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Hauts Grades

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UFF : trop c’est trop !

18 Février 2015 , Rédigé par T.D Publié dans #Humeur

Je viens de passer un entretien à l’Union Financière de France pour un poste de commercial. J’avais, sur cette société un avis mitigé, d'un côté son fondateur et son dynamisme et de l'autre sa "politique sociale".

Je suis tombé sur un donneur de leçons qui m’a pratiquement accusé de mentir, qui a critiqué ma volonté de devenir commercial à 56 ans après avoir été dirigeant d’une TPE, qui m’a dit que mes compétences en matière de phoning ne servaient à rien…Bref 45mn de « vous avez tout faux » et après, bye bye « vous pouvez me rappeler dans un mois ».

Il est temps que certaines sociétés arrêtent de faire ces entretiens « tir aux pigeons ». Je sais que quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, mais ce manque d’humanisme est intolérable et doit être dénoncé. Trop c'est trop !

Si l’Union Financière de France n’est pas satisfaite de ce que je viens d’écrire qu’elle balaye devant sa porte. J’ai passé des entretiens dans d’autres entreprises avec des managers respectueux intelligents et positifs, et si je n’ai pas été retenu c'est parce que je n’étais pas le meilleur, ce qui est normal car la concurrence est dure.

Le "responsable" qui m’a reçu est un « petit monsieur » et vous allez rire, il ne voulait pas croire que j’avais un réseau professionnel important !

Je suis bien sûr, à la disposition de l’Union Financière de France pour m’expliquer sur cet article et sur mes soi disant "zones d'ombre" détectées par ce subtil personnage. J'aurais du lui dire que j'étais Franc-maçon, créateurs de deux RL, ça l'aurait peut-être calmé...

Pour ceux qui veulent y rentrer sachez qu'à l'Union Financière de France, on ne fait pas de phoning ! De la "reco", il n'y a que ça de vrai !

C'est la première fois que je donne mon avis sur une entreprise.

Je le répète, c'est cet entretien lamentable "dirigé" par un personnage totalement incompétent en recrutement qui m'a conduit à écrire ce billet d'humeur.

A bon entendeur...

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Tolérance

18 Février 2015 , Rédigé par Ordre de Lyon Publié dans #Planches

Vénérable maître, Très chers frères,

Depuis quelque temps, les voix les plus autorisées s'élèvent l'une après l'autre pour annoncer tristement la prochaine décadence de notre institution. L'ingra­titude habituelle à la société moderne ne justifierait pas de telles craintes, car nos aînés ont souffert de dures persécutions sans que la bonne cause ne se soit jamais trouvée sérieusement compromise. Mais le danger qui s'affirme aujourd'hui n'a point d'analogue dans notre histoire. Ce n'est pas à la méchanceté des hommes, c'est à notre propre imprudence que nous le devons. Il faut bien le reconnaître : en abandonnant cette haute culture des facultés humaines qui devait rester pour elle un souci constant, la Maçonnerie a largement ouvert aux passions profanes les portes de ses temples et voici qu'elle ne pratique plus elle-même cette universelle tolérance à laquelle elle voulait conquérir le monde.

C'est pourtant à un respect absolu de la liberté morale que notre ordre a dû ses plus beaux succès. Sans remonter bien haut, ne voyait-on pas encore au siècle dernier les génies les plus divers porter avec orgueil le tablier d’apprenti ? Apôtres des idées nouvelles ou défenseurs zélés des vieilles doctrines, tous voulaient prendre part à ces travaux de haute philosophie qui devaient assurer un jour l’union des cœurs et des âmes. Aujourd'hui, il n’en va plus de même : de fort bons esprits hésitent à se joindre à nous, parce qu’ils ne nous ont pas toujours vu rester fidèles à notre programme.

On se plaît à répéter que la lutte a ses exigences et qu’en face d'adversaires sans loyauté, toutes les armes sont bonnes, mais quelle étrange justification ! Et de quel mépris ne témoigne-t-elle pas à l’égard de nos traditions les plus sacrées ! Ce qu'il faut combattre, n’est-il pas vrai, ce ne sont pas des hommes, mais bien des passions dont ces hommes sont esclaves : quel succès peut-il donc espérer, celui qui ne prend soin tout d'abord de s’affranchir lui­-même ? Et puis, ne l’oublions pas, ceux-là seulement n’hésitent devant aucune manœuvre qui sentent la victoire leur échapper. On ne sacrifie sa conscience, on ne vend son âme qu’aux heures de désespoir. Or, il est impossible que le triomphe final du bien soit douteux pour aucun de nous, car celui qu'un tel scepticisme aurait saisi ne serait plus maçon. Sans doute, aujourd'hui comme hier, les pires instincts peuvent s’unir pour d'horribles attentats, mais qu’importe, puisque leur règne ne durera jamais plus d'un jour ! Notre foi dans les destinées de l’humanité est inébranlable. L'évolution de l'espèce peut être lente aux yeux de l’individu, elle n’en est pas moins certaine. Quant à notre institution, tant que nous ne travaillerons pas nous-mêmes à la détruire, les dissolvants les plus énergiques ne pourront rien sur elle car elle est le dernier anneau de la grande chaîne d'or qui rattache l'avenir au passé.

Ne pouvant douter de nos forces, d'où vient donc que nous manquons si souvent de sang-froid ? Pourquoi l'aspect de l'obstacle à vaincre nous porte-t-il à la violence, au lieu d'exciter simplement notre activité ? Pourquoi la sottise des uns, l’injustice des autres nous irritent-elles, nous qui cherchons, pour les détruire, toutes les formes de l’erreur ? Est-ce la passion même de la vérité qui nous égare ? Ceux qu'éclaire la lumière divine n'ont-ils pu résister au désir de la répandre en tout lieu, au risque d'aveugler à jamais des yeux trop faibles pour de si purs rayons ? Il serait à souhaiter, mes Frères, que nous ayons péché par excès de zèle, mais nos regrets seront, hélas! d'un autre ordre. Loin de nous attacher trop étroitement à la science traditionnelle, jugeant sans doute pénible les efforts qu’exige à toute heure son intelligence intégrale, nous n’avons pas craint de substituer à l'expérience des siècles notre expérience d'un jour et voilà l'unique cause de nos déceptions. Si le serment prêté semble à beaucoup difficile à tenir, c'est qu'ils ont négligé d'en étudier la formule. Si l'impartialité absolue leur paraît impossible à garder, c'est qu'ils ne savent plus au nom de quelle loi prononcer leurs jugements. Il est nécessaire, pour s'en convaincre, de bien définir cette tolérance dont le règne a si malheureusement cessé et d'éviter certaine confusion en laquelle notre siècle paraît se complaire.

La mode est aujourd'hui fort répandue de rester impassible en face des crimes les mieux caractérisés comme d'écouter sans trouble les plus mauvais paradoxes. L'indignation vertueuse ayant été jugée de mauvais goût, on pardonne les fautes commises en accusant la nature de les avoir exigées, comme si la nature n'était pas simplement le champ toujours ouvert à l'exercice de nos facultés. La vie, dit-on volontiers, n'est-elle pas trop dure, pour qu'on ajoute aux difficultés matérielles des obstacles tirés d'une prétendue loi morale ? Et, puis, la science moderne n'a-t-elle pas à tout jamais ruiné la vieille conception du libre arbitre ? Hérédité, influence du milieu, lutte pour la vie, ne voilà-t-il pas de quoi justifier les pires défaillances ? Tant il est vrai, mes Frères, que grâce à une imprudente vulgarisation, l’idée devient parfois la servante des instincts ! Mais de tels abus sont de tous les temps et, pour les avoir commis à son tour, notre époque ne mérite pas l’anathème.

D'ailleurs, en bonne justice, l'intention n'importe pas moins que l'acte lui-même et certes, si les tendances nouvelles étaient nées d'un véritable esprit de charité, si leur unique effet devait être d'amener l'association humaine à châtier sans colère, à réprimer avec douceur, il faudrait se réjouir d'un tel progrès. Malheureusement, l'apparente générosité dont nous sommes témoins n'est guère qu'une impuissance déguisée. Privé de toute culture philosophique, ne pouvant tirer aucun enseignement du passé, ne se sachant pas responsable de l'avenir, le monde accueille tout ce qui s'offre à lui, action ou pensée, avec indifférence. C'est assez pour satisfaire quelques optimistes peu clairvoyants, mais pour nous, quel que soit notre désir d'universelle harmonie, nous ne croirons pas aussi vite à l'apaisement des passions. Nous ne prendrons pas le dédain de l'ignorant pour l'indulgence du sage, nous n'appellerons pas tolérance un scepticisme sans valeur.

Un homme qui s'efforcerait de ne plus penser, de ne plus rien croire et de ne plus rien vouloir, afin d'éviter tout conflit avec ses semblables, se tromperait, certes, grossièrement. Il sentirait son cœur se fermer peu à peu à toute espèce d'affections ; satisfaire ses besoins matériels deviendrait son unique souci, et c'est à l'égoïsme absolu qu'il parviendrait en fin de compte. Pour devenir juste et bon, il faut au contraire s'intéresser à toutes les manifestations de l’activité humaine et chercher à reconnaître en chacune d’elles le vrai, le beau et le bien qui peuvent y être contenus. Mais cette curiosité sympathique ne va pas sans une science profonde et, s’il faut tout dire, l'impartialité parfaite n'appartient qu’aux initiés puisqu’eux seuls possèdent la vérité suprême.

Ici, une comparaison s'impose, bien simple et bien claire. Que faut-il pour qu'au sein d'une grande nation, les intérêts de tous soient sauvegardés ? Il faut des magistrats libres et instruits, qui ne tremblent devant personne, mais qui sachent déterminer exactement les droits de chacun, qui n'appartiennent à aucun parti tout en connaissant les besoins des différentes classes sociales. De même, pour juger les doctrines qui se partagent la foi de l’humanité, il faut des esprits hardis et cultivés qui n'hésitent devant aucune étude et que des connaissances d'ordre supérieur guident dans leurs recherches. Ces deux conditions sont également nécessaires et la bonne volonté serait inutile où la science ferait défaut. Comment se prononcer sur un essai métaphysique, si on ne possède une vue synthétique de l’univers ? Comment apprécier un système politique, si on ne se fait une idée nette de la société idéale ? Comment enfin examiner une doctrine religieuse si on n’est pas encore parvenu à une conception raisonnable du Grand Architecte des Mondes ? La société antique ne s'y trompait pas et pour s’assurer des chefs capables de la diriger, donnait une instruction vraiment complète à ceux qui s’en montraient dignes. Il nous appartient de rebâtir ces écoles modèles où le développement des facultés humaines était poussé si loin.

Nous sommes aujourd'hui les seuls héritiers des civilisations mortes. Les vieux sanctuaires abolis, la pensée des sages a pris nos demeures pour asile et dès lors les choses et les êtres nous sont apparus sous un aspect nouveau. Les nombres nous ont laissé surprendre leur intime signification. Nous avons pu concevoir la gradation hiérarchique ternaire qui règle la constitution du monde et de l’homme, retrouver l’unité de la Raison suprême à travers le dualisme qui caractérise la vie, reconnaître la réalisation progressive de l’idéal divin sous la lutte apparente du bien et du mal. Nous n’ignorons plus ni la puissance de la parole, ni la force créatrice de l’imagination. Nous savons enfin comment la Volonté humaine peut se faire obéir de la Nature. Voyez, mes Frères, de quelle hauteur l’initié va descendre, l’homme qui a vu flamboyer l'étoile du mystère ne participera plus, à moins d'une étrange folie, aux œuvres de ténèbres.

Mais ce n'est pas tout. En même temps que la science elle-même, la méthode nous fut transmise qui seule fait des savants. Il ne s’agit pas ici d’imposer à la mémoire quelques formules plus on moins heureuses ; c'est l’être entier qui doit en quelque sorte s’imprégner de la vérité. De là ce symbolisme merveilleux qui s’adresse à la fois aux sens, à l’entendement et à l'intelligence. S'il faut quelques exemples, est-il difficile de trouver dans le triangle et les colonnes du temple les principes philosophiques essentiels dont nous parlions tout à l’heure ? Le compas et l'équerre, la perpendiculaire et le niveau ne résument-ils pas, à eux seuls, une morale et une sociologie parfaites ? L’épreuve par les éléments n'attire-t-elle pas notre attention dès le premier jour sur les quatre modalités de l'agent universel, objet de toute physique ? Certes, il y a là une synthèse propre à satisfaire l'esprit le plus exigeant et si quelque danger accompagne une semblable révélation, c'est bien l’orgueil qu'elle peut faire naître au cœur du nouvel adepte. Mais cet orgueil même, ne nous pressons pas trop de le maudire. A défaut de sentiments plus élevés, c'est lui qui contiendra les instincts rebelles à une volonté imparfaitement développée. C'est grâce à lui que le savant encore timide trouvera un noble emploi à ses forces et s'élèvera peu à peu au-dessus des désirs grossiers et des jugements iniques. Plus tard, l’âme devenue maîtresse d'elle-même saura bien se débarrasser de cet orgueil désormais inutile et la tolérance trouvera dans le cœur du sage de moins compromettants défenseurs.

Personne en effet ne peut espérer rompre d'un coup avec l'injustice. Il faut se fatiguer longtemps avant de connaître la valeur de l’effort et le plus heureux résultat de la difficulté vaincue, c'est d'apprendre à juger sans rigueur ceux qui ont lutté courageusement avec des succès divers. On se montre moins exigeant en matière de morale, quand on a senti l'égoïsme maudit s'opposer aux plus nobles mouvements de l’âme, moins dédaigneux en matière de science, quand on a vu l'erreur se glisser sournoisement au milieu des recherches les plus précises, plus indulgent en matière de religion quand on sait quelles étranges rêveries le seul désir de la foi peut mêler aux inductions les plus logiques. Une part de notre respect appartient à tous les hommes de bonne volonté, à tous les ouvriers du temple futur, aux moins habiles comme aux plus adroits. Si nous tenons à être sévères malgré tout, que ce soit à l'égard des esprits négatifs qui ont détruit sans songer à rebâtir. Ceux-là, on ne peut guère les aimer, mais encore faut-il ne pas oublier que leur œuvre était une conséquence inéluctable de l'imperfection générale. Les philosophes et les historiens modernes ont entrevu la vérité, en reconnaissant que tels désastres dont un malheureux avait répondu au prix de son honneur ou de sa vie avaient eu pour cause réelle l'imprudence d'une nation on d'une race. Mais nous en savons plus à ce sujet que les profanes n'en peuvent deviner et nous l'affirmons sans crainte : chaque fois qu'un juste est mort pour la bonne cause, c'est l’humanité tout entière qui l'a tué. La loi, du reste, est en quelque sorte réversible ; l'effort et la douleur d'un homme servent au développement de tous les peuples. Telle est cette notion de solidarité absolue dont l'esprit de charité et l'esprit de justice découlent logiquement, et qui, bien comprise, fait voir dans l'intolérance une simple absurdité.

L'erreur existera tant que les hommes ne se seront pas unis pour appeler la vérité de toute la force de leur désir. Si nous pouvions examiner l'une après l’autre les différentes doctrines qui ont su sortir de l'ombre, nous reconnaîtrions dans chacune d’elles deux portions bien distinctes, l’une faite d'idées secondaires, intéressantes seulement pour le siècle qui les a vu naître et souvent fausses, l'autre, expression plus ou moins pure de quelque sublime notion. Il en est ainsi non seulement pour les philosophies dont les auteurs ont eu des rapports certains avec quelque centre d'initiation, mais pour tous les systèmes logiquement construits, non seulement pour les religions inspirées à leur origine par l'esprit même qui nous guide encore, mais pour toutes les croyances des peuples civilisés. Dans chaque doctrine, il y a un peu de cette science que la Maçonnerie possède en entier et qu'elle saura répandre autour d’elle quand de nombreux essais de synthèse auront préparé les esprits pour une révélation com­plète. Rejeter comme inutile et sans examen sérieux l’un ou 1'autre de ces essais serait donc bien à la fois injuste et maladroit.

Il faudrait maintenant rappeler à ceux qui ne s’en souviennent plus que le respect de la conscience d'autrui est nécessaire à l’harmonie sociale. Il faudrait enfin, après avoir parlé à la raison, s'adresser au cœur et lui faire reconnaître dans la tolérance une forme de l’amour. Mais il nous suffit, pour l’instant, d’avoir signalé un oubli de nos devoirs qui menace de nous perdre et qui provient, on a pu s'en convaincre, d'une fausse direction donnée à nos travaux. Personne ici ne songe à faire le procès de tel ou tel atelier. Ce serait méconnaître cette loi de solidarité, qui, si elle, est vraie pour le genre humain, l'est a fortiori pour notre institution. Ce que nous proclamons, c'est la nécessité pour la Maçonnerie tout entière d'étudier plus sérieusement son dogme et ses symboles. Là est le salut pour elle et pour les principes dont elle a la garde. Le chemin tracé par la sagesse antique conduit aux plus hautes vérités intelligibles. A nous de nous élever chaque jour pour atteindre enfin ces cimes baignées d'air pur où les passions, humaines ne sauraient nous suivre.

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Les trois grands coups

16 Février 2015 , Rédigé par B\ B\ Publié dans #Planches

Le Rituel nous dit « le Frère Préparateur amène le Récipiendaire à la Porte de la Loge à laquelle il frappe trois grands coups irréguliers (c'est-à-dire en profane) ». La porte sépare le parvis de l’intérieur du Temple. Elle est l’unique entrée. Placée à l’Occident de la Loge, elle se trouve entre la colonne Jakin coté Nord et la colonne Boaz au Sud. Elle est petite et basse et ne comporte aucune ouverture permettant de voir à l’intérieur. Sur le parvis, là où le Soleil se couche, où il n’y a pas de lumière, c’est le monde profane, celui des ténèbres. Cette Porte est la seule ouverture d’une Loge, un passage fermé par un battant. Or une Loge est un espace sacré, le Temple, l’Atelier où s’accomplit le travail Maçonnique. Un passage est un lieu par lequel on quitte un avant pour un après. Avant on était dans un monde, après on est dans un autre monde. Avant on ne sait pas, après on peut savoir. Il y a une action de transition. du non connu au connu, du non révélé au révélé. Pour le Franc-maçon, il y a passage du profane au non profane c'est-à-dire au sacré ; il y a franchissement de la limite entre les Ténèbres et la Lumières. Les coups agissent sur le battant en le faisant vibrer et transmettre les sons émis par la force de chaque coup. Tout comme sur un tambour. Donnés de l’extérieur ils peuvent exprimer soit une alarme, un avertissement voire une agression ; ou bien une demande avec ou sans inquiétude, une peur, une angoisse, une prière pressante d’ouvrir. Donnés de l’intérieur, avec intensité comme le bruit du tonnerre ou de la foudre, ils signifient une volonté qui veut soit interdire soit protéger en repoussant toute présence sur le seuil jugée malveillante et malvenue. Ces coups placent déjà le Récipiendaire dans le Ternaire, le Trois : le nombre sacré de l’Apprenti. Ternaire des trois coups parce qu’il s’agit d’un profane qui a été accepté favorablement, Ternaire parce qu’il est ni nu ni vêtu, dépourvu de tous métaux, les yeux soigneusement bandés. Ternaire des trois coups informant les Frères que le Récipiendaire est là de l’autre coté de la Porte. Ternaire parce que pour chaque coup est associé une demande. Demandes que ne connaît pas encore le Récipiendaire mais qui lui seront révélées dans son Instruction d’Apprenti. Selon notre Rituel ces demandes sont les suivantes : « Demandez, vous recevrez » ; « Cherchez, vous trouverez » ; « Frappez, l’on vous ouvrira ». Chaque demande peut être vue comme une invitation commençant par une suggestion impérative : demandez, cherchez, frappez ; suivie d’une idée d’obtention : vous recevrez, vous trouverez, l’on vous ouvrira. Toutefois dans aucune d’elle il n’est fait ressortir que quelqu’un interviendra à la place de celui qui demande, qui cherche et frappe. Le Candidat demeure seul dans sa démarche, dans son entreprise, selon ce qu’il a désiré. Selon le Rituel de 1760 de la Loge les Trois Coups Distincts, pour la Réception au Grade d’Apprenti, les questions réponses étaient dites ainsi :

Le Vénérable : Frère, vous m’avez dit que vous avez frappé trois coups distincts sur la Porte, que cela signifie-t-il ?

R : Un certain Texte dans l’Ecriture,
Q : Quel est ce Texte Frère ?
R : Demandez et vous aurez, désirez et vous trouverez, frappez et il vous sera ouvert,
Q : Comment expliquez-vous ce Texte en Maçonnerie ?
R : J’ai vu dans mon esprit, j’ai demandé à mon Frère, et j’ai frappé et la Porte de la Maçonnerie me devint ouverte ».

