Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Articles récents

Réflexion sur le 17ème grade

1 Avril 2015 , Rédigé par G-LC, UD, EN, MB et JL Publié dans #Planches

« Sur le glaive et la truelle, symbole de la mission de vigilance et de travail constructif des Chevaliers d’Orient et d’Occident, je promets d’étudier le symbolisme des grades qui viennent de m’être communiqués, d’en rechercher la signification philosophique et d’accomplir fidèlement les devoirs qui en découlent.» Le rituel est assez bref et nous apprend : Au 15ème grade, l’impétrant est ce Chevalier d’Orient qui armé d’une épée garde l’entrée d’une forteresse de sept tours. Au 16ème grade, il porte le titre de Prince de Jérusalem pour s’être distingué par sa constance et sa fermeté ; mais il n’a pu empêcher la ruine de la Maison de Dieu. Au 17ème grade, devenu Chevalier d’Orient et d’Occident, il assistera ZOROBABEL, prince de Juda, à reconstruire le temple « par la truelle » et « protégé par l’épée ». L’alternance de l’ombre et de la lumière est rappelée, pour expliciter que les civilisations sont mortelles, tout comme les hommes, et que le second Temple élevé sur le fondement de l’ancienne Loi, animée par une volonté de puissance, s’effondrera à son tour. Après la dispersion d’Israël, le troisième Temple, mystique celui-là, doit être édifié. C’est donc la construction de ce dernier qui constitue les devoirs du Chevalier d’Orient et d’Occident, sans s’être découragé par les alternances d’ombre et de lumière, de réussite et d’échec, et ce par l’étude du symbolisme et la reconstruction de cet idéal. Comme nous l’avons promis en prononçant la formule d’obligation, abordons un peu le symbolisme global de cette initiation à ces trois grades. Pour nous aider nous avons repris les légendes de ces grades, et nous intercalerons au fur et à mesure les quelques réflexions que celles-ci nous ont suggérées. Après la destruction du temple de Salomon, le premier Temple, les hébreux sont en captivité à Babylone depuis 70 ans, car à la suite d’une révolte du roi de Judée, devenue province du royaume de Babylone, le peuple juif a vu son Temple, construit par Salomon, symbole de puissance sur le monde terrestre, la croix surmontant le globe, fruit de la sagesse et de la foi, détruit, à une date qui a pu être située en 586 avant JC. par Nabuchodonosor, autrement dénommé Nebucadnetsar. Ce dernier représente les puissances du monde profane, les adorateurs d’idoles, les ennemis de la vraie foi, qui prennent le dessus lorsque justement la fidélité à nos engagements moraux est en défaut et notre vision de la Vérité faussée. L’unité spirituelle et matérielle des hébreux avait été rompue puisque le royaume de Salomon a été partagé et les guerres civiles sont devenues le quotidien ; ainsi la Judée est tombée sous la domination de l’empire babylonien, physiquement et symboliquement. « Babylone la grande, qui du vin de sa fornication, a fait boire à toutes les nations »Apocalypse 14-8. Voici la conséquence de la perte de la spiritualité, motivée par, et/ou conduisant à, la recherche de pouvoirs sur les autres hommes et, la satisfaction de nos pulsions d’appropriation. Et même, si au fond de nous-même une partie de nous, notre conscience sans nul doute, se rebelle, nous nous illusionnons sur nos capacités; semblable à ce Roi de Judée, dénommé Sédécias me semble-t-il, symbolisant cette prise de conscience, nous tentons « un coup de force », cela conduit à un échec qui aggrave encore la situation, conduisant à cette destruction du Temple. Résultat : déportation en Babylone de tout le peuple hébreu cette fois-ci, au lieu des 10.000 initiaux, et perte de toutes libertés. Grandeur et décadence, avancées et reculs dans notre parcours initiatique, voilà également la raison de ce parallèle avec les aventures réelles et légendaires de ce peuple hébreu, la Bible pouvant ainsi être comprise dans son ensemble comme l’expression, la description, d’une voie initiatique ; « que celui qui a des oreilles entende ce que le souffle dit aux communautés », au sens de l’entendement réservé à celui qui a de la sagesse, nous sommes toujours dans l’apocalypse, livre de la révélation de Jean de Pathmos. A titre d’observation générale, il ne faudrait pas conclure pour autant que la voie initiatique maçonnique s’engage dans une voie totalement « chrétienne » dans les hauts grades, ce qui pourrait choquer bien des maçons ; mais elle utilise par la voie de l’analogie notamment, l’ensemble de notre mémoire émotionnelle, et de ce fait la symbolique y rattachée, pour faire entrer en nous le vrai message initiatique de ces symboles universels dont les religions se sont servies pour leurs propres fins. Aussi n’ayant pas peur d’entrer au cœur du texte biblique pour justement utiliser ces réminiscences culturelles mais en gardant pour guide notre enseignement maçonnique. Heureusement, la légende nous rapporte que le roi CYRUS, en 536 environ, à la suite d’un songe comminatoire du Dieu des hébreux, « rends la liberté à mon peuple ou tu mourras », restitue le trésor du Temple à ZOROBABEL, prononce un édit autorisant et ordonnant sa reconstruction et donne pour ce faire, sous peine de mort à tout contrevenant, la liberté de passage dans tout le royaume « à ceux des Hébreux ayant la qualité de Maçons libres », nous précise la légende du grade. Quelques notes personnelles sur les nombres :

Sur les hébreux en Babylone, ZOROBABEL en réunit 42.360 parmi lesquels il choisit 7.000 d’entre les maçons pour les armer Chevaliers. Tous ne sont pas maçons et tous les maçons ne deviennent pas chevaliers. Le symbolisme des 7.000 nous parle assez facilement, soit un grand nombre (10.000) de Maîtres (7), et cela en relation au temps de captivité 70 ans, 70 fois 100. Mais 42.360 est plus difficile à approcher : pour établir un lien avec les 7.000 choisis ce serait bien 6 fois 7.000 augmenté de 360. En admettant que les 360 correspondent à l’ensemble des 12 tribus d’Israël (12X30), 36 correspondant au carré de 6, base de l’étoile de DAVID, liée à la manifestation de toute vie, triple dualité de l’espace, et le 10, exprimant un nombre complet, cela ferait 21.000 (3 fois 7, dynamique et maîtrise et 1.000 exprimant la tribu) hébreux pour chaque tribu qui repart, soit Juda et Benjamin. Donc 42.000, deux tribus complètes, augmentées symboliquement de l’ensemble360, représentant tout le peuple élu. Mais nous n’avons pas trouvé en cette première analyse, de réponse satisfaisante à cette réflexion numérique sinon qu’il s’agit d’une combinaison de 3, de 7, et peut-être de 6, ou plutôt 12. Par obsession sur le 666 on peut trouver 600 x 70 et 60 X 6, ce qui signifierait que ce 666, nombre d’homme, nombre du monde car exprimant toutes les dualités, serait au cas particulier, associé au nombre 70 (7 et 10), nombre de la complète ou parfaite maîtrise. Ce serait donc à travers ce nombre d’hommes qui prennent la route de Jérusalem pour reconstruire ce qui sera le second Temple, qu’un message nous est transmis ; les maîtres choisis doivent reconstruire le Temple pour tous les hommes, même pour ceux qui restent en Babylone. Mais ces spéculations toutes personnelles sur les nombres se sont arrêtées à cette première analyse. Donc, ce sont ces maçons libres, guidés et protégés par les Chevaliers d’Orient et de l’épée, qui se dirigent vers cette terre de leur origine, là où leur Dieu veut que lui soit reconstruit sa Maison; malgré la protection de l’édit de CYRUS, maître souverain de l’empire perse, les hébreux sont violemment attaqués pour franchir un pont. Cette liberté de passage qu’ils réclament en tant que maçons libres, ce passage « par-dessus les eaux », ils sont contraints de les conquérir par la violence, par l’épée. Là l’usage de l’épée, n’est pas que de vigilance pour garder l’entrée de la forteresse, mais bien nécessaire pour s’ouvrir le passage et faire appliquer la Loi, correspondant à l’édit de Cyrus. Même une fois arrivés cette opposition continue ; les Samaritains, bien que d’origine païenne, reconnaissaient toutefois les cinq livres de Moïse ; mais ils ne souhaitaient pas qu’un nouveau Temple, reconstruit uniquement par les hébreux, vienne redonner à la ville de Jérusalem une nouvelle puissance permettant ainsi aux hébreux d’asseoir leur pouvoir sur toute la contrée, pouvoir temporel et spirituel, ou le premier par le second, comme cela a été réalisé par Constantin, comme par bien d’autres. Devant le refus de leur proposition de construire ensemble le Temple, refus qui leur est opposé catégoriquement par ZOROBABEL et en des termes méprisants, les Samaritains agressent constamment les bâtisseurs qui finalement prennent peur. C’est pourquoi ZOROBABEL ordonna que « tous les ouvriers fussent armés, tenant la truelle d’une main et l’épée de l’autre ». Bien que nous ne soyons dans notre restitution des légendes des grades concernés qu’au 15ème degré nous nous rendons compte de tout le symbolisme de ces deux outils dans l’ensemble de ces grades. Le glaive, comme l’épée, transperce, permet de trancher les obstacles, sans toutefois résoudre le fond du problème. Il est aussi le symbole de la puissance qui peut ôter la vie ; cette puissance est aussi celle qui est porteuse de vérité et transmet, projette, fait pénétrer aussi la Lumière au cœur de l’impétrant (voir l’initiation au 1er degré). Il est porteur, concentrateur, transmetteur de l’énergie des sphères supérieures, de la force solaire, étant ainsi également fécondateur et créateur ; dans certaines iconographies c’est bien un glaive sortant de la bouche de Dieu qui représente la parole créatrice, même si ce glaive devrait avoir en ce cas la forme de l’épée flamboyante, vibration créatrice. L’épée permet aussi l’adoubement, c’est à dire faire entrer l’impétrant dans une communauté, la chevalerie. La truelle est un instrument qui apparaît dès le 5ème voyage du Comp\ ; elle permet de déposer le mortier pour bien jointoyer les pierres et permettre la réalisation d’un enduit pour faire disparaître les aspérités, réalisant de ces deux manières L’UNITE, en liant les éléments entre eux (solidité, stabilité) et en donnant à l’ouvrage sa finition évitant les disparités visuelles, sans oublier le rôle de protection de surface des matériaux face aux intempéries. C’est aussi le symbole de la tolérance et du pardon. C’est pourquoi elle est l’outil du maître maçon plein de bienveillance pour ses FF\ ayant pour seul objectif la réalisation en commun de l’ouvrage.

Le passage au 16ème degré

fait, à nouveau, état de cette opposition des Samaritains qui réussissent à faire suspendre les travaux par une demande adressée au Roi Artaxerxés, en lui rappelant que le peuple juif avait « dès les jours anciens » été un peuple rebelle, refusant de payer tribut, impôt et péage, et qu’ils étaient toujours source de sédition ; par rescrit, les juristes apprécieront la précision du terme biblique, le roi ordonna l’arrêt des travaux, et par la force si besoin était. Il fallut, après quelques années, qu’une délégation de cinq hébreux, qui s’étaient distingués dans leur zèle à construire le Temple et à défendre les bâtisseurs, se rendît chez le roi DARIUS, en sa deuxième année de règne, à Babylone pour que celui-ci remette en vigueur l’édit de CYRUS par un nouvel édit le confirmant. Les cinq ambassadeurs furent accueillis avec tous les honneurs et furent élever au rang de Prince de Jérusalem, et les travaux purent être conduits à bonne fin. Le Temple fut achevé 70 ans après la destruction du premier temple, soit en 515 avant JC environ. Ainsi ces Princes, dénommés parfois Gouverneurs, de Jérusalem, reçoivent pour fonction de rendre la justice, certaines légendes précisant qu’ils jouissent de grands privilèges dans les Loges mac\, et notamment en y intervenant dans un but de bonne administration de celles-ci. En résumé l’enseignement de ce grade, en relation avec le texte de l’obligation à commenter, montre combien il faut transposer l’usage des outils ; l’épée devient ainsi l’instrument de la justice rigoureuse et la truelle celle de la clémence ; et cela à deux niveaux : - Celui de Darius qui accède à la demande des ambassadeurs de réexaminer la situation (truelle) et fait justice (glaive) à leur demande d’application de l’édit de Cyrus qui ordonnait la construction de ce Temple ; - Celui des ambassadeurs devenus Princes de Jérusalem, qui devait rendre la justice mais toujours avec bonté et discernement.

Nous arrivons enfin au 17ème grade.

