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Sol Invictus

6 Novembre 2012 , Rédigé par D.L Publié dans #Planches


Mes très chers FF, c’est avec plaisir que j’ai répondu par l’affirmative à notre V\M\ quand ce dernier m’a demandé de dire quelques mots sur le thème "Sol Invictus" dans l’esprit de notre banquet de la Saint-Jean d’été et dans la ligne du thème de notre année maçonnique « La Lumière ».

"Sol Invictus" ou "Soleil invaincu, Soleil toujours vainqueur"…Au moment où je vous parle, le grand luminaire du quatrième jour de la Création frôle l’horizon de l’hémisphère austral, sa course dans le ciel va décroître puis être abrégée par l’hiver. Depuis le solstice d’été, il perd de sa puissance calorique et même, à certains moments, de son éclat. Il n’en persiste pas moins, cependant, à "se lever à l’Orient pour ouvrir la carrière du jour" même s’il va s’enfuir toujours plus vite devant les froides ténèbres jusqu’à la longue nuit du solstice…

Il en est ainsi, au terme de cette période que les hommes ont défini comme étant une année, depuis que l’univers est sorti du chaos des origines. Il en sera ainsi, encore et toujours, jusqu’à ce que notre Soleil se transforme en géante rouge, c’est à dire dans trois ou quatre milliards d’années ou, autrement dit, jusqu’à la fin des temps…

Dans ce travail, vous voudrez bien me pardonner d’axer ma recherche sur les apports de la Tradition Primordiale et de ne point m’attarder sur le symbolisme de la Lumière dans la tradition johannique, que nous avons déjà largement évoqué.

Sol Invictus, les racines indo-européennes du culte de Mithra
Dieu des religions à mystères, ou de salut, distributeur de l’énergie vitale associée au soleil, souverain des armées, Mitra est, à l’origine, un dieu védique, associé à Varuna et à Indra. C’est cette trilogie que les anciens grecs (les Achéens, les Doriens, les Hellens) importèrent en Grèce puis les transposèrent afin de détrôner le culte de la déesse primordiale, la déesse-lune que les Pélasges surnommaient Héra. Le Mitra védique décrit par Georges Dumézil est un dieu souverain, complémentaire et cosmique de Varuna (l’équivalent grec d’Ouranos) et rarement distingué de lui dans le Rig-Veda dans l’organisation de la création, même si leurs modes d’action sont différents. D’après l’hymne qui lui est consacré, Mitra est un dieu « très favorable », « roi au bon pouvoir temporel », ordonnateur. Mitra incarne ainsi le jour, Varuna la nuit. Mitra est le bienveillant, l’amical, le lumineux, celui qui réfléchit, celui qui est proche de ce monde-ci, alors que Varuna est le justicier, le vigoureux, le redoutable, celui qui agit, le ténébreux, le lointain, celui qui est de l’autre monde. La paix solaire de Mitra s’oppose à la violence nocturne de Varuna.

Mitra a un homologue mazdéen (iranien) : Mithra, qui procède de la même origine indo-européenne, avec quelques différences cependant. Mithra perd Varuna, son homologue, et se charge progressivement de ses traits. Toujours lumineux, il voit tout et dispose de mille espions. Son nom évoque la notion d’alliance, fondée sur un contrat. Il est le gardien de la loyauté et de l’amitié sincère, le témoin par excellence. Les traîtres sont ses ennemis et il favorise la prospérité des justes. Il prend aussi des allures militaires, il est « Mitra aux vastes pâturages » qui permet de conquérir de nouveaux territoires, n’hésitant pas à manier l’épée pour préserver la juste alliance et mener la guerre sainte contre les armées ennemies, ni même à recourir à la magie. Assimilé au dieu du temps infini (Chronos chez les grecs), il se trouve à l’origine de l’Univers des vivants et le dirige. Mithra est représenté sous la forme d’un héros, portant souvent un bonnet phrygien, égorgeant un taureau, le premier vivant, dont le sang répandu donnera naissance aux végétaux et aux animaux. Ce symbolisme trouve probablement son origine dans l’élimination en Inde du monstre Vrta par Indra, ce qui avait enclenché le cycle cosmique et permis au soleil de briller, aux eaux de couler, aux plantes de pousser. Dans d’autres représentations, Mithra est symbolisé par un être humain à tête de lion, dont le corps est entouré d’un serpent, figurant le cours du soleil et du temps. Rappelons que chez les Grecs, le taureau et le serpent représentaient la croissance et la décroissance de l’année – « le taureau qui est le père du serpent et le serpent dont le fils est le taureau » - et le roi sacré obtenait sur eux la victoire. Nous retrouvons ce symbolisme dans le combat d’Héraclès contre le dieu-fleuve Achélôos, homme à tête de taureau sous sa forme humaine, qui se transformera en serpent au cours de la lutte avant de redevenir taureau. Rappelons aussi que le héros babylonien Enkidu, le jumeau mortel de Gilgamesh, saisit le taureau du ciel par les cornes et le tua avec son épée.

Le culte de Mithra en Iran va évoluer. Ecarté dans un premier temps par la réforme du prophète Zoroastre au profit du dieu souverain Ahura-Mazda, Mithra va bientôt être réintégré dans le corpus religieux mazdéen comme une créature de Mazda, mais il lui arrive parfois de le dépasser. Il devient le gardien de l’ordre social, le Sol Invictus qui triomphe de tous ses ennemis.

Sol Invictus, religion de l’état dans l’Empire romain
Suite à une très grave crise qui conduisit l'empire romain au bord de la dislocation au IIIe siècle, l'empereur Aurélien décida en 274 après J.C d'instaurer un culte commun à tout l'Empire afin de renforcer le lien commun entre les provinces : en effet chaque cité, chaque province, restait attachée aux cultes locaux, dont les rites et les formes pouvaient varier considérablement. Ce nouveau culte devait être pour cela suffisamment neutre pour être accepté par les différentes populations de l'empire.
Son choix se porta sur un culte solaire, le Soleil étant censé être universel : c'est le culte de Sol Invictus, le Soleil Invaincu. Aurélien lui fit édifier à Rome un temple sur le Champ de Mars, et créa un collège de Pontifes du Soleil, et fit du culte de Sol Invictus une sorte de religion de l'État (et non une religion d'État), se substituant au culte impérial tombé en désuétude. Il ne s’agit cependant pas d’un monothéisme, car la nouvelle divinité, loin d'être exclusive des autres, se superposait simplement aux autres cultes, et reste fondamentalement polythéiste : l’Empereur est l’émanation du Sol Invictus. La grande fête du Soleil Invaincu avait lieu le 25 décembre, soit la date du solstice d'hiver selon le calendrier julien : c'était le Dies Natalis Solis, « Jour de naissance du Soleil », christianisé par la suite en Occident (Natalis a donné Natale en italien, Noël en français) (Le Monde des Religions, page 43).

Ce nouveau culte fut mal accueilli par les milieux conservateurs romains (tels que les rédacteurs de l'Histoire Auguste), attachés à la religion traditionnelle romaine et méfiants envers ce nouveau venu qu'elle assimila pour le décrédibiliser à Elagabal, un culte local syrien entouré d'un folklore oriental (culte d'un bétyle, prostitution sacrée, transfert des reliques et statues les plus sacrées de Rome).
Cette religion du Soleil Invaincu s'adressait davantage aux militaires qu'aux civils, qui ne faisaient guère que suivre le mouvement, et elle fut, de fait, très répandue dans les milieux militaires. L'empereur Constantin Ier (306-337), fervent adorateur de ce dieu, fera frapper sur les monnaies la légende « Soli Invicto Comiti », « Au Soleil Invaincu qui m'accompagne ». C'est lui qui, par une loi du 7 mars 321, fera du « Jour du Soleil » (c’est-à-dire le dimanche) le jour du repos hebdomadaire (Code Justinien 3.12.2).
Dans le culte du soleil, les romains représentent Mithra avec un globe dans la main, tandis qu’il touche le zodiaque de l’autre. Il est entouré des quatre éléments, des quatre vents et des quatre saisons. Le culte est pratiqué dans des temples mithraïques appelé mithrae que les légionnaires romains construisaient pendant leurs campagnes ou près de leurs garnisons. A Rome, les mithrae voisinent d’ailleurs avec les tombes des chrétiens dans les catacombes.

Les adeptes de Sol Invictus pratiquaient le culte du taurobole. Au solstice, le dévot descendait dans une fosse spécialement creusée à cet effet et recouverte d’un plafond percé de trous ; puis on égorgeait un taureau au dessus de lui, dont le sang fumant ruisselait à travers les ouvertures sur tout son corps ; celui qui se soumettait à cette aspersion sanglante était renatus in aeternum (né à une nouvelle vie pour l’éternité), l’énergie vitale de l’animal, réputé le plus vigoureux avec le lion, régénérant le corps et peut-être l’âme de l’officiant.
Pour le peu que nous en savons, l’initiation mithraïque se faisait selon sept degrés : le corbeau, le griffon, le soldat, le lion, le Perse, le Courrier du Soleil et le Père, qui correspondaient aux sept planètes dont il fallait traverser les sphères et vivre l’état psychique et spirituel qu’elles commandaient pour parvenir à la béatitude. Cette idée de perfectionnement moral et spirituel fait apparaître progressivement le mithraïsme comme une religion du salut. Mithra l’invincible ne meurt pas, il monte à l’arrière du Char du Soleil pour prononcer le jugement suprême au Ciel. Le culte de Sol Invictus /Mithra prospéra dans l’Empire romain, se répandant de la Syrie et l’Egypte jusqu’au nord de l’Angleterre et sur les rives du Rhin et du Danube. In entra de facto en concurrence avec le christianisme. En 391, Tertullien établit que le Christ était le seul Sol Invictus et le culte fut interdit.

De l’initiation mithraïque à l’initiation maçonnique

Sol Invictus symbolise la régénération physique et psychique par l’énergie du sang, puis par l’énergie solaire, enfin par l’énergie divine. Bel exemple de symboles superposés, suivant un même axe. Il en vient à exalter non seulement l’énergie vitale du guerrier, mais l’énergie de celui qui est appelé à combattre toutes les puissances du mal, pour faire triompher la pureté spirituelle, la vérité, le don de soi et la fraternité universelle des vivants.
La quête inlassable des Francs-Maçons, particulièrement ceux qui pratiquent le Rite Écossais Ancien & Accepté, les conduit à la recherche de la Tradition Primordiale. Avec un constat : l’homme ressent de tout temps l’angoisse, la peur viscérale et mortelle engendrée par la nuit comme l’espérance en la résurrection quotidienne de la nature au moment où le soleil se lève.

Deux entités "divinisables" vont donc pouvoir prendre naissance des que l’homme aura pris conscience de sa propre existence :
- d’un côté, ce qui est en bas, la "Tellus Mater", cette Terre-mère qui soutient ses pas et participe à sa subsistance comme à sa protection,
- de l’autre, ce qui est en haut, le Ciel, cet infini qui, de toute sa profondeur et de son immensité, l’exalte et l’écrase.

Ainsi se mettrent en place ce que Mircea Eliade appelle des "hiérophanies cosmiques", chacune d’elles n’étant rien d’autre que ce "quelque chose qui manifeste le sacré". Ce sont, en fait, des choses simples qui participent directement du cadre de vie primitif. On y trouve, bien entendu, les quatre éléments primordiaux : terre, air, eau et feu. Viennent ensuite leurs multiples variantes telles que pierres, rochers, grottes, montagnes, vent, pluie, tonnerre, ruisseaux, rivières, lacs, mers, flamme, foudre, éruptions volcaniques et tremblements de terre. De façon analogue, y figurent également la voûte céleste avec son astre diurne et ses astres nocturnes, les nuages, le levant et le couchant. La végétation est également représentée et, plus particulièrement les arbres, les semences et les récoltes de même que certains animaux terrestres; atmosphériques ou aquatiques. La fécondité comme la mort n’y sont pas oubliées…

L’homme, dont l’intelligence supplée déjà à la force, confère à chacun de ces éléments et à chaque forme qu’il vénère un pouvoir, une puissance bénéfique ou maléfique et les insère dans un panthéon organisé mais pourtant bouillonnant de vie…Il est pourtant remarquable de constater que, quelle que soit la latitude, cet ordonnancement a toujours été précédé par l’imagination d’un inévitable chaos originel. La Bible, elle-même, si elle se réfère plus volontiers au "Verbe" qu’elle définit comme le "principe créateur", n’en passe pas moins pour expliquer la Genèse par un chaos nécessaire qui a valeur de néant mais grâce auquel le "Verbe" générera et ordonnera les éléments de la Création.

L’homme primitif n’est pourtant pas sans distinguer, au sein de l’univers créé, un certain nombre de cycles dans lesquels alternent avec une parfaite et stupéfiante régularité des phénomènes et des événements de sens contraire. En effet, de même que la lumière et la vie ont surgi du néant et des ténèbres chaotiques, le jour et la nuit, l’été et l’hiver, la naissance et la mort se succèdent inéluctablement de façon apparemment contradictoire. Cette "coïncidence des contraires", l’homme va tout naturellement la transmettre aux divinités attachées aux choses, aux êtres ou aux faits qui l’impressionnent. Ces divinités deviendront ainsi pour lui bienveillantes ou terrifiantes, constructrices ou destructrices. C’est bien le cas avec le soleil qui, s’il est gage de lumière et de vie, peut aussi désertifier la terre et apporter la mort. Il est tout à la fois le feu vivifiant comme le feu destructeur et mortel. Il éclaire et réchauffe mais il aveugle et calcine. Il est tout autant dieu du jour que dieu de la nuit et cette ambivalence se traduit encore dans son rôle de dieu des vivants et des morts.

Parallèlement, on observe que dans de nombreuses mythologies, le Soleil a pour substitut ou pour symbole l’Aigle. Ce n’est certes pas le seul animal qui ait été utilisé comme représentation de l’astre diurne. S’il convient, ici et maintenant, d’attirer l’attention sur le tandem Soleil-Aigle, c’est bien que le roi des oiseaux est aussi, en tant que photophore, le roi du firmament. Il a donc valeur, entant que tel, de contemplation et de régénération spirituelle. Dans l’iconographie chrétienne, du reste, il est le symbole même du Verbe.

L’Aigle, symbole du Rite Ecossais Ancien et Acepté, possède la double capacité de voler à de très grandes altitudes, "au-dessus même des nuages" et de pouvoir planter son regard dans le Soleil qui ne l’aveugle pas. Grâce à cette double opportunité, il règne dans le ciel et possède la perception directe de la lumière. Il jouit pourtant d’une telle acuité visuelle qu’elle le maintient en relation constante avec le sol. Comme le dit Paul Naudon, "il devient ainsi l’intermédiaire entre le plan humain et le plan divin". Toutefois, s’il vole haut et fixe le soleil, il doit néanmoins redescendre puisqu’il est aussi une créature terrestre. Il ramène, de la sorte, la lumière supérieure jusqu’au modeste niveau où l’homme peut éventuellement l’entrevoir. Il exprime alors la souveraineté et la transcendance, dans le même temps qu’il apporte l’illumination. A titre anecdotique, dans la Kabbale, il représente le point cardinal de l’Orient. Ce n’est pas un hasard…

Pour en revenir au symbolisme solaire qui se rattache si étroitement à la célébration de nos fêtes de la Saint-Jean, notre grand luminaire diurne, caractérisé par le rayonnement, la chaleur et la lumière qui en émanent, s’associe symboliquement au Feu-Principe purificateur. Il est également source d’Amour et s’assimile à l’Initiation et à l’Esprit. Il n’est donc pas surprenant que le feu ait joué et continue à jouer un rôle capital dans la tradition initiatique. Il est en effet l’élément moteur de la mort profane du postulant comme de la résurrection du néophyte qui renaît à une existence spirituelle nouvelle puis qu’il aspire à la Connaissance.

Tout initié est, du reste, appelé à franchir le "rideau de feu" qui matérialise la séparation symbolique entre l’état profane et le monde du Sacré. Le feu le tue et le régénère comme, en alchimie, il transmute la matière vile en métal pur et précieux. Il est la puissance cosmogonique fécondante qui donne vie et croissance à tous les êtres vivants. Il est celle des trois grandes divinités védiques qui, ayant gardé son caractère physique, devient le Dieu universel, invisible et mystique, qui, sous le nom d’Agni, se matérialise "sous la forme de la flamme pure et brillante qui dévore le bois sur l’autel et monte vers le ciel qui est sa demeure et sa véritable patrie" bien qu’il soit tout à la fois le feu du foyer, le feu terrestre, le feu de l’éclair et le feu du Soleil.

Dans tous les cas, comme par exemple de "l’Enouma Elish", le merveilleux poème de la Création des Mésopotamiens, en passant par l’immense épopée du "Mahabharata" hindou, l’Hymne au Soleil du Pharaon Akhenaton, l’Invocation au Soleil de Zoroastre, les relations entretenues par Mithra, le Tauroctone, avec le Soleil et jusqu’à notre vénérable Volume de la Loi Sacrée, la continuité de la Tradition est évidente. Tous les hommes de pensée qui nous ont précédés ont donc rempli infailliblement et de façon continue leur rôle de transmetteurs intègres de la Tradition Primordiale. A nous de savoir "passer le témoin"… En fait, la vision du grand mythe solaire n’est qu’une fraction de l’interminable histoire, à la fois unique et multiple, de la tradition spirituelle qui sous-tend l’unité de l’espèce humaine au plan de la métaphysique et de la connaissance, dans le temps comme dans l’espace.

C’est le sens profond qu’a pour nous, Franc-Maçons de Rite Écossais Ancien et Accepté, le message cosmique de Sol Invictus, à mettre en parallèle avec l’aphorisme d’Héraclite "Le soleil est nouveau chaque jour".

J'ai dit Vénérable Maître,

Source : www.ledifice.net

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Mithra un dieu des Francs-Maçons

6 Novembre 2012 , Rédigé par René P. Bacqué de Balagué Publié dans #spiritualité

Mithra, un dieu franc-maçon ?

Dans le panthéon universel, Mitra (que nous réserverons au Dieu védique), orthographié aussi Mithra (que nous utiliserons plus systématiquement dans cet exposé), occupe une place singulière. Dieu indo-européen (arien pour être précis), son existence est prouvée déjà 2'000 ans avant l’ère chrétienne et il existe encore de nos jours en Inde et en Iran un certain nombre de ses fidèles. Les aspects de ce dieu et la pratique de son culte ont varié au cours de cette longue période qui s’étend sur plus de 4'000 ans. D’autre part, le taureau, symbole de la force virile, que Mithra sacrifie est apparu dans l’iconographie sacrée entre 10’000 et 9’000 ans avant notre ère. Il est associé à la déesse Ishtar à Çatal Huyük, village d’origine néolithique du plateau turc. Mithra le Tauroctone est parfois appelé :
“Mithra le Dieu franc-maçon de l’Antiquité”

Cette apposition, caricaturale, parue notamment dans le titre de l’article : “Sacrifié par Mithra, le dieu franc-maçon de l'Antiquité” dans la revue : “Allez savoir” (numéro 20 - juillet 2001) de l’Université de Lausanne - est-elle vraiment justifiée ? Ne relève-t-elle pas de préjugés dont le milieu universitaire est souvent perclus ? Y a-t-il un Dieu Franc-maçon ou un Dieu des Francs-maçons ? C’est ce que cette étude se propose d’élucider.

De quoi s’agit-il ? Les sources écrites en langue française sur Mithra sont assez restreintes et proviennent essentiellement des ouvrages du Professeur F. Cumont :"Les religions orientales dans le paganisme romain” ; du Professeur G. Dumézil “Mitra-Varuna, mythes et dieux des INDO-EUROPÉENS” ; du Professeur Robert Turcan “Mitra et le Mithraïsme - les cultes orientaux dans le monde romain”. Il convient de mentionner aussi les cours de langues et de civilisations indo-européennes, par le Professeur Louis Charles Prat de l’Université de Rennes II (Haute Bretagne), qui m’a fait l’amitié de me confier les notes et son livre : “Il y a 6'000 ans nos ancêtres” (mœurs, civilisation et idéologie des Indo-européens). Les sources anglaises sont plus abondantes et de nombreux colloques se sont tenus sur Mithra en cette langue. Les lecteurs intéressés par cet article sont invités à se reporter aux ouvrages précités dont les références complètes figurent dans la bibliographie.

Qui est Mithra ? De Mitra à Mithra

La réponse est apportée par l’étude linguistique du Professeur Louis Charles Prat qui est diplômé d’études indiennes (option védique), licencié en Sanskrit, spécialiste des Védas, agrégé de grammaire, docteur en lettres, un des trois spécialistes français de linguistique comparée et d’études indo-européennes. Pour lui, l’origine du mot Mitra ou Mithra est indo-européenne ; le dieu, en revanche, est sans aucun doute aryen. Les Aryens (les Seigneurs), nom qui vient du radical indo-européen "Ari" et qui exprime l’excellence vouaient un culte à Mitra déjà 2'000 ans avant notre ère. La langue sacrée des Indo-européens (le Sanskrit de Samskrita - achevé parfait) est une langue artificielle, menée à la perfection et fixée par des savants linguistes à une époque située 2'000 ans avant notre ère. Dans cette langue, Mit(h)ra a valeur d’un nom neutre pourvu du suffixe instrumental Tro, latin : Ara Trum, grec apo Tpov : charrue, instrument agraire aratoire. Mit(h)ra serait ainsi un dérivé neutre, au “degré zéro”, d’une racine mi / moi que l’on retrouve dans toutes les langues indo-européennes avec l’idée d’échange.

En Sanskrit, Mitra, nom commun, signifie au masculin : “l’ami”, et au neutre : “le contrat, l’alliance, l’amitié”, un sens voisin de celui du dieu “lieur” celte. Dans les écrits en sanskrit védique (Rig Veda/Veda des hymnes III.59), on ne trouve Mitra qu’une seule fois. La raison de cette unique inscription est que Mitra est le surnom du dieu Brahmâ. Dans les textes, Mitra apparaît avec un autre dieu : Varuna. Depuis des temps très reculés, ils forment le couple de dieux majeurs, appelé par exemple à garantir un traité hittite mitanien hourrite du XIVe siècle avant notre ère. Dans la tradition ariano-indo-européenne védique, Mitra est le souverain sous son aspect raisonnant, clair, calme, bienveillant, sacerdotal, tandis que Varuna est le souverain sous son aspect assaillant, sombre, inspiré, violent, terrible, guerrier (se reporter à l’ouvrage de G. Dumézil : Mitra-Varuna). Les deux dieux majeurs, Varuna et Mitra, représentent ainsi les deux faces de la souveraineté sacerdotale royale, magico-scientifique et juridique. Lors d’une migration d’une des branches du peuple arien, une des tribus occupera le pays qui deviendra l’Iran. Elle amènera avec elle les croyances de ses origines. Cependant, au contact des populations autochtones, elles connaîtront quelques variations : le Mitra védique deviendra le Mithra avestique.

Le Mithra avestique

Les avatars de Mithra seront dus essentiellement à la réforme zoroastrienne. Dans les Gatha qui expriment la doctrine de Zoroastre, nous voyons apparaître un " uni théisme " moral : seul reste Ahura Mazda entouré de 6 archanges. Les deux premiers Vohu Manah “la bonne pensée” et Asha “l’ordre” laissant transparaître en filigrane le duo primitif Mitra-Varuna. Dans des textes plus récents apparaissent les “ anges ” Yazata, l’un de ceux-ci ayant pour nom Mithra. Un glissement se produit alors et nous voyons se recréer le couple antithétique primitif sous une forme mitigée, Ahura-Mazda étant le dieu suprême, Mithra lui étant subordonné et assumant une fonction guerrière du type de la deuxième fonction du système indo-européen.

Au Ve siècle avant notre ère, le couple antithétique Ahura Mazda / Mithra est rétabli, faisant de Mithra le deuxième dieu majeur, l’égal d’Ahura Mazda qui, bien qu’étant son créateur, fait de lui son clone. Strophe 1 : “Je le créai aussi digne du sacrifice et des prières que moi Ahura Mazda.” Mithra est décrit comme le dieu qui accroît, qui épand les eaux faisant pousser les plantes et donnant la vie. Mithra devient alors le lien entre les différents niveaux de la société ; comme le Mithra védique, il est le garant de l’ordre, le protecteur des éleveurs, dirige aussi ceux qui défendent le territoire. Il lève les armes, met en train la bataille, brise les bataillons rangés. Il est le plus fort des plus forts. Ahura-Mazda l’établi pour garder le monde et veiller sur lui. C’est le justicier, le dieu de l’aurore, le dieu sauveur et solaire, prémices de ce qu’il deviendra dans le monde Gréco-Romain : le deus invictus, le dieu invaincu.

Le Mithra gréco-romain et hellénistique

Le cheminement de la religion, mithriastique, de l’Orient vers l’Occident, suit les cours du soleil. En Asie mineure, de nombreux rois d’origine iranienne ont transmis à l’Occident un Mithriacisme hellénisé. Mithridate ou Mitradates “don de Mithra”, un nom théophore, est souvent porté par des rois du Pont, d’Arménie, de Comagène, signe de leur vénération pour Mithra qu’ils considèrent comme le garant divin de leur autorité. On ne doit pas oublier que le monde asiatique proche de la Grèce a été hellénisé sous l’influence des dynasties issues d’Alexandre le Grand, favorisant un retour du culte de Mithra. Les correspondances existantes avec les religions à mystères ont aussi joué de concert pour restaurer celui de Mithra. Hermès était le “ protecteur des êtres ”, Apollon celui des choses. Un exemple fameux est constitué par l’inscription qu’Antiochus 1er, roi de Comagène, fit graver dans la ville de Nimrud dagh en Turquie :

Mithra en Italie

Une datation nous est fournie par Plutarque pour qui ce culte s’est installé en Italie en l’an 67 avant J-C. Il aurait été “ importé ” par des pirates siliciens, anciens alliés du roi du Pont Mithridate VI Europator, empoisonné par les Romains dans un camp en Italie. Nous pensons, suivant Posidonus, que ces pirates, vaincus par Pompée, étaient conduits par des officiers de Mithridate qui auraient créé des cellules para militaires secrètes qui constitueront la base du futur système des initiations propres au culte de Mithra. Toutefois, une autre origine issue de la tradition littéraire hellénistique, liant le culte de Mithra aux Mages zoroastriens, est aussi concevable. La possible influence des Mages expliquerait le glissement vers la religion à mystère du culte de Mithra. Ce dont on est sûr est que le culte était réservé aux hommes avec un mode d’organisation militaire, ce qui a favorisé dans un premier temps son développement dans les garnisons. Le Mithra romain va évoluer et parvenir à une religion messianique, rivale du Christianisme.

L’iconographie mithriaque

Le Mithriacisme nous est connu essentiellement par son iconographie. L’étude des monuments de l’époque, tous abondamment décorés, est essentielle pour la compréhension du culte gréco-romain de Mithra. Les représentations symbolisent une crypte ; ainsi peut-on parler de “ religion de la crypte ” lorsqu’on parle du culte de Mithra. L’iconographie ne représente pas des divinités mazdéennes, mais leurs correspondances romaines. Les bas-reliefs sont disposés de la manière suivante :

Partie basse :
Le chaos dominé par un dieu cosmique : l’antique Saturne, assimilable à Ahura Mazda, lumineux et scientifique, il agit par son action sur le chaos, le mettant en ordre (ordo ab chaos).

Sur le côté :
Le ciel et la terre, portés par Atlas, lumineux et juriste. Les 3 Parques représentent la triple déesse Anahita, sagesse, force et beauté, symbolisant le destin. Saturne, Ahura-Mazda crée son "clone" : Jupiter -Mithra - qu’il dote de l’arme absolue : la foudre.

Atlas a pour fonction de terrasser les géants anguipèdes, cavaliers soutenus par un personnage monstrueux à corps humain aux extrémités bifides, souvent en forme de serpent, les démons qui, sous les ordres d’Arhiman, la puissance maléfique, dominent la création : le ciel et la terre.

Dans l’iconographie romaine, Mithra n’est plus le second dieu majeur ; il devient un dieu secondaire, un archange que l’on peut identifier à Spenta Maïniu, le dieu bénin, envoyé sur terre pour sauver les créatures de l’emprise du dieu Malin, Angra Maïniu Arhiman, créateur de la matière. Mithra va prendre en charge la création pour la sauver d’Arhiman, son créateur qui a voulu se faire l’égal du Père. Mithra sort miraculeusement d’un rocher comme un estoc que l’on dégaine, il est le Sauveur, le fils du Père, envoyé par lui sur la terre pour sauver l’humanité.

Mithra tauroctone(grec tauro ktomos, qui tue le taureau)

Ce mythe est représenté sur de nombreuses stèles trouvées sur les lieux consacrés au culte de Mithra ; un bel exemple est visible au musée archéologique de Strasbourg, elle fut exhumée à Roenigshoffen. On remarque sur ces stèles que Mithra doit fournir l’humidité fécondant le monde. Le taureau est l’animal qui la possède ; dans sa poursuite de la bête, Mithra l’oblige à sortir d’une maison où elle s’est réfugiée et, pour l’obliger à fuir, il incendie son refuge. Mithra se saisit alors de la bête, la maîtrise pour la chevaucher comme s’il s’agissait d’un cheval dompté ou la porte généralement sur son dos, la tête en bas ou la tirant par les pattes arrière.

Mithra taurophore accomplit alors l’épreuve du “passage du Dieu” : le transitus dei, comme tout mithriaste le fera, portant son propre fardeau. Puis Mithra, dieu vainqueur, se rend dans une grotte pour y sacrifier le taureau, obéissant ainsi à l’ordre des dieux transmis par le corbeau, messager du Soleil, ce corbeau se transformera, plus tard, en blanche colombe. Mithra immobilise l’animal d’une main, le tient par le naseau, et appuie un pied sur son paturon ; de l’autre main, il enfonce son couteau au défaut de l’épaule. Dès que le sang jaillit de la plaie, un serpent et un chien viennent le boire ; au même moment un scorpion, parfois un crabe, attaque les parties génitales de la victime. Des épis de céréales sortent également de la blessure et de la queue. Souvent un lion vient près du vase dans lequel s’est écoulé le sang. Tout autour de la scène des arbres croissent et se ramifient.
Il peut être intéressant à rapprocher ces pratiques rituelles anciennes de celles auxquelles on assiste de nos jours dans la tauromachie. Le torero revêt un "habit de Lumière" ; il est en l’occurrence le messager du Soleil. La mort de l’animal est l’épreuve du "passage du dieu". L’initiation de celui qui porte cet habit de lumière est réalisée par la substitution de "l’humidité fécondant le monde" (la semence). Le torero tue le taureau avec une épée (flamboyante ?) en l’enfonçant au défaut de l’épaule. Il est l’homme transcendé par l’acte - resterait, bien entendu, à expliquer le symbolisme de l’offrande des oreilles et de la queue.

Le Mithra cosmique ou Sol invictus

Très souvent, au-dessus de la scène principale de la tauroctonie, on peut voir des scènes secondaires où Mithra devient héliodromus, “courrier du soleil”, et l’on peut lire la dédicace de “sol invictus”.
Examinons aussi les images qui entourent la tauroctonie ; nous voyons un soleil à droite, côté sud, qui est le pendant, à gauche, côté nord, d’une lune, ronde, indo-européenne - en Orient elle a la forme d’un croissant - d’où s’écoule le "Principe humide ” émanant du taureau. Aux quatre angles du panneau, nous découvrons les 4 grands vents : Eurus à l’Orient, Zephir à l’Occident, Notus au Midi et Borei au Septentrion ; ils représentent les “ 4 Hermès ”, les “4 vents de l’Esprit” qui viennent des 4 Orients qui soufflent sur l’animus, en grec le “nous“ qui rend parfait.

Les Dadophores(Les porteurs de torches)

Dans ces représentations, Mithra est souvent représenté, flanqué de deux personnages, tout comme lui habillés comme un Perse : tunique courte, retroussée et ceinture, la tête coiffée du bonnet phrygien. L'un lève sa torche, l’autre l’abaisse ; ce sont les porteurs de torches, les dadophores : cautes qui tient la torche levée et cautopates qui tient la torche abaissée, soleil montant minuit - midi, soleil descendant midi - minuit. Parfois les dadophores tiennent dans leurs mains l'un une tête de taureau l’autre une tête de scorpion ; il s’agit des signes du zodiaque qui marquent l’entrée, le premier dans la saison chaude, le second dans la saison froide.

Le temps Léontocéphale(personnage à tête de lion)

Au palais Barberini, on distingue sur la fresque mithraïste située au-dessus de la tauroctonie, un dieu ailé, enlacé par un serpent qui s’enroule dans un mouvement sinistrogyre, c’est le temps cosmique (grec : Aion). Dans d’autres représentations, on trouve une statue, surmontée d’une tête de lion. Parfois ce lion crache du feu, tient dans ses mains deux torches, deux clefs ou un sceptre, les deux pieds posés sur un globe armillaire, assemblage de cercles représentant le ciel et le mouvement des astres et au centre desquels un globe figure la terre.

Les cryptes, où se déroulait le culte de Mithra, nous révèlent une iconographie abondante dont la symbolique est conforme au mouvement gnostique de ce début de l’ère vulgaire. Nous sommes à une époque favorable aux mouvements messianiques. Mithra incarne l'un de ceux-ci ; il est représenté comme "Dieu, le Fils”, délégué sur terre par "Notre Père". Il est le "Sauveur" qui vient nous arracher à la matière et au mal pour nous abreuver à la fontaine de l’esprit. Mithra est le "soleil invincible", le pater patrum, le "Père des Pères" qui nous guide jusqu’à l’initiation suprême.

