histoire de la FM

Vendredi 3 octobre 2014 5 03 /10 /Oct /2014 07:29

Exhortation

Que le Père tout-puissant avec la sagesse du glorieux Jésus et par la grâce du Saint-Esprit, qui sont trois Personnes en un seul Dieu que nous implorons, soit avec nous au commencement et nous donne la grâce de nous gouverner en cette existence afin que nous puissions parvenir à son Royaume qui n'aura pas de fin. Amen. Bons frères et compagnons, notre dessein est de vous faire connaître de quelle manière fut crée cette excellente science de la maçonnerie, quand et comment elle débuta, et aussi comment elle fut soutenue, favorisée et aimée par les plus fameux et braves héros de la terre tels que rois et princes, ainsi que toutes sortes de gens intelligents au plus haut degré ; de même que les obligations de tous les maçons vrais et reconnus, auxquelles on leur a enseigné de se conformer en toute loyauté et de bien prendre garde s'ils souhaitaient être récompensés. Les obligations que nous vous énumérons maintenant, ainsi que toutes les autres obligations et secrets se rapportant aux Francs-Maçons et à tous ceux, désireux de connaître, qui ont été reçus dans leur association, de même que les délibérations de cette loge, chambre ou salle de réunion. Vous ne devrez, contre aucun don, présent ou récompense, faveur ou affection, directement ou indirectement, ni pour aucune autre raison, les divulguer ni les dévoiler, que ce soit à père ou mère, s¦ur ou frère ou enfants ou étranger ou toute autre personne.

Les sept sciences libérales

Il y a sept sciences libérales :

La première est la théologie, qui enseigne les vertus logiques.

La seconde est la grammaire, jointe à la rhétorique, qui enseigne l'éloquence et comment parler en termes subtils.

La troisième est la philosophie, qui est l'amour de la sagesse, par laquelle les deux termes d'une contradiction sont conciliés, les choses courbes sont rendues droites, les noires deviennent blanches, grâce à une règle des contraires, etc.

La quatrième est la musique, qui enseigne le chant, la harpe et l'orgue ainsi que toutes autres sortes de musique vocale et instrumentale ; il faut savoir que cette science n'a ni milieu, ni fin.

La cinquième est la logique, qui découvre la vérité et l'erreur et est un guide pour les juges et les hommes de loi.

La sixième est la géométrie, qui enseigne à mesurer dans les cieux ainsi que toutes les dimensions de la terre et tout ce qui y est contenu.

La septième et dernière des sciences est l'astronomie, avec l'astrologie, qui enseigne à connaître le cours du soleil, de la lune et des étoiles qui ornent les cieux.

Les sept sciences proviennent toutes de la géométrie. Cette excellente science gère les autres ; c'est-à-dire qu'il n'est personne, dans aucun métier, qui ne travaille au moyen de mesure et ne dépende entièrement de la géométrie, car elle sert à peser et à mesurer toutes sortes de choses sur terre : spécialement pour les laboureurs et cultivateurs, le sol, graines et semences, vignes et fleurs, plantes et autres.

Les Fils de Lamech et les deux colonnes

Avant le déluge de Noé, il y avait un homme appelé Lamech, qui avait deux femmes. L'une, Ada mit au monde deux fils, Jabel et Jubal, et de l'autre femme, il eut un fils appelé Tubalcaïn et une fille appelée Naama. Ces enfants inventèrent toutes les sciences et les métiers. Jabel était l'aîné et il inventa la géométrie ; il possédait des troupeaux de moutons et ils eurent aux champs des agneaux, pour qui il fabriqua des abris de pierre et de bois, ainsi que vous pouvez le trouver dans le 4ème chapitre de la Genèse. Son frère Jubal inventa l'art de la musique vocale et instrumentale. Le troisième frère inventa le travail de la forge, tel que cuivre, acier et fer, et leur s¦ur inventa l'art du tissage. Ces enfants surent que Dieu voulait tirer vengeance du monde à cause de ses péchés, soit par le feu, soit par l'eau. Désirant porter profit à la postérité, ils gravèrent ces sciences qu'ils avaient inventées sur des colonnes de pierre de façon qu'elles puissent être retrouvées après le déluge : l'une était en marbre, qui ne peut brûler, l'autre était en briques, qui résiste l'eau. (En réalité, c'est le contraire).

Hermorian - Nemrod

Après le déluge, le grand Hermorian fils de Cush et Cush était le fils de Cham, second fils de Noé fut appelé"le père de la sagesse", car il trouva ces colonnes après le déluge avec les sciences inscrites dessus : il les enseigna, lors de la construction de la Tour de Babylone, où il fut appelé Nemrod ou"puissant chasseur devant l'éternel". Nemrod pratiqua la maçonnerie à la demande du roi de Ninive son cousin. Il créa des maçons et les recommanda au seigneur du pays pour construire toutes sortes de constructions alors en vogue, et il leur enseigna des signes et des attouchements pour qu'ils puissent se reconnaître.

Les premières obligations

Qu'ils s'aiment les uns les autres et qu'ils servent le Seigneur du ciel d'un cœur vrai et sincère pour éviter sa vengeance future ;

Qu'ils soient honnêtes et droits et loyaux envers le seigneur leur patron, de façon que ledit Nemrod soit honoré de les lui avoir adressés ;

Qu'il n'y ait ni manœuvres, menées, division, dissimulation ni mésintelligence parmi eux, sans quoi Dieu les rendrait muets comme précédemment lorsqu'il confondit leur langage à cause de leur présomption.

Les obligations dictées par Euclide

Abraham, avec Sarah, sa femme, vint en Égypte et y enseigna les sept sciences aux égyptiens. Il eut en Égypte, un élève excellent, du nom d'Euclide. Ce jeune homme développa son talent au point qu'il surpassa tous les artistes, et il fit honneur à Abraham. C'était un grand expert et il prédisait les événements futurs. En ce temps là, les seigneurs et les grands de ce pays eurent beaucoup d'enfants, de leurs femmes de leurs concubines, car l'égypte était alors propice pour procréer et il n'y avait pas suffisamment de quoi vivre pour ces enfants. C'est pourquoi les grands du pays se préoccupèrent de la manière de subvenir aux besoins des enfants. Le roi du pays convoqua une assemblée pour délibérer sur la façon dont on pourrait les approvisionner, mais ils ne trouvèrent pas d'autre solution que de faire proclamer par tout le pays que si quelqu'un pouvait faire savoir quelles dispositions prendre au sujet de leurs jeunes gens, il serait bien récompensé pour sa peine et son dérangement. Après cette proclamation, survint l'excellent docteur Euclide qui dit au roi et à ses seigneurs :"Donnez-moi vos enfants afin que je les gouverne et les enseigne comme il convient à des gentilshommes et faites-moi une dotation suffisante afin que je les puisse régir et enseigner conformément à leur qualité et leur donner l'instruction que la science requiert". Le roi l'accorda et il scella cet accord par une charte. Euclide, l'excellent clerc, prit les enfants des seigneurs et leur enseigna la science de la géométrie, à oeuvrer à toutes sortes d'excellents ouvrages de pierre, temples, églises, cloîtres, cités, châteaux, pyramides, tours et tous autres bâtiments. Il les organisa et leur enseigna à se reconnaître avec certitude.

Il confirma les coutumes de Nemrod :

- Qu'ils s'aiment les uns les autres ;

- Qu'ils gardent la loi de Dieu écrite en leurs cœurs ;

- Qu'ils gardent les secrets de la loge et les secrets les uns des autres ;

- Qu'ils s'appellent l'un l'autre"compagnon"et qu'ils s'abstiennent de toutes autres appellations;

- Qu'ils se comportent comme des hommes de l'art et non comme des rustres incultes ;

- Qu'ils choisissent l'un des plus sages d'entre eux pour être le maître des autres et superviser l'ouvrage ;

- Qu'ils ne trahissent pas, par amour ou envie de richesses, la confiance qu'on leur a accordée et qu'ils ne désignent personne qui manque d'intelligence comme maître d'œuvre du seigneur, afin que le métier ne puisse être cause de scandale ;

- Qu'ils appellent le gouverneur de l'œuvre"maître"durant le temps qu'ils travaillent avec lui.

Et Euclide écrivit pour eux un livre des Constitutions et leur fit jurer par le plus grand serment usité en ce temps-là qu'ils observeraient fidèlement toutes les prescriptions contenues dans les Constitutions de la Maçonnerie. Il leur fit donner une paye suffisante pour qu'ils puissent vivre en hommes d'art et de science. Il décida aussi qu'ils s'assembleraient et se réuniraient pour tenir conseil sur les matières touchant au métier et à l'art de la géométrie, qu'ils ne devaient pas fréquenter celui qui n'est pas dûment qualifié et régulièrement créé dans une vraie loge ; et qu'ils se tiendraient à bonne distance de tout désordre, sans quoi Dieu mettrait parmi eux une seconde confusion qui se révélerait pire que la première. Après quoi, l'excellent clerc Euclide inventa maintes choses et accomplit des exploits merveilleux, car il n'y avait rien de trop dur pour lui dans le contenu des sept sciences libérales ; grâce à quoi il fit du peuple d'égypte le plus sage de la terre

Les obligations dictées par David

Ultérieurement, les enfants d'Israël arrivèrent dans la Terre Promise, qui est maintenant appelée le pays de Jérusalem, où le roi David commença le Temple de Jérusalem qui, chez eux, est appelé le Temple de Diane . David aimait les maçons et les choya en leur donnant de bons gages.

Il leur donna comme obligation :

Qu'ils respectent fidèlement les dix Commandements qui avaient été écrits du doigt de Dieu sur la pierre ou Tables de marbre et remis à Moïse sur le saint mont Sinaï, dans une solennité céleste composée de myriades d'anges avec des chars de feu les escortant en cortège, ce qui prouve que la sculpture sur pierre est d'institution divine ainsi que maintes autres choses qu'il leur donna telles qu'il les avait reçues en égypte du très fameux Euclide ; et encore d'autres obligations que vous entendrez plus tard.

Salomon et Hiram

C'était un maître maçon d'un savoir et d'une générosité extrême. Il fut maître maçon de tous les bâtiments et bâtisseurs du Temple et de tous les ouvrages taillés et sculptés dans le Temple et alentour, ainsi qu'il est écrit au premier livre des Rois en ses 6e et 7e chapitres. Salomon confirma à la fois les obligations et les coutumes que David son père avait données aux maçons ; et l'excellent métier de la Maçonnerie fut confirmé dans le pays de Jérusalem, de la Palestine et en maints autres royaumes. Les gens du métier se répandirent au loin et apprirent davantage l'art ; certains furent qualifiés pour enseigner les autres et instruire les ignorants, en sorte que le Métier de développa dans le monde, particulièrement à Jérusalem et en égypte.

Minus Greenatus et Charles Martel.

Vers cette époque, le maçon instruit Minus Greenatus , alias Green, qui avait aidé à bâtir le Temple de Salomon, vint dans le royaume de France, et il enseigna l'art de la maçonnerie aux adeptes de l'art en ce pays. Charles Martel, prince royal en France, aima Minus Greenatus au-delà de toute expression, à cause de ses connaissances dans l'art de la maçonnerie. Il adopta les coutumes des maçons puis retourna dans son propre royaume car il semblerait qu'il ne fût pas français et il emmena chez lui . beaucoup de braves maçons, et il leur alloua de bons gages. Il les organisa comme Greenatus lui avait enseigné, leur confirma une charte et leur ordonna de s'assembler fréquemment afin de maintenir le bon ordre au sein de leurs groupes. C'est ainsi que le Métier vint en France.

Saint Alban

L'Angleterre durant toute cette période se trouva dépourvue de maçons, jusqu'au temps de saint Alban. En ce temps-là, le roi d'Angleterre était un païen ; et il bâtit la ville qu'on appela par la suite Saint-Albans. Du temps d'Alban, il y avait un excellent homme qui était intendant en chef du roi et qui était gouverneur du royaume. Il employa les maçons à bâtir les murailles de Saint-Albans. Il établit maçons ses principaux compagnons et il augmenta leur paye d'un tiers et il leur accorda trois heures chaque jour pour se reposer afin qu'ainsi leur emploi ne leur paraisse pas pénible et qu'ils vivent, non comme des esclaves, mais comme des gentilshommes d'art et de science. Et il prescrivit aussi qu'un certain jour, chaque année au mois de juin, une assemblée et une fête maintiendrait l'unité parmi eux, et que ce jour-là, celui de la saint Jean, ils hisseraient leur étendard royal avec les noms et titres de tous les rois et princes qui avaient été reçus dans leur association, de même que les armes des maçons avec les armes du Temple de Jérusalem et de tous les monuments fameux du monde. Ce noble homme les obtint toutes ces franchises du roi, et il leur fit accorder une charte pour les maintenir à jamais inchangées. De plus, ils reçurent comme devise, en lettres d'or posées sur champ de gueules avec sable et argent : Aucun chemin n'est inaccessible à la vertu.

Athelstan et Hadrien

Par la suite, de grandes guerres survinrent en Angleterre et la règle de bonne conduite fut délaissée jusqu'au règne d'Athelstan, qui fut un bon roi d'Angleterre, pacifia le pays, et bâtit nombre d'excellents et somptueux bâtiments, tels qu'abbayes, églises, cloîtres, couvents, châteaux, tours, forteresses, remparts, ainsi que d'autres monuments. Il se comportait fraternellement avec tous les maçons qualifiés. Il avait un fils dont le nom était Hadrien (Edwin ?). Et cet Hadrien, aimait, quant à lui, les maçons au point de ne pouvoir manger et boire qu'en leur compagnie. Son esprit noble et généreux était rempli d'art et de pratique. Il préférait se réunir avec les maçons plutôt qu'avec les courtisans de la cour de son père et éprouvait plus de plaisir à s'entretenir avec les maçons. Il apprit leur art et il entra dans leur ordre. Il donna à l'ensemble des maîtres de la fraternité des équerres d'or et des compas d'argent à pointes d'or, de fils à plomb d'or pur, de truelles d'argent, et de même pour tous les autres instruments. Il leur fit en outre accorder par son père une charte et des pouvoirs pour tenir chaque année une assemblée où chaque maçon était obligé de rendre compte de sa capacité et de sa pratique. à ces réunions, il leur imposa de nouvelles méthodes de secret et il leur enseigna les bonnes coutumes conformément aux règles établies par Euclide, Hiram et autres notables fameux. Lorsqu'un délit était commis dans le Métier, il infligeait un juste châtiment au coupable. Il se consacra à l'anéantissement du vice et encouragea publiquement la vertu.

L'assemblée d'York

Plus tard, il vint à York, et il y créa des maçons, leur donna leur obligation et leur enseigna les coutumes de la maçonnerie. Il écrivit un livre des Constitutions et il commanda que la règle soit maintenue éternellement. Il prit des ordonnances suivant lesquelles le métier serait réglé de règne en règne comme il fut alors spécifié et ordonné par les plus érudits de cette assemblée. De plus, il proclama que tous les maçons qui avaient des passeports ou attestations de leurs voyages, capacité et pratique devraient les présenter pour prouver leur art et leur comportement antérieurs. Il en fut apporté, certains en hébreu, d'autres en grec, latin, chaldéen, syriaque, français, allemand slave et anglais, ainsi que plusieurs autres langues, et la teneur en était identique. Hadrien leur remémora la confusion survenue à la construction de la Tour de Nemrod, et que s'ils désiraient être favorisés par Dieu et bénis dans leurs actions, ils ne devraient plus être tentés ou attirés par les idoles, mais honorer et adorer sincèrement le Grand Architecte du ciel et de la terre, unique protecteur de l'homme et des bêtes, qui régit et gouverne le soleil, la lune et les étoiles, fontaine et source de tout bien, qui l'édifia à partir du néant, en posa les fondements sur les eaux profondes, et ordonna à la mer d'aller jusque-là et pas plus loin. Il leur ordonna d'incarner sa Toute Puissance dans leur intelligence afin qu'ils aient d'autant plus horreur de l'offenser. Il leur mit en mémoire encore d'autres maximes divines Il ordonna qu'un un livre raconte la façon dont le Métier fut inventé et qu'il soit lu chaque fois qu'on ferait un maçon de sorte que, si par la suite il s'égarait, il n'aurait vraiment aucune excuse pour échapper à son châtiment ; et qu'on lui donne son obligation conformément à ce livre. à partir de ce temps-là, les maçons maintinrent ces formes et ces dispositions, pour autant que les hommes purent en être maîtres. De plus, en des assemblées particulières, il y eut des obligations diverses ajoutées au fur et à mesure, sur le conseil des maîtres et compagnons, concernant leur comportement sur tous les points particuliers de la maçonnerie.

LES OBLIGATIONS

Exhortation

Que tout homme qui est maçon ou qui entre dans l'association pour élargir ses connaissances et est poussé par le désir d'apprendre prête attention à l'obligation suivante. S'il est coupable d'un des actes immoraux qui suivent, qu'il voie à se repentir et à s'amender en hâte, car il trouvera que c'est dur de tomber entre les mains de notre Dieu courroucé ; et tout spécialement s'il est assermenté, qu'il prenne garde à tenir le serment et la promesse qu'il a faite devant le Dieu Tout Puissant. Ne croyez pas qu'une restriction mentale ou équivoque puisse vous servir car chaque mot que vous avez prononcé pendant votre réception est un serment, et Dieu vous jugera d'après la pureté de votre cœur et la netteté de vos mains. Vous jouez avec un outil au tranchant effilé, prenez garde d'être privé de votre salut pour quelque fausse satisfaction.

Obligations générales

1. Vous servirez le vrai Dieu et vous observerez ses préceptes en général et particulièrement les Dix Commandements remis à Moïse sur le mont Sinaï ainsi que vous les trouverez exposés en entier à l'entrée du temple ;

2. Vous serez fidèle et constant envers la Sainte église catholique et vous fuirez toute hérésie, schisme ou erreur dont vous aurez connaissance ;

3. Vous serez loyal à la loge et garderez tous les secrets s'y rapportant ;

4. Vous serez loyal au Roi légitime du royaume, vous prierez pour son salut dans toutes les occasions où vous prierez pour vous-même, et vous ne prendrez part à aucun plan de trahison contre sa personne et son gouvernement ;

5. Vous vous aimerez et serez loyaux les uns envers les autres et vous ferez à vos proches ou compagnons comme vous voudriez qu'ils vous fassent;

6. Vous aurez des rapports loyaux et confiants avec tous les maîtres et compagnons que vous saurez avoir été régulièrement reçus dans l'ordre ; vous garderez leurs secrets, vous vous opposerez de toutes vos forces à ce qu'on leur fasse tort, vous soutiendrez leur honneur et leur crédit ;

7. Vous veillerez que tous les maçons disposent d'une véritable loge, chambre ou salle pour causer et juger des choses touchant à l'honnêteté et à la conduite morale, où ils pourront raviver les souvenirs des disparus éminents ;

8. Vous serez loyal et honnête envers le seigneur ou patron et ferez son ouvrage fidèlement. Faites tout votre possible pour assurer son profit et avantage, ne le fraudez en nul point, quel qu'il soit, afin qu'il n'ait aucun motif de réclamation et que vous en récoltiez de l'honneur.

9. Vous appellerez"maçons"vos compagnons et frères et vous ne leur donnerez pas des noms irrévérencieux qui pourraient provoquer des disputes, divisions et emportements et causer du scandale ;

10. Qu'aucun maître ou compagnon, par vilenie ou impiété, n'induise en adultère ou fornication la femme, la fille ou la servante d'un autre compagnon ;

11. Soyez très attentif à payer fidèlement et honnêtement votre part de nourriture, boisson, lavage et logement, quand vous êtes en pension ;

12. Prenez bien garde, là où vous logez, qu'aucune débauche ne soit commise, le Métier pourrait être diffamé ;

13. Observez attentivement et fidèlement le jour du Seigneur en vous abstenant de toute œuvre et tâche mauvaise, appliquez-vous à consacrer ce jour à servir et chercher le vrai Dieu, à empêcher les facultés de votre âme de vagabonder après les vanités de ce monde, à prier Dieu de sanctifier votre volonté, votre intelligence et votre mémoire ainsi que votre raison et vos sentiments ;

14. Soulagez les pauvres selon votre talent et vos moyens, ne laissez pas votre prudence supplanter votre charité, dans l'idée que tel ou tel est indigne ou n'est pas dans le besoin, mais ne négligez aucune occasion, car c'est pour l'amour de Dieu et par obéissance à ses commandements que vous donnerez ;

15. Visitez les malades, réconfortez-les, priez pour eux et ne les laissez pas dans une détresse qu'il est en votre pouvoir de secourir ; si Dieu les rappelle, participez et assistez à leurs obsèques ;

16. Soyez affable et bon envers tous mais plus spécialement envers les veuves et les orphelins, prenez résolument leur parti, défendez leurs intérêts, soulagez leur indigence ; même si c'est du pain jeté en eau incertaine, car par la bénédiction particulière du ciel, il vous sera rendu avec un intérêt septuple et vous assurera une place dans l'autre monde.

17. Ne buvez pas jusqu'à l'ivresse en aucune occasion, car c'est une offense à Dieu et, en outre, vous seriez capable de révéler les secrets de la loge et ainsi de vous parjurer ;

18. Abstenez-vous de tous divertissements scandaleux et profanes, des jeux de hasard et de, tous autres jeux ruineux ;

19. Bannissez tout langage lascif ainsi que tout langage, postures et gestes obscènes, car tout cela ne fait que plaire au diable et nourrir la luxure.

Telles sont les obligations générales auxquelles tout maçon, maître ou compagnon, doit se conformer. Il est souhaitable qu'ils les conservent avec soin dans leur cœur, leur volonté et leurs sentiments ; ainsi ils seront honorés par les générations futures. Dieu bénira leur postérité, leur donnera un beau talent, et il répartira les descendants en des lieux agréables.

Obligations des Maîtres et Compagnons

1. Aucun compagnon ne se chargera de l'ouvrage d'un seigneur ou d'un autre patron, s'il n'est capable et habile pour le parachever, de façon que le Métier n'éprouve aucun discrédit et que le seigneur ou patron ne soit pas dupé mais loyalement servi pour son argent. Si un maçon s'est chargé d'un ouvrage ou se trouve être le maître d'une œuvre, il n'en sera pas évincé s'il est capable de l'achever ;

2. Aucun maître ou compagnon ne prendra un apprenti en vue de son admission pour moins que sept ans ; l'apprenti devra être valide des membres et avoir un bon souffle ;

3. Aucun maître ou compagnon ne recevra de l'argent avant l'embauche sans le consentement de la loge;

4. Aucun maître ou compagnon ne se permettra de créer un maçon sans la présence d'au moins cinq ou six de ses compagnons dûment assermentés ; 5. Aucun maître ou compagnon ne mettra à la tâche qui était à la journée ;

6. Aucun maître ne donnera de paye à son compagnon pour plus que ce qu'il mérite, de sorte que le patron ne soit pas abusé par des ouvriers ignorants ;

7. Aucun compagnon n'en diffamera un autre derrière son dos, sans quoi il pourrait perdre sa bonne réputation ou ses biens terrestres ;

8. Aucun compagnon, dans une loge ou dehors, ne répondra à son compagnon d'une façon irrespectueuse ;

9. Aucun n'ira en ville la nuit, là où existe une loge de compagnons, sans qu'il ait avec lui un compagnon pour prouver qu'il est honnête homme ou qu'on le prend pour tel ;

10. Tout maître et compagnon se rendront à l'assemblée à la première convocation, si c'est dans la limite de 5 miles de chez lui, et il y demeurera aux frais de ses compagnons ou de son maître ;

11. Tout maître (et compagnon) priera pour son supérieur et le vénérera ;

12. Tout maître ou compagnon qui aura commis un délit se soumettra à l'arrêt des maîtres et compagnons, en fonction du rapport remis à son sujet ; et s'il ne peut être décidé autrement, l'affaire devra venir devant l'assemblée ;

13. Aucun maître maçon ne fabriquera de gabarit équerre ou règle pour un poseur ou un cowan (maçon non reçu) ;

14. Aucun maître, dans une loge ou dehors, ne confiera à un poseur un gabarit a pierre ou autre, à moins que ce ne soit pour sa propre formation ;

15. Tous les maçons recevront les maçons étrangers dans leurs groupes à travers le pays là où ils voudront se rendre, et ils les mettront à l'ouvrage selon les règles, c'est-à-dire, s'il y a un élément sculpté à mettre en place, qu'ils les engagent au moins deux semaines et leur donnent un salaire ; et s'il n'y en a pas qu'ils reçoivent nourriture et boisson pour leur permettre de tenir jusqu'à la loge suivante ;

16. Aucun de ceux qui sont dans l'ordre n'écoutera quelqu'un qui ne prononce pas les mots et ne fait ses pas correctement, mais s'il prouve qu'il est lui-même un homme de métier, alors vous êtes obligé de l'embrasser et de lui faire les politesses requises ;

17. Tous les maçons seront honnêtes dans leur ouvrage, qu'ils soient à la tâche ou à la journée, et ils le mèneront loyalement à son terme, de façon à agir correctement ; 18. Aucune loge ou assemblée régulière de maçons ne donnera le secret royal à quelqu'un, avant de s'être assuré avec grande circonspection, qu'il connaît ses questions par cœur, puis ses symboles, et ensuite, la loge décidera.

Les obligations de l'Apprenti

1. Il sera fidèle à Dieu, à la Sainte église catholique, au roi et au maître qu'il servira ;

2. Il ne volera ni ne dérobera les biens de son maître ou de sa maîtresse et il ne s'absentera de leur service ni ne sortira de chez eux de jour ni de nuit sans permission ;

3. Il ne commettra pas d'adultère ni de fornication dans ou hors la maison de son maître, avec la fille ou la servante de son maître ou autrement ;

4. Il gardera le secret sur toutes choses dites dans ou hors la loge, chambre ou salle par un compagnon, un maître ou un frère ;

5. Il ne se livrera pas à une contestation empreinte d'insubordination ;

6. Il divulguera tout secret à cause de quoi un conflit pourrait survenir parmi les maçons, compagnons ou apprentis, mais il comportera avec déférence envers tous les francs maçons afin de gagner des frères à son maître ;

7. Il n'aura pas coutume de jouer aux cartes ou aux dés ou à tout autre jeu ou jeux interdits ;

8. Il ne dérobera ni ne volera aucun bien à personne ni ne s'y associera durant son apprentissage, mais s'y opposera de toutes ses forces et en informera son maître ou quelque autre maçon en toute hâte.

LES DEUX NOMS

Salomon dressa deux Noms remarquables : celui de droite, appelé Jakin, c'est-à-dire"en lui, il y a force", montre non seulement par la matière mais aussi par le nom de ces deux colonnes avec quelle fermeté l'élu se tient devant Dieu, à la fois maintenant et dans le futur. à présent les enfants de Dieu ont reçu la force intérieure, à l'avenir Dieu les établira avec son Esprit de grâce pour qu'ils ne se séparent jamais de lui. On m'a, au passage, enseigné ce point : ces deux Noms semblent désigner en plus les deux églises, des Juifs et des Gentils. Celle des Juifs par Jakin, à droite, puisque (lacune dans le texte) Dieu voulait à la longue l'établir, à son époque, mais qu'elle n'a pourtant pas trouvé sa stabilité, à cause de l'obstination d'esprit avec laquelle ils devaient repousser le Christ lors de sa venue ; celle des Gentils par Boaz, à gauche, à cause de la force qui fut en elle lorsqu'elle adhéra au Christ. Le Christ inscrira sur ces colonnes de meilleurs noms que ceux de Jakin et de Boaz, car avant tout, il y inscrira le nom de Dieu, afin qu'il soit évident pour tous, que ces hommes sont choisis pour être le peuple particulier de Dieu, de même que tous ceux qui sont marqués par leurs titres montrent à qui ils appartiennent.

