Rites et rituels

Vendredi 21 février 2014 5 21 /02 /Fév /2014 07:25

V.M. L'histoire Sainte nous apprend qu'il a été décidé, par le Conseil des Infiniment Sages qu'un Temple devait être bâti à Jérusalem, et qu'il serait érigé à la Gloire de Dieu, et dédié à son Saint Nom. Le Grand Honneur et le Distingué Privilège d'accomplir cette tâche sacrée échut à David, Roi d'Israël, car, nous enseignent les Saintes Écritures, il avait accompli d'innombrables guerres et fait en abondance couler le sang de ses ennemis. Nous apprenons aussi, d'après la même source sacrée, que le Dieu d'Israël avait promis à David, que de ses reins sortirait la graine de celui qui serait son serviteur. Cette promesse divine et mémorable fut par la suite accomplie par Salomon, par sa carrière et par sa prospérité splendide et inégalée. Après que le Roi David eût rejoint ses pères, et que les derniers honneurs eussent été rendus à sa mémoire, Salomon maintint le sceptre d'Israël, la paix régna dans ses frontières, et les enfants d'Israël purent contempler avec une particulière satisfaction les résultats de sa sagesse, qui fit l'étonnement et le respect du monde.            Dans le second mois de la quatrième année de son règne, Salomon commença la construction de l'édifice, dont les difficultés d'exécution avaient été imaginées pour susciter l'étonnement et l'admiration des générations futures. Il était situé sur le Mont Moriah, à proximité de l'endroit ou Abraham était sur le point d'offrir à son fils Isaac en sacrifice, là où David avait rencontré et apaisé l'Ange Exterminateur, et était visible depuis l'aire de battage de Ornan le Jebusien. Dans le même temps le Roi Salomon reçut une lettre de félicitations d'Hiram, Roi de Tyr, qui lui offrait tout ce qui était en son pouvoir pour l'assister, et lui manifestait son fervent désir de participer à la gloire du Trône d'Israël. Ainsi progressait la construction de l'édifice, sous la direction de notre ancien G.M. opératif H.A., avec l'aide de H.R.d.T. Il était bien proche d'être terminé quand quelques ouvriers, désireux d'arracher au G.M.H.A. le mot secret de M.M., l'assassinèrent. Ainsi, pendant une courte période, la construction de l'édifice fut interrompue. Nous vous avons déjà raconté dans la deuxième partie de ce degré, la conspiration des 3 scélérats et des douze comp., la recherche et la découverte finale du corps de notre G.M.H.A. Les Saintes Écritures nous apprennent ensuite comment les restes de notre G.M.H.A. furent relevés de leur humble lieu de repos, emmenés en grande pompe jusqu'au Temple, et déposés aussi près du Saint des Saints que la Loi Israélite ne le permettait. Sur la tombe fut érigé un monument du marbre le plus fin qui fut, comprenant une colonne brisée, une vierge en pleurs, tenant dans la main droite une branche d'acacia et dans la main gauche une urne, devant elle un livre ouvert, derrière elle, le Temps qui défait et compte les boucles de ses cheveux. La colonne brisée symbolisait le fait que l'un des piliers de la Franc-Maçonnerie venait de s'écrouler, la vierge en pleurs symbolisait la mort prématurée de notre G.M.H.A, la branche d'acacia ce qui avait conduit à la découverte espérée de ses restes mortels, l'urne, le fait que ses cendres avaient été déposées en lieu sûr, le livre ouvert le fait que sa mémoire resterait éternellement parmi les maçons et le Temps rappelait que, malgré la mort d'Hiram et la perte du mot sacré, le temps, la patience et la persévérance qui accomplissent toutes choses, permettraient qu'un jour peut-être le véritable mot soit redécouvert et mis en Lumière. Ainsi, je viens de vous raconter la légende de la mort de Hiram Abif, une histoire vénérée en souvenir des jours anciens, et qui est considérée par les maçons avec un respect particulier, non seulement pour l'histoire en elle même, mais surtout pour la doctrine solennelle et sublime dont elle entend imprégner nos âmes et consciences : la résurrection du corps et l'immortalité de l'âme. Durant la construction du Temple, deux événements remarquables se produisirent : le premier nous est rapporté par l'histoire Sainte qui nous apprend que l'on n'entendit jamais le son d'aucune hache, marteau, ou autre objet métallique. Le second nous est rapporté par Joseph qui nous apprend que pendant les sept années que durèrent la construction du Temple, il ne plut jamais, sauf pendant la nuit et pendant que les ouvriers étaient au repos. Nous considérons ceci comme une manifestation frappante de la bienveillante sollicitude de la Divine Providence. L'on rapporte que le bâtiment était soutenu par quatorze cent cinquante trois colonnes et deux mille neuf cent six piliers, tous taillés dans le marbre le plus pur. Pour sa construction, furent employés trois Grands Maîtres assistés de trois mille trois cents Maîtres ou surveillants de l'ouvrage, quatre vingt mille compagnons ou tailleurs de pierre qui travaillèrent dans les carrières et les montagnes, et soixante dix mille apprentis ou porteurs de fardeaux. La Sagesse du R.S. permis que tous soient groupés et disposés de telle façon qu'aucune envie, discorde ou confusion, ne viennent jamais entraver la paix et la bonne entente qui régna en permanence parmi les travailleurs. Mon Frère, ceci nous amène à l'étude d'une deuxième sorte de symboles qui contient de multiples enseignements, tous forts instructifs et de grande valeur.  

LES TROIS COLONNES

Les Trois Colonnes vous ont déjà été expliquées, dans un degré précédent, et elles représentaient la Sagesse, la Force et la Beauté. Elles sont, dans ce degré revêtues d'une signification encore plus grande. Elles représentent nos Trois Anciens Grands Maîtres, Salomon Roi d'Israël, Hiram Roi de Tyr, et Hiram Abif. La Colonne Sagesse représente Salomon, Roi d'Israël, dont la Sagesse permit l'édification du Temple, et grâce auquel son nom fut honoré et exalté. La Colonne Force représente Hiram, Roi de Tyr qui aida le Roi Salomon dans l'accomplissement de sa difficile tâche, et la Colonne Beauté représente Hiram Abif, le fils de la veuve, de la tribu de Nephtali qui, grâce à ses talents d'artiste permit au Temple d'être si magnifiquement orné.  Les Apprentis tiennent leur réunion au Rez-de-Chaussée du Temple du Roi Salomon. Sept en constituent une Loge : Un Maître Maçon et six Apprentis ou Compagnons.  Les Compagnons tiennent leur réunion dans la chambre du milieu du Temple du Roi Salomon. Cinq la constitue, deux Maîtres Maçons et trois Compagnons. Les Maîtres Maçons tiennent leur assemblée dans le Saint des Saints inachevé du Temple du Roi Salomon, trois constituent une Loge. 

              LES TROIS MARCHES

Les Trois Marches qui délimitent le plateau du Vénérable sont les symboles de la vie humaine : l'enfance, l'âge viril et la vieillesse. Comme pour l'enfance, en tant qu'Apprenti nous devons occuper notre esprit à l'acquisition des connaissances usuelles. Comme dans l'âge viril, en tant que Compagnons, nous devons utiliser notre connaissance au service de Dieu, de notre prochain et de nous-mêmes afin que, parvenu à la vieillesse, nous puissions jouir de l'heureuse conclusion d'une existence de droiture et mourir dans l'espérance d'une immortalité glorieuse. 

L'ENCENSOIR

L'encensoir est le symbole d'un coeur pur, toujours prêt à présenter des offrandes au Seigneur et, de même l'encens se consume en dégageant une chaleur radieuse, de même, notre coeur doit toujours être prêt à brûler et à s'enflammer de gratitude envers notre Divin Créateur, pour les nombreux bienfaits et réconforts qu'il nous a accordés. 

LA RUCHE

La Ruche symbolise l'industrie et enseigne la pratique de cette vertu à tous les hommes. De même, nous venons au monde êtres intelligents et raisonnables, de même, devons-nous toujours être des êtres industrieux, jamais satisfaits par l'oisiveté, alors que nos Frères sont dans le besoin, et toujours désireux de pouvoir les secourir. Si nous observons la nature, nous découvrons l'homme dans son enfance, plus démuni que la plus primitive des créatures. Il gît, pendant des jours, des mois, des années, totalement incapable de subvenir à ses propres besoins ou de se protéger de l'attaque des animaux sauvages, et même de s'abriter des vicissitudes du temps. Il a certainement plu au Créateur Suprême de la Terre et des Cieux de faire en sorte que les hommes dépendent les uns des autres. Comme la dépendance est l'un des liens les plus puissants de la Société, les hommes ont été à dessein créés interdépendants pour se procurer aide et protection, afin qu'ils puissent mieux jouir de l'opportunité qui leur est offerte de nouer des liens d'amour et d'amitié. C'est ainsi que l'homme fut formé à la vie sociale et active, l’œuvre la plus utile de Dieu. Celui qui s'abaisse lui-même, en n'apportant pas sa propre contribution à la somme des connaissances et de la compréhension humaine, peut être considéré comme un membre inutile de la famille humaine et indigne de notre protection en tant que Maçon. 

LE LIVRE DES CONSTITUTIONS

 Le Livre des Constitutions, protégé par l'épée du Tuileur, nous rappelle que nous devons demeurer très vigilants, et être très prudents, dans nos pensées, nos actes et nos paroles et plus particulièrement au sujet de la Franc-Maçonnerie en présence de ses ennemis, nous remémorant sans cesse ces véritables vertus Maçonniques : le silence et la circonspection. 

L'ÉPÉE ET LE COEUR NU

L'épée pointée sur le coeur nu nous rappelle que, tôt ou tard, la justice nous atteindra, même si nos actes, pensées et paroles peuvent demeurer cachés aux yeux des hommes. Cependant celui qui voit tout, qui commande au Soleil, à la Lune et aux Étoiles, et sous la direction de qui, même les comètes les plus reculées, accomplissent leur prodigieuse révolution, fouille jusqu'au tréfonds du coeur humain, et nous accordera notre récompense, conformément à nos mérites. 

              L'ANCRE ET L'ARCHE

L'Ancre et l'Arche sont les symboles d'un espoir mérité et d'une existence bien remplie. Ils symbolisent : cet Arche Divin qui nous conduit par delà les Océans déchaînés de l'affliction là où l'Ancre nous permet de nous arrêter dans ce havre de paix où les méchants cessent leur persécution, et où les faibles trouvent le repos. 

LE QUARANTE SEPTIÈME PROBLÈME

 Le Quarante Septième Problème d'Euclide apprend aux maçons à aimer les arts et les sciences. 

LE SABLIER

Le Sablier symbolise la vie humaine. Voyez avec quelle douceur le sable s'écoule calmement, mais aussi avec quelle rapidité notre vie va vers sa fin. Nous ne pouvons pas sans étonnement contempler les infimes particules qui sont contenues dans cet objet, comment elles disparaissent imperceptiblement. Et cependant, à notre grand étonnement, elles ont toutes disparues dans l'intervalle minime d'une heure. Ainsi disparaissent les hommes ! Aujourd'hui il explose tels les bourgeons en feuilles tendres comme l'espoir, demain il sera fleurs éclatantes, témoignages de son épanouissement, alors que le surlendemain une légère gelée flétrira la jeune pousse, et alors qu'il se croyait au début de son épanouissement, il tombe à terre telle la feuille d'automne, qui vient fertiliser notre mère la terre. 

LA FAUX

La Faux symbolise le temps, qui tranche les fils tenus de la vie et nous transporte dans l'éternité. Voyez quel carnage la Faux dévastatrice du Temps a accompli parmi les humains. Si par bonheur nous échappons aux nombreuses maladies infantiles, aux périls de l'adolescence, et qu’avec force et vigueur nous atteignons l'âge viril, inexorablement nous serons bientôt abattus par la Faux dévastatrice du temps, et nous serons réunis en ce pays où nos pères nous ont précédés. J'attire maintenant votre attention sur le troisième et dernier groupe d'emblèmes et de symboles, qui est aussi sacré que les autres parties du d° qui vient de vous être conféré, et je souhaite que vous vous en souveniez comme tel. 

LE MAILLET, LA PELLE, LE CERCUEIL, LA BRANCHE D'ACACIA

Le Maillet symbolise l'outil par lequel notre G.M.H.A. fut assassiné. La Pelle, symbolise celle qui fut utilisée pour creuser sa tombe, et qui nous enseigne que, sous peu, un instrument similaire pourrait fort bien être utilisé pour creuser notre propre tombe.        Le Cercueil, celui qui contenait les restes de sa dépouille mortelle. Ceci mon Frère, sont des symboles saisissants qui, pour un esprit réfléchi, fournissent de sérieux sujets de méditation. Mais lorsque nous nous référons à la branche d'acacia, qui fut trouvée en fleurs sur la tombe de notre G.M.H.A., nous sommes amenés à nous souvenir qu'il existe une partie de nous-mêmes qui survivra à la tombe et ne périra jamais, jamais, jamais.

Par Rite York GLNF - Publié dans : Rites et rituels
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Mardi 18 février 2014 2 18 /02 /Fév /2014 07:26

MAITRESSE PARFAITE. (4e Grade).

 

Décoration de la loge. Tenture en drap cramoisi; le trône, le dais, le siège, sont de même étoffe, avec galons et franges en or.

La loge représente l'intérieur du tabernacle, dressé par Moïse dans le désert.

Au bas et un peu en avant du trône, sont deux colonnes torses : celle du côté de l'Afrique représente la colonne de feu qui dirigeait, pendant la nuit, les Israélites dans le désert. Elle est creuse et transparente pour pouvoir être rendue lumineuse.

La colonne du côté de l'Amérique représente la nue qui les protégeait pendant le jour, elle semble se perdre en ondes légères dans le plafond, image du ciel.

Ces deux colonnes sont réunies à leur sommet par un cintre représentant l’arc-en-ciel.

Dans un angle, est l'autel du Feu ou de la Vérité, sur lequel sont plusieurs vases antiques, au milieu est une cassolette où brûlent des parfums ; devant, est un plat pour recevoir les offrandes.

A côté, sur une table, sont un maillet et une boite, comme dans la maîtrise, mais au lieu d'un cœur, on trouve, tracés sur des tablettes, ces mots hébreux : Emeneth, hur, cana, signifiant vérité, liberté, zèle, et le mot grec enbulos, prudence.

Sur le pavé, est le tableau du grade représentant : le songe de Pharaon, lorsqu'il vit 7 épis pleins et 7 vides ; Joseph se réconciliant avec ses frères; plusieurs hommes avec des tabliers et tenant une truelle qu'ils emploient à pétrir la terre pour faire des briques ; Moïse exposé dans une corbeille sur les eaux du Nil ; et la fille de Pharaon qui, en venant pour se baigner, le fait retirer; sur le devant, Moïse et Aaron à la tète des Israélites, au moment de la submersion de l'armée d'Egypte dans les flots de la mer Rouge.

Titres. Le G\Me représente Moïse et la G\Msse, sa femme Séphora (en hébreu Tsephorah, avis vel passer, fille de Raguel ou Jéthro, prêtre des Madianites. Exod., ch. 2, v. 21 ; ch. 4, v. 25, et ch. 18, v. 2).

Le F\ déposit\ est nommé Aaron (en hébreu Aharon, monssive montanus, (fils d'Amron, fils de Cahath, fils de Lévi, frère de Moïse. Exod., ch. 6, v. 20).

Ordre. Les FF\ tiennent l'épée nue de la main droite, la pointe haute ; les Sœurs tiennent également la baguette élevée, appuyée contre l'épaule droite.

Signe. Mettre la main gauche dans son sein (les sœurs sur la poitrine) ; la retirer, regarder le dessus, avec l'air de l'étonnement ; mettre la main sous le tablier, et l'ayant retirée, la regarder en dedans avec un signe de joie. Ce mouvement rappelle ce que fit Moïse sur le mont Horeb, où il vit sa main couverte de lèpre et guérie sur-le-champ.

Attouchement. 1° Présenter le dessus delà main gauche, en faisant le signe. On répond en faisant de même.

2° Mettre la main sous le tablier, la retirer et montrer le dedans. Réponse par le même signe.

3° Passer la main sur celle du tuileur, et la ramener, en glissant, jusqu'au bout des doigts.

Mot de passe. Beth-gabara ou abara (en hébr. Beth-Heber, maison de passage ou alethé, vérité).

Mot sacré. Achitob (hébr. Ahhitoub, frère de bonté) ou Sigé, silence. Des rituels disent Achirab, c'est une faute.

Batterie. 7 coups, par 6 + 1.

Acclamation. Eva !

Cordon. Bleu moiré, porté en sautoir, auquel pend une étoile à 5 pointes avec les lettres : D. C. U. P. L., qui signifient : discrètes, constamment unies par l’estime.

Bijou. Un maillet d'or. Chaque sœur, à son admission, reçoit une alliance d'or, sur laquelle est gravé le mot sacré, et une paire de jarretières en taffetas ou satin blanc ; sur chacune est brodé en or un cœur, avec cette devise sur l'une, la vertu nous unit, et sur l'autre, le ciel nous récompense.

Habillement. Le G\ Me et le F\ déposit\ sont revêtus de l'habit de gr\ prêtre. Les FF\ et les Sœurs, comme dans le grade précédent. Les SS\ ont, de plus, une baguette à la main.

Questions d'ordre. D. Êtes-vous parfaite ?

R. Guidée par l'Éternel, je suis sortie de l'esclavage.

D. Qu'entendez-vous par cet esclavage ?

R. La captivité où nous languissons dans le siècle, figurée par celle des Israélites, en Egypte. Le vrai maçon se regarde, dans le monde, comme dans une terre étrangère, il gémit dans sa captivité, il n'aspire qu'après sa véritable patrie. (Cette morale est d'un cafard et non d'une Maçonne.)

D. Assujettie à ce corps fragile, comment pouvez-vous dire que vous êtes libre ?

R. L'initiation à nos mystères a dessillé mes yeux. J'ai secoué le joug des passions; la raison m'éclaire, et son flambeau perçant le voile dont la volupté masque le vice, m'en découvre toute l'horreur.

Observation. Un tel grade, portant la dénomination de parfaite, et dans lequel figure l'autel de la vérité, devait être un cadre heureux pour développer la vraie morale, celle qui doit servir de guide à la néophyte, et lui ouvrir la voie du progrès et de la perfectibilité. Au lieu de cela, qu'y trouve-t-on ? Un obscurantisme jésuitique, une niaiserie abrutissante qui nous dispense de rien rapporter de plus des dix-huit autres questions du rituel.

Les travaux s'ouvrent et se ferment comme dans la maîtrise.

Loge de table. Le maître s'appelle Respectable, les deux officiers Vénérables, et tous les autres : Mon cher frère, ma chère sœur.

Les verres se nomment des Étoiles.

Le vin et l'eau, des tonnes de déluge rouge, blanc. (Est-ce assez absurde ?) Le pain, du bois de l'arche.

On dit vider les étoiles avec les dignités écossaises par 4. (Nombre des vœux des jésuites, et c'est en l'honneur de ces vœux que les maçonnes doivent vider des étoiles !!)

Exercice. On porte l'étoile en 2 temps à la bouche, on la vide en deux temps, et on la pose sur la table en deux autres temps. On frappe 4 fois dans les mains, et l'on dit 2 fois : qu'il vive ! Il faut convenir que pour un grade de Parfaite, ces transformations de noms, loin d'être heureuses, sont par trop ridicules.

 

 SUBLIME ECOSSAISE (5e Grade)

 

Décoration de la loge. Il faut deux appartements pour les réceptions, ou bien on dispose la tenture de manière à pouvoir en changer promptement la couleur, soit en retournant les panneaux, soit en relevant les draperies.

Pour le premier point de la réception, la tenture est verte, parsemée d'étoiles d'or, galons et franges en or.

II y a 9 lumières : 7 ensemble et 2 séparées.

Pour le second point, la tenture est, comme pour les réceptions habituelles, couleur ponceau, galons et franges en or.

Outre les lumières exigées dans les grades précédents, il y a 3 lampes, chacune de 3 lumières suspendues au plafond, deux sont à l'Asie et la troisième à l'Europe, du côté de l'Afrique.

Sur l'autel est un vase où brûle de l'esprit de vin pendant la réception.

Titres. Le Me représente le grand-prêtre Éliacim (en hébr. Êliakim, résurrection de Dieu), gouverneur de Béthulie. Le ler surv\ représente Ozias (en hébr. Gosiah, force du Seigneur), prince de Juda. La sœur récipiendaire représente Judith (en hébr. Jehaudith, laudans.)

Signe. Saisir ses cheveux de la main gauche et faire de la droite le simulacre de se couper le cou.

Attouchement. S'entrelacer mutuellement le petit doigt de la main droite.

Mot de passe. Vazao (interior vel intimus), nom d'un des eunuques d'Holopherne, celui qui introduisit Judith dans la tente {Judith, ch. 12, v. 1).

Mot de reconnaissance. La vallée de Béthulie m'est connue.

Maitresses paroles. Sigé et Alethé, qu'on interprète ainsi : silence, vérité.

Marche. Sept pas, qui représentent les 7 vertus : amitié, union, soumission, discrétion, fidélité, prudence, tempérance, auxquelles sont opposés les 7 vices : haîne, discorde, orgueil, indiscrétion, perfidie, étourderie, médisance.

Batterie. Deux coups égaux.

Acclamation. Judith, répété 2 fois.

Age. Je passe cinq lustres.

Temps du travail. De l'entrée de la nuit à l'apparition du jour.

Habillement. Le président porte une longue robe blanche. Une large ceinture verte et ponceau fait deux fois le tour du corps, les bouts retombent jusqu'à terre du côté gauche, et sont rejetés sur l'épaule gauche pendant le cours des travaux. Sur la poitrine est une plaque d'or où sont gravées les lettres D\ V\ qui signifient, discrétion, vérité. Cette plaque est fixée par 4 chaînes qui passent sur le cou et sous les bras. Il est coiffé d'une tiare blanche en lin ; il a sur le front un bandeau jaune, sur lequel sont peints ou brodés les mots Kadosch Adonaï (consacré au Seigneur).

Cordon. Les sœurs portent le cordon écossais, ponceau moiré en écharpe, passant de droite à gauche ; au bas est suspendu un glaive attaché avec une rosette verte ; sur le devant sont brodées en argent 5 étoiles à 5 pointes ; il est fixé sur l'épaule avec une rosette blanche.

Bijoux. Outre le glaive suspendu au cordon, les sœurs portent une truelle en or qui s'attache sur la poitrine au côté gauche avec une faveur bleue. Du côté droit, sont attachés, avec une faveur couleur ponceau, un ciseau, un marteau et un anneau d'or ou alliance.

Tablier blanc, doublure ponceau, bordure verte ou bien doublure bleue, bordure ponceau, la bavette verte. On peut y broder divers attributs de l'adoption. Le maillet et le ciseau désignent la maîtrise ; le globe marque l'écossisme, et le sabre, la lance ; la tète de mort et le sac dénotent, dit le rituel, la sublime écossaise (le meurtre de Judith).

 

Tarleau. Béthulie et son grand-prêtre, avec ses habitants ; Judith, allant au camp, avec sa servante, qui porte un sac ; Judith coupant la tête d'Holoferne (capitaine Fort), dans sa tente.

Chambre de préparation. Sur une table est le tableau et un livre de prières ; de plus, une cuve pleine d'eau.

Une sœur fait à la récipiendaire les questions suivantes, tirées des grades précédents :

D. Pourquoi nos signes s'appliquent-ils presque uniquement sur les sens ?

R. C'est pour nous apprendre à n'en faire qu'un bon usage.

D. Expliquez-moi cet usage ?

R. 1°L'odorat. Les parfums les plus exquis sont comptés pour rien en loge, puisqu'on ne s'y met en bonne odeur que par la pratique des vertus.

2° L'ouïe. Tout bon maçon et bonne maçonne doivent fermer l'oreille à la calomnie, à la médisance, et à tous propos qui peuvent alarmer la prudence et la chasteté.

3° Le Gout. Quand les maçons et les maçonnes prennent des repas en loge, c'est comme les premiers fidèles, pour réparer leurs forces, rester ensemble, et s'exciter à la vertu, sans s'arrêter à la délicatesse des mets.

4° La Vue. Lorsqu'un maçon considère la beauté de ses sœurs, il ne doit être touché d'un si bel assemblage que pour les vertus de l'âme, et doit respecter en elles l'ouvrage accompli d'un créateur.

5° Le Toucher. Chaque fois que nous nous prenons la main, nous nous renouvelons tacitement le traité que nous avons fait de secourir mutuellement dans les dangers et dans le besoin.

