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spiritualité

Samedi 4 mai 2013 6 04 /05 /Mai /2013 21:39

 

Une nuit, j’ai eu un songe.
J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage, en compagnie du Seigneur.
Dans le ciel apparaissaient, les unes après les autres, toutes les scènes de ma vie.

J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à chaque période de ma vie,
il y avait deux paires de traces sur le sable:
L’une était la mienne, l’autre était celle du Seigneur.

Ainsi nous continuions à marcher,
jusqu’à ce que tous les jours de ma vie aient défilé devant moi.
Alors je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière.
J’ai remarqué qu’en certains endroits,
il n’y avait qu’une seule paire d’empreintes,
et cela correspondait exactement avec les jours les plus difficiles de ma vie,
les jours de plus grande angoisse,
de plus grande peur et aussi de plus grande douleur.

Je l’ai donc interrogé :
" Seigneur… tu m’as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie
et j’ai accepté de vivre avec Toi.
Mais j’ai remarqué que dans les pires moments de ma vie,
il n’y avait qu’une seule trace de pas.
Je ne peux pas comprendre
que tu m’aies laissé seul aux moments où j’avais le plus besoin de Toi. "

Et le Seigneur répondit :
" Mon fils, tu m’es tellement précieux ! Je t’aime !
Je ne t’aurais jamais abandonné, pas même une seule minute !
Les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le sable,
ces jours d’épreuves et de souffrances, eh bien: c’était moi qui te portais.

Par Ademar De Barros - Publié dans : spiritualité
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Mercredi 27 mars 2013 3 27 /03 /Mars /2013 07:30

Les pauvres âmes que nous sommes tous ont en eux les trois lumières: celle des sens, celle de l'intelligence, celle du cœur. Suivant leur avancement, mais toujours à travers la lourde matière, l'une ou l'autre domine. Souvent la troisième ne brille que par instants,. heureux quand ces instants sont fréquents ! Tout d'abord dans la jeunesse, la pure lumière du cœur, pourtant très vive alors, tend à être éclipsée par celle des sens qui semble plus brillante, plus attirante; l'autre, l'imagination, ce que les hommes appellent l'esprit tend à supprimer la troisième, parce que l'âme est ivre comme d'un parfum trop fort. Pourtant il y a de brusques révélations: la tendresse, le pur rayon brille soudain, voilà le ciel entr'ouvert ! Hélas, plus le rayon a été brillant, plus l'âme est déçue ! Le rayon a dû passer par la chair, et il l'a purifiée certes, mais avec quelles douleurs!

D'autre part, l'Intelligence qui aspire à la lumière, l'a cherchée auprès d'elle, parmi les hommes, ses frères; mais, comme elle s'aperçoit vite que ce qu'elle a pris pour un flambeau n'était qu'une vague lueur ! Tristes, découragées, elles cherchent, elles cherchent encore les pauvres âmes, elles s'attachent à nouveau à des corps qui les meurtrissent et les déçoivent, jusqu'à ce qu'enfin, elles s'arrêtent éperdues. Les unes, les moins clairvoyantes, restent dans la chair ou dans la joie amère de leur orgueil, de leur égoïsme; les autres franchissent le cercle fatal, parce qu'elles ont, à travers les erreurs et les mensonges, toujours regardé le ciel, parce qu'à travers la chair, elles ont aimé l'Amour et que ne le trouvant jamais sans alliage ici-bas, elles y croient plus que jamais, mais aspirent à sa source. Et tout à coup, leurs illu-sions disparaissent, la vérité leur apparaît: les lu-mières n'en sont qu'une: l'Amour et l'Intelligence avec la Sagesse, la bienheureuse Trinité, resplendis-sent, unique soleil. Et tout est révélé, tout est compris, il n'y a plus de paroles, il n'y a que l'adoration.

Désormais, l'Ame purifiée et brûlante du vrai, du seul amour, ne connaîtra plus la solitude, dans chaque amour terrestre elle verra l'appel anxieux et ne songera qu'à prier pour appeler le divin amour, dans cette autre partie d'elle-même, car il y a des milliards d'âmes et il n'y a qu'une âme; et c'est une joie de penser qu'à travers les passions, les injures, les malédictions, les haines, les souffrances, tous les cris s'élèvent pour l'Amour, pour Lui seul. Et elle se sent enfin heureuse, définitivement consolée, la pauvre Psyché, puisque l'Amour n'est pas une illusion, puisque l'étincelle qui la vivifie saura retrouver le Soleil dont elle est venue. Sous le manteau dont elle est couverte, sous la chair dont elle est revêtue, les autres âmes la regarderont passer. Beaucoup, et ce sera sur celles-là qu'elle se penchera avec le plus de sollicitude, ne la reconnaîtront pas, la croiront ennemie, elle devra bien se cacher pour ne pas être atteinte par leur égarement. En revanche; d'autres se sentiront attirées et viendront pour sentir la chaleur divine. Celles-là chanteront ensemble l'Hymne de la joie, mais combien peu nombreuses seront-elles ! Qu'importe, l'Inconnue ira, humble et douce, tendre et con-solatrice, ne s'imposant jamais, secourant en silence, n'attendant rien de la terre qui ne peut rien lui donner, mais distribuant sans se lasser son inépuisable trésor. Son ami divin, toujours présent, sera sa force, il la soutiendra toujours, et la guidera jusqu'au bienheu-reux moment où il l'attirera si fort qu'elle quittera sa prison de chair!

Et les trois lumières éclairent aussi l'Alchimiste qu'est l'homme. C'est seulement un autre symbole: voici les ferments précieux, qui doivent être enfermés dans la matière, pour être purifiés; d'abord, c'est le noir, la lutte avec les passions, l'enfer du doute; et puis, c'est le blanc, le pressentiment de la Beauté. Et puis, c'est la pierre qui donne l'éternelle jeunesse, l'éternelle santé, l'éternelle beauté ! Et puis, c'est le métal précieux, enfin, enfin ! Je ne connais pas l'Alchimie, et n'ai jamais rien lu là-dessus, mais je sens qu'il faut l'entendre ainsi.

Qu'est-ce que c'est jamais, pour nous, une réalisation matérielle quelconque ? L'Or? Il est en nous, et les pierres précieuses et tout, tout ce que nous admirons dans l'Univers, et c'est notre cœur l'Athanor Magique et Immortel.

(Texte publié dans la revue L'INITIATION de Mars 1907)

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

Par X - Publié dans : spiritualité
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Mardi 26 mars 2013 2 26 /03 /Mars /2013 07:03

Il est une histoire assez commune—celle de l'homme qui marche au milieu de la route et reçoit les missiles volants des parties en guerre des deux côtés! La leçon dans l'intolérance implicite est presque trop évidente pour requérir un commentaire : nous reconnaissons tous le danger aussi bien que les vertus de la Voie du Milieu. Les étudiants occultes s'enorgueillissent particulièrement eux-mêmes de leur liberté de pensée, leur ouverture d'esprit, leur tolérance, et parfois s'arrogent la seule propriété de la Voie du Milieu de Tolérance. Les étudiants en Philosophie Rosicrucienne n'en sont pas exempts.

Nous pensons tous que nous sommes tolérants parce que nous sommes étudiants des Enseignements de la Sagesse Occidentale; mais nous ne réalisons pas toujours que l'expression véritable de tolérance est purement un problème individuel, et n'a rien à faire avec la Philosophie Rosicrucienne. Nous ne devons pas non plus confondre indifférence et tolérance. Il est facile lorsque vous n'appartenez à rien de prier toute chose, ou de blâmer toute chose; mais être enveloppé cœur et âme dans une idée ou un mouvement et alors prier de tout cœur pour une idée ou un mouvement contraire, cela est tolérance; c'est marcher dans la Voie du Milieu. Par conséquent, définissons, dans un but de clarté, le véritable individu tolérant comme celui qui, parfois affilié, parfois non, est capable de discerner et d'évaluer la vérité et la beauté dans presque toutes les activités et associations humaines, sans égard pour ses propres inclinations personnelles.

Considérons un moment qu'il est rare que chaque philosophie, spécialement une philosophie religieuse, soit violemment partisane. Les fondateurs des systèmes philosophiques sont habituellement trop profondément conscients de leurs limitations humaines pour s'établir eux-mêmes ou leurs enseignements comme infaillibles.

Il a été dit en vérité que la plus grande punition d'un maître est d'avoir des disciples, car ce sont les adhérents à une philosophie qui déclarent la guerre aux choses non essentielles dans les enseignements.

Ainsi, par exemple, le Christianisme primitif se sépare en factions sur le compte de la fameuse hérésie Aryenne, et le Protestantisme moderne débat sur le baptême, où, quand et comment il sera administré; alors que parmi les Catholiques modernes la plus jeune génération se dispute avec la plus ancienne sur la nécessité de la Confession et la moindre attention au cérémonial. Ces disputes, cependant, ont peu à faire avec le Christianisme lui-même, avec ce que Carl spencer Lewis appelle "le simple (cœur) Christianisme", et sera finalement emporté d'un côté dans une parfaite union avec la Vérité. Toutes les vraies religions prennent la Voie du Milieu dans leurs enseignements ésotériques, amis les guerres et les rumeurs de guerres depuis des siècles portent témoignage que les suiveurs de tels enseignements furent incapables de distinguer le côté du milieu, et ainsi tombèrent dans la bataille.

La Philosophie Rosicrucienne, étant une interprétation ésotérique du Christianisme, prend la Route du Milieu; mais hélas, ceux qui sont étudiants la trouvent par conséquent extrêmement difficile à maintenir hors des fossés de l'erreur et de la bigoterie où nos compagnons des églises se sont retranchés. Ceci n'est pas une critique de l'Eglise. L'Eglise fait un travail merveilleux pour l'humanité, mais ses instruments sont humains, et donc sujets à ces erreurs qui sont le résultat de la mortalité et de la faillibilité. Nous, aussi, sommes sujets à l'erreur, à degré égal. L'esprit humain est normalement myope et nécessite les lunettes de l'Amour, aussi bien que de la Raison, pour corriger sa vision. Autrement nous ne pouvons pas voir pour marcher dans la Voie du Milieu de la Tolérance et de la Compassion.

Mais, nous ne pouvons pas simplement composer nos esprits pour l'amour, et puis l'amour. Nous devons aimer quelque chose. Ni ce n'est une excuse pour l'inaction de dire, "bien, si je ne peux faire ceci dans un esprit juste je ne le ferai pas du tout". Nous apprenons en agissant; et en faisant une bonne action, en prononçant un bon mot, nous élevons graduellement l'amour en les autres et leur réaction éveillera l'esprit juste en nous, car nous sommes tous un en Jésus Christ. Tout ce qui est nécessaire est que nous désirions avoir l'esprit juste.

Ceci est le seul moyen de développer l'Amour pour corriger notre courte vue mentale. Mais nous ne devons pas limiter notre pratique à nos collaborateurs. Nous devons mettre cela en pratique également sur nos opposants. Nous ne devons pas tomber dans l'erreur de croire que c'est suffisant d'être tolérant moralement et émotionnellement. Nous devons être intellectuellement tolérants, aussi. Nous devons avoir une compréhension intelligente des croyances de nos opposants. Ceci, aussi, est une expression de l'amour.

Les étudiants occultes, étant "Fils de Caïn", c'est à dire, prônant juger toute vie par la raison plutôt que par la foi, trouverons cette tolérance intellectuelle la plus difficile à atteindre. Ils peuvent sympathiser avec la sincérité des croyances de leurs opposants, mais ils ne pourront assister, se sentant juste un peu méprisants de la faiblesse intellectuelle apparente qu'ils découvriront parmi les Fils de Seth (ceux qui vivent par la foi). Et cela signifie que les descendants de Lucifer n'ont pas encore appris la leçon que leur arrogant ancêtre apprit lorsqu'il échoua à amalgamer l'expérience des âges ! Car puisque Lucifer chuta lorsqu'il refusa de travailler avec l'eau, dans la Période la Lune de l'évolution de la Terre, ainsi nous, aussi, pouvons chuter si nous refusons d'élever Seth à l'intérieur de nous au moyen du principe de l'Amour de la Madone (l'eau), à travers laquelle, immaculée, est né Jésus, le véhicule du Christ Intérieur.

Nous qui sommes les Fils de Caïn, afin de corriger nos faiblesses particulières, devons nous efforcer intellectuellement de comprendre les vérités et les beautés cosmiques du christianisme orthodoxe. Pour faire ceci, nous devons d'abord tous chevaucher notre dédain pour les Credos. Les Credos, nous pouvons les établir en tant que nos hypothèses fondamentales, sont les fruits naturels de cristallisation, et toutes les philosophies spirituelles lorsque revêtues de mots cristalliseront ici. Même notre propre philosophie—Max Heindel prévit le jour—tend à se cristalliser elle-même, et prendra un jour le chemin de toutes les philosophies exprimées par l'homme, bien que son esprit vivra toujours.

En tant que preuve du processus de cristallisation, nous observons que même aujourd'hui il y a des centaines de gens qui, à cause de quelques expériences psychiques dans leurs vies, veulent prendre les paroles de Max Heindel pour chaque chose sous le soleil, physique ou spirituel, même lorsqu'ils ne comprennent pas ces paroles inspirées. (Et combien de nous les comprennent ?) Ces gens ne se rassemblent pas vers la Théosophie, parce que leur instinct religieux a été construit autour de l'idéal du Christ. Par conséquent, ils acceptent le Rosicrucienne.

Les credos sont faits pour le rang et le classeur des gens. Les credos (du latin credere, croire, avoir foi) sont simplement des formulations explicites de la foi. Aussi la Philosophie Rosicrucienne tend la main à l'humanité, et des millions de croyants se rassemblent sous sa bannière—comme ils le veulent assurément; il est ainsi écrit—quel en sera le résultat ? La majorité d'entre eux sera extraite des masses qui comprennent actuellement le Christianisme orthodoxe, la Franc Maçonnerie orthodoxe, et l'agnosticisme. De quoi d'autre peuvent-ils être extraits ? Nous ne sommes pas une vague de vie de pionniers.

Bien sûr, puisque l'évolution avance, le véhicule matériel de l'esprit devient de plus en plus raffiné; néanmoins, il y a une place pour la cristallisation de ce véhicule relative aux besoins de son esprit énergisant, et quand un certain point de cristallisation est atteint, il doit se désintégrer. Il a alors prolongé son utilité.

Si les philosophies de l'homme évolué sont concernées, il y a toujours quelques-uns qui comprennent et beaucoup qui croient. Il en a toujours été ainsi, depuis le tout début de l'évolution de l'homme en tant qu'homme. Ceci a résulté en la division entre les maîtres et les élèves, les maîtres expliquant, les élèves croyant lorsqu'ils ne pouvaient pas raisonner. Maintenant les étudiants avancés peuvent comprendre le maître, et ont peu de difficulté à suivre ses instructions, mais il y en a beaucoup qui ne peuvent les entretenir. Pour le bienfait des étudiants moins avancés il devient nécessaire de présenter les enseignements dans la forme la plus simple possible. Ainsi, dans toutes les religions et toutes les philosophies, nous avons l'équivalent d'un Credo.

Malheureusement, les credos ne sont pas formés par le maître, mais par les élèves avancés après que le maître n'est plus présent avec ses explications éclairées. La raison de ceci n'est pas à chercher bien loin : chaque vérité cosmique peut être approchée sous différents angles. Les différents points de vue en résultant peuvent sembler contradictoires. Aussi longtemps que le maître vit pour les apparentes contradictions, tout est bien. Après qu'il soit parti, personne ne demeure que les étudiants brillants, qui, n'étant que des étudiants, échouent souvent dans leurs jugements. Cependant, il n'y a personne d'autre pour décider de ces points pour leurs frères plus lents, et le résultat est un Credo—c'est à dire, une déclaration claire et concise des enseignements saillants et fondamentaux d'une philosophie ou d'une religion, qui, bien qu'habituellement possédé d'une grande signification, peut néanmoins contenir des erreurs. Ceci n'est pas tout. Le Credo lui-même n'est pas toujours correctement compris par ses adhérents, et ceci résulte en nombreux commentaires par des intelligences inférieures; donc, une plus grande confusion.

Nous trouvons un exemple de cette confusion sémantique et épistémique parmi les églises Chrétiennes, car il n'y avait pas de credos jusqu'après l'influence personnelle du Christ et de Ses apôtres et que leurs disciples immédiats aient quitté la terre.

Un autre exemple est l'emprise de la science matérialiste sur l'esprit de masse. Aujourd'hui la majorité des gens acceptent les théories scientifiques en tant que faits donnés par Dieu (habituellement sans le Dieu), et avec peu ou pas d'effort pour les tester ou les comprendre. Il est aisé de démontrer ce fait : pas un individu parmi une centaine, ne peut prouver, ou donner la preuve, que la terre est ronde au lieu d'oblongue; qu'elle tourne sur son axe, ou qu'elle tourne autour du soleil. Cependant il croit ces faits aussi implicitement qu'il croit en Dieu. Et non peu d'individus optent pour la vérité de faits "scientifiques", ou à l'exclusion de, à la vérité de Dieu. Il serait en effet intéressant de demander à certains de nos jeunes agnostiques de collège de prouver les théories scientifiques qu'ils acceptent comme credo de leur existence.

L'humanité ne se désintoxiquera pas de cette condition de choses dans approximativement les sept cents années restant de la Dispensation des Poissons. Pas du tout ! Elle s'ajustera plutôt elle-même à une nouvelle croyance. En vérité, cet ajustement aura requis le don d'une impulsion additionnelle pour l'esprit, mais n'attendons pas trop de cela ! L'ajustement d'une religion à une domination scientifique—de la foi à la raison—requérrait un stimulus intellectuel, aussi, mais il n'a pas créé une nouvelle humanité.

Aussi, la Dispensation du verseau n'abolira ni la nécessité pour, ni l'abus de Credo. Mais alors au lieu du Credo orthodoxe il y aura un Credo Rosicrucien, ou son équivalent, bien que la Philosophie Rosicrucienne, par sa véritable nature, ne se cristallisera jamais dans une forme aussi établie que les credos de l'Age des Poissons—tout comme la tyrannie de la science, due à quelques siècles d'évolution, n'est pas (encore)aussi rigide que la tyrannie théologique du Moyen Age.

Et ainsi, ayant vu que ce Credo ou son équivalent est une excroissance naturelle de l'évolution sur le plan physique, nos intellects de Caïn rebelles ne deviennent-ils pas un peu plus humbles ? Ne voyons-nous pas le moyen d'amalgamer le feu et l'eau par la compréhension intellectuelle des Fils de Seth ? Ne réalisons-nous pas que les Credos de l'Eglise sont parmi les plus valables documents de l'humanité, remplis de lumière spirituelle pour le cœur ?

Nous ne pouvons pas, en ce moment entrer dans une longue discussion sur la signification ésotérique des Credos de l'Eglise Orthodoxe; cependant nous ne pouvons pas conclure sans donner quelque idée de la façon de trouver cette signification. Il n'est point besoin d'arguer que nous ne pouvons obtenir quelque chose à partir de rien; donc, si par la méditation sur un Credo nous apprenons un fait occulte dont nous étions auparavant ignorants, mais qui peut être vérifié par des autorités occultes, alors le Credo contient certainement une vérité occulte.

Faisons un examen rapide du Credo des Apôtres, le document de l'Eglise le plus valable sur le plan occulte. Le Credo est le suivant :

Je crois en Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du Ciel et de la Terre. Et en Jésus Christ, Son Fils Unique, notre Seigneur; qui a été engendré de l'Esprit Saint; qui est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli; est descendu aux enfers; est monté aux cieux; le troisième jour est ressuscité des morts; s'est assis à la droite du Père Tout-Puissant; d'où il viendra pour juger les vivants et les morts. Je crois en l'Esprit Saint, à la sainte église catholique, à la communion des saints, au pardon des péchés, à la résurrection de la chair, et à la vie éternelle. Amen.

La méditation sur ce Credo en relation à la Philosophie Rosicrucienne révélera le fait (si vous ne le savez pas déjà) que Marie, dans cette formulation, représente le Cœur; le Saint Esprit, la Force sexuelle; Jésus, la Robe Nuptiale d'Or; et le Christ, l'Esprit de Vie. Le Credo, bien sûr, a sa signification cosmique, mais l'interprétation individuelle sera d'un intérêt plus intime pour nous. Ponce Pilate, représentant l'esprit inférieur, nous montre l'intellect s'efforçant de bien faire, mais tombant dans l'erreur. Pour prouver l'exactitude de cette analyse, voyons comment ces facteurs oeuvrent dans le grand schéma du Golgotha individuel.

La force sexuelle régénérée (le Saint Esprit), s'élevant du Feu de l'Esprit à travers la moelle épinière, fait vibrer certains éthers à tel point qu'ils deviennent lumineux. Ces éthers, cependant, sont ceux qui dans le cœur, (né de la Vierge marie) furent extraits du courant sanguin, coulant le long de la Corde d'Argent vers l'atome germe du corps vital au plexus solaire, et furent réfractés dans la moelle épinière, lorsqu'ils s'élevèrent en volume croissant vers la tête. Se déversant à la fin, ils pénètrent l'aura entière, formant la Robe Nuptiale d'Or. Rappelez-vous que ce Vêtement Nuptial d'Or correspond à Jésus, et par conséquent véritablement "né d'une Vierge" (le Cœur purifié), ayant été conçu par la force sexuelle régénérée, qui construit les branches de la croix du cœur. Le Cœur Immaculé, alors, porte en avant la Robe Nuptiale d'Or en tant que résultat des principes féminins d'Amour, de Pureté et de Service.

Puis, alors que l'Esprit Solaire, Christ, a pris possession des véhicules de Jésus, ainsi le Christ Intérieur, l'Esprit de Vie, prend possession de ce Vêtement Nuptial d'Or composite.

Max Heindel nous informe que cette substance est la force ou l'esprit cristallisé. Il établit également que la Région des Forces Archétypales est la ligne de séparation entre l'esprit et la matière. Il s'ensuit, par conséquent, que l'Esprit de Vie est un voile de force (comme le sont aussi les deux autres aspects de l'égo, les Esprits Humain et Divin), à travers lequel se manifeste l'égo.