C'est en ce sens qu'il fut dit :"Ils sauront que je T'ai aimé"; c'est à cause de quoi aussi"consacré à YHVH"fut écrit sur les grelots des chevaux ainsi qu'il est dit par le prophète Zacharie, chapitre 14, verset 20 .

FINIS

Vous voyez ici une tête de mort pour vous rappeler la condition mortelle. Voyez les grandes colonnes tombèrent mais il est possible d'établir au ciel. Que vos actions soient selon l'équerre, justes et vraies, restez dans le centre qui vous est désigné. Soyez prêt, car votre fin dernière, arrive.

Manuscrit n°4 Archives de la loge Dumfries Kilwinning n° 53

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : histoire de la FM
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Mardi 16 septembre 2014 2 16 /09 /Sep /2014 07:21

Le baron Knigge, qu'on a vu travailler, avec Weishaupt, à l'illuminisme, fut le fondateur et l'instituteur de la maçonnique éclectique, qui depuis quelque temps existe en Allemagne ; elle fut projetée à la suite de grandes discussions entre les différents rites, et par l'intolérance et la violence des frères de la stricte observance, qui voulaient dominer sur tous, les autres, comme si, dans le fait, ils avaient été les vrais héritiers et représentants des Templiers. L'objet de l'institution éclectique est d'éclairer les frères des autres rites sur l'abus et le fanatisme de quelques hauts degrés templiers.

Voici la teneur de la circulaire adressée à tous les frères, par les loges de Francfort et de Wetzlar. 

« Respectables, chers et dignes frères !

Quiconque a fait quelques progrès dans la Maçonnerie et réfléchi avec attention sur ses trois grades symboliques, avouera, sans doute, que la liberté et l'égalité forment la base de notre Très-Vén. O. Voilà le rocher sur lequel les vénérables fondateurs élevèrent jadis cet édifice, si honorable pour l'humanité ; et ce fondement devait en assurer la solidité dans un avenir reculé. Sagesse, force et beauté en formaient les colonnes, et l'humanité, la concorde et l'amitié, étaient le ciment qui devait le lier. C'est ainsi que ce magnifique monument se soutint inébranlable et dans le plus grand éclat pendant plusieurs siècles.

Plus ces vérités sont manifestes et démontrées, plus tout frère, qui s'intéresse au sort de notre R. O, doit être frappé à la vue du triste état dans lequel il se trouve presque dans tous les pays de l'Europe. Quiconque, ayant lu attentivement les codes primitifs et étudié l'esprit de notre O. royal, porte en outre un œil impartial sur les divers événements qui ont eu lieu dans son sein et sur les divers écrits qui ont paru publiquement, et presque tous à l'occasion de ces mêmes événements, y trouvera, s'il compare et pèse tout cela à l'aide d'une raison tranquille, d'une saine philosophie, de la connaissance de l'histoire et de l’état présent de la Société en Europe, le même contraste qu'entre le temple de Salomon et la tour de Babel. Dès la première entrée dans l’O., l'imagination du frère nouvellement reçu s'exalte par l'idée délicieuse qu'il va marcher dans le sentier de la vertu, de la vérité et de la sagesse, lié par l'amitié la plus pure et une tendresse vraiment fraternelle avec ce qu'il y a de meilleur, de plus honnête et de plus vertueux parmi les hommes. Mais qu'est-ce qu'il aperçoit, quand le bandeau lui tombe des yeux ? Des sectes différentes entre elles par les buts auxquels elles tendent, autant que par leur doctrine, et qui, nées au sein de la concorde, divisèrent si cruellement des cœurs unis par un lien fraternel, qu'elles les portaient à s'entrehaïr du fond de leurs aines et à se persécuter. Dans le même temps, où la philosophie et la tolérance ont enfin arraché les armes des mains aux antagonistes de l'ordre, l'esprit de discorde et de persécution s'élève parmi les frères ; et lorsque l'ordre cesse de se voir inquiéter au dehors, notre temple va être détruit par des divisions intérieures. C'est avec elles que le despotisme, la haine, l'orgueil, l'avidité, le fanatisme, la soif des distinctions, se sont glissés dans le sanctuaire de la concorde, et menacent tout l'édifice d'une destruction totale.

Tous ces maux n'ont frappé notre vénérable ordre que depuis qu'on a tenté d'en saper la base, savoir ; la liberté et l’égalité. Et de quelles attaques du dehors n'est-il pas menacé, si on continue à violer ces lois fondamentales ! N'est-il pas à craindre que les gouvernements ne cessent à la fin de voir d'un oeil indifférent qu'une partie considérable de leurs sujets se lient par la Maçonnerie, au point de reconnaître des princes et des particuliers étrangers pour leurs supérieurs, et de rassembler des sommes entre eux, pour les faire passer à des loges étrangères, surtout si les gouvernements prennent connaissance des objets dont quelques-uns de ces systèmes s'occupent ; ce qui ne saurait leur échapper encore longtemps, au moyen du bruit que l'on fait de tous côtés de ces soi-disant hauts grades de la Maçonnerie.

Ayons donc de la prudence, respectables, chers et dignes frères, et prenons de sages mesures pour parer au danger qui nous menace, tandis qu'il en est temps encore. Embrassons, à l'égard de tous ces systèmes connus, dont aucun n'est, jusqu'à présent, démontré, une sage neutralité aux yeux du monde maçonnique et profane, en abolissant, parmi nous, tout ce qui pourrait donner de l'ombrage aux gouvernements. Que chaque loge réponde en son particulier des grades supérieurs qu'elle adopte, et qui n'entrent point dans le lien commun. Sur toutes choses, respectables, chers et dignes frères, rétablissons la vraie Maçonnerie sur ce pied simple et véritable où elle était avant la naissance de tous ces systèmes. Nous nous abstenons entièrement de tout jugement par rapport à leur bonté, vérité, ou démonstrabilité. La tolérance étant selon nous le premier devoir de notre ordre, nous nous contenterons de rapporter ici historiquement que c'est par l'introduction de ces grades supérieurs que les divisions et les querelles, qui ont tant terni l'éclat de l'ordre, y ont pris naissance. Nous déduisons de là d'autant plus fermement le principe certain, que, dans une association comme la nôtre, il ne doit y régner que la liberté et la conviction intime que la raison ne se laisse pas dominer. Imitons enfin ces hommes célèbres de l'antiquité, les philosophes éclecticiens, qui, sans s'attacher à aucun système en particulier, tiraient de tous ce que chacun contenait de meilleur et de mieux démontré. C'est ainsi que la Maçonnerie éclectique sera à l'avenir assurément la meilleure.

On espère donc rendre un service signalé à tous les dignes et vertueux frères, en leur ouvrant une noie pour ramener l'ordre à sa noble et primitive simplicité ; en rappelant à leur esprit ses vrais principes auxquels on les attacherait invinciblement. À cette fin, les loges soussignées se sont associées avec beaucoup de loges de l'Allemagne et étrangères, dans le dessein de rendre à la Maçonnerie la dignité, l'autorité et la pureté, jadis son apanage ; de ranimer, par le lien de l'amitié la plus étroite, l'union fraternelle éteinte ; et de joindre tous leurs efforts pour écarter tous les obstacles qui s'y opposeraient. Ces loges se sont associées pour former une Maçonnerie éclectique, sous les conditions suivantes : 

1. Toutes les loges, attachées les unes aux autres par le seul lien de l'amitié, réadoptent l'ancien rituel des trois degrés symboliques, et les tapis y appartenant. 

2. Chaque loge n'en est pourtant pas moins libre d'adopter dans son sein autant de grades ultérieurs, et de quelle espèce elle voudra ; pourvu qu'elle n'en fasse pas une affaire générale de l'association, et qu'elle ne change pas pour eux l'uniformité des trois grades Maçonniques, ainsi que cela s'est fait jusqu'ici dans bien des systèmes de la Maçonnerie. Chaque loge sera obligée en outre d'en répondre en son propre et privé nom, à qui il appartiendra. 

3. Aucune des loges ainsi associées ne dépend de l'autre. Toutes sont égales, et nulle n'a le droit de prescrire des règles à l'autre. Ainsi, les noms des loges écossaises et ceux des loges supérieures cessent entièrement, quoique, d'après l'art. 2, chaque loge ait la liberté de conserver dans son sein des grades écossais ou autres grades supérieurs. Or, il ne dépendra uniquement que des loges associées, si quelques-unes d'entre elles, sans aucune influence sur l'union générale, veulent reconnaître de leur propre gré une dépendance et s'arranger à ce sujet, dès que cela peut se faire sans causer d'ombrage au souverain. De même, les frères maîtres de chaque loge restent en possession du droit d'élire à leur gré leur maître en chaire et leurs surveillants, et ceux-ci les autres officiers de la loge. Ils peuvent les élire à vie, ou pour un temps déterminé, suivant les circonstances locales, qu'ils seront libres de consulter uniquement à cet égard. 

4. De même, chaque loge a sa propre économie, dont elle ne doit compte à personne qu'à elle-même ou à ses officiers. Toutes les contributions pécuniaires d'une loge à l'autre cessent absolument entre les loges associées, sans qu'elles doivent avoir jamais lieu sous quelque prétexte que ce soit ; à moins que quelques-unes d'entre elles, n'ayant pas à craindre d'exciter par là l'attention des gouvernements, ne veuillent de leur plein gré et mutuellement s'y engager : arrangement auquel le corps de l'association ne prendra cependant jamais la moindre part. 

5. Tout comme ces loges ne sont dans aucune dépendance l'une de l'autre, elles ne dépendront pas non plus, sans le consentement de leur souverain, d'aucun supérieur, à l'égard des trois grades de l'Union. 

6. Mais, comme il faut qu'un lien général cimente l'association desdites loges, ce lien consistera dans une correspondance mutuelle et amicale, où on se communiquera tous les événements relatifs à l'ordre. Il faut pour cet effet nécessairement qu'on choisisse quelques loges par être à la tête de cette correspondance et pour en former un centre où tout se réunit.

7. C'est dans cette vue, qu'à la réquisition, de plusieurs loges qui ont accédé à cette association, la loge provinciale de Francfort-sur-Main et celle de Joseph de l'aigle impérial, à Wetzlar, se sont réunies pour former un directoire commun, de façon que chaque loge pourra choisir à volonté celle de ces deux loges, à laquelle elle voudra écrire, et envoyer ce qu'elle aura à faire savoir de, relatifs cette association, dans laquelle : 

8. On recevra, quant à présent, toutes les loges qui voudront y entrer, sans égard à leur constitution. Mais on croit nécessaire de statuer pour l'avenir que toute nouvelle loge, qui voudra accéder à la présente association, soit constituée par quelqu'une des loges associées ; et on offre, suivant les circonstances, d'accorder des patentes de constitution gratis. 

9. Tous les frères reçus dans les loges associées, ou qui s'en reconnaissent membres, y seront admis, eu produisant un certificat fait sur un modèle généralement adopté, et en donnant le mot de passe dont on conviendra. Ils y seront accueillis avec une amitié vraiment fraternelle, et peuvent s'y promettre tous les secours possibles dans les occasions. 

10. Il est encore permis à tout frère qui aura reçu les trois grades dans notre association éclectique, de se faire recevoir dans d'autres systèmes, sans qu'il perde par là la liberté d'entrer dans nos loges ; pourvu qu'il n'en tasse pas une affaire de loge, qu'il n'enrôle pas des frères dans son parti, et qu'il ne trouble pas l'ordre des trois grades qui forment la base de notre association. 

11. Nous admettons aussi dans les loges des trois grades de notre association tous les frères des systèmes qui en agissent de même à l'égard des nôtres. Mais si, à l'avenir, quelque système concevait l'idée, par esprit d'intolérance ou de persécution, de nous fermer les portes de leurs loges, chacune des nôtres peut décider, à sa volonté, si elle exercera la loi du talion à l'égard des frères d'un système aussi intolérant, ou si elle continuera nonobstant à suivre à leur égard les principes de tolérance ci-exposés, en leur accordant toujours l’accès à ses travaux. 

12. Quoique les loges associées ne doivent dépendre d'aucun supérieur étranger, il n'en sera pas moins permis, à une ou à plusieurs d'entre elles, de se choisir un protecteur aux conditions qu'il ne puisse leur signifier des ordres, ni s'attribuer quelque direction en matière de loges, et que cela ne les empêche pas de reconnaître celui qui pourrait être élu un jour pour leur protecteur général par les loges unies, à la pluralité des voix, mais aux mêmes conditions, et sans que ce titre ne lui confère non plus aucun pouvoir. On n'entend pourtant pas par là priver aucune loge de sa liberté de refuser un tel protecteur, si elle croit que cela ne convienne pas aux circonstances où elle se trouve. 

13. L'union de la Maçonnerie éclectique portera le nom de loges associées pour le rétablissement de l'art royal de l'ancienne Franche-maçonnerie. 

14. On recevra à ces conditions dans notre association toutes les loges de chaque système, ainsi que celles qui voudront s'établir encore. Mais si, tôt ou tard, les loges associées voulaient, de leur libre consentement, se lier plus étroitement et former un arrangement plus resserré et tendant mieux au but pour l'avantage de leur association, elles seront libres de le faire ; et alors, 

15. Il dépendra des loges de l'association de fixer à laquelle d'entre elles en voudront confier la direction. 

Voilà, très-chers frères, ce que nous avons jugé de plus propre à remettre sur pied une société destinée de tous les temps, et à présent plus que jamais, à servir d'asile à l'humanité opprimée et à la vertu persécutée, et à rappeler les droits anéantis de la sagesse dans le cœur des hommes, en bannissant de leur sein tout esprit de parti toute contrainte et toute avidité. Nous vous promettons un nombre considérable de loges associées avec nous, et un cercle respectable d'hommes fermes, honnêtes et brûlants de zèle pour la cause de la vertu et de la vérité. Nous recevrons avec joie les loges qui voudront prendre part à la présente association amicale pour le rétablissement de l'antique et vraie Franc - maçonnerie, et nous sommes prêts à travailler sincèrement avec eux à l'édifice sublime de notre V\ ordre. Pour cet effet, nous les prions de se déclarer vis-à-vis de nous, vers la fin du mois d'août de cette année, pour nous mettre alors en état de former le catalogue des loges associées, et de l'envoyer à tous les membres de l'association.

Le grand Architecte de l'univers répande ses bénédictions sur l'honnêteté de nos vues, et les favorise du succès désiré. 

Francfort, ce 18 mars 1783.

Au nom de la R. loge provinciale.

Wetzlar, ce 21 mars 1783.

Au nom de la R. loge provinciale. » 

Il paraît que l'instituteur de ce rite, en se proposant une tolérance universelle, a cherché, par ce moyen, à se frayer un chemin pour pouvoir choisir dans tous les systèmes celui qui conviendrait le mieux aux doctrines dogmatiques, politiques et philosophiques, et à tout ce qui se trouverait en analogie avec son système de l'Illuminisme. 

A bien examiner la circulaire des deux loges susdites, elle annonce à tous les frères Maçons de l'univers qu'elles adoptaient une tolérance particulière et parfaite envers tous les rites, et qu'elles renonçaient à toutes les spéculations cabalistiques, mystiques, templières, hermétiques, magiques, théosophiques, pour s'en tenir à la Maçonnerie des trois grades symboliques, c'est-à-dire aux simples doctrines établies par les prêtres juifs pendant la captivité de Babylone, parvenues aux premiers Chrétiens et d'origine égyptienne. 

Cette circulaire a précédé tous les concordats maçonniques, et peut-être les a-t-elle préparés. 

En 1788, un certain Bahrdt, professeur et docteur en théologie à Hall, fonda une société maç\ appelée l'Union allemande. Elle fut formée dans le principe par vingt-deux hommes de lettres qui adressèrent leurs écrits aux amis de la raison, de la vérité et de la vertu. 

La doctrine de cette réforme s'appuie entièrement sur la religion de Jésus, comme dans les temps anciens ; elle compte les cinq degrés suivants :

1. L'adolescent.

2. L'homme.

3. L'ancien.

4. Le misopolyte.

5. Le diocésain. 

Un autre innovateur en Allemagne, qui trouva des adeptes en France et en Angleterre, fut Zinnendorf, qui établit à Berlin, à la fin du dix-huitième siècle, un Chap\ qui porte son nom, et se trouve attaché à la grande loge nationale. Son système est tout à fait en opposition avec celui de la stricte observance. Quant à sa doctrine, elle rentre entièrement dans la théosophie chrétienne des premiers âges. 

première classe. maçonnique bleue.

1. Ap\

2. Comp\

3. Maît\ 

seconde classe. maçonnique rouge. 

4. Ap\ Écos\ et Comp\ Écos\ deux points.

5. M\ Écos\ 

troisieme classe. maçonnique mystique. 

6. Favori de saint Jean.

7. Frère élu. 

Les deux grades de la troisième classe font partie du chapitre. 

Schropffer de Leipsick fut un des innovateurs de la maçonnique d'Allemagne ; il suivait en partie les doctrines de Martines et de Swedenborg. Il avait réuni les principes du matérialisme, les dogmes chrétiens, le système du bien et du mal physique, ou des deux principes. Il admettait toutes les religions, néanmoins ses doctrines théologiques sont fort curieuses.

Il soutint qu'on ne peut être un véritable Maçon sans exercer la magie. Il établit dans sa maison une loge où il faisait voir des revenants : et, comme une autre loge ridiculisait ses rêveries, il alla l'insulter violemment, et la traita d'hérétique ; un prince de Dresde, qui était présent, lui fit donner des coups de bâton dont Schropffer fut obligé de donner quittance. Mais Schropffer sut, peu de temps après, se venger de ce prince ; car il se rendit à Dresde sous le nom emprunté de comte de Steinville, colonel français : il propagea sa doctrine ; la nouveauté lui procura quantité d'adeptes ; il attira chez lui le même prince qui l'avait fait battre, et lui fit voir des revenants : ce fait arriva en 1772. Lorsque Scropffer se fut vengé de ce prince incrédule, il se démasqua, revint à Leipsick ; alors il promit à ses adeptes de leur prouver qu'il ressusciterait et reviendrait en leur présence après sa mort. Il les conduisit dans un bois près la ville, et, pour leur prouver sa promesse, il se brûla la cervelle; mais il ne tint pas toute sa parole, il ne ressuscita point. 

Dans l'Allemagne protestante la maçonnique prospérait ; mais dans les provinces soumises à des princes liés aux opinions de Home, elle n'eut qu'une existence précaire, ou elle y fut persécutée à cause de ses systèmes. 

Dans le nord de l'Allemagne, comme on a dû l'observer, elle était professée presque publiquement, et des princes la présidaient ; en 1740, Frédéric-Guillaume tint en personne une loge à Charlottenbourg, où il donna l'initiation à son frère Guillaume de Prusse, au margrave Charles de Brandebourg, et au duc Frédéric-Guillaume de Holstein. 

Après cette époque, la famille royale protégea toujours la fraternité. En 1796, le roi de Prusse, par une missive à la mère loge aux trois globes, lui promit sa protection royale; et, à l'occasion de l’avènement au trône de son successeur, en 1797, la loge royale York de l'Amitié ayant présenté à S. M. le roi ses statuts et un extrait de son rituel, elle en sollicita l'approbation de S. M., qui la lui accorda par sa missive du 29 décembre 1797. 

Cette même loge déposa au pied du trône ses remerciements respectueux ; et, à cette occasion, S. M. le roi renouvela son approbation ainsi qu'aux loges de sa juridiction, et un pareil événement eut lieu trois ans après, le 31 juillet 1800. 

La protection que des princes d'Allemagne accordaient à cet établissement, était fondée sur la connaissance qu'ils avaient que l'ordre s'est toujours occupé de chercher à se rendre utile à ses semblables : la charité fut toujours sa devise : ainsi, par ses actes de bienfaisance, la loge, sous le titre, la Colonne couronnée, Or\ de Brunswick, fonda un institut pour l'éducation des jeunes orphelins.

Les quatre loges qui existaient en 1776 à Prague, le jour de la Saint-Jean d'hiver, fondèrent l'institution de charité connue sous le titre de maison des orphelins. Un hospice pour les malades indigents et les femmes en couche fut fondé par les Maçons de Schleswig dans le Mecklenbourg, où S. A. le prince de Hesse assista à la cérémonie inaugurale, qui eut lieu le 3 mai 1802 ; cet illustre Maçon enclava lui-même les médailles et inscriptions dans la pierre fondamentale. Tout le monde connaît le trait de S.A. S. le duc Maximilien de Lunebourg, Vén\ titulaire ad honorem des cœurs sincères, à Franc-fort-sur-Oder, qui perdit la vie le 27 avril 1785 (55), en s'exposant courageusement pour sauver celle de plusieurs personnes qui étaient englouties par une inondation rapide et inattendue de l'Oder. Nous pourrions rapporter une infinité de traits de charité, de bienveillance, de philanthropie des Maçons allemands. 

Nous finissons en rapportant un qui honore ceux de la monarchie autrichienne : c'est encore un fait arrivé à Prague. Cette ville, en février 1784, fut inondée pendant la nuit par l’Éger. Les frères de la loge vérité et concorde, qu'un tel péril avait rassemblés, sauvèrent, en exposant leur vie, celle d'un grand nombre d'habitants. 

Les jours suivants, les quatre loges se réunissent ; le tronc de charité circule couvert d'un voile funèbre; il produit une collecte de 1.500 florins qui est distribuée aux familles ruinées. Ces mêmes frères, après ce noble exemple, se rendent aux portes des églises les plus fréquentées, ils y restent trois jours sans désemparer, et obtiennent de la bienfaisance des citoyens une collecte de 11,000 florins, qui est distribuée aux victimes de ce désastre.

On ignore comment, après ces faits de toute notoriété, la maison d'Autriche aurait cessé de protéger cette société philanthropique, paisible et fraternelle. Il paraît qu'on l'a irritée contre cette institution de pure charité chrétienne. L'empereur Charles VI avait interdit la Franc-maçonnique dans les Pays-Bas ; il en bannit tous les Maçons dès l'année 1738 . Néanmoins, cette sévérité s'est relâchée ensuite, quoiqu'en 1743, le 7 mars, trente Maçons s'étant assemblés à Vienne, après la défense du gouvernement, restèrent plusieurs mois emprisonnés et n'obtinrent la liberté qu'après une sévère réprimande. 

En 1764, l'impératrice Marie-Thérèse rassembla les Vén\ des loges de Vienne pour qu'ils dévoilassent au gouvernement le secret de l'institution ; quoiqu'ils protestassent qu'ils n'en avaient aucun, la maçonnique fut proscrite de ses États.

En 1766, un édit impérial déclare que ceux qui feront partie de l'association des soi-disant Francs-maçons Rose-croix seront, ipso facto, privés de leurs emplois.

A Aix-la-Chapelle, qu'on regardait comme ville autrichienne, en 1779, le 26 mars, le magistrat fit publier une ordonnance qui infligeait une peine, accompagnée du bannissement dans le cas de récidive, contre ceux qui se permettraient de tenir loge. Cet acte a induit la populace, excitée par des moines, à des menaces et à des voies de fait contre les Maçons. 

En 1779, Joseph II donne des instructions aux gouverneurs de ses provinces relatives aux Maçons ; il réduit le nombre des loges, veut connaître les noms des frères qui les composent, le local des loges, et l'heure des réunions. La même année, il ordonne la fermeture de toutes les loges, sans distinction, dans ses États. 

L'empereur François II, en 1793, fit proposer à la diète de Ratisbonne la suppression des Maçons, des Rose-croix, des Illuminés, et de toute autre société secrète : comme la diète était formée du corps germanique, elle répondit qu'elle ne pouvait adopter ce système, mais que S. M. pouvait les interdire à son gré dans ses États. Ce souverain, le 23 avril 1801, renouvela les anciennes défenses contre les sociétés secrètes et particulièrement contre les Maçons. Les fonctionnaires publics civils, militaires et ecclésiastiques furent soumis à signer qu'ils ne faisaient point partie de ces sociétés, sous peine de la perte de leurs emplois. D'après les intentions de S. M. l'Empereur, la régence de Milan arrêta un édit contre les Maçons sous la date du 26 août 1814, signé par le commissaire plénipotentiaire, F. M. comte de Bellegarde.  

Sa Majesté, ou son conseil, ne s'est point relâchée de sa sévérité à cet égard, et ses défenses sont encore aujourd'hui rigoureusement maintenues. 

 Source : Histoire des Francs-maçons

Par JP Dubreuil - Publié dans : histoire de la FM
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Lundi 15 septembre 2014 1 15 /09 /Sep /2014 07:15

XXXIV. Maçonnerie  

Déjà le brouillard enveloppe tous les objets. Qui vois-je à la tête ? Ne serait-ce pas Hermès, au caducée d'or ? Il invite, il commande, puis nous ramène vers le triste et crépusculaire Hadès, qui, quoique comble, est cependant éternellement vide, car il est peuplé de formes impalpables.  

Le mal est grand, sans doute. Mais n'est-il donc aucun remède, aucun moyen de salut ? Sommes-nous définitivement condamnés ? Les terribles prophéties de Malthus, les malédictions de Timon, doivent-elles se réaliser avec le temps par la destruction d'une partie du genre humain ? Depuis tant d'années que les penseurs raisonnent, que les philosophes disputent, n'ont-ils donc rien trouvé, rien inventé ?

Un système est présenté, qui, ébauché, il y a un siècle et demi, et plus heureux que tous ceux qu'on a tenté de lui substituer depuis, offre encore aujourd'hui les plus solides garanties de succès.  

Il se propose de détruire l'antagonisme, qui existe entre les passions humaines et le milieu social. C'est celui de l'association maçonnique, basée, non pas comme le Fouriérisme, sur la jouissance, mais sur la charité chrétienne. Au lieu d'établir entre le christianisme et le socialisme une antithèse, ou doit se débattre la société moderne, la Franc-maçonnerie les unit par de fraternelles agapes.  

Elle groupe les hommes dans la Loge pour les conduire à la fraternité par la liberté et l'amour.  

Son idéal, c'est l'union de toutes les églises dans une unité supérieure, qui deviendrait une sorte de christianisme progressif.  

Elle doit être une sorte de résurrection de l'évangélisme primordial au milieu d'une société, qui, nous ne cesserons de le répéter, n'a plus du christianisme que le nom. Elle est cette Jérusalem fortunée, où sont appelés tous ceux qui désirent travailler à la résurrection des âmes. Quels qu'ils soient, de quelque région qu'ils viennent, ils seront les bienvenus. Elle est prête à leur tendre une main amie et à leur ouvrir ; une cordiale hospitalité.

La Maçonnerie professe pour la conscience humaine un tel respect, qu'elle ne la blesse jamais dans ses croyances. Non seulement elle respecte les cultes reconnus par l'Etat, mais encore toutes les autres manifestations de la conscience. Persuadée que les grandes conceptions religieuses du passé représentent les différents aspects des religions de l'avenir, elle rend à la fois justice au christianisme réformé et au catholicisme, au brahmanisme et au bouddhisme, au polythéisme grec-romain, aussi bien qu'au monothéisme juif ou arabe. Toutes les religions lui paraissent contenir des vérités, dont elle tient compte, en affirmant une synthèse supérieure.  

