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Hauts Grades

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30ème degré REAA : Son Nom fut autre et le même pourtant

2 Novembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Planches

Du point de vue de l’ontologie, la science de l’Etre, le même et l’autre sont appelés des genres de l’Etre. Dans l’existence, Platon l’a souligné, les choses participent du même « et » de l’autre. Les cristaux de neige sont identiques dans leur forme, mais aucun n’est exactement semblable à l’autre. Et selon cette idée au fondement de la Maçonnerie, la Nature surmonte par avance nos catégories duelles et promeut nos différences, mais elle ne promeut le différent qu’à l’intérieur de l’identique. Il y a dans la réalité une inclusion réciproque de l’altérité et de l’identité, un mélange du même et de l’autre. L’être ne se réalise pas de la même façon dans toutes les choses, tout en étant le même. C’est donc, conclut Thomas d’Aquin, que l’être se réalise à des degrés divers dans les choses, en se proportionnant à la diversité de ces degrés. Il se hiérarchise intrinsèquement dans toutes les choses selon qu’elles se rapprochent plus ou moins de l’Être en plénitude, Dieu, car toute hiérarchie implique une relation ou une référence à quelque chose d’unique.

L’analogie de l’être est le concept clef de toute la métaphysique thomasienne, car il rend compte de l’unicité du réel tout en maintenant sa multiplicité, et lui imprime un mouvement dynamique et hiérarchique vers Dieu, terme vers lequel tout « étant » tend et s’ordonne. Ce concept s’impose à Thomas d’Aquin lorsqu’il cherche à nommer Dieu, « l’appeler » par « Son Nom ». L’être en tant qu’être n’est ni univoque, c’est-à-dire qu’il n’est pas exactement « le même » dans toutes les choses, ni équivoque, c’est-à-dire qu’il n’est pas tout à fait « autre », différent, étant commun à toutes les choses ; il est « analogue ».

Cette hiérarchie ontologique est une « analogie de proportionnalité », du grec « analogia » « proportion mathématique » qui désigne une ressemblance perçue comme non fortuite entre deux éléments. Le raisonnement par analogie, au fondement de la pensée maçonnique, culmine entre les mots qui désignent l’être de Dieu et ceux des substances créées qui reçoivent l’être. Il s’agit surtout d’une analogie de nomination. La doctrine thomiste sur l’usage analogique des mots vise à expliquer comment nos mots ordinaires, tels que « bon » et « sage », que nous appliquons aux créatures, peuvent être appliqués littéralement et significativement à Dieu, et « par analogie » comment « Son Nom » « Je Suis ce que Je Suis », peut être le nom du Chevalier Kadosh en quête de lui-même, un Nom qui lui aussi « fut autre et le même pourtant » depuis l’origine.

Parmi la création tout entière, l’homme est considéré comme une créature raisonnable à laquelle est imprimée intrinsèquement la fin dernière de remonter à Dieu jusqu’à la béatitude. « L’homme porte la ressemblance et représente l’image de Dieu », ce qui le rend capable de se diriger librement vers les fins qui lui semblent les meilleures et d’utiliser les moyens qui lui semblent les plus appropriés. Être autonome, c’est se donner des lois (autos-nomos en grec). Ainsi le Chevalier Kadosh doit se dicter des lois à lui-même, et ces lois qui se situent à un niveau comportemental doivent lui permettre d’utiliser les bons moyens pour arriver à une bonne fin en respectant les lois que Dieu a révélées. Il est ainsi « en mesure » de gravir « l’échelle mystérieuse » du 30ème degré, symbole de « l’ascension spirituelle de l’homme vers l’accès au royaume de Dieu, ou à l’unité cosmique » et de « l’élan des facultés de l’âme et des disciplines de l’esprit convergeant, au sommet, dans la Connaissance, c’est-à-dire dans l’Absolu. » (manuel d’instruction du degré)

La créature raisonnable qu’est l’homme se retrouve plongée avec ses responsabilités dans une nature ordonnée par une Intelligence supérieure. Il s’agit pour lui non seulement de se maintenir dans cet ordre naturel des choses, mais aussi d’en intégrer la « nature » au plus profond de lui-même, et d’adapter ses actes et ses fins à cet ordre. Le Chevalier Kadosh le réalise d’une façon souveraine « en conciliant la Foi et la Raison » (manuel d’instruction). Car la foi chrétienne n’est ni incompatible, ni contradictoire avec un exercice de la raison conforme à ses principes, et les vérités de la foi et celles de la raison peuvent être intégrées dans un système synthétique harmonieux, sans se contredire.

Thomas d’Aquin place le bien suprême de la vie morale naturelle dans ce qu’il appelle le bonheur, et le bien suprême de la vie surnaturelle dans la béatitude, c’est-à-dire la connaissance de Dieu. Ces deux biens symbolisés par les montants de « l’échelle mystérieuse » soutiennent de manière complémentaire les Chevaliers Kadosh dans leur ascension, le montant de droite symbolisant « l’Amour du Prochain » et celui de gauche « l’Amour de Dieu ». En équilibre entre les deux montants parallèles de l’échelle qui se rejoignent à l’infini en un point, ils tendent vers cette fin comme tous les hommes qui « atteignent leur fin ultime par la connaissance et l’amour de Dieu », dont le Nom « fut autre », avant d’atteindre ce point, « et le même pourtant » quand les deux montants de l’échelle se rejoignent.

Mais pourquoi cette seule fin, alors qu’il est clair que tous les hommes ne s’accordent pas sur leurs fins ? Parce que la raison formelle de fin dernière est le bien parfaitement comblant, et seul Dieu est parfaitement comblant, constituant le « NEC PLUS ULTRA » surmontant l’échelle. Comme la vie surnaturelle est infiniment supérieure à la vie naturelle, la béatitude est un bien infiniment plus parfait que le bonheur. Les fins multiples des Chevaliers Kadosh sont ainsi à la fois ramenées à l’unité du côté du septentrion par le nombre sept des barreaux de l’échelle, symbole de perfection et d’accomplissement, et préservées dans leur diversité en s’articulant au midi à une deuxième série de paliers descendants. Chacun des Chevaliers affirme son identité et sa personnalité par la mise en œuvre des sept Arts Libéraux en redescendant l’échelle, car « après s’être perfectionné, il doit redescendre afin de transmettre à ses Frères ses connaissances, c’est-à-dire devenir un initiateur et un éducateur. » (manuel d’instruction)

Le « zèle » nécessaire au cheminement initiatique et mis en œuvre dans les degrés précédents sous la devise « ORDO AB CHAO », est « sublimé » par le Chevalier Kadosh en « charisme » pour « appréhender le concept d’un plan supérieur, celui de l’Absolu où la dualité, symbole du degré, se résout en unité », et pour ensuite « redescendre sur terre afin de se préparer à l’action inspirée de l’idéal d’unité. » (manuel d’instruction). Le charisme (du grec « charis » qui signifie « grâce d’origine divine ») correspond bien à la devise des Suprêmes Conseils : « DEUS MEUMQUE JUS », « Dieu et mon Droit », et aux vérités révélées qui croisent et s’accordent avec les vérités de raison sur le premier versant de l’échelle au septentrion.

Les seules vérités de raison, à l’origine des sens attribués aux sept échelons de l’échelle mystérieuse au septentrion, ne sauraient en effet suffire au Chevalier Kadosh pour parvenir au « NEC PLUS ULTRA » de sa vie initiatique. Pour Thomas d’Aquin, la théologie « naturelle » ascendante, qui va du bas (les créatures) vers le haut (Dieu), doit être complétée par une théologie fondée sur la Révélation, descendante car elle part du haut (les vérités reçues de Dieu) vers le bas (les créatures). Le « charisme » du Chevalier Kadosh condense harmonieusement ces deux « théologies », les sens attribués aux sept échelons de l’échelle concordant avec les « sept dons du Saint-Esprit ». La Sagesse, l’Intelligence, la Patience, la Foi, la Force, la Douceur, la Justice, traduites sur l’échelle dans la langue hébraïque, concordent en effet sensiblement avec la Sagesse, l’Intelligence, le Conseil, la Piété, le Courage, la Science, la Crainte de Dieu, les dons du Saint-Esprit qui trouvent leur origine dans le Livre d’Isaïe, déjà inspirateur des 15ème et 16ème degrés du REAA.

La Sagesse couronnant l’échelle mystérieuse, conçue initialement de façon abstraite comme « la somme des idées dans l’esprit de Dieu", fait désormais une place à l’anima de la Sagesse et de la Connaissance affective qui provoque en l’homme l’amour de Dieu, à sa nature spécifique de lien, d’élément médiateur, et aux valeurs de sentiment qu’elle contient. Les combats et croisades du Chevalier Kadosh illustrent la purification de l’âme par cet « esprit de connaissance » et l’être spirituel qui peut comme le Christ ressuscité agir sur toutes les choses matérielles, ou les « Kados » réputés pour leur charité qui « travaillèrent à réformer leurs mœurs et à élever en eux un Temple spirituel ». Le Grand Architecte du Temple se rapporte ainsi à « notre âme qui doit régler la conduite de toutes nos actions. » (manuel d’instruction)
Dans l’ésotérisme chrétien, l’âme de l’homme ou de la femme est de nature féminine et deviendra l’épouse de l’Unique Époux. Le mariage spirituel est symbolisé par l’amour mutuel de l’Époux et de l’Épouse et par leur union. A ce moment l’Épouse ne cherche plus, elle possède une présence qu’elle ne veut plus quitter, qui est celle de la Sophia ou du Christ Sagesse. En d’autres termes, pour s’unir à la Sophia divine, que l’on soit homme ou femme, il faut devenir cette « vierge masculine », dont parle Jacob Boehme. L’homme devenu intégral peut prétendre à une union sophianique, qui célèbre les noces de l’homme androgyne, ou de la femme devenue mâle, avec la Sophia, dont naîtra l’« Enfant d’éternité », symbolisé au terme d’une longue gestation par l’Aigle bicéphale au REAA.

« L’oiseau, dit Marie-Madeleine Davy, symbolise l’âme. Lorsque celle-ci s’intériorise, elle devient profonde. Un trajet s’accomplit, allant de la périphérie au centre. Véritable voyage comportant différents relais, où des épreuves jalonnent le périple. Il convient d’évoquer le mental, de découvrir le chemin conduisant au cœur qui, peu à peu, va pouvoir se liquéfier et favoriser la poussée des ailes. Celles-ci accompagnent la naissance de l’esprit que de nombreux mystiques « situent » à la fine pointe de l’âme. Ainsi l’esprit provient d’un engendrement de l’âme qui contient virtuellement l’esprit. Tout spirituel est invité à devenir la mère de l’enfant de l’éternité, l’Enfant divin. On rejoint ici un thème cher à Maître Eckhart, celui de l’homme devenu « mère de Dieu ». Désormais l’oiseau intériorisé cesse de symboliser l’âme, il signifie l’esprit ».
Mais il y a plus. A cette étape de la vie spirituelle, quand « le philosophe parvient à l’androgynat, il abandonne sa tente de nomade et pénètre dans la maison de la Sagesse. L’intériorité vécue d’une façon existentielle anime le fond de l’être, sa profondeur. D’où l’accès à un nouvel état permettant le dépassement du niveau de créature faisant ainsi recouvrer l’unité première, celle qui a été perdue momentanément par la manifestation, la chute dans le temps. Le retour n’inaugure pas un conjointement avec l’État d’Adam avant l’apparition d’Ève (donc de la connaissance sensible), mais un retour à la condition de l’âme en Dieu avant sa création ».

Le Chevalier Kadosh parvenu au sommet de son parcours initiatique doit alors « redescendre sur terre » afin de transmettre à ses Frères ses connaissances, en passant par les sept échelons au midi de l’échelle mystérieuse où sont inscrits les noms des sept arts libéraux : Grammaire, Rhétorique, Logique, Arithmétique, Géométrie, Musique, Astronomie. Fils de la Sagesse, Etre sage, sa vie est à elle seule l’illustration de sa pensée. Ce n’est pas le concept abstrait de sagesse qui fait le sage, c’est le sage qui montre la sagesse par l’action. Le philosophe doit devenir le sage, celui qui pratique la sophia, celui qui montre par l’exemple, car il sait que les mots du philosophe n’ont que peu de poids face aux chaînes qui lient les hommes à leurs habitudes.

Dans la liste des Arts Libéraux, la Logique est ici « substituée » à la Dialectique qui a toujours, tout au moins du VI ème siècle jusqu’à la Renaissance, constitué le « Trivium » avec la Grammaire et la Rhétorique. Pourtant la Dialectique désigne un mouvement de la pensée destiné, par la confrontation ou la mise en rapport de ce qui est en mouvement, à atteindre un « terme » supérieur, une définition ou une « vérité ». Si la Dialectique illustre bien le cheminement de l’âme dans l’esprit de la « Règle » du 1er au 30ème degré du REAA, la Logique se rapporte par ailleurs à la recherche de « règles » générales et formelles permettant de distinguer un raisonnement concluant de celui qui ne l’est pas. « Les règles » ordonnançant la recherche intérieure de l’âme complètent en fait « la Règle » par laquelle le cherchant se soumet « in fine » à l’Esprit de son Créateur.

Le Chevalier Kadosh connaît ainsi la finalité des choses et sait les ordonner selon la place qui leur revient « naturellement », du fait de leur Nature. En lui concordent si bien l’amour de la science des choses et des hommes et l’amour de la vertu, l’amour du Même et de l’Autre, que par-delà l’espace et le temps, Son Nom « est » Autre et le Même pourtant.

Source : http://www.patrick-carre-poesie.net/spip.php?article1168

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L'Aigle à deux têtes.

2 Novembre 2012 , Rédigé par Pierre Mollier Publié dans #symbolisme

1. Des sources iconographiques au symbole maçonnique

L'Aigle à deux têtes est aujourd'hui l’emblème du système de hauts grades maçonniques le plus pratiqué dans le monde : le Rite Écossais Ancien et Accepté. À l'origine, les grades pratiqués sous la juridiction des Suprêmes Conseils tenaient fortement à la tradition judéo-chrétienne. Au terme d'une évolution de deux siècles ce rite se veut aujourd'hui porteur d'une spiritualité universaliste. Il est curieux de constater que cette vocation universelle existait virtuellement dans l’emblème choisi aux origines du rite. En effet, pour l'historien de l'iconographie « l'aigle est avec le dragon le seul animal qui appartienne à l'emblématique de tous les temps et de tous les pays ». Or depuis la plus haute antiquité des communautés humaines ont fait de l’aigle à deux têtes, mi-aigle, mi-animal fabuleux et qui par là tient au dragon, une figure emblématique. Lorsque dans le deuxième tiers du XVIIIe siècle la Franc-Maçonnerie s’agrégera une partie du corpus symbolique occidental, l’aigle à deux têtes prendra naturellement place parmi ses emblèmes.


I. L'Orient aux origines de l'Aigle à deux têtes


A. NAISSANCE DE LA POSITION HÉRALDIQUE DE L'AIGLE À DEUX TÊTES CHEZ LES HITTITES

Peut-être les figurations à deux têtes sont-elles connues depuis des temps immémoriaux ? Ainsi une représentation féminine à deux têtes (Déesse-Mère ?) retrouvée à Catal Hüyük, une des plus anciennes villes du monde, a-t-elle pu être datée du sixième millénaire avant J.C. Les premières attestations de la figure de l'aigle à deux têtes sont aussi extrêmement anciennes. On les découvre dans le matériel archéologique laissé par la civilisation hittite qui s’épanouit en Asie Mineure entre le XXe et le XIIIe siècles avant notre ère.
Il s'agit d'abord de sceaux cylindriques trouvés dans les fouilles de Boghazköy, ancienne capitale hittite. Ils présentent de façon très claire un aigle bicéphale aux ailes déployées. La recherche d'une certaine esthétique conduit à cette position “héraldique” qui s'explique aussi par une tendance naturelle à la symétrie et la nature probablement religieuse de l'être représenté. La datation proposée par les scientifiques est de + ou – 1750-1715 et le contexte situerait l'origine de ces sceaux dans un milieu commerçant.
On retrouve cette image de l'aigle à deux têtes dans la même région dans deux oeuvres monumentales, à Alaça Hüyük (datée de + ou – 1400) et à Yazilikaya (1250 au plus tard).
Le contexte est ici différent et semble exclusivement religieux. L'aigle devient le symbole de la divinité. À Alaça Hüyük, l'aigle se trouve sur la face intérieure de l'orthostate portant les sphinx situés à l'entrée monumentale de cette ville. À Yazilikaya, il se trouve au milieu d'une procession de divinités, dont l'ensemble servit de sanctuaire en plein air.
L'aigle à deux têtes semble s'estomper dans la dernière période hittite, du IXe au VIIe siècles, et disparaître avec la fin de cet empire.

B. SELDJOUKIDES ET TURCOMANS : LA REDÉCOUVERTE DE L'AIGLE À DEUX TÊTES AU HAUT MOYEN-ÂGE

C'est dans la même région, mais deux mille ans après, que va réapparaître l'aigle à deux têtes. A partir de l'an mil, les Seldjoukides – seigneurs turcs de Mongolie convertis à l'Islam vers 920 – envahissent l'Anatolie. À la fin du XIe siècle les Seldjoukides d'Anatolie se séparent des Grands Seldjoukides d'Iran pour créer le royaume des Seldjoukides dit de Rum (Rome) car situé en pays byzantin. Ils établissent leur capitale à Nicée (Iznik), puis à Konya.
L'aigle à deux têtes se rencontre à profusion sous le règne du plus grand sultan seldjoukide de Konya, Alaeddin Keykübad (1219-1236) et de son fils et successeur Keyhusrem II (1236-1246). On le découvre en effet sur des tissus, des pierres taillées, des carreaux muraux ou des porte-Coran. Comme toute problématique iconographique il est très difficile de dire s'il s'agit d'un emprunt ou d'une recréation. L'un et l'autre auraient été facilités par le fait que les ancêtres des Seldjoukides connaissaient au Ve siècle un coq à deux têtes. Mais c'est bien d'un emprunt dont il s'agit chez les successeurs des Seldjoukides au tout début du XIIIe siècle, les Turcomans. Si l'on trouve des aigles à deux têtes sur certaines de leur pièces de monnaie en bronze, on y découvre aussi des motifs sassanides, grecs, romains, byzantins et chrétiens manifestement copiés sur des vestiges anciens.

C. BYZANCE : L'AIGLE À DEUX TÊTES EMBLÈME DE L'EMPIRE

Constantinople se veut la Nouvelle Rome et à ce titre l'emblématique de l'aigle y est bien connue, comme symbole de la puissance et de la souveraineté. À l'image des Césars et des Augustes de la Rome antique, le Basileus, l'empereur byzantin, souverain de l'Empire Romain d'Orient, porte l'aigle pour armes. Comment cet aigle impérial romain est-il devenu un aigle à deux têtes ? Une alternance de guerres et d'échanges commerciaux rythmait les relations étroites des Byzantins avec leurs voisins et ennemis, Seldjoukides puis Turcomans. L'aigle à deux têtes est très probablement arrivé à Constantinople sur les tissus ou les monnaies d'un marchand ou dans les souvenirs d'un soldat. Les lutrins des églises orthodoxes qui présentent cet emblème sont les cousins des porte-Coran seldjoukides. Par son caractère propre, l'aigle à deux têtes a dû peu à peu se développer dans l'art et l'emblématique jusqu'à infléchir le dessin de l'aigle impérial. C'est probablement le basileus Théodore II Lascaris (1254-1258) qui le premier fit de l'aigle bicéphale un emblème de l'empire. Il faut dire que les deux têtes de l'aigle symbolisaient particulièrement bien la double souveraineté temporelle et spirituelle à laquelle prétendaient les basileus. Par la suite l'emblématique de l'aigle à deux têtes sera toujours très présente dans l'église orthodoxe grecque, jusqu'à en devenir l'emblème officiel ! Les aigles à deux têtes des pays balkaniques, ainsi que celui de l'empire russe, sont directement hérités de Byzance.


II. L'Aigle à deux têtes dans l'Occident médiéval

A. APPARITION DE L'AIGLE À DEUX TÊTES L'ART ROMAN

On découvre quelques exemples d'aigle à deux têtes dans la sculpture romane des églises de Vouvant (Vendée), Civray (Vienne), Gensac-la-Pallue et Sainte-Colombe (Charente), Moissac (Tarn-et-Garonne), Vienne (Isère). Sans qu'il soit possible de les dater très précisément, aucune de ces églises ne semblent postérieures au XIIe siècle.Comment cette figure d'origine orientale a-t-elle pu rejoindre puis s'épanouir au coeur de l'Occident médiéval ? Suivons les explications d'Emile Mâle sur un itinéraire iconographique classique qui pourrait bien être aussi celui de l'aigle à deux têtes :

« Au temps de Saint-Bernard, c'est-à-dire en pleine époque romane, les fleurs et les animaux qui ornent les cloîtres et les églises sont la plupart du temps des copies d'originaux antiques, byzantins, orientaux, que l'artiste reproduisait sans en comprendre le sens.
L'art décoratif du Moyen-Age a commencé par l'imitation. Ces prétendus symboles ont été souvent sculptés d'après le dessin d'une étoffe persane ou d'un tapis arabe.
A mesure qu'on l'étudie mieux, l'art décoratif du XIe et du XIIe siècles apparaît de plus en plus comme un art composite qui vit d'emprunts. Les multiples éléments dont il est fait commencent à se laisser entrevoir. Les chapiteaux romans nous montrent fréquemment, par exemple, deux lions disposés symétriquement de chaque coté d'un arbre ou d'une fleur. Irons-nous avec l'abbé Auber, en chercher le sens dans les livres des théologiens du XIe siècle ? – Nous perdrions notre temps, car ces deux lions, Lenormand l'a prouvé, ont été copiés sur quelque étoffe fabriquée à Constantinople d'après de vieux modèles persans. Ce sont les deux animaux qui veillent sur le hom, l'arbre sacré de l'Iran. Les tisserands byzantins n'en savaient déjà plus le sens et n'y voyaient qu'un dessin industriel d'une disposition heureuse. Quant à nos sculpteurs du XIIe siècle, ils imitaient les figures du tapis byzantin apporté en France par les marchands de Venise, sans se douter qu'elles pussent avoir une signification quelconque. »

Or il se trouve que l'on a justement découvert lors de travaux dans la cathédrale de Périgueux, en 1895, un tissu d'origine orientale présentant des motifs d'aigle à deux têtes. Appelé “Le Suaire de Saint-Front”, il s'agit d'un morceau de soie du XI-XIIe siècle, d'origine Grand-Seldjoukide, turcomane ou provenant d'un atelier de Constantinople, voire de l'Espagne musulmane. Il s'agirait d'un morceau de chasuble d'un évêque dont les restes ont été transférés avec ceux d'autres évêques, et emmurés en 1173.
Un dernier élément renforce la thèse de l'emprunt à l'Orient. l’aigle à deux têtes semble bien représenté dans les blasons des principaux participants des croisades. Jourdain d'Amphermet, Jean de Dion, Hamelin et Geoffroy d'Antenaise, Jean de la Béreaudière, Le Meigre, Amaury de Saint-Cler, Hugues de Sade et Laurent de la Laurencie portent l’aigle à deux têtes.

B. L'AIGLE À DEUX TÊTES DANS LES SCEAUX ET LES ARMOIRIES

Les armoiries apparaissent sur les champs de bataille du XIIe siècle pour permettre aux combattants de se reconnaître au coeur de la mêlée… Les animaux furent parmi les premières figures utilisées. Les armoiries animalières constituent 60 % des armoiries vers 1180, 40 % vers 1250 et se stabilisera autour de 30 %, puis vers 25 % au cours du XIVe siècle. L'aigle – monocéphale – est l'une des grandes figures de l'héraldique. Mais « Dans les armoiries occidentales, son indice de fréquence est cependant très inférieur à celui du lion : au Moyen-Âge on compte environ un écu à l'aigle pour six écus au lion, et à l'époque moderne le rapport semble passer de un à dix. C'est surtout la rareté de l'aigle dans les armoiries roturières qui explique ces différences. L'aigle est en effet essentiellement une figure héraldique nobiliaire, symbole de puissance et d'autorité ».
« L'origine et la signification de l'aigle à deux têtes sont des sujets qui ont fait couler beaucoup d'encre. Il semble bien que ce soit avant tout un thème essentiellement graphique et que le blason l'ait emprunté, tardivement, à l'iconographie orientale ». Le plus ancien exemple français est celui du sceau apposé en 1227 par un Chevalier… de l'Ordre du Temple, Guillaume de l’Aigle, Commandeur du Temple en Normandie.
Le second cas est celui de Jocelin de Chanchevrier daté de 1229. On a pu calculer que jusqu'en 1300, dans les armoiries françaises, à peine 7 % des aigles étaient bicéphales.
L'aigle à deux têtes n'est donc pas un motif héraldique quantitativement important. En revanche la qualité de certaines personnalités l'ayant pour arme a pu contribuer à en donner une image particulière. Ainsi découvre-t-on qu'il constitue les armes de Bertrand du Guesclin (1320-1380). Héros de tournoi, chevalier errant et justicier au renom légendaire, guerrier victorieux puis connétable de France, on fit de lui sous Charles VI, le type du parfait chevalier.
Or Bertrand du Guesclin portait « d'argent à l'aigle à deux têtes de sable, à la côtice de gueules brochant sur le tout, becquée, lampassée et armée de gueules ». L'aigle à deux têtes se voit donc associé dans l'imaginaire médiéval au type du parfait chevalier.
Outre sa présence dans les armoiries des chevaliers croisés, l’aigle à deux têtes constitue le blason d’un Ordre hospitalier du Moyen-Âge, les Chanoines réguliers de Saint Antoine qui portent « D’or à un aigle de sable à deux têtes, diadémé de même, ayant le vol étendu et au col une couronne d’or, en forme de collier, duquel pend un écusson aussi d’or, posé sur la poitrine de l’aigle et chargé d’un tau ou taph d’azur ».