Cette Force Esprit de Vie ne peut pas se manifester dans le monde physique sans un véhicule relié à cette région. Le Vêtement Nuptial d'Or est ce véhicule. Plus il est hautement organisé, plus puissamment l'égo peut amener les Forces de l'Esprit de Vie à porter la vie ici dans la région physique; et puisque l'Esprit de Vie est le véhicule qui porte les rapports de toutes les incarnations passées, et qui y est en contact, parce qu'il y est relié avec le monde de la Sagesse Cosmique, il s'ensuit logiquement que le tissage du Vêtement Nuptial d'Or nous mettra en contact avec la sagesse Cosmique, et que nos esprits également deviendront illuminés, et que nous apprendrons sans avoir recours aux livres. Puis ce sera l'histoire entière de nos incarnations qui nous sera révélée.

Pour comprendre ce qui est signifié par la déclaration que Jésus Christ fut "crucifié, mort, et enseveli; descendu aux enfers, et le troisième jour ressuscita des morts", il est nécessaire de connaître ce qu'Il fit en enfer. Selon Dante, dans l'Enfer, Il travailla parmi les esprits du Purgatoire durant ce temps, et prit avec lui un tiers des âmes des morts, qui montèrent aux cieux ensuite. Ceci nous révèle le fait, par conséquent, qu'il est nécessaire pour Jésus, conçu de façon immaculée et né du Cœur Vierge, et adombré par le Pouvoir Christ, de descendre jusqu'aux enfers de notre propre nature inférieure (envoyé là par le jugement, l'esprit inférieur, ou Ponce Pilate), et d'élever ces forces jusqu'aux cieux avec nous. Ceci nous rappellera la déclaration de Max Heindel que le développement spirituel dépend de la victoire du corps vital sur le corps désir. Nous nous souvenons aussi qu'il est nécessaire pour l'Initié de rencontrer et de maîtriser le Gardien du seuil, et un fait postérieur est amené à la lumière par le Credo, à savoir que le Gardien n'est pas totalement transmué à la première Initiation. L'Initié rachète une partie du Gardien, et fait serment de racheter le reste, tel qu'il est révélé dans la tradition de l'Eglise que le Christ prit avec Lui un tiers des âmes en enfer. Remarquons plus loin que le Gardien est composé des trois essences du péché : l'essence péché des actes mauvais, l'essence péché des pensées mauvaises, l'essence péché des mauvaises émotions, générées durant toutes nos vies terrestres.

Pour comprendre la signification des "trois jours"—un terme trouvé dans la littérature occulte—nous devons réaliser que les trois segments de la moelle épinière sont gouvernés par la Lune, Mars et Mercure. A la lumière des Enseignements Rosicruciens, il est évident que le Feu de l'Esprit, qui est élevé à travers la moelle épinière et coloré principalement selon celle des trois vibrations planétaires avec laquelle il a le plus d'affinité, n'est pas élevé en totalité à la première Initiation. Au contraire, l'Initiation est consommée lorsque suffisamment de Feu a été élevé pour fournir le moteur au pouvoir, et cette même quantité de pouvoir rend l'Initié capable de sublimer partiellement ou racheter le Gardien.

L'Esprit Feu triple, dont la montée en développement spirituel est reliée aux trois signes ardents, le Bélier, le Lion et le Sagittaire, s'élève à travers les trois segments de la moelle épinière et vitalise les trois paires de nerfs spinaux à la base du cervelet, qui ainsi représente "les trois jours". Le travail du candidat suivant immédiatement l'Initiation a une référence spéciale avec les trois segments de la moelle épinière et ces trois paires de nerfs, et l'élévation ultérieure du Feu Spinal, au moyen duquel la sublimation partielle du gardien mentionnée plus haut est accomplie. Par conséquent, l'individu "Christifié" passe trois jours en enfer, mais prend avec lui dans les cieux seulement un tiers de la population de l'enfer. Un travail continu est nécessaire pour élever suffisamment de pouvoir afin de racheter complètement le Gardien.

Lorsque Jésus (symbolisé par le Vêtement Nuptial d'or), à présent Jésus Christ (car Il incarne le Christ Intérieur, l'Esprit de Vie), s'élève d'entre les morts, Il monte aux cieux, où Il s'assoit à la droite du Père Intérieur, l'Esprit Divin. Ce fait référence au fait que les deus Aspects Principaux de l'Esprit doivent toujours œuvrer ensemble, car le Père et le Fils sont Un, et positif et négatif doivent s'unir dans le travail de création. L'ascension dans les cieux, bien sûr, se réfère à la complétion de l'expérience Initiatique, par laquelle l'égo libéré fonctionné à volonté sur les deux plans, dans et en dehors du corps dense.

"De là Il viendra juger les vivants et les morts" fait référence au jugement de l'égo sur tous les péchés et les bonnes actions de toutes nos incarnations, à la fois avec châtiment pour les premiers, lequel jugement est impossible sans la sagesse cosmique et la mémoire du Christ Intérieur, l'Esprit de Vie, et est par conséquent notre Juge.

Il semble difficilement nécessaire de donner l'interprétation des sentences de conclusion du Credo des Apôtres, mais certains mots peuvent être utiles pour ceux qui n'en ont pas fait une étude.

Nous croyons tous en l'Esprit Saint, puisqu'il est le pouvoir créateur de vie, (la force sexuelle en étant un des aspects), et c'est le pouvoir par lequel toute fie en forme est conçue. Sans ce principe de Déité il ne pourrait y avoir de vie d'aucune sorte.

Nous croyons en l'église catholique, dans le sens où catholique signifie universelle, et nous savons que l'enseignement du Christ est destiné à être embrassé par le monde entier, car Il est l'Esprit Intérieur, dont le corps, nous, l'humanité, sommes le temple et l'église des croyants et des connaisseurs.

Nous croyons en la communion des saints, car nous savons que tous les individus purs et saints, dédiés au service de l'humanité, ont leur pouvoir pour communier directement avec Jésus et Christian Rose Croix sur des plans invisibles; et nous avons tous en notre pouvoir, par contact avec le Christ Intérieur, de connaître consciemment l'amour du Christ Cosmique, et de communier avec Lui.

Nous croyons au pardon des péchés, puisque nous savons que les rapports du péché dans le pôle négatif de l'éther réflecteur peut être effacé par contrition, repentance, réforme et restitution. Et que Jésus et le Christ Intérieur nous aident à effectuer ce pardon ne pose guère de doute; ni que ce pardon ne puisse pas être volontairement accompli s'il ne l'avait été en sacrifice véritable sur le Golgotha il y a deux mille ans.

Nous croyons en la résurrection de la chair dans le sens que nous renaissons encore et encore sur cette terre dans une succession de corps physiques. Le moment venu, nous ressusciterons de façon permanente dans les régions éthériques (dans la Période de Jupiter pour l'humanité collective) afin de vivre dans nos corps de l'âme.

Nous croyons en la vie éternelle parce que nous savons qu'en tant qu'étincelles de divinité envoyées de Dieu il ne peut y avoir de mort ontologique pour nous.

Ayant donné ce compte rendu très insuffisant sur les Mystères du Credo des Apôtres—ce document le plus ancien, le plus occulte de l'Eglise Orthodoxe, dont l'origine a supposément suivi les Apôtres eux-mêmes—nous espérons que avons présenté les doctrines de l'Eglise sous une lumière nouvelle, afin que d'autres étudiants dévoués à notre Philosophie Rosicrucienne soient inspirés pour faire une étude intensive des enseignements de l'Eglise Chrétienne, Protestante, Orthodoxe, et Catholique, et ainsi hâtent le jour de notre union en Christ avec les Vérités Cosmiques de la Franc Maçonnerie et du Catholicisme. En vérité, l'Eglise a son pouvoir; et son plus grand pouvoir est l'Amour. Nous ne pouvons jamais espérer donner au monde ce que l'Eglise lui a donné à moins de comprendre en nos cœurs, et avec nos intellects, les perles de sagesse incorporées dans le grand cœur des institutions de Seth.

Nous terminerons avec ceci, proposant à tous les Fils de Caïn de s'efforcer de marcher au Milieu de la Route. Ceci signifie s'efforcer de comprendre intellectuellement les vérités cosmiques qui doivent être trouvées dans les croyances des Fils de Seth, et dans les paroles d'un de nos étudiants Rosicruciens, "pour sentir et connaître ces vérités dans le cœur; car 'tel que l'homme pense en son cœur, ainsi est-il'. Ainsi seul à travers le pouvoir uni de la tête et du cœur apprendront-ils à laisse s'écouler la Mer d'Airain.

RAYS JUILLET AOUT 2002 ANITA OLIN

  

 Source : http://rosae-crucis.pagesperso-orange.fr/chantal/bible/marcher_au_milieu.htm

Par Traduction Chantal Duros - Publié dans : spiritualité
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Samedi 23 mars 2013 6 23 /03 /Mars /2013 09:02

IL ne faut voir en ces quelques idées qu'un essai pour revêtir d'une forme moderne les immuables et mystiques certitudes que la poussière des civilisation déforme devant nos regards et nous empêche d'étreindre.
Il me semble que beaucoup d'opinions peuvent se mettre d'accord, avec un peu de tolérante impartialité. Si je parle des mondes invisibles et de la prière, que le rationaliste ne me tienne pas pour superstitieux. Si j'admire les dogmes et le culte du catholicisme, que le socialiste ou le libertaire ne me traite pas de clérical. Si j'affirme la réalité du miracle, ou la grandeur de la Vierge, que le protestant ne referme pas cette brochure.
Si j'accorte peu d'importance pratique à l'exégèse, que le moderniste ne hausse pas les épaules. Si j'admets que la pluralité des existence soit possible, si j'espère que toute créature sera sauvée, si je regrette le pullulement des petites dévotions machinales, que le catholique ne se scandalise pas; saint Irénée, saint François de Sales, le Curé d'Ars ont été du même avis sur ces points. Si je proclame Jésus de Nazareth unique Fils de Dieu, venu en chair et ressuscité corporellement, que les néo-spiritualistes et les amateurs d'occultisme ne protestent
Tout le monde aujourd'hui parle d'un renouveau religieux. Enfanté par la crainte de la mort, entretenu par un utilitarisme égoïste, dirigé par l'ambition, il n'est réel que chez bien peu d'entre nous. N'est-elle pas du Curé d'Ars, cette terrible exclamation : " Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! S'il se comprenait, il mourrait ! ".
Jamais un plus grand nombre de prières liturgiques n'ont été récitées; jamais un plus grand nombre de fidèles n'ont reçu tous les jours la communion; jamais les médailles, les indulgences, les formules pieuses n'ont été répandues avec autant de prodigalité. Et pourtant jamais les dévotes n'ont été plus médisantes, les cupides plus rapaces, les luxurieux plus dévergondés.
Osera-t-on dire que c'est Jésus qui ne tient pas Ses promesses ? A une douzaine de pauvres hommes, frustes et malhabiles, Jésus donna les pouvoirs les plus formidables que l'orgueil ait jamais pu rêver. Guérir les corps, guérir les âmes. Quel médicament ? presque rien, une seule onde imperceptible de compassion. Mais ces hommes étaient des disciples. Ils ne convoitaient plus aucune beauté de l'immense Nature, plus aucune forme de tout ce qui existe; ils ne désiraient plus que Ce qui est. Leurs propres disciples ensuite, et les disciples de ces disciples persistèrent dans l'abnégation; l'Esprit resta sur eux et les miracles continuèrent de jaillir sous leurs mains vénérables. Mais après, qu'advint-il ? Pourquoi les paroles du Maître ne guérissent-elles plus les malades, ne clarifient-elles plus les coeurs souillés ?
Irai-je donc vers la philosophie, vers la science, pour remplacer l'ineffable Verbe auquel la terre se raccroche depuis deux mille ans ? Attendez, attendez, me disent les princes de l'intelligence; nous n'avons pas fini notre enquête; il nous manque quelques milliards de faits. Attendre ? Mais mon âme se meurt d'incertitude, de fatigue et d'anémie !
Certainement l'École et l'Église sont de très grandes, de très précieuses éducatrices. Mais elles ne procurent pas à tous cette paix profonde qui est la signature du Vrai; le long de leurs routes on rencontre l'inquiétude et la désillusion; donc ces routes ne sont pas directes.
Jésus seul indique la route directe. Ceux qui L'ont pris pour guide, après avoir essayé d'autres chemins, l'affirment.
Il dit - vous qui ne Le croyez pas, écoutez cela - Il ose dire : " Venez à moi, vous tous qui peinez et qui êtes accablés ! ". Pourquoi donc allez-vous à d'autres avant une tentative d'aller à Lui ?
Réfléchissons un peu là-dessus, avant de vouloir résoudre des questions plus complexes.
Pour se diriger, l'homme se sert de sa conscience et de sa raison. S'il est honnête, il cherche à réduire les empiètements de ses intérêts et de ses instincts, en s'aidant des lumières scientifiques, philosophiques et religieuses. Je dis : s'il est honnête, car pour un homme malhonnête, les durs chocs en retour du
Destin sont les seuls procédés qui puissent amollir ses égoïsmes, en les transformant petit à petit.
Les gens de bien, ceux qui s'inquiètent d'autre chose que de leur coffre-fort ou de leur place; ceux qui pensent parfois à d'autres enfants qu'à leurs enfants, qui sentent, même rarement, même superficiellement, le poids de la souffrance générale, c'est à ceux-là que je m'adresse, en leur rappelant la force immense des convictions partagées, des énergies mises en commun et des élans ingénus vers un idéal unique.
Une conscience toute pure apercevrait en elle-même la Route, la Vérité, la Réalité. Mais il n'y a pas de conscience sans tache sur la terre. C'est pourquoi nous interrogeons les faits, les livres et les hommes.
Or, la science, en tant que constatation des faits, ne peut nous fournir d'autre règle de vie que la loi du plus fort.
La philosophie, en tant que collection d'idées, n'aboutit qu'à la morale humaine du bien effectué par raison. Epictète et Marc-Aurèle, cela engendre l'orgueil, un orgueil très haut, mais très pernicieux, parce qu'il invite à s'isoler de la masse.
La religion restera toujours séparée de la science et de la philosophie, parce que sa racine est ailleurs que dans les faits ou dans l'intelligence. On peut bien bâtir une philosophie scientifique, ou une religion philosophique. C'est bâtir sur le sable; les conclusions de la science ne changent-elles pas tous les vingt ans, et si la philosophie, en soi, répond à un besoin de l'intelligence et affirme la réalité de la pensée, les systèmes philosophiques ne se réfutent-ils pas les uns les autres ? Dans ce chaos d'approximations et de synthèses provisoires, une âme forte, une âme simple, une âme éprise d'absolu retrouvera toujours la déception du vide métaphysique.
De telles âmes portent en secret la certitude de leur immortalité, la certitude de Dieu, la certitude d'un avenir de bonheur et de liberté. Elles refusent de se perdre dans l'indéfini du savoir humain; elles refusent également toutes les petites idolâtries, tous les petits opportunismes, parasites tenaces qui épuiseraient le christianisme si Jésus n'était le Chef du christianisme.
Elles n'admettent pas le protestantisme trop rationaliste de ces pasteurs qui ne croient plus à l'intervention divine. Que vaut une religion sans surnaturel, dans une civilisation qui a reculé si loin les limites du possible naturel ?
Quant aux spiritualistes laïques, comme Tolstoï; quant aux sectes plus ou moins mystérieuses, filles de l'Orient plein de ruses, les " simples " dont je parle n'y aperçoivent que des échafaudages adroits, certes, mais fragiles et dangereux.
Les théologiens affirment que Dieu est démontrable. Sans doute. Mais qu'est-ce qu'une foi basée seulement sur la raison ? Si l'on cherche des motifs de vivre, des forces contre la douleur, des moyens pour faire de soi un chef-d'oeuvre, il faut une vue de Dieu directe, personnelle, jaillie de nos entrailles. Il faut que Dieu nous parle au coeur.
Or, il y a deux coeurs dans notre coeur, deux coeurs et une pensée. Un coeur de Ténèbres, de matière et d'égoïsme : notre Moi; un coeur de Lumière, d'esprit et de charité : notre Ame. La pensée, elle, n'est qu'un miroir; elle reflète les actes du coeur prépondérant.
Dans ce sanctuaire intime, dans ce coeur double qui travaille surtout au-delà de notre conscience s'élaborent nos visions du monde, nos motifs d'agir, et ces buts réels de nos fatigues, dont nos buts apparents ne sont que les étincelles éparpillées.
Dans ce sanctuaire Dieu nous parle; dans ce sanctuaire notre intelligence s'organise; de ce sanctuaire jaillissent les énergies par lesquelles nous venons à bout de l'impossible, nous nous haussons Au de nous-mêmes, nous remportons sur la mort - sur n'importe quelle sorte de mort - une victoire éclatante dans le moment même qu'elle paraît nous écraser.
Le caractère essentiel de l'être humain n'est pas la faculté de connaître, mais la faculté d'aimer. L'Amour agit au fond de nous-mêmes avant l'Intelligence. Pour comprendre quelque chose consciemment, il faut d'abord aimer cette chose inconsciemment. Le chimiste ne découvre rien dans ses cornues, s'il n'a en lui la vocation de la chimie. Et l'ignorant peut, par ses intuitions, dépasser le savant, s'il admire et s'il aime les créatures avec une ferveur plus intense.
Pascal a vigoureusement décrit cette faculté mystique de l'Amour, qui s'ignore soi-même et qui ne devient consciente qu'après avoir traversé le prisme mental.
Tout est Amour dans l'univers. Tout procède de l'Amour; tout retourne à l'Amour, après d'innombrables vicissitudes parmi les royaumes de la Haine. La lutte pour la vie est l'école de l'Amour essentiel. Les êtres passent d'une béatitude antérieure ignorante à une béatitude ultérieure définitive, consciente et omnisciente, par le moyen de travaux multiples dont l'ensemble constitue la vie universelle et les existences particulières.
Ceci a lieu sur ce petit globe terrestre, et aussi-pourquoi pas ? -- sur les millions de planètes dont les astronomes ne sont point encore parvenus à établir le catalogue complet.
Aux positivistes je dirai que l'âme est immortelle, que nos morts sont vivants et tout près de nous. Car il y a d'autres espaces dans l'Univers que l'espace terrestre et d'autres modes d'agrégation des molécules matérielles que ceux de notre physique.
Je leur dirai que Dieu existe comme entité individuelle; qu'Il Se préoccupe non seulement de la direction générale des mondes, mais aussi de notre direction particulière, à chacun; qu'Il peut intervenir dans nos petits malheurs; que le miracle existe; et que si Renan déclare le contraire, c'est qu'il n'a pas voulu se mettre dans les conditions propres à observer ce phénomène.
Je dirai aux catholiques que Dieu ne S'irrite jamais, ne punit jamais, ne condamne jamais définitivement. Quand les hommes s'obstinent dans le mal, Il laisse aller les choses et ce sont les chocs en retour que nous appelons faussement la colère divine.
Je dirai aux catholiques qu'il y a en effet dans la création un enfer et un paradis, comme il y a un nadir et un zénith; l'un et l'autre sont perpétuels; les êtres passent de l'un à l'autre, selon leurs travaux et leurs besoins, mais ils n'y restent jamais perpétuellement. Partout où l'on travaille, où l'on souffre, c'est une forme de l'enfer; partout où l'on se repose, c'est une forme du paradis.
Je leur dirai que ce catholicisme est la plus belle, la plus haute, la plus complète des religions; qu'il les mène certainement à ce Dieu qu'ils adorent, le seul vrai Dieu, le plus trahi de tous les dieux. Je leur demanderai de relire la Passion de Notre Jésus, du Jésus de toute l'humanité; qu'ils regardent où se trouvent aujourd'hui et Ponce-Pilate et Caïphe; et qu'ayant vu, ils se retournent vers le Christ, toujours crucifié, avec une foi plus ardente et un dévouement total.
Je dirai aux rationalistes de l'Église protestante, aux spiritualistes de toute école que ce Jésus est plus qu'un homme, et-plus qu'un dieu; qu'Il Se manifeste sans prendre aucun intermédiaire à quiconque veut bien aller vers Lui par l'accomplissement de Ses préceptes; que leur science ne sera jamais qu'une bribe; que le surnaturel existe, en dehors de tout ce qui reste d'inconnu dans le naturel.
Et à tous je dis ces choses, simplement pour qu'ils les entendent au moins une fois. Car je sais que toute activité est utile, et que tout homme suit en définitive la voie qu'il est capable de suivre, pour le moment. Toutes les voies mènent à la voie étroite de l'Évangile, où marche l'Amour.
Nos travaux, nos fatigues, nos passions, nos désirs, nos haines, nos indifférences sont des écoles de l'Amour. Nous devons apprendre l'Amour : à nous d'abord, à tout ce que nous croyons être notre moi, à tous les êtres autour de nous, au-dessous, au-dessus de nous; c'est le seul but de la vie, c'est le seul pourquoi de la création.
Mais cette attitude mystique doit jaillir spontanément du profond de nous-mêmes; les livres des sages, les exemples des saints ne le font éclore que si nous avons déjà travaillé profondément le sol de notre esprit. C'est une initiation, une régénération, une naissance nouvelle, annonciatrice de cette troisième et définitive naissance, par laquelle on devient enfant de Dieu et l'on possède le Ciel, même au fond de l'Enfer, je veux dire au fond de la douleur.
Or, toute naissance suppose une mort. Notre être, étant composé de bien d'autres choses que d'un corps de matière, peut subir bien d'autres morts que la mort physique. Mais ce ne sont jamais que des douleurs transformatrices et toute agonie appelle une joie et un progrès.
Un changement intellectuel, une crise sentimentale, une vue neuve, cela veut dire la mort de quelque chose dans le psychisme et la naissance de quelque autre chose, jusqu'alors endormie.
Tout désir satisfait amène une désillusion. Si l'homme voulait entrer dans le dessein de Dieu, il entreprendrait les travaux de la vie pour eux-mêmes, pour agrandir cette vie; mais nous ne sommes pas capables d'une telle abnégation dans le devoir; nous ne voulons nous donner de la peine que moyennant un profit personnel. Alors la Nature nous traite en enfants; elle nous montre l'appât des jouissances : l'amour aux passionnés, la richesse aux cupides, la gloire aux ambitieux, la science aux intelligents, la quiétude des petites rentes aux médiocres. Et, pour conquérir ces mirages, toutes les fatigues nous paraissent douces. Mais, à l'heure de la mort, en dépit de notre égoïsme, nous avons tout de même été utiles.
Peu à peu, nous apprenons à travailler, non plus pour nous, mais pour le bien général.
Ainsi la souffrance est vraiment un bienfait. La joie de vivre aussi est un bienfait. Ces deux soeurs viennent tour à tour visiter notre esprit. Elles changent seulement de costumes jusqu'à ce que nous apercevions, derrière elles, leur mère toujours jeune : la Vie. Et notre être total se développe en tous sens, comme un arbre robuste qui résiste aux autans et qui, par ses racines profondes comme par ses rameaux étalés au soleil, extrait de la terre et du ciel le double aliment de sa croissance séculaire.
Les fatigues et les peines et leurs pères, les désirs, ne sont que des entraînements pour un effort définitif, les rejetons d'un désir primordial, perpétuel et permanent. Il faut le savoir et le proclamer : tout être humain porte en son coeur la passion de Dieu; tout être humain doit comprendre la souffrance universelle; tout être humain n'accomplit qu'un seul travail : la conquête de l'Absolu.
Nous autres, les mystiques, nous devons parler de Dieu à tout le monde; nous devons ne jamais contraindre personne; nous devons nous vouer, avant tout, à l'oeuvre fraternelle.
Tout le monde est appelé à devenir un mystique; et ce n'est pas Dieu qui tarde à lancer cet appel, c'est nous qui nous rendons sourds volontairement.
Dieu, certes, pourrait arracher nos mains de dessus nos oreilles; mais Il ne veut de nous qu'un service librement consenti. Il attend. Il a l'éternité pour attendre, au besoin. Nos incartades, de plus en plus graves, finissent fatalement par nous attirer une réaction assez sévère pour nous déconcerter. Dans l'histoire de l'âme la plus criminelle, un malheur surgit toujours, assez soudain, assez douloureux, assez déchirant, pour tout dévaster en elle, pour la rejeter vers le vide primitif, pour que tout croule de ce qui était son orgueil et sa force.
Mais, derrière ces ruines, le réel apparaît. Et ce Réel-là, nous savons d'expérience qu'il est un être, qu'il est ce Jésus, au nom de qui on a semé tant de mensonges. Nous savons qu'Il est le seul véridique, le seul indulgent, le seul parfaitement, immuablement notre Ami.
Cette vision se nomme dans le langage religieux, le repentir; et la qualité du travail qui s'ensuit s'appelle la renonciation.
Les livres des sages sont pleins de sentences sur le renoncement. Mais il y a le renoncement de l'orgueil dédaigneux; il y a l'humble renoncement de l'Amour, qui balbutie dans les larmes et qui se prosterne.
Il se découvre un coeur ignoré qui aurait tant voulu demeurer pur; il s'accuse et il s'abandonne avec courage au Destin justicier. Dès lors sa vie ne sera plus qu'expiation. Depuis les prosaïques travaux de son corps jusqu'aux plus rares efforts de son esprit, il convertira toutes les fatigues en un sacrifice perpétuel. Tel est, en nous, l'enfantement du Divin. La valeur de nos oeuvres s'en trouve accrue jusqu'à l'infini, puisque, par cette volonté constante de saisir Dieu, le disciple Le touche en effet. Il tâche à mettre dans ses oeuvres toutes ses forces et toute son âme, mais
il en abandonne le bénéfice à ses frères autour de lui.
Ce magnifique effort s'accommode de toutes les mentalités, de toutes les positions sociales, de toutes les sortes d'énergies. Il n'exige qu'un coeur ardent et une intention pure. Ainsi, en effet, tout homme chemine vers son Idéal, puisque Dieu est, entre autres choses et d'abord, la totalité des idéals du genre humain.
Toute créature se nourrit de ce que la Nature lui offre d'analogue à elle. Le corps physique se nourrit d'aliments matériels; l'intelligence se nourrit d'idées; l'âme, étincelle du Verbe, ne peut se nourrir que du Verbe.
Le Verbe, c'est la puissance divine descendant chez les créatures et se donnant à elles. Il est le sacrifice innombrable et parfait. Le sacrifice sera donc aussi la nourriture de notre âme. Chaque fois que nous nous serons privés de quelque chose au profit d'un être, notre âme grandira. Accepter, rechercher la dernière place, le mépris, la difficulté, la pauvreté, tout ce que les hommes craignent et fuient, voilà la nourriture spirituelle du disciple de Jésus. Le sacrifice est sa vie; l'Amour en est la flamme. Il donne sans cesse : son argent, son temps, sa science, son habileté, son affection; il offre tout cela à quiconque le lui demande; la sensation même de la présence divine qui le béatifie, il la donnerait pour soulager n'importe lequel de ses frères.
Car, peu à peu, son esprit pénètre dans un monde de gloire où tout respire la paix, l'allégresse et l'harmonie. Peu à peu le Maître du monde devient pour lui un Ami au lieu d'un Seigneur. Peu à peu, la Vie parle directement à sa conscience, cette Vie que ni le savant ni le philosophe ne peuvent saisir. Peu à peu, les forces divines descendent, le miracle devient possible, le mystère se dépouille de ses voiles.
On rencontre, en effet, des hommes que rien ne distingue de la foule; ils ont un métier, une famille comme tout le monde; cependant, lorsqu'on entre dans leur confiance, on les voit accomplir des choses extraordinaires, on leur entend dire des vérités profondes. Mais, faiseurs de miracles ou voyants, ils offrent cette particularité étonnante qu'ils ne semblent pas tenir à leurs privilèges. Et ce détachement, c'est le signe qu'ils appartiennent à Dieu, qu'ils sont dans la Vérité.
Le disciple vrai du Christ n'est donc ni un solitaire, ni un contemplatif; c'est un actif; il doit s montrer entreprenant comme les plus courageux, également impassible dans le succès ou dans l'échec, ouvert à tout, s'intéressant à tout, mais tournant tout dans le sens de Dieu. La forme de son existence, telle que son éducation, ses aptitudes et son milieu la déterminent, reste la même. C'est la qualité de cette existence qu'il transmue, par son zèle, par son amour, embrassant dans une constante étreinte toute la Nature et tout le Ciel.
Pour accomplir une telle mission, il faut que le disciple s'oublie lui-même. qu'il oublie qu'il s'est oublié. Il faut, tout le jour, qu'il sorte de soi, vers ses frères. Il faut, la nuit, qu'il rentre en soi, pour retrouver Dieu et entendre Jésus.
Où puisera-t-il tant de force ?
Dans l'Amour, alimenté du sacrifice. Charité, humilité, prière : voilà la devise du vrai mystique. Là se cachent tous les secrets et tous les dons. Toutes les autres méthodes de culture spirituelle sont factices. Car la vérité, c'est la vie; la vie, c'est l'Amour. Ces serviteurs de Dieu, ces soldats du Christ, ces laboureurs de l'Esprit sont les seuls hommes qui, dès cette terre, peuvent étreindre leur idéal.
Rappelez-vous les émotions les plus exquises, les sensations les plus grandioses, les conceptions les plus vastes que vous ayez pu éprouver ou élaborer. Tout cela n'est plus qu'insipide, banal et mesquin, en face des extases et des illuminations qu'un seul regard du Christ dispense à Ses amis. Conciliez l'immense et l'infinitésimal, rassemblez en votre âme la saveur de la toute-puissance et celle de la toute-tendresse, peut-être obtiendrez-vous une image de l'atmosphère où respire le disciple.
Vous concevrez pourquoi certains hommes semblent immuables parmi les situations les plus diverses; pourquoi ils ne s'étonnent de rien jusqu'à paraître insensibles, tout en ne ménageant aucune peine pour adoucir même la souffrance d'une plante; pourquoi enfin un simple regard, reçu d'eux comme en passant, nous émeut jusqu'au tréfonds.
Ces amateurs d'impossible, s'étant voués à Jésus, assument les martyres toujours recommençant que le monde réserve aux apôtres du divin. Ils sont énigmatiques et ils inspirent confiance.
Ils regardent les choses sous un angle inconnu et leur vision ne leur fournit que des motifs d'indulgence et de pitié. Les autres sont de pierre; eux sont de feu; ils se consument, ils incendient autour d'eux. Ils æ taisent beaucoup, mais leur parole est opérante; ils se cachent pour faire le bien; mais, ayant encore dans les yeux la magnificence de l'Éternité, ils donnent à chaque minute, à chaque être qui passe, sa vraie valeur : une valeur infinie.
Tel est l'état du vrai disciple; tel est le chemin direct pour aller à Dieu; voilà la méthode la plus fructueuse pour aider nos frères.
Il est possible, au sein des pires malheurs, de garder la paix. Il est possible que quelques paroles tombées de notre bouche redonnent le courage au vaincu. Il est possible qu'à notre demande le Ciel distribue la santé. détourne l'accident, attendrisse un coeur endurci. Il est possible que l'Au-delà dévoile ses mystères.
Si vous le voulez, le Christ vous prendra avec Lui; vous consumant aux fatigues de la charité, vous ressusciterez sans cesse par les flammes de la prière. Vous serez dans le Ciel en vivant sur la terre, et vous répandrez autour de vous l'atmosphère du Ciel.
Mais il faut vouloir vous-mêmes. Nul ne peut faire le travail à votre place. Nul ne peut vous apporter l'eau des fontaines éternelles-sauf le Christ en personne.
Cette eau arrive à notre coeur par la conscience et à notre intellect par l'Évangile.
Une patiente et ferme discipline morale clarifie la première et, dans la mesure de cette purification, la lecture de l'Évangile nourrit notre cerveau. L'Évangile contient tout; toute science, divine ou humaine, secrète ou patente, spéculative ou pratique. Les secrets des astres y sont écrits, comme ceux de l'âme humaine; ceux du microbe et ceux du génie; ceux de l'art comme ceux des mathématiques.
L'homme n'a pas besoin d'un autre homme pour se désaltérer à ces sources, car personne n'est aussi proche de Dieu que soi-même. Nul besoin d'intermédiaires, nul besoin d'autre rite que la simple et confiante demande, d'un autre culte que la charité, d'une autre discipline que l'Amour fraternel.
Toutes ces choses sont expérimentables; elles sont certaines. Le devoir de ceux qui les constatent est d'inviter leurs frères aux mêmes essais. Tous les hommes sont conviés au même Banquet. Afin que se réalise, dans la plus large mesure, cet ordre divin qui est en même temps un souhait et une prière; " Comme Je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ".