Pour la conscience, ce foyer divin de la personnalité, cet asile sacré de la croyance intime, la Maçonnerie veut l'autonomie et le libre essor de ses manifestations soit individuelles soit collectives. 

« Nous vivons, dit madame de Staël, dans un siècle où l'intérêt personnel semble le seul principe de toutes les actions des hommes ; et quelle émotion, quel enthousiasme pourrait jamais résulter de l'intérêt personnel ? Il est plus doux de rêver à ces jours de dévouement, qui pourtant ont existé et dont la terre porte encore les honorables traces ». 

Faire revivre ce dévouement, le propager, l'universaliser si possible, telle est la tendance de la Maçonnerie.  

Son but principal n'est pas précisément de dégager des aspirations et des travaux modernes un nouveau dogme philosophique et religieux, pour en faire la base morale de la société future.

Aujourd'hui tout dogme religieux se voile et s'obscurcit sous l'examen de la raison épouvantée. Ce n'est plus qu'un mythe, une entité, un spectre enfanté par l'imagination et le sentiment. La philosophie a, de négation en négation, poussé la théologie jusqu'au vide le plus absolu, lui a enlevé ses illusions, ses fétiches et son féroce attirail. La religion se trouve ainsi arrachée des mains du symbolisme et placée au sein de la vie réelle. Plus de mythes, d'allégories, de vaine entité.

La morale, ce véritable ciment de la société, ce sublime parfum de la raison, il faut la dépouiller à tout jamais des oripeaux théologiques et la poser sur le socle inébranlable de la conscience. Sous ce rapport Kant a ouvert la voie sûre et droite, où nous devons marcher.

Sans répudier absolument les autres systèmes, la Maçonnerie se présente comme le plus fécond et le plus utile au travail de reconstruction, qui paraît devoir être l'œuvre de la seconde moitié du XIXe siècle.

La Maçonnerie ne se passe ni des arts, ni de l'industrie, ni de la science, ni de la philosophie, mais elle leur propose pour but la charité.

Elle rend sa dignité au sentiment, que le culte de l’intelligence et de l'activité ne considérait que comme un satellite accidentel, une pâle manifestation, tandis qu'à lui appartient la haute direction, qu'il ferait beaucoup sans les deux autres facteurs, et que ceux-ci ne feront rien sans lui.

C'est donc moins à l'intelligence qu'au sentiment que la Loge a recours. Elle rêve l'égalité, la tolérance, l'indépendance des hommes et plus que cela, elle cherche à les confondre dans un même sentiment de charité réciproque.

Ces aspirations ne sont-elles pas l'essence du christianisme ? Ne sont-elles pas conformes à la religion éternelle, dont il est une phase, et où le scepticisme n'est qu'un accident ?

Timon nie la possibilité de cette transformation et traite ceux qui la rêvent, de visionnaires. L'éternité passée est là, dit-il, image terrible de ce que sera aussi l'éternité future.

N'accueillons pas cette désolante perspective. Croyons à un avenir meilleur.

« Ne vous est-il pas arrivé parfois, en plein hiver, quand la nature semble engourdie, quand les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, d'aspirer tout à coup des brises printanières et de sentir comme un parfum fugitif de lilas en fleurs ? Ainsi aspirons-nous déjà les brises lointaines et les parfums vivifiants du monde nouveau, qui va éclore, de l'ère pacifique, où nous entrons ». (Jourdan.)

Il faut le reconnaître. La Maçonnerie et le Saint-Simonisme se touchent en un point essentiel, sans toutefois le baser sur le même principe. Les deux systèmes visent à l'amélioration la plus rapide que possible du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Mais ce que Saint-Simon veut faire par l'intelligence et l'activité, la Maçonnerie l'opérerait bien plus facilement par la charité. C'est un apostolat tout de persuasion et d'amour. C'est une nouvelle communion de martyrs, à laquelle il n'a manqué que des bourreaux plus farouches. 

XXXV. Maçonnerie (Suite.) 

Une immense perspective s'ouvre devant moi, et dans le lointain vaporeux du monde, j'aperçois une montagne d'azur.

Le christianisme croit avant tout au progrès de l'intelligence par la foi aveugle, et au progrès de la volonté par la grâce.

La Maçonnerie laissant ces bases vaporeuses de l'abstraction, croit au progrès par l'action exclusive de l'homme. Elle demande le progrès intellectuel à la puissance de la raison, le progrès moral à l'énergie de la volonté, le progrès social à l'expansion de la fraternité.

Elle ne se pose pas en système. Elle n'est ni catholique, ni protestante, ni rationaliste, ni théiste, ni panthéiste. Elle ne crée pas des dogmes. Elle ne s'occupe ni de l'évolution fatale, ni de la création, ni de l'origine de l'homme, ni de la genèse des choses. Elle ne s'égare pas dans des abstractions. Elle est essentiellement pratique. Elle subordonne la foi à la charité, le dogme à la morale, et pour elle, la charité ne se manifeste, ne s'exerce que par les œuvres.

Elle n'a pas la prétention de dissiper les ombres impénétrables, qui couvrent le berceau de l'homme et sa tombe, ni d'expliquer par des arguties l'hypothèse de la déchéance humaine et d'une prévarication solidaire, pour justifier l'existence du mal, qui est entré dans la nature humaine ; dogme impie, s'il en fut jamais, qui ne soutient pas même l'examen du bon sens populaire, blasphème proféré par une théologie orgueilleuse, pour voiler le néant et l'impuissance de ses doctrines.

La Maçonnerie relègue toutes ces questions dans les ombres d'un mystère éternel. C'est un apostolat tout de persuasion et d'amour. Sauver l'humanité des erreurs, dont la bercent des fripons, des misères que lui infligent d'abominables tyrans, combattre l'antagonisme mystérieux qui existe entre l'homme et tout ce qui l'entoure, le combattre par une énergie persévérante, et vaincre de plus en plus les forces qui lui font obstacle, porter dans les relations sociales la généreuse puissance de l'abnégation, le dévouement à l'humanité, la fraternité, et tandis que le vulgaire n'aspire qu'à jouir, même aux dépens du prochain, travailler pour secourir, posséder pour donner, ne pas donner aux emblèmes plus de valeur qu'à la réalité, s'abstenir de vaines théories, d'abstractions stériles, se proposer dans tout et partout le soulagement des malheureux, la ruine des oppresseurs, le triomphe de la raison et de la fraternité, telle est la mission de la Maçonnerie : telle est la loi de son progrès. C'est une société d'élite dans la société générale. Elle ne s'est pas constituée dans un but de suprématie, de privilège, de monopole, ou, ce qui serait pire encore, de misanthropie, comme aux premiers temps de l'Eglise, les associations monastiques. Elle ne s'est pas confinée dans les déserts de la Thébaïde, ni derrière les murs d'un cloître. Elle continue à vivre parmi nous, et, loin de nous repousser, elle nous attire et élève à elle. Elle a pu succomber aux influences délétères de la foule, mais elle revient toujours à la surface, fortifiée et épurée par les épreuves. Son but, c'est la propagation d'une morale pure, son mobile, c'est l'amour des hommes, son instrument, c'est la charité pratique. Tôt ou tard, on peut l'espérer, la Maçonnerie amènera les grands triomphes de la vérité, et si la société peut être sauvée, elle le sera par cette institution, qui, au rebours des autres religions, respecte toutes les croyances, convie à ses banquets fraternels toutes les nations et se distingue par la plus douce tolérance. Elle montre aux hommes dans une clarté funèbre, ce que c'est que d'oublier la première loi du christianisme : Aimez-vous. A elle seule il appartiendra de dégager la grande inconnue du problème social, à trouver la formule synthétique de l'Humanité. Ses néophytes usent leurs veilles à ce travail d'élaboration mystérieuse et de gestation préparatoire. Elle nous montre ce que pourrait être la société tout entière, dans la majesté de ses assemblées, tout à la fois si grandes, si modestes et si philanthropiques.

Le christianisme a été détourné de ses voies et sa profanation est aujourd'hui flagrante dans toutes les églises. Progressif de sa nature, il n'aurait pas dû s'immobiliser dans les entraves canoniques. Au contraire, recevant autant d'impulsion qu'il en donnait, agissant sur le siècle, comme le siècle agissait sur lui, il aurait dû se modifier suivant les mœurs, suivant les pays, suivant les peuples, suivant les âges et ne conserver d'éternel que cet adage divin : Aimez-vous les uns les autres ; sentence de paix et de fraternité, d'amour et d'union, qui vaut, à elle seule, tout un code de morale ; maxime sainte, devant laquelle viennent s'amortir et s'éteindre les grands et honteux mobiles des sociétés modernes, l'égoïsme, la haine, l'isolement, le doute, le découragement, la mauvaise foi. C'est par la fraternité que la Maçonnerie veut conduire les hommes à une ère d'harmonie universelle et de sublimes magnificences. 

Par qui et quand la Maçonnerie a-t-elle été instituée sur cette base ? Nul ne le sait, nul ne connaît au juste ce législateur suprême. Son nom et sa vie sont restés ignorés et perdus, pour ainsi dire, dans les ombres du secret maçonnique et tandis que les noms des premiers messies survivront à leurs doctrines, la Maçonnerie survivra au nom de son instituteur. 

XXXVI. Maçonnerie (Suite.) 

C'est avec et par la Maçonnerie que le monde marchera à la conquête de la destinée, que Prométhée vaincra Zeus ; car elle met dans l'homme le sens du vrai et les grandes élévations de l'âme, le sens de la justice et le dévouement à l'humanité.

Nous avons déjà esquissé la situation douloureuse, où se trouve la société. Lutte et antagonisme partout, nulle part cohésion et concorde ; tous les liens relâchés ; le regret et la Crainte, la défiance et la haine, le charlatanisme et la ruse apparaissent aussi bien dans les relations générales que dans les rapports individuels. Ce désordre, cette anarchie se retrouvent dans la politique, qui nous divise au nom du pouvoir et de la liberté ; dans les sciences, que rien ne relie entre elles, qui marchent disjointes et au hasard ; dans l'industrie, que ronge la lèpre de la concurrence dans les beaux-arts, qui languissent privés d'inspirations vastes et fécondes.

Or, deux partis sont en présence, l'un pour éterniser, l'autre pour changer cet état de choses.

L'ultramontanisme est la fraction la plus active du parti conservateur, la Maçonnerie est le plus puissant levier du progrès.

L'ultramontanisme est une des formes systématiques et organisées de la réaction. C'est le vestige vermoulu d'une série de préjugés implacables : c'est le râle d'une caste, qui réclame la tutelle des âmes et des intelligences, pour les hébéter et rétablir son empire écroulé. Il prétend régner par la force et continuer dans le présent les traditions du fanatisme et de la tyrannie, qui ont désolé l'humanité. C'est au nom de la divinité, qu'il a toujours fait le mal. Il a taillé le crucifix en instrument de torture et c'est avec les feuillets de l'Evangile, qu'il allume les bûchers destinés à consumer les martyrs de la science et de la vertu.

Aussi se pose-t-il en adversaire déclaré de la Maçonnerie, qu'il calomnie et dénigre à outrance. La convaincre de démagogie, pour lui infliger des flétrissures imméritées, voilà aujourd'hui la grande tactique des ultramontains et leur séduction suprême.

Toutefois, il faut dire et pour ne pas douter de la Providence, que l'ultramontanisme s'engloutit dans le sang et la boue. On exagère trop son importance dans ces derniers temps et l'on a eu tort de considérer comme une menace, une dépouille putride. Il n'est plus une doctrine ni une institution sérieuse. C'est une conspiration qui se démasque, un intérêt sans pudeur, et quand, par hasard, il parvient à faire entendre son sifflet strident, on croit reconnaître le cri du hibou, qui présage et réclame la mort.

Mais, malgré la hiérarchie, malgré le Piusverein, malgré toutes les congrégations, il avortera, car le trafic n'est pas un culte, une conception n'est pas un dogme, et le fiel n'est pas un venin, qui tue.

La Maçonnerie s'est organisée contre ce monstre dans les ombres du mystère. Il fallait bien, lorsque la réaction d'absolutisme marchait dans une phase d'ascension et de triomphe, que la résistance contre des empiétements scandaleux s'organisât en secret. Le nouveau système social s'est élaboré dans la Loge, sans retentissement extérieur, sans éclat, sans secousse. Le maillet des ouvriers a démoli le vieil édifice sans bruit, pierre par pierre, pour construire à sa place un temple nouveau. Aujourd'hui que la révolution a émancipé les idées, les Maçons peuvent travailler au grand jour, enseigner aux hommes l'amour, l'harmonie et la paix. Leur association n'est plus seulement une famille ; c'est une église et sa parole, semée dans le monde, y continuera sa germination mystérieuse. Elle sauvera la société ; mais il est des conditions de succès rine quibus non, et que la Loge me paraît oublier ou négliger. Elle voudra bien permettre à l'un de ses amis les plus dévoués, de les lui rappeler. En persévérant dans cet oubli, au lieu d'être une influence civilisatrice, un apostolat fécond, la Maçonnerie ne serait qu'un nouveau levier pour comprimer les masses ou un échelon pour atteindre plus facilement l'objet d'une ambition égoïste.

XXXVII. Observations 

Si la Franc-maçonnerie doit subir quelque jour un sommeil irrémédiable, elle n'aura personne à accuser qu'elle-même. Louis Ulbach, Maçon.

Lorsqu'à la conversion de Constantin, d'autres païens voulurent suivre son exemple, ils commencèrent par demander où était le véritable christianisme, et à qui, pour s'en instruire, ils devaient s'adresser : A l'école de Manès, à celle de Montanus, ou au concile de Nicée ? Où était la vraie doctrine évangélique, dans les écrits d'Origène ou dans ceux d'Augustin ? Qui était le plus à croire, Donat ou le pape Melchiade, Arius ou Athanase, Eutychès ou ce scandaleux concile soi-disant œcuménique d'Ephèse, qui le condamna, et qu'on appelle le brigandage d’Ephèse, à cause des violences qui s'y commirent ?

Même perplexité aujourd'hui pour le Mahométan, le Bouddhiste et les idolâtres. Où, demandent-ils, est le christianisme ? Est-il à Rome ou à Genève, à Londres ou à Saint Pétersbourg ? Chez les sectateurs de Luther ou chez ceux de Calvin ?

Le païen finit par dire : je cherche l'Evangile dans toutes les églises qui se disent chrétiennes, et ne le trouve dans aucune. Je cherche de même ces églises dans l'Evangile : elles s'y trouvent encore moins. Partout je ne vois du christianisme que le nom.

Il dit, et se résigne à rester ce qu'il est, ou bien embrasse la secte, qui est à sa portée. Il sera anglican ou catholique, selon que le hasard lui aura fait rencontrer un missionnaire de l'un ou l'autre culte.

Ainsi, hélas ! De la Maçonnerie. Le profane, qui veut y entrer, doit-il s'adresser au Grand Orient de France ou à celui de Londres ? Aux Loges de la stricte observance ou au Système rectifié ? Aux Templiers ou bien aux Rose-croix ? Quel est le rite orthodoxe ? Est-ce celui de Misraïm avec ses quatre-vingt dix grades ou la Maçonnerie éclectique ? Faut-il préférer la Maçonnerie bleue ou la Maçonnerie rouge ? Etc., etc.

Tous ces rites divers se combattent ou se fusionnent en systèmes bigarrés, incomplets, remplis de contradictions.

Et cependant il n'y a qu'une seule et même immuable vérité dans la Maçonnerie : la Fraternité. Tout ce qui s'en écarte est faux et doit être éliminé. Ce critère infaillible devrait suffire pour préserver l'institution de scandaleux amalgames. Là ne peut donc pas être le germe des dissidences. Il est dans les rites, c'est-à-dire dans la forme, dans la prépondérance, qu'on lui a donnée sur le fond. La dissidence est l'œuvre des faux-Frères, de l'intrigue, de l'ambition et de la perfidie.

Eh quoi ! Vous reconnaissez, vous saluez comme Sœurs la Maçonnerie de Royale-Arche, les chevaleries, les grands chapitres, les grands campements, les grades philosophiques, les empereurs d'Orient et d'Occident, le rite d'Hérédom, le rite suédois, l'Ordre du temple, les Loges militaires et toutes ces superfétations plus ou moins contraires au véritable esprit de la Maçonnerie, vous les reconnaissez et vous donnez l'accolade fraternelle à leurs adeptes, tandis que d'autre part, vous excluez un véritable Maçon du temple, parce qu'il ne porte pas un petit ruban tortillé à la boutonnière !

Lorsqu'une association répandue sur tous les points du globe, formée pour faire le bien et réconcilier les hommes entre eux, jouissant de privilèges, ayant une hiérarchie, un gouvernement, des chefs publiquement, officiellement constatés, lorsque, dis-je, une association de ce genre se pose en ennemie des abus, qu'elle se base sur l'égalité et la concorde et proclame la nécessité d'une réforme sociale, se disant en mesure de l'accomplir, il doit être permis de lui demander, d'abord, sur quels titres se fonde l'autorité qu'elle s'arroge, ensuite, pourquoi ses doctrines varient et pourquoi elle ne joint pas l'exemple aux préceptes ? 

La première condition de succès pour la propagande maçonnique, est dans la stricte observation de son principe, dans l'accord de la théorie avec la pratique, dans une séparation entière, franche et formelle des Loges fidèles à leurs mandats d'avec celles qui ne le sont pas, dans l'unité de doctrine, dans la cessation, en un mot, de tous les schismes. La pseudo-maçonnerie se dévoile elle-même : car la pierre de touche est là, et son principe n'est pas la charité.

La véritable Maçonnerie a un caractère assez prononcé pour qu'on ne puisse pas la confondre avec les sociétés qui ont usurpé son nom, emprunté ses emblèmes et profané ses doctrines.

Elle a trop de dignité pour se prosterner devant un trône quelconque, trop d'indépendance pour se laisser patronner par les puissances du jour, trop de philanthropie pour refuser son assistance à quiconque l'implore. Elle ne reconnaît que la supériorité du mérite. Elle exerce son influence sur le monde profane sans subir la sienne. Elle attaque et combat toutes les institutions sociales condamnées par son principe, telles que le militarisme, les gouvernements oppressifs, les cultes intolérants et la distinction des castes. Ennemie de la superstition, du privilège, de l'ignorance et des abus, elle leur déclare une guerre à mort, mais sans violence, sans haine et sans colère. C'est contre tous les maux, qui se résument dans le moi exclusif et égoïste des personnes et des castes, des familles et des coteries, en religion, en politique et dans l'ordre social, le moi, principe de tout mal, que la Maçonnerie s'est constituée. Il faut prouver au public qu'elle n'est ni une fantasmagorie oiseuse, ni un simple jeu de grands enfants.

La nécessité de Grands Orients autocratiques et de patentes constitutives ne me paraît pas démontrée, du moins pas dans leur composition actuelle. Sans doute, en face de la phalange disciplinée des obscurantistes, il importe de serrer les rangs, d'agir de concert et avec ensemble, d'imprimer une impulsion salutaire aux ateliers, d'en faire converger tous les travaux vers un même but, et d'élever la puissance de l'association par l'uniformité des rites. Or, une autorité centrale peut seule provoquer et surveiller cette cohésion. Mais comme un patriarcat unique pour toutes les Loges du globe n'est guère possible, les Grands Orients le remplacent dans leurs limites respectives.

La première autorité de ce genre apparaît à York. Il s'en forma d'autres à Edimbourg, Londres et Dublin. Mais cette création au lieu d'atteindre le but proposé, engendra des rivalités, des schismes et des dissidences de toute espèce.

Avant 1717, toute Loge pouvait se constituer librement d'elle-même, sans autorisation et sans contrôle. En effet, pourquoi demanderait-on la permission de se réunir pour faire le bien ?

On ne saurait approuver surtout qu'une Loge reconnaisse l'autorité d'un Orient d'un autre pays.

Les Grands Orients devraient eux-mêmes être constitués par des Convents périodiques, auxquels assisteraient des délégués de toutes les Loges. Ces mêmes Convents feraient une déclaration de principes basée sur la grande loi d'amour et à laquelle souscriraient toutes les Loges.

Cette déclaration servirait en même temps à caractériser les rites compatibles avec ces principes et elle en laisserait d'ailleurs le choix à chaque Loge.

L'octroi des patentes constitutives est une mesure illusoire, la Loge ainsi constituée ayant la faculté de se soustraire à l'obédience de la Loge-mère, d'adopter un rite quelconque et de le changer à volonté. Je citerai pour exemple la Loge des Vrais Frères unis, à l'Orient du Locle. Elle travailla d'abord sous l'obédience du Grand Orient de France, passa en 1797 sous celle de la Grande Loge aux Trois globes, à Berlin, retourna au Grand Orient de France en 1806, adopta le rite écossais rectifié en 4817, et s'allia enfin, en 1829, à l'Union représentée par la Grande Loge nationale Suisse.

O Maçonnerie ! Tu te poses devant les profanes en société d'harmonie et d'amour : ne leur donne pas un spectacle de haines, de schismes et d'intolérance. 

XXXVIII. Observations (Suite.) 

Pour que le vieux monde, dans ses troubles, dans ses tristesses, dans ses défaillances, dans ses ignorances, dans ses désordres, vienne à nous, il faut qu'il entende venir jusqu'à lui l'hymne toujours soutenu, toujours harmonieux de notre concorde, de notre joie, de notre espérance, de notre travail. Louis Ulbach, Maçon. 

Patronages princiers. La Loge, qui a reconnu que la plupart des maux, qui affligent le monde extérieur, dérivent d'une organisation défectueuse, ne doit pas en continuer les traditions dans son enceinte. Autant la pauvreté et le travail sont rabaissés et méprisés au dehors, autant doit-elle les honorer dans son sein, et par pauvreté, nous n'entendons pas celle qui provient de l'inconduite, mais du hasard et de l'infortune. Plus les profanes vénèrent les puissants du jour, moins elle doit avoir de communication avec eux et plus elle doit s'en défier, lorsqu'ils se présentent devant les portes interdites. Sans les repousser, s'ils sont dignes par leurs sentiments et leur conduite, d'être admis dans le temple de l'égalité, elle doit les traiter sans distinction particulière.

Que dire dès lors de cette Maçonnerie qui se place honteusement sous le patronage des rois et des grands de la terre ? Qu'elle n'a ni le sentiment de sa dignité, ni la conviction de ses doctrines. Elle oublie que ce n'est pas la Loge qui est censée s'honorer par la réception d'un prince quelconque, mais que les insignes maçonniques doivent éclipser les plus brillantes couronnes, les plus hautes dignités profanes. Confier aux hommes du privilège, aux princes du hasard, les destinées d'une association appelée à fonder le règne de la liberté et de la justice, est un contre-sens qu'on ne saurait assez flétrir.  

Les juifs : dans la règle adoptée par le Convent de Wilhelmsbad, il est dit : « Si ton cœur sensible veut franchir les bornes des empires et embrasser avec ce feu électrique de l'humanité tous les hommes, toutes les nations ; si, remontant à la source commune, tu te plais à chérir tendrement tous ceux qui ont les mêmes organes, le même besoin d'aimer, le même désir d'être utile et une âme immortelle comme toi, viens alors dans nos temples offrir tes hommages à la sainte humanité. L'univers est la patrie du Maçon et rien de ce qui regarde l'homme ne lui est étranger ».

Comment concilier cette déclaration avec l'exclusion des Juifs ? Ne sont-ils pas nos frères en Dieu, tout comme les Mahométans et les païens ? Et que penser du Maçon qui a écrit les lignes suivantes : « On a souvent reproché aux Loges allemandes leur intolérance à l'endroit des Israélites ; mais, outre que la position du peuple élu, dans tous les pays du Nord, ne peut en aucune manière se comparer à ce qu'elle est en France ou même en Angleterre, il reste à prouver depuis quand notre société, dont les deux St Jean sont les patrons; dont la première loi est encore et fut toujours la Bible, et particulièrement le Nouveau-Testament ; dont la vraie filiation historique est chrétienne par excellence; il reste, dis-je, à prouver depuis quand cette société aurait, par un décret obligatoire pour tous ses membres, adopté cette espèce de déisme d'esprits forts, que les Juifs et les Mahométans sincères condamnent aussi bien que les vrais disciples du Christ (!) »

Emprunter au mosaïsme la tradition fondamentale de la Maçonnerie, une grande partie de sa symbolique, et jusqu’a la nomenclature des mois ; puis exclure les Israélites de l'association, est-ce logique ?

Presque tous les membres de la Grande Loge nationale aux Trois Globes, de Berlin, étant chevaliers de l'Aigle-rouge de toutes les classes, ordre équivalant à celui de la Légion d'honneur, refusent l'initiation aux Juifs. Ce n'est guère étonnant. Lorsqu'on sait concilier les distinctions profanes avec l'égalité maçonnique, on peut bien professer pour l'humanité un amour soi-disant maçonnique, qui exclut des populations entières. La Loge Royale-York à l’amitié est tout aussi tolérante, tout aussi logique. 

Politique. L'art. 8 du code adopté en 1804 par l'Alpina est de la teneur suivante : « Comme citoyen et conformément aux prescriptions des Old-Marks (v. les Constitutions d'Anderson), le Franc-maçonne s'engagera jamais dans des émeutes ou des complots contre la paix et la prospérité de l’Etat. Il ne se conduira point contrairement à ses devoirs envers le gouvernement. Il se soumettra à tout ordre légal ».

L'article se termine par cette recommandation, qui, à nos yeux et pour plus d'un lecteur, détruit tout ce qui précède : « II ne négligera aucune occasion d’agir dans l’intérêt du bien public et de contribuer avec zèle au salut de la patrie ».

Qu'on me permette ici les suppositions suivantes :

Solon, les armes à la main, se rend sur la place publique et cherche à soulever le peuple contre le tyran Pisistrate ; Hipparque et Aristogiton complotent la chute de ses fils ; Spartacus forme le projet d'affranchir les esclaves ; Gracchus, celui d'affranchir le peuple romain de la tyrannie des patriciens ; Le philosophe Eusèbe médite la chute du méprisable Constance ; Procida, l'expulsion des Français de la Sicile ; Giano délia Bella, celle des Gibelins ; les héros du Grùtli, celle des Autrichiens ; Washington et Kosciuszko se mettent à la tète des insurgés contre les oppresseurs de leur pays ; Moïse conspire pour l'affranchissement d'Israël, les Macchabées contre les rois de Syrie, les Pays-Bas contre Philippe II, etc., etc.

Si tous ces hommes probes et courageux, et cent autres que je pourrais citer, étaient venus confier leurs projets à la Loge et solliciter son assistance, elle l'eût donc refusée pour ne pas violer l'art. 8 et, contradiction amère, elle eût proclamé quelle ne négligeait aucune occasion d'agir dans l’intérêt public et de contribuer au salut de la patrie. Que dis-je ? L'art. 8 lui eût fait un devoir de dénoncer les conspirateurs, de prendre le parti de Pisistrate contre Solon, celui des patriciens contre les Gracques, de combattre à Morgarten et à Sempach dans les rangs des agresseurs, etc. !

Eh quoi ! Lorsque Ferdinand VII d'Espagne mettait hors la loi, non seulement tous les Maçons, mais tous les libres penseurs, il eût fallu respecter ce gouvernement atroce, mais d'ailleurs régulièrement établi, ne pas se dispenser de lui obéir ! Suivant le règlement de Wilhelmsbad, le cœur devait tressaillir au doux nom de ce souverain ! Il eût fallu respecter le décret, qui traînait aux pieds de l’échafaud plus de cent mille Espagnols, et précisément les hommes les plus distingués !

