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Hauts Grades

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Traduction du texte du rituel d’initiation de W.A.Mozart (extrait)

19 Décembre 2014 , Rédigé par Jean van Win Publié dans #Planches

Un Manuscrit Maçonnique Viennois du 18e siècle du Frère Joseph Baurnjöpel-transcrit par Friedrich Gottschalk

Introduction

La circonspection à l'égard des personnes qui causent des désordres dans nos loges et qui pourraient gâter les autres Frères bien formés, nous a mis en garde contre toute corruption et dépravation des mœurs qui ont provoqué la ruine de civilisations entières et qui sont la source de tant de malheurs.

C'est sur cette circonspection que nos sages Frères ont toujours construit leur espoir, en n'offrant la possibilité d'être reçu Maçon qu'aux candidats dont la droiture en matière de religion et des vertus liées à celle-ci, et dont l'esprit de bienfaisance dans le sens le plus large ne laissaient aucun doute.

Ce n'est qu'après avoir vérifié profondément ces qualités inébranlables qu'un vrai Maçon devrait se permettre de proposer un étranger à sa Loge, car le vrai bonheur ou la chute d'un atelier peut dépendre du vote d'un seul Frère uniquement.

Finalement, lorsque le parrain croyait avoir trouvé toutes ces qualités indispensables réunies dans un seul candidat, il avait coutume de demander à un Frère inconnu s'il voulait bien accompagner le profane à la Loge. Habituellement, cela se passait pendant la nuit, en silence et plein d'attention, de sorte que les Frères servants pouvaient mettre le candidat dans le cabinet de réflexion et le laisser là, livré à ses méditations.

Dans cette petite chambre, tapissée de noir, que nous appelons chambre de réflexion, se trouve une table recouverte d'une toile noire, deux chaises également couvertes de noir, une faible lampe qui éclaire à peine, un crâne humain, un poignard, un bol rempli d'eau, une corde et un livre ouvert. Ce livre est ou bien la Bible, ou un autre livre exaltant. Quand il entre, la cloche sonne une heure--Est-ce que j'entends bien--Est-ce la cloche des morts qui sonne pour mes heures défuntes--Où sont-elles, dans l'océan sans fin de l'éternité ? Et peux-tu t'imaginer l'éternité, homme que tu es, et qui ne vis que grâce à la " bonne action" d'une seule minute ?

Après une demi-heure pendant laquelle le candidat a été laissé seul à ses pensées, le Frère Terrible ouvre la porte et lui tient les propos suivants : "Monsieur, je viens ici au nom du Respectable Grand Maître et de toute la Loge vous demander si c'est de votre propre volonté que vous désirez devenir membre de cette honorable société ?".

Question : "Avez-vous aussi réfléchi mûrement que vous allez rejoindre une assemblée qui doit être tenue pour sacrée et qui pourrait attenter à votre vie au cas où vous transgresseriez d'une façon significative ses objectifs ? Réponse : oui.

Je vous laisse encore du temps pour réfléchir sérieusement : examinez-vous bien pour savoir si vous êtes assez persévérant pour garder un secret d'une telle importance. Soyez patient, je reviendrai bientôt".

Après un quart d'heure, il revient avec les mots : "Avez-vous toujours la même volonté et êtes-vous toujours décidé de nous rejoindre ?". Réponse : oui. Alors, permettez-moi de vous poser les questions que nous avons coutume de poser lorsqu'il s'agit d'une réception, et je vous supplie d'y répondre avec la sincérité d'un honnête homme". Questions :

" Quel est votre nom?".

"Où êtes-vous né?".

"Quelle religion pratiquez-vous?".

"Quel est votre état?".

"Quel âge avez-vous?".

" Venez-vous ici par vaine curiosité, dans le but d'apprendre nos secrets

pour mieux les trahir après ?". "N'avez-vous jamais, dans vos affaires, entrepris quelque chose qui pourrait porter préjudice au nom d'un honnête homme ? Ne vous êtes-vous jamais attiré une mauvaise réputation à la suite de fréquentations nuisibles ?". "N'êtes-vous pas membre d'une autre association ou fraternité qui combat la nôtre ?". "N'êtes-vous pas impliqué dans quelque complot contre l'Etat ou son chef ?". "Souhaitez-vous vraiment d'être reçu et voulez-vous vous soumettre à tout ce qui sera entrepris avec vous ?". Réponse : oui.

Après cela, on le laisse se déshabiller, on lui prend ses métaux, on lui dénude le genou droit et la poitrine gauche, on lui met une pantoufle et un bandeau sur les yeux, on lui fait frapper trois fois à la porte et pendant qu'on répète les questions, on lui donne l'accès de la Loge.

Note : selon le système de Zinnendorf qui est actuellement appliqué la chambre de réflexion ne contient que le crâne sans les os en forme de croix (piraterie!) et la lumière d'une lampe. Quant aux questions qui sont posées au candidat, elles sont les mêmes sauf la question qui concerne le complot contre l'Etat, bien que cette question soit considérée comme la plus importante selon les décrets généraux de l'Obédience. Le déshabillage et ce qui suit sont également restés inchangés.

L'Ouverture de la Loge.

Le Maître en chaire frappe un coup sur l'autel et dit :

"Frères 1er et 2nd Surveillants, aidez-moi à ouvrir une Loge juste et parfaite". Aux autres Frères, il dit : " cela vous plaît-il ?".

Quand tous ont fait les signes d'approbation, il continue :

Question : "Frère 1er Surveillant, êtes-vous Maçon?".

Réponse : "Oui, VM, je le suis et j'en suis honoré, mes Frères et compagnons me reconnaissent comme tel".

Q. "Pourquoi êtes-vous devenu Maçon ?".

R. "Parce que j'étais dans les ténèbres et vivais dans l'inconscience, et je cherchais la lumière et la sagesse".

Q. "Quel est le premier devoir d'un Maçon?".

R. "S'assurer que les portes sont bien fermées et que tout est en bon ordre avant qu'on ne parle".

VM. "Faites votre devoir".

Le 1er Surveillant: "Les portes sont fermées, tout est en bon ordre, la Loge est en sûreté".

Q. "Dans quel but vous êtes-vous rendu ici?".

R. "Pour ne pas faire ma propre volonté, mais plutôt pour maîtriser mes passions et, comme le veulent nos propres lois, m'efforcer jour après jour afin d'obtenir une parfaite conduite de vie, qui soit digne et juste, et qui témoigne d'une religion et d'une éthique pures, ce qui est l'unique objectif et le but de notre honorable société".

Q. "Quelle heure est-il?".

R. "Midi plein".

VM. "Puisqu'il est midi plein, il est temps d'ouvrir la Loge. Faites-moi parvenir le signe, l'attouchement et le baiser de paix".

Après l'exécution de cet ordre, le VM frappe trois coups sur l'autel et dit : "Frère 1er Surveillant, la Loge des Apprentis est ouverte". Et il fait le signe d'apprenti. Quand les deux surveillants l'ont répété, le VM demande "si quelqu'un a quelque chose à proposer ?".

R. "VM, il y a un profane qui aspire à être reçu dans nos rangs".

Le VM demande aux Frères présents s'ils sont d'accord de le recevoir. Après avoir reçu le signe d'approbation, il le fait chercher par le Maître des Cérémonies.

La réception.

Dès que le Cherchant étranger a frappé trois coups en profane, le plus jeune Frère (auquel est attribuée la fonction de Tuileur) dit au 2nd Surveillant qu'on frappe à la porte d'une façon inhabituelle. Ce dernier en avertit le 1er Surveillant qui l'annonce au VM. Celui-ci répond qu'on doit voir qui pourrait être là.

Le jeune Frère ouvre la porte à moitié et demande " qui c'est qui frappe?". Le M de C répond " C'est un profane qui demande à voir la lumière". Cette réponse est répétée selon la coutume et parvient chez le VM qui lui fait poser les questions qui figurent à la page 95 concernant le cabinet de réflexion.

Après cela le VM ordonne de le faire entrer dans le temple.

Le Frère Garde ouvre soudainement et avec le fracas d'obligation les portes et c'est le 2nd Surveillant qui prend le profane sous sa garde après que le M de C l'ait quitté avec les mots " à partir de maintenant, je vous laisse à votre destin et je ne puis plus rien faire de bien pour vous".

Le second Surveillant lui donne un glaive dénudé (sic) qu'il doit prendre de la main gauche et en mettre la pointe sur le côté gauche de la poitrine. Le 2nd surveillant le prend de sa main gauche, tient le glaive de la main droite par la poignée, et guide

ainsi le candidat vers la place entre les deux surveillants, où le Cherchant doit se courber profondément pendant que le VM lui parle : " Que voulez-vous? Venez-vous ici par pure curiosité, pour apprendre plusieurs secrets et pour les trahir après ? Quelles sont vos capacités dans le domaine des sciences? Etes-vous instruit dans les sciences administratives? Connaissez-vous les devoirs de votre état? N'avez-vous jamais commis dans vos activités ou vos affaires quelque chose qui pourrait être nuisible à la réputation d'un honnête homme? N'êtes-vous pas membre d'une société ou d'une fraternité qui agit contre nous ? Avez-vous un réel désir d'être reçu par nous ? Et voulez-vous vous soumettre à tout ce qui sera entrepris avec vous? Réponse : oui.

Note : comme tout Frère assidu connaît les cérémonies qui sont exécutées dans les différentes Loges avec plus ou moins de variantes dans les us et coutumes et de déviations sans grande importance, il n'y a pas lieu de s'appesantir là-dessus et nous continuerons le rituel.

Les trois Voyages.

Le VM prononce les mots qui suivent : " Frère 2e surveillant, faites-lui faire son premier voyage à travers l'Air et la Terre. Du Soir par la Minuit vers le Matin et de là par le Midi vers l'Ouest. Quand le premier voyage est accompli, le VM dit au Cherchant : " Quelle opinion avez-vous de la religion ? N'êtes-vous pas impliqué dans des complots contre l'Etat ou son Chef ? N'avez-vous pas délibérément commis un meurtre ? Persistez-vous dans vos intentions ? Réponse : oui.

VM : " Faites faire le deuxième voyage à travers l'élément Eau, comme Persévérant.

Quand ce voyage est fait, le VM continue : "Maintenant vous avez accompli votre deuxième voyage, mais savez-vous bien que le troisième sera très difficile à mener à bonne fin ? Croyez-vous vraiment avoir le courage nécessaire pour endurer tout ce qui peut se passer ? Réfléchissez bien, car il vous faudra beaucoup de vaillance ! A quoi vous êtes-vous résolu ?

Alors, qu'il fasse son troisième voyage à travers l'élément Feu et ne l'épargnez nullement".

Quand le Souffrant a accompli ce voyage et a été ramené entre les deux surveillants, le VM lui dit " Vous avez vraiment accompli vos voyages et nous sommes complètement satisfaits du courage dont vous avez fait preuve. Seulement, cela ne nous suffit pas, et vous devez encore nous donner du sang de votre cœur. Frère Chirurgien, tirez-lui 7 ou 8 onces de sang".

Si le candidat est d'accord, il est conduit sur une chaise et on prépare tout pour lui faire croire à une saignée réelle. Le bras est seulement touché par une plume et avec une éponge on fait couler de l'eau chaude sur la veine et l'eau est recueillie dans un bassin. On lui applique un pansement sur la veine et on le guide à nouveau entre les deux surveillants où le VM lui parle en ces termes : "La persévérance dont vous avez fait preuve, tant dans les épreuves que vous avez voulu subir que dans votre complaisance à exécuter nos souhaits, nous a convaincus que vous n'êtes pas indigne d'être intégré dans notre société.

Seulement, avant de vous communiquer nos secrets sacrés, vous devez nous assurer de votre Fidélité et de votre Discrétion absolues, par la prestation d'un serment solennel. Frère 1er surveillant, guidez-le vers l'autel par les 7 petits et les 3 grands pas habituels ». C'est au 1er surveillant d'assurer la garde du Souffrant, qui le fait en lui donnant de sa main un coup fort sur l'épaule droite en le guidant à travers la loge dessinée vers l'autel, où le candidat a le genou droit sur l'équerre, deux doigts de sa main droite sur la Bible ouverte et il tient de sa main gauche la pointe d'un compas sur le cœur. Le VM lui fait répéter le serment pendant que les frères se sont groupés tête nue autour de lui et battent des mains pour souligner les passages les plus importants du serment.

La formule du Serment.

" En présence du Grand Architecte de l'Univers et de l'assemblée des membres de cette honorable société, moi, N.N., je promets que jamais je ne révèlerai ou ne mettrai en lumière les secrets ou le secret des Francs-Maçons si on me les divulguait, que je les cacherai et ne les découvrirai (à personne) sauf à un frère fidèle et juste, et après l'avoir profondément examiné, ou dans une loge honorable et parfaite de Frères et Compagnons. Je promets en outre de ne jamais les faire écrire, imprimer, dessiner, buriner, enterrer, de sorte qu'un signe visible ou une lettre- que ce soit sur bois ou sur pierre - puisse apparaître de manière irrégulière. Tout cela sous une peine qui ne sera pas moindre que d'avoir ma gorge tranchée, ma langue tirée du palais de ma bouche, mon cœur arraché du côté gauche de ma poitrine et enterré dans le sable de la mer éloigné d'une encablure de la côte, là où le flux et le reflux se succèdent deux fois en 24 heures, d'avoir mon corps brûlé en cendres, qui seront répandues sur la surface de la terre, de sorte qu'il ne resterait plus aucun souvenir de ma personne. Ainsi m'aide Dieu".

Après la prestation de serment, le VM frappe de son maillet les trois coups d'obligation sur la tête du compas que le candidat tient toujours contre sa poitrine et il est à nouveau conduit entre les deux surveillants où le VM lui demande : « Voulez-vous voir la lumière maintenant?".

A sa réponse oui, le bandeau est enlevé et tous les frères tirent leur épée et en dirigent la pointe vers la poitrine du néophyte à qui le VM s'adresse de la façon suivante : "Mon frère, ce glaive et l'épée de tous les autres frères sont prêts à vous percer le cœur si vous deviez vous rendre coupable d'une trahison contre cet Ordre respectable. Par contre, ils sont prêts aussi à vous défendre contre tous vos ennemis pourvu que vous remplissiez vos devoirs d'honnête homme".

Les frères rengainent leur épée et frappent une batterie.

Après cela, le néophyte est conduit hors du temple, où il se rhabille complètement (sauf son épée) qu'il recevra en loge des mains du VM. Quand il est prêt, on frappe à la porte du temple et le nouveau frère est conduit dans la loge.

Le VM fait venir à lui le nouveau Frère et lui parle ainsi:

"Mon Frère! La Loge a l'habitude de faire trois cadeaux : le tablier qui signifie l'innocence, une paire de gants d'homme pour vous prouver ou vous faire comprendre que nous ne salissons pas nos mains par des calomnies, et une paire de gants de femme pour témoigner de notre respect pour ce sexe. En les lui offrant, vous pouvez honorer la personne pour laquelle vous avez la plus haute estime".

D'autre part, il lui communique le Signe de la gorge, l'attouchement, le mot sacré, le mot de passe, sa place dans le temple; toute la connaissance dont il doit faire la preuve auprès des 1er et 2ème surveillants. Suit enfin l'explication du tableau d'apprenti par le Frère Orateur qui poursuivra avec un petit discours pour autant que le temps le permette, pour finir avec le catéchisme.

+ Tout ce qui a été dit se trouve dans le rituel du premier grade selon lequel il a été travaillé et qui a été accepté--vu la stricte observation es règles de l'Ordre-- comme base pour unifier les notions qui, ça et là, pourraient encore dévier. Tout le rituel avec ses cérémonies, usages, coutumes, discours, se trouve bien en place, et c'est pour cette raison que le catéchisme ne suit qu'après, pour que tout apparaisse clairement.

Fin du texte du rituel. ( Le texte de Baurnjöpel ne comporte ni consécration, ni catéchisme).

Commentaires

La comparaison des rituels pratiqués en Europe continentale au XVIIIe siècle est source de profondes satisfactions. Bien que la structure de base des rituels reste le plus souvent immuable, on assiste au fil du temps à une diversification remarquable et à une intégration, parfois contestable, d'apports multiples ou de suppressions intempestives. Il n'est pas possible, dans le cadre de cet article, de les commenter tous, et je me limiterai à un aspect particulièrement significatif qui se concrétise, en Autriche, dans les années 1782-1791 : celui des épreuves par les éléments infligées au récipiendaire lors de ses "voyages", épreuves qui se mueront en purifications, telles que nous les connaissons de nos jours dans certains rites.

Les éléments (Terre, Air, Eau, Feu) sont ceux de la cosmogonie classique provenant de l'Antiquité. Il s'agit de la division traditionnelle de la matière en quatre éléments constitutifs, "conception d'une rare banalité" dont André Doré (1986) estime toutefois que " leur origine hermétique est évidente".

Toujours selon P. Noël (1991), " Platon exposa cette théorie des éléments dans le Timée. Les chrétiens en reconnaissaient quatre, la Kabbale se contente des trois premiers, Martinez des trois derniers ( les Hindous ajoutent l'éther)…La Franc-Maçonnerie, devenue spéculative, ne serait plus que le réceptacle déchu qui conserve le souvenir des …purifications/épreuves".

Plutarque, pour sa part, mentionne cette théorie dans De Iside et Osiride, ch.36.

Avant d'aborder ce seul point précis tel qu'il apparaît dans le présent rituel (1784), et de le comparer avec l'évolution importante qu'il subit dans le livret de la "Flûte Magique" (1791), il n'est pas superflu de résumer très schématiquement l'article " Epreuves ou purifications ?".

* En 1730, "Masonry Dissected" de Prichard mentionne que le candidat effectuait un tour de la loge, afin de se présenter à l'assistance.

* En 1737, en France, le candidat fait trois tours, avant d'être amené vis-à-vis le Grand Maître. Il n'y a toujours ni éléments, ni épreuves, nu purifications.

* En 1767, les rituels dits " du Marquis de Gages" montrent le candidat conduit autour de la loge par le premier surveillant, sans qu'interviennent toujours ni éléments, ni purifications, bien que l'épreuve du feu figure au premier grade.

* A Lyon, les mêmes "voyages" sont conduits par le second surveillant, ce qui est annonciateur des pratiques du RER. Ces voyages sont qualifiés d'épreuves.

* Toutefois, un catéchisme de 1749 (Lille?) faisant partie du rituel de " Petit Ecossois Apprenti", comporte cette réponse : " J'ai été purifié par l'eau et le feu". C'est la plus ancienne mention de cette innovation, selon P. Noël.* Les hauts grades du rite dit "de Perfection" (Francken 1783) contiennent un 14° grade qui mentionne : "then the Mr of Ceremonies shows him the brazen sea in which he washes his hands". Cette purification par l'eau est destinée à montrer l'innocence du récipiendaire.

* Le grade de Maître de Loge, dès 1765, nous apprend que "j'ai été purifié de la tête aux pieds par le fer et par le feu".

Et l'auteur de cet article se demande si les " rites de purification" ne sont pas passés des hauts grades vers les grades bleus à cette époque.

* Les rituels dits "d'Avignon" (1776) publiés en 1983, révèlent sans équivoque la fonction purificatrice des épreuves. Au premier voyage : " qu'on lui fasse subir l'épreuve de l'eau en le plongeant dans la piscine pour le laver de ses souillures ". Au deuxième voyage : "qu'on lui fasse subir l'épreuve du feu en le faisant passer par les flammes pour le purifier".

* En 1786, le GO de France prévoit la purification par l'eau au deuxième voyage et la purification par le feu au troisième voyage, les flammes constituant le complément de la purification par l'eau.

* Les trois éléments (feu, eau, terre) n'apparaissent que tardivement au RER, soit vers 1786-1787, mais avec une signification très particulière à ce rite, sans rapport, une fois de plus, avec ce que l'on trouve dans d'autres rites.

* Le Guide du Maçon Ecossais (REAA vers 1815-1820) fait passer le récipiendaire par les flammes purificatrices au troisième voyage. Les deux premiers sont exempts de purification.

* Enfin, au XIXe siècle, et Clavel s'en fait l'écho en 1843, les pratiques nouvelles sont formalisées sans équivoque : " Profane, dit le VM, vos voyages sont heureusement terminés; vous avez été purifié par la terre, l'air, l'eau et le feu".

Cette longue citation, fortement abrégée mais combien précieuse, nous ramène au rituel vécu par Mozart, mais aussi au livret de la Flûte Magique, en son acte 2, scène 7.

Le rituel existait sans contestation en 1784. La Flûte Magique fut écrite 1791. Entre ces deux dates, il se passe quelque chose à Vienne, ou à Prague qui sait, car les contacts de Mozart avec les milieux maçonniques de cette ville devinrent plus étroits et plus cordiaux qu'avec son public un peu versatile de Vienne. A part le fidèle van Swieten, qui n'était pas maçon, nul ne souscrivait plus à ses concerts....

Les purifications rituelles.

Le musicologue Autexier écrit que : " ces rituels, à l'exception de ceux de l'adoption et de Wilhelmsbad, font d'une manière ou d'une autre référence aux épreuves élémentaires à propos des voyages dans le temple lors de la réception au premier grade. Le plus explicite est celui de la Stricte Observance". Le choix de l'expression "épreuves élémentaires" constitue une regrettable confusion de langage, qui sous entend chez son auteur la notion de « purification par les éléments », telle qu'il la trouve dans le livret de la Flûte cité supra.Le rituel rectifié de Wilhelmsbad (1782) ne fait, en effet, aucune référence aux éléments. Mais trois de ces éléments apparaissent dans le rituel commencé en 1785 et achevé en 1787-1788, utilisé de nos jours par les loges rectifiées régulières belges. La rencontre du candidat avec les "essences spiritueuses" est toute particulière et ne relève ni des épreuves, ni de la purification ; elle n'est propre qu'à ce rite, puisqu'elle relève exclusivement de la cosmologie de Martinez de Pasqually.

Quant à la Stricte Observance, le Convent de Wilhelmsbad lui porta une telle estocade qu'elle ne s'en remit jamais et se trouva réduite à quelques rares îlots de résistance avec, semble-t-il, une résurgence plus tardive à Prague. Dès 1783, l'Ordre périclite sérieusement ; il n'en restera rien au début du XIXe siècle. Le rituel français (les versions française et allemande étaient identiques) de la Stricte Observance, daté de 1778, ignore le mot épreuve de même que celui de purification.

Le même musicologue affirme que " la notion de purification par les éléments existe dans les rituels et les discours maçonniques en Allemagne, bien avant la rédaction du livret de Die Zauberflöte ". Ceci est possible, mais ne concerne pas la Grande Loge Provinciale d'Autriche, qui, si elle avait bien reçu ses rituels de Berlin avant 1781, avait cessé toutes relations avec la Grosse Landesloge de Berlin depuis mars 1781. Autexier n'attache aucune importance à ceci et affecte de mélanger les deux. Il écrit : " La question compte peu, au surplus, de savoir si les quatre éléments sont là pour effrayer le récipiendaire ou pour le purifier".