Le culte

Le culte de Mithra était celui d’un ordre initiatique fermé, sélectif, élitaire, où les divers degrés d’initiation comportaient la révélation de secrets inconnus des membres des degrés inférieurs. Il se distinguait des religions de masse du type oriental où tout pouvait être transmis à tous. La loi du silence était la règle - silence et secret si bien gardés que l’on est aujourd’hui obligé de gloser sur des documents peu nombreux et souvent obscurs. Pour comprendre la religion de Mithra, il faut se remémorer les courants gnostiques qui pratiquaient une pensée symbolique orientée vers l’éternité.
Servir Mithra obligeait l’initié à aider non seulement la communauté des croyants mais l’humanité tout entière pour la conduire sur la voie du salut et du bien. Culte secret, réservé à une élite, il conduisait à la lumière. Tous ne pouvaient être initiés, ce qui reste valable de nos jours pour les organisations initiatiques. Les Mithraea locaux consacrés au culte de Mithra ont un élément particulier. On peut les trouver aussi bien à la campagne, dans un lieu reculé, que dans un recoin secret d’une ville ; ce qui prévalait pour le choix du lieu était vraisemblablement la possibilité de le garder le plus secret possible.

Description d’un Mithraeum

Généralement il avait l’aspect d’une “grotte” ou d’une “crypt”. Il était recouvert d’une voûte percée de trois ouvertures rectangulaires constellées d’étoile avec un zodiaque de 12 maisons identiques. À l’Orient, fond du Temple, se trouvait une grande pierre cubique derrière laquelle se tenait l’officiant. Proche de cette pierre, de taille plus modeste, une autre pierre tenait lieu d’autel, là où les mystes venaient prendre leur engagement. Au centre, une volumineuse pierre cubique sculptée représentait Mithra tauroctone. Sur ou à côté de cette pierre centrale, des bases de pierres recevaient 3 colonnettes en triangle, rappel de celles des chapitres avestiques trouvés en Egypte : signification symbolique des 3 colonnes Sagesse, Force et Beauté, soutenant le Temple. Sur les côtés, on pouvait voir deux rangées de pierres surélevées, pouvant servir de bancs ou de lits aux initiés prenant leur repas commun, à demi couchés. Ces agapes étaient rituelles et rappelaient celle du dieu avec le soleil. Au fond de la crypte brillait, dans une alcôve toujours illuminée une statue, en pied ou en buste, ou bien un portrait de Mithra coiffé du bonnet phrygien, ou encore son symbole solaire encadré d’un soleil et d’une lune.

Dans les Mithraeum les plus ornés, nous trouvons des fresques ou des reliefs représentant Mithra saxigenus “né de la pierre”, sortant du rocher. À l’Occident, encadrant l’accès à la nef, une porte à deux battants, deux statues, celle de cautes et de cautopates. Avant d’entrer dans la nef, sur le parvis, les initiés se purifiaient à l’eau bénite et revêtaient les décors rituels correspondant au degré d’initiation auquel se déroulait la cérémonie. Les Mithraeum sont généralement petits, faits pour recevoir 15 à 30 mystes. Toutefois, certains pouvaient accueillir jusqu’à 100 adeptes. Nous sommes en présence d’une pratique ésotérique d’une religion, un culte pour de petits groupes d’initiés, unis par leur degré d’initiation. Les lieux de culte sont nombreux ; cette prolifération est due vraisemblablement à des essaimages fréquents et à la dispersion des lieux de garnison des légions.

Les degrés d’initiation

Pour intégrer un groupe de croyants il fallait être coopté, présenté au groupe et accepté ; il fallait effectuer un apprentissage du culte et subir les épreuves de l’initiation. La hiérarchie initiatique comportait 7 degrés :

1er : corax (corbeau) ; 2e : Nymphus (Promis) ; 3e : Miles (soldat) ; 4e : Leo (Lion) ; 5e : Persa (Perse) ; 6ème Heliodromus (Courrier du Soleil) et 7ème : Pater (Père).

Chacun de ces degrés était placé sous la protection d’une planète : Mercure pour le Corax, Vénus pour le Nymphus ; Mars pour le Miles; Jupiter pour le Leo ; Lune pour le Persa ; Soleil pour l’Héliodromus ; Saturne pour le Pater.

Corax

Le grade de Corax marque l’entrée dans le monde de l’initiation et du sacré. Le corbeau est présent dans de nombreuses religions : Druidisme, Judaïsme. L’oiseau n’est pas naturellement doté de la parole, mais il peut apprendre ; il peut également se métamorphoser en oiseau blanc, la colombe. Il est le médiateur, il mènera le myste du monde profane à celui du divin.

Dans le mythe de Mithra, c’est un corbeau qui est le courrier du soleil ; il vient avertir Mithra qu’il doit mettre à mort le taureau dans un acte sacrificiel. Sur certaines fresques ou bas-reliefs, on voit le myste se présenter “ semi nudus ”, à demi nu, les yeux couverts d’un voile pour être créé, constitué par le Pater, qui le reçoit à l’aide d’une l’épée flamboyante. Le myste est agenouillé, genou droit à terre, le genou gauche relevé, vêtu d’une courte tunique blanche à bande rouge. Sur d’autres représentations, l’on peut voir le “don de la Lumière”, moment où l’officiant ôte le bandeau au futur Corax. Le nouvel initié peut voir la représentation d’un meurtre fictif ; le mort, tête à l’Occident, corps taché de sang est surmonté d’un glaive ensanglanté, tenu par un Miles (soldat, 3e grade).

Nymphus

Le candidat au grade de Nymphus est introduit dans le temple, enveloppé d’un voile épais dont on le débarrasse au cours du rituel pour le faire reconnaître des participants ; ce grade consiste en un mariage entre le dieu et l’initié.

Miles

À ce grade, il est procédé au tatouage d’un motif à l’aide d’un fer rouge au centre du front ; c’est le symbole de l’escarbouche, le 3e œil sur le front d’un être devenu parfait. Dans le cours de la cérémonie, une couronne lui est présentée à la pointe de l’épée ; il doit la faire dévier sur son épaule tout en prononçant la phrase rituelle : “ Mithra est ma vraie couronne ”. Refusant d’être couronné, le myste devient alors soldat de Mithra. Le mythe lui-même constitue une épreuve : menace de mort, suivie de résurrection, symboles très communs des rituels initiatiques. Le “ Miles ” reçoit également un sac qui était posé sur son épaule.

Léo

Cette cérémonie est dominée par le feu. Les mains du récipiendaire sont lavées avec du miel pour ne pas utiliser de l’eau, contraire au feu. Du miel est aussi déposé sur sa langue pour le purifier de tout péché. Le feu symbolise le feu sacré qui anime les Êtres, qui les rend différents des autres créatures. Les "Léo" entretiennent les feux dans les Mithraeum et subissent des épreuves par le feu. Ils sont souvent représentés avec une pelle à feu, arme de foudre jovien.

Persa

L’officiant purifie les mains des "Persa" à l’aide de miel. Toutefois, au nom d’un autre symbolisme, le myste reçoit le miel en tant que " gardien des fruits ". Le miel est le sucre conservateur ; il va de la Lune à la semence du taureau ; il fait pousser les plantes et les arbres portant des fruits par le sang répandu. Le "Persa"tient souvent des épis dans ses mains.

Héliodromus

Il a les attributs du Soleil : flambeau, couronne radiée et fouet. Il porte un vêtement rouge vif et tient un globe de couleur bleue. Il tient un rôle solaire. Celui qui reçoit ce grade ne devient pas Hélios ; il est rattaché à Hélios. Sur des tablettes magiques, on trouve Héliodromos ; cela s’applique à celui qui fait la course du soleil. Le courrier solaire est subordonné au Pater ; tout comme le soleil, c’est à Mithra, le véritable Sol invictus.

Pater

Il porte une mitre de type bonnet phrygien à trois étages symbolisant les “tria loca”, les “trois mondes”. Cette coiffe, œuvre d’art faite de perles, très élaborée, l’identifie à Mithra. Ses signes distinctifs sont : la serpe de Saturne. Il tient un objet que l’on compare souvent à une coupe de libation. Dans l’autre main, il brandit une baguette, insigne du magister qui peut changer en or tout ce qu’elle touche. Un “Pater” était élevé à ce grade par un autre Pater ou par le Pater Patrum, le “Père des Pères”, sorte de métropolitain. Détenteur de la coupe de libation, il était le responsable de la piété, le Pater sacrorum, le Père des rites.

Cette initiation à plusieurs degrés invitait vraisemblablement l’initié à étudier les symboles proposés qui lui signifiaient sa place dans le monde créé. Aucun d’entre eux n’était prêtre à “temps complet” : ils étaient immergés dans le monde profane, y travaillaient, pouvaient se marier et avoir une famille. La cérémonie du repas communautaire, héritage de la cène pythagoricienne, réunissait les mystes et les faisait participer à un acte sacré.

Dans cet acte, ils étaient aussi les fidèles héritiers de Zarathushtra qui assemblait ses disciples à midi et les renvoyait à minuit après un repas, pris en commun, et qui se terminait après avoir juré à Mithra de respecter la loi du silence sur tout ce qu’ils avaient vu, entendu et fait.

Dans la crypte, les fresques, les images, les représentations symboliques donnaient à ces hommes (les femmes n’étant pas admises à la célébration des mystères) des exemples, conformes à l’enseignement oral qu’ils recevaient et qui faisaient d’eux des initiés animés d’un idéal. Ils étaient sauvés par le "sang éternel”, arrachés par leur deuxième naissance au monde des créatures.

Idéologie et eschatologie du culte de Mithra

Une erreur est commune à de nombreux exégètes : le mythe de Mithra tauroctone reproduit une version des origines. Pour ces savants, les Zoroastriens attribuent à Arhiman, entité mauvaise, le sacrifice sanglant qu’ils réprouvent. Franz Cumont, grand spécialiste de Mithra, les conforte dans leur conviction qui veut que la mort du taureau soit primitivement provoquée par Arhiman, puis, ultérieurement, par le Mithra du Yash X, où ce dernier fait croître vie et prospérité. Mithra apparaît alors comme dieu sauveur de la création du monde matériel. Pour commettre une telle erreur d’interprétation il faut être conditionné par l’une des religions bibliques pour qui le monde matériel dans lequel nous vivons est l’œuvre d’un dieu unique.

Mais si l’on examine sans préjugés le Mazdéisme, on constate que l’on a affaire, comme pour la “gnose” indo-européenne primitive, à un dualisme. Il y a primitivement deux mondes. Les latins leur donnaient le nom de natura rerum - nature des choses matérielles, et de natura deorum - la nature des êtres ou des dieux. Il y a coexistence entre deux entités séparées, l’Esprit et la Matière, respectivement le bien et le mal, le blanc et le noir. Pour le Mazdéisme et les tenants de la “gnose” indo-européenne primitive, le monde de l’esprit est éternel, incréé, domaine du Bien et de l’Amour. Le monde matériel, créé par une divinité mauvaise, le démiurge, est transitoire, provisoire, destiné à périr à la fin des temps. Pour rendre ce modèle compréhensible aux profanes, le Mazdéisme imagine, en suivant ainsi la tradition indo-européenne, deux dieux majeurs : Ahura-Mazda, dieu cosmique qui règne sur le monde de l’Esprit où vivent les Êtres, ainsi que son "clone", ou jumeau, Mithra qui veille sur la nature des choses, le monde matériel qu’il ordonne et sépare du dieu mauvais qui l’a créé. Ce deuxième dieu : le rex mundi, le Père des bons esprits, est aussi celui que nous appelons Pater noster ; il est aussi Sator "le semeur", Soter "le sauveur". Il est aidé par deux archanges. Arhiman ou Angra Mainiu et Spenta Maina.

Mais Arhiman commet le péché d’orgueil : il dit "Je", se prenant pour l’égal d’un dieu, il crée la matière en se matérialisant, entraînant Daeva dans sa chute. Spenta Maïnu est resté fidèle, il a accepté de naître de la pierre pour mettre de l’ordre dans les choses créées par Angra Maïniu, il fait que l’Amour règne parmi les hommes, les aidant à sortir du monde de la matière pour revenir à celui de l’Esprit. Ainsi, pour le Mazdéisme la création n’est pas le fait d’un dieu mais d’un sous-dieu révolté contre son créateur. L’enfer, c’est le monde créé : nos corps ne sont que des " casaques de peau ", nos prisons charnelles. Dans ce cadre, l’homme est - comme plus tard pour les Cathares - un Eon incarné, l’initié est un tiers homme et deux tiers dieu, un corps neutre et mortel (corpus) une âme féminine (anima) et un esprit masculin (animus). En lui existe le numen neutre appelé par le grec pneuma, énergie sacrée dont nos esprits sont une parcelle provisoirement individualisée. Nous trouvons chez Platon dans le banquet une description de cet état.

L’aide du gnosticisme.

Pour comprendre le sens de l’iconographie et des écrits mithriaques, on doit aussi étudier les textes gnostiques, très voisins de cette religion. Dans la religion mithriaque, la tauroctonie est un acte de salut ; c’est par le sang répandu par Mithra que le myste est guidé vers la vraie vie éternelle. Dans le Mithraeum de Santa Prisca, on peut lire cette phrase : "Et nous, tu nous as sauvé en répandant le sang éternel". Dans les cryptes, l’on voit représentées des figurations du zodiaque qui donnent au sacrifice une grandeur cosmique et qui symbolisent la victoire de l’esprit sur la matière. Le Mithriacisme implique une véritable théo-cosmogonie et une doctrine de l’âme très voisine de celle de l’école philosophique du Portique, mais, à la différence du Stoïcisme, la gnose est présentée par un mythe porteur de symboles. Fidèle à ses origines indo-européennes, le Mithriacisme se représente la fin du monde matériel sous la forme d’un embrasement universel dans un flamboiement égal à la lumière de 100'000 soleils, thème commun au stoïcisme.

Dans le mythe de Mithra, ce dernier, après avoir immolé le taureau, monte sur le char du soleil. À la fin des temps, il renouvelle ce geste et purifie la création par le feu, libérant la matière qui retourne au néant primitif. Elle se fond dans l’Aïon, le temps léontocéphale, qui absorbe la création après l’avoir guidé vers le bien.

Conclusions

Comme presque toutes les religions issues de la source indo-européenne, le culte de Mithra est un culte fermé dont l’accès est réservé aux hommes, nés vraisemblablement libres et de bonnes mœurs, respectant le mos maiorum, “la coutume des anciens”. Mithra est un culte qui se développe dans les garnisons de Rome, un culte de guerriers, de soldats ; nous retrouvons en Maçonnerie une tendance comparable dans les loges militaires. Le dieu Mithra a été escamoté par la réforme Zoroastrienne, puis il est apparu à nouveau comme second dieu majeur, enfin, il est le seul dieu honoré à l’époque de l’Empire romain, au début de l’ère vulgaire. Il est ainsi en opposition sérieuse avec le Christianisme qui a une position forte auprès de certains milieux. Après la victoire de Constantin sur Maxence par le fer, le feu et la torture, ce fut le triomphe du Christianisme, victoire militaire et politique qui n’empêcha toutefois pas l’essence de la gnose de se transmettre jusqu’à nos jours grâce à des sociétés initiatiques. Il y a toujours des hommes qui, sous la conduite d’un Maître, se réunissent pour travailler à se perfectionner de midi à minuit, et qui se séparent après un banquet fraternel semblable à celui auquel le soleil et Mithra conviaient le paraclet Ahura-Mazda.

Le culte du dieu Mithra est un des plus anciens du panthéon des divinités adorées par les hommes. Il a commencé plus de 2'000 ans avant notre ère. Actuellement en 2004 on trouve encore plus de 200'000 Parsis et Guèbres qui pratiquent le mazdéisme officiel en Iran, en Inde et au Pakistan, religion dans laquelle Mithra occupe une place centrale. Fabuleux destin pour ce dieu Indo-Européen qui, malgré l’épreuve du temps, perdure encore.
Peut-on dès lors considérer Mithra comme le-un dieu franc-maçon de l’Antiquité ainsi que le publiait le magazine "Allez savoir", titre qui fût vraisemblablement suggéré à son auteur par l’ouvrage du Professeur Robert Turcan "Les cultes orientaux dans le monde romain" ? À la page 241, dernière phrase de la partie de ce livre intitulé "sous les rocs de l’antre persique", le professeur qualifie en effet le culte de Mithra d’espèce de Franc-maçonnerie, un vocable des plus large…

Le Mithraïsme était, certes, une religion à mystère qui comportait les principales caractéristiques de ces cultes, une hiérarchie sacerdotale à degrés où l’initié recevait, à chaque passage de grade, une révélation partielle de la connaissance. Le culte se déroulait dans un lieu fermé sous une voûte étoilée, percée de trois ouvertures. Les mystes, lors des agapes, sont étendus sur les banquettes, tête vers l’Orient d’où Mithra le lumineux éclaire l’assemblée. De nombreuses analogies du culte et du temple de Mithra avec le temple maçonnique et avec l’initiation de notre ordre peuvent être envisagées au terme de cette étude. Ces caractéristiques troublantes, ajoutées au système de fratrie qui unit les mystes et aux pratiques rituelles suffisent-elles au culte de Mithra à constituer une sorte de Franc-maçonnerie et à suggérer qu’il existe un Dieu pour les Francs-maçons ?

La réponse est dépendante de l’image que l’on se fait de la Franc-maçonnerie, mais rien n’est moins sûr. Un dieu, défini par le Petit Robert comme principe d’explication de l’existence du monde et conçu comme un être personnel selon des modalités particulières aux croyances, aux religions, peut-il être “franc-maçon” ?

La réponse varie selon que l’on s’adresse à la Franc-maçonnerie anglo-saxonne ou continentale. Pour la première, il n’y a pas de Dieu spécifique des Francs-maçons puisque le Dieu est celui d’une des religions révélées, même si l’on y envisage plus spécifiquement son rôle créateur.

Dans la Franc-maçonnerie continentale, le symbole du Grand Architecte de l’Univers permet de très amples et parfois divergentes interprétations, ce qui fait que le terme de Dieu des Francs-maçons fait plutôt sourire.
Par ailleurs, les attributs de Mithra, le contenu de son culte et sa signification sont très éloignés des aspirations de la Franc-maçonnerie. Celle-ci ne propose aucune rédemption au sens que ce terme a dans le Christianisme. Quant aux degrés de l’initiation maçonnique, ils se présentent plutôt comme la suite de symboles et mythes conduits à stimuler la réflexion ou à fonctionner comme exercices spirituels que comme étapes vers une libération de type métaphysique. En ce sens, les deux premiers degrés de la maçonnerie sont plus proches d’une figuration allégorique et symbolique de la philosophie - non restreinte à la morale - que de celle, eschatologique et cosmique, des Mystères antiques. La Maçonnerie peut être ainsi perçue comme une sorte de recueil graphique s’inspirant de grandes leçons de la philosophie, notamment celle de l’Antiquité, qui cherchait avant tout à transformer l’Homme par une voie individuelle.

Ainsi, la signification profonde du culte de Mithra, même si l’on n’en connaît pas encore tous les arcanes, n’évoque aucune résonance profonde chez le Maçon. Le dualisme du bien et du mal, qui est celui du gnosticisme, est largement remplacé dans notre ordre par le couple ignorance, erreurs et préjugés d’une part, connaissance rationnelle et vérité d’autre part.

Mais ne concluons pas définitivement et laissons au lecteur la liberté de se faire lui-même son opinion.

Source : http://www.masonica-gra.ch/18_mithra.html

 

Apollon Mithras Helios Hermes
Qui doit se lire
Apollon est à Mithra ce qu’Hélios est à Hermés

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Mithra le Soleil invaincu

6 Novembre 2012 , Rédigé par P. P Publié dans #Planches


Laisser moi vous parler d’un culte plus vieux que le Christianisme et qui faillit le détrôner avant que ce dernier ne devienne un des trois piliers religieux de l’humanité.
Je veux vous parler du culte de Mithra, celui que les Romains nommait :

SOL INVICTUS MITHRA


Cette religion, ou plutôt ce culte, fut introduite dans le bassin méditerranéen par les légions romaines pendant le deuxième siècle avant JC. Les empereurs romains le transformèrent en religion d’état, au cour des siècles suivants en le diffusant largement dans les contrées qu’ils colonisaient aux grés de leurs conquêtes. A peu près un siècle avant la prédication de Jésus de Nazareth.
Mais quelle était donc la particularité de cette religion dont la plupart des empereurs romains étaient membres, ainsi que la majorité de l’armée, de la noblesse et de la plèbe… et même des esclaves !
Même encore de nos jours, ce culte a laissé des traces dans la pierre que l’homme ne peut effacer afin que la mémoire ne disparaisse pour les générations futures.
Ce culte religieux est considéré comme une religion à mystères, autrement dit :

La transmission orale à une minorité d’élus, révélées par l’initiation au cours d’une cérémonie rituelle enseignée oralement par une tradition dont le contenu doit être conservé au regard des profanes et non sur des écritures sacrées ouvertes à tous. Même au péril de leur vie le secret était de rigueur.

L’étude de cette religion est basée sur les témoignages écrit de certains auteurs initiés ou sur l’iconographie qui décorait les temples : les mithrae

Mais qui était Mithra ?
Probablement originaire des peuplades Indo-aryennes introduit en Perse, ou ces derniers n’hésitèrent pas à l’associer au dieu solaire Babylonien : Shamash, et dont les traces remontent jusqu’au paléolithique supérieur ou à l’épipaléolithique. Le nom de Mithra est mentionné dans un traité signé entre les Hittites et les Mitanniens vers 1400 av JC.
En Inde, Mithra est associé à Varuna dieu de la lumière .Tous deux appartenaient au Aditias,les six dieux souverains du panthéon indo-aryen, tandis qu’en Iran c’est un dieu bénéfique, collaborateur d’Ahura Mazda.
Dans un texte du Rig-Veda il est précisé que Mithra est celui qui fait payer ses dettes aux hommes .Mithra était considéré comme le juriste et Varuna le magicien.
Certains pensent qu’il pourrait personnifier la lumière du jour pourchassant les ténèbres.
Ce qui parait pour un attribut secondaire ; car son noms est tiré de la racine « mi » qui veut dire »changer, échanger » et signifie, dans le vieil idiome de l’Inde, « ami, amitié » et dans celui de la Perse : contrat ; ce qui nous ramène au juriste qu’il est censé être ; comptable des bonnes ou mauvaises actions des hommes.
Le contrat possède une force secrète qui anéanti ou banni celui qui ne le respecte pas.
Dans le panthéon iranien ; Mithra, qui est toujours la divinité des serments et des pactes, devient également le seigneur du jour et de la lumière solaire apparaissant sur le sommet des montagnes, pour traverser le ciel d’est en ouest sur son char attelé de quatre chevaux blancs.Tout comme le fera plus tard l’Apollon des grecs.
Il entend tout, il voit tout, il a mille yeux et mille oreilles ; il est la connaissance !
C’est le dispensateur de la lumière de la vie par l’entremise du soleil dont il est la manifestation ; c’est le grand dieu vital ; principe de la fertilité et de la végétation assurant au bétail sa prospérité pour le bonheur des hommes.
Il est de ce fait l’adversaire du mal ; Ahriman, combattant sans cesse ses démons qui propagent sur la terre maladies et famines. Il punit les méchants mais accorde à ceux qui sont bons le bonheur et la paix de la conscience, le succès et la gloire.Il ne dort pas, il protége la création et leur envoie du haut de sa demeure céleste son aide de bienveillance.
Tel était Mithra, chez les Perses avant Zoroastre.Ce dernier le relèguera à l’arrière plan au profit d’Ahura –Mazda qu’il transformera en Ormuzd dieu suprême de la religion Zoroastrienne.
Celui-ci est le Varuna de l’Inde, le seigneur sage ; Mithra régressa au rang des divinités inférieures : les yazatas.
La religion chrétienne les comparerait à ses archanges. Pour Mithra l’équivalent serait l’archange ST Michel
Déclaré toutefois le plus important et le plus glorieux de sa caste divine.Il apparaît aussi grand et vénérable que son créateur Ahura- Mazda.
Sous la dynastie des Achéménides (Cyrus à Darius III) un grand temple de feu fut érigé à sa gloire ; ils lui donnèrent le nom de Porte de Mithra.
Au milieu de l’été se déroulait en son honneur de grandes réjouissances appelées le Mithragan. (Notre actuelle fête de la ST Jean d’été) Jusqu’au palais du roi des rois ou celui-ci, paré d’une couronne solaire renonçait pour un jour à tout privilège de son rang en s’amusant comme le plus pauvre de ses sujets.
Au contact de la Babylonie il s’effectua une fusion entre ces deux religions qui transformèrent Mithra identique à Shamash le dieu solaire Mésopotamien. Les romains pensaient que Mithra était d’origine Babylonienne.
Il est possible que son culte soit parvenu dans les colonies romaines depuis l’Iran par la diffusion du Zoroastrisme dont il est considéré comme une hérésie.
Alexandre le grand adoptera cette religion, tout comme le souverain qu’il avait défait : Cyrus le grand, dont la signification perse est : Soleil.
C’est à cette période que Mithra retrouve son éclat de dieu solaire, séduisant le souverain Alexandre, qui en adoptant cette religion devient lui même investit du droit divin.
Mithra est l’allié d’Ahura Mazda dans sa lutte contre les forces obscures.
Sa particularité est de s’être crée lui-même de la roche des cavernes, il est la primogéniture et autogéniture.
On ne doit pas le considérer comme un dieu mais comme un médiateur entre les hommes et Ahura Mazda ou Ormuzd, la divinité suprême. Tel que l était l’hercule des romains officiant au besoin des hommes par ses travaux .D’ailleurs sa fin est similaire à Mithra, puisque lui aussi est élevé au ciel sous le nom d’une constellation qui porte son noms ; tandis qu Mithra se retrouve en compagnie du soleil qu’il assiste protégeant les hommes du mal en les surveillant de sa demeure céleste.

Le culte de Mithra, La Natalis Invicti, la nativité invincible ou soleil invaincu était célébré autour de l’actuel solstice d’hiver à Noël, le vingt cinq décembre, ce qui correspondait dans la Rome antique aux Saturnales qui commençaient aux alentour du dix sept décembre jusqu’au Calendes de janvier, premier jour du calendrier romain. Mithra représentait la lumière et la pureté, la chasteté contre les forces obscures.
La naissance de Mithra : Dies Natalis Solis Invicti se célébrait par le sacrifice d’un jeune taureau, dont la tauromachie (la corrida) selon certain pourrait être une lointaine survivance déformée, ainsi que la religion Minoenne de Crête
Le haut fait de la vie de Mithra fut la mise à mort d’un jeune taureau aussi fougueux que puissant. Et c’est autour de cet exploit que tourne le mystère du Mithracisme.
Mais avant de vous décrire l’initiation du culte de Mithra, laissez moi vous conter sa légende, car c’est un Dieu dont les origines se perdent dans la nuit des temps.

Mithra serait né d’une roche féconde : la Pétra géneratrix ;….

Au pied d’un arbre sacré, prés d’une source sacrée , elle aussi ; avec un bonnet phrygien sur la tête, un couteau de chasse dans une main et un flambeau dans l’autre. Des bergers venus adorer l’enfant dieu prirent soins de lui et lui offrirent du bétail et des fruits de la terre. Etant nu, li coupa les feuilles d’un figuier et s’en fit un pagne il cueillit les fruits et les mangea .Apres Il se mit en marche pour affronter les puissances qui peuplent l’univers.
Il rencontra le taureau primordial qui paissait dans les montagnes, décida de le monter, mais dans le galop sauvage de la bête, Mithra tomba et s’accrocha aux cornes de l’animal … La bête épuisée ; Mithra le lia et le chargea sur ses épaules. Ce voyage avec le taureau se nomme Transitus.
Quand Mithra arriva dans La grotte dont il avait fait sa demeure ; l’animal avait retrouvé quelques forces pour s’échapper et retrouver les champs. Mithra demeurait perplexe lorsqu’un un corbeau envoyé par le soleil lui annonça qu’il devait sacrifier la bête. Sans enthousiasme, Mithra se remit en chasse et parvint enfin à capturer l’animal et le traîna de nouveau dans sa grotte .Maintenant son mufle frémissant de la main gauche, il lui enfonça dans l’épaule son couteau de chasse,.touché au cœur le taureau s’effondra…
Il se produisit un fait extraordinaire… Du cadavre de l’animal jaillirent toutes sortes d’herbes et de plantes utiles, qui aussitôt couvrirent le sol. Du blé sortit de la colonne vertébrale du taureau, et du vin de son sang.
Sa semence recueillie par la lune, produisit des animaux utiles à l’homme.
Furieux ; l’esprit du mal Angra- Mayniu se déchaîna contre ses bienfaits qu’il décida d’anéantir en envoyant des animaux impurs pour détruire la source de la vie.

Arrivèrent alors le chien qui mangea le grain, le scorpion qui serra les testicules de la bête avec ses pinces et le serpent ainsi que la fourmi.
Mais la lune, fidèle compagne du soleil rassembla et purifia la semence du taureau avec l’aide de ce dernier pour parachever le travail de Mithra et donner naissance à toutes sortes d’animaux utiles.
Furieux, Angra Mayniu, l’esprit du mal dépêcha une multitude de calamités contre les hommes ; dont un déluge destiné à rayer l’humanité de la création.
Heureusement Mithra veillait et avertit un homme qui construisit une arche solide pour sauver les créations terrestres d’Ahura Mazda…. Je suppose que vous avez déjà lu ça quelques part, mais pas avec les mêmes personnes….

A cour d’imagination, l’esprit du mal Angra Mayniu, cessa provisoirement toutes tentatives contre les hommes. Mithra pouvait donc enfin goûter au repos comme tout les héros. Après avoir accompli la mission que le dieu Ahura- Mazda lui avait confiée; Il participa, avec son vieil ami le soleil à un dernier banquet solennel, ou il mangea le pain et bu le vin. Ensuite il s’éleva au ciel, ou il continue de vivre veillant sur les hommes et les protégeant du mal….
Quant au taureau sacrifié il fut élevé au ciel ou il devint une constellation.
Les mystères de Mithra sont la pour rappeler les bienfait de ce dernier pour les hommes tout comme un certain Jésus de Nazareth qui était un médiateur entre les hommes et le créateur. Mithra tient plus du héros que du dieu. Au dessus de lui plane Ahura Mazda et Angra Mayniu qui sont des jumeaux qui doivent lutter jusqu'à la fin des temps
La religion des Perses est dualiste et admet le principe du bien et du mal. Le culte de Mithra serait une hérésie du Zoroastrisme. Et à son niveau évolue avec Mithra, son vieil ami le soleil et allié qui va bientôt se confondre dans Rome avec cette inscription mithriaque : Sol invictus Mithra.
Ce dernier après avoir subi bien des avatars se retrouve propulse dieu solaire par Alexandre le grand qui est devenu adepte de ce culte ainsi que la plupart de ses troupes. Tout comme le monarque qu’il a vaincu : Cyrus Roi des Perses…
Malheureusement pour Alexandre le grand, ce culte ne lui survivra pas. Les Perses étaient les ennemies héréditaires de la Grèce et la rigidité de cette religion ne put s’introduire dans la civilisation grecque malgré l’occupation des légions romaines qui tentèrent d’introduire ce culte oriental qui ne convenaient pas à l’état d’esprit grecque de l’époque.

Ce qui en fait sa popularité ? … : Son austérité… Sa fraternité entre ses adeptes, sans aucune sensualité, sans présence féminine, pas d’Isis ou de Cybèle ni de vierge Marie. C’est une religion de lutte qui doit conquérir le ciel. De plus, l’empereur initié devient aux regards de ses troupes un chef de droit divin… Ce qui n’est pas pour déplaire aux Romains .Ce culte qui s’impose en deux cent ans à l’empire Romain , deviendra une religion rivale du christianisme que celle-ci combattra vivement, surtout lorsque les chrétiens détiendront le pouvoir spirituel.
Aucun des adeptes de ces deux religions ne pouvaient accepter la cohabitation passive. Du moins le pensaient-ils ! La lutte fut intensive.
Le Mithraïsme est avant tout un culte monothéiste et moraliste mais sans
charité et c’est ce qui provoquera sa disparition.
Car si ce culte enseignait la rigueur et un esprit qui n’est pas sans rappeler celui de Spartes, il en rejetait les plus faibles. Même si sa pratique fournissait une méthode contre le relâchement des mœurs entamées depuis longtemps dans la société romaine. Ce culte était destiné avant tout à des hommes forts. Ce qui convenait parfaitement aux conquérants Romains. Le chemin du ciel devait s’acquérir comme une lutte ou l’initié devient un combattant actif contre les forces du mal.
Ce sentiment qui devait animer tout citoyens de l’empire, pour le conditionner dans une conduite morale pour servir l’état à travers la religion; les empereurs comme Dioclétien et Julien l’avait trouvé dans Mithra pour le revigorer.
On est en droit de se poser la question suivante :
Cette idée, a-t-elle été récupérée par une autre religion contemporaine de Mithra, mais dirigée par des prosélytes mégalomanes avides de pouvoir, pour infléchir sur les destinées de l’humanité en devenant l’éminence grise du pouvoir en place, tout en étant plus puissante ?....Au point d’être en mesure d’influencer les décisions des monarques en place.
L’empereur Julien tentera vainement d’éliminer le christianisme en plagiant certaines particularités de cette dernière. Cet empereur avait compris que le succès de ce dernier était du à son acceptation des femmes dans les cérémonies ainsi que l’enseignement du pardon et de la charité
Récupérant à son profit le sentiment de charité qui est propre aux chrétiens. Il créa une assistance aux pauvres, proclama le culte de Mithra religion d’état et à l’exemple des chrétiens qui avaient hiérarchisé leur église pour mieux contrôler leurs ouailles ; Il réorganisa l’institution du culte et imposa un enseignement moral et religieux à proximité des temples. Malheureusement l’Empereur ne sera pas suivi malgré toutes ses tentatives de réformes. Lui qui avait supprimé tout les droits des chrétiens sous prétexte qu’ils enseignaient les philosophes grecques et latins sans adorer leurs dieux. Ce qui à ses yeux était une aberration et un prétexte pour déclencher les hostilités contre les chrétiens ; ceux qu’il nommait avec mépris les adorateurs du Galiléen.

