Jeudi 26 juin 2008

Règles de logique

 

Nota. – L’ancien ratio ne donne pas de règles pour la logique, la métaphysique générale et la métaphysique spéciale. Les éditions de 1832 et 1858 donnent celles que nous reproduisons ici.

 

Règles d'après le ratio de 1832.

 

15. (Ce numéro est celui du ratio de 1832.)

Avant d'aborder la logique, on donnera, comme introduction à la philosophie, l'historique de cette science, on en fera valoir l'utilité, sans entrer dans de longs détails.

16. En traitant des idées, on montrera, clairement les différences qui les distinguent et les lois qui les régissent. On indiquera leurs caractères, et on insistera principalement sur l'étymologie des mots, leur usage et leur abus.

17. On donnera une notion du jugement, de la diversité des propositions et de la force de chacune d'elles. On expliquera les règles de la définition et de la division.

18. On commentera convenablement les règles du raisonnement, les différentes espèces d'argumentation, et surtout les espèces de syllogismes. On exercera avec soin les élèves à bien argumenter.

19. On leur donnera sur la vérité, l’erreur, des instructions et des règles à l'aide desquelles ils pourront discerner clairement le vrai du faux, et on leur exposera solidement, et en détail, à cet effet, les indices ou le critérium de la vérité, ainsi que les sources et les caractères de toutes ces choses.

20. On leur apprendra à reconnaître ce qui distingue la science et la foi, l’opinion, l'ignorance et l’erreur, les espèces et les lois de la démonstration ; les règles générales de la critique et de l’herméneutique (interprétation), tout ce qui est enfin de nature à nous faire connaître, soutenir et défendre la vérité.

 

D'après le règlement de 1858.

 

1. On commencera par traiter, rapidement et en se mettant à la portée des élèves, de la nature de la logique, de son objet, de son but, et des parties qu'elle renferme. Arrivé à la seconde partie de la logique qui dès lors est une science, on discutera, soit au commencement, soit à la fin de cette partie, les mêmes questions avec plus de développement.

2. On traitera ensuite, autant qu'on peut le faire, de l'idée, de ses divisions, savoir : le genre, l’espèce, la différence, le propre, l'accident et ce qu'on appelle catégories ; de la notion et de la division du signe, des termes, de leurs modalités et de leurs divisions, surtout des homonymes, des mots à double sens et des synonymes ; des mots simples et composés ; on étudiera avec beaucoup de soin la définition et la division.

3. On traitera ensuite de la notion et des divisions du jugement et de la proposition ; du vrai et du faux des propositions, et de leurs autres propriétés ; de l'opposition, de l’équivalence et de la conversion des mêmes propositions.

4. De la nature et des principes du raisonnement ; des différentes sortes d’argumentation et principalement du syllogisme, de sa construction et de ses règles ; on expliquera chacune d'elles très clairement.

De la recherche du moyen terme ; des sophismes, des différentes espèces de syllogismes ; de l'induction et des autres formes d'argumentation.

5. De la démonstration, sa nature et ses principes ; des moyens employés. Des genres de démonstrations, analytique, synthétique, rapports de l'une à l'autre. On expliquera encore la méthode et les règles de la dispute philosophique.

6. Du vrai en général et de la vérité logique en particulier ; le vrai vient-il des sens ou de l'intelligence ? Est-ce le simple fonctionnement de l'intelligence ou bien le jugement seul qui nous le donne ?

7. De l'ignorance, du doute, de l'opinion, de la probabilité et de ses différents degrés ; de la certitude, de l'évidence et des parties qu'elles renferment ; l’une l’emporte-t-elle sur l'autre ? De l'erreur et de ses sources.

8. De la nature et des parties dont se compose le sens intime ou conscience; montrer ce qu'il peut donner et ce qu'il ne peut pas donner de certitude. Défendre l'existence des corps contre les idéalistes, et la vérité fournie par les sens externes contre les sceptiques.

9. De l'intelligence et du raisonnement. Après avoir expliqué les universaux et surtout l’espèce, insister sur l'existence des concepts universaux. Démontrer que la réalité objective, comme on le dit aujourd'hui, répond à ces concepts. Réfuter ceux qui prétendent être des critiques transcendants. Enfin (pour réfuter principalement quelques panthéistes modernes), prouver que l'unité du concept universel se trouve, dans la nature des choses, non en acte, mais seulement et fondamentalement en puissance ou implicite d'agir.

Des jugements immédiats ; comment tous les jugements viennent de la comparaison des idées. - Du raisonnement. De la prescience et des notions anticipées. Montrer de quelle manière de nouvelles connaissances sont acquises par le raisonnement ; pourquoi une conclusion légitime ne peut renfermer cachée en elle une erreur, et comment les prémisses sont forcément en parfait accord avec la conclusion.

10. Traiter de la nature de l'autorité et de la foi qui s'appuie sur l'autorité ; démontrer la certitude de la foi, ce qu'elle est, et son importance. - Parler ici des principes de l'art de la critique et de l'herméneutique, de ce qui se rapporte aux instruments, aux témoins ; et après avoir exposé les règles à l’aide desquelles on s'assure s’ils nous donnent la vérité, ajouter quelques considérations sur l'abus de la critique et surtout de celle qu'on appelle critique intérieure.

11. Montrer l'absurdité d'un scepticisme universel. Chercher jusqu'à quel point on doit approuver le doute qu’on appelle méthodique. Quand doit-on le rejeter ? Expliquer que l'on ne parvient pas à la véritable connaissance des choses, par la seule constatation de leur existence, et par la seule intelligence, mais bien par l'intelligence et l'expérience réunies.

12. Expliquer la nature et la puissance du sens commun, qui est distinct de ce que nous appelons consentement universel ; montrer que ni l'un ni l'autre ne peuvent être regardés comme la règle universelle du vrai ou le principe de la certitude, et expliquer alors comment l'intelligence naturelle de chacun peut et doit être admise comme principe de certitude, abstraction faite de tous les autres moyens et des autres motifs de certitude.

