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De L’Ordre des Elus-Coëns et de la doctrine de leurs initiations (extrait)(2)

23 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

Extrait du Catéchisme de I'Apprenti Symbolique.

La maçonnerie est le tableau de l'Univers, l'Archive des Conventions de Dieu avec l'homme et le Canal de notre puissance. Je fus reçu Maçon dans le néant au sein de Dieu, le grand architecte m'a reçu. Il m'a tiré du néant par un cérémonial, trois caractères et une Parole. Il me plaça dans un lieu de délices, me développa tout et me fit chef sur les deux ............................................ ; il m'ordonna de l'aimer par dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même. il me défendit de m'égaler à lui: Je ne restais dans ce lieu qu'autant de temps qu'il fallait pour connaître ma puissance et d'en jouir. Je fus désobéissant pour mon malheur; mon crime étant de vouloir m'égaler à mon créateur. Pour ma Punition il me chassa du lieu des délices et me livra aux caprices de ceux qu'il m'avait donné pour su jeter, je ne repentais et Dieu me rendit au partie de mes connaissance et permit de me soutenir dans ma faiblesse.

J'entends par caractères et Cérémonial certains actions et figures que le G.A. a prescrit et donné pour marquer de son assistance.

J'entends par hiéroglyphes le signe naturel d'un Elu de quelquefois conventi­onnel vers dans son tout et dans son détail.

Le G.A. avait donné le Plan de cet édifice et celui qui procède de l'un et de l'autre en a détaillé les matériaux et le maçon de pratique avec celui qui est les ont placée, il est divisée en souterrain représentant la partie terrestre et matérielle.

- rez de chaussée : spirituelle,

- partie supérieure : Céleste.

Celle-ci servait à y renfermer l'Arche et la Grande Parole Sacramentelle. Salomon et ceux qui étaient constitués pour la conduite temporelle du peuple travaillaient dans le souterrain. Salomon connaissait le règne animal et minéral depuis l'hysope jusqu'au cèdre. Les Prêtres travaillaient au rez de chaussée à la partie spirituelle. ils avaient droit aussi sur la partie matérielle, car celui qui peut le plus peut le moins.

Le spirituel est divisé en 7 parties connues sont les 7. noms des Planètes. Les Prêtres opéraient sur 21 cercles différemment. ils invoquaient l'un se concili­aient l'autre et ordonnaient aux autres.

Les Prêtres d'aujourd'hui sont puissants car ils sont les sacrifices réels comme ceux de l'A.J. la prière et exorcisme.

L'homme est un ange attaché à la Matière pour faire ses preuves.

La Colonne signifie la peuplade de Seth. La pomme de grenade le nombre immense d'Esprits qui font sorte de cette souche. Les Lys signifient la végétation de cette souche. Les dimensions 18. 12. 3. et 5. signifient le nombre des Patriarches, des Pontifes et des Juges avec les apparitions du maître.

La colonne J rappelait celle de pierre qu'Enoch avait faite et représente les Evènements avant le déluge.

Les pierres élevées par Enoch représentent les enfers du Seth.

Elle porte le nombre 3 parce que le grade d'apprenti doit nous rappeler les principes constitutifs des premiers éléments.

Le rapport est que 1.). L’Univers est divisé en 3 le monde céleste spirituel et terrestre 2). Le spirituel est divisé en 3 le spirituel fixe, le fixe et le spirituel en général. 3) la matière se divise en trois et la connaissance de ces trois subdivisions de la matière donne le nombre 9.

Sur cette colonne était appuyé le T Elle portait un des mots ineffables
aux noms desquels était élevé cet édifice et ce même mot était celui de la puissance d'Adam. Le pavé mosaïque représente par ses trois couleurs les 3 éléments matériels; le noir la terre, le rouge le feu, et le vert l'eau. La pierre brute représente qu'il y avait eu temps ou tout était en inaction.

Le soleil, la lune etc. signifient le firmament sous lequel les maçons doivent travailler.

La profondeur et la hauteur des Loges c'est-à-dire les opérations des Maçons s'étendent sur les quatre parties du monde.

La boite dans laquelle on dit que le secret doit être renfermé, en forme d'Arche et des clefs d'ivoires c'est la bouche car le secret consiste dans la parole.

Catéchisme du Compagnon Symbolique

Je me suis fait recevoir à cause de la lettre G. qui signifie Géométrie non pas la simple qui n'a pour objet que l'étendue et le mouvement des corps mais celle qui s'étend sur tous les Etres. L'Etoile flamboyante représente le grand Architecte de l'Univers.

J'ai voulu pénétrer les secrets de la divinité comme Cain, Core, Salomon, les ouvriers de la tour de Babel, et c'est ce qui m'était défendu. je n'étais point destiné à prononcer les paroles de la Maîtrise spirituelle. J'ai voulu pénétrer dans le sanctuaire par la porte d'Occident, j'étais destiné aux arts mécaniques à la partie matérielle de l'Occident. Mon travail était de connaître les sympathies et les antipathies des trois règnes. Je ne peux attaquer la partie spirituelle sans être vingt de l'ordre des vingt. il m'a été accordé une 4me opération pour le 4me cercle qui a été le prix de G.A. de l' Univers. J'ai voulu aller plus loin, je suis devenu pervers et le nombre de la perversité. est 5.

J'ai travaillé sur la pierre cubique c.à.d. je me suis servi du Pentacle, j'y ai aiguisé ma langue qui est le vrai outil des maçons en proférant les mots de puissance qui y sont dessus pour faire mes opérations.

Ceux qui ont travaillé à Booz (force) ont voulu être forts contre Dieu. L’Ecriture les nomme Géants. Elle rappelle la colonne d'Enoch qui représente la postérité de Cain qui s'était retiré au midi. La partie du midi en sens spirituelle nous représente sa malédiction, le parfait et la partie Diabolique: Libera nos Domine a demonis méridiane. La hiéroglyphe Boaz veut dire terre perverse.

Je marche en zigzag pour prouver que mes pas n'étaient pas en droiture et que je me suis égaré. Le zigzag est l'hiéroglyphe du feu.

La craie, le charbon et la terrine, tous les vrais maçons s'en servent pour toutes leurs écritures et caractères.

Le Temple est situé dans la vallée de Josaphat auprès d'une haute montagne où l'on a jamais entendu coq chanter, Lion rugir ni femme parler, etc.

 

Catéchisme du Maître Symbolique

L'acacia m'est connu car celui qui est annoncé par le chap. d'Isaïe m'est connu, s'est souvenu de lui que je suis maître. Le G.A. m'a reçu maître. Il m'a reçu à l'Orient qui veut dire spirituellement Dieu; partout ou nous recherchons Dieu est l'Orient.

Dieu est le centre car c'est à lui qu'on doit tout rapporter.

Le globe dans le style spirituel et un parfait triangle dont les points font le midi, l'occident, le septentrion.

Je fus reçu maître sur le tombeau de notre maître qui est la terre. Je fus reçu en recevant une convention; par une Cérémonie et une parole sacramentelle, cette parole fut perdu et retrouvé et m'a été donné par................................................................................. qui préside à cette Loge.

J'entrais à reculons dans la Loge parce que Noé entrant dans l'Arche ignorait son sort.

J'ai passé de l'Equerre au compas: Noé sortant de la Coën de la nature qui est signifié par l'Equerre passa par les descendants à la Lais écrite désignée par le bombas la loi naturelle fut succédée par des loi sévères. genes .17 . chap .

Les 9 tours que j'ai fait en Loge signifient les Patriarches, la branche sur le tombeau signifie la branche d'olive que la Colombe apporta. La parole fut changée parce que le G.A. communiqua à Noé un nouveau mot de puissance. Mon élection et celle d'Adam qui finit à Abraham. J'ai appris dans le 7ème cercle outre la connaissance des sympathies la communication qu'ils ont avec le céleste et le spirituel.

Il y a deux maîtrises, la spirituelle et la temporelle désigné par les deux glaives, le Pontife et le Roi.

Le nom de la Colonne de la maîtrise placée dans la partie orientale de temple de Salomon - Je ne peux la dire qu'en Cérémonie.

Midi et minuit. Les travaux maçonniques commençant par un quartier de la journée et ne doivent durer qu'une heure.

Mon âge est 7.7.7. parce que la dissension survenus dans le temple m'a empêché d'acquérir le nombre de perfection que je désire.

Un chevalier maçon est un homme libre égal aux Rois ami des Païens et des pauvres s'ils sont vertueux.  

Catéchisme du Maître particulier

On connaît que je suis maître par ma marche et les circonstances de ma réception à la maîtrise et par mon travail aux cercles d'expiations. J'ai passé d'un triangle aux cercles.

Le maître travaille à la subdivision de la matière terrestre temporelle.

Cette subdivision enseigne la connaissance des trois principes spiritueux qui compose le corps général terrestre, le Céleste et celles des Corps particuliers permanent sur la surface de la terre.

J'ai été admis à la maîtrise comme un scélérat tristement vêtu, la corde au col.

Un être compagnon qui est parmi nous m'a assisté dans ma réception.

Il y a le cercle d'expiation qui font allusion aux 6 puissantes pensées que le G.A. employa pour la Construction de son temple universel.

Dans ces circonférences j'ai observé quatre branches mystérieuses, une de Palme, de Cèdre, d'Olivier, de Saule.

J'ai vu une boule de terre une creux d'airain avec une Urne enflammé. Les figures des caractères et des lumières innombrables.

La Palme signifiait la Puissance du Dieu vivant, le Cèdre la Puissance du Dieu de vie; l'Olivier celle de l'Esprit, la Saule, la mort, ou la prévarication, la boule de terre l'origine de ma forme corporelle, l'Eau et l'Urne enflammé les 2 principaux éléments qui la soutiennent dans tout son individu, les figures et les caractères la vertu supérieure des différents corps supérieur au mien, le nombre infini de l'univers celui des Agents spirituels.

Le Maître et les deux surveillants représentent le premier la Pensée du Créateur le ler surveillant son action et le 2d son opération.

Les maîtres d'un pas tremblant parce que ci-bas tout est terreur et tenebris. Les trois colonnes désignent trois différentes branches de l'Acacia. L'Aca­cia franc désigne l'Etre spirituel, l'Acacia entre ses disciples, et les sauva­ges les profanes erreur.

Le maître doit finir la recherche des sciences prohibée par la loi Divine se préserver de l'ignorance et ne jamais abuser de sa puissance spirituelle et matérielle.

Le nombre du Maître particulier et le Novaire il désigne 1) la sujettion du maître particulier au travail de la matière comme être imparfait dans l'onde. 2) l'incertitude de ses opérations spirituelles temporelles. 3) la réintégration de ses principes et de son individu corporel.

Les 3 chandelier à 3 branches signifient les 3 différentes Classes d'Esprit qui désignent et actionnent le temple général terrestre figuré par les 3 grades ou classes du Porche.

Catéchisme Maître Coën

On me reconnaît par le régularité de mon entrée au cercle de la réconciliation par mes opérations et par les puissances de ma parole. Ils travaillent au combat perpétuel des ennemis de la loi divine et de ceux des hommes ordinaires de la terre.

L'Attribut est le globe terrestre et l'Equerre. Le globe terrestre représente la douleur sensible qu'endura toute la nature par les coups que furent portées sur la personne chère de l'Elu chéri du Créateur, le poignard désigne la justice et l'Equerre la sublime perfection de sa vertu et Parole puissantes avec laquelle il a réconcilié la terre avec l'homme et le tout avec le G.A. de l'Univers.

La décoration du M.C. est  La bande noir par 5 réceptacles ou globes et une tête de mort surmontée de 3 poignards.

la bande désigne l'affreuse demeure de l'homme de matière dans laquelle le Maître Parfait Elu a opéré la réconciliation des profanes mortels. Les 5 récepta­cles les 4 opérations que l'Elu divin a opéré dans les quatre régions et la 5me celle qu'il a opéré en faveur de ses disciples. Le globe figure la satisfaction que ressentirent les trois différents matières de la terre.

La tête etc. désigne la pensée l'action et l'opération des ennemis des Elus choisis par la puissance divine ainsi qu'il est figuré par les trois nations qui ont porté leurs coups sur le maître parfait. le sont l' Hébreux, le Gallien et je sais le 3me. La première vers l'orient, l'autre vers le midi et la troisième vers le septentrion.

Les deux colonnes brisées marquent la gradation de la puissance des deux êtres corporisé et figurés par les deux colonnes du temple, dont celle vers le septentrion figure le corps masculin et celle du midi la femme.

Les chapiteaux détachés font allusion au détachement que l'esprit bon conduc­teur a fait de l'homme a cause de sa préconisation et en le laissant opérer seul dans l'erreur.

Le chandelier à 9 bouches figure les 9 Agents spirituels qui opèrent et éclai­rent dans les 3 régions matérielles temporelles.

J'ai l'âge 3. 5. 6. 7. 4. 8 ans.

La première allusion désigne les différentes opérations supérieures divines que la Maître parfait Elu a opéré envers le créateur en faveur de la nature universelle la seconde le nombre ou temps qu'il a mis à remplir tous ses devoirs d'Homme Dieu et divin parmi les hommes. Le nombre essentiels sont 7. 8..

Le quaternaire fait allusion à l'origine et à la Puissance de l'Elu, le 7. aux facultés qu'il a reçu des son émancipation et l'Octonaire à la double Puissan­ce que l'Etre chéri du très haut eut en lui lorsqu'il vint opérer la réconciliati­on des hommes. Tout M.E. peut se procurer ces facultés, propriétés et même vertus se sait se rendre parfait car il en a la puissance.

On ouvre à neuf heure pour faire allusion à la 9ème heure des trois derniers jours ou le réconciliateur finit ses opérations spirituelles temporelles, en faveur des hommes de la terre.

Il rendit ensuite 4 paroles que j'ignore encore, elles sont figurées par Hely, Lama, Laba, taris.

Je suis reçu dans un temple régulièrement assemblé par la pensée l'action et l'opération spirituelle divine, mon corps renversé dans 3 circonférences fournit un rectangle parfait appuyé sur un double triangle équilatéral et secondé par 4 cercles de correspondance d'opération pour ma réception.

Le temple représente le lieu consacré aux opérations du M.E. ainsi que le maître parfait le désigne lui même à ses disciples par les opérations faites sur le temple général terrestre. Les 3 cercles désignent les 3 sous du maître parfait, l'Admiration l'Entendement et la     contemplation. les 2 triangles lié ensemble désigne l'origine de mon corps intimement lié avec le corps général terrestre; Le réceptacle la terre sur laquelle toutes choses était opérées en faveur de l'homme ainsi que toutes choses spirituelles divine se sont opérées sur le corps du maître parfait avant sa mort.

Les cercles de correspondance désignent les habitants des 4 régions célestes qui ont assisté à toutes les opération temporelles et spirituelles que le maître parfait a fait pour rappeler l'homme à son premier principe.

Les 6 marques authentiques que j'ai reçu sur mon corps me caractérisent M.E. sur la tête sur les deux mains sur les 2 pieds et sur le coeur.

La tête désigne et c'est là que son tribut a satisfait à la justice du Créateur. La main gauche celui que les habitants du midi payent à la justice divine, la main droite celui que les habitants du septentrion ont payé pour leur affliction spirituelle, celle des pieds désigne le Sceau que le Créateur fit mettre sur la matière lors de son état d'indifférence pour la rendre susceptible d'impression celle de la partie du Coen la puissance des différents agents spirituels que le créateur avait marqué de son sceau invisible pour coopérer à la formation des essences spiritueuses de la première matière dont tous les corps matériels et terrestres sont émanés. C'est de là que les premiers sages ont professé l'offrande du Coën et de l'âme au Créateur.

Les trois coups de poignard, celui sur la gorge désigne la renonciation que l'homme fait de toutes espèces de sciences autre matière contraire à la loi divine et l'ordre permanent de la partie d'Orient; celui du Coën la partie du midi; il explique le même sujet que le premier. Le 3me sur le bas du ventre du côté droit la partie septentrionale; il a la même rapport; le quatrième sur la terre désigne ces 4 renonciations par le Plomb, l'Or, le fer et Cuivre 1) la Condensation et la gravité; 2) la sublimité des essences spiritueuse de la même matière; 3) La solidité de la vertu; 4) le symbole de la corruption et la malédiction du Créateur après la prévarication de l'homme.

Les M.E. voyagent en circonférences formées par 9 ou 27 pas et le glaive à la main pour combattre leurs ennemis.

Il faut fuir 1) toute société clandestine qui enseigne des instructions apocryp­hes et contraires à la loi divine; 2) toute profanation des choses spirituelles; 3) soumission au régime de vivre de l'Ordre.

L'Equerre et le Compas intimement liés signifient l'intime liaison de l'âme avec l'esprit.

Le nom du M.E. est Hyely en hébreu, Hely en langue vulgaire et signifie réceptacles de la Divinité ou dédicace de ses profines acuores.

Le nom du M.E. temporel est Réaux en hébreu roux en langue vulgaire et signifie homme Dieu de la terre, élevés au dessus tous ceux spirituels tempo­rels ou réceptacle spirituel temporel sur lequel la glaive et la justice du Créateur s'opèrent.

Dans ma réception mon corps était placé au centre de 6 circonférences forment un carré long et 4  parfaits je n'ai rien vu que l'Esprit humain puisse comprendre, car j'étais privé de l'usage des sens corporels et spiritu­els.

J'ai vu ensuite une vaste lumière, un bruit effroyable et 3 grandes Colonnes sur ces 3 Colonnes il y avait 3 hiéroglyphes séparément mises en formes de triangle qui représentaient les 3 différentes essences Spiritueuse qui compo­sent les corps général terrestre céleste et particulier.

Les nombres dont on doit se servir sont 3, 2, 5, 6, 7.

Le nom de l'apprenti .C. est W.J.S.A.

II y a 7. sortes de figures ou signes.

Le signe particulier est la main droite appuyé en Equerre sur la partie du Coën et la main gauche en Equerre de champ sur lunaire.(?)

Les 7. signes font allusion à S.V.J.M.M.R.S.L.L.

Le temple est appuyé sur trois puissantes colonnes, Une vers l'Orient, l'autre vers le septentrion et la troisième vers le midi.

On voyage de l'Est à l'Ouest et de Nord au Sud.

La batterie est 3 coups lents qui font allusion aux 3 principes qui composent le temple corporel de l'Apprenti, le souffre, le sel, le Mercure.

Le souffre est appliqué à la partie aqueuse (?).

Le sel à la partie pelliculaire et membraneuse.

Le Mercure à la partie fluide.

La partie solide désigne le corps général terrestre.

Fluide : la partie solaire

Pelliculaire :  la partie septentrionale

L'Univers est composé de cinq sortes de temples.

Le simple signifie le corps de l'homme.

le parfait : le corps universel

le symbolique : le corps général terrestre

le juste : le corps inférieur matériel

L' Aparyphe, le conventionel que les hommes efforcent d'établir dans l'erreur.

L'Attribut de l'Apprenti .C. est une Perpendiculaire; il sert le maître depuis Lundy jusqu'au Samedi; son travail commence à midi plein et finit à minuit. Ma réception m'a coûté ma bonne volonté et une pièce d'or évaluée au dessus des statuts généraux et particulier de l'Ordre. On place dans la Loge le soleil pour apprendre à connaître parfaitement la faculté la fer élémentaire et la lune pour propriété dans l'acte de conception et de végétation. On monte 7. marches.

Catéchisme du Grand Architecte

J'ai vu le buisson ardent au bas de la haute montagne qui est situé au centre de la haute montagne qui est situé au centre de l'Orient outre les 4 attributs. Je les nomme, ga, mo, ba, ri, on, ac, Du, ru, ri, ne, ac, a.

Je suis parvenu aux attributs par des voyages par terre et par mer; J'ai rencontré 4 hommes, l'un d'or et d'azur, l'autre de noir et d'argent, le 3me de rouge et de l'or; le 4me d'or et vert qui partaient un étendard blanc croisé de rouge. Ils disaient qu'ils allaient au mont Capital déposé leur étendard ils portaient aussi 4 branches. dont je ne sais pas la signification.

Le nom du mont Capital est: ma. j. ne. si.

Je fus reçu au bas de la montagne parce que ne pouvant soutenir l'éclat du grand soleil je devais m'arrêter à un pas. Je fus reçu entre trois Equerres mon corps renversé la face contre terre, au centre de 4 attributs dans le grand cercle de circonférences.

Un grand chevalier d'Orient habillé de 171 couleurs m'a reçu. Les couleurs désignent la force, son pouvoir et sa toute puissance. La force parce qu'il a supporté l'ardeur de la grande lumière, son pouvoir parce qu'il a reposé 6 Jours dans la sanctuaire, sa puissance parce qu'il a été pourvu de 7 sous et qu'il a pu enfin finir en six jours ce que les autres peuples ensemble ne pouvaient faire dans 7 ans et plus.

Mon âge est un terme juste plus que parfait et non limité. On m'appelle juste dans tous mes noms. On se met en ordre: l'Equerre gauche horizontalement sur le front et le droite élevée.

 

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De L’Ordre des Elus-Coëns et de la doctrine de leurs initiations (extrait)(1)

23 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

Il a été introduit à Paris vers 1775.

Les Elus-Coëns ont toujours affiché de grandes prétentions: ils n'ont admis qu'un petit nombre d'hommes choisis, encore les ont-ils reçus avec beaucoup de circonspections. Il était un moyen de faire valoir l'institution et de conser­ver les secrets des formules d'initiations. Mais ils eussent atteint ce but bien plus sûrement, s'ils n'eussent rien écrit sur leurs mystères. L'expérience a prouvé que tout ce qui est confié au papier est divulgué tôt ou tard, et devient le partage de personnes qui n'ont aucun motif pour garder le silence.

C'est ce qui est arrivé à l'égard des rites des Elus-Coëns. Après la mort de M.de Saint-Martin, on a trouvé les cahiers des grades ainsi que les instructi­ons et règlements manuscrits. La famille a disposé de sa succession maçonni­que en faveur d'un de ces amis, qui n'a fait aucune difficulté de les commu­niquer à quelques frères qui en ont tiré des copies. M. Savalette de Langes, qui appartenait à la secte, les avait ainsi; on sait que ses manuscrits ont été vendus avec sa bibliothèque. il est résulté de tout cela que, malgré les initiés eux-mêmes, les mystères des Elus-Coëns. ont été divulgués comme toutes les autres.

Ainsi nous pouvons facilement donner des détails authentiques sur ce rite; nous avons la certitude qu'ils ne seront pas démentis par les Ff. Coëns; nous en connaissons encore quelques-uns à Paris et dans l'étranger.

La création de l'homme, sa désobéissance, sa punition, les peines du corps, de l'âme et de l'esprit qu'il épreuve, forment l'ensemble de la doctrine d'initiati­on dans le rite des Elus-Coëns.

Sa régénération et sa réintégration dans sa primitive innocence ainsi que dans les droits qu'il a perdu par le péché original, sont le but qu'on se propose. D'après ce mystère, l'homme qui se présente pour être reçu, n'est, aux yeux de la secte, qu'un composé de boue et de limon. Les chefs de cette société théocratique lui donnent la vie, à condition qu'il s'abstiendra de goûter les fruits de l'arbre vivifiant. Il est séduit; il oublie sa promesse; il est puni et précipité dans les flammes. Mais bientôt il renaît à une vie nouvelle: il est réintégré dans sa dignité primitive, si des travaux utiles, si une vie sainte et exemplaire l'en rendent dignes.

Voilà ce qu'on apprend aux initiés de la première classe dans trois degrés qu'on appelle, apprentissage, compagnonnage et maîtrise, dont, ainsi qu'on en pourra juger, la genèse a fourni le programme.

L'homme ayant recouvrit ses droits primitifs, et s'étant rapproché de son créateur par une vie spéculative, est animé du souffle divin. Il devient propre a connaître les secrets les plus cachés de la nature; la haute chimie, la cabale, la divination les sciences ontologiques (métaphysiques) ne sont pour lui que des connaissances communes, dans lesquelles il peut être instruit facilement.

Ces êtres privilégiés forment la seconde classe dans l'ordre des Elus-Coëns. Ces classes se subdivisent en plusieurs autres (1) dans lesquelles on enseigne aux initiés, en raison de leurs goûts ou de leur génie, la cabale et les sciences occultes dans toutes leurs parties.

(1) Voici la nomenclature des degrés d'avancement dans cet Ordre:

 

Première classe: Apprenti - Compagnon - Maître - Grand-Elu.

Deuxième classe: Apprenti-Coën - Compagnon-Coën - Maître-Coën - Grands architectes - Chevalier commandeurs.

Suivant ce plan on voit que l'Ordre des Elus-Coëns a dû réunir, non seule­ment toutes les personnes qui avait des goûts pour les connaissances surnatu­relles, mais encore toutes celles qui se faisaient remarquer par des opinions singulières en matière de théologie mystique, tels que les sectateurs de Martinès Paschalis de Swedenborg, etc. Tout le monde sait, en effet que Saint Martin, le baron d'Holbach, Duchanteau et beaucoup d'autres, étaient membres de cet Ordre; il est probable que c'est de cette école que sont sortis beaucoup d'ouvrages philosophiques, plus ingénieux que solides.

Les Elus-Coëns se sont constamment fait remarquer non seulement par les connaissances variées des membres de leur association, mais encore par leur mœurs thérapeutiques, on comptait autrefois parmi eux, en France et dans l'étranger, beaucoup de savants modestes dont les leçons tendaient a inspirer l'amour du prince, de la patrie, de la justice et de l'humanité.