C. L'AIGLE À DEUX TÊTES DANS L'EUROPE MODERNE

Plus on avance vers le XVe siècle plus l’aigle à deux têtes se développe dans les pays germaniques auquel il est souvent exclusivement associé aujourd’hui, plus à tort qu’à raison. Mais « malgré quelques témoignages exceptionnels à l'époque de Frédéric II, ce n'est que sous l'empereur Sigismond, c'est-à-dire au début du XVe siècle, que l'aigle bicéphale devint définitivement la figure héraldique de l'empereur, tandis que l'aigle monocéphale était désormais réservé au roi des Romains ».
En héraldique, à la fin du XVIIIe siècle, l’Aigle éployé entre dans les armes de près de 500 familles européennes dont, pour 200 d’entre-elles, il constitue les armes complètes.

III. Les débuts de l’Aigle à deux têtes en Maçonnerie


L’Aigle à deux têtes apparaît en Maçonnerie en France dans le tout début des années 1760 avec le grade de Grand Inspecteur Grand Élu ou Chevalier Kadosh. On le découvre ainsi dans la fameuse lettre que les Maçons de Metz écrivent à ceux de Lyon en juin 1761. Ce précieux courrier a pour objet l'information réciproque des dignitaires de l'ordre sur les grades connus ou pratiqués dans les deux orients. Les Maçons lorrains y expliquent que le grade le plus élevé qu'ils pratiquent est celui de « Chevalier Grand Inspeur Grand Elû der grade », en conséquence, « Tous les grades […] sont tous subordonnés à ce dernier » , or :

« Le petit attribut [de ce grade] est un aigle d'or éployé portant une couronne de prince sur les deux têtes et tenant un poignard dans ses serres. Le grand attribut est une Croix rouge à 8 pointes semblable à celle de Malthe ; sur le centre, dans un Cercle, sont une Epée et un poignard en sautoir »

On trouve justement au bas de la copie d'un procès-verbal conservée dans les archives de la Loge « de Saint Jean » de Metz un très beau sceau présentant un aigle à deux têtes. Ce document est daté du 25 avril 1763 et il n’est pas indifférent que le signataire en soit le frère Le Boucher de Lénoncourt. On le connaît en effet comme l’un des principaux promoteurs du grade de Kadosh dans les années 1760. Ce sceau présente donc très probablement l’iconographie première de l’aigle à deux têtes en Maçonnerie. Peut-on attribuer la réalisation de ce sceau à Augustin Pantaléon, l'une des personnalités du cénacle animé par Le Boucher de Lénoncourt, qui exerçait la profession de graveur ? Nous aurions donc là, à la fois le dessin originel de l'aigle à deux têtes dans l'Ordre maçonnique et son auteur !
Dans un courrier confidentiel à Willermoz, Meunier de Précourt révèle l'enseignement secret du grade de Grand Inspecteur Grand Élu ou Chevalier Kadosh : les francs-maçons sont en fait les descendants de « ces fameux infortunés T....... [Templiers] ». Il y ajoute une glose sur l'emblème du grade :

« L'aigle portant un poignard dans ses serres avec ces mots : Neccum Adonay, Vengeance à Dieu, nous représente les dernières paroles de Jacques de Molay, dernier Grand Maître, quand il ajourna le pape et le roy ; ajournement terrible vérifié par l'événement. L'aigle, l'animal qui plane le plus haut dans les airs et le seul qui fixe le soleil, est le juste emblème de cet infortuné vieilllard »

Dans la lettre suivante où Meunier de Précourt entreprend d'exposer dans le détail les liens entre les Templiers et les Chevaliers G.I.G.E. , l'explication est un peu différente. Ce sont en effet les Templiers survivants au supplice qui :

« Comme l'aigle est le Roy des oiseaux et le seul qui regarde fixement le soleil, ils le prirent pour devise en l'armant d'un poignard dans les serres, comme pour demander justice à la divinité d'un aussi horrible attentat »

On doit noter que ces explications n'éclairent pas sur le caractère éployé de la dite aigle. Peut-être celui-ci devait-il contribuer à assurer la préséance du Kadosh sur un autre grade apparu à la même époque et qui allait contester au Chevalier G.I.G.E. le rôle terminal de Nec plus Ultra de la maçonnerie : le Chevalier de l'Aigle Rose-Croix. La symbolique de l'aigle – monocéphale – y joue en effet un rôle. Mais peut-être, tout simplement, l'aigle à deux têtes, dont les qualités chevaleresques et de souveraineté appartenaient au fond commun de la symbolique occidentale, apparut-il particulièrement adapté pour ce grade auquel « Tous les [autres… devaient être] subordonnés » ; grade qui en conséquence se voulait porteur des plus précieuses révélations de la Maçonnerie et aspirait à gouverner l'Ordre.
Toujours est-il que le G.I.G.E. ou Chevalier Kadosh allait connaître une grande fortune dans la Maçonnerie française des années 1760 et avec lui son emblème, l’aigle à deux têtes. Ainsi, dès 1762, les dignitaires de la Grande Loge des Maîtres de Paris, dite de France, avec à sa tête le substitut du Grand Maître, Chaillon de Jonville, s'annoncent « décorés du Grade par Excellence de G.I.G.E. ». Tous les rituels manuscrits de G.I.G.E. ou Chevalier Kadosh qui nous sont parvenus présentent l’aigle à deux têtes comme l'emblème du grade. Celui-ci se trouve ainsi associé au Nec plus Ultra de la Maçonnerie et devient donc, de fait, le symbole d'une fonction dirigeante dans la Première Grande Loge de France.

Article paru dans le n° 107-108 (tome XXVII, 1996). Texte reproduit intégralement mais sans les notes et références bibliographiques, ni les illustrations.

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Notre Triangle de recherches symboliques au Rite Ecossais Primitif

1 Novembre 2012 , Rédigé par Loge Le Phenix Namur Publié dans #Rites et rituels

Afin de travailler plus en profondeur dans une structure plus légère, mais tout aussi intense en rituélie et en contenu philosophique, nous ouvrons un Triangle qui travaillera au Rite Ecossais Primitif à l’Orient de Namur. Le Rite Ecossais Primitif est très proche spirituellement du Rite Ecossais Rectifié et partage les mêmes valeurs. Voyez à ce propos le site de la Grande Loge Symbolique de Belgique du Rite Écossais Primitif.

 

Le Rite Écossais Primitif est l’un des plus anciens rites pratiqués au monde.

 

Le Rite Écossais Primitif prend sa source dans les « Old Charges » et fait sien les valeurs universelles de la Franche Maçonnerie.

 

Le Rite Écossais Primitif a pour Constitutions, les Constitutions dites Stuardistes de 1720, rédigés sous la conduite de Georges Payne. Le REP ne reconnait pas d’autres constitutions.

 

Le Rite Écossais Primitif est un Rite discret dans un Ordre déjà discret et doit le demeurer, selon la propre volonté de Robert Ambelain.

 

Le Rite Écossais Primitif est lié à deux Serments, celui de l’Initiation, et celui de l’Ecossisme Primitif prenant sa source depuis le Mont Heredom en Écosse.

 

Le Rite Écossais Primitif obéit à des règles et principes intangibles.

 

Le Rite Écossais Primitif se base, en plus de ses Constitutions, sur les écrits, ouvrages, documents et articles de Robert Ambelain.

 

Le Rite Écossais Primitif est un Rite exclusivement masculin.

 

Le Rite Écossais Primitif se base sur la Loi morale, l’humanisme et la Loi naturelle.

 

Le Rite Écossais Primitif est un Rite d’origine militaire.

 

Le Rite Écossais Primitif est un Rite Traditionnel, Déiste, Spirituel, Ésotérique et Symbolique.

 

Le Rite Écossais Primitif travaille à la Gloire du Grand Architecte des Mondes.

 

Le Rite Écossais Primitif revendique comme seules bases de travail le respect de ses règles et valeurs, sous le couvert de la sagesse, de la simplicité et de l’humilité.

 

La Franc Maçonnerie ne s’apprend pas, ne se décrète pas, elle se vit…

Source : http://logelephenixnamur.wordpress.com

 

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Rituel d'Installation du Vénérable Maître, cérémonie Secrète du Conseil de Maîtres Installés, commune à tous les Rites

1 Novembre 2012 , Rédigé par Rituel GLNF Publié dans #Rites et rituels

Cérémonie d'Installation du Maître Élu  Conseil de Maîtres Installés
Après l'ouverture des travaux, en suivant l'ordre du jour, le VM et la Loge reçoivent l’Officier représentant le Grand Maître pour la cérémonie d'installation du Maître Élu.
Lorsque cet Officier est conduit à l’Orient par le Directeur des Cérémonies, il est d'usage que le VM lui offre le maillet. Pour cette cérémonie particulière, il le fait en ces termes :
V.M. :
(TR, R ou TV) Frère, en votre qualité de représentant du Grand Maître, la Loge est honorée de votre présence et se place sous votre bienveillante autorité.
Je remets entre vos mains la Charte de constitution de notre Loge, qui a été octroyée par le Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française en …
(date de la création, du transfert ou du réveil de la Loge).
Le G.O. prend la charte et la repose sur le plateau du VM.
L’Officier Provincial remercie le VM :
Grand Officier :
Je vous remercie Vénérable Maître. Je suis parmi vous, ce soir, pour entendre les rapports d'activité de votre Loge et m'assurer que la transmission de la Charte de cette Respectable Loge à votre successeur se fait conformément aux règles, us et coutumes de l’Ordre.

Le Grand Officier refuse le maillet et prend place selon son rang, se réservant d'intervenir au moment de la remise solennelle de la charte.
Si le VM ne procède pas lui-même à l’installation de son successeur, il transmet son sautoir et le maillet à celui qui en sera chargé.

Cérémonie Secrète dite « Ésotérisme du conseil de maîtres installés »
Après avoir fait sortir les Maîtres Maçons sans saluer, et lorsque le Couvreur Installateur a refermé la porte du Temple, le Directeur des Cérémonies Installateur dispose un coussin ou un prie dieu au centre de la Loge puis va chercher le Maître Élu qu'il conduit devant le prie-Dieu et lui demande de s'agenouiller. Le Directeur des Cérémonies dispose ensuite (si ce n 'est déjà fait) les trois Grandes Lumières selon la manière appropriée, puis se place en tête de la colonne du midi où il aura préalablement disposé le tablier de Vénérable.
Il veillera de même au sautoir de PMI. Le DC aura également disposé l'Équerre et le Compas sur le VLS.
Maître Installateur :
à moi mes Frères, au signe de Maître installé.
Je déclare cette Assemblée dûment constituée en un Conseil de Maîtres Installés.
Debout, Vénérables Frères.
*.
1erS. Inst. : *.
2d. S. Inst. : *.
Maître Installateur :
Mes Frères, tournons-nous vers l’Orient.

Tons les Frères se tournent vers l’Orient et prennent l’attitude de la prière, au signe de Foi.
Le D.C. s'assure que tous les Maîtres Installés ainsi que le Maître Élu sont au signe de Foi. (Main droite sur le coeur, doigts joints et pouce caché.)

Maître Installateur :  Prions, mes Frères.
Daigne, Père Tout-Puissant, Maître Suprême de l’Univers, étendre Ta protection sur ce rite solennel et accorder au digne et respectable Frère qui est sur le point d'être admis au nombre des chefs de l’Ordre, la Sagesse pour comprendre, le jugement pour apprécier et l’habileté pour faire observer Ta Sainte Loi. Sanctifie-le de Ta Grâce, fortifie-le de Ta Puissance et enrichis son esprit de la vraie science afin qu'il soit capable d'éclairer l’esprit de ses Frères et de consacrer notre Temple à l’honneur et à la gloire de Ton Saint Nom.
Ainsi soit-il.

Tous quittent le signe de Foi et se tournent vers l'Occident. Le Directeur des Cérémonies fait lever le Maître Élu et enlève le prie dieu ou le coussin.
Maître Installateur au Maître Élu :
Vous avez déjà pris une obligation relative à vos devoirs comme Maître de cette Loge. Veuillez maintenant vous avancer et prendre une seconde obligation en ce qui concerne les secrets particuliers à la Chaire de Maître. Le Maître Élu s'avance vers la chaire. Agenouillez-vous sur les deux genoux. Le Maître Élu s'exécute. Dégantez-vous et posez vos deux mains sur le Volume de la Loi sacrée. Le Maître Élu s'exécute.
Maître Installateur:
Vénérables Frères, veuillez vous mettre au Signe de Fidélité
Main droite sur le coeur, doigts joints, pouce à l’équerre. *.
1er S. Inst. : *.
2ème S. Inst. : *.
Maître Installateur:
Dites : « Moi », puis déclinez vos prénom et nom : Le Maître Elu dit « Moi » et décline ses prénom et nom. et répétez après moi : En présence du Très Haut et devant ce Conseil de Maîtres Installés, dûment constitué et régulièrement assemblé, de mon plein gré et consentement, par ceci Le Maître Installateur touche les mains du Maître élu de sa main gauche et sur ceci, Le Maître Installateur touche le Volume de la Loi Sacrée de sa main gauche très solennellement, je promets et jure que toujours je cacherai et jamais ne divulguerai aucun des secrets ou mystères particuliers à la chaire de Maître, à personne au monde, sauf à un Maître Installé ou à un candidat dûment élu à cette charge et cela seulement avec le concours d'au moins deux Maîtres Installés, régulièrement assemblés à cet effet.
Tous ces articles, je jure solennellement de les observer sans faux-fuyant, équivoque ou restriction mentale d'aucune sorte, sous peine, si j'en viole un seul, d'a. la m. d. t. au p. et f. sur l’é. g. afin qu'elle s'y f. et s'y d. Que le Très Haut me vienne en aide et m'empêche de jamais violer l’Obligation Solennelle que je viens de contracter comme Maître Installé.

Tous les Frères cessent le signe de Fidélité.
Maître Installateur:
Comme gage de votre fidélité et pour que vos paroles deviennent une Obligation Solennelle, scellez-les trois fois de vos lèvres sur le Volume de la Loi Sacrée. Le Maître Élu exécute.
Maître Installateur:
Permettez-moi de diriger encore une fois votre attention sur les trois Grandes Lumières, bien que Lumières symboliques, de la Franc-Maçonnerie : le Volume de la Loi Sacrée, l’Équerre et le Compas.

Le Maître Installateur les montre pendant qu'il les énumère.

Le Volume de la Loi Sacrée, cette Grande Lumière de la Maçonnerie, vous guidera vers toute vérité, dirigera vos pas dans les sentiers du bonheur et vous indiquera tous les devoirs de l’Homme.
L’Équerre vous enseignera régler votre vie et vos actions selon la ligne et la règle maçonniques.
Le Compas vous rappellera de limiter vos désirs à tous les stades de la vie, afin que, vous élevant par le mérite a un rang éminent, vous soyez entouré de respect durant votre vie et regretté après votre mort.

Le Maître Installateur quitte sa chaire par sa gauche et vient se placer à côté du Maître Élu. De sa main droite, il enserre, entre le pouce et l'index, le poignet droit du Maître Élu puis il vient placer sa main gauche au-dessus du sein gauche du Maître Élu. Enfin en pivotant légèrement sur lui-même vers la gauche et en relevant légèrement la main droite et poussant de la gauche le Maître Élu, il relève celui-ci en disant :

Relevez-vous G…. M !
Ce mouvement se poursuit jusqu'à ce que le Maître Installateur se trouve face au midi et le Maître Élu face à lui (donc face au nord). Puis le Maître Installateur se désengage et recule de deux pas.
Maître Installateur :
La tradition rapporte que, lorsque le Temple de Jérusalem fut achevé, le roi Salomon accompagné d'une suite nombreuse vint le visiter.
En entrant dans l’édifice, il aperçut Adoniram à quelque distance et il lui fit signe ainsi :

Le Maître Installateur élève son bras droit à l’horizontale en direction de l’Ouest, le regard tourné vers l’Occident, le pouce de la main droite replié sur l’annulaire et l’auriculaire tandis qu'il garde l’index et le majeur joints et tendus. Puis, par un mouvement de l’avant bras, il ramène par trois fois sa main à hauteur de l’épaule droite. Le D. C. aide alors le Maître Élu à imiter ce mouvement. Quand cela est fait :
Maître Installateur:
Adoniram, en approchant de son royal maître, allait s'agenouiller, mais le roi l’en empêcha en le prenant ainsi :
Le Maître Installateur fait signe au Maître Élu de s'agenouiller et l’en empêche en lui prenant le poignet droit entre pouce et index et en plaçant sa main gauche au-dessus du sein gauche du Maître Élu en disant :

Levez-vous G… M !
La signification de ce mot est « Excellent Maçon ».

Puis le Maître Installateur se désengage et fait deux pas en arrière.
Maître Installateur:
Lorsque le roi et sa suite furent sur le point de partir, Adoniram les salua ainsi ...
Le Maître Installateur recule son pied droit d'un pas, pointe tournée vers l’Occident, et dans le même temps, il place sa main droite, les doigts dans la position du signe, à hauteur de son épaule gauche et en s'inclinant légèrement en avant, il fait décrire à sa main droite un arc de cercle pour la ramener à sa droite.

... comme marque d'humilité.
Ensuite il fait signe au Maître Élu de l’imiter.
Maître Installateur:
de là, viennent l’attouchement et le mot d'un Maître Installé, le signe et le salut d'un Maître ès-Arts et ès-Sciences.
Le Directeur des Cérémonies présente au Maître Installateur le tablier de Vénérable Maître. Le Maître Installateur ôte le tablier de MM du Maître Élu, le donne au Directeur des Cérémonies, et ceint le Maître Élu du tablier de Vénérable. Puis, ôtant le sautoir de Vénérable Maître qu'il porte, le Maître Installateur en revêt le Maître Élu en disant :
Je vous revêts maintenant de l’insigne et du joyau de votre charge qui est le plus grand honneur que la Loge ait en son pouvoir de conférer à l’un de ses membres.
Il prend dans sa main droite l’équerre du sautoir et dit :

L’Équerre étant l’instrument qui aide à façonner la pierre brute et à vérifier la justesse de la pierre cubique est employée fort à propos par les Maîtres Maçons pour enseigner les principes les plus purs de la piété et de la Vertu.
Il tache l’équerre.

Dans le sens maçonnique, elle doit être le guide de toutes vos actions.
Alors, le Maître Installateur saisit de sa main droite le poignet droit du Maître Élu, entre le pouce et l’index, puis il pose sa main gauche au-dessus du sein gauche du Maître Élu et lui indique qu'il doit faire de même avec sa main gauche. Le Maître Inst. souffle au Maître Élu de partir du pied gauche et lui-même, reculant en partant du pied droit, entraîne le Maître Elu vers le nord. À reculons, le VM Inst. entraîne le Maître Élu jusqu'au fauteuil de VM. en disant :
Avec l’attouchement marquer l’attouchement et le mot « G . . . . M » d'un Maître Installé, je vous place à ce moment-là, le Maître Élu étant entre la table et le fauteuil et le VM Inst. c'étant placé entre la table et lui, il l’assoit en le poussant fermement dans le fauteuil dans la chaire du roi Salomon et je suis persuadé que votre conduite future justifiera le choix de vos Frères.

À la fin de cette circumambulation, le Maître Installateur est à la gauche du Maître nouvellement installé qui est assis.
Le Maître Installateur va se placer devant la chaire et salue le nouveau Vénérable Maître en Maître Installé (Pied droit en arrière, main droite à l’épaule gauche, index et majeur tendus et joints) puis il décrit un arc de cercle de la main droite en s'inclinant légèrement.
II prend le maillet sur la Chaire avec la main gauche et, revenant à la gauche du nouveau Vénérable Maître, il lui tend le maillet par-dessus son avant-bras droit en disant :

Je place, entre vos mains, ce maillet, emblème du pouvoir, qui vous servira à maintenir l’ordre dans la Loge, particulièrement à l’Orient.
Dans les rites « Modernes » (RER et Français) ainsi qu'au REAA, c'est aussi le moment de remettre l’épée au nouveau Vénérable Maître. Le Maître Installateur prend de la main droite la lame de l'épée sur la Bible et tend la garde par-dessus son bras gauche au Vénérable Maître Installé en disant :

Je vous remets votre épée, symbole du Verbe et de la Lumière, qui vous sera nécessaire pour éclairer vos Frères dans les travaux de votre Loge.
Le Maître Installé repose l’épée sur le VLS, lame pointée au nord.
Le Maître Installateur:
Prêtez attention, Maître assermenté, aux passages des Saintes Écritures que je vais vous énoncer ; ils fondent et déterminent les signes qui vous feront reconnaître dans toutes les Loges de la Grande Loge Nationale Française comme M.I.
Psaume 137 v. 1 a 6.

« Sur les bords des fleuves de Babylone,
Nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Sion. Aux saules de la contrée
Nous avions suspendu nos harpes. Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants
Et nos oppresseurs de la joie. Chantez-nous quelques uns des cantiques de Sion ! Comment chanterions-nous les cantiques de l’Éternel Sur une terre étrangère ? Si je t'oublie ô Jérusalem, que ma droite m'oublie ! "

Le Maître Installateur avec la main gauche doigts tendus et joints, donne un coup verticalement sur son poignet droit, puis comme s 'il prenait sa main droite avec sa main gauche, il porte sa main droite sur l’épaule gauche.

Que ma langue s'attache à mon palais
Maître Installateur place sa main droite, poing fermé, pouce levé, sous sa mâchoire inférieure. Le maître nouvellement installé l’imite.

Si je ne me souviens de toi, Si je ne fais de Jérusalem Le principal sujet de ma joie. »
Amos, chapitre VII, v. 7 et 8.

« Le Seigneur se tenait debout près d'un mur aligné au cordeau et il avait dans sa main un fil à plomb. l’Éternel me dit : « Que vois-tu Amos ? Je dis : « Un fil à plomb. »
Le Seigneur dit : « Voici que je vais mettre un fil à plomb au milieu de mon peuple d'Israël.
Maître Installateur tend son bras droit horizontalement devant lui comme s'il tenait de sa main droite, entre le pouce et l’index, la cordelette d'un fil à plomb. Le Vénérable Maître Installé l’imite.

Désormais, je ne lui pardonnerai plus sa faute. »
Le Maître Installateur poursuit :
Maître Installateur:
Vénérable Maître, veuillez maintenant investir votre « Passé Maître Immédiat ». Appellation à adapter selon le Rite pratiqué dans la Loge ; "Ancien Vénérable Maître" au REAA, "Ex Maître" au RER et "Précédent Vénérable " au Rite Français.
V.M. se lève, en tenant le sautoir de PMI, et s'adressant au PMI placé à sa gauche :
Vénérable Frère, c'est avec plaisir que je vous revêts des insignes de « Passé Maître Immédiat » à adapter selon le Rite de la Loge. Il lui passe le sautoir de PMI. Jugeant de la façon dont vous avez rempli votre charge, je suis certain que si, à quelque moment, j'avais besoin d'aide, je pourrais compter sur votre coopération.

Maître Installateur :
Mes Frères, nous allons saluer notre Vénérable F. nouvellement installé par cinq, en Maîtres Installés, en vous réglant sur moi.
Maître Installateur invite les VF. à former un arc de cercle devant la chaire du VM pour le saluer par cinq par le Grand Signe ou Signe royal. Ce Signe se fait en élevant latéralement les bras tendus au-dessus de la tête jusqu'à ce que les doigts des deux mains se touchent, puts dans le mouvement inverse, ramener les bras le long du corps. Ce salut se donne sans claquement de mains sur les cuisses.
Maître Installateur demande alors au VM de donner un coup de maillet.
VM : *.
Maître Installateur:
Je déclare ce Conseil de Maîtres Installés clos.
VM : *.
1er S. Inst. : *.
2nd. S. Inst. : *.

