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Déisme et spiritualité maçonnique

26 Décembre 2014 , Rédigé par Eric R\ Publié dans #Planches

(...) L’idée d’une puissance, d’un principe supérieur, irrigue définitivement tous les systèmes de pensées depuis plus de 4000 ans. Tous les compartiments des idées sont enveloppés par l’idée de Dieu. Le monothéisme chrétien des premiers siècles a conquis l’Empire romain, justifié le pouvoir de droit divin, offert le paradis à ses croyants ; dicté la morale, les lois et les règlements et formé la conscience citoyenne des républicains. Les tables de la loi de l’Ancien Testament, gravées dans la pierre, sont désormais consacrées par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et le dispositif législatif.

Pour exprimer le refus de Dieu, il faut d’abord se situer par rapport à lui. L’athéisme devient alors un sous- produit du divin, un doute nécessaire à son embellissement. Si aucune morale n’échappe au divin, est-il encore possible d’échapper au dogmatisme religieux ?

La franc-maçonnerie spéculative tente de répondre à cette question.

C’est l’idée d’un principe organisateur universel qui est mis en avant pour les loges et obédiences qui admettent le Grand Architecte de l’Univers. La notion même d’architecte n’est pas sans rapport avec la filiation légendaire de la maçonnerie spéculative et opérative. On a substitué l’architecte à Dieu, dans un esprit œcuménique et dans la suite des grandes découvertes scientifiques de Galilée, Kepler et Newton. L'Univers céleste n’était plus conforme au canon de l'Église. La géométrisation de Dieu relève du désir inconscient d’une religion véritablement universelle.

Du fait de la laïcisation de la société, certaines loges et Obédiences refusent de travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, tentant de confirmer l’athéisme comme base initiatique. Il y a confusion malencontreuse entre le refus de la religion et de son dogme et l’idée de Dieu. Il faut simplement avoir à l’esprit que les grades dits supérieurs confirment l’idée de Dieu ou du Christ et en toute hypothèse celle du Grand Architecte de l’Univers. Il n’est pas certain que le fait d’être à la pointe de ce qui se fait dans la société soit duplicable en matière initiatique.

L’ensemble des religions appartient à un fonds commun de spiritualité. L’homme s’est élevé dans sa condition et sa destinée, en s’appuyant sur une base traditionnelle, dont la religion est une expression. Ces religions ont fait nos sociétés, et la conscience de l’homme. À ce titre nous estimons qu’elles sont un bien commun de l’humanité. Les excès et les dévoiements ne remettent pas en cause leur apport spirituel. La lecture d’un texte dit « sacré » ne doit jamais se faire sur un plan exotérique (et donc partisan et contingent). Seule la lecture ésotérique est empreinte de sagesse. Cette lecture est transversale et dépasse le fait religieux. Le religieux exotérique n’est pas à l’ordre du jour dans les loges maçonniques. C’est pour n’avoir pas compris le sens ésotérique transversal et l’idée de Tradition (au sens du "tradere") commune à tous ces textes que certains d’entre nous ont pu développer des réactions ostraciques. Ces derniers ne comptent que sur eux pour tout réinventer, ils sont donc leur propre religion, sans tradition.

Avant d’aborder les rapports entre l’église et les francs-maçons, il convient de situer religion et spiritualité. On peut décrire trois cas.

Le premier, historiquement, dit que la spiritualité est de nature religieuse, comme ce fut le cas dans les Anciens devoirs, jusqu’au Mason word. La prégnance de la religion dominait l’autonomie de la pensée, du moins pour le plus grand nombre. À partir de 1723, le Grand Architecte de l’Univers se substitue à Dieu et alors la spiritualité maçonnique dépasse le contenu des religions pour mieux les englober. Il s'agit suivant l'art 1er des Devoirs rédigés semble-t-il par Desagulier, du respect d'une orthopraxis fondée sur la morale commune, considérée ici comme une religion naturelle fondée sur la pratique des vertus. Vient ensuite la IIIe République. La spiritualité se dissocie de la religion qui ne devient plus qu’un compartiment de celle-ci, une modalité d’expression parmi d’autres. Ces trois étapes caractérisent la pluralité de la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui.

Pour les anciens opératifs catholiques, Dieu est le premier des maçons. Le Dieu Pancréator anthropomorphique est une représentation constante, souvent tracé dans une mandorle au tympan des églises et en enluminures. Cette imagerie rallie toutes les variantes dans l’appellation du Grand Architecte De l’Univers (GADLU).

Aucune discrimination n’est tolérée en Franc-maçonnerie. Tous les courants religieux peuvent être représentés. Les statistiques sont formelles : 10% de nos citoyens pratiquent régulièrement une religion, 75% déclarent croire en Dieu ou en une puissance créatrice. 25% se déclarent agnostiques, athées ou ne savent pas. Les Loges maçonniques sont le reflet de cette société française. Ce n’est pas l’appartenance religieuse qui fait le Maçon. Chaque maçon est libre de donner au mot Dieu la définition qu’il veut.

Atteindre ce que Socrate et Platon appelaient "l'état de sagesse", ce que les chrétiens appellent "l'illumination", ce que les Japonais appellent "le Satori", ce que les hindous appellent "la Réalisation spirituelle", tel est le but premier et fondamental de toute Maçonnerie. Il ne faut pas confondre "religion" et "spiritualité", ni "cléricalisme" et "religion". Libres et tolérants, les francs-maçons se considèrent comme des frères et acceptent que chacun cultive ses propres convictions et suive son propre chemin spirituel.

Les francs-maçons sont, par essence, opposés à tout dogmatisme, quel qu'il soit. Il est à noter que certaines loges sont plus adaptées par la philosophie de leurs rituels, à recevoir en leur sein un croyant ou un non-croyant. C’est la responsabilité du parrain, c'est-à-dire de celui qui est chargé de vous guider dans votre entrée en Franc-maçonnerie, de trouver la loge et l’obédience la plus adaptée à votre cas.

Par principe, on rappelle qu’en loge il est interdit de parler de religion ou politique afin de conserver une sérénité dans la tenue des travaux.

Définir son propre cas, revient à tenter de se situer dans le paysage religieux. Avant toute chose, il faut distinguer religion et église. La religion reste une croyance générale et impersonnelle, alors que l’église intervient dans la mise en œuvre d’un dogme qu’elle a pu produire dans le temps. Autrement dit, on peut parfaitement se déclarer de telle religion, sans accepter le dogme d’une église qui s’en réclame. On distingue au-delà de cette dichotomie, le texte sacré et son interprétation.

On peut tenter de distinguer 7 catégories :

-Les chrétiens d’esprit et de corps qui furent les premiers rédacteurs des Anciens devoirs. Catholiques en faisant référence à la Sainte Trinité, puis anglicans et pour finir calvinistes. L’appartenance religieuse fondait la pratique rituelique.

- Les Déistes, qui sont à l’origine une hérésie de la foi chrétienne, car ils ne se réfèrent pas à une révélation. L’idée générale repose sur la création de l’univers par un Dieu bon et puissant. Ce Dieu est infiniment respectable, mais il ne s’est manifesté dans aucune écriture ni aucune révélation. Cette attitude propre à remettre en cause les canons de l’église explique que les chrétiens fondamentalistes se soient opposés à la notion de Grand Architecte de l’Univers. Elle est conçue comme le plus petit dénominateur commun entre les différentes religions et voulait donner un caractère universaliste à la Franc-maçonnerie organisée, en l’appuyant très largement sur l’Ancien Testament, commun à toutes les religions du livre.

- Les Théistes souvent « noachites » ou « noachides» qui font de l’idée d’un Dieu unique, une omnipotence et une omniscience qui perfuse l’univers entier depuis sa création, sans représentation anthropomorphique. C’est une doctrine indépendante de toute religion établie, elle est donc personnelle, et repose sur l'expérience de l'Esprit. C'est l'option de la religion naturelle fondée sur les vertus.

- Les Relativistes qui loin de contester l’idée divine, la considère croyance utile, voire indispensable au bon équilibre sociétal et à la psychologie humaine. La foi devient utilitaire. La religion et son explication de l’univers ne sont qu’une hypothèse.

- Les Rationalistes qui considèrent que l’homme doit raisonner avant de croire, et qu’un dogme ne peut s’imposer de lui-même à l’homme libre. La foi religieuse interdit l’usage de la raison, la foi ne peut être qu’une hypothèse non raisonnée.

- Les Agnostiques qui doutent de l’existence d’un dieu sans le nier pour autant, de même qu’ils ignorent la profondeur métaphysique. Le domaine de l’intime, de l’origine des choses et de la destinée est inaccessible.

- L’athée qui constate que l’idée divine n’est prouvée par aucune science ni aucun raisonnement et met à l’écart le cortège des représentations mentales des croyants. L’athée assume librement sa pensée sans s’appuyer sur un dogme quelconque. On nie l’existence de Dieu et de la divinité.

Il existe sûrement bien d’autres catégories.

La rituelie maçonnique évolua avec les mentalités : si les anciens devoirs étaient expressément catholiques, intégrants la prière, les rituels maçonniques apparus après les statuts de Schaw de 1599, ne laissait aucune place à la prière des Anciens devoirs catholiques. Ils étaient assortis d’un catéchisme mnémotechnique dupliquant celui de l’église.

Notons enfin que les constitutions dites d’Anderson en 1723 puis en 1738 se firent l’écho d’un discours rassembleur de bon aloi, propre à rétablir la paix civile, tout en s’inspirant particulièrement du Mason word calviniste de nature symbolique et herméneutique. 1723 : « Un maçon est obligé, selon son Ordre, d'obéir à la loi morale ; et s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin profane.
Mais, quoique dans le vieux temps les maçons fussent obligés d'être de la religion de chaque pays où ils étaient, cependant on a jugé mainte­nant qu'il est plus convenable de les obliger seulement à être de la reli­gion dont tous les honnêtes gens conviennent, qui est de permettre à un chacun d'embrasser les opinions qu'il croit les plus saines et les plus raisonnables; ces opinions qui peuvent rendre un homme bon, équi­table, sincère et humain envers ses semblables, de quelque lieu et de quelque croyance qu'ils puissent être. De sorte que, par un principe si excellent, la maçonnerie devient le centre de l'union parmi les hommes, et l'unique moyen d'établir une étroite et solide amitié parmi des per­sonnes qui n'auraient jamais pu être sociables parmi elles, par rapport à la différence de leurs sentiments. »
1723 n’est qu’une étape. On peut lire dans les Constitutions, l’obligation d’un simple déisme basé sur la religion naturelle, dans un esprit de tolérance. Le but d’unir les deux cultes était une vaine utopie. Il faut plutôt y rechercher un calcul politique des Orangistes qui désormais détenaient le pouvoir et avaient beau jeu de pratiquer l'œcuménisme de circonstance. En effet en 1738 l’allusion à un Noachisme] devient l’expression unitaire des religions du livre. On y dépasse le christianisme schismatique pour aller vers les origines vétéro-testamentaires, qui ouvrent l’expression d’une lecture personnelle de l’Ancien Testament, propre à satisfaire l’esprit protestant ou Huguenot. En effet on attribue abusivement à Anderson la complète rédaction des constitutions de 1738. Le marquis de La Tierce, son ami, avait deux ans auparavant tenté d’améliorer le texte de 1723 en y introduisant un esprit certes reformé et oecuménique, mais d’essence française. À cet effet il y introduit, avant publication de 1742, une version du discours de Ramsay qui établit un lien chevaleresque, tout en améliorant l’aspect historique particulièrement défaillant chez Anderson.

Le Noachisme :

Le point de vue « noachite » est une idée « Ramsayenne », reprise par De la Tierce et Anderson. C’est donc un rassemblement qui est proposé sur la base du plus petit dénominateur commun. Cette volonté de rassemblement va ouvrir la porte à la légende d’Hiram qui est une relecture de la figure de Jésus. En évitant de tomber dans une déité proclamée, Hiram porte le grade de Maître au sommet de l’Art royal, tout en organisant le passage de l’initiation sur la matière à l’initiation sacerdotale.
1738 :« Un maçon s'oblige à observer la loi morale comme un vrai noachide; et s'il comprend droitement le métier, jamais ne sera stupide athée ni libertin sans religion, ni n'agira jamais contre sa conscience. Au temps jadis, les maçons chrétiens devaient se conformer aux usages chrétiens de chaque pays où ils voyageaient ou travaillaient. Mais la maçonnerie existante en toutes les nations même de religions différentes, le seul devoir est aujourd'hui d'adhérer à cette religion où tous les hommes s'accordent (sauf pour chaque frère à garder son opinion particulière), c'est-à-dire d'être hommes bons et vrais, ou hommes d'honneur et de probité, n'importe les appellations, religions ou croyances qui les distinguent : car ils s'accordent tous sur les trois grands articles de Noé, et c'en est assez pour préserver le ciment de la loge. Ainsi la maçonnerie est le centre de leur union, et le moyen de concilier des personnes qui auraient dû, autre­ment, rester sans cesse éloignées les unes des autres. »

Le Noachisme en tant que tel par son universalité ne devait pas oublier la tradition dont était issue la Franc-maçonnerie. Elle ne pouvait ignorer ses racines chrétiennes et les prières qui ponctuaient les rites maçonniques opératifs. De ces Anciens devoirs, il importait pour certains de réintroduire la prière à Dieu. C’est ainsi que la réaction des « Ancients » contre les « Moderns » replace l’invocation à Dieu dans les rituels spéculatifs. Le centre de résistance principal était la vieille loge d’York qui pratiquait l’ancien principe de la loge libre et la fidélité à l’église (anciennement la Sainte Église puis l’Église anglicane). Ils finirent par fusionner non sans que Laurence Dermott publie en 1753 une version des constitutions de la Grande Loge des anciens, reprenant celle de 1738 avec un esprit nettement plus traditionnel. Les "Ancients" reprochaient aux "Moderns" d'avoir escamoté la prière, les jours des Saints patrons, la déchristianisation des rituels, ne pas lire les anciennes obligations lors de la cérémonie d'initiation, avoir suprimé la cérémonie d'installation du vénérable de la Loge, etc..

La fusion des « Anciens » et des « Modernes »en 1813 entretiendra durablement une confusion entre ce qui caractérise les rites anciens et modernes, entraînant un mélange « génétique » dans la pratique rituelique.

Au Rite Écossais Primitif, il est préférable d’accepter l’idée divine, quelle que soit la typologie représentative, avec ou sans pratique religieuse. Pour s’en faire une idée il suffit de lire l’invocation de fermeture :

«- Très Saint et Très Glorieux Seigneur Dieu, Suprême Architecte du Ciel et de la Terre, Dispensateur de toutes les Grâces ici-bas, nous te supplions de bénir nos Travaux et d’illuminer nos esprits d’intelligence et de Sagesse, afin que nous puissions être à même de Te connaître et de Te servir droitement, toutes nos actions ne tendant qu’a Ta Gloire, et au retour de nos Âmes en Ta Lumière. Amen. »

On constate que les deux terminologies Dieu et Suprême Architecte de l’Univers sont confondues pour rejoindre le versant métaphysique de la Déité, avec une notion liée à l’âme qui correspond à la pratique tri-unitaire des Anciens devoirs. (Corps, âme, esprit.)

Le Rite Écossais Rectifié par son histoire inspirée par les ordres de chevalerie accepte plutôt les chrétiens, l’ésotérisme chrétien occupant une place majeure C’est en 1778 que ce rite adossé sur celui de la Stricte Observance Templière est rectifié par JB Willermoz. L’invocation finale préalable à la fermeture des travaux illustre une différence avec l’esprit œcuménique des constitutions d’Anderson :

« Souverain Maître de l'Univers qui n'avez cependant nul besoin, vous avez voulu posséder votre Temple parmi nous et en nous. Daignez donc, Seigneur, conserver cette Demeure à jamais et toujours dans la Paix et l’Harmonie. Vous qui avez choisi ce Temple pour que votre Saint Nom y soit invoqué, faites aussi qu'il demeure une maison de travail et d'obsécration pour Votre peuple, et que ces Pierres Vivantes que sont Vos ouvriers, Suprême Architecte du Monde, soient à jamais unies entre elles par le ciment de la Charité... Amen ! ... »

Le Rite Écossais Ancien et Accepté, par sa nature syncrétique, accepte toutes les tendances, ce rite pouvant être qualifié de Théiste. Enfin le Rite Français dans ses versions récentes est plus généraliste encore et les libres penseurs peuvent y trouver une place. Il n’y a pas d’invocation au sens biblique du terme, mais l’affirmation d’un idéal dans la sphère humaine :

« Bien au-dessus des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le Franc-Maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. Avant de nous séparer, élevons-nous ensemble vers notre idéal. Qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre chemin ! »

Le serment qui engage le franc-maçon est donné sur la bible ouverte à l’Évangile de Saint Jean considéré comme un livre initiatique, surmonté de l’équerre et du compas, comme pour la plupart des rites écossais. Certains rites préconisent l’équerre, le compas et la règle, cette dernière remplaçant la Bible.

La Franc-maçonnerie reste universelle et n'impose aucune limite à la recherche de la Vérité. Elle est donc par nature adogmatique. En Franc-maçonnerie, il n'existe aucune Vérité "venue d'en haut" (en dehors de la religion et de l’éventuelle révélation, qui reste du domaine privé), aucun gourou à vénérer, seul subsiste le travail individuel et collectif, autour d'un outil parmi tant d'autres : la méditation et la reliance à la tradition et aux êtres.

L’excommunication :

C’est ce relativisme religieux qui a toujours gêné les autorités religieuses. Les Constitution révisées d’Anderson approuvées par la Grande Loge de Londres le 25 janvier 1738 dans son article 1er déclare : « Un vrai Maçon est obligé par son titre, de se conformer à la loi morale comme un vrai noachide… » C'est-à-dire établir une relation au Divin, antérieure au Nouveau Testament objet de divergences d’interprétation, pour se transporter sur le terrain de l’Ancien Testament, laissant à chacun le droit de se définir plus précisément dans sa croyance. La réaction du Pape Clément XII est une condamnation de la Franc-maçonnerie dans la Bulle « In Eminenti… » datée de 1738 « Pour d’autres motifs justes et raisonnables de Nous connus… » Renouvelée par Benoît XIV en 1751 dans la bulle « Providas ». Les bulles qui excommunient les catholiques Franc-maçon sont sans effet en France, car elles doivent être enregistrées par le parlement. Cependant, à la restauration et suite au concordat de 1801 passé entre Bonaparte et Pie VII, elles deviennent applicables et sont reprises dans la bulle « Ecclesiam a Jesus Christo » qui vise plus généralement les sociétés occultes. On vit alors les membres du clergé et les fidèles quitter les Loges, remplacés par des frères insensibles à cette situation et probablement moins engagés dans la religion catholique. Suite à ce déséquilibre, on assista à une montée en puissance du sentiment Déiste dans l’esprit voltairien jusqu’à la révolution de 1848 et ce, dès le Second Empire. Cette situation évolua vers la laïcité républicaine qui permit au Grand Orient de France en 1877 d’éliminer la référence au Grand Architecte de l’Univers. Ainsi, on suit un axe qui part de l’Esprit des Lumières pour aboutir à un positivisme et un rationalisme extrême.

En 1884 le 2 avril, Léon XIII publie l’encyclique « Humanum Genus » ou les francs-maçons sont accusés de « ruiner la Sainte Église…, dépouiller les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont redevables au Sauveur Jésus Christ ». Il faut préciser que la Franc-maçonnerie oeuvra avec un réel succès dans l’élaboration de la loi de 1905 de séparation de l'Église et de L'État.

En 1915, le canon 2335 du droit canonique, stipule que les francs maçons catholiques encourent l’excommunication.

C’est en 1983 que cet article fut annulé et remplacé par le canon 1374 : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ». À ce point de l’histoire, on ne peut pas dire que la franc-maçonnerie conspire contre l'Église. Il existe même une franc- maçonnerie Christique. Toute perspective de rapprochement pour les francs maçons pratiquant une religion, disparaît lorsque le 26 novembre 1983 le futur Pape Benoît XVI, président la Congrégation pour la doctrine de la Foi, renouvela l’interdiction faite aux catholiques d’appartenir à la franc-maçonnerie.

L’Église Anglicane n’est pas en reste et accuse la franc-maçonnerie d’être hérétique, gnostique, de s’opposer à la trinité. Il y a incompatibilité des deux démarches. Les méthodistes lui reprochent le secret et en interdisent l’accès. Seule l’église baptiste des États-Unis semble accepter l’adhésion à la franc-maçonnerie. En France l’Église Orthodoxe n’a formulé aucune opposition. Enfin l’Islam, malgré le soufisme, s’oppose à la démarche maçonnique qualifiée de sioniste. Le Bouddhisme et l’hindouisme restent dans une indifférence bienveillante.

Le constat est clair, si la franc-maçonnerie et l’immense majorité des Frères, respectent et estiment les religions, les églises font preuve d’une méfiance voir d’une hostilité incompréhensible pour les francs maçons pratiquant assidûment une religion. Il convient d’examiner les cinq points qui motivent cette hostilité.

1) Le relativisme

Le fait de considérer sur un pied d’égalité toutes les pratiques religieuses fait que la franc-maçonnerie est multiconfessionnelle. Cette attitude est proche de la vision laïque, ce qui pose un problème aux religions universalistes et conquérantes. Le fondement de ce relativisme trouve sa source à la fois dans le Noachisme historique, mais aussi à la distinction qui est faite entre la voie mystique et initiatique. Pour le maçon ces deux voies sont distinctes, pour le clergé, la révélation mystique est la seule voie.

Ce relativisme cède parfois à une hostilité ouverte. Le grand Orient en 1922 dans son convent déclare :

« La séculaire puissance d’obscurantisme prétend à l’universalité de son hégémonie mondiale. Son Vatican, avec ses multiples services de sa curie romaine, telle une pieuvre colossale développe ses monstrueux tentacules sur le monde entier. L’ombre néfaste de ses maisons de prières et de servitude dissimule aux humains les perspectives des horizons de lumière et de vérité. Si nous voulons que cette ombre meurtrière de la pensée humaine, complice de tous les crimes qui laissent dans l’histoire une longue traînée de sang, ne puisse s’étendre et s’épanouir dans ce monde, si nous voulons préserver les générations d’un fatal enlisement intellectuel sous la sujétion des dogmes, des préjugés, et des superstitions ; détruisons ce symbole « apostolique » d’horreur et d’épouvante, ce foyer de malfaisance universelle et reprenons l’âpre combat au cri renouvelé de Voltaire : Ecrasons l’Infâme ! »

2) Le langage de la franc-maçonnerie traditionnelle et symbolique

C’est un langage ésotérique. L’Église des premiers siècles était l’héritière des traditions passées et avait indiscutablement un discours initiatique en plus du discours mystique. C’est un aspect que l’Église dans sa course à la sécularisation et sa conquête du pouvoir temporel a négligé. À force de s’appuyer sur le plus grand nombre, le discours de l’Église s’est vulgarisé. Le versant ésotérique réservé à l’élite (notamment aux évêques) fut abandonné au profit d’un exotérisme simplificateur et anthropomorphique. C’est ainsi que l’Église pouvait parler au plus grand nombre et peser sur les âmes et le pouvoir politique. L’Église restait détentrice des anciennes traditions sans en comprendre le sens profond.