13. Après avoir donné la définition de la science où l'on distingue ce qui est de l'intelligence d'une part, de l'opinion et de la foi de l'autre, traiter du rapport entre la foi et la science, et démontrer que de même qu'il faut qu'un peu de science précède toute foi divine ou humaine, de même la foi donne naissance à une certaine science. Montrer encore qu'il est raisonnable de croire certaines choses qui échappent à l'intelligence dont elles dépassent les limites. Traiter de l'unité de la science, des distinctions qu'il faut y reconnaître, expliquer comment les différents genres de connaissances ont cependant des liens communs qui les unissent.


 

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Jeudi 26 juin 2008

Règles de métaphysique

 

D'après le ratio de 1832.

 

21. Dans la première partie qu'on appelle Ontologie on expliquera les principes de la démonstration, les propriétés et les espèces des êtres, surtout les universaux, les attributs, les modes, les relations, etc. ; la substance, l'accident, la force, les principes et les causes ; l'espace, le lieu, la durée, le temps, le mouvement, etc.

22. Dans la Cosmologie on traitera de l'origine du monde ; des corps et de leurs éléments ; de la perfection du monde ; de la nature et de ses lois ; des effets surnaturels et du critérium du vrai miracle. On dira comment, d'une manière générale, on reconnaît le vrai miracle, sans toucher cependant à ce qui se rapporte à la révélation ou à la physique.

23. En psychologie, on expliquera ce qui se rapporte à l'essence de l’âme humaine et à ses facultés, on traitera en conséquence des sensations, de l'imagination, de la mémoire; de la nature de l'intelligence et de la raison; de la sympathie et de l’aversion, de la spontanéité ; de ce qui est volontaire et libre ; de la liberté de l'âme humaine. On montrera la différence essentielle de l’âme et du corps ; la simplicité, la spiritualité et l'immortalité de l'âme. On parcourra les questions relatives au siège de l’âme, de son commerce avec le corps ; de la nature et de l'origine des idées ; de l’âme des brutes[1] ; on exposera à ce sujet les systèmes des philosophes célèbres.

24. En Théologie naturelle, on s'occupera particulièrement de ceux qui ne font pas de théologie scolastique, afin de leur donner une solide instruction sur Dieu, son existence et ses attributs, sur la nécessité de la révélation, la vérité et la crédibilité dit la religion chrétienne, à moins qu'on ne préfère reporter à la philosophie morale tout ce qui concerne la religion.

 

Règles de métaphysique générale (d'après le règlement de 1858)

 

1. De l'objet de la Métaphysique, de son rôle qui est d'expliquer les causes les plus approfondies des choses. - Des premiers principes, comment on les connaît - peuvent-ils être démontrés ?

2. Du concept le plus général de l'essence - montrer que les êtres sont semblables quant à leur essence. De l'unité, de l'identité et de la distinction - traiter de la distinction entre les parties constitutives essentielles d'une chose et ses attributs. - Du vrai et du faux. - De la bonté et de la malice. - De l'ordre. - Du semblable et du dissemblable. - Expliquer les notions générales touchant le beau, le sublime qui appartiennent à la métaphysique des arts (esthétique).

3. Du concept du fini et de l'infini ; chercher à ce propos si une multitude infinie est possible.

4. Du possible et de l'impossible. - Montrer à ce propos que la possibilité en soi de toutes choses ne dépend pas de la puissance et de la volonté de Dieu, mais qu'elle est fondée sur la nature même de Dieu.

5. De l'essence et de l'existence ; du concept de la substance ; de la substance simple et composée ; de la nature et de la subsistance, de l'accident et de la relation.

6. Du principe et de la cause. S'occuper ici du principe de causalité et de la raison suffisante. Des différentes espèces de causes ; à ce sujet, traiter non seulement de la cause efficiente et finale, mais encore de la cause formelle et matérielle. - De la cause universelle et particulière, et de la cause nécessaire et libre.

 

Règles de métaphysique spéciale (d'après le règlement de 1858)

 

1. De la nature, des principes intrinsèques et des éléments des corps ; exposer ici non seulement les systèmes des atomes et des éléments simples, mais encore la doctrine des docteurs scolastiques sur la matière, la forme et la privation. Sans cette étude, les disputes, soit philosophiques, soit théologiques, les plus importantes des anciens ne pourront être comprises.

2. De la quantité, de l'extension, de la continuité, de la qualité, de la pénétration, et de la réduplication des corps.

3. Du mouvement, de la durée et du temps ; de l'espace et du lieu.

4. De la causalité physique et de l'action des corps, défendre ici les véritables causes efficientes des créatures non seulement spirituelles mais encore matérielles.

5. Des lois de la nature, de leur permanence et de leur contingence, et montrer que les miracles sont possibles et qu'on les reconnaît par des effets naturels.

6. De la naissance et de la destruction des choses naturelles, de leur changement et de leur évolution ; parler ici, autant qu'on le jugera utile, des différents systèmes de cosmogonie et de géologie, et réfuter les systèmes impies et absurdes.

7. De la vie au point de vue universel. De la vie organique, de la vie sensitive, et de l’âme des bêtes.

8. Montrer que l'âme de l'homme par sa nature d'être intelligent est non seulement simple, c'est-à-dire non composée de parties en dehors d'elle, mais qu'elle est encore spirituelle, ce qui signifie substance tellement indépendante de la matière que sans elle, elle peut exister et agir, et c'est par cette immatérialité qu'elle diffère essentiellement de l'âme ne des bêtes ; prouver ensuite que l’âme raisonnable est nécessairement créée, et qu'elle est tellement unie au corps qu'elle est formée véritablement et immédiatement en même temps que lui, réfuter avec soin les systèmes qui nient cette unité de la nature humaine.

9. De la puissance de sentir et surtout du sens intime ; atteint-il seulement les affections ou leur substance ? comment la sensation diffère-t-elle de la connaissance intellectuelle du moi ? réfuter, ici, l'opinion de ceux qui pensent que la conscience qui affirme à l’homme l’existence de sa personnalité (ce qu'indique le pronom je ou moi) comprend seulement son âme et nullement sa nature composée de l’âme et du corps.

10. De la sensibilité extérieure, c'est-à-dire des sensations et des différents sièges de la sensation ; chercher ici comment et par quelles sensations on prend connaissance de l'existence des corps ; réfuter ceux qui nient que les sens puissent vraiment faire connaître un objet qui leur est propre. Enfin parler de l'imagination et des songes ; et ajouter quelque chose concernant les erreurs des phrénologues.

