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Hauts Grades

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La place des colonnes en loge. Nouvelle approche (Résumé)

3 Décembre 2014 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Planches

Pour travailler sur cette question, il faut reprendre les fondamentaux.

4 éléments doivent être pris en compte pour résoudre la problématique des colonnes.

1) Vers 1730, Jakin et Boaz n'étaient qu'une seule et même expression transmise dans le sens B-J à l'apprenti et dans le sens J-B au compagnon. On pouvait lire l’expression "dans la force il établira!", ou "il établira dans la force!" (Il existe bien d'autres interprétations qui ne changent rien à notre démonstration)

2) Bien souvent la transmission des deux grades se faisait dans la même soirée (voir en ce sens la divulgation de Samuel Prichard "masonery dissected »1]). Dans tous les cas, il semble que les deux mots étaient transmis dans la même soirée, dans un sens au grade d'apprenti et dans l'autre au grade de compagnon. Ceci confirme la lecture en miroir qui précède.

3) Il faut comprendre que les colonnes sont affectées à l'entrée du temple, et donc indirectement, à la porte et à sa signification.

Pour les anciens cette porte est solsticiale. Elle évoque la course du soleil sur le plan terrestre. B indique le jour le plus long et J le jour le plus court.

Dans le temple de Salomon, la lumière venait de la porte des dieux et dans le temple maçonnique la porte est inversée. Donc le maçon entre par le soleil couchant, par la porte des Hommes. Il était logique que l'on considère un changement de plan entre la maison de Dieu qui fut le temple de Salomon et la maison des hommes marchant vers la lumière qui est le temple maçonnique.

4) La colonne du Nord est au plan stellaire la moins lumineuse et convient à l'apprenti sorti du cabinet de réflexion.

Ceci posé nous comprenons que ces 4 éléments vont nous aider à comprendre le positionnement des colonnes B et J en fonction de la lecture de la lumière, car c'est la lumière que nous sommes venus chercher dans le temple maçonnique.

Des quatre points qui précèdent, chaque rite se définira en fonction de la lumière terrestre et céleste qu'il accorde à l’apprenti.

Rappelons qu'il y a trois mondes en loge, celui de l'homme (V.I.T.R.I.O.L et l'étoile à cinq branches), celui de la terre et du plan terrestre (le pavé mosaïque et les bornes solsticiales et l'Orient) et celui du ciel et du plan céleste la voûte étoilée, la polaire et l'axis mundi du fil à plomb). A ces trois mondes correspondent les trois axes de la loge.

Voici ce que nous révèle Prichard en 1730 :

Au grade d'apprenti:

Q -Donnez-moi le mot?

R -Je l'épellerais avec vous.

Q-B

R-O

Q-A

R-Z

Q-donnez-m'en un autre

R-JAKIN

Au grade de compagnon dans la même soirée :

Q-Lorsque vous êtes passé sous le porche, qu'avez-vous vu?

R-Deux grandes colonnes.

Q- Comment se nomment-elles?

R-Jet B, c'est-à-dire Jakin et Boaz.

Les deux mots sont donnés aux deux grades!

La vision "orientée"des colonnes du temple de Salomon se fait toujours en regardant l’Est. Ce qui nous donne à gauche et au Nord Boaz et à droite et au Sud Jakin.

La signification de B-J était confirmée comme dans un effet miroir par la signification de J-B. Cet effet miroir faisait partie du corpus initiatique en tant que changement de "point de vue". Faut-il rappeler que la lecture en langue sacrée se fait de droite à gauche? Or J est à droite et B à gauche, en Hébreux (langage sacré) on devrait commencer par J la lecture des colonnes ! En suivant ce raisonnement Prichard nous apprends que l' apprenti à une lecture élémentaire des deux colonnes. Condamné au silence pour la non-maîtrise du langage sacré, ne sachant ni lire ni écrire (en langage sacré), il fait une lecture en langage vulgaire des colonnes. Ceci donne la lecture B-J de droite à gauche en regardant l'Est. A l'inverse le compagnon fait une lecture pertinente en langage sacré qu'il commence à maîtriser, soit de droite à gauche: J-B

Trois événements vont entraîner un bouleversement dans la représentation et l’orientation des colonnes :

- En changeant l'entrée du temple, de l'entée à l'Est nous sommes passés à l'entrée à l'Ouest. Il fallut reconsidérer le sens de la lecture des symboles en fonction du point de vue humain et du positionnement géographique du lecteur. Ce changement dans l’entrée du temple va obliger nos prédécesseurs à « retrouver » le sens et l’intensité de la lumière terrestre et céleste.

La seule chose stable fut que les apprentis restent assis au Nord!

- Les colonnes se sont retrouvées à l’intérieur du Temple maçonnique.

- Un troisième événement va compliquer le sens premier de la lumière par la dissociation du couple J-B (B-J en sens vulgaire).

La séparation de l'expression en deux mots distincts et séparés pour l'apprenti et le compagnon s'opéra lors de l'arrivée du grade de maître vers 1730. Il fallut individualiser les corpus de trois grades distincts. On sépara les jumeaux signifiants et marqueurs de la porte solsticiale. Ils étaient de même naissance solaire et on donna à l'un la volonté divine (Jakin) et à l'autre la volonté des hommes (Boaz). Cette dichotomie rappelle la porte des Dieux et la porte des hommes.

La controverse de 1753

Peu de temps après l'instauration du grade de maître, un faux problème vient polluer le raisonnement de nos anciens: la controverse des anciens et des modernes. Les "Anciens" constitués en Grandes Loge accusaient les "Modernes " de 1717 d'avoir inversé les mots suite aux divulgations publiées.

Jusqu'a cette polémique artificielle, le choix de Jakin ou Boaz pour l'apprenti ou le compagnon fut sans intérêt majeur dans l'esprit des maçons de l'époque. Ce fut une affaire de convention suite à la séparation du corpus entre l'apprenti et le compagnon. C’est un choix qui relève d'un « point de vue » au sens spatial et initiatique. Il s'agit donc d'un problème de "lumière".

On donna à ce choix une importance polémique pour se distinguer du voisin, en voulant se montrer plus légitime, voire même plus régulier, etc...

Ce problème d'ego et de rivalité entretenait la confusion autour de la notion d'inversion des colonnes et des mots.

Il n'y a en réalité ni erreur ni illégitimité dans le positionnement de B et J dans les trois systèmes connus. Chacun a sa propre cohérence à condition de connaître leur raisonnement fondé la lumière terrestre et céleste que l'on veut répartir entre les colonnes.

Le Rite Écossais Primitif ou Early Grand Scottish Rite est présent dans les premières loges régimentaires à Saint-Germain-en-Laye dès 1688. Il est simple et composite, car synthèse des pratiques Écossaises et Irlandaises.

Antérieur dans sa pratique à la création de la Grande Loge de Londres, il est l'exemple parfait d'un positionnement croisé des colonnes en fonction du J au Sud Ouest pour le Second Surveillant qui surveille la colonne Nord de l'apprenti et du B au Nord Ouest pour le Premier Surveillant qui surveille la colonne Sud.

Ce "croisement" vise à conserver la lumière la moins forte et la moins longue pour l'apprenti. En regardant son surveillant, l'apprenti assis au Nord voit le solstice d'Hiver où le jour est le moins long.

Le REP à conservé le sens premier de la transmission en miroir et met en place cette clef hermétique dans la loge par le croisement des colonnes en X sur le plan du Hékal. Ce miroir met en correspondance la lumière terrestre et la lumière céleste dans le cycle des petits mystères. Nous avons ainsi un moindre éclairement pour l’apprenti qui est doublement garanti.

Ainsi la colonne J au Sud-Ouest par le jeu du miroir en X est "placée pour" la colonne Nord des apprentis. Les apprentis sont abrités du soleil trop vif, et c'est aussi pour cela que tout en étant placés au Nord moins lumineux au plan stellaire, ils sont affectés au paiement de leur salaire, par le second surveillant, à la colonne J positionnée au jour le plus court au plan solaire.

Le REP combine ainsi parfaitement la théorie de la lumière à l'intérieur de la loge par le croisement horizontal du monde stellaire et du monde solaire.

J'invite donc les cherchants, à reconsidérer les rites des trois premiers degrés, en fonction du système adopté pour la lumière des apprentis.

Je pense que les rites dits anciens (REAA) sont en conformité solsticiale avec le temple de Salomon .

B au Nord Ouest est le marqueur du solstice d’été et offre le jour le plus long aux apprentis. On justifiera cette situation par le fait que le jour le plus long donne le soleil le plus haut qui n'éblouit pas... l'argument se discute.

Les rites dits "anciens" sont simplement solsticiaux. Il n’y a aucun croisement ni effet démultiplié dans la loge ou à l’extérieur de celle-ci. La lecture des colonnes se fait dans le sens B pour l'apprenti et J pour le compagnon. Ces rites justifient pleinement la célébration des fêtes solsticiales dans la lignée des deux saints Jean. Sans croisement lumineux nous restons avec ces rites dans un alignement, une dimension symbolique et philosophique des mythes anciens préchrétiens. Le croisement "hermétique" n'interviendra qu'a niveau supérieur au grade de Maître (signe et contre signe etc.)

Les rites dits "modernes" sont de nature stellaire (J au Nord, second surveillant au Nord).

J est le marqueur du jour le plus court dans le temple de Salomon. J est ici inversé dans le soucis du ralliement de la borne du solstice d'Hiver au Nord moins éclairé . Cette inversion n’est pas une erreur, c'est un "alignement céleste". J est mis pour le Nord comme au REP quel que soit sa position géographique.

On donne cependant à l'apprenti la lumière la moins forte et la moins longue comme au REP. Le Nord stellaire est toujours le moins lumineux sur le temple de Salomon qui sert de modèle originel. Il y a cependant inversion (et non-rupture) du sens solsticial entre les colonnes de Salomon et celles du temple maçonnique (ce n’est pas le cas au REP). Au nom de cet alignement du terrestre sur le céleste, le croisement ne se fait pas à l'intérieur de la loge comme au REP, mais sur les parvis des deux temples. C'est un "point de vue des parvis" donc "extérieur" ou exotérique.

Est-ce que ce croisement sur les parvis incite à un travail en loge différent par rapport aux loges travaillant dans le croisement intérieur ou aux loges travaillant dans l’axe solsticial strict ?

Nous constatons que ces rites par nature infèrent une vision extérieure, exotérique et humaine (social, sociétal RF, religieux RER etc…). Nous sommes dans une universalité humaine où le symbole participe du progrès et du perfectionnement de l’homme au plan social et humaniste ou au plan religieux. Nous ne saurions dire si cette approche trouve sa source dans l’orientation des colonnes en fonction d'un croisement "extérieur" qui favoriserait une lecture exotérique. Cette affirmation serait probablement abusive, mais il est possible que les rites aient une influence sur les travaux.

Les rites modernes sont donc stellaires avec croisement « extérieur » des colonnes.

Le Rite Écossais Primitif confirme le Nord stellaire du siège des apprentis et leur affecte une colonne J au Sud Ouest conforme au principe solsticial du temple de Salomon.

Le REP est donc solsticial avec croisement « intérieur » des colonnes.

Le Rite Écossais Primitif a conservé la vision croisée des colonnes à l'intérieur de la loge. C'est un miroir qui met en rapport le plan céleste (Nord) et le plan terrestre (jour le plus court).

A l'évidence il y a un rapport tracé dans le Hekal entre ce qui est en haut et ce qui est en bas. Cette vision « ésotérique » se traduit dans le choix de J pour l'apprenti. C'est un choix qui n'est fait qu'en rapport à la nature de la lumière traversant deux plans.

La lumière son origine et sa manifestation est le propre des mots J et B. Ces mots qui intègrent le "lumineux" dans l’humain et bénéficient de la double lecture croisée ou de lecture dans les deux sens en vue de faire l’Unité.

Ici l’unité est perfection.

C’est ainsi que l’expression au REP « Dieu tout puissant » sera dédoublée vers 1730 de « Grand Architecte de l’Univers » faisant la relation entre le Principe et sa manifestation ou son organisation. L’aspect religieux exotérique est dépassé, sans être exclu. Ce qui est mis à l’honneur, c’est un point de vue principiel. Les deux expressions coexistent au REP pour des raisons historiques et n’ont pas été changées depuis, en raison de leur capacité à appréhender l’aspect métaphysique et hermétique dans leurs dédoublements croisés.

Ce système hermétique et métaphysique fut « placé » dans les loges de transitions opératives puis dans les loges militaires sous l'influence cultivée des chevaliers de Saint-Lazare et de Saint-André. Les membres de ces deux ordres chevaleresques présents en loge se firent reconnaître comme « Maîtres Écossais ». Ils meublaient les Orients à la belle époque de transition des Stuarts. Leurs connaissances en matières traditionnelles et hermétiques étaient reconnues, mais parfois incomprises des vénérables en place.

Ils furent absorbés par l'Ecossisme français, qui en perdit partiellement le sens en sortant de la filière primitive. Mais les grades de Maître Parfait Écossais et de Chevalier de Saint André offrent une saisissante illustration de ces principes.

Ainsi on touche du doigt ce que peut signifier un rite Stuartiste.

Dans un prochain article, nous poursuivrons notre exploration du système du croisement intérieur en décrivant ses effets dans la relation entre le Debhir et le Hékal. Nous tenterons, en concluant, de donner une définition à ce système de correspondance symbolique en loge maçonnique.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org

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La lumière maçonnique et les 3 piliers

3 Décembre 2014 , Rédigé par B\ K\ Publié dans #Planches

Après avoir analysé les termes et symboles principaux, nous essayerons d'étudier les rapports entre la lumière maçonnique et les 3 piliers : Force Sagesse Beauté.

Introduction

Je vais donc témoigner sur l’acte fondateur de chaque tenue qui est la transmission de la lumière de l’orient vers les trois petites lumières et de l’alchimie qui se produit lors de l’illumination des trois petites lumières : le moment ou un espace ordinaire se transforme en un espace sacré. Parcourons ensemble une partie du rituel d’ouverture. Le Vénérable Maître s’assure que le temple est bien couvert et que tous les frères sont à leur place et à leur office. Il interroge le frère premier surveillant : « …qu’avons-nous demandé à notre entrée dans le temple ? ». La réponse du premier surveillant est explicite « La lumière, Vénérable Maître ». Le Vénérable Maître dit alors : « Que cette lumière nous éclaire ». Dans cette invocation, l’adjectif démonstratif « cette » confirme que la lumière demandée lors de notre première entrée dans le Temple est bien définie. Par cette interrogation, le Vénérable Maître rappelle à l’assemblée :

- l’objet de notre présence,
- la motivation initiale qui nous a animés en frappant à la porte du temple.

A travers le premier surveillant, le Vénérable Maître invite chaque frère explicitement à :

- abandonner consciemment son ego,
- respecter l’engagement pris lors de son initiation,
- persévérer sur le chemin.

La lumière

La lumière, Lux, le point lumineux et Lumen, le rayonnement qui en provient, est d’abord ce qui éclaire et qui rend les choses visibles. C’est elle qui permet de voir clair, de lire et de savoir où on met les pieds. De plus, elle force à l’éveil et à la réflexion. Dans la langue hiéroglyphique, il se trouve que l’utilité et l’efficacité d’une chose et la lumière sont indiquées par le même mot. Se demander comment son regard peut se tourner vers la lumière, c’est pour un initié se poser la question de savoir s’il est utile. L’apprenti franc-maçon « ne sait ni lire ni écrire ». Aussi a-t-il besoin de lumière, pour apprendre à lire dans le vaste domaine de la pensée et à écrire par le biais de l’action qu’il pose. Selon Oswald WIRTH, « l’homme pleinement éclairé, qui a réussi à se saturer de lumière, devient à son tour un foyer lumineux. Il rayonne et il éclaire les autres ». Thomas Jefferson notait généreusement « Celui qui apprend quelque chose de moi enrichit son savoir sans réduire le mien, tout comme celui qui allume sa chandelle à la mienne se donne de la lumière sans me plonger dans l'obscurité ». Maintenant que nous avons librement reçu cette lumière tant convoitée, il n’est plus question de s’en départir mais plutôt d’y recourir permanemment car, « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau », disait un évangéliste.

La Lumière de l’Être n’est pas celle d’un réverbère dont la flamme vacille plus ou moins mais une sorte de lampe ultraviolette, hors de portée des yeux, qui agit sans que l’on s’en rende compte et qui donne du bronzage plus ou moins fort à tous ceux qui l’approchent. Ainsi se réalise le but de l’initiation maçonnique, au fil des jours, rencontres après rencontres, degré par degré mais, pour le coup, d’une façon invisible, profonde mais incertaine, tangible mais imprévisible. La Lumière est aussi celle qui nous éclaire intérieurement. Si l'on accepte cette idée, l'on voit alors que l'on peut être enfermé dans la pièce la plus sombre et quand même baigner dans la lumière et à contrario, être sous le soleil le plus éclatant, tout en étant dans les ténèbres. C'est cette différence de conception de la notion de lumière, qui sépare le profane de l'initié. Cette lumière, unique en sa triple formulation de Delta, Soleil et Lune, a son siège à l’extrémité de l’Orient de la loge, derrière la Vénérable Maître, ou elle est symbolisée par le Delta lumineux. La Lumière incréée a besoin de l’opacité d’un milieu résistant, tel celui du Temple, qui la révèle. Formulé autrement, dans la Bible, Dieu crée la lumière d’un seul coup « que la Lumière soit ». Dans notre rituel, la Lumière est crée progressivement sous forme de chemin qui implique un temps. Les initiés passés à l’Orient éternel (et qui ont donc vécu le mythe) ont incarné la Lumière de l’Orient et ils guident les pas de la Loge dans l’invisible qui est expérimenté à chaque tenue. J’ai eu la surprise dans mes lectures de constater que ce n’était pas le Maitre des Cérémonies et les surveillants qui allumaient les étoiles des piliers, mais le Vénérable Maître lui-même et les surveillants leur pilier, par exemple d’après Olivier Doignon. La transmission de la lumière partant du Vénérable Maître est un geste d’amour. Par ce geste le Vénérable transmet aux frères surveillants et à travers eux à tous les frères de la loge l’étincelle dont ses fonctions sont le maillon. Il invite tous les frères à travailler pour que nos échanges soient des échanges de lumière. Ce don est aussi acte de confiance. La même confiance que le Vénérable et la loge, ont témoignée à chaque frère lors de son initiation : « que le bandeau lui soit enlevé, qu’il voit et qu’il médite ». Chaque frère est garant de la manière de faire briller la parcelle de lumière dont il dépositaire. L’allumage progressif des petites lumières à flamme vivante, consiste à répandre d’une manière progressive la Lumière de l’Orient à tous les Frères de la Loge. L’illumination progressive du Temple symbolise donc le passage des ténèbres à la Lumière. A chaque tenue, cette progression se fait à l’identique du jour de notre initiation. Nous avons reçu la lumière et pourtant pour se déplacer dans le temple, un frère est toujours précédé du frère Maître des cérémonies. Ce dernier, avance à l’aide de la canne tel un aveugle.

La Sagesse

Le maître des Cérémonies allume le pilier sud-est et Le Vénérable Maître dit : « Que la sagesse préside à la construction de notre édifice ». Ce mot a d’abord désigné une connaissance surnaturelle ou acquise des choses et cela est resté dans le vocabulaire religieux. Depuis le début du 15ème siècle, il désigne prudence, circonspection puis modération, retenue, maîtrise de soi. Les enseignements de la maçonnerie sont intimement liés à la sagesse. Chaque franc- maçon est en route pour une quête initiatique de sagesse. N’y a-t-il pas pire sage que celui qui croit l’être et s’autoproclame « sage des mœurs et beau dans son caractère » pour reprendre les formules d’un tuilage de maîtrise. Pour les Egyptiens, La sagesse correspond à « sia », la connaissance intuitive et il est évident que si un être n’est pas équipé d’une perception intuitive de la réalité, les choses deviennent difficiles.

Pour Socrate, « l’homme ne peut que participer à la Sagesse du Monde divin, mais sa propre sagesse sera toujours limitée ». Roger Bacon dira « j’ai appris des vérités plus importantes de la bouche d’humbles gens que de tous les fameux docteurs. Qu’aucun homme par suite, ne se vante de sa Sagesse ». Alain Lejeune dira « être sage, n’est ce pas avant tout savoir donner à autrui la nourriture qui lui convient et le faire grandir à son tour ». Le sage, tel un excellent jardinier, est en permanence en éveil. Il n’a de cesse que de rechercher le geste et la parole juste au moment juste afin que fleurisse le Verbe et de le nourrir de ses fruits.

La Force

Le Maître des Cérémonies allume le pilier nord-ouest et dit « Que la Force le soutienne ». Le mot force est issu du latin fortia, qui signifie « actes de bravoure », ou plutôt de l'adjectif fortis « courageux, robuste ». Une seconde origine du mot force vient aussi du latin robur, qui signifie force physique (au sens, vigueur, solidité) et force morale (au sens caractère, énergie, fermeté). Dans le langage courant français, on dit plutôt : toute cause capable d’agir, de produire un effet. Les Egyptiens quant à eux avaient deux concepts de la Force : Le Heka qui découle de l’énergie lumineuse. Ce type de Force permet de lutter contre le cours naturel des événements et de modifier le cours du destin. Le Ka est la force qui nourrit. Elle est liée à la qualité des êtres et des choses et doit être elle-même nourrie en retour. La Force est l’expérimentation de la connaissance. Elle ouvre un chemin pour transformer la multitude des éléments apparemment dissociés en une source lumineuse flamboyante.