Cet abandon remonte au Moyen-âge. L’ésotérisme chrétien de la grande tradition se trouvait en difficulté. L’enjeu résidait dans la maîtrise du pouvoir temporel, ou le nombre et la matérialité pèsent plus que l’élite et l’esprit. Il fit ressortir les sociétés initiatiques détectrices des traditions et de leurs interprétations. Celles qui sommeillaient bien souvent très près des évêques et cardinaux qui, autrefois, maîtrisaient ce langage. Les interprétations de l’ésotérisme chrétien, par les fidèles d’amour, les roses croix, les templiers, les gnostiques, les alchimistes n’étaient que partielles. Leurs interprétations ne reposaient pas sur une métaphysique de la totalité. Cette dislocation n’a pas permis à ces mouvements de survivre par eux-mêmes. Ils devaient se rallier à une voie véritablement initiatique comme la Franc-maçonnerie opérative. Seul ce réceptacle pouvait garantir la transmission.

On ne peut priver de voie initiatique, le cherchant de bonne foi. Cette aspiration correspond à un besoin irrépressible, qu’aucune loi ou aucun règlement ne peut juguler. Il ne restait plus à l'Église que la voie mystique assujettie au dogme, qui a produit un grand nombre de béatifications. La voie mystique est l’équivalent de la voie initiatique, la première s’exerçant dans le domaine extérieur (exotérisme) et la seconde dans le domaine intérieur (ésotérisme). Toutes les deux supposent un laborieux effort pour y parvenir, mais aussi une capacité à recevoir la grâce divine ou à la découvrir.

La voie sacerdotale n’étant plus que mystique, seule la voie artisanale restait à la disposition du peuple et la voie chevaleresque pour la noblesse. C’est dans ces deux voies que se dirigèrent les micro-sociétés initiatiques, pour les enrichir, tout en prospérant à l’abri de l’institution. Inattaquables, car forts utiles (travail de la matière ou art du combat), elles transportèrent leur trésor initiatique jusqu'à nous. L'église dépossédée de son hégémonie dans l’interprétation des textes sacrés et de l’explication du monde se retrouva contestée dans la voie initiatique sacerdotale par différents mouvements à caractères gnostiques. Cette affaire marqua profondément la Papauté qui en tira des règles aussi rigides que l’inquisition. La disgrâce de la franc-maçonnerie est en partie due à ce passif.

Ce qui ressemblait à la franc-maçonnerie, ainsi que les autres organisations initiatiques, trouva le champ libre.

La religion n’était pas contestée dans ses fondements, mais elle était complétée dans une deuxième interprétation sur un registre ésotérique soustrait à l’audition du plus grand nombre.

3) L’antériorité interprétative

La légitimité d’un mouvement d’idée trouve souvent ses fondements dans le caractère immémorial de sa pratique. À l’évidence bien des traditions sont antérieures à l’avènement du Christ. Soyons précis: être relier à l'origine (religare) et bénéficier d'une transmission traditionnelle (tradere) n'est pas exclusivement dédié aux religions. La voie initiatique est de ce point de vue et depuis toujours autonome par sa culture de la pratique des vertus et sa vision ontologique, ethique et metaphysique. La voie initiatique a su conserver sa démarche ésothérique, avec un point de vue universaliste depuis 1723 et 1737, alors que l'église préferait cultiver l'exotérisme dogmé. La franc-maçonnerie va être au XVIIème et XVIIIème Siècle un réceptacle protecteur pour différentes expressions initiatiques.

Les alchimistes prétendent que leur science est le reflet des saints mystères et que le Christ partage l’immanence de la pierre philosophale. Adam n’est-il pas un modelage fait de glaise, d’eau et du souffle divin, soit les éléments de bases qui après division et purification donneront la pierre philosophale…

Les gnostiques plaident aussi pour une renaissance ultime tout en se fondant sur des traditions antérieures à la chrétienté.

Les roses croix qui depuis 1646 désirent réaliser l’approche ésotérique des œuvres de Dieu dans la nature, dans le but de la dominer.

Les hermétistes s’intéressent à la nature du Christ : s’agit-il d’une résurrection, d’une renaissance, d’une exaltation ? Qu’en est-il de ce corps mystique ? Ils trouvent à s’appuyer sur une antériorité qui remonte bien avant Jésus Christ.

Comme l'Église des premiers siècles, ils fondent leurs traditions et leurs symbolismes sur des pratiques qui appartiennent au fonds commun des sociétés à mystères ou initiatiques.

À l’antériorité interprétative s’ajoute parfois la pratique théurgique. Celle-ci fut particulièrement mise en exergue par Martinez de Pasqually, lorsque fut instauré l’ordre des Élus Cohen. Son influence fut suffisamment forte pour irriguer en partie la franc-maçonnerie moderne, à tendance christique, telle que pratiquée par le Rite Écossais Rectifié. La franc-maçonnerie swedenborgienne s’imprègne fortement des enseignements de la bible, de la Genèse du principe créateur et de la réintégration.

Ainsi l’autonomie dans l’interprétation se traduit en autonomie de la volonté et fait sortir du giron papal, toute une série de mouvements initiatiques, mystiques et autres, qui sont de nature à porter préjudice à l’institution ecclésiale.

Le Christ et sa résurrection, ainsi que tous les mystères de la révélation sont interprétés spécifiquement par tous les mouvements initiatiques hermétiques, qui font peu de cas du Dogme de l'Église.

4) Le dogme

L’emprise naturelle et respectable de la doctrine dans une religion va se heurter à la conquête du Soi par l’initié. On admet généralement que la religion catholique, pratiquée en sa forme ancienne et traditionnelle, offrait un cheminement initiatique. Ledit cheminement restait sous l’emprise des différents sacrements, qui marquaient les admissions aux mystères de la foi.

Le hiatus semble reposer sur le caractère initiatique de l'Église, de la franc-maçonnerie et la liberté d’évolution de cette dernière. Les deux institutions se retrouvent en concurrence sur le chemin de l’initiation, sacerdotale pour la première et artisanale pour la seconde.

La différence tenait à l’autonomie de l’interprétation. Le dogme tient fermement la main du chrétien, ne le laissant quitter le seul chemin possible, alors que la Franc-maçonnerie ne prétend nullement diriger le maçon sur son chemin, proposant un simple épaulement de la fraternité initiatique de la loge. L’initiation a toujours existé et l'Église s’est appuyée sur les traditions initiatiques antérieures pour entrer dans les âmes et les cœurs. La voie cardiaque est si efficace qu’il convient de fermer la porte derrière soi pour éviter toute concurrence. Or, c’est aussi par la voie cardiaque et son égrégore que la Franc-maçonnerie s’installe en nous. N’oublions pas que la Franc-maçonnerie interprète les textes sacrés et donc la Bible sur un plan ésotérique. Chassant sur les terres de l’ésotérisme chrétien, l’interprétation libre et personnelle du maçon, risque de s’opposer à la révélation et aux dogmes. Les initiés sur la voie savent qu’il est judicieux, au nom d’une certaine cohérence, de n’emprunter qu’une seule voie à la fois. En conséquence être fidèle dans une religion n’est pas incompatible sur le plan initiatique avec la Franc-maçonnerie, mais suppose l’adhésion à un dogme qui guide les pas du maçon. La peur de l’Église est que ce dernier, par ses propres découvertes et son exégèse ésotérique, ne se détourne du canon.

5) Hiram

La légende d’Hiram apparaît dans les loges vers 1730-1745. Elle semble réunir sur elle l’action des courants ésotériques voir occultistes des siècles passés. Rose-croix, alchimistes, détenteurs de la Gnose, élus Cohen trouvent une expression plus élaborée dans cette légende. La théâtralité du récit, introduit dans le rituel d’exaltation, le passage dans un autre état, voire dans un autre monde, pour «l’élu » qui a été choisi par ses pairs.

L'homme-matière devient Homme-esprit. Nous ne sommes plus dans le registre de la pierre taillée. C’est bien plus qu’une simple palingénésie qui mimerait au plan symbolique le sacrifice du Christ. Son assassinat et son relèvement rituel n’étaient pas pour plaire au clergé, d’autant que cette mort rituelle est une délivrance de toute contingence et donc de la matière, alors que la crucifixion du Christ annonce la résurrection des corps et le salut de l’âme.

La délivrance est réservée aux élus, le salut est pour tous.

L’interprétation du sacrifice du Christ et de sa résurrection se trouva concurrencée par l’approche initiatique de la légende D’Hiram. C’est toute la construction dogmatique qui était menacée par l’élan maçonnique. Désormais, s’en était trop, le futur Maître ne pouvait vivre une résurrection-délivrance dans des cérémonies secrètes, et il ne pouvait y avoir deux Christs, celui du salut et celui de la délivrance, celui de l’Église et celui des maçons.

L’interprétation maçonnique est potentiellement supérieure à celle de l'Église, car cette dernière ne se situe que « par » et « pour » l’homme, lui proposant le salut pour réalisation spirituelle, alors que la maçonnerie offre le changement d’état.

L'Église considère que la spiritualité est sa suite et conséquence, inspirée par la foi. Le point de vue de l'Église s’oppose à certains maçons pour qui la croyance en une religion n’est qu’un simple compartiment de la spiritualité.

La base historique du christianisme repose sur la Résurrection. C’est l’expression prophétique de la volonté divine dans un domaine purement contingent et historique. Ce « sous-domaine » d’intervention est de moindre dimension, qu’une sphère métaphysique, conceptualisée par l’initié-maçon dans son for intérieur. Ainsi, la métaphysique de l’initié parfait saisit l’ensemble de la permanence et du tout, alors que la prophétie et la résurrection ne sont que l’émanation d’une volonté divine dans une strate. Il y a bien différence de perspective, car la nature de la religion est décidément dénuée de son dimensionnement ésotérique.

C’est un dialogue de sourds.

L'Église ne reconnaissant pas l’ésotérisme comme autonome et supérieur dans sa portée, mets en avant la voie mystique. Elle n’accepte pas de reconnaître l’abandon fautif de l’interprétation de l’ésotérisme spécifiquement chrétien. De son côté, le maçon n’entend pas se soumettre au dogme, conservant ainsi l’intégrité d’une voie initiatique, artisanale, ancestrale et personnelle.

La voie initiatique peut être complétée par la foi. Si on admet que la foi religieuse complète et illustre dans un domaine limité, le concept métaphysique.

De notre point de vue il n’y a pas contradiction entre la voie initiatique et la voie mystique, elles sont agissantes sur deux domaines différents, mais pas contradictoires.

Toutes les voies ascensionnelles sont censées converger en un point commun et ultime. Ce sommet de la montagne pouvait être suggéré par la légende du relèvement d’Hiram et la résurrection du Christ. Les conséquences étaient trop importantes pour qu’il puisse y avoir la moindre reconnaissance de part et d’autre.

(…)

© Comprendre la Franc-maçonnerie - Editions du Maçon 2011

Eric R\

Voir en complément à cet article:

http://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/12/tradition-et-religion-en-franc-maconnerie.html

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-spiritualite-maconnique-99413011.html

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Les étranges questions sur Jésus

24 Décembre 2014 , Rédigé par Papus G. Encausse Publié dans #Planches

Jésus a-t-il une existence, métaphysique ou est-il un Principe vivant et
actuellement agissant par rapport à nos actions terrestres et à
l'histoire des peuples ?
Beaucoup de personnes se figurent le Verbe comme un Principe placé
au-dessus des nuages, auquel on parle rarement en se mettant à genoux et
en lui disant des paroles qu'on récite par cœur sans les penser et
surtout sans vérifier si elles correspondent bien à nos pensées.
D'autres, fréquentant assidûment les Églises, pensent qu'il a délégué,
depuis sa venue sur terre, tous ses pouvoirs aux prêtres et
particulièrement aux prêtres catholiques, et que désobéir à ceux-ci
c'est désobéir à Dieu. Enfin, les esprits plus éclairés admettent bien
une action du plan divin sur les bonnes actions et les bonnes pensées ;
mais ne vont pas plus loin.
Lacuria dans les "Harmonies de l'Être exprimées par les Nombres" donne
des éclaircissements très importants pour son chapitre de la
Personnalité de Jésus. Il y aurait vu surtout que le Verbe créateur est
un Principe intimement lié à toutes les manifestations vivantes de la
nature et que rien ne recevrait la vie sans un sacrifice permanent du
Père, rien ne recevrait la faculté d'action et de réflexion créatrice
sans un sacrifice permanent du Verbe, et rien ne recevrait la
lumière de la sensibilité et de l'intelligence sans une action constante
de l'Esprit divin.
Et qu'on ne vienne pas ici nous accuser de panthéisme, car ces actions
et ces assistances du divin se font en dehors de sa personnalité propre,
comme la mère qui allaite son enfant n'est pas forcée d'être
l'intelligence de cet enfant tout en lui donnant la vie et la faculté de
croître.
Il découle de là qu'être chrétien ce n'est pas seulement écouter un
prêtre ou un pasteur une fois par semaine et faire consciemment mourir
ses frères par la faim ou par la calomnie les six autres jours. Ce n'est
pas non plus marmotter des prières en faisant les yeux blancs dans une
église. C'est vivre effectivement les enseignements du Christ écrits
dans la lumière invisible de la terre depuis sa création et c'est les
vivre autant individuellement que socialement.
La femme du peuple qui n'a qu'une soupe et qui la partage avec les
enfants de sa voisine qui crient famine est plus chrétienne que la
mondaine qui va écouter la messe pour montrer une belle toilette et qui
donne un sou, en sortant, au pauvre officiel de l'église.
Et comme tout est vivant, nos actions comme nos pensées et nos désirs,
l'enfant de la femme du peuple, s'il est malade, sera guéri à la moindre
demande tandis que l'enfant de la mondaine sera presque impossible à
sauver malgré les neuvaines, les bénédictions d'évêque et les
consultations des professeurs de médecine.
Car le principe qui s'est incarné en Jésus de Nazareth n'a pas quitté le
plan physique, qu'il soit terrestre ou autre, et il est toujours
là pour guérir la femme du peuple qui, se sachant rien du tout, vient
toucher son vêtement. Il en est de même en social.
Un peuple qui en égorge un autre est un cambrioleur social qui assume
une responsabilité terrible devant la vie-principe. Mais les peuples qui
laissent égorger le faible sans intervenir sont aussi coupables presque
que l'assassin, et chacun des habitants de ces peuples sera responsable
dans sa santé, dans celle de ses enfants et dans sa fortune, car le ciel
ne connaît pas l'hypocrisie qui se croise les bras derrière l'apathie
des gouvernants.
Quand la guerre fera chez nous les ravages qu'elle fait dans l'Afrique
du Sud, il sera trop tard pour se plaindre, et c'est nous tous,
Européens, qui l'auront voulu, en croyant gagner du temps et jouer un
bon tour à son voisin.
Que ceux qui ont des yeux pour voir regardent et ils verront quel est le
nom dans l'Invisible du principe, qui permet à une poignée de paysans
chrétiens de résister aux soldats et aux canons des financiers d'Europe
et de répondre par la clémence et la prière aux barbaries et aux
blasphèmes des envahisseurs.
Mais laissons là ces choses ; nous avons voulu non pas démontrer, mais
faire sentir l'action constante de ce principe. C'est un peu de la vie
ésotérique réelle de Jésus.
Qu'est-ce que la Vie ésotérique de Jésus et que peut-on dire sur sa vie
non publique ?
Quand la terre a été créée et est devenue capable d'être peuplée par
l'humanité, chaque race a reçu la promesse d'une libération de ses
chaînes et de ses voiles de chair – par l'intervention du principe
créateur.
Claude de Saint-Martin a mystiquement exprimé ce fait par la figure
suivante dans laquelle 1 représente Dieu 4 l'homme et 0 la matière.
Avant la chute tout était séparé : 1, 4, 0.
Que ceux qui ont des oreilles pour entendre écoutent dans l'Invisible,
et ils entendront la voix du Seigneur de la terre appelant les puissants
et les forts au secours ou au jugement.
Après la chute et avant la réparation nous avions :
1 4
D'après la venue du Réparateur nous obtenons :
4 dans le 4 le chiffre 1
Dans l'Invisible le nom du principe réparateur est écrit depuis la
constitution de notre planète, et l'archéomètre de Saint-Yves d'Alveydre
détermine exactement que ce nom, dans toutes les civilisations, est
celui de Jésus.
Dans l'Inde, l'archéomètre nous montre que le Principe s'est appelé
ISHWA, le Sauveur, d'où ISHWA-RA, le Sauveur-Roi qui, plus tard, est
devenu par analogie des contraires Shavi et Shiva.
En Égypte, il a été appelé OSHI le Seigneur, ou OSHI-RI le Seigneur-Roi.
Les Païens le connaissaient sous le nom d’IACCOS, et nous arrêtons là
ces digressions pour ne pas être indiscrets vis-à-vis du travail
admirable que le marquis de Saint-Yves mit au point depuis plusieurs
années et qui constituera vraiment la clef du Verbe en action.
Il était donc impossible à un véritable voyant ou à un vrai prophète de
n'importe qu'elle religion de lire dans "l'âme" invisible de notre
planète, sans voir apparaître le nom du Sauveur, du Réparateur et
de l'histoire de son sacrifice rédempteur.
Chaque race a traversé son cycle d'initiation qui la conduisait à la
connaissance de ces mystères du Verbe devant s'incarner. Ce cycle
comprend trois phases :
1° La phase d'initiation instinctive par les voyants ;
2° La phase d'initiation cérébrale par les prophètes et les légistes ;
3° La phase d'initiation cardiaque par un envoyé de l'appartement du
Verbe, ou par le Verbe venu en chair.
Enfin, hors du cycle, la reprise, par une autre initiation, des éléments
qui n'ont pas été capables de participer à la révélation précédente.
Ces trois phases sont vraies parce qu'elles se reproduisent partout,
même dans le développement du corps humain ou embryologie, où nous
voyons l'ectoderme et l'endoderme naître avant le mésoderme, et le bras
et la main naître avant l'avant-bras, ce qui indique bien que le cycle
intermédiaire ou cardiaque naît le dernier, dans toutes les phases.
Si nous considérons seulement deux races : la jaune et la blanche, nous
verrons que par la première le cycle instinctif est enfermé dans la
période pré védique, le cycle intellectuel dans la période védique avec
les lois de Manou (Manou-Numa-Minos-Moïse-Emmanuel, noms divers de ce
cycle), et le cycle de la révélation du Verbe dans la période de Krishna
et du dernier Bouddha.
Dans la race blanche, le cycle de révélation directe a été celui des
Patriarches avec Abraham et Melchisédech, le cycle intellectuel
celui de Moïse, et le cycle verbal, celui de Jésus.
Mahomet et l'Islam sont venus reprendre en son œuvre les éléments
placentaires de toutes les races, noire, jaune, blanche, qui étaient
désorbitées et qui doivent rentrer plus tard dans le cycle du Verbe.
Nous jugeons inutile de montrer que chaque section de race a vu se
reproduire par elle les lois embryologiques générales. C'est le cas pour
les Druides, les Étrusques, etc.
C'est donc en ignorant l'existence de ces cycles et en confondant
l'évolution d'une race avec celle d'une autre qu'on en arrive à chercher
à établir un parallèle ou une hiérarchie entre les divers révélateurs et
à se disputer pour savoir si Manou est supérieur à Numa ou à Moïse.
C'est là une question absurde pour l'initié qui sait que le même
principe, celui du Père, a envoyé ces diverses manifestations de son
appartement.
De même pour Jésus qui s'est révélé progressivement aux diverses races,
jusqu'au moment où il s'est manifesté en personne dans la race
synthétique ou blanche.
Considérer Jésus comme un homme évolué jusqu'au centre verbal et ayant
fait ce que d'autres ont fait ou ce que d'autres feront sur terre, c'est
agir en philosophe profane, en amateur de Sophie plus que de Sophia
c'est faire de l'exégèse enfantine, car cela conduit à enseigner
mystérieusement que Jésus ayant réfléchi s'est réincarné pour venir
diriger, dans un corps de jaune, une société d'Anglo-américains. C'est
de la dégénérescence et de l'enfantillage, car le Réparateur de la
race blanche n'a pas à involuer pour faire encore une œuvre
antérieurement faite par un envoyé de son plan.
L'histoire nous montre, en effet, que chaque révélation cyclique s'est
faite en même temps pour toutes les races terrestres. Car nous voyons un
premier cycle manifester en même temps Krishna le premier Zoroastre,
Fo-Hi, Abraham, et Sanchoniaton, un second cycle produire Foe (Sakya),
le deuxième Zoroastre, Moïse et Orphée, et un troisième produire
Son-Mon, au Japon, Lao Tsé, et Kang Tsé en Chine, le quatrième Bouddha
(Gautama) dans l'Inde, Daniel et Esdras chez les Hébreux, Pythagore en
Grèce, et Numa à Rome. Les historiens peuvent ignorer ces coïncidences,
les fraternités initiatiques les connaissent, et cela suffit.
Seul le cycle de Jésus est personnel...

Source : maitrespasses@yahoogroupes.fr

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Traduction du texte du rituel d’initiation de W.A.Mozart (extrait)

19 Décembre 2014 , Rédigé par Jean van Win Publié dans #Planches

Un Manuscrit Maçonnique Viennois du 18e siècle du Frère Joseph Baurnjöpel-transcrit par Friedrich Gottschalk

Introduction

La circonspection à l'égard des personnes qui causent des désordres dans nos loges et qui pourraient gâter les autres Frères bien formés, nous a mis en garde contre toute corruption et dépravation des mœurs qui ont provoqué la ruine de civilisations entières et qui sont la source de tant de malheurs.

