histoire de la FM

Dimanche 20 avril 2014 7 20 /04 /Avr /2014 09:36

Parmi les "mystères" qui peuplent l'histoire du Régime Écossais Rectifié (RER), la Grande Profession, classe invisible et et supposée secrète qui devait dominer le système tout entier sans révéler l'identité de ses membres, n'est pas le moindre. Les fantasmes qu'elle a suscités - et suscite encore ! - mais aussi les polémiques ou les aigreurs - sont sans nombre.

Voici quelques repères pour comprendre. 

1. Une équivoque fondatrice

Voici ce que Willermoz écrivait en 1812 à l'un des ses correspondants : 

« Celui qui reçoit le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte apprend par l'instruction qui le termine, que ce grade qui est une conclusion très satisfaisante est le dernier terme du Régime, qu'il n'a rien de plus à lui demander ni à en attendre. Malgré cette déclaration, quelques uns par ci, par là, se plaisent à penser qu'au-delà de ce grade, existent encore quelques grades ou instructions d'un ordre et d'un genre plus élevé. Mais si cette conjecture était fondée, il n'en résulterait pas moins que quelque chose qui serait au delà, n'étant ni annoncée ni avouée, c'est-à-dire ni reconnue par les Directoires et les Régences, personne n'a le droit de le leur demander et que toute sollicitation serait inutile et déplacée. »

Willermoz, alors âgé de 82 ans et qui est considéré par tous à cette époque comme un « saint homme », se livre pourtant ici à un mensonge par omission partielle. Il nous dit en substance que quand on reçoit le grade de CBCS, on n’a plus rien d'autre à attendre au sein du RER. Cela paraît clair. Néanmoins, il ajoute que s’il y avait « quelque chose » d'autre, comme personne ne le reconnaît ou n'en parle, il est sans utilité de l’évoquer ou de poser la moindre question à ce propos.

Cela signifie-t-il qu'il y ait quelque chose ou qu'il n'y ait rien ? La formulation de Willermoz, on le voit sans peine, est extrêmement ambiguë. Or, elle l’est délibérément.

Tout le problème de la Profession et de la Grande Profession repose en fait sur cette ambiguïté.  Du reste ce principe présentait une certaine ancienneté dans le vocabulaire interne de l’Ordre. Comme pour les structures, équivoques et ambivalentes, les grades de l’Ordre intérieur, dans la SOT, pouvaient déjà susciter certaines confusions.

C’est ainsi que parmi les chevaliers, on distinguait déjà  deux classes : Chevalier Templier et Chevalier Profès. Mais en réalité cela n'avait rien à voir avec ce que sera plus tard la Grande Profession du RER ; c'était une simple copie des pratiques de nombres d’ordres religieux où l'on est d'abord novice puis profès quand on a accompli ses vœux définitifs. Le Chevalier du Temple – dans la SOT – était donc Templier à titre provisoire et le Chevalier Profès l’était à titre définitif.

2. Naissance des Grands Profès

Lors de la réforme opérée à Lyon, en 1778, les classes de l’Ordre intérieur avaient été simplifiées. En particulier, la distinction entre le Chevalier « ordinaire », si l’on peut ainsi s’exprimer, et le Chevalier Profès, avait été supprimée.

Toutefois, au-delà des réformes rituelles officiellement approuvées par le Convent et la rédaction des deux textes fondamentaux du Régime (le Code maçonnique des Loges réunies et rectifiées et le Code général des règlements de l’Ordre des CBCS), une innovation bien plus considérable, mais nulle part documentée dans les Actes du Convent, avait été introduite : l’Ordre des Grands Profès. 

Réservée à un tout petit nombre d’élus, parmi lesquels Willermoz introduisit tout d’abord son cercle rapproché, cette classe suprême fut d’emblée conçue comme le cénacle choisi où serait préservée la doctrine coën appliquée à la maçonnerie, et où se constituerait la phalange secrète qui, sans paraître en tant que telle, s’assurerait de la pérennité des principes spirituels du Régime, à tous les niveaux de l’Ordre rectifié.

En divers lieux où le RER était établi, un « Collège Métropolitain » de Grands Profès était ainsi créé. Chaque Collège  comprenait trois officiers : le Président, le Dépositaire – gardien des rituels et des instructions – et le Censeur – chargé de sélectionner les candidats. Avant la Révolution, il y eut ainsi des Collèges à Lyon, Strasbourg, Chambéry, Grenoble ou Montpellier.

La réception en elle-même, telle que se pratiqua dès l’origine, n'a rien de mystérieux puisqu’on en trouve les manuscrits à la bibliothèque municipale de Lyon, dans le fonds Willermoz. Ces textes ont d'ailleurs été publiés une première fois avant la dernière guerre dans un ouvrage de Paul Vuilliaud,  Joseph de Maistre Franc-Maçon [1]  , pour le texte de la Profession et, pour le texte de la Grande Profession, une transcription a été publiée en appendice du grand livre d'histoire du RER de Le Forestier, dans l'édition procurée par Antoine Faivre en 1970.

La cérémonie de réception était extrêmement simple : les Frères membres du Collège s'asseyaient en cercle, on disait une prière pour l'ouverture des travaux puis on introduisait dans l'assemblée le récipiendaire et on lui délivrait le long discours d'instruction [2]  dont on lui demandait ensuite de prendre une copie unique qu'il ne devait jamais donner à personne d'autre. On pouvait alors fermer le Collège par une autre prière. Les thèmes du discours changeaient entre la Profession et la Grande Profession mais la procédure  d’ensemble demeurait la même.

Avant la Révolution, environ 70  personnes, en France, en Allemagne, en Italie, ont été reçus Profès et Grand Profès – quelques-uns n’ont jamais franchi la seconde étape.  Malgré la modestie relative de ces effectifs, le secret impénétrable où la Grande Profession devait demeurer enclose fut éventé assez tôt…

3. Fonction et destin de la Grande Profession

Mais d’emblée la question importante fut : qui avait écrit ces textes et d'où venaient-ils ? La thèse officielle était que l’on transmettait dans l’Ordre « un extrait fidèle de cette sainte doctrine parvenue d’âge en âge par l’initiation jusqu’à nous ». Mais l’origine réelle de ces textes eux-mêmes est heureusement moins mystérieuse.

Dans une lettre écrite par Willermoz en 1781, voici ce qu'il disait à Charles de Hesse-Cassel :

« Pour répondre sommairement aux questions que me pose votre Altesse Sérénissime, je lui confesse que je suis le seul auteur et le principal rédacteur des deux instructions secrètes de Profès et de Grand Profès qui lui ont été communiquées ainsi que des statuts, formules et prières qui y sont jointes et aussi d'une autre instruction qui les précède laquelle est communiquée sans mystère ni engagement particulier à presque tous les Chevaliers le jour même de leur vestition. Celle-ci contient des anecdotes fort connues et aussi une délibération du Convent national de Lyon. Au commencement de l'année 1767, j'eus le bonheur d'acquérir mes premières connaissances dans l'ordre dont j'ai fait mention [3]  à votre Altesse Sérénissime, un an après j'entrepris un autre voyage et j'obtins le septième et dernier grade de cet Ordre. Celui de qui je l'ai reçu se disait être l'un des sept chefs souverains et universels de l'Ordre et a prouvé souvent son savoir par des faits. En suivant ce dernier, je reçus en même temps le pouvoir de conférer les degrés inférieurs, me conformant pour cela à ce qui me fut prescrit. Cependant je n'en fis nul usage pendant quelques années que j'employais à m'instruire et à me fortifier. Ce fut seulement en 1772 que je commençais à recevoir mon frère médecin et après, un certain nombre d'autres Frères. »

Willermoz explique encore dans cette longue lettre qu'il a rédigé ces instructions en y intégrant la doctrine martinésiste. En d'autres termes, il reconnaît qu'il a créé de toutes pièces  la Grande Profession et que l'objectif qu’il poursuivait ainsi était tout simplement de transmettre à un petit nombre d'élus les connaissances nécessaires pour être les gardiens secrets, les gardiens discrets, les gardiens invisibles mais bien présents de la pure doctrine rectifiée.

Les choses sont allées ainsi jusqu'à la Révolution et puis, nous l’avons vu, le Régime rectifié s'est interrompu comme toute la maçonnerie. Il n'a repris que sous le Consulat, vers 1802. Finalement, vers 1830, Willermoz étant mort depuis plusieurs années et alors qu’il avait fait de Joseph Antoine Pont son exécuteur testamentaire et héritier spirituel, ce dernier, constatant que le RER n'était plus en activité en France, remit ses archives à la Suisse où le RER continua de vivre jusqu'au début de ce XXème siècle où le RER est revenu en France.

Or J.A. Pont, qui dans l'Ordre intérieur s'appelait A ponte alto et avait été reçu à la Grande Profession, était en 1830 le « seul dépositaire légal du Collège métropolitain établi à Lyon » et « seul grand dignitaire de l’Ordre subsistant dudit Collège ». Pendant très longtemps on a pensé que la Grande Profession avait donc disparu avec lui lorsqu’il mourut, en 1838, mais c'était une erreur.

En effet, on doit à Robert Amadou d’avoir publié une lettre de J. A. Pont en date du 29 mai 1830, adressée à des Frères de Genève, dans laquelle il constitue Grand Profès par correspondance plusieurs membres des Préfectures de Genève et de Zürich, et leur confère le droit de maintenir la Grande Profession en un collège des Grands Profès de Genève. Ce qui veut dire que tout au long du XIXème siècle, il a subsisté dans le dernier endroit au monde où l'on pratiquait le RER, un Collège de Grands Profès, dont par nature personne ne devait connaître l'existence et qui n'avait aucune activité ostensible.

A la fin des années 1960, bien plus d’un siècle après ces faits, diverses rumeurs couraient encore à l’occasion, en France, sur la nature exacte et surtout sur l’état de la Grande Profession, certains affirmant qu’elle avait totalement disparu, d’autres soutenant qu’elle n’avait jamais cessé d’exister. C'est alors qu'en 1969, coup de tonnerre dans un ciel serein, dans le n° 391 de la célèbre revue maçonnique Le Symbolisme[4]  , on publia un article assez court signé du pseudonyme de  Maharba et qui s'intitulait : « A propos du RER et de la Grande Profession ». 

Ce texte inspiré, sans commentaires, plongea tout le monde dans l'incertitude : qui était Maharba ? A quel titre parlait-il ? Maharba lui-même a donné indirectement une clé puisque, dans des textes que Robert Amadou rédigea quelques années plus tard pour le Dictionnaire de la franc-maçonnerie dirigé par Daniel Ligou, l’auteur révèle que Maharba lui avait fraternellement confié avoir rédigé le texte de 1969 « sur ordre », ce qui veut dire que Maharba était en fait le porte parole des Grands Profès. La caution de Robert Amadou, en l’occurrence, ne permet pas d’en douter.

Le Grand Architecte de l'Univers, dit notamment Maharba, « n'a jamais laissé s’interrompre » la Grande Profession. Et la fonction de la Grande Profession, si l'on essaye de tirer la substance du texte de Maharba, c'est la commune aspiration de tous les membres du Régime à comprendre le RER, dessein que s’efforcent d’accomplir anonymement les Grands Profès, quelle que soit par ailleurs leur dignité ou leur absence de dignité officielle. Il faut en quelque sorte désincarner la Grande Profession. Maharba précise encore :

« La Grande Profession ne peut être confondue avec un grade maçonnique ni avec un degré chevaleresque et surtout pas avec ces grades et ces degrés qu’elle surplombe […]

" La Grande Profession enchâsse l’arcane de la Franc-Maçonnerie et y participe, quoiqu’elle ne soit point d’essence maçonnique. Ses secrets sont inexprimables et c’est ainsi quelle forme, de soi, une classe secrète. »

Les Grands Profès n'interviennent donc pas dans l'ordre pyramidal du Régime : ils culminent dans la pure spiritualité, sans en tirer de vaine gloire, et ne se préoccupent pas de proclamer ou d'exhiber leur qualité. La question n'est donc pas de savoir s'ils existent ou s'ils n'existent pas, s'il y en a ou s'il n'y en a pas, s'il y en a encore ou s'il n'y en a plus : ce que dit Maharba, c'est qu'il faut dépasser cet aspect purement administratif. Mais ce que l'on doit surtout souligner, c'est qu'à chaque fois qu’un Grand Profès se présente en disant qu'il l'est, on peut être sûr qu'il ne l'est pas. Il en va, sur ce point, de la Grande Profession comme de la franc-maçonnerie elle-même : les contrefaçons pullulent…

4. La Grande Profession en notre temps ?

Le seul Collège dérivant des Grands Profès du XVIIIème  siècle et dont l'existence ait été attestée de façon constante est bien celui de Genève. Depuis des années, il ne se manifeste plus publiquement d'aucune manière – ce qui, naturellement, ne signifie nullement qu’il ait cessé d’œuvrer. Il n'a pas été demandé à quelque « Maharba bis » de produire un nouveau texte en sorte que personne ne sait si ce Collège existe encore ou s'il n'existe pas et, d'ailleurs, cela n'a pas beaucoup d'importance.

On peut, à plus de deux siècle de distance, s‘interroger sur l’initiative de Willermoz : était-ce une bonne idée ? Fallait-il vraiment créer un classe secrète – mais bientôt très connue –, avec tous les malentendus et parfois la jalousie ou les ambitions que cela pouvait susciter ?  L’historien ne peut répondre à cette question mais il doit constater que si la Grande Profession a provoqué quelques discussions et quelques difficultés avant la Révolution, dans un tout petit milieu maçonnique, elle a du moins permis de souligner jusqu’à nos jours que sans la doctrine spirituelle qui le structure, le RER risquerait fort de perdre tout son sens.  

