chevalerie

Mercredi 27 août 2014 3 27 /08 /Août /2014 10:20

Je m'applique jour et nuit à l'écoute, la réflexion et la méditation.

Je m'applique à maîtriser mes émotions envers mes proches comme envers mes ennemis.

Je m'applique à fuir les lieux nuisibles et les émotions négatives afin de développer en moi une conduite vertueuse.

Je m'applique à aimer mes frères et mes sœurs plus que moi-même, à ne voir que les qualités des autres, même de ceux qui ne voient que mes défauts.

Je m'applique à ne jamais nuire à autrui, même au péril de ma vie.

Je m'applique à engendrer l'esprit d'éveil afin de libérer l'infinité des êtres.

Je m'applique à échanger mon bonheur contre la souffrance d'autrui.

Je m'applique à me servir de la matière sans en devenir esclave.

Je m'applique à louer celui qui me révèle mes défauts.

Je m'applique, dans le dénuement, sujet à un mépris constant, en proie aux maladies, à garder le courage et des pensées positives.

Je m'applique même dans l'opulence, à considérer les biens à leur juste valeur et à ne pas négliger les autres.

Je m'applique à percevoir que, sous leur apparente beauté, les objets plaisants et attrayants n'ont pas plus de beauté qu'un arc-en-ciel.

Je m'applique de même à ne considérer les difficultés comme illusoires.

Je m'applique à pratiquer la générosité sans attendre de retour.

Je m'applique à pratiquer la discipline chevaleresque sans motivation mondaine.

Je m'applique à m'exercer à la patience.

Je m'applique à développer l'enthousiasme et la persévérance.

Je m'applique à m'exercer au calme mental et à pratiquer la concentration qui transcende les quatre états sans forme.

Je m'applique à éviter toute parole blessante et déplaisante.

Je m'applique à être conscient de mon état d'esprit du moment et à rechercher sans trêve la connaissance de moi-même.

Je m'applique à observer constamment mes défauts et à m'en défaire.
La perfection n'est pas de ce monde, mais le Chevalier s'engage à en faire sa quête, se servant de son courage comme monture et de sa volonté comme bouclier.

Par X - Publié dans : chevalerie
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Lundi 9 avril 2012 1 09 /04 /Avr /2012 15:27

En 1972, l'excellent Laurent Dailliez dénombrait dans le monde quarante-sept groupements néo-templiers ! Combien sont-ils aujourd'hui ? Sans doute bien davantage ! C'est dire combien l'Ordre du Temple garde une partie de son attrait, près de sept siècles après son anéantissement. Au vrai, l'imaginaire templier, mais aussi ce que l'on peut appeler - pourquoi pas ? - la spiritualité néo-templière, font désormais partie du paysage des courants spirituels marginaux et des nouveaux ordres de chevalerie. Chevalerie authentique ou pseudo-chevalerie, c'est à voir. Mais prévenons dès à présent que tous les ordres néo-templiers ne sont pas pour autant des ordres de pacotille, et quelques rares cas flagrants de dérive sectaire - dont le tristement célèbre Temple solaire - ne doivent pas occulter le fait que le cheminement spirituel que proposent certains - je ne dis pas tous, ni même la majorité d'entre-eux - n'est pas toujours inintéressant. Ce cheminement spirituel est-il pour autant fidèle à la spiritualité templière à la lettre, des XIIe, XIIIe ou XIVe siècles ? Là encore, il ne s'agit pas de porter un jugement de valeur, mais d'examiner ce que sont et ce que proposent ces organisations, en fonction de ce que nous savons aujourd'hui de l'histoire et de la spiritualité du Temple médiéval.

D'emblée, je ne range pas parmi les mouvements neo-templiers les deux ordres qui, aujourd'hui, sur le plan historique, voire canonique, peuvent prétendre à la succession directe de l'Ordre du Temple. Il s'agit d'abord, on le sait, de l'Ordre de Montesa, fondé en 1317 par le roi Jame II d'Aragon, confirmé cette année-là par le pape Jean XXII, en lien avec l'Ordre de Calatrava, pour servir de refuge aux templiers espagnols, après la dissolution du Temple. Ensuite, l'Ordre du Christ, constitué en 1318 par le roi Dinis, pour accueillir pour les mêmes raisons les templiers portugais. En dehors de ces deux ordres d'obédience catholique romaine - dont le second est d'ailleurs devenu séculier au XIXe siècle - , pendant des siècles, personne n'aurait songé à se placer de quelque façon dans la continuité du Temple disparu.

Tout change au siècle des Lumières. Depuis le XVIIIe siècle, en effet, forts nombreux ont été les hommes et les groupes à se réclamer de l'illustre descendance du Temple. Quoiqu'elle n'en provienne aucunement, la franc-maçonnerie moderne, qu'on dit spéculative pour la distinguer de la maçonnerie opérative des corporations de bâtisseurs, a ouvert la voie en revendiquant très tôt une filiation templière, d'abord un peu vaguement, puis très explicitement pour certains de ses rameaux. Alors que la première Grande Loge moderne apparaît à Londres en 1717, dès 1723, les fameuses Constitutions de pasteur James Anderson (1684-1739), charte instauratrice de la franc-maçonnerie spéculative, renvoient aux chevaliers du moyen âge, sans plus. En 1736, le célèbre Discours d'André Michel de Ramsay (1686-1743) marque une étape supplémentaire en rangeant parmi les ancêtres de l'ordre maçonnique les ordres chevaleresques de Terre Sainte. On y chercherait cependant en vain toute allusion explicite aux templiers.

Pourtant, moins de vingt ans plus tard, alors que se développent sur le continent les hauts grades maçonniques, la légende templière prend corps, dans la franc-maçonnerie certes, mais aussi dans la littérature anti-maçonnique ! Un pamphlet de 1752, publié à Bruxelles, dénonce ainsi la nouvelle société comme ennemie de la religion chrétienne, au même titre que…les templiers. Récapitulant en quelque sorte les griefs connus, tout en y associant quelques fantasmes anti-maçonniques modernes, ce texte condamne en effet tout ensemble templiers et francs-maçons, supposés descendre du Temple.

Entre 1750 et 1760, au moment où l'on commence à porter l'épée en loge, la franc-maçonnerie s'approprie, sinon définitivement, du moins durablement la légende templière multiforme. Que dit cette légende ? Que la franc-maçonnerie descend du Temple, soit en ligne directe, par Jacques de Molay en personne, ou certains de ses compagnons, soit de quelque autre manière indirecte, notamment par l'intermédiaire d'anciens templiers, réfugiés en Ecosse.

L'exemple le plus connu, et d'ailleurs le plus significatif, de la maçonnerie templière, est celui de la Stricte Observance du baron Karl von Hund (1722-1776), dont les activités " templières " sont attestées en Allemagne au plus tard en 1751. Mais l'origine de la filiation de Hund, pour dire le moins, n'est pas claire. Celui-ci prétend en effet qu'à Paris, en 1743, un chevalier l'admit dans la maçonnerie templière en lui confiant la charge de grand maître de la VIIe province de l'Ordre. Quel chevalier ? Selon Hund, Eques a Penna rubra, qu'il identifie au prétendant Charles-Edouard… qui n'était pas alors à Paris et, du reste, nia toute l'affaire, en 1777. Quoi qu'il en soit, Hund, en 1751, est bien le personnage central de l'Ordre éminent du Saint Temple de Jérusalem, qui, en 1753, apparaît officiellement sous l'appellation de Stricte Observante. Celle-ci se propose deux objectifs : réhabiliter la mémoire des templiers médiévaux, dont descendrait, via l'Ecosse, la franc-maçonnerie, et obtenir à son bénéfice la restitution des biens matériels du Temple. Le premier point peut paraître fort louable, mais le second allait naturellement poser problèmes !

Les activités de la Stricte Observance seront interrompues par la guerre de Sept Ans, à l'issue de laquelle, en septembre 1763, un certain Johnson se présente comme grand prieur de l'Ordre du Temple de Jérusalem, en provenance d'Ecosse, envoyé par le grand chapitre de Londres. C'est un imposteur. Méfiant, Hund réclame des preuves et finit par le démasquer, en présence des représentants d'une dizaine de chapitres, en 1764. Johnson s'enfuit ; il mourra en prison quelques temps après. La Stricte Observance peut reprendre son expansion dans la sérénité, ralliant sous sa bannière la plupart des loges allemandes. De là, elle se répand en France, à Strasbourg et Lyon, en 1773-1774, et en Italie, à Turin, en 1775. Mais le convent de Brunswick, cette année-là, marque la fin de Hund et le début du déclin de l'Ordre. Après la mort de Hund, en 1776, le duc Charles de Sudermanie, qui sera bientôt roi de Suède, lui succède à la grande maîtrise de la VIIe province. Mais, déjà, le convent de Lyon, en 1778, pose les bases nouvelles d'un Ordre qui attend sa réforme. Son principal artisan, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), métamorphose la branche française en un Ordre des chevaliers bienfaisants de Cité sainte. L'année suivante, à la suite d'un vœu exprimé par le convent de Lyon, l'Helvétie s'émancipe sous la forme d'un Grand Prieuré indépendant, qui maintiendra en Suisse le rite écossais rectifié alors même qu'il aura quasiment disparu de la surface du globe.

Au convent international de la Stricte Observance, à Wilhelmsbad, en 1782, qui marque la victoire de la réforme lyonnaise de 1778, des dignitaires de la franc-maçonnerie européenne s'interrogent mutuellement : la franc-maçonnerie descend-elle véritablement de l'Ordre du Temple ? Le très catholique Joseph de Maistre y répond : " […] qu'importe à l'univers la destruction de l'ordre des T[empliers] ? Le fanatisme les créa, l'avarice les abolit : voilà tout. […] Il paraît donc qu'on ne devrait pas être flatté de trouver l'origine de la Maçonnerie dans l'ordre des T[empliers] ". Du reste, Hund n'avait pas apporté le moindre commencement de preuves de ses prétentions. Et les supérieurs inconnus, appelés par celui-ci à la rescousse, ne s'étaient pas montrés.

En l'absence de documents et de témoignages probants, la majorité des frères décida donc qu'il serait sage, en effet, de renoncer à une abusive filiation templière : "Après plusieurs recherches curieuses sur l'histoire de l'ordre des Templiers, dont on dérive celui des maçons, qui ont été produites, examinées et comparées dans nos conférences, nous nous sommes convaincus qu'elles ne présentaient que des traditions et des probabilités sans titre authentique, qui puisse mériter toute notre confiance, et que nous n'étions pas autorisés suffisamment à nous dire les vrais et légitimes successeurs des T[empliers], que d'ailleurs la prudence voulait que nous quittions un nom qui ferait soupçonner le projet de vouloir restaurer un ordre proscrit par le concours de deux puissances, et que nous abandonnions une forme qui ne cadrerait plus aux mœurs et aux besoins du siècle" .

Sage décision ! Ainsi est né, sous l'influence de Jean-Baptiste Willermoz, l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte (CBCS), constituant l'Ordre intérieur du régime ou rite écossais rectifié (RER). En France, le RER ne survécut pas de beaucoup à la Révolution, mais après s'être maintenu en Suisse, au XIXe siècle, il sera réimplanté sur son sol natal, en 1910, et dans de nombreux pays depuis. Ce rite maçonnique offre la particularité - qui n'en était pas une au siècle des lumières, mais qui l'est devenue aujourd'hui - d'être réservé à des francs-maçons de confession chrétienne - sans être obligatoirement catholiques romains. On y cultive une spiritualité " templière " où la Cité sainte, à édifier et à défendre, n'est plus la ville terrestre de Jérusalem, mais la cité parfaite : la Jérusalem céleste décrite par l'Apocalypse de saint Jean, où il n'y a plus de temple, parce qu'elle est le Temple lui-même.

Pour mémoire, d'autres rites maçonniques, tel que le rite suédois, qui ne fut pas sans lien avec la Stricte Observance, se réclament aussi de l'Ordre du Temple. Dans le rite écossais ancien et accepté, le plus répandu des rites maçonniques, la légende du Temple se trouve en quelque sorte incorporée dans le 30e grade, dit "chevalier kadosh". En 1761, la version initiale de ce grade préconise de revenir à la pureté de la foi et de la morale du Temple, offertes comme un véritable modèle. Hélas, au XIXe siècle, de réformes en réformes, de nouvelles versions aberrantes feront du chevalier kadosh un grade de vengeance où le récipiendaire devra jurer de combattre la tiare et la couronne, réputées ennemies du Temple !

Au tout début du XIXe siècle, en France, la légende templière commence à se répandre en marge de la franc-maçonnerie, dans le cadre d'un Ordre d'Orient et de la loge parisienne des chevaliers de la Croix, dirigée par un certain Dr Ledru, qui prétend détenir la succession magistrale du dernier grand maître secret de l'Ordre du Temple, le duc Timoléon de Cossé-Brissac. Elu grand maître en 1804, Bernard Raymond Fabré-Palaprat (1775-1838), un ancien séminariste devenu médecin, propage véritablement ce nouvel Ordre du Temple, sous le patronage de l'empereur Napoléon 1er, ce qui lui vaut d'attirer quelques personnages de renom. Fabré-Palaprat revendique en ligne directe la succession de Jacques de Molay, et, pour attester son lignage, produit même une charte, portant la signature de tous les grands maîtres depuis le moyen âge... C'est un faux, qui sera vite reconnu et dénoncé comme tel. Il n'empêche que l'Ordre eut en France sa période faste, ses notables, son clergé.

Fabré-Palaprat, consacré grand maître par l'évêque constitutionnel Guillaume Mauviel, en 1812, a également associé son Ordre du Temple à une Eglise johannite des chrétiens primitifs, dont il s'est déclaré le 115e souverain pontife. Il fit même consacrer l'abbé François-Ferdinand Chatel comme primat co-adjucteur des Gaules, avant que celui-ci ne se sépare de l'Ordre pour se consacrer à l'Eglise catholique française, qu'il a fondée en 1831. L'Eglise johannite a publié cette année-là le Levitikon, une version tronquée de l'Evangile de Jean, présentée comme le "statut fondamental de la Sainte Eglise du Christ" et l'exposé des "principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens-catholiques primitifs".

Avant même la mort de Fabré-Palaprat, en 1838, l'Ordre s'est scindé en plusieurs branches, dont une qui se maintint sous la direction du duc de Choiseul. Il s'éteindra peu à peu, au point de disparaître presque complètement, avant de connaître un véritable réveil dans la seconde moitié du XXe siècle.

A la Belle époque, des occultistes de différents courants revendiquent à leur tour l'héritage du Temple : Joséphin Péladan (1859-1918) réussit le tour de force de défendre le catholicisme romain tout en se réclamant d'une tradition rosicrucienne et d'une tradition templière familiales, sur fond d'occultisme, d'art et de littérature. Son Ordre de la Rose-Croix du Temple et du Graal, né en 1890, reprend, certes, la devise du Temple "non nobis Domine, sed nominis tuo gliorae solae", mais il se fera surtout connaître à travers les extravagances littéraires de son grand maître et des Salons de la Rose-Croix où des artistes de renom viendront exposer leurs œuvres. Ici ou là, Péladan passe aussi pour avoir été grand maître, de 1892 à 1894 dit-on, de la lignée templière de Fabré-Palaprat. Je ne puis le garantir.

Cette succession, dont les Statuts des chevaliers de l'Ordre du Temple avait été publiés à Bruxelles, en 1840, sera conservée en Belgique, au sein d'un cercle d'occultisme : le groupe KVMRIS, branche du Groupe indépendant d'étude ésotériques, qui rassemblait des filiations occultistes diverses, notamment en provenance du Dr Gérard Encausse (1865-1916), le mage Papus. Le 13 novembre 1894, les templiers européens de la même obédience, à l'exception des frères anglais, s'étaient réunis à Bruxelles pour constituer un Secrétariat international de l'Ordre du Temple. Celui-ci sera un temps dirigé par un personnage singulier : Georges Le Clément de Saint-Marcq, qui, à l'instar de certains gnostiques licencieux des premiers siècles, ira jusqu'à interpréter l'eucharistie comme un acte de magie sexuelle et de spermatophagie enseigné par Jésus-Christ à ses disciples. On s'en doute, les "templiers" belges ont très diversement apprécié les délires de Le Clément de Saint-Marcq, dont la brochure sur l'Eucharistie, publiée confidentiellement en 1913, puis éditée en 1928 à Anvers, fit véritablement scandale.

En revanche, les thèses de Le Clément, ou des thèses similaires, ont été épousées en Allemagne où est né, en 1905-1906, l'Ordo templi orientis (OTO) de Carl Kellner (1850-1905) et Theodor Reuss (1855-1923) imaginé par le premier et réalisé par le second. Comme son nom l'indique, cet ordre-là se veut, certes, d'essence templière, mais c'est afin d'attribuer au Temple une doctrine étrange. Kellner avait voyagé en Orient, d'où il aurait ramené les enseignements d'une magie sexuelle - était-ce du tantrisme ? je n'en suis pas certain - que Theodor Reuss a propagée à son tour. Dans l'Allemagne puritaine des années 1900, une brochure de Reuss, intitulée Lingam-Yoni, fit scandale. Il est vrai que le personnage était assez trouble. Réfugié à Londres, il y établira le siège de l'OTO, qui a été associé à une branche de la franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm. Le secret de la franc-maçonnerie, selon Kellner et Reuss, est donc aussi celui du Temple, mais d'un Temple réputé possesseur d'une part des secrets du culte phallique comme fondement des principales traditions et des grandes religions, et d'autre part dépositaire de techniques de magie sexuelle. Les aveux extorqués par l'Inquisition à certains templiers ont alimenté ainsi la très fertile imagination de Kellner et de Reuss… Héritier initiatique de Reuss, le mage Aleister Crowley (1875-1947) reprendra à son compte la magie sexuelle de l'OTO, qui, après lui, se scindera en maintes branches rivales. Il ne s'agit là, bien entendu, que d'une magie prétendue templière.

D'un tout autre genre sera l'Ordre du Temple rénové (OTR), en sept grades, qu'un jeune occultiste français fonde, en 1908, avec d'autres jeunes gens et le concours de quelques esprits frappeurs. Son nom, alors, n'est pas connu en dehors du cercle où il s'active, dans l'entourage du mage Papus et de son Ordre martiniste. Il le deviendra quelques années plus tard, au point d'être considéré comme l'un des plus grands auteurs traditionnels du XXe siècle. Son nom, donc : René Guénon (1886-1951). D'autres occultistes de renom ont été associés à l'entreprises : Victor Blanchard, Marc Haven… Des procès-verbaux des séances spirites de l'Ordre nous sont parvenus. Jacques de Molay, Cagliostro, Frédéric le Grand, Adam Weishaupt (1748-1830, le fondateur des Illuminés de Bavière) s'y expriment par le truchement d'une table tournante. Leurs propos n'ont rien que de très banal et leur enseignement garde un air de famille avec celui des occultistes d'alors, et pour cause ! Mais l'aventure tourna court, l'Ordre viendra vite à se dissoudre, en 1911 au plus tard, et Guénon s'efforça de l'oublier. L'oubli, du reste, tourna à l'amnésie, et, en 1921, Guénon s'éleva avec véhémence contre Le théosophisme, avant de dénoncer deux ans plus tard, chez d'autres, l'Erreur spirite, qui avait aussi été la sienne quelques années plus tôt.

Passé ces erreurs de jeunesse, Guénon a toujours considéré l'Ordre du Temple comme celui des "gardiens de la terre sainte", c'est-à-dire non pas de la ville de Jérusalem ou de la Palestine, mais du "centre" dépositaire des connaissances sacrées. Quant à la succession du Temple, il écrit lui-même dans ses Aperçus sur l'initiation : "Après la destruction de l'Ordre du Temple, les initiés à l'ésotérisme chrétien se réorganisèrent, en accord avec les initiés à l'ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction ; mais cette réorganisation dut se faire d'une façon plus cachée, invisible en quelque sorte, et sans prendre son appui dans une institution connue extérieurement et qui, comme telle, aurait pu être détruite une fois encore. Les vrais Rose-Croix furent probablement les inspirateurs de cette réorganisation… ".

L'idée d'un lien entre Ordre du Temple et le mouvement rosicrucien, apparu en Allemagne au début du XVIIe siècle, n'est pas nouvelle. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle ait quelque fondement ! Car la Rose-Croix, quel que soit d'ailleurs le sens donné à cette appellation, ne descend pas plus du Temple que la franc-maçonnerie. Joséphin Péladan, nous l'avons vu tout à l'heure, fut certainement l'un des premiers, en 1890, à les rapprocher. Theodor Reuss s'en inspire. René Guénon les associe à son tour dans son œuvre. Beaucoup d'autres leur emboîteront le pas.

Le 19 janvier 1932, des templiers de la lignée de Fabré-Palaprat (Joseph Cleeremans, Gustave Jonckbloedt et Théodore Covias) fondent à Bruxelles l'Ordre souverain et militaire du Temple, dont l'enregistrement paraît au Moniteur belge, le 20 janvier 1933. La même année, Georges Le Roy, bailli de l'Ordre, décrit ainsi la direction de son organisation : "A l'heure actuelle, l'Ordre est dirigé par un Grand Maître, élu comme tous les dignitaires et ayant rang de prince souverain. Il est secondé par un Souverain-Conseil. L'Ordre possède, en divers pays, des chapitres ou associations nationales de Chevaliers, présidées par un grand-bailli, assisté d'un conseil et secondé par un grand-chancelier. En plus de ces chapitres, il existe des baillages et des commanderies." Voilà qui est bien possible. En revanche, il paraît difficile de croire que l'Ordre ait compté alors, comme il l'affirme, quelques 3500 membres dans le monde…

En 1933, l'Américain H. Spencer Lewis (1883-1939) reçoit des templiers belges un titre de bailli grand croix, transmissible à ses descendants. Rappelons qu'en 1915, Lewis avait fondé à New-York l'Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix (AMORC), qu'il ne cessera de présenter comme une résurgence de l'ancienne confrérie de la Rose-Croix, l'œuvre de sa vie. Des enseignements de son ordre sont consacrées à la chevalerie templière, et cette charte d'un genre classique autorise Lewis à conférer "le titre honoraire de chevalier du Temple à tous ceux qui se sont distingués par des services particuliers rendus à l'ordre rosicrucien en Amérique du Nord".

Au cœur de l'AMORC, Lewis constitua d'ailleurs un noyau chevaleresque, sous le nom de Militia crucifera evangelica (MCE), conçue "comme un groupe de défense", et "la véritable organisation secrète à l'intérieur de l'Ordre Rosicrucien", qui revendique, au moins spirituellement, l'héritage de Simon Studion. "Ne peuvent en être membres que ceux qui sont parfaitement formés aux principes fondamentaux des enseignements rosicruciens, ceux qui se sont engagés à consacrer leur vie entière aux idéaux rosicruciens et surtout ceux qui ont promis de soutenir la personne de l'Imperator dans chaque pays où existe la Militia". En juillet 1940, le premier conclave de la Militia, au siège mondial de l'AMORC, à San Jose, en Californie, eut pour objectif "d'adopter des moyens de défendre la chrétienté‚ et les concepts mystiques". Mais ce cercle resta surtout honorifique et, pour le coup, nous sommes très loin du Temple.

De Belgique viendront les lignées contemporaines de l'une des organisations néo-templières les plus connues. En 1934, un Conseil de régence de ce qu'il reste de l'Ordre de Fabré-Palaprat place à sa tête Emile Vandenberg - avec un intermède par un certain Théodore Covias, de 1935 à 1942 - qui, le 23 décembre 1942, transmet ses pouvoirs au Portugais Antonio Campello Pinto de Sousa Fontes. En 1945, celui-ci fonde l'Ordre souverain et militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ).