11. De l’intelligence et surtout de l'origine des idées ; réfuter les erreurs de ceux que l'on appelle empiriques et sensualistes, qui font tout venir des sens, et les erreurs des Idéalistes modernes et surtout de Kant ; exposer les deux systèmes dont l'un soutient que la perception immédiate des choses de l'intelligence est, soit en elles-mêmes, soit en Dieu, et l’autre que la connaissance des choses de l'intelligence vient des sens par abstraction. Si pour toutes choses, en général et en particulier, le maître n'adhère pas à cette dernière opinion, soutenue par saint Thomas et par les docteurs scolastiques, il devra adhérer moins encore à la première opinion, pleine de dangers et de difficultés ; il prendra garde de ne pas taxer d'erreur trop facilement les opinions des autres philosophes, ou de ne pas attaquer trop vivement des opinions qui tout en étant douteuses ne renferment cependant rien de répréhensible.

12. Traiter ici plus complètement de la nature du jugement et prouver que c’est un acte non de volonté mais d’intelligence. - De l'attention, de la réflexion, de l’association, de la reproduction des idées par la mémoire, et du fait de les reconnaître. De la parole, de son utilité, de sa nécessité, et réfuter à ce sujet les partisans de la tradition.

13. De l'appétit sensitif, de la volonté et du libre arbitre de l'homme.

14. De l'immortalité de l’âme humaine, de la fin dernière ; traiter brièvement ce sujet qui sera beaucoup plus développé dans l'Éthique.

15. De l'existence de Dieu. Montrer ici que l'existence de Dieu peut et doit être démontrée d'après les effets, et développer avec soin les principaux arguments à l'aide desquels se fait cette démonstration.

16. De l'unité et des attributs absolus de Dieu ; montrer avec un soin particulier que Dieu est véritablement infini, éternel, immense, immuable, d'une simplicité parfaite, absolument pur, qu'il est vie intellectuelle, subsistante, et ces preuves serviront à réfuter les opinions des panthéistes modernes qui font de Dieu un être indéfini, potentiel, n'étant pas immuable et, comme ils le disent, impersonnel.

17. De l'intelligence et de la volonté divine ; démontrer avec le plus grand soin la liberté d'indifférence de Dieu, surtout dans la création. Du reste, on en parlera ainsi que de la justice, de la bonté et de la prescience de Dieu, sans s’engager dans des controverses théologiques.

18. Après avoir donné soigneusement une explication naturelle de la création, montrer que le monde n'est pas le produit d'une matière préexistante, qu'il n'a pu émaner de la substance de Dieu ; que toute chose créée est, dans son essence, totalement différente de Dieu chercher également si une création éternelle est possible ; traiter de la perfection du monde, de sa fin dernière, et réfuter le système nommé optimisme.

19. Enfin, montrer que le concours de Dieu en ce qui touche les actions des créatures est distinct de la conservation des causes créées. En dernier lieu, parler de la Providence divine, même en ce qui concerne le mal.


 

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Jeudi 26 juin 2008

Règles du professeur de Philosophie morale

D'après l'ancien ratio (1616).

 

1. Il devra comprendre que l'objet de son enseignement n'est pas de faire des digressions dans le domaine de la théologie, mais d'expliquer rapidement, sérieusement et savamment les principaux chapitres de morale renfermés dans les dix livres de l’Ethique d'Aristote.

2. Là où la morale n'est pas enseignée par le professeur même de philosophie, le professeur de morale exposera aux métaphysiciens les questions les plus difficiles de cette science, et il y consacrera, tous les jours, trois quarts d'heure ou une demi-heure.

3. On répétera la morale au moins tous les quinze jours, à l'époque fixée par le Recteur, alors même qu'il faudrait supprimer pour cela une répétition de métaphysique.

4. Comme les élèves de métaphysique ont, soit à l'intérieur ou en classe, des disputes mensuelles, ils joindront toujours à leurs conclusions une proposition de morale que l'argumentant métaphysicien discutera pendant un quart d'heure.

 

D'après le ratio de 1832

 

NO 25 du règlement de 1832. Le propre de ce cours étant d'expliquer savamment et sérieusement la morale d'après les preuves fournies par la raison, on ne fera pas de digressions dans le domaine pur de la théologie, à moins qu'en dehors du sujet, il ne faille prouver en peu de mots, et dans des circonstances opportunes, quelque chose d'après la révélation.

26. Les questions de métaphysique que nous avons indiquées plus haut ayant été traitées, le professeur de philosophie morale parlera de la fin particulière ou du bonheur de l'homme ; de la moralité des actions humaines et de ce qui est nécessaire pour comprendre les préceptes de morale ; de la loi naturelle et de ses propriétés ; des devoirs généraux et particuliers de l’homme envers Dieu, envers le prochain, envers lui-même.

27. Vers la fin du cours, il expliquera les principes du droit public. On pourra cependant, si on le trouve plus à propos, traiter, après les notions préliminaires, ces matières, de pour qu'en différant d'en parler, elles ne soient quelquefois passées sous silence.

28. Les répétitions de morale auront lieu au moins tous les quinze jours, ainsi que le Recteur l'aura fixé. On ajoutera toujours dans les disputes mensuelles quelques conclusions tirées de la philosophie morale.

29. Le cours sera achevé dans l'espace d'une année, à moins que l'usage de l'académie n'exige qu'il en soit autrement.

 

D'après le règlement de 1858.

 

1. De l'objet et des parties de la philosophie morale.

2. De la fin, du bien et du mal en général. De la fin dernière et du bonheur de l'homme ; du but de cette vie.

3. De la nature de la liberté et de la moralité des actes humains. Des passions et des habitudes. Traiter ces questions avec soin et solidement.

4. De la loi morale en général, et de la loi naturelle en particulier ; de son concept et de son existence ; établir, surtout à ce propos, la différence essentielle du bien et du mal ; chercher le principe de la connaissance dans la nature raisonnable complètement étudiée, et le principe de l'obligation dans la volonté de Dieu sans laquelle il n'y a pas d'obligation parfaite. Du fondement de ces deux principes qui est Dieu même. Défendre ces principes contre les partisans de Kant et plusieurs autres philosophes. Ajouter les questions suivantes : y a-t-il, comme prétendent quelques scolastiques, certaine obligation émanant de la seule nature raisonnable ? Cette obligation, comme l’affirment des philosophes modernes, est-elle le principe déterminant la volonté divine à nous obliger ? Réfutation de ceux qui prétendent que la loi naturelle, ne tire sa force que de l'utile et du sentiment.