La question, au contraire, compte beaucoup !

La notion d'épreuve effrayante est traditionnelle dans les rituels maçonniques français, dès 1760 semble-t-il. Il s'agit de surmonter des obstacles et de vaincre des difficultés au cours des voyages conduisant, via le tableau ou tapis de loge, vers l'autel d'Orient. " On jette de la poix raisinne devant lui sur la flamme d'un flambeau ce qui fait une grande lumière et ce pour éprouver sa fermeté". Cette "cérémonie" s'apparente, dans son esprit, aux embûches (méritoires) qui affectent la conquête de la Toison d'or, les voyages d'Ulysse, la quête du Graal. Bref, la recherche contrariée de "quelque chose de précieux qui a été perdu, qui demeure caché et qui doit être conquis avec courage", thème récurrent en maçonnerie.

La notion de purification est d’une nature bien différente. Le travail du maillet et du ciseau dégrossissant la pierre brute ne suffit plus. Il s'agit dès lors de laver le récipiendaire de ses souillures, d'une tache, d'un péché, à la façon soit de quelque sacrement (baptême, confession, extrême onction), soit de quelque processus d'affinage destiné à le débarrasser de ses impuretés, de ses scories, processus inspiré de la " science alchimique", fort en vogue bien avant 1784 et qui faisait des ravages en particulier dans l’aristocratie allemande du temps.

On voit bien que, si les épreuves relèvent de la tradition maçonnique ( les "tours" des Anglais, les " voyages" des Français), les purifications constituent une intrusion, ( d'aucuns diront un enrichissement ?) à caractère surnaturel ou alchimique, dans le déroulement d'un processus précédemment d'une grande ingénuité et d'un symbolisme immédiatement perceptible et sans réelle sophistication.

La réception qui, jusqu'alors, véhiculait un "message" exclusivement symbolique, devient alors "initiation" par l'adoption d'un mode de pensée magique. La question soulevée à cette époque par l'écart constaté notamment entre le rituel mozartien (1784) et le livret de la Flûte Magique (1791) est donc, contrairement aux allégations d'Autexier et de quelques autres, d'une importance considérable dans l'histoire du développement des rituels. Elle pose la question (controversée) du caractère symbolique ou du caractère magique de l'initiation maçonnique. Un rideau de plomb va tomber bientôt sur la maçonnerie autrichienne, et ce pour de très nombreuses années. En revanche, un somptueux rideau de velours cramoisi s'est levé sur la Flûte Magique et ses épreuves purificatrices, opéra qui va connaître une notoriété extraordinaire dans toute l'Europe du XVIIIe siècle finissant et du XIXe siècle, pour se manifester encore avec une vigueur sans faille de nos jours.

Il révèlera, à des dizaines de milliers de spectateurs émerveillés, les mystères des « épreuves purificatrices par les éléments », en les présentant comme les préliminaires obligés de toute « initiation » maçonnique. Ce que l’on me permettra de déplorer.

Ces purifications se retrouveront dès lors dans tous les rites maçonniques, à l'exception de certains, tels le Rite Français et le Rite Ecossais Rectifié, qui resteront heureusement imperméables à ce type d'influence.

Le XIXe siècle se chargera de répandre largement ces épreuves dans les loges européennes, ainsi que bien d'autres innovations empruntées désormais à l'Orient, aux mythes, aux religions, aux civilisations, aux "sciences" dites occultes désormais largement vulgarisés. Les temples "égyptiens" vont fleurir, et leur décoration permanente remplacer le petit tapis crayonné et éphémère des débuts artisanaux de la maçonnerie. Mais ceci est la fin incohérente d'un âge d'or, et le début d'une (tout) autre histoire…

Remerciements

Je tiens à remercier mes bons amis Harald Strebel, de Embrach, Suisse, auteur de l'ouvrage le plus complet et le plus scientifique sur Mozart Franc-Maçon, dont les précieuses indications m'ont cette fois mis en contact avec le "vrai" rituel, ainsi que Paul Moorkens, de Wemmel, Belgique dont les connaissances linguistiques et la connaissance de la Maçonnerie allemande m'ont été d'un grand secours.

Source : www.hiram33.i.h.f.uniblog.fr

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L'acacia m'est connu

18 Décembre 2014 Publié dans #Planches

- Etes-vous Franc-Maçon ?
- Mes frères me reconnaissent comme tel.
- Etes-vous compagnon ?
- J'ai vu l'Etoile Flamboyante.
- Seriez-vous Maître ?
- L'acacia m'est connu.

Ces trois réponses indiquent un passage progressif du franc-maçon, de la passivité vers la responsabilité.

Dans sa première réponse, " mes frères me reconnaissent comme tel ", l'apprenti maçon ne prend aucune responsabilité : ce n'est pas lui qui déclare qu'il est maçon, mais ce sont ses frères qui le reconnaissent comme tel. Il parle au nom des autres frères qui le reconnaissent comme tel. D'ailleurs, étant donné qu'il n'a pas droit à la parole, il ne peut donner une autre réponse.

Dans sa deuxième réponse, " j'ai vu l'étoile flamboyante ", le compagnon maçon est toujours passif, mais cette fois-ci il se place en tant que " chercheur " comme un voyageur qui trouverait son chemin en scrutant les étoiles la nuit. Le compagnon maçon, en déclarant " j'ai vu l'étoile flamboyante " indique qu'il est en train de frayer son chemin à travers les ténèbres afin d'aboutir à la lumière. Mais il n'est toujours pas maître de son voyage. Il doit suivre un guide qui lui montre le chemin. Il ne peut voyager si il n'a pas vu l'Etoile Flamboyante.

Dans sa troisième réponse, " l'acacia m'est connu ", le maître maçon se place en tant que connaisseur. Il déclare connaître l'acacia.

Est-il arrivé au bout de son chemin ? Non. Mais cette fois-ci il possède suffisamment d'éléments afin de décider de la direction à prendre. L'acacia sera pour lui plus qu'une étoile qui montre le chemin. Grâce à l'acacia, il trouvera l'endroit où gît maître Hiram même si il n'y a aucun chemin qui y mène, puisque cet endroit est enfoui dans la terre. Grâce à l'acacia il sera capable de " déterrer " du fond des abîmes, de l'obscurité totale, Maître Hiram, c'est à dire la connaissance, et de lui redonner la vie.
L'acacia m'est connu.

Dans la bible, le mot Daath signifie Connaissance ou Savoir. Mais le langage biblique utilise également ce mot lorsqu'il veut nous raconter l'union d'un homme avec une femme. Les mots " Hou yada otah " dans la bible veulent dire " Il l'a connue ", et cela signifie que l'homme s'est accouplé avec la femme. Il l'a connue, c'est à dire qu'il s'est uni à elle, à un degré total et parfait, de manière à ce qu'elle n'ait plus aucun secret pour lui, de manière à ce que lui et elle ne fassent qu'un.

La connaissance élimine au fur et à mesure les secrets et " déterre " le maître maçon de son ignorance, des ténèbres, et lui donne la vie, comme lors d'un accouplement.
L'acacia est connu au maître maçon. Celui-ci est uni au symbole, et c'est cette union qui lui donne la force de prendre en main son propre destin, sa propre vie.

L'acacia a été choisi comme étant un symbole idéal pour la maîtrise. Son importance est d'autant plus grande qu'il s'agit de toutes les maîtrises : maîtrise du travail, maîtrise de la recherche, maîtrise du savoir, et le plus important de toutes les maîtrises : maîtrise de soi.

Il y a environ trois mille ans, l'arche de l'alliance, construit dans le désert, par les hébreux, était faite du bois d'acacia plaqué or. Bois à l'intérieur, or à l'extérieur. Pas n'importe quel bois, et pas n'importe quel métal. Les initiés avaient déjà compris que ce bois portait en lui des vertus " sacrés ". Si les détails des matériaux composants cette arche sont bien soignés et jamais laissés au hasard, il en va de même pour les exécutants. C'est un nommé Betsalel qui reçut de Moïse l'instruction pour réaliser cette arche. Betsal-el signifie en hébreu " à l'ombre de Dieu ". Comme son nom l'indique, il s'agit d'un homme qui marche " à l'ombre de Dieu ", et c'est lui qui maniera les matériaux comme l'acacia et l'or.

Dans notre rituel maçonnique une branche d'acacia est placée sur le drap du récipiendaire pour nous rappeler celle qui fut plantée sur la tombe d'Hiram. L'acacia accompagne le sage dans son dernier voyage. Plus tard, la couronne d'épine du christ serait tressée d'épines d'acacia. Là aussi, l'acacia accompagne un prophète dans son dernier voyage. A l'observation de ces événements on voit que cet arbre a un destin particulier : il est destiné à lier l'homme et la divinité, à être un pont entre le matériel et l'immatériel. L'acacia, cet arbuste au bois dur et imputrescible, aux épines redoutables, devient un symbole de renaissance et d'immortalité. C'est par la branche d'acacia que l'on va trouver l'emplacement du corps d'Hiram et se perpétuera ainsi la tradition maçonnique.

C'est aussi un symbole solaire, car les rayons de la couronne d'épines sont ceux d'un soleil.
Parce qu'il perpétue la vie, parce qu'il donne la vie, parce qu'il répand la lumière du soleil, l'acacia rejoint l'idée de l'initiation et de la connaissance.

L'acacia est tellement puissant qu'il s'impose tout seul aux événements et aux personnes.

Remarquons que après avoir assassiné et enterré Hiram, c'est l'assassin lui-même qui va planter une branche d'acacia sur la tombe pour camoufler l'endroit, sans savoir que par ce geste il facilite déjà les recherches à venir. Plus tard, lorsque le frère maître qui est à la recherche du Maître Hiram, tombant de fatigue, va s'accrocher à une branche d'acacia, sans savoir lui aussi que c'est par cette branche que les recherches vont aboutir.
Dans cette légende, l'acacia passe de la main d'un coupable, à la main d'un innocent. Et entre les deux, il accompagne Hiram dans son dernier voyage.

Certaines sociétés religieuses de nos jours utilisent également l'acacia comme étant un support divin pour des rituels en Afrique et en Inde.

Dans l'antiquité l'acacia n'est pas utilisé seulement par les hébreux mais aussi par les égyptiens. Pour ces derniers l'acacia est un arbre sacré. Chez les tribus arabes l'acacia est devenu une idole. On le nomme " le rameau des initiés ". les égyptiens et les arabes ont fait de l'acacia un emblème solaire car ses feuilles rappellent le lotus de l'héliotrope qui s'ouvrent aux rayons du soleil levant et qui se ferment lorsque le soleil disparaît à l'horizon. L'acacia est, d'une certaine manière, l'incarnation du soleil sur la terre.

Il est donc la représentation de la vie éternelle. L'arche de l'alliance ne peut être éternelle que si elle est faite de matériaux nobles comme l'or et comme l'acacia. C'est grâce à ce bois, représentant la vie éternelle que le corps d'Hiram est découvert, et le maître maçon rejoint ainsi la vie, à travers le rituel.

Je peux, à ce stade, poser la question suivante :

- Parmi tous les arbres possédants aussi des vertus sacrés, comme le saule des chaldéens, le lotus des égyptiens, le myrte des grecs et le chêne des druides, pourquoi seul l'acacia s'est imposé à la franc-maçonnerie ?
Ce symbole est encore étranger à la maçonnerie opérative. L'acacia est né avec la maçonnerie spéculative. A l'examen de l'histoire de la franc-maçonnerie, il apparaît que c'est à l 'époque de l'établissement des obédiences et de la fixation des règles spéculatives qu'apparaît l'acacia en Europe.

Par rapport aux autres arbres, qui ont une certaine place, ou une certaine importance à un moment donné de l'histoire, l'acacia bénéficie d'une continuité. Arbre sacré chez les égyptiens, l'essence même de l'arche sainte de l'alliance, les épines de la couronne du Christ. Sa place est indiquée tout naturellement auprès d'un cercueil ou d'un tombeau. En plus de cette présence permanente à travers les âges, l'acacia est aussi symbole de l'innocence. Au début de la maçonnerie spéculative les loges s'intitulent :

" Lieu très éclairé, asile de la vertu où règnent la paix, l'innocence et l'égalité ".

C'est donc tout naturellement que l'acacia trouve sa place dans la maçonnerie en tant que arbre sacré.
Que se passe-t-il lorsque je déclare " l'acacia m'est connu " ?

En choisissant un symbole fort comme l'acacia, la maçonnerie fait prendre conscience à ses membres qu'ils se trouvent en possession d'un matériau sacré. La formule " l'acacia m'est connu " ne signifie pas seulement que celui qui le dit est devenu maître. Cette déclaration va bien au delà du degré maçonnique. En prononçant ces mots, le maître maçon se relie, par l'intermédiaire de ce symbole, à des milliers d'années d'histoire à travers le monde. Il prend connaissance de la puissance de l'arche de l'alliance, il s'associe à la souffrance du christ, et il donne la vie à Hiram.
En choisissant l'acacia comme symbole, la maçonnerie relie le maître maçon d'aujourd'hui à l'histoire biblique, d'une part, et à la légende maçonnique d'autre part.

Comme l'acacia qui fait le pont entre l'homme et le divin, la matière et l'esprit ; possesseur d'acacia, le maître maçon est ainsi relié à l'univers.

Source : www.ledifice.net

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L’Arche Sainte ou le guide du Franc-maçon (Extraits) 1851

16 Décembre 2014 Publié dans #Planches

TROISIÈME GRADE, OU GRADE DE MAITRE.

En 1649, le système de réformation maçonnique dont nous avons déjà parlé, fut complété, dit-on, par la création du grade de maître. Comme cette époque est précisément celle de la mort tragique de Charles Ier, on pense que le drame d'Hiram fut composé par les partisans des Stuarts pour consacrer la mémoire du roi malheureux. On peut combattre cette assertion par ce fait. que la commémoration dont il s'agit, peut aussi bien s'appliquer aux grades de Maître secret, d'Elu parfait, etc., qu'à celui de la maîtrise.D'autres écrivains ont cru voir dans l'allégorie d'Hiram la mort de Jacques Molay. Nous retrouverons la commémoration plus frappante de cette fin terrible dans les grades d'Elus. Quoiqu'il en soit, nous préférons voir dans la figure d'Hiram la personnification de Bouddha, d'Osiris, etc., et dans le mythe, la continuation des anciens mystères. Nous avons à la fin du deuxième chapitre de ce livre, démontré l'analogie frappante qui existe entre le héros de la franc-maçonnerie et ceux de la mythologie antique. Nous allons maintenant retracer le canevas historique sur lequel on a composé le drame du MAITRE.

Salomon, au moment d'élever son temple fameux, demanda à Hiram, roi de Tyr, des bois du Liban et un architecte habile pour diriger les travaux de l'édifice. Le roi lui envoya un ouvrier habile portant le même nom que lui. Cet ouvrier, doué d'une grande activité, d'un mérite incontestable, présida à l'exécution de toutes les parties des travaux, avec un art et une science qui lui créèrent des jaloux, parmi les autres ouvriers employés à la construction du temple. Trois d'entre eux formèrent le criminel projet de l'assassiner pour le remplacer.

Un jour, ils se placèrent chacun à l'une des portes du temple pour attendre le maitre. Celui-ci se présenta à la porte de l'orient. L'un des assassins lui demanda la parole sacrée. Il refusa de la donner, et il fut frappé d'un coup de maillet. Hiram s'enfuit. Son assassin le poursuivit jusqu'à la porte du midi, où veillait le deuxième mauvais compagnon qui lui porta un nouveau coup. Hiram se traîna jusqu'à la porte de l'occident, où le troisième mauvais compagnon le renversa en lui portant un dernier coup de maillet sur la tête. Les trois criminels jetèrent alors un voile noir sur la partie supérieure du cadavre qu'ils transportèrent dans un lieu écarté, creusèrent à la hâte une*fosse où ils le jetèrent; ils recouvrirent la fosse avec des feuilles, et y plantèrent une branche d'acacia pour montrer l'endroit.

Le lendemain, les ouvriers attendirent inutilement Hiram. Pleins d'inquiétude, ils allèrent de tous côtés à sa recherche. Ils l'appelaient de son nom, et les échos seuls leur répondaient.

Les assassins n'étaient pas les moins tristes et les moins empressés. Les ouvriers désignèrent neuf d'entre eux pour continuer les recherches que l'intempérie de la saison rendait encore plus difficiles. Pendant ce temps-là, les trois mauvais compagnons s'étaient offerts pour continuer les travaux. Ils furent accueillis par les uns et repoussés par les antres. Bientôt l'anarchie succéda à l'activité, à l'ordre, et ce fut alors que l'absence d'Hiram, ce grand génie, ce maître parfait, se fit plus vivement sentir parmi eux.

Cependant les neuf compagnons étant arrivés dans le lieu où Hiram avait été inhumé, ils soulevèrent la branche d'acacia qui n'avait point de racines. C'est là qu'il repose, s'écrièrent-ils ! Ils enlevèrent la branche, écartèrent les feuilles et aperçurent le corps de leur maître. L'un d'eux essaya de le soulever en le prenant par un bras. Le bras glissa de sa main, et il crut qu'il s'était détaché du corps. Il s'écria : Mak Benac... « La chair quitte les os ! »

Hiram n'était point mort; il avait survécu à ses blessures. En entendant ses fidèles compagnons, il se leva radieux et leur dit : Ne pleurez plus, vous m'avez retrouvé! Il se dirigea au milieu d'eux vers le temple où tous les ouvriers l'accueillirent par des cris de joie. Ils le couvrirent de fleurs et lui jurèrent une fidélité inaltérable. Hiram leur promit que, sous ses ordres, le temple s'achèverait. Ils battirent des mains en signe d'allégresse.

Telle est l'allégorie aussi simple que touchante de notre maître Hiram. Il est le symbole incarné de la science, de la vertu, de l'amour fraternel; comme ses trois assassins sont la personnification des trois vices principaux qui corrompent les hommes : l'ambition, l'égoïsme et la duplicité. Il représente le principe du bien, et les trois mauvais compagnons le principe du mal.

Le grade de maître bien compris, bien exécuté, doit produire un effet saisissant, non seulement sur l'assistance, mais encore sur le récipiendaire. Chacun peut se pénétrer de ces mots que l'initié aux grands mystères d'Isis lisait à la fin de ses épreuves, mois conservés dans un grade et inscrits sur le sarcophage d'Hiram : « Quiconque aura pu vaincre la frayeur de la mort, ayant son âme préparée à recevoir la lumière, pourra sortir du sein de la terre et être admis à la révélation des grands mystères. »

Le rituel ancien était incomplet; c'était une espèce de canevas que ses auteurs avaient remis aux loges, dans la pensée que leurs vénérables sauraient le remplir convenablement. Malheureusement la plupart des officiers chargés de conférer le grade, lisaient bien ou mal, et suivaient aussi ponctuellement que possible le cahier ouvert sous leurs yeux. Il n'y avait donc et ne pouvait y avoir ni attrait, ni émotion. On assistait à cette cérémonie par obligation, et le récipiendaire, pour se décorer du cordon bleu et payer son titre. Un F.-, vint qui voulut corriger ce mal et qui dépassa son but. De l'allégorie d'Hiram, il fit un drame de théâtre. Il parla aux yeux et non au cœur ; il fatigua l'oreille par des discours emphatiques, et ne produisit qu'un résultat négatif. Le grade de maître est donc à créer, ou du moins à réformer. II faut espérer que quelque F. •. entreprendra bientôt cette tâche et la mènera à bonne fin.

QUATRIÈME GRADE, OU MAITRE SECRET.

Nous avons considéré le grade de Maître comme un épisode dramatique de la vie humaine ; Hiram, comme le symbole du bon principe, et les trois mauvais compagnons, comme les représentants du principe du mal. Au quatrième degré, l'action continue et se développe lentement sous le voile de l'allégorie.

La scène représente le sanctuaire, ou le saint des saints. C'est dans ce lieu sacré, séparé de la nef par une baluslrade dont les lévites avaient seuls la clé, qu'était placé le tombeau d'Hiram, élevé par Salomon. Sous la voûte du temple, est un G radieux, entouré des attributs de la divinité. Au premier abord, on est tente de voir dans le sanctuaire du temple consacré aux mânes d'Hiram , le symbole des plus secrets mystères de la science théogonique, mystères auxquels les lévites seuls étaient initiés. Mais le F.°.Vassal , dans son Cours complet de Maçonnerie, y voit de plus hauts enseignements.

« Le sanctuaire du temple, dit-il, représente la conscience de l'homme ; c'est la partie la plus concentrée de son être ; elle peut seule concevoir la grandeur et l'immensité de Dieu. La balustrade représente la raison qui préserve la conscience des funestes effets des préjugés vulgaires et fanatiques. La clé du sanctuaire, est le symbole de l'intelligence, qui, en éclairant la conscience, permet à l'homme d'arriver jusqu'à la vérité, qu'il concentre en lui-même dès qu'il en a la conviction la plus intime ; d'où il résulte que la conscience, figurée parle sanctuaire, est, comme le saint des saints, un asile sacré où personne n'a le droit de pénétrer.

» La lettre G qui orne la voûte du temple, signifie Gloire, Grandeur, etc. »

L'institution de ce grade est attribuée à Salomon , qui fut initié aux grands mystères grecs, où il puisa les connaissances philosophiques qu'il allia plus tard aux sciences morales et religieuses des Hébreux.

Les adeptes qui ont vu dans Hiram la personnification de Jacques Molay, et dans le grade de maître, la commémoration de sa mort, retrouvent au quatrième degré la continuation de l'allégorie. Le tombeau renfermé dans le sanctuaire, est celui du grand-maître, etc.
CINQUIÈME GRADE, OU MAITRE PARFAIT.

Ce grade est si étroitement lié à celui qui précède, que l'on peut croire qu'ils furent les deux parties d'un même tout.

Le tombeau que Salomon avait fait élever dans le saint des saints, en l'honneur d'Hiram, fut ensuite transporté dans une autre partie du temple où se tenait le conseil privé du roi. Ce conseil, qui s'appelait Chapitre, était composé de trois membres, c'est-à-dire d'Hiram II, roi de Tyr, de Salomon et d'Hiram, architecte du temple. A la mort de ce dernier, le chapitre fut réduit à deux membres, et ce sont précisément ces deux personnages qui figurent au cinquième grade.

Lors de la translation dont nous venons de parler, les auteurs de l'obélisque, qui étaient tous des architectes distingués par leurs talents et leur mérite, furent admis au Chapitre, et ce fut dans ce conseil où se traitaient les plus hautes questions religieuses, philosophiques et législatives, que l'on pensa à venger la mort du maître, c'est-à-dire à rechercher ses assassins pour les livrer à la vengeance. Comme on le voit, la pensée qui a présidé à la création des grades d'Elus, commence à se dévoiler, et ceux qui ont reconnu dans Hiram l'ombre de Jacques Molay, pourront facilement justifier leur système. Mais, si nous ressaisissons le fil du sens mystique attaché au nom d'Hiram, nous arriverons à la découverte de la pensée morale que renferme le cinquième grade.