Si l'ancêtre directe de l'OSMTJ ne figure pas parmi les signataires de l'acte de constitution de la Fédération universelle des ordres et sociétés initiatiques (FUDOSI), fondée à Bruxelles, en 1934, plusieurs "templiers" y étaient pourtant forts actifs. En 1946, la FUDOSI, avait admis en son sein une Société d'études et de recherches templières, qui, sans doute, n'était pas étrangère à ce courant. Son grand prieur, dit sâr Grégorius, paraît avoir été un authentique prêtre catholique romain, le père André Barbelin (1891-1960), qui, pendant plus de vingt ans, a servi son Eglise, en Hollande, en Belgique et en France, sous la fausse identité d'"Augustin Cordonnier". Mais ceci est une autre étrange histoire !

En 1970, un convent international se réunit à Paris pour désigner le successeur de Sousa Fontes, mais alors que la majorité semble désigner son fils, Fernando, des hommes de main du Service d'Actions civiques (SAC) du mouvement gaulliste, où se mêlent services secrets et polices parallèles, truquent l'élection, afin de faire main basse sur l'organisation. Contre toute attente, c'est un certain Antoine Zdrojewski qui en prend les commande. L'OSMTJ explose. La branche d'Antoine Zdrojewki défraiera la chronique, en France, lors d'une affaire du SAC, entraînant la dissolution de ce dernier mouvement, en août 1973. Mais on reparlera encore de cette branche de l'OSMTJ et du SAC, en 1981, à la suite de l'assassinat de l'inspecteur Jacques Massié, à Auriol, près de Marseille, qui reste aujourd'hui encore une bien ténébreuse affaire.

Loin des polices parallèles et des activités mafieuses, les deux autres branches de l'OSMTJ se maintiendront, l'une essentiellement au Portugal, sous la direction de Sousa Fontès ; l'autre en Suisse, sous la forme d'un Grand Prieuré, dirigé par Alfred Zappelli. Ces deux branches se sont maintenues jusqu'à nos jours.

D'un tout autre genre encore est l'Ordre des frères aînés de la Rose-Croix (FARC), un cercle d'alchimistes qui associe le Temple et la Rose-Croix, et revendique la possession de nombreux documents, dont 115 parchemins munis de leur sceau, s'étalant de 1317 et nos jours. L'un de ces manuscrits de plus de mille deux cents pages, comprend plus de trente écritures différentes, et couvre une période qui va de 1503 et 1723. Las, si les documents en question existent bien (des photographies en ont été publiées), on doit regretter qu'ils n'aient pas encore fait l'objet de la moindre analyse.

Fort de cet impressionnant héritage, les FARC revendiquent une filiation multi-séculaire, et se donnent une liste impressionnante de dirigeants, qui passerait, elle aussi, par le Temple. Si l'on en croit Roger Caro, qui a révélé l'existence des FARC, l'origine même de cet ordre serait à rechercher dans les liens entre certains templiers et des alchimistes d'une école de Bagdad. Les FARC reprennent d'ailleurs en partie à leur compte la légende templière maçonnique : prévenus par un chapelain du manoir de la Buzardière, près du Mans, sept templiers français, dont certains détenaient des secrets alchimiques, auraient échappé à l'arrestation commanditée par Philippe le Bel. Gaston de la Pierre Phoebus, Guidon de Montanor, Gentilis de Foligno, Henri de Monfort, Louis de Grimoard, Pierre Yorick de Rivault et César Minvielle se seraient ainsi réfugiés vers Dinard, puis à Saint-Malo, d'où ils auraient rejoint l'Angleterre. Certains auraient été hébergés dans la commanderie de Londres, tandis que d'autres se seraient enfuis sur l'île de Mull, avant de retourner en France où, avec la bénédiction du pape Jean XII, ils auraient fondé les FARC, le 2 décembre 1316.

Au nom des FARC, Roger Caro nie pourtant que son ordre puisse être considéré de quelque façon comme le continuateur du Temple : "Les FARC ne sont pas les continuateurs des Templiers. Les Membres fondateurs étaient d'anciens miliciens dissous, ils possédaient l'enseignement occulte que se partageaient Sénéchaux et Grands-Prieurs, mais leur Règle et leur unique Mission (plusieurs fois séculaire) n'ont rien en commun avec l'Ordre du Temple". Les FARC se donnent ensuite une longue liste de dirigeants (qui portent le titre d'imperator), parmi lesquels on rencontre Guidon de Montanor (qui en aurait fixé le siège à la commanderie de Montfor-sur-Argens, en 1333), des chevaliers de Rhodes, saint Vincent de Paul, des alchimistes ou réputés tels comme Nicolas Flamel ou Robert Fludd, des personnages bien connus de l'histoire de l'occultisme : Bulwer Lytton, Eliphas Lévi, William Wynn Westacott, Rudolf Steiner et enfin Pierre Phoebus, alias Roger Caro (1911-1992) lui-même, radiesthésiste, thaumaturge et alchimiste, entré en fonction en 1969.

S'il paraît bien difficile d'accorder crédit à cette belle histoire d'un genre assez répandu, il faut souhaiter qu'un historien puisse un jour analyser objectivement les pièces produites par les FARC, qui semblent en tout cas dépositaires d'une vraie tradition alchimique, dite de la voie du cinabre. Roger Caro a d'ailleurs publié plusieurs ouvrages d'alchimie, ainsi que de remarquables planches de photographies en couleurs représentant certaines phases du Grand Œuvre alchimique. Du reste, depuis leur apparition dans les années 1960, les FARC sont restés assez discrets - en dehors des publications hors commerce de leur imperator qui a largement contribué à la littérature alchimique contemporaine - l'ordre étant limité à trente-trois membres.

Parallèlement aux FARC, Roger Caro a également fondé une petite église : l'Eglise universelle pour la Nouvelle Alliance (EUNA), au sein de laquelle les FARC se sont officiellement retirés, en 1972. En l'espèce, Roger Caro se réclament également du Temple, qui, en 1972, explique à un correspondant qu'il se plonge "dans les archives de notre vieille Eglise F.A.R.C., et j'ai pu, grâce aux documents primitifs que nous possédons mettre sur pieds non seulement tous les canons qui régissent l'ex-Eglise Templière mais les rituels touchant les offices et la célébration des sacrements." A la mort de Roger Caro, en 1992, les FARC ne semblaient pas être officiellement sortis de leur sommeil.

Selon une autre "tradition" templière encore, le château d'Arginy, situé en France, dans le Beaujolais, passe pour le berceau de l'Ordre du Temple médiéval, son grand quartier général occulte, le lieu de réunion de son chapitre secret. Or, si la partie la plus ancienne du château semble en effet dater du XIe siècle, ses liens avec le Temple sont sans le moindre fondement historique.

Mais il est vrai qu'Arginy reste le point de départ d'une des plus importantes résurgences templières modernes. En 1951, l'occultiste français Jacques Breyer (1922-1996) qui y vivra sept ans, y rencontre le comte de Rosemont, propriétaire du château, puis entreprend d'interpréter les graffitis du donjon, réputés templiers. A partir de 1952, il tente des invocations occultes, en compagnie de deux médiums exceptionnels : un journaliste, Marcel Veyre de Bagot, qui le rejoint au mois de mai, suivi par le spagyriste et astrologue bien connu Armand Barbault (1906-1974), dit Rumélius. A l'issue d'une opération particulière, conduite le 12 juin 1952, les trois occultistes sont convaincus d'entrer en contact avec l'égrégore de l'Ordre du Temple médiéval et ce sera pour eux le jour d'une "nouvelle ère du Temple".

Jacques Breyer tirera de cette retraite volontaire deux livres qui, selon lui, se rapportent directement aux connaissances du Temple : Dante alchimiste, en 1957, suivi d'Arcanes solaires ou les secrets du temple solaire, en 1959. Autour du trio initial, se constitue alors un cercle informel où se retrouvent des occultistes ou des francs-maçons : Maxime de Roquemaure, Jean Roux, Jean de Foucault, Victor Michon, Pierre de Ribaucourt, Vincent Planque, (fondateur en 1958 de la Grande Loge nationale française Opéra, devenue aujourd'hui Grande Loge traditionnelle et symbolique). A ce premier noyau, se joint, fin 1957, Jean Soucasse, puis Robert Chabrier et Georges Sourp. A partir de 1960 ou 1961, Breyer rassemble des collaborateurs dans le milieu maçonnique français, qui publient la revue La voix solaire. En 1964, le cercle initial se scinde en deux groupes : l'un restera fidèle aux travaux et à l'esprit de Breyer, qui, de son côté, poursuivra son œuvre littéraire dans l'indépendance ; l'autre s'assemble, le 24 juin 1966, en un conclave, qui procède à l'élection de Jean Soucasse, dit Jean, soi-disant vingt-troisième grand maître du Temple, qui devient en la circonstance l'Ordre souverain du temple solaire (OSTS).

En juin 1967, l'OSTS apparaît officiellement à Monaco, où il bénéficie même d'une reconnaissance de la Principauté. Pour la saint-Michel 1973, il se manifeste publiquement pour la première fois, au Mont Saint-Odile, en Alsace. Le 6 novembre de la même année, le grand maître Jean adresse depuis la commanderie de saint-Jean-le-Baptiste, à Villié-Morgon, un télégramme aux évêque de France réunis à Lourdes, dans lequel il réclame "fermement à l'épiscopat français, en un temps où l'Eglise désertée cherche en vain ses soutiens, l'ouverture d'une procédure de réhabilitation auprès de notre saint-père le pape". La supplique restera lettre morte. En 1974, il renouvelle son geste, en adressant depuis la commanderie de Saint-Michel-Archange, un nouveau télégramme au secrétaire général du synode des évêques assemblés à Rome : "Conscient, avec le saint-père, qu'en aucun cas l'Evangile ne peut être utilisé à des fins oppressives qu'elle qu'en soit la forme, l'Ordre souverain du Temple solaire réaffirme sa mission universaliste et convie l'Eglise catholique romaine à lever la mesure arbitraire de 1312 qui, en tout état de cause, fait obstacle a un véritable œcuménisme". Mais le synode restera sourd à ce nouvel appel des templiers français.

Un manifeste officiel de l'Ordre, publié en 1975, sous la signature de Peronnik (qui semble désigner Robert Chabrier) et le titre Pourquoi la résurgence de l'Ordre du temple ? témoigne de la très singulière doctrine de cet ordre, sans rapport avec la pensée de Jacques Breyer. On y découvre, en particulier le thème de Sirius, dont une des planètes, nommée Epolitas, est identifiée à Héliopolis, la Cité du soleil des hermétistes. On y apprend ensuite qu'Héliopolis est habitée "par une humanité qui a connu la Chute à une époque très reculée mais qui, rachetée par une Incarnation du Christ, est présentement considérablement plus évoluée que la nôtre, tant par l'exercice de l'amour du prochain que sur le plan technique". Le personnage biblique de Melchisédech et les fondateurs des pyramides d'Egypte ne seraient autres que des "héliopolitains". Plus inquiétant au regard de la fin tragique du Temple solaire, l'ouvrage annonce le retour des sages d'Héliopolis : "Lorsque les temps seront venus, en principe avant la fin du siècle présent, et s'il existe sur notre Terre un nombre suffisant (quoique faible) d'hommes dignes de prendre contact avec eux, les initiés d'Héliopolis reviendront, dans une discrétion totale, opérer une jonction avec leurs frères du Temple terrestre".

En 1978, après les décès successifs de Robert Chabrier (en février) et de Marcel Veyre de Bagot (en avril), des tensions apparaissent dans l'OSTS. Il en résulte une scission : une branche, dite de la Massenie, dirigée par Jean et Paul Soucasse, se métamorphosera en un Collège templier, ou Ordre du Temple cosmique, qui a publié la revue Helios. La branche "monégasque", dirigée par Jean-Louis Marsan, qui meurt en 1982, donnera elle-même naissance à l'Ordre du Temple universel. La branche espagnole de l'OSTS deviendra, en 1985, l'Orden Soberana del temple de Cristo (OSTC), qui semble bénéficier depuis 1992 d'une certaine reconnaissance du Gouvernement espagnol.

Après avoir fréquenté des cadres de la résurgence d'Arginy, le Français Raymond Bernard, grand maître de l'Ordre de la Rose-Croix AMORC pour les pays de langue française, fonde à son tour, le 26 octobre 1970, un nouvel ordre néo-templier. L'Ordre rénové du Temple (ORT) se base sur le récit mythique d'un Rendez-vous secret à Rome de Raymond Bernard. Selon ce récit allégorique, qui a été partiellement repris par d'autres cercles néo-templiers et qui s'inspire d'ailleurs partiellement lui-même de mythes antérieurs, la fondation de l'Ordre du Temple médiéval aurait été décidée dans un lieu secret, la crypta ferrata, près de Rome, puis, en 1087, les fondateurs de l'Ordre auraient reçu l'investiture secrète qui leur aurait permis d'en poser les bases, en 1096, à Constantinople, avant que l'Ordre ne voit officiellement le jour en 1118. Le Temple ne serait d'ailleurs que l'écorce extérieure de l'Ordre du Graal, expression lui-même d'une société encore plus intérieure : l'Ordre de Melchisedec.

Et voilà que l'histoire se répète. La décision de réveiller l'Ordre du Temple, et par conséquent de fonder l'Ordre rénové du Temple, aurait été prise par des maîtres cachés de la tradition, le 5 février 1962. Cette étape première d'une longue préparation aboutit, en 1968, à la rencontre de Raymond Bernard et d'un mystérieux Jean, descendant des rois de France, avec "le cardinal blanc", un dignitaire secret du Temple. Celui-ci lui transmet, dans la crypta ferrata, crypte secrète de l'abbaye uniate de San Nilo, en banlieue de Rome, l'adoubement et la mission de réveiller l'Ordre en communiquant à son tour cet adoubement, à Chartres. Là s'arrête le récit allégorique de Raymond Bernard, que beaucoup, malheureusement, ont pris au pied de la lettre.

Au moment où il publie son "aventure", en 1968, Raymond Bernard transmet donc l'adoubement "templier", soi-disant reçu près de Rome, à deux proches, Raymond Devaux et Julien Origas, dans la crypte de la cathédrale de Chartres. Deux ans plus tard, il fonde l'Ordre rénové du Temple, dont il sera jusqu'en 1972 le grand maître secret. Cet Ordre se développe d'abord dans le giron de l'AMORC, ce qui lui permet de compter en quelques mois près de mille cinq cents membres. D'autant que l'ORT adopte la forme d'enseignement par correspondance inaugurée par l'AMORC. Par suite de difficultés diverses, en 1972, Raymond Bernard choisit de se retirer de l'ORT et le confie à son bras droit, Julien Origas, un ancien de l'OSTS, qui poursuivra son développement. En 1988, après avoir cessé ses fonctions dans l'AMORC, Raymond Bernard fondera l'Ordre souverain du Temple initiatique (OSTI) dont il a transmis la grande maîtrise à Yves Jayet, en 1997.

D'anciens cadres de l'ORT ont fondé à leur tour d'autres ordres néo-rempliers : l'Ordre des veilleurs du Temple (OVDT), de Lucien Metche, en 1973 ; le Cercle des Templiers du Saint Graal (CTSG), en 1976, qui se transformera lui-même, en 1978, en une Fraternité pour la résurgence templière (FJRT), laquelle deviendra en 1984 l'Ordre des Chevaliers du Temple, du Christ et de Notre-Dame (OCTCND), aujourd'hui ramifié.

Mais le descendant le plus connu de l'ORT restera à jamais le tristement célèbre Temple solaire. A la mort de son grand maître, Julien Origas, en 1983, la direction de l'ORT revient à un médecin vivant en Suisse, du nom de Luc Jouret (1947-1994), désigné par le grand maître défunt. Cependant, une partie des cadres refusent de lui faire allégeance et reprennent rapidement en main l'ORT. Avec les membres restants, Jouret et son associé, Joseph - dit Jo - Di Membro (1924-1994) fondent alors, en 1984, l'Ordre international des chevaliers du Temple solaire, qui mutera, en 1990, en Ordre Tradition solaire ou Ordre du Temple solaire. Ce mouvement suivra, au fil des mois, une dérive sectaire - voire peut-être une dérive mafieuse - dont on sait qu'elle conduira à l'assassinat et au suicide de 53 personnes, adultes et enfants, en Suisse et au Québec, en octobre 1994. En décembre 1995, un deuxième acte du drame provoquera en France la mort de 16 autres personnes.

Le Temple et l'imaginaire templier restent d'actualité. Alors que le procès en appel du Temple solaire doit s'ouvrir à Grenoble en 2006, le fameux roman de Dan Brown, Da Vinci code, ne met-il pas en scène un Ordre mystérieux, dit du Prieuré de Sion, qui ne serait pas sans lien avec les templiers ? Le Prieuré de Sion, dont le roman de Dan Brown aura contribué à redorer le blason, revendique d'avoir fondé l'Ordre du Temple comme son bras militaire. Il affiche de surcroît une généalogie encore plus extravagante que bien des sociétés du même genre, qui commence avec Godefroy de Bouillon, qui l'aurait fondé à Jérusalem en 1099, puis passe par Nicolas Flamel, Léonard de Vinci, Isaac Newton, Claude Debussy, Sandro Botticelli, Victor Hugo, Charles Nodier, Jean Cocteau... La vocation de l'Ordre aurait été de protéger le secret de saint Graal, qui ne serait autre que celui du sang royal du Christ perpétué par ses descendants, issus d'une union avec Marie-Madeleine, lesquels seraient les Mérovingiens qui longtemps régnèrent sur la France. En réalité, le Prieuré ne remonte ni au moyen-âge, ni même au XVIIIe siècle comme le prétend un de ses dirigeants contemporains, mais au 7 mai 1956, date de sa fondation par Pierre Plantard (1920-2000), dit Plantard de Saint-Clair, personnage d'origine modeste qui se prétendait d'ascendance mérovingienne et briguait à ce titre le trône de France… Quant aux Dossiers secrets déposés à la Bibliothèque nationale, qui attribuent notamment pour grands maîtres au Prieuré de Sion Victor Hugo, Claude Debussy ou Jean Cocteau, se sont bien entendu des faux.

De toutes les lignées néo-templières, qui se sont développées depuis le XVIIIe siècle et dont nous n'avons fait que survoler l'histoire, aucune, on l'aura compris, ne descend historiquement de l'Ordre du Temple. Sur le plan des idées, les templiers du XIVe siècle seraient d'ailleurs sans doute bien surpris de constater à quelle "tradition" ont les rattache. Les délires et les fantasmes des inquisiteurs ont, certes, largement contribué à nourrir, depuis des siècles, l'imaginaire templier. Mais combien de conceptions et de mythes étranges s'y sont greffés depuis ! Au vrai, on trouve le plus souvent aujourd'hui dans les ordres "templiers" ce que leurs fondateurs respectifs ont cru être, parfois de bonne foi, des "traditions templières". Las, sous le regard de l'histoire, ces "traditions " sont le plus souvent fantaisistes, qui font que la plupart de ces ordres sont pseudo-templiers. D'aucuns mêmes y ont apporté ou trouvé la mort la plus atroce. Mais les escroqueries spirituelles et les caractéristiques sectaires de certains mouvements ne doivent pas faire oublier que, dans la plupart des cas, les ordre "templiers" contemporains, aussi peu "templiers" soient-ils, n'en sont pas moins parfaitement inoffensifs.

Quelques-uns, enfin, tel l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte du rite écossais rectifié, sortent du lot, en proposant une approche véritablement profonde du Temple et en engageant leurs membres dans une authentique démarche spirituelle. Depuis le XVIIIe siècle, ils témoignent, par delà la réalité historique, de la persistance d'un idéal moral, et même chevaleresque, sous la bannière du Temple.

 

Source : http://www.hermanubis.com.br

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Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 07:26

Chacun de nos trois degrés à son devoir prédominant. Pour vous Apprenti Maçon, votre devoir envers Dieu, pour vous Compagnon, votre devoir envers votre prochain, pour vous M\M\ votre devoir envers vous-même. Il ne peut pas y avoir d'inversion dans l'ordre de ces devoirs, car la Franc-Maçonnerie ne contredit ni la nature, ni la Révélation dans l'ordre de son enseignement. Dieu vient toujours en premier, car en lui nous vivons, évoluons et possédons notre être propre. Après vient notre prochain, parce que Dieu lui-même l'a ordonné dans les dix commandements écrits de sa propre main Divine. Nous-mêmes venons en dernier parce que sans notre devoir envers Dieu, nous n'aurions pas la force d'accomplir quoi que ce soit, et sans notre devoir envers notre prochain nous n'aurions pas la Règle d'Or qui nous montre ce que nous nous devons à nous-mêmes.

 

Votre qualité d'homme ne dépend pas de votre situation mais de votre caractère. L'établissement de même que la reconnaissance de votre vraie qualité d'homme est entre vos mains. Trop de gens pensent que la réputation suffit à l'assurer ; ne vous attendez pas à cela.

 

Cherchez la vraie nature de l'homme et ensuite rendez-la exemplaire. N'ayez pas deux personnalités, une pour vos Compagnons et une autre pour votre vie privée.

 

Soyez un homme de vérité, aussi bien chez vous qu'en dehors. Dédaignez de vous abaisser vous-même parce que la porte de la notoriété vous est fermée. Laissez même votre solitude tenir compagnie à l'homme de bien qui est en vous. Parlez le même langage aux hommes que celui que vous employez avec votre mère.

 

Regardez les femmes avec le même regard que vous voudriez que les hommes regardent vos sœurs. Ressentez le langage grossier comme une atteinte à votre bonne éducation. Demandez que l'on vous traite respectueusement, mais commencez par vous respecter vous-même. Il n'est rien de plus intolérable que de vous abaisser vous-même à un plus bas niveau moral. Elevez les autres jusqu'à vous, mais refusez de descendre, même une seule marche, vers eux.

 

Ne mesurez pas votre importance par vos titres ou votre argent, mais par la force de votre caractère et la rectitude de votre langage. Faites toujours comprendre aux autres que c'est un homme de bien qui est devant eux. Les enseignements de ce degré vous montrent qu'il est de votre devoir d'atteindre le plus haut niveau de vos possibilités. C'est votre devoir d'homme parmi les hommes, de fils, de mari ou de père, de citoyen de cette grande République, de M\M\, de glorieux aboutissements de toutes les créatures, car l'homme véritable est l'image humaine du Dieu des Maçons.

 

Mon F\, votre zèle pour l'institution de la Franc-Maçonnerie, les progrès que vous avez faits dans la connaissance du mystère, et votre obéissance à nos règles vous ont désigné comme un sujet digne de notre bonté et de notre estime. Vous êtes maintenant lié par le devoir, l'honneur et la gratitude et devrait demeurer fidèle à notre confiance, maintenir la dignité de votre caractère en toutes circonstances, et de renforcer, par le principe et l'exemple, l'obéissance à toutes les règles de notre Fraternité.

 

En tant que M\M\, vous êtes autorisé à corriger les erreurs et irrégularités de vos F\ moins bien informés, et de les protéger d'un manque de fidélité. Garder intacte et pure la réputation de la Fraternité doit être votre soin constant. Vous devez toujours inculquer la bienveillance universelle et, par votre propre conduite, donner le meilleur exemple à ceux moins bien informés que vous. Vous devez protéger les Anciens Landmarks de la Fraternité, confiés à vos soins ; ne jamais permettre qu'ils soient transgressés, et ne jamais autoriser une déviation des usages établis et des coutumes de la Fraternité.

 

Votre vertu, votre honneur et votre réputation sont les garants de la dignité de l'état qui est maintenant le vôtre. Donc, ne laissez aucun motif vous détourner de votre devoir, violer vos vœux ou manquer à votre parole, mais soyez sincère et fidèle, et imitez l'exemple de l'artiste célèbre que vous avez représenté ce soir.