Maintenant laissez moi vous expliquer :
L’initiation des candidats ou plutôt des profanes…
Après une longue préparation éprouvant le courage et l’aptitude du profane à prendre part aux mystères sous diverses formes .Un strict engagement de sa part était exigé au péril de sa vie. Il s’en suivait plusieurs jours de jeunes et d’abstinences de rapports sexuels suivis d’ablutions cérémonielles.
Le candidat était étendu sur le sol les mains liées dans le dos comme s’il était mort. A l’issue de certains rites le hiérophante relevait le profane en le saisissant de sa main droite
Venait ensuite le baptême du sang
Je laisse ici le témoignage d’un initié romain du premier siècle de notre ère du nom de Caius Tullius Africanus.
Peu après la tombée du jour, le voile blanc me fut retire : on m’étendit sur la pierre servant d’autel. À la lueur des torches, je vis une lourde grille se rabattre au dessus de ma tête. Sur cette passerelle improvisée, un taureau fut amené. Un sacrificateur vêtu d’un pagne pourpre, tenant un glaive s’avança vers l’animal…
J’entendis un meuglement. Avec un bruit de linge mouillé, une pesante masse de sang s’abattit sur ma poitrine, coula dans ma gorge, me suffoqua .C’est alors que je vis s’approcher de mes yeux un fer rouge, dont j’éprouvait bientôt sur le front la douleur insupportable. Je m’évanouis.

Tel est le récit de cet initié. La purification par le sang et le feu, Celle des adeptes de Mithra. Cette aspersion sanglante était appelée :renatus in aerternum. (Né à une nouvelle vie pour l’éternité)…

Lorsqu’il reprend ses esprits il prononce la prière d’action de grâce :
Salut à toi, Souverain de la Terre, Maître de l’eau, salut a toi, Prince de l’Esprit ! Seigneur, revenu à la vie, je passe dans cette exaltation, et dans cette exaltation je meurs ; né a cette naissance qui donne la vie, je suis délivré dans la mort, et je passe dans la voie par Toi ordonnée, selon la loi que Tu as établie et le sacrement que Tu as institué.

.Ensuite le candidat reçoit l’enseignement des prêtres : catéchisme moral et spirituel, histoire de la vie de Mithra et de ses combats contre le taureau et le dieu du mal Angra-Mayniu. Mais ce n’est qu’une partie de l’initiation ; avant d’être admis parmi les initiés d’autres épreuves attendent l’homme nouveau qui vient de naître. Une immersion dans l’eau dans un fossé les yeux bandés et les mains liées, mais un libérateur se présente et l’emmène vers d’autres épreuves plus éprouvantes
On lui fait assister à un meurtre rituel fictif dans une demi obscurité, hurlement de douleur et de mort,… sang répandu.
Puis le soi disant justicier vient vers le profane en brandissant un glaive rouge de sang, en lui criant que tel est le sort de ceux qui trahissent le secret des mystères de Mithra. ..
Voila pourquoi les chrétiens accusaient les sectateurs de Mithra de pratiquer des sacrifices humains… Or il n’en était rien.
Jusqu’au jour ou l’empereur Commodes voulant se faire initier, prit au sérieux le meurtre rituel et provoqua la mort de la victime… Ceci était pour l’anecdote.
En fait l’épée du sacrifice était brandie au dessus de la tête du futur adepte, encore rouge de sang du taureau .Cela faisait partie du rite initiatique.

Après avoir subies toutes ces épreuves le récipiendaire endure quelques tortures fort pénibles destinées à montrer son courage. Les sectateurs de MIthra sont ses soldats ! Aussi les femmes en sont excluent.
De plus ne sont elles pas impures ? De par l’épanchement régulier des menstrues que nécessite la physiologie du corps féminin ; bien des religions les excluent. Même encore de nos jours, au vingt et unième siècle, l’obscurantisme a toujours des adeptes !
Enfin l’homme nouveau prononce ses vœux : servir Mithra jusqu'à la mort et garder le secret du rite et sur ce qu’il verra et entendra dans les mystères et le temple. Il est admis dans le cercle des élus.
Sept degrés existaient à ce rite .Ce n’est qu’au troisième degré que l’initié commençait à pénétrer le secret des mystères.

Maintenant, essayons de voir ce qui pourrait nous rapprocher de :

La Franc Maçonnerie avec le culte de MITHRA.
Les analogies des mystères de Mithra avec certaines pratiques de la Franc Maçonnerie semblent évidentes. A moins qu’il ne s’agisse d’une remarquable coïncidence.
Robert Freke Goulde (auteur de l’histoire abrégée de la Franc Maçonnerie) affirme «
Parmi les mystères antiques, aucun n’offre aux recherches maçonniques un champ plus intéressant que les mystères de Mithra. »
De quelles manières ont survécus ces pratiques pour devenir parties intégrantes de nos rites à tel point que l’origine se soit perdue.
Je ne vois qu’une possibilité, qui, au demeurant reste très personnelle.

De nombreux historiens expliquent qu’à chaque légion romaine, se trouvait un
Collège, ou corporation d’artisans et de métiers d’arts, qui suivait cette dernière dans
ses pérégrinations colonisatrices et dont la mission était l’implantation de la culture Romaine et de la diffuser auprès des peuples de ces lointaines contrées conquises à la pointe du glaive. (Un grand nombre de mithrae ont été découvert en Germanie, en Suisse ainsi qu’en Angleterre le long du mur d’Hadrien .Notre Dame de Paris s’est érigée sur un Mithrae qui servit auparavant Jupiter et Isis .D’après certains l’empereur Julien, grand réformateur du culte de Mithra aurait été initié en ce lieu.)
Nous savons les Romains grands bâtisseurs.
On découvrit en 1823 à Chichester en Grande Bretagne, une plaque relative à l’érection d’un temple dédié à Minerve et Neptune. D’autres preuves existent qui prouvent que des maçons, charpentiers et menuisiers se regroupaient en corporation et utilisaient des signes distinctifs de reconnaissances propres aux opératifs.

Mais quelles sont vraiment les similitudes qui peuvent nous interpeller.
A la première observation : Mithra naît d’une pierre, … alors ?...
Pierre taillé par des conventions culturelles, inculquées dés la naissance inconsciemment par l’appartenance ethnique et religieuse ou politique ?
Ou pierre brute qui va se tailler en se libérant de toutes ses contraintes par un chemin initiatique, brisant les chaînes qui entravent la réflexion personnelle ?...
Il me semble que la Maçonnerie présente ce chemin et que le Mithraïsme en possède les similitudes. Mithra, en ce cas serait une allégorie de l’élévation spirituelle du profane par la révélation de l’initiation.
Les autres similitudes sont la fraternité et la solidarité entre ses membres et l’humilité qu’ils doivent conserver entre eux, ainsi que le secret du rite. De plus une sélection se réalisait pour être membre de ce culte par l’intermédiaire de questions préalable avant l’initiation similaire aux enquêtes maçonniques pour les profanes.
De plus les cérémonies se déroulaient la nuit ; dans une caverne naturelle ou artificielle située sous la demeure d’un citoyen romain.Ce qui n’est pas sans rappeler le cabinet de réflexion.

On distingue le Mithraeum en trois parties :

L’antichambre, qui peut rappeler le parvis.

Le spélunca (la grotte) grande salle rectangulaire, décorées de fresques et deux grandes banquettes le long de chaque mur pour le repas rituelique.

Le sanctuaire, au fond de la grotte, dans lequel on trouvait l’autel et le bas relief ou la statue de Mithra immolant le taureau.
L’effigie de Mithra immolant le taureau se trouvait entouré de deux colonnes décorées de porteurs de flambeau, nommés Cautès et Cautopès, l’un baissé, l’autre relevé représentant la course du soleil .
Tout comme l’effigie du baphomet des templiers qui selon certains auraient été initiés par les Ismaéliens Iraniens, plus connus sous l’appellation de : Yassassin, qui pratiquaient un culte Zoroastrien. Analogie curieuse la lune et le soleil entoure le plateau du Vénérable dans les tenues maçonniques.
La voûte du temple ou plutôt de la crypte représentait le ciel étoilé et ses planètes.
Quant à Mithra c’est à l’aide d’un glaive qu’il réalise le taurobole; Et le Pater qui est le hiérophante de ce culte utilise lui aussi un glaive pour initier le profane tout comme le vénérable de la loge qui possède une épée flamboyante symbole de son grade

A chaque degrés une cérémonie particulière qui ne devait pas être communiquée aux grades inférieurs ; ainsi qu’une tenue particulière au grade.
Je ne vous en ai pas parlé, mais arrivé au troisième degré, avant de pénétrer le secret des mystères de Mithra. Une autre épreuve attendait le candidat ; celle de la couronne que lui présentait le prêtre au bout d’un glaive. Ce dernier devait la refuser en la laissant glisser le long de son bras en affirmant : elle est à mon dieu ; et si on lui proposait un honneur profane il se devait de le refuser.
Car tout ce qu’il accomplissait était l’œuvre de Mithra ; il ne s’appartenait plus. Une règle d’austérité qui s’imposait pour tous les membres et que bien des religions
appliquèrent pour se détourner des artifices matérielles, afin d’élever spirituellement leurs adeptes.

Dans l’initiation nous trouvons également l’épreuve du sang de l’eau et du feu ; même si elles sont devenues symboliques dans la Maçonnerie, elles n’en demeurent pas moins présentes.
Ne font elles pas parties de l’initiation du profane ?

Le feu est le symbole divin essentiel dans le mazdéisme, tout comme chez les adeptes de Mithra ; dont un grade ,Pater (père) possédait l’entretien de la flamme perpétuelle dans les Mithræ ainsi que le Maître de cérémonie qui à la charge de l’installation du Temple.
Il serait bon d’approfondir le symbolisme du feu, de l’eau et du sang en quelques mots. Ce qui je vous l’accorde, mériterait en fait un travail assez consistant. Mais essayons d’être bref et explicite.

Dans les rites initiatiques de mort et de renaissance, le feu s’associe à son principe opposé : l’eau. Tout les deux sont des purificateurs, le feu, qui libère le futur initié de ses préjugés de profane pour recevoir la lumière de la connaissance intuitive, siège du cœur, se complète par l’immersion dans l’eau, pour se régénérer à une vie nouvelle ; tout comme le baptême.
Quant au sang qui symbolise la vie, en s’écoulant sur la terre il s’associe au soleil, lui aussi dispensateur de la vie.
Et si certains se choquent par le baptême au sang de taureau, que doivent-ils penser de cette phrase de ST Jean « Le sang du Christ nous purifie de tout péché. » Ce dernier n’a-t-il pas précisé lors de son dernier agape en parlant du vin consacré : « Ceci est mon sang. »
Le sang du taureau sacrifié par Mithra s’est lui aussi transformé en vin en s’écoulant sur la terre pour donner naissance à la vigne.
Tandis que d’une autre partie de son corps, la colonne vertébrale, naissait le blé, père du pain, dont le Christ dira lui aussi, en parlant du pain consacré : Ceci est mon corps.
Du sacrifice du taureau surgissait une vie nouvelle ; symbole de la fertilité du sol et du cycle perpétuel de la mort et de la renaissance de la nature.
La Maçonnerie ne pratique t’Elle pas de manière similaire en tuant le vieil homme pour donner la vie nouvelle à l’initié, qui sera libre, s’il est de bonnes mœurs !
Un autre trait commun à la Maçonnerie qui se trouve dans le culte de Mithra : L’initié du grade ne devait pas révéler les secrets de son grade ; de plus chacun d’eux possédait une tenue particulière et les plus bas en grades, les Corax (corbeau) servaient les mets et le vin consacré au cour des agapes, tout comme les apprentis…

Voici les sept degrés de Mithra

Corax (corbeau)

Cryphius (occulte) d’autres auteurs interprètent ce degré : Nymphus (époux)

Miles (soldat) ses attributs étaient la couronne et l’épée. C’est à partir de ce degré que l’initié commençait à pénétrer le secret des mystères de Mithra, désormais il était un soldat de Mithra.

Léo (lion) dans les rituels il présentait à Mithra les offrandes des sacrifices ; et participait au repas rituelique.

Perse l’initié considéré comme un égal des fondateurs de la religion était coiffé du bonnet phrygien.

Héliodromus (émissaire du soleil) ses attributs étaient la torche, le fouet qui représente les rayons du soleil et la couronne.

Pater (père) le plus haut grade qui dirigeait les initiations. Au dessus se trouvait le père des pères, grand pontife et chef suprême de la religion, grand initié et toujours Perse

Très peu d’adeptes parvenaient au seuil du quatrième degré : Léo (lion) départ de la véritable révélation qui semble t’il se déroulait au cour du repas rituelique. Les trois premiers grades qui étaient des préparatoires au repas rituelique, leurs interdisaient de participer à ce dernier.
On sait par le témoignage écrit de certains initiés érudits que d’autres rituels existaient pour les hauts grades ; ( Léo ) notamment la purification par le miel dont la langue était enduite pour être lavées de toutes fautes ainsi que les mains.
Le miel est considéré dans bien des religions comme breuvage d’immortalité et
source de vie. Mais sa consommation est aussi réservée aux êtres d’exception car il est également symbole de la connaissance mystique et du savoir.

On sait également que les différentes couches sociales se retrouvaient au sein des mithrae et que ces dernières n’influaient pas sur le passage de grades. Tout comme la Maçonnerie. S’il s’en montrait digne et capable il accédait aux degrés suivants.
Enfin le dernier grade, auquel bien peu d’initiés parvenaient ; Pater, celui qui dirigeait les mystères .C’était un maître, et au dessus le grand pontife, le père des pères, le chef suprême de la religion et toujours Perse.
Ce dernier, grand initié, a la sagesse profonde semblait doté de grands pouvoirs.
Pour qu’une loge soit juste et parfaite il est nécessaire d’avoir sept officiers. Le culte de Mithra possède sept degrés el le Pater officie la cérémonie tout comme le Vénérable de la loge.

De plus Ils n’exercent leur fonction que dans le temple. En dehors des cérémonies Ils exercent un métier où sont soldats ; mais pratiquent une fraternité et une entraide similaire à la FM. La discrétion et le secret du rite que conservent les adeptes les rapprochent également de la FM , sans être opposé à l’empire mais à le revigorer par l’exemplarité de ses membres. Les francs maçons ne sont ils pas libres et de bonnes mœurs et ne cherchent ils pas à élever l’humanité ?
La paix romaine favorisait le déplacement des voyageurs de commerce, de navigateurs et de mutations de troupes militaires ou de fonctionnaires de l’empire, qui loin de Rome trouvaient toujours une communauté Mithriaque pou les accueillir ; à l’identique des francs maçons qui peuvent visiter les loges .Autre similitude les temples Mithriaques se limitaient à recevoir une quarantaine d’adeptes .Lorsqu’une de ces communauté devenait importante, elle essaimait. Toutes ses communautés se connaissaient et formaient un vaste réseau jusqu’aux confins de l’empire Romain ; ainsi que la FM universelle.

A l’ouverture et la fermeture des travaux, l’acclamation se réalise avec le salut romain. Le culte de Mithra s’est diffusé aux confins de l’empire romain grâce à ses soldats, de même que les templiers étaient des moines soldats ainsi que les ismaéliens plus connus sous l’appellation des yassasins. L’introduction de la FM se diffusa au XVIII siècle en Europe par l’armée anglaise dont beaucoup d’officiers étaient membres.

Napoléon délégua le général Magnan de réorganiser la FM Française .La discipline est essentiellement militaire, et les rites exigent une rigueur d’exécution qui ne peuvent se réaliser d’une manière fantaisiste.
Quoi de plus discipliné qu’un militaire ? L’élévation spirituelle et morale nécessite une assiduité à la quelle les militaires sont habitués de par la discipline qui s’impose à toutes armée. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la FM est d’origine militaire. Il est à noter que les ordres monastiques possèdent également une rigueur qui peut en choquer plus d’un de nos jours. Toutefois Nous devons admettre que l’expression frères d’armes, est typiquement militaire. Et le culte de Mithra s’est diffusé de l’Orient à l’Occident par des soldats romains envoyés aux confins de l’empire romain.

Le but de cette religion était l’élévation morale et spirituelle de ses adeptes.

Cette dernière arrachait l’homme à ses préoccupations journalières et terre à terre.
La Maçonnerie n’en fait elle pas autant en travaillant à l’amélioration morale de l’humanité?
Affirmer que la Maçonnerie est d’origine Mithriaque serait une absurdité, mais qu’une survivance différemment interprétée et ré adapté au cours des siècles dans les rites Maçonniques est possible.

Les chrétiens, je parle, ici des premiers chrétiens ; se contentaient dans leur rites de partager le pain et le vin, tout comme les adeptes de Mithra.
A l’époque ou le christ enseigne sa doctrine, de nombreuses sectes se côtoient dont celle des esséniens dont ST Jean Baptiste et Jésus de Nazareth auraient ; selon certains, appartenus à cette dernière.
Or les esséniens, seraient apparus au deuxième siècle avant notre ère. Il semble que les esséniens qui étaient un des premiers ordres monastique avaient pour coutume de se lever avant le lever du jour.
Selon Flavius Joséphe : « Avant l‘apparition du soleil ils ne prononcent aucune paroles profanes mais ils récitent certaines prières ancestrales à l’adresse de l’astre du jour comme s’ils le suppliaient de se lever » …

D’où vient cette pratique ? Les contacts avec les pays voisins étaient plus fréquents qu’on n’ose l’imaginer, et il est probable que cette prière trouve son origine en Perse d’où elle s’est propagée jusqu’en Palestine. Beaucoup plus tard les templiers et les ismaéliens, plus connus sous l’appellation de « yassasins » échangèrent des contacts fréquents. Les Ismaéliens zoroastriens pratiquaient un culte solaire avec le partage du pain et du vin tout comme les adeptes de Mithra.
La Maçonnerie pratique de manière similaire en célébrant la ST Jean d’hiver tout comme les chrétiens, qui au IV siècle, sous l’égide de l’empereur romain Constantin le grand, en 306 de notre ère, décidèrent d’etabir la naissance du Christ le 25 décembre pour effacer toutes traces de survivances du paganisme .Toutefois les églises d’orient conservèrent, jusqu’à ce jour la date du 6 janvier.
Réminiscence d’un vieux culte solaire dont la plupart de l’humanité a oublié l’origine. Allez dire ça à un chrétien il s’en offusquera certainement.

Je ne suis pas certains que les maçons s’en offusquent car lis sont des cherchants
Mais affirmer qu’une tradition relève que d’une seule racine me semble une erreur, et participerait d’un dogmatisme primaire.
Le rite écossais ancien et accepté n’est il pas un rite christique ? Certes tout ceci se mélange.
Mais je pense, et le dit en toute humilité que les rites maçonniques ne peuvent provenir d’une seule source ; mais d’une association de plusieurs éléments appartenant à des rites différents et partageant les même but au delà des dérives que peuvent entraîner certaines religions qui se retrouvent aux prises d’une oligarchie. Aussi nous devons étudier tout ce qui peut nous éveiller pour nous guider dans l’étroit chemin sans sectarisme.
A l’inverse des dogmatiques qui refusent d’autres vérités ou chemins que le leur. De plus ; existe-t-il un seul chemin qui mène au sommet de la montagne?
Et pourtant ! Nous devons admettre que pour affirmer les certitudes de leurs chemins : La plupart des traditions spolient les éléments les plus intéressants de leurs concurrentes pour se les accaparer afin de gagner un maximum d’adeptes ;
Lorsqu’elles sont dans l’impossibilité d’éliminer des croyances ou des cultes adverses au point que le temps, qui devient un allié puissant dans ce cas, effectue un gommage dans les mémoires collectives. ..
Seul, les écrits que nous possédons et les traces dans la pierre permettent au cherchant de découvrir une partie du voile de la vérité, pour retrouver une partie ou un élément d’une tradition originelle.
Il est certain que plus d’une personne s’offusqueront de mes propos. Mais il est évident que les écrits sont souvent remaniés ou interprétés au besoin de l’époque !
Mais…, je dis mais, gardons nous des interprétations les plus fantaisistes, au détriment des enseignements qui étaient prodigués allégoriquement afin de mettre en éveil l’initié pour le guider dans les chemins de la vertu pour sortir de l’animalité.
Ce chemin n’est il pas celui de la Maçonnerie ?

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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Symbolisme bouddhiste et symbolisme maçonnique

5 Novembre 2012 , Rédigé par Jean-François Gantois Publié dans #spiritualité

Le symbolisme est très important en tant que véhicule d’une voie progressive intérieure, c’est-à-dire initiatique

Je vais tenter, après mes illustres prédécesseurs, de vous parler des convergences et des différences entre ces deux traditions spirituelles et initiatiques que sont le bouddhisme et la franc-maçonnerie avec le risque de redire moins bien ce qui a été dit précédemment.

La franc-maçonnerie et le bouddhisme sont des traditions spirituelles initiatiques.

Dans l’une comme dans l’autre, l’initiation et le symbolisme jouent des rôles importants quoique différents. Nous allons tenter de relever les convergences et les divergences sur ces deux aspects étroitement liés que sont l’initiation et le symbolisme.

Dans le bouddhisme tantrique, l’initiation (ouang) signifie transmission de pouvoir au sein d’une lignée ininterrompue depuis le Bouddha Sakyamouni. Cette initiation consiste en une cérémonie au cours de laquelle le disciple reçoit personnellement l’influence spirituelle du Maître mais à condition qu’il s’y prépare intérieurement pour entrer dans le mandala (un symbole sur lequel nous reviendrons), c’est-à-dire l’univers ou l’environnement d’un yidam. Un yidam est la représentation d’une qualité particulière de la nature de Bouddha. Mais il n’est pas une simple figure symbolique dans la mesure où, d’un être ayant parfait ce yidam, on dit qu’il en devient indifférencié, ce qui ne signifie pas évidemment qu’il a quatre, six ou mille bras ! Un yidam est au-delà de la notion de l’être ou du non-être.

Le disciple doit aussi suivre la visualisation décrite par le maître initiant, lequel touchera des points particuliers de son corps, chakras ou mains en général, avec des objets symboliques, attributs du yidam, eux-mêmes chargés de bénédictions.

La transmission est comme une graine placée dans l’esprit du disciple. A lui de préparer le terrain en éliminant les mauvaises herbes ou émotions conflictuelles. Quelques précision sont ici nécessaires. Dans le bouddhisme, deux types de méthodes sont utilisés. Celles qui s’attaquent aux conséquences de l’ignorance, les émotions conflictuelles et les voiles de l’esprit, et celles qui s’attaquent aux causes mêmes de l’ignorance en s’appuyant sur la nature de Bouddha que possède potentiellement tout être.

Les pratiques méditatives tantriques sur les yidams relèvent du second type en faisant appel à la clarté-luminosité (sambhogakaya) dans la phase de création du yidam et de son mandala et à la vacuité (dhannakaya) dans la phase de dissolution. Le monde lui-même, ainsi que le méditant, est finalement une simple projection de l’esprit, ordinairement impure car fondée sur l’ego avec tout son cortège de désir/attachement, haine/aversion et stupidité. La méditation substitue à ces projections égotiques une création pure, émanation de notre nature potentielle de Bouddha, transmise sous cette forme par le Bouddha Sakyamouni ou des maîtres éveillés. Toutefois, la graine étant semée dans un terrain favorable, il faudra encore l’entourer de soins, l’arroser, la protéger dans sa croissance jusqu’à ce qu’elle soit un arbre si solide qu’aucune tempête ne la puisse plus déraciner. Une pratique complète doit être accomplie 111.111 fois pour offrir une certaine garantie d’efficacité. Encore, faut-il ajouter que, si chacune de ces pratiques peut mener à l’éveil, à elle seule, et en une seule vie, ce n’est que sous la condition qu’elle ait été accomplie parfaitement depuis sa préparation jusqu’à son achèvement. C’est pourquoi, il est recommandé de refaire ces pratiques complètes encore et encore. Il faut enfin signaler que la pratique formelle d’un yidam doit s’accompagner d’une attitude conforme dans sa vie quotidienne, sans relâche.

Il est toutefois admis qu’un disciple puisse recevoir une initiation d’un grand maître sans s’engager à en faire la pratique complète, comme une sorte de bénédiction, une influence spirituelle positive, ou simplement une bonne connexion qui pourra s’épanouir ultérieurement, en cette existence ou en une suivante.

La symbolique du yidam a été transmise par les tantras. Emanant du Bouddha Sakyamouni, elle part d’une lettre tibétaine (ou sanscrite à l’origine) jusqu’au développement de tout un univers. Chaque couleur, attitude, rayonnement, objet a une signification précise. Ces visualisations, parfois complexes, font intervenir plusieurs yidams, eux-mêmes tenant de nombreux objets symboliques. Le méditant se visualise comme étant lui-même le yidam, -parfois double, en yab youm, ou union sexuelle, ce qui heurte notre habitude prise depuis des temps sans commencement de nous identifier à notre corps unique. Le mandala représente tout l’univers indissociable de lui-même, ou lui-même étant au-delà des limites que lui imposent son identification égotique. Il y a donc implicitement une notion de macrocosme-microcosme. Quant aux éléments symboliques : couleurs, rayonnements, objets, etc., leur sens précis n’est souvent qu’évoqué lors de l’indispensable instruction précédant la pratique. Leur sens est enrichi par leurs associations ( dorjé + cloche = union de la méthode ou moyens habiles et de la sagesse ; aux 5 chakras et aux 5 sagesses correspondent 5 couleurs ; etc. ) et ils obéissent à des canons bien définis que l’on peut voir dans les thankas, supports et aide-mémoire de la méditation.

Les symboles ne sont pas l’objet de spéculations intellectuelles, l’important étant de les mettre en oeuvre en soi-même pour amener la transformation interne souhaitée.

Les textes disent et redisent : l’étude, la réflexion et la méditation. L’étude du Dharma est supposée commencée pour être admis à recevoir une initiation. Un enseignement est toutefois requis avant n’importe quelle initiation, évoquant à la fois son origine, sa transmission, les succès qu’elle a permis et ses détails techniques indispensables. Suit nécessairement une certaine réflexion qui se poursuivra tout au long de la pratique complète. Mais la méditation est, de loin, la phase la plus importante, même si les deux précédentes sont indispensables. Il s’agit aussi d’une sorte de transmutation alchimique, c’est-à-dire spirituelle, de l’énergie engagée dans une émotion perturbatrice en une énergie de sagesse.

Une initiation tantrique ne peut avoir d’efficacité que si l’initiant l’a pleinement réalisée, car on ne peut transmettre que ce que l’on a. On peut observer d’ailleurs que n’importe quel lama n’est pas habilité à transmettre n’importe quelle initiation. Remarquons enfin que l’initiation tantrique n’est pas une cérémonie magique transformant le récipiendaire par sa seule vertu mais que l’effort personnel est indispensable. Le pouvoir transmis n’est que celui de pratiquer le yidam.

L’initiation maçonnique présente des similitudes et des différences importantes. D’abord les similitudes.

Il s’agit aussi d’un point de départ (initium signifie, en latin, commencement) et non une opération magique mais d’une sorte d’introduction dans le monde symbolique et spirituel révélé graduellement au fil des années et des cérémonies à ceux qui ont prouvé par leur travaux et leur comportement qu’ils avaient assimilé les connaissances requises et étaient donc aptes à recevoir de nouveaux enseignements symboliques. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », a énoncé notre ancêtre Rabelais.

L’effort personnel est aussi exigé. Il passe par l’étude des symboles, principes et maximes de chaque grade et leur intégration spirituelle, autant qu’il puisse en être jugé dans la mesure où ils s’apprécient à la fois dans l’évolution du comportement et dans la capacité de chacun à l’exprimer non comme une simple retransmission d’un savoir objectif, extérieur à soi-même, mais comme intégré dans sa vie. Toutefois, ce degré d’exigence est évidemment proportionnel à la qualité des membres de la loge.

Avant chaque cérémonie initiatique, le récipiendaire est invité à se recueillir –aussi, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, avant d’entrer en loge- à faire retour sur lui-même et donc à préparer le terrain avant de recevoir la graine, pour poursuivre la métaphore végétale.

Dans les deux cas, bouddhisme et franc-maçonnerie, la méthode est très importante. Il n’y a pas de dogme mais une quête vers la réalisation des qualités potentielles de l’esprit.

Il n’est pas requis de croyance particulière mais plutôt une foi fondée sur la confiance en la validité de la méthode et confirmée par l’expérience, ainsi qu’une foi profonde, dans la maçonnerie traditionnelle, en la transcendance. (Les Constitutions d’Anderson, texte historique de base de la franc-maçonnerie spéculative de 1723, stipule que « le franc-maçon, de par sa tenure et s’i1 connaît bien l’art, ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux »).

Dans les deux cas, le symbolisme est très important en tant que véhicule d’une voie progressive intérieure, c’est-à-dire initiatique. Mais là s’arrêtent sans doute les convergences car l’usage même du symbolisme dans nos deux traditions est différent.

Voyons donc les différences.

La transmission tantrique est effectuée par un maître, éventuellement assisté par d’autres maîtres qu’il a lui-même formés et éventuellement, mais éventuellement seulement, même si c’est pratiquement toujours le cas en Occident, au cours d’une cérémonie dans un temple. Mais l’histoire rapporte des transmissions directes, dans la nature, d’un maître à un disciple, surtout pour les plus grands : de Marpa à Milarepa, de Milarepa à Gampopa, de Tilopa à Naropa, etc. Ce qui est impensable en franc-maçonnerie qui exige un cadre rituel, même si celui-ci peut être mobile et provisoire. Cela souligne l’importance et la qualité du Maître.

Un maître tantrique est un être réalisé dont la sagesse lui évitera toute erreur quant à l’opportunité de la transmission à tel ou tel disciple.

Le Vénérable Maître, comme tous ses frères (et/ou soeurs dans les loges mixtes ou féminines) sauf exception que mon absence de sagesse ne me permettrait même pas de discerner, n’est qu’un initié virtuel, élu généralement pour trois ans à une charge que la plupart seront amenés à exercer au cours de leur vie maçonnique. D’ailleurs, pour lui ramener les pieds sur terre, c’est-à-dire dans sa condition impermanente et interdépendante, dans la plupart des rites et plus particulièrement dans le rite le plus répandu (le REAA), le Vénérable Maître descendant de charge est amené à occuper l’office le plus humble : celui de couvreur.

C’est pour cette raison que l’absence vraisemblable de réalisation spirituelle du maître de loge exige de multiples précautions : cadre rituel précis, élection par ses frères et engagement de respecter les lois maçonniques, contre-pouvoir d’un officier appelé orateur en cas de transgression, formalités pour l’examen du candidat, le tout étant plus ou moins collectif.

En outre, si les deux traditions spirituelles ont en commun de n’être pas dogmatiques mais de comporter une méthode progressive dans le but de développer le progrès intérieur, la franc-maçonnerie ne s’appuie que sur quelques principes alors que le bouddhisme se fonde sur une doctrine très structurée et élaborée, même s’il importe de ne pas y adhérer sans expérience intime, sur la seule autorité de maîtres. La franc-maçonnerie dit, de son côté, par Oswald Wirth : « En initiation, rien ne compte hors ce qui s’accomplit intérieurement. » Mais elle n’a que des principes. Tels que l’homme est perfectible : sans cela, comment espérer progresser ? Ou la vertu. Et, du moins dans la franc-maçonnerie traditionnelle : la foi en la transcendance. En raison de ses origines judéo-chrétiennes, la franc-rnaçonnerie exigeait la croyance en un Dieu créateur et en l’immortalité de l’âme. Mais la franc-maçonnerie traditionnelle, sous ses différentes formes obédentielles, accepte en son sein des bouddhistes, comme vous pouvez le constater, et même au R.E.R. qui est un rite spécifiquement chrétien. Il faut d’ailleurs considérer que la franc-maçonnerie, d’origine plus ancienne que le christianisme, puisqu’elle remonte aux collèges de constructeurs romains, comme l’a démontré Paul Naudon, historien de la franc-maçonnerie, a été christianisée. Il est confonne à sa vocation qu’elle s’ouvre aux grandes spiritualités de son temps et de sa géographie qui est aujourd’hui pratiquement mondiale.

Enfin, parmi les grands principes maçonniques : la bienfaisance, parfois malheureusement abaissée en solidarité, qui implique réciprocité, alors que la bienfaisance, comme le don bouddhiste (la première pararnita), est gratuite, sans attente de retour. Notre frère Henri Dunant, par application de ce principe et par compassion envers les blessés des champs de bataille, fonda la Croix Rouge. Bienfaisance, comme don, est un premier pas vers la sagesse.

La méthode maçonnique est, certes, une méthode de progrès spirituel, mais elle ne définit pas le but. Elle fait appel à l’étude et à la réflexion ainsi qu’à la pratique de la vertu, bien que, sur ce point, elle n’ait pas de remède particulier pour combattre chaque vice, comme le bouddhisme pour les émotions conflictuelles. Disons qu’elle s’en remet à la pratique religieuse (ou philosophique) de ses membres. Elle n’a pas non plus de méditation, au sens oriental du tenne. Tout juste peut-on évoquer que le récipiendaire est invité à penser à la mort et à l’impermanence et à faire un retour sur lui-même dans le cabinet de réflexion (ou chambre de préparation, au RER, où l’on retourne à chaque augmentation de salaire).

Ou encore que la très grande discipline de la loge exige l’immobilité de celui qui à été autorisé à parler, les signes d’ordre évoquant les lieux de certains chakras ou même les gestes que l’on retrouve dans la représentation de certains yidams. Ou enfin, le silence de l’apprenti pour lui apprendre à faire taire son petit moi jacasseur et à s’ouvrir à la transmission initiatique.

Il y a en, franc-maçonnerie, quelques éléments de la méditation, mais rien de comparable ni à chiné, ni à chiné-lhaktong, ni aux méditations sur les yidams. Il n’existe aucune visualisation en franc-rnaçonnerie. Mais la mise en scène des réceptions, ouvertures et fermetures des travaux, peut s’apparenter -d’assez loin parce qu’elle n’est pas intériorisée- à une certaine forme de visualisation avec ténèbres, lumière plus ou moins dense, batteries, invocations et prières, dans des temples qui évoquent le macrocosme avec leur voûte ou dais étoilé et, dans certains rites, la représentation du Soleil et de la Lune.

