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L’Avesta, Zoroastre et les sources des religions indo-iraniennes

7 Novembre 2012 , Rédigé par Jean Kellens

Même si les historiens et les philosophes grecs avaient quelque connaissance de la religion de l'ancien Empire perse, il fallut attendre le milieu du XVIIIe siècle pour qu'un voyageur français, Anquetil-Duperron, puisse acquérir auprès des Parsis de Pondichéry des manuscrits en nombre suffisant pour que commence l'étude de la langue et des textes de l'Avesta, puis de la mythologie, de la religion et des philosophies recueillies dans ce livre sacré.

Les Grecs et la figure de Zarathushtra

Une génération après les guerres médiques, quand les Grecs purent jeter sur l'Empire perse un regard apaisé, ils furent sensibles à un certain exotisme religieux. Hérodote se plaît à faire le tableau d'un peuple pratiquant une religion toute naturelle. Les Perses, dit-il, n'ont ni temples, ni idoles, ni autels. Ils adorent, au sommet des montagnes, le ciel tout entier. Ils exposent les cadavres aux chiens et aux oiseaux, ou les enterrent après les avoir enduits de cire. Leur morale est simple et raisonnable : une faute isolée ne compte pas, mais bien la balance entre les bonnes et les mauvaises actions que l'on accomplit durant sa vie ; et ils enseignent aux enfants trois choses seulement : monter à cheval, tirer à l'arc et dire la vérité. La fonction sacerdotale est confiée à la tribu mède des mages.

Le premier à mentionner le nom de Zarathushtra sous sa forme hellénisée Zoroastrès – dont nous ferons Zoroastre – est apparemment Xanthos le Lydien, un historien contemporain d'Hérodote, un peu plus âgé que lui. Son œuvre ne nous est pas parvenue mais d'après ce que nous en savons par d'autres auteurs, il aurait parlé au moins deux fois de Zoroastre. D'une part un fragment cité par Nicolas de Damas (Ier siècle de notre ère) raconte la terreur qui envahit les Lydiens quand un orage violent interrompit un sacrifice offert par le roi Crésus : ils se rappelaient, dit Xanthos « les oracles de la Sibylle et les logia de Zoroastre ». D'autre part, Diogène Laërce, qui commença à écrire sous le règne d'Alexandre Sévère, attribue à Xanthos une tradition qui situe Zoroastre six mille ans avant l'expédition de Xerxès contre la Grèce.

Quelques dizaines d'années plus tard (vers 380), dans le Premier Alcibiade, Platon attribue la paternité de la science des mages à un certain « Zoroastre d'Ahura Mazdâ », mentionnant ainsi le nom du fondateur de la doctrine et celui de son dieu. Désormais, l'Antiquité ne cessera de placer Zoroastre aux origines de sa propre sagesse. Une tradition que Clément d'Alexandrie attribue à un écrivain du Ier siècle avant notre ère, Cornélius Alexandre Polyhistor, rapporte que Pythagore reçut à Babylone l'enseignement de Zoroastre. Les philosophes voient en lui l'inspirateur du dualisme platonicien. Le dualisme iranien, présentant le monde comme le théâtre du combat entre un dieu bon, Ahura Mazdâ ou Ohrmazd, et un dieu mauvais, Angra Manyu ou Ahriman, est décrit pour la première fois par Plutarque, qui dit tenir son information de Théopompe (IVe s. avant notre ère). À l'époque hellénistique, on attribue à Zoroastre la paternité de la magie, dont le nom dérive effectivement de celui des mages, et de la science ésotérique des astrologues de Chaldée. Tout ceci est parfaitement fantaisiste : Zarathushtra n'est pas le contemporain de Pythagore et rien n'est plus étranger à la vieille religion iranienne que la magie, l'astrologie ou l'alchimie.

La naissance de l'orientalisme

Léguée par la tradition hellénistique, la figure légendaire de Zoroastre, prince des mages, maître des astrologues chaldéens, initiateur de Pythagore, persistera durant le Moyen Âge et la Renaissance. Mais il passe aussi pour l'inspirateur du dualisme manichéen honni. Il faut attendre le XVIIe siècle pour que la perspective se modifie de manière radicale. En 1660, le capucin français Raphaël du Mans rapportait, d'un long séjour à Ispahan, la nouvelle qu'une secte d'adorateurs du feu, les Guèbres, perpétuait en Iran la religion des mages. Quelques années plus tard, deux autres voyageurs signalaient les affinités de leur doctrine avec la religion chrétienne : Tavernier notait que les Guèbres avaient une connaissance confuse des mystères du christianisme et Chardin leur reconnaissait la foi en un dieu suprême, supérieur à la fois à quelques autres divinités et aux deux principes personnifiant le bien et le mal. À l'aube du siècle des Lumières, ces nouvelles d'Orient ne pouvaient laisser indifférent. Dès 1670, les libres-penseurs anglais Marsham et Spencer mettaient l'accent sur les ressemblances entre certaines doctrines païennes et le christianisme et les expliquaient par le fait que les juifs avaient subi l'influence de leurs voisins.

Lorsque, en l'an 1700, l'évêque anglican d'Oxford, Thomas Hyde, entreprend la compilation de tout ce qui est connu de la religion préislamique de l'Iran, il nourrit aussi l'intention de trancher une question d'importance pour la théologie chrétienne. Fallait-il considérer Zarathushtra comme un prophète positif, qui avait reçu quelques lumières de la révélation monothéiste, ou comme un hérétique, qui avait scindé l'unité divine en deux forces contraires, l'une bonne, l'autre mauvaise – une doctrine que Hyde allait définir en forgeant, en latin, le mot « dualisme » ? Quelle que soit l'ampleur de son érudition, Hyde n'est pas véritablement en mesure d'aborder efficacement cette question. À la connaissance des sources classiques, il joint celle de l'orientalisme naissant qui lui donne accès aux textes arabes et persans. Il a su, nous ne savons toujours trop comment, se procurer des manuscrits avestiques et pehlevis, mais il ne sait pas les lire. Privée de l'apport des documents originaux, son œuvre reste donc encore pré-scientifique. Ainsi armé, Hyde a cru pouvoir conclure que Zarathushtra était un prophète comparable à Abraham, qui avait su préserver pour un temps son peuple de la dégénérescence polythéiste. Les accusations de dualisme ne sont pas sans fondement mais elles sont sans portée. Le dualisme du fondateur n'est pas de nature religieuse mais philosophique et cette philosophie est imprégnée de morale. Elle fonde une éthique du comportement qui exige le discernement entre le bien et le mal et est soumise à une rétribution posthume.

Anquetil-Duperron et la première traduction de l'Avesta

C'est dans ce climat que survient un événement essentiel. La vieille religion iranienne n'avait pas seulement survécu en Iran même mais aussi en Inde où la communauté des Parsis, fuyant la conquête musulmane, avait essaimé en quelques points de la côte occidentale. En 1723, un Parsi de Surate offrit un manuscrit à un marchand anglais, qui le fit parvenir à la bibliothèque bodléienne d'Oxford : l'Europe apprenait ainsi que le livre de Zoroastre n'était pas perdu. Encore fallait-il l'avoir tout entier sous la main, puis le comprendre, ce qui n'était possible qu'avec le consentement du clergé parsi. Ce fut l'œuvre du Français Anquetil-Duperron (1731-1805), le Champollion des études iraniennes, bien méconnu aujourd'hui, en dépit d'une excellente biographie de Raymond Schwab (1934) et d'une page émue de Michelet. En 1754, à vingt-trois ans, renonçant à attendre des subsides qui ne viennent pas, il s'engage dans les troupes de la Compagnie des Indes et s'embarque pour Pondichéry avec des compagnons d'armes recrutés dans les prisons. Pour reprendre une expression de Raymond Schwab, la philologie iranienne commence comme finit Manon Lescaut, par un convoi de prisonniers vers les colonies. Anquetil traverse à grand-peine et à grand risque une Inde déchirée par la guerre franco-anglaise, puis, jouant habilement des rivalités qui déchirent la communauté parsie de Surate, il vainc les réticences, se fait montrer les manuscrits, expliquer leur écriture et leur langue. De retour en France, le 15 mai 1762, il dépose à la Bibliothèque du roi cent quatre-vingts manuscrits. L'analyse de ces documents lui prendra encore dix ans : sa traduction de l'Avesta, le livre réputé de Zoroastre, paraît en 1771.

L'exhumation de l'Avesta par Anquetil-Duperron est un fait décisif qui marque un changement d'époque. Désormais, la religion iranienne et la personne de son fondateur présumé échappent au domaine de la querelle philosophique pour devenir objet de science et de philologie sévère. Le personnage de Zoroastre ne cessera pas pour autant de hanter l'imaginaire occidental. Il reste, jusqu'à la fin du XIXe siècle au moins, objet d'utilisation littéraire. En 1756, dans son Essai sur les mœurs, Voltaire manifeste un grand intérêt pour Zoroastre, qui lui paraît pouvoir être utilisé dans la lutte contre le christianisme en ce que sa doctrine permet de relativiser la tradition judéo-chrétienne : Moïse n'est pas unique, il n'a pas eu le monopole de la révélation monothéiste. En 1810, Kleist exhorte ses compatriotes à la liberté dans un poème intitulé Prière de Zoroastre. Shelley, dans le discours à la Terre de Prométhée délivré, évoque la rencontre de Zoroastre et de son âme. Nietzsche, enfin, trouve piquant, selon son propre aveu, de mettre l'expression de l'immoralisme dans la bouche du premier moraliste, celui qui considéra le conflit entre le bien et le mal comme le moteur des choses. Ce ne sont là que quelques exemples.

Les origines de l'Avesta

Au milieu du premier millénaire avant notre ère, l'Iran – c'est-à-dire l'Iran actuel, l'Afghanistan et une partie de l'Asie centrale ex-soviétique – et le bassin des deux grands fleuves de l'Inde septentrionale, l'Indus et le Gange, sont habités par des peuples parlant une langue indo-européenne. La langue des Indiens et celle des Iraniens sont donc apparentées au grec, au latin, aux langues celtiques, germaniques, slaves..., d'une parenté si précise qu'elle peut être définie par un ensemble de lois phonétiques invariables ; de plus, elles présentent entre elles des affinités si grandes qu'elles apparaissent, à cette date ancienne, comme de faibles variantes dialectales d'un unique idiome indo-iranien.

Les premiers documents originaux que les Indo-Iraniens ont laissés de leur langue et de leur histoire sont des inscriptions royales : en Iran, les inscriptions que les rois achéménides, à partir de Darius I, on fait graver dans les provinces occidentales de leur empire, qui jouxtait le monde mésopotamien ; en Inde, les inscriptions, disséminées des rives du golfe du Bengale à la région de Kaboul, dans lesquelles le roi Açoka proclame sa soumission à la loi morale ou dharma, ce qui signifie peut-être sa conversion au bouddhisme. Ainsi, les documents iraniens sont les plus anciens : si les inscriptions d'Açoka se situent aux alentours de 255 avant notre ère, la plus ancienne inscription achéménide peut être datée avec précision de 519. Les Iraniens sont aussi les premiers à avoir été mentionnés par leurs voisins, une priorité de hasard qu'ils doivent au contact de civilisations maniant l'écriture. Un roi assyrien rapporte, sur une tablette que l'on date communément de 835, une campagne qu'il mena contre les Madai, ceux que les Grecs appelleront Médoi et nous, d'après eux, les Mèdes. Nous savons ainsi qu'au milieu du IXe siècle avant notre ère, la tribu qui, durant l'Antiquité, occupa la frontière nord-ouest du monde iranien, aux lisières du Caucase et de l'Arménie, avant de se dissoudre dans la diaspora et les invasions de nomades, se trouvait installée dans son habitat historique.

L'histoire proprement dite ne permet pas de remonter plus haut. Il est certain que les peuples de langue indo-européenne ne sont pas, en Inde et en Iran, des autochtones mais nous ne connaissons ni la date de leur arrivée ni l'itinéraire de leur migration, comme les participants d'un colloque consacré à cette question au Collège de France, en janvier 2000, ont été unanimes à le rappeler.

La présence de peuples de langue indo-européenne en Inde et en Iran est cependant documentée bien avant le VIe et même le IXe siècle avant notre ère. En vertu d'une tradition culturelle commune, les Indiens et les Iraniens ont pareillement assuré par transmission orale la conservation d'un corpus de textes très anciens et considérés comme sacrés : le Veda en Inde, l'Avesta en Iran. Ces livres, qui n'ont été mis par écrit que des siècles plus tard, font du lointain passé indo-iranien une catégorie dont il n'existe aucun équivalent : une préhistoire documentée ou une sorte particulière de protohistoire. Leur composition ne peut être située avec précision ni dans l'espace ni dans le temps, leurs auteurs et la société dont ils étaient l'expression nous sont entièrement inconnus. Tout ce que nous pouvons faire, d'une manière générale, c'est établir une chronologie relative, avec toutes les incertitudes et les approximations que cela suppose. D'une part, nous considérons que des vestiges linguistiques indiens du Proche-Orient, signalent le moment à partir duquel se sont trouvés réunis les ingrédients de la littérature sacrée indo-iranienne ; d'autre part, nous cherchons à évaluer l'archaïsme de la langue des textes védiques et avestiques par rapport à celle des premiers documents originaux, les inscriptions de Darius et d'Açoka. Cette démarche empirique nous amène, si n'interfère aucun argument d'une autre nature, à situer les plus anciennes parties des deux livres entre 1500 et 1000 avant notre ère.

Deux livres sacrés : l'Avesta et le Véda

L'Avesta, dont le nom, repris tel quel aux Parsis modernes, est la déformation d'un mot ancien signifiant « éloge », présente un double intérêt linguistique et religieux. Sa langue, l'avestique, est l'un des deux dialectes iraniens anciens connus qui font pendant au témoignage indien du sanskrit védique, le second étant le vieux-perse des inscriptions achéménides. C'est aussi le livre sacré de la religion préislamique de l'Iran, que les spécialistes appellent, selon leur goût, « mazdéisme » en se référant au nom de son dieu dominant, Ahura Mazdâ, ou « zoroastrisme » d'après le nom de l'homme qui est censé l'avoir fondée et prêchée, Zarathushtra ou Zoroastre. Si proche qu'il soit du Véda par la langue, le style et les conceptions religieuses, l'Avesta s'en distingue du moins par deux particularités d'ordre général qui font qu'il relève d'une problématique scientifique sensiblement différente. Tout d'abord, il est de dimension beaucoup plus modeste. Alors que le Veda n'est pas un livre, mais une bibliothèque tout entière, l'Avesta représente à peu près un livre de poche classique de 250 pages, si bien que l'analyse se trouve embarrassée, non par l'abondance inhumaine du matériel à traiter, mais par sa ladrerie, qui refuse trop souvent la confrontation de passages parallèles, seule technique d'éclairage possible quand il n'y a pas évidence linguistique. Le texte est aussi beaucoup plus mal transmis, non par déficience des techniques iraniennes de transmission orale mais parce que la tradition mazdéenne a connu, semble-t-il, des crises et des solutions de continuité. L'une, en tout cas, est sûre et décisive. La conquête arabe et l'islamisation de l'Iran, au VIIe siècle, ont provoqué la dispersion des écoles théologiques et entraîné une irrémédiable décadence de l'élocution liturgique. En dépit de tous les efforts accomplis par les communautés restées fidèles à la vieille religion, qu'elles soient demeurées en Iran ou aient migré vers l'Inde, pour conserver à leur doctrine une certaine qualité théorique, la transmission orale et, à cette époque, écrite de l'Avesta n'a cessé de se détériorer jusqu'à l'intervention, au siècle dernier, de l'érudition scientifique. Alors que le Veda est un texte irréprochable, où les fautes sont exceptionnelles, l'Avesta est corrompu et, pour être compris, doit faire l'objet d'un travail lent et difficile de restitution philologique, travail parfois désespéré et, en raison de l'indigence des faits qui nourrissent l'argumentation, toujours guetté par l'arbitraire.

Les différents manuscrits

Ces vicissitudes, jointes à l'absence de tout témoignage extérieur, expliquent que nous connaissions si mal l'histoire de l'Avesta, depuis sa composition jusqu'à son exhumation par Anquetil-Duperron, et encore les quelques choses sûres que nous sachions ont-elles bien souvent été acquises tout récemment. L'édition critique de l'Avesta, qui a été faite par Karl-Friedrich Geldner dans les dernières années du XIXe siècle, est fondée sur l'ensemble de la documentation significative provenant des communautés parsies. Tous les manuscrits importants et la plus grande partie des manuscrits secondaires ont été dépouillés et il est totalement exclu que nous recueillions, dans l'avenir, la manne d'un matériel nouveau. Le classement des manuscrits par famille et la détermination de leurs liens de filiation a mis en lumière le caractère récent de la tradition manuscrite qui nous est parvenue. Les deux plus anciens des manuscrits importants (J2 et K5) ont été écrits par le même copiste et sont datés de 1323, le plus vieux manuscrit (K7a) pourrait remonter, selon l'estimation la plus extrême, à 1268 et la mémoire des scribes ne va pas au-delà d'un modèle perdu qu'on peut situer aux environs de 1020. De plus, des fautes généralisées démontrent à l'évidence que tous les manuscrits sans exception dérivent d'un original perdu qu'on appelle le « manuscrit de base » et que ses imperfections invitent à situer à l'époque troublée de la migration vers l'Inde, c'est-à-dire entre le VIIIe et le Xe siècle. Il est donc vain de se bercer de l'espoir qu'un manuscrit ait pu conserver, contre tous les autres, la leçon miracle. Tous sont pareillement les rejetons du manuscrit de base et leur confrontation ne permet rien de plus que la restitution d'une version déjà corrompue de la fin du premier millénaire. Non seulement la tradition manuscrite est récente mais elle est aussi extraordinairement ténue.

Un progrès significatif a été accompli à la fin des années soixante lorsque Karl Hoffmann, par une analyse paléographique rigoureuse, a pu remonter aux sources de la transmission manuscrite. Par sa structure et les caractéristiques formelles de ses signes, l'alphabet avestique est clairement une invention érudite ad hoc de l'époque sassanide. Il n'est pas le fruit de l'évolution historique aveugle d'un système d'écriture, mais une création délibérée menée dans le but exclusif de mettre l'Avesta par écrit. L'inventeur s'est inspiré de deux modèles. Du point de vue de la forme, il a puisé l'essentiel du stock de ses signes dans l'écriture du pehlevi des livres – une forme particulière du dialecte moyen-perse –, elle-même dérivée de l'écriture araméenne. Mais, alors que celle-ci ne note pas les voyelles et va jusqu'à confondre plusieurs consonnes sous le même signe, il a adopté le principe typologique « un signe égale un son » des alphabets grecs et latins, qu'il connaissait et auxquels il a d'ailleurs emprunté deux signes. Ce principe de travail fournit de précieuses indications. Une indication chronologique tout d'abord : les caractéristiques formelles de l'écriture pehlevie que l'alphabet avestique reproduit n'ont été acquises qu'au début du VIIe siècle. Le fait que l'inventeur anonyme ait pris pour modèle le système alphabétique gréco-latin et une écriture qui servait à noter le dialecte moyen-perse suggère qu'il a travaillé dans une ambiance « occidentale », c'est-à-dire en Perse, qui était la province autochtone du pouvoir politique sassanide. L'alphabet avestique n'a jamais été utilisé pour un autre texte que l'Avesta. Il a très probablement servi à mettre par écrit un exemplaire unique du canon – disons : l'archétype sassanide –, déposé en lieu sûr, auquel le clergé pouvait se référer en ultime recours pour dénouer d'éventuelles controverses théologiques. La minutie véritablement maniaque avec laquelle il rend les plus subtiles variations phonétiques montre qu'il a été prévu pour transcrire finement les nuances de l'élocution liturgique solennelle. L'alphabet avestique a été inventé pour donner une forme écrite à un texte récité : ceci démontre qu'il n'y eut jamais auparavant de tentative pour mettre l'Avesta par écrit. Ajoutons que tous les textes connus n'ont sans doute pas été confiés à l'écriture et que ceux qui ont été mis par écrit ne l'ont probablement pas été avant la conquête arabe.

Premières lectures et premières interprétations

Les manuscrits d'Anquetil-Duperron déposés à la Bibliothèque du roi en 1762 ne sont pas à proprement parler des morceaux de l'Avesta, quoique ce titre ait été donné à leur collection. À l'exception de quelques brefs fragments épars, le canon sassanide a disparu au début du IIe millénaire. Les textes d'Anquetil en sont des extraits choisis et assemblés pour les besoins de deux anthologies liturgiques distinctes. La première est le récitatif d'un long sacrifice qui associait, dans sa version maximale, les trois livres Yasna, Visprad et Vidêvdâd ; la seconde rassemble les hymnes sacrificiels consacrés aux divinités autres qu'Ahura Mazdâ (Yashts) et les assortit de quelques liturgies privées (Xorda Avesta). Il est probable que ces anthologies utilitaires étaient constituées avant la collation du canon sassanide.

Le premier déchiffrement de ces textes a paru justifier le vieux débat sur le système religieux du mazdéisme. C'est que ce système semble varier selon les livres constitutifs et, dans chaque cas, épouser des contours flous. Les Yashts témoignent d'un polythéisme soigneusement hiérarchisé, le cœur du Yasna d'un monothéisme indécis qui montre le dieu unique entouré d'abstractions divinisées. Les notations dualistes sont disséminées dans l'ensemble des textes, mais se font plus insistantes dans le Vidêvdâd. En somme, un beau désordre, qui explique qu'Anquetil-Duperron, tout en travaillant sur les textes originaux, n'ait pas remis en cause l'interprétation de Hyde.  

Les travaux de Martin Haug…

Le premier philologue à qui le développement de la grammaire comparée indo-européenne et, plus spécifiquement, indo-iranienne ait permis de comprendre suffisamment l'Avesta pour tenter une analyse rigoureuse de son système religieux est l'Allemand Martin Haug. Aux alentours de 1860, il lui est apparu que le corpus métrique qui occupe les chapitres 29 à 34, 43 à 51 et 53 du Yasna, les Gâthâs ou « Chants », présentait une triple singularité : leur langue est nettement plus archaïque que celle du reste du corpus ; Zarathushtra n'y fait pas figure de héros légendaire, mais agit dans la réalité actuelle, sans majoration merveilleuse ; enfin, elles ne mentionnent jamais d'autre nom divin que celui d'Ahura Mazdâ. C'est sur la base de ces trois observations que Haug établit une chronologie des diverses expressions religieuses du mazdéisme. Puisque l'Avesta commence par les Gâthâs, le mazdéisme commence par le monothéisme. Celui-ci est l'œuvre d'une personnalité historique, Zarathushtra, et ses disciples l'ont laissée « se détériorer » soit en dualisme, soit en polythéisme hiérarchisé.

Haug ne peut cependant éluder le fait qu'il existe des rapports synchroniques entre le monothéisme des origines et le dualisme, puisque ce sont les Gâthâs elles-mêmes qui semblent esquisser la théorie des deux forces antagonistes dans une strophe (Y 30.3) que Haug traduit ainsi : « In the beginning, there was a pair of twins, two spirites, each of peculiar activity : these are the good and the base, in thought, word and deed. Choose one of these two spirites ! Be good, not base ! ». Haug est ainsi amené à reproduire l'interprétation de Hyde en présentant le monothéisme comme la théologie de Zarathushtra et le dualisme comme sa philosophie. Ayant pris conscience de l'unité de la personne divine, le prophète s'est trouvé contraint d'expliquer comment la création d'un être parfait pouvait être imparfaite. Il l'a fait philosophiquement, en supposant l'existence de deux causes primordiales inhérentes à l'homme et à Dieu lui-même. Appelées mainiiu ou « esprit », elles sont des forces de l'état mental et néanmoins créatrices, l'une de tout ce qui est bon, l'autre de tout ce qui est mauvais. Plus tard, confondant la théologie et la philosophie du fondateur, les docteurs mazdéens ont constitué une vraie religion dualiste. Le bon manyu a été confondu avec Ahura Mazdâ lui-même et le mauvais est devenu son adversaire frontal. Si grand et si durable qu'ait été son succès, on voit que cette manière de rendre le monothéisme compatible avec le dualisme est doublement suspecte. Elle reproduit une interprétation pré-scientifique et attribue à l'auteur des Gâthâs une spéculation qui n'est pas exhumée du texte mais d'une philosophie prétendument universelle. Haug a cependant le mérite et l'excuse d'avoir procédé avec une logique impeccable : il a lu la strophe Y 30.3 et a cru devoir en conclure que le vieux débat était justifié. C'était légitime à défaut d'être juste.

… et ceux de James Darmesteter

Quinze ans plus tard, le Français James Darmesteter faisait de la religion de l'Avesta une analyse radicalement différente de celle de Haug. Pour Darmesteter, il ne fait aucun doute que la religion préislamique de l'Iran a été, de manière constante, un dualisme. Mais ce dualisme ne peut avoir été original, puisqu'il est issu de la vieille religion indo-iranienne que l'on définissait alors comme un polythéisme naturaliste. L'évolution s'explique par l'histoire de la personnalité des deux protagonistes, Ahura Mazdâ et Angra Manyu. Le premier est un ancien dieu du ciel lumineux qui a évolué en dieu du bien parce que, comme son équivalent indien Dyaus pitar ou Varuna, il a créé l'ordre du monde et s'en est fait le gardien. Le dualisme mazdéen n'est pas le fruit d'une spéculation philosophique mais l'aboutissement d'une très ancienne représentation mythologique. L'ordre dans la nature ne va pas sans une lutte constante dans la nature contre les forces du désordre. Darmesteter situe les origines d'Angra Manyu dans un motif mythologique développé par les hymnes védiques : le ravissement de la lumière et des eaux par un serpent qui les enferme dans son étreinte. Un dieu lumineux abat le monstre et libère les captives. Cette péripétie a pour fondement naturaliste la lutte censée se livrer dans l'orage. Les ténèbres envahissent le monde mais, frappées par l'arme de l'éclair, elles en sont finalement expulsées, tandis que la pluie ruisselle. Angra Manyu est le serpent transfiguré par adaptation à la dimension spirituelle qu'a prise son adversaire et par transposition depuis un mythe cosmogonique ponctuel dans une représentation générale de l'histoire du monde. Le mal, comme les ténèbres, envahit l'univers. Son irruption met en marche le temps et les grands cycles naturels ; son élimination après 6 000 ans de conflit, en marque la fin. Le scénario de Darmesteter diffère donc de celui de Haug par trois aspects essentiels.
1. Le dualisme mazdéen ne relève pas d'une spéculation distincte du système religieux. C'est l'héritage d'une antique mythologie.
2. Son fondement n'est pas l'antagonisme entre les deux esprits du comportement, mais celui entre Rta et Druj, l'ordre et le désordre dans le monde. L'opposition n'est pas d'ordre éthique, mais d'origine cosmogonique.
3. Puisque le dualisme n'est pas greffé sur un monothéisme préexistant, dont les traces sont imperceptibles, il n'y a aucune raison de penser que le mazdéisme est le produit d'une révolution de la pensée religieuse. Comme Darmesteter l'écrivait si bien deux ans plus tôt : « Le mazdéisme est au même titre que le védisme un développement spontané et libre de la religion indo-iranienne, se transformant sans secousse, et sans qu'il soit besoin d'invoquer une invasion étrangère, ou une révolution intérieure. » En corollaire, la figure de Zarathushtra est sans consistance historique ; il serait lui aussi, comme adversaire d'Angra Manyu, un combattant de l'orage.

Vers de nouvelles lectures

Dans l'absolu, le scénario de Darmesteter n'est ni plus ni moins convaincant que celui de Haug mais il est survenu à contretemps dans l'histoire de notre discipline. L'usage monomaniaque de la mythologie de l'orage a indisposé ceux-là mêmes, les védisants, qui étaient les mieux préparés à percevoir les aspects mythologiques du mazdéisme et Darmesteter lui-même n'a pas tardé à prendre ses distances. L'abus de mythologie naturaliste a discrédité son interprétation mais, en la récusant, on a fait ce qu'on appelle « jeter le bébé avec l'eau du bain ». En fait, Darmesteter a eu l'intuition d'un mode de développement du mazdéisme qu'il n'avait pas les moyens adéquats d'investiguer : pouvait-on en 1877, aborder les mythes autrement qu'en appliquant la méthode à laquelle Max Müller a attaché son nom ? Pourtant, Darmesteter avait justement perçu que le fondement du dualisme mazdéen était l'antagonisme entre Rta et Druj et que cet antagonisme avait été inséré dans une histoire mythique du monde, où, débordant la cosmogonie dont il tient ses origines, il envahit la durée et se résout en eschatologie. Un tel scénario, s'il n'est pas la transposition du combat de l'orage, est néanmoins de nature mythologique, à charge pour nous d'en faire une nouvelle exégèse.

Source : http://2005.clio.fr/

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Le Zoroastrisme

7 Novembre 2012 , Rédigé par Grigán

Introduction

Le zoroastrisme est une religion polythéiste à tendance hénothéiste, peut-être à l'origine d'une notion purement monothéiste de Dieu, dont Ahura Mazda est la divinité suprême, seul responsable de la mise en ordre du chaos initial, le créateur du ciel et de la terre. Par monothéisme, on entend un seul Dieu transcendant ; par polythéisme, plusieurs dieux transcendants : il s'agit bien de la situation du zoroastrisme. Elle a été professée par Zarathoustra, dont le nom a été prononcé Zoroastre par les Grecs. Elle a été fondée au cours du Ier millénaire av. J.-C. dans l'actuel Turkestan occidental, et est devenue la religion officielle des Perses sous la dynastie des Sassanides (224-651), jusqu'à ce que la conquête arabe importe l'islam.
Les zoroastriens vénèrent le feu éternel, symbole divin. Zoroastre prêchait un dualisme reposant sur la bataille entre le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres, dualisme présent dans l'islam chiite duodécimain. Le principe de Zoroastre est qu'il existe un esprit saint (Spenta Mainyu), tardivement identifié à Ahura Mazda, et un esprit mauvais (Angra Mainyu) assimilé à Ahriman, opposés car représentant le jour et la nuit, la vie et la mort. Ces deux esprits coexistent dans chacun des êtres vivants.

Histoire

~ Genèse ~

Le zoroastrisme se présente comme une réforme de la religion pratiquée par des tribus de langue iranienne qui se sont installées dans le Turkestan occidental entre le IIe et le Ier millénaire av. J.-C. Ces tribus étaient étroitement apparentées aux Indo-Aryens, lesquels ont apporté le sanskrit et toutes ses langues dérivées en Inde du Nord, à partir de l'an 1700 avant l'ère chrétienne. Ces peuples constituent une famille dite indo-iranienne. La comparaison du zoroastrisme avec la religion indienne est donc utile pour comprendre sa genèse. Ces deux religions avaient un dieu appelé Mitra par les Indiens et Mithra par les Iraniens (où th est prononcé comme en anglais), qui signifie le soleil ou dieu soleil. Il a évolué de manière très divergente chez ces deux peuples. Chez les Indiens, selon François Cornillot, le Mitra originel s'est scindé en trois dieux, Mitra, Aryaman et Varuna. Chez les Iraniens, ce dieu a en revanche gardé son unité. Dieu souverain, il était le fils d'Ahura Mazdâ, qui semble avoir été le Ciel. Les zoroastriens se sont efforcés d'éliminer le culte de Mithra au profit de celui d'Ahura Mazdâ, justifiant le nom de mazdéisme donné parfois à leur religion. La Perse antique, sous la dynastie des Achéménides, n'était pas vraiment mazdéenne : elle vénérait autant Mithra qu'Ahura Mazdâ. Les Grecs considéraient ce dernier comme équivalent à Zeus, leur dieu céleste. Selon Hérodote (I, 131), la coutume des Perses « est de monter sur les plus hautes montagnes pour offrir des sacrifices à Zeus, dont ils donnent le nom à toute l'étendue du ciel ». Quant à Mithra, il était étroitement apparenté au Soleil.

Il faut remarquer que le terme ahura était également connu des Indiens, qui le prononçaient asura. Ce sont les Iraniens qui ont transformé le s originel en un h. Dans les passages les plus anciens du Rig-Veda, le mot asura représente l'Être suprême, comme chez les Iraniens. Plus tard, changeant de sens, il s'est appliqué aux anti-dieux, aux démons. Le culte du sauma était commun aux Indiens et aux Iraniens. Ce terme est devenu soma chez les premiers et haoma chez les seconds. Au sens propre, ce mot désignait une plante, l'éphédra, que l'on utilisait pour préparer une boisson hallucinogène. Pensant qu'elle permettait aux dieux de conserver leur immortalité, on la leur offrait lors de sacrifices. Les participants en buvaient eux-mêmes et accédaient au monde divin, à une « immortalité provisoire ». Dans une langue iranienne parlée à l'est de l'Afghanistan, le wakhî, l'éphédra est appelé yimïk, terme provenant de haumaka-. Selon le Rig-Veda, l'élément de base du soma est un champignon, substitution qui s'explique par le fait qu'en Inde, il n'y a pas d'éphédra. Dans l'actuel Turkménistan méridional (ancienne Margiane), l'archéologue russe Viktor Sarianidi a fouillé les ruines d'un bâtiment dit de «Togolok-21». Il s'agissait d'un temple où l'on pratiquait le culte du feu et où l'on préparait le haoma. Ce bâtiment faisait partie d'une culture, dite bactro-margienne, datée de -2200 à -1700, qui s'étendait à l'est jusqu'à la Bactriane, le long du cours de l'Amou-Daria. Sur tout le territoire de cette culture, on a trouvé des amulettes avec des représentations de lutte entre des serpents et des dragons ayant une attitude nettement agressive, avec des yeux énormes et une gueule grande ouverte. C'était une représentation primitive de la lutte entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort, qui caractérisait la religion indo-iranienne et que le zoroastrisme conserverait. Il semble que la culture bactro-margienne ait plutôt été indo-aryenne. Elle contenait également un « substrat » culturel non indo-européen difficile à cerner, comme le prouve le fait même de construire des temples : les vrais Indo-Iraniens ont longtemps préféré les sanctuaires en plein air.