 

Ainsi, vous vous rendrez digne de l'honneur que nous vous avons conféré et mériterez la confiance que nous avons mise en vous.

 

Par Thomas Dalet - Publié dans : chevalerie
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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 09:15

   Alors Tristan ressent une grande douleur, jamais il n'y en a eu et jamais il n'y en aura de plus grande. Il se tourne vers le mur et dit alors : « Que Dieu nous sauve, Yseult et moi ! Puisque vous ne voulez pas venir à moi, votre amour me tue. Je ne peux plus retenir ma vie. Je meurs pour vous, Yseult, ma belle amie. Vous n'avez pas pitié de ma souffrance mais vous éprouverez la douleur de ma mort. C'est pour moi, mon amie, un grand réconfort que de savoir que vous pleurerez ma mort ». Il dit trois fois « Amie Yseult », à la quatrième il rend l'esprit.
    Alors, dans toute la maison, les chevaliers et les compagnons se mettent à pleurer. Ils se lamentent tout haut car leur peine est grande. Les chevaliers et les sergents s'avancent et soulèvent le corps de Tristan hors de son lit, puis ils le couchent sur un drap de satin et le recouvrent d'un tissu de soie brodée.
    Le vent sur la mer s'est levé et il gonfle la voile : il fait venir le bateau à terre. Yseult a mis pied à terre et elle entend de grandes plaintes dans la rue, les cloches qui sonnent dans les églises et les chapelles. Elle demande des nouvelles aux gens : pourquoi sonne-t-on ainsi ? Pour qui donc sont toutes ces larmes ? Un vieillard lui répond : « Belle dame, que Dieu nous aide ! Nous subissons ici une immense douleur, si grande que personne n'en a jamais eu de telle. Le preux, le noble Tristan est mort : il était le réconfort de tous les habitants de ce royaume. Il était généreux envers ceux qui étaient dans le besoin. Il venait à l'aide de ceux qui souffraient. Il vient de mourir dans son lit d'une blessure qu'il avait reçue. Jamais une si grande calamité n'a frappé cette région ! »
    Dès qu'Yseult apprend la nouvelle, elle devient muette de douleur. Elle est si affligée de la mort de Tristan qu'elle erre à travers les rues, les vêtements en désordre, et elle passe devant tout le monde, jusqu'au palais. Les Bretons n'ont jamais vu de femme aussi belle qu'elle : on s'étonne à travers la ville, on se demande d'où elle vient et qui elle peut bien être.
    Yseut va droit vers le corps : elle se tourne vers l'Orient, elle prie humblement pour son ami. « Ami Tristan, quand je vous vois mort, il m'est impossible de trouver une bonne raison de vivre. Vous êtes mort de l'amour que vous me portiez, et moi je meurs, ami, de tendresse, puisque je n'ai pas pu venir à temps vous guérir de votre mal. Ami, ami, à cause de votre mort je ne trouverai jamais de réconfort en aucune chose. Je ne ressentirai jamais de joie, ni de gaieté, ni de plaisir à rien. Maudit soit cet orage, qui me fit tant rester en mer que je n'ai pas pu venir à vous ! Si j'étais arrivée à temps, je vous aurais rendu la vie, ami, et je vous aurais parlé doucement de l'amour qu'il y avait entre nous. J'aurais eu la douleur de raconter ma destinée, notre joie, nos réjouissances, la peine et la grande douleur que nous avons connues dans nos amours. Et je vous aurais rappelé tout cela, et je vous aurais pris dans mes bras, et je vous aurais embrassé. Si je n'ai pas pu vous secourir, mourons au moins ensemble ! Comme je n'ai pas pu venir à temps, et comme j'ignorais votre malheur, et comme je ne suis arrivée que pour vous trouver mort, c'est le même breuvage qui me réconfortera. Vous avez perdu la vie pour moi, j'agirai en véritable amie : je veux mourir pour vous de la même manière. »
    Elle le serre dans ses bras, elle s'étend près de lui et embrasse sa bouche et son visage. Elle le tient tout contre elle. Elle s'est étendue, son corps contre le sien, sa bouche contre la sienne. Elle rend l'âme en un instant et meurt ainsi à ses côtés, de la peine qu'elle éprouve pour son ami. Tristan est mort de son amour ; Yseult parce qu'elle n'a pas pu venir à temps. Tristan est mort de son amour ; la belle Yseult de sa tendresse pour lui.

 

source : http://french.chass.utoronto.ca/fre180/Mort.html

Par Thomas Dalet - Publié dans : chevalerie
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Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 16:57

TRISTAN

Le texte de Béroul n'accorde quasi pas de place à la vaillance héroïque de Tristan ( légende) Au contraire, c'est un personnage qui est contraint de subir la haine jalouse des barons et ses qualités de preux chevaliers lui sont une arme inefficace pour lutter contre la félonie, d'autant que jamais aucun de ces trois barons n'acceptera d'affronter Tristan en combat singulier.

C'est l'amant qui évolue tout au long du texte de Béroul, tous ses faits et gestes, toutes ses pensées sont gouvernés par sa passion pour Yseut.

C'est parce qu'il ne peut résister à l'attrait d'Yseut qu'il est pris en flagrant délit. Pour l'amour d'Yseut il mène une vie de hors la loi dans la forêt du Morrois. Il fait valoir son génie inventif ( il construit l'arc infaillible), ses qualités de chasseur et de dresseur ( il apprend à Husdent à chasser à la muette). Infatigable, il fait et défait chaque jour leur abri de feuillages.

Pour défendre la vie et lhonneur d'Yseut il se bat contre les lépreux, contre ses ennemis et au cours des tournois organisés la veille du jugement d'Yseut, Tristan retrouve un peu de sa gloire,  il suscite même l'admiration des chevaliers de la Table Ronde qui pensent qu'il s'agit du chevalier féérique "Le noir de Montagne".

Hors la loi, artisan, chasseur, Tristan est un personnage dépossédé de son prestige,de son équipement, de son rôle à la cour, de l'affection de son oncle, de sa propre identité. Sans cesse obligé de se cacher, dans une forêt, dans une cave, Tristan devient la figure emblématique de l'être déchu. La crainte d'être découvert et dénoncé est omniprésente.

Ce n'est que déguisé, en lépreux ou en chevalier inquiétant, c'est-à-dire sous l'apparence d'un autre lui-même, qu'il peut agir pour défendre son bon droit. Tristan est un personnage de l'ombre. Lui-même se renie lorsque cesse l'effet du philtre et amèrement il regrette le chevalier qu'il était et qu'il a trahi : " J'ai oublié la chevalerie, les usages de la cour et la vie des barons..." ( 68) .

Pour autant, Tristan n'est pas un anti-héros. Il réussit, à force de ruses et avec l'aide de Gouvernal et d'Yseut à triompher de ses ennemis . Les barons félons sont d'abord ridiculisés (lors du passage du Mal Pas) puis tués, il regagne la confiance et l'affection de son oncle, jamais il n'a failli à son engagement envers Yseut .

YSEUT

Yseut la blonde est un personnage qui occupe une place privilégiée et qui joue un rôle important dans le texte de Béroul ce qui est novateur dans la littérature du moyen-âge qui jusqu'alors n'accordait qu'une place dérisoire, voire nulle à la gente féminine. ( par exemple, dans la Chanson de Roland, la belle Aude, amoureuse de Roland, n'est citée qu'une seule fois)

La belle Yseut, expression récurrente pour la désigner, est une reine aimée de son époux, adulée par son peuple qui ne craint pas de s'opposer à la condamnation prononcée par leur roi, protégée par le roi Arthur et les chevaliers de la Table Ronde, adorée par Tristan. Hors les barons félons et le nain Frocin, c'est un personnage qui fait l'admiration de tous.

Le roi Arthur fait l'éloge de sa beauté, de sa noblesse et de sa bonté : "Pour l'amour de la noble dame aux cheveux blonds, qui ignore la méchanceté" ( 48), il est prêt à tout. Le roi Marc reconnaît en elle un être d'exception : " Ah reine noble et honorée, en quel pays naîtra une fille de roi de ta valeur ?" ( 39) ; le peuple "se réjoui[t] beaucoup de revoir Yseut et se me[t] en peine pour la servir". Rien n'est trop beau pour lui rendre hommage et l'ermite Ogrin achète à crédit "... brocards, vairs, gris et hermines [pour la] vêtir somptueusement" (80) Dinas "lui apporte un vêtement qui valait cent marcs d'argent, un riche drap de soie tissé d'or" ( 85)

C'est une maîtresse femme qui domine la situation. Habile et rusée, elle use du langage comme d'une arme redoutable . Dans la scène inaugurale, elle manie la rhétorique avec aisance et mène le jeu : le recours à un double langage suffit à convaincre le roi de son innocence. Quand elle manifeste le désir de se justifier, elle argumente avec une rigueur telle que Marc ne peut qu'obéir aux injonctions de son épouse. Le jour du jugement, elle réussit à se disculper sans mentir grâce à une mise en scène qu"elle a habilement orchestrée:

Elle choisit le lieu

Elle dicte à Tristan son rôle

Elle fait venir Arthur et ses chevaliers car elle sait qu'"ils se battront pour [elle] contre les calomnies" (92)

Elle prête serment avec une assuarance telle que personne ne songe à douter de sa loyauté.

Pour éviter toute équivoque, elle explique le sens de ses propos

Elle regrette d'avoir vécu comme une serve et d'avoir failli à ses devoirs de reine mais elle se disculpe en accusant, avec sévérité, Brangien et elle la rend responsable de tous ses maux.

Yseut la blode, Yseut la douce, Yseut la noble, incarne une femme qui use de tous ses pouvoirs pour dominer. En effet, outre ses dons de magicienne et de guérisseuse qui ne sont pas exploités dans le texte de Béroul, elle use de sa beauté, de sa réputation, de son art du discours pour vaincre tous les obstacles. Elle incarne une nouvelle image de la femme au moyen-âge, elle agit et ne subit pas, inventive et rusée, elle prend son destin en main : c'est une véritable héroïne.

MARC

Le roi Marc est un personnage ambigü, tantôt dans le camp des adjuvants, tantôt dans celui des opposants selon l'influence qu'il subit : on peut parler de la dualité du personnage.

Ainsi, condamne-t-il à mort le nain Frocin pour avoir dénoncé à tort Tristan et Yseut et peu de temps après, il suit à nouveau ses conseils. Finalement il le fera décapiter mais pour avoir trahi son secret. ( Le prénom Marc vient du celtique marc'h qui signifie cheval ( racine que l'on retrouve dans maréchal- ferrant : celui qui ferre les chevaux) et le roi aurait des oreilles de cheval suite à une malédiction du nain.) Incapable de discerner ce qui bon et mauvais pour lui, Il refuse les sages conseils du baron Dinas et se laisse guider par les barons félons. De même, lorsqu' Andret lui conseille de reprendre Tristan à sa cour, il "est sur le point d'y consentir" (83) mais les trois barons le lui déconseillent et il déclare : " Je suivrai ce conseil" (84). C'est contre son gré qu'il prend ces décisions et il se lamente d'avoir obéi aux barons.

Personnage influençable, il se fie aux apparences et se laisse duper.Convaincu d'avoir été trompé par le nain, il laisse les amants se voir en toute liberté : " Tristan ... aura la permission de rester dans ma chambre autant qu'il voudra" (27). De la suspicion il passe à la confiance totale : " Plus jamais, il ne croira les Cornouaillais" et " Jamais plus il ne suspectera [Tristan et Yseut] en dépit des médisants" ( 31). La suite du récit nous offre un démenti éloquent.

Personnage indécis, il ne sait jamais quelle décision il faut prendre (ce qui, pour un roi est un défaut capital), comme le précise Périnis au roi Arthur : " Le roi n'a pas une attitude très claire, il balance d''un côté ou de l'autre" ( 96)

Personnage pathétique, il souffre d'avoir éloignéTristan de sa cour et ne souhaite que vivre en paix dans son château entre sa femme et son neveu. Par ailleurs, le roi Marc ignore tout du philtre d'amour et de ce fait, il est victime des circonstances qui se sont retournées contre lui.

Roi impulsif, son pouvoir et son autorité sont contestés. par ses barons qui l'accusent de cautionner l'adultère en gardant Yseut sous son toit, par le peuple qui lui reproche d'avoir condamné au bûcherTristan et Yseut sans aucune forme de procès, par le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde qui estiment qu'il est le jouet des barons. Le jour du jugement d'Yseut, c'est davantage la présence d'Arthur et de ses chevaliers que la sienne qui garantit la probité d'Yseut .

LES OPPOSANTS

Le nain Frocin est un personnage maléfique. Magicien plus qu'astrologue, il fait le mal par plaisir : "Il frémit de joie" (36) en voyant Tristan et Yseut enlacés la nuit du piège. Allié et complice des trois barons, il met en place les stratagèmes pour faire surprendre les amants par le roi. C'est lui qui dicte au roi la conduite qu'il doit tenir pour pouvoir organiser son guet-apens. Presuadé de l'innocence des intentions de Tristan et d'Yseut, Marc l'accuse de mensonge et pense même que c'est pour le ridiculiser qu'il lui a conseillé de se cacher dans le grand pin : il souhaite sa mort : "si je peux m'emparer de lui, je le ferai mourir par le feu" (26). Enfin, il trahit la confiance du roi en dévoilant aux barons le secret des oreilles du roi : ce qui cause sa perte : le roi le fait décapiter.

Les trois barons félons, trio solidaire, ils ne sont individualisés que page 87. Ganelon, Denoalain, Godoïne, agissent toujours ensemble car en fait ils sont faibles et peu courageux. Béroul se plaît à nous rappeler leur lâcheté en ayant refusé de combattre le Morholt ou en refusant d'affronter Tristan en combat singulier. Il est d'ailleurs important de remarquer que lorsqu'ils sont séparés ils sont vulnérables : Ganelon est décapité par Gouvernal alors qu'il s'était aventuré seul dans la forêt du Morrois, Denoalain est tué par Tristan tandis qu'il chassait seul sur sur un sentier, la flèche de Tristan aura raison de Godoïne quand il épie le couple dans la chambre d'Yseut.

Ils éprouvent pour Tristan une haine sans limite et leur seul objectif est d'éloigner Tristan de la cour du roi Marc car ils le craignent : " Ils l'avaient pris en haine à cause de sa vaillance" (37) Aussi font-ils pression sur le roi pour qu'il se débarasse de son neveu, ils le harcèlent et comme le roi ne peut décider sans l'avis de ses barons, ils abusent de leur situation pour nuire à Tristan : ils conseillent au roi de ne plus l'accepter après sa fuite, ils insistent pour qu'ait lieu le procès d'Yseut. Fourbes, ils agissent sournoisement, dans l'ombre et laissent le nain Frocin agir. Ils font partie des losangiers ( flatteurs hypocrites) et feignent de laisser le roi en paix : " ... Nous qui faisons partie de vos fidèles, nous vous avons donné un conseil loyal. Puisque vous ne voulez pas le suivre, agissez selon votre guise. Désormais, nous nous tairons. Pardonnez-nous de vous avoir déplu" (88) et dés la page suivante Béroul leur fait dire qu"" ils chercheront des ennuis à leur seigneur, si l'affaire ne s'arrange pas" (89). Ils ont recours au chantage et menacent le roi de regagner leur château et de lui déclarer la guerre s'il refuse de chasser son neveu du royaume.

Personnages antipathiques, Béroul multiplie les malédictions contre eux. Tristan les ridiculise lors du passage du Mal Pas et le roi Marc se lasse enfin de leurs complots, les chasse de son château et malgré eux, il fait revenir Tristan pour le venger de ces félons. Enfin, les barons sont des perturbateurs, il sèment le désordre bien plus que Tristan : " Tristan est peut-être coupable mais il est dans l'anxiété. Vous ne vous souciez pas de ma tranquilité. Avec vous, je ne peux jamais être en paix..." (87)

Le forestier délateur est certes ennemi de Tristan et d'Yseut, mais il pourrait obtenir quelques circonstances atténuantes car il nous semble que c'est plus par cupidité que par intention de nuire qu'il dénonce la cachette des amants. On sait que le roi a "fait crier le ban contre Tristan" (52) et que "celui qui livrera [les amants] au roi ... recevra cent marcs de récompense" (51). Aussi nous semble-t-il que c'est l'appât du gain qui est à l'origine de la délation.

LES ADJUVANTS

Les personnages qui défendent Tristan et Yseut et ceux qui sont leurs complices, appartiennent à toutes les catégories sociales : le peuple, les serviteurs, l'église, la noblesse, la chevalerie, la royauté. Il s'agit pour Béroul de prouver que le couple des amants, même si d'aucuns les reconnaissent  coupables, engendre la sympathie et leurs souffrances suscitent une pitié sincère : l'oeuvre de Béroul peut être lue comme un plaidoyer en faveur des amants.

Les serviteurs dévoués:

Gouvernal, maître d'armes et écuyer de Tristan, il veille fidèlement sur son élève et il lui est entièrement dévoué. Confident de Tristan, il est discret mais efficace. Toujours présent quand il a besoin de lui, il est une aide précieuse et indispensable pour sa survie. Lorsque Tristan est condamné au bûcher, il se précipite à son secours non sans avoir pensé à prendre l'épée de Tristan. Il l'aide à sauver Yseut des mains des lépreux. Complice du couple, il est présent le jour du jugement et prépare armes et chevaux pour les tournois. Ami sincère,  il sait donner de bons conseils à Tristan qui, sous l'impulsion de la colère veut agir sans réfléchir " ne vous précipitez pas ! Dieu pourra vous donner une meilleure occasion de vous venger." ( 43) Il partage la vie des amants dans la forêt du Morrois, joue le rôle de cuisinier et tue le baron Ganelon qui s'était aventuré dans cette forêt. Au cours des tournois, il transperce de son épée le forestier délateur.  Ainsi participe-t-il activement. à la vengeance des amants.

Brangien est un personnage qui est moins présent et moins actif que ne l'est Gouvernal. De plus sa position à l'égard du couple est plus ambigüe. Confidente d'Yseut, elle se réjouit de l'issue heureuse de la scène du verger. C'est par amitié pour Yseut qu'elle a accepté de prendre sa place dans le lit du roi Marc le soir de leur mariage. Mais elle est aussi celle par qui le scandale est arrivé. En faisant boire par erreurà Tristan et à Yseut le philtre d'amour préparé par la reine d'Irlande pour sa fille et son futur époux, elle est une coupable innocente qu'Yseut ne manque pas d'accuser : " Voilà l'oeuvre de Brangien qui devait pourtant y prendre garde ! La malheureuse, comme elle m'a gardée... Ami Tristan, elle nous mit dans une triste situation celle qui nous fit boire à tous deux le breuvage d'amour ; il était impossible de nous tromper davantage." (69)

Périnis est le page d'Yseut et il joue un rôle plus important que celui de Brangien. Dans la deuxième partie de l'oeuvre, après le retour d'Yseut au château du roi, il est l'intermédiaire entre les amants. De plus, il est l'ambassadeur d'Yseut à la cour du roi Arthur : devant le roi et ses chevaliers, il tient un discours qui les émeut et tous sont prêts à prendre les armes pour sauver l'honneur de la reine de Cornouailles.

La noblesse

Le roi Arthur et ses chevaliers

Le roi Arthur est tout acquis à la cause d'Yseut, il éprouve pour elle une affection et une admiration sans borne. Avant même que Périnis ait délivré son message, il déclare : " Je lui accorde tout ce que tu demandes" , " je suis son fidèle serviteur".Le message d'Yseut est accueilli avec tant de joie que le roi adoube Périnis et deux autres jeunes gens. Non seulement il se rendra au jugement avec ses chevaliers mais aussi espère-t-il que les barons félons seront punis pour leur méchanceté. Courtois, il escorte Périnis et tous deux "se quittent à regret"

Les chevaliers de la Table Ronde, Gauvain, Girflet, Yvain, connaissent bien la haine des trois barons pour Yseut et sans aucune hésitation ils décident de prendre les armes pour les punir de leur perfidie. Par ailleurs, clairvoyants, ils ont bien compris que le roi Marc est faible et influençable.

Dinas, baron de la cour du roi Marc, "le preux chevalier" ; "le baron exemplaire"(85), franc, loyal, habitué à se comporter honorablement " (83), il est tout le contraire des barons félons : il incarne la noblesse dans sa droiture et sa probité. Il préfère renoncer aux avantages de la cour du roi Marc et se retirer dans son château plutôt que de cautionner par sa présence l'exécution de Tristan et d'Yseut. Ami fidèle de Tristan il accepte de venir à son secours sitôt qu'il y aura besoin et il promet de veiller sur Yseut quand Tristan est condamné à l'exil.

Le peuple

Le forestier Orri offre non seulement l'hospitalité à Tristan quand il est condamné à l'exil mais il prend le risque de le cacher. Sans son intervention, Yseut n'aurait pu informer Tristan de ce qui se passait au château et elle n'aurait pu mettre en place la supercherie du jugement.

Le peuple en foule intervient deux fois dans le texte de Béroul : au début, quand le couple adultère est condamné au bûcher, et lorsqu'Yseut réintègre le château après sa période d'exil dans la forêt du Morrois. Dans le premier cas, le peuple se révolte contre la décision arbitraire du roi. Même si Tristan et Yseut sont coupables, ils doivent être jugés avant d'être condamnés: " Sire, vous commetriez une horrible faute s'ils n'étaient pas jugés au préalable" (40).Par ailleurs, il admire Tristan qui est leur Héros : c'est lui qui les a libérés du Morholt : il est le sauveur de la Cornouailles. Aussi la condamnation de Tristan est-elle pour le peuple une injustice morale. Dans le deuxième cas, le peuple manifeste sa joie de retrouver sa reine. Béroul insiste sur le tumulte de la foule en liesse, sur le nombre, plus de 4000, et sur le soin apporté au décor de leurs maisons pour honorer la reine.

CONCLUSION

Nous pouvons constater que les adjuvants sont beaucoup plus nombreux que les opposants et en conclure que l'intention de Béroul est de soutenir les amants, d'autant que chacun des opposants connaît une mort violente. Ceux qui sont contre Tristan et Yseut sont les méchants et ils doivent être punis. A cet égard, l'attitude du roi Marc est révélatrice : même s'il accorde crédit à leurs propos, il fait tuer le nain,  il bannit les barons de sa cour et s'en remet à Tristan pour les supprimer : " A cause de leurs bavardages et de leurs mensonges, j'ai chassé mon neveu. Traiter avec eux ne m'intéresse plus. Bientôt Tristan reviendra et il me vengera de ces trois traîtres. Il les fera pendre." (90). Pouvons-nous dire pour autant que le roman de Béroul est immoral puisqu'il fait triompher l'adultère et la ruse ? Je ne pense pas. Il veut simplement faire triompher l'amour et émouvoir son public qui ne peut que prendre en pitié les amants pourchassés et empêchés de s'aimer. De plus, même si les barons disent vrai, ils n'agissent pas au nom de la morale mais au nom de leur intérêt personnel : ils ont peur que Tristan ne succède au roi Marc : c'est une haine jalouse qui les habite : le texte de Béroul peut être lu comme un réquisitoire contre la félonie.

 

source : Elisabeth Kennel

Par Thomas Dalet - Publié dans : chevalerie
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Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 14:51

Quel est le devoir en Loge d'un bon Maçon?


Cette question est souvent posée dans notre rituel, et si il existe des bons Maçons, n'exercent-ils leur devoir qu'en Loge?


Existe-t-il une règle Maçonnique copiée sur celle des Templiers?


Si oui, il serait souhaitable de bien connaître l'origine d'un rite que bon nombre de profanes assimilent aux Templiers.