On peut donc dire que la franc-rnaçonnerie prépare ou incite à l’éveil (ou au salut) mais n’est pas suffisante pour y mener et ne le prétend d’ailleurs pas. Elle se situe plutôt en complément d’une voie spirituelle, lui apportant éventuellement, comme cela fut si souvent nécessaire dans notre dans notre Occident ou Proche-Orient monothéiste, la tolérance, la liberté dans la recherche de la vérité, la relativité des croyances et des rites par rapport à l’ultime, le respect des diverses formes

spirituelles et religieuses.

Je voudrais relever un point commun dans les débuts du bouddhisme et de la franc-maçonnerie : le Bouddha Sakyamouni a admis dans la sangha des disciples de toutes castes et des hors-castes. De même, la franc-maçonnerie d’Ancien Régime a admis en son sein et, sur un pied d’égalité, des sujets des trois Ordres : noblesse, clergé et tiers-état. Ce qui implique leur universalité et leur bienveillance profonde envers tous les humains.

Après ces aperçus sur l’initiation tantrique et maçonnique (mais rassurez-vous, je ne me prends pas pour René Guénon), je voudrais évoquer l’usage si fondamental, mais différent du symbolisme dans les deux traditions.

Le symbole le plus emblématique de la franc-maçonnerie est la construction du temple, soit de Salomon, soit de l’humanité, selon les rites. Dans cette construction, le franc-maçon est, à la fois, la pierre d’abord brute et inutilisable en l’état qu’il doit tailler grâce aux outils qui lui ont été confiés, et le temple lui-même. Il s’agit de s’améliorer soi-même pour améliorer ensuite la société. La franc-maçonnerie est donc un chantier aux dimensions infinies et de caractère spirituel et social, à la fois microcosme et macrocosme. Le compagnon opératif est d’ailleurs appelé à exécuter son chef d’oeuvre en soumettant sa volonté égotique à celle du Créateur, atteignant ainsi l’hannonie parfaite, à l’image de la création divine.

N’est-il pas lui-même créature et créateur ?

Le but général de la franc-maçonnerie, évoqué par ce symbole central, suscite un rapprochement fondamental avec le bouddhisme : la construction d’un mandala. Le mandala ou cercle représente un univers pur selon la vision de l’éveil. Créer un mandala, c’est se mettre en harmonie avec l’univers, dépasser la saisie dualiste. Etre introduit dans le mandala d’un yidam, lors d’une initiation tantrique, c’est substituer sa propre saisie d’un moi illusoire à l’environnement harmonieux et pur du yidam afin d’en acquérir les qualités. En effet, il existe trois aspects dans l’élaboration d’un mandala : le mandala extérieur, le mandala intérieur et le mandala secret. Ces trois mandalas font référence à la vision du monde, du corps et de l’esprit du constructeur. Ils sont fondés sur les cinq éléments : terre, air, eau, feu et espace qui composent à la fois le monde, le corps et l’esprit. La notion de centre est fondamentale dans les deux traditions. En maçonnerie, il est dit qu’il faut rassembler ce qui est épars, ce qui s’entend. à la fois sur le plan social, sur celui de la maçonnerie où doivent être réunis les hommes de haute valeur morale qui, sans elle, s’ignoreraient, et enfin sur le plan intérieur, trouver son propre centre qui est sa nature ultime, son essence, sa potentielle bouddhéité. Les enseignements comparent d’ailleurs souvent cette nature potentielle à l’huile qui est présente dans la graine mais qui n’apparaît pas tant que celle-ci n’a pas été pressée. En maçonnerie, on évoque parfois Dieu comme étant un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Ce qui souligne à quel point le rapprochement est riche avec le mandala ou cercle avec une importante notion de centre qui est aussi le centre du méditant. Enfin, dans les initiations maçonniques, la purification par les quatre éléments est omniprésente. Le cinquième élément, jamais nommé mais suggéré, n’est-il pas ce centre, Dieu en nous, dont le centre est partout et la circonférence nulle part ?

Dans les deux cas, il s’agit bien d’un chantier, avec son caractère impermanent et interdépendant, car les corps de métiers sont solidaires de l’oeuvre. Il est dit aussi que ce temple n’est jamais achevé. Il est en perpétuel devenir jusqu’à l’avènement de la Jérusalem céleste, tout comme le méditant tantrique se met à l’oeuvre pour vider le samsara. Hiram et Tchenrézi, même combat ! Au sujet de ce symbolisme de la pierre et du temple, on peut dire aussi que, comme lorsque l’état de

Bouddha est atteint, le un et le multiple sont transcendés.

De nombreux éléments appelleraient une analyse comparative :

le cube, symbolisant la matière ou le monde, notamment dans le tableau du premier degré du rite Emulation, et la forme cubique de l’étage inférieur des stoupas évoquant le corps d’émanation des Bouddhas ;

l’équerre et le compas avec la cloche et le dorjé ;

le sens de circulation dextrocentrique autour des temples et des stoupas comme autour du pavé mosaïque ; le centre très présent dans la réception du RER et dans plusieurs degrés de perfection du REAA, associé à la lumière et la nature de Bouddha potentielle de tout être ;

l’épée aux significations diverses en maçonnerie mais évoquant, notamment, les potentialités spirituelles de chacun et l’épée avec laquelle les yidams coupent la saisie de l’ego, etc.

Ces innombrables rapprochements ne doivent pas surprendre. Le symbolisme maçonnique est issu de la tradition judéo-chrétienne et l’ultime qu’il suggère ne peut évidemment être différent de l’éveil. Car il ne peut y avoir qu’un ultime, par définition, seules les méthodes pour l’atteindre étant différentes.

Les outils symboliques du maçon méritent aussi d’être rapprochées des moyens habiles que sont les vertus. Le symbolisme maçonnique accorde d’ailleurs une valeur morale aux outils, même si leur hiérarchie diffère. Toutefois, le don, la générosité, première vertu transcendante (paramita) en ce qu’elle attaque la saisie égotique, n’est pas sans rapport avec les outils de l’apprenti : le ciseau et le maillet qui sacrifient la pierre brute à la réalisation du grand oeuvre. Dans cette idée de chantier, enfin, est aussi contenue implicitement cette notion de vacuité, courant continu dépourvu d’existence propre. Le chantier maçonnique est donc marqué par les trois sceaux du bouddhisme -impermanence, interdépendance et vacuité-, que l’on peut rapprocher des trois temples ou des trois degrés de la construction spirituelle maçonnique : la pierre brute à tailler, le temple où l’on travaille qui est orienté, analogue au temple de Salomon et la Jérusalem céleste, temple spirituel dont les dimensions infinies le rendent semblable à l’espace où règne la vraie lumière, association remarquable de l’espace et de la clarté-luminosité des deux premiers kayas.

Dans le bouddhisme, le symbolisme s’exprime sur les thankas (supports de méditation), sur les yidams, la statuaire, les monuments. Les objets rituels que tiennent les yidams, leurs couleurs, les lettres racines, leur développement, leur mandalas, font appel à. des notions bien définies, doctrinales, qui sont ainsi appelées à. être mises en oeuvre en soi, intégrées au lieu d’être simplement saisies par le mental. Elles dépassent le mental, expression dans son agitation ordinaire de la clarté-luminosité de l’esprit en tant que nature de Bouddha en essence. La méditation sur les yidams est un exercice spirituel qui, sous diverses formes, vise à. vaincre l’illusion de l’ego. La connaissance du sens de chaque symbole, des points doctrinaux auxquels ils font référence, sont d’une grande utilité mais moins importante que leur intégration.

Le symbolisme monumental est plus proche dans les deux traditions. Le nombre d’étage, de marches, les formes des différents éléments des temples et des stoupas, leur orientation, ont sensiblement la même valeur dans le bouddhisme et en franc-maçonnerie. Ils font référence, l’un à l’enseignement ou à la vie du Bienheureux, l’autre à des principes de construction analogues du temple spirituel de l’humanité libérée et du temple intérieur du maçon. Ils se rapprochent sans se confondre, justement parce que les monuments bouddhistes ne sont pas des bases de méditation. Ils sont plutôt des sources de bénédiction, des supports matériels de l’influence spirituelle, comme les stoupas, les bannières et les moulins à prière, des rappels et des invitations à la pratique. Ils sont aussi sacrés.

Quant aux temples maçonniques, à l’origine, ils sont simplement nos cathédrales, où leurs constructeurs tenaient leur grandes cérémonies lorsque l’avancement des travaux le permettait. La loge, ou baraque de chantier, où se tenaient les réunions ordinaires, était le lieu de la transmission d’un savoir technique intimement lié à des valeurs spirituelles et morales graduellement enseignées à qui avait fait ses preuves, professionnellement, intellectuenement et spirituellement. La construction des édifices religieux était la méditation en action des francs-maçons opératifs. Ceux-ci étaient, en outre, étroitement associés à des ordres religieux, donc à une doctrine, chrétienne en l’occurrence.

La franc-maçonnerie est devenue spéculative par le nombre grandissant d’acceptés, bourgeois, nobles ou clercs et la disparition des opératifs, soit en raison de l’achèvement d’un chantier, soit, plus généralement, par la régression du nombre d’ouvriers initiés à cause de la raréfaction des commandes d’ouvrage sacrés, voire de chefs d’oeuvre profane, par l’évolution des techniques et du goût, le développement de la production de masse. La franc-maçonnerie spéculative est apparue en France à partir de la fin du XVIle siècle. Il a fallu remplacer les moyens de reconnaissance liés à la pratique du métier par un symbolisme coupé de son exécution matérielle, donc, beaucoup plus mental. Tant que la maçonnerie est restée fidèle à ses sources religieuses, ce symbolisme demeura lié à une pratique spirituelle et conserva une grande valeur, donnant à la religion une dimension d’ouverture et de tolérance, ignorée ailleurs. Elle a très tôt, partout où elle s’est répandue en Europe, réuni catholiques et protestants, même au plus fort des tensions interreligieuses. Il semble que les juifs aient été acceptés en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle. Au XIXesiècle, en tout cas, à partir d’Abdel Kader au moins, les musulmans furent initiés à leur tour. La franc-maçonnerie se répandit ainsi dans certains pays musulmans, Afrique du Nord et Proche-Orient. Au XIXe siècle, en Inde, les loges britanniques reçurent aussi des hindouistes et des sikhs. Des bouddhistes, je ne sais ? L’enseignement du Bienheureux avait presque disparu de l’Inde à l’époque. Actuellement, on n’y compte que six millions de disciples, soit une proportion inférieure à celle de la France !

Je ne sais si les premiers bouddhistes franc-maçons datent de cette seconde moitié du XXe siècle, ils sont relativement nombreux, appartenant aux diverses écoles et à l’origine de la fondation de grands centres autour de maîtres spirituels de premier plan.

Les symboles maçonniques suggèrent mais ne commandent pas. Ils demeurent, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, liés à des valeurs spirituelles, ailleurs parfois seulement morales, de caractère humaniste. Mais ils échappent à tout dogmatisme, ne mettant personne en contradiction avec sa propre orthodoxie confessionnelle, en tout cas au plan des principes, mais n’exigeant pas non plus ce genre de fidélité. Ils font appel à une intégration intime, à une compréhension qui, partant de l’étude et de la réflexion, doit si possible être mise en oeuvre dans son comportement et sa vie intérieure.

Toutefois, il est évident que ce symbolisme maçonnique, quoique d’une extrême richesse qui est finalement celle de notre civilisation, n’a pas de méthode d’une efficacité comparable à celle que l’on trouve dans le bouddhisme. N’oublions pas toutefois que la cathédrale gothique était un athanor alchimique où transmuer le vil plomb (l’esprit non maîtrisé, l’être du samsara) en or pur (l’éveil). Il y a donc un rapprochement essentiel, mais dans le cas de la franc-maçonnerie, les méthodes sont devenues théoriques et l’initiation, virtuelle.

Un symbolisme est comme une sorte de miroir de l’esprit. Chacun y voit ce qu’il est capable d’y voir, en fonction de sa culture et de son niveau spirituel. La longue fréquentation des loges ne mène sans doute pas à l’éveil, mais elle apporte, au moins, un autre regard sur soi et sur la société où l’illusion de l’ego n’est sans doute pas vaincue, mais apparaît tout de même comme l’ennemi à vaincre pour qui comprend bien l’art royal.

Le symbolisme maçonnique et sa mise en oeuvre sont remarquablement plastiques. Ils permettent de comprendre, au-delà des mots connotés confessionnenement, et de rapprocher les frères, de dépasser les clivages, de développer tolérance et respect d’autrui sans lesquels toute pratique spirituelle se sclérose.

Le symbolisme maçonnique est surtout celui de outils de construction auxquels sont accordés des valeurs morales et spirituelles mais jamais réductibles à un simple concept. Ils obéissent au principe de la loi d’analogie : se construire soi-même, c’est construire le temple spirituel de l’humanité, la Jérusalem céleste, selon le principe hermétique, « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur. » Partant de là, la voie maçonnique est tout à fait en harmonie avec toutes les grandes voies spirituelles dans ce qu’elles ont d’essentiel. On y trouve aussi, comme dans nos cathédrales, des symboles d’origine alchimique, kabbalistique et rosicrucienne.

Cette approche des symboles se fait soit en loge, collectivement, par la lecture d’une planche d’instruction ou par l’exposé d’un débutant sur ce qu’il commence à intégrer, soit de maître à apprenti ou compagnon, hors de la loge. Intérieurement, elle se fait par la réception de ces enseignements maçonniques, des lectures, la réflexion et la mise en oeuvre par les cérémonies.

Dans celles-ci, la loge représente l’univers. Les officiers y sont placés avec des différences selon les rites, mais de telle sorte qu’ils représentent le fonctionnement de cette grande horlogerie. Le Vénérable Maître représente le Soleil et siège à l’Orient où il se lève, etc. Les divers officiers, aux charges transitoires et électives, réservées aux maîtres, portent les insignes de leur fonction sur leur sautoir : un instrument de construction ou de travail.

Le secret est avant tout l’apprentissage du silence intérieur et le contrôle de la parole, accessoirement la protection contre les indiscrétions et, dans ce cas, il n’a pas plus de valeur que le mot de passe de la sentinelle.

A souligner une autre forte et étonnante parenté entre les deux traditions sur un terrain fondamental. Les trois sceaux du bouddhisme sont que tous les êtres et phénomènes sont impermanents, interdépendants et vacuité. Malgré la recherche explicite de permanence et les notions de base de Dieu créateur et d’âme immortelle, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, notions apparemment opposées à la doctrine bouddhiste, la franc-maçonnerie véhicule, peut-être à son insu, et depuis plusieurs siècles, un enseignement ésotérique et rituel en concordance avec de Dharma, en particulier avec la méditation sur les yidams. En effet, la franc-maçonnerie fait vivre et met en oeuvre un monde symbolique créé par ses membres, avec ses rythmes, ses heures, son fonctionnement propre, entièrement chargé de sens à découvrir et cohérent jusque dans ses moindres détails, créant un autre temps et un autre espace.

Aussi l’ouverture des travaux présente-t-elle une certaine analogie avec la phase de création de la méditation, le déroulement des cérémonies avec la phase de développement et la clôture avec la phase de dissolution. Beaucoup d’éléments rituels et symboliques évoquent 1’impermanence, soit sous forme de mort, soit sous forme de changement constant, ininterrompu. Le temple est toujours à construire, seul le chantier est permanent. Mais qu’y a-t-il de plus changeant qu’un chantier ? Les heures rythment une vie éphémère qui ne s’arrête pas à sa manifestation présente dans la répétition infinie de cette chaîne faite de maillons imperrnanents sans cesse renouvelés.

La différence entre les deux est que, dans le Dharma, la transmission se fait individuellement, de Maître à disciple, même lors de cérémonies collectives, alors qu’en franc-maçonnerie, elle ne peut être s’exercer que collectivement avec un nombre minimal requis de membres pour que le rite puisse être accompli.

J’ai évoqué plus haut cet aspect, soulignant que ce cadre rituel était une sorte d’ersatz pour pallier (en partie seulement) l’absence de réalisation spirituelle, puisqu’en franc-maçonnerie on demeure dans le virtuel. D’ailleurs, en ce cas de réalisation authentique, qui la reconnaîtrait ? Les Maîtres bouddhistes se reconnaissent les uns les autres et chacun sait où il en est, alors qu’en franc-maçonnerie, on n’est franc-maçon que parce que ses frères vous reconnaissent comme tel. La toute petite sagesse d’hommes de bonne volonté et chercheurs sincères de vérité vient se substituer à l’autorité fondée sur une réalisation spirituelle authentique. Quel autre moyen concevoir sans la présence d’un Maître réalisé ?

L’initiation maçonnique est virtuelle par rapport au métier des opératifs et à la réalisation spirituelle. Elle ne peut donc que prévoir des garde-fou, ou des bornes dont la pratique de la vertu -base de toute spiritualité-, la reconnaissance réciproque et une transmission aussi horizontale : échange de témoignages, d’expériences personnelles et enfin la pratique complémentaire d’une religion. Ce dernier point n’est pas vraiment exigé formellement mais, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, elle est sans cesse suggérée. Elle allait d’ailleurs de soi jusqu’au XVIIIe siècle. La franc-maçonnerie apparaît donc comme une tradition spirituelle de complément, la transmission verticale étant supposée obtenue dans le cadre religieux avec une autre transmission verticale plus modeste, disons d’ouvrier expérimenté à débutant, et horizontale d’échanges entre pairs. La franc-maçonnerie n’est pas une religion, sans quoi sa vocation à réunir tous les hommes de haute valeur morale appartenant à diverses religions serait absurde. Elle a surtout l’immense mérite d’avoir, à notre époque matérialiste, maintenu dans ses rituels quelques fondements de la spiritualité dans ce qu’elle a d’essentiel, écrin ayant gardé la trace de la splendeur de tel joyau primitif. Malgré ses sources chrétiennes, du moins dans sa partie historique que nous connaissons à peu près, la franc-maçonnerie n’est pas une, pas plus que le message religieux. Elle en rappelle toutefois l’essence et sa mise en pratique dans la vie de métier. Elle n’est pas une voie contemplative mais unit la contemplation et le travail. Elle facilite donc son intégration dans le monde occidental ou tout simplement moderne.

Et j’ajouterai aussi, par expérience, que même les loges les plus éloignées de leurs sources véhiculent une certaine incitation à une quête spirituelle et à une incontestable générosité. Chaque loge, finalement, transmet ce qu’il y a de meilleur en chacun de ses membres et le plus exigeant va souvent chercher ailleurs ce qu’il n’a pas trouvé dans sa loge mère, sans pour autant la renier. Un fort courant, depuis une trentaine d’années, traverse toutes les obédiences, dans le sens d’un retour aux sources et à la redécouverte de la vocation spirituelle de l’ordre qui est la transformation intérieure de l’individu et non la transformation politique, sociale ou économique de la société. Bien évidemment, ce courant est très variable en intensité et en profondeur, mais il est général.

Cette quête commune de vérité, reconnaissant l’ultime, par la religion, mais acceptant de vivre dans la relativité du chantier, chantier du progrès spirituel, de l’échange, de l’amour fraternel, de la communication authentique, voire de la communion spirituelle, c’est la franc-maçonnerie. Telles sont ses limites évidentes mais aussi sa grandeur, sa véritable bienfaisance largement prônée par son histoire et toujours en vigueur, sa profonde utilité.

Son ouverture et sa tolérance ont permis à cette tradition d’inspiration judéo-chrétienne de s’ouvrir aux bonddhistes. Nombreux sont les frères et les soeurs parmi les disciples, les bienfaiteurs du Dharma, voire parmi ceux qui ont aidé à la fondation de grands centres bouddhistes. Il est patent qu’il y a une affinité profonde entre bouddhisme et franc.maçonnerie, ne serait-ce que dans cette quête non dogmatique mais qui respecte aussi les dogmes des uns et des autres. La double appartenance au bouddhisme et à la franc-maçonnerie permet aussi, probablement, à chacun de nous, de continuer à développer sa spiritualité bouddhiste dans un cadre occidental, en accord avec sa culture et sa tradition. Pour Edgard Morin : « L’Occident s’est fait en refoulant son propre Orient, pensée analogique, traditions mystiques, fondées sur le symbole. » Je pense, qu’en large part, les contacts du bouddhisme et de la franc-maçonnerie sont des retrouvailles permettant, sous une forme apparemment nouvelle, de réconcilier conscient et inconscient, raison et intuition, sur un cheminement universel. Cette relation du bouddhisme et de la franc-maçonnerie me semble pleine d’avenir.

Puissé-je, en évoquant l’un et l’autre, malgré mon absence de sagesse et mon faible discernement, n’en avoir trahi aucun mais au contraire avoir contribuer au bien des êtres !

Source : http://www.buddhaline.net/

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Bouddhisme et franc-maçonnerie : présentation et historique de deux traditions et de leur mode de transmission

5 Novembre 2012 , Rédigé par Lama Denys Publié dans #spiritualité

Le terme bouddhisme est apparu vers 1825. C’est ce que nous apprend Roger-Paul Doit dans un de ses derniers livres. Bouddhisme est un néologisme qui n’est pas très heureux pour rendre justice à la tradition du Bouddha. Donc, nous parlerons plutôt de Dharma ou de tradition du Bouddha, entendu qu’il n’est pas plus juste, de notre point de vue, de parler de bouddhisme qu’il ne le serait de parler de franc-maçonnisme avec tout ce que "bouddhisme" implique de théories, de doctrines.

La voie du Bouddha

Il faut s’imaginer, à son origine, le Bouddha, vingt-cinq siècles auparavant, au centre de l’Inde à Bodhgaya, sous l’arbre de la Bodhi. Il enseigna à partir d’une expérience -l’éveil-, un important canon qui se diffusa vers le Sud, jusqu’à l’océan, Ceylan, Sumatra, Bornéo, et vers le Nord, au Tibet, puis par la route de la soie en Chine, au Japon, en Corée et vers l’Ouest jusqu’aux confins du monde grec. L’enseignement du Bouddha, le Dharma, est, d’une certaine façon, le fond commun de la vision traditionnelle de l’Orient. En tout cas il est largement son dénominateur commun.

Le thème de notre rencontre est tradition/transmission. Depuis le Bouddha, depuis vingt-cinq siècles, une filiation s’est perpétuée. Elle nous a transmis... Que nous a -t-elle transmis ? Tout d’abord, au centre du Dharma, il y a une expérience : l’expérience de l’éveil. En termes de transmission, l’accent est mis sur l’expérience. C’est le vécu qui est ici très important. Il ne s’agit pas d’une philosophie, ni d’une métaphysique, encore moins d’une théologie, ni d’une vérité écrite, inscrite de façon définitive, même s’il y a un corpus énorme de textes d’enseignements. Le coeur de la transmission du Bouddha est une expérience : l’expérience de l’éveil, l’expérience du Bouddha, l’expérience de la nature de Bouddha. Elle peut se nommer aussi expérience de l’intelligence en soi, expérience de la claire lumière, expérience immédiate, directe, de l’état de présence. C’est cet état de présence direct, immédiat, non dualiste, qui a inspiré l’enseignement du Bouddha, le Dharma comme moyen offert - pour ceux qui le souhaitent - de découvrir cet état, cette expérience fondamentale et la réintégrer. Car elle est notre nature la plus profonde, la plus intime. Cette expérience se nomme en sanscrit. "bouddhayana", l’intelligence immédiate d’un Bouddha. Il y a donc dans la transmission un aspect central, fondamental, qui est de l’ordre du vécu, puis un enseignement qui rend compte de ce vécu et sert de tremplin, d’accès, à la réalisation de celui-ci. On présente traditionnellement le Dharma en trois points : sa vision, son ou ses points de vue, ensuite la méditation ou la qualité d’expérience dans la vie, puis, la discipline. La vision du Bouddha est d’abord celle du non-soi. La découverte que ce que nous sommes et que ce que nous vivons n’est pas une expérience solide, monolithique, statique, ou une réalité en soi, inhérente, comme nous avons tendance à le percevoir. Cette vision du non-soi se traduit aussi comme la vision de l’interdépendance, dans la mesure où il n’est rien qui n’existe en soi et par soi. Toute chose, tout ce que nous vivons, tout ce que nous sommes, tout ce que nous expérimentons, existe et n’existe qu’en tant qu’événements interdépendants. Tout ce qui est inter-est n’est (naît) que dans l’inter-être, dans l’inter-relation, dans l’interdépendance. C’est cette vision qui est connue comme celle de la vacuité. Vacuité et interdépendance sont à entendre comme synonymes. Cette vision débouche aussi sur cette expérience que nous avons appelée "état de présence". Lorsque la conscience habituelle se dégage de ses illusions, de ses fixations, elle s’ouvre à une expérience de clarté, de lucidité qui se comprend, s’expérimente en elle-même et c’est cette lucidité auto connaissante en soi, cette intelligence en soi qui est nommée expérience d’éveil, nature de Bouddha, ou plénitude de l’expérience de vacuité. Voici, très schématiquement, quelques aspects de la vision du Dharma. Sa pratique est, extérieurement, une discipline d’action fondée sur la compassion et, intérieurement, une qualité d’expérience que l’on nomme habituellement méditation. Le terme de méditation est assez impropre au sens où ce dont il s’agit est une expérience d’ouverture, de lucidité, une expérience de présence, de vigilance, d’attention : une présence attentive, vigile dans une qualité d’expérience ouverte, dégagée, claire. Il est différentes façons de découvrir et de cultiver cette expérience. La méditation assise le permet dans les maintes formes des différentes traditions selon leurs aspects, leurs lignées. Puis, il s’agit surtout d’intégrer cette qualité de présence, d’ouverture vigile et lucide, dans les faits et gestes de la vie quotidienne. Il est ensuite une relation entre cette qualité d’expérience et l’action : c’est ce que l’on entend par discipline. Extérieurement, l’éthique du Dharma, ou discipline, est fondée sur la compassion entendue comme un état de non-agression, de non-violence. Nous entendons par compassion cette attitude ouverte, cette intelligence du coeur qui est à la fois réceptivité, disponibilité au-delà des blocages. C’est cette qualité de compassion, de non-violence, qui est le fondement, le coeur de l’éthique du Dharma. Cette éthique peut être dite universelle. Elle recoupe très largement une éthique que l’on pourrait dire monothéiste, chrétienne, à cette différence près qu’il y a dans la perspective bouddhiste une vision beaucoup plus médicale, fondée sur l’harmonie et sur la compassion plutôt qu’une perspective plus juridique fondée sur les commandements et des arguments d’autorité.

Présentation de la franc-maçonnerie : Alain Lorand

A la différence de Lama Denys, qui est un maître dans le bouddhisme, je n’ai de leçon de franc-maçonnerie à donner à personne. Ma présentation de la franc-maçonnerie sera la plus large, la plus exhaustive possible, et, bien sûr, reflètera la façon, qu’à titre personnel, je vois la franc-maçonnerie. Cette présentation est à l’attention des non-maçons. Les maçons n’apprendront certainement rien de nouveau. Comme nous sommes dans le thème tradition et transmission, je tiens à vous faire part de ma petite transmission à moi. Je voudrais rappeler trois frères qui sont passés à l’Orient éternel et qui ont été mes maîtres, en quelque sorte : les frères Gaston Chazette, Francis Viaud et N’Guyen Tanh Khiet. C’est ma petite lignée personnelle, à laquelle je tenais à rendre hommage parce que, si ces frères n’avaient pas été là, je ne serais pas là non plus en train de vous parler de la franc-maçonnerie ! Il y a un rattachement qui ne remonte pas à vingt-cinq siècles mais qui est néanmoins existant car eux-mêmes se rattachaient à ..., qui se rattachaient à..., etc.

Donc, très respectable Lama Denys, frères et soeurs de la congrégation, frères et soeurs en vos grades et qualités, chers amis, pour cette présentation de la franc-maçonnerie, je ne vais pas reprendre le travail fourni par le frère Jean-Pierre Schnetzler lors du premier colloque et qui figure in extenso dans le livre que l’on vous a présenté. Je vais décrire l’historique, la genèse, de la franc-maçonnerie moderne. J’insisterai sur ce qui l’anime, sur l’esprit maçonnique et ce qui fait son originalité. Pour définir la franc-maçonnerie, je vais reprendre les termes du programme du colloque. La franc-maçonnerie est un ordre initiatique, traditionnel, d’origine artisanale, fondée sur le symbolisme de la construction et ayant son origine dans les initiations antiques des constructeurs développées en milieu judéo-chrétien. Sa vocation est universelle. La franc-maçonnerie a pour objet de construire le temple intérieur fm de réaliser le temple extérieur, c’est-à-dire une société fraternelle. En 1723, en Angleterre, le pasteur Désaguliers dédicace au duc de Montaigu la Constitution comprenant l’histoire, lois, obligations, ordonnances, règlements et usages de la respectable confrérie des francs-maçons. C’est de ce document fondamental que naît la franc-maçonnerie d’origine anglaise, chrétienne et protestante. Tout phénomène ayant une cause, que se passait-il donc, à cette époqne et en ce lieu ? En 1710, Georges 1er de Hanovre, donc allemand, monte sur le trône d’Angleterre et s’adresse à ses sujets lors de son discours inaugural, en latin et en français, car il ne connaissait pas l’Anglais. Traumatisés par les luttes entre les stuartistes, les papistes, les Hanovriens, et j’en passe, une élite à dominante protestante cherche à se rassembler, à réunir ce qui est épars, en trouvant un dénominateur commun, un élément de croyances minimales sur lequel s’entendraient les hommes d’honneur. En 1723, en Angleterre, l’individu qui se proclamait athée ne pouvait être qu’un stupide complet ou un libertin notoirement corrompu par oubli ou, plus, par mépris des lois de son Créateur. Tout porte à croire que les fondateurs, en 1723, n’avaient aucunement l’intention de fonder une nouvelle religion ou une secte. Ils avaient le désir de rassembler le plus grand nombre possible de gentlemen en laissant les querelles religieuses au vestiaire et en déposant les métaux, comme l’on dit, à la porte du temple. Leur but était de se rassembler, autour d’un idéal spirituel, d’un besoin de solidarité et de fraternité, dans le secret et la liberté de la loge, hors des Eglises et des corps constitués. Cet idéal est resté le même aujourd’hui. Mais d’où vient le terme franc-maçon ? Les francs-maçons sont des constructeurs, donc des maçons. Au moyen-âge, l’apprenti, le compagnon et le maître d’une corporation médiévale donnaient à leur labeur un caractère sacré. La cité humaine était une ébauche de la cité divine. Le travail fait avec amour devenait une prière. Il avait un caractère sacré s’il était exécuté avec un état d’esprit se référant à la tradition. Au moyen-âge, maçon signifiait tout à la fois ouvrier, conducteur de travaux et architecte. On distinguait les maçons ordinaires ou rough-masons et les maçons instruits ou free-masons. Ces free-masons étaient groupés en corporations puissantes dans toute la chrétienté. Nous leur devons les chefs-d’oeuvre du roman et de l’ogival. Ils circulaient librement d’un royaume à l’autre, au gré des chantiers. Ils jouissaient de privilèges matériels et d’une certaine liberté de pensée. Fiers d’être une élite, ils se protégeaient par des barrières de secrets traditionnels et se recrutaient par cooptation. Ils se réunissaient dans un lieu clos, à l’écart des autres, dans un local nommé loge. Ils formaient des apprentis cooptés à une discipline sévère en veillant à leur instruction technique et sur leur valeur morale. En effet, une grande oeuvre n’est réalisée que si l’on garde le coeur pur. Pour se distinguer des rough-masons et autres manoeuvres, les free-masons échangeaient entre eux des signes, mots et gestes qui leur servaient de passeport et de reconnaissance dans leurs déplacements. Eux seuls savaient manier certains outils, appliquaient des règles de mécanique, de projection, de trigonométrie leur permettant de tracer les plans et de dégrossir une pierre brute jusqu’à ce qu’elle devienne une clef de voûte. Il n’y avait pas de livre imprimés, donc beaucoup d’analphabètes dans leurs rangs. L’enseignement se transmettait oralement, dans le secret des loges, en utilisant largement les symboles. Lorsque l’âge des cathédrales déclina, on cessa d’utiliser les maillets et les ciseaux pour construire. Vint alors, l’ère des outils symboliques pour tailler les esprits et bâtir les cathédrales spirituelles : les temples intérieurs. Telle fut la naissance de la franc-maçonnerie moderne dite spéculative (du latin speculare qui signifie qui observe) qui a pour objet l’étude des faits de conscience. Il est remarquable de constater que les sociétés recrutant par cooptation et se protégeant par des secrets fonctionnent sur un modèle standard. Ce type de sociétés date de l’aube de la civilisation. Elles s’imposent pour mission essentielle d’être gardiennes d’une forme élaborée de la vérité qui serait inassimilable voire dangereuse pour le tout-venant et d’initier leurs membres par transmission directe, les chaînons se prolongeant d’un côté vers le lointain passé et l’autre vers l’avenir selon ce que les hermétistes appelaient la chaîne d’or d’Homère. A l’origine de chaque société, est une proclamation du ou des fondateurs qui, en quelque sorte, s’auto-initient. Le fait de résister à l’usure du temps et de perdurer sanctifie toute institution qui tend à faire reculer le plus loin possible son origine en perdant celle-ci dans le passé le plus lointain. Ce qui en augmente considérablement le mystère. L’initiation en général et maçonnique en particulier se confère par des rituels obéissant à la thématique suivante, commune à toutes les sociétés qui fonctionnent par cooptation et initiation :

1) choix et consécration d’un lieu sacré, templum, temporaire ou définitif ;

2) éloignement des profanes, ou de ceux qui n’ont pas atteint le degré où s’ouvre la cérémonie ;

3) ouverture des travaux par un personnage qualifié qui consacre l’espace et le temps ;

4) introduction, mort et résurrection symbolique du candidat ;

5) épreuves sous formes de voyages et purification, le plus souvent, par les quatre éléments alchimiques, terre, feu, air et eau ;

6) psychodrame évoquant la vie d’un personnage archétypique, à l’origine de la société ;

7) prestation par le néophyte d’un serment solennel qui le lie ad vitam à l’association et à ses frères ;

8) marques d’une personnalité nouvelle, nom mystique, âge symbolique ; vêture particulière, tablier du franc-maçon, épée et éperon du chevalier, canne du compagnon ;

9) transmission dles moyens de reconnaissance, signes, mots, gestes, attouchements, marches ;

l0) il lui est dévoilé, directement ou allusivement, les idéaux de la société ;

11) retour au monde devenu profane (du latin pro, en avant et fanum, temple), marqué par une libation, un repas cérémoniel, voire une orgie (Est-ce au programme ? Lama Denys confirme. Rires).