~ Le zervanisme ~

Les fondements de cette école sont contenus dans l'enseignement de Zarathushtra lui-même, puisqu'il affirme que le Bon et le Mauvais Esprits étaient jumeaux. Les Achéménides se sont posé la question de savoir qui était leur père. Certains pensaient que c'était l'Espace (Thwasha en avestique), d'autres que c'était le Temps (Zrvan). La seconde opinion s'est imposée et les Sassanides l'ont adoptée dès le début de leur dynastie. Le zervanisme est une doctrine philosophique, mais elle s'est teintée de mythes. On raconte que Zurvân, le dieu primitif, faisait des sacrifices dans l'espoir d'obtenir un fils. Puisqu'il n'obtint rien durant un millier d'années, il eut des doutes sur l'utilité de ses sacrifices. Le fils tant espéré arriva enfin. Ce fut Ahura Mazdâ, dont le nom était prononcé Ohrmazd à l'époque sassanide. Mais les doutes de Zurvân dotèrent Ohrmazd d'un jumeau qui était Ahriman (Angra Mainyu). Les Iraniens considèrent soit que Zurvân a tout seul donné naissance aux jumeaux, soit que c'est sa femme Khvashîzagh qui les a mis au monde. Ahriman sortit le premier. Son père lui demanda : « Qui es-tu ? ». Ahriman lui répondit qu'il était son fils, mais Zurvân répliqua : « Mon fils est d'une odeur suave, et il est lumineux, et toi, tu es ténébreux et puant ». Ohrmazd s'étant présenté et ayant une odeur suave, Zurvân le reconnut pour fils. Mais puisqu'Ahriman était sorti le premier, il put dominer le monde et Ohrmazd fut obligé de lutter contre lui. On pensait que sa victoire aurait lieu 9 000 ans plus tard. Les zervanistes ont de la sorte une conception pessimiste du monde. Contrairement à Zarathushtra, ils attribuent une mauvaise nature aux femmes. Dès leur création par Ohrmazd, elles se rendirent auprès d'Ahriman. Celui-ci leur ayant permis de demander ce qu'elles voudraient, Ohrmazd craignit qu'elles ne voulussent avoir des rapports avec les « justes »et qu'il n'en résultât du mal pour eux. Il eut alors l'idée de créer le dieu Narsâï et le mit tout nu derrière Ahriman afin d'orienter vers lui le désir des femmes. Ce fut effectivement ce qui se produisit. La théologie zervaniste est connue par des textes comme le Bundahishn et par des témoignages d'Arabes. On sait ainsi que la Lumière a produit un certain nombre de personnes faites de lumière, d'une nature divine, et que Zurvân était la plus grande d'entre elles. Il fait également partie d'une tétrade : Ashôqâr « celui qui rend viril », Frashôqâr « celui qui rend éclatant », Zarôqâr « celui qui rend vieux » et Zurvân, qui regroupe ces trois aspects puisqu'il comprend la puberté, la maturité et la vieillesse. Parfois aussi, on lui donne deux aspects, qui sont le Temps illimité (Zurvân akanâragh) et le Temps à la longue domination (Zurvân dêrang-khvadhây) correspondant à une période de 12 000 ans.

~ Le zoroastrisme à l'époque Achéménide ~

Cyrus le Grand et la plupart des souverains de la Perse antique, ont voulu éviter d'imposer leur religion lors des conquêtes. Au contraire, ils ont laissé aux peuples le libre choix de leur foi et l'ont respecté. C'est sur la base de cette doctrine que lors de la conquête de Babylone la charte des droits des nouveaux sujets de Cyrus le Grand stipulait : « Je n'ai autorisé personne à malmener le peuple et détruire la ville. J'ai ordonné que toute maison reste indemne, que les biens de personne ne soient pillés. J'ai ordonné que quiconque reste libre dans l'adoration de ses dieux. J'ai ordonné que chacun soit libre dans sa pensée, son lieu de résidence, sa religion et ses déplacements, que personne ne doit persécuter autrui ».
Alexandre le Grand, après la défaite des Achéménides, ordonna d'incendier les bibliothèques de la Perse, pensant ainsi détruire la pensée zoroastrienne. Mais désirant, cependant, faire profiter les Grecs de la science et de la philosophie des Iraniens, il ordonna de traduire, avant de les faire détruire, un nombre important de traités se trouvant dans les bibliothèques. Ces traités ont constitué une partie des fondements de la science et de la philosophie occidentale. Alexandre le Grand, créateur de la Grande bibliothèque d'Alexandrie, a commencé par pratiquer l'autodafé sur les écrits de Zoroastre.

~ Le zoroastrisme sous les Sassanides ~

On peut dire qu'avec l'avènement de la dynastie des Sassanides en Perse, en 224, commence la période de gloire du zoroastrisme : il devient très officiellement religion d'État. Le grand-père d'Ardashêr I, le fondateur de cette dynastie, avait été préposé au temple de la grande déesse iranienne Anâhitâ, dans la ville de Stakhr (non loin de Persépolis). À son fils Shapur I, Ardashêr déclare : « Ô mon fils, la religion et l'État sont sœurs. Elles ne peuvent pas survivre l'une sans l'autre. La religion est le contrefort de l'État et l'État est son protecteur. Et ce qui est privé de son support s'écroule et ce qui n'est pas défendu est perdu. »Les prêtres de rang supérieur étaient alors appelés des môbadh. La Perse était divisée en districts ecclésiastiques confiés à des môbadh. Tous étaient placés sous l'autorité du môbadhân môbadh, qui était l'équivalent exact du shahanshah dans le domaine laïc, c'est-à-dire du « roi des rois », l'empereur des Perses. Cette unification fut surtout l'œuvre du môbadh Kartir, dont la carrière commença sous le règne de Shapur I et qui devint môbadhân môbadh sous le règne de son successeur. À un rang inférieur, se trouvaient les môgh, terme qui est devenu magus chez les auteurs gréco-latins, puis mage en français, et qui a servi à désigner tous les prêtres iraniens. Les môghân môgh étaient des préposés des grands temples. Le zoroastrisme joua en Perse un rôle sans doute encore plus important que le catholicisme dans l'Europe du Moyen Âge, tant la religion imprégnait la vie des gens. C'était la religion des Iraniens, un aménagement de leur héritage culturel, tandis que le catholicisme est pour les Européens d'origine étrangère.

~ Le Zoroastrisme et l'arrivée de l'islam ~

L'arrivée des conquérants arabes qui a eu lieu lors de l'expansion de l'Islam, au milieu du VIIe siècle, a provoqué la défaite des sassanides. L'Islam considère les Zoroastriens comme Gens du livre, au même titre que les Juifs et les Chrétiens, cependant pour imposer l'Islam, ils ont ordonné, partout où ils pouvaient trouver un traité ou un écrit, de le détruire par le feu ou par l'eau. Ils ont aussi voulu empêcher les Perses de parler leur propre langue le farsi afin de les éloigner de leurs racines culturelles et chassèrent les Zoroastriens. De ce fait, il y eu une progressive diminution en importance de la culture perse, cette dernière ne formant plus qu'une des multiples facettes de l'immense empire islamique, qui s'étendait des Pyrénées à l'Indus. La majorité des Perses, de gré ou de force, se convertirent donc graduellement à l'islam, mais il subsiste encore aujourd'hui une communauté zoroastrienne en Iran (environ 40 000 fidèles) essentiellement dans la ville de Yazd et qui se considère comme la gardienne de la tradition trois fois millénaire de Zoroastre. Cette œuvre d'oppression se poursuivit longtemps en Iran, jusqu'à l'époque du Chah Reza Pahlavi, qui mit officiellement fin à l'oppression contre les zoroastriens et les adeptes des minorités religieuses. Aujourd'hui il n'y a plus, environ, que 200 000 zoroastriens dans le monde, essentiellement en Inde (les Pârsî), en Iran et dans les diasporas aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Le zoroastrisme reste, cependant, un élément important de la civilisation iranienne, et a joué un rôle important dans l'histoire politique et religieuse du Proche-Orient pendant plus d'un millénaire. Par ailleurs de nombreuses traditions iraniennes ainsi que le calendrier iranien ont des origines zoroastriennes. Des éléments de cette religion survivent dans le parsisme, un développement autonome du zoroastrisme dans le monde, qui se situe aujourd'hui en Inde.

Principes et textes du Zoroastrisme

Au début, la doctrine de Zoroastre s'est transmise oralement, comme d'autres. Puis lorsqu'un alphabet adéquat fut trouvé, l'Avesta, ensemble de textes sacrés, a été écrit. Mais, du texte initial, seul le quart est arrivé jusqu'à nous : les manuscrits ont été perdus ou détruits une première fois lors de l'invasion d'Alexandre le Grand qui fit brûler la bibliothèque du palais de Persépolis et une seconde fois lors de l'invasion arabe au VIIe siècle. Malgré tout l'équivalent d'un millier de pages sont parvenus jusqu'à notre époque. Les textes les plus sacrés sont dix-sept Gathas ou « hymnes sacrés » reconnus comme de Zoroastre lui-même, et témoignant de sa personnalité. Ils sont rédigés dans la langue la plus ancienne et la plus difficile à interpréter.

~ Les principes ~

Zoroastre n'a jamais prétendu être un prophète, il s'est contenté de donner des directions de recherche spirituelle. Les zoroastriens considèrent que leur Dieu n'a pas besoin d'adoration, pas besoin d'intermédiaires, ne les menace pas de l'enfer pour leur promettre le paradis et ne joue pas de l'ignorance des peuples. Dans la doctrine de Zoroastre, chaque personne répond de ses actes en vertu de la nature de son « Fravahr », l'équivalent du karma hindouiste. La doctrine se résume en une maxime : Humata, Hukhta, Huvarshta ("Bonnes Pensées, Bons Mots, Bonnes Actions"). Zoroastre a condamné les rites et les sacrifices traditionnels offerts aux dieux par les Perses, mais il a gardé la tradition du culte du feu. Il a fondé sa doctrine sur la « bonne pensée », la « bonne parole »et la « bonne action ». Il s'était rendu compte que toute l'évolution du monde était basée sur « l'action » et « la réaction », donc la réponse à toute attitude charitable lui parut être la « bonne action ». Si en société, les gens s'adonnent à la bonté ils ne récolteront que la bonté et s'ils se livrent à la méchanceté, ils seront envahis par le mal.
Selon Zoroastre, la « bonté » est quelque chose comme une lumière qui vient du fond de soi, et cette bonté est inhérente à l'homme. Il y a en tout homme deux tendances l'une qui le porte au bien, l'autre qui le porte au mal ; ce que propose Zoroastre, c'est de toujours choisir le côté du bien, et cela se fait par une constante dialectique. Mais c'est l'homme qui choisit ; il n'y a pas d'obligation et celui qui remplit sa responsabilité pleine et entière envers les autres est un Saoshyant. Zoroastre a nommé son dieu Ahura Mazda, force créatrice du monde et des quatre éléments, l'eau, la terre, le feu et l'air, éléments que les zoroastriens vénérent et respectent au plus haut point puisque venant du Dieu. Il a aussi créé l'homme en lui donnant son libre arbitre afin qu'il puisse toujours choisir ce qu'il a à faire entre le bien et le mal. Tout homme est l'ouvrier du Dieu pour transfigurer le monde. Les trois commandements zoroastriens sont : « bonne pensée », « bonne parole », « bon acte », mais dans le monde, il n'y a qu'une voie, c'est la voie de la « droiture ».Les zoroastriens admettent une vie après la mort et un jugement des âmes; chaque être humain étant jugé selon ses mérites. Le fravahr est un des symboles de la doctrine de Zoroastre : c'est l'esprit de l'homme pré-existant à sa naissance et qui perdurera après sa mort et il ne peut se substituer à ce Dieu. Si les bonnes actions l'emportent sur les mauvaises, l'âme monte au ciel par un pont au-delà duquel l'attend le Seigneur de la Lumière. Dans le cas contraire, il s'agit d'une descente en Enfer. Mais lorsqu'enfin l'Enfer lui-même sera purifié, le royaume du Dieu s'installera sur Terre. Il existe donc toujours une possibilité de rédemption réelle des plus « méchants ».
Un autre thème important du zoroastrisme est donc sa promesse d'une vie éternelle après la mort, où les âmes seront départagées lors de la traversée du « Pont de Chinvat », et finissent soit au Paradis, soit en Enfer soit au Purgatoire. La notion de résurrection existe, celle-ci surviendra à la fin des temps avec l'avènement du « Saoshyant » qui rétablira la justice par une régénération du monde. Le zoroastrisme préfigure ainsi l'avènement du christianisme.

~ L'Avesta ~

L’oiseau VAREGHNA représentant la "Xvarnah", la gloire royale, le culte d'Ahura Mazdâ est aniconique.

~ Les Gâthâs ~

La partie la plus ancienne de l'Avesta, le texte sacré des zoroastriens, est constituée d'hymnes, les Gâthâ, censés avoir été composés par Zarathushtra lui-même. Il y apparaît nettement comme un prêtre. Ahura Mazdâ lui aurait donné la mission de rénover l'ancienne religion, s'affirmant comme le seul dieu du Bien, incarnation de la lumière, de la vie et de la vérité. Zarathushtra condamne le culte du haoma (étant entre autres, le culte de sacrifice du Taureau qui est l'animal le plus sacré reconnu par Zarathushtra), Ahura Mazdâ étant immortel par lui-même, ainsi que la pratique des sacrifices sanglants. Il enlève au Feu sa condition divine pour en faire un symbole concret de la Lumière. Ce n'est désormais plus en tant que dieu que le Feu est vénéré, mais en tant qu'aspect éminent d'Ahura Mazdâ. L'enseignement de Zoroastre se présente sous la forme de 17 "hymnes" appelés Gâthâs. Un combat cosmique entre Aša "La Vérité" (pahlavi : Ahlâyîh) et Druj "Le Mensonge" (pahlavi : Druz) est présenté comme base de toute existence. C'est un paradigme comparable au combat entre le "bien" et le "mal", l'"ombre" et la "lumière". Les deux forces en présence sont Ahura Mazdâ (Ohrmazd), alias Dieu, et Ahriman : le Bien et le Mal incarnés. Zoroastre décrit Ahura Mazdâ en une série de questions rhétoriques : « Qui établit la course du Soleil et des étoiles ? », « Qui nourrit et abreuve les plantes ? », « Qui créa l'ombre et la lumière ? », « A travers qui existent l'aurore, le crépuscule et la nuit ? » (Yasna 44, 4-6).
1. Vohu Manu (pahlavi : Wahman), « bonne âme » : le principe du « bon » ;
2. Ašem, après Ašem Vahištem (pahlavi : Ardwahišt) : « droit », vérité et incarnation de ce qui est « vrai », « bon » et « juste », la loi et les règles;
3. Xšaora- Vairya- (pahlavi : Šahrewar) : « meilleure règle », le pouvoir et le royaume d'Ahura Mazdâ, gardien des métaux ;
4. Spanta- Ârmatay-, (pahlavi : Spandarmad) : « pensée sacrée » : l'immortelle incarnation de la Terre ;
5. Haurvatat : « perfection »
6. Ameretatât (pahlavi : Amurdâd) : « immortalité », le gardien de la nourriture et des plantes ;
D'autres immortels de premier plan sont Geush Urvan, défenseur des animaux et Sraôša (pahlavi : Srôš) « Obéissance ».Les Gâthâ parlent des relations entre Ahura Mazdâ et six catégories divines appelées les Amesha Spenta, Immortels Bénéfiques. Ce sont :
~ Vohu Manô : Bonne Pensée.
~ Asha Vahishta : Meilleure Rectitude.
~ Xshathra Varya : Empire Désirable.
~ Spenta Armaiti : Bénéfique Pensée Parfaite.
~ Haurvatât : Intégrité.
~ Ameretât : Non-Mort.
Ces Immortels ne sont pas dissociables les uns des autres dans les Gâthâ et ne sont pas personnifiés. Il ne s'agit pas de polythéisme. Très proche de Vohu Manô, se trouve Spenta Mainyu, l'Esprit Bénéfique, lequel est opposé à Angra Mainyu, l'Esprit Mauvais, incarnation des ténèbres et de la mort. Bien qu'ennemis, ces deux Esprits sont jumeaux. À l'époque des Sassanides, Spenta Mainyu sera identifié à Ahura Mazdâ. Angra Mainyu est aidé par des démons, les daêva. Leur nom provient de l'ancienne dénomination indo-européenne des dieux, prononcée deva en sanskrit et avestique, qui a acquis un sens négatif dans la totalité du monde iranien (en faisant référence à la force du mal gouvernée par Angra Mainyu, avec une double face qui est le symbole du mensonge, contrairement au monde indien qui a gardé son sens positif), donc à une époque assez reculée. N'ayant plus de mots pour désigner les (bons) dieux, les Iraniens ont dû en inventer un autre, qui a été yazata(Yazata signifie "digne d'être adoré"). Les six Amesha Spenta sont qualifiés de yazata.

~ Les Yasht ~

Les autres parties de l'Avesta sont clairement postérieures aux Gâthâ. C'est en particulier le cas d'hymnes appelés les Yasht, où l'on voit resurgir tout un panthéon que Zarathushtra avait voulu éliminer. Ils sont la plus importante source d'information sur la mythologie iranienne. Le dixième Yasht est tout entier dévoué à la glorification de Mithra. Que s'est-il donc passé ? La tentation de Zarathushtra d'imposer une forme d'hénothéisme a-t-elle échoué ? Malgré leur contradiction, les Gâthâ et les textes de l'«Avesta récent» sont vénérés de la même manière par les zoroastriens.
Le pays où Zarathushtra aurait prêché est appelé airyânem vaêjô «le domaine des Aryens» par l'Avesta. Ce n'est pas très riche en renseignements, car Airya possède une vaste signification : c'est l'auto-ethnonyme de tous les Iraniens. Les spécialistes s'accordent à situer ce pays plus précisément dans le Turkestan occidental. Les Gâthâ ont sûrement été composés à une époque pré-Achéménide, donc avant le VIe siècle av. J.-C.. Ils dépeignent une société rurale d'éleveurs et de cultivateurs sédentaires conservant un système de relations claniques et tribales. On y trouve une protestation contre l'apparition d'une élite dominante. L'Avesta connaît le bronze, mais pas le fer. Il convient de remarquer la langue des Gâthâ est si proche de celle du Rig-Veda que leurs locuteurs pouvaient sans doute se comprendre. D'après une école de spécialistes, il n'y a pas de différence fondamentale entre le Rig-Veda et les Gâthâ, le culte d'Ahura Mazdâ étant le résultat d'une lente évolution. Cela permet de nier l'existence de Zarathushtra. À ce sujet, Bernard Sergent a démontré que les épisodes de sa vie, tels qu'ils sont racontés dans les textes iraniens, sont mythiques : ce personnage ne serait rien d'autre que le «modèle» du prêtre indo-européen, modèle d'une telle ancienneté qu'on le retrouve chez les Celtes, en la personne de Merlin (« Merlin et Zarathushtra », Bruxelles, Ollodagos, Actes de la société belge d'études celtiques, Vol. XIX, 2005, pp. 7-50). Dans ce cas, le terme de « mazdéisme » devrait être préféré à celui de « zoroastrisme ».

~ Rites ~

Chez les Zoroastriens les rites sont assez légers : prier cinq fois par jour pour se rappeler que la droiture est une bonne chose, que le bien est une bonne chose; faire une fête une fois par mois, plus cinq jours pour préparer le nouvel an. En se purifiant, prendre le repas avec nappe, nourriture, pains et fleurs. La naissance d'un Parsi n'est pas vraiment accompagnée de rites religieux. Durant son premier anniversaire, il peut effectuer sa Présentation au Temple, où le prêtre le marque au front avec de la cendre du Feu sacré et récite des bénédictions. Ce n'est pas une cérémonie obligatoire, tout au contraire du naojote, qui doit être effectué au maximum à l'âge de 15 ans, tant pour les garçons que pour les filles. C'est l'initiation, qui marque l'arrivée du Parsi à l'âge adulte. Chez lui, et non dans un temple, le Parsi reçoit une tunique blanche, le sudreh, nouée à la taille par un cordon de laine, le kûsti. Un Parsi pieux ne devrait jamais rester sans tunique, et lorsqu'il faut la changer, il devrait réciter des prières appropriées. Sans cette initiation, son âme resterait dans un état en quelque sorte virtuel et il vivrait comme un paria.
Chez les Parsis, le mariage est obligatoire et la stérilité est conçue comme une malédiction. Certains rites remontent au plus lointain passé indo-européen, comme le bain de la mariée. Les Parsis ne se marient qu'entre eux. Ce n'est pas une coutume nouvelle : dans la Perse sassanide, il était interdit d'épouser un non-zoroastrien. Bien plus, le contact avec des « infidèles » est source de souillures. Si l'on a mangé de la nourriture préparée par un non-zoroastrien ou si l'on a effectué un voyage, il est nécessaire d'effectuer des rites de purification. La vie étant conçue comme un don d'Ahura Mazdâ, la mort ne peut être considérée qu'avec horreur. On pense que la décomposition du corps est l'œuvre d'un démon. Des Parsis formant une sorte de caste, les Nasâlâsar sont chargés d'emmener les morts dans des « Tours du Silence », appelées dakhmâ par les Parsis. Les défunts y sont déposés, dénudés, afin d'y être dévorés par les vautours, de façon à ne pas souiller la terre, par inhumation, et le feu, par crémation. Leurs parents les accompagnent jusqu'à la Tour mais n'y entrent pas. Ils se rassemblent dans une petite chapelle bâtie à proximité de la Tour et y récitent des prières. L'âme du mort reste trois jours dans la Tour. Le quatrième jour, elle la quitte, mais elle doit alors franchir un pont. Il se produit une sorte de jugement : l'âme du juste franchit le pont et accède à la Maison des chants, tandis que celle du méchant tombe dans les Enfers. Cependant, toutes les âmes jouiront de l'instauration d'un Paradis terrestre consécutive à la victoire d'Ahura Mazdâ sur l'Esprit du Mal. Il s'agit d'une résurrection qui diffère de celle des chrétiens. L'enfer des zoroastriens est donc plutôt un purgatoire où l'on attend sa résurrection. La pratique du décharnement des corps remonte à un lointain passé et se retrouve dans les hauts villages du Tibet.

~ Le zoroastrisme et la société ~

Dans la doctrine de Zoroastre toute personne doit répondre de ses actes par la bonne pensée, or la bonne pensée est directement liée à la culture, les adeptes de cette doctrine ne doivent donc pas mettre en œuvre une parole quelconque de Zoroastre qui ne correspondrait pas à la science moderne. Les préceptes de Zoroastre sur la morale collective et les liens qui attachent les hommes restent encore aujourd'hui d'actualité, alors que la plupart des religions ne leur ont pas accordé d'importance. Par exemple :

~ L'égalité des hommes et des femmes a été soulignée à maintes reprises dans les Gathas et réalisée dans l'histoire de la Perse antique par l'avènement au pouvoir de femmes telle que Pourandokht.
~ Préserver la pureté de l'eau, de la terre, de l'air et du feu est un autre précepte des adeptes de cette doctrine.
~ L'esclavage et la soumission de l'être humain, présents dans d'autres religions, sont complètement rejetés dans la doctrine de Zoroastre.
~ Cette doctrine met l'accent sur l'importance de la récolte et rejette toute idée de paresse, de vivre au crochet d'autrui, de voler le bien d'autrui. Chacun doit vivre de ses efforts et pouvoir bénéficier de sa propre récolte.
~ L'idolâtrie, l'adoration de la pierre ou tout autre lieu construit, sont prohibées dans la pensée de Zoroastre. La maison de Dieu n'est pas celle construite par l'homme mais le cœur et l'esprit de ce dernier.
~ Aucune oppression ne peut être admise à l'égard des hommes, et si nécessaire, il faut se soulever pour l'éliminer.
~ Aucun mal ne doit être commis à l'égard des animaux et leur sacrifice doit être considéré comme un crime des hommes à l'égard des animaux.
Le calendrier était zoroastrien. Chaque mois était divisé en deux périodes de 7 jours et deux périodes de 8 jours, donc en 30 jours qui portaient tous des noms de divinités. Ces quatre périodes commençaient respectivement par les jours d'Ohrmazd, d'âdhur (le Feu), de Mihr (Mithra) et de Dên, la religion mazdéenne personnifiée (Dên mazdayasn, aussi appelée Bêdukht « fille de Dieu »). On voit que l'hénothéisme de Zarathushtra n'était pas plus vivant dans la Perse sassanide qu'aux époques antérieures, et cela d'autant plus que les rois des rois continuaient à vénérer Mithra. Cependant, six jours de la première période portaient les noms des Amesha Spenta. Elle s'achevait par le jour Dadhv « le Créateur »(Ohrmazd), qui clôturait également les deux périodes suivantes.
Le principe de ce découpage est décrit dans le chapitre III du Bundahishn «la Création Originelle», ouvrage probablement compilé à la fin de la dynastie des Sassanides (au VIIe siècle). C'est un traité qui parle de cosmologie, d'astronomie et d'eschatologie, et qui donne également des listes de rivières, de montagnes et de plantes. Les douze mois portaient également des noms de divinités. On y reconnaît les noms des Amesha Spenta :
1. Fravardîn (les fravarshi)
2. Urdvahisht (Asha Vahishta)
3. Khvardâdh (Haurvatât)
4. Tir (Tishtrya, le dieu des Pluies)
5. Amurdâdh (Ameretât)
6. Shahrêvar (Xshathra Vairya)
7. Mihr
8. Âbhan (« les eaux », Anâhitâ)
9. Âdhur
10. Dadhv
11. Vahman (Vohu Manô)
12. Spandarmadh (Spenta Armaiti)
Les fravarshi étaient des esprits tutélaires des morts, la partie protectrice de leurs âmes, qui revenaient durant les cinq derniers jours de l'année. C'était alors la fête de Fravardîghân, aussi appelée Hamaspathmaêdaya. Il s'agissait de cinq jours supplémentaires, nommés d'après les noms des cinq Gâthâ qui s'ajoutaient aux 12 mois de 30 jours. Cette fête, au caractère carnavalesque, était suivie par le Naurûz, le Nouvel An, le 1er Fravardîn. Malgré la conversion des Perses à l'islam et l'adoption du calendrier musulman, le Naurûz est toujours resté vivant. Il est célébré à l'équinoxe du printemps. Une autre grande fête était celle de Mihr, Mihrgân, au jour de Mihr (le 16e) du mois de Mihr. Elle avait lieu à l'automne et coïncidait avec le début de l'année avant l'époque des Sassanides. On peut également mentionner six fêtes de cinq jours réparties sur toute l'année, le Hamaspathmaêdaya étant la dernière. On les appelait les Gâhanbâr (phases de création). Tout temple, quel que soit le dieu (ou les dieux) auxquels il était consacré, comprenait un autel du feu. Il était placé dans une pièce sombre, afin que le feu sacré ne fût pas touché par les rayons du soleil. Les prêtres l'entretenaient selon un rituel extrêmement strict. Trois temples jouaient un rôle majeur : celui du Feu de Farnbagh, qui se serait trouvé dans la ville de Kâriyân (région du Fars), celui du Feu de Gushnasp, à Gandjak dans l'actuel Azerbaïdjan, et celui du Feu de Burzên-Mihr, au nord-ouest de Nishapur. Ces feux étaient respectivement celui des prêtres, celui des rois et celui des agriculteurs. Ils correspondent aux trois fonctions reconnues par Georges Dumézil chez tous les peuples indo-européens : la fonction cléricale, la fonction guerrière (à laquelle se rattachaient les rois) et la fonction de production. Ainsi, l'Avesta récent reconnaît trois états, celui des prêtres, celui des guerriers et celui des agriculteurs. Quand un empereur montait sur le trône, il effectuait une visite solennelle au Feu de Gushnasp. Il lui demandait également son aide pour vaincre ses ennemis.

~ Les Parsis ~

Les Arabes entreprirent la conquête de la Perse à partir de 636. La dynastie sassanide s'effondra en 651 à la mort de son dernier souverain, Yazdgird III. Les Perses, contraints par les envahisseurs Arabes, abandonnèrent le culte zoroastrien au profit de l'islam ; seules Yazd et Kerman, au centre du plateau iranien, demeurèrent des fiefs de leur ancienne religion. Les Arabes appelèrent ces zoroastriens des Gaur «Infidèles», terme qui est devenu Guèbres en France. Aujourd'hui, il en resterait environ 30 000, dont 6 000 à Yazd. Cependant, de nombreux pratiquants s'installèrent dans le nord de l'Inde actuelle où ils sont connus sous le nom de Pârsî. Ce terme n'est qu'une traduction en perse, du mot Persan. Aujourd'hui, les deux tiers de la communauté se trouvent à Mumbai.

Source : http://www.fmgeneration.be/article86.html

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Mithraïsme : Information catholique

7 Novembre 2012 , Rédigé par JP Arendzen. Publié dans #spiritualité

Une religion païenne consistant principalement le culte de l'ancienne langue indo-iranienne Mithra dieu Soleil. Il est entré en Europe en provenance d'Asie Mineure après la conquête d'Alexandre, se propagent rapidement sur tout l'Empire romain au début de notre ère, atteint son apogée au cours du troisième siècle, et disparut en vertu des règlements répressifs de Théodose à la fin du quatrième siècle. Ces derniers temps les recherches de Cumont ont mis en évidence en raison principalement de sa similitude supposée au christianisme.

ORIGINE

L'origine du culte de Mithra des dates à partir du moment que les Hindous et les Perses encore formé un seul peuple, pour le dieu Mithra se produit dans la religion et les livres sacrés des deux courses, c'est à dire dans les Védas et dans l'Avesta. Dans les hymnes védiques, il est fréquemment mentionné et est presque toujours associé à Varuna, mais au-delà de la survenance nus de son nom, on sait peu de lui (Rigveda, III, 59). Il est conjecturé (Oldenberg, «Die" Religion des Veda, «Berlin, 1894) que Mithra était le soleil levant, Varuna le soleil couchant, ou Mithra, le ciel diurne, Varuna, le ciel la nuit, ou le le soleil, l'autre la lune En tout cas, Mithra est une divinité solaire, la lumière ou de quelque sorte;.. mais dans les temps védiques la mention vague et général de lui semble indiquer que son nom était un peu plus d'une mémoire dans l'Avesta, il est beaucoup plus d'une divinité vivante et la décision que dans la piété indienne; néanmoins, il est non seulement secondaire à Ahura Mazda, mais il n'appartient pas aux sept vertus personnifiés ou Amshaspands qui entourent immédiatement Ahura, il n'est qu'un Yazad, un quartier populaire . demi-dieu ou le génie L'Avesta donne cependant nous sa position seulement après la réforme zoroastrienne, les inscriptions des Achéménides (septième à quatrième siècle avant J.-C.) lui attribuer amuch endroit plus élevé, le nommant immédiatement après Ahura Mazda et l'associant à l'Anaïtis déesse (Anahata ), dont le nom précède parfois le sien. Mithra est le dieu de la lumière, Anaïtis la déesse de l'eau. Indépendamment de la réforme zoroastrienne, Mithra conservé sa place de premier plan dans la divinité du nord-ouest des hauts plateaux iraniens. Après la conquête de Babylone ce culte persique est entré en contact avec l'astrologie chaldéenne et avec le culte national de Marduk. Pour une fois, les deux clergés de Mithra et Marduk (mages et chaldaei respectivement) ont coexisté dans la capitale et mithraïsme beaucoup emprunté à ces relations. Cette mithraïsme modifiés voyagé loin nord-ouest et est devenu le culte d'Etat d'Arménie. Ses dirigeants, soucieux de réclamation de descente des rois glorieux du passé, adopté Mithridate comme leur nom royal (donc cinq rois de Géorgie, et Eupator du Bosphore). mithraïsme alors entré en Asie Mineure, en particulier le Pont et la Cappadoce. Ici, il est entré en contact avec le culte phrygien d'Attis et Cybèle à partir de laquelle elle a adopté un certain nombre d'idées et de pratiques, mais apparemment pas les obscénités brute du culte phrygien. Cette phrygien-chaldéenne-indo-iraniennes la religion, dans laquelle l'élément iranien est resté prédominant, est venu, après la conquête d'Alexandre, en contact avec le monde occidental. hellénisme, cependant, et surtout la Grèce elle-même, est resté remarquablement exempt de son influence. Lorsque finalement les Romains prirent possession du royaume de Pergame , occupait l'Asie Mineure et stationnés deux légions de soldats sur l'Euphrate, le succès du mithraïsme dans l'Ouest a été sécurisé Il se propager rapidement à partir du Bosphore à l'Atlantique, de l'Illyrie à l'Angleterre Ses apôtres étaient avant tout des légionnaires;.. Par conséquent, il répandit d'abord pour les gares frontières de l'armée romaine.

Le mithraïsme était catégoriquement une religion soldat: Mithra, son héros, était surtout une divinité de la fidélité, la virilité, et la bravoure, le stress, il mis sur la bonne camaraderie et de fraternité, de son exclusion des femmes, et le lien secret parmi ses membres ont suggéré l'idée que le mithriacisme était Maçonnerie parmi les soldats romains. Dans le même temps les esclaves de l'Est et les commerçants étrangers maintenu sa propagande dans les villes. Lorsque mages venant de roi Tiridate d'Arménie, avait adoré dans Nero une émanation de Mithra, l'empereur voulait être initié dans leurs mystères. Comme mithraïsme passé comme un culte phrygien elle a commencé à participer à la reconnaissance officielle dont le culte phrygien avait longtemps joui à Rome. L'empereur Commode a été publiquement lancée. Son plus grand dévot a toutefois été le fils d'une prêtresse impériales du dieu-soleil à Sirmium en Pannonie, Valériane, qui selon le témoignage de Flavius ​​Vopiscus, n'a jamais oublié la grotte où sa mère l'a initié. A Rome, il a établi un collège de prêtres soleil et ses monnaies portent la légende «Sol, Dominus Imperii Romani". Dioclétien, Galère et Licinius construit à Carnuntum sur le Danube un temple à Mithra avec la dédicace: «Fautori Imperii Sui". Mais avec le triomphe du christianisme mithraïsme venu à une fin soudaine. Sous Julien qu'il a eu avec d'autres cultes païens une brève renaissance. Les païens d'Alexandrie lynché George arienne, évêque de la ville, pour tenter de construire une église sur une grotte près de la ville de Mithra. Les lois de Théodose Ier a signé son arrêt de mort. La paroi mages leurs grottes sacrées, et Mithra a pas de martyrs pour rivaliser avec les martyrs qui sont morts pour le Christ.