Ce qui est certainement étrange, pour tous ceux qui frappent à la porte du Temple, c'est la pratique d'un rite dit "chevaleresque" et d'origine "écossaise".

D'où vient ce mystère et peut-on trouver un lien entre les moines soldats de l'Ordre du Temple et la Maçonnerie Ecossaise.


Car il s'agit bien d'un mystère pour celui qui porte l'épée en Loge et qui prête serment sur l'Evangile de Saint-Jean. Peut-on s'imaginer être des descendants d'un Ordre, dont ses actes guerriers ont marqué à tout jamais la Chrétienté.


Cette question appelle des réponses, même si elles sont supposées. Et si l'histoire y répond en partie, il serait bon d'en faire un inventaire afin de comprendre la complexité du Régime Ecossais Rectifié.

Bien sûr, ce travail n'est qu'approximatif et restera inachevé, cependant je vais essayer de remonter le temps et de découvrir la trame de ce que j'appellerai "le mystère du Temple".


Si les Templiers étaient connus à cause des Croisades en Terre Sainte, bon nombre de personnes pensent qu'ils ont disparu après leur arrestation.


Mais qu'en est-il exactement?


Officiellement baptisée "Ordre des Pauvres Chevaliers du Temple de Salomon" l'Organisation fut fondée en 1118 par HUGUES DE PAYNS pour escorter les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte. Pendant les 9 premières années, les chevaliers restèrent 9, puis l'Ordre s'ouvrit et ne tarda pas à devenir une force considérable au Moyen Orient et dans toute l'Europe.

HUGUES DE PAYNS entreprit alors un voyage en Europe pour solliciter des terres et de l'argent auprès des rois et des nobles. Il visita l'Angleterre en 1129 où il fonda le premier site Templier à Londres.

Comme tout moine, un Templier faisait vou de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et il était contraint au besoin de tirer l'épée contre les ennemis du Christ. L'image des Templiers devint inséparable des croisades organisées pour chasser les infidèles de Jérusalem et maintenir la ville sous domination Chrétienne.


C'est en 1128 que le Concile de TROYES déclara officiellement le Temple Ordre religieux et militaire. L'artisan principal de ce mouvement, BERNARD DE CLAIRVAUX, dirigeait l'Ordre Cistercien et il fut canonisé. Il rédigea la "Règle des Templiers", qui s'inspirait de celle des Cisterciens.

La richesse du Temple résulte en partie de sa Règle : tout nouveau membre devait céder ses biens à l'Ordre, qui s'enrichit parallèlement grâce aux donations massives de terres et d'argent de nombreux rois et de nobles. Ils devinrent les premiers banquiers internationaux, malgré le fait que leurs hommes de troupe étaient impécunieux.
Les Templiers étaient aussi célèbres pour leur vaillance au combat jusqu'à la témérité. Leur Règle leur interdisait de se rendre en combat si l'adversaire n'était pas au moins 3 fois plus nombreux. Ils constituaient des forces spéciales, un corps d'élite avec Dieu et l'argent dans leur camp. Malgré leurs efforts, la Terre Sainte tomba peu à peu aux mains des Sarrasins. En 1291, la ville d'ACRE, ultime territoire Chrétien était perdue à son tour.


Sans emplois, mais toujours riches et arrogants, les Templiers suscitaient un vif ressentiment car ils étaient exemptés de taxes et ne devaient allégeance qu'au Pape. En 1307, s'amorça leur déclin. Le Roi de France PHILIPPE LE BEL orchestra la destruction du Temple avec la complicité du Pape. Des ordres secrets furent transmis aux émissaires du Roi et le Vendredi 13 Octobre 1307 les Templiers, cernés de toutes parts, furent arrêtés, torturés et brûlés vifs, mais en fait peu d'entre eux furent exécutés.

Leur Grand Maître, JACQUES DE MOLAY, fut brûlé sur l'Ile de la Cité, à l'ombre de Notre-Dame de Paris, et sur les milliers d'autres, seuls ceux qui refusèrent de passer aux aveux, ou qui se rétractèrent, furent tués.


Malgré ce qu'on a pu leur faire avouer sous la torture, il semble quand même que les Templiers aient bel et bien été engagés dans des activités mystérieuses, voire occultes. Parmi ces confessions forcées, un certain FOULQUES DE TROYES aurait eu des déclarations énigmatiques, notamment en ce qui concerne Jésus et un grand secret (??).


Les Templiers vénéraient JEAN LE BAPTISTE, et l'Agneau de Dieu était un de leurs symboles essentiels, qui devint d'ailleurs l'un de leurs sceaux officiels, surtout dans le midi. On leur avait octroyé, au début de leur règne, une aile complète du Palais Royal de Jérusalem, qui aurait été construit sur les fondations du Temple de Salomon, dont les Templiers tiraient leur nom.

Certains disent que les Templiers espéraient trouver en Terre Sainte l'Arche d'Alliance et qu'ils auraient découvert des documents cachés provenant de la même source que les manuscrits de la Mer Morte.

Le Symbole Templier le plus connu était une croix rouge sur fond blanc, qu'ils portaient toujours sur eux, ils étaient considérés comme les chevaliers dévoués du Christ et les gardiens de l'idéal chrétien.


Les Commanderies qu'ils construisirent avaient la particularité d'être toutes à moins d'une journée de cheval les unes des autres, facilitant ainsi leurs communications.


L'aspect ésotérique de l'histoire du Temple est important et le Languedoc-Roussillon était la patrie de l'Ordre, en dehors de la Terre Sainte, comme les Cathares.


Certains documents prouvent qu'au plus fort de la Croisade Albigeoise, les Templiers hébergeaient des Cathares en fuite, allant même jusqu'à leur prêter main forte contre les croisés. Les inquisiteurs en avaient connaissance puisqu'ils firent déterrer des Cathares en Terres Templières, ceux-là mêmes qui torturèrent les Templiers par la suite. Certains pensent que Templiers et Cathares partageaient une connaissance secrète aux implications explosives.


Beaucoup de Templiers eurent néanmoins la vie sauve lors de ce sinistre Vendredi 13 Octobre 1307, et ils furent même autorisés à reformer l'Ordre sous un nom différent, alors que tous leurs biens avaient été confisqués.


Deux pays offrirent asile aux chevaliers en fuite : l'ÉCOSSE et le PORTUGAL, et dans ce dernier, ils prirent le nom de "Chevaliers du Christ".


Pour les historiens et les exégètes, les Templiers existent toujours malgré plusieurs schismes, et ouvreraient désormais au sein de différentes organisations.


L'Ordre du Temple était en fait composé de 7 cercles "extérieurs", consacrés aux petits mystères, et de 3 cercles "intérieurs", correspondant à l'initiation aux grands mystères. Le "noyau", lui, rassemblait les 70 Templiers interrogés par CLEMENT V, après les arrestations de 1307. Ce qui fait dire que le Pape avait certainement infiltré le noyau dur et secret des Templiers, sinon la coordination des inquisiteurs n'aurait pas pu être possible.


Un groupe intérieur pouvait demeurer occulte parce que les Templiers formaient essentiellement une école de mystères, reposant sur l'initiation. La plupart des Chevaliers du Temple n'étaient que de simples soldats chrétiens, alors que le cercle intérieur favorisait l'étude active de sujets ésotériques et religieux. Ils cherchaient les secrets de l'univers et eurent accès à une sagesse traditionnelle fort ancienne.

Ce mode de fonctionnement protégeait les véritables dirigeants de l'Ordre, car les Templiers des cercles inférieurs ne connaissaient pas les secrets des cercles supérieurs, un peu comme en maçonnerie où le mystère est souvent savamment entretenu entre les différents niveaux de la hiérarchie.


Les Templiers pratiquaient aussi l'alchimie et la légende rapporte que leur fortune ou leur trésor serait issu du plomb transformé en or.


Ce qui est curieux, c'est cette vénération que les Templiers portaient à "MARIE-MADELEINE". Dans leur règle, ils devaient allégeance à Béthanie, le Château de MARIE et de MARTHE. L'absolution Templière disait ceci : "Je prie Dieu qu'il pardonne vos péchés, comme il les a pardonné à Sainte Marie-Madeleine et au larron sur la croix".


Autre particularité, durant son premier siècle d'existence, l'Ordre acceptait des femmes qui prêtaient serment, surtout dans le Languedoc, alors qu'une modification ultérieure de la Règle interdisait spécifiquement aux Templiers de les accepter dans leurs rangs, afin de respecter le code chevaleresque et le célibat imposé aux moines soldats.


Ce qui est le plus étonnant, c'est que les Templiers marchèrent vers l'abattoir comme des agneaux, lors de leur arrestation, sans demander de renforts à l'étranger et sans vraiment se défendre contre les inquisiteurs, ce qui n'était pas coutumier dans la pratique de leur règle.


Certains, comme le Trésorier de l'Ordre, glissèrent à travers les mailles du filet, comme s'ils avaient bénéficié de complicités. Même la célèbre flotte Templière disparut et ne fut pas mentionnée lors des confiscations infligées par le Roi de France. Sans doute existait-il un complot prévu par le Pape et certains Templiers, afin d'éviter les débordements de l'Ordre et le rendre clandestin. Il n'existe à ce jour aucune trace de ces éventuels accords secrets, sauf peut-être dans les archives du Vatican.

Les Templiers avaient des connaissances secrètes et employaient un Code connu sous le nom d'ATBASH, qui, appliqué au nom de la mystérieuse idole templière à tête coupée appelée "BAPHOMET", on obtient le terme grec "SOPHIA", qui signifie "sagesse", en hébreu on dit "HOKMAH". La Sophia a été présentée par les Juifs et les chrétiens comme la "compagne de DIEU", qu'elle influence et conseille.


La Sophia se situait au centre de la cosmologie gnostique. Dans le texte de NAG HAMMADI, découvert en 1947 en Egypte, intitulé "PISTIS SOPHIA", elle est intimement associée à Marie Madeleine. En tant que HOKMAH, elle est la clé de la compréhension gnostique de la KABBALE, système occulte influent à la base de la magie médiévale et renaissante. Chez les gnostiques, elle correspondait à la déesse grecque ATHENA et à l'égyptienne ISIS, parfois appelée SOPHIA. Ce qui fait dire que les Templiers croyaient fermement en un principe féminin.


Les églises bâties par les Templiers étaient le plus souvent circulaires, parce qu'ils croyaient que tel était le Temple de Salomon. Peut-être le symbole d'un univers rond, mais plus probablement celui de la féminité. Cercles et cycles sont toujours associés aux déesses et au principe féminin, tant en ésotérisme qu'en biologie.


Le cercle est un archétype universel, les tertres funéraires préhistoriques étaient déjà circulaires car ils représentaient le ventre de la Terre, permettant ainsi une renaissance en esprit. Les hommes faisaient le lien entre la rondeur du ventre d'une femme enceinte et la pleine lune, qui en vint à symboliser la "maternité" de la déesse. Quoi qu'il en soit, l'Eglise Romaine déclara officiellement hérétiques les églises circulaires.


Les Templiers furent aussi les principaux instigateurs de la construction des grandes cathédrales gothiques, en particulier celle de Chartres. On les trouve aussi à l'origine des Guildes de Bâtisseurs, notamment celles des maçons, et leur écriture codée correspondait à une connaissance ésotérique templière.


SAINT-BERNARD, Patron des Templiers, avait défini Dieu comme étant "longueur, largeur, hauteur et profondeur", et les Templiers étaient eux-mêmes de grands bâtisseurs et de grands architectes.

Le plan des Cathédrales était conçu pour prendre en compte les principes d'une géométrie sacrée, dont certaines proportions géométriques sont en résonance avec l'harmonie divine. Voilà qui éclaire la déclaration de PYTHAGORE : "tout est nombre" et conforte l'idée que les mathématiques sont le langage par lequel Dieu ou les Dieux s'adressent à l'homme. Cette architecture ésotérique utilisait "la proportion dorée", c'est-à-dire la proportion parfaite, étant en quelque sorte une forme de panacée. Il y avait donc un sens dans la forme et une harmonie dans la proportion.


Le légendaire Temple de Salomon était pour les Templiers, comme aujourd'hui pour les Maçons, le plus beau fleuron de la géométrie sacrée. Il provoquait une réaction qui transcendait les 5 sens. Il était en résonance unique avec l'harmonie céleste. Sa longueur et sa largeur, sa hauteur et sa profondeur reproduisaient les proportions idéales de l'univers, le nombre d'or. Le Temple de Salomon était, en d'autres termes, l'âme même de Dieu, burinée dans la pierre.


Les Templiers étaient des êtres pragmatiques, qui recherchaient toujours l'application pratique d'une connaissance ésotérique. D'après eux, Dieu avait véritablement enseigné l'application pratique de la géométrie sacrée par le biais de l'architecture. Ils gravaient ainsi des messages codés dans la pierre afin de rappeler les principes hermétiques des maçons et des chevaliers.


SALOMON, fils du ROI DAVID, le légendaire héros Juif, construisit donc un temple d'une beauté inégalée, en utilisant les matériaux les plus fins et les plus riches, par l'intermédiaire de HIRAM ABIFF. Du marbre, des pierres précieuses, des bois aromatiques et les tissus les plus délicats furent utilisés pour que DIEU lui-même se sente chez lui. En son cour se trouvait le Saint des Saints, la mystérieuse "ARCHE D'ALLIANCE", qui devait répandre de grandes bénédictions sur les "justes", mais aussi détruire les "pécheurs". Les Templiers ont peut-être vu là l'arme ultime, et sont-ils partis à sa recherche?


La décoration des Cathédrales nous fournit des indications sur l'idée que les Templiers se faisaient de "l'Arche". Les allusions bizarres de ces constructions gothiques nous renvoie à l'Alchimie, pratiquée par les  Templiers.


L'Alchimie nous viendrait des anciens égyptiens, via les arabes dont le mot dérive. Il englobait un ensemble d'activités et des modes de pensée : "magie, chimie, philosophie, hermétisme, géométrie sacrée et cosmologie".


Elle s'intéressait aussi à la recherche génétique et à des méthodes visant à ralentir le processus de vieillissement voire même à reproduire l'immortalité physique, sans doute est-ce là l'ancêtre de la chimie moderne et de la science actuelle.


Pour l'Eglise Romaine, tout Alchimiste était par définition hérétique, et cette pratique devint "l'Art noir".


L'Alchimie d'alors comptait plusieurs niveaux : "l'exotérique", qui consistait en un travail et une expérimentation sur les métaux, pour atteindre le Grand Ouvre en transmutant un métal vil en or. Et "l'ésotérique", où l'individu accède à l'illumination spirituelle et se trouve physiquement revitalisé grâce à un processus magique, qui l'amène au Grand Ouvre, acte d'initiation suprême.


Le symbole alchimique du Grand Ouvre est l'hermaphrodite, qui est littéralement la fusion du Dieu HERMES et de la Déesse APHRODITE. Certains imaginent que la réussite alchimique produirait une transformation si profonde, que celui qui y parviendrait risquerait de changer de sexe, ce qui est une pure légende médiévale.
Les cathédrales gothiques abritent nombre de curieux personnages, des démons aux hommes végétaux. Une sculpture de la cathédrale de Nantes représente une femme qui se regarde dans un miroir, l'arrière de sa tête étant le visage d'un vieillard. A Chartres, la pseudo Reine de SABA porte la barbe. On trouve ainsi des symboles alchimiques dans toutes les cathédrales associées aux Chevaliers du Temple.


Les Templiers connaissaient les propriétés de la terre et choisissaient un lieu en raison de la nature spécifique de son sol. Ils gravaient des symboles alchimiques dans ses pierres et laissaient des traces d'influences cathares et musulmanes. Ils fondèrent ainsi un hôpital pour Templiers en un lieu où le sol avait des propriétés curatives, et bien sûr on y trouvait des symboles alchimiques. En France, les anciennes propriétés templières sont d'ailleurs devenues des centres alchimiques majeurs.

Pour les Templiers, toute démarche alchimique débute par la quête du GRAAL, qui est l'allégorie du voyage spirituel du Héros vers sa propre transformation intérieure. L'expérience du GRAAL était exclusivement réservée aux plus grands initiés, dont l'objet, quel qu'il soit, était toujours gardé par des femmes. Aujourd'hui, le SAINT GRAAL désigne souvent un objectif illusoire et représente un symbole de perfection. Le GRAAL est un objet mystérieux, un trésor gardé dans une caverne, dit-on. Dans la légende, le GRAAL est une coupe dans laquelle JESUS aurait bu lors de la Cène. JOSEPH D'ARIMATHIE, un riche ami de JESUS, recueillit dans cette coupe le sang versé lors de la crucifixion, et qui se révéla posséder des propriétés miraculeuses.


La quête du SAINT GRAAL s'accompagne d'innombrables dangers tant physiques que spirituels. Dans toutes les versions de l'histoire, la coupe est à la fois objet concret et symbole d'éternité; le quêteur devant affronter toutes sortes d'ennemis et notamment des êtres surnaturels. Les plus anciennes versions de cette légende s'inspirent des mythes Celtes du ROI ARTHUR et de sa Cour. La première romance du GRAAL est une oeuvre inachevée de CHRETIEN DE TROYES datant de 1190, dont la ville qui porte son nom était le siège de la première commanderie templière et un centre kabbalistique connu.


Les Templiers vouaient aussi un culte à JEAN BAPTISTE. Dans la version de CHRETIEN DE TROYES, le Héros se nommait PEREDUR et le GRAAL était un plateau ou un plat sur lequel se trouvait une tête coupée. Rappelons que JEAN BAPTISTE fut décapité par HERODE ANTIPAS , celui-là même à qui il reprochait d'avoir épousé l'ex-femme de son demi-frère. Pour certains Juifs de cette époque, JEAN BAPTISTE était considéré comme le vrai messie et JESUS son disciple. Le moment critique de cette version, donc, est le moment où le Héros ne pose pas la question qui s'impose, ce péché d'omission le mettant alors en danger extrême.


Une autre version datant de 1205 laisse apparaître un Chevalier nommé GAWAIN, qui cherche l'épée qui a tranché la tête de JEAN BAPTISTE, et qui, par magie, saigne tous les jours à midi. Dans PERLESVAUS, écrit par un moine de l'abbaye de GLASTONBURY, les servants d'élite du GRAAL portent des vêtements blancs marqués d'une croix rouge, comme les Templiers.


Dans PARZIVAL, datant de 1220, le Château du GRAAL est un lieu secret gardé par les Templiers qualifiés d'hommes baptisés. Pour les gardiens du SAINT GRAAL, qui était le sang royal, le grand secret renvoie à une filiation sacrée liée à JESUS et MARIE MADELEINE. Ce Château aurait été identifié comme étant celui de MONTSEGUR, alliant ainsi Templiers et Cathares, gardiens d'un trésor inestimable. Le GRAAL étant ici symbolisé par une pierre, aussi appelée "pierre de mort" ou "pierre philosophale".

Les templiers sont donc à l'origine de nombreuses légendes et d'un symbolisme chrétien très poussé. Ils étaient censés posséder un reliquaire d'argent en forme de crâne de femme du nom de "CAPUT" qui veut dire "tête". Ils auraient aussi possédé l'index droit de JEAN BAPTISTE, souvent représenté avec l'index droit levé rituellement et peint par LEONARD DE VINCI.


Il faut rappeler qu'un mythe tenace fait état d'une relique détenue par les Templiers, contenant la tête du BAPTISTE, qu'ils auraient exhumé du Temple d'HERODE à Jérusalem. Les Templiers seraient ainsi liés à la décapitation et au fléau, 2 éléments majeurs du cycle du GRAAL.


Une autre tradition, semble-t-il plausible, indique que les romances du GRAAL furent inspirées par une "Eglise cachée" liée aux Templiers. La tradition JOHANNITE fait état d'une école mystique chrétienne fondée par JEAN L'EVANGELISTE et reposant sur des enseignements secrets transmis par JESUS. Cette connaissance ésotérique ne transparaissant pas dans les enseignements de l'Eglise de PIERRE.


Cette connaissance secrète basée sur l'Alchimie et la sexualité sacrée, incarnée par MARIE MADELEINE, connue aussi par les Cathares, a-t-elle été enfouie dans l'oubli? Toute survivance templière implique la transmission de grands secrets à travers une tradition occulte toujours active. Des secrets concernant le savoir scientifique des anciens alchimistes et des traditions ésotériques orientales, qui seraient toujours disponibles aujourd'hui.


Le mouvement Templier ne s'est pas éteint et certains Chevaliers ont réussi à fuir, notamment en Grand Bretagne. En Angleterre, par exemple, EDOUARD II refusa de croire les Templiers coupables des crimes dont on les accusait, s'engageant même dans un débat fiévreux avec le Pape et s'opposant à l'emploi de la torture.


En Allemagne, HUGO DE GUMBACH, Maître Templier, fit une entrée spectaculaire au Concile ouvert par l'Archevêque de Metz. Revêtu de son armure et accompagné de 20 Chevaliers triés sur le volet, il déclara que le Pape était un suppôt de Satan et qu'il devait être déposé. Il déclara que ses hommes étaient prêts à se soumettre à la justice divine en combattant l'ensemble des participants au Concile. Les charges furent abandonnées et les Chevaliers allèrent clamer partout leur innocence.


En Aragon et en Castille, les Archevêques qui présidaient le procès des Templiers, les ont déclaré innocents en 1312, malgré les ordres du Pape quant à la dissolution de l'Ordre. En France, peu d'entre eux furent exécutés et la plupart furent libérés après avoir abjuré. Ils reformèrent l'Ordre dans d'autres pays et certains rejoignirent les Ordres existants, comme les "Chevaliers Teutoniques". La plupart de leurs terres furent distribuées à leurs rivaux les "Chevaliers Hospitaliers". En Ecosse et en Angleterre, les propriétés templières restèrent aux mains des mêmes familles jusqu'en 1650.

La Franc-maçonnerie s'est ainsi développée en Ecosse sous l'influence de Templiers isolés, avant de se répandre en Angleterre en 1603, après l'accession au trône du Roi Ecossais JACQUES IV. Les Templiers seraient ainsi à l'origine de la révolte des paysans en 1381 qui s'en prirent aux biens de l'Eglise et des Chevaliers Hospitaliers. Néanmoins, la Maçonnerie des débuts était une école de mystères avec des initiations solennelles s'inspirant de traditions occultes anciennes ; visant ainsi à provoquer une illumination transcendantale et à tisser des liens intimes entre les Frères.


JOHN ROBINSON affirme détenir des preuves de l'existence de loges maçonniques dès les années 1380, un traité alchimique datant de 1450 utilise le terme "Franc-maçon", les premières références connues datant de 1614. Lors de la création de la ROYAL SOCIETY en Angleterre, il est fait état d'un "Collège invisible" original des Franc-maçon, formé en 1645.


L'actuelle Maçonnerie est apparue le 24 Juin 1717, jour de la Saint-Jean Baptiste, et constituée par la Grande Loge.


Il est avéré que la Maçonnerie était déjà une véritable société secrète avant sa fondation officielle. Certains prétendent descendre des guildes médiévales anglaises de tailleurs de pierres, qui utilisaient des gestes et des signes de reconnaissance secrets, ainsi que la géométrie sacrée.


Ces tailleurs de pierres auraient hérité leur connaissance secrète des bâtisseurs du Temple de Salomon.

Par contre les Templiers écossais actuels affirment descendre des Chevaliers fugitifs, qui avaient hérité de la flotte templière. Ils se battirent contre les anglais à la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, jour de la Saint-Jean Baptiste ; un contingent de Chevaliers du Temple assurant la victoire à la 11ème heure. Certains édifices portent les traces de cette tradition templière et maçonnique comme la chapelle de ROSSLYN à côté d'Edimbourg, qui fut bâtie entre 1450 et 1480.