En 2005, on a publié des extraits des carnets personnels de Jean Saunier[5] , maçon rectifié d’importance, auteur dans les 40 dernières années de nombreux articles et ouvrages estimés sur ce sujet. Or, Jean Saunier était membre du Collège des Grands Profès de Genève et il rapporte dans ses carnets des événements résumés par Serge Caillet, éditeur de ces textes précieux. On y apprend qu’au début des années 1970, des maçons rectifiés français parmi les plus éminents s’étaient engagés dans la restauration d'un Collège conforme aux usages de la Profession et de la Grande Profession, mais que leur filiation posait un problème. C'est ainsi qu'en juin 1974, ils sollicitèrent Jean Saunier à qui ils offrirent la présidence de leur Collège. Serge Caillet cite alors les carnets de Jean Saunier :

« Le 3 juillet 1974, fête de la Saint Thomas, me trouvant disposé et désireux de contribuer autant que je le pourrais, par delà toutes les controverses auxquelles j'ai pu et pourrait être mêlé au renouveau de l'Ordre rectifié, j'ai eu connaissance des travaux d'un Collège de Profès et de Grands Profès fondé sur une régularité douteuse mais dont les membres ont su douter eux-mêmes à bon escient. C'est pourquoi j'ai estimé de mon devoir d'accepter la présidence de leur Collège ainsi qu'il me l'ont proposée et de valider pleinement pour autant que j'en aie reçu le pouvoir, tous les travaux des Profès et Grands Profès présents ce jour et dont les noms sont consignés dans le présent cahier à la date de ce jour, de telle manière que les uns et les autres puissent à l'avenir se prévaloir légitimement de la qualité de Profès et Grands Profès. »

Et Serge Caillet de conclure : « Dieu voulant, ce Collège-là s'est maintenu depuis dans le silence qui sied à la Grande Profession depuis toujours. »

L’histoire bégaye, dit-on volontiers. Elle le fait trop souvent pour le pire, nous le savons, mais aussi parfois, on le voit ici, pour le meilleur…

 [1]  Nourry, Paris, 1926 (reprint, Archè, Milan, 1990)

[2]  Une trentaine de pages imprimées pour la Grande Profession…

[3]  C'est-à-dire l'Ordre des Elus Coëns.

[4]  Fondée en 1912 par Oswald Wirth qui la dirigea jusqu’en 1938. Marius Lepage (1902-1972) fut son digne successeur.

[5]  Préface de son ouvrage posthume, rassemblant la plupart de ses contributions sur le RER : Les chevaliers aux portes du Temple : Aux origines du Rite Ecossais Rectifié, Ivoire-Clair, 2005.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

Par R DACHEZ - Publié dans : histoire de la FM
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Vendredi 18 avril 2014 5 18 /04 /Avr /2014 14:08

Le premier Convent de la Grande Loge Indépendante de France s’est tenu, samedi dernier, le 12 avril 2014, dans le Grand Temple de Neuilly Bineau, en présence d’une centaine de Frères et de celle du Grand Maitre de la Grande Loge de France, Marc Henry et du Grand Maitre de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, Alain Juillet et leurs délégations. 

Les Délégués des Loges ont renouvelé à l’unanimité le mandat du Grand Maitre, Jean-François Buherne. Celui-ci a remis leurs Chartes à deux nouvelles Loges et a signé le Concordat entre la Grande Loge Indépendante de France et le Directoire National des Loges Ecossaises de Saint André et le Traité de Reconnaissance et d’Amitié Mutuelle avec l’Ordre Intérieur Rectifié Indépendant.grande-loge-independante-de-france-GLIF4-copie-1.jpg

Le Grand Maitre a rappelé dans son allocution que la raison d’être de la création de la Grande Loge Indépendante de France est de recouvrer la reconnaissance universelle et internationale, objectif engagé au sein de la Confédération Maçonnique de France. Il a ajouté que « le développement de la Grande Loge Indépendante de France se poursuivra en privilégiant la qualité à la quantité, la simplicité, la courtoisie et la discrétion ; que cette croissance contrôlée se perpétuera dans la plus grande harmonie en favorisant l’ouverture aux autres Loges ou aux Frères qui frapperont à notre porte, pour peu, bien sûr, qu’ils partagent nos valeurs maçonniques ».

Par GLIF - Publié dans : histoire de la FM
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Mardi 25 mars 2014 2 25 /03 /Mars /2014 14:31

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Par GLUE - Publié dans : histoire de la FM
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Jeudi 20 février 2014 4 20 /02 /Fév /2014 11:32

Hier soir, à l’Orient de  Paris, en présence d’une cinquantaine de Frères, la GLTF a consacré une Respectable Loge, La RL « Renaissance », qui travaillera au Rite Emulation dans la plus stricte observance de la Franc-Maçonnerie Régulière et de Tradition. A cette occasion, l’annonce a été faite de la création d’une seconde RL à l’Orient de Paris.

Important : la semaine dernière la GLTF a consacré sa première Loge à l'Orient de Lyon « la Voie de la Connaissance » qui travaillera au REAA.

 

Par T.D - Publié dans : histoire de la FM
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Jeudi 13 février 2014 4 13 /02 /Fév /2014 06:54

Il nous a semblé convenable de faire précéder un ouvrage consacré à la Maçonnerie, de quelques vues sur cette institution aussi étonnante par son ancienneté que par les ténèbres dont se trouve enveloppée son origine.

La Maçonnerie pourrait être comparée aux fameuses pyramides d'Egypte, d'où elle semble sortir. Ces constructions gigantesques, quoique dépouillées des marbres qui les rebâtissaient, quoique leurs issues soient fermées, et leurs souterrains silencieux, ces monument attestent encore, par leur grandeur et leur majesté, la puissance. de leurs fondateurs et leurs connaissances dans les arts et dans les sciences. Les pyramides semblent encore annoncer à l'esprit étonné, les mystères auxquels elles conduisaient ; de même la Maçonnerie, aujourd'hui décolorée, est encore une grande institution, dont l'histoire excite vivement la curiosité, et sur laquelle on ne sait quel jugement porter.

Est-ce une institution moderne ? est-ce une suite des anciens mystères ? ou bien, est-ce l'un et l'autre ? Rien n'est écrit dans les archives de la société sur ce sujet; tout est de tradition; comment faire la part de ce qui est antique, et la séparer de ce qui est ou serait moderne ?

Nous n'entreprendrons pas de faire cette séparation, nous le laissons à la sagacité du lecteur ; nous nous borneront à présenter là-dessus nos idées, sans prétendre ' imposer à personne notre sentiment pour règle. Petit-être ouvrirons-nous à d'autres une route nouvelle -à parcourir; nous nous estimerons heureux, si nous parvenons à faire jaillir quelques étincelles de lumière nouvelle.

On a déjà beaucoup écrit sur la Maçonnerie, sans rien éclairer. Les écrivains non Maçons en ont parlé peut-être avec trop de mépris, et presque toujours dans l'ignorance de la chose. Les écrivains Maçons, les orateurs de loges en ont parlé avec enthousiasme, et souvent avec des préventions qui leur ont fait manquer ou dépasser le but. Ni les uns ni les autres ne nous ont appris ce que l'on désirait de savoir; ils n'ont pu pénétrer dans le secret de l'institution, ou ils ne l'ont pas voulu ; ils se sont tus sur son histoire ; tout paraît muet à cet égard.

Ce n'est pas moins une chose bien extraordinaire, que l'on en soit encore à désirer des faits positifs sûr l'histoire d'une société si répandue dans tous les pays civilisés, surtout lorsque l'on apprend qu'elle a compté parmi ses membres les, hommes les plus éclairés de tous les teins, lorsque l'on y voit encore aujourd'hui des hommes justement estimés pour l'étendue de leurs connaissances et de leurs lumières. 

Comment des savants ( de toutes les nations ont ils pu participer aux mystères de la Franc-Maçonnerie sans paraître seulement  s'être informés de leur sources ?

Comment, s'ils l'ont fait, et s'ils ont été mis dans le secret, n'en ont-ils laissé aucune trace dans leurs ouvrages ? Ils affectent en général sur ce sujet le silence le plus profond.

Serait-ce que, comme les initiés : aux mystères des anciens, la religion du serment les eût arrêtés au moment de parler ? Mais ce serment ne leur interdisait pas les recherches sur l'histoire de la Maçonnerie; ce n'est donc que le défaut de documents qui les a empêchés de s'en occuper.

Et nous, privés de même des matériaux nécessaires, oserons-nous présenter au lecteur nos conjectures sur l'origine de cette noble institution ?

Ce n'est certes pas sans une extrême défiance de nous-même que nous allons essayer de soulever un coin du voile épais qui la couvre; mais nous avons pour excuse cette défiance elle-même, et la conscience de nous livrer avec un cœur simple à la recherche de la vérité.

Quels que soient les doutes élevés par plusieurs écrivains sur l'ancienneté de la Franc- Maçonnerie, nous ne persistons pas moins à croire qu'elle a son berceau dans les mystères Egyptiens. Les trois grades connus sous le titre de Maçonnerie bleue justifient notre opinion ; mêmes épreuves, même enseignement, mêmes résultats, tout y est semblable, à la différence, cependant, des machines qu'avaient à leur disposition les prêtres initiant de l'antiquité, du temps qu'ils employaient à la préparation du Néophyte, et de celui qui lui était nécessaire pour l'étude des sciences, dont on se borne, dans l'initiation maçonnique, à donner la nomenclature.

Nous pouvons juger de ce qu'étaient les obstacles à vaincre dans l'initiation par le beau tableau du VIéme livre de l'Enéïde, où Virgile conduit son héros dans les enfers, tableau qui a été regardé, même du temps d'Auguste, comme la. peinture des épreuves de l'initiation ancienne. On trouve dans L’Anne d’Or d'Apulée des détails très piquants sur la nature de ces épreuves.. 

On trouve enfin dans les voyages de Sethos et dans ceux de Pythagore, ouvrages remplis d'érudition et de recherches curieuses sur les mœurs de l'antiquité, on y trouve, disons-nous, des récits qui paraissent fort exacts, des travaux auxquels on soumettait ceux qui prétendaient à l'initiation. ils étaient si grands, et, les épreuves si terribles, qu'il est dit qu'Orphée y succomba, et qu'il n'obtint sa grâce qu'en faveur des mélodieux accords de sa lyre.

Que les Maçons qui veulent comparer et s'instruire, se donnent la peine de lire les ouvrages que nous venons d'indiquer ; ils reconnaîtront que les épreuves modernes sont une véritable représentation des anciennes auxquelles l'état actuel de nos connaissances, ni les rapports des individus avec la société, ne permettent plus d'assujettir les aspirants.

Les prêtres initiant participaient, dans les temps dont nous parlons, au pouvoir du gouvernement; la société civile n'avait ni le droit ni la volonté de leur demander compte des individus qui étaient entrés dans l'intérieur de leurs temples, quelquefois pour n'en sortir jamais. 

Ces temples occupaient une vaste étendue de terrain, absolument fermée aux profanés ( On nommait temple, non seulement le lieu où l'on se réunissait pour les cérémonies du culte, mais encore toute l'enceinte des bâtiment occupés par les prêtres destinés à ce service. )

A 'aide de la physique, dans laquelle ils étaient instruits, ils pouvaient en imposer à l'imagination, déjà préparée par la terreur et par les dangers réels auxquels on avait exposé le Néophyte.

Tout aujourd'hui s'oppose à l'emploi des mêmes moyens ; mais le souvenir en est fidèlement conservé.

Comment donc les mystères sont-ils parvenus jusqu'à nous ? A quelle époque les initiés ont- ils pris le nom de Francs-Maçons ? C'est ce qui nous paraît difficile à déterminer; mais cette incertitude ne détruit pas ce que nous avons dit pour prouver que les mystères anciens et la Franc-Maçonnerie sont une même chose; et telle est à cet égard notre persuasion, que nous ne pensons pas que l'on en puisse encore douter.

Nous conviendrons avec tout le monde qu'après la Maçonnerie bleue, qui se compose des trois premiers grades ou degrés, le surplus est d'invention moderne, quoique ces additions mêmes nous paraissent appartenir à des temps déjà éloignés. Une grande partie des additions appartient à l'histoire des Templiers; une autre paraît avoir servi de lien aux philosophes hermétiques, lorsqu'ils s'occupaient de la recherche de la pierre philosophale, folie à laquelle nous devons la découverte de la chimie, l'une des sciences les plus belles et les plus utiles. Une autre partie enfin semblerait être due à un reste de judaïsme conservé par les initiés de l'Orient, et que nous regardons comme ceux par qui nous avons reçu les mystères actuels.

On demandera peut-être comment la Maçonnerie bleue a emprunté le fond de son système dans la Bible, et employé le langage hébraïque pour ses mots mystérieux ? nous croyons pouvoir donner de ce fait une assez bonne raison.

On paraît s'accorder sur l'opinion que les mystères, ou plutôt la Maçonnerie, ont été introduits 'en Europe par les croisés, et ce serait peut-être à cette époque qu'ils auraient pris le nouveau nom. On ne serait pas surpris que ceux qui s'armaient dans la vue de reconquérir la Terre Sainte, d'y planter l'étendard de la foi catholique, ayant trouvé les mystères conservés dans cette partie de l'Asie par le peu de chrétiens qui y étaient encore, les aient adoptés comme un lien qui les unit plus étroitement à des hommes qui pouvaient et qui devaient leur être fort utiles; il ne serait pas étonnant, disons-nous, que les nouveaux initiés eussent adopté, avec la langue des premiers, le projet même de la reconstruction du temple de Jérusalem, reconstruction qui est toujours l'objet des vœux du peuple Juif, et que, par cette raison, ils se fussent désignés sous le titre de Maçons libres, par opposition au métier de maçons proprement dit, qui n'était exercé que par les esclaves ou par les serfs, et parce qu'en effet il fallait être de condition libre pour être admis â l'initiation. Bien ne nous parait plus naturel.