DOCTRINE

Le premier principe ou la plus haute fonction de Dieu était mithraïsme "Temps infini», ce qui a été appelé Aion ou saeculum, Kronos ou Saturne. Cette Kronos n'est autre que Zervân, une ancienne conception iranienne, qui a survécu le dualisme de Zoroastre forte, car Zervân était père de deux Ormuzd et Ahriman et relié les deux opposés dans une unité supérieure et était toujours adoré un millier d'années plus tard par les manichéens . Ce temps personnifié, ineffable, sans sexe, sans passion, était représenté par un monstre humain, avec la tête d'un lion et un serpent enroulé sur son corps. Il portait un sceptre et la foudre comme dieu souverain et tenu dans chaque main une clé en tant que maître des cieux. Il avait deux paires d'ailes pour symboliser la rapidité du temps. Son corps était couvert de signes zodiacaux et les emblèmes des saisons (soit astrologie chaldéenne combiné avec Zervanisme). Ce premier principe ciel engendra et la Terre, qui à son tour engendra son fils et l'égalité, l'océan. Comme dans la légende européenne, le Ciel ou Jupiter (Oromasdes) succède à Kronos. La Terre est le Armaiti Spenta des Perses ou le Juno de l'westerns, Océan est Apam-Napat ou Neptune. Les noms persans ne sont pas oubliés, bien que les grecs et les romains étaient habituellement utilisées. Ahura Mazda et Spenta Armaiti a donné naissance à un grand nombre de divinités secondaires et des héros: Artagnes (Hercule), Sharevar (Mars), Atar (Vulcain), Anaïtis (Cybèle), et ainsi de suite. D'un autre côté il y avait Pluton, ou Ahriman, également engendré de temps infini. Le Mal incarné augmenté avec l'armée des ténèbres à Oromasdes attaque et détrôner. Ils ont cependant été rejetées dans l'enfer, d'où ils s'échappent, se promener sur le visage de la terre et affligent l'homme. Il est du devoir de l'homme d'adorer les quatre éléments simples, eau et feu, air et terre, qui dans les principaux sont des amis de l'homme. Les sept planètes étaient des divinités bienfaisantes même. Les âmes des hommes, qui ont tous été créés ensemble dès le début et qui avait à la naissance, mais de descendre du ciel empyrée aux organes préparés pour eux, ont reçu des sept planètes leurs passions et leurs caractéristiques. Ainsi les sept jours de la semaine ont été consacrées aux planètes, sept métaux étaient sacrés pour eux, sept rites d'initiation ont été faites pour parfaire le Mithraist, et ainsi de suite. Comme les mauvais esprits toujours en embuscade pour l'homme malheureux, il a besoin d'un ami et sauveur qui est Mithra. Mithra est né d'une roche-mère par une rivière sous un arbre. Il est venu dans le monde avec le bonnet phrygien sur la tête (d'où sa désignation comme Pileatus, l'Unique plafonné), et un couteau dans sa main. Il est dit que les bergers regardé sa naissance, mais comment cela pourrait être, étant donné qu'il y avait pas d'hommes sur terre, n'est pas expliquée. Le premier héros-dieu donne bataille pour le soleil, conquiert lui, le couronne avec des rayons et fait de lui son ami éternel et collègues; non, le soleil devient en un sens de Mithra double, ou encore son père, mais Hélios Mithra est un dieu. Suit alors le combat entre Mithra et le taureau, le dogme central du mithraïsme. Ahura Mazda avait créé un taureau sauvage qui Mithra poursuivi, a surmonté, et traîné dans sa caverne. Ce voyage pénible lutte avec le taureau vers la grotte est le symbole de troubles de l'homme sur terre. Malheureusement, le taureau s'échappe de la caverne, après quoi Ahura Mazda envoie un corbeau avec un message à Mithra à trouver et il tuera. Mithra obéit à contrecoeur, et plonge son poignard dans le taureau comme il retourne à la grotte. Chose étrange, le corps du taureau mourir produit toutes les plantes saines et les herbes qui couvrent la terre, de sa moelle épinière du maïs, de son sang de la vigne, etc Le pouvoir du mal envoie ses créatures impures afin de prévenir ou de poison de ces productions, mais en vain. Du taureau procéder tous les animaux utiles, et le taureau, se résigner à la mort, est transporté vers les sphères célestes. L'homme est maintenant créé et soumis à l'influence néfaste d'Ahriman sous la forme de sécheresses, déluges, et les incendies, mais est sauvé par Mithra. Enfin l'homme est bien établie sur les rendements terre et au ciel Mithra. Il célèbre un dernier repas avec Hélios et ses autres compagnons, est pris dans son char de feu à travers l'océan, et maintenant dans le ciel protège ses partisans. Pour la lutte entre le bien et le mal continue dans le ciel entre les planètes et les étoiles, et sur la terre dans le cœur de l'homme. Mithra est le médiateur (Mesites) entre Dieu et l'homme. Cette première fonction provenait du fait que le dieu de lumière, il est censé flotter à mi-chemin entre le ciel et la terre supérieure. De même, un dieu-soleil, sa planète était censée occuper la place centrale parmi les sept planètes. L'aspect moral de sa médiation entre Dieu et l'homme ne peut être prouvée à l'ancienne. Comme dualistes mazdéenne mithriastes ont été fortement incliné vers l'ascétisme; abstention de nourriture et de la continence absolue leur semblait noble et louable, mais pas obligatoire. Ils se sont battus du côté de Mithra contre toute impureté, contre tout le mal dedans et dehors. Ils croyaient en l'immortalité de l'âme, après la mort des pécheurs ont été traînés hors de l'enfer; le juste passé à travers les sept sphères des planètes, à travers sept portes ouvrant sur un mot mystique à Ahura Mazda, laissant à chaque planète une partie de leur faible l'humanité jusqu'à ce que, comme de purs esprits, ils se tiennent devant Dieu. A la fin de l'Mithra monde va descendre à terre sur un autre taureau, dont il sera le sacrifice, et le mixage de son gras avec vin sacré, il fera tous les boire la boisson de l'immortalité. Il aura ainsi prouvé qu'il était Nabarses, c'est à dire «jamais vaincu".

CULTE

Il y avait sept degrés d'initiation dans les mystères de Mithra. L'un consacré (myste) est devenu en corbeau succession (corax), occulte (cryphius), soldat (miles), Lion (Leo), persan (Persès), solaire messager (heliodromos), et le père (pater). Dans les occasions solennelles, ils portaient un habit approprié à leur nom, et poussa des sons ou des gestes effectués en conformité avec ce qu'ils personnifiée. "Certains battent des ailes comme les oiseaux en imitant le bruit d'un oiseau, d'autres comme les lions rugissent», dit le Pseudo-Augustin (Quaest. Vet. Test de N.. En PL, XXXIV, 2214). Corbeaux, occulte et de soldats formés les ordres inférieurs, une sorte de catéchumènes; lions et ceux admis aux degrés les autres étaient des participants des mystères. Les pères mené le culte. Le chef des pères, une sorte de pape, qui a toujours vécu à Rome, a été appelé «Pater Patrum" ou Pater Patratus. «Les membres ci-dessous le degré de pater appelé un de l'autre« frère », et les distinctions sociales ont été oubliées dans l'unité de Mithra . Les cérémonies d'initiation pour chaque diplôme doit avoir été élaborée, mais ils ne sont que vaguement connues -. lustrations et baignades, branding avec métal chauffé au rouge, l'onction avec du miel, et d'autres un repas sacré a été célébrée du pain et du jus d'haoma qui dans le vin l'Ouest a été substitué. Ce repas était censé donner aux participants la vertu surnaturelle. mithriastes adoré dans des grottes, dont un grand nombre ont été trouvés. Il y avait cinq à Ostie seuls, mais ils étaient petits et pourrait peut-être maintenir au plus 200 personnes. Dans l'abside de la grotte était la représentation en pierre de tuer le taureau de Mithra, une sculpture en général de valeur artistique médiocre et toujours après le même modèle Pergamean. La lumière est tombé en général par des ouvertures dans le haut comme les grottes ont été près de la surface du sol. monstruosité hideuse représentant Kronos a également été démontré. Un feu a été maintenu perpétuellement brûle dans le sanctuaire. Trois fois par jour la prière a été offerte au soleil vers l'est, le sud ou l'ouest en fonction de l'heure . dimanche a été sanctifié en l'honneur de Mithra, et le seizième jour de chaque mois était sacré pour lui en tant que médiateur. Le Décembre 25 a été observé comme jour de son anniversaire, le natalis invicti, la renaissance de l'hiver-soleil, conquise par les rigueurs de la . saisons Une communauté mithriaque n'était pas simplement une congrégation religieuse, elle était un corps social et juridique avec ses decemprimi, magistri, curatores, defensores et patroni Ces communautés ne permettait aucune des femmes en tant que membres femmes pourraient se consoler en formant associtions à adorer Anaïtis.. -Cybèle;. mais si ces ont été associés à Mithra semble douteux Aucune preuve de l'immoralité des pratiques ou obscène, si souvent liée à ésotériques cultes païens, n'a jamais été établie contre mithraïsme, et aussi loin que peut être établie, ou plutôt il avait conjecturé une . élévatrice et stimulante effet sur ses disciples d'une remarque de chance de Tertullien (De Praescriptione, xl) que nous recueillons que leur «Pater Patrum" n'a été autorisée à se marier une fois, et que le mithriacisme avait son virgines et continentes, tels du moins semble l' meilleure interprétation de ce passage. Si, toutefois, la liturgie de Mithra Dieterich soit vraiment une liturgie de cette secte, comme il entretient habilement, sa liturgie ne peut nous frapper comme un mélange de grandiloquence et de charlatanisme dans lequel le myste doit tenir ses côtés, et rugissement au maximum de sa puissance jusqu'à ce qu'il soit épuisé, à siffler, claquer ses lèvres, et à prononcer des syllabes barbares agglomérations que les différents signes mystiques pour le ciel et les constellations sont dévoilés pour lui.

Rapport au christianisme

Une similitude entre Mithra et le Christ, même frappé les premiers observateurs, tels que Justin, Tertullien, et d'autres Pères, et dans la période récente a été demandé de prouver que le christianisme n'est qu'une adaptation du mithraïsme, ou tout au plus le résultat des mêmes idées religieuses et aspirations (par exemple, Robertson, «Christs païens", 1903). Contre cette procédure erronée et non scientifique, qui n'est pas approuvé par la plus grande autorité vivante sur le mithraïsme, les considérations suivantes doivent être présentées. (1) Nos connaissances concernant mithraïsme est très imparfaite; quelque 600 inscriptions brèves, principalement dédicatoire, quelque 300 souvent fragmentaires, exigus, des monuments presque identiques, quelques références occasionnelles dans les Pères ou Actes des martyrs, et une polémique contre le mithraïsme brève qui l'Eznig arménienne environ 450 probablement copié à partir de Théodore de Mopsueste (d. 428) qui a vécu lors mithraïsme était presque une chose du passé - ce sont nos seules sources, sauf si nous incluons l'Avesta dans lequel Mithra est en effet mentionné, mais qui ne peuvent pas une autorité pour mithraïsme romaine avec laquelle le christianisme est comparé. Notre connaissance est surtout ingénieuse conjecture; du fonctionnement réel intérieure du mithraïsme et le sens dans lequel il a été compris par ceux qui le professent à l'avènement du christianisme, nous ne savons rien. (2) Certaines similitudes apparentes existent, mais dans un certain nombre de détails, il est fort probable que le mithriacisme était l'emprunteur du christianisme. Tertullien environ 200 pouvait dire: «hesterni sumus et vestra omnia implevimus" ("nous sommes d'hier, pourtant votre monde entier est plein d'entre nous»). Il n'est pas naturel de supposer qu'une religion qui a rempli le monde entier, devrait avoir été copié au moins dans certains détails par une autre religion qui était très populaire au cours du troisième siècle. Par ailleurs, les ressemblances sont superficielles souligné et externes. La similitude des mots et des noms n'est rien, c'est le sens qui compte. Durant ces siècles, le christianisme a été inventant ses propres termes techniques, et a naturellement pris les noms, termes et expressions courantes en ce jour, et ainsi de ne mithraïsme. Mais sous des conditions identiques de chaque système de pensée de ses propres pensées. Mithra est appelé un médiateur, et est ainsi le Christ, mais Mithra origine que dans un sens cosmogonique ou astronomiques; le Christ, étant Dieu et homme, est par nature le Médiateur entre Dieu et l'homme. Et dans bien des cas similaires. Mithraïsme avait une Eucharistie, mais l'idée d'un banquet sacré est aussi vieille que la race humaine et existait à tous les âges et parmi tous les peuples. Mithra a sauvé le monde en sacrifiant un taureau, le Christ en se sacrifiant. Il n'est guère possible de concevoir une différence plus radicale que celle entre Mithra taurochtonos et Christ crucifié. Christ est né d'une Vierge, il n'ya rien à prouver que le même a cru de Mithra né de la roche. Christ est né dans une grotte, et Mithraistes adoré dans une grotte, mais Mithra est né sous un arbre près d'une rivière. Tout comme été faite de la présence de bergers adorant, mais leur existence sur des sculptures n'a pas été prouvée, et considérant que l'homme n'avait pas encore paru, il est un anachronisme à supposer leur présence. (3) Le Christ a été un personnage historique, récemment né dans une ville bien connue de la Judée, et crucifié sous un gouverneur romain, dont le nom figurait dans les listes ordinaires officiels. Mithra était une abstraction, une personnification même pas du soleil mais de la lumière du jour diffuse; son incarnation, si l'on peut être appelé, était censé avoir eu lieu avant la création de la race humaine, avant tout l'histoire. Les petites congrégations Mithra étaient comme les loges maçonniques pour quelques-uns et pour les hommes seulement, et même ceux qui la plupart du temps d'une classe, les militaires; une religion qui exclut la moitié de la race humaine n'est pas comparable à la religion du Christ. Mithraïsme était complète et tolérante de tout culte autre, le Pater Patrum lui-même était un adepte dans un certain nombre d'autres religions, le christianisme était essentiel exclusif, condamnant toutes les autres religions dans le monde, seul et unique dans sa majesté.

Source : http://mb-soft.com/believe/tfhm/mithrais.htm

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La doctrine et la philosophie de Zoroastre

6 Novembre 2012 , Rédigé par Dr. Bahram Varza Publié dans #spiritualité

Il existe actuellement quelque 200 000 zoroastriens à travers le monde dont la plupart, soit environ 100 000, vivent en Inde où ils sont connus sous le nom de persans. La plupart d’entre eux se sont émigrés en Iran au cours du IXe siècle, suite aux persécutions qu’ils subissaient de la part des Iraniens ignorants. Aujourd’hui encore, les Iraniens ignorent les fondements et les principes du zoroastrisme et considèrent les adeptes du zoroastrisme comme des adorateurs du feu, des impurs, au même titre que les juifs et les chrétiens. ( voir le Koran Sura 9 "Al Tauba" Ayeh 5 et 29 et 123)
Les Occidentaux ignorent encore davantage le zoroastrisme et leur seule référence au Zoroastre, reste l’ouvrage de l’éminent philosophe allemand, Nietsche, et son ouvrage, Ainsi dit Zaratustra. Compte tenu de ce qui vient d’être dit, il convient de décrire cette philosophie à la quelle croyaient les ancêtres des Iraniens et qui constituait, durant des siècles, les fondements de leur système de vie et de leur culture. Ceci permettra également d’étaler la véritable essence de la philosophie et de la doctrine de Zoroastre et de rejeter les préjugés dont elles en sont victimes.

Le premier monothéisme du monde relaté par l’histoire était-il une philosophie ou une religion ?

Il est relativement facile de répondre à cette question. En effet, une simple recherche à travers la doctrine de Zoroastre permet de constater que ce penseur ne s’est jamais présenté comme un intermédiaire entre Dieu et les êtres humains. Il n’a jamais prétendu être un prophète ayant des contacts avec un Dieu dont le territoire s’étale sur 36 milliards d’années-lumière. Pour avoir une idée des dimensions de ce territoire, il faut indiquer que la vitesse de la lumière est de 300 000 km par seconde et que la lumière traverse 946 trillions de kilomètres par an. L’étendue de ces chiffres dépasse l’esprit humain. Il suffit simplement d’indiquer que pour atteindre le chiffre de 36 milliards un compteur doit fonctionner sans arrêt pendant 1000 ans. Zoroastre n’a jamais établi des préceptes détaillés pour ses adeptes, il leur a seulement fourni des directives générales, leur laissant le soin de distinguer, de par leur intelligence, la bonne action et de découvrir eux-mêmes l’existence du Créateur ayant créé la terre et le ciel. Par conséquent, si on considère un prophète comme adjoint de Dieu, Zoroastre n’en a pas été un, et sa doctrine ne peut être considérée comme une religion. En revanche, il a été un penseur qui, par son intelligence, a découvert l’existence de Dieu sans pour autant prétendre être son porte-parole.

L’époque et le lieu de vie de Zoroastre

La disparition des documents historiques, en particulier après les invasions d’Alexandre et des Arabes et la destruction des bibliothèques, a fait que nous ne possédons pas de preuves irréfutables concernant l’époque et le lieu de vie de Zoroastre. Dans le passé, certains chercheurs prétendaient qu’il vivait 6000 ans av. J.-C. Aujourd’hui on avance le chiffre de 4000 ans. Son lieu de naissance n’est pas connu même si certains chercheurs avancent l’idée qu’il vivait dans une des villes de Khorassan, Nichabour, Balkh ou Harat.
Il s’avère des Gathas, seuls vestiges des poèmes de Zoroastre, que, persécuté par les religieux de son époque, il dut quitter son lieu de naissance pour se réfugier auprès d’un des souverains de l’époque, Gashtasb, où il put convaincre ce dernier de monothéisme.

Quels ont été les raisons de la révolte de Zoroastre contre les croyances et les rites religieuses de son époque, c’est-à-dire contre le mithraïsme ?

A travers les tablettes datant de l’époque de Cyrus le Grand, imprégnée de la pensée de Zoroastre, on peut apercevoir qu’il considérait Ahuramazda comme créateur de la terre et du ciel et l’adorait. De même, selon le témoignage de Hérodote, historien grecque, les Iraniens de l’époque étaient monothéistes et critiquaient le polythéisme. Ceci constitue la raison du soulèvement de Zoroastre contre le mithraïsme, religion des Iraniens avant lui et qui n’était pas monothéiste. De même il haïssait la tradition de sacrifice des animaux, très courant dans le mithraïsme. Il condamnait également la consommation de boissons enivrantes “ Haoma ” qui empêche l’homme de réfléchir avec clarté et qui avait cours dans le mithraïsme. Pour ces raisons, muni de sa philosophie et de sa doctrine, Zoroastre se souleva contre le mithraïsme.

Les fondements de la doctrine de Zoroastre

Zoroastre a fondé sa doctrine sur la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action. Il s’était rendu compte que toute l’évolution du monde était basée sur l’action et la réaction. Car la réponse à toute attitude charitable était la bonne action. Par conséquent dans la société si les gens s’adonnent à la bonté ils ne récolteront que la bonté et s’ils se livrent à la méchanceté, ils seront envahis par le mal. Par conséquent un voleur ne doit pas s’étonner à devenir lui-même victime de vol et subir la rancune. Zoroastre n’a jamais adoré un Dieu qui aurait instauré sur terre son appareil de commerce, échangeant des parcelles du paradis avec ses créatures. Son créateur n’est pas un marchand et n’a nul besoin de l’adoration de ses créatures. Le Créateur de Zoroastre est le guide de ses créatures pour qu’ils connaissent une existence agréable, remplie de bonté. C’est pourquoi la doctrine de Zoroastre est fondée sur la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action. Et parce que dans cette doctrine toute personne munie de la bonne pensée doit choisir librement la juste voie, et que la culture et l’intelligence de l’homme constitue la partie la plus importante de la bonne pensée, par conséquent, les adeptes de cette doctrine doivent se forcer à acquérir les sciences et la culture de leur époque. Ainsi, la philosophie et la doctrine de Zoroastre resteront à jamais dynamiques et à l’abri de toute tendance rétrograde.

Fravahr

Fravahr est un des symboles de la doctrine de Zoroastre. Très succinctement, on peut indiquer que Fravahr est l’esprit de l’homme pré-existant à sa naissance et qui perdurera après sa mort. Il ne peut se substituer au Dieu ou à Ahouramazda. Certains auteurs ne veulent pas admettre que, contrairement à la plupart des religions, Zoroastre n’a pas conçu une figure ou une statue pour le Créateur. Aucune partie des Gathas ne fait allusion au visage de Ahuramazda. Dans Yasna 31, 8, il affirme :

“ Ô Mazda, lorsque je t’ai cherché avec mon intelligence et je t’ai regardé avec mon cœur, j’ai compris que tu es le début et la fin de toute chose, tu es la source de l’intelligence, tu es le créateur de la vérité et de la pureté et tu es le juge des actes de tous. ”

Pour assouvir leurs objectifs douteux, ces auteurs qualifient le zoroastrisme d’idolâtrie, utilisant pour argument les tablettes attribuées à un roi sassanide vivant mille ans après Zoroastre.

Il conviendrait que ces chercheurs se penchent sur les écrits de Hérodote, historien grec qui vivait environ 500 ans av. J.-C. Dans son Livre I, chapitre 131, Hérodote écrit :

“ La fabrication d’idoles et la construction de maisons de Dieu sont indécentes en Iran. Ceux qui contreviennent sont traités d’ignorants. À mon avis, contrairement aux Grecs, les Iraniens n’étaient pas attachés aux idoles ”.

Fravahr comportant deux portraits : Sépanta Minou, symbole du bien et Ankaré Minou, symbole du mal, certains ont cru que c’est Ahuramazada qui est en lutte contre Ankaré Minou. Il va de soi qu’un telle conception, fondement de la pensée de Zarvan ne correspond nullement à la philosophie et à la doctrine de Zoroastre et leur porte préjudice. De même certains écrivains reconnaissent Avicenne en tant que savant arabe, tandis que la plupart garde le silence sur le fait que ce fut Darius le Grand qui ordonna de creuser le Canal de Suez. Comme si la pensée iranienne dans le domaine des sciences et de la philosophie était incapable d’atteindre un tel summum.

La description de Fravahr

Il n’existe aucun document historique relatif à Fravahr à l’exception des sculptures retrouvés sur les tablettes de l’Iran antique comme celle de Takht-é-Dhamshid. Par conséquent, nous sommes obligés de nous référer aux paroles des anciens qui nous ont été transmises à travers les siècles.

1) Le visage de Fravahr ressemble à la figure humaine, ce qui est le signe de son attachement à l’être humain.
2) Il comporte deux ailes latérales chacune comportant trois rangées de plumes, symboles de “ la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action ” signes du dynamisme, de l’envol et du progrès.
3) Sa partie inférieure comporte trois éléments, symboles de “ la pensée, la parole et l’action mauvaises ” sources de la décadence de l’homme.
4) Fravahr comporte sur les deux côtés deux spires, symbole des deux forces : Sépanta Minou et Ankaré Minou. La première est dirigée vers le visage et la seconde est située derrière elle. Ceci constitue une autre référence au fait que nous devons nous avancer vers le bien et avoir le dos tourné au mal.
5) Au milieu de Fravahr est tracé un cercle, symbole de l’éternité de l’esprit.
6) Une main de Fravahr est dirigé vers le haut, symbole de l’effort pour atteindre le sublime.
7) Dans son autre main, il détient un anneau dont certains pensent qu’elle exprime l’importance accordée dans cette philosophie à l’alliance et à la fidélité en elle.
Dans la doctrine de Zoroastre, Fravahr ou l’esprit de l’homme comporte deux symboles du bien et du mal. Chacun doit s’efforcer de renforcer la puissance de son Sépanta Minou au détriment de Ankaré Minou. C’est à travers cette lutte que l’esprit humain pourra trouver sa perfection. Par ailleurs, le cercle étant symbole de l’éternité de l’esprit, on peut en conclure que plus les hommes s’efforcent de perfectionner leur esprit, plus celui-ci se trouvera à un niveau élevé dans un autre monde. C’est sur la base de ce précepte, que les Iraniens antiques rejetaient l’idée de deuil, de pleurs et de tristesse pour la disparition de leurs proches. En effet, si on admet que Fravahr ou l’esprit de nos proches entrent dans un monde supérieur après avoir quitté celui que nous connaissons, il faut s’en réjouir même si cette disparition reste amère pour les survivants. Ainsi, dans la doctrine de Zoroastre, chaque personne répond de ses actes en vertu de la nature de son Fravahr. C’est en vertu de cette pensée sublime que Cyrus le Grand ou la plupart des souverains de l’Iran antique, et l’histoire en témoigne, n’ont pas voulu admettre par la force la pensée de Zoroastre aux peuples. Au contraire, ils ont laissé aux peuples le libre choix de leur foi et l’ont respecté. C’est sur la base de cette doctrine que la Charte des droits de l’homme de Cyrus le Grand lors de la conquête de Babylone stipulait : “ Je n’ai autorisé personne à malmener le peuple et détruire la ville. J’ai ordonné que toute maison reste indemne, que les biens de personne ne soient pillés. J’ai ordonné que quiconque reste libre dans l’adoration de ses dieux. J’ai ordonné que chacun est libre dans sa pensée, son lieu de résidence, sa religion et ses déplacements, que personne ne doit persécuté autrui. ”

L’immortalité de Zoroastre

Comme nous l’avons indiqué, le fondement de la doctrine de Zoroastre est constitué par la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action.

À propos de la sincérité chez les Iraniens antiques, on peut lire dans le chapitre 136 du Livre I de Hérodote :

“ Entre l’âge de 5 ans et jusqu’à 20 ans, leurs fils apprennent trois choses, la cavalerie, le tir et la sincérité. ”

De même dans le chapitre 138 :

“ Ils ne prononcent jamais de paroles grossières et ne considèrent rien pire que le mensonge ; après le mensonge, c’est le prêt qu’ils détestent, car ils pensent que ceux qui empruntent seront obligés parfois de mentir ”.

Etant donné que dans la doctrine de Zoroastre toute personne doit répondre de ses actes par la bonne pensée, et que la bonne pensée est directement liée à la culture, par conséquent les adeptes de cette doctrine doivent se soustraire à mettre en œuvre une parole quelconque de Zoroastre qui ne correspondrait pas à la science moderne. Cela constitue un autre aspect des points forts de la pensée de Zoroastre. Cependant, comme le témoignent l’histoire et les spécialistes de cette doctrine, la plupart des préceptes de Zoroastre sur la morale collective et les liens qui attachent les hommes restent encore aujourd’hui d’actualité, alors que la plupart des religions ne leur pas accordé d’importance. Par exemple :
1) L’égalité des hommes et des femmes a été soulignée à maintes reprises dans les Gathas et réalisée dans l’histoire de l’Iran antique par l’avènement au pouvoir de femmes telle que Pourandokht. Il est utile de signaler qu’en 1994, lors de la dernière réunion des pays membres de l’Organisation des Nations-Unies, autour du thème de la “ surpopulation ”, “ l’égalité entre les hommes et les femmes ” a été relevée en tant qu’un des moyens pour enrayer ce danger.
2) Préserver la pureté de l’eau, de la terre, de l’air et du feu est un autre précepte des adeptes de cette doctrine. Dans le chapitre 138 du Livre I, Hérodote souligne le souci des Iraniens à préserver la pureté de l’eau.
3) L’esclavage et la soumission de l’être humain, parfois présents dans d’autres religions, sont complètement rejetés dans la doctrine de Zoroastre.
4) Cette doctrine met l’accent sur l’importance de la récolte. Elle rejette toute idée de la paresse comme il a été souligné dans de nombreux Gathas. La paresse, vivre au crochet d’autrui, vol le bien d’autrui sont fortement condamnés. Quiconque contreviendrait ce précepte serait considéré comme oppresseur et tout le monde a pour devoir de résister face à ces oppresseurs et à lutter pour libérer l’oppressé des mains de l’oppresseurs. Chacun doit vivre suivant ses efforts et bénéficier de sa propre récolte.
5) L’idolâtrie, l’adoration de la pierre ou tout autre lieu construit, sont prohibées dans la pensée de Zoroastre. La maison de Dieu n’est pas celle construite par l’homme mais le cœur et l’esprit de ce dernier.
6) La doctrine de Zoroastre n’admet aucune oppression à l’égard des hommes, elle prêche même qu’il faudrait se soulever pour l’éliminer. De même elle n’accepte pas celle commise à l’égard des animaux et considère leur sacrifice comme un crime des hommes à l’égard des animaux.

L’importance de la lumière et du feu dans la doctrine de Zoroastre

Dans cette doctrine, la lumière et le feu, l’élément le plus pur sur la terre et qui ne peut être sali d’aucune manière, est choisi comme le symbole d’Ahuramazda. C’est ainsi que certains, par ignorance ou par supercherie ont intitulé la doctrine de Zoroastre en tant que celle de l’adoration du feu afin de passer sous silence son aspect monothéiste. Il convient de souligner que ces mêmes ignorants qui veulent limiter la doctrine de Zoroastre en une adoration du feu, admettent eux-mêmes l’importance de la lumière et du feu et allument des bougies dans “ la maison de leur Dieu ”, de même que leur Livre relate la perspicacité du choix de la lumière et du feu.

Le miracle

Le miracle, c’est-à-dire la supercherie, est le fondement de nombreuses religions, propagés par les marchands de religion en vue d’attirer les peuples vers leur commerce. La propagation de l’idée du miracle à travers le temps est un facteur qui finit par ôter toute possibilité de réflexion aux adeptes de ces religions. Il est étonnant de constater que certaines personnes qui, par ailleurs, dans des domaines scientifiques occupent des rangs élevés, et relèvent avec facilité et perspicacité les supercheries des autres religions, sont souvent incapables d’étudier profondément leurs propres croyances religieuses et d’y déceler les vérités. Le lavage de cerveau qu’elles ont subi par les marchands de religion a fait qu’ils admettent dans le domaine de leurs croyances religieuses, des pensées erronées, sans valeur et superstitieuses qui n’ont aucun lien avec la connaissance et la culture. Quant à la question du “ miracle ” dans la doctrine de Zoroastre, il faut souligner que certains adeptes de cette pensée ont cru bon de lui attribuer un miracle et de le nommer “ prophète ” afin de diminuer oppression des musulmans intégristes. Or cela a porté un grave préjudice à cette doctrine. En effet, non seulement, cette action a terni l’image de cette pensée, mais elle n’a pas pu épargner ses adeptes des massacres subis pendant plusieurs siècles de la part des Arabes musulmans. Les Gathas, les seuls survivants des préceptes de Zoroastre, témoignent du fait qu’il ne s’est jamais prétendu être un prophète et que de ce fait il n’avait nul besoin de miracle pour tromper ses adeptes. Ceux qui ont étudié les Gathas et les écrits des historiens antiques, savent bien que le miracle n’a aucune place dans la doctrine de Zoroastre.

Pourquoi la philosophie de Zoroastre a été peu à peu oubliée ?

Il est facile de répondre à cette question. Zoroastre était opposé au commerce avec Dieu pour se pourvoir une place élevée et il rejetait le sacrifice des animaux qui constituait une source de revenus pour les dirigeants religieux. Par ailleurs, dans sa philosophie, il met l’accent sur le fait que chaque être humain poursuit sa perfection uniquement par le biais de la bonne pensée, la bonne parole et la bonne pensée. Il n’a laissé, par conséquent, contrairement à d’autres religions, aucune place aux dirigeants religions de se porter en intermédiaire entre Dieu et les hommes, de leur promettre le paradis et de leur menacer de l’enfer, et de rassembler, au passage, des sommes colossales. Selon Hérodote, Zoroastre enleva à ces marchands de religions, les temples et les maisons de Dieu qui étaient en réalité leurs propres maisons. Aussi, il ne leur restait plus aucun moyen de s’enrichir en profitant de l’ignorance des peuples, ce qui les incita à une intense animosité contre cette doctrine. Après la disparition de Zoroastre, les religieux de l’époque s’efforcèrent d’introduire de nouveaux les anciennes croyances dans sa doctrine afin d’ouvrir le chemin à l’exploitation de leurs adeptes. Ainsi, quelque temps après la mort de Zoroastre, la doctrine de Mithra et d’Anahita resurgit en Iran, de sorte que Xerxès adorait non seulement Ahuramazda mais également Mithra et Anahita et contrairement aux principes de Cyrus et de Darius le Grand, après avoir conquis les Grecs, il ordonna la destruction des temps d’Athènes, ce qui conduisit Alexandre le Macédonien, après la défaite des Acéménides, à ordonner d’incendier Takht-é-Djamshid et les bibliothèques de l’Iran, pensant ainsi détruire la pensée sublime de l’Iran. Par ailleurs, désirant faire profiter les Grecs de la science et de la philosophie des Iraniens, il ordonna de traduire, avant de les faire détruire, un nombre important de traités se trouvant dans les bibliothèques. Ces traités ont constitué une partie des fondements de la science et de la philosophie occidentale.
Les Arabes ont fait de même après l’invasion de l’Iran et la défaite des Sassanides. Partout où ils ont trouvé un traité ou un écrit, ils l’ont détruit par le feu ou par l’eau. Ils ont empêché les Iraniens de parler en farsi afin de les éloigner de leur racine culturelle pour qu’ils leur soit asservis à jamais comme les peuples de l’Egypte et de la Syrie. Or, avant qu’elle soit éteinte, la langue farsi fut ressuscitée par Ferdowsi Toussi. De même, pour assurer leur domination absolue sur les Iraniens, leurs Arabes leur imposèrent l’Islam et, dans ce contexte, ont massacré les Zoroastriens, sous prétexte qu’ils étaient adorateurs du feu. Malheureusement, l’œuvre des Arabes se poursuivit longtemps par les musulmans intégristes. Ce n’est qu’à l’époque de Réza Chah Pahlawie le Grand que fut mis fin à l’oppression contre les Zoroastriens et les adeptes des minorités religieuses en Iran. La parole et la philosophie de Zoroastre retransmis oralement pendant plusieurs siècles, ont été infiltrées des pensées et des préceptes qui n’ont aucun lieu avec les principes fondamentaux de l’enseignement de Zoroastre. Ceci fut principalement l’œuvre des marchands de religion qui recherchaient leurs propres intérêts. Ainsi certaines rites et philosophies des religions de Mithra, Anahita et Zarvan ont été introduites dans cette doctrine et lui ont porté préjudice. Aujourd’hui, les études linguistiques démontrent que de nombreux vestiges d’Avesta n’ont aucun lien avec les préceptes de Zoroastre et qui ont été ajouté à travers le temps. Sans doute, les spécialistes des Gathas et les liturgies de Zoroastre sont parfaitement conscients que les rajouts des ennemis de Zoroastre et des marchands de religion à cette philosophie comme le “ Vendidâd ” ne sont pas admis par les zoroastriens. On percevra la véritable nature de la philosophie de Zoroastre lorsque les linguistes et les chercheurs de la doctrine de Zoroastre purifieront ses liturgies et exploiteront les tablettes des époques de Cyrus et de Darius restées à l’abri des ennemis de l’Iran.