C'est sur cette circonspection que nos sages Frères ont toujours construit leur espoir, en n'offrant la possibilité d'être reçu Maçon qu'aux candidats dont la droiture en matière de religion et des vertus liées à celle-ci, et dont l'esprit de bienfaisance dans le sens le plus large ne laissaient aucun doute.

Ce n'est qu'après avoir vérifié profondément ces qualités inébranlables qu'un vrai Maçon devrait se permettre de proposer un étranger à sa Loge, car le vrai bonheur ou la chute d'un atelier peut dépendre du vote d'un seul Frère uniquement.

Finalement, lorsque le parrain croyait avoir trouvé toutes ces qualités indispensables réunies dans un seul candidat, il avait coutume de demander à un Frère inconnu s'il voulait bien accompagner le profane à la Loge. Habituellement, cela se passait pendant la nuit, en silence et plein d'attention, de sorte que les Frères servants pouvaient mettre le candidat dans le cabinet de réflexion et le laisser là, livré à ses méditations.

Dans cette petite chambre, tapissée de noir, que nous appelons chambre de réflexion, se trouve une table recouverte d'une toile noire, deux chaises également couvertes de noir, une faible lampe qui éclaire à peine, un crâne humain, un poignard, un bol rempli d'eau, une corde et un livre ouvert. Ce livre est ou bien la Bible, ou un autre livre exaltant. Quand il entre, la cloche sonne une heure--Est-ce que j'entends bien--Est-ce la cloche des morts qui sonne pour mes heures défuntes--Où sont-elles, dans l'océan sans fin de l'éternité ? Et peux-tu t'imaginer l'éternité, homme que tu es, et qui ne vis que grâce à la " bonne action" d'une seule minute ?

Après une demi-heure pendant laquelle le candidat a été laissé seul à ses pensées, le Frère Terrible ouvre la porte et lui tient les propos suivants : "Monsieur, je viens ici au nom du Respectable Grand Maître et de toute la Loge vous demander si c'est de votre propre volonté que vous désirez devenir membre de cette honorable société ?".

Question : "Avez-vous aussi réfléchi mûrement que vous allez rejoindre une assemblée qui doit être tenue pour sacrée et qui pourrait attenter à votre vie au cas où vous transgresseriez d'une façon significative ses objectifs ? Réponse : oui.

Je vous laisse encore du temps pour réfléchir sérieusement : examinez-vous bien pour savoir si vous êtes assez persévérant pour garder un secret d'une telle importance. Soyez patient, je reviendrai bientôt".

Après un quart d'heure, il revient avec les mots : "Avez-vous toujours la même volonté et êtes-vous toujours décidé de nous rejoindre ?". Réponse : oui. Alors, permettez-moi de vous poser les questions que nous avons coutume de poser lorsqu'il s'agit d'une réception, et je vous supplie d'y répondre avec la sincérité d'un honnête homme". Questions :

" Quel est votre nom?".

"Où êtes-vous né?".

"Quelle religion pratiquez-vous?".

"Quel est votre état?".

"Quel âge avez-vous?".

" Venez-vous ici par vaine curiosité, dans le but d'apprendre nos secrets

pour mieux les trahir après ?". "N'avez-vous jamais, dans vos affaires, entrepris quelque chose qui pourrait porter préjudice au nom d'un honnête homme ? Ne vous êtes-vous jamais attiré une mauvaise réputation à la suite de fréquentations nuisibles ?". "N'êtes-vous pas membre d'une autre association ou fraternité qui combat la nôtre ?". "N'êtes-vous pas impliqué dans quelque complot contre l'Etat ou son chef ?". "Souhaitez-vous vraiment d'être reçu et voulez-vous vous soumettre à tout ce qui sera entrepris avec vous ?". Réponse : oui.

Après cela, on le laisse se déshabiller, on lui prend ses métaux, on lui dénude le genou droit et la poitrine gauche, on lui met une pantoufle et un bandeau sur les yeux, on lui fait frapper trois fois à la porte et pendant qu'on répète les questions, on lui donne l'accès de la Loge.

Note : selon le système de Zinnendorf qui est actuellement appliqué la chambre de réflexion ne contient que le crâne sans les os en forme de croix (piraterie!) et la lumière d'une lampe. Quant aux questions qui sont posées au candidat, elles sont les mêmes sauf la question qui concerne le complot contre l'Etat, bien que cette question soit considérée comme la plus importante selon les décrets généraux de l'Obédience. Le déshabillage et ce qui suit sont également restés inchangés.

L'Ouverture de la Loge.

Le Maître en chaire frappe un coup sur l'autel et dit :

"Frères 1er et 2nd Surveillants, aidez-moi à ouvrir une Loge juste et parfaite". Aux autres Frères, il dit : " cela vous plaît-il ?".

Quand tous ont fait les signes d'approbation, il continue :

Question : "Frère 1er Surveillant, êtes-vous Maçon?".

Réponse : "Oui, VM, je le suis et j'en suis honoré, mes Frères et compagnons me reconnaissent comme tel".

Q. "Pourquoi êtes-vous devenu Maçon ?".

R. "Parce que j'étais dans les ténèbres et vivais dans l'inconscience, et je cherchais la lumière et la sagesse".

Q. "Quel est le premier devoir d'un Maçon?".

R. "S'assurer que les portes sont bien fermées et que tout est en bon ordre avant qu'on ne parle".

VM. "Faites votre devoir".

Le 1er Surveillant: "Les portes sont fermées, tout est en bon ordre, la Loge est en sûreté".

Q. "Dans quel but vous êtes-vous rendu ici?".

R. "Pour ne pas faire ma propre volonté, mais plutôt pour maîtriser mes passions et, comme le veulent nos propres lois, m'efforcer jour après jour afin d'obtenir une parfaite conduite de vie, qui soit digne et juste, et qui témoigne d'une religion et d'une éthique pures, ce qui est l'unique objectif et le but de notre honorable société".

Q. "Quelle heure est-il?".

R. "Midi plein".

VM. "Puisqu'il est midi plein, il est temps d'ouvrir la Loge. Faites-moi parvenir le signe, l'attouchement et le baiser de paix".

Après l'exécution de cet ordre, le VM frappe trois coups sur l'autel et dit : "Frère 1er Surveillant, la Loge des Apprentis est ouverte". Et il fait le signe d'apprenti. Quand les deux surveillants l'ont répété, le VM demande "si quelqu'un a quelque chose à proposer ?".

R. "VM, il y a un profane qui aspire à être reçu dans nos rangs".

Le VM demande aux Frères présents s'ils sont d'accord de le recevoir. Après avoir reçu le signe d'approbation, il le fait chercher par le Maître des Cérémonies.

La réception.

Dès que le Cherchant étranger a frappé trois coups en profane, le plus jeune Frère (auquel est attribuée la fonction de Tuileur) dit au 2nd Surveillant qu'on frappe à la porte d'une façon inhabituelle. Ce dernier en avertit le 1er Surveillant qui l'annonce au VM. Celui-ci répond qu'on doit voir qui pourrait être là.

Le jeune Frère ouvre la porte à moitié et demande " qui c'est qui frappe?". Le M de C répond " C'est un profane qui demande à voir la lumière". Cette réponse est répétée selon la coutume et parvient chez le VM qui lui fait poser les questions qui figurent à la page 95 concernant le cabinet de réflexion.

Après cela le VM ordonne de le faire entrer dans le temple.

Le Frère Garde ouvre soudainement et avec le fracas d'obligation les portes et c'est le 2nd Surveillant qui prend le profane sous sa garde après que le M de C l'ait quitté avec les mots " à partir de maintenant, je vous laisse à votre destin et je ne puis plus rien faire de bien pour vous".

Le second Surveillant lui donne un glaive dénudé (sic) qu'il doit prendre de la main gauche et en mettre la pointe sur le côté gauche de la poitrine. Le 2nd surveillant le prend de sa main gauche, tient le glaive de la main droite par la poignée, et guide

ainsi le candidat vers la place entre les deux surveillants, où le Cherchant doit se courber profondément pendant que le VM lui parle : " Que voulez-vous? Venez-vous ici par pure curiosité, pour apprendre plusieurs secrets et pour les trahir après ? Quelles sont vos capacités dans le domaine des sciences? Etes-vous instruit dans les sciences administratives? Connaissez-vous les devoirs de votre état? N'avez-vous jamais commis dans vos activités ou vos affaires quelque chose qui pourrait être nuisible à la réputation d'un honnête homme? N'êtes-vous pas membre d'une société ou d'une fraternité qui agit contre nous ? Avez-vous un réel désir d'être reçu par nous ? Et voulez-vous vous soumettre à tout ce qui sera entrepris avec vous? Réponse : oui.

Note : comme tout Frère assidu connaît les cérémonies qui sont exécutées dans les différentes Loges avec plus ou moins de variantes dans les us et coutumes et de déviations sans grande importance, il n'y a pas lieu de s'appesantir là-dessus et nous continuerons le rituel.

Les trois Voyages.

Le VM prononce les mots qui suivent : " Frère 2e surveillant, faites-lui faire son premier voyage à travers l'Air et la Terre. Du Soir par la Minuit vers le Matin et de là par le Midi vers l'Ouest. Quand le premier voyage est accompli, le VM dit au Cherchant : " Quelle opinion avez-vous de la religion ? N'êtes-vous pas impliqué dans des complots contre l'Etat ou son Chef ? N'avez-vous pas délibérément commis un meurtre ? Persistez-vous dans vos intentions ? Réponse : oui.

VM : " Faites faire le deuxième voyage à travers l'élément Eau, comme Persévérant.

Quand ce voyage est fait, le VM continue : "Maintenant vous avez accompli votre deuxième voyage, mais savez-vous bien que le troisième sera très difficile à mener à bonne fin ? Croyez-vous vraiment avoir le courage nécessaire pour endurer tout ce qui peut se passer ? Réfléchissez bien, car il vous faudra beaucoup de vaillance ! A quoi vous êtes-vous résolu ?

Alors, qu'il fasse son troisième voyage à travers l'élément Feu et ne l'épargnez nullement".

Quand le Souffrant a accompli ce voyage et a été ramené entre les deux surveillants, le VM lui dit " Vous avez vraiment accompli vos voyages et nous sommes complètement satisfaits du courage dont vous avez fait preuve. Seulement, cela ne nous suffit pas, et vous devez encore nous donner du sang de votre cœur. Frère Chirurgien, tirez-lui 7 ou 8 onces de sang".

Si le candidat est d'accord, il est conduit sur une chaise et on prépare tout pour lui faire croire à une saignée réelle. Le bras est seulement touché par une plume et avec une éponge on fait couler de l'eau chaude sur la veine et l'eau est recueillie dans un bassin. On lui applique un pansement sur la veine et on le guide à nouveau entre les deux surveillants où le VM lui parle en ces termes : "La persévérance dont vous avez fait preuve, tant dans les épreuves que vous avez voulu subir que dans votre complaisance à exécuter nos souhaits, nous a convaincus que vous n'êtes pas indigne d'être intégré dans notre société.

Seulement, avant de vous communiquer nos secrets sacrés, vous devez nous assurer de votre Fidélité et de votre Discrétion absolues, par la prestation d'un serment solennel. Frère 1er surveillant, guidez-le vers l'autel par les 7 petits et les 3 grands pas habituels ». C'est au 1er surveillant d'assurer la garde du Souffrant, qui le fait en lui donnant de sa main un coup fort sur l'épaule droite en le guidant à travers la loge dessinée vers l'autel, où le candidat a le genou droit sur l'équerre, deux doigts de sa main droite sur la Bible ouverte et il tient de sa main gauche la pointe d'un compas sur le cœur. Le VM lui fait répéter le serment pendant que les frères se sont groupés tête nue autour de lui et battent des mains pour souligner les passages les plus importants du serment.

La formule du Serment.

" En présence du Grand Architecte de l'Univers et de l'assemblée des membres de cette honorable société, moi, N.N., je promets que jamais je ne révèlerai ou ne mettrai en lumière les secrets ou le secret des Francs-Maçons si on me les divulguait, que je les cacherai et ne les découvrirai (à personne) sauf à un frère fidèle et juste, et après l'avoir profondément examiné, ou dans une loge honorable et parfaite de Frères et Compagnons. Je promets en outre de ne jamais les faire écrire, imprimer, dessiner, buriner, enterrer, de sorte qu'un signe visible ou une lettre- que ce soit sur bois ou sur pierre - puisse apparaître de manière irrégulière. Tout cela sous une peine qui ne sera pas moindre que d'avoir ma gorge tranchée, ma langue tirée du palais de ma bouche, mon cœur arraché du côté gauche de ma poitrine et enterré dans le sable de la mer éloigné d'une encablure de la côte, là où le flux et le reflux se succèdent deux fois en 24 heures, d'avoir mon corps brûlé en cendres, qui seront répandues sur la surface de la terre, de sorte qu'il ne resterait plus aucun souvenir de ma personne. Ainsi m'aide Dieu".

Après la prestation de serment, le VM frappe de son maillet les trois coups d'obligation sur la tête du compas que le candidat tient toujours contre sa poitrine et il est à nouveau conduit entre les deux surveillants où le VM lui demande : « Voulez-vous voir la lumière maintenant?".

A sa réponse oui, le bandeau est enlevé et tous les frères tirent leur épée et en dirigent la pointe vers la poitrine du néophyte à qui le VM s'adresse de la façon suivante : "Mon frère, ce glaive et l'épée de tous les autres frères sont prêts à vous percer le cœur si vous deviez vous rendre coupable d'une trahison contre cet Ordre respectable. Par contre, ils sont prêts aussi à vous défendre contre tous vos ennemis pourvu que vous remplissiez vos devoirs d'honnête homme".

Les frères rengainent leur épée et frappent une batterie.

Après cela, le néophyte est conduit hors du temple, où il se rhabille complètement (sauf son épée) qu'il recevra en loge des mains du VM. Quand il est prêt, on frappe à la porte du temple et le nouveau frère est conduit dans la loge.

Le VM fait venir à lui le nouveau Frère et lui parle ainsi:

"Mon Frère! La Loge a l'habitude de faire trois cadeaux : le tablier qui signifie l'innocence, une paire de gants d'homme pour vous prouver ou vous faire comprendre que nous ne salissons pas nos mains par des calomnies, et une paire de gants de femme pour témoigner de notre respect pour ce sexe. En les lui offrant, vous pouvez honorer la personne pour laquelle vous avez la plus haute estime".

D'autre part, il lui communique le Signe de la gorge, l'attouchement, le mot sacré, le mot de passe, sa place dans le temple; toute la connaissance dont il doit faire la preuve auprès des 1er et 2ème surveillants. Suit enfin l'explication du tableau d'apprenti par le Frère Orateur qui poursuivra avec un petit discours pour autant que le temps le permette, pour finir avec le catéchisme.

+ Tout ce qui a été dit se trouve dans le rituel du premier grade selon lequel il a été travaillé et qui a été accepté--vu la stricte observation es règles de l'Ordre-- comme base pour unifier les notions qui, ça et là, pourraient encore dévier. Tout le rituel avec ses cérémonies, usages, coutumes, discours, se trouve bien en place, et c'est pour cette raison que le catéchisme ne suit qu'après, pour que tout apparaisse clairement.

Fin du texte du rituel. ( Le texte de Baurnjöpel ne comporte ni consécration, ni catéchisme).

Commentaires

La comparaison des rituels pratiqués en Europe continentale au XVIIIe siècle est source de profondes satisfactions. Bien que la structure de base des rituels reste le plus souvent immuable, on assiste au fil du temps à une diversification remarquable et à une intégration, parfois contestable, d'apports multiples ou de suppressions intempestives. Il n'est pas possible, dans le cadre de cet article, de les commenter tous, et je me limiterai à un aspect particulièrement significatif qui se concrétise, en Autriche, dans les années 1782-1791 : celui des épreuves par les éléments infligées au récipiendaire lors de ses "voyages", épreuves qui se mueront en purifications, telles que nous les connaissons de nos jours dans certains rites.

Les éléments (Terre, Air, Eau, Feu) sont ceux de la cosmogonie classique provenant de l'Antiquité. Il s'agit de la division traditionnelle de la matière en quatre éléments constitutifs, "conception d'une rare banalité" dont André Doré (1986) estime toutefois que " leur origine hermétique est évidente".

Toujours selon P. Noël (1991), " Platon exposa cette théorie des éléments dans le Timée. Les chrétiens en reconnaissaient quatre, la Kabbale se contente des trois premiers, Martinez des trois derniers ( les Hindous ajoutent l'éther)…La Franc-Maçonnerie, devenue spéculative, ne serait plus que le réceptacle déchu qui conserve le souvenir des …purifications/épreuves".

Plutarque, pour sa part, mentionne cette théorie dans De Iside et Osiride, ch.36.

Avant d'aborder ce seul point précis tel qu'il apparaît dans le présent rituel (1784), et de le comparer avec l'évolution importante qu'il subit dans le livret de la "Flûte Magique" (1791), il n'est pas superflu de résumer très schématiquement l'article " Epreuves ou purifications ?".

* En 1730, "Masonry Dissected" de Prichard mentionne que le candidat effectuait un tour de la loge, afin de se présenter à l'assistance.

* En 1737, en France, le candidat fait trois tours, avant d'être amené vis-à-vis le Grand Maître. Il n'y a toujours ni éléments, ni épreuves, nu purifications.

* En 1767, les rituels dits " du Marquis de Gages" montrent le candidat conduit autour de la loge par le premier surveillant, sans qu'interviennent toujours ni éléments, ni purifications, bien que l'épreuve du feu figure au premier grade.

* A Lyon, les mêmes "voyages" sont conduits par le second surveillant, ce qui est annonciateur des pratiques du RER. Ces voyages sont qualifiés d'épreuves.

* Toutefois, un catéchisme de 1749 (Lille?) faisant partie du rituel de " Petit Ecossois Apprenti", comporte cette réponse : " J'ai été purifié par l'eau et le feu". C'est la plus ancienne mention de cette innovation, selon P. Noël.* Les hauts grades du rite dit "de Perfection" (Francken 1783) contiennent un 14° grade qui mentionne : "then the Mr of Ceremonies shows him the brazen sea in which he washes his hands". Cette purification par l'eau est destinée à montrer l'innocence du récipiendaire.

* Le grade de Maître de Loge, dès 1765, nous apprend que "j'ai été purifié de la tête aux pieds par le fer et par le feu".

Et l'auteur de cet article se demande si les " rites de purification" ne sont pas passés des hauts grades vers les grades bleus à cette époque.

* Les rituels dits "d'Avignon" (1776) publiés en 1983, révèlent sans équivoque la fonction purificatrice des épreuves. Au premier voyage : " qu'on lui fasse subir l'épreuve de l'eau en le plongeant dans la piscine pour le laver de ses souillures ". Au deuxième voyage : "qu'on lui fasse subir l'épreuve du feu en le faisant passer par les flammes pour le purifier".

* En 1786, le GO de France prévoit la purification par l'eau au deuxième voyage et la purification par le feu au troisième voyage, les flammes constituant le complément de la purification par l'eau.

* Les trois éléments (feu, eau, terre) n'apparaissent que tardivement au RER, soit vers 1786-1787, mais avec une signification très particulière à ce rite, sans rapport, une fois de plus, avec ce que l'on trouve dans d'autres rites.

* Le Guide du Maçon Ecossais (REAA vers 1815-1820) fait passer le récipiendaire par les flammes purificatrices au troisième voyage. Les deux premiers sont exempts de purification.

* Enfin, au XIXe siècle, et Clavel s'en fait l'écho en 1843, les pratiques nouvelles sont formalisées sans équivoque : " Profane, dit le VM, vos voyages sont heureusement terminés; vous avez été purifié par la terre, l'air, l'eau et le feu".

Cette longue citation, fortement abrégée mais combien précieuse, nous ramène au rituel vécu par Mozart, mais aussi au livret de la Flûte Magique, en son acte 2, scène 7.

Le rituel existait sans contestation en 1784. La Flûte Magique fut écrite 1791. Entre ces deux dates, il se passe quelque chose à Vienne, ou à Prague qui sait, car les contacts de Mozart avec les milieux maçonniques de cette ville devinrent plus étroits et plus cordiaux qu'avec son public un peu versatile de Vienne. A part le fidèle van Swieten, qui n'était pas maçon, nul ne souscrivait plus à ses concerts....

Les purifications rituelles.

Le musicologue Autexier écrit que : " ces rituels, à l'exception de ceux de l'adoption et de Wilhelmsbad, font d'une manière ou d'une autre référence aux épreuves élémentaires à propos des voyages dans le temple lors de la réception au premier grade. Le plus explicite est celui de la Stricte Observance". Le choix de l'expression "épreuves élémentaires" constitue une regrettable confusion de langage, qui sous entend chez son auteur la notion de « purification par les éléments », telle qu'il la trouve dans le livret de la Flûte cité supra.Le rituel rectifié de Wilhelmsbad (1782) ne fait, en effet, aucune référence aux éléments. Mais trois de ces éléments apparaissent dans le rituel commencé en 1785 et achevé en 1787-1788, utilisé de nos jours par les loges rectifiées régulières belges. La rencontre du candidat avec les "essences spiritueuses" est toute particulière et ne relève ni des épreuves, ni de la purification ; elle n'est propre qu'à ce rite, puisqu'elle relève exclusivement de la cosmologie de Martinez de Pasqually.

Quant à la Stricte Observance, le Convent de Wilhelmsbad lui porta une telle estocade qu'elle ne s'en remit jamais et se trouva réduite à quelques rares îlots de résistance avec, semble-t-il, une résurgence plus tardive à Prague. Dès 1783, l'Ordre périclite sérieusement ; il n'en restera rien au début du XIXe siècle. Le rituel français (les versions française et allemande étaient identiques) de la Stricte Observance, daté de 1778, ignore le mot épreuve de même que celui de purification.

Le même musicologue affirme que " la notion de purification par les éléments existe dans les rituels et les discours maçonniques en Allemagne, bien avant la rédaction du livret de Die Zauberflöte ". Ceci est possible, mais ne concerne pas la Grande Loge Provinciale d'Autriche, qui, si elle avait bien reçu ses rituels de Berlin avant 1781, avait cessé toutes relations avec la Grosse Landesloge de Berlin depuis mars 1781. Autexier n'attache aucune importance à ceci et affecte de mélanger les deux. Il écrit : " La question compte peu, au surplus, de savoir si les quatre éléments sont là pour effrayer le récipiendaire ou pour le purifier".