Après avoir donné ces notions succinctes de l'ensemble de la doctrine des Elus-Coëns, nous offrirons aux lecteurs quelques détails sur leurs initiations, qui ne seront pas déplacés dans un ouvrage dont le but est de donner en quelque sorte, le tableau des mystères des sectes maçonniques.

Celui qui veut être reçu est obligé de se présenter lui-même pour solliciter son admission. Des personnes sont envoyées pour l'examiner, connaître son nom, sa patrie, ses opinions religieuses. Si toutes les conditions exigées des candidats se trouvent réunies dans celui-ci, on le fait mettre à genoux et prêter serment, 1° de discrétion, 2° de fuir la débauche et les jeux publics, 3° de ne point fréquenter les femmes publiques, de ne point commettre d'adultère, et enfin d'être fidèlement attaché aux statuts de l'Ordre.

Ces préliminaires remplis, on l'invite à se retirer. Sa réception n'a lieu que plusieurs jours après.

1erpoint de la Réception d'un Elu-Coën

Quatre chambres sont indispensables pour ces initiations, 1° le parvis; 2° une pièce qu'on appelle le porche, 3° une autre qu'on appelle le temple ou le tribunal; 4° et enfin une chambre dite de retraite. C'est celle dans laquelle le candidat est livré à ses réflexions.

Chaque Loge de Coëns doit être pourvue des instruments suivants; savoir: une machine propre à imiter le tonnerre; trois autres propres à former des éclairs; une terrine avec des charbons allumés; un vase plein d'eau; un vase contenant de la terre pétrée; trois draps, l'un rouge, l'autre noir, et le dernier blanc; un crayon noir; un escalier à vis; se divisant en trois paliers de 3, 5 et 7mar­ches, sur la dernière des quelles doit se trouver une trappe et des trous placés triangulairement pour donner passage à des flammes; une branche de palmier, une de cèdre, une d'olive et une de saule; trois baguettes, une de houx, une de frêne et la troisième de coudrier; un encensoir, des parfums, et trente bougies dans des flambeaux qui doivent être distribués autour des cercles ou circonférences tracés au milieu du temple: ces cercles représentés figurativement le centre de l'univers.

Les officiers nécessaires à l'ensemble des cérémonies des réceptions sont: un Tout-Puissant Maître, un Très-Respectable Maître, une Très-vénérable Maître, deux Surveillants, un Vicaire qui est le chef des tuileurs, un Maître conducteur en chef qui dirige les Maîtres des cérémonies.

Le T.P.Maître préside dans le temple avec deux Surveillants.

Le T.P.Maître préside dans le porche aussi avec deux semblables officiers. Le T.P.Re Maître a la direction des parvis.

Nous avons réuni tous ces détails ici pour ne point interrompre l'historique de l'initiation de l'Elu-Coëns.(1)

(1) Nous passons sous silence toutes les formalités exigées pour l'ouverture des loges de Coëns, et enseignées dans un rituel fort détaillé. Ceux qui pourront se procurer cette pièce assez rare, y trouveront les cérémonies d'entrée dans le temple, les prières qu'on adresse à l'Eternelle les cérémonies d'introduction des Ff. des hauts grades, les exhortations aux surveillants, la cérémonie des poignards, la manière de distribuer les mots courants, d'ouvrir les portes du temple et du porche, celle de les fermer, ils y verront comment les mots sont rendus aux réaux et aux grands officiers, les prières de fermetu­re ou action de grâce; comment on allume et éteint les bougies, les batteries, etc. Ces détails sont étrangers à notre plan, en ce qu'ils tendraient à dévoiler les secrets matériels  de cet Ordre ce qui n'est pas dans notre intention.

Le néophyte qui a reçu l'avis du jour de son admission, se rend au parvis et est immédiatement renfermé dans la chambre de retraite.

Pendant ce temps, les branches de palmiers, de saule, d'olivier, le vase de feu qui est le symbole du feu élémentaire et ceux qui contiennent l'eau et la terre pétrée sont disposés circulairement autour des circonférences. Ceux qui doivent lancer la foudre et les éclairs occupent leurs places; le conducteur en chef prend la sienne, ainsi que le vicaire. Tout étant en ordre, le V. Maître traverse le parvis et se rend dans la chambre de retraite. Le candidat y est interrogé sur le but qu'il se propose en cherchant de pénétrer les secrets de l'Ordre. on lui demande s'il est décidé à entrer dans une société, 'qui ne tend qu'à la vertu et qui est ennemi des vanités de ce monde périssable'. Sur sa réponse affirmative, le V. Maître dit aux tuileurs qui l'accompagnent:

« Disposez cet homme à retracer aux yeux des frères qui sont dans le tribunal le spectacle de ce qui s'est passé au commencement des temps, au centre de l'Univers.

A ces mots, les tuileurs le dépouillent de tous métaux, et le déshabillent de façon, qu'il ne lui reste que sa chemise et un caleçon de flanelle blanche, ensuite il le couchent sur les trois tapis, noir, rouge et blanc; d'abord le blanc, ensuite le rouge, et le noir le dernier Ils l'enveloppent soigneusement dans ces draps de le porte de suite au Tribunal, ou il le couche sur le dos au centre des circonférences, ayant la tête à l'occident, les pieds à l'orient, les deux genoux en l'air et les poings sur les yeux. Ils lui mettent sous la tête une pièce triangulaire. Le candidat étant dans cette position, on place le vase de feu à côté de sa tête, celui qui contient la terre pétrée vers la partie du cœur; enfin on met le vase plein d'eau du côté opposé. » (1)

(1) Manuscrit de M.Savalette de Langes. Tous les passages de cet article marqués par des guillemets sont pris dans ce manuscrit.

Le plus grand silence règne pendant quelques minutes, alors quatre grands coups de tonnerre se font entendre: à ce signal, les Respectable et Vénérable Maîtres circulent six fois autour des circonférences l'un partant de l'orient par le septentrion. Ils s'arrêtent devant le T.P.Maître qui leur donne la bénédiction d'Israël si leur avancement dans l'Ordre leur permet de la recevoir, ou seulement leur impose les mains, suivant la circonstance. Pendant ces tours, les éclairs brillent, le tonnerre gronde, et les circonférences sont encensées. Après ces cérémonies et quelques instants de repos, de nouveaux coups de tonnerre se font entendre, de nouveaux éclairs embrasent le Temple; c'est Tout-Puissant qui va paraître: accompagné de ses acolytes sacrés, il va opérer le miracle de la création.

Le T.R.M. armé de sa baguette de houx, touche les genoux du candidat, qui les allonge aussitôt. Le V.M. touche avec sa baguette de frêne le cœur du candidat, ensuite côté droit, il lui fait étendre successivement les deux bras.

Tous ceux enlèvent tour à tour le drap noir et le drap rouge qui font partie de ceux qui enveloppent le candidat de sorte qu'il se trouve seulement couvert du drap blanc, les bras étendus et les jambes écartés. Le V.M. se place au pied du néophyte et le R.M. se place à sa tête, où il prononce à haute voix la prière suivante:

« Grand Architecte de l'Univers, toi qui as bien voulu faire l'homme à ton image et à ta ressemblance, pour lui assujettir le grand monde, dont il sera la victime si tu ne le combles de tes grâces, ne permets pas que l'ouvrage de tes mains périsse, fais, au contraire, que ces ennemis rougissent de honte de l'inutilité de leurs efforts pour remporter des victoires sur lui; Cependant que ta sainte volonté soit faite ». Le V.M. répond Amen.

Cette prière terminée, le néophyte est entièrement découvert, le tonnerre se fait entendre, le lieu de l'assemblée présente l'image du chaos: peu à peu le calme se rétablit, et le candidat est conduit aux pieds du T.P.Maître qui le bénit et lui donne l'ordination en prononçant des paroles mystérieuses. Cette cérémonie consiste à appuyer successivement sur son front, la partie du cœur, le côté droit et la tête, le pouce, l'index et le médium de la main droite; ce qui offre l'image d'un triangle, les autres doigts étant repliés dans la main.

Le V.M. conduit ensuite le néophyte au centre des circonférences, la lui donne les signes de reconnaissance et lui dit: Ces quatre branches qui s'offrent à tes yeux te seront d'une grande utilité si tu observes les commandements de celui qui t'a donné l'être, mais tu seras en proie à tous les malheurs et sujet à la mort si tu les transgresses. Tu peux jouir de tout ce que tu vois; mais garde-toi de toucher à ces quatre branches. (Il lui montre avec sa baguette la branche de palmier.) 'Voilà le symbole de la sagesse universelle du Dieu vivifiant (il lui montre la branche de cèdre.) Voilà l'emblème de la puissance universelle du Dieu vivant, il lui montre la branche d'olivier Voilà l'emblème de la puissance universelle du Dieu de vie; (il lui montre la branche de saule) Voilà enfin le symbole de la mort éternelle.

Ensuite il lui fait jeter les yeux sur la terre pétrée, sur l'eau et le feu. « Vois, homme, ce que tu es, je t'ai tiré de là: si tu ne veux pas rentrer dans les abîmes de la terre d'Egypte, observe fidèlement les défenses qu'on t'as faites, et n'oublie jamais les engagements que tu contracteras avec l'Ordre ». Le candidat est abandonné seul au milieu des circonférences; là on le laisse quelque temps livré à lui-même. Pendant qu'il réfléchit sur la nouveauté du spectacle qui a frappé ses yeux, un Elu-Coëns, qui représente un mauvais génie, traverses les cercles, s'approche de lui, et cherche à lui démontrer le ridicule des défenses qu'on lui a faites. Il l'engage à s'approcher des bran­ches, à les examiner, à tracer des caractères autour; suivant ce tentateur, il résultera de cette désobéissance des connaissances précieuses, desquelles doivent dériver un pouvoir supérieur à la puissance de celui qui l'a créé. 'Attache-toi surtout, lui dit il, à connaître parfaitement ce que renferme l'arbre vivifiant, puisqu'il est tout science et toute puissance. Tu soumettras tout à ton empire et tu commanderas à tous les animaux, tant visibles qu'invi­sibles , etc.' Le malheureux néophyte se laisse tenter et persuader par ce séducteur, il est accablé de reproches et chassé du Temple.

Rentré dans le parvis, il tombe dans les mains de trois tuileurs que représen­tent les mauvais génies; ils lui attachent les bras avec de fort liens, le char­gent d'un énorme fardeau et lui font faire neuf fois le tour de la pièce et le couvrent d'eau et de boue: les éclairs brillent la foudre éclate     

Ici se termine le premier point de l'initiation.

IIe Pointde la réception d'un Elu-Coëns.

Pendant que le néophyte est livré aux tourments que lui font souffrir les mauvais génies, on change la décoration du Temple ou du Tribunal; on élève l'escalier à vis au milieu des circonférences mystérieuses, et l'on prépare tout pour le complètement de ces laborieux mystères.

Après un certain temps, le premier tuileur vient rendre compte au T.P.Maître du ressentir et de l'humiliation du candidat, et implorer son pardon. 'Allez, répond le Tout P.Maître, que l'homme me soit présenté devant moi. On court chercher le néophyte; on l'arrache avec peine des mains des mau­vais génies qui s'efforcent de le retenir: 'Laissez cet homme en paix', leur dit le premier tuileur (qui représente un mauvais génie), 'retirez-vous et que désormais aucun de vous l'environne'. Le T.P.M. lui a fait grâce. 'Retirez-vous, chacun dans votre région; obéissez à celui qui vous commande au nom du Maître'.

Le candidat chargé de chaînes, est conduit aux pieds du V.M., il implore sa grâce. Te voilà dont rentré dans la terre d'Egypte! (lui dit-il) Comment as ‑tu pu oublier les défenses qu'on t'as faites?       Infortune! ton crime t'a rendu l'esclave de la mort qui exercera son empire sur toi et la postérité!' Lève toi, homme, la faute t'es remise. C'est à toi maintenant à travailler pour gagner la vie éternelle, etc.

Le T.R.M. le délivre de ses liens et le conduisant à l'entrée de l'escalier à vis, il le lui montre en lui indiquant qu'il est divisé en trois paliers auxquels on arrive par trois, cinq et sept marches, symboles des trois peines qu'il souffri­ra dans la réintégration de sa personne avec son principe: ces peines sont celles des corps, de l'âme et de l'esprit.

Le néophyte monte, en reculant, l'escalier mystérieux. Arrivé au premier palier, il prête le premier tiers de son obligation, qui consiste à promettre de garder le secret sur les mystères des Elus-Coëns, etc.

Arrivé au second palier il prête le second tiers de son obligation; il s'engage à être fidèle à la religion catholique, apostolique et romaine; à aider ses frères de ses conseils et de sa bourse, etc.

Enfin il est conduit au dernier palier où il prête le dernier tiers de son serment, qui consiste à se soumettre à ne jamais fréquenter les assemblées de ces sociétés qui prennent le type de Maçon sans le connaître, etc. Cette épreuve est la dernière de celles qui est condamné à subir, elle complète son initiation comme apprenti. On lui donne les mots de reconnais­sance, sept signes imitatifs des figures des sept planètes; enfin on le proclame comme membre de l'Ordre.

Nous avons dit que les peines imposées à cet homme nouveau, en raison de sa désobéissance, étaient celles du corps, de l'âme et de l'esprit. Dans le grade d'apprenti, il a subi celles du corps, restent les deux autres qui forment l'objet de la doctrine de l'initiation aux grades de compagnon et maître.

Nous n'entrerons pas dans les détails de ceux-ci: les épreuves de l'initié sont du même genre, et comme dans le premier grade, l'escalier en forme de vis y joue le principal rôle. Nous pouvons même le dire et les Elus-Coëns en conviendront, ces derniers actes de la réception sont bien inférieurs au premier, dans lequel les inventeurs semble avoir épuisé toutes leurs ressour­ces.

Au reste, ces adeptes forment une classe bien distincte de celle des Francs-Maçons, dont ils ont cependant emprunté quelques usages. Les Elus-Coëns apprécient eux-mêmes, sans doute, à leur juste valeur, leurs formules d'ad­mission ; et nous pensons que toutes les allégories des réceptions pourraient s'expliquer ainsi: Pour entendre et propager des vérités nouvelles, il faut des hommes nouveaux. Tel a sans doute été le but des inventeurs des mystères de cet Ordre, et ce symbole nous semble énoncé très clairement dans tous les actes différents de ces singulières initiations.

Progression des Grades.

Apprenti Symbolique.  

Compagnon Symbolique ou maître particulier du Porche.  

Maître particulier ou premier degré de l'ordre.  

Grand maître ou grand Elu sous la grande bande noire.

Apprenti Coën ou fort marqué ou apprenti Ecossais

Compagnon C. ou double fort marqué ou compagnon Ecossais

 Maître C. ou triple fort marqué ou Maître Ecossais

Grand Architecte  

Chevalier d'Orient  

Grand Commandeur d'Orient Réaux +

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La Théurgie Coen, voie externe ?

22 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Le sacerdoce Coen n'est théurgie que parce que l’opérant reçoit de l'Eternel toute force et puissance d'opération et de commandement après avoir recouvré les vertus et puissances de l'homme Premier. Nul ne peut « convoquer » les anges sans ce préalable indispensable car le risque serait alors de convoquer des entités indésirables et malignes qui ne manqueraient pas de porter préjudice à l’intégrité de l’opérant. Il faut alors de toute nécessité apprendre à distinguer ces entités spirituelles afin d’arriver à bien discerner l'or pur du cuivre, raison pour laquelle ces entités sont aussi représentées dans les cercles opératoires en vis à vis des entités bénignes qui permettront aussi de les contrôler et d’en contenir l’action dans la région du midi. D’où l’impérieuse nécessité aussi pour l’opérant de se protéger par le moyen de son pentacle mais aussi – et surtout - par les prières, cérémonial de pénitence et les invocations à l’Eternel et à son Esprit qui doit illuminer et guider les travaux.  

L’opérant devra donc, préalablement à l’exercice de son sacerdoce, restaurer l’image défigurée et s’acheminer sur le sentier de la ressemblance. Il devra ensevelir le vieil homme, s’en dépouiller, pour revêtir les habits du nouvel homme. Et il ne pourra redevenir ce nouvel homme, ami et ressemblance du Principe, Adam régénéré, qu'en revêtant le Christ, c'est-à-dire en passant par le sang et l'eau de la croix - eau qui est source de vie et sang qui est feu purificateur de l’être déchu - par la pénitence et l‘expiation mais aussi – et surtout devrions-nous dire - par la grâce et le sacrement du baptême et de l'eucharistie. Alors ce n'est que revêtu de la tunique blanche et sans couture du Christ, qu’il aura acquise par la prière, la participation aux sacrements, les travaux préparatoires de pénitence et d'invocation qui sont l'oeuvre au noir et au rouge du Coen, que l'oeuvre au blanc se manifestera. Cette voie spirituelle - que l’on qualifie communément d’externe car l’on s’en tient trop facilement à l’apparence des choses et à la manifestation - n’est pas moins exigeante que la voie dite interne ou cardiaque. Elle suppose une foi inébranlable, une dévotion constante, une ascèse de vie exemplaire et une prière continuelle. L’opérant rythmera ses journées par les prières des quatre temps et l’invocation de l’Esprit Saint, du Christ, des Anges et de la divine Trinité ; ses semaines par l’expiation dans les psaumes de pénitence ; ses mois par l’imploration et l’action de grâce dans les invocations particulières ; il se préparera enfin à la grande opération par le jeûne et l’abstinence. Ici, dans ce sacerdoce continu, plus question de voie interne ou externe car l'opérant, en quête de sa restauration et réintégration, âme confondue, humiliée et repentante, appelle de tout son être la réconciliation qui est le rétablissement de la communication avec l’Eternel, les arrhes du Royaume des Cieux. Là est la mystique du Coen, celle qui relie l’opérant à l’Etre des Etres et le rend participant des mystères divins.  

Alors, ayant accepté sa croix, ayant revêtu le Christ, redevenu à la ressemblance du Principe dont le Fils est la parfaite image, le Coen opèrera en union avec les choeurs angéliques à la réconciliation universelle et, par la force de commandement spirituelle recouvrée, obtiendra des esprits divins invoqués tout secours nécessaire à l’oeuvre qui est la sienne dans la manifestation attendue de la Gloire qui est le grand oeuvre de La Chose .

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com

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Dieu d'Abraham, d’Isaac, de Jacob : une invocation très chrétienne

22 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Dans leurs prières et invocations, les Elus Coens font le plus souvent appel au « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob ».

Cette formule particulière, quoique parfois usitée dans la liturgie de l’Eglise, doit retenir toute notre attention dans la mesure où elle amène celui qui l’utilise à rappeler que la puissance, la justice et la miséricorde divines s’appliquèrent dans l’histoire de l’humanité sur les trois patriarches cités issus de la même lignée de père en fils.

· Sur Abraham par l’alliance que Dieu fit avec lui et qu’il rendit réversible sur tout le peuple hébreux en promettant à Abraham une grande descendance : «Voici quelle est mon alliance avec toi. Tu deviendras le père d’un grand nombre de nations. On ne t'appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d'un grand nombre de nations.» (Gen. 15, 4-5)

· Puis sur Isaac dont Dieu demanda le sacrifice libre. « Dieu dit : « Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac. Va-t-en au pays de Moriah et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai. » (Gen. 22, 2). Ce sacrifice Lui fut accordé par son père Abraham et accepté librement par Isaac qui fit ainsi le sacrifice de sa volonté qui fut le seul que Dieu acceptât : « Puis Abraham tendit la main et prit le couteau pour égorger son fils. Alors l’ange de l’Eternel l’appela depuis le ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange dit : « Ne porte pas la main sur l’enfant et ne lui fais rien, car je sais maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils unique.» (Gen. 22, 11-12)

· Enfin sur Jacob, fils d’Isaac, qui malgré ses usurpations et ses nombreuses prévarications fut gratifié de la vision des cieux par l’intercession des anges de l’Eternel : «Il fit un rêve : une échelle était appuyée sur la terre et son sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. L’Eternel se tenait au-dessus d’elle.» (Gen. 28, 12)

Le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob est donc bien le Dieu qui œuvre sans cesse à renouveler l’alliance qu’il a faite avec son peuple au travers des patriarches élus en les gratifiant de toutes ses grâces à la hauteur des épreuves auxquelles ils sont parfois soumis et qu’ils acceptent dans leur crainte de l’Eternel. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et le Dieu de l’Ancienne Alliance, de cette alliance qui se transmet sur la postérité de ces mêmes patriarches et à travers elle sur toute l’humanité sur laquelle il répand ses bénédictions. Même le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est-il uniquement le Dieu de l’Ancienne Alliance ?

Rien n’est moins sûr et nous allons le montrer. En effet, revenons sur chacun des Patriarches susmentionnés et regardons dans l’Ecriture et avec Martinès de Pasqually quel est le type réel de ceux-ci.

Relativement à Abraham, Martinès nous dit dans son Traité de la Réintégration :

« Vous savez que le nom d'Abram fut changé en celui d'Abraham. Le premier nom signifie un père charnel terrestre, élevé au-dessus des pères ordinaires de postérités matérielles terrestres ; aussi il n'y a jamais eu parmi les pères particuliers temporels un homme plus élevé en postérité charnelle qu'Abram. (…) Il est vrai qu'Abraham a succédé en ceci au défaut d'Adam, puisque d'Abraham est véritablement sortie une postérité de Dieu. C'est, en effet, dans la société d'Abraham que le Créateur a fait son élection générale et particulière : la première, pour manifester sa justice, et l'autre, pour manifester sa gloire. »

Martinès enseigne ainsi qu’Abram fut le père d’une postérité charnelle mais qu’Abraham fut quant à lui père d’une postérité de Dieu. Ceci est totalement conforme à l’Ecriture Sainte qui dit :

«Voici quelle est mon alliance avec toi. Tu deviendras le père d’un grand nombre de nations. On ne t'appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d'un grand nombre de nations. » (Gen. 17, 4-5) et aussi : « Après l'avoir conduit dehors, il [Dieu] dit: «Regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter.» Il lui affirma: *«Telle sera ta descendance.» (Gen. 15, 5)

Ce dont nous déduisons qu’Abraham, père d’une multitude indénombrable, est le type de toute paternité spirituelle par l’alliance que Dieu fait avec sa descendance ainsi que temporelle. Il est donc le type du Créateur, du Père éternel.

Isaac, premier fils d’Abraham et de sa femme stérile Sara, fut engendré quant à lui selon l’esprit de Dieu. En effet, n’est-il pas dit dans l’Ecriture :

« Dieu dit à Abraham: «Quant à ta femme Saraï, tu ne l'appelleras plus Saraï, car son nom est Sara. Je la bénirai et je te donnerai même un fils à travers elle. Je la bénirai et elle donnera naissance à des nations; des rois seront issus d'elle.» (Gen. 17, 15)

Isaac est donc le fils engendré dans l’Esprit et non dans la passion des sens. Aussi, fut-il dès sa naissance dévoué à Dieu, comme Abel, fils d’Adam le fut en son temps. Tout comme Abel, il voua sa vie au culte et à la réconciliation de ses pères et de l’humanité comme nous l’indique le Traité :

« Il [Isaac] lui dit [à Abraham], selon l'instruction intérieure qu'il en avait reçue de l'intellect spirituel divin, qu'il était temps qu'il fît usage de toutes les sciences divines dont il était instruit et qu'il offrît un sacrifice à l'Eternel. Abraham lui répondit : "Qu'il soit fait, mon fils, ainsi que tu le désires, et que le sacrifice que tu te proposes d'offrir au Créateur serve d'expiation aux hommes de la terre, pour qu'ils soient remis en grâce, qu'ils rentrent dans leurs vertus premières, et qu'ils opèrent efficacement le culte divin pour lequel ils ont été créés."

Le culte qu’Isaac souhaita vouer à l’Eternel, et les sacrifices qu’il désira offrir furent portés à leur paroxisme quand Isaac accepta de porter en offrande à Dieu le sacrifice de sa vie suivant ce que nous dit l’Ecriture :

« Alors Isaac s'adressa à son père Abraham en disant: «Mon père!» Il répondit: «Me voici, mon fils!» Isaac reprit: «Voici le feu et le bois, mais où se trouve l'agneau pour l'holocauste?» Abraham répondit: «Mon fils, Dieu pourvoira lui-même à l'agneau pour l'holocauste.» Et ils continuèrent à marcher tous les deux ensemble. Lorsqu'ils furent arrivés à l'endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham y construisit un autel et rangea le bois. Il attacha son fils Isaac et le mit sur l'autel par-dessus le bois. (Gen. 22, 7-9)

Par ce sacrifice volontaire, le sacrificateur qu’il devait être devint le sacrifié. Isaac ne se débattit point et accepta ce que lui proposait son père. Il n’alla point contre la volonté de Dieu et de son père et fut donc sauvé par cet abandon, Dieu arrêtant le bras sacrificateur d’Abraham, ainsi qu’il est dit dans l’Ecriture (Gen. 22, 11-12). Isaac fut donc comme ressuscité de la mort que représentaient l’abnégation et l’abandon de sa volonté propre. En cela, il est le nouvel Abel, le type parfait du Christ qui fit don de sa volonté humaine en acceptant la coupe que lui proposait le Père.

La figure de Jacob est différente et plus complexe.

