Rose-Croix

Jeudi 24 avril 2014 4 24 /04 /Avr /2014 06:09

4. Comment formuler un rosicrucianisme utile et sérieux pour notre temps ?

On comprendra qu’il ait été nécessaire d’effectuer le survol précédent [Voir ma note Les "Mystères" de la Rose-Croix (1)] et de poser, à chaque détour, certaines questions, avant de s’interroger sur le temps présent.

Je voudrais proposer ici une définition provisoire en forme de programme de travail qui s’assigne certaines bornes. Les éléments « limitants », je veux dire ceux qui nous éviterons de divaguer – sont les suivants :

1.La SRIA est le modèle du rosicrucianisme moderne. A ce titre, nous pouvons certainement reprendre le projet que lui assignaient ses fondateurs dès 1867 :

« The aim of the Society is to afford mutual aid and encouragement in working out the great problems of Life, and in discovering the Secrets of Nature; to facilitate the study of the system of Philosophy founded upon the Kabbalah and the doctrines of Hermes Trismegistus, which was inculcated by the original Fratres Rosae Crucis of Germany, A.D. 1450; and to investigate the meaning and symbolism of all that now remains of the wisdom, art and literature of the Ancient World. » C’est-à-dire :

Objectifs de la Société

« L’objectif de la Société est de procurer à ses membres aide et encouragement mutuels pour un travail portant sur les grands problèmes de la Vie et sur la découverte des Secrets de la Nature ; de faciliter l’étude d’un système philosophique fondé sur la Kabbale et les doctrines d’Hermès Trismégiste, système transmis aux premiers Frères de la Rose-Croix, vers 1450 [sic]; de rechercher la signification et d’approfondir le symbolisme de tout ce qui nous est parvenu de la sagesse, de l’art et de la littérature de l’Ancien Monde. »

 

2. Nous avons aussi sous les yeux des contre-modèles qui adoptent parfois l’étiquette rosicrucienne mais où ne règnent que la confusion intellectuelle, le mélange de toutes les traditions, une histoire douteuse, la simplification abusive de questions complexes, etc. Le programme, à peine caricaturé de cette navrante errance : "tout est dans tout et réciproquement", de l’ésotérisme supposé des temples Incas aux mystères de l’Agartha en passant par le calendrier des Druides, tout cela sans aucune réflexion critique, sans mise en perspective, sur fond d’inquiétante inculture. Dans la même veine, Les Grands Initiés d’E. Schuré, un roman onirique qui trace la continuité de « la tradition ésotérique », de Rama à Jésus ! Rien de scandaleux ni de suspect au demeurant, simplement un chemin d’illusion et une voie sans issue. Si l’on veut à présent exprimer des valeurs positives et originales de « refondation » de la Rose-Croix, je suggérerai alors les points suivants :

1. La Rose-Croix des origines est un mouvement chrétien, né en terre protestante, ayant pour objet de régénérer le christianisme et d’établir les bases d’une foi vivante, profonde, d’un christianisme véritable et sincère, au-delà des institutions religieuses elles-mêmes mais pas nécessairement contre elles. Sans cette affirmation chrétienne et, disons-le, sans cette dimension mystique, il n’y a pas de Rose-Croix authentique : rien alors qu’une vague spéculation plus ou moins occultisante, empruntant un vocabulaire chrétien saisi comme un décor et non comme un fondement. La Rose-Croix, dans sa pratique, doit refléter cette tension religieuse, au sens le plus élevé, le plus noble et le plus libre du mot. Dans le contexte protestant de sa fondation cela suppose, par exemple, une réelle fréquentation des textes sacrés, et notamment une lecture spirituelle de la Bible.

2. La Rose-Croix a également toujours mis en avant la compréhension, l’étude et la recherche. Sans travail intellectuel, conçu non comme une fin en soi mais comme une nécessaire préparation à la vie spirituelle, nombre de voies sont possibles mais la voie rosicrucienne est ignorée. N’oublions pas, nous l’avons vu, qu’elle est aussi fille de l’humanisme, et songeons à cette magnifique gravure qui sert de frontispice au fameux ouvrage d’Henry Kunrath (publié en 1595), L’Amphithéâtre de l’éternelle sapience : on y voit un homme, un cherchant, disons un « vrai » Rose-Croix, agenouillé devant un oratoire (l’endroit où l’on prie) qui lui-même est placé immédiatement en face d’un laboratoire (l’endroit où l’on travaille et cherche). Tel est le programme implicite que fixe ce frontispice : travailler avec son esprit pour élever son âme ; chercher la vérité avec intelligence pour trouver Dieu avec le cœur. Mystique, la Rose-Croix l’est sans doute, mais c’est de mystique spéculative qu’il s’agit, de cet effort vers le Divin qui s’aide d’une tentative intelligente de décrypter l’univers à travers tous les signes – la tradition hermético-kabbalistique dit : « les signatures » – qu’il a laissées à notre intention dans un monde qu’il habite depuis toujours et où il faut le retrouver par la conversion de notre regard en tâchant une fois encore, selon le conseil de St Paul, d’entrevoir au travers des choses visibles ce qu’il y a d’invisible dans la création (Colossiens, 1, 15-17).

3. Le domaine de prédilection de cette double recherche, intellectuelle et spirituelle, qui caractérise la Rose-Croix, est l’ésotérisme chrétien dans sa plus grande extension, c’est-à-dire l’ésotérisme occidental issu de la Renaissance, véritable époque axiale, mais à l’exclusion de tout autre sujet. J’insiste sur ce point. Sans prétendre aucunement décerner de bons ou de mauvais points, rappelons simplement que la Rose-Croix n’est pas la Théosophie de Mme Blavastsky, ni le New Age et moins encore le « bazar » moderne des Nouveaux Mouvements religieux (NMR). La fascination pour un Orient de pacotille, pour une parapsychologie naïve, pour un pseudo-ésotérisme qui confond l’hermétisme avec l’occultisme le plus terre à terre, n’a rien de commun avec la tradition rosicrucienne authentique. Son objet n’est pas non plus de réfléchir sur les mérites comparés – et certainement très grands – du bouddhisme ou de l’hindouisme – généralement envisagés, du reste, de façon très superficielle et souvent erronée – et moins encore sur les prétendus mystères de l’Egypte ancienne, largement fantasmée, voire sur ceux du vaudou – j’allais dire : « Grand Dieu » ! – mais bien plutôt d’aller à la découverte du vaste et inépuisable domaine des études et des contemplations qui, de Pic de la Mirandole à Boehme, de Reuchlin à Agrippa, en passant par Paracelse, Fludd ou Maier, pour ne citer que les plus illustres, ont tenté de dépasser une vision strictement confessionnelle et dévotionnelle du christianisme institué pour s’efforcer de retrouver Dieu en chaque chose et le Christ au cœur de nous-mêmes.

4. Enfin, et cela fait lien avec ce que je viens d’évoquer, la tradition hermético-kabbalistique qui sert de colonne dorsale à la Rose-Croix, repose avant tout sur un monde peuplé d’images. La pratique des médiations, de l’imagination créatrice, est un fondement du regard ésotérique, comme l’ont magnifiquement établi de nos jours A. Faivre ou J.-P. Laurant[1]. Il s’agit-là du « monde imaginal » selon H. Corbin[2] – d’autres diraient, avec C. G. Jung, celui des archétypes et de l’inconscient collectif [3] – de ces structures et de ces figures essentielles qui, bien que tracées de main d’homme, renvoient au monde céleste ou tendent vers lui, suggèrent son contact ou du moins son approche, en évoquant le numineux et le « Tout Autre »[4]. Cette confrontation « opérative » – ou opératoire –, à la fois intelligente et méditative, avec les emblèmes de la tradition hermético-kabbalistique doit donc constituer l’une des activités encouragées et mises en œuvre par les Rosicruciens. Les perspectives que l’on vient de tracer sont exigeantes et, à divers égards, assez neuves. Disons qu’à tout le moins elles sont inhabituelles dans le monde de ce qu’il est convenu de nommer le rosicrucianisme à notre époque…

Pour finir, je reprendrai les termes mêmes de la Confessio, publiée en 1615 :

« La philosophie secrète des R.C. est basée sur la connaissance de la totalité des facultés, sciences et arts. »

Insistons bien sur le fait que la « totalité » qui est ici envisagée est moins une totalité encyclopédique – ambition assez vaine, au demeurant – que la totalité de l’être, où les dimensions intellectuelles, morales et spirituelles sont inséparables.

La Confessio poursuit d’ailleurs, un peu plus loin :

« Le portail de la sagesse s'est actuellement ouvert au monde ; mais les Frères ne pourront se faire connaître qu'à ceux qui méritent ce privilège car il nous est interdit de révéler notre connaissance, même à nos propres enfants. Le droit d'accéder aux vérités spirituelles ne s'obtient pas par héritage, il doit s'acquérir par la pureté de l'âme. »

Et enfin :

« Nous déclarons qu'avant la fin du monde Dieu fera jaillir un grand flot de lumière spirituelle pour alléger nos souffrances. Tout ce qui aura obscurci ou vicié les arts, les religions et les gouvernements humains et qui gêne même le sage dans la recherche du réel, sera mis au grand jour, afin que chacun puisse recueillir le fruit de la vérité. »

Par un travail rigoureux, modeste et sincère, faute de voir ce grand jour, efforçons-nous d’en préparer l’avènement… 

[1] J.-P. Laurant, Le regard ésotérique, Paris, 2001.

[2] « La fonction du mundus imaginalis et des Formes imaginales se définit par leur situation médiane et médiatrice entre le monde intelligible et le monde sensible. D’une part, elle immatérialise les Formes sensibles, d’autre part, elle « imaginalise » les Formes intelligibles auxquelles elle donne figure et dimension. Le monde imaginal symbolise d’une part avec les Formes sensibles, d’autre part avec les Formes intelligibles. C’est cette situation médiane qui d’emblée impose à la puissance imaginative une discipline impensable là où elle s’est dégradée en « fantaisie », ne secrétant que de l’imaginaire, de l’irréel, et capable de tous les dévergondages. » Prélude à la 2ème édition de Corps spirituel et Terre céleste, Paris, 1978.

[3] Les racines de la conscience, Paris, 1971, Chapitre 1 : « Les archétypes de l’inconscient collectif ».

[4] R. Otto, Le sacré [1917], Paris, 1995.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/rose-croix/

 

Par Roger DACHEZ - Publié dans : Rose-Croix
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Mercredi 23 avril 2014 3 23 /04 /Avr /2014 07:22

Mon propos n’est évidemment pas ici de reprendre en détail cette histoire elle-même ! Il y a pour cela d’excellents instruments de travail et de bonnes références textuelles – sachant qu’en ce domaine, malheureusement, règnent trop souvent encore la fantaisie la plus débridée, quand ce n’est pas le délire et la confusion les plus inquiétantes ! Tout membre d’un Ordre rosicrucien digne de ce nom doit, je crois, posséder une connaissance au moins approximative de ces sources sérieuses. Cela tient du reste, pour se limiter à la littérature en langue française, en trois ou quatre ouvrages de base [1] qu’il me semble indispensable de lire et de travailler.

1. Pourquoi a-t-on créé la Rose-Croix ?
Cette question préjudicielle n’a en fait jamais reçu de réponse satisfaisante. On peut simplement tenter d’approcher la vérité en s’interrogeant sur le milieu intellectuel des fondateurs (le « Cénacle de Tübingen ») et en les situant dans leur environnement philosophique, politique et religieux.
Les éléments de jugement tiennent en quelques constats :

1.      Rose-Croix a été « inventée » par un groupe informel de jeunes théologiens luthériens qui, près d’un siècle après l’avènement de la Réforme, en Allemagne principalement, constataient avec tristesse que ce mouvement religieux, initialement conçu comme annonciateur d’une libération chrétienne, avait en peu d’années généré une nouvelle orthodoxie – le « luthéranisme », fondé sur le socle devenu intouchable de la Formule de Concorde adoptée en 1577 –, le tout sur fond de mise au pas politique en vertu du principe « cujus regio, ejus religio » (« tel roi, telle religion » [i.e. catholique ou strictement luthérienne selon le choix du Prince]), principe consacré par la Paix d’Augsbourg dès 1555. C’est donc avant tout en raison des risques politiques et religieux impliqués par ce contexte que nos auteurs choisirent l’allégorie pour s’exprimer et l’anonymat pour se protéger;

2.      Pendant le siècle qui venait de s’écouler (le XVIème), deux courants avaient marqué et infléchi la réflexion de certains cercles chrétiens en Europe : a) l’humanisme érasmien – Erasme (1469-1536), l’un des contributeurs involontaires de la Réforme, avait en tout cas imposé l’étude des textes « authentiques » et le retour critique aux sources comme l’une des voies inévitables d’un nécessaire renouvellement religieux ; b) la découverte par des érudits – eux-mêmes souvent liés à l’humanisme renaissant, comme Johannes Reuchlin (1455-1522), véritablement emblématique à cet égard – de la kabbale juive, puis son adaptation au cas du christianisme pour approfondir la compréhension de ce dernier (la kabbale chrétienne) ;

3.      La vogue considérable dont jouissait alors une certaine vision du monde, ou plus précisément une philosophie de la nature, prenant ses racines dans le mouvement hermétiste néo-alexandrin né à Florence vers 1460 avec la redécouverte et la traduction du Corpus Hermeticum par Marsile Ficin (1433-1499), mais ayant pris corps et consistance dans l’œuvre séminale de Paracelse (1493-1541), à la fois philosophique, mystique, médicale et alchimique ; c’est par le biais de tous ces hommes que naquit une nouvelle synthèse, encore confuse et indistincte dans ses contours, ce que F. Yates nommera « le courant hermético-kabbalistique » [2] : une clé de décryptage du monde qui ouvrait des perspectives insoupçonnées et, à son tour, n’était évidemment pas sans implication religieuse.

Or, venant au terme de 150 ans de spéculations diverses et souvent désordonnées dans ces domaines, la Rose-Croix, à travers ses manifestes fondateurs (Fama Fraternitatis, 1614 ; Confessio, 1615 ; Noces chymiques de Christian Rosenkreuz, 1616), évoque sans effort toutes les influences et tous les débats qu’on vient de mentionner et elle tente de les conjuguer :

1.      Ils font clairement référence à la situation religieuse de leur temps, aux déceptions issues de la Réforme luthérienne, à la nécessité d’une « nouvelle Réformation », autant intellectuelle que spirituelle et religieuse - rappelons en outre que le "Rose de Luther" associe déjà cette fleur à la croix ;

2.      Ils font une place de choix à Paracelse, à sa philosophie de la nature et, d’une manière générale, à la tradition hermétique et à l’alchimie exclusivement envisagée sous son angle spirituel;

3.      Ils évoquent également John Dee (1527-1608), avec une mention explicite de la Monade hiéroplyphique (publiée en 1564) dans les Noces chymiques, et cette nouvelle référence n’est pas indifférente

4.      Ils expriment, sous la forme d’un mythe générateur (la vie de Christian Rosenkreuz, sa mort et la découverte miraculeuse de son tombeau, dont dérive la création de l’Ordre), l’espoir de susciter un mouvement qui pourrait conduire à la réformation précédemment évoquée ;

5.      Ils privilégient enfin la « discipline de l’arcane, en tout cas l’anonymat (les Rose-Croix sont en ce sens « invisibles » - je n’ose dire « Inconnus »).

Il reste que, comme cela a été désormais clairement établi, les auteurs des manifestes n’ont jamais constitué de véritable Société ou Ordre de Rose-Croix au sens propre de ces termes. Ils n’ont pas non plus laissé d‘autres instructions ni d’autres messages que ceux contenus dans les manifestes rendus publics et, naturellement, n’ont jamais connu le moindre rituel dans leurs rencontres intimes et leurs échanges informels. Au reste, si Johann Valentin Andreae (1586-1654) publie, en 1619, une utopie intitulée Christianopolis, en lien direct avec la fabulation Rose-Croix et que l’on pourrait considérer comme un « quatrième manifeste », après 1620 on n’entendit plus jamais parler du groupe. Seul Andreae reconnaitra, très tard, sa paternité effective à l’égard des Noces chymiques, mais en qualifiant cet ouvrage de ludubrium (c’est-à-dire une plaisanterie, un canular, on n’ose dire une « farce »…).

Finalement, les premiers Rose-Croix avaient posé un problème, jeté une bouteille à la mer sous la forme d’un appel (c’est le sens du mot latin « Fama ») un peu désespéré, mais ils s’abstinrent d’aller plus loin et notamment de répondre aux multiples réactions que suscitèrent leur initiative – ce qu’ils étaient sans doute bien loin d’avoir envisagé !

A la fin de leurs vies respectives, occupés à d’autres tâches – mais Andreae écrira plusieurs versions d’une utopie d’inspiration rosicrucienne, Christianoplis –, ils durent penser que tout cela n’avait servi à rien. Du reste, comme une cinglante réplique de l’histoire, entre 1618 et 1648 devait se dérouler la Guerre de Trente ans qui éleva notamment l’opposition entre Protestants et Catholiques au rang d’un conflit européen. Les « Chefs de l’Europe » n’avaient manifestement rien entendu…Vient alors assez naturellement la question suivante :

2. Sur quelles bases la tradition rosicrucienne se constitua-t-elle, malgré l’effacement et la disparition de ses premiers concepteurs, et comment fut-elle malgré tout transmise pendant le siècle suivant ?

La publication des trois manifestes aurait n’être qu’un feu de paille, sans lendemain, une mystification littéraire comme il y en eut tant. Or, entre 1614 et 1620, on compte plus de 200 réponses publiées en Europe, émanant parfois d’intellectuels de premier plan (comme Robert Fludd ou Michael Maïer) et, jusqu’au cœur du XVIIIème siècle, on dénombre près de 1000 publications relatives la Rose-Croix : bien plus qu’un phénomène littéraire, c’est un fait de société, un moment dans l’histoire des idées en Europe. Une fascination sans précédent s’est emparée d’une partie significative des milieux intellectuels européens pendant plus d’un siècle. La Rose-Croix en est ressortie toujours vivante mais profondément changée, en tout cas diversifiée. C’est de cette « deuxième » Rose-Croix que nous avons principalement hérité, il faut insister sur ce point.

Il faut en effet distinguer la Rose-Croix originelle – celle des manifestes – de ce que l’on peut appeler la « tradition rosicrucienne », laquelle s’est élaborée et enrichie pendant plusieurs décennies, sans ordre ni méthode, grâce aux apports désordonnés et parfois contradictoires d’auteurs qui, pour la plupart ne se connaissaient pas, ignoraient même le plus souvent ce qui avait déjà été publié, et s’intéressaient à des aspects très divers de la « révélation » initiale. Certains se demandaient encore ce qu’elle avait pu dissimuler, croyant sincèrement en l’existence des mystérieux Rose-Croix ; d’autres se présentaient, plus roublards, comme missionnés par ces derniers ; d’autres enfin saisissaient ce prétexte et l’intérêt de curiosité suscité par le mystère rosicrucien, pour attirer l’attention sur leurs œuvres et se faire connaitre, sinon entendre.

C’est ainsi que peu à peu, s’éloignant à plus d’un titre du projet initial – pour autant qu’il ait été clairement formulé par ses auteurs –, le rosicrucianisme est devenu l’un des principaux courants de ce qu’il est convenu de nommer l’ésotérisme occidental. Rappelons brièvement les autres, par ordre d’apparition : l’hermétisme néo-alexandrin (milieu XVème), la kabbale chrétienne (fin XVème), le paracelsisme (début XVIème). [3] En dehors de la Rose-Croix elle-même, il ne reste, pour compléter le paysage, que la théosophie chrétienne incarnée Jacob Boehme – lequel est exactement contemporain des manifestes mais n’y fait aucune allusion, même s’il est probable qu’il en ait entendu parler.

On voit que dans l’histoire de ces courants, la Rose-Croix tient une place à part : elle ferme la marche, si l’on peut dire et elle emprunte à chacun de ceux qui l’ont précédée. Elle y ajoute une dimension qu’ils n’avaient pas : à savoir, l’idée d’une fraternité secrète chargée de conserver et de transmettre ces enseignements. Le rosicrucianisme en est ainsi venu à se présenter, dans le courant du XVIIème siècle, sans avoir alors jamais existé réellement en tant qu’institution, comme le modèle de la société secrète, de l’Ecole des mystères dans l’Europe moderne. Il lui manquait une seule caractéristique pour l’achever ou le parfaire : la notion d’initiation – parfaitement absente des manifestes, bien que l’idée d’une expérience de la transmutation y soit présente, comme l’un des invariants majeurs des courants ésotériques. [4] Il est probable que le modèle maçonnique, développé en Grande-Bretagne dans la deuxième moitié du XVIIème siècle – où l’on retrouve d’ailleurs des propagateurs de la littérature rosicrucienne en Angleterre ou en Ecosse, comme Robert Moray (1608-1673) ou Elias Ashmole (1617-1692) – a joué ici un rôle d’entrainement, par capillarité sociale en quelque sorte, pour donner corps à la synthèse finale.

De simple corpus littéraire qu’il était à l’origine, le rosicrucianisme s’est donc transformé en une voie initiatique par une sorte de parcours inverse de celui de la franc-maçonnerie spéculative : dans ce dernier cas, un rituel opératif, assez simple et de caractère coutumier, aurait précédé l’incursion de préoccupations philosophiques visant à lui donner un sens nouveau et plus riche, tandis que dans le cas de la Rose-Croix, un courant philosophique complexe et vieux de plus d’un siècle s’est finalement inscrit dans une pratique rituelle nouvellement créée à cet effet !

Tout cela s’est opéré en Allemagne – encore ! – et à un moindre degré en France, au cours du XVIIIème siècle, puis en Angleterre sur une échelle bien plus impressionnante au cours du siècle suivant. Toute la question est ici de juger des relations qui peuvent exister entre ces différentes filières.

3. Quels enseignements tirer de la généalogie des premières Sociétés de Rose-Croix ?

Une remarque préliminaire s’impose ici. Dans la première moitié du XVIIIème siècle, l’expression « Rose-Croix » était devenue une appellation rigoureusement non protégée. Elle servait à désigner à peu près tout ce qui relevait de l’occulte, du mystérieux, depuis les superstitions populaires, ou presque, jusqu’à la théurgie, en passant par la magie, les arts divinatoires et bien sûr l’alchimie. On n’est donc pas surpris que, vers 1760, venant apparemment d’Allemagne, un grade maçonnique qui fera son entrée en France par l’est du pays (Nancy, Metz), sous le nom de « Rose-Croix », se soit présenté – avec succès – comme le nec plus ultrades connaissances maçonniques. Or, si ce grade est effectivement chrétien dans son contenu comme dans ses décors, il n’emprunte rien, notons-le bien, qui soit spécifique à la tradition rosicrucienne. Rose-Croix voulait simplement dire ici : « très secret, très mystérieux, très vénérable »…

Les cercles rosicruciens proprement dits, en fréquent compagnonnage avec la franc-maçonnerie mais bien distincts d’elle, se sont structurés en deux temps principaux : c'est en 1710 que parut à Breslau, en Allemagne : La véritable et parfaite préparation de la Pierre Philosophale de la Confrérie de l'ordre de la Rose-Croix d'Or — Die Wahrhafte und Vollkommene Bereitung des Philosophischen Steins, der Brüdeschafft aus dem Orden des Gulden- und Rosen-Creutzer. L'auteur est Sincerus Renatus, pseudonyme du prédicateur silésien Samuel Richter, disciple de Paracelse et de Jacob Boehme. Ce texte est un traité d'alchimie se terminant par La Profession des Rose Croix d'Or qui énumère 52 règles de la Fraternita Aureæ et Roseæ Crucis, ou Fraternité de la Rose Croix d'Or. Mais rien, à cette époque, ne témoigne de l’existence réelle de cet Ordre, pas davantage qu’un siècle auparavant. Cela paraît encore, à l’exemple des manifestes un siècle plus tôt, une sorte de fiction littéraire. En revanche, vers 1757 l’existence de petits groupes organisés est plus assurée, et surtout entre 1777 et 1786 un Ordre véritable va apparaître sous le nom d’Ordre de la Rose-Croix d’Or d’Ancien système. Ses rituels et ses usages, qui nous sont en partie parvenus, méritent d’être étudiés [5] : ce sont, à proprement parler les plus anciens rituels rosicruciens proprement dits. Cette société, qui prospérera surtout en Allemagne et en Europe du nord, compta plusieurs dizaines de cercles et peut-être jusqu’à 1000 adeptes mais ne vécut pas au-delà de la 1785. Pourtant, elle laissera une empreinte ineffaçable et notamment deux legs importants pour la suite de la tradition rosicrucienne qui en dérive :

1. Une échelle de neuf grades :

        I. Juniores

       II. Theoretici

       III. Practici

       IV. Philosophi

       V. Minores

      VI. Majores

     VII. Adepti Exempti

    VIII. Magistri

      IX. Magi.

2. Une iconographie somptueuse et déroutante, celle qui orne les magnifiques Geheime Figuren der Rosenkreuzer (Figures secrètes des Rose-Croix), ouvrage publié à Altona entre 1785 et 1788 et qui apparait comme une création typique de l’Ordre finissant.

Mesurons ici le chemin parcouru : au moment de se structurer avec un rituel, des symboles et des enseignements transmis institutionnellement dans le cadre d’un ordre hiérarchisé, la Rose-Croix avait en quelque sorte amalgamé tout ce qui avait trait à l’hermétisme et la kabbale, en adoptant la révélation chrétienne comme fil conducteur, sous la métaphore du Grand Œuvre, tout comme celle de la remontée de l’Arbre séphirotique, thème à peine esquissé mais déjà présent chez les Rose-Croix d’Or. Cependant, elle avait assez largement laissé de côté les spéculations d’origine relatives à la « nouvelle Réformation ». Quant à Christian Rosenkreuz et à sa légende, ils paraissaient très oubliés.

Le rosicrucianisme « moderne » est donc finalement né en Angleterre au milieu du XIXème siècle avec la Societas Rosicruciana in Anglia (SRIA), définitivement établie en 1867 et qui a vu défiler à sa tête, depuis 150 ans, les plus grands noms des études maçonniques et ésotériques en Grande-Bretagne.

Ce n’était toutefois que le début d’une nouvelle histoire qui s’est prolongée jusqu’à nos jours, parfois pour le meilleur (ou presque) et trop souvent pour le pire…

[1] Citons avant tout : R. Edighoffer, Les Rose-Croix, Que Sais-je ?, 1982 ; J.M. Vivenza, B.A.-BA de la Rose-Croix, 2005 ; et, plus étoffé : P. Arnold, Histoire des Rose-Croix, 1990 ; sans oublier, dans une perspective particulière (et du reste en partie contestée depuis, mais toujours stimulante) : F. Yates, La lumière des Rose-Croix, 1972. Des ouvrages assez prisés dans les milieux maçonniques sur ce sujet, comme ceux de J.-P. Bayard ou S. Hutin par exemple – pour ne pas parler de certaines publications de trop nombreux Ordres rosicruciens contemporains – sont en revanche à éviter car trop remplis d’inepties, au milieu de quelques généralités assez exactes, naturellement…

[2] F. Yates, La philosophie occulte à l’époque élisabéthaine, Paris, 1987.

[3] Cf. A. Faivre, « Sources des courants ésotériques modernes », in Accès de l’ésotérisme occidental, Paris, 1996 (2 vol.), t. I, 50-137.