Il fallait ne pas s'occuper de politique, lorsque des Loges entières étaient arrêtées, séance tenante, les dignitaires pendus et les autres envoyés aux galères ! Ah ! Sans doute, il le fallait, selon certains Maçons. « Toute association, dit Galiffe, qui conspire pour renverser et détruire, fût-ce même dans le but le plus noble, abdique par là tous ses droits à la succession d'Hiram. »

Je suppose qu'une légitime insurrection eût éclaté en Pologne contre le roi de Prusse, l'un des trois partageux de ce malheureux pays ; d'après l'art. 8, les Loges constituées par les trois Grandes Loges-mères, de Berlin, n'auraient pas pu y prendre part !

Ami de la paix, je ne veux pas celle du tombeau pour la société vivante ;

Ami de l'ordre, je m'efforcerai toujours de renverser celui, qui règne à Varsovie ; Ami des lois, je ne leur sacrifierai jamais la charité et la justice.

La Maçonnerie belge paraît avoir compris notre pensée.

Le 24 juin 1854, le Grand Orient de Belgique abrogea l'art. 135 de son règlement, qui faisait défense formelle à la fédération maçonnique, représentée par le dit Grand Orient, de discuter des matières religieuses et politiques, et cette décision fut rendue publique par la voie de la presse.

Que les trois Grandes Loges de Berlin, et avec elles d'autres Loges allemandes, ainsi que la Maçonnerie suédoise, aient protesté solennellement contre cette mesure, cela n’étonne pas. On comprend moins que la Loge Modesta, à l'Orient de Zurich, partage leur manière de voir. Mais ce qu'on ne comprend pas du tout, c'est le refus fait en 1848 par la Grande Loge de la république américaine de New-York, à l'invitation qui lui avait été adressée de prendre part à une démonstration publique en faveur des événements politiques qui venaient de se passer en Allemagne à cette époque, sous prétexte que cette participation était incompatible avec les principes de la Maçonnerie 

Ainsi voilà une Loge à qui la sainte cause de la liberté, de la justice et de l'émancipation des peuples est non seulement étrangère, mais antipathique ! Elle devait pourtant se souvenir que telle n'avait pas été l'opinion de tant de philanthropes, qui volèrent au secours de l'Amérique, lorsqu'elle secoua la domination anglaise.

Quant à la Maçonnerie suédoise, rien, certes, ne serait plus édifiant que de la voir repousser de son sein l'héroïque Gustave Wasa, sortant des forêts de la Darlécalie pour solliciter sa protection. Au lieu de blâmer la Maçonnerie belge, elle eût mieux fait de se soustraire aux influences de la cour, de renoncer à la théosophie de Swedenberg, et de recommander la tolérance religieuse.

A moins de s'annihiler, la Maçonnerie doit être politique en ce sens, qu'elle doit combattre les obstacles qui s'opposent à la propagation de ses doctrines et à l'application de son principe, c'est-à-dire au triomphe de la grande loi d'amour, si éloquemment interprétée par St. Paul. Elle sera religieuse dans le même sens et ne reconnaîtra ni secte fanatique ni secte intolérante. Elle repoussera ouvertement, franchement, courageusement tout système soit politique soit religieux, opposé à cette loi, sans se prêter à la moindre transaction. Elle ouvrira largement ses portes à tous ceux qui viendront lui demander asile contre le fanatisme et l'oppression ; elle accueillera toutes les aspirations progressives. Lui ôter ce privilège, c'est la frapper de stérilité, c'est la réduire à n'employer que des palliatifs, et ses efforts pour réformer la société ressembleront à ces médications illusoires, qui se bornent à panser les plaies, sans corriger la diathèse, qui les entretient. 

Légende fondamentale. Cette fiction importée par l'écossisme, pourrait être abandonnée ou du moins remplacée par quelque chose de mieux. Je n'y trouve ni le caractère de la vérité, ni le charme de la poésie. Loin de personnifier les tendances douces et philanthropiques de la Maçonnerie, elle ne présente que des images lugubres, n'exprime que des sentiments de deuil et de vengeance. D'ailleurs son origine seule suffirait pour la condamner. 

Militarisme. Institution essentiellement pacifique, la Maçonnerie doit se poser avant tout comme l'adversaire implacable de la guerre et de tout ce qui s'y rattache, anathématiser formellement l'état militaire, condamner avec indignation les armées permanentes et l'esprit de conquête, flétrir avec un juste mépris le soi-disant honneur et l'uniforme militaires ; surtout ne pas reconnaître les Loges prenant cette qualification. Elle le doit, sous peine de forfaiture. Les Maçons feront-ils moins que les Quakers et les Mennonites, moins que les Esséens, dont ils se croient descendre et qui ne connaissaient pas la doctrine du Christ ?

Quoique amplement traité page 287 et suivantes de cet ouvrage, ce sujet ne saurait être discuté avec trop de soin. Je renvoie les lecteurs à l'excellente publication intitulée : De la guerre et des armées permanentes, par M. P. Larroque, ancien recteur de l'académie de Lyon  

Mystères et secret. Quels mystères cache la Maçonnerie ? Quel est son secret ? Je crois que les Souverains Grands-Maîtres absolus du quatre-vingt-dixième grade du rite de Misraïm eux-mêmes, seraient assez embarrassés de répondre à cette question. La Maçonnerie n'a résolu et ne résoudra, pas plus qu'un autre système quelconque, ni les problèmes de la vie ni ceux de la société, et tout son secret consiste à soulager les misères humaines par la fraternité. Ce secret, elle doit le révéler hautement, le proclamer sur tous les toits, et dès lors, il ne peut plus être appelé secret.  

Philanthropie. Parmi les gravures qui ornent la belle histoire de la Franc-maçonnerie, par Clavel, la dix-huitième représente le guerrier Brandt, Maçon, sauvant la vie au capitaine Mac Kinsty, qui, fait prisonnier à la bataille des Cèdres, est déjà lié à un arbre pour être brûlé vif par les Iroquois. Mais il fait le signe de détresse. Alors l'Indien, qui avait été élevé en Europe et initié, lui sauve la vie.

Clavel cite encore d'autres exemples de ce genre, pour prouver l'excellence de l'institution. Ils ne prouvent, selon nous, que son imperfection ; car Brandt, s'il avait bien compris ses devoirs : 1° n'eût pas pris part à la guerre ; 2° s'il y était forcé, il devait en atténuer les horreurs et ne pas brûler les prisonniers ; 3° s'il pouvait sauver un Maçon, il pouvait de même sauver tout autre prisonnier. Ou bien est-il dit que les Maçons ne doivent point ménager les profanes, et ne se secourir qu'entre eux ? 

Symbolisme. J’aime celui de la Maçonnerie. Il s'adapte parfaitement à ses principes, et donne à la Loge un air mystique, des formules et des images pittoresques, qui charment l'imagination et éveillent de grandes pensées. Mais on le trouve surchargé, exagéré. Il n'est plus adapté à l'esprit moderne, car il est dans la nature du symbolisme de s'atténuer, de s'amoindrir, au fur et à mesure que les idées progressent et que les institutions libérales s'affranchissent et se développent.

On pourrait sans inconvénient supprimer tout ce qui a trait à l'ancienne astronomie.

Il faut en dire autant du langage et des signes de convention. La Maçonnerie doit s'infiltrer dans la société, et non s'en tenir séquestrée. Elle doit se généraliser, se répandre partout, et puisqu'elle peut aujourd'hui marcher tête haute et déployer sa bannière, pourquoi ces prétendues formules secrètes, qui n'ont plus de portée ? Pourquoi, par exemple, conserver cette périphrase banale : Le Grand Architecte de l’Univers, tandis que le mot Dieu est bien plus expressif ? Pourquoi toutes ces abréviations, qui ne cachent rien et que tout le monde connaît ? Pourquoi un alphabet, un comput et un calendrier spécial ? 

Epreuves. Assurez-vous que le récipiendaire abhorre le militarisme, la guerre et le duel, qu'il est prêt à sacrifier une partie de plaisir pour soulager une infortune, à secourir indistinctement tout malheureux, à traiter tous les hommes comme égaux sans s'abaisser devant les grands, sans s'enorgueillir devant les petits, à soutenir toujours et partout les principes de l'institution maçonnique ; trouvez ces garanties : cela vaudra mieux qu'une pincée de lycopode et qu'un cliquetis d'épées inoffensives. 

Telles sont les réflexions et les observations que j'ai recueillies dans le monde profane sur la Maçonnerie. Je m'en suis constitué l'écho et l'interprète dans l'unique but de perfectionner l'institution et de provoquer une justification qui, je suis sûr, gagnera à sa cause, plus d'un esprit sérieux...

 

Source : Isis ou l’initiation maçonnique

Par Dr Berchtold Beaupré - Publié dans : histoire de la FM
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Samedi 13 septembre 2014 6 13 /09 /Sep /2014 08:37

Il nous a semblé convenable de faire précéder un ouvrage consacré à la Maçonnerie, de quelques vues sur cette institution aussi étonnante par son ancienneté que par les ténèbres dont se trouve enveloppée son origine. 

La Maçonnerie pourrait être comparée aux fameuses pyramides d'Egypte, d'où elle semble sortir. Ces constructions gigantesques, quoique dépouillées des marbres qui les rebâtissaient, quoique leurs issues soient fermées, et leurs souterrains silencieux, ces monument attestent encore, par leur grandeur et leur majesté, la puissance. de leurs fondateurs et leurs connaissances dans les arts et dans les sciences. Les pyramides semblent encore annoncer à l'esprit étonné, les mystères auxquels elles conduisaient ; de même la Maçonnerie, aujourd'hui décolorée, est encore une grande institution, dont l'histoire excite vivement la curiosité, et sur laquelle on ne sait quel jugement porter. 

Est-ce une institution moderne ? est-ce une suite des anciens mystères ? ou bien, est-ce l'un et l'autre ? Rien n'est écrit dans les archives de la société sur ce sujet; tout est de tradition; comment faire la part de ce qui est antique, et la séparer de ce qui est ou serait moderne ? 

Nous n'entreprendrons pas de faire cette séparation, nous le laissons à la sagacité du lecteur ; nous nous borneront à présenter là-dessus nos idées, sans prétendre ' imposer à personne notre sentiment pour règle. Petit-être ouvrirons-nous à d'autres une route nouvelle -à parcourir; nous nous estimerons heureux, si nous parvenons à faire jaillir quelques étincelles de lumière nouvelle. 

On a déjà beaucoup écrit sur la Maçonnerie, sans rien éclairer. Les écrivains non Maçons en ont parlé peut-être avec trop de mépris, et presque toujours dans l'ignorance de la chose. Les écrivains Maçons, les orateurs de loges en ont parlé avec enthousiasme, et souvent avec des préventions qui leur ont fait manquer ou dépasser le but. Ni les uns ni les autres ne nous ont appris ce que l'on désirait de savoir; ils n'ont pu pénétrer dans le secret de l'institution, ou ils ne l'ont pas voulu ; ils se sont tus sur son histoire ; tout paraît muet à cet égard. 

Ce n'est pas moins une chose bien extraordinaire, que l'on en soit encore à désirer des faits positifs sûr l'histoire d'une société si répandue dans tous les pays civilisés, surtout lorsque l'on apprend qu'elle a compté parmi ses membres les, hommes les plus éclairés de tous les teins, lorsque l'on y voit encore aujourd'hui des hommes justement estimés pour l'étendue de leurs connaissances et de leurs lumières.  

Comment des savants de toutes les nations ont ’ils pu participer aux mystères de la Franc-Maçonnerie sans paraître seulement  s'être informés de leur sources ?

Comment, s'ils l'ont fait, et s'ils ont été mis dans le secret, n'en ont-ils laissé aucune trace dans leurs ouvrages ? Ils affectent en général sur ce sujet le silence le plus profond. 

Serait-ce que, comme les initiés  aux mystères des anciens, la religion du serment les eût arrêtés au moment de parler ? Mais ce serment ne leur interdisait pas les recherches sur l'histoire de la Maçonnerie; ce n'est donc que le défaut de documents qui les a empêchés de s'en occuper. 

Et nous, privés de même des matériaux nécessaires, oserons-nous présenter au lecteur nos conjectures sur l'origine de cette noble institution ? 

Ce n'est certes pas sans une extrême défiance de nous même que nous allons essayer de soulever un coin du voile épais qui la couvre; mais nous avons pour excuse cette défiance elle-même, et la conscience de nous livrer avec un cœur simple à la recherche de la vérité. 

Quels que soient les doutes élevés par plusieurs écrivains sur l'ancienneté de la Franc- Maçonnerie, nous ne persistons pas moins à croire qu'elle a son berceau dans les mystères Egyptiens. Les trois grades connus sous le titre de Maçonnerie bleue justifient notre opinion ; mêmes épreuves, même enseignement, mêmes résultats, tout y est semblable, à la différence, cependant, des machines qu'avaient à leur disposition les prêtres initiants de l'antiquité, du temps qu'ils employaient à la préparation du Néophyte, et de celui qui lui était nécessaire pour l'étude des sciences, dont on se borne, dans l'initiation maçonnique, à donner la nomenclature. 

Nous pouvons juger de ce qu'étaient les obstacles à vaincre dans l'initiation par le beau tableau du VIéme livre de l'Enéïde, où Virgile conduit son héros dans les enfers, tableau qui a été regardé, même du temps d'Auguste, comme la. peinture des épreuves de l'initiation ancienne. On trouve dans L’Anne d’Or d'Apulée des détails très piquants sur la nature de ces épreuves..  

On trouve enfin dans les voyages de Sethos et dans ceux de Pythagore, ouvrages remplis d'érudition et de recherches curieuses sur les mœurs de l'antiquité, on y trouve, disons-nous, des récits qui paraissent fort exacts, des travaux auxquels on soumettait ceux qui prétendaient à l'initiation. ils étaient si grands, et, les épreuves si terribles, qu'il est dit qu'Orphée y succomba, et qu'il n'obtint sa grâce qu'en faveur des mélodieux accords de sa lyre. 

Que les Maçons qui veulent comparer et s'instruire, se donnent la peine de lire les ouvrages que nous venons d'indiquer ; ils reconnaîtront que les épreuves modernes sont une véritable représentation des anciennes auxquelles l'état actuel de nos connaissances, ni les rapports des individus avec la société, ne permettent plus d'assujettir les aspirants. 

Les prêtres initiant participaient, dans les temps dont nous parlons, au pouvoir du gouvernement; la société civile n'avait ni le droit ni la volonté de leur demander compte des individus qui étaient entrés dans l'intérieur de leurs temples, quelquefois pour n'en sortir jamais.  

Ces temples occupaient une vaste étendue de terrain, absolument fermée aux profanés ( On nommait temple, non seulement le lieu où l'on se réunissait pour les cérémonies du culte, mais encore toute l'enceinte des bâtiment occupés par les prêtres destinés à ce service. ) 

A 'aide de la physique, dans laquelle ils étaient instruits, ils pouvaient en imposer à l'imagination, déjà préparée par la terreur et par les dangers réels auxquels on avait exposé le Néophyte. 

Tout aujourd'hui s'oppose à l'emploi des mêmes moyens ; mais le souvenir en est fidèlement conservé. 

Comment donc les mystères sont-ils parvenus jusqu'à nous ? A quelle époque les initiés ont- ils pris le nom de Francs-Maçons ? C'est ce qui nous paraît difficile à déterminer; mais cette incertitude ne détruit pas ce que nous avons dit pour prouver que les mystères anciens et la Franc-maçonnerie sont une même chose; et telle est à cet égard notre persuasion, que nous ne pensons pas que l'on en puisse encore douter. 

Nous conviendrons avec tout le monde qu'après la Maçonnerie bleue, qui se compose des trois premiers grades ou degrés, le surplus est d'invention moderne, quoique ces additions mêmes nous paraissent appartenir à des temps déjà éloignés. Une grande partie des additions appartient à l'histoire des Templiers; une autre paraît avoir servi de lien aux philosophes hermétiques, lorsqu'ils s'occupaient de la recherche de la pierre philosophale, folie à laquelle nous devons la découverte de la chimie, l'une des sciences les plus belles et les plus utiles. Une autre partie enfin semblerait être due à un reste de judaïsme conservé par les initiés de l'Orient, et que nous regardons comme ceux par qui nous avons reçu les mystères actuels. 

On demandera peut-être comment la Maçonnerie bleue a emprunté le fond de son système dans la Bible, et employé le langage hébraïque pour ses mots mystérieux ? Nous croyons pouvoir donner de ce fait une assez bonne raison. 

On paraît s'accorder sur l'opinion que les mystères, ou plutôt la Maçonnerie, ont été introduits 'en Europe par les croisés, et ce serait peut-être à cette époque qu'ils auraient pris le nouveau nom. On ne serait pas surpris que ceux qui s'armaient dans la vue de reconquérir la Terre Sainte, d'y planter l'étendard de la foi catholique, ayant trouvé les mystères conservés dans cette partie de l'Asie par le peu de chrétiens qui y étaient encore, les aient adoptés comme un lien qui les unit plus étroitement à des hommes qui pouvaient et qui devaient leur être fort utiles; il ne serait pas étonnant, disons-nous, que les nouveaux initiés eussent adopté, avec la langue des premiers, le projet même de la reconstruction du temple de Jérusalem, reconstruction qui est toujours l'objet des vœux du peuple Juif, et que, par cette raison, ils se fussent désignés sous le titre de Maçons libres, par opposition au métier de maçons proprement dit, qui n'était exercé que par les esclaves ou par les serfs, et parce qu'en effet il fallait être de condition libre pour être admis â l'initiation. Bien ne nous parait plus naturel. 

Cela posé, il nous semble facile de concevoir comment la Maçonnerie a puisé dans la Bible les moyens et les titres de son organisation, ou plutôt de sa réorganisation. On sait que les premiers chrétiens étaient des Juifs réformés ; qu'avant que la religion nouvelle eût pris une forme extérieure, les réformés n'en suivaient pas moins la loi de Moïse. Les initiés, qui avaient fait la révolution, durent être bientôt dépassés par de nouveaux zélateurs : il y a apparence qu'ils n'adoptèrent pas toutes les innovations ; les schismes dont l'histoire de la religion chrétienne est remplie, en sont la preuve. Les initiés demeurèrent donc Chrétiens-Juifs, la Bible était toujours leur livre sacré, leur loi fondamentale ; et leurs formules restèrent hébraïques. 

Que les mystères aient subi quelques changements lorsque les Européens furent initiés en assez grand nombre pour former une société à part, cela est possible; mais ils n'auront pas voulu, sans doute, se séparer absolument des Hébreux qui leur avaient enseigné ces mystères, et ils auront pris dans l'histoire de ceux-ci, dans leurs livres canoniques, les mots et les emblèmes de la Maçonnerie ; c'était un moyen certain de continuer à s'entendre et de lier les mystères anciens aux nouveaux. Telle était la destinée de la religion judaïque, de produire toutes les institutions de la catholicité. 

Mais depuis longtemps, sans doute, les mystères égyptiens avaient dû être accommodés à la croyance et au culte des Hébreux; la Franc-maçonnerie, que nous ne faisons remonter qu'à l'époque des Croisades, pourrait bien dater de temps plus reculés ; et, dans ce cas, la question posée se trouverait toute résolue, puisque les Hébreux ne devaient pas chercher ailleurs que dans leurs livres les emblèmes avec lesquels ils voulaient familiariser les initiés. 

Ceux qui, depuis, ont ajouté aux degrés de l'initiation, n'auront eu qu'à suivre le premier thème; et il était tout simple qu'ils puisassent dans les mêmes sources. 

Les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus sous lé nom de Templiers, ou leurs successeurs Francs-Maçons, paraissent être, comme nous l'avons dit, les auteurs de la majeure partie de ces additions. Nous penserions qu'elles avaient été imaginées par les Templiers dans les teins de leur splendeur pour s'isoler de la foule des initiés, si nous ne remarquions pas que les nouveaux degrés d'initiation ont presque tous pour motif la situation de l'Ordre après sa chute.

Nous ne faisons pas de doute, comme on voit, que les Templiers étaient des initiés, même dès leur institution; nous pensons encore que c'est à eux que l'Europe doit la Maçonnerie, et que ce sont là les pratiques secrètes qui ont servi de prétexte à l'accusation d'irréligion et d'athéisme qui les a conduits à une fin si tragique. Tout confirme cette opinion. 

Les malheurs de ces chevaliers, les persécutions auxquelles ils succombèrent, les forcèrent à chercher un dernier refuge dans ces mêmes mystères, à l'établissement desquels ils avaient tant contribué ; ils y trouvèrent quelques consolations et des secours. Leur situation n'étant pas commune aux autres initiés, ils songèrent à se resserrer entre eux, sans cependant se séparer de la grande famille des Francs-Maçons ; ils formèrent les grades ou degrés que nous voyons ajoutés aux trois premiers, et ne les communiquèrent, sans doute, qu'à ceux des initiés sur l'attachement desquels ils croyaient pouvoir compter. 

Les Templiers ont disparu dans l'ordre civil .L'Ordre des Templiers s'est cependant conservé en France, et prouve une succession non interrompue de grands-maîtres depuis J. Molay, qui, avant de périr, désigna J. M. Larmenius pour son successeur. La Charte originale de transmission, et quelques insignes de l'ordre, sont conservés avec soin dans la maison conventuelle qui subsiste à Paris. On compte parmi les grands- maîtres depuis J. Molay plusieurs princes de la Maison de Bourbon.); mais ils ont laissé des successeurs dans la Franc-maçonnerie, et leurs institutions leur ont survécu. 

Telle nous paraît être l'histoire et la marche de la Franc-maçonnerie.

Mais, nous demande-t-on chaque jour, qu'est- ce que la Maçonnerie ? Quels sont donc ses mystères, dont on parle tant aux initiés, et qu'on ne leur révèle jamais ? 

Cette question, qui nous a été faite souvent, même par des Francs-Maçons, mérite considération, et nous allons y répondre. Nous ne pouvons cependant nous défendre de quelque surprise, toutes les fois qu'un initié nous interroge sur ce sujet, et nous jugeons qu'il ne s'est pas donné la peine de réfléchir, ou qu'il n'a été frappé que de la superficie des formes. 

Nous conviendrons, si on l'exige, que la Franc-maçonnerie, devenue aujourd'hui presque vulgaire n'est plus en effet ce qu'elle était dans ses commencement; mais nous ajouterons qu'il n'est pas nécessaire qu'il en soit autrement, et qu'au surplus, ce n'est pas la faute de l'institution, mais bien celle des hommes et des circonstances, qui ne sont plus et ne doivent plus être les mêmes. 

Nous avons vu que la Franc-maçonnerie et les mystères anciens ont un tel rapport entre eux, que l'on peut, sans trop bazarder, considérer l'une comme la succession des autres. Or qu'étaient-ce que les anciens mystères ? Qu'y enseignait-on aux initiés? Quelle révélation leur était faite ?

Si nous consultons lés ouvrages qui ont traité des mystères, nous apprenons que leur secret était la doctrine des sages, des philosophes de l'antiquité, qui, abandonnant au peuple ignorant et stupide l'idolâtrie qui leur paraissait si chère, se réunissaient pour n'adorer qu'un seul Dieu, créateur et conservateur de toutes choses, un Dieu vengeur et rémunérateur, le seul Dieu éternel digne des hommages des hommes. 

L'initiation était divisée en plusieurs degrés ou époques; l'initié n'était éclairé que successivement et avec précaution, pour ne point trop choquer les préjugés de sa première éducation; il fallait qu'il fût déjà sorti de l'âge des passions; on le persuadait en l'instruisant, et on n'avait garde de lui imposer la croyance par l'autorité. On le- formait dans les sciences humaines, alors renfermées dans le seul sanctuaire des temples, avant de lui montrer la vérité. C'était seulement après des études qui duraient au moins trois ans, et quelquefois davantage, que l'on conduisait le Néophyte dans l'intérieur, dans la partie la plus secrète du temple, où on lui dévoilait le vrai but de l'initiation. 

Les initiés regardaient donc avec mépris l'idolâtrie dont ils avaient appris à connaître l'absurdité ; et si, rendus à la société, ils respectaient les cultes établis, et s'y soumettaient, ce n'était que par déférence pour des opinions qu'il eût été dangereux de combattre ouvertement.

Aussi, à mesure que l'initiation s'est étendue, à mesure que la philosophie et les arts ont éclairé les peuples, le  culte des idoles, a perdu son crédit, et il a fini par être absolument oublié. 

Tel était le but secret des grands mystères, et il a été atteint, mais après des efforts, innombrables. 

De l'initiation sont sortis tous les philosophes qui ont illustré l'antiquité; à l'extension seule des mystères on a dû le changement qui s'est opéré dans la religion des peuples. Lorsque les mystères sont devenus vulgaires, cette grande révolution a été faite. 

Moise, élevé eu Egypte, dans la cour du Pharaon  et sans doute initié aux mystères égyptiens, est le premier, qui ait, établi le culte public du Dieu des initiés, du vrai Dieu. Son décalogue. n'est autre chose que la loi qui gouvernait les initiés, et sa physique est toute puisée dans les temples de Memphis. 

Mais la loi de Moïse n'était encore qu'un essai imparfait de l'application des principes de l'initiation; les temps n'étaient pas encore venus, où ces principes deviendraient la religion universelle, à cause de cela nommée catholique. Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ce qui s'est opposé à ce que la religion hébraïque ait fait des prosélytes, ni ce qui l'a empêchée de s'étendre hors de la maison d'Israël ; mais après l'accomplissement des temps, on voit sortir du sein de cette religion, et probablement du secret même de ses initiations, une religion nouvelle, plus pure que la première, qui n'appelle plus seulement une famille, une nation, mais tous4les peuples de la terre à la participation de ses mystères. 

L'initiation ancienne était donc la vraie religion, celle qui, depuis, a été nommée à juste titre catholique, parce qu'elle doit être celle de toutes les nations éclairées de l'univers, la religion qu'avait d'abord enseignée Moïse, celle qu'a prêchée Saint Jean, celle enfin de Jésus. Oui, la religion chrétienne est sortie des mystères de l'initiation, telle qu'elle était dans sa première simplicité ; et c'est cette sainte religion que l'on a conservée avec soin dans les temples de la Franc-maçonnerie. 

Nous pourrions, par des rapprochements sans nombre, faire voir que jusqu'aux formes du culte, que jusqu'à la hiérarchie ecclésiastique, tout, dans la religion chrétienne, est tiré des usages et des rituels des initiés, prédécesseurs des Francs-Maçons, si les bornes que nous nous sommes prescrites dans cet Essai nous le permettaient. L'Évangile cet œuvre de la morale la plus douce, la plus pure, ce livre vraiment divin, était le code des initiés, et l'est encore de la Maçonnerie. 

Si nous avons démontré que la Franc-maçonnerie est une succession des anciens mystères, (et nous croyons y être parvenus) si, disons-nous, les mystères étaient eux-mêmes la véritable religion de Jésus, il s'ensuit que la Maçonnerie est cette même religion qui, constamment, a combattu le matérialisme de l'idolâtrie, mais qui, avec la même constance, a refusé d'admettre les dogmes mystiques que la superstition, ou bien le zèle enthousiaste de quelques âmes ardentes ont trouvé le moyen d'enter sur l'arbre évangélique. 

On nous dira peut-être que, cela étant ainsi, les mystères ont dû être sans objet raisonnable, dès le moment de l'établissement et de la profession publique du culte et de la croyance des initiés ; que le secret de leurs assemblées devenait au moins inutile. 