Le Traité fait de Jacob une représentation très caractéristique qui n’apparaît pas de façon aussi marquée dans l’Ecriture. Pour Martinès, Jacob est un usurpateur et un prévaricateur. L’Ecriture nous révèle qu’il est le tentateur de son frère qu’il manipule pour le supplanter (Gen. 25, 31-34) et dont il usurpe la bénédiction que devait lui donner leur père Isaac (Gen. 27, 6-40). Martinès le qualifie en ces termes :

« Je vous dirai donc qu'Abraham a fait le type du père divin et Isaac celui de fils de la Divinité. De même ces deux enfants d'Isaac font les types de la première et de la seconde émanation spirituelles faites par le Créateur et celles des esprits qui ont prévariqué. Jacob, quoique le second né, fut le premier conçu par Isaac. La seconde émanation qui fut faite après la prévarication des premiers esprits et celle du mineur spirituel que nous nommons Réaux, Roux ou Adam : Esaü, quoique premier né, fut le second fils conçu par Isaac. Les premiers esprits, ayant prévariqué contre le Créateur, le mineur ou le premier homme les supplanta spirituellement, et devint par là leur aîné. »

Pour Martinès, Jacob est donc le type des esprits prévaricateurs. Alors quelle place pour le Dieu de Jacob ? pourquoi Isaac aurait-il donné sa bénédiction à un esprit de confusion ? pourquoi l’Eternel aurait-il fait une alliance sans condition avec Jacob ?

Cet épisode de l’Ancien testament est difficilement compréhensible si nous ne nous penchons pas de plus près vers l’Ecriture et l’ensemble des circonstances de la vie de Jacob et de son frère Esaü. Aussi, nous nous livrerons ici à une exégèse toute personnelle, s’éloignant un peu de celle de Martinès et qui, le cas échéant, se trouvera controversée.

Jacob, jumeau d’Esaü, après une certaine lutte dans le ventre de sa mère (Gen. 25, 22), naquit après son frère mais doit prévaloir sur le premier né. Le premier né, Esaü, est roux, poilu et symbolise la force de l’homme charnel, la forme corporelle (Gen. 25, 25). D’ailleurs, Esaü s’occupe de la chasse ainsi que de nourrir physiquement son père. Jacob lui reste auprès de son père Isaac et de sa mère Rebecca, dont il reçoit la tendresse et les instructions (Gen. 25, 27-28). Il est le type du mineur spirituel, celui qui création divine mais prévaricateur est enfermé dans toute forme corporelle qui en constitue la geôle ; n’est-il pas dit : « Il y a deux nations dans ton ventre, et deux peuples issus de toi se sépareront. Un de ces peuples sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera asservi au plus petit » (Gen. 25, 23). Cependant, la destinée de ce mineur est de se rétablir dans ses droits, de dominer sur l’âme et le corps afin d’en maîtriser les passions – et les transformer en passions spirituelles - et en gouverner l’action, afin que les œuvres des hommes soient toutes spirituelles et tendent à accomplir la volonté de Dieu ; l’homme en sera ainsi glorifié, réintégré et déifié. C’est pourquoi Jacob naît en tenant le talon de son frère. Ce talon, signe de la supériorité, que Jacob tient dans sa main, montrant que ce pied ne pourrait pas le dominer ; talon qui est le lien avec le monde matériel et qu’il peut ainsi diriger et dompter ; mais talon qui est aussi celui destiné à écraser la tête du serpent (Gen. 25, 26) et qu’il se doit aussi de guider par ses bons conseils.

Jacob, mineur spirituel dégradé, souillé par ses péchés, supplante ensuite son frère Esaü, obtenant de lui son droit d’aînesse (Gen. 25, 30-33). Jacob obtient aussi, de surcroît, la bénédiction d’Isaac son père que ce dernier destinait logiquement à son frère aîné (Gen. 27, 1-30), ce qui rend Esaü soumis à Jacob. Alors Jacob est-il vraiment l’usurpateur que nous décrit Martinès de Pasqually dans son Traité en ces termes ?

« Je n'entrerai point dans le détail d'usurpation que Jacob a faite sur son frère Esaü : l'Ecriture en fait assez mention, puisqu'elle a donné à Jacob à ce sujet, le nom de supplanteur, et le fait est d'autant plus facile à concevoir que nous le voyons journellement s'opérer à nos yeux parmi les hommes qui ne cherchent qu'à se supplanter les uns les autres. (…) Mais la vraie prévarication de Jacob est d'avoir surpris la bonne foi de son père, d'avoir employé toutes ses facultés et tous les moyens possibles spirituels et temporels pour lire la pensée de son frère Esaü, d'avoir voulu s'opposer à l'action bonne de cette pensée avantageuse à son frère, de l'avoir supplanté par ce moyen dans tous ses droits spirituels, et de l'avoir réduit, lui et toute sa postérité, dans la sujétion et la privation divine.»

Si nous regardons de plus près les circonstances de ces évènements, la chose est loin d’être entendue.

En effet, Esaü attache si peu d’intérêt à son droit qu’il le troque pour de la nourriture, illustrant la façon dont le corps se détourne de l’esprit en se laissant dominer par ses besoins et tractions physiques et charnels. De plus, pour obtenir la bénédiction de son père, Jacob agit suivant les conseils de sa mère Rebecca soucieuse de ne pas voir la bénédiction d’Isaac accordée à un homme négligent et peu soucieux des choses spirituelles : ce n’est pas l’enveloppe corporelle qui nécessite la bénédiction divine et l’infusion de l’Esprit, mais le mineur lui-même afin de l’affranchir des intellects mauvais, de le nettoyer des souillures contractées par ses compromissions pour que rétabli dans ses droits et prérogatives il puisse développer son action spirituelle-temporelle et dominer sur le corps.

Alors même qu’Esaü, imprudent s’adonne au plaisir de la chasse, veillant à satisfaire aux contingences matérielles, Jacob, suivant le conseil de Rebecca, se revêt des plus beaux vêtements de son frère Esaü pour venir recevoir la bénédiction d’Isaac. Et c’est vraiment à la belle odeur émanant des luxueux vêtements qu’Isaac, vieillissant et presque aveugle, croit reconnaître Esaü (Gen. 27, 27). Ces circonstances nous apprennent que ce ne fut pas par le postiche de poils que portait Jacob que son père Isaac fut confondu mais par sa belle parure et son parfum. C’est par une apparence sainte et glorieuse – la parure s’apparentant à l’habit de lumière et donc au corps de gloire – que Jacob confondit Isaac, ce dernier faisant dans cette circonstance le type du Christ accordant sa bénédiction et ses grâces à l’homme ayant recouvré sa forme glorieuse et restauré l’image divine qu’il avait dégradée.

Isaac montre la voie et d’ailleurs ayant été averti de son erreur, il ne retira pas sa bénédiction à celui qui, agissant sous les conseils de la Sagesse divine – symbolisée par Rebecca – était venu la quérir (Gen. 27, 37-38). Ces dons lui furent accordés comme ils le furent ensuite par l’Eternel qui, dans une vision étendra son alliance et sa bénédiction sur Jacob en toutes circonstances : « Et voici que je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai de ce pays, car je ne t’abandonnerai point que je n’aie fait ce que je t’ai annoncé. » (Gen. 28, 15). Ce songe de Jacob d’une échelle angélique permettant d’accéder au Père n’est-il pas d’ailleurs tout simplement la vision de la communion que le mineur spirituel doit et peut recouvrer avec le Père par sa jonction à son bon compagnon, et à tout être spirituel, et que nous appelons réconciliation ? Jacob eut ce songe alors qu’il s’acheminait chez Laban, frère de Rebecca, vers une sorte d’exil. Exil ou lieu de purification et de fortification ?

Les deux fois sept années que Jacob passera chez Laban pour obtenir Rachel sont riches d’enseignements. Laban, « blanc » en hébreux, symbolise l’éclat de la lumière intellectuelle et spirituelle, la connaissance et l’intelligence. Il est frère de Rebecca tout comme l’Intelligence est sœur de la Sagesse. Laban éprouvera Jacob par des forfaits de même nature que les siens et ainsi favorisera sa repentance et la constance de ses intentions et de ses actes. Laban est généralement qualifié de menteur, de tricheur mais il ne fait que reproduire ce que Jacob a lui-même commis à l’encontre de son père et de son frère. Confronté à ces épreuves, Jacob acquerra au service de Laban de nouvelles forces et une plus grande intelligence spirituelles, réalisant au terme de sa servitude ne devoir qu’à Dieu la croissance de sa richesse et la sortie de son exil. Car après avoir conclu un marché avec Laban, il finit par réaliser, à l’issue d’un nouveau songe, que ce n’est pas du fait de ses propres connaissances et de sa propre intelligence qu’il put acquérir de nouvelles richesses en faisant croître son troupeau, mais que ce fut grâce à Dieu qui avait décidé de sa prospérité, du fait de l’alliance qu’il avait scellée avec lui.

En fait, cette époque de la vie de Jacob et les épreuves auxquelles il est soumis sont bien le reflet des épreuves qu’endure le mineur en parcourant les sept cercles d’expiation. Mais ce sont aussi les mêmes épreuves qui apporteront la vivification et la fortification spirituelle du mineur et sa réconciliation.

Ces épreuves nous apprennent que c’est uniquement de l’Intelligence divine, par le vecteur de toute intelligence créée, que le mineur spirituel recevra toute illumination, toute connaissance, tout intellect ou pensée et toute intelligence spirituelle pendant sept nouvelles années d’illumination et de fortification par la grâce. Alors, le mineur sortira de son « exil » ou plutôt de son lieu de rédemption et de réconciliation. Et fort des connaissances, des dons reçus et de l’assistance divine continuelle, le mineur viendra instruire, guider et diriger l’âme et le corps de l’homme auquel il désire de façon ardente redonner « la belle forme dont il est susceptible »

Le retour de Jacob vers son frère Esaü, suite à l’appel fait par le Seigneur (Gen. 31, 11-13) est alors l’occasion de nouveaux enseignements et d’une nouvelle révélation qui sera quant à elle déterminante.

Jacob semble fuir Laban car étrangement ce dernier paraît afficher une certaine jalousie de tous les biens accumulés par Jacob. Semble jaloux car ayant poursuivi Jacob, il ne l’attaqua point mais vint au-devant de lui pour lui reprocher de ne pas s’être congédié de lui et de sa famille. Jaloux de la jalousie de Dieu envers le mineur habité par l’Esprit quand il est dit : « C’est avec jalousie que Dieu aime l’Esprit qui habite en nous. » (Jac. 4, 5) Mais au-delà de cette jalousie relative ce que vient réclamer Laban se sont les théraphim emportés par Rachel (Gen. 31,19 et 31,34). Ces objets de divination et d’oracle, symbolisant la connaissance que l’on désire d’acquérir, le message de Laban est clair : il n’appartient pas à l’homme de posséder ces théraphim, comme il est considéré comme péché d’orgueil du mineur de penser qu’une quelconque connaissance puisse venir directement de lui alors qu’il n’acquiert toute connaissance que par la volonté et l’action divines. Jacob, à qui Rachel avait dissimulé ce vol, ne convoitait en rien les théraphim comme le mineur réintégré ayant recouvré l’image divine ne prétend en rien détenir ses puissances, vertus et connaissances par son propre et unique pouvoir.

Enfin, la révélation finale arrive avec le dernier songe de Jacob, préalablement à sa rencontre avec Esaü. Jacob rêve d’un combat contre un ange ayant pris l’apparence d’un homme (Gen. 32, 25). Que nous enseigne ce songe ? Jacob lutte contre l’ange, le domine par les forces qu’il a acquises dans son séjour chez Laban montrant ainsi la supériorité recouvrée de l’homme réconcilié par rapport à l’ange. Alors l’ange marque Jacob à la hanche en la lui déboîtant, soulignant ainsi le sceau divin qui marque tout homme et la faiblesse du mineur spirituel dès lors qu’il n’est pas soutenu par l’Esprit. Ainsi, la victoire de Jacob est toute relative car sans l’Esprit de Dieu, point de victoire. Et réalisant cette vérité, Jacob, mineur spirituel, demande la bénédiction de l’ange c'est-à-dire demande à Dieu que jamais ne lui soit ôté son Esprit afin de le rendre victorieux en tout combat et en toute circonstance. Ce qui lui est accordé, Dieu dans son immutabilité ne revenant pas sur sa promesse faite d’accompagner et soutenir Jacob dans toutes les circonstances de sa vie (Gen. 28, 15).

Ainsi vivifié de la force de l’Esprit, Jacob ira à la rencontre de son frère Esaü. Mais avant même de le rencontrer, et dans la crainte du courroux de son frère qu’il souhaitait apaiser, Jacob fera offrir par ses serviteurs les troupeaux et le bétail qui l’accompagnent. Cependant Esaü n’avait manqué de rien pendant l’exil de Jacob et s’était enrichi jusqu’à dire ne pas avoir besoin des richesses proposées (Gen. 33, 9) Car en effet, les dons de la grâce et des énergies divines ne s’attachent pas uniquement à l’esprit de l’homme, à son âme spirituelle que nous appelons mineur, mais aussi à son âme psychique, affective, vitale et à sa forme corporelle. Ces énergies et ses grâces se répandent sur l’homme dans son intégralité, le vivifiant dans toutes ses composantes, car Dieu n’a pas fait l’homme pur esprit mais corps, âme et esprit et c’est l’homme entier qu’il veut restaurer, réhabiliter et glorifier. Malgré cela, conscient de la valeur de ce cadeau il l’accepta.

Jacob est ainsi le type du mineur spirituel rétabli dans ses puissances et vertus qui, grâce aux dons spirituels recouvrés, désire procéder à la réédification de l’homme dans son intégrale triplicité de corps, âme et esprit. Mais il est bien compréhensible que ce même mineur, ayant déjà succombé à l’attraction des pulsions et passions de l’âme et de la chair, redoute cette nouvelle rencontre qu’il devra cette fois dominer. Bien heureusement, il est maintenant armé des grâces de l’Esprit et des forces nouvelles qu’il confère et dont il désire accorder le bénéfice à toutes les parties constitutives de l’homme afin de les sacraliser et les réconcilier. Par ces grâces, le mineur opère alors une traction spirituelle dans l’âme passive et le corps ; il en prend l’ascendant et opère ainsi la réintégration complète de l’homme qui fait suite à la sienne propre.

Jacob retrouvera alors dans de joyeuses circonstances son frère Esaü, symbolisant ainsi la joie de la réunion spirituelle du mineur réhabilité et fortifié par la grâce de l’Esprit-Saint avec le corps et l’âme passive, qu’il peut maintenant guider avec douceur et constance et avec lesquels il désire de faire la plus parfaite alliance. Le mineur apporte ainsi en offrande à l’âme et à la chair tous ses dons et richesses spirituels afin de concourir à leur glorification et à la déification de l’homme. Ainsi est il écrit : « Je t’ai regardé comme on regarde Dieu et tu m’as accueilli favorablement. » (Gen. 33, 10)

Ces grâces et dons sont ceux de l’Esprit-Saint que nous pouvons reconnaître dans les différentes circonstances de la vie de Jacob :

·         La Crainte de Dieu quand, après son combat avec l’ange, Jacob s’écrit « J’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauvée » (Gen. 32, 31) reconnaissant la grâce divine accordée au pécheur et dont il doit attendre sans cesse les bienfaits, le jugement qui est celui de Dieu, qu’il doit craindre à tout moment, ainsi que la miséricorde dont il est le bénéficiaire.

·         La Piété par la bénédiction qu’il demande à l’ange, bien qu’il en soit victorieux dans son combat (Gen. 32, 27-30), et par les différents autels qu’il éleva en culte à l’Eternel. (Gen. 28, 18), (Gen. 33,20).

·         La Force par sa victoire dans son combat avec l’ange (Gen. 32, 25-27) et le courage qui fut le sien pour aller à la rencontre de son frère afin d’opérer sa réconciliation.

·         La Science dans le projet qu’il soumet à Laban pour sa rémunération et l’accroissement de leurs patrimoines respectifs (Gen. 30, 31-33) ; dans la façon dont il favorise la « fructification » et l’accroissement de ses propres biens en favorisant par des branches à demi-pelées la reproduction de son troupeau (Gen. 30, 37-43) connaissances divines issues de la vision qu’il eut de l’accouplement des boucs et brebis (Gen. 31, 10-13) et de la révélation du dessein de Laban qui essayait de le tromper.

·         Le Conseil par la vision qu’il eut et à laquelle il se conforma de quitter le pays de Laban (Gen. 31, 3).

·         L’Intelligence par la vision qu’il eut du monde céleste, des hiérarchies angéliques et de leurs mystères dans le songe de l’échelle (Gen. 28, 12-13).

·         La Sagesse, salaire de toutes ces épreuves, et qui est le don par lequel Jacob se trouve durant tout le long de sa vie gratifié de l’Esprit par l’alliance que Dieu avait faite avec lui.

Ainsi Jacob est le type du mineur habité par l’Esprit, guidé par l’Esprit et qui finalement remet sa vie entre les mains de Dieu et de son Esprit. Il est le type du mineur recevant les grâces de l’Esprit par lesquelles il reçoit toute connaissance et toute illumination, toute force et toute consolation.

Alors, certains diront que nous nous éloignons de l’exégèse de Martinès. Ceci est vrai, car à l’étude nous devons bien reconnaître que cette exégèse mérite quelques rectifications :

- sur la forme par la relative liberté que Martinès prend dans le Traité par rapport à la chronologie des évènements, inversant les différents songes de Jacob et plaçant ainsi son combat avec l’ange antérieurement à la vision de l’échelle, ce qui altère significativement le sens et la portée de ces songes ;

- sur le fond en passant sous silence le long exil de Jacob chez Laban et surtout en donnant la primauté de la grâce aux esprits déchus au lieu de l’attribuer à l’homme, inversant ainsi toute la vision eschatologique traditionnelle. Martinès rentre même en contradiction avec sa propre vision de la réintégration et du rôle du premier Adam qui devait œuvrer à la réhabilitation des esprits déchus. Et en dépit de la chute de l’homme, cette économie du salut ne changera pas. Le Christ est venu sauver et rétablir les hommes dans leurs vertus, pouvoirs et puissances afin que ceux-ci, forts de l’Esprit-Saint, puissent œuvrer de nouveau à la réintégration universelle des tous les êtres créés.

Il n’en reste pas moins que l’intuition de Martinès est la bonne relativement au rôle prédominant de l’Esprit chez Jacob, même si l’exposé nécessite quelque commentaire. C’est pourquoi, malgré notre manque de convergence apparent par rapport à la doctrine de Martinès de Pasqually, nous concluons avec lui :

« Dans cette invocation, Jacob reconnaît véritablement Abraham comme type du Créateur par la multitude de puissances spirituelles qui lui furent données. Il reconnaît Isaac comme le type du Fils divin ou de l'action divine dans la grande postérité de Dieu qui provint de lui, dans laquelle l'élection et la manifestation de la gloire divine s'est opérée. Et par lui-même Jacob reconnaît le vrai type de l'Esprit, par les grandes merveilles que le Créateur avait faites pour lui, en lui montrant à découvert la gloire divine. »

Nous pouvons donc conclure que par les personnes d’Abraham, Isaac et Jacob, les Elus Coens invoquent dans leurs prières la sainte et indivisible Trinité très chrétienne dont l’action et les bienfaits sont appelés à s’étendre sur tous les frères.

Ainsi, cette formulation de prière, bien que d’apparence vétéro-testamentaire, souligne l’aspect résolument chrétien de l’Ordre des Elus Coens.

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

 

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Martines de Pasqually (1710 ?-1774)

22 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

Martines de Pasqually est un personnage mystérieux. Le nom sous lequel il s'est fait connaître n'est peut-être qu'un hiéronyme, et son identité profane n'a pas encore été percée. Ses origines sont obscures, mais retenons l'hypothèse de Robert Amadou, pour qui Martines était vraisemblablement d'origine juive espagnole, marrane ou demi-marrane. Sans doute est-il né vers 1710, à Grenoble ou près de Grenoble, mais le français n'est pas sa langue maternelle. Il vécut un temps de l’état militaire, avant de se consacrer exclusivement à son ordre. Il est mort à Saint-Domingue, où il était parti régler une affaire profane, en 1774.
Celui dont Saint-Martin ne craignait pas d'avouer qu'il était le seul mortel dont il n'ait pu faire le tour, celui auquel Jean-Baptiste Willermoz, un autre de ses disciples, ne reconnaissait pas de second, reste donc encore bien énigmatique plus de deux siècles plus tard. Beaucoup de ses contemporains l'ont un peu hâtivement jugé, mais le Philosophe inconnu, lui, ne s'y est pas trompé, qui a reconnu Martines pour un maître, et même son premier maître.

Martines de Pasqually se disait catholique romain, il suivait et même prescrivait les rites de l’Eglise de Rome, et sa sincérité ne fait aucun doute. Cependant, sa doctrine ne relève pas de la théologie romaine, mais du judéo-christianisme primitif, antérieur aux premiers grands conciles de l'Eglise une et indivise.

Les émules de Martines ne peuvent être, eux aussi, que judéo-chrétiens. Il en fut de plus juifs que chrétiens, et de plus chrétiens que juifs (la plupart des élus coëns étaient du reste catholiques romains), mais leur livre de référence constante n'a cessé d'être la Biblejudéo-chrétienne : Ancien et Nouveau Testaments. Le martiniste de toujours est un homme de la Bible.

Avec les voies théurgiques corollaires, le martinisme se présente donc en Occident comme un rameau de l'ésotérisme judéo-chrétien, dépositaire de la doctrine de la réintégration. Cette doctrine doit être étudiée, assimilée, avant de passer ou de ne pas passer, à une éventuelle pratique. Car nul ne peut s'engager dans la théurgie sans une profonde connaissance théorique des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers.

Or la doctrine martiniste, qui est un illuminisme, a été transmise par Martines de Pasqually au sein de l'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers, dont il se présentait comme le « grand souverain », ou l'un des sept grands souverains, et auquel il voua sa vie tout en se défendant d'en être le fondateur. En 1760 au plus tard, Martines de Pasqually a commencé de recruter dans les loges maçonniques du Midi de la France pour son ordre. Mais avant Martines, nulle trace visible de cet ordre-là, fut-ce sous une forme non-maçonnique. De toute évidence en effet, Martines a bien organisé matériellement son école, ce qui n’exclue pas qu’il ait eu des prédécesseurs, des archives, et même des collègues, comme il l’écrit lui-même.

De toute évidence aussi, l’Ordre coën incarne cette société qui, comme le dit une prière coën, a été formée dès le commencement. C’est un avatar de l'Ordre des élus de l'Eternel, lui-même tout spirituel et tout informel, et voilà pourquoi Martines se défendra de l’avoir fondé. Car si l'Ordre coën a revêtu une forme maçonnique au XVIIIe siècle, il eut pu, en d'autres temps, en d’autres lieux, revêtir d'autres formes. Et Martines a volontairement placé son école sous le patronage de Josué.

Extérieurement, voire exotériquement, l'Ordre des élus coëns apparaît comme une société maçonnique, parce que la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle est l'une des rares associations tolérées par l'Eglise catholique romaine. Mais aussi parce qu'elle est par nature, depuis ses origines et jusqu’aujourd’hui, un véhicule privilégié de l'ésotérisme judéo-chrétien. Ses premiers émules, Martines les recruta donc tout naturellement dans des loges maçonniques, et son ordre s’est présenté comme un système de « hauts grades » maçonniques.

Cependant, pour Martines de Pasqually, la franc-maçonnerie ordinaire est « apocryphe », et tout maçon qui n'est pas coën n'est qu'un pseudo-maçon. De profondes différences entre la maçonnerie classique, même mystique, qu’il tenta en vain de réformer, et la maçonnerie coën, ainsi que le besoin d'indépendance de l'ordre, l’ont donc amené rapidement à prendre ses distances avec la franc-maçonnerie de son temps.

Selon ses Statuts généraux de 1767 l'Ordre est constitué des grades suivants, eux-mêmes souvent répartis en sept classes : apprenti, compagnon, maître (1ère classe) ; maître élu (2e classe) ; apprenti coën, compagnon coën, maître coën (3e classe) ; grand architecte (4e classe) ; chevalier d'orient (5e classe) ; commandeur d'orient (6e classe) ; réau-croix (7e classe)
Ces grades étaient conférés par une initiation rituelle plus ou moins complexe au cours de laquelle le candidat revivait par exemple un épisode de l'Ecriture sainte, et surtout par une indispensable ordination qui devait faire de lui le réceptacle d’esprits intermédiaires entre Dieu et l'homme, des anges de lumière.
Les élus coëns n’étaient donc pas de simples francs-maçons. Pour Martines, ce sont de vrais maçons: des prêtres choisis (c'est ce que signifie élu coën), capables de célébrer le culte primitif dans le temple qu'ils contribuent à édifier. Mais le sacerdoce coën ne doit pas être confondu avec celui des cohanim de l'Ancienne alliance, ni avec la prêtrise instituée par l'Eglise dès les temps apostoliques.
Car le but de l'Ordre coën dépasse de beaucoup celui de la plupart des rites de la franc-maçonnerie mystique. Ce but, l'élu coën Vialetes d'Aignan l'explique dans son discours de réception du chevalier Guibert, le 24 mars 1788. C'est, dit-il, «un ordre qui, ayant pour but de ramener l'homme à sa glorieuse origine, l'y conduit comme par la main, en lui apprenant à se connaître, à considérer les rapports qui existent entre lui et la nature entière dont il devait être le centre s'il ne fût pas déchu de cette origine, et enfin à reconnaître l'Être suprême dont il est émané" .
Selon Martines, la doctrine de la réintégration dont l'ordre est dépositaire, avec la pratique théurgique corrélative, se sont transmises jusqu'à lui, à travers maintes générations, depuis Enoch. Cette lignée est celle des élus, petits ou grands, de l'Eternel. Mais qu'est-ce que la doctrine de la réintégration ? Le mot réintégration en est la clef, qui signifie réhabilitation, restitution d'un certain pouvoir perdu, et retour en un lieu d'où l'on a été chassé.
Cet enseignement, Martines le dispensa dans son école, oralement et au moyen des instructions des différents grades. Enfin, il remettra aux réaux-croix le Traité sur la réintégration, son unique ouvrage inachevé. C’est un long commentaire du récit biblique, un midrash du XVIIIe siècle, qui, en complément des nombreuses instructions de l’ordre, contient les bases doctrinales indispensables à tout véritable coën.