La Beauté

Le Maître des Cérémonies allume le pilier sud-ouest et dit : « Que la Beauté l’orne ». Beaucoup d’auteurs préfèrent appeler ce pilier Harmonie car l’harmonie ouvre un champ symbolique beaucoup plus vaste. En effet, la beauté, telle qu’on la conçoit aujourd’hui est liée à des valeurs culturelles et historiques. Pour nos anciens, la beauté n’était pas soumise à l’usure des formes car d’essence divine et éternelle comme est intangible l’Harmonie de l’univers ; ce n’est plus le cas dans notre langage courant. Ces auteurs m’ont convaincu et je parlerai donc d’harmonie par la suite et non de beauté. L’Harmonie n’est pas absence de contradictions mais équilibre entre des forces de polarités contraires. La Loge est un monde ou tout doit être ordre et harmonie. L’élément potentiellement perturbateur est l’être humain, toujours prompt à exprimer ses outrances et ses conflits personnels.

Les piliers

Pilier vient du latin pilarium : tout massif, qui sert à soutenir quelque partie d’un édifice et du latin pila : colonne, support, massif de maçonnerie isolée, élevé pour recevoir une charge. L’étymologie ne fait donc pas la différence entre colonne et pilier, dont les emplacements et les fonctions sont pourtant nettement distingués dans la Loge. Au centre de la Loge, un espace délimité par trois piliers placés aux trois angles d’un carré long : le pilier Sagesse au sud-est ; le pilier Force au nord-ouest et le pilier Beauté ou Harmonie au sud-ouest. Ils portent chacun une flamme appelée « Etoile ». En fait, les 3 grands piliers sont la formulation première du principe invisible qui est le soutien réel de la Loge. Ils constituent l’assise de la Loge comme une empreinte de pied du principe divin sur terre. En effet, en station debout, le pied repose sur 3 points d’appui. Ces 3 points du pied gauche sont disposés en équerre. Qui plus est, en médecine traditionnelle chinoise, à chaque partie de la plante du pied correspond un organe du corps humain : celui du talon, correspondant au pilier Sagesse, est en correspondance avec la partie centrale de l’abdomen. Sa stimulation par la méditation et la concentration permet l’équilibre mental. Celui sur la partie interne du pied, correspond au pilier Force. Il est lié à la tête et contrôle toutes les activités physiques, symbole de force, ardeur et valeurs guerrières. Celui de la partie externe, correspond à l’Harmonie. Il est relié au cœur et sa stimulation développe la sympathie et l’amour envers autrui. Chacun des trois piliers est représenté par l’un des trois principaux ordres d’architecture grecs DORIQUE, IONIQUE et CORINTHIEN. La colonne Dorique est courte et massive, elle évoque l’idée de force et de grandeur, son chapeau peu élevé présente une section rectangulaire. Son nom lui viendrait de Dorus, fils d’Hellên, roi d’Achaïe et du Péloponnèse. La colonne Ionique est plus svelte et gracieuse : elle correspond à la Sagesse et présente vingt-quatre cannelures séparées par un filet et non par une arête vive, son chapiteau est caractérisé par un double enroulement en spirale appelé volute. Elle viendrait des ioniens d’Asie et du temple d’Ephèse. La colonne Corinthienne est la plus belle, elle correspond à la Grâce ou beauté, son fût est cannelé, son chapiteau est une corbeille de feuille d’acanthe. Elle serait due au sculpteur Callimaque de Corinthe. Vitruve met en rapport les proportions des colonnes dorique « avec la simplicité nue et négligée d’un corps d’homme » d’où la force ; ionique « avec la délicatesse du corps d’une femme » d’où la grâce ; et corinthienne « avec la délicatesse d’une jeune fille à qui l’âge rend la taille plus dégagée » d’où l’élégance. Ces piliers sont posés en équerre, sur le plan horizontal, formé par notre pavé mosaïque noir et blanc ; reliant la terre au ciel, représenté par notre voûte étoilée. Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas de 4ème pilier qu’il n’est pas présent. Il est nécessaire pour le percevoir d’élargir notre vision en passant d’une vision exclusivement rationnelle à une perception intuitive des choses. S’il y avait un 4ème pilier visible, on aurait un ensemble figé auquel on ne pourrait rien rajouter et le dogme ne serait pas loin. On pourrait appeler ce 4ème pilier invisible aux yeux des profanes « spiritualité » ou plutôt pilier primordial. Les bâtisseurs médiévaux nous ont laissé un témoignage de ce que pourrait bien être le pilier primordial. Il s’agit du « pilier des anges » de la cathédrale de Strasbourg ou pilier du jugement. Il est constitué par un noyau octogonal dont chaque face est habillée d’une colonne. Il a été considéré au moyen âge comme un vrai chef d’œuvre car on n’avait jamais vu pareille réalisation. Une légende compagnonnique adoptée par la Tradition maçonnique reprend et développe le symbole de 4 évangélistes considérés comme porteurs du Verbe. L’histoire des « 4 couronnés » provient d’un texte du 4 ième siècle appelé « passio Quator coronatum » et décrit l’histoire de 4 tailleurs de pierre chrétiens qui furent martyrisés, puis, plus tard, de 4 soldats romains chrétiens qui le furent également. Par leur attitude, digne d’un roi, on les a appelés « couronnés ». D’où l’expression parfois utilisée pour l’allumage des piliers à savoir couronner les piliers. Qui plus est, les noms des 8 martyrs regroupés 2 a deux rappellent l’Harmonie, la Force et la Sagesse. Les deux derniers Claudius et Severus pouvant représenter la Justesse.

Les relations

Cette perception du temps ritualisé de la Lumière cheminant dans le Temple engendre une dynamique de création. Il fait passer, tout en sacralisant le temple, du temps profane au temps de l’initiation : l’éternité. Les 3 piliers constituent donc une matrice géométrique pour faire naître la pensée en esprit, l’animer et la manifester dans sa plénitude. Le propre de la démarche spirituelle maçonnique est d’aller au-delà du visible. Elle se différencie par rapport à d’autres voies spirituelles (religieuse par exemple ou tout est révélé). Dans la démarche maçonnique, rien n’est révélé. Tout est à découvrir. L’initiation est de l’ordre de l’intime, de l’incommunicable. Chacun ne peut qu’en témoigner ! Le quatrième pilier est de cet ordre. La flamme primordiale, qui brille toujours sur le plateau du Vénérable est peut-être le symbole qui s’en approche. Cette flamme forme avec le pilier de la force, l’axe ou se trouverait ce quatrième pilier. Chaque frère est invité à participer à la dynamique de cette construction en travaillant selon sagesse, force et beauté. C’est l’alchimie qui participe à faire naître de la dualité des envies matérielles et spirituelles un homme harmonieux qui sait rassembler ce qui est épart. Un homme qui travaille et s’efforce à : Agir en fraternité selon la sagesse, force et beauté. Accepter la part de vérité qui vient des autres et limiter ses ambitions à occuper la place d’où il peut être utile à la construction du temple et servir utilement ses semblables. Rester lucide sur soi-même et accepter l’épreuve de miroir et persévérer pour construire encore et encore son temple intérieur et veiller à ce que l’œuvre soit de l’ordre du lumineux. Un travail rigoureux est nécessaire pour nous rendre sensible à chaque phrase et à chaque geste du rituel. C’est à cette condition que l’on peut agir sur l’éveil de l’être et faire en sorte que la lumière de l’amour jaillisse de notre cœur. Pour conclure mon travail, je vous propose la traduction d’un poème d’Ibn Arabi : « Auparavant, je méconnaissais mon compagnon Si nous n'avions pas la même croyance. A présent, mon cœur est capable de toute image : Il est prairie pour les gazelles, cloître pour les moines, Temple pour les idoles, ka'aba pour les pèlerins, Table de la Thora et livre Saint du Coran. L'amour seul est ma religion, Partout où se dirigent ses montures. L'amour est ma religion et ma foi ».

Vénérable Maître, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Beauté pour soi et le monde

2 Décembre 2014 , Rédigé par Didier Rossi - Tolérance et Fraternité, Genève Publié dans #Planches

Dans l'instruction au 1er grade le Vénérable demande au 1er Surveillant : «Qu’est-ce qui soutient la loge?».Réponse : «3 grands piliers sur lesquels brillent les lumières de la Sagesse, de la Force et de la Beauté, qui sont symboliquement représentées par le Vénérable Maître et les deux Surveillant».

En ma fonction de Second Surveillant je me devais de plancher sur la Beauté. Sujet ardu s'il en est. Les plus éminents philosophes se sont attelés à essayer de définir la beauté. Socrate déjà, dans l'Hippias majeur, ne parvient à aucune définition satisfaisante. Hippias donne plusieurs exemples de choses belles (notamment une jeune vierge), ce n'est toutefois pas le fait qui doit qualifier l'idée mais l'inverse. Pour Socrate, si une idée est vraie elle doit l'être dans toutes les applications de même type. Les critères de beauté sont-ils dès lors universels ? Telle femme plaira à mon frère et me laissera totalement indifférent. Descartes a, par exemple, toujours eu un grand faible pour les femmes qui louchaient. Pourrait-on dire que tout peut être beau ? À chacun ses goûts, en quelque sorte. On n'a cependant jamais vu une Miss monde affectée d'un strabisme. Il importe, comme le fait Kant, de distinguer le beau de l'agréable. Ce qui m'est personnellement agréable n'est pas nécessairement beau. Pour Kant, le beau est «ce qui plaît universellement sans concept». Néanmoins, dans cette optique, le Picasso de la période cubiste aurait-il plu au moyen âge ? Le beau doit par conséquent recevoir une définition historique selon la conception de Hegel :«Le beau est la manifestation sensible du vrai», les différentes formes d'art exprimant ainsi des moments de la conscience universelle. Notons que pour Hegel le beau artistique est «très au-dessus de la nature» parce qu’il est œuvre de l’esprit. Il a pour but «la présentation de la vérité» sous sa forme sensible et permet à l’homme d’accéder à la conscience de soi.«Accéder à la conscience de soi par la Beauté», voilà une idée intéressante pour le cherchant qu'est le franc-maçon.

Travail dans une autre dimension
Lors de l'ouverture des travaux au 1er grade le Vénérable dit : «Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice !» ; le 1er Surveillant : «Que la Force le soutienne !» ; et le Second Surveillant :«Que la Beauté l'orne !». Notons ici que les trois termes sont présentés l’un après l’autre, mais on pourrait tout aussi bien les inscrire dans un cercle, car leur ternaire doit être acquis dans son intégralité. Aucun n'est supérieur aux autres. Comment la Sagesse sans Force pourrait elle aboutir à la Beauté ? Quelle serait la finalité de la Force non conduite par la Sagesse ? Et sans Beauté, la Force exprimerait-elle la Sagesse? Ces trois qualités s'appliquent donc à la construction du temple. Pour l'apprenti qui travaille à sa pierre brute, il s'agit plus précisément de construire son propre édifice intérieur. La Sagesse lui permettra de découvrir ses défauts et ses faiblesses. Pour les dominer il lui faudra aussi cette volonté d'agir qu'est la Force. Enfin, la Beauté lui apportera la satisfaction de l'œuvre bien accomplie, la pierre brute étant devenue cubique.

Nous l'avons vu précédemment, la Beauté est principalement dévolue au Second Surveillant. Se pose alors la question de savoir comment l'apprenti, ayant acquis si peu de connaissances encore, va pouvoir atteindre la Beauté. Peut-être pouvons-nous trouver un élément de réponse dans le rituel d'ouverture de séance. Le Vénérable dit : «Plaçons-nous au sommet du triangle symbolique d'où les choses sont considérées non pas en opposition, mais dans un esprit de synthèse et de conciliation. Ainsi nous agirons avec Sagesse». Le 1er Surveillant :«Nous aurons donné la Force à nos pensées». Le Second Surveillant : «La Beauté naîtra de nos Travaux». L'apprenti doit donc atteindre la Beauté par son travail. Selon le livret correspondant édité par la GLSA, il dispose de trois outils à cet effet : marteau, ciseau, et règle graduée. Il travaille sous la bienveillance du Second Surveillant et de son fil à plomb. On attribue généralement le ciseau aux bonnes résolutions et le marteau à la volonté de les réaliser. Quant à la règle graduée ou à 24 divisions, elle devrait non seulement lui permettre de diviser sa journée en fonction du travail, de la famille et du repos, mais également de vérifier qu'il confère progressivement les dimensions voulues à sa pierre par son assiduité Beauté pour soi et le monde Présentoir en cuivre argenté, 1872. Propriété de la loge Modestia cum Libertate à Zurich. Objet exposé au Salon du Livre et de la Presse 2011, Genève Alpina Ausgabe 5/2011 137. Jahrgang Thème 134 Alpina Ausgabe 5/2011 137. Jahrgang maçonnique, afin d'atteindre une certaine Beauté. Tout cela se fait avec l'aide du fil à plomb du Second Surveillant pour garantir que l'apprenti travaille avant tout sur lui-même, à la recherche de son centre et de sa nature profonde en éliminant les impuretés qui cachent la forme à révéler, comme le sculpteur libère le chef d'œuvre enfoui dans un bloc de marbre. Il ne s'agit pas de se parer d'attributs profanes pour briller, ni d'accumuler uniquement des connaissances intellectuelles mais bien d'un travail dans une autre dimension, plus intime, certains diront plus spirituelle. On peut notamment s'en rendre compte lors de l'installation symbolique du temple quand le Vénérable demande au Second Surveillant : «Pourquoi avons-nous besoin de ces trois Piliers ?». Réponse : «Ces piliers nous permettent de passer du Plan à l’Elévation de la Construction, du Concept à la Manifestation. Ils prennent racines dans le Ciel, ainsi qu’en témoignent les trois Etoiles : Sagesse, Force et Beauté». Mieux encore dans le rituel d'extinction des feux des loges genevoises lorsque le Second Surveillant éteint le troisième flambeau et dit : «La Beauté du visage disparaît. Celle de l’âme persiste !».

Le meilleur emploi possible de soi
Platon définissait déjà le beau comme ce qui est utile, ou ce qui est bien. Pour lui, une chose est utile lorsqu'elle remplit le mieux possible sa fonction et la beauté serait atteinte lorsqu'elle remplit parfaitement sa fonction – lorsqu'elle est parfaite par rapport à sa finalité. Le travail a accomplir pour atteindre la Beauté serait donc peut-être simplement de découvrir sa fonction dans la vie et d'essayer de la remplir le plus parfaitement possible. Fonction différente pour chacun d'entre nous. Espérant que le Grand Architecte a un plan bien tracé, il nous appartient d'essayer de découvrir le but de notre vie, du moins faire de son mieux afin que notre pierre trouve sa juste place dans l'édifice. Il ne s'agit pas tant de confirmer sa finalité extérieure (être un bon professeur de mathématiques, un directeur des ressources humaines compétent ou un excellent musicien), mais plutôt de découvrir sa finalité interne. La Beauté s'apparente peut-être alors simplement à accomplir le bien, à faire le meilleur emploi possible de notre personne, avec nos défauts (identifiés avec Sagesse, dominés avec Force) et surtout nos qualités. Cela à notre intention et autour de nous. Pour Platon dans Le Banquet le Beau est une étape menant à la connaissance du bien. Pour Socrate, connaître le bien consiste simplement à le faire. Reprenons nos rituels. Lors de la fermeture de nos travaux, pendant la chaîne d'union, l'Orateur dit : «Quand les mains s'unissent, les esprits sont bien prêts de s'entendre ; que nos cœurs battent à l'unisson pour le triomphe du Bien, du Beau et du Vrai !». Dans le rituel de tenue blanche le Vénérable demande au 1er Surveillant : «Quel est le Travail du Franc-maçon ?». Réponse : «Vénérable Maître, Le Franc-maçon Travaille en tant qu’Etre libre à la construction du Temple de l’Humanité, qui est destiné un jour à s’étendre à l’Humanité entière pour l’enthousiasmer de tout ce qui est vrai, beau et bon». Ne serait-il donc pas aussi simple d'atteindre la Beauté que de s'assurer que notre travail passe le test des trois passoires de Socrate ? Ce que nous faisons est-il Vrai, Bien et Utile ? Quant à notre rituel de la St-Jean d'hiver, le Second Surveillant dit, lors de l'allumage de la colonne Beauté : «Tu témoignes en faveur de la Beauté. Que la joie rayonne, qu'elle enchante nos cœurs et qu'elle nous incite à l'action. N'est véritablement beau que ce qui rend l'homme heureux, ce qui éveille en lui le goût pour l'action bienfaisante. Ce qui le rend disponible à l'exercice de la charité. La sociabilité prend ses racines dans l'art, dont la manifestation n'est pas tellement ce qu'il représente, mais ce qu'il suscite.»Et le Second Surveillant de conclure à la fermeture : «Nous avons reconnu la Beauté, elle éveille en nous l’Amour».Nous retrouvons ici une notion présente également dans Le Banquet quand Diotime initie Socrate au secret d'Éros : «L'amour est la production dans la beauté, selon le corps et selon l'esprit».Et nous avons ici un autre but de notre démarche initiatique : l’action altruiste. Car un franc-maçon qui se cantonnerait à libérer son être, à rechercher sa vérité, en quête de sagesse mais sans déboucher sur une action altruiste ne pourrait atteindre la Beauté. Sans cette dernière composante la maçonnerie ne pourrait s’appeler fraternité.

Rappelons-nous que l'adepte construit son temple intérieur, afin de pouvoir un jour participer à la construction de celui de l’humanité. Quelle que soit la forme de cet engagement dans la cité (politique, œuvres caritatives, etc.), il demeure fondamental pour que le maçon puisse réellement accomplir son œuvre. Donnons beaucoup d'Amour autour de vous, recevons tout l'Amour que l'on nous offre et ensemble nous pourrons peut être construire une belle œuvre. Notre atelier s'est, par exemple, engagé dans le soutien actif à une association d’aide aux enfants autistes. Cela ne peut que nous inciter à mobiliser nos frères dans une action commune, et renforcer ainsi notre chaîne d'union.

Ainsi, le jour de notre ultime initiation, le passage à l'Orient éternel, connaîtrons nous éventuellement, comme il est dit dans notre rituel funèbre : «Beauté en contemplant la Lumière éternelle !» Et nous pourrons espérer, comme le dit encore notre rituel de fermeture de tenue au 1er grade, que «la joie sera dans les cœurs». Au terme de ces réflexions sur le sujet de la Beauté je reprendrai le mot du Bouddha : «Ne crois pas ce que je te dis. Ne rejette pas ce que je te dis. Ce qui restera sera ta vérité». Puissions-nous aussi trouver notre propre signification dans nos rituels. Tout y est !

Source : http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/artikel/artikel-2011-05-01.php

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Les lumières d'ordres Sagesse, Beauté, Force ou Sagesse, Force et Beauté.

1 Décembre 2014 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Planches

L’éveil, c’est aussi ouvrir les yeux et faire des analogies, des corrélations « symboliques » qui donnent la vision d’un ordonnancement global.

« Nous l’avons appris en loge dans la pratique du REP qu’il existait un rapport entre les trois lumières des rites dits « modernes », et les trois grandes lumières des rites dits "Anciens". Ce distinguo visant à créer une distinction dans la pratique rituelique à l’époque de la querelle entre les « anciens » et les « modernes », fut résorbée par la complémentarité des interprétations.

Le REP a su conserver le sens premier de ce distinguo pour élaborer des correspondances qui dépassent les querelles, rendant producteurs de sens les clivages entre grandes lumières, petites lumières, lumières d'ordres, etc.

Il faut comprendre que l’allumage des flambeaux ou colonnettes ou piliers suivant les rites, parfois appelés lumières d'ordres (REP), relate ni plus ni moins une symbolisation de la manifestation dans le monde terrestre. C’est un rituel du « Commencement ». Pour le symbolisme constructif c’est à proprement parler, « la projection en la cité terrestre des perfections de la Cité d’En Haut ». Donc une loge juste est parfaite ne l'est pas seulement en vertu du nombre symbolique de maçons (3, 5, 7.), mais aussi en vertu d’une correspondance entre le terrestre et le céleste.

Ainsi, on trouve une correspondance entre deux triades symboliques. Le Maître de la Loge, Le Soleil et la Lune est la triade lumineuse des "modernes", décrivant l’ontologie cosmogonique cyclique et métaphysique propre aux Grands Mystères antiques. La duplication de cet ordonnancement dans l’ordre éthique et donc humain, celui des Petits Mystères antiques, se fait à l’aide de la Bible ouverte au prologue de la lumière et par la superposition de l’équerre au compas. Mais en lisant le Prologue, on s’aperçoit qu’il est possible, par l’interprétation polysémique de la Lumière, de relier les Petits Mystères aux Grands Mystères et donc de rendre perméables et miscible les deux triades par leurs points communs. C'est à partir de ces deux triades que l'on va "dupliquer" ou "décliner" dans le Hekal et dans l'Homme la notion de lumière.

On utilise des synonymes symboliques de la lumière pour diffuser la dimension sacrée et divine dans des niveaux de manifestation et de perception différents. Ainsi la Lumière ontologique devient synonyme du Logos, du Verbe créateur, de la Parole, de la Vérité, du Centre, de l’axe, etc. Ces synonymes symboliques s’appliquent à des situations et des ordres de compréhension visibles et invisibles qui recoupent et subdivisent les deux Mystères universels : celui de la Création-Manifestation et celui de la Vie. Autrement dit, il s’agit de décrire la Lumière qui ne fut pas arrêtée par les Ténèbres par des termes adaptés aux différents états de l’être et de la nature. Les différentes appellations de la lumière semblent suggérer un état évolutif de l’homme lié à son niveau d’éveil.

La Lumière dont il est question dans le prologue selon Saint-Jean est donc l’axe universel qui traverse le mystère de la Création et le mystère de la Vie. Dans l’ordre accessible à notre compréhension et en fonction de la tradition initiatique de l’art royal qui est fondé sur le symbolisme constructif, les notions de Sagesse de Beauté et de Force sont des déclinaisons « éthiques » d’une lumière ontologique, symbole de perfection absolue.