[4] Sur ces invariants : A. Faivre, « Réflexions sur la notion d’ésotérisme », ibid., 15-47.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/rose-croix/

 

 

 

[5] B. Beyer, Das Lehrsystem des Ordens der Golg- und Rosenkreuzer, Leipzig, 1925, rep. 1978, 1987

 

 

 

 

Par Roger DACHEZ - Publié dans : Rose-Croix
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Dimanche 18 novembre 2012 7 18 /11 /Nov /2012 09:33

Avec la guerre de Trente Ans, le Rosicrucianisme se fait discret. En Allemagne, ses partisans se réfugient dans la mouvance alchimique qui connaît alors un grand développement. En Angleterre, les Rosicruciens se fondent dans la Franc-Maçonnerie naissante. Ils réapparaîtront au grand jour au milieu du XVIIIe siècle, en se prévalant d'une origine antérieure à la Franc-Maçonnerie et au christianisme, et en revendiquant une filiation remontant aux Égyptiens.

Rose-Croix et Francs-Maçons

La Franc-Maçonnerie naît en Angleterre au XVIIIe siècle, dans un " terreau " préparé par le Rosicrucianisme. Certains auteurs, comme J. G. Buhle en 1804 ou Thomas de Quincey en 1824, voient en elle une émanation de la Rose-Croix. Dès 1638, les relations entre les deux mouvements sont évoquées dans The Muses, un poème d'Adamson publié à édimbourg. Ce texte indique : " Car nous sommes des Frères de la Rose-Croix ; nous possédons le mot de Maçon et la double vue. " Quelques années plus tard, le 10 octobre 1676, le Poor Robin's Intelligence publie une notice indiquant que " l'Ancienne Fraternité de la Rose-Croix, les Adeptes de l'Hermétisme et de la Compagnie des Maçons Acceptés, ont décidé de dîner ensemble ". Ce lien sera encore souligné dans un article du Daily Journal du 5 septembre 1730 qui indique : " Il existe une Société à l'étranger, de laquelle les Francs-Maçons anglais […] ont copié quelques cérémonies, et s'efforcent de persuader le monde qu'ils en sont issus et lui sont identiques. On les appelle Rosicruciens. "

Le Frère I.O.

 Il est frappant de constater que les deux plus anciennes références relatant des initiations maçonniques, concernent des hommes ayant été en relation directe ou indirecte avec le Rosicrucianisme. La première se rapporte à sir Robert Moray. Elle mentionne que le 20 mai 1641, il fut initié à la Maçonnerie dans la loge Mary's Chapel d'édimbourg. Il est intéressant de noter que Robert Moray, l'un des membres fondateurs de la Royal Society, passionné d'alchimie, est le protecteur de Thomas Vaughan (1622-1666). Or, ce dernier, sous le pseudonyme d'Eugenius Philalethe, est l'auteur de The Fame and Confessio (1652), la traduction anglaise de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis.La seconde référence se rapporte à Elias Ashmole (1617-1692), qui fut admis dans une loge maçonnique à Warrington, le 16 octobre 1646. Six ans plus tard, il publie le Theatrum Chemicum Britannicum (1652), un volume qui regroupe une importante collection de traités alchimiques. Or, dès les premières lignes de ce livre, Elias Ashmole se réfère à la Fama Fraternitatis. Il rappelle que le premier Manifeste rosicrucien indique la venue en Angleterre d’un des quatre premiers compagnons de Christian Rosenkreutz, le " Frère I.O. ". D'autres éléments montrent qu'Elias Ashmole éprouvait un intérêt tout particulier pour la Rose-Croix. En effet, on a retrouvé dans ses archives une copie autographe des Manifestes rosicruciens, ainsi que le texte d'une lettre dans laquelle il demandait son admission dans la Rose-Croix. Un peu plus tard, Nicolas de Bonneville ira jusqu'à dire que la Franc-Maçonnerie a emprunté toutes ses allégories, symboles ou paroles aux Rose-Croix (La Maçonnerie écossaise comparée avec les trois professions et Le Secret des Templiers du XIVe siècle, 1788). Certes, il serait abusif de déduire de ces éléments que la Franc-Maçonnerie trouve son origine dans la Rose-Croix. Cependant, force est de constater que les premiers Francs-Maçons s'inscrivent dans la mouvance rosicrucienne anglaise du XVIIIe siècle.

La Constitution d'Anderson

Si les activités de la Franc-Maçonnerie débutent au XVIIIe siècle, il est généralement admis que l'acte fondateur de cette société date de 1717. C'est à ce moment qu'est fondée la Grande Loge de Londres. Mais le moment qui marque le mieux la fondation de la Franc-Maçonnerie est celui qui voit la publication de la Constitution d'Anderson (1723) par le duc de Wharton, son Grand Maître à l'époque. Ce texte, présenté comme une refonte et une correction de " vieilles archives " maçonniques, fut rédigé par James Anderson, Jean-Théophile Désaguliers et Georges Payne. Les archives en question sont les Old Charges, ou Anciens Devoirs, textes appartenant aux anciennes confréries de tailleurs de pierres, les guildes, dont les textes les plus anciens remontent au XIVe siècle (ex. : Regius, 1390, et Cooke, 1410). Mais plutôt que de descendre directement des anciennes guildes de maçons opératifs, la Franc-Maçonnerie est une société de penseurs ; on parle de Maçonnerie " spéculative ". Elle se place dans une descendance remontant à Adam et revendique l'héritage des Arts Libéraux, sciences qui furent jadis gravées sur les deux colonnes rescapées du Déluge.La Constitution d'Anderson, outre l'histoire légendaire de la Franc-Maçonnerie, donne les règlements de l'Ordre, ainsi que quelques chansons destinées à agrémenter les réunions de loge. D'une manière générale, on peut dire que le projet de la Constitution est plus social que spirituel. A une époque marquée par les divisions engendrées par la Réforme et la Contre-Réforme, elle se contente d'indiquer à ses membres d'être " de la religion dont tous les hommes conviennent, et qui consiste à être des hommes bons, équitables, dignes et honnêtes, quelles que soient les dénominations ou croyances par lesquelles ils peuvent se distinguer "

Hiram et Rosenkreutz

Au XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie n'a pas l'organisation que nous lui connaissons aujourd'hui. Elle ne prend sa structure de base, composée de trois degrés — Apprenti, Compagnon et Maître (Maçonnerie bleue, ou Craft Degrees pour les anglo-saxons) — qu'après quelques années. Elle ne comportait initialement que deux grades, ceux d'Apprenti-entré et de Compagnon. Un troisième, dit de Maître, apparaît vers 1730. Il faut attendre la seconde édition de la Constitution d'Anderson, celle de 1738, pour trouver une référence officielle à ce degré, et patienter jusqu'en 1760 pour que la symbolique qui lui est attachée, celle du mythe d'Hiram, soit vraiment admise en Angleterre (2). Sous certains aspects, comme celui de la symbolique liée à la découverte du tombeau du Maître, Hiram reprend des traits de Christian Rosenkreutz. Faut-il voir dans Hiram, comme l'indique Antoine Faivre, un fils de Christian Rosenkreutz ? " Fondateur mythique lui aussi, le premier serait alors un Christian réduit à la relative abstraction dans la galerie des grandes figures hiératiques de la " Tradition " .A ses débuts, la Franc-Maçonnerie ne se présente pas véritablement comme une société initiatique. Ses cérémonies sont d'ailleurs qualifiées de " rites de réception ". Le terme " initiation " n'apparaît dans ses textes que vers 1728-1730, et il ne deviendra officiel en France qu'à partir de 1826 Même si les rituels propres à la Maçonnerie confèrent un aspect mystérieux à ses réunions, les loges sont essentiellement des lieux où l'on pratique la philanthropie et où l’on cultive les beaux-arts. Ce n'est que progressivement qu'elle va développer un aspect initiatique et ésotérique

Les Mystères d'Égypte

Contrairement à ce qui s'était produit à la Renaissance, les références à l'Égypte avaient pratiquement disparu au XVIIe siècle. Il demeure malgré tout quelques exceptions comme Gerhard Dorn, un disciple de Paracelse. Portant un regard critique sur l'ésotérisme de son époque, il indiquait que la révélation primordiale, jadis confiée à Adam et portée à la perfection par les égyptiens, avait été déformée par ceux qui nous l'avaient transmise, à savoir les grecs. Le jésuite Athanasius Kircher (1610-1680), un savant passionné d'archéologie, de linguistique, d'alchimie et de magnétisme, est une autre exception. Durant de nombreuses années, il s'est efforcé de pénétrer les secrets des hiéroglyphes égyptiens. Dans son livre Œdipus Ægyptiacus (1652), il indique que ces mystérieux caractères cachent ce qu'il reste de la connaissance confiée par Dieu aux hommes avant le Déluge. Il voit donc dans l'Égypte le berceau de toutes les connaissances(6). Avant que Champollion ne découvre le sens des hiéroglyphes (1822), ses ouvrages sur l'Égypte feront référence. Un ouvrage témoigne du renouveau de l'intérêt pour l'ésotérisme égyptien : Séthos, histoire ou vie tirée des monuments, anecdotes de l'ancienne Égypte (1731) de l'abbé Terrasson (1670-1751). Il s'agit d'un roman dans lequel l'auteur évoque l'antiquité égyptienne, sa religion, son organisation, son intérêt pour les sciences, au nombre desquelles il faut compter l'art de la transmutation dont Hermès Trismégiste connaissait les secrets. Son livre nous fait assister à l'initiation d'un prince égyptien, dans les temples secrets de Memphis. Comme l'indique Boucher de la Richardière, " il donne un tel degré de vraisemblance à la manifestation des mystères d'Isis, réputés jusqu'alors impénétrables, qu'on croirait qu'ils lui ont été révélés par l'un des initiés ou l'un des prêtres égyptiens ". Ce livre va remettre l'Égypte à la mode, comme en témoigne l'opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau, La Naissance d'Osiris (1751). Bientôt Wolfgang Amadeus Mozart donnera La Flûte enchantée (1789), un opéra qui mêle initiation maçonnique et tradition égyptienne.

La religion noachite

Le livre de l'abbé Terrasson va stimuler l'imagination de nombreux francs-maçons dans la création de nouveaux grades qui vont bientôt apparaître. En effet, quelques années plus tard, la structure hiérarchique des grades maçonniques s'enrichit. Le 26 décembre 1736, le chevalier André-Michel Ramsay (1686-1747), disciple de Fénelon et de Mme Guyon, prononce à la loge parisienne du Louis d'Argent, un discours qui entraîne l'apparition de ce que l'on appelle les " hauts grades " (Écossisme ou Side-Degrees pour les anglo-saxons), c'est-à-dire les degrés supérieurs à celui de Maître (9). Dans son discours, Ramsay présente la Franc-Maçonnerie comme étant la résurrection de la " religion noachite ", une religion primordiale, universelle et sans dogmes. Il ajoute que c'est par les Croisades que ce Saint Ordre a été ramené en Grande-Bretagne avant de se répandre dans le reste de l'Europe. Bientôt, les légendes relatives aux Templiers, à la Chevalerie, à l'Ancien Testament, vont éveiller l'intérêt des fondateurs des hauts grades . L'Égypte, les sciences occultes comme l'alchimie, l'astrologie, la kabbale et la magie vont aussi être intégrées à ces transformations. Entre 1740 et 1773, les hauts grades vont proliférer avec une certaine anarchie. C'est parmi eux que réapparaît la Rose-Croix, sous la forme d'un haut grade. Ce dernier jouit très rapidement d'une aura prestigieuse ; on voit en lui le grade terminal, voire le nec plus ultra de la Franc-Maçonnerie (11).Cependant, certains systèmes de hauts grades se constituent en Ordres indépendants. C'est le cas en France, vers 1754, avec l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus-Cohens de l'Univers de Martinès de Pasqually (1710?-1774), ou en Allemagne à la même époque, avec la Stricte Observance Templière du baron Carl von Hund (1722-1776). C'est à ce moment que le Rosicrucianisme reprend sa liberté pour se constituer en Ordre autonome.

Rose-croix d'or et Rose rouge

C'est d'abord sous les auspices de l'alchimie que la Rose-Croix réapparaît. En effet, au cours des années 1700-1750, l'art d'Hermès connaît un grand développement. De nombreux cercles d'alchimistes se forment en Saxe, en Silésie, en Prusse, en Autriche et en Bavière. On rapporte qu'à Vienne, on comptait alors plusieurs milliers d'alchimistes . La plupart d'entre eux se réclament du rosicrucianisme, comme par exemple ceux de la Société Alchimique de Nuremberg. Selon certains auteurs, G. W. Leibniz (1646-1716) aurait été le secrétaire de cette société.En 1710, soit sept ans avant la publication de la Constitution d'Anderson, Sincerus Renatus (Samuel Richter), un pasteur luthérien à tendance piétiste, qui se disait disciple de Paracelse et de Jacob Boehme, publie La vraie et parfaite préparation de la Pierre Philosophale de la Fraternité de l'Ordre de la Croix d'Or et de la Rose-Croix, appelée aussi Rose-Croix d’Or. Il s'agit d'un traité d'alchimie qui comporte des pratiques de laboratoire et donne en appendice les cinquante-deux règles qui régissent l'Ordre de la Rose-Croix d'Or. Ce règlement indique que l'Ordre ne doit pas se composer de plus de soixante-trois Frères, et qu'il est dirigé par un Imperator élu à vie. Dans sa préface, Sincerus Renatus précise que ce texte n'est pas son œuvre propre, mais celle d'un " Professeur de l'Art " dont il ne peut révéler l'identité. Il indique que l'Ordre possédait deux centres, l'un à Nuremberg et l'autre à Ancone, mais que depuis quelques années, ses membres ont quitté l'Europe pour les Indes afin de pouvoir vivre plus tranquillement.Ce livre de Sincerus Renatus s'inspire de l'Écho de la Fraternité, […] de l'illustre Ordre R.C. (1615) de Julius Sperber, ainsi que du Témis d'or (1618) de Michael Maier. Il reprend aussi certains règlements de l'Ordre des Inséparables, un ordre alchimique fondé en 1577. En fait, l'Ordre décrit par Sincerus Renatus ne semble pas avoir existé. Notons au passage qu'il reprend un nom, celui de Rose-Croix d'Or, que Petrus Mormius avait déjà utilisé en 1630 dans son Arcanes très secrètes de toute la nature dévoilée par le collège rosarien. Ce dernier est l'auteur d'une légende qui veut que Frédéric Rose, qui aurait vécu dans le Dauphiné, ait fondé en 1622 une société secrète de trois membres : la Rose-Croix d'Or. Quoi qu'il en soit, le terme de " Rose-Croix d'Or " va connaître une certaine fortune et quelques-uns de ses règlements se retrouveront plus tard dans les instructions du grade maçonnique-rosicrucien des Princes Chevaliers Rose-Croix.

La Toison d'Or

Dans les années qui suivent, un Ordre rosicrucien va voir le jour. En 1749, Hermann Fictuld publie son Aureum Vellus, dans lequel il évoque une Société des Rose-Croix d'Or qu'il présente comme l'héritière de l'Ordre de la Toison d'Or fondé par Philippe le Bon en 1492. Vers 1757, il crée un rite maçonnique à tendance alchimique et piétiste, composé d'un ensemble de grades rosicruciens : la Societas Roseæ et Aureæ Crucis ou Fraternité des Rose-Croix d'Or. Cette Société essaime dans plusieurs villes comme Francfort-sur-le-Main, Marburg, Kassel, Vienne et Prague. Elle semble s'éteindre vers 1764. En réalité, elle se réforme grâce à Schleiss von Löwenfeld et Joseph Wilhelm Schröder. Finalement, elle donne naissance à un autre rite maçonnique rosicrucien qui apparaît entre 1770 et 1777 en Bavière, en Autriche, en Bohême et en Hongrie. Il est d'abord adopté par une loge maçonnique de Ratisbonne, la Croissante aux Trois Clefs. En 1771, il est adopté également par une loge de Vienne, L'Espérance, qui donne naissance à celle des Trois Épées. Cette loge devient la pépinière de ce rite maçonnique rosicrucien qui cultive l'alchimie et la théurgie.

La Rose-Croix d'Or d'Ancien Système

A partir de 1776, des membres de la loge des Trois Épées, Johann Rudolf von Bischoffswerder (1714-1803), officier prussien, puis ministre de la guerre à la mort du grand Frédéric, et Jean Christophe Wöllner (1732-1800), pasteur, instaurent un nouvel Ordre maçonnique rosicrucien : l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système. La loge des Trois Globes de Berlin devient le centre de ses activités. Cet Ordre adopte une hiérarchie de neuf grades : Juniores, Theoretici, Practici, Philosophi, Minores, Majores, Adepti Exempti, Magistri et Magi, dont les aspects symboliques sont présentés dans les textes de la Réforme adoptés lors de la Convention que l'Ordre tient à Prague en 1777.Comme l'indique René Le Forestier, les enseignements des Juniores reproduisent cent dix pages de l'Opus mago-cabbalisticum et theosophicum (1719) de Georg von Welling, (livre avec lequel Goethe s'initiera bientôt à la pensée rosicrucienne). L'instruction et le rituel des Theoretici reprennent le Novum laboratorium medico-chymicum, de Christophe Glaser (1677). Quant aux opérations alchimiques enseignées aux Magistri, elles sont empruntées à deux livres de Henri Khunrath : la Confessio de Chao Physico-chemicorum catholico (1596) et l'Amphiteatrum sapientiæ æternæ (1609). Les rituels et les enseignements de cet Ordre sont donc nettement orientés vers l'alchimie .C'est dans cette mouvance, où se mêlent Alchimie, Rosicrucianisme et Franc-Maçonnerie, que naît le célèbre livre des Symboles secrets des Rosicruciens des XVIe et XVIIe siècles (Altona, 1785 et 1788) .Composé essentiellement de traités alchimiques magnifiquement illustrés, il est souvent présenté comme le livre rosicrucien le plus important après les trois Manifestes.

Esséniens et Templiers

 L'Ordre maçonnique de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système (nous précisons ici " maçonnique " afin de distinguer ce mouvement de groupes récents qui utilisent le même nom sans avoir pourtant de lien avec ces rosicruciens du XVIIIe siècle), possède une caractéristique qui le différencie du Rosicrucianisme du XVIIe siècle : il revendique une filiation remontant à Ormus, ou Ormissus, un prêtre égyptien baptisé par saint Marc. Ormus aurait alors christianisé les Mystères de l'Égypte et aurait fondé l'Ordre des Ormusiens en lui donnant pour symbole une croix d'or émaillée de rouge. En 151, les Esséniens se seraient joints à eux et cet Ordre aurait pris le nom de Gardiens du Secret de Moïse, Salomon et Hermès.Après le IVe siècle, l'Ordre ne compta jamais plus de sept membres. Au XIIe siècle, il admit des Templiers, et lorsque les chrétiens perdirent la Palestine en 1118, les membres de l'Ordre se dispersèrent dans le monde. Trois d'entre eux seraient venus s'installer en Europe et auraient fondé l'Ordre des Constructeurs d'Orient. Raymond Lulle aurait été admis dans cet Ordre dans lequel il initia bientôt Edouard Ier. Par la suite, seuls les membres de la maison d'York et de Lancaster furent les dignitaires de l'Ordre ; c'est la raison pour laquelle on ajouta à la croix d'or, utilisée comme symbole de l'Ordre, la rose qui figurait dans les armoiries des deux familles.

Les Frères Initiés d'Asie

 Ainsi serait né l'Ordre maçonnique de la Rose-Croix d'Or. Quoi qu'il en soit de cette filiation mythique, cet Ordre, qui naquit en Allemagne au XVIIIe siècle, se développa essentiellement dans le sillage de la Stricte Observance Templière qui était alors le rite maçonnique le plus important en Allemagne. Il faut souligner que si jusqu'alors le rosicrucianisme n'avait donné naissance qu'à de petits groupes dont on n'a découvert aucun rituel jusqu'à nos jours, l'Ordre maçonnique de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système a laissé de nombreux documents qui attestent de son activité. Il connut d'ailleurs un grand rayonnement en Europe centrale, et de nombreuses personnalités, comme le prince Frédéric-Guillaume ou Nicolaï Novikov en Russie, en furent membres. Il fut mis en sommeil par ses fondateurs en 1787, après avoir donné naissance aux Frères Initiés d’Asie (1779), dont Charles de Hesse-Cassel fut le Grand Maître. C'est sans doute dans cette mouvance qu'il faut situer l'énigmatique comte de Saint-Germain. En effet, à partir de 1778, il s'installe chez Charles de Hesse-Cassel qui devient son élève et son protecteur .

Le grade Rose-Croix

 C’est pratiquement lorsque naît l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système, qu’apparaît le haut grade de Rose-Croix à l'intérieur de la Franc-Maçonnerie. Son existence est attestée pour la première fois en 1757 sous le nom de Chevalier Rose-Croix, dans les activités de la loge des Enfants de la Sagesse et Concorde. Comme nous l’avons vu précédemment, ce grade de Rose-Croix est très vite considéré comme le nec plus ultra de la maçonnerie. Il est le septième et ultime grade du Rite Français de 1786, et le dix-huitième du Rite Écossais Ancien et Accepté. Il présente cependant une spécificité qui va susciter de nombreux débats. En effet, alors que l'ensemble des grades maçonniques insistent sur l'universalité de la sagesse, ce grade est spécifiquement chrétien. C'est la raison pour laquelle certains Francs-Maçons tenteront de le déchristianiser au XIXe siècle en proposant une interprétation philosophique de son symbolisme .Dans son Étoile Flamboyante (1766), le baron de Tschoudy y voit " le catholicisme mis en grade ". Il est vrai que sa symbolique ne renvoie pas aux thèmes que l'on retrouve dans le Rosicrucianisme du XVIIe siècle. Il n'évoque pas Christian Rosenkreutz, mais met en scène le Calvaire au Golgotha, puis la Résurrection du Christ et comporte des agapes où l'on partage le pain et le vin, une cérémonie qui s'apparente à la Cène. Au cours de son initiation à ce grade, le récipiendaire revit l'errance qui suivit la destruction du Temple de Jérusalem. Il cherche la Parole Perdue et son voyage lui permet de découvrir la Foi, l'Espérance et la Charité, trois vertus. Enfin, le sens secret de I.N.R.I. lui est révélé.Les plus anciens rituels du grade de Rose-Croix datent de 1760 (Strasbourg) et 1761 (Lyon), c'est-à-dire juste quelques années après l'apparition de la Societas Roseæ et aureæ crucis de Francfort. Une correspondance échangée en juin 1761 entre les maçons de Metz et ceux de Lyon nous apprend que les lyonnais pratiquent un grade inconnu de leurs frères de Metz, celui de Chevalier de l'Aigle, du Pélican, Chevalier de Saint André ou Maçon d'Heredom, autres désignations du grade maçonnique de Rose-Croix. Le discours qui accompagne une autre version de ce grade évoque l'origine de l'Ordre en se référant aux Sabéens, les Brames, les Mages, les Hiérophantes et les Druides qu'il présente comme les ancêtres des Rosicruciens . Les Rose-Croix y sont montrés comme les héritiers d'une chaîne d'Initiés dont les maillons sont les Égyptiens, Zoroastre, Hermès Trismégiste, Moïse, Salomon, Pythagore, Platon et les Esséniens. Cette lignée rappelle celle qu'évoquait Michael Maier dans le Silentium Post Clamores (1617) en reprenant l'idée de Tradition Primordiale chère à l'Hermétisme de la Renaissance. On retrouvera cette notion dans le Régulateur des Chevaliers Maçons ou les quatre Ordres supérieurs suivant le régime du G... O... (1801).

Chevalerie Spirituelle

 Les éléments que l'on trouve dans ces grades maçonniques rosicruciens trouvent sans doute leurs origines dans un manuscrit découvert à Strasbourg en 1760. Ce texte, intitulé De la Maçonnerie parmi les Chrétiens, aborde les origines de la Franc-Maçonnerie d'une manière singulière. Il fait des maçons les descendants des Chanoines du Saint-Sépulcre, qui seraient des Rose-Croix dépositaires des Esséniens. Ces chanoines auraient ensuite confié leurs enseignements secrets aux Templiers.Avec ces grades maçonniques-rosicruciens se mettent en place des références à l'Égypte, aux Esséniens et aux Templiers comme source de l'initiation. Ils tentent de relier le Rosicrucianisme avec des Sages appartenant aux religions antiques et à un Christianisme originel souvent idéalisé à travers les Esséniens et les Templiers . En fait, ils posent à nouveau le problème des sources de la Tradition et des rapports qui existent entre les différents courants initiatiques.Certes, la manière dont ils nous peignent ces origines ne doit pas être prise à la lettre, et Henry Corbin reproche à René Le Forestier de s'être contenté de n'avoir étudié les choses que sous cet angle. Peu importe qu'un personnage comme Ormus ait réellement existé. Pour Henry Corbin, c'est au-delà de l'historicisme qu'il faut entendre cette filiation. Les Esséniens, les Chanoines du Saint-Sépulcre, ou les Templiers doivent essentiellement être considérés comme des symboles renvoyant à une réalité supérieure. On soulignera donc ici le ridicule auquel se livrent un certain nombre d'Ordres qui se prétendent héritiers des Templiers en reprenant des rites et des accoutrements qui n'ont plus lieu d'être. Comme le disait Joseph de Maistre, dans son Mémoire au duc de Brunswick, l'initiation existait avant les Templiers et elle continua de se perpétuer après eux.Henry Corbin voit dans les mythes se rapportant aux Ordres que nous venons d'évoquer, des éléments renvoyant à une filiation spirituelle à travers une Chevalerie Spirituelle. Cette Fraternité de Lumière œuvre depuis les origines mêmes de la Création à l'élévation de l'humanité vers le Temple spirituel, c'est-à-dire aux retrouvailles entre l'homme et le Divin. Comme il le précise, la " continuité de cette tradition ne relevant pas d'une causalité historique immanente, elle ne peut s'exprimer qu'en symboles. Ses transmetteurs s'exhaussent au rang de personnages symboliques ". La filiation des mouvements qui œuvrent à cette tâche n'est pas à rechercher dans l'histoire visible, mais dans la hiérohistoire, l'histoire sacrée, et dans ce sens, il n'est pas faux de voir une filiation entre ces différents mouvements, pourvu qu'on ne prenne pas celle-ci à la lettre. On notera cependant qu'à l'époque que nous venons d'étudier ici, la Rose-Croix aura souvent été présentée comme le joyau de cette chevalerie spirituelle.

Lumière et illuminisme

 Avec le XVIIIe siècle, on a donc assisté à la création d'une multitude d'Ordres initiatiques. Nous n'avons évoqué ici que ceux qui se rapportent directement ou indirectement à la Maçonnerie Rosicrucienne. Ajoutons cependant que le rosicrucianisme continua d'évoluer secrètement, en dehors des mouvements que nous venons d'évoquer. La prolifération de ces Ordres a engendré beaucoup de confusion dans le monde de l'ésotérisme. Déjà, en leur sein s'opposent les positivistes partisans des Lumières et les spiritualistes favorables à l'illuminisme. Avec la campagne napoléonienne, la fascination pour l'Égypte va augmenter, et l'ésotérisme occidental va être secoué par une découverte ouvrant vers de nouvelles directions : le Magnétisme.