Nous avons dit qu'Hiram représente le génie du bien, et les trois mauvais compagnons le génie du mal; que dès lors, le tombeau d'Hiram doit être considéré comme la dernière limite posée entre le monde physique et le monde spirituel, comme une espèce de tabernacle où repose la table de la loi vivante. En continuant l'interprétation, dans le sens mystique, des symboles et des allégories qui composent le quatrième et le cinquième grade, la nef et le sanctuaire du temple, qui sont séparés par une balustrade, représenteront, le premier, le grand espace qu'occupe la foule, dont les connaissances sont circonscrites dans le cours de la vie matérielle, et le second, ou le saint des saints destiné aux lévites, le monde intellectuel réservé à un petit nombre d'élus. La translation du tombeau d'Hiram par les Maîtres parfaits, ou hommes d'intelligence, de cœur et de savoir, dans un lieu retiré, signifiera qu'il ne faut exposer, aux yeux de la foule, les hautes vérités théogoniques, philosophiques et sociales, qu'au fur et à mesure qu'elles peuvent être comprises. L'admission au conseil privé du roi des maîtres parfaits, représentera la marche du progrès. Les recherches auxquelles va se livrer le conseil pour découvrir les assassins d’Hiram , symboliseront les travaux des hommes d'intelligence et de génie, dont le résultat est l'émancipation de l'esprit.

Tel est, selon nous, le véritable sens que l'on doit donner aux symboles et aux allégories du quatrième et du cinquième grade, considérés comme institutions maçonniques. Mais, s'il faut les apprécier d'après la signification que les Templiers leur ont donnée, nous devons nous réjouir de les voir abandonnés. Nous en expliquerons les motifs au grade d’Elu.

SIXIÈME GRADE, OU SECRÉTAIRE INTIME.

Ce grade est comme une scène isolée, ou comme un épisode au milieu de l'action, qui semble relier plus ou moins étroitement entre eux les degrés symboliques. Il nous suffira de citer brièvement l'histoire étrange qui sert de base à ce grade, pour prouver son inutilité actuelle.

Le royaume que David avait conquis par la fronde, s'était bien augmenté en puissance et en richesses, lorsque la séduisante Abisaag fut donnée au saint roi pour réchauffer ses vieux ans. Cependant, de même que le prophète Nathan, qui n'avait pas trouvé les mains royales du vieillard assez pures pour élever un temple au Seigneur, Salomon ne jugea pas les trésors de son père suffisants pour entreprendre l'édification du temple. Il eut donc recours, comme nous l'avons dit, à Hiram, roi de Tyr, qui lui envoya de l'or, des cèdres et un architecte. En échange de cette libéralité, Salomon s'engagea secrètement à céder au roi de Tyr, après la construction du temple, plusieurs villes de son royaume. Lorsque le temps fut venu de prendre possession de ces villes, Hiram alla les visiter. Mais il les trouva dans un tel état de délabrement et de misère, qu'il pensa avoir été dupe de sa confiance au roi renommé par sa sagesse. Cédant à un sentiment de colère, il partit soudain pour Jérusalem, entra incognito dans le palais de Salomon, et pénétra jusque dans son cabinet secret sans avoir été vu de personne. Jocaber, secrétaire intime de Salomon, ayant entendu un grand bruit, et craignant pour les jours de son maître, ouvrit la porte du cabinet. Hiram, outré de cet acte d'indiscrétion, tira son épée pour en frapper Jocaber, mais Salomon arrêta la main homicide.

Des écrivains ont considéré ce grade sous divers point de vue, dans l'espoir de satisfaire leur exigence et leur amour-propre d'initiés. Mais leurs recherches et leurs interprétations ont été vaines. Ils n'ont pu trouver à l'histoire allégorique de ce grade d'autre but que celui de faire connaître au récipiendaire les dangers de la curiosité. Peut-être a-t-elle rapport aux accusateurs des Templiers, et représente-t-elle quelques faits particuliers qui nous sont inconnus. Dans tous les cas, considéré au point de vue maçonnique, ce grade est d'une nullité complète.
NEUVIÈME GRADE , OU MAITRE ÉLU DES NEUF.

La troisième série des grades maçonniques est composée du Maître Elu des neuf, du Maître Elu des quinze et du Sublime Chevalier Elu. Ils reposent sur le même fond, c'est-à-dire, sur une fable absurde.

L'idée qui a servi de base à ces trois grades était anti-maçonnique. Elle n'a pu sortir que du cerveau vindicatif d'un sectaire. Greffée sur la souche maçonnique, elle a produit des fruits bien amers pour notre institution. Depuis plus d'un demi-siècle, ses ennemis se sont servis des grades d'élus comme d'une arme terrible, dont ils lui ont porté des coups meurtriers. Lisez Barruel, Cadet - Gassicourt, Lefranc et les journaux soudoyés par la société de Jésus; toutes les calomnies dirigées contre notre institution, ont leur source dans les grades templiers. Les mots de vengeance et de mort qu'ils renferment, ont été diversement interprétés, et ont prêté matière à toutes sortes d'imputations.

Eh ! pourquoi conserver ces grades, nous dira-t-on ? Voilà précisément la question à résoudre.

Les maçons, pas plus que les autres membres de la société profane, n'ont embrassé la cause des Chevaliers du temple.

Ces derniers, à certaines époques, ont pu demander secours et protection à la franc-maçonnerie et s'abriter sous son toit; ils ont pu, dans le calme de la sécurité et dans l'ardeur de leur désir de refaire leur position perdue, créer des grades en rapport avec la situation de leur esprit, et vouloir en doter la franc - maçonnerie ; mais jamais celle-ci n'a dû les admettre comme complément de son existence. Seulement quelques adeptes peu orthodoxes, dans certains pays se sont revêtus, sans trop savoir pourquoi, du cordon à poignard, et cela surtout lorsque des réformateurs ont eu donné aux grades dont il s'agit une signification toute morale.

Du reste, nous espérons qu'un simple résumé de la fable sur laquelle repose ces grades, suffira pour attirer sur eux la désapprobation de ceux de nos frères qui n'ont point vieilli dans la routine, et qui se laissent toujours guider par le flambeau de la raison.

Nous avons vu, au grade de Maître parfait, que Salomon fit élever à Hiram un tombeau qui fut placé dans une salle séparée du temple, appelée Chapitre. Ce fut dans ce lieu que Salomon tint désormais ses conseils secrets. Or, au grade d'Elu des Neuf, Salomon préside son conseil, lorsqu'Hiram, roi deTyr, se présente sur les marches du trône pour demander vengeance de la mort de l'architecte du temple. Le président attend l'avis de l'assemblée qu'il a consultée, lorsqu'un grand bruit se fait entendre. Un inconnu est arrivé clandestinement jusqu'à la porte du Chapitre, où il veut pénétrer, malgré les gardes, pour faire une confidence à Salomon. Ce dernier, qui, dans le septième grade, donnait une leçon de sagesse et de modération au roi de Tyr, en arrêtant sa main homicide, s'oublie à son tour. N'écoutant que sa colère, il ordonne à ses gardes de sacrifier sur-le-champ aux mânes d'Hiram, l'intrus qui a voulu surprendre les secrets du conseil. Mais le roi de Tyr, qui est maintenant le plus sage, émet l'avis qu'au lieu de livrer cet inconnu à la mort, on le fasse introduire dans le Chapitre, les mains liées, les yeux couverts d'un bandeau, et qu'il soit entendu. Cette proposition est adoptée, et l'inconnu paraît devant le conseil.

Salomon lui demande quels sont les motifs de sa démarche. Il répond qu'il a découvert la demeure de l'un des meurtriers d'Hiram, et qu'il vient la faire connaître au roi.

Salomon, après avoir consulté le Chapitre sur les mesures à prendre dans cette circonstance, met dans une urne les noms des membres qui le composent, et les neuf premiers élus par le sort, sont envoyés au lieu indiqué par l'inconnu pour s'emparer de la personne du meurtrier.

Jocaber, — Joaben, suivant le rite français,— secrétaire intime de Salomon, est nommé chef de l'expédition. Elle sort de Jérusalem pendant la nuit, marche au milieu des ténèbres par des chemins inconnus et difficiles jusqu'aux environs de Joppé, où elle arrive avant l'aurore. Jocaber, impatient et sans doute guidé par un génie vengeur, devance ses compagnons, s'enfonce dans les ravins, au milieu d'énormes rochers et d'affreux précipices. Il brave héroïquement tous les obstacles de la nature, et échappe, comme par miracle, à mille périls. Enfin, il aperçoit, — probablement à la clarté d'une étoile miraculeuse, — au fond d'un précipice, un chien qui se désaltère à une source d'eau vive. L'animal se tait et disparaît derrière un buisson, d'où s'échappent quelques rayons de lumière. Jocaber s'avance hardiment, et découvre une caverne derrière le buisson. Il y pénètre et aperçoit Abiram, l'un des meurtriers du maître, étendu sur le sol, se livrant aux douceurs du sommeil. Une lampe est allumée à côté de lui, et un poignard s'est échappé de sa main. Judith avait à traverser une armée ennemie, à tromper la surveillance des gardes d'Olopherne pour accomplir son projet; mais Abiram est seul, endormi et sans défenseurs... Allons! courageux et loyal Jocaber, ministre du plus sage et du plus juste des hommes, la victime est prête! ramasse ce poignard! Pour punir le meurtre, fais-toi meurtrier! Allons, frappe ! C'est bien! Le sacrifice est achevé... le sang coule en bouillonnant du sein de ta victime ; la pâleur de la mort s'étend sur son visage et décolore ses lèvres; ses membres se raidissent ; un dernier râle s'échappe de sa bouche... Omne consummatum est !

Mais, ce n'est pas assez de préméditation, d'horreur et de lâcheté ! Coupe la tête d'Abiram, et emporte-la comme un glorieux trophée, à ton royal maître qui te récompensera. Tes compagnons te rejoindront plus tard pour être témoins de ton triomphe!...

Ainsi s'accomplit la mission des Neufs Elus, ou plutôt de l’Elu des Neuf. Triste et honteuse histoire que notre plume a retracée avec autant d'exactitude que de dégoût. Maintenant, nous le demandons à nos lecteurs, les ennemis de notre institution n'ont-ils pas beau jeu, lorsqu'ils ont à leur service de telles armes contre elle ?
DIXIÈME GRADE , OU ILLUSTRE ÉLU DES QUINZE.

Salomon est averti par un de ses intendants qui vient de parcourir le pays de Geth, que les deux autres meurtriers d'Hiram se sont retirés dans cette contrée. ll choisit donc cette fois quinze Elus, au nombre desquels sont les neuf de la première expédition, et les envoie au roi Maacha, avec une demande d'extradition des deux criminels, nommés Sterkin et Oterfus, désignés sous d'autres noms au grade précédent.

Maacha donna aux envoyés de Salomon des guides pour les diriger dans la recherche des deux coupables. Après bien des courses inutiles et des fatigues sans nombre, ils parvinrent cependant à les trouver dans une carrière de BenDicat. Ils s'emparèrent d'eux, les chargèrent de chaînes et les conduirent à Jérusalem, où Salomon ordonna qu'on les mît dans les cachots d'une tour nommée Hésar, pour les livrer le lendemain à la mort la plus cruelle ; ce qui fut exécuté à dix heures du matin. Ils furent attachés à drux poteaux par les pieds et le cou, les bras liés derrière. On leur ouvrit le corps depuis la poitrine jusqu'aux parties génitales, et on les laissa de cette façon à l'ardeur du soleil l'espace de huit heures. Les mouches et les autres insectes s'abreuvèrent de leur sang. Ils faisaient entendre des plaintes si lamentables, que leurs bourreaux furent émus de compassion, ce qui les obligea à leur couper la tête. Leurs corps furent jetés hors des murs de Jérusalem pour être livrés aux bêtes féroces. Salomon ordonna ensuite que les tètes des deux criminels fussent, comme celle d'Abiram, exposées hors de la ville, sur des pieux, dans le même ordre que les meurtriers s'étaient placés dans le temple pour assassiner Hiram, afin de donner un exemple à tous ses sujets, et particulièrement aux ouvriers maçons.

Ainsi, voilà l'un des premiers principes de l'ordre social : « Nul ne peut se faire justice à soi-même, » foulé aux pieds par une institution établie sur les bases de l'équité et du progrès ! Voilà la délation, l'assassinat, la haine et la vengeance, la cruauté et la barbarie, honorés par des hommes aimant la justice, la douceur, l'honneur et la vertu !

Dans la refonte des grades, en 1786, le Grand-Orient , au lieu d'effacer de l'ancien rituel tous ces grades, sans même en conserver le souvenir, les résuma dans un seul sous le titre d'Elu SECRET; c'est celui qui figure dans le rite français. Les réformateurs essayèrent de modifier l'historique que nous avons retracé, de moraliser l'action du héros ; mais en lui ôtant son caractère odieux, ils ne parvinrent qu'à le rendre ridicule. Dans ce grade, le nombre des Elus est réduit à sept, sans doute pour rendre hommage à ce chiffre mystérieux. Jocaber, se nomme Joaben. Lorsqu'il se présente dans la caverne, il trouve mort le meurtrier d'Hiram. Il n'a donc plus le motif de s'écrier en le voyant : Nekam! c'est-àdire vengeance ! puisque le meurtrier s'est fait justice à lui-même en se poignardant. Il a encore moins raison de détacher la tête du cadavre.

Voici comment le F.-. Vassal, qui fut l'un des officiers les plus éclairés et les plus distingués du Grand-Orient, disait du grade d'Elu, il y a plus de vingt ans, dans son Cours complet de maçonnerie :

« L'Elu ne doit plus figurer parmi les grades maçonniques que comme historique, et le Grand-Orient doit interdire aux Chapitres de conférer un grade qui flétrirait et ferait abhorrer l’ initiation. »

Le Grand - Orient a laissé les Chapitres suivre son rituel sans leur donner aucun avis, sans leur faire aucune recommandation. Fort heureusement, beaucoup ont trouvé dans leur intelligence et dans leur droiture, le moyen d'abandonner ce grade. Ils n'ont fait que le communiquer aux récipiendaires Rose-Croix. C'est encore trop; il faut qu'il soit entièrement oublié.
ONZIEME GRADE, OU LE SUBLIME CHEVALIER ÉLU.

Ce grade est le dernier conservé de la nombreuse série de ce nom; il est le complément des deux qui précèdent. C'est à Salomon qu'est encore attribué sa création.

Pour être admis à ce grade, il faut prouver qu'on a puni tous les traîtres...

Cette obligation , aussi banale que ridicule. ressort du reste de l'historique du grade.

Salomon, après avoir vengé les mânes d'Hiram, voulut récompenser les quinze élus qui avaient été à la recherche des meurtriers. ll confia au sort le soin de désigner douze d'entre eux pour leur donner, en récompense de leur « noble action », le gouvernement de douze tributs. Il leur communiqua en outre les manuscrits renfermés dans le tabernacle, et les tables de la loi écrite par Moïse sur le mont Sinaï. Pourquoi Salomon, après avoir confié à quinze personnes, les plus éclairées de son royaume un office, digne d'agents subalternes, n'en récompensa-t-il que douze? L'historique se tait sur ce fait, qui a, du reste, motivé un autre grade d’Elus, dans lequel ne figurent que douze personnages. Le reste du grade est d'une incohérence et d'une invraisemblance telles, que nous renonçons à en parler.

Somme totale, ce grade est aussi nul sous le rapport de l'instruction, qu'il est contraire à la véritable morale.

Le signe du grade, qui est à peu près celui de rose-croix , signifie que le récipiendaire doit porter constamment une croix pour lui rappeler ses fautes pardonnées.

Source : http://legende-hiram.blogspot.fr/

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La seconde partie de la colonne brisée : réponse de Christian Guigue

15 Décembre 2014 , Rédigé par Christian Guigue

BAF Thomas,

On méconnaît le fait que la colonne brisée n'est pas uniquement utilisée par le RER. Nos amis rectifiés sont tellement autocentrés sur eux-mêmes qu'ils ne s'intéressent jamais aux autres systèmes pouvant exister ailleurs et d'après les horreurs qu'on peut découvrir dans les échanges sur certains blogs, des frères infiniment trop nombreux préfèrent se faire la guerre entre courants et organisations plutôt que d'avancer dans la découverte du Rectifié. La colonne brisée figure aussi dans le rite Américain, dit YORK, en tant qu'allégorie de la vertu ; sans vertu, il n'y a ni réintégration ni perfection possibles, et nous l'avons retrouvée dans notre obédience allemande qui travaille au rite de Zinnendorf où il n'est jamais question ni de réintégration ni donc de Pasqually.

Le texte original est strict : "le tableau ne doit comporter qu'une colonne brisée dans sa partie supérieure". Il doit être en noir et blanc, aucune autre couleur donc. Il n'est pas indiqué de style architectural pour la colonne. Donc on devrait retenir la colonne la plus simple : la ionique et non la plus décorative qui est la corinthienne. Il ne doit rien avoir aucun élément complémentaire pour en faire une composition esthétique et graphique : ni arbre, ni nuages, ni même la deuxième partie de la colonne. Cette prescription est respectée au rite de Zinnendorf. Seule est ajoutée, au RER, la devise latine du degré puisqu'elle est la langue officielle du régime rectifié.

Dans le temple, il doit y avoir le tableau du grade pas la colonne par elle-même.

Tu n'as pas trouvé d'explication parce qu'il n'ya pas de vrai spécialiste du RER dans sa globalité en France, et il n'y en aura jamais. On rencontre des amis qui s'intéressent seulement à tel aspect du RER, généralement historique, mais ils ne développement le plus souvent que la thèse qui les intéresse, quand d'autres documents apportent un éclairage inverse. Exemple : ceux qui se basent sur la décision du Convent de Lyon pour répudier définitivement le caractère templier du régime. Soit ils n'ont pas vraiment fait les recherches qu'il fallait, soit ils ne tiennent volontairement pas compte des documents pouvant exister qui prouvent que ce caractère ne fut pas supprimé : voir la lettre de 1779 adressée par Willermoz à De Maistre, donc plusieurs mois après le convent ! Ils ne prennent jamais en considération l'intégralité de ce que le RER comporte. C'est un rite d'une complexité extrême - même sans Pasqually qui n'y a pas vraiment sa place mais ce n'est pas à développer ici - à trois niveaux de langage, que personne ne maîtrisera jamais dans sa globalité, donc moi non plus.

J'aurais très bien vu Willermoz chef du KGB s'il avait vécu à notre époque : il espionnait tout le monde, faisait des fiches personnelles sur tous, faisait éliminer les maçons qui risquaient de contrecarrer ses ambitions et projets, saisir par la police les textes où on le critiquait, sans parler des magouilles opérées lors des deux convents pour que n'y participent pas ses opposants et détracteurs. D'ailleurs les frères de la Grande Loge des Maître de Lyon qui en avaient assez de ses revirements et trahisons vont finir vont l'exclure. C'était un Tartuffe, obséquieux envers les puissants et un vrai tyran envers ceux qui étaient plus modestes que lui. J'avais déjà tracé un portrait peu flatteur de lui dans mon JB. Willermoz et la Maçonnerie rectifiée. Je serais bien plus sévère à son encontre aujourd'hui. D'ailleurs, même son frère Antoine, in ordine A Concordia, s'était fâché avec lui, c'est révélateur du personnage. Ceci n'empêche en rien qu'on lui reconnaisse et qu'on lui doive le rite Ecossais rectifié, alors dénommé, de son temps, le rite Templier, à l'orient de Lyon.

Si on fait une approche symbolique la réponse jaillit d'elle-même : la partie brisée n'a aucune raison de se trouver conservée vu qu'elle a chuté, (soit par sa mauvaise qualité de matériau, soit par l'insuffisance de qualification de celui qui l'a fabriquée), qu'elle se dégrade donc sur le sol, qu'elle mêle sa matière à la terre qui va la désagréger et la faire disparaître. Ce qui soulève un aspect jamais abordé non plus : puisque la colonne rituelle ne doit pas comporter sur le tableau du grade de deuxième partie, celle qui a chuté, comment sera-t-il possible de la redresser ? Ce qui nous amène à l'allégorie qu'elle recouvre : elle est le support de la voie de perfection, qui ne porte donc pas ce nom au RER, que l'on retrouve au REAA, par exemple et ailleurs. Mais Adhuc Stat a d'autres sens encore plus importants qui n'ont rien de commun avec la réintégration pasqualinienne mais qui se rattachent au caractère templier du système qui était très religieux : c'est pour cela qu'on la retrouve chez les CBCS. La Stricte Observance avait exigé que toutes les loges françaises aient un religieux parmi leurs officiers, comme on le rencontre souvent de nos jours dans les loges anglo-saxonnes où le frère-ministre du culte dit les odes ou les grâces (les prières officielles).

Le vrai RER ne se découvrira jamais par les rituels ni les instructions. Ayant été initié une première fois avec le rituel de 1778, ce rite ne me plaisait pas du tout et je le supportais en allant deux fois par mois à l'Emulation. C'est en découvrant les cartons d'archives et leur contenu à Lyon que j'y ai découvert un rite d'une richesse incroyable et d'un formidable intérêt, ce que les seuls rituels de travail en loge ne révèlent guère. Il faut lire les correspondances échangées entre certains personnages toujours avec prudence quand il s'agit d'Ab Eremo, d'où la nécessité de recouper ses dires et ses écrits : il est vaniteux, - physiquement, il est, ce que l'on appelle en analyse morphologique du type sanguin avec tout ce que cela comporte de caractériel et d'impétuosité - il tend à se décrire sous des traits qu'il n'eut jamais, à s'emparer des idées des autres et les faire passer pour les siennes, à exagérer son importance et celle de ses actions : on a des courriers où tout ceci se retrouve. En fait, il n'a absolument rien retiré ni compris des rares échanges qu'il eut avec Pasqually, mais il utilisa largement ce dernier pour "appâter" ses correspondants avec de soit disant merveilleux mystères auxquels Martinès n'avaient point de réponse. Mais pour Jean-Baptiste, il s'agissait d'appâter, de se faire mousser comme on dit de nos jours, et non de révéler quoi que ce soit dont il ne savait rien d'ailleurs. Willermoz n'était ni un symboliste, ni un rituéliste, ni un mage, ni un occultiste, c'était un homme dévoré d'ambition qui avait compris très vite que seule la FM lui permettrait de se hisser dans un milieu auquel il n'aurait jamais accès du fait de sa roture et de sa position de marchand. Il faut connaître les usages du 18e qui n'ont rien de commun avec ceux que nous vivons au 21e siècle.

J'espère que cette réponse vous aidera.