Ces rites de retour ne font pas perdre les qualités d’initié qui sont gardées pour l’éternité.

La rituélie met en oeuvre des symboles s’adressant aux cinq sens car seule la forme permet d’accéder à la non-forme, à l’informel. Tout ce squelette, cette carrosserie symbolique, fonctionne remarquablement. Mais tout va dépendre de ce qui l’anime et du pilote qui orientera vers le bien ou le mal, le noir ou le blanc, le bien des êtres ou leur asservissement. Les forces de la contre-initiation dont parle René Guénon sont aussi à l’oeuvre. Très proches de nous, les nazis ont largement utilisé ces procédés jusqu’à l’emploi de la croix gammée, notamment. Donc, il faut se méfier. Qu’est-ce donc qui anime l’ordre maçonnique ? Quels sont les buts qu’il se propose d’atteindre ? Quels moyens met-i1 à disposition ? En entrant en franc-maçonnerie, il n’y a pas à adhérer à un programme prédéfini, à croire les enseignements d’un fondateur éclairé. On devient franc-maçon petit à petit, au fil du temps, par imprégnation, par osmose. Par le travail en loge. C’est en maçonnant que l’on devient franc-maçon. Pour gravir les échelons, il est une sorte une vérification des connaissances. Ce qui sous-tend le tout, c’est une foi, une foi dans le sens de confiance, une foi inaltérable dans l’individu et sa perfectibilité incessante. Le franc-maçon, femme ou homme, se veut libre autant que faire ce peut et désir améliorer, élever les hommes, ses frères, et améliorer la société humaine en la rendant fraternelle. La micro-société de la loge doit servir de modèle, de maquette à la société en générale. Ce qui se traduit "par répandre en dehors du temple les vérités qu’il y aura acquises". C’est par le dialogue, la non-violence, en ayant laissé les certitudes politiques religieuses ou autres, dans un esprit d’ouverture et de tolérance, que le franc-maçon souhaite contribuer à l’apaisement des conflits jusqu’à ce qu’enfin la lumière chasse les ténèbres et que l’ordre se substitue au chaos. Comment procéder pour que des honunes et des femmes venant d’horizons très différents finissent par se reconnaître comme frères et soeurs, par développer une réelle fraternité où le sens de l’entraide naîtra spontanément ? C’est toujours et uniquement par la pratique, la pratique du travail en loge, dans un cadre rituel, avec l’aide de symboles, que l’on finit par se sentir franc-maçon et que l’on est reconnu comme tel par la communauté fraternelle. Juste avant de procéder à l’initiation du profane, celui-ci descend dans une cave éclairée d’une bougie, rappel de la graine que l’on enfouit en terre et qui doit mourir pour devenir épi. Au mur, une inscription reprenant les premières lettres d’une formule alchimique V.I.T.R.I.O.L., signifiant : "visite l’intérieur de la terre et tu y trouveras la pierre cachée". C’est donc, avant même le départ, une invitation pressante à cultiver le regard intérieur, à se connaître soi-même. C’est une invitation au "connais-toi toi-même", au "gnôthi seauton" maxime écrite au fronton du temple de Delphes et adoptée par Socrate. N’est-ce pas là une injonction à la méditation, à calmer et à voir le fond de l’esprit ? Cette recommandation n’est, hélas, complétée par aucune instruction technique sur le comment faire, ni par aucune disposition pour en réaliser le suivi. C’est là le point fondamental qui, à mon sens manque, et où l’enseignement du Bouddha peut apporte une aide inestimable. Néanmoins au fil des ans, en loge, par la pratique de l’écoute fraternelle et compatissante, le franc-maçon viendra à penser par lui-même, à construire ses propres vérités, à être son propre flambeau. Cette qualité de pensée libre lui attirera les foudres de tous les totalitarismes, politiques et autres, de tout dogmatisme sans exception. S’il est difficile de cerner avec précision les contenus de l’esprit maçonnique, il est en revanche facile d’en définir les adversaires. Ce sont les mêmes qui ont détruit les universités bouddhistes en Inde, qui ont incendié la bibliothèque d’Alexandrie, les synagogues, allumé les bûchers de l’Inquisition, exterminé les cathares et, en islam, exterminés les babis, édifié les camps de la mort etc., le catalogue serait sans fin. Les trois mauvais compagnons : l’ignorance, le fanatisme et le mensonge, rôdent toujours. Ils sont actifs et réveillent sans cesse les forces obscures tapies au fond de nos esprits.

A la veille du XXIe siècle, dans deux ans, les forces de lumière et de tolérance doivent contribuer à prendre conscience, à faire prendre conscience à l’humanité, que seule la paix intérieure permettra de réaliser la paix extérieure. J’ai un peu étudié l’enseignement du Bouddha. Deux points, en tant que franc-maçon, m’ont interpellé. Le premier est : "Ne croyez pas ce que je dis, mais en pratiquant mon enseignement, voyez et observez les résultats. Le second est : "Ne jetez pas le trouble dans les croyances d’autrui, toutes les spiritualités sont respectables."En conclusion, qui mieux que la poésie pourrait tenter de cerner la subtilité, le parfum, l’essence de l’esprit maçonnique. Voici quelques extraits d’un poème écrit en 1896 par le frère Rudyard Kipling de retour en Angleterre après un séjour en Inde. Il s’intitule La Loge mère.

"II y avait Rundle, le chef de station,

Beazeley, des voies et travaux,

Ackmam, de l’intendance,

Dankin, de la prison,

Et Blacke, le sergent instructeur,

Qui fut deux fois notre Vénérable,

Et aussi le vieux Franjee Eduljee

Qui tenait le magasin « Aux denrées européennes ».

Dehors, on se disait : « Sergent, monsieur, salut, salam. »

Dedans c’était : "Mon Frère", et c’était très bien ainsi.

Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.

Moi, j’étais second diacre dans ma loge-mère, là-bas.

Comme nous nous en revenions à cheval,

Mahomet, Dieu et Shiva

Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Combien je voudrais les revoir tous

Ceux de ma loge-mère, là-bas !

Dehors, on se disait : « Sergent, monsieur, salut, salam. »

Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.

Comme je voudrais les revoir,

Mes frères noirs et bruns,

Et me retrouver parfait maçon,

Une fois encore, dans ma loge d’autrefois. »

Que l’esprit de tolérance, d’amour et de fraternité éclaire et dirige les travaux de ce deuxième colloque franc—maçonnerie et bouddhisme.

J’ai dit.

Source : http://www.buddhaline.net/

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Franc-Maçonnerie et Bouddhisme

5 Novembre 2012 , Rédigé par M.P. Publié dans #Planches

I INTRODUCTION

Certains FF pourront trouver pour le moins saugrenu, voire même iconoclaste de mettre en parallèle le Bouddhisme et la FM?
En fait, cette idée m’est venue lors de mes pérégrinations sur le Web où de nombreux sites traitent du Bouddhisme. Après avoir parcouru quelques pages je me suis aperçu qu’il y avait par certains côtés, des similitudes avec notre Ordre, et me suis dit « tiens, il serait peut-être intéressant de les rapprocher ! ».
Je dois toutefois vous dire que ce sujet est d’une grande difficulté pour un non-bouddhiste car les bouddhistes eux-mêmes ne semblent pas s’accorder sur plusieurs points et d’abord sur ce qu’est le bouddhisme :
Une Religion
Une Philosophie
Une pratique de la Vie. Cela étant, je livre à votre attention le résultat de ma réflexion qui vous présentera les deux traditions tout d’abord dans leurs origines puis leurs fondements et buts et enfin dans les moyens qu’elles mettent en œuvre pour y parvenir.
Bien évidemment, je passerai beaucoup plus rapidement sur tout ce qui concerne la F\M\ qui est assez bien connue de nous tous et insisterai sur le Bouddhisme qui est une découverte pour la plupart d’entre nous.
Dans chacune de ces parties j’essaierai de voir ce qui les rapproche et ce qui les différencie.

II LES ORIGINES

Dans chacune des traditions il y a une origine disons mythique ou légendaire et une origine historique.
Ainsi la Franc-maçonnerie s’appuie sur la Légende d’Hiram qui servira de support au travail initiatique.
Hiram, architecte de génie du Roi Salomon, qui périra assassiné par trois compagnons qui voulaient s’approprier indûment le mot de passe de compagnon, est au départ de l’initiation au grade de Maître. Trois autres compagnons, demeurés fidèle à Hiram partiront à sa recherche, retrouveront sa tombe et le ressusciteront par les cinq points de la maîtrise.
Cette légende a pris une très grande importance en FM quant à sa portée symbolique au grade de maître, et elle sera à la base de son exaltation à la maîtrise et de son cheminement futur.
En  FM il n’y a pas d’enseignement livresque ou même oral rigide mais des mythes symboliques, des rituels, une initiation qui seuls permettrons au néophyte ou au FF d’avancer dans leur cheminement personnel.En ce qui concerne le Bouddhisme les mythes fondateurs ne sont pas porteurs des mêmes potentialités symboliques.
Ainsi, il est dit qu’en des temps anciens vivait un Bouddha appelé Dipamkara qui fut un jour impressionné par un homme, Sumedha, qui s’était étendu dans la boue afin que Dipamkara puisse lui marcher dessus et ainsi ne se salisse pas les pieds. Dipamkara prophétisa que Sumedha deviendrait aussi un Bouddha et porterait le nom de Gautama.
Heureux de cette nouvelle, Sumedha se lança alors dans la voie du Boddhisattva «Voie des êtres voués à la recherche de l’éveil ».
Il eut de nombreuses vies et dans son avant-dernière vie il put choisir sa dernière réincarnation : c’est ainsi que naquit SIDDHARTA GAUTAMA vers 556/-563 qui est considéré comme le véritable Bouddha.
Etant d’une famille princière il était à l’abri de la souffrance humaine.
Un jour il rencontra lors d’une promenade cette souffrance humaine dans la personne :

- d’un vieillard
- d’un malade
- d’un mort qu’on emmenait au bûcher.

Cette triple découverte lui fit comprendre que ce ne sont pas la joie ni le plaisir qui régissent l’existence, mais bien la douleur et la mort ; désormais tout ce qu’il avait fait jusque là lui parut vide et il résolut de trouver une solution au problème de la douleur.
Il passa sept ans à l’écoute des plus grands maîtres, dans l’ascèse la plus complète. A l’article de la mort il compris qu’il ne servait à rien de choisir les extrêmes et se remit à s’alimenter.
Puis il entra en méditation et fit un rêve qui lui fit découvrir la Voie de l’éveil.

Ainsi, on le voit, cette légende n’est pas le point de départ d’une quête personnelle mais seulement une explication des origines de l’enseignement du Bouddha et une porte ouverte sur l’enseignement de Bouddha.
Le Bouddhiste devra écouter, lire, suivre les enseignements du Bouddha et du Maître qu’il aura plus ou moins choisi s’il veut atteindre l’éveil ou état de Bouddha.
Ces textes ou enseignements pourrons être en partie chargés de symboles et laisser au disciple une large interprétation personnelle, il n’en demeurera pas moins qu’il devra adhérer à des croyances métaphysiques qui serviront de base à sa recherche.

II FONDEMENTS ET BUTS

A La FM
La FM n’a pas de fondement métaphysique ni cosmologique. Elle ne part pas d’une théorie de l’existence humaine si ce n’est l’affirmation d’un principe directeur et organisateur de l’Univers tellement vague qu’il est bien difficile de ne pas y adhérer sauf à admettre que le monde est régit totalement par le hasard, théorie qui est de plus en plus abandonnée depuis les avancées de la physique quantique.
Ce principe est appelé le G\A\D\L\U\.
Par ailleurs elle a pour but le perfectionnement de l’humanité donc des hommes qui la constituent mais aussi des systèmes d’organisation de ces hommes.
En effet, supposons que les hommes qui peuplent la Planète soient parfaits, si les sociétés qui les organisent sont mauvaises, mal structurées, le résultat de la vie de chacun ne sera plus celui escompté.
La question est : des hommes parfaits peuvent-ils construire des sociétés imparfaites ?
Il est évident que ce raisonnement est purement formel car les hommes ne seront jamais parfaits comme nous l’entendons, nous maçons, c’est-à-dire tolérants, fraternels, s’oubliant parfois pour aider leurs frères et plaçant la justice et la vérité avant leur intérêt personnel.
Nous posons toutefois le problème de cette manière pour montrer que la FM n’a pas seulement un rôle philosophique ou spirituel mais un rôle social et que ces deux aspects sont indissociables.

B Le Bouddhisme
Il part d’une théorie métaphysique expliquant la détresse humaine et d’une vision cosmologique du monde.
Nous nous attacherons ici à la seule théorie métaphysique constituant la base de la recherche bouddhique.
Pour le Bouddhiste tout est douleur ou Dukkha et cela constitue la première noble Vérité.
Ce mot Dukkha venant du sanscrit peut également signifier vide, conflit, imperfection, douleur, peine, misère, impermanence, etc… Nous voyons donc déjà que cette imprécision laisse la place à beaucoup d’interprétations ce qui expliquera la difficulté à définir vraiment le Bouddhisme.
Tout est donc Dukkha, même les plaisirs car ils disparaissent lorsqu’on ne les a plus et ils font également souffrir si on ne peut se les procurer.
Cette souffrance peut être causée par les choses habituelles de la vie (maladie, vieillesse, naissance, mort, etc…), mais elle peut être créée également par le changement, l’impermanence des choses ainsi que par le fait que l’homme vit un état de conditionnement. Je pense que mon être souffre mais mon être n’existe pas. En effet, pour les bouddhistes, l’être ou Atman n’existe pas, c’est une illusion. La doctrine de l’Anatman veut que l’être soit en fait une combinaison de forces ou d’énergies physiques et mentales en perpétuel changement qu’on peut diviser en cinq agrégats qui sont également Dukkha : Le premier est celui de la matière : Il existe quatre éléments (eau-terre-feu et air) d’où viennent les organes des sens (vue-ouie-toucher-goût-odorat) ainsi que l’esprit qui pour les bouddhistes est aussi matière. Le deuxième est celui des sensations : Elles sont ce que l’on ressent suite à la perception des six organes matériels. Le troisième est l’agrégat des perceptions : C’est la capacité de nommer et de reconnaître les objets, les sens, les idées, etc…Le quatrième est l’agrégat des formations mentales : Il est constitué de tout acte volontaire, toute impulsion, toute tendance, toute émotion consciente ou refoulée. Le cinquième est l’agrégat de la conscience : Il est distinct de la perception en ce sens que ne parle pas ici de « reconnaissance » mais de « connaissance ». L’ensemble de ces cinq agrégats constitue l’ETRE.
Entre parenthèse cette théorie ressemble étrangement à celle professée par deux chercheurs dans leur livre « Nos pensées créent le monde ».
Si pendant sa vie l’ETRE n’a pas atteint le NIRVANA c’est-à-dire un état d’éveil et d’illumination ou DUKKHA n’existe plus, il y a à nouveau liaison de ces cinq agrégats pour former un nouvel ETRE c’est la notion de SAMSARA appelé par les occidentaux, REINCARNATION. Ainsi nous constatons une nette différence de conception dans chaque tradition mais pas de différence fondamentale dans les buts car en fait, de quoi s’agit-il si ce n’est de faire le bonheur de l’homme ?
Le bouddhiste propose de supprimer DUKKHA qui, on l’a vu, est synonyme de souffrance mais aussi de peine, conflits, misère, imperfections, donc en définitive tout ce qui pourrait nuire à l’épanouissement de l’individu.
La FM a pour but le perfectionnement de l’humanité et elle propose de travailler à l’amélioration de la condition humaine sur le plan spirituel et intellectuel et sur le plan matériel.
Elle demande aux FF de se porter assistance et de travailler au renforcement de la justice et de la liberté. Nous serions tentés de dire que le Bouddhisme est une philosophie du renoncement se consacrant à la recherche de sa lumière intérieure et se détournant de la vie sociale dans une recherche plus ou moins illusoire du Nirvana.
Cette vision des choses pourrait à la rigueur s’appliquer pour ce qu’on appelle le Bouddhisme originel mais ne serait pas valable pour le bouddhisme MAHAYANA et surtout VAJRAYANA ou Bouddhisme tantrique ou encore de Nishiren Daishonin qui est celui de la SOKA GAKKAI.
Ces dernières formes de Bouddhisme semblent plus modernes et plus proches de nos propres buts.Selon la SOKA GAKKAI :
« Le bouddhisme ne supprime pas les problèmes. Il n’est pas non plus un refuge permettant de les éviter. Il nous permet de renforcer notre propre vie et, ce faisant, de mieux les résoudre, grâce à une capacité personnelle plus grande, mais également grâce à une meilleure harmonisation avec l’environnement. C’est donc un outil extraordinaire pour gagner et mieux vivre en harmonie avec soi et avec les autres. »
Ceci pourrait tout à fait s’appliquer à la FM ;

III LES MOYENS

Nous avons vu que la FM avait pour but d’améliorer l’humanité par le perfectionnement de la condition humaine tant sur le plan spirituel et intellectuel que matériel.
Que se donne-t-elle comme moyens pour y parvenir ?
Sont-ils semblables ou différents de ceux du bouddhisme ? Il faut tout d’abord parler du recrutement qui est le premier moyen d’action de notre ordre. En effet au départ il existe une sélection non par l’argent mais en quelque sorte par la « nature humaine ».
N’est admis que celui qui est jugé apte à pouvoir progresser dans la voie maçonnique donc celui qui possède déjà, du moins à l’état latent, certaines qualités, il en découle les processus des enquêtes et du passage sous le bandeau. En ce qui concerne le bouddhisme je n’ai trouvé aucun renseignement à ce sujet. J’ai simplement constaté que de nombreux sites web donne les adresses des centres bouddhistes pour que l’on puisse les contacter, ni plus ni moins d’ailleurs que le site de la GLDF. La FM emploie un deuxième moyen de formation qui est l’initiation. Cette épreuve est fondamentale dans l’enseignement maçonnique et je n’ai rien vu de semblable dans le Bouddhisme si ce ne sont quelques allusions pour le Bouddhisme tibétain. L’initiation est un catalyseur à effet retard qui permettra à l’initié de prendre conscience de ce qui était caché en lui et de privilégier les valeurs positives.
Il ne sera jamais question de supprimer tout désir mais bien au contraire de lui redonner si besoin était foi en lui et en l’homme. Il devra cependant maîtriser ses passions donc acquérir la maîtrise de soi, mais il restera lui-même, se connaissant mieux il pourra transcender ses mauvais penchants et se corriger. La FM utilise des symboles qui sont ainsi un troisième moyen pour faire progresser l’initié dans la recherche de la Lumière.
Ces symboles remontent à la tradition des tailleurs de pierre qui eux-mêmes les tenaient de traditions très anciennes.
Ils ont pour but de permettre à l’initié un repli sur soi en laissant son esprit en dehors de toute construction cartésienne ou logique, mais en le laissant vagabonder pour suggérer des analogies sans liaisons apparentes avec le symbole étudié.
Cette manière de faire permettra ainsi de laisser apparaître des sentiments ou des tendances cachées en nous et qui ne nous étaient pas connues.
Enfin la FM  se sert de rituels provenant de traditions initiatiques très anciennes qui sont le véhicule de transmission de valeurs humaines tel que l’Amour, la Tolérance, la Fraternité.
Ces rituels symboliques sont la base de notre enseignement initiatique mais ils laissent au FM la liberté de les interpréter selon sa nature profonde, lui indiquant seulement les valeurs à atteindre. Le Bouddhisme quant à lui, emploie des moyens en partie différents pour essayer de libérer l’homme qui cherche sa voie.
Ce chemin constitue la quatrième Noble Vérité et se nomme le Noble Sentier Octuple.
Il est constitué de 8 facteurs regroupés en 3 éléments.
1° La conduite éthique qui comprend : la parole juste l’action juste les moyens d’existence justes.
2° La discipline mentale qui comprend : l’effort juste l’attention juste la concentration juste.
3° La Sagesse qui se définit par : la compréhension juste - la pensée juste.Ceci m’amène donc directement à une des pratiques bouddhistes fondamentales qu’est la méditation et qui est un des moyens principal d’obtenir la concentration juste et la Sagesse.
Elle est le fondement de deux des moyens du Noble sentier Octuple qui sont la discipline mentale et la Sagesse.
Son but est de « découvrir la réalité de l’être derrière les fluctuations du Psychisme » ce qui correspond en partie aux buts du symbolisme en maçonnerie.
Je vous livre cette définition de la méditation bouddhiste :
« Il ne suffit pas de dire « je vais méditer » et de rester dans une sorte d’état indéfini. Méditer cela signifie qu’on ne suit pas les pensées qui nous entraînent vers l’avenir, qu’on ne suit pas non plus celles qui nous tirent vers le passé. On laisse l’esprit dans le présent, tel qu’il est, sans chercher à rien faire. De la sorte une certaine expérience naît dans l’esprit. Demeurer dans cette expérience aussi longtemps que l’on peut, c’est cela méditer ».
On pourrait appliquer ces conseils à l’étude de nos symboles.
La tentation est grande également de dire que le silence de l’apprenti s’apparente à une certaine forme de méditation, mais je dirai plutôt qu’il est d’une autre nature et qu’il s’agit surtout d’une technique du comportement.
L’apprenti garde le silence en loge lorsque les autres FF\ parlent ; il écoute donc les autres et non lui-même.

CONCLUSION

En choisissant ce sujet je ne m’imaginais pas combien il était complexe et par certains côtés, contradictoires. En effet il existe des formes variées de Bouddhisme dont le bouddhisme originel de plus en plus décrié et même quelquefois accusé d’être « dégénéré ».
Je n’ai donc pas la prétention d’avoir été exhaustif, mon seul désir étant de vous avoir apporté quelques clarté sur ce bouddhisme qui est tellement à la mode dans nos pays modernes.
Comment conclure ?
Le Bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ?
En quoi le Bouddhisme se rapproche-t-il de la FM en quoi s’en éloigne-t-il ?
Peut-on être bouddhiste et FM ?
Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre. Le Bouddhisme est une religion et une philosophie ou pratique de vie selon la définition que l’on donne à la religion.
Si l’on admet que la religion donne nécessairement une solution de salut dans l’au-delà alors le Bouddhisme est une religion car en effet, il propose bien une théorie de la vie et de la mort (les 5 agrégats, le double sentier octuple, les 4 nobles vérités, le Nirvana).
Il faut par ailleurs noter que le Bouddhiste lors de son engagement prononce une triple profession de Foi ou prise de refuge :
Je prends refuge dans le DHARMA (La Loi bouddhique)
Je prends refuge dans le BOUDDHA (L’instructeur)
Je prends refuge dans le SANGHA (La communauté des moines)
Sans cette prise de refuge il n’y a pas de véritable engagement, il ne reste que la pratique de techniques (méditation, étude de symboles comme le mandala, récitations des mantras ou des textes sacrés, etc…) qui peuvent tenter les occidentaux attirés par un certain orientalisme mais qui ne seront pas des bouddhistes.
Il n’y a rien de tel en F\M\ si ce n’est le serment de ne « rien révéler des secrets qui m’ont été confiés etc… », mais aucun engagement n’est demandé en ce qui concerne une croyance métaphysique.
Celui-ci conserve toutes ses prérogatives d’homme et de citoyen dont ses croyances religieuses ou métaphysiques ainsi que ses engagements citoyens. La FM n’est ni une philosophie et encore moins une religion. C’est un ordre initiatique traditionnel. Elle ne propose ni n’impose une quelconque explication du monde. La seule notion qu’elle retient qui pourrait être qualifiée de métaphysique est celle du G\A\D\L\U\ à la gloire duquel travaillent tous les FM de la GLDF, chacun étant libre de déterminer l’exact contenu de ce principe. Le bouddhisme cherche à faire le bonheur de l’homme, le F\M\ aussi, mais les moyens pour y parvenir sont différents car la notion même de bonheur est différente.
Le bouddhiste essaie de supprimer ce qui lui apporte la souffrance, donc de s’éloigner de la société qui lui apporte ces désirs créateurs de souffrance.
La FM comme le Bouddhisme combat également les causes de ces souffrances par la tentative de modification de la nature humaine qui devient meilleure car elle aura surmonté ses passions mauvaises ; mais elle va plus loin car elle œuvre aussi pour l’amélioration matérielle de l’homme et là elle diffère notablement du bouddhisme. Il faut toutefois différencier deux types de bouddhisme : le bouddhisme primitif et les bouddhismes plus récents que j’ai déjà cité : le MAHAYANA et de NISHIREN.
Selon les enseignements de ces dernières formes de bouddhisme, les multiples lois qui régissent l’univers obéissent toutes à un principe unique ou loi. En comprenant cette loi une personne peut libérer le potentiel caché en elle et réaliser une harmonie parfaite dans son environnement.
Cette loi est contenue dans le Sutra du Lotus et dans un parchemin appelé Gohonzon qui permet à chacun de mettre en pratique l’essence de la sagesse bouddhique et de parvenir à l’illumination, qui ne serait pas un état mystique ou transcendantal mais plutôt un état de grande sagesse et bonne fortune, dans lequel une personne peut diriger sa propre destinée, être pleinement satisfaite dans ses activités quotidiennes et parvenir à comprendre la raison pour laquelle elle est en vie.
Ainsi dans cette forme de bouddhisme la notion d’éveil serait beaucoup plus proche de celle de notre ordre car la clef de ce processus serait contenue dans l’homme lui-même qui porterait en lui la nature de Bouddha, l’éveil suprême n’étant pour le pratiquant «que la réalisation pleine de ce qu’il a toujours été au fond de lui-même ». Par ailleurs le Bouddhisme comme la FM prône la tolérance.
Rappelez-vous, la 1ère des 4 nobles Vérités explique que la souffrance est universelle et que tous les êtres y feront face un jour ou l’autre.
Pourquoi en rajouter ? De plus, les sentiments de vengeance sont imprégnés d’impermanence car rien ne dure éternellement.
Le bouddhiste veut obtenir l’état de Bodhisattva, différent du Nirvana par le fait que par compassion on refuse d’entrer dans le Nirvana pour aider les autres à surmonter les obstacles dans la voie du même Nirvana, et cela ne peut se faire sans compassion et amour de tous les êtres, sans exception.
Enfin les bouddhistes empruntent la voie du milieu qui est « comme la corde d’un instrument de musique. Si on la tend trop elle casse, mais si on ne la tend pas assez, elle ne produit aucun son ».
Nous le voyons, beaucoup de valeurs bouddhistes sont les mêmes que les nôtres. Toutefois il faut noter que le bouddhisme s’adresse exclusivement à l’homme auquel elle propose des moyens de libération des contraintes sociales alors que la FM si elle s’adresse à l’homme également, lui propose des moyens d’amélioration spirituels mais aussi matériels ce qui veut dire qu’elle s’intéresse donc pour ce faire aux inégalités de notre société, à tout ce qui dans notre système social peut opprimer l’individu et l’empêcher de se réaliser. Il n’en demeure pas moins, à mon sens, qu’un bouddhiste puisse parfaitement devenir FM car rien dans les valeurs du bouddhisme ne peut venir contrarier notre quête personnelle pas plus que notre combat pour la tolérance, la Liberté et la Fraternité. Enfin, certains FF chrétiens pourrons me demander si l’on peut être chrétien et bouddhiste.
Je leur livrerai un passage du livre de jean Paul II Entrez dans l’espérance : « L’illumination, expérimentée par le bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu’il est une source de malheurs et de souffrances pour l’homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se délivrer du monde; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique, corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu’il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c’est à dire du mal qui provient du monde.
Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon? il n’en est même pas question dans l’illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athé. Nous ne nous délivrons pas du mal à travers le bien qui vient de Dieu; nous nous en libérons seulement en nous en éloignant d’un monde qui est mauvais. La plénitude de ce détachement n’est pas l’union avec Dieu, mais ce qu’on appelle le Nirvâna, c’est à dire une indifférence totale envers le monde. Le salut est avant tout une libération du mal, obtenue grâce à un parfait détachement du monde, où réside la source du mal. Voilà le sommet de la démarche spirituelle du bouddhisme… Saint Jean de la Croix préconise de se libérer du monde, mais afin de s’unir à ce qui est distinct du monde; et ce qui est distinct du monde n’est pas la nirvâna, mais c’est une personne, c’est Dieu, car celle-ci ne peut s’accomplir que dans et par l’amour.
Pour le chrétien, le monde est une création de Dieu, rachetée par le Christ. Dans le monde, l’homme rencontre Dieu : il n’a donc pas besoin de se détacher totalement du monde pour découvrir la profondeur du mystère que lui-même constitue dans son humanité. Pour le christianisme, la vision du monde en tant que mal radical n’a pas de sens, puisqu’à l’origine de son histoire se trouve Dieu créateur qui aime sa créature, Dieu qui a donné son fils unique, si bien que tout homme qui croit en Lui ne périra pas, mais obtiendra la vie éternelle ». Ce texte sans le dire expressément montre qu’un chrétien ne peut devenir bouddhiste sans renier sa Foi, sinon il partagera des techniques d’éveil mais n’adhérera pas à l’essentiel de la métaphysique bouddhiste. Il faut cependant signaler que ce texte est très controversé par certains bouddhistes qui lui reproche de n’avoir pas tenu compte des vues du « Mahayana » et surtout de celles du « Vajrayana » qui ne correspondent pas du tout à la vision qu’a Jean Paul II du Bouddhisme, ce que j’ai d’ailleurs explicité plus haut. Je voudrai terminer mon propos en livrant à votre réflexion ces quelques lignes d’un maître tibétain :Appuyez-vous sur les mots, pas sur la personne
Appuyez-vous sur le sens, pas sur les mots
Appuyez-vous sur le sens définitif, pas sur le sens à interpréter
Appuyez-vous sur la sagesse, pas sur le savoir.

J’ai dit VM

  

Source : www.ledifice.net

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Le Bouddhisme et le Franc-Maçon

5 Novembre 2012 , Rédigé par Matthieu Belier Publié dans #spiritualité

« Le bouddhisme est athée en ce sens qu'il ne reconnaît pas un dieu créateur ; il s'appuie sur l'auto- création, considérant que nos actions modèlent chaque action de notre vie ; de ce point de vue, le bouddhisme n'est pas une religion mais une science de l'esprit ». Dalaï- Lama

"Aussi longtemps que les êtres vivront, aussi longtemps que l'espace perdurera, je resterai afin de servir et d'apporter ma modeste contribution au bien-être d'autrui."
Shantideva.

INTRODUCTION

Les débuts de la philosophie en Inde sont consignés dans les Véda (savoir ).
Les Véda sont un ensemble d'écrits volumineux réservés à l'usage culturel des prêtres ; ils rassemblent les savoirs mythologique et religieux des 1ers temps de la civilisation. Les parties les plus anciennes remonteraient à + / - 1500 avantJC.
Les Véda comprennent 4 parties :
- Rigvéda (hymne de louange )
- Sâmavéda (chants )
- Ayurvéda (formules sacrificielles )
- Altharvadéva ( formules magiques )
Leurs ont été adjoints les textes explicatifs suivants :
- les Brahmana : expliquent le sens et la finalité des sacrifices et le bon emploi des formules
- les Upanishad, philosophiquement les plus importants ,ils contiennent les textes fondamentaux de la philosophie indienne : la doctrine de Karma et de la réincarnation, la pensée unifiante de l'identification d'Atman et Brahman.
A partir d'environ 500 av JC commence l'époque des systèmes philosophiques classiques. A la différence de la sphère de pensée plutôt fermée de la période védique, apparaissent des écoles de pensée diverses.
Toutes se rejoignent derrière le fait que la personne s'efface derrière l'œuvre et que les dates historiques n'aient pas une grande importance.
Progressivement, la philosophie échappe aux prêtres (les brahmanes ) et entre dans d'autres couches de la population.
On distingue :
- les systèmes orthodoxes qui reconnaissent l'autorité des Védas comme révélation (Sâmkhya et Yoga, Nyâya et Vaisehiska, Vedânta et Mîmâmsâ
- les systèmes non orthodoxes au nombre desquels figurent le BOUDDHISME.

Outre le pays d'origine, il en existe des écoles différentes : tibétaine, vietnamienne, japonaise …

I - LES PRINCIPES GENERAUX

L'enseignement du bouddha ne se réduit ni à une philosophie, ni à une religion, ni même à un système éthique : c'est une pratique.
A la différence d'une religion, il ne fait appel ni à une croyance ni à un acte d'adoration.
Il invite au travail sur soi ; au delà d'un système éthique, il est un moyen de délivrance. C'est un moyen qui mène à l'Eveil, à la connaissance véritable des Etres et des Choses, à la délivrance radicale de la souffrance.
Bouddha a dit : " ne vous fiez point aux oui-dire, à la tradition, à l'autorité des textes religieux, aux suppositions, à la simple logique, à ce que dit l'ascète. Mais quand vous avez vu ces choses par vous-même, elles sont immorales, mauvaises, blâmées par les sages ; exécutées, elles conduisent à la ruine et à la souffrance ; alors vous les repoussez.
Quand vous avez vu par vous-même, elles sont louées par les sages, morales, non blamables, conduisent au bien être et au bonheur, c'est alors que vous les pratiquez ".
Le dalaî lama affirme : les mêmes idéaux d'amour sont à la racine des principales religions de ce monde. Bouddha, Christ, Confucius, Zoroastre …enseignent avant tout l'Amour.
Hindouisme, Islam, Jaïnisme, Judaïsme, Loi sikh, Taoïsme …ont un but identique.
Toutes les pratiques spirituelles visent la progression bénéfique de l'humanité.