Extrait de la revue Rose+Croix n° 199 - automne 2001

Par Christian Rebisse - Publié dans : Rose-Croix
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Vendredi 16 novembre 2012 5 16 /11 /Nov /2012 21:14

Pour un non-initié, les Rose-Croix et les Francs-Maçons ont en commun d'appartenir à une école de pensée, à une société secrète, voire même à une “secte” ésotérique ayant le même genre de préoccupations. Il est un fait que ces deux organisations ont des liens traditionnels et historiques, au point que certaines obédiences maçonniques spiritualistes comportent toujours le grade de Chevalier Rose-Croix.

En 1824, Thomas de Quincey publie dans London Magazine un article intitulé « Historico-Critical Inquiry into the origins of the Rosicrucians and the Freemasons », où il indique que la Franc-Maçonnerie n'est ni plus ni moins que le Rosicrucianisme modifié par ceux qui l'ont introduit en Anglererre. Que faut-il en penser ?

 

1. Un ésotérisme commun

 

Sur le plan historique, la Franc-Maçonnerie est née en Angleterre au XVIIIe siècle. Sans procéder directement de la Rose-Croix qui fleurit au siècle précédent, elle se développe dans un terreau préparé par le Rosicrucianisme. Quelques années après sa naissance, la Franc-Maçonnerie intègre d'ailleurs un grade de « Chevalier Rose-Croix », puis en vient même à créer plusieurs mouvements rosicruciens. Sans se livrer à une analyse exhaustive de l'ensemble de ces mouvements et de leurs doctrines, il est intéressant d'évoquer quelques groupes dans lesquels les deux Ordres se sont côtoyés au cours des siècles passés.

A la Renaissance, l'Europe recueille tout un héritage ésotérique venant de l'Antiquité. L'alchimie, la kabbale, l'astrologie et la magie connaissent un grand développement dont le Rosicrucianisme marque l'aboutissement au XVIIe siècle. Ce siècle est aussi en proie à une véritable crise morale. En effet, les progrès de la science ébranlent les fondements de l'Occident chrétien et la religion perd une partie de son autorité. Il s'ensuit un déchirement conduisant aux guerres de religions. Chacun se réfugie dans l'intégrisme et le fanatisme, et l'Europe est bientôt à feu et à sang. Certains se plaisent alors à rêver à une grande Réforme alliant ésotérisme, religion et science, pour amener l'humanité vers une ère de bonheur, de fraternité et de paix. Ces idées se cristallisent autour du mouvement rosicrucien, dont les Manifestes sont lus par tous les penseurs d'Europe. Beaucoup souhaitent s'associer à ce projet. Hélas, cet élan est bientôt brisé par la guerre de Trente Ans.

Au XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie reprend ces idées de Réforme en Angleterre. C'est ce qui explique pourquoi certains auteurs, comme J. G. Buhle en 1804 ou Thomas de Quincey en 1824, voient en elle une émanation de la Rose-Croix. Certes, on ne peut souscrire totalement à ce point de vue. Cependant, force est de constater que les fondateurs de la Franc-Maçonnerie s'inscrivent dans la mouvance rosicrucienne anglaise du XVIIIe siècle. Cela dit, on trouve dès 1638 une référence aux relations entre les deux mouvements dans The Muses, un poème d'Adamson publié à Edimbourg. Ce texte indique : « Car nous sommes des Frères de la Rose-Croix ; nous possédons le mot de Maçon et la double vue ». Quelques années plus tard, le 10 octobre 1676, le Poor Robin's Intelligence publie une notice indiquant que « l'Ancienne Fraternité de la Rose-Croix, les Adeptes de l'Hermétisme et de la Compagnie des Maçons Acceptés, ont décidé de dîner ensemble ». Ce lien sera encore souligné dans un article du Daily Journal du 5 septembre 1730 qui indique : « Il existe une Société à l'étranger, de laquelle les Francs-Maçons anglais […] ont copié quelques cérémonies, et s'efforcent de persuader le monde qu'ils en sont issus et lui sont identiques. On les appelle Rosicruciens. » Sans être héritière de l'autre, on peut donc constater que Rose-Croix et Franc-Maçonnerie s'interpénètrent d'une curieuse manière.

Il faut remarquer également que les deux plus anciennes références relatant des initiations maçonniques concernent des hommes ayant été en relation directe ou indirecte avec le Rosicrucianisme. La première concerne sir Robert Moray. Elle rapporte que le 20 mai 1641, il fut initié à la Maçonnerie dans la Loge Mary's Chapel d'Edimbourg. Il est intéressant de noter que Robert Moray, l'un des membres fondateurs de la Royal Society, passionné d'alchimie, est le protecteur de Thomas Vaughan (1622-1666). Or, ce dernier, sous le pseudonyme d'Eugenius Philalethe, est l'auteur de The Fame and Confessio (1652), traduction anglaise de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis.

La seconde référence se rapporte à Elias Ashmole (1617-1692). Dans une note, il rapporte qu'il fut admis dans une Loge maçonnique à Warrington, le 16 octobre 1646. Six ans plus tard, il publie le Theatrum Chemicum Britannicum (1652), un volume qui regroupe une importante collection de traités alchimiques. Dès les premières lignes de son livre, Elias Ashmole se réfère à la Fama Fraternitatis pour mettre en évidence l'importance de l'alchimie en Angleterre. Il rappelle aussi que le premier Manifeste rosicrucien indique qu'un des quatre premiers compagnons de Christian Rosenkreutz, le « Frère I.O. », était venu en Angleterre. Outre ses nombreuses références à Michael Maïer, célèbre défenseur du Rosicrucianisme, il faut savoir que l'on a retrouvé dans les papiers d'Ashmole une copie autographe de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis, ainsi que le texte d'une lettre dans laquelle il demandait son admission dans la Rose-Croix.

2. Maître Hiram et Christian Rosenkreutz

 

Si les activités de la Franc-Maçonnerie débutent au XVIIe siècle, il est généralement admis que l'acte fondateur de cette Société date du 24 juin 1717. C'est à ce moment que sont fondées les Grandes Loges de Londres et de Westminster. Mais la date qui marque le mieux la fondation de la Franc-Maçonnerie est celle qui voit la publication de la Constitution d'Anderson (1727) par le duc de Wharton, son Grand Maître à l'époque. Ce texte, présenté comme une refonte et une correction de vielles archives maçonniques, fut rédigé par James Anderson, Jean-Théophile Désaguliers et Georges Payne. Les « archives » en question sont les Old Charges, ou Anciens Devoirs, textes appartenant aux anciennes guildes de Maçons opératifs, dont les plus anciens remontent à 1390 (ex. : Regius, 1390, et Cooke, 1410). Mais plutôt que de descendre directement des anciennes guildes de Maçons opératifs (les Constructeurs) la Franc-Maçonnerie est une Société de penseurs — on parle de Maçonnerie spéculative — qui a emprunté une partie de sa symbolique aux Constructeurs.

Au XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie n'a pas l'organisation que nous lui connaissons aujourd'hui. Elle ne prend sa structure de base, composée de trois degrés, Apprenti, Compagnon, Maître (Maçonnerie bleue) qu'après quelques années. Elle ne comportait initialement que deux grades, ceux d'Apprenti-entré et de Compagnon. Un troisième, dit de Maître, apparaît vers 1730. Il faut attendre la seconde édition de la Constitution d'Anderson, celle de 1738, pour trouver une référence officielle à ce degré, et patienter jusqu'en 1760 pour que la symbolique qui lui est attachée, celle du mythe d'Hiram, soit vraiment admise en Angleterre (1). En France, le grade de Maître n'apparaît qu'à partir de 1744. Sous certains aspects (comme celui de la symbolique liée à la découverte du tombeau du Maître), Hiram reprend des traits de Christian Rosenkreutz. Faut-il voir dans Hiram, comme l'indique Antoine Faivre, un fils de Christian Rosenkreutz ? « Fondateur mythique lui aussi, le premier serait alors un Christian réduit à la relative abstraction dans la galerie des grandes figures hiératiques de la “Tradition” »

A ses débuts, la Franc-Maçonnerie ne se présente pas véritablement comme une Société initiatique. Ses cérémonies sont d'ailleurs qualifiées de « rites de réceptions ». Le terme « initiation » n'apparaît dans ses textes que vers 1728-1730, et il ne deviendra officiel en France qu'à partir de 1826 (3). Même si le rituel propre à la Maçonnerie confère un aspect mystérieux à ses réunions, les Loges sont essentiellement des lieux où l'on pratique la philanthropie et où l'on cultive les beaux-arts. Ce n'est que progressivement qu'elle va développer un aspect initiatique et ésotérique (4). Quelques années plus tard, la structure hiérarchique des grades maçonniques s'enrichit. Le 26 décembre 1736, le chevalier André-Michel Ramsay (1686-1747), disciple de Fénelon et de Mme Guyon, prononce à la Loge parisienne du Louis d'Argent, un discours qui va entraîner l'apparition de ce que l'on appelle les hauts grades ou écossisme, c'est-à-dire les degrés supérieurs à celui de Maître (5). Dans son discours, Ramsay présente la Franc-Maçonnerie comme étant la résurrection de la « religion noachite », une religion primordiale, universelle et sans dogmes. Il ajoute que c'est par les Croisades que ce Saint Ordre a été ramené en Grande Bretagne avant de se répandre dans le reste de l'Europe.

Bientôt, des symboles et des thèmes empruntés à l'Ancien Testament, à la Chevalerie, aux Templiers, ainsi qu'aux Sciences occultes comme l'alchimie, l'astrologie, la kabbale et la magie, stimulent l'imagination de Francs-Maçons désireux de créer des hauts grades (6). Vers 1740, ces grades vont proliférer avec une anarchie qui prendra fin en décembre 1773. C'est parmi ces hauts grades que réapparaît la Rose-Croix, en y faisant parfois figure de « grade terminal », voire de nec plus ultra de la Franc-Maçonnerie (7). Cependant, certains Maçons tentent aussi de séparer le Rosicrucianisme de la Maçonnerie pour constituer des Ordres autonomes.

3. L'ordre de la Rose-Croix d'or et de la Rose rouge

 

C'est d'abord sous les auspices de l'alchimie que la Rose-Croix va réapparaître dans la Franc-Maçonnerie. En 1710, soit sept ans avant la publication de la Constitution d'Anderson, Sincerus Renatus (Samuel Richter), un pasteur luthérien qui se disait disciple de Paracelse et de Boehme, publie La vraie et parfaite préparation de la Pierre Philosophale par la Fraternité de l'Ordre de la Rose-Croix d'Or et de la Rose Rouge... (Breslau, 1710). Il s'agit d'un traité d'alchimie qui donne en appendice cinquante-deux règles de l'Ordre de la Rose-Croix d'Or et de la Rose Rouge. Ce livre s'inspire de l'Échos de la Fraternité, par Dieu hautement illuminée, de l'illustre Ordre R.C.(1615) de Julius Sperber, ainsi que du Témis d'or, ou des lois et ordonnances de l'illustre fraternité R.C. (1618) de Michael Maier. En fait, l'Ordre décrit par Sincerus Renatus ne semble pas avoir existé. Cependant, le terme de « Rose-Croix d'Or » va connaître une certaine fortune et quelques règles présentées dans son livre se retrouveront plus tard dans les instructions du grade maçonnique-rosicrucien des Princes Chevaliers Rose-Croix.

En 1749, Hermann Fictuld publie son Aureum Vellus, dans lequel il évoque une Société des Rose-Croix d'Or qu'il présente comme l'héritière de l'Ordre de la Toison d'Or fondé par Philippe le Bon en 1492. Vers 1757, il crée un rite maçonnique à tendance alchimique et piétiste, composé d'un ensemble de grades rosicruciens : la Societas Roseae et Aureae Crucis ou Fraternité des Rose-Croix d'Or.
Cette Société essaime dans plusieurs villes comme Francfort-sur-Mein, Marburg, Kassel, Vienne et Prague. Elle semble s'éteindre vers 1764. En réalité, elle se réforme grâce à Schleiss von Löwenfeld, Joseph Wilhelm Schröder, Christian Knorr von Rosenroth, Friedrich Christoph Oetinger et François van Helmont. Finalement, elle donne naissance à un autre rite maçonnique rosicrucien qui apparaît entre 1770 et 1777 en Bavière, en Autriche, en Bohème et en Hongrie. Il fut d'abord adopté par une Loge maçonnique de Ratisbonne, la Croissante aux Trois Clefs. En 1771, il est adopté également par une Loge de Vienne, l'Espérance, qui donne naissance à une nouvelle Loge : les Trois Épées. Cette dernière devient la pépinière de ce rite maçonnique rosicrucien. On y cultive l'alchimie et la théurgie.

4. L'ordre de la Rose-Croix d'or d'ancien système

A partir de 1776, deux membres de la Loge des Trois Épées, Johann Rudolf von Bischoffswerder (1714-1803), officier prussien puis ministre de la guerre à la mort du grand Frédéric, et Jean Christophe Wöllner (1732-1800), pasteur, instaurent un nouvel Ordre maçonnique rosicrucien : l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système. La Loge des Trois Globes de Berlin devient le centre de ses activités. Cet Ordre adopte une hiérarchie de neuf grades : Juniores, Theoretici, Practici, Philosophi, Minores, Majores, Adepti Exempti, Magistri et Magi, dont les aspects symboliques sont présentés dans les textes de la Réforme adopté lors de la Convention que l'Ordre tient à Prague en 1777. Comme l'indique René Le Forestier, les enseignements des Juniores reproduisent textuellement cent dix pages de l'Opus mago-cabbalisticum et theosophicum. L'Instruction et le rituel des Theoretici reprend mot-à-mot le Novuin laboratorium chemicum, de Christophe Glaser (1677). Quand aux opérations alchimiques enseignées aux Magistri, elles sont empuntées à deux livres de Henri Khunrath (8) : la Confessio de Chao-physico chemycorum catholico (1596) et l'Amphiteatrum sapientiae aeternae (1609).

La symbolique et les enseignements de l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système sont nettement orientés vers l'alchimie opérative. Ils revendiquent une filiation remontant à Ormus, un Égyptien baptisé par saint Marc et qui aurait fondé l'Ordre. En 151, les Esséniens se seraient joints à cet Ordre, qui aurait gagné l'Europe par les Croisés et les Templiers. Quoi qu'il en soit, il se différencie nettement du Rosicrucianisme du siècle précédent, plus mystique, dont le projet était celui d'une grande Réforme intellectuelle et religieuse, propre à apporter la prospérité et la paix à l'humanité. Après avoir donné naissance aux Frères Initiés de l'Asie, il fut mis en sommeil par ses fondateurs en 1787. Il faut noter néanmoins que c'est dans sa mouvance, où se mêlent Alchimie, Rosicrucianisme et Franc-Maçonnerie que naît le célèbre livre des Symboles secrets des Rosicruciens des XVIIe et XVIIIe siècles (Altona, 1785 et 1788) (9). Composé essentiellement de traités alchimiques magnifiquement illustrés, il est souvent présenté comme le livre rosicrucien le plus important après les trois Manifestes (Fama Fraternitatis, 1614 ; Confessio Fraternitatis, 1615 ; Noces chymiques de Christian Rosenkreutz, 1616).

5. Le grade Rose-Croix

C'est au moment où naît l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système qu'apparaît à l'intérieur de la Franc-Maçonnerie le haut grade Rose-Croix. Son existence est attestée pour la première fois en 1757 sous le nom de Chevalier Rose-Croix, dans les activités de la Loge des Enfants de la Sagesse et Concorde. Très vite, ce grade de Rose-Croix est considéré comme le nec plus ultra de la Maçonnerie. Il est le septième et ultime grade du Rite Français de 1786, et le dix-huitième du Rite Écossais Ancien et Accepté. Il présente cependant une spécificité qui va susciter de nombreux débats. En effet, alors que l'ensemble des grades maçonniques insistent sur l'universalité de la sagesse, ce grade est spécifiquement chrétien. C'est la raison pour laquelle certains Francs-Maçons tenteront de le déchristianiser au XIXe siècle en proposant une interprétation philosophique de son symbolisme (10). Dans son Étoile Flamboyante (1766), le baron de Tschoudy y voit « le Catholicisme mis en grade ». Il est vrai que la symbolique de ce grade ne renvoit pas aux thèmes que l'on retrouve dans le Rosicrucianisme du XVIIe siècle. Il met en scène le Calvaire au Golgotha, la Résurrection du Christ et comporte des agapes où l'on partage le pain et le vin, une cérémonie qui s'apparente à la Cène.

Les plus anciens rituels du grade Rose-Croix date de 1760 (Strasbourg) et 1761 (Lyon), sous le titre de Chevalier de l'Aigle et du Pélican ou le Souverain Prince de Rose-Croix et d'Hérédom. Le discours d'introduction à ce grade évoque l'origine de la sagesse des Rose-Croix : « individus qui, pendant bien des siècles, s'en assurèrent la possession exclusive en se servant d'un voile impénétrable ; c'est ce qui donna lieu à ces institutions célèbres dont les Sabéens et les Brames (sic) sont des restes sublimes. Les Mages, les Hiérophantes, les Druides furent autant de branches de ces mêmes Initiés » (version de 1765 à la Bibliothèque historique de Paris). On retrouve ici l'idée de Tradition Primordiale chère à l'Hermétisme de la Renaissance et au Rosicrucianisme du XVIIe siècle. En outre, les Rose-Croix y sont présentés comme les héritiers d'une chaîne d'Initiés dont les maillons sont les Égyptiens, Zoroastre, Hermès Trismégiste, Moïse, Salomon, Pythagore, Platon et les Esséniens. Cette lignée rappelle celle évoquée par Michael Maier dans le Silentium Post Clamores (1617). On retrouvera cette idée dans un autre discours de 1801, le Régulateur des Chevaliers Maçons ou les quatre Ordres supérieurs suivant le régime du G... O..., où la Franc-Maçonnerie est présentée comme une Science des Sages héritée des Sabéens, des Brames (sic), des Mages, des Hiérophantes, des Druides et des Chevaliers Rose-Croix, descendants d'une lignée d'Initiés remontant aux Égyptiens, à Zoroastre, Trismégiste, Moïse, Salomon, Pythagore, Platon et aux Esséens (sic, pour Esséniens).

6. La Societas Rosicruciana in Anglia

A la fin des années 1860, la Franc-Maçonnerie anglaise donne naissance à une nouvelle Organisation rosicrucienne : la Societas Rosicruciana In Anglia (S.R.I.A.). Son fondateur est Robert Wentworth Little (1840-1878), trésorier de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Il disait avoir été initié dans la Rose-Croix à Edimbourg, au sein d'une Société rosicrucienne écossaise dirigée par Anthony O'Neal Haye. Ce dernier aurait possédé le plus ancien grade maçonnique rosicrucien existant. Plus tard, en 1892, Wynn Westcott assurera qu'il existe un lien entre cette Société et la Rose-Croix d'Or du XVIIIe siècle, mais il sera incapable de le démontrer. La S.R.I.A. est réservé aux Maîtres Maçons chrétiens. Elle reprend la hiérarchie de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système. Parmi les membres importants de la S.R.I.A., notons Kenneth R. H. Mac Kenzie, Hardgrave Jennings, Stainton Moses et William Wynn Westcott (1848-1925). Ce dernier participera à la création d'un autre Ordre maçonnique rosicrucien qui connaîtra une certaine fortune : l'Hermetic Order Of The Golden Dawn.

7. The Hermetic order of the golden dawn

A la fin des années 1880, William Wynn Westcott recueille des manuscrits comportant cinq rituels codés. Ces textes, qui auraient appartenu à Baal Shem Tov puis à Eliphas Lévi, aurait été trouvés chez un bouquiniste dans un exemplaire des Symboles Secrets des Rosicruciens des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils indiquaient l'adresse d'un représentant de l'Ordre de la Rose-Croix en Allemagne : Anna Sprengel. A la suite de leur rencontre avec cette dernière, William Wynn Westcott, Samuel Mathers et R. William Woodman fondent à Londres la Loge Isis-Urania, bientôt suivie par la création de la Loge Athathoor, à Auteuil. Ainsi naît l'Hermetic Order Of The Golden Dawn, dont Samuel Mathers devient le Grand Maître. Cette histoire est en partie légendaire, car il n'a jamais pu être démontré qu'Anna Sprengel avait réellement existé.

Les rituels de la Golden Dawn mettent en œuvre une théurgie et des théories qui empruntent beaucoup aux Kabbalistes chrétiens de la Renaissance. Cette caractéristique éloigne cet Ordre du Rosicrucianisme originel de XVIIe siècle, qui avait délaissé les pratiques magiques pour prendre un caractère plus mystique, orienté vers une alchimie intérieure.
De nombreux Francs-Maçons le fréquentent, estimant qu'ils y trouvent une pratique ésotérique plus vaste que dans la Franc-Maçonnerie traditionnelle. La Golden Dawn connaît un succès immédiat et devient vite l'une des Organisations maçonniques rosicruciennes anglaises les plus importantes. Elle compta parmi ses membres des personnalités aussi illustres que le poète William Butler Yeat ou le physicien et chimiste William Crookes.

8. L'ordre des templiers d'Orient

Parmi les multiples Ordres rosicruciens émanés de la Franc-Maçonnerie, il convient de terminer par l'Ordre des Templiers d'Orient (O.T.O.), un groupe qui fit couler beaucoup d'encre par ses dérives. Son principal animateur fut Theodor Reuss, un membre de la S.R.I.A. allemande, la Societas Rosicruciana in Germania. Il disait avoir été initié dans « l'authentique Rose-Croix » par Carl Kellner, en juillet 1893. Il présentait l'O.T.O. comme une sorte d'académie maçonnique dont la fonction réelle était de cacher un Ordre rosicrucien secret descendant directement des Rose-Croix « originaux et authentiques ». Il prétendait également que le quartier secret de cet Ordre était à Reuss, une principauté située près de Leipzig, dans la Thuringer Wald. Ce n'est qu'après la mort de Kellner, vers 1902, que Theodor Reuss réussit véritablement à instaurer l'O.T.O. Aleister Crowley contribua à conduire cet Ordre dans une voie n'ayant rien à voir, ni avec le Rosicrucianisme ni avec la Franc-Maçonnerie. Papus comme d'autres se laissa abuser quelque temps par l'O.T.O., mais cette Organisation fut rapidement suspecte. Elle prit fin en 1923, avec la mort de Theodor Reuss. Plusieurs de ses disciples tentèrent de poursuivre son œuvre, les uns vers l'ésotérisme, les autres vers les pratiques magiques les plus farfelues.

Comme on peut le voir, le Rosicrucianisme et la Franc-Maçonnerie se sont souvent côtoyés au cours des siècles passés. Bien que n'étant pas vraiment à l'origine de la Franc-Maçonnerie, le Rosicrucianisme a constitué un terreau favorable à son développement. Peu après sa fondation, la Franc-Maçonnerie a généré de son côté des mouvements rosicruciens et le grade de Rose-Croix, considéré comme l'un des plus prestigieux. Cette juxtaposition des deux Ordres n'est pas surprenante. En effet, les Rosicruciens du XVIIe siècle voulaient créer un mouvement pour réfléchir à une Réforme de la science et de la spiritualité, en vue de construire une société plus fraternelle, plus tolérante et plus humaniste. Or, c'est ce même projet que la Franc-Maçonnerie se fixait à l'origine.

Précisons également que le Rosicrucianisme se perpétua depuis le XVIIe siècle jusqu' à nos jours à travers des Organisations rosicruciennes totalement indépendantes de la Franc-Maçonnerie.

Source : http://www.rose-croix.org/histoire/franc_maconnerie_2.html

 

Par X - Publié dans : Rose-Croix
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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 11:16

Pour un non-initié, les Rose-Croix et les Francs-Maçons ont en commun d'appartenir à une école de pensée, à une société secrète, voire même à une “secte” ésotérique ayant le même genre de préoccupations. Il est un fait que ces deux organisations ont des liens traditionnels et historiques, au point que certaines obédiences maçonniques spiritualistes comportent toujours le grade de Chevalier Rose-Croix.

En 1824, Thomas de Quincey publie dans London Magazine un article intitulé « Historico-Critical Inquiry into the origins of the Rosicrucians and the Freemasons », où il indique que la Franc-Maçonnerie n'est ni plus ni moins que le Rosicrucianisme modifié par ceux qui l'ont introduit en Anglererre. Que faut-il en penser ?

1. Un ésotérisme commun

Sur le plan historique, la Franc-Maçonnerie est née en Angleterre au XVIIIe siècle. Sans procéder directement de la Rose-Croix qui fleurit au siècle précédent, elle se développe dans un terreau préparé par le Rosicrucianisme. Quelques années après sa naissance, la Franc-Maçonnerie intègre d'ailleurs un grade de « Chevalier Rose-Croix », puis en vient même à créer plusieurs mouvements rosicruciens. Sans se livrer à une analyse exhaustive de l'ensemble de ces mouvements et de leurs doctrines, il est intéressant d'évoquer quelques groupes dans lesquels les deux Ordres se sont côtoyés au cours des siècles passés.

A la Renaissance, l'Europe recueille tout un héritage ésotérique venant de l'Antiquité. L'alchimie, la kabbale, l'astrologie et la magie connaissent un grand développement dont le Rosicrucianisme marque l'aboutissement au XVIIe siècle. Ce siècle est aussi en proie à une véritable crise morale. En effet, les progrès de la science ébranlent les fondements de l'Occident chrétien et la religion perd une partie de son autorité. Il s'ensuit un déchirement conduisant aux guerres de religions. Chacun se réfugie dans l'intégrisme et le fanatisme, et l'Europe est bientôt à feu et à sang. Certains se plaisent alors à rêver à une grande Réforme alliant ésotérisme, religion et science, pour amener l'humanité vers une ère de bonheur, de fraternité et de paix. Ces idées se cristallisent autour du mouvement rosicrucien, dont les Manifestes sont lus par tous les penseurs d'Europe. Beaucoup souhaitent s'associer à ce projet. Hélas, cet élan est bientôt brisé par la guerre de Trente Ans.

Au XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie reprend ces idées de Réforme en Angleterre. C'est ce qui explique pourquoi certains auteurs, comme J. G. Buhle en 1804 ou Thomas de Quincey en 1824, voient en elle une émanation de la Rose-Croix. Certes, on ne peut souscrire totalement à ce point de vue. Cependant, force est de constater que les fondateurs de la Franc-Maçonnerie s'inscrivent dans la mouvance rosicrucienne anglaise du XVIIIe siècle. Cela dit, on trouve dès 1638 une référence aux relations entre les deux mouvements dans The Muses, un poème d'Adamson publié à Edimbourg. Ce texte indique : « Car nous sommes des Frères de la Rose-Croix ; nous possédons le mot de Maçon et la double vue ». Quelques années plus tard, le 10 octobre 1676, le Poor Robin's Intelligence publie une notice indiquant que « l'Ancienne Fraternité de la Rose-Croix, les Adeptes de l'Hermétisme et de la Compagnie des Maçons Acceptés, ont décidé de dîner ensemble ». Ce lien sera encore souligné dans un article du Daily Journal du 5 septembre 1730 qui indique : « Il existe une Société à l'étranger, de laquelle les Francs-Maçons anglais […] ont copié quelques cérémonies, et s'efforcent de persuader le monde qu'ils en sont issus et lui sont identiques. On les appelle Rosicruciens ». Sans être héritière de l'autre, on peut donc constater que Rose-Croix et Franc-Maçonnerie s'interpénètrent d'une curieuse manière.