J’ai vu dans mon esprit, n’est ce pas dire que celui qui formule une telle assertion, a constaté et réfléchi à propos de son existence telle qu’il l’a vécue et désiré changer ? N’y a-t-il pas une envie de se dégager d’un monde ténébreux par ses vices, ses mensonges, l’absence d’une seule vertu et de liberté d’homme libre ? N’est ce pas inviter le Récipiendaire devenu Apprenti de commencer à considérer avec les yeux de son Esprit ce dont il devenu conscient ? N’est ce pas inviter l’Apprenti de s’instruire avec le Rituel et de faire l’effort de vouloir s’initier à saisir ce que veulent lui exprimer les symboles qu’il va rencontrer ? Demandez, vous recevrez de notre Rituel ne veut-il pas signifier que nous nous devons sans cesse à ce travail ? J’ai demandé à mon Frère, est donc que le demandant à été amené à savoir qu’un de ces amis est Frère dans la Maçonnerie. S’il a découvert ce Frère, il a donc du lui poser des questions, découvrir la Maçonnerie, savoir qu’elle veut rendre les hommes meilleurs, discuter à propos des divers problèmes qui se posent à lui, et dont il ne peut entrevoir une solution par sa simple connaissance qu’il considère très incomplète. Nous même à la question du Vénérable « Qui vous a présenté en Loge ? » répondons « Un ami vertueux, que j’ai ensuite reconnu pour Frère ». Ce Frère ne peut être que notre Parrain. Cela peut nous introduire dans notre propre questionnement à savoir si nous ne devons pas nous faire connaître à un ami vertueux et libre qui cherche une autre existence qu’il souhaite vraiment vivre différemment. J’ai frappé et la Porte de la Maçonnerie me devint ouverte. Celui qui est devenu momentanée Récipiendaire, a franchi le seuil de la Porte de la Franc Maçonnerie. Il est passé de la nuit du profane à l’apparition de la Lumière. Il est entré pour travailler sur lui, pour se dégager de tout ce qui l’encombrait, de tout ce qui empêchait d’être lui. Il est passé de son autre coté, dans son autre lui qui se révélera tout au long de son initiation. L’ouverture de la porte sera le commencement Initiatique du futur Frère, le Récipiendaire en attente devant la Porte. Sorti du monde profane il entrera dans le monde sacré, il accèdera à l’ouverture sur le Monde de l’Esprit de toute la Création. Il apprendra à travailler sur la Pierre Brute pour la mettre dans une forme en rapport avec sa destination, symbolisée par le Cube qui lui-même symbolise la perfection. Ces Trois Grands Coups, sont comme des coups de tonnerre de l’orage. Un orage fait vivre trois temps avant – pendant - après. Avant il fait lourd, chaud, il y a malaise, le ciel s’assombrit et devient noir, inquiétant. Pendant c’est la pluie qui tombe, l’eau entre dans la terre mouille tout ce qui est au dessus, c’est le fracas des coups de tonnerre, c’est aussi la peur, l’incertitude. Après le calme revient, les nuages s’en vont, la clarté du soleil et réchauffe les êtres qui reviennent à la vie. Ces Trois Grands Coups marquent une fin, un présent, un futur. La fin à un monde, le présent d’une mort et d’une naissance, le futur d’un nouveau commencement, celui de notre entrée dans l’Universalité de la Création. Commencement de ce grand voyage Initiatique, qui loin de tout désordre, mais selon les coups rythmés du Maçon nous conduira vers le Centre du Monde, vers cet Axe Universel, ce point Milieu de toute chose créée dont nous sommes et voulons en être. Restons courageux et volontaires dans notre Voyage. Vivons tant que cela se peut et pleinement, dans la Justice, l’Équité, l’a Bonté et la Paix avec et à l’égard de chacun de nos semblables sur la surface de cette Terre.

J’ai dit, Très Vénérable.

B\ B\

Source : www.ledifice.net

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Kristina Bazan, blogueuse à succès

15 Février 2015 Publié dans #perso

Kristina Bazan, blogueuse à succès

Kristina Bazan, blogueuse à succès

Un million de visiteurs mensuels sur son blog Kayture, 1200000 likers sur Facebook (chiffres 2015)… La Vaudoise Kristina Bazan a su mettre le monde de la mode à ses pieds. Ses armes fatales: des conseils fashion et un amoureux qui immortalise son univers avec le plus doux des regards photographiques.

De grands yeux bleu glacé, de jolies lèvres charnues, un visage rond rehaussé de pommettes saillantes… Lorsqu’on rencontre pour la première fois cette jeune fille à la silhouette gracile, c’est son physique que l’on remarque. Un physique qui nous permet de deviner, un peu aidée par son prénom en A, qu’elle possède des origines russes. Biélorusses plus exactement, apprendra-t-on plus tard.

Mais il suffit que Kristina Bazan se raconte pour que les clichés s’envolent. Cette jeune femme-là n’a rien d’une poupée de l’Est aussi froide que de tempétueux vents de Sibérie. Pétillante, souriante, enthousiaste et attentive… Kristina Bazan est touchante de sincérité et surprenante de maturité. En quelques mois à peine, cette habitante de Begnins est, sans exagération aucune, devenue une véritable icône de mode. Ses tribulations fashion, illustrées par de très belles photos d’elle, prises aux quatre coins du monde par son compagnon et partenaire le photographe James Vyn, attirent sur son blog, Kayture.com, près d’un million de visiteurs par mois.

Journal fashion

A tout juste 19 ans, Kristina Bazan fait partie des rares personnes à vivre de son blog, qu’elle gère comme une petite entreprise. Kayture, jeu de mots constitué de la première lettre de son prénom et du terme couture, elle l’a créé en janvier 2001: «C’est un journal de bord, très perso, très intime sur mes expériences lifestyle. J’y commente aussi mes looks et mes découvertes, le tout avec les photos prises par James.»Cinq articles par semaine rédigés en anglais, toujours sublimés par le regard que porte sur elle son amoureux âgé, lui, d’à peine 21 ans. Voilà le secret de la réussite de ce blog qui, selon elle, offre à ses lectrices «une fenêtre sur un univers magique, cinq minutes d’évasion sur un autre monde».

Un foulard Hermès, un sac Dior, mais aussi d’autres griffes plus accessibles et d’autres très pointues… Kristina Bazan mixe les genres et affirme son style et son goût parfait, devenant ainsi une référence pour les marques qui lui font les yeux doux, et l’invitent à collaborer avec elles aux quatre coins de la planète.

De retour de Mexico après quelques jours de travail aux côtés d’une styliste qui monte, la voici à nouveau en Pays de Vaud pour finaliser un projet de bracelet qu’elle a conçu avec la marque Diio Senses et qui sera présenté, le samedi 15 décembre 2012, à Globus Lausanne. Un plaisir pour Kristina qui, habitée par un vrai talent d’artiste, crée ses propres bijoux.

Artiste et businesswoman

Le dessin, la danse, le chant… depuis toujours Kristina s’exprime dans tous les arts. Et dans toutes les langues ou presque. Trilingue – russe, français et anglais – elle parle aussi l’allemand. Il faut dire que la belle a voyagé. Née à Minsk, en Biélorussie, dont sont originaires ses parents, la petite s’envole vers les Etats-Unis et le Kentucky à l’âge de 5 ans. A 7 ans, c’est en Suisse et plus exactement à Begnins, au-dessus de Gland, que la famille pose ses valises: «Je ne parlais qu’anglais et russe, j’ai très vite appris la langue. Mes parents, qui auraient eu la possibilité de m’inscrire dans une école internationale, ont préféré me mettre à l’école publique du village pour que je m’intègre totalement», explique la jeune femme. Et d’ajouter: «C’était la bonne décision. Aujourd’hui, je me sens Suisse à 100%, je suis chez moi. Et puis, si je sais que le russe fait partie de ma culture, je pense et je rêve en français.»

Hyper sociable, nullement timide, Kristina Bazan, fille unique, excelle à l’école et passe son temps libre à jouer dans le village avec ses copains. Petite fille, elle aime déjà choisir ses tenues: «Je détestais quand maman m’imposait des vêtements. Mais c’est vrai que j’étais toujours bien habillée. Je crois que c’est très ancré dans la culture russe que les petites filles soient toujours tirées à quatre épingles!» plaisante-t-elle. Six ans de ballet classique, quatre ans de théâtre, une école de chant… Kristina respire la joie de vivre avant de traverser les tourments de l’adolescence: «Je ne me trouvais pas jolie, je n’avais aucun succès avec les garçons», affirme-t-elle.

C’est à 14 ans qu’elle est repérée par une agence de mannequins: «On m’a dit que j’étais jolie. Cela m’a touchée, j’ai alors pensé que je ne devais pas me rabaisser.»Un peu de mannequinat, quelques jobs d’hôtesse… Kristina Bazan, à qui Femina offre sa première couverture en avril 2011, gagne en assurance: «La rencontre avec James quand j’avais 16 ans et demi a été décisive. C’était mon premier petit copain. Son regard sur moi m’a donné confiance. C’est mon alter ego, on a une immense complicité.»

L’été 2011, la jeune femme figure parmi les finalistes à l’élection de Miss Suisse. A ses camarades de classe qui trouvent cette élection stupide et dévalorisante pour l’image de la femme, Kristina Bazan, fière de concourir pour le titre de plus jolie fille de cette Helvétie qu’elle chérit, répond: «En tant que mannequin, je n’étais qu’une image. Là, j’ai eu une voix, j’ai pu dire qui j’étais et parler de mon blog que je venais de créer. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’il a explosé!» Kristina, élue Miss Photogénie, a suivi sa route. Sa matu en poche, elle a naturellement suspendu ses études pour se consacrer à son «bébé», son blog. Et a abandonné le mannequinat: «Si j’aimais faire des photos, je détestais qu’on choisisse mes vêtements, qu’on m’impose un maquillage».

Désormais auteure de ses propres looks qu’elle interprète avec classe devant l’objectif de James, Kristina Bazan en détient toutes les ficelles, en établit tous les codes, sans se compromettre ni se vendre, en parlant de ce qu’elle aime. Pour les Fêtes qui approchent, Miss Kayture ne prévoit pas de liste sans fin au Père Noël. Quelques délices pour satisfaire sa gourmandise, son amoureux pour combler son cœur. Pour le reste, on verra bien… Kristina Bazan avoue qu’en ce moment, elle est bien assez gâtée par la vie !

www.kayture.com

Jennifer Segui : Fémina

source : http://www.femina.ch/

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Le Temple de Salomon

13 Février 2015 , Rédigé par L\ S\ et J\ L\-B Publié dans #Planches

A la gloire du G.A.D.L.U Vénérable Maître et vous tous mes Frères et sœurs en vos grades et qualités.

L'un des caractères distinctifs de l’esprit humain, est la recherche par l’homme, depuis l'aube des temps, d'une autorité surnaturelle, d’un être suprême, qui confère à la fois : Un sens a son existence sur terre et révèle une vision du monde relié à l’idée du sacré, de l'inaccessible.

Au fil des civilisations, la dimension sacrée de l’homme devient le fondement et le pivot de toute morale. Au-delà d’une relation de l'homme avec les autres hommes, s’organise la relation de l‘homme avec le divin : Un ensemble de règles et d’interdits, mais aussi de pratiques culturelles et cultuelles, de croyances et de dogmes.

Ainsi ancré depuis la nuit des temps, le phénomène religieux dans sa diversité et son histoire heurtée, acquière peu a peu un caractère universel.

Un dieu unique, tout puissant transcendant, exclusif, créateur et maître de l’univers ; une source unique qui révèle l’œuvre divine aux hommes et leur en impose les règles.

A l origine de cette histoire il y a l’alliance conclue par Dieu avec Abraham, en ces termes :
« Éloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle et va au pays que je t’indiquerai »

Abraham quitte Our en Chaldée et entreprend un immense voyage vers le pays de Canaan, la terre promise à lui et sa postérité. De lui le premier hébreu et le 1er des 3 patriarches sont issus : Isaac, son fils Jacob, et les 12 fils de celui-ci qui seront les héros éponymes des 12 tribus d’Israël. Tel est le point de départ consigné comme fait d’histoire d’un peuple et de sa religion.

Le monothéisme hébraïque a pour théâtre privilégié une terre particulière, la terre de Canaan promise à Abraham et à sa descendance, et pour fondement, une alliance éternelle que dieu noue avec son peuple.

Si la manifestation de ce monothéisme est particularisme, son projet est délibérément universel : Dieu est le dieu de tous les hommes, pas seulement le Dieu des hébreux.

Voilà pourquoi comme l’a bien dit Ernest Renan :
« C’est le monothéisme hébraïque qui permet l’éclosion d’une justice véritablement universelle ».
L’expérience du temple de Jérusalem représente la plus radicale d’irriguer d’un flux infini le domaine du fini.

Je vais donc laisser la parole a Joël pour qu’il nous explique pourquoi le temple

LE TEMPLE

Le mot français monument vient du mot latin moneo, qui signifie : J’enseigne. Un monument enseigne, par définition. Mais qu’enseigne-t-il ?

Alain nous dit « Les, monuments sont les premiers écrits »
Traditionnellement, les hommes ont édifiés des monuments sacrés dans leurs désirs effrénés de dialoguer avec les forces cosmiques qui les dépassent. C’est donc a trois égards, que l’on peut véritablement parler d’une philosophie de l’architecture sacrée, en raison :
- Premièrement, de certains thèmes de sa décoration plastique,
- Deuxièmement de la portée philosophique de sa théologie, interprétée par l’exégèse symbolique et
- Troisièmement de la portée philosophique de sa symbolique cosmique.
Alors qu’ils se trouvaient encore dans le désert, les enfants d’Israël reçurent l’injonction divine suivante :
« Et ils me construiront un sanctuaire pour que je réside au milieu d’eux (exode 25. 8) »

Longtemps, le temple ne fut désigné que comme la tente d’assignation ou tabernacle. C’est dans cette simple structure de poutres de bois et de tentures de peaux de chèvre que Dieu faisait connaître sa gloire à son peuple.

La tente d'assignation était véritablement un lieu de rendez-vous, ou Israël, rencontrait le divin, et une nation entière pouvait vivre dans l’unité d’un dieu résidant en son sein.

Le midrash énonce : « Le temple est l’embellissement du monde en ce qu’il représente l’essence même du beau sur terre il rend possible, la relation spirituelle entre dieu et l’homme «

Le temple est également une maison de prière pour toutes les nations .Tant qu’il perdurera, il demeura le centre spirituel d’une grande partie du monde. Et lorsque le deuxième temple fut détruit, il y a près de 2000 ans, le concept du temple demeura cependant une source spirituelle, un motif d’espoir et de nostalgie.

La tente d’assignation était le modèle réduit du temple, adapté aux pénibles conditions des pérégrinations dans le désert.
A chacune des étapes de son séjour dans le désert, la nation, organisée autour des 12 tributs et de leurs familles, campait autour du tabernacle.
Ainsi la chekhina, la présence divine, résidait concrètement au milieu de tout Israël.
Les différentes tribus de la famille des Lévi étaient chargées du service du tabernacle et de son entretien et campaient à proximité du centre.

Essayons de comprendre à présent, la pensée qui rattachait les sanctuaires mosaïques et salomoniens aux huttes et aux tentes de berger.

Tentes et huttes symbolisent toutes deux, pendant la longue période hors d’Egypte, le pouvoir divin de procurer aux hommes un gîte ou passer la nuit. Une tente est faite de toile et de peaux tendues fixées au sol par des piquets métalliques. De même c’est ainsi que fut conçue la tente du tabernacle de l’exode, qui était fabriquée en toile de lin et en peaux de chèvre. Les hébreux battirent de même des huttes (soukha) faites de branches de palmier et de saule. Sa forme de tente rattachait le sanctuaire mobile de l’exode aux tentes de berger du néolithique antérieur ainsi qu’à la tente du berger Abraham.

La période du "Temple provisoire" d'Israël - le Tabernacle - dura 440 ans, jusqu'a la construction de l'édifice permanent à Jérusalem. Même après l'entrée des enfants d'Israël dans la Terre promise, le Tabernacle poursuivit son errance pour s'établir à Guilgal, Shilom, Nov et Guiveon.

Le concept même de temple, perçu comme résidence divine est de loin antérieur à Salomon ; c’est David qui initialement l’énonce ; C’est lui même qui va devenir le maître d’œuvre de ce projet dont la bible nous dit qu’il a pensé les moindres détails architecturaux. Mais ici le thème de la paix, en tant qu’impératif incontournable à la construction du temple apparaît. En effet durant tout le règne de David, les guerres et les morts se sont succédés pour repousser les nombreux ennemis et l’idée de sainteté, dont le temple est le suprême réceptacle terrestre, interdisent sa réalisation. La première condition de sa demeure définitive avec son peuple en Canaan, c’est que la paix soit faite, ce qui se réalisa sous le règne de Salomon.

Ce fut donc a Salomon que revint la divine tache d’ériger le temple sur le mont Moriah a Jérusalem, lieu auquel s’attachent de très nombreuses légendes talmudiques ; ainsi cette colline aurait été « conçue dans la pensée divine » avant même la création du monde, Dieu aurait prié l’ange Mikhael d’y prélever la terre a partir de laquelle Adam fut façonné, l’épisode du sacrifice d’Isaac s’y serait déroulé, plus tard Jacob y aurait même séjourné.

COMMENT ETAIT CONÇU LE TEMPLE DE SALOMON ?

Pour l'essentiel, le Temple de Salomon était identique au Tabernacle du désert dans son agencement et sa structure, mais il était construit dans des dimensions sensiblement plus importantes. Salomon augmenta également le nombre d'ustensiles consacrés en fonction des besoins d'Israël et du Temple élargi. Il fit également fabriquer des ustensiles propres à ce Temple.

L'émouvante cérémonie d'inauguration, ainsi que les prières récitées par le roi Salomon lors de l'achèvement du premier Temple, sont rapportées dans le premier Livre des Rois. Dans sa prière, le roi supplie Dieu d'agréer la prière de tout homme s'adressant à cette Maison. Bien que la prophétie d'Isaac annonçant que le Temple sera une « maison de prières pour toutes les nations" se rapporte au troisième Temple, elle se réalisa en partie dans le Temple de Salomon ou affluaient de l'ensemble du monde antique des foules d'hommes en quête de spiritualité‚ et de la Présence divine.

Le Temple construit par Salomon dura 410 ans jusqu'a sa destruction par Nabuchodonosor, roi de Babylonie. Au terme de cette époque, Josias, roi d'Israël, ordonna que l'Arche d'Alliance, le Candélabre et d'autres ustensiles soient dissimulés pour leur épargner la destruction.

Au fait qu’est devenue l’arche d’alliance ce grand trésor de l’humanité.

Plusieurs théories s’affrontent :
L’une appartient à Richard Andrews qui voue sa vie a la recherche d’indices de la présence de l’arche dans la montagne du temple. En effet des photos aériennes prises aux infra rouge du mont moriah ont montré des cavernes jusque la inconnues ; Malheureusement les autorisations nécessaires aux fouilles freinent ses recherches.
La deuxième théorie nous indique que 200 ans après la mort du roi Salomon l’arche d’alliance aurait été transportée et cachée en Ethiopie
Une troisième théorie prétendrait que l’arche d'alliance aurait été dérobée par les templiers pour être gardée secrètement dans la chapelle de Roslinn en écosse.

JERUSALEM ET SALOMON

Pourquoi ce choix de Jérusalem ?

Le mot Sion, autre appellation de Jérusalem, vient du mot hébreu désignant l’excellence.

Lorsqu’Israël réside sur sa terre et que le temple remplit sa mission, il confère son excellence à toute l’humanité. C’est la raison pour laquelle les sages d’Israël enseignent que l’unique période de paix véritable et totale de toute l’histoire du monde fut celle des quarante premières années du temple de Salomon.

Le fils de David, Salomon, reçut les instructions de son père concernant le moindre détail de la construction du Temple. Toutes ces informations provenaient du don de prophétie dont David avait hérite des générations précédentes. En fait, les Sages d'Israël enseignent qu'un "Rouleau du Temple" (découvert en 1940 dans les grottes de Qumran) avait été remis par Dieu a Moise et qu'il s'était transmis de génération en génération. Ce document était un plan conçu par Dieu lui-même et contenait l'ensemble des détails, des esquisses et des diagrammes du Temple et des ustensiles, ainsi que des improvisations et innovations susceptibles de répondre à l'évolution des besoins d'une nation en plein essor.

Là, intervient une petite anecdote relatée par des textes anciens :

Salomon doit décider de l’emplacement du temple il hésite, pis, il doute... il ignore où devra être érigé le Temple... il a déjà fait creuser des fondations, bien sûr. Chaque fois elles ont été balayées par des calamités : Inondation, tremblement de terre, feu... Chaque fois, hélas, que Salomon décide d’un site, voici qu’une nouvelle catastrophe contrarie son choix! Salomon doute et craint!

- Imaginez, la tristesse de Salomon! Comment bâtir le Temple - et où? Or voici qu’une nuit d’insomnie, le roi, troublé et pensif comme de coutume, traverse Jérusalem. Il arrive, presque par inadvertance, au pied du mont Moriah. Las de sa rêverie, il s’adosse au tronc d’un olivier. Et voici qu’à quelques coudées de lui s’engage un étrange ballet. Un homme surgit de l’obscurité, les bras chargés de gerbes de blé, il les dépose dans un champ contigu à celui où il va aussitôt chercher d’autres gerbes, Après quoi il disparaît. Hors, le roi, stupéfait, voit arriver un autre individu faisant exactement la même chose que le premier, mais en sens inverse...