Ouverture de la Loge. Le grand-prêtre frappe deux coups qui sont répétés par les surv\ et dit :

D. Quel doit être le soin des maçons et maçonnes ?

R. C'est de voir si l'on est en sûreté.

D. Quel est le devoir des bons maçons et maçonnes ?

R. Travailler, obéir et se taire.

D. Quelle heure est-il ?

R. Le point du jour.

« Puisqu'il est le point du jour et l'heure où tout bon maçon et maçonne doivent se mettre à l'ouvrage, avertissez les frères et sœurs que la loge de Sublime-Écossaise est ouverte. A l'exemple de Judith, veillons, travaillons et prions : Veillons, afin que nos ennemis ne nous surprennent pas et que nous soyons toujours prêts à les repousser. Travaillons pour réparer lès brèches faites à notre âme et nous éviter l'oisiveté d'où découlent tous les vices. Prions, afin que le Grand-Archiprêtre de l'Univers nous affermisse de plus en plus dans l'union, la concorde et la paix. »

— La récipiendaire, la tête couverte d'un drap noir saupoudré de cendre, arrive à la porte du temple. Elle est arrêtée par un garde qui en avertit le 2e surv\. Celui-ci va vers elle et lui dit :

D. Que voulez-vous ?

R. Je veux parler au grand-prêtre et aux principaux du peuple.

D. Qui êtes-vous ?

R. Judith.

D. De quelle nation ?

R. Femme juive de la tribu de Siméon.

Il l'introduit entre les deux colonnes.

Les frères et les sœurs restent assis, ayant la main droite sur le cœur, la gauche sur le front et la tête baissée pour simuler la douloureuse consternation qu'on éprouvait en Béthulie avant la sortie de Judith.

Le grand-prêtre dit à la récipiendaire :

D. Que demandez-vous ?

R. Que vous me fassiez ouvrir les portes de la ville pendant cette nuit, et que tout le peuple prie pour moi pendant cinq jours. Alors je vous apporterai des nouvelles sûres de la Béthulie. Je vous conjure de ne point rendre la ville avant ce temps.

Le grand-prêtre : « Allez en paix et que le Seigneur soit avec vous ! »

Elle sort et rentre dans la salle de préparation. Elle quitte son drap noir, se lave et revêt ses ornements. Elle prend de la main droite un sabre, de la gauche une tète de mort peinte, qui avaient été déposés pendant qu'elle était en loge.

(C'est alors qu'il faut changer la tenture verte en rouge.)

A son retour en loge, elle crie à la porte : Victoire ! victoire ! Le garde en avertit le second surveillant qui le dit au premier; celui-ci informe le grand-prêtre qu'on a crié deux fois Victoire ! à la porte de la loge.

Le grand-prêtre : Faites voir qui a crié ainsi.

R. C'est Judith.

Le grand-prêtre : Faites-la entrer ; mes frères et nus sœurs, soyons debout.

Judith est introduite. « Loué soit le Grand-Archiprétre de l'Univers, qui n'a point abandonné ceux qui espèrent en lai, qui a accompli par sa servante la miséricorde qu'il a promise à la nation d'Israël, et qui a tué cette nuit, par ma main, l'ennemi de son peuple (Elle montre la tête de mort). »

Le grand-prêtre : « Faites-la avancer par les sept pas, au pied de l'autel, pour prêter son obligation.

Elle donne la tête de mort au maître des cérémonies, qui la met au bout d'une lance placée contre l'autel. »

Obligation. Je promets, sous les mêmes obligations des grades précédents, de garder un secret inviolable sur celui qu'on me confère. Je promets d'aimer, protéger et secourir mes frères et sœurs dans toutes les occasions, même au péril de ma vie. Je promets toutes ces choses sur ma parole d'honneur, et je consens, si j'étais capable d'y manquer, d'encourir le mépris, la honte et l'infamie réservés aux parjures. Que Dieu me soit en aide !

Le grand-prêtre décore la récipiendaire du grand cordon vert, en disant : « Je vous décore de cet ornement ; sa couleur, symbole de l'espérance, doit vous attacher de plus en plus à nos préceptes. »

Il lui donne les gants et lui attache le tablier, ajoutant : « Ma vénérable sœur, la couleur de ces ornements vous désigne, par sa blancheur, l'innocence et la pureté des bons maçons et maçonnes. »

Enfin, il lui donne les signes, attouchement, paroles, mot de passe, et dit :

« Vous voilà, ma vénérable sœur, parvenue au dernier grade de la maçonnerie d'adoption. Tous les membres de cette resp\ loge ont concouru à ce qu'il vous fût accordé, parce qu'ils ont été édifiés de votre zèle à remplir vos devoirs dans les grades précédents. Celui-ci, par sa supériorité, vous oblige à de nouveaux efforts. Ne vous ralentissez pas, et que l'on puisse dire de vous, chère sœur, si elle possède tous les grades de la maçonnerie, c'est qu'elle est douée de toutes les vertus. »

Il la fait asseoir à côté de lui, et donne la parole à l'orateur qui développe le principe du grade.

Historique. Nabuchodonosor, roi des Assyriens, ayant vaincu Arphaxad, roi des Mèdes, conçut le dessein d'asservir tous les peuples de la terre. Il envoya d'abord des ambassadeurs dans tous les pays voisins de son empire, pour les engager à se soumettre de bonne volonté. Mais tous refusèrent et même chassèrent avec mépris les ambassadeurs. Il résolut de s'en venger et de les réduire par la force.

Holopherne, général de ses armées, fut chargé de la conduite de cette grande entreprise. Ce capitaine se mit aussitôt en marche avec une armée de 120,000 hommes de pied et de 120,000 archers. Tout se soumit par la frayeur qu'il inspirait.

Les enfants d'Israël, apprenant ce qu'il faisait souffrir aux peuples et aux villes qui avaient subi le joug, tremblaient de peur qu'il en fît autant à Jérusalem et au temple du Seigneur. Ils se hâtèrent de mettre les villes et bourgades en état de défense, et s'étant emparé des montagnes par où Ton pouvait passer pour aller à Jérusalem, ils en gardèrent soigneusement tous les défilés.

Holopherne apprit avec étonnement que les enfants d'Israël se préparaient à lui résister. Il demanda à ceux de sa suite ce que c'était que ce peuple qui refusait de suivre l'exemple de toutes autres. Achior, roi des Ammanites, fit un excellent discours sur la grandeur du roi des Juifs et sur les merveilles par les quelles il avait fait paraître sa puissance dans tous les temps.

Il l'assura que tant que ce peuple servait fidèlement son Dieu, il était toujours invincible, et qu'à moins qu'ils l'eussent irrité, il tenterait inutilement de les forcer.

Holopherne et tous ses officiers, indignés du discours d'Achior, lui firent lier les mains et l'attachèrent à un arbre au pied de la montagne de Béthulie.

Les Israélites l'ayant aperçu, descendirent de la montagne, le délièrent, l'amenèrent dans la ville, où il raconta le sujet des mauvais traitements qu'il avait reçus.

Après qu'il eut fini de parler, tous les Béthusiens se prosternèrent le visage contre terre, en s'écriant : « Seigneur tout puissant, Dieu du ciel et de la terre, considérez l'orgueil de nos ennemis, et voyez l'obéissance, la misère et l'état où sont réduits ceux qui vous sont consacrés. Faites voir que vous n'abandonnez point ceux qui attendent tout de votre miséricorde, et qu'au contraire ceux qui présument trop d'eux-mêmes et qui se glorifient de leurs propres forces, succombent. »

Or, il y avait, en ce temps-là, une veuve, nommée Judith, fort riche et parfaitement belle, qui, depuis son veuvage, vivait retirée, soumise au jeûne et au cilice ; s'étant depuis longtemps fortifiée par de saints exercices, elle se sentit, dans cette extrémité, poussée d'un désir qui ne pouvait venir que de Dieu.

Elle se présenta au grand-prêtre et à tout le peuple assemblé ; elle leur reprocha amèrement le peu de confiance qu'ils avaient en Dieu, en voulant rendre leur ville dans cinq jours, s'il ne venait point de secours. Elle leur déclara qu'elle avait un dessein, mais qu'elle ne pouvait le révéler, et leur demanda seulement de prier Dieu pour elle pendant quelle serait hors de la ville.

Elle rentra chez elle, se mit en prières, le corps vêtu d'un cilice couvert de cendres ; puis, elle se leva, prit ses plus beaux vêtements et se parfuma de parfums exquis. Comme aucun mauvais principe n'était dans son cœur, il semblait que Dieu répandait de nouveaux charmes sur son visage, pour la rendre plus belle.

Vers le point du jour, Judith, suivie d'une de ses femmes, se fit ouvrir les portes de la ville, descendit la montagne et fut menée à Holopherne. Ce général fut si charmé de sa beauté, qu'il ordonna qu'on la conduisit dans la tente, où étaient ses tréors, et qu'on lui donnât tout ce qu'elle désirerait.

Le quatrième jour, Holopherne fit un grand festin. Il y invita Judith pour laquelle il avait conçu une vive passion. Il fut si transporté de joie en la revoyant, qu'il but à l'excès et s'enivra. Tous ses officiers le voyant endormi se retirèrent.

Alors Judith ne pensa plus qu'à mettre son dessein à exécution. Elle s'approcha doucement du lit d'Holopherne, se saisit d'un sabre attaché à l'une des colonnes, et prenant Holopherne par les cheveux, elle dit : Seigneur, mon Dieu, fortifiez-moi dans ce moment ! Aussitôt elle le frappa de deux coups, et lui trancha la tète qu'elle donna à sa servante pour la mettre dans un sac.

Toutes deux sortirent du camp et revinrent à la porte de Béthulie, où Judith ayant été reconnue par les gardes, on la reçut aux flambeaux.

Elle fit son entrée tenant par les cheveux la tète sanglante d'Holopherne, et criant victoire ! Tout le peuple jeta de grands cris de joie, pour bénir Dieu d'une délivrance si inattendue, et pour relever la gloire de celle qui s'était si sensiblement exposée pour leur salut. (Livre de Judith, ch. 16.)

« Tout ce que vous avez vu et fait, vénérable sœur, dans votre réception, est précisément tout ce qui fut exécuté par Judith et dont je viens de vous faire le récit.

Veuillez, maintenant, prêter toute votre attention à l'instruction du grade. »

INSTRUCTION.

D. Êtes-vous Sublime-Écossaise ?

R. Oui, je le suis.

D. A quoi le connaitrai-je ?

R. Aux signe, attouchement et paroles.

D. Où avez-vous été reçue ?

R. Dans la ville de Béthulie .

D. Quel motif vous engagea à vous faire recevoir ?

R. La liberté de tous mes frères et sœurs.

D. Quel était leur tyran ?

R. Holopherne, général des armées de Nabuchodonosor.

D. Comment êtes-vous venue à bout de votre entreprise ?

R. En veillant, espérant et priant.

D. Qu'ont produit ces moyens ?

R. En veillant, j'ai cherché le moment favorable ; en espérant, je l'ai attendu avec confiance; en priant, j'ai obtenu du G\ Archiprêtre de l'U\ le courage et la force qui m'étaient nécessaires.

D. Quelle était- votre intention ?

R. De faire périr Holopherne, lorsque j'en trouverais l'occasion.

D. Quand se présenta cette occasion ?

R. Au moment où Holopherne, livré au vin et au sommeil, fut abandonné par ses gardes. Alors je pris son sabre et lui tranchai la tête.

D. Que signifient les sept pas pour arriver à l’autel ?

R. Les 7 qualités inséparables de tous maçons et maçonnes, savoir :

L'Amitié, sentiment que nous devons avoir pour tous nos frères et sœurs ;

L'Union, la pierre fondamentale de notre société ;

La Soumission, nécessaire pour recevoir, sans murmurer, les arrêts de la loge ;

La Discrétion, pour éviter les supercheries des profanes et garder nos secrets ;

La Fidélité, indispensable pour observer nos obligations ;

La Prudence, pour régler nos actions, afin que les envieux de nos plaisirs ne trouvent aucun moyen de blâmer notre conduite.

Et la Tempérance, pour éviter tout excès également nuisible au corps et à l'esprit.

D. Quels sont les 7 défauts opposés à ces qualités ?

R. La Haine que nous ne devons porter à aucun de nos FF\ et SS\, quelque insulte que nous ayons reçue ;

La Discorde, trop contraire à notre institution pour ne pas l'éviter ;

L'Orgueil, qui doit être banni de nos cœurs comme funeste à l'humanité :

L'Indiscrétion, qui doit être inconnue dans notre ordre où tout est mystère et secret.

La Perfidie, vice trop odieux pour ne pas nous être en horreur.

L'Étourderie, comme cause de querelles sans nombre.

Et la Médisance, qui est un vice si bas qu'il n'est point étonnant que les maçons et maçonnes, dont tout le soin est de tendre à la perfection, la fuient comme une peste sociale.

D. Expliquez-moi le tableau ?

R. Béthulie est la figure du vrai bonheur qu'on ne peut conserver qu'avec des soins et du travail. Le grand-prêtre est l'image de l'âme ; Judith et sa servante, celle de ses facultés. Les principaux du peuple et le peuple assemblé représentent le corps et ses membres. L'armée d'Holopherne représente les passions qui nous environnent et les charmes de Judith les illusions qui nous séduisent.

D. Que signifient la conduite et le mauvais traitement d'Achias ?

R. Que tout maçon et maçonne doivent plutôt s'exposer à souffrir la persécution que de s'écarter de la vérité, quand on les oblige à parler; qu'ils doivent, par des discours prudents, tâcher de ramener ceux qui sont dans l'erreur ; sa délivrance par les Israélites, c'est la charité que nous devons avoir tant pour nos ennemis que pour nos amis.

D. Donnez-moi la parole et l'application que vous en faites ?

R. Sigé, qui veut dire Silence, parce que nous devons écouter en silence et avec attention les leçons du grand-prêtre et que nous ne devons pas même les révéler aux FF\ et aux SS\ absents.

D. Dites-moi le mot de passe et son application ?

R. Alethé, qui signifie vérité et que tous les rapports que nous nous croyons obligées de faire au grand-prêtre, des fautes et négligences de nos FF\ et SS\, pour qu'ils y remédient, doivent être dans la plus stricte vérité. (Discipline des Jésuites.)

D. Comment vous nommez-vous et d'où êtes-vous ?

R. Judith, femme de la tribu de Siméon.

Clôture. Même cérémonial que pour l'ouverture.

Loge de Table. Elle est éclairée par 7 lumières ou lustres. Les verres se nomment Coupes. On vide la coupe en la prenant de la main gauche; de la droite, on prend le sabre qu'on passe, en deux temps, sur les bords de la coupe comme pour raser son contenu. Puis, on laisse tomber le sabre, et, de la main droite, on vide la coupe que l'on pose sur la table en deux temps ; et l'on frappe 2 fois des mains, en criant : Victoire, victoire!

Modèle d'un certificat. L. D. M. (Loge de Maçonnes.)

Du jardin d'Éden, côté de l'Orient, d'où sort la première lumière de la Loge des Dames, sous le titre distinctif de par les nombres mystérieux connus des seuls éclairés ;

Nous, chefs terrestres, dirigeant la sublime et respectable Loge des Dames, ayant connu le zèle et l'empressement, pour parvenir au suprême degré de lumière maçonn\, de la vénérable S\..., âgée de..., native de..., professant la religion....

Après avoir jugé de sa capacité, vie et mœurs, avec un scrupuleux examen de sa conduite tant en loge que dans le monde, et sachant qu'elle a satisfait à tous les devoirs exigibles en sa qualité de maçonne ;

Faisons savoir que nous l'avons admise aux grades d'apprentie, compagnonne, maîtresse, maîtresse parfaite et sublime écossaise. Mandons à tous nos FF\ et SS\ maçons et maçonnes de la reconnaître comme telle et d'ajouter foi au présent certificat que nous lui délivrons pour servir et valoir ce que de raison ; lequel nous avons signé de notre main, fait décorer du sceau de notre respectable loge et contre signé par notre secrétaire.

Donné au jardin d'Éden, du côté de l'Orient, le...jour de la...semaine du...mois de l'année maçonnique cinq mille huit cent...et du calcul vulgaire le...mil huit cent...

N..., président. — N..., S\ grande-maîtresse. — N..., grand-inspecteur. — N..., S\ grande-inspectrice. Scellé par nous garde des sceaux et archives, N... — Par mandement de la R\ L\, N..., secrétaire. — Ne varietur. — N…

source : les Editions de l'Edifice

Par JM Ragon - Publié dans : Rites et rituels
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Lundi 17 février 2014 1 17 /02 /Fév /2014 07:15

Les rituels désignent les cahiers qui sont utilisés par les loges pour conduire les travaux des cérémonies maçonniques. Les rituels se distinguent du Rite, ou Régime, qui est lui, un ensemble de grades ainsi qu'une certaine manière de pratiquer le rituel. Lorsqu'il atteint ses objectifs, le rituel est l'outil fondamental de la méthode maçonnique.

Le premier objectif du rituel est de délimiter l'activité maçonnique, en la distinguant du monde profane. Superficiellement, la délimitation est spatiale : c'est le temple, (qui n'est pas une église). En profondeur, la délimitation est temporelle (entre le début et la fin des travaux). La Loge désigne à la fois le lieu où se réunit rituellement le groupe ainsi que le groupe lui-même. Il suffit de "tracer" les symboles du grade sur le sol pour qu'une cérémonie puisse se tenir. Le lieu est donc transitoirement consacré dès lors que le groupe est réuni pour y travailler rituellement.

Le second objectif du rituel est d'organiser le travail de la Loge en le rattachant aux valeurs de l'Ordre. Superficiellement, le rituel est contraignant. En profondeur, la règle acceptée par tous permet l'expression de la liberté et de l'égalité de chacun, condition de l'épanouissement de la fraternité. Le rituel nous rattache à la Tradition.

Le troisième objectif du rituel est de donner vie au symbolisme maçonnique, en centrant le travail maçonnique sur l'Homme, préoccupation primordiale des francs-maçons. Superficiellement, le rituel gère la forme des travaux de la Loge de manière purement organisationnelle et opératoire. En profondeur, le rituel a un sens, une richesse fondamentale, car il est symbolique et invite chacun à découvrir et à méditer l'enseignement dont il est porteur.

Le rituel est ainsi un élément constitutif de la vie de la Loge. Il faut donc respecter les rituels afin de pouvoir atteindre les objectifs qui viennent d'être définis et de donner de la substance au travail maçonnique, sans toutefois perdre de vue que les rituels sont un moyen et non une fin. Ainsi, le rituel est-il un élément nécessaire mais non suffisant pour le travail maçonnique et pour la vie harmonieuse de la Loge. Car nous ne sommes pas une secte et la franc-maçonnerie n'est pas un culte. Notre but est à la fois le travail spéculatif, (écoute, réflexion, discours) et l'action, vers l'idéal individuel de perfection vers lequel nous tendons et que nous sommes pourtant certains de ne jamais atteindre.

Certains francs-maçons ont vis à vis du rituel une attitude étrange, en considérant, parfois même avec une certaine véhémence, que toute idée de modification des rituels serait proprement "sacrilège". Une telle attitude est porteuse d'une certaine intolérance et pourrait rappeler celle des fidèles d'une fraternité intégriste qui a investi une église de Paris où bat le cœur des dévots de la tradition et du latin, clercs en soutane et militants d'extrême droite.

Or, l'étude de la franc-maçonnerie et particulièrement celle des rituels et des grades, nous apprend qu'ils constituent un jardin immense et touffu, riche des essences les plus exotiques et les plus étranges. On y découvre également que les rituels ont été rédigés par des hommes, certes sensibles aux modes intellectuelles, mais aussi parfois à la vanité. Et même si elle peut sembler difficile à entendre, il faut bien reconnaître cette évidence, "en restant toutefois indulgents pour tout ce qui vient au secours de la faiblesse humaine", comme le dit Albert Lantoine, (le plus grand historien de la franc-maçonnerie française).

Les rituels maçonniques peuvent d'autant moins être considérés comme porteurs d'une vérité intangible, que La Vérité ne peut pas être écrite une fois pour toutes dans "UN LIVRE" (ou un rituel). Car la Vérité, pour les francs-maçons, est comme un horizon et sa quête est celle de l'inaccessible. C'est afin de ne pas mettre de limite à cette recherche que la référence obligatoire au Grand Architecte de l'Univers a été supprimée des rituels du Grand Orient de France depuis 1877. A cette époque, à la fin de la cérémonie de réception au premier degré, le Vénérable s'adressait alors au nouveau récipiendaire en ces termes :

"Frère nouvellement initié, les formes que nous venons d'employer pour votre initiation diffèrent notablement de celles dont nous usions jadis et que vous pourrez encore voir employer dans certaines loges de France ou des pays étrangers. L'initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises au dix-huitième siècle. On l'a beaucoup compliquée, au commencement du dix-neuvième, en y mêlant des particularités que l'on croyait empruntées aux initiations de l'ancienne Egypte. On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants.

On simulait la quadruple purification par les quatre éléments des anciens, c'est à dire par la terre, l'air, l'eau et le feu. Le récipiendaire était à moitié dévêtu. Parfois, il était introduit dans le temple, couché dans un cercueil; parfois, on le faisait passer au travers d'un diaphragme en papier, pour symboliser son passage à une vie nouvelle. Dans le temple, il entendait des clameurs sourdes, des chocs violents, des bruits imitant la grêle et le tonnerre, des cliquetis d'épées. Il rencontrait des obstacles sous ses pieds. Il était précipité d'un lieu élevé, mais retenu par des mains secourables. On lui trempait les mains dans l'eau, quelquefois le bras jusqu'au coude. On lui faisait vider un calice d'amertume. On le faisait passer au milieu des flammes. On lui demandait de se soumettre à l'application d'un fer rouge. On réclamait de lui une obligation écrite et signée de son sang. Parfois, on le soumettait à des épreuves plus pénibles encore et plus effrayantes.

Vous ne devrez donc pas vous étonner, s'il vous arrive de vous trouver en présence de quelque pratique de ce genre. Vous n'en serez pas troublé, non plus, sachant que le progrès est lent et que l'évolution humaine est complexe". - Rituel de réception au premier degré du Grand Orient De France de 1887.

Cent vingt ans plus tard, on constate combien ce propos reste d'une étonnante actualité ...

A l'origine, les fondateurs de la franc-maçonnerie ont choisi la Bible comme référence, car il était indispensable de donner à l'institution maçonnique des origines très anciennes. Ce qui permettait accessoirement de ne pas effaroucher les candidats et de se protéger contre les persécutions. Un siècle plus tard, le génie des fondateurs du Rite Ecossais Ancien Accepté fut de briser l'antagonisme millénaire entre le judaïsme et le christianisme, entre l'église et la synagogue, en consacrant, dans tout l'itinéraire qu'il propose, la complémentarité de l'ancien et du nouveau testament : Amour de la Vérité, pour les grades vétéro-testamentaires et Amour de l'Humanité pour les grades "dits" de Chevalerie.

Une réflexion, qui proposerait aujourd'hui aux athées, aux agnostiques et aux musulmans, un symbolisme maçonnique dégagé des références catholico-hébraïsantes peut paraître sacrilège pour certains. Elle n'en serait pas moins innovante et prospective pour la grande famille des compagnons du Temple Invisible, voyageurs de l'absolu, qui est soudée par tout ce qu'elle a vécu, ce qu'elle vit, mais davantage encore parce qui lui reste à découvrir et à dire, même autrement ...

Source : http://www.troispoints.info

Par X - Publié dans : Rites et rituels
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Mardi 4 février 2014 2 04 /02 /Fév /2014 06:46

Les marques utilisées par les Maîtres Maçons de Marque, bien que très variées par le détail des figures adoptées, comme par leur aspect d'ensemble, sont pour la plupart du temps inspirées des ornements, emblèmes, bijoux et outils en usage dans l'Ordre et symbolisant les différents enseignements moraux de la Franc-Maçonnerie. 

Chacun des anciens Maçons opératifs, employés à la construction du Temple du Roi Salomon pouvait reconnaître son propre travail par la marque ou le symbole qui y était gravé et de la même façon l'Inspecteur identifiait le travail de chaque Homme du Métier.

De tous les objets et emblèmes utilisés, ceux qui vont suivre ont été retenus comme particulièrement représentatifs des enseignements de cette branche de notre Ordre ancien et nous allons en donner l'explication symbolique.

1. LE LIVRE DE LA LOI SACRÉE. Il occupe la première place car tout le système maçonnique repose sur lui comme sur des fondations. Les Saintes Ecritures doivent diriger notre foi. Sur elles nos candidats prêtent leur Obligation. Elles nous furent données par Dieu l'image parfaite de la vérité et de la justice afin de nous permettre de régler nos vies et nos actions par les préceptes divins qu'elles contiennent. Ces Paroles de lumière maçonnique sont nos guides les plus sûrs et, en nous apprenant à remplir tous les devoirs de l'homme, elles nous enseignent à faire de nos corps des temples du bonheur.

2. L'OEIL QUI VOIT TOUT. Il nous fait souvenir de la vigilance incessante du Grand Inspecteur de l'Univers qui, comme nous l'avons appris, quelles que soient notre croyance et notre origine, non seulement a été créé toutes les choses mais préside aussi à leur préservation. Quelles que soient nos fautes, de quelque façon que nous puissions négliger les diverses tâches qui nous sont assignées dans nos positions respectives, que la paresse ou l'indifférence nous amène à ne plus entendre l'appel du devoir, l'oeil de l'omniscience qui ne se relâche et ne dort jamais exerce une surveillance infatigable sur les actes et les affaires de toute l'espèce humaine. Ces considérations doivent nous inciter à tout moment à veiller sur nos pas, à être prudent dans notre conduite, à éviter le médire. Nous montrerons ainsi dans nos actes, à chaque instant de notre vie, que sommes profondément conscients d'être toujours sous l'oeil qui voit tout du Tout-Puissant.