Cela posé, il nous semble facile de concevoir comment la Maçonnerie a puisé dans la Bible les moyens et les titres de son organisation, ou plutôt de sa réorganisation. On sait que les premiers chrétiens étaient des Juifs réformés ; qu'avant que la religion nouvelle eût pris une forme extérieure, les réformés n'en suivaient pas moins la loi de Moïse. Les initiés, qui avaient fait la révolution, durent être bientôt dépassés par de nouveaux zélateurs : il y a apparence qu'ils n'adoptèrent pas toutes les innovations ; les schismes dont l'histoire de la religion chrétienne est remplie, en sont la preuve. Les initiés demeurèrent donc Chrétiens-Juifs, la Bible était toujours leur livre sacré, leur loi fondamentale ; et leurs formules restèrent hébraïques.

Que les mystères aient subi quelques changements lorsque les Européens furent initiés en assez grand nombre pour former une société à part, cela est possible; mais ils n'auront pas voulu, sans doute, se séparer absolument des Hébreux qui leur avaient enseigné ces mystères, et ils auront pris dans l'histoire de ceux-ci, dans leurs livres canoniques, les mots et les emblèmes de la Maçonnerie ; c'était un moyen certain de continuer à s'entendre et de lier les mystères anciens aux nouveaux. Telle était la destinée de la religion judaïque, de produire toutes les institutions de la catholicité.

Mais depuis longtemps, sans doute, les mystères égyptiens avaient dû être accommodés à la croyance et au culte des Hébreux; la Franc-Maçonnerie, que nous ne faisons remonter qu'à l'époque des Croisades, pourrait bien dater de temps plus reculés ; et, dans ce cas, la question posée se trouverait toute résolue, puisque les Hébreux ne devaient pas chercher ailleurs que dans leurs livres les emblèmes avec lesquels ils voulaient familiariser les initiés.

Ceux qui, depuis, ont ajouté aux degrés de l'initiation, n'auront eu qu'à suivre le premier thème; et il était tout simple qu'ils puisassent dans les mêmes sources.

Les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus sous lé nom de Templiers, ou leurs successeurs Francs-Maçons, paraissent être, comme nous l'avons dit, les auteurs de la majeure partie de ces additions. Nous penserions qu'elles avaient été imaginées par les Templiers dans les teins de leur splendeur pour s'isoler de la foule des initiés, si nous ne remarquions pas que les nouveaux degrés d'initiation ont presque tous pour motif la situation de l'Ordre après sa chute.

Nous ne faisons pas de doute, comme on voit, que les Templiers étaient des initiés, même dès leur institution; nous pensons encore que c'est à eux que l'Europe doit la Maçonnerie, et que ce sont là les pratiques secrètes qui ont servi de prétexte à l'accusation d'irréligion et d'athéisme qui les a conduits à une fin si tragique. Tout confirme cette opinion.

Les malheurs de ces chevaliers, les persécutions auxquelles ils succombèrent, les forcèrent à chercher un dernier refuge dans ces mêmes mystères, à l'établissement desquels ils avaient tant contribué ; ils y trouvèrent quelques consolations et des secours. Leur situation n'étant pas commune aux autres initiés, ils songèrent à se resserrer entre eux, sans cependant se séparer de la grande famille des Francs-Maçons ; ils formèrent les grades ou degrés que nous voyons ajoutés aux trois premiers, et ne les communiquèrent, sans doute, qu'à ceux des initiés sur l'attachement desquels ils croyaient pouvoir compter.

Les Templiers ont disparu dans l'ordre civil ( L'Ordre des Templiers s'est cependant conservé en France, et prouve une succession non interrompue de grands-maîtres depuis J. Molay, qui, avant de périr, désigna J. M. Larmenius pour son successeur. La Charte originale de transmission, et quelques insignes de l'ordre, sont conservés avec soin dans la maison conventuelle qui subsiste à Paris. On compte parmi les grands- maîtres depuis J. Molay plusieurs princes de la Maison de Bourbon.); mais ils ont laissé des successeurs dans la Franc-Maçonnerie, et leurs institutions leur ont survécu.

Telle nous paraît être l'histoire et la marche de la Franc-Maçonnerie.

Mais, nous demande-t-on chaque jour, qu'est- ce que la Maçonnerie ? Quels sont donc ses mystères, dont on parle tant aux initiés, et qu'on ne leur. révèle jamais ?

Cette question, qui nous a été faite souvent, même par des Francs-Maçons, mérite considération, et. nous allons y 'répondre. Nous ne pouvons cependant nous défendre de quelque surprise, toutes les fois qu'un initié nous interroge sur ce sujet, et nous jugeons qu'il ne s'est pas donné la peine de réfléchir, ou qu'il n'a été frappé que de la superficie des formes.

Nous conviendrons, si on l'exige, que la Franc-Maçonnerie, devenue aujourd'hui presque vulgaire n'est plus en effet ce qu'elle était dans ses commencement; mais nous ajouterons qu'il n'est pas nécessaire qu'il en soit autrement, et qu'au surplus, ce n'est pas la faute de l'institution, mais bien celle des hommes et des circonstances, qui ne sont plus et ne doivent plus être les mêmes.

Nous avons vu que la Franc-Maçonnerie et les mystères anciens ont un tel rapport entre eux, que l'on peut, sans trop bazarder, considérer l'une comme la succession des autres. Or qu'étaient-ce que les anciens mystères ? qu'y enseignait-on aux initiés? quelle révélation leur était faite ?

Si nous consultons lés ouvrages qui ont traité des mystères, nous apprenons que leur secret était la doctrine des sages, des philosophes de l'antiquité, qui, abandonnant au peuple ignorant et stupide l'idolâtrie qui leur paraissait si chère, se réunissaient pour n'adorer qu'un seul Dieu, créateur et conservateur de toutes choses, un Dieu vengeur et rémunérateur, le seul Dieu éternel digne des hommages des hommes.

 L'initiation était divisée en plusieurs degrés ou époques; l'initié n'était éclairé que successivement et avec précaution, pour ne point trop choquer les préjugés de sa première éducation; il fallait qu'il fût déjà sorti de l'âge des passions; on le persuadait en l'instruisant, et on n'avait garde de lui imposer la croyance par. l'autorité. On le- formait dans les sciences humaines, alors renfermées dans le seul sanctuaire des temples, avant de lui montrer la vérité. C'était seulement après des études qui duraient au moins trois ans, et quelquefois davantage, que l'on conduisait le Néophyte dans l'intérieur, dans la partie la plus secrète du temple, où on lui dévoilait le vrai but de l'initiation.

Les initiés regardaient donc avec mépris l'idolâtrie., dont ils avaient appris à connaître l'absurdité ; et si, rendus à la société, ils respectaient les cultes établis, et s'y soumettaient, ce n'était que par déférence pour des opinions qu'il eût été dangereux de combattre ouvertement.

Aussi, à mesure que l'initiation s'est étendue, à mesure que la philosophie et les arts ont éclairé les peuples, le  culte des idoles, a perdu son crédit, et i1 a fini par être absolument oublié.

Tel était le but secret des grands mystères, et il a été atteint, mais après des efforts, innombrables.

De l'initiation sont sortis tous les philosophes qui ont illustré l'antiquité; à l'extension seule des mystères on a dû le changement qui s'est opéré dans la religion des peuples. Lorsque les mystères sont devenus vulgaires, cette grande révolution a été faite.

Moise, élevé eu Egypte, dans la cour du Pharaon et sans doute initié aux mystères égyptiens, est le premier, qui ait, établi le culte public du Dieu des initiés, du vrai Dieu. Son décalogue. n'est autre chose que la loi qui gouvernait les initiés, et sa physique est toute puisée dans les temples de Memphis.

Mais la loi de Moïse n'était encore qu'un essai imparfait de l'application des:principes de l'initiation; les temps n'étaient pas encore venus, où ces principes deviendraient la religion universelle, à cause de cela nommée catholique. Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ce qui s'est opposé à ce que la religion hébraïque ait fait des prosélytes, ni ce qui l'a empêchée de s'étendre hors de la maison d'Israël ; mais après l'accomplissement des temps, on voit sortir du sein de cette religion, et probablement du secret même de ses initiations, une religion nouvelle, plus pure que la première, qui n'appelle plus seulement une famille, une nation, mais tous4les peuples de la terre à la participation de ses mystères.

L'initiation ancienne était donc la vraie religion, celle qui, depuis, a été nommée à juste titre catholique, parce qu'elle doit être celle de toutes les nations éclairées de l'univers, la religion qu'avait d'abord enseignée Moïse, celle qu'a prêchée Saint Jean, celle enfin de Jésus. Oui, la religion chrétienne est sortie des mystères de l'initiation, telle qu'elle était dans sa première simplicité ; et c'est cette sainte religion que l'on a conservée avec soin dans les temples de la Franc-Maçonnerie.

Nous pourrions, par des rapprochements sans nombre, faire voir que jusqu'aux formes du culte, que jusqu'à la hiérarchie ecclésiastique, tout, dans la religion chrétienne, est tiré des usages et des rituels des initiés, prédécesseurs des Francs-Maçons, si les bornes que nous nous sommes prescrites dans cet Essai nous le permettaient. L'Évangile cet œuvre de la morale la plus douce, la plus pure, ce livre vraiment divin, était le code des initiés, et l'est encore de la Maçonnerie.

Si nous avons démontré que la Franc-Maçonnerie est une succession des anciens mystères, (et nous croyons y être parvenus) si, disons-nous, les mystères étaient eux-mêmes la véritable religion de Jésus, il s'ensuit que la Maçonnerie est cette même religion qui, constamment, a combattu le matérialisme de l'idolâtrie, mais qui, avec la même constance, a refusé d'admettre les dogmes mystiques que la superstition, ou bien le zèle enthousiaste de quelques âmes ardentes ont trouvé le moyen d'enter sur l'arbre évangélique.

On nous dira peut-être que, cela étant ainsi, les mystères ont dû être sans objet raisonnable, dès le moment de l'établissement et de la profession publique du culte et de la croyance des initiés ; que le secret de leurs assemblées devenait au moins inutile.

Nous sentons toute la force de cette objection ; mais qui ne sait que la religion catholique a lutté pendant plus de trois siècles contre le paganisme, qui était le culte dominant, et contre les persécutions sans nombre que cette religion, son ennemie naturelle, a dû lui susciter ? qui ne sentira que le secret lui a été longtemps nécessaire avant d'obtenir seulement la tolérance, et enfin jusqu'au moment où Constantin la plaça sur le trône ? et encore, depuis le triomphe de la religion catholique, qui a été aussi l'époque des plus grands schismes et des disputes théologiques les plus sanglantes, les hommes sages et paisibles qui voulaient conserver pure la science divine, n'ont- ils pas dû se tenir éloignés des disputant, se renfermer de nouveau dans le secret des initiations, et par ce moyen en' transmettre l'esprit dans toute son intégrité ? Il nous semble que c'est ainsi que l'on peut rendre raison de la perpétuité des assemblées secrètes des initiés, et expliquer la transmission de leurs mystères jusqu'à nos jours ; de là les persécutions suscitées contre les Maçons par les ministres d'une religion qui aurait dû les regarder comme ses appuis les plus solides et ses plus fermes soutiens.

Quoi qu'il en soit de la succession des mystères, il paraît évident, par les emblèmes qui décorent les Loges des Maçons de tous les rites, que, lors de leur introduction en Europe sous le nom de Franc-Maçonnerie, on y a reconnu un but religieux.. Mais la Maçonnerie avait encore un autre but, c'était celui de l'hospitalité envers les soldats chrétiens, envers les veuves et les orphelins des guerriers morts pour la religion dans les champs de l'Asie; et l'on doit reconnaître dans cette dernière intention la cause du crédit qu'obtint dès l'origine cette institution.. toute philanthropique.

L'Europe se lassa enfin d'envoyer périr la fleur de ses citoyens dans un pays si funeste à ses armées; les calamités qui avaient accompagné une guerre éloignée et désastreuse cessèrent; mais l'amour, du. prochain ne cessa point d'animer les initiés. Francs-Maçons ; les liens qui les unissaient ne furent point brisés pour cela, et les malheurs ordinaires de la vie ne manquèrent pas d'offrir à leurs vertus bien des moyens de s'exercer.

Une occasion terrible s'en présenta bientôt. Les chevaliers du temple, qu'ils regardaient, avec raison, comme leurs instituteurs, périrent par une catastrophe épouvantable ; ceux qui échappèrent aux échafauds se réfugièrent parmi les Francs-Maçons, qui les accueillirent comme des fils accueillent leur père, les soutinrent et les protégèrent de tout leur pouvoir.

Peu curieux de disputes théologiques, les Francs-Maçons se firent une loi de ne s'occuper jamais d'opinions religieuses; ils oublièrent en quelque sorte que leur institution était le dépôt de la vraie religion catholique ; ils se bornèrent à prêcher dans l'intérieur de leurs temples, la morale de l'Évangile, à recommander la soumission aux lois civiles, à exalter toutes les Vertus sociales et particulièrement l'hospitalité et la bienfaisance.

