Eglise catholique et FM

Lundi 10 juin 2013 1 10 /06 /Juin /2013 12:08

Pascal Vesin, ancien curé de la paroisse Sainte-Anne d'Arly Montjoie, démis de ses fonctions pour son appartenance à la franc-maçonnerie, a sollicité le vicaire généralpour publier son au-revoir aux paroissiens, demande qui lui a été refusée.

Le père Vesin a donc décidé de faire passer son message, jeudi soir 6 juin, via le groupe de soutien au père Pascal Vesin sur facebook qui compte actuellement près de 559 personnes. Nous avons décidé de le publier intégralement.

"Mon au-revoir aux paroissiens de Ste Anne d’Arly-Montjoie
Je porte encore et toujours le souci de l'unité sur notre Paroisse. Mon choix -honorer ma liberté de penser et respecter la pluralité de paroles dans l’Eglise- n’altère en rien ce souci. J’accepte et respecte que certains ne comprennent pas ce choix. Mais comment faire entendre ma parole quand j'en suis privé ? Quand et comment pourrais-je, dans la même dynamique lancée par l'Evêque, inviter les paroissiens à l'unité ? Peut-être que certains d'entre eux auraient besoin d'entendre de ma bouche, combien ce désir d'unité pour notre paroisse demeure mon souhait profond.
Une triple injustice - Les conditions dont a été habilement géré mon départ ne m'ont pas permis de m'expliquer devant les paroissiens. Tout a été fait pour que ma parole soit confisquée. C’est pour cette raison que j’ai fait paraître dans la presse -seule tribune dont je disposais- « Ma vérité de curé en paix avec sa foi et ses idées » - Les bien-pensant, baignant dans la dénonciation anonyme, semblent avoir eu raison. L’Eglise inviterait-elle à donner raison à la pratique de la délation ? - Je subis cette décision de l’Eglise par une méconnaissance flagrante de ce qu’est, aujourd’hui, la Franc-maçonnerie. Combien de propos erronés, infondés et injustifiés ont été tenus sur la Maçonnerie. Osons le dialogue en vérité (sans présager de la réponse), faisons tomber les secrets qui génèrent tant de phantasmes, évitons les anachronismes, ... c'est ma demande depuis deux ans ... vaine ! Une méconnaissance La méconnaissance génère trop souvent la peur … L’heure n’est-elle pas venue, pour reprendre les propos de Mgr Jean-Charles Thomas, de réfléchir sur le dialogue qui pourrait exister entre l’Eglise et la Franc-Maçonnerie.
Chacune de ces Institutions acceptant un dialogue vrai et respectueux : - Le "secret maçonnique" ne dessert-il pas ce dialogue ? La Franc-Maçonnerie ne pourrait-elle pas ouvrir ses portes pour éviter tous ces fantasmes que ce secret fait naître, pour montrer l'objet de ses travaux, qui elle est, ... ? Cette peur disparaissant, le dialogue demandé serait plus efficace pour faire évoluer les choses. - L’Eglise ne pourrait-elle pas risquer ce dialogue ? Cette invitation au dialogue n’est-elle pas lancée par le Pape François, lui-même : « L'Esprit-Saint nous fait entrer dans le mystère du Dieu vivant et nous sauve du danger d'une Eglise gnostique et d'une Eglise autoréférentielle fermée sur elle-même. Quand l'Eglise se ferme elle tombe malade. Je préfère une Eglise accidentée parce qu'elle prend des risques qu'une Eglise malade » La méconnaissance génère trop souvent la peur … Osons l’ouverture et le dialogue … L’ignorance n’est-elle pas pire que la malice, comme l’écrivait St François de Sales. Un souhait profond : l’Unité L’Unité comme moyen. Chacun a le droit de réagir à sa manière sans être jugé. Participer à une page Facebook ou pas, désirer poursuivre la mission confiée ou pas, ... doit être l'objet d'un choix conscient de chacun. Quelle que soit l'attitude choisie, en toute conscience, elle n'est pas un choix pour ou contre l'Evêque, pour ou contre Pascal : elle est un choix personnel et cohérent qui n'a pas à être jugée par autrui, elle doit être respectée. L'unité commence peut-être par-là : laisser à chacun sa liberté de conscience. Unité n'est certainement pas uniformité.
L’Unité comme signe. « Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Evangile de Jean 13,34-35) La perspective de l’évangéliste Jean n’est pas celle de l’universalisme : facile d’aimer à 2000 kms ! Jésus s’adresse uniquement aux apôtres et fait appel à leur amour réciproque. Les disciples du Christ doivent s’aimer les uns les autres afin que tous reconnaissent qu’ils Lui appartiennent. Cette invitation s’adresse au groupe des Douze, dans l’intimité du dernier repas partagé. Cette invitation s’adresse aujourd’hui à notre Paroisse, à chacun de ses membres. Je ne vous oublierai pas. Nous nous retrouvons dans la prière."

Source : http://www.lemessager.fr/Actualite/Fil_Infos_regionales/2013/06/07/article_messager_1743373.shtml

Par X - Publié dans : Eglise catholique et FM
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Vendredi 31 mai 2013 5 31 /05 /Mai /2013 09:09

 

Historien reconnu de la franc-maçonnerie, membre de la loge nationale française et président de l’Institut maçonnique de France, Roger Dachez a accepté de nous livrer son sentiment sur “l’affaire Vesin”.
 La décision de l’Église de démettre le père Vesin de ses fonctions vous surprend-elle ?
 
 « Oui et non. Oui, parce que c’est un fait rare. Je n’ai pas mémoire en France d’un cas de curé obligé publiquement de faire le choix entre son appartenance maçonnique et l’église depuis l’après-guerre. Non, car c’est en parfaite conformité avec la position officielle de l’église. »

Quelle est-elle ?

 « Elle a beaucoup évolué en 300 ans. L’église a presque toujours condamné la franc-maçonnerie. La première bulle papale d’excommunication des francs-maçons date de 1738. Clément XII estime alors que le fait de faire travailler ensemble des gens de confessions différentes est dangereux pour l’Église. Il n’est pas à cette époque question d’anticléricalisme ou d’athéisme. »

 Croyance et franc-maçonnerie sont-elles inconciliables ?
>
 « Bien sûr que non. Au tout début de la franc-maçonnerie ; être franc-maçon c’est être croyant. Dans les pays anglo-saxons protestants où la franc-maçonnerie est née, le terme “liberté de conscience” signifie “liberté de choisir sa religion”. Ce n’est qu’en France, au milieu du XIXe siècle, que la franc-maçonnerie est majoritairement devenue républicaine et anticléricale, principalement pour des raisons politiques. »

 Est-ce le cas ailleurs dans le Monde ?

 « Pas du tout. La très grande majorité des francs-maçons dans le monde sont croyants. La France est une exception incroyable avec des obédiences croyantes et d’autres “libérales”, acceptant croyants et non-croyants, au premier rang desquelles le Grand Orient de France. La France est le seul grand pays catholique où la franc-maçonnerie n’a pas été persécutée par l’Inquisition après la bulle de Clément XII. Tout ça grâce à une lutte d’influence entre le roi de France et le parlement de Paris, dominé par les jansénistes, qui a refusé d’enregistrer le texte du Vatican. Il n’a donc jamais été appliqué, contrairement à ce qui s’est passé en Espagne, en Italie ou au Portugal. C’est ce qui a permis à la franc-maçonnerie de croître et prospérer de manière particulière en France.. »
 
 Pourquoi les francs-maçons français se sont-ils éloignés de l’église ?
 
 « Au XIXe siècle, les gouvernements autoritaires se sont succédé avec le soutien de l’église. Il n’y avait pas alors de parti politique. À cette époque, le seul espace où les esprits libres pouvaient s’exprimer, c’était la franc-maçonnerie. Au milieu du XIXe, s’est alors développé dans les loges du Grand Orient un mouvement général républicain et anticlérical. C’est le début d’un combat sans merci qui a entraîné une nouvelle vague de condamnations contre les prétendus “conspirateurs francs-maçons qui voulaient détruire l’église”. Ce qui a laissé des traces, notamment la thèse du “complot judéo-maçonnique” qui s’est développée sous l’Occupation. »

 L’Église catholique n’a-t-elle jamais infléchi sa position ?
 
 « On l’a cru en 1983, lors de la publication du nouveau code de droit canon, dans lequel l’excommunication des francs-maçons avait été supprimée. Cela faisait suite à plusieurs années de débat, après Vatican II. Mais Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI et alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi, s’est exprimé sur le sujet, indiquant que s’il n’était plus question d’excommunication, l’appartenance à la franc-maçonnerie restait un pêché grave qui interdisait l’accès à la sainte communion. »

 Encore une condamnation donc…

 « Oui, mais encore une fois, la position de l’église change. Le cardinal reconnaît en 1985 que la franc-maçonnerie accueille dans ses rangs des catholiques et chrétiens sincères, qu’elle possède une dimension spirituelle, mais que l’église reste la seule voie de Salut. Selon lui, pour une âme catholique, il y a un risque de concurrence entre la franc-maçonnerie et la fidélité à la sainte Église. »

 Ces multiples condamnations empêchent-elles les chrétiens d’adhérer à la franc-maçonnerie ?

« Non. Au XVIIIe siècle, les chrétiens et les ecclésiastiques étaient nombreux en loge. Après le tournant anticlérical du XIXe siècle, les prêtres et les évêques se sont faits plus rares, mais il y en a toujours aujourd’hui. Le simple croyant attache peu d’importance à ces condamnations, d’autant que peu d’évêques font réellement la chasse aux francs-maçons. C’est plus délicat pour un ecclésiastique. En particulier au Grand Orient.»

 Pourquoi ?

 « Un prêtre est soumis à l’autorité du Vatican et c’est lui qui consacre les saintes espèces pour la communion. Il y a donc incompatibilité entre ces fonctions et la position officielle de l’église. Les prêtres en franc-maçonnerie, c’est le dernier tabou pour l’église. »
 
 L’exclusion du père Vesin est donc logique…
 
 « Elle est cohérente avec la position officielle de l’église qui s’est durcie depuis le pontificat de Benoît XVI. Mais le fait d’avoir un prêtre, qui est également franc-maçon, qui assume sa situation et qui ne veut abandonner ni son ministère, ni son appartenance, montre que le cardinal Ratzinger avait peut-être tort et qu’il n’y a pas forcément d’incompatibilité ou de concurrence entre la Foi et la franc-maçonnerie. Je pense que cette exclusion spectaculaire est plus liée à un durcissement actuel de la doctrine catholique. »

 Vous faites un lien entre l’affaire Vesin et l’actualité ?

 « Un lien indirect. Mais on voit bien à travers la lutte contre le mariage pour tous que les positions de l’église se durcissent. Il y a d’ailleurs eu une tentative d’occupation du siège du Grand Orient à Paris par des militants extrémistes. C’est un contexte général. L’église, malmenée en Europe, se tourne aujourd’hui vers de nouveaux publics, comme l’Amérique du Sud, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est. Des zones où le catholicisme est en concurrence avec l’Islam, souvent radical et les protestants évangélistes. Face à eux, l’église croit devoir s’aligner sur une ligne dure.»

 Le père Vesin serait donc une victime collatérale du contexte général ?

« Je pense que le message symbolique envoyé par l’église est qu’elle ne tolère plus de “pas de côté”. Cela traduit une volonté de reprise en main idéologique. Je pense qu’on va vers un recul des idées dans les prochaines années. Un retour à la Règle beaucoup plus profond. Une sorte de message envoyé aux fidèles du monde entier, plus qu’aux catholiques européens que ce “scandale” ne scandalisera pas le moins du monde. Et fera même rire, pour la plupart. »

Par X - Publié dans : Eglise catholique et FM
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Mardi 20 novembre 2012 2 20 /11 /Nov /2012 15:36

Dans un article récent J. Rousse-Lacordaire op (LRA, n° 8, 1999) évoquait les conditions d’un rapprochement entre l’Église catholique et la Franc-Maçonnerie. Nous souhaiterions dans les lignes qui suivent revenir sur plusieurs points importants, fort justement soulevés par lui, cela afin de fixer si possible définitivement les enjeux qui, de part et d’autre, conditionnent effectivement cet accord tant espéré quoique malheureusement peu probable.

Revenons tout d'abord sur la thèse de l’ignorance comme cause de la condamnation romaine de la Franc-Maçonnerie, que J. R.-L. estime insoutenable. Nous n’insisterons pas sur la marque d’irrationalité qui caractérise l’incroyable lettre de Léon XIII (1884) «sur la secte des francs-maçons», ni sur le faux problème du «relativisme noétique» (LRA, n° 8, p. 15) qui est sensé déterminer l’essence de la F.-M. Toutefois, comment admettre que l’Église ait jugé celle-ci en connaissance de cause, c’est-à-dire à partir d’une étude approfondie de ses traditions, de son symbolisme, de ses textes fondateurs (antérieurs à 1717), de ses rituels, de son histoire, dès lors qu’elle l’accuse : de déisme, d’agnosticisme, d’athéisme et de relativisme (LRA, n° 8, p. 13) ? Car tous ces reproches ne concerne en réalité qu’une Maçonnerie désacralisée et laïcisée en totale contravention avec la véritable nature spirituelle et initiatique de l’Ordre, nettement observable à partir des Anciens devoirs maçonniques qui, du Régius au Ms Dumfries (1710) ne peuvent, en aucun cas être considérés comme la matrice d’un quelconque libéralisme intellectuel dont la source philosophique se trouve ailleurs. A la décharge de l’Église, on dira que l’attachement actuel de certains Maçons au relativisme ou à l’idée anti métaphysique d’une vérité évolutive, est dû à l’état de dégradation de l’Ordre maçonnique en fait victime ici, tout comme l’Église d’ailleurs, de la pénétration des conceptions modernes qui provoquent sa désubstantialisation, sur le plan notamment de l’interprétation spirituelle des symboles. L’ignorance, hélas, n’est donc pas seulement du côté de l’Église ! En tout état de cause si celle-ci avait réellement engagé une enquête très étendue sur la question de l’initiation maçonnique elle se serait aperçue que rien de s’opposait à ses conceptions, mieux, elle se serait aussi rendu compte que la Maçonnerie comporte bel et bien d’assez nombreuses références au christianisme qu’elle aurait mauvaise grâce de négliger. Mais les condamnations ne parlent jamais de tout cela. On dira peut-être que l’Église n’a pas toujours eu les moyens de prendre connaissance de ces traditions, cela en raison du caractère secret de la Maçonnerie et que pour cette raison elle n’est pas en mesure de juger de leur orthodoxie (LRA, n° 8, p. 24). Mais c’est oublier qu’il fut toujours possible à l’Église de connaître, de l’intérieur, ce que fut la Maçonnerie opérative — en raison de la présence des chapelains, dont J. Rousse-Lacordaire rappelle l’existence — et ce qu’elle est devenue au XVIIIe siècle, cela tout simplement parce que la très grande quantité d’ecclésiastiques initiés dans les loges à cette époque pouvait, dès lors que leur qualité était connue de la hiérarchie, informer l’Église sur la nature véritable de la Maçonnerie quand ils la connaissait. On ajoutera à ceci qu’il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer que la Grande Loge des Anciens fut catholique et qu’elle servit la cause des Stuarts, ou que les opératifs publièrent en 1722 des Constitutions, dites “de Roberts”, qui débute par une prière adressée au Père Tout-Puissant du Ciel, à la Sagesse du Fils Glorieux et à la Bonté du Saint Esprit ! A cela, il serait facile d’ajouter bien d’autres éléments susceptibles de montrer, par exemple, que le Grand Architecte doit être clairement identifié au Verbe éternel, sans qui «rien ne fut» (Jn 1: 3).

Ceci posé, il faut bien dire que paradoxalement Rome pourrait voir dans ces allusions au christianisme, qui sont en fait le signe d’une très ancienne christianisation de la Maçonnerie opérative, une forme de «concurrence» (LRA, n° 8, p. 13) avec les pratiques de l’Église. Mais ce serait là se méprendre complètement. La Maçonnerie n’étant pas une religion, elle n’a pas vocation, par exemple, à veiller au salut de tout un peuple, ni de transmettre un corpus dogmatique relevant de la foi. L’initiation maçonnique, qui s’appuie sur la tradition du Métier de bâtisseur, vise un tout autre but parfaitement redéfini au XXe siècle par R. Guénon comme étant, pour l’homme, le recouvrement de son état édénique primordial. Cet objectif, symbolisé dans certains compagnonnages par la couronne de fleurs, ne saurait donc en aucun cas rivaliser avec ceux de l’Église. Le principe de leur complémentarité est du reste admis depuis fort longtemps des Maçons traditionnels dont les ancêtres ont construit les grandes cathédrales européennes !

Maintenant, si ces derniers n’ont pas à mettre en cause la vérité des dogmes chrétiens, leur perspective spirituelle ne relevant pas du domaine théologique, ils n’ont pas à soumettre leurs vues à un magistère qui ne peut s’exercer que dans le champ religieux. La référence à un ésotérisme, à une Tradition primordiale, à un symbolisme universel, sans doute gênante pour un théologien, est co essentielle à l’initiation maçonnique et ne peut être bridé par un contrôle ecclésiastique dont les compétences ne se situent pas sur ce plan. Or ce problème de l’ésotérisme (LRA, n° 8, p. 25) représente la vraie difficulté empêchant selon nous un authentique rapprochement entre les deux institutions. La récente confusion romaine entre l’ésotérisme et la philosophie toute humaine dont parle S. Paul n’est à ce propos guère encourageante. Déjà au XVIIe siècle les rituels des Compagnons chapeliers furent condamnés par la Sorbonne — malgré leur caractère chrétien — parce que jugés sacrilèges, ainsi que le 18e degré du REAA pourrait donné l’impression de l’être !

Si donc l’Église n’est pas en mesure de reconnaître l’existence d’un ésotérisme authentique, il est clair que toute relation avec des loges attachées au contraire à celui-ci sera impossible, sachant de plus que la Maçonnerie, comme nous l’avons indiqué ailleurs (LRA, n° 8, p. 7, n. 16), puisqu’elle ne provient pas de la Révélation chrétienne, ne saurait représenter l’ésotérisme chrétien pris dans sa totalité, mais tout au plus une partie.

La question d’un rapprochement entre ces deux institutions se pose donc, selon nous, dans les termes suivants. Puisque les obédiences maçonniques ne sont pas aujourd’hui toujours capables de représenter avec rigueur la tradition véritable de l’Ordre, puisqu’elles ne sauraient en outre posséder de manière exclusive les principes d’une «idéologie normative commune» (LRA, n° 8, p. 14) effectivement inexistante, une autre solution paraît devoir être envisagée.

Ne pourrait-on pas concevoir dans un cadre totalement informel le regroupement de loges catholiques, à l’intérieur d’une “Alliance écossaise” inter-obédientielle, pouvant ainsi bénéficier collectivement de cette dérogation dont parle J. Rousse-Lacordaire (LRA, n° 8, p. 23) ? Ce type d’entente, si elle était possible, permettrait peut-être une éventuelle consolidation de la spiritualité occidentale qui, à un certain degré, pourrait même renforcer l’influence de la religion chrétienne dans une société totalement désorientée. Pour autant, il ne s’agirait pas de tomber dans les excès du Rite Ecossais Rectifié dont la tendance à l’éxotérisation christianisante de la Maçonnerie risque de dénaturer celle-ci. Ce que nous disions dans un récent article portant sur ce sujet ne doit donc pas être interprété comme un signe d’hostilité envers le caractère chrétien du RER (LRA, n° 8, p. 3-9), ainsi que l’a imaginé M. Bertrand, mais au contraire comme une volonté de bien séparer les fonctions respectives des deux institutions en présence. Car il s’agit précisément de ne pas confondre ici la vocation de la religion et de l’initiation.

Il est clair enfin qu’un tel accord nécessiterait pour être viable la rencontre de représentants connaissant parfaitement, d’un côté comme de l’autre, et les traditions maçonniques les plus pures et les traditions catholiques les plus pures. Il est seulement presque certain, répétons-le, que la question capitale de l’ésotérisme — mais aussi de la légitimité de l’initiation —, devrait au préalable être à nouveau considérée par l’Église en souhaitant qu’il ne soit pas d’emblée associé aux formes antiques hétérodoxes de dualisme !

Il existe bien en fait une orthodoxie ésotérique, qui bien qu’elle ne puisse être complètement formulée à l’avance de manière figée, relève néanmoins, par delà tout subjectivisme, d’un authentique Magistère, secret et caché, véritable Recteur de la divine Science.

 

Source : http://www.regle-abraham.com/francais/regabtext.htm

Par Patrick Geay - Publié dans : Eglise catholique et FM
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Dimanche 21 octobre 2012 7 21 /10 /Oct /2012 09:22

Il convient préalablement de prendre acte de ce que la Franc Maçonnerie ne se trouve plus soumise aux dispositions de l’ancien code qui énonçait en son canon 2335 : « Ceux qui donnent leur nom à une secte maçonnique ou à d’autres associations du même genre qui complotent contre l’Église ou les pouvoirs civils légitimes, contractent par le fait même une excommunication simplement réservée au Siège apostolique. », lorsque le nouveau code en date de 1983, expose en son canon 1374 : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit. »
La question ainsi posée pour savoir si Les francs-maçons succombent de fait à une juste peine pouvant aller jusqu’à l’interdit, dépend du dessein personnel ou non de conspirer contre l’Eglise.
Dès lors que ce projet est inexistant, la sanction ou déjà même la mise en garde ne saurait avoir de portée, il est important de ne pas l’oublier.

I

Beaucoup hausseront les épaules en déclarant que l’Eglise hâtivement et sans circonspection a condamné sans éléments probants par avance la Franc Maçonnerie.
L’histoire des condamnations Papales est de nature à expliquer la position choisie, dès lors que l’on prête attention à la date même de la première condamnation en n’oubliant pas ce que fut et voulut être la révolution préparée par Anderson.