Pourquoi la doctrine de Zoroastre retrouvera sa magnificence ?

Sans doute, avec le développement de la science, de la culture et de l’intelligence, les êtres humains formuleront des questions qui dévoileront les supercheries des marchands de religion. Omar Khayyam, mathématicien, philosophe et poète iranien écrivait :
Sur mon passage, Tu as mis d’innombrables pièges
Tu dis que je te prends dans tes bras dès que j’y mets les pieds
Rien n’échappe à Ta volonté dans ce monde
Tout vient de Toi et Tu m’accuses d’être pécheur
Ou :
On dit qu’au jour du Jugement Dernier il y aura enquête
Et que le Créateur sera sévère
Mais de la Bonté absolue on n’attend que du bien
Ne t’en fais pas la fin sera heureuse
Il répond ainsi aux spéculations des marchands de religion. C’est alors que les esprits intelligents demandent : pourquoi les religieux dans les différentes religions prétendent être les seuls entremetteurs du paradis et avoir été mandatés par Dieu pour vendre des parts de celui-ci aux humains en échange d’une participation pécuniaire. Pourquoi les chefs de file d’une religion prétendent que ceux des autres religions sont des égarés destinés à l’enfer. De même, ces esprits clairvoyants se demandent : pourquoi, Dieu, créateur d’un univers si vaste que l’esprit humain est incapable de délimiter, aurait-il eu besoin de représentant pour guider quelques milliers ou quelques millions d’êtres humains. Sans doute, si nous utilisons notre intellect et notre conscience pour nous libérer des marchands des religions, un terme sera mis aux guerres sanglantes des religions à travers le monde. Car, comme l’affirme le philosophe et le poète iranien, Hafez :
Ne prends pas en considération les conflits intestinaux des sectes
Car, n’ayant pas trouver la vérité, elles se sont dirigées vers la fabulation
Les tenants des différentes religions ont toujours essayé de profiter de nos forces intérieures en vue de prouver la véracité de leur religion. Par exemple, l’effet d’Androphine (un produit équivalent à la morphine) produit par le cerveau et qui conduit l’être dans un état d’extase, l’autosuggestion, le lavage de cerveau ou l’effet du Placebo (substance inactive utilisée dans la guérison des malades) découvert par la médecine depuis plusieurs années, sont autant de moyens utilisés par les chefs de files des différentes religions pour attirer leurs adeptes. Il est à souligner que dans les religions toute question relative à la nature et aux fondements des préceptes est expressément prohibée, métamorphosant ainsi l’homme en un animal sans intelligence et sans capacité de réflexion. Etant donné que, parallèlement au développement de la science et de la culture, de plus en plus seront nombreux ceux qui se libéreront des chaînes de croyance aveugle des religions et que les plus clairvoyants s’avanceront vers la doctrine de Zoroastre par le biais de la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action, celle-ci retrouvera sa magnificence d’antan. Alors, peu importe le nom que sera donné à la nouvelle doctrine.

Source : http://www.zoroaster.net/france.htm

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Sol Invictus

6 Novembre 2012 , Rédigé par D.L Publié dans #Planches


Mes très chers FF, c’est avec plaisir que j’ai répondu par l’affirmative à notre V\M\ quand ce dernier m’a demandé de dire quelques mots sur le thème "Sol Invictus" dans l’esprit de notre banquet de la Saint-Jean d’été et dans la ligne du thème de notre année maçonnique « La Lumière ».

"Sol Invictus" ou "Soleil invaincu, Soleil toujours vainqueur"…Au moment où je vous parle, le grand luminaire du quatrième jour de la Création frôle l’horizon de l’hémisphère austral, sa course dans le ciel va décroître puis être abrégée par l’hiver. Depuis le solstice d’été, il perd de sa puissance calorique et même, à certains moments, de son éclat. Il n’en persiste pas moins, cependant, à "se lever à l’Orient pour ouvrir la carrière du jour" même s’il va s’enfuir toujours plus vite devant les froides ténèbres jusqu’à la longue nuit du solstice…

Il en est ainsi, au terme de cette période que les hommes ont défini comme étant une année, depuis que l’univers est sorti du chaos des origines. Il en sera ainsi, encore et toujours, jusqu’à ce que notre Soleil se transforme en géante rouge, c’est à dire dans trois ou quatre milliards d’années ou, autrement dit, jusqu’à la fin des temps…

Dans ce travail, vous voudrez bien me pardonner d’axer ma recherche sur les apports de la Tradition Primordiale et de ne point m’attarder sur le symbolisme de la Lumière dans la tradition johannique, que nous avons déjà largement évoqué.

Sol Invictus, les racines indo-européennes du culte de Mithra
Dieu des religions à mystères, ou de salut, distributeur de l’énergie vitale associée au soleil, souverain des armées, Mitra est, à l’origine, un dieu védique, associé à Varuna et à Indra. C’est cette trilogie que les anciens grecs (les Achéens, les Doriens, les Hellens) importèrent en Grèce puis les transposèrent afin de détrôner le culte de la déesse primordiale, la déesse-lune que les Pélasges surnommaient Héra. Le Mitra védique décrit par Georges Dumézil est un dieu souverain, complémentaire et cosmique de Varuna (l’équivalent grec d’Ouranos) et rarement distingué de lui dans le Rig-Veda dans l’organisation de la création, même si leurs modes d’action sont différents. D’après l’hymne qui lui est consacré, Mitra est un dieu « très favorable », « roi au bon pouvoir temporel », ordonnateur. Mitra incarne ainsi le jour, Varuna la nuit. Mitra est le bienveillant, l’amical, le lumineux, celui qui réfléchit, celui qui est proche de ce monde-ci, alors que Varuna est le justicier, le vigoureux, le redoutable, celui qui agit, le ténébreux, le lointain, celui qui est de l’autre monde. La paix solaire de Mitra s’oppose à la violence nocturne de Varuna.

Mitra a un homologue mazdéen (iranien) : Mithra, qui procède de la même origine indo-européenne, avec quelques différences cependant. Mithra perd Varuna, son homologue, et se charge progressivement de ses traits. Toujours lumineux, il voit tout et dispose de mille espions. Son nom évoque la notion d’alliance, fondée sur un contrat. Il est le gardien de la loyauté et de l’amitié sincère, le témoin par excellence. Les traîtres sont ses ennemis et il favorise la prospérité des justes. Il prend aussi des allures militaires, il est « Mitra aux vastes pâturages » qui permet de conquérir de nouveaux territoires, n’hésitant pas à manier l’épée pour préserver la juste alliance et mener la guerre sainte contre les armées ennemies, ni même à recourir à la magie. Assimilé au dieu du temps infini (Chronos chez les grecs), il se trouve à l’origine de l’Univers des vivants et le dirige. Mithra est représenté sous la forme d’un héros, portant souvent un bonnet phrygien, égorgeant un taureau, le premier vivant, dont le sang répandu donnera naissance aux végétaux et aux animaux. Ce symbolisme trouve probablement son origine dans l’élimination en Inde du monstre Vrta par Indra, ce qui avait enclenché le cycle cosmique et permis au soleil de briller, aux eaux de couler, aux plantes de pousser. Dans d’autres représentations, Mithra est symbolisé par un être humain à tête de lion, dont le corps est entouré d’un serpent, figurant le cours du soleil et du temps. Rappelons que chez les Grecs, le taureau et le serpent représentaient la croissance et la décroissance de l’année – « le taureau qui est le père du serpent et le serpent dont le fils est le taureau » - et le roi sacré obtenait sur eux la victoire. Nous retrouvons ce symbolisme dans le combat d’Héraclès contre le dieu-fleuve Achélôos, homme à tête de taureau sous sa forme humaine, qui se transformera en serpent au cours de la lutte avant de redevenir taureau. Rappelons aussi que le héros babylonien Enkidu, le jumeau mortel de Gilgamesh, saisit le taureau du ciel par les cornes et le tua avec son épée.

Le culte de Mithra en Iran va évoluer. Ecarté dans un premier temps par la réforme du prophète Zoroastre au profit du dieu souverain Ahura-Mazda, Mithra va bientôt être réintégré dans le corpus religieux mazdéen comme une créature de Mazda, mais il lui arrive parfois de le dépasser. Il devient le gardien de l’ordre social, le Sol Invictus qui triomphe de tous ses ennemis.

Sol Invictus, religion de l’état dans l’Empire romain
Suite à une très grave crise qui conduisit l'empire romain au bord de la dislocation au IIIe siècle, l'empereur Aurélien décida en 274 après J.C d'instaurer un culte commun à tout l'Empire afin de renforcer le lien commun entre les provinces : en effet chaque cité, chaque province, restait attachée aux cultes locaux, dont les rites et les formes pouvaient varier considérablement. Ce nouveau culte devait être pour cela suffisamment neutre pour être accepté par les différentes populations de l'empire.
Son choix se porta sur un culte solaire, le Soleil étant censé être universel : c'est le culte de Sol Invictus, le Soleil Invaincu. Aurélien lui fit édifier à Rome un temple sur le Champ de Mars, et créa un collège de Pontifes du Soleil, et fit du culte de Sol Invictus une sorte de religion de l'État (et non une religion d'État), se substituant au culte impérial tombé en désuétude. Il ne s’agit cependant pas d’un monothéisme, car la nouvelle divinité, loin d'être exclusive des autres, se superposait simplement aux autres cultes, et reste fondamentalement polythéiste : l’Empereur est l’émanation du Sol Invictus. La grande fête du Soleil Invaincu avait lieu le 25 décembre, soit la date du solstice d'hiver selon le calendrier julien : c'était le Dies Natalis Solis, « Jour de naissance du Soleil », christianisé par la suite en Occident (Natalis a donné Natale en italien, Noël en français) (Le Monde des Religions, page 43).

Ce nouveau culte fut mal accueilli par les milieux conservateurs romains (tels que les rédacteurs de l'Histoire Auguste), attachés à la religion traditionnelle romaine et méfiants envers ce nouveau venu qu'elle assimila pour le décrédibiliser à Elagabal, un culte local syrien entouré d'un folklore oriental (culte d'un bétyle, prostitution sacrée, transfert des reliques et statues les plus sacrées de Rome).
Cette religion du Soleil Invaincu s'adressait davantage aux militaires qu'aux civils, qui ne faisaient guère que suivre le mouvement, et elle fut, de fait, très répandue dans les milieux militaires. L'empereur Constantin Ier (306-337), fervent adorateur de ce dieu, fera frapper sur les monnaies la légende « Soli Invicto Comiti », « Au Soleil Invaincu qui m'accompagne ». C'est lui qui, par une loi du 7 mars 321, fera du « Jour du Soleil » (c’est-à-dire le dimanche) le jour du repos hebdomadaire (Code Justinien 3.12.2).
Dans le culte du soleil, les romains représentent Mithra avec un globe dans la main, tandis qu’il touche le zodiaque de l’autre. Il est entouré des quatre éléments, des quatre vents et des quatre saisons. Le culte est pratiqué dans des temples mithraïques appelé mithrae que les légionnaires romains construisaient pendant leurs campagnes ou près de leurs garnisons. A Rome, les mithrae voisinent d’ailleurs avec les tombes des chrétiens dans les catacombes.

Les adeptes de Sol Invictus pratiquaient le culte du taurobole. Au solstice, le dévot descendait dans une fosse spécialement creusée à cet effet et recouverte d’un plafond percé de trous ; puis on égorgeait un taureau au dessus de lui, dont le sang fumant ruisselait à travers les ouvertures sur tout son corps ; celui qui se soumettait à cette aspersion sanglante était renatus in aeternum (né à une nouvelle vie pour l’éternité), l’énergie vitale de l’animal, réputé le plus vigoureux avec le lion, régénérant le corps et peut-être l’âme de l’officiant.
Pour le peu que nous en savons, l’initiation mithraïque se faisait selon sept degrés : le corbeau, le griffon, le soldat, le lion, le Perse, le Courrier du Soleil et le Père, qui correspondaient aux sept planètes dont il fallait traverser les sphères et vivre l’état psychique et spirituel qu’elles commandaient pour parvenir à la béatitude. Cette idée de perfectionnement moral et spirituel fait apparaître progressivement le mithraïsme comme une religion du salut. Mithra l’invincible ne meurt pas, il monte à l’arrière du Char du Soleil pour prononcer le jugement suprême au Ciel. Le culte de Sol Invictus /Mithra prospéra dans l’Empire romain, se répandant de la Syrie et l’Egypte jusqu’au nord de l’Angleterre et sur les rives du Rhin et du Danube. In entra de facto en concurrence avec le christianisme. En 391, Tertullien établit que le Christ était le seul Sol Invictus et le culte fut interdit.

De l’initiation mithraïque à l’initiation maçonnique

Sol Invictus symbolise la régénération physique et psychique par l’énergie du sang, puis par l’énergie solaire, enfin par l’énergie divine. Bel exemple de symboles superposés, suivant un même axe. Il en vient à exalter non seulement l’énergie vitale du guerrier, mais l’énergie de celui qui est appelé à combattre toutes les puissances du mal, pour faire triompher la pureté spirituelle, la vérité, le don de soi et la fraternité universelle des vivants.
La quête inlassable des Francs-Maçons, particulièrement ceux qui pratiquent le Rite Écossais Ancien & Accepté, les conduit à la recherche de la Tradition Primordiale. Avec un constat : l’homme ressent de tout temps l’angoisse, la peur viscérale et mortelle engendrée par la nuit comme l’espérance en la résurrection quotidienne de la nature au moment où le soleil se lève.

Deux entités "divinisables" vont donc pouvoir prendre naissance des que l’homme aura pris conscience de sa propre existence :
- d’un côté, ce qui est en bas, la "Tellus Mater", cette Terre-mère qui soutient ses pas et participe à sa subsistance comme à sa protection,
- de l’autre, ce qui est en haut, le Ciel, cet infini qui, de toute sa profondeur et de son immensité, l’exalte et l’écrase.

Ainsi se mettrent en place ce que Mircea Eliade appelle des "hiérophanies cosmiques", chacune d’elles n’étant rien d’autre que ce "quelque chose qui manifeste le sacré". Ce sont, en fait, des choses simples qui participent directement du cadre de vie primitif. On y trouve, bien entendu, les quatre éléments primordiaux : terre, air, eau et feu. Viennent ensuite leurs multiples variantes telles que pierres, rochers, grottes, montagnes, vent, pluie, tonnerre, ruisseaux, rivières, lacs, mers, flamme, foudre, éruptions volcaniques et tremblements de terre. De façon analogue, y figurent également la voûte céleste avec son astre diurne et ses astres nocturnes, les nuages, le levant et le couchant. La végétation est également représentée et, plus particulièrement les arbres, les semences et les récoltes de même que certains animaux terrestres; atmosphériques ou aquatiques. La fécondité comme la mort n’y sont pas oubliées…

L’homme, dont l’intelligence supplée déjà à la force, confère à chacun de ces éléments et à chaque forme qu’il vénère un pouvoir, une puissance bénéfique ou maléfique et les insère dans un panthéon organisé mais pourtant bouillonnant de vie…Il est pourtant remarquable de constater que, quelle que soit la latitude, cet ordonnancement a toujours été précédé par l’imagination d’un inévitable chaos originel. La Bible, elle-même, si elle se réfère plus volontiers au "Verbe" qu’elle définit comme le "principe créateur", n’en passe pas moins pour expliquer la Genèse par un chaos nécessaire qui a valeur de néant mais grâce auquel le "Verbe" générera et ordonnera les éléments de la Création.

L’homme primitif n’est pourtant pas sans distinguer, au sein de l’univers créé, un certain nombre de cycles dans lesquels alternent avec une parfaite et stupéfiante régularité des phénomènes et des événements de sens contraire. En effet, de même que la lumière et la vie ont surgi du néant et des ténèbres chaotiques, le jour et la nuit, l’été et l’hiver, la naissance et la mort se succèdent inéluctablement de façon apparemment contradictoire. Cette "coïncidence des contraires", l’homme va tout naturellement la transmettre aux divinités attachées aux choses, aux êtres ou aux faits qui l’impressionnent. Ces divinités deviendront ainsi pour lui bienveillantes ou terrifiantes, constructrices ou destructrices. C’est bien le cas avec le soleil qui, s’il est gage de lumière et de vie, peut aussi désertifier la terre et apporter la mort. Il est tout à la fois le feu vivifiant comme le feu destructeur et mortel. Il éclaire et réchauffe mais il aveugle et calcine. Il est tout autant dieu du jour que dieu de la nuit et cette ambivalence se traduit encore dans son rôle de dieu des vivants et des morts.

Parallèlement, on observe que dans de nombreuses mythologies, le Soleil a pour substitut ou pour symbole l’Aigle. Ce n’est certes pas le seul animal qui ait été utilisé comme représentation de l’astre diurne. S’il convient, ici et maintenant, d’attirer l’attention sur le tandem Soleil-Aigle, c’est bien que le roi des oiseaux est aussi, en tant que photophore, le roi du firmament. Il a donc valeur, entant que tel, de contemplation et de régénération spirituelle. Dans l’iconographie chrétienne, du reste, il est le symbole même du Verbe.

L’Aigle, symbole du Rite Ecossais Ancien et Acepté, possède la double capacité de voler à de très grandes altitudes, "au-dessus même des nuages" et de pouvoir planter son regard dans le Soleil qui ne l’aveugle pas. Grâce à cette double opportunité, il règne dans le ciel et possède la perception directe de la lumière. Il jouit pourtant d’une telle acuité visuelle qu’elle le maintient en relation constante avec le sol. Comme le dit Paul Naudon, "il devient ainsi l’intermédiaire entre le plan humain et le plan divin". Toutefois, s’il vole haut et fixe le soleil, il doit néanmoins redescendre puisqu’il est aussi une créature terrestre. Il ramène, de la sorte, la lumière supérieure jusqu’au modeste niveau où l’homme peut éventuellement l’entrevoir. Il exprime alors la souveraineté et la transcendance, dans le même temps qu’il apporte l’illumination. A titre anecdotique, dans la Kabbale, il représente le point cardinal de l’Orient. Ce n’est pas un hasard…

Pour en revenir au symbolisme solaire qui se rattache si étroitement à la célébration de nos fêtes de la Saint-Jean, notre grand luminaire diurne, caractérisé par le rayonnement, la chaleur et la lumière qui en émanent, s’associe symboliquement au Feu-Principe purificateur. Il est également source d’Amour et s’assimile à l’Initiation et à l’Esprit. Il n’est donc pas surprenant que le feu ait joué et continue à jouer un rôle capital dans la tradition initiatique. Il est en effet l’élément moteur de la mort profane du postulant comme de la résurrection du néophyte qui renaît à une existence spirituelle nouvelle puis qu’il aspire à la Connaissance.

Tout initié est, du reste, appelé à franchir le "rideau de feu" qui matérialise la séparation symbolique entre l’état profane et le monde du Sacré. Le feu le tue et le régénère comme, en alchimie, il transmute la matière vile en métal pur et précieux. Il est la puissance cosmogonique fécondante qui donne vie et croissance à tous les êtres vivants. Il est celle des trois grandes divinités védiques qui, ayant gardé son caractère physique, devient le Dieu universel, invisible et mystique, qui, sous le nom d’Agni, se matérialise "sous la forme de la flamme pure et brillante qui dévore le bois sur l’autel et monte vers le ciel qui est sa demeure et sa véritable patrie" bien qu’il soit tout à la fois le feu du foyer, le feu terrestre, le feu de l’éclair et le feu du Soleil.

Dans tous les cas, comme par exemple de "l’Enouma Elish", le merveilleux poème de la Création des Mésopotamiens, en passant par l’immense épopée du "Mahabharata" hindou, l’Hymne au Soleil du Pharaon Akhenaton, l’Invocation au Soleil de Zoroastre, les relations entretenues par Mithra, le Tauroctone, avec le Soleil et jusqu’à notre vénérable Volume de la Loi Sacrée, la continuité de la Tradition est évidente. Tous les hommes de pensée qui nous ont précédés ont donc rempli infailliblement et de façon continue leur rôle de transmetteurs intègres de la Tradition Primordiale. A nous de savoir "passer le témoin"… En fait, la vision du grand mythe solaire n’est qu’une fraction de l’interminable histoire, à la fois unique et multiple, de la tradition spirituelle qui sous-tend l’unité de l’espèce humaine au plan de la métaphysique et de la connaissance, dans le temps comme dans l’espace.

C’est le sens profond qu’a pour nous, Franc-Maçons de Rite Écossais Ancien et Accepté, le message cosmique de Sol Invictus, à mettre en parallèle avec l’aphorisme d’Héraclite "Le soleil est nouveau chaque jour".

J'ai dit Vénérable Maître,

Source : www.ledifice.net

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Mithra un dieu des Francs-Maçons

6 Novembre 2012 , Rédigé par René P. Bacqué de Balagué Publié dans #spiritualité

Mithra, un dieu franc-maçon ?

Dans le panthéon universel, Mitra (que nous réserverons au Dieu védique), orthographié aussi Mithra (que nous utiliserons plus systématiquement dans cet exposé), occupe une place singulière. Dieu indo-européen (arien pour être précis), son existence est prouvée déjà 2'000 ans avant l’ère chrétienne et il existe encore de nos jours en Inde et en Iran un certain nombre de ses fidèles. Les aspects de ce dieu et la pratique de son culte ont varié au cours de cette longue période qui s’étend sur plus de 4'000 ans. D’autre part, le taureau, symbole de la force virile, que Mithra sacrifie est apparu dans l’iconographie sacrée entre 10’000 et 9’000 ans avant notre ère. Il est associé à la déesse Ishtar à Çatal Huyük, village d’origine néolithique du plateau turc. Mithra le Tauroctone est parfois appelé :
“Mithra le Dieu franc-maçon de l’Antiquité”

Cette apposition, caricaturale, parue notamment dans le titre de l’article : “Sacrifié par Mithra, le dieu franc-maçon de l'Antiquité” dans la revue : “Allez savoir” (numéro 20 - juillet 2001) de l’Université de Lausanne - est-elle vraiment justifiée ? Ne relève-t-elle pas de préjugés dont le milieu universitaire est souvent perclus ? Y a-t-il un Dieu Franc-maçon ou un Dieu des Francs-maçons ? C’est ce que cette étude se propose d’élucider.

De quoi s’agit-il ? Les sources écrites en langue française sur Mithra sont assez restreintes et proviennent essentiellement des ouvrages du Professeur F. Cumont :"Les religions orientales dans le paganisme romain” ; du Professeur G. Dumézil “Mitra-Varuna, mythes et dieux des INDO-EUROPÉENS” ; du Professeur Robert Turcan “Mitra et le Mithraïsme - les cultes orientaux dans le monde romain”. Il convient de mentionner aussi les cours de langues et de civilisations indo-européennes, par le Professeur Louis Charles Prat de l’Université de Rennes II (Haute Bretagne), qui m’a fait l’amitié de me confier les notes et son livre : “Il y a 6'000 ans nos ancêtres” (mœurs, civilisation et idéologie des Indo-européens). Les sources anglaises sont plus abondantes et de nombreux colloques se sont tenus sur Mithra en cette langue. Les lecteurs intéressés par cet article sont invités à se reporter aux ouvrages précités dont les références complètes figurent dans la bibliographie.

Qui est Mithra ? De Mitra à Mithra

La réponse est apportée par l’étude linguistique du Professeur Louis Charles Prat qui est diplômé d’études indiennes (option védique), licencié en Sanskrit, spécialiste des Védas, agrégé de grammaire, docteur en lettres, un des trois spécialistes français de linguistique comparée et d’études indo-européennes. Pour lui, l’origine du mot Mitra ou Mithra est indo-européenne ; le dieu, en revanche, est sans aucun doute aryen. Les Aryens (les Seigneurs), nom qui vient du radical indo-européen "Ari" et qui exprime l’excellence vouaient un culte à Mitra déjà 2'000 ans avant notre ère. La langue sacrée des Indo-européens (le Sanskrit de Samskrita - achevé parfait) est une langue artificielle, menée à la perfection et fixée par des savants linguistes à une époque située 2'000 ans avant notre ère. Dans cette langue, Mit(h)ra a valeur d’un nom neutre pourvu du suffixe instrumental Tro, latin : Ara Trum, grec apo Tpov : charrue, instrument agraire aratoire. Mit(h)ra serait ainsi un dérivé neutre, au “degré zéro”, d’une racine mi / moi que l’on retrouve dans toutes les langues indo-européennes avec l’idée d’échange.

En Sanskrit, Mitra, nom commun, signifie au masculin : “l’ami”, et au neutre : “le contrat, l’alliance, l’amitié”, un sens voisin de celui du dieu “lieur” celte. Dans les écrits en sanskrit védique (Rig Veda/Veda des hymnes III.59), on ne trouve Mitra qu’une seule fois. La raison de cette unique inscription est que Mitra est le surnom du dieu Brahmâ. Dans les textes, Mitra apparaît avec un autre dieu : Varuna. Depuis des temps très reculés, ils forment le couple de dieux majeurs, appelé par exemple à garantir un traité hittite mitanien hourrite du XIVe siècle avant notre ère. Dans la tradition ariano-indo-européenne védique, Mitra est le souverain sous son aspect raisonnant, clair, calme, bienveillant, sacerdotal, tandis que Varuna est le souverain sous son aspect assaillant, sombre, inspiré, violent, terrible, guerrier (se reporter à l’ouvrage de G. Dumézil : Mitra-Varuna). Les deux dieux majeurs, Varuna et Mitra, représentent ainsi les deux faces de la souveraineté sacerdotale royale, magico-scientifique et juridique. Lors d’une migration d’une des branches du peuple arien, une des tribus occupera le pays qui deviendra l’Iran. Elle amènera avec elle les croyances de ses origines. Cependant, au contact des populations autochtones, elles connaîtront quelques variations : le Mitra védique deviendra le Mithra avestique.

Le Mithra avestique

Les avatars de Mithra seront dus essentiellement à la réforme zoroastrienne. Dans les Gatha qui expriment la doctrine de Zoroastre, nous voyons apparaître un " uni théisme " moral : seul reste Ahura Mazda entouré de 6 archanges. Les deux premiers Vohu Manah “la bonne pensée” et Asha “l’ordre” laissant transparaître en filigrane le duo primitif Mitra-Varuna. Dans des textes plus récents apparaissent les “ anges ” Yazata, l’un de ceux-ci ayant pour nom Mithra. Un glissement se produit alors et nous voyons se recréer le couple antithétique primitif sous une forme mitigée, Ahura-Mazda étant le dieu suprême, Mithra lui étant subordonné et assumant une fonction guerrière du type de la deuxième fonction du système indo-européen.

Au Ve siècle avant notre ère, le couple antithétique Ahura Mazda / Mithra est rétabli, faisant de Mithra le deuxième dieu majeur, l’égal d’Ahura Mazda qui, bien qu’étant son créateur, fait de lui son clone. Strophe 1 : “Je le créai aussi digne du sacrifice et des prières que moi Ahura Mazda.” Mithra est décrit comme le dieu qui accroît, qui épand les eaux faisant pousser les plantes et donnant la vie. Mithra devient alors le lien entre les différents niveaux de la société ; comme le Mithra védique, il est le garant de l’ordre, le protecteur des éleveurs, dirige aussi ceux qui défendent le territoire. Il lève les armes, met en train la bataille, brise les bataillons rangés. Il est le plus fort des plus forts. Ahura-Mazda l’établi pour garder le monde et veiller sur lui. C’est le justicier, le dieu de l’aurore, le dieu sauveur et solaire, prémices de ce qu’il deviendra dans le monde Gréco-Romain : le deus invictus, le dieu invaincu.

Le Mithra gréco-romain et hellénistique

Le cheminement de la religion, mithriastique, de l’Orient vers l’Occident, suit les cours du soleil. En Asie mineure, de nombreux rois d’origine iranienne ont transmis à l’Occident un Mithriacisme hellénisé. Mithridate ou Mitradates “don de Mithra”, un nom théophore, est souvent porté par des rois du Pont, d’Arménie, de Comagène, signe de leur vénération pour Mithra qu’ils considèrent comme le garant divin de leur autorité. On ne doit pas oublier que le monde asiatique proche de la Grèce a été hellénisé sous l’influence des dynasties issues d’Alexandre le Grand, favorisant un retour du culte de Mithra. Les correspondances existantes avec les religions à mystères ont aussi joué de concert pour restaurer celui de Mithra. Hermès était le “ protecteur des êtres ”, Apollon celui des choses. Un exemple fameux est constitué par l’inscription qu’Antiochus 1er, roi de Comagène, fit graver dans la ville de Nimrud dagh en Turquie :

Mithra en Italie

Une datation nous est fournie par Plutarque pour qui ce culte s’est installé en Italie en l’an 67 avant J-C. Il aurait été “ importé ” par des pirates siliciens, anciens alliés du roi du Pont Mithridate VI Europator, empoisonné par les Romains dans un camp en Italie. Nous pensons, suivant Posidonus, que ces pirates, vaincus par Pompée, étaient conduits par des officiers de Mithridate qui auraient créé des cellules para militaires secrètes qui constitueront la base du futur système des initiations propres au culte de Mithra. Toutefois, une autre origine issue de la tradition littéraire hellénistique, liant le culte de Mithra aux Mages zoroastriens, est aussi concevable. La possible influence des Mages expliquerait le glissement vers la religion à mystère du culte de Mithra. Ce dont on est sûr est que le culte était réservé aux hommes avec un mode d’organisation militaire, ce qui a favorisé dans un premier temps son développement dans les garnisons. Le Mithra romain va évoluer et parvenir à une religion messianique, rivale du Christianisme.

L’iconographie mithriaque

Le Mithriacisme nous est connu essentiellement par son iconographie. L’étude des monuments de l’époque, tous abondamment décorés, est essentielle pour la compréhension du culte gréco-romain de Mithra. Les représentations symbolisent une crypte ; ainsi peut-on parler de “ religion de la crypte ” lorsqu’on parle du culte de Mithra. L’iconographie ne représente pas des divinités mazdéennes, mais leurs correspondances romaines. Les bas-reliefs sont disposés de la manière suivante :

Partie basse :
Le chaos dominé par un dieu cosmique : l’antique Saturne, assimilable à Ahura Mazda, lumineux et scientifique, il agit par son action sur le chaos, le mettant en ordre (ordo ab chaos).

Sur le côté :
Le ciel et la terre, portés par Atlas, lumineux et juriste. Les 3 Parques représentent la triple déesse Anahita, sagesse, force et beauté, symbolisant le destin. Saturne, Ahura-Mazda crée son "clone" : Jupiter -Mithra - qu’il dote de l’arme absolue : la foudre.

Atlas a pour fonction de terrasser les géants anguipèdes, cavaliers soutenus par un personnage monstrueux à corps humain aux extrémités bifides, souvent en forme de serpent, les démons qui, sous les ordres d’Arhiman, la puissance maléfique, dominent la création : le ciel et la terre.

Dans l’iconographie romaine, Mithra n’est plus le second dieu majeur ; il devient un dieu secondaire, un archange que l’on peut identifier à Spenta Maïniu, le dieu bénin, envoyé sur terre pour sauver les créatures de l’emprise du dieu Malin, Angra Maïniu Arhiman, créateur de la matière. Mithra va prendre en charge la création pour la sauver d’Arhiman, son créateur qui a voulu se faire l’égal du Père. Mithra sort miraculeusement d’un rocher comme un estoc que l’on dégaine, il est le Sauveur, le fils du Père, envoyé par lui sur la terre pour sauver l’humanité.

Mithra tauroctone(grec tauro ktomos, qui tue le taureau)

Ce mythe est représenté sur de nombreuses stèles trouvées sur les lieux consacrés au culte de Mithra ; un bel exemple est visible au musée archéologique de Strasbourg, elle fut exhumée à Roenigshoffen. On remarque sur ces stèles que Mithra doit fournir l’humidité fécondant le monde. Le taureau est l’animal qui la possède ; dans sa poursuite de la bête, Mithra l’oblige à sortir d’une maison où elle s’est réfugiée et, pour l’obliger à fuir, il incendie son refuge. Mithra se saisit alors de la bête, la maîtrise pour la chevaucher comme s’il s’agissait d’un cheval dompté ou la porte généralement sur son dos, la tête en bas ou la tirant par les pattes arrière.