5. De la conscience, de la vertu et des vices.

6. Des devoirs envers Dieu et principalement du culte intérieur et extérieur ; introduire ici quelques questions touchant la philosophie de la religion.

7. Des devoirs envers soi-même, et l'on parlera à ce propos de l'immoralité du duel, du suicide et du droit de repousser une injuste agression.

8. Des devoirs envers le prochain ; des devoirs de charité et surtout des devoirs de justice. De la nature du droit et de ses parties. Des droits simultanés de la liberté extérieure et de la liberté de conscience. Du droit touchant l'honneur et la réputation. Des droits acquis surtout relativement à la propriété et aux contrats. Réfutation des systèmes socialistes et communistes.

9. De la vie sociale en général ; réfutation du Contrat social de J.-J. Rousseau. De la famille, du mariage ; de la puissance paternelle ; jusqu'à quel point s'applique-t-elle ? De la puissance des maîtres et de la servitude. Du droit concernant les héritages.

10. De la société civile, de sa nature et de sa fin. Du souverain pouvoir qui existe d'après la loi naturelle considérée en elle-même, et non d'après des conventions humaines. Des différentes formes de gouvernement, démocratique, aristocratique, monarchique et gouvernement mixte. Toutes ces formes sont en elles-mêmes conformes à la loi naturelle quoique, dans certaines circonstances, telle ou telle forme soit préférable. Du pouvoir suprême ; en déterminer de différentes manières l'application légitime, faire preuve à ce propos d'une grande circonspection, et montrer, entre autres choses, combien les théologiens différaient autrefois d'opinion touchant le pouvoir suprême dans la société primitive, comparé au système que l'on préconise aujourd'hui, et qu'on appelle suprématie du peuple.

Dire comment on doit changer la constitution d'un état dès que, d'après les principes posés plus haut, on est amené à regarder comme agissant injustement : 1° ceux qui malgré l'opposition d'une partie des citoyens tentent d'introduire une nouvelle forme de gouvernement ; 2° ceux qui au nom de l'intérêt public et s'autorisant de ce prétexte, s'arrogent le droit de changer le représentant du souverain pouvoir. Ajouter quelques choses sur la loi civile au pouvoir de faire des lois. Court exposé du pouvoir exécutif et administratif. Du pouvoir de punir ; on soutiendra ici la légitimité du pouvoir exécutif.

11. Du droit des gens, des traités entre nations. Du droit de la paix et de la guerre.

12. Ajouter ici une question où l'on montrera, en admettant préalablement l'institution divine de l’Eglise, ce que l’on doit penser de ses rapports avec le pouvoir civil d'après les principes du droit naturel. On affirmera l'entière indépendance de l'Église à l'égard ,du pouvoir civil en ce qui concerne ses intérêts, comme société parfaite. On soutiendra l’obligation de ce pouvoir civil d'obéir à l’Église non seulement en ce qui concerne le culte divin, mais encore, autant que possible, l'obligation d'accommoder l’administration civile aux besoins et à l'avantage de l'Eglise.

On ne traitera pas du pouvoir de l’Eglise sur les royaumes temporels, sur les princes, les magistrats ; mais, d'après les principes ci-dessus énoncés, on s'occupera avec prudence et modération de quelques droits et de quelques faite particuliers, tels que la liberté du culte qui, toute tolérée qu'elle soit dans certaines limites, pour se conformer au temps et aux lieux, n'en est pas moins en elle même impie et injuste. Du droit de l'Église de posséder et d'administrer des biens temporels. Des lois civiles applicables aux crimes commis contre la religion. Du placet royal.

 

XI. Nos professeurs traiteront donc ces matières de façon à n'en omettre aucune, et ils les traiteront avec soin et solidement. Ils insisteront cependant plus longtemps sur celles qui, en raison du temps et des lieux, sont reconnues comme contribuant plus que les autres au but que nous nous proposons.

Si, dans l'explication d'un auteur autorisé par nous, certains chapitres ne traitent pas complètement quelques questions utiles à étudier, le professeur les ajoutera, en les dictant.

Quoiqu'il ne soit pas obligé d'expliquer chaque question dans l'ordre indiqué plus haut, il aura cependant soin de ne pas les traiter confusément, et il ne se croira pas permis de remettre à une autre année ce qui a été désigné pour telle ou telle année.

XII. Pour parer aux graves inconvénients qu'engendre la liberté des opinions, nos PP. réunis en assemblée ont manifesté le désir qu'en dehors des chapitres des matières à enseigner, on dressât une liste des opinions qui doivent être exclues dans nos collèges. Pour répondre à ce désir dans la mesure de nos forces, nous avons mandé aux Provinciaux de faire dresser dans leurs Provinces respectives cette liste, et de nous la faire parvenir. C’est cette liste énumérant les opinions interdites à différentes époques par nos prédécesseurs et par les Provinciaux que nous soumettons ici aux Supérieurs qu'elle intéresse, et nous leur recommandons instamment de ne pas tolérer qu'aucun des Nôtres soutienne ces opinions.


 

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Vendredi 5 janvier 2007

J’avais primitivement l’envie de jouer avec la lettre G, à titre de gag qui permettrait de se gausser par un Glossaire non dénué de Gongorisme . Mais Il ne faut pas s’égarer en Gouaille ou se gargariser de Gaudrioles qui ne sont pas de mise en ce lieu, pas plus qu’un Gloussement voire un Gondolement même sans godille. Gare à la gloriole me dis-je goguenard comme à l’accoutumée, en pensant à cette lettre G. Ne glissons pas dans le glauque mais ne glandons pas sur ce globe. Inutile de gigoter, de gesticuler, de geindre, de regimber, de goberger et de gémir, générons, galvanisons, sortons des gangues qui nous engluent, faisons galoper nos esprits, germer nos idées, gagner nos principes trop souvent galvaudés. Vouons aux gémonies, juste un instant, les galbes et les gambettes des geishas qui agrémentent nos galipettes en cherchant le point G. Soyons le gang bang de la gamberge, les généreux géniteurs   d’un  humanisme régénéré.  