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Il faut remarquer également que les deux plus anciennes références relatant des initiations maçonniques concernent des hommes ayant été en relation directe ou indirecte avec le Rosicrucianisme. La première concerne sir Robert Moray. Elle rapporte que le 20 mai 1641, il fut initié à la Maçonnerie dans la Loge Mary's Chapel d'Edimbourg. Il est intéressant de noter que Robert Moray, l'un des membres fondateurs de la Royal Society, passionné d'alchimie, est le protecteur de Thomas Vaughan (1622-1666). Or, ce dernier, sous le pseudonyme d'Eugenius Philalethe, est l'auteur de The Fame and Confessio (1652), traduction anglaise de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis.

La seconde référence se rapporte à Elias Ashmole (1617-1692). Dans une note, il rapporte qu'il fut admis dans une Loge maçonnique à Warrington, le 16 octobre 1646. Six ans plus tard, il publie le Theatrum Chemicum Britannicum (1652), un volume qui regroupe une importante collection de traités alchimiques. Dès les premières lignes de son livre, Elias Ashmole se réfère à la Fama Fraternitatis pour mettre en évidence l'importance de l'alchimie en Angleterre. Il rappelle aussi que le premier Manifeste rosicrucien indique qu'un des quatre premiers compagnons de Christian Rosenkreutz, le « Frère I.O. », était venu en Angleterre. Outre ses nombreuses références à Michael Maïer, célèbre défenseur du Rosicrucianisme, il faut savoir que l'on a retrouvé dans les papiers d'Ashmole une copie autographe de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis, ainsi que le texte d'une lettre dans laquelle il demandait son admission dans la Rose-Croix.

2. Maître Hiram et Christian Rosenkreutz

Si les activités de la Franc-Maçonnerie débutent au XVIIe siècle, il est généralement admis que l'acte fondateur de cette Société date du 24 juin 1717. C'est à ce moment que sont fondées les Grandes Loges de Londres et de Westminster. Mais la date qui marque le mieux la fondation de la Franc-Maçonnerie est celle qui voit la publication de la Constitution d'Anderson (1727) par le duc de Wharton, son Grand Maître à l'époque. Ce texte, présenté comme une refonte et une correction de vielles archives maçonniques, fut rédigé par James Anderson, Jean-Théophile Désaguliers et Georges Payne. Les « archives » en question sont les Old Charges, ou Anciens Devoirs, textes appartenant aux anciennes guildes de Maçons opératifs, dont les plus anciens remontent à 1390 (ex. : Regius, 1390, et Cooke, 1410). Mais plutôt que de descendre directement des anciennes guildes de Maçons opératifs (les Constructeurs) la Franc-Maçonnerie est une Société de penseurs — on parle de Maçonnerie spéculative — qui a emprunté une partie de sa symbolique aux Constructeurs.

Au XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie n'a pas l'organisation que nous lui connaissons aujourd'hui. Elle ne prend sa structure de base, composée de trois degrés, Apprenti, Compagnon, Maître (Maçonnerie bleue) qu'après quelques années. Elle ne comportait initialement que deux grades, ceux d'Apprenti-entré et de Compagnon. Un troisième, dit de Maître, apparaît vers 1730. Il faut attendre la seconde édition de la Constitution d'Anderson, celle de 1738, pour trouver une référence officielle à ce degré, et patienter jusqu'en 1760 pour que la symbolique qui lui est attachée, celle du mythe d'Hiram, soit vraiment admise en Angleterre (1). En France, le grade de Maître n'apparaît qu'à partir de 1744. Sous certains aspects (comme celui de la symbolique liée à la découverte du tombeau du Maître), Hiram reprend des traits de Christian Rosenkreutz. Faut-il voir dans Hiram, comme l'indique Antoine Faivre, un fils de Christian Rosenkreutz ? « Fondateur mythique lui aussi, le premier serait alors un Christian réduit à la relative abstraction dans la galerie des grandes figures hiératiques de la “Tradition” » (2).

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A ses débuts, la Franc-Maçonnerie ne se présente pas véritablement comme une Société initiatique. Ses cérémonies sont d'ailleurs qualifiées de « rites de réceptions ». Le terme « initiation » n'apparaît dans ses textes que vers 1728-1730, et il ne deviendra officiel en France qu'à partir de 1826 (3). Même si le rituel propre à la Maçonnerie confère un aspect mystérieux à ses réunions, les Loges sont essentiellement des lieux où l'on pratique la philanthropie et où l'on cultive les beaux-arts. Ce n'est que progressivement qu'elle va développer un aspect initiatique et ésotérique (4). Quelques années plus tard, la structure hiérarchique des grades maçonniques s'enrichit. Le 26 décembre 1736, le chevalier André-Michel Ramsay (1686-1747), disciple de Fénelon et de Mme Guyon, prononce à la Loge parisienne du Louis d'Argent, un discours qui va entraîner l'apparition de ce que l'on appelle les hauts grades ou écossisme, c'est-à-dire les degrés supérieurs à celui de Maître (5). Dans son discours, Ramsay présente la Franc-Maçonnerie comme étant la résurrection de la « religion noachite », une religion primordiale, universelle et sans dogmes. Il ajoute que c'est par les Croisades que ce Saint Ordre a été ramené en Grande Bretagne avant de se répandre dans le reste de l'Europe.

Bientôt, des symboles et des thèmes empruntés à l'Ancien Testament, à la Chevalerie, aux Templiers, ainsi qu'aux Sciences occultes comme l'alchimie, l'astrologie, la kabbale et la magie, stimulent l'imagination de Francs-Maçons désireux de créer des hauts grades (6). Vers 1740, ces grades vont proliférer avec une anarchie qui prendra fin en décembre 1773. C'est parmi ces hauts grades que réapparaît la Rose-Croix, en y faisant parfois figure de « grade terminal », voire de nec plus ultra de la Franc-Maçonnerie (7). Cependant, certains Maçons tentent aussi de séparer le Rosicrucianisme de la Maçonnerie pour constituer des Ordres autonomes.

3. L'ordre de la Rose-Croix d'or et de la Rose rouge

C'est d'abord sous les auspices de l'alchimie que la Rose-Croix va réapparaître dans la Franc-Maçonnerie. En 1710, soit sept ans avant la publication de la Constitution d'Anderson, Sincerus Renatus (Samuel Richter), un pasteur luthérien qui se disait disciple de Paracelse et de Boehme, publie La vraie et parfaite préparation de la Pierre Philosophale par la Fraternité de l'Ordre de la Rose-Croix d'Or et de la Rose Rouge... (Breslau, 1710). Il s'agit d'un traité d'alchimie qui donne en appendice cinquante deux règles de l'Ordre de la Rose-Croix d'Or et de la Rose Rouge. Ce livre s'inspire de l'Échos de la Fraternité, par Dieu hautement illuminée, de l'illustre Ordre R.C. (1615) de Julius Sperber, ainsi que du Témis d'or, ou des lois et ordonnances de l'illustre fraternité R.C. (1618) de Michael Maier. En fait, l'Ordre décrit par Sincerus Renatus ne semble pas avoir existé. Cependant, le terme de « Rose-Croix d'Or » va connaître une certaine fortune et quelques règles présentées dans son livre se retrouveront plus tard dans les instructions du grade maçonnique-rosicrucien des Princes Chevaliers Rose-Croix.

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En 1749, Hermann Fictuld publie son Aureum Vellus, dans lequel il évoque une Société des Rose-Croix d'Or qu'il présente comme l'héritière de l'Ordre de la Toison d'Or fondé par Philippe le Bon en 1492. Vers 1757, il crée un rite maçonnique à tendance alchimique et piétiste, composé d'un ensemble de grades rosicruciens : la Societas Roseae et Aureae Crucis ou Fraternité des Rose-Croix d'Or.
Cette Société essaime dans plusieurs villes comme Francfort-sur-Mein, Marburg, Kassel, Vienne et Prague. Elle semble s'éteindre vers 1764. En réalité, elle se réforme grâce à Schleiss von Löwenfeld, Joseph Wilhelm Schröder, Christian Knorr von Rosenroth, Friedrich Christoph Oetinger et François van Helmont. Finalement, elle donne naissance à un autre rite maçonnique rosicrucien qui apparaît entre 1770 et 1777 en Bavière, en Autriche, en Bohème et en Hongrie. Il fut d'abord adopté par une Loge maçonnique de Ratisbonne, la Croissante aux Trois Clefs. En 1771, il est adopté également par une Loge de Vienne, l'Espérance, qui donne naissance à une nouvelle Loge : les Trois Épées. Cette dernière devient la pépinière de ce rite maçonnique rosicrucien. On y cultive l'alchimie et la théurgie.

4. L'ordre de la Rose-Croix d'or d'ancien système

A partir de 1776, deux membres de la Loge des Trois Épées, Johann Rudolf von Bischoffswerder (1714-1803), officier prussien puis ministre de la guerre à la mort du grand Frédéric, et Jean Christophe Wöllner (1732-1800), pasteur, instaurent un nouvel Ordre maçonnique rosicrucien : l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système. La Loge des Trois Globes de Berlin devient le centre de ses activités. Cet Ordre adopte une hiérarchie de neuf grades : Juniores, Theoretici, Practici, Philosophi, Minores, Majores, Adepti Exempti, Magistri et Magi, dont les aspects symboliques sont présentés dans les textes de la Réforme adopté lors de la Convention que l'Ordre tient à Prague en 1777. Comme l'indique René Le Forestier, les enseignements des Juniores reproduisent textuellement cent dix pages de l'Opus mago-cabbalisticum et theosophicum. L'Instruction et le rituel des Theoretici reprend mot-à-mot le Novuin laboratorium chemicum, de Christophe Glaser (1677). Quand aux opérations alchimiques enseignées aux Magistri, elles sont empuntées à deux livres de Henri Khunrath (8) : la Confessio de Chao-physico chemycorum catholico (1596) et l'Amphiteatrum sapientiae aeternae (1609).

La symbolique et les enseignements de l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système sont nettement orientés vers l'alchimie opérative. Ils revendiquent une filiation remontant à Ormus, un Égyptien baptisé par saint Marc et qui aurait fondé l'Ordre. En 151, les Esséniens se seraient joints à cet Ordre, qui aurait gagné l'Europe par les Croisés et les Templiers. Quoi qu'il en soit, il se différencie nettement du Rosicrucianisme du siècle précédent, plus mystique, dont le projet était celui d'une grande Réforme intellectuelle et religieuse, propre à apporter la prospérité et la paix à l'humanité. Après avoir donné naissance aux Frères Initiés de l'Asie, il fut mis en sommeil par ses fondateurs en 1787. Il faut noter néanmoins que c'est dans sa mouvance, où se mêlent Alchimie, Rosicrucianisme et Franc-Maçonnerie que naît le célèbre livre des Symboles secrets des Rosicruciens des XVIIe et XVIIIe siècles (Altona, 1785 et 1788) (9). Composé essentiellement de traités alchimiques magnifiquement illustrés, il est souvent présenté comme le livre rosicrucien le plus important après les trois Manifestes (Fama Fraternitatis, 1614 ; Confessio Fraternitatis, 1615 ; Noces chymiques de Christian Rosenkreutz, 1616).

 

 

4. L'ordre de la Rose-Croix d'or d'ancien système

 

A partir de 1776, deux membres de la Loge des Trois Épées, Johann Rudolf von Bischoffswerder (1714-1803), officier prussien puis ministre de la guerre à la mort du grand Frédéric, et Jean Christophe Wöllner (1732-1800), pasteur, instaurent un nouvel Ordre maçonnique rosicrucien : l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système. La Loge des Trois Globes de Berlin devient le centre de ses activités. Cet Ordre adopte une hiérarchie de neuf grades : Juniores, Theoretici, Practici, Philosophi, Minores, Majores, Adepti Exempti, Magistri et Magi, dont les aspects symboliques sont présentés dans les textes de la Réforme adopté lors de la Convention que l'Ordre tient à Prague en 1777. Comme l'indique René Le Forestier, les enseignements des Juniores reproduisent textuellement cent dix pages de l'Opus mago-cabbalisticum et theosophicum. L'Instruction et le rituel des Theoretici reprend mot-à-mot le Novuin laboratorium chemicum, de Christophe Glaser (1677). Quand aux opérations alchimiques enseignées aux Magistri, elles sont empuntées à deux livres de Henri Khunrath (8) : la Confessio de Chao-physico chemycorum catholico (1596) et l'Amphiteatrum sapientiae aeternae (1609).

La symbolique et les enseignements de l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système sont nettement orientés vers l'alchimie opérative. Ils revendiquent une filiation remontant à Ormus, un Égyptien baptisé par saint Marc et qui aurait fondé l'Ordre. En 151, les Esséniens se seraient joints à cet Ordre, qui aurait gagné l'Europe par les Croisés et les Templiers. Quoi qu'il en soit, il se différencie nettement du Rosicrucianisme du siècle précédent, plus mystique, dont le projet était celui d'une grande Réforme intellectuelle et religieuse, propre à apporter la prospérité et la paix à l'humanité. Après avoir donné naissance aux Frères Initiés de l'Asie, il fut mis en sommeil par ses fondateurs en 1787. Il faut noter néanmoins que c'est dans sa mouvance, où se mêlent Alchimie, Rosicrucianisme et Franc-Maçonnerie que naît le célèbre livre des Symboles secrets des Rosicruciens des XVIIe et XVIIIe siècles (Altona, 1785 et 1788) (9). Composé essentiellement de traités alchimiques magnifiquement illustrés, il est souvent présenté comme le livre rosicrucien le plus important après les trois Manifestes (Fama Fraternitatis, 1614 ; Confessio Fraternitatis, 1615 ; Noces chymiques de Christian Rosenkreutz, 1616).

5. Le grade Rose-Croix

C'est au moment où naît l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système qu'apparaît à l'intérieur de la Franc-Maçonnerie le haut grade Rose-Croix. Son existence est attestée pour la première fois en 1757 sous le nom de Chevalier Rose-Croix, dans les activités de la Loge des Enfants de la Sagesse et Concorde. Très vite, ce grade de Rose-Croix est considéré comme le nec plus ultra de la Maçonnerie. Il est le septième et ultime grade du Rite Français de 1786, et le dix-huitième du Rite Écossais Ancien et Accepté. Il présente cependant une spécificité qui va susciter de nombreux débats. En effet, alors que l'ensemble des grades maçonniques insistent sur l'universalité de la sagesse, ce grade est spécifiquement chrétien. C'est la raison pour laquelle certains Francs-Maçons tenteront de le déchristianiser au XIXe siècle en proposant une interprétation philosophique de son symbolisme (10). Dans son Étoile Flamboyante (1766), le baron de Tschoudy y voit « le Catholicisme mis en grade ». Il est vrai que la symbolique de ce grade ne renvoit pas aux thèmes que l'on retrouve dans le Rosicrucianisme du XVIIe siècle. Il met en scène le Calvaire au Golgotha, la Résurrection du Christ et comporte des agapes où l'on partage le pain et le vin, une cérémonie qui s'apparente à la Cène.

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Les plus anciens rituels du grade Rose-Croix date de 1760 (Strasbourg) et 1761 (Lyon), sous le titre de Chevalier de l'Aigle et du Pélican ou le Souverain Prince de Rose-Croix et d'Hérédom. Le discours d'introduction à ce grade évoque l'origine de la sagesse des Rose-Croix : « individus qui, pendant bien des siècles, s'en assurèrent la possession exclusive en se servant d'un voile impénétrable ; c'est ce qui donna lieu à ces institutions célèbres dont les Sabéens et les Brames (sic) sont des restes sublimes. Les Mages, les Hiérophantes, les Druides furent autant de branches de ces mêmes Initiés » (version de 1765 à la Bibliothèque historique de Paris). On retrouve ici l'idée de Tradition Primordiale chère à l'Hermétisme de la Renaissance et au Rosicrucianisme du XVIIe siècle. En outre, les Rose-Croix y sont présentés comme les héritiers d'une chaîne d'Initiés dont les maillons sont les Égyptiens, Zoroastre, Hermès Trismégiste, Moïse, Salomon, Pythagore, Platon et les Esséniens. Cette lignée rappelle celle évoquée par Michael Maier dans le Silentium Post Clamores (1617). On retrouvera cette idée dans un autre discours de 1801, le Régulateur des Chevaliers Maçons ou les quatre Ordres supérieurs suivant le régime du G... O..., où la Franc-Maçonnerie est présentée comme une Science des Sages héritée des Sabéens, des Brames (sic), des Mages, des Hiérophantes, des Druides et des Chevaliers Rose-Croix, descendants d'une lignée d'Initiés remontant aux Égyptiens, à Zoroastre, Trismégiste, Moïse, Salomon, Pythagore, Platon et aux Esséens (sic, pour Esséniens).

6. La Societas Rosicruciana in Anglia  

A la fin des années 1860, la Franc-Maçonnerie anglaise donne naissance à une nouvelle Organisation rosicrucienne : la Societas Rosicruciana In Anglia (S.R.I.A.). Son fondateur est Robert Wentworth Little (1840-1878), trésorier de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Il disait avoir été initié dans la Rose-Croix à Edimbourg, au sein d'une Société rosicrucienne écossaise dirigée par Anthony O'Neal Haye. Ce dernier aurait possédé le plus ancien grade maçonnique rosicrucien existant. Plus tard, en 1892, Wynn Westcott assurera qu'il existe un lien entre cette Société et la Rose-Croix d'Or du XVIIIe siècle, mais il sera incapable de le démontrer. La S.R.I.A. est réservé aux Maîtres Maçons chrétiens. Elle reprend la hiérarchie de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système. Parmi les membres importants de la S.R.I.A., notons Kenneth R. H. Mac Kenzie, Hardgrave Jennings, Stainton Moses et William Wynn Westcott (1848-1925). Ce dernier participera à la création d'un autre Ordre maçonnique rosicrucien qui connaîtra une certaine fortune : l'Hermetic Order Of The Golden Dawn.

7. The Hermetic order of the golden dawn

A la fin des années 1880, William Wynn Westcott recueille des manuscrits comportant cinq rituels codés. Ces textes, qui auraient appartenu à Baal Shem Tov puis à Eliphas Lévi, aurait été trouvés chez un bouquiniste dans un exemplaire des Symboles Secrets des Rosicruciens des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils indiquaient l'adresse d'un représentant de l'Ordre de la Rose-Croix en Allemagne : Anna Sprengel. A la suite de leur rencontre avec cette dernière, William Wynn Westcott, Samuel Mathers et R. William Woodman fondent à Londres la Loge Isis-Urania, bientôt suivie par la création de la Loge Athathoor, à Auteuil. Ainsi naît l'Hermetic Order Of The Golden Dawn, dont Samuel Mathers devient le Grand Maître. Cette histoire est en partie légendaire, car il n'a jamais pu être démontré qu'Anna Sprengel avait réellement existé.

Les rituels de la Golden Dawn mettent en œuvre une théurgie et des théories qui empruntent beaucoup aux Kabbalistes chrétiens de la Renaissance. Cette caractéristique éloigne cet Ordre du Rosicrucianisme originel de XVIIe siècle, qui avait délaissé les pratiques magiques pour prendre un caractère plus mystique, orienté vers une alchimie intérieure.
De nombreux Francs-Maçons le fréquentent, estimant qu'ils y trouvent une pratique ésotérique plus vaste que dans la Franc-Maçonnerie traditionnelle. La Golden Dawn connaît un succès immédiat et devient vite l'une des Organisations maçonniques rosicruciennes anglaises les plus importantes. Elle compta parmi ses membres des personnalités aussi illustres que le poète William Butler Yeat ou le physicien et chimiste William Crookes.

8. L'ordre des templiers d'Orient

Parmi les multiples Ordres rosicruciens émanés de la Franc-Maçonnerie, il convient de terminer par l'Ordre des Templiers d'Orient (O.T.O.), un groupe qui fit couler beaucoup d'encre par ses dérives. Son principal animateur fut Theodor Reuss, un membre de la S.R.I.A. allemande, la Societas Rosicruciana in Germania. Il disait avoir été initié dans « l'authentique Rose-Croix » par Carl Kellner, en juillet 1893. Il présentait l'O.T.O. comme une sorte d'académie maçonnique dont la fonction réelle était de cacher un Ordre rosicrucien secret descendant directement des Rose-Croix « originaux et authentiques ». Il prétendait également que le quartier secret de cet Ordre était à Reuss, une principauté située près de Leipzig, dans la Thuringer Wald. Ce n'est qu'après la mort de Kellner, vers 1902, que Theodor Reuss réussit véritablement à instaurer l'O.T.O. Aleister Crowley contribua à conduire cet Ordre dans une voie n'ayant rien à voir, ni avec le Rosicrucianisme ni avec la Franc-Maçonnerie. Papus comme d'autres se laissa abuser quelque temps par l'O.T.O., mais cette Organisation fut rapidement suspecte. Elle prit fin en 1923, avec la mort de Theodor Reuss. Plusieurs de ses disciples tentèrent de poursuivre son œuvre, les uns vers l'ésotérisme, les autres vers les pratiques magiques les plus farfelues.

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Comme on peut le voir, le Rosicrucianisme et la Franc-Maçonnerie se sont souvent côtoyés au cours des siècles passés. Bien que n'étant pas vraiment à l'origine de la Franc-Maçonnerie, le Rosicrucianisme a constitué un terreau favorable à son développement. Peu après sa fondation, la Franc-Maçonnerie a généré de son côté des mouvements rosicruciens et le grade de Rose-Croix, considéré comme l'un des plus prestigieux. Cette juxtaposition des deux Ordres n'est pas surprenante. En effet, les Rosicruciens du XVIIe siècle voulaient créer un mouvement pour réfléchir à une Réforme de la science et de la spiritualité, en vue de construire une société plus fraternelle, plus tolérante et plus humaniste. Or, c'est ce même projet que la Franc-Maçonnerie se fixait à l'origine.

Précisons également que le Rosicrucianisme se perpétua depuis le XVIIe siècle jusqu' à nos jours à travers des Organisations rosicruciennes totalement indépendantes de la Franc-Maçonnerie.

 

source : http://www.rose-croix.org/

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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 10:59

L'Ecole des Mystères de la Rose-Croix

Que sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ?

Dans la deuxième partie de cet exposé, consacré à l'Enseignement Rosicrucien, nous allons donner les grandes lignes du Plan Divin de l'Evolution. Ceci nous permettra de comprendre comment nous sommes parvenus à notre stade actuel de développement.

Nous verrons également de quelle manière l'humanité naissante a été guidée par les grands Etres qui veillent sur elle. Et nous expliquerons pourquoi l'intervention du Christ était nécessaire et en quoi elle consiste exactement.

Dans la première partie de ce texte, nous avons dit que notre Univers se divisait en 7 Mondes. Mais ces Mondes ne concernent que notre propre système d'évolution : notre système solaire. En réalité, l'Univers est immensément vaste et il est au-delà de nos possibilités actuelles de compréhension. Disons simplement qu'il comporte 7 grands Plans Cosmiques, qui sont le champ d'activité de nombreuses Hiérarchies d'Etres glorieux.

C'est seulement sur le plus inférieur des 7 Plans Cosmiques, le septième, que se trouve le Dieu de notre système solaire et aussi les Dieux des systèmes semblables qui parsèment la voûte céleste et dont nous ne voyons que l'expression physique la plus limitée.

L'Etre sublime que nous appelons Dieu dirige l'évolution de notre système solaire et il est le créateur des 7 Mondes qui le composent. Il est lui-même un "reflet" du grand Etre Suprême, de l'Existence Unique, qui anime l'Univers.

Un Grand Jour de Manifestation
Involution, Evolution

Au commencement d'un Grand Jour de Manifestation, Dieu se limite à une certaine portion de l'Espace dans laquelle il crée un système solaire pour l'évolution et l'expansion de sa conscience.

Il renferme dans son Etre des légions de Hiérarchies glorieuses qui sont le fruit de manifestations précédentes. Ces Hiérarchies travaillent pour acquérir plus d'expérience qu'elles n'en possédaient auparavant. Elles oeuvrent au profit des « Vagues de Vies » qui entrent en évolution au cours de cette nouvelle période et qui n'ont encore développé aucun degré de conscience. Elles s'efforcent d'éveiller en ces dernières un état de soi-conscience qui leur permettra de se mettre au travail pour leur propre compte.

Lorsque la conscience est éveillée, la vie en évolution est devenue : HOMME. La période de temps consacrée à l'éveil de la conscience s'appelle l'Involution. La période suivante, au cours de laquelle l'Homme développe sa conscience et parvient à l'omniscience divine, s'appelle l'Evolution.

Les 7 Mondes sont créés successivement, en commençant par les plus subtils. Ce qui permet à la vie en Involution de descendre lentement dans une matière de plus en plus dense et de construire les différents corps. Puis, au cours de l'Evolution, la vie remonte peu à peu dans les Mondes Supérieurs en emportant seulement la quintessence du travail accompli dans les corps. Ce qui entraîne le dépeuplement et la dissolution progressive des Mondes.

Les Vagues de Vie, les Esprits Vierges

Au début de la manifestation d'une Vague de Vie, Dieu différencie en Lui-même (non hors de Lui-même) des particules de sa propre substance. Ces particules sont semblables à des étincelles jaillies d'une flamme et capables de devenir elles-mêmes des flammes. Elles ont en elles, à l'état latent, toutes les qualités de leur divin Père. On les appelle les Esprits Vierges.

L'Esprit Vierge participe à la conscience divine, mais il n'a pas conscience de lui-même. Au cours de son pèlerinage à travers la matière des différents Mondes, il acquiert la Soi-conscience, le Pouvoir de l'âme et l'Intellect créateur qui le rendent semblable à Dieu. Il s'élève ainsi de l'inconscience à l'Omniscience et de l'impotence à l'Omnipotence.

Les 7 Périodes

Un Grand Jour de Manifestation s'étend sur ce qui correspond pour nous à des milliards et des milliards d'années, et se divise en 7 Périodes :

1 La Période de Saturne
2 La Période du Soleil
3 La Période de la Lune
4 La Période de la Terre
5 La Période de Jupiter
6 La Période de Vénus
7 La Période de Vulcain

Au cours de la première Période, la Période de Saturne, les Esprits Vierges que nous sommes ont reçu le germe du corps physique et le premier aspect de notre Esprit, l'Esprit Divin, a été éveillé.

Au cours de la deuxième Période, la Période du Soleil, nous avons reçu le germe du corps vital et le second aspect de l'Esprit, l'Esprit Vital, a été éveillé.

Au cours de la troisième Période, la Période de la Lune, nous avons obtenu le germe du corps du Désir et le troisième aspect de l'Esprit, l'Esprit Humain, a été à son tour éveillé.

A la fin de cette troisième Période, l'Homme était par conséquent constitué d'un Esprit triple (l'Ego) et d'un corps triple, comme le sont actuellement nos animaux, dont la vague de vie est entrée en évolution au cours de la deuxième Période, la Période du Soleil.

La vague de vie des plantes est entrée en évolution au cours de la Période de la Lune et celle des minéraux au cours de la présente Période de la Terre. Notons ici, en passant, que seule la vague de vie humaine, entrée en activité au cours de la première Période, pourra compléter son évolution à la fin de ce Grand Jour de Manifestation.

Nous nous trouvons actuellement au milieu de la quatrième Période, la Période de la Terre, et nous venons d'acquérir notre dernier véhicule : l'Intellect ou corps mental.