Il ne s'ensuit pas de là, sans doute, que tous les Maçons individuellement soient vertueux; mais la société maçonnique l'est par essence ; elle ne pourrait subsister sans cela. Combien d'actes particuliers de générosité ne pourrions- nous pas citer pour prouver que la Maçonnerie est un véritable bienfait pour la société ! Combien d'établissements de bienfaisance fondés et entretenus par dés loges, ne pourrions-nous pas désigner à la 'reconnaissance publique! Mais ce serait affliger lés Maçons que de lés nommer; la première de leurs maximes est de cacher soigneusement la Main qui donne.

Nous avons vu que la Franc Maçonnerie est une institution religieuse et philanthropique.

Sous le premier aspect, la sagesse de ses principes, la pureté et la douceur de sa morale, si conforme à celle de l'évangile, doivent nécessairement en faire l'objet d'un profond respect.

Sous le second rapport, qui la rend si recommandable, c'est une institution que l'on ne peut trop encourager.

C'est, n'en doutons pas, par un trait de la plus haute sagesse de la part des Francs-Maçons, que le côté religieux est abandonné à la sagacité des initiés, et que l'on néglige de leur révéler les mystères que cachent aux yeux superficiels les signes emblématiques de la Maçonnerie; tandis que tous les discours, tous les exemples sont dirigés de manière à recommander l'amour de ses semblables comme la vertu distinctive des vrais Maçons.

Tel est le véritable but de cette institution si injustement méprisée par ceux qui ne la connaissent pas. Les initiés savent que nous n'avons rien dit que de vrai; si notre bonne foi ne peut persuader les non-initiés, nous espérons au moins de leur esprit de justice qu’ils ne condamneront pas à l'avenir nos frères sans les entendre, et qu'ils avoueront que si nous avons représenté la Maçonnerie telle qu'elle est en effet, elle est digne de l'estime des honnêtes gens.  

 Source : les Editions de l’Edifice

Par Vuillaume - Publié dans : histoire de la FM
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Lundi 10 février 2014 1 10 /02 /Fév /2014 07:08

Institution de la Franc-maçonnerie en France

 

La première loge fondée hors du royaume d’Angleterre fut celle de l’Amitié et Fraternité, à Dunkerque, le 13 octobre 1721, par Jean, duc de Montaigu, grand-maître de la Grande-Loge d’Angleterre.

 

La Maçonnerie Anglaise francisée à Paris

 

En l'année 1725, la Maçonnerie anglaise débute à Paris avec les coutumes, le cérémonial et les rituels réglés à Londres dans ces derniers temps ; elle y est introduite par des maçons-anglais de distinction. Ils établirent la première loge, dont le nom est resté inconnu, chez Hure, traiteur anglais, rue des Boucheries, à l'instar des loges d'Angleterre, qui tenaient leurs assemblées dans les tavernes. Les Anglais qui se trouvaient à Paris et beaucoup de Français furent admis à ces nouveaux mystères, qui reçurent, pour la première fois, le nom de Franche-Maçonnerie. Le nombre des frères augmentant, on fonda la loge de Gouftand, lapidaire anglais.

Le 7 mai 1729, un frère nommé Le Breton établit, rue des Boucheries, la loge de Saint-Thomas au Louis d'argent, dans une auberge ayant pour enseigne le Louis- d'Argent. Quoique la troisième en date, elle est la première loge régulière de Paris et la deuxième de France, parce qu'elle reçut de la Grande-Loge d'Angleterre, dont elle suivait le régime, le seul qui existât alors, une constitution que n'avaient pas les précédentes. Aussi figure-t-elle sous le n° 90, parmi les cent-vingt-neuf premières loges, dans le tableau dressé en 1735 à Londres. Les chroniques font mention de deux autres loges sous les titres de Saint-Martin et de Saint-Pierre et Saint-Paul, qui auraient été constituées dans cette même année.

En 1732, une nouvelle loge se forma dans la maison de Landelle, traiteur, rue de Bussy, dont elle porta le nom qu'elle changea en celui de Loge d'Aumont, parce que le duc de ce nom y avait reçu l'initiation jusqu'au grade de maître.

Le 24 décembre 1736, les quatre loges s'assemblent et élisent pour leur grand-maître le comte (d’Harnouester, en l'absence de lord Derwent-Water, qui est censé avoir rempli cette dignité comme fondateur de la première loge à Paris. A cette réunion d'élection, l’Écossais Ramsay, de funeste mémoire, remplissait les fonctions d'orateur.

Il est à regretter que, trop soumises à la défense de ne rien écrire, ces loges n'aient laissé aucun document propre à jeter quelques lumières sur les premiers travaux de la Franc-maçonnerie à Paris.

À cette période, d'autres loges s'étaient établies dans les provinces ; quelques-unes, s’attribuant les pouvoirs des Grandes-Loges, délivraient des constitutions et fondaient des ateliers. Ces abus, qui nous paraissent étranges, étaient fréquents parce que, à cette époque, les constitutions étaient personnelles aux frères qui les obtenaient et que les fonctions de vénérable étaient à vie. Tout frère d'une condition libre, pourvu du grade de maître et ayant été surveillant d'une loge, était apte à être constitué vénérable inamovible. Les patentes étaient en son nom, il en était propriétaire et avait le droit de nommer ses deux surveillants. Il ne dépendait que de lui seul et gouvernait les frères d'une manière absolue ; aussi chacun d'eux pouvait-il dire : la loge est où je suis, ou bien, comme Louis XIV : La loge c'est moi. Ces anomalies ne tardèrent pas à produire et désordre et scandales, qui furent réprimés plus tard.

1738. Lord d'Harnouester, premier grand-maître régulièrement élu, devant retourner en Angleterre, avait manifesté le désir de se voir remplacé par un grand-maître français. Les maîtres des loges de Paris s'étant réunis fixent leur choix sur le duc d'Autun, l'un des seigneurs de la cour qui avaient montré le plus de zèle pour la prospérité de l’institution.

Louis XV, trompé par des courtisans peu éclairés ou par des fanatiques, avait, succès à la vérité interdit la cour aux seigneurs qui se font recevoir franc-maçons, mais étant informé de ce projet, il déclare que quiconque aura présidé les franc-maçons en qualité de grand-maître sera à l’instant mis à la Bastille.

Le 24 juin, cette nomination est acceptée par le nouveau grand-maître qui est solennellement installé. Le monarque ne donna point suite à sa déclaration, mais le Châtelet, moins généreux, continua, d'après sa sentence du 14 septembre 1737, d’exercer ses prescriptions contre les membres de l’Ordre qui ne peuvent lui opposer que l'influence de leurs noms ou de leurs emplois.

Le 11 décembre 1743, les loges de Paris nomment pour grand-maître perpétuel le comte de Clermont, prince du sang, qui succéda au duc d'Autun, décédé.

27 décembre. Installation solennelle du nouveau grand-maître, dont l'élection avait été confirmée par les loges de province. Celles de Paris établissent une Grande-Loge composée de personnes de distinction. Pour reconnaître le bienfait de l'Angleterre, qui a daté la France de l’Institution maçonnique, les loges parisiennes décident que la Grande Loge prendra le titre de Grande-Loge anglaise de France, titre qu'elle conserva jusqu'en 1756.

 

Grande-loge Anglaise de France

 

Malgré ce titre, la Maçonnerie n'en fut pas moins une maçonnerie toute française, distincte, dans l'esprit, de celle de la Grande-Loge de Londres, dont elle tirait son origine, et supérieure à celles d'Ecosse, d'Amérique, d'Allemagne, etc., c’est-à-dire que la free-masonry (la maçonnerie matérielle), quoique transformée chez ces nations, y avait conservé avec le nom (qu'il aurait fallu modifier) une tache originelle dont leur perspicacité n’avait su les préserver, tache que le temps n'a pas encore effacée. Le mot heureux franc-maçon, qui n'est pas la traduction de free-maçon, produit sur l'esprit parisien l'effet utile qui devait résulter de cette nouvelle institution. La Maçonnerie-libre n’aurait pas pris en France, croit-on que le Français eût consenti à porter le titre vulgaire de maçon libre ? Certainement non ; mais celui de franc-maçon lui a tellement fait sentir la haute importance de la mission civilisatrice imposée par l'institution nouvelle, que les loges françaises rejetèrent cette vanité ridicule des processions publiques, abandonnées aux corporations d'artisans, et qu'elles ne sollicitèrent pas leur admission ou participation aux poses des premières pierres des monument publics, cérémonies tout-à-fait étrangères à celles de ses rituels et de son but, à moins qu'il ne soit question d'un 'édifice à élever aux frais de l'Ordre, pour son usage ou pour être consacré par lui à la bienfaisance. Le Français savait bien qu'il n'était pas question de bâtir le moindre mur, en adoptant le titre de franc-maçon, mais il comprit qu'initié à des mystères voilés sous le nom de Franc-maçonnerie et qui ne pouvaient être que la continuation ou la rénovation des mystères anciens, il devenait maçon à la manière d'Apollon, d'Amphion : ne sait-on pas que les anciens poètes initiés, parlant de la fondation d'une ville, entendaient l'établissement d'une doctrine. C'est ainsi que Neptune, dieu du raisonnement, et Apollon, dieu des choses cachées, se présentèrent, en qualité de maçons, chez Laomédon, père de Priam, pour l'aider à construire la ville de Troie, c'est-à-dire à établir la religion troyenne. C'est ainsi qu'Amphion, par une autre allégorie, éleva les murs de Thèbes aux sons de sa lyre.

 

On a fait, et avec raison, à la G.-L. anglaise de France, un reproche grave, pour les inconvénients qui en résultèrent ; ce fut d'avoir accordé des constitutions personnelles à des maîtres de loge, à titre de maîtres inamovibles pour Paris seulement : « Il en résulta deux grands inconvénients ; l'un, que les vénérables ne s'occupaient que de leurs ateliers personnels ; l'autre, que les frères distingués qui dirigeaient la G.-L., trouvant, dans ses travaux, ennui, sécheresse et monotonie, les négligèrent ; qu'ils tombèrent dans la décadence, et la Maçonnerie de Paris dans le mépris, tandis qu'elle était suivie, dans les provinces, avec activité, zèle et délices » (État du G. O., t. Ier, p. 13).

1744, 5 juin. La chambre de police du Châtelet renouvelle ses défenses faites aux franc-maçons de s’assembler en loges, et interdit aux propriétaires de maisons et aux cabaretiers de les recevoir, à peine de trois mille francs d'amende.

Le prince de Clermont, circonvenu par de secrets ennemis de l'Ordre, ne paraît plus aux travaux ; à son exemple, les seigneurs qui le secondaient cessent, en courtisans fidèles, de paraître dans les ateliers, qui se trouvent alors abandonnés à eux-mêmes. A la vérité, il se fit suppléer par le financier Baure, dont l’incapacité ou la négligence le rendit indigne de l'honneur qu'on lui faisait. Il se dispensa d'assembler la G.-L. et laissa le désordre envahir l'administration ; l'élection des vénérables fut négligée. Pour raffermir l'administration, on crut bien faire d'instituer pour Paris des chefs de loges inamovibles ; ce moyen amena l'anarchie ; car ces inamovibles, pour la plupart, s'adjugèrent la présidence à perpétuité et même la propriété de la loge : on vit de simples maîtres créer d'autres maîtres et délivrer des constitutions de loges, fabriquer de faux titres, antidater des chartes, etc.

On fit de vives représentations au G.-M., qui se disposait à donner au financier inhabile un successeur plus digne, lorsqu'un complaisant agent des affaires secrètes du prince, le maître à danser Lacorne, parvint à arracher au chef insouciant un titre qui, sous la dénomination de substitut particulier du G.-M., rendait cet intrigant maître absolu de toute l'administration maçonnique. Cette nomination dérisoire excite autant d'indignation que de douleur. Le marchand de flic-flacs, bravant tous les murmures, s'empare des rênes de l'administration, peuple la G.-L. de ses créatures, et, avec leur appui, cet indigne chef de l’association devint puissant. Tous les hommes de bonne compagnie, de mœurs honnêtes, donnent leur démission ou cessent de prendre part aux travaux.

Si l’on ajoute à ces honteux désordres ceux que causèrent les gens de la suite du prétendant anglais, délivrant au premier venu pour une faible somme, des pouvoirs de tenir loge, et constituant de leur autorité des mères-loges et des chapitres, sans qu'ils y fussent autorisés раr aucune autorité légale, on pourra se faire une idée de l'état de la Maçonnerie en France à cette époque, et dont l'époque actuelle se ressent encore de l’influence pernicieuse qu'elle a produite ; nous en reparlerons plus amplement en traitant des hauts grades. Notre but auparavant, est d’initier le lecteur aux faits plus ou moins maçonniques qui se sont passés en Angleterre, en Ecosse et en France, jusqu'à l’établissement du G. O., afin qu'il soit à même de mieux connaître l'origine des hauts grades et d'en apprécier la valeur.

 

Grande Loge de France

 

1756. La Maçonnerie, outre ses déplorables dissensions, continue d'éprouver de fortes atteintes de destruction : elle est envahie par des systèmes de rites et de grades étrangers et indigènes, dont la base était le mensonge ou la vengeance, et l'origine inconnue pour la plupart. L'Engouement français pour la nouveauté mit quelque temps en vogue ces productions charlatanesques, qui n'avaient de maçonnique que la forme. Dans l’espoir d'arrêter cette influence pernicieuse, la G,-L., malgré l'état de stupeur où l'a jetée l'administration de Lacorne, fait solennellement l'abandon du titre de G.-L. anglaise de France, pour prendre et porter uniquement celui de Grande-Loge de France.