 

Cornegidouille, ventre saint gris, je m’égare...arrêtons ce gachis , ces grumeaux de verbiage, cette gabegie de G, ce galimatias fait pour amuser la galerie qui peut en agacer quelques uns et en gonfler quelques autres.   Ce G permet donc de tout dire , c’est un générique assez génial. G dit.  

 

La lettre G, la septième lettre et la cinquième consonne de l’alphabet, je devrais dire de notre alphabet, même si dans leur grande majorité, ils varient peu jusqu’à cette lettre, ne manque pas de surprendre le compagnon que nous restons tous...

Notre rituel nous suggère un certain nombre de mots qui seraient liés à la lettre G, tels géométrie, génération, gravitation et Gnose. N’ayant jamais entendu d’exposé sur ce dernier, je me suis décidé, malgré une réticence naturelle à l’effort, à entamer une réflexion sur ce sujet la Gnose. 

 

Ce mot Gnosis nous vient du grec, lequel constitue la racine en latin du verbe cognoscere  signifie connaissance. Ajoutons à titre indicatif que le mot grec Gnostikos signifie « celui qui sait » et celui là pourrait s’approcher de l’initié. C’est ainsi que le concevaient les gnostiques. Voilà une raison supplémentaire pour s’intéresser à la Gnose. Il apparaît à la simple réflexion que l’énumération donnée par notre rituel ne comporte pas un terme que le pasteur Anderson aurait probablement cité en premier lieu dans sa langue maternelle pour illustrer la lettre G : GOD. Il eut pu ajouter GOOD GOD mais bon dieu, la traduction littérale, nous égare peut-être de notre sujet mais en apparence seulement...  

 

Revenons enfin à la Gnose, et pour conserver l’usage de la lettre G , attachons nous à en tracer même sommairement la genèse avant d’en faire la glose.  

 

S’il fallait donner en préambule un ambryon de définition de la gnose, c’est probablement par son contraire qu’il faudrait la présenter tant il est vrai que nous entendons parler plus souvent d’agnostiques que de gnostiques. Un agnostique en effet est celui qui n’admet comme réalité que le monde expérimental, le monde sensible matériel, concret qu’il estime être le seul entrant dans le champ du connaissable. Cette position conforte l’alliance du rationnalisme et du matérialisme.

Rappelons au passage que l’agnostique se différencie de l’athée, au moins dans le sens moderne du terme, lequel se contente de nier l’existence d’un dieu ou plus exactement il refuse d’adhérer aux raisons de croire à l’existence d’un dieu. Bien sûr l’athéisme contrairement à l’agnosticisme n’est pas une doctrine.  

 

A l’opposé, pour simplifier dans un premier temps, la gnose se présente comme une connaissance purement intuitive et une expérience strictement personnelle qui donne accès au divin ou pour utiliser un terme plus générique, au transcendant ou à une forme de métaphysique. Cette approche essentiellement spiritualiste fait davantage appel à l’intelligence du coeur qu’à la raison, au moins dans la pensée des premiers gnostiques lesquels ont constitué une secte à l’origine. La question se posera de savoir si il n’existe pas encore aujourd’hui un certain sectarisme gnostique ce qui n’exclue pas un sectarisme agnostique non plus... 

 

La pensée gnostique, dont on peut lire fréquemment qu’elle est néo-platonicienne, à défaut de racines peut être reliée à divers grands mouvements de pensée tant en occident qu’en orient : On y retrouve l’importance de l’âme chère aux égyptiens et reprise par Pythagore, la dualité du bien et du mal constituant essentiel de l’univers des mazdéens reprises dans les doctrines manichéennes, lesquelles ont largement influencé bien plus tard, le Catharisme. L’idée de salut par la connaissance, la prise de conscience de la part de divin en soi, l’affimation que le monde n’est qu’une illusion dont il faut s’affranchir, et enfin la recherche de l’intériorisation comme moyen d’élévation de soi, ces thèmes développés par les gnostiques se retrouvent tant dans le mouvement de la pensée grecque que Bouddhique mais aussi chez les Esséniens, chez les Astrologues de Babylone ou en Inde dans les Upanishads ( textes indous écrits entre le XVIII° et le VIII° siècle avant notre ére – textes védiques – véda signifie savoir science en sanskrit ) 

Sans remonter aussi loin, il est fréquemment admis que la pensée gnostique s’est développée tout particulièrement dans l’émergence du monde judéo-chrétien bien qu’elle l’ait largement précédé et sur lequel elle s’est greffée presque dès les origines.                                                          :.

Les premiers gnostiques répertoriés et désignés comme tels au deuxième siècle de notre ére, Valentin, Marcion et Justin pour ne citer que les plus célèbres, mélaient semble-t-il la tradition juive et la philosophie religieuse des Grecs dont ils avaient été nourris, tout en adoptant de façon très personnelle l’enseignement d’un christianisme naissant et dont le contenu n’était pas encore parfaitement défini. 

 

Ainsi pour eux le vrai Dieu ne pouvait pas être source de tout et notamment source du mal. En celà ils suivent Platon qui avait énoncé que « dieu n’est pas cause de tout ; il n’est cause que du bien ; il n’est pas responsable des maux ». Les guerres, la corruption, l’omniprésence et l’omnipuissance des romains à cette époque, tous ces malheurs,  ne pouvaient pas être le fait de Dieu qui avait dit lui même « mon royaume n’est pas de ce monde » . Ainsi les gnostiques établissaient-ils un lien entre le monde décrit par Platon et celui annoncé par le Christ dans leur représentation du dualisme de ce monde, celui du mal sur terre et celui du bien qui n’est pas ici bas, vers lequel on peut tendre par la connaissance. La gnose devient pour eux la connaissance de la connaissance, la connaissance de dieu qui passe par et aboutit à la connaissance de soi même.  