Nous sentons toute la force de cette objection ; mais qui ne sait que la religion catholique a lutté pendant plus de trois siècles contre le paganisme, qui était le culte dominant, et contre les persécutions sans nombre que cette religion, son ennemie naturelle, a dû lui susciter ? qui ne sentira que le secret lui a été longtemps nécessaire avant d'obtenir seulement la tolérance, et enfin jusqu'au moment où Constantin la plaça sur le trône ? et encore, depuis le triomphe de la religion catholique, qui a été aussi l'époque des plus grands schismes et des disputes théologiques les plus sanglantes, les hommes sages et paisibles qui voulaient conserver pure la science divine, n'ont- ils pas dû se tenir éloignés des disputant, se renfermer de nouveau dans le secret des initiations, et par ce moyen en' transmettre l'esprit dans toute son intégrité ? Il nous semble que c'est ainsi que l'on peut rendre raison de la perpétuité des assemblées secrètes des initiés, et expliquer la transmission de leurs mystères jusqu'à nos jours ; de là les persécutions suscitées contre les Maçons par les ministres d'une religion qui aurait dû les regarder comme ses appuis les plus solides et ses plus fermes soutiens. 

Quoi qu'il en soit de la succession des mystères, il paraît évident, par les emblèmes qui décorent les Loges des Maçons de tous les rites, que, lors de leur introduction en Europe sous le nom de Franc-maçonnerie, on y a reconnu un but religieux.. Mais la Maçonnerie avait encore un autre but, c'était celui de l'hospitalité envers les soldats chrétiens, envers les veuves et les orphelins des guerriers morts pour la religion dans les champs de l'Asie; et l'on doit reconnaître dans cette dernière intention la cause du crédit qu'obtint dès l'origine cette institution.. toute philanthropique. 

L'Europe se lassa enfin d'envoyer périr la fleur de ses citoyens dans un pays si funeste à ses armées; les calamités qui avaient accompagné une guerre éloignée et désastreuse cessèrent; mais l'amour, duprochain ne cessa point d'animer les initiés. Francs-Maçons ; les liens qui les unissaient ne furent point brisés pour cela, et les malheurs ordinaires de la vie ne manquèrent pas d'offrir à leurs vertus bien des moyens de s'exercer. 

Une occasion terrible s'en présenta bientôt. Les chevaliers du temple, qu'ils regardaient, avec raison, comme leurs instituteurs, périrent par une catastrophe épouvantable ; ceux qui échappèrent aux échafauds se réfugièrent parmi les Francs-Maçons, qui les accueillirent comme des fils accueillent leur père, les soutinrent et les protégèrent de tout leur pouvoir.

Peu curieux de disputes théologiques, les Francs-Maçons se firent une loi de ne s'occuper jamais d'opinions religieuses; ils oublièrent en quelque sorte que leur institution était le dépôt de la vraie religion catholique ; ils se bornèrent à prêcher dans l'intérieur de leurs temples, la morale de l'Évangile, à recommander la soumission aux lois civiles, à exalter toutes les Vertus sociales et particulièrement l'hospitalité et la bienfaisance. 

Il ne s'ensuit pas de là, sans doute, que tous les Maçons individuellement soient vertueux; mais la société maçonnique l'est par essence ; elle ne pourrait subsister sans cela. Combien d'actes particuliers de générosité ne pourrions- nous pas citer pour prouver que la Maçonnerie est un véritable bienfait pour la société ! Combien d'établissements de bienfaisance fondés et entretenus par dés loges, ne pourrions-nous pas désigner à la 'reconnaissance publique! Mais ce serait affliger lés Maçons que de lés nommer; la première de leurs maximes est de cacher soigneusement la Main qui donne.

Nous avons vu que la Franc Maçonnerie est une institution religieuse et philanthropique.

Sous le premier aspect, la sagesse de ses principes, la pureté et la douceur de sa morale, si conforme à celle de l'évangile, doivent nécessairement en faire l'objet d'un profond respect.

Sous le second rapport, qui la rend si recommandable, c'est une institution que l'on ne peut trop encourager.

C'est, n'en doutons pas, par un trait de la plus haute sagesse de la part des Francs-Maçons, que le côté religieux est abandonné à la sagacité des initiés, et que l'on néglige de leur révéler les mystères que cachent aux yeux superficiels les signes emblématiques de la Maçonnerie; tandis que tous les discours, tous les exemples sont dirigés de manière à recommander l'amour de ses semblables comme la vertu distinctive des vrais Maçons. 

Tel est le véritable but de cette institution si injustement méprisée par ceux qui ne la connaissent pas. Les initiés savent que nous n'avons rien dit que de vrai; si notre bonne foi ne peut persuader les non-initiés, nous espérons au moins de leur esprit de justice qu’ils ne condamneront pas à l'avenir nos frères sans les entendre, et qu'ils avoueront que si nous avons représenté la Maçonnerie telle qu'elle est en effet, elle est digne de l'estime des honnêtes gens.

 

 Source : tuileur de Vuillaume

Par Vuillaume - Publié dans : histoire de la FM
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Mercredi 10 septembre 2014 3 10 /09 /Sep /2014 08:15

La Franche-Maçonnerie fut, dès son origine, une institution de haute portée. Elle renfermait une de ces idées-mères- frappent les esprits, les éclairent et, les gouvernent.

Plus la Franche-Maçonnerie fut connue, plus on comprit ce qu'elle avait de grand, de noble et de beau dans ses, principes ; de profond dans ses mystères, d'ingénieux dans ses formes.

Elle est restée pour, les adeptes ce qu'elle parut à ceux qui, les premiers, mirent en pratique ces principes), ces mystères, ces formes : tout, en elle, est encore respecté et conservé malgré un siècle et plus d’existence, malgré les révolutions qui se sont faites dans les choses et dans les esprits depuis 40 années.

C'est que pour les bons. Esprits, on ne refait pas des doctrines parfaites c'est que par eux et pour eux, les vieux et saints monuments sont toujours des objets sacrés.

Et qu'on ne conteste pas cette vérité dont la fable nous offre un exemple. Minerve sortit tout armée du cerveau de Jupiter. Aucune divinité de l'Olympe n'imagina de refaire l’œuvre du maître des dieux, et nul mortel, dans sa sagesse ou dans sa folie, ne rêva qu'il pouvait rivaliser avec Jupiter. Minerve est donc acquise aux siècles païens, et Minerve est toujours pour l'imagination et la poésie l'image de la Sagesse.

La Franche-Maçonnerie est l'allégorie de la sagesse divine et humaine, inspirée à l'homme par Dieu lui-même, ou créée par l'homme en puisant dans les perfections qui font l'attribut de la divinité et en réunissant à elles toutes les vertus qui peuvent appartenir à l'humanité elle-même.

Cette célèbre institution de la Franche-Maçonnerie n'a pas paru toutefois à des imaginations sombres, singulières, folles ou gracieuses, une création en harmonie avec leurs intérêts ou leurs dispositions diverses.

Ne pouvant rien inventer de mieux, de plus remarquable, de plus fait pour inspirer la confiance, pour frapper l'imagination, ils ont conservé la Franche-Maçonnerie, mais en la dénaturant pour l'approprier au but qu'ils se proposaient.

C'est ainsi que l'Illuminisme, le Carbonarisme, la Fenderie, la Tabacologie et la Maçonnerie des dames sont, pour les Francs-Maçons, la Franche-Maçonnerie altérée ou parodiée, et, pour les illuminés, les : Charbonniers les Fendeurs, les Priseurs et les partisans des Loges d'adoption, selon leurs vues, les terne et les circonstances, des modelions mystérieuses, la Franche-Maçonnerie perfectionnée, même la vraie Franche-Maçonnerie.

Nos lecteurs comprendront bien toute la différence qui existe entre la Franche-Maçonnerie et ces associations toutes diverses, toutes particulières ; ils comprendront mieux encore quand ils auront, avec nous, porté un regard sur la Franche-Maçonnerie et sur ces associations.

La Franche Maçonnerie tend à l'amélioration des hommes, des institutions et des mœurs; elle parle à l'esprit, au cœur, à tous les sentiments nobles et généreux; elle se propose la fraternité universelle ; elle recommande, comme première vertu, la philanthropie; en elle, tout est lumière et humanité. Désintéressée dé toute opinion politique et religieuse, elle prêche la paix et la tolérance. Elle calme les passions, éclaire les esprits et rapproche les cœurs. Elle veut tout mêler pour tout épurer. Dans ce creuset moral, l'alliage c'est-à-dire les passions violentes, les vices, sont rejetés sans retour, car à ses yeux aucune passion violente, aucun vice ne peut s'allier avec ses principes.

Voilà Franche-Maçonnerie !

Voyons les autres associations.

L’illuminisme, secte d’extravagants ou de chevaliers d'industrie, et, comme conséquence inévitable, d'esprits, faibles et de dupes, n'est pas de notre époque. Le charlatanisme et la déception ne prennent plus de voiles aussi mystérieux, ne s'entourent pas des mêmes prestiges, ne cherchent pas de routes aussi longues et aussi difficile a à parcourir ; ils ne font plus tant de façons, disons-le familièrement, pour s'emparer de l'esprit et de la fortune de ceux qui semblent nés pour être trompés. L’illuminisme n'a guère été connu en France qu'à l'époque où Cagliostro y vivait, il y a plus d'un demi-siècle. Ce charlatan Illuminé ne tira parti de ses connaissances dans cette secte que dans l’intérêt de sa fortune. On doute même que l'Illuminisme existe encore en Allemagne, cette terre classique du néologisme et de toutes les spéculations intellectuelles, moins, en général, la friponnerie..

Le Carbonarisme, secte politique, a particulièrement existé en Italie sous la domination française de la République et de l'Empire; il était hostile aux vainqueurs, alors c'était l'esprit national, et les vainqueurs seuls pouvaient s'en plaindre, et s'efforcer de le réprimer. La chute de l'Empire Français  ne l'a point éteint ; l'ancien gouvernement rétabli dans les différents états, d'Italie, l'a persécuté. Il ne l'a pas détruit non plus ; il l'a seulement forcé de se cacher davantage. En France, depuis 1814 jusqu'en 1830, le Carbonarisme n'a point été conspirateur en action, mais en théories politiques. Il était dangereux pour les hommes à systèmes rétrogradables que par les idées. La révolution de juillet 1830 a frappé de mort dans nos contrées. Le procès récemment jugé à Toulouse a prouvé- qu'en voulant le faire revivre, on n'avait réussi qu'à le rendre misérable et ridicule.

Dieu nous garde de ses efforts de pygmées qui se croient des géants, qui voudraient &ire du mal et ne font que des sottises ; qui se tourmentent, heureusement, sans tourmenter les autres.

La Fenderie, espèce de Carbonarisme par les lieux et un peu par les termes, bien antérieure au Carbonarisme, et qui n'existe plus depuis trente ans, avait un objet louable, aider les voyageurs qui, dans les forêts et sur les routes, pouvaient courir- des dangers. An moyen de paroles et de signes ils appelaient à leur secours les Fendeur ou Bons, Cousine, et s'il s'en trouvait à leur portée, ils en recevaient défense et secours. En ville comme dans les bois, les Bons Cousins se prêtaient assistance, se secouraient mutuellement. Rien n'était plus original, plus gai, plus fou que leu réceptions dans la Fenderie. C'était une parodie des plus plaisantes de la Franche-Maçonnerie. Mais si la Fenderie amusait, elle était utile. Les Francs-Maçons ne dédaignaient pas de se faire admettre dans ses Chantiers. Ils étaient de droit Bons Cousins ; il leur suffisait de prêter serment de fidélité à l'association et d'en remplir loyalement tous les devoirs. Ce serment, ils le prêtaient volontiers et le tenaient comme l'un principe maçonnique.

La Tabacologie ou société des Priseurs avait au lieu de Loges et de Chantiers, des Manufactures. L'une d'elles était établie, il y a 20 ans dans l'emplacement de l'ex-théâtre Molière, rue Saint-Martin, disposé, décoré et avec tout ce qui était nécessaire aux réceptions et aux pratiques de la société. La culture, la manipulation et l'usage du tabac dans toutes les manières de l'employer et de le consommer, formaient l'étude de la société Tabacologique, qui avait aussi ses mots, ses signes de reconnaissance. A ces choses matérielles se rattachaient des idées morales et une assistance mutuelle. C'était une société de personnes honorables, presque toutes appartenant aux sociétés maçonniques. Si elle existe encore elle est concentrée dans un cercle d'amis. Elle peut offrir du charme, du bonheur, mais non ce qui soutient les sociétés et les hommes, la magie de l'éclat et de la célébrité.

La Maçonnerie des Dames n'a pu être créée que par des Francs-Maçons, non parce que la Franche- Maçonnerie ne leur suffisait pas, mais parce qu'il était contre leur esprit, leur caractère, leurs habitudes d'avoir exclusivement des assemblées, comme Francs-Maçons, où les dames n'assistaient pas. Il y avait bien aussi un autre motif, celui d'une sage prudence. Les femmes des Francs-Maçons voyaient les longues et fréquentes absences de leurs époux avec peine, avec mécontentement. Peine et mécontentement ne se concentraient pas dans l'âme de ces dames. Ces deux sentiments fâcheux s'exhalaient en plaintes, en observations plus on moins vives et piquantes; menaces graves s'y joignaient parfois. Les attaqués n'étaient pas indifférents aux dangers qu'un mouvement de dépit, un mot un peu équivoque faisaient entrevoir. Il est sage aux hommes de ne pas donner lieu au courroux des dames; il est très judicieux de ne pas négliger les bons avis qu'elles donnent parfois et il y avait dans tout cela un point si délicat, que les hommes aussi excellents Maçons qu'excellents maris; révèrent. Un rêve heureux, salutaire, consolateur se réalisa dans la Maçonnerie des Dames. La Franche-Maçonnerie fut créée par des sages. Des FF.·. ingénieux et spirituels se dirent : Que la Maçonnerie des Dames se fasse, et la Maçonnerie des Dame fut faite. Il y a eu plus que de l'inspiration il y a eu du génie dans cette création qui rapproche les deux Maçonneries sans les confondre. Le Paradis terrestre, le fruit défendu, un serpent tentateur, un sexe charmant tenté, du bonheur, du plaisir dit la morale, des réunions belles et nombreuses des mystères, des épreuves de jolies récipiendaires, des femmes qui gouvernent, des cavaliers qui ne sont jamais qu'en seconde ligne, un banquet brillant, un bal enchanteur, voilà ce qu'on offrit aux dames, voilà ce qui leur plut, et ce qui leur plaira toujours à tous lés âges, car tous les âgés y sont admis et tous y sont convenablement placés. La Maçonnerie des Dames, est à elles, elles en sont les inspiratrices, les directrices, les souveraines. Tous les hommes leur sont soumis, jusqu'au maris quand même.  Nous nous sommes un peu laissé entrainer dans cet examen des institutions ou associations qui n'auraient existé si la Franche-Maçonnerie n'eut pas été inventée.

Laissons de côté l'origine de la Franche-Maçonnerie ; qu'elle soit antédiluvienne, qu'elle soit une dérivation des mystères chez les anciens, qu'elle ait pour type l'exécution morale de la construction matérielle du temple de Salomon, ou qu'elle nous vienne des Anglais qui auraient spiritualisé l'une des corporation d'artisans ( les maçons au propre ) si ancienne et si célèbre et si nationale chez eux, il est historique que la franche-Maçonnerie fut introduite en France en 1727 par des Anglais qui, les premiers y tinrent des Loges et admirent à l'initiation quelques uns de leurs compatriotes et des Français.  Pendant plusieurs années les Loges en Français furent Anglo-Françaises ; longtemps ces Loges relevèrent de la grande Loge d'Angleterre ; mais enfin une grande Loge Française s'établit ; la grande Loge d'Angleterre la reconnut et cessa toute action patronale sur les Loges de France. Les Anglais instituèrent la Maçonnerie sans distinction de rite, c'est à dire qu'il n'y avait qu'une Maçonnerie qu'on qualifiait à Londres ou à Paris ni d'Anglaise ni de Française et encore moins d'Ecossaise. Cette Maçonnerie se bornait à trois grades, à Londres comme à Paris ; on ne distinguait pas même ces trois grades par la qualification de grades symboliques. Ce ne fut que lorsque le docteur Ramsay,  Ecossais, et ses partisans eurent  crées et répandu leurs grades dits supérieurs que l'on classa la seule Maçonnerie qui existait alors, en Maçonnerie symbolique pour désigner la Maçonnerie des trois premiers grades, et qu'on qualifia de grades capitulaires  les grades des nouveaux qu'on tenait en chapitres, et des grades supérieurs , nommés depuis grades philosophiques, les grades que l'on communiquait dans les conseils consistoires. Alors l'ancienne, Maçonnerie introduite par les Anglais, celle des trois premiers grades, reçut la dénomination de rite Français, grades symboliques ; on comprit également sous le titre de rite Français les quatre ordres ou grades capitulaires  que les Français créèrent en opposition aux 25 ou 33 degrés du rite Ecossais dus à l’imagination de Ramsay. Les trois premiers grades du rite Français et les trois premiers du rite Ecossais, se traitent avec une parfaite égalité ; c'est à dire que les Maçons de l'un de ces rites sont admis dans l'autre. Mais le rite Écossais ne fait pas la même concession au rite Français dans les grades plus élevés. Tout le rite Français, ses grades symboliques et ses grades capitulaires ne sont admis dans le rite Ecossais que jusques et compris le 18° degré. Les Ecossais gardèrent d'abord pour eux 7 grades de plus, et en ajoutèrent 8 pour faire le compte de 33, où ils se fixèrent irrévocablement. A l'origine de toutes ces choses, la grande Loge de France à laquelle le G.·.O.·. succéda, résista longtemps au torrent de tant de grades; mais elle fut emportée; c'est-à-dire que ses principaux membres suivirent les nouvelles bannières. Il y eut schisme, il y eut lutte ; en 1814 le G.·.O.·. fit avec l'association Écossaise un concordat où tous les discords fixent pacifiés. Le concordat fut bientôt déchiré, chaque partie accusant l'autre de n'y être pas fidèle. Mais en 1814 le Grand Orient, prenant enfin en sérieuse considération sa position de chef d'Ordre de la Maçonnerie en France, d'administrateur, de législateur, de directeur, de responsable, et comme tel, ayant le consentement de tous les Ateliers de son obédience, pratiqua le rite Ecossais et en conféra tous les degrés, malgré l'opposition des chefs de ce rite, qui, du reste, n'avaient jamais bien justifié de leur, droit à une possession exclusive. Le Succès légitima la détermination. Un autre incident survint. En 1817 un nouveau rite, le rite de Misraïm ou d'Egypte chercha à s'implanter à la souche des rites Français et Ecossais. Ce n'était ni 7 grades ni 33 degrés qu'il apportait ; c'était une masse de 90. Quatre-vingt dix degrés ! Quand les Écossais eux-mêmes, dans leurs trente-trois, en confèrent à peine sept ou huit, et que dans le rite Français sur sept grades on peut en donner trois par communication, il y avait là une étrangeté qui frappa tous les esprits. La Maçonnerie fut en émoi ; le G.·.O.·. douta de la réalité du fait dont on parlait dans la plupart des Loges. Ce doute cessa bientôt. Les importateurs du rite de Misraïm vinrent lui demander droit de cité. La demande et les titres, ou prétendus tels du nouveau rite furent examinés avec un soin particulier par la grande Loge de conseil et d'appel formée en grand directoire des rites. Le travail de cet Atelier supérieur fut mis sous les yeux des deux Grands-Maîtres adjoints de l'Ordre, les maréchaux Beurnonville et Macdonald, et fut approuvé par eux ; mais il fallait pour lui donner toute son action, la discussion dans le Grand Orient et la sanction de ce corps suprême. Le maréchal Beurnonville, qui portait à la Maçonnerie un intérêt de trente années, qui s'était rendu garant près du roi Louis XVIII de l'esprit invariable de l'institution fraternelle i de la conduite toujours loyale des Maçons, de la sagesse du Grand Orient, présida en Personne; et comme il le faisait dans toutes Les assemblées générales, la célèbre séance où la discussion. est lieu et ou le sort du rite de Misraïm fut décidé. Cet acte est trop important pour n'être pas rappelé ici comme document historique. Nous le transcrivons d'après une des circulaires imprimées qui furent adressées par le Grand Orient à chaque atelier de sa correspondance. Voici cet arrêté :

Le Grand Orient de France,

Sur les conclusions du F.·.G.·.Orat.·. conformément à l'avis de la Gr.·. L.·. de conseil et d'appel, et au rapport de la commission nommée dans sa séance du 14éme jour du 114 mois de l'an de la V. L... 5816, conformément à l'art, 3 de la section 3 du chap. 11 des statuts généraux de l'Ordre Maçonnique en France, page 190, pour examiner les titres du rit dit de Misraïm, et les instructions relatives au but et à la moralité de ce rite, dont l'admission est demande an G.·.0.·..

Attendu que les impétrants n'ont point fourni les titres et les instructions exigées par l'article précité des statuts-généraux ;

Attendu qu'il résulte de ce défaut de production, que l'origine et l'authenticité de ce rite ne sont point prouvées;

Attendu subsidiairement que les communications partielles faites à la commission ont prouvé que les 90 degrés dont le rite impétrant est supposé se composer, 68 au moins appartiennent au rite déjà connu et pratiqué par le G.·.0.·. et ne peuvent faire partie d'un rite Egyptien, que l'addition de ces degrés faite arbitrairement et sans droit, par les inventeurs du rite de Misraïm, contredit l'antiquité qu'ils lui attribuent, et pressent de se mettre en garde contre le surplus des degrés, désignés en termes hébraïques ou par une simple numérotation, puisque sous ce voile peuvent encore être cachés d'autres degrés également empruntés aux rites déjà connus.

Attendu que l'assertion de l'introduction de ce rite déjà connu en Italie sous le pontificat de Léon X dans le 16éme siècle, par Jamblique, philosophe Platonicien, qui vivait dans le 4e siècle, 1100 ans avant Léon X étant détruit par le seul rapprochement des dates, il n'est plus permis d'ajouter foi à la pratique actuelle de ce rite à Alexandrie et au Grand Caire, ou l'existence publique et avouée d'une semblable institution ne saurait être ignorée du G.·.O.·. si elle était réelle.

Attendu que les fictions dont il a plu aux inventeurs de ce rite de s'environner, loin de lui donner plus de prix aux yeux des hommes censés, leur inspirent la loi du doute le plus étendu.

Qu'ainsi, s'est en vain que les sectateurs annoncent que le but moral de leur rite est la bienfaisance, la philanthropie et le développement des loi de la nature, par ses grands agents comme par ses puissances secondaires; que sa discipline reconnait pour principes généraux ceux qui régissent tous les rites, le silence gardé sur le dogme, base essentielle de tout rite vis-à-vis le F.·.G.·., dont on ne peut pas plus révoquer en doute la bonne foi que la puissance, est la plus forte présomption de la non conformité de ce dogme avec ceux que la raison avoue ou du manque de mission des impétrants ;

Attendu enfin que dans cet état des choses, le G.·.O.·. ne doit point laisser plus longtemps les Maçons en erreur sur la confiance à donner au rit de Misraïm ;

Arrête à l'unanimité : .

ART. I. Le rite dit de Misraïm ; pour la présentation duquel il n'a pas été satisfait à ce que prescrivent, les statuts généraux de l'Ordre Maçonnique en France, page 190, n'est point admis.

ART . 2. Il est interdit à tout Maçon, tout At.·. sous quelque dénomination qu'il puisse être dans l'étendue de l'obédience du G.·.O.·. de pratiquer ce rite à peine d'irrégularité.

ART. 3. Tout At.·., tout Maçon, soit à Paris, soit dans les départements qui feraient partie des adhérents de ce rite, sont tenus; sous la même peine d'irrégularité, d'en cesser les pratiques le jour même de la réception du présent  arrête, qui sera transcrit textuellement sur les livres d'or ou d'architecture des At.·., et d'y renoncer formellement et explicitement, par une déclaration signée manu proprid et envoyée au G.·.O.·.dans les 38 jours de la notification, ainsi que la copie du procès-verbal de réception.

ART.4 Les arrêtés du G.·.O.·. étant obligatoire pour ses membres, du jour même de leur date, ceux d'entre eux qui, présents à l'O.·. de Paris, appartiendraient aujourd'hui à ce rite, et qui dans les 21 jours n'auront point adressé leur déclaration seront réputés démissionnaires, sans préjudice de l’application qui leur sera faite de la peine portée en l'art. 2.

ART. 5. Les membres du G.·.O.·. absent de l'O.·. de Paris, jouiront du bénéfice du délai de 33 jours accordé audit art. 3.

ART. 6. Lors même que le rite dit de Misraïm viendrait à être présenté de nouveau au G.·.O.·., la prohibition actuelle de son exercice continuera d'avoir son effet, sous les mêmes peines indiquées aux articles précéderas, jusqu'à la promulgation de l'arrêté qu'il plaira au G.·.O.·. de prendre sur cette nouvelle requête.

ART. 7. Le présent arrêté sera imprimé et adressé à tous lis Off.·. et membres du G.·.O.·., à tous les At.·. de sa correspondance et au Gr.·. Consistoire des rites. 

Signé à la minute, le maréchal de Beurnonville, 1er Gr.·.Maît.·. adjoint; le maréchal duc de Tarente, 2e Gr.·.M.·. adjoint ; Roetiers de Montaleau, représentant particulier du G.·.M.·. de Poissy, Rampon, G.·. de Beaumont-Bouillon, et par tous les Officiers en exercice Officiers honoraires, Députés nés et élus et visiteurs présents. 