II

N’en déplaise à certains historiens contemporains, la franc-maçonnerie n’a pas commencé au 18° siècle, mais connut à cette époque une transformation par le canal des Constitutions du pasteur qui s’opposait non seulement à Rome mais à ce qu’avait été jusqu’alors la maçonnerie, une association de chrétiens, très précisément de catholiques, maçons opératifs fidèles au bon travail et fiers de leurs outils, invoquant la Très Sainte Vierge, la Très Sainte Trinité, rendant gloire à Dieu en leurs prières et se rendant à la messe.
Au titre des Devoirs des vrais Maçons, il convient de citer ce que précisent les textes antérieurs à Anderson, dans le cadre des manuscrits conservés quant aux acclamations, et à l’esprit des prières :
Le Ms REGIUS déclare : « Celui qui veut embrasser ce métier doit aimer Dieu et la sainte Église, et aussi le maître chez qui il vit, où qu'il aille, par champs et bois ; et il aimera ses compagnons, ainsi le veut le métier. »
« Prions Dieu, roi tout-puissant et sa mère immaculée Marie que nous gardions ces règlements et ces points, à l'exemple des quatre martyrs renommés, qui furent bons maçons, sculpteurs et imagiers. »

Le Ms COOKE (ca 1400) déclare : « Celui qui veut embrasser ce métier doit aimer Dieu et la sainte Église, et aussi le maître chez qui il vit, où qu'il aille, par champs et bois ; et il aimera ses compagnons, ainsi le veut le métier. »
Le Ms Grand Lodge (1583) place les maçons sous la puissance de la T. S. Trinité « Que la puissance du Père du ciel, et la sagesse du Fils glorieux, par la grâce et la bonté du Saint Esprit, qui sont trois personnes en un seul Dieu, soient avec nous à notre commencement, et nous donnent la grâce de nous gouverner ici dans notre vie de telle sorte que nous puissions parvenir à Sa béatitude qui n’aura jamais de fin. Amen. »
Le Ms WATSON (1687) rend grâce à Dieu : « Grâces soient rendues à Dieu, notre Père glorieux, créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses qui y sont … »
Le Ms DUMFRIES (1710) place les maçons sous la Sainte Trinité et demande qu’Elle les guide vers le Royaume : « Que le Père tout-puissant avec la sagesse du glorieux Jésus et par la grâce du Saint-Esprit, qui sont trois Personnes en un seul Dieu que nous implorons, soit avec nous au commencement et nous donne la grâce de nous gouverner en cette existence afin que nous puissions parvenir à son Royaume qui n'aura pas de fin. Amen.
Bons frères et compagnons, notre dessein est de vous faire connaître de quelle manière fut créé cette excellente science de la maçonnerie, quand et comment elle débuta, et aussi comment elle fut soutenue, favorisée et aimée par les plus fameux et braves héros de la terre tels que rois et princes, ainsi que toutes sortes de gens intelligents au plus haut degré ; de même que les obligations de tous les maçons vrais et reconnus, auxquelles on leur a enseigné de se conformer en toute loyauté et de bien prendre garde s'ils souhaitaient être récompensés. »
>>> De ce qui précède, il convient d’en prendre acte.
C’est la révolution Andersonienne qui, par « la main mise » des Protestants, « acceptés » en trop grand nombre par les maçons opératifs et catholiques, qui sera à l’origine de cette absence et de Christianisme et de « féodalité » à la Sainte Eglise.
Il est important de noter que jamais alors l’Eglise ne s’est opposée à la Franc- Maçonnerie, le premier texte s’opposant à celle-ci, date de 1738…
Or, c’est en 1723 que le pasteur ANDERSON rédige et publie ses fameuses Constitutions qui en leur première version s’opposent à Rome : L’article 6 § 2 De la conduite à tenir, (pour un FM) est fort explicite, lorsque notre pasteur, s’opposant à l’Eglise, déclare quant à l’interdiction dans les Loges d’évoquer la religion, la Nation, la politique de l’Etat : « Cette obligation de toujours a été strictement enjointe et observée, mais particulièrement depuis la Réforme en Grande Bretagne vu la séparation et la sécession de ces Nations de la communion de Rome. »
Gommé l’est, le Devoir de Religion au sens religieux même sinon sacré, lorsque ledit pasteur énonce cette contre-vérité en la version I des Constitutions (1723) : «« Un maçon est obligé, par son engagement, à obéir à la loi morale, et s’il comprend correctement l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. Mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obligés, dans chaque pays d’être de la religion de ce pays ou nation, qu’elle qu’elle fût, aujourd’hui, il a été considéré plus commode de les restreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire d’être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d’honneur et de probité quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la maçonnerie devient le Centre de l’Union… »
Contre-vérité, parce que les Francs-Maçons avant le projet Protestant d’Anderson, étaient Catholiques et Romains, au Moyen Age notamment, il n’y avait pas de Protestantisme, La religion n’était pas celle du pays, c’était la religion Catholique Apostolique et Romaine, ainsi que le rappellent les « Règles et Devoirs de l'Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France » selon la version française la plus ancienne des Anciens Devoirs, datant de 1735 remises en novembre 1737 au baron de Scheffer à l'effet de constituer des Loges dans le Royaume de Suède : « « Un Franc-Maçon est obligé par son état de se conformer à la Morale et, s'il entend bien l'Art, il ne sera jamais un athée, ni un libertin sans religion. Dans les siècles passés, les Francs-Maçons étaient obligés de professer la religion catholique, mais depuis quelque temps, on n'examine pas sur cela leurs sentiments particuliers, pourvu toutefois qu'ils soient chrétiens, fidèles à leur promesse, et gens d'honneur et de probité. »
Le projet de notre pasteur en sa révolution par ses Constitutions, contre les bases de l’Ancienne Maçonnerie, réside notamment dans la volonté de replacer Dieu, la Très Sainte Trinité, l’invocation de la Mère de Dieu, par le terme Grand Architecte de l’Univers, lorsqu’il semblerait que la construction de ce mot provienne de Calvin qui pour définir Dieu, en son : Institution de la religion Chrétienne (1552) use des termes Grand Architecte et Architecte de l’Univers)
Devoir est de s’interroger pour savoir si dans l’esprit d’Anderson le GADLU est synonyme de Dieu ou de tout autre chose.
Il convient de pareille manière de s’interroger sue le sens que notre Pasteur donne aux mots « athée stupide » ou « stupide athée » étant observé que la formulation choisie en la langue anglaise originelle, permet les deux lectures, l’admission dès lors de l’athéisme n’étant pas impossible si la formulation de la libre pensée n’est pas exprimée de manière stupide …)
Ces faits seront générateurs de l’annonce de l’Etre Suprême, d’où découle l’idée d’une religion naturelle par opposition à une religion révélée : Le Déisme s’oppose au Théisme et l’annonce du Rapport sur les idées religieuses et morales prononcé à la tribune de la Convention par ROBESPIERRE le 7 mai 1794 : « L’idée de l’Etre suprême et de l’immortalité de l’âme est un rappel continuel à la justice ; elle donc sociale et républicaine. » sera repris au mieux par la Franc- Maçonnerie Andersonienne lorsqu’elle se prétend spiritualiste, tout en usant souventes fois de l’acclamation : « Liberté Egalité Fraternité » …
Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que très vite l’Eglise Romaine réagira pour mettre en garde ses fidèles contre cette «nouvelle maçonnerie » Protestante, hostile à Rome au point de retirer toute référence claire et précise à Dieu.
Le 28 avril 1738, Clément XII commence sa Bulle In eminenti par ces termes :
« Élevé par la divine Providence au plus haut degré de l'apostolat, tout indigne que Nous en sommes, selon le devoir de la surveillance pastorale qui Nous est confiée, Nous avons, constamment secouru par la grâce divine, porté notre attention avec tout le zèle de notre sollicitude, sur ce qui, en fermant l'entrée aux erreurs et aux vices, peut servir à conserver avant tout l'intégrité de la religion orthodoxe, et à bannir du monde catholique, dans ces temps si difficiles, les risques de troubles Nous avons appris, par la rumeur publique, qu'il se répand à l'étranger, faisant chaque jour de nouveaux progrès, certaines sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules, appelés communément du nom de Francs-Maçons ou d'autres noms selon la variété des langues, dans lesquels des hommes de toute religion et de toute secte, affectant une apparence d'honnêteté naturelle, se lient entre eux par un pacte aussi étroit qu'impénétrable, d'après des lois et des statuts qu'ils se sont faits, et s'engagent par serment prêté sur la Bible, et sous les peines les plus graves, à couvrir d'un silence inviolable tout ce qu'ils font dans l'obscurité du secret. »
Le problème posé n’est pas celui du secret, mais l’obscurité de ce dernier, à savoir par ce retrait de l’Eglise pour les personnes acceptant d’entrer dans les loges, le risque sinon la conséquence de se couper et finalement s’opposer au Salut proposé par le Vicaire du Christ, ainsi Clément XII poursuit-il en ces termes :
« C'est pourquoi, Nous, réfléchissant sur les grands maux qui résultent ordinairement de ces sortes de sociétés ou conventicules, non seulement pour la tranquillité des États temporels, mais encore pour le salut des âmes, et voyant que par là elles ne peuvent nullement s'accorder avec les lois civiles et canoniques; et comme les oracles divins Nous font un devoir de veiller nuit et jour en fidèle et prudent serviteur de la famille du Seigneur pour que ce genre d'hommes, tels des voleurs, ne percent la maison, et tels des renards, ne travaillent à démolir la vigne, ne pervertissent le cœur des simples et ne le transpercent dans le secret de leurs dards envenimés; pour fermer la voie très large qui de là pourrait s'ouvrir aux iniquités qui se commettraient impunément, et pour d'autres causes justes et raisonnables de Nous connues. »
D’Anderson, l’opposition à Rome est probante, Clément XII avait-il tort d’émettre ainsi des réserves ? Pasteur prudent, cette Bulle nous paraît une réponse aux Constitutions voulant réformer la Franc- Maçonnerie, modifier l’Ancienne Maçonnerie elle, fidèle à l’Eglise et croyant en Dieu.

III

ANDERSON ne remportera pas si facilement sa victoire contre l’Ancienne Maçonnerie.
Face à ce que l’on peut nommer « la Révolution Andersonienne », la Franc-Maçonnerie de Tradition réagira selon deux voies : 
La maintenance dans les Rituels proclamant la Foi en Dieu
La création de nouveaux Rites, à savoir les Rites Egyptiens d’une part, le Rite Ecossais Rectifié d’autre part.
Le Manuscrit GRAHAM (1726) expose :
Qu'est-ce qu'une loge parfaite ?
-Le centre d'un cœur sincère.
-Mais combien de Maçons sont-ils appelés ainsi ?
-N'importe quel nombre impair de 3 à 13.
-Pourquoi faire tant d'embarras et pourquoi toujours des nombres impairs ?
-Par référence à la Sainte Trinité, à l'avènement du Christ et à ses douze apôtres.
-Quel fut le premier pas de votre entrée ?
-Un fort désir de connaître les secrets de la Franc- Maçonnerie.
- Pourquoi fut-elle appelée Franc- Maçonnerie ?
-Premièrement parce que c'est un franc (libre) don de Dieu aux fils des hommes, deuxièmement parce qu'elle est franche de l'intrusion des esprits infernaux, troisièmement parce qu'elle est une franche union des frères de ce saint secret qui doit durer à jamais. »
La confession d’un Maçon (extrait d’un journal écossais The Scots Magazine) (1727) déclare ; « Comme je répondrai devant Dieu au grand jour, et devant cette compagnie, je garderai et cacherai, ou ne divulguerai ni ne ferai connaître les secrets du mot du Maçon, sous peine d’avoir la langue arrachée de sous mes mâchoires, et mon cœur arraché de sous mon aisselle gauche, et mon corps enseveli sous la limite des marrées hautes, là où la mer descend et monte deux fois en vingt-quatre heures. »
Les Devoirs de tous les FM, extraits des anciens registres des Loges, à l’usage de celles de France et de celles qui lui sont subordonnées, lesquels doivent être lus à la réception d’un Frère et lorsque le Maître de la Loge le jugera à propos (1732) précisent :
« Un Franc- Maçon est obligé par son Etat de se conformer à la Morale, et s’il entend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée, ni un Libertin sans religion. Dans les siècles passés les Francs- Maçons étaient obligés de confesser la Religion Catholique, mais depuis quelque temps on n’examine pas sur cela leurs sentiments particuliers, pourvu toutefois qu’ils soient Chrétiens, fidèles à leur promesse et gens d’honneur et de probité, de quelque manière qu’ils puissent être distingués d’ailleurs, par ce moyen la Maçonnerie devient le Centre et l’Union d’une vraie amitié entre des personnes qui sans ce doux nœud seraient pour toujours éloignées et séparées les unes des autres. »
Anderson reconnaîtra finalement que les Maçons étaient Chrétiens et use du mot, mais, sans plus.
Ainsi dans la version II des Constitutions (1738), il écrit : « Un Maçon est obligé de par sa Tenure, d’observer la Loi Morale, en tant que véritable Noachide et s’il comprend bien le Métier, il ne sera jamais Athée stupide, ni Libertin irréligieux, ni n’agira à l’encontre de sa conscience. Dans les temps ancien, les Maçons Chrétiens étaient tenus de se conformer aux Coutumes chrétiennes de chaque Pays où ils voyageaient ou travaillaient : Mais la Maçonnerie existant dans toutes les Nations, même de Religions diverses, ils sont maintenant seulement tenus d’adhérer à cette Religion sur laquelle tous les Hommes sont d’accord (laissant à chaque Frère ses propres opinions), c’est-à-dire, d’être Hommes de Bien et Loyaux, Hommes d’Honneur et de Probité, quels que soient les Noms, Religions ou Confessions qui aident à les distinguer : Car tous s’accordent sur les trois grands articles de Noë, assez pour préserver le Ciment de la Loge. Ainsi la Maçonnerie est le Centre de leur Union et l‘heureux Moyen de concilier des Personnes qui autrement n’auraient pu que rester perpétuellement Etrangères. »
A la suite de la version I de 1723, provoquant en 1736 une Bulle émanant du Pape de Rome, vu de surcroît l’opposition de la Maçonnerie de Tradition par cette tentative révolutionnaire et Protestante, en sa nouvelle version des Constitutions, Anderson finira par reconnaître en 1738 que les maçons étaient Chrétiens.
De semblable façon de nouveaux Rites apparaissent pour confirmer la maintenance de cette Foi en Dieu, en Dieu révélé par opposition au choix du terme GADLU autorisant toutes les qualifications.
L’ouverture de la loge Egyptienne au 1° degré, dans le cadre des Rites de Cagliostro se fait de la façon suivant :
Le Vénérable ayant pris sa place, le plus grand silence doit être observé. Il est défendu de se moucher et à plus forte raison de parler.
Lorsque le Vénérable se lèvera, tous se lèveront en même temps ; il aura [le glaive] à la main droite, qu'il ne quittera jamais tant qu'il parlera.
Il dira : « A l'ordre, mes Frères. Au nom du Grand Dieu, ouvrons la Loge selon le Rite et les Constitutions du Grand Cophte, notre fondateur. »
II descendra de son trône et à sept pas de la dernière marche, il se trouvera en face du Triangle renfermant le Nom de Dieu et il dira : « Mes Frères, prosternez- vous ainsi que moi, pour supplier la Divinité de me protéger et de m'assister dans les travaux que nous allons entreprendre. »
La prière intérieure étant achevée, le Vénérable frappera de la main droite sur le Plancher, pour annoncer à tous les frères qu'ils peuvent se relever.
Autre exemple à l’occasion de l’élévation au 2° degré, l’ouverture de la loge se fait de la façon suivante :
Lorsque le Vénérable Maître se lèvera, les Maîtres se lèveront également. Il aura le glaive à la main droite et dira : « À l'ordre mes Frères. Au nom du Grand Dieu, ouvrons la Loge suivant le Rite et les Constitutions du Grand Cophte. »
Le reste des frères s'inclinera profondément ainsi que les douze Maîtres pour adorer la Divinité.
Le Vénérable Maître en particulier l'implorera pour obtenir Pouvoir, Force et Sagesse ; chacun en son cœur prononcera l'hymne : « Veni Creator Spiritus. »
A l’ouverture de la Loge au 1er degré dans le Rite de Misraïm (1820), le Vénérable dira cette prière :
« Suprême Architecte des Mondes, Source de toutes les perfections et de toutes les vertus, âme de l'univers que Tu remplis de ta gloire et de tes bienfaits, nous adorons Ta majesté suprême, nous nous humilions devant Ta sagesse infinie qui créa tout et qui conserve tout. Daigne, Être des Êtres, recevoir nos prières et l'hommage de notre amour, bénis nos travaux et rends-les conformes à Ta Loi, éclaire-les de Ta lumière divine, qu'ils n'aient d'autres buts que la gloire de Ton Nom, la prospérité de l'ordre et le bien de l'humanité. Unis les hommes que l'intérêt et les préjugés divisent, écarte le bandeau de l'erreur qui obscurcit leurs yeux, et que, ramené à la vérité par la philosophie, le genre humain ne présente qu'un peuple de Frères qui T'offrent de toute part un encens pur et digne de Toi. »
Le Suprême Architecte des mondes n’est pas l’Etre Suprême de l’époque Révolutionnaire : Il est DIEU :
Aussi, le Vénérable avant que les FF ne se séparent dira cette prière :
«Père de l'Univers, Source éternelle et fécondé de lumière, de science, de vertu et de bonheur, pleins de reconnaissance pour Ta bonté infinie, les ouvriers de ce temple Te rendent mille actions de grâces et rapportent à Toi tout dé qu'ils ont fait de bon, d'utile et de glorieux dans cette journée solennelle où ils ont vu s'accroître le nombre de leurs frères : continue de protéger leurs travaux et dirige-les de plus en plus vers la perfection; que l'harmonie et la concorde soient à jamais lé triple ciment qui les unit! Alléluia! Alléluia! Alléluia! »
La Franc-Maçonnerie, en général, n’adhérera pas rapidement à la Révolution du pasteur Anderson, elle succombera vers la fin du XIX° siècle, lorsque des Rites et des Régimes demeureront encore fidèles aux Anciens Devoirs.
Ainsi, en les Devoirs Généraux des Anciens Francs- Maçons Libres et Acceptés (1840), est-il bien précisé : « Le vrai maç. adore Dieu, l’auteur et le conservateur de toutes choses, et remplit fidèlement les devoirs que sa religion lui impose, sans être intolérant envers ceux qui en professent une autre. .. »
Le Rite Ecossais Rectifié déclare pour sa part être Chrétien, mais ses degrés symboliques se rattachent à l’Ancienne Alliance et si des degrés intermédiaires relèvent de la Nouvelle Alliance, les imprécisions, la nostalgie de J-B Willermoz pour ses débuts maçonniques dans le système de Martinez de Pasqually, conduiront le Régime dans le cadre de son Ordre Intérieur à privilégier ce qui relève de l’Ancienne Alliance.
De semblable façon, à la suite de la seconde partie du 20° siècle, les Rites Egyptiens se ceindront selon trois voies : les Ordres fidèles à la Tradition du Rite comme Constant CHEVILLON et les mainteneurs de sa filiation privilégiant la prière et la spiritualité Chrétienne, les Ordres qui pensèrent pouvoir comprendre les Rites originels comme prétexte et invitation à des pratiques « magico-alchimiques », les ordre qui se rattachèrent à la pensée a-dogmatique et libérale prônée par le pasteur Anderson.

IV

Force est de constater que la Franc-Maçonnerie comme lieu d’hostilité à Rome relève d’un malentendu qu’il serait temps de lever.
La Franc-Maçonnerie n’a pas cherché à renverser les autels, seul un pasteur infidèle à la Tradition des Anciens Devoirs, s’est opposé, parce que Protestant, à Rome. S’il finira par être suivi par beaucoup de Loges et d’Ordres, ces derniers infidèles eux aussi aux Anciens Devoirs, ne sauraient représenter la Maçonnerie de Tradition.
Toutefois, si conformément à son engagement, le Franc-Maçon considère tous les êtres comme ses frères, alors il participera consciemment ou non, par la Fraternité, à cette Communion des Saints, qui fait que répondant au précepte de la II Epître de Pierre III, 12, par ses bonnes actions et ses prières, il hâtera l’avènement du Jour de Dieu, alors, comme le souligne Origène en son explication du Notre Père, « si sa (celle de Dieu) volonté est faite sur la terre comme elle l’est au ciel, tous nous serons ciel »
Cette récapitulation de toutes choses en Dieu, fera que le temple terrestre symboliquement évoqué dans les Rituels, se doublera en Temple spirituel, cet Orient qui est la quête de la vraie Maçonnerie.

Source : http://ordre-de-lyon.blogspot.fr/2011/02/leglise-et-la-franc-maconnerie.html

Par Jean-Pierre BONNEROT - Publié dans : Eglise catholique et FM
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Samedi 20 octobre 2012 6 20 /10 /Oct /2012 16:35

Durant les années 1960-1980 les autorités catholiques ont cherché à approcher des milieux maçonniques. La question que l’on pouvait se poser concernant cette approche peut maintenant recevoir sa réponse. Il s’agissait pour les autorités religieuses catholiques de formuler une opinion objective sur les incompatibilités entre Église et Franc-maçonnerie. Ces incompatibilités pouvaient avoir cessé d’imposer une rigueur ou une hostilité justifiant l’excommunication des francs-maçons. Ou l’attitude maçonnique pouvait avoir changée au point de réduire le nombre de ces incompatibilités. Voire, les avoir réduites à néant.

De toute façon, il fallait étayer le jugement le plus modéré et le plus éclaire pour se prononcer . La passion, dans les relations entre Eglise catholique et Franc-maçonnerie ayant obscurci les approches réciproques.

L’on pouvait admettre que l’hostilité était de circonstance. Ou encore due à une incompréhension, en raison de la singularité ou de l’originalité de la démarche maçonnique.

On pouvait supposer que le temps adoucissant les passions permettrait aux hommes de s’approcher, de s’estimer et de se comprendre.

On pouvait admettre que la puissance ayant condamné (l’Église ayant excommunié les francs-maçons dès l’origine de l’institution) avait des raisons de faire cesser une hostilité que ne justifiaient plus les attaques dont elle était l’objet.

On pouvait également se demander si les catholiques pouvaient entrer sans se renoncer dans l’Ordre maçonnique. Et également, si des francs-maçons pouvaient demeurer catholiques.

Toutes ces attitudes paraissent, sans commentaire, étrangères à la façon dont le problème se trouve posé en définitive.

Les conclusions tirées par les autorités catholiques, du moins jusqu’à ce jour sont formelles: il est exclu que l’on puisse appartenir en même temps à l’Église catholique et à la franc-maçonnerie.

Et cela, même si l’institution maçonnique à laquelle on désire appartenir n’est pas hostile à l’Église, et cela, même si l’institution maçonnique n’interdit nullement à un catholique de faire partie de l’une ou de l’autre de ses loges, fut-elle favorable à l’Église catholique.

L’Église catholique affirme l’incompatibilité radicale entre l’appartenance conjointe aux deux institutions, et la qualité de catholique.

Il est encore certain que l’institution maçonnique, admet, elle, la compatibilité entre les deux allégeances.

Ce qui apparaît d’évidence, c’est que l’attitude des autorités catholiques est fondée sur la croyance aux enseignements de l’Eglise, et l’attitude maçonnique, sur la libre détermination des consciences.

La Franc-maçonnerie est la seule institution, semble-t-il, qui ait réussi à proposer un rapprochement entre les hommes sans considération de croyances, de race, ni de profession. Cette prétention est symbolique, c’est à dire qu’elle n’est jamais qu’un idéal.

Cette prétention est liée à une méthodologie: la sélection des membres, la pratique d’une discipline corporelle et rituelle dont le formalisme et la diversité permettent la libération spirituelle.

Et d’une espérance: que les individus ainsi soumis à une épreuve consciemment assumée soient assez détachés de leurs intérêts matériels, de leurs passions, ou de leurs croyances pour se conduire avec leurs égaux de façon fraternelle, et avec les humains en général de façon généreuse.

L’engagement maçonnique implique deux attitudes: la considération des êtres sans tenir compte, positivement ou négativement, de leur conditionnement social, culturel ou héréditaire. Le respect d’une solidarité librement assumée entre les êtres qui se vouent librement à cette exigence.

Le franc-maçon sait parfaitement que les êtres sont liés par leur passé, par leur milieu, par leurs obligations sociales contractuelles ou formelles, par leurs passions ou leurs recherches à une condition apparente qui les condamne à l’isolement individuel ou collectif.

Les humains sont d’autre part la proie des incertitudes, des inquiétudes qui les poussent à chercher des conditions d’équilibre qu’ils nomment salut ou liberté selon les milieux, ou encore, se vouent à des causes qui les justifient à leurs yeux ou à ceux du monde.

L’institution maçonnique entreprend d’indiquer à ces êtres la voie d’une relative sérénité. Et sans doute le catholique trouve une réponse dans sa soumission à la volonté de Dieu.

- Mais le franc-maçon pour autant peut chercher sa réponse en lui-même, sans que l’affection qu’il voue à son frère croyant en soit altérée.

Or, précisément, c’est cette relativisation de la croyance que le Catholicisme condamne. Il ne souffre aucune complaisance à l’égard de la notion de vérité.

Et il est vrai que pour le franc-maçon, toutes les religions sont respectables, et tout autant qu’elles apportent aux humains une voie de paix intérieure et de générosité, une solution et une promesse suffisante à leur attente, il n’a aucune objection à faire. Son opposition commence lorsqu’au nom du salut on opprime et écrase les êtres sans ménager leur souffrance et sans respecter leur liberté intérieure.

La relativité de toute vérité constitue la base de la franc-maçonnerie. Voilà ce qu’affirme le document, et, au fond, ce que reconnaissent bien volontiers les francs-maçons.

Ils disent, ces constructeurs de la cité terrestre que la solidarité n’est pas une affaire de croyance, mais de reconnaissance mutuelle. Ils disent que la volonté de construire pour l’homme une cité terrestre n’est pas sacrilège, même si certains pensent que la seule durable est la cite céleste. Ils constatent que les croyances sont diverses, et que la diversité de ces croyances n’est pas un élément sur lequel se fonde l’ordre vivant, mais au contraire, que l’ordre humain s’autorise de la diversité des croyances pour justifier les conflits.

Dans la mesure où les conflits sont permanents entre les hommes, ils témoignent que les croyances ne sont que des prétextes pour justifier les oppositions.

Qu’il importe moins de justifier les oppositions que de concevoir une voie d’accès à la compréhension de notre condition, et à l a maîtrise des passions qui nous emportent hors de nous-mêmes.

Le franc-maçon a conscience de la nécessité d’une ascèse intérieure qui conduise l’individu de la dépendance originale et subie, à la collaboration consentie et lucide.

Le franc-maçon entend assumer sa vocation d’être libre, même si cette liberté est relative, même si elle est fonctionnelle même si elle est difficile, parce que la conscience qu’il a de lui-même lui confère un sentiment de dignité auquel il est attaché.

Il n’est pas en lui de renoncer à cet appel vers la lucidité et vers la disponibilité de soi. Si le catholique veut affirmer que cette aspiration à se dépasser est l’effet de la nature divine en l’homme, libre à lui catholique de le dire. Mais en quoi peut-il s’opposer à ce que les individus qui aspirent à cette reconnaissance d’eux-mêmes se considèrent comme frères ? -

Ce que les catholiques croient, c’est que l’homme est en marche vers Dieu. C’est que l’humanité est ouverte sur le royaume de l’au-delà.

On peut discuter sur la valeur transcendante des concepts. On peut être indiffèrent à la figuration imagée et symbolique pour adopter la signification formelle. Il n’en demeure pas moins que rien n’interdit à des humains de considérer la « diversité des créatures » (Kipling) et de tenir leur qualité humaine pour dénominateur commun de leur démarche terrestre. L’Église catholique affirme devoir s’identifier à l’humanité, et sans doute y aspire-t-elle. Reste à savoir si elle réduira cette humanité au plus petit commun diviseur ou au plus grand commun multiple.