Bien Frat.

Christian

Correspondant d'Ars Quatuor Coronati, Londres

Franchise et Liberté, Cologne.

PS : Comme je sors la nouvelle édition de La Formation Maçonnique en janvier, je vais intégrer cette question.

Commentaire : notre Frère Christian est un grand spécialiste de la Franc-maçonnerie. Ses nombreux ouvrages sont des références et il est toujours disponible pour répondre par mail aux questions des cherchants.

NB : en Franc-maçonnerie il y a TOUJOURS une explication à une question symbolique.

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La solitude

12 Décembre 2014 Publié dans #Planches

L'homme a toujours été un animal grégaire. Initialement, ce regroupement avait pour but d’assurer la survie de l’espèce, dans un environnement hostile. L’organisation sociale a, depuis, été basée sur le groupe.
Dans la majorité des régions du monde, le groupe de référence reste le village qui, lui-même, est composé de quelques familles. Cette structuration a conditionné les usages de chacun vis à vis de son environnement et de son entourage.
Les concentrations ont été longtemps restreintes et, selon les régions, la population demeurant dans les villages représentait 80 à 90% de l'ensemble de la population. En France, il reste encore 20.000 communes de moins de 500 habitants.
Mais, depuis un siècle, la tendance évolue très vite et nombre de pays voient déjà leur population urbaine dépasser 50% de la population totale.
Est-ce seulement, le désir avoué de profiter des avantages de la ville, qui pousse les hommes à toujours plus se regrouper ? Ou est-ce, aussi, le sentiment de solitude qui nous fait fuir les "déserts" ruraux, d’où ont déjà disparus ce qui en faisait la vie et le charme comme les cafés, les petits commerces et même les écoles ?
Qu’est-ce que la solitude ? Si l’on s’en tient à la définition du dictionnaire : " la solitude est la situation d'une personne qui est seule, de façon momentanée ou durable ".
Mais ce n’est pas aussi simple, car il n'y a pas, un seul type de solitude, mais plusieurs, selon le vécu de l'individu par rapport à ce qui provoque son sentiment de déréliction.

La solitude par rapport à l'environnement
La solitude par rapport à l’environnement est la situation la plus familière. C’est un état involontaire qui se caractérise par l’éloignement des lieux habités. Il s’agit plutôt d’un isolement. Ainsi, le berger en montagne, le nomade au Sahel ou toute personne dont l’activité nécessite sa présence dans des lieux peu fréquentés, sont isolés, mais n’éprouvent pas forcément, ni constamment, une impression de solitude.
Ce sentiment peut aussi s’éprouver dans des endroits qui dégagent une atmosphère gênante, voire angoissante. Ainsi, lorsque Verlaine parle " du vieux parc solitaire et glacé " il ne décrit pas un lieu réellement isolé, mais un lieu où l’homme n’a pas sa place ou, plus simplement, ressent une certaine hostilité de l’environnement comme dans une forêt où les sons sont étouffés, ou encore, la nuit où nous ne pouvons qu’imaginer ce qui nous entoure. C’est un des aspects négatifs de la solitude. Ce sont nos sens qui sont atteints.
Pourtant, nous éprouvons parfois du plaisir à nous promener en forêt ou dans un endroit calme, retiré et parfois même sauvage. C’est l’aspect poétique du retour à la nature, aux origines, d’un endroit non pollué par une présence qui nous émeut. Ainsi, celui qui a séjourné dans le désert en garde une image fascinante. " Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part ".

La solitude par rapport à la société
La solitude peut aussi se définir par rapport " aux autres ". Nous évoquons souvent la situation de l’ermite, de celui qui a choisi la vie érémitique ou monacale. Mais, il s’agit d’un isolement volontaire, où le but est de se retrouver avec soi-même et de faciliter ainsi, une introspection ou toutes spéculations intellectuelles pour lesquelles une retraite momentanée est profitable.
Cette solitude là, n’a rien de négatif. Bien souvent, celui qui la pratique passe même pour un sage.
Moins positif, est le choix de celui qui refuse de vivre au sein de la société telle qu’il la ressent. " Les autres " ne correspondent pas à l’idéal qu’il imagine et il préfère s’en tenir éloigné pour ne pas être perturbé ou même pollué. Dans ce cas, la réaction de la société est beaucoup moins positive, il passe pour un misanthrope, un sauvage ou un ours.
Mais la solitude la plus douloureuse est involontaire. Il suffit de se sentir ignoré, voire rejeté par la société. C’est la solitude des marginaux, des inadaptés et des exclus, de ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société. Cette situation pourra se traduire par une passivité et un retrait menant jusqu’à la rue, à la " zone ", ou même à la situation de S.D.F. ou encore de clochard.
Cela peut être, plus couramment, celle des adolescents qui n’ont plus le statut d’enfant et le confort qui l’accompagne, mais qui ne se reconnaissent pas dans les schémas qui leur sont proposés par nos structures sociales. Il y aura, au contraire, réaction plus ou moins violente vis à vis d’un système qui impose des clichés qui ne correspondent pas aux projets qu’ils se sont construits.
La tendance actuelle serait moins agressive, puisque les jeunes restent beaucoup plus longtemps dans le cocon familial. La non-intégration dans le milieu du travail ne suffit pas à justifier cette attente. La vie associative ou la bande n’apportent plus suffisamment de réponses à ce sentiment qui n’est pourtant pas nouveau, puisque Molière disait déjà " La solitude effraye une âme de vingt ans "

La solitude par rapport à son entourage
La solitude peut aussi être éprouvée par rapport à son entourage immédiat.
Quand ce n’est pas tout simplement un dérangement mental plus ou moins grave (l’autisme par exemple), cela peut être la réponse à un besoin d'identification ou même à une saturation par la présence oppressante d’un entourage omniprésent.
Un enfant introverti, qui participe pas suffisamment aux jeux ou qui se complaît dans la lecture sera déprécié par son entourage. Le sentiment n’est pas vécu alors par l’intéressé, mais par ceux qui sont frustrés que l’on n’ait pas besoin d’eux. C’est une infirmité dans les sociétés comme celle des États-Unis où l’appartenance au groupe est jugée indispensable pour un épanouissement normal.
Cette réaction négative se retrouve vis à vis des célibataires. Les noms d’oiseaux qui leur sont adressés ne se limitent pas au sobriquet de vieux garçon ou vieille fille. Pour persuader les récalcitrants de convoler, la bible est évoquée pour affirmer que " Mieux vaut vivre à deux que solitaire" tandis qu’eux se défendent par des dictons comme " Mieux vaut être seul que mal accompagné ".
Nous constatons que non seulement l’homme n’aime pas être seul, mais qu’il n’apprécie pas ceux qui s’en accommodent. La solitude, comme l’amour, la peur et autres sentiments difficiles à faire partager, sont au fond de nous et conditionnent notre comportement social.

La solitude par rapport à soi-même.
La solitude est encore plus éprouvante vis à vis de soi-même. C’est alors un état, un moment, même une seconde de la vie, où tout s'arrête, où plus personne n'existe et où on se retrouve face à soi-même. C'est ce face à face qui est terrible.
Ainsi, la rupture, le divorce, le décès d'un être aimé, une terrible nouvelle, sont des événements où nous pouvons sombrer dans la solitude la plus totale. Nous subissons, la remise en cause totale et définitive des projets que nous avions élaborés pour la suite de notre vie.
On se sent aussi seul, au moment d’un choix, pour lequel rien ne vient conforter clairement et définitivement LA bonne décision, comme choisir untel ou unetelle, tel emploi ou tel autre, telle voie ou telle autre.
On est absolument seul, au moment d’un choix important qu'il soit volontaire ou contraint, car un choix est toujours un sacrifice.

Alors ?
Cet inventaire, même s’il est loin d’être exhaustif, nous montre que, s’il n’y pas une, mais des solitudes, il n’y a pas, non plus, de solution unique, susceptible de les traiter toutes.
D’ailleurs, existe-t-il une solution ? Nous pouvons en douter.
Pourtant, si nous y regardons de plus près, il existe un certain nombre de cas dont nous pouvons cerner la source et envisager d’y apporter un début de traitement, à défaut rémission, sinon d’une guérison.
La plupart du temps, cette solitude part de soi. Il ne sert à rien de fuir la campagne pour se réfugier parmi la population des villes. Nous changeons l’environnement, mais nous ne changeons pas le problème. Beaucoup ont éprouvé une plus grande solitude au sein des grandes cités que dans leur village d’origine.
Avant de pouvoir envisager d’être intégré parmi les autres, il est indispensable de s’accepter soi-même et accepter ses propres contradictions. Ce n’est pas par hasard si le premier travail de l’apprenti est de dégrossir la pierre. L’essentiel de son effort va consister à se connaître, identifier sa personnalité, autant dans ce qu’elle a de positif, que ce qu’elle peut aussi avoir de négatif.
Il ne suffit pas de valoriser ses qualités, il lui faut aussi maîtriser ses imperfections à défaut de les gommer ou d’en corriger les défaillances.
Il est dit qu’" Il faut s'aimer soi-même, pour pouvoir aimer vraiment les autres ".
Le fil à plomb nous a tous guidés dans notre descente en nous-mêmes. Il nous a aussi accompagnés dans notre renaissance. Mais il n’a pas empêché d’être parfois bien seuls, lorsque nous pouvions douter de la possibilité d’arriver enfin quelque part.
Mais, ce n’était que le début du chemin. Avant de pouvoir partager, il faut avoir autre chose à offrir que ses angoisses et ses doutes. " L’autre " n’est ni entièrement semblable, ni totalement différent. Nous avons beaucoup plus de choses en commun que d’oppositions. Nous ne sommes pas le pavé blanc et lui le noir.
Il éprouve le même type de sentiments et nous ne pourrons guère l’aider en ne lui apportant que nos craintes et nos désespoirs en partage. Si le malheur des uns pouvait faire le bonheur des autres, cela se saurait depuis longtemps.
La solitude, ça n'existe pas, dit une chanson. C’est pourtant un sentiment auquel nous nous efforçons tous d’échapper en meublant nos craintes des vides physiques, mentaux ou émotionnels. Nos sens ne doivent pas perdre le contact avec ce qui nous entoure, soit par isolement, soit par saturation.
La pratique des arts et des sciences va enrichir notre intellect et nous permettre d’acquérir les bases de notre compréhension du monde et de notre réflexion. De trouver notre place.
Ce n’est pas non plus un hasard si les voyages du Compagnon l’amènent à honorer et à rappeler l’exemple des bienfaiteurs de l’humanité. Une vie ou, plus simplement, des moments consacrés à œuvrer pour l’amélioration de la condition et de l’égalité sociales, pourront s’avérer un excellent antidote à la solitude. Ceci est d’autant plus probant lorsque nos actions ne cherchent pas uniquement à obtenir la reconnaissance des autres, et sont leur propre couronnement.
La glorification du travail, énoncée lors du cinquième voyage, rappelle que, outre tout ce qui précède, notre société attribue une grande importance à notre participation à son fonctionnement, non seulement dans son rôle productif mais, aussi, dans sa part de création. C’est aussi un rappel que la solitude atteint irrémédiablement celles et ceux qui n’ont pas de travail et, donc, pas ou peu de raisons d’espérer.
J’ai disserté ici, il y a quelques temps de la Géométrie. Ce soir c’est à la Gravitation que je ferai référence en tant que force unissant les Maçons.
La fraternité et ses manifestations extérieures comme nos accolades, les chaînes d'union et autres signes de reconnaissance marquent notre besoin de rester proche les uns des autres ET de l’exprimer.
Nous craignons que la solitude ne vienne rompre la longue chaîne de la solidarité humaine. C’est le malaise qui est ressenti, lorsque l’un d’entre nous, déclare qu’il souhaite ne plus revenir partager nos travaux. C’est parfois, au moins aussi troublant, que le passage d’un Frère à l’Orient éternel, car c’est, le résultat d’un choix réfléchi. Aussi, un soulagement parcourt les colonnes lorsque cette décision n’est pas définitive ou qu’elle n’écarte pas la volonté de s’intégrer à un autre atelier.
Toute cette émotion relève du domaine initiatique. C’est ce vécu, lui aussi, qu’il nous est impossible de communiquer au profane qui s’interroge. De la même manière que nous ne pourrons jamais faire totalement comprendre notre émoi à l’écoute d’une pièce de musique ou lors de la découverte d’un tableau.

Nous pourrions être seuls parce que nous n’avons plus assez de mots pour exprimer notre émotion. Pourtant, nous n’avons pas de sentiment de solitude, parce que nous savons que ceux qui nous entourent éprouvent le même genre de sensation.
Après avoir appris à nous assumer, nous apprenons à assumer les émotions que nous partageons avec les autres. Nos rituels, qui passent pour des mascarades aux yeux de nos détracteurs sont autant d’occasions de communier dans l’ardeur qui nous unit.
Lors de l’initiation, le miroir nous a rappelé, à l’instar de Valéry qu’" Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie ". Apprenti, nous avons, dans le silence, appris à écouter l’autre et l’admettre. Compagnon nous apprenons à aller vers lui et partager nos travaux et ce respect mutuel qui nous enrichit tous et nous permet d’emboîter nos pierres pour contribuer à la perfection de l’édifice.
La solitude n’est pas une situation mais une émotion.
Sa prévention n’est pas dans notre organisation mais dans notre comportement.

J’ai dit Vén\M\

source : www.ledifice.net

Commentaire :

Je profite de cette planche pour ajouter qu’il ne faut pas oublier la solitude que l’on ressent quand nos Frères nous abandonnent. J’ai plusieurs filleuls qui ont prêté le même serment que moi et je peux témoigner qu’ils m’ont tous laissé tomber…On sent facilement mauvais dans notre association. La solitude est aussi le résultat du comportement des autres.

Mais le pire, ce sont ceux qui viennent vous chercher et qui vous mettent aux oubliettes !!

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Les apports de la « méthode maçonnique » dans mon initiation : bilan de mes 10 années de pratique du REAA au sein de la G.L.D.F.

8 Décembre 2014 , Rédigé par NM Kalife Publié dans #Planches

Ayant compris, au cours des 10 années de mon parcours initiatique, que le phénomène initiatique est strictement personnel et propre à chacun, en s’accomplissant au plus profond de son être intérieur à travers ses diverses perceptions des symboles et des vertus à cultiver, sans mode d’emploi standard ni formatage de conduite ni dogmatisme de pensée, je suis amené à penser qu’il ne doit pas exister de méthode maçonnique à suivre. C’est pourquoi je me sens mal à l’aise devant cette question mise à l’étude des loges, concernant les avantages de la méthode maçonnique du REAA. En effet, je pense que chaque initié Franc maçon du rite écossais ancien accepté comme de tout autre rite doit pouvoir bénéficier du privilège de la liberté absolue de conscience que la Franc maçonnerie du siècle des Lumières a inaugurée dans le cadre d’une association philosophique au service du bonheur de l’humanité.

Et à partir de cette liberté absolue de pensée, l’Initié doit pouvoir entreprendre sa propre démarche dans la connaissance de soi et du monde, en arpentant son cheminement initiatique personnel et original. Je vous donne mon exemple personnel où mon cheminement initiatique a vécu ses 4 premières années dans la tourmente, dans une ardente opposition spirituelle à mon parrain allié aux autres officiers de ma loge, cette expérience illustrant bien que je n’avais eu à suivre aucune directive de méthode si ce n’est celle qui m’a été inspirée à travers mes abondantes lectures de divers ouvrages et cahiers maçonniques provenant de divers horizons, parmi lesquels, certes, je ressentais une affinité particulière avec les écrits contenus dans les cahiers de la G.L.D.F. dénommés « Points de vue Initiatiques ». C’est pourquoi, au cours de mon exposé, je vous ferai plutôt état de mes nouveaux regards sur le monde et sur moi-même, ceux que j’ai acquis sur mon cheminement initiatique en 10 années de vie maçonnique.

Et je profite de la présente Tenue pour proposer aux instances de la G.L.D.F., à travers notre V.°.M.°., que chaque membre de notre obédience ait à buriner tous les 5 ans, une planche sur le bilan de ses connaissances, comme je vais le faire devant vous ce soir à l’occasion du Xème anniversaire de mon initiation dans la R.L. « PTAH » à l’Or de Lomé. Cette pédagogie aiderait chaque membre de la G.L.D.F. à faire concrètement le point quinquennal sur sa connaissance de lui-même et du monde, rejoignant de la sorte nos questionnements théoriques suivants : « qui suis-je ? d’où je viens ? où je vais ? »

Ces nouvelles connaissances, acquises par nos propres efforts d’apprentissage et de discernement, devraient nous aider à nous accomplir par notre propre travail sur soi, et répondre alors en toute liberté de conscience à notre besoin de quête d’absolu tout en nous faisant prendre conscience de la relativité de notre existence parmi les hommes et dans l’Univers. Bien entendu, au sein de notre pratique commune du Rite Ecossais Ancien et Accepté, REAA, nos divers cheminements initiatiques personnels sont censés converger vers notre objectif commun, celui de contribuer à l’amélioration constante des conditions de vie de l’humanité, tant sur le plan moral et matériel que sur le plan spirituel et intellectuel, avec la nuance spécifique que chacun accomplisse ce devoir dans son milieu et selon ses moyens.

Sur cette base, je vais vous exposer mes acquis initiatiques de ma 1ère décennie maçonnique au sein de la G.L.D.F. où j’ai exclusivement pratiqué le rituel du REAA. D’ores et déjà, je tiens à vous préciser que ces acquis ne sont pas figés et qu’ils peuvent encore évoluer dans ma prochaine décennie, grâce à de nouvelles découvertes que j’espère pouvoir encore réaliser sur mon parcours initiatique. En effet, toute vérité est devenue, à mes yeux et grâce à ma pratique du REAA, une vérité relative, de même que ma foi dans la science, précédemment aveugle quand j’étais profane, s’est retrouvée encadrée par ma présente éthique humaniste qui subordonne le progrès scientifique au bien-être commun de l’Humanité.

UNE THERAPIE PSYCHIQUE

Mon initiation maçonnique fut d’abord un choc bénéfique pour moi, au sens ponctuel, parce qu’elle m’avait guéri d’un début de dépression psychique où je plongeais petit à petit depuis quelques mois, n’arrivant plus à rédiger mes écrits économiques qui paraissaient régulièrement auparavant, tous les mois, dans les journaux de Lomé. Cet état mental résultait du cumul de 4 durs événements qui m’avaient ébranlé durant les 12 derniers mois : en premier lieu, je subissais un contrôle fiscal dont les accusations étaient mal fondées tandis que je rencontrais de grandes difficultés techniques à réunir les preuves de mon innocence ; en second lieu, je venais de perdre, volontairement certes mais aussi par dépit, ma fonction de conseiller économique auprès du Premier Ministre du Togo qui m’avait déçu en ne s’intéressant qu’aux intrigues politiciennes du Président de la République au lieu de mettre en œuvre les moyens de redresser l’état désastreux de l’économie nationale ; en troisième lieu, mes affaires financières privées allaient au plus mal depuis un an et demi et leur horizon était menacé d’un risque de fermeture de mon entreprise d’ébénisterie d’art employant une centaine d’ouvriers à Lomé ; enfin, mes relations sentimentales avec mon épouse étaient devenues si tendues que j’envisageais le divorce après 27 ans de mariage.

Or, voici que l’accomplissement, le 12 mai 1996, voici 10 ans, de mon initiation maçonnique dans le rite écossais ancien et accepté au sein de la R.°.L.° « PTAH » de la G.°.L.°.D.°.F.°., à l’Or.°. de Lomé, m’apportait une vraie lumière dans mes ténèbres psychiques, en me redonnant la force d’écrire, à la sortie de l’agape et après une courte sieste, un article de 8 pages portant sur les mesures d’accompagnement de la dévaluation du Franc CFA. Et, ce qui est encore plus remarquable pour moi, c’est que cette même lumière intérieure a continué à briller d’une intensité croissante sur mon chemin initiatique, que j’arpente sans relâche depuis lors, cherchant toujours à mieux comprendre, comme un « éternel apprenti », les « pourquoi » de mes questionnements sur moi-même et sur tout ce qui se manifeste autour de moi, dans mon pays comme dans le monde entier.

Aussi, cet apprentissage permanent continue t il à remodeler ma pensée qui demeure active dans son ouverture aux nouveautés, et a équilibrer ma personnalité grâce à mes travaux assidus en loge qui me rappellent constamment l’usage constructif de nos outils du REAA, de même qu’à travers mes lectures assidues des « Points de vue Initiatiques » de la GLDF qui m’enrichissent de réflexions profondes sur les symboles, sur le sens de notre quête spirituelle et sur diverses questions humanistes.

Cet apprentissage continûment renouvelé par mes recherches personnelles de plus en plus actives, a généré en moi un nouvel état d’esprit, m’apportant une certaine sérénité alors que j’étais auparavant très angoissé dans ma vie antérieure. Il m’offre une sensation de bien-être et de plénitude qui m’était inconnue jusque là. Aussi, mes amis d’enfance, vivant dans le monde profane, sont ils étonnés de constater sur moi cette transformation heureuse dans mes relations humaines, alors que mon comportement antérieur avait été marqué par l’orgueil.

C’est aussi l’une des raisons qui m’ont poussé écrire et publier mes « Réflexions d’un Maçon sur son chemin initiatique », me permettant de communiquer aux autres ce que m’apporte cette expérience initiatique si enrichissante.

UN NOUVEAU REGARD SUR LES AUTRES ET SUR MOI-MÊME

Mon vécu initiatique au sein du REAA m’a permis d’acquérir une nouvelle forme de connaissance se traduisant par la considération des autres comme des frères humains malgré leurs différences. Aussi, ai-je progressivement compris et fait mienne la célèbre phrase de Saint-Exupéry disant que: « si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis ». Or, auparavant, j’avais plutôt tendance à exclure de mes sujets d’intérêt tout ce qui n’était pas de mon goût ou n’intéressait pas mes ambitions personnelles : par exemple, mes lectures sur les civilisations étaient limitées à ce qui touchait au Togo, mon pays natal, et à la France, ma patrie culturelle, alors qu’à présent, l’on me qualifie d’historien, d’érudit et de culture universelle.

En outre, mon assiduité en loge m’a permis d’adopter un nouveau comportement en me faisant prendre conscience de ma toute petite place personnelle dans le microcosme social de la loge. De ce fait, je ne me suis plus considéré comme étant le centre du monde, en reléguant mon ego arrogant et dominateur à sa portion congrue, enterrant mes vanités d’antan.

Et c’est sur ce sentier initiatique opérant un recentrage de ma personnalité, que je découvris petit à petit le sens du mot « Humilité », que j’assimilais auparavant à de la faiblesse ou de l’hypocrisie. Or, je découvris que la vertu d’humilité est une vertu majeure et basique de tout l’édifice maçonnique, parce qu’elle est indispensable pour une meilleure connaissance de soi et surtout pour tailler les aspérités de sa pierre brute.