Nous avons donc parcouru la première moitié du Grand Jour de Manifestation. Nous avons traversé les 3 Périodes 1/2 pendant lesquelles la vie en Involution est descendue dans la matière pour construire ses véhicules et, finalement, prendre conscience d'elle-même dans le monde le plus dense : le Monde Physique.

Au cours des 3 Périodes 1/2 à venir, la vie en Evolution remontera dans les sphères supérieures. Nous étendrons notre conscience aux différents Mondes et nous extrairons l'âme de nos corps, c'est-à-dire la quintessence de l'expérience acquise grâce à eux. L'élaboration de l'âme a déjà commencé, comme nous avons pu le voir dans les passages concernant le Purgatoire et le Premier Ciel.

Le travail effectué au cours d'une Période n'est pas continu. Chaque Période se divise en 7 Révolutions (autour de 7 Globes) et chaque Révolution en 7 Epoques. Toutes ces divisions permettent de récapituler, sur un plan plus élevé, le travail accompli précédemment, avant de le poursuivre au cours d'une nouvelle phase de développement.

Les Périodes et les Révolutions sont séparées par ce que l'on appelle des « Nuits Cosmiques », pendant lesquelles tout ce qui a été manifesté est dissous en une substance spirituelle homogène que les anciens Grecs appelaient le Chaos.

Ces Nuits Cosmiques ont pour objet l'assimilation des expériences précédemment effectuées et la préparation d'une nouvelle Manifestation.

Notre Evolution actuelle
Le Système Solaire. Les Epoques.

Nous allons maintenant accorder une plus grande attention au développement qui a été le nôtre depuis le début de l'actuelle quatrième Révolution de la Période de la Terre.

Cette quatrième Révolution se divise en 7 Epoques, et les 3 premières Epoques sont des récapitulations des 3 premières Périodes et Révolutions au cours desquelles nous avons acquis et commencé à développer le corps physique, le corps vital et le corps du Désir. C'est seulement au cours de la quatrième Epoque qu'un nouveau et dernier véhicule (le corps mental) est venu s'ajouter aux corps précédents.

Au commencement de cette quatrième Révolution, nous habitions une sorte de grand globe en fusion, sorti du Chaos, et qui devait devenir plus tard notre Soleil. Ce dernier ne pouvait en effet atteindre l'éclat de la brillante étoile que nous connaissons avant que les Etres les moins avancés du système solaire n'aient été éloignés à une distance convenable du noyau central. Telle est la raison de l'existence des planètes.

Les planètes ont été lancées successivement dans l'espace. Et l'on peut dire (exception faite de Jupiter) que plus une planète est éloignée du Soleil, plus la vie qui l'habite est arriérée.

En ce qui nous concerne, nous étions encore sur le globe central au cours de la première Epoque, dite Polaire, car nous habitions la région polaire du Soleil. Pendant cette Epoque, le corps physique fut reconstruit. C'était encore un véhicule à l'état vaporeux, en forme de sac, assez peu comparable à notre corps actuel.

Puis vint la seconde Epoque, que l'on appelle Hyperboréenne et le corps vital fut ajouté au corps physique, modifié pour la circonstance. C'est vers la fin de cette Epoque que la Terre fut lancée à son tour dans l'espace. Nous avions en effet trop solidifié la région que nous habitions et nous étions devenus un frein pour l'évolution des Etres supérieurs qui vivent sur le Soleil et progressent grâce à ses formidables vibrations.

La troisième Epoque est l'Epoque Lémurienne, au cours de laquelle le corps du Désir est venu s'ajouter au corps vital et au corps physique. Nous étions alors dans une condition semblable à celle des animaux.

Au fur et à mesure de l'avancement d'une vague de vie, de nombreux Etres se révèlent moins progressifs et moins adaptables que les autres. Ce qui fait qu'il y a toujours des retardataires, à des degrés divers.

Lorsque les plus arriérés de ces derniers forment un groupe important et lorsque leur retard est considérable, ils deviennent un obstacle pour la vie en évolution sur une planète. Il est alors nécessaire de les mettre à part afin de leur donner des leçons particulières rigoureuses, destinées à leur permettre de regagner, si possible, la planète mère. Telle est la raison d'être des satellites qui tournent autour des planètes.

Au début de l'Epoque Lémurienne, les retardataires les plus rétrogrades de notre planète étaient devenus des « échecs à l'évolution ». Ils furent lancés dans l'espace avec la partie de la Terre qu'ils avaient cristallisée. Il est peu probable que les habitants de notre Lune, dont les corps sont éthérés, puissent nous rejoindre un jour.

La division des Sexes (la « côte d'Adam »)

L'homme de l'Epoque Hyperboréenne était hermaphrodite. Comme certaines de nos plantes actuelles, il possédait les deux pôles de la force créatrice et il était capable de produire à lui seul un nouvel être. Mais dans la Lémurie, peu après le départ de la Lune, les sexes furent divisés. C'est JEHOVAH, le Dieu de l'Ancien Testament, qui fut l'auteur de cette division.

La Bible nous raconte cet événement dans l'histoire imagée de la « côte d'Adam ». Histoire fantastique d'ailleurs, car le mot hébreu qui a été traduit par « côte » signifie également et plus raisonnablement : « côté ». C'est donc un côté, un des pôles de l'énergie créatrice, qui a été retiré de l'homme. Lequel avait été créé auparavant à l'image de Dieu, mâle et femelle (Genèse 1-27).

Depuis le début de l'Involution, de nombreuses Hiérarchies d'Etres divins avaient travaillé pour notre humanité, l'aidant en particulier à construire ses différents corps. Mais maintenant nous étions sur le point de prendre conscience de nous-mêmes et Jéhovah reçut la mission de guider l'humanité naissante.

Jéhovah est le chef de la vague de vie des Anges (celle qui précéda la nôtre). Il est également assisté par un certain nombre d'Archanges (qui, eux, précédèrent les Anges).

Lorsque l'homme possédait les deux sexes, c'est-à-dire la double polarité de la force créatrice, il ne pouvait faire usage de son pouvoir créateur que dans l'acte de reproduction. Mais quand la force créatrice fut divisée, une moitié fut dirigée vers le haut et utilisée pour construire le cerveau et le larynx afin que l'Esprit puisse, le moment venu, s'exprimer dans son corps par la pensée et la parole et non plus seulement par la génération.

La seconde moitié de la force créatrice resta avec les organes sexuels et l'homme fut contraint de rechercher un partenaire possédant l'autre pôle du pouvoir créateur (autrement dit l'autre sexe) pour accomplir l'acte de reproduction. Ce fut le début du mariage.

A cette Epoque reculée (l'ancienne Lémurie), l'union avait lieu sans la conscience des participants. Elle s'effectuait sous la direction des Anges. A certaines époques de l'année, lorsque les conditions planétaires étaient favorables, ils guidaient les humains vers des sortes de grands Temples dans lesquels l'acte sacré était accompli. L'accouchement se faisait sans douleur et les corps ainsi conçus duraient fort longtemps, sans jamais connaître la maladie.

Tout le travail de Jéhovah et de ses Anges consistait à préparer les véhicules de l'homme afin que l'Ego puisse finalement pénétrer en eux et s'en servir pour s'exprimer. Cette prise de contrôle des corps par l'Esprit ne s'est pas faite en un jour, mais progressivement, au cours d'une très longue période de temps. Et même aujourd'hui nous savons que l'Esprit n'est pas toujours le maître de ses véhicules.

Vers la fin de l'Epoque Lémurienne (qui s'étendit sur des millions d'années), les Etres les plus avancés purent recevoir l'Intellect. C'est ainsi qu'ils formèrent la première race humaine : la race Lémurienne. Mais la grande majorité de l'humanité ne fut dotée de l'Intellect qu'au cours de l'Epoque suivante, la quatrième, l'Epoque Atlantéenne.

La Lémurie – L'Atlantide

Dans les derniers temps de la Lémurie, l'atmosphère de notre planète était encore lourde et brûlante. La croûte terrestre commençait à se solidifier, formant par endroits des îles entourées d'une mer d'eau bouillonnante. Sur ces îles, l'homme vivait dans des forêts de fougères géantes, peuplées d'animaux de grande taille. Les formes de l'homme et des animaux étaient encore plastiques.

Le Lémurien n'avait pas conscience de son propre corps. Pas plus que nous n'avons actuellement conscience de notre estomac ou de notre foie, quand ces organes fonctionnent normalement. Il n'avait pas non plus la vue physique. Mais il possédait une vision intérieure qui lui donnait une idée approximative de la forme des objets. En outre, il percevait clairement la nature intime de ses semblables.

De nombreuses éruptions volcaniques et des cataclysmes divers désolèrent la Lémurie. Et finalement, les convulsions de la nature en feu anéantirent ses habitants.

*

L'Epoque Atlantéenne commença avec la formation d'un nouveau continent : l'Atlantide. Ce continent s'étendait à l'emplacement de l'océan Atlantique. A l'époque de sa plus grande extension, il englobait une partie de l'Europe et de l'Amérique.

L'Atlantide était le lieu de rencontre des courants d'air chaud venant du sud, où se trouvaient de nombreux volcans en activité et de l'air froid descendant des régions polaires. De ce mélange résultait la formation d'un épais brouillard qui rendait la visibilité pratiquement nulle.

Cela était sans grande conséquence, car la vue physique des premiers Atlantéens était peu développée. Ils prenaient conscience les uns des autres (comme les Lémuriens) grâce à une sorte de clairvoyance, semblable à celle que nous avons en état de rêve.

De nos jours, les « voyants », médiums et autres sensitifs réveillent en partie cette ancienne conscience négative, sur laquelle ils n'ont pas de contrôle car elle dépend du système sympathique. Ces personnes retournent en arrière. Il n'en est pas de même des initiés, dont la faculté de clairvoyance volontaire dépend d'organes reliés au système cérébro-spinal.

La densité du brouillard était telle, que l'on peut dire des premiers Atlantéens qu'ils vivaient sous l'eau. Ils respiraient d'ailleurs par des organes semblables à des branchies et ne construisirent des poumons que lorsque l'atmosphère commença à s'éclaircir.

Peu à peu, en effet, le brouillard se condensa en eau et, finalement, nos ancêtres émerveillés purent admirer le spectacle grandiose du soleil radieux se levant sur l'Atlantide. L'Homme naquit ainsi au Monde Physique en sortant des « eaux maternelles » de l'Atlantide. Cet événement capital marque la fin de l'Involution et le début de l'Evolution.

Dans les premiers temps de l'Epoque Atlantéenne, l'humanité formait encore une grande famille. Nous n'avions pas le sentiment du « toi » et du « moi ». Tous enfants du « Père céleste », nous vivions en parfaite harmonie sous la direction des Anges. C'est cette condition que la Bible appelle le « Jardin d'Eden » (le Paradis terrestre).

Mais quand les brumes de l'Atlantide se dissipèrent, chacun s'aperçut qu'il était différent des autres et comprit qu'il lui fallait d'abord rechercher son intérêt personnel. L'égoïsme devint la règle et les passions se déchaînèrent.

La lutte pour la vie et l'obtention du pouvoir ou des biens matériels commença, âpre et sans pitié. L'Homme venait de recevoir l'Intellect et, en conséquence, un certain degré de libre arbitre lui fut accordé, ce qui le rendit responsable devant la loi de cause à effet.

Les Esprits lucifers – Le jardin d'Eden – Le Péché originel

Les Esprits lucifers portent une grande responsabilité dans la transformation de la douce et obéissante créature de Jéhovah en une brute sauvage, difficile à contrôler.

Les Lucifers sont des retardataires de la vague de vie des Anges. Ils ne peuvent plus progresser avec les Anges qui travaillent pour nous de leur plein gré, par pur amour. Et c'est afin d'apprendre à travers les expériences de la vague de vie humaine qu'ils poussèrent l'Homme à l'action en lui infusant une nature égoïste et passionnée.

Les Lucifers enseignèrent à l'Homme qu'il lui était possible de s'émanciper de la direction des Anges. Ils lui apprirent, en particulier, qu'il pouvait accomplir l'acte créateur à sa guise, sans attendre leur autorisation.

L'Homme, dans son ignorance, commença à procréer à n'importe quel moment, recherchant la possession égoïste d'un autre Etre pour satisfaire ses désirs sensuels. Cette profanation du pouvoir créateur est ce qui constitue le péché originel. Un péché impardonnable qui engendra la souffrance, la maladie et la mort.

On peut se demander pourquoi les Divins Guides de l'humanité n'empêchèrent pas cette intervention funeste des Esprits lucifers. En réalité, l'Homme avait été mis en garde contre leurs agissements. Mais il devait apprendre à faire usage de son libre arbitre. Si on l'obligeait à bien agir en toute circonstance, il resterait un automate guidé par Dieu.

Les Lucifers, malgré tous les malheurs qu'ils ont apportés, sont pour nous une source de progrès. Ils sont les tentateurs qui font ressortir nos points faibles. Et grâce à l'énergie qu'ils nous infusent, nous avons transformé le Monde. Les Lucifers ont éclairé l'Homme en l'incitant à manger du fruit de « l'Arbre de la connaissance du bien et du mal ».

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Dans la Bible, cet Arbre est situé à l'intérieur du Jardin d'Eden. Et la faute attribuée à nos premiers parents est universellement connue à travers l'histoire de la « Pomme d'Adam ».

Le couple humain qui au « Paradis terrestre » a écouté les dangereux conseils de Lucifer (le serpent) représente l'humanité dans son ensemble. Car Dieu, qui est justice et amour, ne saurait nous tenir personnellement pour responsables d'un délit commis par quelqu'un d'autre dans un lointain passé.

Cette faute, qui causa la chute de l'Homme et ses vicissitudes dans le Monde Physique, consiste à mésuser du pouvoir créateur. Elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Il en résulte des corps qui connaissent la maladie, la décrépitude et la mort.

La Bible nous apprend qu'après avoir mangé du fruit de l'Arbre interdit, « les yeux de l'homme et de la femme s'ouvrirent, leur faisant connaître qu'ils étaient nus ».

Nous avons vu précédemment que les premiers humains n'avaient pas conscience de leur corps physique. C'est à la suite d'unions sexuelles répétées qu'ils prirent peu à peu « connaissance » de ce corps. Celui-ci commença à ressentir la souffrance et en particulier les douleurs de l'enfantement annoncées par Jéhovah.

Au fur et à mesure que l'Homme entrait dans la vie physique, sa conscience des mondes intérieurs s'obscurcissait et elle finit par disparaître. C'est ainsi qu'il fut exilé du Jardin d'Eden. Ce Jardin représente en réalité la région éthérique du Monde Physique. La Bible nous dit qu'il était arrosé par quatre fleuves. Ce sont les quatre éthers.

En son centre, s'élevait un autre arbre prestigieux : « l'Arbre de vie ». Et de celui-là, il n'était pas question qu'on laissât l'Homme en manger, car il symbolise la faculté de régénération du corps vital.

Si l'Homme avait appris le moyen de régénérer son corps vital, il serait devenu capable de rendre le corps physique immortel. Ce qui dans l'état d'imperfection de ce véhicule aurait été une calamité. C'est pourquoi, des Chérubins, armés d'une épée flamboyante, furent placés à l'entrée du Jardin d'Eden pour interdire l'accès de l'Arbre de vie.

Loi divine - Les Esprits de race – Les religions – Le Déluge

L'influence luciférienne s'était déjà manifestée dans la Lémurie. Mais c'est seulement dans l'Atlantide, lorsque l'Homme fut doté de l'Intellect, que ses effets pernicieux se firent pleinement sentir.

Les passions du corps du Désir subjuguèrent l'Intellect naissant et ce dernier devint l'allié de la nature inférieure, rendant encore plus difficile le contrôle de l'Esprit sur ses véhicules. L'alliance de l'Intellect et du corps du Désir produisit ce que l'on appelle la « Ruse ». La ruse fut la caractéristique principale des races atlantéennes.

C'est afin de dégager l'Intellect de l'emprise du corps du Désir que Jéhovah promulgua les lois de l'Ancien Testament et punit sévèrement tous ceux qui transgressaient ses commandements. Il divisa l'humanité en différents groupes et plaça chaque peuple sous la direction d'un grand Archange, Esprit de race.

Le véhicule ordinaire des Archanges est le corps du Désir. Comme ils ont acquis une grande maîtrise dans l'emploi de la substance émotionnelle, ils sont particulièrement qualifiés pour aider les Etres qui apprennent à construire et à utiliser un corps du Désir.

Certains d'entre eux contrôlent les activités humaines et guident les nations. D'autres Archanges, moins avancés, sont les Esprits-groupes des animaux. Nous avons déjà vu que les Anges, dont le corps est éthérique, régissent principalement les fonctions de reproduction et de croissance. Ils sont aussi les Esprits de famille et de communauté.

Les Archanges ont donné aux peuples leurs principales caractéristiques : les traits physiques, la langue, les coutumes, la religion. Ils sont un facteur agissant dans la vie des nations, dans leur élévation et dans leur chute. Ils combattent pour elles au cours des guerres et punissent les plus fautives par la défaite et la servitude.

Les généraux vainqueurs ne sont pas sans mérite. Mais ce sont les Archanges qui donnent la victoire. Ils peuvent déjouer les plans les mieux établis et ils sont capables de mettre en déroute une armée entière en la privant de l'ardeur nécessaire pour combattre. Tout le monde connaît le cas de Jeanne d'Arc, qui, conseillée par des voix célestes, réussit à vaincre les généraux anglais, alors qu'elle ignorait tout du métier des armes.

Les désastres occasionnés par les guerres, aussi bien dans le camp des vainqueurs que dans celui des vaincus, ont pour but de montrer aux hommes les résultats tragiques de leurs énergies mal dirigées. Les guerres permettent également à de nombreuses personnes d'abandonner une existence relativement confortable pour une vie de sacrifice et de dévouement à autrui. Elles apprennent ainsi où se trouvent les véritables valeurs du monde.

Les Archanges ont en vue le développement moral de l'humanité. Ils encouragent les idéaux élevés et détruisent les civilisations décadentes.

Chez les peuples anciens, l'influence de l'Esprit de race est prépondérante. La ressemblance physique des membres d'une même tribu est frappante. Mais chez les peuples modernes, qui ont abandonné depuis longtemps les mariages consanguins, c'est-à-dire l'habitude de se marier à l'intérieur de la famille ou de la tribu, les traits raciaux sont beaucoup moins marqués. L'Ego, plus individualisé, est capable d'exprimer dans une large mesure son tempérament. On peut d'ailleurs ajouter que plus un homme s'élève spirituellement, plus il se dégage de l'influence des Esprits de race.

Le mélange des sangs a également favorisé la disparition de l'ancienne clairvoyance. Les Bohémiens, qui ont conservé la coutume de se marier entre eux, possèdent encore parfois cette faculté. C'est ce qui permet à certaines Bohémiennes ou Gitanes de lire la « bonne aventure » dans les mains.

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Toutes les religions (sauf la religion chrétienne) émanent de Jéhovah. Elles agissent sur l'homme de l'extérieur, en le guidant au moyen de la Loi.

Jéhovah est le Dieu lunaire. Cela signifie qu'il réfléchit sur nous, à partir de la Lune, les radiations spirituelles solaires. Nous ne pourrions en effet comprendre actuellement les vérités sublimes transmises par les rayons directs du Soleil. Nous serions incapables d'harmoniser nos vies avec un idéal aussi élevé.

Les religions de race sont incomplètes et provisoires. Elles font largement référence à la Lune. Mais toutes parlent, sous une forme ou sous une autre, de l'Esprit Solaire qui doit venir.

Les Sémites originaux furent la plus importante des races atlantéennes. Ils étaient spécialement guidés par Jéhovah, qui en avait fait son peuple d'élection car il désirait en tirer un noyau susceptible de donner naissance aux races de la future cinquième Epoque, l'actuelle Epoque Aryenne.

Seul un petit nombre se montra capable d'acquérir les qualités requises pour remplir cette mission. La plupart des Sémites originaux se révélèrent particulièrement difficiles à diriger. Ils frustrèrent les intentions de leur chef.

Jéhovah se plaint d'eux tout au long de l'Ancien Testament. Il dit que c'est un peuple à « la nuque raide ». Ces anciens rebelles sont les Juifs de notre époque (Les Mongols et les peuples de race jaune sont issus des derniers Atlantéens. Tandis que les Noirs sont les descendants de la race Lémurienne).

Avec le temps, les races Atlantéennes dégénérèrent. Ce qui provoqua l'effondrement du continent Atlantéen et sa disparition sous le Déluge. Cette disparition fut d'abord partielle, et l'Epoque Aryenne actuelle fut introduite progressivement. Il y a eu trois Déluges importants dans l'Atlantide et il s'est écoulé environ 750 000 ans entre le premier et le dernier, lequel remonte approximativement à 10 000 ans.

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Les races Atlantéennes ont développé la ruse, qui, nous l'avons vu, est produite par l'union du corps du Désir et de l'Intellect non contrôlé par l'Esprit. Les races Aryennes développent la raison, qui provient de l'influence de l'Esprit Humain (le troisième aspect de l'Esprit) dans l'Intellect.

La raison nous apprend à rechercher ce qui en dernière analyse nous est le plus profitable. Elle tient souvent le corps du Désir en échec. Mais la raison est basée sur l'égoïsme, source de nombreux maux. Elle sera supplantée dans l'avenir par l'intuition.

L'intuition, la véritable intuition, a pour base l'amour spirituel. Elle nous mettra en relation directe avec la sagesse divine. Cette connaissance ressentie par le coeur éclairera la raison.

L'intuition et l'amour spirituel résultent de l'activité de l'Esprit Vital (le deuxième aspect de l'Esprit dans l'homme). Cette activité est suscitée par le CHRIST, deuxième aspect de la Trinité.

L'intervention du Christ
La Trinité - La naissance de Jésus

Les manquements à la loi divine constituent ce que l'on appelle le péché. Et celui-ci reçoit sa rétribution sous forme de souffrance. C'est de cette manière que la nature inférieure est maintenue dans la bonne direction.

Mais ce n'est là qu'un premier stade, car l'homme doit apprendre à bien agir volontairement. Pour qu'il parvienne à maîtriser définitivement son corps du Désir, il faut que la force divine qui le guide « de l'extérieur », au moyen de commandements, se manifeste maintenant « à l'intérieur » de lui-même.

Cette force spirituelle est éveillée en nous par le Christ. Le Christ aide l'Esprit à s'assurer le plein contrôle de ses véhicules. Il émancipe l'homme de toute influence extérieure, aussi bien de celle des Esprits lucifers que de celle des Anges de Jéhovah et des Esprits de race.

Avant son intervention, les passions humaines avaient largement pollué la substance Désir de la planète et l'évolution était presque arrêtée. Si le Christ n'était pas venu, il aurait fallu expédier dans l'espace une seconde Lune avec les Etres les plus cristallisés dans la matière.

Le Christ a évité cette calamité. Il a pris possession de notre planète à la suite des événements du Golgotha et il est maintenant l'Esprit intérieur de la Terre. Nous allons voir comment cela a pu se réaliser.

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Mais auparavant, il est nécessaire de donner quelques explications sur la nature du Christ et de définir également l'identité du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Le PERE est le plus grand initié de l'humanité de la première Période, celle de Saturne. Il a élevé sa conscience jusqu'au monde de Dieu et il s'est uni au premier aspect de la Divinité.

Le Christ est le plus grand initié de la Période suivante, celle du Soleil. Il est le chef des Archanges. Beaucoup plus avancé qu'eux, il s'est élevé lui aussi jusqu'au monde de Dieu et il s'est uni au deuxième aspect de la Divinité. C'est pourquoi on l'appelle le FILS.

Jéhovah est le plus grand initié de la Période de la Lune. Il est le chef de la vague de vie des Anges et il s'est uni au troisième aspect de Dieu. Il est le SAINT ESPRIT.

Dans l'actuelle Période de la Terre, le Christ est le grand Esprit Solaire. C'est lui qui dirige l'évolution du Soleil. Il est le soutien du système solaire tout entier. Il procède du Père, la Source, le Créateur.

Jéhovah, quant à lui, travaille avec la vie en évolution sur les planètes. Il réfléchit sur elles, par l'intermédiaire des satellites, les rayons « spirituels » solaires. C'est pourquoi il est le Dieu lunaire.

Nous ne pouvons pas regarder le Soleil, il est trop éblouissant. Mais nous pouvons regarder la Lune, qui nous envoie indirectement la lumière adoucie du Soleil. Tant que l'Homme ne peut comprendre les hautes vérités spirituelles et trouver la divinité en lui, il est nécessaire de le guider de l'extérieur en lui donnant un enseignement à sa portée.

C'est ce que font les religions lunaires de Jéhovah. Toutes ont été fondées par un instructeur ou un prophète, tel que Moïse, Bouddha ou Mahomet, mandaté par un Archange, Esprit de race. Ces religions anciennes sont basées sur la loi qui est extérieure à l'homme et qui doit le conduire à la religion du Christ, laquelle est basée sur l'amour. L'amour étant la force divine qui se manifeste à « l'intérieur » de l'homme et qui l'incite à agir charitablement, mais en conformité avec la loi.

Lorsque toutes nos actions seront guidées par l'amour, plus aucune dette de destinée ne sera contractée. L'amour spirituel est éveillé peu à peu dans le coeur humain par les vibrations christiques.

Dans l'Ancien Testament, Jéhovah, le Saint Esprit, dirige l'humanité. Mais dans le Nouveau Testament, le Christ fait descendre sur les Apôtres les pouvoirs du Saint Esprit. La manifestation de Dieu à l'intérieur de l'homme est le principe fondamental, la caractéristique essentielle, de la religion chrétienne.

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Il y a environ 2.000 ans, un événement d'une portée immense pour l'humanité se produisit : la Naissance de Jésus.

Jésus peut être considéré comme l'Ego le plus avancé de notre vague de vie. Ses parents, Joseph et Marie, étaient aussi des initiés d'un très haut degré. Le corps de Jésus fut conçu sans passion, d'une manière immaculée. Il devait être utilisé plus tard par le Christ.

Jésus fut élevé parmi les Esséniens et à l'âge de 30 ans, il céda au Christ son corps physique et son corps vital. Cela s'effectua au moment du Baptême, lorsque le Christ relia ces deux corps à son propre corps du Désir, le plus inférieur de ses véhicules. La Bible nous dit qu'à cet instant « l'Esprit de Dieu descendit sur Jésus ».

Le Christ vint ainsi dans l'homme et vécut parmi les hommes. Il donna son enseignement, prêchant l'Evangile de la vie et guérissant les malades. Puis il accomplit le sacrifice suprême du Golgotha.

Lorsque le sang de Jésus coula sur le Calvaire, le grand Esprit du Christ fut libéré et pénétra par ce moyen dans la Terre, dont il devint l'Esprit intérieur. A cet instant, les vibrations christiques donnèrent une formidable impulsion à notre planète. Une lumière aveuglante remplit l'atmosphère et le voile du Temple se déchira, ouvrant l'accès du Saint des Saints.

Ce dernier événement signifie que désormais le sentier de l'initiation n'est plus réservé à quelques élus, mais qu'il est ouvert à tous ceux qui voudront se donner la peine de le parcourir. En déchirant le voile du Temple, qui symboliquement cache l'Esprit à la Personnalité, le Christ a permis à tous les hommes de prendre contact avec la divinité qui est en eux.

