades cabalistiques.

   En Elide, pays de la Grèce ancienne, il y avait 90 sénateurs.

·    Au VIe siècle, le poète latin Ausone a écrit sur le nombre 3 un poème de 90 vers ‑ 90 = 3x3 + 3x3x3x3.

·    Le nombre de degrés dans un angle droit. 

Occurrence

·    Le nombre 90 est employé 5 fois dans la Bible.

·    Le livre des Nombres de l'AT utilise au total 90 nombres différents, dont le plus grand est 675000 (Nb 31,32).

·    En 90 endroits dans le NT toutes les prières et toutes les actions de grâce sont adressées au Père. Les mots crime, malade, Esprit-Saint et le verbe châtier sont employés 90 fois dans la Bible.

 

 Source : les nombres symbolisme et propriété (Steve Desrosiers)

Par Steve Desrosiers - Publié dans : symbolisme
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Dimanche 16 septembre 2012 7 16 /09 /Sep /2012 09:55

La lune est avec le soleil le deuxième luminaire de la maçonnerie. À la différence de celui-ci la lune n'apparaît ni dans le manuscrit Sloane (vers 1700), ni dans le Dumfries n° 4 (vers 1710), ni dans le manuscrit de Trinity College (vers 1711). Lune et soleil sont cités, en quatrième et cinquième positions au sein de douze « lumières » dans le manuscrit Graham (1726): « Pour ce qui est de la Sainte Trinité, elle donne la sagesse. En ce qui concerne le soleil, il procure la lumière jour et nuit. Quant à la lune, c'est un corps obscur issu de l'eau, elle reçoit sa lumière du soleil et est également reine des eaux qui sont le meilleur des niveaux. »
Il en était déjà de même dans The Whole Institution of Masonry (1724):
« Combien de lumières dans une loge ?
–Douze.
–Quelles sont-elles ?
–Père, Fils, Saint-Esprit, soleil, lune, Maître maçon, équerre, règle, plomb, ligne, maillet et ciseau. »
Dans le manuscrit Wilkinson (vers 1727), la triade soleil-lune-maître de la loge est clairement définie: « Le soleil pour présider au jour la lune à la nuit, et le maître maçon à la loge.»
Il en est de même dans Samuel Prichard's Masonry Dissected (1730):
" Y a-t-il des lumières dans votre loge ?
–Oui, trois.
–Que représentent-elles ?
–Le soleil, la lune et le maître maçon.
[N.B. Ces lumières sont trois chandelles posées sur de grands chandeliers.]
–Pourquoi cela?
–Le soleil pour présider au jour, la lune à la nuit, et le maître maçon à sa loge. »
Ces expressions vont se retrouver dans les Rites des Modernes . Ainsi le manuscrit du Rite Français (1786) dit:
« Qu'avez-vous vu lorsqu'on vous a donné la Lumière ?
–J'ai vu le soleil la lune et le maître de la Loge.
–Quel rapport peut-il y avoir entre ces astres et le maître de la Loge ?
– Comme le soleil préside au jour et la lune à la nuit de même le maître préside à la loge pour l'éclairer.»
Il en est de même au Régime Rectifié comme le montre le Rituel pour le travail en loge d'apprenti (version de 1778, revue pour La Triple Union de Marseille en 1802) . On retiendra que pour les Modernes le soleil, la lune et le Maître de la Loge constituent les seules Grandes Lumières, alors que le Volume de la Loi sacrée, l'équerre et le compas sont classés dans le mobilier de la loge comme l'indiquent déjà le Wilkinson et Masonry Dissected.
Inversement, pour les Anciens, on trouve deux catégories de Lumières, les « Grandes » et les « secondaires » (soleil, lune, Maître de la Loge) même si le Guide des maçons écossais (vers 1804) précise que ces trois lumières sont « sublimes ». Les usages des Anciens nous sont connus par la divulgation dite The Three Distinct Knocks (1760).

Le Rite Émulation  se situe dans cette veine. Lors d'une réception le néophyte, après avoir prêté son obligation et s'être relevé écoute le vénérable lui dire: « Vous êtes maintenant en mesure de découvrir les trois Petites Lumières; elles sont placées à l'est, au sud et a l'ouest, et elles représentent le soleil, la lune et le maître de la loge le soleil pour gouverner le jour la lune pour gouverner la nuit, et le maître pour gouverner et diriger sa loge. »

Quoi qu'il en soit, la lune est. associée avec la colonne J chez les Modernes et avec la colonne B chez les Anciens. On retrouve cette place sur les tableaux d'apprenti et de compagnon , et sur certains tabliers . Le symbolisme traduit toujours deux caractéristiques de notre satellite: d'une part, la lune est éclairée directement par le soleil (ou par la lumière solaire réfléchie par la terre) d'autre part elle change de forme apparente pour l'observateur terrestre.

Les phases correspondent à l'éclairement du soleil vu de la terre. La lunaison (ou révolution synodique) est donc le temps moyen mis par la lune pour revenir à la même phase, soit 29,5 jours. La lune exprime le temps qui passe les rythmes biologiques, ou l es variations périodiques naturelles Elle apparaît comme la première mesure de la durée et l'universelle épiphanie du temps. Elle est liée à la nuit et à la mort. Par isomorphisme, de nombreuses figures lunaires comme Perséphone ou l'immortel génie russe Kotschei, sont chthoniennes.

Peut on voir, comme le suggère Jules Boucher, dans les « larmes d'argent » des grades de maître une image lunaire ?
La lune évoque également l'imagination, le subconscient, la lumière reçue ou réfléchie, la passivité, la réceptivité et la fécondité.
A. H. Krappe a montré que le folklore universel associe lune et menstrues. La lune est à la fois le froid, le nord, l'hiver et l'eau. La plupart des mythologies confondent les eaux et la lune dans une même divinité. Son bestiaire est riche et varié: dragon, escargot, araignée, écrevisse, crabe, grenouille, serpent. Ours, agneau ou lièvre.

Gilbert Durand explique que « la plupart des auteurs qui se sont intéressés aux théophanies lunaires ont été frappés par la polyvalence des représentations de la lune: astre à la fois propice et néfaste, dont la combinaison triadique d'Artémis de Sélène et d'Hécate est l'archétype ». La lune maçonnique entre dans ce modèle archétypal. Ainsi elle est très présente au grade de Noachite ou Chevalier Prussien (21ème degré du Rite Écossais Ancien et Accepté). La loge doit se tenir les nuits de pleine lune car seul ce luminaire doit donner de la lumière. La principale assemblée a lieu à la lune de mars.
Le bijou  porté à la boutonnière est une lune d'argent qui apparaît également dans l'armoirie ou le tableau du grade.

Notons également que
dans la Maçonnerie des Dames, existe un grade de Chevalière de la Lune.

source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/Maconnieke

 

Par Y. H.M. - Publié dans : symbolisme
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