On admet généralement que la lumière se décline dans le sens traditionnel du plus haut vers le plus bas, mais il reste entendu que la lecture de la Bible comme le ressenti de l’éveil reste du domaine des potentialités humaines et que rien n’interdit à l’homme de générer en lui cette fameuse dimension sacrée. Le franc-maçon s’attachera à faire le lien de causalité entre ce qui est « transmis » par l’initiation et ce qui sommeillait déjà en lui…

La notion de déclinaison-duplication lumineuse se démontre lors de la transmission de la lumière venant du Debhir et descendant dans le Hékal suivant un processus rigoureusement symétrique. Au Rite Écossais Primitif ce processus se fait l’aide du Maître de la loge, authentique médiateur céleste, et de son représentant situé trois marches plus bas, le Maître de Cérémonie, authentique ordonnateur du monde terrestre. Techniquement la lumière « pensée ontologique » est perçue par le Maître de Loge, et transmise dans une démarche volontaire au Maître de Cérémonie acteur terrestre de l’action. (Dans certains rites c’est le maître de loge lui-même qui va animer les 3 chandeliers ou flambeaux ce qui revient au même puisse qu’il descend les trois marches et symboliquement change de niveau de perception ou de point de vue).

Le franc-maçon comprendra que :

- la Sagesse est associée à l’Orient, lieu de provenance de la lumière naissante, analysée dans l’ordre humain en Pensée divine originelle. Dans le symbolisme constructif, on lui affectera le Plan qui est synonyme de Loi Universelle à laquelle participe l’Œuvrier. C’est le Roi Salomon détenteur des plans du Temple qui incarne la Sagesse antique.

- la Beauté qui naît de l’harmonie implique la morale du Beau et du Bien (éthique), mais aussi la proportion idéale qui accompagne et dessine la Volonté née de la pensée. Cette Beauté est la représentation mentale d’une forme parfaite inspirée d’une pensée idéale ou divine. Pour le constructeur c’est la divine proportion symbole de perfection qu’il peut trouver au centre de lui-même. La Beauté est née de la Sagesse, elle est selon le roi Salomon « une couronne pour la tête du Sage ».

- et enfin la Force se traduit en Action, soit la réalisation matérielle et concrète d’une Pensée proportionnée et contenue par l’Harmonie-Beauté. La Force est ici la réalisation et le maintien d’une potentialité lumineuse contenue dans le Verbe. Pour le constructeur c’est l’usage « éclairé » de l’outil et de l’instrument contenu dans les limites du compas et de l’équerre. La persistance à bâtir et rebâtir le Temple sera vue comme la détermination à faire apparaître l’esprit dans la matière et ceci par des actes positifs, ce qui au plan humain revient à admettre la présence de la Lumière en soi. Autrement dit, et selon le roi Salomon, « la Force accompagne la Sagesse chez le Sage ».

La correspondance entre le Debhir et le Hékal nous renvoie clairement à notre temple intérieur dans une tripartition, Esprit / Âme / Corps ou Chair. On conclura à la présence du Debhir en soi.

On situe dans la bougie sommitale du chandelier du Maître de Loge la Sagesse-pensée initiale qui « préside aux travaux » et surplombe la manifestation et la réalisation.

La Beauté harmonisante considérée sur le plan de volonté contenue et proportionnée sera située dans la bougie située à la droite du Maître de la Loge, elle peut être vue comme l’intellect agrégateur de la pensée idéale à la proportion idéale : véritable essence de la notion de « Chef d’œuvre » . C’est avant tout une représentation mentale préalable à l’action qui va irriguer la volonté et la vision.

La Force réalisatrice est située dans la bougie à la gauche du chandelier vu par le Maître de loge. C’est le côté du cœur associé à l’intelligence du cœur, l’intuition inspirée dans l’action, véritable sens de l’expression « avoir du cœur à l’ouvrage » .

On établit ainsi entre le Debhir avec l’épée flamboyante et le Hékal avec la canne du Maître de Cérémonie une parfaite symétrie correspondant à deux points de vue, dans deux niveaux différents, en fonction d’un axe traversier relatant une source surplombante insaisissable dans son origine. La convergence s’exprimera dans l’axis Mundi qui traverse les différents mondes, ici Debhir et Hékal et lorsque les travaux sont suspendus, la lumière se diffuse sur le Ulam et se répand dans le monde profane. C’est la mission du franc-maçon : répandre la lumière à partir de son centre intime revivifié en Loge.

Cette mise en œuvre de la lumière sacrée suit ici le Principe initiatique de symétrie inversée selon l’axe, appelé aussi « miroir des sages » qui situe la sagesse d’inspiration divine ou sacrée, en sommet dans l’ordre éthique. On retrouve ce principe de symétrie inversée suivant l’axe dans la circumambulation solaire dextrogyre ou polaire sinistrogyre suivant le mode des Petits ou Grands Mystères dans lequel on évolue symboliquement.

« Si l’homme est un être de lumière issu du Verbe, alors il peut par l’initiation réentendre, comprendre et redécouvrir les déclinaisons de la lumière perceptibles dans l’ordre humain qui sont la Sagesse, la Beauté et la Force ». (Le fait que certains rites inversent le sens au premier degré en « Sagesse Force et Beauté » est sans grande influence sur le sens général. Cela est dû à la méconnaissance de l’acte sacré d’allumage des lumières d’ordre d’une nouvelle loge qui se fait effectivement dans le sens Sagesse Force et Beauté, mais dans le sens polaire sinistrogyre. Ce qui, en rituel du premier degré qui se joue en sens dextrogyre, donnera Sagesse Beauté Force !!!)

« Le prologue selon Saint-Jean et le rituel d’allumage des feux suggèrent que seule notre Sagesse nous permet d’entendre le Verbe. L’Équerre est symbole de la ordonnancement moral (comportement d’équerre), soit l’éthique déclinée dans l’ordre constructif et humain à partir de la grande loi de la création. Elle nous inspire la droiture dans nos pensées et nos actions. Le Compas quant à lui est un instrument de mesure de proportion divine et de comparaison permettant d’apprécier dans l’ordre humain la portée et les conséquences éthiques de nos actes. C’est ainsi que l’acte réalisateur de l’homme sera inspiré par le principe d’harmonie découlant de la loi sacrée. La conclusion logique serait que la lumière est en tout maçon »…

Les lumières d’ordres du REP sont associées au styles architecturaux et à certains outils et instruments figurés sur le tableau de Loge, et de plus, on peut corréler Beauté et Force aux colonnes Boaz (persévérance dans le bien [et donc le beau]) et Jakin (ma force est en Dieu) … la logique de la disposition générale est donc respectée suivant les principes de déclinaison lumineuse et d'analogie.

Enfin et pour finir ce rapide survol de la lumière et de sa dévolution dans un Hekal recrée, il faut-il rappeler que la Lumière entre dans la loge avec un chandelier à trois branches allumé au cierge qui veille sur les parvis, à ce que certains appellent "la lumière éternelle". Ceci implique que tout ce qui se passe en loge est une scène recomposée dans l'ordre humain de l'instant initial comme une image inversée vue dans un miroir, le véritable temple de la lumière se situant sur les parvis...Doit-on en conclure que dans l'ordre humain, la sagesse ne puisse se percevoir que dans un miroir?

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/06/sagesse-beaute-force-ou-sagesse-force-et-beaute.html

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Xenia Tchoumitcheva

29 Novembre 2014 , Rédigé par T.D

Xenia Tchoumitcheva est un entrepreneur en ligne et une célébrité suisse de 27 ans. Originaire de Russie, elle est venue vivre à Lugano, dès l’âge de 6 ans. Elle parle six langues (italien, russe, anglais, allemand, français, espagnol) et est titulaire d'un diplôme universitaire en sciences de l'Economie. Parallèlement à ses études et à ses expériences professionnelles dans les institutions financières, elle a obtenu la deuxième place au concours de Miss Suisse ce qui lui a apporté une certaine renommée. Elle a alors décidé d'auto gérer son image et ses contrats et est devenu un modèle pour plusieurs marques de luxe.

Présentateur de télévision, Xenia accueille sa propre émission télévisée sur les affaires en Italie, appelée "L'Italia Che Funziona" et elle interview des personnalités qui réussissent dans "La Recette De Mon Succès".

Elle a décidé d'étendre ses activités au web et aux réseaux sociaux. Son blog CHICoverdose est né comme un blog de luxe réservé aux femmes et a été ensuite étendu à toutes les personnes indépendantes, intelligentes à la recherche d'une plate-forme pour s’exprimer sur les affaires, la mode, la culture et la vie. Avec ce webmag elle produit un contenu original et de qualité pour les marques et pour ses 2 millions d'adeptes qui la suivent au travers des principaux médias sociaux (Facebook, Twitter…)

Source : www.chicoverdose.com

Contact: xeniacontact@gmail.com

Xenia Tchoumitcheva
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Devoir Intégrité Conscience

28 Novembre 2014 , Rédigé par P\ P\ Publié dans #Planches

Le Devoir est l’application de la loi morale, la nécessité que l’homme se doit à lui-même et envers les autres, que l’homme devrait posséder dés sa maturité …; Quand je dis maturité, Je veux dire l’âge ou l’homme, en pleine possessions de ses moyens de réflexions personnelles ; devrait être capable de discerner le juste milieu qui lui permet d’évoluer pour devenir réellement un homme,… Un être humain, qui, quel que soit la situation à laquelle il se trouve confronté, sache conserver sa dignité et être capable d’affronter le miroir de sa conscience en toute sérénité pour avancer vers la lumière.


Devoir Intégrité Conscience

Nous les retrouvons dans le rituel complet de suspension des travaux du premier degré de notre rite.
Commençons par le devoir que je considère comme une obligation morale intérieure que l’on devrait s’imposer et que nous devrions tous posséder…
Encore faut t’il que tout êtres la possèdent ! Est-ce vraiment le cas ?... Je ne suis pas certain de répondre par l’affirmative…
Les hommes de devoir semblent se raréfier de nos jours au profit d’un vieil adage :

Après moi le déluge…
Et certains individus semblent dépourvus de sens moral…
Il existe deux devoirs.
Le premier est une règle dans toutes sociétés qui se veulent démocratique.
C’est le Devoir Civique qui s’impose à toutes sociétés organisées sur une constitution votée démocratiquement par les représentants d’une nation et qui garantit les libertés individuelles.
Mais ; s’il est imposé par voie de contrainte sans compensations de droits, il relève de la dictature. Ce n’est plus un devoir. C’est une obligation sous menaces de représailles, sur la personne qui se refuse à exécuter ce qui n’est plus une nécessité mais une contrainte au profit d’une oligarchie.
Le deuxième Devoir est personnel puisqu’il s’agit de Devoir Moral.
En fait le problème est bien la. Car le devoir moral découle de ce que nous nommons la conscience. Encore faut-il accepter d’écouter la voie de la conscience. Tout êtres possèdent le libre choix d’écouter cette voie ou de la laisser en sourdine pour vivre avec ses passions qui ne reflètent pas toujours ce que nous sommes réellement.
Je suis persuadé ; et ceci est une affirmation ! Que bien des hommes, en faisant fi de l’intégrité qu’ils devraient conserver ; s’accaparent la moralité à leurs besoins propres ! …
Caste… famille sociale …ethnie… parti politique ou corporatisme dont ils dépendent au détriment des autres et d’eux même …
Quand je dis eux même … Je veux parler de la vraie personnalité individuelle que possède chaque être humain qui est toujours sous l’influence du groupe dont il est membre, alors qu’il appartient à ce que nous appelons communément : L’Humanité.
La diversité réunit dans un ensemble : le Tout en Un. Ce qui devrait être harmonie n’est que cacophonie. Sommes-nous si égoïstes au point d’ignorer l’autre?
Le Devoir moral devrait se situer au dessus de toutes luttes partisanes.
Ce dernier ne réapparait que si l’humanité est en danger. Mais une fois le danger écarté ; le partisanisme revient au galop. Chaque clan voulant le pouvoir pour lui-même pour imposer ses idées qui sont les meilleures ; cela va de soi !...
Ce qui m’amène la remarque suivante : la plupart du temps le devoir moral s’exerce en fonction des éducations religieuses ou civiques imposées par la société à laquelle nous appartenons malgré nous.
La liberté, c’est d’être capable de se libérer de tous ces carcans qui nous empêchent d’entrevoir la lumière au delà de nos mesquineries matérielles et de nos préjugés culturels, imposées par l’influence de certaines minorités qui ne possèdent que l’intérêt de leurs clans qui sont toujours lucratifs pour garder leurs pouvoirs de mercantiles.
Le Devoir moral devrait posséder l’impartialité et la lucidité de jugement avant toutes décisions qui entrainent un acte juste. Malheureusement ; bien souvent nos préjugés culturels prennent le pas sur la raison… Ce qui devient un handicap pour la réflexion qui se voile de l’obscurantisme.
Regardez autour de vous, voyez dans quelle monde nous vivons et vous verrez que mes remarques ne sont pas celles d’un rêveur.
Le Devoir moral devrait se réaliser sur l’équilibre du jugement personnel ; au delà des influences extérieures qui agissent sur notre comportement malgré nous…
Ce Devoir n’est-il pas une nécessité pour évoluer ?...
Seul avec nous même, nous devons oser affronter le miroir pour accepter le combat avec le plus terrible des ennemis : nous même...
Le premier pas dans un voyage est celui qui compte le plus disait Lao Tseu., car il nécessite la volonté d’agir.
On distingue plusieurs devoirs moraux. Le premier est celui qui ne coute rien et qui peut s’accomplir par amour propre vis-à-vis du regard des autres,… ou pour se dire : j’ai fait ma bonne action…
Par exemple : donner un chèque annuel à une organisation caritative, qui sera déductible des revenus ; ou bien donner la pièce à un sdf. Ce devoir n’amène ni contraintes ni réflexions.
Certaines personnes portées vers l’altruisme et qui s’affranchissent des limites de la loi en se dirigeant dans l’humanitaire, s’oriente vers ce que nous pourrions nommer :

Morale caritative.

Cette dernière intervient chez des personnes qui possèdent l’éthique de la bonne action indéniable, comme les restos du cœur, ce qui en fait n’est plus une bonne action mais un devoir spontané contre le refus d’une injustice qui atteint la dignité humaine et qui peut être éliminée par la pureté des intentions d’aller vers le bien.
Il y a également celui qui n’écoutant que son courage décide d’intervenir pour sauver une vie, mais risque la sienne. Ce qui est également un devoir spontané…
Maintenant, prenons pour exemple une personne qui décide de faire opposition à un ordre arbitraire dont elle n’est pas la victime mais simple spectateur…
La décision de lutter contre l’injustice vient du sentiment qu’elle ne doit pas rester impassible devant cette décision qui atteint sa conscience et l’insurge. Le fait de désobéir devient un devoir parce qu’elle estime qu’il y a atteinte à la dignité d’autrui.
Mais autrui, n’est ce pas notre semblable ? Et s’il n’est pas respecté, si sa dignité est atteinte ne le sommes nous pas également ?.... Respecter autrui c’est se respecter.

Autrui n’est il pas un autre moi, autre que moi ?
En exécutant mon devoir je réalise ce que je pense être nécessairement accompli parce que mon choix est allé vers le bien, parce que ma conscience m’a guidé vers un acte décidé seul et désintéressé.
Si c’est un acte intéressé ce n’est plus un devoir… Pure vanité ! C’est une recherche de privilèges ou de distinctions pour se distinguer des autres et en obtenir le respect. Alors que ces derniers ne doivent être attribués que sur le bien de l’utilité publique.
Le devoir qui est une exigence morale, n’existe que par sa distinction de la bonne volonté qui repose sur la pureté des intentions de l’homme : c’est la conscience morale spontanée ; elle n’existe que par la nécessité de ce qui est nécessairement accompli est bien. C’est la pureté de l’intention qui tient à la pensée dont l’essence est la liberté et qui permet de conserver la dignité en accomplissant ce que l’homme reconnait être juste, pour être humain et digne de sa conscience.

Mais qu’est ce que la conscience morale ?

C’est ce qui nous fait juge de nous même. En ce cas le devoir devient une obligation intérieure que l’on s’impose. Mais c’est aussi la liberté intérieure de penser. Elle désigne le sentiment intérieur d’une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier les valeurs des conduites humaines, qu’il s’agisse des nôtres ou de celle d’autrui. C’est un retour sur nous même.
C’est ce que nomme Rousseau : la voie de la conscience. La même en tout homme. Malgré la diversité et la variabilité des mœurs et des connaissances : Elle est universelle, elle est la voie de la nature : Tout vient de l’intérieur, nous même…
À condition de bien vouloir l’écouter…Cette conscience qui rend semblable l’homme à dieu…
Si Rousseau la considère non pas comme un jugement mais comme un sentiment ; Kant la considère au contraire, comme l’expression de la raison pratique.
Mais, une personne dépourvue de sentiments est elle capable de raison ? Celle-ci sera encline à suivre le chemin de ses désirs et de ses passions uniquement pour en jouir !
Pour Bergson, la conscience est le produit d’un conditionnement social et pour Freud l’héritière direct du surmoi ; instance pourtant en majeure partie inconsciente. Cette dernière représentant l’intériorité de l’être…
Combien d’êtres vivent ? Combien d’êtres fonctionnent ? Voici une question intéressante que nous devrions nous poser quelquefois !
Pour Pascal : la conscience équivaut à la pensée qui nous révèle les limites de notre existence… Est ce la pensée qui oppose l’homme au reste de la création ?... Pensée qui fait la grandeur de l’homme qui lui révèle également la misère de sa condition et qui le sort d’une vie inerte ; végétative….
Nous possédons ce que les autres règnes n’ont pas.
Le minéral existe parce qu’il a une structure, c’est une chose et c’est tout. La plante existe et sent, possède une forme de vie végétative sans mouvements, mais non insensible au milieu sonore. L’animal existe, sent et connaît, sait qu’il connait et possède une sensibilité.
Mais l’homme, existe, sent, connaît, sait qu’il connaît et possède une réflexion sur soi :
Conscience… du latin : Cum : avec. Scienta : science, donc un attribut humain !
C’est bien cet attribut qui nous distingue des autres règnes et qui permet à l’humain de s’élever dans sa condition. Condition que nous cherchons à rendre toujours meilleure, ce qui se fait par la découverte de l’égo.
Cependant certains d’entre nous sont capables de dépasser la sphère de l’ego pour faire abstraction d’eux même au profit des principes universels qui supporte la vie.
A ce stade apparaît l’amour inconditionnel de son prochain, le sens vivant de la compassion et le fondement dans le sacré. Le respect de la vie sous toutes ses formes.
Ces personnes qui atteignent ce niveau sont très rares : Bouddha, Jésus, Gandhi, Martin Luther King, Sœur Theresa et Sœur Emmanuelle, le Dalai Lama, appartiennent à cette catégorie.
C’est ce que j’appelle des hommes de cœur… Chez les soufis les mystiques sont :

Les hommes du cœur.

En Orient, cet organe vital est le siège de la spiritualité et la base de la nature intellectuelle de l’homme. C’est aussi la conscience révélée dans la quintessence des êtres crée afin que Dieu puisse contempler l’homme par ce moyen. C’est le trône de Dieu et son temple dans l’homme. En Occident, le cœur est le siège de l’affectivité.
Est-il possible d’être sans sentiments ? Il existe malheureusement ce genre d’individus ; fort rares, je l’admets…
Pour les autres, dont nous sommes membres…
Je reconnais pour ma part que je raisonne par la sensibilité que je possède ; mais pas par sensiblerie qui ; elle, affecte la réflexion… Certain se contentent de fonctionner et n’écoute non pas la voie de la conscience mais celle de leur passions…
La passion est un sentiment que nous subissons sans comprendre et qui affecte l‘évolution de la conscience pour trouver la paix intérieure. C’est une émotion incontrôlable qui ne dévoile pas obligatoirement le microcosme de chaque être et qui mérite une planche. Mais peut-on l’éviter ?... Ceci demande réflexions.
L’intégrité de nos réflexions doit se réaliser au delà des passions et des influences extérieures que nous subissons malgré nous dans le monde moderne ; et ces dernières sont assez nombreuses et puissantes pour manipuler les consciences de bien de nos semblables. Aussi nous faut-il redoubler de calme intérieur et de méfiance pour conserver un jugement sain de ce que nous nommons :

Valeur Morale.

Cette dernière peut englober beaucoup de valeurs ou de principes qui peuvent influencer des personnes naïves ou peu soucieuses de réflexions appliquant à la lettre l’enseignement manipulateurs de pseudos mentors ,ou soi disant gardien du dogme et diriger les masses populaires vers les pires excès.
Gardons nous bien de ceux là, il nous suffit d’observer ce que peut provoquer la dérive de ceux qui se prétendent les gardiens des valeurs morales en regardant leurs résultats.
Heureusement la Franc Maçonnerie est bien au dessus de toutes ses mesquineries qui pourrissent la vie des hommes.
La Valeur Morale, la vrai Valeur Morale est celle qui nous élève vers un monde ou la condition est une ascension de la pensée et non pas une régression vers l’animalité.
Ce qui serait une tendance ces dernières décennies me semble- t‘il !
La Valeur morale s’impose à la conscience comme un idéal que l’homme ne dispose pas, mais qu’il souhaite. C’est l’homme, qui les invente à partir de ce qu’il juge être bon ou mauvais. De là, découle des dérives que je nomme dogmatiques ; celles ci peuvent engendrer l’extrémisme…
Religieuses ou athées ; dans les deux cas elles rejettent les idées de différences d’opinions qui doivent être combattues au profit de l’uniformité de la pensée, puisqu’ ‘elles agissent sur les écrits religieux, et de certains philosophes dont les interprétations servent à manipuler à des fins d’asservissements et de contrôle à des pouvoirs oligarchiques.
Nous devons garder cette indépendance qui se situe au delà des discordes partisanes oligarchiques, dont nos congénères semblent dépendants et que le prosélytisme de ces dernières affecte et influence les masses pour nous écarter du chemin de lumière qui est le seul chemin que l’homme doit prendre pour s’élever afin de retrouver ce qui nous manque :
La Sagesse et la Sérénité qui permettent de concevoir et d’entreprendre une vie ou l’homme peut marcher en paix sur terre parmi ses frères.
J’ai dit !