Un rite, quelque singulier, bizarre ou extravagant qu'il soit, ne meurt pas de suite pour être repoussé ou proscrit, il végète; pour qu'il s'anéantisse tout-à-fait, il finit encore du temps. C'est ce qui arriva au rite de Misraïm. Ne pouvant se maintenir à Paris, il se réfugia en province ; mais il ne fut admis dans aucune loge dépendant du Grand-Orient. Il ne fut pratiqué que par quelques soi-disant Maçons, gens habiles à profiter dans un intérêt de vanité puérile ou dans, un intérêt privé qu'il ne nous appartient pas de caractériser, de tout ce qui parle à la curiosité, à l’ignorance et à la bonne foi. Une question souvent mise en discussion par les Maçons les plus instruits, est celle de savoir, non s'il faut augmenter le nombre des grades comme le prétendent les importateurs du rite de Misraïm, et comme pourraient le désirer certains esprits à inventions eu à prédilection pour les grades en plus grand nombre possible, mais s'il faut conserver les 33 degrés en les sollicitant et en les conférant. Les partisans de la réduction des grades, ceux qui prétendent que toute la Maçonnerie est renfermée dans les trois premiers grades ou degrés, disent : A quoi bon ne pas se contenter de ces 3 grades qui sont simples, faciles à comprendre, remarquables par leur unité, et qui offrent le système Maçonnique le plus satisfaisant ? Pourquoi des grades supérieurs qui n'ajoutent rien à la morale, qui n'ont qu'un éclat de titre et de cordons et qui embarrassent l'esprit et la mémoire par une foule de mots, de signes, de marches et d'accessoires, que dix personnes ne retiendraient pas sur cent ? Quelle utilité y a-t-il réellement à avoir 83 degrés quand sept ou huit seulement sont conférés ? Ces observations sont toutes sur la partie matérielle des grades. Les observations sous d'autres rapports peuvent être faites par les Frères qui, par la connaissance des hauts deg.·., l'instruction et l'expérience, sont capables de juger sainement et de donner leur opinion comme une autorité que tôt ou tard chacun reconnaîtrait sans doute. Les autres Maçons qui ne veulent pas non plus de l'augmentation des grades, tiennent à la pratique et à la conservation dès 33 degrés. Ils disent que le nombre et la diversité des grades supposent et renferment réellement la science Maçonnique qui ne s'acquiert que par la connaissance et la méditation de l'histoire des anciens peuples, et des rapporta de cette histoire avec les faits qui forment la base de tous les degrés et particulièrement des degrés supérieurs ; que l'étude de ces degrés familiarise les Maçons avec la science des anciens gouvernements, avec la connaissance des lois, des mœurs des usages des peuples d'alors : étude qui devient importante et agréable, et qui est nécessaire à tous les hommes, surtout aux Maçons, qui, en général appartenant aux classes bourgeoises et populaires, n'ont pas fait ou entièrement fait leurs études classiques. Ils ajoutent qu'en toutes les choses de ce monde il faut une hiérarchie, parce qu'il y a une hiérarchie dans les classes de la société, dans le talent et le mérite des hommes; que la hiérarchie dans la Maçonnerie est nécessaire, inévitable ; que les Maçons élevés aux plus hauts grades ne se croient pas pour cela des princes et n'ont pas d'aristocratie parce qu'ils sont Chev.·. Kad.·., P.·.D.·.. Roy..·. Sec.·. ou G.·.J.·.G.·.. L'aristocratie des grades, si dans les grades il y a une aristocratie, ne donne pas cette aristocratie à ceux qui en sont revêtus. Ils disent encore que l'apprenti sent bien par ce qu'on lui enseigne, qu'il y a une instruction au dessus de son grade ; il désire le Compagnonnage et la Maîtrise.. Le Maître, comme l'Apprenti et le Compagnon, conçoit qu'après son grade il y en a de plus élevés, partant, plus d'instruction et de connaissances. Comme l'Apprenti qui veut devenir Maître, lui Maître, veut devenir Rose-Croix; lui, Rose-Croix, veut devenir Kad.·. et successivement atteindre au 33e degré. Ce désir d'obtenir lei grades les plus élevés entretient parmi les Maçons, l'émulation qui n'existerait pas s'il n'y avait que 3 grades. La Maçonnerie sans l'émulation, s'éteindrait rapidement. Les loges sans cette stimulation des cordons et des titres Maçonniques, perdraient de leur éclat, de leur variété, de leur magisme. L'imagination, qui a une grande action dans la Maçonnerie, n'aurait plus d'aliment, d'excitation; la Maçonnerie deviendrait un simple cours de morale; les loges, des salles de conférences ou des prêches; et comme la Maçonnerie n'est pas une religion, à laquelle on façonne l'individu dès son enfance comme on façonne le Catholique-né, le Protestant-né, l'Israélite-né, le Mahométan-né, etc., on délaisserait ces cours de morale, ces prêches Maçonniques comme on délaisse les temples religieux où l'on ne revient, du moins en général, que lorsque les intérêts mondains, la vieillesse ou les infirmités y ramènent les hommes politiques, les infirmes, les vieillards ou les consciences chargées qui croient servir leurs vues ici-bas ou s'assurer le repos dans un monde à venir : espérance et consolation de leurs fautes, de leurs douleurs et de leur âge avancé. Quant à cette magie des grades supérieurs et avec eux les titres et cordons, elle est et sera en Maçonnerie comme elle est dans le monde profane. Les hommes sont toujours superbes et vains; il leur faut des temples religieux, des palais de rois, des salons de grands seigneurs, des cercles distingués, des théâtres... Les Maçons, pour rechercher et pratiquer les vertus maçonniques, ne cessent pas pour cela d’être des hommes. Errare humanum est. Passez un peu de vanité aux Maçons qui aiment à pratiquer les vertus maçonniques. Le bien l'emporte sur le mal. Le bien est grand : le mal est peu de chose. Les partisans des grades Maçonniques supérieurs seront toujours les plus nombreux, les plus forts. Les grades Supérieurs seront donc toujours un point de mire, un but que l'on voudra atteindre. Le Tuileur-Expert, donne quelques idées pour arriver à conférer les trente-trois degrés dans chacun de ces degrés. Ces idées, sommairement exprimées, appellent la Méditation des Frères instruits et zélés. Nous en exprimerons une que nous recommandons à ces mêmes Maçons, et aux grands Corps maçonniques, L'Ecossisme est répandu non seulement en France, mais encore dans la Grande Bretagne, dans les Etats-Unis, etc., etc. Tous les degrés n'y sont pas vus de la même manière il y a des modifications, des différences, des grades qui ne correspondent pas entre eux: Les Grands Orients ou Grandes Loges qui ont dans leur sein, ou près desquels sont établis des suprêmes Conseils de Grands Inspecteurs généraux ou puissances maçonniques équivalentes ne pourraient ils pas par le concours de leurs chefs ou par les Maçons les plus instruits, examiner, retoucher, remanier leurs lois de leurs, mœurs et de leurs usages, les hauts grades depuis le 4° jusqu'au 33e et dernier ? Puis, toutes ces puissances maçonniques formant un grand Conseil Européen, ne pourraient-elles pas se communiquer réciproquement les cahiers de leurs grades, et se soumettre, dans un intérêt d'unité pour toute la Maçonnerie, leurs travaux respectifs ? Ces travaux fondus ensemble, coordonnés, amèneraient un système uniforme pour les 33 degrés. De cette manière le 33éme reçu à Paris, et tout grade au-dessous, serait le même ou l'égal du 33° etc. reçu à Dublin, à New-York, à Charlestown, au Brésil, etc., etc. Et dans le cas où la fusion que nous proposons ne pourrait avoir lieu dans le grand Conseil Européen des puissances maçonniques, par des considérations qu'il est inutile de développer ici, chacune de ces puissances conservant les 33 degrés si elle le juge convenable, ne pourrait-elle pas solennellement arrêter et déclarer à toutes les autres puissances maçonniques, que tout F.·. revêtu des grades supérieurs, du 4° au 33° (les trois 1er sont les mêmes partout) qui justifiera d'une patente régulière et de l'instruction suffisante, sera admis dans les Ateliers supérieurs du R.·.C.·. ou 18° deg.·., de Kad.·. 30e, de P.·. de Roy.·. Sec.·.32°, de J.·. G.·.33éme, comme s'il eût reçu ces grades, ainsi que nous venons de le dire, dans l'O.·. de la puissance maçonnique où il se présente ? On concevra tout de suite la haute importance de cette mesure uniforme pour le système général des 33 degrés, le bienfait pour la Maçonnerie entière, et l'avantage particulier pour les Maçons voyageurs.

Puissent ces observations être lues par les FF.·. qui sont en position de les bien sentir et de leur faire recevoir une exécution qui assurerait à jamais l'existence de I' Ecossisme, et préserverait l'univers maçonnique des innovations qui ne peuvent que lui être funestes. Nous avons cette confiance, nous avons aussi l'espérance que tôt ou tard notre voix sera entendue.

Source : Tuileur de Delaunay (1836)

Par Delaunay - Publié dans : histoire de la FM
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Mercredi 3 septembre 2014 3 03 /09 /Sep /2014 07:12

Une nouvelle aube se lève pour le REAA

Une aube nouvelle se lève pour le Rite Ecossais Ancien et Acceptéet pour la maçonnerie humaniste, régulière et spiritualiste de Tradition en France.

Tant de choses ont été dites, le plus souvent sans fondement, depuis plusieurs mois. La désinformation a joué à plein ainsi que la diffusion de fausses nouvelles.

La Grande Loge de France (GLDF) devra, au mois de décembre prochain, valider un certain nombre de points qui ne sont que la transposition « en droit interne » de mesures qui ont déjà été votées, par les députés de la GLDF, lors des convents précédents.

Sur la question « sensible » des visites, tout est réglé depuis l’adoption du « Protocole de visites et d’échanges maçonniques » adopté avec plus de 90% des voix des députés de la GLDF, en même temps que le traité fondateur de la CMF, en juin 2013. Il n’y a rien de nouveau dans ce qui est proposé en décembre. C’est d’ailleurs ce que le Convent de juin 2014 a également voté à 81%, à savoir que «dans le respect des principes de la Grande Loge de France, les frères ont la liberté de voyager ». Alors que des rumeurs et des interprétations fantaisistes fleurissent.

Idem pour les principes de Régularité. Ces principes, qui sont ceux de la Franc-Maçonnerie Universelle sont, de tout temps, les principes du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Faut-il une nouvelle fois les rappeler ? 

• l’invocation du Grand Architecte de l’Univers, 

• la présence en Loge des Trois Grandes Lumières: le Volume de la Loi Sacrée exposé et ouvert avec l’Equerre et le Compas, 

• la souveraineté exclusive sur les grades symboliques, 

• l’indépendance vis-à-vis de toute structure maçonnique de hauts grades, 

• la non- mixité dans les travaux rituels, 

• l’interdiction de discussions politiques ou religieuses, 

• le caractère progressif et spirituel de la démarche maçonnique. 

Ce sont bien les « landmarks », les bornes de notre rite.

Ce qui signifie donc qu’en deçà de ces principes, il n’est plus possible de parler de Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Les cinq Grandes Loges européennes signataires de la Déclaration de Bâle de juin 2012 considèrent la Grande Loge de France comme régulière, ce que, de fait, elle est, à la fois par rapport à ses principes et par rapport à son histoire.

Il convient juste qu’elle adapte ses règlements généraux en fonction des textes votés préalablement par les députés de la GLDF concernant la Confédération et les Grandes Loges Européennes la reconnaîtront, en même temps que la Confédération.

Là encore une confusion est savamment entretenue entre Régularité et Reconnaissance pour introduire le doute dans l’esprit des frères.

Et, last but not least - nous le verrons – la question que posent certains frères c’est « Pourquoi voter pour finaliser la CMF alors que la Grande Loge Unie d’Angleterre reconnait de nouveau la Grande Loge Nationale Française ? »

Cette question est perverse à plus d’un titre. Surtout parce qu’elle laisse croire que le but de la CMF était d’être reconnue par la GLUA.

Alors que depuis juin 2012, dans chacune de leurs déclarations, dans chacun de leurs textes les frères en charge des discussions pour créer la CMF ont déclaré n’avoir aucun rapport – ni officiel, ni officieux, de quelque nature que ce soit – avec des responsables de la GLUA. Que la reconnaissance de la GLUA n’était absolument pas à l’ordre du jour.

Que la seule reconnaissance qui était visée était celle des 5 Grandes Loges Européennes signataires de la déclaration de Bâle.

Et pourtant, malgré ces dénégations constantes et répétées, des « esprits chagrins » n’ont cessé de tenter de persuader les frères de la Grande Loge de France que le but ultime (et évidemment secret) était la reconnaissance de la GLUA.

Que n’a-t-on entendu de frères répéter qu’ils ne voteraient pas pour la CMF pour ne pas « passer sous les fourches caudines de Londres » alors qu’il n’en a jamais été question ! Cela s’appelle tout simplement de l’intox…

Mais maintenant au moins les choses sont claires.

La Grande Loge Unie d’Angleterre a de nouveau reconnu la Grande Loge Nationale Française (GLNF), ce qui est sommes toutes logique.

Dans une déclaration commune du 21 août 2014, les Grandes Loges britanniques déclaraient notamment que « À l'heure actuelle la Grande Loge Unie d’Angleterre et les Grandes Loges d'Irlande et d'Ecosse n’envisagent pas de reconnaitre une autre Grande Loge en France et ne le feront pas dans le futur sans l’accord de la Grande Loge Nationale Française ».

Elles levaient là clairement une hypothèque qui n’avait de fait jamais eu d’existence, sauf dans l’esprit de ceux qui, depuis le début, voient d’un mauvais œil la création de la Confédération Maçonnique de France.

D’ailleurs certains auraient pu penser que la GLNF aurait retenue certaines leçons de sa période de « déreconnaissance londonnienne » et qu’elle aurait dorénavant un esprit d’ouverture et de rassemblement avec la Franc-Maçonnerie régulière de tradition. D’ailleurs un certain nombre de propos de son Grand-Maître, Jean-Pierre Servel, dans la période de « non reconnaissance » auraient pu le laisser penser.

Ce qui a pu aussi  alimenter les choses est la possibilité exprimée par les 5 grandes loges européennes de reconnaître à la fois la CMF et la GLNF. Mais c’est parfaitement leur droit. La CMF n’entend pas donner des leçons à des grandes loges amies en leur disant qui elles ont le droit de reconnaître ou pas. Les 5 Grandes Loges sont libres de reconnaitre les obédiences qu’elles souhaitent.

Mais que nenni. A peine « re-reconnue » par Londres la GLNF renoue avec ses travers, ses mauvais penchants et son dogmatisme. Il aurait pu en être autrement. C’est le choix de ses dirigeants… Tout en le déplorant nous ne pouvons que le constater.

L’une des premières tâches a été de « mettre au pas » les juridictions de Hauts Grades et de les soumettre à l’obédience.

Toutes se sont plié au diktat des dirigeants de la GLNF… toutes sauf le Suprême Conseil pour la France du Rite Ecossais Ancien et Accepté (SCPLF) qui n’entend pas capituler devant la GLNF et être dirigé par elle.

Il faut dire que les deux tiers des effectifs du SCPLF se trouvent au sein de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique de France(GL-AMF) obédience constitutive de laConfédération maçonnique de France(CMF), avec la Grande Loge de France et la Grande Loge Indépendante de France(GLIF).

C’est donc la tentation de la vengeance et du règlement de comptes qui prévaut à la GLNF. Le SCPLF et les frères du Rite Ecossais Ancien et Accepté sont tenus pour responsables de la « crise » de la GLNF et sont considérés pour beaucoup en interne à la GLNF comme « ingérables ».

Il vaut mieux donc s’en séparer ou créer un organisme de hauts grades du REAA « à la main » de l’obédience et qu’elle pourra de fait contrôler.

Ce qui est totalement en contradiction avec les règles de la régularité. En effet si l’obédience doit avoir une totale « indépendance vis-à-vis de toute structure maçonnique de hauts grades », l’obédience doit aussi respecter l’indépendance de la juridiction qui doit – elle aussi – s’administrer en toute liberté.

C’est par exemple le système qui prévaut pour le Rite Ecossais Ancien et Accepté depuis 1904 entre la Grande Loge de France et le Suprême Conseil de France (SCDF) grâce notamment à l’action de Gustave Mesureur, à l’époque Grand-Maître de la GLDF. Totale indépendance des deux structures qui vivent et agissent en amitié, mais en toute indépendance l’une par rapport à l’autre.

Il faut également rappeler à ceux (forts peu nombreux) qui ne le sauraient pas, qu’une crise majeure a eu lieu en 1964 à la GLDF et au SCDF. Plusieurs centaines de frères et plusieurs dizaines de loges sont allés à la GLNF et ont créé le SCPLF.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté en France s’est donc trouvé séparé entre ces différentes structures alors qu’il avait été uni au moins depuis 1821 jusqu’en 1964.

Les actuels dirigeants de la GLNF pensaient certainement que les frères de Rite Ecossais Ancien et Accepté allaient plier et « rentrer dans le rang », après quelques menaces.

Déjà l’annonce avant les vacances que le Souverain Grand Comité de la GLNF, dans sa séance du 18 octobre prochain, prendrait acte de la création d’une structure de hauts grades du REAA.

Puis la lettre du 29 août 2014 du Grand-Maître Jean-Pierre Servel déclarant que l’appartenance à la GNLF et au SCPLF sont désormais « incompatibles ».

Le Grand-Maître demande donc « aux Frères de la Grande Loge Nationale Française qui en sont membres, de suspendre la fréquentation de toute structure relevant du Suprême Conseil pour la France du Rite Écossais Ancien et Accepté et ce, avant le 15 novembre 2014 ».

La rupture est donc consommée.

D’autant que – loin d’aller la corde au cou à Canossa repentant – le Souverain Grand-Commandeur du Suprême Conseil pour la France,Jean-Luc Fauque,  vient d’écrire le 2 septembre 2014 aux membres de sa juridiction une lettre d’une qui donne des perspectives inespérées il y a quelques années encore pour le rassemblement de l’Ecossisme en France.

Fidèle à l’esprit de l’Ecossisme il rappelle que « Nous n’avons jamais fermé et ne fermerons jamais, sous aucun prétexte ni injonction de quiconque, l’accès de nos ateliers à  tout Maître Maçon d’un Corps maçonnique régulier ».

Ce qui est important de savoir pour les frères de la Grande Loge de France :

« Dans   l’hypothèse, où  les cinq Grandes Loges Européennes précitées confirment définitivement en fin d’année, la reconnaissance de la Confédération Maçonnique Française, notre Juridiction, conformément à ses statuts et règlements, est légitimement fondée à recevoir dans ses ateliers tous les Maîtres Maçons de cette Confédération et de la Grande Loge Nationale Française ».

Pour la première fois depuis 1964 est évoqué des relations entre les frères du SCDF et du SCPLF :

« Nous avons dans cette perspective, établi des contacts avec les Frères du Suprême Conseil de France aux fins d’étudier les modalités qui permettraient de travailler ensemble, au développement du Rite Ecossais Ancien et Accepté sur le territoire Français.

Les destins de nos deux Suprêmes Conseils sont liés.

Les événements que vous connaissez, ont conduit, en 1964, à une séparation. Aujourd’hui, l’histoire sollicite de nouveau les Maçons Ecossais Français et ouvre l’espérance d’un développement futur du Rite à la hauteur de ses origines et de sa deuxième place dans le concert maçonnique mondial ».

Concernant Jean-Pierre Servel, le Grand-Maître de la GLNF, le constat est clair et sans appel : « Il emboîte ainsi, les pas de ses prédécesseurs qui ambitionnaient la domination d’un Collège des Rites, sur le modèle de celui   du Grand Orient de France. Comme la tentative avortée de 2007 de main mise sur le Suprême Conseil. L’histoire de la Grande loge Nationale Française est une longue succession de conflits et de schismes. Ces tentatives sont vouées à l’échec. Elles sont incompatibles avec l’esprit initiatique traditionnel de l’Ordre Ecossais.

Toute Juridiction est,  en vertu de ses constitutions,  totalement souveraine. Les considérations mises en avant par le Grand Maître SERVEL pour justifier  sa prise de position, sont purement politiciennes.

Il surfe sur des confusions entre régularité, reconnaissance et relations en  amitié qui débouchent sur des ukases incompatibles avec la liberté de choix et de conscience du Maçon Ecossais. Notre Juridiction s’interdit toute pression sur la liberté de  conscience de ses membres qu’elle considère comme essentielle et qu’elle s’oblige à respecter avant toute autre considération ».

« La Maçonnerie Française peut-elle encore se permettre un psychodrame de scission ? Ne pas chercher une solution à des affrontements purement politiques fait de notre maçonnerie une marionnette indigne des valeurs traditionnelles ! Les injonctions du Grand-maître de la GLNF vis-à-vis des Frères sont non seulement, incompatibles avec les idéaux de liberté de conscience maçonnique mais aussi avec les règles civiles des associations de 1901 ».

Et Jean-Luc Fauque de conclure : « Mes Très Chers Frères, nous avons aujourd’hui rendez-vous avec l’histoire. Soit, les Maçons Ecossais se laissent attirer vers une aventure sans avenir pour le Rite Ecossais Ancien et Accepté, en adhérent au projet de la Grande Loge Nationale Française et en obéissant aux injonctions de son Grand Maître. Soit, conscients de l’importance et du sens qu’ils donnent à la démarche initiatique, participent avec enthousiasme et détermination, au développement du Rite Ecossais Ancien et Accepté dans le cadre de ce nouveau contexte, inédit sur notre territoire.

Le Suprême Conseil pour la France, s’investira totalement dans cette voie et il est intimement convaincu que tous unis dans ce projet historique, nous saurons, sans dévier de nos valeurs, écarter les difficultés que nous pourrions rencontrer.

Nous comptons sur vous pour réussir ce défi que nous offre l’histoire ».

Oui le souverain Grand Commandeur du SCPLF a raison : les Francs-Maçons écossais de la Grande Loge de France et de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique de France ont aujourd’hui rendez-vous avec l’Histoire.

Et cette histoire commune s’inscrit nécessairement dans le cadre de la Confédération maçonnique de France.

Non pas pour « passer sous la domination de Londres » comme certains le faisaient faussement accroire. Pas plus d’ailleurs que « sous la domination » d’une autre obédience maçonnique française.

Une Grande Loge de France indépendante, clairement indépendante, fidèle à son histoire, à son rite, à sa tradition dans l’union avec ses frères de la Confédération maçonnique de France.

Pour aussi avoir comme but, à court ou moyen terme de voir réunis – enfin ! – les frères écossais séparés depuis la scission de 1964.

C’est possible. C’est à portée de main. Les frères de la GL-AMF comme de la GLDF y sont prêts. Quelle mission exaltante! Retrouver enfin l’unité perdue de la famille écossaise depuis trop longtemps séparée. Dans le respect de l’histoire des uns et des autres. Sans rien brusquer. Dans la fraternité absolue.

Avec comme Devoir de faire vivre et prospérer le Rite Ecossais Ancien et Accepté dans sa beauté initiatique avec un esprit de rassemblement, d’unité, d’amour fraternel.

Je me souviens de ces quelques lignes d’un texte du Conseil Fédéral de la Grande Loge de France dans sa déclaration du 13 juin 2012 :

Le Conseil Fédéral (…) « rappelle que la Grande Loge de France s'est toujours inscrite, depuis son origine il y a près de trois siècles, dans la pure tradition de la Franc-maçonnerie universelle et des principes fondamentaux de l'Ecossisme ».

et

« fait sienne la volonté du Grand Maître de n'exclure de cette recomposition aucun Frère, quelles que soient sa pratique et son Obédience ».

Cela démontre bien la cohérence de la démarche.

C’est bien de cela dont il s’agira en décembre 2014 pour les frères de la GLDF. Réunir ce qui est épars. Consolider un projet d’union et de fédération d’une maçonnerie humaniste, spiritualiste, régulière et de tradition en France aujourd’hui.

Les enjeux sont posés. Ils sont clairs. 50 ans après il s’agit d’effacer définitivement la séparation de 1964. Quel beau cadeau d’anniversaire que ce serait là !

Il n’y a plus qu’à attendre la réponse des frères de la GLDF. 

Jean-Laurent Turbet 

Source : http://www.jlturbet.net/

Par Jean-Laurent Turbet - Publié dans : histoire de la FM
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Samedi 9 août 2014 6 09 /08 /Août /2014 08:16

Juste pour divertir un peu nos vacances - parfois intellectuellement ternes - voici une petite information estivale de la franc-maçonnerie anglaise qui donne à réfléchir : le service religieux annuel, dans la cathédrale (anglicane !) de Gloucester, ayant rassemblé, le 5 juin dernier, plusieurs centaines de Frères de la région, accueillant en grande pompe leur Grand Maître, l'inoxydable Duc de Kent.

Le cousin de la reine, Grand Maitre depuis 1967 - et réélu annuellement depuis - état accompagné du Lord Lieutenant de Gloucestershire, Dame Janet Trotter, et des dignitaires locaux de la Grande Loge Provinciale ainsi que de plusieurs édiles - francs-maçons ou non.

On ne peut pas réellement comprendre la franc-maçonnerie anglaise, britannique en général - ni saisir ce que pouvait être la franc-maçonnerie des origines - si l'on ne réalise pas à quel point l'institution maçonnique est profondément liée aux coutumes et mœurs anglaises dans tous les domaines. Pas seulement sur un plan purement formel ou administratif, mais par la mentalité, je dirais presque, l'image du monde...

Chaque année, la Grande Loge fait ainsi célébrer des services religieux dans les églises de la religion "établie" et les Frères en décors y participent avec joie. Quel étonnement - voire quel scandale ! - pour nombre de maçons français, pénétrés de l'idée que la franc-maçonnerie est avant tout une institution laïque, "gardienne de la République" !

Et pourtant, les Anglais n'ont rien à nous envier en matière de défense des droits individuels (l'habeas corpus a été inventé par eux et n'existe toujours pas en France), de démocratie représentative (leur Parlement est doté de droits réels depuis le début du XVIIIe siècle) et de respect de la liberté de conscience (aucune religion ne s'impose aux autres depuis 1689). Simplement, les Anglais ont intégré toute leur histoire - et elle fut mouvementée- sans jamais rien rompre ou éradiquer : ils ont un jour décapité leur roi...avant de rétablir son fils sur la trône douze ans plus tard; à la monarchie absolue a succédé la monarchie parlementaire - sans qu'aucune Constitution n'ait jamais été adoptée !

Les Anglais, à la différence des Français, ont cette capacité unique d'embrasser tout leur passé sans rien en retrancher. Marc Bloch exprimait sans doute un regret autant qu'un conviction lorsqu'il écrivait : « il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». Oui, certes, mais combien de Français sont-ils vraiment capables de double devoir de mémoire ?

Pour un Britannique, on doit être tolérant en matière de religion - ils l'ont été bien avant nous ! - , mais on ne peut pas ne pas avoir d'appartenance religieuse - et cela avec la plus grande délicatesse et un savoir-vivre extrême, qu'il faut constater pour en mesurer l'ampleur. Les francs-maçons anglais ne sont d'ailleurs pas atypiques dans leur pays, car la grande majorité des sujets de sa Gracieuse Majesté partagent encore cette vision du monde.

Certes, le tempe passe, lui aussi, en Grande-Bretagne comme ailleurs : selon des sondages récent on y dénombre à présent environ 25% d'athées ou d'agnostiques déclarés. Une évolution comparable se produit aussi en Écosse.

Les institutions anglaises ne sont cependant pas figées ni "passéistes" comme on le croit parfois sottement en France, ce qui conduit certains à en sourire niaisement. Elles intègrent le passé dans le présent. Le Duc de Kent n'a pratiquement aucun pouvoir - beaucoup moins que ses "collègues" français en tout cas - au sein d'une Grande Loge qui est en fait gouvernée par le Board of General Purposes, dont les membres sont très majoritairement élus par les loges. De même, l’assistance en corps au service religieux annuel est, pour les francs-maçons anglais, une façon de célébrer publiquement, et tout ensemble, leur attachement aux vieilles traditions du pays, mais aussi leur affection pour leur loge, leur fierté de voir à leur tête le cousin de la reine, et enfin - que les laïques français ne s'en émeuvent pas ! - leur tolérance religieuse, car ils n'ont jamais fait de l’Église d'Angleterre celle de la Grande Loge, mais cette Église, ils ne l'oublient pas, celle des "libertés anglaises", est aussi celle de l'État, elle fait partie d'un patrimoine national dont ils ne veulent rien retrancher.

En Angleterre, j'ai entendu les Frères chanter, avant la tenue, l'hymne national - certains le font après, au début des agapes - et j'ai chanté God save the Queen avec eux. En retour, et contre mon attente, ils ont entonné deux couplets de La Marseillaise pour me faire honneur : un spectacle indescriptible et inoubliable, mais combien émouvant ! Et je me suis demandé combien de francs-maçons français, si volontiers donneurs de leçons, seraient capables, sans ironie, de leur rendre la pareille...

On pourrait bêtement sourire ou s'offusquer de cette image de la cathédrale de Gloucester, par inculture à la fois historique et maçonnique. J'ai parfois constaté cette réaction de la part de francs-maçons français qui ont oublié de réfléchir et de se documenter avant de juger à l'emporte-pièce. Et je me suis dit, parfois aussi, que mes Frères et amis anglais sont sans doute plus "libéraux et adogmatiques" que certains maçons français qui ont fait de la laïcité leur religion...