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

Par Sedir - Publié dans : spiritualité
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Vendredi 22 mars 2013 5 22 /03 /Mars /2013 07:08

 

Il existe un problème du Christ : en lui seul, il contient tous les autres ; on peut y trouver une réponse, et dire ce que devient l'Etre en qui s'est résolue cette énigme, la plus importante de toutes.

En réalité, nous ne venons sur terre que pour cela, c'est là le but réel de notre vie, le seul nécessaire. En Jésus, je l'affirme, se trouve la vérité totale, et si quelqu'un accomplit au mieux Ses commandements, Il se fera Lui-même connaître à lui. Nous voyons ainsi que l'énigme du Christ, c'est par Son aide seule que l'on peut la résoudre et qu'alors tous les autres problèmes seront aussi résolus: car, en l'identité vraie du Sauveur se cachent leurs solutions définitives.

En quelques uns de mes lecteurs peut rayonner une foi toute simple et toute pure, Pour eux, je tiens à le dire : le problème du Christ ne se pose pas, puisqu'il est déjà résolu, au moins pour un temps.

Je voudrais surtout m'adresser à ceux qui ont perdu toute foi, rechercher d'abord ce que cela signifie, et voir quelles sont les causes de l'incrédulité religieuse. A mon avis c'est là un phénomène tout naturel de l'évolution humaine. Le désert du doute me paraît indispensable à traverser pour parvenir à l'oasis de la certitude. Il ne faut donc pas vous chagriner outre mesure, mères croyantes, dont le fils se dit, se croit athée ; femmes dont le mari refuse de partager la foi, car cela indique seulement pour eux un changement dans le travail. Un homme n'est pas , en effet, matérialiste parce qu'il le veut, mais parce qu'une loi secrète le force à développer certaines facultés de volonté, de raisonnement, d'adaptation, de réflexion qui autrement resteraient en sommeil ; et puis, le matérialisme porte en lui-même ses germes d'évolution. En général, après cette période, l'être humain en traverse une autre où les lumières brillantes de l'intelligence ne l'intéressent plus ; c'est au-delà de la nature qu'il cherchera sa voie.

Il est alors convaincu que tout est vie, mais il confond la vie, principe créateur, avec la vie sensible ; il est panthéiste. Puis, dès qu'il a fait un pas de plus, il comprend que la source inconnaissable de toute existence est à jamais séparée de ses créations. Elle les pénètre mais n'en est jamais pénétrée.

L'homme est à ce moment spiritualiste, il croit en Dieu, mais ce spiritualisme est encore en partie philosophique. L'évolution continue, et l'être humain deviendra un mystique dès qu'il aura compris le Christ et aura répondu à Son appel séculaire.

Le philosophe Auguste Comte a présenté cette évolution complète, et il est mort mystique , après avoir été athée. Et c'est là une loi générale. Ainsi, la perte de la foi n'est qu'un épisode de notre lente ascension vers la vie.

Quoi qu'il en soit, de même qu'aux confins du désert se dressait autrefois le sphinx terrible et mystérieux, posant au voyageur le célèbre : qui suis-je ? De même à tous les moments de notre route, à n'importe quel détour de notre chemin se dresse la figure de Jésus de Nazareth, posant à tous la même question, mais combien plus centrale, combien plus importante, définitive et absolue ! Combien plus miséricordieuse aussi, car Jésus est patient, et il attend les siècles nécessaires pour que nous entendions sa demande ; sa bonté comprend que nous cherchions, hélas ! partout, la réponse avant de la lui demander à Lui-même. Avant que nous lui disions : Seigneur, toi seul peux me dire qui tu es. Toi seul peux dévoiler pour moi la splendeur unique, et alors je vivrai, moi qui étais mort !

Ainsi, devant le sommeil universel, se pose vraiment la difficile énigme : Qui est Jésus? Nous allons tenter d'examiner les différentes réponses que les hommes font à cette question ; mais auparavant, je ne crois pas inutile de dire quelques mots sur ce qu'est un monde, notre terre en particulier, ce que furent pour elle le Christianisme et les Chrétiens.

Toutes les Ecoles ont examiné d'innombrables explications du problème de la Création. Tour à tour le matérialisme, le panthéisme, le spiritualisme philosophique, ont tenté de percer cette obscurité et il faut bien le dire : tous ont échoué. Si haut que soit parvenue l'intelligence humaine, elle doit s'avouer battue devant l'éternité de la matière comme devant l'éternité de l'Esprit.

Il est à mon sens bien préférable de revenir à l'Evangile et de rechercher plutôt quelques indices en nous-mêmes, à la lumière de l'amour et de l'humilité vraie. Pour l'humble foi, donc, la Création est une pensée de Dieu, pensée incessante, sans commencement ni fin comme l'homme ne peut être sans pensée; ainsi ou Dieu n'est pas ; ou, ainsi que le dit Jésus " Il agit continuellement " et de sa vie inaccessible et inconnaissable s'échappent, sans jamais la diminuer, des rayons de vie qui sont les créations.

En principe, la force créatrice, à laquelle on a donné le nom de Dieu, contient donc en germe les univers, comme le gland contient le chêne. Ainsi notre terre est formée, et les différentes vagues de la vie l'ont pénétrée tour à tour ; puis, le moment venu, notre monde fut lentement préparé par toute une floraison de sauveurs, de messies, à la venue de la Vie totale. Le Verbe, ainsi que le dit saint Paul, réunit hors le temps et l'espace, autour de lui, les esprits des créatures qui l'accompagnent dans sa mission.

La Vierge céleste prépare le corps où elle s'incarnera, le précurseur, les apôtres sont choisis, ainsi que toutes les créatures minérales, végétales, animales qui auront un rôle à jouer autour du Christ. Mais les ténèbres ont aussi été créées et ont refusé la lumière ; c'est du reste leur but, et de même la Terre se prépare tout de suite à repousser cette invasion céleste qu'elle pressent. Son esprit recherche l'alliance de l'être que l'Evangile appelle " le Prince de ce monde " et leurs efforts réunis n'ont pas encore cessé.

Ainsi le Christianisme, débarrassé de toute conception philosophique ou théologique, nous apparaît comme la manifestation totale, la pénétration complète de la vie créatrice sur notre monde (qui n'en voulut pas).

Telle est la cause réelle des luttes séculaires entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal, entre l'esprit et la matière, et nous pouvons déjà entrevoir dans cette simple explication de la foi, les premières lueurs bien confuses encore, de la lumière définitive où resplendira pour nous l'identité réelle du Christ Jésus.

*
* *

Quelles sont donc les différentes opinions qui existent sur le Christ ? parmi ceux du moins qui veulent bien penser parfois à Lui et tenter de le comprendre.

Ils sont du reste relativement peu nombreux ceux qui se préoccupent de la question ! On est malheureusement obligé de constater que, de nos jours - comme au temps où le Christ passait avec Ses disciples pauvrement vêtus dans les voies de Jérusalem ou sur les routes de Judée - la grande majorité des savants, des riches, des assouvis et aussi ceux qui plient sous le poids de la douleur a oublié Celui qui seul pouvait les rendre heureux !

Bien rares sont ceux qui pensent à Lui et veulent Le connaître. Bien rares ceux qui prennent le temps de diriger vers Lui l'appel secret de leur coeur! Tous vont à leur travail, à leurs pauvres joies si fragiles, tous se révoltent sans penser à Celui qui sauve, guérit et console ; ils L'ont oublié.

Et puis viennent ceux qui se souviennent de Lui pour le haïr; ceux que Son existence gêne sans doute, puisque ces chefs d'écoles sont arrivés à prétendre que le Christ n'a jamais existé. Enfin ceux qui se servent de Lui comme d'un drapeau.

Chose curieuse, ceux-là, les magnétiseurs, les spirites, les occultistes, etc., tous Le placent au plus haut degré. Ils se sont souvenus de cette blanche figure qu'on avait montrée à beaucoup d'entre eux, quand ils étaient tout petits, mais ils ne voient en Jésus qu'un homme. Si nous continuons notre enquête, nous verrons que, s'approchant peu à peu de la vérité, quelques philosophes arrivent à la conception du " Christ archange solaire ", comme si Jésus n'était pas immensément au-dessus de tous les archanges et de tous les soleils ! Il y a, disent-ils, deux Christ : celui qui est dans le Ciel et celui qui a fondé la religion chrétienne sur la terre. Pour certains, enfin, et même parmi les théologiens, Jésus a été un homme en qui s'est manifestée au maximum la puissance de Dieu.

Nous arrivons enfin à la vérité : Jésus, Dieu et homme à la fois, Jésus Fils unique du Père... Amour, vie totale créatrice, Dieu tout entier, manifesté clairement parmi nous. C'est ce que Jean exprime dans sa première lettre en disant : " La VIE s'est manifestée, nous l'avons vue ; nous en rendons témoignage ! Nous vous annonçons cette Vie Eternelle qui était avec le Père et qui nous a été manifestée ".

Pour toute création quelle qu'elle soit, se produit cette pénétration totale et complète de la vie, qui seule peut conduire une créature à sa perfection. Qu'il s'agisse donc d'un minéral, d'un végétal, d'un animal, d'un homme, d'un ange ou d'un monde comme le nôtre, la loi est la même et tout être ne peut atteindre son but ultime tant qu'il n'a pas reçu et consenti à recevoir le rayon du Verbe qui lui est destiné.

Alors dès qu'un homme, par exemple, a obtenu du Christ le don merveilleux de connaître Son identité véritable, tout change pour lui. L'Evangile, au lieu de lui présenter un code quelconque de morale, devient le livre unique qui dévoile peu à peu ses mystères, à l'amour, à l'action. Les paroles du Christ - si obscures s'Il n'est qu'un homme - s'éclairent et deviennent nos guides infaillibles, vers la Vie, s'Il est le Père Lui-même tout entier manifesté, mais non compréhensible bien entendu.

Il est dès lors évident que le Verbe seul peut se révéler à nous progressivement et donner cette Lumière, non seulement à notre coeur, en qui se cache une parcelle de la vie éternelle, mais à notre cerveau tyrannique ; Lui seul est capable de nous faire comprendre cette union parfaite de la vie infinie et de l'humanité la plus pure ; cette limitation de la vie sans limite, et cette pénétration de l'absolu dans le relatif, Jésus, notre maître, a enfin seul le pouvoir de purifier tellement notre raison qu'elle parvienne sans preuves à la certitude de Sa Divinité.

Nous pouvons cependant l'aider en contemplant trois particularités de Sa vie sur la terre : Sa Naissance, Sa Mort réelle, Sa Résurrection. Oui, le Christ a voulu naître en suivant en apparence les lois terrestres, mais Sa naissance fut entièrement surnaturelle ; Il a voulu permettre à la mort, Sa créature, de prendre Son corps humain. Il a voulu la combattre et Il l'a vaincue. Il a repris cet organisme entièrement détruit et nul autre messie n'a fait cela. Enfin Sa Résurrection fut réelle et totale, Ses apparitions ne furent pas opérées à l'aide d'un corps fluidique quelconque, mais Il fut, jusqu'à Son départ, exactement le même qu'avant le Calvaire et pendant Sa mission.