Cependant en 1329, l'ombre de l'autorité Papale plana une nouvelle fois sur les Templiers lorsqu'il fut question de lever une croisade contre l'Ecosse. Les Templiers écossais jugèrent alors plus prudents de rentrer dans la clandestinité comme leurs Frères européens. Ce serait là une origine de la Franc-Maçonnerie.


Un écossais, ANDREW MICHAEL RAMSAY, Chevalier de l'Ordre de Saint-Lazare, fit un discours mémorable en 1737 à Paris, lors d'une réunion maçonnique où il fit la première allusion officielle au fait que les Francs-maçons descendraient des Templiers. Peut-être est-ce la raison de l'excommunication de l'ensemble de la Fraternité Maçonnique par le Pape l'année suivante.


L'inquisition n'hésitât pas à arrêter et torturer des Francs-maçons suite à la publication de cette bulle papale.

Par la suite, un certain Baron VON HUND affirma avoir été initié dans un Ordre Maçonnique du Temple à Paris en 1743, il ouvrit des Loges fondées sur une tradition qu'il nomma « STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE », plus connue en Allemagne sous le nom de « CONFRERIE DE JEAN BAPTISTE ». L'histoire précisait que lors de la condamnation du Temple, certains chevaliers s'étaient enfuis en Ecosse et avaient poursuivi l'idéal Templier tout en élisant régulièrement leurs Grands Maîtres. Le Baron VON HUND disait détenir une liste recensant tous les Grands Maîtres successeurs de JACQUES DE MOLAY dans la clandestinité, ce que les historiens n'ont jamais pu découvrir. Il se disait aussi détenteur de la patente Templière héritée des descendants de ces Grands Maîtres Templiers.


En fait la « STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE » était essentiellement un réseau alchimique de pure tradition templière. La Franc-maçonnerie Templariste se trouva alors établie des 2 côtés de l'Atlantique, ce qui influença certainement la pratique du RITE ECOSSAIS, dont le RITE ECOSSAIS RECTIFIE et le RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE sont particulièrement actifs en France. Certains ont même suggéré que les Templiers s'étaient cachés dans les hauts grades de la Maçonnerie, ce qui est difficile à vérifier quand on connaît l'hermétisme des Rites Ecossais.

Les Maçons Français, par contre véhiculaient une curieuse légende relative à « MAITRE JACQUES », personnage mythique et Saint Patron des guildes de tailleurs de pierres Français au Moyen Age. Il aurait été l'un des Maîtres Maçons qui ouvrèrent à la construction du Temple de Salomon. Après la mort d'HIRAM ABIFF, il quitta la Palestine avec 13 Compagnons et fit voile vers MARSEILLE. Les partisans de son pire ennemi, le Maître Maçon « FRERE SOUBISE », ayant décidé de le tuer, il se retira dans la caverne de la SAINTE BAUME, celle-là même qui aurait abrité MARIE MADELEINE. En vain, il fut trahi et assassiné. Aujourd'hui encore, bon nombre de Maçons vont en pèlerinage sur le site le 22 Juillet, jour de la Sainte Marie Madeleine, ainsi que certains Compagnons du Devoir, que l'on peut considérer comme des Maçons opératifs de l'ancienne tradition.

Un autre candidat au titre d'héritier de la connaissance ésotérique des Templiers est le mouvement de la « ROSE-CROIX ». L'hermétisme serait à l'origine de la renaissance et des Rose-Croix, alors que le gnosticisme donna naissance à l'hérésie Cathare. Tous 2 découlent des mêmes idées cosmologiques. Dans la hiérarchie des « mondes » et des « sphères », la matière occupe l'échelon le plus bas, le plus élevé revenant à Dieu. L'homme étant un être divin « emprisonné » dans une enveloppe matérielle, mais renfermant toujours une étincelle divine. Les hermétistes disaient souvent : « ne savez-vous pas que vous êtes des Dieux ? ». Les gnostiques expriment cette notion en termes religieux, ils prônent que « la réunion avec le Divin serait le salut ».


Le gnosticisme et l'hermétisme s'inspirent tous 2 des idées développées en Egypte, et plus particulièrement à Alexandrie aux 1er et 2ème siècles avant notre ère. Les Evangiles gnostiques découverts à NAG HAMMADI en 1947 comprennent des dialogues d'HERMES TRISMEGISTE. Il s'agirait d'une cinquantaine d'Evangiles rejetées par l'Eglise de PIERRE lors du Concile de NICEE devant ordonner le nouveau testament, et cachés en Egypte jusqu'à leur découverte.


La cosmologie de la PISTIS SOPHIA, l'Evangile gnostique qui attribue un rôle si important à MARIE MADELEINE, ne diffère guère de celle des mages de la renaissance. Les mêmes idées, la même culture, la même époque et le même lieu ont donné naissance à l'Alchimie, qui est née dans l'Egypte des premiers siècles de notre ère.


HERMES TRISMEGISTE aurait écrit : « quel miracle que l'Homme ! » cette exclamation sous-entend que l'Humanité renfermerait une étincelle divine. Contrairement aux Catholiques, les gnostiques et les hermétistes ne se considèrent pas comme des créatures inférieures et perdues, vouées au purgatoire, sinon à l'enfer. De la conscience de leur étincelle divine découlait le respect de soi et la confiance, l'ingrédient magique permettant à l'Homme de réaliser son potentiel, telle était la clé de la renaissance.

La naissance de l'hermétisme, quant à lui, était attribuée à HERMES TRISMEGISTE , auteur du légendaire « CORPUS HERMETICUM » et à sa table d'émeraude, sur laquelle étaient gravés des secrets profonds.


Les Rosicruciens par contre devaient leur nom à leur fondateur mythique « CHRISTIAN ROSENKREUZ », qui serait mort en 1484 à l'âge de 106 ans. Il aurait voyagé à travers l'Egypte et la Terre Sainte en quête d'une connaissance secrète qu'il aurait transmis à ses adeptes, ceux-là mêmes qui auraient joué un rôle important dans le développement de la Franc-Maçonnerie. Les 2 premiers Maçons Anglais connus : « ELIAS ASHMOLE » et l'alchimiste « ROBERT MORAY », auraient été liés au mouvement de la Rose-Croix. Ainsi donc, dans certaines formes de Maçonnerie, on vit apparaître les grades de « Chevalier du Temple » et de « Rose-croix ».


Les branches de la Franc-maçonnerie « occulte » remontant à la « Stricte Observance Templière » du Baron VON HUND, se développèrent surtout en France, et la clé en est fournie par le « RITE ECOSSAIS RECTIFIE », spécifiquement consacré aux études occultes dont certains insistent sur ses origines templières. Cette forme de Maçonnerie entretiendrait les liens les plus étroits avec les sociétés Rosicruciennes. Sa création remonte à 1778 lors d'un convent de Maçons Templaristes à Lyon.

En 1782, toutes les obédiences européennes se réunirent à Wilhelmsbad, dans la Hesse, sous la présidence du DUC DE BRUNSWICK, afin de régler la question de la relation maçonnique avec l'Ordre du Temple. Ce fut la fin de la Stricte Observance Templière du Baron VON HUND, mais les Templaristes firent reconnaître le RITE ECOSSAIS RECTIFIE, succédant ainsi au dernier rite templier.

Tous les Maçons se réfèrent au mystérieux « fils de la veuve ». Dans les rites égyptiens cette veuve n'est autre qu'ISIS. JACQUES-ETIENNE MARCONIS DE NEGRE fonda en 1838 le rite de MEMPHIS qui se prétendait descendre de la tradition templariste du Baron VON HUND.


Par contre, un peu avant, en 1804 BERNARD RAYMOND FABRE-PALAPRAT fonda « l 'ORDRE MILITAIRE DU TEMPLE DE JERUSALEM » et celui-ci prétendait détenir son autorité de la « Chartre de transmission de JOHANNES MARCUS LARMENIUS, nommé Grand Maître Templier par JACQUES DE MOLAY en 1324 ».FABRE-PALAPRAT a utilisé le « LEVITIKON » pour fonder son Eglise JOHANNITE néo-Templière, qui est une version de l'Evangile de JEAN aux accents nettement gnostiques remontant au 11° siècle.


Le « LEVITIKON » comprend 2 parties : la 1ère reprend les doctrines religieuses communicables aux initiés, que l'on retrouve dans le rituel des 9 grades de l'Ordre du Temple, et la 2ème est identique à l'Evangile de JEAN sans les 2 derniers chapitres.


Le « LEVITIKON » évoque une tradition du Moyen Orient utilisée par la secte JOHANNITE. JESUS y est présenté comme un initié aux mystères d'OSIRIS, il serait un simple mortel et non le fils de Dieu, mais le fils illégitime de MARIE. D'après cette secte le dogme de l'Immaculée Conception aurait été l'invention des Evangélistes pour occulter l'illégitimité de JESUS et le fait que sa mère ignorait l'identité de son père. Tous les chefs Johannites adoptèrent le titre de CHRIST, selon le terme grec original « CHRISTOS », qui pouvait désigner tout initié gnostique.


Rappelons que la légende d'OSIRIS, à laquelle fait allusion le LEVITIKON est une pure tradition égyptienne. OSIRIS était l'époux de sa soeur ISIS, la belle déesse de l'amour, de la guérison et de la magie. Leur frère SETH, qui désirait ISIS, complota pour assassiner OSIRIS. Ses complices surprirent ainsi OSIRIS, le démembrèrent et dispersèrent les morceaux de son corps. Désespérée, ISIS sillonna le monde pour les retrouver avec l'aide de NEPTHIS, elle aussi déesse et épouse de SETH. Toutes les 2 retrouvèrent les membres d'OSIRIS, à l'exception du phallus. Après les avoir rassemblé, ISIS utilisa un phallus artificiel pour concevoir HORUS, puis elle aurait eu ensuite une relation avec SETH, semblant ainsi obéir à un désir de vengeance.


HORUS, alors adolescent, prit ombrage de cette liaison, y voyant une trahison à la mémoire de son père OSIRIS. Il s'opposa alors en duel à SETH qu'il tua, mais y perdit un oil dans le combat. Il fut guéri et l'oil d'HORUS devint l'un des talismans magiques les plus appréciés en Egypte.


D'après FABRE-PALAPRAT, JESUS, initié au culte d'OSIRIS aurait transmis sa connaissance à JEAN « le bien-aimé » et ces enseignements secrets auraient influencé les Chevaliers du Temple.


HUGUES DE PAYNS et les Chevaliers fondateurs du Temple auraient donc été des initiés Johannites. Les Templiers se laissèrent ensuite corrompre par l'amour du pouvoir et de la richesse. Le Roi de France et le Pape ne pouvant tolérer que la vraie nature des Templiers soit connue, inventèrent-ils les accusations « d'idolâtrie, d'hérésie et d'immoralité ». Cependant, avant son exécution, JACQUES DE MOLAY aurait organisé et institué la Maçonnerie occulte selon ELIPHAS LEVI. Ce que contestent les partisans du « RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE », en prétendant que les Rosicruciens n'auraient pas adopté des doctrines templières, mais qu'ils se seraient fondus aux groupes templiers survivants en prenant JEAN L'EVANGELISTE comme Patron.


A l'origine, lorsque GODEFROY DE BOUILLON aurait rencontré des représentants d'une mystérieuse « EGLISE DE JEAN » appelés « les Frères d'ORMUZ », il aurait constitué un gouvernement secret auquel l'Ordre du Temple se conforma. Les Templiers auraient donc été créés pour épouser les idéaux de cette mystérieuse EGLISE DE JEAN.


Les Chevaliers du Temple et les Maçons ont adopté 2 traditions, celle de JEAN BAPTISTE et celle de JEAN L'EVANGELISTE. Les 2 « JEAN » comptent ainsi beaucoup pour la fraternité. Cette double vénération s'est établie au fil des ans, alors que cette allégeance à 2 Saints Chrétiens a complètement occulté le nom de JESUS. D'après la Maçonnerie Ecossaise, les initiés se sont transmis les secrets des premiers Templiers, et l'Evangile de JEAN, sur laquelle est prêté serment, renfermerait des secrets occultes.


Une légende plus récente nous renvoie à RENNES LE CHATEAU où l'ABBE SAUNIERE aurait fait une découverte liée aux secrets occultes des Templiers et des Cathares, ce que revendique un mystérieux Ordre : « LE PRIEURE DE SION », à l'origine semble-t-il de la création de l'Ordre du Temple et dont ses illustres Grands Maîtres auraient été ISAAC NEWTON, LEONARD DE VINCI ou encore ANDRE MALRAUX.


Cet Abbé aurait pratiqué le RITE ECOSSAIS RECTIFIE suivant une branche de la Maçonnerie occulte descendant des Templiers. Le Temple qu'il aurait d'ailleurs construit rassemble tous les symboles du Temple de Salomon ainsi que des rites écossais.


Le mystère du RITE ECOSSAIS RECTIFIE, hérité de la lignée des Templiers, renferme-t-il un enseignement secret lié à l'Evangile de JEAN, dont l'un est exotérique et l'autre ésotérique, réservé uniquement au cercle des initiés ?


La résurrection n'est semble-t-il pas un miracle, mais une épreuve initiatique au cours de laquelle le profane vit une mort et une renaissance symbolique avant de recevoir les enseignements secrets, composés avant tout de traditions orales et d'éveil à la spiritualité.


Les écoles de mystères remontent aux Grecs, aux Romains, aux Babyloniens et aux Egyptiens. En fait le Temple et les Maçons en ont repris le principe, en proposant un enseignement gradué pour ceux qui gravissent les échelons abrupts de l'initiation. La sagesse n'y étant accessible que d'après le mérite, un disciple ne reçoit l'illumination que si ses maîtres spirituels le jugent prêt.


JEAN LE BAPTISTE, prônait un acte initiatique unique, transcendant, avec lequel l'individu devait se confesser et se repentir. Le baptême, en tant que symbole extérieur et visible d'un renouveau spirituel intérieur, fait appel à la régénérescence du corps et de l'esprit. Ainsi, les 2 Saints JEAN font parti d'un cycle de mort et de renaissance.


Dans le prologue de l'Evangile de JEAN il est dit : « au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». Le concept de Verbe « LOGOS » semble féminin et le fait d'aller vers Dieu suggère la démarche d'un Homme cherchant l'unité avec la Femme. Ce principe peut être Alchimique si l'Homme conscient de son état, cherche son salut en retrouvant l'unité philosophique et primordiale. Ce que les Templiers pratiquaient d'une façon initiatique pour atteindre la connaissance, en passant par tous les stades intermédiaires.


Le Temple de Salomon fut bâti sur le modèle des temples phéniciens, lesquels se calquaient sur ceux de l'ancienne Egypte. Pour certains, les gravures sur l'Arche d'Alliance représenteraient YAHVE et une divinité féminine. « La Sagesse », en grec « SOPHIA » et en hébreu « CHOKMAH », est représentée par une femme, dont il est dit qu'elle coexista avec YAHVE avant le commencement. Cette allégorie de la Sagesse Divine influence l'Homme en quête de sa propre sagesse, telle qu'elle était au commencement.


Si le RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE vit le jour en 1804 à Charleston aux USA, MARTINES DE PASQUALLY fonda en 1761 l'ORDRE DES ELUS COHENS, d'origine Espagnole, il aurait été lié à l'ORDRE DES DOMINICAINS dont il aurait eu accès à ses archives. Il possédait une patente accordée à son père CHARLES EDWARD STUART, le rattachant à la Maçonnerie Ecossaise que soutenait le Baron VON HUND.


Son secrétaire, LOUIS CLAUDE DE SAINT-MARTIN, philosophe et occultiste, fonda un nouveau rite : « le RITE ECOSSAIS REFORME » affilié à la STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE, lors du Convent de Lyon en 1778, convoqué par JEAN BAPTISTE WILLERMOZ, Membre des ELUS COHENS. Ces Rites Ecossais s'unirent pour devenir le RITE ECOSSAIS RECTIFIE, dont les 3 premiers grades furent mis en place jusqu'en 1782 et jusqu'en 1805 pour la finition des derniers.


JOSEPH DE MAISTRE, un proche de WILLERMOZ, était un Chevalier de l'ORDRE DE SAINT-LAZARE de la branche Italienne. Ainsi le Chevalier RAMSAY était lui aussi un Chevalier de SAINT-LAZARE dont les rituels remonteraient à 1649. Il fut le précurseur de l'Ecossisme en France dans la première moitié du 18ème siècle. Il serait aussi à l'origine de la création d'un rite maçonnique chevaleresque vers 1728, qui aurait pris le nom de RITE DE BOUILLON, ce qui nous ramène au symbolisme du Saint-Sépulcre et de Saint-Lazare, ainsi qu'aux bases de la Chevalerie hiérosolomitaine des années 1097 à 1100.


Sur le plan ethnologique et sociologique, les racines des Chevaleries occidentales sont issues de la distribution des castes dans la mouvance indo-européenne aux alentours de 1500 ans avant J.C.
Au 8ème siècle, dans les rites Germains, des traces de rituels faisaient des jeunes mâles de la tribu des « Chevaliers », lorsqu'ils avaient prouvé leurs qualités de cavaliers et de combattants. Au 12ème siècle, plusieurs Ordres s'attribuent le concept de la « Chevalerie » : l'ORDRE SOUVERAIN DE MALTE, l'ORDRE DU SAINT-SEPULCRE ou l'ORDRE DE SAINT-LAZARE. Mais ce sont surtout les Templiers, dont leur filiation serait antérieure à leur création officielle, qui développèrent la Chevalerie religieuse.

La Chevalerie médiévale ne pouvait être que catholique, apostolique et romaine, et réservée qu'à des initiés. Mais d'autres Chevaleries se sont développées, comme celle du ROI ARTHUR au cours du 6ème siècle.


Au moyen âge, SAINT-BERNARD fut le promoteur des Chevaleries médiévales dont les adeptes auraient été surnommés « FILS DE LA VALLEE ». La milice du Temple adopta d'abord la règle de SAINT-AUGUSTIN lors de sa création en 1118. Puis en 1128, lors du Concile de Troyes, SAINT-BERNARD leur donna une règle définitive issue de la règle Cistercienne, et il bâtissait toujours ses monastères dans les vallées, contrairement à la règle de SAINT-BENOIT qui construisait en haut des collines. L'Ordre des moines soldats se développa jusqu'au 16ème siècle avec la mise en place de la Compagnie de Jésus de SAINT-IGNACE DE LOYOLA : « les JESUITES ».


Si les Chevaliers du Christ, appelés aussi Fils de la Vallée, à cause du mélange de la foi en l'idéal monastique et du code de la Chevalerie sur fond de structure féodale, n'avaient qu'un seul but : « que le Saint-Sépulcre soit Chrétien », ils devaient tout abandonner pour l'Ordre. Les bases de la Chevalerie occidentale sont avant tout axées sur la valeur et le dévouement, et un « Chevalier » était sélectionné surtout pour ce qu 'il était. Ce concept se retrouve d'ailleurs dans le RITE ECOSSAIS RECTIFIE.

Les qualités de la plus belle Chevalerie sont : le courage et la vaillance, mais aussi la foi profonde, le respect des valeurs ainsi que l'élévation spirituelle nécessaire à la relativisation des choses matérielles, comme le pouvoir, l'argent et les honneurs. L'exemple archétypal étant GODEFROY DE BOUILLON.

Néanmoins, on peut considérer que le RITE ECOSSAIS RECTIFIE est Chrétien, dans le sens le plus large et le plus élevé. Le Rite est Chevaleresque comme dans l'archétype de GODEFROY DE BOUILLON : aptitude à l'engagement, respect de l'Etat, respect de la hiérarchie, etc. Il est aussi Hospitalier, au travers de la notion de bienfaisance, car le Maçon doit s'impliquer, dans la mesure de ses moyens, pour soulager les malheurs des autres. Il est aussi marqué par l'illuminisme du 18ème siècle suivant l'héritage de MARTINEZ DE PASQUALLY. Le RER n'est pas tenu pour une vérité et sa profondeur appelle aussi l'humilité.


CONCLUSION :


L'Ordre du Temple était un Ordre militaire et féodal, il ne fut jamais un Ordre Hospitalier basé sur la bienfaisance et la charité Chrétienne dans son sens large et indéfini. Selon DANIEL LIGOU, auteur du « dictionnaire de la Franc-Maçonnerie », le Templarisme Maçonnique est donc une pure légende, et il convient de la considérer comme telle.


L'Ordre de SAINT-LAZARE fait référence à LAZARE : Seigneur de Béthanie, frère de MARTHE et de MADELEINE, qui employait ses biens à soulager les pauvres. Il exerçait l'hospitalité envers les Chrétiens et il trouva une terre de refuge en Provence, après la mort du Christ , en compagnie de ses deux sœurs et d'autres personnages légendaires. Cet Ordre était donc Hospitalier et la bienfaisance était l'axe fondamental de ses actions dans le monde.


Cet Ordre se rapproche du RER actuel, mais le symbolisme employé aux 3 premiers grades fait aussi référence aux symboles des Compagnons du Devoir ainsi qu'aux Guildes des constructeurs de Cathédrales.

On peut aussi considérer que le Maçons Ecossais devient un Chevalier dans l'Ordre intérieur, après avoir construit son propre Temple de Salomon, symbole de base de bon nombre de mouvements Chrétiens.

A la mort de WILLERMOZ, en 1824, le RER qui était surtout pratiqué au sein du GODF, fut mis en sommeil, mais néanmoins récupéré par le PRIEURE D'HELVETIE en Suisse. Lors de sa réactivation en France, en 1913 par CAMILLE SAVOIRE, EDOUARD DE RIBAUCOURT et BALTARD, le Rite avait reçu une impulsion nettement Templière qu'il n'avait pas auparavant.


Le GRAND PRIEURE INDEPENDANT DES GAULES, fondé en 1935 , fut donc à l'origine de la réinsertion du RER en France. Il s'incorpora ensuite à la GLNF, qui se scinda en deux en 1958, donnant naissance à la GLTS OPERA et à son Prieuré : « LE PRIEURE DE FRANCE ».


Aujourd'hui, le RER est surtout pratiqué au GO, à la GLNF et à la GLTS, mais il a le choix de ses options, compte tenu des différents Prieurés dont il dépend. La Maçonnerie Ecossaise a donc une spécificité nettement Hospitalière et Chevaleresque, influencée par différents courants liés à son histoire mouvementée, dont à l'origine se trouve l'ORDRE DU TEMPLE et la STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE, sans oublier les symboles des constructeurs de Cathédrales.

Ce passé riche est certainement à la base d'une tradition solide dont le rituel est l'aboutissement sacramentel. Peut-être devrait-il s'ouvrir à la modernité et s'impliquer davantage dans des tâches plus charitables et bienfaisantes. La devise des CBCS n'est-elle pas : « MELIORA PRAESUMO » ?

V\M\ et vous mes FF\, J’ai dit. 

 

Source ; L'édifice.net

Par Thomas Dalet - Publié dans : chevalerie
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Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 08:20

Considérée historiquement, la doctrine secrète des Templiers fut un Gnosticisme mahométan, dit un des derniers historiens de l’Ordre

 

Plus tard, le même auteur ayant examiné une question spéciale, celle de l’idole appelée Baffomet, prie le lecteur d’entrer dans un autre ordre d’idées. Il dit que les rapprochements entre cette idole et la Kabbale autorisent la conclusion, « que le Déisme des Templiers est né du Mahométisme, mais que l’idole a été introduite ou formée d’après des vues kabbalistiques »

 

Je cite ces deux opinions pour indiquer où en cette question, il y a vingt ans ; et après cette indication, faisant abstraction de l’une et de l’autre de ces opinions émises par un écrivain à qui j’aime à rendre la justice qu’il a beaucoup lu et tout cité, j’entre en matière.