 

   Connais toi toi même et tu connaitras l’univers et les dieux

Je voudrais à cet instant faire une petite disgression sur la citation qui vient d’être énoncée laquelle est largement détournée de son sens lorsqu’elle est élidée. Pourquoi ne cite-t-on toujours que la première partie de cette phrase célèbre , ce qui la dénature ? Dailleurs ceux qui la dénaturent, trop souvent la détournent à leur profit et pratiquent davantage le «  connais moi, moi même » qui n’est qu’une forme d’exhibitionnisme à visée psychanalytique très pratiqué en maçonnerie. 

 

 

La gnose, chacun l’a bien compris, n’est pas un  savoir, mais elle s’interprète déjà dans le sens que lui donnera bien plus tard Paul Claudel de co-naissance. En langage contemporain nous dirions que pour les gnostiques, l’homme comme le monde est duel. Déjà formulée par Aristote, Cette dualité pour l’homme est celle de l’être de chair qui est aussi être de lumière, laquelle est d’essence divine. De cette façon l’homme devient parcelle de divin qui, elle, subsistera après la mort, libérée de sa gangue charnelle. Le corps n’est qu’une enveloppe passagère qui peut être entrainée à des excès sans que l’âme en patisse. Mais la mort ne libère pas nécessairement l’homme de l’emprise du Démiurge. Seuls ceux qui se sont libérés par la gnose y parviennent ; les autres doivent revivre une autre existence, ce qui suggère une doctrine de la réincarnation que n’aurait pas reniée Pythagore lui-même tout comme le mythe de l’ascension des âmes.  

 

Reprenant à leur compte l’évangile de Thomas citant Jésus, les gnostiques considèrent que le destin de l’homme est de parvenir par la gnose à la connaissance de l’ineffable réalité divine d’où il provient et où il doit retourner.

Pour les alchmistes ici présents, précisons que l’étincelle divine qui est en nous correspond pour les gnostiques à l’or spirituel, ultime stade des sept degrés de l’univers décrits par Claude Ptolémée. La sphère saturnienne correspond à la matière ; elle est symbolisée par le plomb. Puis après la mort du corps et sa décomposition suivent un certain nombre de transmutations qui traversent Jupiter, assimilée au zinc, Mars au fer, Mercure le vif-argent, la lune l’argent pour atteindre enfin le soleil, l’or. Les gnostiques considéraient que ces différents métaux matérialisaient les différents stades d’évolution de la matière sur la voie de la perfection, celle de l’or que seule la gnose permettait d’atteindre.  

 

 

On peut trouver ici une filiation à travers cette résurrection des métaux, avec le mythe  égyptien d’Osiris, les mystères orphiques et Dyonisiaques et certains mythes perpétués par la franc maçonnerie . 

 

Bien sûr il est possible aussi, d’étendre, par de subtiles correspondances, la palette des métaux décrits plus haut aux couleurs.Théophrastus Bombastus von Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse voyait dans le souffre le médiateur entre le corps et l’esprit et dans le sel , présent aussi dans nos rituels, l’origine de toutes les couleurs, qu’il définit comme la lumière coagulée du monde. Chacun pourra à son goût approfondir ces sujets que certains cercles maçonniques au XVIII° à tendance gnostico-hermétiques ont développé. Au Plérome, le monde du divin s’oppose chez les gnostiques, le Kérome, le monde des apparances et de la matière. Son créateur qui resssemble au Jéhovah de l’ancien testament se distingue voire s’oppose au dieu de lumière et de bonté, seul vrai dieu mais inconnaissable. Alors que Platon dans le Timée imagine le démiurge comme un poète qui crée un cosmos aux proportions harmonieuses, la gnose lui attribue la création d’un monde dénaturé inachevé, un chaos.  

 

Sur le plan éthique, les gnostiques considèrent que les lois morales, qui doivent être évolutives et adaptées par chacun, n’ont d’autre objet que d’assurer la vie en société. Elles constituent un arsenal juridique propre à réguler les relations entre individus. Les suivre n’apporte rien pour le salut de l’individu lequel ne peut s’obtenir que par la voie spirituelle et individuellement. Les êtres de chair sont freinés dans cette quête par la pesanteur de leur propre nature matérielle et ils ne sont pas égaux entre eux devant la spiritualité. Nous retrouvons comme chez Pythagore une certaine forme d’élitisme. 

 

Il existe des êtres de lumière considérés comme des messagers du divin qui sont chargés d’aider l’humanité dans sa quête de la gnose. Parmi beaucoup d’autres, Jésus est de ceux là. Cette thèse se rapproche de celle du livre des grands initiés d’ Edouard Shuré que chacun connaît ici, grands initiés auxquels il est fait référence dans le rituel du deuxième degré..

 

A titre indicatif, Le soufisme connaît des catégories similaires, le stade ultime étant celui des Malamati dont l’état est assimilable à celui de prophète, alors que le Sufi se contente, si on peut dire , d’avoir accès à la gnose.  

 

On perçoit déjà dans l’approche gnostique, ce qu’un auteur a défini comme l’hellenisation du christianisme. La gnose en bien des points s’éloigne de la foi chrétienne et notamment en ce qu’elle est une expérience personnelle du transcendant sans adhésion à un dogme. Elle est aussi l’affirmation que l’homme peut assurer seul son salut. Les théologiens du christianisme dénonceront très tôt cette hérésie adoptée plus tard par les cathares et combattue par l’inquisition.L’étincelle divine des gnostiques qui pousse à la connaisance de dieu fait partie intégrante de l’âme protestante dans sa recherche individuelle du salut. Les Luthériens y étaient plus sensibles que d’autres . La même approche se retrouve chez les rose-croix mais aussi chez les mystiques anglais influencés par le théosophe mystique allemand du XV° siècle, Jacob Böhme puis dans la philosophie de l’idéalisme allemand avec Hegel et Schelling. Cette influence se retrouve enfin, dans la littérature contemporaine notamment chez Joyce, Rimbaud, Breton et Artaud.  