Conformément à la parole du Christ devant les bâtiments du Temple, « il ne sera point laissé ici pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas », ce second Temple fut détruit par les romains en l’an 70 après JC cette fois-ci, et actuellement sur le site est construit une mosquée. Grandeur et décadence…Mais que devinrent les Princes de Jérusalem ? La légende nous dit : « certains israélites quittèrent la Judée pour rechercher une contrée où la pratique de leur culte serait respectée. Ils s’unirent aux thérapeutes et aux johannites, disciples de Jean de Pathmos. C’étaient ces Chevaliers d’Orient, qui maintinrent en secret la pureté du culte du Grand Architecte de l’Univers ». Et c’est lors de la venue des croisés qu’en 1118, qu’ils s’unirent avec eux afin de créer un ordre nouveau sous la protection de Garimond, patriarche légendaire de Jérusalem, afin d’assurer la sécurité des pèlerins qui visitaient la Terre sainte. Voici l’histoire légendaire des chevaliers d’Orient et d’Occident, que nous sommes devenus à ce stade de l’initiation, et au titre de laquelle nous devons conserver le glaive dans une main et la truelle dans l’autre, outils sacrés, consacrés, sur lesquels nous avons prêté notre obligation. 1118 ! Date précise à laquelle débarquèrent à Jérusalem, les neufs chevaliers, laïques ayant prêté serment de vivre comme s’ils étaient moines, vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, conduits par Hugues de Payen, dans le cadre d’un ordre non encore officiel, dénommé « Pauvres soldats du Christ et du Temple de Jérusalem », et qui furent ultérieurement appelés les Templiers. Eux aussi s’autoproclament gardiens des routes du désert de Judée et des voies menant d’Europe à Jérusalem. De là, il ne semble pas que l’on puisse déduire autre chose que ce qui suit : Ce 17ème grade se réfère expressément à une origine templière, mythique ou réelle ; on peut imaginer qu’une partie a bien été réelle de cette fusion de deux « ordres », les chevaliers d’Orient et les chevaliers d’Occident. Le sceau des Templiers représentait deux chevaliers sur la même monture, alors que justement une règle de l’Ordre interdisait de monter à deux sur la même monture ; rappelons que les phantasmes de leurs tortionnaires auraient voulu nous faire croire à une déclaration publique d’homosexualité ! Cela a été interprété plutôt comme un symbole de leurs vœux de pauvreté et d’humilité ; C’est pratique de se battre en étant deux sur le même cheval, avec armure et lance… Toutefois il convient de conserver en mémoire cette relation symbolique de l’homme et du cheval, de cette conquête sur l’animalité propre à notre vieil homme ; c’est pourquoi être chevalier c’est bien être celui qui gouverne sa monture intérieure ; enfin n’oublions le jeu de mots cher à nos vrais philosophes, les alchimistes, chevaucher la cabbale ou la cavale… Mais la conclusion qui s’imposerait logiquement et ce quelques soient les autres analogies possibles, est la suivante : Chaque Templier représentait les deux ordres de Chevalerie qui avaient fusionné, celui d’Orient et celui d’Occident ; cette hypothèse est séduisante n’est-ce pas ? Sous la torture de l’inquisition les templiers ont avoué avoir conclu une alliance avec « les sarrasins » et la trame des réflexions et indices sur ce sujet, montre bien que ceux-ci sont entrés et restés en contacts étroits avec des groupes instruits et cultivés d’Orient (soufis) ou y ayant leurs origines (réfugiés de Palestine en Grèce). Il semble bien que les mouvements gnostiques du Moyen-Orient ont ainsi échangé leurs connaissances avec différents ordres d’Occident. Cela aurait constitué un pont entre l’orient et l’occident, ce qui déjà à l’époque aurait permis à certains groupes comme les Templiers, d’envisager une organisation « transnationale », bien que cette notion ne pouvait pas encore porté ce nom à cette époque. Mais les intérêts des états naissants (Philippe Le Bel), ceux de la primauté pontificale romaine, et les jalousies d’autres ordres religieux, ont conduit à la chute de ces projets et donc de l’ordre du Temple. Alors, que voulons-nous, que devons-nous, défendre aujourd’hui avec notre épée et construire avec notre truelle ? La construction d’un nouveau Temple, celui qui sera au centre de la Jérusalem céleste, selon les visions de Jean de Pathmos ? En dehors de l’aspect global ci-après invoqué il convient de maintenir l’enseignement pour chaque maçon individuellement : élaguer les mauvais côtés, certitudes préjugés, du vieil homme et cela à la pointe de l’épée, puis avec la truelle rassembler toutes nos vertus personnelles et celles de tous les maçons pour créer cette société parfaite de laquelle nous rêvons. Symboliquement nous sommes tous d’accord, mais au sein des FF\ présents lors de la réunion, des approches fort différentes sont apparues. L’un de nous considère que l’approche développée par ces grades aboutissant à celui de Chevalier Rose+Croix accuse au plan des idées leur âge ; la philosophie sous-tendant ces grades se serait arrêtée, selon lui au 18ème siècle elle aussi, date à laquelle d’ailleurs ce grade aurait été le plus élevé du R\E\A\A\. Il déplore que cette vision du temple intérieur ne soit que mystique, située dans un plan de pure spéculation, elle-même reliée à des visions non scientifiques, donc dépassées ; il craint qu’ainsi notre quête ne soit stérile car ne conduisant pas à une véritable réalisation de l’homme. Il rappelle que, pour lui, comme pour tous les FF\MM\ du G\O\D\F\, la F\M\ a pour objectif l’amélioration matérielle et morale, le perfectionnement intellectuel et social de l’humanité, et que les conceptions métaphysiques sont du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres. Et il considère que cette vision, même symbolique de la Jérusalem céleste est « trop exclusivement métaphysique », et tournée vers le seul développement de notre temple intérieur. Le matérialisme dialectique et historique qui conduit à considérer que les systèmes de pensée sont le reflet des rapports sociaux eux-mêmes conséquence des systèmes économiques de production, aurait démontré en se fondant sur l’analyse historique, que l’épanouissement de l’homme ne peut se faire que collectivement. Par ailleurs, la science actuelle, qui ne peut et ne doit prendre en compte, selon cette approche philosophique, que les faits objectifs, considère que le tissu du monde dont nous faisons partie n’est que de la matière, même si celle-ci n’est que la trace, dans l’espace de vibrations, créant ainsi le volume dans lequel elles s’inscrivent. Alors, précise-t-il, soyons concrets et considérons que ce Temple que nous devons construire passe d’abord par une société plus juste dans laquelle seront créées les conditions de notre épanouissement individuel. Dans ce cas notre glaive sera tourné avec vigilance vers tous les prédateurs de ce monde, ceux qui veulent nous empêcher de retrouver notre patrie, nos bases matérielles, puis en direction de ces samaritains, qui sous couvert de participer, ne désirent que s’approprier une meilleure part du gâteau et du pouvoir, et notre truelle devra assembler tous les défavorisés de la planète pour construire avec leur chair, avec leurs cœurs, avec leur travail, avec leur sueur, une humanité réellement plus humaine. En réponse à cette approche, les autres membres de cette réunion lui ont précisé qu’ils n’étaient pas désireux d’entrer dans un débat ; cela conduirait à mettre en avant, le fait que la fameuse « méthode scientifique » est devenue trop souvent un quasi-dogme, ou, en tous cas, « un monisme méthodologique », de plus bien difficile à définir car en constante évolution, avec des frontières bien floues avec d’autres modes d’acquisition de la connaissance, comme l’intuition notamment. Tout d’abord il a été fait remarquer que la transformation individuelle a un effet « feed back » sur celle de la société qui à son tour à un effet retour sur l’individu ; n’oublions les dernières réflexions scientifiques (Gnose de Princeton .......). Même l’introspection peut être plus proche de la méthode scientifique que l’on ne peut le penser, et notamment lorsque celle-ci est fondée sur des méthodes comme le symbolisme tel que nous le pratiquons, car s’il utilise la voie de l’analogique, de la suggestion, c’est en objectivant des éléments internes et externes à notre esprit, navettes entre le conscient et l’inconscient. Je voudrais citer à ce propos la phrase d’un philosophe anglais, Bertrand Russel, dans un texte paru en 1992, : Les philosophes « admettent volontiers que l’intellect humain est incapable de trouver des réponses définitives à de nombreuses questions fort importantes pour l’humanité, mais ils refusent de croire qu’il existe une « plus haute » façon de connaître, grâce à laquelle nous pouvons découvrir des vérités cachées à la science et à l’intellect ». Ainsi nous avouons la limite de nos moyens de connaître mais rejetons ceux que nous ne connaissons pas ; Beau paradoxe ! Les autres membres ont donc rappelé que ce travail collectif a pour objet de réfléchir sur la formule d’obligation du 17ème grade ; selon eux ce désir profond, impératif pour les Chevaliers d’Orient et d’Occident, concrétisé par cette promesse, ce devoir accepté parce qu’il répond à l’aspiration du F\M\ à ce stade de son parcours initiatique, la reconstruction du troisième Temple, symbolisé par celui situé au cœur de la Jérusalem céleste, intègre cette volonté d’agir dans le concret y compris social. En effet cette approche symbolique, qualifiée par lui à tort d’uniquement métaphysique, est une approche totale, intégrant nécessairement la partie qualifiée de matériel. En effet plus on s’approche de la Lumière en travaillant sur le chemin initiatique, plus on prend de la hauteur, plus on est conscient que tous les aspects qui nous semblent différents et souvent opposés, ne sont que des facettes d’une seule et même chose : Sans ressenti, je n’existerai pas, ou plus exactement, je ne saurai savoir que j’existe, car la pensée sans circulation d’informations n’existe pas. Alors je dois accepter que ce ne soit que dans le rapport aux tiers, dans l’échange d’informations, que je puis construire mon être, et comme cette conscience de mon être, contient l’extérieur comme l’intérieur de toutes choses, cette construction de mon Temple intérieur sera par nécessité un acte social, un acte collectif ; car seul je ne peux même pas avancer sur le chemin puisque je ne saurai ni où je suis, ni vers quelle direction aller, en absence de références. Les deux premiers temples étaient fondés sur la volonté et la foi d’un peuple d’honorer son Dieu tout en manifestant sa puissance dans le monde matériel, y compris avec l’aide et la protection des puissants de ce monde ; le troisième doit justement être celui qui intègre le ciel et la terre, le dedans et le dehors, et manifeste la conscience de l’Unité en l’homme. Et dans ce cas mon glaive et ma truelle seront bien utile au Chevalier d’Orient et d’Occident que je deviens par ce travail sur les symboles de ces grades : je cherche la vérité à la pointe de mon glaive, et avec ma truelle je construis patiemment le premier homme de l’humanité future ; celui qui sera passé, de l’individualisation, qui conduit trop souvent à l’égoïsme s’opposant aux intérêts collectifs, à l’individuation dans la non-dualité de l’amour. Plus nombreux nous serons à ce stade, plus vite sera atteinte la masse critique qui permettra à la société de changer profondément et créer ainsi les conditions permettant d’étendre à tous un véritable humanisme. Alors INRI pourra se réaliser et la terre, en tous ses composants, (matière, âme et esprit) sera entièrement rénovée par ce feu, qui est celui de l’amour. Le Chevalier R+C ne serait-il pas l’accomplissement du Chevalier d’Orient et d’Occident ?

G-LC, UD, EN, MB et JL

Source : http://emsomipy.free.fr/

Lire la suite

L’engagement maçonnique

30 Mars 2015 , Rédigé par Y\B\ Publié dans #Planches

Lors d'une discussion avec notre V\M\ sur la vie de notre Loge, nous en sommes venu à évoquer l'engagement et c'est à partir delà qu'il m'a demandé de plancher sur l'engagement maçonnique.
Selon moi l'engagement maçonnique se décline en de nombreux engagements.
Ces engagements peuvent se classifier en deux catégories correspondant à deux plans ou deux mondes distincts et intimement liés:
Le monde le monde sacré (c'est à dire dans le Temple) et par opposition le monde profane.
Il est en effet un engagement bien au delà des portes du Temple.
Voici en quelques mots comment je caractérise l'engagement dans le monde profane et dans le monde sacré (dans le Temple):
Engagement dans le monde sacré (dans le Temple)
- Assiduité (prenez place)
- Respecter et pratiquer nos rituels (les vivre)
- Travailler (faire des planches, s’exprimer)
- Assumer des charges (offices, représentation de la Loge, transmission…)
Engagement dans le monde profane
- Répandre au dehors…
- Etre dans l’action, agir
- Avoir un comportement fidèle à son idéal
- Travailler à son perfectionnement
En effet, le chemin sur lequel je me suis engagé à progresser implique un comportement à l'extérieur de l'espace sacré du Temple et du temps sacré des tenues.
C'est un engagement d'homme d'honneur respectueux de son idéal, de la vie et des Hommes.
Pour la suite de ma planche, je vous précise que mon domaine de réflexion se limitera à l'engagement maçonnique dans le mode sacré.
L'engagement du franc-maçon se traduit par de nombreux serments qui jalonnent le parcours maçonnique. Dés le premier degré, la franc-maçonnerie exige de nous un engagement. Laissez-moi-vous en rappeler l'essentiel:
1. Avant la cérémonie d'initiation - engagement de travailler – mains libres et yeux bandés
« Si vous êtes admis parmi nous, vous devrez prendre la ferme résolution de travailler sans relâche à votre perfectionnement intellectuel et moral.
Mais ce travail est pénible et demande des sacrifices. »
Persistez-vous, malgré cela, dans votre désir de vous faire recevoir Franc-maçon ?
2. Au début de la cérémonie d'initiation - engagement de garder le silence – main sur le cœur, yeux bandés
« Je m'engage sur l'honneur au silence le plus absolu sur tous les genres d'épreuves que l'on pourra me faire subir ».
3. En fin de cérémonie d'initiation - engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumières, yeux bandés
« Moi, N…sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers et en présence de cette Respectable Loge de Francs-maçons régulièrement réunie et dûment consacrée.
De ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie de ne jamais révéler aucun des Secrets de la Franc-maçonnerie à qui n'a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver ou sculpter ou les reproduire autrement.
Je jure d'observer consciencieusement les principes de l'Ordre Maçonnique, de travailler à la prospérité de ma Respectable Loge, d'en suivre régulièrement les Travaux, d'aimer mes Frères et de les aider par mes conseils et mes actions.
Je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d'aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d'avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d'être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d'appartenir à la Franc-maçonnerie».
4. Au terme de la cérémonie d'initiation – confirmation de l'engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumière, sans bandeau
« Néophyte, adhérez-vous entièrement aux obligations que vous venez de contracter ? Confirmez-vous sincèrement et sans restriction le serment solennel que vous avez prêté, il y a quelques instants, sous le bandeau ?
Jurez-vous, de plus, d'obéir fidèlement aux chefs de notre Ordre en ce qu'ils vous commanderont de conforme et non contraire à nos lois ? »
5. Au terme de la tenue d'initiation – à propos des métaux – le V\M\ au nouvel initié
La charité cesse, en effet, d’être une vertu si elle est faite au préjudice de devoirs plus sacrés et plus pressants : une famille à entretenir, des enfants à élever, de vieux parents à soutenir, des engagements civils à remplir : ce sont là les premiers devoirs que la nature et la conscience nous imposent.
Voilà, j'en terminé avec le rappel de notre rituel du 1er degré, mais cela me paraissait important car tout est dit ou presque. Tous les engagements futurs contractés dans les degrés suivants, enfin, ceux que je connais à ce jour ne sont que des compléments.
Un tout dernier rappel qui concerne notre engagement relevant de nos Règlements Généraux :
Art. 135. - Tout Frère admis dans une Loge, soit par initiation, soit par affiliation, prend lʼengagement de lui payer ses cotisations et d’en rester membre actif pendant trois ans, à moins qu’il nʼen soit dispensé par elle.
Maintenant, je vais rapidement vous commenter ma perception de l’engagement maçonnique qui se décline suivant deux axes :
Engagement vis-à-vis des Frères et de soit même
Engagement en vers soi-même:
Certains se contentent d’être des Franc-maçon, d’autres tentent de devenir des initiés. Notre admission en Franc-maçonnerie nous ouvre des Droits mais elle nous impose surtout des Devoirs. Le Franc-maçon est avant tout un homme de Devoir - à chacun d’en définir le contour en fonction de ses capacités, de ses disponibilités, de sa sensibilité.
En homme libre – c'est-à-dire détaché des préjugés et du vulgaires – nous fixons nous même la hauteur de la barre des obligations. Bien entendu cette hauteur variera tout au long de notre parcours initiatique. Les contingences profanes auxquelles nous essayons de nous soustraire lors de nos travaux en Loge nous obligeront parfois à baisser cette barre voir à la déposer et quitter la Franc-maçonnerie quelques temps car nous ne serons plus disponible à l’ascèse indispensable. La démarche maçonnique est une chance dont seuls profitent ceux qui ont le privilège d’assurer sans trop de difficulté leurs obligations profanes (familiale et professionnel) et qui de plus bénéficient d’une santé satisfaisante. Ces prés requis ne sont pas donnés à tous le monde et leur pérennité n’est pas assurée lors de notre première entrée dans la Loge.
La Franc-maçonnerie organisation philanthropique basée sur la fraternité et donc la tolérance nous permet contrairement à une organisation sectaire de décider de prendre de la distance et de nous soustraire à nos obligations dés que nous ressentons des difficultés à les honorer. A ce sujet il convient de souligner que l'engagement d'assiduité n'est pas destiné comme dans les organisations sectaires à créer une dépendance. Tel un sportif ou un musicien, chacun reste libre de définir la fréquence de ses entraînements, mais il me semble évident que la répétition des entraînements et la régularité des exercices sont la clef de la progression. Cependant, aucun maçon digne de son tablier ne portera de jugement de valeur sur la décision d’un Frère de se retiré pendant une période plus ou moins longue ou même définitivement.
Je pense qu’il faut avoir de la lucidité pour demander sa mise en congé ou sa radiation quand l’équilibre de sa vie profane est mise en danger par l’activité maçonnique. L’activité maçonnique est exigeante car elle ne se pratique pas nonchalamment en dilettante – ce n’est pas un club de rencontre de joyeux illuminés, une amicale des gentils bien pensant, une association de sages bien fêtards (et non bienfaiteurs) - l’activité maçonnique requiert de l’engagement. L’art royal que la Franc-maçonnerie nous propose de pratiquer dans nos Loges requiert de la rigueur. Et si le Franc-maçon est un bon vivant en dehors de l’espace et du temps sacralisé en tenue c’est qu’il apprécie la vie et que le bonheur terrestre à un sens. L’initié que je cherche à devenir n’est ni un austère, ni un moine, ni un taciturne, c’est homme éclairé par les étoiles et ancré dans le présent. Serviteur d’un idéal qu’il défini lui-même, conscient de son inaccessibilité mais désirant dépasser sa finitude. Cet engagement désintéressé, seulement récompensé par la conquête de l'estime de soi, vise à projeter dans le monde les valeurs et idéaux qu'il s'est forgé comme des armes pour venir au secours de l'humanité.
Un pied dans le sacré, un pied dans le profane le Franc-maçon est un passeur d’idéal engagé volontaire.
Engagement en vers mes Frères