 

Les Templiers ont-ils eu une doctrine secrète, une doctrine spéciale pour les initiés ?

 

Ont-ils eu, comme les Cathari, un évangile spécial ?

 

Ont-ils partagé quelques-unes des erreurs de ces sectaires, ou de celles des Bogomiles et des PauIiciens, les frères ou les pères des Cathari ?

 

Ont-ils professé simplement quelques opinions mahométanes, ou .des opinions gnostiques liées au Mahométisme ?

 

Y a-t-il des textes positifs – car j’ai réservé la question des monuments – où du moins des inductions légitimes qui établissent: une sorte d’affinité entre l’ordre du Temple et le Gnosticisme ?

 

Telles sont les dernières questions que nous devions aborder dans ces recherches. Il ne nous est pas possible de les résoudre toutes d’une manière tranchée, définitive ; mais il nous sera plus aisé d’apprécier ailleurs les monuments, quand nous aurons d’abord apprécié, d’après les textes déjà si considérables, les dépositions écrites si variées et si immenses des témoins si nombreux de l’époque.

 

Au fond, on reprocha aux Templiers ces quatre choses :

 

1° Non pas seulement une vie licencieuse, par exemple l’amour du vin et des femmes, ainsi que les penchants d’une dissolution abominable, mais tout un ensemble de principes, tout un système d’immoralité.

 

2° Non pas seulement des usages et des cérémonies impies et d’horribles blasphèmes dans les réceptions ; mais un système d’abjuration, de reniement de Dieu ou de Jésus-Christ.

 

5° Non pas seulement un grand relâchement et une certaine indifférence pour les dogmes fondamentaux du Christianisme, mais un penchant décidé, une foi positive pour des opinions mahométanes, ou du moins un acte d’adoration et de culte que le Christianisme ne connaît pas, acte qui se rattachait à l’exhibition plus ou moins complète d’une image, d’un buste, d’une tête, appelée idole ou Baffomet.

 

4° Non pas seulement une vie frivole ou négligente à l’égard de certaines pratiques de dévotion, mais un système d’antipathie et d’opposition pour ces pratiques, et la prétention d’avoir l’absolution de leurs péchés, même de la part des chefs laïques de l’ordre.

 

Tel est le véritable sens de l’acte d’accusation et des articles sur lesquels la commission pontificale, dont on a publié les procès-verbaux[4] appela des dépositions[5].

 

Or, il est vrai que, pour la défense des Templiers, on a dit, avec une grande apparence de raison, sur la manière dont l’enquête a été faite et le jugement prononcé :

 

1° Qu’il a été exercé en France, par le gouvernement, sur les commissaires chargés de l’enquête, sur leurs présidents, et jusque sur les témoins, des influences déplorables.

 

2° Que partout où ces influences n’ont pas eu lieu, les dépositions, plus libres et plus vraies, ont amené des résultats plus favorables à l’ordre.

 

3° Que si, en France, la commission royale et le gouvernement avaient souffert l’action régulière de la commission pontificale, une foule de témoins, affranchis des craintes de la torture et de la mort, eussent déposé en faveur de l’ordre plutôt qu’en faveur du fisc, prêt à dévorer les trésors si imprudemment déposés au Temple par le grand-maître.

 

4° Que, si Clément V et Philippe IV avaient souffert le libre vote du concile de Vienne, l’innocence de l’ordre était proclamée en France, comme ailleurs, à la face du monde chrétien.

 

5° Que partout où les rois et les commissaires ont été libres, les Templiers ont ou triomphé complètement, ou obtenu une fin moins calamiteuse.

 

6° Que, même en admettant certains faits attestés par des dépositions « au moins suspectes, » on n’est amené qu’à conclure certains désordres plus ou moins isolés, mais nullement un système d’athéisme, ni un système d’impiété, ni un système d’immoralité professé dans l’Ordre tout entier.

 

7° On a dit, avec une grande apparence de raison encore, que le reniement, en particulier, ne signifiait rien de sérieux ; qu’il était une de ces plaisanteries, de ces grossières arlequinades, « una truffa » que le moyen tolérait encore dans d’autres occasions et jusqu’aux pieds des autels.

 

8° On a dit qu’en le prenant plus au sérieux, on pourrait admettre tout au plus qu’il rappelait ce reniement de S. Pierre qui fut suivi d’un retour si admirable ; et que les Templiers, à leur tour, se hâtaient de confesser et d’expier une infidélité faite ore non corde.

 

9° Peut-être, a-t-on dit, avec raison encore, que les chefs de l’ordre ayant besoin de meure la soumission des aspirants aux plus rudes épreuves, ont exigé d’eux, par forme de simulacre, les deux choses les plus difficiles pour un fidèle et un chevalier, le reniement du Christ et un baiser déshonnête ; mais que, cette épreuve passée, on ne professait dans l’ordre ni l’athéisme, ni l’indifférence pour le Christ ; que nul n’hésitait à faire entrer dans les rangs des Templiers les parents les plus chéris ; ce qui prouve que nul n’y compromettait son salut ; que d’ailleurs tous étaient toujours prêts à mourir pour leur foi.

 

Ces arguments, si légitimes, on les a fait valoir avec toute l’éloquence de la poésie[6], et on les a fortifiés avec une critique pleine d’éclat. Après l’examen des pièces du procès, un de nos premiers historiens a résumé ses convictions dans ces paroles : « que ce ne fut pas l’infamie des mœurs ; que ce ne fut pas l’hérésie — les doctrines gnostiques —, qui fit condamner l’ordre. 

 

Aussi, sous tous ces points de vue, la question est-elle épuisée aujourd’hui, cependant il en reste un autre qui, jusqu’à présent, n’a été présenté qu’avec une exagération plus propre à le faire rejeter qu’à le faire accueillir[8], et qui me semble digne d’examens, celui d’une doctrine intime dans l’ordre des Templiers et d’une connexion avec certaines opinions du Mahométisme et avec certaines tendances des sectes contemporaines.

 

Je viens de lire, d’un bout à l’autre, les dépositions des Templiers et les apologies des historiens, et j’avoue que, si je considère la procédure suivie par certaines commissions comme un monument de la plus odieuse iniquité, je suis frappé de la mansuétude et de l’indulgence d’autres de ces commissions [que je ne nomme pas, pour ne pas mêler une question de nationalité à une question de justice et d’humanité], et je ne suis pas persuadé que certains membres de l’Ordre n’aient pas eu avec les Mahométans des rapports plus intimes qu’il ne convenait. J’admets leur penchant pour le monothéisme, et je crois qu’ils ont professé pour le sacerdoce, les institutions et les pratiques de l’Église, une antipathie plus conforme qu’il ne fallait à celle des sectes du temps, avec penchant pour leur doctrine sur Jésus-Christ. Enfin, je demeure persuadé qu’il s’est trouvé dans l’Ordre des membres coupables de cette triple aberration.

 

Je laisse entièrement de côté la question des mœurs, si intimement qu’elle soit liée à celle des doctrines ; mais ne pouvant la traiter ici avec toute l’étendue qu’elle demanderait, je dois en faire abstraction : de quelque manière qu’elle soit jugée, elle est secondaire pour le dogme.

 

Quand je dis que, d’après les textes, j’admets entre les opinions secrètes de certains membres supérieurs de l’Ordre, d’une part, et celles du Mahométisme et des sectes, d’une autre part, des rapports plus intimes qu’il ne convenait, je n’entends subir aucune des opinions accusatrices qui ont été émises, et je commence par rejeter toutes les assertions et toutes les inductions qui ne supportent pas la critique.

 

Par exemple, quelques historiens, et surtout Münter[9], qui s’est beaucoup occupé de l’Ordre, et qui a jeté de bonnes vues sur ses statuts, ont attaché une grande importance à ce fait que les Templiers modernes ont un évangile de S. Jean comme les Cathari ont eu le leur.

 

Münter a cru que le code dont il s’agit, l’évangile grec de S. Jean, gardé aux archives des Templiers modernes, remontait au treizième siècle. Il disait bien que cet évangile n’était ni celui des Gnostiques ni celui des Pauliciens ; toutefois, il affirmait qu’on y trouvait des vestiges de Gnosticisme.

 

Mais c’est là tout un système d’erreurs et de fausses inductions. La critique a reconnu et le savant éditeur du Code apocryphe du Nouveau Testament, a démontré que le manuscrit en question, loin d’être du treizième siècle[10], est du commencement du dix-huitième, et que, loin de contenir des traces de Gnosticisme, il ne renferme que des textes de S. Jean.

 

Distribués en chapitres, pour accompagner les cérémonies maçonniques ou  philanthropiques de quelque société secrète, ces textes sont choisis de manière à n’impliquer en rien la foi aux miracles et il concorder avec la doctrine d’un autre manuscrit, appelé Leviticon, fait au commencement du même siècle pour quelque association de Déistes.

 

En effet, les principes de ce livre sont empruntés au Déisme qui essaya de se faire jour, en France et en Hollande, comme en Angleterre, à l’époque qu’on vient d’indiquer.

 

Les Templiers modernes — qui peuvent et qui doivent avoir de grandes prétentions comme toutes les associations de ce genre, auraient d’abord à prouver la succession non interrompue de leurs chefs, depuis la mort de Jacques Molai, et l’antiquité de leur évangile, « copié sur l’original du mont Athos. » De ce qu’ils possèdent, comme les Cathari, un évangile spécial de S. Jean, il ne résulte donc aucune induction légitime sur des rapports de doctrine entre les Templiers anciens et les sectaires de leur temps. En effet, le manuscrit en question n’étant que l’œuvre d’un compilateur moderne, et ne contenant rien de comparable à l’évangile des Cathari dont l’inquisition s’était saisie à Carcassonne, il n’y a pas à s’en occuper, si ce n’est pour le mettre entièrement de côté. Si, d’après un écrivain moderne, que nous citerons en note, de savants hellénistes, très versés dans la paléographie, ont affirmé naguère « que ce manuscrit [celui des Templiers modernes] est du treizième siècle, » et si d’autres « l’ont prétendu antérieur et sont remontés jusqu’au siècle onzième[.» ceux de nos amis qui l’ont eu entre les mains assez récemment, ont constaté « qu’il n’a rien d’ancien, et qu’il est écrit en caractères qui ne laissent pas moindre doute sur sa récente origine. »

 

Avec ce rapprochement tout à fait dénué de mérite, tombe nécessairement cet autre, auquel on attachait une grande importance encore, c’est que les Templiers auraient préféré S. Jean aux autres évangélistes, et l’auraient considéré comme le seul des disciples du Sauveur capable de saisir la doctrine intime de son Maître.

 

Ce culte spécial de S. Jean n’est nullement attesté par l’histoire de l’Ordre. Ce qui en est attesté relativement à S. Jean l’évangéliste, n’a rien que de conforme aux mœurs et aux opinions générales des fidèles. On ne peut donc pas plus accuser les chevaliers d’avoir subi, sous ce rapport, l’influence des Pauliciens ou des Bogomiles, que d’avoir accepté celle des Cathares, qui, sans nul doute, professèrent pour S. Jean et S. Paul plus de déférence que pour aucun des autres apôtres.

 

Mais il est dans la question une autre série de faits importants, que la critique est obligée d’admettre, et à ces faits se rattachent de graves inductions relatives aux opinions de l’Ordre, si je ne me trompe.

 

C’est un premier fait, que la réception des chevaliers a été très variée ; que les mêmes choses n’ont pas été exigées de tous les récipiendaires, ni les mêmes paroles dites à tous. L’accord entre les dépositions des témoins sur certains faits est sans doute très significatif ; mais ce qui ne l’est pas moins, c’est leur divergence incontestable sur d’autres. Or, cette divergence a un degré d’uniformité qui inspire aussi la confiance, et qui, par cela même, force l’esprit à accepter une série d’inductions.

 

Ainsi, un second fait qui se l’attache au premier, qui en ressort nécessairement, c’est que la réception avait, quant aux opinions enseignées par le récipient, et quant aux communications faites au récipiendaire relativement aux croyances et aux pratiques de la foi, sinon des grades régulièrement établis, du moins des nuances très distinctes, des degrés. En effet, là où l’on rencontrait une incapacité manifeste, ou bien où l’on éprouvait, pour ce qu’on se proposait d’exiger, une résistance décidée, on s’arrêtait ou revenait sur ce qui avait été dit : on déclarait que ce qui avait choqué, n’était qu’une plaisanterie, una truffa[

 

C’est un troisième fait, que de tous ceux qui restaient ou qu’on laissait ainsi en arrière, nul n’était admis aux chapitres généraux, toujours tenus dans le plus grand secret ; tandis que les autres, ceux qui montraient les dispositions voulues, y étaient admis rapidement: ce qui leur donnait un grand crédit dans l’Ordre[

.C’est un quatrième fait, que la réception était accompagnée, d’ordinaire ou très souvent, d’un acte d’adjuration ; acte que la plupart des récipiendaires refusaient d’abord d’accomplir, mais qu’après quelques paroles, quelques soupirs ou quelque épouvante, ils accomplissaient, en vertu de leurs serments déjà prêtés, et qu’ils prétendaient avoir accompli ore non corde.

 

C’est un cinquième fait, que cet acte n’avait pas pour objet d’en faire des athées, qu’il ne s’agissait pas de renier Dieu ou de nier son existence, mais de renier Jésus-Christ en sa qualité de Dieu et de Rédempteur.

 

Ce fait, d’une importance tout à fait majeure, est un de ceux qu’on a peut-être le moins remarqués, et il ne peut être apprécié que dans sa connexion avec les doctrines dont nous faisons l’histoire.

 

En effet, la plupart des dépositions parlent du reniement de Dieu, comme s’il s’agissait d’un acte absolu, comme si l’on eût exigé que les chevaliers ne crussent plus en Dieu. Le fait est, je crois, qu’il s’agissait d’autre chose, du reniement de Dieu le Fils, le Sauveur crucifié et mort sur la croix. Que d’ordinaire les témoins ne parlent que de Dieu, cela se comprend selon le langage du temps et selon celui de notre siècle. Mais ce qui est certain c’est que l’acte de reniement toujours accompagné d’un autre, d’un outrage impie fait à la croix, au crucifix offrant l’image de Jésus-Christ. Cet acte de répulsion pour Jésus-Christ mort sur la croix est toujours exigé, et plusieurs témoins disent formellement qu’on parlait de Jésus sans autre désignation[14]. Il est évident que, si l’on avait voulu faire abjurer la croyance en Dieu le Père, ainsi qu’en Dieu le Fils, on aurait fait abjurer aussi celle en Dieu le Saint-Esprit. Or, de cela nulle déposition ne fait mention, et cette circonstance est capitale.

 

M. Raynouard, dont l’esprit était d’ailleurs si élevé, et dont la critique est si judicieuse, fait remarquer l, dans le système d’une apologie absolue, que la déposition de GALCERANT DE TEUS, le seul Espagnol qui ait chargé l’Ordre, « renferme des extravagances qu’il sera utile de faire connaître »[15].

 

TEUS rapporta l’explication qui lui avait été fournie de l’absolution donnée à la fin du chapitre, par le chef qui le présidait, absolution donnée en tes termes : « Je prie Dieu qu’il vous pardonne vos péchés, comme il les pardonna à Sainte-Marie Magdeleine et au larron qui fut mis en croix. »

 

M. Raynouard donne cette explication. Elle consistait à considérer Jésus-Christ lui-même pour celui auquel Dieu pardonna ; et Jésus obtint grâce par la raison qu’au moment de mourir sur la croix il avait reconnu ses torts, et s’était repenti de s’être appelé Dieu.

 

Quant à Magdeleine, ajoutait le chevalier, ses péchés lui furent pardonnés par le vrai Dieu, qui est dans les cieux.

 

Tout cela est sans doute bien extravagant ; mais cela mérite attention. Il y avait là tout un système, et qui n’était pas de l’invention de GALCERANT, qui était conforme à tout ce qui se passait dans les réceptions, mais qui était emprunté par l’Ordre aux sectes contemporaines.

 

C’est, d’ailleurs, un sixième fait que ce reniement et cette insulte faite à Jésus crucifié, loin d’être des actes d’athéisme, étaient, au contraire, accompagnés d’un acte spécial d’adoration ; que l’objet de ce culte était une tête, une idole très variée de forme et d’expression, comme de matière et de couleur, mais que de cette idole il existait un grand nombre de copies ; que des Templiers en tenaient dans leurs coffrets[16], qu’on en trouva quatre en Angleterre[17]; qu’on en présenta une à la commission de Paris, et que cet exemplaire portait le numéro 58[18]. Dans les chapitres généraux, cette tête figurait à côté du président, et on recommandait de n’avoir confiance qu’en celui qu’elle représentait[19].

 

C’est un huitième fait, que le mot arabe d’Allah ou la désignation arabe et mahométane de Dieu, était prononcée dans l’acte d’adoration qui se rattachait à l’image barbue[20], et que le nom de Mahomet lui-même, sous la forme altérée de Baffomet, était articulé quelquefois dans ces cérémonies.

 

En effet, il est reconnu aujourd’hui que toutes les étymologies grecques de Baphomet ont été avancées inutilement, le changement de la labiale M en B et de l’aspirée h en ph, offrant l’explication la plus naturelle de ce mot si longtemps considéré comme un mystère[21].

 

C’est un neuvième fait, que les prêtres de l’Ordre étaient accusés d’omettre, dans certaines circonstances, en lisant le canon de la messe, les mots hoc est corpus meum. Or ce retranchement qui, sans doute, ne fut pas général, s’accorde trop bien avec le reniement du Sauveur crucifié qui ne fut pas générai non plus, pour être qualifié de pure invention de la part des témoins

 

C’est enfin un dixième fait, que les tendances de l’Ordre étaient anti sacerdotales ; qu’on y élevait autel contre autel ; qu’on s’y dispensait volontiers de certaines pratiques prescrites, mais que dans certaines circonstances les chefs, même laïques, prétendaient donner l’absolution

 

Or, quand je considère le mouvement général des esprits à partir de l’époque des croisades, et surtout du commencement du douzième siècle, l’avidité avec laquelle on se précipite vers toutes sortes de doctrines ; le penchant qui éclate sur tous les points de l’Occident pour les vieilles erreurs des Pauliciens, des Manichéens et des Gnostiques ; l’opposition qui se manifeste partout, même parmi ceux qui ont fait les croisades, pour les doctrines et les institutions de l’Église qu’ils viennent de défendre ; l’attrait que le Mahométisme semble avoir offert à un grand nombre de croisés, et surtout aux Templiers, dont plusieurs doivent avoir embrassé cette doctrine ; le penchant pour les hérésies du temps que montrèrent tous ceux qui se trouvèrent en conflit avec le sacerdoce, et notamment Frédéric II, qui s’exprimait d’une manière si libre sur les auteurs des trois religions principales et la naissance de Jésus-Christ 1 – quand je considère toute cette révolution intellectuelle et morale, et que j’en rapproche cette masse de dépositions et de pensées d’hérésies que les tortures auraient bien pu arracher, mais qu’elles n’auraient pas créées dans les intelligences des chevaliers, je suis forcé d’admettre ces inductions :

 

1° Que les Templiers eurent des rapports plus intimes qu’il ne convenait avec le Mahométisme et les doctrines dissidentes de leur temps.

 

2° Que l’acte d’abjuration qu’on exigeait des récipiendaires concernait Jésus-Christ, considéré comme Dieu crucifié et Rédempteur ou Sauveur de l’humanité.

 

3° Que des Templiers contestaient la mort expiatoire, « l’homme Jésus n’étant mort que pour ses péchés » et l’efficacité réconciliatrice de la sainte cène considérée comme renouvellement de sacrifice, et qu’ils niaient le dogme de la transsubstantiation qu’y rattachait l’Église.

 

4° Que ceux qui étaient initiés dans la véritable pensée des chefs professaient la doctrine du Père éternel, en rejetant celle de Dieu le Fils, soit à l’exemple du Mahométisme, qui faisait de l’homme Jésus le plus grand des prophètes, soit à l’exemple des Cathari, des Bogomiles et des Pauliciens, dont les doctrines sur Jésus-Christ étaient à peu près celles des anciens Gnostiques.

 

En effet, c’était dans toutes ces sectes une croyance caractéristique et invariable, que le vrai Dieu était le Père inconnu, le Dieu supérieur ; que toute la mission de Christos (Éon ou Fils de Dieu, mais non pas fils aîné), s’était bornée à révéler le Père suprême ; mais qu’il n’était pas mort sur la croix et que le dogme de la rédemption n’était qu’une erreur prêchée par ceux qui n’avaient pas compris sa mission spirituelle, qui étaient demeurés dans les idées les plus grossières du Judaïsme et de ses sacrifices d’expiation.

 

Or, n’est-ce pas à cet ordre d’idées que se rattachait aussi, outre le reniement d’un Dieu crucifié, le culte « du véritable Sauveur, de celui qui est dans les cieux et qui seul peut pardonner les péchés, qui seul peut bénir, donner des richesses ; et préserver de périls », suivant les dépositions de plusieurs membres égarés de l’Ordre ?

 

En effet, ne serait-ce pas Dieu le Père, l’Éternel, que l’on aurait vénéré sous la grossière image de l’idole barbue ?

 

Cette représentation était, suivant les Pauliciens, celle du Père. C’était donc à Dieu le Père seul qu’après avoir fait renier le « crucifié mort pour ses pêchés ; » l’on invitait les initiés à donner leur foi. C’était lui qui pouvait accomplir leurs espérances ; lui seul qui pouvait les sauver, comme il avait sauvé la Magdeleine et le larron.

 

Il paraît même que, dans quelques provinces ou dans quelques réceptions, on allait beaucoup plus loin dans l’imitation de cette hérésie figurée.

 

D’après de nombreuses dépositions, l’objet de ce culte secret était varié : c’était tantôt une idole offrant une tête barbue, tantôt une autre offrant une tête sans barbe ou une tête de femme, ou deux têtes ou trois têtes.

 

Cela, disons-nous, allait plus loin que l’adoration de Dieu le Père, vénéré seul et à l’exclusion du Fils. Mais quel sens, ce culte — s’il faut l’admettre d’après tant de dépositions et en dépit de toutes les apologies les mieux faites et les plus désirables — quel sens le culte de ces objets pouvait-il avoir ?

 

Je ne prétends pas donner d’explication qui réponde à tout et force les convictions de tous.

Mais j’en demande à l’histoire du temps, et je trouve que les Pauliciens représentaient le second fils de Dieu, Jésus — Christ, sous les traits d’un homme de l’âge mûr, et qu’ils peignaient sous ceux d’un jeune homme le Saint-Esprit, que dans les sectes gnostiques on appelait la Pneumo-femme.

 

La tête sans barbe, et la tête de femme trouvée chez les Templiers et que l’on crut être une des onze mille vierges, s’expliqueraient-elles, par hasard, d’une manière naturelle par tes simples rapprochements ?

 

Je m’objecte bien au sujet des idoles ou de ce qu’on nomme ainsi, les dépositions relatives à l’apparition d’un chat au milieu des Templiers assemblés en chapitre. Ces dépositions sur le chat ne pouvant être fondées, dit-on, celles qui sont relatives à l’image ne sauraient l’être davantage.