Eh bien, quand vous saurez avec une certitude inébranlable que ces trois affirmations sont véridiques ; quand vous saurez cela par vous-mêmes, après avoir souffert, cherché et trouvé; quand Jésus vous apparaîtra en Sa décisive et définitive identité (non, bien entendu dans Sa splendeur totale qu'aucun de nous ne pourrait contempler sans mourir), mais lorsque Sa divinité vous semblera démontrée, le problème que j'ai voulu seulement signaler sera résolu en vos coeurs; vous serez alors changés. En vous 1'esprit dominera la matière et vous serez chrétiens.

Je prie ceux qui ne peuvent encore croire en Jésus, Dieu et homme, de Le considérer au moins comme leur ami. Qu'ils aiment Sa doctrine si pure ; qu'ils ne se rebutent pas de ses obscurités ; qu'ils voient enfin en Jésus-Christ Celui qui a donné Sa vie pour tous les hommes.

Quant à vous, chrétiens vrais, en qui s'est déjà accompli l'ineffable mystère, vous à qui Jésus a répondu Lui-même à la question qu'Il pose à tous, vous n'avez plus qu'à comprendre un peu plus chaque jour les profondeurs sublimes de l'Evangile et les réaliser dans votre vie ; vous n'avez plus qu'à rendre éternelles, par l'action, les vraies lumières reçues en vos demeures secrètes.

Dès ce moment le Christ est votre guide, votre ami, votre maître. Suivez-Le, Aimez-Le. Il vous revêtira un jour de la robe lumineuse qui vous permettra l'entrée dans le Royaume de Son Père.

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

Par Phaneg - Publié dans : spiritualité
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Jeudi 21 mars 2013 4 21 /03 /Mars /2013 07:21

On peut dire, en donnant aux mots leur acception la plus large, que notre temps est intelligence et sensualité; c'est la principale cause pour laquelle il reste sourd aux appels de Dieu. Tout le monde saisit a peu près pourquoi la religion met en garde contre le charme des jouissances sensibles; mais, aux yeux de l'élite, les joies intellectuelles gardent un prestige qui empêche de voir combien souvent elles nous éloignent du divin.
Or l'Évangile nous parle toujours de morale et de piété, jamais de recherches scientifiques ou philosophiques. Est-ce par opposition ? Certainement non; Dieu ne nous aurait pas pourvus de facultés mentales aussi actives pour nous défendre ensuite de les faire travailler. Est-ce par oubli ? Non plus, car cet Évangile, écrit au nom du Verbe en vue des besoins propres de nos siècles, doit servir de guide pour tous les genres d'activités, et offrir toutes les directives, sous peine de perdre son caractère de perfection infaillible, de décevoir la confiance des croyants, sous peine enfin de ruiner leur foi. Il est impossible que notre Père Se joue ainsi de ceux qui s'abandonnent à Lui.
Je voudrais dire aujourd'hui, pour aider, si possible, aux entretiens qu'il vous arrivera d'avoir avec des contradicteurs quelconques, dans quelle attitude le pur disciple de Jésus-Christ aborde le problème du savoir, où il le situe, comment il le résout. On nous reproche parfois de ne mettre aucun frein à nos imaginations, d'être de faux mystiques, des contempteurs de l'intelligence; je désirerais montrer plus explicitement que je ne l'ai encore fait de quelle façon la doctrine littérale de l'Évangile sous-entend une méthode de connaissance avant tout pratique, réaliste, expérimentale et directe; de quelle façon le vrai disciple reçoit des notions exactes sur les choses et sur les êtres, quelle est sa critique, d'où il tire ses certitudes.
*
La connaissance ordinaire emploie trois procédés; d'abord l'observation : expérience naturelle des phénomènes de la Nature, expérience artificielle que le savant institue dans son laboratoire; ensuite la méditation sur les rapports réciproques des phénomènes; enfin la contemplation sans raisonnement de laquelle jaillit l'intuition.
Ces enquêtes, que nous menons dans la sphère de la pleine conscience, nous appartiennent; nous sommes libres de les entreprendre ou de les ignorer. L'être humain n'est ni un monarque absolu, ni un esclave; il jouit d'une autonomie relative qu'il étend ou qu'il restreint selon qu'il s'attache à la volonté divine ou à la sienne propre. De même qu'il a sur son corps certains droits et envers lui certains devoirs, il a des droits sur son intelligence et des devoirs envers elle. Tous deux sont des instruments de travail au moyen desquels il devrait réaliser les seuls desseins de Dieu, que la lumière de son coeur transmet à son libre arbitre.
Plus que tout autre, le disciple a le droit de faire marcher son cerveau, avec le devoir de contenir cette activité au-dedans de certaines limites; l'intellectuel sort de ces limites plutôt par l'esprit de ses recherches que par leu. nature, car rien ne lui paraissant plus noble ou plus utile que les accroissements du savoir, sa passion cérébrale peut lui faire oublier ces défenses divines, avertissements bénévoles d'un Père tout animé de sollicitude. Il a tort d'être insatiable, comme d'autres travailleurs ont tort qui ruinent leur santé pour acquérir la fortune. Je sais bien que les richesses de l'avare finissent toujours par revenir à la masse, comme les hardiesses du savant provoquent des découvertes utiles; mais je crois que l'un et l'autre obtiendraient un résultat meilleur, plus normal, sans réactions fâcheuses, en obéissant, dans la conduite de leur activité, aux directives évangéliques. Toutes nos puissances, corporelles ou intellectuelles, sont des servantes que Dieu nous prête; elles ne sont pas nos esclaves, elles ne nous appartiennent pas en propre; nous devons les faire travailler, même et surtout lorsqu'elles sont paresseuses, mais nous devons aussi leur donner le repos nécessaire; nous devons les spiritualiser, je veux dire les rendre réceptives à l'influence de l'Esprit, en les tournant, par la purification de nos mobiles, par la prière, par la charité, vers les buts que
Dieu nous propose, chaque jour, chaque heure et chaque minute.
" Il n'est pas de secret qui ne doive être découvert ", lisons-nous dans l'Évangile. Je crois à l'universalité absolue de cette parole; seulement, c'est le procédé de ces découvertes qui change selon que l'explorateur se fie à la seule matière, ou à la seule intelligence, ou au seul Christ.
Dans le langage de l'Évangile, le mot Vérité n'a pas un sens scientifique, ni philosophique, ni même seulement moral; son sens, comme d'ailleurs le vrai sens de tous les termes de ces Écritures, englobe les trois premiers, les dépasse et les transforme; c'est un sens spirituel, accessible, non par l'esprit de l'homme, mais par l'Esprit du Très-Haut. Et cet Esprit descend sur nous, non pas lorsqu'on cherche à le capter par les soupirs de la prière platonique, mais lorsqu'on se place dans son rayonnement, en " aimant Dieu de tout son coeur, de toute son intelligence, de toutes ses forces, et son prochain comme soi-même pour l'amour de Dieu ". Remarquons cet appel à l'intelligence prononcé par Jésus pour parfaire notre amour de Dieu. Selon la sagesse humaine, une discipline intellectuelle existe; la discipline de la sagesse mystique est morale d'abord, et totale ensuite.
Pour comprendre l'Évangile, il faut une certaine manière de voir dont l'observance de cette discipline seule nous rend susceptibles d'être instruits par le Ciel. Cet état d'âme se nomme la pauvreté intérieure, la première des béatitudes, récompense déjà inestimable et inconcevable aux plus sages des humains. Quand le disciple s'y trouve établi, un monde nouveau s'offre à ses regards, de nouvelles terres, de nouveaux cieux; ou, plus exactement, le monde qu'il percevait jusqu'alors par ses formes sensibles, ou par les abstractions mathématiques, par les méditations philosophiques, ce monde s'éclaire d'un jour inconnu. Au lieu des formes et des lois, ce sont les types essentiels qui se montrent à lui, l'esprit des choses, les esprits des êtres, leurs relations centrales, leur simplicité permanente.
*
Le savant, le philosophe recherchent l'inconnu dans les limites de leurs sens corporels ou de leurs facultés mentales, limites dont ils ne peuvent sortir sans entrer soit dans les groupes aventureux des divers occultismes, soit dans la cohorte mystique des serviteurs du Christ. En tant qu'hommes de science ou de pensée, leurs travaux restent légitimes parce qu'ils savent qu'ils ne sont que des hommes, sujets à l'erreur et incapables d'appréhender l'ensemble total des phénomènes et des lois.
Tandis que les recherches des occultismes deviennent illégitimes devant Dieu, parce que l'esprit qui les inspire n'est pas humble. Le disciple du Christ ne scrute pas les mystères s'il n'en a reçu la permission; il ne se préoccupe que de se rendre moins indigne de recevoir ceux que son Maître jugera utile de lui dévoiler. Le savant et le philosophe se servent honnêtement et humblement des instruments de travail dont ils sont pourvus. Mais à la base des enquêtes de l'occultiste on trouve cette conviction, tacite ou expresse, que lui n'est pas un homme comme les autres, qu'il appartient à une élite, qu'il est capable de perfectionner par lui-même et ses sens et sa raison. Et cette attitude orgueilleuse l'empêche de voir comment il ne s'élève qu'en refoulant sous ses pieds un grand nombre de créatures, matérielles ou immatérielles, en négligeant des travaux immédiats, donc d'une utilité urgente, et combien ses découvertes demeurent fatalement partielles, puisque ses moyens d'investigation restent, par nature, limités. L'occultiste, en un mot, oublie qu'aucun individu ne peut par ses propres forces sortir du créé, du fini, du conditionné.
Toutefois je n'indique dans ce court entretien que des types généraux. Je sais que tous les adeptes de l'ésotérisme ne se croient pas des surhommes et que quelques chrétiens, au contraire, se croient parfaits; des gens faisant profession de science exacte ou de pensée impartiale se montrent intolérants; très peu d'individus sont homogènes : le tempérament nous tire dans un sens, le caractère dans un autre, la mentalité dans un troisième.
Aussi voudra-t-on bien m'excuser si je ne présente que des ébauches. Il me faudrait, pour reproduire toutes les nuances de la psychologie, de la métaphysique ou de la théologie, un savoir universel, un talent que je ne possède pas et une existence plus libre d'autres besognes indispensables. C'est sans doute à cause de cette hâte constante que j'ai dû bien souvent mal définir ma pensée et offrir au public une peinture trop vague de la doctrine dont s'inspirent nos " Amitiés Spirituelles ". Je ne sortirai pas de mon sujet en essayant aujourd'hui de distinguer mieux ce qui nous sépare des autres écoles spiritualistes, puisque je préciserai par là même l'attitude du disciple de l'Évangile en face des méthodes de la sagesse humaine.
*
Quoique certains prétendent, la doctrine évangélique ne constitue pas la surface, mais le fond de nos convictions. Et réciproquement, en dépit des ressemblances extérieures, ce que j'ai pu dire de la structure et des habitants des mondes invisibles ne constitue pas le fond de nos études, mais l'accessoire. Dès qu'on parle de l'Invisible, le public vous étiquette spirite, ou occultiste, ou théosophe; or, en ces matières, la qualité, la nature des connaissances recherchées dépendent d'abord de l'intention dans laquelle on effectue ces recherches et de la méthode qu'on y emploie.
Comme l'explique excellemment un théologien moderne, " sous le nom d'occultisme viennent se ranger toute une masse d'enseignements et de procédés qui se proposent d'atteindre à la connaissance de l'essence des choses en dehors des voies normales. Son ambition serait d'arriver à un certain point commun par où tous les êtres se touchent et ainsi de prévoir leur naissance comme d'agir sur leur production ".
Or les " Amitiés Spirituelles ", en fait d'enseignements ou de procédés, se bornent à redire ceux que nous donne l'Évangile. Leur ambition n'est pas de faire de leurs adhérents des mages, ni des surhommes, mais des hommes, de simples chrétiens. Aucun fidèle, de n'importe quelle confession, ne peut nous reprocher notre croyance que l'Évangile renferme tout. Aucun non plus ne peut rejeter la " théorie des plans ", la théorie selon laquelle il existe dans la Nature un certain nombre de degrés ou de combinaisons de la substance universelle, puisque les théologies admettent ces degrés, puisque les révélations des saints les décrivent, puisque nous croyons, selon la parole du Christ, que le Créateur reste indépendant de Son oeuvre.
Aucun dogme ne s'oppose ni à la pluralité des mondes habités, ni à la pluralité des existences, ni à cet animisme qu'on nous reproche d'avoir adopté, comme de simples sauvages. D'autant plus, je le répète, que ces théories n'ont pour nous qu'une importance très relative; on peut lire, sous les signatures de la vénérable Marie d'Agreda, de sainte Hildegarde, sainte Françoise Romaine, de la vénérable Catherine Emmerich, de bien d'autres encore, des histoires fort semblables à des contes de fées : qui s'aviserait d'en conclure que le catholicisme n'est bon que pour les cerveaux faibles ? Nous n'avons jamais prétendu qu'il soit nécessaire au disciple d'entrer en relations avec les esprits des choses, ni avec les dieux, ni même avec les anges; nous croyons même - ou plutôt nous savons qu'un homme peut monter très haut vers Dieu sans bénéficier d'aucune vision, d'aucune faculté miraculeuse; nous sommes d'accord en cela avec la théologie la plus orthodoxe, et c'est cela que j'ai voulu dire en écrivant qu'un saint qui saurait être un saint ne serait plus un saint.
On nous reproche de tout matérialiser, d'épaissir toutes les notions. Mais faut-il redonner les définitions classiques de l'essence et de la substance, de l'esprit et de la matière ? Qu'est-ce que la troisième personne de la divine Trinité, l'Esprit Saint, duquel il est écrit " l'Esprit souffle où il veut, et comme il le veut, nul ne sait d'où il vient, ni où il va " ? Si cet agent insaisissable souffle où il veut, c'est qu'il est libre; si nul ne peut connaître son parcours, c'est qu'il n'obéit à aucune loi; par suite, quoi que ce soit que des conditions quelconques régissent n'est pas l'Esprit pur; donc tous les êtres invisibles, par la simple raison qu'ils furent créés, qu'ils ne sont pas Esprit, sont matière : matière imperceptible à nos sens ou à nos instruments, mais matière. La physique moderne démontre bien que la lumière, l'électricité ont un poids; ces fluides appartiennent donc à la matière; pourquoi pas d'autres aussi ?
Notre compréhension de l'Évangile n'est pas pour cela matérialiste. Au contraire; nous nous inscrivons en faux contre les deux adages occultistes : le hasard n'existe pas, le surnaturel n'existe pas. Si par le premier de ces aphorismes l'initié entend que tout ce qui vit dans l'orbe de la création est soumis à une loi, d'accord; mais s'il entend que ces lois, rigides et fatidiques dans l'univers créé, sont toutes-puissantes, non. Au-dessus, ou en dedans de la trame du déterminisme il y a la puissance du Ciel, la grâce divine, l'amour, l'Esprit libre, vers la réception de qui nous chrétiens, tendons de toute notre ferveur. Il y a les mondes physiques, il y a les mondes hyperphysiques, et les métaphysiques; tout cela, c'est du créé, du naturel, du conditionné, du relatif; tout cela, c'est le royaume du Destin et de la Justice. En dehors et en dedans de tout cela, antérieurement, simultanément et ultérieurement à cela, il y a le royaume de la Miséricorde, le royaume de Dieu, le Surnaturel. Pour nous le surnaturel est; il est même la seule réalité, la seule vérité, la seule vie, la seule voie; il se nomme Jésus-Christ; or, ce caractère unique du Christ, aucun occultisme ne l'admet.
Quand l'apôtre Paul s'écrie qu'actuellement les hommes voient les choses comme dans un miroir, il dit vrai; la seule réalité, c'est le royaume de Dieu, l'éternité; la création, c'est les ombres flottantes et inverties des habitants du Ciel et des forces éternelles. Nous, nous essayons de nous rendre dignes des visitations divines; les occultismes, eux, veulent se saisir des ombres; et dans le grand public, ce sont ces ombres, l'astral, le spiritus mundi, l'akasha, qu'on croit être le surnaturel.
Il est donc faux d'assimiler notre foi " au rêve de toutes les magies, de tous les occultismes, de toutes les variétés de la " Christian Science ". " Commander aux forces de la Nature, exercer sur toutes les puissances une action nécessitante et contraignante, dominer la maladie ", tout cela en soi-même ne nous intéresse pas. Si nous voulions dominer quoi que ce soit, commander qui que ce soit, nous ne serions pas des chrétiens. Tout ce que nous désirons, c'est de soulager nos frères; quand nous ne trouvons plus d'argent pour secourir le mal heureux, plus de remède pour calmer le malade, nous demandons l'aide du Ciel. Et si je vous parle, trop souvent peut-être, des merveilles secrètes de l'univers, c'est pour abattre les préjugés, animer la foi et faire comprendre que rien n'est impossible à Dieu.
J'accorde que je vous raconte des choses invraisemblables; mais pas plus invraisemblables que les résurrections de saint Vincent Ferrier, les discours du petit Pauvre d'Assise aux oiseaux, les miracles de nombreux thaumaturges, comme ce maçon que saint Philippe de Néri voit tomber d'un faîte et qui s'arrête en l'air le temps que le saint aille demander à son supérieur la permission de le sauver; saint Paul l'a dit le premier : la sagesse du chrétien est folie aux yeux des hommes.
En effet, le monde est un vaste mécanisme, mais au sein duquel palpitent les germes de la liberté, germes qui se développent dans la mesure où ces êtres réalisent la loi de Dieu, la loi de l'Amour. C'est une parole du Christ que nos renoncements nous libèrent, à condition qu'ils se fassent, non pas pour devenir libres, mais par pure charité. Nous ne le voyons que trop, hélas ! que nous ne sommes libres que dans une mesure infime. Et quand Jésus commande à Ses apôtres d'appeler la paix sur la maison où ils entrent, Il S'exprime comme si la maison elle-même pouvait entendre ces souhaits; en d'autres circonstances, Il S'exprime également comme si le figuier, la fièvre, les péchés, la montagne, la tempête pouvaient entendre Ses commandements. Or Jésus n'était pas un rhéteur; s'Il S'adresse à des choses en apparence inanimées comme si elles possédaient de la raison et un certain libre arbitre, c'est qu'elles possèdent, en effet, ces prérogatives dans une mesure quelconque. Le rituel romain formule aussi ses exorcismes et ses bénédictions comme si l'eau, l'huile, le champ, l'édifice les pouvaient entendre et comprendre; sont-ce des figures de rhétorique, ou bien les vieux pontifes et Jésus sont-ils des animistes, comme le Fuégien ou le Papou ?
*
Je n'ai pour l'intelligence aucun dédain. Mais à une époque où on la déifie, où on nomme sentiment et passion ce qui n'est qu'effervescence des sensibilités, je crois bien faire en proclamant le coeur comme le vrai centre de l'homme; le mental est un instrument, la sensibilité en est un autre, le corps un troisième. L'Église aujourd'hui recommande l ?étude de la plus vaste pensée catholique, de saint Thomas d'Aquin; puis-je me permettre de rappeler que saint Augustin a écrit : " Aime, et fais ce que tu voudras " ? C'est une parole profondément vraie, à condition que cette charité généreuse ne reste pas platonique et aille sans cesse jusqu'aux actes. Vous m'avez souvent entendu vous mettre en garde contre le quiétisme, vous exhorter à la discipline des renonciations, à l'effort sain des réalisations altruistes; je ne crois pas avoir jamais célébré les romantiques enthousiasmes de la vie intérieure. Nous savons que suivre le Christ est une oeuvre d'équilibre, et que les plus grands de Ses serviteurs furent des êtres de bon sens pratique et d'énergie.
Nous ne faisons pas non plus profession de dédaigner aucune des merveilles que la terre offre à notre étude. Je ne crois pas qu'aucun de nous ait jamais formulé de blâme contre le dogme ou la discipline du catholicisme; nous admirons ses saints, ses cathédrales, sa langue, sa pensée; nous ne nous sommes jamais permis la vingtième partie des critiques qu'on peut lire dans les oeuvres de plusieurs de ses docteurs et de ses Pères. Si bien que des anticléricaux ont prétendu que nous sommes des jésuites déguises. Comment contenter tout le monde ?
Quand je me permets d'attirer l'attention des chercheurs sincères sur le mirage des pratiques dévotes, je ne prétends point que celle-ci soient vaines, mais qu'elles ne constituent pas l'essentiel de la vie religieuse. Entre une mère de famille qui, se dévouant aux siens, trouve sur ses heures de repos le temps de secourir quelque voisine nécessiteuse, et la dame qui ne manque pas la messe, qui satisfait aux quêtes, mais qui déchire les réputations ou traite mal ses domestiques, je crois que Dieu préfère la première; Jésus nous le dit d'ailleurs, et nombre de Ses serviteurs canonisés l'ont répété.
Quant à décrire Dieu, quant à Le définir, on nous reproche d'éluder ces précisions; mais pourquoi expliquer l'évidence ? Notre époque réaliste, préférant les faits aux abstractions, a surtout besoin de vérifier les résultats pratiques de bonheur, de libre rayonnement, te vive et bienfaisante énergie que procure l'obéissance aux maximes évangéliques. Les " Amitiés Spirituelles " ne s'adressent pas à ceux qui ont trouvé l'équilibre intérieur dans le sein de l'une ou l'autre Église; elles s'adressent à ceux qui cherchent çà et là, qui se fatiguent à la poursuite des fantômes déistes, ou ésotéristes, ou des sagesses humaines, qui ne voient plus clair à force d'explorer les régions intermédiaires. A ceux-là nous nous efforçons de montrer le Christ, lumière originelle, invariable et la mieux à notre portée.
Que dire de la miséricorde divine à une génération sur laquelle se sont abattus les malheurs les plus effroyables et en apparence hors de proportion avec les fautes qu'elle peut avoir commises ? Ne faut-il pas la ramener doucement et de loin, en lui montrant ce que l'on sait du mécanisme de la vie universelle, depuis les causes morales jusqu'à leurs effets physiques, vers une conception plus humble de ses propres mérites ? Ne faut-il pas, étant donné le peu d'effet des consolations dévotes, détourner les regards de ceux qui souffrent vers leurs compagnons qui souffrent davantage encore ? Ne faut-il pas leur parler du Fils avant de leur parler du Père ?
Au surplus, nous proclamons partout que l'élément nécessaire à la perfection des bonnes oeuvres, c'est qu'on les accomplisse non par dignité morale, ni dans l'espoir d'une récompense future, mais par compassion et par obéissance. Ne disons-nous pas, d'après l'autorité de la parole divine, que la véritable obéissance, celle du disciple, n'est pas une contrainte, mais un libre zèle ? Et ce sentiment peut-il naître dans une âme où ne brûle pas l'amour de Dieu ?
On nous accuse de panthéisme : matérialiste selon les uns, spiritualiste selon les autres, émanationiste suivant d'autres encore. Or, nous croyons à un
Dieu personnel et non impersonnel; à un Dieu libre, indépendant de Son oeuvre et non contraint par elle, sauf les esclavages où Il Se réduit, par amour, en la personne de Son Fils. L'âme éternelle qui brille au centre de notre être n'est pas une parcelle de Dieu, au sens oriental de cette expression; c'est une Lumière éternelle qui a reçu la possibilité de se joindre au moi; jamais nous n'avons prétendu que le disciple parfait devienne identique au Verbe; il en devient une partie intégrante, oui; il ne devient pas le Verbe. J'ai écrit que cette âme éternelle " est la fenêtre par où les autres foyers de l'individu peuvent apercevoir Dieu "; c'est donc qu'elle n'est pas Dieu.
*
Non, nous ne regardons pas avec mépris la masse chrétienne. Nous montrons le plus grand respect pour tous ceux qui, dans cette foule immense, ne font pas passer les rites avant l'effort moral et l'oeuvre charitable; le catholicisme primitif ne distribuait-il pas son enseignement par degrés ? Cela même, nous ne nous le permettons pas; nous disons simplement à ceux qui viennent : " Si vous faites ce que Jésus-Christ demande, et dans la mesure où vous le ferez, le Saint-Esprit vous apprendra tout ce dont vous pourrez avoir besoin ". Et, ce disant, nous ne rééditons ni le pélagianisme, ni le quiétisme, ni le luthéranisme, ni le calvinisme; inutile n'est-ce pas ? de rouvrir les vieux livres de controverse, dont vous avez certainement étudié les arguments, lorsque vous cherchiez la Vérité.
Il nous semble justement que, si le Père est béni par le Fils pour avoir caché Ses secrets aux sages et les avoir révélés aux petits enfants, nous sommes en soumission plénière à cette louange auguste, puisque nous recommandons de ne pas scruter ces choses secrètes, de se suffire avec le tout petit peu que l'on comprend, quitte à se rendre le moins indigne, par la purification du coeur, par la lutte contre les défauts, par l'amour fraternel, de recevoir les lumières supplémentaires que Dieu jugera bon de nous envoyer. Oui, " la vie éternelle, c'est de Te connaître, Toi seul Dieu véritable, et celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ ". Je répète cela sans cesse à tous ceux qui demandent des explications sur les arcanes; c'est en effet la voie unique et, vous le savez bien, je vous ai toujours dissuadés de vouloir découvrir dans l'Évangile autre chose que le sens littéral et usuel de ses paroles.
Si nous tendons à la simplicité d'esprit, ce n'est pas en éliminant telles pratiques religieuses ou telles convictions. Simplifier n'est pas supprimer, mais organiser. Les créatures les plus parfaites, la science nous les montre comme étant celles dont les complexités et les richesses obéissent à une loi unique, à un plan clair qui se reproduit tout le long de leur structure. L'appartenance à une Église, de pensée, de coeur et de fait, comble les besoins religieux du plus grand nombre, sans doute. Si ceux-là nous parlent, nous nous bornons à leur rappeler que l'oeuvre de charité prime tout, ensuite l'effort ascétique, enfin le culte. Mais il y a une certaine quantité d'individus qui, même après des essais loyaux et prolongés, ne se sentent pas satisfaits. Est-ce qu'ils devront se voir abandonnés, parce que leurs besoins de coeur ou d'esprit ne s'accommodent pas des cadres déjà existants ? Est-ce que le Pasteur ne quitte pas Son troupeau pour aller à la recherche d'une brebis aventureuse ? Et quand Il l'a retrouvée, est-ce qu'Il la punit, ou la traîne au bout d'une corde ? Non, Il la ramène sur Ses épaules.
Qu'on nous laisse donc vivre notre utopie, si utopie il y a. Nous savons d'ailleurs qu'elle est la plus magnifique réalité. Qu'on nous laisse chacun dans le cadre modeste de notre existence, au foyer, à l'atelier, aux champs, au bureau, essayer d'y vivre comme Jésus le demande, et d'aider à y vivre nos camarades de labeur. Qu'on nous laisse parler du Christ, selon notre coeur, quand ceux que nous avons aidés nous demandent pourquoi nous avons fait cela. Il nous suffit de les ramener à ce Maître très bon. Que si, effrayés de se voir seuls en face de Lui, malgré Sa mansuétude et Son abaissement, ils se rallient ensuite à quelque troupeau de chrétiens plus strictement organisé que le nôtre, nous ne tentons point de les retenir; qu'ils aillent au catholicisme, ou au protestantisme, ne peut-on pas partout se sacrifier, donner à son prochain sa bourse, son bonheur et sa vie ? Jésus-Christ n'est-Il pas présent partout ? Et notre voeu le plus profond n'est-il pas qu'Il soit le mieux servi et par le plus grand nombre ?
*
Au surplus, l'espèce d'apologie que je viens de me permettre est sans grande importance; je l'ai faite parce qu'il est poli de répondre à ceux qui vous adressent la parole, en essayant, comme dit l'apôtre, " de se faire tout à tous ". Mais la Vérité de Dieu ne se laisse pas enchaîner aux discours d'un homme; entre le pauvre homme que je suis et le serviteur que je voudrais être, entre ce que sont nos groupes et ce que j'aimerais qu'ils soient, il y a une distance bien longue. Pour la parcourir, vous, mes Amis, comme moi, ce ne sont pas des connaissances qu'il nous faut, ce sont des forces, ce sont des faits, ce sont des oeuvres. Le désir de Dieu, c'est que nous devenions parfaits; demandons-Lui sans relâche cette perfection. Il nous la donnera, ou plutôt Il nous fournira les moyens de l'acquérir. A nous de les prendre. Ensuite, nos récompenses seront ces grâces de l'Esprit entre lesquelles je nommerai les deux qui se rapportent à notre sujet : le don de science et le don de sagesse.
Le savoir que le Verbe communique à Ses fidèles est fait des mystères du Royaume, de choses inaccessibles et inconcevables " préparées par Dieu pour ceux qui L'aiment " et que l'Esprit leur présente; aimer Dieu, c'est imiter le Christ, scandale et folie pour le monde, c'est vivre à l'image du Christ, et par suite voir l'univers avec un regard semblable à celui dont Jésus l'embrassait. Ce que je vous dis là peut paraître bien orgueilleux, mais cette union disproportionnée entre le disciple et le Maître, c'est l'amour qui la produit, un amour mutuel où n'entre que la ferveur des plus humbles sacrifices; l'orgueil en est exclu; et, au reste, Dieu seul peut nous hausser à Son point de vue.
Ce savoir ne sert au disciple qu'à convaincre par le cerveau ceux dont le coeur reste fermé. Il y a des scepticismes que le miracle même n'ébranle pas, mais qu'un raisonnement, une idée, un tour de phrase déconcertent. Le savoir du disciple pour convaincre doit rester expérimental; le disciple ne parle que de ce dont il est convaincu, de ce qu'il a vu, et uniquement pour éclairer son prochain; la charité, encore la charité, toujours la charité. C'est un devoir pour le chrétien d'exprimer ses convictions, chaque fois que les circonstances le demandent, et le chef des apôtres conseille d'ajouter à ce devoir celui de " défendre nos espérances, avec douceur et respect ". Il ne nous dit pas : attaquez, polémiquez, soyez éloquents. Il dit : défendez-vous, avec douceur, avec respect. Quelle leçon, cette douceur, pour bien des apologistes; et ce respect dans la controverse, les précautions morales seules recommandées, nouvelle preuve que, pour le chrétien, tout savoir lui arrive par le coeur.
Ce qui empêche tant de gens de comprendre l'Évangile, ce n'est pas le manque d'intelligence, c'est le manque de coeur; la vérité ne trouve pas d'écho en eux : a Parce que je vous dis la vérité, vous ne me croyez pas ". Ils ne voient pas que la Vérité vit, qu'elle est concrète, qu'elle doit par conséquent se trouver dans l'Etre le plus vivant, le plus réel, le plus universel à la fois et le plus divin : dans le Verbe. Jésus-Christ seul a pu dire : Je suis la voie, la vérité et la vie. Il est l'objet à connaître, la méthode de connaître et, en nous, la faculté par laquelle nous pouvons connaître; Il l'a dit à Ses disciples la veille de Sa Passion, Il le leur répétera au jour de la Résurrection : " Je vous ai appris tout ce que j'ai entendu ".
Cette sorte de connaissance vivante, qui échappe aux contentions de l'esprit humain, c'est la vue du Verbe où qu'Il Se manifeste, en toute créature; elle est réservée non point à ceux qui voudraient la saisir directement, mais à ceux qui vivent de Sa vie, qui aiment ce Verbe, et Le servent; ce mode de la Vérité est bien vivant puisque Jésus affirme qu'il sanctifie : sanctifier, n'est-ce pas atteindre la vie parfaite, éternelle, vivre de cette vie où l'impureté n'a plus aucune part, te la vie du sacrifice enfin et de l'Amour ?
Voilà le mystère de l'Évangile. Les mystères naturels peuvent être conquis à force de volonté, surpris à force d'intelligence, par ceux qui ne respectent pas les défenses divines; le mystère christique est inviolable encore qu'il soit prêt à s'ouvrir pour quiconque est jugé capable de le recevoir; celui-là parle ensuite et agit, forçant l'attention de ses auditeurs, parce que ceux-ci ne discernent pas l'origine de sa sagesse et de ses oeuvres. Les hommes ordinaires sont liés à leur public; lui, c'est son public qui est lié à lui, parce qu'il s'est installé dans le Verbe, parce que le Verbe lui fait connaître la Vérité et que, seule, la Vérité délivre et affranchit.
On ne se rend pas compte que l'avarice, l'ambition, la vanité, n'importe quel défaut, altèrent le regard du savant, ternissent la raison du penseur, empoisonnent l'inspiration de l'artiste. Le savoir est une équation entre l'objet étudié, le sujet étudiant, le milieu qui les relie; ne faut-il pas que le premier puisse d'abord être aperçu, que le second réfléchisse nettement, par des sens normaux et un intellect clair, que le troisième enfin transmette l'image sans réfractions ? Or devant celui-là seul qui réalise les maximes du Christ aucune créature, aucune idée ne refuse de se présenter; celui-là seul qui combat ses égoïsmes purifie son corps et son cerveau; celui-là seul qui agit selon la Lumière se trouve à l'abri de toute déformation.
Si nous savons partager avec nos frères tout ce que nous possédons; si nous savons nous en tenir au seul Verbe, le Christ; si nous réalisons enfin, dans notre pensée, dans nos oeuvres, dans nos sentiments, les principes éternels de la Vie dont Jésus nous a montré l'application terrestre, nous vivrons dans la Lumière totalement : corps, esprit et âme; et " l'Esprit de Vérité nous conduira dans toute la Vérité ".
Telle est la méthode de connaissance que l'Évangile nous propose; tel est l'esprit dans lequel ceux d'entre les membres des " Amitiés Spirituelles " qui travaillent dans un domaine quelconque de l'art ou de la pensée ont à poursuivre leurs recherches, à conduire leurs méditations, à exalter leurs enthousiasmes. Et vous tous, d'ailleurs, qui d'une manière quelconque avez besoin de saisir ici ou là la vérité la plus vraie, l'expérience déjà maintes fois vous a prouvé que le Christ, seul sauveur de nos âmes, seul médecin de nos corps, est aussi le seul initiateur de nos esprits.