3. LE CISEAU. C'est l'emblème de la discipline et de l'éducation. Dans son état premier, l'esprit est informe et rugueux comme la pierre brute. Et de même que, par son action sur la surface extérieure de la pierre brute, le ciseau en révèle beautés ignorées, de même l'éducation fait apparaître les vertus cachées de l'esprit et met en lumière la perfection de la connaissance humaine, ce qui est notre devoir envers Dieu et envers les hommes. 

4. LA PERPENDICULAIRE. Elle est employée par les Maçons opératifs pour vérifier et rectifier les verticales lorsqu'on les élève sur les fondements appropriés. Mais, en tant que Maçons spéculatifs, nous nous en servons pour indiquer la justesse et la droiture de nos actes. De même que l'édifice qui n'est pas vertical est instable et doit nécessairement s'écrouler, de même l'homme dont la vie ne repose pas sur des principes rigoureux mais oscille au gré des impératifs incertains de l'intérêt ou de la passion doit rapidement se perdre dans l'estime des personnes de bien. A l'opposé, l'homme droit et rigoureux qui résiste aux attaques de l'adversité et aux séductions de la prospérité ne s'écarte ni sur la droite ni sur la gauche du droit chemin du devoir. Celui-là restera toujours ferme sous les plus terribles coups du sort et n'aura à redouter ni l'atteinte des envieux ni la calomnie des méchants.

5. LE MAILLET. On s'en sert dans la pratique pour enlever toutes les parties saillantes inutiles. Du point de vue moral, il nous enseigne à corriger les écarts, à adopter une conduite calme dans les voies de la discipline et à apprendre à nous contenter de ce que nous avons. Ce que le maillet est à l'ouvrier, la raison lumineuse l'est au Maçon spéculatif. Elle freine l'ambition, elle nous enseigne à modérer nos désirs et à favoriser l'harmonie de l'amour fraternel.

6. LA TRUELLE. Cet outil sert en Maçonnerie opérative à répandre le ciment qui unit en un seul bloc toutes les parties de l'édifice. Symboliquement, il nous enseigne à répandre le ciment de l'affection et de la prévenance qui unit tous les membres de la famille maçonnique, où qu'ils se trouvent sur la surface de la terre, en une grande confrérie d'Amour fraternel, de bienfaisance et de vérité.

7. L'ÉCHELLE DE JACOB. C'est le symbole de l'espoir que comme Maçons nous entretenons d'atteindre les cieux après une vie juste en ce monde sublunaire. Cette échelle est composée d'un certain nombre d'échelons dont les trois principaux symbolisent les trois vertus théologales : la Foi, l'Espérance et la Charité. Le premier de ces échelons représente notre foi dans le Volume de la Loi Sacrée. Par l'observance des enseignements contenus dans ce Livre de la Loi Sacrée. Au moye, des doctrines contenues dans ce Livre Saint, nous devenons capables d'atteindre le second qui représente l'Espérance. Ceci fait naturellement naître en nous le désir d'obtenir notre part des promesses bénies de salut. Le troisième et dernier échelon qui représente la Charité, embrasse le tout. Car le Maçon qui possède cette vertu dans le sens le plus large peut être à juste titre considéré comme ayant atteint le point le plus élevé de sa carrière.

8. LA REGLE DE VINGT QUATRE POUCES. Elle sert aux Maçons opératifs à mesurer leur ouvrage. Pour nous, Maçons spéculatifs, elle symbolise la meilleure utilisation des vingt-quatre heures du jour : une partie à prier Dieu Tout-Puissant, une autre à travailler et à nous reposer, une autre enfin à aider à un ami ou à un Frère dans le besoin sans pour autant négliger nos intérêts ou ceux de nos proches.

9. L'ÉQUERRE ET LE COMPAS. Ils peuvent être ainsi interprétés. L'équerre nous enseigne à régler nos vie et nos actions par la règle maçonnique et à mettre notre conduite en accord avec les préceptes de la vertu. Le compas nous enseigne à tracer une juste limite à nos désirs à chaque moment de notre vie en sorte que, nous élevant par le mérite, nous puissions vivre entourés de respect et laisser des regrets après notre mort.

10. LE SABLIER. Cet emblème nous rappelle, par l'écoulement rapide de ses grains de sable, le caractère passager de l'existence humaine. Même si nous avons le bonheur d'échapper aux nombreux dangers qui menacent l'enfance et à l'adolescence et si nous arrivons plein de santé et de vigueur à l'âge d'homme, nous devons malgré cela quitter un jour cette scène où nous ne passons que pour être éprouvés. Efforçons-nous donc de nous améliorer pendant le temps qu'il nous reste à vivre afin que lorsque nous serons appelés de cette terre pour être jugés, nous soyons admis à place dans ces contrées bénies où règnent la vie et la lumière éternelles.

11. LA CORDE ET L'ANCRE. Ils sont l'emblème d'un espoir solide puisant ses racines dans les actes d'une vie juste. Ils  représentent aussi cette corde et de cette ancre spirituelles par lesquelles nous mouillerons en sécurité dans un port paisible où "le méchant cesse de poursuivre et celui qui est fatigué trouve le repos" et où nous pouvons espérer être accueillis avec cette joyeuse bienvenue : "Tu as bien agi, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de Ton Seigneur".

12. LE NIVEAU. Cet instrument sert aux les Maçons opératifs à placer et à contrôler les horizontales. Pour nous, c'est l'emblème de l'égalité. Devant Dieu, qui seul est grand, tous les hommes sont égaux, sujets aux mêmes infirmités, se hâtant vers le même but et en se préparant à être jugés par la même loi immuable. Souvenons-nous donc toujours que, de quelque façon que nous puissions différer maintenant en rang et en fortune, nous sommes tous Frères et qu'un temps viendra où toutes les distinctions disparaîtront, sauf celles de la piété et de la bonté.

13. LA HACHE. C'était un instrument de châtiment utilisé par diverses nations. Elle occupe une place importante dans ce grade comme emblème de l'office du Second Surveillant. Muni de cette arme, l'ancien Second Surveillant devait se tenir à la gauche de l'ancien Premier Surveillant pendant le paiement de leur salaire aux ouvriers des différentes classes employés à la construction du Temple du Roi Salomon. Et si on décelait un imposteur, c'est-à-dire un ouvrier tentant d'obtenir par fraude le salaire d'une classe supérieure, il était chargé d'infliger le châtiment encouru. Ceci doit nous enseigner à éviter l'écueil de la tromperie ou de l'imposture en agissant ouvertement et loyalement devant nos Compagnons en sorte qu'ayant une conscience en ordre nous ne craignions point d'être découverts ou dénoncés. Ainsi nous pourrons avancer hardiment, sachant que nous n'avons offensé ni Dieu ni nos semblables.

14. LE TRIANGLE ÉQUILATÉRAL. C'est la plus parfaite de toutes les figures géométriques. Il a été adopté par toutes les anciennes nations comme un symbole de la divinité et il conserve cette signification en Maçonnerie. Dans la Maçonnerie de Marque, il sert plus particulièrement à indiquer l'approbation du travail par le Maître. C'est pourquoi cet emblème doit nous inciter à remplir avec zèle nos devoirs, à la fois envers Dieu et envers nos semblables, en sorte que, lorsque nous quitterons notre labeur ici-bas, nous puissions être trouvés dignes de recevoir la marque d'approbation du Grand Inspecteur de l'Univers.

Le chiffre ou l'alphabet que vous voyez utilisé est généralement considéré comme d'origine maçonnique et certains pensent qu'il appartient plus particulièrement au grade de la Marque. Il peut être utilisé en différentes combinaisons et comme moyen de correspondre après communication des instructions nécessaires sur la façon de servir qui ne doivent être données qu'oralement.

Les pierres cubique, rectangulaire et la clef d'Arc occupent une place de choix dans le tableau pour les enseignements que leur usage dans la cérémonie d'Avancement a gravé dans vos esprits et qui, nous l'espérons, ne s'en sont pas effacés.

Le rayon de soleil frappant le dôme du Temple a une signification importante et propre à ce grade, mais l'explication ne peut en être donnée qu'à ceux qui sont admis à la position imminente de Vénérable Maître d'une Loge de Maîtres Maçons de la Marque.

Les scènes représentées sur le tableau rappellent diverses circonstances des travaux de la construction du Temple : sur les sols argileux entre Soccoth et Zarédatha, dans les forêts du Liban et près des rivages escarpés de Jaffa. Elles ont été déjà minutieusement expliquées durant la cérémonie d'Avancement.

L'inscription en haut du tableau "Lapis reprobatus caput anguli" (1) nous rappelle avec force de vérité fondamentale inculquée dans ce beau grade la faillibilité du jugement humain et la réconfortante assurance que nous tirons de notre croyance en un juge céleste. C'est devant son tribunal impartial et, nous en sommes persuadés, miséricordieux que là-haut, notre travail devra être jugé. Dieu ne voit pas comme l'homme. Même si nous nous efforçons honnêtement de conformer notre conduite aux plans tracés pour nous guider, en les interprétant au mieux de notre capacité à l'aide de la lumière imparfaite qui nous a été accordée, nous risquons d'être jugés injustement et demeurer incompris de nos semblables soumis à l'erreur. Mais nous pouvons placer toute notre confiance en Son tribunal et attendre notre récompense de Celui qui est aussi miséricordieux qu'Il est infaillible.

(1) La pierre rejetée est devenue la pierre angulaire. Cette phrase est extraite de Psaumes CXIII, verset 22. Elle peut également figurer en hébreu. Elle se prononce alors : "EVEN MÄHASOÜ HABONIM HAŸETÄH LEROSH PINNÂH". Elle signifie : "La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est devenue la principale de l'angle".

Par GODF - Publié dans : Rites et rituels
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Lundi 3 février 2014 1 03 /02 /Fév /2014 06:41

Lors de la construction du Temple du Roi Salamon et avant l'institution des grades de Maître Maçon et de Passé Maître, 80.000 Maçons opératifs furent employés. Une partie taillait la pierre dans les carrières de Sarédatha, les autres construisaient le Temple. Il y avait en outre 30.000 mille hommes da corvée dans les forêts du Liban.

Afin que chacun de ces 110.000  travailleurs puisse être connu de ceux qui avaient la charge de les commander, que chaque partie de l'ouvrage puisse être soumise à l'examen le plus minutieux et que chaque Compagnon du Métier reçoive sans retard la récompense de son travail et de son habileté, ce nombre considérable fut partagé en 1.100 Loges de Compagnons du Métier et d'Apprentis Entrés. Les Compagnons du Métier dirigeaient les Apprentis Entrés et leur apprenaient à travailler. Au-dessus de tous ces ouvriers, 3.300 Ménatschim, nommés aussi Inspecteurs ou Maîtres de la Marque, avaient été placés, au nombre de trois par Loge. On les appelle maintenant généralement le Vénérable Maître, le Premier et le Deuxième Surveillants. (1)

Chaque Compagnon du Métier avait une marque personnelle par laquelle son Inspecteur immédiat reconnaissait son travail. De leur côté, les Inspecteurs possédaient une marque commune par laquelle ils montraient qu'ils approuvaient le travail d'un Compagnon. Ils avaient aussi d'autres marques qui leur servaient à indiquer les positions respectives des pierres.

Ainsi sans aucune difficulté le travail individuel de chacun était-il reconnu, sa perfection indiquée et sa place exacte donnée. La Marque du Maître était le triangle. C'est le symbole de Dieu, le Grand Géomètre et le Grand Inspecteur de l'Univers, à qui nous devons tous nous soumettre et que nous devons très humblement adorer.                 

Ces 300 Inspecteurs étaient eux-mêmes répartis en 100 Loges de 33, présidées par 300 Inspecteurs également appelés Ménutschim ou Maîtres de la Marque (2). Ils étaient nommés par Hiram Abif lui-même et c'est à eux qu'etait confié le soin de payer leur salaire aux autres ouvriers.

Lorsque les Compagnons du Métier et leurs Inspecteurs, ou Maîtres de la Marque, venaient recevoir leur salaire, les uns et les autres présentaient la main d'une manière différente et à un guichet différent. De cette façon si un Compagnon du Métier osait présenter la main à un guichet de Maître de la Marque, il était immédiatement démasqué comme imposteur, Armé d'une hache, le Deuxième Surveillant, placé à côté du Premier Surveillant, se tenait prêt à infliger le châtiment en prescrit. Ce dernier est une des parties du signe Pénal et, de même que l'autre partie, celle d'avoir l'oreille arrachée, était un châtiment en usage chez les Sidoniens.

Les Inspecteurs devaient examiner chaque pierre, non seulement du point de vue de sa qualité, en frappant dessus trois coups de maillet, et du point de vue de sa finition en la retournant mais aussi afin de s'assurer qu'elle avait été taillée exactement selon les tracés d'exécution. Ils la faisaient porter ensuite au Maître Inspecteur qui vérifiait si elle remplissait bien toutes ces conditions.

Si la pierre était jugée parfaite à tous les égards, recevait la marque du Maître de la Marque et était envoyée au Temple. Sinon, elle était re jetée. Deux Compagnons ou plus, en étaient chargés. Ils la prenaient chacun d'un côté et après l'avoir balancée trois fois en arrière et en avant.

elle était jetée au rebut . C'est de cela que provient le signe nommé signe de Rejet.

Les autres signes, à savoir le signe de Désolation et le signe de Gratitude, sont aussi anciens puisque leur emploi dans ce grade remonte, dit-on, à un événement qui se produisit lors de la construction du Temple du roi Salomon.

Tous les six jours de travail, les Maîtres de la Marque avaient coutume de se rendre chez le Grand Maître en exercice, Hiram Abif, afin de recevoir les tracés d'exécution et les instructions pour la poursuite de l'ouvrage. Il semble qu'une partie de ces tracés d'exécution ait été perdue. Mais un Compagnon du Métier intelligent et ingénieux, soit qu'il en ait vu un tracé complet, soit qu'il ait conçu une idée exacte d'après le reste de l'ouvrage, comprit d'une pierre d'une forme très particulière manquait pour achever le plan d'ensemble.

Dans le but sans doute de se distinguer en montrant un savoir inhabituel, il commença aussitôt à dégrossir une pierre de cette sorte. Il y consacra beaucoup de temps et de peine puis enfin il y grava sa marque. Quand on examina les tracés de l'exécution, on ne trouva aucune place pour cette pierre et le Compagnon du Métier, au lieu de gloire, ne recueillit que des paroles de reproche d'avoir perdu son temps.

On donna l'ordre de jeter la pierre, ce qui fut exécuté par deux compagnons du Métier forts contents de voir leur camarade puni de sa présomption.

En voyant l'injuste traitement de son travail, le Compagnon du Métier, attristé, s'appuya la main contre la joue et, laissant aller sa tête de ce côté, s'écria avec désolation : "Hélas, hélas, j'ai travaillé en vain !" C'est le troisième signe du grade et il est appelé signe de Désolation.

La pierre resta longtemps perdue au rebut. Cependant, le moment vint enfin où l'on eut besoin de la clef de l'Arc Sacré du Temple du Roi Salomon. C'est cette pierre dont le tracé d'exécution, comme il avait été dit, avait été égaré. On fit des recherches dans le Temple, mais en vain, et une enquête plus poussée montra qu'aucune pierre de cette forme n'y avait jamais été apportée.

L'Inspecteur de cette partie de l'Edifice envoya trouver l'Inspecteur des carrières à qui, pensait-il, on avait donné les tracés et les instructions pour cette part de l'ouvrage afin de demander pourquoi cette pierre n'avait pas été fournie avec les autres. L'Inspecteur des carrières répondit qu'il n'y avait pas de tracé pour une telle pierre parmi ceux qui lui avaient été confiés.

Le travail était interrompu. Hiram Abif en demanda la raison et en reçut l'explication. Il se souvint non seulement d'avoir exécuté le tracé et donné les instructions pour cette pierre remarquable, mais aussi de les avoir confiés lui-même au Maître de la Marque. Ce dernier fut réprimandé de sa négligence pour avoir perdu une partie des tracés ; mais en apprenant de quelle pierre il s'agissait, il se souvint qu'une de cette forme avait été taillée par un de ses ouvriers. Il en informa aussitôt Hiram Abif et ajouta que ne l'ayant pas trouvée dans ses tracés d'exécution, il avait refusé de la marquer et l'avait fait jeter. Hiram Abif envoya chercher le Compagnon du Métier qui avait taillé la pierre et, après ses réponses, comprit que de devait en effet être la pierre dont il avait besoin. Il ordonna qu'une recherche approfondie fut faite aussitôt à la carrière et on la retrouva enfin intacte.

Afin de montrer combien il était satisfait de l'habileté et de la capacité déployée par l'ingénieux Compagnon du Métier, Hiram Abif ordonna qu'il fût sans tarder avancé au grade distingué de Maître de la Marque. Selon les instructions d'Hiram Abif, le Compagnon du Métier grava ensuite la marque d'approbation du Maître de la Marque sur la pierre autour de la sienne et sur le pourtour huit lettres, sur lesquelles la tradition présente quelques hésitations car elles ne sont plus transmises dans leur langue d'origine mais dont on pensa généralement qu'elles correspondaient à : H.T.E.V.E.A R.S..

La pierre fut apportée au Temple avec beaucoup de pompe et de faste et tandis qu'on la mettait en place, le Maître de la Marque nouvellement reçu, dans une joyeuse extase, joignit les mains de la façon décrite pour le  quatrième signe du grade  et regardant vers le ciel s'exclama : "Dieu soit loué, j'ai bien marqué".

(1) Chroniques II, 2, vers, 17-18 :

"Salomon compta tous les étrangers qui étaient dans le pays d'Israël, et dont le dénombrement avait été fait par David, son père. On en trouva cent cinquante-trois mille six cents. Et il en prit soixante-dix mille pour porter les fardeaux, quatre-vingt mille pour tailler la pierre dans la montagne, et trois mille six cents pour surveiller et faire travailler le peuple".

Décompte :

- 70.000 pour porter les fardeaux

- 80.000 pour tailler les pierres dans la montagne

- 3.600 pour surveiller et faire travailler le peuple

soit 153.600 tous "étrangers". 

Rois I, 5, vers. 13-16 :

"Le roi Salomon leva sur tout Israël des hommes de corvée ; ils étaient au nombre de trente mille. Il les envoya, au Liban, dix mille par mois alternativement ; un mois au Liban et deux mois chez eux. Adonhiram était préposé sur les hommes de corvée. Salomon avait encore soixante-dix mille hommes qui portaient les fardeaux et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres dans la montagne, sans compter les chefs, au nombre de trois cents, préposés par Salomon sur les travaux et chargés de surveiller les ouvriers. Le roi ordonna d'extraire de grandes et magnifiques pierres de taille pour  les fondements de la maison. Les ouvriers de Salomon, ceux de Hiram et les Guibliens les taillèrent et  préparèrent les bois et les pierres pour bâtir la maison." 

Décompte :

- 30.000 hommes de corvée dans le Liban (Israélites)

- 70.000 hommes qui portaient les fardeaux (Israélites aussi vraisemblablement)

- 80.000 hommes qui taillaient les pierres dans la montagne (Les ouvriers de Salomon, ceux de Hiram et les Guibliens les taillèrent...)

- 3.300 hommes préposés par Salomon sur les travaux et chargés de surveiller les ouvriers (plusieurs nationalités sans doute aussi, comme les précédents)

soit 183.000.

Le total de 113.300 donné par l'instruction du grade de Maître Maçon de la Marque correspond donc au Livre des Rois, à la condition de faire abstraction des 70.000 hommes qui portaient les fardeaux. Si l'on opérait la même soustraction dans les effectifs des Chroniques on n'arriverait qu'au total de 83.600.

On peut faire plusieurs remarques :

Il n'est pas légitime de ne pas soustraire également les trente mille hommes de corvée dans les forêts du Liban car il semble bien qu'ils coupaient les bois et ne taillaient pas la pierre. Pourquoi alors les faire entrer dans les effectifs des Loges des Maçons ?

Si l'on examine ces comptes on voit qu'il avait été formé 1.100 loges de cent membres (1.100 x 100 = 110.000). Avec 80.000 tailleurs de pierre seulement, on n'aurait pu trouver un nombre entier de membres (72,72). Est-ce la raison ?

Une différence remarquable entre les deux textes porte sur les nationalités.

- Pour les Chroniques tous les hommes employés à la construction du Temple étaient des étrangers.

- Pour le Livre des Rois, les hommes de corvée étaient exclusivement israélites. Il semble que ceux qui portaient les fardeaux l'étaient également. Par contre, il est clairement dit que les tailleurs de pierres étaient ouvriers de Salomon, ouvriers d'Hiram et Guibliens (habitants de Gébal ; on dit aussi Guiblites), 

(2) Selon que l'on inclut le chiffre des 300 inspecteurs dans ces 3.300 ou qu'on les y ajoute, on arrive au chiffre des Rois ou à celui des Chroniques (3.600). La première hypothèse est la plus vraisemblable puisque c'est au Livre des Rois comme on vient de le voir que se réfère le chiffre précédent de 113.000. 

(3) Hiram Tyrien, Enfant de la Veuve, Envoyé au Roi Salomon ; ou en anglais : Hiram Tyrien, Widow's Son, Sent To King Salomon (H.T.W.S.S.T.K.S.).

Par GODF - Publié dans : Rites et rituels
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Vendredi 31 janvier 2014 5 31 /01 /Jan /2014 07:39

Analyse critique du rite philosophique aux grades symboliques.  

Bien que très proche du rite français, tant dans la disposition de la loge que celle des surveillants, le R.E.P. présente de nombreuses différences d'avec celui-ci.  

Les colonnes force, sagesse, beauté.  

· ..... "la loge est éclairée par trois grandes lumières que l'on nomme étoiles, placées en triangle autour du tapis de loge, c'est à dire, une du côté de l'Orient, à la droite en entrant dans la loge, la seconde du côté du premier surveillant ou du midi et la troisième du côté du second surveillant ou du nord" ... ou suivant le titre I art V et VI du Ms Calvet 3071: ...... " au milieu du Temple et sur le pavé, sera tracé avec de la craïe, le tableau connu de tout Maçon. Il y aura trois grands chandeliers portant chacun un flambeau: placés, l'un au coin du tableau entre l' Orient et le midi, les deux autres à l'Occident, l'un entre le midi & l'Ouest, l' autre entre l'Ouest & le Nord .... " Cette disposition observée actuellement au rite "moderne belge", diffère notamment du français qui les place au nord-est, sud-est et sud ouest. Les colonnes sagesse, force et beauté ou piliers, n'ont aucune origine biblique. Elles ne se rencontrent pas dans les Constitutions gothiques, n'apparaissent dans les manuels maçonnique qu'avec le pamphlet de- Prichard: "Masonry Dissected", puis il n'y est plus fait allusion, en Angleterre tout au moins, que dans un manuscrit; "Dialogue entre Simon et Philip" de 1740. En France, c'est avec le "Catéchisme des Francs-Maçons" qu'apparaissent effectivement les trois colonnes, confondues avec l'étoile flamboyante, pour la beauté, avec la colonne J pour la force et la colonne B, pour la sagesse. Presque toutes les divulgations françaises reprendront cette confusion, tant dans le "Maçon Démasqué" où il est dit à propos des colonnes J & B.: ...... "sur le chapiteau des colonnes (J & B.) et au point de l'orient, sont écrits les mots : Sagesse, Force, Beauté."

Ainsi que dans la "Maçonnerie Adonhiramite" où en page 21, le catéchisme identifie la colonne du septentrion avec la sagesse, en page 54 la colonne du midi avec la Force et assimile le tout en page 59 ... "soutenue par deux grands piliers" (sagesse et force). Le rituel reconstitué du Marquis de Gages datant de 1767 reprend la même imprécision symbolique. Mais dans la deuxième édition de "L'Ordre des Francs-Maçons trahis", datant de 1744, sur la planche II du Secret des Franc-Maçons, les trois lumières sont situées: deux à l'Orient sud et nord et une à l'Occident, sud, et sont indépendantes des colonnes. La distinction, ou, comme le dit Guy Verval, la dichotomie appartiendra aux rites Ecossais pour lesquels "Colonnes "et "Piliers "sont des entités différentes.