Mithra taurophore accomplit alors l’épreuve du “passage du Dieu” : le transitus dei, comme tout mithriaste le fera, portant son propre fardeau. Puis Mithra, dieu vainqueur, se rend dans une grotte pour y sacrifier le taureau, obéissant ainsi à l’ordre des dieux transmis par le corbeau, messager du Soleil, ce corbeau se transformera, plus tard, en blanche colombe. Mithra immobilise l’animal d’une main, le tient par le naseau, et appuie un pied sur son paturon ; de l’autre main, il enfonce son couteau au défaut de l’épaule. Dès que le sang jaillit de la plaie, un serpent et un chien viennent le boire ; au même moment un scorpion, parfois un crabe, attaque les parties génitales de la victime. Des épis de céréales sortent également de la blessure et de la queue. Souvent un lion vient près du vase dans lequel s’est écoulé le sang. Tout autour de la scène des arbres croissent et se ramifient.
Il peut être intéressant à rapprocher ces pratiques rituelles anciennes de celles auxquelles on assiste de nos jours dans la tauromachie. Le torero revêt un "habit de Lumière" ; il est en l’occurrence le messager du Soleil. La mort de l’animal est l’épreuve du "passage du dieu". L’initiation de celui qui porte cet habit de lumière est réalisée par la substitution de "l’humidité fécondant le monde" (la semence). Le torero tue le taureau avec une épée (flamboyante ?) en l’enfonçant au défaut de l’épaule. Il est l’homme transcendé par l’acte - resterait, bien entendu, à expliquer le symbolisme de l’offrande des oreilles et de la queue.

Le Mithra cosmique ou Sol invictus

Très souvent, au-dessus de la scène principale de la tauroctonie, on peut voir des scènes secondaires où Mithra devient héliodromus, “courrier du soleil”, et l’on peut lire la dédicace de “sol invictus”.
Examinons aussi les images qui entourent la tauroctonie ; nous voyons un soleil à droite, côté sud, qui est le pendant, à gauche, côté nord, d’une lune, ronde, indo-européenne - en Orient elle a la forme d’un croissant - d’où s’écoule le "Principe humide ” émanant du taureau. Aux quatre angles du panneau, nous découvrons les 4 grands vents : Eurus à l’Orient, Zephir à l’Occident, Notus au Midi et Borei au Septentrion ; ils représentent les “ 4 Hermès ”, les “4 vents de l’Esprit” qui viennent des 4 Orients qui soufflent sur l’animus, en grec le “nous“ qui rend parfait.

Les Dadophores(Les porteurs de torches)

Dans ces représentations, Mithra est souvent représenté, flanqué de deux personnages, tout comme lui habillés comme un Perse : tunique courte, retroussée et ceinture, la tête coiffée du bonnet phrygien. L'un lève sa torche, l’autre l’abaisse ; ce sont les porteurs de torches, les dadophores : cautes qui tient la torche levée et cautopates qui tient la torche abaissée, soleil montant minuit - midi, soleil descendant midi - minuit. Parfois les dadophores tiennent dans leurs mains l'un une tête de taureau l’autre une tête de scorpion ; il s’agit des signes du zodiaque qui marquent l’entrée, le premier dans la saison chaude, le second dans la saison froide.

Le temps Léontocéphale(personnage à tête de lion)

Au palais Barberini, on distingue sur la fresque mithraïste située au-dessus de la tauroctonie, un dieu ailé, enlacé par un serpent qui s’enroule dans un mouvement sinistrogyre, c’est le temps cosmique (grec : Aion). Dans d’autres représentations, on trouve une statue, surmontée d’une tête de lion. Parfois ce lion crache du feu, tient dans ses mains deux torches, deux clefs ou un sceptre, les deux pieds posés sur un globe armillaire, assemblage de cercles représentant le ciel et le mouvement des astres et au centre desquels un globe figure la terre.

Les cryptes, où se déroulait le culte de Mithra, nous révèlent une iconographie abondante dont la symbolique est conforme au mouvement gnostique de ce début de l’ère vulgaire. Nous sommes à une époque favorable aux mouvements messianiques. Mithra incarne l'un de ceux-ci ; il est représenté comme "Dieu, le Fils”, délégué sur terre par "Notre Père". Il est le "Sauveur" qui vient nous arracher à la matière et au mal pour nous abreuver à la fontaine de l’esprit. Mithra est le "soleil invincible", le pater patrum, le "Père des Pères" qui nous guide jusqu’à l’initiation suprême.

Le culte

Le culte de Mithra était celui d’un ordre initiatique fermé, sélectif, élitaire, où les divers degrés d’initiation comportaient la révélation de secrets inconnus des membres des degrés inférieurs. Il se distinguait des religions de masse du type oriental où tout pouvait être transmis à tous. La loi du silence était la règle - silence et secret si bien gardés que l’on est aujourd’hui obligé de gloser sur des documents peu nombreux et souvent obscurs. Pour comprendre la religion de Mithra, il faut se remémorer les courants gnostiques qui pratiquaient une pensée symbolique orientée vers l’éternité.
Servir Mithra obligeait l’initié à aider non seulement la communauté des croyants mais l’humanité tout entière pour la conduire sur la voie du salut et du bien. Culte secret, réservé à une élite, il conduisait à la lumière. Tous ne pouvaient être initiés, ce qui reste valable de nos jours pour les organisations initiatiques. Les Mithraea locaux consacrés au culte de Mithra ont un élément particulier. On peut les trouver aussi bien à la campagne, dans un lieu reculé, que dans un recoin secret d’une ville ; ce qui prévalait pour le choix du lieu était vraisemblablement la possibilité de le garder le plus secret possible.

Description d’un Mithraeum

Généralement il avait l’aspect d’une “grotte” ou d’une “crypt”. Il était recouvert d’une voûte percée de trois ouvertures rectangulaires constellées d’étoile avec un zodiaque de 12 maisons identiques. À l’Orient, fond du Temple, se trouvait une grande pierre cubique derrière laquelle se tenait l’officiant. Proche de cette pierre, de taille plus modeste, une autre pierre tenait lieu d’autel, là où les mystes venaient prendre leur engagement. Au centre, une volumineuse pierre cubique sculptée représentait Mithra tauroctone. Sur ou à côté de cette pierre centrale, des bases de pierres recevaient 3 colonnettes en triangle, rappel de celles des chapitres avestiques trouvés en Egypte : signification symbolique des 3 colonnes Sagesse, Force et Beauté, soutenant le Temple. Sur les côtés, on pouvait voir deux rangées de pierres surélevées, pouvant servir de bancs ou de lits aux initiés prenant leur repas commun, à demi couchés. Ces agapes étaient rituelles et rappelaient celle du dieu avec le soleil. Au fond de la crypte brillait, dans une alcôve toujours illuminée une statue, en pied ou en buste, ou bien un portrait de Mithra coiffé du bonnet phrygien, ou encore son symbole solaire encadré d’un soleil et d’une lune.

Dans les Mithraeum les plus ornés, nous trouvons des fresques ou des reliefs représentant Mithra saxigenus “né de la pierre”, sortant du rocher. À l’Occident, encadrant l’accès à la nef, une porte à deux battants, deux statues, celle de cautes et de cautopates. Avant d’entrer dans la nef, sur le parvis, les initiés se purifiaient à l’eau bénite et revêtaient les décors rituels correspondant au degré d’initiation auquel se déroulait la cérémonie. Les Mithraeum sont généralement petits, faits pour recevoir 15 à 30 mystes. Toutefois, certains pouvaient accueillir jusqu’à 100 adeptes. Nous sommes en présence d’une pratique ésotérique d’une religion, un culte pour de petits groupes d’initiés, unis par leur degré d’initiation. Les lieux de culte sont nombreux ; cette prolifération est due vraisemblablement à des essaimages fréquents et à la dispersion des lieux de garnison des légions.

Les degrés d’initiation

Pour intégrer un groupe de croyants il fallait être coopté, présenté au groupe et accepté ; il fallait effectuer un apprentissage du culte et subir les épreuves de l’initiation. La hiérarchie initiatique comportait 7 degrés :

1er : corax (corbeau) ; 2e : Nymphus (Promis) ; 3e : Miles (soldat) ; 4e : Leo (Lion) ; 5e : Persa (Perse) ; 6ème Heliodromus (Courrier du Soleil) et 7ème : Pater (Père).

Chacun de ces degrés était placé sous la protection d’une planète : Mercure pour le Corax, Vénus pour le Nymphus ; Mars pour le Miles; Jupiter pour le Leo ; Lune pour le Persa ; Soleil pour l’Héliodromus ; Saturne pour le Pater.

Corax

Le grade de Corax marque l’entrée dans le monde de l’initiation et du sacré. Le corbeau est présent dans de nombreuses religions : Druidisme, Judaïsme. L’oiseau n’est pas naturellement doté de la parole, mais il peut apprendre ; il peut également se métamorphoser en oiseau blanc, la colombe. Il est le médiateur, il mènera le myste du monde profane à celui du divin.

Dans le mythe de Mithra, c’est un corbeau qui est le courrier du soleil ; il vient avertir Mithra qu’il doit mettre à mort le taureau dans un acte sacrificiel. Sur certaines fresques ou bas-reliefs, on voit le myste se présenter “ semi nudus ”, à demi nu, les yeux couverts d’un voile pour être créé, constitué par le Pater, qui le reçoit à l’aide d’une l’épée flamboyante. Le myste est agenouillé, genou droit à terre, le genou gauche relevé, vêtu d’une courte tunique blanche à bande rouge. Sur d’autres représentations, l’on peut voir le “don de la Lumière”, moment où l’officiant ôte le bandeau au futur Corax. Le nouvel initié peut voir la représentation d’un meurtre fictif ; le mort, tête à l’Occident, corps taché de sang est surmonté d’un glaive ensanglanté, tenu par un Miles (soldat, 3e grade).

Nymphus

Le candidat au grade de Nymphus est introduit dans le temple, enveloppé d’un voile épais dont on le débarrasse au cours du rituel pour le faire reconnaître des participants ; ce grade consiste en un mariage entre le dieu et l’initié.

Miles

À ce grade, il est procédé au tatouage d’un motif à l’aide d’un fer rouge au centre du front ; c’est le symbole de l’escarbouche, le 3e œil sur le front d’un être devenu parfait. Dans le cours de la cérémonie, une couronne lui est présentée à la pointe de l’épée ; il doit la faire dévier sur son épaule tout en prononçant la phrase rituelle : “ Mithra est ma vraie couronne ”. Refusant d’être couronné, le myste devient alors soldat de Mithra. Le mythe lui-même constitue une épreuve : menace de mort, suivie de résurrection, symboles très communs des rituels initiatiques. Le “ Miles ” reçoit également un sac qui était posé sur son épaule.

Léo

Cette cérémonie est dominée par le feu. Les mains du récipiendaire sont lavées avec du miel pour ne pas utiliser de l’eau, contraire au feu. Du miel est aussi déposé sur sa langue pour le purifier de tout péché. Le feu symbolise le feu sacré qui anime les Êtres, qui les rend différents des autres créatures. Les "Léo" entretiennent les feux dans les Mithraeum et subissent des épreuves par le feu. Ils sont souvent représentés avec une pelle à feu, arme de foudre jovien.

Persa

L’officiant purifie les mains des "Persa" à l’aide de miel. Toutefois, au nom d’un autre symbolisme, le myste reçoit le miel en tant que " gardien des fruits ". Le miel est le sucre conservateur ; il va de la Lune à la semence du taureau ; il fait pousser les plantes et les arbres portant des fruits par le sang répandu. Le "Persa"tient souvent des épis dans ses mains.

Héliodromus

Il a les attributs du Soleil : flambeau, couronne radiée et fouet. Il porte un vêtement rouge vif et tient un globe de couleur bleue. Il tient un rôle solaire. Celui qui reçoit ce grade ne devient pas Hélios ; il est rattaché à Hélios. Sur des tablettes magiques, on trouve Héliodromos ; cela s’applique à celui qui fait la course du soleil. Le courrier solaire est subordonné au Pater ; tout comme le soleil, c’est à Mithra, le véritable Sol invictus.

Pater

Il porte une mitre de type bonnet phrygien à trois étages symbolisant les “tria loca”, les “trois mondes”. Cette coiffe, œuvre d’art faite de perles, très élaborée, l’identifie à Mithra. Ses signes distinctifs sont : la serpe de Saturne. Il tient un objet que l’on compare souvent à une coupe de libation. Dans l’autre main, il brandit une baguette, insigne du magister qui peut changer en or tout ce qu’elle touche. Un “Pater” était élevé à ce grade par un autre Pater ou par le Pater Patrum, le “Père des Pères”, sorte de métropolitain. Détenteur de la coupe de libation, il était le responsable de la piété, le Pater sacrorum, le Père des rites.

Cette initiation à plusieurs degrés invitait vraisemblablement l’initié à étudier les symboles proposés qui lui signifiaient sa place dans le monde créé. Aucun d’entre eux n’était prêtre à “temps complet” : ils étaient immergés dans le monde profane, y travaillaient, pouvaient se marier et avoir une famille. La cérémonie du repas communautaire, héritage de la cène pythagoricienne, réunissait les mystes et les faisait participer à un acte sacré.

Dans cet acte, ils étaient aussi les fidèles héritiers de Zarathushtra qui assemblait ses disciples à midi et les renvoyait à minuit après un repas, pris en commun, et qui se terminait après avoir juré à Mithra de respecter la loi du silence sur tout ce qu’ils avaient vu, entendu et fait.

Dans la crypte, les fresques, les images, les représentations symboliques donnaient à ces hommes (les femmes n’étant pas admises à la célébration des mystères) des exemples, conformes à l’enseignement oral qu’ils recevaient et qui faisaient d’eux des initiés animés d’un idéal. Ils étaient sauvés par le "sang éternel”, arrachés par leur deuxième naissance au monde des créatures.

Idéologie et eschatologie du culte de Mithra

Une erreur est commune à de nombreux exégètes : le mythe de Mithra tauroctone reproduit une version des origines. Pour ces savants, les Zoroastriens attribuent à Arhiman, entité mauvaise, le sacrifice sanglant qu’ils réprouvent. Franz Cumont, grand spécialiste de Mithra, les conforte dans leur conviction qui veut que la mort du taureau soit primitivement provoquée par Arhiman, puis, ultérieurement, par le Mithra du Yash X, où ce dernier fait croître vie et prospérité. Mithra apparaît alors comme dieu sauveur de la création du monde matériel. Pour commettre une telle erreur d’interprétation il faut être conditionné par l’une des religions bibliques pour qui le monde matériel dans lequel nous vivons est l’œuvre d’un dieu unique.

Mais si l’on examine sans préjugés le Mazdéisme, on constate que l’on a affaire, comme pour la “gnose” indo-européenne primitive, à un dualisme. Il y a primitivement deux mondes. Les latins leur donnaient le nom de natura rerum - nature des choses matérielles, et de natura deorum - la nature des êtres ou des dieux. Il y a coexistence entre deux entités séparées, l’Esprit et la Matière, respectivement le bien et le mal, le blanc et le noir. Pour le Mazdéisme et les tenants de la “gnose” indo-européenne primitive, le monde de l’esprit est éternel, incréé, domaine du Bien et de l’Amour. Le monde matériel, créé par une divinité mauvaise, le démiurge, est transitoire, provisoire, destiné à périr à la fin des temps. Pour rendre ce modèle compréhensible aux profanes, le Mazdéisme imagine, en suivant ainsi la tradition indo-européenne, deux dieux majeurs : Ahura-Mazda, dieu cosmique qui règne sur le monde de l’Esprit où vivent les Êtres, ainsi que son "clone", ou jumeau, Mithra qui veille sur la nature des choses, le monde matériel qu’il ordonne et sépare du dieu mauvais qui l’a créé. Ce deuxième dieu : le rex mundi, le Père des bons esprits, est aussi celui que nous appelons Pater noster ; il est aussi Sator "le semeur", Soter "le sauveur". Il est aidé par deux archanges. Arhiman ou Angra Mainiu et Spenta Maina.

Mais Arhiman commet le péché d’orgueil : il dit "Je", se prenant pour l’égal d’un dieu, il crée la matière en se matérialisant, entraînant Daeva dans sa chute. Spenta Maïnu est resté fidèle, il a accepté de naître de la pierre pour mettre de l’ordre dans les choses créées par Angra Maïniu, il fait que l’Amour règne parmi les hommes, les aidant à sortir du monde de la matière pour revenir à celui de l’Esprit. Ainsi, pour le Mazdéisme la création n’est pas le fait d’un dieu mais d’un sous-dieu révolté contre son créateur. L’enfer, c’est le monde créé : nos corps ne sont que des " casaques de peau ", nos prisons charnelles. Dans ce cadre, l’homme est - comme plus tard pour les Cathares - un Eon incarné, l’initié est un tiers homme et deux tiers dieu, un corps neutre et mortel (corpus) une âme féminine (anima) et un esprit masculin (animus). En lui existe le numen neutre appelé par le grec pneuma, énergie sacrée dont nos esprits sont une parcelle provisoirement individualisée. Nous trouvons chez Platon dans le banquet une description de cet état.

L’aide du gnosticisme.

Pour comprendre le sens de l’iconographie et des écrits mithriaques, on doit aussi étudier les textes gnostiques, très voisins de cette religion. Dans la religion mithriaque, la tauroctonie est un acte de salut ; c’est par le sang répandu par Mithra que le myste est guidé vers la vraie vie éternelle. Dans le Mithraeum de Santa Prisca, on peut lire cette phrase : "Et nous, tu nous as sauvé en répandant le sang éternel". Dans les cryptes, l’on voit représentées des figurations du zodiaque qui donnent au sacrifice une grandeur cosmique et qui symbolisent la victoire de l’esprit sur la matière. Le Mithriacisme implique une véritable théo-cosmogonie et une doctrine de l’âme très voisine de celle de l’école philosophique du Portique, mais, à la différence du Stoïcisme, la gnose est présentée par un mythe porteur de symboles. Fidèle à ses origines indo-européennes, le Mithriacisme se représente la fin du monde matériel sous la forme d’un embrasement universel dans un flamboiement égal à la lumière de 100'000 soleils, thème commun au stoïcisme.

Dans le mythe de Mithra, ce dernier, après avoir immolé le taureau, monte sur le char du soleil. À la fin des temps, il renouvelle ce geste et purifie la création par le feu, libérant la matière qui retourne au néant primitif. Elle se fond dans l’Aïon, le temps léontocéphale, qui absorbe la création après l’avoir guidé vers le bien.

Conclusions

Comme presque toutes les religions issues de la source indo-européenne, le culte de Mithra est un culte fermé dont l’accès est réservé aux hommes, nés vraisemblablement libres et de bonnes mœurs, respectant le mos maiorum, “la coutume des anciens”. Mithra est un culte qui se développe dans les garnisons de Rome, un culte de guerriers, de soldats ; nous retrouvons en Maçonnerie une tendance comparable dans les loges militaires. Le dieu Mithra a été escamoté par la réforme Zoroastrienne, puis il est apparu à nouveau comme second dieu majeur, enfin, il est le seul dieu honoré à l’époque de l’Empire romain, au début de l’ère vulgaire. Il est ainsi en opposition sérieuse avec le Christianisme qui a une position forte auprès de certains milieux. Après la victoire de Constantin sur Maxence par le fer, le feu et la torture, ce fut le triomphe du Christianisme, victoire militaire et politique qui n’empêcha toutefois pas l’essence de la gnose de se transmettre jusqu’à nos jours grâce à des sociétés initiatiques. Il y a toujours des hommes qui, sous la conduite d’un Maître, se réunissent pour travailler à se perfectionner de midi à minuit, et qui se séparent après un banquet fraternel semblable à celui auquel le soleil et Mithra conviaient le paraclet Ahura-Mazda.

Le culte du dieu Mithra est un des plus anciens du panthéon des divinités adorées par les hommes. Il a commencé plus de 2'000 ans avant notre ère. Actuellement en 2004 on trouve encore plus de 200'000 Parsis et Guèbres qui pratiquent le mazdéisme officiel en Iran, en Inde et au Pakistan, religion dans laquelle Mithra occupe une place centrale. Fabuleux destin pour ce dieu Indo-Européen qui, malgré l’épreuve du temps, perdure encore.
Peut-on dès lors considérer Mithra comme le-un dieu franc-maçon de l’Antiquité ainsi que le publiait le magazine "Allez savoir", titre qui fût vraisemblablement suggéré à son auteur par l’ouvrage du Professeur Robert Turcan "Les cultes orientaux dans le monde romain" ? À la page 241, dernière phrase de la partie de ce livre intitulé "sous les rocs de l’antre persique", le professeur qualifie en effet le culte de Mithra d’espèce de Franc-maçonnerie, un vocable des plus large…

Le Mithraïsme était, certes, une religion à mystère qui comportait les principales caractéristiques de ces cultes, une hiérarchie sacerdotale à degrés où l’initié recevait, à chaque passage de grade, une révélation partielle de la connaissance. Le culte se déroulait dans un lieu fermé sous une voûte étoilée, percée de trois ouvertures. Les mystes, lors des agapes, sont étendus sur les banquettes, tête vers l’Orient d’où Mithra le lumineux éclaire l’assemblée. De nombreuses analogies du culte et du temple de Mithra avec le temple maçonnique et avec l’initiation de notre ordre peuvent être envisagées au terme de cette étude. Ces caractéristiques troublantes, ajoutées au système de fratrie qui unit les mystes et aux pratiques rituelles suffisent-elles au culte de Mithra à constituer une sorte de Franc-maçonnerie et à suggérer qu’il existe un Dieu pour les Francs-maçons ?

La réponse est dépendante de l’image que l’on se fait de la Franc-maçonnerie, mais rien n’est moins sûr. Un dieu, défini par le Petit Robert comme principe d’explication de l’existence du monde et conçu comme un être personnel selon des modalités particulières aux croyances, aux religions, peut-il être “franc-maçon” ?

La réponse varie selon que l’on s’adresse à la Franc-maçonnerie anglo-saxonne ou continentale. Pour la première, il n’y a pas de Dieu spécifique des Francs-maçons puisque le Dieu est celui d’une des religions révélées, même si l’on y envisage plus spécifiquement son rôle créateur.

Dans la Franc-maçonnerie continentale, le symbole du Grand Architecte de l’Univers permet de très amples et parfois divergentes interprétations, ce qui fait que le terme de Dieu des Francs-maçons fait plutôt sourire.
Par ailleurs, les attributs de Mithra, le contenu de son culte et sa signification sont très éloignés des aspirations de la Franc-maçonnerie. Celle-ci ne propose aucune rédemption au sens que ce terme a dans le Christianisme. Quant aux degrés de l’initiation maçonnique, ils se présentent plutôt comme la suite de symboles et mythes conduits à stimuler la réflexion ou à fonctionner comme exercices spirituels que comme étapes vers une libération de type métaphysique. En ce sens, les deux premiers degrés de la maçonnerie sont plus proches d’une figuration allégorique et symbolique de la philosophie - non restreinte à la morale - que de celle, eschatologique et cosmique, des Mystères antiques. La Maçonnerie peut être ainsi perçue comme une sorte de recueil graphique s’inspirant de grandes leçons de la philosophie, notamment celle de l’Antiquité, qui cherchait avant tout à transformer l’Homme par une voie individuelle.

Ainsi, la signification profonde du culte de Mithra, même si l’on n’en connaît pas encore tous les arcanes, n’évoque aucune résonance profonde chez le Maçon. Le dualisme du bien et du mal, qui est celui du gnosticisme, est largement remplacé dans notre ordre par le couple ignorance, erreurs et préjugés d’une part, connaissance rationnelle et vérité d’autre part.

Mais ne concluons pas définitivement et laissons au lecteur la liberté de se faire lui-même son opinion.

Source : http://www.masonica-gra.ch/18_mithra.html

 

Apollon Mithras Helios Hermes
Qui doit se lire
Apollon est à Mithra ce qu’Hélios est à Hermés

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Mithra le Soleil invaincu

6 Novembre 2012 , Rédigé par P. P Publié dans #Planches


Laisser moi vous parler d’un culte plus vieux que le Christianisme et qui faillit le détrôner avant que ce dernier ne devienne un des trois piliers religieux de l’humanité.
Je veux vous parler du culte de Mithra, celui que les Romains nommait :

SOL INVICTUS MITHRA


Cette religion, ou plutôt ce culte, fut introduite dans le bassin méditerranéen par les légions romaines pendant le deuxième siècle avant JC. Les empereurs romains le transformèrent en religion d’état, au cour des siècles suivants en le diffusant largement dans les contrées qu’ils colonisaient aux grés de leurs conquêtes. A peu près un siècle avant la prédication de Jésus de Nazareth.
Mais quelle était donc la particularité de cette religion dont la plupart des empereurs romains étaient membres, ainsi que la majorité de l’armée, de la noblesse et de la plèbe… et même des esclaves !
Même encore de nos jours, ce culte a laissé des traces dans la pierre que l’homme ne peut effacer afin que la mémoire ne disparaisse pour les générations futures.
Ce culte religieux est considéré comme une religion à mystères, autrement dit :

La transmission orale à une minorité d’élus, révélées par l’initiation au cours d’une cérémonie rituelle enseignée oralement par une tradition dont le contenu doit être conservé au regard des profanes et non sur des écritures sacrées ouvertes à tous. Même au péril de leur vie le secret était de rigueur.

L’étude de cette religion est basée sur les témoignages écrit de certains auteurs initiés ou sur l’iconographie qui décorait les temples : les mithrae

Mais qui était Mithra ?
Probablement originaire des peuplades Indo-aryennes introduit en Perse, ou ces derniers n’hésitèrent pas à l’associer au dieu solaire Babylonien : Shamash, et dont les traces remontent jusqu’au paléolithique supérieur ou à l’épipaléolithique. Le nom de Mithra est mentionné dans un traité signé entre les Hittites et les Mitanniens vers 1400 av JC.
En Inde, Mithra est associé à Varuna dieu de la lumière .Tous deux appartenaient au Aditias,les six dieux souverains du panthéon indo-aryen, tandis qu’en Iran c’est un dieu bénéfique, collaborateur d’Ahura Mazda.
Dans un texte du Rig-Veda il est précisé que Mithra est celui qui fait payer ses dettes aux hommes .Mithra était considéré comme le juriste et Varuna le magicien.
Certains pensent qu’il pourrait personnifier la lumière du jour pourchassant les ténèbres.
Ce qui parait pour un attribut secondaire ; car son noms est tiré de la racine « mi » qui veut dire »changer, échanger » et signifie, dans le vieil idiome de l’Inde, « ami, amitié » et dans celui de la Perse : contrat ; ce qui nous ramène au juriste qu’il est censé être ; comptable des bonnes ou mauvaises actions des hommes.
Le contrat possède une force secrète qui anéanti ou banni celui qui ne le respecte pas.
Dans le panthéon iranien ; Mithra, qui est toujours la divinité des serments et des pactes, devient également le seigneur du jour et de la lumière solaire apparaissant sur le sommet des montagnes, pour traverser le ciel d’est en ouest sur son char attelé de quatre chevaux blancs.Tout comme le fera plus tard l’Apollon des grecs.
Il entend tout, il voit tout, il a mille yeux et mille oreilles ; il est la connaissance !
C’est le dispensateur de la lumière de la vie par l’entremise du soleil dont il est la manifestation ; c’est le grand dieu vital ; principe de la fertilité et de la végétation assurant au bétail sa prospérité pour le bonheur des hommes.
Il est de ce fait l’adversaire du mal ; Ahriman, combattant sans cesse ses démons qui propagent sur la terre maladies et famines. Il punit les méchants mais accorde à ceux qui sont bons le bonheur et la paix de la conscience, le succès et la gloire.Il ne dort pas, il protége la création et leur envoie du haut de sa demeure céleste son aide de bienveillance.
Tel était Mithra, chez les Perses avant Zoroastre.Ce dernier le relèguera à l’arrière plan au profit d’Ahura –Mazda qu’il transformera en Ormuzd dieu suprême de la religion Zoroastrienne.
Celui-ci est le Varuna de l’Inde, le seigneur sage ; Mithra régressa au rang des divinités inférieures : les yazatas.
La religion chrétienne les comparerait à ses archanges. Pour Mithra l’équivalent serait l’archange ST Michel
Déclaré toutefois le plus important et le plus glorieux de sa caste divine.Il apparaît aussi grand et vénérable que son créateur Ahura- Mazda.
Sous la dynastie des Achéménides (Cyrus à Darius III) un grand temple de feu fut érigé à sa gloire ; ils lui donnèrent le nom de Porte de Mithra.
Au milieu de l’été se déroulait en son honneur de grandes réjouissances appelées le Mithragan. (Notre actuelle fête de la ST Jean d’été) Jusqu’au palais du roi des rois ou celui-ci, paré d’une couronne solaire renonçait pour un jour à tout privilège de son rang en s’amusant comme le plus pauvre de ses sujets.
Au contact de la Babylonie il s’effectua une fusion entre ces deux religions qui transformèrent Mithra identique à Shamash le dieu solaire Mésopotamien. Les romains pensaient que Mithra était d’origine Babylonienne.
Il est possible que son culte soit parvenu dans les colonies romaines depuis l’Iran par la diffusion du Zoroastrisme dont il est considéré comme une hérésie.
Alexandre le grand adoptera cette religion, tout comme le souverain qu’il avait défait : Cyrus le grand, dont la signification perse est : Soleil.
C’est à cette période que Mithra retrouve son éclat de dieu solaire, séduisant le souverain Alexandre, qui en adoptant cette religion devient lui même investit du droit divin.
Mithra est l’allié d’Ahura Mazda dans sa lutte contre les forces obscures.
Sa particularité est de s’être crée lui-même de la roche des cavernes, il est la primogéniture et autogéniture.
On ne doit pas le considérer comme un dieu mais comme un médiateur entre les hommes et Ahura Mazda ou Ormuzd, la divinité suprême. Tel que l était l’hercule des romains officiant au besoin des hommes par ses travaux .D’ailleurs sa fin est similaire à Mithra, puisque lui aussi est élevé au ciel sous le nom d’une constellation qui porte son noms ; tandis qu Mithra se retrouve en compagnie du soleil qu’il assiste protégeant les hommes du mal en les surveillant de sa demeure céleste.

Le culte de Mithra, La Natalis Invicti, la nativité invincible ou soleil invaincu était célébré autour de l’actuel solstice d’hiver à Noël, le vingt cinq décembre, ce qui correspondait dans la Rome antique aux Saturnales qui commençaient aux alentour du dix sept décembre jusqu’au Calendes de janvier, premier jour du calendrier romain. Mithra représentait la lumière et la pureté, la chasteté contre les forces obscures.
La naissance de Mithra : Dies Natalis Solis Invicti se célébrait par le sacrifice d’un jeune taureau, dont la tauromachie (la corrida) selon certain pourrait être une lointaine survivance déformée, ainsi que la religion Minoenne de Crête
Le haut fait de la vie de Mithra fut la mise à mort d’un jeune taureau aussi fougueux que puissant. Et c’est autour de cet exploit que tourne le mystère du Mithracisme.
Mais avant de vous décrire l’initiation du culte de Mithra, laissez moi vous conter sa légende, car c’est un Dieu dont les origines se perdent dans la nuit des temps.

Mithra serait né d’une roche féconde : la Pétra géneratrix ;….

Au pied d’un arbre sacré, prés d’une source sacrée , elle aussi ; avec un bonnet phrygien sur la tête, un couteau de chasse dans une main et un flambeau dans l’autre. Des bergers venus adorer l’enfant dieu prirent soins de lui et lui offrirent du bétail et des fruits de la terre. Etant nu, li coupa les feuilles d’un figuier et s’en fit un pagne il cueillit les fruits et les mangea .Apres Il se mit en marche pour affronter les puissances qui peuplent l’univers.
Il rencontra le taureau primordial qui paissait dans les montagnes, décida de le monter, mais dans le galop sauvage de la bête, Mithra tomba et s’accrocha aux cornes de l’animal … La bête épuisée ; Mithra le lia et le chargea sur ses épaules. Ce voyage avec le taureau se nomme Transitus.
Quand Mithra arriva dans La grotte dont il avait fait sa demeure ; l’animal avait retrouvé quelques forces pour s’échapper et retrouver les champs. Mithra demeurait perplexe lorsqu’un un corbeau envoyé par le soleil lui annonça qu’il devait sacrifier la bête. Sans enthousiasme, Mithra se remit en chasse et parvint enfin à capturer l’animal et le traîna de nouveau dans sa grotte .Maintenant son mufle frémissant de la main gauche, il lui enfonça dans l’épaule son couteau de chasse,.touché au cœur le taureau s’effondra…
Il se produisit un fait extraordinaire… Du cadavre de l’animal jaillirent toutes sortes d’herbes et de plantes utiles, qui aussitôt couvrirent le sol. Du blé sortit de la colonne vertébrale du taureau, et du vin de son sang.
Sa semence recueillie par la lune, produisit des animaux utiles à l’homme.
Furieux ; l’esprit du mal Angra- Mayniu se déchaîna contre ses bienfaits qu’il décida d’anéantir en envoyant des animaux impurs pour détruire la source de la vie.

Arrivèrent alors le chien qui mangea le grain, le scorpion qui serra les testicules de la bête avec ses pinces et le serpent ainsi que la fourmi.
Mais la lune, fidèle compagne du soleil rassembla et purifia la semence du taureau avec l’aide de ce dernier pour parachever le travail de Mithra et donner naissance à toutes sortes d’animaux utiles.
Furieux, Angra Mayniu, l’esprit du mal dépêcha une multitude de calamités contre les hommes ; dont un déluge destiné à rayer l’humanité de la création.
Heureusement Mithra veillait et avertit un homme qui construisit une arche solide pour sauver les créations terrestres d’Ahura Mazda…. Je suppose que vous avez déjà lu ça quelques part, mais pas avec les mêmes personnes….

A cour d’imagination, l’esprit du mal Angra Mayniu, cessa provisoirement toutes tentatives contre les hommes. Mithra pouvait donc enfin goûter au repos comme tout les héros. Après avoir accompli la mission que le dieu Ahura- Mazda lui avait confiée; Il participa, avec son vieil ami le soleil à un dernier banquet solennel, ou il mangea le pain et bu le vin. Ensuite il s’éleva au ciel, ou il continue de vivre veillant sur les hommes et les protégeant du mal….
Quant au taureau sacrifié il fut élevé au ciel ou il devint une constellation.
Les mystères de Mithra sont la pour rappeler les bienfait de ce dernier pour les hommes tout comme un certain Jésus de Nazareth qui était un médiateur entre les hommes et le créateur. Mithra tient plus du héros que du dieu. Au dessus de lui plane Ahura Mazda et Angra Mayniu qui sont des jumeaux qui doivent lutter jusqu'à la fin des temps
La religion des Perses est dualiste et admet le principe du bien et du mal. Le culte de Mithra serait une hérésie du Zoroastrisme. Et à son niveau évolue avec Mithra, son vieil ami le soleil et allié qui va bientôt se confondre dans Rome avec cette inscription mithriaque : Sol invictus Mithra.
Ce dernier après avoir subi bien des avatars se retrouve propulse dieu solaire par Alexandre le grand qui est devenu adepte de ce culte ainsi que la plupart de ses troupes. Tout comme le monarque qu’il a vaincu : Cyrus Roi des Perses…
Malheureusement pour Alexandre le grand, ce culte ne lui survivra pas. Les Perses étaient les ennemies héréditaires de la Grèce et la rigidité de cette religion ne put s’introduire dans la civilisation grecque malgré l’occupation des légions romaines qui tentèrent d’introduire ce culte oriental qui ne convenaient pas à l’état d’esprit grecque de l’époque.