I1 - le fondateur du bouddhisme

Siddhârta du clan des Gautama était un jeune prince avant de devenir Bouddha c.a.d l'Eveillé.
Il appartenait à la caste des guerriers et vivait au 6ème ou 5ème siècle avant JC dans la sécurité d'un palais sis au nord de l'Inde proche de l'actuel Népal. A 16 ans, il épouse Yasodhara qui lui donne un garçon.
4 rencontres bousculent sa vie: avec un vieillard, avec un malade, avec un cadavre et enfin avec un moine errant.
Renonçant aux plaisirs , il devient ascète en quête d'une solution aux souffrances de l'humanité
Pendant 6 ans, il rencontre des religieux célèbres, se soumet à des pratiques rigoureuses et austères qui ne le satisfont pas : il rejette les extrêmes du plaisir et de la mortification.
Il décide de vivre sous un arbre jusqu'à l'extrême compréhension des choses de la vie. Il connaît l'éveil à 35 ans ; pendant les 45 années suivantes, il se consacre à faire connaître la voie qui permet de sortir de la souffrance.

I2 - le texte fondateur

Reconnu par tous , il s'agit du sermon des 4 NOBLES VERITES. Bouddha agit en médecin :
Les quatre vérités sont la base même du bouddhisme, les fondements de la doctrine révélée par Bouddha après être parvenu à l'éveil. Comprendre les quatre nobles vérités c'est comprendre le sens et la profondeur du message de Bouddha.

1ère vérité, il pose le constat de la maladie
Pour Bouddha, toute la vie : de la naissance à la mort, des liens aux séparations, peut devenir source de frustration. La souffrance est partout.
L'originalité de la philosophie bouddhiste est de considérer que chaque Etre ou chaque " moi " est une combinaison de forces physiques et mental en perpétuel changement.
Cette combinaison dynamique peut être divisée en 5 groupes : la matière, les sensations, les perceptions, les formations mentales, la conscience.
Pour le bouddhiste, il n'y a pas d'esprit permanent appelé " soi " ou " âme ". Le " JE " source de tous les attachements et de toutes les aversions n'a pas d'identité véritable
Dans cette vérité, Bouddha montre que la souffrance (dukkha) est universelle. Tous les êtres sont touchés par la souffrance, qui est partout dans ce monde. Elle peut être physique (maladie, vieillesse... comme lors des quatre rencontres de Siddartha) ou encore morale. Elle peut être causée aussi par l'insuffisance, l'imperfection, l'impermanence de toute chose et l'insatisfaction perpétuelle de l'homme.
Bouddha affirme que :
"La naissance est dukkha, la maladie est dukkha, la mort est dukkha. La tristesse, les lamentations, la douleur, le chagrin et le désespoir sont dukkha. Etre en contact avec ce que l'on aime pas est dukkha, être séparé de ce que l'on aime est dukkha, ne pas obtenir ce que l'on désire est dukkha. Les cinq agrégats d'attachement sont dukkha." Cette citation résume bien le fait que la souffrance est universelle.

2ème vérité, Samudaya : il donne son diagnostic
La cause de la souffrance est cette soif ou convoitise, d'appropriation, de possession ; elle produit la ré-existence et le re-devenir liés à une avidité passionnée trouvant une nouvelle jouissance ici ou là dans le plaisir des sens, de l'existence, du devenir, de la non-existence (auto-annihiliation ). Elle vient de l'ignorance qui fait croire qu'un " Soi " existe et que des possessions rendent heureux. Tant que l'Homme est esclave de son attachement, de son aversion, d'une affirmation de lui-même, d'une volonté d'anéantissement, il continue à transmigrer d'une existence à l'autre.
Cette souffrance universelle à une cause, le désir. Le désir de posséder les choses ou les êtres, d'idéal, du pouvoir. Le désir ne meurt jamais car il renaît à mesure qu'on le satisfait. Les êtres sont enchaînés au désir et c'est l'origine de la souffrance. L'attachement est une cause de souffrance, ainsi que l'ignorance ou le refus de la connaissance (ou en être privé). La souffrance n'est pas une fatalité, elle est due à la volonté d'obtenir toujours plus, de pouvoir satisfaire toujours tous ses désirs.

3ème vérité,niroda, il propose un remède
Il faut mettre fin à cette soif. Il faut la délaisser, y renoncer, s'en libérer, s'en détacher.
La force du bouddhisme réside dans l'affirmation qu'une libération de la souffrance est possible par l'extinction de la soif, de tout attachement ; cette extinction de la convoitise, de la haine, de l'illusion, c'est le Nirvâna : c'est la Liberté, la Félicité, l'Ultime non conditionné.
L'or de cet éveil est dans le sol de notre esprit mais si nous ne le creusons pas, il reste caché.
Elle nous explique qu'il existe un état de cessation de la souffrance, le nirvana. C'est l'état de Bouddha, l'unique but du bouddhisme. C'est à dire qu'il est possible d'atteindre le nirvana. Il ne s'agit pas de s'isoler du monde mais d'éviter la souffrance en utilisant la connaissance des causes de celle-ci. C'est une connaissance de soi et de ses facteurs perturbateurs qu'il faut effectuer.
Bouddha présente ainsi le nirvana :
"Voici, moines, la Noble Vérité de la cessation de la souffrance : c'est la cessation totale, sans attachement, de ce désir même, y renoncer, l'abandonner, en être libéré."

4ème vérité, magga, il précise l'application de ce remède
Dans sa quatrième vérité, Bouddha décrit le chemin à parcourir pour atteindre le nirvana dont il vient de montrer l'existence. Il faut suivre la voie de l'Octuple Sentier. Il montre le chemin et la conduite à adopter pour pouvoir atteindre l'état de cessation de la souffrance. La voie est dite du "milieu" car ni dans l'extrême de vie des plaisirs, ni dans l'extrême de vie de privations et d'ascétisme.

L'Octuple Sentier :
Il se compose de huit moyens à utiliser pour atteindre le nirvana.
la compréhension juste :
Prendre conscience des quatre nobles vérités et de leur réalité et comprendre que l'homme par son comportement est le seul responsable de sa souffrance. Ce sont ses actes nuisibles qui augmentent son mauvais karma.
la pensée juste :
Examiner la signification profonde du monde et des quatre nobles vérités et si possible l'expliquer aux autres.
la parole juste :
Utiliser la parole et l'enseignement pour montrer aux autres la réalité du monde et les amener à la vue juste du monde. La parole est dépourvue de supercherie. Les paroles blessantes, humiliantes, vulgaires ou insultantes sont à éviter.
la conduite juste :
Adopter une conduite pure et morale qui puisse convaincre les autres que nos activités sont en accord avec la doctrine et sont en harmonie avec une éthique pure.
les moyens d'existence justes :
Convaincre les autres que nos moyens d'existence sont convenables, non contaminés par les fruits empoisonnés de moyens d'existence impropres et dépourvus d'éthique.
l'effort juste :
Méditer encore et encore sur la signification de la réalité afin d'être protégé contre les facteurs perturbateurs de l'esprit. C'est un travail à accomplir sur soir pour mettre en pratique l'Octuple Sentier.
la mémoire juste :
Maintenir le calme mental et l'application des quatre nobles vérités et de ne pas les oublier.
la concentration juste :
Référence à la méditation et à la stabilisation méditative libérées du laxisme ou de l'excitation qui empêchent la méditation. Ainsi la compréhension juste (ou vision juste) marque la rupture avec une mauvaise vision du monde, la pensée juste est le signe indicateur, la parole juste, les moyens d'existence justes et la conduite juste sont trois façons de convaincre les autres, tandis que l'effort juste, la mémoire juste et la concentration juste sont des antidotes contre les facteurs perturbateurs de l'esprit et du chemin à accomplir.
Ces 8 éléments peuvent être regroupés en 3 ordres
- ceux qui relèvent de la sagesse : vue et pensées justes
- de l'éthique : parole et moyens d'existence justes
- de la méditation : attention et concentration juste

La connaissance vraie, le comportement correct, la méditation adéquate sont inséparables dans la vie d'un bouddhiste.
La connaissance vraie consiste à saisir que ni le " soi " ni les " phénomènes " ne sont autonomes ou éternels. Tout subsiste en interdépendance, tout est donc impermanent, :
Dès l'instant où ils viennent à l'existence, tous les phénomènes sont éphémères par nature et ne perdurent pas même un moment. Cette fugacité résulte de la cause elle- même, sans implication d'aucun autre facteur. Tout ce qui est composé de parties ou déterminé par des causes et conditions est impermanent et passager. Rien de demeure dans l'éternité, tout se désintègre continuellement : c'est l'impermanence ; tout se fait ou se défait, tout est " vide " d'une existence indépendante ou définitive.
Parmi les 4 notions bouddhistes fondamentales (les 3 autres étant l'impermanence, l'interdépendance et la souffrance ), le vide (sunyata ) est certainement la plus mystèrieuse et la plus difficile à saisir. Le vide est une notion scientifiques ; nous sommes vides : la matière qui nous compose est vide ; la doctrine du vide n'affirme pas ou n'explique pas la non existence de toute chose. La signification du vide réside dans la nature interdépendante de la réalité. Le vide signifie qu'aucun phénomène ne peut avoir une existence inhérente ; en comprenant cela nous pouvons comprendre la nature illusoire de tous les phénomènes.
S'attacher aux éléments du monde est aussi vain que d'identifier la lune à son reflet.
Le comportement correct c'est s'abstenir du mensonge, de toute parole blessante, ou vaine se conduire de manière honorable et pacifique, exercer une profession qui ne puisse pas nuire.
Dans le bouddhisme mahâyâna, " le Grand Véhicule " ne se contente pas d'une libération individuelle mais vise le bonheur de tous, la compassion pour tous les " êtres " ignorants de leurs vraies natures et esclaves de leurs pulsions.
La méditation adéquate consiste en une discipline qui apaise les états mentaux perturbateurs. Les moyens proposés sont variés ; il faut simplement pratiquer la voie choisie avec assiduité. Le bouddha Shâkyamuni laisse, après sa mort, une Loi : le Dharma, doctrine qui pénètre l'ordre du monde. C'est un état d'esprit, la vraie nature de chaque être (la bouddhéité ).
L'esprit de chacun d'entre nous est bouddha ; ceux qui recherchent la vérité prennent conscience qu'il n'y a rien à chercher ; il n'y a pas de bouddha mais l'esprit ; il n'y a d'esprit que bouddha ; ceux qui recherche la voie ne doivent rien chercher.

CONSEILS DU DALAÏ-LAMA POUR MENER VOTRE VIE :

1. Tenez compte du fait que le grand amour et les grandes réussites impliquent de grands risques.
2. Lorsque vous perdez, ne perdez pas la leçon.
3. Suivez les trois R : Respect de soi-même, Respect des autres, Responsabilité de tous vos actes.
4. Souvenez vous que ne pas obtenir ce que vous voulez est parfois un merveilleux coup de chance.
5. Apprenez les règles pour savoir comment les transgresser correctement.
6. Ne laissez pas une petite dispute meurtrir une grande amitié.
7. Lorsque vous réalisez que vous avez commis une erreur, prenez immédiatement des mesures pour la corriger.
8. Passez un peu de temps seul chaque jour.
9. Ouvrez vos bras au changement, mais ne laissez pas vos valeurs s'envoler.
10. Rappelez vous que le silence est parfois la meilleure des réponses.
11. Vivez votre vie d'une façon bonne et honorable. Ainsi, lorsque vous vieillirez et que vous regarderez en arrière, vous en profiterez une deuxième fois.
12. Un foyer aimant est la fondation de votre vie.
13. Dans les désaccords que vous avez avec ceux que vous aimez, ne vous occupez que de la situation actuelle. Ne réveillez pas le passé.
14. Partagez votre savoir. C'est une manière d'atteindre l'immortalité.
15. Soyez tendre avec la terre.
16. Une fois par an, allez quelque part où vous n'êtes jamais allé auparavant.
17. Souvenez-vous que la meilleure des relations est celle dans laquelle l'amour que chacun porte à l'autre dépasse le besoin que vous avez de l'autre.
18. Jugez vos succès d'après ce que vous avez dû sacrifier pour les obtenir.
19. Approchez l'amour et la cuisine avec un abandon insouciant.

I3 - Les concepts fondamentaux

Le samsara :
Il désigne le cycle infini des renaissances. Les hommes naissent, meurent et renaissent sans cesse dans un cycle infini : le samsara. Enchaîné au samsara, auquel il ne peut s'échapper, l'homme souffre en vain. Assis sous l'arbre de l'éveil Bouddha se remémore ses vies antérieures et prend conscience du samsara.
L'objectif du bouddhisme est la cessation de la souffrance ; la pratique doit mener à un état de cessation de cette souffrance universelle, le nirvana. C'est uniquement lorsque l'on a atteint le nirvana que l'on peut se libérer du samsara.
La réincarnation (renaissance) n'est pas un but. La condition dans laquelle on renaît dépend de nos vies passées et de nos actes présents, avec le phénomène du karma. Cette condition peut varier de la condition d'humain à animal ou vice versa selon le karma.
Le karma :
C'est une loi de cause à effet. Cela signifie que les actions passées (causes) déterminent les vies futures (effet sur la condition de renaissance). Ce sont nos actes qui déterminent notre condition à venir, d'où la nécessité d'une conduite morale pour avoir un bon karma et renaître dans une condition supérieure ou atteindre le nirvana, si l'on s'est dépouillé de tout mauvais karma. L'homme a donc un libre arbitre sur son destin, qu'il construit tous les jours par ses actes bons ou mauvais. Ainsi l'on peut espérer avoir une meilleure condition dans ses vies futures en accomplissant de bonnes actions et en s'évitant un mauvais karma.
Le nirvana :
Mot d'origine sanskrite, il désigne l'état de cessation de la souffrance. C'est le but ultime de la pratique du bouddhisme. Atteindre le nirvana signifie aussi la sortie du cycle des renaissances.
Les personnes qui ont atteint le nirvana sont appelées des bouddhas, elles ont éliminé tout mauvais karma et ont donc obtenu l'illumination qui mène au nirvana. Lorsqu'un bouddha meurt, il reste dans le nirvana et ne renaît plus, il s'est libéré du samsara.
Il ne faut pas confondre le nirvana et le paradis céleste des chrétiens, le nirvana est un état que l'on atteint une fois nos souffrances éliminées et tout désir anéanti, ce n'est pas un lieu où l'on va après la mort. C'est un état d'esprit (ou psychique) paisible dans lequel on reste une fois l'illumination atteinte. Ainsi à sa mort, le Bouddha historique (Siddartha Gautama) est resté au nirvana et ne s'est pas réincarné.
Les douze maillons :
Ces douze maillons sont un enseignement de Bouddha concernant la vie humaine. Ils sont chacun liés entre eux par une causalité (chaque maillon implique le suivant). Ils sont ignorance, concept, conscience, nom et forme, sens, contact, sensation, désir, attachement, existence, naissance, douleurs. Si l'on peut lutter contre notre ignorance, on se libère des autres maillons et donc de la souffrance (les douleurs).

L'impermanence :
C'est l'enseignement de Bouddha qui montre que le monde est impermanent. Rien n'est immuable, éternel. S'attacher à toute chose de ce monde est donc une cause de souffrance puisque cette chose tend à disparaître. Par exemple, les joies ne durent pas, ni les peines, à la nuit succède le jour et vice-versa, à la vie la mort.

I4 - Les autres concepts

Les cinq agrégats :
Dans la doctrine bouddhiste, l'être n'est en fait qu'une combinaison de forces et d'énergies physiques et mentales en changement constant. Ce sont les cinq agrégats, ils sont aussi liés à la première des quatre vérités de Bouddha puisqu'ils sont les causes mêmes de l'attachement et du désir.
la forme (ou matière) :
Elle comprend les quatre éléments fondamentaux (terre, eau, air, feu), leur différents états et leurs dérivés. Les dérivés sont les appareils sensoriels (vue, odorat, toucher,...) et leur correspondance dans le monde (formes visibles, audibles, odeurs...) ainsi que les formes non révélées (pensées...).
les sensations :
Les sensations plaisantes, douloureuses ou neutres forment cet agrégat, qui sont de six catégories (sensorielles et pensées).
l'identification :
Identification conceptuelle ou non conceptuelle des sensations, de façon faible, étendue ou incommensurable.
les facteurs composants :
Cet agrégat comprend les activités mentales telles le désir, l'ignorance, la vanité, l'égocentrisme... (52 facteurs dénombrés) et les actes qui répondent à la volonté et qui entrent dans le contexte du karma.
la conscience :
Les états de la conscience ayant pour origine les facultés sensorielles et l'organe mental (pensées) et ayant pour objets les formes du monde physique (sons, odeurs...). Cela met en évidence qu'il ne faut simplement observer et non pas rajouter des jugements aux faits que l'on perçoit. Constatant l'impermanence de toute chose, ces composantes de la conscience sont aussi source de souffrance (première vérité).

Les trois corbeilles :
L'enseignement de Bouddha est réparti en trois Corbeilles.
la Corbeille des Discours :
Elle définit de façon claire les agrégats, la production conditionnée, les quatre vérités...Elle comprend la partie théorique, et permet de lutter contre le doute qui perturbe notre esprit et nous écarte de la voie du milieu. Elle permet la stabilisation méditative (concentration juste) et donc de pouvoir rester sur l'Octuple Sentier.
la Corbeille de la Discipline :
Elle interdit de s'impliquer dans des actions proscrites (inconduite morale, sexuelle, l'attachement). Elle permet ainsi d'éviter les facteurs perturbateurs de l'esprit. Cependant ce n'est pas une restriction aveugle et idiote, en effet si l'on parvient à réduire la force de l'attachement aux choses, on peut utiliser des objets matériels tels beaux vêtements..., voire vivre avec un minimum de confort. En revanche celui qui même avec aucun confort (guenilles...) est soumis à un certain attachement aura effectué une faute proscrite par Bouddha. C'est ainsi qu'on évite de tomber dans les extrêmes (luxure totale, ascétisme total). Cette restriction ou permission a pour unique but de diminuer les facteurs perturbateurs tels l'attachement, le désir...
la Corbeille de la Connaissance :
Elle explique les caractéristiques des phénomènes comme l'impermanence, la souffrance ou le désir. Ainsi écouter et appliquer les enseignements permettra de corriger les idées et vues fausses et la conception erronée de son propre point de vue. Cela en vue de lutter contre la croyance en la supériorité de son propre point de vue.

I5 - Les orientations du bouddhisme

Le petit véhicule ou Hinayana ou Theravada
Le bouddhisme du petit Véhicule est considéré comme la branche orthodoxe du bouddhisme. C'est le bouddhisme des anciens, qualifié par ses pratiquants de plus proche de l'enseignement de Bouddha.
Ce courant met en avant que seuls les moines qui pratiquent seuls et sans aide peuvent atteindre le nirvana. Ce mouvement privilégie en fait la délivrance personnelle.
L'idéal de l'accomplissement personnel du mouvement Theravada est l'arhat, celui qui est parvenu à atteindre le nirvana, libéré du samsara et qui a donc achevé son cheminement spirituel et obtenu la parfaite santé mentale.
L'arhat à développé les sept facteurs d'illumination qui sont l'attention, l'investigation du dharma, l'énergie, la joie, la tranquillité, la concentration et l'équanimité. Son esprit est imperturbable à tel point que même menacé de mort, le mental de l'arhat reste calme car il sait que la mort ne serait qu'un changement de ses composantes, ne faisant que confirmer l'impermanence de toute chose. C'est ainsi que l'arhat Adhimutta, par son calme imperturbable déstabilisa un bandit qui était prêt à l'agresser. Le bandit impressionné devint alors un de ses disciples.
La sphère d'influence du Theravada est constituée principalement de la Thaïlande, le Cambodge, la Birmanie, le Sri Lanka.

le Grand véhicule ou Mahayana
Le grand Véhicule est le mouvement réformé du bouddhisme. Il fut proclamé au 3ème siècle après J.C. car non en accord avec l'écart grandissant entre les moines et les laïcs (influence du Petit Véhicule). En effet, le Mahayana prône le fait que l'on peut recevoir de l'aide pour éveiller le Bouddha qui est en nous. On n'est donc pas forcé de chercher seul l'illumination. Tout le monde peut recevoir l'illumination quelque soit sa condition.
Cette idée de permettre le salut (atteindre l'éveil) à tous les êtres vivant est vécue par le phénomène puissant de la compassion envers les autres et l'idéal du bodhisattva, qui aide les autres à atteindre l'illumination, en refusant leur propre libération et restant ainsi dans le cycle des renaissances (compassion).
On comprend mieux ainsi la citation du bodhisattva Shantideva présentée sur la page d'accueil de ce site. Cette citation résume bien la volonté d'aider les autres et la compassion qui anime les bodhisattvas.
Ce courant est surtout répandu dans des pays comme la Chine et le Japon (forme Zen), la Corée et le Tibet.

le Véhicule tantrique ou Tantrayana ou Vajrayana
Le Véhicule tantrique est une forme de Mahayana fondée sur les tantras. Ce Véhicule repose sur la pratique de rituels et de méditations, de pratiques "magiques" Il est très riche en symbolisme. La pratique des rituels fait aussi appel à des mantras. Le but de ces pratiques et de ces rites est d'arriver à réaliser de profondes expériences spirituelles qui peuvent amener à la bouddhéité plus rapidement qu'en suivant la voie très longue du bodhisattva.
Les textes tantriques se sont surtout répandu vers le 6ème siècle, leur compréhension nécessite les explications d'un maître spirituel (guru en Inde ou lama au Tibet). Comme pour d'autres mouvements bouddhistes, le Véhicule tantrique s'est enrichi des croyances locales des pays concernés (ici c'est surtout le bouddhisme du Nord) tels des divinités hindoues ou autres divinités et certaines pratiques locales.
Dans ce Véhicule, partant des concepts clés du Mahayana, chaque objet peut servir de moyen d'accès à la réalité ultime, en utilisant des méthodes et motifs justes. En effet, les rites peuvent ainsi servir à maîtriser les forces perturbatrices de l'esprit comme la passion ou la haine et les transmuter "magiquement" en leur opposé. Ce Véhicule apporte alors un nouveau moyen d'atteindre l'éveil.
Ce nouveau courant tantrique (Tantrayana) est aussi nommé le Véhicule du Diamant (Vajrayana). Le Vajra qui est un sceptre est un symbole représentant la puissance invincible de l'esprit illuminé contre les facteurs perturbateurs, dure comme le diamant. Le Vajra symbolise l'illumination. Le sceptre et la cloche de Vajra, liés représentent les moyens habiles et la sagesse qui unis permettent l'illumination.
Ce Véhicule est développé particulièrement dans les pays du "Bouddhisme du Nord" (Népal, Tibet, Mongolie, Bhoutan...).
Une ancienne tradition du Vajrayana (antérieur a padmasambhava) est le Shingon. Cette tradition introduite au japon au début du 8ème siècle a notamment beaucoup influencé la culture japonaise. Elle est toujours vivante car pratiquée par environ 12 millions de personnes dans le monde.
Le bouddhisme tibétain fait partie de ce Véhicule avec en plus une hiérarchie de la communauté bouddhique du Tibet. Le Dalaï-Lama ("océan de sagesse", actuellement Tenzin Gyatso, 14ème Dalaï-Lama, prix Nobel de la paix) est considéré comme la réincarnation du bodhisattva de la compassion. Il représente l'autorité religieuse et politique du Tibet. Le Panchen-Lama ("joyau de sagesse") est le chef spirituel.

Le Bouddhisme zen ou Zen ou Chan
Le Zen est un courant développé par Bodhidharma, un moine indien du 6ème siècle qui s'est rendu en Chine pour y transmettre le Chan (équivalent chinois du mot japonais Zen).
Ce courant fait partie du Grand Véhicule et met l'accent sur la pratique de la méditation pour obtenir l'illumination.
Bodhidharma, selon la légende serait resté en méditation pendant neuf années devant un mur dans une caverne (près de Shaolin en Chine). Le bouddhisme Chan met l'étude et la dévotion au second plan et renie l'attachement aux textes sacrés ou aux objets de cultes. Il favorise plutôt une transmission directe de la connaissance de l'esprit du maître à celui du disciple. Bodhidharma affirma en effet :
"Transmission spéciale hors de Ecritures,
Indépendante des mots et des lettres,
Indiquant directement l'esprit humain,
En voyant la nature innée, on devient un Bouddha."
Au Japon, le Chan est appelé Zen. Lors de l'implantation du bouddhisme Chan au Japon, ce mouvement séduit alors en particulier les samouraïs par son éthique et son indifférence devant la mort. Plus tard, grâce à Dogen, le Zen se répandit dans le peuple ("Zen des paysans") et une première communauté se forma. L'accent est mis sur la méditation assise, dite ZaZen. Cette posture est en fait un retour au vrai bouddhisme du Bouddha historique qui avait obtenu l'illumination assis en contemplation sous l'arbre de l'éveil. Lorsque le pratiquant est en ZaZen, il oubli le soi et épanouit son potentiel de nature du Bouddha en atteignant des états mentaux élevés. Pour pouvoir méditer correctement, il faut parvenir à la non-pensée et pratiquer la méditation libéré de tout objectif, simplement avec la foi en la nature de Bouddha intérieure. C'est ainsi que l'on épanouit progressivement sa nature de Bouddha innée. Le Chan ou Zen est donc un courant principalement développé en Chine et au Japon.

La terre pure
L'essence du Bouddhisme de la Terre Pure est la dévotion à Amitabha, l'invocation du Bouddha. Cela consiste en la répétition (souvent en chinois ou en japonais) de "Hommage au Bouddha Amitabha".
L'objectif est d'arriver à répéter un minimum nécessaire de dix invocations avec une concentration parfaite. Afin de purifier l'esprit des facteurs perturbateurs grâce à la concentration fixée sur Amitabha et l'illumination réalisable dans sa Terre Pure. Lorsque que la pratique est pure on peut obtenir l'état mental attendu.
C'est Shan-Tao (613-681,Chine) qui rendit primordiale l'invocation dans le mouvement de la Terre Pure. Il existe cependant des pratiques secondaires telles le chant de sutras de la Terre Pure, la visualisation d'Amitabha et la résolution d'y renaître, le développement de la générosité et de la compassion par l'aide aux nécessiteux et par le végétarisme. Il est à noter qu'on retrouve encore le principe de la compassion, présent dans chaque pratique bouddhique.
Dans le bouddhisme de la Terre Pure, on pratique aussi des méthodes de méditation contemplative, sortes de "visualisations". Il y en existe cinq types, qui permettent d'éveiller une foi absolue en Amithaba. Les trois premiers sont des formes de purification du calme mental, comme par exemple se prosterner devant Amitabha en méditant sur ses pouvoirs extraordinaires, l'invoquer ou être déterminé à renaître dans sa Terre Pure. La quatrième attention vigilante est la visualisation d'une image d'Amitabha jusqu'à ce qu'on puisse la percevoir en détail les yeux fermés. La cinquième est une série de seize méditations sur la Terre Pure (visualiser le monde de la Terre Pure, images mentales des éléments). Cela apporte à celui qui médite une meilleure perception du monde et lui assure de renaître dans Sukhavati (la Terre Pure).
Le bouddhisme de la Terre Pure est principalement pratiqué en Chine et au Japon (école Jodo-Shin).

I6 - L'idéal à atteindre

L'idéal pour suivre et mettre en pratique l'enseignement de Bouddha est bien sûr la vie de moine bouddhiste, avec un comportement exemplaire en tant que tel, membre de la Sangha. Pour la discipline des moines, il y a quatre grands interdits qui sont le mensonge, le vol, le meurtre et les relations sexuelles. Pour suivre cette voie, il est possible de s'y prendre très tôt et de consacrer sa vie à la doctrine. A partir de l'adolescence, le jeune fidèle reçoit la première ordination après des années d'apprentissage avec son maître. Le fidèle devient alors un membre de la Sangha, prend refuge dans les Trois Joyaux du bouddhisme : Bouddha, la doctrine, la Sangha (communauté).
On peut tout aussi bien rester un "fidèle laïc", être en accord avec la doctrine et en comprendre le sens au travers de la culture (lectures...) sans devenir moine et tout abandonner. D'ailleurs, les fidèles laïcs constituent les donateurs envers la Sangha et apportent donc leur contribution au mouvement bouddhiste en ce monde. Le plus important, comme le pense le Mahayana est que chacun peut pratiquer seul ou avec l'aide d'un Bouddha et obtenir l'illumination puis aider les autres à l'atteindre (idéal du bodhisattva).
A chacun sa pratique, l'important est de comprendre au plus haut niveau la doctrine et de pratiquer les enseignements de Bouddha, et si possible d'éclairer les autres sur cette voie du milieu.
On pratiquera aussi la compassion, le respect et la non-violence, le comportement moral étant primordial. La vertu morale est le fondement de la voie spirituelle.
L'éthique du bouddhisme comprend effectivement la générosité : donner, partager le mérite des autres, rendre service, respecter autrui, enseigner la doctrine. Ainsi que plusieurs préceptes tels que la résolution de ne pas tuer ou blesser aucun être vivant, le pacifisme étant une force du bouddhisme. On peut trouver dans un sutra : "La victoire engendre la haine; les vaincus vivent dans la douleur; les pacifiques vivent heureux, délaissant victoire et défaite".

I7 - Les rites et les symboles

Les cultes :
Bien que le bouddhisme ne soit pas une simple religion mais aussi une philosophie et une approche du monde véritable, il comprend quelques rites et coutumes.
le culte des statues :
Importance de la présence des statues dans les temples bouddhistes. Les fidèles ont une grande admiration pour cet art bouddhiste, qui représente un peu un idéal à atteindre pour le pratiquant (les statues sont toujours d'une indicible beauté), ainsi qu'une sorte de présence de Bouddha qui fait que les fidèle les vénèrent.
le culte des reliques :
Les ossements restants de l'incinération de Bouddha ayant été conservées sous forme de reliques dans les stupas (monuments funéraires), les reliques des saints bouddhiques conservées dans les stupas suscitent aussi une grande ferveur des fidèles qui les vénèrent tout comme les statues. Par exemple, la grande stupa de Rangoon ( 112 mètres de haut) contiendrait quelques cheveux de Bouddha et des reliques de trois Bouddhas antérieurs.

Les offrandes :
Les offrandes font partie de la dévotion des fidèles envers les Bouddhas ou les Bodhisattvas. Elles sont souvent accompagnées de prosternations ou inclinations devant des statues ou dans les temples, en respect des Bouddhas représentés et de leur pureté. On dépose des offrandes sur les autels des temples ou dans les stupas, tout comme on peut faire des dons aux monastères. Les offrandes sont de l'encens, qui symbolise le parfum émanant de Bouddha ou encore des petites lampes ou bougies qui rappelle que les bouddhas sont des êtres "illuminés" qui répandent leur lumière par leurs enseignements. On peu déposer sept sortes d'offrandes devant une statue dans placées dans sept bols. Ces offrandes sont de l'eau qui symbolise l'hospitalité, de l'encens, du parfum ou de la nourriture qui représentent les cinq sens et montrent que le fidèle se voue de tout son être au développement spirituel.
Les offrandes sont accompagnées de gestes rituels (mudras), de chants ( mantras ).

Le chapelet :
C'est le fameux collier constitué de 108 perles, qui permet au pratiquant de compter le nombre de fois qu'il prononce les mantras. Les mantras pouvant être imprimés sur des moulins à prière.

La roue :
Est le véritable emblème du bouddhisme. Tout être se situe dans cette roue, appelée aussi roue de la loi. Elle contient huit rayons qui correspondent au chemin menant à l'éveil.

L'arbre :
Est un symbole du bouddhisme puisque l'on parle souvent de l'arbre de l'éveil sous lequel Bouddha obtint l'illumination. De plus à la mort de Bouddha, l'arbre au pied duquel il est allongé se met à frémir, c'est pourquoi c'est devenu l'emblème de l'illumination. On trouve pour cela beaucoup d' oeuvres représentant l'arbre de Bodhi (de l'illumination).

Le lotus:
Le lotus est le symbole de la pureté. Tout comme le lotus prend racine dans le limon et s'épanouit au soleil, tout être humain peut accéder à l'éveil quelque soit sa condition initiale. Les bodhisattvas et Bouddha sont souvent représentés assis sur un lotus, qui symbolise l'atteinte de l'illumination.

II - BOUDDHISME ET FRANC- MACONNERIE

II1 - GENERALITES

Les deux ont des points communs comme la tradition, la transmission, la connaissance de soi, l'initiation et la recherche de la vérité dans une approche non dogmatique. Les deux traditions insistent sur la perfectibilité de l'homme. Le bouddhisme dit qu'intérieurement l'homme a la nature de bouddha et qu'il peut la réaliser en la débarrassant de ses différents voiles, en se libérant progressivement de l'illusion. La franc-maçonnerie fait référence à une pierre brute qu'il convient de dégrossir, de travailler afin de la rendre cubique ou parfaite. Pour Lama Denys, l'enseignement du Bouddha se caractérise par sa qualité thérapeutique, de même que l'est une certaine approche de la franc-maçonnerie : soigner la maladie de l'ignorance ou de l'illusion propre à la nature de notre esprit, ce que nous sommes au plus profond de nous-même. Le Bouddha- Dharma est une quête expérimentale et une pratique pour trouver la solution à la question de Socrate, "Connais-toi toi-même".
Il s'agit des fondements d'une spiritualité universelle partagée par l'ensemble des humains, comme personnes dotées d'un esprit.
Dans les 2, il y a quête de la lumière. Dans le Dharma, la nature fondamentale de l'esprit est dite "claire lumière" et a pour qualités la clarté et la lucidité. La démarche du Dharma, non dogmatique et expérimentale, permet de révéler la réalité de notre être et de notre vie. Elle tend à éveiller notre nature véritable à travers une voie médiane entre les approches théiste et athéiste.. L'approche du Dharma est agnostique et ne repose sur aucune notion conceptuelle présentée comme LA vérité. Elle considère comme relatif tout exposé, énoncé, texte ou représentation. La démarche du Dharma est à la fois rationnelle et mystique elle concilie la raison et la logique avec une rigueur extrêmement poussée qui perçoit le caractère relatif des formations intellectuelles. Et de cette intelligence peut naître une percée a-conceptuelle, une expérience d'immédiateté et de participation non dualiste, qui est de l'ordre de l'expérience de la claire lumière.