Très attaché à la justice, Salomon pense à faire arrêter ces hommes qu’il prend pour des voleurs. Cependant, le petit grillon qui l’accompagne toujours dans ses promenades, lui conseille de patienter jusqu’à la nuit suivante. Le lendemain, au même endroit, Salomon assiste à une scène encore plus extravagante. Cette fois, les deux hommes chargés de gerbes de blé se rencontrent. Au lieu de s’insulter ou d’en venir aux mains, les voilà qui tombent dans les bras l’un de l’autre. Sommés par le roi de s’expliquer, ils racontent. Ils sont frères. A la mort de leur père, ils ont partagé le champ en deux parts égales. Or l’un s’est marié depuis et a trois enfants, tandis que l’autre est resté célibataire. Celui-ci, considérant qu’avec plusieurs bouches à nourrir son frère a besoin de plus de blé que lui-même, il lui en apporte la nuit, en secret, pour ne pas blesser sa susceptibilité... En revanche, le frère marié s’estime privilégié, sa femme et ses enfants l’aident au travail. Il a donc décidé de partager son blé avec son frère, qui peine seul du matin au soir et doit faire appel à des ouvriers pour la moisson...

Très ému, le roi serre les deux frères dans ses bras et les supplie de lui vendre leur champ, l’endroit le plus digne pour y élever le sanctuaire de Dieu! Les fondations ont été creusées là même où se sont échangées les gerbes de blé nocturnes. Cette fois, nulle catastrophe n’est plus venue troubler la construction du Temple!

Et voilà Jérusalem, née autour du Temple, lui-même né dans l’espace de la fraternité !

Mais revenons à Salomon roi de Judée et d’Israël,
« Le plus sage des hommes » c’est ainsi que la tradition juive appelle le roi Salomon.
Mille anecdotes, la plupart relevant de l’imaginaire, courent à son sujet. On vante son érudition, ses connaissances, ses dons et ses pouvoirs. Hommes d’Etat, écrivain, penseur, musicien, poète : Tout ce qu’il entreprenait lui réussissait. De partout, les souverains venaient admirer sa splendeur et recevoir son enseignement. Et puis, les femmes : On lui en attribue un millier. Juives et païennes, toutes étaient conquises par son charme. Ayant voyagé pendant 3 ans d’Ethiopie jusqu'à Jérusalem, la reine de Saba n’a-t-elle pas eu le coup de foudre en le voyant. Mais ce que l’histoire a certainement le mieux retenu de la personnalité du roi Salomon, c’est qu’il fut un homme de paix. Le nom même de Salomon est sur ce point puissamment évocateur : En hébreu, shlomo, nom dérivé de la racine shalom, signifie précisément
« La Paix » mot qui dans la tradition hébraïque est un nom- attribut de Dieu.

L’autre trait saillant de la personnalité du Roi Salomon qui a profondément pénétré la mémoire des hommes concerne sa sagesse. La mémoire collective fâcheusement simplificatrice, faisant de ce roi, l’homme d’une situation prétendument archétypique : En l’occurrence, celle du célèbre Jugement de Salomon, durant lequel il du affronter deux femmes s’attribuant la maternité d’un seul enfant. Chacun connaît ce célèbre thème du jugement du roi Salomon

Il est temps maintenant de parler d’Hiram roi de Tyr

Le roi David contacta Hiram pour les préparatifs. La mort l'ayant arraché aux siens, c'est à son fils, le roi Salomon, que revînt la charge de mener à terme ce projet. Il demanda au roi Hiram de lui fournir le bois de cèdre et de lui prêter ses architectes et maçons afin de réaliser son dessein.

Il avait résolu de bâtir la maison de l’Éternel, parce que Dieu l’avait ainsi décrété.
Hiram se réjouit beaucoup quand il entendit les paroles de Salomon. Il se trouvait honoré de pouvoir contribuer par son service à la gloire du Dieu d’Israël.

Le premier acte de Salomon, c’est de transporter «de grandes pierres, des pierres de prix, pour faire les fondements de la maison, des pierres de taille». Il s’agit avant tout de poser un fondement de grand prix et d’une solidité à toute épreuve comme base du temple de Dieu. On ne peut en ôter une seule sans compromettre ou ébranler tout l’édifice. C’est ce que la sagesse de Salomon avait bien compris en préparant les pierres de taille sur lesquelles la maison de Dieu devait être édifiée.

Entrons dans le vif du sujet :
Le Temple
Comme nous l’avons dit précédemment le temple fut bâti, par analogie aux dimensions et proportion de la tente d’assignation. La description qu’offre la bible du Temple est d’une riche technicité ou se côtoient jusqu’au vertige, noms de matériaux divers, longueur, hauteur, profondeur et largeur mais a le mérite d’être d’une exceptionnelle précision
Le portique du temple, son entrée seule, différait quant à ses proportions de ce qu’offrait la tente d’assignation. Sa hauteur était de cent vingt coudées
Tout autour du temple, sauf naturellement à son entrée, étaient situées les chambres latérales, demeures des sacrificateurs.
Les demeures des sacrificateurs étaient inséparables de la maison et faisaient corps avec elle, sans en dégrader aucune partie. Il est dit :

«Et la maison, quand on la bâtit, fut bâtie de pierre entièrement préparée avant d’être transportée ; et on n’entendit ni marteau, ni hache, aucun instrument de fer, dans la maison, quand on la bâtit»
On ne voyait, lors de la construction du temple, aucune trace d’instruments humains. Il s’édifiait en silence ; on n’entendait ni hache, ni marteau. C’était l’œuvre de Dieu ; tout était préparé d’avance. Les pierres qui composaient la maison avaient le même caractère que les pierres de fondement, précieuses aussi et préparées d’avance (7:9-12).
Le temple, était revêtu de bois de cèdre. Le cèdre représente dans la Parole la majesté et la hauteur, la durée et la fermeté. Il n’y avait pas un seul point des murailles qui n’en fût intérieurement recouvert. La pierre ne paraissait nulle part. Mais le bois de cèdre lui-même et jusqu’au plancher en bois de cyprès, tout était entièrement recouvert d’or. L’or représente toujours, dans la Parole, la justice et la gloire divines.
Tous les ustensiles du temple étaient, en outre, soit en or, soit revêtus d’or pur, comme l’autel du parfum, les chérubins et les portes du lieu très saint.
Comme dans la tente d’assignation au désert, le lieu très saint formait à l’intérieur un cube parfait. «L’intérieur du saint des saints était de vingt coudées en longueur, et de vingt coudées en largeur, et de vingt coudées en hauteur» (v. 20). Il en sera de même de la nouvelle Jérusalem : «Sa longueur et sa largeur et sa hauteur étaient égales» (Apoc. 21:16. Le résultat de l’œuvre de Dieu est parfait sans rien à y ajouter, ni rien à en retrancher. Tout est réglé selon la pensée du divin architecte. La nouvelle Jérusalem est pour ainsi dire un immense lieu très saint où Dieu peut habiter, comme dans le saint des saints du temple, parce que tout y répond à sa sainteté et à sa justice.
Le saint des saints était isole par un voile ou par une porte en bois d’olivier s’ouvrant à deux battants, recouverte d’or, un libre et large accès, permettant à la vue de pénétrer dans le lieu très saint.
L’Arche, en bois de chittim, était recouverte d’une couche d’or pur et également doublée d’or pur. Une corniche d’or l’entourait. Quatre anneaux étaient situés aux quatre coins de l’Arche, deux de chaque côté. C’est dans ces anneaux qu’étaient enfilées deux barres de bois recouvertes d’or. Une table d’or (dite propitiatoire) était placée sur l’Arche, deux chérubins en jaillissaient à ses deux extrémités. Le Talmud donne une description précise de l’Arche et des deux chérubins. Ces chérubins étaient des anges dotés d’ailes, qui avaient des corps d’oiseaux et des visages d’enfants, l’un masculin, l’autre féminin. Les deux chérubins se faisaient face mais leurs visages étaient inclinés vers le propitiatoire. Leurs ailes se déployaient vers le haut protégeant ainsi la table d’or.
Pourquoi ces chérubins décoraient ils le tabernacle ?
Le Midrash nous raconte que lors du Don de la Torah, D’\ demanda aux enfants d’Israël des garanties afin que Ses lois soient observées. Ce ne fut que lorsqu’Israël proposa les enfants comme garants que D’\ accepta. Effectivement depuis toujours, l’éducation de nos enfants occupe une place primordiale dans le judaïsme. Les jeunes représentent le futur et la continuité de notre peuple.
Les chérubins décorant le toit, point de rencontre avec le ciel, représentent l’éducation qui associe à la Torah les connaissances générales. Tous les chérubins ont un point commun : La proximité avec le Saint des Saints.
Le «Témoignage”, les Tables de la Loi que Moïse avait rapportées du mont Sinaï, furent déposées à l’intérieur de l’Arche et durant toute l’époque du Tabernacle du désert et celle du premier Temple, l’Arche fut abritée dans le Saint des Saints. C’est là que la Shekhina, la Présence divine résidait.
“C’est là que je te donnerai rendez-vous, et je parlerai avec toi de dessus le propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur l’Arche d’Alliance» (Exode, 25, 22).
Dans le Saint des Saints sur le mont Moriah, se trouvait la «Pierre de fondation”. Lorsque l’Arche se trouvait dans le Saint des Saints, elle était posée au sommet de cette pierre. La présence de la pierre de fondation fut révélée à l’époque du roi David et du prophète Samuel et d’après la tradition, elle existait de tous temps et était la fondation même sur laquelle Dieu avait créé le monde. C’est à partir de cet endroit, que le monde entier avait été constitué.
Selon d’anciens enseignements, lorsque le roi Salomon supervisait la construction du premier Temple sur le mont Moriah, il avait perçu, par illumination prophétique que le Temple serait par la suite détruit. Afin d’assurer la sauvegarde de l’Arche, il avait érigé un vaste système de tunnels au sein de la montagne et creusé une chambre secrète dans les profondeurs de la terre sous le mont du Temple où, en temps voulu, l’Arche serait cachée. A la fin de l’époque du premier Temple, le roi de Judée, Josias, qui avait prévu la destruction, cacha l’Arche.
Deux métaux, l’or et l’airain, jouent un rôle prépondérant dans la construction du temple.
Les colonnes d’airain, placées devant le portique du temple, attiraient tout d’abord le regard.
Nous avons déjà dit que, dans le temple, aucune autre colonne n’est mentionnée. Elles se nommaient Jakin (il affermira) et Boaz (en lui est la force).
Les colonnes font allusion a l’infrastructure qui relie le monde d’en haut et le monde d’en bas
Selon le Zohar le monde repose sur trois colonnes :
La colonne de gauche symbolise la justice (Din)
La colonne de droite symbolise l’amour (Hessed)
La colonne du centre est l’harmonie. Dans le temple cette troisième colonne est inexistante et représente l’homme
Après les colonnes, le parvis du temple contenait la mer d’airain.
La mer d’airain servait à la purification journalière des sacrificateurs. Ils y lavaient leurs mains et leurs pieds. Ils étaient ainsi qualifiés pour accomplir leur service et demeurer où demeurait l’Éternel. Sous la loi, ce lavage s’appliquait aux mains et aux pieds, c’est-à-dire aux œuvres et à la marche.
Elle était posée sur douze bœufs regardants, trois par trois, les quatre coins de l’horizon. Le bœuf est l’un des quatre animaux qui forment les attributs du trône, et représentent les qualités actives de Dieu, les principes de son gouvernement
Les dix cuves de la mer d’Airain, cinq à droite, cinq à gauche du parvis servait à «laver ce qu’on préparait pour l’holocauste» (2 Chron. 4:6). Nous voyons, que le sacrificateur lavait avec de l’eau «l’intérieur et les jambes» de la victime.
La victime ne devant présenter à Dieu aucune souillure, il fallait démontrer qu’elle était parfaite, que cette pureté s’étendait non seulement à la conduite, mais à tout «l’intérieur» de l’offrande. Cette vérité était présentée par l’eau des cuves. La «mer unique» lavait les sacrificateurs. Tous avaient recours à ce seul moyen pour être purifiés des souillures de leur marche. Il fallait dix cuves pour laver les victimes qui devaient représenter la pureté devant Dieu.
La s’arrête l’œuvre d’Hiram


NOUS ALLONS A PRESENT VOUS DEVELOPPER L’USAGE DES USTENSILES DU TEMPLE ET LE SERVICE DIVIN


Un tableau de la vie quotidienne dans le Temple comprend bien des aspects étonnants :
Les prêtres et les lévites à leurs veilles pendant la nuit ; le flambeau de l’équipe de l’aube conduite par les prêtres ; le son des trompettes lors de l’ouverture et de la fermeture des portes du Temple par les lévites gardiens des portes. Les représentants des hébreux arrivent de tout le pays pour assister au service sacerdotal ; le chœur des lévites monte sur l’estrade pour entamer le service musical.
A l’aube, le sacrifice quotidien tamid est offert. Dans le Sanctuaire, la Ménorah est allumée et l’Encens présenté à Dieu ; le vin des libations est versé sur le coin de l’autel, les lévites chantent le cantique du jour et les prêtres, debout sur les marches du Sanctuaire, bénissent le peuple (bénédiction des cohanim). Lorsque le son des trompettes retentit, la communauté tout entière s’incline devant le Saint des Saints, prosternée dans la prière.
Plusieurs instruments importants étaient utilisés dans le Temple pour les offrandes de sacrifices ou pour d’autres aspects du service divin. A l’extérieur du Sanctuaire, sur le parvis, se dressait l’élément le plus important: l’autel sur lequel on offrait les sacrifices.

L’AUTEL EXTÉRIEUR
L’autel et la rampe d’ascension furent construits en pierre et en terre. La rampe d’ascension répond à une exigence biblique particulière, l’approche de la sainteté de l’autel par des marches étant considérée comme inconvenante et impudique: “Tu ne monteras pas sur mon autel à l’aide de marches afin que ta nudité ne s’y découvre point” (Exode 20, 26).
A l’intérieur même du sanctuaire se trouvaient trois autres ustensiles d’une grande beauté et d’une importance centrale pour le service quotidien du Temple. Tous trois étaient en or et d’apparence somptueuse. Il s’agissait de l’autel de Encens, de la Menorah (ou Candélabre) et de la Table des pains de proposition.
Les jours de fêtes, lorsqu’Israël effectuait un pèlerinage au Temple, les prêtres surélevaient la Table et la Ménorah afin que tous les aperçoivent. Ces ustensiles, conservés dans la partie sainte du Temple, n’étaient ordinairement pas vus par les membres ordinaires d’Israël, en sorte que l’événement suscitait émotion et émerveillement.

L’AUTEL DE L’ENCENS
La Bible décrit ainsi l’autel de l’Encens “Tu feras un autel pour la combustion de l’Encens; c’est en bois de chittim que tu le feras. Une coudée sera sa longueur, une coudée sa largeur, il sera carré, et deux coudées sa hauteur; ses cornes sailliront de lui. Tu le recouvriras d’or pur, son toit, ses parois, tout autour et ses cornes; et tu lui feras une bordure d’or tout autour.
Selon la tradition juive, le service de l’Encens avait pour vertu caractéristique d’amplifier la miséricorde et la bienveillance divine.


LA MÊNORAH
La Menorah le Candélabre à sept branches était constituée d’une seule pièce d’or pur. Elle était située à l’intérieur du Sanctuaire sur la face sud.
La Table des pains de proposition en or, était située au côté nord du Sanctuaire. Elle répondait au commandement de disposer les pains de proposition édicté par la Bible «Et tu placeras sur cette Table du pain de proposition, en permanence devant moi» (Exode 25, 30). Douze pains étaient spécialement cuits selon une méthode secrète connue seulement de la famille sacerdotale de Garmo. « Ils étaient disposés les uns sur les autres en deux groupes de six, séparés par des parois d’or qui empêchaient qu’ils ne se brisent. Ces pains étaient conservés toute la semaine sur la Table. »

ET SI NOUS PARLIONS UN PEU DE SYMBOLIQUE MAÇONNIQUE


Dix sept siècles plus tard, des européens un peu fous rêvent de reconstruire le temple de Salomon. Toutefois, ils ne sont ni juifs ni ouvriers. Ils décrètent que la reconstruction sera symbolique. Pour ce faire, il faut des outils. Ceux des maçons sont-la : L’équerre, le compas, le fil à plomb, la truelle, le maillet, le ciseau.
Des outils trop lourds à porter cependant, trop difficiles a manier pour des intellectuels. Qu’a cela ne tienne, ils seront déclares « symboles ». Ca ne pèse pas lourd un symbole penses t'on c’est aussi léger que l’air et derrière un compas et un maillet peuvent se cacher les idées les plus éthérées.
Ces Européens, Anglais et Ecossais pour la plupart, s’appellent francs-maçons entre eux et veulent que le monde les reconnaissent comme tels. Salomon pouvait compter sur l’aide d’un habile fondeur, un dénommé Hiram. Au XVIII siècle, Hiram n’est plus, il faut le remplacer. Mais que faire d’un fondeur, même s’il peut ériger les colonnes du Temple? Mieux vaut s’adjoindre un architecte digne de ce nom, un maître ès constructions. D’autant que le projet de reconstruction a pris cette fois des proportions démesurées, proprement titanesques: Ce n’est plus seulement le temple de Salomon qu’on ambitionne de construire à nouveau, c’est l’humanité tout entière! Une véritable utopie, un vent de folie qui souffle sur le Vieux Continent.
Pour un temps, Rome l’avait emporté sur Jérusalem. Les temples étaient détruits, anéantis... Reconstruire l’humanité! Il faut des centaines et des centaines, des milliers et des milliers d’architectes, des clones d’Hiram qui forment la chaîne d’union, de génération en génération, qui se transmettent le message. Reconstruire l’humanité!
Développons un peu la Symbolique du temple
La symbolique du temple est complexe puisqu’elle procède à la fois de sa disposition générale
Et des objets qu’il rassemble : Autel, mer d’airain, colonnes, parvis. Dans son ensemble le temple réponds a une symbolique cosmique et par la même a une symbolique microcosmique qui est mise en avant par saint Paul « ne savez vous pas que vous êtes le temple de dieu »analysés des l’antiquité par des écrivain tels que Philon d’Alexandrie etFlavius Josephe : « la division tripartite du temple vestibule sanctuaire saint des saints ou en hébreu oulam hekhal debir correspond aux 3 parties du cosmos hebraique eau primordiale, terre et ciel.
Devant le vestibule du Temple, Hiram dressa ce qui reste pour nous une énigme exemplaire, deux hautes colonnes de bronze ne supportant apparemment rien, surmontées d’un immense chapiteau très orné. Il les fondit dans la terre argileuse de la vallée du Jourdain, entre Sukkot et Cartan, avec du métal provenant des victoires de David sur Hadadézer, roi de Coba.
Elles étaient placées devant le sanctuaire du Temple. La hauteur des colonnes était de dix huit coudées et un fil de douze coudées en mesurait le tour. Il fit deux chapiteaux coules en bronze destines au sommet des colonnes, la hauteur d’un chapiteau était de cinq coudée .La colonne de droite fut nommée YAKIN et celle de gauche BOAZ.
L’absence de toute fonction architecturale leur donne une valeur symbolique d’un relief saisissant.
Si le chiffre indiquant la hauteur des colonnes est symbolique, il doit être homogène aux autres chiffres des mesures du Temple et de son matériel. La dimension de vingt coudées est celle qui revient le plus fréquemment dans ces mesures. C’est la largeur du Temple, constante pour ses trois parties. Devant sa façade et les deux colonnes, l’autel des holocaustes a la forme d’un carré de vingt coudées de côté. Le Debir” est également un carré de vingt coudées de côté; ce sont ses dimensions intérieures, puisque l’envergure des Chérubins qui s’y trouvent représentés, et qui protègent l’arche de leurs ailes déployées est également de vingt coudée. Le Hekhal, devant le Debir, est un double carré (carré long) de quarante coudées de longueur. Or, si l’on ajoute aux trente cinq coudées des colonnes les cinq coudées du chapiteau on obtient cette même dimension.
Les chiffres vingt et quarante sont également essentiels dans les dates relatives au Temple. La construction du temple demande 7 ans, celle du palais de Salomon, qui lui est contigu, treize ans, il faut donc vingt ans pour construire l’ensemble. Le règne de Salomon dure quarante ans exactement comme le règne de David, son père, qui est l’«initiateur» du projet du Temple. Celui-ci est commencé dans la quatrième année du règne de Salomon, «l’an quatre cent quatre vingt après que les enfants d’Israël furent sortis du pays d’Egypte» (1 Rois, VI, 1). 480 = 40 x 12 il n’est pas évident bien sûr qu’il y ait derrière tout cela un symbolisme très précis; mais les recoupements sont trop insistants pour qu’il n’y ait pas la volonté d’établir un réseau d’analogies qui rend des symbolismes possibles. Il est probable toutefois que la hauteur totale de quarante coudées fait allusion aux quarante années passées par Israël dans le désert ; C’est donc cette dimension de quarante coudées qu’il y a lieu de retenir, me semble-t-il en raison de ses correspondances tant avec les autres mesures qu’avec les dates relatives au Temple.
Pour ce qui est du Temple, le maçon semble à priori bien loin d’avoir les yeux tournés vers Jérusalem et son Temple. La maçonnerie en effet ne le lie pas à une religion définie et le lieu sacré maçonnique n’est pas circonscrit à un point géographique précis. Aussi quelle n’est pas parfois la surprise du profane lors de son initiation de se voir placé devant un tableau de loge, symbole du temple de Salomon, lui qui croyait peut-être avoir rompu à jamais avec la religion en entrant en maçonnerie.
Dans cette perspective vient s’articuler toute la symbolique templière maçonnique La loge pour tout Temple n’a qu’un dessin, le tableau de loge. Si l’on demande à un maçon où il a été reçu, il ne répondra pas dans un temple mais dans une loge. En fait, la loge par sa voûte étoilée figure le Temple cosmique mais celui-ci n’est que la figure du microcosme qu’est l’Homme. Rappelons que le tableau de loge était primitivement tracé à la craie pour signifier que le Temple de Salomon était appelé à disparaître lors de la manifestation finale de la Gloire.
Or ce Temple de Salomon n’est que le signe du Mystère qui habite le Temple intérieur de l’Homme. L’apprenti n’a-t-il pas été créé à l’image de Dieu et éveillé à sa lumière intérieure et spirituelle qui est le Mystère qui l’habite ? L’apprenti a donc d’abord été reçu dans son propre corps Trois le composent, son corps son esprit et son âme qui forment les 3 parties de son Temple : Porche, temple intérieur et sanctuaire. Symboliquement le corps du maçon est donc tout à la fois loge et temple. Trois, cinq et sept sont les figures de la progression du retour du maçon vers son sanctuaire. Ils sont les symboles de ses voyages pour retrouver sa patrie, sa véritable demeure spirituelle, son identité perdue. Initié, il va retrouver lui qui n’était qu’un individu égaré, son nom véritable : Celui de frère, frère des êtres du cosmos et de l’humanité.
La symbolique su Temple n’est donc pas une coquille vide, elle se réfère bien à DEUX réalités de la vie du maçon. Elle met d’abord en évidence le Mystère qui l’habite et souligne ensuite le dynamisme de sa croissance spirituelle. De son état inachevé d’individu égaré à l’accomplissement de son identité retrouvée de frère.
A dire vrai dire le maçon n’entre pas dans une demeure spirituelle, il est appelé à être cette demeure. Désormais, il s’agit pour lui d’être pour paraître en vérité, d’être pour avoir sans être asservi, d’être pour agir sans se perdre dans l’activisme .
Alors seulement Jérusalem devient le symbole du Temple mystique qu’édifie le maçon. Quiconque vit ainsi cette identité spirituelle, celle du Temple qu’il est appelé à devenir, possède en son coeur Jérusalem. Celle-ci n’est jamais que le symbole de la réalité à venir. Il s’agit de faire rentrer le souffle divin dans l’Homme pour que l’Homme entraîne tout le cosmos dans son Assomption avec lui, vers cette cité de Lumière où il n’y a ni soleil ni lune, où Dieu est l’Unique Lumière.
S’il est par contre une situation que le maçon ne semble pas connaître, c’est bien celle des exilés du psaume, la déportation en terre étrangère. Qui d’entre nous pourrait-il se déclarer en exil? Qu’est-ce que l’exil pour le maçon? Cependant, si Jérusalem est ce Mystère qui nous habite force nous est donnée de reconnaître que nous en sommes très loin.
Une parabole tibétaine présente ainsi la condition de l’Homme. Il est comme un mendiant qui mendie toute la journée et le soir se couche à même le sol mais pose sa tète en guise d’oreiller sur un sac rempli d’émeraudes. Il ignore son Trésor. Nous aussi nous sommes comme celui qui cherche ses lunettes et ne les trouve pas parce qu’il les porte sur son nez. Ainsi cherchons-nous toujours en dehors, à l’extérieur, ce trésor tout proche. Nous sommes en exil de nous-mêmes.
La belle histoire que nous avons tente de vous raconter se passait il y a quelques mille ans avant notre ère. Quatre siècles plus tard Jérusalem est prise par les chaldéens de Nabuchodonosor. Le temple est pillé et détruit. Les colonnes sont brisées et l’airain emporté à Babylone, elles ne seront jamais reconstruites. L’histoire du Temple de Salomon ne fait que commencer.