En abandonnant l'assurance arrogante des certitudes que mes expériences dans le monde profane m'ont forgé, je peux entreprendre une démarche humble de reconnaissance par ceux qui deviennent mes Frères.
Nous avons tous eu l’occasion d’être interloqué par une intervention que nous jugions caricaturale, outrancière, décalée,…Cependant, rendons nous à l’évidence, l’éveil de la conscience se nourri des interventions qui nous dérangent quelque peu. Il y a loin entre l’idéal commun et la pensée unique.
Mais pour nous bousculer dans nos schémas de pensées engluées dans les préjugés que nous avons parfois du mal à laisser à la porte du Temple, il nous faut la participation active de nos Frères en général et de ceux qui pensent différemment en particulier. Sans eux je ne peux avancer sur mon chemin initiatique. Mon ego si prompt à prendre son indépendance dans le monde profane est démuni. Cela tombe bien, c’est justement lui que je viens chercher dans les ténèbres de mon moi – c’est lui que je viens éclairer d’une lumière intérieure pour mieux l’apprivoiser afin de mieux le maitriser.
Un maçon se doit de construire sa réflexion par l’usage des outils dont il a appris le maniement. Il se doit de partager son ouvrage avec ses Frères. L'ouvrage est la résultante de l'art que chacun de nous développe dans l'utilisation des symboles et que chacun d'entre nous peut à loisir utiliser pour construire sa propre œuvre. Chacun est libre de pratiquer l'art royal avec sa sensibilité pourvu qu’il participe par son engagement à l’œuvre commune dans le respect de la Règle.
En effet, la méthode maçonnique que je qualifie d’individuelle repose sur l’engagement collectif - Individuelle ne veut pas dire égoïste - Imaginez une tenue ou personne ne planche, ou personne n’exprime sa réflexion! Quel intérêt pour les participants si la pensée se meurt?!
Parce que mes Frères sont nécessaires à mon propre cheminement, chacun d'eux m'est important. Dés lors l'engagement en vers mes Frères s'impose: je me dois d'assister, de défendre, d'aider autant que de besoin celui dont la présence m'est nécessaire pour progresser, et à la progression de qui, par réciprocité, je suis indispensable. N'est-ce pas aussi cela la fraternité?
Conclusion
Le respect de ses engagements introduit naturellement la définition de l'honneur. Ainsi par le respect de ces engagements le franc-maçon devient un homme d'honneur prompt à assumer ses paroles et ses actes dans le profane comme dans le sacré.
Cependant, les engagements de chacun ne sont pas l'engagement de tous, car personne ne peut prétendre détenir la Vérité, il n'existe donc pas de modèle qui puisse servir de patron, de plan général ou de programme.
L'engagement est et demeure personnel, singulier et sa diversité contribue également à l'enrichissement de nos différences.
A chacun sa conscience dans son engagement sur le chemin périlleux et ingrat de la recherche et de l'approfondissement.
Mais attention mes Frères, il me semble que dans sa liberté éclairée, le véritable initié, se retrouve seul devant sa seule conscience jusqu'à n'avoir de comptes à rendre qu'à lui-même en étant plus intransigeant envers lui même que le plus redoutable de ses pairs ou de ses juges.
Enfin, tout ceci n'engage que moi !
J'ai dit
Y\B\

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Les Cathares

27 Mars 2015 , Rédigé par A/S Publié dans #Planches


Si le fait, pour certains hommes, de s’interroger d’une manière lancinante, aiguë, sur l’origine et l’horrible omniprésence si multiforme du mal sur la terre, constitue une expérience universelle qui resurgit à toutes les époques, il faut assigner au dualisme religieux proprement dit une filiation historique qui remonte à l’Iran.
On remontrait tout d’abord à Zoroastre, qui vécut vers 600 avant notre ère : sa révélation fait bien, du monde et du temps, le théâtre de l’affrontement historique des deux principes opposés.
Au IIIe siècle après Jésus-Christ apparaîtra le manichéisme, que l’on peut considérer comme la vraie source première et précise du catharisme. Il s’agit du système de Mani ou Manès, autre grand réformateur iranien, qui vécut au IIIe siècle de notre ère. Mani, qui se proclamait le quatrième grand missionné divin (après Zoroastre, Bouddha et Jésus), développait avec une logique impitoyable la doctrine dualiste : deux principes engendrés et équivalents dont l’affrontement donne naissance au douloureux drame historique qui est l’existence même du monde sensible, de la matière
Le manichéisme se répandra très vite en Occident, mais pour y connaître d’atroces persécutions : compte tenu de la possibilité de quelques noyaux très secrets de survivance, il sera même pratiquement éliminé d’Europe occidentale, quand s’épanouira bien plus tard le catharisme. Celui-ci surgira donc à la suite d’une nouvelle vague de dualisme. Vague manichéenne sans nul doute à l’origine, mais qui se présentera sur les (?) idéologiques. Le catharisme proprement dit, dont la période d’épanouissement va du XIe au XIVe siècle après Jésus-Christ, comprend en fait quatre ordres historiques (par ordre d’apparition) :
Les Pauliciens, les Bogomiles, les Patarins et enfin les Cathares proprement dits. La même religion dualiste, certes, mais dont l’histoire, voire complète, nous mènerait de l’empire byzantin et des Balkans
l’Italie, puis à l’Europe occidentale : France et Catalogne principalement, mais avec des noyaux en Grande-Bretagne et en Allemagne.
Quant aux Albigeois, c’est tout simplement le nom géographique qui fut donné aux Cathares quand ils se répandirent dans le Languedoc. En fait, d’ailleurs, la ville même d’Albi fut relativement peu touchée par le catharisme : le nom fut donné sans doute après l’échec du colloque de Lombers, ville voisine d’Albi, tenu en 1157 au cours duquel des théologiens catholiques n’avaient pas réussi à convaincre les hérétiques. Si le pays albigeois proprement dit connut, certes, un développement réel (à Cordes par exemple), un épanouissement tout aussi important eut lieu dans d’autres parties du Languedoc et de l’Occitanie.
De toute manière, l’albigéisme marqua bien la phase la plus dramatique du catharisme, celle de son épanouissement dans toute l’Occitanie et en fait tous les pays de langue d’Oc, mais aussi celle de sa destinée suprêmement tragique. L’atroce drame albigeois couvre en fait trois générations, qui virent l’apogée et la ruine de la civilisation méridionale à laquelle la spiritualité cathare avait si étroitement lié son sort. On ne doit pas oublier cette longue durée de la terrible « Croisade des Albigeois » : drame atroce au cours duquel la cruauté et la haine se déchaînèrent d’une manière particulièrement inexpiable. Inutile de nous étendre sur les massacres et les atrocités commises par les soi-disant « Croisés » venus du Nord sur l’impitoyable répression ecclésiastique qui - lorsque l’Occitanie une fois conquise - s’acharna à traquer l’hérésie dans toutes les classes sociales.
Nous rappellerons uniquement et seulement l’hallucinant épisode qui suivit la prise du château de Montségur : l’énorme bûcher du 16 mars 1244 qui fit 210 victimes. Mais, à Lavaur, n’avait-on pas fait mieux avec 400 Parfaits brûlés vifs d’un seul coup ! Mais ce fut bien supérieur à la sombre période médiévale en matière d’extermination massive d’êtres humains jugés « nuisibles », le XXe siècle devait faire bien mieux encore si on peut dire.
Pourquoi les Cathares furent-ils l’objet d’une « croisade » tellement impitoyable ?
Comme les Templiers, ils furent victimes de la tiare et de la couronne. Comme les premiers, les Cathares avaient dû affronter la même accusation odieuse (« quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage », dit le proverbe populaire) : les Parfaits cathares furent accusés de sodomie, sans doute parce qu’ils allaient toujours par deux dans leur terrible évangélisation. Accusation odieuse et absurde contre des hommes qui n’avaient fait vœu de totale pureté physique.
Cathare vient en effet du grec (catharsis), ce mot signifie pur : purs, les « Parfaits » l’étaient ; nous verrons tout à l’heure la profondeur de leur ascétisme. Mais, durs pour eux-mêmes, ils étaient charité, amour, indulgence pour les autres, quelles que fussent leurs faiblesses : les « Parfaits » étaient surnommés les « bons hommes » par la population où ils exerçaient leur apostolat. Mais pourquoi le Languedoc, l’Occitanie reçurent-ils avec tant d’ardeur la prédication cathare ? A quoi cela tenait-il ? En partie, certes, à l’admirable organisation et à l’efficacité de la prédication des « Parfaits », qui étaient en liaison avec les dualistes d’Italie et même des Balkans. Par exemple, les Cathares tiendront un concile en 1167 à Saint-Félix-de-Carman ; parmi les participants présents, l’évêque Bogomile Nicetas venu spécialement de Bulgarie.
L’actif commence entre l’Occitanie et l’Europe orientale, qui favorisa d’ailleurs le développement du catharisme. D’autre part, n’oublions pas que les données politiques et sociales, très importantes (le particularisme méridional équivalait pratiquement à une indépendance de fait) de l’Occitanie étaient vues d’un très mauvais oeil par les seigneurs du Nord, et encore par le pouvoir royal. Nous n’hésiterons donc pas à dire que, même s’il n’y avait pas eu de catharisme, la conquête du Languedoc se serait trouvée engagée tôt ou tard par le pouvoir royal sous un prétexte quelconque. Comme pour le drame templier, on trouve dans la racine du drame cathare une impitoyable question de raison d’Etat.
Le catharisme prit vite figure d’une Église nationale, symbole de l’indépendance occitane. D’ailleurs, bien des catholiques languedociens luttèrent contre les envahisseurs venus du Nord : ne croyons pas que les troupes qui résistèrent si longtemps à l’annexion brutale étaient toutes composées de Cathares.
L’Occitanie était appelée tôt ou tard, répétons-le, à devenir une proie bien tentante pour le pouvoir royal
Mais pourquoi un tel succès du catharisme en Languedoc.
L’Église catholique, avant les efforts que devait déployer Saint-Domingue pour en réformer ses mœurs, était tombée bien bas dans le Languedoc : le clergé, et même les moines, donnèrent un exemple assez peu édifiant ; d’où, par le contrecoup normal, le grand prestige des Cathares auprès de la population. Pourtant il peut sembler paradoxal de voir l’Occitanie - où s’est développée une civilisation très raffinée et très luxurieuse, une douceur de vivre quelque peu indulgente aux faiblesses humaines - faire un accueil aussi enthousiaste à des maîtres spirituels qui prêchent sans compromission le total renoncement aux plaisirs charnels, un ascétisme très strict.
Mais, ne l’oublions pas, les Parfaits n’étaient qu’une faible minorité : s’ils prêchent certes au définitif et au total renoncement des joies de ce monde, ils ne forçaient personne à se conformer à leur exemple si pur, en raison même de leur respect intégral d’une éthique de non-violence, de charité absolue. Ils n’étaient guère gênants en fait pour tous ceux qui, eux, cherchaient des « accommodements »
D’autre part, il faut noter la sympathie manifestée tout naturellement à la spiritualité cathare par les troubadours méridionaux, ces chantres d’un amour courtois totalement libérés des conditionnements charnels. Écoutons UC de Saint-Circ : « prenez ma vie en hommage belle et Dieu merci, pourvu que vous m’accordiez que par vous au ciel je tende ! » et aussi Guiraut de Calernson : « dans le palais où elle siège (la Dame) sont cinq portes : celui qui peut ouvrir les deux premières passe aisément les trois autres, mais il lui est difficile d’en sortir. Et vit dans la joie celui qui peut y rester. On n’y accède que par quatre degrés très doux, mais là n’entre ni vilain, ni malotru, ces gens-là sont logés dans les faubourgs, lesquels occupent plus de la moitié du monde.
Un autre troubadour, Guiraut Riquier, donna de ce beau passage le commentaire suivant, très précis dans sa concision : « les cinq portes sont Désir, Prières, Servir, Baiser et Faire par là où l’amour périt ».
Amour platonique de la « Dame « choisie par le troubadour par excellence (la Reine du Ciel et de la Terre). Queste initiatique du Saint Graal : ces splendides doctrines de l’ésotérisme des troubadours ne pouvaient que rendre ceux-ci aptes à comprendre l’entière spiritualité ascétique des Cathares.
Comme, même dans la clarté la plus aveugle, il se glisse malgré tout un peu d’ombre sournoise, signalons que le zèle de certains seigneurs méridionaux a favorisé les Cathares et ne fut pas toujours (certes, le cas a existé chez les plus nobles figures) dû à des motifs spirituels ; en confisquant les biens de l’Église catholique, ils n’avaient pas à en faire don aux « bons hommes » qui, non seulement ne possédaient rien mais qui n’avaient fait voeu de pauvreté totale ; d’où bénéfice total pour le seigneur qui procédait à la sécularisation.
On devait retrouver une même utilisation des circonstances éminemment pure en elle-même lors de la Réforme : le zèle avec lequel certains seigneurs et souverains allemands procédaient à de fructueuses sécularisations des biens conventionnels laissait supposer des motifs pas toujours très clairs à leur conversion tellement rapide du (?)
Mais revenons aux Cathares. Quelle était donc leur doctrine ?