Une éthique universelle

Se constitue une éthique, religieuse, traditionnelle ou humaniste, qui a l'avantage de ne pas être dogmatique et d'ouvrir sur une éthique globale et universelle. Elle s'appuie sur une aspiration commune : tous les humains souhaitent éviter le malheur et la souffrance. Dès lors, tous se rejoignent dans le principe de la non-violence et dans celui de ne pas faire subir à l'autre la violence que l'on ne veut pas connaître soi-même. Cette règle d'or, présente dans toutes les traditions et religions, est le fondement de l'éthique du Dharma.

Entre religion et philosophie

Selon le lama Denys, "Il s'agit de savoir si la franc-maçonnerie est une voie spirituelle complète, c'est-à-dire susceptible de conduire à une pleine et authentique réalisation spirituelle. Elle est en tout cas une excellente dynamique de quête non dogmatique et fraternelle, dans le contexte occidental. Elle est donc un complément au Dharma, mais n'est ni obligatoire ni nécessaire. La pratique du Dharma se suffirait à elle-même. Ce choix relève de chacun et de sa recherche."

Dharma et franc-maçonnerie

I- Les conditions d'admission
Aujourd'hui, n'importe qui peut prendre refuge; sans formalité. Il suffit de le demander, où presque. Il en va naturellement autrement pour être ordonné. L'ordination est généralement laissée à l'appréciation du maître du candidat. Mais encore de nos jours, au Japon, le postulant doit attendre à la porte du monastère, toute une nuit, voire plusieurs jours, admission à l'ordination n'étant accordée qu'après la troisième requête. Du temps du Bouddha des conditions d'admission étaient requises, pour les moines comme pour les laïcs.
En ce qui concerne les laïcs, un certain nombre d'exclusions existaient d du temps du Bouddha pour être admis comme disciple. Les moyens d'existence non justes, c.a.d non conformes à la cinquième étape de l'octuple sentier : vivre du trafic des êtres (y compris des animaux), les tuer ou les maltraiter,(pêcheur ou boucher), vendre de la viande ou des poissons, de l'alcool ou des armes. A rapprocher avec le moderne d'être libre et de bonnes mœurs maçonnique.. En revanche, notre morale sociale admet les professions de boucher, éleveur pour la viande, pêcheur …. Cette différence est notable. Il faut comprendre que la franc-maçonnerie est empreinte de judéo-christianisme et que celui-ci n'a pas condamné la chasse ni la pêche. La grande différence d'approche est que, dans les monothéismes, les êtres n'ont qu'une seule vie et que seuls les humains ont une âme leur permettant d'accéder au salut. Les animaux sont des créatures inférieures de Dieu dont l'homme peut disposer, avec cette limite que leur maltraitance est un péché.
Pour être admis comme disciple du Bouddha, la première qualité était la vue juste (premier pas sur le Noble Octuple Sentier) : l'acceptation de la loi du karma et du caractère insatisfaisant et illusoire du samsara, de l'omniprésence de duhkkha que l'on traduit souvent, d'une façon assez réductrice, par souffrance. Cela correspond à l'exigence, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, de croire en un Dieu révélé et en l'immortalité de l'âme. Au début du XIXe siècle, la Grande Loge Unie d'Angleterre a décrété que les bouddhistes étaient initiables parce qu'ils ont une conception impersonnelle et apophatique de l'absolu, et admettent de surcroît l'ordonnancement général du cosmos par la loi universelle (Dharma) qui régit les modalités de la délivrance, ce qui leur permet de devenir maçons;
Dans la franc-maçonnerie dite libérale, la différence est plus grande. Il ne s'agit plus, pour tous ses adeptes, d'une voie spirituelle, mais plutôt d'un humanisme pratique, d'une société de pensée et de réflexion (un laboratoire d'idées) au service du progrès humain, indépendamment des options spirituelles, philosophiques ou religieuses de chacun de ses membres. Il s'agit d'un autre type d'engagement, dont la compatibilité ou l'incompatibilité avec le bouddhisme ne se pose même pas, puisqu'il s'agit d'un engagement d'une autre nature. Etre disciple du Bouddha répond à l'exigence des Constitutions d'Anderson d'être à fidèle une religion de son pays. : ";Un maçon est obligé, en vertu de son titre, d'obéir à la loi morale ; et, s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin sans religion "
Aujourd'hui, laissant à eux-mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus à propos de les obliger seulement à suivre la religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord. Elle consiste à être bons, sincères et gens d'honneur, par quelque dénomination ou croyance particulière qu'on puisse être distingué d'où il s'ensuit que la maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi les personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles.
Les francs-maçons étaient obligés de professer la religion catholique ; depuis quelque temps on n'examine pas sur cela leurs sentiments particuliers pourvu toutefois qu'ils soient croyants, fidèles à leur promesse et gens d'honneur et de probité.
A rapprocher des déclarations du Dalaï Lama selon lesquelles il ne faut pas abandonner sa religion mais bien peser les avantages que peut apporter la pratique du bouddhisme. En revanche, la porte est grande ouverte à ceux qui n'ont plus aucune attache religieuse..
Cette condamnation implicite du prosélytisme concorde avec l'interdiction des polémiques religieuses en loge et est dans le droit fil de l'enseignement du Bouddha.
Cet aspect correspond, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, au fait de ne pas renier sa religion. Ainsi, dans la cérémonie de réception au premier degré du rite écossais rectifié, le vénérable maître dit au candidat, lors du deuxième voyage : Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses frères est indigne de l'estime et de l'amitié des maçons.

L'ordination monastique.
D'abord, il fallait la vouloir vraiment, avec une intention pure et désintéressée, et ne pas la solliciter pour des motifs mercenaires, comme il est dit au rectifié.
L'histoire du médecin Jivaka est significative. Ce médecin attitré du roi Bimbisara, très réputé en son temps, avait été placé au service du Sangha du Bouddha par son souverain. Il suggéra au Bouddha de ne plus admettre dans l'ordre ceux qui souffraient de lèpre, eczéma, tuberculose ou épilepsie afin d'empêcher ceux qui étaient atteints par ces maladies d'entrer dans la communauté pour s'y faire soigner gratuitement par Jivaka. Etaient aussi exclus de l'ordination les soldats en service actif pour le roi, les condamnés en fuite … Les femmes mariées devaient avoir la permission de leur époux et les enfants de leurs parents. En revanche, l'ex-épouse d'un moine ,la veuve d'un moine n'avait pas à donner la permission à son époux mais le Sangha prenait en charge cette veuve et ses éventuels enfants.
Le rapprochement s'impose avec le devoir du maçon de secourir la veuve en déposant une obole dans le tronc qui porte son nom dans certains rites (au rectifié : le tronc aux aumônes). Le Bouddha n'accordait aucune importance à l'origine sociale de ses disciples, instaurant la hiérarchie à l'ancienneté pour casser le système des castes. De même admit-il les femmes dans le Sangha,
Position courageuse du Bouddha, concernant les militaires, puisque lui-même était de la caste des nobles et guerriers (les kshatrias). On s'aperçoit que la naissance n'avait pas d'importance en tant qu'origine sociale mais en avait sous l'aspect de la liberté qu'elle conférait ou refusait. Par rapport aux femmes, enfants, esclaves, militaires, fonctionnaires, appartenant au roi, etc., qui, ne jouissaient pas de liberté ni d'autonomie, le Bouddha tint compte de leur situation de naissance, pour ne pas troubler l'ordre public et permettre au Sangha de se développer harmonieusement dans la société de son temps.
Les Constitutions d'Anderson précisent aussi que les maçons doivent être hommes de bien et loyaux, nés libres, d'âge mûr et circonspects, ni serfs ni femmes. Selon la tradition, les esclaves, les eunuques, et ceux affligés des trois B : boiteux, borgnes et bossus étaient exclus de l'initiation, en tant que mineurs civils, ou parce que leur imperfection physique traduisait une dysharmonie spirituelle. Cette triple exclusion relevant de l'opératif, ceux qui en étaient atteints étant inaptes au métier. On trouve ces mêmes interdictions en ce qui concerne l'ordination des prêtres .
Dans la franc-maçonnerie du XVIIIe, il y eut beaucoup d'aristocrates, donc de militaires, et aussi de nombreuses loges militaires. La franc-maçonnerie prétend permettre à ses adeptes de se libérer et d'aller à la lumière, sans que ces notions soient précisées afin d'être compatibles avec les différentes fois religieuses. De même le Bouddha ne prétendit-il pas pouvoir délivrer le monde entier mais soutenait que seuls pouvaient s'émanciper ceux qui, par une disposition karmique favorable, avaient des oreilles pour entendre ... comme dans l'Evangile !
La franc-maçonnerie essaie de déterminer qui est initiable en tenant compte de ses mœurs de son mode de vie et de ses moyens d'existence. Autre aspect: le candidat à l'ordination devait avoir un certain âge, était soumis à enquête et interrogé., devait aussi avoir un parrain. Un temps de probation était exigé. Pour recevoir l'ordination supérieure, il fallait être reconnu par un conseil composé d'au moins dix membres et dont ne pouvaient faire partie que des anciens. Le candidat devait promettre d'aimer ses compagnons, etc. Profane sous le maillet. Une période de probation de quatre mois était exigée des candidats venant d'une autre école religieuse, sauf celle des jatilas (les ascètes aux cheveux tressés) ou appartenant au clan des Sakyas. Durant la période de probation, les membres du Sangha observaient si le candidat convenait.

Apprenti : La cérémonie d'un novice était simple. Après s'être rasé la tête, il devait répéter trois fois : " Je prends refuge en le Bouddha, je prends refuge en le Dharma, je prends refuge en le Sangha "comme aujourd'hui encore pour devenir disciple laïc. Au début, le novice devait s'engager à respecter dix règles négatives.

Compagnon; La pleine ordination, qui conférait les droits d'un vrai moine, exigeait la présence d'au moins dix moines ordonnés depuis au moins dix ans. En cas de force majeure, cinq moines anciens suffisaient. Le novice devait avoir trouvé parmi les anciens un précepteur qui accepte de le proposer à l'ordination majeure. Le candidat s'agenouillait en joignant les mains et disait, par trois fois " Vénérables, je demande au Sangha l'ordination, puisse le Sangha m'élever jusqu'à lui par compassion ! "
Le consentement se faisait tacitement. Aucune objection n'ayant été formulée, un des anciens disait " Vénérables, que le Sangha m'entende ! " X demande l'ordination au Vénérable X (président du conseil), il demande l'ordination par l'intermédiaire du Vénérable Y (précepteur). Si cela paraît juste au Sangha, que le Sangha ordonne Untel par l'intermédiaire du précepteur Y. Telle est ma requête13) Après quelque temps, la cérémonie d'ordination fut étendue de telle sorte que le novice, qui avait déjà été questionné auparavant en privé devait confirmer son aptitude à l'ordination en répondant publiquement à des questions. Le président lui demandait
Es-tu un homme (c'est-à-dire pas un eunuque) et un être humain (c'est-à-dire pas un naga -sorte de serpent- sous forme humaine) ?
Es-tu un homme libre ?
Es-tu libre de dettes ?
Es-tu hors du service du roi ?
Es-tu pleinement âgé de vingt ans ?
As-tu un bol à aumônes et les robes de moine ?
Quel est ton nom ?
Quel est le nom de ton précepteur ?
Si le novice répondait à toutes ces questions de manière satisfaisante, son ordination était confirmée. Les moines sont encore ordonnés de cette façon de nos jours.
Les novices devaient suivre la direction de leur précepteur durant au moins cinq ans, mais dix ans en règle générale. Les moins doués pouvaient rester sous la coupe de leur précepteur toute leur vie.

Maître : Dix ans après son ordination majeure, le moine devenait un ancien (thera) et pouvait à son tour prendre en charge des novices en tant que précepteur et faire partie du conseil de l'ordre.
Passé maître :. Au bout de vingt ans, il devenait un grand ancien (mahathera).
Démission et réintégration : Pour quitter le Sangha, il suffisait de quitter la robe jaune et cela n'entraînait aucune disgrâce sociale.
L'ex-moine pouvait réintégrer l'ordre, mais à condition de recevoir une nouvelle ordination et de ne pas s'être engagé dans une autre école. Le moine Citta quitta et réintégra quatre fois le Sangha et cela ne l'empêcha pas de devenir un arhat.
Engagement : A noter que chaque engagement était pris trois fois. Le Bouddha enseigna sept conditions de bonheur pour le Sangha. Aussi longtemps que les moines tiendront des assemblées fréquentes et suivies par nombre d'entre eux, le Sangha prospérera et ne déclinera pas.
Aussi longtemps qu';ils se rencontreront en harmonie, prendront des décisions en harmonie et assumeront leurs fonctions en harmonie...
Aussi longtemps qu'ils n'autoriseront pas d'innovations et n'aboliront pas ce qui fut autorisé, mais procéderont selon la règle et la discipline...
Aussi longtemps qu'ils honoreront, respecteront et écouteront les aînés de grande expérience, ordonnés depuis longtemps, les pères et les instructeurs de l'ordre...
Aussi longtemps qu'ils ne tomberont pas en proie aux désirs qui conduisent à la renaissance...
Aussi longtemps qu'ils préféreront les habitations de la forêt...
Aussi longtemps qu'ils apprécieront que des compagnons du même esprit viennent à eux...
Aussi longtemps que les moines se tiendront à ces sept conditions, le Sangha prospérera et ne déclinera pas. On trouve dans ces prescription les principales règles maçonniques : aimer ses frères (et/ou ses soeurs), obéir aux règlements généraux et aux supérieurs de l'ordre, ne jamais innover mais suivre scrupuleusement les rituels et les règles, accomplir ses charges avec régularité et ponctualité, demeurer dans la vertu et la frugalité, être prêt à accueillir de nouveaux membres dans le respect de la tradition, etc.
Le Bouddha prêcha aussi la solidarité. Découvrant un moine atteint de dysenterie et laissé sans soin, il admonesta ses voisins : " Moines, vous n'avez ni père ni mère pour s'occuper de vous. Si vous ne prenez soin les uns des autres, qui, je vous le demande, le fera ? Moines, quiconque d'entre vous prendrait soin de moi si j'étais malade doit prendre soin de son camarade moine malade Cette solidarité était d'ailleurs plus : la compassion.
La référence suprême du maçon est le Grand Architecte de l'Univers, formule assez souple pour être acceptable par les fidèles de toutes les religions, soit comme Dieu soit comme bouddhéité, puis, les règles traditionnelles. Ce n'est certes pas le Grand Maître, lui-même occupant une fonction à titre transitoire et soumis aux règles qu'il promet de respecter. Les dernières paroles du Bouddha furent de refuser de désigner un successeur autre que le Dharma ! On observera aussi une hiérarchie devant être respectée dans le but de maintenir l'harmonie, fondée sur le mérité et l'ancienneté ; le refus de recevoir les eunuques ou ceux atteints de certaines difformités ; le contrôle de l'identité du postulant et un ensemble de critères d'aptitude, comme il en existe pour être initiable ; la qualité de membre du Sangha par reconnaissance des anciens et de ses pairs. La volonté propre du candidat. La nécessité de tenir des assemblées fréquemment et régulièrement. L'exigence d'une certaine ancienneté dans la maîtrise pour pouvoir initier à son tour, etc.
Enfin, le Bouddha accorda une grande place à l'amitié entre les moines pour qu'ils puissent vivre en harmonie et progresser vers l'éveil : " Vraiment, cette vie religieuse consiste en l'amitié de ceux qui aiment le bien, en leur compagnonnage, en leur camaraderie. Un moine qui est un ami du bien, un compagnon et un camarade, doit certainement développer et cultiver ce Noble Octuple Sentier (pour la libération de son compagnon comme pour la sienne propre).
A rapprocher la méthode du Bouddha pour régler les conflits, à base de consensus, afin que l'harmonie de la communauté ne soit pas troublée, et l'exigence pour le récipiendaire de désigner tout frère de l'assistance avec qui il aurait un conflit et de faire la paix avec lui. Cette exigence vaut implicitement pour toute tenue de la loge.
Enfin, à plusieurs reprises, le Bouddha insista sur le fait que la véritable noblesse (un vrai brahmane) ne relevait pas de la naissance mais des qualités de cœur ce qui est à la base des degrés blancs du RER, où le chevalier novice doit, pour devenir chevalier bienfaisant de la cité sainte, se constituer un blason, avec une devise.
De ces rapprochements, il découle que, pour entrer dans la voie du Bouddha, il fallait déjà la vue juste, qui est suggérée dans les Quatre Nobles Vérités : un constat du caractère insatisfaisant du samsara et une perspective de salut, ou de libération. De même, pour être initiable en franc-maçonnerie, du moins la franc-maçonnerie traditionnelle, il faut accepter la perspective d'une transcendance et avoir confiance en la possibilité de salut. Telle est la première condition.
Tel qui fut refusé dans le premier Sangha des moines pour cause de maladie pouvait y être admis une fois guéri. On encore pour une question d'âge. Un âge minimum était requis, mais les vieillards ne pouvaient non plus être admis. Il y a un temps pour tout. Et des heures, en franc-maçonnerie...
Dans les deux traditions, des structures régulières et des conditions particulières sont requises, conditions minimales pour un disciple laïc, plus exigeantes pour un moine ou une nonne. Ces conditions ont été rendues nécessaires, dans le premier Sangha, dès qu'il

a connu un certain développement et que le Bouddha lui-même ne put plus tout accomplir en personne, et a fortiori après son parinirvana. Les rites maçonniques se sont fixés au fil d'une longue histoire ;ils répondent à des nécessités vérifiées expérimentalement plus que fondées sur des sources historiques bien établies, dont René Guenon disait qu'elles étaient d'origine non humaine.
Quant au but, il demeure une réalisation spirituelle dont la mise sur la voie ne peut se faire que dans le cadre prescrit, comprenant obéissance aux lois et à la hiérarchie traditionnelle mais qui doivent aussi être dépassées, voire abandonnées pour atteindre l'ultime. La réalisation est indépendante de la position du disciple dans la hiérarchie : du temps du Bouddha, sont recensés vingt et un laïcs ayant obtenu l'état d'arhat, liste qui n'est pas exhaustive, et il est fait allusion aussi à quelques laïcs dont les noms ne sont pas mentionnés.
L'ultime ne dépend pas d'une quelconque hiérarchie (en grec : le pouvoir de la sainteté) pourtant nécesaire, à la fois comme référence et comme guide. Le Bouddha a comparé son enseignement à une barque nécessaire pour traverser le fleuve du samsara mais devenue inutile ensuite. Et ses dernières paroles ont été : " Soyez à vous-même votre propre lumière "

De la pratique du geste et de l'arrêt du geste dans les deux traditions

" Avec notre corps, tout notre corps et en restant immobile, trouver la vraie lumière. "
" Nous pouvons voir la vraie lumière quand nous ouvrons nos yeux dans la nuit et que nous écoutons de nos oreilles le vent qui ne souffle pas.
Quand notre corps, tout notre corps, a sa tension profonde en restant immobile, nous pouvons trouver la véritable illumination. "
Ces aphorismes ont pour auteur un député, conseiller d'Etat, philosophe à ses heures, mort à Paris en 1824, un certain Marie-François-Pierre Gonthier de Biran dit Maine de Biran.
Deux phrases peuvent résumer, l'attitude juste du corps et de l'esprit dans toutes formes de pratiques spirituelles.
" Avec notre corps, tout notre corps et en restant immobile, trouver la vraie lumière. " Ces quelques mots ont éclairé d'un jour très différent, l'esprit et le sens de la transmission dans une tradition authentique, ce qui est le cas, bien entendu, du bouddhisme et de la franc-maçonnerie.
La franc-maçonnerie est, un lieu privilégié d'expérience, de pratique où nous pouvons accéder à la vraie lumière, non par l'intellect, par les pensées discursives ou par des spéculations métaphysiques mais avec notre corps, avec la pensée du corps, révélée, réveillée par les effets du rite.
Nietzsche, qui écrit dans ses Fragments : " Il est admis que tout l'organisme pense, que toutes les formations organiques participent au penser, au sentir " (Fragments, 40).
Engagé sur une voie initiatique, il y a urgence à mettre un terme au bavardage. Ce peut être un préalable essentiel au déconditionnement de l'esprit qui nécessite bien plus que le temps de silence imposé sur la colonne d'apprenti, sur la colonne du septentrion, pour que, selon une formule de Swami Prajnanpad "que nos pensées ne soient pas des citations, nos émotions des imitations et nos actions des caricatures " ?
Pour aboutir à ce déconditionnement, pour pallier les insuffisances du langage des mots, la franc-maçonnerie dispose des outils remarquables que sont les symboles de l'Art Royal complétés ou inspirés des symboles fondamentaux de la science traditionnelle antique.
Ces outils nous ont été transmis avec le mode d'emploi : le rite. C'est l'accomplissement du rite dans ce qu'il a de gestuel qui est le véhicule véritable de la transmission et assure la pérennité de la tradition.
C'est le geste rituel qui rend le symbole agissant .Le rite n'est pas uniquement une cérémonie de mots mais une succession de gestes strictement réglementés qu'il importe de pratiquer de façon rigoureuse, exactement. L'étymologie du mot rite est " action correcte "
C'est la rigueur de la pratique qui en garantit les effets par un conditionnement gestuel avec notre corps, tout notre corps. Ce conditionnement a la particularité de déconditionner.
Deshimaru invité en tenu a été intéressé, par la rigueur de la cérémonie, la méthode, le comportement des maçons en loge, la vigilance qui préside aux travaux.
Le bouddhisme accorde une importance toute particulière à la notion de vigilance. L'une des dernières paroles du Bouddha n'est-elle pas : " Ô moines, soyez vigilants, soyez vigilants ! " Le temple maçonnique et le temple bouddhiste sont avant tout des lieux de vigilance et de silence. Le silence, le seul temple, selon Maeterlinck. La recherche de la vérité, l'objet si souvent défini de nos travaux maçonniques Deshimaru en donnait la solution : " Ne cherchez pas la vérité, ne coupez pas les illusions, simplement, laissez passer les pensées sans rien vouloir fuir, sans rien vouloir saisir, concentré sur la posture de méditation, la posture juste, parce que c'est l'attitude juste du corps qui détermine l'attitude juste de l'esprit. "
C'est le rite qui met le symbole en action dans le silence de la loge où le corps participe selon des règles de conduite qu'il importe de vivre correctement.
L'expérience du Zen auprès de Taïsen Deshimaru, peut confirmer qu'est bien là l'essentiel de la méthode maçonnique.
Les traditions ont en commun un certain nombre de principes dominants. Elles enseignent que , pour aboutir à la connaissance, à l'éveil, au satori, à la lumière c'est un itinéraire du dedans. C'est à l'intérieur et qu'il faut procéder par simple décantation, dans l'immobilité et le silence. D'ailleurs le Bouddha aurait dit à ce sujet : "Dans ce corps de six pieds de long se situe le monde, l'origine et la fin du monde, et le chemin qui conduit à l'éveil. " Donc, vous voyez, rien de mystérieux, rien de surnaturel, mais, bien au contraire, le retour aux conditions normales, originelles, dans l'unité du corps et de l'esprit. Et parce qu'il n'y a de connaissance que de l'être entier, les gestes, et surtout l'arrêt du geste, la méditation, auront un rôle capital dans la pratique d'une tradition. Arrêter le geste revient en quelque sorte à tarir le foyer d'origine où s'alimente la chaîne de réflexes qui construit notre mental et à laquelle nous identifions notre ego.
Pour le monde de plus en plus, c'est le Bouddha Sakyamouni, Bouddha historique tel qu'il est représenté depuis des siècles, qui symbolise la perfection de la pratique de la méditation, de la paix intérieure et de la sagesse. La vraie sagesse est une sagesse du corps.
Notre culture, la culture religieuse méditerranéenne, n'a pas toujours négligé le comportement du corps sans pour autant s'asseoir à même le sol en pliant les jambes comme une grenouille. Notre frère Louis Pauwels, disait : " S'il suffisait de s'asseoir en pliant les jambes pour avoir le satori, toutes les grenouilles auraient le satori. " Un jour, on lui demandait : " Comment sais-tu que les grenouilles n'ont pas le satori ? " Il a répondu : " Ca m'est égal, je ne veux pas être une grenouille ! "
Les pharaons des temples de l'Egypte ancienne sont sculptés bien droits sur leur siège, jambes pendantes, légèrement écartées, les pieds reposant sur le sol comme d'ailleurs le Bouddha du futur, le Bouddha Maitreya, qui est souvent représenté assis sur un siège, à l'européenne.
On peut méditer debout, couché, assis sur une chaise, sur un tabouret tout siège qui permet d'avoir une bonne bascule du bassin. Dans le temple maçonnique comme dans le temple bouddhique, c'est mieux ensemble, fondus comme le miel dans le lait, fondus comme l'immobilité dans le silence, " l'ego s'y dissout comme un morceau de sucre ", disait Ramana Maharshi, ce sage de l'Inde.
Il s'agit de se libérer par son corps, par une meilleure présence à soi-même dans le sensible vigilant.. Les gestes et l'arrêt du geste développent, plus encore dans un contexte moderne agité, une éducation physique du spirituel. Sensei disait : j'éduque, il ne disait pas j'enseigne. Eduquer,est un mot qui prends un sens très noble dans un contexte initiatique traditionnel. L'étymologie du mot éduquer est i : éducateur, educare, ducere, conduire.
La franc-maçonnerie est une forme d'éducation que les tendances de notre formation qui accorde un intérêt excessif aux arabesques de la pensée, transforment trop souvent en babillage.
Dans la tradition bouddhiste comme dans la tradition maçonnique, les gestes et l'arrêt du geste transmis exactement auront un rôle essentiel pour que soient réunies les conditions les plus favorables de l'aventure intérieure.

II2 - L'OCTUPLE SENTIER ET LES CATHECHISMES MACONNIQUES:

la compréhension juste :
Un maçon est un homme libre et de bonnes mœurs ami du riche comme du pauvre si ils sont vertueux ; un maçon doit évaluer la valeur doit s'évaluer sur des qualités morales ; l'estime ne doit se mesurer que selon la constance et l'énergie que l'Homme apporte à la réalisation du bien.
Un maçon doit se rappeler qu'il ne suffit pas à l'Homme d'être mis en présence de la vérité pour qu'elle lui soit intelligible ; la lumière n'éclaire l'esprit humain que lorsque rien ne s'oppose à son rayonnement. Tant que les illusions et les préjugés nous aveuglent, l'obscurité règne en nous et nous rends insensible à la valeur du vrai.

la pensée juste :
Un maçon doit se défier de lui-même et craindre de porter un jugement avant d'avoir fait appel aux lumières de ses frères

la parole juste :
Le maçon doit se rappeler de ses 3 paroles :
- frappez et on vous ouvrira (la porte du temple )
- cherchez et vous trouverez (la vérité )
-demandez et vous recevrez (la lumière )

la conduite juste :
Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès (dans la maçonnerie )
Un maçon doit pratiquer la vertu en préférant à toute chose la justice et la vérité, la rectitude et la justice envers ses semblables

les moyens d'existence justes :
Un maçon se reconnaît à sa façon d'agir, toujours équitable et franche, à son langage loyale et sincère, à la sollicitude fraternelle qu'il manifeste pour tout ceux à qui il est rattaché par des liens de solidarité

l'effort juste :
Il se traduit par les 3 degrés du maçon mais également par les 3 voyages qui lui montrent les chemins qui mènent à la vérité.
la mémoire juste :
Le maçon doit se rappeler le dénuement de l'enfant qui vient au monde, qu'il a promis sincérité et franchise, humilité, désintéressement pour apprendre à se priver sans regret de tout ce qui peut nuire à son perfectionnement

la concentration juste :
En atelier, le maçon prends un temps de recueillement pour laisser les difficultés sur le parvis ; il doit être dans l'Ici et Maintenant pour être tout à ce qu'il fait et le faire bien juste comme il faut sans excès de zèle.

J'ai dit

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/

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Rig Veda : hymne des origines et Prologue de St Jean

4 Novembre 2012 , Rédigé par Rig Veda et Prologue de St Jean Publié dans #spiritualité

Nâsadya sukta -Rig Veda X, 129

Il n'y avait alors ni le non-être ni l'être.
Il n'y avait ni espace physique ni espace subtil.
Qu'est-ce qui voilait Cela, qu'est-ce qui l'abritait?
Qu'était l'Eau sans fond et impénétrable?
Il n'y avait ni mort ni même immortalité,
Il n'y avait alors aucune manifestation de la nuit et du jour.
Ce Un respirait sans souffle, mû de soi-même.
Qu'y avait-il d'autre que Cela? Quel délice supplémentaire pouvait-il y avoir?
Au tout début, des ténèbres recouvraient les ténèbres.
Cette Étendue indistincte était tout.
En ce temps, ce Non-né vacant, ce Un tout-puissant,
Émergeant, apparu par le pouvoir de l'Ardeur.
Au début, se développa une sorte de Désir,
Qui fut le tout premier germe de la pensée.
Cherchant avec sagesse au plus profond d'eux-mêmes,
Les visionnaires découvrirent le lien entre le manifeste et le non manifeste.
Leur cordeau était tendu à l'horizontal.
Quel était le dessous, quel était le dessus?
Il y eut des porteurs de semence et de puissantes forces;
En bas était l'Instinct, en haut la Grâce.
Qui sait en vérité? Qui saurait annoncer ici
D'où est apparue cette création, d'où elle a été lancée?
Même les dieux sont en deçà de cette émergence.
Qui peut dire d'où elle émane?
Cette création, d'où elle émane,
Si elle est tenue ou si elle ne l'est pas,
Celui qui l'imprègne dans l'espace le plus subtil
Le sait sans doute, ou peut-être ne le sait-il pas…

Prologue de St Jean

1 - Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
2 - Elle était au commencement avec Dieu.
3 - Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.
4 - En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5 - La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.
6 - Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean.
7 - Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.
8 - Il n'était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.
9 - Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
10 - Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue.
11 - Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue.
12 - Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés,
13 - non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.
14 - Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père

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Gilgamesh Salomon et l'architecte

4 Novembre 2012 , Rédigé par C.L Publié dans #Planches

La Mésopotamie est en amont de notre culture, l’Egypte est fille de la Mésopotamie. Agriculture, architecture, mythes, tout cela provient du Tigre et de l’Euphrate. En Irak aujourd’hui la situation est désespérée. En nous souvenant de ce que nous devons à la Mésopotamie, nous devrions penser autrement à ce qui se passe aujourd’hui.

Corollaires de la guerre : les musées ont été pillés et des objets volés sont aujourd’hui vendus chez des antiquaires à New York (et ailleurs). De cette civilisation le Louvre détient environ 7000 objets, dont le code d’Hammourabi.

Longue citation de Jung : « Les légendes ont remplacé les outils rationnels […] La légende ésotérique est une composante de la Tradition […] On ne fabrique pas un symbole, on le découvre »

La civilisation commence au 6ème millénaire av. J.C., vers 3200 apparaît l’écriture. Ce sont les Sumériens qui sont à l’origine de celle-ci. Abra(ha)m serait né à Ur (Genèse 15, 7). Le code D’Hammourabi est daté de 1770 av. JC. La transmission va se faire via les Perses : les Achéménides (vaincus par Alexandre en 339 av. JC.), puis au début de notre ère via les Sassanides (du IIIe au VIIe siècle). L’influence du Proche Orient et de Mésopotamie, dans l’Antiquité s’étend en Egypte et de là vers la Grèce, puis Rome, d’où elle nous viendra. Dans un deuxième temps, au Moyen Âge, l’apport grec nous vient d’Orient via l’Andalousie.

I) Gilgamesh, sumériens et akkadiens. Quelques emprunts :

La Bible présente souvent de manière assez partiale les Assyriens, comme les Egyptiens (tour de Babel, déportations des Juifs à Babylone (597… victoire de Nabuchodonosor II), La tour de Babel est une ziggourat (échelle de Jacob dans la Bible).

Bible : l’épopée de Gilgamesh, roi d’Uruk (Irak) concentre la plupart des mythes fondateurs, on y trouve ainsi le prototype du mythe de Noé (déluge, arche), le meurtre rituel. Cet aperçu sur le déluge date d’environ 2200 av. JC. L’arche ici a 7 étages (celle de Noé 3 − cf. Genèse 6, 11-17), elle est calfatée de bitume (évidemment courant dans cette région). Premier étage : constellations australes, deuxième constellations entre Tropique du Cancer et du Capricorne, troisième constellations arctiques, toit les deux ourses célestes. Quant à l’homme, selon les Mésopotamiens, il a été façonné avec de l’argile.

Mythes grecs : On peut évidemment penser au mythe de Persée qui calque ses héros sur l’épopée de Gilgamesh. On trouve aussi une histoire d’enfant dans un coffre (comme Œdipe), et l’accident de char où Œdipe va tuer son père fait aussi écho à des mythes de renouvellement de la nature comme dans Gilgamesh. Héraklès « est un clone de G. ». 6 travaux pour le cycle de l’ombre et six travaux pour le cycle de la lumière, les 12 travaux justifiant la royauté. Enkidu a des échos dans le mythe d’Orphée.

Christianisme : Saint Georges est lui un « clone » de Marduk (Mardochée). L’affrontement avec le dragon existe déjà aussi en Mésopotamie puisque Marduk tue Tiamat qui est un dragon (4000 av. J.C.), on le retrouve Léviathan (Bible), en Laocoon, hydre de Lerne chez les Grecs.