Auparavant cela était impossible, sauf pour quelques personnes spécialement choisies parmi les prêtres et instruites en conséquence. Car l'Esprit de race désirait conserver son influence sur les véhicules de l'homme jusqu'à ce que l'Esprit intérieur, l'Ego, soit assez fort pour les guider lui-même.

Le Christ « Esprit de la Terre » - La Nouvelle Jérusalem

Le Christ, bien qu'étant devenu l'Esprit de la Terre, reste néanmoins le grand Esprit Solaire, car c'est seulement une partie de Lui-même, un de ses rayons, qui a pénétré dans notre planète.

Il souffre cependant de cette limitation et les basses vibrations des passions humaines lui sont à peine supportables. Il n'en poursuivra pas moins son sacrifice tant qu'il n'aura pas sauvé l'humanité du péché et de la mort.

Il purifie sans cesse les véhicules subtils de la Terre que nous polluons quotidiennement par nos passions et nos mauvaises pensées. C'est ainsi qu'il « efface le péché du monde ». Pas celui des individus.

Il met cependant à notre disposition une matière Désir plus pure et il attire également une plus grande quantité des deux éthers supérieurs, afin que nous puissions construire de meilleurs véhicules en nous « nourrissant » de sa substance.

Les deux éthers supérieurs appartiennent à la nature spirituelle de l'homme. Ils servent à former ce que l'on appelle le corps de l'âme ou encore le corps christique. Il en faut pour cela une quantité suffisante et nous les attirons à nous par une vie sainte et altruiste (La purification du corps du Désir attire l'éther lumière et celle du corps mental l'éther réflecteur).

Le corps de l'âme est le véhicule des initiés. Il leur permet de s'affranchir du corps physique en le laissant pénétré par les deux éthers inférieurs. Il est en gestation chez tous les humains. C'est l'enfant Christ, enfanté par la Vierge, la personnalité régénérée. Nous utiliserons ce véhicule dans la sixième Epoque, que la Bible appelle la Nouvelle Jérusalem. La Terre actuelle aura été transformée. Elle sera devenue éthérique.

Ainsi prendra fin notre voyage dans le désert ... du Monde Physique.

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Le Christ est donc venu nous aider à transformer notre corps physique mortel en un véhicule éthérique immortel. Lui-même épure la Terre et la rend plus éthérée. Il prépare ainsi notre entrée dans son royaume : la Nouvelle Jérusalem, située dans la région éthérique du Monde Physique et composée principalement du troisième éther : l'éther lumière.

Dans cette « cité sainte », la Bible nous apprend que nous pourrons nous alimenter de « l'arbre de vie ». La souffrance, la vieillesse et la mort n'existeront plus. L'humanité sera à nouveau une grande fraternité comme aux premiers temps de l'Atlantide.

Mais dans l'Atlantide nous étions entièrement guidés par les Anges et semblables à des enfants dociles et innocents. Tandis que dans la Nouvelle Jérusalem nous agirons par nous-mêmes, possédant la sagesse et la vertu nées de l'expérience et de l'épreuve.

Les Frères Aînés de la Rose-Croix

La Nouvelle Jérusalem représente notre idéal actuel. Elle n'est cependant qu'une étape sur le chemin de l'Evolution, au long duquel nous perfectionnons et spiritualisons nos véhicules.

Notre corps physique, dont la construction a commencé dès la Période de Saturne, parvient maintenant, dans la Période de la Terre, au maximum de ses possibilités.

Dans la prochaine Période, celle de Jupiter, notre corps vital sera notre véhicule d'expression. Il contiendra les forces du corps physique et il atteindra son plus grand développement.

Dans la Période suivante, celle de Vénus, notre corps du Désir sera à son tour notre véhicule d'expression. Il incorporera les forces du corps physique et du corps vital et il parviendra à son maximum d'efficacité.

Finalement, dans la dernière Période, celle de Vulcain, notre corps mental, avec en lui les forces des autres véhicules successivement abandonnés, atteindra la perfection et il nous permettra de manifester entièrement nos pouvoirs divins.

Les 9 initiations mineures, dont nous avons déjà parlé, se rapportent aux progrès qui nous restent à accomplir pendant l'actuelle Période de la Terre.

Les 4 grands degrés des Mystères majeurs correspondent au développement qui sera atteint par l'humanité à la fin de chacune des 4 grandes Périodes précitées : la Période de la Terre, la Période de Jupiter, la Période de Vénus et la Période de Vulcain.

Ceux qui ont passé le quatrième degré des Mystères majeurs ont par conséquent appris toutes les leçons que comporte ce Grand Jour de Manifestation.

Les Frères Aînés de la Rose-Croix sont parmi ces rares Etres d'exception. Ils pourraient servir dans d'autres évolutions, mais ils ont choisi de rester avec nous pour nous aider.

Bien qu'ils soient pour ainsi dire des « dieux », ils refusent l'appellation de « maîtres » et n'acceptent que le titre de « Frères Aînés ». Dans l'Ecole occidentale des Mystères, il n'y a en effet pas de maîtres. Le Christ a appelé ses disciples, ses amis (Jean 15-14).

Les Frères Aînés aident le Christ dans sa tâche de régénération de l'humanité. Chaque nuit, ils rassemblent de toutes les parties du monde occidental les pensées de haine, d'égoïsme, de sensualité, de matérialisme. Ils entreprennent de les transmuer en bienveillance, en amour pur et en aspirations élevées, avant de les renvoyer dans le monde afin qu'elles encouragent tout effort vers le bien.

Sans cette source puissante de vibrations bénéfiques, il y a longtemps que le matérialisme aurait triomphé de l'âme humaine. Car il n'y a jamais eu d'époque aussi sombre, au point de vue spirituel, que les quatre cents dernières années de matérialisme.

Pourtant, depuis 2.000 ans, les Eglises chrétiennes ont grandement favorisé le développement de l'humanité. Mais la religion qu'elles ont enseignée n'est encore qu'une première approche du véritable christianisme, qui sera dans le futur la religion universelle.

Si nous étudions l'histoire des nations dites chrétiennes, nous y trouverons en effet beaucoup de guerres. Ces nations sont par conséquent toujours gouvernées par les Archanges de Jéhovah, le Dieu de l'Ancien Testament, chef suprême des armées. Elles subissent également l'influence des Anges lucifériens, qui attisent les passions et provoquent les conflits.

Tout cela n'a rien à voir avec le Christ, venu établir la fraternité universelle et dont la recommandation est d'aimer même nos ennemis. Bien sûr cela est difficile et l'humanité progresse lentement. C'est pourquoi les enseignements donnés dans les Evangiles sont encore si peu compris et si peu pratiqués.

Les Evangiles - Les Initiés - Le corps de l'Ame

Les Evangiles montrent à l'homme le chemin de la régénération. Un chemin déjà parcouru par une élite que l'on appelle les initiés.

Les Evangiles ne sont pas à proprement parler des récits historiques. Certains événements de la vie du Christ y sont pris pour thème, mais ils sont en réalité des manuels d'initiation. Leur enseignement se rapporte essentiellement à la construction du corps de l'âme.

Ils débutent par l'Immaculée conception. Celle-ci doit remplacer la conception dans le péché, afin que des corps sains, propres à la manifestation convenable de l'Esprit, puissent être construits.

Ensuite vient le Baptême, qui est la descente de l'Esprit christique dans l'homme (c'est-à-dire l'avènement de l'Esprit Vital, le deuxième aspect de l'Esprit). Une longue période d'épreuve et de service commence alors, au cours de laquelle la Personnalité se purifie et se spiritualise.

La diminution des appétits grossiers entraîne un affaiblissement des deux éthers inférieurs, dont l'activité concerne uniquement les fonctions du corps physique. Les deux éthers supérieurs s'accroissent en conséquence. Ils sont en relation particulière avec le corps du Désir et l'Intellect, et ces deux véhicules les accompagneront lorsqu'ils quitteront le corps physique.

Quand le corps de l'âme est suffisamment formé, la séparation entre les deux éthers inférieurs et les deux éthers supérieurs devient possible. Le candidat à l'initiation a amené la croix du corps physique au Golgotha.

Il convient de noter soigneusement que dans les Evangiles, bien avant la crucifixion, le Christ demande à ses disciples de prendre leur croix et de le suivre. On trouve cette injonction dans Matthieu 10-38, Marc 8-34 et Luc 9-23.

La crucifixion a pour effet de libérer le corps de l'âme, encore retenu au corps physique à 5 endroits principaux : les 2 mains, les 2 pieds et la tête. En « mourant sur la croix », le Christ a abandonné définitivement le corps physique, comme nous le ferons tous un jour. Puis il s'est montré ressuscité dans la gloire du corps de l'âme. Seuls les disciples les plus avancés ont pu voir ce véhicule.

Les principales étapes qui jalonnent le sentier de l'initiation du mystique chrétien sont les suivantes :
Le Baptême - La Tentation - La Transfiguration - La Cène et le lavement des pieds - Gethsémani, le jardin des douleurs - Les Stigmates et la crucifixion - La Résurrection.

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Les Initiés des Mystères mineurs ne sont pas entièrement libérés de l'existence matérielle. Ils restent soumis à la loi de réincarnation tant qu'ils n'ont pas liquidé toutes les dettes contractées dans leurs vies précédentes. Ils peuvent cependant quitter leur corps physique à volonté, en le laissant sur le lit pénétré par les 2 éthers inférieurs (et la partie la plus dense du corps du Désir). Ils lui restent reliés par la corde d'argent.

Le corps de l'âme voyage à une très grande vitesse. Il permet à son possesseur de se rendre en quelques instants n'importe où dans le monde et de prendre connaissance de toute information désirée.

Ce seul pouvoir serait redoutable s'il était détenu par des personnes indignes. Mais les initiés sont des êtres secourables. Ils n'utilisent leurs facultés que pour rendre service.

La nuit, sous la direction des Frères Aînés, ils assistent les âmes du Purgatoire et soignent les malades. Beaucoup de soulagements rapides et de guérisons inexpliquées sont à mettre à leur actif. Ils s'abstiennent cependant d'intervenir dans la destinée « mûre » des individus.

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Le corps de l'âme est ainsi appelé parce qu'il contient « l'âme », c'est-à-dire l'essence des bonnes actions accomplies dans le corps physique. Comme tous les corps, il a besoin de la force créatrice pour se construire. Il utilise à cet effet la force sexuelle qui n'est pas dépensée pour les besoins de la reproduction. Il ne peut donc être enfanté que par une personnalité « vierge ». Tel est le sens profond de « l'Immaculée conception ».

La force sexuelle qui n'est pas gaspillée pour le plaisir des sens remonte vers le haut du corps, lorsqu'elle est attirée par des pensées pures. Elle construit et alimente les organes de la perception et de l'expression spirituelle. Elle accélère en particulier le taux vibratoire de deux petites glandes : l'hypophyse et la glande pinéale, produisant ainsi la clairvoyance volontaire. (Ceci va de pair avec l'organisation des centres du corps du Désir dont nous avons déjà parlé.)

Un organe éthérique, en forme de calice, se développe également dans la gorge et dans la tête. Il nous permettra de prononcer dans l'avenir « le verbe de vie ». Les deux pôles de la force sexuelle seront alors réunis dans le cerveau, faisant de l'homme une unité créatrice complète, comme le sont toutes les grandes Hiérarchies spirituelles (y compris les Anges).

Ceci est clairement exprimé dans la Bible. Nous lisons par exemple dans l'Evangile de Saint Matthieu, au chapitre 22, verset 30 : « A la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les Anges dans le ciel ».

Saint Luc nous dit également au chapitre 20, verset 35 : « Ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part à l'autre monde et à la résurrection d'entre les morts (d'entre les mortels) ne prennent ni femme ni mari, aussi bien ne peuvent-ils non plus mourir, car ils sont pareils aux Anges ».

Telle est la condition de ceux qui possèdent le corps de l'âme. Un véhicule qu'il nous faut nécessairement construire si nous voulons survivre dans la future sixième Epoque, lorsque la Terre actuelle, avec son oxygène, aura disparu. Le corps de l'âme se construit par une vie pure et par le service aimant et désintéressé.

Noël et Pâques

Les deux grandes fêtes chrétiennes sont Noël et Pâques. Ces fêtes correspondent à des moments particuliers de l'activité christique annuelle. Mais elles ont aussi pour nous une importante signification.

Pâques symbolise l'abandon du corps physique, cristallisé dans le péché, et la « résurrection » de l'Homme dans le corps christique, le corps de l'âme.

Noël précède et annonce ce jour glorieux. Chaque année, au solstice d'hiver, la force spirituelle du Christ est à son maximum d'expression.
C'est le moment idéal pour prendre de bonnes résolutions et « naître » à une vie nouvelle.

Dans les Evangiles, on nous dit que la Vierge Marie a engendré un fils à la suite de son union avec l'Esprit Saint. Cette union représente le mariage mystique entre la Personnalité purifiée et l'Esprit. L'enfant mis au monde est le corps christique. Tel est le merveilleux message de la nuit de Noël.

Cette nuit sainte, au cours de laquelle nous célébrons la naissance de Jésus et à travers lui l'avènement du Sauveur, annonce également avec allégresse la naissance de l'Homme régénéré, la naissance du fils de Dieu.

« Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu »
(Jean 1-12)
Par Max Heindel - Publié dans : Rose-Croix
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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 10:56
Avertissement
Ce texte de présentation de la Philosophie Rosicrucienne est un extrait des ouvrages de Max Heindel. Mais seuls les ouvrages de Max Heindel, messager de la Rose-Croix, constituent l'Enseignement Rosicrucien authentique.


L'Ecole des Mystères de la Rose-Croix
Que sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ?

Prétendre apporter des réponses précises à ces questions peut paraître ambitieux. Ces réponses existent pourtant. Et chacun peut en prendre connaissance en étudiant la philosophie rosicrucienne, telle qu'elle a été transmise à Max Heindel par les Frères Aînés de la Rose-Croix.

Le texte qui va suivre a pour objet de présenter les grandes lignes de l'enseignement rosicrucien. Ceux qui seront intéressés par cet enseignement pourront se procurer les ouvrages de Max Heindel et en particulier le livre de base, intitulé : La COSMOGONIE des ROSE-CROIX.

Mais tout d'abord une question se présente à l'esprit : Qui sont ces Frères Aînés de la Rose-Croix et en quoi consiste leur philosophie ?

La philosophie rosicrucienne est la philosophie ésotérique chrétienne. Le christianisme que nous connaissons est celui des Eglises. C'est le christianisme exotérique (ou christianisme populaire) dont l'enseignement est public. Il est suffisant pour la grande majorité des chrétiens qui suivent le sentier du développement spirituel par la foi en Dieu.

Le christianisme ésotérique n'était autrefois enseigné qu'à un petit nombre, dans les Ecoles des Mystères. Cependant, au début du vingtième siècle, les Frères Aînés de la Rose-Croix ont jugé bon de rendre public une partie de leur enseignement, afin de fournir aux chercheurs intellectuels sincères une réponse logique à l'énigme de la vie et de freiner ainsi la montée du matérialisme.

C'est au quatorzième siècle qu'un grand instructeur spirituel fonda l'ordre mystérieux de la Rose-Croix. Il rassembla autour de lui douze Frères, que l'on appelle les Frères Aînés. Eux seuls portent le nom de Rose-Croix et ils sont les chefs de l'Ecole occidentale des Mystères.

Les Frères Aînés, marchant dans les pas du Christ, ont effectué un développement spirituel considérable, et leur degré d'évolution est très supérieur à celui de l'élite de l'humanité actuelle. Ils instruisent ceux qui suivent le sentier de l'initiation. Mais leur Ecole n'est pas dans le Monde Physique. Elle se trouve dans les mondes invisibles, mondes dont nous parlerons un peu plus loin.

Disons tout de suite, pour clarifier les idées, que les initiés dont il est question ici n'ont rien de commun avec ceux dont on parle parfois à propos de certaines confréries existant dans ce bas monde.

Un initié d'une Ecole des Mystères est un Etre dont la vie est si sainte qu'il a construit le corps spirituel dont parle Saint Paul, véritable corps christique qui lui permet de quitter son corps physique à volonté et de parcourir le monde pour effectuer des missions secourables en tant qu'Aide Invisible.

Apprendre à utiliser ce corps spirituel constitue la première des 9 initiations mineures (il y a de plus 4 initiations majeures) et permet d'entrer comme "élève" dans l'Ecole des Mystères de la Rose-Croix.

Cette première initiation, qui n'est qu'un début sur le sentier spirituel, représente tout de même un stade de développement extrêmement difficile à atteindre. Et les initiés sont rares, car s'il y a beaucoup d'appelés, il y a peu d'élus.

Il est cependant intéressant de savoir que ces Etres d'exception représentent des jalons sur le chemin de l'évolution parcouru lentement par l'humanité ordinaire. Avec le temps, des personnes de plus en plus nombreuses s’engageront sur le sentier direct de l’initiation.


La Loi de cause à effet - La Loi de réincarnation

Parmi toutes les vicissitudes de l'existence, un événement apparaît tôt ou tard : la mort ! Durant les années de jeunesse et de santé, nous pouvons écarter ce sujet de nos préoccupations. Mais il arrive un moment où le problème de la vie et de la mort se présente à notre conscience et ne peut être repoussé plus longtemps.

Il ne sert à rien d'accepter, avec plus ou moins de foi, une explication qui pourrait nous être proposée. Car ce problème, qui nous concerne tous, est néanmoins personnel et chacun doit le résoudre pour lui-même s'il veut connaître la vérité.

Selon la mythologie grecque, il existait dans les environs de Thèbes un monstre qui désolait la région. Ce monstre était le Sphinx. Il proposait une énigme aux voyageurs qu'il rencontrait et dévorait tous ceux qui ne trouvaient pas la solution. Mais lorsque enfin Oedipe donna la réponse correcte, le monstre se détruisit lui-même.

Il en est ainsi de l'énigme de la mort. Celui qui ne peut apporter de réponse à cette question doit être dévoré par le monstre de la mort. Mais celui qui trouve la solution voit le monstre s'évanouir, car il découvre qu'en réalité la mort n'existe pas et qu'elle n'est que le changement d'un état à un autre.

Les enseignements rosicruciens ont pour objet de nous aider à résoudre le mystère de l'existence en nous dévoilant les grandes lignes du plan divin de l'Evolution. Cette connaissance favorisera grandement notre développement spirituel, car elle nous permettra d'harmoniser nos vies avec les lois de la nature, au lieu d'attirer sur nous le chagrin et la souffrance en persistant à les ignorer et à les mépriser.

Dans son état actuel de développement, l'homme est soumis à l'action de deux grandes lois qui le guident sur le chemin de l'Evolution : la loi de Cause à Effet et la loi de Réincarnation.

Lorsque nous cherchons à résoudre l'énigme de la vie et de la mort, nous commençons par nous interroger sur les inégalités de la condition humaine. Nous nous demandons pourquoi un homme vient au monde dans un milieu aisé, tandis qu'un autre est élevé dans la pauvreté, pourquoi un homme jouit d'une santé florissante, alors qu'un autre est malade ou infirme, pourquoi un homme a de la réussite et des occasions de se mettre en valeur, alors qu'un autre est poursuivi par la malchance, pourquoi une femme est une reine de beauté, tandis qu'une autre manque de grâce, pourquoi un homme a le don de la musique ou des mathématiques, alors qu'un autre est un simple d'esprit.

A toutes ces questions, ni les matérialistes ni les théologiens n'apportent de réponses satisfaisantes. La loi de Réincarnation offre une solution raisonnable à toutes les inégalités de la vie lorsqu'on l'associe avec sa compagne la loi de Cause à Effet, ou loi de Conséquence. La loi de Conséquence est la loi de Justice dans la nature. Elle décrète que ce que l'homme sème, il le récolte, dans cette vie ou dans une autre.

Ce que nous sommes, ce que nous avons, toutes nos qualités sont le résultat de notre travail dans le passé. L'absence de certains dons physiques, moraux ou mentaux résulte de notre négligence antérieure. Mais si nous cherchons à nous améliorer, les opportunités de la vie nous permettront d'acquérir, dans l'avenir, les facultés qui nous manquent aujourd'hui.

Car la vie est une école. Elle nous dispense des leçons destinées à nous faire avancer sur le chemin de l'Evolution. L'Esprit Humain possède en lui, à l'état latent, toutes les qualités « de notre Père qui est dans les Cieux ». Et c'est grâce à l'expérience acquise sur cette Terre, dans des corps physiques de plus en plus perfectionnés, que nous transformons lentement nos qualités latentes en pouvoirs effectifs.

En ce qui concerne notre comportement envers les autres, la mort ne liquide pas plus nos dettes que le fait de changer de lieu de résidence n'efface notre passif. La loi de réincarnation nous procurera, dans la vie suivante, un nouveau milieu. Mais nous y retrouverons d'anciens amis et d'anciens ennemis. Lesquels, éventuellement, nous porteront assistance ou nous causeront des ennuis. Nous les reconnaîtrons d'ailleurs parfois en éprouvant en face de certaines personnes une vive sympathie ou au contraire une profonde antipathie.

Il s'écoule environ mille ans entre deux incarnations. Et l'Esprit s'incarne tour à tour dans un corps masculin et dans un corps féminin. Mais il s'agit là d'indications générales, susceptibles d'être modifiées par la loi de conséquence.

Tout cela est très intéressant, diront certaines personnes, mais vous nous affirmez que cet enseignement est chrétien, or les Eglises chrétiennes n'ont jamais enseigné la doctrine de la réincarnation. En effet, cette doctrine ne fait pas partie de l'enseignement chrétien ordinaire, et il y a d'ailleurs pour cela d'excellentes raisons. Mais le christianisme ésotérique a toujours enseigné la loi de réincarnation, secrètement il est vrai.

D'ailleurs, si vous lisez les Evangiles avec attention, vous verrez que le Christ et ses interlocuteurs connaissaient parfaitement cette loi et qu'ils y ont fait allusion à plusieurs reprises. En voici des exemples :


Dans le troisième chapitre de l'Evangile selon Saint Jean, au cours de l'entretien avec Nicodème, Jésus déclare : "En vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le royaume des Cieux." Les traducteurs embarrassés ont écrit : "naître d'en haut", en signalant toutefois que l'on pouvait traduire par "naître de nouveau".

Toujours dans l'Evangile de Saint Jean, au neuvième chapitre, concernant la guérison d'un aveugle de naissance, la question suivante est posée au Christ par ses disciples : « Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? ».

Comment un homme aurait-il pu pécher avant de naître, sinon dans une vie antérieure ? Cette éventualité, envisagée par les disciples, montre que ceux-ci connaissaient la loi de réincarnation.

La réponse du Christ laisse d'ailleurs beaucoup de personnes perplexes et mérite une explication : « Ni lui ni ses parents n'ont péché, répond-il, mais c'est pour qu'en lui soient manifestées les oeuvres de Dieu ».

Curieuses oeuvres, que de rendre aveugle un homme innocent ! Ce serait là le travail d'un Dieu capricieux, distrait ou incompétent. Ecartons de nous ces pensées blasphématoires. En réalité, ni l'homme physique actuel ni ses parents ne sont responsables de son état. Mais le Dieu intérieur de l'homme, l'Esprit, a été incapable de construire un corps sain en raison de fautes antérieures commises par la personnalité pécheresse.

Dans l'Evangile de Saint Matthieu, nous lisons au chapitre 11, verset 13 : « Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu'à Jean (Jean-Baptiste). Et lui, si vous voulez m'en croire, il est cet Elie qui doit revenir ».

Jean-Baptiste est donc Elie ! Rappelons ici, pour ceux qui l'ont oublié, que l'Ancien Testament se termine par l'annonce du retour d'Elie, le prophète. Nous trouvons en effet à la fin du livre de Malachie la déclaration suivante : « Voici que je vais vous envoyer Elie le prophète, avant que n'arrive mon Jour, grand et redoutable ».

Toujours au sujet d'Elie, dans l'Evangile de Saint Matthieu, au chapitre 17, verset 11, le Christ déclare : « Oui, Elie doit venir et tout remettre en ordre. Mais je vous le dis, Elie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu ... » Et un peu plus loin : « Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean-Baptiste ».

On ne peut être plus clair. Ces citations, tirées de la Bible de Jérusalem, établissent sans équivoque que Jean-Baptiste est la réincarnation du prophète Elie.

En réalité, l'homme est un Esprit immortel, et le corps physique n'est qu'un instrument, un véhicule, dont il se sert pour acquérir de l'expérience et développer ses pouvoirs divins. L'Esprit seul est vivant. Et lorsqu'il abandonne son corps minéral au moment de la mort, ce dernier commence aussitôt à se décomposer.

Le corps physique n'est pas non plus l'unique véhicule de l'homme. L'Esprit possède d'autres corps, plus subtils, qui lui permettent de se manifester dans des mondes supérieurs entre deux incarnations. Ces mondes supérieurs sont invisibles aux yeux physiques, mais ils sont néanmoins très réels et, de plus, ils sont la cause de tout ce qui existe dans notre monde matériel.

Nous allons maintenant étudier les différents véhicules de l'homme et suivre ce dernier dans les mondes invisibles entre deux incarnations.


Les 3 Mondes qui sont le champ actuel de notre Evolution

D'après les enseignements des Rose-Croix, l'Univers est divisé en 7 mondes, ou 7 états différents de la matière. Ces mondes sont les suivants :

• Le Monde de Dieu ;
• Le Monde des Esprits Vierges ;
• Le Monde de l'Esprit Divin ;
• Le Monde de l'Esprit Vital ;
• Le Monde de la Pensée ;
• Le Monde du Désir ;
• Le Monde Physique.

La substance de chacun de ces mondes est soumise à des lois particulières. Par exemple, dans le Monde du Désir il n'y a ni chaud ni froid, et le temps et la distance n'existent pratiquement pas.

Les différents mondes ne sont pas situés les uns au-dessus des autres, mais ils s'interpénètrent. Chacun d'eux étant entièrement contenu dans le monde qui lui est supérieur. Le Monde Physique est le plus dense de tous et, en conséquence, il occupe moins d'espace que les autres.

Notre évolution actuelle se déroule dans les trois mondes inférieurs : le Monde Physique, le Monde du Désir et le Monde de la Pensée. Nous nous limiterons par conséquent à l'étude de ces trois mondes.

Le Monde Physique (Région Chimique et Région Ethérique)

Le Monde Physique comprend 7 divisions, qui correspondent à 7 états de densité de la matière. Ce sont : les Solides, les Liquides et les Gaz, qui constituent la Région Chimique (connue de tous), et les quatre Ethers, qui forment la Région Ethérique.

Les quatre Ethers se nomment : l'Ether Chimique, l'Ether Vital, l'Ether Lumière et l'Ether Réflecteur. C'est grâce à l'Ether que l'Esprit vitalise les formes construites avec la matière de la Région Chimique.

L'ETHER CHIMIQUE est le canal d'expression des forces qui assurent l'assimilation, la croissance et le maintien de la forme. Il est actif dans les règnes végétal, animal et humain. Chez les minéraux, il intervient dans la formation des cristaux et il détermine leurs différentes propriétés chimiques.

L'ETHER VITAL est le champ d'action des forces qui travaillent à la reproduction des formes, c'est-à-dire qui assurent le maintien de l'espèce ou de la race. Il est donc actif dans le végétal, l'animal et l'homme.


L'ETHER LUMIERE est le milieu de manifestation des forces qui produisent la chaleur, le mouvement et la circulation du sang chez l'animal et l'homme, ou la circulation de la sève chez les plantes. Cet Ether régit également les organes des sens et il est la cause des diverses colorations que l'on trouve dans la nature. Il est partiellement actif chez le végétal, et pleinement actif chez l'animal et l'homme.