Ce qui en fait sa popularité ? … : Son austérité… Sa fraternité entre ses adeptes, sans aucune sensualité, sans présence féminine, pas d’Isis ou de Cybèle ni de vierge Marie. C’est une religion de lutte qui doit conquérir le ciel. De plus, l’empereur initié devient aux regards de ses troupes un chef de droit divin… Ce qui n’est pas pour déplaire aux Romains .Ce culte qui s’impose en deux cent ans à l’empire Romain , deviendra une religion rivale du christianisme que celle-ci combattra vivement, surtout lorsque les chrétiens détiendront le pouvoir spirituel.
Aucun des adeptes de ces deux religions ne pouvaient accepter la cohabitation passive. Du moins le pensaient-ils ! La lutte fut intensive.
Le Mithraïsme est avant tout un culte monothéiste et moraliste mais sans
charité et c’est ce qui provoquera sa disparition.
Car si ce culte enseignait la rigueur et un esprit qui n’est pas sans rappeler celui de Spartes, il en rejetait les plus faibles. Même si sa pratique fournissait une méthode contre le relâchement des mœurs entamées depuis longtemps dans la société romaine. Ce culte était destiné avant tout à des hommes forts. Ce qui convenait parfaitement aux conquérants Romains. Le chemin du ciel devait s’acquérir comme une lutte ou l’initié devient un combattant actif contre les forces du mal.
Ce sentiment qui devait animer tout citoyens de l’empire, pour le conditionner dans une conduite morale pour servir l’état à travers la religion; les empereurs comme Dioclétien et Julien l’avait trouvé dans Mithra pour le revigorer.
On est en droit de se poser la question suivante :
Cette idée, a-t-elle été récupérée par une autre religion contemporaine de Mithra, mais dirigée par des prosélytes mégalomanes avides de pouvoir, pour infléchir sur les destinées de l’humanité en devenant l’éminence grise du pouvoir en place, tout en étant plus puissante ?....Au point d’être en mesure d’influencer les décisions des monarques en place.
L’empereur Julien tentera vainement d’éliminer le christianisme en plagiant certaines particularités de cette dernière. Cet empereur avait compris que le succès de ce dernier était du à son acceptation des femmes dans les cérémonies ainsi que l’enseignement du pardon et de la charité
Récupérant à son profit le sentiment de charité qui est propre aux chrétiens. Il créa une assistance aux pauvres, proclama le culte de Mithra religion d’état et à l’exemple des chrétiens qui avaient hiérarchisé leur église pour mieux contrôler leurs ouailles ; Il réorganisa l’institution du culte et imposa un enseignement moral et religieux à proximité des temples. Malheureusement l’Empereur ne sera pas suivi malgré toutes ses tentatives de réformes. Lui qui avait supprimé tout les droits des chrétiens sous prétexte qu’ils enseignaient les philosophes grecques et latins sans adorer leurs dieux. Ce qui à ses yeux était une aberration et un prétexte pour déclencher les hostilités contre les chrétiens ; ceux qu’il nommait avec mépris les adorateurs du Galiléen.

Maintenant laissez moi vous expliquer :
L’initiation des candidats ou plutôt des profanes…
Après une longue préparation éprouvant le courage et l’aptitude du profane à prendre part aux mystères sous diverses formes .Un strict engagement de sa part était exigé au péril de sa vie. Il s’en suivait plusieurs jours de jeunes et d’abstinences de rapports sexuels suivis d’ablutions cérémonielles.
Le candidat était étendu sur le sol les mains liées dans le dos comme s’il était mort. A l’issue de certains rites le hiérophante relevait le profane en le saisissant de sa main droite
Venait ensuite le baptême du sang
Je laisse ici le témoignage d’un initié romain du premier siècle de notre ère du nom de Caius Tullius Africanus.
Peu après la tombée du jour, le voile blanc me fut retire : on m’étendit sur la pierre servant d’autel. À la lueur des torches, je vis une lourde grille se rabattre au dessus de ma tête. Sur cette passerelle improvisée, un taureau fut amené. Un sacrificateur vêtu d’un pagne pourpre, tenant un glaive s’avança vers l’animal…
J’entendis un meuglement. Avec un bruit de linge mouillé, une pesante masse de sang s’abattit sur ma poitrine, coula dans ma gorge, me suffoqua .C’est alors que je vis s’approcher de mes yeux un fer rouge, dont j’éprouvait bientôt sur le front la douleur insupportable. Je m’évanouis.

Tel est le récit de cet initié. La purification par le sang et le feu, Celle des adeptes de Mithra. Cette aspersion sanglante était appelée :renatus in aerternum. (Né à une nouvelle vie pour l’éternité)…

Lorsqu’il reprend ses esprits il prononce la prière d’action de grâce :
Salut à toi, Souverain de la Terre, Maître de l’eau, salut a toi, Prince de l’Esprit ! Seigneur, revenu à la vie, je passe dans cette exaltation, et dans cette exaltation je meurs ; né a cette naissance qui donne la vie, je suis délivré dans la mort, et je passe dans la voie par Toi ordonnée, selon la loi que Tu as établie et le sacrement que Tu as institué.

.Ensuite le candidat reçoit l’enseignement des prêtres : catéchisme moral et spirituel, histoire de la vie de Mithra et de ses combats contre le taureau et le dieu du mal Angra-Mayniu. Mais ce n’est qu’une partie de l’initiation ; avant d’être admis parmi les initiés d’autres épreuves attendent l’homme nouveau qui vient de naître. Une immersion dans l’eau dans un fossé les yeux bandés et les mains liées, mais un libérateur se présente et l’emmène vers d’autres épreuves plus éprouvantes
On lui fait assister à un meurtre rituel fictif dans une demi obscurité, hurlement de douleur et de mort,… sang répandu.
Puis le soi disant justicier vient vers le profane en brandissant un glaive rouge de sang, en lui criant que tel est le sort de ceux qui trahissent le secret des mystères de Mithra. ..
Voila pourquoi les chrétiens accusaient les sectateurs de Mithra de pratiquer des sacrifices humains… Or il n’en était rien.
Jusqu’au jour ou l’empereur Commodes voulant se faire initier, prit au sérieux le meurtre rituel et provoqua la mort de la victime… Ceci était pour l’anecdote.
En fait l’épée du sacrifice était brandie au dessus de la tête du futur adepte, encore rouge de sang du taureau .Cela faisait partie du rite initiatique.

Après avoir subies toutes ces épreuves le récipiendaire endure quelques tortures fort pénibles destinées à montrer son courage. Les sectateurs de MIthra sont ses soldats ! Aussi les femmes en sont excluent.
De plus ne sont elles pas impures ? De par l’épanchement régulier des menstrues que nécessite la physiologie du corps féminin ; bien des religions les excluent. Même encore de nos jours, au vingt et unième siècle, l’obscurantisme a toujours des adeptes !
Enfin l’homme nouveau prononce ses vœux : servir Mithra jusqu'à la mort et garder le secret du rite et sur ce qu’il verra et entendra dans les mystères et le temple. Il est admis dans le cercle des élus.
Sept degrés existaient à ce rite .Ce n’est qu’au troisième degré que l’initié commençait à pénétrer le secret des mystères.

Maintenant, essayons de voir ce qui pourrait nous rapprocher de :

La Franc Maçonnerie avec le culte de MITHRA.
Les analogies des mystères de Mithra avec certaines pratiques de la Franc Maçonnerie semblent évidentes. A moins qu’il ne s’agisse d’une remarquable coïncidence.
Robert Freke Goulde (auteur de l’histoire abrégée de la Franc Maçonnerie) affirme «
Parmi les mystères antiques, aucun n’offre aux recherches maçonniques un champ plus intéressant que les mystères de Mithra. »
De quelles manières ont survécus ces pratiques pour devenir parties intégrantes de nos rites à tel point que l’origine se soit perdue.
Je ne vois qu’une possibilité, qui, au demeurant reste très personnelle.

De nombreux historiens expliquent qu’à chaque légion romaine, se trouvait un
Collège, ou corporation d’artisans et de métiers d’arts, qui suivait cette dernière dans
ses pérégrinations colonisatrices et dont la mission était l’implantation de la culture Romaine et de la diffuser auprès des peuples de ces lointaines contrées conquises à la pointe du glaive. (Un grand nombre de mithrae ont été découvert en Germanie, en Suisse ainsi qu’en Angleterre le long du mur d’Hadrien .Notre Dame de Paris s’est érigée sur un Mithrae qui servit auparavant Jupiter et Isis .D’après certains l’empereur Julien, grand réformateur du culte de Mithra aurait été initié en ce lieu.)
Nous savons les Romains grands bâtisseurs.
On découvrit en 1823 à Chichester en Grande Bretagne, une plaque relative à l’érection d’un temple dédié à Minerve et Neptune. D’autres preuves existent qui prouvent que des maçons, charpentiers et menuisiers se regroupaient en corporation et utilisaient des signes distinctifs de reconnaissances propres aux opératifs.

Mais quelles sont vraiment les similitudes qui peuvent nous interpeller.
A la première observation : Mithra naît d’une pierre, … alors ?...
Pierre taillé par des conventions culturelles, inculquées dés la naissance inconsciemment par l’appartenance ethnique et religieuse ou politique ?
Ou pierre brute qui va se tailler en se libérant de toutes ses contraintes par un chemin initiatique, brisant les chaînes qui entravent la réflexion personnelle ?...
Il me semble que la Maçonnerie présente ce chemin et que le Mithraïsme en possède les similitudes. Mithra, en ce cas serait une allégorie de l’élévation spirituelle du profane par la révélation de l’initiation.
Les autres similitudes sont la fraternité et la solidarité entre ses membres et l’humilité qu’ils doivent conserver entre eux, ainsi que le secret du rite. De plus une sélection se réalisait pour être membre de ce culte par l’intermédiaire de questions préalable avant l’initiation similaire aux enquêtes maçonniques pour les profanes.
De plus les cérémonies se déroulaient la nuit ; dans une caverne naturelle ou artificielle située sous la demeure d’un citoyen romain.Ce qui n’est pas sans rappeler le cabinet de réflexion.

On distingue le Mithraeum en trois parties :

L’antichambre, qui peut rappeler le parvis.

Le spélunca (la grotte) grande salle rectangulaire, décorées de fresques et deux grandes banquettes le long de chaque mur pour le repas rituelique.

Le sanctuaire, au fond de la grotte, dans lequel on trouvait l’autel et le bas relief ou la statue de Mithra immolant le taureau.
L’effigie de Mithra immolant le taureau se trouvait entouré de deux colonnes décorées de porteurs de flambeau, nommés Cautès et Cautopès, l’un baissé, l’autre relevé représentant la course du soleil .
Tout comme l’effigie du baphomet des templiers qui selon certains auraient été initiés par les Ismaéliens Iraniens, plus connus sous l’appellation de : Yassassin, qui pratiquaient un culte Zoroastrien. Analogie curieuse la lune et le soleil entoure le plateau du Vénérable dans les tenues maçonniques.
La voûte du temple ou plutôt de la crypte représentait le ciel étoilé et ses planètes.
Quant à Mithra c’est à l’aide d’un glaive qu’il réalise le taurobole; Et le Pater qui est le hiérophante de ce culte utilise lui aussi un glaive pour initier le profane tout comme le vénérable de la loge qui possède une épée flamboyante symbole de son grade

A chaque degrés une cérémonie particulière qui ne devait pas être communiquée aux grades inférieurs ; ainsi qu’une tenue particulière au grade.
Je ne vous en ai pas parlé, mais arrivé au troisième degré, avant de pénétrer le secret des mystères de Mithra. Une autre épreuve attendait le candidat ; celle de la couronne que lui présentait le prêtre au bout d’un glaive. Ce dernier devait la refuser en la laissant glisser le long de son bras en affirmant : elle est à mon dieu ; et si on lui proposait un honneur profane il se devait de le refuser.
Car tout ce qu’il accomplissait était l’œuvre de Mithra ; il ne s’appartenait plus. Une règle d’austérité qui s’imposait pour tous les membres et que bien des religions
appliquèrent pour se détourner des artifices matérielles, afin d’élever spirituellement leurs adeptes.

Dans l’initiation nous trouvons également l’épreuve du sang de l’eau et du feu ; même si elles sont devenues symboliques dans la Maçonnerie, elles n’en demeurent pas moins présentes.
Ne font elles pas parties de l’initiation du profane ?

Le feu est le symbole divin essentiel dans le mazdéisme, tout comme chez les adeptes de Mithra ; dont un grade ,Pater (père) possédait l’entretien de la flamme perpétuelle dans les Mithræ ainsi que le Maître de cérémonie qui à la charge de l’installation du Temple.
Il serait bon d’approfondir le symbolisme du feu, de l’eau et du sang en quelques mots. Ce qui je vous l’accorde, mériterait en fait un travail assez consistant. Mais essayons d’être bref et explicite.

Dans les rites initiatiques de mort et de renaissance, le feu s’associe à son principe opposé : l’eau. Tout les deux sont des purificateurs, le feu, qui libère le futur initié de ses préjugés de profane pour recevoir la lumière de la connaissance intuitive, siège du cœur, se complète par l’immersion dans l’eau, pour se régénérer à une vie nouvelle ; tout comme le baptême.
Quant au sang qui symbolise la vie, en s’écoulant sur la terre il s’associe au soleil, lui aussi dispensateur de la vie.
Et si certains se choquent par le baptême au sang de taureau, que doivent-ils penser de cette phrase de ST Jean « Le sang du Christ nous purifie de tout péché. » Ce dernier n’a-t-il pas précisé lors de son dernier agape en parlant du vin consacré : « Ceci est mon sang. »
Le sang du taureau sacrifié par Mithra s’est lui aussi transformé en vin en s’écoulant sur la terre pour donner naissance à la vigne.
Tandis que d’une autre partie de son corps, la colonne vertébrale, naissait le blé, père du pain, dont le Christ dira lui aussi, en parlant du pain consacré : Ceci est mon corps.
Du sacrifice du taureau surgissait une vie nouvelle ; symbole de la fertilité du sol et du cycle perpétuel de la mort et de la renaissance de la nature.
La Maçonnerie ne pratique t’Elle pas de manière similaire en tuant le vieil homme pour donner la vie nouvelle à l’initié, qui sera libre, s’il est de bonnes mœurs !
Un autre trait commun à la Maçonnerie qui se trouve dans le culte de Mithra : L’initié du grade ne devait pas révéler les secrets de son grade ; de plus chacun d’eux possédait une tenue particulière et les plus bas en grades, les Corax (corbeau) servaient les mets et le vin consacré au cour des agapes, tout comme les apprentis…

Voici les sept degrés de Mithra

Corax (corbeau)

Cryphius (occulte) d’autres auteurs interprètent ce degré : Nymphus (époux)

Miles (soldat) ses attributs étaient la couronne et l’épée. C’est à partir de ce degré que l’initié commençait à pénétrer le secret des mystères de Mithra, désormais il était un soldat de Mithra.

Léo (lion) dans les rituels il présentait à Mithra les offrandes des sacrifices ; et participait au repas rituelique.

Perse l’initié considéré comme un égal des fondateurs de la religion était coiffé du bonnet phrygien.

Héliodromus (émissaire du soleil) ses attributs étaient la torche, le fouet qui représente les rayons du soleil et la couronne.

Pater (père) le plus haut grade qui dirigeait les initiations. Au dessus se trouvait le père des pères, grand pontife et chef suprême de la religion, grand initié et toujours Perse

Très peu d’adeptes parvenaient au seuil du quatrième degré : Léo (lion) départ de la véritable révélation qui semble t’il se déroulait au cour du repas rituelique. Les trois premiers grades qui étaient des préparatoires au repas rituelique, leurs interdisaient de participer à ce dernier.
On sait par le témoignage écrit de certains initiés érudits que d’autres rituels existaient pour les hauts grades ; ( Léo ) notamment la purification par le miel dont la langue était enduite pour être lavées de toutes fautes ainsi que les mains.
Le miel est considéré dans bien des religions comme breuvage d’immortalité et
source de vie. Mais sa consommation est aussi réservée aux êtres d’exception car il est également symbole de la connaissance mystique et du savoir.

On sait également que les différentes couches sociales se retrouvaient au sein des mithrae et que ces dernières n’influaient pas sur le passage de grades. Tout comme la Maçonnerie. S’il s’en montrait digne et capable il accédait aux degrés suivants.
Enfin le dernier grade, auquel bien peu d’initiés parvenaient ; Pater, celui qui dirigeait les mystères .C’était un maître, et au dessus le grand pontife, le père des pères, le chef suprême de la religion et toujours Perse.
Ce dernier, grand initié, a la sagesse profonde semblait doté de grands pouvoirs.
Pour qu’une loge soit juste et parfaite il est nécessaire d’avoir sept officiers. Le culte de Mithra possède sept degrés el le Pater officie la cérémonie tout comme le Vénérable de la loge.

De plus Ils n’exercent leur fonction que dans le temple. En dehors des cérémonies Ils exercent un métier où sont soldats ; mais pratiquent une fraternité et une entraide similaire à la FM. La discrétion et le secret du rite que conservent les adeptes les rapprochent également de la FM , sans être opposé à l’empire mais à le revigorer par l’exemplarité de ses membres. Les francs maçons ne sont ils pas libres et de bonnes mœurs et ne cherchent ils pas à élever l’humanité ?
La paix romaine favorisait le déplacement des voyageurs de commerce, de navigateurs et de mutations de troupes militaires ou de fonctionnaires de l’empire, qui loin de Rome trouvaient toujours une communauté Mithriaque pou les accueillir ; à l’identique des francs maçons qui peuvent visiter les loges .Autre similitude les temples Mithriaques se limitaient à recevoir une quarantaine d’adeptes .Lorsqu’une de ces communauté devenait importante, elle essaimait. Toutes ses communautés se connaissaient et formaient un vaste réseau jusqu’aux confins de l’empire Romain ; ainsi que la FM universelle.

A l’ouverture et la fermeture des travaux, l’acclamation se réalise avec le salut romain. Le culte de Mithra s’est diffusé aux confins de l’empire romain grâce à ses soldats, de même que les templiers étaient des moines soldats ainsi que les ismaéliens plus connus sous l’appellation des yassasins. L’introduction de la FM se diffusa au XVIII siècle en Europe par l’armée anglaise dont beaucoup d’officiers étaient membres.

Napoléon délégua le général Magnan de réorganiser la FM Française .La discipline est essentiellement militaire, et les rites exigent une rigueur d’exécution qui ne peuvent se réaliser d’une manière fantaisiste.
Quoi de plus discipliné qu’un militaire ? L’élévation spirituelle et morale nécessite une assiduité à la quelle les militaires sont habitués de par la discipline qui s’impose à toutes armée. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la FM est d’origine militaire. Il est à noter que les ordres monastiques possèdent également une rigueur qui peut en choquer plus d’un de nos jours. Toutefois Nous devons admettre que l’expression frères d’armes, est typiquement militaire. Et le culte de Mithra s’est diffusé de l’Orient à l’Occident par des soldats romains envoyés aux confins de l’empire romain.

Le but de cette religion était l’élévation morale et spirituelle de ses adeptes.

Cette dernière arrachait l’homme à ses préoccupations journalières et terre à terre.
La Maçonnerie n’en fait elle pas autant en travaillant à l’amélioration morale de l’humanité?
Affirmer que la Maçonnerie est d’origine Mithriaque serait une absurdité, mais qu’une survivance différemment interprétée et ré adapté au cours des siècles dans les rites Maçonniques est possible.

Les chrétiens, je parle, ici des premiers chrétiens ; se contentaient dans leur rites de partager le pain et le vin, tout comme les adeptes de Mithra.
A l’époque ou le christ enseigne sa doctrine, de nombreuses sectes se côtoient dont celle des esséniens dont ST Jean Baptiste et Jésus de Nazareth auraient ; selon certains, appartenus à cette dernière.
Or les esséniens, seraient apparus au deuxième siècle avant notre ère. Il semble que les esséniens qui étaient un des premiers ordres monastique avaient pour coutume de se lever avant le lever du jour.
Selon Flavius Joséphe : « Avant l‘apparition du soleil ils ne prononcent aucune paroles profanes mais ils récitent certaines prières ancestrales à l’adresse de l’astre du jour comme s’ils le suppliaient de se lever » …

D’où vient cette pratique ? Les contacts avec les pays voisins étaient plus fréquents qu’on n’ose l’imaginer, et il est probable que cette prière trouve son origine en Perse d’où elle s’est propagée jusqu’en Palestine. Beaucoup plus tard les templiers et les ismaéliens, plus connus sous l’appellation de « yassasins » échangèrent des contacts fréquents. Les Ismaéliens zoroastriens pratiquaient un culte solaire avec le partage du pain et du vin tout comme les adeptes de Mithra.
La Maçonnerie pratique de manière similaire en célébrant la ST Jean d’hiver tout comme les chrétiens, qui au IV siècle, sous l’égide de l’empereur romain Constantin le grand, en 306 de notre ère, décidèrent d’etabir la naissance du Christ le 25 décembre pour effacer toutes traces de survivances du paganisme .Toutefois les églises d’orient conservèrent, jusqu’à ce jour la date du 6 janvier.
Réminiscence d’un vieux culte solaire dont la plupart de l’humanité a oublié l’origine. Allez dire ça à un chrétien il s’en offusquera certainement.

Je ne suis pas certains que les maçons s’en offusquent car lis sont des cherchants
Mais affirmer qu’une tradition relève que d’une seule racine me semble une erreur, et participerait d’un dogmatisme primaire.
Le rite écossais ancien et accepté n’est il pas un rite christique ? Certes tout ceci se mélange.
Mais je pense, et le dit en toute humilité que les rites maçonniques ne peuvent provenir d’une seule source ; mais d’une association de plusieurs éléments appartenant à des rites différents et partageant les même but au delà des dérives que peuvent entraîner certaines religions qui se retrouvent aux prises d’une oligarchie. Aussi nous devons étudier tout ce qui peut nous éveiller pour nous guider dans l’étroit chemin sans sectarisme.
A l’inverse des dogmatiques qui refusent d’autres vérités ou chemins que le leur. De plus ; existe-t-il un seul chemin qui mène au sommet de la montagne?
Et pourtant ! Nous devons admettre que pour affirmer les certitudes de leurs chemins : La plupart des traditions spolient les éléments les plus intéressants de leurs concurrentes pour se les accaparer afin de gagner un maximum d’adeptes ;
Lorsqu’elles sont dans l’impossibilité d’éliminer des croyances ou des cultes adverses au point que le temps, qui devient un allié puissant dans ce cas, effectue un gommage dans les mémoires collectives. ..
Seul, les écrits que nous possédons et les traces dans la pierre permettent au cherchant de découvrir une partie du voile de la vérité, pour retrouver une partie ou un élément d’une tradition originelle.
Il est certain que plus d’une personne s’offusqueront de mes propos. Mais il est évident que les écrits sont souvent remaniés ou interprétés au besoin de l’époque !
Mais…, je dis mais, gardons nous des interprétations les plus fantaisistes, au détriment des enseignements qui étaient prodigués allégoriquement afin de mettre en éveil l’initié pour le guider dans les chemins de la vertu pour sortir de l’animalité.
Ce chemin n’est il pas celui de la Maçonnerie ?

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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Symbolisme bouddhiste et symbolisme maçonnique

5 Novembre 2012 , Rédigé par Jean-François Gantois Publié dans #spiritualité

Le symbolisme est très important en tant que véhicule d’une voie progressive intérieure, c’est-à-dire initiatique

Je vais tenter, après mes illustres prédécesseurs, de vous parler des convergences et des différences entre ces deux traditions spirituelles et initiatiques que sont le bouddhisme et la franc-maçonnerie avec le risque de redire moins bien ce qui a été dit précédemment.

La franc-maçonnerie et le bouddhisme sont des traditions spirituelles initiatiques.

Dans l’une comme dans l’autre, l’initiation et le symbolisme jouent des rôles importants quoique différents. Nous allons tenter de relever les convergences et les divergences sur ces deux aspects étroitement liés que sont l’initiation et le symbolisme.

Dans le bouddhisme tantrique, l’initiation (ouang) signifie transmission de pouvoir au sein d’une lignée ininterrompue depuis le Bouddha Sakyamouni. Cette initiation consiste en une cérémonie au cours de laquelle le disciple reçoit personnellement l’influence spirituelle du Maître mais à condition qu’il s’y prépare intérieurement pour entrer dans le mandala (un symbole sur lequel nous reviendrons), c’est-à-dire l’univers ou l’environnement d’un yidam. Un yidam est la représentation d’une qualité particulière de la nature de Bouddha. Mais il n’est pas une simple figure symbolique dans la mesure où, d’un être ayant parfait ce yidam, on dit qu’il en devient indifférencié, ce qui ne signifie pas évidemment qu’il a quatre, six ou mille bras ! Un yidam est au-delà de la notion de l’être ou du non-être.

Le disciple doit aussi suivre la visualisation décrite par le maître initiant, lequel touchera des points particuliers de son corps, chakras ou mains en général, avec des objets symboliques, attributs du yidam, eux-mêmes chargés de bénédictions.

La transmission est comme une graine placée dans l’esprit du disciple. A lui de préparer le terrain en éliminant les mauvaises herbes ou émotions conflictuelles. Quelques précision sont ici nécessaires. Dans le bouddhisme, deux types de méthodes sont utilisés. Celles qui s’attaquent aux conséquences de l’ignorance, les émotions conflictuelles et les voiles de l’esprit, et celles qui s’attaquent aux causes mêmes de l’ignorance en s’appuyant sur la nature de Bouddha que possède potentiellement tout être.

Les pratiques méditatives tantriques sur les yidams relèvent du second type en faisant appel à la clarté-luminosité (sambhogakaya) dans la phase de création du yidam et de son mandala et à la vacuité (dhannakaya) dans la phase de dissolution. Le monde lui-même, ainsi que le méditant, est finalement une simple projection de l’esprit, ordinairement impure car fondée sur l’ego avec tout son cortège de désir/attachement, haine/aversion et stupidité. La méditation substitue à ces projections égotiques une création pure, émanation de notre nature potentielle de Bouddha, transmise sous cette forme par le Bouddha Sakyamouni ou des maîtres éveillés. Toutefois, la graine étant semée dans un terrain favorable, il faudra encore l’entourer de soins, l’arroser, la protéger dans sa croissance jusqu’à ce qu’elle soit un arbre si solide qu’aucune tempête ne la puisse plus déraciner. Une pratique complète doit être accomplie 111.111 fois pour offrir une certaine garantie d’efficacité. Encore, faut-il ajouter que, si chacune de ces pratiques peut mener à l’éveil, à elle seule, et en une seule vie, ce n’est que sous la condition qu’elle ait été accomplie parfaitement depuis sa préparation jusqu’à son achèvement. C’est pourquoi, il est recommandé de refaire ces pratiques complètes encore et encore. Il faut enfin signaler que la pratique formelle d’un yidam doit s’accompagner d’une attitude conforme dans sa vie quotidienne, sans relâche.

Il est toutefois admis qu’un disciple puisse recevoir une initiation d’un grand maître sans s’engager à en faire la pratique complète, comme une sorte de bénédiction, une influence spirituelle positive, ou simplement une bonne connexion qui pourra s’épanouir ultérieurement, en cette existence ou en une suivante.

La symbolique du yidam a été transmise par les tantras. Emanant du Bouddha Sakyamouni, elle part d’une lettre tibétaine (ou sanscrite à l’origine) jusqu’au développement de tout un univers. Chaque couleur, attitude, rayonnement, objet a une signification précise. Ces visualisations, parfois complexes, font intervenir plusieurs yidams, eux-mêmes tenant de nombreux objets symboliques. Le méditant se visualise comme étant lui-même le yidam, -parfois double, en yab youm, ou union sexuelle, ce qui heurte notre habitude prise depuis des temps sans commencement de nous identifier à notre corps unique. Le mandala représente tout l’univers indissociable de lui-même, ou lui-même étant au-delà des limites que lui imposent son identification égotique. Il y a donc implicitement une notion de macrocosme-microcosme. Quant aux éléments symboliques : couleurs, rayonnements, objets, etc., leur sens précis n’est souvent qu’évoqué lors de l’indispensable instruction précédant la pratique. Leur sens est enrichi par leurs associations ( dorjé + cloche = union de la méthode ou moyens habiles et de la sagesse ; aux 5 chakras et aux 5 sagesses correspondent 5 couleurs ; etc. ) et ils obéissent à des canons bien définis que l’on peut voir dans les thankas, supports et aide-mémoire de la méditation.

Les symboles ne sont pas l’objet de spéculations intellectuelles, l’important étant de les mettre en oeuvre en soi-même pour amener la transformation interne souhaitée.

Les textes disent et redisent : l’étude, la réflexion et la méditation. L’étude du Dharma est supposée commencée pour être admis à recevoir une initiation. Un enseignement est toutefois requis avant n’importe quelle initiation, évoquant à la fois son origine, sa transmission, les succès qu’elle a permis et ses détails techniques indispensables. Suit nécessairement une certaine réflexion qui se poursuivra tout au long de la pratique complète. Mais la méditation est, de loin, la phase la plus importante, même si les deux précédentes sont indispensables. Il s’agit aussi d’une sorte de transmutation alchimique, c’est-à-dire spirituelle, de l’énergie engagée dans une émotion perturbatrice en une énergie de sagesse.

Une initiation tantrique ne peut avoir d’efficacité que si l’initiant l’a pleinement réalisée, car on ne peut transmettre que ce que l’on a. On peut observer d’ailleurs que n’importe quel lama n’est pas habilité à transmettre n’importe quelle initiation. Remarquons enfin que l’initiation tantrique n’est pas une cérémonie magique transformant le récipiendaire par sa seule vertu mais que l’effort personnel est indispensable. Le pouvoir transmis n’est que celui de pratiquer le yidam.

L’initiation maçonnique présente des similitudes et des différences importantes. D’abord les similitudes.

Il s’agit aussi d’un point de départ (initium signifie, en latin, commencement) et non une opération magique mais d’une sorte d’introduction dans le monde symbolique et spirituel révélé graduellement au fil des années et des cérémonies à ceux qui ont prouvé par leur travaux et leur comportement qu’ils avaient assimilé les connaissances requises et étaient donc aptes à recevoir de nouveaux enseignements symboliques. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », a énoncé notre ancêtre Rabelais.

L’effort personnel est aussi exigé. Il passe par l’étude des symboles, principes et maximes de chaque grade et leur intégration spirituelle, autant qu’il puisse en être jugé dans la mesure où ils s’apprécient à la fois dans l’évolution du comportement et dans la capacité de chacun à l’exprimer non comme une simple retransmission d’un savoir objectif, extérieur à soi-même, mais comme intégré dans sa vie. Toutefois, ce degré d’exigence est évidemment proportionnel à la qualité des membres de la loge.

Avant chaque cérémonie initiatique, le récipiendaire est invité à se recueillir –aussi, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, avant d’entrer en loge- à faire retour sur lui-même et donc à préparer le terrain avant de recevoir la graine, pour poursuivre la métaphore végétale.

Dans les deux cas, bouddhisme et franc-maçonnerie, la méthode est très importante. Il n’y a pas de dogme mais une quête vers la réalisation des qualités potentielles de l’esprit.

Il n’est pas requis de croyance particulière mais plutôt une foi fondée sur la confiance en la validité de la méthode et confirmée par l’expérience, ainsi qu’une foi profonde, dans la maçonnerie traditionnelle, en la transcendance. (Les Constitutions d’Anderson, texte historique de base de la franc-maçonnerie spéculative de 1723, stipule que « le franc-maçon, de par sa tenure et s’i1 connaît bien l’art, ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux »).

Dans les deux cas, le symbolisme est très important en tant que véhicule d’une voie progressive intérieure, c’est-à-dire initiatique. Mais là s’arrêtent sans doute les convergences car l’usage même du symbolisme dans nos deux traditions est différent.

Voyons donc les différences.

La transmission tantrique est effectuée par un maître, éventuellement assisté par d’autres maîtres qu’il a lui-même formés et éventuellement, mais éventuellement seulement, même si c’est pratiquement toujours le cas en Occident, au cours d’une cérémonie dans un temple. Mais l’histoire rapporte des transmissions directes, dans la nature, d’un maître à un disciple, surtout pour les plus grands : de Marpa à Milarepa, de Milarepa à Gampopa, de Tilopa à Naropa, etc. Ce qui est impensable en franc-maçonnerie qui exige un cadre rituel, même si celui-ci peut être mobile et provisoire. Cela souligne l’importance et la qualité du Maître.

Un maître tantrique est un être réalisé dont la sagesse lui évitera toute erreur quant à l’opportunité de la transmission à tel ou tel disciple.

Le Vénérable Maître, comme tous ses frères (et/ou soeurs dans les loges mixtes ou féminines) sauf exception que mon absence de sagesse ne me permettrait même pas de discerner, n’est qu’un initié virtuel, élu généralement pour trois ans à une charge que la plupart seront amenés à exercer au cours de leur vie maçonnique. D’ailleurs, pour lui ramener les pieds sur terre, c’est-à-dire dans sa condition impermanente et interdépendante, dans la plupart des rites et plus particulièrement dans le rite le plus répandu (le REAA), le Vénérable Maître descendant de charge est amené à occuper l’office le plus humble : celui de couvreur.