 

Source : http://www.institut-eleazar.fr/

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Divisions, mutisme et compromisions : la franc-maçonnerie face à la dictature chilienne

21 Octobre 2012 , Rédigé par Patrick Kessel Publié dans #histoire de la FM

Quinze ans après le coup d'Etat militaire au Chili, il apparaît que toutes les communautés religieuses et philosophiques sont divisées face à la dictature et que toutes, pour défendre en priorité leurs intérêts, ont établi avec la junte des compromis qui ressemblent beaucoup à des compromissions. Le Vicariat de la solidarité aura pratiquement constitué l'unique force à s'engager pour la défense des droits de l'homme. Cela ne peut faire oublier que l'Eglise dans son ensemble a soutenu le coup d'Etat, comme l'indique, par exemple, un document officiel de l'Episcopat, Evangelio y Paz publié en 1985, dans lequel les évêques déclaraient: "Nous reconnaissons le service que les forces armées ont rendu au pays en le libérant d'une dictature marxiste qui paraissait inévitable et aurait été irréversible." Les luthériens ont eu leur combattant des droits de l'homme en la personne de l'évêque Frenz, et la communauté juive avec le grand rabbin Angel Kreiman. Mais ce sont des luthériens qui ont offert des funérailles en grande pompe à l'ancien nazi Walter Rauss. Mais ce sont les loubavitch qui ont profité du régime pour se développer grâce à des amitiés solides entre le général Pinochet et l'industriel David Feuerstein, animateur de cette secte juive orthodoxe. Sans oublier l'Eglise pentecôtiste qui, en échange de la reconnaissance spirituelle de la junte a obtenu les soutiens lui permettant d'étendre son influence. Aucune de ces familles religieuses ne pourra se targuer d'avoir clairement choisi le camp de la démocratie.

Il en va de même pour les francs-maçons dont l'histoire avait jusqu'à présent accompagné celle des conquêtes sociales et des libertés nouvelles. La leçon de bientôt quinze ans de dictature au Chili, c'est que "l'Eglise a pris le drapeau de la franc-maçonnerie en matière de défense des droits de l'homme. Et pour nous, francs-maçons chiliens, c'est triste" Celui qui parle ainsi n'est pas un adversaire de la franc-maçonnerie puisqu'il s'agit de Luis Fernando Luengo, animateur d'une des principales familles radicales, président d'honneur de la Gauche unie et membre du conseil de l'ordre de la Grande Loge du Chili. "Il est regrettable que, depuis 1973, les majorités qui se sont succédé au conseil de l'ordre soient restées indifférentes à Pinochet, alors que la majorité des frères dans les loges lui étaient hostiles. La politique ne les intéresse pas. Mais on sait que l'apolitisme est toujours de droite." Car c'est au nom de l'apolitisme que les différents grands maîtres qui se sont succédé à la tète de la Grande Loge depuis 1973 ont refusé d'engager la franc-maçonnerie, ne fut-ce que dans le combat pour la défense des droits de l'homme. Curieux retournement de la tradition quand on sait que l'histoire de la franc-maçonnerie sud-américaine est étroitement liée à celle de l'indépendance du continent, pratiquement tous les héros nationaux, de José de San Martin à Bernardo O'Higgins, de Simon Bolivar à Francisco de Miranda, de Benito Juarez à Antonio-José Sucre, ayant été reçus dans des loges engagées contre le colonialisme. Et que la franc-maçonnerie chilienne a étroitement contribué aux avances démocratiques: parlementarisme, séparation de l'Eglise et de l'Etat, libertés individuelles, enseignement public gratuit, code du travail. En présence de plusieurs centaines de francs-maçons, le 28 octobre 1970, le Grand maître de l'ordre, reçut, en tenue extraordinaire, le nouveau président de la République, le frère Salvador Allende, petit-fils de franc-maçon - son grand-père, le docteur Allende Padin, avait été grand maître de l'ordre, - qui lui-même a été à deux reprises vénérable, c'est-à-dire président de sa loge. Si toute l'obédience n'était pas de gauche, une majorité assez nette semblait se reconnaître dans le leader de l'unité populaire, qui n'avait jamais caché ses sympathies pour une maçonnerie socialement engagée. On comptait un certain nombre de maçons dans l'entourage politique du président, depuis son secrétariat personnel à la Moneda, jusqu'aux cabinets ministériels et au gouvernement lui-même. Un mouvement de soutien, Maçons-Amitié-Allende, s'était même constitué au sein de la Grande Loge. Mille jours plus tard, pratiquement, le coup d'Etat militaire porte au pouvoir le général Augusto Pinochet, ancien "frère" puisqu'il avait été reçu en loge en 1941 à San-Bernardo, alors qu'il n'était qu'un jeune capitaine. Mais le futur dictateur ne resta guère longtemps dans sa loge et ne dépassa jamais le grade de compagnon. La Grande Loge n'aura pas un mot pour dénoncer le golpe. Des tractations ont lieu entre la junte et ses dirigeants, en vue de la réouverture des temples maçonniques. La dictature chilienne, à la différence des dictatures d'extrême droite que l'Europe a connues, n'est pas idéologiquement antimaçonnique. Au Paraguay, en Uruguay, en Argentine, au Pérou, au Brésil, les militaires ont fait plutôt bon ménage avec des obédiences liées à la très conservatrice Grande Loge unie d'Angleterre et à la maçonnerie américaine. Les travaux de la Grande Loge purent donc reprendre, mais il était désormais rigoureusement interdit d'évoquer la situation politique. "Dès cet instant, la Franc-maçonnerie cesse d'être le lieu de la libre expression, et on assiste même au développement d'un véritable maccarthysme dans les loges", nous confie un ancien vénérable de province. La loge Hiram 65, celle que Salvador Allende avait présidée, est fermée et ses membres expulsés pour avoir tenté d'organiser une cérémonie officielle à la mémoire du président assassiné. Le mois suivant, alors que les loges s'apprêtent à élire leurs dirigeants, il est précisé que toute personne ayant exercé des responsabilités sous l'ancien régime ne peut faire acte de candidature. Des exclusions sanctionnent des maçons liés à l'ancien président. Parmi les plus connus, le général Bachelet et le général Poblete sont expulsés par leurs loges pour "absentéisme", alors qu'ils sont emprisonnés. Un peu plus tard, c'est le tour du docteur Edgardo Enriquez, ancien ministre de l'Education, père d'Edgardo et de Miguel Enriquez, ce dernier secrétaire général du MIR, qui tous deux seront assassinés. "Nous avons alors envisagé de quitter la Grande Loge, explique aujourd'hui, à Paris, le représentant des francs-maçons en exil. Mais nous sommes restés, car c'était l'unique possibilité de nous retrouver une fois par semaine et de profiter des instants avant et après les cérémonies officielles pour échanger des informations, notamment sur les disparus, et tenter, grâce à des maçons des forces armées qui, heureusement, n'étaient pas tous en accord avec la junte, de sauver ceux qui pouvaient l'être.»L'hémorragie de la Grande Loge BEAUCOUP de maçons, arrêtés, torturés pour leurs activités politiques, sont contraints à l'exil. En 1974, vingt-huit des cent vingt membres de la loge Franklin ont dû fuir leur pays. D'autres, devant le peu d'empressement de la direction de l'obédience pour secourir les emprisonnés, quittent d'eux-mêmes, la Grande Loge. Son mutisme, alors que des représentants des puissances religieuses et notamment de l'Eglise s'organisent d'abord dans le "comité pro-paz" puis dans le vicariat de la solidarité, conduit également nombre de maçons à déserter les temples. Ainsi s'explique l'hémorragie qu'a connue la Grande Loge, dont les effectifs auraient chuté de plus du tiers, passant d'un peu plus de vingt mille avant le golpe à quelque douze mille aujourd'hui. Le cardinal Raul Silva Henriquez n'avait pourtant pas manqué de solliciter la Grande Loge pour mener une action commune en faveur des droits de l'homme. En 1974, un texte demandant l'élargissement des principaux dirigeants de gauche emprisonnés, rédigé par leurs épouses, et notamment par Mme Corvalan, compagne du secrétaire général du PC, et signé par le cardinal Henriquez et l'évêque Camus pour l'Eglise catholique, le grand rabbin, l'évêque méthodiste, l'évêque luthérien est soumis au paraphe du nouveau grand maître Horacio Gonzalez Contesse. Ce pasteur méthodiste de soixante-dix-sept ans, également chef de l'Eglise presbytérienne du Chili, refuse au nom de l'apolitisme de souscrire à ce texte. Cinq années plus tard, il révélera la démarche, expliquant qu'il s'agissait d'une opération destinée à "renverser" la junte! Dans une lettre ouverte signée de Paris, des francs-maçons en exil qui allaient bientôt fonder le Grand-Orient du Chili, prennent le contre-pied: "Les francs-maçons en exil apportent au cardinal Silva Henriquez leur appui moral et solidaire, tant à sa personne qu'à l'Eglise chilienne, qui soutient le peuple chilien dans sa lutte contre l'oppression et pour les droits de l'homme." Au-delà des relations institutionnelles, les liens amicaux entre le grand Maître Contesse et le Général Pinochet vont s'exprimer à maintes reprises au grand jour. Le 24 mai 1975, le dictateur écrit au chef de la franc-maçonnerie et souligne l'"action noble et généreuse" de l'institution initiatique, tandis que dans sa réponse le grand maître indique que l'ordre "pèse ses responsabilités dans les destins du Chili", avant de témoigner de sa "profonde estime et sincère affection". En 1976, c'est à l'occasion de la visite d'une délégation de loges allemandes que le grand maître est reçu officiellement par le général Pinochet, son épouse et sa fille. Les maçons allemands auront pu constater, affirme-t-il que "le Chili est un pays tranquille". A cette occasion, au court d'une cérémonie maçonnique, Juan Luis Stagmaier, représentant de la loge Lessing de Valparaiso, explique que "l'arrivée au pouvoir des représentants de l'unité populaire a provoqué une série d'attentats, de manifestations de rue, de crimes et de grèves (...). Dans ce moment, il était de notre devoir d'hommes libres et de maçons de remercier notre président, le général Pinochet, et son gouvernement. Le remercier de nous avoir sauvé d'un chaos social, politique, économique, qui aurait détruit toute valeur éthique. L'ordre public réalisé, la paix restaurée et la confiance dans le futur justifiaient les restrictions aux libertés privées. c'était le seul moyen pour permettre à notre pays de s'engager sur la voie d'un développement juste et pacifique De tels propos ne vont pas demeurer sans réponse. Petit à petit, des voix vont se faire entendre pour contester la ligne de la direction. En 1980, l'année du référendum, la junte cherche un fondement légal à son régime. La nouvelle Constitution vise à le lui donner en verrouillant de toutes parts une prétendue démocratie dont ne seraient exclus que les éléments fauteurs de troubles sociaux, partisans de la lutte des classes. Le 9 septembre, quatre cent quarante-quatre frères signent un manifeste publié dans la presse de Santiago, intitulé "franc-maçonnerie et plébiscite", dans lequel ils dénoncent le projet de Constitution et réaffirment leur attachement à la démocratie et aux valeurs maçonniques. La réponse ne tarde pas: le 22 octobre, neuf d'entre eux sont exclus. Le 14 novembre, nouvelles expulsions. Parmi les exclus: l'avocat René Court Portales, maçon depuis cinquante ans, ancien secrétaire général de la Grande Loge. l'année suivante, en 1982, Oscar Pereira Henriquez est élu à la tète de la Grande Loge. Soutenu par le grand maître sortant, il doit affronter une opposition dont les candidats aux différents postes de responsabilité atteignent près de 40 % des suffrages. Cela ne l'empêche nullement, à peine élu, de se rendre à l'invitation à déjeuner du général Pinochet, en compagnie de l'ancien grand maître, qui déclare qu'il "existe une relation cordiale entre la franc-maçonnerie et le gouvernement, puisque le général Pinochet a été très déférent envers l'institution. Nous n'avons pas de raison de nous plaindre" Curieusement, en 1985, le grand maître publie dans la presse un manifeste intitulé "Réveiller les consciences", qui soutient l'accord national pour la transition vers la Démocratie signé par les partis politiques et soutenu par l'Eglise. Un texte qui se prononce pour "le gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple" En 1986, M. Mario Lagos, ancien ministre de la santé de Salvador Allende, manque la grande-maîtrise de quatre suffrages. Ses partisans souhaitent que la Grande Loge fasse entendre plus distinctement sa voix dans la perspective du plébiscite prévu pour fin 1988, qui doit dire "si" ou "no" a Pinochet, alors que la direction semble se contenter d'une déclaration de principes que personne ne peut contester. Le grand maître, à l'issue d'un déjeuner avec Augusto Pinochet, le 14 août 1987, ne souligne-t-il pas la "coïncidence de vues" avec le général "particulièrement en ce qui concerne le retour à la démocratie", qui doit se faire "dans un climat de paix et de tranquillité"? Des hommes comme M. Eduardo Jara Miranda, ancien vénérable de la loge Condor n° 9, ou M. Fernando Sanchez Duran, ancien vénérable de la loge Franklin n° 17, tenteront sans succès d'engager plus nettement la Grande Loge, en lançant un appel à la mobilisation de la franc-maçonnerie en faveur de la démocratie. A ce sévère bilan, M. Desiderio Arenas Aguire, Souverain Grand Commandeur et gardien de la tradition, répond qu'il fallait d'abord sauver la "maison" et qu'aucune action n'était envisageable avec le vicariat de la solidarité, "trop marqué politiquement". Pas de mansuétude en revanche à l'égard de la Grande Loge dans la bouche de M. Romulo Tromben, grand maître du Grand-Orient du Chili en exil. "Au début, j'ai accepté l'attitude de nos dirigeants, car il ne fallait pas offrir le moindre prétexte à la junte de mener une action répressive. Mais la Grande Loge aurait dû participer à l'action du "comité pro-paz", puis à celle du vicariat de la solidarité, s'associer à un mouvement oecuménique en faveur des droits de l'homme. Elle n'aurait pas dû se laisser voler le prestige de la défense des droits de la démocratie." Mais, ajoute-t-il, "ce n'est pas qu'un problème d'hommes. Il faut rompre avec ce "prétendu apolitisme". Il faut retrouver l'esprit des fondateurs de la maçonnerie sud-américaine afin de penser le monde nouveau et de construire une société plus juste. C'est dans cet esprit que le Grand-Orient du Chili, dans la tradition de la maçonnerie progressiste, vient d'ouvrir sa première loge dans notre pays. Le débat est ouvert au sein de la franc-maçonnerie comme il l'est au sein de l'Eglise. Mais il y a fort à craindre que chaque institution spirituelle ne préfère à une salutaire mais douloureuse autocritique un Munich des mémoires. Salvador Allende a toujours défendu l'idée d'une franc-maçonnerie engagée socialement. Dans son entretien demeuré célèbre avec Régis Debray, qui s'étonnait qu'un marxiste puisse fréquenter une loge maçonnique, Allende, après avoir rappelé que le premier secrétaire général du PCF était franc-maçon, soulignait que "les loges maçonniques, les toges lautarines, ont été les piliers de l'indépendance et de la lutte contre l'Espagne (...) Alors, tu comprends qu'avec une telle tradition familiale, et aussi parce que la franc-maçonnerie a lutté pour des principes fondamentaux tels que la liberté, l'égalité et la fraternité, on peut avoir ce genre de relations. Cela dit, j'ai maintenu au sein de la franc-maçonnerie qu'il ne peut y avoir d'égalité en régime capitaliste, même la moindre chance d'égalité; qu'il ne peut pas exister de fraternité quand il y a exploitation de classe; et que la liberté authentique est une chose concrète et non pas abstraite. Je donne donc aux principes maçonniques le contenu réel qu'ils doivent avoir" (Entretiens avec Salvador Allende, Régis Debray, François Maspéro, "Cahiers libres", Paris, 1971.) La Franc-maçonnerie mondiale est divisée en deux grands courants, issus d'un même tronc, mais qui évoluent totalement séparément. Le plus important numériquement est rattaché à la Grande Loge unie d'Angleterre. C'est une maçonnerie qui impose à ses membres la croyance en Dieu et dont l'apolitisme proclamé est souvent le prétexte à un conservatisme social. L'autre famille, dite "maçonnerie libérale", dont le Grand-Orient de France constitue le fer de lance, fait référence aux Lumières, aux principes de la Révolution française "liberté, Egalité, fraternité", et prône "la liberté absolue de conscience". La franc-maçonnerie sud-américaine est aujourd'hui dans sa grande majorité, rattachée à Londres, mais avec plus d'une contradiction. La quinzième assemblée de la confédération maçonnique interaméricaine, qui s'est tenue du 11 au 16 avril 1988 à Rio-de-Janeiro, a vu la participation à la fois de la Grande Loge du Chili et de la Grande Loge de Cuba. Cette dernière qui compte près de onze mille membres, constitue la seule obédience maçonnique autorisée dans un pays communiste. On explique généralement cette "anomalie" par le fait que, à l'instar de José Marti, plusieurs Francs-maçons auraient été engagés dans la révolution cubaine. Plusieurs théoriciens marxistes ont également fréquenté les loges, comme Mariategui au Pérou, Pedro Albizu Campos à Porto-Rico ou Sandino au Nicaragua

Le Monde diplomatique Juillet 1988,

  

Source : http://alnr.chez-alice.fr/md0788.html

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Les rapports entre la Franc-maçonnerie et l'Eglise catholique

21 Octobre 2012 , Rédigé par H\ H\ Publié dans #Planches

La maçonnerie, comment naît-elle ? D’où vient-elle ?
Elle est née dans les îles britanniques et nulle part ailleurs.
Il y a déjà des loges qui ressemblent à la FM\ en Ecosse dés la fin du XVI°siècle et en Angleterre au XVII°s.
La maçonnerie telle qu’on la connaît prend naissance en 1717 avec la constitution de la grande loge de Londres résultant de la fusion de 4 loges.
Qu’est-ce qui explique que la maçonnerie soit née dans les îles britanniques ?
A mon avis cela s’explique par le climat politique et intellectuel très particulier qui est celui des ces îles au XVII° et XVIII°s.
Pendant cette période elles sont vraiment des territoires à part, qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe sur le continent, et notamment en France.
A partir du XVII°s on voit se développer deux types de sociétés :

  • Une société bloquée, essentiellement la société continentale et plus particulièrement la France
  • Une société qui anticipe d’un siècle la société qui sera celle du XIX°s.

L’Angleterre a coupé la tête à son roi en 1649, presque 150 ans avant que la France ne le fasse.
En dépit de tentatives absolutistes des rois, des évolutions profondes ont lieu en Angleterre.
L’habeas corpus voté en 1679 donne 150 ans d’avance à l’Angleterre en matière de droit de la personne. Ce dispositif est révolutionnaire pour l’époque.

A partir de 1689, on peut dire que le roi règne mais ne gouverne pas.
Il y a des partis politiques, des élections périodiques. L’Angleterre invente la notion de budget, la cassette du roi ne se confond plus avec celle de l’Etat.
La liberté de presse et d’expression est totale. La censure n’existe pas. Il y a donc un débat démocratique (acte de tolérance de 1689).

En Angleterre on raisonne autrement qu’ailleurs.
John Toland publie « le christianisme dans ses mystères ». Cet ouvrage jette les fondements du déisme.
Cela contraste avec ce qui se passe sur le continent, où, pour un voyageur, la première chose qu’on lui demande est quelle est sa religion.
Dans des couches importantes de la société anglaise, une telle question ne se pose plus. On a sa religion et « on se fiche » de celle des autres. La religion devient une question personnelle, on n’en discute plus.

En 1660 a été créée la Royal Society. Elle accueillera Newton, John Locke, tous les grands noms de la science mais aussi du commerce et de la finance. Des praticiens donc aussi, des armateurs, des industriels.
On n’y discute pas de théologie. On demande à ses membres d’appliquer de la meilleure façon le résultat de leurs recherches, pour le plus grand bonheur de l’humanité, le plus grand bien-être des hommes.

Le bonheur de l’homme est « la tarte à la crème (sic) » du XVIII°s.
Avec la Royal Society, l’Angleterre invente la R&D = Recherche-Développement.

Un homme va jouer un rôle important dans ce processus : DESAGULIERS.
C’est un huguenot français qui a émigré très jeune avec ses parents en raison des persécutions.
Il devient docteur en philosophie et en physique. C’est le meilleur élève de Newton.
Il entre à la Royal Société en 1714. Il est initié en maçonnerie. Il participe en 1717 à la fondation de la maçonnerie moderne.
En 1719 il devient grand maître.
Il confie à un prêtre écossais presbytérien le soin de rédiger des constitutions (ANDERSON 1723).

Ces constitutions naissent donc dans un pays qui se libère des religions (orthodoxes), où la liberté d’expression devient totale, où le débat politique est monnaie courante, où le déisme devient à la mode, en tout cas chez les intellectuels et dans les couches élevées de la société.
Ces constitutions disent que pour être franc-maçon il ne faut pas être un athée stupide ou un libertin irréligieux.
L’athéisme radical est condamné. Mais l’athée tel qu’il est visé là, c’est parfois celui qui ne croit pas en un dieu déterminé d’une religion…(ensuite propos inaudibles en raison de personnes s’étant mises à tousser aux alentour du micro).

Ce créateur, cette puissance première, de grand architecte, son pouvoir s’est arrêté immédiatement après la création.
C’est quelqu’un dont on n’accepte plus les interférences dans la vie.
Comme l’a écrit le sociologue français GUSDORF (?), parlant du renversement copernicien qui s’opère dans la société du XVIII°s, Dieu devient un monarque constitutionnel, il règne mais ne gouverne pas. Il n’intervient plus dans la société. On s’écarte résolument de la vision providentialiste de l’histoire qui était encore celle d’un Descartes, et qui sera celle de Bossuet et de beaucoup d’autres encore jusqu’au XIX°s, savoir que dieu sait tout et conduit tout du passé, du présent et du futur.

Au travers des statuts de la FM, dans le contexte, le bain philosophique que nous venons de retracer, c’est une vision qui s’atténue (suite de secondes inaudible).
C’est un Dieu qui n’est pas celui d’une religion spécifique, j’insiste sur ce point, c’est un Dieu qui transcende toutes les religions.
On appelle dans les constitutions d’Anderson à une forme de respect et de tolérance entre les croyances et les croyants.

Desaguliers est aussi un prêtre anglican. Il fait écrire les statuts de la FM :. par un presbytérien écossais.
Ce qui frappe dans cette FM\ quand elle naît c’est l’esprit de tolérance.
Elle est en rupture totale avec la société profane, civile, en particulier continentale où on n’a que des religions d’Etat.
Si on n’est pas catholique en France, on est un citoyen de seconde zone, on est exclu de certains professions, de l’armée, de l’enseignement, on n’a pas droit à son culte, à des pasteurs, on n’a pas d’état civil, pas de cimetière…

La FM\ telle qu’elle éclot est révolutionnaire par la pratique de la tolérance.
Dans une loge on trouvera des gens de toutes les religions.
A la fin du XVIII°s un certain nombre de musulmans ont été initiés.
L’autre aspect qui frappe c’est la pratique de l’égalité. C’est aussi ce qui va faire que la FM\ va paraître un mécanisme d’ascension sociale au XVIII°s.
En loge on se tutoie, tous sont sur un pied d’égalité pendant la durée des travaux. Ceci est en rupture totale avec la société civile traditionnelle, très hiérarchisée, très stratifiée. Encore que, là aussi, l’Angleterre avait des dizaines d’années d’avance sur le continent.

Les fondements de la FM\ sont donc baignés par le climat religieux et intellectuel du temps.

L’Eglise catholique va rapidement comprendre qu’il y a peut-être là un danger.
A deux reprises la papauté condamne la FM\ au XVIII°s. En 1738 et en 1751. Elle somme les catholiques de quitter la FM \
Les condamnations fulminées par Rome vont-elles avoir un effet ?
On constate que, dans un certain nombre de pays, elles n’ont aucun effet. Elles ne seront même pas publiées.
Ce sera le cas dans nos régions et pour la monarchie austro-hongroise.
Que reproche l’Eglise catholique à la FM \ ?
Deux points fondamentaux apparaissent dés 1738 et vont être récurrents jusqu’au XX°s.
1° point :

On vivait dans des sociétés mono culturelles d’un point de vue religieux partout sauf en Angleterre, et un peu en Hollande aussi Dans ce bain mono culturel, ce qui n’appartient pas à la relation dominante est écarté. La crainte de l’Eglise c’est que les catholiques ne soient au contact de personnes appartenant à d’autres religions et ne soient en quelque sorte pervertis, devenant potentiellement des hérétiques.

2° point
L’Eglise ne peut pas accepter qu’un maçon s’engage au secret maçonnique. Le catholique se trouve en conflit par rapport à l’Eglise car il ne doit rien cacher à son confesseur. Il y a une relation particulière entre le fidèle catholique et son confesseur. Elle ne peut être mise à mal du fait du serment maçonnique.