La question, au contraire, compte beaucoup !

La notion d'épreuve effrayante est traditionnelle dans les rituels maçonniques français, dès 1760 semble-t-il. Il s'agit de surmonter des obstacles et de vaincre des difficultés au cours des voyages conduisant, via le tableau ou tapis de loge, vers l'autel d'Orient. " On jette de la poix raisinne devant lui sur la flamme d'un flambeau ce qui fait une grande lumière et ce pour éprouver sa fermeté". Cette "cérémonie" s'apparente, dans son esprit, aux embûches (méritoires) qui affectent la conquête de la Toison d'or, les voyages d'Ulysse, la quête du Graal. Bref, la recherche contrariée de "quelque chose de précieux qui a été perdu, qui demeure caché et qui doit être conquis avec courage", thème récurrent en maçonnerie.

La notion de purification est d’une nature bien différente. Le travail du maillet et du ciseau dégrossissant la pierre brute ne suffit plus. Il s'agit dès lors de laver le récipiendaire de ses souillures, d'une tache, d'un péché, à la façon soit de quelque sacrement (baptême, confession, extrême onction), soit de quelque processus d'affinage destiné à le débarrasser de ses impuretés, de ses scories, processus inspiré de la " science alchimique", fort en vogue bien avant 1784 et qui faisait des ravages en particulier dans l’aristocratie allemande du temps.

On voit bien que, si les épreuves relèvent de la tradition maçonnique ( les "tours" des Anglais, les " voyages" des Français), les purifications constituent une intrusion, ( d'aucuns diront un enrichissement ?) à caractère surnaturel ou alchimique, dans le déroulement d'un processus précédemment d'une grande ingénuité et d'un symbolisme immédiatement perceptible et sans réelle sophistication.

La réception qui, jusqu'alors, véhiculait un "message" exclusivement symbolique, devient alors "initiation" par l'adoption d'un mode de pensée magique. La question soulevée à cette époque par l'écart constaté notamment entre le rituel mozartien (1784) et le livret de la Flûte Magique (1791) est donc, contrairement aux allégations d'Autexier et de quelques autres, d'une importance considérable dans l'histoire du développement des rituels. Elle pose la question (controversée) du caractère symbolique ou du caractère magique de l'initiation maçonnique. Un rideau de plomb va tomber bientôt sur la maçonnerie autrichienne, et ce pour de très nombreuses années. En revanche, un somptueux rideau de velours cramoisi s'est levé sur la Flûte Magique et ses épreuves purificatrices, opéra qui va connaître une notoriété extraordinaire dans toute l'Europe du XVIIIe siècle finissant et du XIXe siècle, pour se manifester encore avec une vigueur sans faille de nos jours.

Il révèlera, à des dizaines de milliers de spectateurs émerveillés, les mystères des « épreuves purificatrices par les éléments », en les présentant comme les préliminaires obligés de toute « initiation » maçonnique. Ce que l’on me permettra de déplorer.

Ces purifications se retrouveront dès lors dans tous les rites maçonniques, à l'exception de certains, tels le Rite Français et le Rite Ecossais Rectifié, qui resteront heureusement imperméables à ce type d'influence.

Le XIXe siècle se chargera de répandre largement ces épreuves dans les loges européennes, ainsi que bien d'autres innovations empruntées désormais à l'Orient, aux mythes, aux religions, aux civilisations, aux "sciences" dites occultes désormais largement vulgarisés. Les temples "égyptiens" vont fleurir, et leur décoration permanente remplacer le petit tapis crayonné et éphémère des débuts artisanaux de la maçonnerie. Mais ceci est la fin incohérente d'un âge d'or, et le début d'une (tout) autre histoire…

Remerciements

Je tiens à remercier mes bons amis Harald Strebel, de Embrach, Suisse, auteur de l'ouvrage le plus complet et le plus scientifique sur Mozart Franc-Maçon, dont les précieuses indications m'ont cette fois mis en contact avec le "vrai" rituel, ainsi que Paul Moorkens, de Wemmel, Belgique dont les connaissances linguistiques et la connaissance de la Maçonnerie allemande m'ont été d'un grand secours.

Source : www.hiram33.i.h.f.uniblog.fr

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L'acacia m'est connu

18 Décembre 2014 Publié dans #Planches

- Etes-vous Franc-Maçon ?
- Mes frères me reconnaissent comme tel.
- Etes-vous compagnon ?
- J'ai vu l'Etoile Flamboyante.
- Seriez-vous Maître ?
- L'acacia m'est connu.

Ces trois réponses indiquent un passage progressif du franc-maçon, de la passivité vers la responsabilité.

Dans sa première réponse, " mes frères me reconnaissent comme tel ", l'apprenti maçon ne prend aucune responsabilité : ce n'est pas lui qui déclare qu'il est maçon, mais ce sont ses frères qui le reconnaissent comme tel. Il parle au nom des autres frères qui le reconnaissent comme tel. D'ailleurs, étant donné qu'il n'a pas droit à la parole, il ne peut donner une autre réponse.

Dans sa deuxième réponse, " j'ai vu l'étoile flamboyante ", le compagnon maçon est toujours passif, mais cette fois-ci il se place en tant que " chercheur " comme un voyageur qui trouverait son chemin en scrutant les étoiles la nuit. Le compagnon maçon, en déclarant " j'ai vu l'étoile flamboyante " indique qu'il est en train de frayer son chemin à travers les ténèbres afin d'aboutir à la lumière. Mais il n'est toujours pas maître de son voyage. Il doit suivre un guide qui lui montre le chemin. Il ne peut voyager si il n'a pas vu l'Etoile Flamboyante.

Dans sa troisième réponse, " l'acacia m'est connu ", le maître maçon se place en tant que connaisseur. Il déclare connaître l'acacia.

Est-il arrivé au bout de son chemin ? Non. Mais cette fois-ci il possède suffisamment d'éléments afin de décider de la direction à prendre. L'acacia sera pour lui plus qu'une étoile qui montre le chemin. Grâce à l'acacia, il trouvera l'endroit où gît maître Hiram même si il n'y a aucun chemin qui y mène, puisque cet endroit est enfoui dans la terre. Grâce à l'acacia il sera capable de " déterrer " du fond des abîmes, de l'obscurité totale, Maître Hiram, c'est à dire la connaissance, et de lui redonner la vie.
L'acacia m'est connu.

Dans la bible, le mot Daath signifie Connaissance ou Savoir. Mais le langage biblique utilise également ce mot lorsqu'il veut nous raconter l'union d'un homme avec une femme. Les mots " Hou yada otah " dans la bible veulent dire " Il l'a connue ", et cela signifie que l'homme s'est accouplé avec la femme. Il l'a connue, c'est à dire qu'il s'est uni à elle, à un degré total et parfait, de manière à ce qu'elle n'ait plus aucun secret pour lui, de manière à ce que lui et elle ne fassent qu'un.

La connaissance élimine au fur et à mesure les secrets et " déterre " le maître maçon de son ignorance, des ténèbres, et lui donne la vie, comme lors d'un accouplement.
L'acacia est connu au maître maçon. Celui-ci est uni au symbole, et c'est cette union qui lui donne la force de prendre en main son propre destin, sa propre vie.

L'acacia a été choisi comme étant un symbole idéal pour la maîtrise. Son importance est d'autant plus grande qu'il s'agit de toutes les maîtrises : maîtrise du travail, maîtrise de la recherche, maîtrise du savoir, et le plus important de toutes les maîtrises : maîtrise de soi.

Il y a environ trois mille ans, l'arche de l'alliance, construit dans le désert, par les hébreux, était faite du bois d'acacia plaqué or. Bois à l'intérieur, or à l'extérieur. Pas n'importe quel bois, et pas n'importe quel métal. Les initiés avaient déjà compris que ce bois portait en lui des vertus " sacrés ". Si les détails des matériaux composants cette arche sont bien soignés et jamais laissés au hasard, il en va de même pour les exécutants. C'est un nommé Betsalel qui reçut de Moïse l'instruction pour réaliser cette arche. Betsal-el signifie en hébreu " à l'ombre de Dieu ". Comme son nom l'indique, il s'agit d'un homme qui marche " à l'ombre de Dieu ", et c'est lui qui maniera les matériaux comme l'acacia et l'or.

Dans notre rituel maçonnique une branche d'acacia est placée sur le drap du récipiendaire pour nous rappeler celle qui fut plantée sur la tombe d'Hiram. L'acacia accompagne le sage dans son dernier voyage. Plus tard, la couronne d'épine du christ serait tressée d'épines d'acacia. Là aussi, l'acacia accompagne un prophète dans son dernier voyage. A l'observation de ces événements on voit que cet arbre a un destin particulier : il est destiné à lier l'homme et la divinité, à être un pont entre le matériel et l'immatériel. L'acacia, cet arbuste au bois dur et imputrescible, aux épines redoutables, devient un symbole de renaissance et d'immortalité. C'est par la branche d'acacia que l'on va trouver l'emplacement du corps d'Hiram et se perpétuera ainsi la tradition maçonnique.

C'est aussi un symbole solaire, car les rayons de la couronne d'épines sont ceux d'un soleil.
Parce qu'il perpétue la vie, parce qu'il donne la vie, parce qu'il répand la lumière du soleil, l'acacia rejoint l'idée de l'initiation et de la connaissance.

L'acacia est tellement puissant qu'il s'impose tout seul aux événements et aux personnes.

Remarquons que après avoir assassiné et enterré Hiram, c'est l'assassin lui-même qui va planter une branche d'acacia sur la tombe pour camoufler l'endroit, sans savoir que par ce geste il facilite déjà les recherches à venir. Plus tard, lorsque le frère maître qui est à la recherche du Maître Hiram, tombant de fatigue, va s'accrocher à une branche d'acacia, sans savoir lui aussi que c'est par cette branche que les recherches vont aboutir.
Dans cette légende, l'acacia passe de la main d'un coupable, à la main d'un innocent. Et entre les deux, il accompagne Hiram dans son dernier voyage.

Certaines sociétés religieuses de nos jours utilisent également l'acacia comme étant un support divin pour des rituels en Afrique et en Inde.

Dans l'antiquité l'acacia n'est pas utilisé seulement par les hébreux mais aussi par les égyptiens. Pour ces derniers l'acacia est un arbre sacré. Chez les tribus arabes l'acacia est devenu une idole. On le nomme " le rameau des initiés ". les égyptiens et les arabes ont fait de l'acacia un emblème solaire car ses feuilles rappellent le lotus de l'héliotrope qui s'ouvrent aux rayons du soleil levant et qui se ferment lorsque le soleil disparaît à l'horizon. L'acacia est, d'une certaine manière, l'incarnation du soleil sur la terre.

Il est donc la représentation de la vie éternelle. L'arche de l'alliance ne peut être éternelle que si elle est faite de matériaux nobles comme l'or et comme l'acacia. C'est grâce à ce bois, représentant la vie éternelle que le corps d'Hiram est découvert, et le maître maçon rejoint ainsi la vie, à travers le rituel.

Je peux, à ce stade, poser la question suivante :

- Parmi tous les arbres possédants aussi des vertus sacrés, comme le saule des chaldéens, le lotus des égyptiens, le myrte des grecs et le chêne des druides, pourquoi seul l'acacia s'est imposé à la franc-maçonnerie ?
Ce symbole est encore étranger à la maçonnerie opérative. L'acacia est né avec la maçonnerie spéculative. A l'examen de l'histoire de la franc-maçonnerie, il apparaît que c'est à l 'époque de l'établissement des obédiences et de la fixation des règles spéculatives qu'apparaît l'acacia en Europe.

Par rapport aux autres arbres, qui ont une certaine place, ou une certaine importance à un moment donné de l'histoire, l'acacia bénéficie d'une continuité. Arbre sacré chez les égyptiens, l'essence même de l'arche sainte de l'alliance, les épines de la couronne du Christ. Sa place est indiquée tout naturellement auprès d'un cercueil ou d'un tombeau. En plus de cette présence permanente à travers les âges, l'acacia est aussi symbole de l'innocence. Au début de la maçonnerie spéculative les loges s'intitulent :

" Lieu très éclairé, asile de la vertu où règnent la paix, l'innocence et l'égalité ".

C'est donc tout naturellement que l'acacia trouve sa place dans la maçonnerie en tant que arbre sacré.
Que se passe-t-il lorsque je déclare " l'acacia m'est connu " ?

En choisissant un symbole fort comme l'acacia, la maçonnerie fait prendre conscience à ses membres qu'ils se trouvent en possession d'un matériau sacré. La formule " l'acacia m'est connu " ne signifie pas seulement que celui qui le dit est devenu maître. Cette déclaration va bien au delà du degré maçonnique. En prononçant ces mots, le maître maçon se relie, par l'intermédiaire de ce symbole, à des milliers d'années d'histoire à travers le monde. Il prend connaissance de la puissance de l'arche de l'alliance, il s'associe à la souffrance du christ, et il donne la vie à Hiram.
En choisissant l'acacia comme symbole, la maçonnerie relie le maître maçon d'aujourd'hui à l'histoire biblique, d'une part, et à la légende maçonnique d'autre part.

Comme l'acacia qui fait le pont entre l'homme et le divin, la matière et l'esprit ; possesseur d'acacia, le maître maçon est ainsi relié à l'univers.

Source : www.ledifice.net

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L’Arche Sainte ou le guide du Franc-maçon (Extraits) 1851

16 Décembre 2014 Publié dans #Planches

TROISIÈME GRADE, OU GRADE DE MAITRE.

En 1649, le système de réformation maçonnique dont nous avons déjà parlé, fut complété, dit-on, par la création du grade de maître. Comme cette époque est précisément celle de la mort tragique de Charles Ier, on pense que le drame d'Hiram fut composé par les partisans des Stuarts pour consacrer la mémoire du roi malheureux. On peut combattre cette assertion par ce fait. que la commémoration dont il s'agit, peut aussi bien s'appliquer aux grades de Maître secret, d'Elu parfait, etc., qu'à celui de la maîtrise.D'autres écrivains ont cru voir dans l'allégorie d'Hiram la mort de Jacques Molay. Nous retrouverons la commémoration plus frappante de cette fin terrible dans les grades d'Elus. Quoiqu'il en soit, nous préférons voir dans la figure d'Hiram la personnification de Bouddha, d'Osiris, etc., et dans le mythe, la continuation des anciens mystères. Nous avons à la fin du deuxième chapitre de ce livre, démontré l'analogie frappante qui existe entre le héros de la franc-maçonnerie et ceux de la mythologie antique. Nous allons maintenant retracer le canevas historique sur lequel on a composé le drame du MAITRE.

Salomon, au moment d'élever son temple fameux, demanda à Hiram, roi de Tyr, des bois du Liban et un architecte habile pour diriger les travaux de l'édifice. Le roi lui envoya un ouvrier habile portant le même nom que lui. Cet ouvrier, doué d'une grande activité, d'un mérite incontestable, présida à l'exécution de toutes les parties des travaux, avec un art et une science qui lui créèrent des jaloux, parmi les autres ouvriers employés à la construction du temple. Trois d'entre eux formèrent le criminel projet de l'assassiner pour le remplacer.

Un jour, ils se placèrent chacun à l'une des portes du temple pour attendre le maitre. Celui-ci se présenta à la porte de l'orient. L'un des assassins lui demanda la parole sacrée. Il refusa de la donner, et il fut frappé d'un coup de maillet. Hiram s'enfuit. Son assassin le poursuivit jusqu'à la porte du midi, où veillait le deuxième mauvais compagnon qui lui porta un nouveau coup. Hiram se traîna jusqu'à la porte de l'occident, où le troisième mauvais compagnon le renversa en lui portant un dernier coup de maillet sur la tête. Les trois criminels jetèrent alors un voile noir sur la partie supérieure du cadavre qu'ils transportèrent dans un lieu écarté, creusèrent à la hâte une*fosse où ils le jetèrent; ils recouvrirent la fosse avec des feuilles, et y plantèrent une branche d'acacia pour montrer l'endroit.

Le lendemain, les ouvriers attendirent inutilement Hiram. Pleins d'inquiétude, ils allèrent de tous côtés à sa recherche. Ils l'appelaient de son nom, et les échos seuls leur répondaient.

Les assassins n'étaient pas les moins tristes et les moins empressés. Les ouvriers désignèrent neuf d'entre eux pour continuer les recherches que l'intempérie de la saison rendait encore plus difficiles. Pendant ce temps-là, les trois mauvais compagnons s'étaient offerts pour continuer les travaux. Ils furent accueillis par les uns et repoussés par les antres. Bientôt l'anarchie succéda à l'activité, à l'ordre, et ce fut alors que l'absence d'Hiram, ce grand génie, ce maître parfait, se fit plus vivement sentir parmi eux.

Cependant les neuf compagnons étant arrivés dans le lieu où Hiram avait été inhumé, ils soulevèrent la branche d'acacia qui n'avait point de racines. C'est là qu'il repose, s'écrièrent-ils ! Ils enlevèrent la branche, écartèrent les feuilles et aperçurent le corps de leur maître. L'un d'eux essaya de le soulever en le prenant par un bras. Le bras glissa de sa main, et il crut qu'il s'était détaché du corps. Il s'écria : Mak Benac... « La chair quitte les os ! »

Hiram n'était point mort; il avait survécu à ses blessures. En entendant ses fidèles compagnons, il se leva radieux et leur dit : Ne pleurez plus, vous m'avez retrouvé! Il se dirigea au milieu d'eux vers le temple où tous les ouvriers l'accueillirent par des cris de joie. Ils le couvrirent de fleurs et lui jurèrent une fidélité inaltérable. Hiram leur promit que, sous ses ordres, le temple s'achèverait. Ils battirent des mains en signe d'allégresse.

Telle est l'allégorie aussi simple que touchante de notre maître Hiram. Il est le symbole incarné de la science, de la vertu, de l'amour fraternel; comme ses trois assassins sont la personnification des trois vices principaux qui corrompent les hommes : l'ambition, l'égoïsme et la duplicité. Il représente le principe du bien, et les trois mauvais compagnons le principe du mal.

Le grade de maître bien compris, bien exécuté, doit produire un effet saisissant, non seulement sur l'assistance, mais encore sur le récipiendaire. Chacun peut se pénétrer de ces mots que l'initié aux grands mystères d'Isis lisait à la fin de ses épreuves, mois conservés dans un grade et inscrits sur le sarcophage d'Hiram : « Quiconque aura pu vaincre la frayeur de la mort, ayant son âme préparée à recevoir la lumière, pourra sortir du sein de la terre et être admis à la révélation des grands mystères. »

Le rituel ancien était incomplet; c'était une espèce de canevas que ses auteurs avaient remis aux loges, dans la pensée que leurs vénérables sauraient le remplir convenablement. Malheureusement la plupart des officiers chargés de conférer le grade, lisaient bien ou mal, et suivaient aussi ponctuellement que possible le cahier ouvert sous leurs yeux. Il n'y avait donc et ne pouvait y avoir ni attrait, ni émotion. On assistait à cette cérémonie par obligation, et le récipiendaire, pour se décorer du cordon bleu et payer son titre. Un F.-, vint qui voulut corriger ce mal et qui dépassa son but. De l'allégorie d'Hiram, il fit un drame de théâtre. Il parla aux yeux et non au cœur ; il fatigua l'oreille par des discours emphatiques, et ne produisit qu'un résultat négatif. Le grade de maître est donc à créer, ou du moins à réformer. II faut espérer que quelque F. •. entreprendra bientôt cette tâche et la mènera à bonne fin.

QUATRIÈME GRADE, OU MAITRE SECRET.

Nous avons considéré le grade de Maître comme un épisode dramatique de la vie humaine ; Hiram, comme le symbole du bon principe, et les trois mauvais compagnons, comme les représentants du principe du mal. Au quatrième degré, l'action continue et se développe lentement sous le voile de l'allégorie.

La scène représente le sanctuaire, ou le saint des saints. C'est dans ce lieu sacré, séparé de la nef par une baluslrade dont les lévites avaient seuls la clé, qu'était placé le tombeau d'Hiram, élevé par Salomon. Sous la voûte du temple, est un G radieux, entouré des attributs de la divinité. Au premier abord, on est tente de voir dans le sanctuaire du temple consacré aux mânes d'Hiram , le symbole des plus secrets mystères de la science théogonique, mystères auxquels les lévites seuls étaient initiés. Mais le F.°.Vassal , dans son Cours complet de Maçonnerie, y voit de plus hauts enseignements.

« Le sanctuaire du temple, dit-il, représente la conscience de l'homme ; c'est la partie la plus concentrée de son être ; elle peut seule concevoir la grandeur et l'immensité de Dieu. La balustrade représente la raison qui préserve la conscience des funestes effets des préjugés vulgaires et fanatiques. La clé du sanctuaire, est le symbole de l'intelligence, qui, en éclairant la conscience, permet à l'homme d'arriver jusqu'à la vérité, qu'il concentre en lui-même dès qu'il en a la conviction la plus intime ; d'où il résulte que la conscience, figurée parle sanctuaire, est, comme le saint des saints, un asile sacré où personne n'a le droit de pénétrer.

» La lettre G qui orne la voûte du temple, signifie Gloire, Grandeur, etc. »

L'institution de ce grade est attribuée à Salomon , qui fut initié aux grands mystères grecs, où il puisa les connaissances philosophiques qu'il allia plus tard aux sciences morales et religieuses des Hébreux.

Les adeptes qui ont vu dans Hiram la personnification de Jacques Molay, et dans le grade de maître, la commémoration de sa mort, retrouvent au quatrième degré la continuation de l'allégorie. Le tombeau renfermé dans le sanctuaire, est celui du grand-maître, etc.
CINQUIÈME GRADE, OU MAITRE PARFAIT.

Ce grade est si étroitement lié à celui qui précède, que l'on peut croire qu'ils furent les deux parties d'un même tout.

Le tombeau que Salomon avait fait élever dans le saint des saints, en l'honneur d'Hiram, fut ensuite transporté dans une autre partie du temple où se tenait le conseil privé du roi. Ce conseil, qui s'appelait Chapitre, était composé de trois membres, c'est-à-dire d'Hiram II, roi de Tyr, de Salomon et d'Hiram, architecte du temple. A la mort de ce dernier, le chapitre fut réduit à deux membres, et ce sont précisément ces deux personnages qui figurent au cinquième grade.