C’est pour cette raison que l’absence vraisemblable de réalisation spirituelle du maître de loge exige de multiples précautions : cadre rituel précis, élection par ses frères et engagement de respecter les lois maçonniques, contre-pouvoir d’un officier appelé orateur en cas de transgression, formalités pour l’examen du candidat, le tout étant plus ou moins collectif.

En outre, si les deux traditions spirituelles ont en commun de n’être pas dogmatiques mais de comporter une méthode progressive dans le but de développer le progrès intérieur, la franc-maçonnerie ne s’appuie que sur quelques principes alors que le bouddhisme se fonde sur une doctrine très structurée et élaborée, même s’il importe de ne pas y adhérer sans expérience intime, sur la seule autorité de maîtres. La franc-maçonnerie dit, de son côté, par Oswald Wirth : « En initiation, rien ne compte hors ce qui s’accomplit intérieurement. » Mais elle n’a que des principes. Tels que l’homme est perfectible : sans cela, comment espérer progresser ? Ou la vertu. Et, du moins dans la franc-maçonnerie traditionnelle : la foi en la transcendance. En raison de ses origines judéo-chrétiennes, la franc-rnaçonnerie exigeait la croyance en un Dieu créateur et en l’immortalité de l’âme. Mais la franc-maçonnerie traditionnelle, sous ses différentes formes obédentielles, accepte en son sein des bouddhistes, comme vous pouvez le constater, et même au R.E.R. qui est un rite spécifiquement chrétien. Il faut d’ailleurs considérer que la franc-maçonnerie, d’origine plus ancienne que le christianisme, puisqu’elle remonte aux collèges de constructeurs romains, comme l’a démontré Paul Naudon, historien de la franc-maçonnerie, a été christianisée. Il est confonne à sa vocation qu’elle s’ouvre aux grandes spiritualités de son temps et de sa géographie qui est aujourd’hui pratiquement mondiale.

Enfin, parmi les grands principes maçonniques : la bienfaisance, parfois malheureusement abaissée en solidarité, qui implique réciprocité, alors que la bienfaisance, comme le don bouddhiste (la première pararnita), est gratuite, sans attente de retour. Notre frère Henri Dunant, par application de ce principe et par compassion envers les blessés des champs de bataille, fonda la Croix Rouge. Bienfaisance, comme don, est un premier pas vers la sagesse.

La méthode maçonnique est, certes, une méthode de progrès spirituel, mais elle ne définit pas le but. Elle fait appel à l’étude et à la réflexion ainsi qu’à la pratique de la vertu, bien que, sur ce point, elle n’ait pas de remède particulier pour combattre chaque vice, comme le bouddhisme pour les émotions conflictuelles. Disons qu’elle s’en remet à la pratique religieuse (ou philosophique) de ses membres. Elle n’a pas non plus de méditation, au sens oriental du tenne. Tout juste peut-on évoquer que le récipiendaire est invité à penser à la mort et à l’impermanence et à faire un retour sur lui-même dans le cabinet de réflexion (ou chambre de préparation, au RER, où l’on retourne à chaque augmentation de salaire).

Ou encore que la très grande discipline de la loge exige l’immobilité de celui qui à été autorisé à parler, les signes d’ordre évoquant les lieux de certains chakras ou même les gestes que l’on retrouve dans la représentation de certains yidams. Ou enfin, le silence de l’apprenti pour lui apprendre à faire taire son petit moi jacasseur et à s’ouvrir à la transmission initiatique.

Il y a en, franc-maçonnerie, quelques éléments de la méditation, mais rien de comparable ni à chiné, ni à chiné-lhaktong, ni aux méditations sur les yidams. Il n’existe aucune visualisation en franc-rnaçonnerie. Mais la mise en scène des réceptions, ouvertures et fermetures des travaux, peut s’apparenter -d’assez loin parce qu’elle n’est pas intériorisée- à une certaine forme de visualisation avec ténèbres, lumière plus ou moins dense, batteries, invocations et prières, dans des temples qui évoquent le macrocosme avec leur voûte ou dais étoilé et, dans certains rites, la représentation du Soleil et de la Lune.

On peut donc dire que la franc-rnaçonnerie prépare ou incite à l’éveil (ou au salut) mais n’est pas suffisante pour y mener et ne le prétend d’ailleurs pas. Elle se situe plutôt en complément d’une voie spirituelle, lui apportant éventuellement, comme cela fut si souvent nécessaire dans notre dans notre Occident ou Proche-Orient monothéiste, la tolérance, la liberté dans la recherche de la vérité, la relativité des croyances et des rites par rapport à l’ultime, le respect des diverses formes

spirituelles et religieuses.

Je voudrais relever un point commun dans les débuts du bouddhisme et de la franc-maçonnerie : le Bouddha Sakyamouni a admis dans la sangha des disciples de toutes castes et des hors-castes. De même, la franc-maçonnerie d’Ancien Régime a admis en son sein et, sur un pied d’égalité, des sujets des trois Ordres : noblesse, clergé et tiers-état. Ce qui implique leur universalité et leur bienveillance profonde envers tous les humains.

Après ces aperçus sur l’initiation tantrique et maçonnique (mais rassurez-vous, je ne me prends pas pour René Guénon), je voudrais évoquer l’usage si fondamental, mais différent du symbolisme dans les deux traditions.

Le symbole le plus emblématique de la franc-maçonnerie est la construction du temple, soit de Salomon, soit de l’humanité, selon les rites. Dans cette construction, le franc-maçon est, à la fois, la pierre d’abord brute et inutilisable en l’état qu’il doit tailler grâce aux outils qui lui ont été confiés, et le temple lui-même. Il s’agit de s’améliorer soi-même pour améliorer ensuite la société. La franc-maçonnerie est donc un chantier aux dimensions infinies et de caractère spirituel et social, à la fois microcosme et macrocosme. Le compagnon opératif est d’ailleurs appelé à exécuter son chef d’oeuvre en soumettant sa volonté égotique à celle du Créateur, atteignant ainsi l’hannonie parfaite, à l’image de la création divine.

N’est-il pas lui-même créature et créateur ?

Le but général de la franc-maçonnerie, évoqué par ce symbole central, suscite un rapprochement fondamental avec le bouddhisme : la construction d’un mandala. Le mandala ou cercle représente un univers pur selon la vision de l’éveil. Créer un mandala, c’est se mettre en harmonie avec l’univers, dépasser la saisie dualiste. Etre introduit dans le mandala d’un yidam, lors d’une initiation tantrique, c’est substituer sa propre saisie d’un moi illusoire à l’environnement harmonieux et pur du yidam afin d’en acquérir les qualités. En effet, il existe trois aspects dans l’élaboration d’un mandala : le mandala extérieur, le mandala intérieur et le mandala secret. Ces trois mandalas font référence à la vision du monde, du corps et de l’esprit du constructeur. Ils sont fondés sur les cinq éléments : terre, air, eau, feu et espace qui composent à la fois le monde, le corps et l’esprit. La notion de centre est fondamentale dans les deux traditions. En maçonnerie, il est dit qu’il faut rassembler ce qui est épars, ce qui s’entend. à la fois sur le plan social, sur celui de la maçonnerie où doivent être réunis les hommes de haute valeur morale qui, sans elle, s’ignoreraient, et enfin sur le plan intérieur, trouver son propre centre qui est sa nature ultime, son essence, sa potentielle bouddhéité. Les enseignements comparent d’ailleurs souvent cette nature potentielle à l’huile qui est présente dans la graine mais qui n’apparaît pas tant que celle-ci n’a pas été pressée. En maçonnerie, on évoque parfois Dieu comme étant un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Ce qui souligne à quel point le rapprochement est riche avec le mandala ou cercle avec une importante notion de centre qui est aussi le centre du méditant. Enfin, dans les initiations maçonniques, la purification par les quatre éléments est omniprésente. Le cinquième élément, jamais nommé mais suggéré, n’est-il pas ce centre, Dieu en nous, dont le centre est partout et la circonférence nulle part ?

Dans les deux cas, il s’agit bien d’un chantier, avec son caractère impermanent et interdépendant, car les corps de métiers sont solidaires de l’oeuvre. Il est dit aussi que ce temple n’est jamais achevé. Il est en perpétuel devenir jusqu’à l’avènement de la Jérusalem céleste, tout comme le méditant tantrique se met à l’oeuvre pour vider le samsara. Hiram et Tchenrézi, même combat ! Au sujet de ce symbolisme de la pierre et du temple, on peut dire aussi que, comme lorsque l’état de

Bouddha est atteint, le un et le multiple sont transcendés.

De nombreux éléments appelleraient une analyse comparative :

le cube, symbolisant la matière ou le monde, notamment dans le tableau du premier degré du rite Emulation, et la forme cubique de l’étage inférieur des stoupas évoquant le corps d’émanation des Bouddhas ;

l’équerre et le compas avec la cloche et le dorjé ;

le sens de circulation dextrocentrique autour des temples et des stoupas comme autour du pavé mosaïque ; le centre très présent dans la réception du RER et dans plusieurs degrés de perfection du REAA, associé à la lumière et la nature de Bouddha potentielle de tout être ;

l’épée aux significations diverses en maçonnerie mais évoquant, notamment, les potentialités spirituelles de chacun et l’épée avec laquelle les yidams coupent la saisie de l’ego, etc.

Ces innombrables rapprochements ne doivent pas surprendre. Le symbolisme maçonnique est issu de la tradition judéo-chrétienne et l’ultime qu’il suggère ne peut évidemment être différent de l’éveil. Car il ne peut y avoir qu’un ultime, par définition, seules les méthodes pour l’atteindre étant différentes.

Les outils symboliques du maçon méritent aussi d’être rapprochées des moyens habiles que sont les vertus. Le symbolisme maçonnique accorde d’ailleurs une valeur morale aux outils, même si leur hiérarchie diffère. Toutefois, le don, la générosité, première vertu transcendante (paramita) en ce qu’elle attaque la saisie égotique, n’est pas sans rapport avec les outils de l’apprenti : le ciseau et le maillet qui sacrifient la pierre brute à la réalisation du grand oeuvre. Dans cette idée de chantier, enfin, est aussi contenue implicitement cette notion de vacuité, courant continu dépourvu d’existence propre. Le chantier maçonnique est donc marqué par les trois sceaux du bouddhisme -impermanence, interdépendance et vacuité-, que l’on peut rapprocher des trois temples ou des trois degrés de la construction spirituelle maçonnique : la pierre brute à tailler, le temple où l’on travaille qui est orienté, analogue au temple de Salomon et la Jérusalem céleste, temple spirituel dont les dimensions infinies le rendent semblable à l’espace où règne la vraie lumière, association remarquable de l’espace et de la clarté-luminosité des deux premiers kayas.

Dans le bouddhisme, le symbolisme s’exprime sur les thankas (supports de méditation), sur les yidams, la statuaire, les monuments. Les objets rituels que tiennent les yidams, leurs couleurs, les lettres racines, leur développement, leur mandalas, font appel à. des notions bien définies, doctrinales, qui sont ainsi appelées à. être mises en oeuvre en soi, intégrées au lieu d’être simplement saisies par le mental. Elles dépassent le mental, expression dans son agitation ordinaire de la clarté-luminosité de l’esprit en tant que nature de Bouddha en essence. La méditation sur les yidams est un exercice spirituel qui, sous diverses formes, vise à. vaincre l’illusion de l’ego. La connaissance du sens de chaque symbole, des points doctrinaux auxquels ils font référence, sont d’une grande utilité mais moins importante que leur intégration.

Le symbolisme monumental est plus proche dans les deux traditions. Le nombre d’étage, de marches, les formes des différents éléments des temples et des stoupas, leur orientation, ont sensiblement la même valeur dans le bouddhisme et en franc-maçonnerie. Ils font référence, l’un à l’enseignement ou à la vie du Bienheureux, l’autre à des principes de construction analogues du temple spirituel de l’humanité libérée et du temple intérieur du maçon. Ils se rapprochent sans se confondre, justement parce que les monuments bouddhistes ne sont pas des bases de méditation. Ils sont plutôt des sources de bénédiction, des supports matériels de l’influence spirituelle, comme les stoupas, les bannières et les moulins à prière, des rappels et des invitations à la pratique. Ils sont aussi sacrés.

Quant aux temples maçonniques, à l’origine, ils sont simplement nos cathédrales, où leurs constructeurs tenaient leur grandes cérémonies lorsque l’avancement des travaux le permettait. La loge, ou baraque de chantier, où se tenaient les réunions ordinaires, était le lieu de la transmission d’un savoir technique intimement lié à des valeurs spirituelles et morales graduellement enseignées à qui avait fait ses preuves, professionnellement, intellectuenement et spirituellement. La construction des édifices religieux était la méditation en action des francs-maçons opératifs. Ceux-ci étaient, en outre, étroitement associés à des ordres religieux, donc à une doctrine, chrétienne en l’occurrence.

La franc-maçonnerie est devenue spéculative par le nombre grandissant d’acceptés, bourgeois, nobles ou clercs et la disparition des opératifs, soit en raison de l’achèvement d’un chantier, soit, plus généralement, par la régression du nombre d’ouvriers initiés à cause de la raréfaction des commandes d’ouvrage sacrés, voire de chefs d’oeuvre profane, par l’évolution des techniques et du goût, le développement de la production de masse. La franc-maçonnerie spéculative est apparue en France à partir de la fin du XVIle siècle. Il a fallu remplacer les moyens de reconnaissance liés à la pratique du métier par un symbolisme coupé de son exécution matérielle, donc, beaucoup plus mental. Tant que la maçonnerie est restée fidèle à ses sources religieuses, ce symbolisme demeura lié à une pratique spirituelle et conserva une grande valeur, donnant à la religion une dimension d’ouverture et de tolérance, ignorée ailleurs. Elle a très tôt, partout où elle s’est répandue en Europe, réuni catholiques et protestants, même au plus fort des tensions interreligieuses. Il semble que les juifs aient été acceptés en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle. Au XIXesiècle, en tout cas, à partir d’Abdel Kader au moins, les musulmans furent initiés à leur tour. La franc-maçonnerie se répandit ainsi dans certains pays musulmans, Afrique du Nord et Proche-Orient. Au XIXe siècle, en Inde, les loges britanniques reçurent aussi des hindouistes et des sikhs. Des bouddhistes, je ne sais ? L’enseignement du Bienheureux avait presque disparu de l’Inde à l’époque. Actuellement, on n’y compte que six millions de disciples, soit une proportion inférieure à celle de la France !

Je ne sais si les premiers bouddhistes franc-maçons datent de cette seconde moitié du XXe siècle, ils sont relativement nombreux, appartenant aux diverses écoles et à l’origine de la fondation de grands centres autour de maîtres spirituels de premier plan.

Les symboles maçonniques suggèrent mais ne commandent pas. Ils demeurent, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, liés à des valeurs spirituelles, ailleurs parfois seulement morales, de caractère humaniste. Mais ils échappent à tout dogmatisme, ne mettant personne en contradiction avec sa propre orthodoxie confessionnelle, en tout cas au plan des principes, mais n’exigeant pas non plus ce genre de fidélité. Ils font appel à une intégration intime, à une compréhension qui, partant de l’étude et de la réflexion, doit si possible être mise en oeuvre dans son comportement et sa vie intérieure.

Toutefois, il est évident que ce symbolisme maçonnique, quoique d’une extrême richesse qui est finalement celle de notre civilisation, n’a pas de méthode d’une efficacité comparable à celle que l’on trouve dans le bouddhisme. N’oublions pas toutefois que la cathédrale gothique était un athanor alchimique où transmuer le vil plomb (l’esprit non maîtrisé, l’être du samsara) en or pur (l’éveil). Il y a donc un rapprochement essentiel, mais dans le cas de la franc-maçonnerie, les méthodes sont devenues théoriques et l’initiation, virtuelle.

Un symbolisme est comme une sorte de miroir de l’esprit. Chacun y voit ce qu’il est capable d’y voir, en fonction de sa culture et de son niveau spirituel. La longue fréquentation des loges ne mène sans doute pas à l’éveil, mais elle apporte, au moins, un autre regard sur soi et sur la société où l’illusion de l’ego n’est sans doute pas vaincue, mais apparaît tout de même comme l’ennemi à vaincre pour qui comprend bien l’art royal.

Le symbolisme maçonnique et sa mise en oeuvre sont remarquablement plastiques. Ils permettent de comprendre, au-delà des mots connotés confessionnenement, et de rapprocher les frères, de dépasser les clivages, de développer tolérance et respect d’autrui sans lesquels toute pratique spirituelle se sclérose.

Le symbolisme maçonnique est surtout celui de outils de construction auxquels sont accordés des valeurs morales et spirituelles mais jamais réductibles à un simple concept. Ils obéissent au principe de la loi d’analogie : se construire soi-même, c’est construire le temple spirituel de l’humanité, la Jérusalem céleste, selon le principe hermétique, « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur. » Partant de là, la voie maçonnique est tout à fait en harmonie avec toutes les grandes voies spirituelles dans ce qu’elles ont d’essentiel. On y trouve aussi, comme dans nos cathédrales, des symboles d’origine alchimique, kabbalistique et rosicrucienne.

Cette approche des symboles se fait soit en loge, collectivement, par la lecture d’une planche d’instruction ou par l’exposé d’un débutant sur ce qu’il commence à intégrer, soit de maître à apprenti ou compagnon, hors de la loge. Intérieurement, elle se fait par la réception de ces enseignements maçonniques, des lectures, la réflexion et la mise en oeuvre par les cérémonies.

Dans celles-ci, la loge représente l’univers. Les officiers y sont placés avec des différences selon les rites, mais de telle sorte qu’ils représentent le fonctionnement de cette grande horlogerie. Le Vénérable Maître représente le Soleil et siège à l’Orient où il se lève, etc. Les divers officiers, aux charges transitoires et électives, réservées aux maîtres, portent les insignes de leur fonction sur leur sautoir : un instrument de construction ou de travail.

Le secret est avant tout l’apprentissage du silence intérieur et le contrôle de la parole, accessoirement la protection contre les indiscrétions et, dans ce cas, il n’a pas plus de valeur que le mot de passe de la sentinelle.

A souligner une autre forte et étonnante parenté entre les deux traditions sur un terrain fondamental. Les trois sceaux du bouddhisme sont que tous les êtres et phénomènes sont impermanents, interdépendants et vacuité. Malgré la recherche explicite de permanence et les notions de base de Dieu créateur et d’âme immortelle, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, notions apparemment opposées à la doctrine bouddhiste, la franc-maçonnerie véhicule, peut-être à son insu, et depuis plusieurs siècles, un enseignement ésotérique et rituel en concordance avec de Dharma, en particulier avec la méditation sur les yidams. En effet, la franc-maçonnerie fait vivre et met en oeuvre un monde symbolique créé par ses membres, avec ses rythmes, ses heures, son fonctionnement propre, entièrement chargé de sens à découvrir et cohérent jusque dans ses moindres détails, créant un autre temps et un autre espace.

Aussi l’ouverture des travaux présente-t-elle une certaine analogie avec la phase de création de la méditation, le déroulement des cérémonies avec la phase de développement et la clôture avec la phase de dissolution. Beaucoup d’éléments rituels et symboliques évoquent 1’impermanence, soit sous forme de mort, soit sous forme de changement constant, ininterrompu. Le temple est toujours à construire, seul le chantier est permanent. Mais qu’y a-t-il de plus changeant qu’un chantier ? Les heures rythment une vie éphémère qui ne s’arrête pas à sa manifestation présente dans la répétition infinie de cette chaîne faite de maillons imperrnanents sans cesse renouvelés.

La différence entre les deux est que, dans le Dharma, la transmission se fait individuellement, de Maître à disciple, même lors de cérémonies collectives, alors qu’en franc-maçonnerie, elle ne peut être s’exercer que collectivement avec un nombre minimal requis de membres pour que le rite puisse être accompli.

J’ai évoqué plus haut cet aspect, soulignant que ce cadre rituel était une sorte d’ersatz pour pallier (en partie seulement) l’absence de réalisation spirituelle, puisqu’en franc-maçonnerie on demeure dans le virtuel. D’ailleurs, en ce cas de réalisation authentique, qui la reconnaîtrait ? Les Maîtres bouddhistes se reconnaissent les uns les autres et chacun sait où il en est, alors qu’en franc-maçonnerie, on n’est franc-maçon que parce que ses frères vous reconnaissent comme tel. La toute petite sagesse d’hommes de bonne volonté et chercheurs sincères de vérité vient se substituer à l’autorité fondée sur une réalisation spirituelle authentique. Quel autre moyen concevoir sans la présence d’un Maître réalisé ?

L’initiation maçonnique est virtuelle par rapport au métier des opératifs et à la réalisation spirituelle. Elle ne peut donc que prévoir des garde-fou, ou des bornes dont la pratique de la vertu -base de toute spiritualité-, la reconnaissance réciproque et une transmission aussi horizontale : échange de témoignages, d’expériences personnelles et enfin la pratique complémentaire d’une religion. Ce dernier point n’est pas vraiment exigé formellement mais, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, elle est sans cesse suggérée. Elle allait d’ailleurs de soi jusqu’au XVIIIe siècle. La franc-maçonnerie apparaît donc comme une tradition spirituelle de complément, la transmission verticale étant supposée obtenue dans le cadre religieux avec une autre transmission verticale plus modeste, disons d’ouvrier expérimenté à débutant, et horizontale d’échanges entre pairs. La franc-maçonnerie n’est pas une religion, sans quoi sa vocation à réunir tous les hommes de haute valeur morale appartenant à diverses religions serait absurde. Elle a surtout l’immense mérite d’avoir, à notre époque matérialiste, maintenu dans ses rituels quelques fondements de la spiritualité dans ce qu’elle a d’essentiel, écrin ayant gardé la trace de la splendeur de tel joyau primitif. Malgré ses sources chrétiennes, du moins dans sa partie historique que nous connaissons à peu près, la franc-maçonnerie n’est pas une, pas plus que le message religieux. Elle en rappelle toutefois l’essence et sa mise en pratique dans la vie de métier. Elle n’est pas une voie contemplative mais unit la contemplation et le travail. Elle facilite donc son intégration dans le monde occidental ou tout simplement moderne.

Et j’ajouterai aussi, par expérience, que même les loges les plus éloignées de leurs sources véhiculent une certaine incitation à une quête spirituelle et à une incontestable générosité. Chaque loge, finalement, transmet ce qu’il y a de meilleur en chacun de ses membres et le plus exigeant va souvent chercher ailleurs ce qu’il n’a pas trouvé dans sa loge mère, sans pour autant la renier. Un fort courant, depuis une trentaine d’années, traverse toutes les obédiences, dans le sens d’un retour aux sources et à la redécouverte de la vocation spirituelle de l’ordre qui est la transformation intérieure de l’individu et non la transformation politique, sociale ou économique de la société. Bien évidemment, ce courant est très variable en intensité et en profondeur, mais il est général.

Cette quête commune de vérité, reconnaissant l’ultime, par la religion, mais acceptant de vivre dans la relativité du chantier, chantier du progrès spirituel, de l’échange, de l’amour fraternel, de la communication authentique, voire de la communion spirituelle, c’est la franc-maçonnerie. Telles sont ses limites évidentes mais aussi sa grandeur, sa véritable bienfaisance largement prônée par son histoire et toujours en vigueur, sa profonde utilité.

Son ouverture et sa tolérance ont permis à cette tradition d’inspiration judéo-chrétienne de s’ouvrir aux bonddhistes. Nombreux sont les frères et les soeurs parmi les disciples, les bienfaiteurs du Dharma, voire parmi ceux qui ont aidé à la fondation de grands centres bouddhistes. Il est patent qu’il y a une affinité profonde entre bouddhisme et franc.maçonnerie, ne serait-ce que dans cette quête non dogmatique mais qui respecte aussi les dogmes des uns et des autres. La double appartenance au bouddhisme et à la franc-maçonnerie permet aussi, probablement, à chacun de nous, de continuer à développer sa spiritualité bouddhiste dans un cadre occidental, en accord avec sa culture et sa tradition. Pour Edgard Morin : « L’Occident s’est fait en refoulant son propre Orient, pensée analogique, traditions mystiques, fondées sur le symbole. » Je pense, qu’en large part, les contacts du bouddhisme et de la franc-maçonnerie sont des retrouvailles permettant, sous une forme apparemment nouvelle, de réconcilier conscient et inconscient, raison et intuition, sur un cheminement universel. Cette relation du bouddhisme et de la franc-maçonnerie me semble pleine d’avenir.

Puissé-je, en évoquant l’un et l’autre, malgré mon absence de sagesse et mon faible discernement, n’en avoir trahi aucun mais au contraire avoir contribuer au bien des êtres !

Source : http://www.buddhaline.net/

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Bouddhisme et franc-maçonnerie : présentation et historique de deux traditions et de leur mode de transmission

5 Novembre 2012 , Rédigé par Lama Denys Publié dans #spiritualité

Le terme bouddhisme est apparu vers 1825. C’est ce que nous apprend Roger-Paul Doit dans un de ses derniers livres. Bouddhisme est un néologisme qui n’est pas très heureux pour rendre justice à la tradition du Bouddha. Donc, nous parlerons plutôt de Dharma ou de tradition du Bouddha, entendu qu’il n’est pas plus juste, de notre point de vue, de parler de bouddhisme qu’il ne le serait de parler de franc-maçonnisme avec tout ce que "bouddhisme" implique de théories, de doctrines.

La voie du Bouddha

Il faut s’imaginer, à son origine, le Bouddha, vingt-cinq siècles auparavant, au centre de l’Inde à Bodhgaya, sous l’arbre de la Bodhi. Il enseigna à partir d’une expérience -l’éveil-, un important canon qui se diffusa vers le Sud, jusqu’à l’océan, Ceylan, Sumatra, Bornéo, et vers le Nord, au Tibet, puis par la route de la soie en Chine, au Japon, en Corée et vers l’Ouest jusqu’aux confins du monde grec. L’enseignement du Bouddha, le Dharma, est, d’une certaine façon, le fond commun de la vision traditionnelle de l’Orient. En tout cas il est largement son dénominateur commun.

Le thème de notre rencontre est tradition/transmission. Depuis le Bouddha, depuis vingt-cinq siècles, une filiation s’est perpétuée. Elle nous a transmis... Que nous a -t-elle transmis ? Tout d’abord, au centre du Dharma, il y a une expérience : l’expérience de l’éveil. En termes de transmission, l’accent est mis sur l’expérience. C’est le vécu qui est ici très important. Il ne s’agit pas d’une philosophie, ni d’une métaphysique, encore moins d’une théologie, ni d’une vérité écrite, inscrite de façon définitive, même s’il y a un corpus énorme de textes d’enseignements. Le coeur de la transmission du Bouddha est une expérience : l’expérience de l’éveil, l’expérience du Bouddha, l’expérience de la nature de Bouddha. Elle peut se nommer aussi expérience de l’intelligence en soi, expérience de la claire lumière, expérience immédiate, directe, de l’état de présence. C’est cet état de présence direct, immédiat, non dualiste, qui a inspiré l’enseignement du Bouddha, le Dharma comme moyen offert - pour ceux qui le souhaitent - de découvrir cet état, cette expérience fondamentale et la réintégrer. Car elle est notre nature la plus profonde, la plus intime. Cette expérience se nomme en sanscrit. "bouddhayana", l’intelligence immédiate d’un Bouddha. Il y a donc dans la transmission un aspect central, fondamental, qui est de l’ordre du vécu, puis un enseignement qui rend compte de ce vécu et sert de tremplin, d’accès, à la réalisation de celui-ci. On présente traditionnellement le Dharma en trois points : sa vision, son ou ses points de vue, ensuite la méditation ou la qualité d’expérience dans la vie, puis, la discipline. La vision du Bouddha est d’abord celle du non-soi. La découverte que ce que nous sommes et que ce que nous vivons n’est pas une expérience solide, monolithique, statique, ou une réalité en soi, inhérente, comme nous avons tendance à le percevoir. Cette vision du non-soi se traduit aussi comme la vision de l’interdépendance, dans la mesure où il n’est rien qui n’existe en soi et par soi. Toute chose, tout ce que nous vivons, tout ce que nous sommes, tout ce que nous expérimentons, existe et n’existe qu’en tant qu’événements interdépendants. Tout ce qui est inter-est n’est (naît) que dans l’inter-être, dans l’inter-relation, dans l’interdépendance. C’est cette vision qui est connue comme celle de la vacuité. Vacuité et interdépendance sont à entendre comme synonymes. Cette vision débouche aussi sur cette expérience que nous avons appelée "état de présence". Lorsque la conscience habituelle se dégage de ses illusions, de ses fixations, elle s’ouvre à une expérience de clarté, de lucidité qui se comprend, s’expérimente en elle-même et c’est cette lucidité auto connaissante en soi, cette intelligence en soi qui est nommée expérience d’éveil, nature de Bouddha, ou plénitude de l’expérience de vacuité. Voici, très schématiquement, quelques aspects de la vision du Dharma. Sa pratique est, extérieurement, une discipline d’action fondée sur la compassion et, intérieurement, une qualité d’expérience que l’on nomme habituellement méditation. Le terme de méditation est assez impropre au sens où ce dont il s’agit est une expérience d’ouverture, de lucidité, une expérience de présence, de vigilance, d’attention : une présence attentive, vigile dans une qualité d’expérience ouverte, dégagée, claire. Il est différentes façons de découvrir et de cultiver cette expérience. La méditation assise le permet dans les maintes formes des différentes traditions selon leurs aspects, leurs lignées. Puis, il s’agit surtout d’intégrer cette qualité de présence, d’ouverture vigile et lucide, dans les faits et gestes de la vie quotidienne. Il est ensuite une relation entre cette qualité d’expérience et l’action : c’est ce que l’on entend par discipline. Extérieurement, l’éthique du Dharma, ou discipline, est fondée sur la compassion entendue comme un état de non-agression, de non-violence. Nous entendons par compassion cette attitude ouverte, cette intelligence du coeur qui est à la fois réceptivité, disponibilité au-delà des blocages. C’est cette qualité de compassion, de non-violence, qui est le fondement, le coeur de l’éthique du Dharma. Cette éthique peut être dite universelle. Elle recoupe très largement une éthique que l’on pourrait dire monothéiste, chrétienne, à cette différence près qu’il y a dans la perspective bouddhiste une vision beaucoup plus médicale, fondée sur l’harmonie et sur la compassion plutôt qu’une perspective plus juridique fondée sur les commandements et des arguments d’autorité.

Présentation de la franc-maçonnerie : Alain Lorand

A la différence de Lama Denys, qui est un maître dans le bouddhisme, je n’ai de leçon de franc-maçonnerie à donner à personne. Ma présentation de la franc-maçonnerie sera la plus large, la plus exhaustive possible, et, bien sûr, reflètera la façon, qu’à titre personnel, je vois la franc-maçonnerie. Cette présentation est à l’attention des non-maçons. Les maçons n’apprendront certainement rien de nouveau. Comme nous sommes dans le thème tradition et transmission, je tiens à vous faire part de ma petite transmission à moi. Je voudrais rappeler trois frères qui sont passés à l’Orient éternel et qui ont été mes maîtres, en quelque sorte : les frères Gaston Chazette, Francis Viaud et N’Guyen Tanh Khiet. C’est ma petite lignée personnelle, à laquelle je tenais à rendre hommage parce que, si ces frères n’avaient pas été là, je ne serais pas là non plus en train de vous parler de la franc-maçonnerie ! Il y a un rattachement qui ne remonte pas à vingt-cinq siècles mais qui est néanmoins existant car eux-mêmes se rattachaient à ..., qui se rattachaient à..., etc.