Nous avons dit VM

L\ S\ et J\ L\-B

Source : www.ledifice.net

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Malte, les chevaliers et la Franc-maçonnerie

13 Février 2015 , Rédigé par Pierre Mollier Publié dans #Chevalerie

Mise en forme à Londres en 1717, la Franc-maçonnerie moderne s’est, dans les décennies qui suivirent, diffusée dans l’ensemble de l’Europe du XVIIIe siècle avec une rapidité et un succès qui étonnent encore les historiens. Son implantation et son dynamisme à Malte, carrefour d’échanges au cœur de la Méditerranée, n’ont donc a priori rien qui puisse étonner. D’autant que les jeunes aristocrates qui forment l’essentiel de l’Ordre de Saint-Jean où l’on compte une forte proportion de Français, sont bien sûr ouverts à l’esprit de leur temps et notamment aux Lumières. Quant aux loges, en dépit de leur condamnation par le Pape depuis 1738, elles comptent de très nombreux ecclésiastiques parmi leurs membres dans tous les pays catholiques.

L’intérêt d’une recherche visant à mieux cerner les relations entre la Maçonnerie et les chevaliers de Malte réside, non dans un paradoxe apparent qui d’ailleurs n’existe pas au XVIIIe siècle, mais dans l’étude de la superposition de deux réseaux de sociabilité qui maillent, chacun à leur manière, une grande partie de l’Europe. Il y a un courant d’échange permanent entre les centaines de commanderies de l’Ordre de Saint-Jean en France, Espagne, Portugal, Italie, Autriche, Allemagne du Sud… et la principauté maltaise. Dans toutes les grandes et moyennes villes des royaumes, les loges échangent entre elles des « garants d’amitié », accueillent les Frères voyageurs, correspondent et tissent ainsi des liens invisibles mais bien réels à travers toute l’Europe. Beaucoup de jeunes chevaliers sont donc initiés lors de la période qu’ils passent à Malte pour leur formation : « les caravanes ». Une fois revenus sur le continent, ils maçonnent et participent ainsi à cette « République universelle des Francs-maçons » selon la belle expression de Pierre-Yves Beaurepaire.

I - La Franc-maçonnerie à Malte

1 - Les premières pierres (1730-circa 1750)

Malte parait bien être une des plus anciennes terres d’implantation de la Franc-maçonnerie moderne après la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la France. En effet, le premier témoignage de l’existence d’une loge dans l’île remonterait à 1730. Ce serait un don que fit, peu avant le 14 février 1730, le Bailli du Brandebourg, Philip Guttenburg pour la construction d’une maison pour une loge maçonnique à Msida2. Même si elle n’a laissé que peu de traces cette présence maçonnique précoce n’échappa pas aux contemporains puisqu’en 1740 l’inquisiteur Ludovico Gualtieri demande à Rome quelle position tenir quant aux Francs-maçons. On lui rappelle la condamnation de 1738 et on l’invite à presser le Grand Maître de l’Ordre, Raymond Despuig, de publier la bulle In Eminenti… et de sévir3. Le Grand Maître expulse alors les chevaliers – français – de Livry et quelques-uns de ses amis pour appartenance à la Franc-maçonnerie. Despuig meurt le 15 janvier 1741 et Pinto qui lui succède, doit bannir quelques mois après, six autres chevaliers de l’île pour avoir participé à des réunions maçonniques4.

Les correspondances avec Rome des inquisiteurs Passionei (1743-1754) puis Salviati (1754-1759) montrent que se posait régulièrement aux autorités religieuses le cas de chevaliers Francs-maçons5. Ainsi le 24 septembre 1757, le cardinal Corsini fait part à l’inquisiteur Salviati de ses soupçons quant à la qualité maçonnique des chevaliers Capons, Somma, Pinto – probablement un parent du Grand Maître – Serviene, Vaccene, Abela, Grilert, Micallef, Morelli et Wodworth6.

2 - Le procès Lante et La Parfaite Harmonie (1756-1776)

Pendant une vingtaine d’années les incidents se multiplient qui attestent de la présence de la Franc-maçonnerie à Malte et notoirement au sein de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Poussé par l’inquisiteur, sur fond de rivalité traditionnelle entre les autorités ecclésiastiques et celles de l’Ordre, le Grand Maître prend régulièrement des mesures – souvent la grave peine du bannissement – contre les chevaliers Francs-maçons. En avril 1776, on passe de la condamnation de principe et des mesures individuelles prises au coup par coup à l’ouverture d’une véritable enquête officielle sur la Franc-maçonnerie à Malte sous la conduite de l’inquisiteur Antonio Lante. Les débuts des investigations se situent, dans un climat chargé, cinq mois après l’élection de Rohan et sept mois après la « révolte des prêtres ». Aussi, en raison du caractère « sensible » du sujet que l’on pressentait, la procédure fut-elle conduite in camera, c'est-à-dire dans un relatif secret.

Le résultat de ce consciencieux travail policier est un rapport7 d’un grand intérêt sur la situation dans les années 1750 et 1760. Pourtant, très vite l’enquête embarrasse tout le monde… y compris l’inquisiteur qui a la surprise de découvrir trois de ses proches parmi les animateurs des loges ! Les autorités ecclésiastiques – qui avaient probablement appuyé l’initiative dans leur jeu permanent pour endiguer l’indépendance de l’Ordre – apprennent que plusieurs chanoines de la Cathédrale sont maçons. Quant à Rohan qui règne depuis quelques mois seulement, il a l’humiliation de voir son nom cité à plusieurs reprises.

Non seulement on fait allusion à la qualité maçonnique du Grand Maître, il a en effet été initié en juillet 1756 dans une loge de Parme, mais en plus on cite avec insistance son parent le prince Camille de Rohan dont le palais à La Valette apparaît comme l’un des foyers maçonniques les plus actifs de Malte. On révèle aussi le nom de plusieurs chevaliers, surtout français. Au bout de quelques semaines, les enquêteurs de l’inquisition réalisent qu’ils avaient sous-estimé l’ampleur du phénomène maçonnique sur l’île et dans l’Ordre... Finalement, à la suite d’une « regrettable » erreur de classement le rapport fut « égaré » et ne sera donc pas communiqué à Rome au siège de l’inquisition. Il n’a été retrouvé qu’il y a trente ans dans les archives de la Cathédrale.

L’un des principaux suspects interrogés dont le témoignage est rapporté, est le chevalier Formosa de Fremeaux. Il explique dans son interrogatoire comment il a été initié en 1756 par une loge qui tenait ses travaux à Msida. Quelques jours après il visite une autre loge animée par le chevalier de Crusyol (Crussol ?) qui siège à Pawla. D’emblée Formosa de Fremeaux paraît un Maçon très zélé, il avoue ainsi qu’il a fait peindre des symboles maçonniques dans sa maison de Zejtun et qu’il a accueilli dans sa résidence de La Valette la tenue d’une loge pour recevoir le chevalier Guasconi venu exprès de Palerme pour être initié. Il donne une description assez détaillée des cérémonies maçonniques.

Des éléments qu’il expose, on peut déduire que les Maçons de Malte pratiquaient le rite maçonnique alors en usage en France et qu’on appelle aujourd’hui le « Rite Français ». D’ailleurs la patente de la troisième loge citée dans le rapport Lante vient de France. C’est en effet à Toulon le 13 février 1766 que le Frère Beufier de la Louerie donne patente au chevalier de Lincel pour créer à Malte une loge sous le titre distinctif de La Parfaite Harmonie. Lincel fait endosser sa patente par un autre chevalier qui sera un Maçon actif jusqu’à la fin du siècle : Ligondès, colonel du régiment de Malte puis chambellan du Grand Maître. Un témoignage jusque-là inconnu permet de confirmer et de compléter le dossier du procès Lante. Il s’agit des carnets de voyage d’un jeune aristocrate allemand : Karl von Zinzendorf8.

Son journal indique qu’il a été reçu maçon à Malte en mars 1766. La loge a alors légèrement changé son titre distinctif puisqu’il la nomme Saint Jean d’Ecosse du Secret et de l’Harmonie, fille de Saint Jean d’Ecosse de Marseille. Le nom restera. Il cite aussi dans son carnet maltais les noms d’autres membres de la loge, chevaliers de Malte comme lui-même : Ligondès, Crose-Lincel – les deux signataires de la patente – Tommasi, Loras, Litta, Guillet de Monthoux et le frère cadet du prince de Caramanico, le comte d'Aquino qui aurait accompagné Cagliostro pendant ses séjours à Naples, à Malte et en Sicile. Nous retrouverons la plupart des ces noms dans la suite de l’histoire…

3 - La loge Saint Jean du Secret et de l’Harmonie (1788-1792)

Après le rapport Lante, l’autre source capitale pour l’histoire de la Franc-maçonnerie à Malte est le dossier envoyé à la Grande Loge d’Angleterre par un groupe de Maçons pour mettre sous son obédience la loge qu’ils venaient de recréer en reprenant le titre distinctif de Saint Jean du Secret et de l’Harmonie. Là encore les documents présentent la situation à l’époque de leur rédaction (circa 1790) mais, en avançant les antécédents maçonniques des uns et des autres, ils donnent de nombreuses informations sur les deux décennies qui précèdent. De plus, ces pièces étant internes à la Maçonnerie, elles sont beaucoup plus précises quant aux noms et aux parcours maçonniques des Frères. Disons d’emblée que cette correspondance avec Londres confirme globalement l’esquisse que nous avons pu tracer jusque-là. Les Maçons de Malte écrivent ainsi :

« Dès le début de ce siècle notre association maçonnique, sous le titre distinctif de l’Harmonie et du Secret embrassait et professait tous les degrés de la maçonnerie symbolique. Qu’ensuite, vers l’année 1764, nos Frères se réunirent sous la Doctrine des loges de Saint Jean d’Ecosse par affiliation à celle de Marseille ; que dès lors nous restâmes dépositaires des instructions et rituels symboliques jusqu’aux trois grades d’écossais auxquels on joignit soit par analogie morale, soit par quelque autre convenance ceux de Ch.er d’Orient, Ch.er du Soleil et de Rose-Croix. Nous conservons dans leur intégrité ces instructions diverses et, outre cela, plusieurs des membres […] se trouvent décorés des hauts grades de la maçonnerie étrangère ou française »9.

Les Maçons de Malte pratiquent donc une échelle typique de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle. Après les grades traditionnels d’apprenti, compagnon et maître, les Frères travaillent une série de ces hauts grades qui ont été les vecteurs privilégiés de l’ésotérisme et de l’imaginaire chevaleresque au siècle des Lumières. Ces rituels étaient d’ailleurs particulièrement en vogue dans les loges de la France méridionale et notamment à Toulon ou autour de Saint Jean d’Ecosse à Marseille. Ainsi le Chevalier du Soleil met-il en œuvre une étonnante symbolique alchimique, quant au Rose-Croix, il se présente comme une tentative de restauration du christianisme primitif en y soulignant la dimension « initiatique ». Les Frères maltais expliquent les circonstances qui les amènent à réveiller une loge qui ne se réunissait plus depuis quelques années :

« Nous Frères Maîtres, Compagnons et Apprentis soussignés, les uns agrégés à l’ancienne loge maltaise connue sous le titre de St. Jean du Secret et de l’Harmonie, les autres dans différentes loges et sous divers systèmes.
Séparés depuis longtemps à regrets de toute association et travail maçonnique, mais désirant d’être réintégrés dans l’ancien exercice d’une règle sage et sainte dont les fondements ni le caractère ne s’effaceront jamais de notre mémoire, nous avons saisis avec empressement l’occasion du passage du Rev.me frère Comte de Kollowrat chambellan actuel de S.M. l’Empereur pour reprendre nos anciens exercices sous sa direction »10.

Le grand intérêt de cette correspondance est de donner, pour la première fois, la liste complète des membres d’une loge à Malte. On découvre alors combien la Franc-maçonnerie s’est installée au cœur même de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Les sept fondateurs sont tous des chevaliers. On y retrouve beaucoup de vieilles connaissances qui ont entre temps fait leur chemin dans l’Ordre puisque trois sont devenus Grands Croix : Abel de Loras, alors pilier de la langue d’Auvergne et l’un des proches du Grand Maître Rohan, le Bailli Tommasi, l’ancien page de Pinto qui sera Grand Maître dans la période difficile des premières années du XIXe siècle et le comte de Litta. Kollowrat est Grand Prieur de Bohème et l’un des hommes- clefs de Rohan pour les relations avec l’Europe centrale.

Beaucoup de membres de la loge ne sont pas de simples chevaliers mais des dignitaires de l’Ordre. Trente ans après, Formosa de Fremeaux est encore de l’aventure et il sera rejoint par Ligondès qui devient même Vénérable (président) en 1790. En raison de l’atmosphère de troubles qui croît au début des années 1790, la loge va devenir un pôle de rassemblement des Maçons et en vient à regrouper une quarantaine de Frères. Plus des deux tiers sont des chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, les autres sont soit des prêtres, soit des employés de l’Ordre souvent importants comme Doublet qui est le secrétaire du Grand Maître. Bien que Maçon, il n’y a aucune preuve que Rohan ait participé aux travaux de Saint Jean du Secret et de l’Harmonie. En raison de sa position il est même très probable qu’il s’en abstint. Mais plusieurs indices laissent à penser qu’il vit la loge avec une relative sympathie ou en tout cas, a minima, avec une neutralité bienveillante11. Tout en invitant à ne pas en tirer de conclusions hâtives, Alain Blondy note « l’immense majorité des chevaliers qui jouèrent, d’une façon ou d’une autre, un rôle sous le principat de Rohan, appartenait à la Maçonnerie »12.

II - Les chevaliers de Malte : un réseau maçonnique européen ?

1 - La Maçonnerie relie Malte aux capitales européennes

Si la Franc-maçonnerie connaît un succès certain tout au long du XVIIIe siècle sur l’île et dans Saint Jean de Jérusalem, elle est aussi un élément du lien entre Malte et les différents lieux de pouvoirs en Europe. Les chevaliers voyagent beaucoup. Jeunes, ils quittent leur terre natale pour aller faire « leurs caravanes » et passer au moins la période obligatoire à Malte. Ensuite, leur carrière dans l’Ordre les conduit à regagner le continent pour prendre en charge une commanderie en France, Italie, Espagne, Autriche… Mais ils reviendront régulièrement dans l’île pour défendre leurs intérêts auprès du siège magistral et obtenir une charge ou une fonction plus importante. Sans compter le personnel diplomatique de l’Ordre que l’on trouve auprès des différentes cours catholiques ou les chevaliers qui s’emploient pour quelques temps dans les marines nationales, soit aux états-majors, soit dans les grands ports ! Il y a bien plus de chevaliers de Malte un peu partout en Europe que sur l’île.

Ce cosmopolitisme des chevaliers, qui devient même alors une sorte de type littéraire, ne pouvait que rencontrer celui de la Franc-maçonnerie. Les loges sont en effet par essence – et notamment au XVIIIe siècle – un lieu de contacts, d’échanges, de « commerce » au sens ancien du mot. Vocation que pose l’article premier du texte fondateur de la Franc-maçonnerie moderne Les Constitutions d’Anderson (1723) : « la Maçonnerie [doit être] le Centre de l’Union et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester perpétuellement étrangères ». Les Frères – de Malte ! – du chevalier des Grieux devaient bien connaître ce précepte ici rappelé par le fidèle d’un autre culte, quoique que son genre de dévotions n’ait pas été étranger à bien des « messieurs de la Religion »13, Casanova qui explique ainsi dans ses Mémoires :

« Tout jeune homme qui voyage, qui veut connaître le grand monde, qui ne veut pas se trouver inférieur à un autre et exclu de la compagnie de ses égaux dans le temps ou nous sommes, doit se faire initier dans ce qu’on appelle la Franc-maçonnerie »14.

Habitées par l’idée du temps de l’unité de l’humanité et par leur aspiration à l’utopie d’une fraternité universelle, les loges du siècle des Lumières s’attachent scrupuleusement à nouer des contacts avec les Francs-maçons d’autres villes et d’autres pays. Par leur mode de vie itinérant, les Frères chevaliers ne pouvaient qu’être très sensibles à cette perspective.

Les liens maçonniques sont continus entre Malte et les grands ports français de la Méditerranée : Toulon et Marseille. Entre 1760 et 1780, les chevaliers de Ligondès, du Boscage, de Vintimille, de Seillons, de La Tour du Pin, de Pontévès et de Chabriant maçonnent entre Toulon et Malte15. Pendant la même période les loges de Marseille au premier rang desquelles Saint Jean d’Ecosse, verront régulièrement sur leurs colonnes les commandeurs de Malte : La Durane de Piolin, Hana, Vincencini16 Foresta et Vilhena17, quant au jeune apprenti de la loge, Torring,… il est « à Malte ». Le cas le plus singulier qui est resté dans les annales est celui de la loge de Narbonne animée par les Chefdebien d’Armissan. L’aîné des fils est initié à Malte pendant ses « caravanes », lorsqu’il revient à Narbonne il y crée une loge avec ses frères (les baron, abbé et chevaliers de Chefdebien), qui ne compte pas moins de treize chevaliers de Malte sur les quarante-huit membres de l’atelier18. Chefdebien est un maçon passionné en contact avec son cousin d’Aigrefeuille qui, lui, correspond avec les Frères les plus avertis dans les mystères de l’Ordre – maçonnique – à Paris, Lyon et même en Allemagne.