I - LA DOCTRINE CATHARE

Le catharisme peut être défini, au point de vue spirituel et philosophique, comme étant un dualisme religieux. Laissons la parole à un texte cathare, le livre des ND Principes (texte publié par René Nelli dans son livre Écritures cathares, pages 172-173) :
« Que les gens instruits lisent donc les Écritures et, sans aucun doute, ils se convaincront qu’il existe un lieu mauvais - seigneurs et créateurs - qui est la source et la cause de tous les maux (...), sans quoi il leur faudrait nécessairement confesser que c’est le vrai Dieu lui-même - celui qui est la lumière et qui est bon et sain, celui qui est la fontaine de vie et l’origine de toute douceur, de toute suavité et de toute justice - qui serait la cause de toute iniquité et toute injustice, et que tout ce qui est opposé à ce Dieu, comme étant son contraire, procéderait en réalité de lui seul : c’est qu’aucun sage n’aurait jamais la sottise de soutenir dualiste sans équivoque ni compromission ».
C’est pourquoi nous devons nécessairement reconnaître qu’il existe un autre principe, le principe du mal, que ce principe paraît animer Dieu contre sa nature et la créature contre son Dieu ; et qu’il pousse Dieu à vouloir y désirer ce que, de lui-même, il ne voudrait nullement. D’où il résulte que, sous cette (?) que l’Ennemi malin, le vrai Dieu veut qu’il souffre, se repent, sert ses propres créatures et peut-être, aidé par elles (p. 96), nul échappatoire n’est possible. Il est donc évident que tout ce que l’on trouve de beau dans la créature de Dieu vient directement de lui et par lui. C’est lui qui a donné son être au bien et qui en est la cause (...). Mais le mal, s’il se rencontre dans le peuple de Dieu, ne provient pas du vrai Dieu ni ne se manifeste par lui : ce n’est pas Dieu qui l’a fait exister, car il n’est pas sa cause et ne l’a jamais été (p. 101). Impossible autrement d’expliquer le mal. On doit donc considérer ici que nul en ce monde ne peut nous montrer le Dieu mauvais, d’une façon visible et temporelle, pas plus qu’ailleurs que le Dieu bon, mais que c’est par l’effet que l’on connaît la cause (p. 161).
Mais il est extrêmement important de préciser que les Cathares n’entendaient pas en fait (malgré certaines expressions suscitant la confusion) l’existence des « deux Dieux » de puissance égale, mais bien plutôt de deux principes. La nuance est capitale. A cet égard, nous laisserons la parole à l’adversaire qu’aurait affronté Saint Augustin dans ses polémiques, l’évêque manichéen Faustus de Milède. Voici, tel qu’il se trouve reproduit dans le contrat Faustum, le dialogue qui s’engagea contre le théologien dualiste et le grand champion de l’Église catholique: « croyez-vous qu’il y ait deux Dieux lorsqu’il n’y en a qu’un seul ? Il n’y a absolument qu’un seul Dieu. Dieu vient donc que l’on nous a entendus dire « deux Dieux », mais sur quoi fondez-vous le soupçon ? Vous affirmez deux principes, l’un du bien et l’autre du mal. Il est vrai que nous connaissons deux principes, mais qu’il n’y en a qu’un que nous appelons Dieu ; nous nommons l’autre Hylé ou la matière ou, comme on dit plus communément, le démon. Or, si on prétendait que c’est là qu’on établit qu’il y a deux Dieux, vous prétendez aussi qu’un médecin qui traite de la santé et de la maladie établit qu’il y a deux « santés », d’où un philosophe qui discourt du bien et du mal, de l’abondance et de la pauvreté, soutient qu’il y a deux « biens » et deux « abondances ».
Pour comprendre le véritable sens du dualisme spirituel, on se rapportera avec profit aux beaux ouvrages d’un auteur qui, de nos jours, renoue si intrépidement avec l’ascétisme critique dans toute sa rigueur : J.-C. Salémi (livre publié par les Editions Ondes Vives, 26, rue Louis Blanc, Saint-Leu-la-Fôret, Val d’Oise). Leurs études ouvrent d’importants éclaircissements capables de mener à une claire compréhension des fondements même de l’aspect spiritualité cathare.
On pourrait aussi concevoir que le mal, la privation, entrent dans le plan deux Plans. Le dualisme cathare tel que nous le connaissons aurait-il, dans son aspect ésotérique, débouché sur une doctrine de la complémentarité de ses deux principes, conçus comme « main droite » et « main gauche » de Dieu ? C’est la question que nous osons soulever. De toute manière, le dualisme est, sur le plan du monde sensible où nous vivons, quelque chose d’indéniable et de combien tragique. Nous voyons s’affronter le Bien, c’est-à-dire l’Etre à la suprême puissance ; et le Mal qui, lui, tend vers le non-être : le principe même de la négation, de la corruption, de la destruction - le principe inhérent de la matière en elle-même. Comme le disait un autre théologien manichéen, adversaire de Saint Augustin, Fortuna : « quant à l’autre principe, nous l’appelons matière ou, un terme plus connu et plus usité, démon ».
Dans cette perspective, qu’est-ce qu’est l’âme humaine ? C’est une étincelle de lumière captive des ténèbres, un ange déchu (animalisé), une essence lumineuse tragiquement emprisonnée dans le corps. A la fin du présent cycle terrestre se produire la grande consécration purificatrice. Voici un passage du traité cathare, la Cène secrète, Version Vienne (Nelli, Écritures cathares, page 66) :
« Et alors, avec la permission du père, une ténébreuse géhenne de noirceur et de feu sortira des profondeurs de la terre, qui consumera toute chose depuis les plus basses parties de la terre jusqu’au firmament de l’air ». Le « feu noir » émanant de la terre devra finalement consumer le monde. Ainsi se terminera enfin la période de la manifestation terrestre, du temps matériel, durant laquelle les esprits se trouvent emprisonnés dans la chair de ces appétits animaux.
Selon les théologiens cathares, Jésus-Christ n’avait pas pris en fait un corps physique : il n’était venu qu’en apparence (c’est la doctrine appelée docétisme par la théologie catholique). Les Cathares refusaient donc de vénérer le crucifix. A ce propos, on pourrait songer à ce rite bien irritant du reniement de la Croix, que l’on reprochera aux Templiers lors du procès. C’est du moins une question intéressante à poser.
Voici maintenant la pure et dure éthique cathare. Dans la perspective dualiste qui en est le fondement, la procréation se trouvera considérée comme négative par essence (nécessaire seulement d’une manière transitoire comme le terrible moyen de punition des âmes déchues) : l’enfantement a pour résultat de faire descendre les âmes dans la matière, de les emprisonner dans le corps animal.
Dès qu’il a été illuminé par la Vérité, l’homme devrait - selon l’éthique cathare - vivre désormais dans l’ascétisme le plus rigoureux : détachement volontaire de toutes les conditions charnelles, à commencer par le sexe. De même, la non-violence intégrale s’imposera au Parfait : tuer, c’est risquer d’interrompre la pénitence, l’épreuve purificatrice un esprit incarné. Les Cathares croyaient non seulement à la réincarnation dans des corps humains, mais (dans des cas vraiment très graves du moins) à la métempsycose de certaines âmes et en des corps animaux. L’ascétisme total s’impose. Dans un rituel occitan (Nelli, Écritures cathares, p. 213), nous lisons :
« O Seigneur, juge et condamne les vices de la chair. N’aies pas pitié de la chair née de corruption, mais aies pitié de l’esprit mis en prison ».
Et, d’autres passages du même document, en page 221 : « il convient également que vous haïssiez ce monde et ses oeuvres, ainsi que les choses qui sont de lui (...) ».
Mais s’ils invitaient ainsi l‘humanité à s’engager dans cette dure voie du total renoncement, les Cathares ne cherchaient nullement à imposer cet idéal, à contraindre les hommes ordinaires (avec toutes leurs lamentables faiblesses), à vaincre sans pitié leurs désirs corporels : pour la plupart des hommes, nécessité de plusieurs vies avant de mériter le Consolamentum (nous verrons ce que désigne ce mot).
Au début de la Croisade des Albigeois, il y avait quelques milliers de Parfaits ; et on connaît deux cas seulement d’abjuration. On ne peut qu’admirer une foi aussi pure et ardente qui suscite tant de martyrs intrépides.
Pour se distinguer des humbles Croyants, les Parfaits se ceignaient d’une corde et portaient une grande pèlerine noire. Au moment des persécutions, ils gardèrent seulement la corde cachée sous leurs vêtements ordinaires. Les femmes, comme les hommes, pouvaient accéder au rang de Parfaits.
Pourquoi ce nom de Parfaits chez des êtres qui rejettent tout orgueil personnel ? Outre que les Parfaits se trouvaient devenir la résistance privilégiée (mais impersonnelle) de l’esprit saint, l’expression « Parfaits Chrétiens » doit être entendue en songeant au latin Perfectos, qui signifie tout simplement « Accomplir ». Les Parfaits se trouvaient passer au-delà des joies et des devoirs du monde profane.
A la tête de chaque communauté cathare il y avait un diacre et à la tête de l’Église cathare, un évêque. L’Église cathare avait-elle un chef suprême ? On a pu le penser.

II - CEREMONIE DU RITE

Le culte public de l’Église cathare était extrêmement simple : par son dépouillement, il peut ainsi être considéré comme une sorte de préfiguration des formes les plus radicales du protestantisme. Mais, outre la cérémonie habituelle de la liturgie chrétienne, les lieux de culte cathare servaient de théâtre à deux pratiques dans lesquelles il est loisible de voir les deux degrés successifs d’une initiation, bien qu’il s’agisse de cérémonies publiques.
Premièrement, la tradition de l’oraison dominicale devait, devant l’assemblée des fidèles, d’abord d’être présenté par son parrain (d’ordinaire le doyen de la communauté appelé ancien). Le Croyant écoutait l’explication du rituel ; c’est alors que s’accomplissait le rite de la remise des Évangiles. Le Croyant faisait enfin son melioramentum, c’est-à-dire une demande de bénédiction et de pardon des fautes par les Parfaits.
Deuxièmement, l’entrée dans la catégorie des Parfaits ou Élus se faisait par le baptême spirituel spécial, appelé Consolamentum (Consolation). Après un discours, le ministre plaçait le livre des Évangiles sur la tête du récipiendaire. Chacun des assistants parvenu au degré de Parfait devait, lui aussi, apposer la main droite (nous retrouvons ici un rite essentiel du christianisme primitif). Le maître des cérémonies lisait le prologue de l’Évangile de Saint Jean dans son texte latin. On récitait plusieurs fois l’oraison dominicale, accompagnée de formules spéciales d’adoration. Avant de se séparer, le nouveau Parfait échangeait le baiser de paix avec les participants et recevait une pénitence liturgique, le Servicium.
Le Consolamentum avait pour but de réunir l’âme à l’esprit saint (le noyau divin de la personnalité). Le Parfait devait vivre dès lors dans un ascétisme total : s’il retombait dans le péché, l’expiration était très dure. Devant la gravité des engagements pris, on comprend que de nombreux fidèles aient attendu le tout dernier moment pour se faire consoler. On a accusé les Cathares de conseiller, si un malade que l’on croyait mourant se rétablissait, le suicide par inanition (problème de l’endurât). Cette accusation semble fausse. Citons le rituel occitan (Nelli, Écritures cathares, P. 277).
« Si le malade maintenant survit, les Chrétiens doivent le présenter à l’Ordre et prier pour qu’il se fasse consoler de nouveau le plus tôt qu’il pourra : et sur ce point qu’il suive sa volonté ».
Existe-t-il, en outre, des rites initiatiques extrêmement secrets qui marquaient autant de degrés accessibles ? Le célèbre château fort de Montségur (dans l’Ariège) recèle dans son plan même la possibilité de repérer avec une très grande précision les positions principales du soleil à son lever au cours de l’année. Tout laisse supposer qu’avant de devenir par la force des choses une forteresse, le château de Montségur était en réalité le grand temple solaire des hauts initiés cathares (1), le site ayant d’ailleurs été (on constate toujours le phénomène de la superposition temporelle des voies initiatiques) un haut-lieu solaire bien avant l’avènement du christianisme.
De même, certaines grottes pyrénéennes à peintures symboliques semblent avoir été utilisées par les Cathares comme labyrinthe initiatique.
On devrait songer aussi au rapport possible entre les Cathares de la société hermétique chrétienne des fidèles d’Amon, dont le Dante en fit partie. Signalons pour mémoire le fameux problème du Trésor des Cathares : son existence n’a rien d’impossible mais (en réservant la tradition selon laquelle le Saint Graal serait caché sous la colline de Montségur) - dirions-nous - pourquoi y cacher à tout prix la formidable richesse matérielle ? On pense à des manuscrits ou à des objets initiatiques.

III - LA SURVIVANCE DU CATHARISME

Les historiens universitaires nient d’ordinaire la survivance du catharisme depuis la réduction des forteresses de Montségur et de Querifus, puis surtout l’impitoyable « ratissage » subséquent de toute l’Occitanie par les inquisiteurs. En fait, et si, pour certains néo-cathares d’aujourd’hui, il s’agit d’une simple résurgence sentimentale, il semble que - pour parler familièrement - les inquisiteurs n’aient pas « eu » tous les Cathares. l’Histoire récente a pu prouver que, même avec les moyens policiers les plus perfectionnés, on n’arrive jamais à supprimer totalement des groupes, voire des collectivités entières que l’on veut exterminer. Il semble que la survivance secrète du catharisme se soit faite de deux manières : d’une part par des petits noyaux ayant réussi à se terrer et, surtout, à n’être pas « repérés » (2) ; d’autre part, grâce à l’intégration d’apports initiatiques cathares dans les diverses filiations ésotériques. Nous touchons ici au problème des liens du catharisme avec la chevalerie du Graal, puis avec les Templiers, avec la rose-croix. Par contre, par exemple le musée cathare d’Ussat-les-Bains a été organisé par une branche actuelle du rosicrucianisme qui se réclame précisément des Cathares. Signalons aussi l’intérêt actif de Frédéric Mistral, dans les faits libres pour les traditions cathares. Quoi qu’il en soit, les citharistes semblent plus que jamais fasciner le public. En effet, il ne s’agit plus seulement d’une curiosité intérieure aux fervents de la spiritualité et de l’ésotérisme, mais de l’histoire de France.

A/S

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE.
- Serge Hutin. Les Cathares. (Article).
- Cahiers d’Etudes Cathares. Revue. A Arques ; dans l’Aude.
- Pierre Durban. Actualités du catharisme.
- Paul Cassé. Mes ancêtres les Cathares.
- Duc de Lévis-Mirepoix. Montségur. Roman. Le livre de Poche. Paris.
- Maurice Maigre. Le trésor des Albigeois. Fasquelle Editeur.
- René Nelli. Écritures cathares. Denoël Éditeur ; Paris.
- Denis de Rougemont. L’Amour et l’Occident. Plon, Éditeur ; Paris.
- Henri-Charles Puech. Le manichéisme. Musée Guimet. Paris.

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

La Spiritualité est une construction du Rite

25 Mars 2015 , Rédigé par C/P Publié dans #Planches

« Chaque homme dans sa nuit, marche vers sa lumière » nous a dit Julien GREEN.
Démarche maçonnique symbolisée par l’Evangile de Jean I verset 9 : « La lumière véritable éclairant tout homme venant à ce monde »

DE LA SPIRITUALITE

Depuis que l’homme est doté de raison, il cherche à calmer son angoisse existentielle en tentant de comprendre les mystères attachés à tout ce qui le constitue et l’entoure. Pour les matérialistes, comme pour certains de nos décideurs de la société dite civile, ces nantis de toutes les vérités dont nous supportons les logorrhées de certitudes, les hommes finiront un jour grâce à la science pour les uns et grâce à l’inéluctable avancée de la médiocrité pour les autres, par se débarrasser de tout ce qui à leurs yeux constitue un complexe encombrant de mythologie, de religion et de philosophie, contenant des valeurs humanistes, de la Tradition, bref, tout ce qui relève en fait de l’exception. Or c’est justement tout ceci qui reste inaccessible à la science et qui s’explique en faisant intervenir une substance immatérielle nommée Esprit. « Substance » qualifiée de supérieure à la matière en ce sens qu’elle ne fait pas intervenir les notions d’espace et de temps, tout en restant dépendante au principe de causalité. Voilà donc comment depuis des lustres, cohabitent et s’interpénètrent deux aspects de l’Univers : esprit et matière. Et le propre de la spiritualité est d’affirmer que le monde sensible est l’envers du monde réel qui est lui, de nature spirituelle. Une telle conception appelle la croyance en une conscience, une volonté globale qui est l’Univers. Pour les religions, c’est Dieu. Pour nous, c’est le G\A\de l’U\, puisqu’en ce qui nous concerne, la croyance en un Principe Créateur telle que l’a formulée la Déclaration des Principes du Convent de Lausanne en son article premier, le 22 septembre 1875, ne se positionne pas en contradiction avec la Connaissance Scientifique la plus avancée qui pour sa part, en expliquant le « comment » des phénomènes, n’apporte aucune réponse au « pourquoi » ? Et Saint Augustin de confirmer: « le mystère n’est pas ce que l’on ne peut pas comprendre, c’est ce que l’on n’aura jamais fini de comprendre. » Passer de cette dualité Esprit – Matière à l’unité que nous convoitons, relève d’un chalenge que chacun d’entre nous s’applique à faire sien en Loge, par le travail, la persévérance et l’assiduité dans la permanence d’un questionnement individuel au choc de nos différences.
Cependant ;
Cependant aujourd’hui, hors ces lieux de privilège, un grand nombre de nos contemporains ont rompu avec le transcendantal, ont fait du consumérisme et de l’oisiveté un projet, ont installé le besoin de tout en lieu et place du désir de l’essentiel, ont assis le vulgaire sous la lampe et descendu l’exception à la cave, se cultivent avec Cauet, ont ôté au père et à la mère réunis la logique naturelle du projet d’enfanter, ont fait de l’indignation la réponse universelle à toute agression, ont délégué à la société l’administration de leur vie par des conventions figées dans la sénilité du dogme caché sous la poussière de la peur des différences, creusant en cela le lit inconfortable des désillusions et des frustrations, mères de la solitude et de l’envie. Ils ont perdu le rêve d’une forme d’éternité, ils ont désacralisé la famille, la valeur de l’effort, la foi, pour instituer un rapport nouveau à la réussite passant par la disponibilité à l’oisiveté et le pouvoir de la consommer sans modération. Objectif week-end dans un premier temps, retraite dans un second, octroi du droit à la dépendance dans un troisième. Pourtant ; Pourtant, pour Mircea Eliade : l’Homme s’est construit à partir du Sacré et en Luc IV verset 4 nous lisons « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain ». Et Oswald WIRTH parle de « Cette aspiration de l’intelligence humaine à pénétrer l’insondable mystère dont elle est entourée est une des principales voies traditionnelles de l’enseignement initiatique ». C’est rechercher la vérité et se contenter de n’en entrevoir qu’une facette au moins celle du discernement qui nous évite la confusion des valeurs, dans le doux pastel que le monde profane sait nous peindre sous le dogme de la tolérance de tout, c’est à dire le respect de rien. Et le renard de nous dire que l’on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux que nous traduisons par le visible n’est que la manifestation de l’invisible. Ce que Platon confirme par ceci: « Aveugles ceux qui s’arrêtent aux choses matérielles et qui ne comprennent pas que seul l’invisible est réel. » Telle est la clameur de la voix du dedans conduisant au chemin du dessus.