 

De nos jours encore des résurgences de gnosticisme persistent notamment dans le syncrétisme de la société théosophique créé par Hélène Blavatsky fin XIX° mais dont les thèses racistes ont alimenté la pensée national-socialiste allemande :  ( le but de l’humanité c’est l’ascension du corps matériel et sexué vers un corps éthérique de lumière ; mais cette ascension se fait à partir de la race mère qui est la race Aryenne située pour elle aux USA de son époque ) 

 

 Ainsi des mouvements gnostiques se retrouvent dans les religions chrétiennes, y compris dans le Judaïsme et dans l’Islam notamment à travers le Soufisme. Alors la question se pose de savoir pourquoi ce terme de Gnose, figure dans l’interprétation de la lettre G. L’influence protestante y est probablement pour beaucoup. N’est-ce pas précisément la gnose qui a généré les condamnations papales de la F.M. libérale, en ce qu’elle permet un accès directe à un être transcendant en ignorant l’église ?  

 

Mais les Maçons ne sont pas nécessairement des gnostiques au sens originel du terme. Pour éviter toute référence christique, la gnose en F.M. libérale est souvent présentée comme étant la connaissance initiatique. L’impétrant en d’autres termes, comme Mr Jourdain avec la prose, ferait de la gnose sans le savoir. Il s’agit, en effet, comme pour les gnostiques, non pas d’un savoir mais de la découverte du sens caché des choses et du monde, par une recherche personnelle et nous concernant, aux moyens des symboles. Il n’est probablement pas abusif d’assimiler cette co-naissance à une renaissance telle que nous la faisons vivre à l’initiation. Là aussi la connaissance, comme toute expérience initiatique, est plus affaire de coeur que de raison. Mais là s’arrête la comparaison et l’utilisation du terme de gnose dans le rituel, à ce stade, sauf si la définition de la gnose se limite à celle de « prise de conscience » me paraît abusive, mais celà n’engage que l’auteur de ces lignes.  

 

Cette courte reflexion n’avait pour but que de contribuer à réfléchir sur la gnose certes mais aussi par voie de conséquence, sur l’initiation et sur les définitions que nous voulons  donner aux mots que nous employons. Je laisse donc à chacun le soin d’alimenter sa propre analyse sur ce chemin ou sur tout autre, tant il est vrai que ce qui importe, est moins le but à atteindre que le chemin parcouru pour y parvenir.  G dit.

 

 

par AJT publié dans : spiritualité
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Mardi 18 avril 2006

On peut dire que chaque forme traditionnelle particulière est une adaptation de la Tradition primordiale, dont toutes sont dérivées plus ou moins directement, à certaines circonstances spéciales de temps et de lieu ; aussi ce qui change de l'une à l'autre n'est-il point l'essence même de la doctrine, qui est au-delà de ces contingences, mais seulement les aspects extérieurs dont elle se revêt et à travers lesquels elle s'exprime. Il résulte de là, d'une part, que toutes ces formes sont nécessairement équivalentes en principe, et, d'autre part, qu'il y a généralement avantage, pour les êtres humains, à se rattacher, autant que possible, à celle qui est propre au milieu dans lequel ils vivent, puisque c'est celle-là  qui doit  normalement  convenir  le  mieux  à leur nature individuelle. C'est là ce que faisait remarquer à juste raison notre collaborateur J.-H. Probst-Biraben à la fin de son article sur le Dhikr1; mais l'application qu'il tirait de ces vérités incontestables nous paraît demander quelques précisions supplémentaires, afin d'éviter toute confusion entre différents domaines qui, tout en relevant également de l'ordre traditionnel, n'en sont pas moins profondément distincts.                                            

Il est facile de comprendre qu'il s'agit ici de la distinction fondamentale, sur laquelle nous avons déjà bien souvent insisté ailleurs, entre les deux domaines que l'on peut, si l'on veut, désigner respectivement comme « exotérique » et « ésotérique »,  en donnant à ces termes leur acception la plus large. Nous pouvons aussi identifier l'un au domaine religieux et l'autre au domaine initiatique; pour le second, cette assimilation est rigoureusement exacte dans tous les cas; et, quant au premier, s'il ne prend l'aspect proprement religieux que dans certaines formes traditionnelles, celles-ci sont les seules dont nous ayons à nous occuper présentement, de sorte que cette restriction ne saurait présenter aucun inconvénient pour ce que nous nous proposons. Cela dit, voici la question qu'il y a lieu d'envisager : lorsqu'une forme traditionnelle est complète, sous le double rapport exotérique et ésotérique, il est évidemment possible à tous d'y adhérer pareillement, soit qu'ils entendent se limiter au seul point de vue religieux, soit qu'ils veuillent suivre en outre la voie initiatique, puisque les deux domaines leur seront ainsi ouverts l'un et l'autre. Il doit d'ailleurs être bien entendu que, en pareil cas, l'ordre initiatique prend toujours son appui et son support dans l'ordre religieux, auquel il se superpose sans s'y opposer en aucune façon; et, par conséquent, il n'est jamais possible de laisser de côté les règles relevant de l'ordre religieux, et plus spécialement en ce qui concerne les rites, car ce sont ceux-ci qui ont la plus grande importance à ce point de vue, et qui peuvent établir effectivement le lien entre les deux ordres. Donc, quand il en est ainsi, il n'y a aucune difficulté à ce que chacun suive la tradition qui est celle de son milieu; il n'y a de réserve à faire que pour les exceptions, toujours possibles, auxquelles faisait allusion notre collaborateur, c'est-à-dire pour le cas d'un être qui se trouve accidentellement dans un milieu auquel il est véritablement étranger par sa nature, et qui, par suite, pourra trouver ailleurs une forme mieux adaptée à celle-ci. Nous ajouterons que de telles exceptions doivent, à une époque comme la nôtre, où la confusion est extrême en toutes choses, se rencontrer plus fréquemment qu'à d'autres époques où les conditions sont plus normales; mais nous n'en dirons rien de plus, puisque ce cas, en somme, peut toujours être résolu par un retour de l'être à son milieu réel, c'est-à-dire à celui auquel répondent en fait ses affinités naturelles.