Alain Blondy rapporte aussi le cas Saint Jean de Jérusalem19 qui, entre Saône et Rhône, autour du commandeur Tulle de Villefranche, réunit plusieurs chevaliers à tel point que les Frères de Lyon ne l’appellent que « la loge de Malte »20. Le 13 décembre 1766, nous retrouvons à Strasbourg, le jeune chevalier Karl von Zinzendorf que nous avions laissé maçonner à Malte. Il participe alors aux travaux de la loge La Candeur où il a été introduit par un autre chevalier de Saint Jean de Jérusalem, le Frère Flachslanden, second surveillant de l’atelier21. La Candeur est une véritable plaque tournante vers l’Allemagne et l’Europe centrale22.

Lorsque la loge Saint Jean du Secret et de l’Harmonie se reforme en 1788, elle se montre très soucieuse d’établir de solides relations avec l’Angleterre. La correspondance multiplie les formules d’allégeance à la Grande Loge de Londres. Les Frères mettent en avant le « Révérend.me frère Comte de Kollowrat [… qui nous a] déterminé à reprendre sous le régime de la Suprême Loge d’Angleterre nos travaux ». C’est lui qui est chargé de présenter et de défendre le dossier devant les anglais avec lesquels il semble avoir un contact privilégié23. Mais le Frère de Kollowrat n’est pas seulement le garant de l’axe Londres-Malte, il entretient aussi des relations étroites avec d’autres foyers maçonniques européens. Ainsi, quelques années auparavant il a été un acteur d’un événement important pour les Maçonneries française et allemande. On a en effet la surprise de découvrir sur le « Tableau des députés composants le Convent Général des Francs-maçons réunis sous le Régime rectifié assemblés à Wilhelmsbad depuis le 16 juillet jusqu’au 1er septembre 1782 […] Le Rev. Fr. Comte de Kolowrat Liebstein, Chambellan de S.M. Impériale, in O. Fr. Franciscus Eq. Ab Aquila fulgente, muni des pleins pouvoirs du Chapitre de St. Hypolite à Vienne & de Hermandstadt en Transylvanie »24.

Introduit auprès de la Grande Loge d’Angleterre, le Frère chevalier Kollowrat est aussi un familier de la Maçonnerie germanique. Mais les contacts internationaux de la loge maltaise ne vont pas se limiter là. Au moment même où les Frères tentent de s’établir sous la protection anglaise, quelques-uns des membres les plus éminents de l’atelier maçonnique en constitution créent parallèlement, à Rome, une autre loge sous l’obédience, cette fois, de Paris. On trouve en effet dans les archives du Grand Orient de France le dossier de La Réunion des Amis Intimes25 dont le Vénérable en 1789 est… le bailli Abel de Loras et qui compte parmi ses membres le comte de Kollowrat et le chevalier Guillet de Monthoux, neveu et fils adoptif de Loras.

Cette situation illustre à la fois la mobilité des hauts cadres de Malte dans l’Europe des Lumières et la manière dont le nouveau réseau maçonnique double et complète l’ancien réseau maltais. A la fin des années 1780 la – principale ? – loge de Malte, qui semble une sorte d’annexe d’une partie de la direction de l’Ordre, est donc en contact avec les centres maçonniques de Londres, Paris et Rome, avec quelques connexions en Allemagne et en Autriche. Là encore il faut se garder de toute surinterprétation. Cependant on ne peut s’empêcher de noter que Loras et Kollowrat sont, au sein de Malte, les chefs du parti qui souhaitent soustraire l’Ordre de l’influence directe et prédominante de Versailles.

Le Grand Maître en était venu à ne plus prendre une décision de quelque importance sans l’aval du ministère français. Les adversaires du « parti français » souhaitaient redonner un peu de liberté à l’Ordre en rééquilibrant les influences des puissances auxquelles il était soumis notamment en tentant de préserver ses relations avec la cour de Naples, avec en arrière-plan l’Espagne, et en faisant rentrer dans le jeu méditerranéen de nouveaux acteurs comme la Russie ou… l’Angleterre. Ainsi il est fort probable que le rattachement de Secret et Harmonie à Londres à l’initiative de Kollowrat ne réponde pas seulement à des motifs maçonniques.

L’affaire va cependant mal finir. Loras26 est à Rome en 1789, il représente alors l’Ordre auprès du Pape comme « Chargé d’Affaire ». Il aspire d’ailleurs à être nommé ambassadeur de Malte en titre. Certes, la double condition de représentant de l’Ordre Souverain de Saint Jean de Jérusalem auprès du Saint-Siège et de Vénérable Maître en chaire d’une loge du Grand Orient pouvait poser problème aux esprits chagrins27. Mais c’est surtout ses relations avec Cagliostro qui le perdront. Cité en bonne place dans l’enquête que l’Inquisition mène sur le « Grand Cophte » de la « Maçonnerie Egyptienne », il est obligé de fuir de nuit à Naples où il se réfugie. Il rejoint ensuite Malte où il essaye, avec un succès mitigé, de revenir en grâce auprès du Grand Maître Rohan.

2 - Trois bonnes raisons de maçonner pour les chevaliers

Le cosmopolitisme auquel les chevaliers étaient, en quelque sorte, prédisposés, est un des facteurs qui explique leur relatif engouement pour la Franc-maçonnerie mais il n’est pas le seul. Il y a aussi l’esprit du temps et Alain Blondy a raison de souligner que la qualité maçonnique d’un chevalier de Malte au XVIIIe siècle n’a finalement… pas de signification particulière. Les chevaliers sont simplement comme les jeunes gens aisés de tous les temps qui ont des loisirs pour s’intéresser aux nouveautés de leur époque. Certes ils ne pouvaient pas ignorer la condamnation pontificale mais force est de constater qu’elle n’effrayait plus grand monde. « La bulle que le Pape a donné contre les Francs-maçons ne suffira peut-être pas pour abolir cette confrérie, s’il n’y a pas d’autre peine que la crainte de l’excommunication. La cour de Rome applique si souvent cette peine qu’elle est aujourd’hui peu capable de retenir » répondait sans illusion le Cardinal Fleury à son ambassadeur à Rome28 !

Outre l’esprit du temps – « tout le monde en est »29 écrivait Marie-Antoinette à sa sœur – il y a deux autres facteurs, plus inattendus, qui expliquent l’engagement maçonnique des chevaliers de Malte. Le premier touche aussi, bien que dans un autre registre, à la mentalité de l’époque. Certaines loges huppées sont simplement des carrefours de la sociabilité nobiliaire du XVIIIe siècle. Ainsi, la Société Olympique émanation de la loge L’Olympique de la Parfaite Estime compte neuf princes, treize ducs, cinquante-cinq marquis, cinquante-sept comtes, dix-neuf vicomtes, treize barons… dont dix-sept chevaliers de Malte, parmi lesquels le grand Suffren. Les loges La Candeur très liée aux Orléans ou Le Contrat Social alignent aussi leur lot de Maltais.

On découvrirait des situations similaires en province, certes sur un moindre pied. Ainsi à Toulouse, si l’on trouve plusieurs chevaliers de Malte sur les colonnes de la loge La Vérité Reconnue, c’est d’abord parce qu’elle est un point de rencontre de l’aristocratie locale. Elle est en effet « de loin la plus exclusive des loges de la ville puisque son tableau ne comprenait que magistrats, militaires et gentilshommes, qu’elle ne comptait aucun roturier et que la noblesse d’épée y avait nettement le pas sur la noblesse de robe. »30.

Un troisième, un dernier motif, plus subtil, voire plus mystérieux, explique encore la présence des chevaliers en loge : l’intérêt manifeste de certains pour l’illuminisme et l’ésotérisme chrétien. On ne reviendra pas ici sur les relations de Loras avec Cagliostro. Mais il est aussi singulier de noter la relative surreprésentation des Maltais dans les loges professant le Régime Ecossais Rectifié : Chefdebien à Narbonne, Aigrefeuille à Montpellier puis à Paris, du Bourg et Guibert à Toulouse, Virieu et La Croix de Sayve à Grenoble, Monspey à Lyon… Quant à Kollowrat, il participe, mais Chefdebien et Virieu y étaient aussi, à l’événement fondateur du Régime : le Convent de Wilhelmsbad. Or le Régime Ecossais Rectifié et son Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte se veulent une restauration de la vraie chevalerie au service des mystères les plus essentiels du christianisme. Ses structures sont celles d’un Ordre de chevalerie ; ses cérémonies et ses instructions sont censées expliquer les relations entre Dieu, l’homme et l’univers par la médiation de Jésus-Christ et des esprits intermédiaires. C’est donc une maçonnerie très typée que pratiquent ces chevaliers de Malte.

Les travaux du Convent de Wilhelmsbad apportent d’ailleurs un témoignage intéressant sur les spéculations ésotériques de certains chevaliers de Malte. Lors des débats autour de la question de savoir si les Templiers étaient détenteurs de connaissances occultes, le Frère Willermoz fait un parallèle avec l’Ordre de Malte et évoque le cas de chevaliers versés dans ces questions. L’argument qui est alors discuté est la présence dans la structure même de l’Ordre du Temple d’éléments qui renvoient à la symbolique des nombres si importante dans la Franc-maçonnerie en général et dans la gnose professée par ces maçons théosophes en particulier :

« On observe qu’à l’époque de sa plus grande splendeur, il a été divisé en neuf Provinces, gouvernées chacune par un Chef Provincial, que le nombre de ces neuf chefs, correspondant à celui des fondateurs, complète avec son Grand Maître Général le nombre dix, & quelques-uns attribuent à ce nombre d’exprimer de grandes choses : cette observation, assez indifférente à mon sujet, sera peut-être méprisée & persiflée par quelques-uns, & peut-être elle fixera aussi l’attention de quelques-autres ; quant à moi, je l’abandonne à chacun selon le sens qu’il y voudra attacher, en remarquant seulement que lorsque l’on veut vérifier l’origine et le but d’un Ordre ou d’une Société, on ne doit négliger aucune des clefs qui peuvent aider à cette vérification ; en remarquant encore que l’Ordre de Malte, qui a pris naissance dans le même lieu & presque à la même époque, paraît institué sur la même base qu’il conserve encore, quoiqu’il y ait des langues de cet Ordre qui ont cessé d’être en activité, & qu’aujourd’hui même, il est représenté à Malte par 9 piliers ou chefs d’Ordre sous différentes dénominations, lesquels avec leur Gr. Maître donnent 10 &, dans les Chapitres Généraux, par 27 représentants, qui avec le même Gr. Maître complètent 28, ce qui revient au même ; cette conformité paraît intéressante, & peut-être pourrait-on parvenir à en trouver dans les anciennes archives de cet Ordre quelques causes plus intéressantes encore, je connais plusieurs de ses membres qui en sont persuadés »31.

Ces propos intéressants ont été tenus en petit comité devant au moins trois chevaliers de Malte : les Frères – en Maçonnerie – Eques a Capite Galeato (Chefdebien), a Circulis (Virieu) et ab Aquila Fulgente (Kollowrat). Qui ne dit mot consent ! Les Maltais cherchaient peut-être aussi dans les hauts grades de la Maçonnerie une chevalerie idéale – rêvée ? – qu’ils pensaient ne plus trouver dans la vie quotidienne de l’Ordre32.

Sociales ou « ésotériques », quelles que soient les raisons intimes qui les conduisent en loge, les chevaliers maçonnent ensuite un peu partout en Europe. Que les travaux auxquels ils se livrent soient dans l’esprit de l’Encyclopédie ou qu’ils annoncent la quête romantique, l’appartenance à une loge est d’abord pour les chevaliers de Malte une façon d’être dans leur siècle, une modalité qui les relie au présent de leur temps. Mais, en s’inscrivant dans cette nouvelle sociabilité, fille plus ou moins légitime des Lumières, ils participent de fait à une grande mutation des esprits et à une révolution « que tout semblait annoncer et que personne cependant ne prévoyait »33 selon la juste remarque du Frère de Ségur.

Il faut se garder de tout anachronisme. Si beaucoup de loges du XVIIIe siècle ont une sensibilité aux idées nouvelles, elles ne peuvent en aucun cas être considérées dans leur ensemble comme une aile militante du parti philosophique. Aussi, la qualité maçonnique de nombreux chevaliers de Malte ne doit-elle pas être interprétée comme une conversion aux idées de Voltaire et de Diderot.

Un courant de la Maçonnerie, et il semble bien représenté à Malte, relève plus d’une sensibilité pré-romantique, voire même de ce qu’il faut bien appeler les « anti-Lumières ». L’initiation maçonnique est alors probablement vécue comme une manière de renouer avec la véritable essence chevaleresque de l’Ordre. La forte présence de la Maçonnerie au plus haut niveau de Saint Jean de Jérusalem a suscité, dès les années 1790, des commentaires sur un « complot maçonnique » qui aurait influencé la direction de l’Ordre et finalement entraîné la chute de Malte. C’est lui attribuer une unité de pensée et d’action qu’elle n’a – hier comme aujourd’hui ! – jamais eue. Ainsi, deux des chevaliers Maçons les plus notables, Loras et Dolomieu, se sont durement combattus au point que si la Maçonnerie a pu d’une certaine manière fragiliser l’Ordre c’est plus par des querelles internes que par un mythique complot !

En revanche, on constate que la loge maltaise, avec ses ramifications dans les principales capitales européennes, regroupe des chevaliers qui défendent des positions assez proches au sein de Saint Jean de Jérusalem. Il semble donc bien que la Maçonnerie ait servi à structurer une sorte de « parti » dont les deux figures de proue seraient Loras et Kollowrat, parti qui eut une audience sur le principat de Rohan et tenta de jouer un rôle après 1797. Un temps en effet, c’est « le bailli de Loras qui, ayant subjugué le Grand Maître, dirigeait […] la politique de Malte »34.

Ainsi, la « loge des chevaliers » eut probablement une influence dont la nature réelle et le poids sont difficiles à évaluer dans les équilibres entre les puissances parmi lesquelles Malte essaya de défendre son rang dans le concert méditerranéen.

Notes

1 - Nous remercions pour leur accueil et leurs conseils la Société d’Histoire et du Patrimoine de l’Ordre de Malte et le conservateur de ses archives et de sa bibliothèque, M. Hugues Lépolard. Notre gratitude va aussi à notre ami Jean-Claude Momal qui nous a assistés dans cette recherche et avec qui nous préparons une prosopographie des Chevaliers de Malte Francs-maçons au XVIIIe siècle qui prolongera cette étude. Enfin, nous nous sommes beaucoup appuyés sur le beau livre d’Alain Blondy, L’Ordre de Malte au XVIIIe siècle, des dernières splendeurs à la ruine, Bouchene, Paris, 2002.

2 - Cité par A.J. Aegius, History of Freemasonry in Malta 1730-1998, Valletta, Malta, 1999, p. 8. L’auteur renvoie à la cote suivante dans les archives de l’Ordre de Saint-Jean conservées aux Archives Nationales de Malte : AOM 1187, p. 227.

3 - AIM, Lettere della Suprema Congregazione, 27 (1739-1783), f°54 : « In ordinea quanto Vostra Signoria ha esposto rispetto alla Società dei Liberi Muratori […] questa Supreme Sagra Congregazione non ha guidicato espediente di trasmetterle altro se non che diversi esemplari della Constitutione Pontifica, con cui la detta società fu gia proibita e condennata […] Proceda contra quelle persone che usassero tuttavia di fare simili adunanze o ascriversi alla mentovata compagnia », cité par A.J. Aegius, op.cit., p. 9.

4 - Political state of Great Britain, Vol. LIX, Londres, 1740, p. 427. Cité par Desmond Caywood, “Freemasonry and the Knight of Malta”, in Ars Quatuor Coronatorum, Vol. 83, Londres, 1971, p. 72.

5 - Cf. A.J. Aegius, op.cit., pp. 10-11.

6 AIM, Corr. 30, f° 309, cité par A.J. Aegius, op.cit., p. 11.

7 - Cf. John Montalto, The Nobles of Malta 1530-1800, Midsea Books Ltd, Malta, 1979. John Montalto y consacre un chapitre entier (XIX-Freemasonry) à la présentation et à l’analyse de ce document remarquable. La cote de la pièce dans les archives de l’inquisition à Malte est A.I.M. Ms. Processo Lante.

8 - Les frères Zinzendorf ont été étudiés au profane par Christine Lebeau dans sa thèse publiée sous le titre : Aristocrates et grands commis à la cour de Vienne (1748-1791). Le modèle français, CNRS éditions, Paris, 1996. Nous remercions Pierre-Yves Beaurepaire qui nous a indiqué cette référence découverte par Helmut Watzlawick dans le cadre des travaux qu’il conduit autour de la publication des carnets de voyage de Zinzendorf.

9 - Bibliothèque-Archives de la Grande Loge Unie d’Angleterre, Dossier St. John’s Lodge of Secrecy and Harmony, serial number 1136, pièce 20/D/6, f°2 : « Lettre adressée par les Frères de Malte à la Grande Loge – des « modernes » – à Londres, le 24 avril 1792 ». Cette correspondance est en français.

10 - Idem, pièce 20/D/2. Lettre du 30 juin 1788.

11 - Indices de deux ordres : la mauvaise volonté qu’il mit à suivre les injonctions répétées du Saint-Siège et de l’Inquisition à sévir contre les Maçons ; les carrières brillantes que firent dans l’Ordre la plupart des membres de la loge.

12 - Alain Blondy, op. cit., p. 274.

13 - Ainsi Jean Potocki qui connaissait bien Malte pour y avoir été reçu chevalier en 1778 et y avoir séjourné quelques temps, faisait dire à l’un des héros de son extraordinaire roman Le Manuscrit trouvé à Saragosse : « Je suis entré dans Malte avant d’être sorti de l’enfance […] je pouvais donc, et je puis encore, prétendre aux premières dignités de l’Ordre. Mais comme on y parvient que dans un âge avancé, et qu’en attendant je n’avais absolument rien à faire, je suivis l’exemple de nos premiers baillis, qui, peut-être, eussent dû m’en donner un meilleur. En un mot, je m’occupais à faire l’amour ». Edition établie par René Radrizzani, cinquante troisième journée, Histoire du commandeur de Toralva, Edition José Corti, Paris, 1990, p. 535. Nous remercions Pierre Lachkareff de nous avoir signalé cette savoureuse référence. Sur cette image dans la littérature, on pourra aussi lire les pages que Claire Eliane Engel consacre à leur place dans les romans de l’Abbé Prévost, Les Chevaliers de Malte, Les presses contemporaines, Paris, 1972, pp. 249-253.

14 - Charles Porset, « Casanova Franc-maçon », in Chroniques d’Histoire maçonnique, n°49, Paris, 1998, p 5.

15 - Tableau général des Frères qui composent la R\ Loge de St. Jean de la Marine, sous le titre distinctif de la Parfaite Harmonie, constituée à l’Orient de Toulon le 20 avril 1764, arrêté le 14 mars 5785 [1785].

16 - Jacques Choisey, La Respectable Loge de Saint Jean d’Ecosse, Mère Loge Ecossaise à l’Orient de Marseille, entre 1762 et 1787, 2e édition, Bruxelles, 1986, p. 47 et 49.

17 - Tableau des Frères qui composent la T.R. Loge Saint Jean d’Ecosse, à l’Orient de Marseille […] 1784, [imprimé] Bib. GODF AR 113-2 pièce 517.

18 - Rite Primitif, Tableau de la première [loge] du Rite Primitif en France, Narbonne, 1790.

19 - Dès la première moitié du XVIIIe siècle, le rapprochement entre la Franc-maçonnerie et les ordres de Chevalerie est un lieu commun, aussi y eut il plusieurs loges répondant au titre de Saint Jean de Jérusalem, celle créée à Nancy en 1772 existe toujours, sous l’obédience du Grand Orient de France.

20 - Alain Blondy, op. cit., p. 267.

21 - Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg, Manuscrit 5437, Registre des procès-verbaux de la loge de la Candeur constituée mère des loges du Grand Orient de Strasbourg, f° 176. Nous remercions Pierre-Yves Beaurepaire de nous avoir signalé cette référence.

22 - Pierre-Yves Beaurepaire, L’autre et le Frère, l’étranger et la Franc-maçonnerie en France au XVIIIe siècle, Honoré Champion, Paris, 1998, et notamment la chapitre IX : « La Candeur, orient de Strasbourg : un creuset maçonnique », pp. 399-443. Au début des années 1770, il y aura sur les colonnes un autre Maltais, le chevalier de Brülh.

23 - En effet le registre du Grand Secrétaire de Londres comprend plusieurs lettres avec Kollowrat, notamment sur les affaires de Naples où la Maçonnerie avait été interdite, qui dénotent une connaissance réciproque des deux correspondants. Cf. : Desmond Caywood, op. cit., p. 76.

24 - Grand Prieuré des Gaules, Les Cahiers verts, Paris, 2005, Les Convents du Régime Ecossais Rectifié, n° spécial hors série, pp. 144-146.

25 - Les archives de la correspondance du Grand Orient de France pour cette époque sont aujourd’hui conservées au Cabinet des manuscrits. BnF, FM2 575.