DE LA SPIRITUALITE DU RITE: l’ECOSSISME

L’Ecossisme est l’un de ces chemins d’élévation spirituelle, un moyen d’enrichissement et d’approfondissement de soi et de ses connaissances au travers des initiations successives ayant pour but le perfectionnement individuel d’abord, la relation à autrui par l’amour ensuite, ces deux concepts constituant les fondations d’une action dans le monde profane. Ainsi se définit le R\E\A\A\ selon une trilogie peut-être un peu lapidaire, Connaissance, Amour et Action. Sans la Tradition et le symbolisme, l’Ecossisme perdrait toute signification et toute raison d’être. Paul NAUDON écrit : « La tradition conduit aujourd’hui tous les hommes qui pensent que la perfection, l’unité, l’absolu, le Principe auquel ils aspirent, qu’on l’appelle Dieu ou G\A\D\L\U\ ou la Raison, se construit dans le devenir par la progression vers la Connaissance ». Le R\E\A\A\ qui laisse à chacun sa liberté d’interprétation, permet d’acquérir par le travail, le silence et ce qui réunit ces deux derniers, la méditation, des fragments de la Perfection. Une fois assimilées les bases du cursus initiatique ici en Loge, le F\M\ de sa propre et libre volonté a le devoir alors, de poursuivre un chemin dépourvu de repères matériels, dans une humilité permanente, le respect du sacré, la volonté de construire toute forme d’outil susceptible de promouvoir un monde de liberté et de justice. Sans se soucier de son intérêt, le F\M\ s’engage à consacrer toute son énergie à la poursuite des buts que se sont fixés l’Ordre, notamment le triomphe du bien sur le mal, de l’ordre sur l’anarchie, de la raison sur les préjugés, de la sagesse sur les passions, de la liberté d’expression sur la pensée unique enfin la litanie des refus de soumission à tous les despotismes et dogmatismes. Il s’engage en outre à œuvrer au rapprochement des hommes, mais pas n’importe lesquels et n’importe comment, se soustrayant ainsi d’évidence et de raison à l’ineptie d’un absolu d’amour et de probité. C’est tout simplement ce qu’il y a de plus difficile et c’est tout simplement la définition de l’Art Royal exercé avec fierté. Fierté, fille du désir et de la joie et ici le devoir de travailler au privilège de ne se tenir debout qu’au prix de quelques partis pris. Et pour ma part, je trouve que l’entropie grandissante entrant en l’homme profane par diverses portes dérobées et parmi les plus anodines, le relativisme moral pour ne citer que lui, rend le travail de transformation de la pierre tel que nous le propose le R\E\A\A\de plus en plus difficile.
La mansuétude érigée en principe préalable et non en alternative d’exception, l’intérêt partisan déguisé en tolérance, anesthésient doucement le devoir d’exigence dont nos textes et leurs auteurs ont pourtant voulu peindre aux couleurs de notre perfection spécifique, c’est à dire baignée :
de notre l’humilité personnelle à Apprendre,
de l’Amour de nos FF\à partager,
et de l’Action à entreprendre, tout simplement parce que c’est nous et parce que ce sont eux. Faire l’économie de cette difficulté nous dévierait du sens que nous donnons à notre démarche d’initié, ici et ailleurs mais toujours en nous, celle de permettre à notre spiritualité spécifique d’agir sur notre comportement d’abord et de laisser déteindre alentour le désir d’élévation de l’homme. Celui-ci est au centre de ce cercle, dans sa totale liberté de conscience et liberté de pensée, fruits du siècle des Lumières qui rappelons-le, se sont définis au travers de deux concepts que sont l’affirmation de l’individualisme et l’émancipation de la pensée. L’initiation, est une véritable ouverture sur la spiritualité qui verra son éclosion lente au fil des degrés successifs franchis par le F\M\car il s’agit de trouver une motivation exaltante pouvant donner un sens « supérieur » à notre vie, ce sens qui justifie la promesse de s’ouvrir sur « le vaste domaine de la pensée et de l’action. » L’initiation est LA clé ouvrant cet espace possible d’une naissance à quelque chose de nouveau pour autant, pour autant que l’implication personnelle et assidue à la pratique du Rite soit un profond désir d’appartenir à ce privilège d’accepter d’abandonner pour grandir et le faire dans le partage d’une émotion. L’émotion, porte d’entrée de soi, chemin pavé du don de soi, vitrine de tout de soi, première couleur de l’initiation, dernier témoignage avant la porte d’Orient et qui sait, une autre route... La récitation d’une nomenclature d’obligations assermentées en loge, à quelque degré que ce soit, ne constitue pas le creuset de solutions à nos problèmes, mais crée un lieu d’apprentissage aux techniques humaines, d’exposition de soi par la réflexion et l’échange, en d’autres termes, de recherche spirituelle par la confrontation de nos différences et la construction de notre vie sur les ruines de nos certitudes. D’éveils en élans, de doutes en lassitudes, nous cheminons vers un perpétuel devenir dont nous espérons une perfection comme salaire symbolique de nos efforts. Une perfection que la sagesse de notre assiduité, la beauté de notre entreprise et la force de nos convictions d’excellence, ont ancré dans l’acceptation, quand même de la raison. Laquelle ? Celle de la conscience d’une mesure individuelle, certes orientée vers le haut, mais pétrie de l’humilité d’être limitée. Le R\E\A\A\ relève en cela du domaine de l’Esprit et renvoie chacun de nous à ce que Paolo COELO appelle sa légende personnelle. Nous l’édifions cette légende, sur nos fondations cognitives et comportementales singulières, nous la confortons au ciment de notre complicité plurielle. Parfait, mais dès lors que nous avons conscience que la seule orientation de notre quête se situe naturellement vers les zones à découvrir.
Des espaces éloignés de l’occident de nos origines : du septentrion de notre réflexion,
du midi de nos découvertes, et de l’orient de notre destin. Que reste-t-il sinon la conversion du regard vers la voûte étoilée pour passer de l’humble postulant plongé dans les ténèbres au porteur de la Lumière de Jean ? Et Henri TORT-NOUGUES de préciser : « La maçonnerie est un humanisme qui a une triple ambition : former des hommes par un constant effort de perfectionnement, celle de proposer une véritable communion entre les FF\ et celle de manifester un attachement sans faille à la Tradition ». Et il poursuit en ces termes : « Cet humanisme ne peut se concevoir sans le principe Créateur, ce principe spirituel que nous nommons G\A\de L’U\ car la Maçonnerie correspond à la base métaphysique des Religions et à leur contenu ésotérique. » Qui dit Rite, pense Ordre, donc rigueur et qui plus est récurrence de celle-ci, administrée par les Rituels, documents qui fixent les éléments constitutifs du Rite. Ils véhiculent la pensée traditionnelle et permettent à ceux qui s’imprègnent de leur signification, d’accéder à des niveaux supérieurs de compréhension des phénomènes qui les touchent et dont ils n’auraient aucune approche d’analyse sans leur propositions, leurs suggestions auxquelles ils renvoient. C’est la raison pour laquelle, il faut se garder des tentations d’actualisation, de mise à jour de ces éléments fondamentaux, témoins de la TRADITION qui représente l’essence même du R\E\A\A\.

DE LA CONSTRUCTION DANS L’UNIVERSEL

Alors, maintenant, comment passer de ce temporel limité dont nous sommes conscients aussi de son confort par le partage de convictions communes, à l’Universel, destination de notre action ? Sinon, pourquoi tant d’efforts ? De l’Universel, il nous appartient d’en dresser les plans en bons Architectes. Ceux d’une construction orientée selon le mot d’Henri Thort Nougues, orientée par le sens que nous donnons à une vie en quête de « complétude ». Une vie, notre vie, puisque nous comprenons très vite qu’il ne s’agira toujours que de celle-ci, comprise comme un Univers complet, une entité singulière partie d’une autre plurielle, l’ensemble constituant un tout pensant et agissant. Et l’Autre n’est plus appréhendé comme un être dans sa différence d’état mais dans sa dimension en devenir, pièce agissante de cette noosphère définie par THELIARD de CHARDIN, sphère humaine entourant une autre plus petite, l’Univers. Cet esprit de fraternité dans la communion d’excellence, EST une des constructions de notre Rite dans l’Universel. Il est une des racines Traditionnelles que le R\E\A\A\ outil de réalisation intérieure spirituelle, enfonce dans les fondements religieux et philosophiques de l’humanité. Et nous savons que la force de ces fondements repose pour l’essentiel dans la spécificité de ne reposer sur aucune révélation particulière et n’en reconnaître aucune. Ces fondamentaux ne s’appuient sur aucun dogme mais n’en rejettent aucun. Très probablement en raison du fait que dès sa naissance, notre Rite a intégré l’humanisme occidental, lui-même issu de la convergence de la philosophie grecque, du droit romain et des préceptes du judéo-christianisme. Et cela s’opère en sacralisant le Temple lors de chaque tenue en son temps tout aussi sacré. Le Rite a l’ambition de faire des « Vagabonds de l’Esprit », chers à Oswald WIRTH des chercheurs de Spiritualité, des hommes qui vivent un cheminement allant de l’extérieur vers l’intérieur et de l’ intérieur vers le supérieur, vivre en donnant à leur existence un sens anagogique. Avoir la foi maçonnique, c’est transcender la contingence vulgaire de la matérialité temporelle comme spatiale par l’apprentissage long et opiniâtre du silence, de l’écoute, du renoncement, de la raison, de l’intuition, tous contenus dans ce qui se résume dans la Connaissance, pour vivre d’amour non contemplatif, mais d’action. La foi de Paul, « celle de posséder ce que l’on espère et de connaître des réalités que l’on ne voit pas ». Le concept de G\A\D\L\U\clé de voûte de l’Ecossisme dans sa signification générique de Principe créateur (Convent de Lausanne de 1875) participe à cette diffusion universelle en ce sens qu’il est un formidable symbole œcuménique de rassemblement de tous les courants de pensées, ce que nous définissons comme une spiritualité laïque puisque nous donnons à la laïcité son sens premier: la reconnaissance de toutes les différences et la tolérance de leur expression au non du respect des nôtres.
Que pour le théiste, ce soit Dieu,
que pour le spiritualiste, ce soit l’intelligence supérieure,
que pour l’agnostique, ce soit la conscience collective de l’humanité,
que pour le matérialiste ce soit l’œuvre du hasard et de la nécessité,
tant mieux, si chacun témoigne d’une humilité qui ne renonce pas à la dignité.
« Découvrir en soi une parcelle de Lumière qui participe à la Lumière du monde, » c’est ce que nous appelons travailler à la G\du G\A\de l’U\

CONCLUSION

Puisque rien ne s’apprend qui ne se vit, notre monde a besoin d’une spiritualité vivante, ouverte sur la Tradition, afin que prospèrent la tolérance, la fraternité et l’Amour, mais aussi que se revalorise l’éthique et que s’harmonisent les comportements. Et à cette fin, que pouvons-nous entreprendre d’autre que le témoignage singulier et non collectif, actif et non contemplatif, d’hommes engagés, impliqués, baignés de convictions, étanches aux blessures et renoncements qu’elles espèrent, attentifs enfin aux adaptations que le temps impose à la méthode entreprise, c’est à dire mettre le discours au service du message. Avec la Foi en la perfectibilité de l’homme, avec la ferme espérance dans l’avenir, nous devons nous libérer progressivement de nos insuffisances afin d’établir en nous et hors de nous cet équilibre difficile entre matériel et spirituel afin d’obtenir la prédominance de ce dernier. En spiritualistes engagés, nous agissons sous la directive de Luc pour qui « Personne n’allume une lampe pour la mettre dans un endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur un support afin que ceux qui entrent voient la Lumière ». Voilà qui est œuvrer à la construction d’une spiritualité dans l’Universel.

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Hiram et ses Frères (1)

23 Mars 2015 , Rédigé par Roger Dachez Publié dans #Planches

Si l’on choisit d’entrer dans le pays des légendes maçonniques, d’explorer une contrée peuplée d’êtres singuliers, aux aventures peu ordinaires, et d’aller à la découverte de lieux tous plus étonnants et plus secrets les uns que les autres, alors, à tout seigneur tout honneur : Hiram, à n’en pas douter sera notre première rencontre. Légende première en effet, au sens chronologique du terme, mais sans doute aussi légende fondatrice. Avant et après, la maçonnerie spéculative n’est plus tout à fait la même. L’expression même de maçonnerie spéculative, dont l’ambiguïté ne sera jamais suffisamment soulignée, nous rappelle précisément qu’un des nombreux problèmes, sinon à résoudre tout à fait, du moins à éclairer quelque peu, concerne l’ancienneté même de cette légende, et les rapports qu’elle aurait pu entretenir avec un fond légendaire traditionnel, ce que l’on appelle depuis la fin du XIXe siècle un folklore, propre aux communautés de bâtisseurs depuis le Moyen Âge. Dans le cadre de cet exposé, il n’est évidemment pas question d’épuiser un sujet aussi vaste et dont les contours sont du reste délicats à définir. Je me permettrai de rappeler les travaux que j’y ai consacrés, dans la revue Renaissance Traditionnelle, depuis déjà plus de vingt ans.[1]

Je souhaiterais aborder ici la question des sources possibles de cette légende et proposer quelques hypothèses vraisemblables quant aux circonstances de sa constitution. Je voudrais aussi dans un second temps examiner en quoi l’introduction de cette légende, dans les premières années du XVIIIe siècle a, d’une certaine manière, profondément modifié la nature même de la jeune institution maçonnique pré-spéculative ou pour mieux dire, proto-spéculative. Tels sont en effet les enjeux historiques de l’apparition du grade de Maître entre 1725 et 1730.

Les antécédents du nom de l’Architecte dans les Anciens Devoirs

Le premier problème est celui du nom même d’Hiram comme désignant l’architecte dont le drame nous est révélé dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, La Maçonnerie Disséquée, publiée à Londres en 1730. L’importance de la divulgation de Prichard n’est pas seulement de révéler pour la première fois un système en trois grades, culminant avec le grade de Maître – The Master’s Part. Son originalité profonde est bien de proposer la première version connue et cohérente de la légende qui devait désormais constituer le cœur de ce grade. La première source à laquelle il convient de puiser est celle des Anciens Devoirs. Dans la première génération de ces textes, celle qui contient le Regius (c. 1390) et le Cooke (c. 1420), il existe bien une histoire traditionnelle du Métier qui, notamment dans le second de ces manuscrits, renferme de nombreuses données bibliques ou patristiques. En aucun endroit cependant on ne mentionne un architecte du Temple de Salomon, et moins encore son nom. Le Ms Cooke contient seulement cette indication : « Et lors de l’édification du Temple à l’époque de Salomon, il est dit dans la Bible, au 3è livre des Rois chapitre cinq, que Salomon avait quatre-vingt mille maçons à l’ouvrage. Et le fils du roi de Tyr était le maître maçon. ». La mention précise du nom de cet artiste n’apparaît que dans la deuxième génération des Anciens Devoirs, celle qui s’ouvre avec le Ms Grand Lodge n° 1, daté de 1583. Dans le récit historique qui y figure, on trouve en effet le passage suivant : « Et après le décès du Roi David, Salomon qui était le fils du Roi David, acheva le Temple que son père avait commencé. Et il fit chercher des Maçons dans diverses contrées, et les assembla, de sorte qu’il eut quatre-vingt mille ouvriers, qui travaillaient la pierre et s’appelaient des Maçons, et il choisit trois mille d’entre eux qui furent désignés pour être les Maîtres et Gouverneurs de ses ouvrages. De plus il y avait un Roi d’un autre royaume qui s’appelait Iram et qui aimait beaucoup le Roi Salomon et lui envoya du bois de charpente pour ses ouvrages. Et il possédait un fils nommé Anyone [quelqu’un] qui était Maître en Géométrie, chef de tous ses Maçons, et Maître des gravures et sculptures et de tous les autres procédés de la Maçonnerie utilisés pour le Temple. Et ceci est rapporté dans la Bible au troisième chapitre du quatrième Livre des Rois.2 ». D’emblée, l’apparition de celui qui est appelé « chef des Maçons » – ou « Maître en Géométrie » – du Temple pose un problème quant à son identité. Le mot Anyone, qui signifie simplement quelqu’un, ne nous renseigne guère. On doit naturellement s’interroger sur cette appellation pour le moins énigmatique. Sachant que le Ms Grand Lodge n° 1 est probablement la copie d’un texte plus ancien, il se peut simplement que le terme Anyone soit dû au fait que le scripteur n’a pas pu lire correctement le nom qui figurait sur le manuscrit original. On retrouve en effet, à partir de cette époque, le nom de l’architecte dans plusieurs versions des Anciens Devoirs. Les variantes observées sont assez nombreuses :

  • dans trois textes, de 1600, 1670, 1700, on trouve le terme Amon;
  • dans une série de six textes, de 1670, 1680, 1693, 1700, 1702 et 1750, ce personnage se nomme Aynon ;
  • trois versions, de 1670, 1680, 1690, donnent Aymon;
  • on peut encore en rapprocher le texte de 1600 qui porte A Man;
  • il faut également signaler des cas extrêmement divergents, tels que le texte de 1677 avec Apleo, de 1701 avec Ajuon, ou même celui de 1714 avec Benaim.