Les catholiques ont une façon définitive de juger des hommes d’après la façon dont ils croient en Dieu.

Il ne vient pas à l’idée des catholiques que leur interprétation du divin a pu varier aux cours des siècles, ni que les formules les plus précises dans le domaine de la transcendance ou de l’immanence ne sont que des façons de dissimuler l’ignorance où sont les hommes de leur destin passé et futur en tant que porteurs d’esprits.

Il y a en particulier un procès fait à l’invocation du Grand Architecte de l’Univers qui révèle, tant chez les catholiques que chez certains francs-maçons, une attitude déiste antithétique. Le Grand Architecte, comme symbole, signifie seulement qu’il y a un ordre dans l’apparence de ce monde. Que cet ordre soit l’esprit humain qui se reconnaît dans l’Univers, ou une volonté, le franc-maçon n’en a cure, il n’exprime aucune opinion sur les conceptions métaphysiques, persuadé qu’il n’y a dans ce domaine aucune possibilité de trancher par la preuve et par la raison.

Mais, pour ce qui est de la révélation, telle que les catholiques la conçoivent, on pourrait curieusement se demander si le procès n’est pas délibérément truqué.

Qu’est-ce que la Révélation ? Si c’est Dieu qui parle dans un livre on peut se demander si tout ce qui est dit et écrit n’est pas aussi un témoignage.

Si la révélation c’est la prise de conscience méthodique ou non de la réalité des choses, si c’est la conquête progressive d’une vérité qui se fait en nous par la manifestation de l’être, alors, on peut se dire que c’est une affaire d’interprétation.

Mais, est-ce suffisant pour refuser la qualité de frère à un homme qui ne conçoit pas la relation de l’homme avec l’inconnu de façon conforme à celle que nous retenons pour notre propre usage ? C’est ce que je me refuse à croire.

Il est vrai que ce qui choque le plus les catholiques chez les francs-maçons, c’est la notion de tolérance.

Il faut admettre toutes les idées disent les francs-maçons et se montrer prudent quant aux hommes en raison de l’usage qu’ils peuvent en faire. C’est évidemment une forme de relativisme.

Mais, de quel droit décider des bonnes idées et des mauvaises sinon par un à priori révélateur d’une volonté de puissance.

L’Eglise catholique entend assumer l’ordre spirituel par l’information et l’autorité. Mais répugne à admettre les mises en questions systématiques, et là-dessus, la démarche du franc-maçon est rigoureusement différente.

Il conseille la recherche prudente, discrète, secrète même mais librement conduite, et assurée en fonction de l’expérience probatoire.

Dans le fond, l’Eglise assure un ordre social ancré sur le sacré et le franc-maçon un ordre humain, fondé sur l’intelligence et la fraternité,

La question des sacrements et celle des rites est intéressante dans la mesure où elle permet de faire la distinction du sacré et du formel.

Lorsque le prêtre confère un sacrement, il établit une participation du divin dans l’ordre de l’humain. On peut discuter de la façon dont cette participation est efficace, ou effective, on ne peut nier que le prêtre serve d’intercesseur, même si le sujet du sacrement aspire à la participation au divin.

Dans le rite, le problème est purement physiologique et rationnel. Le rite est une forme qui s’impose à une autre forme, le corps. Le rite est un signifiant, qui s’offre à l’intelligence. Le rite conjugue la pédagogie active et le besoin de comprendre ce qui est figuré. Il est éminemment efficace dans la limite de l’organique et du spirituel, mais ne concerne pas le divin , l’effet de la grâce, ou l’intervention divine étant l’affaire de considérations personnelles. En pratique, les rituels sont composés pour orienter les actes et les pensées vers des considérations fructueuses, mais non ordonnés en fonction d’une détermination extérieure à celui qui y participe. Les rites sont des figurations animées, des tableaux suggestifs, non des envoûtements ou des sacrements. Il est vrai que ces rites évoquent certaines attitudes et des considérations morales. Mais ce sont des propositions, ce sont des évocations, ce sont des prescriptions, et non des contraintes. Le perfectionnement moral, lié aux pratiques visant à la maîtrise du corps et à la réflexion, c’est à dire à la maîtrise de l’esprit, définit l’idéal maçonnique.

Il ne se justifie pas par une participation au divin, mais par une prise en considération de l’humain.

Il y a toutefois, dans l’homme une dimension particulière, qui confine au mystère (le domaine de l’intuition, les conduites irrationnelles et les déterminations affectives). C’est pourquoi, les enseignements maçonniques ne se limitent pas à la mesure et à la règle. Ils ouvrent les voies de l’esprit sur l’infini.

Est-ce que parce que le franc-maçon ne relie pas les vertus morales aux enseignements divins sa moralité est méprisable, ou inconsistante ? Il y a longtemps que l’on a reconnu que l’on peut être saint sans Dieu, du moins est-ce une perspective qui s’offre clairement à qui considère les actes humains.

Le rapport entre Dieu et la Vertu est un faux rapport dans la mesure où les enseignements divins peuvent être réduits à la tradition sociale et aux nécessités communautaires. Voire, aux besoins organiques et affectifs.

L’homme est-il perfectible et comment ? Qu’est-ce d’ailleurs pour l’homme que la perfection ?

Affaire d’opinion, affaire de croyance, révélation ?

Il y a une réponse facile à donner, et les catholiques y répugnent. En réalité, l’acte est toujours mystérieux dans ses suites, mais toujours clair dans sa nécessité immédiate. Fais ce que dois, advienne que pourra.

La réponse du franc-maçon, contrairement à ce que croit l’Église de l’engagement maçonnique, n’est pas telle ou telle démarche, telle ou telle fidélité, telle ou telle servitude. La réponse du franc-maçon est la libre disposition de soi.

L ‘adhésion totale que réclame, d’après les catholiques l’Ordre des francs-maçons à ses membres est, comme toutes choses dans le temple le symbole de la condition humaine.

Le maçon n’adhère pas à l’Ordre en tant qu’instrument d’une idéologie, ou d’une action temporelle, il adhère à l’Ordre en tant que vecteur d’une conquête de soi et d’une liberté intérieure pour chacun et par chacun de ses membres.

Faute de certitude le maçon en adopte une: être ce que l’on est, c’est à dire accepter d’être

pleinement ce que l’on découvre en soi de puissance, et d’amour, de force et de beauté, de grâce et de candeur

Le maçon n’est engagé qu’à une chose, accéder à l’autonomie, parvenir à la pleine disponibilité de soi. Et s’il n’est pas possible d’y parvenir sans s’affranchir du conditionnement maçonnique parce que l’institution et les hommes qui la composent sont une entrave à cette liberté, il faut accepter de s’en affranchir. .

En réalité, l’homme libre est au-dessus des conditionnements temporels, et l’on n’a plus rien à rejeter quand on est parvenu à la conquête de soi-même.

Mais, ce que l’Eglise catholique appelle une « exigence de totalité » n’est en fait qu’une exigence de « viduité ».

Le franc-maçon ne concède à aucune croyance le droit de le déterminer au-delà de sa libre volonté.

Le maçon n’accepte ni de se soumettre à la peur, ni de se compromettre par faiblesse, ni de se résigner par prudence. Il est certainement très exceptionnel de devenir vraiment maçon. D’où les compromis et les indulgences dont personne ne peut se passer en ce monde, sauf les saints, qui, même dans leur Église, ne sont pas toujours bienvenus.

Faut-il souligner que la prétention est étrangère au Saint ? Comme elle l’est au franc-maçon ? Je veux dire que s’il est des Saints ou des Francs-maçons, ce n’est pas eux qui le savent.

Les rapports entre les francs-maçons et les Eglises chrétiennes semblent plus aisés qu’entre eux et l’Église catholique. Mais, en somme, il s’agit toujours pour les Eglises de considérer la franc-maçonnerie comme une Église rivale avec laquelle composent les Eglises évangélistes, avec laquelle l’Église catholique ne compose pas.

En réalité, les discussions sur les rites, et sur les croyances, sur les secrets ou sur les engagements ne sont que des prétextes à définir des contradictions dont la responsabilité n’appartient nullement aux francs-maçons.

Cela pour une raison bien claire: ce ne sont pas les francs-maçons qui ont commencé à condamner les esprits libres. En ce sens, on peut bien dire, comme le font les chrétiens, que la liberté de conscience est diabolique, qu’elle est l’arme du diable.

Mais, en réalité, la liberté d’esprit ne condamne que ceux qui font de la croyance et d’une croyance définie le lien social, le ciment de la communauté, l’instrument de l’Ordre politique.

Ce qu’il faut comprendre en profondeur c’est que l’Église, qui se fonde sur une croyance, ou qui s’ordonne autour d’une mythologie, ou d’ailleurs qui s’appuie sur des prétentions à la Vérité scientifique ou autre, n’est ni plus ni moins qu’une manifestation de la société, en tant que corps constitué, et administré.

La vie s’élabore autour d’un appareil que justifie un certain nombre de croyances et de contraintes, et non de volontés libres.

En somme, il y a deux façons de considérer l’Ordre social: ou bien il est établi, et établi autour d’une conception universelle de la relation de l’homme avec le cosmos, au nom duquel les individus sont maintenus dans la norme, et tenus au respect des rites et des croyances. Ou bien l’ordre social est contractuel, et consenti par l’adhésion libre et déterminée d’hommes libres.

Dans le premier cas on a une société de fait qui s’élève au-dessus du fait pour justifier sa cohérence, sa durée, et son avenir.

Dans le second cas on a une société de droit, qui s’affirme par le consentement et la volonté de vie communautaire.

Il est vrai que les sociétés naturelles sont des sociétés de fait, que les croyances composant l’opinion commune justifient. Il est évident que la société maçonnique est une société volontaire et n’a nullement besoin de s’ordonner autour d’une conception unitaire de la relation entre l’homme et le cosmos.

On voit l’incompatibilité entre les deux. Seulement, la première forme de société connaît des ruptures, comme la seconde est éprouvée par les faiblesses humaines. D’où leur complémentarité nécessaire.

Il est clairement affirmé dans les milieux catholiques qu’il y a incompatibilité entre l’appartenance a l’Eglise et l’engagement dans l’ordre des francs-maçons.

L’excommunication sera sans doute atténuée, où la rigueur était de règle. Mais il n’est pas certain que tous les clergés soient indulgents à l’égard des maçons.

En fait, il est établi qu’il y a une universalité sélective que refuse l’église. Parce qu’elle est l’expression de la totalité, tant sociale que cosmique (voire divine).

Ceci étant, les francs-maçons recevront tout homme libre et de bonnes moeurs qui postulera sa reconnaissance par ses semblables sans condition de croyance, de race, ni de profession.

Nous constatons la multiplicité des croyances, la multiplicité des Eglises dans le monde. La diversité des créatures. Peut-on penser que la fraternité sera reconnue au-delà des singularités nationales et religieuses ? C’est en tout cas ce que symboliquement essaie de démontrer la franc-maçonnerie.

Les déviations possibles sont toujours redoutables. Il importe en effet que les Loges de francs-maçons soient ouvertes à ceux qui postulent, et que ses membres soient connus de chacun d’entre eux. Il importe que la solidarité entre maçon ne s’établisse que sur la volonté commune de se libérer des passions et de renoncer aux pouvoirs temporels pour l’Ordre.

Il est souhaitable que l’engagement maçonnique apparaisse comme une religion sans contrainte que la libre volonté de ses membres, en dehors de toute formulation dogmatique et de toute détermination doctrinale.

Et, en définitive, si la communauté volontaire, si la communauté d’hommes libres que constituent l’Ordre peut apporter à chacun de ses membres le secours nécessaire à sa libération, elle aura assumé sa vocation.

Pour cela, elle aura employé les exercices gestuels, les méditations et les démarches spirituelles, ouvert les esprits à la connaissance des autres et du monde, et présenté l’universalisme comme la reconnaissance de la diversité. Telle la lumière composée des couleurs du prisme, la franc-maçonnerie compose l’humanité de la diversité de ses adhérents.

Puissent les Eglises lui permettrent de sauver la liberté de l’extérieur. Puissent les francs-maçons accepter de vivre leur liberté dans la discrétion et l’humilité.

Puisse la sagesse de tous, laisser à chacun la voie qui lui permettra de connaître la pleine disposition de soi selon son âme et conscience.

CONCLUSION

Il y avait deux façons pour le clergé de connaître la franc-maçonnerie.

La première c’était de permettre à un certain nombre d’ecclésiastiques de faire une expérience loyale à l’intérieur de l’Ordre maçonnique. Il faut croire que cela n’a pas été jugé possible.

Est-ce les francs-maçons qui auraient refusé l’expérience ? J’en doute fort, personnellement. Du moins, on peut croire que certaines loges se seraient fait un devoir et un mérite de démontrer que le sectarisme n’est pas le fait de la maçonnerie.

La deuxième, c’était d’essayer de connaître la franc-maçonnerie de l’extérieur. Ce pouvait être une approche honnête. Ce ne devait jamais être une méthode satisfaisante parce que la franc-maçonnerie est une aventure spirituelle et affective, et comme toute aventure de cette nature, elle ne peut qu’être vécue.

Quoi qu’il en soit, les pratiques des peuples Chinois ou Hindous prouvent que l’on peut fonder un ordre social sans Dieu.

La nature même des sociétés cosmopolites modernes impose de dépasser la manichéisme sectaire, tant religieux que partisan.

Il est noble pour certains hommes d’imaginer que leur reconnaissance mutuelle passe au-dessus des conditionnements sociaux raciaux et politiques.

Il est vrai que cette noblesse implique des risques assumés, ceux de paraître à toute communauté assurée par sa croyance, ou son action, comme des dissidents ou des traîtres.

La discrétion de l’engagement maçonnique est sans doute une nécessité en Occident. L’est-elle en Orient ? Peut-être ! Mais de toute façon, l’engagement n’implique nulle action temporelle mais seulement une libération des membres de l’ordre tant sur le plan moral que sur le plan spirituel.

Ceux qui n’ont aucune disposition à vivre hypocritement au sein d’une religion, et parmi les membres d’une église dont ils ne peuvent accepter les croyances et les habitudes doivent pouvoir trouver une société qui les relève de leurs solitudes et de leur situation d’hérétiques, ou de traîtres.

De toutes façons les églises ont échoué à maintenir leur emprise sur la totalité des humains. Il est donc inévitable qu’une société se forme de tous ceux qui font passer la liberté de conscience avant la croyance, et la fraternité de l’homme avant la soumission à une doctrine ou à une ambition temporelle.

Au-delà des opinions, des croyances, des fidélités affectives, au-delà des conditionnements culturels et politiques, la franc-maçonnerie constitue la fraternité des hommes libres dont les certitudes ne l’emportent pas sur le respect humain.

Source : http://hiram3330.unblog.fr/2008/09/28/leglise-la-franc-maconnerie/

Par Jean Mourgues - Publié dans : Eglise catholique et FM
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Samedi 20 octobre 2012 6 20 /10 /Oct /2012 10:03

Les relations entre l’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie ont toujours été tendues et tourmentées, pratiquement depuis le début de la Franc-maçonnerie spéculative, et plus particulièrement à partir de 1738, date à laquelle les Francs-maçons furent frappés d’excommunication. Jugés par le uns comme justifiées, pas d’autres comme inappropriées, les condamnations émises par Rome n’ont laissé personne indifférent. De franchement antagonistes, puis tumultueuses, les relations entre ces « deux forces morales » se sont peu à peu dédramatisées, puis apaisées. Des efforts de meilleure connaissance réciproque ont été déployés de part et d’autres, notamment de la part de personnalités catholiques éminentes, au premier rang desquelles il convient de citer le Révérend Père Michel Riquet pour le rôle majeur de conciliation qu’il s’est toujours efforcé de jouer pour parvenir, au-delà d’une meilleure compréhension mutuelle, à un certain rapprochement. Aujourd’hui les Frères catholiques ne se sentent plus en faute à l’égard de Rome d’appartenir à la Franc-maçonnerie régulière, de Tradition. Des interrogations, des ambiguïtés et des zones de flou demeurent, même si la Franc-maçonnerie ne fait plus l’objet d’une condamnation explicite.

L’Eglise et la Franc-maçonnerie opérative.

La Franc-maçonnerie s’est efforcée, dès avant sa création sous forme de Grande Loge, le 24 juin 1717, d’affirmer et de formaliser juridiquement sa filiation historique avec la Maçonnerie opérative. On sait que déjà, bien plus tôt dans l’histoire de la confrérie, des Anciens Devoirs (« Old Charges »), manifestement « spéculatifs » (tels que le manuscrit Sloane, vers 1700), affirmaient cette filiation (cf Module n°1). Le point culminant sera atteint en 1723, lorsque paraîtront les Constitutions d’Anderson qui, à la manière des Anciens Devoirs et très exactement sous leur forme et structure interne, présente la Franc-maçonnerie comme héritière des us et coutumes et spiritualité de « l’antique métier de Maçonnerie ». Et ce faisant, Anderson et Désaguliers, dont il est connu qu’il a puissamment contribué à créer la Franc-maçonnerie sur les fondements spirituels de la Maçonnerie opérative, se sont appropriés et nous ont ainsi rendus héritiers, jusqu’à la fin des temps de la Franc-maçonnerie régulière, ou de Tradition, de la spiritualité de nos ancêtres, les Maçons opératifs. Or cette Maçonnerie opérative était très religieuse, profondément catholique, avant de « se faire anglicane », par la force de l’histoire de la Grande Bretagne. Mais cette spiritualité judéo-chrétienne pour aussi profonde et incontestable qu’elle fut, rencontra l’esprit des Lumières lors des années qui précédèrent et surtout suivirent la création de la Grande Loge de Londres, Mère Loge de toute la Franc-maçonnerie de Tradition, donc régulière, de par le monde. La Franc-maçonnerie naissante en subit quelque influence, non sur le fond mais sur le développement de sa finalité humaine. Aussi loin que la connaissance de cette confrérie de métier se porte, c’est-à-dire, d’une manière rigoureusement documentée, à la fin du XIVe siècle, il est incontestable que la Maçonnerie opérative fut ouvertement et profondément religieuse, et comme il se doit avant la Réforme en général et la réforme anglicane en particulier, catholique. Nous le savons par les Old Charges, et notamment par le plus anciens d’entre eux qui nous soit parvenu, le manuscrit (Ms) anglais dit « Régius », daté de 1390. Or près d’un demi-siècle avant la rédaction de ce fameux manuscrit Régius, une corporation de Maçons, dite Compagnie des Maçons de Londres dont on trouve la première trace en 1356 (à l’occasion d’un différend professionnel) avait pour devise « Dieu est notre guide » ; nous le savons parce qu’en 1 870, à l’occasion du renouvellement de sa charte, elle changea sa devise en « Dieu est notre espérance » . Dans un de ses inventaires datés de 1665, il est relevé un passage qui se réfère explicitement à la Bible. Cela ne saurait surprendre puisque toutes les corporations (ou guildes), au-delà de leurs activités normatives dans leur métier et les englobant, avaient un essentiellement caractère religieux. Des communautés ou groupes de personnes parmi leurs membres (ou confréries) prenaient en effet soin des membres de la corporation en cas de maladie, leur assuraient une sépulture décente, priaient pour le salut de leurs âmes après leur mort et prenaient soin de leurs proches. Le Frère Cyril N. Batham notait, dans son intéressant article consacré à la Compagnie des Maçons de Londres (Villard de Honnecourt N°2, 1981), que « les premières guildes furent souvent dirigées par un Comité de 13 membres, représentant le Christ et ses douze apôtres, et dans le cas de l’une d’entre elles, il est précisé que son président était une femme en hommage à la Vierge. »

Le Ms Régius, après avoir appelé l’attention des Maçons, sur l’exigence de piété exhorte à « honorer ton Seigneur Dieu, tant le jour que la nuit, de tout esprit, de toute ta force. » (vers 628-­629). Il reflète ainsi son enracinement dans la Bible vétéro-testamentaire (Dt 6,5) et s’achève par une invocation toute chrétienne : « Que le Christ alors, dans sa haute grâce, vous donne tout ensemble le temps et l’esprit pour bien lire et comprendre de livre, afin de gagner le Ciel en récompense. Amen, amen [encore un hébraïsme], ainsi soit-il ! disons tous à l’unisson par charité. » (vers 820-825). Près d’une centaine de manuscrits qui nous sont parvenus commencent par une prière de ce type, ou en contiennent une dans le cours de leur texte ou en conclusion. Autre exemple courant, au point d’être devenu un « standard », telle que cette invocation, toute paulinienne : « Que la force du Père du Ciel avec la sagesse du glorieux Fils ainsi que la grâce et la bonté du Saint Esprit, ces trois personnes réunies sous une seule divine tête [ou en seul Dieu], soient avec nous au début de nos travaux et nous donnent la grâce de nous conduire nous-mêmes pour que nous puissions vivre avec cette bénédiction [ou béatitude] qui ne prendra jamais fin. » Peu à peu les invocations glissent de l’orthodoxie catholique (invocation de la Sainte Eglise, prière à la Sainte Vierge ; invocation de tous les Saints) vers une dogmatique plus proche de la Réforme et de l’anglicanisme , du type de celles citées ci-dessus. Ce caractère religieux s’explique par le fait que le travail en lui-même, et celui des tailleurs de pierre, maçons architectes peut-être encore plus, compte tenu du caractère édificateurs de ces « logeurs du Bon Dieu » (R. F. Jean-François Blondel, n’était pas dissocié de son caractère sacré. Le travail était, pour reprendre la belle expression de notre F. Paul Naudon, « l’ascèse de la vie chrétienne qui menait à Dieu ». L’association ne pouvait être dans cette perspective strictement professionnelle ; une confrérie religieuse venait doubler la communauté. Le prêtre, en Angleterre le chapelain, en faisait partie, obligatoirement et au premier chef. Sa présence était requise à la fois pour les lectures bibliques requises en loge et prononciation des invocations rituelles. Il semble que plus tard, à la veille de la création de la première Grande Loge, la Worshipful Society, nom sous lequel les Maçons opératifs continuaient à subsister, (et cela jusqu’à nos jours), professait la foi catholique, ou du moins un anglicanisme peu officiel, en raison de la présence de la forte personnalité qui la dirigeait, Sir Christopher Wren, officiellement anglican mais en fait de tendance catholique romaine et très pratiquant. Quoi qu’il en soit, catholique, anglicane ou réformée, la Maçonnerie opérative fut très profondément chrétienne. L’on ne sait rien d’une quelconque condamnation que la Maçonnerie opérative aurait eu à subir de la part des autorités religieuses, en Angleterre ou ailleurs dans la chrétienté. Et cela, contrairement aux autres corporations qui, elles, furent à des moments divers de leur existence condamnées pour telle ou telle raison. On citera à titre d’illustration quelques condamnations d’origine religieuse décrétées en France à l’encontre de certaines corporations, ou plus exactement, à l’encontre de certaines confréries, confraternités ou encore charité professionnelles : le décret de Bamberg, pris en 1451, par le Cardinal Nicolas de Cues qui déclare que « certaines compagnies ne conviennent pas à l’unité chrétienne . » On ne croit pas savoir que les confréries de tailleurs de pierre étaient visées. Ici c’est le soupçon de conspirations et de conjurations ou autres collusions qui pourraient bien se constituer sous « ombre de confrérie, messe, service divin ou autre cause. "d’autant plus redoutables qu’elles sont scellées sous le sceau du serment, ce qui comporte, qu’on le respecte ou qu’on le trahisse, un risque de parjure, donc de péché grave. On pourra citer les récriminations de Guillaume Durand, évêque de Mende, en 1311, à l’encontre des clercs et laïcs « qui se goinfrent et se mettent en état d’ébriété au cours de réunions confraternelles. » Ou encore, le texte du concile provincial de Sens de 1522 interdisant sans appel « les banquets d’associations qui pourraient être faits les jours de fête des confréries... » Là il semble que soit l’utilisation dispendieuse des deniers de la confrérie qui soit condamnée, alors que l’argent pourrait être mieux utilisé à des fins caritative... ou cultuelles. Enfin on citera la célèbre condamnation des Compagnons par la Sorbonne, le 14 mars 1655, à l’instigation d’une société dévote dite « Confrérie du Saint Sacrement » pour « leur pratiques sacrilèges et superstitieuses. » La condamnation visait uniquement les Compagnons Cordonniers, Tailleurs d’habits, Chapeliers et Selliers (du Devoir). Et de plus, la Sorbonne était une faculté de théologie, amenée certes depuis 1554 à se prononcer sur des questions de morale et des solutions de cas de conscience ; mais ses sentences n’étaient en aucun cas revêtues de l’autorité de l’Eglise, et ne l’engageaient pas.