 

Je crois toutefois que cette argumentation pêche. D’abord on conçoit que d’une tête barbue et chevelue d’un aspect très — saisissant, on ait fait cet animal qui a passé longtemps dans la symbolique du peuple pour être une des métamorphoses de Satan  Je comprendrais donc que les dépositions relatives à l’apparition de cet animal fussent dénuées de fondement, tandis que celles qui se rapportent à l’idole ne le seraient pas. Je remarque ensuite, entre les unes et les autres, de grandes différences: celles sur l’idole sont très précises, très nombreuses, et de toutes les époques ; celles sur le chat sont très vagues, très rares et très restrictives, puisqu’il ne s’agit plus de ces apparitions après une certaine période de temps ; J’ajouterai, d’ailleurs, que des emblèmes vivants ont figuré plus d’une fois dans les réunions secrètes des sectes du moyen âge ; qu’on parle souvent de chiens et de crapauds qui se seraient montrés dans ces assemblées, et que, si ces récits doivent être examinés avec une défiance extrême, ils ne doivent pas toutefois être rejetés légèrement. En effet, si l’on rejetait, au sujet de certains Gnostiques, la présence de serpents à leurs cérémonies secrètes, on se heurterait contre les témoignages formels des historiens qui ont vu de ces serpents, et les ont fait tuer.

 

Je me fais une autre objection. À la supposition que l’image barbue représentait Dieu le Père, et était le symbole d’un Monothéisme imité des Musulmans, semble s’opposer le nom de Baphomet [Mahomet], qui est donné quelquefois à l’idole.

 

En effet, si cette image fut celle du faux prophète, elle nous jette dans un tout autre ordre d’idées. Mais évidemment ce n’est pas le prophète qu’on représentait ou qu’on adorait ainsi. Les Mahométans eux-mêmes n’adoraient pas le fondateur de leur religion ; ils le traitaient d’envoyé de Dieu, mais ne l’invoquaient pas. Ainsi, dans le langage des Templiers, le nom de Baffomet donné à l’idole ne peut pas avoir signifié, image de Mahomet ; il n’a pu signifier que ceci, image du Dieu professé par Mahomet. C’est ainsi que Raimond d’Agiles emploie le mot de Baffamuria pour désigner, non pas une mosquée où était adoré Mahomet, mais une mosquée où l’on adorait le Dieu de Mahomet.

 

Le même historien dit dans un sens plus spécial encore : In eeclesiis autem magnis Baffamurias habebant.[24]

 

Ce qui fait de cette argumentation, non pas une démonstration, mais une explication complète, c’est le mot d’Allah, qu’on faisait prononcer à ceux auxquels on recommandait l’adoration. C’était donc Dieu, ce n’était pas Mahomet que représentait cette image empruntée aux Pauliciens ou à d’autres sectes chrétiennes mêlées aux Mahométans.

 

Enfin, comme s’il ne devait pas rester de doutes à cet égard, l’un des Templiers entendus à Florence, où le fisc et la politique ne dictaient pas les dépositions, affirme expressément qu’en lui montrant le symbole en question, on lui dit : Ecce Deus vester, voilà votre Dieu.

 

Il ajoute ces mots, et rester Mahomet, qui n’offrent pas de sens. C’est qu’il a mal entendu ou qu’on lui a mal dit. Ce qu’on avait dû lui dire, c’était évidemment les mots: Ecce Deus vester, et Deus Mahometi.[25]

 

Ou bien, serait-il plus raisonnable de rejeter cette déposition que de la rétablir ?

 

Je conclus, et je dis, qu’abstraction faite des mœurs de l’Ordre que j’ai laissées en dehors de ces recherches, pour ne pas les étendre au-delà des proportions que permet ce livre, mais qui trouveraient peut-être leur explication la plus naturelle dans des rapprochements autorisés avec celles des Pauliciens et celles de plusieurs partis gnostiques, la doctrine secrète de ceux des Templiers qui étaient initiés complètement, se résumerait ainsi :

 

1° Monothéisme ou croyance en un seul Dieu, conformément au Mahométisme, qui taxait d’idolâtrie la théologie chrétienne ou la doctrine de la Trinité ;

 

2° Rejet de la divinité de Jésus-Christ et de l’œuvre de la Rédemption, conformément à la doctrine des sectes contemporaines issues du Gnosticisme ;

 

3° Rejet du dogme de la Transsubstantiation, comme conséquence de l’opinion précédente ;

 

4° Antipathie pour le sacerdoce de l’Église et quelques-unes de ses pratiques.

 

Je suis loin de croire qu’aucune de ces inductions soit désormais invariablement acceptée, et que j’aie pu les justifier suffisamment dans un chapitre si peu étendu ; mais je crois néanmoins que tout ce grand débat, toutes ces dépositions si nombreuses, si monstrueuses et si contradictoires, recevraient un jour nouveau d’un examen dirigé sous les points de vue que j’y viens d’appliquer.

 

En général, il ne faut plus se flatter de résoudre toutes les difficultés qui se présentent et de faire tomber toutes les objections que fera naître cette immense question. Le procès des Templiers aura toujours de commun avec tous les grands procès inscrits dans l’histoire, d’être débattu selon deux systèmes extrêmes et beaucoup de systèmes intermédiaires.

 

Quant aux objections morales, il en est deux qu’on ne fera jamais tomber entièrement.

 

Comment, si l’Ordre ne fut pas coupable, expliquer la conduite d’un pontife doux et humain, pieux et honnête, qui en prononça la dissolution, et le flétrit, comme il fait .dans la bulle de suppression ?

 

Si l’Ordre fut coupable, comment expliquer son héroïque constance dans la défense de la cause chrétienne contre ces Musulmans dont quelques-uns de ses chefs admettaient le dogme fondamental, le Monothéisme ?

 

On peut affaiblir la première de ces objections, en représentant Clément V comme dominé par le roi de France.

 

On peut affaiblir la seconde, en faisant considérer que la guerre contre les infidèles était la mission et l’existence de l’Ordre, la source de sa puissance et de sa richesse ; que d’ailleurs peu de ses membres étaient initiés à ses opinions hérétiques ; que, s’il y en eut un certain nombre qui poussèrent l’amour du monothéisme mahométan jusqu’à l’embrasser ouvertement en passant à l’ennemi, l’immense majorité pour laquelle on se bornait à un acte de reniement taxé au besoin de truffa, suivait naturellement avec plus ou moins de régularité et de ferveur les croyances et les pratiques dans lesquelles elle était élevée.

 

Mais quelle est la critique qui osera se dire complètement satisfaite de rune ou de l’autre de ces explications ?

 

Dans tous les cas le procès des Templiers est donc à revoir encore et sous des points de vue nouveaux.

 

En effet, le système de l’apologie absolue et celui de l’accusation générale ne sont que deux extrêmes, réduits l’un et l’autre, pour se soutenir, à rejeter un ensemble de dépositions qui ne peuvent être l’effet de la violence ou de la peur.

 

Pour nous-mêmes cette question se reproduira d’ailleurs tout entière dans l’examen des Monuments du Gnosticisme ; et je pense qu’elle se présentera plus pure, les textes ayant dès à présent, sinon fourni la preuve, du moins autorisé l’induction, que l’Ordre, dans la personne des initiés, professait réellement des doctrines contraires à celles du Christianisme pur.

 

Ici je ne poursuivrai pas plus loin les derniers vestiges du Gnosticisme ; je ne me décide pas, avec d’autres, à en retrouver jusque dans Jacques Boehme, M. de Schelling et Hegel. Ce n’est qu’en abusant des mots qu’on a pu confondre ainsi les doctrines des premiers siècles de notre ère avec celles des derniers. Qu’il me suffise d’avoir suivi avec quelque détail l’enseignement des Gnostiques dans celui des docteurs dissidents du moyen âge, où il était à peine entrevu jusqu’ici.

 

De nouvelles découvertes dans les dépôts de nos manuscrits nous conduiront peut-être un jour à quelques chapitres de plus sur l’histoire de la Gnose

 

Source : esoblog.net

Par Thomas Dalet - Publié dans : chevalerie
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Mercredi 3 août 2005 3 03 /08 /Août /2005 00:00

Le lendemain matin, après avoir entendu la messe, messire Gau­vain prit congé et quitta le château. S’offrirent alors à ses yeux le plus beau paysage, les plus magnifiques prairies et les plus splen­dides rivières, qu’on ait jamais vus, auprès de forêts peuplées d’ani­maux sauvages et d’ermitages. Toujours chevauchant, il arriva un soir, à la tombée de la nuit, chez un ermite : sa demeure était si basse que le cheval ne pouvait y pénétrer ; la chapelle n’était pas plus grande, et le saint homme n’en était pas sorti depuis quarante ans au moins. Quand il aperçut messire Gauvain, il se mit à la fenêtre et lui dit. 
Seigneur, soyez le bienvenu ! Messire Gauvain lui répondit : « que Dieu vous bénisse », et ajouta 
Accepterez-vous, seigneur, de m’accueillir ici ? 
Seigneur, répondit l’ermite, nul n’habite ici que Dieu. Nul être humain n’est entré ici dedans avec moi depuis quarante ans, mais il y a là-bas un château où l’on héberge les bons chevaliers. 
Seigneur, demanda messire Gauvain, à qui appartient ce châ­teau ? 
Au bon Roi Pêcheur, dit l’ermite ; il est tout entouré d’eaux profondes, et la région serait riche de tout, si le seigneur était heu­reux. Mais il ne doit recevoir que de bons chevaliers. 
Dieu m’accorde de le devenir ! répondit messire Gauvain.

Certain désormais d’être tout près du château, il descendit de che­val et se confessa à l’ermite ; il lui avoua tous ses péchés et en éprouva un sincère repentir. - Seigneur, lui dit l’ermite, n’oubliez pas, si Dieu y consent, de poser la question que l’autre chevalier a omis de poser ; et ne soyez pas effrayé par ce que vous verrez à l’entrée du château, mais avan­cez avec confiance, et adorez la sainte chapelle que vous apercevrez dans l’enceinte du château, et où la flamme du Saint-Esprit descend chaque jour pour le très Saint Graal et pour la sainte lance dont là pointe saigne, dont on célèbre là-bas l’office. 
Seigneur, dit messire Gauvain, que Dieu m’assiste afin que j’accomplisse sa volonté ! Prenant congé, il s’en alla ; il aperçut bientôt une vallée où régnait l’abondance ; le château se trouvait là, et la sainte chapelle apparut à ses yeux.

Messire Gauvain mit pied à terre et, s’agenouillant, il s’inclina en direction de la chapelle et prononça avec recueillement une prière d’adoration.

Puis il remonta à cheval et, poursuivant sa route, il aperçut bientôt un tombeau magnifique recouvert d’une pierre de grande beauté ; le tombeau semblait tout proche du château, et il devait y avoir là- un petit cimetière, car l’endroit était clos alentour, mais il n’y avait pas d’autre tombe. Au moment où il atteignait le cimetière, une voix l’interpella 
Ne vous approchez pas de la tombe, car vous n’4tes pas le che­valier grâce auquel on apprendra qui repose à l’intérieur ! A cette injonction, messire Gauvain passa son chemin et se dirigea vers l’entrée du château : il aperçut alors trois ponts, immenses et terrifiants, sous desquels couraient trois puissants torrents. Le pret mier pont lui paraissait long d’une bonne portée d’arc, mais large d moins d’un pied : il lui semblait bien étroit, et l’eau rapide, vaste et profonde ; il ne savait que faire, il paraissait impossible de le passer à pied ou à cheval. Mais voici que, sortant du’ château, un vénérable chevalier s’avança jusqu’au pont que l’on appelait le Pont de l’aiguille et interpella rudement messire Gauvain 
Seigneur chevalier, hâtez-vous de passer, car il va faire nuit, et on vous attend au château ! 
Ah, seigneur, dites-moi comment faire ! 
Ma foi, répondit le chevalier, je ne connais pas d’autre passage que celui-ci, et si vous désirez parvenir au château, il faut que vout passiez par là Messire Gauvain eut honte d’avoir tant hésité, et il se rappela les paroles de l’ermite, qui lui avait dit qu’il n’aurait rien à redouter à l’entrée du château ; et il devait d’autant moins craindre la mort qu’il s’était confessé et repenti de ses péchés. Aussitôt, pensant bientôt mourir, il fit le signe de la croix, implora la bénédiction et la protec­tion de Dieu, et éperonna sa monture. Dès qu’il se fut avancé jus­qu’au pont, celui-ci lui parut large et aisé à franchir : ce passage ser­vait en effet à éprouver les chevaliers qui désiraient pénétrer au château.

Messire Gauvain fut tout surpris de trouver si vaste ce pont qui lui était d’abord apparu si étroit, et dès qu’il l’eut franchi, comme c’était un pont-levis, il se releva de lui-même grâce à un mécanisme ; dés lors personne d’autre n’aurait pu entrer, car l’eau dessous était extrêmement tumultueuse.

Le chevalier recula jusqu’au second pont, et messire Gauvain éprouva la même crainte au moment de passer ce pont, qui lui sem­blait aussi long que le premier ; il apercevait en bas l’eau, non moins rapide et non moins tumultueuse, et le pont lui paraissait être de glace, léger et fragile, et si haut au-dessus du torrent ! Mais grâce à sa précédente expérience, il fit taire sa peur, se dirigea vers le pont et s’étant recommandé à Dieu il s’avança : le pont lui parut alors le plus solide et le plus magnifique qu’il eût jamais vu, tout orné de sta­tues. Dès qu’il fut passé, le pont se releva derrière lui de la même façon que le premier ; le chevalier avait disparu ; messire Gauvain se dirigea alors vers le troisième pont ; il n’était pas effrayé par ce qu’il avait vu, et ce pont ne ressemblait pas aux deux autres : il était bordé de colonnes de marbre, et chacune d’elles était surmontée d’un pom­meau qui semblait d’or. Messire Gauvain regarda alors en haut de la porte : il y vit représentés le Christ en croix, entouré de part et d’autre de Sa Mère et de saint Jean ; les statues étaient en or, ornées de pierres précieuses qui étincelaient comme des flammes. II aperçut à droite un, ange, très beau, qui du doigt montrait la chapelle où était le Saint Graal ; il portait sur la poitrine une pierre précieuse, et au­dessus de sa tête était gravée une inscription qui disait que le maître du château était aussi pur et aussi irréprochable que cette pierre. Puis messire Gauvain aperçut sur le seuil, à l’entrée, un lion gigan­tesque et terrifiant, dressé sur ses quatre pattes ; mais le lion se cou­cha dès qu’il vit messire Gauvain, et celui-ci put passer sans diffi­culté. Parvenu au château, il mit pied à terre, déposa sa lance et son bouclier contre le mur du bâtiment principal, puis monta l’escalier de marbre et entra dans une salle magnifique dont les murs étaient ornés de place en place de portraits peints à l’or. Il y avait au milieu de la salle un lit surélevé, de toute beauté ; à la tête du lit se trouvait un échiquier splendide et un coussin brodé d’or avec grand art et orné de pierres précieuses ; il n’y avait aucune pièce sur l’échiquier. Messire Gauvain était absorbé dans la contemplation de cette salle magnifique, quand deux chevaliers sortirent d’une chambre et se dirigèrent vers lui. 
Seigneur, dirent-ils, soyez le bienvenu 
Que Dieu vous accorde joie et bonheur, répondit messire Gau­vain . Les chevaliers le firent asseoir sur le lit et ordonnèrent à deux écuyers de le désarmer. Quand ce fut fait, on lui apporta de l’eau dans deux bassins d’or pour qu’il se lave le visage et les mains. Puis vinrent deux demoiselles qui apportaient une superbe tunique de drap d’or qu’elles lui : firent revêtir.

Seigneur, dirent-elles, accueillez de bon gré tout ce que l’on fera pour vous ici, car c’est ici la demeure des loyaux chevaliers et des loyales demoiselles. 
Certes, répondit messire Gauvain, et je vous en suis très reconnaissant.

II voit bien qu’il fait nuit noire, et bien qu’il n’y ait pas de chan­delle, la salle est aussi éclairée que si le soleil brillait ; messire Gau­vain est fort intrigué et se demande d’où vient cette clarté. Revêtu de son habit somptueux, messire Gauvain était très beau et paraissait bien homme de grande valeur. 
Seigneur, dirent les chevaliers, vous plait-il de venir voir le sei­gneur de ce château ? 
Je le verrais volontiers, répondit-il, et je veux lui remettre une très sainte épée.

Ils le conduisirent dans la chambre où reposait le Roi Pêcheur, elle semblait jonchée d’herbes et de fleurs. Le roi était étendu sur un lit de sangles dont les pieds étaient d’ivoire ; la couche était de soie et la couverture de zibeline, doublée d’étoffes précieuses. Le roi portait un couvre-chef en zibeline recouvert de soie rouge, avec une croix d’or dessus ; sa tête s’appuyait sur un coussin qui répandait une suave odeur et avait à ses quatre coins quatre pierres qui jetaient une vive clarté. Il y avait là une colonne de cuivre supportant un ange qui tenait une croix d’or : elle contenait un fragment de la Vraie Croix sur laquelle Dieu avait été crucifié, et cette relique occupait toute la longueur de la croix, devant laquelle le roi se recueillait. Dans quatre chandeliers d’or brûlaient quatre grands cierges, quand cela s’avérait nécessaire.

Messire Gauvain vint devant le Roi Pêcheur et le salua, et le roi lui fit fort bon accueil et lui souhaita la bienvenue. 
Seigneur, dit messire Gauvain, je vous remets l’épée avec laquelle saint Jean fut décapité. 
Grand merci, seigneur, répondit le roi, je savais bien que vous l’apportiez : ni vous ni aucun autre n’aurait pu pénétrer ici sans l’épée, et si vous n’étiez pas très valeureux, vous n’auriez pu la conquérir.

Prenant l’épée, il la porta à sa bouche et à son visage et l’embrassa avec émotion en montrant son bonheur de la posséder. Une demoi­selle, très belle, vint s’asseoir à la tête du lit où il reposait : il lui donna l’épée en garde ; deux autres demoiselles s’assirent à ses pieds, qui contemplaient l’épée avec vénération. 
Quel est votre nom ? demanda le roi. - Je me nomme Gauvain, seigneur. 
Gauvain, cette clarté qui illumine en ce moment ces lieux nous vient de Dieu, et c’est à vous que nous la devons. Chaque fois qu’un chevalier vient au château, cela se passe ainsi. Je vous aurais bien mieux accueilli que je ne l’ai fait, si j’étais bien portant, mais j’ai été saisi de langueur depuis la venue au château du chevalier dont vous avez entendu parler. C’est à cause d’une seule phrase qu’il a omis de prononcer que j’ai été ainsi atteint, et je vous prie au nom de Dieu de vous en souvenir, car si grâce à vous il se faisait que je recouvre la santé, vous auriez motif d’être heureux. Voici la fille de ma sceur, à qui l’on enlève ses terres et que l’on déshérite ; elle ne peut les récupérer que par l’intervention de son frère, qu’elle va tenter de retrouver ; on nous a dit qu’il était le meilleur chevalier du monde, mais nous ne savons rien de lui. 
Seigneur, dit la demoiselle au roi son oncle, remerciez messire Gauvain de la grâce qu’il a faite à ma dame ma mère, quand il est venu loger chez elle. Car il a rétabli la paix sur nos terres et a obtenu la garde de notre château pour une année, et il a ordonné que les cinq chevaliers de ma mère nous aident à en assurer la surveillance. Mais voici que l’année est passée, et la guerre a repris avec une telle violence que si Dieu ne vient à notre secours et si je ne retrouve pas mon frère, notre domaine nous sera enlevé. 
Demoiselle, dit messire Gauvain, je vous aiderais autant qu’il est en mon pouvoir, si j’en avais l’occasion, et votre frère est le che­valier su monde que je verrais avec le plus de plaisir. Mais je n’ai pu obtenir de renseignements précis à son sujet ; je sais simplement que je me suis arrêté dans un ermitage où vivait un Roi Ermite, et où l’on me recommanda de ne pas faire de bruit, car s’y trouvait, malade, le meilleur chevalier du monde. L’ermite me dit qu’il se nommait Par-lui-fait. J’ai vu un écuyer s’occuper de son cheval et mettre ses armes et son bouclier au soleil. 
Seigneur, dit la demoiselle, mon frère ne se nomme pas Par-lui-fait, mais son nom de baptême est Perlesvaus, et l’on ne connaît nul plus beau chevalier, disent tous ceux qui l’ont vu. 
Assurément, dit le Roi Pêcheur, je n’ai jamais vu plus beau ni meilleur chevalier que celui qui s’est arrêté dans ce château, et je sais bien qu’il est tel, car autrement il n’aurait pu pénétrer en ces lieux. Mais j’ai été mal récompensé de l’avoir accueilli, car depuis je ne peux plus être d’aucune aide à personne. Messire Gauvain, au nom de Dieu, ne m’oubliez pas cette nuit, car j’ai grande confiance en votre valeur. 
Assurément, seigneur, s’il plaît à Dieu, je n’accomplirai rien que l’on puisse me reprocher. Messire Gauvain fut alors conduit dans la grande salle, où se trou­vaient vingt-deux vieux chevaliers aux cheveux blancs, qui cepen­dant ne paraissaient pas aussi âgés qu’ils l’étaient : ils semblaient avoir à peine quarante ans, et pourtant tous en avaient cent ou davantage. Ils installèrent messire Gauvain à une magnifique table d’ivoire, puis s’assirent à ses côtés. 
Seigneur, lui dit le plus noble des chevaliers, qu’il vous sou­vienne de ce dont le roi vous a prié. 
Seigneur, répondit messire Gauvain, qu’il en souvienne à Dieu !

On lui apporta alors un rôti de cerf et d’autres gibiers en quantité c’est de la vaisselle d’or qu’il y avait sur la table du roi, et de grands hanaps à couvercles, et de très beaux chandeliers d’or qui soute­naient de grosses chandelles - mais la clarté qui inondait le château obscurcissait la leur. C’est alors que sortirent d’une chapelle deux, demoiselles : l’une tenait entre ses deux mains le très Saint Graal, et l’autre la Lance dont la pointe laisse sourdre le sang dans le saint vase, et elles s’avançaient côte à côte. Elles entrèrent dans la salle où’ les chevaliers et messire Gauvain étaient en train de dîner. Messire Gauvain regarda le Graal, et il lui sembla voir une chandelle 1 à l’in­térieur, telle qu’il y en avait fort peu en ce temps-là ; il aperçut 1d pointe de la lance d’où tombait le sang vermeil, et il lui sembla qu’il voyait deux anges portant deux chandeliers d’or allumés. Les demol4 selles passèrent devant lui et entrèrent dans une autre chapelle. Messire Gauvain est totalement absorbé dans ses pensées, et il est saisi d’une joie si intense qu’il oublie tout et ne pense qu’à Dieu. Les’ chevaliers le regardent, tristes et accablés. Mais voici que les deux jeunes femmes ressortent de la chapelle et repassent devant messim Gauvain ; il croit voir trois anges là où auparavant il n’en avait vtp que deux, et il lui semble voir dans le Graal la silhouette d’un enfant Le plus noble des chevaliers interpelle messire Gauvain, mais celui-ci regarde devant lui et voit tomber trois gouttes de sang sur la table : tout absorbé dans sa contemplation, il ne dit mot. Les demoi­selles s’éloignent, et les chevaliers, tout alarmés, se regardent l’un l’autre. Messire Gauvain ne pouvait détacher son regard des trois gouttes de sang, mais quand il voulut les toucher, elles lui échap­pèrent, ce qui l’emplit de tristesse, car il ne put réussir à les atteindre ni de la main ni autrement.