Donc, très respectable Lama Denys, frères et soeurs de la congrégation, frères et soeurs en vos grades et qualités, chers amis, pour cette présentation de la franc-maçonnerie, je ne vais pas reprendre le travail fourni par le frère Jean-Pierre Schnetzler lors du premier colloque et qui figure in extenso dans le livre que l’on vous a présenté. Je vais décrire l’historique, la genèse, de la franc-maçonnerie moderne. J’insisterai sur ce qui l’anime, sur l’esprit maçonnique et ce qui fait son originalité. Pour définir la franc-maçonnerie, je vais reprendre les termes du programme du colloque. La franc-maçonnerie est un ordre initiatique, traditionnel, d’origine artisanale, fondée sur le symbolisme de la construction et ayant son origine dans les initiations antiques des constructeurs développées en milieu judéo-chrétien. Sa vocation est universelle. La franc-maçonnerie a pour objet de construire le temple intérieur fm de réaliser le temple extérieur, c’est-à-dire une société fraternelle. En 1723, en Angleterre, le pasteur Désaguliers dédicace au duc de Montaigu la Constitution comprenant l’histoire, lois, obligations, ordonnances, règlements et usages de la respectable confrérie des francs-maçons. C’est de ce document fondamental que naît la franc-maçonnerie d’origine anglaise, chrétienne et protestante. Tout phénomène ayant une cause, que se passait-il donc, à cette époqne et en ce lieu ? En 1710, Georges 1er de Hanovre, donc allemand, monte sur le trône d’Angleterre et s’adresse à ses sujets lors de son discours inaugural, en latin et en français, car il ne connaissait pas l’Anglais. Traumatisés par les luttes entre les stuartistes, les papistes, les Hanovriens, et j’en passe, une élite à dominante protestante cherche à se rassembler, à réunir ce qui est épars, en trouvant un dénominateur commun, un élément de croyances minimales sur lequel s’entendraient les hommes d’honneur. En 1723, en Angleterre, l’individu qui se proclamait athée ne pouvait être qu’un stupide complet ou un libertin notoirement corrompu par oubli ou, plus, par mépris des lois de son Créateur. Tout porte à croire que les fondateurs, en 1723, n’avaient aucunement l’intention de fonder une nouvelle religion ou une secte. Ils avaient le désir de rassembler le plus grand nombre possible de gentlemen en laissant les querelles religieuses au vestiaire et en déposant les métaux, comme l’on dit, à la porte du temple. Leur but était de se rassembler, autour d’un idéal spirituel, d’un besoin de solidarité et de fraternité, dans le secret et la liberté de la loge, hors des Eglises et des corps constitués. Cet idéal est resté le même aujourd’hui. Mais d’où vient le terme franc-maçon ? Les francs-maçons sont des constructeurs, donc des maçons. Au moyen-âge, l’apprenti, le compagnon et le maître d’une corporation médiévale donnaient à leur labeur un caractère sacré. La cité humaine était une ébauche de la cité divine. Le travail fait avec amour devenait une prière. Il avait un caractère sacré s’il était exécuté avec un état d’esprit se référant à la tradition. Au moyen-âge, maçon signifiait tout à la fois ouvrier, conducteur de travaux et architecte. On distinguait les maçons ordinaires ou rough-masons et les maçons instruits ou free-masons. Ces free-masons étaient groupés en corporations puissantes dans toute la chrétienté. Nous leur devons les chefs-d’oeuvre du roman et de l’ogival. Ils circulaient librement d’un royaume à l’autre, au gré des chantiers. Ils jouissaient de privilèges matériels et d’une certaine liberté de pensée. Fiers d’être une élite, ils se protégeaient par des barrières de secrets traditionnels et se recrutaient par cooptation. Ils se réunissaient dans un lieu clos, à l’écart des autres, dans un local nommé loge. Ils formaient des apprentis cooptés à une discipline sévère en veillant à leur instruction technique et sur leur valeur morale. En effet, une grande oeuvre n’est réalisée que si l’on garde le coeur pur. Pour se distinguer des rough-masons et autres manoeuvres, les free-masons échangeaient entre eux des signes, mots et gestes qui leur servaient de passeport et de reconnaissance dans leurs déplacements. Eux seuls savaient manier certains outils, appliquaient des règles de mécanique, de projection, de trigonométrie leur permettant de tracer les plans et de dégrossir une pierre brute jusqu’à ce qu’elle devienne une clef de voûte. Il n’y avait pas de livre imprimés, donc beaucoup d’analphabètes dans leurs rangs. L’enseignement se transmettait oralement, dans le secret des loges, en utilisant largement les symboles. Lorsque l’âge des cathédrales déclina, on cessa d’utiliser les maillets et les ciseaux pour construire. Vint alors, l’ère des outils symboliques pour tailler les esprits et bâtir les cathédrales spirituelles : les temples intérieurs. Telle fut la naissance de la franc-maçonnerie moderne dite spéculative (du latin speculare qui signifie qui observe) qui a pour objet l’étude des faits de conscience. Il est remarquable de constater que les sociétés recrutant par cooptation et se protégeant par des secrets fonctionnent sur un modèle standard. Ce type de sociétés date de l’aube de la civilisation. Elles s’imposent pour mission essentielle d’être gardiennes d’une forme élaborée de la vérité qui serait inassimilable voire dangereuse pour le tout-venant et d’initier leurs membres par transmission directe, les chaînons se prolongeant d’un côté vers le lointain passé et l’autre vers l’avenir selon ce que les hermétistes appelaient la chaîne d’or d’Homère. A l’origine de chaque société, est une proclamation du ou des fondateurs qui, en quelque sorte, s’auto-initient. Le fait de résister à l’usure du temps et de perdurer sanctifie toute institution qui tend à faire reculer le plus loin possible son origine en perdant celle-ci dans le passé le plus lointain. Ce qui en augmente considérablement le mystère. L’initiation en général et maçonnique en particulier se confère par des rituels obéissant à la thématique suivante, commune à toutes les sociétés qui fonctionnent par cooptation et initiation :

1) choix et consécration d’un lieu sacré, templum, temporaire ou définitif ;

2) éloignement des profanes, ou de ceux qui n’ont pas atteint le degré où s’ouvre la cérémonie ;

3) ouverture des travaux par un personnage qualifié qui consacre l’espace et le temps ;

4) introduction, mort et résurrection symbolique du candidat ;

5) épreuves sous formes de voyages et purification, le plus souvent, par les quatre éléments alchimiques, terre, feu, air et eau ;

6) psychodrame évoquant la vie d’un personnage archétypique, à l’origine de la société ;

7) prestation par le néophyte d’un serment solennel qui le lie ad vitam à l’association et à ses frères ;

8) marques d’une personnalité nouvelle, nom mystique, âge symbolique ; vêture particulière, tablier du franc-maçon, épée et éperon du chevalier, canne du compagnon ;

9) transmission dles moyens de reconnaissance, signes, mots, gestes, attouchements, marches ;

l0) il lui est dévoilé, directement ou allusivement, les idéaux de la société ;

11) retour au monde devenu profane (du latin pro, en avant et fanum, temple), marqué par une libation, un repas cérémoniel, voire une orgie (Est-ce au programme ? Lama Denys confirme. Rires).

Ces rites de retour ne font pas perdre les qualités d’initié qui sont gardées pour l’éternité.

La rituélie met en oeuvre des symboles s’adressant aux cinq sens car seule la forme permet d’accéder à la non-forme, à l’informel. Tout ce squelette, cette carrosserie symbolique, fonctionne remarquablement. Mais tout va dépendre de ce qui l’anime et du pilote qui orientera vers le bien ou le mal, le noir ou le blanc, le bien des êtres ou leur asservissement. Les forces de la contre-initiation dont parle René Guénon sont aussi à l’oeuvre. Très proches de nous, les nazis ont largement utilisé ces procédés jusqu’à l’emploi de la croix gammée, notamment. Donc, il faut se méfier. Qu’est-ce donc qui anime l’ordre maçonnique ? Quels sont les buts qu’il se propose d’atteindre ? Quels moyens met-i1 à disposition ? En entrant en franc-maçonnerie, il n’y a pas à adhérer à un programme prédéfini, à croire les enseignements d’un fondateur éclairé. On devient franc-maçon petit à petit, au fil du temps, par imprégnation, par osmose. Par le travail en loge. C’est en maçonnant que l’on devient franc-maçon. Pour gravir les échelons, il est une sorte une vérification des connaissances. Ce qui sous-tend le tout, c’est une foi, une foi dans le sens de confiance, une foi inaltérable dans l’individu et sa perfectibilité incessante. Le franc-maçon, femme ou homme, se veut libre autant que faire ce peut et désir améliorer, élever les hommes, ses frères, et améliorer la société humaine en la rendant fraternelle. La micro-société de la loge doit servir de modèle, de maquette à la société en générale. Ce qui se traduit "par répandre en dehors du temple les vérités qu’il y aura acquises". C’est par le dialogue, la non-violence, en ayant laissé les certitudes politiques religieuses ou autres, dans un esprit d’ouverture et de tolérance, que le franc-maçon souhaite contribuer à l’apaisement des conflits jusqu’à ce qu’enfin la lumière chasse les ténèbres et que l’ordre se substitue au chaos. Comment procéder pour que des honunes et des femmes venant d’horizons très différents finissent par se reconnaître comme frères et soeurs, par développer une réelle fraternité où le sens de l’entraide naîtra spontanément ? C’est toujours et uniquement par la pratique, la pratique du travail en loge, dans un cadre rituel, avec l’aide de symboles, que l’on finit par se sentir franc-maçon et que l’on est reconnu comme tel par la communauté fraternelle. Juste avant de procéder à l’initiation du profane, celui-ci descend dans une cave éclairée d’une bougie, rappel de la graine que l’on enfouit en terre et qui doit mourir pour devenir épi. Au mur, une inscription reprenant les premières lettres d’une formule alchimique V.I.T.R.I.O.L., signifiant : "visite l’intérieur de la terre et tu y trouveras la pierre cachée". C’est donc, avant même le départ, une invitation pressante à cultiver le regard intérieur, à se connaître soi-même. C’est une invitation au "connais-toi toi-même", au "gnôthi seauton" maxime écrite au fronton du temple de Delphes et adoptée par Socrate. N’est-ce pas là une injonction à la méditation, à calmer et à voir le fond de l’esprit ? Cette recommandation n’est, hélas, complétée par aucune instruction technique sur le comment faire, ni par aucune disposition pour en réaliser le suivi. C’est là le point fondamental qui, à mon sens manque, et où l’enseignement du Bouddha peut apporte une aide inestimable. Néanmoins au fil des ans, en loge, par la pratique de l’écoute fraternelle et compatissante, le franc-maçon viendra à penser par lui-même, à construire ses propres vérités, à être son propre flambeau. Cette qualité de pensée libre lui attirera les foudres de tous les totalitarismes, politiques et autres, de tout dogmatisme sans exception. S’il est difficile de cerner avec précision les contenus de l’esprit maçonnique, il est en revanche facile d’en définir les adversaires. Ce sont les mêmes qui ont détruit les universités bouddhistes en Inde, qui ont incendié la bibliothèque d’Alexandrie, les synagogues, allumé les bûchers de l’Inquisition, exterminé les cathares et, en islam, exterminés les babis, édifié les camps de la mort etc., le catalogue serait sans fin. Les trois mauvais compagnons : l’ignorance, le fanatisme et le mensonge, rôdent toujours. Ils sont actifs et réveillent sans cesse les forces obscures tapies au fond de nos esprits.

A la veille du XXIe siècle, dans deux ans, les forces de lumière et de tolérance doivent contribuer à prendre conscience, à faire prendre conscience à l’humanité, que seule la paix intérieure permettra de réaliser la paix extérieure. J’ai un peu étudié l’enseignement du Bouddha. Deux points, en tant que franc-maçon, m’ont interpellé. Le premier est : "Ne croyez pas ce que je dis, mais en pratiquant mon enseignement, voyez et observez les résultats. Le second est : "Ne jetez pas le trouble dans les croyances d’autrui, toutes les spiritualités sont respectables."En conclusion, qui mieux que la poésie pourrait tenter de cerner la subtilité, le parfum, l’essence de l’esprit maçonnique. Voici quelques extraits d’un poème écrit en 1896 par le frère Rudyard Kipling de retour en Angleterre après un séjour en Inde. Il s’intitule La Loge mère.

"II y avait Rundle, le chef de station,

Beazeley, des voies et travaux,

Ackmam, de l’intendance,

Dankin, de la prison,

Et Blacke, le sergent instructeur,

Qui fut deux fois notre Vénérable,

Et aussi le vieux Franjee Eduljee

Qui tenait le magasin « Aux denrées européennes ».

Dehors, on se disait : « Sergent, monsieur, salut, salam. »

Dedans c’était : "Mon Frère", et c’était très bien ainsi.

Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.

Moi, j’étais second diacre dans ma loge-mère, là-bas.

Comme nous nous en revenions à cheval,

Mahomet, Dieu et Shiva

Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Combien je voudrais les revoir tous

Ceux de ma loge-mère, là-bas !

Dehors, on se disait : « Sergent, monsieur, salut, salam. »

Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.

Comme je voudrais les revoir,

Mes frères noirs et bruns,

Et me retrouver parfait maçon,

Une fois encore, dans ma loge d’autrefois. »

Que l’esprit de tolérance, d’amour et de fraternité éclaire et dirige les travaux de ce deuxième colloque franc—maçonnerie et bouddhisme.

J’ai dit.

Source : http://www.buddhaline.net/

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Franc-Maçonnerie et Bouddhisme

5 Novembre 2012 , Rédigé par M.P. Publié dans #Planches

I INTRODUCTION

Certains FF pourront trouver pour le moins saugrenu, voire même iconoclaste de mettre en parallèle le Bouddhisme et la FM?
En fait, cette idée m’est venue lors de mes pérégrinations sur le Web où de nombreux sites traitent du Bouddhisme. Après avoir parcouru quelques pages je me suis aperçu qu’il y avait par certains côtés, des similitudes avec notre Ordre, et me suis dit « tiens, il serait peut-être intéressant de les rapprocher ! ».
Je dois toutefois vous dire que ce sujet est d’une grande difficulté pour un non-bouddhiste car les bouddhistes eux-mêmes ne semblent pas s’accorder sur plusieurs points et d’abord sur ce qu’est le bouddhisme :
Une Religion
Une Philosophie
Une pratique de la Vie. Cela étant, je livre à votre attention le résultat de ma réflexion qui vous présentera les deux traditions tout d’abord dans leurs origines puis leurs fondements et buts et enfin dans les moyens qu’elles mettent en œuvre pour y parvenir.
Bien évidemment, je passerai beaucoup plus rapidement sur tout ce qui concerne la F\M\ qui est assez bien connue de nous tous et insisterai sur le Bouddhisme qui est une découverte pour la plupart d’entre nous.
Dans chacune de ces parties j’essaierai de voir ce qui les rapproche et ce qui les différencie.

II LES ORIGINES

Dans chacune des traditions il y a une origine disons mythique ou légendaire et une origine historique.
Ainsi la Franc-maçonnerie s’appuie sur la Légende d’Hiram qui servira de support au travail initiatique.
Hiram, architecte de génie du Roi Salomon, qui périra assassiné par trois compagnons qui voulaient s’approprier indûment le mot de passe de compagnon, est au départ de l’initiation au grade de Maître. Trois autres compagnons, demeurés fidèle à Hiram partiront à sa recherche, retrouveront sa tombe et le ressusciteront par les cinq points de la maîtrise.
Cette légende a pris une très grande importance en FM quant à sa portée symbolique au grade de maître, et elle sera à la base de son exaltation à la maîtrise et de son cheminement futur.
En  FM il n’y a pas d’enseignement livresque ou même oral rigide mais des mythes symboliques, des rituels, une initiation qui seuls permettrons au néophyte ou au FF d’avancer dans leur cheminement personnel.En ce qui concerne le Bouddhisme les mythes fondateurs ne sont pas porteurs des mêmes potentialités symboliques.
Ainsi, il est dit qu’en des temps anciens vivait un Bouddha appelé Dipamkara qui fut un jour impressionné par un homme, Sumedha, qui s’était étendu dans la boue afin que Dipamkara puisse lui marcher dessus et ainsi ne se salisse pas les pieds. Dipamkara prophétisa que Sumedha deviendrait aussi un Bouddha et porterait le nom de Gautama.
Heureux de cette nouvelle, Sumedha se lança alors dans la voie du Boddhisattva «Voie des êtres voués à la recherche de l’éveil ».
Il eut de nombreuses vies et dans son avant-dernière vie il put choisir sa dernière réincarnation : c’est ainsi que naquit SIDDHARTA GAUTAMA vers 556/-563 qui est considéré comme le véritable Bouddha.
Etant d’une famille princière il était à l’abri de la souffrance humaine.
Un jour il rencontra lors d’une promenade cette souffrance humaine dans la personne :

- d’un vieillard
- d’un malade
- d’un mort qu’on emmenait au bûcher.

Cette triple découverte lui fit comprendre que ce ne sont pas la joie ni le plaisir qui régissent l’existence, mais bien la douleur et la mort ; désormais tout ce qu’il avait fait jusque là lui parut vide et il résolut de trouver une solution au problème de la douleur.
Il passa sept ans à l’écoute des plus grands maîtres, dans l’ascèse la plus complète. A l’article de la mort il compris qu’il ne servait à rien de choisir les extrêmes et se remit à s’alimenter.
Puis il entra en méditation et fit un rêve qui lui fit découvrir la Voie de l’éveil.

Ainsi, on le voit, cette légende n’est pas le point de départ d’une quête personnelle mais seulement une explication des origines de l’enseignement du Bouddha et une porte ouverte sur l’enseignement de Bouddha.
Le Bouddhiste devra écouter, lire, suivre les enseignements du Bouddha et du Maître qu’il aura plus ou moins choisi s’il veut atteindre l’éveil ou état de Bouddha.
Ces textes ou enseignements pourrons être en partie chargés de symboles et laisser au disciple une large interprétation personnelle, il n’en demeurera pas moins qu’il devra adhérer à des croyances métaphysiques qui serviront de base à sa recherche.

II FONDEMENTS ET BUTS

A La FM
La FM n’a pas de fondement métaphysique ni cosmologique. Elle ne part pas d’une théorie de l’existence humaine si ce n’est l’affirmation d’un principe directeur et organisateur de l’Univers tellement vague qu’il est bien difficile de ne pas y adhérer sauf à admettre que le monde est régit totalement par le hasard, théorie qui est de plus en plus abandonnée depuis les avancées de la physique quantique.
Ce principe est appelé le G\A\D\L\U\.
Par ailleurs elle a pour but le perfectionnement de l’humanité donc des hommes qui la constituent mais aussi des systèmes d’organisation de ces hommes.
En effet, supposons que les hommes qui peuplent la Planète soient parfaits, si les sociétés qui les organisent sont mauvaises, mal structurées, le résultat de la vie de chacun ne sera plus celui escompté.
La question est : des hommes parfaits peuvent-ils construire des sociétés imparfaites ?
Il est évident que ce raisonnement est purement formel car les hommes ne seront jamais parfaits comme nous l’entendons, nous maçons, c’est-à-dire tolérants, fraternels, s’oubliant parfois pour aider leurs frères et plaçant la justice et la vérité avant leur intérêt personnel.
Nous posons toutefois le problème de cette manière pour montrer que la FM n’a pas seulement un rôle philosophique ou spirituel mais un rôle social et que ces deux aspects sont indissociables.

B Le Bouddhisme
Il part d’une théorie métaphysique expliquant la détresse humaine et d’une vision cosmologique du monde.
Nous nous attacherons ici à la seule théorie métaphysique constituant la base de la recherche bouddhique.
Pour le Bouddhiste tout est douleur ou Dukkha et cela constitue la première noble Vérité.
Ce mot Dukkha venant du sanscrit peut également signifier vide, conflit, imperfection, douleur, peine, misère, impermanence, etc… Nous voyons donc déjà que cette imprécision laisse la place à beaucoup d’interprétations ce qui expliquera la difficulté à définir vraiment le Bouddhisme.
Tout est donc Dukkha, même les plaisirs car ils disparaissent lorsqu’on ne les a plus et ils font également souffrir si on ne peut se les procurer.
Cette souffrance peut être causée par les choses habituelles de la vie (maladie, vieillesse, naissance, mort, etc…), mais elle peut être créée également par le changement, l’impermanence des choses ainsi que par le fait que l’homme vit un état de conditionnement. Je pense que mon être souffre mais mon être n’existe pas. En effet, pour les bouddhistes, l’être ou Atman n’existe pas, c’est une illusion. La doctrine de l’Anatman veut que l’être soit en fait une combinaison de forces ou d’énergies physiques et mentales en perpétuel changement qu’on peut diviser en cinq agrégats qui sont également Dukkha : Le premier est celui de la matière : Il existe quatre éléments (eau-terre-feu et air) d’où viennent les organes des sens (vue-ouie-toucher-goût-odorat) ainsi que l’esprit qui pour les bouddhistes est aussi matière. Le deuxième est celui des sensations : Elles sont ce que l’on ressent suite à la perception des six organes matériels. Le troisième est l’agrégat des perceptions : C’est la capacité de nommer et de reconnaître les objets, les sens, les idées, etc…Le quatrième est l’agrégat des formations mentales : Il est constitué de tout acte volontaire, toute impulsion, toute tendance, toute émotion consciente ou refoulée. Le cinquième est l’agrégat de la conscience : Il est distinct de la perception en ce sens que ne parle pas ici de « reconnaissance » mais de « connaissance ». L’ensemble de ces cinq agrégats constitue l’ETRE.
Entre parenthèse cette théorie ressemble étrangement à celle professée par deux chercheurs dans leur livre « Nos pensées créent le monde ».
Si pendant sa vie l’ETRE n’a pas atteint le NIRVANA c’est-à-dire un état d’éveil et d’illumination ou DUKKHA n’existe plus, il y a à nouveau liaison de ces cinq agrégats pour former un nouvel ETRE c’est la notion de SAMSARA appelé par les occidentaux, REINCARNATION. Ainsi nous constatons une nette différence de conception dans chaque tradition mais pas de différence fondamentale dans les buts car en fait, de quoi s’agit-il si ce n’est de faire le bonheur de l’homme ?
Le bouddhiste propose de supprimer DUKKHA qui, on l’a vu, est synonyme de souffrance mais aussi de peine, conflits, misère, imperfections, donc en définitive tout ce qui pourrait nuire à l’épanouissement de l’individu.
La FM a pour but le perfectionnement de l’humanité et elle propose de travailler à l’amélioration de la condition humaine sur le plan spirituel et intellectuel et sur le plan matériel.
Elle demande aux FF de se porter assistance et de travailler au renforcement de la justice et de la liberté. Nous serions tentés de dire que le Bouddhisme est une philosophie du renoncement se consacrant à la recherche de sa lumière intérieure et se détournant de la vie sociale dans une recherche plus ou moins illusoire du Nirvana.
Cette vision des choses pourrait à la rigueur s’appliquer pour ce qu’on appelle le Bouddhisme originel mais ne serait pas valable pour le bouddhisme MAHAYANA et surtout VAJRAYANA ou Bouddhisme tantrique ou encore de Nishiren Daishonin qui est celui de la SOKA GAKKAI.
Ces dernières formes de Bouddhisme semblent plus modernes et plus proches de nos propres buts.Selon la SOKA GAKKAI :
« Le bouddhisme ne supprime pas les problèmes. Il n’est pas non plus un refuge permettant de les éviter. Il nous permet de renforcer notre propre vie et, ce faisant, de mieux les résoudre, grâce à une capacité personnelle plus grande, mais également grâce à une meilleure harmonisation avec l’environnement. C’est donc un outil extraordinaire pour gagner et mieux vivre en harmonie avec soi et avec les autres. »
Ceci pourrait tout à fait s’appliquer à la FM ;

III LES MOYENS

Nous avons vu que la FM avait pour but d’améliorer l’humanité par le perfectionnement de la condition humaine tant sur le plan spirituel et intellectuel que matériel.
Que se donne-t-elle comme moyens pour y parvenir ?
Sont-ils semblables ou différents de ceux du bouddhisme ? Il faut tout d’abord parler du recrutement qui est le premier moyen d’action de notre ordre. En effet au départ il existe une sélection non par l’argent mais en quelque sorte par la « nature humaine ».
N’est admis que celui qui est jugé apte à pouvoir progresser dans la voie maçonnique donc celui qui possède déjà, du moins à l’état latent, certaines qualités, il en découle les processus des enquêtes et du passage sous le bandeau. En ce qui concerne le bouddhisme je n’ai trouvé aucun renseignement à ce sujet. J’ai simplement constaté que de nombreux sites web donne les adresses des centres bouddhistes pour que l’on puisse les contacter, ni plus ni moins d’ailleurs que le site de la GLDF. La FM emploie un deuxième moyen de formation qui est l’initiation. Cette épreuve est fondamentale dans l’enseignement maçonnique et je n’ai rien vu de semblable dans le Bouddhisme si ce ne sont quelques allusions pour le Bouddhisme tibétain. L’initiation est un catalyseur à effet retard qui permettra à l’initié de prendre conscience de ce qui était caché en lui et de privilégier les valeurs positives.
Il ne sera jamais question de supprimer tout désir mais bien au contraire de lui redonner si besoin était foi en lui et en l’homme. Il devra cependant maîtriser ses passions donc acquérir la maîtrise de soi, mais il restera lui-même, se connaissant mieux il pourra transcender ses mauvais penchants et se corriger. La FM utilise des symboles qui sont ainsi un troisième moyen pour faire progresser l’initié dans la recherche de la Lumière.
Ces symboles remontent à la tradition des tailleurs de pierre qui eux-mêmes les tenaient de traditions très anciennes.
Ils ont pour but de permettre à l’initié un repli sur soi en laissant son esprit en dehors de toute construction cartésienne ou logique, mais en le laissant vagabonder pour suggérer des analogies sans liaisons apparentes avec le symbole étudié.
Cette manière de faire permettra ainsi de laisser apparaître des sentiments ou des tendances cachées en nous et qui ne nous étaient pas connues.
Enfin la FM  se sert de rituels provenant de traditions initiatiques très anciennes qui sont le véhicule de transmission de valeurs humaines tel que l’Amour, la Tolérance, la Fraternité.
Ces rituels symboliques sont la base de notre enseignement initiatique mais ils laissent au FM la liberté de les interpréter selon sa nature profonde, lui indiquant seulement les valeurs à atteindre. Le Bouddhisme quant à lui, emploie des moyens en partie différents pour essayer de libérer l’homme qui cherche sa voie.
Ce chemin constitue la quatrième Noble Vérité et se nomme le Noble Sentier Octuple.
Il est constitué de 8 facteurs regroupés en 3 éléments.
1° La conduite éthique qui comprend : la parole juste l’action juste les moyens d’existence justes.
2° La discipline mentale qui comprend : l’effort juste l’attention juste la concentration juste.
3° La Sagesse qui se définit par : la compréhension juste - la pensée juste.Ceci m’amène donc directement à une des pratiques bouddhistes fondamentales qu’est la méditation et qui est un des moyens principal d’obtenir la concentration juste et la Sagesse.
Elle est le fondement de deux des moyens du Noble sentier Octuple qui sont la discipline mentale et la Sagesse.
Son but est de « découvrir la réalité de l’être derrière les fluctuations du Psychisme » ce qui correspond en partie aux buts du symbolisme en maçonnerie.
Je vous livre cette définition de la méditation bouddhiste :
« Il ne suffit pas de dire « je vais méditer » et de rester dans une sorte d’état indéfini. Méditer cela signifie qu’on ne suit pas les pensées qui nous entraînent vers l’avenir, qu’on ne suit pas non plus celles qui nous tirent vers le passé. On laisse l’esprit dans le présent, tel qu’il est, sans chercher à rien faire. De la sorte une certaine expérience naît dans l’esprit. Demeurer dans cette expérience aussi longtemps que l’on peut, c’est cela méditer ».
On pourrait appliquer ces conseils à l’étude de nos symboles.
La tentation est grande également de dire que le silence de l’apprenti s’apparente à une certaine forme de méditation, mais je dirai plutôt qu’il est d’une autre nature et qu’il s’agit surtout d’une technique du comportement.
L’apprenti garde le silence en loge lorsque les autres FF\ parlent ; il écoute donc les autres et non lui-même.

CONCLUSION

En choisissant ce sujet je ne m’imaginais pas combien il était complexe et par certains côtés, contradictoires. En effet il existe des formes variées de Bouddhisme dont le bouddhisme originel de plus en plus décrié et même quelquefois accusé d’être « dégénéré ».
Je n’ai donc pas la prétention d’avoir été exhaustif, mon seul désir étant de vous avoir apporté quelques clarté sur ce bouddhisme qui est tellement à la mode dans nos pays modernes.
Comment conclure ?
Le Bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ?
En quoi le Bouddhisme se rapproche-t-il de la FM en quoi s’en éloigne-t-il ?
Peut-on être bouddhiste et FM ?
Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre. Le Bouddhisme est une religion et une philosophie ou pratique de vie selon la définition que l’on donne à la religion.
Si l’on admet que la religion donne nécessairement une solution de salut dans l’au-delà alors le Bouddhisme est une religion car en effet, il propose bien une théorie de la vie et de la mort (les 5 agrégats, le double sentier octuple, les 4 nobles vérités, le Nirvana).
Il faut par ailleurs noter que le Bouddhiste lors de son engagement prononce une triple profession de Foi ou prise de refuge :
Je prends refuge dans le DHARMA (La Loi bouddhique)
Je prends refuge dans le BOUDDHA (L’instructeur)
Je prends refuge dans le SANGHA (La communauté des moines)
Sans cette prise de refuge il n’y a pas de véritable engagement, il ne reste que la pratique de techniques (méditation, étude de symboles comme le mandala, récitations des mantras ou des textes sacrés, etc…) qui peuvent tenter les occidentaux attirés par un certain orientalisme mais qui ne seront pas des bouddhistes.
Il n’y a rien de tel en F\M\ si ce n’est le serment de ne « rien révéler des secrets qui m’ont été confiés etc… », mais aucun engagement n’est demandé en ce qui concerne une croyance métaphysique.
Celui-ci conserve toutes ses prérogatives d’homme et de citoyen dont ses croyances religieuses ou métaphysiques ainsi que ses engagements citoyens. La FM n’est ni une philosophie et encore moins une religion. C’est un ordre initiatique traditionnel. Elle ne propose ni n’impose une quelconque explication du monde. La seule notion qu’elle retient qui pourrait être qualifiée de métaphysique est celle du G\A\D\L\U\ à la gloire duquel travaillent tous les FM de la GLDF, chacun étant libre de déterminer l’exact contenu de ce principe. Le bouddhisme cherche à faire le bonheur de l’homme, le F\M\ aussi, mais les moyens pour y parvenir sont différents car la notion même de bonheur est différente.
Le bouddhiste essaie de supprimer ce qui lui apporte la souffrance, donc de s’éloigner de la société qui lui apporte ces désirs créateurs de souffrance.
La FM comme le Bouddhisme combat également les causes de ces souffrances par la tentative de modification de la nature humaine qui devient meilleure car elle aura surmonté ses passions mauvaises ; mais elle va plus loin car elle œuvre aussi pour l’amélioration matérielle de l’homme et là elle diffère notablement du bouddhisme. Il faut toutefois différencier deux types de bouddhisme : le bouddhisme primitif et les bouddhismes plus récents que j’ai déjà cité : le MAHAYANA et de NISHIREN.
Selon les enseignements de ces dernières formes de bouddhisme, les multiples lois qui régissent l’univers obéissent toutes à un principe unique ou loi. En comprenant cette loi une personne peut libérer le potentiel caché en elle et réaliser une harmonie parfaite dans son environnement.
Cette loi est contenue dans le Sutra du Lotus et dans un parchemin appelé Gohonzon qui permet à chacun de mettre en pratique l’essence de la sagesse bouddhique et de parvenir à l’illumination, qui ne serait pas un état mystique ou transcendantal mais plutôt un état de grande sagesse et bonne fortune, dans lequel une personne peut diriger sa propre destinée, être pleinement satisfaite dans ses activités quotidiennes et parvenir à comprendre la raison pour laquelle elle est en vie.
Ainsi dans cette forme de bouddhisme la notion d’éveil serait beaucoup plus proche de celle de notre ordre car la clef de ce processus serait contenue dans l’homme lui-même qui porterait en lui la nature de Bouddha, l’éveil suprême n’étant pour le pratiquant «que la réalisation pleine de ce qu’il a toujours été au fond de lui-même ». Par ailleurs le Bouddhisme comme la FM prône la tolérance.
Rappelez-vous, la 1ère des 4 nobles Vérités explique que la souffrance est universelle et que tous les êtres y feront face un jour ou l’autre.
Pourquoi en rajouter ? De plus, les sentiments de vengeance sont imprégnés d’impermanence car rien ne dure éternellement.
Le bouddhiste veut obtenir l’état de Bodhisattva, différent du Nirvana par le fait que par compassion on refuse d’entrer dans le Nirvana pour aider les autres à surmonter les obstacles dans la voie du même Nirvana, et cela ne peut se faire sans compassion et amour de tous les êtres, sans exception.
Enfin les bouddhistes empruntent la voie du milieu qui est « comme la corde d’un instrument de musique. Si on la tend trop elle casse, mais si on ne la tend pas assez, elle ne produit aucun son ».
Nous le voyons, beaucoup de valeurs bouddhistes sont les mêmes que les nôtres. Toutefois il faut noter que le bouddhisme s’adresse exclusivement à l’homme auquel elle propose des moyens de libération des contraintes sociales alors que la FM si elle s’adresse à l’homme également, lui propose des moyens d’amélioration spirituels mais aussi matériels ce qui veut dire qu’elle s’intéresse donc pour ce faire aux inégalités de notre société, à tout ce qui dans notre système social peut opprimer l’individu et l’empêcher de se réaliser. Il n’en demeure pas moins, à mon sens, qu’un bouddhiste puisse parfaitement devenir FM car rien dans les valeurs du bouddhisme ne peut venir contrarier notre quête personnelle pas plus que notre combat pour la tolérance, la Liberté et la Fraternité. Enfin, certains FF chrétiens pourrons me demander si l’on peut être chrétien et bouddhiste.
Je leur livrerai un passage du livre de jean Paul II Entrez dans l’espérance : « L’illumination, expérimentée par le bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu’il est une source de malheurs et de souffrances pour l’homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se délivrer du monde; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique, corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu’il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c’est à dire du mal qui provient du monde.
Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon? il n’en est même pas question dans l’illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athé. Nous ne nous délivrons pas du mal à travers le bien qui vient de Dieu; nous nous en libérons seulement en nous en éloignant d’un monde qui est mauvais. La plénitude de ce détachement n’est pas l’union avec Dieu, mais ce qu’on appelle le Nirvâna, c’est à dire une indifférence totale envers le monde. Le salut est avant tout une libération du mal, obtenue grâce à un parfait détachement du monde, où réside la source du mal. Voilà le sommet de la démarche spirituelle du bouddhisme… Saint Jean de la Croix préconise de se libérer du monde, mais afin de s’unir à ce qui est distinct du monde; et ce qui est distinct du monde n’est pas la nirvâna, mais c’est une personne, c’est Dieu, car celle-ci ne peut s’accomplir que dans et par l’amour.
Pour le chrétien, le monde est une création de Dieu, rachetée par le Christ. Dans le monde, l’homme rencontre Dieu : il n’a donc pas besoin de se détacher totalement du monde pour découvrir la profondeur du mystère que lui-même constitue dans son humanité. Pour le christianisme, la vision du monde en tant que mal radical n’a pas de sens, puisqu’à l’origine de son histoire se trouve Dieu créateur qui aime sa créature, Dieu qui a donné son fils unique, si bien que tout homme qui croit en Lui ne périra pas, mais obtiendra la vie éternelle ». Ce texte sans le dire expressément montre qu’un chrétien ne peut devenir bouddhiste sans renier sa Foi, sinon il partagera des techniques d’éveil mais n’adhérera pas à l’essentiel de la métaphysique bouddhiste. Il faut cependant signaler que ce texte est très controversé par certains bouddhistes qui lui reproche de n’avoir pas tenu compte des vues du « Mahayana » et surtout de celles du « Vajrayana » qui ne correspondent pas du tout à la vision qu’a Jean Paul II du Bouddhisme, ce que j’ai d’ailleurs explicité plus haut. Je voudrai terminer mon propos en livrant à votre réflexion ces quelques lignes d’un maître tibétain :Appuyez-vous sur les mots, pas sur la personne
Appuyez-vous sur le sens, pas sur les mots
Appuyez-vous sur le sens définitif, pas sur le sens à interpréter
Appuyez-vous sur la sagesse, pas sur le savoir.

J’ai dit VM

  

Source : www.ledifice.net

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