Je me rendis compte que j’avais complètement ignoré cette vertu fondamentale à mon adolescence, à l’âge d’éclosion de ma personnalité antérieure qui se caractérisait par le vice d’orgueil propre à un « premier de classe », collectionneur de tous les premiers prix et de mentions « Très Bien », alors même que la « dolce vita » entourant ma vie coloniale à Lomé avait plutôt pour effet de saoûler de « farniente » les enfants des administrateurs coloniaux comme ceux des bourgeois « compradores » des anciennes colonies françaises.

Je découvris donc cette vertu d’humilité en loge, au cours de mes 2 premières années d’Apprenti, où j’étais tenu à cultiver le silence. Par la suite, durant mes 2 années de compagnonnage, j’ai dû encore forger cette vertu d’humilité à grands coups de ciseaux bien appliqués sur ma dure pierre brute, grâce à ma fréquentation régulière de plusieurs FF aînés, parfois beaucoup plus âgés (dans tous les sens de ce terme), lesquels m’avaient conseillé et soutenu au cours des dures épreuves que je subissais au sein de ma loge en raison de mes divergences philosophiques avec mon parrain, officier influent s’il en est au sein d’une loge. Mes bons FF aînés m’amenèrent à accepter les humiliations que l’on me faisait subir, apprenant de la sorte à ciseler les aspérités d’orgueil incluses dans ma pierre brute. Mais cela ne fut pas aisé puisque je faillis, à plusieurs reprises, rendre mon tablier de tailleur de pierre en cherchant à démissionner de la GLDF.

Et ce sont ces leçons d’humilité qui m’ont permis d’acquérir ce devoir d’exigence de soi qui caractérise l’ascèse des Francs maçons. C’est bien cette vertu d’humilité qui a fait naître en moi l’homme nouveau qui sait répondre aux questions fondamentales de l’humanisme :

Qui suis-je ? D’où je viens ? Où je vais ? Que va devenir l’humanité ?

UNE CROYANCE LAÏQUE EN DIEU

Une spiritualité nouvelle allait jaillir de ma nouvelle lecture de l’Histoire de l’humanité, sans référence à la bible. Cela me fit l’absence d’amour et de miséricorde sur le sort des 2/3 de la population mondiale vivant innocemment en dessous du seuil de pauvreté, alors que les richesses de leur pays sont pillées par des réseaux d’affaires complices de leurs gouvernants qui invoquent Dieu aux yeux du peuple.

Ma nouvelle conception du G.A.D.L.U. n’eut plus rien à voir avec un Dieu religieux, entouré de mystères servant à justifier les voies impénétrables de son inaction. C’est un principe créateur, sous la forme de source d’énergie harmonieuse qui anime l’ensemble de l’univers, sans engagement dans le bien ni dans le mal existant dans les rapports humains, et dont la manifestation concrète se limite aux lois d’harmonie régissant l’univers. Et mon humanisme me fit penser que les humains, à travers leur développement historique, sont appelés à découvrir les lois de cette harmonie par leur propre travail, en ayant le choix d’orienter leur devenir vers l’amélioration de leurs conditions de vie ou vers le chaos.

Néanmoins, mes recherches historiques m’ont-ils révélé comment, au cours des étapes de développement de l’humanité, certains grands esprits, sous ses divers cieux, avaient réussi à invoquer la toute puissance d’une divinité religieuse transcendante pour unir la population autour d’un pouvoir central, ce qui était alors nécessaire pour l’organisation d’une société paisible. Cette orientation religieuse de l’humanité illustrait, à mes yeux, les premiers pas de la quête du sens de la vie par soumission idéologique des populations incultes pour mériter la vie éternelle dans l’au-delà.

Et mon analyse historique de l’évolution de l’homme conclut qu’il s’agissait là d’une période de préhistoire spirituelle de l’humanité, confondant l’élévation spirituelle avec le développement religieux des divers peuples, jusqu’à l’avènement du monothéisme qui déclencha le fanatisme religieux dans les rapports humains, aboutissant aux massacres de millions de vies humaines dans les 2 derniers millénaires.

Quant à la nouvelle étape de développement humain, elle a commencé avec le siècle des Lumières, le XVIII° siècle en Europe occidentale, où les valeurs d’Etat de droit et de liberté de conscience se sont progressivement diffusées dans les mentalités grâce à l’intervention des Philosophes dans la vie politique, sans toutefois encore réussi à s’imposer au monde entier en raison de la résistance réactionnaire des forces spirituelles religieuses, soutenues par des intérêts obscurs de réseaux d’affaires internationaux qui entourent les pouvoirs d’Etat dans la plupart des pays à populations vivant avec de faibles revenus par tête, ce qui les prive des moyens de réflexion et de lutte pour leurs droits et leur dignité humaine.

Néanmoins, dans l’étape présente du développement humain, où la science et l’éducation civique peuvent ouvrir les horizons du savoir et du discernement moral, l’homme éclairé par ces nouvelles connaissances des temps dits modernes, peuvent croire en la capacité de l’homme éclairé d’agir au service du bien commun, sans avoir besoin de craindre Dieu pour mériter le paradis après sa mort. Par contre, nous constatons malheureusement que ceux qui font toujours appel à un Dieu religieux, Tout-puissant et vengeur, ont plutôt tendance à semer la haine parmi les humains de différentes confessions religieuses, et à propager la guerre entre les nations à travers le monde.

C’est pourquoi il est indispensable, dans le souci de faire progresser la dignité humaine à travers toute l’humanité, que tous les FF&SS et tous les autres défenseurs de l’Etat de droit, s’engagent à tout mettre en œuvre politiquement et sur le forum, pour diffuser l’éducation civique dans tous les pays du monde. Cette formation civique pourra accélérer l’avènement de la nouvelle ère d’épanouissement spirituel de l’humanité, dans le sens de son bien-être commun, sans distinction de race ni de religion, à travers la conciliation des contraires sur le pavé mosaïque symbolisant le « tout en un », dans le respect unanime de la dignité humaine.

Et à l’adresse de mes FF&SS croyant en un Dieu religieux, je puis les rassurer en leur disant que la foi religieuse, vécue comme une recherche de la paix intérieure et dans l’amour de son prochain, n’est pas incompatible avec mon analyse. En effet, cette foi-là apporte à ses pratiquants une source d’énergie psychique et de réconfort qui les rassure dans leur confiance dans le futur, ce qui leur rend le cheminement initiatique moins difficile à vivre que pour les non-croyants. Et je précise bien que ma définition laïque du GADLU, comme source de l’énergie primordiale et de l’harmonie de l’univers, ne contredit pas leur notion de Dieu puisqu’elle y est incluse. Néanmoins, dans ma conception laïque de Dieu, j’insiste sur ce que ma tolérance envers les croyants religieux se limite à ce qu’ils respectent toute autre croyance d’autrui et sans chercher à imposer leur jugement moral provenant du prisme de leurs dogmes religieux.

Avant de clôturer ma définition laïque de Dieu-Energie-Harmonie de l’Univers, je dois vous avouer que j’avais vécu en bon catholique pratiquant, jusqu’à l’âge de 22 ans, et que j’étais devenu athée à l’âge de 23 ans, en 1967, quand j’étais encore étudiant en Sciences Economiques à Paris. Je fus alors révolté par les spectacles télévisés du massacre des Vietcongs par la toute puissante Amérique, en même temps que je découvrais la pensée de Karl Marx sur le matérialisme dialectique et historique qui m’expliqua comment « l’existence des hommes détermine leur conscience ». La concomitance de ces deux choses m’amena alors à conclure qu’il n’existe pas d’intervention divine dans le devenir humain, après 22 années de profonde religiosité catholique.

A présent, ma croyance en un Dieu-Energie-Harmonie de la Nature, me permet de me contenter d’une quête permanente de vérité et de justice pour servir le bien commun de l’humanité, sans attendre à une récompense divine dans l’au-delà ni dans ma vie ici-bas. Je trouve ma satisfaction dans l’accomplissement de mes devoirs civiques et dans mon exigence envers moi-même en purgeant de mon ego les « idoles » (au sens de Francis Bacon dans « Novum Organum » publié en 1516) que mon éducation familiale et scolaire m’avait inculquées depuis ma plus tendre enfance. Et ce travail de discernement et dépassement de mon ego au service du bien commun, m’offre une conscience nouvelle, libre de toute oppression religieuse, me procurant désormais une sérénité de vie insoupçonnée auparavant.

Aussi, n’ai-je plus ce besoin mystique de croire en un Dieu d’amour et de miséricorde, ayant créé les hommes pour le glorifier, et qui a dû se révéler à eux par ses prophètes qu’il aurait envoyés sur Terre pour guider les hommes dans leur existence errante. Je ne puis y croire d’autant plus qu’il permet que des millions de croyants en ce même Dieu ont été déjà massacrés en son nom et continuent encore à se faire tuer en son nom.

Par contre, je me sens gêné à chaque tenue du REAA de devoir glorifier le G.°.A.°.D.°.L.°.U.°., et je prie notre V.°.M.°. ici présent, d’en faire état aux instances dirigeantes de la GLDF. En effet, je trouve que cette glorification du GADLU au cours des travaux en loge, laisse supposer la permanence de l’héritage biblique qui a toujours exigé cet hommage à la gloire d’un Dieu à visage humain, sensible aux flatteries des hommes. Et je trouve qu’il s’agit là d’un GADLU orgueilleux du fait qu’il faille l’encenser par la glorification de sa grandeur. Aussi, n’ai-je jamais pu comprendre pourquoi faut il le glorifier au cours de nos tenues au REAA.

GLORIFICATION DU TRAVAIL DU BÂTISSEUR

Ma liberté de conscience m’a amené, à l’âge de 52 ans, voici donc 10 ans, à concevoir le G.A.D.L.U. comme la source créatrice de toute l’énergie qui anime l’univers dans une parfaite intelligence de son harmonie naturelle. Ce Dieu n’a pas de visage humain. C’est un Etre suprême au sens des Philosophes du XVIII° siècle, demeurant indifférent et moralement neutre au regard de tout ce qui se passe parmi les humains.

Dans ces conditions, j’estime que c’est aux humains de savoir réaliser l’équilibre indispensable à la survie heureuse de leur espèce, en apprenant à vivre ensemble, grâce à des outils de travail dont ils ont l’usage et qu’ils doivent savoir combiner de façon harmonieuse à l’image de l’énergie divine que le GADLU a instauré harmonieusement à travers l’Univers. Et c’est là que j’estime l’utilité de glorifier le travail humain, comme cela est fait dans le rituel du REAA, de façon à encourager les bâtisseurs que nous sommes à utiliser notre force avec sagesse en vue de réaliser la beauté dans toutes nos oeuvres, au-dedans comme au dehors, en évitant ainsi d’orienter l’énergie humaine vers le chaos destructeur de l’humanité.

C’est ce travail de bâtisseur, à l’énergie harmonieuse, réunissant Sagesse, Force et Beauté, que nous devons toujours apprendre à appliquer, en tant que Francs maçons ayant pour devoir permanent de construire aussi bien notre temple intérieur que le temple de l’humanité où nous devons pouvoir insérer notre propre pierre en la rendant cubique. Et c’est ce travail de bâtisseur d’harmonie que notre rituel du REAA proclame en glorifiant le travail.

L’EGREGORE

Une particularité m’a marqué au cours de mon parcours maçonnique au sein des loges pratiquant le REAA, c’est l’égrégore qu’il m’arrive parfois de ressentir au cours de ces travaux, lorsque les membres présents se sentent en symbiose de réflexion constructive. Ce phénomène survient généralement dans le cadre d’un bon suivi du rituel par les divers officiers de la loge, accompagné d’une bonne colonne d’harmonie et le tout couronné d’une belle planche d’architecture qui réussit à entraîner une participation active de tous, avec les enrichissements interactifs des uns et des autres.

De ces tenues, que je qualifie de « parfaites », il me reste toujours un goût nostalgique que je recherche à répétition en orientant de préférence mes visites vers certaines loges où je puis espérer un tel résultat, celui d’atteindre l’égrégore. Il s’agit d’un état spirituel de communion avec les autres membres de la loge, dans un espace-temps qui nous éloigne de tous les soucis matériels, en nous unissant dans une certaine sérénité de l’esprit pur. Et c’est d’ailleurs ce qui motive mes visites si fréquentes dans votre loge « Jean Théophile Desaguliers », à l’Or.°. de Boulogne-Billancourt.

CONCILIATION DES CONTRAIRES ET REUNION DE CE QUI EST EPARS

Ayant découvert à mon grand soulagement, (dans mon pays, le Togo, où régnait une certaine forme de dictature et de pensée unique excluant les esprits critiques de toute participation aux leviers de réflexion sur le devenir de la nation), que la loge est un centre de réflexion libre et garanti d’impunité grâce au serment du silence qui clôture nos tenues du REAA, je m’y suis aussitôt senti en confiance, à l’abri des trahisons et des délations qui sont pratiques courantes dans tout régime despotique.

J’ai aussi découvert en loge une nouvelle forme de langage, spécifiquement fraternel, et qui m’était jusque là insoupçonné, alliant l’amour d’apprendre à la générosité de communiquer la connaissance, cette connaissance ne se limitant point à la culture livresque ni à la science mais s’ouvrant spécialement à la connaissance de soi et à la découverte de l’autre dans sa différence qui vient nous enrichir au lieu de nous diviser. Et ce langage fraternel est orchestré par le V.°.M.°. qui soigne la sérénité des débats en veillant à la discipline de parole sous son autorité incontestée. Tout cela me fut une révélation extraordinaire, malgré mon expérience des conférences universitaires et publiques. Je découvris comment le V.M. nous sert de modèle d’apprentissage à réunir ce qui est épars et à concilier les contraires.

De plus, fait remarquable des débats en loge, le but de ces échanges n’est pas de donner raison à l’un ou à l’autre mais de contribuer à trouver la vérité que nous cherchons tous ensemble, en nous enrichissant mutuellement des arguments avancés par les uns et des différences exprimées par les autres, le tout s’entremêlant dans un processus de remise en question permanente, avant d’aboutir à une synthèse interactive, formant « le Tout en UN », dans le dépassement de soi fondu dans l’union de tous.

L’ECOUTE DE L’AUTRE : VERTUS DU SILENCE ET DE L’HUMILITE

Dès mon apprentissage, mes travaux en loge m’ont fait découvrir la discipline d’écoute de l’autre, vertu enrichissante que j’ignorais auparavant. Cette faculté d’écoute, jointe au respect mutuel des idées de chaque intervenant en loge, m’a aussi aidé à mieux comprendre le sens de la vertu d’humilité, spécialement au cours de mes 2 années d’apprentissage où j’étais réduit au silence réglementaire imposé par le rituel du REAA. Ce silence rituel, durant 2 ans, me fit prendre conscience de mon vice d’orgueil, et il me prédisposa à mieux comprendre la vertu d’humilité. Il faut aussi préciser que mes lectures assidues des « Points de vue Initiatiques » dès ce stade d’apprenti, m’ont offert de développer ma spiritualité en repoussant mes vanités.

Aussi, dois-je vous faire part de mon regret de ne pas voir le développement des 2 vertus d’humilité et du silence dans nos catéchismes des 3 premiers degrés du REAA. Or, ces 2 vertus aident à pouvoir changer beaucoup de choses pacifiquement. Et leur apprentissage s’est révélé pour moi comme l’outil de travail le plus performant pour mon perfectionnement moral et ma discipline civique.

C’est grâce à la pratique de ces 2 vertus, le silence et l’humilité, que je réussis à faire mienne cette expression si belle : « rien de ce qui est humain ne m’est plus indifférent ». Et je vous avoue que c’est bien là mon plus grand acquis spirituel au sein de la G.°.L.°D.°.F.°. .

L’ACTION AU DEHORS

A force d’écouter des planches traitant de liberté, d’égalité et de fraternité ainsi que de tolérance, de justice, de dignité humaine et de laïcité, et à force d’y participer de façon interactive, et ce, tout en suivant avec attention l’ensemble du rituel énoncé par les 3 lumières de la loge, il s’est progressivement opéré en moi une foi indéfectible en l’Homme, càd dans ses capacités propres à transformer la société où il vit, dans un esprit de tolérance, en y apportant sans limite les lumières de la vérité et en luttant sans relâche pour une meilleure justice sociale. C’est ce que le V.M. déclare à la clôture des travaux, en nous invitant à poursuivre au dehors l’œuvre accomplie dans le Temple. C’est bien ce qui m’encourage dans mon action au dehors, en contribuant à ma transformation personnelle et courageuse, étant réconforté par le soutien de mes FF&SS présents sur le forum.

LA TOLERANCE

Quant à la vertu de tolérance, je l’ai aussi acquise à travers mon assiduité en loge, où notre fraternité s’illustre par l’acceptation et notre enrichissement de la différence des uns et des autres dans l’esprit de vivre ensemble. Ce fut pour moi la découverte d’une vertu nouvelle, au cours de mes travaux en loge, où je fus entraîné à l’écoute constructive des autres, enrichissant mon esprit de leurs différences, dans un bain d’échanges fraternels. Cette discipline morale d’écoute aimante à travers la vertu de tolérance, propre au REAA, m’a aussi offert de mieux comprendre le sens profond de toutes les autres valeurs humanistes, jusqu’à les intégrer dans mes réflexes.

A travers cette vertu de tolérance, accompagnant une écoute interactive, j’ai appris à réunir ce qui est épars et à concilier les contraires, tout en discernant le blanc et le noir du pavé mosaïque par l’association de l’équerre et du compas dans l’action et la réaction des relations humaines.

Il s’agit là d’un apprentissage éternel de la maîtrise de soi grâce à la meilleure connaissance d’autrui à travers son écoute fraternelle, ce qui aide à l’accomplissement de son être sur le chemin initiatique de chacun.

L’EGALITE

En fréquentant assidûment les loges de la GLDF travaillant au REAA, j’ai découvert un modèle de société parfaite où règne une véritable égalité entre tous ses membres, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, et sans aucune autre discrimination d’ordre hiérarchique ou diplômante. Cette égalité de traitement s’est d’abord manifestée dans la façon où tous les FF sont reçus la 1ère fois dans le Temple, entrant par la même porte basse, les yeux bandés, pour ensuite subir dans une grande émotion les trois autres épreuves de l’air, de l’eau et du feu, symbolisant les difficultés de la vie, pour ensuite partager en commun la même agape à la sortie des travaux.

En loge, nous portons tous un tablier de tailleur de pierre et consacrons nos efforts en commun pour défendre la liberté, l’égalité et la fraternité que nous acclamons à plusieurs reprises dans notre rituel du REAA. Cet idéal commun d’égalité entre tous les humains, nous unit dans l’espérance du monde idyllique d’une société parfaite, à l’image de qu’avait décrit Thomas More dans son ouvrage « UTOPIE » publié en 1516. Certes, mon analyse de l’histoire de l’humanité me fait-elle penser que le chemin est encore long pour atteindre cette utopie, mais ma foi en l’homme me fait espérer que l’Humanité y parviendra bien un jour, à force d’espérance et d’action au dehors des « gens de bien et loyaux », animés de l’esprit civique nécessaire pour faire de cette « utopie » une réalité à venir. Et c’est justement le challenge de tout Franc maçon initié dans le rituel du REAA.

UNE ETHIQUE NOUVELLE BAIGNANT DANS UNE FRATERNITE UNIVERSELLE

Grâce à mon nouvel esprit animé de tolérance et d’égalité, je veille à éviter de perdre mon temps en futilités, vivant désormais mon existence comme mon propre metteur en scène plutôt qu’en simple spectateur ou en mouton de Panurge. Ma vie a désormais le sens que je lui donne, sans être une victime de l’ignorance de l’évolution sociale. Aussi, ne me suis-je jamais senti aussi heureux que depuis que je pratique ce nouvel art de vivre sur mon chemin initiatique, alors même que ma situation matérielle s’est gravement dégradée, sans toutefois tomber dans la misère.

Mon chemin de vie a désormais un sens dont j’ai pleinement conscience. Aussi, me vois-je agir en pleine exigence de moi-même, dans le sens civique et pour le bien de l’humanité qui m’environne, à la mesure de mes moyens, en satisfaisant mes aspirations morales, intellectuelles et spirituelles. Parallèlement et de façon paradoxale, je constate en moi-même que je n’ai plus éprouvé le besoin d’enrichissement matériel. Cela me fait penser que je pratique une certaine ascèse morale, propre à tout parcours initiatique sérieusement engagé, ce qui me réconforte. En effet, je vis une nouvelle éthique qui guide mon comportement au quotidien, dans la sérénité.

Ce privilège résulte de la reconstruction de ma personnalité à partir de la nouvelle fraternité qui m’entoure depuis 10 ans, et dont l’esprit solidaire de tout ce qui est humain, nourrit ma force intérieure de réflexion. En effet, cette fraternité, spécifique à notre pratique du REAA au service du même idéal humaniste, réunit ce qui est épars, que nous soyions vieux ou jeunes, riches ou pauvres, docteurs d’Etat ou bacheliers, P.D.G. ou simples employés, les plus petits dans le monde profane donnant des conseils aux plus grands en raison de leur plus grande expérience dans l’art royal. Cette fraternité-là m’a permis de comprendre pourquoi l’on exerce un office en loge en le considérant comme un devoir et non point comme un honneur flatteur ou de pouvoir. Cela est illustré par le V.°.M.°. descendant de charge qui doit aussitôt remplir l’office de couvreur, considéré comme la fonction la plus humble, cette obligation rappelant à chacun d’entre nous de veiller à demeurer humbles, cette humilité étant reine des vertus maçonniques.

UNE SPIRITUALITE LAÏQUE

A partir de cette nouvelle réflexion globale sur l’Homme, j’ai abouti à une nouvelle définition de la spiritualité, la détachant de son empreinte religieuse ou mystique. En effet, j’ai découvert au cours de mes travaux en loge que le simple fait d’être à l’écoute attentive des autres, en laissant mes métaux à la porte du Temple, constitue objectivement un acte de spiritualité.

Un soir, à la sortie d’une tenue, je discutai avec le V.M. d’une loge de notre obédience, versé dans la spiritualité christique, et qui réduisait la spiritualité à son expression religieuse. Je lui confiais que j’avais, dans le passé, pratiqué le mysticisme chrétien jusqu’à atteindre souvent l’état d’extase, mais, qu’à présent, je ne me sens pas moins versé dans la spiritualité du fait que j’ai perdu ma foi religieuse et que j’identifie le GADLU à la source d’énergie qui anime l’univers sans autre forme de révélation ni de transcendance métaphysique. Et je lui confiai alors que, depuis mon assiduité aux travaux en loge au rituel du REAA, j’ai découvert qu’il me suffisait de réussir à laisser mes métaux à la porte du Temple (ce qui n’est pas toujours évident en raison de certains soucis matériels pesants ou d’une mauvaise exécution du travail des officiers en tenue) et de m’unir aux FF présents, pour m’élever aussitôt en spiritualité, concentrant mes pensées sur nos travaux en loge, le tout baignant parfois dans une atmosphère spirituelle dénommée « égrégore », forme suprême de spiritualité conviviale et fraternelle. Il ne sut rien répondre à cette définition qui le surprit avec intérêt.