Ce changement de titre n'ajouta rien à la puissance de la G.-L., ni n'apporta aucune amélioration à la situation critique de la Maçonnerie. L'indépendance et les menées des maçons turbulents (coterie Lacorne et autres), continuent. Ils créent des maîtres de loge à Paris et dans les provinces ; ils fondent des chapitres, des conseils, des tribunaux, qui, de leur côté, établissent aussi des loges et des chapitres, créations diverses et confuses, dont il est impossible de tracer l'histoire, ni même de donner la nomenclature, puisqu'aucun registre régulier n'était encore tenu dans ces diverses associations et que la G.-L. elle-même ne rédigeait pas exactement les procès-verbaux de ses assemblées.

1758. Il s'établit, à Paris, un conseil des empereurs d'Orient et d'Occident, souverains princes maçons, substituts généraux de l'art royal, grands surveillants et officiers de la grande et souveraine loge de Saint-Jean de Jérusalem (à quel Orient ?) Cette introduction bouffonne qui, sous un voile usurpé, détruit l'égalité maçonnique, une des bases de l'institution, aurait dû être bafouée et rejetée avec mépris ; la vanité, l'amour des décorations, en jugèrent autrement : il y eut foule pour obtenir les vingt-cinq grades dont se composait la prétendue instruction du nouveau régime.

Jusqu'ici, la Maçonnerie, et c'est la véritable, était modestement et logiquement composée de trois grades: apprenti, compagnon et maître. Mais tout ce que les passions ont de plus funeste pour l'humanité : l'ambition, l'orgueil, le faux savoir, a introduit dans son sein une maçonnerie dont les noms pompeux de ses degrés ne parviennent pas à en déguiser la fausseté.

C'est de Ramsay que partit le premier système super-maçonnique, qui rompit impitoyablement l'unité de doctrine, faussa le dogme maçonnique et dénatura la simplicité de l'ordre. Le poison s'inocula chez des hommes crédules et avides ; et, l'impulsion donnée, des maçons lyonnais arrangent le système templier, produit naturel du chevalier du Temple de Ramsay ; Stuart institue à Arras un chapitre primordial; le chevalier de Bonneville croit diminuer le mal en fondant un chapitre de hauts grades pour les maçons distingués ; ensuite arrive le Conseil des empereurs d'Orient et d'Occident, souverains princes maçons, avec ses vingt-cinq degrés, pour lesquels s'engouèrent des maçons pourvus du grade de maître et qui furent assez aveuglés pour s'abaisser à reconnaître vingt-deux classes de supérieurs qui n'en savent pas plus qu'eux. Le siècle sera à peine écoulé qu'il apparaîtra des empiriques qui, s'apercevant que l'engeance maçonnique, de même que l'autre partie de l'espèce humaine en général, est incapable de profiter des leçons du passé, s'imagineront, à l'aide d'un grossier mensonge, d'ajouter à ces vingt-cinq degrés de nouveaux éléments de discorde classés en huit grades, pour en porter la nomenclature à trente-trois.

Dix ans après, des spéculateurs étrangers arriveront avec un vaste casier dont les cases, pour la plupart, sont vides, mais dont l'étiquetage s'élève au nombre rond de 90. — Sera-ce tout ? Non : Un fou trouve toujours un plus fou qui l'imite.

En effet, des inventeurs féconds trouveront très opportun, dans un siècle où l'homme qui pense n'a point une minute à perdre, où l'électricité, aux enjambements de cent lieues par seconde, est devenue la messagère des idées, la vitesse de la vapeur s'étant trouvée beaucoup trop lente, d'imaginer, pour l'instruction de leurs adeptes, une échelle scientifique de quatre-vingt douze, puis quatre-vingt-treize échelons, et qui s'arrêtera sans doute au quatre-vingt-dix-neuvième. — Mais n’anticipons pas, ces créations prétendues maçonniques se reproduiront en leur lieu. Nous ne ferons, en ce moment, qu'une réflexion : Si ces étranges aberrations eussent existé du temps d’Erasme, nous doutons qu'il ait osé faire l’Eloge de la folie.

1760. Une loge fondée par le comte de Beurnonville, et qui était composée des personnes les plus notables de la capitale et des premiers seigneurs de la cour, se préserva de la manie des nouveaux grades. Ses séances avaient lieu à la Nouvelle-France, au nord de Paris.

1761. Cette année, le désordre maçonnique est à son comble à Paris et dans les provinces, où des patentes et des chartes sont délivrées par trois pouvoirs constituants, siégeant dans la capitale, savoir: la G.-L., la faction Lacorne et le Conseil des empereurs.

1762. Le G.-M., satisfaisant aux plaintes portées contre l’administration de Lacorne, le destitue de ses fonctions de substitut particulier et nomme pour le remplacer, en qualité de substitut général, le frère Chaillou de Joinville. Ce choix est généralement approuvé ; les partis qui formaient les deux G.-L. se rapprochent, une réconciliation est opérée La G.-L. de France annonce, par une circulaire, cet heureux événement à toutes les loges de la capitale et des provinces. Les deux corps se réunissent le 24 juin pour ne plus former qu'une seule Grande Loge. La réorganisation des travaux donne lieu à de nouveaux règlements, et des constitutions sont délivrées, sous son autorité, pour l’union et la régularité des travaux.

Humilié, mais toujours audacieux, Lacorne ranime le zèle de ses partisans. Leur turbulence est telle que la G.-L. est forcée de les bannir de son sein.

La G.-L. de France poursuit avec beaucoup de calme et de dignité son honorable carrière ; mais la faction Lacorne ne reste point oisive. Une lutte vive et journalière s'établit et dure plusieurs années.

1763. La G.-L. est troublée dans ses travaux pat le chapitre de Clermont et par les chapitres et les conseils qui, au mépris de son autorité et de ses droits, continuent à délivrer des constitutions à Paris et dans les provinces. Cette rivalité nuit au progrès de l'institution et favorise l’introduction, dans les loges, de toutes sortes de rites, grades et systèmes contraires au but primitif de l’ordre.

1765,2 juin. Les membres de l’ancienne G.-L., qui avaient été forcés d'admettre ceux de la faction Lacorne, les voyaient avec peine siéger parmi eux, tant sons le rapport de leur état civil, en général peu honorable, que sous celui de leur ignorance dans l’administration des loges : ils avaient résolu de les expulser. L'époque de l’élection arrivée ce jour, aucun d’eux n’est élu ; ils sont outres de ce procédé, qui fut une faute, car quelques-uns étaient dignes, et ils s’en vengeront ; dès ce jour, la fin de la G.-L. pouvait être prédite.

24 juin. Célébration de la fête de l'Ordre et installation des officiers. Aucun des membres de la faction Lacorne n'y assiste : tous se retirent de la G.-L, contre laquelle ils font imprimer et distribuer des libelles injurieux, en protestant fortement contre les élections récentes.

1766. 5 avril. La G.-L., sans examiner si les torts ne sont pas de son côté, bannit de ses travaux et de l'association maçonnique les auteurs et distributeurs des libelles dirigés contre elle et dans lesquels on protestait contre les élections de 1765. Le 14 mai suivant, elle formule un nouveau décret contre les frères bannis.

14 août. Froissée, de tous côtés, par les opérations administratives et constitutives des conseils, des chapitres et collèges des hauts grades, la G.-L. rend un décret qui supprime toutes leurs constitutions, défend aux loges d'y avoir égard et de les reconnaître, sous peine d'être déclarées irrégulières et rayées des tableaux. — Comment vouloir que les frères haut gradés, qui sans doute dirigeaient leurs ateliers, consentent à se dégrader ? C'est bien peu connaître l'orgueil maçonnique, c'est-à-dire l'incorrigible orgueil humain. Il fallait, dès le principe, s'opposer à l'établissement de ces fausses maçonneries, ou, plus tard, les forcer d'entrer au centre commun pour les diriger et les administrer. On voit que la G.-L. courait à sa perte.

Ce décret, qui supprime également les G.-L. provinciales, excite de nouvelles divisions dans les loges françaises. Les conseils des hauts grades persistent et continuent de constituer et d'adresser des circulaires et des instructions perturbatrices.

Ces hauts ateliers avaient d'autant plus de succès, que leurs membres étaient parvenus à établir en principe que la concession des capitulaires ou constitutions aux degrés supérieurs leur appartenait à l'exclusion de la G.-L. Malgré l'évidence de cet acte abusif d'usurpation de pouvoir, nombre de maçons se soumettaient à cette convention tacite et rendaient la G.-L. impuissante dans son action, en la réduisant à une existence secondaire, présage de sa fin.

1766, 2 octobre. On provoque, dans la G.-L., le rapport du décret du 14 août contre les chapitres et conseils des hauts grades, et, démontrant la nécessité de la réunion de ces corps au centre de la Maçonnerie française, on propose de diviser la G.-L. en trois chambres, dont l'une devait connaître des degrés symboliques ; la deuxième, des hauts grades jusqu'à l'écossisme, et la troisième, des autres grades supérieurs.

La demande est malheureusement rejetée : la G.-L. refuse d'admettre les chapitres des hauts grades à siéger dans son sein ; cette faute capitale sera mortelle pour elle, car l'union aura lieu avec les dissidents. En effet, ce rejet, joint au décret du 14 août, n'arrangeait pas la vanité d'une foule de maçons qui alors, comme encore aujourd'hui, voyaient la Maçonnerie dans les titres, dans les ornements et dans les cérémonies pompeuses, plutôt que de la voir dans ses principes et dans son dogme. Ces récalcitrants ne s'arrêteront plus à des protestations devenues inutiles, ils briseront bientôt l'entêtement qui fait obstacle, en jetant au sein même de la G.-L. le désordre et l'impuissance.

1767, 4 février. La G.-L. continue d'éprouver des tribulations : assemblée pour célébrer la fête de l'Ordre, les frères bannis se présentent en grand nombre et jettent le trouble dans la séance, où ils pénètrent malgré les gardiens, ils demandent impérieusement de prendre part à la solennité. Sur un refus positif, ils se livrent à des violences ; les voies de fait sont bientôt réciproques, le scandale est complet.

Le lendemain, l’autorité civile donne ordre à la G.-L., qui obéit, de cesser ses assemblées, qui ne furent reprises qu’en 1771. L’exercice légal de l’autorité maçonnique se trouve ainsi longuement suspendu (quatre années).

 

Suspension des travaux de la Grande-Loge

 

Les frères bannis, inconnus à l'autorité, quoique provocateurs et fautifs du scandale, ne sont point compris, ou ne se regardent pas comme devant l'être, dans la mesure, et se rassemblent clandestinement dans un local, au faubourg Saint-Antoine, pour abuser d'un pouvoir usurpé.

1770, 28 février. Les frères bannis continuant activement leurs travaux clandestins, les membres de la G.-L. s'en inquiètent. Ils ont fait une démarche inutile auprès du lieutenant de police, pour obtenir l'autorisation de reprendre leurs assemblées, suspendues depuis 1767. Cependant une séance générale est convoquée pour ce jour, mais la pusillanimité de la plupart des membres empêche qu'elle ait lieu ; quelques anciens frères s'y rendent, mais ne se trouvant qu'en petit nombre, ils se retirent. Le sommeil de la G.-L. se prolonge au profit de ses adversaires, pour qui tous les moyens de succès étaient bons.

1771, 15 juin. Mort du G.-M., le prince de Clermont. Cet événement va mettre fin à l’apathie de la G.-L. Elle se réunit. Mais ses assemblées se passent en projets de réorganisation et en discussions inutiles. Elle ne voit qu'elle, et, par une inertie coupable, quand il faut agir dans l'intérêt général de l'Ordre, elle laisse aux dissidents, mieux inspirés, le soin de rendre des services réels à la cause commune.

16 juin. Dès le lendemain de ce décès, les frères bannis, auxquels s'étaient, peu-à-peu, réunis, en assez grand nombre, des maçons distingués, lassés de l'inaction de la G.-L., et avec le concours des chefs de chapitres et de conseils qui, ayant à se venger des décrets rendus contre eux, visaient à être reconnus et à faire partie intégrante d'un corps constituant. Après s'être mis d'accord, ils trouvent accès auprès du duc de Luxembourg, maçon plein d'urbanité, et sollicitent son appui, afin d'obtenir du duc de chartes son acceptation pour la nomination qu'ils désiraient faire de S. A. S. à la grande-maîtrise de l'Ordre en France. La demande est accueillie. Dans cette entrevue, les frères bannis se rendent puissants auprès du duc de Luxembourg. Ils lui démontrèrent adroitement qu'il était dans l'intérêt de l'Ordre que le duc de chartes réunît les deux maîtrises, pour concentrer toutes les opérations maçonniques sous une seule autorité. Le duc se rend à ces raisons : l'acceptation fut rédigée dans ce sens.

21 juin. Les frères bannis, porteurs de la promesse d'acceptation de la grande-maîtrise par le duc de chartes, se présentent à la G.-L., réunie en assemblée générale, et mettent pour condition à la remise de cette acceptation le rapport des décrets des 5 avril et 14 mai 1766, qui les ont frappés de bannissement, et la révision de toutes les opérations faites pendant leur absence. Ces conditions sont acceptées.

24 juin. La G.-L., réunie en assemblée générale, procède à l'élection du G.-M., et le duc de chartes est nommé, à l'unanimité, G.-M. de la Maçonnerie française et souverain G.-M. de tous conseils, chapitres et loges écossaises de France. Ce prince succède ainsi à son oncle, et l'union des deux grandes-maîtrises opéra de droit la réunion des deux corps.