Le Maître Installateur peut alors demander au nouveau Vénérable Maître d'interrompre momentanément les travaux, au coup de maillet, afin de recevoir les félicitations de ses pairs.
Lorsqu'il aura reçu les compliments de chacun, le Vénérable Maître reprendra les travaux au grade correspondant à la sortie des Maîtres de la Loge.

 

Source : http://www.stichtingargus.nl/vrijmetselarij/s/venmaitre_r.html

 

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Serments maçonniques : Les « penalties » ou châtiments physiques, éléments du serment maçonnique (extrait)

1 Novembre 2012 , Rédigé par JL T. Publié dans #histoire de la FM

Combien n'ont pas eu de léger sourire intérieur lorsqu'on leur a demandé d'accepter d'avoir la gorge tranchée, les tripes arrachées, le corps dispersé au delà des flots ?

Notre S. C.P. qui a déjà écrit sur ce mur, notamment sur le Lewis ou encore sur les colonnes (record de fréquentation sur ce blog tous titres confondus... yesss pour elle !), nous a gratifée d'une étude pour le moins instructive au sujet des châtiments inscrits dans les anciens serments Emulation. Elle nous propose d'étudier ces "penalties" et de les aborder comme

Un exemple de débat rituélique dans la maçonnerie anglaise

Les serments rituéliques anglais comportent, pour chaque grade des châtiments physiques sévères.

Une anecdote illustre le débat sur les châtiments physiques dans le rituel anglo-saxon : une cérémonie d'initiation se déroule, le candidat, bouddhiste, ayant satisfait à toutes les conditions et procédures; tout se passe normalement, jusqu'au moment où il lui est demandé de prêter serment. Il écoute attentivement, se fait répéter le texte, et en particulier celui lié aux châtiments physiques du parjure, puis se lève et quitte le temple, laissant les membres de l'assistance stupéfaits.

La place, le rôle des châtiments physiques ou pénalties ont suscité un débat de fond véritablement passionné au sein de la GLU d'A depuis les années 1960, débat repris au milieu des années 80 dans le contexte particulier d'une forte vague d'anti-maçonnisme.

En 1984, paraît l'ouvrage de Stephen Knight, intitulé «The Brotherhood », « la fraternité ».

Pour l'anecdote, Stephen Knight est par ailleurs l'auteur de « From Hell » dans lequel il met en exergue un lien entre la franc-maçonnerie, la famille royale et Jack l'éventreur, Malheureusement pour la Grande Loge Unie d'Angleterre « The Brotherhood » devint un best-seller national.. Cet ouvrage a déclenché une vague de fond d'antimaçonnisme en Angleterre. Il y reprend de nombreuses antiennes bien connus des continentaux sur le complot maçonnique, allant parfois jusqu'à rafraichir de très vieilles théories4. Il axe ses réflexions sur les conséquences néfastes du secret d'appartenance en le répercutant sur certains scandales politico-financiers dans lesquels ont été mêlés des FM ou supposés tels - ceux-ci ayant bien entendu pu bénéficier de protections, passe-droits divers en raison de cette appartenance. Il insiste beaucoup sur la place de la FM dans la police londonienne5. Ces attaques ne sont pas demeurées localisées, mais le scandale a pris de l'ampleur et s'est répercuté dans les institutions politiques locales relayé par certaines branches du parti travailliste et par certains groupes religieux.

Cette situation peut prêter à sourire pour des FM français, habitués depuis bien longtemps à constituer l'un des marronniers de printemps ou d'automne et à faire face par le mépris ou le silence aux attaques politico-religieuses et aux débordements imaginatifs de l'anti-maçonnisme.

Mais tel n'est pas le positionnement de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Celle-ci s'est toujours beaucoup manifestée en public : processions de francs-maçons en décors pour un événement local particulier, participation des francs-maçons aux cérémonies de pose de pierres de fondation, pour des bâtiments publics ou des lieux de culte …. .

Le Craft, ou métier, appellation de la franc-maçonnerie, a longtemps constitué l'un des piliers de la société anglaise, pilier social et moral au service de la grandeur de Britannia avec dans l'ordre hiérarchique croissant, l'Eglise d'Angleterre et la Royauté. Pour comprendre cette trinité, il suffit de se rappeler que si la Reine est chef de l'Eglise Anglicane, de nombreux rois ont été grand maître (par exemple son propre père, George VI qui cumulait donc les deux fonctions). Celle-ci est occupée aujourd’hui par le duc Edward de Kent, son cousin, Grand Maître de la Grande Loge Unie d'Angleterre, par ailleurs Premier Grand Principal de l’Arche Royale et c'est un autre membre de la famille royale, Michaël de Kent (frère du précédent) qui est Grand Maître de la Grande Loge de Marque.

Ainsi, toute atteinte à la franc-maçonnerie s'avère dangereuse pour l'institution royale elle-même.

C'est dans ce contexte qu'a resurgi le débat sur les châtiments physiques ou pénalties contenues dans les obligations de chaque grade du Craft.

En 1963-64, déjà, une conférence proposée aux AQC intitulée « les pénalités maçonniques » met en exergue un malaise latent sur cette question ( quelle place, quel sens donner à ces pénalties ? Comment les justifier dans un monde moderne et ouvert ? Comment peut-on les prêter sur le VLS) et abouti au vote d'une modification du rituel du serment en replaçant les mots « sous peine d'avoir » par « de conserver constamment à l'esprit l'ancienne pénalité ». Mais déjà la proposition initiale était de transférer les pénalités du serment vers une autre partie de la cérémonie. Il est à noter qu'aucun des participants éminents et des référents du débat n'a envisagé une suppression pure et simple, le rôle des pénalités étant par trop lié à la signification symbolique du signe pénal.

Le débat va donc resurgir au milieu des années 1980.

Les modifications antérieurement apportées vont apparaître insuffisantes face à l'explosion anti-maçonniques et permettre aux tenants de modifications plus poussées de rouvrir le débat. Il est vrai que parmi ces maçons favorables à de plus amples modifications se trouvaient le GM, duc de Kent, ce dernier ayant fait savoir que la présence des pénalités dans le serment constituait pour lui un « bourdon dans le chapeau ».

Le 11 juin 1986, la Grande Loge Unie d'Angleterre a voté la motion de modification du rituel, les pénalités étant ôtées du serment pour être reportées à une autre partie du rituel et devenir ainsi strictement symboliques et allégoriques.

En 1964 comme en 1986, les arguments pour ou contre les modifications étaient les mêmes.

Dans un schéma synthétique :

·         Arguments contre la suppression des pénalties du serment : les pénalités sont parties inhérente à la tradition maçonnique et au rituel et modifier le rituel c'est porter atteinte aux landmarks, c'est-à-dire aux principes fondamentaux et fondateurs du Craft, lignes fortes auxquelles nul ne doit déroger. Je précise que cette référence à la tradition est cruciale dans un pays monarchique et s'étend à la nécessaire stabilité des institutions sociales.

Si la maçonnerie cède sur ce point aux pressions des médias, alors il lui faudra céder sur d'autres points, encore et encore.

Nul ne peut imaginer dans un pays comme le Royaume Uni que ces châtiments puissent être exécutés.

Le serment perdra beaucoup de sa force d'impact si les pénalités en sont supprimées.

·         Arguments pour la suppression des pénalties du serment : les pénalités ne font pas partie des landmarks, ces bornes frontières chargées de définir les principes fondateurs du Craft, le texte des obligations n'a pas été adopté avant 1816 soit trois ans après l'Acte d'Union.

La brutalité des pénalités, a pu rebuter des candidats à l'initiation et lors de la prestation du serment sur le Volume de la Loi Sacrée, heurter certains candidats dans leurs convictions religieuses en apparaissant contraires à celles-ci. Or le Craft n'implique « rien de contraire aux devoirs civils, moraux ou religieux ».

Les pénalités sont allégoriques, et doivent figurer parmi les autres explications symboliques de la cérémonie.

Comment exiger d'un candidat qu'il prête son serment sans faux-fuyant, équivoque ou restriction mentale d'aucune sorte s'il doit dès cet instant dissocier les pénalités de l'ensemble de ce serment.?

Tous s'accordaient pour considérer que le véritable châtiment du parjure est la perte de l'honneur et de la bonne renommée telle que figurée dans le texte du serment . La sanction est alors de perdre le bonne renommée qui a permis l’admission dans la confraternité de la loge.

Les arguments utilisés faisaient surtout référence à un débat entre le rapport à la tradition , l'adaptation à la société, les conditions légales rendant éventuellement possible un tel changement, mais nettement moins de références à la signification historique ou symbolique de ces violentes pénalités physiques, comme si ce point importait peu au débat ou tout au moins importait nettement moins que la question de la place et de la valeur du serment et du rapport à la permanence de la tradition maçonnique. Appartenait-il à des francs-maçons de modifier un élément du rituel qui leur était parvenu intact?

A l'étude, il apparaît que les pénalités physiques ont été importées des lois en vigueur à l'époque médiévale, dans l’hypothèse du crime de haute trahison. La formule était « hung, drawn and quartered ». Le condamné était traîné derrière un cheval jusqu’au lieu de l’exécution, puis pendu sans que mort s’en suive, puis éventré et éviscéré (les organes / membres brûlés devant les yeux de la victime) et enfin équarri (démembré puis décapité). Les deux dernières étapes pouvaient être interverties. Il était d’usage que les restes soient exposés dans différents lieux ou différentes villes.

Par exemple, l’écossais Dafydd ab Gruffyd fut le premier noble à être ainsi exécuté après avoir trahi le Roi Edward 1er et s’être autoproclamé prince de Galles.

De même , William Wallace , plus connu sous le nom de Bravehearth connu un sort équivalent. Ses restes furent exposés dans quatre villes différentes. Guy Fawkes et ses complices furent aussi suppliciés selon cette règle.

Dans la marine, des peines équivalentes existaient, ainsi, une ordonnance en 1451 prévenait que dans l'hypothèse où était brisé un secret du Conseil du Roi alors le coupable serait maintenu à la limite des basses eaux, pour trois fois, et les mains et pieds liés, la gorge tranchée, la langue arrachée et le corps jeté à la mer.

Il ne s'agissait donc pas seulement prévenir, puis de punir en infligeant une souffrance à la mesure du crime commis et donc à la mesure de la menace de désordre sur l’ordonnancement social, mais il s’agissait bien de s'assurer qu'aucune sépulture chrétienne ne serait donnée au parjure et au traitre. Chassé de la communauté des vivants, chassé de la communauté des morts, chassé de la communauté des ressuscités.

Ces châtiments corporels correspondent à ceux incorporés dans les serments maçonniques. C'est Harry Carr qui a synthétisé l'analyse historique du rapport entre ces pénalités et la FM:

·         aux époques les plus anciennes, l'obligation était le thème central de l'admission dans le Métier, et les manuscrits de Olds Charges le confirment,

·         aux époques les plus anciennes, les obligations du Craft ressemblent fortement aux serments des guildes, c’est-à-dire qu'elles se constituaient d'un serment au Roi, au maitre et aux compagnons et aux lois du Métier ,

·         les formes les plus anciennes des obligations ne contiennent pas les pénalités. Le candidat jure « by my holidome », expression qui signifie « par ce que je tiens pour sacré »

·         à une date ultérieure, même lorsqu'il y a transmission de secrets, l'obligation ne contenait pas de pénalités,

·         le document maçonnique le plus ancien qui fasse référence à des pénalités physiques est le « Edinburgh Register House MS », daté de 1696. Les pénalités ne sont pas contenues dans l'obligation, mais étaient semble-t-il communiquées ultérieurement. A cette époque, n'étaient connus ou pratiqués que 2 degrés, et apparemment, l'apprenti entré reprenait son serment précédent lorsqu'il était fait compagnon,

·         Au 18ème siècle si l'on trouve couramment plusieurs formes de serment et de pénalités, celles-ci ne sont pas incorporées dans la plupart des obligations mais sont communiquées à un autre moment,

·         Les modalités des pénalités ne sont pas statiques mais ont évolué au début du 18ème siècle.,

·         lorsque la divulgation de Pritchard, Masonry dissected, a été publiée, en 1730, une série de pénalités physiques est déjà bien connue et implantée, mais elles sont incorporées, comme dans cette divulgation, dans le serment de l'apprenti,

·         l'allocation de pénalités spécifiques pour chaque degré constitue un développement ultérieur.

Il en ressort que les pénalties ne constituent pas des landmarks, ces fondements qui, pour un maçon anglais, ne doivent jamais être transgressés. Elles n'ont pas toujours figurée dans le texte des serments.

Les châtiments corporels n'ont pas leur place dans les Old Charges des maçons opératifs anglais.

Les plus anciennes mentions maçonniques des pénalités se trouvent dans les manuscrits écossais qui pratiquaient la maçonnerie (spéculative) du mot de maçon (Sloane, 1700; Dumfries 1710), mais pas dans les manuscrits anglais qui ne faisait pas référence à de telles pratiques.

Par contre, à partir de 1720, suite à l'importation de pratiques opératives écossaises chez les anglais spéculatifs, différentes divulgations vont mentionner les châtiments physiques.

Revenons maintenant à l'époque contemporaine : le débat sur les pénalités corporelles s'est clos pour la Grande Loge Unie d’Angleterre en juin 1986.

Mais une fois le calme revenu, il est vite apparu que ce dernier n'était qu'une impression de surface, les courants continuant d'agiter en profondeur des réflexions relative à la force du serment : quelle place pour l'engagement, pour l'obligation formalisée dans le serment ? Quelle garantie (inforcement) inclure pour s'assurer du respect de la valeur de l'obligation prise ?

Le serment constitue l'un des éléments forts de la cérémonie de réception par lequel le passage d'un état à un autre est marqué. L'obligation est constituée :

·         de la réalisation d'une affirmation formelle, ou de la déclaration d'une vérité ou de la promesse de remplir un engagement ;

·         en appelant comme référent / garant / témoin une entité ou un objet sacré

·         le manquement de l'observance entraînant des sanctions.

La formalisation de l'engagement sous la forme d'un serment donne à celui-ci la nature d'un engagement de l'individu dans sa référence au sacré, au transcendant, engageant celui-ci dans le monde des vivants comme dans le monde des morts, parce qu'il est prêté sur le VLS. Il engage totalement celui qui le prend et la force d'impact global donne toute sa puissance à une démarche maçonnique initiatique, quelque soit le cadre dans lequel elle s'exerce.

Le serment maçonnique contient donc un lien avec le numineux, sinon, il ne serait qu'une déclaration. L'ancienne expression « by my holidome » soit « par ce que je tiens pour sacré » évoquée précédemment, prend ici tout son sens. Toute réflexion sur le serment amène à considérer l'importance de la nécessité d'assurer la pleine opposabilité du serment et donc sa permanence et sa force de contrainte sur l'individu et son mental.

L'un des éléments symboliques cruciaux se retrouve dans l'idée que le serment se doit d'être durable comme la pierre, ce qui prend une signification particulière dans une culture dans laquelle certaines pierres jouent un rôle de garant, de manifestation du sacré en lien direct avec le numineux.

Nombreuses sont les cultures qui créent un espace, statue ou pierre dans laquelle s'incarne le dieu, d'où se manifeste l'énergie divine, et la pierre devient ce vers quoi l'on s'incline et la source de la Parole reliant tel un câble, une ligature, l'homme et son obligation.

Un bon exemple du rôle de la pierre garante du serment est constituée par le sacre, au Royaume uni même, des souverains sur la Pierre du Destin qui fait d'eux les rois d'Écosse et d'Angleterre.

Par ailleurs, le serment et les pénalités ont jouées un rôle important dans l'histoire des relations de la FM et de l'Église. Lorsque la FM s'est implantée en France, nombre de serments contenaient manifestement des pénalités physiques et certaines autorités s'étant émues de la violence contenues dans ce texte.

Combien devait être grand, et menaçant pour les pouvoirs en place, le secret révélé pour que sa divulgation soit protégée par de tels châtiments.

Les pénalités constituent une parfaite illustration de la perte de sens de certains éléments maçonniques lorsqu'ils ont quitté le Royaume Uni pour le continent et aussi une illustration des réinterprétations et acculturations continentales qui se sont alors opérées. Et les relations entre l'Église et la FM continentale constitue bien l'une des illustrations de ce décalage culturel où le passé et le présent fusionnent encore aujourd'hui.

S'il n'est pas le lieu et le temps d'analyser précisément l'histoire des relations entre l'Église et la FM, par contre, l'analyse de la place du serment apporte un éclairage sur ce point. Comme il a été dit précédemment, le serment créé une obligation et donc un lien de droit objet d'une sanction qui en assure l’opposabilité et la force.

Quittons ici le seul serment maçonnique stricto sensu pour nous intéresser au contexte des années 1720-1730 en Angleterre et en particulier la pensée de Désaguliers formalisée notamment dans les premiers articles des Consitutions d'Anderson.

L'une des théories explicatives des relations entre l'Église et la FM énonce que, la FM de Désaguliers, et donc post 1723, a établi une théorie juridique marquant une émancipation du droit naturel par rapport à la théologie mais aussi à la doctrine théocratique .

Pour Pierre Boutin, « le projet {de Désaguliers} visait à instaurer la souveraineté de la confraternité. (…) les (..) maçons entendaient fonder l'idée de l'exclusion des affaires de la religion du lieu de la construction juridique d'un individu libre-déterminé, créateur et sujet de droit , un individu apte à trouver sa dignité dans l'administration des affaires terrestres ».

Le serment et ses pénalités rattachent le FM à ce mouvement de création d’un monde de droit séparé.

La question posée devient donc celle de l’origine de la Parole fondatrice, fondatrice du bien et du mal, fondatrice de symboliques d’actes et de signes d’autorité transmis en son nom.

Désaguliers était presbytérien et entendait instituer un système de droit dans une société secrète, droit applicable à ses membres, éventuellement sanctionné par une justice intérieure, société elle-même inclue de la société globale. Les pénalités peuvent alors être identiques à celle de la punition du crime de lèse-majesté, la prééminence d’un système de droit sur l’autre étant en cause pour ses affaires internes et ce malgré l’affirmation du respect des règles de l'État par le franc-maçon.

Cette théorie de la séparation est très vertement combattue par Patrick Négrier. De plus, il est certain que se retrouve ici ce décalage culturel anachronique évoqué précédemment, les maçons anglais n’ayant pas plus aujourd’hui la même perception des rapports entre foi institutionnelle; franc-maçonnerie, droit interne, droit séculier, serment d’obligation.

Mais pour la part qui nous occupe, soit ici la force de l'inclusion des pénalités dans le serment, il importe peu de rentrer dans le fond de ce débat.

Il est bien plus crucial de garder à l'esprit que Pierre Boutin est français et a donc une vision continentale d’une pensée anglo-saxonne ; c’est un théologien, diplômé en droit canonique et qui se place du point de vue du droit canon de l'Église catholique romaine.

A ce titre, il fournit les éléments constitutifs de la pensée catholique notamment contemporaine sur la FM avec en filigrane le rôle historique joué par un serment contenant des châtiments physiques sévères, créateur pour ses détracteurs d’un univers de droit séparé, certains diraient d’un monde parallèle soumis à une autre parole fondatrice autre que celle de l'Église et du média de ses clercs.

Aujourd'hui, nous pratiquons un rite anglo-saxon profondément imprégné de sa culture fondatrice. Le risque est grand pour nous franc-maçons continentaux de ne pas le comprendre vraiment en nous montrant incapable de franchir le Channel culturel. Les châtiments physiques constituent un excellent sujet pour comprendre les écrits, la lettre et l'esprit de ce rituel pour éviter le piège de l'extrapolation continentale par une interprétation fondée sur une incompréhension culturelle. Le piège est tout aussi grand de la simple reproduction littérale sans compréhension. Intégrer le fonds culturel constitue donc la première étape d'une synthèse visant à s'en libérer, je ne suis pas un FM anglais, pour mieux pratiquer la synthèse qui nous est personnelle. Moi ? Je suis post-moderne, et donc schizophrène …. comme eux, même si certains préfèrent l’ignorer.

Source : http://truthlurker.over-blog.com

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La Géométrie

1 Novembre 2012 , Rédigé par A.Z Publié dans #Planches

INTRODUCTION 

 Je me suis proposé pour présenter ce balustre sur la géométrie, car étant moi même Géomètre Expert de formation, j’étais comme le disent les Anglais : the right man in the right place. 

Définir ce qu'est la Géométrie, c'est pour Kant, "la science de toutes les espèces d'espace"

Je dirais que pour moi, la géométrie est l'art de raisonner juste sur des figures simples.

S'il faut poursuivre la démonstration, je cite la géométrie analytique qui par  l'algèbre et l'arithmétique permet de résoudre des problèmes de  géométrie.

Je passerai rapidement sur la géométrie dans l'espace, qui est plus abstraite  et fait raisonner sur trois directions, ainsi que sur son corollaire la trigonométrie sphérique, qui m'a arraché quelques soupirs de désespoir quand j'étais étudiant.

Pour commencer je cite cette phrase de Pascal : Il faut que je donne une méthode encore plus éminente et plus accomplie, mais où les hommes ne sauraient jamais arriver, car ce qui passe par la Géométrie nous surpasse.

Je rappelle également cette phrase d'Aristocles, plus connu son nom de Platon, Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre.

Ce philosophe grec, après une vie de voyages et d'études, fonde dans un lieu appelé ACADEMIOS, une école sur le portique d'entrée de laquelle il fit  graver ces mots:

"médéis agéométrétos eisito"( que nul …) 

ORIGINES ANTIQUES DE LA GEOMETRIE 

La plupart des  progrès réalisés en Grèce au 4ème Siècle avant n.e l'a été par des hommes ayant étudiés dans cette Académie.

Parmi les sciences qui y étaient enseignées, on note en premier lieu: les mathématiques, qui incluaient l'arithmétique et la géométrie, puis la musique, la loi, que nous nommons aujourd'hui  le droit, et enfin la philosophie.

Pour beaucoup d'entre-nous, la géométrie est une branche des mathématiques. Généralement on nous l'enseigne comme un système d'axiomes par lesquels certains rapports entre des formes, comme des cercles et des triangles, peuvent être démontrés. Enseignée ainsi, la géométrie semble dénuée de la nature spirituelle que nous associons avec le sacré et que nous retrouvons dans les cathédrales par exemple.

Les savants grecs nommaient alors l’Univers l’Ordre des Choses, ce que nous pouvons comprendre comme étant d'une origine religieuse inventée par Dieu et non par les hommes.

Dans "Georgias", Platon rappelait que l’égalité régnait en géométrie.

Je cite:

Les savants, Calliclès, affirment que le ciel et la Terre, les dieux et les hommes sont liés ensemble par l'amitié, le respect de l'ordre, la modération et la justice et pour cette raison ils appellent l'Univers l'ordre des choses, camarade.

Non le désordre ni le dérèglement.

Tu n'y fais pas attention malgré toute ta science et tu oublies que l'égalité géométrique règne, toute-puissante parmi les dieux comme parmi les hommes. Tu penses qu'il faut s'efforcer de l'emporter sur tous les autres : parce que tu négliges la géométrie. 

Qui pour Platon ne pouvait qu'être une science du bien. Rappelons que Calliclès était un citoyen athénien influent qui prônait qu'il ne fallait pas limiter ses désirs, même si pour cela on créait une injustice.

De par cette citation, voyons justement ce que nous devons à ces savants de l'Antiquité.

En moins de quatre siècles, de Thalès de Milet à Euclide d'Alexandrie, les penseurs grecs ont  construit un Empire dont la grandeur perdure jusqu'à nous. Ils nous amènent encore, à plus de deux millénaires de distance, à travailler selon les mêmes gestes qu'eux. Cette réussite s'appelle les mathématiques et la géométrie.

Toute l'aventure commença, par ce qui allait précéder la géométrie, c'est à dire l'astronomie. Comment observait-on dans l'Antiquité ?

L'aiguille du cadran solaire ou gnomon projette des ombres sur le sol. La lumière venue d'en haut projette sur la terre un dessin dont l'allure imite et représente les formes de l'Univers, par l'intermédiaire de la pointe du bâton. 

Remonter des ombres à la lumière et des images projetées à leur modèle, voilà les leçons communes à l'astronomie grecque et à la théorie platonicienne de la connaissance. Que l'outil qui permet cette opération soit un simple bâton, voilà qui nous aide à  devenir humbles.

Et de nous poser la question: Quand un scientifique découvre une nouvelle théorie ou une nouvelle équation, que s'est il passé ?

Est-ce l'humain qui est venu à la découverte en allant vers l'inconnu, ou est ce la découverte qui vient vers l'humain ?

Parvenu au pied des pyramides, Thalès démontre la similitude des triangles formés, le premier par Chéops et son ombre, le second par un piquet planté là. Les angles sont égaux et les côtés proportionnels. Il définit ainsi l'homothétie.