Ma réflexion alla plus loin par la suite, en schématisant ce concept sans le déformer. Et j’ai abouti à une nouvelle définition de la spiritualité à partir de l’élévation de la réflexion au dessus de soi, en dépassant son propre ego pour la porter sur l’homme, ce qui se traduit en loge par notre concentration sur les sujets qui intéressent notre microcosme humain : ce peut être aussi bien un sujet à caractère religieux ou laïque. De la sorte, notre silence en loge peut très bien devenir spirituel s’il nous aide à nous perfectionner ou à réfléchir sur l’amélioration des conditions de vie humaine. De même, la parole qui circule en loge peut servir la spiritualité pour peu qu’elle enrichit l’esprit et la connaissance des uns et des autres. De la sorte, nos travaux en loge doivent apporter une forme laïque de spiritualité. ET j’estime que cette forme de spiritualité est plus difficile à atteindre que la spiritualité religieuse, parce qu’elle se détache de l’ego, au service du bien commun et de la dignité humaine.

Je dis donc merci au REAA pratiqué à la G.°.L.°.D.°.F.°., où j’ai découvert une nouvelle source d’énergie harmonieuse qui anime toute mon action, tant au dehors qu’en moi-même. J’ai dit.

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Choix de mes articles

6 Décembre 2014 , Rédigé par T.D Publié dans #perso

Je comprends tout à fait que le choix de certain de mes articles puisse surprendre.

Comme je l’ai déjà écrit, les « articles du week-end » sont des articles qui portent sur des thèmes ou des personnes qui m’intéressent. Je passe beaucoup de temps à rechercher les meilleurs articles pour que vous puissiez être d'accord avec mes "publications personnelles. J'ai une grande admiration pour le travail réalisé par Xénia Tchoumitcheva sur ses blogs et sur les réseaux sociaux.

Ne vous inquiétez pas, dès lundi, je reprendrai le cours de mes publications maçonniques.

Frat

Thomas

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Lexique des symboles maçonniques : le "Que sais-je ?"...

5 Décembre 2014 , Rédigé par Roger DACHEZ et Alain BAUER Publié dans #Planches

Je vous signale le dernier-né dont je viens d'accoucher en compagnie d'Alain Bauer :

En primeur, je vous livre ici l’introduction du livre:

Introduction

D’où viennent les symboles maçonniques ?

« Ici, tout est symbole… » Telle est l’une des formules les plus souvent entendues dans les loges maçonniques. Autant dire que rien, ou presque, n’est insignifiant dans la décoration, l’agencement, la disposition d’une loge maçonnique, tout comme dans les décors dont se revêtent les francs-maçons ou les termes utilisés dans les rituels. Ainsi la franc-maçonnerie offre à des adeptes un univers de signes matériels ou sonores, de figures, d’objets ou de mots, qui sont tous dotés d’un sens moral ou spirituel.

Il convient ici de dissiper une erreur commune : il y aurait des symboles spécifiques, particuliers au monde des loges et produits exclusivement à l’usage des francs-maçons. En réalité, rien n’est plus faux. La plupart des symboles dits « maçonniques » – sinon presque tous – proviennent de sources diverses, souvent fort anciennes dans la culture occidentale, et surtout étrangères au monde des guildes ouvrières et des corporations artisanales.

Au-delà d’un prétendu « enseignement secret » des bâtisseurs, il faut donc rappeler qu’il y a eu, tout au long du Moyen Age, une théologie symbolique gravée dans la pierre de presque tous les édifices religieux car il existait alors une grille d’interprétation de l’Écriture sainte : la pensée typologique, laquelle n’était, dans son principe, que l’application du symbolisme à l’histoire. Cette pensée a laissé en héritage, comme l’ont montré depuis longtemps les toujours passionnantes études d’Émile Mâle,[1] une véritable Bible de pierre dont les innombrables figures sculptées, en un temps où presque personne ne savait lire, répondaient à des normes précises laissant peu de place à la fantaisie des artistes et reposaient sur une analyse à la fois pénétrante, fidèle et didactique de la doctrine chrétienne dont les églises, et plus encore les cathédrales, devaient être des livres ouverts. Dans ce maquis de symboles les triangles, par exemple, abondaient pour renvoyer à la Trinité, tandis que parmi les attributs traditionnels des saints, permettant de les identifier à coup sûr, on pouvait notamment reconnaitre fréquemment l’équerre (Jacques le Mineur, Matthieu, Thomas l’Apôtre, Joseph le Charpentier).

Une autre étape remarquable dans son développement est incontestablement la pensée de la Renaissance. Celle-ci a clairement attribué à l'architecture une signification nouvelle et contribué à faire émerger un type intellectuel nouveau, celui de « l'Architecte ». Reprenant la tradition vitruvienne, remontant au Ier siècle de notre ère, qui avait déjà fait de l'architecte un homme au savoir universel et aux talents multiples, les auteurs les plus influents de la Renaissance ajouteront à ce portrait idéal leur touche finale, tel le célèbre architecte français Philibert de L'Orme. D'autres, comme Serlio, apporteront même des indications plus précises, en décrivant dans leurs ouvrages ce que l'on doit considérer comme une interprétation symbolique des Ordres de l'architecture.

La mutation intellectuelle de la Renaissance, dans le domaine de l'architecture, présente un intérêt qui dépasse singulièrement, on le voit, le seul domaine de l'histoire de l'art et des techniques. Il est troublant de repérer ainsi les éléments d'un discours spéculatif reposant sur l'architecture, tant la similitude est grande avec ce qui sera plus tard, vers la fin du XVIIe siècle, la méthode symbolique de la franc-maçonnerie spéculative.

Le climat intellectuel de la Renaissance fut donc incontestablement le creuset au sein duquel, en dehors, soulignons-le encore, de toute connexion directe avec le métier de maçon, s'élabora une pensée fondée sur les correspondances analogiques dans le domaine moral ou spirituel. On ne peut ici que citer, en insistant sur l'intérêt majeur de cette mention, l'abondante littérature des emblemata, ces planches énigmatiques, dépourvues de commentaire, qui remplirent de très nombreux ouvrages tout au long du XVIe siècle, et encore au XVIIe siècle. L'exercice proposé ici, d'une méditation, d'une intériorisation d'un message crypté – où, au hasard des vignettes, on trouve de nombreux « futurs symboles maçonniques » (compas, équerre, fil à plomb) –, est à n'en pas douter une autre préfiguration surprenante de la méthode intellectuelle qu'adoptera la première maçonnerie spéculative.

Dans le même ordre d'esprit, on doit rappeler l'importance, soulignée par les beaux travaux dus à F. Yates, de « l'art de la mémoire », cette méthode héritée de l'Antiquité, redécouverte au Moyen Age et permettant aux orateurs d'imprimer dans leur esprit les méandres de leurs discours en les identifiant mentalement aux pièces d'une demeure idéale qu'ils parcouraient en esprit tout en parlant. Les cercles intellectuels de la Renaissance adopteront à leur tour cette méthode, mais pour en retenir l'idée que la visualisation d'un espace, d'un édifice pouvait-être le moyen d'un voyage proprement intellectuel.

S’il n’est finalement pas original dans sa composition, le répertoire symbolique de la franc-maçonnerie ne s’est pas non plus fixé en un jour : il a fait l’objet d’apports successifs et pas nécessairement concertés, d’où l’extraordinaire variété et le caractère redondant ou, à l’inverse, hétérogène et parfois contradictoire des symboles mis en œuvre, à travers la diversité des Rites et des traditions propres à chaque pays.

Si l’on s’en rapporte aux plus anciens rituels maçonniques connus (Écosse, fin XVIIe siècle), on y constate la relative pauvreté du matériel symbolique. Celui-ci consiste essentiellement en quelques pierres et quelques outils dont plusieurs ont du reste disparu par la suite du décor maçonnique. Mais les « grands symboles » que sont, par exemple, le triangle, le compas, l’équerre, sont en revanche clairement absents.

Les symboles et objets propres au Temple de Salomon (autel des parfums, chandelier à sept branches, arche d’alliance), ne pénètreront pas dans les rituels maçonniques avant les années 1740 au plus tôt, avec les premiers hauts grades établis peu à peu vers 1730. Quant aux symboles hermétiques et alchimiques, ils sont bien plus tardifs et ne feront leur apparition et surtout entre 1750 et 1760. Par contraste, dans ces mêmes grades, les références à l’univers purement maçonnique et opératif iront en se raréfiant. Il aura donc fallu, selon le point de départ que l’on adopte, entre trente et cinquante ans, dans la première moitié du XVIIIème siècle, pour constituer l’ensemble stable des symboles de la franc-maçonnerie.

Les principaux symboles maçonniques

On trouve dans l’univers maçonnique des symboles de divers ordres :

a) des objets directement liés à la pratique du métier de maçon : maillet, ciseau, niveau, perpendiculaire, truelle;

b) des matériaux de l’art de bâtir : pierre brute, pierre cubique ;

c) des éléments de l’architecture : plans, ordres d’architecture, arcs et voûtes de différentes sortes ;

d) des instruments de mathématiques – en l’occurrence de géométrie – qui ne sont pas l’apanage des bâtisseurs, comme l’équerre et le compas ;

e) des symboles astronomiques : soleil, lune, étoiles :

f) des symboles alchimiques : sel, mercure, soufre ;

g) des symboles universels (généralement des figures géométriques simples ayant reçu des significations religieuses dans différentes traditions): point, croix, cercle, triangle ;

h) des lettres initiales qui deviennent des symboles : iod hébreu (comme initiale du Tétragramme, voire ce dernier lui-même en entier), lettre G (initiale de « Géométrie » mais aussi de « God » en anglais) ;

i) des éléments empruntés à la Bible, notamment au Temple de Salomon : les colonnes J et B, le pavé « mosaïque », le chandelier à sept branches (mais aussi à trois, cinq ou neuf), voire l’Arche d’Alliance – et même la Tour de Babel !

j) des symboles qui par leur nom, sinon leur forme, sont propres à la franc-maçonnerie : la houppe dentelée, la pierre cubique à pointe – ce sont du reste les moins nombreux.

On doit naturellement rapprocher des symboles ce que les francs-maçons appellent leurs « décors ». Il faut entendre par là non seulement les éléments à l’aide desquels ils agencent leurs lieux de réunions pour leur conférer un sens symbolique, précisément, mais surtout les pièces de vêtements spécifiques qu’ils arborent et indiquent leurs fonctions, leurs grades, leurs dignités : colliers, sautoirs, écharpes, cordons – souvent assortis de bijoux également symboliques –, gants et couvre-chefs , sans oublier le poignard ou l’épée avec son indispensable ceinturon et enfin les tabliers de toutes formes, de toutes tailles et de toutes couleurs (avec souvent quelques franges) – lesquelles sont à leur tour des symboles en soi : blanc, bleu, rouge, vert, noir (le jaune, l’orange, le marron ou le violet se voient plus rarement dans les décors maçonniques) – et s’ornent eux-mêmes d’innombrables figures et dessins.

Enfin, l’univers sonore n’échappe pas à cet usage symbolique : coups frappés du maillet, batteries données avec les mains, mots prononcés, devises proclamées, sont autant de symboles entendus et non plus seulement contemplés.

Cet environnement symbolique est consubstantiel à la franc-maçonnerie et, sans lui, elle perdrait toute sa spécificité si ce n’est tout son sens et le principe même de son existence. Plus précisément, dépourvue de ses symboles et du dynamisme qu’elle en tire, la franc-maçonnerie ne serait plus, selon les endroits et les époques, qu’une simple association d’entraide mutuelle, un cercle philosophique, une communauté fraternelle, voire un « club-service », un lobby politique ou un réseau d’influence. Il lui est du reste arrivé d’être aussi un peu tout cela, ensemble ou séparément.

Ce qui importe, c’est de comprendre que les francs-maçons ont toujours placé le maniement des symboles au cœur de leur institution – ce que souvent, en France, ils appellent justement « la méthode symbolique ». Or, si tous – ou presque – sont à peu près d’accord sur l’importance de cet outil, il n’est pas du tout certain qu’ils l’envisagent tous de la même manière et qu’ils en fassent les mêmes applications.

Le symbolisme maçonnique, ou ce que l’on nomme ainsi, pour peu qu’on l’envisage de façon quelque peu distanciée, parait recouvrir de nombreuses ambiguïtés.

La pensée symbolique de la franc-maçonnerie

Selon un auteur profondément révéré par les francs-maçons anglais, William Preston (1742-1818), qui contribua dans le dernier quart du XVIIIe siècle, notamment à travers son maître ouvrage Illustrations of Masonry, à la fixation des rituels et des instructions encore en vigueur de nos jours dans les loges britanniques, la franc-maçonnerie est « un système particulier de morale, exprimé sous le voile des allégories et illustré par des symboles. » A l’époque de Preston, tout au long du XIXe siècle et jusqu’à nous, la franc-maçonnerie britannique n’a cessé de voir dans les symboles maçonniques de simples emblèmes rappelant sur un mode graphique les enseignements fondamentaux de la morale judéo-chrétienne dont les bases se trouvent dans les Écritures saintes, lesquelles, toujours pour citer les rituels anglais, sont le « critère infaillible de la justice et de la vérité ».

A la fin du XIXe siècle, en France singulièrement, dans la mouvance du courant occultiste initié par Eliphas Lévi (alias Alphonse Louis Constant, 1810-1875) et qui va flirter avec les marges de la franc-maçonnerie, elle-même majoritairement positiviste à cette époque, un courant herméneutique bien particulier va peu à peu prendre de l’ampleur et finira par occuper, au décours des années 1950, une place incontournable dans la pensée maçonnique en général. Ce mouvement a incontestablement été lancé par Oswald Wirth (1860-1943), un élève de l’ésotériste et quelque peu sulfureux Stanislas de Guaïta (1861-1897), initié au Grand Orient avant de rejoindre la Grande Loge Symbolique Ecossaise puis la Grande Loge de France. En publiant dès la fin des années 1890, en volumes successifs maintes fois réédités et toujours lus, sa célébrissime série, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes (I. L’Apprenti, II. Le Compagnon, III. Le Maître) puis Les mystères de l’art royal, très tôt traduits en plusieurs langues (mais pas en anglais), Wirth assurera pendant plus de quarante ans un véritable magistère des études de symbolique maçonnique à la direction de sa revue justement nommée Le Symbolisme (fondée en 1912) qui vivra après lui, jusqu’en 1970.

A travers ses ouvrages, rédigés dans une langue classique et limpide, véritables « bréviaires maçonniques » selon les termes mêmes de leur auteur, Wirth imposera sa vision résumée en quelques formules lapidaires :

La science profane s’enseigne à l’aide de mots, alors que le savoir initiatique ne peut s’acquérir qu’à la lumière de symboles. C’est en lui-même que l’Initié puise sa connaissance (gnosis en grec), en discernant de subtiles allusions, il lui faut deviner ce qui se cache dans les profondeurs de son esprit. […]

Mis en présence d’un signe muet, l’adepte est tenu de le faire parler : penser par soi-même est le grand art des Initiés. (Les mystères de l’art royal).

De rébus moralisateur, le symbole maçonnique est ainsi devenu le support d’un véritable exercice spirituel aux connotations plus ou moins illuministes ou mystiques. Notons cependant ici, sans y insister davantage pour l’instant, les non-dits de cette approche « symboliste ». Renvoyant à des questionnements métaphysiques bien plus que simplement moraux, à la différence du symbolisme finalement assez simple de la tradition anglaise, ce symbolisme maçonnique français s’en distingue aussi par sa réticence extrême à évoquer toute référence trop directement religieuse.

Le symbolisme maçonnique dans sa conception française, est donc d’apparition assez tardive dans l’histoire de la franc-maçonnerie – même s’il trouve quelques racines dans certains Rites minoritaires de la fin du XVIIIe siècle. Le mot « symbolisme », en contexte maçonnique, s’est ainsi trouvé plongé dans un certain flou sémantique, au point qu’il est devenu, dans la bouche de certains de ses défenseurs et de ses contempteurs au sein des loges, comme un équivalent euphémique de spiritualisme, voire de déisme : on est un « maçon symboliste » et tout est dit. De la simple désignation d’une méthode, on est bel et bien passé, à pas feutrés et sans jamais le dire tout à fait, à l’affirmation d’une position intellectuelle et presque d’un choix métaphysique – ce qui est assurément très différent.

Même dans ce cas, pourtant, et selon une acception également très commune dans les milieux maçonniques français, le caractère « symbolique » renvoie cependant toujours au libre jeu de l’imagination et de la conscience, sans référence obligatoire à quelque affirmation « dogmatique » que ce soit.

Cet entre-deux typiquement français montre à quel point le contexte culturel peut influencer la réception et le traitement d’un corpus de symboles dont la morphologie générale est pourtant partout la même.

L’objet du présent lexique, qui n’est en rien un « manuel de symbolisme » comme il en existe tant dans la littérature maçonnique courante, est de proposer une approche critique et distanciée des symboles en usage dans la franc-maçonnerie, empruntant davantage à l’histoire culturelle qu’à une herméneutique aventureuse.

Table des matières

Liste des symboles

Abeille – Acacia – Accolade – Ad Majorem Dei Gloriam (Pour la plus grande gloire de Dieu) – Agapes – Âge symbolique – Agenouilloir – Agneau triomphant – Aigle – Air – Alchimie – Alliance – Alphabet maçonnique – Ancre – Anneau – Arc, Arche – Arc-en-ciel – Arche d’Alliance – Arche de Noé – Attouchements – Babel (Tour de) – Bague – Baiser fraternel – Balance – Balustre – Bandeau (Épreuve sous le) – Bannière – Banquet – Batterie – Baudrier – Beauté – Bible – Bijou – Bijoux (mobiles et immobiles) – Blé – Bleues (Loges) – Boaz, Booz – Bon Pasteur (Signe du) – Bouclier – Cabinet de réflexion – Câble de hâlage – Calendrier maçonnique – Calice (ou Coupe) – Canon – Carré long – Centre – Cercle – Chaîne d’union – Chaînes – Chambre du Milieu – Chandeliers – Chapeau – Charité – Charte – Chrisme – Cinq – Ciseau – Clé – Clé d’arc – Cœur – Collier – Colonne brisée – Colonnes – Compas – Composite – Coq – Corde – Cordon – Corinthien – Corne d’abondance – Couleurs symboliques – Coupe (d’amertume) – Crâne – Crayon – Croix – Crypte – Décors – Delta lumineux – Deus Meumque Jus (Dieu et mon Droit) – Dévidoir – Diplôme – Dorique – Dormant – Douze – Drap mortuaire – Eau – Écharpe – Échelle – Égalité – Éléments – Epée – Équerre – Escalier en forme de vis – Espérance – Étendard – Étoile de David – Étoile Flamboyante – Faux – Feu – Fil à plomb – Flambeaux – Fleurs – Foi – Force – Fraternité – Gants – Grand Architecte de l’Univers (GADL’U) – Glaive – Hache – Hexagramme – Houppe dentelée – Huile d’onction – INRI – Ionique – Jakhin – Jeton – Justice – Lacs d’amour – Légende d’Hiram – Lettre G – Levier – Lewis, Lowton – Liberté – Lion – Loge – Louve, Louveteau – Lumière – Lumières (Trois Grandes) – Luminaires – Lune – Lys – Maillet – Manteau – Marches – Marianne – Marque – Mercure – Métaux – Meubles (de la loge) – Miroir – Morceau d’architecture – Mots – Neuf – Niveau – Nombres – Obligation – Ordres d’architecture – Orient – Ornements (de la loge) – Pain – Patente – Pavé mosaïque – Pélican – Pentagramme – Périt ut vivat (il meurt afin de vivre) – Perpendiculaire – Phénix (voir Périt ut vivat) – Pierres – Parole perdue – Piliers (Trois Grands) – Planche – Planche à tracer – Poignard – Pot de Manne – Prudence – Quinze – Règle – Robe – Rose – Ruche – Sablier – Sagesse – Sautoir – Sceau de Salomon – Secret – Sel – Sept – Serment – Signes – Soleil – Soufre – Squelette – Tablier – Tapis (ou Tableau) de Loge – Tau – Tempérance – Temple (de Jérusalem) – Terre – Toscan – Triangle – Triple devise – Trois – Tronc de la Veuve – Truelle – Vitriol – Vertus – Vin – Virolet – Voile(s) – Volume de la Loi sacrée – Voûte – Voyages.

[1] Cf. notamment L'art religieux au XIIIe siècle, Etude sur les origines de l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration, Paris, 1948 (nombreuses rééditions).

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com

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La Chaîne d’Union

4 Décembre 2014 , Rédigé par Robert MINGAM. Publié dans #Planches

C'est le jour même de son initiation, au moment où il reçoit la lumière que le nouveau Franc-maçon découvre l'essence et la raison d'être de la Franc-maçonnerie: une Fraternité initiatique. Au Rite Ecossais Ancien et Accepté, c'est au sein de la Chaîne d'Union qu'il reçoit la lumière.

La Chaîne d'Union est d'abord une réalité, une présence immédiate, chaleureuse, vivante, vibrante. Le premier enseignement est contenu dans ce geste: on ne choisit pas son Frère, ce sont eux qui nous sont donnés. Mais au-delà de cette présence manifeste, la Chaîne d'Union symbolise également la Fraternité qui nous unit, d'une part avec tous les Francs-maçons du monde, et d'autre part avec tous ceux, prestigieux ou obscurs, qui nous ont précédés et tous ceux qui nous succéderont, alors même que nous aurons nous rejoint l'orient éternel.

Il est évident que la chaîne d'union ne saurait se limiter aux Francs-maçons et qu'ils symbolisent eux-mêmes l'humanité toute entière, peut-être même davantage, maintenant que les écologistes nous ont appris que la totalité du monde vivant était solidaire. La loi d'amour qui unit les Francs-maçons n'est que la solidarité de l'espèce.

Il est en Magie des mots dangereux à prononcer; il est aussi des Rites Maçonniques auxquels il vaut mieux ne pas s'associer, si l'on n'a pas pleine conscience de leur pouvoir occulte.

Le thème de la chaîne d'union est un de ceux-là qui, en dépit de sa simplicité apparente, n'en constitue pas moins l'une des figures les plus complexes du rituel, en ce sens qu'elle implique des entrelacements secrets dépassant largement la simple idée que le commun se fait de la représentation née sous forme tangible, d'une communauté de cœur et de pensée.

De même que si, sur le plan physique, on veut étudier la qualité d'une chaîne, l'ingénieur aura à se préoccuper du nombre de ses maillons, de leur contexture, du métal dont ils sont composés, de leur section et de leur courbure, de même pour pénétrer le sens profond de notre "chaîne d'union" est-il nécessaire d'en saisir les composantes, afin de les intégrer ensuite dans une synthèse symbolique irréfutable.