Lors de la translation dont nous venons de parler, les auteurs de l'obélisque, qui étaient tous des architectes distingués par leurs talents et leur mérite, furent admis au Chapitre, et ce fut dans ce conseil où se traitaient les plus hautes questions religieuses, philosophiques et législatives, que l'on pensa à venger la mort du maître, c'est-à-dire à rechercher ses assassins pour les livrer à la vengeance. Comme on le voit, la pensée qui a présidé à la création des grades d'Elus, commence à se dévoiler, et ceux qui ont reconnu dans Hiram l'ombre de Jacques Molay, pourront facilement justifier leur système. Mais, si nous ressaisissons le fil du sens mystique attaché au nom d'Hiram, nous arriverons à la découverte de la pensée morale que renferme le cinquième grade.

Nous avons dit qu'Hiram représente le génie du bien, et les trois mauvais compagnons le génie du mal; que dès lors, le tombeau d'Hiram doit être considéré comme la dernière limite posée entre le monde physique et le monde spirituel, comme une espèce de tabernacle où repose la table de la loi vivante. En continuant l'interprétation, dans le sens mystique, des symboles et des allégories qui composent le quatrième et le cinquième grade, la nef et le sanctuaire du temple, qui sont séparés par une balustrade, représenteront, le premier, le grand espace qu'occupe la foule, dont les connaissances sont circonscrites dans le cours de la vie matérielle, et le second, ou le saint des saints destiné aux lévites, le monde intellectuel réservé à un petit nombre d'élus. La translation du tombeau d'Hiram par les Maîtres parfaits, ou hommes d'intelligence, de cœur et de savoir, dans un lieu retiré, signifiera qu'il ne faut exposer, aux yeux de la foule, les hautes vérités théogoniques, philosophiques et sociales, qu'au fur et à mesure qu'elles peuvent être comprises. L'admission au conseil privé du roi des maîtres parfaits, représentera la marche du progrès. Les recherches auxquelles va se livrer le conseil pour découvrir les assassins d’Hiram , symboliseront les travaux des hommes d'intelligence et de génie, dont le résultat est l'émancipation de l'esprit.

Tel est, selon nous, le véritable sens que l'on doit donner aux symboles et aux allégories du quatrième et du cinquième grade, considérés comme institutions maçonniques. Mais, s'il faut les apprécier d'après la signification que les Templiers leur ont donnée, nous devons nous réjouir de les voir abandonnés. Nous en expliquerons les motifs au grade d’Elu.

SIXIÈME GRADE, OU SECRÉTAIRE INTIME.

Ce grade est comme une scène isolée, ou comme un épisode au milieu de l'action, qui semble relier plus ou moins étroitement entre eux les degrés symboliques. Il nous suffira de citer brièvement l'histoire étrange qui sert de base à ce grade, pour prouver son inutilité actuelle.

Le royaume que David avait conquis par la fronde, s'était bien augmenté en puissance et en richesses, lorsque la séduisante Abisaag fut donnée au saint roi pour réchauffer ses vieux ans. Cependant, de même que le prophète Nathan, qui n'avait pas trouvé les mains royales du vieillard assez pures pour élever un temple au Seigneur, Salomon ne jugea pas les trésors de son père suffisants pour entreprendre l'édification du temple. Il eut donc recours, comme nous l'avons dit, à Hiram, roi de Tyr, qui lui envoya de l'or, des cèdres et un architecte. En échange de cette libéralité, Salomon s'engagea secrètement à céder au roi de Tyr, après la construction du temple, plusieurs villes de son royaume. Lorsque le temps fut venu de prendre possession de ces villes, Hiram alla les visiter. Mais il les trouva dans un tel état de délabrement et de misère, qu'il pensa avoir été dupe de sa confiance au roi renommé par sa sagesse. Cédant à un sentiment de colère, il partit soudain pour Jérusalem, entra incognito dans le palais de Salomon, et pénétra jusque dans son cabinet secret sans avoir été vu de personne. Jocaber, secrétaire intime de Salomon, ayant entendu un grand bruit, et craignant pour les jours de son maître, ouvrit la porte du cabinet. Hiram, outré de cet acte d'indiscrétion, tira son épée pour en frapper Jocaber, mais Salomon arrêta la main homicide.

Des écrivains ont considéré ce grade sous divers point de vue, dans l'espoir de satisfaire leur exigence et leur amour-propre d'initiés. Mais leurs recherches et leurs interprétations ont été vaines. Ils n'ont pu trouver à l'histoire allégorique de ce grade d'autre but que celui de faire connaître au récipiendaire les dangers de la curiosité. Peut-être a-t-elle rapport aux accusateurs des Templiers, et représente-t-elle quelques faits particuliers qui nous sont inconnus. Dans tous les cas, considéré au point de vue maçonnique, ce grade est d'une nullité complète.
NEUVIÈME GRADE , OU MAITRE ÉLU DES NEUF.

La troisième série des grades maçonniques est composée du Maître Elu des neuf, du Maître Elu des quinze et du Sublime Chevalier Elu. Ils reposent sur le même fond, c'est-à-dire, sur une fable absurde.

L'idée qui a servi de base à ces trois grades était anti-maçonnique. Elle n'a pu sortir que du cerveau vindicatif d'un sectaire. Greffée sur la souche maçonnique, elle a produit des fruits bien amers pour notre institution. Depuis plus d'un demi-siècle, ses ennemis se sont servis des grades d'élus comme d'une arme terrible, dont ils lui ont porté des coups meurtriers. Lisez Barruel, Cadet - Gassicourt, Lefranc et les journaux soudoyés par la société de Jésus; toutes les calomnies dirigées contre notre institution, ont leur source dans les grades templiers. Les mots de vengeance et de mort qu'ils renferment, ont été diversement interprétés, et ont prêté matière à toutes sortes d'imputations.

Eh ! pourquoi conserver ces grades, nous dira-t-on ? Voilà précisément la question à résoudre.

Les maçons, pas plus que les autres membres de la société profane, n'ont embrassé la cause des Chevaliers du temple.

Ces derniers, à certaines époques, ont pu demander secours et protection à la franc-maçonnerie et s'abriter sous son toit; ils ont pu, dans le calme de la sécurité et dans l'ardeur de leur désir de refaire leur position perdue, créer des grades en rapport avec la situation de leur esprit, et vouloir en doter la franc - maçonnerie ; mais jamais celle-ci n'a dû les admettre comme complément de son existence. Seulement quelques adeptes peu orthodoxes, dans certains pays se sont revêtus, sans trop savoir pourquoi, du cordon à poignard, et cela surtout lorsque des réformateurs ont eu donné aux grades dont il s'agit une signification toute morale.

Du reste, nous espérons qu'un simple résumé de la fable sur laquelle repose ces grades, suffira pour attirer sur eux la désapprobation de ceux de nos frères qui n'ont point vieilli dans la routine, et qui se laissent toujours guider par le flambeau de la raison.

Nous avons vu, au grade de Maître parfait, que Salomon fit élever à Hiram un tombeau qui fut placé dans une salle séparée du temple, appelée Chapitre. Ce fut dans ce lieu que Salomon tint désormais ses conseils secrets. Or, au grade d'Elu des Neuf, Salomon préside son conseil, lorsqu'Hiram, roi deTyr, se présente sur les marches du trône pour demander vengeance de la mort de l'architecte du temple. Le président attend l'avis de l'assemblée qu'il a consultée, lorsqu'un grand bruit se fait entendre. Un inconnu est arrivé clandestinement jusqu'à la porte du Chapitre, où il veut pénétrer, malgré les gardes, pour faire une confidence à Salomon. Ce dernier, qui, dans le septième grade, donnait une leçon de sagesse et de modération au roi de Tyr, en arrêtant sa main homicide, s'oublie à son tour. N'écoutant que sa colère, il ordonne à ses gardes de sacrifier sur-le-champ aux mânes d'Hiram, l'intrus qui a voulu surprendre les secrets du conseil. Mais le roi de Tyr, qui est maintenant le plus sage, émet l'avis qu'au lieu de livrer cet inconnu à la mort, on le fasse introduire dans le Chapitre, les mains liées, les yeux couverts d'un bandeau, et qu'il soit entendu. Cette proposition est adoptée, et l'inconnu paraît devant le conseil.

Salomon lui demande quels sont les motifs de sa démarche. Il répond qu'il a découvert la demeure de l'un des meurtriers d'Hiram, et qu'il vient la faire connaître au roi.

Salomon, après avoir consulté le Chapitre sur les mesures à prendre dans cette circonstance, met dans une urne les noms des membres qui le composent, et les neuf premiers élus par le sort, sont envoyés au lieu indiqué par l'inconnu pour s'emparer de la personne du meurtrier.

Jocaber, — Joaben, suivant le rite français,— secrétaire intime de Salomon, est nommé chef de l'expédition. Elle sort de Jérusalem pendant la nuit, marche au milieu des ténèbres par des chemins inconnus et difficiles jusqu'aux environs de Joppé, où elle arrive avant l'aurore. Jocaber, impatient et sans doute guidé par un génie vengeur, devance ses compagnons, s'enfonce dans les ravins, au milieu d'énormes rochers et d'affreux précipices. Il brave héroïquement tous les obstacles de la nature, et échappe, comme par miracle, à mille périls. Enfin, il aperçoit, — probablement à la clarté d'une étoile miraculeuse, — au fond d'un précipice, un chien qui se désaltère à une source d'eau vive. L'animal se tait et disparaît derrière un buisson, d'où s'échappent quelques rayons de lumière. Jocaber s'avance hardiment, et découvre une caverne derrière le buisson. Il y pénètre et aperçoit Abiram, l'un des meurtriers du maître, étendu sur le sol, se livrant aux douceurs du sommeil. Une lampe est allumée à côté de lui, et un poignard s'est échappé de sa main. Judith avait à traverser une armée ennemie, à tromper la surveillance des gardes d'Olopherne pour accomplir son projet; mais Abiram est seul, endormi et sans défenseurs... Allons! courageux et loyal Jocaber, ministre du plus sage et du plus juste des hommes, la victime est prête! ramasse ce poignard! Pour punir le meurtre, fais-toi meurtrier! Allons, frappe ! C'est bien! Le sacrifice est achevé... le sang coule en bouillonnant du sein de ta victime ; la pâleur de la mort s'étend sur son visage et décolore ses lèvres; ses membres se raidissent ; un dernier râle s'échappe de sa bouche... Omne consummatum est !

Mais, ce n'est pas assez de préméditation, d'horreur et de lâcheté ! Coupe la tête d'Abiram, et emporte-la comme un glorieux trophée, à ton royal maître qui te récompensera. Tes compagnons te rejoindront plus tard pour être témoins de ton triomphe!...

Ainsi s'accomplit la mission des Neufs Elus, ou plutôt de l’Elu des Neuf. Triste et honteuse histoire que notre plume a retracée avec autant d'exactitude que de dégoût. Maintenant, nous le demandons à nos lecteurs, les ennemis de notre institution n'ont-ils pas beau jeu, lorsqu'ils ont à leur service de telles armes contre elle ?
DIXIÈME GRADE , OU ILLUSTRE ÉLU DES QUINZE.

Salomon est averti par un de ses intendants qui vient de parcourir le pays de Geth, que les deux autres meurtriers d'Hiram se sont retirés dans cette contrée. ll choisit donc cette fois quinze Elus, au nombre desquels sont les neuf de la première expédition, et les envoie au roi Maacha, avec une demande d'extradition des deux criminels, nommés Sterkin et Oterfus, désignés sous d'autres noms au grade précédent.

Maacha donna aux envoyés de Salomon des guides pour les diriger dans la recherche des deux coupables. Après bien des courses inutiles et des fatigues sans nombre, ils parvinrent cependant à les trouver dans une carrière de BenDicat. Ils s'emparèrent d'eux, les chargèrent de chaînes et les conduirent à Jérusalem, où Salomon ordonna qu'on les mît dans les cachots d'une tour nommée Hésar, pour les livrer le lendemain à la mort la plus cruelle ; ce qui fut exécuté à dix heures du matin. Ils furent attachés à drux poteaux par les pieds et le cou, les bras liés derrière. On leur ouvrit le corps depuis la poitrine jusqu'aux parties génitales, et on les laissa de cette façon à l'ardeur du soleil l'espace de huit heures. Les mouches et les autres insectes s'abreuvèrent de leur sang. Ils faisaient entendre des plaintes si lamentables, que leurs bourreaux furent émus de compassion, ce qui les obligea à leur couper la tête. Leurs corps furent jetés hors des murs de Jérusalem pour être livrés aux bêtes féroces. Salomon ordonna ensuite que les tètes des deux criminels fussent, comme celle d'Abiram, exposées hors de la ville, sur des pieux, dans le même ordre que les meurtriers s'étaient placés dans le temple pour assassiner Hiram, afin de donner un exemple à tous ses sujets, et particulièrement aux ouvriers maçons.

Ainsi, voilà l'un des premiers principes de l'ordre social : « Nul ne peut se faire justice à soi-même, » foulé aux pieds par une institution établie sur les bases de l'équité et du progrès ! Voilà la délation, l'assassinat, la haine et la vengeance, la cruauté et la barbarie, honorés par des hommes aimant la justice, la douceur, l'honneur et la vertu !

Dans la refonte des grades, en 1786, le Grand-Orient , au lieu d'effacer de l'ancien rituel tous ces grades, sans même en conserver le souvenir, les résuma dans un seul sous le titre d'Elu SECRET; c'est celui qui figure dans le rite français. Les réformateurs essayèrent de modifier l'historique que nous avons retracé, de moraliser l'action du héros ; mais en lui ôtant son caractère odieux, ils ne parvinrent qu'à le rendre ridicule. Dans ce grade, le nombre des Elus est réduit à sept, sans doute pour rendre hommage à ce chiffre mystérieux. Jocaber, se nomme Joaben. Lorsqu'il se présente dans la caverne, il trouve mort le meurtrier d'Hiram. Il n'a donc plus le motif de s'écrier en le voyant : Nekam! c'est-àdire vengeance ! puisque le meurtrier s'est fait justice à lui-même en se poignardant. Il a encore moins raison de détacher la tête du cadavre.

Voici comment le F.-. Vassal, qui fut l'un des officiers les plus éclairés et les plus distingués du Grand-Orient, disait du grade d'Elu, il y a plus de vingt ans, dans son Cours complet de maçonnerie :

« L'Elu ne doit plus figurer parmi les grades maçonniques que comme historique, et le Grand-Orient doit interdire aux Chapitres de conférer un grade qui flétrirait et ferait abhorrer l’ initiation. »

Le Grand - Orient a laissé les Chapitres suivre son rituel sans leur donner aucun avis, sans leur faire aucune recommandation. Fort heureusement, beaucoup ont trouvé dans leur intelligence et dans leur droiture, le moyen d'abandonner ce grade. Ils n'ont fait que le communiquer aux récipiendaires Rose-Croix. C'est encore trop; il faut qu'il soit entièrement oublié.
ONZIEME GRADE, OU LE SUBLIME CHEVALIER ÉLU.

Ce grade est le dernier conservé de la nombreuse série de ce nom; il est le complément des deux qui précèdent. C'est à Salomon qu'est encore attribué sa création.

Pour être admis à ce grade, il faut prouver qu'on a puni tous les traîtres...

Cette obligation , aussi banale que ridicule. ressort du reste de l'historique du grade.

Salomon, après avoir vengé les mânes d'Hiram, voulut récompenser les quinze élus qui avaient été à la recherche des meurtriers. ll confia au sort le soin de désigner douze d'entre eux pour leur donner, en récompense de leur « noble action », le gouvernement de douze tributs. Il leur communiqua en outre les manuscrits renfermés dans le tabernacle, et les tables de la loi écrite par Moïse sur le mont Sinaï. Pourquoi Salomon, après avoir confié à quinze personnes, les plus éclairées de son royaume un office, digne d'agents subalternes, n'en récompensa-t-il que douze? L'historique se tait sur ce fait, qui a, du reste, motivé un autre grade d’Elus, dans lequel ne figurent que douze personnages. Le reste du grade est d'une incohérence et d'une invraisemblance telles, que nous renonçons à en parler.

Somme totale, ce grade est aussi nul sous le rapport de l'instruction, qu'il est contraire à la véritable morale.

Le signe du grade, qui est à peu près celui de rose-croix , signifie que le récipiendaire doit porter constamment une croix pour lui rappeler ses fautes pardonnées.

Source : http://legende-hiram.blogspot.fr/

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La seconde partie de la colonne brisée : réponse de Christian Guigue

15 Décembre 2014 , Rédigé par Christian Guigue

BAF Thomas,

On méconnaît le fait que la colonne brisée n'est pas uniquement utilisée par le RER. Nos amis rectifiés sont tellement autocentrés sur eux-mêmes qu'ils ne s'intéressent jamais aux autres systèmes pouvant exister ailleurs et d'après les horreurs qu'on peut découvrir dans les échanges sur certains blogs, des frères infiniment trop nombreux préfèrent se faire la guerre entre courants et organisations plutôt que d'avancer dans la découverte du Rectifié. La colonne brisée figure aussi dans le rite Américain, dit YORK, en tant qu'allégorie de la vertu ; sans vertu, il n'y a ni réintégration ni perfection possibles, et nous l'avons retrouvée dans notre obédience allemande qui travaille au rite de Zinnendorf où il n'est jamais question ni de réintégration ni donc de Pasqually.

Le texte original est strict : "le tableau ne doit comporter qu'une colonne brisée dans sa partie supérieure". Il doit être en noir et blanc, aucune autre couleur donc. Il n'est pas indiqué de style architectural pour la colonne. Donc on devrait retenir la colonne la plus simple : la ionique et non la plus décorative qui est la corinthienne. Il ne doit rien avoir aucun élément complémentaire pour en faire une composition esthétique et graphique : ni arbre, ni nuages, ni même la deuxième partie de la colonne. Cette prescription est respectée au rite de Zinnendorf. Seule est ajoutée, au RER, la devise latine du degré puisqu'elle est la langue officielle du régime rectifié.

Dans le temple, il doit y avoir le tableau du grade pas la colonne par elle-même.

Tu n'as pas trouvé d'explication parce qu'il n'ya pas de vrai spécialiste du RER dans sa globalité en France, et il n'y en aura jamais. On rencontre des amis qui s'intéressent seulement à tel aspect du RER, généralement historique, mais ils ne développement le plus souvent que la thèse qui les intéresse, quand d'autres documents apportent un éclairage inverse. Exemple : ceux qui se basent sur la décision du Convent de Lyon pour répudier définitivement le caractère templier du régime. Soit ils n'ont pas vraiment fait les recherches qu'il fallait, soit ils ne tiennent volontairement pas compte des documents pouvant exister qui prouvent que ce caractère ne fut pas supprimé : voir la lettre de 1779 adressée par Willermoz à De Maistre, donc plusieurs mois après le convent ! Ils ne prennent jamais en considération l'intégralité de ce que le RER comporte. C'est un rite d'une complexité extrême - même sans Pasqually qui n'y a pas vraiment sa place mais ce n'est pas à développer ici - à trois niveaux de langage, que personne ne maîtrisera jamais dans sa globalité, donc moi non plus.

J'aurais très bien vu Willermoz chef du KGB s'il avait vécu à notre époque : il espionnait tout le monde, faisait des fiches personnelles sur tous, faisait éliminer les maçons qui risquaient de contrecarrer ses ambitions et projets, saisir par la police les textes où on le critiquait, sans parler des magouilles opérées lors des deux convents pour que n'y participent pas ses opposants et détracteurs. D'ailleurs les frères de la Grande Loge des Maître de Lyon qui en avaient assez de ses revirements et trahisons vont finir vont l'exclure. C'était un Tartuffe, obséquieux envers les puissants et un vrai tyran envers ceux qui étaient plus modestes que lui. J'avais déjà tracé un portrait peu flatteur de lui dans mon JB. Willermoz et la Maçonnerie rectifiée. Je serais bien plus sévère à son encontre aujourd'hui. D'ailleurs, même son frère Antoine, in ordine A Concordia, s'était fâché avec lui, c'est révélateur du personnage. Ceci n'empêche en rien qu'on lui reconnaisse et qu'on lui doive le rite Ecossais rectifié, alors dénommé, de son temps, le rite Templier, à l'orient de Lyon.

Si on fait une approche symbolique la réponse jaillit d'elle-même : la partie brisée n'a aucune raison de se trouver conservée vu qu'elle a chuté, (soit par sa mauvaise qualité de matériau, soit par l'insuffisance de qualification de celui qui l'a fabriquée), qu'elle se dégrade donc sur le sol, qu'elle mêle sa matière à la terre qui va la désagréger et la faire disparaître. Ce qui soulève un aspect jamais abordé non plus : puisque la colonne rituelle ne doit pas comporter sur le tableau du grade de deuxième partie, celle qui a chuté, comment sera-t-il possible de la redresser ? Ce qui nous amène à l'allégorie qu'elle recouvre : elle est le support de la voie de perfection, qui ne porte donc pas ce nom au RER, que l'on retrouve au REAA, par exemple et ailleurs. Mais Adhuc Stat a d'autres sens encore plus importants qui n'ont rien de commun avec la réintégration pasqualinienne mais qui se rattachent au caractère templier du système qui était très religieux : c'est pour cela qu'on la retrouve chez les CBCS. La Stricte Observance avait exigé que toutes les loges françaises aient un religieux parmi leurs officiers, comme on le rencontre souvent de nos jours dans les loges anglo-saxonnes où le frère-ministre du culte dit les odes ou les grâces (les prières officielles).

Le vrai RER ne se découvrira jamais par les rituels ni les instructions. Ayant été initié une première fois avec le rituel de 1778, ce rite ne me plaisait pas du tout et je le supportais en allant deux fois par mois à l'Emulation. C'est en découvrant les cartons d'archives et leur contenu à Lyon que j'y ai découvert un rite d'une richesse incroyable et d'un formidable intérêt, ce que les seuls rituels de travail en loge ne révèlent guère. Il faut lire les correspondances échangées entre certains personnages toujours avec prudence quand il s'agit d'Ab Eremo, d'où la nécessité de recouper ses dires et ses écrits : il est vaniteux, - physiquement, il est, ce que l'on appelle en analyse morphologique du type sanguin avec tout ce que cela comporte de caractériel et d'impétuosité - il tend à se décrire sous des traits qu'il n'eut jamais, à s'emparer des idées des autres et les faire passer pour les siennes, à exagérer son importance et celle de ses actions : on a des courriers où tout ceci se retrouve. En fait, il n'a absolument rien retiré ni compris des rares échanges qu'il eut avec Pasqually, mais il utilisa largement ce dernier pour "appâter" ses correspondants avec de soit disant merveilleux mystères auxquels Martinès n'avaient point de réponse. Mais pour Jean-Baptiste, il s'agissait d'appâter, de se faire mousser comme on dit de nos jours, et non de révéler quoi que ce soit dont il ne savait rien d'ailleurs. Willermoz n'était ni un symboliste, ni un rituéliste, ni un mage, ni un occultiste, c'était un homme dévoré d'ambition qui avait compris très vite que seule la FM lui permettrait de se hisser dans un milieu auquel il n'aurait jamais accès du fait de sa roture et de sa position de marchand. Il faut connaître les usages du 18e qui n'ont rien de commun avec ceux que nous vivons au 21e siècle.