26 - Loras a mauvaise réputation et les historiens sont souvent très critiques à son égard. Sans vouloir ouvrir un procès en réhabilitation, on peut cependant discuter deux points qui expliquent cette sévérité : d’abord il apparaît comme l’un des principaux acteurs du parti de fait hostile à la France, qualité forcément désagréable aux oreilles d’une historiographie principalement française, ensuite la plupart des témoignages sur sa personnalité émanent de son ennemi juré, néanmoins Frère en chevalerie et en maçonnerie, Dolomieu.

27 - Celui qui sera finalement nommé, Camille de Rohan, présentait aussi cette double qualité.

28 - Pierre Chevallier, Le Sceptre, la Crosse et l’Equerre sous Louis XV et Louis XVI, 1725-1789, H. Champion, Paris,1996, p. 76.

29 - Cité par Pierre Chevallier dans : Histoire de la Franc-maçonnerie française, Fayard, Paris, 1974, t.I, p. 209. La source est : Paul Vogt d’Hunolstein, Correspondance inédite de Marie-Antoinette, Dentu, Paris, 1864.

30 - Michel Taillefer, La Franc-maçonnerie Toulousaine : 1741-1799, Commission d’Histoire de la Révolution Française/ENSB-CTHS, Paris, 1984, p. 133.

31 - « Préavis du Fr. ab Eremo, Gr. Chancelier de la IIe [province …] sur la question concernant la légitimité de la filiation de l’O. du T. avec notre système actuel […] »,Grand Prieuré des Gaules, Les Cahiers verts, Les Convents du Régime Ecossais Rectifié, n° spécial hors série, pp. 53-54.

32 - Pierre Mollier, La Chevalerie maçonnique : imaginaire chevaleresque, légende templière et Franc-maçonnerie au siècle des Lumières, Dervy, Paris, 2005.

33 - Mémoires du Comte de Ségur, Tome II, p. 95. Il n’était pas Maltais mais a laissé une belle description de sa réception dans l’Ordre de Saint Lazare en mettant en regard cette cérémonie vénérable et la marche du siècle.

34 - Alain Blondy, op. cit., pp. 258-259.

Pierre MOLLIER, « Malte, les chevaliers et la Franc-maçonnerie », Cahiers de la Méditerranée, 72 | 2006, 1-15.

Bibliothèque et Archives du Grand Orient de France

Source : http://cdlm.revues.org

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Les métaux : métaux spirituels, métaux temporels

6 Février 2015 , Rédigé par M\ L\M\ Publié dans #Planches

Un homme à la barbe rousse et à la tenue sombre m’introduit dans un petit réduit, plongé dans l’obscurité. Il allume une bougie. Sous son faible éclairage, je distingue une chaise ainsi qu’une table sur laquelle sont posés divers objets. Il me demande d’attendre là pour remplir un document qui me sera apporté tout à l’heure. Je m’assois, il referme la porte derrière lui, me laissant seul avec mes pensées...

Quelque temps plus tard, on ouvre la porte. L'homme est vêtu de sombre comme le précédent, son visage est grave. Sans un sourire, il me donne un imprimé à remplir « comme mon testament ». Il me demande de lui confier mes objets en métal. Il me précise : objets de valeur, « qui brillent ».
Ceux-ci me seront rendus après l’initiation, ajoute-il pour me rassurer. Je ne comprends pas la raison de sa demande. Aussi, de prime abord, je ne vois rien à lui confier, puis je me ravise et je lui donne mon stylo en argent. Cet objet avec lequel je travaille tous les jours m’est tellement familier que j’en avais oublié la valeur « terrestre ». J’entends en sourdine le son d’une cornemuse qui me paraît assez éloignée. Sa mélodie m'apaise et m'accompagne doucement hors de la réalité...

C'était il y a quelques années, un extrait de mes impressions d'initiation. Depuis, les techniques ont évolué et le clavier a détrôné ce stylo à plume qui se repose maintenant sur mon bureau.

En Franc-Maçonnerie, la notion de « métaux » est présente avant même l'initiation, dès l'entrée dans le cabinet de réflexion. Elle est préalable à la première épreuve, l'épreuve de la terre.

Selon le rituel du premier degré, l'expert s'adresse ainsi au postulant :
« Monsieur, c'est ici que vous allez subir votre première épreuve, que les anciens initiés appelaient l'épreuve de la terre. A cette fin, il est indispensable que vous vous détachiez de toute illusion trompeuse et, pour vous rendre sensible matériellement à ce qui doit s'accomplir en vous spirituellement, je vous prie de me remettre ce que vous portez sur vous de précieux et, en particulier, tous objets en métal, qui symbolisent ce qui brille d'un éclat trompeur. »

Quelle peut être l'origine de ce symbolisme du métal ?

On peut penser que l'or, l'argent ou encore les pierres précieuses seraient plus appropriés pour représenter l'éclat, la brillance, la richesse. Alors pourquoi l'expert insiste-t-il en précisant : « ...en particulier, tous objets en métal... » ?

Étymologiquement, le mot « métal » vient du latin metallum, du grec metallon et du sanscrit matalika. Genesius lui donne une origine sémitique, la racine arabe « matal » signifiant « frapper », principalement le fer ; ce qui l'associe à la forge. Ce mot sémitique aurait été apporté par les Phéniciens et adopté simultanément dans la Grèce et dans l'Inde, puis par les romains.
Le fer météorique a été travaillé dès le troisième millénaire avant Jésus Christ. La découverte et l'usage de ce métal a marqué un tournant décisif en Europe et au Proche Orient. C'est l'âge du fer, la dernière étape de la préhistoire, qui précède l'entrée de ces civilisations dans l'histoire.

Ce métal a des caractéristiques physiques naturelles très supérieures au cuivre et au bronze au niveau de la dureté et du pouvoir de coupe. Alors qu'un outil en pierre taillée, en obsidienne ou dans les métaux précités suffit amplement pour les tâches pacifiques, ménagères ou techniques (aujourd'hui encore, les outils de luthier, par exemple, sont en bronze), c'est dans la guerre et le combat que la supériorité du fer donnait un avantage incontestable. Une fois forgé et trempé, il surpassait tous les autres matériaux utilisés pour les armes.

Cette vocation martiale d'instrument de mort fait du fer un symbole de force dure, sombre et impure. De nombreuses traditions le considèrent ainsi :
Les druides n'avaient pas le droit d'utiliser ce métal pour couper le gui.
Pour Platon, les habitants de l’Atlantide - civilisation élevée – chassaient sans armes de fer.
L’Égypte ancienne identifiait ce métal aux os de Seth, divinité des ténèbres : de toutes les œuvres que l’on a pu retrouver de l’Égypte ancienne, dans les pyramides ou ailleurs, pas une ne contenait du fer, bien que ce métal fût connu des égyptiens. Il était véritablement le symbole du mal.

La tradition biblique oppose le fer au cuivre ou au bronze comme le métal vulgaire au métal noble : les outils de fer étaient proscrits dans la construction du temple de Salomon. Il est à noter que le nom de Caïn - le premier meurtrier de l'histoire - signifie dans certaines langues sémitiques « forgeron », le maître du feu, redouté ou respecté, mais craint.

Dans la fameuse théorie des races d’Hésiode, la race de fer est celle qui vient en dernier, et c’est la race des « brutalités et des tyrannies ». De même, selon la doctrine hindoue des Yugas, nous sommes actuellement à la fin de l’âge de Fer, le plus matériel et le plus terrible de tous.

La fabrication d'objets en fer et notamment de lames nous renvoie au riche symbolisme de la forge que je ne ferai qu’effleurer. Les quatre éléments interviennent : la terre d’où le minerai est extrait et qui aidera ensuite le dos de la lame à conserver toute sa souplesse grâce à la trempe sélective évitant ainsi qu'elle ne casse au combat, l’air qui alimente le feu de forge et permet le revenu (opération qui succède à la trempe), le feu qui permet l’extraction du minerai de la roche et qui rendra le métal prêt à être travaillé par le marteau, et enfin l’eau qui apporte la dureté au tranchant lors de la trempe. En sus de ces quatre éléments fondamentaux, des matériaux issus du règne animal étaient fréquemment utilisés comme la corne pour la cémentation et l’apport de carbone.

La trempe a une origine lointaine. Outre l’eau, plusieurs matières furent utilisées au cours des siècles pour donner au métal la dureté nécessaire à la fabrication d’une lame. On fait même état d’une pratique ancestrale ayant existé au Japon où la trempe des sabres était réalisée en transperçant avec une lame rougie au feu à plusieurs reprises une victime humaine désignée, en général un prisonnier. A cela rien d’étonnant puisque le sang contient des éléments chimiques favorisant la dureté lors de la trempe. Outre l’intérêt chimique, tout de même discutable, cette opération visait à ce que le sabre s’approprie l’énergie du vaincu. On voit l’aspect fantastique de l’opération notamment lorsqu’elle s’accompagnait d’un rite magique et si l’on sait que depuis toujours sang et esprit sont en étroite relation.

Les quatre éléments présents dans le processus de forge transforment le fer en acier, sublimant ses qualités physiques intrinsèques, tout comme les quatre voyages de l'initiation, symbolisés par ces mêmes éléments, transforment le profane en initié. Au cours de ses voyages, il aura subi quatre purifications avant de recevoir la Lumière.

L'analogie est évidente avec l'alchimie. Son but est de transmuer les métaux, notamment de l’or à partir du plomb. Il va de soi qu’ici, les métaux sont considérés comme des symboles, que le plomb représente l’homme moyen, dirigé par sa nature inférieure, tandis que l’or représente l’homme purifié et régénéré, l’initié, celui qui est parvenu au bout du chemin initiatique.

Évoquant l'Art Royal et l'alchimie, Constant Chevillon disait en 1937 : « ...sur le plan spirituel, c'est la stabilisation de la conscience dans les hautes sphères intellectuelles, c'est la découverte de l'élixir de vie, ou plutôt, d'immortalité. Ainsi le maçon est un alchimiste, mais dans ce dernier sens seulement. II ne travaille pas à la transmutation des métaux : son labeur quotidien consiste à perfectionner son humanité, à purifier, à développer sa conscience, pour en faire un feu vivifiant, un feu inextinguible. »

Je laisserai à d'autres frères, plus qualifiés que moi le soin de développer ce vaste sujet.

Le rite initiatique et symbolique du dépouillement des métaux est très ancien et dépasse le cadre même de la Franc-Maçonnerie. Comme évoqué plus haut, Il se rattache au caractère impur attribué au fer et par extension de langage aux métaux. Les métaux ont souvent été considérés comme maléfiques, puisqu’ils proviennent de la terre, autrement dit des mondes souterrains. Et par là même le forgeron, qui travaille le métal, a lui aussi été souvent exclu de la société, bien qu’il ait pu jouer par moment un rôle social capital.
En abandonnant ces « métaux », le postulant marque son détachement de tout bien matériel et de toute convention, affirmant ainsi sa volonté de recouvrer l'innocence originelle. Cet abandon de tout ce qui est corruptible est l'un des éléments qui participent à la « mort du vieil homme » et le prépare à la résurrection symbolique.

Notre frère Daniel Ligou dit à ce sujet :
« Le rituel maçonnique est conçu pour faire naître par sa pratique, dans l'esprit des profanes et des adeptes, des états de confiance favorable. C'est en réalité un instrument remarquable de psychologie appliquée. Le dépouillement des métaux est un des moyens les plus sûrs, les plus efficaces pour apprendre aux adeptes à penser mieux, raisonner plus juste. Les esprits débarrassés de tous ces faux biens se préparent à l'acquisition de la réelle connaissance et à l'acquisition d'incontestables richesses. »

Quels sont donc ces faux biens dont il faut se défaire ?

A chaque tenue, juste après l'ouverture de la Loge, le Vénérable Maître déclare : « Mes frères, nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte du Temple ; élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière ! ».
Seulement à ce moment, le lieu est consacré, le temps n'est plus le temps profane mais le temps symbolique et les métaux spirituels n'ont pas lieu d'être dans cet espace.

D'évidence, les métaux représentent tout ce à quoi nous sommes attachés dans le monde profane. Plus précisément, tout ce qui est matériel qui, du fait de notre peur de le perdre, peut nous empêcher d'avancer sur la voie du développement.

Les métaux représentent donc toutes les richesses utiles, mais illusoires et temporaires que l'homme - par obligation - abandonne à sa mort. Ce sont elles qu'il doit, en qualité de franc-maçon, apprendre à abandonner à sa mort symbolique lors de l'initiation et à chaque tenue pour se diriger vers la Lumière et la sagesse.

Ces métaux là n'ont pas qu'un côté négatif. En effet, le Vénérable Maître précise, lors de la restitution des métaux au nouveau frère : « ...ces métaux, convenablement manié par le sage, peuvent aussi servir à faire le bien. »

La richesse, fruit du travail n'est nullement condamnable. Il convient de lui attribuer sa juste place et de ne pas se laisser aveugler par elle, aux détriments de la richesse spirituelle.

Au-delà de cette notion pécuniaire, laisser ses métaux à la porte du temple, c'est surtout être neuf, sans passion ni préjugé, avoir un cœur et un esprit serein pour être attentif à ce qui se passe dans la Loge, se laisser pénétrer par l'énergie de l'instant et participer à l'égrégore. Pour y arriver, nous devons nous astreindre à :

Ne pas prendre pour vérité les mots et les idées toutes faites, mais les analyser, et n'accepter que celles que l'on juge vraies. Ne pas rester ignorant et poursuivre sa réflexion.

Ne pas utiliser de pouvoir profane dans l'atelier (titres et fonctions ne doivent – ne devraient pas – franchir le seuil de la Loge).

Abandonner toute idée de pouvoir, aussi, au sein de nos ateliers ou obédiences et conserver une ambition mesurée, ce qui évitera bien des maux dont les conséquences sont sans commune mesure avec la futilité et la vanité de cette démarche.

Laisser nos préjugés, nos passions, pour mieux accepter l'autre, pour mieux l'écouter avec respect et en silence, pour mieux être responsable de nos paroles, de nos prises de positions, de nos votes…pour refuser la lâcheté.

En un mot, pour être seul juge et maître de notre jugement.

Et, au cas où nous aurions des difficultés à appliquer ce principe, ou, s'il nous venait d'oublier de laisser ces métaux à la porte du temple, le rituel a organisé la prise de parole en Loge :
« Elle circule selon un parcours triangulaire qui passe par l'Orient. Le frère doit la demander au surveillant de la colonne opposée à la sienne et attendre que le Vénérable Maître lui donne. Il doit ensuite se mettre debout et à l'ordre pour s'exprimer. Ce discours indirect a pour but de calmer l'impulsivité de celui qui souhaite prendre la parole.
La main sur la gorge, le pouce en équerre, contient nos passions et signifie que nous sommes en pleine possession de nous-mêmes et que nous pouvons juger avec impartialité. Le bras gauche en perpendiculaire, immobile, évite toutes gesticulations oratoires pour nous rappeler le fil à plomb du second surveillant. Il nous invite à descendre en nous-mêmes, dans notre cabinet de réflexion et à remonter, libérés de nos métaux... »

Tout est fait pour que soit préservée la sérénité nécessaire à nos travaux. C'est à chacun d'entre nous de se montrer digne d'être franc-maçon et de veiller sans relâche au respect de ce principe. A défaut, les conséquences peuvent être graves, car, comme le dit le Talmud : « la mauvaise langue tue trois personnes : le médisant, sa victime et celui qui l'entend ».

C'est ainsi que nous devons entrer dans le Temple, purifiés de tout ce qui encombre pour ne voir bien qu'avec nos cœurs qui s'élèveront, ensemble, en fraternité, nos regards tournés vers la Lumière.

J'ai dit.

M\ L\M\

Source : www.ledifice.net

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Point de vue sur la religion du maçon.

21 Janvier 2015 , Rédigé par OIRAPMM-France Publié dans #Planches

Dans cette étude, nous aborderons principalement les rapports philosophiques entre les religions théistes et le rite de Memphis-Misraïm au premier degré tel qu’il est pratiqué au sein de notre obédience. Les difficultés historiques de cohabitation entre l’église catholique et la maçonnerie ne seront pas évoquées. Bien des points rapprochent religion et franc-maçonnerie. Dans nos loges, nous travaillons à la gloire du Grand Architecte de l’Univers (GADLU), parfois appelé « sublime » ou encore « suprême » architecte des mondes. Par ce vocable, nos rites affirment l’existence de ce principe et son influence dans la création et dans le fonctionnement de l’univers cela dans le respect de l’héritage de la franc-maçonnerie traditionnelle. De plus, notre franc-maçonnerie, dans son effort de mettre l’homme en rapport avec le sacré, partage de nombreux thèmes de réflexion avec la pensée religieuse : éthique, place de l’homme dans la nature, spiritualité, influence de la pensée gréco-romaine et bien d’autres encore… Cela fait-il, pour autant, de notre franc-maçonnerie une religion « comme les autres » ? Nous sommes tentés de répondre non, car la franc-maçonnerie se définit comme initiatique et philanthropique et ne se présente jamais comme une religion au sens habituel de ce mot. Pourtant, notre rite parle de « la religion du maçon » de quoi s’agit-il ? Pour tenter de répondre à cette question, il convient de rappeler les grandes attitudes de l’homme face aux croyances théologiques, d’examiner les différents courants de la maçonnerie, avant d’aborder les différences essentielles entre la démarche initiatique de notre ordre et l’approche religieuse.

I/ Qu’est ce qu’une religion ? La relation directe au divin est-elle possible ? L’homme peut-il concevoir dieu ? Le dogme est-il compatible avec la liberté ? Autant de questions dont les réponses ont modelé les principaux courants de la franc-maçonnerie

Religion : « Le terme religion désigne actuellement un ensemble de rites, de dogmes généralement théistes et souvent en rapport avec une notion de réalité transcendante, de règles (éthiques ou pratiques) ou de dogmes adoptés comme conviction profonde par un ensemble de personnes ». Les religions marquent profondément les cultures, les civilisations, les pensées des hommes.

Théisme : « (du grec theos, dieu) est une croyance ou une doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu (ou de dieux, ou une force créatrice) et son influence dans l’univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. Selon le théisme la relation de l’homme avec Dieu passe par des intermédiaires » Chez certains chrétiens la foi se définit, non par l’adhésion à un système de pensées, mais par la rencontre avec la personne du Christ... Aucune religion théiste ne prétend émaner de l’homme seul, une intervention extérieure est nécessaire pour transmettre et définir la religion en question. C’est en ce sens que l’on parle de vérité révélée.

Déisme : « du latin deus (dieu) est une croyance ou une doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu et son influence dans l’univers, tant dans la création que dans le fonctionnement de ce dernier. Pour la pensée déiste, certaines caractéristiques de Dieu peuvent être comprises par les facultés intellectuelles de l’homme. La relation de l’homme avec Dieu est directe (notamment par la prière spontanée ou la réflexion). Le Déisme prône une "religion naturelle" qui se vit par l’expérience individuelle et qui ne repose pas sur une tradition particulière ». Le déisme n’est donc pas une religion au sens habituelle de ce mot qui implique des cultes et des dogmes structurés.

Différences entre théisme et déisme : pour le théiste la relation à dieu passe par des intermédiaires, pour le déiste cette relation est directe. Pour Kant, le théiste s’efforce de suivre "la volonté de Dieu", alors que le déiste estime que rien n’échappe à « la volonté de Dieu », puisque rien ne peut déroger aux lois divines de la création.

L’athéisme : il existe plusieurs catégories d’athées. Comme les théistes ils se positionnent par rapport à la croyance théologique mais de manière négative. Ils y a ceux qui ne croient pas en dieu, ceux qui croient que dieu n’existe pas, ceux qui refuse une certaine idée de Dieu…

L’agnosticisme : assure que la vérité théologique est inconnaissable. C’est une pensée fondée sur le doute, le « je ne sais pas ». L’agnostique refuse la croyance, il se place sur le terrain du savoir et de la logique, il pense que les preuves analytiques de l’existence de dieu comme de sa non-existence sont des leurres. La vérité absolue est, pour les agnostiques totalement incertaine.

Toutes ces grandes manières d’aborder l’existence de Dieu ont façonné le paysage maçonnique Français. Ce dernier se révèle complexe et les profanes attirés par nos systèmes sont, avec raison, perplexes et dubitatifs. Quelles sont les tendances « lourdes » de nos systèmes initiatiques ? En voici une description « très schématique » et bien approximative. Je précise qu’aucune de ces tendances n’est meilleure qu’une autre. Il s’agit, avant tout, d’opinions qui traduisent des valeurs et des conceptions différentes. Chaque rite, chaque obédience a sa philosophie et sa cohérence interne que nous respectons.

La tendance « chrétienne » :

Historiquement, la maçonnerie s’est structurée dans un contexte très chrétien, la plupart des études historiques convergent sur ce point. Cette tendance perdure car des rites maçonniques exigent actuellement une appartenance à la chrétienté « classique » : église catholique, protestantes, orthodoxes… En France le « Rite Ecossais rectifié » s’inscrit dans cette mouvance. Cette maçonnerie souligne le lien étroit entre christianisme et maçonnerie, elle vise à contribuer avec ses moyens et ses méthodes à renforcer l’édifice chrétien. La notion d’initiation maçonnique est parfois très allégée, c’est le baptême chrétien qui en tient lieu.