Les principaux éléments dont nous aurons à nous occuper, seront donc:

- Le symbole cosmique de la chaîne d'union.

- Le cercle que forme la chaîne, obligatoirement fermée.

- La polarité, mise en évidence par le croisement des bras.

- La main qui Joue un rôle actif dans la formation de la chaîne.

Mais avant d'entreprendre une telle désoccultation systématique, il y a lieu de se rappeler du fait que le rite de la chaîne d'union n'est rien d'autre que la dynamisation, la mise en acte du principe suggéré par la houppe dentelée, corde serpentant sur trois côtés de la Loge, depuis la colonne J jusqu'à la colonne B, sans toutefois unir ces dernières.

Il s'avère donc indispensable de comprendre tout d'abord le message muet de cette corde aux nœuds ouverts, dans ses rapports avec la pensée archaïque de " lien ", du serpent, protecteur, du nœud serré devenant lâche et enfin de ses houppes terminales.

Nous aurons ainsi sondé en profondeur la valeur et la force d'un rite contraignant, qui engage à la fois l'individu et la collectivité.

Parmi les symboles maçonniques qui semblent être le plus souvent assez peu compris de nos jours se trouve justement celui de la chaîne d'union, appelée aussi dans le compagnonnage " chaîne d'alliance ", qui entoure la Loge à sa partie supérieure. Certains veulent y voir le cordeau des maçons dont les opératifs se servaient pour tracer et délimiter le contour d'un édifice; ils ont assurément raison, mais pourtant cela ne suffit pas, et il faudrait tout au moins se demander quelle était la valeur symbolique de ce cordeau lui-même. On pourrait aussi trouver anormale la position assignée à un outil qui devait servir à effectuer un tracé sur le sol, et cela encore n'est pas sans exiger quelques explications.

Au point de vue traditionnel, tout édifice quel qu'il soit était toujours construit suivant un modèle cosmique. Il est d'ailleurs spécifié dans les rituels que la Loge est une image du cosmos, et c'est peut être là le dernier souvenir de cette donnée qui ait subsisté jusqu'à aujourd'hui dans le monde occidental. L'emplacement d'un édifice devait être déterminé et encadré par quelque chose qui correspondait d'une certaine façon à ce qu'on pourrait appeler le cadre même du cosmos. Le tracé matérialisé par le cordeau en représentait une projection terrestre.

Quand l'édifice est construit, et même dès qu'il a commencé à s'élever, le cordeau n'a évidemment plus aucun rôle à jouer. Aussi la position de la chaîne d'union ne se réfère t'elle pas précisément au tracé qu'il a servi à effectuer, mais bien plutôt à son prototype cosmique, dont le rappel à toujours sa raison d'être pour déterminer la signification symbolique de la Loge et de ses différentes parties. Le cordeau lui-même, sous cette forme de la chaîne d'union devient le symbole du cadre et de l'alliance cosmique. Sa position au niveau du plafond et autour de la Loge se conçoit par son caractère céleste et non plus terrestre. Ainsi la Terre restitue au ciel ce qu'elle lui avait tout d'abord emprunté.

Ce qui rend le sens du symbole particulièrement net, c'est que tandis que le cordeau, en tant qu'outil est naturellement une simple ligne, la chaîne d'union au contraire à des nœuds de distance en distance. Ces nœuds qui normalement sont au nombre de douze correspondent aux signes du zodiaque, à l'intérieur duquel se meuvent les planètes, qui constituent véritablement l'enveloppe du cosmos, c'est-à-dire ce cadre céleste que nous retrouvons symbolisé dans nos Loges.

Ces nœuds sont dits " lacs d'amour " et ce nom, ainsi que leur forme particulière, porte peut être en un certain sens la marque du XVIIIe siècle, mais il se peut cependant aussi qu'il y ait là un vestige de quelque chose qui remonte beaucoup plus loin, et qui pourrait se rattacher assez directement au symbolisme des " fidèles d'amour ".

Il est à noter que ces douze nœuds impliquent au moins idéalement l'existence d'un nombre égal de colonnes, soit dix plus deux, BOAZ et JUIN auxquelles correspondent les extrémités de la chaîne d'union. Il est à remarquer à ce propos, qu'une disposition semblable, quoique sous forme circulaire, se trouve dans certains monuments mégalithiques dont le rapport avec le zodiaque est également évident. La fonction principale du cadre est aussi de maintenir à leur place les divers éléments qu'il contient ou renferme à son intérieur, de façon à former un tout ordonné, ce qui est du reste la signification étymologique du mot ”cosmos ". Il doit donc en quelque manière « relier » ou « unir » ces éléments entre eux, ce qu'exprime du reste formellement la désignation de la chaîne d'union.

Pour en finir avec le symbole cosmique, on peut dire que notre monde est ordonné par l'ensemble des déterminations temporelles et spatiales qui sont liées au zodiaque, d'une part par le rapport direct de celui-ci avec le cycle annuel, et d'autre part, par la correspondance avec les directions de l'espace, et il va de soi que ce dernier point de vue est en étroite relation avec l'orientation traditionnelle des édifices.

Pour rejoindre les origines du symbolisme de la corde et de la chaîne, il est nécessaire de remonter très haut, jusqu'au "souverain terrible" des mythologies indoeuropéennes.

Le souverain terrible détient le monopole de la magie créatrice de formes et de prestiges, qui lui permet d'administrer et d'équilibrer le monde. Cette arme se précise le plus souvent sous la forme du lacet, du nœud, de liens matériels ou figurés, par lesquels il punit en les liants, c'est-à-dire par la maladie et l'impuissance, ceux qui enfreignent les lois, parce qu'il est le gardien de l'Ordre Universel. On retrouve ces anciennes traditions de la corde et du liage dans nombre de cérémonies initiatiques de l'antiquité, et même aujourd'hui dans nos rituels de réception.

De tous ces rites ressort une attitude servile, le croyant se présentant comme un esclave ou un captif devant son maître. Ne peut-on comparer cette marque de vassalité avec le fait que, dans les initiations maçonniques masculines, l'impétrant doit se présenter, suivant le rituel, avec une corde au cou et reste dans cette attitude jusqu'au moment où, recevant la lumière, il est enfin délié par le Frère Expert qui s'apparente ainsi au " souverain terrible ". A ce moment le néophyte est lié par le sang, ainsi que le simulacre en a été pratiqué au cours de l'initiation. Il y a donc formation de l'idéologie du liage "maître-esclave" en celui de fraternité par le sang.

Sous cet aspect, la Franc-maçonnerie peut-être comprise comme une religion car elle relie des adeptes ayant le même idéal.

Dans la chaîne d'union, c'est un magnétisme dynamique qui va être développé, du fait qu'elle est constituée par des êtres vivants.

La chaîne d'union formée par des Frères initiés qui se tiennent la main et communient ensembles est le plus beau, le plus pur et plus profond symbole de la Franc-maçonnerie initiatique.

L'initié taille sa pierre pour l'insérer dans l'édifice commun et se lier aux pierres voisines. Il reçoit l'énergie cosmique et la redistribue. Il devient un maillon d'une chaîne de fraternité, un canal énergétique où tous les êtres vibrent au Juste diapason. L'énergie rebondit d'un frère à l'autre pour créer un courant plus fort qui enrichi chacun.

Ce que nous avons tous en commun, au fond de nous-mêmes, c'est la même qualité d'énergie en mouvement. Nous y sommes simplement plus ou moins sensibles. L'éveil initiatique consiste justement à devenir sensible à cette vérité, à devenir conscient de l'énergie la plus fine possible en nous et à être relié par elle à l'infini, au numineux, à l'ineffable.

Par sa conscience des énergies qui l'entourent et le traversent, l'homme se trouve, suivant le cas de sensibilité, dans divers états de conscience.

La Loge est un corps humain, un ordre cosmique et naturel avec toutes ses fonctions et tous ses centres d'énergie. Chacun de ces centres, appelés suivant d'autres traditions chakras ou sephirot figurés par les différents organes constitutifs de l'homme, est spécialisé, indépendant mais intimement lié aux autres, et possède tout ou partie des facultés des autres centres. Tout au long du rituel, nous constatons la variété des canaux de circulation des énergies, ne serait-ce que par celui de la parole.

Le rite de la chaîne d'union est ancien. L'abbé PERAU en donne une description dans son secret des Francs-maçons, où il situe ce rite immédiatement après les travaux de table ou Agapes:

- " Tout le monde est debout alors, et on fait la chaîne, c'est-à-dire que chacun se tient par la main, mais d'une façon assez singulière. On a les bras croisés et entrelacés, de manière que celui qui est à droite tient la main gauche de son voisin; et par la même raison, celui qui est à gauche tient la main droite: voilà ce qui forme la chaîne autour de la table. C'est alors qu'on chante...".

La chaine d'union, simple, émouvante est un des actes essentiels de notre rituel qui réunit les frères en fin de cérémonie. Sa découverte par l'Apprenti devrait être pour lui plus qu'un signe, la révélation du message de fraternité universelle que nous souhaitons transmettre.

La chaîne d'union est une cérémonie rituelle. Elle est plus qu'un signe, elle est la figuration sensible de la communication effective entre les hommes, et le témoignage concret de la dépendance dans laquelle ils se trouvent les uns par rapport aux autres. Elle permet à l'énergie spirituelle de circuler, de passer d'une âme à une âme, d'un corps à un autre corps, et relie le corps constitué de la communauté à l'esprit du Grand Architecte de l'Univers. La chaîne d'union est plus que le véhicule de l'influence spirituelle, elle est une technique efficace permettant la transmission de l'énergie. Réunis en cercle fermé, les frères se tiennent à mains nues, les bras croisés, bras droit sur bras gauche. Ils demeurent ainsi en silence et se concentrent pour transmettre par la main droite le magnétisme qu'ils reçoivent de la main gauche. Il faut, pour que chacun tire profit de cette force magnétique, qu'un amour fraternel, profond et sans réserve, réunisse tous les participants sans exception. L'absence de cette condition " sine que non " rend inefficace, inutile et absurde, le rite de la chaine d'union.

Les bras croisés rappellent les circonvolutions du lac d'amour. Cette courbe fermée qui lie l'adepte à l'ensemble de la Loge pourrait être une prison sans possibilité d'évasion si celle ci n'était pas ouverte sur l'extérieur, et brusquement rompue à la fin des travaux. Le mot " chaîne " n'implique pas une idée de captivité, de manque de liberté. C'est au contraire, ce qui relie les Frères entre eux. Cette chaîne les prive de leur apparente indépendance, de leurs libertés illusoires pour les faire entrer dans une communion, sur un chemin de libération. Cette figure symbolique de la chaîne d'union est présente dans la plupart des grandes civilisations. Elle est clairement illustrée en Egypte, par exemple sur les murs du temple d'EDFOU. On la connaît aussi sur des baptistères du moyen âge où elle évoque la résurrection des êtres transfigurée par l'eau de la connaissance.

Il ne nous est pas possible d'analyser ici le travail sur les Ondes et radiations humaines signé en 1932 par Jacqueline CHANTEREINE, en collaboration avec le Docteur Camille SAVOIRE. Cependant, ces deux savants ont détecté à l'intérieur et autour de l'organisme humain, des mouvements tourbillonnaires et ondulatoires. Ces derniers sont produits, à côté de causes pathologiques, par des énergies radiantes provenant de tout ce qui nous entoure: action cosmique d'une part, dont la plus importante est celle provenant de l'énergie solaire, à laquelle il faut adjoindre celle de la lune et des étoiles, la composante de ces diverses actions énergétiques se traduisant sous la forme d'un tourbillon qui pénètre par le lobe antérieur hypophysaire, pour aboutir au gros orteil droit.

Une autre source énergétique non moins importante est la force dite tellurique, qui se manifeste sous la forme d'un courant inverse du précédent, donc ascendant, et pénètre par le petit orteil gauche pour s'échapper vers le sommet du crâne.

Par la circulation de ces énergies, il est facile de voir une analogie avec la chaîne d'union dans laquelle le bras droit positif passe sur le bras gauche et vient en contact avec la main gauche du voisin pour former un couplage de piles en tension où l'on réunit l'électrode positive de chacun des éléments à l'électrode négative du suivant, de façon que la force électromotrice résultante soit N fois supérieure à celle d'un seul élément. Ceci n'est pas une image, c'est une réalité, réalité qui développera au maximum l'égrégore constitué par les forces psychiques de la Loge tendues vers le même but. Individuellement nous sommes faibles, défaillants, isolés. Lorsque le Vénérable Maitre avant de clore les travaux, évoque l'union de tous les maçons, lorsque nos mains sont Jointes dans une véritable chaîne d'amour, il semble qu'un souffle magique soit introduit dans le Temple.

Lorsque la chaîne d'union est ouverte, et non pas rompue, le mouvement ascendant et descendant des bras, par trois fois répété, rappelle symboliquement les ondulations du serpent cosmique, dont la chaîne est une image énergétique, mais ce rite a d'autre part pour but de ne pas couper brusquement un couplage aussi intense, ce qui risquerait de provoquer des perturbations dans le psychisme de participants spécialement sensibles. Très doucement, la chaîne s’étire et la force de chacun se stabilise en son circuit fermé.

A l'image des houppes dentelées ouvertes sur le monde profane, qui ornent les extrémités de la corde à nœuds limitant l'espace sacré du Temple, les mains s'ouvrent à la porte de notre Temple intérieur pour partager les bienfaits d'une cérémonie lénifiante.

La chaîne d'union est le symbole de l'interdépendance de tous les éléments de la création. De même que la chaîne d'A.D.N. contient l'ensemble des messages et suffisants pour transmettre la vie, de même la chaîne d'union contient en potentialité, grâce aux Frères qui la composent, les éléments indispensables à la manifestation du verbe, autrement dit de la vie en esprit.

Les bras croisés sont à l'image du labyrinthe, l'image de la spirale et de la tresse. Ils rappellent les lignes incrustées sur la carapace de nombreux coquillages, les engravures innombrables des lignes de la main. Ils sont le lien qui relie les hommes de bonne volonté.

Cependant, la position bras croisés est aussi un des aspects de la protection et de la limitation. Le lac d'amour ainsi formé figure un huit qui peut s'apparenter au signe représentant l'infini: ce serait ainsi symboliser l'évasion dans le cosmos.

La chaîne d'union est essentielle car elle figure à la fois lors de la réception d'un nouveau Frère dans un atelier et à la clôture des travaux.

Lors du rituel d'initiation au grade d'Apprenti, l'un des moments les plus émouvants est l'introduction du postulant dans sa première chaîne d'union. Le néophyte est placé au centre de ses futurs Frères qui forment autour de lui un cercle, une véritable chaîne dont il est invité à éprouver un à un les maillons. Chaque fois que dans la magie et par suite dans les arts, on rencontre une corde entourant quelque chose, il y a intention de défendre l'objet enveloppé et d'en éloigner toute influence. C'est la raison pour laquelle, le rite de la chaîne d'union consiste en la formation d'une boucle complète, alors que son homologue, la houppe dentelée ne constitue pas un circuit fermé. Il convient cependant que le courant passe dans le sens circumanbulatoire de l'initié, c'est-à-dire en tournant de la gauche vers la droite. La chaîne longue, où l'on ne se croise plus les bras, est ainsi moins efficace puisqu'elle fait tourner l'énergie à contre sens.

Lors de la réception d'un néophyte, cette chaîne d'union est formée sur le même modèle qu'une ronde enfantine, schéma de la main dans la main, d'où est exclue toute idée métaphysique ou simplement ésotérique. C'est uniquement un témoignage d'union et d'amitié.

Le vénérable demande alors au néophyte de regarder autour de lui, de bien ouvrir les yeux pour voir s'il n'aperçoit pas un ennemi. Si c'est le cas, qu'il sache pardonner, car cet ancien adversaire sera bientôt son. Frère, et il ne doit régner aucune ombre dans une chaîne d'union. C'est au moment de la réception d'un nouveau Frère, que la chaîne d'union permet de rassembler les énergies de ceux qui ensemble vont désormais poursuivre les travaux et construire le temple.

C'est dans la chaîne d'union que la lumière est donnée pour la première fois au nouvel initié. C'est là en effet, qu'on lui ôte son bandeau. A chaque célébration de cette chaîne, nous recevons une lumière nouvelle. A chaque fois un bandeau nous tombe des yeux. Et il en sera ainsi jusqu'à l'ultime chaîne que nous célébrerons sur cette terre.

Certains Vénérables devraient avoir le courage de ne pas la célébrer si les membres de leurs Loges ne sont pas en harmonie. Comment un individu égoïste, un maçon qui ne vit que pour son profit, pourrait-il prétendre participer positivement à un tel rite ? Le cercle formé par la chaîne d'union représente l'univers, c'est l'infini à l'image de la loge qui s'étend du Nord au Sud, de l'Orient à l'Occident, du Nadir au Zénith, et le devoir du Vénérable est de recréer dans le microcosme de sa Loge, l'harmonie qui règne dans le cosmos.

Le cercle figure également l'Ouroboros, ce symbolisme de l'initiation qu'est le serpent qui se mord la queue.

Lors de la clôture des travaux, la chaîne d'union fait fusionner les énergies pour que les initiés vivent une unité consciente. Nul doute que cette chaîne soit le plus accompli des actes magique au sens le plus noble du terme. C'est l'être entier qui est mis en jeu, qui participe. Sans être annihilés, les Frères ressentent la présence d'un être communautaire si bien évoqué par Jésus qui prononçait ces paroles: " quand vous serez réunis en mon nom, je serais parmi vous". Les initiés sont effectivement réunis au nom du Grand Architecte. C'est sa gloire une fois de plus, qu'ils célèbrent par ce rite.

Ce rite de la chaîne d'union, qui évoque par sa forme les lacs d'Amour de la houppe dentelée, nous rappelle ces couples royaux sculptés du Louvre qui se tiennent réciproquement la taille en croisant leurs bras par derrière. Quoique cette analogie ne prouve absolument aucune filiation historique, le rite de la chaîne d'union, qui peut avoir une origine compagnonnique, est peut être fort ancien. Il symbolise vraisemblablement l'invincible solidarité, même involontaire, qui unit tous les hommes, mais aussi toutes les générations, et cette unité collective qui transcende toutes les individualités particulières.

Mais il y a plus. En croisant leurs bras, et en coupant court par ce geste à la poursuite d'un désir quel qu'il soit (or tout désir détourne du présent et oriente vers l’avenir), les Maçons semblent arrêter le flux du temps pour appréhender dans le moment présent ce résidu qui échappe à l'écoulement de la vie et à la destruction: le mystère pondérable de ce qui s'offre à chaque instant ici et maintenant, et qui a pour principe l'éternité. Et dans cette éternité qui subsiste au cœur du présent, l'individu perd son importance pour retrouver sa précarité et sa place discrète parmi les autres hommes et dans l'ensemble de la création dont il est un menu maillon, provisoire quoiqu'ineffaçable.

Sachant que la solidité d'une chaine dépend de celle de son maillon le plus faible, l'initié qui donne cette poignée de main secrète renouvelle par là son serment: devenir un robuste maillon de cette chaine éternelle.

Parfois, la chaîne d'union est mal vécue, ratée. Ne parlons pas de ces fausses chaînes où ne règne qu'esprit de copinage. Une Loge profanisée ne parvient pas à former une chaîne d'union. Aucune énergie ne circule entre ses membres. Il ne s'agit plus que d'une mascarade où des individus accomplissent un geste mécanique. Mais même dans une Loge initiatique, il arrive que la chaîne ne soit pas suffisamment intense parce que l'un de ses maillons se révèle trop faible où bien freine le passage de l'énergie. Car là réside le grand secret: pour vivre une chaîne d'union, il faut être en état de don, accomplir le sacrifice de soi sans songer à prendre, à acquérir, à jouir de quoi que ce soit.

Le caractère effectif de la relation qui s'établit de main à main constitue une évocation du courant qui passe entre les êtres et par lequel la sympathie se manifeste. Elle rapproche ceux que la vie quotidienne tenait dans l'ignorance l'un de l'autre et elle provoque une reconnaissance de fait par la poignée de main devenue sensible.

Elle a une signification plus étendue encore dans la mesure où elle est un cercle fermé: cercle qui évoque la vaste ceinture d'humanité qui enveloppe la planète.

Ce que nous voulons évoquer et transmettre, en formant la chaîne d'union, c'est le sentiment de la relation de fait entre les générations comme entre les individus, et c'est une façon de formuler l'engagement que nous prenons de garder le contact avec nos Frères.

Dans cette chaîne, nous essayons de passer de notre individualité restreinte à une personnalité accomplie. Elle ne rassemble que des êtres responsables, pas de fantoches. Mais nous ne reconnaissons pas l'existence du grand génie irremplaçable. L'idée romantique de l'individu qui exacerbe ses qualités comme ses défauts. Ce n'est pas un génie particulier qui a eu l'idée de KARNAK ou de CHARTRES mais une communauté de créateurs. L'individu, si exceptionnel soit-il, est très vite limité, autant par ses qualités que par ses défauts. La chaîne d'union nous apprend à vivre à la fois de manière individuelle et communautaire, à nous mettre en résonance avec tous les Frères. Nous appréhendons ainsi d'autres vérités, d'autres réalités, nous dépassons le cadre si étroit de notre égo pour rentrer dans un homme à l'échelle du cosmos.

Le symbole de la chaîne d'union est comparable à celui de la houppe dentelée, et par là même à celui de la corde qui sur le plan éthérique enchaine toutes les créatures entre elles parce qu'elle les relie toutes à l'être, source de toutes choses. On pourrait tout aussi bien l'appeler cordon ombilical éthérique, puisqu'elle relie l'esprit de l'ordre à la forme physique, évoquant le lien qui rattache le bébé à sa mère. La chaîne d'union se noue autour du saint des saints de la Loge, c'est à dire autour de l'ensemble, composé du tableau de Loge placé sur le pavé mosaïque et des colonnettes " Sagesse, Force et Beauté " qui en limite les proportions. Elle est l'illustration vivante des lacs d'amour inscrits autour du tableau de Loge, et qui relient entre eux les symboles qui le compose dans une unité ontologique, rappelant la nécessité de recréer perpétuellement l'ordre établi par notre tradition. Comme dans l'assemblage des poupées Russes, on retrouve le tableau de Loge dans sa projection autour du saint des saints; puis à l'extérieur du Temple, quelque peu dilué mais toujours présent, microcosme dans une construction à l'échelle universelle.