(10 mn de développements sur l’empire austro hongrois non retranscrits).
On parle 16 langes dans cet empire et y pratique toutes les religions.
Les empereurs ne suivront pas les bulles papales.
L’empereur d’Allemagne a été initié maçon par Desaguliers.
Il joue le rôle (lui et ses successeurs) de pare-feu contre les bulles papales.
A noter que dans les autres royaumes les souverains sont aussi en lutte contre Rome. C’est Louis XV qui expulse les jésuites en 1764.
C’est un cardinal archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, qui préside une commission, dans les années 1770, qui décide de la fermeture de 400 couvents et monastères considérés comme inutiles.

Les esprits évoluent, y compris à l’intérieur du clergé. Un père jésuite ami du conférencier a conclu qu’à la veille de la révolution il y avait environ 2000 ecclésiastiques dans les loges en France.

Un évènement important pour la FM. : est la publication par un abbé jésuite réfugié à Londres, Barruel, de « mémoire pour servir l’histoire du jacobinisme ».
Barruel est influencé par les idées venues d’Allemagne et d’Autriche et il soutient que la maçonnerie est à l’origine des grands bouleversements, dont la décapitation de Louis XVI.
Les connotations qu’avait la philosophie française (les philosophes des Lumières) étaient qu’elle était une arme de combat contre le christianisme, la plupart des philosophes étant athées ou théistes.
On oublie trop que beaucoup d’idées modernes, comme la tolérance par exemple, venaient aussi d’Allemagne, d’Italie et de Hollande.
Souvenons nous que la France des Lumières fait imprimer ses écrits (Voltaire, Diderot…) à l’étranger.
Dans plusieurs parties de l’Europe on veut réformer le christianisme, on eut une morale plus austère, plus rationnelle.

Il y aura, après 1793, et après Napoléon 1°, une réaction européenne contre les idées françaises.
En Bavière, une secte, les illuminés, se développe. Elle n’a rien à voir avec la maçonnerie. Elle a un programme intéressant : égalité, liberté, elle professe la disparition des despotes.
Leur chef décide d’infiltrer la maçonnerie.
Barruel a eu accès aux archives des illuminés. Se développe l’idée nouvelle que la révolution a été tramée dans les loges maçonniques.
Avec comme conséquence : les maçons sont dangereux, ils sont susceptibles de faire des coups d’Etats.
Le mémoire de Barruel sera traduit dans de multiples langues.
Comme la révolution française a émancipé les juifs, l’idée se fait jour que ce sont les juifs qui sont derrière tout cela, d’où l’idée d’un complot judéo maçonnique.
Cette idée fera fureur jusqu’au régime de Vichy.
Le général FRANCO en Espagne était un obsédé de ce complot.

Revenons à l’Eglise.
1832. Grégoire XVI s’en prend au libéralisme religieux en général. Les arguments utilisés sont les mêmes qu’avant.
En décembre 1837 la conférence épiscopale de Belgique prend en compte l’encyclique et fait lire une lettre pastorale dans toutes les églises.
On va voir, en 15-20 ans, de plus en plus de catholiques quitter les loges.
Il se produit un changement sociologique dans les loges.
En 1864 le pape publie sa grande encyclique Quanta Cura. Elle est accompagnée d’un Syllabus, devenu Le Syllabus en raison de son importance. Ce texte condamné les grandes erreurs du temps aux yeux du pape : le libéralisme, le socialisme, la démocratie, la liberté de conscience…
Toutes les grandes libertés héritées de la révolution américaine et française sont condamnées.
Ceci provoque un déchirement chez un bon nombre d’intellectuels restés chrétiens ou spiritualistes.
Pour beaucoup il y a une incompatibilité entre la science et la foi, entre la liberté de pensée et l’adhésion à une religion révélée.

Une maçonnerie libérale se constitue. On change les statuts du Grand Orient en France et en Belgique. Pour être maçon il ne faut plus croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme. En loge, on accueille tout le monde, des agnostiques, des athées.
Ce mélange là existe toujours.
Une fracture se produit dans la maçonnerie dite universelle, entre une maçonnerie libérale et une autre qui reste attachée aux anciennes croyances.
Dans le droit canon de 1913, la FM. : est condamnée, elle est appelée secte et les catholiques maçons sont excommuniés.
En 1983, refonte du droit canon. On en trouve plus la FM dans la liste des institutions condamnées. Mais, après promulgation, le cardinal Ratzinger (devenu depuis pape) explique que rien n’a changé et que les condamnations demeurent.

FIN

Question : quelles différences entre croyant, agnostique et athée ?

Réponse du conférencier : l’agnostique dans mon genre c’est quelqu’un qui pratique un doute raisonnable et scientifique. Je ne peux pas prouver que Dieu n’existe pas, donc, la seule position intellectuellement tenable c’est l’agnosticisme.
Dieu ne fait pas partie de ma perspective, aucunement. Je n’y pense pas.
Mais je ne dirai pas que je suis athée, je dirai que je suis agnostique.
Parce qu’un athée, c’est un croyant qui croit que Dieu n’existe pas, face à un autre croyant qui croit que Dieu existe.

Le catholique, s’il est catholique, il (doit) s’incline devant le magistère, devant la vérité révélée. Il n’a pas sa liberté de pensée ; c'est-à-dire que l’homme catholique ne peut pas faire usage de son libre entendement.
C’est inacceptable pour l’Eglise que l’homme aille au bout de ses capacités intellectuelles.

Et ce citer son conflit avec l’évêque de Namur lorsqu’il voulait supprimer les cours de religions pour les remplacer par de la philosophie et de l’étude comparées des religions dans les deux dernières années du secondaire.

Ce qui fait peur à l’Eglise catholique, c’est la comparaison avec d’autres religions ; c’est le fait qu’en comparant on voit que, sous toutes les latitudes, à toutes les époques, les hommes se sont posés les mêmes questions.
Chaque Eglise prétend être celle qui détient la vérité.
Si l’on élargit le champ culturel des préoccupations, cela introduit le relativisme.
Le relativisme est le plus grand péché que puisse commettre un catholique.
En FM. : il n’y a pas de vérité révélée. Il peut y avoir une bible dans les ateliers mais corrigée par le compas et l’équerre.
Il y a une vérité, on la cherche, on espère la trouver, mais elle n’est pas révélée.

Source www.ledifice.net

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L'Eglise et la Franc-Maçonnerie : explication d'un malentendu

21 Octobre 2012 , Rédigé par Jean-Pierre BONNEROT Publié dans #Eglise catholique et FM

Il convient préalablement de prendre acte de ce que la Franc Maçonnerie ne se trouve plus soumise aux dispositions de l’ancien code qui énonçait en son canon 2335 : « Ceux qui donnent leur nom à une secte maçonnique ou à d’autres associations du même genre qui complotent contre l’Église ou les pouvoirs civils légitimes, contractent par le fait même une excommunication simplement réservée au Siège apostolique. », lorsque le nouveau code en date de 1983, expose en son canon 1374 : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit. »
La question ainsi posée pour savoir si Les francs-maçons succombent de fait à une juste peine pouvant aller jusqu’à l’interdit, dépend du dessein personnel ou non de conspirer contre l’Eglise.
Dès lors que ce projet est inexistant, la sanction ou déjà même la mise en garde ne saurait avoir de portée, il est important de ne pas l’oublier.

I

Beaucoup hausseront les épaules en déclarant que l’Eglise hâtivement et sans circonspection a condamné sans éléments probants par avance la Franc Maçonnerie.
L’histoire des condamnations Papales est de nature à expliquer la position choisie, dès lors que l’on prête attention à la date même de la première condamnation en n’oubliant pas ce que fut et voulut être la révolution préparée par Anderson.

II

N’en déplaise à certains historiens contemporains, la franc-maçonnerie n’a pas commencé au 18° siècle, mais connut à cette époque une transformation par le canal des Constitutions du pasteur qui s’opposait non seulement à Rome mais à ce qu’avait été jusqu’alors la maçonnerie, une association de chrétiens, très précisément de catholiques, maçons opératifs fidèles au bon travail et fiers de leurs outils, invoquant la Très Sainte Vierge, la Très Sainte Trinité, rendant gloire à Dieu en leurs prières et se rendant à la messe.
Au titre des Devoirs des vrais Maçons, il convient de citer ce que précisent les textes antérieurs à Anderson, dans le cadre des manuscrits conservés quant aux acclamations, et à l’esprit des prières :
Le Ms REGIUS déclare : « Celui qui veut embrasser ce métier doit aimer Dieu et la sainte Église, et aussi le maître chez qui il vit, où qu'il aille, par champs et bois ; et il aimera ses compagnons, ainsi le veut le métier. »
« Prions Dieu, roi tout-puissant et sa mère immaculée Marie que nous gardions ces règlements et ces points, à l'exemple des quatre martyrs renommés, qui furent bons maçons, sculpteurs et imagiers. »

Le Ms COOKE (ca 1400) déclare : « Celui qui veut embrasser ce métier doit aimer Dieu et la sainte Église, et aussi le maître chez qui il vit, où qu'il aille, par champs et bois ; et il aimera ses compagnons, ainsi le veut le métier. »
Le Ms Grand Lodge (1583) place les maçons sous la puissance de la T. S. Trinité « Que la puissance du Père du ciel, et la sagesse du Fils glorieux, par la grâce et la bonté du Saint Esprit, qui sont trois personnes en un seul Dieu, soient avec nous à notre commencement, et nous donnent la grâce de nous gouverner ici dans notre vie de telle sorte que nous puissions parvenir à Sa béatitude qui n’aura jamais de fin. Amen. »
Le Ms WATSON (1687) rend grâce à Dieu : « Grâces soient rendues à Dieu, notre Père glorieux, créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses qui y sont … »
Le Ms DUMFRIES (1710) place les maçons sous la Sainte Trinité et demande qu’Elle les guide vers le Royaume : « Que le Père tout-puissant avec la sagesse du glorieux Jésus et par la grâce du Saint-Esprit, qui sont trois Personnes en un seul Dieu que nous implorons, soit avec nous au commencement et nous donne la grâce de nous gouverner en cette existence afin que nous puissions parvenir à son Royaume qui n'aura pas de fin. Amen.
Bons frères et compagnons, notre dessein est de vous faire connaître de quelle manière fut créé cette excellente science de la maçonnerie, quand et comment elle débuta, et aussi comment elle fut soutenue, favorisée et aimée par les plus fameux et braves héros de la terre tels que rois et princes, ainsi que toutes sortes de gens intelligents au plus haut degré ; de même que les obligations de tous les maçons vrais et reconnus, auxquelles on leur a enseigné de se conformer en toute loyauté et de bien prendre garde s'ils souhaitaient être récompensés. »
>>> De ce qui précède, il convient d’en prendre acte.
C’est la révolution Andersonienne qui, par « la main mise » des Protestants, « acceptés » en trop grand nombre par les maçons opératifs et catholiques, qui sera à l’origine de cette absence et de Christianisme et de « féodalité » à la Sainte Eglise.
Il est important de noter que jamais alors l’Eglise ne s’est opposée à la Franc- Maçonnerie, le premier texte s’opposant à celle-ci, date de 1738…
Or, c’est en 1723 que le pasteur ANDERSON rédige et publie ses fameuses Constitutions qui en leur première version s’opposent à Rome : L’article 6 § 2 De la conduite à tenir, (pour un FM) est fort explicite, lorsque notre pasteur, s’opposant à l’Eglise, déclare quant à l’interdiction dans les Loges d’évoquer la religion, la Nation, la politique de l’Etat : « Cette obligation de toujours a été strictement enjointe et observée, mais particulièrement depuis la Réforme en Grande Bretagne vu la séparation et la sécession de ces Nations de la communion de Rome. »
Gommé l’est, le Devoir de Religion au sens religieux même sinon sacré, lorsque ledit pasteur énonce cette contre-vérité en la version I des Constitutions (1723) : «« Un maçon est obligé, par son engagement, à obéir à la loi morale, et s’il comprend correctement l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. Mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obligés, dans chaque pays d’être de la religion de ce pays ou nation, qu’elle qu’elle fût, aujourd’hui, il a été considéré plus commode de les restreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire d’être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d’honneur et de probité quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la maçonnerie devient le Centre de l’Union… »
Contre-vérité, parce que les Francs-Maçons avant le projet Protestant d’Anderson, étaient Catholiques et Romains, au Moyen Age notamment, il n’y avait pas de Protestantisme, La religion n’était pas celle du pays, c’était la religion Catholique Apostolique et Romaine, ainsi que le rappellent les « Règles et Devoirs de l'Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France » selon la version française la plus ancienne des Anciens Devoirs, datant de 1735 remises en novembre 1737 au baron de Scheffer à l'effet de constituer des Loges dans le Royaume de Suède : « « Un Franc-Maçon est obligé par son état de se conformer à la Morale et, s'il entend bien l'Art, il ne sera jamais un athée, ni un libertin sans religion. Dans les siècles passés, les Francs-Maçons étaient obligés de professer la religion catholique, mais depuis quelque temps, on n'examine pas sur cela leurs sentiments particuliers, pourvu toutefois qu'ils soient chrétiens, fidèles à leur promesse, et gens d'honneur et de probité. »
Le projet de notre pasteur en sa révolution par ses Constitutions, contre les bases de l’Ancienne Maçonnerie, réside notamment dans la volonté de replacer Dieu, la Très Sainte Trinité, l’invocation de la Mère de Dieu, par le terme Grand Architecte de l’Univers, lorsqu’il semblerait que la construction de ce mot provienne de Calvin qui pour définir Dieu, en son : Institution de la religion Chrétienne (1552) use des termes Grand Architecte et Architecte de l’Univers)
Devoir est de s’interroger pour savoir si dans l’esprit d’Anderson le GADLU est synonyme de Dieu ou de tout autre chose.
Il convient de pareille manière de s’interroger sue le sens que notre Pasteur donne aux mots « athée stupide » ou « stupide athée » étant observé que la formulation choisie en la langue anglaise originelle, permet les deux lectures, l’admission dès lors de l’athéisme n’étant pas impossible si la formulation de la libre pensée n’est pas exprimée de manière stupide …)
Ces faits seront générateurs de l’annonce de l’Etre Suprême, d’où découle l’idée d’une religion naturelle par opposition à une religion révélée : Le Déisme s’oppose au Théisme et l’annonce du Rapport sur les idées religieuses et morales prononcé à la tribune de la Convention par ROBESPIERRE le 7 mai 1794 : « L’idée de l’Etre suprême et de l’immortalité de l’âme est un rappel continuel à la justice ; elle donc sociale et républicaine. » sera repris au mieux par la Franc- Maçonnerie Andersonienne lorsqu’elle se prétend spiritualiste, tout en usant souventes fois de l’acclamation : « Liberté Egalité Fraternité » …
Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que très vite l’Eglise Romaine réagira pour mettre en garde ses fidèles contre cette «nouvelle maçonnerie » Protestante, hostile à Rome au point de retirer toute référence claire et précise à Dieu.
Le 28 avril 1738, Clément XII commence sa Bulle In eminenti par ces termes :
« Élevé par la divine Providence au plus haut degré de l'apostolat, tout indigne que Nous en sommes, selon le devoir de la surveillance pastorale qui Nous est confiée, Nous avons, constamment secouru par la grâce divine, porté notre attention avec tout le zèle de notre sollicitude, sur ce qui, en fermant l'entrée aux erreurs et aux vices, peut servir à conserver avant tout l'intégrité de la religion orthodoxe, et à bannir du monde catholique, dans ces temps si difficiles, les risques de troubles Nous avons appris, par la rumeur publique, qu'il se répand à l'étranger, faisant chaque jour de nouveaux progrès, certaines sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules, appelés communément du nom de Francs-Maçons ou d'autres noms selon la variété des langues, dans lesquels des hommes de toute religion et de toute secte, affectant une apparence d'honnêteté naturelle, se lient entre eux par un pacte aussi étroit qu'impénétrable, d'après des lois et des statuts qu'ils se sont faits, et s'engagent par serment prêté sur la Bible, et sous les peines les plus graves, à couvrir d'un silence inviolable tout ce qu'ils font dans l'obscurité du secret. »
Le problème posé n’est pas celui du secret, mais l’obscurité de ce dernier, à savoir par ce retrait de l’Eglise pour les personnes acceptant d’entrer dans les loges, le risque sinon la conséquence de se couper et finalement s’opposer au Salut proposé par le Vicaire du Christ, ainsi Clément XII poursuit-il en ces termes :
« C'est pourquoi, Nous, réfléchissant sur les grands maux qui résultent ordinairement de ces sortes de sociétés ou conventicules, non seulement pour la tranquillité des États temporels, mais encore pour le salut des âmes, et voyant que par là elles ne peuvent nullement s'accorder avec les lois civiles et canoniques; et comme les oracles divins Nous font un devoir de veiller nuit et jour en fidèle et prudent serviteur de la famille du Seigneur pour que ce genre d'hommes, tels des voleurs, ne percent la maison, et tels des renards, ne travaillent à démolir la vigne, ne pervertissent le cœur des simples et ne le transpercent dans le secret de leurs dards envenimés; pour fermer la voie très large qui de là pourrait s'ouvrir aux iniquités qui se commettraient impunément, et pour d'autres causes justes et raisonnables de Nous connues. »
D’Anderson, l’opposition à Rome est probante, Clément XII avait-il tort d’émettre ainsi des réserves ? Pasteur prudent, cette Bulle nous paraît une réponse aux Constitutions voulant réformer la Franc- Maçonnerie, modifier l’Ancienne Maçonnerie elle, fidèle à l’Eglise et croyant en Dieu.

III

ANDERSON ne remportera pas si facilement sa victoire contre l’Ancienne Maçonnerie.
Face à ce que l’on peut nommer « la Révolution Andersonienne », la Franc-Maçonnerie de Tradition réagira selon deux voies : 
La maintenance dans les Rituels proclamant la Foi en Dieu
La création de nouveaux Rites, à savoir les Rites Egyptiens d’une part, le Rite Ecossais Rectifié d’autre part.
Le Manuscrit GRAHAM (1726) expose :
Qu'est-ce qu'une loge parfaite ?
-Le centre d'un cœur sincère.
-Mais combien de Maçons sont-ils appelés ainsi ?
-N'importe quel nombre impair de 3 à 13.
-Pourquoi faire tant d'embarras et pourquoi toujours des nombres impairs ?
-Par référence à la Sainte Trinité, à l'avènement du Christ et à ses douze apôtres.
-Quel fut le premier pas de votre entrée ?
-Un fort désir de connaître les secrets de la Franc- Maçonnerie.
- Pourquoi fut-elle appelée Franc- Maçonnerie ?
-Premièrement parce que c'est un franc (libre) don de Dieu aux fils des hommes, deuxièmement parce qu'elle est franche de l'intrusion des esprits infernaux, troisièmement parce qu'elle est une franche union des frères de ce saint secret qui doit durer à jamais. »
La confession d’un Maçon (extrait d’un journal écossais The Scots Magazine) (1727) déclare ; « Comme je répondrai devant Dieu au grand jour, et devant cette compagnie, je garderai et cacherai, ou ne divulguerai ni ne ferai connaître les secrets du mot du Maçon, sous peine d’avoir la langue arrachée de sous mes mâchoires, et mon cœur arraché de sous mon aisselle gauche, et mon corps enseveli sous la limite des marrées hautes, là où la mer descend et monte deux fois en vingt-quatre heures. »
Les Devoirs de tous les FM, extraits des anciens registres des Loges, à l’usage de celles de France et de celles qui lui sont subordonnées, lesquels doivent être lus à la réception d’un Frère et lorsque le Maître de la Loge le jugera à propos (1732) précisent :
« Un Franc- Maçon est obligé par son Etat de se conformer à la Morale, et s’il entend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée, ni un Libertin sans religion. Dans les siècles passés les Francs- Maçons étaient obligés de confesser la Religion Catholique, mais depuis quelque temps on n’examine pas sur cela leurs sentiments particuliers, pourvu toutefois qu’ils soient Chrétiens, fidèles à leur promesse et gens d’honneur et de probité, de quelque manière qu’ils puissent être distingués d’ailleurs, par ce moyen la Maçonnerie devient le Centre et l’Union d’une vraie amitié entre des personnes qui sans ce doux nœud seraient pour toujours éloignées et séparées les unes des autres. »
Anderson reconnaîtra finalement que les Maçons étaient Chrétiens et use du mot, mais, sans plus.
Ainsi dans la version II des Constitutions (1738), il écrit : « Un Maçon est obligé de par sa Tenure, d’observer la Loi Morale, en tant que véritable Noachide et s’il comprend bien le Métier, il ne sera jamais Athée stupide, ni Libertin irréligieux, ni n’agira à l’encontre de sa conscience. Dans les temps ancien, les Maçons Chrétiens étaient tenus de se conformer aux Coutumes chrétiennes de chaque Pays où ils voyageaient ou travaillaient : Mais la Maçonnerie existant dans toutes les Nations, même de Religions diverses, ils sont maintenant seulement tenus d’adhérer à cette Religion sur laquelle tous les Hommes sont d’accord (laissant à chaque Frère ses propres opinions), c’est-à-dire, d’être Hommes de Bien et Loyaux, Hommes d’Honneur et de Probité, quels que soient les Noms, Religions ou Confessions qui aident à les distinguer : Car tous s’accordent sur les trois grands articles de Noë, assez pour préserver le Ciment de la Loge. Ainsi la Maçonnerie est le Centre de leur Union et l‘heureux Moyen de concilier des Personnes qui autrement n’auraient pu que rester perpétuellement Etrangères. »
A la suite de la version I de 1723, provoquant en 1736 une Bulle émanant du Pape de Rome, vu de surcroît l’opposition de la Maçonnerie de Tradition par cette tentative révolutionnaire et Protestante, en sa nouvelle version des Constitutions, Anderson finira par reconnaître en 1738 que les maçons étaient Chrétiens.
De semblable façon de nouveaux Rites apparaissent pour confirmer la maintenance de cette Foi en Dieu, en Dieu révélé par opposition au choix du terme GADLU autorisant toutes les qualifications.
L’ouverture de la loge Egyptienne au 1° degré, dans le cadre des Rites de Cagliostro se fait de la façon suivant :
Le Vénérable ayant pris sa place, le plus grand silence doit être observé. Il est défendu de se moucher et à plus forte raison de parler.
Lorsque le Vénérable se lèvera, tous se lèveront en même temps ; il aura [le glaive] à la main droite, qu'il ne quittera jamais tant qu'il parlera.
Il dira : « A l'ordre, mes Frères. Au nom du Grand Dieu, ouvrons la Loge selon le Rite et les Constitutions du Grand Cophte, notre fondateur. »
II descendra de son trône et à sept pas de la dernière marche, il se trouvera en face du Triangle renfermant le Nom de Dieu et il dira : « Mes Frères, prosternez- vous ainsi que moi, pour supplier la Divinité de me protéger et de m'assister dans les travaux que nous allons entreprendre. »
La prière intérieure étant achevée, le Vénérable frappera de la main droite sur le Plancher, pour annoncer à tous les frères qu'ils peuvent se relever.
Autre exemple à l’occasion de l’élévation au 2° degré, l’ouverture de la loge se fait de la façon suivante :
Lorsque le Vénérable Maître se lèvera, les Maîtres se lèveront également. Il aura le glaive à la main droite et dira : « À l'ordre mes Frères. Au nom du Grand Dieu, ouvrons la Loge suivant le Rite et les Constitutions du Grand Cophte. »
Le reste des frères s'inclinera profondément ainsi que les douze Maîtres pour adorer la Divinité.
Le Vénérable Maître en particulier l'implorera pour obtenir Pouvoir, Force et Sagesse ; chacun en son cœur prononcera l'hymne : « Veni Creator Spiritus. »
A l’ouverture de la Loge au 1er degré dans le Rite de Misraïm (1820), le Vénérable dira cette prière :
« Suprême Architecte des Mondes, Source de toutes les perfections et de toutes les vertus, âme de l'univers que Tu remplis de ta gloire et de tes bienfaits, nous adorons Ta majesté suprême, nous nous humilions devant Ta sagesse infinie qui créa tout et qui conserve tout. Daigne, Être des Êtres, recevoir nos prières et l'hommage de notre amour, bénis nos travaux et rends-les conformes à Ta Loi, éclaire-les de Ta lumière divine, qu'ils n'aient d'autres buts que la gloire de Ton Nom, la prospérité de l'ordre et le bien de l'humanité. Unis les hommes que l'intérêt et les préjugés divisent, écarte le bandeau de l'erreur qui obscurcit leurs yeux, et que, ramené à la vérité par la philosophie, le genre humain ne présente qu'un peuple de Frères qui T'offrent de toute part un encens pur et digne de Toi. »
Le Suprême Architecte des mondes n’est pas l’Etre Suprême de l’époque Révolutionnaire : Il est DIEU :
Aussi, le Vénérable avant que les FF ne se séparent dira cette prière :
«Père de l'Univers, Source éternelle et fécondé de lumière, de science, de vertu et de bonheur, pleins de reconnaissance pour Ta bonté infinie, les ouvriers de ce temple Te rendent mille actions de grâces et rapportent à Toi tout dé qu'ils ont fait de bon, d'utile et de glorieux dans cette journée solennelle où ils ont vu s'accroître le nombre de leurs frères : continue de protéger leurs travaux et dirige-les de plus en plus vers la perfection; que l'harmonie et la concorde soient à jamais lé triple ciment qui les unit! Alléluia! Alléluia! Alléluia! »
La Franc-Maçonnerie, en général, n’adhérera pas rapidement à la Révolution du pasteur Anderson, elle succombera vers la fin du XIX° siècle, lorsque des Rites et des Régimes demeureront encore fidèles aux Anciens Devoirs.
Ainsi, en les Devoirs Généraux des Anciens Francs- Maçons Libres et Acceptés (1840), est-il bien précisé : « Le vrai maç. adore Dieu, l’auteur et le conservateur de toutes choses, et remplit fidèlement les devoirs que sa religion lui impose, sans être intolérant envers ceux qui en professent une autre. .. »
Le Rite Ecossais Rectifié déclare pour sa part être Chrétien, mais ses degrés symboliques se rattachent à l’Ancienne Alliance et si des degrés intermédiaires relèvent de la Nouvelle Alliance, les imprécisions, la nostalgie de J-B Willermoz pour ses débuts maçonniques dans le système de Martinez de Pasqually, conduiront le Régime dans le cadre de son Ordre Intérieur à privilégier ce qui relève de l’Ancienne Alliance.
De semblable façon, à la suite de la seconde partie du 20° siècle, les Rites Egyptiens se ceindront selon trois voies : les Ordres fidèles à la Tradition du Rite comme Constant CHEVILLON et les mainteneurs de sa filiation privilégiant la prière et la spiritualité Chrétienne, les Ordres qui pensèrent pouvoir comprendre les Rites originels comme prétexte et invitation à des pratiques « magico-alchimiques », les ordre qui se rattachèrent à la pensée a-dogmatique et libérale prônée par le pasteur Anderson.