Source : www.ledifice.net

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Le bâton

27 Novembre 2014 , Rédigé par Aymeri Publié dans #Planches

Etymologiquement, bâton vient du latin bastrum, bastare : porter. Morceau de bois rond, allongé, servant d'appui, d'arme, d'instrument de punition - d'appui d'équilibre pour le skieur - pouvant susciter : des difficultés (bâton dans les roues) - ou une situation dure (politique du bâton) ou bien du laisser aller en parlant : parler à bâton rompu ce que d'emblée je ne tenterais pas de faire car je vais vous parler du bâton, pas de celui de craie, ni du bâtonnet des produits cosmétiques. Mais alors de quel bâton s'agit-il après ce qu'en donne le Larousse ?

Nous voici comme réunis au départ d'un voyage, comme un groupe de voyageurs, mais de voyageurs d'un caractère un peu particulier puisque je vous propose de nous situer pareillement à ceux qui entreprenaient de voyager d'Europe vers les lieux saints de Palestine, vers St Jacques de Compostelle qui est aussi un lieu saint, et qui n'étaient rien d'autre que des pèlerins. Car il est très difficilement envisageable de dissocier le bâton... du pèlerin.

Aussi, effectuons une halte rapide sur ce que représente un pèlerin : globalement c'est une personne qui va visiter des hauts lieux de piété dans un but essentiellement religieux mais il est peut être aussi un tout autre voyageur : dans les mers tel le requin-pèlerin ou dans les airs tel le faucon-pèlerin, avant d'en venir sur notre planète au bâton du pèlerin. L'ensemble des pèlerins donc voyageant sur terre vers un lieu consacré détermine le pèlerinage : ce sont également les Grecs avec Delphes, Epidaure, Dodom - les Egyptiens avec le temple d'Amon - les musulmans avec la Mecque - les juifs avec Jérusalem - les hindous avec Bénarès - les chrétiens du Moyen Age avec Jérusalem et St Jacques de Compostelle enfin plus près de nous Rome, Lourdes, Fatima, Mont Saint Michel, Vézelay, Cluny, Chartres … Tous ces pèlerinages ont nécessité à une certaine époque pour les raisons que chacun sait la création d'une milice religieuse protectrice des agressions. Restons-en là pour cet aspect de l'histoire.

Comme tout ceci se situe dans le domaine des définitions, je compte sur votre indulgence qui, dans l'apport des quelques éclairages complémentaires que je vais essayer de vous communiquer sur le bâton, saura m'épargner de toute imperfection susceptible d’apparaître dans mes propos - Ceci dit nous conviendrons que l'identification première du bâton serait une canne compagnonnique ou bien une verge que portaient certains magistrats d'Ancien Régime.

En fait, le bâton apparait sous divers aspects ; le plus fréquent est sa fonction d'arme, mais surtout d'arme magique, comme soutien de la marche du pasteur et du pèlerin - mais il est surtout et avant tout comme cela se sait axe du monde de par sa verticalité. Alors que chez les bouddhistes, il est arme de défense paisible - signal d'une présence en devenant le symbole de l'état monastique associé a une arme d'exorcisme - il écarte aussi les influences pernicieuses, libère les âmes de l'enfer, apprivoise les dragons, il fait naître les sources. (on va retrouver cela plus loin). Dans les légendes de sorcellerie, le bâton est devenu la baguette grâce à laquelle la bonne fée change la citrouille en carrosse et la méchante reine en crapaud ...

Lorsqu'il est appui pour la marche, il est tout simplement signe d'autorité tels la houlette du berger, le bâton du commandant, la canne du pasteur, la crosse de l'Evêque qui est la transfiguration du bâton de berger dont le balancé de sa marche rituelle est la transcription splendide et périmée de celle des princes-pasteurs dans les pâturages anciens. C'est en fait le maître indispensable, le tuteur servant à faire avancer la "bête" en s'appuyant dessus tel le disciple qui s'appuie sur les conseils du maître (action de porter...)

Soutien, défense, guide, le bâton devient symbole de souveraineté, de puissance, de commandement pas seulement réservé en Grèce aux juges et aux généraux mais aussi comme marque de dignité aux maîtres de l'enseignement supérieur : bâton rouge réservé aux héros pour les explications des textes d'Homère, bâton jaune en signe de voyages éthérés d'Ulysse sur la mer céleste pour l'Odyssée.

Grâce à Hermès le feu a jailli du bâton, selon la légende grecque, hormis celui que Prométhée apporta du ciel en frottant un bâton de bois dur et un bâton de bois tendre en faisant jaillir aussi le feu, il fait penser à la fertilité et à la régénération dans sa comparaison phallique tels la lance ou le pilon. Je rappellerais ici que la lance était l'attribut d'Athéna touchant à la libido, honorait tout combattant ayant accompli une action d'éclat en signe d'honneur - et que le pilon dit un conte en Birmanie est un objet/bâton qui bien qu'ayant écrasé des épices pendant toute une vie de femme est tellement imprégné d'odeur qu'il réveille les morts, rajeunit les vieux, rend les jeunes immortels ; à cet effet la lune le dérobe afin de conserver une éternelle jeunesse mais un chien poursuit la voleuse en lui faisant lâcher prise - aussitôt après la lune vieillit ; c'est à cause de cela qu'elle nait et meurt périodiquement.

Ce feu jaillissant du bâton en définitive, c'est celui de l'étincelle, de l'éclair, de la foudre ; il fait pleuvoir les sources souterraines comme Moïse le réalise lorsqu'il frappe le rocher d'où jaillit l'eau en désaltérant ainsi tout un peuple - ou bien - comme le fit le prêtre de la déesse Déméter qui frappait le sol avec un bâton dans le sens de promouvoir la fertilité et d'évoquer les puissances souterraines .Il faut encore citer le bâton de Moïse se transformant en serpent, puis en redevenant bâton (Exode 7 -8 à 12) fut la preuve de la suprématie de Dieu, symbole de l'âme transfigurée par l'Esprit divin, ou bien citons l’autre bâton de Moïse qui deviendra le serpent d'airain et une préfiguration de la Croix rédemptrice.

Mais beaucoup plus sensible pour moi est le symbolisme axial du bâton ou axe du monde, où s'enroulent en sens inverse deux hélicoïdales telles deux serpents autour du bâton dont Hermès - toujours lui , messager des Dieux et guide des êtres dans leur changement d'état - fit son caducée - en équilibrant ainsi les deux aspects gauche et droit, diurne et nocturne du serpent. Ce dernier possédant un aspect bénéfique et un autre maléfique présente l'équilibre et l'antagonisme de courants cosmiques ascendants et descendants figurés par une double spirale. Sa légende se rapporte au chaos primordial avec les 2 serpents qui se battent et à sa polarisation avec leur séparation que l'enroulement final autour de la baguette, équilibre faisant dire par là que le caducée est bien un symbole de Paix.

On pourrait s'amuser à développer à l'envi ces multiples facettes qui dans leur interprétation ne nous laisse pas indifférent surtout lorsqu'on l'associe au symbole de l'arbre sacré demeure ou substitut de la divinité. Il reste cependant l'emblème universel de la science médicale, avec le serpent enroulé autour de l'arbre de vie montrant la vanité domptée et soumise en transformant le venin en remède et la force pervertie en voie droite par la symétrie des volutes des serpents (il s'agit là de la santé comme équilibre psychosomatique).

Mais le pèlerin aidé de son bâton - on vient de le voir , symbole de paix , de défense et de régénération - qu'il fabrique lui même frappe aussi le sol pour bien marquer sa situation sur la terre où son temps d'épreuves s'accomplit afin d'accéder à la Terre Promise - cité idéale que notre passage nous fait rechercher. Finalement cet attachement à des fins lointaines et de nature divine exprime son caractère transitoire mais aussi un certain détachement intérieur par rapport au présent. C'est ce que je ressens en cet instant de partage, peut-être bien vous aussi, après avoir livré à votre sagacité ces quelques données qui ne sont pas toutes de moi comme vous l'avez probablement deviné, en espérant qu'elles nous aiderons à mieux tracer les contours de l'hommage à rendre au Sanctificateur des Lieux de notre pèlerinage en essayant d'y trouver une forme d'identification .

Le Voyage, ce Voyage, notre Voyage, ne serait pas en bonne harmonie avec ce qui vient d'être dit si le luxe faisait place à la pauvreté dans son sens le plus noble, car grand serait le risque d'ôter toute épreuve d'endurance et de dépouillement indispensables à la préparation à la révélation divine au terme de ce passage. Vous ressentez bien je crois que dans cet idéalisme quelque peu sentimental, nôtre âme de pèlerin ne pourra en sortir que plus purifiée encore, pourquoi pas illuminée... Alors interrogeons-nous sur cette démarche à la recherche d'un maître (le bâton ?) choisi.... Et pour finir de compléter ce tableau de voyage fabriquons un bâton qui selon une croyance ancestrale protège des nombreux dangers, pièges et autres embuscades susceptibles d'être rencontrés durant le chemin.

Mais attention ne nous précipitons pas, car la recette de fabrication qui est donnée pour obtenir ce type de bâton, celui du pèlerin que chacun de nous est, encore au siècle dernier pratiquée dans certaines régions croyantes (Lozère) risque de compliquer les choses s'il prenait l'envie à quelques uns - unes - de les mettre en œuvre - vérifiez vous mêmes : "Cueillez le lendemain de la Toussaint une forte branche de sureau que vous aurez soin de ferrer par le bas ; ôtez en la moelle ; mettez à la place les yeux d'un jeune loup, la langue et le cœur d'un chien, trois lézards verts et trois cœurs d'hirondelle, le tout réduit en poudre par la chaleur du soleil entre deux papiers saupoudrés de salpêtre ; placez au-dessus, dans le cœur du bâton sept feuilles de verveine cueillies la veille de la St Jean Baptiste avec une pierre de diverses couleurs qui se trouve dans le nid de la huppe ; bouchez ensuite le bout du bâton avec une pomme à votre fantaisie et soyez assuré que bâton vous garantira des brigands, des chiens enragés, des bêtes féroces, des animaux venimeux, des périls et vous procurera aussi la bienveillance de ceux chez qui vous logerez." Votre étonnement se comprend aujourd'hui ; il n'entrait pas en ligne de compte au Moyen Age qui éprouvait la grande nécessité de faire protéger ses pèlerins contre tous dangers extérieurs. En revanche, j'espère bien que la divulgation de cette vieille recette quelque peu originale, m'épargnera grâce à votre mansuétude le bâton... qu'il vous faudrait pour me faire battre selon une vieille coutume.

A bien des égards et en définitive, c'est dans tout ce mouvement participatif à cette quête que peut-être nous partageons qu'au départ de ce voyage fortement imprégné de pèlerinage, il me vient l'envie et le besoin d'appeler de tout mon cœur, de toute mon âme, la paix comme accompagnatrice, par sa manifestation en nous tout simplement, afin que le maître sur lequel nous nous appuyons en lui demandant son aide, nous guide sur le chemin de l'amour, de la bienfaisance, de la tolérance, sources de joie profonde, mis au service de l'humain. Si dans la bénédiction que nous sollicitons nous avons le bonheur d'en cueillir une toute petite parcelle aussi petite soit-elle, alors quelque part notre foi et notre charité trouveront en nous une force supplémentaire d'encouragement.

Source : www.ledifice.net

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Alexandrie

26 Novembre 2014 , Rédigé par Loge Alexandrie GLISRU Publié dans #Planches

Je voudrais commencer cette planche en vous lisant un poème.

Au-delà, le projet de ce travail est de vous présenter ALEXANDRIE, cette ville symbolique d'une rencontre entre différentes traditions ( juive, égyptienne, grecque, romaine, perse, gnostique, pythagoricienne, chrétienne, etc... ) qui, même si elles ne se sont pas toujours côtoyées sans heurts, les a faites se jauger, se mêler et s'enrichir mutuellement, faisant de cette ville un endroit exceptionnel dans la vie des hommes de l'occident et du moyen orient, comme peu d'autres si ce n'est, plus tard, peut-être ?, Cordoue.

Pour les FF\ de notre Triangle, l'utilisation de ce nom symbolise surtout une recherche sans exclusive de la Tradition initiale à travers les différents rameaux de celle-ci.

Voici donc ce poème :

" Quand vers minuit, soudain, tu entendraspasser un cortège invisibleavec de merveilleuses musiques et des éclats de voix,ne te lamente pas en vain sur ta Fortune qui chancelle,sur tes oeuvres qui ont échoué, sur les entreprises de ta viequi, toutes, se sont avérées illusoires.

En homme prêt de longue date, en homme de coeur,salue-la, cette Alexandrie qui s'éloigne.

Surtout, ne te leurre pas, ne dis pasque ce n'était qu'un rêve, que ton oreille t'a trompé,dédaigne ces futiles espoirs.

En homme prêt de longue date, en homme de coeur,comme tu te dois de l'être, toi qui méritas pareille ville,approche toi d'un pas ferme de la fenêtreet écoute avec émotion, mais non pasavec les plaintes et les supplications des lâches,comme une ultime jouissance, la rumeur,les ravissants accords du mystique cortègeet salue-la, cette Alexandrie que tu perds ".

Ce poème a été écrit pour illustrer la mort d'Antoine, en l'an 30 avant notre ère, après qu'il ait perdu une bataille à Alexandrie.

On situe à peu près à partir de cet évènement la fin de la religion égyptienne telle que nous la connaissons, confirmant les paroles d'Hermès Trismégiste, reprises dans un de nos Rituels :

" L'Égypte est devenue veuve et d'hommes et de dieux ".

Et ce que je voudrais ce soir, c'est donc vous présenter mon ALEXANDRIE, probablement d'une façon subjective et en tous cas pas exhaustive - mais y a t'il jamais une façon exhaustive de présenter les choses ? - avec mon coeur, de la façon dont je vois cette ville et avec la raison pour laquelle nous avons choisi son nom pour être celui de cet Atelier, ce nom lui-même donné - en y ajoutant d'Égypte - par notre Passé Grand Maître, Robert AMBELAIN, à un Atelier qu'il avait constitué, pendant l'Occupation, et qui était lui-même constitué de FF.·. de différents Rites.

Ce n'est pas mon habitude, mais je voudrais commencer cette planche par une longue citation tirée de l'éditorial d'une revue - Le MONDE COPTE - consacrée, justement, à ALEXANDRIE :

" Perle de la Méditerranée, Lumière du Monde Antique, Porte de l'Afrique, Ville aimée des Dieux, Trône Apostolique, les titres de gloire d'Alexandrie défilent comme litanie. Comment dire, en effet, par l'image, l'incommensurable importance de cette cité dans l'histoire de l'humanité ?

Mais voici que ce nom tout simple d'Alexandrie, lorsqu'on l'approche de trop près, éclate en mille facettes, comme une goutte d'eau à travers un prisme : loin de nous offrir une image unie, c'est donc par une multitude de petites touches que la réalité d'Alexandrie s'est progressivement livrée à nous.

Fruit d'une alliance sans confusion entre l'Égypte et la Grèce, Alexandrie fut le centre de la civilisation dite hellénistique, mais qu'il serait plus juste d'appeler " alexandrine : la médecine, les sciences, la philosophie s'y épanouirent de façon remarquable. Mais Alexandrie fut aussi la cité du Christianisme des origines, siège du Patriarcat apostolique d'Égypte, fondé par St Marc, à l'aube de l'ère chrétienne et son nom s'identifie à l'Église Copte.

Terre de martyrs et de théologiens, mère aussi de ces martyrs blancs - les moines - Alexandrie et sa région furent et demeurent un haut lieu de pèlerinage et de spiritualité.

Alexandrie, amante du beau, fut aussi une terre des arts : architecture, peinture, mosaïque, dans ce domaine aussi son rayonnement fut grand. "

A travers cette citation vous comprendrez combien est difficile, ce soir, ma tâche - moi qui ne suis absolument pas un historien ni un égyptologue amateur -, et que, à mon avis, à l'image de cette Ville qui fut un mélange réussi de cultures, de peuples et de croyances, il nous faudra longuement mêler nos travaux sur cette Cité et sur nos propres chemins spirituels pour commencer à dégager l'esprit d'Alexandrie, celui de la Cité comme celui de notre Loge.

Alors, évoquons d'abord son histoire, et la aussi je suis obligé de me reporter à ce qui a été écrit :

On l'a vu plus haut, Alexandrie, à l'origine s'appelait RAKOTÉ, et était une petite bourgade égyptienne.

Les relations entre ce qui deviendra la Grèce - ou plutôt les îles grecques - et l'Égypte sont très anciennes, et des documents attestent qu'elles furent formalisées dès l'Ancien Empire, c'est à dire à - 2300 avant notre ère. Elles connurent un nouvel essor avec ce que nous appelons le Nouvel Empire - 16 siècles avant notre ère - où le Roi Ahmosis, fondateur de la XVIII ème dynastie, le vainqueur des Hyksos et le créateur d'un Empire unifié s'étendant depuis la 2ème cataracte jusqu'à la Palestine, conclut des accords avec ces mêmes Îles.

La mère du Pharaon Ahmosis, la Reine Ahotep, fut du reste appelée la " Dame de Crète ".

N'oublions pas, à ce sujet, qu'à cette époque, ces îles étaient occupées par les Mycéniens, et ce ne sera qu'après la conquête de la péninsule par des peuples indo-européens que, longtemps après, vers 800 avant notre ère, apparaîtra ce que nous appelons la Grèce.

Ces relations connurent, toutefois, des moments difficiles avec des tentatives d'invasion, notamment par des peuples des îles du sud, les Philistins et les Shardanes.

Certaines furent repoussées, d'autres furent l'occasion de métissage avec les peuples autochtones. Au XII ème siècle avant notre ère, ces mêmes envahisseurs des îles du sud s'engagèrent dans les terres et se mêlèrent aux Hébreux, dans le pays de Canaan, qu'ils venaient justement d'atteindre.

Égyptiens, Hébreux, et peuples d'où allait émerger les Grecs, le mélange était déjà fait !

A partir du VII ème siècle avant notre ère, les Pharaons prirent l'habitude de recruter des mercenaires grecs pour leurs armées, et ceux-ci participèrent de façon souvent décisives aux nombreuses guerres contre les Assyriens, les Babyloniens et, bien sûr, les Perses.

Le Pharaon Psammétique 1er, de la XXVI ème dynastie, leur octroya même une ville, dans le delta du Nil, ville appelée à l'époque Naucratis ( aujourd'hui Kom-Djoef ).

Il est à noter que ces mercenaires grecs refusèrent de servir les Rois perses quand ceux-ci, ayant conquis l'Égypte, en devinrent les maîtres, après la XXX ème dynastie.

C'est bien évidemment Alexandre le Macédonien qui libéra l'Égypte de son occupant perse, après la bataille d'Issos, en - 332. Il y fut accueilli très naturellement en ami et se fit couronner sans problème Pharaon, fils d'Amon, reconnu par les Prêtres de Memphis comme : " Roi Épervier Prince de la Victoire, Bien Aimé d'Amon, Élu du Roi Soleil ".

Alexandre écrivit alors une lettre restée célèbre à sa mère, la reine Olympias :

" Après être demeuré quelques jours à Memphis, je me dirigeai en naviguant sur le Nil vers le port de Canope. Là se trouve une île désignée sous le nom de Pharos, bien située pour y établir une forteresse. Je décidai donc d'y bâtir une ville et de l'entourer de remparts. A l'architecte Dinocrate, que j'ai fait venir d'Ephèse, où il élevait un Temple à Diane, j'ai donné la consigne de construire une tour très haute, au sommet de laquelle les veilleurs entretiendront en permanence un feu très brillant pour servir de signal aux navigateurs croisant dans les parages. Cette ville, édifiée en l'honneur de ton fils, portera le nom d'Alexandrie ".

Une légende rapportée par Plutarque affirme qu'Alexandre aurait choisi ce site paradoxal du seul point de vue géographique car dépourvu de baies et de criques pour en faire un port, avec des sables mouvants, après un songe dans lequel Homère lui serait apparu et l'aurait alors guidé vers l'île de Pharos.

Et les conseils ont été judicieux puisque cette ville est devenue la capitale de l'Égypte - éclipsant Memphis, Thèbes et Tanis - dès la fin du IV ème siècle avant notre ère et le resta jusqu'à la fin du VII ème siècle de notre ère, soit pendant environ 1000 ans, mille années de rayonnement culturel et politique. Elle reste aujourd'hui encore, d'un point de vue économique un port très important de la Méditerranée orientale, et dans l'Égypte moderne, son rayonnement culturel n'est pas éteint.

Alexandre ne vit jamais la ville terminée - il mourut d'une maladie subite à l'âge de 33 ans ( tiens 33 ans !!! ) pendant une campagne militaire à Babylone -, mais son corps fut rapatrié à Alexandrie où l'historien Strabon dit avoir vu sa tombe.

C'est encore un mystère aujourd'hui puisque personne ne sait vraiment où est la tombe de ce conquérant.

Le village de RAKOTÉ était situé entre le lac Mariout et le bord de mer, face à l'île de Pharos. C'est là, en réalité, que fut construite la ville, l'île étant reliée au continent par un barrage construit alors, qui porta le nom de Heptastadion, soit 7 stadions, soit encore environ 1300 m, ce qui était sa longueur.

La construction de cette digue permit la création de 2 ports, de chaque côté de celle-ci, celui de l'ouest appelé Port d'Eunostos - le port des retours heureux - et celui de l'est, dit le Grand Port ou le Port Neuf, fermé aussi par une digue construite dans le prolongement de la presqu'île de Lochias, sur laquelle était érigé le Palais Royal.