La chaîne d'union suggère à la fois l'acte de nouer et celui de dénouer, symbolisant le devenir après transformation ou identification à l'esprit de l'ordre maçonnique. Tout étant lié à tout, l'homme irresponsable, est un microcosme dans lequel l'univers est enfermé. L'homme n'est rien en tant qu'unité: les francs-maçons le savent puisqu'ils unissent leurs forces et leurs pensées dans la chaîne d'union; cet isolement terrestre n'est ainsi qu'apparent car une même influence, un mène rythme, une même musique harmonique les associent. Les textes sacrés et les rituels nous font comprendre cette unité supérieure de l'univers.

La chaîne d'union rappelle également l'engagement de tous les Franc-maçons à transmettre d'une manière ininterrompue la filiation traditionnelle et sacerdotale de l'ordre au travers de ses rites ancestraux. On retrouve ainsi les racines réelles de la régularité. Cette chaîne traditionnelle venue jusqu'à nous, cette filiation régulière ininterrompue se transmet au travers du rite sans que la pensée originelle en soit déformée.

Symboliquement, la chaîne d'union réunit les Frères de la Loge, incarnés dans le temps, aux Frères passés à l'Orient éternel, au-delà du temps et de l'espace. Lorsque la chaîne est formée en harmonie, ce sont les initiés de toutes les époques qui communient dans la même unité. Vision mystique diront les sceptiques. Non pas. Simple fait expérimental. Comprenons bien qu'il ne suffit pas de se serrer la main et d'être rempli de bonnes intentions affective pour qu'une chaîne d'union soit réellement célébrée. N'oublions pas qu'il s'agit du point culminant d'un rituel initiatique. Il est donc nécessaire que le travail de la tenue ait été correctement accompli, que la totalité des Frères se soient préparée, qu'un certain chemin ait été parcouru. Qui connait les règles permettant de former cette chaîne en esprit et en vérité connait l’un des secrets majeurs de la Franc-maçonnerie. Les efforts sont rudes pour y parvenir, mais la joie qui les couronne est d'une intensité que nulle phrase ne saurait évoquer.

Lors de la chaîne d'union, toutes les puissances doivent être réunies. Aussi ne doit-il pas y avoir d'isolateur empêchant le fluide magnétique de se répandre et de passer d'individus en individus. Pour ce faire, le maçon se dégante.

Si les adeptes, maillons vivants, vibrent au même rythme de la chaîne d'union, s'ils deviennent des Frères par la pensée, c'est-à-dire des hommes dans lesquels passeront le même courant et la même forme de l'esprit, s'ils se rencontrent, alors l'action psychique de l'assemblée sera bénéfique. Mais il faut vibrer dans le même idéal, il faut se donner et croire intensément. Le rituel a pour but d'harmoniser ces forces, de permettre une concentration vers un même objectif, de combler le fossé qui pourrait exister entre l’intérieur et l’extérieur.

On pourrait comparer cette chaîne d'union à un accélérateur de particule, à une sorte de cyclotron qui ferait fusionner toutes sortes de puissances connues, depuis la plus matérielle jusqu'à la plus spirituelle. Celui qui a vécu dans sa chair une véritable chaîne d'union n'oublie jamais ce moment de grâce où il est à la fois lui-même et ses Frères. Le maçon initié obtient, à cet instant là, la possibilité de connaître de l'intérieur les lois de la circulation de l'énergie spirituelle dont les physiciens contemporains commencent tant à se préoccuper. La science certes, tend à redécouvrir la tradition en ne dissociant plus " esprit " et " matière ". Mais elle fera fausse route tant que la perception scientifique sera celle d'un individu, d'un chercheur et non d'une communauté de chercheurs. Si modeste soit-elle une communauté initiatique possède la force suprême d'être une communauté. On dépensera sans doute bien des milliards pour tenter de découvrir l'énergie que les Francs-maçons initiés expérimentent à chaque tenue dans leur chaîne d'union. Ce qui rayonne dans ces mains jointes n'est pas seulement d'ordre humain. C'est la vie dans tous ses aspects et toutes ses manifestations.

Chacun des maillons de cette chaine, chaque nœud d'énergie est un chakra qui représente le point où agissent les forces déterminant la condensation et la cohésion d'un agrégat qui correspond à tel ou tel état de manifestation, de sorte qu'on pourrait dire que c'est ce nœud qui maintient l'être dans l'état envisagé et que sa solution entraine immédiatement la mort de cet état.

Il est dit, dans les mystères de Samothrace, le grand centre de l'initiation cabirique, que ceux qui recevaient le néophyte, formaient une ronde et exécutaient une danse circulaire en chantant des hymnes sacrés. Cet effet magique des rondes, des mains enlacées, s'accentue sous la force du verbe puisque l'on chante. Cette coutume se retrouve dans les fêtes de la Saint JEAN, qu'il convient d'étudier sur le plan symbolique. Mais l'union des mains met tous les participants à un même potentiel; la même pression sanguine anime tous les cœurs dans un même sentiment de solidarité. Il y a peu d'instants, tous ces corps étaient distincts. Sous l'effet de la même pression, ils deviennent un seul corps social, dont toutes les impulsions sont identiques. Une même chaleur anime tous ces êtres; et c'est uniformiser la cadence du sang. La puissance de ce lien fluidique peut rayonner au delà de notre propre univers. C'est alors songer à la lumière astrale, un champ magnétique tourbillonnaire où la pensée a pu se préciser et se réactionner. Avec la chaîne d'union s'expriment deux forces: l'invocation par laquelle on cherche à s'assimiler toutes les manifestations vitales du rite, et le rythme provenant du mouvement respiratoire. Le rythme du sang qui bat à l'unisson et qui devient le rythme de l'assistance se lie à la respiration, donc au souffle.

Il ne faut pas confondre la chaîne d'union et la chaîne de communication des mots, pratiquée dans certains rites et obédiences par les Frères d'une même Loge. La chaîne de communication des mots, ayant lieu quelques instant avant la chaîne d'union, ne concerne que les membres de la Loge, tandis que la chaîne d'union ayant un sens plus universel s'étend à tous les membres présents de la tenue.

Notons que l'invocation se pratique sous l'autorité du Vénérable Maître, président de la Loge, dont il est le maître spirituel. Cette cérémonie ne peut se dérouler que dans un cadre traditionnel, dans une atmosphère particulière, à défaut de quoi ce rite reste sans valeur.

Ainsi pour que la chaîne d'union permette que ce fluide passe facilement de membre à membre pour qu'il y ait rapprochement de tous les cœurs et que le sentiment de solidarité unisse et lie toutes les consciences, il ne faut aucune isolation. Les Frères doivent se donner la main nue; ils ont soin de retirer leurs gants afin que l'amour inonde leur cœur.

Il faut veiller à ce que ces moments de recueillement soient réellement l'occasion d'une méditation et sans doute est-il heureux que l'on puisse, en fond sonore, entendre une mélodie pendant que le Vénérable prononce les paroles solennelles incitant chacun à songer à la longue suite des hommes qui nous ont communiqué leurs vertus.

Cette prise de conscience de notre humanité dans ce qu'elle a d'impérissable et d'éternellement transmissible, par son circuit ininterrompu devient une force, et un véritable champ magnétique se dégage; cette concentration de pensée collective est génératrice d'une force qui doit être employée; on pense dans l’énergie de la prière collective. Lorsque l’on prie seul, on joint les mains; on ferme son propre circuit et on limite à soi-même l'écoulement de son fluide; mais après cette concentration personnelle en se reliant à d'autres individualités, à d'autres énergies on participe à la force cosmique. Par cet acte magique on relie le visible à l'invisible et souvent dans la chaîne d'union sont évoqués ceux qui ne sont pas là, ceux qui nous ont quittés.

La chaine d'union est ainsi un lien fluidique qui unit les participants à l'esprit maçonnique. Mais pour que la chaîne soit valable il faut que chaque membre, chaque maillon se concentre, donne toute sa puissance; le plus fort des membres peut ainsi communiquer une pulsation nouvelle et c'est pourquoi le vénérable débute et ferme la chaîne.

Cette énergie psychique devrait permettre l'accomplissement de l'équilibre immuable, de la réalisation harmonieuse de l'homme.

Les Loges ne pratiquent pas toujours cette chaîne et c'est fort regrettable car la solidarité des mains n'est pas un vain mot.

Pour terminer leurs cérémonies, les Francs-maçons initiés se rassemblent autour du tableau de la Loge. Du sommet du ciel, de l'axe du monde, du moyeu de la roue céleste pend un fil à plomb. Autour de lui, des mains se joignent, des esprits communient. La chaîne d'union est formée, révélant l'un des plus grands mystères de la Franc-maçonnerie.

Lorsque sous cette forme énergétique, les Maçons quittent la chaîne, contents et satisfaits d'avoir perçu leur salaire, celle-ci n'est pas rompue pour autant car son action doit se perpétuer longtemps après que les Frères se soient retirés. L'action du Franc-maçon ne s'arrête jamais, dit le rituel, il quitte momentanément la chaîne pour aller témoigner au-dehors de l'œuvre accomplie dans le temple. C'est pourquoi il serait plus initiatique de remplacer l'expression quittons la chaîne par la formule ouvrons la chaîne.

Le sens de la Fraternité initiatique, c'est de relier l'initié à l'ensemble de l'histoire de la vie et de le rattacher à son principe, tout en l'intégrant dans la Chaîne de l'effort spirituel de toute l'humanité antérieur, présente et à venir.

La Fraternité initiatique est bien une chaîne de solidarité et d'amour, mais dans le sens où Saint Exupéry définissait ce dernier: " regarder ensemble dans la même direction " et avec une précision supplémentaire: que cette direction nous amène réciproquement et ensemble à vivre dans un monde toujours plus lumineux et authentiquement généreux, monde que nous façonnerons précisément en étendant à tous nos cercles de relations et d'activités, notre attitude profondément fraternelle et spiritualisante.

Texte retranscrit ici par G. M. VMC de Lux Post Meridiem.

Source : http://www.lux-post-meridiem.ch

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La place des colonnes en loge. Nouvelle approche (Résumé)

3 Décembre 2014 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Planches

Pour travailler sur cette question, il faut reprendre les fondamentaux.

4 éléments doivent être pris en compte pour résoudre la problématique des colonnes.

1) Vers 1730, Jakin et Boaz n'étaient qu'une seule et même expression transmise dans le sens B-J à l'apprenti et dans le sens J-B au compagnon. On pouvait lire l’expression "dans la force il établira!", ou "il établira dans la force!" (Il existe bien d'autres interprétations qui ne changent rien à notre démonstration)

2) Bien souvent la transmission des deux grades se faisait dans la même soirée (voir en ce sens la divulgation de Samuel Prichard "masonery dissected »1]). Dans tous les cas, il semble que les deux mots étaient transmis dans la même soirée, dans un sens au grade d'apprenti et dans l'autre au grade de compagnon. Ceci confirme la lecture en miroir qui précède.

3) Il faut comprendre que les colonnes sont affectées à l'entrée du temple, et donc indirectement, à la porte et à sa signification.

Pour les anciens cette porte est solsticiale. Elle évoque la course du soleil sur le plan terrestre. B indique le jour le plus long et J le jour le plus court.

Dans le temple de Salomon, la lumière venait de la porte des dieux et dans le temple maçonnique la porte est inversée. Donc le maçon entre par le soleil couchant, par la porte des Hommes. Il était logique que l'on considère un changement de plan entre la maison de Dieu qui fut le temple de Salomon et la maison des hommes marchant vers la lumière qui est le temple maçonnique.

4) La colonne du Nord est au plan stellaire la moins lumineuse et convient à l'apprenti sorti du cabinet de réflexion.

Ceci posé nous comprenons que ces 4 éléments vont nous aider à comprendre le positionnement des colonnes B et J en fonction de la lecture de la lumière, car c'est la lumière que nous sommes venus chercher dans le temple maçonnique.

Des quatre points qui précèdent, chaque rite se définira en fonction de la lumière terrestre et céleste qu'il accorde à l’apprenti.

Rappelons qu'il y a trois mondes en loge, celui de l'homme (V.I.T.R.I.O.L et l'étoile à cinq branches), celui de la terre et du plan terrestre (le pavé mosaïque et les bornes solsticiales et l'Orient) et celui du ciel et du plan céleste la voûte étoilée, la polaire et l'axis mundi du fil à plomb). A ces trois mondes correspondent les trois axes de la loge.

Voici ce que nous révèle Prichard en 1730 :

Au grade d'apprenti:

Q -Donnez-moi le mot?

R -Je l'épellerais avec vous.

Q-B

R-O

Q-A

R-Z

Q-donnez-m'en un autre

R-JAKIN

Au grade de compagnon dans la même soirée :

Q-Lorsque vous êtes passé sous le porche, qu'avez-vous vu?

R-Deux grandes colonnes.

Q- Comment se nomment-elles?

R-Jet B, c'est-à-dire Jakin et Boaz.

Les deux mots sont donnés aux deux grades!

La vision "orientée"des colonnes du temple de Salomon se fait toujours en regardant l’Est. Ce qui nous donne à gauche et au Nord Boaz et à droite et au Sud Jakin.

La signification de B-J était confirmée comme dans un effet miroir par la signification de J-B. Cet effet miroir faisait partie du corpus initiatique en tant que changement de "point de vue". Faut-il rappeler que la lecture en langue sacrée se fait de droite à gauche? Or J est à droite et B à gauche, en Hébreux (langage sacré) on devrait commencer par J la lecture des colonnes ! En suivant ce raisonnement Prichard nous apprends que l' apprenti à une lecture élémentaire des deux colonnes. Condamné au silence pour la non-maîtrise du langage sacré, ne sachant ni lire ni écrire (en langage sacré), il fait une lecture en langage vulgaire des colonnes. Ceci donne la lecture B-J de droite à gauche en regardant l'Est. A l'inverse le compagnon fait une lecture pertinente en langage sacré qu'il commence à maîtriser, soit de droite à gauche: J-B

Trois événements vont entraîner un bouleversement dans la représentation et l’orientation des colonnes :

- En changeant l'entrée du temple, de l'entée à l'Est nous sommes passés à l'entrée à l'Ouest. Il fallut reconsidérer le sens de la lecture des symboles en fonction du point de vue humain et du positionnement géographique du lecteur. Ce changement dans l’entrée du temple va obliger nos prédécesseurs à « retrouver » le sens et l’intensité de la lumière terrestre et céleste.

La seule chose stable fut que les apprentis restent assis au Nord!

- Les colonnes se sont retrouvées à l’intérieur du Temple maçonnique.

- Un troisième événement va compliquer le sens premier de la lumière par la dissociation du couple J-B (B-J en sens vulgaire).

La séparation de l'expression en deux mots distincts et séparés pour l'apprenti et le compagnon s'opéra lors de l'arrivée du grade de maître vers 1730. Il fallut individualiser les corpus de trois grades distincts. On sépara les jumeaux signifiants et marqueurs de la porte solsticiale. Ils étaient de même naissance solaire et on donna à l'un la volonté divine (Jakin) et à l'autre la volonté des hommes (Boaz). Cette dichotomie rappelle la porte des Dieux et la porte des hommes.

La controverse de 1753

Peu de temps après l'instauration du grade de maître, un faux problème vient polluer le raisonnement de nos anciens: la controverse des anciens et des modernes. Les "Anciens" constitués en Grandes Loge accusaient les "Modernes " de 1717 d'avoir inversé les mots suite aux divulgations publiées.

Jusqu'a cette polémique artificielle, le choix de Jakin ou Boaz pour l'apprenti ou le compagnon fut sans intérêt majeur dans l'esprit des maçons de l'époque. Ce fut une affaire de convention suite à la séparation du corpus entre l'apprenti et le compagnon. C’est un choix qui relève d'un « point de vue » au sens spatial et initiatique. Il s'agit donc d'un problème de "lumière".

On donna à ce choix une importance polémique pour se distinguer du voisin, en voulant se montrer plus légitime, voire même plus régulier, etc...

Ce problème d'ego et de rivalité entretenait la confusion autour de la notion d'inversion des colonnes et des mots.

Il n'y a en réalité ni erreur ni illégitimité dans le positionnement de B et J dans les trois systèmes connus. Chacun a sa propre cohérence à condition de connaître leur raisonnement fondé la lumière terrestre et céleste que l'on veut répartir entre les colonnes.

Le Rite Écossais Primitif ou Early Grand Scottish Rite est présent dans les premières loges régimentaires à Saint-Germain-en-Laye dès 1688. Il est simple et composite, car synthèse des pratiques Écossaises et Irlandaises.

Antérieur dans sa pratique à la création de la Grande Loge de Londres, il est l'exemple parfait d'un positionnement croisé des colonnes en fonction du J au Sud Ouest pour le Second Surveillant qui surveille la colonne Nord de l'apprenti et du B au Nord Ouest pour le Premier Surveillant qui surveille la colonne Sud.

Ce "croisement" vise à conserver la lumière la moins forte et la moins longue pour l'apprenti. En regardant son surveillant, l'apprenti assis au Nord voit le solstice d'Hiver où le jour est le moins long.

Le REP à conservé le sens premier de la transmission en miroir et met en place cette clef hermétique dans la loge par le croisement des colonnes en X sur le plan du Hékal. Ce miroir met en correspondance la lumière terrestre et la lumière céleste dans le cycle des petits mystères. Nous avons ainsi un moindre éclairement pour l’apprenti qui est doublement garanti.

Ainsi la colonne J au Sud-Ouest par le jeu du miroir en X est "placée pour" la colonne Nord des apprentis. Les apprentis sont abrités du soleil trop vif, et c'est aussi pour cela que tout en étant placés au Nord moins lumineux au plan stellaire, ils sont affectés au paiement de leur salaire, par le second surveillant, à la colonne J positionnée au jour le plus court au plan solaire.

Le REP combine ainsi parfaitement la théorie de la lumière à l'intérieur de la loge par le croisement horizontal du monde stellaire et du monde solaire.

J'invite donc les cherchants, à reconsidérer les rites des trois premiers degrés, en fonction du système adopté pour la lumière des apprentis.

Je pense que les rites dits anciens (REAA) sont en conformité solsticiale avec le temple de Salomon .

B au Nord Ouest est le marqueur du solstice d’été et offre le jour le plus long aux apprentis. On justifiera cette situation par le fait que le jour le plus long donne le soleil le plus haut qui n'éblouit pas... l'argument se discute.

Les rites dits "anciens" sont simplement solsticiaux. Il n’y a aucun croisement ni effet démultiplié dans la loge ou à l’extérieur de celle-ci. La lecture des colonnes se fait dans le sens B pour l'apprenti et J pour le compagnon. Ces rites justifient pleinement la célébration des fêtes solsticiales dans la lignée des deux saints Jean. Sans croisement lumineux nous restons avec ces rites dans un alignement, une dimension symbolique et philosophique des mythes anciens préchrétiens. Le croisement "hermétique" n'interviendra qu'a niveau supérieur au grade de Maître (signe et contre signe etc.)

Les rites dits "modernes" sont de nature stellaire (J au Nord, second surveillant au Nord).

J est le marqueur du jour le plus court dans le temple de Salomon. J est ici inversé dans le soucis du ralliement de la borne du solstice d'Hiver au Nord moins éclairé . Cette inversion n’est pas une erreur, c'est un "alignement céleste". J est mis pour le Nord comme au REP quel que soit sa position géographique.

On donne cependant à l'apprenti la lumière la moins forte et la moins longue comme au REP. Le Nord stellaire est toujours le moins lumineux sur le temple de Salomon qui sert de modèle originel. Il y a cependant inversion (et non-rupture) du sens solsticial entre les colonnes de Salomon et celles du temple maçonnique (ce n’est pas le cas au REP). Au nom de cet alignement du terrestre sur le céleste, le croisement ne se fait pas à l'intérieur de la loge comme au REP, mais sur les parvis des deux temples. C'est un "point de vue des parvis" donc "extérieur" ou exotérique.

Est-ce que ce croisement sur les parvis incite à un travail en loge différent par rapport aux loges travaillant dans le croisement intérieur ou aux loges travaillant dans l’axe solsticial strict ?

Nous constatons que ces rites par nature infèrent une vision extérieure, exotérique et humaine (social, sociétal RF, religieux RER etc…). Nous sommes dans une universalité humaine où le symbole participe du progrès et du perfectionnement de l’homme au plan social et humaniste ou au plan religieux. Nous ne saurions dire si cette approche trouve sa source dans l’orientation des colonnes en fonction d'un croisement "extérieur" qui favoriserait une lecture exotérique. Cette affirmation serait probablement abusive, mais il est possible que les rites aient une influence sur les travaux.

Les rites modernes sont donc stellaires avec croisement « extérieur » des colonnes.

Le Rite Écossais Primitif confirme le Nord stellaire du siège des apprentis et leur affecte une colonne J au Sud Ouest conforme au principe solsticial du temple de Salomon.

Le REP est donc solsticial avec croisement « intérieur » des colonnes.

Le Rite Écossais Primitif a conservé la vision croisée des colonnes à l'intérieur de la loge. C'est un miroir qui met en rapport le plan céleste (Nord) et le plan terrestre (jour le plus court).

A l'évidence il y a un rapport tracé dans le Hekal entre ce qui est en haut et ce qui est en bas. Cette vision « ésotérique » se traduit dans le choix de J pour l'apprenti. C'est un choix qui n'est fait qu'en rapport à la nature de la lumière traversant deux plans.

La lumière son origine et sa manifestation est le propre des mots J et B. Ces mots qui intègrent le "lumineux" dans l’humain et bénéficient de la double lecture croisée ou de lecture dans les deux sens en vue de faire l’Unité.

Ici l’unité est perfection.

C’est ainsi que l’expression au REP « Dieu tout puissant » sera dédoublée vers 1730 de « Grand Architecte de l’Univers » faisant la relation entre le Principe et sa manifestation ou son organisation. L’aspect religieux exotérique est dépassé, sans être exclu. Ce qui est mis à l’honneur, c’est un point de vue principiel. Les deux expressions coexistent au REP pour des raisons historiques et n’ont pas été changées depuis, en raison de leur capacité à appréhender l’aspect métaphysique et hermétique dans leurs dédoublements croisés.

Ce système hermétique et métaphysique fut « placé » dans les loges de transitions opératives puis dans les loges militaires sous l'influence cultivée des chevaliers de Saint-Lazare et de Saint-André. Les membres de ces deux ordres chevaleresques présents en loge se firent reconnaître comme « Maîtres Écossais ». Ils meublaient les Orients à la belle époque de transition des Stuarts. Leurs connaissances en matières traditionnelles et hermétiques étaient reconnues, mais parfois incomprises des vénérables en place.

Ils furent absorbés par l'Ecossisme français, qui en perdit partiellement le sens en sortant de la filière primitive. Mais les grades de Maître Parfait Écossais et de Chevalier de Saint André offrent une saisissante illustration de ces principes.

Ainsi on touche du doigt ce que peut signifier un rite Stuartiste.

Dans un prochain article, nous poursuivrons notre exploration du système du croisement intérieur en décrivant ses effets dans la relation entre le Debhir et le Hékal. Nous tenterons, en concluant, de donner une définition à ce système de correspondance symbolique en loge maçonnique.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org

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