26 juillet et 9 août. Les frères amnistiés ayant signalé des abus, des vols, des exactions commises dans la gestion de la G.-L., demandent la nomination d'une commission d'enquête, chargée de présenter un plan, pour remédier aux désordres qui affligent la Maçonnerie française. La G.-L. nomme huit commissaires auxquels elle donne plein pouvoir à ce sujet, et les charge de lui faire un rapport.

14 août. Pour la régularité des travaux des loges, des règlements sont publiés sous ce titre : Statuts et règlements de la très respect. G.-L. de France, tant pour son gouvernement que pour celui des loges régulières concernant leurs relations avec elle, arrêtés par délibération de la dite G.-L, du 14 août 1771, pour être exécutés et observés à compter du dit jour (in-8° de 55 pages).

10 septembre. Depuis longtemps, des constitutions avaient été délivrées par des maçons de tous les partis à une multitude de loges en France ; d'autres avaient été expédiées par las frères bannis ; et d'autres par Chatillou de Joinville, de la Ghaussée (V. son moire justificatif), etc., au nom de la G.-L., pendant la suspension de ses travaux ;elle prend un arrêté portant que toutes les loges de France seront tenues de faire renouveler leurs constitutions, et qu'à cet effet, toutes celles existantes seront déposées à son secrétariat pour être examinées par six commissaires, afin de les viser et de fixer la préséance des loges.

17 octobre. Circulaire de la G.-L., annonçant l’élection du duc de chartes à la dignité de G.-M. et son acceptation. Ne prévoyant pas les événements, elle avertit les loges que l'installation du G.-M. doit avoir lieu à la fin de novembre prochain (1771) (elle n'eut lieu que le 28 novembre 1773, mas par un autre corps), et elle les invite à assister, par députés, à cette solennité. Elle fait part en même temps du projet qu'elle a d'écrire l’Histoire générale de l'Ordre maçonnique en France et demande des renseignements, à ses administrés. (Cet ouvrage n'a pas été fait.)

 

17 décembre. Création de vingt-deux grands-inspecteurs provinciaux, chargés de visiter toutes les loges du royaume, d'y maintenir l'exécution des règlements, d'y vérifier les registres, à la charge de tenir écriture de leurs opérations, pour en rendre compte à la G.-L. dans les assemblées de communication de quartier. La durée de ces fonctions est fixée à 3 ans.

1772. Cette année sera mémorable dans les fastes maçonniques de la France.

L'état d'inertie dans lequel la G.-L. de France, soit par timidité, soit par défaut d'accord et d'ensemble parmi ses membres devenus peu nombreux, a laissé trop longtemps languir les travaux maçonniques et a fini par mécontenter, décourager et inquiéter la partie saine et nombreuse des maçons français, qui aspiraient à un meilleur état de choses, capable de délivrer l'institution d'une anarchie toujours croissante Déjà, il devient évident que cette apathie de la G.-L. et les tiraillements qui la déchirent vont bientôt donner naissance à une nouvelle ère importante dans la Franc-maçonnerie.

Janvier. Les huit commissaires nommés la 26 juillet, avec des pouvoirs pour réviser les opérations de la G.-L., eurent des conférences suivies avec un parti nombreux que protégeait ouvertement le grand-administrateur général, le duc de Luxembourg; il s’y agissait moins de satisfaire au vœu du mandat assez étendu de la G.-L., que d'aviser secrètement aux moyens d'anéantir son pouvoir. La conspiration commence.

18 juin. L'administrateur général fait, dans la séance de ce jour, présidée par lui, le dépôt de deux pièces importantes ; l'une, du 5 avril, est l'acceptation de la grande-maîtrise par le duc de chartes ; l'autre, du 1er mai, est relative aux pouvoirs dont fut investi le duc de Luxembourg par le dernier G.-M. décédé, et en vertu desquels il confère l'initiation au G.-M. nouveau. Copie textuelle de l’acceptation : « L’an de la grande lumière 1772, 3° jour de la lune de Jiar, 5° jour du 2e mois de l'an maçonnique 5772, et de la naissance du Messie 5e jour d'avril 1772, en vertu de la proclamation faite en Grande-Loge assemblée le 24e  jour du 4e mois de l’an maçonnique 5771, du très haut, très puissant et très excellent prince S. A. S. Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, duc de chartes, prince du sang, pour grand-maître de toutes les loges régulières de France et celle du Souverain-Conseil des empereurs d'Orient et d'Occident, sublime Mère-Loge écossaise du 26e de la lune d'Elul 1771, pour souverain G.-M. de tous les conseils, chapitres et loges écossaises du Grand-Globe de France, offices que ladite A. S. a bien voulu accepter pour l'amour de l'art royal, et afin de concentrer toutes les opérations maçonniques sous une seule autorité. En foi de quoi, ladite A. S. a signé le procès-verbal d'acceptation. Signé : Louis-Philippe-Joseph d'Orléans. »

Copie textuelle du procès-verbal non moins curieux du duc de Luxembourg :

« Nous, Anne-Charles-Sigismond de Montmorency-Luxembourg, duc de Luxembourg et de Châtillon-sur-Loire, pair et premier baron chrétien de France, brigadier des armées du roi, etc.

Revêtu par feu S. A. S. le très respecté et très illustre frère comte de Clermont, G.-M. de toutes les loges régulières de France, de toute la plénitude de son pouvoir ; non-seulement pour régir et administrer tout l'Ordre, mais pour la fonction la plus brillante, celle d'initier à nos mystères le très respectable et très illustre frère Louis-Philippe d'Orléans, duc de chartes, appelé ensuite par les vœux de toute la Maçonnerie au suprême gouvernement ;

Certifions avoir reçu, en notre qualité d'administrateur général, l'acceptation par écrit du prince ; ainsi mandons à la G.-L. de France d'en faire part à toutes les loges régulières, pour participer à ce grand événement et pour se réunir à nous dans ce qui pourra être pour la gloire et le bien de l'Ordre. Donné à notre Orient, l'an de lune 1772 et de l'ère vulgaire 1er  mai 1772, apposé le sceau de nos armes et contre signé de l'un de nos secrétaires.

Signé : Montmorency-Luxembourg. — Par monseigneur, signé : d'Otessen. »

La conspiration continue : les frères amnistiés, mus soit par la vengeance ou par un esprit de dissidence qui se perpétue souvent dans les fractions d'un corps nombreux, dont la composition cesse d être homogène, suivaient avec soin les progrès de la révolution commencée, qu'ils encourageaient de tous leurs efforts. De leur côté, les huit commissaires auxquels s'adjoignent des maîtres de loge, des députés, le Conseil des empereurs d'Orient et d'Occident, ainsi que le Conseil des chevaliers d'Orient, continuent leurs conciliabules secrets ; les séances se tiennent à l'hôtel de Chaulnes sur les boulevards. Lalande dit qu'elles étaient très nombreuses et bien composées (Mémoire historique sur la Maçonnerie). Dans ces conférences, on perdit de vue, dès le principe, l'objet spécial des réunions et les limites du mandat émané de la G.-L. ; l' idée d'une réorganisation générale, que propageait ouvertement le duc de Luxembourg, séduisait tous les esprits ; un changement radical et prochain paraissait inévitable.

La G.-L. a bien encore pour elle, comme corps maçonnique, le respect dû à l'ancienneté de son origine ; mais sen pouvoir diminuant chaque jour dans une proportion égale aux abus qu'elle laisse s'introduire ou qu'elle ne peut plus empêcher il faut indispensablement un nom nouveau et un nouvel organe pour commander au chaos ; on ne sera donc pas étonné de voir ce corps, avant sa complète défaillance, s'éclipser, puis s'éteindre devant une nouvelle autorité jeune, vigoureuse, qui puisera son origine et sa force dans le sein même de la G.-L., dont les efforts pour revenir à la vie seront inutiles.

Parmi les maîtres de loge et les députés, il s'en trouve aux dernières conférences qui réclament en faveur des principes établis, des honorables frères n'adoptent pas les projets qui devaient renverser le pouvoir de la G.-L. ; ils sont expulsés. Bientôt l'agitation devient extrême ; des accusations graves d'exactions, de concussion, de vols, d'abus de pouvoir, furent portées contre les membres les plus influents de l'ancienne G.-L. et ses officiers dignitaires ; et sous le prétexte et peut-être avec la bonne intention d'extirper seulement des abus et de régénérer l'administration de l'Ordre, on conspirait réellement la ruine du plus ancien corps maçonnique français. « On dressa, dit Lalande, de nouveaux statuts ; on remédia aux abus en rendant surtout les maîtres de loge amovibles et éligibles à la majorité des voix. » -C'était là un bien immense : la maîtrise perpétuelle des loges était un danger imminent pour l'Ordre et la cause d'une foule d'abus ; il était né de la défection étrange du comte de Clermont, G.-M. (V. 1744). Il fallait le faire cesser ; mais ce changement utile pouvait s'introduire sans cesse ; la raison seule l'aurait peu à peu opéré ; mais l’opiniâtre résistance à tout changement ne permit pas d'agir ainsi.

Si les huit commissaires, qui prenaient part à toutes ces opérations, eussent fidèlement rempli les devoirs que leur dictait leur mandat, ils eussent informé la G.-L. et l'auraient appelée à concourir, comme corps administratif, à des améliorations qu'elle n'avait pas intérêt à repousser ; ils n'avaient pas d'insuccès à redouter, ayant l'appui d'une immense majorité en tête de laquelle figurait l'administrateur général. Mais ces simples mandataires du рremier corps maçonnique se crurent omnipotents. La G.-L. ne révoqua pas des fondés de pouvoir qui, à sa connaissance même, outrepassaient ses ordres, et elle en fut bientôt punie. En administration comme en politique, il faut de la fermeté ; le pouvoir qui fléchit ne tarde pas à tomber. A la vérité, la G.-L., nous l'avons démontré, ne jouissait pas de toute la plénitude d'action, faute d'accord entre ses membres, dont la plus grande partie travaillait et applaudissait à la chute de son pouvoir, préliminaires accoutumés de tout changement de gouvernement. La position était critique, les conséquences en furent inévitables.

1772, 24 décembre. Les huit commissaires, qui, sans le savoir, étaient les agents de maçons plus éclairés, agissent, sans convoquer, et pour cause, ceux dont ils tiennent leurs pouvoirs, pour leur soumettre le résultat de leur travail, et cet octovirat (17), réuni aux frères nombreux des divers partis qui assistaient aux conciliabules, après un exposé préparatoire et s'appuyant sur le suffrage général, déclare solennellement, que l’ancienne G.-L. de France a cessé d'exister, qu'elle est remplacée par une nouvelle Grande-Loge nationale, laquelle fera partie intégrante d'un nouveau corps qui administrera l'Ordre, sous le titre de Grand-Orient de France.

Ainsi s'opéra, sans secousse, mais non sans regrets ni protestations, cette révolution dans laquelle avaient trempé, en très grande partie, les propres membres de la G.-L., à laquelle ceux qui n'approuvaient pas ce changement étaient restés peut-être trop indifférents. Mais on était, en général, tellement fatigué des dissensions et des abus qui avaient flétri les dernières années de cette ère maçonnique, que les loges de la correspondance, dans l'espoir, sans doute certain, d'un meilleur avenir, applaudirent, presque unanimement, au nouvel ordre de choses.

1773, 24 mai. Le frère Chaillou de Joinville, ancien substitut général du G.-M. le comte de Clermont, abandonne le parti de la G.-L. et demande au G.-O. des lettres de substitut honoraire ; après avoir fait déclarer, par le frère Savalette de Langes, qu'il approuvait tout ce qui a été fait. Cet événement ajoute encore aux embarras de la G.-L., qui nomme, à la place du transfuge, le prince de Rohan.

30 août. La G.-L. lutte et résiste, mais trop tard, sans énergie et sans ensemble ; le faisceau réduit et toujours désuni est déjà plus qu'à moitié brisé. Le seul acte de vigueur auquel elle se détermine et qui fut stérile, est de s'assembler et de déclarer, ce jour, le nouveau corps qui s'est formé près d'elle, à Paris, sous le titre de G.-L. nationale, illégale, subreptice et irrégulière. (V. sa circulaire.) Elle frappe de déchéance tous les maîtres de loge qui assistent ou assisteront à ses travaux, s'ils ne rétractent, sous huitaine, les erreurs dans lesquelles ils sont tombés, à l'instigation de quelques esprits inquiets et turbulents. — Vaine tentative d'un pouvoir expirant. La G.-L. ne fut pas plus heureuse dans ses efforts subséquents pour rétablir sa souveraineté. (V. sa notice historique). Un pouvoir qui affiche son impuissance devient ridicule et tombe.

 

Source : les Editions de l’Edifice

Par JM RAGON - Publié dans : histoire de la FM
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Vendredi 7 février 2014 5 07 /02 /Fév /2014 06:56

La Maçonnerie Écossaise comparée avec les trois professions & le secret des Templiers du Quatorzième siècle.

Première partie.