La France n'est pas l'Angleterre, l'histoire des relations entre les Églises et l’État, notamment, n'y fut pas du tout la même, et cela explique beaucoup de choses, en dehors même de la franc-maçonnerie. Mais au moment où l'on se préoccupe, péniblement semble-t-il, de "recomposer" le paysage maçonnique français où la maçonnerie "régulière "- à laquelle je n'appartiens pas, je le rappelle - a sa place légitime, il ne faut surtout pas se leurrer, ni jouer avec les mots, ni se payer d'illusions. La maçonnerie anglo-saxonne est un bloc, avec une parfaite cohérence intellectuelle et religieuse - ce qui n'empêche ni les nuances ni la diversité, mais ses "principes de base" sont sans équivoque. Feindre de l'ignorer tout en prétendant la rejoindre - fût-ce par "la main gauche" - est une voie sans issue.

Je ne suis pas "officiellement" reçu dans les loges anglaises, mais je ne peux oublier que méconnaître la franc-maçonnerie de tradition britannique, c'est se tout simplement se condamner à ne rien comprendre à la franc-maçonnerie en général.

Et, pourquoi ne pas le dire, ce spectacle de l'Annual Church Service de la Grande Loge Unie d'Angleterre, qui peut laisser incrédules ou choquer certains maçons français - et qui est d'ailleurs impensable en France, même dans la maçonnerie dite régulière ! - , me parait au contraire respectable et émouvant.

En tout cas, et au même titre que toute la maçonnerie anglaise en général, il mérite mieux que l’indifférence ou l'hostilité, et encore moins la duplicité...

 

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

 

Par Roger DACHEZ - Publié dans : histoire de la FM
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Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 06:48

Lyon, le 12/18 août 1821.

J'ai reçu le 8 courant, mon très cher ami et bien-aimé Frère, votre chère lettre du 4, qui répond à la mienne des 5-15 juillet dernier ; j'ai été surpris de la recevoir le 5, jour de la date, car je ne croyais pas Altorff si près de Strasbourg, Je partage bien les nouvelles peines que vous éprouvez pour l'arrangement de vos affaires de famille et les embarras dont vous êtes menacé pour les terminer, par l'avidité d'un avocat qui devient un dangereux conseil. Il est dur quand on a fait les sacrifices que l'amour de la paix nous demandait de se voir arrêter par de nouveaux obstacles imprévus ; c'est ici qu'il faut vous armer de courage, user de toute votre prudence pour lutter efficacement contre les ruses de l'Ennemi du genre humain qui vous suscite de nouvelles persécutions, lorsque vous avez si à coeur de vous rendre tranquille et indépendant ; vos devoirs envers votre famille sont de vrais devoirs d'état, et il faut les remplir. Mais mettez-vous en état de le faire avec tout le calme d'esprit que vous pourrez vous procurer : pour cela, acceptez devant Dieu et du fond du coeur toutes les peines et les tracasseries de quelle espèce qu'elles soient et toutes celles qu'il lui plaira qu'il vous survienne encore jusqu'à la fin. Acceptez-les en esprit d'expiation de vos fautes. Remerciez-le de vous fournir quelque occasion de pouvoir y satisfaire volontairement, et demandez-lui la grâce de cette persévérance dans votre résignation jusqu'à la fin du combat : Voilà, mon ami, le meilleur, le plus grand remède à vos peines, sans rien négliger de ce que la prudence si recommandée vous conseillera pour lutter avec fruit contre les méchants qui vous troublent et vous attaquent. Acceptez de même les distractions qui viennent vous assaillir dans vos méditations, les difficultés que vous éprouvez à comprendre telle ou telle chose. C'est une peine expiatoire pour des faits passés, ou une épreuve pour le présent et l'avenir ; dans tous les cas acceptez tout avec soumission et résignation la plus entière, et Celui qui vous entend et qui voit tout, voue tiendra compte de tout en son temps et viendra à votre secours quand il sera nécessaire, si vous êtes persévérant ; n'en doutez pas.

Revenant sur votre ancienne question relative au retour des Anges rebelles, pour motiver cette pensée, vous employez une expression dont je ne suis pas content, disant que la Miséricorde infinie dépasse encore la Justice. Je ne vous fais pas querelle sur cette expression, la considérant plutôt comme impropre et déplacée que comme erronée ; mais dans le fait rien d'infini ne peut dépasser un infini, sans quoi l'un des deux resterait fini.

Vous me faites toujours le plus grand plaisir lorsque vous me donnez des nouvelles les plus fraîches possible de la santé et de vos rapports avec notre cher Landgrave Charles (1) ; il est sans cesse présent à ma pensée, il m'a donné tant de preuves de son amitié et de sa confiance que je ne l'oublierai jamais. J'admire sa résignation à la volonté en toute chose de N.-S., et je vénère ses précieuses vertus et qualités chrétiennes. Témoignez-le-lui, je vous prie, de ma part, à la première occasion que vous en aurez, en le remerciant pour moi de ce qu'il vous a chargé de me dire de sa part. Si mes forces se soutenaient ou reprenaient comme depuis quelques semaines, je pourrais bien n'être pas encore sitôt à mon terme, car quelques jours de fraîcheur me remettent toujours sur pied.

Vous paraissez craindre, mon ami, que nous nous entendions difficilement avec le cher Landgrave sur quelques points chatouilleux de doctrine. Ne craignez rien ; j'ai habituellement pour maxime d'éviter toute discussion quelconque avec ceux qui ont sucé le lait d'une croyance différente de la mienne, et auxquels, bon gré mal gré, justement ou injustement, je serais toujours suspect. Ainsi dans tous ces cas, le plus prudent est toujours celui qui sait le mieux se taire. Sans cela, il serait trop dur de se voir exposé à être jugé sur des pensées ou des desseins .que l'on n'a pas, comme cela m'arrive quelquefois.

Croyez-vous par exemple, mon ami, que je puisse vous approuver quand je vous vois dire dans votre dernière ; « mais je n'imiterai pas l'exemple des Stolberg, Senft et Haller parce que... etc., etc. » comme si déjà quelqu'un à vos trousses vous sollicitait déjà de le suivre. Quoi ! un chrétien qui ne connaît point encore la volonté de son Dieu, qui dit n'en vouloir point faire d'autre, être pleinement résigné à la Sienne, ose cependant dire qu'il fera ou ne fera pas telle chose ! Cela fait pitié. Pesez toutes ces inconséquences et voyez qu'elles n'ont cependant d'autre but qu'une prévision ou quelque léger soupçon contre quelqu'un. Je suis tout à fait étranger à cette question et c'est pourquoi je l'ai relevée avec plus de chaleur. En général, je n'ai jamais été approbateur des abjurations publiques ; je les ai même quelquefois empêchées quand cela a dépendu de moi, et n'ai voulu y prendre aucune part, parce que je les blâmais. Je blâme tout autant les efforts du faux zèle de quelques-uns des nôtres imbéciles ou cagots, pour en obtenir quelques-unes, et en faire ensuite des trophées aussi éphémères qu'ils sont ridicules. Ce ne sont point là les abjurations que Dieu demande ; elles doivent avoir d'autres caractères. En général un homme de bon sens n'en fait pas sans avoir pris avis et conseil réfléchi d'un homme de bien, éclairé et instruit, qui sache bien en apprécier la nécessité, les convenances et les inconvénients présents, prochains et futurs. Le conseiller de son côté doit se borner à donner le conseil qui lui est demandé et ne jamais se charger du rôle de solliciteur, s'il ne veut pas charger d'un gros poids sa conscience. Voilà mes principes sur cette question délicate. Je ne connais que de nom et de réputation le M. Haller dont il s'agit ; il annonce une âme forte et solide, éprouvée dans l'ombre depuis bien des années et qui force l'estime des hommes pensants, Quant à Messieurs les hauts seigneurs rie Berne qui choisissent si mal leur temps pour diffamer leur concitoyen et rient aujourd'hui, il faut savoir s'ils riront demain, si aussi leur joie et leur omnipotence dureront autant que leur vie. Vous me faites, cher ami, dans votre dernière, sept ou huit questions sur des points de doctrine auxquels je vais tâcher de répondre :

1° Adam a-t-il péché seul ? - Réponse : Adam a été émané dans l'immensité surcéleste avec une multitude innombrable d'intelligences humaines formant jusque-là l'universalité de sa classe : je dis l'universalité et non pas toutes parce que le Créateur, étant infini, a pu et peut encore quand il lui plaît, émaner de lui de nouvelles intelligences humaines postérieures aux premières pour former ensemble la classe des intelligences humaines. On ne peut y comprendre l'Ame humaine de Jésus-Christ qui toute seule fait une classe à part, ni peut-être aussi celle de la Vierge Marie qui est une Ame humaine toute privilégiée. - Adam fut le premier et le seul émancipé de son Cercle pour venir habiter le centre des Quatre Régions Célestes de l'Univers créé, y connaître et y exercer la mission divine dont il allait y être chargé, y restant en correspondance de pensée et de volonté avec les autres êtres de la classe qui ne pouvaient pas être encore en correspondance d'action avec eux, puis qu'ils n'étaient point encore émancipés pour opérer librement et sciemment aucune action, et ne pouvaient l'être qu'après avoir obtenu de Dieu à leur tour leur émancipation temporelle, lorsque Adam la lui aurait demandée à leur tour pour venir l'aider dans ses fonctions. Adam, tenté et séduit par le Démon, pêche grièvement par ses facultés de Pensée, de Volonté et d'Action. La multitude innombrable de sa classe en acquiert au même instant connaissance et pêche autant qu'elle en est capable. Les uns la repoussent de toute leur Volonté, d'autres y adhèrent plus ou moins, d'autres aussi y adhérer de tout leur Vouloir. Ne pourrait-on pas voir dans les premiers les Justes ou les Prédestinés ou les Bénis de mon Père, dans les seconds la tourbe des humains entraînés par les plaisirs et les séductions du Monde et dans les troisièmes les plus grands coquins, les plus grands scélérats des divers siècles ? Toute la classe est donc souillée par la prévarication de l'homme, les plus justes restent chargés d'une grande solidarité pour les plus coupables, et il faudra que tous en acquittent leur part par leur séjour plus où moins prolongé dans l'incorporisation matérielle et dans la mort corporelle qu'ils devront y subir, comme dans les peines expiatoires et purificatoires que la Miséricorde leur destine après leur mort.

2° Cette part a-t-elle été égale pour tous ? - Rép. : Non ; elle est différente pour les uns et pour les autres, et presque nulle pour quelques autres On a répondu à celle-là par la première.

3° Quelles étaient les trois actes particuliers de puissance qu'Adam opéra devant le Créateur ? - Rép. : Voyez le Traité parag. 17, 18 et 19. Vous y trouverez la réponse.

4° Quel était le quatrième acte qu'il devait opérer seul ? - Rép. : Il avait le privilège de créer à sa volonté une forme glorieuse impassible, semblable à la sienne, pour ses semblables dont il demanderait à Dieu l'émancipation temporelle pour venir lui aider dans ses fonctions, et il l'a opérée tout contrairement aux desseins de Dieu en suivant pour cela les conseils et le plan de son Séducteur, et n'en a retiré qu'une masse informe de matière inanimée. Confus du résultat, il a osé sommer le Créateur d'accomplir la promesse qu'il lui avait faite d'animer spirituellement son ouvrage : le Créateur sommé par son immutabilité l'anima en effet spirituellement : Inde omnia.

5° Rép. : Cette cinquième question et la réponse qui y est faite sont les conséquences naturelles de la quatrième précédente et n'ont pas besoin d'autre explication.

6° Le premier pas de la Prévarication provenu d'un orgueil secret etc. Rép. : L'Esprit Bon lit dans toutes les pensées de l'Esprit Bon qui est uni â Dieu, mais l'Esprit Mauvais ne peut lire dans le Bon tant qu'il est Bon, mais il lit .dans le Bon à I'instant même que ce Bon conçoit où adopte la moindre pensée mauvaise ; c'est ce qui est arrivé à Adam.

7° Rép. : La Prévarication d'Adam consiste donc à avoir opéré ce qu'il avait pouvoir d'opérer conformément aux conseils démoniaques et contrairement aux ordres que Dieu lui avait donnés.

S° Les Eléments de toute Corporisation quelconque ont été primitivement renfermés dans le Chaos ; au moment de son explosion et par le ministère des Agents secondaires qui y ont inséré un Principe de Vie passive, ils sont devenus les trois Eléments de la Matière Feu, Eau et Terre, ayant une destination future que l'homme a anticipée, Voilà les Ténèbres qui proviennent de la Matière et ne sont point dans aucun cas une Lumière, car tout Esprit bon ou mauvais porte avec lui sa propre Lumière tant qu'il n'est point incorporisé dans la Matière où il la perd, ce qui expose l'homme égaré ou mal instruit à tant d'erreurs et de méprises dans ses visions. Ainsi quand on parle des Ténèbres qui obscurcissent l'homme on veut parler des Ténèbres et de l'Obscurcissement de son intelligence et nullement de ce qu'on entend vulgairement par Ténèbres ou Lumière.

Oui, j'ai beaucoup entendu parler du prince Alexandre Hohenlohe, prêtre à Wurtzbourg, et de ses guérisons miraculeuses par la foi en Jésus-Christ ; j'ai vu aussi copie authentique d'une lettre écrite par le Prince Royal de Bavière qui atteste la guérison, quoique un peu moins caractérisée, d'une ancienne surdité personnelle, à Munich. (Ce qui me touche spécialement, c'est le soin du Prince-Prêtre de se faire accompagner souvent auprès de ses malades par un jeune paysan fort pieux auquel il défère l'honneur des guérisons qui sont déjà fort nombreuses. Quelle modestie ! J'ai régalé de cette nouvelle quelques mécréants autour de moi qui n'osent pas encore en rire ; mais patience, cela viendra avec le temps. Il paraît que les forts de la cour de Rome qui n'osèrent pas lui accorder l'évêché de Bade que vous désiriez pour lui, lorsque vous étiez auprès d'elle, ne sont pas si crédules, quoique fort complaisants dans certains cas.

Je reviens avec vous sur l'article de Pascualy  et de son manuscrit sur lesquels on vous a fait tant d'historiettes, comme sur l'ouvrage de Saint-Martin qui est, dit-on, tiré littéralement des Parthes, et qui en sort comme j'en suis sorti. J'ai connu très anciennement un Monsieur Kuhn, de Strasbourg : il était alors un curieux empressé auquel je n'avais pas grande confiance, Quelle que soit la prétendue origine chaldéenne, arabe, espagnole ou française que l'on veuille donner au Traité de la Réintégration de Pascualy, je puis dire que je l'ai vu commencer en France et en mauvais français par lui-même, et ce travail a été encore mieux vu et suivi par mes amis intimes, M. le chevalier de Grainville, Lieutenant-colonel du régiment de Foix, et M. de Champoléon, alors capitaine des Grenadiers du même régiment, qui allaient passer tous leurs quartiers d'hiver auprès de lui, et se mettaient en pension chez lui pendant six mois pour travailler sous lui et corriger ses défauts de style et d'orthographe sur chaque feuille à mesure qu'il les avait tracés. Ils prenaient ensuite la peine de copier pour moi de petits cahiers qu'ils m'envoyaient ensuite après qu'il les avait approuvés, car il les chicanait souvent sur certains mots qu'ils jugeaient plus français et il les rayaient sous leurs yeux comme contraires au sens qu'il voulait exprimer. Voilà les faits dont je suis certain. Tirez-en les conséquences que vous jugerez convenables. M. de Saint-Martin, officier dans le même régiment où M, le duc de Choiseul, voisin de son père, l'avait placé, reçu dans les hauts grades de l'Ordre, très longtemps après ces deux Messieurs et deux ans après moi, a tenu habituellement la même marche, et s'établissait pensionnaire de Pasqually pendant tout le temps d'hiver qu'il ne donnait pas à son père. Ayant quitté le service avec le blâme de son père et de M. de Choiseul, il vint à Lyon et vint d'amitié loger chez moi qui demeurais alors aux Brotteaux où il a composé son livre des Erreurs et de la Vérité . Il aurait voulu y dire beaucoup de choses importantes, mais lié comme moi et les autres par des engagements secrets, il ne le pouvait pas. Désespéré de ne pouvoir pas se rendre par cet ouvrage aussi utile qu'il le désirait, il le fit mixte et amusant par le ton de mystère qui y régnait. Je ne voulus y prendre aucune part, Deux de mes amis et principaux disciples et littérateurs lui persuadèrent enfin de refaire son ouvrage, Il le refit avec eux sous mes yeux tel que vous le connaissez. Aux hautes connaissances qu'il avait acquises de Pasqually, il en joignit de spéculatives qui lui étaient personnelles. Voilà pourquoi tout n'y est pas élevé et qu'il s'y trouve quelques mélanges ; voilà aussi comment cet ouvrage est venu des Parthes ! Risum teneatis.

Comme vous désirez connaître Pasqually en long et en large sur tout ce qui le concerne, voici à son sujet une anecdote connue de moi seul et qui ne doit pas devenir publique. Etant à Paris, au jour qu'il avait choisi pour me conférer mes derniers grades, il m'assigna pour les recevoir un jour suivant à Versailles ; il y assigna en même temps quelques autres Frères de degrés inférieurs et les plaça aux angles de l'appartement où ils restèrent jusqu'à la fin en silence ; lui debout au centre et moi seul à genoux devant lui, aucun autre ne pouvant rien entendre de ce qui se passait entre lui et moi. Avant la fin du cérémonial il me tombe tout subitement les bras sur les épaules et son visage collé contre le mien, il m'inonde de ces larmes, ne pouvant pousser que de gros soupirs. Tout étonné, je lève les yeux sur lui et j'y démêle tous les signes d'une grande joie. Je veux l'interroger ; il me fait signe de garder le silence. L'opération terminée, je veux le remercier de ce qu'il vient de faire pour moi, et j'en étais tout ému. - « C'est moi, me dit-il, qui vous dois beaucoup et beaucoup plus que vous ne pensez. Vous avez été pour moi l'occasion du bonheur que j'éprouve. J'étais depuis un certain temps tombé dans la disgrâce de mon Dieu pour certaines fautes que le Monde compte peu, et je viens de recevoir la preuve, le signe certain de ma Réconciliation. Je vous la dois, parce que vous en êtes la cause et l'occasion. J'étais malheureux ; je suis maintenant bienheureux. Pensez quelquefois à moi, je ne vous oublierai jamais. » Et en effet, depuis lors, j'ai reçu de lui beaucoup de preuves d'amitié et de grande confiance. La somnambule de Lyon, qui ne connaissait pas le moindre mot de mes rapports avec lui, m'a parlé la première de cette scène particulière, en m'assurant qu'il m'aimait toujours bien.

Je trouve de temps en temps dans vos lettres certains mots comme ceux-ci : ... Magie... Connaissances magiques... Opérations magiques forcées... et autres équivalentes… que je ne comprends point du tout. Par exemple, dans votre dernière, vous me dites, me parlant de Pasqually, avoir eu toujours l'idée d'après des amis sûrs qui vous l'affirmaient qu'il' avait des connaissances magiques et les a mises en pratique. Dans votre précédente du 9 juin, me parlant du cher Landgrave Charles, vous me disiez : « Il croit que la Messe n'est point Eucharistie mais une Opération magique forcée, ce qui est prouvé par la sonnette et l'encens. » Qu'entendez-vous donc par ce mot Eucharistie, et en quoi consiste cette opération magique qui la remplace ? Comme ces mots traînent toujours après eux quelques signes, quelque idée de mysticité et d'obscurité que je n'aime guère quand on veut se faire entendre, j'ai sans doute négligé trop volontairement l'étude de ces mots singuliers. Je vous prie donc, cher ami, de m'expliquer nettement et clairement la signification propre de ces mots dans les diverses applications qui en sont faites communément. Je comprendrai mieux les questions qui me seront adressées et les réponses que j'aurais à y faire.

Je saisis l'occasion, puisqu'elle se présente, de vous demander aussi si notre cher Landgrave a été élevé dans la communion luthérienne ou calviniste. Je mets une grande différence entre l'une et l'autre, les premiers sont bien plus rapprochés des catholiques que les seconds qui en sont fort éloignés.

Le cher \ a Ponte-Alto arriva hier de Nevers où il était allé faire un voyage d'affaires. A son retour de Beaucaire, je lui ai communiqué votre dernière et ma réponse. Il me charge de vous témoigner combien il est sensible à votre cher souvenir et combien il désire l'occasion de pouvoir faire votre connaissance personnelle. Je crois, cher ami, avoir répondu à tout ce que vous me demandiez. Je finis donc la présente en vous assurant de ma grande et sincère amitié avec laquelle je suis,

Mon Respectable et B. A. Fr., inviolablement votre tout dévoué Ami et Fr.

Ab EREMO.

Cette lettre porte de la main de l'auteur l'indication suivante : « Copie de ma réponse au Fr. Baron de Turkheim (a Flamine), du 12-18 août 1821. Partie le 18 pour Strasbourg. »

Source : www.misraim.free.fr

Par JB Willermoz - Publié dans : histoire de la FM
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Mardi 29 juillet 2014 2 29 /07 /Juil /2014 07:01

…La comtesse Marie-Louise de Monspey, dite Églé de Vallière (1733-1813) est l’une des filles de Joseph-Henri, marquis de Monspey, comte de Vallière, chevalier de Malte et de Saint-Louis et de Marie-Anne-Livie de Pontevès d’Agoult, dernière descendante de la branche des marquis de Buous en Provence. Situé au carrefour des XVIIIe et XIXe siècles, le personnage témoigne des temps bouleversés où s’effondre une lignée monarchique avec toutes ses valeurs et où de nouveaux savoirs prennent leur essor. Au centre de ces bouleversements, le corps devient un enjeu capital.

Madame de Vallière a plusieurs identités dont certaines ont été tardivement découvertes grâce au patient travail de quelques historiens. La comtesse est une mystique ardente en un siècle où cette voie devient presque illégitime. Son frère aîné, Alexandre de Monspey, chevalier de Saint-Louis, commandeur de l’Ordre de Malte, s’engage dans la franc-maçonnerie spiritualiste. Il rejoint la loge La Bienfaisance, fondée à Lyon en 1771 par le négociant Jean-Baptiste Willermoz. Au début des années 1780, Alexandre révèle à sa sœur l’existence de ce cénacle où se rassemblent les hommes de la meilleure société, tous férus d’alchimie, de kabbale et de rites chevaleresques. Ils viennent de découvrir la médecine magnétique de Mesmer.

Commence alors le destin de celle qui se fit appeler « l’Agent inconnu » et qui devint, comme nous allons le voir, à la fois initiatrice, écrivain et thérapeute. Elle déploie un travail d’écriture qui fascine le théosophe Louis-Claude de Saint-Martin, dit « le Philosophe inconnu ». Les écrits de ce dernier sur la psychographie interrogent en effet un phénomène dont il fut à la fois le contemporain bouleversé et le fidèle copiste. Ces écritures de l’âme, dans leur modernité, correspondent à une mutation spirituelle : ce n’est plus Dieu qui écrit par le vecteur inspiré d’une mystique entransée ; c’est la Vierge Marie qui prend la plume et défend son rôle de femme. La comtesse de Monspey, par cette voie, entend prendre place au sein des hommes influents de sa société, en particulier dans le milieu de la maçonnerie lyonnaise.

En 1784, le marquis de Puységur découvre le somnambulisme. Un an plus tard, Saint-Martin commence à recopier les dialogues échangés entre des comtesses magnétisées et le prélat qui les interroge. Sur leurs lèvres, le fluide magnétique se décline comme une « rosée bienfaisante », une « pluie d’or ». Les symboles alchimiques pénètrent profondément ces échanges qui, pour une part assez catholiques, s’aventurent vers les dimensions mythiques d’autres spiritualités. Dans les esprits du lieu, se manifeste l’empreinte d’un personnage haut en couleurs, le chevalier Martinez de Pasqually. Ce mage d’origine juive marrane, muni d’un « certificat de catholicité », se pique de savoir soigner et de correspondre avec les anges des plus hauts degrés. Il entraîne les frères maçons de Lyon dans la quête d’une transmutation des âmes. Afin de retrouver l’état originel de l’homme-Adam au corps diaphane exempt de toute maladie, il préconise aux frères maçons des rituels accompagnés de jeûnes et de privations.

La comtesse de Monspey, femme érudite et tout entière à l’écoute des « nouvelles sciences »transmises entre « frères » sous le sceau du secret, va parmi ces hommes trouver son propre destin.

En 1776, à l’âge de quarante-cinq ans, elle est célibataire et sans enfants. Elle possède les seize quartiers de noblesse qui lui permettent de devenir chanoinesse du chapitre de Remiremont en Lorraine. Elle entre dans cette institution, où ses sœurs l’ont déjà précédée. Il s’agit du chapitre noble le plus renommé d’Europe par son ancienneté et sa richesse. Dès le XIVe siècle, les moniales ont abandonné la règle bénédictine et sont libres de tout vœu. Le Chapitre recrute les dames de la haute noblesse issue de France, d’Alsace, de Lorraine et du Saint-Empire romain germanique. Celles qui parviennent à la distinction de doyenne prennent le titre de « Princesse-Abbesse ». Placé sous l’autorité du Pape et non sous celle de l’évêque de Toul, Remiremont jouit d’un statut particulier ; son territoire dépend directement de l’Empire.

Les chapitres nobles des dames de Lorraine prennent modèle sur les grandes abbayes nobles de l’empire germanique. Ce sont des maisons d’éducation pour les jeunes filles qui, la plupart du temps, vivent dans leur demeure familiale et peuvent se marier quand elles le désirent. Les femmes prestigieuses, politiquement influentes ou douées d’un brillant intellect ne manquent pas dans cet établissement, et l’émulation doit y être forte. Parmi les contemporaines de notre chanoinesse, le chapitre de Remiremont compte dans ses rangs Christine de Saxe, princesse royale de Pologne, et Adélaïde de Bourbon-Condé.

Malgré ses distinctions, Marie-Louise de Monspey n’a pas d’avenir dans les voies du pouvoir politique. Son inclination va aux personnages qui ont fait les riches heures de la chrétienté, à ces profils exceptionnels dont elle peut lire le destin dans les manuscrits de la bibliothèque de Remiremont. Plusieurs modèles ont dû concourir à former ses élans mystiques et à guider son expressivité, mais certainement le plus remarquable est celui de Hildegarde von Bingen. Cette abbesse érudite connut des états de ravissement au cours desquels elle recevait des révélations qu’elle dicta tout d’abord à un jeune moine, avant de commencer à écrire par elle-même à partir de 1411. Poétesse, femme de science, médecin, musicienne, elle inventa également une langue qu’elle seule parlait et écrivait, la Lingua Ignota.

Le chapitre de Remiremont, où se transmettent les plus hautes traditions de la chrétienté, est également un lieu où sont discutées les plus récentes découvertes scientifiques. Les sœurs Monspey sont des femmes cultivées. Elles s’intéressent aux sociétés initiatiques, à la botanique, à la médecine et aux expériences de physique. À Lyon, la rencontre entre le milieu spiritualiste des francs-maçons et la nouvelle médecine de Franz Mesmer va ouvrir des horizons inattendus.

Frères d’armes, frères maçons, zélés magnétiseurs

Je n’aborderai pas ici la médecine magnétique de Mesmer, analysée par Jean-Pierre Peter dans le présent numéro. Je me bornerai seulement à faire quelques rapprochements.