En l’occurrence, le motif principal de la condamnation était effectivement religieux. Les rituels saisis laissaient apparaître une cérémonie de réception montée comme une parodie des sacrements de la religion chrétienne comme d’ailleurs les légendes compagnonniques, partie intégrante du travail ésotérique en cayenne, pouvaient apparaître parodier l’Evangile ou l’Ancien Testament. Ils ne nous appartient pas ici de juger si ces cérémonies et travaux conduisaient réellement à des parodies ou étaient des modes « primitifs » d’appropriation du contenu évangélique ou du plan de salut, nécessaire pour « faire passer le message » dans un milieu où la lecture de la Bible (par ailleurs interdite hors la présence d’un prêtre, interdiction que la Réforme supprima avec le succès et la fructueuse émancipation religieuse, culturelle et intellectuelle que cette suppression permit). Il est encore possible que la présence de chapelain en loge, chez les Maçons opératifs (et peut-être aussi chez toutes les confréries médiévales) ait eu pour but ... de cathéchiser ces milieux professionnels, dans la plus incontestable orthodoxie. Les fondateurs de la Franc-maçonnerie non opérative qui œuvrèrent laborieusement pour en assurer la filiation régulière, ininterrompue, avec la Maçonnerie opérative, étaient eux-mêmes des chrétiens sincères (ce qui ne les empêchaient pas de fréquenter toutes sortes de cercles philosophiques, métaphysiques et ésotériques). Ils reprirent à leur compte cet héritage...et ils l'ont légué à chaque Franc-maçon de Tradition qui s’en rend héritier par son serment d’appartenance à l’Ordre, prêté aux trois grades, librement et volontairement, et qui, pris dans ces conditions, leur confère la Régularité maçonnique.

La Franc-maçonnerie spéculative : l’esprit des Lumières.

Lorsqu’elle crée en 1717 la première Grande Loge, la Franc-maçonnerie non opérative, si elle se rend héritière de l’esprit religieux de sa devancière, n’en est pas moins pétrie de l’esprit de les Lumières qui, en Angleterre, atteint à cette période son apogée (elle l’atteindra plus tard sur le continent, mais avec des évolutions et déviations notables par rapport à la ligne de « l’Enlightenment » anglais). Sans renoncer à quoi que soit de la spiritualité de la Maçonnerie opérative, la nouvelle société spéculative, se servira de la symbolique, de l’esprit et des pratiques de l’ancienne Maçonnerie, dans son généreux dessein de projeter la fraternité humaine à l’échelle du monde entier, pour en faire un centre d’union, un lien fédérateur entre tous les hommes « de bonne renommée, de bonnes mœurs et d’honnête conversation », comme cela figurait autrefois dans les statuts des confréries continentales et anglaises. La nouvelle société maçonnique faisait ainsi preuve, au grand dam des Maaçons opératifs confinés dans le périmètre étroit de la corporation professionnelle, des caractéristiques les plus nobles de l’esprit des Lumières, à savoir de sociabilité ouverte et large, de cosmopolitisme sincère et d’universalité culturelle. Cet esprit d’ouverture était directement inspiré par la philosophie des Lumières qui rayonnait en Grande Bretagne et plus particulièrement du latitudinarisme qui se traduira dans le théisme « noachite » des célèbres Constitutions d’Anderson et tout particulièrement de celles de la seconde édition de 1738. Elle se conjuguait à la « New Philosphy », courant de fond réformé, qui prônait une « religion universelle » dans laquelle, au-delà des particularismes des diverses confessions, la rechercher de la vérité devait se faire conjointement dans les deux Livres de Dieu, Sa Parole et Ses œuvres. Il suffit d’écouter l’une et de contempler les autres pour devenir sensible à sa divine présence. Car elle est directement accessible par la raison, soit « d’après notre jugement » (allusion à l’inspiration du Saint Esprit, très caractéristique de la Réforme), et soit d’après l’enseignement d’hommes sensés et sages (autre caractéristique de la Réforme). En 1722, dans le numéro de la revue londonienne « The Postman and Historical Account », daté du 31 juillet-2 août, ainsi que dans les quatre numéros suivants, parurent des textes à caractère très nettement marqué de « constitutions » ou de « old charge », à la fois par la forme que par le fond (elles portent la marque très nette d’un Old Charge opératif), et donc destinés au grand public, par le support sur lequel il furent publiés. Ils furent plus tard rassemblés sous le titre : « Les Anciennes Constitutions appartenant à l’Ancienne et Honorable Société des Maçons Francs et Acceptés. Tirés d’un Manuscrit écrit il y a plus de Cinq Cents Ans, Londres : Imprimé, et Vendu par J. Roberts, dans Warwick Lane, 1722 » Ces textes donc, connus par la suite sous le nom de leur éditeur, J. Roberts, furent publiés dans un journal. Ils le furent, dit-on, pour répondre à une lettre attaquant les Francs-maçons . Certes il y eut bien cet article qui fustige les Francs-maçons (on se reportera à l’article cité pour prendre connaissance des reproches adressés aux Francs-maçons), mais la recherche maçonnique pense que le but principal de ces « Constitutions Roberts » furent publiées surtout pour tenter de contrer la main mise sur les loges opératives de la part des non opératifs, que l’on sentait venir, après leur entreprise qui avait abouti à la création de la Franc-maçonnerie spéculative en la présentant comme la continuation « librement consentie » de la Maçonnerie opérative. En effet de nouvelles pratiques commençaient à émerger dans la nouvelle société, en particulier en ce qui concernait la nomination des dirigeants, les attributions des Loges en matière de réception de nouveaux membres, etc. Il semble bien qu’elles étaient destinées à la fois : A devancer la parution annoncée des Constitutions d’Anderson, pour bien affirmer et « publiciser » l’antériorité de l’Honorable société des Maçons Francs et Acceptés sur la nouvelle société, à caractère universel A satisfaire le besoin exprimé par de nombreux Maçons opératifs de disposer, contrairement à la tradition orale ancestrale de la confrérie, d’un texte faisant foi de leur ancienneté et honorabilité A réaffirmer le caractère incontestable de leur orthodoxie religieuse. Sur ce dernier point, outre l’invocation trinitaire traditionnelle en ouverture du texte, on remarquera l’exhortation à « l’Ami et Frère », à lire à tout candidat à l’admission dans une Loge: « [Article 1] Je dois vous exhorter à honorer Dieu dans sa sainte Eglise ; à n’avoir recours à aucune Hérésie, Schisme ou Erreur en votre Entendement... » Il est aisé de reconnaître le caractère catholique de ces Constitutions, caractère précisément qu’Anderson et Désaguliers souhaitaient dépasser pour ouvrir la fraternité aux autres confessions d’abord, puis au monde entier ensuite, comme le texte des deux éditions des Constitutions le mettent clairement en évidence, tout empreints de l’esprit des Lumières qu’ils étaient, mais sans que cela ne remettent en cause, le moins du monde leur foi chrétienne.

Les condamnations civiles

Les premières condamnations de la Franc-maçonnerie non-opérative émanèrent, non pas de l’Eglise catholique et romaine, comme le pense parfois, mais de gouvernements civils. Elles se produisirent très tôt dans son histoire. La Franc-maçonnerie fit l’objet d’attaques, quelquefois violentes, en Angleterre même. Nous l’avons vu, les Constitutions Roberts, par exemple, furent publiées en réponse à une attaque sévère sous la forme d’un article anonyme dans la revue « The Postman and Historical Account ». Mais de nombreuses autres attaques avaient bdéjà frappé la nouvelle Franc-maçonnerie quand cet article parut. A chaque fois, c’était le secret, le serment, mais aussi la présence, incompréhensible pour le grand public, de personnalités éminentes de la haute noblesse, des arts et des sciences dans ses rangs, qui faisait jaser les pamphlétaires inquiets et agressifs. Il faut dire que les Maçons eux-mêmes ne faisaient pas grand chose pour éviter d’exciter la foule des folliculaires. A preuve, les défilés à répétition, en grande tenue, dans les rues de Londres, les frasques du duc de Wharton, Grand Maître de la première Grande Loge en 1722, personnage trouble, tour à tour catholique, ou anglican, hanovrien ou jacobite, qui contribuèrent à faire monter la suspicion par ses agissements politiques. Il fonda d’abord en 1719 le « Hell Fire Club », (qui fut interdit en 1721 par édit royal), assemblée de libertins aux mœurs dissolues, puis en 1724 une parodie chinoise de la Franc-maçonnerie « L’Ancien et Noble Ordre des Gorgomons », de toute évidence d’esprit jacobite. Cette attaque, de l’intérieur, attisa davantage l’hostilité des milieux antagonistes de la Franc-maçonnerie, et s’ajouta à celles qui l’attaquaient constamment. Elles eurent pour effet d’éloigner d’elle un certain nombre de Frères, effrayés par la réputation que la rue faisait à la société à laquelle ils venaient de se joindre. La Cité de Londres alla même jusqu’à interdire, pendant quelques années, les défilés publics des Francs-maçons. Le coup suivant fut porté par le gouvernement des Provinces Unies (aujourd’hui les Pays-Bas), en 1735. Il s’inquiétait du risque (et non de faits avérés) « pouvant conduire les fraternités ou associations à devenir des pépinières de factions ou d’alliances. » En fait, comme le rapporte le duc de Luynes, citant l’ambassadeur de France à La Haye, cette interdiction, renouvelée en 1737, mettait en exergue « le serment et le secret « impénétrable »... [mais surtout] était motivée par le fait que l’on avait fait la découverte d’une faction de M. le prince de Nassau pour se faire élire stathouder, et que l’on trouva que la plupart de ceux qui composaient cette faction étaient des frimassons [sic]. » Le conseil de la ville de Genève lui releva surtout le secret et le serment, et interdit la Franc-maçonnerie en 1736. En France, le cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV, informé par des rapports de police de plus en plus nombreux, de l’existence d’assemblées « d’un ordre appelé des Framassons [sic], à l’exemple de l’Angleterre [dans lequel] sont enrôlés quelques-uns de nos secrétaires d’état et plusieurs ducs et seigneurs... Ils s’assembloient, recevoient les nouveaux chevaliers, et la première règle étoit un secret inviolable pour tout ce qui se passoit. » Comme il considère que de telles assemblées sont « très dangereuses dans un Etat », le cardinal de Fleury va s’efforcer d’étouffer dans l’œuf cette nouvelle société. D’avril à septembre 1737, la police, sous les ordres du lieutenant Héraut, va traquer, sans grand succès il faut dire, les tenues maçonniques, et le 14 septembre 1737, le commissaire du Châtelet, Jean Delépinay, arrête l’hôte d’une assemblée maçonnique et fait fermer son cabaret. Mais la sentence édictée à cette occasion va toucher l’ordre dans son entier en interdisant aux cabaretiers du royaume de recevoir de telles assemblées frappées elles aussi d’interdiction. D’autres états européens frapperont d’interdiction les assemblées maçonniques : le Palatinat en 1737, la Magistrature d’Hambourg, en 1738... Dans tous les cas, l’interdiction était prise toujours pour les mêmes motifs : ordre public, secret, serment...

Les condamnations de l’Eglise catholique

Dans un tel contexte, l’Eglise pour motiver ses condamnations, n’eut guère de mal à faire état de « parfaite connaissance de cause» et surtout de « rumeur publique ». La condamnation de la Franc-maçonnerie fit l’objet de deux documents (ou bulles) d’excommunication : la lettre encyclique In eminenti du 28 avril 1738, fulminée par le pape Clément XII (1730-1740), et la Constitution Providas du 18 mai 1751, fulminée par le pape Benoît XIV (1740-1758) Trois sources avaient dû apporter au pape Clément XII les informations nécessaires à sa prise de décision : les nonces dans les états où des condamnations civiles avaient été prononcées, les inquisitions locales et la présence à Rome des Stuarts, à partir de 1717. Pourtant à la veille de fulminer sa bulle, Clément XII paraît ne pas en savoir assez sur la Franc-maçonnerie puisqu’il demanda à l’inquisiteur de Florence, et fit demander aux autres, et notamment au cardinal Da Cunha, inquisiteur général au Portugal d’obtenir des informations « ... sur la nature et la fin cachée de la compagnie ou institut [des Francs-maçons], afin que, de cette façon, Sa Sainteté puisse être informée exactement. » Aucune des eux bulles ne fut reçue en France. Plus exactement elles ne furent pas soumises à la formalité d’enregistrement par le parlement de Paris, qui en la matière, aurait donné force exécutoire à la sentence. On s’interroge encore sur cette décision du ministère. Des historiens pense que le cardinal de Fleury, avait déjà fort à faire avec les effets de la bulle Unigenitus qui frappait les jansénistes, et ne désirait pas avoir encore une autre affaire à régler autrement que par voie de police. Il faut dire aussi, comme déjà signalé, que la participation, massive, de « grands de la cour », et peut-être...du roi Louis XV lui-même dont il est dit qu’il est très probable qu’il se fût fait recevoir dans l’Ordre (tout comme le feront le futur roi Louis XVI et ses frères de sang, le duc Philippe d’Orléans et le futur Louis XVIII ... puis Charles X), ne facilitait pas la tâche de répression du vieux cardinal.

In eminenti (1738)

La première bulle à l’encontre de la Franc-maçonnerie et qui la rendait interdite aux catholiques, laïques ou clercs séculiers ou réguliers, « sous peine d’excommunication qui sera encourue et par le seul fait et sans autre déclaration ... de laquelle ils ne pourront être absous que par Nous ou par le Souverain Pontife pour lors régnant, si ce n’est à l’article de la mort » comprenait six motifs de condamnation dites « causes très graves »: O l’interconfessionnalité des assemblées maçonniquesO « le pacte étroit et impénétrable du secret »O le serment qui en garantit l’inviolabilitéO l’illégalité des sociétés maçonniques au regard des lois civiles ou ecclésiastiquesO la proscription des ces sociétés par « les lois des princes séculiers »O leur mauvaise réputationComme le fait remarquer Jérôme Rousse-Lacordaire, dans sa remarquable étude sur la question, ces six motifs peuvent être regroupés en trois catégories : O d’ordre moralCette première catégorie comprend le secret et son serment ainsi que la « mauvaise réputation ». Même s’il est vrai que certains Francs-maçons, par leur comportement et prise de positions publiques, tels nous l’avons vu le duc de Wharton, le duc d’Antin, le comte de Clermont et le duc de Chartres, duc d’Orléans dit « Philippe Egalité » tous quatre Grands Maîtres de la Franc-maçonnerie française, utilisèrent des assemblées maçonniques à d’autres fins (libertines et épicuriennes) que celles prescrites par les rituels, et prêtèrent le flanc à ces accusations, il était exagéré d’affirmer que l’Ordre, dans son ensemble, avait« la mauvaise réputation ». Le secret et le droit de garder le secret par serment n’était pas en soi condamnable par l’Eglise catholique Celle-ci le considérait même comme un droit naturel. Mais aux yeux de Rome la droit naturel du secret devait toujours être limité par l’ordre public et aussi par l’obligation faite aux catholiques de confesser tous les péchés mortels « sans un celer aucun ». On comprend alors que le serment maçonnique ne posait pas en tant que telle de problème en terme de nature d’agissements ou d’immoralité qu’il pouvait recouvrir. Il devenait un facteur de suspicion légitime dans la mesure où il risquait de soustraire les catholiques francs-maçons à tout contrôle sacramentel, ecclésiastique ou civil. Cette question était en effet d’importance. A preuve cette interrogation faite à lui-même par le très catholique (ultramontaniste), le Frère Joseph de Maistre, dans son célèbre Mémoire au duc de Brunswick écrit juste avant l’ouverture du Convent de Wilhelmsbad : « Cette question [du secret] qu’on ne doit point déguiser consiste à sçavoir si nous [Francs-maçons] pouvons licitement jurer de cacher quelque chose, même à la puissance civile qui nus interrogeroit en jugement. ». Non seulement le principe même du serment de secret posait un problème à des Francs-maçons catholiques, dans la perspective énoncée, mais « les sanctions qui l’accompagnaient [en cas de divulgation], étaient pour certains profanes lors de leur admission dans l’ordre une gêne indéniable », pour reprendre les termes d’un autre Franc-maçon catholique, le bénédictain mauriste Marc-Antoine de Courdemanche, cité par Jérôme Rousse-Lacordaire car « la barbare formule »du serment et la terreur qu’elle inspirait ne se justifiait plus « dans le siècle des lumières, sous l’empire de la délicatesse où le point d’honneur est le plus puissant mobile de notre âme. » De plus In eminenti avait relevé que le serment se prêtait sur la Bible. Aussi pour ne pas enfreindre le deuxième commandement du décalogue « Tu ne prendras en vain le nom de l’Eternel », le serment pris sous l’invocation du Nom Très Saint devait être « vrai, prudent et juste ». C’est pourquoi le serment du secret « inviolable et impénétrable » apparaissait au XVIIIe siècle un point délicat et controversé, même de l’intérieur de la Franc-maçonnerie. O d’ordre juridiqueCe point sera davantage souligné et approfondi par la seconde bulle, la Constitution Providas.In eminenti se contente de mentionner que, par suspicion que les assemblées de Francs-maçons, « toujours nuisibles à la tranquillité de l’Etat », soient une sources de perversion au regard de l’ordre public (« S’ils ne faisaient rien de mal, il n’auraient pas cette haine de la lumière »), « ces sociétés ont été ont été sagement proscrites par nombre de princes dans leurs Etats. Ils ont regardé ces sortes de gens comme ennemis de la sûreté publique. » O d’ordre religieuxLe motif de tolérantisme, c’est-à-dire, en fait d’interconfessionalité dans les loges, fut, sans conteste, le point le plus délicat qui poussa la papauté à condamner la franc-maçonnerie. Nous le savons d’après le commentaire qu’en fera le successeur de Clément XII, le pape Benoît XIV, dans sa bulle Providas. In eminenti affirmait déjà « toute notre application à [...] conserver spécialement l’intégrité de la religion orthodoxe [c’est-à-dire ici, la religion catholique], et à éloigner de l’Univers catholique, en ces temps très difficiles, tout ce qui pourrait être une danger de trouble. » Les loges en effet recevaient évidemment, car c’était-là le but de la transformation de la Maçonnerie opérative en franc-maçonnerie non opérative ou spéculative, des hommes de foi autres que les catholiques ou les anglicans, des protestants, des juifs et aussi des musulmans. Mais déjà dans l’univers chrétien, la galaxie des diversités confessionnelles présentes en loges, notamment par des personnalités de renom, était grande : latitudinaristes professant un théisme certes chrétien mais noachite, unitariens reniant le dogme de la Trinité, etc. Cette proximité interconfessionnelle et les échanges auxquels elle pouvait donner lieu constituait pour Rome un risque majeur de « contamination » de l’orthodoxie catholique. Et cela, à une époque où, de plus, la séparation des affaires d’ordre privée (dont le domaine spirituel) et celles d’ordre civil (dont les engagements citoyens et autres « divertissements » temporels), n’était pas encore de , ou en tout cas admis par l’Eglise. A ces trois catégories morale, juridique et religieuse, Clément XII ajoutait « d’autres causes justes et raisonnables à Nous connues ». On s’est interrogé sur ces causes mystérieuses. Il apparaît que, vers 1737, Rome était préoccupée par deux questions de nature toute politique. Premièrement, la situation politique de l’Angleterre et le sort réservé aux catholiques dans ce pays. Même si depuis le début du siècle, la situation s’était apaisée, les catholiques anglais ou irlandais résidant en Angleterre (ces derniers très méprisés par les Anglais), vivaient leur foi très difficilement ; ils n’étaient d’ailleurs pas couverts explicitement par l’Act of Toleration de 1689 qui les frappaient d’incapacité juridique. Rome n’avait pas perdu espoir de reconquérir l’Angleterre par une action missionnaire déclenchée au bon moment. Cela les Anglais le savaient et se méfiaient tout à la fois de la papauté et de leurs concitoyens catholiques. De plus l’accession au trône de la dynastie hanovrienne (George I, George II, qui ne furent jamais Francs-maçons) avait porté un rude coup aux espoirs des catholiques qui avaient de ce fait investi leurs espoir dans la restauration des Stuarts (Jacques II, réfugié en France, mort en 1701, Jacques III, dit le Prétendant ou le Chevalier de Saint George, mort en 1766, qui, à défaut d’avoir été eux-mêmes semble-t-il, Francs-maçons, rien ne l’a jusqu’à présent prouvé, étaient fort entourés de Maçons). Elle aurait signifié ipso facto la restauration des catholiques dans leurs droits et celle de Rome dans sa capacité d’influence politico-religieuse. dans cette période toute la politique anglaise de Rome et sa position à l’égard de la Franc-maçonnerie est à comprendre dans le sens de la restauration des Stuarts et du rôle que l’Ordre aurait pu jouer pour aider dans ce projet. Ce n’est pas ici le lieu de reprendre dans le détail cette histoire tourmentée. On se contentera de rappeler que ce projet ne réussit pas. Contraint d’accepter le traité de Ryswick de 1697 qui consacrait la victoire de la dynastie hanovrienne, et mettait ainsi fin à la situation particulière d’un pays avec deux rois, Louis XIV fut forcé de reconnaître Guillaume III d’Orange pour roi d’Angleterre. Jacques III Stuart fut obligé de renoncer à l’hospitalité française, et alla s’établir d’abord à Avignon puis à Rome avec sa famille, sa cour ses services où il apparaît qu’il employa dans son important service diplomatique de fidèles serviteurs tant catholiques que protestant dans un esprit d’équité et de tolérance, et dont beaucoup furent Francs-maçons. En effet là où passa la cour stuartiste des loges se constituèrent, de Saint Germain en Laye (semble-t-il) en 1688 à Rome où se créa une loge jacobite, en passant par Paris (en 1725 ou 1726) et Avignon (en 1727 ?) Rome accueillit avec empressement ce roi qui « sacrifiait la couronne à la religion. » Même s’il n’est pas approprié de parler de deux Maçonneries différentes, l’une catholique, écossaise et jacobite, l’autre anglaise, protestante et hanovrienne, il est possible de parler de deux courants maçonniques différents sur le continent. Elles servirent certainement de courroie de transmission aux divisions politico-religieuses britanniques. Ce rôle obscur dura jusqu’à ce que la situation dynastique se clarifie, comme on l’a dit au profit des hanovriens. Aussi peut-on dire que, dès avant 1737 date où se produisit des événements à Florence relatés ci-après, les Maçons hanovriens l’avaient définitivement emporté sur leurs Frères stuartistes, de sorte que le pape put condamner la Franc-maçonnerie, sans craindre de nuire aux intérêts des stuartistes, en 1738. Même si des projets de reconquête du trône étaient encore évoquésla cause semblait bien entendue au profit de la dynastie hanovrienne. Deuxièmement, en 1737, en effet, Florence passa avec toute la Toscane des mains des Médicis, soumis à Rome, à celles de François duc de Lorraine, Franc-maçon éminent mais indépendant de la papauté, futur empereur d’Autriche en 1745. Une lettre adressée par le saint Office à l’Inquisiteur de Florence pour soutenir Gaston de Médicis qui avait demandé de l’aide contre la Franc-maçonnerie, car il la soupçonnait de favoriser les entreprises de son rival autrichien, contient des termes et des griefs qui seront repris quasiment mot pour mot dans Ineminenti.