Serait-ce encore le temps où notre faible vue ne peut s'éclairer de trop près du flambeau de la raison ? Faudrait-il encore avoir recours aux mains invisibles de l'Éternel ? Ne ferait-il donc point possible que, sans descendre immédiatement du ciel, une heureuse institution produisit des législateurs de génie, des héros et des hommes ! Des hommes dieux, les véritables images d'un Dieu sur la terre ! Il faut qu'une société soit recommandable par les grands desseins dont elle s'occupe, et par le dévouement éclairé des membres qui la composent ; mais il importe peu qu'elle soit formée d'hier, ou que son origine, même reconnue, aille se perdre dans la nuit des temps. Une société qui se glorifie d'être ancienne, ressemble assez à ces familles anciennement illustres, que Bacon, si je ne me trompe, compare à de vieux châteaux. Est-ce donc le fondateur ou le possesseur d'un édifice qui l'honore aux yeux du sage ? Toutefois, je l'avoue, le sensible voyageur s'arrête, le cœur attendri, devant ces monuments augustes que le temps, qui prend plaisir, en son orgueil, d'effacer par tout la main des hommes, a comme animés sous les embrassements d'un lierre vigoureux, dont la chevelure épaisse et argentée atteste sa force inépuisable, et une naissance incertaine qui semble toucher à la création. Il contemple en ses douces méditations la vieille enceinte d'une voûte antique qui lui paraît surchargée du poids des siècles entassés. Il se recueille pour les célestes jouissances de l'inspiration. Mais si tout-à-coup il rencontre un conciliabule d'hypocrites, des reptiles impurs, ou des tigres, ou des brigands, ou un héritier stupide, quel que soit son respect pour le monument qu'il admire, et pour les grands hommes qui l'ont sanctifié de leur présence, il n'ose plus y porter les yeux : traînant ses regards dans la poussière, il s'éloigne à la hâte d'un sanctuaire profané.

Ce n'est pas sans un grand dessein que nombre d'écrivains ont fait remonter l'origine de la Franc-Maçonnerie à la plus haute antiquité ; à la faveur de quelque ombre des savantes allégories de Pythagore, de Simonide, d'Homère et de Pindare, il était facile de forcer le génie, avide de connaître, à des recherches perpétuelles, sans que jamais il pût se laisser décourager par des veilles infructueuses. Persuadé qu'il y a des cultes tellement absurdes qu'ils n'ont jamais pu entrer, sans cause, dans la tête des sages d'un siècle, ni même en sortir, quel que fût, dans tous les temps, le délire de l’esprit humain, il cherche à toutes les allégories monstrueuses un sens naturel qui le satisfasse ; loin de jeter quelques ridicules sur les cérémonies les plus bizarres, il y soumet sa raison avec respect, pour conserver l'allégorie intègre et pure : il regarde ces allégories comme un voile tiré entre l’histoire perdue et celle qui nous reste : il les analyse et les rassemble comme les fragments d'une vérité persécutée : une étude qui l'a rendu observateur, qui, lui enseignant à réfléchir, lui a montré toute l'importance de se perfectionner dans l'art de se chercher soi-même, lui agrée, le console, il s'y complaît. C'est vraiment lui qui est attentif à des faits isolés et lumineux, qui, sans présenter autre chose que de simples lueurs, annoncent des clartés. Ce qui est déjà prouvé pour l'homme qui pense, mais qui est une découverte toute sublime pour l'être enfant qui n'a jamais rien approfondi, le rendra respectueux jusqu'à l'enthousiasme pour la conservation d'une cérémonie allégorique dont il a tiré un sens littéral qu'il aura trouvé simple et raisonnable : il aime l'artifice innocent des allégories qui protègent la vérité contre les fureurs de la superstition altérée du sang de son frère. Quelle que soit l'explication qu'on lui en donne, il y cherche le sien dans ces Miroirs à plusieurs faces que le génie fut contraint d'employer pour abuser les méchants et les indiscrets.

Ainsi les sages ont un respect motivé pour les allégories anciennes. Mais s'il est vrai que le Philosophe respecte une allégorie qu'il ne peut expliquer, il faut au moins lui prouver qu'elle est ancienne ; qu'il voie qu'elle a été respectable et chère à des hommes dont la conduite irréprochable annonce un sens droit et pénétrant : il ne ressemblera point à ces prétendus esprits forts qui méprisent tout ce qu'ils n'entendent pas, il y soupçonne toujours une cause, rien ne le rebute ; et dès qu'il ne voit plus la trace antique, il n'en est que plus empressé à découvrir la main cachée qui agit dans le silence ; des cordons ridicules et des secrets à vendre lui paraissent des monopoles odieux. Je ne sais, mais il me semble qu'il y a toujours dans le cœur d'un honnête homme une voix secrète qui lui révèle, par un cri douloureux, la présence invisible du crime ; et sans doute il est un Dieu bienfaisant qui ne permet pas toujours que la vertu fait éternellement sur la terre sans récompense.

La société des Francs-Maçons a eu, dans tous les temps, et dans les diverses parties du monde où elle a fleuri, et fleurit encore, des membres remplis des plus rares connaissances et d'un mérite qui n'est pas douteux : satisfaits probablement de ce qu'ils trouvaient de conforme aux allégories anciennes, ils s'occupaient avec moins d'empressement à soulever d'autres voiles qui leur devaient paraître modernes, ou du moins altérés par négligence ou stupidité. Comme la politique ne leur semblait entrer pour rien dans des allégories joviennes ou magiques, ou Celtiques, ou Egyptiennes, ils cédaient sans effort à d'insensibles innovations que des anciens de l’ordre, appelèrent de nouveaux grades qui leur étaient inconnus : peu à peu on défigura le système allégorique des premiers bienfaiteurs du genre humain, pour y substituer un système avilissant et cruel, et le faire adopter tous l’emblème du style mystérieux des annales de l'ancien monde.

A la place des allégories obscures, il est vrai, mais que leur antiquité du moins engageait à méditer, on a fait accepter à des millions d'hommes l'espérance de mériter l'explication d'une foule de mystères importants, dont la clef est, dit-on, entre les mains, de supérieurs inconnus. S\ I\. Ceux qui ont jeté les yeux sur quelque philosophe ancien, ont pris de bonne foi les chiffres et calculs de leurs machinations infernales pour les nombres de Pythagore dont la connaissance parfaite, si l’on en croit ses disciples, était une science profonde des mystères de la nature.

Comme il faut avoir déjà beaucoup réfléchi pour sentir ce qu'il y a de raisonnable à étudier les mystères de la nature, et ce qu'on perd de son esprit et de son cœur à vouloir débrouiller les mystères des méchants, je crois nécessaire d'entrer dans quelques détails, qui mettront peut être à la portée du grand nombre une idée très importante à mon sujet. Qu'il me soit donc permis, pour me faire mieux entendre, de comparer la nature à un être pensant qui travaille publiquement et au grand jour, mais toujours par modestie, ou par caprice, ou par une loi qui ne m'est pas connue, couverte d'un voile plus ou moins épais. Si j'entre dans son atelier, et que je sois attentif à, ses mouvements pleins de grâce ; si j'entends une voix caressante, je fais déjà que ce n’est point un tigre qui est caché fous le voile ; j'y soupçonne un artiste habile ou une femme de génie, c'est peut-être une jeune fille née pour l'amour : par quelque heureuse négligence ou par un bienfait de son cœur, elle laissera peut-être s'entrouvrir un coin du voile. Je connaîtrai peut-être sa beauté : peut être que par l'étude de ses traits saisis à la dérobée, je pourrai démêler le vrai chemin de son cœur, et ensuite apprendre de sa bouche quelle est sa naissance et la cause du voile impénétrable qui cache ses attraits divins et sa main créatrice. Je veux qu'elle paraisse un instant insensible à ma prière ; ne saurais-je pas au moins le but de mes recherches ? Après avoir beaucoup obtenu, ne ferais-je pas fondé à espérer encore davantage ? Alors si la nécessité ne me permettait pas de rester longtemps en contemplation dans l'atelier, combien je me trouverais heureux d'aller me recueillir avec les grands hommes de mon siècle, pour apprendre d'eux l’histoire de tous les indices que l'être, inconnu sous le voile, aurait pu donner des procédés de son travail, ou du mystère de son sexe ! Et s'ils avaient assez de respect pour la vérité, et assez bonne opinion de mon zèle pour avoir à m'offrir des témoignages, et non des interprétations, que ne leur devrais-je pas de reconnaissance et de bonheur ! Mais si quelque homme à secrets m'invite à sa confiance ; s'il m'indique sa demeure à des jours fixés, et que j'aie toujours un nouveau domestique à solliciter, une autre porte à ouvrir ; si le grand maître est toujours absent ; si de prétendus initiés se contredisent tous dans ce qu'ils me racontent des merveilles et des desseins de leur supérieur ; s'ils ne m'apprennent pas même le nom ni la nature du Protée inaccessible, je m'écrie en frémissent : « Tout n'est pas bien ici ! »

Voilà quelles sont, à peu près, les différentes impressions qu'on éprouve aujourd'hui dans la Franc-Maçonnerie ; un saint respect pour d'anciennes allégories, et de l'indignation pour des énigmes, qu'on soupçonne, avec raison, très-modernes. On a dit que la vérité était d'un plus grand prix à l'humanité que celui qui l'avait trouvée. Je le pense ! Jetons une lumière éternelle sur des brigands sanguinaires qui se glissent, armés de poignards, aux fêtes de la nature et de l'amitié ; qui parlent de vengeance, ne faisant plus qu'une caverne de bandits et d'imposteurs du temple de la bienfaisance et de la vérité ; temple auguste qui ne fut jamais fermé qu'au fanatisme qui s'irrite de tout sans savoir pourquoi, et surtout de la vérité, qui, toujours utile au genre humain, n'a jamais nui qu'à ceux qui trompent les hommes !

Une histoire complète de la société des Francs Maçons, confirmée par des monuments authentiques, est le seul moyen que nous ayons cru devoir adopter, comme le plus simple, pour détromper d'honnêtes gens qu'on entraîne au meurtre et à l’esclavage, en leur parlant toujours d'indépendance, de jeux innocents, et de bienfaisance et d'égalité. Ainsi les pontifes, lorsqu'ils n'étaient encore à Rome que de petits évêques sans pouvoir, parlaient de fraternité, d'une communauté de biens ; mais toujours d'une obéissance aveugle aux ordres de l'Eternel, dont ils se disaient humblement les représentants. A peine eurent-ils armé leurs frères pour venger la cause d'un Dieu assoiffé de sang, qu'on ne vit plus en eux que des monstres de cruauté. Les rois, dont ils avaient d'abord prétendu affermir l'autorité, furent obligés de fléchir le genou devant eux. On vit un pape, Adrien IV, dicter ses volontés au souverain d'un grand royaume, où son père et lui avaient mendié. Ils se faisaient léguer des états, des tributs, des hommages ; et en récompense, ils donnaient à l’usurpateur puissant des couronnes à conquérir ; jusqu'à des mers qui ne leur appartenaient pas : et à force de persuader aux souverains, capables de leur résister, de ne pas se refuser à des actes d'une humilité chrétienne qu'un ancien usage exigeait des rois, ils les fournirent insensiblement à l'indigne hommage d'une vassalité perpétuelle. Un Henri II, un Frédéric Barbe-Rousse, un Philippe Auguste, et tant d'autres monarques et empereurs d'un indomptable courage, qui, ayant appris, mais trop tard, que le roi qui enracine une erreur dans son royaume, est souvent forcé lui-même d'en dévorer l’amertume, s'indignèrent en vain de l'insolence des pontifes ; les pontifes en ont toujours triomphé. Ils appelèrent, sans pudeur, leur chaire épiscopale le trône du souverain des souverains de la terre ! Et ceux même qui les avaient servis, leurs frères, leurs alliés, leurs égaux, qu'ils avaient provisoirement assujettis à une obéissance réelle, sous la promesse auguste, et renouvelée chaque jour, de les combler de gloire, et de biens inespérés, furent dépouillés, méprisés, enchaînés ! Ils eurent beau réclamer des ferments et leurs titres ! Que font les titres les plus légitimes, quand l’ambitieux, la force en main, fait de son mauvais génie un Tout - Puissant, et qu'il annonce aux nations effrayées des ordres sanguinaires de la part d'un Dieu de paix, qui n'eut jamais d'autre langage que les saintes lois de la nature ?

Les Jésuites ont été les premiers à donner une histoire de la Maçonnerie, dès qu'ils eurent réussi à la rendre une allégorie complète des différents degrés de leur ordre ; mais ils la publièrent d'abord comme peu fondée ; ils la dire inconséquente et l'ouvrage de l'ignorance et de la cupidité : c'était écarter, en politiques habiles, l'investigation savante d'un observateur impitoyable : mais à mesure que cette histoire a vieilli, n'ayant plus à craindre l'œil de la censure, trop fatigué de nouvelles folies pour reprendre un ouvrage au rebut, et l'examiner à fond, ils ont peu à peu reconnu son authenticité. Quel homme assez instruit des détails de l'histoire générale, pour savoir précisément les dates de tel ou tel événement des siècles passés ? Il est probable qu'un roi ait eu un frère ; on l'a dit et on l'a cru ; on n'a rien soupçonné d'étrange dans une foule d'assertions semblables. Il est si pénible d'examiner, et si douloureux de soupçonner l'imposture, que l'on a ainsi impunément falsifié l'histoire pour tromper des millions d'hommes, qui, depuis des siècles, se sont accoutumés à croire aveuglément. D'ailleurs, les histoires élémentaires et abrégées sont en général les seules qu'on lise rapidement et aussi bien rarement ; et elles ne suffisent pas pour mettre un homme ordinaire en état de rectifier des dates, et de vérifier des assertions gratuites. Qu'est-il arrivé de cette négligence à critiquer les premières histoires de la société maçonnique des Jésuites ? C'est qu'ils ont osé attester véritable, par la solennité d'un serment judiciaire, une histoire impertinente qui offre à peine de légers rapports avec les annales de nos plus graves historiens.