IV

Force est de constater que la Franc-Maçonnerie comme lieu d’hostilité à Rome relève d’un malentendu qu’il serait temps de lever.
La Franc-Maçonnerie n’a pas cherché à renverser les autels, seul un pasteur infidèle à la Tradition des Anciens Devoirs, s’est opposé, parce que Protestant, à Rome. S’il finira par être suivi par beaucoup de Loges et d’Ordres, ces derniers infidèles eux aussi aux Anciens Devoirs, ne sauraient représenter la Maçonnerie de Tradition.
Toutefois, si conformément à son engagement, le Franc-Maçon considère tous les êtres comme ses frères, alors il participera consciemment ou non, par la Fraternité, à cette Communion des Saints, qui fait que répondant au précepte de la II Epître de Pierre III, 12, par ses bonnes actions et ses prières, il hâtera l’avènement du Jour de Dieu, alors, comme le souligne Origène en son explication du Notre Père, « si sa (celle de Dieu) volonté est faite sur la terre comme elle l’est au ciel, tous nous serons ciel »
Cette récapitulation de toutes choses en Dieu, fera que le temple terrestre symboliquement évoqué dans les Rituels, se doublera en Temple spirituel, cet Orient qui est la quête de la vraie Maçonnerie.

Source : http://ordre-de-lyon.blogspot.fr/2011/02/leglise-et-la-franc-maconnerie.html

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L'Eglise et la Franc-Maçonnerie

20 Octobre 2012 , Rédigé par Jean Mourgues Publié dans #Eglise catholique et FM

Durant les années 1960-1980 les autorités catholiques ont cherché à approcher des milieux maçonniques. La question que l’on pouvait se poser concernant cette approche peut maintenant recevoir sa réponse. Il s’agissait pour les autorités religieuses catholiques de formuler une opinion objective sur les incompatibilités entre Église et Franc-maçonnerie. Ces incompatibilités pouvaient avoir cessé d’imposer une rigueur ou une hostilité justifiant l’excommunication des francs-maçons. Ou l’attitude maçonnique pouvait avoir changée au point de réduire le nombre de ces incompatibilités. Voire, les avoir réduites à néant.

De toute façon, il fallait étayer le jugement le plus modéré et le plus éclaire pour se prononcer . La passion, dans les relations entre Eglise catholique et Franc-maçonnerie ayant obscurci les approches réciproques.

L’on pouvait admettre que l’hostilité était de circonstance. Ou encore due à une incompréhension, en raison de la singularité ou de l’originalité de la démarche maçonnique.

On pouvait supposer que le temps adoucissant les passions permettrait aux hommes de s’approcher, de s’estimer et de se comprendre.

On pouvait admettre que la puissance ayant condamné (l’Église ayant excommunié les francs-maçons dès l’origine de l’institution) avait des raisons de faire cesser une hostilité que ne justifiaient plus les attaques dont elle était l’objet.

On pouvait également se demander si les catholiques pouvaient entrer sans se renoncer dans l’Ordre maçonnique. Et également, si des francs-maçons pouvaient demeurer catholiques.

Toutes ces attitudes paraissent, sans commentaire, étrangères à la façon dont le problème se trouve posé en définitive.

Les conclusions tirées par les autorités catholiques, du moins jusqu’à ce jour sont formelles: il est exclu que l’on puisse appartenir en même temps à l’Église catholique et à la franc-maçonnerie.

Et cela, même si l’institution maçonnique à laquelle on désire appartenir n’est pas hostile à l’Église, et cela, même si l’institution maçonnique n’interdit nullement à un catholique de faire partie de l’une ou de l’autre de ses loges, fut-elle favorable à l’Église catholique.

L’Église catholique affirme l’incompatibilité radicale entre l’appartenance conjointe aux deux institutions, et la qualité de catholique.

Il est encore certain que l’institution maçonnique, admet, elle, la compatibilité entre les deux allégeances.

Ce qui apparaît d’évidence, c’est que l’attitude des autorités catholiques est fondée sur la croyance aux enseignements de l’Eglise, et l’attitude maçonnique, sur la libre détermination des consciences.

La Franc-maçonnerie est la seule institution, semble-t-il, qui ait réussi à proposer un rapprochement entre les hommes sans considération de croyances, de race, ni de profession. Cette prétention est symbolique, c’est à dire qu’elle n’est jamais qu’un idéal.

Cette prétention est liée à une méthodologie: la sélection des membres, la pratique d’une discipline corporelle et rituelle dont le formalisme et la diversité permettent la libération spirituelle.

Et d’une espérance: que les individus ainsi soumis à une épreuve consciemment assumée soient assez détachés de leurs intérêts matériels, de leurs passions, ou de leurs croyances pour se conduire avec leurs égaux de façon fraternelle, et avec les humains en général de façon généreuse.

L’engagement maçonnique implique deux attitudes: la considération des êtres sans tenir compte, positivement ou négativement, de leur conditionnement social, culturel ou héréditaire. Le respect d’une solidarité librement assumée entre les êtres qui se vouent librement à cette exigence.

Le franc-maçon sait parfaitement que les êtres sont liés par leur passé, par leur milieu, par leurs obligations sociales contractuelles ou formelles, par leurs passions ou leurs recherches à une condition apparente qui les condamne à l’isolement individuel ou collectif.

Les humains sont d’autre part la proie des incertitudes, des inquiétudes qui les poussent à chercher des conditions d’équilibre qu’ils nomment salut ou liberté selon les milieux, ou encore, se vouent à des causes qui les justifient à leurs yeux ou à ceux du monde.

L’institution maçonnique entreprend d’indiquer à ces êtres la voie d’une relative sérénité. Et sans doute le catholique trouve une réponse dans sa soumission à la volonté de Dieu.

- Mais le franc-maçon pour autant peut chercher sa réponse en lui-même, sans que l’affection qu’il voue à son frère croyant en soit altérée.

Or, précisément, c’est cette relativisation de la croyance que le Catholicisme condamne. Il ne souffre aucune complaisance à l’égard de la notion de vérité.

Et il est vrai que pour le franc-maçon, toutes les religions sont respectables, et tout autant qu’elles apportent aux humains une voie de paix intérieure et de générosité, une solution et une promesse suffisante à leur attente, il n’a aucune objection à faire. Son opposition commence lorsqu’au nom du salut on opprime et écrase les êtres sans ménager leur souffrance et sans respecter leur liberté intérieure.

La relativité de toute vérité constitue la base de la franc-maçonnerie. Voilà ce qu’affirme le document, et, au fond, ce que reconnaissent bien volontiers les francs-maçons.

Ils disent, ces constructeurs de la cité terrestre que la solidarité n’est pas une affaire de croyance, mais de reconnaissance mutuelle. Ils disent que la volonté de construire pour l’homme une cité terrestre n’est pas sacrilège, même si certains pensent que la seule durable est la cite céleste. Ils constatent que les croyances sont diverses, et que la diversité de ces croyances n’est pas un élément sur lequel se fonde l’ordre vivant, mais au contraire, que l’ordre humain s’autorise de la diversité des croyances pour justifier les conflits.

Dans la mesure où les conflits sont permanents entre les hommes, ils témoignent que les croyances ne sont que des prétextes pour justifier les oppositions.

Qu’il importe moins de justifier les oppositions que de concevoir une voie d’accès à la compréhension de notre condition, et à l a maîtrise des passions qui nous emportent hors de nous-mêmes.

Le franc-maçon a conscience de la nécessité d’une ascèse intérieure qui conduise l’individu de la dépendance originale et subie, à la collaboration consentie et lucide.

Le franc-maçon entend assumer sa vocation d’être libre, même si cette liberté est relative, même si elle est fonctionnelle même si elle est difficile, parce que la conscience qu’il a de lui-même lui confère un sentiment de dignité auquel il est attaché.

Il n’est pas en lui de renoncer à cet appel vers la lucidité et vers la disponibilité de soi. Si le catholique veut affirmer que cette aspiration à se dépasser est l’effet de la nature divine en l’homme, libre à lui catholique de le dire. Mais en quoi peut-il s’opposer à ce que les individus qui aspirent à cette reconnaissance d’eux-mêmes se considèrent comme frères ? -

Ce que les catholiques croient, c’est que l’homme est en marche vers Dieu. C’est que l’humanité est ouverte sur le royaume de l’au-delà.

On peut discuter sur la valeur transcendante des concepts. On peut être indiffèrent à la figuration imagée et symbolique pour adopter la signification formelle. Il n’en demeure pas moins que rien n’interdit à des humains de considérer la « diversité des créatures » (Kipling) et de tenir leur qualité humaine pour dénominateur commun de leur démarche terrestre. L’Église catholique affirme devoir s’identifier à l’humanité, et sans doute y aspire-t-elle. Reste à savoir si elle réduira cette humanité au plus petit commun diviseur ou au plus grand commun multiple.

Les catholiques ont une façon définitive de juger des hommes d’après la façon dont ils croient en Dieu.

Il ne vient pas à l’idée des catholiques que leur interprétation du divin a pu varier aux cours des siècles, ni que les formules les plus précises dans le domaine de la transcendance ou de l’immanence ne sont que des façons de dissimuler l’ignorance où sont les hommes de leur destin passé et futur en tant que porteurs d’esprits.

Il y a en particulier un procès fait à l’invocation du Grand Architecte de l’Univers qui révèle, tant chez les catholiques que chez certains francs-maçons, une attitude déiste antithétique. Le Grand Architecte, comme symbole, signifie seulement qu’il y a un ordre dans l’apparence de ce monde. Que cet ordre soit l’esprit humain qui se reconnaît dans l’Univers, ou une volonté, le franc-maçon n’en a cure, il n’exprime aucune opinion sur les conceptions métaphysiques, persuadé qu’il n’y a dans ce domaine aucune possibilité de trancher par la preuve et par la raison.

Mais, pour ce qui est de la révélation, telle que les catholiques la conçoivent, on pourrait curieusement se demander si le procès n’est pas délibérément truqué.

Qu’est-ce que la Révélation ? Si c’est Dieu qui parle dans un livre on peut se demander si tout ce qui est dit et écrit n’est pas aussi un témoignage.

Si la révélation c’est la prise de conscience méthodique ou non de la réalité des choses, si c’est la conquête progressive d’une vérité qui se fait en nous par la manifestation de l’être, alors, on peut se dire que c’est une affaire d’interprétation.

Mais, est-ce suffisant pour refuser la qualité de frère à un homme qui ne conçoit pas la relation de l’homme avec l’inconnu de façon conforme à celle que nous retenons pour notre propre usage ? C’est ce que je me refuse à croire.

Il est vrai que ce qui choque le plus les catholiques chez les francs-maçons, c’est la notion de tolérance.

Il faut admettre toutes les idées disent les francs-maçons et se montrer prudent quant aux hommes en raison de l’usage qu’ils peuvent en faire. C’est évidemment une forme de relativisme.

Mais, de quel droit décider des bonnes idées et des mauvaises sinon par un à priori révélateur d’une volonté de puissance.

L’Eglise catholique entend assumer l’ordre spirituel par l’information et l’autorité. Mais répugne à admettre les mises en questions systématiques, et là-dessus, la démarche du franc-maçon est rigoureusement différente.

Il conseille la recherche prudente, discrète, secrète même mais librement conduite, et assurée en fonction de l’expérience probatoire.

Dans le fond, l’Eglise assure un ordre social ancré sur le sacré et le franc-maçon un ordre humain, fondé sur l’intelligence et la fraternité,

La question des sacrements et celle des rites est intéressante dans la mesure où elle permet de faire la distinction du sacré et du formel.

Lorsque le prêtre confère un sacrement, il établit une participation du divin dans l’ordre de l’humain. On peut discuter de la façon dont cette participation est efficace, ou effective, on ne peut nier que le prêtre serve d’intercesseur, même si le sujet du sacrement aspire à la participation au divin.

Dans le rite, le problème est purement physiologique et rationnel. Le rite est une forme qui s’impose à une autre forme, le corps. Le rite est un signifiant, qui s’offre à l’intelligence. Le rite conjugue la pédagogie active et le besoin de comprendre ce qui est figuré. Il est éminemment efficace dans la limite de l’organique et du spirituel, mais ne concerne pas le divin , l’effet de la grâce, ou l’intervention divine étant l’affaire de considérations personnelles. En pratique, les rituels sont composés pour orienter les actes et les pensées vers des considérations fructueuses, mais non ordonnés en fonction d’une détermination extérieure à celui qui y participe. Les rites sont des figurations animées, des tableaux suggestifs, non des envoûtements ou des sacrements. Il est vrai que ces rites évoquent certaines attitudes et des considérations morales. Mais ce sont des propositions, ce sont des évocations, ce sont des prescriptions, et non des contraintes. Le perfectionnement moral, lié aux pratiques visant à la maîtrise du corps et à la réflexion, c’est à dire à la maîtrise de l’esprit, définit l’idéal maçonnique.

Il ne se justifie pas par une participation au divin, mais par une prise en considération de l’humain.

Il y a toutefois, dans l’homme une dimension particulière, qui confine au mystère (le domaine de l’intuition, les conduites irrationnelles et les déterminations affectives). C’est pourquoi, les enseignements maçonniques ne se limitent pas à la mesure et à la règle. Ils ouvrent les voies de l’esprit sur l’infini.

Est-ce que parce que le franc-maçon ne relie pas les vertus morales aux enseignements divins sa moralité est méprisable, ou inconsistante ? Il y a longtemps que l’on a reconnu que l’on peut être saint sans Dieu, du moins est-ce une perspective qui s’offre clairement à qui considère les actes humains.

Le rapport entre Dieu et la Vertu est un faux rapport dans la mesure où les enseignements divins peuvent être réduits à la tradition sociale et aux nécessités communautaires. Voire, aux besoins organiques et affectifs.

L’homme est-il perfectible et comment ? Qu’est-ce d’ailleurs pour l’homme que la perfection ?

Affaire d’opinion, affaire de croyance, révélation ?

Il y a une réponse facile à donner, et les catholiques y répugnent. En réalité, l’acte est toujours mystérieux dans ses suites, mais toujours clair dans sa nécessité immédiate. Fais ce que dois, advienne que pourra.

La réponse du franc-maçon, contrairement à ce que croit l’Église de l’engagement maçonnique, n’est pas telle ou telle démarche, telle ou telle fidélité, telle ou telle servitude. La réponse du franc-maçon est la libre disposition de soi.

L ‘adhésion totale que réclame, d’après les catholiques l’Ordre des francs-maçons à ses membres est, comme toutes choses dans le temple le symbole de la condition humaine.

Le maçon n’adhère pas à l’Ordre en tant qu’instrument d’une idéologie, ou d’une action temporelle, il adhère à l’Ordre en tant que vecteur d’une conquête de soi et d’une liberté intérieure pour chacun et par chacun de ses membres.

Faute de certitude le maçon en adopte une: être ce que l’on est, c’est à dire accepter d’être

pleinement ce que l’on découvre en soi de puissance, et d’amour, de force et de beauté, de grâce et de candeur

Le maçon n’est engagé qu’à une chose, accéder à l’autonomie, parvenir à la pleine disponibilité de soi. Et s’il n’est pas possible d’y parvenir sans s’affranchir du conditionnement maçonnique parce que l’institution et les hommes qui la composent sont une entrave à cette liberté, il faut accepter de s’en affranchir. .

En réalité, l’homme libre est au-dessus des conditionnements temporels, et l’on n’a plus rien à rejeter quand on est parvenu à la conquête de soi-même.

Mais, ce que l’Eglise catholique appelle une « exigence de totalité » n’est en fait qu’une exigence de « viduité ».

Le franc-maçon ne concède à aucune croyance le droit de le déterminer au-delà de sa libre volonté.

Le maçon n’accepte ni de se soumettre à la peur, ni de se compromettre par faiblesse, ni de se résigner par prudence. Il est certainement très exceptionnel de devenir vraiment maçon. D’où les compromis et les indulgences dont personne ne peut se passer en ce monde, sauf les saints, qui, même dans leur Église, ne sont pas toujours bienvenus.

Faut-il souligner que la prétention est étrangère au Saint ? Comme elle l’est au franc-maçon ? Je veux dire que s’il est des Saints ou des Francs-maçons, ce n’est pas eux qui le savent.

Les rapports entre les francs-maçons et les Eglises chrétiennes semblent plus aisés qu’entre eux et l’Église catholique. Mais, en somme, il s’agit toujours pour les Eglises de considérer la franc-maçonnerie comme une Église rivale avec laquelle composent les Eglises évangélistes, avec laquelle l’Église catholique ne compose pas.

En réalité, les discussions sur les rites, et sur les croyances, sur les secrets ou sur les engagements ne sont que des prétextes à définir des contradictions dont la responsabilité n’appartient nullement aux francs-maçons.

Cela pour une raison bien claire: ce ne sont pas les francs-maçons qui ont commencé à condamner les esprits libres. En ce sens, on peut bien dire, comme le font les chrétiens, que la liberté de conscience est diabolique, qu’elle est l’arme du diable.

Mais, en réalité, la liberté d’esprit ne condamne que ceux qui font de la croyance et d’une croyance définie le lien social, le ciment de la communauté, l’instrument de l’Ordre politique.

Ce qu’il faut comprendre en profondeur c’est que l’Église, qui se fonde sur une croyance, ou qui s’ordonne autour d’une mythologie, ou d’ailleurs qui s’appuie sur des prétentions à la Vérité scientifique ou autre, n’est ni plus ni moins qu’une manifestation de la société, en tant que corps constitué, et administré.

La vie s’élabore autour d’un appareil que justifie un certain nombre de croyances et de contraintes, et non de volontés libres.

En somme, il y a deux façons de considérer l’Ordre social: ou bien il est établi, et établi autour d’une conception universelle de la relation de l’homme avec le cosmos, au nom duquel les individus sont maintenus dans la norme, et tenus au respect des rites et des croyances. Ou bien l’ordre social est contractuel, et consenti par l’adhésion libre et déterminée d’hommes libres.

Dans le premier cas on a une société de fait qui s’élève au-dessus du fait pour justifier sa cohérence, sa durée, et son avenir.

Dans le second cas on a une société de droit, qui s’affirme par le consentement et la volonté de vie communautaire.

Il est vrai que les sociétés naturelles sont des sociétés de fait, que les croyances composant l’opinion commune justifient. Il est évident que la société maçonnique est une société volontaire et n’a nullement besoin de s’ordonner autour d’une conception unitaire de la relation entre l’homme et le cosmos.

On voit l’incompatibilité entre les deux. Seulement, la première forme de société connaît des ruptures, comme la seconde est éprouvée par les faiblesses humaines. D’où leur complémentarité nécessaire.

Il est clairement affirmé dans les milieux catholiques qu’il y a incompatibilité entre l’appartenance a l’Eglise et l’engagement dans l’ordre des francs-maçons.

L’excommunication sera sans doute atténuée, où la rigueur était de règle. Mais il n’est pas certain que tous les clergés soient indulgents à l’égard des maçons.

En fait, il est établi qu’il y a une universalité sélective que refuse l’église. Parce qu’elle est l’expression de la totalité, tant sociale que cosmique (voire divine).

Ceci étant, les francs-maçons recevront tout homme libre et de bonnes moeurs qui postulera sa reconnaissance par ses semblables sans condition de croyance, de race, ni de profession.

Nous constatons la multiplicité des croyances, la multiplicité des Eglises dans le monde. La diversité des créatures. Peut-on penser que la fraternité sera reconnue au-delà des singularités nationales et religieuses ? C’est en tout cas ce que symboliquement essaie de démontrer la franc-maçonnerie.

Les déviations possibles sont toujours redoutables. Il importe en effet que les Loges de francs-maçons soient ouvertes à ceux qui postulent, et que ses membres soient connus de chacun d’entre eux. Il importe que la solidarité entre maçon ne s’établisse que sur la volonté commune de se libérer des passions et de renoncer aux pouvoirs temporels pour l’Ordre.

Il est souhaitable que l’engagement maçonnique apparaisse comme une religion sans contrainte que la libre volonté de ses membres, en dehors de toute formulation dogmatique et de toute détermination doctrinale.

Et, en définitive, si la communauté volontaire, si la communauté d’hommes libres que constituent l’Ordre peut apporter à chacun de ses membres le secours nécessaire à sa libération, elle aura assumé sa vocation.

Pour cela, elle aura employé les exercices gestuels, les méditations et les démarches spirituelles, ouvert les esprits à la connaissance des autres et du monde, et présenté l’universalisme comme la reconnaissance de la diversité. Telle la lumière composée des couleurs du prisme, la franc-maçonnerie compose l’humanité de la diversité de ses adhérents.

Puissent les Eglises lui permettrent de sauver la liberté de l’extérieur. Puissent les francs-maçons accepter de vivre leur liberté dans la discrétion et l’humilité.

Puisse la sagesse de tous, laisser à chacun la voie qui lui permettra de connaître la pleine disposition de soi selon son âme et conscience.

CONCLUSION

Il y avait deux façons pour le clergé de connaître la franc-maçonnerie.

La première c’était de permettre à un certain nombre d’ecclésiastiques de faire une expérience loyale à l’intérieur de l’Ordre maçonnique. Il faut croire que cela n’a pas été jugé possible.

Est-ce les francs-maçons qui auraient refusé l’expérience ? J’en doute fort, personnellement. Du moins, on peut croire que certaines loges se seraient fait un devoir et un mérite de démontrer que le sectarisme n’est pas le fait de la maçonnerie.

La deuxième, c’était d’essayer de connaître la franc-maçonnerie de l’extérieur. Ce pouvait être une approche honnête. Ce ne devait jamais être une méthode satisfaisante parce que la franc-maçonnerie est une aventure spirituelle et affective, et comme toute aventure de cette nature, elle ne peut qu’être vécue.

Quoi qu’il en soit, les pratiques des peuples Chinois ou Hindous prouvent que l’on peut fonder un ordre social sans Dieu.

La nature même des sociétés cosmopolites modernes impose de dépasser la manichéisme sectaire, tant religieux que partisan.

Il est noble pour certains hommes d’imaginer que leur reconnaissance mutuelle passe au-dessus des conditionnements sociaux raciaux et politiques.

Il est vrai que cette noblesse implique des risques assumés, ceux de paraître à toute communauté assurée par sa croyance, ou son action, comme des dissidents ou des traîtres.

La discrétion de l’engagement maçonnique est sans doute une nécessité en Occident. L’est-elle en Orient ? Peut-être ! Mais de toute façon, l’engagement n’implique nulle action temporelle mais seulement une libération des membres de l’ordre tant sur le plan moral que sur le plan spirituel.

Ceux qui n’ont aucune disposition à vivre hypocritement au sein d’une religion, et parmi les membres d’une église dont ils ne peuvent accepter les croyances et les habitudes doivent pouvoir trouver une société qui les relève de leurs solitudes et de leur situation d’hérétiques, ou de traîtres.

De toutes façons les églises ont échoué à maintenir leur emprise sur la totalité des humains. Il est donc inévitable qu’une société se forme de tous ceux qui font passer la liberté de conscience avant la croyance, et la fraternité de l’homme avant la soumission à une doctrine ou à une ambition temporelle.

Au-delà des opinions, des croyances, des fidélités affectives, au-delà des conditionnements culturels et politiques, la franc-maçonnerie constitue la fraternité des hommes libres dont les certitudes ne l’emportent pas sur le respect humain.