Voici donc que se dévoile la grande énigme de l'origine de la géométrie qui prend sa source dans les astres et se révele par un piquet planté verticalement.

La géométrie porte le nom de sa mère, la Terre, sur laquelle ce qui tombe du ciel se mesure. Jalonnée à l'aide du gnomon, elle demeure comme un fondement, comme une fondation creusée sous la science, d'où monte le savoir. 

Voici la verticale du fil à plomb qui signifie intelligence. Mais la perpendiculaire aussi. Elle pend comme le cordeau du maçon et pèse le poids de son plomb, mais elle pense. Le verbe penser ne connaît pas d'autre origine que peser, pendre ou pente. 

Que notre langue nous ramène pour la connaissance à des images aussi simples que le fil à plomb indique seulement que le problème de la pensée date d'une époque récente. L'intelligence artificielle est plus ancienne que l'intelligence tout court, elle-même se réduisant à une possibilité de faire. Le je pense donc je suis a trois cents ans alors que le gnomon dit qu'il connaît depuis plus de trois millénaires. 

De même que la perpendiculaire, le compas et la règle permettent de construire. Ils contiennent ou impliquent une infinité de droites, cercles, points, angles droits, parallèles et figures possibles. Ils constituent vraiment la mémoire dans laquelle ils s'enveloppent et d'où l'on peut à loisir les extraire. Ils constituent les matériaux de base de la logique.

Le trait sans dimension autre que la sienne propre, s'extrait de la règle, se tire en tous sens, permettant ainsi à l'homme de développer une pensée concrète et réfléchie lui permettant à son tour, de se construire.

Survolons maintenant une autre idée géométrique que vous connaissez peut être: le Paradoxe de Zénon d'Elée. 

Parti d'un point pour accéder à un autre, le voyageur ou le mobile doit passer d'abord par le milieu du segment qui les sépare, ensuite par le milieu du segment qui reste, et ainsi infiniment.

Donc il n'arrive jamais au but.

Le monde mesurable, par approximation et même exactitude, avoisine immédiatement un autre monde infiniment lointain, sans dimension puisque la mesure s'épuise à l'atteindre.

Ce paradoxe a été longuement étudié par Pascal dans son texte : De l'Esprit Géométrique. 

LES  ARTS  LIBERAUX 

De la philosophie de Platon qui disait : Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre, nous pouvons retenir que la Connaissance est possible par les idées, les images et les formes, qui du chaos des sensations dégagent et modèlent la pensée ordonnée.

Nous apprenons à penser en groupant les choses, en les répartissant en classes d'après leurs analogies. Nous faisons ainsi appel à la réflexion intuitive qui pour moi est ici différente du raisonnement purement mathématique. Les mathématiques pures obligent à une rigueur d'interprétation, alors que la géométrie permet une souplesse d'esprit. Celle-ci par son application, a expliqué l'art de découvrir les vérités inconnues. C'est ce qu'elle appelle l'analyse.

La géométrie semble alors une philosophie qui se rapproche de  notre symbolisme et des buts des symboles. Pour compléter mon propos, je citerais H. Poincaré :" La Logique sert à prouver, l'intuition sert à créer."

La Géométrie, par la clarté d'esprit qu'elle préconise, par les trois points de son raisonnement, à savoir: hypothèse, démonstration et conclusion, par 1'Art du Trait qu'elle exerce, ne pouvait de ce fait, qu'être un des Arts majeurs de la F:. M:.

Je ne peux parler de géométrie sans faire appel aux Arts Libéraux. 

Ils trouvent leur origine dans le monde antique. Ils furent codifiés en tant que tel et devinrent la structure usuelle de la connaissance médiévale.

 Il semble possible que le terme libéral d'arts libéraux, signifie que la connaissance était le domaine des hommes libres (liber en latin signifiant libre). L'église conserva l'idée que les Arts Libéraux étaient les différentes étapes d'une hiérarchie du savoir. C'est la théologie qui prenait désormais la première place, et une orientation chrétienne était donnée à la connaissance. Le Trivium étant maintenant utilisé pour comprendre les Ecritures. Les mathématiques, donc le Quadrivium, devenant alors le moyen de comprendre comment Dieu avait organisé le monde.  

Evoqués au 2ème puis au 30ème degré sur l'Echelle Mystérieuse, les Arts Libéraux constituent la structure profonde de la maçonnerie.

La description de la loge qui s’étend de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir, nous convie à une vision unitaire et globale. Cette vision n’ignore pas les détails mais ne leur accorde que leur véritable place, ce qui doit nous conduire à une nouvelle échelle des valeurs.

Le Larousse de 1875 définit le quadrivium comme suit: 

Quadrivium: Division des arts libéraux qui contenait les quatre arts mathématiques, savoir : l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie.  

Ainsi l’arithmétique, science du nombre, et la géométrie, harmonie de l’espace, nous donnent une vision de la structure du monde. Cette vision est complétée par l’astronomie auquel est ajoutée la musique.

Les  Arts Libéraux  nous permettrons ainsi de savoir que la vie maçonnique, quand elle est poursuivie dans l’amour et l’effort, confère au maçon un équilibre majeur. (Antonio Coen) 

Le mot GEOMETRIE se trouve dans les "Olds Charges", textes anciens de la F:. M:. Opérative. Le plus ancien que nous connaissons date de 1390.

Il y est écrit, je cite: (voir annexe 2) 

La géométrie qui enseigne à l'Homme à mesurer  la Terre et toutes les autres choses, laquelle science est appelée Maçonnerie. 

Et  enfin, dans ce même texte ancien, il est dit:

Remarquez je vous prie, que toutes les sciences sont contenues dans la Géométrie, parce qu'elle enseigne à répartir et à mesurer la pondération dans et sur la totalité de la Terre que vous avez à connaître. Et ni la grammaire, ni la logique, ni aucune des sciences, ne peut subsister sans la Géométrie.

On ne peut être plus clair!

Dans le document PRICHARD, de 1730, intitulé  La Maçonnerie étudiée en détail, il est dit:

Les arts libéraux sont le fondement de l'organisation originelle de la maçonnerie et plus particulièrement le cinquième, la Géométrie. C'est à la construction de la tour de Babel que l'art et le métier de la maçonnerie furent établis pour la première fois. De là, ils furent transmis par Euclide, excellent et admirable mathématicien d'Égypte, qui les communiqua à Hiram le maître maçon engagé à la construction du Temple de Salomon à Jérusalem.  

Pour en terminer avec les citations, je voudrais vous lire, tiré du Régius, un petit poème anonyme dont l'auteur ne nous est pas connu, comme l'aurait dit ce brave M. de La Palisse 

Bien des années plus tard, le bon clerc Euclide
Enseigna le métier de géométrie partout autour,
Par la haute grâce du Christ au ciel,
Il fonda les sept sciences :

Grammaire est la première, je le sais,
Dialectique la seconde, je m'en félicite,
Rhétorique la troisième sans conteste,
Musique la quatrième, je vous le dis,
Astronomie est la cinquième, par ma barbe,
Arithmétique la sixième, sans aucun doute,
Géométrie la septième, clôt la liste,
Car elle est humble et courtoise,
 

Pour les anciens Maçons opératifs, c'est le système fondamental à partir duquel s'effectuent toutes les démarches intellectuelles, morales et spirituelles. C'est une démarche que l'on peut qualifier de révolutionnaire.

En effet, au Moyen Age, l'enseignement était à sens unique. Aristote dixit "Le Maître Aristote a parlé" et ce qui était dit l'était sans contradiction possible. Le bon élève était celui qui admettait sans critiques l'enseignement du maître, sans se poser de questions, avec confiance.

Seuls quelques uns s'élevaient contre cette attitude et le 12ème siècle a été témoin du développement de l’esprit critique, d’où une réaction de l’Eglise qui est devenue une puissance politique et matérielle et qui s'oppose à cette remise en cause des dogmes religieux. 

Citons Abélard dont les amours avec Eloïse lui valurent quelques déboires (qui par amour eu cette essoine, chante F. Villon), déboires qui de nos jours lui auraient permis de faire partie de la chorale des petits Chanteurs à la Croix de Bois.

Certains ont pu se poser la question de savoir si la science géométrique des batisseurs du M.A ne cachait pas quelques secrets inavouables. Ce ne sont à mon avis que des hypothèses basées sur la non compréhension du symbolisme ésotérique des figures géométriques. Je vous renvoie à l'excellent article sur les Tracés Régulateurs, paru dans le supplément d'Ordo ab Chao n° 54.

D'ailleurs, comment faudrait-il comprendre cette géométrie secrète?

Comme un monopole réservé aux hommes du métier ou comme une dimension ésotérique de la Géométrie?

L'importance accordée à la Géométrie par la F:. M:. donne également l'indice de l'existance à l'époque opérative, d'un ésotérisme fondé en grande partie sur le 5ème Art Libéral.

Remarquons que chez les C:. tailleurs de pierre, leurs tracés s'effectuent sur deux modes, le Triangulum, à base hexagonale (à rapprocher du Trivium) et le Quadratum, à base octogonale (à rapprocher du Quadrivium).

Nous connaissons les écrits anciens concernant la géométrie. En premier lieu les Carnets  de Villard de Honnecourt, basés en partie sur le Quadratum, mais également le Livret de rectitude des pinacles, de Mathias Roriczer- 1486-, Maître architecte de la cathédrale de Cologne.

De même Albretch Dürer dans ses Instructions pour la mesure à la règle et au compas. 

N'oublions pas aussi le fait que nous sommes dans un Aréopage et que lors de l'élévation au 30ème degré le futur chevalier Kadosh se trouve devant une Echelle Mystérieuse.

Il s’agit d’une échelle double reposant sur le sol, stable et autonome. Sa forme est celle d'un triangle. Comme toute échelle elle se distingue de la verticalité du fil à plomb, elle offre une voie oblique, accessible et progressive.

Le sommet atteint, que faire, sinon appliquer cette sagesse, cette justice, cette intelligence, cette compréhension dont nous sommes peut-être un peu mieux pourvus ? Sinon par un travail externe, redonner ce que l’amour et le travail sur nous même ont permis d’approcher.

Lors de la descente de cette échelle, côté du Midi, la Géométrie est le cinquième échelon. Cet échelon à son correspondant du côté septentrion. C'est Motek, la douceur.

La force n'a de valeur que si elle est sûre d'elle afin de s'exprimer d'une façon tranquille. Vient alors le temps de la douceur, qui n'est autre que la force tranquille qui convainc et s'assure une victoire définitive si elle est exercée dans le respect de l'autre. Nous pouvons certainement faire une comparaison entre cette force qui convainc par la douceur c'est-à-dire par la démonstration raisonnée permettant de vaincre les oppositions, et la géométrie qui par sa rigueur graphique et de pensée permet de justifier la justesse du raisonnement. 

Revenons quelques instants sur la silhouette de cette Echelle. Elle forme un triangle indéformable et ceci nous rappele qu'elle symbolise le G A D L U.

Par ses trois points vus precedemment, hypothèse, démonstration et conclusion, c'est une des voies d'accés à la recherche de la Vérité et ses trois sommets sont représentés par les 3 points de la franc maçonnerie. Enfin, par ces 3 points il ne peut passer qu'un plan.

Mais la forme de cette échelle nous rappelle également notre parcours maçonnique fait de constrution et de deconstruction, de montée et de descente. Descente dans les profondeurs de la terre au 1er degré, renaissance au 3ème degré, destruction du Temple au 14ème degré, également ceux du Chapitre, mais la Parole Perdue est retrouvée. Du 19ème au 30ème degré, nous avons une ascension vers le Nec plus Ultra puis une redescente en une fois, par les Arts Libéraux. Dont la Géométrie.

Ces Arts Libéraux, libres suivant leur éthymologie, qui signifient que la mission du C.K.H  est d'amener les Hommes à se libérer de ténèbres. 

LA PENSEE GEOMETRIQUE 

Nous sommes redevables à Platon que l'idée de la recherche intérieure est possible, alors que toute la philosophie du Moyen-Age chrétien peut se résumer dans cette affirmation : la Raison est la part de Dieu dans l'homme et il lui appartient de l'utiliser pour arracher la Création au désordre apparent des choses et ainsi percer les intentions du Créateur. 

Comme tout système trop rigide, une conséquence imprévue du succès des Ecoles fut de fournir les armes à une remise en question.

Saint Bernard, qui l'avait bien pressenti, n'eut de cesse de tonitruer pour que les moines restent enfermés dans les travaux des champs et les oraisons au lieu de risquer le contact avec le monde extérieur. Abélard, au grand scandale de Saint-Bernard, écrit: Mes étudiants avaient besoin d'explications intelligibles plutôt que d'affirmations.

Abélard défend l’idée que Dieu ne s’est pas incarné pour racheter un homme déchu, mais pour éclairer l’homme par sa Parole, pour lui manifester la profondeur de son amour et il affirme que c’est par son libre arbitre que l’homme peut rejoindre Dieu. 

Nous sommes ici en présence du libre arbitre face à la pensée unique, c'est-à-dire du choix après analyse.

Le gros challenge de l'humain aujourd'hui est de sortir de la pensée unique. L'humain doit fonctionner dans la globalité de son potentiel, à la fois logique et spirituel.

La géométrie, par sa démarche intellectuelle, amène à cet esprit d'analyse. Le savoir qui s'en dégage est progressif  et ne peut se faire que par un développement logique de la pensée.

Ce n'est plus la mémoire qui prime, mais l'esprit de synthèse et l'intelligence. L'esprit a pour lui le fait d'être illimité, flexible et surtout intuitif. De ce fait, l'Idée, la pensée, se doit de ne pas être dogmatique mais de rester curieuse et ouverte à l'esprit, au-delà de toute idéologie sectaire.

Citons encore Platon, qui, dans le Timée, parle de la propriété des triangles et de l'aide que leur étude apporte à la capacité de raisonner. Je cite: Nous progresserons conformément à un raisonnement où la vraisemblance s’allie à la nécessité.   

A l'époque ancienne, le Compagnon qui se trouvait dans une ville ou une Loge étrangère, se faisait reconnaître en justifiant sa marque et en l'expliquant par la géométrie et par le symbolisme.

Ainsi commençait à se créer et à se transmettre, une philosophie basée sur la raison, l'intuition,    l'analyse et l'intelligence, et dont le fondement était la géométrie.

L'élève ne subissait plus le cours du maître sans réflexion, mais en appliquant l'esprit de géométrie, il avait la liberté du choix. On comprend mieux alors la phrase de Platon.

On ne peut  entrer dans son Académie si on ne possède pas l'esprit de géométrie, c'est-à-dire si on ne possède pas la liberté de choix, ce qui revient à dire, si on n'a pas de libre arbitre. 

Par cette liberté de choisir qui est une résultante de l'esprit d'analyse, on se trouve au-dessus des passions. On est alors à même de créer son propre Temple intérieur.

C'est dans cet objectif que travaille le Franc-maçon et cet objectif donne un sens à notre vie.

Nous nous attelons à un travail librement choisi qui remet en question les normes habituelles. Nous en concevons de nouvelles, plus achevées et mieux finies.  

Ce travail que nous faisions sur nous même est à l'opposé du travail profane.

Dans le monde actuel, la majorité des travailleurs subissent leur travail comme une corvée. C'est le " métro-boulot-dodo" bien connu, avec pour résultante un refus de l'initiative.

Le "je n'en ai rien à faire, c'est pas mon problème" est malheureusement trop souvent entendu autour de nous. Ce travail-corvée est inconsciemment une résultante des textes bibliques et de la Genèse qui définissent le travail comme une punition  pour la faute commise par Adam et Eve.

Des tabous ont ainsi été créés pour nous maintenir dans un état inférieur. L'idée de péché permet de rabaisser l'Homme tout en le maintenant dans une dépendance d'esprit.

En sens inverse, la démarche du franc-maçon qui se libère de cet état par un travail interne, et extrapole cette liberté par le travail externe, nous aide à réintégrer cette transcendance originelle qui est en nous et que nous devons redécouvrir.   

En loge de Compagnon, nous avons glorifié le Travail. 

En Aréopage nous avons pris conscience que tout ce que nous avions compris dans notre progression maçonnique, devait maintenant se mettre en application par un travail sur l'extérieur de la loge.

Par son travail externe et à l'aide de ses mains et de son cerveau, le F.M accomplit son destin.

L'homme est affamé d'activités au point que, par exemple, les retraités s'imposent de sévères disciplines dans le but de se divertir. Sans doute la vraie paresse est elle plus rare qu'on ne le croit, car nous aimons naturellement vaincre les difficultés et achever nos réalisations.

Chacun de nos efforts est un appel qui aimante l'invisible et fait descendre en nous des forces dont on a besoin. Chaque œuvre compte pour la conquête de la couronne Kether.

La conséquence du travail humain, si ce travail est réalisé en appliquant ce que nous avons appris dans nos Loges, ne peut qu'être immense.

Nous sommes des oeuvriers libres d'étudier et d'exécuter les plans et à chacun de nous est dévolue une petite part dans la puissance de créer de l'ordre vers la Lumière, ou du désordre vers les Ténèbres. Ainsi, plus la volonté qui inspire l'œuvre est dirigée vers le haut, plus proche est la perfection.

Ce qui nous élève ce n'est pas l'objet de notre occupation, mais la manière dont nous l'animons par notre esprit.

Et la conséquence immédiate de son travail est que le franc-maçon se crée lui-même. Ici se trouve la clef  de cette Glorification au Travail amenant au Nec plus Ultra.

Le choix de l'œuvre à accomplir est rarement laissé à l'initiative de l'Homme car elle est dictée par le compte courant que chacun de nous possède au Grand Livre de la vie. Mais développer ceci serait trop long, et cela nous entraînerait sur une étude entre déterminisme et hasard, ou, titre d'une planche que j'ai faite il y a quelques années, déterminisme et karma.

Notons que la Franc-maçonnerie est une science spéculative basée sur l'art opératif. Tous ses symboles et allégories se réfèrent à cette connexion.

Pour définir cette connexion en employant des mots anglais, nous pourrions dire que lorsqu'une Loge écoute le compte rendu du secrétaire ou discute d'une planche, qu'elle est au business, mais que lorsqu'elle initie, ouvre ou ferme les travaux, elle est at work. 

Dans la loge bleue, la lumière du Delta éclaire l'Autel des Serments sur lequel sont posés les trois Grandes Lumières: le Volume de la Loi Sacrée,  l'équerre et le compas.

Dans un Aréopage, seul demeure le Volume de la Loi Sacrée.

Je voudrais revenir quelques instants sur le compas. Etre géomètre c'est savoir utiliser les instruments de mesure et tous les outils qui en découlent et que l'on pourrait qualifier en les regroupant, d'étui mathématique.

Le compas, par la capacité de celui qui l'utilise, peut à partir d'un point fixe tracer des cercles plus ou moins grands. C'est l'esprit qui à partir d'une référence, peut s'élargir vers tous les horizons et voir tous les problèmes tout en se donnant une limite.

Le Franc-maçon doit s'élever dans sa recherche et il peut le faire grâce au compas. En partant de la surface plane qu'il a tracé, sa main et les branches de l'outil forment en tournant un volume conique, première approche de la spirale de notre élévation spirituelle. 

CONCLUSION 

Comme le dirait Pascal, après avoir finement associé l'esprit de finesse à l'esprit de géométrie, il est temps d'arriver à la conclusion. Courte ! Pour faire plaisir à certains FF:.

Ainsi la géométrie fonde la physique parce que le monde est sa condition transcendantale. Elle fonde aussi la technique puisqu'elle est une technique. Mais elle est aussi productrice d'abstraction. De la géométrie d'Euclide sortiront plus tard la Géométrie pure, née de la règle ou du compas, ainsi que des géométries plus abstraites encore.

Avoir une vision géométrique des choses c'est définir des valeurs morales dans une progression harmonique intérieure, réalisant ainsi la résonance dans le microcosme, des lois du macrocosme.

Comprendre l'harmonie du macrocosme, c'est comprendre la relation qu'il y a entre l'Univers, le T:. de l'Homme et l'Homme lui même.

C'est mettre à l'unisson le rythme de l'individu avec celui de l'Univers.

C'est percevoir l'infiniment petit et l'infiniment grand.

Nous devons avoir l'esprit de géométrie pour nous protéger contre les tentations de la facilité et des généralisations. 

Je dirais qu'être Maçon et géomètre selon Platon, c'est se libérer par l'hérésie aux normes imposées et se mettre ainsi à l'abri du dogmatisme.

Je dirais qu'appliquer la géométrie et être géomètre suivant l'esprit de Platon, c'est savoir grignoter l'inconnu.

Ceux qui me connaissent savent que je peins des portraits. Aussi terminerais je ce travail par une citation.

Pour exprimer la Nature, on la représente par le cercle, le cylindre et le cône.

(Pablo Picasso.)

Pas mal pour un peintre cubiste, non !?

J'ai dit  T E C.

Documents  annexes à la suite

Extrait du manuscrit Dumfries (1710) R.L Dumfries Kilwinning n°53

Il y a sept arts libéraux. Le premier est la théologie qui enseigne les vertus du raisonnement, le seconde est la grammaire qui, associée à la rhétorique, enseigne l'éloquence et la manière de parler en termes subtils. Le troisième est la philosophie qui est l'amour de la sagesse, par lequel on concilie les deux termes d'une contradiction et l'on rend juste ce qui est tordu, noir ce qui est blanc, par la règle des contraires, etc. Le quatrième est la musique qui enseigne le chant, à jouer de la harpe et de l'orgue et de toutes sortes de musiques vocales ou instrumentales. Il faut se souvenir que cet art n'a ni milieu ni fin. Le cinquième est la logique qui permet de découvrir la vérité en partant de ce qui est faux, et qui sert de guide au juge et à l'avocat. Le sixième est la géométrie qui enseigne à mesurer les cieux matériels et toutes leurs dimensions terrestres, et tout ce qui y est contenu. Le septième et le dernier des arts est l'astronomie qui enseigne, avec l'astrologie, à connaître la course du soleil, de la lune et des étoiles, qui tous ornent les cieux. Les sept arts sont fondés sur la géométrie par laquelle nous concluons. Cet art a le plus de valeur et il donne aide et assistance aux autres. Il n'existe personne, pratiquant un métier, qui ne travaille au moyen d'une mesure et de toute la géométrie. Elle sert à peser et à mesurer toutes sortes de choses sur terre : en particulier les laboureurs et les cultivateurs [s'en servent] pour le grain et les semences, les vins et les fleurs, les plantes et autres choses. Sans la géométrie, aucun autre art n'aide les hommes à mesurer. Comment cet art a commencé, je vais le narrer.

Avant Noé et le déluge, il y avait un homme nommé Lamech qui avait deux femmes. L'une s'appelait Adah et elle enfanta deux fils : l'aîné s'appelait Jabel, et l'autre Jubal. De l'autre femme, il eut un fils nommé Tubalcaïn et une fille appelée Naamah. Ces enfants découvrirent tous les arts et les métiers du monde. Jabel, l'aîné, découvrit la géométrie. Il gardait des troupeaux de moutons. Ceux-ci eurent des agneaux dans les champs. Pour eux, il bâtit des cabanes de pierre et de bois, comme on le découvre dans le 4° chapitre de la Genèse. Son frère Jubal découvrit l'art de la musique vocale et instrumentale. Le troisième frère découvrit le métier de la forge, du bronze, de l'acier et du fer. Leur soeur découvrit l'art du tissage et du maniement de la quenouille et du fuseau.

Ces enfants eurent conscience que Dieu voulait châtier le monde à cause de son péché, par le feu ou par l'eau. Néanmoins, ils étaient plus intéressés par le bien de leur postérité et préféraient l'art qu'ils avaient découvert plus que leurs propres vies. C'est pourquoi ils gravèrent la science qu'ils avaient découverte sur des colonnes de pierre, pour qu'on les trouve après le déluge. L'une était d'une pierre, appelée marbre et ne pouvait être détruite par le feu, l'autre monument était fait de briques et ne pouvait se dissoudre dans l'eau.

Après le déluge, le grand Hermorien, fils de Coush (Coush était le fils de Cham, second fils de Noé), fut appelé « père de la sagesse », à cause des colonnes qu'il découvrit, après le déluge, et où étaient inscrits les arts. Il les enseigna, lors la construction de la tour de Babel, où il fut appelé Nemrod ou « puissant devant le seigneur ». Nemrod professa le métier de maçonnerie, selon le désir de son cousin, le roi Neneveh. Le dit Nemrod reçut des maçons et les recommanda au seigneur du pays pour qu'ils construisent toutes sortes de bâtiments à la mode à l'époque. Il leur enseigna des signes et des preuves pour qu'ils puissent se reconnaître l'un l'autre du reste des autres hommes.

Annexe 2 -   Extrait des Olds  Charges  (1390)

Celui qui se donnera la peine de chercher et de lire, trouvera dans un vieux livre l'histoire de grands seigneurs et dames qui avaient beaucoup d'enfants.