J'espère que cette réponse vous aidera.

Bien Frat.

Christian

Correspondant d'Ars Quatuor Coronati, Londres

Franchise et Liberté, Cologne.

PS : Comme je sors la nouvelle édition de La Formation Maçonnique en janvier, je vais intégrer cette question.

Commentaire : notre Frère Christian est un grand spécialiste de la Franc-maçonnerie. Ses nombreux ouvrages sont des références et il est toujours disponible pour répondre par mail aux questions des cherchants.

NB : en Franc-maçonnerie il y a TOUJOURS une explication à une question symbolique.

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La solitude

12 Décembre 2014 Publié dans #Planches

L'homme a toujours été un animal grégaire. Initialement, ce regroupement avait pour but d’assurer la survie de l’espèce, dans un environnement hostile. L’organisation sociale a, depuis, été basée sur le groupe.
Dans la majorité des régions du monde, le groupe de référence reste le village qui, lui-même, est composé de quelques familles. Cette structuration a conditionné les usages de chacun vis à vis de son environnement et de son entourage.
Les concentrations ont été longtemps restreintes et, selon les régions, la population demeurant dans les villages représentait 80 à 90% de l'ensemble de la population. En France, il reste encore 20.000 communes de moins de 500 habitants.
Mais, depuis un siècle, la tendance évolue très vite et nombre de pays voient déjà leur population urbaine dépasser 50% de la population totale.
Est-ce seulement, le désir avoué de profiter des avantages de la ville, qui pousse les hommes à toujours plus se regrouper ? Ou est-ce, aussi, le sentiment de solitude qui nous fait fuir les "déserts" ruraux, d’où ont déjà disparus ce qui en faisait la vie et le charme comme les cafés, les petits commerces et même les écoles ?
Qu’est-ce que la solitude ? Si l’on s’en tient à la définition du dictionnaire : " la solitude est la situation d'une personne qui est seule, de façon momentanée ou durable ".
Mais ce n’est pas aussi simple, car il n'y a pas, un seul type de solitude, mais plusieurs, selon le vécu de l'individu par rapport à ce qui provoque son sentiment de déréliction.

La solitude par rapport à l'environnement
La solitude par rapport à l’environnement est la situation la plus familière. C’est un état involontaire qui se caractérise par l’éloignement des lieux habités. Il s’agit plutôt d’un isolement. Ainsi, le berger en montagne, le nomade au Sahel ou toute personne dont l’activité nécessite sa présence dans des lieux peu fréquentés, sont isolés, mais n’éprouvent pas forcément, ni constamment, une impression de solitude.
Ce sentiment peut aussi s’éprouver dans des endroits qui dégagent une atmosphère gênante, voire angoissante. Ainsi, lorsque Verlaine parle " du vieux parc solitaire et glacé " il ne décrit pas un lieu réellement isolé, mais un lieu où l’homme n’a pas sa place ou, plus simplement, ressent une certaine hostilité de l’environnement comme dans une forêt où les sons sont étouffés, ou encore, la nuit où nous ne pouvons qu’imaginer ce qui nous entoure. C’est un des aspects négatifs de la solitude. Ce sont nos sens qui sont atteints.
Pourtant, nous éprouvons parfois du plaisir à nous promener en forêt ou dans un endroit calme, retiré et parfois même sauvage. C’est l’aspect poétique du retour à la nature, aux origines, d’un endroit non pollué par une présence qui nous émeut. Ainsi, celui qui a séjourné dans le désert en garde une image fascinante. " Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part ".

La solitude par rapport à la société
La solitude peut aussi se définir par rapport " aux autres ". Nous évoquons souvent la situation de l’ermite, de celui qui a choisi la vie érémitique ou monacale. Mais, il s’agit d’un isolement volontaire, où le but est de se retrouver avec soi-même et de faciliter ainsi, une introspection ou toutes spéculations intellectuelles pour lesquelles une retraite momentanée est profitable.
Cette solitude là, n’a rien de négatif. Bien souvent, celui qui la pratique passe même pour un sage.
Moins positif, est le choix de celui qui refuse de vivre au sein de la société telle qu’il la ressent. " Les autres " ne correspondent pas à l’idéal qu’il imagine et il préfère s’en tenir éloigné pour ne pas être perturbé ou même pollué. Dans ce cas, la réaction de la société est beaucoup moins positive, il passe pour un misanthrope, un sauvage ou un ours.
Mais la solitude la plus douloureuse est involontaire. Il suffit de se sentir ignoré, voire rejeté par la société. C’est la solitude des marginaux, des inadaptés et des exclus, de ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société. Cette situation pourra se traduire par une passivité et un retrait menant jusqu’à la rue, à la " zone ", ou même à la situation de S.D.F. ou encore de clochard.
Cela peut être, plus couramment, celle des adolescents qui n’ont plus le statut d’enfant et le confort qui l’accompagne, mais qui ne se reconnaissent pas dans les schémas qui leur sont proposés par nos structures sociales. Il y aura, au contraire, réaction plus ou moins violente vis à vis d’un système qui impose des clichés qui ne correspondent pas aux projets qu’ils se sont construits.
La tendance actuelle serait moins agressive, puisque les jeunes restent beaucoup plus longtemps dans le cocon familial. La non-intégration dans le milieu du travail ne suffit pas à justifier cette attente. La vie associative ou la bande n’apportent plus suffisamment de réponses à ce sentiment qui n’est pourtant pas nouveau, puisque Molière disait déjà " La solitude effraye une âme de vingt ans "

La solitude par rapport à son entourage
La solitude peut aussi être éprouvée par rapport à son entourage immédiat.
Quand ce n’est pas tout simplement un dérangement mental plus ou moins grave (l’autisme par exemple), cela peut être la réponse à un besoin d'identification ou même à une saturation par la présence oppressante d’un entourage omniprésent.
Un enfant introverti, qui participe pas suffisamment aux jeux ou qui se complaît dans la lecture sera déprécié par son entourage. Le sentiment n’est pas vécu alors par l’intéressé, mais par ceux qui sont frustrés que l’on n’ait pas besoin d’eux. C’est une infirmité dans les sociétés comme celle des États-Unis où l’appartenance au groupe est jugée indispensable pour un épanouissement normal.
Cette réaction négative se retrouve vis à vis des célibataires. Les noms d’oiseaux qui leur sont adressés ne se limitent pas au sobriquet de vieux garçon ou vieille fille. Pour persuader les récalcitrants de convoler, la bible est évoquée pour affirmer que " Mieux vaut vivre à deux que solitaire" tandis qu’eux se défendent par des dictons comme " Mieux vaut être seul que mal accompagné ".
Nous constatons que non seulement l’homme n’aime pas être seul, mais qu’il n’apprécie pas ceux qui s’en accommodent. La solitude, comme l’amour, la peur et autres sentiments difficiles à faire partager, sont au fond de nous et conditionnent notre comportement social.

La solitude par rapport à soi-même.
La solitude est encore plus éprouvante vis à vis de soi-même. C’est alors un état, un moment, même une seconde de la vie, où tout s'arrête, où plus personne n'existe et où on se retrouve face à soi-même. C'est ce face à face qui est terrible.
Ainsi, la rupture, le divorce, le décès d'un être aimé, une terrible nouvelle, sont des événements où nous pouvons sombrer dans la solitude la plus totale. Nous subissons, la remise en cause totale et définitive des projets que nous avions élaborés pour la suite de notre vie.
On se sent aussi seul, au moment d’un choix, pour lequel rien ne vient conforter clairement et définitivement LA bonne décision, comme choisir untel ou unetelle, tel emploi ou tel autre, telle voie ou telle autre.
On est absolument seul, au moment d’un choix important qu'il soit volontaire ou contraint, car un choix est toujours un sacrifice.

Alors ?
Cet inventaire, même s’il est loin d’être exhaustif, nous montre que, s’il n’y pas une, mais des solitudes, il n’y a pas, non plus, de solution unique, susceptible de les traiter toutes.
D’ailleurs, existe-t-il une solution ? Nous pouvons en douter.
Pourtant, si nous y regardons de plus près, il existe un certain nombre de cas dont nous pouvons cerner la source et envisager d’y apporter un début de traitement, à défaut rémission, sinon d’une guérison.
La plupart du temps, cette solitude part de soi. Il ne sert à rien de fuir la campagne pour se réfugier parmi la population des villes. Nous changeons l’environnement, mais nous ne changeons pas le problème. Beaucoup ont éprouvé une plus grande solitude au sein des grandes cités que dans leur village d’origine.
Avant de pouvoir envisager d’être intégré parmi les autres, il est indispensable de s’accepter soi-même et accepter ses propres contradictions. Ce n’est pas par hasard si le premier travail de l’apprenti est de dégrossir la pierre. L’essentiel de son effort va consister à se connaître, identifier sa personnalité, autant dans ce qu’elle a de positif, que ce qu’elle peut aussi avoir de négatif.
Il ne suffit pas de valoriser ses qualités, il lui faut aussi maîtriser ses imperfections à défaut de les gommer ou d’en corriger les défaillances.
Il est dit qu’" Il faut s'aimer soi-même, pour pouvoir aimer vraiment les autres ".
Le fil à plomb nous a tous guidés dans notre descente en nous-mêmes. Il nous a aussi accompagnés dans notre renaissance. Mais il n’a pas empêché d’être parfois bien seuls, lorsque nous pouvions douter de la possibilité d’arriver enfin quelque part.
Mais, ce n’était que le début du chemin. Avant de pouvoir partager, il faut avoir autre chose à offrir que ses angoisses et ses doutes. " L’autre " n’est ni entièrement semblable, ni totalement différent. Nous avons beaucoup plus de choses en commun que d’oppositions. Nous ne sommes pas le pavé blanc et lui le noir.
Il éprouve le même type de sentiments et nous ne pourrons guère l’aider en ne lui apportant que nos craintes et nos désespoirs en partage. Si le malheur des uns pouvait faire le bonheur des autres, cela se saurait depuis longtemps.
La solitude, ça n'existe pas, dit une chanson. C’est pourtant un sentiment auquel nous nous efforçons tous d’échapper en meublant nos craintes des vides physiques, mentaux ou émotionnels. Nos sens ne doivent pas perdre le contact avec ce qui nous entoure, soit par isolement, soit par saturation.
La pratique des arts et des sciences va enrichir notre intellect et nous permettre d’acquérir les bases de notre compréhension du monde et de notre réflexion. De trouver notre place.
Ce n’est pas non plus un hasard si les voyages du Compagnon l’amènent à honorer et à rappeler l’exemple des bienfaiteurs de l’humanité. Une vie ou, plus simplement, des moments consacrés à œuvrer pour l’amélioration de la condition et de l’égalité sociales, pourront s’avérer un excellent antidote à la solitude. Ceci est d’autant plus probant lorsque nos actions ne cherchent pas uniquement à obtenir la reconnaissance des autres, et sont leur propre couronnement.
La glorification du travail, énoncée lors du cinquième voyage, rappelle que, outre tout ce qui précède, notre société attribue une grande importance à notre participation à son fonctionnement, non seulement dans son rôle productif mais, aussi, dans sa part de création. C’est aussi un rappel que la solitude atteint irrémédiablement celles et ceux qui n’ont pas de travail et, donc, pas ou peu de raisons d’espérer.
J’ai disserté ici, il y a quelques temps de la Géométrie. Ce soir c’est à la Gravitation que je ferai référence en tant que force unissant les Maçons.
La fraternité et ses manifestations extérieures comme nos accolades, les chaînes d'union et autres signes de reconnaissance marquent notre besoin de rester proche les uns des autres ET de l’exprimer.
Nous craignons que la solitude ne vienne rompre la longue chaîne de la solidarité humaine. C’est le malaise qui est ressenti, lorsque l’un d’entre nous, déclare qu’il souhaite ne plus revenir partager nos travaux. C’est parfois, au moins aussi troublant, que le passage d’un Frère à l’Orient éternel, car c’est, le résultat d’un choix réfléchi. Aussi, un soulagement parcourt les colonnes lorsque cette décision n’est pas définitive ou qu’elle n’écarte pas la volonté de s’intégrer à un autre atelier.
Toute cette émotion relève du domaine initiatique. C’est ce vécu, lui aussi, qu’il nous est impossible de communiquer au profane qui s’interroge. De la même manière que nous ne pourrons jamais faire totalement comprendre notre émoi à l’écoute d’une pièce de musique ou lors de la découverte d’un tableau.

Nous pourrions être seuls parce que nous n’avons plus assez de mots pour exprimer notre émotion. Pourtant, nous n’avons pas de sentiment de solitude, parce que nous savons que ceux qui nous entourent éprouvent le même genre de sensation.
Après avoir appris à nous assumer, nous apprenons à assumer les émotions que nous partageons avec les autres. Nos rituels, qui passent pour des mascarades aux yeux de nos détracteurs sont autant d’occasions de communier dans l’ardeur qui nous unit.
Lors de l’initiation, le miroir nous a rappelé, à l’instar de Valéry qu’" Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie ". Apprenti, nous avons, dans le silence, appris à écouter l’autre et l’admettre. Compagnon nous apprenons à aller vers lui et partager nos travaux et ce respect mutuel qui nous enrichit tous et nous permet d’emboîter nos pierres pour contribuer à la perfection de l’édifice.
La solitude n’est pas une situation mais une émotion.
Sa prévention n’est pas dans notre organisation mais dans notre comportement.

J’ai dit Vén\M\

source : www.ledifice.net

Commentaire :

Je profite de cette planche pour ajouter qu’il ne faut pas oublier la solitude que l’on ressent quand nos Frères nous abandonnent. J’ai plusieurs filleuls qui ont prêté le même serment que moi et je peux témoigner qu’ils m’ont tous laissé tomber…On sent facilement mauvais dans notre association. La solitude est aussi le résultat du comportement des autres.

Mais le pire, ce sont ceux qui viennent vous chercher et qui vous mettent aux oubliettes !!

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Les apports de la « méthode maçonnique » dans mon initiation : bilan de mes 10 années de pratique du REAA au sein de la G.L.D.F.

8 Décembre 2014 , Rédigé par NM Kalife Publié dans #Planches

Ayant compris, au cours des 10 années de mon parcours initiatique, que le phénomène initiatique est strictement personnel et propre à chacun, en s’accomplissant au plus profond de son être intérieur à travers ses diverses perceptions des symboles et des vertus à cultiver, sans mode d’emploi standard ni formatage de conduite ni dogmatisme de pensée, je suis amené à penser qu’il ne doit pas exister de méthode maçonnique à suivre. C’est pourquoi je me sens mal à l’aise devant cette question mise à l’étude des loges, concernant les avantages de la méthode maçonnique du REAA. En effet, je pense que chaque initié Franc maçon du rite écossais ancien accepté comme de tout autre rite doit pouvoir bénéficier du privilège de la liberté absolue de conscience que la Franc maçonnerie du siècle des Lumières a inaugurée dans le cadre d’une association philosophique au service du bonheur de l’humanité.

Et à partir de cette liberté absolue de pensée, l’Initié doit pouvoir entreprendre sa propre démarche dans la connaissance de soi et du monde, en arpentant son cheminement initiatique personnel et original. Je vous donne mon exemple personnel où mon cheminement initiatique a vécu ses 4 premières années dans la tourmente, dans une ardente opposition spirituelle à mon parrain allié aux autres officiers de ma loge, cette expérience illustrant bien que je n’avais eu à suivre aucune directive de méthode si ce n’est celle qui m’a été inspirée à travers mes abondantes lectures de divers ouvrages et cahiers maçonniques provenant de divers horizons, parmi lesquels, certes, je ressentais une affinité particulière avec les écrits contenus dans les cahiers de la G.L.D.F. dénommés « Points de vue Initiatiques ». C’est pourquoi, au cours de mon exposé, je vous ferai plutôt état de mes nouveaux regards sur le monde et sur moi-même, ceux que j’ai acquis sur mon cheminement initiatique en 10 années de vie maçonnique.

Et je profite de la présente Tenue pour proposer aux instances de la G.L.D.F., à travers notre V.°.M.°., que chaque membre de notre obédience ait à buriner tous les 5 ans, une planche sur le bilan de ses connaissances, comme je vais le faire devant vous ce soir à l’occasion du Xème anniversaire de mon initiation dans la R.L. « PTAH » à l’Or de Lomé. Cette pédagogie aiderait chaque membre de la G.L.D.F. à faire concrètement le point quinquennal sur sa connaissance de lui-même et du monde, rejoignant de la sorte nos questionnements théoriques suivants : « qui suis-je ? d’où je viens ? où je vais ? »

Ces nouvelles connaissances, acquises par nos propres efforts d’apprentissage et de discernement, devraient nous aider à nous accomplir par notre propre travail sur soi, et répondre alors en toute liberté de conscience à notre besoin de quête d’absolu tout en nous faisant prendre conscience de la relativité de notre existence parmi les hommes et dans l’Univers. Bien entendu, au sein de notre pratique commune du Rite Ecossais Ancien et Accepté, REAA, nos divers cheminements initiatiques personnels sont censés converger vers notre objectif commun, celui de contribuer à l’amélioration constante des conditions de vie de l’humanité, tant sur le plan moral et matériel que sur le plan spirituel et intellectuel, avec la nuance spécifique que chacun accomplisse ce devoir dans son milieu et selon ses moyens.

Sur cette base, je vais vous exposer mes acquis initiatiques de ma 1ère décennie maçonnique au sein de la G.L.D.F. où j’ai exclusivement pratiqué le rituel du REAA. D’ores et déjà, je tiens à vous préciser que ces acquis ne sont pas figés et qu’ils peuvent encore évoluer dans ma prochaine décennie, grâce à de nouvelles découvertes que j’espère pouvoir encore réaliser sur mon parcours initiatique. En effet, toute vérité est devenue, à mes yeux et grâce à ma pratique du REAA, une vérité relative, de même que ma foi dans la science, précédemment aveugle quand j’étais profane, s’est retrouvée encadrée par ma présente éthique humaniste qui subordonne le progrès scientifique au bien-être commun de l’Humanité.

UNE THERAPIE PSYCHIQUE

Mon initiation maçonnique fut d’abord un choc bénéfique pour moi, au sens ponctuel, parce qu’elle m’avait guéri d’un début de dépression psychique où je plongeais petit à petit depuis quelques mois, n’arrivant plus à rédiger mes écrits économiques qui paraissaient régulièrement auparavant, tous les mois, dans les journaux de Lomé. Cet état mental résultait du cumul de 4 durs événements qui m’avaient ébranlé durant les 12 derniers mois : en premier lieu, je subissais un contrôle fiscal dont les accusations étaient mal fondées tandis que je rencontrais de grandes difficultés techniques à réunir les preuves de mon innocence ; en second lieu, je venais de perdre, volontairement certes mais aussi par dépit, ma fonction de conseiller économique auprès du Premier Ministre du Togo qui m’avait déçu en ne s’intéressant qu’aux intrigues politiciennes du Président de la République au lieu de mettre en œuvre les moyens de redresser l’état désastreux de l’économie nationale ; en troisième lieu, mes affaires financières privées allaient au plus mal depuis un an et demi et leur horizon était menacé d’un risque de fermeture de mon entreprise d’ébénisterie d’art employant une centaine d’ouvriers à Lomé ; enfin, mes relations sentimentales avec mon épouse étaient devenues si tendues que j’envisageais le divorce après 27 ans de mariage.

Or, voici que l’accomplissement, le 12 mai 1996, voici 10 ans, de mon initiation maçonnique dans le rite écossais ancien et accepté au sein de la R.°.L.° « PTAH » de la G.°.L.°.D.°.F.°., à l’Or.°. de Lomé, m’apportait une vraie lumière dans mes ténèbres psychiques, en me redonnant la force d’écrire, à la sortie de l’agape et après une courte sieste, un article de 8 pages portant sur les mesures d’accompagnement de la dévaluation du Franc CFA. Et, ce qui est encore plus remarquable pour moi, c’est que cette même lumière intérieure a continué à briller d’une intensité croissante sur mon chemin initiatique, que j’arpente sans relâche depuis lors, cherchant toujours à mieux comprendre, comme un « éternel apprenti », les « pourquoi » de mes questionnements sur moi-même et sur tout ce qui se manifeste autour de moi, dans mon pays comme dans le monde entier.

Aussi, cet apprentissage permanent continue t il à remodeler ma pensée qui demeure active dans son ouverture aux nouveautés, et a équilibrer ma personnalité grâce à mes travaux assidus en loge qui me rappellent constamment l’usage constructif de nos outils du REAA, de même qu’à travers mes lectures assidues des « Points de vue Initiatiques » de la GLDF qui m’enrichissent de réflexions profondes sur les symboles, sur le sens de notre quête spirituelle et sur diverses questions humanistes.

Cet apprentissage continûment renouvelé par mes recherches personnelles de plus en plus actives, a généré en moi un nouvel état d’esprit, m’apportant une certaine sérénité alors que j’étais auparavant très angoissé dans ma vie antérieure. Il m’offre une sensation de bien-être et de plénitude qui m’était inconnue jusque là. Aussi, mes amis d’enfance, vivant dans le monde profane, sont ils étonnés de constater sur moi cette transformation heureuse dans mes relations humaines, alors que mon comportement antérieur avait été marqué par l’orgueil.

C’est aussi l’une des raisons qui m’ont poussé écrire et publier mes « Réflexions d’un Maçon sur son chemin initiatique », me permettant de communiquer aux autres ce que m’apporte cette expérience initiatique si enrichissante.