Le rite philosophique appuie sa description de la loge sur cette différence et le Règlement Général de la Maçonnerie Ecossaise de 1805, en page 2 art. 3, dit .... "Il y aura à l'Orient de la Loge, un siège élevé de trois marches au moins, surmonté d'un dais rouge ou bleu céleste, frangé de rouge et parsemé d'étoiles d'or, sur lequel se placera celui qui présidera la Loge. L'Orient sera décoré d'un soleil, d'une lune entourée d'étoiles et une étoile flamboyante avec la lettre connue des Maçons ... " et art. 4 ... "à l'Occident et à la porte extérieure du Temple seront les deux colonnes mystérieuses connues des Maçons. Dans l'intérieur du Temple, à l'extrémité des colonnes seront placés deux sièges élevés d'une marche au dessus des autre FF, lesquels seront occupés par les deux surveillants ... " puis l'art. 5 .... "Au milieu du Temple et sur le Pavé, .. ( .. ) .. environné de trois grands Chandeliers, portant chacun un flambeau, l'un au coin du tableau, entre l'Orient et le midi, les deux autres à l'Occident, l'un entre le Midi et l'Ouest, l'autre entre l'Ouest et le Nord .... " et l'assimilation des trois lumières aux trois flambeaux est définie dans l'article 6: · ..... " ..... ' sera présidée par un Frère que l'on nommera le Vénérable et par deux autres FF que l'on appellera Surveillants, lesquels représentent les trois lumières, ou les trois colonnes de la Loge ..... " Cette disposition sera observée tant à Marseille qu'à Paris. Pierre Noël, dans l'annuaire de 1984 souligne ce fait en page 60, bien qu'il signale dans le Règlement de la loge Saint Jean de la Vertu Persécutée en Avignon une position sud est, sud ouest et Nord-Ouest des trois chandeliers, ce que nous ne retrouverons ni dans les rituels de la Mère-Loge Ecossaise de Marseille, ni dans le manuscrit des Philalèthes, ni dans le texte souligné par Désaguliers (Ms Calvet 3071 1774) où la position est bien sud-est, N-E, N-O. Nous ajouterons une nouvelle source pour clore cette controverse, le Règlement Général de la Maçonnerie Ecossaise philosophique, scellé par Godefroid de la Tour d'Auvergne que nous a transmis René Désaguliers et qui en page 3 par. 5, reprend la même description. Le Catéchisme philosophique au degré d'apprenti définit l'interprétation:  

D - Qu'avez-vous vu quand on vous a donné la Lumière ?

R - Trois grandes Lumières: le Soleil, la Lune et le Vénérable.

D - A quoi servent ces Lumières?

R - Le Soleil à éclairer les FF. dans le jour, la Lune pendant la nuit, et le Vénérable dans le cours des travaux maçonniques.

D - N'avez-vous pas vu d'autres Lumières?

R - Trois grands flambeaux qui représentent le Vénérable et les deux Surveillants.  

Nous ne pouvons que constater cette différenciation, elle définit deux séries distinctes: les trois grandes Lumières sur lesquelles repose le Temple représentées par trois grands Chandeliers qui placés autour du tableau représentent la triade Sagesse Force et Beauté et sont associés au Vénérable Maître et aux deux surveillants, mais ne peuvent être assimilés au porche du Temple. Ceci se retrouve d'une manière nette dans le rituel du rite des Philalèthes, citant comme grade ultime de la maçonnerie Ecossaise celui de "Sublime Philosophie",

Dans son catéchisme au grade d'apprenti, nous lisons en page 30:  

D - Que représente le Temple?

R - Le Temple de Salomon.

D - Sur combien de colonnes était appuyé le Temple?

R - Sur trois colonnes

D - Comment s'appelaient-elles?

R - Force Sagesse et Beauté. La Force pour l'entreprise, la Sagesse pour l'exécution et la beauté pour l'ornement.

D - Combien y avaient-ils de colonnes dans le Temple?

R - Deux, la colonne J et la Colonne B.  

Voilà parfaitement exprimé, la notion des colonnes ou piliers-bases du Temple idéalisés par F-S-B et le porche du Temple où se rassemblent les Ouvriers de l'Œuvre. Aux rites Ecossais, l'association des trois grands piliers soutenant le Temple de Salomon, avec la Force, la Sagesse et la Beauté et aussi avec le Vénérable Maître et les Surveillants, est un fait que Pierre Noël décrit sous-tendant un élément vétéro-testamentaire qui ne se rencontre pas d'une manière précise dans le rite moderne.

Les loges anglaises considèrent la loge située au parvis du temple.

Preston dans ses lectures (clause 5, pp. 249) donne la version suivante: What name did he confer on them ? ... ' la colonne dans sa main droite, s'appelait "J", elle symbolise l'établissement, la solidité la permanence. La colonne dans sa main gauche (Salomon), il la nomma "B.", elle était l'emblème de la force du pouvoir et de la puissance. What were both considered ? Le nom de ces piliers se doit de démontrer la solidité de la bâtisse qu'Il avait érigée et que Dieu dans sa force veut confirmer (establish) et en faire sa maison à jamais. Les manuscrits anciens, du tout début de la Maçonnerie française, relevés par Verval "Toute l'Institution de la Franc-Maçonnerie"(1724), "Le grand Mystère des Francs-Maçons découverts"(1725), "L'institution des FRANC-MAÇONS" datant des mêmes années ainsi que "Toute l'Institution des Francs-Maçons ouverte" et toutes notent la colonne J à droite de la colonne B à gauche mais leur signification est différente, Jakin signifie "force" et Boaz" Beauté". La loge se tient au parvis du Temple et le Vénérable Maître fait face à l'Est pour regarder le soleil levant et les surveillants, face à l'Ouest pour contempler le soleil couchant ce qui est conforme à l'orientation biblique du Temple de Jérusalem. Plus tard, avec l'inversion des mots aux deux premiers degrés, cette disposition des deux colonnes porche du Temple fut inversée, et c'est cette nouvelle disposition qui rencontre les commentaires de Dyer et que les rites français de la moitié du 18èmesiècle adoptèrent. L' Ordre des Francs-Maçons Trahis expose dans ses planches J à Gauche en entrant et B, à droite. Les rituels philosophiques de 1774, de 82, de 1803 et celui des Philalèthes (1783 ?), également, et cela sera le cas des rites et rituels français, à l'exception du Rite Ecossais Ancien et Accepté lui procédera à l'inversion des colonnes, mais n'en modifiera pas la signification. n réalité, ce n'est pas tant l'inversion des colonnes qui est significative, mais la position de la loge par rapport au temple: le travail maçonnique s'effectue dans le temple et le Vénérable est ou le reflet du ou dans le Saint des Saints. Avant de continuer, j'aimerais soumettre aux réflexions une hypothèse sans doute critiquable, mais néanmoins curieuse. Dans le Temple actuel de la Respectable Loge "La parfaite Amitié no11", après le porche, derrière les colonnes, est placé un miroir couvrant le mur. Déplaçons ce miroir et plaçons le au niveau des colonnes J et B, comme s'il passait au milieu de celles-ci. Regardons l'image réfléchie du Temple virtuel. Le Vénérable en image a donc la colonne du Nord à sa droite, la colonne du Sud à sa gauche, il regarde le soleil levant et le porche est orné de deux colonnes J à gauche et B à droite ce reflet répond exactement à la disposition du Saint Temple de Jérusalem. Peut-on suggérer que la Loge n'est que le reflet d'une plus haute conception qui doit inspirer actes, paroles et pensées? Ne disons plus porche ou Saint des Saint, définitions difficiles et parfois grinçantes de la localisation de la Loge, mais reflet obligé de la Grande Loge au Haut des Cieux.  

Les Grandes Lumières.  

Les trois Grandes Lumières que les loges "Ancient" transformèrent ultérieurement en Bible, Equerre et Compas, étaient dans les premiers temps le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. Le rite philosophique comme le rite Ecossais Rectifié et le rite Français Traditionnel, en les maintenant, respectaient la symbolique traditionnelle des "Moderns". Ces trois lumières gardent un caractère trinitaire ou ternaire indiscutable, la Maçonnerie du l8ème siècle, très chrétienne, s'inspirait largement des Ecritures, mais avait également d'autres sources originelles que nous définirons plus loin. Quid au rite Philosophique? Le Ms. des Philalèthes, donne dans son Catéchisme les instructions suivantes:  

Q - En entrant en Loge, qu'avés-vous vû ? .

R - Rien que l'esprit humain puisse comprendre.

Q - Quand on vous a dessillé les yeux, qu'avés-vous vû?

R - Trois grandes Lumières, le Soleil, la Lune et le grand Maître.

Q - Est-ce que le  Maître est une lumière?

R - Oui, de même que le Soleil éclaire le jour, la Lune, la nuit, le Maître éclaire la Loge.

Q - N'avés-vous pas vû de plus grandes Lumières?

R - Oui, j'ai vu la Sainte Bible, qui est le vrai flambeau de nos âmes pour nous conduire dans la voie du Salut. 

Cette "plus grande Lumière" n'est pas sans rappeler le Catéchisme du Dialogue entre Simon et Philip, que reprend Verva1 en page 181,  

Phil- Vous dites que vous avez vu trois grandes Lumières, n'avez vous pas vu d'autres Lumières?

Sim- Si, une qui surpassait de loin le Soleil et la Lune.

Phil- Qu'était-ce?

Sim- La Lumière de l'Evangile.  

Les Instructions du premier grade de la Mère-Loge Ecossaise à l'Orient d'Avignon datant de 1774, donnent les réponses suivantes:  

Q - Qu'avez-vous vu quand on vous a donné la Lumière?

R - Trois grandes Lumières: le Soleil, La Lune et le Vénérable.

Q - A quoi servent ces Lumières ?

R - Le Soleil à éclairer les Frères le jour, la Lune, de nuit et le Vénérable en Loge sur les travaux Maçonniques.

Q - N'avez-vous point vu d'autres Lumières ?

R - Trois grands Flambeaux qui représentent le Vénérable et les deux Surveillants.

Les commentaires de René Désaguliers concernant cette réponse rencontrent la proposition faite concernant les colonnes Force Sagesse-Beauté: les Flambeaux se trouvent associés au Vénérable et aux deux Surveillants, mais sont séparés des trois grandes Lumières. Ce fait a eté signalé comme caractéristique des rites Ecossais, mais Désaguliers souligne que ... "ce fait n'est pas encore explicité clairement ni peut-être même ressenti" ... et d'ajouter ... "c'est ici que commence la difficulté de la superposition de la Grande Loge des Anciens transportée en milieu continental où les habitudes des Modernes étaient fortement enracinées" .... Grâce à René Désaguliers, qui réussit à tracer et retrouver des rituels soigneusement enfouis dans le secret des bibliothèques, nous avons pris connaissance des manuscrits "officiels" des Loges des "Commandeurs du Mont-Thabor"59 à l'Orient de Paris et "Les Militaires Réunis" à l'Orient de Versailles". Les réponses aux questions précédemment posées sont identiques à 1774 et resteront identiques en 1811 (L. de Marseille) et 1841 (Bruxelles). Prichard dans "Masonry dissected" cite le catéchisme datant de 1730 et cite les répliques suivantes:  

Q - Have you any lights in your Logde ?

A - Yes, three.

Q - What do they represent ?

A - Sun, Moon and Master-Mason.  

et il continue le questionnaire ou catéchisme en énumérant les fenêtres qu'il qualifie de Fixed Lights. Dyer retrace le cheminement historique et ésotérique de ce symbole bien particulier. Le candidat est tenu de recevoir et percevoir la "Lumière maçonnique" lors de son initiation et lorsque le bandeau tombe, il est invité à  découvrir des sources de lumière, bien spécifiques: les trois Grandes Lumières. D'après Dyer, en 1717, la Première Grande Loge considérait celles-ci comme étant les lumières situées à l'est, au sud et à l'ouest. Le Manuscrit "Wilkinson" datant de 1727, est le premier à les dénommer ainsi d'une manière formelle écrit Dyer et comme nous le citions plus haut ne reprend plus cette définition et donne aux fenêtres le sens suivant: des sources de lumières venant de ces points cardinaux et représentant le soleil aux différents points de sa course, différents des trois grandes lumières, le Soleil, la Lune ces deux grands luminaires de la nature, offerts par Dieu au Maçon spéculatif, afin qu'il puisse en temps étudier et travailler pour sa loge. Même dans l'obscurité, Loge et Fraternité sont présentes mais seul ces cadeaux du Grand Architecte permettent de jouir de leur présence physique. Le Vénérable Maître est alors la source la plus importante de Lumière, car il est celui qui indique et communique. Mackenzie reprend cette définition qu'il juge assez ancienne et ajoute que dans les loges modernes (il faut entendre actuelles, nous sommes en 1875) les trois fenêtres de l'Est du Sud et de l'Occident ont été remplacées par les petites lumières. Seules les fenêtres ou "Fixed -Lights" jettent un regard sur l'extérieur et laissent surtout les, rayons du Soleil pénétrer le monde sacré. Comment en est-on arrivé à assimiler les Grandes Lumières au Volume de la Loi Sacrée, l'équerre et le compas? Il s'agit plus que probablement d'un emprunt britannique, assez tardif. Dans la deuxième période du 18ème siècle, la Grande Loge des Ancients, probablement sous influence Irlandaise transforma ces trois grandes Lumières en "moins grandes lumières" et remplaça les trois grands luminaires par le Volume de la Loi Sacrée, l'équerre et le compas. La source physique de l'inspiration devenant emblématique, et spiritualiste, guidant le maçon spéculatif dans ses devoirs d'homme, de maçon dans ses responsabilités vis-à-vis de Dieu et de ses voisins. Dans Hiram la différence entre Grandes et "Moins Grandes (lesser Lights) est clairement indiquée:  

Q - When you was thus brought to Light, what were the first things you saw?

A - The Bible, Square and compass.

Q - What was it they told you they signified?

A - Three great Lights in Masonry.

Q - Explain them, Brother.

A - The Bible, to rule and govern our Faith, the Square, to square our actions, the Compass to keep us within the bounds with all men.

Q - What were the next things that was shewn to you ?

A - Three Candles, which I was told were three lesser Lights.

Q - What do they represent ?

À. - The Sun, Moon and Master-Mason.

Q - Why so, Brother ?

A - lt is the Sun to rule the day, the Moon to rule the night and the Master-Mason his Lodge.  

Cette interprétation typiquement "Ancient" fut acceptée, comme l'ensemble du rituel d'ailleurs lors de l'Union en 1813. Le Rite Ecossais ancien et accepté l'adopta et nous trouvons dans le Guide des Maçons Ecossais de 1820 :  

D- Lorsque vous eûtes reçu la Lumière, qu'est ce qui frappa votre vue?

R - Une Bible, une équerre et un compas.

D - Que vous dit-on qu'ils signifiaient ?

R - Trois grandes Lumières dans la maçonnerie.

Q - Expliquez-les moi.

R - La Bible règle et gouverne notre Loi, l'Equerre nos actions et le compas nous maintient dans les justes bornes envers tous les hommes et particulièrement envers nos Frères.

Q - Que vous montra-t-on ensuite?

R - Trois Sublimes Lumières de la Maçonnerie, le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge.  

Les rites Français traditionnel, Ecossais Rectifiés et Philosophiques, gardèrent l'usage des symboles "Moderns".  

L'Etoile Flamboyante et la Lettre "G"  

Dans une loge philosophique, comme au RER ou au rite Français Traditionnel, l'étoile est toujours présente mais non illuminée au premier grade. Le Manuscrit philosophique Trumps66, le plus récent en notre possession, commence son catéchisme après les questions préliminaires, bien entendu, au grade de Compagnon par ces mots:  

D - Pourquoi vous-êtes vous fait- recevoir Compagnon?

R - Pour connaître la lettre "G".

Q - Que signifie la lettre "G" ?

 R- Gloire, Grandeur et Géométrie. Gloire à Dieu, Grandeur au Vénérable et Géométrie à tous les Maçons.  

Le Catéchisme de 1808, de la Resp. Loge des Commandeurs du Mont - Thabor est absolument identique. Le manuscrit Calvet de 1786, rapporté par René Désaguliers dans Renaissance Traditionnelle donne une question et réponse identique quant au fond mais légèrement différente dans la forme.  

Q - Quand vous avés été reçu Compagnon, qu'avez-vous vû ?

R. - Une grande Lumière qui était produite par l'étoile flamboyante au milieu de laquelle ét le lettre "G".

Q - Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Compagnon?

R - Pour connaître la lettre "G".

Q - Que signifie la lettre "G" ?

R - Elle signifie Gloire, Grandeur et Géométrie. La Gloire à Dieu, Grandeur au Maître et Géométrie aux Ouvriers.  

Le manuscrit de 333 cite deux réponses, la première en page 40:  

Q - Qu'avés-vous vû en entrant en Loge?

R - La Lettre "G".

Q - Que signifie-t-elle ?

R - Géométrie, cinquième des Sciences.  

Mais en page 49, lors de l'interrogatoire du Compagnon désireux d'être élevé à la Maîtrise, et qui subit un tuilage bien différent du tuilage "symbolique" de nos loges actuelles dont la brièveté cache le plus souvent une ignorance redoutable, les questions diffèrent:  

D - Que signifie la lettre "G" qui est au milieu de l'étoile flamboyante?

R - Quelque chose de plus grand que vous et moi, GOD qui en Anglois, veut dire Dieu.  

Ce qui rappelle le dialogue de Prichard  

Q - Who doth that "G" denote ?

A- The Grand Architect of the Universe and Contriver of the Universe, or he that was taken up to the top of the Pinnacle of the Holy Temple.  

Au Second Degré, c'est le terme Géométrie qui revenant comme un leitmotiv lors de l'initiation, martèle le thème principal de ce grade. Le Cooke MS. que Georges Payne introduisit comme "le plus vieux manuscrit des Constitutions" lors d'un discours en 1721 (74) mentionne les sept arts libéraux et les sciences insistant sur le fait que la Géométrie est une des plus importantes et l'origine de tout. 

Preston exprimait la pensée que Maçonnerie et géométrie devaient signifier la même chose pour ceux qui étaient concernés et s'en inquiétaient: ... "originellement, Maçonnerie et Géométrie devaient être considérés comme synonymes.  lorsque concernant les Sciences en général. La géométrie bien que limitée à une partie de la science était considérée comme essentielle à toutes et symboles de connaissance" ... , Preston affirme que la "Free-Geometry" était sujet d'études dans un cadre moral ou philosophique pour les Maçons spéculatifs. Dans la biographie de Preston par Dyer, l'auteur cite les clauses 6,7 & 8 des discours sur le second Grade. Preston y parle longuement de la lettre "G". Pour Preston la lettre "G" signifie second Grade. Preston y parle longuement de la lettre "G"75. Pour Preston la lettre "G" signifie bien Géométrie et énonce dans le premier alinéa de la clause 9:  

  • Quelle est la signification morale de la géométrie?
  • Dans cette recherche, nous sommes en mesure de retrouver la nature sous ses formes diverses et dans ses recoins les plus secrets, comme si par le biais de cette science, il nous y était possible de découvrir la Sagesse, le Pouvoir et la Bonté du Grand Architecte de l'Univers et examiner avec un plaisir sans bornes, les proportions sublimes qui unissent et sanctifient les fruits de la création ...... ". 

Cette conception de la figure géométrique, se retrouve dans un des dialogue de Platon le plus connu car traduit par Cicéron en Latin, mais non le plus crédible, le Timée, qui reprenant le 13ème postulat d'Euclide qui venait d'être révélé à l'époque, fait des triangles équilatéraux le chaos originel qui mis en place par Dieu ou le Démiurge, donnent naissance à l'Univers et aux éléments, illustrés par les "corps Platoniciens". Le "G" ne pouvait alors qu'être "GOD" ou «Genèse» et cette définition est reprise dans le catéchisme au troisième grade du rite Ecossais Philosophique. Le régulateur du rite Français (1801) rejoint la définition postulée: ... "elle (la lettre "G") est l'emblème du Grand Architecte de l'Univers qui brille d'une Lumière qu'il n'emprunte qu'à lui seul ... elle est aussi le symbole de cette portion de Lumière divine dont le Grand Architecte de l'Univers a formé nos âmes ... ". La lettre HG" est donc forcément l'initiale du Très-Haut, et la "Géométrie" prend la même signification que Genèse 1. Le malaise rencontré dans certains rituels du second grade provient d'une déviation dans la compréhension de la philosophie du grade, qui doit sceller le devenir de l'apprenti en le confirmant dans l'acceptation au sein de la Fraternité et en lui donnant une place et la ligne de conduite obligée par l'Etoile Flamboyante et l'étude de la Géométrie, prise dans le sens platonicien. La transformation de ce grade-clef en une apologie du Compagnonnage comme il est souvent devenu sous certaines constitutions est une erreur...

ACTA MACIONICA Volume 7 (5997)

 

Par Jacques Litvine - Publié dans : Rites et rituels
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Mardi 28 janvier 2014 2 28 /01 /Jan /2014 06:47

Le premier grade.

 

La Loge étant formée toute la signification cérémonielle prend une valeur nouvelle et l'initiation revêt un instant sacré où l'impétrant naît à une vie nouvelle.

Comme à tous les rites, le principe ternaire, ou Trinitaire est de rigueur.

Le candidat est introduit par trois grands coups, le Vénérable lui demande par trois s'il persiste, après être sorti de la caverne où il communie avec la terre-Mère et sa conscience le candidat fera trois voyages initiatiques avant de prêter serment sur les trois lumières et être proclamé par trois fois.

L'ouverture et la fermeture ont été commentés avec les généralités, nous n'analyserons que la cérémonie proprement dite.

Le séjour dans la caverne est particulièrement important et au rite Philosophique bien codifié. Conçu pour amener le candidat à réaliser l'importance de sa démarche, il vise à ce que le futur maçon prenne conscience de son inimportance, de son insignifiance en dehors de, ou par comparaison avec l'humanité dont il n'est qu'un humble maillon.

Cette partie très importante de la cérémonie mettra l'ascension vers la lumière en valeur, mais aussi et surtout placera le candidat en "condition" pour qu'il reçoive celle-ci pleinement.

Le séjour dans la caverne est notablement sobre dans les détails, mais aussi plus éprouvant : pas de VITRIOL, pas de dessins, pas d'ossements, rien qu'un quignon de pain sec, un verre d'eau et une table avec du papier et un verre d'eau, éventuellement un sablier. Et les seuls contacts qu'il aura seront fait par deux FF inconnus du candidat afin de savoir s'il persiste à se  faire recevoir.

Le rite fait revêtir le candidat de lin blanc, n'est-il pas probe et libre, libre ... pas tout à fait: le pied droit en pantoufle, le pied gauche nu lui fait saisir la précarité de son existence et de sa situation en le déséquilibrant légèrement, la plante gauche dénudée, au contact de la terre lui rappelle sa dépendance totale vis à vis de celle-ci. Le genou droit dénudé lui permettra de prêter serment non seulement sur les symboles, mais mis à la terre", origine des "Mères" et comme le disait Goethe: il devrait trembler de prête serment sur de si redoutables fondations.

La poitrine dénudée montre que le cœur du candidat n'a rien à cacher et ose se montrer à nu aux yeux de ceux qu'il désire rejoindre. Accessoirement il témoigne de ce qu'il appartient bien au sexe masculin, mais là n'est pas le symbole principal, bien loin de là. La maçonnerie ne connaît pas le corps "matériel" en tant que tel, si ce n'est avec le profond respect pour l'âme qui l'habite.

Il est dépourvu de métaux, ceux-ci, outils de la civilisation, ne lui seront d'aucun secours en ce lieu sacré et le Temple ne fut-il pas bâti sans l'aide d'aucun outil de métal, la Jérusalem Céleste à laquelle il dédiera sa vie, à plus forte raison n'en requiert aucun.

L'introduction du candidat par trois grands coups appelle un interrogatoire sommaire quant à la personne du candidat conduit par le Vénérable, relayé par les surveillants. Au REP, il ne comporte aucune question quant à la religion du Candidat.

Les VOYAGES.            

Ceux-ci n'existent pas sous la forme connue par à peu près tous les rites continentaux au rite anglais. Ils proviennent probablement de la folie littéraire des XVIIème et XVIIIèmesiècles, avec le Télémaque de Fénelon, les voyages de Cyrus de Ramsay, le Séthos de Terasson et rappellent les épreuves initiatiques des Isiarques et d'Eleusis.

Les rites anglais adoptés par la Loge de réconciliation en 1813, connaissent effectivement les déambulations, mais celles-ci ne sont pas l'objet d'épreuves ni initiatiques ni "physiques" quelles qu'elles soient.

Le premier voyage amène une purification par l'eau. Ceci est le rite purificatoire primordial, l'impétrant doit se présenter lavé de toute souillure, les baptêmes par immersion ou par onction ne procèdent pas autrement.

Pratiqué d'une manière toute symbolique, ce voyage n'est pas accompagné comme au rite moderne d'un tintamarre qui lui ôte sa signification principielle pour en faire l'emblème du Chaos. Bousculer le candidat, lui mettre des obstacles sur la route qu'il parcourt les yeux bandés dans un chahut d'épées et de pieds tapés sur le sol, enlève en grande partie le sérieux e la cérémonie, la fait s'étioler dans l'esprit des assistants, mais surtout en change la signification profonde. Il s'agit au R.E.P d'une purification par l'eau lustrale et non d'un retour chaotique dans le monde profane.

A l'issue de ce premier voyage, conduit au son d'une musique relativement bruyante, quelques questions rituelles sont posées sur la conception du candidat quant aux DEVOIRS de l'homme.

Diablement important ce passage, car la morale actuelle oublie trop souvent les devoirs de l'homme pour ne penser qu'aux droits du citoyen. Le rôle du Maçon n'est-il pas cependant sa mise à la disposition de l'humanité et son travail un don à sa famille et à la société?