Maintenant, si nous revenons au cas habituel, une difficulté se présente lorsqu'on a affaire, dans un milieu donné, à une forme traditionnelle où il n'existe plus effectivement que le seul aspect religieux. Il va de soi qu'il s'agit là d'une sorte de dégénérescence partielle, car cette forme a dû, aussi bien que les autres, être complète à son origine; mais, par suite de circonstances qu'il n'importe pas ici de préciser, il est arrivé que, à partir d'un certain moment, sa partie initiatique a disparu, et parfois même à tel point qu'il n'en reste plus aucun souvenir conscient chez ses adhérents, en dépit des traces qu'on peut en retrouver dans les écrits ou les monuments anciens. On se trouve alors, pour ce qui est du point de vue initiatique, dans un cas exactement semblable à celui d'une tradition éteinte: même en supposant qu'on puisse arriver à une reconstitution complète, celle-ci n'aurait qu'un intérêt en quelque sorte « archéologique », puisque la transmission régulière ferait toujours défaut, et que cette transmission est, comme nous l'avons exposé en d'autres occasions, la condition absolument indispensable de toute initiation. Naturellement, ceux qui bornent leurs vues au domaine religieux, et qui seront toujours les plus nombreux, n'ont aucunement à se préoccuper de cette difficulté, qui n'existe pas pour eux; mais ceux qui se proposent un but d'ordre initiatique ne sauraient, à cet égard, attendre aucun résultat de leur rattachement à la forme traditionnelle en question. 

La question ainsi posée est malheureusement bien loin de n'avoir qu'un intérêt purement théorique, car, en fait, il y a lieu de l'envisager précisément en ce qui concerne les  formes traditionnelles qui existent dans  le  monde occidental: dans l'état présent des choses, s'y trouve-t-il encore des organisations assurant une transmission initiatique, ou, au contraire, tout n'y est-il pas irrémédiablement limité au seul domaine religieux . Disons tout d'abord qu'il faudrait bien se garder de se laisser illusionner par la présence de choses telles que le « mysticisme », à propos duquel se produisent trop souvent, et actuellement plus que jamais, les plus étranges confusions. Nous ne pouvons songer à  répéter ici tout ce que nous avons eu déjà l'occasion de dire ailleurs à ce sujet; nous rappellerons seulement que le mysticisme n'a absolument rien d'initiatique, qu'il appartient tout entier à l'ordre religieux, dont il ne dépasse en aucune façon les limitations spéciales, et que même beaucoup de ses caractères sont exactement opposés à ceux de l'initiation. L'erreur serait plus excusable, du moins chez ceux qui n'ont pas une notion nette de la distinction des deux domaines, s'ils considéraient, dans la religion, ce qui présente un caractère non point  mystique, mais « ascétique », parce que, là du moins, il y a une méthode de réalisation active comme dans l'initiation, tandis que le mysticisme implique toujours la passivité et, par suite, l'absence de méthode, aussi bien d'ailleurs que  d'une transmission quelconque. On pourrait même parler à la fois d'une « ascèse » religieuse et d'une « ascèse » initiatique, si ce rapprochement ne devait suggérer rien de plus que cette idée d'une méthode qui constitue en effet une similitude réelle; mais, bien entendu, l'intention et le but ne sont nullement les mêmes dans les deux cas. Si maintenant nous posons la question d'une façon précise pour les formes traditionnelles de l'Occident, nous serons amené à envisager les cas que mentionnait notre collaborateur dans les dernières lignes de son article, c'est-à-dire celui du Judaïsme et celui du Christianisme ; mais c'est ici que nous serons obligé de formuler quelques réserves au sujet du résultat qu'on peut obtenir de certaines pratiques. Pour le Judaïsme, les choses, en tout cas, se présentent plus simplement que pour le Christianisme : il possède en effet une doctrine ésotérique et initiatique, qui est la Qabbale, et celle-ci se transmet toujours de façon régulière, quoique sans doute plus rarement et plus difficilement qu'autrefois, ce qui, d'ailleurs, ne représente certes pas un fait unique en ce genre, et ce qui se justifie assez par les caractères particuliers de notre époque. Seulement, pour ce qui est du « Hassidisme », s'il semble bien que des influences qabbalistiques se soient exercées réellement à ses origines, il n'en est pas moins vrai qu'il ne constitue proprement qu'un groupement religieux, et même à tendances mystiques ; c'est du reste probablement le seul exemple de mysticisme qu'on puisse trouver dans le Judaïsme ; et, à part cette exception, le mysticisme est surtout quelque chose de spécifiquement chrétien.

Quant au Christianisme, un ésotérisme comme celui qui existait très certainement au moyen âge, avec les organisations nécessaires à sa transmission, y est-il encore vivant de nos jours . Pour l'Eglise orthodoxe, nous ne pouvons nous prononcer d'une façon certaine, faute d'avoir des indications suffisamment nettes, et nous serions même heureux si cette question pouvait provoquer quelques éclaircissements à cet égard1 ; mais, même s'il y subsiste réellement une initiation quelconque, ce ne peut être en tout cas qu'à l'intérieur des monastères exclusivement, de sorte que, en dehors de ceux-ci, il n'y a                     

aucune possibilité d'y accéder. D'autre part, pour le Catholicisme, tout semble indiquer qu'il ne s'y trouve plus rien de cet ordre ; et d'ailleurs, puisque ses représentants les plus autorisés le nient expressément, nous devons les en croire, tout au moins tant que nous n'avons pas de preuves du contraire, il est inutile de parler du Protestantisme, puisqu'il n'est qu'une déviation produite par l'esprit antitraditionnel des temps modernes, ce qui exclut qu'il ait jamais pu renfermer le moindre ésotérisme et servir de base à quelque initiation que ce soit. Quoi qu'il en soit, même en réservant la possibilité de la survivance de quelque organisation initiatique très cachée3, ce que nous pouvons dire en toute certitude, c'est que les pratiques religieuses du Christianisme, pas plus que celles d'autres formes traditionnelles d'ailleurs, ne peuvent être substituées à des pratiques initiatiques et produire des effets du même ordre que celles-ci, puisque ce n'est pas là ce à quoi elles sont destinées. Cela est strictement vrai même lorsqu'il y a, entre les unes et les autres, quelque similitude extérieure : ainsi, le rosaire chrétien rappelle manifestement le wird des turuq islamiques, et il se peut même qu'il y ait là quelque parenté historique ; mais, en fait, il n'est utilisé que pour des fins uniquement religieuses, et il serait vain d'en attendre un bénéfice d'un autre ordre, puisqu'aucune influence spirituelle agissant dans le domaine initiatique n'y est attachée, contrairement à ce qui a lieu pour le wird. ..

par R GUENON publié dans : spiritualité
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