Pour rendre compte de l’origine et de la signification probable de ces termes, deux hypothèses principales ont été soulevées. La première, la plus naturelle, propose de voir dans ces différents termes une série de corruptions successives du nom d’Hiram. On pourrait ainsi suggérer la chaîne suivante : Hiram – Iram – Yram – Yrane – Ynane – Ynone – Aynone – Anyone. Selon cette thèse, le Maître des Maçons des Anciens Devoirs se serait toujours appelé Hiram, comme l’indique la Bible à laquelle ces textes se réfèrent explicitement, mais son nom n’aurait à aucun moment été orthographié correctement de 1583 à 1675 environ… C’est en effet à partir de cette dernière date que certains manuscrits donnent au personnage le nom qu’il porte dans la Bible. Cette mention n’est présente que dans dix-huit versions postérieures à 1675, et dont beaucoup sont même postérieures à 1723, date à laquelle, nous le reverrons, apparaît l’appellation Hiram Abif. L’hypothèse d’un Hiram primitif – et naturellement attendu – puis corrompu et seulement retrouvé à la fin du XVIIe siècle est philologiquement ingénieuse, mais difficilement convaincante, il faut le reconnaître. On ne peut toutefois totalement l’exclure. La seconde hypothèse, est que ces différents noms ne sont en effet que des corruptions d’un nom qui n’est pas Hiram, mais qui fait cependant référence à un personnage important du Métier. En d’autres termes il faudrait admettre que, bien que le nom de l’homme envoyé par Hiram de Tyr soit effectivement, dans la Bible, Hiram, les Anciens Devoirs lui en auraient, depuis au moins la fin du XVIe siècle, donné un autre, lié cependant aussi à la tradition du Métier. On a notamment retenu, comme forme initiale possible, le nom Amon, considérant que les formes Aynon, Aymon, s’expliqueraient ainsi très facilement par une minime erreur de graphie de la lettre M. Mais pourquoi ce nom? Amon apparaît en effet dans la Bible (Proverbes, 8, 30). Et en hébreu amon (aleph, mem, vav, noun) signifie ouvrier, artisan ou artiste, mais aussi architecte, ou encore tuteur, maître d’ouvrage. Dans le texte biblique, la Sagesse se présente ainsi : « […] quand II [le Seigneur] traça les fondements de la terre, je fus maître d’œuvre à son côté » (version T.O.B). Le sens d’artisan, collaborant à l’œuvre, semble le plus classiquement retenu, notamment dans la Vulgate, reflétant les conceptions les plus anciennes en ce domaine, et dont proviennent toutes les citations bibliques médiévales, où Saint-Jérôme dit : « Quando appendabat fundamenta terrae, Cum eo eram, cuncta componens. ce que l’on peut rendre par : « Tandis qu’il établissait les fondements de la terre, J’étais avec lui, rassemblant toutes choses. » Si cette hypothèse concernant Amon est séduisante, elle se heurte cependant à quelques objections : c’est d’abord la forme la moins souvent attestée dans les nombreuses versions des Anciens Devoirs, et surtout elle n’a jamais été connue comme telle dans les bibles occidentales, puisque amon est un nom commun, par conséquent toujours traduit (artisan, architecte, etc.). Il ressort donc de cette analyse que l’hypothèse Amon est avant tout un exercice d’érudition hébraïque qui ne tient pas compte des conditions dans lesquelles les textes des Anciens Devoirs ont été rédigés et transmis. Aymon, identique phonétiquement, en anglais, à Amon, peut dès lors être proposé comme forme initiale du nom de l’architecte. Aymon peut à son tour, par une faute identique à celle que l’on vient de mentionner, expliquer la forme Aynon, et très facilement aussi les formes Amon, ou Anon. Nous pouvons donc suggérer, en première approche, que les Anciens Devoirs portent témoignage qu’il existait dans le Métier une tradition conférant au maître d’œuvre du Temple un nom qui pourrait être Aymon. (à suivre)

[1] Une première version de cet article a été présentée lors du IVème Colloque du Cercle Renaissance Traditionnelle, à Paris, en octobre 2001. L’ensemble de mes travaux sur ce sujet ont été rassemblés dans Hiram et ses Frères – Essai sur les origines du grade de Maître, Véga, 2010.

Roger Dachez

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com

Lire la suite

Tradition ?

20 Mars 2015 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Parce que souchée sur une histoire de plusieurs siècles, parce qu’utilisant des référents plus ou moins constants, on peut se demander en quoi la franc-maçonnerie participe des diverses définitions du mot « tradition ». La tradition est à entendre comme transmission. Le verbe latin tradere, qui a donné à la fois les mots tradition et trahison, signifie avant tout : transmettre. Et ce qui est transmis c’est à la fois un contenu et des modes opératoires. Les cerner, c’est comprendre ce qui est offert, ce qui est retenu. Nous nous poserons 2 questions : La franc-maçonnerie est-elle une tradition ? et si oui est-ce une tradition particulière.

A) La franc-maçonnerie est-elle une tradition ?

Nous allons tenter d’y répondre en confrontant l’esprit de la maçonnerie avec les définitions du dictionnaire

Selon une 1ère Définition : La tradition désigne une doctrine, pratique religieuse ou morale, transmise de siècle en siècle, originellement par la parole et par l’exemple. La franc-maçonnerie ne répond qu’en partie à cette définition. Si notre culture est orale, nos rituels, eux, sont des catéchismes écrits ; si nous connaissons les vertus de l’exemplarité, on ne peut toutefois considérer qu’elle transmet une doctrine. Il appert que sa principale caractéristique tient à l’assertion bien connue : « la franc-maçonnerie n’invoque aucun dogme ». En corollaire : la franc-maçonnerie n’est pas dogmatique. Contrairement à ce que l’on entend quelquefois dans l’un ou l’autre morceau d’architecture, la franc-maçonnerie n’est pas une doctrine car une doctrine présuppose une transmission des dogmes. La franc-maçonnerie transmet des questions et elle laisse à chacun le soin d’apporter ses réponses et son argumentation. Les plus grands philosophes sont ceux qui n’ont cessé de douter d’eux-mêmes et de se renouveler tout au long de leur carrière. La loge est le réceptacle à l’intérieur duquel peuvent mûrir des pensées grâce au ferment irremplaçable de la liberté et des échanges. Cet héritage, ce sont aussi les valeurs auxquelles nous restons attachés, tout en les relativisant: la vérité, le sens, la dialectique historique porteuse d’espérance, le progrès, la liberté de conscience, le sens critique, la raison, la science, le respect d’autrui, la fraternité. Ces ferments de l’éthique maçonnique, ce sont eux, qui nous ont attirés vers elle. Peut-on les considérer comme un corps de doctrine ?

Selon une 2ème Définition : la tradition c’est une information, plus ou moins légendaire relative au passé, transmise, d’abord oralement de génération, en génération. Les champs synonymiques de « légende » et de « mythe », placent d’emblée la franc-maçonnerie au cœur de cette définition. Les références au temple de Salomon, à ses colonnes, à son architecte Hiram, indiquent clairement des sources légendaires. A noter que ce n’est qu’en 1730, sur fond d’opposition religieuse, que la Grande Loge d’Angleterre, en majorité anglicane, remplace la légende du relèvement du corps de Noé par ses fils évoquée par les presbytériens dans le manuscrit Graham de 1726, par celle d’un meurtre, celle d’Hiram.

Selon une 3ème Définition de l’ Encyclop. univ. t. 16 1973, p. 230 : La tradition est l'héritage par lequel le passé se survit dans le présent. Les psychodrames des rituels d’initiation mettent en scène des temps mythiques, ceux des commencements. Dans la démarche cyclique, les faits se réalisent à nouveau réellement. Ce n'est pas une simple commémoration, mais une réitération. Les personnages du mythe ou de la légende sont rendus présents, on devient leur contemporain.

Selon une 4ème Définition : la tradition c’est une manière de penser, de faire ou d’agir qui est un héritage du passé. Elle est alors liée à la coutume, à l’habitude voire à l’usage. Le formalisme de nos rituels pourrait être de cette tradition-là car il permet d’actualiser par le présent ce qui vient d’avant. Toutefois, tout en étant semblable ce n’est plus tout à fait la même chose, comme le fruit n’est plus la fleur qui l’a porté. La tradition, ce n'est pas un passé irréductible à la raison et à la réflexion de ceux qui nous ont précédés, qui nous contraindrait de tout son poids ; pour nous c'est le processus par lequel se constitue une expérience vivante et adaptable. L’homme libéré n’a pas de modèle préexistant, parce qu’il n’existe que par une actualisation sans cesse renouvelée de son devenir. Ce serait abuser étrangement que croire en la possibilité de ramener, à un concept unique et transcendant, les variétés d’initiations, bien que cette idée d’une unité ne soit pas absente de certains textes fondateurs de la maçonnerie. Les rites ne sont que des voies particulières de la démarche, ils peuvent différer, le processus initiatique se développera sur des multiples plans, moraux, intellectuels, psychologiques, spirituels, intérieurs et extérieurs. Mais il est indéniable qu’il y a des fondements communs constitutifs de la franc-maçonnerie qui nous sont transmis : l’initiation, la tolérance et la fraternité. Rappelons les en quelques mots. L’ initiation qui veut nous faire passer de l’homme de la nature à l’homme de la culture, du vieil homme à l’homme nouveau. Elle veut susciter une nouvelle naissance et la rendre possible. Et pour atteindre ce but, elle doit utiliser certains moyens, se soumettre à certaines conditions : la première condition, extrinsèque, de toute initiation aux «mystères de la Franc-Maçonnerie », est d’être un homme « né libre et de bonnes mœurs ». La deuxième condition, intrinsèque celle-là, est la mort symbolique du sujet à initier, comme le rappelle Eliade : «La majorité des épreuves initiatiques impliquent une mort rituelle, suivie d’une nouvelle naissance »

La tolérance et la fraternité, ces deux notions vont pouvoir révéler ce qu’elles sont, à celui qui, comme Rabelais le préconise, ose rompre l’os pour en déguster la "substantifique moelle". Il en ressort, à notre sens, que la tolérance consiste à accepter que ceux, qui sont comme nous en quête de leur Graal, poursuivent une voie aussi valable que la notre, quelle que soit la direction qu’ils empruntent, car la même quête de la Lumière nous unit… pour autant que nous cherchions tous la lumière… Ce qui permet, aux compagnons de la quête de se séparer sans dommage, est le fait que tous sont unis, vivifiés par la même Tradition. La fraternité c’est quand "l’autre", l’ennemi potentiel, est considéré comme une modalité de ce qui est, une part du Tout dont nous sommes aussi une partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent "compassion", marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ces dernières deviendront l’expression d’une conscience, d’une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique.

B) La spécificité de la Franc-maçonnerie s’appuie-t-elle sur une tradition particulière ?

Son universalisme en récuse l’idée. Si, à n’en pas douter, les sources des textes fondateurs de la maçonnerie écossaise et anglaise sont chrétiennes, l’ouverture de la Franc-maçonnerie à l’universalisme a développé un intérêt pour l’étude des religions, qui peut n’en être qu’historique. Et comprendre diverses approches spirituelles permet souvent de mieux comprendre sa propre spiritualité. Il existe un temps propre à la Tradition maçonnique, mais ce temps-là, indéfinissable, c’est un temps de vie dans l’immédiat, un temps apodictique énoncé par le rituel, aux trois premiers grades, entre midi et minuit. La Tradition maçonnique serait alors un éternel présent qui nous obligerait ainsi à sortir de l’historicité. Cette Tradition implique nécessairement la résistance aux modes, facteurs de datation et de fragilité. Sortir du temps classique et de l’historicité, est-ce à dire que la Tradition se soit refermée sur elle-même, sourde et aveugle aux mouvements de la société profane, ou qu’elle serait inaccessible à tous changements ? Certes, elle ne peut pas être passéiste, ce serait réintroduire le temps profane mais on pourrait être tenté de lui reprocher son fixisme, son conservatisme ou son immobilisme. Comme ce serait mal la connaître ! La Tradition c’est le noyau peu altérable qui fonde la franc-maçonnerie. Elle en assume la solidité et la continuité, la pérennité, la transtemporalité. Mais entendons-nous bien : Tradition n’est pas traditionalisme. Ce serait la réduire, à un attachement aux valeurs, aux croyances du passé transmises par une seule tradition, comme en donne la définition du Robert. Les croyances sur lesquelles furent fondées les différentes obédiences, à travers l’histoire de la maçonnerie spéculative, ont non seulement évoluées mais se sont inspirées de philosophies et de spiritualités souvent opposées les unes aux autres. Quelle source oserait se prévaloir sur les autres ? Pire encore si on considère le traditionalisme en tant que, et je cite le dictionnaire : Doctrine d'après laquelle on doit conserver les formes politiques et religieuses traditionnelles, lors même qu'on ne saurait les justifier intellectuellement. La Tradition maçonnique n’est pas dans de tels contenus car elle n’est surtout pas dogmatique ni étroitement prescriptive. La tradition maçonnique est mouvement, démarche, méthode au sein de loge au moyen des rituels. La Loge maçonnique veut donner à l’homme d’aujourd’hui, comme elle a donné à celui d’hier, les outils symboliques qui lui permettront de se retrouver dans sa vérité et de se conquérir dans sa liberté. L’initiation maçonnique nous permettra d’entrer dans la voie. Mais c’est à nous seul qu’il appartient de « suivre la voie », à nous seul qu’il appartient par notre effort et notre patience, notre intelligence et notre volonté, de passer de l’initiation « virtuelle » à l’initiation «réelle», de transformer une promesse en une réalité, une espérance en une certitude, un chemin de connaissance en un chemin de vie ; c’est une invitation au travail qui incombe au maçon. Le rituel, quant à lui, induit des postures cognitives telles que les secteurs de la réalité et du savoir, qui sont concernés par l’attitude, constituent avant tout des “mystères” construits par lui ; ces “mystères” donnent un sens à l’individu, au monde qui l’entoure et qu’il transformera, selon son appropriation, à travers ses activités maçonniques et profanes. Et c’est dans la chaîne d’union que se reçoivent et se déversent, dans la posture physique de l’entrelacs des mains, ce flux d’augmentation de l’être obtenu au cours des tenues. Tel est l’esprit de la tradition de la Franc-maçonnerie . L'intelligence spirituelle viendra ôter le voile de la lettre, ou le voile qu'est la lettre, afin d'en dégager l'esprit. Alors qu’importe la lettre ? Sans présumer d’une spécificité unique de la Tradition maçonnique, nous pouvons dire que celle de notre respectable loge se situe sur le terrain de l’éthique et de l’humanisme. Les épreuves spéculatives, auxquelles nous nous soumettons et que nous traversons le plus souvent avec succès, sont des indications de l’exigence de la vie elle-même et de la nécessaire confrontation de notre capacité à les surmonter, si nous voulons témoigner au dehors d’une façon d’être conforme à ce que nous éprouvons dans les temples, d’en être responsables. Arrêtons-nous un instant, avec Annick de Souzenelle, sur ce dernier terme, « responsable », pivot de l'éthique, dont l'échelle des valeurs est le moyen. Laissons-le se révéler. Il contient deux sens cachés : res-ponsa que l'on peut rendre par "quelque chose qui a du poids, du prix, de l'importance", et res-ponsa qui est "ce que l'on épouse, ce à quoi l'on est uni par amour". Au cœur de la responsabilité, il y a donc le prix et l'amour, la valeur et la joie. C'est à un rapport à la Création riche de ces qualités que conduit une échelle des valeurs harmonieuse et cohérente avec le réel. Pour conclure, au regard des définitions, la franc-maçonnerie serait, dirions nous, une tradition non traditionaliste. C’est dans la déclaration des principes des obédiences que se retrouve ce fond sur lequel se fait le consensus d’une manière d’être franc-maçon et que nous pourrions appeler la tradition maçonnique.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