UN NOUVEAU REGARD SUR LES AUTRES ET SUR MOI-MÊME

Mon vécu initiatique au sein du REAA m’a permis d’acquérir une nouvelle forme de connaissance se traduisant par la considération des autres comme des frères humains malgré leurs différences. Aussi, ai-je progressivement compris et fait mienne la célèbre phrase de Saint-Exupéry disant que: « si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis ». Or, auparavant, j’avais plutôt tendance à exclure de mes sujets d’intérêt tout ce qui n’était pas de mon goût ou n’intéressait pas mes ambitions personnelles : par exemple, mes lectures sur les civilisations étaient limitées à ce qui touchait au Togo, mon pays natal, et à la France, ma patrie culturelle, alors qu’à présent, l’on me qualifie d’historien, d’érudit et de culture universelle.

En outre, mon assiduité en loge m’a permis d’adopter un nouveau comportement en me faisant prendre conscience de ma toute petite place personnelle dans le microcosme social de la loge. De ce fait, je ne me suis plus considéré comme étant le centre du monde, en reléguant mon ego arrogant et dominateur à sa portion congrue, enterrant mes vanités d’antan.

Et c’est sur ce sentier initiatique opérant un recentrage de ma personnalité, que je découvris petit à petit le sens du mot « Humilité », que j’assimilais auparavant à de la faiblesse ou de l’hypocrisie. Or, je découvris que la vertu d’humilité est une vertu majeure et basique de tout l’édifice maçonnique, parce qu’elle est indispensable pour une meilleure connaissance de soi et surtout pour tailler les aspérités de sa pierre brute.

Je me rendis compte que j’avais complètement ignoré cette vertu fondamentale à mon adolescence, à l’âge d’éclosion de ma personnalité antérieure qui se caractérisait par le vice d’orgueil propre à un « premier de classe », collectionneur de tous les premiers prix et de mentions « Très Bien », alors même que la « dolce vita » entourant ma vie coloniale à Lomé avait plutôt pour effet de saoûler de « farniente » les enfants des administrateurs coloniaux comme ceux des bourgeois « compradores » des anciennes colonies françaises.

Je découvris donc cette vertu d’humilité en loge, au cours de mes 2 premières années d’Apprenti, où j’étais tenu à cultiver le silence. Par la suite, durant mes 2 années de compagnonnage, j’ai dû encore forger cette vertu d’humilité à grands coups de ciseaux bien appliqués sur ma dure pierre brute, grâce à ma fréquentation régulière de plusieurs FF aînés, parfois beaucoup plus âgés (dans tous les sens de ce terme), lesquels m’avaient conseillé et soutenu au cours des dures épreuves que je subissais au sein de ma loge en raison de mes divergences philosophiques avec mon parrain, officier influent s’il en est au sein d’une loge. Mes bons FF aînés m’amenèrent à accepter les humiliations que l’on me faisait subir, apprenant de la sorte à ciseler les aspérités d’orgueil incluses dans ma pierre brute. Mais cela ne fut pas aisé puisque je faillis, à plusieurs reprises, rendre mon tablier de tailleur de pierre en cherchant à démissionner de la GLDF.

Et ce sont ces leçons d’humilité qui m’ont permis d’acquérir ce devoir d’exigence de soi qui caractérise l’ascèse des Francs maçons. C’est bien cette vertu d’humilité qui a fait naître en moi l’homme nouveau qui sait répondre aux questions fondamentales de l’humanisme :

Qui suis-je ? D’où je viens ? Où je vais ? Que va devenir l’humanité ?

UNE CROYANCE LAÏQUE EN DIEU

Une spiritualité nouvelle allait jaillir de ma nouvelle lecture de l’Histoire de l’humanité, sans référence à la bible. Cela me fit l’absence d’amour et de miséricorde sur le sort des 2/3 de la population mondiale vivant innocemment en dessous du seuil de pauvreté, alors que les richesses de leur pays sont pillées par des réseaux d’affaires complices de leurs gouvernants qui invoquent Dieu aux yeux du peuple.

Ma nouvelle conception du G.A.D.L.U. n’eut plus rien à voir avec un Dieu religieux, entouré de mystères servant à justifier les voies impénétrables de son inaction. C’est un principe créateur, sous la forme de source d’énergie harmonieuse qui anime l’ensemble de l’univers, sans engagement dans le bien ni dans le mal existant dans les rapports humains, et dont la manifestation concrète se limite aux lois d’harmonie régissant l’univers. Et mon humanisme me fit penser que les humains, à travers leur développement historique, sont appelés à découvrir les lois de cette harmonie par leur propre travail, en ayant le choix d’orienter leur devenir vers l’amélioration de leurs conditions de vie ou vers le chaos.

Néanmoins, mes recherches historiques m’ont-ils révélé comment, au cours des étapes de développement de l’humanité, certains grands esprits, sous ses divers cieux, avaient réussi à invoquer la toute puissance d’une divinité religieuse transcendante pour unir la population autour d’un pouvoir central, ce qui était alors nécessaire pour l’organisation d’une société paisible. Cette orientation religieuse de l’humanité illustrait, à mes yeux, les premiers pas de la quête du sens de la vie par soumission idéologique des populations incultes pour mériter la vie éternelle dans l’au-delà.

Et mon analyse historique de l’évolution de l’homme conclut qu’il s’agissait là d’une période de préhistoire spirituelle de l’humanité, confondant l’élévation spirituelle avec le développement religieux des divers peuples, jusqu’à l’avènement du monothéisme qui déclencha le fanatisme religieux dans les rapports humains, aboutissant aux massacres de millions de vies humaines dans les 2 derniers millénaires.

Quant à la nouvelle étape de développement humain, elle a commencé avec le siècle des Lumières, le XVIII° siècle en Europe occidentale, où les valeurs d’Etat de droit et de liberté de conscience se sont progressivement diffusées dans les mentalités grâce à l’intervention des Philosophes dans la vie politique, sans toutefois encore réussi à s’imposer au monde entier en raison de la résistance réactionnaire des forces spirituelles religieuses, soutenues par des intérêts obscurs de réseaux d’affaires internationaux qui entourent les pouvoirs d’Etat dans la plupart des pays à populations vivant avec de faibles revenus par tête, ce qui les prive des moyens de réflexion et de lutte pour leurs droits et leur dignité humaine.

Néanmoins, dans l’étape présente du développement humain, où la science et l’éducation civique peuvent ouvrir les horizons du savoir et du discernement moral, l’homme éclairé par ces nouvelles connaissances des temps dits modernes, peuvent croire en la capacité de l’homme éclairé d’agir au service du bien commun, sans avoir besoin de craindre Dieu pour mériter le paradis après sa mort. Par contre, nous constatons malheureusement que ceux qui font toujours appel à un Dieu religieux, Tout-puissant et vengeur, ont plutôt tendance à semer la haine parmi les humains de différentes confessions religieuses, et à propager la guerre entre les nations à travers le monde.

C’est pourquoi il est indispensable, dans le souci de faire progresser la dignité humaine à travers toute l’humanité, que tous les FF&SS et tous les autres défenseurs de l’Etat de droit, s’engagent à tout mettre en œuvre politiquement et sur le forum, pour diffuser l’éducation civique dans tous les pays du monde. Cette formation civique pourra accélérer l’avènement de la nouvelle ère d’épanouissement spirituel de l’humanité, dans le sens de son bien-être commun, sans distinction de race ni de religion, à travers la conciliation des contraires sur le pavé mosaïque symbolisant le « tout en un », dans le respect unanime de la dignité humaine.

Et à l’adresse de mes FF&SS croyant en un Dieu religieux, je puis les rassurer en leur disant que la foi religieuse, vécue comme une recherche de la paix intérieure et dans l’amour de son prochain, n’est pas incompatible avec mon analyse. En effet, cette foi-là apporte à ses pratiquants une source d’énergie psychique et de réconfort qui les rassure dans leur confiance dans le futur, ce qui leur rend le cheminement initiatique moins difficile à vivre que pour les non-croyants. Et je précise bien que ma définition laïque du GADLU, comme source de l’énergie primordiale et de l’harmonie de l’univers, ne contredit pas leur notion de Dieu puisqu’elle y est incluse. Néanmoins, dans ma conception laïque de Dieu, j’insiste sur ce que ma tolérance envers les croyants religieux se limite à ce qu’ils respectent toute autre croyance d’autrui et sans chercher à imposer leur jugement moral provenant du prisme de leurs dogmes religieux.

Avant de clôturer ma définition laïque de Dieu-Energie-Harmonie de l’Univers, je dois vous avouer que j’avais vécu en bon catholique pratiquant, jusqu’à l’âge de 22 ans, et que j’étais devenu athée à l’âge de 23 ans, en 1967, quand j’étais encore étudiant en Sciences Economiques à Paris. Je fus alors révolté par les spectacles télévisés du massacre des Vietcongs par la toute puissante Amérique, en même temps que je découvrais la pensée de Karl Marx sur le matérialisme dialectique et historique qui m’expliqua comment « l’existence des hommes détermine leur conscience ». La concomitance de ces deux choses m’amena alors à conclure qu’il n’existe pas d’intervention divine dans le devenir humain, après 22 années de profonde religiosité catholique.

A présent, ma croyance en un Dieu-Energie-Harmonie de la Nature, me permet de me contenter d’une quête permanente de vérité et de justice pour servir le bien commun de l’humanité, sans attendre à une récompense divine dans l’au-delà ni dans ma vie ici-bas. Je trouve ma satisfaction dans l’accomplissement de mes devoirs civiques et dans mon exigence envers moi-même en purgeant de mon ego les « idoles » (au sens de Francis Bacon dans « Novum Organum » publié en 1516) que mon éducation familiale et scolaire m’avait inculquées depuis ma plus tendre enfance. Et ce travail de discernement et dépassement de mon ego au service du bien commun, m’offre une conscience nouvelle, libre de toute oppression religieuse, me procurant désormais une sérénité de vie insoupçonnée auparavant.

Aussi, n’ai-je plus ce besoin mystique de croire en un Dieu d’amour et de miséricorde, ayant créé les hommes pour le glorifier, et qui a dû se révéler à eux par ses prophètes qu’il aurait envoyés sur Terre pour guider les hommes dans leur existence errante. Je ne puis y croire d’autant plus qu’il permet que des millions de croyants en ce même Dieu ont été déjà massacrés en son nom et continuent encore à se faire tuer en son nom.

Par contre, je me sens gêné à chaque tenue du REAA de devoir glorifier le G.°.A.°.D.°.L.°.U.°., et je prie notre V.°.M.°. ici présent, d’en faire état aux instances dirigeantes de la GLDF. En effet, je trouve que cette glorification du GADLU au cours des travaux en loge, laisse supposer la permanence de l’héritage biblique qui a toujours exigé cet hommage à la gloire d’un Dieu à visage humain, sensible aux flatteries des hommes. Et je trouve qu’il s’agit là d’un GADLU orgueilleux du fait qu’il faille l’encenser par la glorification de sa grandeur. Aussi, n’ai-je jamais pu comprendre pourquoi faut il le glorifier au cours de nos tenues au REAA.

GLORIFICATION DU TRAVAIL DU BÂTISSEUR

Ma liberté de conscience m’a amené, à l’âge de 52 ans, voici donc 10 ans, à concevoir le G.A.D.L.U. comme la source créatrice de toute l’énergie qui anime l’univers dans une parfaite intelligence de son harmonie naturelle. Ce Dieu n’a pas de visage humain. C’est un Etre suprême au sens des Philosophes du XVIII° siècle, demeurant indifférent et moralement neutre au regard de tout ce qui se passe parmi les humains.

Dans ces conditions, j’estime que c’est aux humains de savoir réaliser l’équilibre indispensable à la survie heureuse de leur espèce, en apprenant à vivre ensemble, grâce à des outils de travail dont ils ont l’usage et qu’ils doivent savoir combiner de façon harmonieuse à l’image de l’énergie divine que le GADLU a instauré harmonieusement à travers l’Univers. Et c’est là que j’estime l’utilité de glorifier le travail humain, comme cela est fait dans le rituel du REAA, de façon à encourager les bâtisseurs que nous sommes à utiliser notre force avec sagesse en vue de réaliser la beauté dans toutes nos oeuvres, au-dedans comme au dehors, en évitant ainsi d’orienter l’énergie humaine vers le chaos destructeur de l’humanité.

C’est ce travail de bâtisseur, à l’énergie harmonieuse, réunissant Sagesse, Force et Beauté, que nous devons toujours apprendre à appliquer, en tant que Francs maçons ayant pour devoir permanent de construire aussi bien notre temple intérieur que le temple de l’humanité où nous devons pouvoir insérer notre propre pierre en la rendant cubique. Et c’est ce travail de bâtisseur d’harmonie que notre rituel du REAA proclame en glorifiant le travail.

L’EGREGORE

Une particularité m’a marqué au cours de mon parcours maçonnique au sein des loges pratiquant le REAA, c’est l’égrégore qu’il m’arrive parfois de ressentir au cours de ces travaux, lorsque les membres présents se sentent en symbiose de réflexion constructive. Ce phénomène survient généralement dans le cadre d’un bon suivi du rituel par les divers officiers de la loge, accompagné d’une bonne colonne d’harmonie et le tout couronné d’une belle planche d’architecture qui réussit à entraîner une participation active de tous, avec les enrichissements interactifs des uns et des autres.

De ces tenues, que je qualifie de « parfaites », il me reste toujours un goût nostalgique que je recherche à répétition en orientant de préférence mes visites vers certaines loges où je puis espérer un tel résultat, celui d’atteindre l’égrégore. Il s’agit d’un état spirituel de communion avec les autres membres de la loge, dans un espace-temps qui nous éloigne de tous les soucis matériels, en nous unissant dans une certaine sérénité de l’esprit pur. Et c’est d’ailleurs ce qui motive mes visites si fréquentes dans votre loge « Jean Théophile Desaguliers », à l’Or.°. de Boulogne-Billancourt.

CONCILIATION DES CONTRAIRES ET REUNION DE CE QUI EST EPARS

Ayant découvert à mon grand soulagement, (dans mon pays, le Togo, où régnait une certaine forme de dictature et de pensée unique excluant les esprits critiques de toute participation aux leviers de réflexion sur le devenir de la nation), que la loge est un centre de réflexion libre et garanti d’impunité grâce au serment du silence qui clôture nos tenues du REAA, je m’y suis aussitôt senti en confiance, à l’abri des trahisons et des délations qui sont pratiques courantes dans tout régime despotique.

J’ai aussi découvert en loge une nouvelle forme de langage, spécifiquement fraternel, et qui m’était jusque là insoupçonné, alliant l’amour d’apprendre à la générosité de communiquer la connaissance, cette connaissance ne se limitant point à la culture livresque ni à la science mais s’ouvrant spécialement à la connaissance de soi et à la découverte de l’autre dans sa différence qui vient nous enrichir au lieu de nous diviser. Et ce langage fraternel est orchestré par le V.°.M.°. qui soigne la sérénité des débats en veillant à la discipline de parole sous son autorité incontestée. Tout cela me fut une révélation extraordinaire, malgré mon expérience des conférences universitaires et publiques. Je découvris comment le V.M. nous sert de modèle d’apprentissage à réunir ce qui est épars et à concilier les contraires.

De plus, fait remarquable des débats en loge, le but de ces échanges n’est pas de donner raison à l’un ou à l’autre mais de contribuer à trouver la vérité que nous cherchons tous ensemble, en nous enrichissant mutuellement des arguments avancés par les uns et des différences exprimées par les autres, le tout s’entremêlant dans un processus de remise en question permanente, avant d’aboutir à une synthèse interactive, formant « le Tout en UN », dans le dépassement de soi fondu dans l’union de tous.

L’ECOUTE DE L’AUTRE : VERTUS DU SILENCE ET DE L’HUMILITE

Dès mon apprentissage, mes travaux en loge m’ont fait découvrir la discipline d’écoute de l’autre, vertu enrichissante que j’ignorais auparavant. Cette faculté d’écoute, jointe au respect mutuel des idées de chaque intervenant en loge, m’a aussi aidé à mieux comprendre le sens de la vertu d’humilité, spécialement au cours de mes 2 années d’apprentissage où j’étais réduit au silence réglementaire imposé par le rituel du REAA. Ce silence rituel, durant 2 ans, me fit prendre conscience de mon vice d’orgueil, et il me prédisposa à mieux comprendre la vertu d’humilité. Il faut aussi préciser que mes lectures assidues des « Points de vue Initiatiques » dès ce stade d’apprenti, m’ont offert de développer ma spiritualité en repoussant mes vanités.

Aussi, dois-je vous faire part de mon regret de ne pas voir le développement des 2 vertus d’humilité et du silence dans nos catéchismes des 3 premiers degrés du REAA. Or, ces 2 vertus aident à pouvoir changer beaucoup de choses pacifiquement. Et leur apprentissage s’est révélé pour moi comme l’outil de travail le plus performant pour mon perfectionnement moral et ma discipline civique.

C’est grâce à la pratique de ces 2 vertus, le silence et l’humilité, que je réussis à faire mienne cette expression si belle : « rien de ce qui est humain ne m’est plus indifférent ». Et je vous avoue que c’est bien là mon plus grand acquis spirituel au sein de la G.°.L.°D.°.F.°. .

L’ACTION AU DEHORS

A force d’écouter des planches traitant de liberté, d’égalité et de fraternité ainsi que de tolérance, de justice, de dignité humaine et de laïcité, et à force d’y participer de façon interactive, et ce, tout en suivant avec attention l’ensemble du rituel énoncé par les 3 lumières de la loge, il s’est progressivement opéré en moi une foi indéfectible en l’Homme, càd dans ses capacités propres à transformer la société où il vit, dans un esprit de tolérance, en y apportant sans limite les lumières de la vérité et en luttant sans relâche pour une meilleure justice sociale. C’est ce que le V.M. déclare à la clôture des travaux, en nous invitant à poursuivre au dehors l’œuvre accomplie dans le Temple. C’est bien ce qui m’encourage dans mon action au dehors, en contribuant à ma transformation personnelle et courageuse, étant réconforté par le soutien de mes FF&SS présents sur le forum.

LA TOLERANCE

Quant à la vertu de tolérance, je l’ai aussi acquise à travers mon assiduité en loge, où notre fraternité s’illustre par l’acceptation et notre enrichissement de la différence des uns et des autres dans l’esprit de vivre ensemble. Ce fut pour moi la découverte d’une vertu nouvelle, au cours de mes travaux en loge, où je fus entraîné à l’écoute constructive des autres, enrichissant mon esprit de leurs différences, dans un bain d’échanges fraternels. Cette discipline morale d’écoute aimante à travers la vertu de tolérance, propre au REAA, m’a aussi offert de mieux comprendre le sens profond de toutes les autres valeurs humanistes, jusqu’à les intégrer dans mes réflexes.

A travers cette vertu de tolérance, accompagnant une écoute interactive, j’ai appris à réunir ce qui est épars et à concilier les contraires, tout en discernant le blanc et le noir du pavé mosaïque par l’association de l’équerre et du compas dans l’action et la réaction des relations humaines.

Il s’agit là d’un apprentissage éternel de la maîtrise de soi grâce à la meilleure connaissance d’autrui à travers son écoute fraternelle, ce qui aide à l’accomplissement de son être sur le chemin initiatique de chacun.

L’EGALITE

En fréquentant assidûment les loges de la GLDF travaillant au REAA, j’ai découvert un modèle de société parfaite où règne une véritable égalité entre tous ses membres, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, et sans aucune autre discrimination d’ordre hiérarchique ou diplômante. Cette égalité de traitement s’est d’abord manifestée dans la façon où tous les FF sont reçus la 1ère fois dans le Temple, entrant par la même porte basse, les yeux bandés, pour ensuite subir dans une grande émotion les trois autres épreuves de l’air, de l’eau et du feu, symbolisant les difficultés de la vie, pour ensuite partager en commun la même agape à la sortie des travaux.

En loge, nous portons tous un tablier de tailleur de pierre et consacrons nos efforts en commun pour défendre la liberté, l’égalité et la fraternité que nous acclamons à plusieurs reprises dans notre rituel du REAA. Cet idéal commun d’égalité entre tous les humains, nous unit dans l’espérance du monde idyllique d’une société parfaite, à l’image de qu’avait décrit Thomas More dans son ouvrage « UTOPIE » publié en 1516. Certes, mon analyse de l’histoire de l’humanité me fait-elle penser que le chemin est encore long pour atteindre cette utopie, mais ma foi en l’homme me fait espérer que l’Humanité y parviendra bien un jour, à force d’espérance et d’action au dehors des « gens de bien et loyaux », animés de l’esprit civique nécessaire pour faire de cette « utopie » une réalité à venir. Et c’est justement le challenge de tout Franc maçon initié dans le rituel du REAA.

UNE ETHIQUE NOUVELLE BAIGNANT DANS UNE FRATERNITE UNIVERSELLE

Grâce à mon nouvel esprit animé de tolérance et d’égalité, je veille à éviter de perdre mon temps en futilités, vivant désormais mon existence comme mon propre metteur en scène plutôt qu’en simple spectateur ou en mouton de Panurge. Ma vie a désormais le sens que je lui donne, sans être une victime de l’ignorance de l’évolution sociale. Aussi, ne me suis-je jamais senti aussi heureux que depuis que je pratique ce nouvel art de vivre sur mon chemin initiatique, alors même que ma situation matérielle s’est gravement dégradée, sans toutefois tomber dans la misère.

Mon chemin de vie a désormais un sens dont j’ai pleinement conscience. Aussi, me vois-je agir en pleine exigence de moi-même, dans le sens civique et pour le bien de l’humanité qui m’environne, à la mesure de mes moyens, en satisfaisant mes aspirations morales, intellectuelles et spirituelles. Parallèlement et de façon paradoxale, je constate en moi-même que je n’ai plus éprouvé le besoin d’enrichissement matériel. Cela me fait penser que je pratique une certaine ascèse morale, propre à tout parcours initiatique sérieusement engagé, ce qui me réconforte. En effet, je vis une nouvelle éthique qui guide mon comportement au quotidien, dans la sérénité.

Ce privilège résulte de la reconstruction de ma personnalité à partir de la nouvelle fraternité qui m’entoure depuis 10 ans, et dont l’esprit solidaire de tout ce qui est humain, nourrit ma force intérieure de réflexion. En effet, cette fraternité, spécifique à notre pratique du REAA au service du même idéal humaniste, réunit ce qui est épars, que nous soyions vieux ou jeunes, riches ou pauvres, docteurs d’Etat ou bacheliers, P.D.G. ou simples employés, les plus petits dans le monde profane donnant des conseils aux plus grands en raison de leur plus grande expérience dans l’art royal. Cette fraternité-là m’a permis de comprendre pourquoi l’on exerce un office en loge en le considérant comme un devoir et non point comme un honneur flatteur ou de pouvoir. Cela est illustré par le V.°.M.°. descendant de charge qui doit aussitôt remplir l’office de couvreur, considéré comme la fonction la plus humble, cette obligation rappelant à chacun d’entre nous de veiller à demeurer humbles, cette humilité étant reine des vertus maçonniques.