Providas (1751)

En 1751 la situation politique avait bien changé. Florence et la Toscane étaient oubliées et les ambitions stuartistes réduites à néant depuis la déroute de Culloden Moors en 1746. Et pourtant Benoît XIV cru bon de renouveler la bulle de son prédécesseur fulminée quinze ans auparavant. Il semble bien, en dépit des efforts fait par Benoît XIV pour expliquer la nouvelle condamnation par le fait qu’In eminenti lui paraissait être restée lettre morte « à tel point qu’on ne craignait pas d’assurer que l’excommunication était levée. »ce soit des événements poitiques similaires à ceux de Toscane qui provoquèrent « la goutte qui fit déborder le vase ».Ils se produisirent cette fois à Naples. En effet des Maçons napolitains avaient réussi à persuader le confesseur de Charles VII, roi de Naples, l’archevêque Bolaños, de lever les censures pontificales. Informé de cette manœuvre, Benoît XIV fulmina en mai 1751 sa bulle Providas.Quoi qu’il en soit, Benoît XIV reprend intégralement le texte d’In eminenti, énumère les six cuses « très graves » de condamnation et insiste à nouveau sur les griefs d’interconfessionnalité, le secret, le serment, l’illégalité et la proscription des sociétés maçonniques. Il dénonce vigoureusement le tolérantismme qu’il perçoit comme un danger grave pour les catholiques : « la première cause de prohibition de la Maçonnerie est que, dans ces sortes de sociétés ou conventicules, des hommes de toute religion et de toute secte se réunissent ; d’où l’on voit assez quel grand mal il peut en résulter pour la pureté de la religion catholique. »

Les effets des deux bulles

Il est connu, et d’ailleurs on l’a vu Benoît XIV s’en plaignit amèrement, les résultats pratiques de la bulle de Clément XII furent nuls même dans les états de l’Eglise, et même si les peines encourues auraient été très graves (rien moins que la peine de mort et la démolition des maisons qui auraient abrité des assemblées maçonniques, par exemple à Rome). A Florence, dont on a vu le rôle qu’elle joua dans la décision de Clément XII, la bulle ne fut pas publiée ; Mais la loge (anglaise) de la ville se mit prudemment en sommeil, pour des raisons diplomatiques un peu complexes pour être détaillées ici. Mais la bulle fut reçue en Espagne et au Portugal et donna lieu à des procédures inquisitoriales sévères sinon cruelles. Le procès mené en 1742, par l’Inquisition de Lisbonne, contre le Frère John Coustos, Maçon suisse naturalisé anglais protestant, qui avait « maçonné » à Paris, est resté célèbre. Nous le connaissons par la publication qu’il en fit à son retour en Angleterre, après sa libération de la torture et des galères grâce aux pressions diplomatiques anglaises. Cinq autres maçons furent condamner civilement et religieusement. En Espagne, les poursuites furent déclenchées à partir de 1744 ; En France, il est piquant de constater que les persécutions policières contre les francs-maçons cessèrent à dater de la bulle In eminenti. Le cardinal de Fleury fit plaisamment expliquer au pape que sa bulle tombait quelque peu à plat car « cette société avoit aussi commencé à faire ici quelques progrès. Le Roy a témoigné qu’elle luy déplaisoit, et elle a cessé. » Ailleurs en Europe, si on excepte l’Espagne, le Portugal et la Pologne, la bulle de Clément XII ne fut reçue dans aucun autre état catholique. Il arriva que la Franc-maçonnerie fut persécutée, mais jamais en vertu de l’application des condamnations pontificales. La bulle de Benoît XIV n’eut guère plus d’effet que celle de son prédécesseur. Le pape en était même arrivé à recourir à la position du sultan de Constantinople pour le prendre à témoin ! La pape exhorta le cardinal Tancin, ministre d’état de Fleury en 1742, à envoyer une lettre à l’ambassadeur de France dans l’empire ottoman afin de l’inciter à s’opposer à l’ouverture de nouvelles loges dans cette ville ...« le sultan s’en étant plaint. »

La défense de la Franc-maçonnerie

Il est à remarquer, qu’à part dans les Etats où les bulles furent reçues et où ils s’y soumirent généralement, les Francs-maçons ne réagirent guère ailleurs. Mais il est intéressant de noter quelles furent ces rares réactions. O L’ignorance du pape Pour beaucoup de catholiques de conviction, qui ne voyaient pas sincèrement pas en quoi leur pratique de l’Art Royal pouvait bien être répréhensible à l’égard de « l’orthodoxie catholique », la réaction la plus courante fut de considérer que le pape était mal informé, tant Clément XII que Benoît XIV, d’autat que le premier cité était à l’extrême fin de sa vie quand il fulmina In eminenti, et était déjà physiquement et intellectuellement très affaibli. A preuve cette réflexion du marquis de Saulx-Tavannes (1738) : « Notre ordre a reçu un coup terrible de notre St. Père. Vous voirés qu’il faudra le recevoir pour le désabuser et luy apprendre à ne pas si mal juger de son prochain et à ne pas condamner ce qu’il ne connoit pas. » Nous avons déjà signalé combien, de fait, Clément XII paraissait mal informé de la Franc-maçonnerie. Il ne faisait, dans son encyclique, allusion à aucun texte de référence, qu’ils émanent de Francs-maçons, de la Grand Loge d’Angleterre ou de divulgation, mais s’en tenait, comme signalé « en parfaite connaissance de cause » et « à la rumeur publique ». O La réaction de la Grande Loge d’Irlande Dès 1738, le Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande, publia une « Réponse à la bulle du pape ».Il affirmait notamment que les Maçons révéraient le Créateur et suivaient strictement la « religion naturelle ». Il est intéressant de remarquer, qu’à l’époque, religion naturelle, signifiait religion chrétienne, c’est-à-dire la religion qu’il est naturel pour un chrétien de révérer, et non religion de la nature, polythéisme, panthéisme ou autres variétés de dérives déisme, comme cela est devenu le cas au XIXe siècle. O La réponse du baron de Tschoudy...Le baron Louis de Tschoudy, vénérable de la Loge ancienne de Metz, publia en 1752 « L’Etrenne au pape ou les Francs-maçons vengés », série de lettres où il réfutait les arguments de Providas, tant théologiques, canoniques qu’historiques. Il concluait que la Franc-maçonnerie n’était un danger ni pour l’Eglise, ni pour les princes, et que les Francs-maçons n’étaient ni hérétiques, ni schismatiques. « Qu’ont donc fait les Francs-maçons qui puissent être attribué à crime , Les a-t-on entendu prêcher une nouvelle doctrine, les a-t-on vu renverser les autels et sont-ils les destructeurs du culte ?[...] quels sont les propos erronés, pour la condamnation desquels il a fallu fonder un concile ? De quel schisme sont-ils les auteurs ? [...] Quels rois ont-ils détrônés ? Quels états ont-ils troublés Quel tort ont-ils fait en public ? » Il est amusant de noter que dans cet ouvrage il prétend que le pape, Benoît XIV qu’il apostrophe, fut jadis Franc-maçon ... ce que le dit pape prendra très au sérieux et se croira obligé de démentir dans sa bulle en dénonçant la « diffamation » dont il fait l’objet. Il renouvela son argumentation en 1766 dans « L’Etoile flamboyante ou la société des Francs-maçons considérée sous tous ses aspects ». Il y commente les différents griefs reprochés à l’Ordre et conclut qu’il était nécessaire que l’on juge les Francs-maçons sur ce qu’ils étaient vraiment et non sur des chimères ou sur l’accessoire. O ... et celle de Joseph de Maistre Le catholique ultramontaniste Joseph de Maistre, fort peu suspect aux yeux de Rome, dans le « Mémoire au duc de Brunswick », déjà cité, s’efforça de répondre avec le recul du temps (elle fut écrite en 1782 à l’occasion du Convent de Wilhelmsbad) aux deux bulles. Pour ce fidèle de Rome, la Maçonnerie authentique (ce qui pourrait laisser supposer que toute la Franc-maçonnerie ne le fût pas) était essentiellement chrétienne et au service du christianisme. La question du serment était certes délicate, c’est pourquoi il fallait que la Maçonnerie fût rectifiée en profondeur pour ne plus laisser planer de soupçon quant aux secrets couverts par ce serment. O Le Convent de Wilhelmsbad (1782)Précisément le Convent Général de Wilhelmsbad dans le but de jouer un rôle régulateur sur l’extraordinaire diversité de la Franc-maçonnerie de la fin du XVIIIe siècle souligna fortement non seulement la compatibilité entre la Franc-maçonnerie et la religion chrétienne mais surtout les fondements et origines chrétienne de la Franc-maçonnerie régulière, de Tradition. Il souligna la nécessité de « rectifier » les errements de la Franc-maçonnerie ou de « ce qui lui ressemble », et donne corps à tout ce qui est critiqué par les bulles papales. Mais pour autant la Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle ne cessa guère de se doter d’origines autant mythologiques que fantaisistes, la vague de l’égyptomanie, du goût pour les « antiquités », et la dénaturation progressive mais brutales des caractéristiques de l’esprit des Lumières de sociabilité, de cosmopolitisme et d’universalité, aidant. Cette tendance auto-destructrice contribua à alimenter la méfiance, la suspicion et les accusations de ses adversaires qui ne voyaient certes pas encore dans la Franc-maçonnerie, un foyer de satanisme ou de paganisme, voire une machine de guerre anti-chrétienne, comme ce sera le cas de la part de ses adversaires le plus irréfléchis au XIXe siècle, mais trouvaient là une justification inespérée de leur attaques contre une société qui risquait de contaminer l’orthodoxie de la foi. Quoi qu’il en soit, la franc-maçonnerie continua l’accélération de son développement pendant tout le XVIIIe siècle.

La situation actuelle

Les relations entre l’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie peuvent se lire à la lumière de trois repères :

O L’article 2335 du Code de droit canonique de 1917

O Le dialogue instauré par Vatican II

O L’article 1374 du nouveau Code de droit canonique de 1983 et la déclaration du Cardinal Ratzinger qui l’accompagne.L’article 2335 du Code de droit canonique de 1917

Dans ce Code, quatre articles (1240, 1399, 2335 et 2336) étaient consacrés à la Franc-maçonnerie. Tous ces articles qualifiaient la Franc-maçonnerie de secte et frappaient leurs membres de sanctions pénales. L’article 1240 refusait la sépulture ecclésiastique aux Maçons, l’article 1399 interdisait les ouvrages qui défendaient la Maçonnerie en affirmant son utilité pour la société civile ou pour l’Église, l’article 2336 énumérait une série de sanctions contre mes clercs et religieux maçons et ordonnait qu’ils fussent dénoncés au Saint Office. L’article 2335, le plus important pour les catholiques Francs-maçons laïques frappait d’excommunication réservée simplement au Saint Siège » ceux qui donnaient leur nom à la secte maçonnique ou à toute autre association du même genre qui conspiraient contre l’Eglise et les pouvoirs civils légitimes. Par latæ sententiæ, il faut entendre une excommunication encourue ipso facto par la disposition du droit ; par réservée, il faut entendre que seul le Saint Siège peut lever l’excommunication à l’exclusion de toute autre hiérarchiquement égale ou subalterne à celui qui en est frappé. Depuis Vatican II, des efforts ont été entrepris par des ecclésiastiques de renom (le R. P. Michel Riquet, le R. P. Joseph Berteloot, le cardinal Kroll, le cardinal Seper, et d’autres) pour alléger la sévérité de l’article 2335 de 1917, et en tout premier lieu, lever l’application de l’excommunication promises aux francs-maçons catholiques. Le dialogue commença à s’engager sur la base précisément de distinctions : O Distinctions canoniques : Cette question renvoie à la position de l’Eglise. Des arguments variés furent avancés. On fit valoir, contre le principe même de latæ sententiæ, que seules les associations maçonniques qui complotaient étaient à viser par cet article, et qu’il était injustifié qu’il s’appliquât aux autres. En particulier, il était malvenu de taxer le Franc-maçonnerie régulière de complot contre l’Eglise et les pouvoirs civils, alors que précisément elle réunit des hommes de foi, et uniquement ceux-là, que l’histoire de l’origine de la Franc-maçonnerie anglaise prouve que c’est bien dans un but de paix entre les hommes que la première Grande Loge fut constituée, et qu’ainsi Franc-maçonnerie régulière anglo-saxonne et Eglise catholique avaient un ennemi commun « essentiellement anti-chrétien, le matérialisme athée. » Mais ces tentatives de conciliation furent perçues davantage comme une manipulation pour faire se rapprocher la Franc-maçonnerie de l’Eglise qu’elles ne relevaient d’un rapprochement réciproque et équilibré. Mais cette entreprise reste perçue favorablement par la Franc-maçonnerie régulière. O Distinctions doctrinales Cette question renvoie à la position des différentes obédiences maçonniques. Les positions du R. P. Riquet et les ouvrages d’Alec Mellor, avant qu’il rejoigne la Grande Loge Nationale Française, pour rapprocher l’Eglise et la Franc-maçonnerie avaient été interprétées par les obédience « irrégulières » comme une pression pour les faire renier les « idéaux de 1877 », à savoir « la liberté absolue de conscience, la laïcité, les idéaux républicains ». Cette argumentation curieusement alimente l’accusation, dont la vacuité a été maintes fois prouvée, du « complot maçonnique en faveur de la Révolution Française et de la république ». Elle pose en effet la question de la doctrine maçonnique, ou au moins les questions sur la régularité et sur le relativisme. Régularité : si les éléments fondamentaux de la régularité reposent sur la croyance en Dieu révélé dans la Bible, et ils sont tout à fait conciliables avec le credo chrétien. En effet si le Franc-maçon ne met ni en lui-même (pas de maïeutique rituelle lui promettant de parvenir par son ascèse à la révélation intérieure, sans le concours de Dieu), ni en l’Ordre maçonnique, l’espérance de l’illumination intérieure et de la réalisation de son salut, mais en Dieu seul, et pour les Maçons chrétiens, en Christ seul, il n’y a aucun motif d’incompatibilité avec son appartenance à l’Eglise. C’est d’ailleurs sur cette argumentation que le R. P. Riquet obtint de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi (SCDF) une interprétation stricte de l’article 2335. Selon cette interprétation, l’excommunication ne peut être certes levée, mais elle ne s’applique plus latæ sententiæ mais seulement à ceux qui complotent (accord entre le Grand Maître de la GLNF, Vaneck et le pape Paul VI). Cet accord, qui mettaient à l’aise les Francs-maçons catholiques réguliers, mécontenta les Maçons « irréguliers », au point que le débat sur la régularité s’engagea en se complexifiant : Régularité = Landmarks+GADLU (foi théiste et personnelle), mais quid des Maçons croyants mais appartenant à une obédience réputée irrégulière ? Régularité = Reconnaissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre, sans autre forme de régularité que juridique, mais quid des Maçons qui, tout en appartenant à une obédience reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre, ne professent pas la foi chrétienne, ou qui s’en éloignent par la doctrine de leurs rites ? Régularité = Transmission et filiation, mais dans ce dernier cas, la GLNF est issue du tronc irrégulier du GODF ! Cette complexité extrême conduisit la SCDF à refuser de statuer sur la question de savoir qui est régulier et qui ne l’est pas, en 1983, lors de la refonte du Code de droit canonique. Relativisme : s’il est certain « qu’une partie de la Maçonnerie se situe dans un projet de réalisation spirituel théologiquement acceptable par l’Eglise, la Franc-maçonnerie chrétienne n’en est qu’une toute petite fraction [... ] et ne se trouve nullement en dehors de l’organisation fondamentale franc-maçonne. » O Distinctions historiques : Cette autre entrée dans le problème du rapprochement a été tentée par les acteurs persévérants, tels le R. P. Riquet et Alec Mellor. Elle consistait à examiner qui, du point de vue historique, est resté fidèle à la spiritualité chrétienne des origines, en examinant le cours de l’histoire des obédiences, et en y identifiant les accidents de l’histoire qui ont pu corrompre les origines chrétiennes de l’Ordre anglo-saxon, en le faisant dériver localement vers l’irrégularité, l’anticléricalisme et l’athéisme. Mais il ne semble pas que cette entrée ait eu beaucoup d’écho auprès du Saint Siège.

L’article 1374 du nouveau Code de droit canonique

Dans ce nouveau Code, publié en janvier 1983, l’article 1374 la Franc-maçonnerie n’est plus citée au nombre des associations qui machine contre l’Eglise, et à ce titre justiciable « d’une juste peine ». C’est donc à l’Ordinaire du lieu de décider si telle ou telle société maçonnique est dans ce cas, et cela seulement contre l’Eglise puisqu’il n’est plus question non plus de pouvoirs civils légitimes. On aura noté que l’appartenance à une association conspiratrice n’est plus punie d’excommunication latæ sententiæ, mais d’une juste peine à évaluer par l’Ordinaire. On avait pu donc penser que les efforts déployés de part et d’autres par les ecclésiastiques et les Franc-maçons soucieux de pratiquer leur culte sans avoir à renoncer à leur appartenance à la Franc-maçonnerie avaient été couronnés de succès. Mais dans sa déclaration du 26 novembre 1983, la SCDF, présidée par le cardinal Ratzinger, affirme interpréter cet article 1374 et le commente ainsi : « Les fidèles du Christ qui donnent leur nom aux associations maçonniques tombent dans un péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion. »Le statu quo post bellum La situation est donc confuse. Pour certains Maçons catholiques, seule compte l’article 1374 car il est revêtu de l’autorité papale. Pour d’autres, la déclaration de la SCDF, bien que de hiérarchie inférieure à celle du saint Père, doit être prise en très sérieuse considération car elle ne peut avoir publiée sans son accord, compte tenu du sujet traité et de la proximité des dates de publication. Les Francs-maçons catholiques se retrouvent ainsi dans une situation étrange où l’excommunication à leur encontre a certes été levée, mais sans que soient reconnues aux membres catholiques la liberté d’adhérer à la Franc-maçonnerie et aux autorités ecclésiastiques locales la faculté d se prononcer publiquement en faveur de l’appartenance de leurs ouailles à l’Ordre. Ceci n’exclut pas que ces autorités puissent, au cas par cas, autoriser tel ou tel fidèle, à s’inscrire dans une loge ou à y demeurer. C’est bien cette imprécision qui a fait dire à de nombreux Maçons catholiques que les relations entre l’Eglise et la Franc-maçonnerie n’avaient cessé d’osciller entre espoir et désillusion.

Source GLNF

Par GLNF - Publié dans : Eglise catholique et FM
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Samedi 23 juin 2012 6 23 /06 /Juin /2012 15:25

La position de l’Église catholique quant à l’adhésion de catholiques à une association maçonnique est a priori claire : il est interdit d’y adhérer et une adhésion constitue un péché grave interdisant l’accès à la Sainte Communion. Que l’on soit d’accord ou pas, c’est comme ça ! (cf. Déclaration de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur les Associations maçonniques du 26 novembre 1983 link). Par ailleurs, on doit admettre à partir des mêmes sources que même les plus hautes autorités locales n’ont pas le droit de déroger à cette règle, y compris pour ce qui est de la collaboration avec une association maçonnique, qu’on le déplore ou non pour certaines, en particulier pour celles relevant du rite écossais. Le Vatican est clair : Malgré la diversité qui peut exister entre obédiences maçonniques, en particulier dans leur attitude déclarée envers l'Église, le Siège apostolique discerne certains principes communs entre eux qui exigent la même évaluation par toutes les autorités ecclésiastiques. "La seule possibilité pour collaborer avec une telle association, mais non pas y adhérer, reste une dérogation accordée par le Saint-Siège, ce qui est possible, même si Benoît XVI, auteur de la déclaration de 1983, semble assez hostile à toute forme de collaboration ! Ceci n’empêche pas par contre d’être ami avec des francs-maçons, ni de chercher à les éclairer sur les contradictions entre leur engagement et la Foi catholique, ni même de participer au coup par coup à certaines actions, mais si possible dans ce dernier cas, après accord de son Ordinaire… La catéchèse n'est pas interdite ! Il ne faut jamais renoncer à aller chercher la brebis égarée, voire même (j'outre volontairement, donc ne pas déformer, mais au contraire reformer) à convertir le loup (ce que ne sont pas, très loin de là, tous les francs-maçons), le lion pouvant un jour manger à la même table que la gazelle comme nous l’apprend [Is 11, 1-9] ! L'Église ne parle pas de la fréquentation des francs-maçons, mais de la participation active à leurs travaux et d'adhésion entière et soumise à une association maçonnique. Voilà ce qui est interdit… Les relations humaines ne sont pas en cause ; ce qui est interdit, c'est l'adhésion irréfléchie et soumise à leurs thèses ou à une Loge.On notera que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi rappelle clairement que pour un chrétien catholique, il n'est pas possible de vivre sa relation avec Dieu, dans un double mode la divisant entre une forme supraconfessionelle humaniste et une forme intérieure chrétienne. Il ne peut pas cultiver deux types de relations avec Dieu, ni exprimer sa relation avec le Créateur à travers des formes symboliques de deux types.

Maintenant, quelques autres points de précision.

Il faut en premier se souvenir qu’il n’existe pas une Franc-Maçonnerie mais des Franc-Maçonneries : l’une dite régulière, qui accepte toutes les religions et philosophies ; l’autre, dite irrégulière, fondée sur l’athéisme et l’agnosticisme ; sans parler de multiples groupuscules qui se prétendent maçonniques, même s’ils n’ont que très peu avoir avec la Franc-Maçonnerie. Il est bien évident que la condamnation de l’Église se rapporte totalement aux deux dernières de ces catégories, comme le font clairement comprendre les condamnations fondées sur des données spirituelles de la Franc-Maçonnerie, d’Ecclesiam (Pie VII, 1821) à Humanus genus (Léon XIII, 1884) - bizarement plus aucun à réelle portée depuis Léon XIII, bref depuis l'adhésion à la démocratie -, les textes antérieurs pouvant être à très juste titre accusés d’être plus politiques que spirituels (je pense ici aux textes de Clément XII et de Benoît XIV)… La difficulté apparente est donc quant aux francs-maçons réguliers…
Il faut par ailleurs se souvenir que la Déclaration du 26 novembre 1983 ne remet en cause ni Nostra Aetate (en particulier son point 5, n’en déplaise à certains), ni surtout deux autres importants documents de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi bizarrement oubliés par le livre Les enseignements originaux des Papes sur la Maçonnerie de 1717 à nos jours (Téqui, 1998), bref :
la lettre du Cardinal Seper, alors Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, aux Évêques de 1974. Cette lettre ne fait pas de référence directe au Pape comme le document de 1983, mais elle évoque directement le Saint-Siège, ce qui peut être jugé comme équivalent ; la déclaration du 17 février 1981 de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclaration relative aux peines canoniques auxquelles s'exposent les francs-maçons, cette dernière indiquant que ne sont condamnées que les loges hostiles à l’Église ou aux pouvoirs civils légitimes. Ceci ne signifie nullement néanmoins autorisation d’adhésion et de participation pleine et totale aux travaux des Loges pour le Catholique ! Mais ceci est aussi bien plus modéré que l'on ne veut le laisser croire ! D’ailleurs, à propos du livre que je viens de citer, je m’interroge lorsqu’ils citent un texte de Jean XXIII du 4 décembre 1960 en mettant d’origine inconnue, ce qui ne peut qu’interloquer… Un message aussi important d’un Pape, surtout condamnant la démocratie et la Franc-Maçonnerie, peut-il ne pas avoir de référence, alors qu’il contredit la plupart des autres textes vaticans, y compris de Vatican II et de Jean-Paul II ? Reste que, même dans ce sens de tolérance apparente pour les Catholiques, des dangers restent pour le Catholique, ces dangers étant principalement au nombre de sept :