Ils tinrent conseil par amour pour leurs enfants. Ils étaient fort préoccupés par le sort de leurs descendants après leur mort. Ils envoyèrent alors chercher des clercs instruits pour leur enseigner de bons métiers. C'est ainsi que, grâce à la bonne géométrie, cet honnête métier qu'est la bonne maçonnerie fut constitué et créé, et mis au point par les clercs.

À la demande des seigneurs ils créèrent un art qu'ils nommèrent maçonnerie, en se basant sur le modèle de la géométrie, décidés à en faire le plus honnête des métiers.

Le nom du premier clerc était Euclide et sa renommée s'est répandue au loin. Il ordonna que celui qui était le plus doué devait instruire celui qui l'était moins et que le plus avancé soit appelé maître, afin qu'il soit particulièrement honoré. 

Voilà comment, grâce à la bonne science de la géométrie, naquit le métier de maçonnerie. Source : www.ledifice.net

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Le franc-maçon et le chevalier (extrait)

1 Novembre 2012 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Chevalerie

Les loges maçonniques du XVIIIème siècle dans le secret de leurs travaux ont su marier la tradition opérative et la chevalerie.

La recherche de la lumière semble être à l’origine de l’association des dernières voies initiatiques encore praticables en occident. La franc-maçonnerie est le grand réceptacle traditionnel d’éléments très anciens et hautement symboliques. Elle fut composée dés son ouverture spéculative par de nombreux officiers et chevaliers de noblesse. Ces derniers voulaient redonner corps à une tradition alliant action et spiritualité. Il ne faut donc pas s’étonner qu’au Siècle des Lumières, la loge maçonnique devienne la crypte protégeant le trésor des anciennes initiations.

Trois courants ont présidé à la naissance de la franc-maçonnerie " spéculative " : le courant opératif - celui du métier qui repose sur les connaissances géométriques qui sont la base de l’architecture - le courant religieux ésotérique - avec son contre-versant hermétique qui libère le langage du dogme, et le courant chevaleresque qui engage enfin le maçon spéculatif dans un combat.

Les deux premiers sont bien connus. Le troisième mérite un certain nombre d’éclaircissements pour comprendre son extraordinaire adaptation inspirant la plupart des rituels des différents rites.

Il existe une symbolique et d'une mythologie commune entre chevalerie et maçonnerie. L'idéal chevaleresque est une source profonde du système écossais, et de la coutume écossaise depuis Robert de Bruce et la légende de la pierre de Scone. Cet idéal fonde le pouvoir royal plus que le pape lui-même.

La chevalerie se réclame comme la franc-maçonnerie d’une tradition immémoriale.

Les traces sont anciennes et partent de la tradition primordiale. La caste guerrière est toujours présente dans toutes les civilisations. Elle remplit une fonction indispensable à l’édifice testamentaire et se réfère à l’idéal et à un imaginaire agissant se traduisant dans l’engagement du corps jusqu’au sacrifice. C’est par le sacrifice qu’elle établit un lien supérieur avec le créateur ou le centre ontologique. Dans l’Ancien Testament, Dieu interdit à David de construire le Temple, car il appartient à cette caste guerrière et à trop de sang sur les mains. Les deux Saint-Jean dont se réclame la franc-maçonnerie sont les descendants du roi David au même titre que le Christ. À ce titre les maçons peuvent aussi se réclamer de la caste chevaleresque.

L’esprit chevaleresque connut son plein développement au moyen-âge puis s’ennoblira au point de perdre la couleur du sang et l’idée d’un centre totalisant. Sa présence au plan initiatique sera entretenue dans des cercles fermés tels la" Massénie du Saint-Graal " ou les "Fidèles d'Amour " chers à Dante. La démarche gibeline de restauration du pouvoir impérial face au Pape sera un support puissant qui fit choisir Jérusalem plutôt que Rome dans tous les rituels maçonniques, y compris les rituels catholiques ou Stuardistes. C’est l’esprit du Temple dans sa construction, sa destruction et sa libération qui motivera les deux initiations. La première bâtit le temple la seconde le libère.

La chevalerie en franc-maçonnerie nous vient de la légendaire Écosse, du moins celle que sur le continent, le génie français put imaginer.

La Légende de Saint André évangélisant l’Écosse, l’ordre chevaleresque de Saint André du Chardon ainsi que les tombes
templaro-maçonniques d'Écosse appuyées par la symbolique profonde de la très curieuse chapelle de Rosslyn, bâtie par les Sinclair, rejoignent la légende des templiers réfugiés en Écosse et mystérieux acteurs de la victoire de Bannockburn. De cet ensemble mythique se dégage le sentiment qu’une vérité universelle fut importée en Irlande et en Écosse et que les loges opératives et les chevaliers « acceptés »en furent dépositaires.

Les ordres chevaleresques structurèrent la chevalerie occidentale : celui du Temple, bien sûr, mais aussi celui de Saint-Lazare, des Hospitaliers de Saint Jean, des Chevaliers du Saint-Sépulcre ou des Chevaliers teutoniques. Ils vont ordonner la quête autour de cause et d’actes spécifiques.

Le sens symbolique donne mission à l'Ordre Écossais de créer un authentique Empire spirituel en faisant de ses adeptes de nouveaux Chevaliers de l'Esprit.

Ainsi le chevalier-maçon du XXIème Siècle, ne se considère plus comme gardiens in situe du Temple et de la Terre Sainte. Les défaites subies et la chasse dont ils furent victimes orientent les chevaliers à promouvoir leur temple intérieur, dans l’idée fraternelle de rependre la lumière autour d’eux. Cette notion fut apprise en Orient.

Le mariage de la truelle et de l’épée.

C’est ainsi que nous aurions pu intituler notre recherche. Le mariage de la truelle et de l’épée fut basé à la fois sur une nécessité et sur un consentement mutuel.

La nécessité découle de la source vétérotestamentaire qui indique que pour rebâtir le Temple détruit il faut marier la truelle et l’épée. D’autres facteurs historiques ont créé un rapprochement entre une corporation initiatique et les ordres de chevalerie dès le moyen-âge.

La présence de la chevalerie dans le système maçonnique pose un certain nombre de questions qui sont loin d’être résolues. Cependant, il est possible d’émettre un certain nombre d’hypothèses qui à défaut d’être démenties par la recherche historique ou prouvée par des documents authentiques, alimentent et densifient la mythologie maçonnique qui ne s’en lasse pas.

Notre article fait suite à celui paru dans la RDM2 page 134, et tente d’apporter quelques précisions. On retrouvera certains développements plus adaptés aux grades de chevalerie de la franc-maçonnerie du Rite Ecossais dans sa version primitive en consultant le Maître parfait Ecossais et le Chevalier de saint André aux Editions du Maçon.

La légende, tout autant que l’histoire, fonde l’imaginaire du maçon et du chevalier ouvrant ainsi de véritables et valables perspectives initiatiques pour lesquelles, il faut en convenir, une sèche rationalité ne ferait pas l’affaire. L’initiation maçonnique comme l’initiation chevaleresque nous propulsent au seuil du monde de la connaissance, qui n’est pas inconnu des Francs-Maçons. En effet, la pratique de nos ainés constitue un véritable patrimoine initiatique que nous transmettons d’initié en initié. Ce trésor se niche non pas dans les soubassements de notre conscience, mais bien au contraire dans ce que j’appellerais une supra conscience. Cette supra conscience se situe au fond de notre boîte crânienne et ne demande qu’a être réveillée par l’intuition du cœur.

Assis sur le seuil de la perception d’une totalité, nous sommes pris de vertige face aux profondeurs de l’Être et à l’infini de l’univers. Franchir ce seuil consiste à harmoniser l’être et le tout, autrement dit, faire en sorte que l’homme pentagramme devienne hexagramme. Embrasser en tant qu’homme une totalité qui nous dépasse, tel est le but et l’apport de la chevalerie.

Pour atteindre cet objectif, il faut se réapproprier les états inférieurs de l’être puis progresser au plan initiatique jusqu'à n’être non plus un corps réagissant, ni même un homme « bien pensant » et bien construit, mais un homme « esprit ». Seul l’esprit est capable d’embrasser le Tout.

À ce stade, c’est l’imaginaire qui sert de support de projection mentale pour réaliser ce dessin initiatique. L’imaginaire se nourrit de vécu et d’espoir ; il active le corps pour atteindre un état de délivrance ou de libération de l’esprit. Nous voyons poindre l’idée du sacrifice utile qui deviendrait un passage, que nous trouvons dans la légende d’Hiram comme dans la chevalerie terrestre et céleste.

Nous verrons à quel point l’imaginaire, devenu réalité efficace dans un espace cérébral appelé « imaginal », peut intervenir dans les modalités d’expression d’une pensée devenue foi conceptuelle ou idéal. Se posera le problème du contact entre Dieu et l’homme. Pour le chevalier, le contact se fait « entre Ciel et Terre », dans un monde médian.

Ainsi le penser et l’agir du franc-maçon ou du chevalier, passe par une conception consciente et modélisée par l’initiation. L'initiation est une expérience vécue par le jeu du rituel. Qu’elle soit de métier ou d’armes, l’initiation induit des comportements d’une grande cohérence logique, qui sont fondés sur les intuitions plus que des raisonnements. L’intuition et favorisée par l’acquis ancestral de schémas que les mythes nous relatent. Les mythes sont agissants comme les symboles. Nous les avons en nous dans la plénitude de leurs significations, héritage du souvenir d’un lointain passé que d'aucuns qualifient d’âge d’or de l’humanité.

C’est ainsi que nous pouvons affirmer que la franc-maçonnerie symbolique traditionnelle et spirituelle, dans ses développements modernes, a su préserver un symbolisme de tradition, né d’une intuition fondée sur des images projetées en soi.

Cette relation entre les projections personnelles et la culture traditionnelle des symboles fait apparaitre une universalité symbolique transculturelle et transfrontalière. Ce constat nous pousse à considérer le symbolisme traditionnel comme une modalité d’expression première qui échappe à la babélisation des langues.

Toutes les traditions de par le monde font une place de choix au bâtisseur et au combattant. Nous en pressentons la complémentarité, il nous faudra la démontrer.

Un bref aperçu historique peut-il nous conforter sur l’existence d’un lien entre franc-maçon et chevalerie ?

Pour y répondre, il faut constater une évidence : un chevalier est par nature un homme d’armes, un militaire qui porte l’épée. Mais il est vrai que les ordres de chevalerie ont adoubé des nobles qui n’ont pas eu de fonction militaire. C’est le décorum chevaleresque qui prit le pas sur la tradition de l’adoubement entre hommes d’armes, ceci résulte d’une dénaturation par la noblesse du sens premier de la chevalerie. Rien ne dit cependant que cet adoubement nobiliaire n’excluait les notions d’idéal et de sacrifice. Nous dirons simplement que cette évolution fit sortir des douves l’adoubement pour l’installer dans les dorures de la cour.

Notre deuxième constat porte sur l’installation d’un nombre important d’officiers et bas officiers Écossais et Irlandais sur le continent en 1688 dans le sillage des Stuarts en exil. Ils pratiquaient le Rite Ecossais en loges militaires et l’esprit chevaleresque était présent sur les colonnes. Un certain nombre de ces officiers étaient membres d’ordre chevaleresque, ou avaient déjà la qualité de maître Écossais.

Le XVIIe siècle voit l’arrivée dans l’Ordre artisanal, héritier des corporations de métiers appelé Craft en Angleterre, de l’Ordre chevaleresque, ou du moins d’hommes titrés dans la hiérarchie militaire. Parmi ces non opératifs, on peut citer deux cas reconnus. Sir Robert Moray officier au service des Stuarts fut reçu en 1641 dans une loge décentralisée d’Edinburgh. Elias Ashmole capitaine de l’Armée de Charles 1er Stuart est fait franc-maçon le 16 octobre 1646 à Warrington. Tous les deux sont officiers portant l’épée, et ont démontré des qualités chevaleresques. On notera qu’ils furent reçus dans des loges dotées de surveillant et n’ont pas de maître de loge, ce qui correspond à l’organisation des loges écossaises de l’époque. Évidemment, ce fait sera éludé dans les constitutions d’Anderson de 1717. Le pasteur Anderson défend le point de vue « whig » ainsi que Désaguliers qui est appointé par Georges 1er. Rien n’est divulgué dans les constitutions sur les sources opératives écossaises à cause de leurs implications Stuartistes.

On cite le registre de la Loge Coustos Villeroy[1][2]qui en fait état d’une pratique chevaleresque en 1737. Le registre critique une pratique imposée par la loge du Grand Maître jacobite et catholique Lord Darwentwater. Il s’agissait lors des réceptions de tenir l’épée à la main, comme il est fait en chevalerie.

En Écosse la lettre de la grande Maîtresse des franches maçonnes à Harding l’imprimeur, nous dit : la Loge du Temple de Salomon devenue « la loge de Saint Jean de Jérusalem(…) la plus ancienne et la plus pure (…) et la fameuse vieille loge écossaise de Kilwinning » ont eu des rapports avec les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ou chevaliers de Malte de l’Ordre des hospitaliers. On notera que la plupart des loges se nommaient loge de Saint-Jean et qu’au nom de ce lien historique et mythique, vers 1745 elles se transformèrent en loge de Saint-Jean de Jérusalem dont celle du Grand Maître le conte de Clermont.

On associe le caractère immémorial de la loge Kilwinning, aux liens particuliers entretenus avec certains ordres de chevalerie durant les croisades. C’est donc dès l’origine de Kilwinning qu’un lien est évoqué avec l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem plutôt que l’ordre du Temple. Le manuscrit Stuartiste n° 3077 de la bibliothèque Calvet à Avignon en atteste en 1780 : « Pourquoi nos assemblées sont dédiées à Saint-Jean ? – C’est pour apprendre aux maçons combien ils doivent être unis puisqu’ils s’assemblent sous les auspices de celui qui ne prêcha jamais que la paix, la concorde, et l’amour de ses frères ; d’ailleurs les maçons s’étant unis aux chevaliers de Saint Jean ils en adoptèrent le patron. »

La référence à l’Ordre du Temple apparaît en Allemagne vers 1733 d’après Le Forestier. Il fit une carrière intéressante, mais écourtée en France par l’œuvre de Willermoz et le Convent de Wilhelmsbad en 1782 et par l’intention de la SOT de rétablir l’ordre du Temple ce qui ne pouvait convenir aux lois des pays.

Le lien chevaleresque préexistait, la question du lien avec la chevalerie du Temple se pose, car Jean Baptiste Willermoz lui-même reconnaissait que dans sa propre Loge dès 1752 on y faisait référence dans la transmission du 4em grade pour présider la loge. « J’apprenais mystérieusement à ceux auxquels je conférais le 4em grade de la Loge, qu’ils devenaient successeurs des Chevaliers (Templiers) et de leurs connaissances, je l’ai ainsi répété pendant dix ans comme je l’avais appris de mon prédécesseur, qui l’avait appris lui-même par une ancienne tradition, dont il ne connaissait pas l’origine. »

Cette transmission était sans rapport direct avec les prétentions de la SOT créée en 1755 par baron du Hund (eques ab Ense) qui prévalait en Allemagne.

La question du lien entre la franc-maçonnerie et la chevalerie du Temple avec les deux grades consacrés à cet effet à savoir l’Écuyer Novice et le Chevalier du Temple fut sévèrement critiqué par Robert Ambelain par un article paru en 1974 : « Si on discute encore sur les origines des emprunts à la tradition chevaleresque dans la confection des échelles de grades maçonniques, sur la part de Ramsay, sur les initiatives allemandes, sur la valeur de la tradition de Kilwinning, personne ne conteste que la référence à l’institution de la chevalerie est entrée telle quelle dans la tradition maçonnique, sinon comme un corps étranger au moins avec le destin d’un greffon. »

On notera que cette assertion est à replacer dans la filiation directe avec la chevalerie du temple, mais ne remet pas en cause le lien initiatique du bâtisseur et du chevalier. Robert Ambelain semble privilégier le lien par les trois composantes qui sont l’apport de Ramsay, la tradition kilwinnienne, et une certaine interprétation allemande. Le greffon ne fut pas le fait du hasard et trouve sa justification moins dans le désir de chevalerie que dans une connexité historique et légendaire propre à l’Écosse. C’est ce que tenterons de démontrer.

Peut-on faire remonter à une date plus antérieure le mariage de la truelle à l’épée ?

En Écosse la légende historique attachée au grade de saint André du Chardon fait une référence expresse à l’aide apportée par des templiers en exil de France incorporés aux loges de maçons opératifs et qui firent la victoire de Robert Bruce à la bataille de Bannockburn en 1314. Ici commence l’histoire ou la légende fondatrice des grades de chevalerie écossaise du Chardon d’Écosse qui nourrit le Maître Ecossais-Chevalier de Saint-André au Rite Ecossais Primitif. L’Ancienne Alliance entre L’Écosse et la France fut aussi vecteur de transmission de légende et traditions qui par mimétisme et du fait de l’exil de 1688 se transfèrent de l’Écosse à la France.

Nous pensons au surplus qu’un rapprochement est à faire entre le destin des Stuarts dans la perte et la tentative de reconquête du trône d’Angleterre par Jacques II et la légende d’Hiram. Au demeurant le mythe Hiramique de la parole perdue s’inspire à notre sens, de la perte de la pierre de Scone par les dynasties Écossaise au profit des Anglais. Depuis 847, elle fut en effet la pierre du sacre des rois Ecossais, sur laquelle ils se tenaient debout pour recevoir l’onction.

La pierre taillée ou gravée est l’œuvre du maçon antique. Symboliquement c’est le maçon qui fait les fondations du pouvoir royal. Importée des lointaines contrées de l’Orient en Irlande, elle fut transportée en Écosse. Selon la tradition, le royaume appartiendrait aux Écossais tant que la pierre resterait dans leur pays. Confisquée en 1296, la pierre fut prise par Édouard Ier comme butin de guerre et emportée à l'abbaye de Westminster où elle fut placée sous la King Edward's Chair 

Les rois Anglais s’en servirent pour leur sacre dans la position assise comme en signe de domination du symbole. La pierre du destin perdue il fallut en trouver une de substitution et donc il y a assimilations entre la parole perdue et la pierre du sacre perdue .Retrouver la pierre de Scone c’est retrouver la plénitude des pouvoirs des souverains écossais, et la voix au chapitre .Cette pierre du sacre est par sa nature symbolique pierre venue du ciel ou en rapport avec le divin. Elle est une clef de voûte et une porte sur le céleste. C’est un deuxième point qui vient alimenter l’origine écossaise du mythe d’Hiram où finalement le chevalier combattant pour la reconquête est acteur de l’histoire.

L’ensemble des points légendaires sortis des brumes des Highlands vont faire conjuguer la Quête chevaleresque et l’art de bâtir des maçons. Chacun dans son ordre va raconter la même histoire et tendre vers la même lumière par des chemins différents.

En filigrane la question qui se pose sera le lien entre la pierre du sacre et la chevalerie de la reconquête.

Nous pensons que l’Écosse et ses légendes sont une source sérieuse et parfois négligée qui permet d’expliquer une des formes primitives de la franc-maçonnerie chevaleresque, soit une maçonnerie de la reconquête. Nous en tiendrons compte dans cette étude sur la franc-maçonnerie et la chevalerie.

Sommes-nous certains que ce qui lie la franc-maçonnerie à la chevalerie ne soit rien d’autre qu’un gout immodéré des maçons du XVIIIe siècle pour les titres et le port de l’épée ?

Nous voyons trop de commentaires dévalorisants sur ce point, et nous souhaitons en savoir plus. Je ne pense pas que des générations de francs-maçons soient tombées sous les coups de leur égo, au point d’embrasser des titres ronflants, creux, et sans portée aristocratique réelle. Déjà Maitre, l’âge aidant, ils développent une sagesse qui les éloigne d’un titre qu’ils ne peuvent pas faire valoir. Le goût pour les titres et les honneurs n’ont pas fondé la relation initiatique entre le franc-maçon et le chevalier.

L’attraction pour la chevalerie semble liée par l’essence de la chevalerie authentique dont le Temple et les Hospitaliers ne sont que des surgeons aux ordres et dans un idéal particulier impliquant le service de l’Église et du Nouveau Testament. Ainsi, nous plaçons la relation entre la franc-maçonnerie et la chevalerie à un niveau supérieur à toutes les branches contingentes de l’ordre chevaleresque.

Nous pensons que l’association des deux branches initiatique s’est faite parle haut, c'est-à-dire par l’essence même de l’art de bâtir et de combattre.

Dans le cadre d’une première réponse à ce mariage du maçon et du chevalier, nous avons une réponse que nous avions déjà étudiée au premier degré dans l’étude sur la symbolique des outils : L’idée dirige la force et la force réalise l’idée. Cette expression signifiait dans un étonnant aller-retour, la complémentarité indispensable et équilibrée entre la matière et l’esprit, et plus précisément entre le ciseau et le maillet. Désormais nous élevons, comme il se doit, notre réflexion à un niveau supérieur : l’idée est l’idéal du chevalier, la force est la technicité réalisatrice et opérative du maçon et enfin l’épée axiale qui est l’expression de la volonté divine.

Une deuxième question se pose, pourquoi le chevalier intervient en franc-maçonnerie après l'émergence de celle-ci ?

On pourrait être tenté de faire une hiérarchie entre le détenteur de l’idée inscrite dans le ciel et son exécuteur terrestre. Cette réponse biaisera l’intérêt des deux voies traditionnelles qui sont complètes et autonomes par leur nature propre. Il ne peut donc y avoir de subordination. On peut simplement répondre à cet ordonnancement qu’un chevalier dûment adoubé peut s’intégrer au rite initiatique de la franc-maçonnerie et c’est ce que firent les templiers réfugiés en Écosse en 1314. Ceci fait partie intégrante de l’histoire réelle et mythique du REP notamment. De même le RER indique que trois chevaliers du temple fuient en Écosse dans des cavernes prés d’Heredom. Ils rejoignent les chevaliers de Saint André du Chardon d’Écosse. En 1340 ils fondèrent l’ordre maçonnique, ordre préparatoire à l’admission dans l’ordre équestre. Le RER explique ainsi la complémentarité de l’ordre maçonnique et de l’ordre équestre, le premier servant de vivier au second. Ceci ne suppose pas une hiérarchie qui minore l’ordre maçonnique.

L’erreur d’une interprétation simpliste serait d’installer la dépendance d’une tradition au profit exclusif de l’autre. Elle suppose une hiérarchie ce qui en matière de voie initiatique ne peut être admis. Chacune des deux voies se suffit à elle-même. Il faut trouver une autre explication.

Il est un fait incontestable qu’il a toujours existé une perméabilité entre les voies initiatiques. Elles sont composées d’éléments comparables dans leur progression et finissent comme nous le savons par se réunir au sommet. Pourtant dans cette suite logique mettant le travail de la matière par la sueur avant le sacrifice par le sang, nous avons dans le jeu d’échec un début de réponse. Le cheval ou cavalier se déplace sur l’échiquier d’une manière particulière. Il commence sa course comme les pas d’un apprenti, puis emprunte ceux du compagnon et pour finir comme un maître. Donc le cavalier connait déjà les pas et la progression du maçon. Le cycle chevaleresque se caractérise par la maîtrise de l’animalité du cheval à l’égal du maçon qui maîtrise sa propre animalité. Le chevalier se situe plus haut en intermédiation sur son cheval avec le ciel, alors que le maçon a les pieds sur terre et sous terre en creusant les fondations. Dernier point, si le cavalier démarre sur une case noire il finit sur une case blanche et le cavalier est la seule pièce qui peut sauter les obstacles.

Nous en déduisons qu’aucune subordination entre les deux voies n’est acceptable. Cependant la classification subterrestre et terrestre de l’une a pour complément la classification terrestre et céleste de l’autre. On établit une superposition. Le chevalier doit récapituler l’initiation maçonnique dans sa progression spirituelle. Il n’y a donc pas de subordination, mais une superposition correspondante à la nature des trois voies initiatique.

Le lien est-il matériel ou spirituel ?

Ce qui est transmis au plan initiatique, ne peut concerner une cause réduite au plan matériel, quelque soit d’ailleurs, la noblesse de l’objet social. Il est bien entendu qu’en matière initiatique ni la cause territoriale ni la cause religieuse ne peuvent dominer la cause spirituelle. Il faut admettre qu’aucune reconstruction du temple de Salomon ne peut perdurer au plan matériel. Seule la reconstruction au plan spirituel est possible. En conséquence, le mélange des causes matérielles et spirituelles porte à confusion.

Il faut voir dans le message initiatique de ces chevaliers un trésor qui n’est ni sonnant ni trébuchant. Il en est de même en alchimie, on ne peut confondre l’aspect spirituel, et la pratique du souffleur qui chercherait la richesse matérielle.