La gnose chrétienne :

Certaines obédiences s’orientent vers un théisme ésotérique chrétien ou théurgique voire magique : martinisme, église gnostique, Golden Dawn… En général cette approche est discrète, elle n’apparaît ni dans les constitutions ni dans les règlements généraux, elle est le fait d’une impulsion donnée par un groupe d’influence. Les frères et les sœurs, qui restent évidemment libres, sont sollicités de manière personnelle ou par le biais de cercles dits magistraux ou intérieurs. La maçonnerie est vue comme une école préparatoire à une autre voie collective réputée être plus profonde ou plus efficace ou encore qui est présentée comme étant le prolongement naturel d’un cursus maçonnique.

La tendance « d’orientation anglo-saxonne » :

En Angleterre, comme en France la maçonnerie a été largement déchristianisée. L’objectif était de réduire les références chrétiennes pour ouvrir les loges à des juifs. Cette maçonnerie vise principalement l’éducation morale et civique de ses adeptes elle génère une action caritative souvent intense. La croyance en un Grand Architecte de l’univers est un préalable à la réception en loge. Cette maçonnerie se dit régulière.

La tendance « humaniste » :

En France la déchristianisation s’est radicalisée pour aboutir en 1877 à l’abandon de toute exigence et référence religieuse. Progressivement s’est donc créée une maçonnerie agnostique qui travaille à la formation morale et sociale de ses membres et à la construction d’une citée idéale. Les athées comme les agnostiques y sont acceptés sans problème. Le Grand Orient de France s’inscrit dans cette approche..

Une tendance « à la fois libérale et symbolique » :

Cette maçonnerie tente de concilier la recherche du progrès et la tradition. En France elle est représentée par la Grande Loge de France et la Grande Loge féminine de France. La tendance "initiatique et universaliste" (voie où se situe notre obédience) : L’initiation est antérieure à la chrétienté. La déchristianisation de la maçonnerie ne constitue pas un but en soi, il s’agit, avant tout, d’un effort pour retrouver les sources antiques et l’universalité de l’ordre. Notre obédience estime que l’éveil spirituel débute par une influence extérieure donnée par l’initiation et la participation aux rites. Cela constitue progressivement une force qui autorise un long travail intérieur et individuel fondé sur la concentration, l’attention ou tout autre moyen permettant la focalisation des forces de l’esprit. Chaque membre est libre, à titre personnel, de faire partie de telle ou telle religion, telle ou telle organisation, non sectaire, dans la mesure où cela ne perturbe pas les travaux maçonniques. La laïcité se concilie avec la spiritualité car le prosélytisme dogmatiques n’existe pas. La liberté reste la première et dernière porte. Notre ordre se situe donc résolument dans une tradition garibaldienne internationale. C’est la tradition primitive de l’ordre. Il faut signaler que le rite de Memphis-Misraïm est aussi pratiqué par des maçons du grand orient de France qui ont adopté son cadre philosophique (influence de John Yarker) et aussi dans des obédiences diverses qui se centrent sur les dogmes de la gnose chrétienne (influence de PAPUS,) Nous respectons ces orientations mais elles ne sont pas les nôtres. La suite du travail explicite le point de vue de notre ordre maçonnique.

II/ les différences essentielles entre démarche initiatique et religieuse.

le dogme

Le théiste admet le plus souvent un système dogmatique complexe. Ce qui contraste avec le préalable demandé au profane frappant à la porte de notre temple : il lui suffit, au minimum, d’être spiritualiste, c’est à dire de ne pas rejeter la possibilité d’une « continuation » post-mortem de l’individu et aussi d’être « déiste » dans un sens bien particulier de ce mot. Le déisme de Memphis-Misraïm n’est pas le déisme du dictionnaire. Pour nous, un déiste est simplement un homme tolérant qui croit en l’existence d’un Principe en prenant une certaine « distance » à l’égard des croyances religieuses prônées par son éventuelle religion d’appartenance. Le spectre des membres de notre organisation initiatique va donc du théiste qui est conscient que ses croyances traduisent ses opinions et non la vérité ultime, à ceux qui pensent que la relation de l’homme avec Dieu est directe et qui se passent de toutes formes de dogmes et d’intermédiaires. Ainsi, il peut exister dans nos loges, à côté des déistes « purs » au sens que le dictionnaire donne à ce mot, des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes, des juifs… Le maçon théiste, sous peine de ne pas être vraiment un maçon effectif, admet le relativisme : une vérité exprimable s’inscrit forcément dans une culture, une langue, une époque… Un théiste dogmatique, trop rigide dans sa croyance, n’a rien à faire, selon mon opinion, à Memphis-Misraïm. Notre idéal maçonnique a quelque chose de l’Angleterre vue par Voltaire : « S’il n’y avait en Angleterre qu’une religion, le despotisme serait à craindre ; s’il y en avait deux, elles se couperaient la gorge ; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses. » La diversité des croyances et des sensibilités et gage d’harmonie entre nos membres. Nous poussons même cette logique un peu plus loin : un athée peut aussi nous rejoindre si son attitude vise à rejeter qu’une conception particulière de dieu et de la religion. Ceci est à rapprocher de la pensée de Simone Weil : « Il y a deux athéismes dont l’un est une purification de la notion de dieu… ». Ainsi, notre « système dogmatique » se caractérise par son extrême légèreté et sa grande souplesse. Pourquoi ? Fondamentalement le maçon se veut libre, il estime qu’un dogme trop pesant est un obstacle à la recherche de la liberté. La liberté du maçon est certainement une des raisons qui a opposé radicalement la maçonnerie à l’église catholique.

Le nom de dieu :

La pensée théiste admet, généralement, un dieu personnel qui porte un nom : JEHOVA, ALLAH, BRAHMAN … En maçonnerie, tous les noms de dieu que le maçon peut trouver et énoncer dans sa déambulation au sein des « hauts grades », ne sont que des noms substitués. Dans ce cheminement, les maçons ne doivent jamais oublier que le principe se définit non par son nom, mais par sa fonction : « le grand architecte de l’univers ». Au cours de cette déambulation le maçon observe et médite devant certaines « niches philosophiques et religieuses » sans jamais avoir l’obligation d’adhérer à tel concept, croyance, ou praxis.

La représentation du divin

Il y a souvent chez les théistes l’idée d’une représentation anthropomorphique de la divinité qui fonctionne psychologiquement comme un homme, parfois dieu connaît la colère, la vengeance, le désir. L’homme se construit un dieu qui lui ressemble. Comme disait déjà Montesquieu : « si les triangles avaient un dieu, ils lui donneraient trois côtés » Le GADLU n’est pas anthropomorphe, son approche est avant tout symbolique. Beaucoup de symboles parlent du principe mais notre figuration du divin probablement la plus ancienne car la plus indissociable de la structure du rite se fonde sur la lumière. En effet, l’ouverture des travaux consiste pour l’essentiel à répandre une lumière qui est présente dans le temple avant l’arrivée des maçons et dont l’éclat continue à se manifester après leur départ. Ce symbole se retrouve dans la racine étymologique du mot dieu qui vient du latin deus, lui même issu de la racine indo-européenne « dei wo », lumière du ciel, du jour, de la base « dei- », luire, briller. La lumière illuminatrice, révélatrice d’un monde spirituel, serait-elle un archétype, un symbole commun à tous les hommes ?

Le livre sacré

Dans notre rite le maçon doit être un homme religieux sans pour autant forcément adhérer à une religion constituée. Sur le naos la bible a été remplacée par la règle. C’est le convent du 21 juin 1969 qui a précisé que les ateliers demeurent libres de conserver ou de supprimer ce livre. Sur l’autel des serments peut figurer un livre sacré qui varie selon la confession de l’impétrant. Beaucoup de loges maçonniques de notre ordre adoptent le livre des morts des anciens Egyptiens. Ce livre a l’avantage de ne pas être sacré, il est donc, paradoxalement, un excellent symbole d’un livre sacré. Pour certains il représente la Bible, pour d’autres le Coran pour d’autres encore la Règle morale inscrite au plus profond du cœur de chacun.

Le principe est-il « dans » ou « au-delà » de la matière ?

L’idée de transcendance divine est communément admise par les théistes : dieu se trouve en-dehors et au-delà du monde, il est « au ciel ». De plus, il apparaissait, dans un passé pas si lointain que cela, comme un père rigoureux, rémunérateur et vengeur. Une tel dieu était-il une nécessité pour les Etats ? « pour les princes régnant, disait Schopenhauer, le dieu tout puissant est le père Fouettard dont ils usent pour envoyer les grands enfants au lit lorsque plus rien d’autre ne peut les aider ; c’est pourquoi ils tiennent tellement à lui » Contrastant avec cette conception, le « dieu intérieur » est souvent perçu comme plus chaleureux, plus proche, plein d’amour. Cela signifie que notre lien au divin nous constitue de manière interne. Notre rite égyptien met l’accent sur l’immanence, il affirme cela très clairement : « c’est par sa conscience que l’homme est relié au divin ». Si dieu est en nous, comment avoir conscience de sa présence, de la Présence ? La relation immanente est généralement obscurcie, comme brouillée par notre « moi », ce qui rend nécessaire une « actualisation » par un long travail sur l’ ego qui obscurcit notre vraie nature. Le mal, en maçonnerie, n’est pas Satan, c’est avant tout l’EGO qui aliène l’individu, le coupant de l’autre, l’empêchant de se sentir un enfant de l’univers. C’est pourquoi le maçon « travaille sa pierre » car une des « croyances utiles » du maçon s’énonce ainsi : « l’homme est perfectible ». Assouplir son ego peut permettre de se relier à son maître intérieur. La toute première étape de cette relation peut-être le moment ou l’individu commence à recevoir des messages de son « soi ». Cela peut arriver sous la forme de rêve, où un ancêtre, où encore une femme ou un homme d’apparence sage viendra lui parler, le conseiller. Cette première relation peut aussi prendre la forme de messages, de signes offerts par la vie qui nous laissent un sentiment troublant et indéfinissable. Jung qualifiait ces événements par le mot synchronicité. La coïncidence se charge de sens, elle est signifiante, le psychisme de la personne s’implique fortement quand il y a conscience que la probabilité d’un tel événement est faible. Nous nous sentons alors comme guidé par l’univers, avec la certitude qu’un choix important se présente à nous. Jung définit la synchronicité en ces termes : « coïncidence temporelle sans lien causal entre un état psychique donné et un ou plusieurs événements extérieurs objectifs offrant un parallélisme de sens avec cet état subjectif du moment ». Arriver à la conscience permanente du spirituel en nous consiste à ouvrir une importante arcane. Arcane vient du latin arca, qui signifie « arche » , « coffre », il s’agit donc d’un contenant. Certains maçons recherchent une « dernière arcane » un peu partout, selon notre opinion, cette ultime porte n’appartient à aucune société secrète, à aucun rituel mystérieux, cette arcane est tout simplement le maçon lui-même. Ouvrir cette arche consiste à se maintenir dans l’Essence. Notre système initiatique se fonde donc sur l’immanence, malgré cela, le vénérable maître invoque le grand architecte comme étant un être extérieur. Ce qui signifie que l’immanence maçonnique n’exclut pas la transcendance : le principe est dans la matière et en même temps au-delà de cette dernière. Pour l’essentiel la prière (invocation) de l’initié vise à obtenir l’énergie nécessaire pour progresser sur le chemin de son centre. Cette invocation peut-être individuelle, (le maçon) collective au sein de la loge (le vénérable maître) ou au sein de l’ordre (le grand hiérophante). Ce mystérieux apport permet de soutenir et d’aider le maçon sur la route de la réalisation.

Prédestination et liberté humaine

Les différentes religions d’occident admettent, avec des nuances, la prédestination qui se définit comme un concept théologique selon lequel Dieu, aurait choisi de toute éternité, et secrètement, ceux qui auront droit à la vie éternelle, sans qu’eux-mêmes ne puissent le savoir.
Pour les protestants, et notamment Calvin, le salut revient à ceux que Dieu a élus par sa seule bonté et miséricorde, sans considération de leurs oeuvres,
Pour les catholiques la prédestination, a été étudiée par différents conciles, notamment le concile de Quierzy (Carisiacum) de 853. Pour cette religion dieu
« … élut gratuitement dans sa prescience ceux qu’il a prédestinés à la vie éternelle. … » Ceux qui ne sont pas élus subissent une peine éternelle.
Pour l’islam, tout ce qui se passe dans l’Univers a déjà été déterminé depuis l’Eternité par Allah, article de la foi connu sous l’appellation courante le "Imân bil Maktoûb" ou plus simplement le maktoûb, « c’est écrit »
Les principaux courants de la gnose chrétienne adhèrent également au dogme de la prédestination.

Nous sentons bien qu’il y a trois difficultés :

la prédestination exclut le libre arbitre,
comment dieu peut-il juger les hommes si tout est écrit ?
Pourquoi les hommes feraient des efforts si tout est « maktoûb » ?

Comment les maçons abordent-ils le rapport entre le destin et la liberté ? Le maçon se veut libre. Il faut d’ailleurs être un homme « libre et de bonnes mœurs » pour être initié. Une devise de notre maçonnerie s’exprime par le triptyque « liberté, égalité, fraternité » Le maçon n’est pas un élu il est construit, créé, reçu. Mais à côté de cela rien ne saurait s’opposer à la volonté du GADLU. Même le mal fait partie du plan divin. Il faut admettre que ces deux propositions contradictoires peuvent être vraies simultanément un, peu comme en physique moderne la lumière peut-être, à la fois corpusculaire et ondulatoire. Nous devons admettre humblement que la raison humaine à ses limites. Mais évidemment l’opinion reste possible notamment en se laissant porter par la vérité du mythe. Selon Socrate, la fonction du mythe est d’expliquer par analogie lorsque la raison s’avère insuffisante. Un des mythes qui traite le mieux du rapport entre la liberté humaine et le destin ou la prédestination est le mythe d’Er cité par Platon. Ce mythe est intéressant car il complète l’initiation au premier degré où l’adepte réalisé a le privilège de rencontrer la lumière. Platon raconte la voie du plus grand nombre, celle des hommes encore alourdis des passions et des préjugés de la vie, celle aussi des initiés en devenir. Er, pris pour mort par méprise revint des enfers et raconta comment les âmes choisissent leur future vie. Les âmes sont menées dans une grande prairie et on leur jette des sacs des destinées. Elles choisissent-elles même un des sacs selon leurs désirs. Ceux qui ont désiré les biens matériels, choisissent une destinée d’hommes riches. Les ambitieux cherchent une destinée de roi. Ceux en recherche de satisfactions sexuelles cherchent des vies de plaisirs. Au final, chacun va boire l’eau du fleuve Léthé, de l’oubli, et s’en retourne, alourdi d’ un nouveau destin sur l’épaule, pour le vivre sur la terre. Il y a donc un lien que nous qualifierions de « karmique » entre deux vies successives. Le mythe souligne que l’homme est responsable de son avenir car le scénario est déterminé que dans les grandes lignes et il appartient à l’homme de faire des efforts pour toujours se recentrer dans la voie de la vertu. Un personnage du mythe appelé le « hiérophante » le déclare très explicitement : « La vertu n’a point de maître. Chacun en aura plus ou moins selon qu’il l’honorera ou la négligera ». La vertu se situe au-dessus des hommes et des dieux comme en maçonnerie où la règle se place toujours sur le compas et l’équerre. A chaque vie, l’être hérite d’une partie d’échec déjà commencée, à chacun de gérer au mieux sa situation plus ou moins favorable, selon ses efforts dans sa vie passée ! Le mythe le précise clairement « si chaque fois qu’un homme naît à la vie terrestre il s’appliquait sainement à la philosophie , et que le sort ne l’appelât point à choisir parmi les derniers, il semble, d’après ce qu’on rapporte de l’au-delà, que non seulement il serait heureux ici-bas, mais que son voyage de ce monde en l’autre et son retour se feraient, non par l’âpre sentier souterrain, mais par la voie unie du ciel. » La voie unie du ciel est décrite dans l’initiation. Ce mythe explicite bien la conception antique de l’initiation :

Premièrement, l’homme n’est pas prédestiné par un dieu comptable des destinées humaines. Il est responsable, par sa conduite, de son avenir post-mortem et de sa future vie.

Deuxièmement une vie de justesse, « Dike » en grec, est une vie en accord avec la loi cosmique (la règle des maçons), Sur le fronton du temple de Delphes deux devises étaient écrites : « connais toi toi-même » qui a pour finalité la connaissance de sa juste place dans l’univers et « rien de trop » qui invite à éviter l’orgueil, la démesure, les pièges de l’illusion du moi.

Troisièmement tout ce qui s’oppose (« hybris ») à l’ordre cosmique est un crime contre l’ordre cosmique idéal. L’orgueil, l’ambition démesurée, l’ego empêche la vie de justice.
Selon ce mythe, par une vie de justice, l’initié continue l’œuvre du Principe et s’élève, du fait de la loi karmique, d’existence en existence, jusqu’à la source d’amour et de joie.

A la lumière de tout ce qui vient d’être abordé nous pouvons tenter de répondre à la question fondamentale : La franc-maçonnerie, est-elle une nouvelle religion ? La franc-maçonnerie n’est ni un culte ni une église, elle a pour vocation de relier l’homme à son essence, aux autres, à l’univers. C’est pourtant une religion au sens étymologique de ce mot : le vocable « religion » vient du latin "religio", qui signifie : « scrupule, conscience, engagement, obligation », à rapprocher très exactement de la définition de la religion du maçon selon notre rite : « intégrité, devoir, conscience ». La religion du maçon se pose comme une religion primordiale et universelle car intrinsèquement liée à la conscience humaine vue comme un point de rencontre avec le divin. L’homme est un être relatif relié à l’absolu. Un être fini enfermé dans le temps lié pourtant avec l’infini et l’intemporalité. L’initiation propose d’expérimenter ce lien progressivement. Le dernier degré est tenu aujourd’hui pour légende, il s’agit de la « trans-formation de l’être », le passage « au-delà de la forme », au-delà de l’individualité humaine.

Source : http://www.memphismisraim.fr/

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Le grand vide du deuxième grade…

20 Janvier 2015 , Rédigé par Roger DACHEZ Publié dans #Planches

Un étrange contraste

Il est un constat assez frappant que l’on peut faire sans posséder une longue expérience maçonnique – il suffit d’être parvenu au grade de Maître et surtout d’avoir un peu voyagé dans des loges d’un autre Rite, ce que tout franc-maçon soucieux de comprendre devrait impérativement faire dès le début de sa vie maçonnique.[1] Je veux parler de l’étrange asymétrie qui existe entre le premier et le troisième grade d’une part, et le deuxième d’autre part.

Il est en effet assez facile d’observer que, quel que soit le Rite de la loge, l’initiation au grade d’Apprenti répond à un schéma assez constant : introduit les yeux bandés, on fait faire au candidat trois tours de la loge – avec des épreuves plus ou moins sophistiquées, parfois réduites à presque rien (Émulation), parfois plus compliquées (comme au RER, au REAA ou même au Rite Français dans ses formes les plus « traditionnelles » – puis on lui « donne la Lumière » et, bien sûr, la cérémonie comprend la prestation d’un serment, la « prise d’Obligation ».

De même, la cérémonie d’élévation au troisième grade est pratiquement la même partout : elle se résume à la légende d‘Hiram que le candidat est conduit à revivre pour « donner naissance » à un nouveau Maître.

C’est avec le deuxième grade que le voyage à travers les Rites devient une expérience exotique : ce n’est jamais la même chose. Petit inventaire…

Au REAA, il doit accomplir cinq voyages au cours desquels on lui montre les fameux « cartouches », des panneaux sur lesquels sont écrits des séries de cinq mots désignant, successivement, des arts libéraux, des ordres d’architecture, des sens, des « grands initiés ». Du reste la liste de ces derniers connait d’innombrables variations qui reflètent bien plus l’esprit et les modes d’une époque que le legs d’une tradition immémoriale. Chemin faisant, le candidat été chargé d’un série d’outils avec lesquels il déambule. Là encore, les couples d’outils dont on le munit – on lui en donne généralement deux à la fois –, leur séquence, sont très variables d’une génération de rituel et d’une obédience à l‘autre – en fonction des fantaisies de la « Commission des rituels ». Le dernier voyage s’accomplit classiquement les mains vides et s’achève par une retentissante exclamation « Gloire au travail ! ».

Au Rite Français, c’est parfois la même chose, ou presque, qu’au REAA, mais il y a bien d’autres variantes intéressantes : par exemple la construction plus ou moins fictive d’un mur, ou le tracé d’une étoile à cinq branches. Ou encore la variante dite « Vilmorin », où tout repose sur le blé qui germe et annonce une moisson future…

Au RER, la scène change entièrement. Le Candidat est cette fois invité à accomplir cinq voyages…mais on le dispensera des deux derniers. Au cours de ses trois voyages effectifs, ni outils, ni cartouches, mais une variante de « l’épreuve du miroir », au cours de laquelle il sera invité à s’examiner « tel qu’il est lui-même ».

A Émulation, ni cartouches ni outils, ni miroir, mais le candidat gravit fictivement les cinq marches d’un escalier imaginaire qui le conduit…dans la « Chambre du Milieu » – qui en Angleterre est au deuxième, et non au troisième grade (retenons pour le moment cette curieuse contradiction). Puis on le conduit devant le tableau du grade – qui ne ressemble en rien à celui du grade d’Apprenti – et on lui raconte la belle histoire d’un massacre biblique !