La Franc-Maçonnerie n’est pas secrète ; elle est discrète. Par contre, il est indéniable qu’elle se veut détentrice d’un secret, secret de plus évolutif car inaccessible dans sa pleine compréhension. Il y a là contradiction avec la Foi catholique. Il n’y a pas, chez les catholiques, de spéculation pseudo-religieuse sur le texte des Évangiles ou sur les paroles du Christ. Il n’y a pas de message caché perceptible aux seuls initiés, mais parole du Christ, simple, claire, limpide, parlant à tous les hommes, et ce même si la forme est parfois imagée (je fais court…). La parole du Seigneur n’est pas secret, mais Révélation et Vérité, donc accessible à tout un chacun ! L’idée même de secret contredit donc la vision catholique de la Révélation ! Je ne parle même pas des dérives pseudo-kaballistiques, ésotériques, égyptiennes, etc…, qui n’ont d’ailleurs que très peu à voir avec la véritable Franc-Maçonnerie ! Contra, on peut dire qu’il n’y a plus de secret maçonnique tel qu’on pouvait le concevoir autrefois, si ce n’est l'amour fraternel, qui est et reste mystère tant de la Révélation que de l’humanité, comme l'apprennent les plus anciens rites maçonniques…Néanmoins, lorsqu’un chrétien utilise le mot mystère, il ne faut surtout pas penser à un mystère au sens d’Arsène Lupin… Il ne faut pas non plus entendre ce mot en son sens ancien ou sectaire de rite, de culte secret, de savoir secret, d'ésotérisme réservé à des initiés en vue de leur octroyer le salut, la connaissance, le pouvoir ou la vie sauve ; je pense ici par exemple aux mystères d’Éleusis ou encore aux mystères d’Isis. Ce mot doit s’entendre au sens chrétien de dogme révélé, inaccessible à la seule raison car lié au dessein de Dieu. On peut ici songer aux mystères joyeux, douloureux, glorieux du Rosaire, ou encore au mystère de la Trinité, au mystère de l’Eucharistie, bref à tout ce que la seule raison ne peut pas expliquer et qui demande une adhésion personnelle à Dieu. L’Évangile est lui-même mystère car, en tant que Bonne Nouvelle, il a été espéré et annoncé jusqu’à la venue de Jésus-Christ sur notre terre, car il vient de Dieu qui est d’une nature, d’une essence, d’une substance différente de la notre qui ne sommes que Ses créatures, et ce même si l’homme a été créé à l’image de Dieu . Mais ce mystère est aujourd’hui disparu car la Bonne Nouvelle s’adresse désormais à tous les hommes. Le mystère chrétien se distingue donc du mystère antique ou de celui des sectes ou des groupes ésotériques, etc..., en ce sens qu’il est offert et qu’il s’offre à tous les hommes sans aucune exception – y compris aux non-croyants – et non pas octroyé à quelques seuls (pseudo-)initiés sélectionnés, non par Dieu, mais par d’autres hommes ou par des dieux, des extra-terrestres, etc… Le secret, terme qu'utilisent d'ailleurs des francs-maçons, n'a donc rien à voir avec le mystère des Catholiques...Autre difficulté, la croyance en un Dieu grand architecte de l’univers ou être suprême, même si certains parlent de sa volonté révélée. Je n’entrerai pas ici dans un vaste débat ontologique ou sur Spinoza, mais je me contenterai de dire que l’idée de grand architecte de l’univers est avant tout gnostique et non pas catholique, alors que l’idée même d’être suprême peut conduire à la négation de la Création, ou pour le moins à la confusion entre l’être et la créature ! Il y a risque réel de panthéisme ou de déisme ou de théisme spinozien…On peut dès lors assez vite aboutir, sans même en avoir conscience, à l'idée que le mal serait un principe égal au Bien ! Or, le mal n'est que la suite de la faute des hommes récapitulée dans celle d'Adam ! Ce n'est que dans le dualisme ontologique de la gnose que le mal est un principe, ou encore dans le manichéisme ou parfois chez certains évangélistes américains ! Mais il est vrai que certains Catholiques tombent, en se voulant trop rigoristes (connaissent-ils l'erreur de Novatien ?), dans ce panneau ! La liberté du Catholique est totale, d'où l'importance de la notion de péché, son effacement privant paradoxalement l'homme de sa liberté et conduisant soit à l'agnosticisme, soit au dualisme égalitaire entre le Bien et le mal ! Paradoxalement, certaines approches maçonnes de la liberté sont en fait négation de la liberté (résidu de l'influence de la prédestination protestante ?) ! De plus, les Landmarks insistent sur la tradition maçonnique, et en particulier sur le théisme. Mais si le théisme est une doctrine admettant l’idée d’un Dieu première cause du monde, il aboutit très vite au théisme rationaliste pour qui l’être divin se confond avec la suprême racine de toute chose. Certes, mais le risque de déviance vers le déisme, c’est-à-dire cette idée que la raison ne peut connaître du divin que son existence en aucun cas ses attributs, le panthéisme, et le gnosticisme est ici évident. Il est vrai que la plupart des Francs-Maçons, qui dès lors ne peuvent pas pêcher, l’ignorance n’étant pas cause de chute, n'est pas outillée pour saisir la subtilité de cette argumentation, ce qui est aussi démonstration que les dangers sont réels pour la masse des catholiques connaissant mal leur propre Foi ! Néanmoins, il ne me semble pas qu'il soit question de s'agenouiller devant le GADLU, de chanter sa gloire ou même de craindre sa foudre, et encore moins de l'adorer. Dès lors, la Franc-Maçonnerie authentique, avec ses références adamiques, avec la proclamation de la Volonté révélée de Dieu ou du GADLU - laquelle suppose son essence personnelle-, est à l'abri du relativisme et de glisser vers la croyance dans le Dieu des philosophes ou plus exactement en la cause première. Mais le risque est là tout bonnement parce que la plupart des Maçons réguliers n'ont pas une conscience nette de ces subtilités... D'où les conseils des plus anciens sur la nécessité de pratiquer avec ferveur sa religion, y compris lorsqu’elle n’est pas ! Finalement, seul le chrétien fort en esprit et en connaissances peut tomber dans le péché réel, justement parce qu’il dispose des outils lui permettant de faire le tri, lui permettant d’éviter le théisme ou l’agnosticisme pur. La limite extrême à ne pas franchir pour le croyant, ce sont les sermons de Maître Eckhart relatifs à la survivance du concept de déité, ou plus exactement de Créateur comme non sujet d'adoration. Mais, dès lors que l’on en a conscience, cela n'impose pas de renoncer au Mystère de la Trinité. Ensuite, le Volume de la Loi sacrée se réduit au seul Évangile de Jean, ce qui est bien mais insuffisant. Il y a donc très grosse divergence d’avec le catholicisme, notre livre sacré contenant l’Ancien et le Nouveau Testaments, formant un tout. Toute une série de dimensions de la Foi sont donc exclues a priori ! Contra : il semblerait pourtant qu’il y ait là une erreur, le Volume de la Loi Sacrée étant en fait la Bible, sans retrait ni altération (mais quelle édition ?), mais restant ouverte au Prologue de l'Evangile de Jean…Il y a par ailleurs ambiguïté sur le christisme. Je m’explique. Les Francs-Maçons réguliers se veulent d’origine christique. Mais que contient ce mot ? Très rarement la divinité du Christ ! Néanmoins, l’idée même de christisme peut échapper à la compréhension pour le non croyant – qui se trouve malgré lui d’une certaine façon inévitablement en contact avec le Christ évoluteur alpha et oméga teilhardien –, ou encore pour le croyant ne ressentant pas le besoin de mélanger les genres dans sa quête de savoir et plus encore de perfectionnement de sa réflexion, quel que soit son niveau initial. Il y a de plus incohérence entre la tendance laïque et agnostique et l’origine christique, sauf à réduire Jésus à un super-guru qui aurait réussi ! Peut-on être agnostique et chrétien ? J’en doute fort ! Et on peut de plus aboutir au grotesque du Grand Orient de France qui continue à faire prêter serment sur l’Évangile de Jean, même les athées ! Il y a contradiction interne, du moins dans une approche spirituelle et surtout chrétienne du Christ ! C’est d’ailleurs pour contourner cet apparent non-sens, dès lors que la priorité est donnée au spirituel et non pas à la recherche approfondie des sens des choses, que certains membres du Grand Orient croyants souvent plus réels que formels rejoignent le rite écossais rectifié pour être régularisés. Par ailleurs, l’un des principes de base de la véritable Maçonnerie est la règle de masculinité. Cette règle est contraire au Christianisme, Jésus ayant eu de nombreuses femmes autour de lui, son message s’adressant de plus à tous, hommes et femmes, pas aux seuls hommes ! Il n’y a plus ni homme, ni femme, comme nous l’enseigne Saint Paul ! Certains comparent cette attitude avec le non accès des femmes au sacerdoce chez les Catholiques, mais cela n'a rien à voir ! Ceux qui l’affirment se trompent de perspective ! La Maçonnerie régulière est interdite aux femmes, qui ne peuvent accéder au secret, alors que chez les Catholiques, que je sache, il n'y a aucune différence quant à l'enseignement de la Foi et à la recherche, quant à l'accès à la Vérité entre un homme et une femme ! Il n'y a plus ni juif, ni grec, ni homme, ni femme, ni maître, ni esclave... nous dit l'Apôtre ! Ce n'est pas la même chose avec les Maçons ! On notera par ailleurs que, s’il existe des Loges féminines, celles-ci sont considérées comme irrégulières par la plupart des francs-maçons… Contra, on peut dire aussi que la masculinité maçonnique serait odieuse si la Franc-Maçonnerie prétendait offrir le salut ; or, cette règle est avant tout historique, liée aux corportations, et plus encore justifiée par les références chevaleresques de la Franc-Maçonnerie actuelle.

Les divergences fondamentales entre Catholicisme et Franc-Maçonnerie sont donc évidentes !

On notera que l’Église qualifie l’appartenance à la Maçonnerie de péché grave interdisant l'accès à l'Eucharistie, mais pas de péché mortel (a contrario par exemple du non respect du repos dominical ou du non respect de certains jeûnes dans le Grand Catéchisme de Pie X par exemple), l’Église faisant ici appel au for intérieur de chacun. Il va peut-être vous sembler que je joue ici sur les mots, mais je rappelle qu’il y a trois conditions pour constituer le péché mortel : la matière grave (donc le péché grave), la pleine connaissance et l’entier consentement. La simple adhésion sans connaître le péché ne constitue donc pas un péché mortel ; par contre, la persévérance dans la Franc-Maçonnerie peut bien constituer un péché mortel lorsqu’elle se fait sans aucun discernement doctrinal et théologique, les deux dernières conditions étant constituées ; rappelons que le Code de droit canonique fait bien la distinction entre les interdits et les excommuniés (canon 915), étant entendu que le même Code rappelle qu’il ne peut y avoir communion eucharistique dès lors que l’on a conscience d’un péché grave (canon 916). On oublie trop souvent cette notion de conscience du péché…, si bien que le péché mortel ne peut être finalement réalisé que par un être ayant une sur-conscience du dit péché ! Dans tous les cas, l’Église émet, face aux nombreux risques de déviance, d’erreur, de basculer dans l’hérésie, etc…, une sévère mise en garde contre les dérives déistes, panthéistes et gnostiques auxquelles expose l’adhésion à la Franc-Maçonnerie, le pas étant facile à franchir, même inconsciemment ! Il est donc logique que la condamnation soit totale pour les irréguliers, plus modérée, même si elle reste très forte, pour les réguliers, le rôle de l’Église étant de préserver les âmes et de mettre en garde en cas de péril grave ! Il est ainsi logique que toute interprétation ne puisse venir que du Vatican ! Il est tout aussi logique que l'interdiction d'adhésion et de participation soit totale ! Enfin, il est concevable que certains grands esprits de l’Église participent, en pleine conscience, à la Franc-Maçonnerie, mais du fait même de leurs capacités de discernement et de leur devoir de catéchèse ! Mais il faudrait aussi (déjà ?) que tous les textes soient mis à la disposition des fidèles et non pas quelques uns comme dans l’ouvrage publié par Téqui. Peut-être faudrait-il d’ailleurs que le Vatican dise enfin clairement quelles sont les associations maçonniques condamnées, toutes ou quelques-unes, tant pour clarifier les choses que pour éviter des contradictions entre textes que pour éviter de laisser une incompréhension dans les esprits lorsque des fidèles constatent que certain Prélats, parfois même très haut placés dans la hiérarchie de l’Église, sont Francs-Maçons… Mais gardons bien à l’esprit que la Déclaration du 26 novembre 1983 ne fait aucune distinction (ce qui est retour en arrière de la part du Cardinal Ratzinger), justement du fait des risques induits, entre les diverses formes de franc-maçonnerie, et toutes les formes de Franc-Maçonnerie restent a priori et officiellement strictement interdites aux Catholiques. Il ne faut pas se tromper sur la portée de mon texte ; je parle seulement de difficulté apparente, et, je crois avoir bien expliqué les motivations de l’Église, rappelant toujours l’interdiction d’adhésion à toute association maçonnique faite au Catholique ! Que de risques de chuter sur la voie franc-maçonne ! En effet, je le répète, pour un chrétien catholique, il n'est pas possible de vivre sa relation avec Dieu, dans un double mode la divisant entre une forme supraconfessionelle humaniste et une forme intérieure chrétienne. Il ne peut pas cultiver deux types de relations avec Dieu, ni exprimer sa relation avec le Créateur à travers des formes symboliques de deux types ! Or, c'est là le grand risque, le seul en fait si l'on n'est pas attentif ! Le devoir de l’Église est de mettre en garde l’ensemble des Catholiques, le for intérieur de certains pouvant néanmoins leur permettre de dépasser cet interdit, de par leurs capacités de discernement ! Mais cette exception ne peut pas concerner l’ensemble du Peuple catholique, uniquement une infime minorité, d’où la condamnation générale apparente ! Qui dit risque dit aussi moyen d’évitement ! Mais, comme le disait Simone Weil, le risque est un besoin existentiel de l'âme ! Pour finir, deux questions à finalité réflexive…

La Franc-maçonnerie, la vraie, dans son essence comme dans sa posture, ne serait-elle pas en fait l’Eglise de saint Jean face à celle de Pierre et de Paul trop souvent oublieuse des idées fondamentales d’amour, d’altruisme, d’action ? Les incompréhensions ne portent-elles pas parfois plus sur un refus des Lumières et de la liberté qu’autre chose, du fait d’une très mauvaise compréhension de saint Augustin et de la controverse pélagienne, … alors même que rien, hormis la négation de Dieu ou de la religion chez certains de ses penseurs, ne la sépare réellement du message du Christ ? On comprend mieux dès lors comment des hauts dignitaires de l’Eglise, des théologiens de très haute tenue peuvent à la fois être Vrais Catholiques et Vrais Francs-Maçons, dès lors qu’ils font preuve de discernement…

Source : http://serge-bs.over-blog.com

Par Serge Bonnefoi - Publié dans : Eglise catholique et FM
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Jeudi 21 juin 2012 4 21 /06 /Juin /2012 17:26

Cet article commence par la polémique qu’a entraîné des passages des constitutions d’Anderson relatifs à "l’athée stupide" et aux "libertins irreligieux" qui ne doivent pas être admis en maçonnerie. Jean-Pierre Crystal retrace l’ambiguïté qui est présente jusqu’à ce jour, certains ont cru que la franc-maçonnerie allait jusqu’à initier des profanes indifférents en matière religieuse, voire détachés de toute pratique ou de toute croyance. En effet, pour aller à l’encontre de cette idée certains ont affirmé haut et fort que la franc-maçonnerie était déiste. Paul Naudon écrit d’ailleurs ces lignes "la franc-maçonnerie manifeste une tendance généralement déiste" et il fait référence aux constitutions d’Anderson indiquant qu’un franc-maçon ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. Il ajoute que "le caractère déiste de la franc-maçonnerie se complète d’une part, du moins dans la franc-maçonnerie anglo-saxonne, de la croyance en l’immortalité de l’âme, d’autre part d’une inspiration nettement chrétienne". Mais, pour Jean-Pierre Crystal, pense qu’à force de gloser sur la notion d’athéisme la franc-maçonnerie s’est laissée "gangréner" par le déisme et à la suite de cet article, l’auteur va nous démontrer pourquoi cela est impossible. Pour cela il se réfère à la définition du déisme qui est tirée de la section 8 des pensées « les fondements de la religion chrétienne" et reprise par le dictionnaire Le Robert : "le déisme est une croyance à l’Être Suprême mais n’accepte pas les dogmes et les pratiques d’une religion". Donc le déisme rejette les dogmes révélés et nous relevons qu’il est aussi éloigné de la religion chrétienne que l’athéisme. Il précise que les papes étaient méfiants vis à vis du déisme et on imagine mal qu’à une certaine époque la franc-maçonnerie se soit confrontée à l’Église et à la religion chrétienne catholique en particulier. De nombreux maçons ont souvent revendiqué que la franc-maçonnerie était œcuménique (dans le sens de rassembler plusieurs religions), et là encore l’auteur va préciser de quelle sorte d’œcuménisme il s’agissait, en faisant référence à "l’apologie pour l’ordre des francs-maçons" qui précise que si la franc-maçonnerie était œcuménique, c’était dans le seul but de rassembler les communautés chrétiennes. L’auteur prend référence à un passage d’un rituel où il est dit que "l’ordre n’admet que les chrétiens, voilà pourquoi les juifs, les mahométans et les païens sont exclus comme infidèles". Jean-Pierre Crystal précise que la franc-maçonnerie n’est pas une église, elle est un ordre initiatique groupant des chrétiens qu’elle désire unis (bas de page 238). Il termine cet article par je cite : "au risque de surprendre et même de choquer certains, force nous est donc de conclure que la franc-maçonnerie des origines telle qu’elle apparaît dans l’apologie n’admet en son sein que des chrétiens à l’exclusion des athées, des déistes et des indifférents en matière religieuse. Il serait souhaitable que les commentateurs n’occultent plus la franc-maçonnerie sous l’étiquette trompeuse de déiste que les maçons d’avant 1745 récusaient avec pareille vigueur. Les maçons d’aujourd’hui qui projettent souvent sur le passé de leur Ordre, au risque de contresens et d’anachronismes, leurs préoccupations philosophiques et spirituelles du moment, feront bien de méditer sur la rigueur doctrinale de leurs prédécesseurs et d’en tirer les conséquences qui s’imposent". Écrit par P.F.

Renaissance Traditionnelle N°4 - Octobre 1970. p 235

Source : http://aprt.biz/

Par PF - Publié dans : Eglise catholique et FM
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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 16:15

Michel Riquet est une figure majeure du dialogue entre l'Église catholique romaine et la franc-maçonnerie au XXe siècle. Pourtant, rien ne l'y prédisposait. Il grandit dans un milieu catholique, marqué par l'Action Française (son parrain est Louis Dimier) pour lequel la franc-maçonnerie est une société subversive dirigée contre (Église. Toutefois, son passage au petit séminaire de Versailles, dont l'évêque est Mgr Gibier, l'amène à des positions plus libérales. C'est là aussi qu'il rencontre Jacques Maritain auquel le lie vite une amitié indéfectible. En 1916, il entre dans la Compagnie de Jésus. En 1918, il reprend son noviciat interrompu par la guerre. Pendant ses premières années d'études, il élabore une théorie du droit de résistance aux lois injustes (Sa Majesté la Loi, 1925). Il collabore ensuite aux revues jésuites Études et L'Action populaire (cette dernière créée dans le sillage de l'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII). Il prend fermement position contre l’Action Française dans la querelle qui oppose celle-ci au Saint-Siège, et incite Jacques Maritain à faire de même. Ordonné prêtre en 1928, il anime la Conférence Laennec à partir de 1930 et en devient le directeur en 1936. C'est alors la première rencontre de Michel Riquet avec la franc-maçonnerie il entretient, de 1936 à la guerre, des liens avec des francs-maçons des cabinets de Henry Sellier et Marc Rucart, ministres de la Santé publique et des Assurances sociales. En 1939, il fonde le Secours catholique. Dès septembre 1940, il rejoint la Résistance où il renoue des relations avec la franc-maçonnerie. Arrêté le 17 janvier 1944, déporté puis libéré le 29 avril 1945, il s'oppose à une épuration sans discernement des milieux ecclésiastiques. II collabore régulièrement au Figaro et à la Revue des Deux Mondes. De 1952 à 1967, il est aumônier national de la Société médicale Saint-Luc, Saint-Côme et Saint-Damien. Il est encore vice-président de l'Association française des amis des Nations unies, de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes, de la Ligue contre le racisme (à laquelle il avait adhéré dès 1938), aumônier des écrivains catholiques, cofondateur et animateur de la Fraternité d'Abraham (qui entend travailler à la réconciliation des trois monothéismes abrahamiques)...

Farouche partisan de l'État d'Israël, il s'intéresse activement aux problèmes du Moyen-Orient, allant jusqu'à former un projet d'Etats-Unis du Levant. Durant toutes ces années, les relations tissées pendant la guerre se conjuguent avec la rencontre du père Joseph Berteloot (1881‑1955), autre jésuite artisan du dialogue avec la franc-maçonnerie, pour lui faire reconsidérer son hostilité originelle à l'égard de la franc-maçonnerie. L'amitié du commandant Gamas, ancien déporté, membre du Suprême Conseil du Rite Écossais et catholique fervent, contribue aussi à rapprocher Michel Riquet de la maçonnerie.

Le 18 mars 1961, avec l'accord de ses supérieurs de la Compagnie et de l'évêque du lieu, Mgr Rousseau, et accompagné d' Alec Mellor, il donne une conférence sur l'athéisme à la loge Volney de Laval, loge du Grand Orient de France présidée par Marius Lepage. Cette conférence provoque des remous au Grand Orient de France, des membres de cette obédience y voyant une tentative de récupération de la franc-maçonnerie par l'Église catholique. Marius Lepage est suspendu par le Conseil de l'ordre qui lui reproche de ne pas avoir respecté les règles de la tenue blanche fermée en autorisant la présence de deux profanes (A. Mellor n'était pas encore maçon). Lepage s'agrège à la Grande Loge Nationale Française. A partir de ce moment, M. Riquet entretient des relations quasi exclusives avec cette dernière obédience.

Dans la ligne de J. Berteloot, M. Riquet distingue un courant maçonnique anticlérical et politique d'un courant maçonnique religieux et apolitique qu'il juge seul authentique et digne d'intérêt. Il s'appuie sur les travaux d'Alec Mellor pour montrer que la franc-maçonnerie libérale est une déviation de cette maçonnerie moderne qu'Anderson et Desaguliers avaient établie dans la continuité directe des corporations chrétiennes de bâtisseurs et dans la fidélité à leurs landmarks. M. Riquet ne craint pas de se référer à Barruel auquel il consacre notamment un ouvrage (Augustin de Barruel : un jésuite face aux jacobins francs-maçons, 1989 ‑ il pense d'abord intituler ce livre « Le Père Barruel et le complot maçonnique »). Dans cette perspective, les francs-maçons irréguliers d'aujourd'hui sont les héritiers plus ou moins directs des Illuminaten et méritent assez largement les condamnations romaines. En revanche, les francs-maçons réguliers, croyants et apolitiques, ne devraient pas subir les foudres des excommunications pontificales. En effet, loin d'éloigner du Christ et de l'Église, ce type de maçonnerie s'en rapproche par ses rituels et sa fraternité. C'est la thèse qu'il expose avec Jean Baylot, de la Grande Loge Nationale Française, dans Les Francs-Maçons : dialogue entre Michel Riquet et Jean Baylot (1968).

Concrètement, M. Riquet met en œuvre cette appréciation positive de la franc-maçonnerie régulière en intervenant auprès de Mgr Etchegaray, alors secrétaire de la Conférence des évêques de France, puis en servant d'intermédiaire entre la Grande Loge Nationale Française et le Saint-Siège. Finalement, en 1970 officieusement et en 1972 officiellement, il obtient de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la foi, alors présidée par le cardinal Seper, qu'elle avalise l'interprétation restrictive du canon 2335 du Code de droit canonique de 1917 : seuls sont excommuniés les membres de loges maçonniques qui complotent contre l'Église et les pouvoirs civils légitimes. Plus encore, lorsque la nouvelle rédaction du Code de droit canonique (1983) supprime toute référence à la franc-maçonnerie, M. Riquet y voit un aboutissement de son travail. Lorsque, le 26 novembre 1983, la même Congrégation déclare que (appartenance d'un catholique à la franc-maçonnerie demeure toujours interdite, il s'en désole, s'en inquiète et écrit à Rome, mais considère que cette déclaration ne concerne pas les maçons de la Grande Loge Nationale Française, l'appartenance de catholiques à cette obédience ayant été autorisée auparavant.

Les distinctions de Riquet entre maçonnerie régulière et maçonnerie irrégulière posent, en fonction de l'orthodoxie catholique, des normes d'orthodoxie maçonnique (l'obligation de la croyance en un Dieu personnel). Ceci est contesté tant par des maçons libéraux (Marcel Ravel et Jacques Mitterrand lors du Convent de 1962 du Grand Orient de France) que par des commentateurs catholiques (Jean-Pierre Manigne dans les Informations catholiques internationales, n° 490, 1961). Les uns comme les autres lui reprochent de prendre parti dans des querelles intra-maçonniques. On ne peut toutefois nier que M. Riquet a contribué à rapprocher catholiques et francs‑maçons. Il meurt à Paris le 5 mars 1993, quelques mois avant de fêter ses 95 ans.

source : www.ledifice.net

Publié dans : Eglise catholique et FM
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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 14:51

Les relations entre l’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie ont toujours été tendues et tourmentées, pratiquement depuis le début de la Franc-maçonnerie spéculative, et plus particulièrement à partir de 1738, date à laquelle les Francs-maçons furent frappés d’excommunication.

Jugés par le uns comme justifiées, pas d’autres comme inappropriées, les condamnations émises par Rome n’ont laissé personne indifférent.

De franchement antagonistes, puis tumultueuses, les relations entre ces « deux forces morales » se sont peu à peu dédramatisées, puis apaisées. Des efforts de meilleure connaissance réciproque ont été déployés de part et d’autres, notamment de la part de personnalités catholiques éminentes, au premier rang desquelles il convient de citer le Révérend Père Michel Riquet pour le rôle majeur de conciliation qu’il s’est toujours efforcé de jouer pour parvenir, au-delà d’une meilleure compréhension mutuelle, à un certain rapprochement.

Aujourd’hui les Frères catholiques ne se sentent plus en faute à l’égard de Rome d’appartenir à la Franc-maçonnerie régulière, de Tradition.

Des interrogations, des ambiguïtés et des zones de flou demeurent, même si la Franc-maçonnerie ne fait plus l’objet d’une condamnation explicite.

 

L’Eglise et la Franc-maçonnerie opérative.

La Franc-maçonnerie s’est efforcée, dès avant sa création sous forme de Grande Loge, le 24 juin 1717, d’affirmer et de formaliser juridiquement sa filiation historique avec la Maçonnerie opérative.

On sait que déjà, bien plus tôt dans l’histoire de la confrérie, des Anciens Devoirs (« Old Charges »), manifestement « spéculatifs » (tels que le manuscrit Sloane, vers 1700), affirmaient cette filiation (cf Module n°1).

Le point culminant sera atteint en 1723, lorsque paraîtront les Constitutions d’Anderson qui, à la manière des Anciens Devoirs et très exactement sous leur forme et structure interne, présente la Franc-maçonnerie comme héritière des us et coutumes et spiritualité de « l’antique métier de Maçonnerie ».