Les navires trouvaient ainsi toujours un abri, dans l'un ou l 'autre de ces ports, le passage de l'un à l'autre pouvant se faire par 2 passages dans la digue, sous des pont-levis.

Au sud, le lac Mariout servait de port fluvial, et communiquait, soit avec le Nil, soit avec le Port occidental, par des canaux dont les ingénieurs accompagnant Bonaparte ont encore pu admirer les vestiges, ainsi que les aqueducs approvisionnant la ville en eau potable.

La ville fut bâtie sur un plan en damier, avec deux très larges avenues d'environ 30 mètres - un plèthre - et de quelques 7 kilomètres - 40 stades - de long, et d'autres avenues parallèles, toutes coupées, à angle droit, par des rues perpendiculaires. Ce tracé, dit hippodamien, du nom du célèbre Architecte Hippodame de Milet - permettait une circulation des vents marins qui assuraient une fraîcheur constante.

Diodore de Sicile a noté qu'Alexandrie offre un climat tempéré, source de santé.

Ce même Diodore, comme Strabon, ont fait remarquer que la ville représente une chlamyde - le court manteau macédonien - déployée et posée à plat.

Un poète latin, Achille Tatius, a pu écrire, au 2ème siècle de notre ère :

" Après une navigation de trois jours, nous arrivâmes à Alexandrie. Lorsque j'y entrai, par la porte dite du Soleil, j'eus immédiatement devant moi l'incomparable beauté de la ville, et mes yeux furent remplis de plaisir. Une rangée de colonnes, rectiligne, s'étend des deux côtés, de la porte du Soleil à celle de la Lune...car ces deux divinités ont la garde de la ville ".

Le Roi Ptolémée 1er, respectant le voeu d'Alexandre, commença à faire ériger la tour dans l'île Pharos, selon les plans de Sostrate de Cnide, et qui allait sous le nom de Phare devenir l'une des 7 merveilles du Monde. Elle fut construire en pierres calcaires et devait être, à l'époque, la plus grande tour construite - environ 120 m - et les travaux furent terminés sous le règne de Ptolémée II, et même encore après quelques retouches, sous Ptolémée III, soit après environ 60 ans.

Ce phare, constitué d'une base carrée, d'une colonne octogonale et d'un dernier étage cylindrique, pourrait avoir servi de modèle pour les minarets des mosquées.

A noter que ce nom de phare fut repris dans beaucoup de langues pour désigner les lumières guidant les navires.

Il fut détruit au XIII ème siècle, après une éruption volcanique.

Une mission internationale financée par l'UNESCO a entrepris des recherches pour en retrouver des morceaux, semble t'il avec succès.

Ce fut évidemment d'abord un grand port pour le commerce de l'époque et il est difficile de citer tous les produits et tous les peuples qui y abordèrent pour participer à cet immense marché.

Il est sûr qu'aussi bien les Indiens que les Arabes, les Arméniens et les Africains, les Ibères comme les autres peuples d'Europe et d'Asie Mineure ou du lointain Orient s'y retrouvèrent.

D'après Diodore de Sicile, en 60 avant notre ère, la ville comptait plus de 300000 habitants, dont environ 100000 Juifs, à qui le quartier nord-est, appelé le Delta, avait été attribué, mais pas sous la forme connue récemment de ghetto, puisque de nombreuses synagogues et comptoirs commerciaux étaient disséminés dans toute la ville.

Le reste de la population, au-delà des petites communautés de différents peuples orientaux, européens et africains, était surtout constitué de Grecs et d'Égyptiens.

Ce rapprochement entre Orient et Occident prit ici une forme particulière, concrète, qui constitua ce que nous avons appelé la civilisation hellénistique.

Il s'agit de l'enrichissement mutuel de 2 mondes, sans mélange ni confusion, dans le respect total de l'autre, de son génie, ce qui a permis un approfondissement sans retenue dans tous les domaines : scientifique, culturel, philosophique, spirituel.

Il semble qu'Alexandrie soit le seul exemple de ce type, même si d'autres villes d'Orient aient été imprégnées d'hellénisme, elles ne conservèrent pas le même caractère, et surtout, aussi longtemps.

Alexandrie fait partie de ces jalons de l'histoire des hommes et probablement que nous ne serions pas ce que nous sommes si cette ville n'avait pas existé.

Il faut, toutefois, ne pas se leurrer, la ville d'Alexandrie n'était pas un modèle de démocratie et seuls étaient Grecs celles et ceux qui pouvaient se prévaloir d'une double ascendance, c'est-à-dire de père et de mère grecs. En fait la plupart des Alexandrins n'en font pas partie et sont définis Hellènes, c'est-à-dire membres de la communauté gréco-macédonienne, parlant grec et participant à la culture grecque, en fait tous ceux issus des peuples conquis par Alexandre, en Europe comme en Asie, et les Juifs en faisaient également partie, eux qui représentaient plus d'un tiers de la population.

Tous ces Hellènes ne sont pas citoyens au sens politique du terme.

Parlons maintenant de la Bibliothèque d'Alexandrie :

La première bibliothèque fut créée par Démétrios de Phalère, à la demande de Ptolémée 1er Soter, général d'Alexandre, fondateur de la dynastie, dynastie lagide dont les membre se succédèrent sur le trône des 2 royaumes d'Égypte pendant plus de 300 ans, après la mort du conquérant macédonien ( en 323 avant J-C ).

Démétrios habitait l'un des quartiers latins d'Athènes et appartenait à l'Institut Syceum, établi par Aristote, et participait aux conférences et débats qui s'y déroulaient.

Au-delà de la seule bibliothèque, dont je vais reparler après, Démétrios créa aussi une Université, qui, avec la bibliothèque, s'appelaient Museion ou Maison de Sagesse.

Le corps professoral de cette Université fut, à la demande expresse de Démétrios, constitué des meilleurs savants, artistes, écrivains et philosophes de la région hellénique. Il résidait à Alexandrie et il est dit que ceux qui le constituèrent furent regroupés simultanément.

Cette bibliothèque, riche de plus de 500000 manuscrits ( on a même parlé de 700000 ) était la plus célèbre du monde antique avec celle de Pergame, sa rivale, Pergame en Asie Mineure, dont le nom a été à l'origine du mot parchemin.

La bibliothèque d'Alexandrie avait pour ambition d'accueillir tous les écrits du monde connu, ainsi que leur traduction en grec, et attirait un nombre considérable d'écrivains, de savants et de lettrés, souvent plutôt turbulents.

Cette bibliothèque et l'Université furent ainsi un lieu de rencontres où de grands penseurs et professeurs s'entretenaient avec les étudiants et les lecteurs, où les savants et philosophes s'échangeaient idées et découvertes.

C'était un creuset de la pensée humaine, et les Rois et Princes tenaient à y participer personnellement.

L'impulsion donnée à la civilisation en général fut fondamentale.

Pour citer quelques noms, à l'époque de sa création :

Eratosthène, l'inventeur de la philologie, y calcula la circonférence du globe terrestre et son diamètre, Zénodote d'Ephèse, Aritophane de Byzance et Aristarque de Samotrace y posèrent les fondements de la critique textuelle, Hipparque évalua très précisément le volume du soleil et de la lune, donna un nom à plus de 800 étoiles et mesura la durée du mois lunaire, Euclide et plusieurs mathématiciens pythagoriciens, Heron qui, même si son nom a été oublié, fut le premier à imaginer la machine à vapeur, Erasistrate et Hérophe, médecins qui les premiers présentèrent une image scientifique du système nerveux, Archimède, etc...

Eratosthène, le 3ème bibliothécaire d'Alexandrie, aujourd'hui oublié, reste, sans aucun jeu de mots, un phare de ce qui peut caractériser cette cité.

Mathématicien, astronome, philosophe, géographe, historien philologue, poète, éditeur, commentateur de livres, il s'illustre dans toutes les matières et peut être à juste titre considéré comme un esprit universel, fondateur de matières scientifiques modernes.

Des pages seraient nécessaires pour tenter de développer ce que l'on doit à cet esprit brillant, typiquement alexandrin, où il vécut au cours du 3 ème siècle avant notre ère, mais je voudrais insister sur son intérêt pour l'harmonie car, plusieurs siècles plus tard, toujours dans la même ville, des Pères de l'Église, Clément d'Alexandrie et Athanase d'Alexandrie écrivent des textes dans lesquels on retrouve le thème de l'harmonie qui reste ainsi indéfectiblement attaché à cette ville et à la pensée alexandrine, quelle que soit la religion pratiquée.

Au point vue spirituel, Ptolémée 1er était convaincu que la paix régnerait sur l'Égypte quand les idées et les convictions religieuses égyptiennes et grecques seraient harmonisées.

Il croyait au succès de cette union parce qu'il était sûr qu'au fond de toutes ces différences philosophiques et théologiques se trouvait une seule Vérité.

Pour exécuter ce rapprochement Ptolémée avait choisi 2 grands théologiens : Manethon, le Grand Prêtre égyptien qui, par ailleurs, connaissait la langue grecque et sa philosophie, et Timothée, l'Athénien, le plus célèbre théologien grec de l'époque, Prêtre d'Eleusis.

Après de longues études en commun, ils purent jeter les bases d'une nouvelle religion du trio Sérapis, Isis et Harpocrate ( l'enfant Horus ).

C'est dans cet Institut théologique que commença la traduction en grec de la Bible, au moyen d'une assemblée constituée par 70 savants et théologiens juifs, traduction connue sous le nom de Septante.

Le support des ouvrages entreposés était le papyrus, un monopole des Égyptiens.

Du reste ALEXANDRIE exportait des papyrus vierges parallèlement à des copies des textes de la bibliothèque.

Par contre, aujourd'hui, il est impossible de donner des informations sur l'aspect architecturale de cet établissement, ni sur ce qu'il est réellement devenu.

STRABON, le géographe et historien grec que j'ai déjà cité, l'avait décrit comme proche des palais royaux, en bordure de mer.

Sa destruction est, en réalité, mythique. JULES CÉSAR ayant mis le feu à ALEXANDRIE, au cours de l'hiver -48/47 avant J-C, il est possible que la bibliothèque ait brûlé à cette occasion. Toutefois il est plus probable que ce soient des entrepôts de papyrus vierges qui aient brûlé.

En 270 après J-C, la ville est l'objet d'une guerre entre la Reine ZENOBIE de PALMYRE et l'Empereur romain AURELIEN. Le quartier des palais royaux ayant été alors anéanti, la bibliothèque a pu subir le même sort funeste.

Plus tard encore, en 391 après J-C, les Chrétiens devenus hégémoniques à ALEXANDRIE, incendient, sur l'ordre de l'Évêque THÉOPHILE, tous les monuments païens. Parmi ceux-ci le serapeum, où étaient conservés tous les doubles de la bibliothèque-mère. Celle-ci, si elle existait encore, a t'elle été détruite à cette occasion ?

En tous les cas cet acte me conforte dans mon idée tout à fait personnelle que le Christianisme a tenté sciemment de détruire toutes les traces de la Tradition.

Enfin, et cela n'enlève rien à mon commentaire précédent, en 642, le général arabe AMR IBN AL AS enlève ALEXANDRIE après un long siège. Ne sachant que faire du contenu d'une bibliothèque ( était-ce celle dont nous cherchons la trace ? ) téléphone, non, excusez-moi, écrit au Calife OMAR pour demander des ordres.

Ce dernier lui aurait répondu : " Si ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles et tut peux les détruire. s'ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux et tu dois les brûler. "

Et, en tout état de cause, ils auraient alors servi à alimenter le chauffage des bains publics pendant 6 mois !

Il faut noter que cette dernière version de la destruction de la bibliothèque d'ALEXANDRIE n'est donnée que par ALBURAFADJE, Évêque d'ALEP, mort en 1286, et qu'elle est plus que suspecte.

Je ne suis pas loin de croire à la destruction délibérée par les Chrétiens, soucieux de détruire tout ce qui avait trait à la Tradition transmise par les Anciens, d'où qu'ils venaient, et cela serait cohérent avec l'attitude que ces mêmes Chrétiens ont eu avec les Gnostiques, dénoncés comme hérétiques, poursuivis de la vindicte virulente des principaux Pères de l'Église.

Après cette première partie très didactique, pour laquelle je me suis beaucoup aidé d'ouvrages disponibles sur le sujet, ce qui m'a beaucoup appris, je voudrais aborder ce qui a fait, pour l'humanité tout entière, la richesse d'Alexandrie, c'est à dire son apport à la spiritualité.

Je voudrais donc arrêter mon regard sur plus particulièrement 3 écoles, très différentes même si, en tout état de cause, elles se sont fécondées et n'ont pas pu ne pas avoir d'incidences les unes sur les autres.

Comme je l'ai écrit plus tôt, je pense que c'est un de nos fils conducteurs, si non le seul pour nos réflexions, car à travers l'étude de ces différentes écoles nous appréhenderons mieux d'où vient notre propre parcours, dont l'origine reste pour moi inscrit dans la Tradition initiale.

Ces 3 écoles sont : les Thérapeutes, les Chrétiens et les Gnostiques.

Parlons d'abord des Thérapeutes :

C'est PHILON d'Alexandrie qui en parle dans son traité DE VITA CONTEMPLATIVA.

N'ayant laissé aucune trace, contrairement aux Esséniens, il est toutefois impossible de dire si cette Communauté a bel et bien existé, ou si elle n'est que l'oeuvre de l'imagination de Philon.

Mais quel que soit le cas, elle mérite d'être examinée car elle véhicule des principes qui restent d'actualité.

Elle a, par ailleurs, été assimilée à celle que décrit Luc dans son Évangile, 2/42-47 et 4/32-35.

Le nom de Thérapeutes vient du verbe terapeuein qui signifie à la fois guérir ( les passions ) et servir ( l'Être suprême ). Ce double sens indique le souci d'une thérapeutique de l'âme par la prière, d'une guérison spirituelle.

Cette communauté aurait été constituée d'hommes et de femmes - car il y a mixité - des milieux d'affaires, de gens aisés, las des soucis de la gestion, excédés des bruits de la cité, désireux de rompre avec un train de vie confortable mais corrompu, pris du désir de vie tranquille.

Face, donc, à une déjà société de consommation, un groupe prend ses distances par rapport à l'institution et trouve dans la vie simple et communautaire, dans la prière, le chant et la danse une hygiène de vie qui permet à ses membres d'accéder à un équilibre humain et spirituel.

Ensuite, on ne peut évoquer Alexandrie sans parler du Christianisme.

Vous connaissez, pour certains ici, ma propre intuition qui me fait regarder cette religion comme ayant été inventée de toutes pièces, justement en grande partie à Alexandrie.

Je ne reviendrai pas ici sur cette position personnelle qui en dérange beaucoup, mais je voudrais, par contre, examiner comment Alexandrie a participé, de façon décisive, au développement de cette religion.

Selon une tradition bien attestée, Marc l'Évangéliste s'est rendu à Alexandrie, il y prêcha l'Évangile, fonda le Siège épiscopal d'Alexandrie, et y mourut en martyre le 8 mai 68. ( mai 68 çà me rappelle de vieux souvenirs de jeunesse... )

Toutefois, au cours du 1 er siècle, et même pendant le 1ère moitié du 2ème, l'extension du Christianisme, à Alexandrie et en Égypte fut très limitée. Il avait même pris une forme plus ou moins syncrétique, permettant à Hadrien, dans une lettre d'évoquer " ces Chrétiens qui adoraient Sérapis " ou qui " se disaient évêques du Christ et se vouaient à Sérapis ".

Ensuite, dès le début du règne de Commode ( 180 de notre ère ), la religion chrétienne, tout à fait nettoyée des doctrines gnostiques et des réminiscences du paganisme, s'installe définitivement. A l'époque de Septime Sévère ( 193-211 ) il connaît un développement très rapide, et c'est la que se situe la création de l'École théologique d'Alexandrie, dont nous connaissons 3 de ses plus éminents professeurs : Pantène, Clément et Origène. cette école essaya d'établir des liens entre le Christianisme et le Néo-platonicisme qui se développait alors dans la ville.

C'est dans la région proche d'Alexandrie que se développa, ensuite, à partir du IV ème siècle, la vie monastique.

C'est dans cette École qui allait devenir le premier centre de sciences sacrées de l'histoire du Christianisme que fut formulé le premier système de théologie chrétienne et que fut établie la méthode allégorique d'exégèse biblique.

Pantène est à l'origine de la rencontre de l'hellénisme ( philosophique et littéraire ) et de l'exégèse biblique. C'est lui qui suscite l'ecclésiastisme, cette organisation si particulière du clergé chrétien. On ne sait du reste rien de l'organisation du clergé chrétien avant lui.

Si la personnalité historique reste cependant sujette à caution, et il n'y a aucun écrit de lui-même, Clément d'Alexandrie est, par contre, bien attesté, et on possède ses écrits.

La culture philosophique de Clément est immense. Mais il est d'abord égyptien et montre une très grande admiration pour l'écriture hiéroglyphique, et égyptien hellénisé puisque très fortement imprégné par son éducation, marquée par Platon, Isocrate et Aristote.

Il utilise sans retenue les philosophes grecs et est un grand dialecticien. Il se sert d'ailleurs avec aisance de cette science dans ses discussions avec les hétérodoxes, ou les hérétiques.

Dans son ouvrage le PROTREPTIQUE il applique au Christianisme l'exhortation à se convertir à la vie philosophique.

Un autre de ses ouvrages se rapporte à l'oeuvre du Logos divin pour la formation morale, pratique et théorique, en se limitant à l'enseignement exotérique.

Clément d'Alexandrie se caractérise aussi par l'éclectisme - eklektikon en grec - qu'il qualifie lui-même de choix, parmi les différentes philosophies de ce qu'il y a de meilleur.

Il dit ainsi : " Quand je parle de philosophie, je ne veux pas dire la philosophie stoïcienne, ni la philosophie platonicienne, ou épicurienne, ou aristotèlienne, mais tout ce qui a été dit de beau dans chacune de ces écoles, par l'enseignement de la justice accompagnée de science pieuse, c'est tout cet ensemble choisi - l'éclectisme - que j'appelle philosophie " .

N'est ce pas, sous un autre nom, un déjà syncrétisme ?

Et évidemment, Clément en vient à élaborer ce qu'il nomme une vraie philosophie, qui met en communion l'univers culturel grec, le christianisme, le judaïsme - à travers la nouvelle traduction en grec qui vient d'être disponible -, et probablement, bien qu'il s'en défende, la Gnose.

Clément est certain que la Philosophie a été donnée aux Grecs comme alliance, comme la Loi l'a été donnée aux Juifs.

Une dimension ésotérique très forte imprègne aussi Clément d'Alexandrie, dimension qu'il rattache à une tradition apostolique, tradition secrète remontant à Pierre, Jacques et Jean, et, à travers eux, à Jésus lui-même. De cette façon il peut rivaliser avec les gnostiques qui développent des théories semblables, mais à partir d'autres disciples non reconnus.

Beaucoup d'autres choses pourraient bien évidemment être dites concernant Clément d'Alexandrie et je pense que notre Atelier aura peut-être l'occasion de travailler sur ce théologien majeur.

Le troisième est Origène.

Il est né vers 185 à Alexandrie, dans une famille chrétienne, pourtant son nom signifie " Fils d'Horus ". C'est l'époque des persécutions contre les Chrétiens, et son père est arrêté, condamné et exécuté. Origène veut aller se présenter pour suivre l'exemple de son père mais sa mère le retient. Tombés dans la misère tous les deux, Origène est recueilli par une riche veuve chrétienne et peut ainsi terminer ses études.

Cependant c'est chez cette veuve qu'il découvre la Gnose " hétérodoxe ", et plus tard, il déclarera un dégoût pour cette " hérésie ".

Il ouvre une école de catéchèse et organise des réunions pour expliquer la Bible. Il se livre, parallèlement, à l'ascèse et va même jusqu'à s'émasculer, prenant ainsi à la lettre la parole de Matthieu sur les eunuques ( 19,12 ).

Un des ses auditeurs très riche l'entretient et lui permet d'écrire des ouvrages sur les différents Livres des Écritures, tout en débattant avec des Gnostiques. Même s'il est ordonné prêtre, il reste suspect de proximité avec les Gnostiques, ce qui l'amènera en prison, et il mourra peu après sa libération.

s'il est impossible d'affirmer qu'Origène ait suivi l'enseignement de Clément, même si les dates le permettent, par contre on est sûr qu'il a lu ses oeuvres, et elles ont eu pour lui une influence très importante.

Il est très marqué par l'ésotérisme juif, qu'il découvre auprès d'un maître, lui-même Juif converti. Sa méthode de réflexion est surtout basée sur l'analogie, mais il est maître dans l'art du commentaire.

Il a ainsi publié les HEXAPLES, le résultat d'un travail colossal de 30 années, dans lesquelles il compare, sur 6 colonnes parallèles le texte original de la Bible en hébreu, sa traduction en grec dite des Septante, et 4 autres traductions en grec, dont celles dites d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion.

Enfin on peut considérer Origène comme le père de la théologie avec la mise en place de tous les concepts et la problématique sur la Trinité, la résurrection et la préexistence des âmes.

Évidemment, je dois enfin parler, en dernier, du Gnosticisme, avec ses deux Maîtres alexandrins que j'ai choisis particulièrement, Basilide et Valentin, parmi beaucoup d'autres qui vécurent et surtout enseignèrent, prêchèrent dans cette Cité, Carpocrate, Simon le Magicien, Epiphane, Ptolémée, Héracléon, et bien d'autres moins connus ou dont l'histoire a perdu les noms :

Basilide, d'abord, Basilide, un des principaux docteurs gnostiques, ouvrit une école pythagoricienne à Alexandrie, dans la première moitié du 2ème siècle de notre ère, où, à l'exemple de Pythagore, ses disciples se voyaient d'abord imposer un silence de 5 années car, disait-il, le silence qui est premier, qui est un, nous aide à combattre l'illusion du monde terrestre.