Lire la suite

L'initiation maçonnique

18 Mars 2015 , Rédigé par Jean-Pierre BAYARD Publié dans #Planches

Chacun d'entre nous s'est posé les mêmes et éternelles questions : d'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Nos réflexions prennent des sens bien différents selon notre formation philosophique ou religieuse, mais tous, nous avons le désir d'accéder à un état supérieur grâce à notre perfectionnement, obtenu le plus souvent par une méthode initiatique. C'est ainsi que l'on se réfère à la Tradition primordiale dont le courant paraît remonter de plus en plus loin au fur et à mesure de nos découvertes archéologiques. On reconnaît implicitement l'existence d'une réalité supérieure se reliant à l'ordre cosmique. La recherche spirituelle qui unit corps, âme et esprit peut ainsi satisfaire à la fois l'intelligence et le cœur. La Franc-maçonnerie est l'un des ordres initiatiques traditionnels utilisant le symbolisme universel et prônant la fraternité. L'initiation doit se vivre intensément, d'une manière absolument personnelle ; il doit y avoir participation active, effective, non littéraire ou scénique ; certains groupes en font une représentation théâtrale, allant jusqu'à faire jouer ce "mystère" devant les sujets à initier ; ceux-ci ne sont alors que des spectateurs plus ou moins réceptifs ; ils ne subissent pas directement cet influx, le choc créé par la puissance des rituels. Etymologiquement, initier évoque l'idée de commencement, de mise sur la voie, en signifiant aussi le désir de mener cette action à son terme, à sa perfection. Dans les groupes spiritualistes, l'initiation s'entoure de rites et de symboles, basés sur la pratique d'un métier - la maçonnerie se dit l'héritière des constructeurs du temple de Salomon, puis de ceux qui ont élevé les cathédrales. Cette participation entraîne une mort à ce qui a été sommairement acquis et à une renaissance, à un authentique recommencement dans un cadre élargi. "Mort et résurrection" reste le thème initiatique par excellence. La société initiatique recrute parmi les "hommes libres et de bonnes mœurs ; elle lutte contre l'ignorance sous toutes ses formes ; elle est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi des personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles". Ses rituels, basés sur les rites d'un métier, enseignent et placent l'individu sur le plan de la compréhension de l'autre, plan que l'on peut qualifier d'horizontal ; l'être apprend à se maîtriser, à savoir écouter en tirant profit, mais aussi en sachant discuter, confronter les idées et même les critiquer. L'attitude du franc-maçon reste sobre ; calme, il parle sans grands gestes, sans intonations déplacées. Cet être sait ainsi s'élever sur un plan spirituel. On songe alors à une dimension verticale. Le franc-maçon se place au croisement de ces deux axes tout comme la rose y est située sur la croix. Il acquiert les possibilités de devenir l'Homme Universel, c'est-à-dire un citoyen du monde. Tout maçon qui veut suivre la voie Traditionnelle doit cependant avoir certaines aptitudes, un désir conscient d'approfondir son identité, dans la simplicité de son raisonnement qui œuvre dans un esprit de conciliation et de fraternité, en recherchant l'équilibre pour ceux qui l'entourent. S'il veut bénéficier de cette harmonie intérieure, il doit se rattacher à une organisation Traditionnelle régulière, mais par "régularité" il ne faut pas envisager un impératif historique ou doctrinal : seule la pensée spirituelle puise dans la Tradition. Le travail s'opère graduellement, au milieu de compagnons de route. On accède ainsi à une véritable fraternité initiatique, solidaire et agissante. De cette large plate-forme spirituelle, la Franc-maçonnerie atteint son rôle de centre d'union, dépassant largement le contexte des idées d'une époque ou d'une religion particulière. Le véritable initié doit dépasser toutes les contingences d'un moment pour évoquer ce qui est immuable. Nous ne pouvons oublier que la présence de l'homme sur notre planète est actuellement évaluée à douze ou quatorze millions d'années et que les vestiges de sa vie ont près de trois millions d'années : voici de quoi nous rendre humbles en prenant conscience qu'à chaque époque l'homme a cherché à s'élever, à se perfectionner, qu'il a utilisé des rites. La Franc-maçonnerie est une ascèse. Elle n'est dépositaire d'aucune révélation et un magistère maçonnique n'existe pas. L'ordre ne donne aucun mot d'ordre. Le maçon qui reflète le rêve du collectif n'est soumis à aucun impératif. Il n'a pas à se plier à une idéologie officielle et il n'est pas un "soldat de la propagande". Au contraire, il doit conserver son individualité qui doit être agissante, car en puisant dans l'esprit de ce qui est éternel, on se réalise en soi, mais on organise aussi le devenir. Dans son idéal spirituel, la maçonnerie utilise comme allégorie l'image de la pierre brute que l'on taille pour la rendre cubique ; mais cette pierre, maintenant polie, ne peut rester isolée. Elle doit être ajustée à d'autres éléments. Par leur équilibre, leur beauté, nous constituons la cathédrale, le temple. Du perfectionnement individuel, nous parvenons à l'idéal de la communauté. L'univers est lui-même un ensemble construit harmonieusement et rigoureusement. Comme au Moyen-Age, nous pouvons évoquer le Grand Horloger du Monde, le Grand Architecte de l'Univers. Comme l'écrit la Grande Loge de France : "L'initiation permet le passage des ténèbres à la lumière. Elle a pour principe de faire descendre l'homme en lui-même, afin qu'il découvre les dimensions de sa vie intérieure, sa place dans le cosmos, le sens de son destin. L'initiation est une longue quête qui amène le franc-maçon, affermi dans sa démarche, à la conquête du Beau, du Vrai, du Juste. La méthode maçonnique repose sur la compréhension et l'utilisation des symboles traditionnels". Les symboles ont une importance vivifiante. Ce langage muet qui parle à l'âme et au cœur est partout présent. Il figure dans les éléments de la nature, du cosmos et les hommes en ont fait des applications dans les proportions de leurs temples, de leurs édifices, dans ces volumes, ces orientations, ces décorations où vivent la mystique des nombres, les gammes de la couleur, le rythme des sons, toute une harmonie architecturale où le trait suggère et donne l'équilibre. Le symbole vit et imprègne chaque être qui cherche à en percer le mystère. Il est la base vivante de l'initiation. Ainsi, tout en restant attentifs à la vie contemporaine, à l'évolution de nos idées et de nos recherches scientifiques, abreuvons-nous aux sources de la connaissance, de notre foi en la perfectibilité de l'homme. Soyons les aventuriers de la pensée créatrice, celle qui est toujours mouvante et qui rive notre rêve de l'humain.

Source : http://www.sagesse-marseille.com/

Lire la suite

Chevalerie initiatique et chevalerie maçonnique

16 Mars 2015 Publié dans #Planches

Le plus simple pour aborder la compréhension d’une chevalerie initiatique est d’étudier la comparaison avec les restes des ordres chevaleresque civils, la tradition chevaleresque elle-même, et la chevalerie maçonnique développée dans des degrés que les francs-maçons eux mêmes disent ne plus rien à voir avec la Franc-maçonnerie. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec, voyons tout d’abord la chevalerie maçonnique. Dans tous les grands rites, on commence avec les degrés du métier, on continue avec un degré (ou une série de degrés) de transition qui est lié à une révélation, parfois apocalyptique, puis on termine sur des degrés d’une chevalerie spirituelle, ou de chevalier saint. On pourrait faire des études comparables avec le double degré de Maître Écossais de Saint André dans le Rite Écossais Rectifié, avec le Rite Écossais Ancien et Accepté, ou le Rite français, mais nous nous limiterons au Rite York déjà évoqué. L’évocation dans un rituel, toujours de la Sainte Arche Royale, de «la vaillance de ces hommes valeureux qui, la truelle à la main et le glaive au côté, étaient toujours prêts à défendre le sanctuaire contre les attaques non provoquées de leurs adversaires», appelle quelques commentaires. Tout d'abord, dans le rite « des maçons anciens francs et acceptés », comme dans le rite Émulation, c'est une des rares fois où l'on fait allusion à un glaive en maçonnerie de métier. Celui-ci est d'ailleurs présent, à l’Arche, sur le tapis de loge, et c'est sur le commentaire de ce tapis que se fait le discours du Deuxième Principal; dans la logique de ce rite, c'est à ce point précis que se trouve la jonction avec la tradition chevaleresque. Le maçon, pour défendre son œuvre, et surtout lorsqu'il s'agit d'une œuvre sainte, est habilité à porter l'épée et à s'en servir. Pour ceux qui connaissent la logique des grades complémentaires maçonniques, lorsqu'ils entrent dans la chevalerie du Temple, ils sont admis dans les commanderies en tant que pèlerins de l'Arche Royale. Il en va de même pour la Croix-Rouge de Constantin, l'ordre du Saint-Sépulcre, et l'ordre de Saint-Jean l'Évangéliste. La démarche des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est analogue. Tous ces ordres sont maçonniques, même lorsqu’ils sont les homonymes d’ordres non maçonniques, certaines analogies prêtant à confusion. Rappelons cette tradition rapportant que les templiers pourchassés en France 1312, auraient trouvé refuge dans des loges maçonniques, notamment en Écosse. À la suite de la bataille de Bannockburn (1314) où le rôle de ces templiers aurait été décisif, Robert le Bruce aurait constitué un ordre à leur intention, de cette légende vient « l’Ordre Royal d’Écosse ». Au XVIIIème siècle, des chevaliers authentiques en mal de spiritualité se sont amalgamés à des loges en mal de reconnaissance nobiliaire, et d’une tradition chevaleresque authentique. Ainsi, la Stricte Observance Templière, les Chevaliers du Chapitre de Clermont auraient rejoint les Maîtres Maçons de Lyon pour former le Rite Écossais Rectifié avec ses Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. On connaît le Discours du Chevaliers Ramsay qui évoque l’origine croisée des Franc-maçons. On peut faire tout un développement au sujet des « maçons chevaliers », dont le nom peut aussi s'inverser en proposant des « chevaliers constructeurs ». Il existe aussi ce degré, déjà évoqué, appelé les Prêtres Chevaliers du Temple de la Sainte Arche Royale (selon la traduction) dont certains font remonter l'origine en Irlande en 1700. Cet axe de réflexion sur la chevalerie maçonnique prend toute sa dimension lorsque l'on se rappelle qu'en Angleterre, comme dans les pays nordiques, et particulièrement la Suède, ce sont les membres de la famille royale, quand ce n'est pas le souverain lui-même, qui est Grand Maître de l'Ordre maçonnique. Nous avons déjà cité le Roi d’Écosse Jacques Stuart, en exil en France à Saint Germain, selon de possibles origines des grades dits Écossais, aurait peut-être bien distribué quelques titres de Chevaliers qui se sont transmis dans certaines loges par des degrés spécifiques. Des titres chevaleresques maçonniques, qui sont alors délivrés, sous des patentes bien définies, sous l'autorité consciente de souverains légitimes, perdent tout caractère arbitraire, et peuvent reposer la question d'une valeur dépassant le cadre maçonnique. Ainsi, notamment l’Ordre Royal d’Écosse en serait un exemple particulièrement flagrant ; de même le 11ème degré du Rite Suédois qui confèrerait un titre de valeur civile, le Roi de Suède étant le Grand Maître. Enfin, la reconnaissance de la qualité nobiliaire d’un chevalier n’est actuellement admise que s’il a été conféré par une famille régnante, ou un État souverain. Or, cet état de fait n’est qu’assez récent, et en opposition avec les origines de la Chevalerie. La noblesse est héréditaire, pas la chevalerie. Ce qui définit la transmission chevaleresque, c’est la reconnaissance par d’autres chevaliers. Le jacobinisme des souverains les a poussés à s’approprier ce droit de reconnaissance, et à l’imposer à leurs sujets. Le conflit reste ouvert entre des usages immémoriaux et les règlements modernes ; car, qu’est ce qui empêcherait certaines anciennes familles, ayant régné, parfois bien longtemps, de promouvoir un ordre chevaleresque dans leur maison comme cela s’est fait dans le temps ? L’une des missions originelles de la noblesse n’est pas de se reproduire en cercle fermé, mais d’attirer à elle les individus de qualité, détectés dans la roture. La mise en place de barrières étanches ou inadaptées a été l’une des causes des révolutions. Le « Bourgeois Gentilhomme » de Molière en est la caricature. Sur le plan moral, c'est au niveau chevaleresque que vont se trouver exaltées certaines vertus comme la charité, la bienfaisance, la protection de la veuve, de l'orphelin et celle du pèlerin, avec tout le développement du rôle hospitalier de ceux qui sont à la fois des chevaliers et des pèlerins. Mais le maçon doit également trouver, là, les limites à la notion d’une tolérance qui lui a été longtemps inculquée. Si le chantier, l'œuvre en cours, ou les principes de l'institution sont en danger, alors il doit sortir l'épée et se battre, jusqu'à la mort s'il le faut, si le seuil de tolérance a été dépassé. On enseigne ainsi au chevalier constructeur que, si la grande guerre sainte «existe», la petite guerre sainte étant celle où l'on doit tuer des hommes pour survivre, on est avant tout confronté à une guerre intérieure, contre notre pluralité, voir dualité, où l'on doit écouter, apprendre et se maîtriser, tant que les principes essentiels ne sont pas en péril. Ceci est encore une démonstration du fait que ce message s'adresse à tous, toutes confessions confondues, à partir du moment où nous sommes des hommes fidèles à nos engagements envers la Divinité comme envers notre prochain. Les armes ne sont pas un moyen de principe, mais le dernier recours qui trouve sa justification lorsque les hommes ne peuvent plus communiquer, que tout a été dit et que l'on se retrouve encore en danger. Pour ceux qui ont appris le maniement des armes, nous savons que la meilleure épée est celle qui reste au fourreau, et ce qui la fait sortir de son fourreau n'est pas en général la vaillance, mais la peur. La plus grande des notions de courage, c'est d'affronter ses adversaires sans sortir les armes, mais avec une œuvre constructive qui est souvent plus efficace que les paroles inconsistantes. Dans l'escalade de la violence entre deux parties, celui qui tire l'épée est, en général, celui qui pense avoir été provoqué au-delà de toutes limites, ce qui le met en danger. Ces notions sont importantes lorsque l'on devient en maçonnerie, symboliquement, un membre du Grand Sanhédrin, faisant partie des princes et chefs du peuple. Ces notions de pouvoir, de riposte et d'agression rentrent dans le cercle de nos responsabilités, il faut savoir les interpréter et les traiter avec sang-froid. Ainsi, à des niveaux définis, certains ne sont-ils pas relevés de leurs vœux, et donc de leurs précédents engagements ? Ne passe-t-on pas ainsi de la morale à l’éthique ? Nous comprenons pourquoi, dans la Franc-maçonnerie moderne, en quittant le métier pour la profession, quelques uns sont perdus devant le changement de règles. La confusion est d’ailleurs entretenue par certaines obligations reprises en « copier-coller » comme pour meubler des vides, ou des incompréhensions. Il est pourtant indubitable, que plus on progresse, plus les obligations que l’on attend de nous reposent sur notre conduite et nos choix, plus que sur nos actes et nos idées. Les résultats prévalent parfois dans la philosophie de l’action. L’armement chevaleresque, avec une dimension sacerdotale déclinée de façon variable, constitue l’étape ultime de l’initiation maçonnique, qui est, rappelons-le, une initiation de métier, donc « roturienne ». Peut-être la transmission nobiliaire aurait-elle perdue son caractère initiatique? Serait-ce une explication à ce que les membres de la Royal Society venaient chercher dans les loges au 17ème siècle. ? Les trois premiers degrés relèvent du métier, et enseignent le B.A. BA du symbolisme, le Craft des Anglo-saxons, comparable à l’œuvre au Noir. La Sainte Arche Royale développe, de façon progressive, les fondements du sacerdoce ; au-delà de la transmission, c’est une reconnaissance de l’initié comme Prince et Chef du Peuple, œuvre au Blanc. Puis la philosophie de l’action constitue la preuve matérielle des idées métaphysiques précédemment acquises, au travers soit de la Chevalerie, soit de la pratique sacrificielle, c’est l’œuvre au Rouge. Le cycle est alors complet.