Dans la treizième proposition de ses Mémoires, Mesmer décrit le fluide magnétique comme « une matière dont la subtilité pénètre tous les corps sans perdre notamment de son activité ». Cette matière subtile ne nécessite pour Mesmer aucune métaphysique. Il met en garde contre toute interprétation spiritualiste de son système. Cependant, la société parisienne de l’Harmonie, dans laquelle dès 1786 il choisit de développer son enseignement, demande à ses membres une profession de foi en Dieu et en l’immortalité de l’âme. Mesmer lui-même n’est pas matérialiste mais il considère comme aliénation de l’esprit tout ce qui – apparitions, extases et visions – se produit dans le sillage des pratiques magnétiques. Il se plaint dans son second mémoire (1799) de la confusion entre « magnétisme »et « somnambulisme ». Il est clair que cette remarque vise le somnambulisme artificiel découvert par le marquis de Puységur.

En cette fin de XVIIIe siècle, Mesmer est doublé, pour ainsi dire, par l’essor du somnambulisme puységurien. L’usage des « sommeils » se développe rapidement dans les milieux maçonniques toujours en quête de nouvelles expériences. Dans cette dérive magnétique, Puységur est un personnage-pivot. Il est lui-même franc-maçon, affilié à la loge La Candeur de Strasbourg. En 1784, il publie le résultat des cures qu’il a opérées en son domaine de Buzancy, et fonde à Strasbourg en 1785 la Société Harmonique des Amis Réunis. Son ami Saint-Martin, bouleversé par les cures de Buzancy, devient l’émissaire du somnambulisme dans les milieux maçonniques. La médecine de Mesmer entame sa transformation ésotérique.

Elle va pénétrer plusieurs milieux. Le lien important entre élite militaire, franc-maçonnerie et magnétisme animal reste encore aujourd’hui méconnu. Les loges sont en effet le vivier social dans lequel se rencontrent les personnages qui nous intéressent. L’élite militaire, en particulier les Chevaliers de l’Ordre de Malte, est fortement présente dans les loges où se rassemblent les aristocrates. Ceux-ci aspirent à rejoindre les hauts grades de la franc-maçonnerie. D’autre part, les uns et les autres voyagent beaucoup à travers la France. Un des motifs de voyage est le désir de comparer les diverses pratiques du magnétisme animal qui se développent dans les sociétés harmoniques créées par les maçons. Comme nous allons le voir, ceux qui développent le courant spiritualiste du somnambulisme sont à la fois frères d’armes et frères maçons hautement initiés. Ce courant persistera jusqu’au milieu du XIXe siècle et s’intégrera dans les thérapies magnétiques des médiums spirites.

Seule la forte densité de Chevaliers de Malte dans les loges explique l’implication des francs-maçons dans la fondation de sociétés magnétisantes. Depuis le XVIIe siècle, les Chevaliers hospitaliers, engagés dans l’assistance aux malades, ont développé un savoir médical pointu. Ils ont fondé de nombreux hôpitaux, des écoles d’anatomie et de chirurgie. À partir de 1783, nombreux sont ceux qui s’initient au magnétisme. Alexandre de Monspey, commandeur de l’Ordre, les rejoint. Maître de camp de cavalerie, aide-major de la compagnie écossaise des Gardes du corps du roi, il appartient à la loge La Bienfaisance où le Lyonnais Willermoz l’initie à l’Ordre des Élus-Coëns. Il s’agit d’un système de hauts grades de la franc-maçonnerie élaboré par Willermoz à partir des enseignements de Martinez de Pasqually.

Pasqually, officier du roi d’Espagne, avait quitté la carrière militaire pour se consacrer dès 1761 à la fondation de l’Ordre des Élus-Coëns, destiné à recueillir et pratiquer son enseignement. Il en rédige l’essentiel dans le Traité de la Réintégration des êtres où il développe la grande thématique biblique de la Chute de l’homme. Des copies circulent à partir de 1771, mais le Traité, l’un des textes les plus importants de l’ésotérisme chrétien, ne sera officiellement édité qu’en 1899.

Le mythe central de cet ouvrage appartient au christianisme primitif : Dieu, par pure bonté, a engendré des créatures libres ; mais l’une d’entre elles, Lucifer, désire par orgueil engendrer à son tour des créatures. Pour le punir et l’engager à se racheter, Dieu l’enferme dans le monde matériel et lui accorde l’homme pour gardien. Mais Lucifer entraîne l’homme et la nature dans sa chute. Pasqually enseigne que seuls quelques élus ont transmis à travers l’histoire les connaissances secrètes qui leur permettront de sauver l’humanité. Les Coëns font partie d’une longue chaîne d’initiés qui doivent se soumettre à une vie ascétique, afin que leurs prières, jointes à l’aide des anges éclairés, rachètent la faute originelle.

Le drame cosmique de cette théosophie séduit de nombreux frères maçons. Saint-Martin, sous-lieutenant du régiment de Foix en garnison à Bordeaux, est un des premiers à être admis dans l’Ordre Coën. En 1768, il rencontre Pasqually et quitte la carrière militaire trois ans plus tard pour devenir son secrétaire. Au début des années 1770, Willermoz s’engage à son tour dans le système des Coëns et reçoit son grade de Réau-Croix. Il prend contact avec le baron de Hund, fondateur de la Stricte Observance Templière (S.O.T.), système de hauts grades de la maçonnerie allemande auquel appartient Franz Anton Mesmer. Deux loges très liées entre elles vont alors jouer un rôle important dans l’intégration de la Stricte Observance à la maçonnerie française : La Candeur de Strasbourg, à laquelle appartient le marquis de Puységur, colonel commandant du régiment d’artillerie de cette ville ; et La Bienfaisance de Lyon. Ces deux loges sont en étroit contact avec l’Allemagne, et sont affiliées à la S.O.T. Willermoz fera fusionner l’enseignement des Coëns et celui de la S.O.T., créant ainsi le Rite Écossais Rectifié (R.E.R.).

Saint-Martin est choisi pour dispenser l’enseignement Coën aux frères de La Bienfaisance. Revenu de Buzancy, il leur décrit les expériences de Puységur. Tous sont frappés par le fait que les malades « voient » l’intérieur de leur corps et les maladies. Le chevalier de Barberin, capitaine d’artillerie de l’armée royale, Alexandre de Monspey et le chirurgien Dutreich, viennent d’ouvrir à Lyon la société Harmonique La Concorde. Les Coëns appliquent désormais la méthode de Puységur. Sous influence du mythe pasquallien, Saint-Martin interprète l’apparente extase des somnambules de Puységur comme un retour de l’homme à son état originel. Pour lui, seul le sommeil artificiel peut ouvrir la voie au rachat de la faute adamique. La nature, entraînée avec l’homme dans la Chute, attend sa rédemption. Ces interprétations, dont Saint-Martin est un des acteurs essentiels, auront au XIXe siècle un impact majeur sur la formation des courants romantiques allemands.

Les écritures de l’Agent inconnu

Je poursuis depuis quelques années la lecture de cet étrange manuscrit qui s’ouvre sur le titre : « Crises somnambuliques. Livre des Initiés. Recueil fait sous plusieurs crisiaques depuis 1785 jusqu’en 1787 ». Ce manuscrit, réalisé par Saint-Martin pour l’enseignement des Élus Coëns, comporte les notes prises lors des séances magnétiques du chevalier de Barberin, ainsi que la copie d’une partie des écritures de l’Agent inconnu. Le recueil devait circuler entre les Coëns de plusieurs villes.

En 1785, les Coëns lyonnais endorment leurs somnambules à la façon de Puységur. Mais ils les entourent de prières protectrices avant de les interroger sur la vérité des sommeils et les secrets de la maçonnerie. Une de leurs patientes, Jeanne Rochette, commence à révéler la vraie doctrine du magnétisme. Dans le « pur sommeil », dit-elle, « l’âme se rapproche de son état originel et devient susceptible d’une communication avec son ange gardien par lequel elle apprend la vérité des choses qu’elle ignore dans son état naturel ».

La même année, le soir du 18 avril, de nouvelles révélations parviennent à Willermoz. Alexandre de Monspey lui apporte plusieurs cahiers de petit format, couverts d’écritures, graphes et dessins dont l’auteur désire rester anonyme. L’ensemble est adressé au « pasteur des Coëns ». Ce que Monspey décrit comme de « miraculeuses missives venues du Ciel » est dicté, dit-il, par des esprits purs.

Au moment où arrivent ces cahiers, la franc-maçonnerie est déchirée par des dissensions internes et Willermoz a délaissé ses activités de réformateur. Il a renoncé à obtenir les signes d’une communication angélique attendue depuis tant d’années. Son guide, Pasqually, est parti à l’étranger où il a été emporté par la fièvre. On ne sait s’il a lu l’opuscule du philosophe Emmanuel Kant avertissant des dangers que courent les exaltés dont Swedenborg est le prototype. Mais il désire toujours accomplir sa mission, régénérer l’humanité. Il espère trouver « la » science, celle qui, comme disait Martinez, « ne vient pas de l’homme » et appartient à l’histoire secrète du monde.

La vérité arriverait-elle par la voie de l’Agent inconnu ? Un cahier intitulé « Livre de la Truth » décline un credo spécifique et désigne onze membres à choisir, qui doivent être conduits par Jésus. Pour recueillir l’enseignement de l’Agent, Willermoz fonde la Loge Élue et Chérie de la Bienfaisance à laquelle se joignent les Coëns les plus fidèles.

J’ai décrit ailleurs l’effet vertigineux que produit la lecture de ces écritures dont le fil croise sans s’arrêter les domaines les plus variés : histoire des ordres monastiques, religion, éducation, relations homme-femme, justice, médecine, anatomie, botanique. Outre le flux ininterrompu, le caractère dense et enchevêtré du propos, la langue contient des termes inventés dont la consonance émaille les pages d’un accent prophétique. Les âpres sonorités des involox et voloug évoquent le mal et vont jusqu’au fluide murmure des amiel et uriels.

Ceux qui déchiffrèrent les écritures, déjà versés dans l’étude des textes occultes, établirent le « Lexique de l’Agent inconnu », qui relevait selon eux de la langue primitive. Le début du Livre des Initiés s’adresse sans équivoque aux « maçons d’Écosse » et les frères commencèrent l’étude de cet univers mythique. De nombreux aspects étaient en accord avec l’enseignement de Pasqually. Mais l’Agent annonçait l’avènement d’une « voie inconnue », d’une « loi d’amour » qui donnerait consolation à ce monde inversé.

Malgré les protestations d’obéissance à un ordre supérieur, le ton reste autoritaire. L’Agent affirme devoir écrire la « Science en son unité » afin d’établir la vraie doctrine de la maçonnerie. Les frères élus sont chargés de réconcilier le genre humain avec Dieu qui depuis Adam « dégrada les coupables en loi inverse ». Entre la main divine et la main de l’Agent, le lien est intime car « c’est Marie qui tient la plume ». Par son intermédiaire les maçons, définis comme « prêtres sans sacerdoce », doivent retrouver l’assistance des esprits purs et l’intercession de la Vierge.

La comtesse devient ainsi une sorte de messie féminin. Elle donne à Marie un rôle inattendu. Désignée comme « chef du séjour inaccessible des formes réintégrées, agent de la réparation », la Vierge scelle la réintégration de l’homme dans le sein divin. Mère voilée du Christ, elle oriente les maçons vers son fils et leur demande de vivre selon la loi évangélique. Elle seule peut guider les élus vers « l’amour expiatoire ».

Les écritures inspirées

Pour comprendre la façon dont les écritures de la comtesse furent reçues, il faut les situer dans le fil d’une histoire qui reste encore à faire, celle des écritures inspirées. Madame de Monspey n’ose pas se dévoiler comme écrivain, auteur des mots que trace sa plume. Son âme mystique lui dit que le message à livrer ne provient pas d’elle-même. Entre la tradition chrétienne des écritures mystiques et les vocations des écritures médiumniques qui naîtront au milieu du XIXe siècle, la plume de l’Agent inconnu tisse des relations subtiles. Elle interroge les nouveaux modèles de légitimité et offre aux historiens une précieuse transition.

En effet, à quels savoirs la comtesse peut-elle prétendre accéder ? Comment peut-elle authentifier son action ? Elle écrit : « L’Agent met son espoir en inconnu travail où il ne sait jamais un mot que lorsqu’il l’a tracé ». En ce qui concerne le contenu, on peut imaginer qu’Alexandre de Monspey avait dévoilé à sa sœur l’enseignement de Pasqually. En revanche, le genre des écritures inspirées appartient à une tradition que la comtesse a pu découvrir au cours de ses lectures dans la bibliothèque du chapitre. Ce genre, qui offre à Hildegarde von Bingen sa « langue inconnue », est familier aux courants prophétiques de visée messianique dont Guillaume Postel est une figure héroïque. La vocation de ce dernier découle d’une expérience d’illumination à la fois spirituelle et corporelle à l’issue de laquelle il prit la plume d’une façon frénétique, attribuant ses écrits à l’intervention de puissances surnaturelles.

En outre, la comtesse ne peut avoir ignoré les « vies » de saintes et de prophétesses comme sainte Brigitte. Cette grande aristocrate suédoise du XIVe siècle consigna par écrits ses visions et rédigea les Révélations Célestes dont le ton prophétique est très comparable aux accents de l’Agent inconnu. Brigitte donne à la Vierge un rôle important : elle seule peut intercéder en faveur des pécheurs. Pour la première fois dans l’histoire religieuse de l’Occident se manifeste un lien étroit entre prophétie et mariophanie. Brigitte affirme que le monde, perdu par Ève, doit être régénéré par une femme que Dieu a choisie. La Vierge devient, avec le Christ, coauteur du salut du monde. La comtesse de Monspey reprend cette voie.

Nous pouvons donc situer les écritures inspirées de l’Agent inconnu entre la tradition ancienne des écritures mystiques et la pratique moderne de l’écriture automatique. En effet, au cours des années 1780, les cas d’écrivains inspirés se multiplient. Ils annoncent une apocalypse, la fin du royaume. Plus tard, au cours des années 1850, les écritures d’inspiration prophétique se poursuivent parmi les médiums-écrivains. Ces derniers sont encadrés par Léon Hippolyte Rivail qui, sous le pseudonyme d’Allan Kardec, publie en 1861 le Livre des médiums dans lequel il donne aux spirites les règles à suivre. La communication ne se fera plus seulement avec les esprits angéliques mais davantage avec les désincarnés.

Par ailleurs, le somnambulisme médiumnique se développe dans les milieux ésotériques dès 1784. L’écriture inspirée, comme toujours, passe par un corps souffrant ; la souffrance et l’écriture sont accueillies comme « preuves » de l’intervention surnaturelle.

Pour ce qui est de notre comtesse, exaltée, de santé fragile, elle connut des états extrêmes au cours desquels elle ressentait des tressaillements violents dans tous ses membres. L’écriture apparut dans ces conditions qu’elle dévoile à Willermoz des années après : « Où ai-je appris à écrire ? Dans le silence d’une retraite, accablée d’une longue maladie et ne considérant qu’un dépérissement prochain. J’ai cru à la batterie qui me surprit et effraya ma raison. Seule et en présence du tout-Puissant, j’ai invoqué mon ange gardien et la batterie m’a répondu. Voilà le commencement ».

Ces coups frappés dans son corps précèdent les débuts de l’écriture, Madame de Vallière décrit alors la plume « courant à bride abattue ». Même emprisonnée lors du siège de Lyon en 1793, elle continuera à recevoir des « messages ». La polygraphe rédigera cent soixante-six petits cahiers dont deux sont parvenus jusqu’à nous. Prophète, médium, initiatrice, thérapeute, elle jouera tous les rôles, quitte à déchirer sur le tard ces identités. Elle finira par trouver sa voie en osant écrire par elle-même, et se fera connaître par son ouvrage LaPhilosophie publié en 1825…

Source : http://rh19.revues.org/3867

Par Christine Bergé - Publié dans : histoire de la FM
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Mercredi 16 juillet 2014 3 16 /07 /Juil /2014 08:10

La revue Alpina, "magazine maçonnique suisse" qui est édité par la Grande Loge Suisse Alpina (GLSA), m'a demandé de répondre à quelques questions. Cet entretien est publié dans le numéro 06/07-2014 qui vient de paraître. En voici le texte intégral : 

"Nous respecter mutuellement dans nos différences"

L’historien et chercheur français Roger Dachez connait notre pays. Il y est notamment venu donner des conférences dans le cadre du Groupe de Recherche Alpina (GRA). Ses livres connaissent un vif succès dans l'espace francophone et au-delà. Interview. 

Alpina : Pour beaucoup d'entre nous la notion de maçonnologie semble floue, qu'en est-il exactement ?

Roger Dachez : Le mot n’est pas très beau – et d’ailleurs, il est  étymologiquement bancal – mais il est aussi consacré par l’usage. En revanche ce qu’il recouvre est désormais assez bien défini. Pour tenter de l’éclairer, on peut faire référence à la double approche que, dans les sciences linguistiques et humaines, on désigne par emic et etic. La perspective emic est celle qui tente de comprendre « de l’intérieur » une démarche, une activité, un comportement, un code. C’est la langue qu’on parle, quand on est un locuteur naturel de cette langue ; le rite qu’on accomplit quand on ne s’interroge pas sur une tradition venue « du fond des temps » et qu’on met simplement en œuvre ; le geste qui s’impose à nous dans une situation émotionnelle donnée et qui nous a été légué par notre éducation et fait partie de notre « schéma corporel ».  C’est, en quelque sorte, la vie saisie dans la spontanéité de son déroulement. La perspective etic, c’est « l’arrêt sur image ». Le cliché ou l’enregistrement pris par l’ethnographe, document désormais pétrifié – pour le bon motif – et qui devient objet d’étude, s’offre à la déconstruction, à la comparaison distanciée, à l’analyse structurale. Elle n’abolit pas la vie (l’emic) mais elle lui adjoint une grille d’interprétation possible, détachée de tout a priori. On voit quelle application nous pouvons en faire : le travail en loge, c’est l’emic de la franc-maçonnerie, et la maçonnologie sera son etic… Au confluent de  l’histoire, de la sociologie, de la philosophie, des sciences religieuses  et de l’anthropologie, la maçonnologie s’efforce ainsi de saisir les invariants de la pensée maçonnique et de décrire ses structures jusque dans leur actualité, sans jamais s’y impliquer. 

A trop analyser la franc-maçonnerie, notamment son histoire et sa sociologie, ne risque-t-on pas de  présenter ses aspects "profanes" alors que l'intuition et la sensibilité personnelles jouent un si grand rôle dans le parcours de l'initié ?

On a dit cela de l’histoire critique des origines du christianisme, à la fin du XIXème siècle : Renan, Loisy et tous les autres ont été voués aux gémonies parce qu’ils allaient « casser le mythe ». En fait, qu’est-il arrivé ? Tout le contraire ! La perspective de l’histoire critique a enrichi et renouvelé la démarche chrétienne. Je crois qu’il en sera de même avec la franc-maçonnerie. Il y a certes, dans la franc-maçonnerie, une aventure intérieure qui s’appuie sur des symboles et des rites qu’il faut s’approprier. Cela, en un sens, ne s’apprend pas mais se vit. Nous sommes tous d‘accord sur ce point. Mais, là encore, quand on découvre l’origine de ces rites, les sources de ces symboles, quand on acquiert quelques lumières sur les circonstances et les raisons de leur introduction dans le champ maçonnique, quand on scrute leur intention fondatrice ainsi que  leur évolution – car le rituel maçonnique, dans la longue durée, est tout sauf intangible ! – on se donne des instruments nouveaux et très utiles pour approfondir et revisiter un patrimoine traditionnel d’une complexité inouïe. Je ne crois donc absolument pas que l’approche « éclairée » – je préfère le dire ainsi plutôt que de parler « d’aspects profanes » –  s’oppose à l’approche « intuitive. » En fait, la véritable cause d’une certaine hostilité à la maçonnologie est le plus souvent d’une autre nature, il faut avoir le courage de le dire et surtout l’honnêteté de le reconnaitre : c’est une réelle et trop fréquente paresse intellectuelle… 

Tu présides l'Institut maçonnique de France (IMF), quels sont les buts et activités de cet organisme ?

Fondé il y a douze ans, l’IMF a pour but d’être un lieu neutre et indépendant où toutes les sensibilités maçonniques peuvent concourir à des événements communs qui mettent en valeur et font mieux connaitre l’histoire et le patrimoine culturel de la franc-maçonnerie. Et cela sans querelles de rites ni rivalités d’obédiences. Ses réalisations les plus remarquables sont les Salons maçonniques du livre qui ont fleuri un peu partout en France. Celui de Paris connaîtra sa 12ème édition en novembre prochain. Le précédent a attiré près de 5000 personnes en deux jours, dont un tiers de profanes ! 

La question de la reconnaissance maçonnique va-t-elle selon toi, à court et à moyen termes, rester en l'état actuel ou évoluer vers une autre forme ?

Le paysage maçonnique change toujours, son histoire l’a montré, mais assez lentement. Je ne crois pas du tout que la maçonnerie anglo-saxonne modifiera sensiblement ses critères fondamentaux de reconnaissance avant longtemps. J’ai le sentiment que, par méconnaissance du sujet, ou parce qu’ils prennent parfois leur désirs pour des réalités, beaucoup se font des illusions à ce sujet. Le seul changement qui pourrait intervenir à court terme serait l’abandon de la « clause de territorialité » – qui n’est d’ailleurs pas incluse dans les Basic Principles de 1929 mais qui a, de facto, toujours été observée. Cela veut dire que dans l’avenir, la Grande Loge Unie d’Angleterre – et sans doute aussi les Grandes Loges américaines – pourraient reconnaitre dans un même pays deux ou plusieurs obédiences qui n’auraient pas nécessairement de liens entre elles. Cela peut ouvrir des voies nouvelles. 

Comment vois-tu l'évolution de la franc-maçonnerie en France, toutes obédiences confondues, des rapprochements ou au contraire des crispations et des replis ?

Ce problème ne se pose que dans les pays latins où la maçonnerie « non reconnue » (par les Anglo-Saxons) est à la fois majoritaire et très morcelée. En France notamment, pour dire les choses clairement ! Il y a dans notre pays une obédience « régulière et reconnue » depuis un siècle, cela fait partie du paysage. Ce sont les passages d’une culture à l’autre qui sont souvent problématiques : on l’a vu en Belgique avec la Grande Loge, reconnue en 1959 puis « déreconnue » en 1979. On peut tout envisager, mais à condition de ne pas jouer sur les mots et de ne pas se mentir à soi-même – sans parler de mentir aux Anglais. Je dirais volontiers qu’en ce domaine, il y a peut-être des obédiences qui n’ont pas les moyens de leurs ambitions... En fait, je pense que l’unité maçonnique, en France, n’est pas pour demain et que ce n’est pas un drame. L’essentiel est de nous respecter mutuellement dans nos différences : c’est un principe maçonnique, non ?  

La prolifération d'obédiences à laquelle on assiste actuellement dans certains pays est-elle à ton avis un phénomène positif ou non ?

Je crois surtout qu’il faut en rechercher les causes. Les dérives administratives, autoritaires ou simplement médiatiques de certaines « grandes » obédiences, les conflits larvés que quelques-unes entretiennent entre elles, sans parler des gesticulations de certains dignitaires, tout cela peut expliquer la lassitude de certains francs-maçons. Si cette culture ne se corrige pas, l’émiettement est inévitable et il se poursuivra...  

L'individualisme allant croissant dans les sociétés modernes, l'engagement associatif perd du terrain. Serait-ce un phénomène irréversible ?

Un sociologue comme Michel Maffesoli rétorquerait que c’est aussi le temps des « nouvelles tribus » : on cherche, par affinités électives, à reproduire le « cocon » primitif dans de petites communautés fraternelles. La loge ressemble pas mal à cela, à condition qu’elle recouvre une bonne part de son autonomie, souvent perdue dans nombre de cadres obédientiels, surtout en France, pays de tradition « jacobine » et donc très centralisateur !  

On assiste souvent dans nos rangs à des idées plus ou moins convenues lorsqu'on aborde des thèmes philosophiques. Comment “booster“ la pensée des Frères hors des sentiers battus ?

Je ne  suis pas certain qu’il s’agisse d’un problème spécifiquement maçonnique. Je crois plutôt à une baisse inquiétante du niveau de culture générale des générations les plus récentes. J’enseigne à l’Université depuis trente ans et j’en suis le témoin navré ! J’en reviens donc à la maçonnologie : sans un peu de (vrai) travail intellectuel, et pour le dire clairement, sans quelque connaissance des humanités classiques, on ne va pas très loin, pas plus en maçonnerie que partout ailleurs dans la vie.  

Quels seraient aujourd'hui les principaux enjeux pour assurer l'avenir de la franc-maçonnerie en Europe et dans le monde ?

1. Lutter contre la baisse dramatique des effectifs dans le domaine anglo-saxon. 2. Juguler les conséquences néfastes d’une croissance incontrôlée des effectifs dans les pays latins ! Cela peut sembler contradictoire, mais je me demande parfois si ce ne sont pas les deux facettes d’un même problème. La solution ? Peut-être un juste équilibre entre le formalisme rituel et le travail intellectuel en loge : pour exorciser le premier et discipliner le second. 

Voilà 600 ans, Jacques de Molay périssait sur le bûcher. La commémoration va-t-elle “rallumer“ le débat entre partisans et opposants de la filiation Templiers - franc-maçonnerie ?

Je pense que rien n’empêchera jamais les naïfs, les rêveurs  et les gogos de gober ces histoires à dormir debout. On a beau avoir écrit des tonnes de littérature montrant qu’il n’y a aucun lien d’aucune sorte entre l’Ordre du Temple et les origines de la franc-maçonnerie spéculative, rien n’y fera, j’en ai peur. C’est l’inévitable part du rêve…qui rapporte d’ailleurs pas mal d’argent à certains auteurs ! 

Il y a également «le thème chevaleresque dans l'imaginaire maçonnique» dont tu as récemment traité dans une anthologie (voir rubrique Books de l'Alpina 5/2014). Pourquoi un certain nombre de maçons ont-ils de la peine à admettre l'arbitraire voire la fantaisie dans les textes et rites de notre ordre ?

Peut-être parce qu’ils ne font pas suffisamment la part de la métaphore, qui est le ressort essentiel de franc-maçonnerie. Par ma culture protestante – c’est un trait extrêmement minoritaire en France – je suis familier d’un abord interprétatif et critique – au sens positif : trouver un sens cohérent – des textes « sacrés ». Je ne crois pas du tout que les rituels maçonniques soient des textes sacrés, mais le parallèle me parait valable. Ce sont des jeux, mais des jeux sérieux. Si l’on comprend cela, de nombreux horizons peuvent s’ouvrir où les uns et les autres pourront cheminer côte à côte, pas nécessairement avec la même vision du but, mais sans pour autant s’affronter stérilement. 

As-tu actuellement un livre en chantier ou en voie de publication ?  

Non...j’en ai trois ! Tout d’abord, pour la rentrée prochaine, un troisième opushistorico-maçonnico-policier, avec mon fraternel « complice », le criminologue Alain Bauer : ce roman se situera à Washington, au temps de George Washington. Pour la fin de l’année une Histoire illustrée du Rite Ecossais Rectifié, et puis une grandeNouvelle histoire des francs-maçons en France qui devrait paraitre en 2015.

 Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/archive/2014/07/15/une-interview-dans-alpina-5410762.html

Par Roger Dachez - Publié dans : histoire de la FM
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