Le lien existait bien au plan de l’enseignement alchimique, spirituel et céleste, avec une chevalerie éclairée. Le maître maçon et le chevalier se purifiaient à la même fontaine située au pied du mont Scion ou était construit le Temple. À cette fontaine appelée SHIloha, ils pratiquaient la purification rituelle notamment des mains et des yeux, avant de se mirer dans l’eau, puis se rendaient au Temple…

Rappelons que l’armement de chevalier est effectif au REP et au RER et qu’il n’implique pas une appartenance à l’Ordre du Temple trop contingent en regard de sa nature. L’arment produit donc des effets liés à l’éveil de l’esprit, et la notion d’imaginaire commun.

Nous pouvons donc affirmer que le seul élément humain et matériel ne peut suffire à établir un lien. Le liant s’exprime dans la quintessence de ses propres valeurs dans les deux ordres. Ils aboutissent tous les deux au sacrifice, d’Hiram d’un coté et de Saint-André de l’autre. On voit bien que le premier appartient à l’univers de l’Ancien Testament, et que le second est sur le chemin du Nouveau sans renier l’Ancien. Les deux suppliciés partagent une renaissance pour ne pas dire une ressuscitation en esprit.

Ce qui est transmis lors de l’initiation ou de l’adoubement ce sont des éléments hautement symboliques. La transmission d’une cause matérielle ne peut s’inscrire dans le plan divin. La matérialité est par définition une dégénérescence de l’esprit au sens métaphysique. La cause reste dans tous les cas spirituelle, elle permet la réalisation de l’homme sur le plan matériel. Bien tailler sa pierre ou défendre une cause juste ne peut se faire qu’en fonction d’une Loi venue d’en haut. Ladite Loi organise un retour au divin, libérant l’esprit contenu dans la matière.

Voici donc la nature d’un lien spirituel qui est commun aux deux ordres. L’épée céleste vient en aide à la truelle terrestre pour la construction du Temple de Jérusalem.

Cette association dans le même corps situe ce dernier en tant que médiateur entre terre et ciel. Une épée viendra désormais défendre le temple contre la perte du sens du divin. L’homme dans sa faible nature cède régulièrement à son animalité symbolisée par retour de l’adoration des idoles.

Le lien entre la franc-maçonnerie et la chevalerie se situe dans une cause commune aux deux traditions qui est cette exigence de connaissance spirituelle et sacrée, faisant participer l’homme au grand dessin de la création.

Cet aspect chevaleresque en franc-maçonnerie trouvera sa confirmation dans les écrits de Ramsay.

Le chevalier Ramsay, chevalier de l’ordre de Saint-Lazare dans ses deux célèbres discours dont celui de 1738 associa la chevalerie à la franc-maçonnerie. Sur les origines de la franc-maçonnerie, il évoque les Ordres de Chevalerie et cite « nos ancêtres les croisés » dont le langage secret « rappelle le souvenir, ou de quelque partie de notre Science, ou de quelque vertu morale, ou de quelque mystère de la Foi. »

Il y aurait donc un « mystère » à découvrir, certainement de nature initiatique, soit un enseignement ou un éveil qui lierait la Franc- maçonnerie et la Chevalerie dans une même finalité. Cette finalité se distingue du lien spirituel que nous avons vu précédemment. Elle se fonde sur un souvenir commun d’un épisode guerrier remontant aux destructions successives du Temple à Jérusalem, à la reconquête des lieux Saints par les croisades, puis à la destruction de l’Ordre du Temple en 1314. Ainsi se perpétue le cycle de la construction destruction à travers les âges. C’est le grand souvenir et le grand rendez-vous aux pieds de la muraille entre Occident et Orient. L’affrontement est fondateur et se reproduit inéluctablement en divers mondes et époques. C’est au moment des croisades que nous sommes rentrés dans la période d’une redécouverte spirituelle et intellectuelle de l’Orient. Cette redécouverte peut se décrire comme un élargissement de l’esprit . L’élargissement donne accès au sacré au-delà du dogme religieux. C’est particulièrement vrai dans l’échange intellectuel et technique apporté par l’occupation musulmane sur la péninsule ibérique.

L’affrontement fusionnel Orient-Occident, ensemença les deux civilisations pour les ressemblances et les racines qu’elles avaient en partage. Si le fait fonde l’histoire, le souvenir teinté d’idéaux alimente le mythe qui se charge d’expliquer l’origine. La quête du Graal ou de la Lumière est un dérivatif de ce souvenir commun.

Cette finalité originelle apparaît clairement dans la construction et la défense du Temple de Salomon, l’épée dans la main droite et la truelle dans la gauche.

Que faut-il bâtir, que faut-il défendre ?

Un centre point ce contact entre la création et Dieu, qui porte en lui, dans son architecture même le plan divin qui n’est rien d’autre que l’expression d’une loi universelle.

De tout cela l’homme n’est qu’un témoin devenu acteur par son initiation à ce secret, un médiateur entre la Terre et le Ciel. Il n’est plus un démiurge, car il a bien compris les limites de l’exercice, il veut retrouver et défendre la maison des origines, qui n’est autre que le retour au centre primordial.

C’est ce que nous appellerons le secret du chevalier écossais de Ramsay. Recouverte d’un voile d’une bienséance diplomatique, une vérité se laisse entrevoir dans ses deux discours.

Nous devons d’abord rechercher ce qui est véritablement initiatique dans la chevalerie, en recherchant les éléments rituéliques et symboliques qui autorisent un véritable "commencement".

(…) suite à paraître.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/

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La chevalerie et la Franc-maçonnerie

1 Novembre 2012 , Rédigé par E.°. R.°. Publié dans #Chevalerie

L’évolution française de la Franc-maçonnerie fut l’occasion de lier deux voies initiatiques : la voie matérielle représentée par l’art royal et la voie guerrière représentée par la chevalerie. Il ne s’agit pas pour nous de confirmer l’historicité des allégations reliant la franc-maçonnerie aux tailleurs de pierre ou aux templiers. La part légendaire et mythique fait partie intégrante de l’effet initiatique recherché dans la société des francs-maçons.

Dans les deux cas, nous assistons à la transformation de l’individu soit par le travail de la matière et l’identification de « l’œuvrier » à son objet, soit par l’art de la guerre et l’esprit de sacrifice dans un désintéressement total. Par analogie, l’une ou l’autre voie initiatique, fait éclore la dimension spirituelle et divine de l’être. Ainsi, travailler la matière consiste à en libérer ou délivrer cette parcelle divine qui y réside ; en parallèle, la solitude du chevalier dans une quête d’un Grall aussi hypothétique qu’intérieure soutient l’image de l’amour d’un Dieu, moins anthropomorphique que johannique, qui transcende la destinée de son propre corps. Cette double démarche ne pouvait que remporter un vif succès, tant il est vrai que l’aspiration au sublime dépasse les aspects religieux et schismatiques. Ce goût du sacrifice et de la mission à accomplir complète admirablement la base maçonnique des trois degrés.

Le premier a apporter la richesse chevaleresque et Templiere en complément de l’art royal, fut le Chevalier André-Michel Ramsay. Ce dernier fut qualifié de« Universae religionis vindex et martyr » soit « Défenseur et martyr de la religion universelle ».

C’est de spiritualité dont il s’agit, car toute cette hiérarchie codifiée et traditionnelle n’était là que pour servir la tradition et donc protéger la Terre Sainte. À ce titre, elle noue de contacts avec l’Orient au cours des nombreuses croisades et favorisa l’enrichissement des gens de mestier, dans l’art de bâtir notamment. La truelle et l’épée vont se retrouver dans les mêmes lieux, pour les mêmes causes, dans une communion de sacrifice, ce qui cimentera leur destinée.

Témoin et acteur du génie français, cinquante ans après l’implantation des premières loges en France, cet homme aux multiples facettes, a su poser la pierre d’angle du système français qui, loin de renier son grand frère anglais, va apporter une source mythique nouvelle à la franc-maçonnerie continentale. Il est, avec Charles Radclyffe, l’un des fervents propagateurs de la franc-maçonnerie à la française. Tirant les leçons de la constitution (sous la protection royale de Georges 1er) de la Grande Loge de Londres, on peut imaginer qu’il souhaite ne pas soumettre l’ordre à la férule du pouvoir royal.

Le promoteur de L'Écossisme est de nos jours considéré comme une grande figure de la franc-maçonnerie spéculative. L’Homère de la franc-maçonnerie est initié à la "Horn Lodge" de Londres en mars 1730, où fut aussi initié Montesquieu, le Chevalier de Ramsay fut l'orateur bien connu de la Loge "Le Louis d'Argent", à l'Or. de Paris.

Sa vie ne fut pas qu’un tissu de réussites. On notera qu’il fut traité de plagiaire par Voltaire,  pour avoir repris dans ses différents écrits des fractions d’auteurs antérieurs sans les citer. Le voyage de Cyrus en fut l’exemple. Montesquieu lui aussi franc maçon dira de lui « C’était un homme fade ».

Son système à l’instar de celui d’Anderson et Désaguliers repose sur un œcuménisme maçonnique visant à réunir ce qui, d’une certaine façon, est devenu épars, en dominant les oppositions latentes des différentes religions. Les temps difficiles ont provoqué guerres et dissensions entre les hommes des mêmes peuples : « Au delà des peuples et des frontières nous réunirons des hommes épris de symbolisme et de traditions antiques immémoriales, antédiluviennes et noachites, mus par l’idée que la connaissance combat les antagonismes engendrés de l’ignorance et que l’origine des savoirs et des croyances naît d’une seule source, la religion universelle. »

Les similitudes avec Anderson sont telles qu’on parlera de l’Anderson français qui minorant la filiation des bâtisseurs maçon, prétend à une filiation plus noble, vers la chevalerie des croisades, sans pour autant que le terme templier soit prononcé. Depuis John Locke la tolérance est de mise, les guerres de religion et les tentatives de coups d’État qui perdurent durant plusieurs décennies font avancer l’idée à la suite de la Royale Society, que l’art de vivre ensemble repose sur la tolérance et l’universalisme.

André-Michel de Ramsay est né à Ayr, en Écosse, en 1686. Il est d'origine noble. Son père était calviniste ; sa mère anglicane. Studieux, renfermé, écartelé par des parents de confessions différentes qui manifestement ne partageaient pas la même vérité religieuse. Ce fut là sa première épreuve reposant sur un antagonisme familial dont le traumatisme conduit le jeune Ramsay à élaborer de manière plus ou moins consciente une technique de ré-appropriation, en épousant lui-même vingt ans plus tard, une troisième voie catholique. Terminant brillamment ses études en théologie à Glasgow et à Édimbourg, nous le retrouvons bientôt aux Pays-Bas, havre de liberté religieuse. Hanté par les problèmes spirituels qui avaient marqué ses jeunes années, il fréquente le milieu " rosicrucien " qui tenait Jacob Böhme en haute estime. Le cordonnier Jacob fut l’inspirateur d’un dimensionnement ésotérique qui n’était déjà plus enseigné dans les différentes confessions. Maîtrisant parfaitement le français, il devient en 1709 le familier de Fénelon, l’archevêque, dont il subit l’influence et se convertit au catholicisme. 

L’inquiétude de son âme l’incite à une tolérance partisane. Il devient franc-maçon et écrit de nombreuses lettres à Salignac avec l’intitulé, « Mon Très Cher Frère... ». Ramsay devient précepteur des grands. Il est aussi écrivain et agent diplomatique des Stuarts chassés de Grande-Bretagne. En 1723, le Régent le crée Chevalier de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, soit le plus ancien ordre hospitalier, fondé à l’origine en 1120 pour porter assistance aux pèlerins en route pour les lieux Saints. Cette appartenance ne sera pas sans conséquences sur la théorie Templiere et chevaleresque des origines maçonniques. En 1724, il réside à Rome pendant dix mois auprès de Jacques III, en qualité de précepteur de son fils Charles-Edouard. Dans la même année, Ramsay est à Paris, coresponsable du Club de l'Entresol. C’est l’époque des clubs dans l’imitation des clubs anglais, qui réunissent des bourgeois, des nobles et intellectuels, dont Montesquieu, pour examiner les grands problèmes de société. La police du Régent considère cette société comme contraire aux intérêts du pouvoir et le Club de l'Entresol est fermé. En 1727, Ramsay publie son Voyage de Cyrus, qui fit l’objet d’un grand tirage. Il est déjà franc maçon, ayant était reçu d’après P.Chevalier dans la Loge Saint Thomas n°1 de Lord Derwenwater.

Le voyage de Cyrus, est une imitation dans le goût de Télémaque écrit par son mentor Fénelon. Au cours de ses voyages, le jeune Cyrus est instruit par des Sages de l'Antiquité et plusieurs chapitres contiennent de claires allusions maçonniques. Pour être succincts, nous remarquons la présence de Pythagore, l’éloge du silence via Harpocrate. L’initiation maçonnique est illustrée par la captivité et la libération d’Aménophis. Il s’agit d’après nous d’une transposition du rituel de Maître, car on y voit défiler la scénographie Hiramique dans la plupart de ses détails. Dans un courrier adressé au Marquis de Caumont en Avignon le 25 novembre 1729, il écrit : « j’ai développé plusieurs dogmes de l’antiquité et plusieurs points de la théologie et de la mythologie des anciens qui ont un rapport avec nos sacrés mystères » plus loin « je confirme de plus en plus que toutes les traditions anciennes…sont des rayons et des écoulements de la religion primitive de Noé » 

La date de 1727 semble correspondre à l’arrivée du troisièmegrade de la Franc-maçonnerie spéculative. Ramsay se trouve à nouveau à un carrefour historique. En 1728, nous retrouvons le Stuartiste catholique Michel de Ramsay en Angleterre, où il obtient quelques soutiens, ce qui reste étrange dans le contexte politique. En effet, il est admis dans deux compagnies scientifiques de la plus haute renommée : The Gentlemen's Society et la Royal Society. Cette dernière ayant été fondée au précédent siècle par Elias Ashmole et quelques autres rose-croix. Pendant ce séjour à Londres, Ramsay fut aussi l'ami d'Anderson, fondateur de la Mother Lodge de 1717. Certains ont pu affirmer que le chevalier avait joué un double jeu, voir même qu’il avait trahi la cause Stuartiste. Ensuite, il retourne sur le continent et joue un rôle prépondérant dans les loges françaises Stuardistes qui avaient précédé le phénomène Orangiste Anglais. Il devient, par sa double culture maçonnique anglaise et écossaise stuartiste, le promoteur de l’adaptation française, inaugurant l’écossisme qui fera florès. Il est potentiellement le trait d’union pacificateur des deux maçonneries. Même si les loges anglaises et écossaises se fréquentent, elles furent dans la période précédente, des lieux de conspiration. Il ne faut pas perdre de vue que les Stuarts ne désespèrent pas de reconquérir le pouvoir détenu par les Hanovriens, jusqu’aux environs de 1750.
Est-ce pour mener à bien la mission secrète dont il est chargé par les Stuarts que Ramsay, en 1730, accepte de devenir précepteur dans l'illustre famille de Bouillon ? Le duc régnant comptait parmi ses ancêtres Godefroy de Bouillon et Turenne, famille dont il rédigera les mémoires. Ladite famille avait fait partie de la fronde et se retrouvait mise à l’index par le pouvoir absolu du roi. Les grandes familles du Royaume avaient supporté impatiemment le joug pesant de Versailles. La régence et donc l’affaiblissement relatif du pouvoir royal favorisent la renaissance de l’esprit de la Fronde. La famille de Bouillon qui régnait sur une principauté indépendante dans les Ardennes, était un acteur important du mouvement, fier de son sang, allié des Stuarts, avec lesquels le duc partageait une tradition ésotérique très ancienne. Sa généalogie rivalisait avec celle des Bourbons. Le duc régnant était grand-maître de l'Orient de Bouillon, maçonnerie à tendances spiritualistes et même magiques, qui groupait des personnalités de premier rang et fédérait un grand nombre de loges militaires. Ainsi, l'armée du roi de France portait en son sein une maçonnerie non française par ses origines. Les loges militaires reprenaient les usages des loges régimentaires Écossaises et Irlandaises. Ramsay, précepteur du prince de Turenne, fonde une loge à Château-Thierry, fief de son maître. Certains considèrent qu’il fut à l’origine de la création du rite de Bouillon ou du rite de Ramsay.
Cette affirmation est reprise aujourd’hui par un certain nombre de Loges qui s’en réclament. En 1735, âgé de quarante-six ans, il épouse Marie de Nairne, vingt-quatre ans, fille d'un noble Écossais de haut lignage, le baron David de Nairne, héraut d'armes de l'Ordre du Chardon, ordre chevaleresque des Stuarts. (Ceci accrédite la connexion Templière dans l’établissement et la pratique d’un éventuel rituel de Ramsay). Cet ordre avait été créé en 1314 par le roi d'Écosse Robert Bruce, après sa victoire de Bannockburn, afin de récompenser les Templiers qui, réfugiés dans ses États après l'inique procès, avaient largement contribué à la défaite des Anglais.

Dès 1735 commence de circuler, sous le manteau, ce fameux Discours de Ramsay qui est, en quelque sorte, la charte de la Maçonnerie moderne. Les idées ici développées sont innovantes voir gênantes pour l’institution ... D'abord, Ramsay signale l'universalisme de l'Ordre. Le franc-maçon y apparaît pour la première fois comme un citoyen du monde. Avec une certaine audace en cette première moitié du XVIIIe siècle, il blâme l'esprit de conquête et le patriotisme guerrier. L’origine chevaleresque et croisée de l’ordre est mise en avant, réfutant la thèse opérative de son ami Anderson. Par extension on parlera d’origine Templière. Il s’appuie sur l’encyclopédie des savoirs et connaissances donnant à la démarche maçonnique son esprit et sa fonction universelle.
Ainsi Ramsay, tout en sollicitant la protection des princes
lance un appel à tous les francs-maçons par delà les frontières. Il s’agit de ménager le pouvoir en place, sans lui être inféodé.

Cet élan est emprunté à Fénelon son mentor religieux, dont il est utile de rappeler deux citations : « Je préfère ma famille à moi-même, ma patrie à ma famille, et le genre humain à ma patrie ». Dans Télémaque on relève : « Tout le genre humain n’est qu’une famille dispersée sur la face de toute la terre. Tous les peuples sont frères et doivent s’aimer comme tels. »

Nous pensons que le chevalier Ramsay n’avait ni l’envergure ni le talent pour fonder un système de sa propre volonté. C’est d’autres frères, en quête d’une filiation autre que l’Anglaise issue du système des « moderns », qui s’emparèrent d’un discours qui ne fut probablement pas lu par son auteur, le cardinal Fleury , ministre du Roi, l’en ayant dissuadé.

Michel de Ramsay meurt à Saint-Germain-en-Laye, le 7 mai 1743. L'acte de décès est signé du Comte de Derwenwater venu enterrer son Grand Orateur et du comte d'Engletown, tous deux " frères " d’une des premières loges spéculatives de France.

La première version du discours avait vocation à être lue devant les Loges Jacobites parisiennes réunies le 26 décembre 1736 dans la Loges Saint Thomas 1er, la veille de l’élection de Charles Radclyff, Lord Derwenwater son ami, au poste de Grand Maître des loges Jacobites.

Cette version cristallise les fondamentaux de l’écossisme ramsayen dont nous produisons ici quelques extraits :

«Le goût suprême de l'Ordre et de la symétrie et de la projection ne peut être inspiré que par le grand Géomètre architecte de l'Univers dont les idées éternelles sont les modelles du vray Beau»

«Noé doit être regardé comme l'auteur et l'inventeur de l'architecture navale aussi bien que le grand maître de notre ordre»

Tout comme Anderson, il s’appuie sur le mythe fondateur connu des francs-maçons. Il prend le contre-pied d'Anderson pour qui la Franc-maçonnerie se développe en Angleterre jusqu’aux constitutions de 1723, Ramsay la fait passer de Grande-Bretagne en France qui va devenir le centre de l'Ordre.

«... Noé, Abraham, les patriarches, Moyse, Salomon, Cyrus avaient été les premiers grands Maîtres. Voilà, Messieurs, nos anciennes traditions ; voici maintenant notre véritable histoire. Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs princes, seigneurs et artistes entrèrent en société, firent vœu de rétablir les temples des chrétiens dans la terre sainte »,

« Rappelèrent tous les signes anciens et les paroles mystérieuses de Salomon, pour se distinguer des Infidèles et se reconnaître mutuellement... dès lors nos loges portèrent le nom de loges de Saint-Jean »… .

« Cette union se fit en imitation des Israëlites lorsqu'ils rebâtirent le second temple ; pendant que les uns maniaient la truelle et le compas, les autres les défendaient avec l'épée et le bouclier» …

«Depuis ce temps, la Grande-Bretagne devint le siège de la Science arcane, la Conservatrice de nos dogmes et la dépositaire de tous nos secrets. Des Iles Britanniques «L'antique science» commence à passer dans la France, la nation la plus spirituelle de l'Europe va devenir le centre de l'Ordre et répandra sur nos statuts, les grâces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un ordre dont la base est la Sagesse, la Force et la Beauté du génie. »…

Nous donnons dans l’article suivant la deuxième version. Celle-ci devait être soumise au Cardinal de Fleury qui la désapprouve et ne fut publié qu’après sa mort. Nous sommes toujours dans la période de régence. C’est le Cardinal de Fleury qui dirige le royaume compte tenu de l’âge de Louis XV. Celui-ci est hostile à l’ouverture d’un front anti- Hanovrien cristallisé dans la franc-maçonnerie Stuartiste. L’ambiance générale est assez hostile à la franc-maçonnerie, des descentes de police sont organisées dans les loges, de nombreux nobles en font partie et déjà la Hollande et la Suède prennent des mesures d’interdiction. Suite à une enquête de quatre mois, le Cardinal de Fleury interdit la Franc-maçonnerie le 2 août 1737. Le Vatican emboîte le pas avec la publication de la bulle papale « in eminenti apostolatus specula » le 24 avril 1738, qui interdit à tous les francs-maçons d’appartenir à une loge, sous peine d’excommunication. Cette hostilité du Pape fut contre productrice. La bulle affaiblit les loges Stuartistes catholiques au profit des loges orangistes favorable au pouvoir en place à Londres. Le soutien recherché auprès des autorités par Ramsay fut un échec. Le Cardinal de Fleury avait fait savoir son désaccord. Cependant, les deux discours vont rester la plate-forme intellectuelle de l’ensemble d’une Franc-maçonnerie en France et à l’étranger, qui ne se retrouve pas dans le dictat de Londres.

Note de synthèse N°1- préalable à l'etude de la chevalerie maçonnique-( E.°. R.°. RL ecossais de saint jean)

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org

              

 

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Sans peur et sans reproche, avec des armes pures,fais ce que tu dois...Advienne que pourra

31 Octobre 2012 , Rédigé par Jean-Pierre DARRY Publié dans #Planches

La devise des Kadosh , que l’on dirait sortie directement et toute armée du blason d’un Chevalier du Roman de la Rose, se prête à interrogations multiples.

Car si l’objectif est affirmé sans réserve : « fais ce que dois », les moyens sont passés sous silence, comme s’ils pouvaient être d’avance justifiés par la fin assignée, et les résultats relativement dénués d’importance au regard des intentions : « advienne que pourra ».

Que signifie cette formule : que dois faire le CKS, de quels moyens dispose t’il, est il dégagé d’une obligation de résultats, se désintéresse t’il des conséquences de la mise en œuvre de son Devoir , l’éthique de l’intention prime t’elle la morale des moyens et le résultat de l’action ?

Pour avoir entendu ici ou ailleurs, certaines de ces interrogations depuis mon élévation au grade, ce qui tendrait à prouver que les travaux proposés au Grand Conseil d’Automne 1991, n’avaient pas apporté de réponses véritablement satisfaisantes, ainsi que le reconnaissait d’ailleurs le T\I\F\ KAROUBI, rapporteur de cette question

On pourrait résumer de cette manière les 3 parties de la synthèse de la question de 1991 qui portait sur la responsabilité (ou non) des conséquences de l’action: - Fais ce que dois : c’est un impératif catégorique dont le rapport évoque le contenu en termes plutôt généraux ( le combat du bien contre le mal) mais la description des armes du grade aide à cerner le Devoir du CKS… Je suis assez d’accord avec cette première partie- Advienne que pourra : le rapport fait sien l’analyse d’un seul Conseil qui ventile les significations possibles en 4 catégories sans pour autant choisir son camp: égocentrique (après moi le déluge), mystique (le destin du monde m’échappe et n’en suis pas responsable) psychanalytique ( irrépressible besoin d’agir sans souci du reste) , pénale (je suis innocent et n’ai fait qu’obéir aux ordres). Il y a je crois matière à approfondir ce qui n’est que le contraire d’une synthèse, mais seulement la réponse d’un seul aréopage…- Insouciance des conséquences : après avoir évoqué le choc éventuel de valeurs antagonistes dans cette dernière partie moins étoffée que les autres, il développe 3 versions possibles : a :le résultat ne peut être que bon puisque l’action a ordonné le chaos, même de façon imparfaite, b :l’engagement absolu du CKS peut l’amener au sacrifice, c :à moins qu’il faille limiter ses actions aux seules dont les conséquences sont attendues favorables, bref réfléchir avant d’agir …

En résumé, et selon une lecture forcément subjective, ce rapport plus clinique que philosophique, et plus descriptif que causal, s’il décrit minutieusement la phase 1 « fais ce que dois », glisse de façon plus rapide, à l’image des aréopages qui l’ont traitée, sur la phase 3 concernant les conséquences de la devise, et propose pour la phase 2 « advienne que pourra » une multiplicité de versions sans choisir ni fonder ou approfondir le lien, que je crois nécessaire et complémentaire entre d’une part, les deux propositions de la devise et d’autre part l’interrogation sur les résultats qu’elle suscite.