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

Par Sedir - Publié dans : spiritualité
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Dimanche 17 mars 2013 7 17 /03 /Mars /2013 09:13

Dès son origine, la Société de Jésus a mis l'éducation de la jeunesse au nombre des articles essentiels de son programme. Elle est incontestablement au premier rang parmi les congrégations enseignantes, quelque jugement que l'on porte d'ailleurs sur l'esprit de sa pédagogie. Ses efforts et ses succès ont suscité une mêlée d'appréciations contraires et passionnées, les unes entièrement louangeuses, les autres défavorables à l'excès. Pour les uns, les jésuites auraient atteint la perfection : « En ce qui regarde l'instruction de la jeunesse, disait Bacon, consultez les classes des jésuites : car il ne se peut rien faire de mieux ». Pour d'autres, les jésuites seraient d'aussi mauvais pédagogues qu'ils sont de redoutables politiques : « En fait d'éducation, disait Leibnitz, les jésuites sont restés au-dessous de la médiocrité ».

Ce qui est dès l'abord incontestable, c'est que les jésuites se sont appliqués à l'éducation avec une ardeur inouïe. Quelque disposé que l'on soit à juger sévèrement les méthodes pédagogiques des disciples de Loyola, comment se retenir d'admirer la ténacité et le zèle d'une Société qui depuis trois siècles, vouée à l'enseignement, résiste à toutes les attaques, suivit aux révolutions qui la proscrivent, aux arrêts d'exil qui la frappent, rouvre ses écoles que les monarchies ou les républiques ont fermées, renaît sans cesse de ses cendres, toujours infatigable et puissante, toujours prête à reparaître et à reprendre le cours interrompu de sa propagande et de ses travaux? Jamais corporation ne fut aussi savamment organisée et ne disposa d'autant de ressources pour le bien ou pour le mal.

Fondée en 1534 par Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus devait être, dans la pensée de son organisateur, une véritable milice de combat, dont le double but serait de conquérir de nouvelles provinces au catholicisme par les missions, et de lui conserver les anciennes par les écoles. La congrégation fut solennellement consacrée par le pape Paul III en 1540. Quelques années après, la Société avait déjà établi des collèges à Billom, à Mauriac, à Rodez, à Pamiers, à Tournon. En 1561, malgré le Parlement qui se dé fiait d'un ordre ultramontain, malgré les évêques qui redoutaient une congrégation directement soumise au pape, malgré l'Université qu'effrayait la concurrence de rivaux aussi actifs, les jésuites s'installaient à Paris même, grâce à la protection du roi. En Italie, ils avaient même succès. Un auteur italien du seizième siècle, Cremonini, raconte en ces ternies leurs débuts dans une ville de ce pays :

« Ils sont venus, pauvres et humbles d'allures. Ils ont commencé par apprendre la grammaire aux enfants ; et ainsi, peu à peu, lentement et graduellement, je ne sais trop par quelles voies, accumulant les richesses et s'insinuant pied à pied, ils sont arrivés à tout enseigner, avec l'intention, à ce que je crois, de devenir à Padoue les monarques du savoir (monarchi del sapere), si tant est qu'ils se contentent de si peu. »

Un instant compromis et expulsés de France, à la suite de l'attentat de Châtel (1594), ils furent rappelés par Henri IV en 1604, et depuis lors, pendant tout le cours du dix-septième siècle, leur histoire ne compte plus que des succès. Dès le commencement du dix-septième siècle, les jésuites réunissaient près de quatorze mille pensionnaires dans leurs collèges de la seule province de Paris. Et parmi ces élèves, que de noms célèbres ou glorieux, qui composent une véritable liste d'honneur : pour la guerre, Condé, Villars ; dans l'épiscopat, Fléchier et Bossuet ; dans le droit, Lamoignon et Seguier ; dans la philosophie, Descartes, plus tard Montesquieu et Voltaire ; dans les lettres, Corneille et Molière! Ajoutons d'ailleurs que quelques-uns de ces élèves ont formellement renié leurs professeurs. Voltaire disait : « Les Pères ne m'ont appris que des sottises et du latin ».

Quoi qu'il en soit, la clientèle de la Société grandissait toujours. C'était dans ses collèges que les classes moyennes et élevées plaçaient de préférence leurs enfants. Vers 1650, les Petites écoles de Port-Royal purent causer quelque ombrage aux jésuites. Mais Port-Royal fut dispersé, ses écoles rasées, et l'influence des jésuites, qui n'avait pas été étrangère à la persécution et à la destruction des jansénistes, devint prépondérante. A la fin du dix-septième siècle, l'ordre entier possédait, soit en France, soit dans les autres pays, 180 collèges, 90 séminaires, 160 résidences et un personnel de 21 000 membres. Le dix-huitième siècle, surtout vers la fin, fut moins favorable aux jésuites. Déjà bannis de la Russie en 1719, du Portugal en 1759, ils le furent de la France «n 1762, et de l'Espagne en 1767. Quelques années plus tard, en 1773, l'ordre tout entier était aboli par le pape Clément XIV. L'Eglise elle-même finissait par se révolter contre l'humeur despotique et les manières arrogantes d'une société dominatrice, véritable monarchie théocratique qui régnait sur le monde entier. Mais il n'y a pas de société plus vivace que la Société de Jésus. Après une éclipse passagère de leur fortune, les Pères furent solennellement rétablis (1801-1814) par le pape Pie VII. Ils reparurent en France sous le nom de Pères de la Foi, et y reprirent vite leur crédit. Cependant la Restauration elle-même, sous le ministère Martignac, fit fermer leurs maisons : les jésuites n'ont pas su se faire tolérer, même par les monarchies. Mais pour n'être pas légalement reconnus en France, les jésuites n'en ont pas moins continué à y vivre: et l'on sait comment, sous le second Empire, grâce a la loi du 15 mars 1850 sur la liberté de l'enseignement, ils en étaient venus peu à peu à. reprendre leur prestige pédagogique et à réunir dans leurs collèges une bonne partie des enfants de la bourgeoisie et presque tous les enfants de la noblesse. L'exécution des décrets de 1880 a eu pour résultat la fermeture de leurs collèges. Mais, malgré leur dispersion apparente, ils sont encore plus puissants qu'on ne le croit, et ce serait une erreur de penser que le dernier mot est dit avec eux.

Un estimable écrivain pédagogique, Louis Burnier, faisait remarquer que les jésuites n'ont presque rien publié sur l'éducation. « Ils ne sont pas de ces précepteurs, ajoute-t il, qui travaillent à se rendre inutiles. Eussent-ils quelques bons secrets de pédagogie, ils les garderont pour eux ou ils ne les confieront qu'en latin à l'usage de leurs adeptes. » Il y a quelque injustice dans ce reproche r si les Pères n'ont pas enrichi de beaucoup d'ouvrages la littérature pédagogique, c'est que, en trois siècles, leur esprit est resté le même et que leurs méthodes n'ont pas beaucoup varié. Par essence, la Société de Jésus est une corporation immobile. La Ratio studiorum ou règlement d'études publié en 1599. qui indique avec une extrême minutie la division dés classes, les matières de l'enseignement, les devoirs et les fonctions de chaque professeur, les règles de la discipline, est restée jusqu'à nos jours la loi suprême des maisons d'éducation dirigées par les Pères. En 1832, le général de l'ordre Roothan y introduisit quelques modifications insignifiantes, rendues nécessaires par les changements survenus dans les études. En 1854, le P. Beckx, autre général de la congrégation, dans une lettre écrite au ministre des cultes de l'empire d'Autriche, déclarait que la Ratio est la règle universelle de la Société et qu'elle ne peut être changée que sur quelques points de détail.

Avec la Ratio, ce sont les Constitutions parues en 1599 qu'il faut consulter surtout pour se faire une idée de la pédagogie des jésuites. Le quatrième livre des Constitutions est consacré tout entier à l'organisation des études. Joignons-y la Ratio docendi et discendi (1711) du P. Jouvency, la Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit (1687) du P. Bouhours, les oeuvres du P. Buffier au dix-huitième siècle ; et, si l'on veut des sources contemporaines, le livré du P. Daniel, les Jésuites instituteurs de la Jeunesse française (1880).

Des trois grands degrés de l'enseignement, primaire, secondaire et supérieur, il est à remarquer que les jésuites n'ont guère cultivé avec succès que l'enseignement secondaire. Pour l'enseignement primaire, ils n'ont volontairement rien fait. Même dans leurs collèges classiques, c'est à des religieux d'un autre ordre qu'ils confient volontiers les classes inférieures. Nulle part ils n'ont organisé d'écoles primaires. Il est facile de comprendre les raisons de cette abstention et de cette indifférence. Donner ses soins à l'instruction élémentaire du peuple, cela suppose qu'on hait l'ignorance, qu'on aime les lumières pour elles-mêmes, qu'on croit à l'obligation d'éclairer et d'agrandir l'humanité par le développement de l'intelligence. Or, les jésuites n'admettent guère la valeur intrinsèque de la culture intellectuelle. Ils ne comprennent cette culture que comme une convenance imposée par le rang à certaines classes de la nation. Loin de l'estimer par-dessus toutes choses, ils s'en défient, ils y voient une arme dangereuse qu'il est bon de ne pas mettre dans toutes les mains. Pour Ignace de Loyola et ses disciples, tout se subordonne à la foi, et là foi du peuple n'a pas de meilleure sauvegarde que son ignorance. Les jésuites n'ont pas compris que c'est le peuple surtout qui a besoin d'être éclairé, si l'on veut défendre sa moralité contre les mauvaises passions. Ils veulent bien reconnaître pourtant, dans les Constitutions, que « ce serait charité d'apprendre à lire et à écrire aux ignorants ». Mais, disent-ils, notre personnel est trop peu nombreux pour suffire à cette tâche : nous ne disposons pas des ressources nécessaires. Faut-il prendre cette excuse au sérieux chez un ordre qui a toujours pu ce qu'il a voulu! Non, la vérité, c'est que les jésuites ne désirent pas l'instruction du peuple. Nous en trouverions la preuve, si cela était nécessaire, dans ce passage des Constitutions : « Nul d'entre ceux qui sont employés à des services domestiques pour le compte de la Société ne devra savoir lire et écrire, ou, s'il le sait, en apprendre davantage : on ne l'instruira pas sans l'assentiment du général de l'ordre, car il lui suffit de servir en toute simplicité et humilité Jésus-Christ notre maître ».