Les assistants se gardent bien d'interrompre ou de souffler la "bonne" réponse au candidat, qui reste seul devant les interrogations.

Le Vénérable s'il a obtenu une réponse satisfaisante fait alors procéder au second voyage qui est une PURIFICATION PAR LE FEU. A l'issue de celle-ci menée d'une façon symbolique, une flamme de bougie est promenée sur la main nue du candidat, d'autres questions sont posées par le Maître sur les raisons qui poussent le futur apprenti à vouloir entrer en loge.

Le troisième voyage crée la grande différence d'avec le rite moderne Français.

Au rite moderne, le candidat après avoir quitté la caverne, voyage par l'air dans un monde bruyant symbolisant le monde profane, puis dans un monde un peu plus éloigné de celui-ci, à l'issue duquel il est purifié par l'eau et enfin au troisième voyage, passé par les flammes purificatoires dans une sérénité enfin méritée.

Au rite philosophique comme au rite Français Traditionnel, la triade est fort différente. Pour bien situer l'impact de cette initiation, il faut se rappeler les Evangiles, notamment celui de Saint Jean, et si le premier voyage est un baptême par l'eau, le second voit l' impétrant purifié par le feu du Saint Esprit.

Une autre signification, kabbaliste, peut-être donnée à ceci, l'approche en sera faite lors d commentaires du grade de Maître.

Lavé de toutes souillures par l'eau baptismale, purification qu'il n'obtient qu'à la condition de souscrire aux devoirs essentiels de l'homme et d'en faire la preuve tant orale que morale par la qualité de ses réponses, le feu achève de métamorphoser le néophyte, s'il prouve la pleine conscience de sa démarche.

Ensuite vient l'épreuve ultime, l'alliance-baptême par le sang. Cette forme initiatique est une des plus anciennes de l'humanité, l'offrande du sang étant le don le plus sacré et le plus précieux et ce dans toutes les formes de pensée spirituelles.

Abraham offrait son fils au Seigneur; le sang des guerriers était versé pour la marche du Soleil Roi chez les Mayas comme chez les Aztèques et les alliances sacrées comme les "pactes" diaboliques ou non, n'étaient ils pas signés de mémoire d'homme par le sang, enfin, la Rédemption n'est-elle pas elle aussi un pacte de sang?

Cependant, avant cette offrande du sang à la Fraternité, un dernier voyage est accompli dans le silence le plus total.

Homme "pur" mais seul devant sa conscience, ainsi qu'il lui est fait préalablement remarquer, le candidat conduit toujours par le tranchant de l' épée du frère terrible symbole de la difficulté dans la voie de la vertu, voyage dans le noir et le silence.

Cette dernière déambulation est suivie d'une instruction ésotérique. Le Vénérable Maître l'instruit de l'Universalité de la famille Maçonnique, de la Fraternité profonde qui unit le Maçons.

Alors et alors seulement il lui est demandé de sceller son serment par l'offrande de son sang ou de sa vie en buvant le calice. Ce faisant il témoigne de son attachement définitif à l'Ordre dans1equel il désire entrer et prouve de son courage à en défendre les principes.

Les épreuves de l'eau baptismale, du feu purificateur et du sang qui scelle l'alliance, sont un triade initiatique relevant de l'antiquité la plus noble dans les pactes d'alliance entre l'humain et le divin.

La cérémonie se poursuivant l'impétrant, au rite écossais philosophique, est conduit dans sa robe blanche, symbole de la candeur de ses et des intentions de l'Ordre, à l'Occident. Les paroles du Vénérable changent de style, le ton se faisant plus affectueux, le candidat est rassuré quant au fait d'avoir les yeux bandés "qui n'enlève rien à sa dignité d'homme". Ensuite, instruction lui est faite par l'Orateur du serment traditionnel et ancestral , comprenant les pénalités anciennes, serment qui ne contient rien de contraire à l'Etat et à son Souverain ainsi qu'à la Religion (qui est ainsi évoquée pour la première fois) et assurance lui est demandée s'il "persiste s'engager formellement".

La Cérémonie, à la demande du candidat peut encore être interrompue à ce stade.

Il est évident que cette cérémonie initiatique, avec ses temps forts de purification et d'engagement suivis d'un serment dont le candidat a connaissance avant de le prêter et encore sous sa forme la plus sévère, est une cérémonie qui ne laisse subsister aucune équivoque ni aucune inconnue quant à son importance et sa portée, tant pour le néophyte que dans le chef des assistants.

Le candidat aura ensuite à prêter son serment, à l'Orient, le genou droit en terre en signe de communion avec celle-ci, mais le genou dans un équerre tournée vers l'Occident, car il est sous la protection de ceux qui sont déjà ses Frères un compas ouvert sur le cœur et il prononcera le serment devant" le Grand Architecte de l'Univers et la Respectable Assemblée" en le terminant par la phrase "Que Dieu me soit en aide" et en le scellant de ses lèvres sur le volume de la Sainte Loi.

Reconduit à l'Occident sous une voûte d'acier, la lumière lui sera accordée par le Vénérable au troisième coup de maillet et à cet instant, une lumière violente l'éblouira, lui rappelant comme le lui dira le Vénérable par sa fugacité, la vanité des gloires mondaines; la pipe à Lycopode du R.F.T et le "Sic Gloria Mundi" du rite écossais rectifié relèvent de la même démarche.

Le nouveau frère vient à la lumière dans le cercle des épées fraternelles qui lui rappellent une dernière fois la rectitude de pensée et d'action qui doivent obligatoirement animer les Franc-Maçons, ... mais aussi les remords qui ne manqueraient pas de lui percer le cœur s'il venait à manquer à son serment.

Il restera au jeune frère à être adoubé par le Vénérable, sur le front et par trois fois et à être reconduit au parvis pour reparaître en Loge, cette fois débarrassé de sa robe et correctement vêtu, mais toujours sans ses métaux.

Nouvel ouvrier à la Jérusalem Céleste, il doit apprendre, et le catéchisme le lui transmettra, que tous les outils de métaux en étaient bannis car impurs.

Il lui restera, pour que la cérémonie soit totale à recevoir son décor, les mots de passe et sacrés, les gestes et attouchements, et en prouver l'assimilation avant d'être proclamé devant la Loge debout, ce par trois fois.

Avant les paroles de bienvenue prononcées par le Frère Orateur, une instruction générale du grade doit obligatoirement être faite. Cette pièce d'anthologie maçonnique est, au rite philosophique, un réel credo maçonnique qui bien compris explique la dichotomie des Lumières, grandes et petites, la disposition de la loge.

Fermées par ses signes et acclamations ordinaires, cette cérémonie se terminera par la chaîne d'union en chantant le bonheur d'être Maçon.

En conclusion.

Cette cérémonie relève d'une philosophie basée sur des connaissances ésotériques qui ira au plus profond de l'âme lors des grades ultérieurs, et là est la différence d'avec les autres rites dits "modernes" qui font de la maçonnerie une fraternité charitable ou politique en en expurgeant les bases sacrées.

 

Le second grade.

 

Le second degré est contrairement au second grade des rites modernes qui se réfèrent sans arrêt au compagnonnage, un réel rituel de passage, en ce sens qu'il confirme le jeune maçon dans a fraternité et lui permet de s'approcher de l'initiation complète.

Si les écoles d'architecture des constructeurs de cathédrales, comme celle de Villard de Honnecourt se révélaient être une école d'initiation à la science de la pierre et les déplacements les compagnons et Maîtres motivés par les chantiers, le "tour de France" du Compagnon du XIXème siècle , Jacques ou Dévorant, est tout à fait différent et a une signification très différente.

Le compagnon cherche une formation complète en s' inscrivant dans diverses écoles afin d'en cerner les méthodes de travail et en connaître les différents secrets et en recevoir la morale. Il  s'agit non plus de déplacements motivés par des chantiers dirigés par un ou des Maîtres, mais un tour de formation revêtant certaines formes rituelles dans une apologie du travail bien fait et de l'ordre, bref, de la "belle ouvrage".

Les "Compagnons" tels que nous les connaissons sous leur forme actuelle, ne datent que du 19ème siècle et le fameux "tour" également. Toute estimable que soit cette confrérie, elle n'a rien à voir avec la maçonnerie spéculative tant actuelle que passée et les "opératifs actuels" ont une vie, des activités et des idéaux bien à eux et qui ne relèvent pas Franc-maçonnerie ou franche maçonnerie née au 18ème siècle.

Le compagnonnage actuel a emprunté ses rituels à la Franc-maçonnerie, et non le contraire. Que la Franc-maçonnerie tire son origine de sociétés opératives du XVII ou XVIIIème siècle est possible mais non prouvé, cela n'a d'ailleurs que peu d'importance, car nous n'en connaissons aucun des rituels.

La perte de la perception ésotérique dès les années 1850, fit que tout les rituels mais surtout ceux du second grade dévièrent puis se recherchèrent, mais dans un plan tellement différent du plan initial que ce second grade devint incompréhensible, quoiqu'en dise Wirth, Plantagenet ou Berteaux.

Dans les rituels philosophiques et Français Traditionnels qui datent du 18ème siècle, l' apprenti apprend à s'approcher de la planche à tracer du Maître, par cinq voyages qui lui révèlent les cinq arts libéraux, et lui font gravir les cinq premières marches de l'escalier à vis.

Comme le dit Colin Dyer, les deux grades apprenti et compagnon, forment une suite logique et continue, l'apprenti au deuxième grade reçoit la révélation de l'étoile flamboyante, symbole de la divinité éternelle et omniprésente qui nous juge et nous apprécie suivant nos actions.

Q - Que signifie la lettre "G"

R - Géométrie mais aussi "God" ce qui signifie Dieu en Anglois.

Dans les instructions de Browne, on trouve la lecture suivante:

La Géométrie est à l'origine des mathématiques et à la base de l'architecture, comprenant la Doctrine de toute diminution ou augmentation, c'est à dire, non seulement le Point, la ligne ou la superficie mais aussi le temps, l'espace, la vitesse et la Grandeur, en général.

Par l'étude de la cinquième science, base de la Maçonnerie, nous sommes amenés à reconnaître les œuvres inimitables du Souverain Grand Géomètre de l'Univers.

Le discours de Preston en 1741 à la consécration de la Vernon Kilwinning Lodge à Edinbourg (Dyer pp. 90-91), adopté comme instruction standard depuis lors, donne la dimension du second degré:

· ..... "la Géométrie, la plus noble et la première des sciences est la base sur laquelle est érigée la superstructure maçonnique. Par "Géométrie", nous pouvons tracer la Nature au travers de ses diverses formes, jusqu'à ses formes les plus secrètes. Par elle, nous sommes à même de découvrir le pouvoir, la sagesse, et la beauté du grand Artisan (artificer) de l'Univers, et admirer avec un plaisir ébloui les proportions sublimes qui relient et bénissent cette vaste entreprise. ( ... ) ... des mondes sans nombre existent autour de nous, tous conçus par le même Artiste Divin ( ... ). l'observation de la nature et des proportions superbes, peuvent inciter de prime abord l'homme à imiter le plan divin et étudier la symétrie et l'ordre des choses. Cela crée des sociétés et donne naissance aux arts utiles. ( ... ) . plus tard, l'architecte dessine les plans qui améliorés par la pratique et l'expérience donneront des chefs d'œuvre qui feront l'admiration des générations futures .... "

Le Vénérable Maître, lors de la cérémonie, attire l'attention du futur compagnon sur la lettre "G" et lui tient discours sur l'importance de la Géométrie, la plus noble des sciences, mais une géométrie prise dans le sens ontologique, non pas dans le sens mathématique.

Tout se fait par cinq: batterie, celle d'apprenti plus deux longues, les voyages, la découverte des cinq arts libéraux, l'escalade de l'escalier à vis, mais tout en maçonnerie symbolique ne se fait-il pas par 3, 5, 7 ?

Un point important de la cérémonie est que au fur et à mesure de l'approche par le candidat de la révélation du cinquième "art" et de la lettre "G", il lui est donné ordre de frapper la pierre cubique à pointe sur la colonne du sud, en apprenti.

Que signifie?

La pierre cubique à pointe a une signification bien particulière. Pierre: il y aurait une belle planche à écrire au sujet de la pierre, qui suivant la légende de Prométhée a  conservé une odeur humaine.

La pierre brute, d'origine divine, vient du ciel et muée en pierre polie, remonte vers son Dieu.

Le Temple, ainsi devait être bâti en pierre brute (Exode 20,25).

La pierre taillée est œuvre humaine, cubique elle est féminine, conique elle est masculine.

Symbole de la terre-mère elle est synonyme de connaissance et correspond au sel des alchimistes.

La pierre cubique à pointe, présente un tout.

La pierre de base, symbole de liberté et du divin qui est homme, est sel et homme. Le fait d'être surmontée par une autre pierre masculine en fait un édifice spirituel, une pierre-principe dressée mais aussi une clef de voûte, c'est à dire, une pierre fondamentale, pierre d'achèvement, de couronnement, mais aussi d'accomplissement du Grand Œuvre, car pierre principe, elle résume l'alliance entre le dynamique et le statique, entre le masculin et le féminin, entre le divin et l' homme. Mise sous la hache, et elle est parfois représentée ainsi, elle évoque la liaison intime avec le divin, elle est la pierre philosophale.

L'apprenti, au cours de ses trois derniers voyages y affûtera ses outils, c'est à dire qu'il apprendra tout doucement à communiquer avec la spiritualité qui est en lui par l'entremise des symboles qu'il lui appartient de percer, et qui lui sont confiés.

La cérémonie prend alors un tour plus spiritualiste. Un tuilage assez poussé fait suite, le candidat doit confirmer l'assimilation de la symbolique d'apprenti. Souffler les réponses au futur compagnon, comme il-est bien souvent de coutume est une faute impardonnable. La cérémonie ou confirmation de la connaissance s'interpénètre avec une leçon symbolique où le Vénérable Maître montre au futur compagnon, au départ de ces connaissances essentielles la voie divine et où il lui apprend parles symboles à "s'instruire dans la Géométrie", seule voie vers la perfection, en affûtant les outils qui lui sont confiés et qui sont des vertus morales que pierre vivante il possède mais doit percevoir et extérioriser, sur la pierre parfaite, la pierre philosophale qui lui permettra de concevoir l'œuvre divine.

Après ces révélations, il lui sera alors seulement permit de gravir les cinq premières marches de l'escalier à vis.

 

Le troisième Grade.

 

En vérité si je renais, Osiris renaît

Il importe à chaque homme de faire mourir son être charnel pour faire revivre le Dieu qu'il porte en lui, et qu'il a précisément tué, aveuglé par ses sens ou tyrannisé par ses passions ou par ses préjugés.

Q - Que cachez-vous?

R - Le secret des Maçons et de la Maçonnerie.

Q - Où gardez-vous ce secret ?

R - Dans le cœur.

Q - Y a-t-il une clef pour y entrer '?

R - Oui, Très Respectable.

Q - Où gardez vous cette clef ?

R - Dans une boite de corail en forme d'ARCHE, qui ne s'ouvre et ne se ferme qu'avec d'autres clefs d'ivoire.

Q - De quel métal est celle du cœur?

R - D'aucun, c'est une langue accoutumée aux bons rapports.

Le degré de Maître, dit-on, est un degré de mort et de résurrection.

Waite fait remarquer que avant tout, bien que sous la forme d'une légende, nous assistons en ce grade à l'érection d'une bâtisse, le Temple de Salomon, création de l'esprit et de la loi morale, et non pas à l'érection d'un monument personnel.

De ce fait, nous rencontrons quelque chose de très différent des deux premiers degrés.

Le troisième et dernier grade, est vraiment un degré de mort, un retour vers le néant, et même si une résurrection est évoquée, elle l'est au travers d'une notion de pourriture du corps, de corruption de la matière. Ceci doit être rapproché de la notion de nature et de son ultime secret.

Le mot de substitution lui-même, n'est pas seulement un mot de "mort", mais aussi de pourriture.

M .. B .. : la chair quitte les os, donc un mot de passage, quant à la résurrection qui est jouée par le candidat à la maîtrise, elle est un fait personnel à celui-ci et non une image emblématique de mort et résurrection.

L'initiation, qui ici prend son plein sens se joue sur deux plans, un plan mythique, la construction de la Jérusalem Céleste, et un plan psychologique personnel à la personne du Candidat QUI N'EST PAS LE MAITRE ARCHITECTE.

Le plan mythique est basé sur un petit épisode de l'ancien testament (Rois, 1-7-13) et cet épisode est à prendre au second degré: est-ce bien d'Hiram qu'il s'agit ou plusieurs démarches analogiques sont-elles possibles?

Hiram, fils d'une Veuve de la tribu de Nephtali représente pour Trescases101 l'archétype du héros, né d'une femme représentant la terre, et d'un Dieu représentant le Ciel, soit: Comme tout héros, réalisé entre ciel et terre, ou comme tout Maçon accompli entre l'équerre et le compas. Dans Roi. il est donné fils de forgeron donc fils de la lignée de Caïn, c'est à dire d'une race supérieure à celle d'Adam.102

Cette filiation rappelle des légendes qui nous ramènent aux premiers contes héroïques de l'humanité: l'épopée de Guilgamesh, mais surtout celle d'Isis, veuve de son époux et frère, errant de l'Occident à l'Orient, par toute la terre pour rassembler ce qui est épars et ressusciter la lumière.

C'est la résurrection du Christ montrant la voie du salut possible, c'est Elie implorant Yavhé: Mon Dieu fais revenir en lui l'âme de cet enfant, qui était le fils de la veuve de Sérepta; c'est l'effort qu'il appartient à chacun d'entre nous de faire pour ressusciter une conscience morte en réveillant un subconscient endormi.

Autre exemple tiré de la Biblel03du fils d'une veuve de Naïn que le Christ rappela à la vie. Le Seigneur dit: "Je te le dis, lève-toi ... et il se leva et se mit à parler". Cet épisode pose la question non de la parole perdue mais de la parole vivante, éternelle, en qui vivent toutes choses et qui prononce la vie dans la mortl04.... "Quand le Verbe parle dans l'âme et que l'âme répond dans le verbe vivant, le fils vivant revient dans l'âme." Mais ceci est peut-être autre chose à laquelle même ce degré ne peut répondre.

Lors de l'élévation à la maîtrise, le candidat joue le rôle du Maître, souffre avec et pour lui, pour avoir voulu tenir sa parole et respecter ses engagements.

La vie charnelle ici, s'éteint et est effacée pour faire place à quelque chose de pire, une chose putride pour laquelle rien ne peut être fait.

La chair quitte les os.

Ce n'est donc plus une mort et une renaissance, mais une mort et une naissance spirituelle, ce n'est pas le mort, mais la mort qu'il ressuscite: ce n'est donc plus ainsi qu'il est souvent avancé une résurrection spirituelle au travers d'une autre vie, mais un adoubement, une élévation et réunion définitive avec des pairs, une nouvelle vie consacrée par la surconscience et par le Verbe.

Ainsi, au rite écossais philosophique, en entrant dans la chambre des Maîtres, le candidat, "traverse le corps du Maître": en réalité, il rejoint un autre espace, un autre plan spirituel en passant au delà de la pourriture pour, par une marche sénestrogyre, descendre vers son propre enfer. Il commence sa propre introspection élucidante105, il pénètre son subconscient et alors, pourra-t-il peut-être atteindre la surconscience, sous l'œil d'Horus, l'œil qui voit tout, lucidité parfaite d'une conscience sans complaisance. Par la marche sinistre il atteindra le fond le sa propre horreur.

De là, symboliquement, la différence qui est faite en loge philosophique entre le "corps" pourriture initiatique, porte du retour et, le "cœur" du Maître, lequel scellé dans une obélisque présente en Loge glorifie la cérémonie.

En fait, l'initiation subie est assez analogue dans une certaine mesure à la passion du Christ. "Ce qui fut en Lui était la vie

Et la vie était la Lumière des hommes"(Jean).

Si, et Jean l'affirme, Chrestos était la Lumière, tuée par la haine que l'homme dans son conditionnement imparfait porte à cette Lumière de Vérité, il meurt sur la croix en tant qu'être de chair pour ressusciter en esprit après TROIS jours, étant descendu aux enfers .

Hiram est mort, la parole est perdue.

Au rite écossais philosophique, le candidat subit une cérémonie en deux temps. Le premier temps, concerne une acceptation éventuelle des Maîtres quant à l'élévation du Candidat. Celui-ci, placé devant le tombeau-obélisque s'entend interroger sur les buts et principes  l'art royal. Puis, est prié de voyager par trois fois autour de la loge, pendant que les Maîtres formant la chaîne autour du cercueil, c'est à dire de la porte des enfers, font circuler le mot de Maître en tapant du pied, à la façon des Lévites qui par leur bruit empêchaient la foule d'entendre le Grand Prêtre qui appelait Dieu par le nom sacré et mystérieux.

Le candidat admis en théorie, peut alors se retourner et traversant le tombeau, commence la seconde partie de l'initiation, le récit de la légende Hiramique.

La parole, pour lui, est perdue.

La parole ...... donc le logos, la lumière, l'intelligence, la raison, mais aussi, suivant la tradition Johannite le commencement, le principe animant, ...

... il était au commencement avec Dieu

Et le verbe était Dieu.

La connaissance du mot du Maître est donc la connaissance de la volonté divine telle qu'elle se manifeste dans la vie, c'est la connaissance du sens de la vie et le fait de n'en pas connaître le sens relève d'une absence de perception, d'une absence de compréhension.

La parole existe, le mot est connu des seuls initiés et pourtant, le candidat reste dans les ténèbres.

Seule la légende qu'il revit lui parvient: les mauvais compagnons ont tué Hiram pour lui arracher une parcelle de compréhension. Mais quoi donc? Le sens de la vie, la volonté de Dieu est-elle du domaine réservé? Et il appartiendra au candidat de comprendre que le cercueil dans lequel il gît est l'emblème de son égoïsme, de ses idées préconçues, de son enfer en fait, il est mort en esprit et son destin comme celui des trois mauvais compagnons devient sans intérêt. S'il ne fait aucun effort personnel, il restera prisonnier des ténèbres, privé du verbe qui est vie et lumière.

C'est alors que les Maîtres sur ordre du Très Respectable iront à la recherche de ce qui peut rappeler le Maître. Et ici, commence pour le futur maître, une remontée lente de sa propre misère vers la lumière. Après un instant de désintégration totale, un recentrage de la personnalité débute.

Après le noir et le silence, le martèlement des talons, sourd mais en cercle le cercueil en étant le point de convergence marche cette fois dextrogyre, indique au candidat qu'il est en fait le centre et la clef de l'initiation.

Les travaux dans la loge sont suspendus, car la Lumière est perdue. Les sept Maîtres dirigés par le Très Respectable assisté du F. Terrible referont le chemin de la lumière, ils se dirigeront vers l'Orient pour rassembler ce qui est épars 107, et avec la découverte de la branche d'acacia, symbole d'immortalité mais rappelant aussi la branche d'Olivier, symbole Noachite gage de paix retrouvée et signe annonciateur de l'Alliance (Trescases. pp. 170),

·         Alliance de Yahvé avec son peuple

·         Alliance du candidat avec l'Ordre Initiatique

·         Alliance de l'homme avec lui-même.

Ils découvriront, puis relèveront le candidat qui aura acquis son recentrage vital.

Reprenons la disposition d'une chambre de Maître au rite philosophique. Le corps du Maître n'est pas en réalité le tombeau de celui-ci mais un substitut où gît le candidat. le tombeau c'est l'Obélisque où est scellé le cœur d'Hiram et qui de l'Occident, tel l'œil d'Horus mène la cérémonie.

Le candidat lui est couché à même la terre et est ainsi au centre de l'Univers, dans l'axe du monde et se confondant avec la terre-mère. Qui est-il et que fait-il?

Il est l'éternel renouveau en quête de sa vie nouvelle, il est la graine qui se charge d'énergie, il est celui qui est sur le point de retrouver un sens à une vie nouvelle à laquelle il aspire mais ne peut encore concevoir.

Pour ce faire, il doit drainer en lui toute l'énergie accumulée au cours des initiations préliminaires.

Au premier grade, on lui aura appris à gravir les TROIS marches de l'escalier à vis, échelle de Jacob menant celui qui en a la persévérance à la plus sublime des transcendances, la sienne propre.

1 aura appris à connaître le Delta lumineux, symbole du TROIS, "élan vital, tel qu'il s'exprime incarné en lui-même (Trescases) par les trois pulsions qui se doivent d'être spiritualisées.

Parvenu à l'état de Compagnon, il a gravi les cinq premières marches de l'escalier, aura vu le rayonnement de 1'étoile à cinq branches et aura ainsi appris à connaître les cinq arts qui lui permettent d'ordonner son fonctionnement spirituel et concevoir les moyens de réaliser SON Temple spirituel.

Le chiffre SEPT, chiffre de mort et de destruction lui sera confié lors de sa descente en ses propres enfers, au centre de lui-même, loin de toutes les vanités.

Les trois tentatives de résurrection, la dernière étant la seule à réussir, ont suivant Trescases une signification bien établie.