En outre je crois que l’analyse ne peut être déconnectée des moyens utilisés et pourtant passés sous silence par la formule, qui expliquent pourtant, à mon sens, la sérénité de l’acteur face à la réalité de l’accomplissement de son devoir.

On remarque en effet que la formule utilisée « advienne que pourra » intègre l’incertitude dans la réalisation et semble entraîner la résignation quant aux conséquences qu’elle ne maîtrise pas, ce que ne retiendrait pas le verbe « sera » (ainsi en sera t’il ou « ainsi soit il » au présent…

Remarquons au passage, oh étonnement, que le présent « fais » précède le futur « pourra », mais qu’au delà de la tautologie et du nécessaire délai d’exécution entre l’ordre et la réalisation, il y a place pour une lecture temporelle de la devise, entre l’immédiateté de l’action et le devenir de l’humanité, entre présent individuel et futur collectif, en quelque sorte entre action et cosmogenèse en espérance…J’y reviendrais.

Mais pourquoi une obligation de cette sorte est elle demandée avec autant de force, sans échappatoire ni discussion, alors même qu’elle semble admettre des hypothèses de réalisation dommageables ?

Il m’est donc apparu indispensable de cerner la portée de notre devise, d’examiner le contenu de ce Devoir tout en le replaçant dans son contexte symbolique historique puis actuel, de recenser les moyens à la disposition du Chevalier Kadosh et d’expliquer, ou de tenter de le faire, l’apparent désintérêt des conséquences de l’action .

J’en propose donc une lecture personnelle, au risque de me perdre, au risque de vous égarer. « Je fais ce que je dois sans peur et sans reproche, avec des armes pures et advienne que pourra de cette balustre sur vos consciences»

C’est ainsi que je la subdiviserai en 3 parties : « Fais ce que dois », « Advienne que pourra », et « Sans peur et sans reproche avec des armes pures », trois formules contenues en 3 lignes successives de notre rituel, sachant que cette dernière partie précède immédiatement la devise et que cette place particulière peut permettre de l’éclairer.

1-FAIS CE QUE DOIS

Que est le contenu de cette règle, son objectif et de quels moyens dispose le CKS ?

1-1 De quelle règle s’agit il ?

Même si le maçon obéit à la loi civile, s’il comprend bien l’art, il sait qu’elle n’est que l’expression d’une résultante de forces contradictoires, entre circonstances historiques, droit du plus fort, évolution des mœurs et exigence sociale.

Il sait également que son champ d’application, vaste et indéfini, se soucie peu de la justice individuelle au nom de la primauté de l’intérêt général, non plus que de l’équité dont on chercherait vainement la présence dans les codes, et qui toujours, cède la place à la volonté structurante des lois. L’obligation du grade ne concerne donc pas la loi civile ou politique.

Ce n’est plus seulement le Devoir du Maître Secret, « envers soi même, envers la lumière qui réside au fond de tout être, (…) ce devoir primordial qui entraîne tous les autres devoirs et qui concerne le monde dans ses multiples aspects »A ce stade « Fais ce que dois » suffirait car le MS, ne maîtrise pas la totalité de la démarche, et il doit encore obéir.

Le Chevalier R+C connaît cette règle morale qu’il a contribué à ériger tout au long de son parcours maçonnique antérieur et qui trouve sa forme actuellement la plus aboutie dans l’accomplissement du grade…Il agit déjà en Initié et son engagement ne se limite pas à son étude, il s’est fait prosélyte.

On distingue traditionnellement en droit 3 catégories d’ obligations distinctes: d’action (ou d’inaction), de résultat ou de moyen. Ici, la Règle, l’obligation, au double sens de devoir (fais ce que dois) et de serment, relève de la première catégorie : le Rose Croix est devenu Kadosh, il est passé de l’Amour en quelque sorte, modélisé, exemplarisé, apostolique, à la défense pratique des conditions de son implantation et de sa survie. Le soldat succède au missionnaire.

La formule vient en conclusion aux phrases qui la précèdent : « Montrons nous fidèles à nos préceptes d’Amour de la Vérité et d’Amour de l’Humanité. Dans les combats que nous avons à livrer, nous apporterons un cœur pur et nous n’userons que d’armes pures. Nous serons sans peur et sans reproche, conformément à notre devise » C’est aussi d’une obligation de moyen.

L’obligation du Kadosh « Fais ce que dois » répond directement à l’obligation prêtée lors de son élévation au grade, engagement qui complète les étapes antérieures et couronne le parcours intérieur en lui offrant le réel en champ d’action.

Car, outre la poursuite de « l’acquisition de la connaissance qui mène à la sagesse éclairée par la science sanctifiée par la conscience », il promet de refuser toute dictature, de résister à tout asservissement, de répudier toute volonté de domination et de contribuer à réparer les maux causés par les excès de pouvoir en réglant ses actes sur l’Amour de la Vérité et de l’Humanité. Il s’agit donc également d’une triple obligation d’action, de moyen et de résultat.

1-2 L’objectif de la règle

1-2-1 Une lecture causale et philosophique:

Il n’est pas interdit de se souvenir que le CKS affirme une filiation avec l’Ordre du Temple qui honnissait les 3 « abominables » et irréductibles ennemis dont il fallait se venger, Philippe le Bel, Clément V et l’Ordre de Malte.

Le super grade de vengeance n’avait pas encore fait place à celui du défenseur de la Vérité et de l’Humanité et cela pourrait éventuellement expliquer la seconde partie de la maxime, mais ce serait là une bien pauvre finalité, aux antipodes des aspirations du Franc Maçon.. Alors quid ?

Si le respect de la Règle peut être un objectif pour le soldat ou les grades inférieurs, il ne s’agit pas de respecter la règle pour elle même, comme une sorte de nouvelle divinité substituée, à l’image des scientistes pour qui hors de la science il n’y a pas de salut, oubliant que la soumission à la raison est le début de la démission de la raison…

Il ne s’agit pas de respecter la règle au profit des donneurs d’ordres qui auraient des droits sur le Kadosh et qui auraient le privilège de savoir en leurs lieu et place ce qui est bon pour eux , il ne s’agit pas de se plier aux règles des 3 couronnés…Rien n’est au dessus du CKS

Il s’agit, bien au contraire de décider soi même, après une longue réflexion où interviennent aspirations morales et devoir social, il s’agit d’intervenir sur le cours des choses, de quitter le monde philosophique pour intervenir dans le monde réel en ajoutant l’action du militant au verbe de l’apôtre .

Il s’agit de mettre en œuvre l’enseignement de ces « saints séparés » au bénéfice de l’évolution morale de l’humanité. La fin en soi vise donc à construire sur Terre, cette Jérusalem céleste ébauchée par le Maçon depuis le grade d’Apprenti. La réparation constructive succède à la Vengeance destructive.

1-2-2 Une lecture causale et cosmogonique

Pour autant doit on limiter l’analyse de la devise à un rapport de causalité immédiate entre action et résultat incertain ?

Une devise n’est pas un théorème vérifiable à chaque expérience, c’est une approche du monde, une vision condensée et mythique de ce qui doit être ; il n’y a pas corrélation immédiate entre action et devenir, mais nécessairement décalage dans le temps entre prise de résolution , voire réalisation pratique et survenance de l’objectif…

Par ailleurs, elle présuppose sa propre universalité pour atteindre l’efficacité…une devise qui ne serait mise en œuvre que par une seule personne, n’est qu’une règle de conduite particulière, sans incidence réelle sur le devenir collectif.

Enfin elle participe obligatoirement de l’utopie en ce sens qu’elle révèle la vision cosmogonique de son auteur ; elle contient dés lors une part importante d’incertitude et d’acceptation d’un décalage entre souhait (fais) et réalité (advienne que pourra).

1-3 Les moyens d’action du Kadosh : ses armes ou/et sa vertu ?

Devant l’éternel dilemme de la qualité des moyens et des fins, où la pureté des intentions ne dispense pas de s’assurer de la valeur des outils, le Chevalier dispose à la fois des valeurs du missionnaire et des armes du soldat

Malgré l’épée et le poignard, qui correspondent à la mission historique du Kadosh, bras vengeur de son Ordre, il use aussi d’armes bien plus efficaces et subtiles pour s’opposer aux forts, intercéder pour les faibles ou réparer les maux sans attendre de récompense ou de gratitude.

Durandal, Joyeuse ou Excalibur, ne peuvent être utilisées que pour le service du Bien et se retourneraient contre leur possesseur dans le cas contraire, elles sont polarisées comme une boussole et ne peuvent s’opposer qu’au Mal.

Le rituel stipule qu’il n’est pas doté du poignard du sicaire, du couperet du bourreau ou du stylet du calomniateur. Son épée n’est pas celle du duelliste, mais le glaive de St Michel, la lame de St Georges, le Caducée de Mercure…

Le Kadosh met en jeu toutes ses facultés intellectuelles et morales :..

Car au delà des armes, la Vertu du Kadosh lui permet d’engager l’action en évitant les effets destructeurs de la force brute.. Si la Force est en lui, elle est d’abord morale et vertueuse.

Il dispose d’armes morales tout en étant doté d’armes traditionnelles mais les unes comme les autres sont pures parce qu’ activées par la seule vertu chevaleresque.

C’est un Galaad de la Table Ronde, obéissant à la Règle de la Chevalerie, mettant sans réserve, son devoir et son épée au service de son Roi, de sa Dame et des faibles. Un seul souci le guide : ne pas faillir.

Mais il n’est pas le robot au service d’une idéologie, il n’est en rien un fidèle obéissant aveuglément , pas plus un missionnaire intégriste qu’un mécréant protestataire : Il pense et il agit…

Il pense en homme d’action, mu par l’Amour de la Vérité et, ayant perçu les errements du Monde, il développe l’intuition, imagine la progression tant individuelle que collective de l’espèce humaine, fait appel à sa raison, sans oublier la nécessité de la beauté que l’art ajoute, confronte ses ambitions aux possibilités reconnues par les sciences et érige le résultat en modèle philosophique.

Puis, il agit en homme de réflexion, mu par le souci de la perfection, armé de la patience nécessaire quand il s’agit de l’Homme, fort de la persévérance que requiert toute action d’importance, plein de courage et respectueux de l’équité, il avance avec prudence en Homme sage investi de l’Amour de l’Humanité…

C’est un Sage en prise avec le réel, ni Bouddha , ni César, seulement une Conscience en action.

Pour autant l’exécution du devoir n’exonère en rien des conséquences de l’action :

2-ADVIENNE QUE POURRA

On remarque que le choix de « pourra » et non « sera ou devra » permet d’approcher sa signification, éliminer les lectures scientifiques ou religieuses de la devise pour se concentrer sur la vocation du CKS et la destinée humaine.

« Devra ou sera » impliquent davantage une relation de causalité à caractère inéluctable ; César dirait « Alea jacta est » , « Inch Allah ou Mektoub » soufflerait le musulman, « Ainsi soit il » approuverait le chrétien.

Le premier constate son impuissance relative face aux conséquences imprévisibles de ses choix, il en accepte les dégâts collatéraux, voire l’échec.

Le second dégage sa responsabilité dans une situation où il n’est que le messager ou l’instrument divin « c’est écrit » .

Le chrétien quant à lui, respecte toutes les conséquences d’un geste réputé dicté par Dieu.

Tous trois admettent qu’ils ne détiennent que peu de pouvoir sur le sort du monde, et qu’à tout le moins le résultat de l’action sur la matière humaine n’est en rien de leur ressort.

« Advienne que pourra » paraît donc introduire la relativité du résultat (et se rapprocher de César) sans véritablement désigner de responsable, (Inch Allah) tout en semblant en exonérer l’acteur (c’était écrit). Nous verrons ces trois possibilités au regard des mythes et de l’histoire.

Mais on peut auparavant se demander la raison de ce second membre de phrase, le premier se suffisant à lui même. « Fais ce que dois » sans complément balaye toute interrogation sur les conséquences de l’action. Fais ce que dois, point final, circulez y’a rien à voir !

Ne pas compléter la devise implique que l’obligation s’impose comme un ordre excluant tout état d’âme, que rien d’autre ne doit avoir d’importance pour l’exécutant et que les conséquences échappent à la responsabilité de l’auteur. Au contraire, la compléter n’est en rien superfétatoire et atténue le caractère irréfragable de l’ordre en prenant en compte la conscience de l’auteur, et lui conférant dés lors un droit à jugement sur l’obligation tout en l’incitant à dépasser ses réticences…

Voyons ces différentes acceptions :

2-1 Les facteurs historiques et mythiques

On admettra que la formule, issue d’un recueil de vêpres, puisse être d’origine religieuse.

Ainsi, la version religieuse en sanctifiant l’obéissance à la Règle, subordonne toute légitimité de l’action humaine à l’accomplissement d’actes au profit de la plus grande gloire de Dieu . Ce dernier est ordonnateur de toutes choses et tout est fait en son nom par des fidèles qui n’ont donc à se soucier des conséquences du respect de la Règle, les résultats et autres effets collatéraux étant tout autant légitimés que voulus par le Créateur: « Dieu le veut » le fidèle doit se conformer et obéir passivement…

Quant à la Chevalerie on se rappelle qu’elle établissait des liens de dépendance et d’obligations réciproques, très forts, entre suzerains (entre autres un Roi de droit divin) et vassaux (lesquels étaient les hommes lige des premiers). On ajoute la noblesse d’action au Devoir, la pureté des intentions à la justesse des actions.

Dans la version Chevaleresque,: le croisé doit agir et non plus simplement obéir et le champ clos où la bataille a lieu ne peut que voir la défaite de l’offenseur (à Dieu, au Roi ou à la Règle). Dés lors peu importait les conséquences, le sort de l’ennemi était là aussi voulu, décidé, programmé, et le Chevalier, forcément vainqueur en raison de son bon droit, se présentait sans peur et sans reproche au jugement de Dieu

Le Chevalier mettant en œuvre cette maxime se trouve néanmoins, in fine, dans la même position de dépendance et d’obligation: il est redevable devant Dieu et son Roi, lesquels avaient pouvoir de décider en ses lieu et place de ce qui était bon pour les fidèles ou le royaume. Dés lors le respect de la règle édictée par autrui, exonérait l’acteur des conséquences d’une action dont il n’était, la aussi, que le fidèle et preux exécutant…

La féodalité induisait une forme d’irresponsabilité du Chevalier qui agit sur ordre de Dieu, de son Roi, lesquels ne pouvaient se tromper, et les conséquences de son action, même dommageables pour tel ou tel, étaient réputées voulues par le donneur d’ordre qui seul, avait la bonne compréhension du Bien commun et de son devenir.

Le Chevalier n’a pas à porter jugement sur les conséquences de ses actions pour autant qu’il respecte la Règle, cette Règle qui pour son suzerain, (Dieu ou Roi) constitue un moyen d’atteindre ses objectifs et d’asseoir son autorité, mais qui pour le vassal, constitue une véritable fin en soi. Qu’importe donc la suite !

Cette conception semble conforme à la philosophie religieuse initiale de la maxime: faire son devoir par devoir car les voies du Seigneur sont impénétrables et il faut s’y soumettre quoiqu’il en coûte. .

2-2 L’influence de la filiation supposée : La version templière

On a toujours présent à l’esprit que les Templiers connurent un contentieux pour le moins important avec la tiare et la couronne.

Même si le Templier est un chevalier chrétien, et un donc un double vassal, de Dieu et du Roi, et que par conséquent la reprise de la devise participe au moins pour partie de la conception précédente, on pourrait soutenir que le traumatisme subi par l’Ordre lors de l’élimination des membres du Temple, ait pu conduire ses survivants, dans ce grade initialement de vengeance à tout subordonner à cet objectif : Venge l’Ordre avant toute chose… qu’importe le reste !

En d’autres termes, l’objectif serait en quelque sorte la vengeance et rien d’autre, quel qu’en soit le prix, laver l’offense à la hauteur de l’affront ..

N’oublions pas que ce grade fut condamné comme « fanatique et détestable, contraire aux principes de la FM » par le conseil des Chevaliers d’Orient et que le GODF lui même élimina ce degré des 7 grades de rite français et qu’il ne fit sa rentrée en France au REAA dans une version plus modérée que 25 ans plus tard

Cependant, la formule semble venir de la fin du 15è siècle, (la Véprie) soit deux siècles après la tragédie templière du début 14è et autant avant la naissance du grade de Kadosh au milieu du 18è. Elle est surtout reprise de façon quasi concomitante à la Révolution Française qui rééquilibre l’ordre social au profit du Tiers Etat et au détriment des 3 couronnés…

On pourrait donc considérer que dans la revendication d’une filiation templière, les fondateurs du grade aient détourné un concept ancien et probablement religieux en l’orientant vers un but plus conforme à la philosophie ambiante des Lumières : il existe un Devoir d’une essence plus élevée que le principe d’obéissance aux 3 couronnés…celui d’assumer sa Liberté et d’exiger Justice envers et contre tous…

2-3 La devise et la Franc Maçonnerie moderne

Cette Justice et cette Liberté, le Chevalier Kadosh, les revendiquent en résistant à tout asservissement de la pensée ou de l’esprit, refusant toute dictature, en Ami de la Vérité. Le but assigné « Fais ce que dois », libère le Monde des préjugés et fausses vérités, réveille les consciences…les moyens sont connus, ce sont « les armes pures » de la morale et de l’action, et les résultats directs sont attendus… sinon il n’aurait servi à rien de décider d’une action …purement gratuite.

Reste que la devise retient toujours l’antienne sur le peu d’importance supposée des conséquences de la consigne reçue et acceptée …Alors que signifie aujourd’hui cette formule ambiguë dont il n’est pas concevable qu’elle ait été reprise par inadvertance ?

Dans sa version moderne, se peut il encore que le Kadosh ne se soucie du résultat, se désintéresse des autres ou accepte sans broncher le sacrifice du soldat ? ce serait une conception bien étrange pour qui partage une vision idéalisée du Monde, considère ses Frères comme ses alter ego et accorde à la vie une valeur sacrée.. Voyons les contre sens possibles sachant que l’objectif reste de l’ordre de l’Utopie créatrice

2-3-1 Un premier contre sens : peu importe le résultat (Advienne que pourra …de l’issue)

A ceux qui soutiendrait que la toute puissance de Dieu a pour corollaire l’irresponsabilité du servant, qui ne maîtrisant aucunement les conséquences d’actes dictés par son Maître ne peut qu’être exclu du débat sur la responsabilité des conséquences de l’action, on rétorquerait que le Maçon se situe dans un problématique exclusivement humaine et n’a de responsabilité qu’à l’égard de lui même et de ses semblables

Loin de vouloir déconnecter l’obligation d’agir de l’évaluation des résultats, la formule oblige en fait à la réussite, car rien en sert d’entreprendre si ce n’est pour espérer atteindre le but assigné…. Le Chevalier Kadosh n’ayant pas vocation à faire des ronds dans l’eau, ce n’est pas de l’absence (ou non) des résultats dont il ne se soucie guère, mais des conséquences du succès dont il semble se désintéresser …

Car il ne faut pas oublier que la logique du grade est celle de l’action et que s’il y a forcement prise de risque, le plus grand danger réside dans l’inaction coupable. Le résultat programmé, attendu, voulu dans la première partie de l’aphorisme, ne peut être nié sans contradiction interne avec la seconde partie.

2-3-2 Une seconde méprise : le désintérêt des autres (Advienne que pourra… des autres)

Parce qu’il a lui même souffert de l’injustice des 3 couronnés, le FM en général et le Chevalier Kadosh en particulier, ne peut se désintéresser des conséquences de ses actes ou des dégâts collatéraux qu’ils impliquent. Une obligation morale maçonnique déconnectée des incidences de son exécution n’a aucun sens.:

Il faut chercher ailleurs le sens de la maxime…l’objectif visé étant, outre le perfectionnement des uns et des autres, la réparation des atteintes, la résistance à l’oppression, l’instauration d’une Cité Idéale.

2-3-3 Une troisième confusion : l’acceptation du sacrifice (Advienne que pourra… de moi)

L’axiome ne signifie aucunement l’acceptation par avance du sacrifice du Kadosh. Tel un impératif kantien, le Chevalier ne peut accepter le principe de sa disparition ou de celle de ses Frères en raison de l’échec de leurs actions : La norme première reste la préservation de l’existence afin de pouvoir rééditer le voyage, la recherche, la tentative, l’action. On rappelle qu’il fallut 3 voyages pour retrouver le corps d’Hiram et que le sacrifice est d’entrée, définitif.

Si la Chevalerie imposait le respect de la Règle au prix de sacrifice de soi , il faut, à mon sens, davantage comprendre ce précepte comme une métaphore destinée à souligner l’importance du principe soutenant l’action du Chevalier et la primauté du but désigné sur tout autre ambition.

2-3-4 L’approche utopique

On a vu que le principe d’une devise impliquait à la fois l’universalité de son principe d’action ainsi qu’un a priori : celui d’une vision cosmogonique supposée partagée par autrui…

On acceptera également de considérer qu’une devise ne vaut que dans le temps, la durée, sinon elle se réduit à une proposition temporaire sans accéder au niveau de la Règle. On dira « ne le tue pas » en vivant dans l’instant, mais « tu ne tueras point » pour signifier la permanence du commandement.

Une devise est donc la traduction d’un système de valeurs morales, applicable à soi, mais dont on souhaite, sinon la réalisation concrète (par définition inaccessible, ce serait dans le cas contraire, un simple projet matériel), dont on souhaite l’applicabilité au groupe, voire à l’humanité toute entière. Faute de relever de la matière inerte et de la pure logique, pour s’appliquer à l’humain, elle intègre évidemment sa part d’impondérable.

Son affirmation, vaut tant par son caractère d’évidence que par sa vocation à rejeter le découragement : « Advienne que pourra » : le résultat n’est pas garanti, mais ce n’est pas une raison pour se dispenser de faire si l’on veut approcher .. « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ! »

Le résultat est d’autant moins garanti que la réalisation de l’utopie dépasse largement une unité de vie humaine ; c’est une succession interrompue et prolongée d’observance du Devoir qui permet d’approcher la Cité idéale, la Jérusalem Céleste . On se situe dans l’espace-temps de l’utopie et non pas dans un plan de carrière ou un objectif marchand…

3- SANS PEUR ET SANS REPROCHE… AVEC DES ARMES PURES

On voit donc la complémentarité nécessaire et l’absence de contradiction entre les deux parties de la devise, mais je pense de plus que la formule complète n’a de sens qu’à la lumière de ce qui la précède.

Le Kadosch se soucie donc en effet du résultat de la mise en œuvre de son devoir, des conséquences de son action pour autrui et sur lui même … mais pourtant continue d’affirmer « advienne que pourra »…comme s’il témoignait sa sérénité sur ce sujet

Comment peut il être serein ? car enfin la formule « advienne que pourra » n’est pas là par hasard, et si elle correspond à une époque maçonnique aujourd’hui dépassée (imprégnation religieuse ou crise templière) pourquoi la conserver alors qu’elle fait problème ? Mais on ne touche pas aux monuments comme notre Marseillaise et son «sang impur »

La Tradition est certes un puissant moteur mais qui doit, sauf se condamner à disparaître, évoluer en agrégeant l’éphémère à l’éternité, et pourtant lors des ré écritures des rituels Kadosh abandonnant la vengeance au profit de la réparation, la devise est restée immuable.

A moins que sa signification, historisée mais revisitée, puisse reprendre force et vigueur dans un cadre philosophique moderne où la morale maçonnique correspond à l’éthique humaniste d’une action trouvant ses racines dans le mythe. Le rituel évoquant Bayard ainsi que les armes morales suggère une réponse. On rappelle que les CKS ont une triple obligation, obligation individuelle de faire et de moyen et obligation collective de résultat.

Bayard le pur, ce Chevalier blanc, ne connaît ni la peur ni les reproches par qu’il sait distinguer le Bien du Mal et qu’il a choisi l’oriflamme du premier sur ses champs de bataille.