Islam

Droit : Les 282 décrets du code d’Hammourabi (au nom de Shamash, dieu du soleil et de la justice) vont servir à définir les droits de la femme dans l’islam : ainsi la dot payée par le fiancé, ou le droit d’une femme d’administrer ses biens.

Architecture :

Le minaret abbasside de la ville de Samarra hélicoïdal , que l’architecte Jean Nouvel a symboliquement inséré dans le bâtiment parisien de l’Institut du Monde Arabe , et que le gouverneur abbasside en Egypte reproduisit dans la mosquée Ibn Touloun ( au Caire ) , rappelle le style architectural ( et sa fonction ) des ziggourats mésopotamiennes .

Calendrier : au départ lunaire, mais vers 1500 on passe à un calendrier solaire. Le jour d’observance religieuse est « shabatu «.

Numération : base sexagésimale (1-6-60-360, etc.) et positionnelle (361 : 1 signe dans la colonne droite et six signes dans la colonne gauche), (utilité : pensons à la trigonométrie, au décompte de l’heure etc.)

Ecriture, lexique : L’écriture commence aussi avec les Sumériens. Elle fut d’abord pictographique puis cunéiforme. Le lexique akkadien a emprunté des mots au sumérien, mais l’akkadien est une langue sémitique. Nous avons aujourd’hui des minéraux et des végétaux dont les noms nous viennent du sumérien : gypse, naphte, jaspe, mine (de sel), sequin, cumin, safran, semoule. De nombreux prénoms nous viennent aussi de Mésopotamie, via l’araméen : Benjamin, Anne, Daniel, Emmanuel, Marthe, Pierre, Marie, thomas, Esther... Le plus ancien est Suzanne (qui veut dire le lys).

Dieux et déesses : Shala, épouse d’Hadad (dieu de l’orage, de l’éclair) tient en ses mains un shoboulton (épi d’orge, schibboleth). Elle est devenue Ata, vierge ailée avec un épi. On retrouve Athéna avec les mêmes attributs.

En Égypte on retrouve l’image de l’abîme primordial (Noun) d’où émerge un monticule (Atoum Ka à Héliopolis). Le rôle de la pluie (Tefnout est fille d’Atoum) est primordial alors qu’il ne pleut pas en Egypte (à la différence de l’Assyrie) marque aussi une probable influence.

L’héritage se retrouve aussi dans la construction en trois parties du temple de Jérusalem, via les trois parties du temple égyptien (en Syrie de même), et jusque dans certaines églises orientales (espace pour les catéchumènes, les fidèles baptisés et l’iconostase).

Isis et Marie tiennent de la même manière leur enfant dans les bras. La représentation d’Horus harponnant un hippopotame évoque de même des sources mésopotamiennes.

Le monothéisme a été emprunté à l’Égypte.

II) Le mazdéisme, Zoroastre

À l’ouest de la Mésopotamie, l’Iran, pays des aryens, du mazdéisme, du zoroastrisme – qui fut la religion des Achéménides et des Sassanides. Il y a encore environ 200 000 fidèles de cette religion (dont 100 000 aujourd’hui en Inde). Si l’on a des textes mazdéens on n’a aucun texte de Zoroastre. Comme celle de Salomon, son existence est aujourd’hui contestée. Il s’agit peut-être d’un mythe, mais Zardoucht (nom persan) aurait vécu de 660 à 583 av. J.C, serait né en Bactriane (Balkh, Afghanistan actuel), et il eut une grande influence. Il eut une vision et décida de prêcher sa réforme du mazdéisme. La classe sacerdotale s’opposa à lui, il trouva refuge auprès de Vishtapa et il aurait été tué à 76 ans par un nomade touranien (turc, venu de l’Altaï).

Il a prêché sa réforme d’abord dans l’espace iranien ou « aryen » (dans l’actuel Ouzbékistan puis Kurdistan, etc.). Une de leurs tribus est « les Mages » (prêtres, d’où vient l’idée de Zoroastre comme légende mythique ayant servi à la formation de ceux-ci).

Nous trouvons dans cette religion l’importance majeure du feu, de la lumière. Tout homme sert le grand dessein cosmique et doit aider Dieu à vaincre le mal, mais le Mal est nécessaire car il permet après de longues souffrances le retour à la divinité. Le Dieu du bien, crée le monde par la pensée. Ahura-Mazda (qui n’est pas responsable du mal) crée le monde physique pour s’opposer à Ahriman (en tirant le mal hors du monde spirituel), et les hommes l’aident.

Vers l’Inde

La contrée entre Iran et Irak, ex oriente lux,

Abîme primordial, les Sumériens passeront leur mythe de l’abîme d’où émerge une montagne, à la civilisation Araja (environ 3000 av. JC) qui la passeront aux Upanishad (environ 1800 av. J.C.). Le monde est d’abord aquatique (4500 av. J.C.) XX combat avec Kur, dieu du monde infernal. L’homme a été créé pour rendre un culte aux dieux et subir le châtiment de leurs fautes originelles.

Marduk-Tiamat : nous retrouvons l’eau encore aux premiers âges du monde. Dans le Rig Veda Indra éventre les montagnes et libère les eaux.

Bible

C’est après l’exil à Babylone (597-538 av. J.C.) que des thèmes mazdéens apparaissent : vie après la mort, fin des temps, angélologie, chérubins (Rois 5-32) gardant le debhir (saint des saints) du Temple de Jérusalem (alors que toute image d’êtres vivants est interdite).

Le thème du juste souffrant se retrouve dans Job.

Le songe de Jacob, l’escalier qui monte de la terre aux cieux, rappelle les fonctions mêmes des ziggourats. Gilgamesh réapparaît comme Eresh dans la Bible.

Genèse (I, 2)« Les ténèbres couvraient l’abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux. ». (I, 6-7) « Dieu dit ; « qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux »

Le thème du Déluge vient-il d’une rupture de la mer Noire ? (10 000 av. J.C.) Kish ou Ur ont également eu des inondations énormes. Une partie de la Mésopotamie est aujourd’hui sous les eaux du Golfe persique, et compte-tenu de la situation dramatique de cette zone, ce n’est pas ces temps-ci qu’on pourra faire des fouilles sous-marines.

Christianisme :

Zoroastre et Jésus :
· La légende des trois rois mages (mage en persan veut dire prêtre) est marquée par le mazdéisme. Les Mages étaient une tribu de prêtres mazdéens (turcomanes).
· Zoroastre serait né d’une mère vierge. Jeune, il aurait confondu les docteurs de la loi. Il aurait quitté sa mère à trente ans pour partir prêcher sa réforme et a été surnomme le bouvier (pasteur du troupeau). Son visage resplendissait.
· L’Évangile de Jean fait écho aux concepts mazdéens : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue » (1. 5). « La lumière était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue » (1. 10).

Zoroastrisme, mithraïsme et manichéisme

Le dualisme a influencé peut-être certains philosophes grecs. Le mithraïsme (qui fut concurrent du christianisme) en porte aussi la marque. La naissance de Mithra était célébrée le 25 décembre, et ses disciples partageaient le pain et le vin. Le seizième jour du mois, et le septième mois de l’année lui étaient consacrés.

Le mazdéisme est à l’origine du manichéisme, mais ces deux religions ne sont pas identiques. La doctrine de Mani veut réunir des données de plusieurs religions. Mais il affirme que Dieu a créé à la fois les ténèbres et la lumière. Mani (216-277), ne fait pas de pronostic, il dit qu’à la fin des temps l’homme pourrait être vainqueur sur les ténèbres. Pour que le bien triomphe du mal, l’homme doit faire gagner en lui sa part de lumière.

Manichéisme : Bogomiles, cathares etc. et tout le courant négativiste dans la philosophie découle des doctrines de Mani Dans la crainte que le mal ne l’emporte sur le bien, il faut que l’humanité s’arrête, d’où le refus de procréer des cathares par exemple.

Islam :

Le manichéisme se retrouve aussi dans le Coran. Dans les dernières sourates (prophylactiques) il est écrit : « Dis: Je cherche protection auprès du Seigneur de l’aube naissante contre le mal des êtres qu'Il a créés, contre le mal de l’obscurité quand elle s'approfondit » (sourate 113)

Dans son ouvrage Le Coran, la Bible et l'Orient ancien, Mondher Sfar s’appuyant sur Bottéro montre le rapport entre les versets coraniques et un poème mésopotamien. Allah y est présenté comme un monarque mésopotamien.

Iblis (al shaytan : Satan), nous dit le Coran a refusé que l’homme soit créé. Contrairement aux autres anges, il refuse de saluer sa création. « Je suis meilleur que lui, tu m’as créé de feu, tu l’as créé d’argile ». Il est chassé du paradis. Déchu, il obtient un délai pour pouvoir s’occuper des hommes et les tenter, à l’exception des plus fidèles.

Des bas-reliefs achéménides près de Persépolis montrent des souverains protégés par des anges ailés.

Un mouvement mystique se référant à Sohrawardi (syncrétisme islamo-mazdéen, cf. Corbin) est aussi marqué par la cosmogonie de Zoroastre.

Et influence via l’Islam sur le christianisme : Certaines églises carolingiennes, ainsi celle de Germigny-des-Prés dans le Loiret, reproduiront l’église zoroastrienne. L’influence sassanide se retrouve au Puy (pierres blanches et noires comme les mosquées des Omeyyades), évoquent la lutte entre bien et mal). Nous leur devons aussi la figuration des anges avec des ailes, et ce, via les chérubins du Temple de Jérusalem.

Les Mésopotamiens avaient une curieuse relation aux dieux. En fait ils faisaient des sacrifices aux dieux pour que ceux-ci ne s’occupent ni d’eux ni de leur famille, pour les tenir à distance.

III. Présence salomonienne en Loge bleue
La Franc-maçonnerie a emprunté nombre de ses mythes à l’Orient ancien. Elle a aussi puisé dans l’organisation des corporations (cf. Louis Massignon et ses recherches à Bagdad), lesquelles ont été aussi marquées par ce qui existait en Islam.

Quand on construisait des cathédrales on demandait aux Apprentis de reconstruire le temple de Jérusalem. Dans le « livre des Rois » on a déjà les outils de la maçonnerie : règle fil à plomb etc.

Dans le tableau de Loge il y a 15 marches (réduites à 3 pas), nous avons les deux colonnes J et B, les grenades (multiplicité des principes composant l’homme). Salomon, Hiram, Hiram Abi (5- 28) président à la construction du Temple.

Le Temple est composé en 3 parties : oulam, hekal, debir. Le pavé mosaïque était sur le perron devant le temple.). (Rois 5-17)

La taille des pierres se faisait ailleurs (Rois 6 -7). ). On équarrissait à l’extérieur du Temple. (Rois 5 -32. Dans le passage, le pro-fanum (pro-fane), les ouvriers de Salomon, ceux d’Hiram et les Giblites (ceux de Byblos) équarrissaient et façonnaient le bois et la pierre.

Salomon est présent dans le rituel maçonnique, il est l’homme sage, exemplaire et bâtisseur qui va chercher Hiram (Rois 5) (qui apparaît très tôt dans les légendes des bâtisseurs : dès 1131). La question de l’existence réelle de Salomon a été posée. Est-ce un mythe ? Qu’il ait ou non existé, il représente la sagesse, la connaissance, le discernement, l’esprit de tolérance avec les autres religions (il accepta des cultes différents du sien), et il fut un bâtisseur. De nombreux mythes et légendes racontent aussi l’histoire d’un architecte bouc émissaire : celui de Sainte Sophie a été décapité, comme celui de Pithiviers etc. On trouve ce thème dès 1500 av. JC en Égypte, il a probablement été rapporté par les Hébreux travaillant là-bas. La légende de l’assassinat de Zoroastre, comme celle du petit fils de Mahomet lui font écho. Le temple a été détruit à plusieurs reprises.

Notre métalangage vient à 80% de l’hébreu (Bible, Zohar, Kabbale). Ouzé veut dire « c’est lui » (le dieu que l’on ne nomme pas, « ou » = « Ua » lui. Salomon est aussi présent dans l’iconologie chrétienne, ainsi au portail de la cathédrale de Reims. Il est cité dans le coran.

Zoroastre réapparaît à un moment de notre remontée vers la lumière (Jean-Baptiste, Yah Yah dans le Coran, et Jean l’évangéliste pour le solstice d’hiver).

De l’Islam à la Maçonnerie

Les confréries de l’islam mystique sont basées sur des corporations de métiers, d’origine persane. Salman el farisi (Salman le persan) compagnon du prophète, est le troisième de la triade Mahomet, Ali (son gendre) et lui. Pour les ismaéliens c’est le personnage le plus important bien que le plus obscur. C’est le barbier de Mahomet, il est maître des poils, des cheveux (on sait que se rendre maître des cheveux de quelqu’un permet d’agir magiquement sur lui). Le prophète a donc toute confiance en lui. C’est à lui que l’on a attribué la création des corporations. Elles existaient sous les Sassanides. Elles travaillaient dans le secret, en relation avec le symbolisme, prônaient l’humanisme, la tolérance, le spiritualisme et parfois l’ascétisme.

Ces corporations pratiquaient des initiations :
· Ils possédaient des signes de reconnaissance et des mots de passe qui étaient transmis au moment de l’initiation.
· Une coupe d’eau salée devait être absorbée trois fois par le récipiendaire : dire vrai, voir vrai, devenir vrai.
· A la fin de la cérémonie d’initiation on leur remettait un pantalon bouffant, puis une cordelière, ceinture de tablier (shadd) ou un baudrier.
· Puis il y avait un banquet.

Le Livre des métiers d’Etienne Boileau (XIIIe siècle), étudié par Massignon, fait le lien avec les corporations d’Orient. Les corporations de métiers eurent une telle importance que nous retrouvons l’emblème de celle des bateliers (la corporation la plus riche) sur les armes de la ville de Paris. Des textes de 1250, 1283 reprendront des textes ismaéliens.

Les héritages sont en grand nombre (notamment architecte, apprenti, compagnon, instruments, personnages, lexique du rituel en Loge). Le tuileur (tuilier < teghere couvrir), attouchement (<tocare, >tocsin), le serment, la batterie.

  

Source : www.ledifice.net

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La Maçonnerie considérée comme le résultat des religions Egyptienne, Juive et Chrétienne (1842) (extrait)

4 Novembre 2012 , Rédigé par Fr.°. Reghellini de Shio Publié dans #fondements historiques de la FM

     

 Dans ce passage, il est question des Mages, de Mythras et de Zoroastre. Vous verrez les similitudes entre ce qu'avaient instauré les Lévites dans leur Institution ainsi que l'Eglise catholique Romaine, notamment la fête du 25 décembre où soit disant Yeshoua serait sensé être né. Vous verrez aussi que ce que prêchait les Mages était fort ressemblant à ce que prêchait le Galiléen, notamment le Aime ton prochain comme toi-même... ce qui nous incite fortement à penser que la Grande Âme du Libérateur s'est bien incarné en Zoroastre aussi après Hermès et tant d'autres... la dernière Incarnation étant bien entendu celle qui eut lieu en Palestine voilà plus de deux mille ans. A quand la prochaine ? A moins qu'elle n'ait déjà eu lieu... "Il existe au fond de nos coeurs un désir insatiable de connaître la vérité"

DES BASILIDIENS
Les Basilidiens paraissent absolument sortir des Esséniens et être mélangés avec les Gnosticiens.

Basilide disait à ses adeptes : « Vous devez tout connaître, et personne ne vous connaîtra ».
Il nous reste de leur ancienneté, des monumens dans les Abraxas qui renferment des signes mystérieux et que nous rapporterons en son lieu. Le nom d'Abraxas, qui se trouve gravé sur une quantité de pierres des premier et second siècles de l'ère chrétienne, donne en lettres grecques la valeur de trois cent soixante-cinq , le même nombre des degrés du fameux cercle d'or du tombeau d'Orcmaudyas, toujours relatif au cours annuel du Soleil. La cuirasse de Pharaon-Amasi, consacrée à Minerve dans l'île de Rhodes, était remarquable par la trame, dont le fil était tordu en trois cent soixante-cinq autres, allusion à la durée de l'année ; preuve nouvelle que les religions anciennes doivent leur origine à l'Astronomie.
Les Basilidiens avaient deux images au lieu d'une seule, comme les Gnosticiens; l'une avait barbe, et l'autre sans barbe ; ces simulacres étaient allégoriquement honorés par eux.
St Irenée a cru que c'étaient les images de Jupiter et de Minerve, et s'en est prévalu pour les accuser d'idolâtrie. Basilide obligeait ses Disciples à se taire pendant cinq ans, comme jadis les Disciples de Pythagore. Il croyait ce temps nécessaire à la préparation de l'initiation et pour être à même de recevoir la Gnosin ou la science humaine. Un seul entre mille était admis au sanctuaire, à la connaissance de ce qui regarde la Divinité ; et sur dix mille initiés, deux seulement étaient agréés pour participer entièrement à la révélation entière de tous les secrets arrachés à la nature. Ces sectes étaient toutes des écoles de philosophie.
M. Ouvaroff croit que dans l'initiation supérieure, en parlant des mystères anciens, on devait se borner à démontrer l'unité de Dieu et l'immortalité de l'âme, par des arguments philosophiques ; ce qui paraît en opposition aux témoignages suivants.
Clément d'Alexandrie, Strom. V, 2, dit expressément, en parlant des grands mystères : « Ici finit tout enseignement, on voit la nature et les choses ».
Ce qu'on ne peut révoquer en doute, c'est que, lors de l'existence de ces premières sociétés, que nous appelerons toujours juives - chrétiennes , les notions de morale étaient très-répandues et connues du vulgaire; et si elles eussent fait l'essence des mystères, elles ne pouvaient aucunement mériter les magnifiques éloges des hommes, des savants de l'antiquité, qui ont cru que dans ces sociétés il existait la révélation des sublimes vérités, et que leur institution en était l'unique objet.
Après cette remarque, il est très-évident que ces sociétés et leurs mystères auraient cessé d'exister du moment où les vérités secrètes eussent été enseignées publiquement; et pour lors, Pindare, Platon, Cicéron, Epictète n'en auraient aucunement parlé avec tant d'admiration, si le Hiérophante s'était occupé de leur apprendre avec tant d'apprêts et avec tant de secret, ses opinions, ses doctrines et celles de son ordre et société, lorsqu'on eut pu trouver et apprendre tous ces enseignements dans des livres et dans des écoles publiques. Observons qu'à ces époques , la morale et la philosophie avaient atteint un si haut degré d'élévation, qu'aucune notion sur la première ne pouvait rester inconnue et inaccessible; il paraît, pour lors, que, dans l'initiation de ces sociétés, on devait découvrir aux initiés de grandes vérités morales et philosophiques, cachées au vulgaire, conservées par des traditions orales qui remontaient au premier âge du monde. Ces connaissances, placées au milieu du polythéisme, formaient l'essence et la doctrine secrète des mystères.
Cette hypothèse concilie les contradictions apparentes du système religieux des Anciens sur la matière et sur l'âme, et s'accorde parfaitement avec les traditions orales des Croisés, et en particulier des Templiers, qu'on prétend être les instituteurs des Maçons. Il faut remarquer ici que plusieurs Sts-Pères de l'Eglise donnent des notions très-intéressantes sur les mystères, et en font tour-à-tour des éloges brillants ou des peintures odieuses.
St Clément d'Alexandrie, qui passait pour avoir été initié, et Eusèbe, Prepar. Evang. II, 2, tantôt leur prêtent le but le plus frivole et même le plus honteux, les transforment en école d'athéisme (cohort ad Gentes), tantôt ils prétendent que les vérités qu'on y enseignait avaient été dérobées par les philosophes à Moïse, à Salomon et aux Prophètes (Strom. V, page. 650); et même, selon ce dernier, ce sont les philosophes qui ont établi les mystères (Strom. V, page. 681). Tertullien, plus logicien, en attribue l'invention au Diable (de Preser, ad Hoeret. 40.) Arnobe, Athenagore et S. Justin en ont tous parlé de la même manière.
Leurs éloges et leurs blâmes peuvent être également vrais, sans en être moins désintéressés. Ici il faut distinguer deux époques. Il est certain que de grands abus s'étaient glissés dans les mystères. La corruption avait commencé à répandre quelques notions sur les cérémonies qui s'y pratiquaient, et l'indiscrétion des mystes avait divulgué des symboles ; tout tendait à profaner les mystères déjà déchus de leur dignité primitive. Mais si nous nous rapportons aux temps où les mystères fleurissaient, les témoignages en leur faveur sont unanimes; partout ils sont présentés comme l'origine des arts, des sciences, des lois. Il est bien naturel que ces mystères étant l'appui du polythéisme après la corruption sacerdotale, les Saints-Pères, qui suivaient une doctrine différente, les regardaient comme les foyers de l'erreur, et ne pouvaient dans leur intérêt mettre assez d'ardeur à les discréditer.
Après les divulgations et le discrédit par les ennemis de la science, il est facile d'en déduire que les emblèmes religieux égyptiens, grecs, juifs, chrétiens, gnosticiens, de la Cabale, romains et autres, n'étaient intelligibles qu'aux seuls initiés (En preuve que les emblèmes qui dérivaient de la religion égyptienne étaient mystérieux à tout autre qu'aux initiés, on lit dans Eusèbe , de Prep. Evang., lib. II, « qu'entre les prêtres égyptiens, il y avait une caste qui ne s'occupait, même au temps de Joseph l'historien, que de l'interprétation des hiéroglyphes. » Le Sacerdoce et l'initiation étant perdus, ont donné lieu à établir mille erreurs.) ; c'est ce qui amène le vulgaire à se former à cet égard des systèmes de théologie sur le polythéisme. Nous avons dit que les secrets des initiés étaient consignés oralement ; le temps, les révolutions, les guerres ont fait perdre une partie de ces doctrines ; il n'est resté dans les Temples que leurs enseignes. Le vulgaire, qui n'approfondit jamais rien, en établissant sa théologie, a cru voir dans ces emblèmes des signes d'idolâtrie, et en fit des religions monstrueuses. Il y a des critiques qui pensent que la religion de Rome n'en a pas été exempte.
Il résulte de ce qui précède, que des peuples entiers se sont formé un système à leur gré de la Divinité apparente ; ils établirent des légendes et des heureuses nouvelles, pour donner quelque ombre de raison à un culte qui n'était plus soutenu par la tradition orale des initiés anciens, qui se trouvait inconnu au vulgaire, et qui devint par-là absurde et monstrueux.
La généralité des Philosophes égyptiens, grecs, romains, comme aussi les Saints-Pères se firent un système à part, et les sentiments des uns détruisirent souvent ceux des autres.
DES MAGES
Une religion très-répandue dans l'Orient, et de laquelle plusieurs autres sont sorties, fut celle de Mythras dont les initiés s'appelaient Mages. Plusieurs savans ont même cru, peut-être trop légèrement, que la légende sacrée de Jésus n'était qu'une imitation de celle de Mythras, par la ressemblance des mystères de la naissance, des pérégrinations, des prédications, des travaux, de leur mort, de leur résurrection, et que ces deux religions n'étaient dans le fait que les divers aspects du Soleil relativement à notre terre. Suivant d'autres opinions, les mystères maçonniques en tiraient leur origine.
Les mystères de Mythras étaient représentés dans un antre sacré, l'époque en était fixée au vingt-cinq décembre, au moment où les prêtres voyaient paraître, à minuit, la constellation de la Vierge qui ouvrait à son déclin l'année en donnant la naissance au Soleil qui paraissait comme un enfant s'appuyant sur son sein maternel.
Plusieurs rites maçonniques ont conservé le grade de Mage, il figure pour l'avant-dernier échelon dans le système des Illuminés, et pour le dernier dans celui de la stricte observance, il se trouve dans différents autres systèmes en Allemagne plus qu'ailleurs; c'est ce qui a induit plusieurs écrivains à croire que la Maçonnerie n'était que la religion des Mages.
Le mot Mage dérive de Mog, qui, dans la langue ancienne des Persans, signifie adorateur ou prêtre consacré au Soleil.
L'objet apparent de cette religion était l'adoration de cet astre ; or, comme les religions conservent, malgré elles, leurs anciennes affinités et consanguinités, ainsi dans les Evangiles, ce sont des Mages qui arrivent à Bethléem adorer Jésus, ce qui fit croire à des critiques que Jésus ne pouvait être que l'allégorie du Soleil (L'allégorie du Soleil et son emblème, conservé dans tous Temples maçonniques, est conservé encore de nos jours par des corporations sacerdotales, comme par les Jésuites : la médaille (Planche II, n.° 15) frappée pour le Chapitre major de St Thomas  d'Aquin, en 1789, lors de l'exaltation au royaume d'Espagne de Charles IV, qui porte un Soleil rayonnant de lumière, emblème de son culte, est une preuve que le Sacerdoce chrétien ne l'a pas oublié.), car le culte de cet astre était aussi le seul apparent qui existât chez les Mages.
Le culte du Soleil, très-ancien en Orient, se perd dans l'antiquité, on ignore son origine et l'on doute même que Zoroastre en soit l'instituteur ou le réformateur; car ce nom même signifie l'ami du feu, de la lumière ; aussi des auteurs ont-ils cru que par l'explication de de ce même nom, on avait voulu désigner une société religieuse; ils pensent que Zoroastre n'a jamais existé, s'appuyant sur ce que son histoire est remplie de miracles, d'apparitions de la Divinité, d'Anges, de Démons; en second lieu, parce qu'elle est écrite en style tout-à- fait oriental ; ils prétendent encore que l'Histoire de la Création du Monde a quelques analogies avec celle de l'Israélite Moïse, de même que ses prières ressemblent un peu à celles du roi Psalmiste. Nous n'entrerons pas dans ces sublimes questions de suprématie qui partagent tant de savans, nous adopterons l'existence de cet homme, croyant qu'il peut avoir établi le culte du Soleil et même avoir écrit tout ce qu'on lui attribue.
Zoroastre néanmoins, comme Moïse, pour affermir son pouvoir par le culte, publia qu'il avait reçu son Code de Dieu en personne, ce que des faiseurs de religions imitèrent postérieurement.
Ce code, une fois reçu, fut enfermé dans le sanctuaire du Temple, la Bible, l'Alcoran le furent de même; le code de Zoroastre devenu sacré n'a pu plus être communiqué, ni aux profanes ni aux étrangers.
Ainsi que dans plusieurs cultes, les Mages devaient lire à toutes les fêtes quelque passage de cette Ecriture-Sainte aux fidèles, et Zoroastre l'écrivit avec les caractères de cette langue perse qui se perdit après Cyrus.
Ce code est connu sous le nom de Zend - Avesta ; il est divisé en deux parties , comme le Deutéronome et le Lévitique.

La première traite du devoir de tous les hommes en général, et en particulier des hommes religieux. La seconde traite de la liturgie et des cérémonies dans le culte.
Tous les écrits attribués à Zoroastre sont compris dans le Zend-Avesta. Jadis ils étaient au nombre de vingt-un, dont sept traitaient de la Création du Monde, sept de morale et de politique et sept de la physique et d'astronomie. Selon Bundari, les livres de Zoroastre remplissaient 12 000 peaux de bœuf. (Pastoret, Zor. Conf. Mahom.) Selon l'opinion la plus accréditée, son dogme et sa doctrine existaient en Assyrie et à Babylone longtemps avant la fondation de l'empire des Perses, ce qui prouve sa haute antiquité.
Les Mages, depuis que l'histoire en fait mention , firent une caste à part du peuple, comme les Lévites d'Israël : un Lévite, un Mage naquit toujours d'un Lévite et d'un Mage. Comme les anciens Patriarches juifs (D'après l'Hexaméron de St Eustache, Abraham avait épousé sa sœur. Les prêtres égyptiens épousaient même leur mère ; néanmoins la nature ne rétrograde qu'avec peine : l'on sait qu'à Athènes aussi on pouvait épouser sa sœur.), les Mages se mariaient avec leurs sœurs et leurs filles, les fils avec leurs mères, en cas de décès du père. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que le Patriarche Loth épouse ses deux filles à la fois. Il paraît que les privilèges de ces castes et leur religion n'ont eu qu'un même berceau ; car comment expliquer l'analogie frappante qui existe dans leurs coutumes?
La caste des Mages, à son origine, comme celle des Lévites, était peu nombreuse ; par la suite, elle se multiplia extraordinairement ; au commencement, elle ne possédait que des bourgs. Peu après, elle obtint des villes ; arrivée par-là à un haut degré de force physique, les Mages et les Lévites, se fiant sur leur nombre, cherchèrent des révolutions, intriguèrent contre les gouvernements et les Rois.
Sozamène II, pag. 73, dit que la caste des Mages était anciennement divisée en trois classes : 1° les Erbids, prêtres apprentis; 2.° les Mobids, professes-maitres; 5."les Destours-Mobids, prêtres accomplis (Maîtres Parfaits).
Aujourd'hui, aux Indes orientales, ces classes se subdivisent ainsi :
1° Les Erbides, qu'on initie par la purification de l'eau et du feu , professent les études relatives aux initiations, étudient les cérémonies, et les jours de fête lisent au public l'Izechne et le Vendidal, qui traitent des devoirs des hommes. Lorsque, par l'exercice de ces premières fonctions sacerdotales, par leur zèle, par leur étude, ils se trouvent instruits, ils deviennent
2.° Mobids. C'est cette classe qui s'occupe de l'interprétation des autres livres de Zend-Avesta, écrits dans l'ancienne langue. Si, après un certain temps, le Mobids n'arrive pas à expliquer et comprendre ces livres , il entre dans les
3.° Destours. Cette classe se borne à l'étude de la loi du Zenda et du Pehlvi, c'est une classe stationnaire; le Mobid qui a pu expliquer et entendre les autres ouvrages du Zend-Avesta devient
4.° Destours Mobids. Il est à la tête des Mobids : de cette quatrième classe, les plus savans et les plus anciens deviennent
5.° Destours de Destours qui équivalent aux Grands-Prêtres juifs et aux Evêques chrétiens, ils décident des points difficiles et de la loi divine, qui, comme dans toutes les religions, est écrite aussi obscurément que possible. Les sages législateurs des cultes ont toujours écrit de manière que partout il faut des interprètes. Les Destours des Destours décident les cas de conscience, et en vertu de cette grâce spéciale que Dieu leur a accordé en personne, les croyans leur paient la dîme. Il paraît que partout où il y a des interprètes de la loi divine, on ne dispense pas gratuitement les dons célestes.
Un Apôtre de Jésus en a fait un devoir à ses frères, qui ne se sont guère mis en peine d'observer, en leur disant : Date gratis quod gratis accepistis.
Les préceptes du Zend-Avesta sont simples, ils sont ceux de la loi juive et chrétienne ; c'est Dieu même qui parle :

« Il y a moi, seul Dieu. Il y a deux principes, un bon, l'autre mauvais ; lumière et ténèbres."

«Ne vous souillez pas ; instruisez les ignorants ; bénissez les mariages ; fréquentez vos Temples : méditez avec respect le Zend-Avesta qui doit seul être votre loi ; que ceux qui voudraient l'adultérer soient punis éternellement par le Ciel ».
Les préceptes des Archi-Mages sont les suivants :

« Ne soyez ni ambitieux ni vains; relevez la dîme des peuples; soyez miséricordieux, c'est le plus bel emploi des richesses que le Ciel vous accorde ; lavez-vous souvent; ayez votre habitation prés du Temple pour y entrer sans être aperçu ; surpassez les autres Mages en vertu et en connaissances de la vraie science; ne craignez que moi, Dieu ; reprenez les méchants. de quel rang qu'ils soient, sans indulgence ; portez la vérité devant les Souverains; souvenez vous de moi, Dieu, jusqu'à la consommation des siècles qui sera faite par le feu ( Le dogme du Jugement et de la Fin du Monde a été enseigné chez les Chrétiens bien après celui des Mages.). Ainsi soit-il ».
Nous croyons inutile de faire sortir des comparaisons de ces préceptes, avec ceux transmis oralement aux initiations égyptienne, juive et chrétienne.
Le temps , qui altère et change tout, malgré la simplicité de ce dogme, amena des hérésies, comme nous le verrons à l'article de Mânes. Dès-lors les Mages se divisèrent, s'anathématisérent réciproquement. Le sujet de la question était sur la priorité dans l'existence des deux principes, bon et mauvais, et sur celle de savoir si les deux principes étaient coéternels avec l'Etre premier, Dieu. La philosophie du Zend-Avesta passa dans l'Asie occidentale et en Grèce, chez les Persans, chez les Arabes, chez les Juifs ; pour ce dernier peuple, composé de pasteurs paresseux et ignorants, il fallut, après la captivité de Babylone, qu'on lui traçât un code religieux, qui, émanant des susdits principes, lui offrît une histoire et des fastes. Ce livre, qui date de cette époque incertaine, fut dicté par l'emphase orientale, et orné de systèmes obscurs qu'il est impossible à la raison humaine de débrouiller, et dont l'interprétation devait se refuser aux recherches les plus obstinées de ses interprètes.
La philosophie religieuse du Zend-Avesta existe dans la Bible : elle arriva en Judée et dans l'Arabie après la captivité des Juifs en Babylone ; mais avec elle les visions et les fables orientales dépouillées, par la nature de ce peuple, de toute science, et en particulier de l'astronomie, qui ne fut conservée que secrètement dans les mystères d'Hiram et dans la loi orale ; pour lors, ce livre sacré ne fut rempli que de Démons, d'Anges, de visions, de miracles ; ce qui a défiguré entièrement l'ancien culte des Mages.
La Divinité apparente des anciens Mages perses, était Mythras, auquel on avait adjoint Orosraade et Orimane, le bon et le mauvais principe ; Mythras était par-là un et triple : c'est de là que Platon emprunta sa Trinité, et d'où différentes religions tirèrent la leur, à en croire de hardis critiques. M. Anquetil du Peron séjourna exprès aux Indes pour connaître la religion des Parsis, chez lesquels la religion de Mythras s'est réfugiée.
Il a même traduit le Zend-Avesta et autres ouvrages attribués à Zoroastre.

   

Source : http://graal.over-blog.com/article-7290500.html

 

   

 

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