Le second surveillant, gardien de la porte et surveillant de la colonne J ... colonne d'introspection et de méditation silencieuse, juge le candidat et ne peut que constater que l'imagination créant les pulsions primaires n'est toujours pas bridée, rectifiée ce qui est peut-être plus juste, il montre le ciel au candidat mais celui-ci qui n'est pas prêt ne peut y accéder: la chair quitte les os.

Le premier surveillant: maître de la colonne B ... , colonne de la force extravertie, tire le médius du candidat, fait en quelque sorte le contre signe, il lui demande s'il a "spiritualisé ses désirs pour les transformer en connaissance et amour", mais le candidat prisonnier de la erre, ne peut encore comprendre car il reste prisonnier de son subconscient. "La chair quitte les os".

Les cinq points de la Maîtrise: prouvent que rien n'est possible pour l'homme seul, c'est une apologie de la fraternité, le Maître rétablit le nouveau Maître dans le pentagramme droit et lui fait découvrir, s'il n'en avait pas encore pris conscience dans sa position de stagnation, la force de l'amour fraternel et de la solidarité et lui fait ainsi connaître le nombre 7.

Le nouveau maître apprendra mais bien plus tard, que le mot de Maître est la "parole" expression de la volonté divine.

En attendant, en jeune maître, il lui sera donné un mot de substitution qui doit le mettre su la voie, car comme le disait notre F. Raoul Berteaux le mot sacré substitué est un mot en "M" appelant le souffle créateur (OOM)

Berteaux attribuait énormément d'importance au "nom": nommer, c'est créer... "toute chose  naît, pour chacun de nous, à l'instant où nous en prenons conscience et la prise de conscience est témoignée par notre aptitude à nommer la chose."

Le candidat est donc mis sur la voie de la perfection par la révélation d'un mot qui ne peut être que le miroir du mot qu'il lui faudra chercher, de la pensée qu' il lui faudra épouser, du souffle vital qu'il lui faudra connaître.

Et, au rite philosophique, les Maîtres confirmés le connaissent, ce mot qui les unit à la vie mais aussi d'éternité en éternité dans la queste de la Lumière.

 

ACTA MACIONICA Volume 7 (5997)

Par Jacques Litvine - Publié dans : Rites et rituels
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Mercredi 22 janvier 2014 3 22 /01 /Jan /2014 11:28

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Par X - Publié dans : Rites et rituels
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Dimanche 3 novembre 2013 7 03 /11 /Nov /2013 10:50

Nous retraçons la vie du Rite York, tout d’abord sur son continent d’origine, l’Amérique du Nord, puis en France, avant de développer les spécificités ainsi que la spiritualité d’un rite méconnu et plutôt minoritaire au sein de la GLNF.

La pratique des rituels maçonniques dans les Loges américaines

Les Américains appellent « Rite York » tout le système de grades complémentaires, ou « side-degrees », ce qui entraine en France certaines confusions de langage entre « l’usage de rituels d’origine nord-américaine au sein des Loges Symboliques » d’une part, comme c’est le cas à la G.L.N.F., et d’autre part la pratique du système complémentaire précité. Les Loges américaines utilisent, quant à elle, ce qu’elles appellent « le Rituel des Maçons Anciens Francs et Acceptés » ou « des Maçons Francs et Acceptés », selon que la Grande Loge descende des Anciens ou des Modernes, ou plus simplement encore, le Rituel de la Grande Loge de New York, du Missouri, etc. Chaque Grande Loge possède un rituel « officiel », généralement déposé dans le coffre-fort du Grand Secrétaire, mais tolère des « Us & Coutumes » spécifiques à chaque Loge dès lors qu’ils ne sont pas en contradictions avec le rituel officiel. Les Grands « Lecturers » Nationaux et de Districts, qui sont des rituélistes confirmés, visitent annuellement les Loges et s’assurent que ces dernières ouvrent, ferment, et confèrent les grades de manière adéquate. Les Loges ayant été consacrées avant la création de la Grande Loge de leur Etat peuvent garder leur rituel d’origine. Il en va de même des Loges créées avant la parution du rituel officiel, ce qui crée une mosaïque parfois surprenante pour les visiteurs. La Grande Loge de l’Etat de New York est typique de ces pratiques : la « Saint John Lodge » No. 1 utilise un rituel très proche d’Emulation ; les officiers de la « Independant Royal Arch Lodge » No. 2 sont décorés en Maçons de la Sainte Arche Royale ; le rituel de la Loge « Union Française » No. 17, dans la langue de Molière, a intégré des éléments du Rite Français, apportés par d’anciens colons des Antilles émigrés à New York. Dans l’Etat du Missouri, une Loge est très fière de conserver l’usage, pour son Vénérable Maître, d’une toque de fourrure à la Davy Crockett en lieu et place du traditionnel haut-de-forme, afin de rappeler à tous qu’elle fut fondée par des trappeurs. N’ayant jamais eu à se cacher, la Franc-Maçonnerie américaine foisonne d’exemples pittoresques et atypiques qui font aussi sa richesse et soulignent la tolérance des Grandes Loges. Ainsi, au sein d’un même Etat, ou d’un Etat à l’autre, le Frère visiteur reconnaitra immédiatement la trame rituelle qu’il pratique à la G.L.N.F., et dont le fonds est commun à la plupart des Loges. II retrouvera invariablement un autel central et les sièges du Vénérable Maître et des Surveillants aux endroits habituels, mais sera peut-être surpris de constater l’absence de « dogmes » quant à l’agencement des Loges, de la disposition des autres officiers, et de certains points particuliers du rituel, notamment des déplacements, surtout s’il s’agit de très anciennes Loges. Les Frères américains s’accommodent très facilement de ces différences puisque la phraséologie est quasi-semblable. Un Frère 1er Diacre d’une Loge du Wisconsin peut très facilement occuper la même fonction dans une Loge de l’American-Canadian Grand Lodge en Allemagne, pratiquant le rituel Texan, après que le Vénérable Maître lui ait expliqué en quelques minutes comment se déroulaient les déambulations. Les questions-réponses entre officiers d’origines maçonniques différentes n’altèrent en rien les cérémonies puisqu’à quelques différences mineures près dans les formulations, ce qui est demandé et répondu est tout à fait compatible. Depuis l'«Affaire Morgan», soi-disant ancien capitaine, et prétendument assassiné par des Francs-Maçons le 11 septembre 1826 après qu'il ait menacé de révéler « les authentiques secrets du Métier», et face aux campagnes antimaçonniques que les Loges enduraient et à la multitude de faux- Frères en possession des attouchements et mots de tous les grades, les ateliers prirent l'habitude d'ouvrir, de fermer, et de traiter toutes les affaires administratives au grade de maître. Cette tendance est toujours largement pratiquée, même si beaucoup de Grandes Loges permettent aujourd'hui l'ouverture et la fermeture des travaux au grade d’apprenti. Sur le plan purement des rituels, les Grandes Loges ont toutes des politiques différentes. Certaines interdisent toute forme d’impression, justifiant cette décision par l’application stricte de l’Obligation solennelle que contractent les Apprentis. D’autres autorisent une impression codée où n’apparaissent que les premières lettres de chaque mot, ou de « Moniteurs ». D’autres enfin autorisent l’impression des rituels « en clair », comme la Grande Loge de Nova-Scotia, mais elles sont rarissimes. Ces restrictions créent, et ont toujours créé des difficultés certaines dans la transmission orale des rituels, obligeant les Loges à mettre en place un système d’instruction personnalisée des Frères. Rappelons que chaque augmentation de salaire est assujettie à la présentation d’un travail sur la bonne connaissance du grade précédent, sous forme de questions-réponses. L’absence quasi-systématique de support écrit a de tout temps obligé les Loges à utiliser les services d’un « mentor » pour accompagner les jeunes Frères, ou de mettre en place des Comités d’Instruction pour leur faire apprendre leurs « preuves de compétences » (proof of proficiency). La grande déperdition de membres, amorcée depuis les années 1960, aggravée par l’interdiction de publier les rituels, a obligé certaines Grandes Loges, comme les Loges placées sous leurs auspices, à modifier leur mode de fonctionnement. Il est maintenant devenu de plus en plus courant de voir s’organiser partout aux Etats-Unis des « one day class », où tous les candidats présentés par les Loges d’un Etat, ou de plusieurs Districts au sein d’un Etat, reçoivent ensemble les trois grades symboliques au cours d’une seule journée, conférés par une équipe de rituélistes confirmés et performants. Les Grandes Loges réfractaires au principe de la « one day class » ont organisé des « Degree Teams », au niveau National ou de District, pour aller conférer les grades dans les ateliers en difficulté. Au niveau des Loges, la pratique du « par cœur » étant de règle pour les officiers, il est extrêmement courant de voir aussi le même principe de « Degree Team » pour chaque grade, le Vénérable Maître en chaire n’ayant au pire qu’à ouvrir, fermer, et gérer les affaires courantes de la Loge. Les augmentations de salaire sont généralement très rapides, surtout en comparaison avec les rites continentaux européens, et il est très courant pour les Maîtres d’être élevés trois mois après leur initiation, mais rappelons que durant ce laps de temps, il a reçu une instruction personnelle et consistante. Tout ce qui précède s’applique également aux juridictions de grades complémentaires, principalement les Grands Chapitres d’Arche Royale, les Grands Conseils Cryptiques et les Grandes Commanderies, formant l’essentiel du « Rite York », et permettant aux candidats de progresser harmonieusement. Il semble que cette appellation de « Rite York » soit destinée à donner un pendant au Rite Ecossais Ancien & Accepté.

Introduction du Rite York en France

Les soldats du Corps Expéditionnaire Américain (AEF), commandés par le Général John J. Pershing, entrèrent en guerre aux côtés de la France à partir du 7 avril 1917. Ils emmenèrent avec eux neuf Loges Militaires, dont certaines travaillèrent en France jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918, et en Allemagne durant l’occupation. La dernière Loge Militaire, sous Patente octroyée par la Grande Loge de Virginie, cessa ses travaux en 1922. Nous ignorons si des Frères français participèrent ou non aux travaux de ces Loges américaines, mais il est avéré que Pershing et Joffre étaient tous deux des Maçons. Après la guerre, en 1929, les Officiers des forces armées américaines en poste à Paris créèrent un Chapitre de « National Sojourners » sous les titres et numéro distinctif de « Paris No. 98 », toujours en activité à ce jour. Ces clubs maçonniques, créés pendant la guerre de 1898 contre l’Espagne, étaient destinés à rassembler les Officiers et Sous-officiers Maçons épars, à la fois pour tisser un lien social entre les Frères et contourner certaines difficultés administratives, aggravées par l’éloignement et le turnover propre aux armées. En effet, et c’est toujours le cas aujourd’hui, la plupart des Grandes Loges américaines interdisaient la double appartenance, et les Frères étaient alors dans l'obligation de démissionner de leur Grande Loge d'origine, et muni d’un exeat, pouvaient alors demander leur admission dans une nouvelle Grande Loge. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les troupes américaines débarquent en France, à la fois dans le Sud et en Normandie, elles n’emportent pas cette fois de Loges Militaires, surement par le fait de l’existence de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et ses Colonies. Aux lendemains de la guerre, et en raison de l’adhésion de la France au Traité de l’Atlantique Nord amorcé en 1948, les troupes américaines et canadiennes des trois corps d’armée stationnées en France sont de plus en plus nombreuses, et comprennent beaucoup de Maçons désireux d’ouvrir des Loges sur leur lieu de garnison. La décision de transporter le siège du commandement général à Paris en 1952 renforce cette tendance. Comme ils en avaient l’habitude, nos Frères américains créèrent des clubs de National Sojourners, principalement entre 1953 et 1958, dans les grandes villes de garnison comme Fontainebleau, Châteauroux, La Rochelle et Poitier, et reçurent parallèlement des Patentes de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et ses Colonies. La plupart des Loges adoptèrent naturellement le rituel de la Grande Loge de Nouvelle-Ecosse, ou Nova-Scotia, qui avait l’avantage d’être celui de la Grande Loge de New York imprimé « en clair » en langue anglaise. Certaines Loges utilisèrent d’autres rituels, notamment californien et texan, retranscrits de mémoire par les officiers des Loges à partir du fonds commun de celui de Nouvelle-Ecosse. Comme le souligne à juste titre le TRF Michel Gortchakoff dans son étude du Rite York, les Loges « Lafayette No. 51 » et « Général John Pershing No. 62 », notamment, ont continué de fonctionner sans interruption avec le rituel de Nova-Scotia en anglais jusqu’en 1966. De la même manière, les Respectables Loges « Stability/Concorde No 29/42 » ont toujours travaillé en anglais, avec le rituel de la Grande Loge de Californie. L'Espagne, alors sous dictature franquiste, interdisait la pratique de la Franc-Maçonnerie sur son territoire, et les soldats américains des bases de l'OTAN se tournèrent alors vers la G.L.N.F pour activer des Loges près de la frontière, ce qui fut notamment le cas pour Liberty No 70, crée en 1960 à Biarritz, puis déplacée sur la base aérienne de Torrejon, près de Madrid. D'autres Loges, John J. Kestly No. 60 et George Washington No. 69 ont également fonctionné sur la base de Rota, près de Cadix. Après le départ des troupes de l’OTAN en 1966, la plupart des Loges « américaines » de la G.L.N.F en France, auxquelles appartenaient aussi des Frères français, ont continué de travailler à l’aide de traductions parfois approximatives des rituels pratiqués, dont celui de Nova-Scotia. Par la suite, de nouvelles Loges de la G.L.N.F décidèrent alors de pratiquer elles aussi ce rituel américain. Et citant à nouveau M. Gortchakoff : « (…) les nouveaux ateliers qui ont été créés, travaillant dans cet esprit, ont été dits également du Rite de Nova Scotia, mais du fait des adaptations à certains usages de la Grande Loge Nationale Française d'une part, et d'autre part d'improvisations rendues nécessaires par l'occultation de certains passages, par les approximations de traduction, et surtout par le manque de transmission orale dans la gestuelle (signes, saluts, déplacements, emplacements de certains symboles), par la mise en place de facto de certains usages, aucune des loges dites de Nova Scotia en France ne travaille réellement au Rite de la Grande Loge de Nova Scotia », même si l’essence, ou fonds du rituel, est bien purement américaine. Par la suite, de nombreuses traductions différentes du même rituel originel furent dispersées par les Frères au gré de la création des Loges, et plusieurs rituels différents sont encore en service aujourd’hui. L’oralité étant la règle dans les ateliers pratiquant le système américain, tout changement de rituel est très difficile à mettre en place puisque les Frères fondateurs d’une Loge importent naturellement le rituel qu’ils connaissent par cœur dans les ateliers nouvellement créés. Ainsi il n’est pas rare de voir, dans une même Province de la G.L.N.F, des ateliers « York » utiliser des rituels différents, certes très proches dans l’esprit, mais comportant suffisamment d'écarts en termes de phraséologie, de disposition des officiers ou de déplacements, pour qu'un réapprentissage partiel soit nécessaire.

Pratique du Rite York à la G.L.N.F et spécificités du rituel

Les Loges pratiquant le «rite York » sont immédiatement reconnaissables à la présence d’un Autel central encadré par trois chandeliers afin de marquer l'importance du Volume de la Loi Sacrée. En effet, le «rite York » est articulé autour de la Bible qui, à la différence des autres Rites, est placée au centre physique de la Loge, spécificité que l'on retrouve dans tous les grades du système. Son ouverture et sa fermeture, ainsi que les passages d'un Livre à l'autre, selon ce que commande le rituel, font l'objet d'un cérémoniel très particulière et unique dans le paysage maçonnique. Il n'est pas rare de voir d'autres Volumes de la Loi Sacrée, comme le Coran, la Torah ou les Upanishad, ou d'autres encore, disposés sur l'Autel central des Loges York, aux côtés de la Bible. Comme dans toutes les Loges, les Obligations solennelles se contractent sur la Bible. Toutefois, et il s'agit là d'autres spécificités du York, les déambulations se font également autour de la Bible, et les Signes du Serment, ou « Due Gard » font systématiquement référence aux positions des mains sur cette dernière. De même, de longs passages rituels rappellent aux candidats les obligations qu'ils doivent à la Bible, protection, étude des devoirs contenus, etc. Même si la coutume s'est perdue dans la plupart des ateliers de la G.L.N.F, il est toujours d'usage, dans toutes les Loges américaines, d'offrir une Bible dédicacée par tous les Frères présents aux candidats nouvellement élevés au grade de Maître Maçon.

Spiritualité du Rite York

Le rituel York insiste particulièrement sur la présence de la Bible dans la Loge, et donc dans la vie des Frères, en la plaçant au centre de l'atelier et au cœur même de l'engagement maçonnique. Une longue exhortation sur la Bible, unique parmi tous les rituels maçonniques, prend place immédiatement après l'Obligation solennelle du 1er grade et rappelle cette importance : « S’il arrivait jamais que l’athée, l’infidèle, l’irréligieux ou le libertin, puisse arracher la Bible de nos Autels, (...) alors nous ne pourrions plus prétendre au noble titre de Maçons Anciens, Francs, et Acceptés. Mais tant que cette Sainte Lumière brillera sur nos Autels, tant qu’elle illuminera le chemin que suivent les Francs-Maçons des rayons dorés de la Vérité (...), la Franc-Maçonnerie pourra vivre et exercer son influence bénéfique sur l’humanité. Montez donc une garde vigilante devant ce Livre de la Loi Sacrée et Immuable, comme s’il s’agissait de votre vie même. Défendez-le comme vous défendriez le drapeau de votre pays, vivez selon ses enseignements divins, avec son assurance éternelle d’une immortalité bénie ». Selon les grades, la Bible est ouverte à des passages différents, comme suit : Psaume 133, au grade d'Apprenti , Amos 7, au grade Compagnon, Ecclésiaste 12, au grade de Maître Maçon. Ce choix marque les étapes rituelles que traverse le candidat dans sa progression maçonnique et spirituelle, de la joie des Frères à se retrouver ensemble, jusqu'à la fin de l'existence. Ces passages sont également lus par le Chapelain lors des cérémonies de réception dans les trois grades. Loin d'être morbide, le concept de la mort inéluctable du corps physique et de la vie éternelle de l'âme est annoncée clairement dès le 1er grade, lors de la remise du tablier au jeune Frère Apprenti : « Il est désormais vôtre, à vous de le porter tout au long d’une vie honorable, et à votre mort, qu’il soit déposé dans le cercueil qui contiendra votre dépouille mortelle (...), et lorsque votre âme tremblante se tiendra seule et nue devant le grand trône blanc pour y recevoir le jugement des actes de votre vie terrestre, puisse-t-il être votre lot d’être accueilli par ces mots, de celui qui est le Juge Suprême : sois le bienvenu, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur ». L'omniprésence divine transparait également dans les décors des Frères et de la Loge, notamment par la présence d'un Œil-qui-voit-tout brodé ou imprimé sur la bavette des tabliers des Maîtres Maçons, et de la lettre « G » à l'Orient. Le Frère qui conduit les candidats est un Diacre (du mot anglais « Deacon ») et non un « Expert » comme on peut en trouver dans certaines traductions approximatives. Le mot Diacre est utilisé dans son sens premier et religieux de servant d'autel, d'assistant cérémoniel et de messager de la parole divine. C'est lui en effet, qui par ordre du Vénérable Maître, ouvre en grand la porte de la Loge pour l'entrée du candidat en déclarant : « Qu’il entre, au nom du Seigneur, dans cette Respectable Loge et qu’il soit reçu selon les formes anciennes et dûment établies ».

Ateliers complémentaires du Rite York

Le Rite York permet un parcours initiatique harmonieux au travers de ses différents degrés, à travers la Parole, perdue en Loge, retrouvée à l'Arche Royale, préservée au Cryptique, et sublimée à l'Ordre du Temple. Voici comment est organisé le système York en France.

Les Loges symboliques confèrent les grades d(e) :

§  Apprenti

§  Compagnon

§  Maître Maçon

Les Chapitres d'Arche Royale confèrent les grades d(e) :

§  Maître de Marque

§  Passé Maître Virtuel

§  Très Excellent Maître

§  Maçon de l'Arche Royale

Les Conseils Cryptiques, ou Conseils de Maîtres Royaux et Choisis, confèrent les grades de :

§  Maître Royal

§  Maître Choisi

§  Super-Excellent Maître

Les Commanderies de l'Ordre du Temple confèrent les grades de :

§  Chevalier de l'Ordre Illustre de la Croix Rouge

§  Chevalier de l'Ordre du Temple

§  Chevalier de Malte

§  Le Chapitre de l'Ordre Souverain des Chevaliers Précepteurs (O.S.C.P) confère le grade de Chevalier Précepteur aux Commandeurs (et Précepteurs) ayant présidé une Commanderie (ou Préceptorie) de l'Ordre du Temple, en sus de celle de Précepteur Installé.

Le Prieuré K.Y.C.H (Knights of the York Cross of Honour) confère le grade de Chevalier de la Croix d'Honneur York aux Frères ayant présidé une Loge, un Chapitre d'Arche Royale, un Conseil Cryptique et une Commanderie de l'Ordre du Temple.

Notons enfin l'Ordre de la Croix Rouge de Constantin et de ses Ordres agrégés du Saint Sépulcre et de Saint Jean l'Evangéliste, qui complètent harmonieusement les grades de Loge, de Chapitre, et de Conseil en leur donnant une signification chrétienne.

Source : www.glnf.asso.fr

Par GLNF - Publié dans : Rites et rituels
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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 07:23

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers…

Au moment de frapper à la porte du temple on choisit rarement son
obédience, encore plus rarement sa Loge, qui d’entre nous peut se vanter d’avoir
choisi son rite ? Ainsi certains sont initiés selon des rites extrêmement
répandus, d’autres selon des rites plus rares.
Le Guide Des Maçons Ecossais de Rite Ancien et Accepté (GDM) est de
ceux-là. Autrefois pratiqué selon diverses acceptions dans les loges d’obédience
écossaise, il est aujourd’hui hélas frappé de désuétude.
La rareté a le mérite d’entraîner l’originalité mais la rareté peut
avoir un aspect pervers : L’absence de connaissance précise. Surtout que, dans
le cas du GDM, cette absence de connaissance vient justement du fait qu’étant
frappé de désuétude les références à ce rituel se perdent. En cas de contentieux
sur sa pratique la solution se résume à une décision discrétionnaire du VM. et
chaque Loge peut le pratiquer alors à sa manière.
Sans doute me direz vous que la forme ne saurait primer sur le fond et que
l’important dans le travail effectué en loge est le parcours initiatique. Mais
si le rituel a le mérite de fédérer ce qui est épars, il est aussi le véhicule
de la transmission initiatique, une transmission verticale fixée. La verticalité
nécessite dès lors un référentiel précis, référentiel plutôt floue dans le cas
du GDM.
Conscient de tout cela, le VM de l’année 6000/6001 de « La Foi maçonnique
n°1017 » m’a chargé au début de son vénéralat, de mener des recherches sur le
GDM pour en faire le référent manquant.
Pas question pourtant de m’attribuer des lauriers que je ne mérite
pas. Car, disposant de mon rituel comme base de recherche, je n’avais pas à
mener une investigation pour retrouver des manuscrits et autres ouvrages
éparpillés dont il est tiré. La plupart de ces ouvrages sont conservés à la
bibliothèque Richelieu, à la Bibliothèque François Mitterand, ou à la
bibliothèque du Grand Orient. La piste était tracée, je n’avais plus qu’à la
suivre…
Après une petite année de recherche mes FF, je suis en mesure de vous
proposer un voyage à travers le temps. Fermez les yeux et imaginez : Vous êtes à
la fin de l’été 1830. Louis-Philippe D’Orléans vient juste de monter sur le
trône de France après une nouvelle révolte. C’est le début de ce qu’on appelle
déjà la Monarchie de juillet.
Mais quid de la Franc-maçonnerie à cette époque ?