Mais il ne s’agit pas de la pureté de l’innocence, de celui qui ne sait pas, ou de l’irresponsable, mais de celle des saints, qui s’étant dépouillés des biens matériels ou des espoirs de prébendes ou bénéfices personnels, n’agissent que dans le souci altruiste du bien des autres.

C’est en toute connaissance des causes, des buts assignés et des effets induits que s’engage le Kadosch, il est pur parce que fondamentalement altruiste, parce qu’il n’est pas le bras armé d’autrui, il est seul et ne rend compte qu’à son honneur, sa clairvoyance, sa propre humanité et au delà aux destinataires de son engagement.

Investi, au sens de totalement acquis, à la force des 3 vertus pratiqués par le Rose Croix qu’il fut et qu’il demeure, ayant gravit les échelons, guidé par le culte de la Vérité des faits et des personnes, il est redescendu plein d’attention pour l’Humanité, pour mettre en œuvre son devoir, sans peur et sans reproche, …

Sans peur, car de la même manière que le jugement de Dieu donne toujours raison et victoire à celui dont l’âme et la cause sont pures, celui de sa Conscience le fortifie dans son jugement…Que pourrait il craindre dans ces conditions, assuré qu’il est du bon droit qu’il défend et de sa validation morale par la Règle …

Sans reproche, car Chevalier du Bien combattant le Mal, son action tend à ordonner le chaos. Il se trouve du côté de la Lumière et ne peut être confondu avec un quelconque Dark Vador, ce Chevalier incarnant le côté sombre de la Force ; il avance, assuré de l’invincibilité de ses principes, de la justesse de sa cause et du résultat de son engagement.

Entièrement investi de la notion du Bien commun, au service de la Vérité et de l’Humanité, il sait ne pouvoir être véritablement contesté dans ses buts ou ses actions. Il fait ce qu’il doit !

Parce que le Chevalier Kadosh n’est pas un Dieu, parce que l’erreur fait partie de sa nature humaine, sauf à ne rien entreprendre et à engager cette autre responsabilité, sa réflexion, son analyse, son jugement le confortent dans la nécessité d’action tout en affirmant en une sorte de conclusion pré opérationnelle, qu’il en a justement pesé les conséquences …

Il n’agit pas de façon immature, s’opposant sans raison ou pour des motifs déraisonnables; il ne s’engage pas de façon velléitaire ou superficielle, il n’est pas béatement optimiste ; il n’agit pas comme un despote qui impose sa vision du Monde, mais, faisant en sorte d’acquérir la « connaissance qui mène à la Sagesse, éclairée par la Science, sanctifiée par la Conscience »…il sait que de cette manière on atteint le nec plus ultra de la mission humaine.

Le pari de Pascal vient de la Foi religieuse et de l’espérance a priori heureuse, des conséquences de ce pari ; le Kadosh, lui, après un long parcours de maturation depuis l’initiation, a acquis certes la conviction qu’il doit s’investir dans l’action, mais perçoit également que sa responsabilité est engagée lors du plongeon dans le réel. Il est responsable de ses actions mais aussi comptable de son inaction et il dispose d’armes moralement validées par l’éthique humaniste du grade. Cœur buts et moyens sont purs et nobles.

Comment dés lors pourrait il se tromper si la science comme sa conscience le confortent dans son analyse et l’amènent à la sagesse dans l’action ?

Il fait donc ce qu’il doit, sans peur de se tromper ou de tromper les autres, et sans craindre de reproches, peut légitimement estimer que ce qui doit advenir, adviendra, PEU ou PROU, grâce à la mise en œuvre des armes pures que constituent la volonté bonne et l’intention parfaite, entre amour de la raison et celui de l’humanité. Essayer c’est réussir !

La devise Kadosh retient de sa filiation chevaleresque le « fais », traduction du Devoir en action, garde de son inspiration religieuse la nécessaire transcendance du « dois », ce Devoir, qui dépasse l’individu dans une vision ontologique de l’Humanité, conserve de sa source templière l’indépendance du chevalier qui décide lui même de ce qu’il doit , et agrège l’éthique maçonnique qui demande une intention pure au profit des Hommes, nos Frères. « Advienne que pourra » est en réalité la traduction d’un souhait ardent d’une cosmogenèse « en création » conforme PEU ou PROU aux espérances parce que juste dans sa finalité et son exécution . « Advienne que pourra » porte en fait sur le degré de réalisation et non la possibilité de l’échec.

Ce faisant, l’inspiration initiale de la formule, religieuse, au sens de transcendance et dépassement de soi, chevaleresque, qui théorise le principe d’action en pureté de sa finalité templière, dans sa connotation laïcisée et indépendante des 3 couronnes…rejoint la modernité de l’exigence maçonnique actuelle du Chevalier Kadosh qui doit savoir manier de concert la Rose, l’Epée et le Caducée…l’Amour, la Force et la Sagesse …pour entreprendre et réussir ! Ai je raison, ai je tort ? Seul j’ai décidé, collectivement vous me jugerez .

Source : http://esmp.free.fr/

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REAA : initiation au 30ème degré (extrait)

31 Octobre 2012 , Rédigé par Rituel REAA Publié dans #hauts grades

Le Commandeur

Vénérable Maître des Cérémonies, rendez-vous dans les parvis et amenez à la porte de l'Aréopage les Chevaliers du Soleil qui sollicitent l'admission au 30°.

Auparavant, vous aurez ouvert le V.L.S., qui doit demeurer ainsi au 29°.Le Maître des Cérémonies, après avoir ouvert le livre, amène les récipiendaires à la porte et frappe en Chevalier du Soleil. Il faut au moins deux récipiendaires.

Vaillant Capitaine des Gardes, voyez si ceux qui frappent ainsi sont bien ceux que nous attendons.

Le Capitaine des Gardes

(Après avoir vérifié)

Très Eminent Commandeur, c'est bien le Vénérable Maître des Cérémonies accompagnant les Chevaliers du Soleil qui sont admis à recevoir la consécration comme Chevaliers Kadosch.

Le Commandeur

Donnez leur l'entrée de l'Aréopage. Ils entrent sous la conduite du Maître des Cérémonies, qui les fait placer entre les deux Grands Juges.

Chevaliers du Soleil, je dois d'abord vous demander de promettre sur votre honneur d'homme et de maçon de ne révéler à aucun profane, ni même à aucun adepte d'un grade inférieur à celui-ci, quoi que ce soit que vous aurez vu ou entendu au cours de cette cérémonie, même si vous n'étiez pas reçu Chevalier Kadosch ou si vous jugiez à propos de vous retirer avant votre investiture.

Prenez-vous cet engagement solennel ? Les néophytes répondent.

Nous enregistrons votre parole, Chevaliers.

En accédant, il y a quelques instants, au 25° degré, vous avez atteint le plus haut stade d'évolution philosophique et initiatique que dispense l'Ordre Ecossais.

L'enseignement de ce grade a fait de vous des hommes susceptibles de coopérer effectivement à l'œuvre que poursuit notre Ordre.

Un degré vous reste encore à franchir, le 29°, intitulé Grand Ecossais de St André.

GRAND ECOSSAIS DE SAINT ANDRE

Ce grade, tout de transition, annonce l'achèvement du Cycle de l'Aréopage. La croix de saint André met en relation la Jérusalem céleste avec la Jérusalem terrestre qui figure sur le tableau de loge.

Le symbolisme se réfère à l'Apocalypse, comme celui du 19°. Mais il s'agit maintenant de revenir dans le monde pour livrer combat. (debout, le glaive dressé dans la main gauche et le maillet dans la main droite, tenu sur le cœur)

Je vous confère le grade de Grand Ecossais de Saint André avec le titre de Patriarche. (il se rassied )

L'excellent orateur

C'est à ce moment, mes FF. que nous avions coutume d'appeler à venger les templiers tourmentés par deux abominables, Philippe le Bel et Bertrand de Goth.

On leur attribuait de grandes connaissances ésotériques, et l'on prétendait qu'une série ininterrompue de grands maîtres reliait le Temple à notre Ordre.

Aucune de ces allégations n'a reçu le moindre commencement de preuve et il ne nous appartient pas de respecter comme une vérité ce qui n'est sans doute qu'une légende.

Le 2ème Grand Juge

Je comprends cette réserve. Mais ne risquons-nous pas de laisser échapper une leçon spirituelle par un excès de scrupules ?

Le 1er Grand Juge

Nous n'avons pas à résoudre les énigmes de l'histoire. Mais l'iniquité de la procédure est attestée.

Le Commandeur

Oui, mes FF. Le C.K.H. est l'ennemi acharné de toutes les injustices et doit poursuivre sans relâche la vengeance du droit. C'est pourquoi, de même qu'en Loge de Perfection vous avez déjà été appelés à une vengeance qui n'exige pas de sévices matériels ou corporels, mais demande le rétablissement des valeurs bafouées. Nous vous appelons à vous associer à nous pour professer encore une fois la haine du mal et l'amour. du bien.

Y consentez-vous ?

Impétrants

Nous y consentons.

Le Commandeur

Dans ce cas, mes FF., en vous guidant sur le Vénérable Maître des Cérémonies, tendez le poing droit et proclamez avec nous : Nekam Adonaï (les anciens C.K.H. se lèvent et s'unissent aux initiants. Puis tous se rasseyent à l'exception des impétrants et des deux poursuivants qui prennent place en silence ) Ces mots signifient : "Vengeance, Mon Dieu". Ils forment le mot de passe du Chevalier Kadosch.

Pause

Le Commandeur

Nous devons maintenant vous soumettre à une épreuve terrible,

Vous entraîner dans les ténèbres extérieures, Vous livrer au chaos qui régnait avant la Création, alors que tout était encore informe et vide. Là vous aurez à subir la tentation majeure. Nous vous assurons cependant, que rien de ce que vous verrez ou entendrez, correctement interprété, n'est contraire à une religion quelconque. Vous pouvez encore nous quitter; tout le monde alors ignorera votre démarche interrompue. Ensuite vous ne le pourrez plus. Persistez-vous ? Les impétrants répondent.

Le Commandeur

Nous allons vous retirer le guide qui vous a accompagnés depuis votre entrée en Maçonnerie. Il serait absurde que la Parole de Lumière figurât dans les ténèbres, que l'ordre créé pénétrât au cœur du tohu-bohu.

Excellent Orateur, fermez le Volume de la Loi Sacrée. (L'orateur s'exécute) (Le Maître des Cérémonies divise les récipiendaires en 2 groupes et conduit l'un de ces groupes d'un côté de l'échelle, l'autre de l'autre côté.)

LE POURSUIVANT NOIR

Pourquoi restez-vous hésitants devant cette nouvelle conquête à accomplir ? Quel respect préconçu vous retient ? La violence vous conférerait ce nouveau pouvoir. Si vous voulez savoir : osez. (Coup violent sur le gong)

LE POURSUIVANT BLANC

Prenez-garde, Chevaliers. La violence est l'arme des faibles. Devant une connaissance à acquérir, seule l'humilité est de mise. Ne piétinez rien car toute chose est sacrée. Ne foulez pas un sol inconnu. Placez-y doucement vos pieds. (Coup léger)

LE POURSUIVANT NOIR

Vous êtes une force qui méprise les fétiches. (Coup violent)

LE POURSUIVANT BLANC

Vous êtes une arme qui vénère les symboles. (Coup léger)

LE POURSUIVANT NOIR

Toute chose est matière et votre volonté vous en rend maître. (Coup violent)

LE POURSUIVANT BLANC

Toute chose est esprit et votre esprit l'incorpore avec piété. (Coup léger)

LE POURSUIVANT NOIR

N'ayez crainte de détruire. Ne savez-vous pas que vous ne pouvez édifier que sur place nette ? (Coup violent)

LE POURSUIVANT BLANC

Ne détruisez pas inconsidérément. La plupart des matériaux dont vous aurez besoin pour édifier, vous les trouverez dans les constructions anciennes. Il vous suffira de les disposer selon vos conceptions. Ne brisez rien. Déposez soigneusement. (Coup léger)

LE POURSUIVANT NOIR

Avancez et vous vaincrez le monde. (Coup violent)

LE POURSUIVANT BLANC Patience, le monde a été vaincu. (Coup léger)

L'ORATEUR

Vos premiers pas dans l'angle d'un carré long, vous les avez faits avec précaution, l'un après l'autre, de façon mesurée. La maîtrise, vous ne l'avez atteinte, qu'en fuyant les mauvais compagnons, et en pénétrant avec amour l'esprit du Maître. Vous n'avez évité l'ouragan destructif de la neuvième voûte qu'en raison de la patience avec laquelle vous avez attendu de connaître le mot sacré qui ouvre normalement la porte.

Pasteur rosicrucien, vous n'avez amené définitivement à vous que ceux sur qui votre charité s'est exercée. Vous voilà parvenus devant le dernier seuil à franchir. Une fois encore, vous éprouvez une limite. L'ultime initiation vous a placé sûr le plan de la dualité symbolisée partout en cet Aréopage, Votre esprit anxieux pressent néanmoins que tout ne s'arrête pas là. Hélas, Chevaliers, tout s'arrête là en ce monde. C'est sur ce plan, de toute nécessité, que vous devrez agir. Vous ne pouvez acquérir que la notion d'un plan supérieur qui est celui de l'absolu, où la dualité se résout en unité. Mais vous ne pouvez pas vivre sur ce plan supérieur. Il vous faut redescendre sur celui de l'humanité, et vous y affermir pour agir efficacement. Votre action ne pourra que s'inspirer de la notion d'unité et elle constituera alors, pour vous comme pour ceux sur qui elle s'exercera, une préparation à une ascension qui excède les limites de votre vie. Nous ne pouvons que vous indiquer les voies et les méthodes. Soyez attentifs à l'enseignement qui va vous être donné.

LE COMMANDEUR

L'expérience humaine se réalise sous les deux modes différents et, sous bien des aspects, incompatibles entre eux. Les voici représentés par les deux montants de cette échelle mystique. D'un côté, les disciplines de l'intelligence, sciences et techniques qui supposent et affirment le déterminisme. Vénérable Maître des Cérémonies, faites les parcourir symboliquement par deux de nos récipiendaires.(Le Maître des Cérémonies fait lire aux récipiendaires, échelon par échelon, les noms des sciences qui y sont inscrits : grammaire, rhétorique, logique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie)

Nous avons eu recours, pour symboliser la connaissance, à une forme qui peut sembler archaïque mais qui a l'avantage, une fois située historiquement, d'être soustraite aux discussions susceptibles de toucher une expression plus récente. Ce n'est qu'un aspect de l'Univers. De l'autre côté vous voyez représentées la moralité, c'est à dire les vertus et les valeurs. La moralité suppose la liberté. (Le Maître des Cérémonies fait lire aux récipiendaires de l'autre groupe, échelon après échelon : prudence, justice, sagesse, courage, foi, espérance, charité)

Telles sont les vertus qui ont animé votre cœur. Elles vous ont fait pénétrer l'Univers vivant en identifiant votre propre existence à celle des êtres qui le peuplent. Vous faites maintenant partie intégrante de cet univers dont vous êtes devenu l'un des éléments conscients. Prenez la main du Chevalier qui se tient à vos cotés et qui est parvenu à la même intégration que vous par l'autre chemin. A vous deux, désormais, vous représentez deux aspects du cosmos, intimement combinés. Ainsi réunis, indissolublement liés, vous allez réaliser le troisième aspect : l'action, Mais l'action, c'est en ce monde que vous l'accomplirez. Vous savez où elle doit conduire. Vous avez entrevu le but à atteindre. Nous n'avons plus d'autre enseignement à vous donner. Vénérables Maître des Cérémonies, amenez les récipiendaires au pied de l'autel. (Quand ils y sont, et s'adressant à eux) :

A genoux, Chevaliers, (Et, s'adressant à tous les Chevaliers dans les camps)

      Debout et à l'ordre, Chevaliers, glaive en main.(Le Commandeur glaive en main, vient au bord de l'autel et s'adressant aux récipiendaires):

Avant de procéder à votre consécration, je dois requérir de vous les serments qui définissent vos nouvelles obligations.

Excellent Orateur, veuillez formuler, l'un après l'autre, les serments par lesquels les nouveaux Kadosch vont s'engager. (Et s'adressant aux récipiendaires)

Après l'énoncé de chacun des serments, chacun de vous étendra la main droite sur le glaive que je lui présenterai, placera la main gauche sur le cœur et dira : "Je le jure"(Le porte-étendard incline l'étendard ail-dessus des récipiendaires)

L'ORATEUR

Premier serment

Je jure fidélité, jusqu'à la mort, aux lois et règlements de l'Ordre Ecossais.

Je jure obéissance à mes supérieurs dans 1"Ordre en tout ce qu'ils me commanderont de non contraire à l'honneur.

Deuxième serment

Je jure de faire mon devoir uniquement parce qu'il est mon devoir, sans souci de mes intérêts, de ma renommée ou de mon orgueil. Je jure de consacrer mon intelligence, mes discours, mes actions, mes forces et ma vie à l'accomplissement des buts qui sont ceux de l'ordre; de travailler à la réalisation de l'unité de l'espèce humaine par le moyen de son élévation spirituelle ; au succès de ce qui rapproche les hommes et à l'échec de ce qui les divise; au triomphe du bien sur le mal, de l'ordre sur l'anarchie, de la raison sur les préjugés et les croyances aveugles, de la sagesse sur les passions, de la liberté de conscience, de parole et d'écrits sur toutes les oppressions quelles qu'elles soient.

Troisième serment

Je jure de ne jamais causer de tort à aucun Chevalier Kadosch, de ne médire d'aucun ni d'en calomnier aucun; de me porter, au contraire, au secours moral et matériel de celui que je verrais en péril ou en détresse ou qui ferait appel à moi. Je jure de coordonner mon action avec celle des autres Chevaliers Kadosch et de leur prêter assistance dans leurs entreprises en faveur de l'Ordre et de ses buts.

(Quand les trois serments ont été prêtés individuellement par les récipiendaires : )

LE COMMANDEUR

Acte est pris de vos serments. (Il étend son glaive au-dessus des têtes des récipiendaires : )

A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France du Rite Ecossais Ancien et Accepté, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous sacre Grand Elu Chevalier Kadosch ; je vous investis des devoirs, charges et dignités afférentes à cette qualité et vous confère la faculté de jouir de tous les droits et prérogatives attachés à ce grade. (Il frappe successivement de la lame de son glaive l'épaule droite puis l'épaule gauche de chaque nouveau Chevalier) Chevaliers, relevez-vous et recevez de moi, au nom de tous les Chevaliers Kadosch, l'accolade fraternelle. (Le porte-étendard remet l'étendard à sa place et le Maître des Cérémonies décore les nouveaux Chevaliers des attributs de leur grade. Il remet à chacun d'eux un glaive. (Le Commandeur reprend sa place à son trône puis, s'adressant aux nouveaux Chevaliers :)

Chevaliers, vous êtes armés maintenant pour votre combat. Votre arme n'est point le poignard du sicaire, ni le couperet du bourreau, ni le stylet du calomniateur, car les moyens de votre action se situent sur un plan supérieur. Votre arme est le glaive flamboyant de Saint-Michel, la lance inflexible de Saint-Georges, le Caducée de Mercure. Ce que vous toucherez de sa pointe doit se trouver par la-même ennobli et se ranger à vos côtés au service de la cause pour laquelle vous combattez.

Allez dans le monde, seul, univers complet, responsable devant votre conscience faite de connaissance et d'amour. Nous n'avons pas de mot d'ordre à vous donner. Tant que vous agirez en conformité avec nos principes, vous ne pouvez pas vous tromper. Ce n'est pas tant de notre Ordre que, sur votre vie, vous devenez le défenseur, mais de ce que notre Ordre représente et de ce qu'il sert. A travers lui, et par l'investiture qu'en son nom je viens de vous conférer, vous êtes désormais le soldat de l'universel et de l'éternel. Vous réfléchirez avant d'agir, de parler ou d'écrire afin de vous assurer, en ayant toujours présent à l'esprit l'enseignement de notre sublime doctrine, que vous agissez, parler ou écrivez dans le sens qui vous a été ainsi prescrit.

Vous animerez les énergies autour de vous, aussi bien dans le monde profane que dans les ateliers des degrés inférieurs à celui-ci. Nous vous commandons d'y stimuler les ardeurs, de les rassembler, de les coordonner et de les faire converger vers le but assigné.

Pause

Vénérable Maître des Cérémonies, veuillez reconduire les nouveaux Chevaliers entre les deux camps. (Quand ils y sont) :

Il me reste maintenant, à vous faire connaître et à vous expliquer les mots, signes, attouchements, du grade qui vient de vous être conféré. (Au fur et à mesure des explications dit Commandeur, le Maître des cérémonies fait aux nouveaux Chevaliers les démonstrations nécessaires et s'assure, pratiquement que l'enseignement a été retenu. )

Le grade de Kadosch ne comporte pas de tablier. A quoi pourrait servir un tablier, puisque vous avez maintenant achevé le travail qui doit s'accomplir à l'intérieur du Temple.

Le cordon que vous portez de gauche à droite, indique que votre raison et votre cœur vont désormais commander votre main ; il soutient comme bijou un poignard, symbole d'action et de combat. La couleur noire de ce cordon vous rappellera que l'homme qui se régénère, c'est à dire qui se spiritualise, dépouille, pour ainsi dire, l'homme de chair et franchit les portes de la mort pour entrer dans le cycle de la vie éternelle.

Vous vous mettez à l'ordre en tenant le glaive de la main gauche, la main droite sur le cœur, les doigts écartés.

Vous ferez le signe en laissant retomber la main droite sur la cuisse droite et en fléchissant le genou droit.

Dans l'ordre du tuilage, le signe est la demande muette du mot de passe.

Le premier mot de passe est NEKAM ADONAI

Puis le tuileur vous dira : BEGOHAL - KOL : Je proclame le principe.

Vous répondrez : BARAH ETH . KOL : Tout procède de Lui.

Le mot de passe est la demande de l'attouchement ni qui se fait de la façon suivante :

La pointe du pied droit contre la pointe du pied droit du Tuileur, genou contre genou, vous lui présenterez le poing droit fermé, le pouce seul levé. Le tuileur vous saisira rapidement le pouce de la main droite et vous reculerez tous les deux d'un pas. 

Vous direz : HABORACH (je loue).

Le tuileur répondra : ETH - ADONAI (l'Eternel ).

Vous donnerez ensuite le mot sacré : MI KAMOHA - BA ELIM ADONAI 

Qui d'entre les Forts, est semblable à toi, Adonaï ? 

Puis vous direz votre âge symbolique : "un siècle ou plus" ou " je ne compte plus", car le 30° degré ne comportant plus aucun enseignement didactique, aucun nombre ne peut symboliser le point d'évolution où est parvenu l'Initié à ce grade, puisque cette évolution est désormais complète.

Après avoir satisfait de cette façon au Tuilage, vous frapperez à la porte du Temple par sept coups ainsi cadencés :

l l     l l     l l     l 

Puis vous entrerez par trois pas ordinaires précipités, en plaçant, croisées sur votre tête, les mains entrelacées, les paumes en dedans. Après les trois pas, vous vous arrêterez, vous vous mettrez à l'ordre, vous saluerez le Très Eminent Commandeur par le signe et vous porterez horizontalement le bras droit en avant, le -poing vertical, le pouce levé, comme si vous présentiez une épée en la tenant par la lame, la garde en haut. Vous prendrez place ensuite dans l'un ou l'autre camp.

Cette instruction pratique est maintenant terminée.

Vénérable Maître des Cérémonies, conduisez les nouveaux élus aux deux Eminents Grands Juges pour qu'ils leur donnent les mots, signes et attouchements qui viennent d'être indiqués. (Quand cette formalité est accomplie )

Le 1er Grand Juge

Très Eminent Commandeur, les mots, signes et attouchements sont justes et parfaits.

Le Commandeur

 Debout et à l'ordre. Chevaliers, glaive en main.

Eminents 1er et 2ème Grands Juges, je proclame les Chevaliers que vous voyez présents entre vos deux camps, Grands Elus Chevaliers Kadosch. Veuillez inviter les Chevaliers présents dans vos camps à les reconnaître en cette qualité.

Le 1er Grand Juge

Chevaliers du Camp du Midi, je vous invite à reconnaître désormais pour Grands Elus Chevaliers Kadosch, les Chevaliers présents entre les deux camps.

Le 2ème Grand Juge

Chevaliers du Camp Nord, je vous invite à reconnaître désormais Grands Elus Chevaliers Kadosch, les Chevaliers présents entre les deux camps.

Le Commandeur

Chevaliers de l'un ou l'autre camp, je vous invite à vous joindre à moi pour célébrer par une chaleureuse batterie nos heureuses acquisitions.

A moi par le signe et la batterie. Prenez place, Chevaliers.

Je donne la parole à l'excellent Orateur.

(Après le discours de l'Orateur les travaux sont clos en la forme rituelle)

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