Il y a enfin des constantes, et notamment l’Étoile Flamboyante au centre de laquelle se trouve la lettre G – bien qu’entre les rituels anciens ou anglais (G veut dire Geometry et God) et les rituels français issus du XIXème siècle (G veut alors dire quantité de choses qui commencent par G, dont Génie et Gravitation…) il y ait, là encore, des variations parfois assez coquasses…

On peut donc, à bon droit, se poser la question : pourquoi toutes ces différences entre les nombreuses versions du grade de Compagnon, alors que les deux autres sont relativement si homogènes.

La réponse est simple, et pourrait se formuler d’une façon un peu ironique mais pas entièrement fausse : parce que le deuxième grade n’existe pas…

Petite histoire du grade de Compagnon

Quelques rappels s’imposent ici sur l’origine de certaines dénominations et sur leur contenu.

Pendant la période opérative documentée (XIIème-XVème siècle) en Angleterre, on sait que l’Apprenti (Apprentice) est un jeune homme en formation, pratiquement sans aucun droit. Les formalités de son admission « symbolique » sur le chantier étaient selon toute apparence très réduites : une lecture des Anciens Devoirs et sans doute un serment sur la Bible – ou du moins l’Évangile. Le Compagnon (Fellow) est en revanche un ouvrier accompli, libre de chercher de l’emploi mais qui ne peut lui-même s’établir comme Maître – c’est-à-dire comme employeur ou, sur un grand chantier ecclésiastique ou princier, comme « chef de chantier ». Rien ne dit que le Compagnon, à cette époque en Angleterre, ait dû prendre part à un cérémonial spécifique pour être reconnu comme tel, et même tout laisse à penser le contraire. La qualité de Maître n’était, quant à elle, qu’un statut civil.

En Ecosse, à la même époque – ce qui durera en ce pays jusqu’au XVIIIème siècle –, le schéma est un peu différent : l’Apprenti est d’abord simplement « enregistré » (booked ou registered) par son Maître avant d’être officiellement et rituellement présenté à la loge de son ressort, quelques années plus tard. Il devient alors, après une cérémonie dont nous connaissons, à la fin du XVIIe siècle en tout cas, les traits essentiels [2], un Apprenti entré (Entered Apprentice). Pour beaucoup d’ouvriers, la carrière s’arrêtait à ce stade. Devenus des Journeymen, hommes payés à la tâche, ils exerçaient leurs métier leur vie durant comme « éternels apprentis »…

Pour d’autres, une seconde étape rituelle les attendait : celle du Fellowcraft ou Craftman (Compagnon ou Homme du Métier), qualité également acquise lors d’une réception rituelle dans la loge. Là encore, nous en connaissons les éléments principaux. En fait, cette progression n’avait de sens que si l’on envisageait, non plus dans le cadre privé de la loge mais dans celui, public et civil, de l’Incorporation (la guilde municipale des Maîtres bourgeois) de devenir Maître à son tour : par succession familiale, mariage ou achat. Pour cette raison aussi, ce grade se nommait Fellowcraft or Master. Mais le statut de Maître, là encore, n’était qu’une qualification dans la cité et ne comportait aucun aspect rituel.

C’est à peu près ce dernier système qui était pratiqué à Londres, en 1723, lorsque la première Grande Loge publia son Livre des Constitutions, compilé par le Révérend James Anderson, Écossais de souche dont le père avait lui-même appartenu à la loge d’Aberdeen.

Vers 1725, une nouveauté apparaît à Londres : le « Maître » devient à son tour un grade qui s’acquiert en loge au cours d’une cérémonie spécifique – et donc nouvelle. L’apport majeur est celui de légende d’Hiram qui structure ce nouveau grade. En 1730, la très fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, va consacrer cette division en trois grades qui s’imposera – mais en quelques décennies seulement – comme le standard de la maçonnerie dite « symbolique ».

Du reste, l’évolution ne s’arrêta pas en si bon chemin : entre 1733 et 1735, alors même que le grade de Maître n’est pas encore universellement adopté – loin s’en faut – en Angleterre, apparaissent déjà de nouvelles dénominations et notamment celle de « Scots master ». Même si on ignore la nature exacte de ce grade et donc son contenu, il est certain que vers 1740-1745, il se pratiquait, au moins en Irlande, un grade de l’Arc Royal considéré comme l’achèvement de la maçonnerie symbolique et qu’à Paris on connaissait alors au moins quatre ou cinq grades après le grade de Maître (notamment ceux de Maître Parfait, de Maître Irlandais, d’Élu et d’Écossais, et très bientôt le grade prestigieux de Chevalier de l’Orient ou de l’Épée). A partir de 1745 et pendant au moins une vingtaine d’années, l’inflation du nombre des hauts grades va être impressionnante : on en compte environ une trentaine vers 1760 et plusieurs dizaines avant la fin du XVIIIème siècle…

On voit donc qu’opposer une maçonnerie de type « opératif » en trois grades, à une maçonnerie d’origine exclusivement « spéculative » en un nombre indéfini de grades, est à la fois erroné et sans objet. En premier lieu parce que dans la période opérative il n’y eut sans doute qu’un seul grade et en Écosse parfois deux, mais jamais trois au sens strict du terme. Ensuite parce que la transformation spéculative a d’abord et avant tout affecté les « grades du Métier » eux-mêmes et que l’évolution du système des grades s’est faite insensiblement et sans heurt à cette époque fondatrice – même si certains protestèrent contre le grade de Maître à Londres vers 1730, mais sur des arguments très différents. Enfin parce que la trame légendaire qui définit et caractérise ces grades établit entre eux une indéniable continuité : ce n’est, tout au long, que le développement de virtualités symboliques contenues dans les premiers grades.

Le vide de deuxième grade

Mais revenons au grade de Compagnon. Lors de l’établissement du système en trois grades, dont la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected (1730), témoigne pour la première fois, on voit bien ce qui s’est passé : le nouveau grade n’est pas vraiment le troisième, mais bien plutôt le deuxième !

En effet, le grade de Fellowcraft or Master de l’Écosse du XVIIème comportait une salutation spécifique que l’on nommait – et nomme encore au Royaume-Uni – les « Cinq Points du Compagnonnage » (Five Points of Fellowship) mais il n’existait alors aucune légende pour rendre compte de leur signification. En particulier, et pour être clair, rien ne nous dit qu’il s’agissait alors d’un rite de « relèvement » !

Lors de la constitution du système en trois grades, les Cinq Points se sont retrouvés au troisième grade (tout en restant les « Points du Compagnonnage » en Grande-Bretagne, pour ne devenir que sur le Continent, et d’abord en France, les « Cinq Points Parfaits de la Maîtrise), mais désormais ils servent d’explication à la phase finale de la légende d’Hiram, lors de la découverte du Maître assassiné. On mesura alors que ce qui ce qui faisait le cœur de l’ancien grade de « Compagnon ou Maître » lui a été retiré. Il ne reste plus grand chose pour le remplir…

Hormis un élément qui prend alors un relief nouveau : la lettre G, révélée au Compagnon dans la Chambre du Milieu (qui en Grande-Bretagne est toujours restée au deuxième grade et n’a jamais gagné le troisième). Cette chambre est en « élévation » puisqu’on y accède par un escalier en forme de vis qui se montre par cinq marches. Elle évoque les salles qui se trouvaient de part et d’autre du sanctuaire, dans le Temple de Salomon, et que le texte biblique mentionne du reste très précisément.[3] La contemplation de cette lettre demeure donc le seul « secret » propre au grade de Compagnon.

La lente émergence du grade de Compagnon

Pendant une grande partie du XVIIIème siècle, en France comme en Angleterre, le grade de Compagnon n’a pratiquement pas eu d’existence autonome. Il est généralement donné le même soir que celui d’Apprenti, dans la même cérémonie, et se solde par trois tours supplémentaires et un nouveau serment. Ce n’est que peu à peu, sans doute d’abord en Angleterre vers le milieu du siècle, puis en France dans le dernier quart de ce même siècle, qu’il va s’autonomiser et adopter un contenu plus substantiel.[4] Cette évolution se fera en des endroits divers et souvent très éloignés, à des époques différentes, et cela rend compte de l’incroyable diversité de son contenu, dont témoignent encore les rituels contemporains.

C’est sans doute ce grade qui, dans la maçonnerie « bleue », a le plus inspiré la créativité des auteurs de rituels. Selon les époques, avec le récit biblique anglais, la mystique contemplative du RER à la fin du XVIIIème, l’ouvriérisme du XIXème siècle avec les outils, le souci presque scolaire que traduisent les « cartouches », jusqu’à la fascination plus récente pour le Compagnonnage français avec l’épisode du départ final, besace sur le dos, le grade de Compagnon a été le reflet des influences qui se sont exercées sur la maçonnerie, d’un côté ou de l’autre de la Manche.

Cela traduit bien à quel point, même si elle véhicule quelques invariants, nécessairement à la fois simples et anciens, la forme et les usages de cette maçonnerie sont étroitement liées à la culture ambiante et aux préoccupations de ceux qui sont venus dans les loges, en tous lieux et à toutes les époques…

[1] Il ne faut JAMAIS écouter ceux ou celles qui disent à leurs jeunes Frères ou Sœurs qu’il ne faut pas aller visiter les loges d’un autre Rite, au risque de contacter « de fausses idées » ou de « se brouiller l’esprit ». C’est une sottise absolue…

[2] Cf. les manuscrits du groupe Haughfoot (1696-c.1715).

[3] Cf. R. Dachez, La Chambre du Milieu, Conform, 2014

[4] N’oublions pas non plus que pendant longtemps en Ecosse, parfois jusqu’au cœur du XIXème siècle, mais aussi en Angleterre parfois assez tard dans le XVIIIème, des loges ignoreront le grade de Maître et conserveront l’usage de l’ancien système en deux grades !

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

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Faut-il partir du pied droit ou du pied gauche ?...

5 Janvier 2015 , Rédigé par Roger Dachez Publié dans #Planches

Voici une question qui a fait couler beaucoup d’encre et suscité des exégèses parfois surprenantes. Il est même arrivé que l’on convoque la Kabbale pour expliquer que dans certains Rites on part du pied droit – le côté de la « Clémence » – et que dans d’autres, c’est du pied gauche – le coté de la « Rigueur » !...

On peut certes, comme Jonathan Swift – qui passe pour avoir été franc-maçon – considérer que ce problème est d’un intérêt assez mince et relève de la même problématique que celle l’empereur de Lilliput qui souhaitait savoir, si l’on en croit les Voyages de Gulliver, comment il fallait manger les œufs (par le gros bout ou par le petit bout), et qui s’apprêtait à défendre son point de vue par les armes !

Mais si le sujet est en effet assez mince, il permet au moins d’illustrer une méthode. Pour comprendre le sens et la portée d’un usage maçonnique, l’herméneutique aventureuse, mais si commune, qui consiste à croire que la réponse est dans la question et que, en vertu de la « libre interprétation des symboles », on peut tout imaginer, conduit malheureusement très souvent à pures élucubrations. Pour trouver le droit chemin la méthode est pourtant simple, c’est toujours la même : pister l’apparition d’un usage dans l’histoire des rituels et la rapporter au contexte, à la fois maçonnique et cultuel, qui l’a vu naître. On fait ainsi des découvertes intéressantes.

Partir du bon pied

Les plus anciens « rituels », qu’ils viennent d’Ecosse (les manuscrits du groupe Haughfoot, de 1690 à c. 1715) ou anglais, sont davantage des catéchismes, des instructions que des rituels au sens propre. La fameuse Masonry Dissected, la divulgation majeure de Prichard, en 1730, ne nous en dit pas davantage.

Lorsque les premières divulgations françaises apparaissent, entre 1737 et 1744, on ne trouve pas de renseignement substantiel sur ce point. Quand des rituels « bien écrits » de ce qui allait bientôt s’appeler le Rite Français (ou Moderne) sont disponibles, soit vers la fin du XVIIIème (version manuscrite de 1785, version imprimée de 1801, Rituel « Berté » de 1788), on parle des « trois pas d’Apprenti » sans plus de précision. Cependant, les Tuileurs du XIXème siècle, comme celui de Delaulnaye (1813) nous apprend bien que « selon le régime du Grand Orient de France », on part du pied droit pour la marche d’Apprenti – ce que confirme le Tuileur de Vuillaume (1825).

Il faut ici préciser que les rituels français du XVIIIème siècle, dont ceux du Rite Ecossais Rectifié (1783-1788), ne reprennent pas tous cet usage bien qu’ils soient de type « Moderne » : dans le RER, le candidat part du pied gauche, mais c’est le pourtant toujours genou droit qui est mis à nu (et donc le gauche en pantoufle)[1] ! Avec la présence des trois grandes colonnes Sagesse, Force et Beauté au centre de la loge, c’est donc l’un des deux seuls caractères distinguant ces Rites Ecossais du XVIIIème des rituels plus courants à l’époque – précurseurs du Rite Français.

La première idée qui se présente naturellement à l’esprit est que l’usage de partir du pied droit – on n’ose dire cette « tradition » – venait précisément de la Grande Loge de Modernes, c’est-à-dire la première, fondée en 1717, et dont dérive les usages maçonniques les plus anciennement connus en France au XVIIIème siècle. Mais nous ne disposons pas de rituel certain du « Rite des Modernes » pour cette période en Angleterre…sauf peut-être dans un texte en français !

Il s’agit du Franc-maçon démasqué, publié la première fois en 1751, à Londres, « chez Owen Temple bar ». Or ce texte, en partie énigmatique, semble bien pouvoir être considéré comme représentant au moins une version du rituel des Modernes, à Londres, vers le milieu du siècle. C’est d’ailleurs l’avis d’A. Bernheim avec qui il m’arrive souvent d’être d’accord quand il s’agit de parler d’histoire lointaine de la franc-maçonnerie…[2]

Une divulgation problématique mais bien intéressante...

Or ce texte est sans ambiguïté. Il dit que la marche d’apprenti se fait « en avançant le pied droit le premier », ce que les textes français imprimés de la même époque ne disent pas aussi précisément.

On peut par conséquent admettre, comme hypothèse de travail raisonnable, que « partir du pied droit » est un usage des Modernes, transmis et conservé en France tout au long du XVIIIème siècle, jusqu’à nos jours dans les Rites qui dérivent du Rite des Modernes, au premier rang desquels le Rite Français.

Les Anciens roulent à gauche…

En revanche, que pouvons-nous dire des Anciens ? Les premiers rituels imprimés qui se rapportent à leurs usages sont de 1760, notamment The Three Distinct Knocks (Les Trois Coups Distincts). Ce texte très élaboré ne dit pas clairement que l’on commence la marche d’apprenti du pied gauche. Cependant on note d’emblée une différence frappante avec tous les rituels français cités plus haut – et aussi avec Le Franc-maçon démasqué : c’est ici le genou gauche qui est mis à nu (le pied droit en pantoufle), et non le genou droit (avec le pied gauche en pantoufle)! C’est du reste ainsi que, de nos jours encore, se prépare le candidat en Angleterre – et l’on sait que le Rituel de l’Union, en 1813, a fait prévaloir sur pratiquement tous les points les usages des Anciens.

Une divulgation emblématique des Anciens

Il devient alors à peu près évident que dans la tradition des Modernes, le pied gauche est déchaussé et que chez les Anciens, c’était l’inverse. Cela pourrait déjà sembler cohérent avec le fait que le premier pas est fait, chez les Modernes, en partant du pied droit, et chez les Anciens en partant du pied gauche.

C’est de cette source que provient peut-être l’usage au REAA de partir du pied gauche – comme l’annoncent déjà sans équivoque les Tuileurs de Delaulnaye et de Vuillaume. On sait en effet que les grades bleus du REAA furent compilés en France en 1804 à partir d’une source essentielle, le rituel des Anciens que les fondateurs du REAA avaient pratiqué en Amérique. Il reste cependant que dans ce rituel, le Guide des Maçons Ecossais, qui est une synthèse maladroite et un peu bâclée entre le Rite des Anciens et un Rite Ecossais du XVIIIème siècle français (donc de type « Moderne »), on a mixé, à la hâte et sans trop de discernement, des éléments souvent incohérents. Ainsi, dans le Guide, on part bien du pied gauche, mais l’on a conservé, comme dans les Rites Ecossais du XVIIIème siècle, la préparation physique avec « le genou droit nud et le soulier gauche en pantoufle ».

Un melting pot maçonnique...

On ne sait donc trop si le REAA tire son choix du « pied gauche en premier » des Rites Ecossais antérieurs ou du Rite des Anciens. Mais nulle part, dans les rituels Ecossais du XVIIIème siècle, qui sont par ailleurs, répétons-le, de type Moderne – avec en particulier l’ordre J. et B. (voir plus loin) pour les deux premiers grades et les deux Surveillants à l’ouest – on ne justifie d’aucune manière cette inversion, seulement partielle puisque la préparation physique, elle, n’a pas changé…

Il nous reste donc à tenter de comprendre pourquoi les Modernes commençaient à droite et les Anciens à gauche.

Le retour des Colonnes

On sait que, entre les Modernes et les Anciens, l’une des différences tenait à l’ordre des mots des deux premiers grades : chez les Modernes c’était J. au premier grade et B. au second, et le contraire chez les Anciens. Là encore, on a dit beaucoup de choses sur les raisons de cet ordre différent...

Je ne reviendrai pas ici en détail sur ce sujet que j’ai traité ailleurs[3], mais la thèse classique admise par la Grande Loge des Modernes elle-même en 1809 – selon laquelle, « vers 1739 » les Modernes auraient délibérément inversé l’ordre ancien – ne tient plus guère aujourd’hui. Il est bien plus vraisemblable que cette différenciation fut plus tardive, en tout cas postérieure à l’apparition de la Grande Loge dite des Anciens, et nul ne peut dire qui a commencé à changer quelque chose. Certes, on sait aujourd’hui que la position archéologique, dans le Temple de Jérusalem, était bien B. au nord et J. au sud, mais cette perspective n’est jamais évoquée par quiconque au XVIIIème siècle et ne sert jamais de justification. Rappelons que dans la polémique assez peu reluisante qui a opposé les deux Grandes Loges anglaises pendant 60 ans, Laurence Dermott, le chef de file des Anciens, disait que les Modernes ignoraient tout simplement la signification J. et de B. , et que c’était la raison de leur « erreur » : selon lui, les Modernes croyaient que J. renvoyait au « rhum de la Jamaïque » et B. à celui de la Barbade !...

C’est ici qu’on peut faire une hypothèse. Je soupçonne qu’il y a un rapport entre l’ordre inverse des deux mots, d’une part, et la préparation inversée des candidats et leur marche, d’autre part. Or, si on lit simplement la Bible en oubliant l’archéologie, on ne lit pas que J. était au sud, mais qu’elle était « à droite » et que l’autre colonne, B., était « à gauche ».[4]

Les Modernes, avec J. pour mot de l’Apprenti partaient du pied droit, et les Anciens, avec B., partaient du pied gauche…[5]

Cette question de l’inversion des colonnes a pris tellement d’importance dans leur querelle, que j’incline à penser qu’elle a pu aussi influencer le « pied de départ ». En tout cas, après l’Union de 1813, la Loge de Réconciliation qui a travaillé entre 1813 et 1816 pour fixer le rituel de l’Union – celui que sont supposées pratiquer toutes les loges anglaises de nos jours – a adopté à la fois le départ du pied gauche et la préparation physique correspondante (et non celle des Modernes, comme l’ont fait les Rites Écossais en France)[6]… en même temps que l’ordre « ancien » des mots, comme si tout cela avait à ses yeux une secrète cohérence !

Je laisse à chacun le soin de méditer cette hypothèse, qui est n’est pas entièrement démontrée, je l’admets, et le cas échant de la contester. Une recherche documentaire plus approfondie viendra peut-être la contredire.

Il reste qu’avec une série de bons rituels convenablement datés et une Bible – de présence celle du Roi Jacques pour les références anglaises (King James Version) – on peut comprendre presque toute la maçonnerie…ou du moins éviter les plus graves élucubrations !

[1] Le même paradoxe, que j’appelle « l’inversion partielle », s’observe dans le Rite Écossais Philosophique de la fin du XVIIIème siècle.

[2] Masonic Catechisms and Exposures, AQC 106, 1994.

[3] R. Désaguliers, Les deux grandes colonnes de la franc-maçonnerie, 4ème éd. Revue et corrigée par R. Dachez et P. Mollier, Paris, 2012, Chapitre II « Le problème de l’inversion des mots des deux premiers grades », pp.33-63.

[4] Rappelons que dans la tradition des Hébreux puis des Juifs, on désignait le nord et le sud en regardant l’est : le nord est alors à gauche et le sud à droite. Et n’oublions pas que le Temple de Salomon s’ouvrait à l’est, et qu’on regardait donc vers l’ouest en y entrant…

[5] I Rois, 7, 21-22.

[6] Il faut observer que dans le Rite des Modernes comme dans celui des Anciens, le genou est découvert du côté qui effectuera le premier pas, et c’est encore de ce côté que l’on s’agenouillera pour le serment. Ce parallélisme, qui a peut-être un sens, est perdu dans les Rites Ecossais sans qu’on en connaisse la raison…pour autant qu’il y en ait une !

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com

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