Les jésuites ont fait plus d'efforts du côté de l'enseignement supérieur. Il ne leur déplaisait pas de s'emparer des universités afin de garder la haute main sur l'esprit des hommes. Mais leurs universités n'ont jamais brillé d'un vif éclat. C'est que la haute science vit de liberté, et que les jésuites n'admettent pas que l'esprit s'émancipe : ils le tiennent en tutelle et l'asservissent à des lois immuables.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de la faiblesse nécessaire des hautes études dans une corporation qui interdisait toute opinion nouvelle, qui semblait vouloir supprimer le "progrès, qui, enfin, était condamnée par ses principes à voir l'idéal de l'enseignement supérieur dans la monotone répétition des mêmes doctrines, rajeunies quelquefois par un verbiage élégant, mais le plus souvent usées et affaiblies par de mesquines interprétations.

Mais les jésuites ont un terrain qui est le leur, le terrain de cette éducation moyenne, de cette instruction classique qui a fait leur réputation, et où ils passent, non sans quelque raison, pour des maîtres. Venus au moment où la Réforme faisait de si rapides conquêtes dans les rangs de la bourgeoisie et de la noblesse françaises, et où, en même temps, la Renaissance paraissait menacer la société chrétienne d'un retour pur et simple aux lettres païennes, les jésuites ont voulu parer à ce double péril. Il n'était plus possible de maintenir dans sa sécheresse et sa raideur la discipline scolastique. L'esprit humain s'était émancipé, les hommes du seizième siècle avaient salué avec émotion leurs ancêtres dans les auteurs grecs et latins. L'étude de la littérature ancienne était devenue une nécessité ; la Réforme et quelques membres des universités lui avaient fait bon accueil. Les jésuites, obéissant au goût du temps, n'hésitèrent pas à introduire les lettres classiques dans les programmes de leur enseignement. Leur effort porta sur la recherche des moyens qui devaient permettre de raviver, d'égayer l'instruction par la variété et le charme des lectures antiques, sans compromettre pourtant la fin suprême de l'éducation, à savoir l'orthodoxie catholique. Accaparer les lettres grecques et latines au profit de la foi, tel fut le but avoué de la Société de Jésus.

On ne saurait disconvenir que les collèges des jésuites se distinguèrent dès le début par une discipline plus régulière, et en même temps plus douce, que celle qui était en usage dans les collèges de l'Université. La Ratio studiorum prescrit aux maîtres de ne recourir aux punitions qu'à la dernière extrémité : « Que le maître, y est-il dit, ne se presse pas de punir, qu'il ne pousse pas les punitions trop loin : qu'il fasse semblant de ne pas s'apercevoir des fautes commises, quand il le peut sans compromettre l'intérêt de l'élève ». Et ailleurs : « On obtiendra plus de bons résultats par l'espoir de l'honneur et des récompenses et par la crainte du déshonneur que par les coups ».

A l'inverse des jansénistes qui bannissaient l'émulation, ce qui faisait dire à Pascal : « Les enfants de Port-Royal, auxquels on ne donne point cet aiguillon d'envie et de gloire, tombent dans la nonchalance », les jésuites multipliaient les récompenses et les divertissements : les récompenses pour exciter l'émulation, les divertissements pour dissiper l'ennui de l'internat. Les récompenses ne consistaient pas seulement en distributions solennelles de prix : on accordait aussi aux meilleurs élèves des croix, des rubans, des insignes, comme on fait encore dans certaines écoles primaires et dans les pensionnats de demoiselles. Il y avait quelque puérilité et une condescendance trop marquée pour la vanité extérieure dans ce système de petites récompenses. Les récréations étaient aussi variées que possible, et sur ce point il faut louer les jésuites. Précisément parce qu'ils imposaient à leurs élèves un internat rigoureux, les jésuites étaient intéressés à rendre agréable, s'il était possible, aux jeunes reclus le séjour de leur prison. Les représentations théâtrales ont toujours été en honneur chez les jésuites. L'Université les avait longtemps pratiquées, mais elle les abandonna à cause de leurs inconvénients manifestes: perte de temps, excitation excessive au plaisir, encouragement prématuré donné au désir de plaire. Ce que les jésuites recherchaient dans ces exercices dramatiques, ce n'était pas seulement une distraction pour les jeunes gens, c'était une école de tenue et de bonnes manières. « La tournure, dit un Père jésuite, est souvent la meilleure des recommandations. » L'élève doit apprendre à tenir la tête, les pieds, les mains. Il saura, par exemple, qu'il n'y a pas de dignité, quand on parle, « à avancer l'index, en fermant les autres doigts ; qu'il est très convenable au contraire de joindre ensemble l'annulaire et le médius en écartant un peu les autres doigts ». La préoccupation du decorum, louable en elle-même, aboutissait chez les jésuites à des minuties ridicules et à une affectation lâcheuse.

Un trait particulier de la discipline jésuitique, c'est l'association des élèves au gouvernement de la classe, leur coopération au maintien du bon ordre. Le principe est excellent, mais les jésuites en ont abusé. Dans chaque classe, ils distinguaient des élèves d'élite qui étaient chargés de recueillir les devoirs, de signaler les absences. Jusque là, tout est bien ; mais ces élèves privilégiés devenaient des espions entre les mains des maîtres. Les jésuites ne craignaient pas la délation : ils l'encourageaient. Ainsi l'élève qui avait fait usage de la langue française, au lieu de parler latin, pouvait être déchargé de la punition encourue, s'il prouvait par témoins que le même jour un de ses camarades avait commis la même faute.

Un autre trait caractéristique du régime des collèges des jésuites, c'est le souci qu'on y prenait de la santé des élèves. La Société de Jésus n'est jamais tombée dans l'erreur, trop commune chez les mystiques, de croire qu'on travaille pour l'âme en mortifiant le corps, en le soumettant à des excès de privation et d'austérité. D'autre part, il ne faut pas imposer à l'intelligence un travail excessif. Le travail prolongé e (fatigant, le travail à la façon des bénédictins, n'a jamais été en honneur chez les jésuites. Défense était faite aux écoliers de travailler plus de deux heures de suite. « Vous devez veiller avec un soin particulier, est-il recommandé aux maîtres, à ce que les élèves n étudient pas au temps où leur santé pourrait en souffrir, donnant au sommeil le temps nécessaire et gardant une juste mesure clans les travaux de l'esprit. » Conseils sages, inspirés par une idée exacte de l'équilibre qu'il convient d'établir entre les forces morales et les forces physiques. Ordre militant avant tout, les jésuites ne songent pas à imiter les ordres purement monastiques : ils savent le prix d'un corps robuste, et estiment, comme elle le mérite, la santé physique.

Les jésuites étaient d'autant plus disposés à récréer leurs élèves dans l'intérieur du collège qu'ils leur permettaient moins de distractions au dehors. Les externes étaient soumis eux-mêmes à une surveillance sévère : on leur interdisait d'assister aux spectacles publics, aux grandes réunions, aux exécutions, sauf aux exécutions d'hérétiques. Ce dernier spectacle était autorisé, et presque recommandé, comme salutaire à la foi!

Le défaut le plus général et le plus grave de la discipline jésuitique, sans parler ici des châtiments corporels (Voir Punitions), c'est qu'elle affaiblit outre mesure, elle supprime presque, l'action des parents. On se plaint souvent du casernement, de la séquestration complète des enfants dans les collèges de l'Université. Ce sont les jésuites qui ont inventé le système. Une fois enfermé dans les quatre murs de l'internat, l'enfant n'a presque plus de relations avec ses parents. Les jésuites lui dorent peut-être plus que d'autres les barreaux de sa prison, et l'amusent davantage dans sa cage ; mais ils prétendent en revanche le dominer tout entier et ne laisser rien à faire à la famille. Dans la Ratio, il n'est question qu'une seule fois des parents : « Dans les cas graves, on pourra faire venir le père et la mère, si l'on croit utile de s'entretenir avec eux de leurs enfants, ou même on ira les trouver chez eux, si le rang des personnes exige cette condescendance ».

Il ne faut pas craindre de le dire, la tendance des jésuites est plutôt de relâcher que de resserrer les liens de l'enfant avec sa famille. Voici quelques traits empruntés à un livre du dix-septième siècle qui, sous ce titre : Portrait du parfait écolier, nous révèle l'idéal rêvé par la Société. Il s'agit d'un jeune Tyrolien, Jean-Baptiste de Schultaus, élevé de 1635 à 1640 dans le collège des jésuites de Trente, et qui devint plus tard membre de l'ordre. « Sa mère lui rendit visite au collège de Trente. Il refusa de lui serrer la main et ne voulut même pas lever les yeux sur elle. Celle-ci, étonnée et affligée, demanda à son fils d'où venait la froideur d'un pareil accueil. « Je » ne te regarde point, non parce que tu es ma mère, » mais parce que tu es femme. » Et. le biographe ajoute : « Ce n'était pas là un excès de précaution ; c'est la femme qui toujours chasse l'homme du Paradis ». Quand la mère de Schultaus mourut, il ne montra pas la moindre émotion, « ayant depuis longtemps adopté la sainte Vierge comme sa vraie mère». Après cet exposé rapide des procédés de discipline en honneur dans les collèges des jésuites, examinons maintenant quel était l'enseignement des Pères et l'esprit de cet enseignement.

Le fond de l'enseignement des jésuites, c'est le grec et le latin, surtout le latin. Les deux langues sont placées au même rang dans la Ratio ; mais, en fait, le latin prenait le dessus et devenait la principale étude. Ecrire en latin, tel était l'idéal désiré et souvent atteint, grâce à des méthodes ingénieuses et efficaces. D'abord la langue maternelle, la langue vulgaire comme on disait alors, est interdite jusque dans les conversations de camarade à camarade. On est puni pour avoir parlé français. C'est seulement les jours de fêle et en guise de récompense que les écoliers étaient autorisés à converser entre eux autrement qu'en latin. De perpétuelles études de grammaire latine, des explications d'auteurs, de longues récitations, enfin des exercices écrits en prose et en poésie latines, tels étaient les moyens principaux employés par les jésuites et transmis par eux aux collèges de l'Université. Sans doute, nous sommes loin de croire que l'instruction secondaire ait pour objet unique ou essentiel l'art d'écrire dans la langue de Cicéron : mais le but une fois admis par hypothèse, il faut reconnaître que les jésuites avaient admirablement combiné leurs méthodes scolaires pour l'atteindre.

Il n'est peut-être pas difficile de devenir un bon latiniste, quand on ne songe à. devenir que cela. Or, pendant tout son séjour au collège, l'élève des jésuites n'a pas d'autre préoccupation que l'étude de la langue latine. La Ratio fait, il est vrai, une petite part à l'érudition, c'est-à-dire aux connaissances historiques. Mais c'est seulement à propos des auteurs expliqués en classe que le professeur entrera dans quelques détails sur les moeurs des peuples, sur les événements de l'histoire. « L'érudition, dit la Ratio, ne sera employée qu'avec mesure, afin d'exciter de temps en temps l'esprit, sans empêcher l'étude de la langue. » L'histoire ne pénétrait donc dans les premiers collèges des jésuites que par une porte de derrière, pour ainsi dire, accidentellement, à propos d'un texte grec ou latin. L'histoire moderne et l'histoire de France étaient entièrement laissées de côté. Un Père a écrit de notre temps : « L'histoire est la perte de celui qui l'étudie ». Ce dédain systématique de l'histoire jette à lui seul un grand jour sur l'inspiration générale des études des jésuites. Les faits historiques, comme tout ce qui constitue un enseignement positif, répugnent à un système de formalisme et d'éducation superficielle.

Les auteurs anciens eux-mêmes n'étaient pas expliqués à fond et en entier : on procédait par morceaux choisis, par extraits. On craignait d'appliquer la méthode que Rossuet pratiquait avec le Dauphin : l'élude d'un auteur poursuivie d'un bout à l'autre de ses ouvrages. En d'autres termes, ce n'étaient pas les auteurs anciens dans leur vérité, dans leur intégrité, que les jésuites faisaient connaître aux jeunes gens. Forcés par le goût du temps de faire entrer les lettres antiques dans leur plan d'éducation, ils espéraient, par les travestissements, par les suppressions qu'ils se permettaient, déguiser assez les auteurs pour que l'élève n'y reconnût pas le vieil esprit humain, l'esprit de la nature. Leur rêve était de transformer les auteurs païens en propagateurs de la foi. « L'interprétation des auteurs, dit le P. Jouvency, doit être faite de telle sorte que, quoique profanes, ils deviennent tous les hérauts du Christ (Christi praecones quodammodo fiant). » Le but de la Société de Jésus, ne l'oublions pas, était exclusivement de faire des catholiques. « On s'occupera des belles-lettres, disent les Constitutions, afin d'arriver plus aisément à mieux connaître et à mieux servir Dieu. »

Allant jusqu'au bout dans cette voie, les jésuites en venaient à considérer dans les auteurs profanes les mots plus que les choses. Même arrangés, en effet, et expurgés par une censure scrupuleuse, les auteurs profanes se prêtaient difficilement au rôle de prédicateurs chrétiens qu'on voulait leur faire jouer. Il fallait donc diriger l'attention des élèves, moins sur l'esprit qui les anime, sur les pensées où se manifestent la fierté, l'indépendance et la dignité humaines, pensées peu conformes à l'esprit de la Société de Jésus, que sur les élégances du langage ou les finesses de l'élocution, sur la forme qui, elle au moins, n'est d'aucune religion et ne pouvait en rien porter atteinte à l'orthodoxie nouvelle. De là est sorti ce qu'on a si justement appelé le formalisme jésuitique, plus préoccupé de la forme extérieure des idées que des idées elles-mêmes. De sorte que, par un détour, l'éducation retombait, avec les jésuites, dans le vice fondamental de la discipline du moyen âge, l'abus de la forme. Seulement, au moyen âge, la forme, c'était le raisonnement, l'argumentation rude et grossière, le barbare syllogisme. Ce que les jésuites mettaient à la place, c'était la forme littéraire, l'élégante rhétorique, avec des tours ingénieux, des procédés brillants, des figures aimables.

Il est donc évident que les jésuites cherchaient dans la lecture des anciens, non un instrument d'éducation morale et intellectuelle, mais simplement une école de beau langage. Sur ce point, les aveux abondent dans leurs écrits ; mais il n'en est pas de plus expressif que celui du général Becks, qui dit en propres termes, dans une lettre déjà citée : « Les gymnases resteront ce qu'ils sont de leur nature, une gymnastique de l'esprit, qui consiste beaucoup moins dans l'assimilation de matières réelles, dans l'acquisition de connaissances diverses, que dans une culture de pure forme ». Il ne s'agit pas, on le voit, de développer l'intelligence proprement dite, c'est-à-dire la faculté qui, après avoir réfléchi sur les pensées des autres, s'émancipe et se risque à penser par elle-même. Ce sont les facultés superficielles de l'esprit que les jésuites cherchent à exercer et à occuper, afin que l'élève se résigne plus facilement à laisser inactives les forces intimes de sa raison et, s'il se peut, qu'il ne les soupçonne même pas. Ils donnent beaucoup de temps aux exercices de mémoire, ils excitent l'imagination, ils disciplinent le goût. Mais ils craignent de remuer les profondeurs de l'âme humaine et d'y faire surgir, d'y évoquer ce redoutable esprit d'examen et de réflexion personnelle auquel Descartes, leur élève pourtant, a fait un appel qui a été entendu ; cette raison affranchie qui cite devant elle toutes les croyances, pour les accepter, si elle y voit luire l'évidence, pour les repousser, si elle ne peut s'en rendre compte et les mettre d'accord avec elle-même. Trouver pour l'esprit des occupations qui l'absorbent, qui le bercent comme un rêve, sans l'éveiller tout à fait ; appeler l'attention sur les mots, sur les tournures, afin. de réduire d'autant la place des pensées ; provoquer une certaine activité intellectuelle prudemment arrêtée à l'endroit où à une mémoire ornée succède une raison réfléchie : en un mot, agiter l'esprit, assez pour qu'il sorte de son inertie et de son ignorance, trop peu pour qu'il agisse véritablement par lui-même, par un déploiement viril de toutes ses facultés, telle est la méthode des jésuites. Elle est bonne pour former, non pas des hommes, mais de grands enfants. « Le plus souvent, dit un de nos contemporains, le comte autrichien François Deyn, l'élève des jésuites restera ce que les jésuites ont fait de lui, un esprit borné, non développé, incapable de se passer de la direction paternelle du jésuitisme. » Les jésuites, dit dans le même sens Macaulay, semblent avoir trouvé le point jusqu'où l'on peut pousser la culture intellectuelle sans arriver à l'émancipation intellectuelle.

Nous en avons dit assez pour caractériser l'enseignement donné par les jésuites, et qui pourrait être résumé ainsi : le moins possible de connaissances positives, rien que des exercices purement formels. Les études scientifiques étaient négligées, comme l'histoire. La philosophie était réduite, ou peu s'en fallait, à la dialectique syllogistique.

Sans doute, il faut tenir compte du temps et reconnaître que dans les siècles suivants les jésuites ont suivi le mouvement général qui a si prodigieusement élargi les cadres de l'enseignement scientifique. Mais ils l'ont fait par nécessité plus que par conviction, parce qu'il fallait se plier aux exigences des programmes d'examen, avec défiance plus qu'avec sympathie, sans bien comprendre, ce semble, le rôle que les études scientifiques doivent jouer dans le développement de l'esprit humain. Les langues anciennes étudiées un peu mécaniquement, voilà, à vrai dire, le seul enseignement que les jésuites aient pratiqué avec amour et avec foi.

Même au dix-huitième siècle, les jésuites persistaient dans leurs anciennes méthodes. Il suffit pour s'en convaincre d'étudier les rapports qui furent présentes, en 1762, au Parlement de Paris par les officiers municipaux ou royaux de toutes les villes où les jésuites possédaient des collèges. On y saisit sur le vif et dans toute sa sincérité l'expression des besoins dont le bon sens populaire reconnaissait l'urgence et que la Société de Jésus se refusait à satisfaire. Presque partout ce sont les mêmes doléances et les mêmes projets de réforme. Donnons-en quelques exemples.

Les officiers du bailliage d'Auxerre se plaignent que les écoliers n'étudient dans les classes que quelques auteurs latins, et qu'ils en sortent sans que jamais on leur ait mis dans les mains un seul auteur français. Les officiers royaux de Moulins insistent pour qu'il y ait par semaine au moins une heure de chaque classe consacrée à l'histoire de France. A Orléans, le mémoire de la municipalité appuie sur la nécessité « de faire enseigner aux enfants la langue française et de la leur apprendre par principes». A Montbrison, de même, on demandait que l'on s'occupât principalement d'apprendre aux enfants leur langue et l'histoire de leur patrie, et que, par le récit des vertus des grands hommes de leur pays, on leur inspirât le désir de leur ressembler ; enfin, « que l'on donnât aux enfants une teinture de géographie, surtout de celle de leur pays ». Ces études modernes de la langue et de la littérature française, et aussi de l'histoire nationale, ces études réelles et nécessaires que l'on réclamait de toutes parts, étaient précisément celles que la Compagnie de Jésus, obstinément asservie à son formalisme, répugnait le plus et répugnera toujours à mettre en leur rang, qui est le premier.

L'intérêt de l'enseignement des jésuites réside donc beaucoup moins dans leurs programmes, dans leurs méthodes, que dans l'esprit général qui domine leur pédagogie et qui en est l'âme. Or les jésuites sont des religieux, mais ils ne ressemblent pas aux autres religieux ; ils appartiennent à la grande famille catholique, mais ils ont leur physionomie personnelle. Au milieu des vastes associations que la foi a semées dans le monde, ils constituent une espèce à part ; de tous les corps de la chrétienté, ils sont le plus discipliné et le plus fort ; ils ont gardé l'empreinte du génie de leur fondateur.

Ignace de Loyola savait, pour avoir lu l'histoire du moyen âge, ou bien avait compris d'instinct, quels ont été, quels peuvent être les défauts inhérents aux institutions monastiques. L'écueil du religieux, c'est que son esprit se perde dans des contemplations, dans des rêveries, fécondes peut-être pour la foi, mais stériles pour l'étude, qui élèvent l'âme individuelle, mais qui la laissent impuissante pour l'action. Aussi Loyola a-t-il interdit à ses disciples l'excès des prières et des méditations. Rien de moins mystique que l'esprit des jésuites ; de là le secret de leur force en ce qui concerne le gouvernement des âmes, et cette opiniâtreté invincible qu'ils apportent dans l'accomplissement de leurs projets. Absorbés dans l'extase, usés. par l'ascétisme, les jésuites auraient-ils pu consacrer à l'oeuvre de l'éducation une attention aussi soutenue et une pareille force de volonté?

Mais ce qui donne surtout à l'enseignement jésuitique sa puissance et son relief, c'est le principe d'obéissance devenu le mot d'ordre de tous les membres de la Société, depuis le plus humble jusqu'au plus éminent. On ne fait de grandes choses dans le monde que par l'accord des volontés. Ce sont les indisciplinés qui agitent l'humanité. Ce sont les disciplinés qui la mènent. Or, jamais le sentiment de la discipline n'a été poussé plus loin que dans la Société de Jésus : « Renoncer à ses volontés propres est plus méritoire que de réveiller les morts. » — « Il faut nous attacher à l'Eglise romaine au point de tenir pour noir un objet qu'elle nous dit noir, alors même qu'il serait blanc. » — « La confiance en Dieu doit être assez grande pour nous pousser, en l'absence d'un navire, à passer les mers sur une simple planche. » — « Quand même Dieu t'aurait préposé pour maître un animal privé de raison, tu n'hésiterais pas à lui prêter obéissance, ainsi qu'à un maître et à un guide, par cette seule raison que Dieu l'a ordonné ainsi. » Quels prodiges de dévouement n'est-on pas en droit d'attendre d'une Société où des milliers de volontés abdiquent tout mouvement propre pour marcher du même pas au même but, pour avancer, sans rébellion d'amour-propre, sans tâtonnements stériles, dans une voie invariable? Le bon ordre, condition essentielle des études ; la suite dans le but et dans les méthodes, sans laquelle on s'égare d'essai en essai, d'expérience en expérience ; la discipline enfin, qui empêche tout écart de la part du maître ; n'est-il pas évident que tous ces avantages sont réalisés dans les collèges d'une Société qui se soumet à la loi de l'obéissance passive, et qui marche comme un régiment?