L'ETHER REFLECTEUR enregistre tous les événements qui se déroulent dans le monde. Il contient ce que l'on appelle : la mémoire de la nature. Mais cette mémoire n'est que le reflet de la véritable « mémoire de la nature » qui se trouve dans le Monde de la Pensée. C'est également par l'intermédiaire de l'Ether Réflecteur que l'Esprit agit sur le cerveau et contrôle le corps physique.

Récapitulons brièvement les principales fonctions des Ethers :

• L'Ether Chimique entretient la vie et la croissance de la forme.
• L'Ether Vital assure la reproduction.
• L'Ether Lumière rend possible le mouvement et la perception.
• L'Ether Réflecteur enregistre les expériences de l'homme et permet à l'Esprit d'agir sur le cerveau et le système nerveux.

Le Monde du Désir

Le Monde du Désir est le monde suivant. C'est un monde de lumière et de couleur. Sa substance est constamment en mouvement. Elle peut prendre avec facilité toutes les formes possibles et imaginables.

Dans ce monde, les énergies de l'homme et des animaux se mêlent à celles de nombreuses Hiérarchies d'Etres spirituels qui ne paraissent pas dans le Monde Physique. Les forces émanant de ces légions d'Etres divers moulent la matière toujours changeante du Monde du Désir en formes variées, dont la stabilité plus ou moins grande est fonction de l'énergie qui leur a donné naissance.

Le Monde du Désir comprend 7 régions. Comme son nom l'indique, il est le monde des désirs, des souhaits, des sentiments et des émotions. Les passions grossières et les impulsions égoïstes se rencontrent dans les régions les plus basses. Tandis que les nobles qualités de l'âme s'expriment dans les régions supérieures.

Ce sont nos désirs qui poussent à l'action le corps physique, vivifié par les éthers.
Parmi les habitants du Monde du Désir se trouvent les Archanges. Les Anges, eux, se rencontrent dans l'Ether.

Le Monde de la Pensée

Le Monde de la Pensée est le troisième monde qui concerne notre évolution actuelle. Il comprend lui aussi 7 parties. Et, comme le Monde Physique, il peut se diviser en deux régions principales qui sont : la Région de la Pensée abstraite et la Région de la Pensée concrète.


La Région de la Pensée concrète fournit la substance destinée à revêtir les Idées, qui prennent naissance dans la Région de la Pensée abstraite et qui, ainsi concrétisées, deviennent ce que l'on appelle des formes-pensées.

C'est dans la région supérieure du Monde de la Pensée (la région de la Pensée abstraite) que se trouve l'Esprit de l'homme : l'Ego, le Penseur. Il dirige l'Intellect, ou corps mental, composé de la substance de la région de la Pensée concrète.

Notre Mental agit comme un frein sur les impulsions de la nature émotionnelle et nous dicte parfois des actes contraires à nos sentiments, grâce à un point de vue plus élevé que nous appelons la raison.

Le Mental rend l'homme capable de former des pensées concrètes, des formes-pensées, et de créer ainsi des images qu'il pourra reproduire ensuite à l'aide de la matière du Monde Physique.

En réalité, le Monde de la Pensée est à l'origine de tout ce qui existe sur notre Terre. C'est en effet dans la région de la Pensée concrète que se trouvent les archétypes (ou modèles vivants) de tout ce que nous pouvons voir ici-bas, qu'il s'agisse des montagnes, des continents, des arbres, des animaux ou de l'homme.

Aucun changement n'intervient dans le Monde Physique avant que les archétypes n'aient été modifiés. Alors seulement, ce que nous appelons les phénomènes de la nature provoque les changements désirés. De grands Etres spirituels dirigent la construction des archétypes. Ils instruisent également l'homme entre deux incarnations et ils aident l'Esprit à construire l'archétype de son corps physique.

Le Monde de la Pensée est le monde du son. En fait, la forme, la couleur et le son s'expriment tous dans chacun des trois mondes. Mais on peut dire que le Monde Physique est plus particulièrement le monde de la forme (précise et stable), le Monde du Désir celui de la couleur, et le Monde de la Pensée celui du son (céleste bien entendu).

Les archétypes sont en réalité des vibrations sonores qui créent et entretiennent toutes les formes que nous voyons autour de nous. C'est pourquoi l'Evangile de Saint Jean, sans doute le plus profond de tous les ouvrages spirituels, débute par ces mots : « Au commencement était le Verbe ». Le Verbe pouvant se définir comme étant la Pensée exprimée par la Parole. Dans l'Evangile de Saint Matthieu, au chapitre 4, Jésus, jeûnant dans le désert, répond au tentateur : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». En effet, lorsque cesse la parole de Dieu concernant le corps physique, l'archétype, ce son vivant qui maintenait en cohésion les cellules du corps, cesse de retentir, et le corps physique meurt aussitôt.


Les 4 Règnes
Les Véhicules de l’homme

Notre Terre, comme d'ailleurs les autres planètes, est constituée de la substance des trois mondes dont nous venons de parler. Elle est le champ d'évolution de différentes "vagues de vie", dont certaines apparaissent dans le Monde Physique sous la forme de 4 règnes : le règne minéral, le règne végétal, le règne animal et le règne humain.

Ces quatre règnes présentent entre eux de notables différences. Les végétaux, contrairement aux minéraux, peuvent croître et se reproduire. Il en est de même des animaux et de l'homme qui, eux, ont en plus des végétaux la possibilité de se déplacer et d'agir. Cependant, seul l'homme possède l'intelligence et la parole.

Tout ceci se remarque facilement. Mais ce que l'on sait moins, c'est que ces différences entre les règnes ont pour cause la présence (ou l'absence) de certains véhicules subtils. En effet, pour se manifester dans un monde, quel qu'il soit, et pour exprimer les qualités qui lui sont propres, il est nécessaire de posséder un véhicule composé de la substance de ce monde.

Les Corps Physique, Vital, du Désir et Mental

Il faut un corps physique ... pour exister dans le Monde Physique.

Il faut de même un corps éthérique pour être en mesure d'entretenir des fonctions vitales, de croître et de se reproduire.

Il faut également un corps composé de la substance du Monde du Désir, appelé corps du désir ou corps émotionnel, pour pouvoir manifester des sentiments et des émotions.
Et pour exprimer la pensée, il faut un corps mental, formé de la matière du Monde la Pensée concrète.

Voyons donc, pour commencer, quels sont les rapports qui existent entre les 4 règnes et la Région Ethérique.

Les minéraux ne possèdent pas de corps éthérique véritable. Ils ne peuvent ni croître ni se reproduire. Néanmoins, la présence en eux de l'éther chimique explique leurs propriétés chimiques.

Les végétaux ont un corps éthérique distinct. Mais seuls l'éther chimique et l'éther vital sont en pleine activité. L'éther lumière est présent, mais en partie inactif. L'éther réflecteur est absent. En conséquence, les plantes croissent et se reproduisent, mais elles n'ont ni sensation ni mémoire.

Le corps éthérique des animaux est composé des 4 éthers. Mais l'éther réflecteur est inactif. Les animaux possèdent donc les facultés de croissance et de reproduction dues à l'action des 2 premiers éthers. En outre, l'éther lumière leur donne la possibilité de produire la chaleur du sang et d'obtenir la perception sensorielle. Ils n'ont ni pensée ni mémoire.

Chez l'homme, le corps éthérique est supérieurement organisé. Les 4 éthers sont actifs. Et l'éther réflecteur permet à l'Esprit de contrôler son corps physique. De plus, il enregistre toutes les scènes de la vie, constituant ainsi la mémoire.

Nous voyons, d'après ce qui précède, que le corps éthérique a pour fonction principale de "vitaliser" le corps physique. C'est pourquoi on l'appelle généralement : le corps vital.

Le corps vital de l'homme s'étend à environ 4 centimètres au-delà du corps physique. Il en est la reproduction exacte, organe pour organe, molécule pour molécule.

Cependant, le corps vital d'un homme est de polarité négative, tandis que celui d'une femme est de polarité positive. Il produit chez cette dernière un excès de sang qui s'élimine par les règles et parfois aussi par les larmes, qui sont une saignée blanche. Notons également que la femme, dont le corps vital est positif, vit en moyenne plus longtemps que l'homme.

Le corps vital pénètre tous les atomes du corps physique et les fait vibrer beaucoup plus rapidement que ceux des minéraux ordinaires.

Il arrive parfois qu'il se retire partiellement, comme c'est le cas lorsqu'un membre est engourdi à la suite d'une mauvaise position. Quand la circulation est rétablie dans le membre, le retour à la normale provoque des picotements assez désagréables. Ils sont produits par l'inertie qu'opposent les atomes physiques à la reprise des vibrations du corps vital.

La force vitale venant du soleil pénètre en nous par la partie éthérique de la rate. Elle se répand ensuite le long des nerfs à travers tout le corps physique et rayonne vers l'extérieur. Quand un homme est en bonne santé, la puissance de ces radiations emporte avec elle tous les germes et microbes nuisibles.

Dans le cas d'une amputation, la contrepartie éthérique du membre amputé reste en place avec le corps vital. Toutefois, elle se désagrège en même temps que le membre physique détaché. L'opéré souffre tant que la contrepartie éthérique du membre amputé n'a pas complètement disparu.

Au moment de la mort, le corps vital abandonne le corps physique, mais il reste à proximité et se décompose en même temps que lui.

Certaines personnes peuvent voir dans la région éthérique. Cette faculté résulte d'une extension de sensibilité du nerf optique. Dans les siècles à venir, la vue éthérique sera développée par de nombreuses personnes.

Etudions maintenant les relations qui existent entre les 4 règnes et le MONDE du DESIR.

Seuls les animaux et l'homme ont un corps du désir distinct. Les minéraux et les végétaux sont bien entendu pénétrés par la substance Désir de la planète, mais ils ne possèdent pas de corps émotionnel qui leur soit propre. Ils n'éprouvent par conséquent ni sentiment ni émotion.

Le corps du désir de l'animal est constitué de la matière des 4 régions inférieures du Monde du Désir. Celui de l'homme contient, en supplément, une quantité plus ou moins grande de la substance des 3 régions supérieures.

La nature émotionnelle des animaux et celle des humains peu évolués les pousse essentiellement à rechercher leur intérêt et à assouvir leurs passions. Au fur et à mesure que l'homme progresse ses sentiments gagnent en noblesse, et la quantité de matière des régions supérieures augmente dans son corps du désir. Celui-ci devient plus grand et plus lumineux.

Les couleurs de base de ce véhicule indiquent le tempérament et les caractéristiques d'une personne. Elles se modifient en fonction de l'humeur qu'elle manifeste ou de l'émotion qu'elle éprouve.

Le corps du désir a la forme d'un ovoïde et s'étend à environ 30 à 40 centimètres au-delà du corps physique. Les particules qui le composent sont sans cesse en mouvement et se déplacent avec une extrême rapidité.

Le corps du désir ne comporte pas d'organes comme le corps physique et le corps vital, car son acquisition est relativement récente et par suite son organisation est encore rudimentaire. Il possède des centres de perceptions, qui d'ailleurs chez la plupart des gens ne sont que de simples remous, sans utilité aucune.

Chez le clairvoyant involontaire ou le médium, mal développés par des méthodes négatives, ces tourbillons tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Tandis que chez le clairvoyant volontaire, initié d'une Ecole des Mystères, ces mêmes tourbillons tournent dans le sens des aiguilles d'une montre. Ils brillent d'une splendeur éblouissante et lui donnent la possibilité d'observer à sa guise tout ce qui se passe dans le Monde du Désir.

Ajoutons en passant que des clairvoyants de ce type ne font pas état de leurs aptitudes et ne donnent pas de consultations.

Le corps du désir a sa racine, si l'on peut dire, dans le foie. Seuls les animaux qui ont un foie possèdent ce véhicule. Et il est plus élaboré chez les mammifères, dont le sang est rouge et chaud.

Dans l'état actuel de son développement, l'homme est poussé à agir ou à s'abstenir d'agir par les sentiments jumeaux d'Intérêt ou d'Indifférence. L'Intérêt que nous manifestons pour une chose met en jeu une des deux grandes forces du Monde du Désir : l'Attraction ou la Répulsion.

Quand la mort survient, l'homme se retire dans le Monde du Désir. Cependant, le corps vital, avant de s'effondrer, laisse son empreinte sur le corps du désir. Il en résulte que les morts, par ailleurs bien vivants, présentent sensiblement le même aspect que lorsqu'ils se manifestaient parmi nous, ici-bas.

Certaines personnes les évoquent ou cherchent à entrer en communication avec eux par des moyens divers. Il faut dire que cela n'est pas souhaitable, car les morts n'ont plus à se préoccuper de nos affaires. De plus, il existe dans les mondes invisibles certaines entités inamicales qui prennent plaisir à abuser les médiums et autres clairvoyants négatifs, ainsi que ceux qui s'adressent à eux.

Il faut également se souvenir que la substance du monde émotionnel est extrêmement malléable. Elle peut prendre facilement toutes les formes désirées. Ceci est une source permanente d'erreur pour le néophyte qui s'aventure dans ce monde. Seul un initié, capable de voir la vie qui anime la forme, ne peut être trompé.

Voyons maintenant quels sont les rapports qui peuvent s'établir entre les 4 règnes et le Monde de la Pensée.

Ici, nous constatons que les minéraux, les végétaux et les animaux n'ont pas de véhicule pouvant les mettre en relation avec ce monde.

Toutefois, certains animaux domestiques supérieurs expriment un faible degré de pensée. Cela est dû au fait que ces animaux vivent au contact de l'homme depuis des générations, et les vibrations de la pensée humaine ont "induit" en eux une légère activité mentale.

En dehors de ce cas, les animaux ne possèdent pas la faculté de penser. L'Esprit de l'animal est d'ailleurs encore trop faible pour gouverner ses véhicules. C'est pourquoi ceux-ci sont sous la direction d'un Esprit-groupe. (Il en est de même dans le règne minéral et dans le règne végétal.)

Il y a un Esprit-groupe pour chaque espèce animale. C'est ce qui explique la similitude de comportement des animaux qui la composent. On peut également classer l'humanité en races ou nations. Mais il n'en est pas moins vrai que chaque homme est différent de son voisin et qu'il est habité par un Esprit intérieur individuel.

L'Esprit-groupe guide les animaux dont il a la charge, de l'extérieur, au moyen d'incitations. Il contrôle leur reproduction et les aide à trouver leur nourriture. Il prévient ses protégés en cas de danger. Il organise le vol des oiseaux migrateurs.

En réalité, il dirige toutes les activités de son groupe avec beaucoup de sagesse et de sollicitude. Mais il ne peut agir aussi facilement que l'Ego humain qui en tant qu'Esprit intérieur est en contact plus intime avec son corps physique.

La mission de l'Esprit-groupe consiste à diriger l'évolution des animaux, afin de leur permettre d'atteindre le stade humain dans une période future. Il continuera alors à les influencer, pendant un certain temps, en qualité d'Esprit de race, de tribu ou de famille.

L'homme seul, parmi les 4 règnes, possède un corps mental, ou Intellect, fait de la substance du Monde de la Pensée concrète. L'Intellect met l'Ego en relation directe avec ses autres véhicules et lui permet d'obtenir une pleine conscience du Monde Physique. (La conscience des animaux est une conscience de rêve).

Cependant, notre corps mental est une acquisition récente. Il n'est encore qu'une sorte de nuage et ne transmet pas toujours correctement les idées de l'Esprit. De plus, il est souvent dominé par le corps du désir.

C'est en réalité le corps physique qui est notre véhicule le plus perfectionné, car il a derrière lui la plus longue évolution. Le corps vital vient ensuite, puis le corps du désir et enfin l'Intellect.

Notre corps physique a développé des organes qui lui permettent de manifester les propriétés des autres véhicules.

Il est ainsi en mesure d'entretenir les fonctions vitales.
Il nous donne la possibilité de nous mouvoir selon nos désirs.
Et il nous permet d'exprimer nos pensées.

Sans la présence des autres véhicules, notre corps physique serait semblable aux minéraux.


L'Esprit triple (l’Ego)

Nous voyons donc, d'après ce qui précède, que l'homme est un Esprit, en fait un Esprit triple, doté d'un Intellect au moyen duquel il gouverne un Corps triple : la Personnalité.

Les 3 aspects de l'Esprit sont appelés : l'Esprit Divin, l'Esprit Vital et l'Esprit Humain.
La Divinité aussi est triple. Nous savons qu'elle se présente sous la forme du Père, du Fils et du Saint Esprit.

L'Esprit triple est le reflet de Dieu. Et chacun de ses aspects lui correspond de la manière suivante :
• L'Esprit Divin correspond au Père.
• L'Esprit Vital correspond au Fils.
• L'Esprit Humain correspond au Saint Esprit.

L'Esprit triple, appelé aussi l'Ego, travaille avec les corps qu'il a construits afin d'acquérir de l'expérience et de s'élever de l'Impuissance à la Toute-Puissance. Le résultat de son activité, l'extrait de son travail, constitue ce que l'on appelle : l'âme. Et l'âme, à son tour, est assimilée par l'Esprit. C'est elle qui qualifie l'Esprit et lui donne son pouvoir.

Le but de l'existence physique est la croissance de l'âme.

Comment l’Ego guide ses véhicules

A l'état de veille, tous les véhicules de l'homme s'interpénètrent, et grâce à eux, l'Ego est capable d'agir dans le Monde Physique.

Depuis la Région de la Pensée abstraite, il observe les conditions du monde matériel perçues par les organes des sens et transmises au corps vital. Les sentiments et les émotions qui en résultent dans le corps du désir sont reflétés dans l'Intellect. L'Ego tire de ces images mentales des conclusions sur les sujets auxquels elles se rapportent. Ces conclusions sont des idées.

Si une action immédiate est nécessaire, l'Ego, par le pouvoir de la volonté, projette une "idée" dans l'Intellect, où elle donne naissance à une forme-pensée en s'entourant de la substance mentale de la région de la Pensée concrète. L'Intellect dirige alors la forme-pensée sur le corps du désir, où la force d'Attraction la revêt de substance désir. La pensée peut maintenant agir sur le cerveau éthérique et faire passer la force vitale à travers les centres du cerveau physique, puis le long des nerfs qui commandent les muscles chargés d'accomplir l'action désirée.

C'est de cette manière que la force spirituelle contenue dans la pensée se manifeste. L'empreinte de l'acte ainsi que celle du sentiment qui l'a provoqué s'inscrivent dans l'éther réflecteur du corps vital où siège la mémoire.

Il arrive cependant que la nature inférieure, autrement dit le corps du désir, s'oppose à la forme-pensée, qui est de ce fait repoussée par la force de Répulsion. La lutte s'engage alors entre la nature inférieure et la nature supérieure.

Si la force spirituelle contenue dans la pensée (la volonté de l'homme) est assez puissante, elle peut rassembler suffisamment de matière désir pour provoquer l'action. Dans le cas contraire, la pensée est rejetée et le corps du désir reste maître de la situation, comme cela arrive hélas trop souvent.

Le succès ou l'insuccès de la forme-pensée sera enregistré sur les atomes négatifs de l'éther réflecteur du corps vital.

La Mémoire - Le Sommeil

L'éther réflecteur contient en effet toutes les archives de notre vie. Ces archives constituent ce que l'on appelle la Mémoire subconsciente.

Notre mémoire ordinaire, ou « mémoire consciente », se forme à partir des perceptions de nos sens. Et nous savons qu'elle est imparfaite et fugitive. Il n'en est pas de même de la mémoire subconsciente. Celle-ci se forme au moyen de la respiration.

L'éther, contenu dans l'air que nous respirons, porte en lui une image détaillée de tout ce qui nous environne, de toutes les scènes qui se déroulent autour de nous, et également de ce que nous pensons et éprouvons.

Les poumons transmettent ces images au sang, qui est un des produits supérieurs du corps vital, et elles sont imprimées sur l'éther réflecteur de ce véhicule. Elles sont également enregistrées sur un atome spécial, situé dans le coeur, et dont nous parlerons un peu plus loin.

Ces archives de notre vie serviront à déterminer nos conditions d'existence après la mort du corps physique. Il est donc très important de savoir que tout ce que nous faisons, tout ce que nous pensons, est fidèlement enregistré.

Les mémoires consciente et subconsciente se rapportent uniquement à la vie présente. Il existe encore une troisième forme de mémoire, appelée "superconsciente". Elle est imprimée sur l'Esprit Vital et elle contient la somme de nos connaissances et de nos facultés acquises dans les vies passées. Ces aptitudes ne se manifestent pas toujours dans nos vies présentes. Mais on en trouve une expression partielle dans le caractère et la conscience.

Pendant les heures de veille, le corps du désir et l'Intellect détruisent sans cesse les tissus du corps physique. Le corps vital s'efforce fidèlement de les restaurer. Mais il n'est pas capable de compenser éternellement les destructions occasionnées par les autres véhicules. Il perd graduellement du terrain et finalement il s'affaisse.


Le fluide vital cesse de circuler en quantité suffisante le long des nerfs, et le corps s'assoupit. L'Ego, gêné, est contraint de se retirer, emmenant avec lui l'Intellect et le corps du désir. Le corps physique reste pénétré par le corps vital dans un état d'insensibilité que nous appelons le Sommeil.

C'est dans le Monde du Désir que l'Ego se retire. Là, il rétablit le rythme et l'harmonie de l'Intellect et du corps émotionnel. Quand ces véhicules sont fortifiés, ils travaillent à leur tour à la régénération du corps vital. Ce dernier spécialise à nouveau l'énergie solaire et s'active à restaurer le corps physique, que nous retrouvons frais et dispos au réveil.

Il arrive parfois que le corps du désir ne se retire pas complètement du corps vital. Il en résulte que le travail de restauration s'accomplit imparfaitement, tandis que certaines scènes du Monde du Désir parviennent à la conscience physique sous forme de rêves. Ces rêves sont confus ou grotesques par suite de la mauvaise liaison entre les véhicules.

Certains rêves, cependant, apportent des solutions logiques aux problèmes de la vie. Ils se produisent généralement juste avant le réveil et seulement lorsque la séparation des véhicules a été complète. Ce sont des avertissements que l'Ego imprime sur le cerveau au moment du réveil. (Ils sont, le plus souvent, très vite oubliés).


La Mort

Lorsque l'Esprit n'est plus en mesure de tirer profit des conditions de l'existence matérielle, l'archétype du corps physique cesse de retentir, et la vie se termine par la mort.

Cet événement peut nous sembler prématuré lorsqu'il survient brusquement, à la suite d'un cataclysme, d'un accident, ou encore sur un champ de bataille. En réalité, ces circonstances font partie de la destinée.

Au moment de la mort, le corps vital, le corps du désir et l'Intellect abandonnent le corps physique dans un mouvement en spirale, emportant avec eux "l'énergie" d'un atome physique. Non l'atome lui-même.

Les résultats des expériences effectuées pendant la vie qui vient de finir ont été gravés sur cet atome spécial. Seul, parmi les autres atomes (qui sont sans cesse renouvelés), il est resté stable. Et cela de vie en vie, car il a fait partie de tous les précédents corps physiques de l'Ego et il servira de noyau au corps suivant. C'est pourquoi il a reçu le nom d'atome-germe.

Pendant la vie terrestre, l'atome-germe anime le coeur. Il est situé dans le ventricule gauche de cet organe, près de la pointe.

Quand les autres véhicules ont quitté le corps physique, ils lui sont encore reliés par une corde subtile et extensible, appelée : corde d'argent. Une extrémité de cette corde est attachée au coeur par l'atome-germe.

Le départ des forces de l'atome-germe cause l'arrêt du coeur. Mais la corde d'argent n'est pas brisée tant que le "Panorama de la vie", inscrit sur l'éther réflecteur du corps vital, n'a pas été passé en revue.

Ce panorama se présente à la conscience de l'homme en sens inverse. Il commence par les scènes de la vie précédant la mort et se termine à la naissance. Au fur et à mesure qu'il se déroule, il est enregistré sur le corps du désir. Il servira ainsi de base à l'existence qui va suivre, au Purgatoire d'abord, et ensuite au Premier Ciel.

La durée du panorama est fonction de l'endurance du corps vital. Elle peut atteindre 3 jours 1/2 au maximum. Cela correspond au temps durant lequel une personne pourrait rester éveillée en cas de besoin.

Quand le corps vital s'affaisse, l'homme se retire dans le Monde du Désir. La corde d'argent se brise, et le corps vital est abandonné à son tour. Il retourne au corps physique, mais il ne le pénètre plus comme pendant le sommeil. Il plane au-dessus et se désintègre en même temps que lui.

(En réalité, le corps vital ne retourne pas entièrement au corps physique. La partie la plus subtile, comprenant l'éther lumière et l'éther réflecteur, reste avec les véhicules supérieurs et forme la base de la conscience dans le Monde du Désir).

Toute atteinte faite au corps physique avant la rupture de la corde d'argent, telle que l'autopsie ou l'embaumement, sera dans une certaine mesure ressentie par le défunt. Ce dernier sera également troublé par des conditions environnantes bouleversantes : guerre, accident ou encore lamentations bruyantes des parents.

Tous ces événements dérangent l'Ego et l'empêchent d'apporter une extrême attention au déroulement du panorama. Celui-ci ne pourra s'inscrire convenablement sur le corps du désir, et les expériences de la vie qui vient de finir seront perdues, en partie ou en totalité.

La crémation devrait être évitée pendant les 3 jours 1/2 qui suivent la mort, car elle a pour effet de causer la désintégration du corps vital, qui doit être conservé intact pendant cette période.

Nous verrons, un peu plus loin, les mesures prises par les grands Etres qui dirigent notre évolution pour remédier aux mauvais traitements que notre ignorance inflige aux mourants et compenser les circonstances dramatiques qui entourent certains décès.

Quand la corde d'argent se brise, le corps est complètement mort.

Au sujet de la corde d'argent, il est utile de préciser qu'elle se compose de trois segments reliant entre eux les atomes-germes des différents véhicules de l'homme. Pendant les heures de veille, sa localisation et celle des atomes-germes est la suivante :

Le premier segment, constitué d'éther, relie l'atome-germe du corps physique, situé dans le coeur, à l'atome-germe du corps vital, qui se trouve dans le plexus solaire.
Le second segment, constitué de substance désir, relie l'atome-germe du corps vital à l'atome-germe du corps du désir, situé dans le foie.
Le troisième segment, constitué de substance mentale, relie l'atome-germe du corps du désir à celui de l'Intellect, qui se trouve dans le sinus frontal.

A la fin du panorama, la corde d'argent se brise à la jonction des deux premiers segments. L'homme abandonne la partie dense de son corps vital, c'est-à-dire les deux éthers inférieurs qui entretenaient la vie dans le corps physique. Il emporte les forces de l'atome-germe. Elles serviront de noyau au prochain corps vital.

L'Ego quitte alors la région éthérique. Il se retire dans le Monde du Désir, et son corps émotionnel prend la forme du corps physique abandonné.


Le Purgatoire
Tout au long de notre vie, nos passions et nos désirs inférieurs cristallisent la substance du corps du désir. Ce dernier comporte donc une quantité plus ou moins grande de matière grossière qui doit être éliminée avant que nous puissions nous élever dans les sphères célestes.