Et ce faisant, Anderson et Désaguliers, dont il est connu qu’il a puissamment contribué à créer la Franc-maçonnerie sur les fondements spirituels de la Maçonnerie opérative, se sont appropriés et nous ont ainsi rendus héritiers, jusqu’à la fin des temps de la Franc-maçonnerie régulière, ou de Tradition, de la spiritualité de nos ancêtres, les Maçons opératifs.

Or cette Maçonnerie opérative était très religieuse, profondément catholique, avant de « se faire anglicane », par la force de l’histoire de la Grande Bretagne.

Mais cette spiritualité judéo-chrétienne pour aussi profonde et incontestable qu’elle fut, rencontra l’esprit des Lumières lors des années qui précédèrent et surtout suivirent la création de la Grande Loge de Londres, Mère Loge de toute la Franc-maçonnerie de Tradition, donc régulière, de par le monde. La Franc-maçonnerie naissante en subit quelque influence, non sur le fond mais sur le développement de sa finalité humaine.

Aussi loin que la connaissance de cette confrérie de métier se porte, c’est-à-dire, d’une manière rigoureusement documentée, à la fin du XIVe siècle, il est incontestable que la Maçonnerie opérative fut ouvertement et profondément religieuse, et comme il se doit avant la Réforme en général et la réforme anglicane en particulier, catholique. Nous le savons par les Old Charges, et notamment par le plus anciens d’entre eux qui nous soit parvenu, le manuscrit (Ms) anglais dit « Régius », daté de 1390.

Or près d’un demi-siècle avant la rédaction de ce fameux manuscrit Régius, une corporation de Maçons, dite Compagnie des Maçons de Londres dont on trouve la première trace en 1356 (à l’occasion d’un différend professionnel) avait pour devise « Dieu est notre guide » ; nous le savons parce qu’en 1 870, à l’occasion du renouvellement de sa charte, elle changea sa devise en « Dieu est notre espérance » . Dans un de ses inventaires datés de 1665, il est relevé un passage qui se réfère explicitement à la Bible. Cela ne saurait surprendre puisque toutes les corporations (ou guildes), au-delà de leurs activités normatives dans leur métier et les englobant, avaient un essentiellement caractère religieux. Des communautés ou groupes de personnes parmi leurs membres (ou confréries) prenaient en effet soin des membres de la corporation en cas de maladie, leur assuraient une sépulture décente, priaient pour le salut de leurs âmes après leur mort et prenaient soin de leurs proches.

Le Frère Cyril N. Batham notait, dans son intéressant article consacré à la Compagnie des Maçons de Londres (Villard de Honnecourt N°2, 1981), que « les premières guildes furent souvent dirigées par un Comité de 13 membres, représentant le Christ et ses douze apôtres, et dans le cas de l’une d’entre elles, il est précisé que son président était une femme en hommage à la Vierge. »

Le Ms Régius, après avoir appelé l’attention des Maçons, sur l’exigence de piété exhorte à « honorer ton Seigneur Dieu, tant le jour que la nuit, de tout esprit, de toute ta force. » (vers 628-­629). Il reflète ainsi son enracinement dans la Bible vétéro-testamentaire (Dt 6,5) et s’achève par une invocation toute chrétienne : « Que le Christ alors, dans sa haute grâce, vous donne tout ensemble le temps et l’esprit pour bien lire et comprendre de livre, afin de gagner le Ciel en récompense. Amen, amen [encore un hébraïsme], ainsi soit-il ! disons tous à l’unisson par charité. » (vers 820-825).

Près d’une centaine de manuscrits qui nous sont parvenus commencent par une prière de ce type, ou en contiennent une dans le cours de leur texte ou en conclusion. Autre exemple courant, au point d’être devenu un « standard », telle que cette invocation, toute paulinienne : « Que la force du Père du Ciel avec la sagesse du glorieux Fils ainsi que la grâce et la bonté du Saint Esprit, ces trois personnes réunies sous une seule divine tête [ou en seul Dieu], soient avec nous au début de nos travaux et nous donnent la grâce de nous conduire nous-mêmes pour que nous puissions vivre avec cette bénédiction [ou béatitude] qui ne prendra jamais fin. »

Peu à peu les invocations glissent de l’orthodoxie catholique (invocation de la Sainte Eglise, prière à la Sainte Vierge ; invocation de tous les Saints) vers une dogmatique plus proche de la Réforme et de l’anglicanisme , du type de celles citées ci-dessus.

Ce caractère religieux s’explique par le fait que le travail en lui-même, et celui des tailleurs de pierre, maçons architectes peut-être encore plus, compte tenu du caractère édificateurs de ces « logeurs du Bon Dieu » (R. F. Jean-François Blondel, n’était pas dissocié de son caractère sacré.

Le travail était, pour reprendre la belle expression de notre F. Paul Naudon, « l’ascèse de la vie chrétienne qui menait à Dieu ». L’association ne pouvait être dans cette perspective strictement professionnelle ; une confrérie religieuse venait doubler la communauté.

Le prêtre, en Angleterre le chapelain, en faisait partie, obligatoirement et au premier chef. Sa présence était requise à la fois pour les lectures bibliques requises en loge et prononciation des invocations rituelles.

Il semble que plus tard, à la veille de la création de la première Grande Loge, la Worshipful Society, nom sous lequel les Maçons opératifs continuaient à subsister, (et cela jusqu’à nos jours), professait la foi catholique, ou du moins un anglicanisme peu officiel, en raison de la présence de la forte personnalité qui la dirigeait, Sir Christopher Wren, officiellement anglican mais en fait de tendance catholique romaine et très pratiquant.

Quoi qu’il en soit, catholique, anglicane ou réformée, la Maçonnerie opérative fut très profondément chrétienne. L’on ne sait rien d’une quelconque condamnation que la Maçonnerie opérative aurait eu à subir de la part des autorités religieuses, en Angleterre ou ailleurs dans la chrétienté. Et cela, contrairement aux autres corporations qui, elles, furent à des moments divers de leur existence condamnées pour telle ou telle raison.

On citera à titre d’illustration quelques condamnations d’origine religieuse décrétées en France à l’encontre de certaines corporations, ou plus exactement, à l’encontre de certaines confréries, confraternités ou encore charité professionnelles : le décret de Bamberg, pris en 1451, par le Cardinal Nicolas de Cues qui déclare que « certaines compagnies ne conviennent pas à l’unité chrétienne . » On ne croit pas savoir que les confréries de tailleurs de pierre étaient visées. Ici c’est le soupçon de conspirations et de conjurations ou autres collusions qui pourraient bien se constituer sous « ombre de confrérie, messe, service divin ou autre cause. [1]», d’autant plus redoutables qu’elles sont scellées sous le sceau du serment, ce qui comporte, qu’on le respecte ou qu’on le trahisse, un risque de parjure, donc de péché grave.

On pourra citer les récriminations de Guillaume Durand, évêque de Mende, en 1311, à l’encontre des clercs et laïcs « qui se goinfrent et se mettent en état d’ébriété au cours de réunions confraternelles. »

Ou encore, le texte du concile provincial de Sens de 1522 interdisant sans appel « les banquets d’associations qui pourraient être faits les jours de fête des confréries... »

Là il semble que soit l’utilisation dispendieuse des deniers de la confrérie qui soit condamnée, alors que l’argent pourrait être mieux utilisé à des fins caritative... ou cultuelles.

Enfin on citera la célèbre condamnation des Compagnons par la Sorbonne, le 14 mars 1655, à l’instigation d’une société dévote dite « Confrérie du Saint Sacrement » pour « leur pratiques sacrilèges et superstitieuses. » La condamnation visait uniquement les Compagnons Cordonniers, Tailleurs d’habits, Chapeliers et Selliers (du Devoir). Et de plus, la Sorbonne était une faculté de théologie, amenée certes depuis 1554 à se prononcer sur des questions de morale et des solutions de cas de conscience ; mais ses sentences n’étaient en aucun cas revêtues de l’autorité de l’Eglise, et ne l’engageaient pas.

En l’occurrence, le motif principal de la condamnation était effectivement religieux. Les rituels saisis laissaient apparaître une cérémonie de réception montée comme une parodie des sacrements de la religion chrétienne comme d’ailleurs les légendes compagnonniques, partie intégrante du travail ésotérique en cayenne, pouvaient apparaître parodier l’Evangile ou l’Ancien Testament. Ils ne nous appartient pas ici de juger si ces cérémonies et travaux conduisaient réellement à des parodies ou étaient des modes « primitifs » d’appropriation du contenu évangélique ou du plan de salut, nécessaire pour « faire passer le message » dans un milieu où la lecture de la Bible (par ailleurs interdite hors la présence d’un prêtre, interdiction que la Réforme supprima avec le succès et la fructueuse émancipation religieuse, culturelle et intellectuelle que cette suppression permit). Il est encore possible que la présence de chapelain en loge, chez les Maçons opératifs (et peut-être aussi chez toutes les confréries médiévales) ait eu pour but ... de cathéchiser ces milieux professionnels, dans la plus incontestable orthodoxie.

Les fondateurs de la Franc-maçonnerie non opérative qui œuvrèrent laborieusement pour en assurer la filiation régulière, ininterrompue, avec la Maçonnerie opérative, étaient eux-mêmes des chrétiens sincères (ce qui ne les empêchaient pas de fréquenter toutes sortes de cercles philosophiques, métaphysiques et ésotériques).

Ils reprirent à leur compte cet héritage...et ils l'ont légué à chaque Franc-maçon de Tradition qui s’en rend héritier par son serment d’appartenance à l’Ordre, prêté aux trois grades, librement et volontairement, et qui, pris dans ces conditions, leur confère la Régularité maçonnique.

 

La Franc-maçonnerie spéculative : l’esprit des Lumières.

Lorsqu’elle crée en 1717 la première Grande Loge, la Franc-maçonnerie non opérative, si elle se rend héritière de l’esprit religieux de sa devancière, n’en est pas moins pétrie de l’esprit de les Lumières qui, en Angleterre, atteint à cette période son apogée (elle l’atteindra plus tard sur le continent, mais avec des évolutions et déviations notables par rapport à la ligne de « l’Enlightenment » anglais).

Sans renoncer à quoi que soit de la spiritualité de la Maçonnerie opérative, la nouvelle société spéculative, se servira de la symbolique, de l’esprit et des pratiques de l’ancienne Maçonnerie, dans son généreux dessein de projeter la fraternité humaine à l’échelle du monde entier, pour en faire un centre d’union, un lien fédérateur entre tous les hommes « de bonne renommée, de bonnes mœurs et d’honnête conversation », comme cela figurait autrefois dans les statuts des confréries continentales et anglaises.

La nouvelle société maçonnique faisait ainsi preuve, au grand dam des Maaçons opératifs confinés dans le périmètre étroit de la corporation professionnelle, des caractéristiques les plus nobles de l’esprit des Lumières, à savoir de sociabilité ouverte et large, de cosmopolitisme sincère et d’universalité culturelle

Cet esprit d’ouverture était directement inspiré par la philosophie des Lumières qui rayonnait en Grande Bretagne et plus particulièrement du latitudinarisme qui se traduira dans le théisme « noachite » des célèbres Constitutions d’Anderson et tout particulièrement de celles de la seconde édition de 1738.

Elle se conjuguait à la « New Philosphy », courant de fond réformé, qui prônait une « religion universelle » dans laquelle, au-delà des particularismes des diverses confessions, la rechercher de la vérité devait se faire conjointement dans les deux Livres de Dieu, Sa Parole et Ses œuvres.

Il suffit d’écouter l’une et de contempler les autres pour devenir sensible à sa divine présence. Car elle est directement accessible par la raison, soit « d’après notre jugement » (allusion à l’inspiration du Saint Esprit, très caractéristique de la Réforme), et soit d’après l’enseignement d’hommes sensés et sages (autre caractéristique de la Réforme).

En 1722, dans le numéro de la revue londonienne « The Postman and Historical Account », daté du 31 juillet-2 août, ainsi que dans les quatre numéros suivants, parurent des textes à caractère très nettement marqué de « constitutions » ou de « old charge », à la fois par la forme que par le fond (elles portent la marque très nette d’un Old Charge opératif), et donc destinés au grand public, par le support sur lequel il furent publiés.

Ils furent plus tard rassemblés sous le titre : « Les Anciennes Constitutions appartenant à l’Ancienne et Honorable Société des Maçons Francs et Acceptés. Tirés d’un Manuscrit écrit il y a plus de Cinq Cents Ans, Londres : Imprimé, et Vendu par J. Roberts, dans Warwick Lane, 1722 »

Ces textes donc, connus par la suite sous le nom de leur éditeur, J. Roberts, furent publiés dans un journal.

Ils le furent, dit-on, pour répondre à une lettre attaquant les Francs-maçons

Certes il y eut bien cet article qui fustige les Francs-maçons (on se reportera à l’article cité pour prendre connaissance des reproches adressés aux Francs-maçons), mais la recherche maçonnique pense que le but principal de ces « Constitutions Roberts » furent publiées surtout pour tenter de contrer la main mise sur les loges opératives de la part des non opératifs, que l’on sentait venir, après leur entreprise qui avait abouti à la création de la Franc-maçonnerie spéculative en la présentant comme la continuation « librement consentie » de la Maçonnerie opérative. En effet de nouvelles pratiques commençaient à émerger dans la nouvelle société, en particulier en ce qui concernait la nomination des dirigeants, les attributions des Loges en matière de réception de nouveaux membres, etc.

Il semble bien qu’elles étaient destinées à la fois :

A devancer la parution annoncée des Constitutions d’Anderson, pour bien affirmer et « publiciser » l’antériorité de l’Honorable société des Maçons Francs et Acceptés sur la nouvelle société, à caractère universel

A satisfaire le besoin exprimé par de nombreux Maçons opératifs de disposer, contrairement à la tradition orale ancestrale de la confrérie, d’un texte faisant foi de leur ancienneté et honorabilité

A réaffirmer le caractère incontestable de leur orthodoxie religieuse.

Sur ce dernier point, outre l’invocation trinitaire traditionnelle en ouverture du texte, on remarquera l’exhortation à « l’Ami et Frère », à lire à tout candidat à l’admission dans une Loge: « [Article 1] Je dois vous exhorter à honorer Dieu dans sa sainte Eglise ; à n’avoir recours à aucune Hérésie, Schisme ou Erreur en votre Entendement... »

Il est aisé de reconnaître le caractère catholique de ces Constitutions, caractère précisément qu’Anderson et Désaguliers souhaitaient dépasser pour ouvrir la fraternité aux autres confessions d’abord, puis au monde entier ensuite, comme le texte des deux éditions des Constitutions le mettent clairement en évidence, tout empreints de l’esprit des Lumières qu’ils étaient, mais sans que cela ne remettent en cause, le moins du monde leur foi chrétienne.

 

Les condamnations civiles

Les premières condamnations de la Franc-maçonnerie non-opérative émanèrent, non pas de l’Eglise catholique et romaine, comme le pense parfois, mais de gouvernements civils. Elles se produisirent très tôt dans son histoire.

La Franc-maçonnerie fit l’objet d’attaques, quelquefois violentes, en Angleterre même.

Nous l’avons vu, les Constitutions Roberts, par exemple, furent publiées en réponse à une attaque sévère sous la forme d’un article anonyme dans la revue « The Postman and Historical Account ». Mais de nombreuses autres attaques avaient bdéjà frappé la nouvelle Franc-maçonnerie quand cet article parut. A chaque fois, c’était le secret, le serment, mais aussi la présence, incompréhensible pour le grand public, de personnalités éminentes de la haute noblesse, des arts et des sciences dans ses rangs, qui faisait jaser les pamphlétaires inquiets et agressifs.

Il faut dire que les Maçons eux-mêmes ne faisaient pas grand chose pour éviter d’exciter la foule des folliculaires. A preuve, les défilés à répétition, en grande tenue, dans les rues de Londres, les frasques du duc de Wharton, Grand Maître de la première Grande Loge en 1722, personnage trouble, tour à tour catholique, ou anglican, hanovrien ou jacobite, qui contribuèrent à faire monter la suspicion par ses agissements politiques. Il fonda d’abord en 1719 le « Hell Fire Club », (qui fut interdit en 1721 par édit royal), assemblée de libertins aux mœurs dissolues, puis en 1724 une parodie chinoise de la Franc-maçonnerie « L’Ancien et Noble Ordre des Gorgomons », de toute évidence d’esprit jacobite.

Cette attaque, de l’intérieur, attisa davantage l’hostilité des milieux antagonistes de la Franc-maçonnerie, et s’ajouta à celles qui l’attaquaient constamment. Elles eurent pour effet d’éloigner d’elle un certain nombre de Frères, effrayés par la réputation que la rue faisait à la société à laquelle ils venaient de se joindre.

La Cité de Londres alla même jusqu’à interdire, pendant quelques années, les défilés publics des Francs-maçons.

Le coup suivant fut porté par le gouvernement des Provinces Unies (aujourd’hui les Pays-Bas), en 1735. Il s’inquiétait du risque (et non de faits avérés) « pouvant conduire les fraternités ou associations à devenir des pépinières de factions ou d’alliances. » En fait, comme le rapporte le duc de Luynes, citant l’ambassadeur de France à La Haye, cette interdiction, renouvelée en 1737, mettait en exergue « le serment et le secret « impénétrable »... [mais surtout] était motivée par le fait que l’on avait fait la découverte d’une faction de M. le prince de Nassau pour se faire élire stathouder, et que l’on trouva que la plupart de ceux qui composaient cette faction étaient des frimassons [sic]. »

Le conseil de la ville de Genève lui releva surtout le secret et le serment, et interdit la Franc-maçonnerie en 1736.

En France, le cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV, informé par des rapports de police de plus en plus nombreux, de l’existence d’assemblées « d’un ordre appelé des Framassons [sic], à l’exemple de l’Angleterre [dans lequel] sont enrôlés quelques-uns de nos secrétaires d’état et plusieurs ducs et seigneurs... Ils s’assembloient, recevoient les nouveaux chevaliers, et la première règle étoit un secret inviolable pour tout ce qui se passoit. »

Comme il considère que de telles assemblées sont « très dangereuses dans un Etat », le cardinal de Fleury va s’efforcer d’étouffer dans l’œuf cette nouvelle société. D’avril à septembre 1737, la police, sous les ordres du lieutenant Héraut, va traquer, sans grand succès il faut dire, les tenues maçonniques, et le 14 septembre 1737, le commissaire du Châtelet, Jean Delépinay, arrête l’hôte d’une assemblée maçonnique et fait fermer son cabaret. Mais la sentence édictée à cette occasion va toucher l’ordre dans son entier en interdisant aux cabaretiers du royaume de recevoir de telles assemblées frappées elles aussi d’interdiction.

D’autres états européens frapperont d’interdiction les assemblées maçonniques : le Palatinat en 1737, la Magistrature d’Hambourg, en 1738...

Dans tous les cas, l’interdiction était prise toujours pour les mêmes motifs : ordre public, secret, serment...

 

Les condamnations de l’Eglise catholique

Dans un tel contexte, l’Eglise pour motiver ses condamnations, n’eut guère de mal à faire état de « parfaite connaissance de cause» et surtout de « rumeur publique ».

La condamnation de la Franc-maçonnerie fit l’objet de deux documents (ou bulles) d’excommunication : la lettre encyclique In eminenti du 28 avril 1738, fulminée par le pape Clément XII (1730-1740), et la Constitution Providas du 18 mai 1751, fulminée par le pape Benoît XIV (1740-1758) Trois sources avaient dû apporter au pape Clément XII les informations nécessaires à sa prise de décision : les nonces dans les états où des condamnations civiles avaient été prononcées, les inquisitions locales et la présence à Rome des Stuarts, à partir de 1717.

Pourtant à la veille de fulminer sa bulle, Clément XII paraît ne pas en savoir assez sur la Franc-maçonnerie puisqu’il demanda à l’inquisiteur de Florence, et fit demander aux autres, et notamment au cardinal Da Cunha, inquisiteur général au Portugal d’obtenir des informations « ... sur la nature et la fin cachée de la compagnie ou institut [des Francs-maçons], afin que, de cette façon, Sa Sainteté puisse être informée exactement. »

Aucune des eux bulles ne fut reçue en France. Plus exactement elles ne furent pas soumises à la formalité d’enregistrement par le parlement de Paris, qui en la matière, aurait donné force exécutoire à la sentence.

On s’interroge encore sur cette décision du ministère. Des historiens pense que le cardinal de Fleury, avait déjà fort à faire avec les effets de la bulle Unigenitus qui frappait les jansénistes, et ne désirait pas avoir encore une autre affaire à régler autrement que par voie de police. Il faut dire aussi, comme déjà signalé, que la participation, massive, de « grands de la cour », et peut-être...du roi Louis XV lui-même dont il est dit qu’il est très probable qu’il se fût fait recevoir dans l’Ordre (tout comme le feront le futur roi Louis XVI et ses frères de sang, le duc Philippe d’Orléans et le futur Louis XVIII ... puis Charles X), ne facilitait pas la tâche de répression du vieux cardinal.

In eminenti (1738)

La première bulle à l’encontre de la Franc-maçonnerie et qui la rendait interdite aux catholiques, laïques ou clercs séculiers ou réguliers, « sous peine d’excommunication qui sera encourue et par le seul fait et sans autre déclaration ... de laquelle ils ne pourront être absous que par Nous ou par le Souverain Pontife pour lors régnant, si ce n’est à l’article de la mort » comprenait six motifs de condamnation dites « causes très graves »:

 

O l’interconfessionnalité des assemblées maçonniques

O « le pacte étroit et impénétrable du secret »

O le serment qui en garantit l’inviolabilité

O l’illégalité des sociétés maçonniques au regard des lois civiles ou ecclésiastiques

O la proscription des ces sociétés par « les lois des princes séculiers »

O leur mauvaise réputation

Comme le fait remarquer Jérôme Rousse-Lacordaire, dans sa remarquable étude sur la question, ces six motifs peuvent être regroupés en trois catégories :

 

O d’ordre moral

Cette première catégorie comprend le secret et son serment ainsi que la « mauvaise réputation ».

Même s’il est vrai que certains Francs-maçons, par leur comportement et prise de positions publiques, tels nous l’avons vu le duc de Wharton, le duc d’Antin, le comte de Clermont et le duc de Chartres, duc d’Orléans dit « Philippe Egalité » tous quatre Grands Maîtres de la Franc-maçonnerie française, utilisèrent des assemblées maçonniques à d’autres fins (libertines et épicuriennes) que celles prescrites par les rituels, et prêtèrent le flanc à ces accusations, il était exagéré d’affirmer que l’Ordre, dans son ensemble, avait« la mauvaise réputation ».

Le secret et le droit de garder le secret par serment n’était pas en soi condamnable par l’Eglise catholique Celle-ci le considérait même comme un droit naturel. Mais aux yeux de Rome la droit naturel du secret devait toujours être limité par l’ordre public et aussi par l’obligation faite aux catholiques de confesser tous les péchés mortels « sans un celer aucun ».

On comprend alors que le serment maçonnique ne posait pas en tant que telle de problème en terme de nature d’agissements ou d’immoralité qu’il pouvait recouvrir. Il devenait un facteur de suspicion légitime dans la mesure où il risquait de soustraire les catholiques francs-maçons à tout contrôle sacramentel, ecclésiastique ou civil.

Cette question était en effet d’importance. A preuve cette interrogation faite à lui-même par le très catholique (ultramontaniste), le Frère Joseph de Maistre, dans son célèbre Mémoire au duc de Brunswick écrit juste avant l’ouverture du Convent de Wilhelmsbad : « Cette question [du secret] qu’on ne doit point déguiser consiste à sçavoir si nous [Francs-maçons] pouvons licitement jurer de cacher quelque chose, même à la puissance civile qui nus interrogeroit en jugement. ».

Non seulement le principe même du serment de secret posait un problème à des Francs-maçons catholiques, dans la perspective énoncée, mais « les sanctions qui l’accompagnaient [en cas de divulgation], étaient pour certains profanes lors de leur admission dans l’ordre une gêne indéniable », pour reprendre les termes d’un autre Franc-maçon catholique, le bénédictain mauriste Marc-Antoine de Courdemanche, cité par Jérôme Rousse-Lacordaire car « la barbare formule »du serment et la terreur qu’elle inspirait ne se justifiait plus « dans le siècle des lumières, sous l’empire de la délicatesse où le point d’honneur est le plus puissant mobile de notre âme. » De plus In eminenti avait relevé que le serment se prêtait sur la Bible. Aussi pour ne pas enfreindre le deuxième commandement du décalogue « Tu ne prendras en vain le nom de l’Eternel », le serment pris sous l’invocation du Nom Très Saint devait être « vrai, prudent et juste ».

C’est pourquoi le serment du secret « inviolable et impénétrable » apparaissait au XVIIIe siècle un point délicat et controversé, même de l’intérieur de la Franc-maçonnerie.

 

O d’ordre juridique

Ce point sera davantage souligné et approfondi par la seconde bulle, la Constitution Providas.