Source : http://hiram3330.unblog.fr/2008/09/28/leglise-la-franc-maconnerie/

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La Franc-Maçonnerie et l'Eglise catholique

20 Octobre 2012 , Rédigé par GLNF Publié dans #Eglise catholique et FM

Les relations entre l’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie ont toujours été tendues et tourmentées, pratiquement depuis le début de la Franc-maçonnerie spéculative, et plus particulièrement à partir de 1738, date à laquelle les Francs-maçons furent frappés d’excommunication. Jugés par le uns comme justifiées, pas d’autres comme inappropriées, les condamnations émises par Rome n’ont laissé personne indifférent. De franchement antagonistes, puis tumultueuses, les relations entre ces « deux forces morales » se sont peu à peu dédramatisées, puis apaisées. Des efforts de meilleure connaissance réciproque ont été déployés de part et d’autres, notamment de la part de personnalités catholiques éminentes, au premier rang desquelles il convient de citer le Révérend Père Michel Riquet pour le rôle majeur de conciliation qu’il s’est toujours efforcé de jouer pour parvenir, au-delà d’une meilleure compréhension mutuelle, à un certain rapprochement. Aujourd’hui les Frères catholiques ne se sentent plus en faute à l’égard de Rome d’appartenir à la Franc-maçonnerie régulière, de Tradition. Des interrogations, des ambiguïtés et des zones de flou demeurent, même si la Franc-maçonnerie ne fait plus l’objet d’une condamnation explicite.

L’Eglise et la Franc-maçonnerie opérative.

La Franc-maçonnerie s’est efforcée, dès avant sa création sous forme de Grande Loge, le 24 juin 1717, d’affirmer et de formaliser juridiquement sa filiation historique avec la Maçonnerie opérative. On sait que déjà, bien plus tôt dans l’histoire de la confrérie, des Anciens Devoirs (« Old Charges »), manifestement « spéculatifs » (tels que le manuscrit Sloane, vers 1700), affirmaient cette filiation (cf Module n°1). Le point culminant sera atteint en 1723, lorsque paraîtront les Constitutions d’Anderson qui, à la manière des Anciens Devoirs et très exactement sous leur forme et structure interne, présente la Franc-maçonnerie comme héritière des us et coutumes et spiritualité de « l’antique métier de Maçonnerie ». Et ce faisant, Anderson et Désaguliers, dont il est connu qu’il a puissamment contribué à créer la Franc-maçonnerie sur les fondements spirituels de la Maçonnerie opérative, se sont appropriés et nous ont ainsi rendus héritiers, jusqu’à la fin des temps de la Franc-maçonnerie régulière, ou de Tradition, de la spiritualité de nos ancêtres, les Maçons opératifs. Or cette Maçonnerie opérative était très religieuse, profondément catholique, avant de « se faire anglicane », par la force de l’histoire de la Grande Bretagne. Mais cette spiritualité judéo-chrétienne pour aussi profonde et incontestable qu’elle fut, rencontra l’esprit des Lumières lors des années qui précédèrent et surtout suivirent la création de la Grande Loge de Londres, Mère Loge de toute la Franc-maçonnerie de Tradition, donc régulière, de par le monde. La Franc-maçonnerie naissante en subit quelque influence, non sur le fond mais sur le développement de sa finalité humaine. Aussi loin que la connaissance de cette confrérie de métier se porte, c’est-à-dire, d’une manière rigoureusement documentée, à la fin du XIVe siècle, il est incontestable que la Maçonnerie opérative fut ouvertement et profondément religieuse, et comme il se doit avant la Réforme en général et la réforme anglicane en particulier, catholique. Nous le savons par les Old Charges, et notamment par le plus anciens d’entre eux qui nous soit parvenu, le manuscrit (Ms) anglais dit « Régius », daté de 1390. Or près d’un demi-siècle avant la rédaction de ce fameux manuscrit Régius, une corporation de Maçons, dite Compagnie des Maçons de Londres dont on trouve la première trace en 1356 (à l’occasion d’un différend professionnel) avait pour devise « Dieu est notre guide » ; nous le savons parce qu’en 1 870, à l’occasion du renouvellement de sa charte, elle changea sa devise en « Dieu est notre espérance » . Dans un de ses inventaires datés de 1665, il est relevé un passage qui se réfère explicitement à la Bible. Cela ne saurait surprendre puisque toutes les corporations (ou guildes), au-delà de leurs activités normatives dans leur métier et les englobant, avaient un essentiellement caractère religieux. Des communautés ou groupes de personnes parmi leurs membres (ou confréries) prenaient en effet soin des membres de la corporation en cas de maladie, leur assuraient une sépulture décente, priaient pour le salut de leurs âmes après leur mort et prenaient soin de leurs proches. Le Frère Cyril N. Batham notait, dans son intéressant article consacré à la Compagnie des Maçons de Londres (Villard de Honnecourt N°2, 1981), que « les premières guildes furent souvent dirigées par un Comité de 13 membres, représentant le Christ et ses douze apôtres, et dans le cas de l’une d’entre elles, il est précisé que son président était une femme en hommage à la Vierge. »

Le Ms Régius, après avoir appelé l’attention des Maçons, sur l’exigence de piété exhorte à « honorer ton Seigneur Dieu, tant le jour que la nuit, de tout esprit, de toute ta force. » (vers 628-­629). Il reflète ainsi son enracinement dans la Bible vétéro-testamentaire (Dt 6,5) et s’achève par une invocation toute chrétienne : « Que le Christ alors, dans sa haute grâce, vous donne tout ensemble le temps et l’esprit pour bien lire et comprendre de livre, afin de gagner le Ciel en récompense. Amen, amen [encore un hébraïsme], ainsi soit-il ! disons tous à l’unisson par charité. » (vers 820-825). Près d’une centaine de manuscrits qui nous sont parvenus commencent par une prière de ce type, ou en contiennent une dans le cours de leur texte ou en conclusion. Autre exemple courant, au point d’être devenu un « standard », telle que cette invocation, toute paulinienne : « Que la force du Père du Ciel avec la sagesse du glorieux Fils ainsi que la grâce et la bonté du Saint Esprit, ces trois personnes réunies sous une seule divine tête [ou en seul Dieu], soient avec nous au début de nos travaux et nous donnent la grâce de nous conduire nous-mêmes pour que nous puissions vivre avec cette bénédiction [ou béatitude] qui ne prendra jamais fin. » Peu à peu les invocations glissent de l’orthodoxie catholique (invocation de la Sainte Eglise, prière à la Sainte Vierge ; invocation de tous les Saints) vers une dogmatique plus proche de la Réforme et de l’anglicanisme , du type de celles citées ci-dessus. Ce caractère religieux s’explique par le fait que le travail en lui-même, et celui des tailleurs de pierre, maçons architectes peut-être encore plus, compte tenu du caractère édificateurs de ces « logeurs du Bon Dieu » (R. F. Jean-François Blondel, n’était pas dissocié de son caractère sacré. Le travail était, pour reprendre la belle expression de notre F. Paul Naudon, « l’ascèse de la vie chrétienne qui menait à Dieu ». L’association ne pouvait être dans cette perspective strictement professionnelle ; une confrérie religieuse venait doubler la communauté. Le prêtre, en Angleterre le chapelain, en faisait partie, obligatoirement et au premier chef. Sa présence était requise à la fois pour les lectures bibliques requises en loge et prononciation des invocations rituelles. Il semble que plus tard, à la veille de la création de la première Grande Loge, la Worshipful Society, nom sous lequel les Maçons opératifs continuaient à subsister, (et cela jusqu’à nos jours), professait la foi catholique, ou du moins un anglicanisme peu officiel, en raison de la présence de la forte personnalité qui la dirigeait, Sir Christopher Wren, officiellement anglican mais en fait de tendance catholique romaine et très pratiquant. Quoi qu’il en soit, catholique, anglicane ou réformée, la Maçonnerie opérative fut très profondément chrétienne. L’on ne sait rien d’une quelconque condamnation que la Maçonnerie opérative aurait eu à subir de la part des autorités religieuses, en Angleterre ou ailleurs dans la chrétienté. Et cela, contrairement aux autres corporations qui, elles, furent à des moments divers de leur existence condamnées pour telle ou telle raison. On citera à titre d’illustration quelques condamnations d’origine religieuse décrétées en France à l’encontre de certaines corporations, ou plus exactement, à l’encontre de certaines confréries, confraternités ou encore charité professionnelles : le décret de Bamberg, pris en 1451, par le Cardinal Nicolas de Cues qui déclare que « certaines compagnies ne conviennent pas à l’unité chrétienne . » On ne croit pas savoir que les confréries de tailleurs de pierre étaient visées. Ici c’est le soupçon de conspirations et de conjurations ou autres collusions qui pourraient bien se constituer sous « ombre de confrérie, messe, service divin ou autre cause. "d’autant plus redoutables qu’elles sont scellées sous le sceau du serment, ce qui comporte, qu’on le respecte ou qu’on le trahisse, un risque de parjure, donc de péché grave. On pourra citer les récriminations de Guillaume Durand, évêque de Mende, en 1311, à l’encontre des clercs et laïcs « qui se goinfrent et se mettent en état d’ébriété au cours de réunions confraternelles. » Ou encore, le texte du concile provincial de Sens de 1522 interdisant sans appel « les banquets d’associations qui pourraient être faits les jours de fête des confréries... » Là il semble que soit l’utilisation dispendieuse des deniers de la confrérie qui soit condamnée, alors que l’argent pourrait être mieux utilisé à des fins caritative... ou cultuelles. Enfin on citera la célèbre condamnation des Compagnons par la Sorbonne, le 14 mars 1655, à l’instigation d’une société dévote dite « Confrérie du Saint Sacrement » pour « leur pratiques sacrilèges et superstitieuses. » La condamnation visait uniquement les Compagnons Cordonniers, Tailleurs d’habits, Chapeliers et Selliers (du Devoir). Et de plus, la Sorbonne était une faculté de théologie, amenée certes depuis 1554 à se prononcer sur des questions de morale et des solutions de cas de conscience ; mais ses sentences n’étaient en aucun cas revêtues de l’autorité de l’Eglise, et ne l’engageaient pas.

En l’occurrence, le motif principal de la condamnation était effectivement religieux. Les rituels saisis laissaient apparaître une cérémonie de réception montée comme une parodie des sacrements de la religion chrétienne comme d’ailleurs les légendes compagnonniques, partie intégrante du travail ésotérique en cayenne, pouvaient apparaître parodier l’Evangile ou l’Ancien Testament. Ils ne nous appartient pas ici de juger si ces cérémonies et travaux conduisaient réellement à des parodies ou étaient des modes « primitifs » d’appropriation du contenu évangélique ou du plan de salut, nécessaire pour « faire passer le message » dans un milieu où la lecture de la Bible (par ailleurs interdite hors la présence d’un prêtre, interdiction que la Réforme supprima avec le succès et la fructueuse émancipation religieuse, culturelle et intellectuelle que cette suppression permit). Il est encore possible que la présence de chapelain en loge, chez les Maçons opératifs (et peut-être aussi chez toutes les confréries médiévales) ait eu pour but ... de cathéchiser ces milieux professionnels, dans la plus incontestable orthodoxie. Les fondateurs de la Franc-maçonnerie non opérative qui œuvrèrent laborieusement pour en assurer la filiation régulière, ininterrompue, avec la Maçonnerie opérative, étaient eux-mêmes des chrétiens sincères (ce qui ne les empêchaient pas de fréquenter toutes sortes de cercles philosophiques, métaphysiques et ésotériques). Ils reprirent à leur compte cet héritage...et ils l'ont légué à chaque Franc-maçon de Tradition qui s’en rend héritier par son serment d’appartenance à l’Ordre, prêté aux trois grades, librement et volontairement, et qui, pris dans ces conditions, leur confère la Régularité maçonnique.

La Franc-maçonnerie spéculative : l’esprit des Lumières.

Lorsqu’elle crée en 1717 la première Grande Loge, la Franc-maçonnerie non opérative, si elle se rend héritière de l’esprit religieux de sa devancière, n’en est pas moins pétrie de l’esprit de les Lumières qui, en Angleterre, atteint à cette période son apogée (elle l’atteindra plus tard sur le continent, mais avec des évolutions et déviations notables par rapport à la ligne de « l’Enlightenment » anglais). Sans renoncer à quoi que soit de la spiritualité de la Maçonnerie opérative, la nouvelle société spéculative, se servira de la symbolique, de l’esprit et des pratiques de l’ancienne Maçonnerie, dans son généreux dessein de projeter la fraternité humaine à l’échelle du monde entier, pour en faire un centre d’union, un lien fédérateur entre tous les hommes « de bonne renommée, de bonnes mœurs et d’honnête conversation », comme cela figurait autrefois dans les statuts des confréries continentales et anglaises. La nouvelle société maçonnique faisait ainsi preuve, au grand dam des Maaçons opératifs confinés dans le périmètre étroit de la corporation professionnelle, des caractéristiques les plus nobles de l’esprit des Lumières, à savoir de sociabilité ouverte et large, de cosmopolitisme sincère et d’universalité culturelle. Cet esprit d’ouverture était directement inspiré par la philosophie des Lumières qui rayonnait en Grande Bretagne et plus particulièrement du latitudinarisme qui se traduira dans le théisme « noachite » des célèbres Constitutions d’Anderson et tout particulièrement de celles de la seconde édition de 1738. Elle se conjuguait à la « New Philosphy », courant de fond réformé, qui prônait une « religion universelle » dans laquelle, au-delà des particularismes des diverses confessions, la rechercher de la vérité devait se faire conjointement dans les deux Livres de Dieu, Sa Parole et Ses œuvres. Il suffit d’écouter l’une et de contempler les autres pour devenir sensible à sa divine présence. Car elle est directement accessible par la raison, soit « d’après notre jugement » (allusion à l’inspiration du Saint Esprit, très caractéristique de la Réforme), et soit d’après l’enseignement d’hommes sensés et sages (autre caractéristique de la Réforme). En 1722, dans le numéro de la revue londonienne « The Postman and Historical Account », daté du 31 juillet-2 août, ainsi que dans les quatre numéros suivants, parurent des textes à caractère très nettement marqué de « constitutions » ou de « old charge », à la fois par la forme que par le fond (elles portent la marque très nette d’un Old Charge opératif), et donc destinés au grand public, par le support sur lequel il furent publiés. Ils furent plus tard rassemblés sous le titre : « Les Anciennes Constitutions appartenant à l’Ancienne et Honorable Société des Maçons Francs et Acceptés. Tirés d’un Manuscrit écrit il y a plus de Cinq Cents Ans, Londres : Imprimé, et Vendu par J. Roberts, dans Warwick Lane, 1722 » Ces textes donc, connus par la suite sous le nom de leur éditeur, J. Roberts, furent publiés dans un journal. Ils le furent, dit-on, pour répondre à une lettre attaquant les Francs-maçons . Certes il y eut bien cet article qui fustige les Francs-maçons (on se reportera à l’article cité pour prendre connaissance des reproches adressés aux Francs-maçons), mais la recherche maçonnique pense que le but principal de ces « Constitutions Roberts » furent publiées surtout pour tenter de contrer la main mise sur les loges opératives de la part des non opératifs, que l’on sentait venir, après leur entreprise qui avait abouti à la création de la Franc-maçonnerie spéculative en la présentant comme la continuation « librement consentie » de la Maçonnerie opérative. En effet de nouvelles pratiques commençaient à émerger dans la nouvelle société, en particulier en ce qui concernait la nomination des dirigeants, les attributions des Loges en matière de réception de nouveaux membres, etc. Il semble bien qu’elles étaient destinées à la fois : A devancer la parution annoncée des Constitutions d’Anderson, pour bien affirmer et « publiciser » l’antériorité de l’Honorable société des Maçons Francs et Acceptés sur la nouvelle société, à caractère universel A satisfaire le besoin exprimé par de nombreux Maçons opératifs de disposer, contrairement à la tradition orale ancestrale de la confrérie, d’un texte faisant foi de leur ancienneté et honorabilité A réaffirmer le caractère incontestable de leur orthodoxie religieuse. Sur ce dernier point, outre l’invocation trinitaire traditionnelle en ouverture du texte, on remarquera l’exhortation à « l’Ami et Frère », à lire à tout candidat à l’admission dans une Loge: « [Article 1] Je dois vous exhorter à honorer Dieu dans sa sainte Eglise ; à n’avoir recours à aucune Hérésie, Schisme ou Erreur en votre Entendement... » Il est aisé de reconnaître le caractère catholique de ces Constitutions, caractère précisément qu’Anderson et Désaguliers souhaitaient dépasser pour ouvrir la fraternité aux autres confessions d’abord, puis au monde entier ensuite, comme le texte des deux éditions des Constitutions le mettent clairement en évidence, tout empreints de l’esprit des Lumières qu’ils étaient, mais sans que cela ne remettent en cause, le moins du monde leur foi chrétienne.

Les condamnations civiles

Les premières condamnations de la Franc-maçonnerie non-opérative émanèrent, non pas de l’Eglise catholique et romaine, comme le pense parfois, mais de gouvernements civils. Elles se produisirent très tôt dans son histoire. La Franc-maçonnerie fit l’objet d’attaques, quelquefois violentes, en Angleterre même. Nous l’avons vu, les Constitutions Roberts, par exemple, furent publiées en réponse à une attaque sévère sous la forme d’un article anonyme dans la revue « The Postman and Historical Account ». Mais de nombreuses autres attaques avaient bdéjà frappé la nouvelle Franc-maçonnerie quand cet article parut. A chaque fois, c’était le secret, le serment, mais aussi la présence, incompréhensible pour le grand public, de personnalités éminentes de la haute noblesse, des arts et des sciences dans ses rangs, qui faisait jaser les pamphlétaires inquiets et agressifs. Il faut dire que les Maçons eux-mêmes ne faisaient pas grand chose pour éviter d’exciter la foule des folliculaires. A preuve, les défilés à répétition, en grande tenue, dans les rues de Londres, les frasques du duc de Wharton, Grand Maître de la première Grande Loge en 1722, personnage trouble, tour à tour catholique, ou anglican, hanovrien ou jacobite, qui contribuèrent à faire monter la suspicion par ses agissements politiques. Il fonda d’abord en 1719 le « Hell Fire Club », (qui fut interdit en 1721 par édit royal), assemblée de libertins aux mœurs dissolues, puis en 1724 une parodie chinoise de la Franc-maçonnerie « L’Ancien et Noble Ordre des Gorgomons », de toute évidence d’esprit jacobite. Cette attaque, de l’intérieur, attisa davantage l’hostilité des milieux antagonistes de la Franc-maçonnerie, et s’ajouta à celles qui l’attaquaient constamment. Elles eurent pour effet d’éloigner d’elle un certain nombre de Frères, effrayés par la réputation que la rue faisait à la société à laquelle ils venaient de se joindre. La Cité de Londres alla même jusqu’à interdire, pendant quelques années, les défilés publics des Francs-maçons. Le coup suivant fut porté par le gouvernement des Provinces Unies (aujourd’hui les Pays-Bas), en 1735. Il s’inquiétait du risque (et non de faits avérés) « pouvant conduire les fraternités ou associations à devenir des pépinières de factions ou d’alliances. » En fait, comme le rapporte le duc de Luynes, citant l’ambassadeur de France à La Haye, cette interdiction, renouvelée en 1737, mettait en exergue « le serment et le secret « impénétrable »... [mais surtout] était motivée par le fait que l’on avait fait la découverte d’une faction de M. le prince de Nassau pour se faire élire stathouder, et que l’on trouva que la plupart de ceux qui composaient cette faction étaient des frimassons [sic]. » Le conseil de la ville de Genève lui releva surtout le secret et le serment, et interdit la Franc-maçonnerie en 1736. En France, le cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV, informé par des rapports de police de plus en plus nombreux, de l’existence d’assemblées « d’un ordre appelé des Framassons [sic], à l’exemple de l’Angleterre [dans lequel] sont enrôlés quelques-uns de nos secrétaires d’état et plusieurs ducs et seigneurs... Ils s’assembloient, recevoient les nouveaux chevaliers, et la première règle étoit un secret inviolable pour tout ce qui se passoit. » Comme il considère que de telles assemblées sont « très dangereuses dans un Etat », le cardinal de Fleury va s’efforcer d’étouffer dans l’œuf cette nouvelle société. D’avril à septembre 1737, la police, sous les ordres du lieutenant Héraut, va traquer, sans grand succès il faut dire, les tenues maçonniques, et le 14 septembre 1737, le commissaire du Châtelet, Jean Delépinay, arrête l’hôte d’une assemblée maçonnique et fait fermer son cabaret. Mais la sentence édictée à cette occasion va toucher l’ordre dans son entier en interdisant aux cabaretiers du royaume de recevoir de telles assemblées frappées elles aussi d’interdiction. D’autres états européens frapperont d’interdiction les assemblées maçonniques : le Palatinat en 1737, la Magistrature d’Hambourg, en 1738... Dans tous les cas, l’interdiction était prise toujours pour les mêmes motifs : ordre public, secret, serment...

Les condamnations de l’Eglise catholique

Dans un tel contexte, l’Eglise pour motiver ses condamnations, n’eut guère de mal à faire état de « parfaite connaissance de cause» et surtout de « rumeur publique ». La condamnation de la Franc-maçonnerie fit l’objet de deux documents (ou bulles) d’excommunication : la lettre encyclique In eminenti du 28 avril 1738, fulminée par le pape Clément XII (1730-1740), et la Constitution Providas du 18 mai 1751, fulminée par le pape Benoît XIV (1740-1758) Trois sources avaient dû apporter au pape Clément XII les informations nécessaires à sa prise de décision : les nonces dans les états où des condamnations civiles avaient été prononcées, les inquisitions locales et la présence à Rome des Stuarts, à partir de 1717. Pourtant à la veille de fulminer sa bulle, Clément XII paraît ne pas en savoir assez sur la Franc-maçonnerie puisqu’il demanda à l’inquisiteur de Florence, et fit demander aux autres, et notamment au cardinal Da Cunha, inquisiteur général au Portugal d’obtenir des informations « ... sur la nature et la fin cachée de la compagnie ou institut [des Francs-maçons], afin que, de cette façon, Sa Sainteté puisse être informée exactement. » Aucune des eux bulles ne fut reçue en France. Plus exactement elles ne furent pas soumises à la formalité d’enregistrement par le parlement de Paris, qui en la matière, aurait donné force exécutoire à la sentence. On s’interroge encore sur cette décision du ministère. Des historiens pense que le cardinal de Fleury, avait déjà fort à faire avec les effets de la bulle Unigenitus qui frappait les jansénistes, et ne désirait pas avoir encore une autre affaire à régler autrement que par voie de police. Il faut dire aussi, comme déjà signalé, que la participation, massive, de « grands de la cour », et peut-être...du roi Louis XV lui-même dont il est dit qu’il est très probable qu’il se fût fait recevoir dans l’Ordre (tout comme le feront le futur roi Louis XVI et ses frères de sang, le duc Philippe d’Orléans et le futur Louis XVIII ... puis Charles X), ne facilitait pas la tâche de répression du vieux cardinal.