En conséquence, l'homme réside pendant un certain temps dans les régions inférieures du Monde du Désir, où la force de Répulsion arrache progressivement le mal de sa nature en lui causant de la souffrance. C'est le PURGATOIRE !

Nous n'abandonnons pas nos vices avec notre corps physique. Nos désirs et nos passions nous restent. Mais nous perdons le moyen de les satisfaire !

L'ivrogne a toujours envie de boire de l'alcool. Et bien qu'il puisse fréquenter les bars, il ne peut absorber aucune boisson. L'avare chérit encore ses possessions. Mais il doit assister impuissant à la dispersion de sa fortune. Il en est ainsi de nos désirs sensuels et égoïstes. Faute de recevoir satisfaction, ils s'affaiblissent peu à peu et finissent par s'éteindre.

Par ailleurs, le panorama de la vie qui vient de finir se déroule lentement en sens inverse. L'homme ressent alors toute la douleur qu'il a causée à autrui à chacune de ses mauvaises actions. Il souffre exactement dans la mesure où il a fait souffrir les autres, par sa méchanceté, son intolérance, sa déloyauté ou son indifférence. En raison de ces souffrances, il apprend à agir dans l'avenir avec bonté, honnêteté et indulgence envers autrui.

Dans la vie future, les épreuves du Purgatoire seront oubliées. Mais il en restera la conscience (la voix de la conscience), un sentiment qui nous mettra en garde au moment où nous serons tentés de renouveler nos anciennes erreurs.

Quelles que soient les difficultés de l'existence, nous ne sommes jamais obligés de faire le mal. Tout acte mauvais est un acte de libre arbitre. (On peut d'ailleurs en dire autant de nos bonnes actions.) L'homme a le pouvoir de mettre fin à ses jours, ou à ceux d'autrui. En réalité, le suicide et le meurtre sont pratiquement les seuls cas de décès qui ne fassent pas partie de la destinée.

Cependant, le suicidé apprend qu'on ne peut quitter impunément l'école de la vie. Sa condition est bien plus pénible que celle à laquelle il a voulu se soustraire. L'archétype de son corps physique continue de vibrer jusqu'au moment normalement prévu pour la fin de la vie. Mais en l'absence du corps physique, il en résulte de terribles souffrances.

Les victimes d'un meurtre échappent à cette affreuse condition. Les grands Guides de l'humanité interviennent en leur faveur et les plongent dans une profonde inconscience qui dure jusqu'à l'effondrement de l'archétype.

Le temps passé dans le Monde du Désir après la mort correspond environ au tiers de la vie écoulée. Ceux qui ont fait beaucoup de mal séjournent au Purgatoire durant presque toute cette période. Certains criminels et individus particulièrement mauvais y demeurent pendant des siècles.

Ce sont eux, ainsi que d'autres entités appelées "Elémentaux", qui sont responsables de la plupart des phénomènes observés au cours des séances spirites. Ils influencent les personnes négatives et cherchent même à prendre possession de leur corps physique.

Le Purgatoire comprend les 3 régions inférieures du Monde du Désir.

Le Premier Ciel se trouve dans les 3 régions supérieures.

Dans la Région centrale (ni ciel, ni enfer), on rencontre des gens honnêtes, qui ne causèrent de tort à personne, mais qui, complètement accaparés par les affaires, ne se sont jamais préoccupés de la vie supérieure.

Ceux qui ont nié l'existence de tout ce qui n'appartient pas au Monde Physique sont là également. Ils sont plongés dans une terrible monotonie et s'imaginent souvent que le Monde du Désir est une hallucination. Leur situation pitoyable se prolonge fort longtemps. De plus, ils séjournent peu de temps dans le monde Céleste où l'on apprend à construire le corps physique (le Deuxième Ciel).

Dans l'incarnation suivante, ce véhicule incorporera leurs pensées matérialistes cristallisantes sous forme de maladies. On peut espérer que la souffrance qui en résultera les incitera à tourner leurs pensées vers Dieu, et qu'ainsi leur évolution pourra suivre son cours.

C'est en effet dans l'Intellect à tendance matérialiste que se trouve le plus grand danger de perdre contact avec l'Esprit. (Cette perte de contact cause la dissolution des véhicules, laborieusement acquis depuis le début de la Manifestation).


Le Ciel (Premier Ciel, Deuxième Ciel, Troisième Ciel)

Quand le séjour dans les régions inférieures est terminé, l'homme passe au PREMIER CIEL, et le résultat de ses souffrances est enregistré sur l'atome-germe du corps du désir. C'est ce qui dans l'avenir s'exprimera sous forme de conscience et le dissuadera de faire le mal.

Le Panorama de la vie se déroule de nouveau à rebours, mais cette fois-ci ce sont les bonnes actions qui forment la base des sentiments éprouvés. L'homme ressent toute la joie qu'il a procurée aux autres et également toute la reconnaissance qu'il a vouée à ses bienfaiteurs. C'est ainsi que l'Esprit assimile le bien contenu dans sa vie passée.

Le Premier Ciel est aussi un lieu de félicité et de perfectionnement pour ceux qui ont pratiqué l'altruisme et aimé les arts. Les nobles aspirations de l'homme y sont réalisées dans une large mesure.

Les personnes studieuses ont accès à toutes les bibliothèques du monde. Il leur suffit de désirer un livre pour en disposer aussitôt. Le peintre travaille avec des couleurs vivantes. Sa pensée les mélange à son gré, pour sa plus grande joie.

De belles maisons, des fleurs et toutes les choses agréables sont le partage de ceux qui les ont désirées. Ils les construisent eux-mêmes, par la pensée, avec la substance désir. Mais ces réalisations sont pour eux aussi réelles et tangibles que le sont pour nous les constructions d'ici-bas.

Quand un enfant meurt avant l'âge de 14 ans (c'est-à-dire avant la naissance effective de son corps du désir), il va directement au Premier Ciel. Il est toujours accueilli par un parent, ou par une personne aimante, qui prendra soin de lui. Son existence est particulièrement heureuse et se prolonge de 1 à 21 ans, dans l'attente d'une occasion favorable pour une nouvelle incarnation.

Les enfants disposent au Premier Ciel de jouets merveilleux, qui servent aussi à leur éducation. Mais surtout, ils reçoivent un enseignement spécial montrant l'influence néfaste des passions et les bienfaits qui résultent de la purification des sentiments. Ces leçons resteront gravées sur le corps du désir au cours de leur prochaine incarnation. Elles les inciteront à bien agir et à résister à la tentation.

Ceux qui n'ont pu recueillir la moisson de leur vie précédente, et dont l'existence au Purgatoire et au Premier Ciel a été terne et stérile, parce qu'ils ont été dérangés au moment de leur mort (pendant l'enregistrement du Panorama), bénéficient généralement de ces mesures spéciales à titre de compensation. Telle est l'une des principales causes de la mort des enfants.

Lorsque le séjour au Premier Ciel est terminé, le résultat des bonnes actions est gravé sur l'atome-germe du corps du désir. Il constituera, par la suite, le sentiment de droiture, encourageant l'homme à pratiquer la vertu.

L'Ego abandonne alors son corps émotionnel. Mais il conserve les forces de l'atome-germe. Elles serviront de noyau au corps du désir futur.

C'est un avantage incontestable que de connaître la méthode de purification utilisée après la mort. Les Frères Aînés de la Rose-Croix en ont tiré un exercice qui, s'il est sérieusement pratiqué, permet de réduire, ou même d'éviter, le séjour au Purgatoire.

Cet exercice consiste à revoir chaque soir, avant de s'endormir, les principaux événements de la journée. Mais cette révision doit se faire à l'envers, en commençant par les derniers événements de la soirée et en terminant par ceux du début de la matinée. Ceci est conforme au déroulement des scènes de la vie revues au Purgatoire et au Premier Ciel. Ce déroulement se fait à rebours afin de permettre à l'Esprit de remonter des effets vers les causes.

Au cours de cette rétrospection, nous devons nous blâmer sérieusement et éprouver un sincère repentir en évoquant nos mauvaises actions ou notre manque d'action. Il nous faut également apprécier à sa juste valeur le bien que nous avons fait.

Les avantages procurés par ce simple exercice sont considérables. En éliminant quotidiennement le mal commis et en assimilant le bien, non seulement nous échappons au Purgatoire, car nos péchés nous sont remis, mais nous nous retrouvons chaque jour un peu plus avancés moralement que la veille.

Nous faisons ainsi beaucoup moins de mal et beaucoup plus de bien au cours de notre vie. Après la mort, nous pourrons utiliser notre temps de passage dans le Monde du Désir à notre guise, et nous en profiterons pour aider les âmes du Purgatoire, ce qui nous vaudra un supplément de croissance spirituelle.

Après l'abandon de son corps du désir, l'Ego, revêtu du seul corps mental, s'élève dans le DEUXIEME CIEL, situé dans la Région de la Pensée concrète.

Le Deuxième Ciel est la véritable patrie de l'Ego. Il y demeure pendant des siècles, entouré de vibrations harmonieuses et vivifiantes. Car, nous l'avons vu, le Monde de la Pensée est celui du son. Le musicien inspiré s'efforce, ici-bas, de nous apporter un écho de cette musique céleste.

La quintessence des trois corps qui formaient la Personnalité de la vie précédente est maintenant assimilée par l'Esprit triple. Tandis que le bien, extrait au Premier Ciel, est transformé ici en pensée juste.

C'est ainsi que l'homme renaîtra avec un meilleur mental, un meilleur tempérament, un meilleur entourage et de nouvelles opportunités. (Dans la mesure de ses efforts, bien entendu).

Dans le Deuxième Ciel, l'homme travaille avec les forces de la nature. Sous la direction de Grands Etres, il modifie les archétypes du Monde Physique, transformant les continents, le climat, la flore et la faune, préparant ainsi le cadre de sa nouvelle existence. Les Egos arriérés et peu actifs négligent de travailler à l'amélioration de leur pays futur. A leur retour sur Terre, ils habiteront des contrées déshéritées.

L'Esprit apprend également à construire les véhicules qu'il utilisera plus tard. S'il commet des erreurs, il s'en rendra compte à l'usage dans le Monde Physique.

On peut d'ailleurs dire de notre monde matériel qu'il est une véritable école de pensée. L'homme modifie et perfectionne sans cesse ses plans dans les domaines industriels, commerciaux ou sociaux. La vie courante l'oblige également à rectifier son jugement lorsque l'expérience lui en a démontré la faiblesse.
Peu à peu, il développe la précision et la puissance de sa pensée. Un jour viendra, quand d'autres progrès auront été accomplis, où il sera capable de créer par le seul pouvoir de la pensée. Il prononcera alors le verbe créateur.

Finalement, l'Esprit extrait et assimile l'essence de son corps mental. Puis, privé de tout véhicule, il s'élève dans la Région de la Pensée abstraite, que l'on appelle le TROISIEME CIEL. Il est fortifié par les hautes vibrations spirituelles de ce monde, et il s'y repose en attendant sa prochaine descente dans la matière.

Peu de personnes sont capables de penser régulièrement d'une manière abstraite, c'est pourquoi la plupart des hommes sont pratiquement inconscients dans le Troisième Ciel.


La Renaissance
La Descente en incarnation

Quand le moment propice à la réincarnation est venu, les Seigneurs de la Destinée (ou Anges de Justice), qui administrent la loi de Cause à Effet, présentent à l'Ego, sous forme d'images, les grandes lignes de plusieurs vies possibles.

Ces images se déroulent à la manière d'un film de cinéma et vont du berceau à la tombe. Certaines vies sont plus difficiles que d'autres, car elles permettraient de faire plus de progrès et de liquider un plus grand nombre de dettes contractées dans les existences antérieures.

Lorsque l'Esprit a fait son choix, sa destinée est définitivement établie et elle ne pourra être changée. Nous devons remarquer que ce sont les actions accomplies dans le passé qui l'ont engendrée.

La destinée "mûre" ne comporte que les principales circonstances de l'existence. Mais en face de ces circonstances, qui lui seront imposées, l'homme sera toujours libre d'agir à sa guise. C'est ainsi qu'il se créera une nouvelle destinée, mettant en action des causes qui produiront leurs effets dans cette vie même ou dans une vie suivante.

L'Esprit descend ensuite dans la Région de la Pensée concrète pour y construire, avec l'aide des Hiérarchies créatrices, l'archétype de son corps physique. Cet archétype est une forme vibratoire mélodieuse, dans laquelle viendront s'insérer les particules du corps physique, qui seront attirées par l'atome-germe. Une certaine durée de vie est infusée dans l'archétype.

Ensuite, l'Ego rassemble la matière qui formera son nouveau corps mental. A cet effet, l'atome-germe de ce véhicule attire, à la manière d'un aimant, une quantité et une qualité de substance déterminée.

La descente se poursuit dans le Monde du Désir, où l'atome-germe du corps émotionnel attire à son tour la substance qui constituera le nouveau corps du désir.

Dans la Région Ethérique, l'atome-germe du corps vital entre lui aussi en activité et rassemble la matière qui formera le nouveau corps vital. Toutefois, la construction de ce véhicule étant complexe, elle est dirigée par les Anges de Justice et leurs agents.

Une partie de la substance éthérique est façonnée pour servir de moule au corps physique, le reste sera utilisé plus tard au cours de la croissance. Ce moule éthérique est alors placé dans l'utérus de la future mère. Dans le même temps, l'atome-germe du corps physique est déposé dans la tête triangulaire d'un des spermatozoïdes de la semence du père.

Sans ces deux facteurs, toute union sexuelle est obligatoirement stérile. Environ 18 à 21 jours après la fécondation de l'ovule, l'Ego pénètre à l'intérieur du corps maternel et participe à la construction de son corps physique jusqu'à la naissance de l'enfant.

La Croissance des véhicules jusqu'à la majorité

Après la naissance, le corps physique doit encore grandir pendant un certain nombre d'années afin de devenir un instrument parfaitement utilisable. Cette croissance va de pair avec le développement des autres véhicules de l'Ego qui, eux aussi, passent par une période de gestation et de mûrissement.

Le corps vital, le corps du désir et l'Intellect sont présents chez le petit enfant, mais aucune de leurs facultés positives n'est active. Les véhicules subtils de la planète leurs servent de matrice protectrice et remplissent à leur égard les mêmes fonctions que le corps maternel accomplissait pour le corps physique.

Le corps vital « naît » (en se libérant du corps vital planétaire) à l'âge de 7 ans environ. Ce qui a généralement pour effet d'accélérer la croissance. L'enfant peut maintenant être instruit. Mais il doit s'en remettre à l'autorité de ses éducateurs, car la raison lui fait encore défaut.

Vers 14 ans, le corps du désir naît à son tour. Il freine la croissance, et la force vitale ainsi inemployée devient disponible pour la reproduction. C'est la puberté !

L'adolescent montre maintenant sa véritable nature. Il lui est souvent difficile de contrôler son corps émotionnel, car l'Intellect qui doit servir de frein n'est pas encore né. L'éducation morale qu'il aura reçue et les conseils de ses parents et instructeurs l'aideront à traverser cette période critique.

Finalement, le jeune homme atteint sa majorité au moment de la naissance de l'Intellect, vers 21 ans. L'Ego dispose alors de tous ses véhicules, et il est désormais capable d'assumer ses responsabilités dans la Grande Ecole de l'existence physique.

Ceci termine la Première Partie de cet exposé.

Dans la Seconde Partie, nous donnerons les grandes lignes du Plan Divin de l'Evolution et nous expliquerons comment l'Homme a atteint son stade actuel de développement.
Nous verrons également pourquoi l'intervention du Christ était nécessaire, et en quoi elle consiste exactement.
Par Max Heindel - Publié dans : Rose-Croix
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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 08:29

Il y a seize signes au moyen desquels on peut reconnaître un membre de l’Ordre des Rose+Croix. Celui qui n’en possède que quelques uns n’est pas un membre d’un degré supérieur, car le véritable Rose+Croix est en possession de tous.

•  1 – Le Rose+Croix est Patient.
    Sa première et sa plus importante victoire est la conquête de son propre soi. C’est la victoire sur le Lion, qui a causé de graves dommages à quelques-uns des plus zélés suivants de la Croix+Rose. On ne le terrasse pas par une attaque furieuse et irréfléchie ; mais il faut l’amener à se rendre à la patience et à la grandeur d’âme. Le véritable Rose Croix cherche à vaincre ses ennemis par la bonté et ceux qui le haïssent par les dons. Il n’accumule pas sur leurs têtes, les injures, mais les feux ardents de l’amour. Il ne persécute pas ses ennemis par le glaive et les fagots, mais il laisse croître les mauvaises herbes avec le froment jusqu’à leur maturité où alors la Nature les séparera.

•  2 – Le Rose+Croix est Bon.
    On ne le voit jamais sombre ou mélancolique ; et son visage n’est jamais renfrogné ni méprisant. Il agit avec douceur et courtoisie envers tous ; il est toujours prêt à rendre service à autrui. Bien qu’il diffère de la majorité des hommes, il s’efforce de s’accommoder à leurs coutumes et à leurs points de vue, dans la mesure de sa dignité. Par conséquent, il est un compagnon agréable, et sais adapter sa conversation au riche comme au pauvre, et se meut dans toutes les classes de la société de façon à commander le respect ; car il a dompté l’hydre de la vulgarité.

•  3 – Le Rose+Croix ne connaît pas l’Envie.
    Avant d’être reçu dans l’Ordre il doit passer par la terrible épreuve de couper la tête au serpent de l’envie ; c’est un travail ardu, car le serpent est rusé, et se cache facilement dans chaque coin. Le véritable Rose+Croix est toujours satisfait de son sort, car il sait qu’il est celui qu’il a mérité. Il ne se fait aucun souci des avantages ou de la fortune d’un autre, mais il désire toujours pour chacun ce qu’il y a de mieux. Il sait qu’il obtiendra tout selon ses mérites, et ne se soucie pas si quelqu’un possède plus que lui. Il n’attend aucune faveur, mais il distribue les siennes libéralement et sans partialité.

•  4 – Le Rose+Croix n’est pas orgueilleux.
    Il sait que l’homme n’est qu’un instrument dans les mains de Dieu, et qu’il est incapable d’accomplir quoi que ce soit de sa propre volonté ; celle-ci n’étant que la volonté de Dieu pervertie par l’homme. Il donne toute louange à DIEU, et le blâme à tut ce qui est mortel. Il n’est pas pressé d’exécuter un travail, mais attend l’ordre du Maître qui demeure au-dessus de lui et en lui. Il fait attention à ce qu’il dit, et ne se sert pas de langage impie.

•  5 – Le Rose+Croix n’est pas vaniteux.
    Il prouve par cela qu’il y a, en lui, quelque chose de vrai, et qu’il ne ressemble pas à une outre remplie d’air. Les louanges et le blâme le laissent indifférent, et il ne se sent pas blessé si on le contredit ou si on le méprise. Il vit en lui-même et jouit des beautés de son monde intérieur, mais ne ressent pas le désir de faire étalage de ses possessions, ou de faire parade de dons spirituels qu’il a acquis. Plus ses dons sont grands plus grande est sa modestie, et plus grand, aussi, son désir d’obéir à la loi.

•  6 – Le Rose+Croix n’est pas déréglé.
    Il s’efforce constamment de faire son devoir et d’agir suivant les lois établies. Il n’a cure des extériorités ou des cérémonies. La loi est écrite dans son cœur ; par conséquent toutes ses pensées et tous ses actes sont régis par elle. Son honnêteté ne réside pas dans les apparences extérieures, sinon dans son véritable soi, qu’on peut comparer à la racine qui donne naisse à tous ses actes. La beauté intime de son âme se réfléchit sur son corps extérieur, et marque de son sceau toutes ses actions. La lumière qui éclaire son cœur se perçoit dans ses yeux ; elle est le miroir de l’image Divine au-dedans de lui.

•  7 – Le Rose+Croix n’est pas ambitieux.
    Rien n’est plus fatal au développement spirituel et à l’expansion de l’âme, qu’une nature étroite et un caractère égoïste. Le véritable Rose+Croix se soucie toujours plus du bien être d’autrui que du sien. Il n’a pas d’intérêts personnels à défendre ou à mettre en avant. Il cherche toujours à faire le bien et il ne laisse échapper aucune occasion de le faire.

•  8 – Le Rose+Croix n’est pas irritable.
    Il est évident que celui qui travaille pour le bien de la masse sera maudit par ceux dont les avantages personnels ne seront pas favorisés par son travail ; car l’égoïsme s’oppose à la magnanimité, et les besoins de la minorité ne sont pas toujours compatibles avec les intérêts de la communauté. Les personnes à l’esprit étroit et terre à terre seront souvent en opposition avec les Rose+Croix ; ceux-ci se verront calomniés, leurs motifs mal interprétés, ils seront méconnus par les ignorants, ridiculisés par les soi-disant ages, et raillés par les sots. Tout cela, cependant est incapable d’exciter ou d’irriter le véritable Rose+Croix ou même de ternir la divine harmonie de son âme car sa foi repose sur la perception et la connaissance de la vérité qui est en lui. L’opposition de milliers d’ignorants ne le détournera pas de faire ce qu’il considère noble et bien, et il l’accomplira même si cela entraînait la perte de ses biens et de sa vie. Accoutumé comme il l’est à diriger son regard spirituel vers le divin, il ne se laisse pas tromper par l’illusion de la matière, mais il s’attache à la réalité éternelle. Entouré d’influences angéliques, écoutant leurs voix, il n’est pas affecté par le bruit que font les animaux. Il vit en compagnie de ces nobles êtres qui jadis, étaient des hommes comme les autres, mais qui ont été transfigurés et son maintenant à l’abri de ce qui est vulgaire et bas..

•  9 – Le Rose+Croix ne pense pas mal d’autrui.
    Ceux qui pensent mal des autres ne voient que leur propre méchanceté réfléchie dans les autres. Le Rose+Croix est toujours prêt à reconnaître en toutes choses ce qui est bien. La tolérance est une vertu qui distingue le Rose+Croix des autres hommes et par laquelle on le reconnaît. Si quelque chose lui paraît douteux ou ambigu, il suspend son jugement jusqu’à ce qu’il se soit rendu compte de sa nature ; mais tant que son jugement n’est pas éclairé, il est plus enclin à se former à son sujet une bonne opinion plutôt qu’une mauvaise.

• 10 – Le Rose+Croix aime la justice.
    Toutefois il ne s’érige pas en juge des fautes d’autrui ; il ne cherche pas non plus à paraître sage en censurant les fautes commises par les autres. Il ne trouve aucun plaisir aux cancans, ne s’occupant pas plus des sottises d’autrui que du bourdonnement d’une mouche ou des cabrioles d’un singe. Il ne se plaît pas à entendre les discussions politiques, les querelles personnelles ou de mutuelles récriminations. Il ignore la rue du renard, les larmes du crocodile, ou la rapacité du loup, et ne se plaît pas à remuer de la boue. La noblesse de son caractère le place au-dessus dans une sphère bien au-delà de toutes les mesquineries et les absurdités humaines et demeurant au-dessus du plan des émotions, où les mortels ordinaires trouvent leur plaisir et leur félicité, il vit avec ceux qui ne pensent point mal les uns des autres, qui ne se complaisent point dans l’injustice envers leurs semblables, ou s’amusent de leur ignorance, et se réjouissent de leurs malheurs. Il jouit de la société des amants de la vérité et de ceux qui s’entourent de la paix et de l’harmonie de l’esprit.

• 11– Le Rose+Croix aime la vérité.
    Aucun démon n’est plus pervers que le mensonge et la calomnie. L’ignorance est
négligeable, mais le mensonge est la substance même du mal. Le calomniateur exulte lorsqu’il trouve quelque chose sur quoi il peut baser ses mensonges et les faire croître comme des montagnes. La vérité s’oppose au mensonge, car elle est le rayon de lumière de la fontaine éternelle du Bien, qui transforme l’homme en un être divin. Par conséquent, le Rose+Croix ne cherche pas d’autre lumière que celle de la vérité. Cette lumière, il n’en jouit pas seul, mais en compagnie de tous ceux qui sont bons et remplis de sa divine majesté, qu’ils soient en vie sur cette terre, ou dans l’état spirituel ; il en jouit surtout avec tous ceux qui sont persécutés, opprimés et innocents, mais qui seront sauvés par la vérité.

•  12 – Le Rose+Croix sait se taire.
    Ceux qui sont faux n’aiment pas la vérité. Les sots n’aiment pas la sagesse. Le Véritable Rose+Croix préfère la compagnie de ceux qui apprécient la vérité à celle de ceux qui la foulent à leurs pieds. Il tiendra ce qu’il sait être enfermé au plus profond de son cœur, car dans le silence est le pouvoir. De même qu’un Ministre de l’Intérieur ne crie pas partout les secrets d’Etat, de même le Rose+Croix ne fait pas parade devant le public des révélations qui lui ont été faites par le Roi au-dedans de lui ; ce Roi est plus noble, plus sage que tous les Rois et les Princes de la terre ; car ceux-ci ne règnent et ne gouvernent que par l’autorité et le pouvoir qu’ils ont reçu de Lui. Son secret n’est levé que lorsque le Roi lui ordonne de parler, car alors ce n’est lui qui parle, mais la vérité qui parle par sa bouche .

•  13 – Le Rose+Croix croit ce qu’il sait.
    Il croit à l’immuabilité de la loi éternelle, et que toute cause a un effet certain. Il sait que la vérité ne peut mentir et que les promesse qui lui ont été faites par le roi seront accomplies, s’il n’y met lui-même pas d’empêchement. Par conséquent il est inaccessible à la crainte et au doute, et met toute sa confiance dans le divin principe de la vérité qui a pris vie et conscience dans son cœur.

•  14 – L’espérance du Rose+Croix est ferme.
    L’espérance spirituelle est la conviction certaine, basée sur la connaissance de la loi que les vérités reconnues par la foi croîtront et seront accomplies. C’est la science du cœur, bien différente des spéculations intellectuelles et des raisonnements du cerveau. Sa foi est basée sur le roc de la perception directe et ne peut être ébranlée. Il sait qu’en toutes choses, quelque mauvaises qu’elles paraissent être, il existe un germe de bien, et il espère qu’au cours de l’évolution ce germe se développera et qu’ainsi le mal sera transformé en bien.

  15 – Le Rose+Croix n’est pas vaincu par la souffrance.
    Il sait qu’il n’y a pas de lumière sans ombre, pas de mal sans bien, et que la force s’accroît par la résistance. Ayant reconnu l’existence du principe divin en toutes choses, les changements extérieurs n’ont, pour lui, aucune importance, et ne méritent pas grande attention. Son objet principal est de conserver ses possessions spirituelles, et de ne pas perdre la couronne qu’il a gagnée dans la bataille de la vie.

  16 – Le Rose+Croix sera toujours un membre de sa Société.
    Les noms n’ont aucune importance. Le principe qui préside à la Société de la Rose+Croix, est la Vérité ; celui qui connaît la vérité, qui la met en pratique est un membre de la société sur laquelle préside la Vérité. Si l’on changeait tous les noms, et que les langages soient transformés, la vérité demeurerait immuable ; celui qui vit dans la vérité continuerait à vivre même si toutes les nations disparaissaient.

    Voilà les seize signes des véritables Rose+Croix, ils ont été révélés à un pèlerin par un Ange qui enleva le cœur du pèlerin, en laissant à sa place un charbon ardent, qui continue à brûler et à luire avec l’amour de la Fraternité universelle de l’humanité.

Publié dans : Rose-Croix
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