1 : LE CONTEXTE MACONNIQUE DE L’EPOQUE ET LA GENESE DU GUIDE DES MACONS :

Pour bien comprendre les événements maçonniques qui vont se
dérouler, il est nécessaire de revenir sur le cheminement du Grand Orient de
France.
Après la mort du comte de Clermont le 16 juin 1771, le Grand Orient de
France est fondé le 26 juin 1773. La nouvelle organisation ne tarde pas à signer
une alliance avec le Directoire du Rite Ecossais Rectifié en 1776 et avec la
Mère-Loge de Ecossaise de France pour le Rite Ecossais Philosophique. C’est à
partir de 1782 que se créer la Chambre des grades, une commission qui commence
l’élaboration du Rite du Grand Orient qui deviendra le Rite Français avec 3
grades symboliques et un chapitre en 5 ordres.
Mais bien des loges écossaises ne l’entendaient pas de cette oreille comme
les loges écossaises de Douai, de Marseille et certaines de Paris, avec à leur
tête le F:. Antoine-Firmin Abraham. Ces loges entrèrent donc en résistance.
Une résistance telle que, le 12 novembre 1802, le GODF prend un décret
déclarant irrégulières les Loges ne pratiquant pas un rite reconnu par lui. Or
les seuls rites reconnus par le GODF étaient les rites modernes, plus
particulièrement le Rite Français tel que défini par l’ouvrage intitulé «Le
régulateur du maçon » publié en 1801. De ce fait, les loges pratiquant les rites
anciens se retrouvent excommuniées.
Il existe peut-être une autre raison à ce décret. Une raison plus
politique... … Il faut savoir que les militaires français noyautent les Loges et
savent que la paix d’Amiens avec les Anglais n’est qu’illusoire. D’où la
méfiance envers ce qui viendrait d’Angleterre. Du reste Napoléon Bonaparte,
alors seulement 1er Consul, se méfie de ce qui à l’air de venir d’Angleterre et,
sans s’informer plus, il fait savoir bientôt que le « rite écossais et ces hauts
grades écossais » ne lui disent rien qui vaille.
Les loges pratiquant le rite écossais étaient peu répandues à cette
époque mais, même les loges écossaises à cette époque, pratiquent une maçonnerie
de type moderne. Plusieurs documents en témoignent. Ainsi l’ouvrage de 1742 « Le
secret des francs-maçons », ou le manuscrit daté de 1763, intitulé « Rituel du
marquis de Gage »
Le Rite écossais en France à l’époque se nommait
Rite Ecossais
Philosophique.
Le Rite Ecossais Philosophique fut créé dans le sud de la
France, à Avignon, voire à Marseille, vers 1774. Il ressemble en bien des points
aux rites modernes : Les surveillants sont tous les deux à l’Ouest, les mots
sacrés sont dans les mêmes ordres que dans la maçonnerie des modernes comme nous
les verrons plus tard. Pas grand chose à voir avec les anciens mais les loges
pratiquant les rites selon les anciens usages existaient tout de même et leur
vivacité a permis la survie de ces rites.

Pour se faire, une loge bordelaise nommée « La parfaite Loge d’Ecosse de
St Jean de Jérusalem » et qui portait le titre de « Mère-Loge Ecossaise »
accorde en 1749 une patente à plusieurs frères pour répandre les grades écossais
dans le nouveau monde tandis que la Mère-Loge Ecossaise de Bordeaux continuerait
son œuvre en France.
Outre atlantique justement, c’est en 1795 que le comte Alexandre François
Auguste De Grasse, marquis de Tilly met au point un projet de « Suprême
Conseil pour les Indes Occidentales Françaises ». Le REAA comprend à l’époque 25
grades. Il passera à 32 puis à 33. Le 4 décembre 1802, une lettre intitulée « Le
manifeste » annonce la création depuis le 31 mai 1801 du Suprême Conseil de
Charleston. Ce premier Suprême Conseil américain se composait, après cooptation,
de John Mitchel, Frédérick Dalcho, Emmanuel De la Motta, Abraham Alexander,
Batholomew Bowen, Israêl de Lieben, Isaac Auld, Moses Levy, James Moultrie et
Alexandre De Grasse-Tilly. Le Rite Ecossais Ancien Accepté devient
officiellement un système initiatique dirigé par un Suprême Conseil coopté et
organisé selon un système de 33 degrés tel que défini par les grandes
constitutions de 1786 édictées, selon une convenance, par le Roi Frédéric II de
Prusse. Ce premier Suprême Conseil donnera lui-même naissance au Suprême Conseil
de St Domingue (l’actuel Haïti) et à d’autres.
En apprenant les agissements du GODF et le décret du 12 novembre 1802,
Alexandre De Grasse-Tilly revient en France pour y implanter son rite. Il
débarque à Bordeaux le 4 juillet 1804 et arrive à Paris à la fin du mois. Notons
au passage que le comte a connu quelques déboires et se retrouve ruiné. Il devra
pour survivre faire beaucoup de concessions, y compris au niveau maçonnique, ce
qui expliquerait bien des choses. Quoi qu’il en soit, le 22 septembre 1804[5],
c’est avec l’assistance de ses frères français et de nombreux frères américains,
qu’il fonde le Suprême Conseil de France et le 22 octobre suivant, il réunit le
convent de la « Grande Loge Ecossaise du Rite Ancien Accepté »
Sous l’impulsion de Napoléon, encore lui, la Grande Loge Ecossaise du Rite
Ancien Accepté signe un concordat avec le GODF, concordat qui ne durera guère
que quelques mois, le temps de créer une loge éphémère, avant que la scission ne
revienne. A la fin de l’année 1804 le Suprême Conseil reprend son
indépendance et 60 Loges symboliques du GODF le quitte et choisissent de le
suivre dans sa démarche.
Mais ce Suprême Conseil doit se doter d’un système de grades symboliques
dispensés dans les Loges bleues. C’est ainsi qu’en réponse au « Régulateur du
maçon » les trois premiers grades du rite ancien font l’objet d’une rédaction et
d’une édition. Ce texte n’est autre que le « Guide Des Maçons Ecossais de Rite
Ancien Accepté » dont l’édition originale imprimée se divise en 3 cahiers. Un
pour chaque Surveillant et un pour le Vénérable le plus complet des trois.

Cet ouvrage semble à première vue avoir été rédigé dans une période
se situant entre 1804, date de fondation du Suprême Conseil de France, et 1812.
Le doute quant à sa date vient, d’une part, de sa propre datation qui est
« 18:. », et d’autre part, de sa partie contenant le rituel de table et ne
mentionnant personne en particulier si ce n’est « sa majesté et son auguste
famille », sans mention du souverain en question.
Pour lever ce doute il faut se référer à un autre rituel, celui d’une loge
nommée « La Triple Unité Ecossaise »  un rituel daté de décembre 1804. Ce
rituel de la Triple Unité Ecossaise est identique au Guide. Son Vénérable Maître
était le F:. Fondeviolles qui fut reçu au 33e degré par Alexandre de
Grasse-Tilly lui-même. Ainsi le Guide daterait, lui, bel et bien 1804, que cette
version de 1804 en soit l’originale ou une copie.
Le Guide s’inspire largement de la maçonnerie pratiquée par les anciens et
telle que décrite dans l’ouvrage « Trois coups distincts » (« Three Distincts
Knocks ») daté de 1760, la grande référence des rites anciens. Ces rites anciens
étaient d’ailleurs pratiqués en Caroline du Sud, à Charleston plus exactement.
Le Guide critique d’ailleurs violemment le « Régulateur du maçon » pour la
publicité qui lui est faite et prend à contre pied la déchristianisation –
Certes temporaire à cause de la révolution - opérée par les rites modernes même
si, nous le verrons plus tard, il en a assimilé bien des éléments. Il a
également assimilé le Rite Ecossais Philosophique que pratiquaient les Loges
écossaises de France au XVIIIe siècle. La raison de ces assimilations est
simple, Alexandre de Grasse-Tilly, ruiné, a du faire de nombreux compromis avec
le système en place pour pouvoir manger et vivre aux Invalides.
Le Guide veut rechristianiser la maçonnerie. Il y est dit que les trois
grandes lumières sont l’équerre et le compas posés sur la Bible. De plus dans
l’instruction d’apprenti, il est fait mention de l’évangile qui fut d’abord
prêchée à l’Est pour se répandre à l’Ouest ainsi que le dit l’instruction de
« Trois coups distincts »…
Le GODF, le Suprême Conseil, les 33 degrés… Vous, vous êtes bien
loin de ça…
Imaginez-vous ce soir de 1830 vous rendant à votre Loge pour la tenue
régulière. Vous profitez du confort du fiacre qui vous y emmène pour feuilleter
la 2e édition d’un ouvrage sorti il y a 10 ans, un livre nommé « Le Tuileur »
écrit par un certain Vuillaume. Vous congédiez le fiacre et vous entrez dans le
temple. La plupart de vos FF:. y sont déjà, V:. M:. en tête, tous les officiers
sont présent également et il y en a beaucoup… Pour ne pas perdre de temps, vous
vous hâtez de laisser votre redingote au vestiaire, vous passez votre tablier de
peau peinte, vous enfilez vos gants blancs et vous prenez place sur la colonne
la plus proche, sur un fauteuil à la dernière mode : en acajou et aux angles
arrondis.
Les travaux ne vont plus tarder à commencer.

 2 : LA DISPOSITION DE LA LOGE ET DES OFFICIERS :

Un regard circulaire vous permet de voir les différents officiers de
la Loge. Ils sont tous disposés selon les indications du livre : « Recueil
général des lois constitutionnelles du rite écossais et des différents grades
qui composent cet ordre maçonnique », un ouvrage manuscrit de 1812 comportant
toutes les indications sur le 1er degré du rite et sur la disposition de la loge
et des officiers. Ce livre n’a jamais été complété par les grades de
compagnon et de maître. Pourquoi ? Mystère…
Ce soir tout est conforme. Le Vénérable Maître est juché sur
l’estrade, à l’orient. Une estrade surélevée d’une hauteur de 3 marches et
fermée par une balustrade. Il porte le maillet, symbole d’autorité, une équerre
à son sautoir et un chapeau. Selon le manuscrit « Rituel écossais du 1er au 18e
degré » de 1820 il s’agit d’un chapeau Henry IV orné d’un plumet blanc et
d’une cocarde tricolore. Clin d’œil au RER ? le chapeau Henri IV est prescrit
pour les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte selon les rituels RER de
1787-1791.
Le chapeau paraît être l’ornement adéquat. Il s’assimile facilement à la
couronne, symbole de souveraineté et de pouvoir. Mais pas question de faire
porter une couronne au Vénérable Maître. A cette époque une couronne
rappellerait trop de mauvais souvenirs aux républicains et serait sans doute
perçue comme un sacrilège pour les royalistes.
Juste en bas de l’estrade se trouve un petit autel, appelé « autel des
serments » sur lequel trônent les trois grandes lumières de l’ordre : Le compas,
l’équerre et une bible ouverte au 12e chapitre du livre de Juges. Pourquoi ce
choix ? De prime abord on a du mal a priori à comprendre le rapport entre ces
quelques versets relatifs aux guerres entre les tribus d’Israël, plus exactement
sur la tribu d’Ephraïm, et la franc-maçonnerie. Mais une simple lecture de ce
passage permet de voir un rapport évident.
Le livre des juges, dans son chapitre 12, traite de la défaite d’Ephraïm, le 2nd fils de Joseph, face aux hommes de Galaad rassemblées par Jephthé. Suite à cette défaite, les hommes de la tribu d’Ephraïm voulaient fuir.
Si un homme d’Ephraïm se faisait prendre par les hommes de Galaad et niait sa
qualité d’Ephraïmites les Galaadites lui demandait de prononcer un certain mot.
Comme les Ephraïmites avaient un défaut de prononciation, ils ne pouvaient
prononcer ce mot correctement. La sanction était d’avoir la gorge coupée. Ce mot
n’est autre que le mot de passe du second degré que l’apprenti, au moment de sa
cérémonie de passage, est sensé déjà connaître...

Mais revenons en à la tenue. L’estrade sur lequel se tient la chaire
du roi Salomon a d’autres locataires. Il y a trois autres officiers, que le
manuscrit de 1812 désigne sous le vocable de « dignitaires ». A la droite du
Vénérable se trouve le secrétaire, à l’extrémité de l’estrade. Plus proche du
Vénérable siège le 1er diacre, armé d’une Hallebarde et qui sert de messager.
Pourquoi une hallebarde ? Il n’y a aucune explication officielle à ce sujet.
Pourtant, on peut trouver une explication symbolique : La hallebarde s’assimile
facilement à la lance. Or la lance est certes une arme mais c’est aussi dans
biens des traditions un ornement, une simple décoration. C’est le cas par
exemple pour les indiens d’Amérique pour lesquels la lance décorée montre le
rang social. Plus proche de nous, les « Beefs eaters » qui gardent les joyaux de
la couronne d’Angleterre ou les gardes suisses du pape, portent la hallebarde.
De plus il faut savoir que les gardes suisses, mais aussi les beef eaters, sont
les gardiens du sacré. La hallebarde serait alors l’arme sacrée par excellence.
Notons au sujet des diacres, puisqu’il y en a deux, que la présence
de ses officiers, décrits déjà dans « Trois coups distincts », atteste de la
conformité du GDM avec la maçonnerie des anciens. La présence de 2 diacres
œuvrant comme messager entre le Vénérable Maître et les surveillants apparaît
dans les premières constitutions irlandaises de 1730.
La fonction de diacre fut
reprise dès 1752 par les règlements de la Grande Loge des Anciens établit par
Lawrence Dermott.

A la gauche de l’estrade, on trouve l’Orateur, le détenteur de la Loi
comme l’atteste le bijoux de son cordon. A l’orient, on trouve enfin l’étendard
de la Loge et un grand nombre de sièges. Même si le recueil de 1812 ne les
mentionnent pas, il doit s’agir de sièges à destination des visiteurs importants
ou des membres d’honneur qui, eux, sont cités dans le même recueil. Du reste
l’original du « Guide des Maçons Ecossais » dit, dans le rituel d’ouverture, que
le Vénérable Maître «reconnaît pour maçon tous ceux qui sont à l’orient ». Cela
se limite-t-il au secrétaire, au diacre et à l’orateur ? Autre indice : Le
recueil de 1812 dit clairement que les Frères pratiquant les grades supérieurs
sont revêtus des attributs de ces grades, peut-être sont-ce les occupants des
sièges de l’Orient…
Juste en bas de cette estrade on trouve deux autres plateaux. A midi
celui du trésorier qui porte ses deux clefs en bijoux, et au septentrion celui
du Garde des sceaux. Ce dernier est l’assistant direct du secrétaire, il
conserve les archives de la loge, ses timbres et tampons. Son bijou consiste
simplement en une médaille de Loge.
Toujours plus à l’occident on trouve les Maîtres des cérémonies, car
il y en a deux : Le 1er en tête de la colonne du midi, portant sa canne
d’ambassade et dont le bijoux consiste en deux cannes entrecroisées. Son alter
ego lui fait face en tête de la colonne du septentrion. C’est surtout leur
voisin qui les différencie. Le 1er Maître des cérémonies à pour voisin de gauche
le 1er expert, portant une épée à la main et une règle coupant une épée en guise
de cordon. Le 2e Maître des cérémonies à pour voisin immédiat le porte-étendard
qui arbore un simple triangle en cordon. Ce dignitaire, à dire vrai, n’a aucun
office particulier pendant la tenue. Son rôle consiste, on le pense, à suivre le
Vénérable Maître lorsqu’il est en déplacement.
Toujours plus à l’occident, sur la colonne du midi, siège le 2nd
Surveillant derrière son plateau surélevé d’une marche. Il porte son éternel fil
à plomb autour du cou et tient le 3e maillet. Cette présence au midi du 2e
Surveillant atteste particulièrement du caractère ancien du GDM. Le « Trois
coups distincts », place expressément le 2e surveillant au midi « pour observer
au mieux le soleil culminant au méridien, pour appeler les hommes du travail au
repos, et de veiller à ce qu’ils reviennent en temps voulu, de sorte que leur
Maître en retire plaisir et profit. ». Cet ouvrage place également le 1er
surveillant à l’occident pour « clore la Loge, payer leur salaire aux ouvriers,
et les renvoyer de leur travail ». Plus loin dans le catéchisme des « Trois
coups… » il est dit que la colonne Force représente le 1er surveillant à
l’occident et la colonne Beauté le 2nd surveillant au midi. Dans les rites
modernes comme le rite français au contraire, les deux surveillants sont à
l’occident, un devant chaque colonne. Dans l’ouvrage de Prichard intitulé
« Massonry Dissected » de 1730 il est très clairement affirmé que les
surveillants sont à l’occident pour renvoyer les hommes du travail en ayant payé
leur salaire. Le « Régulateur du maçon » de 1801 emboîtera le pas des modernes.
Encore plus à l’occident, devant la colonne B:. , on trouve le 1er
Surveillant, juché sur une estrade de deux marches. Il porte le 2nd maillet et
un niveau en sautoir. Ce dignitaire est très entouré. A sa droite on trouve le
2nd diacre armé lui aussi d’une hallebarde, et qui sert de relais entre les deux
Surveillants. A sa gauche on trouve l’Hospitalier, et
« l’Architecte-vérificateur », ou « Architecte » tout court, qui est plus
spécialement chargé de la « maintenance » du temple : Gestion du stock de
bougies et des accessoires rituels, réparation du local s’il y a lieu, commande
des médailles de loges et attribution desdites aux membres de la Loge. Cet
officier porte un compas en sautoir. La fonction d’architecte disparaîtra très
rapidement : Dès 1849, lors de la réforme du Grand Orient de France. Un tel
officier est peu utile dans un temple comme celui de la rue Cadet, ou de la rue
Christine de Pisan, dans lesquels il y a une intendance.
Il faut enfin signaler la position même du 1er surveillant qui, à
l’origine, se situe juste en face du Vénérable Maître, dans l’axe de la chaire
du roi Salomon et du tableau de Loge. Cette position est en tout point conforme
aux usages des anciens. Alors qu’au XXI siècle, le 1er surveillant est souvent
décalé vers le Nord, tout comme le 2nd Surveillant vers l’Ouest. La raison
invoquée de nos jours est que chaque surveillant doit faire face à sa
colonnette.
Enfin, à l’occident, on trouve le 2nd Expert juste derrière le 1er
Surveillant, contre le mur devant la colonne B:. qui est le stricte alter ego de
son homologue à la tête de la colonne du midi. Pas loin de lui, devant l’autre
colonne, siège le Couvreur, armé de son épée. Une tradition veut que le couvreur
soit en général le précédent Vénérable Maître. En effet la fonction de Passé
Maître Immédiat n’existe pas au GDM.
Il y a enfin un dernier officier, il s'agit de l'économe qui est
chargé de la bonne organisation de l’agape et qui prend place sur l’une ou
l’autre colonne. L’économe est parfois appelé « Maître d’hôtel », ce qui sied
mieux à sa fonction.
Que d’officiers dans ce rituel direz-vous ? Pas moins de 20 se
repartissent le travail dans le temple sans compter les adjoints ou suppléants
éventuels ! Certes leurs fonctions sont strictement définies par le recueil de
1812. Le secrétaire fait la place tracée des travaux, le garde de sceaux
conserve et gère les archives de la Loge, le 2nd Surveillant scrute la colonne
du septentrion et se charge de l’instruction des apprentis, le 1er garde les 2
colonnes et se charge de l’instruction des compagnons, les Maîtres des
cérémonies procèdent aux cérémonies diverses : Initiations, passages,
élévations, etc… Tout cela dans un temple entretenu par l’architecte, préparé
par les apprentis sous le contrôle des maîtres des cérémonies, et vérifié par
les experts. Pourtant on ne peut tout de même pas s’empêcher de penser à la
confusion qui régnerait au cours des travaux si ceux-ci ne n’étaient pas réglés
au millimètre. On ne peut qu’en déduire l’importance d’autant plus grande du
rôle de V:. M:. au Guide des Maçons Ecossais, ses qualités d’équité et de
gestion doivent être d’autant plus grandes.
Quoi qu’il en soit, tout le monde est en place, le rituel commence…

3 : LE RITUEL D’OUVERTURE :

Au moment d’ouvrir les travaux, les bougies sont déjà allumés, les
officiers sont en place, y compris le VM. Le VM demande tout d’abord au 1er
Surveillant de s’assurer de la sécurité de la Loge puis de la qualité maçonnique
des gens qui garnissent les colonnes. Le GDM imprimé original ne mentionne pas
la façon dont les surveillants s’assurent de cette qualité, pas plus qu’il ne
mentionne la levée des FF:. ou du Vénérable Maître. Ce n’est que dans le
manuscrit de 1829 « Rite Ecossais Ancien & Accepté, rituels des 3 premiers
degrés selon les anciens cahiers » que l’on trouve la façon dont ce fait
cette vérification. Ils montent d’abord à l’orient pour y chercher
symboliquement la connaissance puis redescendent vers l’occident pour y
effectuer leur travail avant d’en rendre compte.
Enfin le mot sacré passe du Vénérable au 1er Surveillant puis au 2nd par
l’intermédiaire des Diacres. Le Vénérable se découvre le temps de prononcer la
formule rituel d’ouverture des travaux. Pour cela il s’arme d’une épée à la lame
droite et non d’une épée flamboyante, épée droite qu’il tient droite dans la
main gauche tandis que la main droite tient le maillet. Le Vénérable Maître
ouvre les travaux de façon autoritaire, en rappelant l’interdiction des
discussions politiques ou polémiques en loge, interdiction assortie de
sanctions. Il n’y a pas non plus, de formation d’un tétraèdre avec la canne du
Maître des Cérémonies et l’épée de l’Expert. Ce tétraèdre – au même titre que
l’épée flamboyante – est un élément d’hermétisme absent du GDM.
L’être au nom duquel les travaux sont ouverts diverge aussi avec le temps.
Dans le recueil de 1812 et le manuscrit « Rituel écossais » de 1820, les travaux
sont ouverts au nom de Dieu et de St Jean, il n’est nullement fait mention du
GADLU qui n’apparaît que dans le manuscrit de 1829. Les travaux, selon ce
dernier manuscrit seulement, sont ouverts comme dans notre rituel contemporain
au nom de « Dieu, GADLU et de St Jean d’Ecosse ». Notons au passage que
l’appellation de « St Jean d’Ecosse » est purement franco-française puisque les
« Trois coups distincts » ne parle que de St Jean…Quant à l’acclamation,
elle n’apparaît que dans le manuscrit de 1820 sous la forme « Houzzé » et celui
de 1829 sous l’écriture « Houzzaï ».
Que n’a-t-on pas dit sur cette acclamation mystérieuse : « Houzzé ».
On en a fait le simple synonyme de « Hourra », un dérivé de « Hoschée » -
L’acclamation Rose-Croix - un dérivé de l’hébreu « Ozé » qui signifie « Force »
et par extension « vie », ce qui rapprocherait le « Houzzé » du « Vivat » des
rites modernes. Delaunay, dans son tuileur, en a même fait une signification de
« Vive le roi » ce qui n’a rien d’étonnant lors de la restauration monarchique.
Certes le mot sacré du 1er degré n’est nullement mentionné lors de
l’ouverture, ni celui de compagnon et encore moins celui de Maître. Le mot du
1er degré ne figure dans aucun des textes, seule la 1ere lettre du mot est
mentionnée ce qui permet certes de comprendre que celui-ci est « Boaz ». L’ordre
des mots sacrés selon les anciens est donné très tôt par le manuscrit « Sloane
3329 » et le manuscrit de Trinity College. Tous deux datent du début du XVIIe
siècle et restituent cet ordre des mots sacrés avec « B » au premier degré. Dans
un autre texte fondateur des anciens, « Le sceau rompu » de 1745, on ne donne
pas le mot du premier degré mais l’intégralité de celui du second. Il n’y a
alors plus qu’à faire marcher l’esprit de déduction.
Pour retrouver l’intégralité des mots sacrés, il faut se référer aux
textes fondateur des rites anciens. Les « Trois coups distincts » (1760) donne
l’intégralité des mots sacrés des deux premiers grades avec B au 1er degré.
L’intégralité des mots est donnée à ceci près que le mot de compagnon est écrit
à L’anglaise[16]. Avant cela, deux ouvrages français nommés respectivement « Le
catéchisme des Francs Maçons » (1744) et « L’ordre des Francs Maçons trahi »
(1745) donne l’intégralité des mots sacrés des 1er et 2nd degré avec l’écriture
du mot de compagnon à la façon française.
Pour information il faut savoir qu’un des moyens de distinguer les
rites anciens des rites modernes est justement l’orthographe du mot « Boaz ».
« Boaz » est une orthographe typiquement ancienne à laquelle les modernes ont
substitué l’orthographe « Booz ». Les modernes qui ont d’ailleurs volontairement
inversé l’ordre des mots sacré des 1er et 2nd degrés comme en témoigne une
divulgation des secrets des modernes par le « manuscrit Sadler » de 1766,
divulgation faisant suite au « Massonry Dissected » de Prichard (1733).
Le GDM étant de nature ancienne, l’ordre et la prononciation des
mots sacrés dans les trois grades ne peut guère laisser de doute.

 4 : LES PRELIMINAIRES A L’INITIATION :

Avant d’aborder la cérémonie en elle-même, il faut s’arrêter un
instant sur toute la procédure qui a conduit le profane dans le cabinet de
réflexion. Le recueil de 1812 précise toute la démarche.
La demande d’initiation est déposée dans le sac aux propositions par
un F:. de l’atelier. Le postulant doit être âgé de 21 ans, mais le recueil
permet la candidature d’un postulant âgé de 20 ans seulement s’il est
louveton[18]. Suite à cette première attache le Vénérable Maître nomme trois
enquêteurs désignés sous le vocable de « commissaires » pour se rendre chez
le profane et s’assurer de sa bonne moralité et de sa bonne volonté.
Une incertitude existe quant à la teneur de la 3e attache : Passage
sous le bandeau ? Entretien en comité de Maîtres dans une salle humide ? Simple
confirmation de la 2e attache ? Faute de texte, on peut raisonnablement déclarer
qu’il y a une totale liberté des loges en la matière. Mais la 3e attache ne
saurait être escamotée puisqu’elle est prévue par le rituel de l’initiation
lui-même.
Pour ce qui est du scrutin, la règle est complexe. Selon le recueil
de 1812 le vote à boules est obligatoire lors de la 2e et de la 3e attache selon
les modalités suivantes : Si à l’issue du scrutin, il y a une boule noire dans
l’urne, il est procédé à un nouveau tour pour s’assurer qu’il n’y aucune erreur.
S’il y a encore deux boules noires dans l’urne, il est prévu que les FF:. qui
les ont mis rencontrent ultérieurement le Vénérable Maître et les Surveillants
pour exposer les raisons de leur refus. A l’issue de cette entretient, le V:.
M:. et les Surveillants tranchent et leur décision a force de Loi. S’il y a
trois boules noires ou plus dans l’urne, le scrutin est tout simplement
défavorable.
Notons que le recueil a prévu le cas du profane très connu des
membres de l’atelier. Dans ce cas, il sera dispensé d’enquête et seule la 3e
attache aura lieu. Mais dans ce cas, l’unanimité est requise.
Quoi qu’il en soit, une fois la loge acquise au profane, la cérémonie peut avoir lieu.