Disons encore que, inférieurs à leur tâche sous tant de rapports, les jésuites, sur un point, n'ont rien à envier à personne : nous voulons parler de ce dévouement, de ce zèle professionnel, qui supplée souvent à l'insuffisance des méthodes, et qu'on ne saurait leur contester.

Mais à côté du bien, il faut voir le mal : à côté des bons résultats de la discipline jésuitique, que de dangers à craindre ! Le système de l'obéissance absolue, de l'obéissance aveugle, supprime toute liberté, toute spontanéité. L'originalité est interdite. C'est un crime d'ouvrir une voie nouvelle. L'action personnelle vivante d'un maître qui obéit à son génie est chose inconnue chez les jésuites. Une monotonie insipide est souvent le défaut de leurs classes. Qu'on relise les Constitutions, et l'on verra jusqu'à quelle puérilité y est poussée la manie de la réglementation. Il est prescrit d'éviter les plis au front, au nez, afin que la sérénité extérieure rende témoignage de la gaîté de l'âme. Quand on s'entretient avec des personnes de qualité, il faut les regarder non dans le blanc des yeux, mais en dessous. On indique exactement la façon dont il faut tenir la tête, les mains, remuer les yeux, les lèvres. La vie entière est réglementée. Le jésuite ne s'appartient plus. Il est un règlement en action. Son existence mécanique, automatique, est une sorte de mort spirituelle. « Il faut se laisser gouverner par la divine Providence agissant par l'intermédiaire des supérieurs de l'ordre, comme si l'on était un cadavre que l'on peut mettre dans n'importe quelle position et traiter suivant son bon plaisir ; ou encore comme si l'on était un bâton entre les mains d'un vieillard qui s'en sert comme il lui plaît. » Et, comme on craint que l'esprit humain, que le moi ne se révolte un jour ou l'autre contre cet asservissement moral, contre cet esclavage du sentiment et de la pensée, la surveillance la plus minutieuse est organisée. Avant 1762, le général de l'ordre recevait par an six mille cinq cent quatre-vingt quatre rapports. « Nul monarque de la terre, dit un historien, n'est aussi bien renseigné que le général des jésuites. » Que peut être l'éducation dirigée par de tels maîtres, sinon une véritable tyrannie déguisée sous une douceur feinte, un despotisme insinuant qui ravit aux hommes toute liberté? N'est-il pas à craindre que les jésuites, instruments serviles d'une volonté supérieure, ne soient disposés à généraliser l'idéal de vertu qui leur est imposé à eux-mêmes, à le proposer à leurs disciples? N'est-il pas à craindre qu'ils ne tendent à développer l'habitude de l'obéissance irréfléchie, de la souplesse, de l'humilité, plutôt que les fortes vertus du caractère, le sentiment de la dignité personnelle, la conscience du droit, le courage et l'indépendance?

L'éducation jésuitique a été combinée en définitive plutôt pour former des gentilshommes aimables que pour créer des âmes humaines, complètes et en possession de toutes leurs forces : elle n'est pas assez générale. En outre, elle détourne trop l'attention de relève sur des intérêts étrangers aux intérêts du pays : elle n'est pas assez patriotique. Elle a d'autres défauts encore. Le plus grand est peut-être que, pour les jésuites, l'éducation est un moyen, non un but ; un moyen de propagande religieuse et d'influence politique. Les jésuites ne sont pas des pédagogues assez désintéressés pour nous plaire. Il faut à l'éducateur véritable ce détachement des intérêts de parti qui lui permet de ne voir dans l'élève qu'un esprit à cultiver et une âme à former. Et qu'on ne dise pas que l'influence morale de» jésuites est compensée par l'excellence de leurs méthodes d'instruction. Nous avons montré que leurs méthodes sont factices, artificielles et superficielles, et, sur ce point, tous les observateurs impartiaux sont de notre avis.

« Pour l’instruction, dit M. Bersot, voici ce qu'on trouve chez eux : l'histoire réduite aux faits et aux tableaux, sans la leçon qui en sort sur la connaissance du monde, les faits même supprimés ou changés, quand ils parlent trop ; la philosophie réduite à ce qu'on appelle la doctrine empirique, et que M. de Maistre appelait la philosophie du rien, sans danger qu'on s'éprenne de cela ; la science physique réduite aux récréations, sans l'esprit de recherche et de liberté ; la littérature réduite à l'explication admirative des auteurs anciens et aboutissant à des jeux d'esprit innocents. A l'égard des lettres, il y a deux amours qui n'ont de commun que le nom : l'un fait des hommes, l'autre de grands adolescents. C'est celui-ci qu'on trouve chez les jésuites: ils amusent l'âme. »

En résumé, plus on voudra former des hommes, plus on aimera dans l'éducation la franchise, dans l'instruction l'étendue et la profondeur ; plus on recherchera la fermeté de la volonté, l'indépendance de l'esprit, la droiture du coeur, et plus l'enseignement des jésuites perdra de son crédit et de son autorité.

Source : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2957

Commentaire : ce texte a été écrit avant l’élection du nouveau pape.

En mémoire du RP Riquet jésuite et ami de la Franc-Maçonnerie

 

Par Gabriel Compayré - Publié dans : spiritualité
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Mercredi 13 mars 2013 3 13 /03 /Mars /2013 20:49

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix!

Là où il y a de la haine, que je mette l'amour.

Là où il y a l'offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l'union.

Là ou il y a l'erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l'espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé...qu'à consoler

à être compris...qu'à comprendre

à être aimé...qu'à aimer

Car

c'est en donnant...qu'on reçoit

c'est en s'oubliant ...qu'on trouve

c'est en pardonnant...qu'on est pardonné

c'est en mourant...qu'on ressuscite à l'éternelle vie.

Par St François d'Assise - Publié dans : spiritualité
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Jeudi 31 janvier 2013 4 31 /01 /Jan /2013 06:44

INTRODUCTION
Les 7 lois noahides sont les commandements que Dieu a transmis à Adam, puis à Noé et à tous ses descendants après l'époque du déluge. Les 7 lois noahides existent depuis la genèse de la création et concernent toute l'humanité. A l'origine, elles faisaient partie de la « Torah », « la Loi », que Dieu donna au peuple d'Israël sur le Mont Sinaï. La Torah représente la source première de ces 7 commandements. Elle impose au peuple d'Israël l'obligation de les enseigner à toutes les nations du monde. Tout homme qui s'engage à suivre les 7 lois noahides reconnaît de facto que le but ultime de sa vie est de servir Dieu et de rétablir la paix dans le monde.

LA NATURE DE L'AME
Chaque âme humaine possède 10 « sephirot », les 10 pouvoirs spirituels d'expression de l'âme. Les 3 premières sephirot sont intellectuelles, et les 7 suivantes relèvent des émotions. Les 3 premiers pouvoirs liés à l'intellect représentent la force de motivation première de l'élément divin de l'âme. Les 7 autres pouvoirs émotionnels représentent la force de motivation première de l'élément animal de l'âme.
A l'état naturel de l'âme animale, les 3 pouvoirs de l'intellect sont au service des désirs terre-à-terre des 7 pouvoirs des émotions. La fonction essentielle des 7 lois noahides est de rectifier cet état. Pour un être humain, un recadrage spirituel implique le raffinement de ses 7 pouvoirs émotionnels innés, en s'engageant à appliquer les 7 commandements noahides. La nature primitive d'un homme va être ainsi transformée en une seconde nature, régénérée et rectifiée, lui permettant alors d'accéder aux 3 niveaux supérieurs de son âme et d'avoir une nouvelle vision du monde. Cette vision est la porte d'accès à la connaissance de l'unité divine. Une telle perception entraîne alors les 7 pouvoirs émotionnels à se mettre au service des 3 pouvoirs intellectuels de l'âme, aboutissant ainsi à la rectification de l'état naturel de l'âme.
Si un individu néglige ses obligations quant à l'observance des 7 lois noahides, il restera toujours dans l'incapacité d'accéder à la véritable unité divine et risquera perpétuellement de sombrer dans un panthéon de cultes païens : le culte du spectacle, de l'argent, du pouvoir, de la dépravation des mœurs , le culte de l'homme, de la nature, de l'autodiscipline, etc. Tous ces cultes ont pour but la négation du service des 3 pouvoirs intellectuels de l'âme au profit de la connaissance de l'unité divine. En bref, l'idolâtrie peut être définie comme le culte de n'importe quoi ou n'importe qui, autre que la véritable unité divine.
Le chiffre 7 a aussi une signification spéciale dans la tradition biblique. Il est chargé d'un caractère affectif. Selon les sages d'Israël, tous les septièmes sont « chéris ». A l'opposé, chez les nations, le chiffre 7 représente généralement la réalité séculaire. Par exemple, le septième jour de la création n'aura qualitativement rien de différent des six autres jours de la création. Il restera un jour de travail et d'activité matérielle, comme tous les autres jours. Tandis que pour les Juifs, c'est un jour de repos et de rupture de toute activité matérielle créatrice. Le septième jour va permettre à l'homme de vivre l'expérience du dévoilement de la transcendance divine. Le chiffre 7 symbolise, dans le Judaïsme, l'unité, tandis que dans la culture universelle, il représente la pluralité.

LES 7 LOIS NOAHIDES
Les 7 commandements noahides correspondent aux 7 pouvoirs émotionnels de l'âme, qui correspondent eux-mêmes aux 7 parties du corps principales.

HESSED = l'amour ; la bonté et la générosité gratuites

Interdiction de l'adultère, l'inceste, l'homosexualité et toute forme de débauche

BRAS DROIT

GUEVOURA = la force

Interdiction du meurtre

BRAS GAUCHE

TIPHERET = la beauté

Interdiction du vol

TORSE

NETSAH = la victoire

Interdiction du culte des idoles

JAMBE DROITE

HOD = splendeur, reconnaissance, remerciement

Interdiction du blasphème

JAMBE GAUCHE

YESSOD = fondement

Interdiction de consommer un membre arraché à un animal encore vivant

ORGANES SEXUELS

MALKHOUT = royauté

Etablissement d'une justice équitable

BOUCHE

La dépravation sexuelle représente la dégradation et la transformation en mal de la qualité de bonté et de générosité.
Le meurtre représente la dégradation et la transformation en mal de la qualité de la force.
La beauté est une qualité qui facilite l'intérêt et la considération dans les rapports sociaux. La dégradation de cette qualité et sa transformation en mal est représentée par le vol.
La foi en Dieu représente la victoire ultime de l'homme contre le mal (dont le seul pouvoir réel représente sa faculté à dévier la foi en Dieu). Elle ouvre la porte à l'éternité. La transformation en mal de la foi est le culte des idoles.
Le blasphème est le « partenaire » du culte des idoles. Il représente la transformation en mal de la gratitude à l'égard de Dieu.
Les 5 premiers des commandements noahides, ainsi que le 7ème, ont été donnés à Adam à l'origine. Le 6ème commandement a été donné à Noé, après le déluge. La Torah se réfère à Noé, comme étant le « Tsadik » (juste) et le « Yessod » (fondement) de sa génération. Les 10 premières générations de l'humanité avaient reçu de Dieu l'ordre d'être végétariens. Après le déluge, Dieu autorisa Noé et ses descendants à manger de la viande. Il leur interdit néanmoins de consommer un membre arraché à un animal encore vivant, ainsi que du sang provenant d'un animal encore vivant.
Le 7ème commandement noahide est le seul qui soit positif. Il consiste à établir un pouvoir exécutif destiné à juger toutes les transgressions liées aux 6 commandements précédents. Son but est de créer une société droite et juste. Il correspond à la royauté, représentant le fondement de tout gouvernement. La qualité de royauté reçoit un influx de tous les autres pouvoirs de l'âme. Dans le corps humain, cette faculté de régner correspond à la bouche, dont la fonction principale est de diriger et contrôler la société.

LES 7 PRINCIPES DE LA FOI
Chacune des 7 lois noahides contient une dimension interne reliée aux 7 principes du service de Dieu. Le « Tikoun » ou « réparation de l'univers » dépend de l'application des 7 lois noahides par les non-Juifs. Ayant reçu la Torah sur le Mont Sinaï depuis plus de trois mille ans, le peuple juif détient la responsabilité de transmettre à l'humanité l'héritage de ces 7 lois. Ainsi, un non-Juif ne pourra jamais accéder au rang d'un être vertueux par le mérite des 7 lois s'il ne ressent aucune affinité avec le peuple d'Israël, même si cet individu possède une grande finesse de caractère lui conférant un comportement des plus humanistes. De la relation d'un non-Juif avec un Juif dépendra donc le redressement spirituel de l'univers.
Lorsqu'un homme ressent une profonde affinité pour les Juifs, il reçoit un influx d'inspiration divine issue de l'âme même du peuple d'Israël. Il devient alors animé de la ferme motivation d'être un homme digne, dans toutes ses relations avec autrui, et de consacrer sa vie au service de Dieu. Le redressement total du monde va dépendre du degré d'inspiration et de spiritualité qu'il recevra par le biais du peuple juif jouant un rôle de prêtre parmi les nations, et
oeuvrant en faveur du bien de la société.
Quand les nations respecteront strictement les 7 commandements noahides, les hommes seront attirés les uns vers les autres, dans une relation d'amitié sincère et d'amour gratuit, et ce, dans un sentiment existentiel d'humilité vis-à-vis de son prochain. Le monde acceptera alors le joug de la royauté céleste, tel qu'il est défini dans la Torah, et accédera à une vision authentique de la vie.
La fonction initiale de chacun des 7 principes de la foi et du service divin pour les hommes est d'élever leur conscience à un niveau supérieur. Ce résultat sera forcément accompagné d'une plus grande capacité d'expression du libre arbitre.
Chacun des 7 pouvoirs émotionnels de l'âme, à savoir l'amour du bien, la force, la beauté, la victoire, la splendeur, le fondement, et la royauté, possède une dimension sous-jacente. Ce sont, respectivement : l'amour, la peur, la miséricorde, la confiance, la sincérité, la vérité et l'humilité. Nous allons examiner ci-après comment chacun des 7 pouvoirs conduit l'homme à un état déterminé de conscience, et à la mise en application d'un principe défini de la foi et du service divin.

L'AMOUR OU LA RECREATION PERPETUELLE DE L'UNIVERS
Il n'est pas nécessaire d'avoir une intelligence hors du commun pour se rendre compte que D. ieu a créé l'univers. Aucune entité ne peut se créer elle-même.
L'esprit humain étant toujours rattaché à la notion de temps, il faut rappeler que la genèse de la création du monde semble se situer dans un passé lointain. Depuis cet instant-là, l'univers a été porté à l'existence, avec sa quantité globale de matière et d'énergie. Il continue, certes, à exister et à évoluer naturellement, mais seule sa forme subit une transformation. Selon les lois de la physique, il n'y a nulle part création nouvelle de matière ou d'énergie, mais transformation de matière ou transformation d'énergie, à partir d'une matière ou d'une énergie déjà existantes.
Or, la conscience de l'existence de la présence divine débute par la perception du principe de la REcréation perpétuelle de l'univers, par Dieu. Si Dieu n'était pas impliqué dans un tel processus (comme Il l'a été depuis l'instant zéro), en réinsufflant dans le monde une impulsion créatrice à chaque instant, l'univers entier retournerait au néant primitif d'où il a été créé. Pour comprendre correctement ce processus de REcréation perpétuelle de l'univers, il faut apprécier l'amour infini que le Créateur porte à chacune de ses créatures, comme l'exprime le Psalmiste : « Le monde est construit à partir de l'amour du bien gratuit » (Psaumes, 89-3). Le prototype de l'amour du bien gratuit est représenté dans la Torah par le personnage d'Abraham. En hébreu, le nom propre AB-RA-HAM contient les même lettres que le mot HI-BAR-AM (= « lors de leur création »). Il y a donc similitude d'identité entre le bien gratuit et la création du monde.
En outre, la Bible établit clairement qu'Abraham et son épouse ont littéralement « créé » des individus vertueux en détournant des hommes païens du culte des idoles et en les guidant vers la connaissance et le service de Dieu. Or, cet amour infini que Dieu porte à la création, s'identifie, dans son essence, à la racine suprême de l'âme d'Abraham, le premier individu juif dans l'histoire de l'humanité. Par conséquent, si un non-Juif reconnait que son existence propre, ainsi que celle de toute entité matérielle réelle, dépend perpétuellement de ce même amour divin infini, il sera automatiquement attiré à aimer le peuple d'Abraham.
Le verbe « créer » contient, dans la langue hébraïque, les mêmes lettres que celles de l'adjectif « sain ». Etant donné que Dieu continue perpétuellement à « recréer » l'univers, Il continue aussi perpétuellement à insuffler en lui un courant de guérison. En d'autres termes, faire attention au processus de REcréation perpétuelle revient à attirer dans son existence personnelle une force de guérison divine. Une telle conscience permet de se guérir soi-même et d'acquérir le pouvoir de guérir les autres.
En résumé, le point de départ de la réparation spirituelle de l'humanité est la perception du processus de REcréation perpétuelle de l'univers.

TOUT EST ENTRE LES MAINS DU CIEL, SAUF LA CRAINTE DU CIEL
Tout homme possède un libre-arbitre lui permettant de choisir librement d'appliquer ou d'ignorer les 7 commandements noahides. Néanmoins, les sages d'Israël enseignent que tout est entre les mains du ciel, sauf la crainte du ciel. Le libre arbitre de l'homme se rapporte essentiellement à la crainte du ciel que l'homme ressentira.
Ce précepte se réfère directement à la manière de servir Dieu. Le livre des Psaumes aborde ce sujet dans deux versets distincts. L'un dit : « Servez Dieu dans la joie » (Psaumes, 100-2) et l'autre énonce : « Servez Dieu dans la crainte » (Psaumes, 2-11). En fait, le premier verset s'adresse à ceux qui font partie du « peuple des serviteurs de Dieu », tandis que le second verset concerne ceux qui n'en font pas encore partie. Néanmoins, chaque être humain est libre de gravir les échelons de l'échelle de la foi. N'importe quelle personne dotée d'une âme motivée peut atteindre l'absolu divin, faire partie du peuple des serviteurs de Dieu et être considéré comme l'un de ses enfants à part entière.
Il existe de nombreux niveaux de la crainte divine. Le niveau le plus courant se réfère à la crainte du châtiment divin, qui va induire l'homme à s'abstenir de pécher. Chez un serviteur de Dieu, le niveau basique se réfère à la crainte du Roi de l'univers omnipotent. S'il est vrai que ces deux niveaux se réfèrent invariablement au pouvoir de Dieu de décréter la vie ou la mort, le premier niveau ne se focalise nullement sur le Roi tout-puissant lui-même, mais seulement sur la menace de la sanction divine. Lorsque le niveau de crainte divine éprouvée par un homme rejoint le niveau correspondant chez un serviteur de Dieu, ce même homme devient lui aussi apte à expérimenter une approche du Roi lui-même, et à s'adresser à lui dans ce même esprit de crainte. Cette étape représente l'origine essentielle du pouvoir de l'âme à agir sous l'emprise du libre-arbitre. Le seul et unique choix véritable qu'une personne fait dans sa vie est de s'adresser ou non à Dieu. A l'extrême, un serviteur de Dieu se tourne vers Dieu dans une relation d'amour l'amour qu'un fils porte à son père. Un homme se tourne vers Dieu dans une relation de crainte la crainte qu'un serviteur ressent pour son maître. Néanmoins, c'est le sentiment de crainte divine de l'âme d'un serviteur de Dieu qui va permettre au sentiment de crainte divine d'un homme de s'élever.
Le plus grand exemple, cité dans la Bible, d'une société se tournant vers Dieu est l'histoire du repentir de la cité de Ninive, relatée dans le livre de Jonas. Les Juifs font la lecture publique de cette histoire, au point culminant de la journée la plus sainte de l'année : le Yom Kippour ou « Jour du Grand Pardon ». Ce livre se réfère à l'action d'une seule âme juive, celle du prophète Jonas, qui devint un instrument entre les mains du Tout-Puissant afin d'inciter une multitude d'âmes à revenir sincèrement à Dieu et amender leur conduite. Il apparaît dans ce texte biblique que les habitants de Ninive étaient motivés, au début, par la crainte du châtiment divin. Cependant, après avoir entendu le miracle vécu par Jonas, ils reçurent une inspiration d'une dimension nouvelle et purent, à leur tour, ressentir une crainte du D. ieu d'Israël, d'un niveau supérieur.