Source : http://www.tombelaine.sitew.fr

Lire la suite

Les 5° et 6° grades : Maître Parfait et Secrétaire Intime

13 Mars 2015 , Rédigé par JMA Publié dans #Planches

Le grade de Maître Parfait (5° grade)

Le 3ème grade nous confère la plénitude de la qualité de Maître maçon et constitue le socle de la première installation dans le long et difficile processus de la recherche initiatique… Dans cette quête personnelle de recherche, d’amélioration et d’épanouissement, certains de nos frères estiment ce socle suffisant … Cette liberté, ce choix, n’est pas le nôtre, même si nous nous sommes interrogés sur la pertinence de poursuivre nos travaux au-delà du 3ème grade. Dés lors, les travaux que nous accomplissons dans le cadre du Grand Collège des Rites au REAA sont-ils superflus ? A la base de tout progrès, on retrouve, à mon avis, comme constante de l’esprit d’humain, la recherche d’amélioration, et de perfection. En ce sens, l’introspection, la recherche d’altérité, les confrontations, les échanges permanents, constituent l’amorce des paliers successifs qui nous sont proposés dans l’approche de ce lent et infini apprentissage. Certes il s’agit là de réflexions purement symboliques, mais nécessaires comme le dit l’historien d’Art Emile MALE en affirmant que “ Le symbolisme nous montre une chose et nous incite à en voir une autre » Mais j’en viens au sujet de cette planche et tout d’abord au cinquième grade, celui de Maître Parfait. Les deux grades de maître secret et de maître parfait semblent indissociables. A l’origine, les quatrième et cinquième grades n’en formaient qu’un seul, qui ouvrait sur le cycle de la maçonnerie de perfection. Puis, la pratique du grade de maître parfait a précédé celle de maître secret au XVIII°. Cela n’est qu’à compter de la fin du XIX° siècle que le mode de fonctionnement fut inversé et que le grade de Maître parfait fut dissocié de celui de maître secret et ne fut plus transmis que par communication. Le grade de maître parfait a pour thème l’inhumation d’Hiram.

La légende

Raconte que lorsque le Roi Salomon fût informé que le corps d’Hiram avait été retrouvé et déposé dans la partie la plus basse du temple, il décida de conserver ses précieux restes. Il demanda alors à Adonhiram d’organiser pour son ami des funérailles en grande pompe. Il défendit d’effacer les traces de sang qui avaient été répandues dans le temple jusqu’à ce qu’on ait tiré vengeance des assassins. Adonhiram, nommé grand architecte en chef des ouvrages, fournit le plan d’un monument de marbre blanc et noir devant être élevé à la mémoire du Maître disparu. Ce mausolée fut érigé en neuf jours. Le cœur d’Hiram fut déposé dans une urne placée au sommet d’un obélisque triangulaire : l’urne était transpercée par une épée. Quand justice lui fut rendue, le corps d’Hiram Abif fut alors déposé sur un mausolée, recouvert par une pierre triangulaire sur laquelle étaient gravées les lettres JMB (Iod, Mem, Beth) et une branche d’acacia disposée au dessus de ces lettres, écrites en hébreu. Trois jours après les funérailles, le roi Salomon contempla les 2 monuments et levant les bras au ciel, il s’écria : TOUT EST PARFAIT.

Le thème central

La notion de perfection qui est abordée à ce grade désigne l’état de ce qui est complètement achevé. La perfection a valeur d’exemple. Elle fut incarnée en la personne du Maître disparu. La perfection est donc le thème central de ce grade par lequel chaque maître est invité à se surpasser sans cesse pour approcher toujours plus prés son idéal.

La symbolique

Ce grade de Maître parfait qui raconte et commémore l’enterrement de Maître Hiram, présente des éléments constants entre ses différentes versions historiques qui sont :

  1. la couleur verte de la loge et des décors
  2. la quadrature du cercle
  3. le Saint des Saints
  4. la symbolique numérique basée sur le nombre 4 et ses multiples
  5. le tableau du grade qui comprend 4 ou 3 cercles concentriques à distances égales, au centre desquels se trouve une pierre carrée ou cubique, avec au centre gravée la lettre J. cette lettre J correspond à Jod, première lettre du tétragramme.

Alors que le maître secret travaille dans la pénombre et que les larmes d’argent rappellent la perte douloureuse du Maître, le maître parfait a surmonté positivement cette douleur. Toute la loge est tendue de vert, couleur qui rappelle la décomposition, la mort, mais aussi l’espérance et la germination de l’acacia. Le Maître parfait trouve surtout la solution du problème posé par la quadrature du cercle philosophique en retrouvant le mot du Maître qui est le tétragramme sacré Iod, Hé, Vau, Hé. On apprend ainsi que l’accomplissement du Devoir est la réalisation du principe élevé qui est en chacun de nous. Le maître parfait prend conscience de ce que la clé de la connaissance réside dans la participation directe et immédiate avec le Principe. La quadrature du cercle au sens que lui donnaient les anciens, consiste à trouver un carré équivalent à un cercle. Ce problème de mathématique est insoluble, ce qui fut démontré au XX° siécle. Ce symbole montre que l’idéal complet de la perfection est inaccessible en ce monde. La quadrature devrait permettre, par construction géométrique avec seulement l’équerre et le compas, de rendre identiques les surfaces du cercle et du carré, en recherchant ’un carré dont la surface serait exactement égale à celle d’un cercle donné. Cette recherche ne saurait se faire sans le nombre Pi dont on sait qu’il est irrationnel, la succession de ses décimales étant indéfinie. Bien que ou parce que mathématiquement impossible, la quadrature du cercle est entre autres pour les alchimistes et les philosophes un exercice de méditation pour symboliser le passage du terrestre au céleste. Le cercle symbolise le divin, le carré symbolise la terre. Rechercher la quadrature du cercle reviendrait ainsi à chercher les rapports entre la création et le créateur. Le Saint des Saints fait référence à la conception du judaïsme. Il correspond à la partie la plus intérieure du Temple de Jérusalem, la plus sacrée, où se manifeste la présence divine, et où seulement peut se manifester le nom de l’Eternel. La présence d’un cadavre dans le Saint des Saints le rendrait impur ce qui est inconcevable.

La perfection, la quadrature du cercle et le Saint des Saints sont intimement reliés dans tous les rituels de Maître Parfait. Le nombre 4 montre bien que le maître parfait est de plein pied dans la connaissance et la maîtrise de la matière qu’il doit maîtriser pour se parfaire. Quatre est le premier des nombres carrés et le premier des nombres parfaits.
Le nombre 4 marque la stabilité et la durabilité dans l’œuvre à accomplir. C’est le nombre de la Terre. Ce nombre pair représente la solidité, l'organisation et l’universalité représentée par les 4 éléments de la tradition occidentale, les 4 directions de l’espace, les 4 points cardinaux.

Les trois cercles.

Ils sont l’emblème de la divinité qui n’a ni commencement, ni fin. Ces trois cercles enferment un cube. Dans la tradition architecturale, le cube est proprement la forme de la première pierre d’un édifice, la pierre fondamentale posée au niveau le plus bas sur laquelle reposera toute la structure de cet édifice et qui en assurera la stabilité. Cette pierre vive, c’est le Maître qui doit acquérir la perfection de l’art du trait, d’en trouver les principes qui permettent de retrouver l’art du grand Géomètre de l’Univers. Dans le rituel, à la question, êtes vous maître parfait, celui-ci répond, j’ai vu le cercle et sa quadrature dans le Saint des Saints. Par cette réponse le maître parfait affirme par là la connaissance du maçon, homme de métier, dans l’art du Trait .En se référant aux écritures bibliques, il dit que l’homme fut créé à l’image de Dieu. Ceci lui confère ipso facto un rang exceptionnel au sommet de toute création. Cet état de perfection initial permet à l’être d’espérer reconquérir, malgré la chute dans la manifestation, une unité et une réalité données à l’origine. Matthieu, le seul évangéliste a utilisé le qualificatif de parfait a dit : soyez parfait comme votre père céleste est parfait. On peut envisager que la perfection humaine en ce monde est partielle, relative, inaccomplie et approximative par rapport à la perfection du Verbe initial. Devenir réellement maître parfait peut être considéré comme une sympathique Utopie. Mais cet appel à la perfection illustre précisément notre recherche permanente en quête de savoir, de recherche et d’amélioration, de soi et de la société. Le maître parfait est censé accéder dans le Saint des Saints où se trouve le nom de l’éternel, autant dire accéder virtuellement à l’état de perfection, puisque ce privilège n’est dévoilé qu’aux parfaits. Il atteint ainsi la perfection des secrets de la maîtrise. En plaçant le cœur d’Hiram au sommet de l’obélisque dans une urne, il est suggéré au maître parfait de séparer son cœur spirituel de son corps, de la matérialité, de gouverner ses actions, de purifier son cœur, pour tendre à l a perfection. Les maîtres parfaits sont reconnus comme des maîtres particulièrement habiles qui se voient confier la construction du tombeau d’Hiram sous la direction d’Adonhiram.

Venons en à présent au sixième grade, de Secrétaire Intime.

Le grade de Secrétaire Intime (6° grade)

Ce grade de secrétaire intime est également appelé Maître parfait par curiosité. Le grade de secrétaire intime a précisément pour thème la curiosité.

La légende

En échange des bois du Liban et des pierres taillées fournies par Hiram, roi de Tyr, pour la construction de son temple, le Roi Salomon s’était engagé à lui donner une province. Hiram de Tyr la visite et n’y trouve qu’un sol aride et une population sauvage. Il revient au palais de Salomon, traverse furieux la salle des gardes et fait irruption dans la salle où Salomon, seul, pleure la mort d’Hiram. Craignant pour la sécurité de son maître, Johaben, le plus dévoué des serviteurs du roi Salomon, l’a suivi et écoute à la porte. Hiram de Tyr le découvre et se croyant espionner, veut le mettre à mort. Salomon le retient, le raisonne, et fait enfermer son serviteur Les deux rois reprennent leurs discussions et Salomon explique qu’il a l’intention de reconstruire les villes de la province cédée. Les deux rois après l’avoir entendu, font de Johaben leur secrétaire intime qui rédige alors leur traité d’alliance. Dés lors, un nouveau ternaire se met en place, dans lequel le secrétaire intime remplace Hiram Abi.

Le thème central

Ce grade illustre donc la différence entre deux formes de curiosité, l’une positive, l’autre négative et démontre ainsi que la curiosité au service d’une cause juste peut être un facteur stimulant pour l’intelligence et utile sur le chemin de la Vérité. En filigrane, sont également suggérés les thèmes des apparences et de leur rejet ainsi que celui du caractère sacré de la promesse faite.

La symbolique s’organise autour de trois axes majeurs.

  1. Le zèle pris pour de la curiosité
  2. L’alliance, la promesse, la perfection
  3. les trois triangles entrelacés

La curiosité est ici, on l’a compris, au service de la recherche de la vérité, curiosité bien sûr de découvrir le secret des autres mais surtout désir de protéger son maître de la colère d’Hyram de Ty. Johaben, homme de confiance de Salomon, justifie sa fonction par son zèle et son courage. La discussion véhémente entre les deux rois porte sur le respect de la parole donnée. Plusieurs interprétations sont données concernant la transmission du Mot du Maçon, du maître en réalité : La première serait que le mot que Johaben surprend doit être changé. Le mot n’est pas perdu, mais sa transmission est suspendue. La seconde serait que le mot est perdu avec la mort d’Hiram, le mot correspondant à la conception globale de l’oeuvre, et qu’il faut le retrouver : le mot de substitution ne donne qu’un aspect partiel de la conception globale. La dernière serait que ceux qui connaissent le mot ne sont plus que deux au lieu de trois (qui dirigent la loge), ce qui interrompt la communication. Johaben entend le mot, mais pour être digne de devenir maître il doit surmonter l’épreuve de la mort. L’alliance, la promesse, la perfection sont trois notions très liées, l’alliance représentant une sorte d’aspect symbolique de l’absolu, l’alliance se réalisant par un traité entre les deux souverains, doublé d’un caractère sacré établissant un lien de perfection entre deux rois et leur secrétaire. Les trois triangles entrelacés représentent la restauration du triangle directeur du chantier désormais constitué par Salomon, hiram de Tyr et Johaben, investi de la confiance de ses maîtres auprès desquels il remplace Hiram Abi, Tous trois sont détenteurs de la parole du Maître, parole qui ne peut être transmise que s’ils sont réunis, ce qui atteste du caractère indissoluble de leur alliance. On peut y voir aussi le symbole de la dénomination du trois fois puissant qui agit en lieu et place du Roi Salomon.

Analyse

La curiosité apparaît donc essentielle sur le chemin de la vérité. Le rituel du grade explique au maçon qu’il y a en lui un Hiram de Tyr, raisonneur, travailleur, concret, un Salomon, plus sage, spiritualiste, ésotérique, et un témoin au service du meilleur de nous, Johaben, dévoué, intelligent, fidèle, comme une troisième force, réduite à observer.. Il existe deux sortes de curiosité, l’une vaine et condamnable, l’autre utile, qui excite l’intelligence pour connaître la Vérité, la curiosité la plus noble étant celle de l’initié qui cherche sans cesse. L’idéal d’atteinte de la perfection doit être approché par le travail, l’accomplissement du devoir mais, et c’est nouveau, aussi par la curiosité, non pas celle connotée péjorativement, mais la curiosité intellectuelle doublée de courage, celle qui pousse vers l’avant, déplace les limites, celle là même qui anime les artistes, les chercheurs, qui requiert et conduit à plus de lucidité, dont R.Char nous a dit si bien qu’elle est la blessure la plus rapprochée du soleil….

Pour conclure….

Mes bien aimés frères, autrefois, nos prédécesseurs examinaient et travaillaient à tous les grades avant que ceux-ci ne soient ensuite transmis par communication. Cette méthode, plus adaptée à la vie moderne, nous permet seulement d’approcher ces grades. C’est pourquoi ce type de travail est nécessaire pour que ne se perde pas l’enseignement de chaque grade. Si ces digressions symboliques vous ont semblé redondantes, ou fastidieuses, vous vous voudrez bien me le pardonner fraternellement…Quant à moi, je vous remercie de m’avoir permis ce retour sur moi-même dans ma quête personnelle, et je le sais toujours inaboutie, de l’initiation. J’espère avec Georges Sand, que cette planche vous aura donné « envie de mourir de curiosité » et de vous replonger avec intérêt dans l’examen de ces grades intermédiaires dont la légende emprunte à notre culture philosophique et religieuse pour nous enseigner les voies de la perfection, de la curiosité, de la loyauté, du respect de la parole donnée dans une forme suggérée laissant la part belle à notre sensibilité personnelle et à notre imagination.

Jean Michel Archimbaud.

11 novembre 2005.

Source : http://emsomipy.free.fr/

Lire la suite

Le lâcher-prise

12 Mars 2015 Publié dans #Humeur

Le lâcher-prise
Lire la suite