Sa doctrine, que l'on connaît paradoxalement uniquement à travers les écrits de Clément et Origène qui l'ont combattu violemment, lui aurait été révélée par un disciple de Pierre, appelé Glaucias.

Selon celle-ci aux origines il y a Dieu, un Dieu non visible, inconcevable pour l'homme. Dieu est appelé RIEN, Celui qui n'est pas. 365 cieux séparent ce Dieu de l'homme, chacun peuplé d'entités, pures tout en haut, impures dans les derniers cieux. Dans le dernier ciel réside l'Archonte, le plus impur donc, et qui est aussi le chef des anges. C'est pour Basilide le Dieu des Juifs, le créateur de l'homme et du monde, oeuvre particulièrement imparfaite.

A l'opposé 3 entités pures ont été engendrées par Dieu, elles ont pour nom Le Fils de Dieu, la Pneuma, l'Esprit qui règne sur le huitième ciel, l'OGDOADE, et qui se confond avec Dieu.

Le Christ descend sur la Terre pour délivrer les croyants. Sa tâche accomplie, il remonte au Ciel. Il n'est pas un homme ordinaire et ne peut donc avoir souffert sur la croix.

Pour Basilide, c'est un autre condamné, Simon de Cyrène, qui a été crucifié à sa place.

Basilide est fondamentalement un pessimiste. Moralement il prône une existence paradoxalement à la fois ascétique et libérale, sexuellement parlant notamment dans ce dernier cas. Selon lui, l'homme est guidé par sa volonté de se perfectionner et cet appel à la vertu n'est pas étranger à son salut spirituel.

Valentin, maintenant, Valentin qui vécut aussi à Alexandrie vers le 2ème siècle, qui se disait Chrétien, qui faillit même devenir évêque, et dont la pensée était pourtant fortement influencé par les traditions grecques et perses.

En ce qui le concerne il se disait héritier de Théodas, disciple de Paul.

C'est lui qui a inventé le terme d'éon, à la fois désignant l'entité suprême et la succession des entités qui lui succèdent, toutes de moins en moins parfaites au fur et à mesure que l'on s'en éloigne et que l'on se rapproche de la Terre.

Au sommet du Plérôme on a donc un Dieu inconnu, nommé Propator. Il est accompagné d'un élément féminin, l'Ennoïa - la Pensée ou le Silence - et chaque éon se présente en fait en couple masculin/féminin et se succède par ce qui est appelé la Syzygie.

Ces entités sont au nombre de 30, les 8 premières, constituant l'OGDOADE, contiennent, entre autres Nous, l'Intelligence, Logos, la Parole, Zôé, la Vie, Ekklesia, l'Église.

Quant à la dernière, c'est Sophia, et Sophia voulut voir Dieu, en fut punie et qu'elle fut à l'origine de la création du monde, ce monde bien évidemment imparfait.

L'homme, cependant, conserve en lui une parcelle du Divin, ce qui lui donne cette soif de connaissance, de sagesse qui le caractérise.

Les humains sont classées en 3 groupes : les hyliques, qui sont attachés à la matière, et qui n'auront point de salut dans cette vie, les psychiques, malheureusement coupés de la Vérité, et les pneumatiques qui sont les élus gnostiques.

Les disciples de Valentin vivent en communauté, selon une hiérarchie avec des niveaux d'enseignement différents.

Chez tous les disciples de Valentin, l'attitude envers la vie est la même : pour accéder à la condition supérieure qui permet de retrouver immortalité et vérité, il faut consommer pleinement les plaisirs de la chair et les biens de ce monde.

Irénée, qui les combattit violemment, a pu ainsi écrire :

" Aussi les plus parfaits d'entre eux commettent ils sans honte ce qui est défendu. Ils mangent sans scrupule les nourritures destinées aux idoles. Ils assistent à toutes les fêtes païennes, beaucoup assistent même à des combats de bête et aux combats singuliers à mort d'homme. D autres s'adonnent sans réserve aux plaisirs de la chair, disant qu'il faut rendre la chair à la chair et l'esprit à l'esprit. D'autres encore déshonorent secrètement les femmes qu'ils veulent initier. D'autres enfin enlèvent ouvertement et sans scrupule à leur mari la femme dont ils sont tombés amoureux pour en faire leur compagne. D'autres, par ailleurs, qui faisaient semblant, au début, de vivre honorablement avec leur soeur, furent démasqués, leur soeur étant devenue enceinte de leurs oeuvres. Ils se proclament les Parfaits, les semences d'élection. Ils prétendent avoir reçu d'en haut une grâce particulière, par suite d'une union ineffable. Et c'est pourquoi ils se doivent de s'appliquer sans trêve au mystère de l'union sexuelle ".

On peut comprendre les réactions des Pères de l'Église, plutôt coincés, à ces descriptions, par contre il est paradoxal que les Cathares, plusieurs siècles plus tard, derniers rejetons du Gnosticisme, aient professé des thèses complètement opposés.

Mais l'étude du Gnosticisme montrerait que d'autres Écoles professaient déjà un refus de la vie, un refus de la fécondation.

Pour Valentin, de toutes façons, la fin de la matière, du monde corporel, de la terre, viendra un jour. L'âme du gnostique rejoindra alors le Plérôme, au côté du sauveur, où chacun s'unira à un ange jumeau. Une ère de repos s'ouvrira, un feu gigantesque consumera alors la matière, vidant le cosmos d'un mauvais souvenir.

Après ces très longs exposés - et pourtant trop brefs car il faudrait s'arrêter des heures, des jours, des années, sur ces différentes Écoles - je voudrais répéter ce qui a été l'origine de cette réflexion, c'est-à-dire l'ambition que nous redevenions, à notre échelle bien sûr, une sorte d'Alexandrie antique, un endroit où les femmes et les hommes de plusieurs cultures, de plusieurs religions viendraient, sans exclusive aucune, sans sectarisme, dans le seul objectif d'apprendre aux autres et d'apprendre soi-même, présenter ce qu'ils savent et les questions auxquelles ils souhaitent des réponses, et ainsi s'enrichir mutuellement.

Je crois que cette Cité a en effet été unique dans l'histoire des hommes pour cette tolérance, ce foisonnement culturel et spirituel - même si à leurs époques différentes, Bagdad d'une part, et Cordoue d'autre part,, je le disais dès le début de cette réflexion, ont pu connaître quelquechose d'approchant -, et je suis heureux qu'elle soit le nom de notre Atelier.

Ce travail, le premier en fait présenté dans cette Loge, avec toutes ses approximations et probablement ses erreurs, doit cependant montrer quelle voie doit être la notre, celle de la recherche de la Tradition, à travers les divers chemins qu'elle a pris, et donner l'envie à tous de compléter ces quelques premières lueurs que j'ai voulu allumer ce soir.

Et pour conclure enfin, je voudrais vous citer la définition de la GNOSE par Clément d'Alexandrie, ce Docteur de l'Église dont j'ai longuement parlé, et qui me semble aussi pouvoir refléter notre projet :

" La Connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus, du lieu d'où nous venons et de celui dans lequel nous sommes tombés, du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés, de la nature de notre naissance et de celle de notre renaissance".

j'ai dit

source : www.ledifice.net

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Régularité et reconnaissance : réflexions historiques sur une équivoque maçonnique

25 Novembre 2014 , Rédigé par Roger DACHEZ Publié dans #Planches

Un ouvrage à venir, dont les « bonnes feuilles » ont été publiées sur un " blog ami" et dû à la plume inspirée (?) d’Alain Bernheim, cloue au pilori un certain nombre d’auteurs, dont votre serviteur, d’autres vivants mais aussi des morts qui n’échappent pas à la verve incendiaire de l’auteur. Attendons que l’ouvrage – déjà primé par la Grande Loge de France avant d’avoir paru (!), ce qui est assez original et en dit long – soit effectivement publié pour dire ce que l’on doit en penser. Je n’y manquerai pas, et avec moi tous les auteurs mis en cause, on s’en doute. On peut en effet chercher, par légèreté, par duplicité ou par calcul, à tout rendre incompréhensible et douteux. En attendant, et sans verser dans la polémique acide et outrageante qui n’est pas mon style mais qui imprègne malheureusement, semble-t-il, le factum dont je viens de parler, voici quelques réflexions inspirées par une lecture sereine et intellectuellement honnête de l’histoire maçonnique. Elles ont pour ambition d'éclairer et non rendre confus les lecteurs. A chacun de s’en emparer librement et de les juger sans a priori. Une fois de plus, les feux de l’actualité maçonnique relancent le débat sur la « régularité », question cent fois soulevée en France depuis des décennies, alimentant bien des fantasmes et autant de gesticulations oratoires. L’objet de la présente note n’est pas de faire le tour d’un sujet infiniment plus complexe que ne le pensent certains, mais d’apporter à la réflexion commune quelques éléments objectifs, tirés de l’histoire, pour tenter de mieux comprendre les enjeux. Il semble en effet que les prises de position publiques des uns et des autres empruntent beaucoup plus souvent à l’art de la posture qu’à une analyse tant soit peu documentée de la question...

Des préliminaires équivoques

Or, avant d’être l’histoire d’une idée, l’histoire de la régularité est celle d’une équivoque. Rappelons d’abord, pour planter le décor, la manière dont la régularité est le plus souvent présentée en France. Il y aurait, d’un côté, les « Anglais » et ceux qui se rattachent à leur bannière, défendant une conception « déiste » – ou « dogmatique » – de la franc-maçonnerie, (voire, selon certains, une conception « mystique » ! ) et qui, de ce fait, imposeraient la croyance en Dieu comme « la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie », pour reprendre le mots d’Anderson qui, pour sa part, les appliquaient seulement à l’ amour fraternel… Il y aurait, de l’autre côté, une maçonnerie française classique, en tout cas continentale et majoritaire sur cette rive de la Manche, libérale, progressiste et « adogmatique » par essence, profondément attachée à la liberté « absolue » de conscience – et même à l’origine de ce magnifique concept –, fièrement opposée au dogmatisme des Anglais. D’un côté l’impérialisme spiritualiste, de l’autre la liberté philosophique : le choix serait donc simple et son issue déjà inscrite dans les termes mêmes qui l’exposent. Malheureusement, il s’agit-là d’une laborieuse caricature qui ignore ou méconnaît la montée en puissance d’une vision de la maçonnerie qui, en Grande Bretagne, ne s’est constituée que sur deux siècles au moins et qui surtout, pendant la même période, n’a pas sensiblement différé de celle qui prévalait en France. Rappelons ici cette vérité élémentaire que l’histoire documentée établit sans aucune difficulté : du début du XVIIIème siècle au milieu du XIXème, aux particularités nationales près, touchant à la culture des peuples et à leur façon d’exprimer certaines choses, la franc-maçonnerie a partagé le même esprit et pratiquement les mêmes rituels des deux côtés de ce que nous nommons la Manche et que les Britanniques s’obstinent à appeler le British Channel. Opposer les deux, comme on pourrait opposer deux mondes inconciliables dès l’origine, est donc illusoire et tout simplement erroné. Mieux encore : si l’expression « liberté de conscience » a bien fait son apparition assez tôt dans le vocabulaire maçonnique, ce ne fut pas en France, où la notion n’eut que très tardivement dans le XIXème siècle une connotation maçonnique. La première mention qui en fut faite dans un texte maçonnique se trouve dans l’édition de 1738 – pas celle de 1723 ! – des Constitutions d’Anderson (cette version que l’on dit parfois « régressive » par rapport à la première) : James Anderson revendique pour tous cette liberté mais il entend aussi sous ce terme (liberty of conscience), comme on l’entend encore de nos jours dans les pays anglo-saxons, la liberté religieuse.[1]

Quant à la propagande présumée d’une certaine maçonnerie anglaise pour le « dogmatisme religieux » et ses prétendues obsessions « spiritualistes », il n’est que de lire les propos très récents de son Député Grand Maître – le n°3 de la Grande Loge Unie d’Angleterre – pour s’en faire quelque idée : « Lorsque nous parlons de notre Pure et Ancienne Maçonnerie, nous devons être absolument clairs sur le fait que nous appartenons à une organisation laïque [secular], c’est-à-dire une organisation non-religieuse […] La Franc-Maçonnerie, comme nous le savons tous, n’est ni un substitut de religion ni une alternative à la religion. Elle ne s’occupe certainement pas de spiritualité et ne possède aucun sacrement ; […] L’Ordre cherche à encourager les hommes à être loyaux envers leur pays, à respecter la loi, à s’efforcer au meilleur comportement, à prendre en considération ses relations avec les autres et à se rendre toujours plus utiles à leurs frères en humanité, en d’autres termes, à poursuivre une vie morale ».[2]

Qui ne souscrirait, en France, à un tel programme qui bannit toute spiritualité « religieuse » comme étrangère au champ de la franc-maçonnerie? Qui récuserait cette affirmation de « laicité » ? Mais nous sommes en Angleterre, où rien n’est simple. Jonathan Spence ajoute aussitôt : « Cependant nous sommes une organisation laïque qui soutient la religion. La croyance en un Etre Suprême est une exigence absolue pour tous ses membres »… « Laïque » et pourtant « religieuse » : telle est la franc-maçonnerie anglaise. On pourrait dire du franc-maçon anglais, comme les personnages de Montesquieu parlant d’Uzbek, dans les Lettres persanes : « Comment peut-on être ‘anglais’ [ou ‘persan’]? »… Quittons donc les caricatures, les faux-semblants et les simplifications réductrices pour tenter de nous approcher d’une réalité complexe. Il faut faire ici une archéologie de la régularité.

Les premières mentions de la régularité.

Puisque tout a commencé en Angleterre – qu’on le veuille ou non –, voici près de trois siècles, c’est dans les plus anciens textes maçonniques de la première Grande Loge « de Londres et de Westminster », fondée en 1717, qu’il convient de rechercher les premiers éléments du débat. L’émergence d’une Grande Loge prétendant à la suprématie sur toutes les loges « particulières », rapidement et suggestivement dénommées « loges subordonnées » (subordinate), ne se fit pas sans difficulté ! C’était une innovation de taille dans l’histoire du Métier. En témoignent les multiples essais de résistance qui s’observèrent dès le début : non seulement des loges qui refusèrent pendant longtemps de rejoindre le giron londonien, mais aussi d’autres, comme celle d’York, affirmant – sans preuve absolument convaincante – une lointaine ancienneté et s’érigeant dès 1725 en Grande Loge de toute l’Angleterre (Grand Lodge of All England at York) ! Bien sûr, on ne peut ignorer la grande querelle qui structura véritablement toute l’histoire maçonnique anglaise entre 1751 et 1813 : la querelle des Antients et des Moderns, opposant la première Grande Loge de 1717 à celle fondée à Londres par des émigrés d’origine irlandaise. La question de l’obédience maçonnique – au sens strict : «à qui obéit-on- ? » – fut donc au centre de la vie maçonnique anglaise pendant tout le XVIIIème siècle et trouva son épilogue en 1813 avec la création de la Grande Loge Unie. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la première notion de régularité : au XVIIIème siècle, est régulière, en Angleterre, une loge qui se soumet à une Grande Loge…et qui lui paie ses capitations ! Du même coup, ses membres ont droit à la solidarité de cette Grande Loge, préoccupation maçonnique essentielle du temps, exprimée par la création chez les Modernes, dès 1724, du Comité de Charité. « Regular », en anglais, veut dire avant tout ; « normal, habituel, classique ». On opposera très tôt aux loges « régulières » les loges « clandestines » (clandestine) : le reproche qu’on leur adressait n’était pas quelque différence philosophique ou religieuse, mais leur statut indépendant ou leurs origines incertaines. Il n’est alors jamais question d’autre chose. En France, on qualifiera ainsi le Grand Maître Louis de Clermont de « Grand Maître de toutes les loges régulières du Royaume » et une liste de celles-ci, reprenant cette formule, sera même publiée en novembre 1744. Le mot « régulier », sans doute en raison du contexte catholique, a dû prendre en France une connotation plus ou moins « monastique » – mais pas en Angleterre où les communautés monastiques avaient été dissoutes depuis 1536 : étaient régulières les loges qui, en France, se soumettaient à une « règle » : celle de la Grande Loge – c’est-à-dire, pendant longtemps, guère autre chose que l’entourage immédiat du Grand Maître se formant en une loge de Grands Officiers, dite « Grande Loge ».

Résumons : aussi bien en France qu’en Angleterre, la régularité fut pendant longtemps une affaire purement administrative et ne concernait que les loges d’un pays donné par rapport à la ou les Grande(s) Loges(s) qui prétendai(en)t y exercer une autorité.

Les relations avec les autres pays

La question de la régularité, de nos jours, est pourtant avant tout une affaire de relations internationales entre Grandes Loges. Or, cette question a été évoqué très tôt, elle aussi, en des termes assez peu dramatiques, au demeurant. Ainsi, en 1738 encore, Anderson signale que depuis la création de 1717, des Grandes Loges ont vu le jour hors de l’Angleterre et il cite « les Loges d’Écosse, d’Irlande, de France et d’Italie » qui, « assumant leur indépendance, ont leur propres Grands Maîtres, bien qu’ayant les mêmes Constitutions, Devoirs et Règlements [que l’Angleterre][3]. On voit par conséquent que la question des relations internationales a commencé par un constat très pacifique. On ne pouvait en effet mieux dire et c’était si vrai que l’article VIII desGeneral Regulations de 1723 se trouve intégralement et fidèlement traduit dans l’article 16 des Règlements généraux adoptés à Paris le 11 décembre 1743, quand fut élu le Comte de Clermont : « Si plusieurs maçons s’ingèrent de former une loge sans la permission du Grand Maître, les Loges régulières ne doivent point les soutenir ni les avouer pour des frères qui ont de l’honneur et qui sont dûment formés [en Loge] ».

Le terme « reconnaissance » (recognition) lui-même, pendant tout le XVIIIème siècle et une grande partie du XIXème, n’a guère concerné que le statut des Frères en particulier : étaient-ils reconnus par leur loge, ou appartenaient-ils à une loge elle-même reconnue par la Grande Loge ? Il s’agissait essentiellement, et même exclusivement, d’une affaire intérieure à un pays donné. Lorsque la Grande Loge d’Angleterre établissait des relations avec d’autres Grandes Loges établies dans d‘autres pays, elle ne parlait jamais de « reconnaissance » mais elle échangeait parfois des garants d’amitié : à cela se bornèrent les relations maçonniques internationales jusqu’au cœur du XIXème siècle. Tout au long du XVIIIème siècle un maçon voyageant en Europe exhibait son diplôme ou son « Certificat de Grande Loge « (Grand Lodge Certificate ) et il était très généralement reçu sans que soit jamais évoqué la question de la « régularité » : il émargeait à une Grande Loge et cela suffisait. Il y avait sans nul doute, à cette époque, un véritable « espace maçonnique européen… En 1765, la Grande Loge des Modernes conclut un traité avec la première Grande Loge de France. Il y était seulement stipulé qu’aucune ne créerait de loges sur le territoire de l’autre, ce que l’Angleterre s’empressa du reste de ne pas respecter en fondant la loge L’Anglaise de Bordeaux en 1766 ! De même, en 1775, il y eut un projet de traité entre la Grande Loge des Modernes et le jeune Grand Orient de France – héritier institutionnel de la première Grande Loge de France. Or, ce traité ne put aboutir, mais la cause de cet échec est loin d’être philosophique : le Grand Secrétaire d’Angleterre, Heseltine, jugea simplement inadmissible la formulation de l’article 1 du projet soumis par le Grand Orient : « L’égalité étant la base de notre Ordre, la Grand Orient de France et celui d’Angleterre [sic] traiteront d’égal à égal ». C’est donc sur un différend de préséance, et non sur une querelle « doctrinale », qu’échoua le projet. Il faut pourtant souligner au passage, comme l’a noté malicieusement mon aimable contradicteur Alain Bernheim[4] – qui demeure un grand chercheur lorsqu’il n’épanche pas sa bile –, qu’en 1814, un an après la création de la Grande Loge Unie, celle-ci comptait 647 loges tandis le Grand Orient de France en affichait 886 : « l’égalité » penchait pour le moins du côté de la France… Il n’empêche que sous le Premier Empire, alors que guerre faisait rage entre les deux pays, des officiers français, prisonniers sur les pontons anglais et désireux de se constituer « régulièrement » en loge, tous membres du Grand Orient de France, sollicitèrent et obtinrent des autorités maçonniques une surprenante patente dont les premières lignes en disent long sur les conceptions maçonniques de leur temps : « Au Nom et sous les Auspices du Grand Orient de France, Et sous la protection immédiate de Sa Seigneurie, le Très Puissant, Très Illustre et Respectable Frère Lord Moira, Grand Maître en exercice de tous les Loges Régulières de Grande-Bretagne [….] »[5]

C’est ainsi que l’Angleterre n’eut jamais de relations officielles avec le Grand Orient de France car telle n’était pas alors la coutume, ce qui n’empêchait nullement, de part et d’autre, de « reconnaitre » pleinement la qualité maçonnique « régulière » des uns et des autres. Autant dire, pour évoquer l’événement qui est dans tous les esprits – le fameux Convent de 1877–, qu’à cette occasion la Grande Loge d’Angleterre ne résolut donc jamais de rompre des relations qui n’avaient jamais été officiellement sanctionnées par aucun traité ! Un réexamen soigneux de cette affaire est ici nécessaire pour comprendre la situation contemporaine.