LA MISERICORDE DIVINE ACCOMPLIT DES MIRACLES
Au commencement, Dieu avait l'intention de créer le monde selon le principe de justice : chaque individu serait alors jugé et rétribué en accord avec le mérite de ses intentions et de ses actes. Mais il vit que le monde ne pourrait alors subsister. Aussi Dieu fit-il passer au premier plan l'attribut de miséricorde et l'associa à l'attribut de justice, et ce fut ainsi qu'il put créer un univers durable.
L'ordre naturel de la création reflète l'attribut de rigueur divine, tandis que la miséricorde divine s'exprime sous forme de miracles qui viennent dépasser et remplacer les lois naturelles au sens strict du terme. La miséricorde divine s'étend sur toutes ses créatures, comme l'exprime le Psalmiste : « L'Eternel est bon pour toute la création, et sa miséricorde s'étend sur toutes ses
oeuvres » (Psaumes, 145-9).
Le processus de REcréation perpétuelle représente pour Dieu un acte d'amour gratuit. Les lois naturelles parfaitement établies, et qui restent vraies au-delà de la création de l'espace-temps, sont le reflet de l'attribut divin de toute-puissance et de jugement. La règle fondamentale de la rigueur divine est celle de « mesure pour mesure ». Dans son infinie miséricorde (qui représente la dimension profonde de l'attribut divin lié à la beauté), Dieu permet au règne du surnaturel de se manifester.
La reconnaissance de l'attribut divin de miséricorde et du désir et du pouvoir que Dieu a de changer le cours naturel des choses (sans rapport direct avec les mérites de l'homme) réveille dans le coeur de l'homme le désir de se tourner vers le Créateur et se consacrer à son service. Dans le langage des sages d'Israël, la prière est définie comme « une requête de miséricorde ». Nous prions que Dieu nous guérisse « miraculeusement » de toute maladie, qu'il pourvoit aux besoins des pauvres et gratifie les couples stériles d'une progéniture. Nous prions aussi Dieu qu'il nous accorde un esprit saint et un corps pur afin de le connaître et d'être apte à imiter son comportement.
Les sages d'Israël enseignent que le meilleur moyen pour « réveiller » la miséricorde divine est d'adopter soi-même un comportement de miséricorde, de sympathiser avec autrui et de faire preuve de miséricorde envers tous. En d'autres termes : « Quiconque témoigne de la miséricorde envers les autres sera lui-même jugé avec miséricorde par le Ciel ».
Si un homme analyse l'histoire du monde, des temps antiques à nos jours, il sera surpris de constater à quel point Dieu a fait preuve de miséricorde envers les enfants d'Israël. Même pendant les périodes d'extermination de l'exil, leur flambeau ne s'est jamais éteint. Lorsqu'on constatera un tel phénomène, on pourra avoir une approche véritable de ce que représente réellement l'attribut de miséricorde dans la manière de servir Dieu.
Dans les prophéties bibliques, le Messie est décrit comme un mendiant implorant la miséricorde humaine au seuil de l'entrée d'une maison. Seul un tel individu pourra apporter le salut à l'humanité entière. C'est seulement en reconnaissant la miséricorde divine et les actes miséricordieux dont l'Eternel gratifie toute la création que les hommes pourront se connecter avec l'âme du véritable sauveur de toute l'espèce humaine.

LA VICTOIRE (= LA CONFIANCE) OU L'AUTO-TRANSFORMATION
Dans le service de Dieu, la victoire ultime de l'âme humaine représente le triomphe du bon penchant de l'homme sur son mauvais penchant. Pour atteindre la victoire dans cette guerre spirituelle, il faut passer par une phase de métamorphose de sa personnalité.
La Torah demande à l'homme un changement de son comportement afin de devenir un individu vertueux. Les hommes qui acceptent les 7 lois noahides comme un héritage transmis par la Torah à l'humanité entière, par l'intermédiaire de Moïse le serviteur de Dieu, subissent alors ce changement souhaité et atteignent un niveau supérieur de libre-arbitre.
Comme pour tous les pouvoirs cachés de l'âme, la victoire possède une dimension cachée : le pouvoir de mettre toute sa confiance en Dieu. Lorsqu'un individu médite sur l'influence permanente de D. ieu sur le monde, combien le Créateur pourvoit continuellement aux besoins de chaque être humain et lui accorde toutes les ressources spirituelles nécessaires à l'amélioration de sa conduite et de ses traits de caractère, lui permettant ainsi de se transformer en une créature nouvelle, lorsqu'il médite sur tous ces bienfaits, un sentiment de confiance en Dieu va naître dans son âme.
La qualité de la victoire dérive de l'amour du bien gratuit. Dans le service divin, un tel amour correspond à la conscience du processus de REcréation perpétuelle. La victoire est envisageable lorsque l'on garde la conviction qu'il est toujours possible, et par conséquent jamais trop tard pour qui que ce soit de redresser son comportement et se transformer.
La victoire suit les 3 états précédents de conscience :
Conscience de l'amour du bien gratuit
Conscience de la crainte
Conscience de la miséricorde
Lorsqu'on a goûté à l'expérience de l'amour que Dieu nous porte (par exemple, lorsqu'il nous « crée » à nouveau à chaque seconde), nous allons nous tourner vers lui sous le dévoilement de la crainte, qui représente le cachet de l'expression du libre arbitre, et en venir finalement à reconnaître sa miséricorde. Le plus grand miracle opéré par Dieu est ce cadeau offert à l'homme de pouvoir s'améliorer. Si un homme suit le processus de semi-transformation de sa personnalité en un modèle d'être humain vertueux, processus nécessaire à l'obtention du titre de « juste parmi les nations », il brise son emprisonnement spirituel issu des niveaux obscurs inhérents à son âme animale (représentant l'état de l'être humain imprégné d'un mélange de bien et de mal) et accède au niveau de l'âme divine. Il dévoile ainsi l'attribut de victoire, et devient à son tour un homme « victorieux ».

LA SINCERITE : « JE SUIS LE SERVITEUR D'ABRAHAM » (Genèse, 24-34)
Tout homme est destiné à devenir un serviteur de Dieu. La conscience de la servitude est identifiée dans la Kabbalah à l'attribut divin de la « splendeur », dont la dimension cachée est la « sincérité ». Ainsi, un serviteur sincère se tiendra devant son maître dans un état de soumission totale. Cet état de soumission sincère va créer une auréole de « splendeur » qui réunira à la fois le maître et le serviteur.
La sincérité dérive de la crainte. Lorsqu'un homme acquiert les qualités de soumission et d'auto-engagement, il en vient à servir Dieu avec crainte et joie simultanément.
La victoire et la splendeur donc la confiance et la sincérité agissent comme deux partenaires. Ces deux qualités représentent deux formes d'auto-transformation. La victoire correspond soit à une transformation totale de l'âme animale, soit à un processus de semi-transformation requis afin de devenir un individu vertueux. La splendeur correspondra à la conversion totale à une identité de serviteur fidèle à Dieu.
Dans la Bible, un exemple classique de serviteur vertueux et fidèle à Dieu est Eliézer le Cananéen, serviteur d'Abraham. Par égard à sa vocation totale au service de son maître, Abraham l'a placé intendant sur toute sa maison. Dans sa dévotion sincère et absolue à la volonté d'Abraham, Eliézer a mérité se séparer du monde maudit pour entrer dans le monde béni. A travers l'exemple d'Eliézer, nous nous trouvons en présence d'un cas de réparation spirituelle de l'âme d'un homme, concernant l'interdiction noahide de blasphémer (la 5ème des 7 lois noahides), qui correspond à la qualité de la splendeur ou de la reconnaissance.
Eliézer proclame : « Je suis le serviteur d'Abraham » (Genèse, 24-34). Il ne se réfère pas à lui-même en citant son propre nom. Il a donc déjà atteint le niveau d'une prise de conscience existentielle : celle de n'exister qu'à travers l'identité de son maître Abraham.

LA VERITE : LA PROVIDENCE DIVINE
Les sages d'Israël se réfèrent à l'attribut divin de « vérité » comme étant le « sceau » de Dieu dans la création. Exactement à la manière d'un peintre qui signe son nom sur une de ses
oeuvres, Dieu a apposé son « emblème » par l'intermédiaire de l'attribut de vérité sur tout élément réel de la création. L'éternelle sensation de la présence de Dieu et de sa providence dans le monde, c'est cela la « signature » de Dieu sur l'oeuvre de sa création. Concrètement, Dieu et sa providence sont omniprésents. Dieu crée le monde avec l'attribut d'amour. Il opère des miracles avec celui de la miséricorde. Il fait connaître à toute la création sa présence et sa providence, grâce à l'attribut de vérité.
La providence divine est comparée, dans la Bible, aux « yeux du Créateur ». Elle observe avec vigilance et détermine le cours immédiat comme l'avenir à long terme de n'importe quel élément de la création, fut-il le plus minuscule. C'est elle qui jauge et module le « pouls de la vie » dans chaque créature vivante, dispensant continuellement le processus de la vie.
Il existe deux niveaux de conscience dans l'approche de la providence divine. Le premier niveau consiste à reconnaître le souci que Dieu porte au sort de chacune de ses créatures. Le second niveau consiste à reconnaître pleinement et totalement que le sort de chaque élément de la création, et de toutes les créatures, est invariablement lié à un processus d'évolution de l'univers divin vers un objectif déterminé et des buts bien définis. Chaque événement ou phénomène se réalisant dans le cosmos, du microsome au macrocosme, est intrinsèquement lié à un autre événement ou phénomène, ou même à d'autres événements qui contribuent tous à l'objectif ultime de Dieu : « lui façonner une résidence, ici-bas ». Après que le plus bas niveau de réalité matérielle a reconnu l'influence de cette lumière transcendante qui irradie l'univers et a fusionné avec elle, seulement alors la présence divine peut venir « résider » parmi nous.

LA MODESTIE : UNE DEMEURE POUR DIEU
Toutes les étapes du processus créateur (l'évolution des mondes, leur interaction et leur réunification ultime) dépendent de la dynamique du don et de la réception. La volonté de donner et celle de recevoir représentent les deux grandes forces cosmiques fondamentales de l'univers. La volonté de « donner » représente le principe « mâle » de la création, tandis que celle de « recevoir » en représente le principe « femelle ».
Se rendre compte du caractère « vide » de ses « récipients » propres, c'est expérimenter sa modestie existentielle. Cette qualité représente la dimension cachée de l'attribut divin de « royauté », le septième et dernier des pouvoirs émotionnels de l'âme. En conclusion de toute expérience émotionnelle, la sensation de modestie implique une dépendance totale envers la bienveillance divine.
Le désir ultime de Dieu en créant le monde est d'amener notre niveau de réalité le plus modeste à servir d'emplacement à la résidence divine, de demeure dans laquelle l'essence de Dieu puisse être révélée. La qualité de modestie désigne, dans l'âme, l'état de référence à ce « domicile ».
Toutes les âmes aspirent à s'élever, du niveau de l'animal à celui de l'homme, et d'acquérir le statut de fils premier-né de Dieu, et ce, comme si Dieu lui-même y avait apposé son sceau. En d'autres termes, c'est le receveur lui-même qui va attirer, depuis le niveau d'en bas où il est reclus, la volonté du donneur de descendre et de franchir le seuil de la demeure créée à son intention. Ce processus définit la mission de l'humanité : faire de ce monde une demeure plaisante, un domicile digne où la présence divine descendra illuminer la réalité toute simple et y apporter la bénédiction.
La relation entre les Juifs et les non-Juifs dans le processus de réparation spirituelle de l'humanité est un véritable partenariat, semblable au partenariat existant dans la vie d'un couple homme/femme. Dieu est le troisième « partenaire » dans tout mariage. C'est par son pouvoir que le couple s'accomplira et pourra porter ses fruits.

CHARTE SYNOPTIQUE DES 7 LOIS NOAHIDES

LA CRAINTE
La crainte du ciel
Le libre arbitre position en état de crainte vis-à-vis de Dieu
L'AMOUR DU BIEN GRATUIT
Vivre l'expérience du processus de la REcréation perpétuelle
l'amour, énergie créatrice
LA MISERICORDE
Se tourner vers Dieu par la prière
Implorer sa miséricorde
Reconnaître la vraie source de toutes les bénédictions
LA SINCERITE
Le service du roi
Le simple serviteur
Et le serviteur fidèle
LA VERITE
La providence divine
Le salut de l'homme et de l'animal
LA MODESTIE
Devenir un réceptacle
Le pouvoir inhérent à un récipient : « s'élever de son niveau inférieur »

Source : http://www.galenai.fr/index.php/7-lois-de-noe

Par Rav Itzhaq Ginsburgh - Publié dans : spiritualité
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Mercredi 30 janvier 2013 3 30 /01 /Jan /2013 07:34

Pour construire matériellement, il convient de déblayer le terrain choisi et de l'aplanir, afin qu'il puisse se prêter aux opérations géométriques déterminatives de l'orientation et du plan du futur édifice. Il faut ensuite creuser le sol jusqu'aux couches résistantes du terrain, puis dresser des échafaudages s'élevant jusqu'à la hauteur assignée à la construction. Enfin les blocs extraits de la carrière sont charriés sur place et taillés selon leur destination. Il est indispensable qu'ils puissent s'ajuster entre eux dans la perfection, qu'ils soient alignés en assises horizontales et celles-ci superposées verticalement. N'oublions pas le ciment qui relie les matériaux et réalise l'unité de l'ensemble.

L'art de bâtir procède d'une manière analogue dans le domaine humain. Substituez des hommes aux blocs de pierre et vous ne les unirez pas autrement qu'en les conformant à la place qu'ils sont destinés à tenir dans une société humaine harmonique et sagement coordonnée, comme un édifice bien construit.

La philosophie des anciens constructeurs matériels s'est complue à transporter dans le domaine de l'
esprit les opérations architecturales. Le déblaiement du terrain s'est ainsi traduit par le rejet hors de l'entendement des idées encombrantes, impropres à la construction mentale projetée. Dans son Discours sur la Méthode, Descartes s'est inspiré d'une nécessité constructive, en prescrivant au chercheur de vérité de commencer par faire table rase de toutes ses idées préconçues et de tous les préjugés reçus de son milieu. Répudiant l'artificiel et tout ce qui est artificiellement acquis, il faut revenir à la simplicité de nature, disent les disciples d'Hermès, pour entrer dans la voie de régénération qui conduit à la Lumière et à la Vie. Débarrassons-nous de ce qui est faux
, suspect ou douteux, si nous entendons bâtir spirituellement notre sanctuaire de certitude.

Le besoin de bâtir individuellement ne s'impose pas au bénéficiaire d'un abri, église ou école ; lui épargnant le souci de la recherche hasardeuse du Vrai. Qui s'estime éclairé ne part pas à la conquête de la Lumière ; mais il est des esprits inquiets, en méfiance à l'égard de fausses clartés. Plutôt que de consentir à la duperie qu'ils soupçonnent, ils s'élancent dans les ténèbres, en se fiant à la lumière qu'ils croient porter en eux-mêmes. Ce sont là les profanes parmi lesquels se rencontrent les initiables.

Ceux-ci trouvent le chemin du Temple qui se construit et se font instruire par les bâtisseurs. Avec eux, ils purgent leur mentalité, puis creusent leur propre sol, afin de pénétrer en eux-mêmes, car il leur faut descendre jusqu'aux assises solides de leur certitude.

De quoi sommes-nous certains, en dernière analyse ? De notre existence individuelle, de notre faculté de sentir, de penser et de vouloir. Cette constatation fondamentale devient la pierre d'
angle
d'une construction qui s'exécute pierre à pierre, sous le contrôle des instruments d'un art éprouvé, perfectionné au cours des siècles.

Le constructeur ne se contente pas d'établir des fondations solides, puisqu'il est appelé à bâtir en hauteur. Après avoir fouillé les profondeurs du sol, il affronte le vertige des élévations dont il est l'artisan. L'ouvrier du bâtiment évite la chute matérielle qui lui serait fatale. Il n'en est pas de même du constructeur philosophique, qui retombe volontairement des
altitudes vertigineuses, où son activité ne saurait trouver un emploi fécond. Quand il a posé la pierre concluante au sommet de la tour du système conçu, il redescend pour tailler les autres blocs du chantier. Il travaille au milieu de compagnons qui s'instruisent réciproquement en déployant leur habileté. C'est dire que le penseur reste en communion avec ceux qui travaillent comme lui humanitairement, non en vue de poursuivre des chimères ou pour se singulariser par l'originalité de leurs conceptions, mais dans le désir de penser juste, en se trompant le moins possible, afin de contribuer à aider tous les êtres pensants à penser mieux et à juger plus sainement. L'Initié constructeur n'aspire pas à la Gnose
intégrale, révélatrice de tous les secrets. Il est modeste, en ne sollicitant que la lumière lui permettant de bien travailler. Voulant bien faire, faire le mieux possible, il se sent le droit d'être éclairé en conséquence.

Je suis dans la vie pour devenir meilleur et contribuer à l'amélioration de l'existence terrestre. Des spéculations sur ce qui peut m'attendre après la mort n'ont pas à me distraire de ma tâche constructive humaine, tant que je ne suis pas appelé à un autre travail. J'ignore le sort qui me sera réservé au sortir du mode actuel de mon existence et je refuse de me préoccuper de ce qui échappe à ma possibilité de connaître. Honnête ouvrier, j'use pour le mieux des outils qui sont à ma
disposition
et j'ai confiance en la Vie, à l'œuvre de laquelle je me suis associé. Quand elle m'appellera à travailler sur un autre plan, elle m'outillera et m'éclairera en vue de la nouvelle tâche qu'elle m'assignera.

Telle est la conviction de l'
adepte
constructeur. Il ne condamne ni le rêve, ni la métaphysique, mais s'en tient aux règles de son métier positif et terrestre. Ce n'est pas dans les nuages de l'abstraction qu'il exerce l'architecture : il construit sur le sol résistant, où peuvent s'aligner et se superposer les matériaux humains.

Nous voici loin des révélations surnaturelles, gages de félicités posthumes. Chacun est libre d'adhérer aux doctrines les plus capables de le maintenir dans la moralité. Les doctrines ont cependant l'inconvénient de s'opposer les unes les autres et d'être discutées en même temps que la morale qu'elles préconisent. N'est-il pas louable, en ces conditions, de s'efforcer d'offrir à la morale une base indiscutable ? Le Maçonnisme ambitionne de donner satisfaction à cet égard.

Il est, lui aussi, un enseignement ; mais il se propose, sans prétendre s'imposer. Sa conception fondamentale est simple, autant que vraisemblable, dans toute la mesure des exigences humaines. Des
esprits
exigeants s'en déclarent satisfaits en tous les pays, abstraction faite des manières de voir individuelles. Construire une humanité meilleure, en enseignant aux individus à se perfectionner eux-mêmes, c'est tout le programme du Maçonnisme, contre lequel ne saurait s'élever aucune objection sensée. Car il est permis de qualifier d'insensé le pessimisme, qui nie la perfectibilité humaine et considère la vie comme une infernale duperie.

Assurément, les constructeurs sont des hommes de foi : ils ont foi en la Vie et leur foi est agissante. Or, la Vie n'est pas une chimère, une abstraction métaphysique : c'est la réalité objective et subjective qui s'impose le plus irrésistiblement à nous. Donc, rien de plus certain que la Vie dont nous ne serons jamais dupes, si nous savons la comprendre.

Mais tout est là : correctement comprendre la Vie !

Le Maçonnisme nous y aide, sans exiger autre chose qu'un travail de réflexion. Assimilons-nous l'idée constructive et poursuivons-la en ses conséquences. Nous construirons ainsi mentalement notre Maçonnisme, en accomplissant par ce fait notre première tâche de constructeurs spirituels.

Celui qui se sera préparé, en son intelligence et en son cœur, au métier de constructeur obtiendra d'être instruit des traditions de l'Art. Encore lui faudra-t-il faire preuve de sagacité, pour dégager l'esprit vivifiant d'un enseignement dont un
symbolisme muet fait les frais essentiels. L'initiation ne s'adresse qu'à ceux qui s'en montrent dignes ; elle reste fictive pour le récipiendaire superficiel, jouet d'une mise en scène dont il ne saisit pas la portée. C'est dire que les vrais Initiés se sont toujours distingués de la foule mystifiée des amateurs de mystères. Il y a fatalement mystification, quand le myste manque de pénétration initiatique et trompe l'attente de ses initiateurs. Ceux-ci ne rejettent que les matériaux manifestement impropres à l'œuvre et se montrent indulgents au moindre indice d'éducabilité. La sélection définitive s'effectue au cours des épreuves, qui ne sont pas uniquement symboliques. Le récipiendaire qui ne les subit que symboliquement demeure initié symbolique et s'en tient au symbole
de ce qu'il devrait être en réalité.

On ne saurait assez y insister : l'Initiation est chose intérieure, qui dépend des qualités intellectuelles et morales du récipiendaire et non de la consécration rituelle,
administrée par une association initiatique. L'initiateur peut aider l'initiable à se développer initiatiquement ; mais, si elle ne s'applique pas à un germe
vivant, la plus savante culture ne conduit à aucun résultat. Il faut naître à à la vie initiatique pour en vivre et s'épanouir sous l'action de cette vie supérieure. Rien n'est artificiel en Initiation : elle ne saurait s'acheter, ni se conférer autrement qu'en image.

Une image fidèle est d'ailleurs précieuse à qui sait en pénétrer le sens.
Rites et symboles instruisent le récipiendaire méditatif, capable d'en discerner la signification. Il n'est donc pas vain de connaître la tradition, telle que nous l'ont transmise les philosophes hermétiques en décrivant les opérations du Grand-Œuvre et telle qu'elle s'offre à nous dans le symbolisme de la Franc-Maçonnerie
.

Le secret ne s'impose plus à cet égard. Il fut rompu dès la publication, en 1911, de notre essai sur le
Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'Alchimie et la Franc-Maçonnerie
. Depuis, les Mystères de l'Art Royal ont achevé de lever le voile, non pour les curieux indiscrets, mais en faveur des initiables appelés à conquérir la Lumière.

Ce qui est écrit, prononcé ou montré n'a pas le pouvoir de trahir ce qui demande à être discerné. Il est donc superflu de lire, si l'esprit du lecteur ne travaille pas pour découvrir ce qui se cache sous les mots, les
symboles et les allégories. Il faut deviner ; mais la conception
fondamentale du constructivisme met aisément sur la voie.

La Vie construit ; chacun de nous est son œuvre demeurée inachevée, car, sachant discerner et vouloir, nous devons appliquer nos facultés à nous perfectionner, afin d'achever par nous-mêmes ce que la Vie a commencé en nous. En nous perfectionnant, nous nous associons à l'œuvre du perfectionnement général, qui est la raison même de l'existence.

Cette base est universellement acceptable. Sur elle peut s'ériger la religion visant à mettre d'accord tous les hommes réfléchis et unis dans l'
amour
du bien.

Pour nous convertir à cette foi, rentrons en nous-mêmes et songeons à construire le mieux au milieu des décombres de l'imperfection humaine : la vocation de l'architecture morale fera le reste.

Par Oswald Wirth - Publié dans : spiritualité
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