In eminenti se contente de mentionner que, par suspicion que les assemblées de Francs-maçons, « toujours nuisibles à la tranquillité de l’Etat », soient une sources de perversion au regard de l’ordre public (« S’ils ne faisaient rien de mal, il n’auraient pas cette haine de la lumière »), « ces sociétés ont été ont été sagement proscrites par nombre de princes dans leurs Etats. Ils ont regardé ces sortes de gens comme ennemis de la sûreté publique. »

 

O d’ordre religieux

Le motif de tolérantisme, c’est-à-dire, en fait d’interconfessionalité dans les loges, fut, sans conteste, le point le plus délicat qui poussa la papauté à condamner la franc-maçonnerie. Nous le savons d’après le commentaire qu’en fera le successeur de Clément XII, le pape Benoît XIV, dans sa bulle Providas.

In eminenti affirmait déjà « toute notre application à [...] conserver spécialement l’intégrité de la religion orthodoxe [c’est-à-dire ici, la religion catholique], et à éloigner de l’Univers catholique, en ces temps très difficiles, tout ce qui pourrait être une danger de trouble. »

Les loges en effet recevaient évidemment, car c’était-là le but de la transformation de la Maçonnerie opérative en franc-maçonnerie non opérative ou spéculative, des hommes de foi autres que les catholiques ou les anglicans, des protestants, des juifs et aussi des musulmans. Mais déjà dans l’univers chrétien, la galaxie des diversités confessionnelles présentes en loges, notamment par des personnalités de renom, était grande : latitudinaristes professant un théisme certes chrétien mais noachite, unitariens reniant le dogme de la Trinité, etc.

Cette proximité interconfessionnelle et les échanges auxquels elle pouvait donner lieu constituait pour Rome un risque majeur de « contamination » de l’orthodoxie catholique.

Et cela, à une époque où, de plus, la séparation des affaires d’ordre privée (dont le domaine spirituel) et celles d’ordre civil (dont les engagements citoyens et autres « divertissements » temporels), n’était pas encore de , ou en tout cas admis par l’Eglise.

A ces trois catégories morale, juridique et religieuse, Clément XII ajoutait

« d’autres causes justes et raisonnables à Nous connues ». On s’est interrogé sur ces causes mystérieuses. Il apparaît que, vers 1737, Rome était préoccupée par deux questions de nature toute politique.

Premièrement, la situation politique de l’Angleterre et le sort réservé aux catholiques dans ce pays.

Même si depuis le début du siècle, la situation s’était apaisée, les catholiques anglais ou irlandais résidant en Angleterre (ces derniers très méprisés par les Anglais), vivaient leur foi très difficilement ; ils n’étaient d’ailleurs pas couverts explicitement par l’Act of Toleration de 1689 qui les frappaient d’incapacité juridique.

Rome n’avait pas perdu espoir de reconquérir l’Angleterre par une action missionnaire déclenchée au bon moment. Cela les Anglais le savaient et se méfiaient tout à la fois de la papauté et de leurs concitoyens catholiques.

De plus l’accession au trône de la dynastie hanovrienne (George I, George II, qui ne furent jamais Francs-maçons) avait porté un rude coup aux espoirs des catholiques qui avaient de ce fait investi leurs espoir dans la restauration des Stuarts (Jacques II, réfugié en France, mort en 1701, Jacques III, dit le Prétendant ou le Chevalier de Saint George, mort en 1766, qui, à défaut d’avoir été eux-mêmes semble-t-il, Francs-maçons, rien ne l’a jusqu’à présent prouvé, étaient fort entourés de Maçons). Elle aurait signifié ipso facto la restauration des catholiques dans leurs droits et celle de Rome dans sa capacité d’influence politico-religieuse.

Dans cette période toute la politique anglaise de Rome et sa position à l’égard de la Franc-maçonnerie est à comprendre dans le sens de la restauration des Stuarts et du rôle que l’Ordre aurait pu jouer pour aider dans ce projet.

Ce n’est pas ici le lieu de reprendre dans le détail cette histoire tourmentée.

On se contentera de rappeler que ce projet ne réussit pas. Contraint d’accepter le traité de Ryswick de 1697 qui consacrait la victoire de la dynastie hanovrienne, et mettait ainsi fin à la situation particulière d’un pays avec deux rois, Louis XIV fut forcé de reconnaître Guillaume III d’Orange pour roi d’Angleterre. Jacques III Stuart fut obligé de renoncer à l’hospitalité française, et alla s’établir d’abord à Avignon puis à Rome avec sa famille, sa cour ses services où il apparaît qu’il employa dans son important service diplomatique de fidèles serviteurs tant catholiques que protestant dans un esprit d’équité et de tolérance, et dont beaucoup furent Francs-maçons.

En effet là où passa la cour stuartiste des loges se constituèrent, de Saint Germain en Laye (semble-t-il) en 1688 à Rome où se créa une loge jacobite, en passant par Paris (en 1725 ou 1726) et Avignon (en 1727 ?)

Rome accueillit avec empressement ce roi qui « sacrifiait la couronne à la religion. »

Même s’il n’est pas approprié de parler de deux Maçonneries différentes, l’une catholique, écossaise et jacobite, l’autre anglaise, protestante et hanovrienne, il est possible de parler de deux courants maçonniques différents sur le continent. Elles servirent certainement de courroie de transmission aux divisions politico-religieuses britanniques. Ce rôle obscur dura jusqu’à ce que la situation dynastique se clarifie, comme on l’a dit au profit des hanovriens. Aussi peut-on dire que, dès avant 1737 date où se produisit des événements à Florence relatés ci-après, les Maçons hanovriens l’avaient définitivement emporté sur leurs Frères stuartistes, de sorte que le pape put condamner la Franc-maçonnerie, sans craindre de nuire aux intérêts des stuartistes, en 1738.

Même si des projets de reconquête du trône étaient encore évoquésla cause semblait bien entendue au profit de la dynastie hanovrienne.

Deuxièmement, en 1737, en effet, Florence passa avec toute la Toscane des mains des Médicis, soumis à Rome, à celles de François duc de Lorraine, Franc-maçon éminent mais indépendant de la papauté, futur empereur d’Autriche en 1745. Une lettre adressée par le saint Office à l’Inquisiteur de Florence pour soutenir Gaston de Médicis qui avait demandé de l’aide contre la Franc-maçonnerie, car il la soupçonnait de favoriser les entreprises de son rival autrichien, contient des termes et des griefs qui seront repris quasiment mot pour mot dans Ineminenti.

Providas (1751)

 

En 1751 la situation politique avait bien changé. Florence et la Toscane étaient oubliées et les ambitions stuartistes réduites à néant depuis la déroute de Culloden Moors en 1746. Et pourtant Benoît XIV cru bon de renouveler la bulle de son prédécesseur fulminée quinze ans auparavant.

Il semble bien, en dépit des efforts fait par Benoît XIV pour expliquer la nouvelle condamnation par le fait qu’In eminenti lui paraissait être restée lettre morte « à tel point qu’on ne craignait pas d’assurer que l’excommunication était levée. »ce soit des événements poitiques similaires à ceux de Toscane qui provoquèrent « la goutte qui fit déborder le vase ».Ils se produisirent cette fois à Naples.

En effet des Maçons napolitains avaient réussi à persuader le confesseur de Charles VII, roi de Naples, l’archevêque Bolaños, de lever les censures pontificales. Informé de cette manœuvre, Benoît XIV fulmina en mai 1751 sa bulle Providas.

Quoi qu’il en soit, Benoît XIV reprend intégralement le texte d’In eminenti, énumère les six cuses « très graves » de condamnation et insiste à nouveau sur les griefs d’interconfessionnalité, le secret, le serment, l’illégalité et la proscription des sociétés maçonniques.

Il dénonce vigoureusement le tolérantismme qu’il perçoit comme un danger grave pour les catholiques : « la première cause de prohibition de la Maçonnerie est que, dans ces sortes de sociétés ou conventicules, des hommes de toute religion et de toute secte se réunissent ; d’où l’on voit assez quel grand mal il peut en résulter pour la pureté de la religion catholique. »

Les effets des deux bulles

Il est connu, et d’ailleurs on l’a vu Benoît XIV s’en plaignit amèrement, les résultats pratiques de la bulle de Clément XII furent nuls même dans les états de l’Eglise, et même si les peines encourues auraient été très graves (rien moins que la peine de mort et la démolition des maisons qui auraient abrité des assemblées maçonniques, par exemple à Rome). A Florence, dont on a vu le rôle qu’elle joua dans la décision de Clément XII, la bulle ne fut pas publiée ; Mais la loge (anglaise) de la ville se mit prudemment en sommeil, pour des raisons diplomatiques un peu complexes pour être détaillées ici. Mais la bulle fut reçue en Espagne et au Portugal et donna lieu à des procédures inquisitoriales sévères sinon cruelles.

Le procès mené en 1742, par l’Inquisition de Lisbonne, contre le Frère John Coustos, Maçon suisse naturalisé anglais protestant, qui avait « maçonné » à Paris, est resté célèbre. Nous le connaissons par la publication qu’il en fit à son retour en Angleterre, après sa libération de la torture et des galères grâce aux pressions diplomatiques anglaises.

Cinq autres maçons furent condamner civilement et religieusement.

En Espagne, les poursuites furent déclenchées à partir de 1744 ;

En France, il est piquant de constater que les persécutions policières contre les francs-maçons cessèrent à dater de la bulle In eminenti. Le cardinal de Fleury fit plaisamment expliquer au pape que sa bulle tombait quelque peu à plat car « cette société avoit aussi commencé à faire ici quelques progrès. Le Roy a témoigné qu’elle luy déplaisoit, et elle a cessé. »

Ailleurs en Europe, si on excepte l’Espagne, le Portugal et la Pologne, la bulle de Clément XII ne fut reçue dans aucun autre état catholique. Il arriva que la Franc-maçonnerie fut persécutée, mais jamais en vertu de l’application des condamnations pontificales.

La bulle de Benoît XIV n’eut guère plus d’effet que celle de son prédécesseur. Le pape en était même arrivé à recourir à la position du sultan de Constantinople pour le prendre à témoin ! La pape exhorta le cardinal Tancin, ministre d’état de Fleury en 1742, à envoyer une lettre à l’ambassadeur de France dans l’empire ottoman afin de l’inciter à s’opposer à l’ouverture de nouvelles loges dans cette ville ...« le sultan s’en étant plaint. »

 

La défense de la Franc-maçonnerie

Il est à remarquer, qu’à part dans les Etats où les bulles furent reçues et où ils s’y soumirent généralement, les Francs-maçons ne réagirent guère ailleurs.

Mais il est intéressant de noter quelles furent ces rares réactions.

 

O L’ignorance du pape

Pour beaucoup de catholiques de conviction, qui ne voyaient pas sincèrement pas en quoi leur pratique de l’Art Royal pouvait bien être répréhensible à l’égard de « l’orthodoxie catholique », la réaction la plus courante fut de considérer que le pape était mal informé, tant Clément XII que Benoît XIV, d’autat que le premier cité était à l’extrême fin de sa vie quand il fulmina In eminenti, et était déjà physiquement et intellectuellement très affaibli.

A preuve cette réflexion du marquis de Saulx-Tavannes (1738) : « Notre ordre a reçu un coup terrible de notre St. Père. Vous voirés qu’il faudra le recevoir pour le désabuser et luy apprendre à ne pas si mal juger de son prochain et à ne pas condamner ce qu’il ne connoit pas. »

Nous avons déjà signalé combien, de fait, Clément XII paraissait mal informé de la Franc-maçonnerie. Il ne faisait, dans son encyclique, allusion à aucun texte de référence, qu’ils émanent de Francs-maçons, de la Grand Loge d’Angleterre ou de divulgation, mais s’en tenait, comme signalé « en parfaite connaissance de cause » et « à la rumeur publique ».

 

O La réaction de la Grande Loge d’Irlande

Dès 1738, le Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande, publia une « Réponse à la bulle du pape ».Il affirmait notamment que les Maçons révéraient le Créateur et suivaient strictement la « religion naturelle ». Il est intéressant de remarquer, qu’à l’époque, religion naturelle, signifiait religion chrétienne, c’est-à-dire la religion qu’il est naturel pour un chrétien de révérer, et non religion de la nature, polythéisme, panthéisme ou autres variétés de dérives déisme, comme cela est devenu le cas au XIXe siècle.

 

O La réponse du baron de Tschoudy...

Le baron Louis de Tschoudy, vénérable de la Loge ancienne de Metz, publia en 1752 « L’Etrenne au pape ou les Francs-maçons vengés », série de lettres où il réfutait les arguments de Providas, tant théologiques, canoniques qu’historiques. Il concluait que la Franc-maçonnerie n’était un danger ni pour l’Eglise, ni pour les princes, et que les Francs-maçons n’étaient ni hérétiques, ni schismatiques.

« Qu’ont donc fait les Francs-maçons qui puissent être attribué à crime , Les a-t-on entendu prêcher une nouvelle doctrine, les a-t-on vu renverser les autels et sont-ils les destructeurs du culte ?[...] quels sont les propos erronés, pour la condamnation desquels il a fallu fonder un concile ? De quel schisme sont-ils les auteurs ?

[...] Quels rois ont-ils détrônés ? Quels états ont-ils troublés Quel tort ont-ils fait en public ? »

Il est amusant de noter que dans cet ouvrage il prétend que le pape, Benoît XIV qu’il apostrophe, fut jadis Franc-maçon ... ce que le dit pape prendra très au sérieux et se croira obligé de démentir dans sa bulle en dénonçant la « diffamation » dont il fait l’objet.

Il renouvela son argumentation en 1766 dans « L’Etoile flamboyante ou la société des Francs-maçons considérée sous tous ses aspects ». Il y commente les différents griefs reprochés à l’Ordre et conclut qu’il était nécessaire que l’on juge les Francs-maçons sur ce qu’ils étaient vraiment et non sur des chimères ou sur l’accessoire.

 

O ... et celle de Joseph de Maistre

Le catholique ultramontaniste Joseph de Maistre, fort peu suspect aux yeux de Rome, dans le « Mémoire au duc de Brunswick », déjà cité, s’efforça de répondre avec le recul du temps (elle fut écrite en 1782 à l’occasion du Convent de Wilhelmsbad) aux deux bulles.

Pour ce fidèle de Rome, la Maçonnerie authentique (ce qui pourrait laisser supposer que toute la Franc-maçonnerie ne le fût pas) était essentiellement chrétienne et au service du christianisme. La question du serment était certes délicate, c’est pourquoi il fallait que la Maçonnerie fût rectifiée en profondeur pour ne plus laisser planer de soupçon quant aux secrets couverts par ce serment.

 

O Le Convent de Wilhelmsbad (1782)

Précisément le Convent Général de Wilhelmsbad dans le but de jouer un rôle régulateur sur l’extraordinaire diversité de la Franc-maçonnerie de la fin du XVIIIe siècle souligna fortement non seulement la compatibilité entre la Franc-maçonnerie et la religion chrétienne mais surtout les fondements et origines chrétienne de la Franc-maçonnerie régulière, de Tradition. Il souligna la nécessité de « rectifier » les errements de la Franc-maçonnerie ou de « ce qui lui ressemble », et donne corps à tout ce qui est critiqué par les bulles papales.

Mais pour autant la Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle ne cessa guère de se doter d’origines autant mythologiques que fantaisistes, la vague de l’égyptomanie, du goût pour les « antiquités », et la dénaturation progressive mais brutales des caractéristiques de l’esprit des Lumières de sociabilité, de cosmopolitisme et d’universalité, aidant.

Cette tendance auto-destructrice contribua à alimenter la méfiance, la suspicion et les accusations de ses adversaires qui ne voyaient certes pas encore dans la Franc-maçonnerie, un foyer de satanisme ou de paganisme, voire une machine de guerre anti-chrétienne, comme ce sera le cas de la part de ses adversaires le plus irréfléchis au XIXe siècle, mais trouvaient là une justification inespérée de leur attaques contre une société qui risquait de contaminer l’orthodoxie de la foi.

Quoi qu’il en soit, la franc-maçonnerie continua l’accélération de son développement pendant tout le XVIIIe siècle.

 

La situation actuelle

Les relations entre l’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie peuvent se lire à la lumière de trois repères :

O L’article 2335 du Code de droit canonique de 1917

O Le dialogue instauré par Vatican II

O L’article 1374 du nouveau Code de droit canonique de 1983 et la déclaration du Cardinal Ratzinger qui l’accompagne.


L’article 2335 du Code de droit canonique de 1917

Dans ce Code, quatre articles (1240, 1399, 2335 et 2336) étaient consacrés à la Franc-maçonnerie. Tous ces articles qualifiaient la Franc-maçonnerie de secte et frappaient leurs membres de sanctions pénales.

L’article 1240 refusait la sépulture ecclésiastique aux Maçons, l’article 1399 interdisait les ouvrages qui défendaient la Maçonnerie en affirmant son utilité pour la société civile ou pour l’Église, l’article 2336 énumérait une série de sanctions contre mes clercs et religieux maçons et ordonnait qu’ils fussent dénoncés au Saint Office.

L’article 2335, le plus important pour les catholiques Francs-maçons laïques frappait d’excommunication réservée simplement au Saint Siège » ceux qui donnaient leur nom à la secte maçonnique ou à toute autre association du même genre qui conspiraient contre l’Eglise et les pouvoirs civils légitimes.

Par latæ sententiæ, il faut entendre une excommunication encourue ipso facto par la disposition du droit ; par réservée, il faut entendre que seul le Saint Siège peut lever l’excommunication à l’exclusion de toute autre hiérarchiquement égale ou subalterne à celui qui en est frappé.


Le dialogue de Vatican II

Depuis Vatican II, des efforts ont été entrepris par des ecclésiastiques de renom (le R. P. Michel Riquet, le R. P. Joseph Berteloot, le cardinal Kroll, le cardinal Seper, et d’autres) pour alléger la sévérité de l’article 2335 de 1917, et en tout premier lieu, lever l’application de l’excommunication promises aux francs-maçons catholiques.

Le dialogue commença à s’engager sur la base précisément de distinctions :

 

O Distinctions canoniques : Cette question renvoie à la position de l’Eglise.

Des arguments variés furent avancés. On fit valoir, contre le principe même de latæ sententiæ, que seules les associations maçonniques qui complotaient étaient à viser par cet article, et qu’il était injustifié qu’il s’appliquât aux autres.

En particulier, il était malvenu de taxer le Franc-maçonnerie régulière de complot contre l’Eglise et les pouvoirs civils, alors que précisément elle réunit des hommes de foi, et uniquement ceux-là, que l’histoire de l’origine de la Franc-maçonnerie anglaise prouve que c’est bien dans un but de paix entre les hommes que la première Grande Loge fut constituée, et qu’ainsi Franc-maçonnerie régulière anglo-saxonne et Eglise catholique avaient un ennemi commun « essentiellement anti-chrétien, le matérialisme athée. »

Mais ces tentatives de conciliation furent perçues davantage comme une manipulation pour faire se rapprocher la Franc-maçonnerie de l’Eglise qu’elles ne relevaient d’un rapprochement réciproque et équilibré. Mais cette entreprise reste perçue favorablement par la Franc-maçonnerie régulière.

 

O Distinctions doctrinales

Cette question renvoie à la position des différentes obédiences maçonniques.

Les positions du R. P. Riquet et les ouvrages d’Alec Mellor, avant qu’il rejoigne la Grande Loge Nationale Française, pour rapprocher l’Eglise et la Franc-maçonnerie avaient été interprétées par les obédience « irrégulières » comme une pression pour les faire renier les « idéaux de 1877 », à savoir « la liberté absolue de conscience, la laïcité, les idéaux républicains ». Cette argumentation curieusement alimente l’accusation, dont la vacuité a été maintes fois prouvée, du « complot maçonnique en faveur de la Révolution Française et de la république ».

Elle pose en effet la question de la doctrine maçonnique, ou au moins les questions sur la régularité et sur le relativisme.

Régularité : si les éléments fondamentaux de la régularité reposent sur la croyance en Dieu révélé dans la Bible, et ils sont tout à fait conciliables avec le credo chrétien. En effet si le Franc-maçon ne met ni en lui-même (pas de maïeutique rituelle lui promettant de parvenir par son ascèse à la révélation intérieure, sans le concours de Dieu), ni en l’Ordre maçonnique, l’espérance de l’illumination intérieure et de la réalisation de son salut, mais en Dieu seul, et pour les Maçons chrétiens, en Christ seul, il n’y a aucun motif d’incompatibilité avec son appartenance à l’Eglise. C’est d’ailleurs sur cette argumentation que le R. P. Riquet obtint de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi (SCDF) une interprétation stricte de l’article 2335.

Selon cette interprétation, l’excommunication ne peut être certes levée, mais elle ne s’applique plus latæ sententiæ mais seulement à ceux qui complotent (accord entre le Grand Maître de la GLNF, Vaneck et le pape Paul VI). Cet accord, qui mettaient à l’aise les Francs-maçons catholiques réguliers, mécontenta les Maçons « irréguliers », au point que le débat sur la régularité s’engagea en se complexifiant :

Régularité = Landmarks+GADLU (foi théiste et personnelle), mais quid des Maçons croyants mais appartenant à une obédience réputée irrégulière ?

Régularité = Reconnaissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre, sans autre forme de régularité que juridique, mais quid des Maçons qui, tout en appartenant à une obédience reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre, ne professent pas la foi chrétienne, ou qui s’en éloignent par la doctrine de leurs rites ?

Régularité = Transmission et filiation, mais dans ce dernier cas, la GLNF est issue du tronc irrégulier du GODF !

Cette complexité extrême conduisit la SCDF à refuser de statuer sur la question de savoir qui est régulier et qui ne l’est pas, en 1983, lors de la refonte du Code de droit canonique.

Relativisme : s’il est certain « qu’une partie de la Maçonnerie se situe dans un projet de réalisation spirituel théologiquement acceptable par l’Eglise, la Franc-maçonnerie chrétienne n’en est qu’une toute petite fraction [... ] et ne se trouve nullement en dehors de l’organisation fondamentale franc-maçonne. »

O Distinctions historiques :

Cette autre entrée dans le problème du rapprochement a été tentée par les acteurs persévérants, tels le R. P. Riquet et Alec Mellor. Elle consistait à examiner qui, du point de vue historique, est resté fidèle à la spiritualité chrétienne des origines, en examinant le cours de l’histoire des obédiences, et en y identifiant les accidents de l’histoire qui ont pu corrompre les origines chrétiennes de l’Ordre anglo-saxon, en le faisant dériver localement vers l’irrégularité, l’anticléricalisme et l’athéisme.

Mais il ne semble pas que cette entrée ait eu beaucoup d’écho auprès du Saint Siège.

L’article 1374 du nouveau Code de droit canonique

 

Dans ce nouveau Code, publié en janvier 1983, l’article 1374 la Franc-maçonnerie n’est plus citée au nombre des associations qui machine contre l’Eglise, et à ce titre justiciable « d’une juste peine ».

C’est donc à l’Ordinaire du lieu de décider si telle ou telle société maçonnique est dans ce cas, et cela seulement contre l’Eglise puisqu’il n’est plus question non plus de pouvoirs civils légitimes. On aura noté que l’appartenance à une association conspiratrice n’est plus punie d’excommunication latæ sententiæ, mais d’une juste peine à évaluer par l’Ordinaire.

On avait pu donc penser que les efforts déployés de part et d’autres par les ecclésiastiques et les Franc-maçons soucieux de pratiquer leur culte sans avoir à renoncer à leur appartenance à la Franc-maçonnerie avaient été couronnés de succès.

Mais dans sa déclaration du 26 novembre 1983, la SCDF, présidée par le cardinal Ratzinger, affirme interpréter cet article 1374 et le commente ainsi : « Les fidèles du Christ qui donnent leur nom aux associations maçonniques tombent dans un péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion. »

Le
statu quo post bellum

La situation est donc confuse. Pour certains Maçons catholiques, seule compte l’article 1374 car il est revêtu de l’autorité papale. Pour d’autres, la déclaration de la SCDF, bien que de hiérarchie inférieure à celle du saint Père, doit être prise en très sérieuse considération car elle ne peut avoir publiée sans son accord, compte tenu du sujet traité et de la proximité des dates de publication.

Les Francs-maçons catholiques se retrouvent ainsi dans une situation étrange où l’excommunication à leur encontre a certes été levée, mais sans que soient reconnues aux membres catholiques la liberté d’adhérer à la Franc-maçonnerie et aux autorités ecclésiastiques locales la faculté d se prononcer publiquement en faveur de l’appartenance de leurs ouailles à l’Ordre. Ceci n’exclut pas que ces autorités puissent, au cas par cas, autoriser tel ou tel fidèle, à s’inscrire dans une loge ou à y demeurer.

C’est bien cette imprécision qui a fait dire à de nombreux Maçons catholiques que les relations entre l’Eglise et la Franc-maçonnerie n’avaient cessé d’osciller entre espoir et désillusion.

 

Source : formation GLNF

Publié dans : Eglise catholique et FM
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