Le tournant de 1878

Il n’est pas question de revenir sur les antécédents de la décision de 1877, cela relève d’une autre étude. Toutefois, il faut souligner qu’à la fin du XIXème siècle, les informations circulant plus vite et plus largement qu’au XVIIIème, la France et l’Angleterre étaient en outre engagées dans une politique européenne des nationalités qui les séparaient à nouveau sur bien des points, une initiative de cette nature ne pouvait demeurer sans réponse de Londres. Après l’embellie du Second Empire, les relations franco-anglaises se tendirent de nouveau pendant le dernier quart du siècle, tension qui culminera avec la crise de Fachoda (1898) qui faillit entrainer une guerre. En outre, l’évolution politique et religieuse des deux pays avait été sans commune mesure d’une rive de la Manche à l’autre : l’Angleterre victorienne, au faîte de sa puissance et de sa gloire, avait pétrifié son image, sa structure sociale et son idéologie autour de trois piliers institutionnels ; 1. la monarchie – le 27 avril 1876, Victoria était devenue Impératrice des Indes et régnait désormais sur un domaine « où le soleil ne se couchait jamais » ; 2. l’Eglise d’Angleterre – en 1867, la première Conférence de Lambeth avait, à l’initiative de l’archevêque de Cantorbéry commencé à fédérer toutes les églises anglicanes dont les principes recteurs seront formellement fixés dans un texte (le Quadrilatère de Chicago-Lambeth) entre 1886 et 1888, donnant une charpente doctrinale définitive à la Communion anglicane dans le monde ; 3. enfin la Grande Loge Unie d’Angleterre – dont les principaux dignitaires se recrutaient dans les deux institutions précédentes. Lorsque le Grand Orient – concurrent historique en termes d’influence en Europe – tourna le dos à la croyance obligatoire en Dieu, introduite en 1849 seulement dans sa Constitution, l’Angleterre ne put que réagir, et pour la première fois de son histoire, sur ce point de doctrine. Mais contrairement à ce qui est souvent rapporté, elle ne rompit pas des relations qui, nous l’avons vu, n’avaient jamais existé. Elle chercha une solution pragmatique à un problème pratique : quelle attitude adopter à l’égard de maçons français, membres de Grand Orient de France, qui se présenteraient en visiteur dans une loge anglaise ? Gageons, du reste, que ce problème était assez théorique et que le cas devait se présenter rarement ! La solution adoptée fut simple et elle est riche d’enseignements bien qu’on n’en parle jamais. Le 16 mars 1878, après plusieurs mois de réflexion, la Grande Loge Unie adopta la résolution suivante :

« La Grande Loge Unie d’Angleterre, toujours désireuse de recevoir, dans l’esprit le plus fraternel, tous les Frères appartenant à toutes les Grandes Loges étrangères dont les travaux sont conduits selon les anciens Landmarks de l’Ordre, dont le premier et le plus important est la croyance au Grand Architecte de l’Univers, ne peut reconnaître (cannot recognise) comme vrais et véritables Frères ceux qui auront été initiés dans des Loges qui nient ou ignorent cette croyance. »[6] Plus précisément encore, il fut arrêté qu’on ne recevrait un visiteur dans une Loge de la Grande Loge Unie que si ce dernier, à défaut de produire un certificat de sa Grande Loge conforme à cette exigence (c’est-à-dire faisant mention explicitement du GADLU), pouvait confirmer par serment sur la Bible sa croyance personnelle en un Être Suprême [7]: à la régularité obédientielle on substituait, en quelque sorte, une régularité personnelle. C’était aussi la première fois que le terme « reconnaissance » (recognition) était appliqué à d’autres Grandes Loges et aux relations internationales, il faut le souligner : il n’en avait jamais été question auparavant. Ce système survécut, pour la France surtout qui avait justifié cette décision, jusqu’en 1913, date de création de la première obédience « régulière » – parce que reconnue comme telle – en France.

Les Basic Principles de 1929

« Le Très Respectable Grand Maître ayant exprimé le désir que le Bureau établisse une déclaration des Principes de Base sur lesquels cette Grande Loge puisse être invitée à reconnaître toute Grande Loge qui demanderait à être reconnue par la Juridiction Anglaise, le Bureau des Propositions Générales a obéi avec joie. Le résultat, comme suit, a été approuvé par le Grand Maître, et formera la base d'un questionnaire qui sera retourné à l'avenir à chaque Juridiction qui demandera la reconnaissance Anglaise. Le Bureau souhaite que non seulement ces obédiences, mais plus généralement l'ensemble de tous les Frères de la Juridiction du Grand Maître, soient entièrement informés de ces Principes de Base de la Franc-maçonnerie auxquels la Grande Loge d'Angleterre s'est tenue tout au long de son histoire.

  1. Régularité d'origine ; c'est-à-dire que chaque Grande Loge doit avoir été établie légalement par une Grande Loge dûment reconnue ou par trois Loges ou plus régulièrement constitués.
  2. Que la croyance en le Grand Architecte de l'Univers et en Sa volonté révélée soient une condition essentielle de l'admission des membres.
  3. Que tous les initiés prennent leurs Obligations sur, ou en pleine vue, du Volume de la Loi Sacrée ouvert, de manière à symboliser la révélation d'en haut qui lie la conscience de l'individu particulier qui est initié.
  4. Que les membres de la Grande Loge et des Loges individuelles soient exclusivement des hommes, et qu'aucune Grande Loge ne doit avoir quelque relation maçonnique que ce soit avec des Loges mixtes ou des obédiences qui acceptent des femmes parmi leurs membres.
  5. Que la Grande Loge aient un juridiction souveraine sur les Loges qui sont sous son contrôle; c'est-à-dire qu'elle soit une organisation responsable, indépendante, et gouvernée par elle-même, disposant de l'autorité unique et indiscutée sur les Degrés du Métier ou Symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître) au sein de sa juridiction; et qu'elle ne dépende ni ne partage en aucune manière son autorité avec un Suprême Conseil ou un autre Pouvoir qui revendiquerait quelque contrôle ou supervision que ce soit sur ces degrés.
  6. Que les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie (à savoir le Volume de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas) soient toujours exposées quand la Grande Loge ou ses Loges subordonnées sont au travail, la première d'entre elles étant le Volume de la Loi Sacrée.
  7. Que la discussion de sujets politiques ou religieux soit strictement interdite au sein de la Loge.
  8. Que les principes des Anciens Landmarks, des coutumes et des usages de la Fraternité soient strictement observés. »

L’énoncé des règles de reconnaissance, laquelle renferme de façon ambiguë la notion de régularité (puisque celle-ci est la condition sine qua non, nécessaire mais pas suffisante, de la reconnaissance : s'y ajoutent des considérations à la fois administratives et géopolitiques), ne survint donc que très tardivement – soit très récemment, en 1929 : ce fut l’équivalent, pour la Grande Loge, du Quadrilatère de Lambeth pour l’Église d’Angleterre…

Cette époque n’est du reste pas quelconque dans l’histoire de l’Empire britannique. Elle correspond au début du basculement, de l’émiettement – puis, à peine quinze ans plus tard, de l’explosion – de cet Empire que Londres tentera de récupérer sous la forme de Commonwealth. De même que le gouvernement de Sa Majesté s’efforçait de trouver les moyens de conserver son influence future sur des pays qu’attirait le « Grand Large » et le goût de l’indépendance, de même les autorités maçonniques anglaises, qui avaient constitué des loges et des districts directement rattachés à Londres partout dans l’Empire, recherchèrent le moyen de formuler les règles qui permettraient à ces loges – et aux futures Grandes Loges indépendantes qui allaient inévitablement en naître – de maintenir un lien avec la « Grande Loge Mère » (Mother Grand Lodge). En échange de l’acceptation par elles de ce statut d’honneur pour la Grande Loge Unie d’Angleterre, ces nouvelles Grandes Loge seraient « reconnues ». L’application de ces règles ne posa aucune difficulté pour les Grandes Loges issues de l’ancien « système unique » de la Grande Loge anglaise à travers le monde : élevées dans les principes anglais, partageant largement sa culture, les nouvelles puissances maçonniques (comme l’Inde par exemple) ne virent aucune difficulté dans l’énoncé de ces règles qui, pour elles, allaient pratiquement de soi. Le problème vint plutôt de la nécessité, qui apparut rapidement, de les étendre à des Grandes Loges indépendantes depuis toujours mais qui recherchèrent avec plus ou moins d’avidité – souvent pour obtenir un supplément de légitimité – la reconnaissance de Londres. La Grande Loge Unie ne se fit guère prier pour entrer dans ce jeu : elle avait trouvé le moyen d’étendre et même d’institutionnaliser son privilège d’honneur dans la communauté maçonnique internationale – cela même que le Grand Orient de France, pour des raisons sans rapport avec un quelconque débat métaphysique, lui avait refusé dès 1775 ! C’est pourtant ici que le choc des cultures commença à se manifester. Il serait trop long de reprendre ici la liste des incidents qui, surtout après la dernière guerre, ont émaillé le monde de la régularité anglo-saxonne. Si de nombreuses Grandes Loges furent reconnues, d’autres fut « déreconnues » pour des raisons au reste peu nombreuses qui tinrent presque toujours à la question du Volume de la Loi Sacrée (Volume of the Sacred Law) et l’affirmation de la foi en Dieu, Grand Architecte de l’Univers – comme en Belgique encore en 1979, ce qui a conduit la déreconnaissance de la Grande Loge de Belgique et la création subséquente de la Grande Loge régulière de Belgique, laquelle n’a depuis lors jamais plus varié sur sa doctrine. La question des intervisites « irrégulières » (les autres critères n’ayant pas été remis en cause) a également joué dans ces incidents avec la GLUA, mais moins qu’on ne le croit : la Grande Loge suisse Alpina fut inquiétée et les relations avec Londres suspendues pour 12 à 15 mois, en 1965 puis en 1971, pour cette raison. Alpina donna à chaque fois l’assurance que cela ne se renouvellerait plus (?) et la reconnaissance fut rétablie ! La GLUA, qui rectifia sa position en quelques mois dans les deux cas, nota à cette occasion que plusieurs Grandes Loges régulières européennes ne l’avaient pas suivie dans son action de déreconnaissance initiale : on voit bien que certains principes semblent donc plus fondamentaux que d’autres… L’examen soigneux des Principes de 1929 montre du reste que quelque points ce texte sont très liés à la culture maçonnique anglaise et ne peuvent, en toute rigueur, être appliqués qu’à des traditions maçonniques qui s’y rattachent directement.

Prenons un simple exemple, certes un peu technique et qui passe souvent inaperçu mais qui est en soit très révélateur. Le point numéro 3 de 1929 exige que les « Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie » (le Compas, l’Equerre et le V.S.L.) soient exposées et servent de support au serment. Or, il s’agit-là, rappelons-le, d’une disposition propre à la tradition des Antients, celle qui, pour l’essentiel, a triomphé lors de l’Union de 1813. Pour toutes les traditions maçonniques qui se rattachent aux Moderns – les plus anciens, on s’en souvent ! – les « Trois Grandes Lumières » existent (les trois « objets » sont présents), mais pas sous ce nom ni selon cet arrangement. Tout au long du XVIIIème siècle en Angleterre chez Modernes comme partout en France, et en France tout au long du XIXème siècle, sur la Bible – ou l’Evangile – c’était l’épée du Vénérable qu’on posait, et rien d’autre. Dans le Rite Français (du moins dans sa forme « traditionnelle » d’origine), le Compas est sur le plateau du Vénérable et l’Équerre sur le coussin qui sert au serment. Dans le Rite Écossais Rectifié – une Rite de type « Moderne » – le Compas et l’Équerre sont constamment entrecroisés et placés sur le plateau du Vénérable mais à distance de la Bible sur laquelle on ne trouve, là encore, que l’épée. En somme, pour remplir à la lettre toutes les exigences des Basic Principles, il faut être anglais ou pratiquer…le Rite anglais ![8] Ici comme ailleurs, des « accommodements raisonnables » et une certaine marge d’interprétation sont donc nécessaires, et les Anglais l’ont tacitement admis.

La situation contemporaine

Le système anglo-saxon de la régularité a subi quelques assauts au cours des années récentes. Le premier, dont on parle peu alors qu’il est très significatif, concerne le « principe de juridiction territoriale exclusive », qui stipule qu’il ne peut y avoir qu’une seule Grande Loge régulière par pays. On doit observer qu’il ne figure absolument pas dans les Basic Principles. Il s’agit d’une pratique héritée de l’usage américain qui imposa, au cours du XIXème siècle, pour des raisons de paix civile au sein d’une jeune nation, qu’il n’y ait qu’une seule Grande Loge pour chacun des États de l’Union. Il faut cependant constater que peu à peu, tacitement en tout cas, l’Angleterre a appliqué ce principe. La situation moralement insupportable créée par la dualité des Grandes Loges « causasiennes » - c’est-à-dire « blanches » – et des Grandes Loges de Prince Hall – c'est-à-dire « noires » – aux États-Unis, a cependant obligé l’Angleterre à ne plus se retrancher derrière ce principe et à reconnaître finalement, dans le courant des années 1990, deux Grandes Loges par État aux USA! Il faut également mentionner le cas spécial de l’Allemagne qui, après la guerre, a rassemblé les morceaux épars d’une histoire maçonnique agitée pour former la confédération des Grandes Loges Unies d’Allemagne, toutes réunies sous un chapeau théorique, seul reconnu par Londres. Le système de la régularité internationale n’est donc pas un monolithe, c’est au contraire un univers contradictoire ou des obédiences connues et non reconnues par Londres se côtoient dans un espace théoriquement commun. Bien des combinaisons sont donc possibles, du moins théoriquement et jusqu’à un certain point : il y a des bornes (landmarks) à ne pas franchir. Il reste en effet que, aux yeux des Anglais, seule la reconnaissance par Londres est la « vraie » régularité mais c’est généralement le terme d’un long processus. Or sur ce point la GLUA n’a jamais, jusqu’ici, souffert le moindre compromis sur les principes. C’est en cela, n’en déplaise notamment à Monsieur Bernheim qui veut semer la confusion dans les esprits et qui prend en l’occurrence ses désirs pour des réalités, je constate une fois de plus et je réaffirme cette évidence qu’il n’y a pas de régularité (au sens anglo-saxon du terme, le seul qui intéresse tout le monde) sans sa reconnaissance explicite ! Si tout le monde, comme c'est devenu un jeu en France, est régulier dans son coin, reconnu par soi-même, alors le mot "régulier" n'a plus aucun sens - ce que je ne suis pas éloigné de penser, du reste... Presque tous les cas de « déreconnaissance », on l’a déjà dit, ont été liés au non respect par une Grande Loge de la clause concernant la croyance en un Etre Suprême. Les spéculations de certains sur les prétendues différences qui existent entre la version de 1929 des Basic Principles et la rédaction « moderne » de 1989 ne doivent pas induire en erreur : cette dernière fut un projet jamais adopté et qui ne figure nulle part dans les documents officiels actuels de la GLUA, et notamment pas dans son Book of Constitutions ! Les déclarations récentes du Député Grand Maître, évoquées plus haut, sont parfaitement claires : « La croyance en un Être Suprême est une exigence absolue pour tous ses membres » La doctrine anglaise n’a donc pas changé et ne changera pas de si tôt. Il s’agit là d’une donnée essentielle de la culture anglaise où l’appartenance religieuse est en partie constitutive de l’identité sociale.[9] Plus récemment, l’accent a été également porté sur interdiction, d’ailleurs ancienne, des intervisites avec les obédiences irrégulières – c’est-à-dire non reconnues, car une obédience « régulière et non reconnue », objets bizarre, est traitée par les Britanniques exactement comme une obédience irrégulière, cela va de soi. Il est certain que si l’on peut éventuelle mentir – à soi-même ou aux autres – à propos du Grand Architecte de l’Univers, il est plus difficile de jouer avec les intervisites. Les embarras de vocabulaires de certains responsables maçonniques français, au cours des derniers mois, l’ont tristement illustré. Il regrettable que dans cette affaire qui a défrayé la chronique maçonnique française depuis deux ans, et créé bien du désordre, mais qui semble parvenir à son terme prévu, on ait feint de croire que cette règle était devenue obsolète ou qu’il y avait « avec le ciel des accommodements ». Il n’en est rien. Les Grandes Loges régulières ne se font pas fait faute de le rappeler avec la plus grande clarté à qui veut les entendre – mais quand on ne veut pas entendre... Toute la question est plutôt de savoir si les anglo-saxons vont finir par comprendre que ce qui vaut pour eux et chez eux doit être adapté pour s’harmoniser avec une culture continentale européenne sensiblement différente de la leur. Ne jugeons donc pas trop hâtivement mais cherchons nous-mêmes à comprendre et prenons en compte des éléments qui n’appartiennent pas forcément à notre propre culture. Aux postures commodes, tentons de substituer une approche ouverte et compréhensive. Elle passe notamment par une meilleure connaissance de l’histoire des uns et des autres. Produit d’une histoire complexe et mouvementée, la franc-maçonnerie européenne s’est composée plusieurs visages en bientôt trois siècles. Tous proviennent cependant d’une source commune dans laquelle on peut se reconnaître ou dont on peut, au contraire, se distancier, mais qu’en aucun cas on ne doit ignorer si on veut comprendre en profondeur une institution parfois aussi mystérieuse pour ses adeptes qu’elle l’est aux yeux du grand public. Au tournant de son histoire marquée par un passé glorieux, confrontée aujourd’hui à un certain déclin en Angleterre comme aux États-Unis, la franc-maçonnerie s’interroge elle-même sur son avenir et sur l’opportunité de réexaminer ses fondements et peut-être une partie de ses pratiques. Si un plus grand nombre de francs-maçons français, se montrant moins bardés de certitudes, faisaient de leur côté un peu de ce chemin, ce qui est vu parfois comme un conflit déchirant de la maçonnerie mondiale apparaitrait peut-être pour ce qu’il est vraiment : un malentendu qu’un nouveau « tunnel sous la Manche » – intellectuel cette fois – pourrait sans doute aplanir.

[1] Epître dédicatoire, p. v.

[2] Jonathan Spence – Discours du Député Grand Maître, 14 septembre 2011 (Site de l’UGLE).

[3] The New Book of Constitutions, 1738, p. 196.

[4] Une certaine idée de la franc-maçonnerie, Paris, 2008, pp. 46-47.

[5] J.H. Thorp, French Prisoners Lodges, Leicester, 1900, p. 88.

[6] Gould’s History of Fremasonry, Londres, 1886-1888, III, p.26.

[7] M. Brodsky, The Regular Freemason, a short history of masonic regularity, AQC 106 (1993), 112.

[8] Les rituels du REAA pour les grades bleus, seulement rédigés en 1804 (Guide des Maçons Ecossais), satisfont exactement ces critères car ils reposent précisément, pour l’essentiel, mais avec d’importantes modifications, sur une traduction du rituel des Antients, précisément…

[9] Du reste, les mésaventures de la Grande Loge de France devant la Commission de reconnaissance des Grandes Loges des USA, en 2003, ont porté sur le même point et montrent que les maçons américains, quoi que certains d’entre eux laissent entendre parfois, sont sur la même ligne que les Anglais en ce domaine.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

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Le Franc Maçon et l’Hypothèse Dieu

24 Novembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Vous tous mes frères et sœurs, par les nombres qui vous sont connus, cela fait longtemps, des années en fait, que je tourne et retourne dans ma tête toute une gerbe de questions à propos de notre ordre et plus précisément de l'invocation du Grand Architecte de l'Univers à la gloire duquel nous travaillons, tout au moins au Rite Écossais Ancien et Accepté, et de la notion toujours rappelée, pour ceux qui n'auraient pas bien compris, de Principe Créateur. D'autre part la franc maçonnerie proclame haut et fort qu'elle n'a pas de dogme, sauf peut être justement de ne pas en avoir, et qu'elle ne se tolère aucune entrave dans la recherche de la Vérité, vérité s'écrivant bien évidemment avec un V majuscule. Par ailleurs elle proclame la tolérance comme vertu capitale, et la supériorité de l'esprit sur la matière. « Vaste programme ! » aurait pu s'exclamer le Grand Charles. Il est apparemment bien fort ce besoin qui subsiste chez des adultes, d'avoir toujours recours à la notion d'un « Créateur » pour expliquer leur place dans l'univers et leur finalité dernière.

Il est vrai que c'est tellement commode de pouvoir recourir à une puissance supérieure qui justifie tout, du courage à la lâcheté, et de l'amour à la haine, sans que l'on puisse en dernière analyse se sentir vraiment mis en face de sa propre et vraie responsabilité, sans que jamais on puisse avoir le courage de se regarder en face et de se dire, les yeux dans les yeux : « je suis ce que je suis, et cela, c'est moi qui l'ai voulu et fait. » Aussi loin que nous remontions dans l'histoire de l'homme, nous trouvons des récits de fondation de la société. Il faut bien les examiner pour s'apercevoir qu'il s'agit presque toujours, non de récits de création du monde, mais de tentatives d'expliquer rationnellement le monde auquel l'homme est confronté, de le structurer pour qu'il trouve une place dans son environnement. Dans tous ces mythes, le monde est une donnée préexistante que l'on ne cherche pas à expliquer, tout au moins en ce qui concerne l'origine. S'ils peuvent paraître naïfs à notre raison d'occidentaux de la fin du XX° siècle, ces mythes ne sont jamais des histoires incohérentes, mais les premières traces perceptibles de la raison qui cherche à ordonner son espace pour mieux s'y implanter.

Le monde est une donnée extérieure avec laquelle je dois faire, et dans un premier temps, il n'est pas question d'essayer d'en comprendre l'origine ou la cause, mais simplement de savoir, et de pouvoir, m'y situer et survivre. D'ailleurs à ce stade, les choses sont simples : j'ai un père et une mère et le monde doit donc, par analogie en avoir un aussi, alors va pour un créateur. Ce qui m'intéresse, c'est de me concilier les bonnes grâces de ce créateur, pour avoir le moins d'ennuis possibles avec son autorité. D'ailleurs, on ne peut pas dire que je pense vraiment : il serait plus juste de dire que « ça » pense en moi. Il va me falloir des millénaires pour retirer progressivement toutes mes projections sur mon entourage, et en arriver à utiliser un paratonnerre pour détourner la foudre de mon toit.