5 :L’INITIATION :

Pour l’initiation, le profane est amené sur les parvis du temple
après un long moment dans le cabinet de réflexions. Il a pu y lire les diverses
maximes inscrites sur les murs noirs, il avait sur la table en face de lui un
crâne et un « livre de morale », la sainte bible sans doute. Le sel, le souffre
et le mercure sont des éléments alchimiques de base absents de ce rituel qui se
veut, nous le verrons plus tard, très proche du métier symbolique.
Après un temps de réflexion le profane est introduit dans le temple
dans la vêture rituelle. Le voilà donc sans métaux, un bandeau sur les yeux, une
corde au cou, le sein et le genou gauche dénudé, le pied gauche en pantoufle.
Il est bientôt précipité dans la caverne après avoir accepté de
subir les épreuves et après avoir médité sur la sellette des réflexions qui
n’est autre que la pierre brute elle-même. La caverne est décrite dans le
recueil de 1812 qui en donne une description précise. Il s’agit seulement d’une
longue gouttière suffisamment large pour y faire tenir un homme assis. On met le
profane à un bout puis on lève la gouttière pour le faire glisser. En termes
clairs on lui fait faire du toboggan… L’épreuve de la caverne n’est pas sans
importance symbolique. Dans de nombreuses traditions initiatiques les cérémonies
débutent par un passage dans une caverne ou une fosse, à titre de punition dans
la logique platonicienne ou à titre de retraite purificatrice ce qui
conviendrait mieux à l’optique maçonnique. Ce passage « troglodyte » symbolise
une régression « ad uterum », un retour au ventre maternel pour une nouvelle
naissance. Au plan psychologique il s’agirait même d’une phase d’introspection
récapitulative avant la construction d’une nouvelle identité.
Au cours de la cérémonie de réception, après avoir subi l’épreuve du
calice d’amertume, on lui fait faire les 3 voyages. Trois voyages strictement
identiques durant lesquels le candidat est bousculé et durant lesquels les FF :.
font un vacarme épouvantable. Mais le vacarme du 3e voyage disparaît dés 1829.
Pourquoi cette suppression ? On s’accorde à dire que ce voyage correspond à la
première entrée dans le temple. On a alors du mal à comprendre pourquoi un tel
tumulte dans un lieu où règne la paix, la concorde et l’harmonie.
Au cours de ces voyages le profane sera purifié par l’eau et le feu mais
non par l’air ni par la terre. Il faut voir ici non pas un oubli d’une référence
alchimique mais une référence biblique. La candidat à l’initiation est assimilé
à une future victime d’un holocauste dans le temple de Jérusalem : il est donc
purifié par l’eau lustrale. Cette cérémonie biblique est décrite dans le
chapitre 19 du Livre des Nombres. Vient ensuite l’épreuve du feu dont la
signification est la suivante : Si la victime est impure, elle sera consumée. Si
elle est pure : le feu ne la détruira pas. Alors, seulement à ce moment, le feu
jouera alors le rôle d’un catalyseur de la transformation du profane au sacré,
du profane au maçon, du métal en or, petit clin d’œil à l’alchimie…
Pas question de décrire plus avant une cérémonie que vous connaissez
tous mes FF:. Laissez-moi seulement m’arrêter sur quelques points. En effet au
fil des transcriptions du rituel quelques éléments changent. Ainsi, lors du
« test de bienfaisance » les premières versions du rituel ne prévoient pas les
dons d’argent ridicules, seulement une offre généreuse. La formule « Monsieur le
denier de la veuve donné avec indigence est aussi agréable au GADLU que la pièce
d’or du riche… » n’apparaît pas, seule « Je n’en attendais pas moins monsieur,
de votre bon cœur... » est rédigé. Quant au sacrifice de sang, si les versions
plus récentes du rituel attribuent cette fonction à un F:. anonyme appelé F:.
chirurgien, le recueil de 1812 donne cette fonction à l’hospitalier. Il faut
noter que là encore le sacrifice de sang est un élément français qui date de la
2nde moitié du XVIIIe siècle mais il était déjà présent au Rite Ecossais
Philosophique.
Plus intéressant est la formule latine « Sic transit gloria mundi »
employée lors du retrait définitif du bandeau au candidat. Seule la version
imprimée du GDM laisse apparaître cette phrase « Sic transit gloria mundi »
[ainsi passe la gloire du monde]. D’où vient cette phrase ? Déjà présente dans
la Stricte Observance Templière bien avant le 1er empire, elle se retrouve de ce
fait au Rite Ecossais Rectifié. La maxime est tirée d’un des grands livres de la
mystique chrétienne : « L’imitation de Jésus Christ » qui contient un ensemble
de conseils pour la vie spirituelle et religieuse. Cet ouvrage est anonyme. On
l’a attribué tour à tour au chancelier de l’université de Paris, Jean Charlier
de Gerson (1363-1429), au moine allemand Thomas a Kempis (en réalité Thomas
Hemerken, 1380-1471), à L’abbé de Vercelli (Piemont) : Gersen, etc… Cet ouvrage
a été traduit de nombreuses fois, notamment par Corneille, mais c’est celle de
Félicté-Robert de Lamennais (1782-1854) fait autorité. Quant à ces paroles de
l’Imitation - « sic transit gloria mundi » - elles sont adressées au Pape lors
de son installation pour rappeler au souverain pontife la fragilité du pouvoir
temporel.
La lecture de la bible fourni son explication. Certains passages ne
sont guère tendres avec la notion de gloire. A commencer par l’Ecclésiaste qui
distingue clairement la gloire de Dieu de la gloire de l’homme qui ne serait
qu’une gloriole. Quelques exemples : « Mieux vaut une bonne réputation qu’un bon
parfum » (7-1), « Mieux vaut entendre la réprimande du sage que le chant des
insensés » (7-5).
Quant aux proverbes, au chapitre 25 verset 27 ils disent : « Il n’est pas
bon de manger beaucoup de miel, mais rechercher la gloire de l’autre est un
honneur ». Jean, au chapitre 12 de son évangile relatif à la résurrection de
Lazare parle de Jésus arrivant à Béthanie à dos d’âne. De même au Versets 42 et
suivant, Jean y traite des pharisiens qui aimaient plus la gloire des hommes que
la gloire de Dieu. Ce à quoi Jésus répond : « Celui qui croit en moi croit, non
pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé. Je suis venu comme une lumière afin
que quiconque croit en moi ne demeure point dans les ténèbres. ». Tout cela sans
compter avec l’instruction du second degré.
A la lumière de ces quelques lignes sacrées, une explication peut
s’imposer quant à la présence de la phrase « sic transit gloria mundi ». Elle
signifie à l’impétrant, d’une part que l’initiation incite à laisser là les
passions au profit de la réalisation personnelle, la gloire m’appartenant qu’à
Dieu. Et, d’autre part, que même s’il vient de recevoir la lumière, cette
lumière, aveuglante lors du retrait du bandeau, est éphémère et qu’il faudra
continuer l’initiation toute sa vie pour la maintenir ou la retrouver.
Pour en revenir à notre initiation selon le GDM, une fois le bandeau
retiré pour la seconde fois et le serment prêté, le VM communique à au nouveau
frère les mots, signes et attouchements du 1er degré du rite. Mais dans le
premier imprimé du GDM ainsi que dans les rituels écossais de 1820, le VM ajoute
la phrase suivante : « Mon F la maçonnerie est connue dans tout l’univers quoi
qu’elle soit divisée en deux rites : Anciens et moderne. Mais ils reposent sur
les mêmes principes. Nous travaillons sous le rite ancien ou écossais car il est
le même qui nous a été transmis par les 1er fondateurs de l’ordre et est de pure
essence de la maçonnerie. Voici les mots, signes et attouchements du rite
moderne ». Et sur ce il les lui communique, mais ces mots, signes et
attouchements ne sont pas plus indiqués que ceux du rite ancien. On peut tout de
même voir la volonté du Rite ancien de tendre la main au rite moderne malgré
l’opposition entre les deux. Opposition qui ne prendra fin qu’avec le traité de
1813. Sans doute est-ce là également une marque de la volonté de compromission
du comte de Grasse-Tilly pour pouvoir survivre décemment.
Enfin le nouveau F est proclamé, il prend place sur les colonnes,
sur un siège en acajou aux angles arrondis. Mais le nouveau F:. va devoir, comme
les autres apprentis, s’absenter momentanément car ce soir votre Loge monte au
2e degré pour un passage.

6 : LE PASSAGE :

L’ouverture au 2nd degré ne diffère guère au fil des temps. Elle est
d’ailleurs semblable à celle du 1er degré à quelques tournures de phrase près.
Seuls les mots sacrés changent, naturellement.
Pour la cérémonie de passage le GDM se veut extrêmement proche du métier,
il est proche en cela des rites anciens. Le candidat effectue 5 voyages au cours
desquels lui sont expliqué les différentes phases de la taille de la pierre et
de l’édification du temple. Initialement, il n’y avait que trois voyages. Ce
nombre de 5 voyages apparaît pour la 1ere fois dans un rite français provenance
indéterminé datant de 1756 et conservé par le Grand Orient de Belgique. Mais le
nombre de 5 voyages deviendra définitif en 1786 lors de la refonte des rites par
le GODF en 1786. Ce nombre de 5 voyages fut par la suite adopté par les
fondateurs du REAA et repris par le GDM.
Pour effectuer ces 5 voyages, le candidat compagnon prend successivement à
la main une série d’outils. C’est d’ailleurs la seule cérémonie et le seul
rituel dans les grades symboliques durant laquelle le candidat à les mains
pleines de plusieurs outils. Rappelons brièvement le contenu de ces voyages qui
représente les 5 années que durait l’apprentissage autrefois, dans les
confréries : Le premier est consacré à la coupe de la pierre, le candidat
effectue ce voyage muni d’un maillet et d’un ciseau à pierre . Le 2nd voyage est
consacré au tracée sur la pierre extraite des lignes propres à en donner la
coupe exacte à venir, le candidat fait le tour de la loge en tenant une règle
est un compas. Le 3e au transport de la pierre depuis la carrière jusqu’au
chantier et à la mise en place de cette pierre, ce voyage se fait avec un levier
et une règle. Le 4e tour de loge est consacré à la construction de l’édifice en
lui-même avec l’équerre et la règle. Quant au 5e voyage il est consacré à la
théorie générale de la construction. Et si les 4 premiers voyages se font avec
des outils à la main, le 5e se fait, lui, mains nues.
Cette progression est empreinte d’un certain bon sens : L’apprenti
commence par des tâches grossières ne demandant pas beaucoup d’expérience avant
d’affiner peu à peu sa technique pour déboucher sur la théorie, occupation plus
noble s’il en est.
D’aucun reprocherait aujourd’hui au GDM l’absence d’éléments plus
ésotériques. Ainsi les cartouches retournés lors de la même cérémonie au
« 1804 » ou au « 1802 » cartouches sur lesquels sont inscrit les 5 ordres
d’architectures, les 5 sens et les 7 sciences libérales. Ces cartouches ne sont
pourtant pas si récentes. Ils apparaissent sous la restauration, plus exactement
dans un rituel de 1843 publié par le Suprême Conseil de France. Il y avait même
plus de cartouches. Selon ce rituel, le 1er cartouche montrait les 5 sens, au
second voyage on montrait le 2e cartouche sur lequel étaient inscrit les ordres
d’architectures, le 3e cartouche traitait des 7 sciences libérales, le 4e
cartouche, lui était montré après les globes terrestre et céleste, il y était
inscrit des noms de philosophes comme Platon ou Solon. Le dernier de ces noms
inscrit était INRI. INRI signifie certes « Jésus de Nazareth, roi des Juifs »,
mais aussi « Igné Natura Renovatur Integra » c.a.d, selon la tradition
alchimique, « La nature renouvelle tout par le feu ».
Au GDM, ces cartouches sont inexistant. Mais les 5 sens et les 7 sciences
libérales figurent déjà dans l’instruction d’apprenti. L’initié aura
connaissance de ces éléments dès son apprentissage. Si on ajoute l’étoile
flamboyante et la lettre G apparaissant dans la cérémonie de passage, on peut
considérer que l’initié acquerra une connaissance symbolique suffisante une fois
fini sa période compagnonique.
Une fois le compagnon reçu dans son grade, on aura rabattu la
bavette de son tablier et il aura regagné la colonne du midi. Il devra quitter
aussitôt le temple avec les autres compagnons car votre loge procède à une
élévation.

7 : L’ELEVATION :

La Loge monte au 3e par la même cérémonie que celle du 1er et du 2nd
degré mais avec les mots de Maître. A ce degré les titres des FF:. changent. Les
FF:. prennent le titre de Vénérable Frères, les Surv:. celui de Très Vénérable
Frère et le Vénérable devient Très Respectable. Il faut sans doute voir en cela
une réminiscence de l’époque où le grade de Maître n’existait pas, il était
réservé au président de la Loge, les FF:. portant alors le grade de compagnon
mais connaissaient les secrets de l’actuel grade de Maître.
Pour la cérémonie d’élévation la Loge est tendue de noir, cela implique
qu’on tire un rideau à l’orient pour cacher la chaire du roi Salomon. On éteint
les lumières pour donner à la chambre du milieu un air lugubre, elle n’est
éclairée que par une bougie jaune dont l’emplacement n’est pas précisé. On
supposera seulement que cette bougie est à l’orient pour compenser l’absence de
lumière à l’orient qui est caché par un rideau noir. Cette bougie est néanmoins
cotoyée par un sablier, symbole du temps qui passe et mène irrémédiablement vers
la mort. Cette mort qui vient de frapper le Maître Hiram.
Le dernier maître élevé s’allonge dans un cercueil, recouvert d’un drap
noir. Le candidat est amené à reculons et la cérémonie peut commencer. Signalons
que le cercueil est une des particularités du REAA, Dans les autres rites les
personnes sont simplement allongées par terre. Le cercueil n’est pourtant pas
une invention du REAA, il existe aussi au Rite Suédois tel que rédigé dans les
années 1760-1770. Mais la présence de cette bière convient parfaitement au coté
théâtrale du REAA.
Plus intéressant, le GDM dans sa version imprimée non datée rajoute un
élément qui ne se retrouve plus dans le REAA contemporain. Une fois Hiram
assassiné le roi Salomon envoie une expédition de 12 compagnons à la recherche
du Maître. Cette expédition se scinde en 4 groupes qui partent respectivement au
Nord, au sud, à l’Est et à l’Ouest.
Ceci fait, voilà très exactement ce qui est stipulé : « Une de ces
quatre bandes descendit la rivière de Joppa (Aujourd’hui Jaffa) ; l’un d’eux
s’étant reposé sur une roche, il entendit de terribles lamentations par
l’ouverture du rocher. Prêtant l’oreille il entendit une voix qui disait :
« Oh ! Que j’eusse eu plutôt la gorge coupée, la langue arrachée jusqu’à la
racine, et que j’eusse été enterré dans le sable de la mer à la basse marée et à
une encablure de distance du rivage où la mer flue et reflue deux fois par jour,
plutôt que d’avoir été complice de la mort de notre respectable maître Hiram ! »
« Oh, dit un autre, que mon cœur eut été arraché de mon sein et jeté
pour servir de proie aux vautours, plutôt que d’avoir été complice de la mort
d’un aussi bon Maître. ! »
« Mais hélas, dit Jubélum : je l’ai frappé plus fort que vous deux
puisque c’est moi qui l’ai tué ! Que j’eusse eu mon corps séparé en deux, une
partie au midi et l’autre au Nord, et mes entrailles réduites en cendres et
jetées aux quatre vents, plutôt que d’avoir été le meurtrier de notre
respectable maître Hiram. »
Ce compagnon, après avoir entendu ces plaintes lamentables, appela
les deux autres compagnons, ils convinrent entr’eux d’entrer dans l’ouverture du
rocher, de se saisir des ouvriers et de les transporter devant le roi Salomon,
ce qu’ils exécutèrent.
Ces meurtriers avouèrent à Salomon ce qui s’était passé et ce qu’ils
avaient commis, et témoignèrent de ne pas survivre à leur forfait.
En conséquence, Salomon ordonna que leur propre sentence leur soit
exécutée, puisqu’ils avaient désigné eux-mêmes leur genre de mort, et ordonna
qu’il soit fait ainsi : Jubelas eut la gorge coupée, Jubelos eut le cœur
arraché, Jubelum eut le corps coupé en deux parties, l’une fut jetée au Nord,
l’autre au midi.
Salomon ayant ainsi vengé la mort du respectable maître Hiram-Abif
renvoya les mêmes compagnons pour remplir leur première mission. »
Ceci accompli, les 12 compagnons repartent pendant 5 jours et
rendent compte au roi Salomon de leur échec.
Voilà le seul élément vraiment remarquable du 3e degré du GDM qui ne
s’y retrouve plus aujourd’hui. Elle est pourtant toute droite issue de la partie
du catéchisme de maître dans les « Trois coups distincts ». Ce passage a
pourtant été supprimé en raison d’une contradiction totale avec les degrés
supérieurs.
Car le problème essentiel du GDM originel se situe là.
Le 3e degré du REAA actuel apprend que les compagnons étant rentrés sans
avoir découvert le cadavre d’Hiram, Salomon envoie 9 Maîtres qui, eux trouvent
le corps. Puis, dans un degré supérieur, l’on apprend que ces neuf Maîtres
retrouvent l’un des assassins du Maître Hiram. Aussitôt, l’un d’entre eux tue ce
compagnon et en rapporte la tête à Salomon. Lorsqu’il découvre le macabre
trophée que lui rapporte ce maître, il songe à le faire exécuter à son tour mais
finalement se ravise[23]. Quant aux deux autres compagnons, ils ne sont retrouvé
dans un autre degré.
On voit donc la totale opposition entre le 3e degré du Guide et les degrés
supérieurs du REAA. Voilà, mes FF:. où le bas blesse. Les degrés 4 à 33 ayant
été établi avant le Guide, comment ceux qui en sont les rédacteurs, les membres
du 1er Suprême Conseil Français, ont-ils pu commettre une telle erreur ? Des
hypothèses seront envisagées en conclusion.
On comprend néanmoins la suppression rapide de ce passage du GDM. Ce
rituel, dans sa version actuelle, n’a donc plus ce handicap.
Cela dit, une fois la cérémonie achevé, on communique enfin le mot de
Maître. Mais il s’agit là du mot substitué. Car le mot de Maître ne pouvait être
prononcé que par 3 personnes : Hiram roi de Tyr, Hiram Abif, et Salomon, or l’un
des trois est mort et le mot est perdu. D’où un mot substitué mis en place au
cas où Hiram, avant sa mort aurait révélé ce secret pour éviter son sort
funeste.
Quel est ce mot substitué ? Vu le caractère ancien du GDM, il n’y a aucun
doute que ce mot est « Mohabon », ce qui est proche du « Mohabone » des anciens.
A titre d’anecdote d’ailleurs le terme « Mohabone » évoque le vocable « Marrow
in the bone» , traduction : Moelle de l’os. Mohabon peut également se voir
comme une dérivation du vocable hébreu « Met aboneh », ce qui signifie :
« L’architecte est mort ».
A l’inverse il y a quelques éléments d’aujourd’hui qui n’y figuraient pas
à l’époque comme la phrase « Dieu merci le maître est retrouvé et il reparaît
plus radieux que jamais » lorsque le V:. M:. a relevé le nouveau maître. Cette
phrase est caractéristique de l’évolution ultérieure du REAA pour lequel la
fuite d’Hiram s’apparente à la course du soleil et pour lequel la relevée du
corps est une résurrection comme dans beaucoup de tradition symbolique.
Une fois le nouveau maître installé sur les colonnes, la loge peut
redescendre au 1er degré pour la fermeture des travaux.

8 : LA FERMETURE :

La fermeture des travaux est sans doute la seule partie du rituel
qui n’ai jamais grandement évolué. A un détail près pourtant : L’absence de
chaîne d’union. Celle-ci est n’est apparu dans les rites anciens que très
tardivement, car elle est, dans la première moitié du XIXe siècle, l’apanage des
rites modernes qui l’ont tiré du compagnonnage. Elle est néanmoins présente dans
l’Arche Royale des anciens et s’en est un élément essentiel. Une fois le serment
de silence prêté et les travaux clos, les frères quittent le temple pour une
agape rituelle en salle humide.

9 : CONCLUSION :

Revenons maintenant au XXIe siècle. Qu’est-il advenu du GDM ? Il a
continué d’être pratiqué tel que prescrit par le manuscrit de 1829 par la Grande
Loge de France jusqu’à une date oscillant entre la fin du XIXe siècle et le
début du XXeme siècle[26]. Depuis ce temps il a subi de nombreuses
modifications. La première date de 1893 avec Oswald Wirth qui a rajouté à ce
rituel proche du métier des éléments hermétiques et des références lourdes à la
kabbale, références propres à la mise en œuvre des degrés 4et plus du REAA. Au
fil de ces changements les diacres ont disparu avec la création de la Grande
Loge de France. Un rituel de 1905 ne les mentionne plus du tout. La
précipitation dans la caverne lors de l’initiation itou, la pavé mosaïque s’est
rétréci comme une peau de chagrin pour occuper le seul espace compris entre les
trois colonnettes allumées. Toutes ces modifications pour aboutir aux deux
versions des grades bleus contemporain du REAA pratiqués par la GLNF, versions
appelées respectivement « 1804 » alias « Cerbu », ou « 1802 » alias
« Trestournel » et datées toutes les deux de la 2nde moitié du XXe siècle.
Aujourd’hui, le Guide des Maçons n’a pas la qualité de REAA vis à
vis du Suprême Conseil Pour La France. Il lui reproche d’être en contradiction
avec les degrés 4 à 33. La contrariété originelle entre le 3e degré symbolique
et les degrés supérieurs en témoigne. Pourtant, il a été établie par les membres
du 1er Suprême Conseil au début du XIXe siècle. Comment a-t-on pu en arriver à
un tel antagonisme ? Que s’est-il passé ?
Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées :
-Que le Guide soit un élément marginal du REAA.
-Que le Guide soit un brouillon des grades symboliques du REAA., qu’il
appartienne à la protohistoire des grades symboliques du REAA, autrement dit le Guide
serait le « diplodocus » de ces grades symboliques.
-Qu’il soit un compromis politique de Grasse-Tilly pour pouvoir manger.
-Qu’il y ait une fin prévue pour ceux qui n’iront pas au delà du 3e degré,
une fin implicitement démentie ultérieurement.
-Ou alors tout simplement que le Guide des Maçons soit un rite à par
entière et non un simple rituel.
Nul ne peut prétendre détenir la vérité puisqu’aucun texte n’existe pour
accréditer telle ou telle hypothèse.
De nos jours donc, cinq Loges de la province de Paris-Grande-Arche et la
R:. L:. Fama Fraternitatis n°387 à l’orient de Paris sont les seules en France à
le conserver et à pratiquer le GDM sous une forme à peu près originelle. La
Belgique, par contre, pratique dans ses grades symboliques un REAA très proche
du Guide.
Certes ce rituel peut-être tout de même connu, grâce notamment au site
internet
http://reunir.free.fr qui diffuse entre autres les rituels les plus
anciens. De même quelques exemplaires imprimés ou manuscrits du GDM traînent
encore ça et là. L’un dort à la GLF, un autre dans les armoires du Suprême
Conseil pour la France de l’avenue de Villiers, un autre encore au Fond
Maçonnique de la Bibliothèque de France de la rue Richelieu, un autre enfin au
domicile personnel du bibliothécaire du Suprême Conseil de Belgique. Mais les 6
loges précités qui travaillent encore selon le Guide font figure de dernier
bastion de l’histoire.
Alors, mes FF:. , par delà tout ce qui peut être reproché à ce
rituel : son caractère proche du métier, trop proche pour certains peut-être,
l’absence d’hermétisme voire son coté brutal… Gardons le précieusement au titre
de prima matériae.

Source : Grande Loge Nationale Française Province de Paris-Grande-Arche
Orient de Suresnes Respectable Loge « La Foi maçonnique n°1017 »

Par Jerome Colin - Publié dans : Rites et rituels
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