UNE SPIRITUALITE LAÏQUE

A partir de cette nouvelle réflexion globale sur l’Homme, j’ai abouti à une nouvelle définition de la spiritualité, la détachant de son empreinte religieuse ou mystique. En effet, j’ai découvert au cours de mes travaux en loge que le simple fait d’être à l’écoute attentive des autres, en laissant mes métaux à la porte du Temple, constitue objectivement un acte de spiritualité.

Un soir, à la sortie d’une tenue, je discutai avec le V.M. d’une loge de notre obédience, versé dans la spiritualité christique, et qui réduisait la spiritualité à son expression religieuse. Je lui confiais que j’avais, dans le passé, pratiqué le mysticisme chrétien jusqu’à atteindre souvent l’état d’extase, mais, qu’à présent, je ne me sens pas moins versé dans la spiritualité du fait que j’ai perdu ma foi religieuse et que j’identifie le GADLU à la source d’énergie qui anime l’univers sans autre forme de révélation ni de transcendance métaphysique. Et je lui confiai alors que, depuis mon assiduité aux travaux en loge au rituel du REAA, j’ai découvert qu’il me suffisait de réussir à laisser mes métaux à la porte du Temple (ce qui n’est pas toujours évident en raison de certains soucis matériels pesants ou d’une mauvaise exécution du travail des officiers en tenue) et de m’unir aux FF présents, pour m’élever aussitôt en spiritualité, concentrant mes pensées sur nos travaux en loge, le tout baignant parfois dans une atmosphère spirituelle dénommée « égrégore », forme suprême de spiritualité conviviale et fraternelle. Il ne sut rien répondre à cette définition qui le surprit avec intérêt.

Ma réflexion alla plus loin par la suite, en schématisant ce concept sans le déformer. Et j’ai abouti à une nouvelle définition de la spiritualité à partir de l’élévation de la réflexion au dessus de soi, en dépassant son propre ego pour la porter sur l’homme, ce qui se traduit en loge par notre concentration sur les sujets qui intéressent notre microcosme humain : ce peut être aussi bien un sujet à caractère religieux ou laïque. De la sorte, notre silence en loge peut très bien devenir spirituel s’il nous aide à nous perfectionner ou à réfléchir sur l’amélioration des conditions de vie humaine. De même, la parole qui circule en loge peut servir la spiritualité pour peu qu’elle enrichit l’esprit et la connaissance des uns et des autres. De la sorte, nos travaux en loge doivent apporter une forme laïque de spiritualité. ET j’estime que cette forme de spiritualité est plus difficile à atteindre que la spiritualité religieuse, parce qu’elle se détache de l’ego, au service du bien commun et de la dignité humaine.

Je dis donc merci au REAA pratiqué à la G.°.L.°.D.°.F.°., où j’ai découvert une nouvelle source d’énergie harmonieuse qui anime toute mon action, tant au dehors qu’en moi-même. J’ai dit.

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Choix de mes articles

6 Décembre 2014 , Rédigé par T.D Publié dans #perso

Je comprends tout à fait que le choix de certain de mes articles puisse surprendre.

Comme je l’ai déjà écrit, les « articles du week-end » sont des articles qui portent sur des thèmes ou des personnes qui m’intéressent. Je passe beaucoup de temps à rechercher les meilleurs articles pour que vous puissiez être d'accord avec mes "publications personnelles. J'ai une grande admiration pour le travail réalisé par Xénia Tchoumitcheva sur ses blogs et sur les réseaux sociaux.

Ne vous inquiétez pas, dès lundi, je reprendrai le cours de mes publications maçonniques.

Frat

Thomas

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Lexique des symboles maçonniques : le "Que sais-je ?"...

5 Décembre 2014 , Rédigé par Roger DACHEZ et Alain BAUER Publié dans #Planches

Je vous signale le dernier-né dont je viens d'accoucher en compagnie d'Alain Bauer :

En primeur, je vous livre ici l’introduction du livre:

Introduction

D’où viennent les symboles maçonniques ?

« Ici, tout est symbole… » Telle est l’une des formules les plus souvent entendues dans les loges maçonniques. Autant dire que rien, ou presque, n’est insignifiant dans la décoration, l’agencement, la disposition d’une loge maçonnique, tout comme dans les décors dont se revêtent les francs-maçons ou les termes utilisés dans les rituels. Ainsi la franc-maçonnerie offre à des adeptes un univers de signes matériels ou sonores, de figures, d’objets ou de mots, qui sont tous dotés d’un sens moral ou spirituel.

Il convient ici de dissiper une erreur commune : il y aurait des symboles spécifiques, particuliers au monde des loges et produits exclusivement à l’usage des francs-maçons. En réalité, rien n’est plus faux. La plupart des symboles dits « maçonniques » – sinon presque tous – proviennent de sources diverses, souvent fort anciennes dans la culture occidentale, et surtout étrangères au monde des guildes ouvrières et des corporations artisanales.

Au-delà d’un prétendu « enseignement secret » des bâtisseurs, il faut donc rappeler qu’il y a eu, tout au long du Moyen Age, une théologie symbolique gravée dans la pierre de presque tous les édifices religieux car il existait alors une grille d’interprétation de l’Écriture sainte : la pensée typologique, laquelle n’était, dans son principe, que l’application du symbolisme à l’histoire. Cette pensée a laissé en héritage, comme l’ont montré depuis longtemps les toujours passionnantes études d’Émile Mâle,[1] une véritable Bible de pierre dont les innombrables figures sculptées, en un temps où presque personne ne savait lire, répondaient à des normes précises laissant peu de place à la fantaisie des artistes et reposaient sur une analyse à la fois pénétrante, fidèle et didactique de la doctrine chrétienne dont les églises, et plus encore les cathédrales, devaient être des livres ouverts. Dans ce maquis de symboles les triangles, par exemple, abondaient pour renvoyer à la Trinité, tandis que parmi les attributs traditionnels des saints, permettant de les identifier à coup sûr, on pouvait notamment reconnaitre fréquemment l’équerre (Jacques le Mineur, Matthieu, Thomas l’Apôtre, Joseph le Charpentier).

Une autre étape remarquable dans son développement est incontestablement la pensée de la Renaissance. Celle-ci a clairement attribué à l'architecture une signification nouvelle et contribué à faire émerger un type intellectuel nouveau, celui de « l'Architecte ». Reprenant la tradition vitruvienne, remontant au Ier siècle de notre ère, qui avait déjà fait de l'architecte un homme au savoir universel et aux talents multiples, les auteurs les plus influents de la Renaissance ajouteront à ce portrait idéal leur touche finale, tel le célèbre architecte français Philibert de L'Orme. D'autres, comme Serlio, apporteront même des indications plus précises, en décrivant dans leurs ouvrages ce que l'on doit considérer comme une interprétation symbolique des Ordres de l'architecture.

La mutation intellectuelle de la Renaissance, dans le domaine de l'architecture, présente un intérêt qui dépasse singulièrement, on le voit, le seul domaine de l'histoire de l'art et des techniques. Il est troublant de repérer ainsi les éléments d'un discours spéculatif reposant sur l'architecture, tant la similitude est grande avec ce qui sera plus tard, vers la fin du XVIIe siècle, la méthode symbolique de la franc-maçonnerie spéculative.

Le climat intellectuel de la Renaissance fut donc incontestablement le creuset au sein duquel, en dehors, soulignons-le encore, de toute connexion directe avec le métier de maçon, s'élabora une pensée fondée sur les correspondances analogiques dans le domaine moral ou spirituel. On ne peut ici que citer, en insistant sur l'intérêt majeur de cette mention, l'abondante littérature des emblemata, ces planches énigmatiques, dépourvues de commentaire, qui remplirent de très nombreux ouvrages tout au long du XVIe siècle, et encore au XVIIe siècle. L'exercice proposé ici, d'une méditation, d'une intériorisation d'un message crypté – où, au hasard des vignettes, on trouve de nombreux « futurs symboles maçonniques » (compas, équerre, fil à plomb) –, est à n'en pas douter une autre préfiguration surprenante de la méthode intellectuelle qu'adoptera la première maçonnerie spéculative.

Dans le même ordre d'esprit, on doit rappeler l'importance, soulignée par les beaux travaux dus à F. Yates, de « l'art de la mémoire », cette méthode héritée de l'Antiquité, redécouverte au Moyen Age et permettant aux orateurs d'imprimer dans leur esprit les méandres de leurs discours en les identifiant mentalement aux pièces d'une demeure idéale qu'ils parcouraient en esprit tout en parlant. Les cercles intellectuels de la Renaissance adopteront à leur tour cette méthode, mais pour en retenir l'idée que la visualisation d'un espace, d'un édifice pouvait-être le moyen d'un voyage proprement intellectuel.

S’il n’est finalement pas original dans sa composition, le répertoire symbolique de la franc-maçonnerie ne s’est pas non plus fixé en un jour : il a fait l’objet d’apports successifs et pas nécessairement concertés, d’où l’extraordinaire variété et le caractère redondant ou, à l’inverse, hétérogène et parfois contradictoire des symboles mis en œuvre, à travers la diversité des Rites et des traditions propres à chaque pays.

Si l’on s’en rapporte aux plus anciens rituels maçonniques connus (Écosse, fin XVIIe siècle), on y constate la relative pauvreté du matériel symbolique. Celui-ci consiste essentiellement en quelques pierres et quelques outils dont plusieurs ont du reste disparu par la suite du décor maçonnique. Mais les « grands symboles » que sont, par exemple, le triangle, le compas, l’équerre, sont en revanche clairement absents.

Les symboles et objets propres au Temple de Salomon (autel des parfums, chandelier à sept branches, arche d’alliance), ne pénètreront pas dans les rituels maçonniques avant les années 1740 au plus tôt, avec les premiers hauts grades établis peu à peu vers 1730. Quant aux symboles hermétiques et alchimiques, ils sont bien plus tardifs et ne feront leur apparition et surtout entre 1750 et 1760. Par contraste, dans ces mêmes grades, les références à l’univers purement maçonnique et opératif iront en se raréfiant. Il aura donc fallu, selon le point de départ que l’on adopte, entre trente et cinquante ans, dans la première moitié du XVIIIème siècle, pour constituer l’ensemble stable des symboles de la franc-maçonnerie.

Les principaux symboles maçonniques

On trouve dans l’univers maçonnique des symboles de divers ordres :

a) des objets directement liés à la pratique du métier de maçon : maillet, ciseau, niveau, perpendiculaire, truelle;

b) des matériaux de l’art de bâtir : pierre brute, pierre cubique ;

c) des éléments de l’architecture : plans, ordres d’architecture, arcs et voûtes de différentes sortes ;

d) des instruments de mathématiques – en l’occurrence de géométrie – qui ne sont pas l’apanage des bâtisseurs, comme l’équerre et le compas ;

e) des symboles astronomiques : soleil, lune, étoiles :

f) des symboles alchimiques : sel, mercure, soufre ;

g) des symboles universels (généralement des figures géométriques simples ayant reçu des significations religieuses dans différentes traditions): point, croix, cercle, triangle ;

h) des lettres initiales qui deviennent des symboles : iod hébreu (comme initiale du Tétragramme, voire ce dernier lui-même en entier), lettre G (initiale de « Géométrie » mais aussi de « God » en anglais) ;

i) des éléments empruntés à la Bible, notamment au Temple de Salomon : les colonnes J et B, le pavé « mosaïque », le chandelier à sept branches (mais aussi à trois, cinq ou neuf), voire l’Arche d’Alliance – et même la Tour de Babel !

j) des symboles qui par leur nom, sinon leur forme, sont propres à la franc-maçonnerie : la houppe dentelée, la pierre cubique à pointe – ce sont du reste les moins nombreux.

On doit naturellement rapprocher des symboles ce que les francs-maçons appellent leurs « décors ». Il faut entendre par là non seulement les éléments à l’aide desquels ils agencent leurs lieux de réunions pour leur conférer un sens symbolique, précisément, mais surtout les pièces de vêtements spécifiques qu’ils arborent et indiquent leurs fonctions, leurs grades, leurs dignités : colliers, sautoirs, écharpes, cordons – souvent assortis de bijoux également symboliques –, gants et couvre-chefs , sans oublier le poignard ou l’épée avec son indispensable ceinturon et enfin les tabliers de toutes formes, de toutes tailles et de toutes couleurs (avec souvent quelques franges) – lesquelles sont à leur tour des symboles en soi : blanc, bleu, rouge, vert, noir (le jaune, l’orange, le marron ou le violet se voient plus rarement dans les décors maçonniques) – et s’ornent eux-mêmes d’innombrables figures et dessins.

Enfin, l’univers sonore n’échappe pas à cet usage symbolique : coups frappés du maillet, batteries données avec les mains, mots prononcés, devises proclamées, sont autant de symboles entendus et non plus seulement contemplés.

Cet environnement symbolique est consubstantiel à la franc-maçonnerie et, sans lui, elle perdrait toute sa spécificité si ce n’est tout son sens et le principe même de son existence. Plus précisément, dépourvue de ses symboles et du dynamisme qu’elle en tire, la franc-maçonnerie ne serait plus, selon les endroits et les époques, qu’une simple association d’entraide mutuelle, un cercle philosophique, une communauté fraternelle, voire un « club-service », un lobby politique ou un réseau d’influence. Il lui est du reste arrivé d’être aussi un peu tout cela, ensemble ou séparément.

Ce qui importe, c’est de comprendre que les francs-maçons ont toujours placé le maniement des symboles au cœur de leur institution – ce que souvent, en France, ils appellent justement « la méthode symbolique ». Or, si tous – ou presque – sont à peu près d’accord sur l’importance de cet outil, il n’est pas du tout certain qu’ils l’envisagent tous de la même manière et qu’ils en fassent les mêmes applications.

Le symbolisme maçonnique, ou ce que l’on nomme ainsi, pour peu qu’on l’envisage de façon quelque peu distanciée, parait recouvrir de nombreuses ambiguïtés.

La pensée symbolique de la franc-maçonnerie

Selon un auteur profondément révéré par les francs-maçons anglais, William Preston (1742-1818), qui contribua dans le dernier quart du XVIIIe siècle, notamment à travers son maître ouvrage Illustrations of Masonry, à la fixation des rituels et des instructions encore en vigueur de nos jours dans les loges britanniques, la franc-maçonnerie est « un système particulier de morale, exprimé sous le voile des allégories et illustré par des symboles. » A l’époque de Preston, tout au long du XIXe siècle et jusqu’à nous, la franc-maçonnerie britannique n’a cessé de voir dans les symboles maçonniques de simples emblèmes rappelant sur un mode graphique les enseignements fondamentaux de la morale judéo-chrétienne dont les bases se trouvent dans les Écritures saintes, lesquelles, toujours pour citer les rituels anglais, sont le « critère infaillible de la justice et de la vérité ».

A la fin du XIXe siècle, en France singulièrement, dans la mouvance du courant occultiste initié par Eliphas Lévi (alias Alphonse Louis Constant, 1810-1875) et qui va flirter avec les marges de la franc-maçonnerie, elle-même majoritairement positiviste à cette époque, un courant herméneutique bien particulier va peu à peu prendre de l’ampleur et finira par occuper, au décours des années 1950, une place incontournable dans la pensée maçonnique en général. Ce mouvement a incontestablement été lancé par Oswald Wirth (1860-1943), un élève de l’ésotériste et quelque peu sulfureux Stanislas de Guaïta (1861-1897), initié au Grand Orient avant de rejoindre la Grande Loge Symbolique Ecossaise puis la Grande Loge de France. En publiant dès la fin des années 1890, en volumes successifs maintes fois réédités et toujours lus, sa célébrissime série, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes (I. L’Apprenti, II. Le Compagnon, III. Le Maître) puis Les mystères de l’art royal, très tôt traduits en plusieurs langues (mais pas en anglais), Wirth assurera pendant plus de quarante ans un véritable magistère des études de symbolique maçonnique à la direction de sa revue justement nommée Le Symbolisme (fondée en 1912) qui vivra après lui, jusqu’en 1970.

A travers ses ouvrages, rédigés dans une langue classique et limpide, véritables « bréviaires maçonniques » selon les termes mêmes de leur auteur, Wirth imposera sa vision résumée en quelques formules lapidaires :

La science profane s’enseigne à l’aide de mots, alors que le savoir initiatique ne peut s’acquérir qu’à la lumière de symboles. C’est en lui-même que l’Initié puise sa connaissance (gnosis en grec), en discernant de subtiles allusions, il lui faut deviner ce qui se cache dans les profondeurs de son esprit. […]

Mis en présence d’un signe muet, l’adepte est tenu de le faire parler : penser par soi-même est le grand art des Initiés. (Les mystères de l’art royal).

De rébus moralisateur, le symbole maçonnique est ainsi devenu le support d’un véritable exercice spirituel aux connotations plus ou moins illuministes ou mystiques. Notons cependant ici, sans y insister davantage pour l’instant, les non-dits de cette approche « symboliste ». Renvoyant à des questionnements métaphysiques bien plus que simplement moraux, à la différence du symbolisme finalement assez simple de la tradition anglaise, ce symbolisme maçonnique français s’en distingue aussi par sa réticence extrême à évoquer toute référence trop directement religieuse.

Le symbolisme maçonnique dans sa conception française, est donc d’apparition assez tardive dans l’histoire de la franc-maçonnerie – même s’il trouve quelques racines dans certains Rites minoritaires de la fin du XVIIIe siècle. Le mot « symbolisme », en contexte maçonnique, s’est ainsi trouvé plongé dans un certain flou sémantique, au point qu’il est devenu, dans la bouche de certains de ses défenseurs et de ses contempteurs au sein des loges, comme un équivalent euphémique de spiritualisme, voire de déisme : on est un « maçon symboliste » et tout est dit. De la simple désignation d’une méthode, on est bel et bien passé, à pas feutrés et sans jamais le dire tout à fait, à l’affirmation d’une position intellectuelle et presque d’un choix métaphysique – ce qui est assurément très différent.

Même dans ce cas, pourtant, et selon une acception également très commune dans les milieux maçonniques français, le caractère « symbolique » renvoie cependant toujours au libre jeu de l’imagination et de la conscience, sans référence obligatoire à quelque affirmation « dogmatique » que ce soit.

Cet entre-deux typiquement français montre à quel point le contexte culturel peut influencer la réception et le traitement d’un corpus de symboles dont la morphologie générale est pourtant partout la même.

L’objet du présent lexique, qui n’est en rien un « manuel de symbolisme » comme il en existe tant dans la littérature maçonnique courante, est de proposer une approche critique et distanciée des symboles en usage dans la franc-maçonnerie, empruntant davantage à l’histoire culturelle qu’à une herméneutique aventureuse.

Table des matières

Liste des symboles

Abeille – Acacia – Accolade – Ad Majorem Dei Gloriam (Pour la plus grande gloire de Dieu) – Agapes – Âge symbolique – Agenouilloir – Agneau triomphant – Aigle – Air – Alchimie – Alliance – Alphabet maçonnique – Ancre – Anneau – Arc, Arche – Arc-en-ciel – Arche d’Alliance – Arche de Noé – Attouchements – Babel (Tour de) – Bague – Baiser fraternel – Balance – Balustre – Bandeau (Épreuve sous le) – Bannière – Banquet – Batterie – Baudrier – Beauté – Bible – Bijou – Bijoux (mobiles et immobiles) – Blé – Bleues (Loges) – Boaz, Booz – Bon Pasteur (Signe du) – Bouclier – Cabinet de réflexion – Câble de hâlage – Calendrier maçonnique – Calice (ou Coupe) – Canon – Carré long – Centre – Cercle – Chaîne d’union – Chaînes – Chambre du Milieu – Chandeliers – Chapeau – Charité – Charte – Chrisme – Cinq – Ciseau – Clé – Clé d’arc – Cœur – Collier – Colonne brisée – Colonnes – Compas – Composite – Coq – Corde – Cordon – Corinthien – Corne d’abondance – Couleurs symboliques – Coupe (d’amertume) – Crâne – Crayon – Croix – Crypte – Décors – Delta lumineux – Deus Meumque Jus (Dieu et mon Droit) – Dévidoir – Diplôme – Dorique – Dormant – Douze – Drap mortuaire – Eau – Écharpe – Échelle – Égalité – Éléments – Epée – Équerre – Escalier en forme de vis – Espérance – Étendard – Étoile de David – Étoile Flamboyante – Faux – Feu – Fil à plomb – Flambeaux – Fleurs – Foi – Force – Fraternité – Gants – Grand Architecte de l’Univers (GADL’U) – Glaive – Hache – Hexagramme – Houppe dentelée – Huile d’onction – INRI – Ionique – Jakhin – Jeton – Justice – Lacs d’amour – Légende d’Hiram – Lettre G – Levier – Lewis, Lowton – Liberté – Lion – Loge – Louve, Louveteau – Lumière – Lumières (Trois Grandes) – Luminaires – Lune – Lys – Maillet – Manteau – Marches – Marianne – Marque – Mercure – Métaux – Meubles (de la loge) – Miroir – Morceau d’architecture – Mots – Neuf – Niveau – Nombres – Obligation – Ordres d’architecture – Orient – Ornements (de la loge) – Pain – Patente – Pavé mosaïque – Pélican – Pentagramme – Périt ut vivat (il meurt afin de vivre) – Perpendiculaire – Phénix (voir Périt ut vivat) – Pierres – Parole perdue – Piliers (Trois Grands) – Planche – Planche à tracer – Poignard – Pot de Manne – Prudence – Quinze – Règle – Robe – Rose – Ruche – Sablier – Sagesse – Sautoir – Sceau de Salomon – Secret – Sel – Sept – Serment – Signes – Soleil – Soufre – Squelette – Tablier – Tapis (ou Tableau) de Loge – Tau – Tempérance – Temple (de Jérusalem) – Terre – Toscan – Triangle – Triple devise – Trois – Tronc de la Veuve – Truelle – Vitriol – Vertus – Vin – Virolet – Voile(s) – Volume de la Loi sacrée – Voûte – Voyages.

[1] Cf. notamment L'art religieux au XIIIe siècle, Etude sur les origines de l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration, Paris, 1948 (nombreuses rééditions).

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com

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