In eminenti (1738)

La première bulle à l’encontre de la Franc-maçonnerie et qui la rendait interdite aux catholiques, laïques ou clercs séculiers ou réguliers, « sous peine d’excommunication qui sera encourue et par le seul fait et sans autre déclaration ... de laquelle ils ne pourront être absous que par Nous ou par le Souverain Pontife pour lors régnant, si ce n’est à l’article de la mort » comprenait six motifs de condamnation dites « causes très graves »: O l’interconfessionnalité des assemblées maçonniquesO « le pacte étroit et impénétrable du secret »O le serment qui en garantit l’inviolabilitéO l’illégalité des sociétés maçonniques au regard des lois civiles ou ecclésiastiquesO la proscription des ces sociétés par « les lois des princes séculiers »O leur mauvaise réputationComme le fait remarquer Jérôme Rousse-Lacordaire, dans sa remarquable étude sur la question, ces six motifs peuvent être regroupés en trois catégories : O d’ordre moralCette première catégorie comprend le secret et son serment ainsi que la « mauvaise réputation ». Même s’il est vrai que certains Francs-maçons, par leur comportement et prise de positions publiques, tels nous l’avons vu le duc de Wharton, le duc d’Antin, le comte de Clermont et le duc de Chartres, duc d’Orléans dit « Philippe Egalité » tous quatre Grands Maîtres de la Franc-maçonnerie française, utilisèrent des assemblées maçonniques à d’autres fins (libertines et épicuriennes) que celles prescrites par les rituels, et prêtèrent le flanc à ces accusations, il était exagéré d’affirmer que l’Ordre, dans son ensemble, avait« la mauvaise réputation ». Le secret et le droit de garder le secret par serment n’était pas en soi condamnable par l’Eglise catholique Celle-ci le considérait même comme un droit naturel. Mais aux yeux de Rome la droit naturel du secret devait toujours être limité par l’ordre public et aussi par l’obligation faite aux catholiques de confesser tous les péchés mortels « sans un celer aucun ». On comprend alors que le serment maçonnique ne posait pas en tant que telle de problème en terme de nature d’agissements ou d’immoralité qu’il pouvait recouvrir. Il devenait un facteur de suspicion légitime dans la mesure où il risquait de soustraire les catholiques francs-maçons à tout contrôle sacramentel, ecclésiastique ou civil. Cette question était en effet d’importance. A preuve cette interrogation faite à lui-même par le très catholique (ultramontaniste), le Frère Joseph de Maistre, dans son célèbre Mémoire au duc de Brunswick écrit juste avant l’ouverture du Convent de Wilhelmsbad : « Cette question [du secret] qu’on ne doit point déguiser consiste à sçavoir si nous [Francs-maçons] pouvons licitement jurer de cacher quelque chose, même à la puissance civile qui nus interrogeroit en jugement. ». Non seulement le principe même du serment de secret posait un problème à des Francs-maçons catholiques, dans la perspective énoncée, mais « les sanctions qui l’accompagnaient [en cas de divulgation], étaient pour certains profanes lors de leur admission dans l’ordre une gêne indéniable », pour reprendre les termes d’un autre Franc-maçon catholique, le bénédictain mauriste Marc-Antoine de Courdemanche, cité par Jérôme Rousse-Lacordaire car « la barbare formule »du serment et la terreur qu’elle inspirait ne se justifiait plus « dans le siècle des lumières, sous l’empire de la délicatesse où le point d’honneur est le plus puissant mobile de notre âme. » De plus In eminenti avait relevé que le serment se prêtait sur la Bible. Aussi pour ne pas enfreindre le deuxième commandement du décalogue « Tu ne prendras en vain le nom de l’Eternel », le serment pris sous l’invocation du Nom Très Saint devait être « vrai, prudent et juste ». C’est pourquoi le serment du secret « inviolable et impénétrable » apparaissait au XVIIIe siècle un point délicat et controversé, même de l’intérieur de la Franc-maçonnerie. O d’ordre juridiqueCe point sera davantage souligné et approfondi par la seconde bulle, la Constitution Providas.In eminenti se contente de mentionner que, par suspicion que les assemblées de Francs-maçons, « toujours nuisibles à la tranquillité de l’Etat », soient une sources de perversion au regard de l’ordre public (« S’ils ne faisaient rien de mal, il n’auraient pas cette haine de la lumière »), « ces sociétés ont été ont été sagement proscrites par nombre de princes dans leurs Etats. Ils ont regardé ces sortes de gens comme ennemis de la sûreté publique. » O d’ordre religieuxLe motif de tolérantisme, c’est-à-dire, en fait d’interconfessionalité dans les loges, fut, sans conteste, le point le plus délicat qui poussa la papauté à condamner la franc-maçonnerie. Nous le savons d’après le commentaire qu’en fera le successeur de Clément XII, le pape Benoît XIV, dans sa bulle Providas. In eminenti affirmait déjà « toute notre application à [...] conserver spécialement l’intégrité de la religion orthodoxe [c’est-à-dire ici, la religion catholique], et à éloigner de l’Univers catholique, en ces temps très difficiles, tout ce qui pourrait être une danger de trouble. » Les loges en effet recevaient évidemment, car c’était-là le but de la transformation de la Maçonnerie opérative en franc-maçonnerie non opérative ou spéculative, des hommes de foi autres que les catholiques ou les anglicans, des protestants, des juifs et aussi des musulmans. Mais déjà dans l’univers chrétien, la galaxie des diversités confessionnelles présentes en loges, notamment par des personnalités de renom, était grande : latitudinaristes professant un théisme certes chrétien mais noachite, unitariens reniant le dogme de la Trinité, etc. Cette proximité interconfessionnelle et les échanges auxquels elle pouvait donner lieu constituait pour Rome un risque majeur de « contamination » de l’orthodoxie catholique. Et cela, à une époque où, de plus, la séparation des affaires d’ordre privée (dont le domaine spirituel) et celles d’ordre civil (dont les engagements citoyens et autres « divertissements » temporels), n’était pas encore de , ou en tout cas admis par l’Eglise. A ces trois catégories morale, juridique et religieuse, Clément XII ajoutait « d’autres causes justes et raisonnables à Nous connues ». On s’est interrogé sur ces causes mystérieuses. Il apparaît que, vers 1737, Rome était préoccupée par deux questions de nature toute politique. Premièrement, la situation politique de l’Angleterre et le sort réservé aux catholiques dans ce pays. Même si depuis le début du siècle, la situation s’était apaisée, les catholiques anglais ou irlandais résidant en Angleterre (ces derniers très méprisés par les Anglais), vivaient leur foi très difficilement ; ils n’étaient d’ailleurs pas couverts explicitement par l’Act of Toleration de 1689 qui les frappaient d’incapacité juridique. Rome n’avait pas perdu espoir de reconquérir l’Angleterre par une action missionnaire déclenchée au bon moment. Cela les Anglais le savaient et se méfiaient tout à la fois de la papauté et de leurs concitoyens catholiques. De plus l’accession au trône de la dynastie hanovrienne (George I, George II, qui ne furent jamais Francs-maçons) avait porté un rude coup aux espoirs des catholiques qui avaient de ce fait investi leurs espoir dans la restauration des Stuarts (Jacques II, réfugié en France, mort en 1701, Jacques III, dit le Prétendant ou le Chevalier de Saint George, mort en 1766, qui, à défaut d’avoir été eux-mêmes semble-t-il, Francs-maçons, rien ne l’a jusqu’à présent prouvé, étaient fort entourés de Maçons). Elle aurait signifié ipso facto la restauration des catholiques dans leurs droits et celle de Rome dans sa capacité d’influence politico-religieuse. dans cette période toute la politique anglaise de Rome et sa position à l’égard de la Franc-maçonnerie est à comprendre dans le sens de la restauration des Stuarts et du rôle que l’Ordre aurait pu jouer pour aider dans ce projet. Ce n’est pas ici le lieu de reprendre dans le détail cette histoire tourmentée. On se contentera de rappeler que ce projet ne réussit pas. Contraint d’accepter le traité de Ryswick de 1697 qui consacrait la victoire de la dynastie hanovrienne, et mettait ainsi fin à la situation particulière d’un pays avec deux rois, Louis XIV fut forcé de reconnaître Guillaume III d’Orange pour roi d’Angleterre. Jacques III Stuart fut obligé de renoncer à l’hospitalité française, et alla s’établir d’abord à Avignon puis à Rome avec sa famille, sa cour ses services où il apparaît qu’il employa dans son important service diplomatique de fidèles serviteurs tant catholiques que protestant dans un esprit d’équité et de tolérance, et dont beaucoup furent Francs-maçons. En effet là où passa la cour stuartiste des loges se constituèrent, de Saint Germain en Laye (semble-t-il) en 1688 à Rome où se créa une loge jacobite, en passant par Paris (en 1725 ou 1726) et Avignon (en 1727 ?) Rome accueillit avec empressement ce roi qui « sacrifiait la couronne à la religion. » Même s’il n’est pas approprié de parler de deux Maçonneries différentes, l’une catholique, écossaise et jacobite, l’autre anglaise, protestante et hanovrienne, il est possible de parler de deux courants maçonniques différents sur le continent. Elles servirent certainement de courroie de transmission aux divisions politico-religieuses britanniques. Ce rôle obscur dura jusqu’à ce que la situation dynastique se clarifie, comme on l’a dit au profit des hanovriens. Aussi peut-on dire que, dès avant 1737 date où se produisit des événements à Florence relatés ci-après, les Maçons hanovriens l’avaient définitivement emporté sur leurs Frères stuartistes, de sorte que le pape put condamner la Franc-maçonnerie, sans craindre de nuire aux intérêts des stuartistes, en 1738. Même si des projets de reconquête du trône étaient encore évoquésla cause semblait bien entendue au profit de la dynastie hanovrienne. Deuxièmement, en 1737, en effet, Florence passa avec toute la Toscane des mains des Médicis, soumis à Rome, à celles de François duc de Lorraine, Franc-maçon éminent mais indépendant de la papauté, futur empereur d’Autriche en 1745. Une lettre adressée par le saint Office à l’Inquisiteur de Florence pour soutenir Gaston de Médicis qui avait demandé de l’aide contre la Franc-maçonnerie, car il la soupçonnait de favoriser les entreprises de son rival autrichien, contient des termes et des griefs qui seront repris quasiment mot pour mot dans Ineminenti.

Providas (1751)

En 1751 la situation politique avait bien changé. Florence et la Toscane étaient oubliées et les ambitions stuartistes réduites à néant depuis la déroute de Culloden Moors en 1746. Et pourtant Benoît XIV cru bon de renouveler la bulle de son prédécesseur fulminée quinze ans auparavant. Il semble bien, en dépit des efforts fait par Benoît XIV pour expliquer la nouvelle condamnation par le fait qu’In eminenti lui paraissait être restée lettre morte « à tel point qu’on ne craignait pas d’assurer que l’excommunication était levée. »ce soit des événements poitiques similaires à ceux de Toscane qui provoquèrent « la goutte qui fit déborder le vase ».Ils se produisirent cette fois à Naples. En effet des Maçons napolitains avaient réussi à persuader le confesseur de Charles VII, roi de Naples, l’archevêque Bolaños, de lever les censures pontificales. Informé de cette manœuvre, Benoît XIV fulmina en mai 1751 sa bulle Providas.Quoi qu’il en soit, Benoît XIV reprend intégralement le texte d’In eminenti, énumère les six cuses « très graves » de condamnation et insiste à nouveau sur les griefs d’interconfessionnalité, le secret, le serment, l’illégalité et la proscription des sociétés maçonniques. Il dénonce vigoureusement le tolérantismme qu’il perçoit comme un danger grave pour les catholiques : « la première cause de prohibition de la Maçonnerie est que, dans ces sortes de sociétés ou conventicules, des hommes de toute religion et de toute secte se réunissent ; d’où l’on voit assez quel grand mal il peut en résulter pour la pureté de la religion catholique. »

Les effets des deux bulles

Il est connu, et d’ailleurs on l’a vu Benoît XIV s’en plaignit amèrement, les résultats pratiques de la bulle de Clément XII furent nuls même dans les états de l’Eglise, et même si les peines encourues auraient été très graves (rien moins que la peine de mort et la démolition des maisons qui auraient abrité des assemblées maçonniques, par exemple à Rome). A Florence, dont on a vu le rôle qu’elle joua dans la décision de Clément XII, la bulle ne fut pas publiée ; Mais la loge (anglaise) de la ville se mit prudemment en sommeil, pour des raisons diplomatiques un peu complexes pour être détaillées ici. Mais la bulle fut reçue en Espagne et au Portugal et donna lieu à des procédures inquisitoriales sévères sinon cruelles. Le procès mené en 1742, par l’Inquisition de Lisbonne, contre le Frère John Coustos, Maçon suisse naturalisé anglais protestant, qui avait « maçonné » à Paris, est resté célèbre. Nous le connaissons par la publication qu’il en fit à son retour en Angleterre, après sa libération de la torture et des galères grâce aux pressions diplomatiques anglaises. Cinq autres maçons furent condamner civilement et religieusement. En Espagne, les poursuites furent déclenchées à partir de 1744 ; En France, il est piquant de constater que les persécutions policières contre les francs-maçons cessèrent à dater de la bulle In eminenti. Le cardinal de Fleury fit plaisamment expliquer au pape que sa bulle tombait quelque peu à plat car « cette société avoit aussi commencé à faire ici quelques progrès. Le Roy a témoigné qu’elle luy déplaisoit, et elle a cessé. » Ailleurs en Europe, si on excepte l’Espagne, le Portugal et la Pologne, la bulle de Clément XII ne fut reçue dans aucun autre état catholique. Il arriva que la Franc-maçonnerie fut persécutée, mais jamais en vertu de l’application des condamnations pontificales. La bulle de Benoît XIV n’eut guère plus d’effet que celle de son prédécesseur. Le pape en était même arrivé à recourir à la position du sultan de Constantinople pour le prendre à témoin ! La pape exhorta le cardinal Tancin, ministre d’état de Fleury en 1742, à envoyer une lettre à l’ambassadeur de France dans l’empire ottoman afin de l’inciter à s’opposer à l’ouverture de nouvelles loges dans cette ville ...« le sultan s’en étant plaint. »

La défense de la Franc-maçonnerie

Il est à remarquer, qu’à part dans les Etats où les bulles furent reçues et où ils s’y soumirent généralement, les Francs-maçons ne réagirent guère ailleurs. Mais il est intéressant de noter quelles furent ces rares réactions. O L’ignorance du pape Pour beaucoup de catholiques de conviction, qui ne voyaient pas sincèrement pas en quoi leur pratique de l’Art Royal pouvait bien être répréhensible à l’égard de « l’orthodoxie catholique », la réaction la plus courante fut de considérer que le pape était mal informé, tant Clément XII que Benoît XIV, d’autat que le premier cité était à l’extrême fin de sa vie quand il fulmina In eminenti, et était déjà physiquement et intellectuellement très affaibli. A preuve cette réflexion du marquis de Saulx-Tavannes (1738) : « Notre ordre a reçu un coup terrible de notre St. Père. Vous voirés qu’il faudra le recevoir pour le désabuser et luy apprendre à ne pas si mal juger de son prochain et à ne pas condamner ce qu’il ne connoit pas. » Nous avons déjà signalé combien, de fait, Clément XII paraissait mal informé de la Franc-maçonnerie. Il ne faisait, dans son encyclique, allusion à aucun texte de référence, qu’ils émanent de Francs-maçons, de la Grand Loge d’Angleterre ou de divulgation, mais s’en tenait, comme signalé « en parfaite connaissance de cause » et « à la rumeur publique ». O La réaction de la Grande Loge d’Irlande Dès 1738, le Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande, publia une « Réponse à la bulle du pape ».Il affirmait notamment que les Maçons révéraient le Créateur et suivaient strictement la « religion naturelle ». Il est intéressant de remarquer, qu’à l’époque, religion naturelle, signifiait religion chrétienne, c’est-à-dire la religion qu’il est naturel pour un chrétien de révérer, et non religion de la nature, polythéisme, panthéisme ou autres variétés de dérives déisme, comme cela est devenu le cas au XIXe siècle. O La réponse du baron de Tschoudy...Le baron Louis de Tschoudy, vénérable de la Loge ancienne de Metz, publia en 1752 « L’Etrenne au pape ou les Francs-maçons vengés », série de lettres où il réfutait les arguments de Providas, tant théologiques, canoniques qu’historiques. Il concluait que la Franc-maçonnerie n’était un danger ni pour l’Eglise, ni pour les princes, et que les Francs-maçons n’étaient ni hérétiques, ni schismatiques. « Qu’ont donc fait les Francs-maçons qui puissent être attribué à crime , Les a-t-on entendu prêcher une nouvelle doctrine, les a-t-on vu renverser les autels et sont-ils les destructeurs du culte ?[...] quels sont les propos erronés, pour la condamnation desquels il a fallu fonder un concile ? De quel schisme sont-ils les auteurs ? [...] Quels rois ont-ils détrônés ? Quels états ont-ils troublés Quel tort ont-ils fait en public ? » Il est amusant de noter que dans cet ouvrage il prétend que le pape, Benoît XIV qu’il apostrophe, fut jadis Franc-maçon ... ce que le dit pape prendra très au sérieux et se croira obligé de démentir dans sa bulle en dénonçant la « diffamation » dont il fait l’objet. Il renouvela son argumentation en 1766 dans « L’Etoile flamboyante ou la société des Francs-maçons considérée sous tous ses aspects ». Il y commente les différents griefs reprochés à l’Ordre et conclut qu’il était nécessaire que l’on juge les Francs-maçons sur ce qu’ils étaient vraiment et non sur des chimères ou sur l’accessoire. O ... et celle de Joseph de Maistre Le catholique ultramontaniste Joseph de Maistre, fort peu suspect aux yeux de Rome, dans le « Mémoire au duc de Brunswick », déjà cité, s’efforça de répondre avec le recul du temps (elle fut écrite en 1782 à l’occasion du Convent de Wilhelmsbad) aux deux bulles. Pour ce fidèle de Rome, la Maçonnerie authentique (ce qui pourrait laisser supposer que toute la Franc-maçonnerie ne le fût pas) était essentiellement chrétienne et au service du christianisme. La question du serment était certes délicate, c’est pourquoi il fallait que la Maçonnerie fût rectifiée en profondeur pour ne plus laisser planer de soupçon quant aux secrets couverts par ce serment. O Le Convent de Wilhelmsbad (1782)Précisément le Convent Général de Wilhelmsbad dans le but de jouer un rôle régulateur sur l’extraordinaire diversité de la Franc-maçonnerie de la fin du XVIIIe siècle souligna fortement non seulement la compatibilité entre la Franc-maçonnerie et la religion chrétienne mais surtout les fondements et origines chrétienne de la Franc-maçonnerie régulière, de Tradition. Il souligna la nécessité de « rectifier » les errements de la Franc-maçonnerie ou de « ce qui lui ressemble », et donne corps à tout ce qui est critiqué par les bulles papales. Mais pour autant la Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle ne cessa guère de se doter d’origines autant mythologiques que fantaisistes, la vague de l’égyptomanie, du goût pour les « antiquités », et la dénaturation progressive mais brutales des caractéristiques de l’esprit des Lumières de sociabilité, de cosmopolitisme et d’universalité, aidant. Cette tendance auto-destructrice contribua à alimenter la méfiance, la suspicion et les accusations de ses adversaires qui ne voyaient certes pas encore dans la Franc-maçonnerie, un foyer de satanisme ou de paganisme, voire une machine de guerre anti-chrétienne, comme ce sera le cas de la part de ses adversaires le plus irréfléchis au XIXe siècle, mais trouvaient là une justification inespérée de leur attaques contre une société qui risquait de contaminer l’orthodoxie de la foi. Quoi qu’il en soit, la franc-maçonnerie continua l’accélération de son développement pendant tout le XVIIIe siècle.

La situation actuelle

Les relations entre l’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie peuvent se lire à la lumière de trois repères :

O L’article 2335 du Code de droit canonique de 1917

O Le dialogue instauré par Vatican II

O L’article 1374 du nouveau Code de droit canonique de 1983 et la déclaration du Cardinal Ratzinger qui l’accompagne.L’article 2335 du Code de droit canonique de 1917

Dans ce Code, quatre articles (1240, 1399, 2335 et 2336) étaient consacrés à la Franc-maçonnerie. Tous ces articles qualifiaient la Franc-maçonnerie de secte et frappaient leurs membres de sanctions pénales. L’article 1240 refusait la sépulture ecclésiastique aux Maçons, l’article 1399 interdisait les ouvrages qui défendaient la Maçonnerie en affirmant son utilité pour la société civile ou pour l’Église, l’article 2336 énumérait une série de sanctions contre mes clercs et religieux maçons et ordonnait qu’ils fussent dénoncés au Saint Office. L’article 2335, le plus important pour les catholiques Francs-maçons laïques frappait d’excommunication réservée simplement au Saint Siège » ceux qui donnaient leur nom à la secte maçonnique ou à toute autre association du même genre qui conspiraient contre l’Eglise et les pouvoirs civils légitimes. Par latæ sententiæ, il faut entendre une excommunication encourue ipso facto par la disposition du droit ; par réservée, il faut entendre que seul le Saint Siège peut lever l’excommunication à l’exclusion de toute autre hiérarchiquement égale ou subalterne à celui qui en est frappé. Depuis Vatican II, des efforts ont été entrepris par des ecclésiastiques de renom (le R. P. Michel Riquet, le R. P. Joseph Berteloot, le cardinal Kroll, le cardinal Seper, et d’autres) pour alléger la sévérité de l’article 2335 de 1917, et en tout premier lieu, lever l’application de l’excommunication promises aux francs-maçons catholiques. Le dialogue commença à s’engager sur la base précisément de distinctions : O Distinctions canoniques : Cette question renvoie à la position de l’Eglise. Des arguments variés furent avancés. On fit valoir, contre le principe même de latæ sententiæ, que seules les associations maçonniques qui complotaient étaient à viser par cet article, et qu’il était injustifié qu’il s’appliquât aux autres. En particulier, il était malvenu de taxer le Franc-maçonnerie régulière de complot contre l’Eglise et les pouvoirs civils, alors que précisément elle réunit des hommes de foi, et uniquement ceux-là, que l’histoire de l’origine de la Franc-maçonnerie anglaise prouve que c’est bien dans un but de paix entre les hommes que la première Grande Loge fut constituée, et qu’ainsi Franc-maçonnerie régulière anglo-saxonne et Eglise catholique avaient un ennemi commun « essentiellement anti-chrétien, le matérialisme athée. » Mais ces tentatives de conciliation furent perçues davantage comme une manipulation pour faire se rapprocher la Franc-maçonnerie de l’Eglise qu’elles ne relevaient d’un rapprochement réciproque et équilibré. Mais cette entreprise reste perçue favorablement par la Franc-maçonnerie régulière. O Distinctions doctrinales Cette question renvoie à la position des différentes obédiences maçonniques. Les positions du R. P. Riquet et les ouvrages d’Alec Mellor, avant qu’il rejoigne la Grande Loge Nationale Française, pour rapprocher l’Eglise et la Franc-maçonnerie avaient été interprétées par les obédience « irrégulières » comme une pression pour les faire renier les « idéaux de 1877 », à savoir « la liberté absolue de conscience, la laïcité, les idéaux républicains ». Cette argumentation curieusement alimente l’accusation, dont la vacuité a été maintes fois prouvée, du « complot maçonnique en faveur de la Révolution Française et de la république ». Elle pose en effet la question de la doctrine maçonnique, ou au moins les questions sur la régularité et sur le relativisme. Régularité : si les éléments fondamentaux de la régularité reposent sur la croyance en Dieu révélé dans la Bible, et ils sont tout à fait conciliables avec le credo chrétien. En effet si le Franc-maçon ne met ni en lui-même (pas de maïeutique rituelle lui promettant de parvenir par son ascèse à la révélation intérieure, sans le concours de Dieu), ni en l’Ordre maçonnique, l’espérance de l’illumination intérieure et de la réalisation de son salut, mais en Dieu seul, et pour les Maçons chrétiens, en Christ seul, il n’y a aucun motif d’incompatibilité avec son appartenance à l’Eglise. C’est d’ailleurs sur cette argumentation que le R. P. Riquet obtint de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi (SCDF) une interprétation stricte de l’article 2335. Selon cette interprétation, l’excommunication ne peut être certes levée, mais elle ne s’applique plus latæ sententiæ mais seulement à ceux qui complotent (accord entre le Grand Maître de la GLNF, Vaneck et le pape Paul VI). Cet accord, qui mettaient à l’aise les Francs-maçons catholiques réguliers, mécontenta les Maçons « irréguliers », au point que le débat sur la régularité s’engagea en se complexifiant : Régularité = Landmarks+GADLU (foi théiste et personnelle), mais quid des Maçons croyants mais appartenant à une obédience réputée irrégulière ? Régularité = Reconnaissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre, sans autre forme de régularité que juridique, mais quid des Maçons qui, tout en appartenant à une obédience reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre, ne professent pas la foi chrétienne, ou qui s’en éloignent par la doctrine de leurs rites ? Régularité = Transmission et filiation, mais dans ce dernier cas, la GLNF est issue du tronc irrégulier du GODF ! Cette complexité extrême conduisit la SCDF à refuser de statuer sur la question de savoir qui est régulier et qui ne l’est pas, en 1983, lors de la refonte du Code de droit canonique. Relativisme : s’il est certain « qu’une partie de la Maçonnerie se situe dans un projet de réalisation spirituel théologiquement acceptable par l’Eglise, la Franc-maçonnerie chrétienne n’en est qu’une toute petite fraction [... ] et ne se trouve nullement en dehors de l’organisation fondamentale franc-maçonne. » O Distinctions historiques : Cette autre entrée dans le problème du rapprochement a été tentée par les acteurs persévérants, tels le R. P. Riquet et Alec Mellor. Elle consistait à examiner qui, du point de vue historique, est resté fidèle à la spiritualité chrétienne des origines, en examinant le cours de l’histoire des obédiences, et en y identifiant les accidents de l’histoire qui ont pu corrompre les origines chrétiennes de l’Ordre anglo-saxon, en le faisant dériver localement vers l’irrégularité, l’anticléricalisme et l’athéisme. Mais il ne semble pas que cette entrée ait eu beaucoup d’écho auprès du Saint Siège.

L’article 1374 du nouveau Code de droit canonique

Dans ce nouveau Code, publié en janvier 1983, l’article 1374 la Franc-maçonnerie n’est plus citée au nombre des associations qui machine contre l’Eglise, et à ce titre justiciable « d’une juste peine ». C’est donc à l’Ordinaire du lieu de décider si telle ou telle société maçonnique est dans ce cas, et cela seulement contre l’Eglise puisqu’il n’est plus question non plus de pouvoirs civils légitimes. On aura noté que l’appartenance à une association conspiratrice n’est plus punie d’excommunication latæ sententiæ, mais d’une juste peine à évaluer par l’Ordinaire. On avait pu donc penser que les efforts déployés de part et d’autres par les ecclésiastiques et les Franc-maçons soucieux de pratiquer leur culte sans avoir à renoncer à leur appartenance à la Franc-maçonnerie avaient été couronnés de succès. Mais dans sa déclaration du 26 novembre 1983, la SCDF, présidée par le cardinal Ratzinger, affirme interpréter cet article 1374 et le commente ainsi : « Les fidèles du Christ qui donnent leur nom aux associations maçonniques tombent dans un péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion. »Le statu quo post bellum La situation est donc confuse. Pour certains Maçons catholiques, seule compte l’article 1374 car il est revêtu de l’autorité papale. Pour d’autres, la déclaration de la SCDF, bien que de hiérarchie inférieure à celle du saint Père, doit être prise en très sérieuse considération car elle ne peut avoir publiée sans son accord, compte tenu du sujet traité et de la proximité des dates de publication. Les Francs-maçons catholiques se retrouvent ainsi dans une situation étrange où l’excommunication à leur encontre a certes été levée, mais sans que soient reconnues aux membres catholiques la liberté d’adhérer à la Franc-maçonnerie et aux autorités ecclésiastiques locales la faculté d se prononcer publiquement en faveur de l’appartenance de leurs ouailles à l’Ordre. Ceci n’exclut pas que ces autorités puissent, au cas par cas, autoriser tel ou tel fidèle, à s’inscrire dans une loge ou à y demeurer. C’est bien cette imprécision qui a fait dire à de nombreux Maçons catholiques que les relations entre l’Eglise et la Franc-maçonnerie n’avaient cessé d’osciller entre espoir et désillusion.

Source GLNF

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