Et voici que les demoiselles passent une fois encore devant la table : messire Gauvain croit en voir trois cette fois-ci ; il lève les yeux, et il lui semble que le Graal est suspendu dans les airs. Et il lui semble voir au-dessus un homme cloué sur une croix, une lance fichée au côté : messire Gauvain le contemple et éprouve une pro­fonde compassion pote lui ; il ne pense qu’à une seule chose, aux souffrances qu’endure le Roi. Le plus noble des chevaliers l’exhorte à nouveau à parler et lui dit que s’il tarde davantage, il n’en aura jamais plus l’occasion. Mais messire Gauvain se tait : il n’entend même pas le chevalier, et regarde vers le haut. Et les demoiselles retournent dans la chapelle, emportant le très Saint Graal et la Lance ; les chevaliers font ôter les nappes et quittent la table, puis se retirent dans une autre pièce, laissant messire Gauvain tout seul. Celui-ci regarde autour de lui et voit les portes fermées ; il regarde au pied du lit : deux chandeliers brûlaient devant l’échiquier, et les pièces du jeu d’échecs étaient disposées dessus, les unes étaient d’ivoire et les autres d’or. Messire Gauvain se mit à jouer en prenant celles d’ivoire, mais celles d’or jouèrent contre lui et le mirent échec et mat par deux fois. La troisième fois, voyant qu’il avait le dessous alors qu’il voulait prendre sa revanche, il renversa les pièces ; une demoiselle sortit d’une pièce et ordonna à un écuyer de prendre l’échiquier et les pièces et de les emporter. Messire Gauvain, qui res­sentait la fatigue des longues journées du voyage qui l’avait conduit au château, s’assoupit et dormit sur le lit jusqu’au lendemain matin, au lever du jour, quand il entendit un cor qui sonnait bruyamment. Il s’équipa aussitôt et voulut aller prendre congé du Roi Pêcheur, mais il trouva les portes fermées, de sorte qu’il ne put pénétrer dans les autres pièces ; il entendait que l’on célébrait une messe solennelle dans une chapelle, et il étaitrtrès malheureux de ne pouvoir y assis­ter. Une demoiselle entra dans la salle et lui dit 
Seigneur, vous entendez l’office et l’allégresse que suscite la présence de l’épée que vous avez apportée au bon roi ? Si vous vous trouviez dans la chapelle, votre coeur serait empli de joie, mais l’en­trée vous en est interdite à cause de quelques paroles que vous avez omis de prononcer. Le seuil de cette chapelle est sacré, à cause des saintes reliques qui s’y trouvent, et ni prêtre ni personne ne peut y pénétrer entre le samedi à midi et le lundi après la messe. On y entend l’office le plus magnifique et les voix les plus suaves que l’on puisse entendre dans une chapelle.

Messire Gauvain, profondément affligé, ne répond mot, et la demoiselle ajoute 
Seigneur, que Dieu vous protège, quelle qu’ait été votre atti­tude, car il me semble qu’il ne vous a manqué que la volonté de pro­noncer les paroles qui auraient ramené la joie dans ce château.

Puis elle s’en alla ; messire Gauvain entendit le cor sonner une seconde fois, et une voix se fit entendre, venant de tout en haut - Celui qui n’est pas d’ici, qu’il s’en aille, qui qu’il soit ; car les ponts sont abaissés, la porte est ouverte, et le lion est en sa cage ; ensuite il faudra à nouveau relever les ponts-levis, à cause du Roi du Château Mortel, qui fait la guerre aux habitants de ce château, et ce sera là, sans aucun doute, la cause de sa mort.

Messire Gauvain sortit de la salle et trouva sa monture et ses armes toutes prêtes au bas du perron. Il monta à cheval et sortit du château : les ponts s’offraient à son regard, vastes et larges ; il s’en alla à vive allure, suivant une large rivière qui courait à travers une vallée et le conduisit jusqu’à une forêt. C’est alors que se leva un violent orage accompagné de pluie et de tonnerre : il semblait que les arbres dussent être déracinés. La pluie et le vent étaient si forts qu’il dut mettre son bouclier sur le cou de son cheval, pour éviter qu’il ne soit étouffé par l’eau. Avançant avec difficulté, il continua de suivre le cours de la rivière à travers la forêt, jusqu’au moment où, dans une clairière de l’autre côté de l’eau, il vit s’approcher un chevalier et une jeune femme qui chevauchaient avec beaucoup d’ai­sance, bien droits sur leurs étriers. Le chevalier avait un oiseau sur son poing, et la jeune femme portait une coiffe brodée d’or. Deux chiens de chasse suivaient le chevalier. Le soleil étincelait sur la prai­rie, et l’air était clair et transparent. Messire Gauvain était stupéfait de voir que de son côté il pleuvait si fort, alors que dans la clairière où s’avançait le chevalier il faisait grand soleil et très beau temps : les deux cavaliers semblaient prendre grand plaisir à leur promenade ; il ne pouvait rien leur demander, car ils étaient trop loin ; mais il aper­çut de l’autre côté de la rivière, un peu plus près de lui, un écuyer qui appartenait au chevalier. 
Cher ami, dit messire Gauvain, comment se fait-il qu’il pleuve sur moi de ce côté-ci de la rivière, et qu’il ne pleuve pas de l’autre côté ? 
Seigneur, répondit le jeune homme, c’est que vous l’avez mérité, car telle est la coutume de cette forêt. - Devrai-je supporter encore longtemps cet orage ? 
Il cessera au premier pont que vous atteindrez, répondit l’écuyer.

Messire Gauvain continua sa route, et l’orage se fit de plus en plus fort, jusqu’au moment où il parvint à un pont : il le franchit et entra dans la prairie ; il put alors remettre comme il le fallait son bouclier à son cou. II aperçut alors, juste devant lui, un château où il semblait y avoir une foule joyeuse et animée.

(Gauvain pénètre dans ce Château de la Joie, mais tous l’évitent ; un cheva­lier lui explique leur attitude : ils savent qu’il a omis de parler lorsqu’il le fal­lait. Continuant sa route, Gauvain traverse une contrée désolée et parvient d un château misérable ; un chevalier qui arrive, blessé d mort, lui donne des nouvelles de Lancelot : il est en train de se battre dans la forêt contre quatre chevaliers, et c’est en voulant l’aider qu’il a été blessé. Gauvain part aussitôt au secours de Lancelot et .l’aide d vaincre ses adversaires, mais l’un d’eux leur échappe. Ils retournent au Pauvre Château et y passent la nuit, puis repartent au matin ; Gauvain raconte à Lancelot sa mésaventure au Château du Graal, où Lancelot désire se rendre ; puis ils se séparent ; Gauvain a l’intention de rejoindre la cour d’Arthur, et Lancelot pénètre dans la forêt.)

 

  

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Mercredi 3 août 2005 3 03 /08 /Août /2005 00:00

Lancelot s’est remis en route. Il a chevauché à travers de hautes futaies, rencontré nombre de demeures et d’ermitages, mais le conte ne fait pas mention de tous les lieux où il s’est arrêté. Il sortit enfin de la forêt et se trouva dans une magnifique prairie remplie de fleurs, à travers laquelle courait une grande rivière très large et très claire ; la forêt s’étendait de part et d’autre, mais entre la rivière et la forêt se trouvait de chaque côté une prairie de vastes dimensions. Lancelot aperçut devant lui sur la rivière un homme dans un grand bateau ; il était accompagné de trois chevaliers âgés aux cheveux blancs et d’une demoiselle : celle-ci, lui sembla-t-il, tenait sur son sein la tête d’un chevalier qui était étendu sur un coussin de soie, protégé par une couverture d’hermine. Une autre demoiselle était assise à ses pieds. Au milieu de l’embarcation se tenait un chevalier qui pêchait avec un hameçon dont l’extrémité semblait être en or, et les poissons qu’il attrapait étaient de belle taille. Un petit bateau sui­vait l’embarcation, dans lequel le chevalier mettait ses prises. Lance­lot s’approcha de la rive aussi vite qu’il le put ; il salua les chevaliers et les demoiselles, et ceux-ci lui rendirent son salut fort aimable­ment. 
Seigneurs, demanda Lancelot, y a-t-il près d’ici un château ou quelque demeure ? 
Oui, seigneur, répondirent-ils, de l’autre côté de cette mon­tagne ; c’est un beau et puissant château, et cette rivière court tout autour. 
Et à qui appartient ce château, seigneurs ? 
Au Roi Pêcheur, seigneur ; les bons chevaliers s’y arrêtent quand ils arrivent dans ce pays, mais il y en a qui y ont été accueillis et dont le maître du château aurait des raisons de se plaindre !

Les chevaliers reprennent leur route sur la rivière, et Lancelot continue de chevaucher jusqu’au pied d’une montagne, où il trouve un ermitage à côté d’une source. II se dit que, puisqu’il doit se rendre dans cette noble et magnifique demeure où apparaît le Graal, il saisira l’occasion pour se confesser à l’ermite du lieu. Ainsi fit-il, après avoir mis pied à terre ; il avoua tous ses péchés et dit à l’ermite qu’il éprouvait du repentir pour tous, sauf un ; l’ermite lui demanda quel était ce péché, dont il ne voulait se repentir. 
Il me semble, répondit Lancelot, que c’est le plus doux et le plus beau péché que j’aie jamais commis. - Cher seigneur, dit l’ermite, les péchés sont doux à faire, mais le prix à payer en est amer ; il n’est aucun péché qui soit beau ni aimable, ils sont tous aussi laids les uns que les autres. 
Seigneur, dit Lancelot, ce péché que ma bouche va vous avouer, mon coeur ne peut s’en repentir. J’aime ma suzeraine, qui est reine, plus qu’aucune femme au monde, et celui qui l’a pour épouse est l’un des meilleurs rois du monde. Ce désir me semble si noble et si bénéfique que je ne puis y renoncer, et il est si profondément enraciné. dans mon ceeur qu’il ne peut s’en arracher. Ce que j’ai de meilleur en moi me vient de cet amour. 
Ah, pécheur perdu sans recours, s’exclama l’ermite, qu’avez ­vous dit ? Aucun bien ne peut venir de la luxure qui ne finisse par coûter très cher. Vous êtes traître à votre seigneur d’ici-bas et cri­minel envers le Sauveur. Des sept péchés capitaux, vous vous êtes rendu coupable de l’un des plus graves ; le plaisir que vous en avez est trompeur, vous le paierez très cher si vous pe vous en repentez rapidement. 
Seigneur, dit Lancelot, cela, je n’avais jamais accepté de l’avouer à personne. 
C’est pire encore, dit l’ermite. Il y a longtemps que vous auriez dû vous en confesser et y renoncer tout aussitôt, car aussi longtemps que vous persévérerez, vous serez l’ennemi du Sauveur. 
Ah, seigneur, dit Lancelot, il y a en elle tant de beauté, de noblesse, de sagesse et de courtoisie que celui qu’elle accepterait d’aimer ne pourrait renoncer à cet amour. 
Elle est d’autant plus blâmable, et vous aussi, dit l’ermite, qu’elle est plus belle et plus noble ; chez des êtres sans grandeur, la faute est moins grave que chez ceux de grande valeur ; en outre, cette reine est bénie et sacrée, et dès le début elle fut vouée’ à Dieu. Or voici qu’elle s’est donnée au diable par amour pour vous, et vous pour elle. Seigneur, môn cher `ami, renoncez à cette ’folie dans laquelle vous vous êtes lancé, repentez-vous de ce péché, et je prie­rai chaque jour pour vous Notre-Seigneur, afin que, si votre confes­sion et votre repentir sont sincères, il vous pardonne ce péché dans lequel vous avez persévéré de la même façon qu’il a pardonné sa mort à celui qui l’avait frappé de la lance au côté ; et j’en prendrai sur moi la pénitence. 
Seigneur, répondit Lancelot, je vous. suis reconnaissant d’inter­céder auprès de Dieu. Je n’ai nullement le désir de renoncer,,et je ne veux pas prononcer des paroles avec lesquelles mon ceeur ne s’ac­corde pas. J’accepte d’accomplir la pénitence : qu’exige un tel péché, aussi lourde soit-elle, car je désire servir ma dame la reine aussi long­temps qu’il lui plaira m’accorder sa bienveillance. Je l’aime si pro­fondément que je souhaite que jamais ne me vienne le désir de renoncer à l’aimer, et Dieu est si bon. et si compatissant, s’il faut en croire les hommes de religion, qu’il aura pitié de nous, en voyant que jamais je n’ai été déloyal envers elle,’ni elle envers moi. 
Ah, mon cher ami, dit l’ermite., tout ce que je pourrais vous dire ne servirait à rien ; que Dieu fasse naître en elle, et en vous éga­lement, la volonté de complaire à Notre Sauveur et de sauver vos âmes ; mais je veux simplement vous dire que ; si jamais vous vous arrêtez au château du Roi Pêcheur, le Graal, vous ne le verrez pas, à cause du péché mortel que vous portez dans votre coeur. 
Que Dieu et Sa tendre Mère fassent. de’ moi selon leur volonté, répondit Lancelot. 
Qu’il en soit ainsi, dit l’ermite ; c’est mon souhait.

Lancelot prit congé, remonta à cheval et quitta l’ermitage. Le soir approchait, et il se dit qu’il était temps de trouver un abri pour la nuit. II aperçut alors devant lui le château du Roi Pêcheur ; les ponts lui paraissent larges et aisés, ils ne lui font pas du tout la même impression qu’à messire Gauvain. Il examine la magnifique porte à l’entrée, où se trouvé représenté le Christ en Croix, et voit deux lions qui gardent l’entrée. Lancelot se dit que messire Gauvain était bien passé entre les lions, et qu’il ferait de même. Il se dirigea vers la porte, et les lions, qui étaient enchaînés, dressèrent les oreilles sans le quitter des yeux ; Lancelot passa entre eux sans ressentir la moindre crainte. Ils ne lui firent aucun mal. Il quitta sa monture devant l’édifice principal et, tout armé, monta l’escalier. Deux che­valiers âgés vinrent vers lui et l’accueillirent très chaleureusement, puis ils le firent asseoir sur un lit qui se trouvait au milieu de la salle, et ordonnèrent à deux serviteurs de lui ôter ses armes. Deux jeunes filles lui apportèrent un superbe habit qu’elles lui firent revêtir. Lan­celot contemplait la splendeur des lieux : il n’y avait partout repré­sentés que des saints ou des saintes, et la salle était ornée en plu­sieurs endroits de tentures de soie. Les deux chevaliers le con­duisirent ensuite devant le Riche Roi Pêcheur, dans une très belle chambre où il reposait. Il trouva le roi étendu sur un lit si magni­fiquement installé qu’il n’en avait jamais vu de plus beau ; il y avait une jeune fille à son chevet, et une autre à ses pieds.

Lancelot le salua très respectueusement, et le roi lui répondit avec l’affabilité d’un noble et saint homme. Il y avait dans cette pièce une clarté si intense qu’il semblait que les rayons du soleil y pénétraient de toutes parts ; pourtant il faisait nuit noire, et Lancelot n’aperce­vait là aucune chandelle allumée. 
Seigneur, lui dit le Roi Pêcheur ; pouvez-vous me donner des nouvelles du fils de ma sueur, qui est le fils également de Julain le Gros des Vaux de Camaalot, et qu’on appelle Perlesvaus ? 
Seigneur, répondit Lancelot, je l’ai vu il n’y a pas longtemps chez son oncle le Roi Ermite. On m’a dit, seigneur, que c’est un très bon chevalier. 
C’est le meilleur chevalier du monde, seigneur, répondit Lan­celot. J’ai eu moi-même l’occasion d’éprouver sa valeur et sa bra­voure, car il m’a infligé une cruelle blessure avant que nous ayons pu nous reconnaître. 
Et quel est votre nom ? demanda le roi. 
Seigneur, je me nomme Lancelot du Lac, et je suis le fils de Ban de Benoic. 
Ah, s’exclama le roi, vous appartenez à notre lignée ! Il serait normal que vous soyez bon chevalier, et je pense que vous l’êtes, si j’en crois ce que l’on rapporte sur vous. Lancelot, reprit-il, venez dans la chapelle où repose le Très Saint Graal, qui s’est montré à deux chevaliers qui sont venus au château. Je ne connais pas le nom du premier, mais je n’ai jamais vu personne d’aussi paisible et d’aussi silencieux, et qui plus que lui eût l’allure d’un bon chevalier. C’est à cause de lui que j’ai été saisi de langueur. Le second, ce fut messire Gauvain. 
Seigneur, dit Lancelot, le premier, c’était Perlesvaus, votre neveu ! 
Ah, dit le Roi pêcheur, êtes-vous certain de ce que vous dites ? 
Oui, seigneur, c’est vrai ; et je suis bien placé pour le savoir. 
Ah, Dieu, dit le roi, pourquoi ne l’ai-je pas su alors ? C’est à cause de lui que j’ai été ainsi saisi de langueur, et si j’avais su alors que c’était lui, je serais à présent en pleine possession de mon corps et de mes membres. Je vous en prie instamment, quand vous le ver­rez, dites-lui de venir me voir avant que je meure, et d’aller au secours de sa mère dont on tue les soldats et à qui l’on enlève ses terres, et lui seul peut lui permettre de les récupérer ; sa sueur est partie à sa recherche à travers tous les royaumes. 
Seigneur, dit Lancelot, je lui ferai volontiers votre message si je le rencontre quelque part, mais il n’est pas facile de le trouver, car il se dissimule de différentes manières, et cache son nom en beau­coup de circonstances.

Le Roi Pêcheur était très content d’avoir eu des nouvelles de son neveu, et il traita Lancelot avec les plus grands égards : Les cheva­liers le conduisirent dans la grande salle et l’installèrent à une table d’ivoire ; une fois qu’ils-eurent lavé leurs mains, on disposa sur la table une superbe vaisselle d’or et d’argent, et l’on servit des mets magnifiques et de la viande de cerf et de sanglier ; mais l’histoire dit bien que le Graal ne se montra pas lors de ce repas. Certes, Lancelot était bien l’un des trois meilleurs chevaliers du monde, mais il était coupable d’aimer la reine et de ne point s’en repentir ; et en effet, elle occupait toutes ses pensées, et il ne pouvait détacher d’elle’ son ceeur. Une fois le repas achevé, ils se levèrent de table. Deux jeunes filles aidèrent Lancelot à se coucher ; elles l’installèrent dans un lit magnifique et restèrent auprès de lui jusqu’au moment où il s’endor­mit. Le lendemain matin, il se leva dès qu’il aperçut le jour, alla entendre la messe, puis prit congé du Roi Pêcheur, des chevaliers et des demoiselles ; il quitta le château en passant à nouveau entre les deux lions, et pria Dieu qu’il lui accorde de revoir bientôt la reine, car c’était là son plus cher désir.

 

  

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Mardi 2 août 2005 2 02 /08 /Août /2005 00:00

Alors, Roland sent qu'il perd la vue,
Il se relève, il fait autant d'efforts qu'il le peut ;
La couleur de son visage s'en est allée.
Devant lui il y a une pierre grise :
Il frappe dix grands coups pleins de colère et de rage.
L'acier grince, il ne se rompt pas, il ne s'ébrèche même pas.
« Eh ! dit le Comte, Sainte Marie, aide-moi !
Eh ! Durendale, ma bonne, un tel malheur n'est jamais arrivé !
Maintenant que je vous quitte, j'ai bien des soucis à me faire pour vous.
J'ai remporté tant de batailles d'homme à homme avec vous,
J'ai combattu et remporté tant de grandes terres,
Que Charles possède, lui qui a la barbe chenue.
Que jamais un homme qui fuit devant son ennemi ne vous tienne !
C'est un fort bon vassal qui vous a portée pendant tout ce temps,
Il n'y en aura plus jamais de tel dans notre libre France. »

Roland frappe sur la pierre grise :
L'acier grince, il ne se brise pas, il ne s'ébrèche pas.
Quand le Comte voit qu'il ne peut pas fendre son arme ,
Il commence à se lamenter en lui-même :
« Eh ! Durendale, que tu es claire et blanche !
Le soleil brille sur toi et se reflète !
Charles était dans la vallée de Morienne
Quand Dieu du ciel lui envoya son ange lui demander
De te donner à un Comte valeureux :
Donc ce noble roi, ce grand roi, me l'a mise au côté.
Avec elle je lui ai conquis l'Anjou et la Bretagne,
Je lui ai conquis le Poitou et le Maine,
Avec elle je lui ai conquis la libre Normandie,
Je lui ai conquis la Provence et l'Aquitaine
Et la Lombardie et toute la Romagne ;
Avec elle je lui ai conquis la Bavière et toutes les Flandres,
Et la Bulgarie et toute la Pologne,
Constantinople, dont il a reçu le respect,
Et la Saxe, où il fait selon sa volonté.
Avec elle je lui ai conquis l'Écosse et l'Irlande,
Et l'Angleterre, où il avait son domaine.
J'en ai tant conquis pour lui de ces royaumes et de ces terres,
Pour Charles qui en est maître et qui porte barbe blanche.
Pour cette épée j'ai le coeur lourd, j'ai de la peine,
Je préférerais mourir plutôt que de la laisser entre des mains païennes !
Dieu le père, ne laissez pas la France dans une telle honte ! »

Roland frappe sur une pierre grise.
Il frappe plus de coups que je ne saurais vous dire.
L'épée grince, mais elle ne se tord pas, elle ne se brise pas,
Elle rebondit vers le ciel.
Quand il voit qu'il n'arrivera pas à la fendre,
Roland se lamente doucement en lui-même :
« Eh ! Durendale, comme tu es belle et très sainte !
Dans ton pommeau d'or il y a maintes reliques :
Une dent de Saint Pierre et du sang de Saint Basile,
Et des cheveux de Monseigneur Saint Denis,
Et un morceau du vêtement de Sainte Marie.
Il n'est pas convenable que des païens te possèdent :
C'est par des chrétiens que vous devez être servie.
Que jamais l'homme qui vous tient ne soit un couard !
J'aurai, grâce à vous, conquis beaucoup de vastes terres
Que Charles possède, lui qui a la barbe fleurie,
Et l'empereur en est puissant et riche. »

Alors Roland sent que la mort le travaille,
Qu'elle lui descend de la tête jusque dans le corps.
Il a couru jusque sous un pin,
Il se couche sur l'herbe verte, face contre terre,
Dessous lui il met son épée et son olifant.
Il tourne le visage vers la gent païenne.
Il fait cela car il veut surtout
Que Charles dise, ainsi que tous ses gens :
« Le noble Comte est mort en conquérant. »
Il se frappe la poitrine, à petits coups, plusieurs fois.
Pour demander le pardon de ses péchés il tend son gant vers Dieu.
 
Alors Roland sent que son temps est terminé.
Il est là, sur un sommet pointu, qui regarde vers l'Espagne.
Il se frappe la poitrine d'une main :
« Dieu, pardonne-moi, au nom de tes vertus,
Pour mes péchés, les grands et les petits,
Tous ceux que j'ai commis depuis l'heure de ma naissance
Jusqu'à ce jour où je suis ainsi frappé ! »
Il tend son gant droit vers Dieu.
Les anges du ciel descendent à lui.

Le comte Roland est allongé sous un pin.
Il a tourné le visage vers l'Espagne.
Le souvenir de maintes choses lui vient,
De tant de terres qu'il a vaillamment prises,
De sa douce France, des hommes de son lignage,
De Charles, son seigneur, qui l'a nourri.
Roland ne peut manquer de pleurer, de soupirer,
Mais il ne veut pas oublier sa propre personne.
Il se frappe la poitrine, il demande pitié à Dieu :
« Vrai Père, toi qui jamais n'a menti,
Et qui as rappelé Saint Lazare de la mort,
Et qui as protégé Daniel des lions,
Préserve mon âme de tous les dangers,
Malgré les péchés que j'ai pu commettre au cours de ma vie ! »
Il a offert son gant droit à Dieu ;
Saint Gabriel l'a pris par la main.
Roland incline la tête sur son bras ;
Il part à sa fin les mains jointes.
Dieu lui envoie son ange chérubin,
Et Saint Michel du Péril de la Mer ;
Et Saint Gabriel vient se joindre à eux.
Ils emportent l'âme du comte au paradis.

Par La chanson de Roland - Publié dans : chevalerie
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