Quand on se recueille, cette étrange histoire à la main, et qu'on y découvre tour à tour le mensonge et la vérité, on se trouve abîmé dans un chaos insondable ; et qu'il est peu d'observateurs qui sentent combien une erreur, nourrie dans les ténèbres, peut être un jour funeste au genre humain ; souvent encore il arrive que l'homme de génie, qui le fait toujours une grande affaire du bonheur de sa patrie et de la paix universelle, ne peut employer selon son cœur de longues années à des tentatives incertaines.

Les jésuites, qui ont toujours voulu que leurs conjurés vécussent célibataires pour ne point donner d'otages à la fortune, semblent avoir compté sur tous les obstacles d'une recherche sérieuse, en ne la soupçonnant point possible. On ferait tenté de croire que les supérieurs inconnus s'interrogent entre eux sur les soupçons qu'ils ont pu former du but caché de la Maçonnerie jésuitique, et que chacun alors travaille à écarter les indices qui peut-être l'auraient conduit à une découverte. Car on a vu tous leurs efforts pour anéantir des actes publics et des ouvrages imprudents qui leur étaient échappés dans l'ivresse de leurs succès : la Maçonnerie analysée par S. Pritchard a eu 21 éditions en Angleterre ; et l'on n'y en trouverait peut-être pas aujourd'hui un exemplaire à vendre publiquement, quelque somme qu'on en pût offrir à un libraire. Ils étaient fort embarrassés : il fallait parler de la société pour y appeler des hommes et des armes ; et ils avaient à craindre de laisser tomber la moindre étincelle : mais on a trouvé l'étincelle, on l’a entretenue, on l'a couvée sous la cendre ; on se demande avec impatience où est le magasin à poudre !

L'érudition de quelques Maçons modernes est exacte et profonde : le charlatanisme des jongleurs que les S\ I\ envoient en recrue, a produit, à la honte du grand ordre mystérieux, nombre d'écrits polémiques. On a vu paraître tout à coup un ouvrage dont la critique judicieuse et les recherches infinies ont mérité l'estime de tous les savants de l'Allemagne : je parle d'un essai sur l'ordre des Templiers par J\ F\ Nicolaï. Faut il qu'un pareil ouvrage ne soit pas écrit avec cette élégance de style et ces grâces aimables qui font lire dans toute l'Europe, à toutes les classes de citoyens, nos charmantes bagatelles.

L'admirable essai du savant Nicolaï sur l'ordre des Templiers m'a été d'un grand secours pour rapprocher des faits intéressants et pour les analyser jusqu'à l'évidence. C’était une faible lueur, mais un vrai rayon de lumière : à l'exemple de ce philosophe profond, j'essaierai de substituer à la méthode d'enseignement si facile et si ordinaire à nos critiques beaux esprits, la méthode sévère dé l'analyse qu'on ne trouve guère aujourd'hui en France que dans les écrits d'un Charles Bonnet, d'un Condorcet et d'un Bailly.

Je conjure seulement tout ami de l'humanité d'être attentif à saisir les probabilités qui résulteront de l'examen rigoureux d'un grand nombre de faits ; car ce ne sont point des conjectures qui résultent des faits, c'est toujours une image parfaite des traits et du caractère d'une vérités cachée, et dont le rapprochement facile suffit à la faire reconnaître toute entière : ainsi, dans les ténèbres, on soupçonnera le retour d'un ami absent au bruit lointain de ses pas ; et l'on ne doute plus de son arrivée lorsqu'on entend sa voix.

Le capitaine George Smith, qu'il ne faut pas confondre, malgré sa célébrité, avec Adams Smith, auteur d'un fameux ouvrage sur la richesse des nations, a fait imprimer, à Londres, une histoire prétendue de l'origine et de l'antiquité de la Franc Maçonnerie.

Cette histoire, où tout semble innocent ou puéril, et presque sans dessein, n'est pas, il est vrai, un modèle d'élégance et de précision, mais c'est un chef-d'œuvre de ruses et d'intrigues. Que les contradictions apparentes que vous y rencontrez assez fréquemment ne vous rebutent pas ; elles se lieront toutes à un même but, dès que vous aurez mis la main sur un passe-partout jésuitique , jusqu'aux titres de leurs ouvrages, qui ont un sens caché sous des mots très-ordinaires, lesquels offrent eux-mêmes un sens clair au lecteur de bon aloi, qui ne soupçonne pas qu'un titre ait beaucoup d'importance, et qui n'ira jamais se rompre la tête à scruter un ouvrage dont le titre bizarre n'en donne pas une véritable idée.

Le succès inouï de cet ouvrage parmi les Franc-Maçons, est une preuve douloureuse que, même en notre siècle, on est à la merci d'un premier charlatan, et qu'on y croit encore assez volontiers ; ce qui ne fait pas un grand honneur à l'esprit humain.

Je vais mettre sous les yeux du lecteur quelques articles curieux de l'ouvrage de M. le capitaine George Smith, inspecteur de l'école royale militaire à Wolwich, provincial, grand maître provincial pour le comté de Kent, et R\ A\.

Il a pour titre : « The use and abuse of Free-Masonry » ; ce qui ne signifie point, comme il ferait cependant assez naturel de l'imaginer, l’usage et l’abus de la Franc-Maçonnerie, mais bien Use - U - ou 2o : Abuse – A - ou I. Or, I après 20 sont 2I ou V, ce qui donne pour premier résultat V\ V\ ou Venerandus, Venerandi ; titre qui désigne le clergé en général.

Dans la crainte d'embrouiller mon lecteur au commencement par des calculs, je les lui lai lisserai faire à une seconde lecture, avant d'avoir parcouru tout mon ouvrage, il fera très en état de trouver dans les mots Free-Masonry, l’accomplissement des quatre vœux jésuitiques.

L'usage et l'abus de la Maçonnerie me paraissait un titre peu convenable à l'ouvrage de M.Smith, surtout dans la langue Anglaise, où les mots use et abuse font une cacophonie révoltante : mais je vois évidemment que j'étais la dupe d'un jugement précipité ; je conviens que son véritable titre, le Clergé Jésuitique, a un rapport immédiat à tous les paragraphes de son livre a double face.

« Les Francs-Maçons, continue M. George Smith, sont bien informés, par leurs annales particulières et secrètes, que la construction du temple de Salomon, S\ T\, est une époque fameuse où nous avons acquis quantité des mystères de notre art. Ensuite qu'on se rappelle que ce grand événement date de plus de mille ans avant l'ère chrétienne, et conséquemment plus d'un siècle avant qu'eût écrit Homère, le premier des poètes Grecs .

« Et plus de cinq cents ans avant que Pythagore eût apporté de l'Orient son système de véritable instruction Maçonnique pour illuminer l'Occident.

« Mais quel qu’éloignée que soit cette période, nous ne lui devons pas le commencement de notre art ; car, quoiqu'il puisse avoir reçu du sage et glorieux roi quelques unes de ses formes mystiques et cérémonies hiéroglyphiques, cependant l'art lui-même est contemporain de l'homme, son grand objet».

Il est probable, comme M. Smith nous l'assure, que la société dont il se dit membre éclairé, a des annales secrètes qui attestent son origine, ses principes et ses desseins : mais ce qu'il ne faut pas croire, ainsi qu'il s'efforce de le faire entendre, c'est que l'art sublime, qu'il appelle Maçonnerie franche ; et acceptée, soit d'une antiquité solennelle ; les mystères de la société illuminée de M. Smith ne sont certainement pas descendus par Adam de Mathusalem à Noé... 

Source : les Editions de l’Edifice

Par Nicolas de Bonneville - Publié dans : histoire de la FM
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Mercredi 29 janvier 2014 3 29 /01 /Jan /2014 11:54

« Les Frères de la Marque « les Bonnets Rouges de Bretagne » se rebiffent….bientôt rejoints par les Frères de Provence, Paris, Bourges, …

Une nouvelle Obédience de Marque et des Nautoniers de l’Arche Royale vient de naître : « la Grande Loge Française Unie des Maîtres Maçons de Marque et des Nautoniers de l’Arche Royale ». 

« N’insultez pas l’avenir » a déclaré, à moult reprises, G. C.  Grand Maître de la Grande Loge des Maître Maçons de Marque de France  en prenant quelques jours plus tard une décision brutale et restrictive  en décidant de rejeter  tous les Frères qui ne seraient pas " G.L.N.F ou G.L.U.A"" etc.... Ce dernier a délibérément insulté les Frères de Marque, des Nautoniers de l’Arche Royale et des S.D. de Bretagne publiquement ce 19 octobre 2013 à Nantes lors de la Grande Communication Provinciale tout comme les FF de Normandie huit jours plus tard, et de ce fait, tous les Frères de Marque de  France ; 

Pourquoi cette décision suicidaire ?

Depuis, au moins, 2007, le Grand Maître, actuel, de la GLMMMF n’était-il pas, déjà, en délicatesse avec nos Frères Anglais avant que la « GLUA-Marque » ne décide de lui retirer définitivement sa reconnaissance ? 

Les démarches entreprises par la GLMMMF pour retrouver cette reconnaissance près de nos Frères Anglais sont, sans aucun doute, demeurées vaines. 

La solution imaginée,  semble-t-il, par la GLMMMF a été de s’accrocher à la G.L.N.F en espérance, elle aussi, de Reconnaissance par nos amis anglais. 

Pourquoi la GLMMMF a-t-elle instituée une mesure dérogatoire de deux années pour permettre aux Frères de retrouver une obédience reconnue, engageant, par ailleurs,  les Grands Maîtres Provinciaux à « recruter » près des autres Obédiences Régulières ? Une stratégie à double facettes pour préserver des acquis? 

Quels sont ces intérêts, d’un coup d’un seul, en ce 5 novembre 2013, de prendre la décision de « JETER » tous les Frères qui ne satisferont pas aux nouvelles exigences au 31 janvier 2014 ? 

Comment un «capitaine» de navire peut-il décider de le faire sombrer sans motif apparent, sinon celui d’obtenir des gages personnellement intéressés au péril de la vie morale de ses Frères ? Faire face à un Ego encore plus démesuré que nous lui connaissions déjà? 

Comment réagira le Grand Maître de la G.L.N.F. apprenant que de nombreux Frères appartenant à son Obédience viennent d’adresser leur démission de la GLMMMF pour rejoindre la nouvelle Obédience  de Marque et des N.A.R. ? 

Or, il a été démontré que les FF de MARQUE, Nautoniers et S.D. de Bretagne Atlantique Poitou, de sensibilités différentes (GLTF,GL-AMF, GLNF..) pouvaient travailler ensemble, dans un climat serein et évolutif dans le respect des uns des autres. 

Cette ségrégation maçonnique est inadmissible, irrespectueuse et contraire aux règles maçonniques essentielles ? 

Les Frères de Marque, des NAR, des S.D,  s’opposent  avec force à un système d’inquisition qui ne peut, en aucun cas, permettre, pour l’avenir,  une évolution positive du Paysage  Maçonnique Français. 

Il convenait  donc, solennellement, de constituer un outil de travail, ouvert à l’ensemble des frères respectant les landmarks et d’une façon générale la maçonnerie régulière. 

La Province de Bretagne-Atlantique-Poitou qui a déjà démontré sa capacité à rassembler se doit donc d’être cette locomotive  capable de  tirer tous les  wagons nécessaires au refuge et au travail de tous nos  Frères, de sensibilités différentes, dans un élan d’Amour et de  Fraternité au travers l’hexagone et des Départements d’Outre-Mer rejetant simplement ces tactiques déplorables censées profiter à des dignitaires rétrogrades en mal de quelle reconnaissance ?.. 

Les Frères de Marque, des Nautoniers de l’Arche Royale et des S.D. qui le souhaitent, dans un total œcuménisme, sont invités à rejoindre leur nouvelle maison où ils y trouveront, dans un environnement d’humilité, la joie de travailler dans nos carrières tout en respectant les us et coutumes de nos Ordres ; dans la Paix, le respecter et bien sûr en totale harmonie.

Mes Frères vos anciens « dignitaires » vous ont blessé dans votre chaire, dans votre âme, soyez, encore une fois généreux, ignorez-les tout simplement et venez vous ressourcer dans vos Loges et y travailler avec ferveur en vous rappelant cet adage « fais aux autres ce que tu aimerais  qu’ils te fassent ».

Je vous sais, déjà, nombreux à rejoindre notre Grande Arche de Noé et soyez les bienvenus une lourde tâche nous attend.

Je vous embrasse bien fraternellement,

Avec toute mon amitié,

Michel

Source : http://www.glfu-macondemarque.fr/

Commentaire : La GLNF en Bretagne a des soucis à se faire ! Je connais bien le Frère Michel qui est un Frère de qualité. Avec lui cette nouvelle obédience va prospérer.

Par Michel - Publié dans : histoire de la FM
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Lundi 2 décembre 2013 1 02 /12 /Déc /2013 12:07

Le Blog de la Respectable Loge de Recherche Laurence Dermott portera dorénavant le titre de « Loge L. Dermott : Maçonnerie, Irlande et Bretagne ».

Avec ses 451 abonnés à la newslettter et ses 174000 visites, ce blog se porte bien. Il contient des textes maçonniques, mais aussi des écrits  et photos en rapport avec l’Irlande et maintenant la Bretagne.

http://logedermott.over-blog.com/

 

Par T.D - Publié dans : histoire de la FM
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Samedi 30 novembre 2013 6 30 /11 /Nov /2013 18:16

C’est avec fierté que j’apprends que la RL Royal York N°1538 à l’Orient de Rennes (GLNF) que j’ai fondée en 2006, tiendra sa 90ème tenue le lundi 9 décembre prochain. L'Histoire continue.

Par T.D - Publié dans : histoire de la FM
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