Comment se présente l'univers dans lequel je vis en 1998? Et bien cela ne fait pas si longtemps, depuis le début des années vingt, que je suppose que l'univers a eu un commencement, le fameux Big Bang que les « créationnistes » ont accueilli avec un tel enthousiasme que l'un de ses initiateurs, l'abbé Lemaitre, demanda au Pape de modérer son soutien qui risquait de le discréditer dans le milieu scientifique. Il avait bien raison, car commencement n'est pas synonyme de création. Et ce n'est que dans le début des années soixante, avec la découverte des « cendres » de l'explosion primitive sous la forme du rayonnement fossile à 3° K qui baigne l'univers, que j'ai eu la certitude que celui ci avait bien eu un commencement.

Tout ce que je peux dire, c'est que l'univers qui m'est connaissable aujourd'hui a connu un instant T0 qui a vu apparaître simultanément le temps, l'espace et la matière énergie. Qu'y avait-il avant ? Poser cette question revient, toutes proportions gardées à se demander où situer un point 1 km au nord du pôle Nord ! La question n'a pas de sens : que peut-il y avoir avant le temps ? La science et la raison s'arrêtent à cette frontière et s'interdisent cette question. Poésie, philosophie, religion et métaphysique ne s'en privent pas. Je sais aussi que les constituants ultimes de mon corps, ses atomes de carbone, d'hydrogène, d'azote, d'oxygène et de fer sont nés il y a quelques milliards d'années dans l'explosion d'une ou plusieurs étoiles géantes. Rien ne distingue un atome de fer de mon corps, d'un atome de fer de la lame de mon couteau. Il n'y a pas si longtemps les scientifiques et les religieux étaient encore irréductiblement opposés sur ce point : jamais la matière inerte ordinaire ne pourrait être confondue à la matière vivante qui bénéficiait, elle, d'un « plus » d'origine divine.

Et pourtant L'accord est maintenant général pour admettre que la différence entre matière vivante et matière inerte est une question d'organisation de la dite matière. Cela ne décourage pas pour autant les tenants d'un « vitalisme » désuet : ils se contentent de décaler le problème en faisant assumer cette organisation par une instance supérieure transcendante qui en indique le plan « de l'extérieur ». Toutes les traditions, religions et philosophies se plaisent à opposer matière et esprit et à prôner la suprématie de celui-ci sur celle-là. Soit. Mais qu'est-ce que la matière ? Einstein le premier, a formulé E = MC2 qui énonce qu'il y a équivalence entre matière et énergie, et la physique quantique quand on la pousse dans ses derniers retranchements nous déclare qu'en dernière analyse, la matière telle que nous la concevons se réduit à une matrice de probabilités, et qu'en tout état de cause, il est par essence impossible de la situer précisément à la fois en vitesse et en position. La notion même de particule ne coïncide plus avec le sentiment primaire que nous en avons : il faut comprendre qu'un électron par exemple n'est pas une petite bille qui se déplace, mais un champ qui s'étale à l'infini et qui possède simplement plus de chances de pouvoir être observé en certains points qu'à d'autres en fonction des informations que l'on attend de son observation. Et si la matière nous paraît bien réelle et solide, ce n'est qu'en vertu du principe d'exclusion de Pauli qui interdit à deux particules au sein d'un système d'occuper le même niveau d'énergie. Il est d'ailleurs intéressant de rapprocher cette connaissance que nous avons aujourd'hui, du premier chapitre de la genèse que l'on peut traduire ainsi : « Au commencement que Dieu créa le ciel et la terre, la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de dieu tournoyait sur les eaux. »

Qu'est-ce que l'esprit ? Curieusement, il n'y a, semble-t-il aucune formule mathématique, physique, chimique ou autre définissant l'esprit. Cela serait pourtant bien commode, et éviterait sûrement bien des empoignades sur le sens des mots. Le simple fait qu'il n'y ait toujours aucune référence absolue de ce terme alors que les hommes en parlent depuis qu'ils pensent, me semble prouver qu'il recouvre des quantités de sens différents, et que le concept n'est pas réductible à une définition. Belle découverte, me direz vous ! Au premier abord en effet, on dirait bien que je viens d'enfoncer une porte ouverte. Mais est-ce si sûr que cela ? En tout cas cela fait déjà ressortir la curiosité qu'il y a, à vouloir mettre en opposition deux termes, dont l'un est parfaitement défini, quoique débouchant apparemment sur le vide, et l'autre ressemble, dès le départ, à un concept flou. Il est alors évident que l'on ne peut aboutir à rien de convaincant à partir d'une confrontation de ce type, dans laquelle, si je puis dire, les adversaires ne boxent pas dans la même catégorie. Est-ce à dire que l'on ne peut pas tenter de définir, ou tout au moins tenter de cerner suffisamment cette notion ? Je vais m'y risquer, en partant toujours et uniquement des données que la raison a mises à ma disposition, parce qu'ainsi chacun, quelle que soit la définition ou la conception qu'il en a, et qui peut présenter des différences considérables d'un individu à l'autre en fonction de sa culture et de ses options religieuses ou philosophiques, chacun donc, pourra vérifier les informations en toute « objectivité ». De la même façon que pour la matière, c'est la physique et la chimie qui m'avaient guidé, je vais faire appel cette fois à la biologie. De la même manière qu'il a été prouvé que la matière ne distingue pas le vivant du non vivant, tout converge pour nous faire penser qu'à l'intérieur du vivant, il n'y a pas de solution de continuité entre l'homme et l'animal.

Les « briques » de base du vivant sont identiques pour la fougère et pour l'homme. Il a été établi qu'il y a moins de différence entre le génome de l'homme et celui du chimpanzé, qu'il n'y en a entre celui du chimpanzé et celui de l'orang-outang. Par ailleurs si l'on admet que c'est le cerveau qui fait la différence entre l'homme et l'animal, et que l'on examine de plus près la question, il ressort que la différence de « performances » de cet organe, provient essentiellement de deux facteurs. La quantité de neurones disponible est le premier ; la quantité et non le type, car on n'a pas encore réussi à identifier des neurones qui ne se trouvent que chez l'homme et pas chez l'animal. Le deuxième est la différence d'organisation : la quantité de connexions différentes possible entre les neurones d'un cerveau humain est estimée à un nombre qui dépasse les estimations faites concernant le nombre total d'atomes de notre planète : 1080. Le cerveau humain est l'organisation la plus complexe qui existe dans l'univers (et il y en a plus de 5 milliards en fonctionnement actuellement). Depuis le premier système nerveux central identifié, celui des vers, jusqu'à l'homme, la progression se fait vers une efficacité croissante pour une meilleure adaptation à l'environnement et à son contrôle, dans ce qui peut passer pour un « but » : l'homéostasie, c'est-à-dire le maintien de la structure en l'état, ce qui nécessite des échanges constants avec le milieu, faute de quoi l'organisation se dégrade et disparaît dans l'homogénéisation et l'indifférenciation (2° principe de la thermodynamique). La complexification du système nerveux central est un avantage considérable dans cette lutte et on en voit bien le résultat.

Il y a quelque temps déjà que l'homme, avec son gros cerveau, ne s'adapte plus à son environnement : il adapte son environnement à ses besoins, avec un bonheur parfois très discutable il est vrai. À aucun moment dans cette évolution il n'est possible d'identifier une rupture fondamentale qui puisse faire dire : « Là se trouve La différence », cet élément non réductible à quoi que ce soit de connu, cette signature absolue de l'Absolu qui sous-tend en général le concept d'esprit. On peut bien sûr se refuser à accepter la formule de Cabanis pour qui « le cerveau secrète la pensée comme le foie secrète la bile ». On le peut d'autant mieux qu'elle date du XIX° siècle et que sa formulation volontairement provocante n'est pas adaptée à la réalité qu'elle prétend décrire. À la lumière des connaissances acquises aujourd'hui, je pense que l'on doit en accepter le fond (j'allais dire l’esprit) sinon la forme.

On a pu apprendre le langage des sourds muets à des singes qui manipulent correctement, et dans le contexte, plus de 400 mots. Ils ont conscience d'être, et manifestent très clairement cette identité. Doit-on leur refuser la possession de l'esprit ? Si la réponse est oui, c'est que l'on n'identifie pas l'esprit avec la conscience. Il faut donc aller plus loin et essayer de déterminer s'il y a différence entre conscience et pensée. Il semble bien que oui, car nos singes éduqués, s'ils manipulent correctement des mots et des symboles opératoires, ne paraissent pas en mesure se servir de concepts abstraits. Plus précisément, s'ils sont bien conscients, ils n'ont pas la « conscience d'être conscients ». Sautons le pas, et disons qu'ils ne pensent pas, en tout cas pas au sens ou nous l'entendons nous, humains. Peut-on maintenant identifier l'esprit avec la pensée ? C'est ce qui est assez largement admis. Pour beaucoup, c'est là que se situe le nœud de l'affaire. Il serait absurde parait-il de croire que la pensée, donc l'esprit, puisse naître ou surgir d'un processus matériel. L'esprit est, ou serait, par nature, immatériel, et n'utiliserait la matière que comme un support nécessaire pour se rendre perceptible par l'homme enlisé dans la matière. Il serait donc étranger à l'homme et en quelque sorte imposé à lui par une puissance extérieure. Adieu libre arbitre Pourquoi reculer ainsi devant la possibilité de se voir en face ? Pourquoi échafauder une hypothèse que rien n'impose ?

Il me semble que je me trouve devant le même problème que tout à l'heure avec la question du vivant, qui ne pouvait avoir qu'une origine externe, incommensurable à la simple matière ordinaire. Il me semble tout à la fois logique et simple d'admettre que la pensée est le résultat émergent de la complexification croissante d'une organisation vivante, c'est-à-dire auto organisatrice et auto reproductrice. Cela me semble plus simple en tout cas que de vouloir l'expliquer par une hypothèse non nécessaire. C'est le sens que je donne à la réponse de notre frère Pierre Simon de Laplace, astronome, à Napoléon qui s'étonnait de ne pas avoir trouvé la moindre mention de Dieu dans la description de l'univers de sa somme astronomique : « Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse. » C'est aussi dépenser une énergie folle à chercher une explication dans le passé, avec l'idée toujours sous jacente, que puisqu'il y a un univers aujourd'hui, c'est qu'il y a bien quelqu'un, Cause Première, Dieu ou Grand Architecte de l'Ùnivers qui l'a créé, et Voltaire lui-même disait : « l'univers m'embarrasse, et j'ai peine à croire que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger. » Il faut bien admettre que pour nous qui subissons constamment le mode de la causalité dans tous les phénomènes de la vie quotidienne, il est normal d'être tenté par une telle explication. C'est se faire taxer de « matérialiste » avec toute la charge d'horreur métaphysique que ce mot peut charrier dans l'esprit de certains, que d'envisager de renoncer à la notion de causalité en ce qui concerne l'univers. Et pourtant il est tout à fait possible, et je dirais quand à moi assez probable, mais cela n'engage que moi, que l'univers que nous connaissons n'ait pas de cause au sens que nous donnons habituellement à ce mot.

Les mathématiques et la théorie des quantas montrent qu'en effet le vide quantique n'est pas un néant, mais bien au contraire un « lieu de tous les possibles ». Il arrive, de façon aléatoire, ce que les mathématiciens appellent une singularité, qui littéralement « explose » du virtuel au réel, ou devrais je dire du non manifesté au manifesté, et se stabilise dans ce que nous appelons le réel. Alors nous serions le fruit du hasard ? Oui, et de la nécessité aussi, même si je n'en tire pas des conclusions identiques à celles de Jacques Monod. Mais l'univers est réglé avec une précision incroyable, disent les tenants du principe anthropique, à la nième décimale près sur un certain nombre de constantes fondamentales, une précision telle que si l'on change une seule de ces décimales la vie devient impossible dans l'univers. L'idée même de hasard est exclue ! Notre existence même limite les possibilités des lois physiques qui doivent être compatibles avec notre existence : certains processus et quantités sont inaccessibles mais on peut déduire leur existence ou leur valeur de notre présence même.

À la limite du raisonnement, l'univers est construit pour nous. Cette position me semble une renonciation à l'espoir de comprendre pourquoi le monde est comme il est, et l'idée de vouloir modifier l'un quelconque des paramètres fondamentaux de l'univers sans toucher aux autres n'est justifiée que si les dits paramètres sont vraiment indépendants. Mais s'il existe une Loi Ultime, alors ces paramètres sont corrélés et il est incohérent de vouloir en modifier un sans toucher aux autres. Quelle remarquable coïncidence que la Seine passe exactement sous les ponts qui l'enjambent ! En outre le principe anthropique ne peut pas rendre compte de toutes les régions de l'univers.

Pour « expliquer » l'homme, il est bien certain que le système solaire et la présence d'une génération d'étoiles voisines dans lesquelles des éléments lourds auront pu être formés par synthèse nucléaire est une nécessité, avec peut être même la totalité de notre galaxie. Mais où est la nécessité de l'existence d'autres galaxies, de milliards d'autres galaxies, réparties de façon à peu près homogène à grande échelle ? Un autre problème est celui des conditions à l'origine et notamment le problème de la singularité mathématique qui pose au départ de l'univers une compression infinie de la matière, de l'énergie et de la courbure de l'espace temps. Or on ne peut rien tirer de calculs basés sur des infinis, et ces concepts perdent alors toute signification, et l'ensemble des théories scientifiques actuelles fondées sur une base spatio-temporelle cesse de s'appliquer. Si bien qu'à supposer qu'il y ait des événements antérieurs au Big Bang, on ne pourrait pas prédire à partir d'eux l'état actuel de l'univers, parce que la prédictibilité serait rompue au moment du Big Bang. Cela signifie que l'existence ou la non existence d'événements antérieurs au Big Bang est purement métaphysique ; ils n'ont aucun effet sur l'état actuel de l'univers. (On peut encore imaginer que l'univers a été créé par un agent extérieur mais à un certain instant légèrement postérieur au Big Bang)

Si l'espace temps a un bord ou une limite au niveau d'une singularité, le vrai problème est que les lois de la science ne déterminent pas l'état initial de l'univers, mais seulement la manière dont il évolue ensuite. Une des hypothèses possibles est que l'espace quadridimensionnel qui résulte de la fusion de l'espace et du temps se courbe pour former une surface close sans aucun bord ni limite, d'une manière analogue à la surface d'une balle, mais en quatre dimensions. La totalité de l'espace temps est finie et sans limite. L'univers est autosuffisant et n'a pas besoin de conditions aux limites. Il ne s'agit bien sûr que d'une hypothèse, émise par le physicien Stephen Hawking, et nullement prouvée à l'heure actuelle, mais dont la simplicité extrême et l'élégance satisfont pleinement au principe du rasoir d'Ocam, c'est-à-dire au principe d'économie. Ainsi donc, si j'affirme que la pensée peut naître spontanément de la matière, et que l'univers, s'il a bien eu un commencement n'est pas le résultat d'une création par un Principe Supérieur, non seulement je nie Dieu, mais je suis en contradiction avec la déclaration de principe de la Grande Loge de France à laquelle j'ai prêté serment lors de mon initiation. Il y a toutefois dans ce « haut le cœur », ce qui me semble être une identification de Dieu et du GADLU à un seul et même concept, et me paraît pour le moins abusif.

Je crois qu'il serait bon de traiter séparément les deux questions, et surtout de ne pas les confondre. La question la plus facile à aborder, selon moi, est-elle de Dieu, alors je vais, si je puis dire, lui régler son compte rapidement. Je n'ai jamais dit que Dieu, ou n'importe lequel des noms sous lequel on le camoufle en fonction de son interlocuteur, n'existait pas. J'ai simplement dit, comme notre frère Laplace, que c'était une hypothèse dont je n'avais pas besoin pour rendre compte de l'état de l'univers aujourd'hui, homme compris. À la lumière de ce que la science contemporaine apporte à notre réflexion, il me paraît utile pour ne pas dire impératif, de reconsidérer la conception que nous nous faisons de la divinité, de la transcendance et des rapports que l'homme peut entretenir avec lui-même, ses semblables et la dite divinité. Le dieu que l'on peut insérer dans l'histoire de l'univers, un bref instant après le Big Bang comme « créateur », est une possibilité qui ressemble de fort près à l'Eros grec, géniteur d'Ouranos et de Gaïa, au deus absconditus qui s'est retiré loin de sa création avec laquelle il n'interfère plus, un dieu qui convenait fort bien à Platon et Aristote qui ne désiraient pas tellement en fait que quiconque se mêlât des affaires humaines. Il est en pratique si insignifiant qu'on peut bien le considérer comme une hypothèse non nécessaire sinon inutile.

Dans la grande majorité des traditions et notamment dans la Bible, Dieu fait l'homme à son Image. Je suggère simplement de renverser la proposition. Bien sûr que Dieu existe, puisque nous le pensons et le créons, depuis le premier soir où un homme a regardé les étoiles pour une autre raison que de retrouver son chemin vers le campement du clan. Mais le Dieu auquel je pense, puisque nous l'avons créé à notre image, n'est pas éternel, car n'est éternel par définition que ce qui n'a ni commencement ni fin. Il peut donc évoluer et c'est bien ce que nous montre la lecture de la Bible qui est l'une des trois grandes lumières du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Est-ce que l'on ne voit pas Dieu évoluer lentement à travers les siècles, du chef de bande cruel, jaloux et vindicatif qui maudit le pécheur (passe encore, c'est son rôle), mais aussi sa postérité, à celui qui prône l'Amour comme Loi et se laisse clouer sur une croix infâme en s'écriant : « Père, pardonnes leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » Et puisque les mots que je viens de prononcer pourraient passer pour un blasphème ou une provocation suivant le point de vue de tel ou tel frère, je vais m'appuyer sur la Bible elle-même.

Tout commence bizarrement, puisque Yahvé, après avoir créé l'homme lui interdit sous peine de mort de goûter du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Finalement, et parce que le serpent a joué un mauvais tour à l'homme, il se contente de le bannir du jardin d'Eden pour qu'il n'accède pas en plus à l'arbre de vie (Genèse I, 2,17 et 3). Par la suite, il ira plus loin en décidant d'effacer purement et simplement sa création : « je vais effacer de la surface du sol les hommes que j'ai créés Ñ et avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel -, car je me repens de les avoir faits. » (Genèse II, 7). Que l'homme n'ait pas répondu à son attente, soit, mais que lui ont fait les oiseaux du ciel ? Je passerai sur le sadisme apparent que l'on peut déceler dans le sacrifice qu'il exige d'Abraham, car les niveaux de lecture possibles sont nombreux et celui que je viens d'évoquer pourrait passer pour primaire, voire primitif. Mais on peut s'interroger, et en tout cas, moi, je m'interroge sur ce dieu qui « ne laisse rien impuni, lui qui châtie la faute des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération » (Nombres 14,18), et promet quarante ans d'errance dans le désert au peuple qu'il a sorti d'Egypte pour se venger de la peur éprouvée par les Hébreux de se heurter à plus forts qu'eux en voulant s'approprier une terre occupée par de légitimes propriétaires. (Nombres 14, 27 à 38).

Quelle différence peut-on faire dans la conquête lente et guerrière d'un territoire par Israël telle que la Bible en donne l'exemple avec l'occupation du territoire des Amorites (Nombres 21,31 et 32), et celle de la prise de la ville d'Aï sur les ordres précis de Yahvé (Josué 4) ? Lorsque c'est Yahvé qui commande en chef, on a plus de détails sur les horreurs commises et qui seraient aujourd'hui qualifiées de crimes contre l'humanité, puisque ni femme, ni enfant, ni animal n'est épargné et que les victimes sont complaisamment décomptées par milliers. Cette évolution n'est-elle que celle de l'image que nous nous faisons d'un Dieu éternel et donc, puisqu'éternel, extérieur au monde, ou bien comme je le crois, l'image de notre propre évolution, de notre spiritualisation et de l'émergence progressive à partir d'une communauté humaine de plus en plus nombreuse et à la complexité croissante, d'un idéal qui est effectivement transcendant par rapport à chacun des membres qui concourt à son élaboration ? Cette instance, le psychologue Paul Diel l'appelle le « surconscient » et Joël de Rosnay, dans un autre registre le rejoint en nous parlant de l'émergence très concrète de ce qu'il appelle le « symbionte », complexe naissant de l'activité technicienne des hommes de la fin de notre siècle.

A la lumière des informations en ma possession actuellement, je pose l'hypothèse suivante. En admettant que les quarks qui composent le proton aient une conscience, ils composent un système, le proton, dont ils n'ont pas conscience de la nature et dont les qualités ne peuvent être déduites de, ou réduites aux, qualités intrinsèques des quarks. L'association du proton et de l'électron donne naissance à un atome d'hydrogène dont les propriétés échappent totalement à l'éventuelle conscience du proton et de l'électron. Les atomes qui composent la molécule de benzène ne peuvent imaginer que celle ci fit rêver le chimiste Kékulé. La cellule s'intègre dans un ordre de niveau supérieur, l'organe, et celui ci se fond dans l'unité d'un corps. A chaque niveau d'analyse correspond un niveau de pertinence et d'intégration autonome, et jusqu'à l'apparition de la pensée, les différents niveaux sont étanches les uns aux autres.

Avec l'homme et la pensée apparaît un phénomène totalement nouveau : le niveau humain prend conscience de cet emboîtement structurel et il peut donc concevoir qu'il participe lui même, à son tour, à la formation d'un niveau d'intégration qui lui est transcendant. Ce niveau supérieur, il le crée par sa seule existence, et sans lui il n'existerait pas. Mais il est bien évident que ce plan supérieur rétroagit sur chaque individu qui le compose, de la même manière que j'interviens consciemment ou non sur l'intégrité de mon propre organisme. Si l'homme crée Dieu, Dieu à son tour crée l'homme, et ce n'est pas le rituel de l'apprenti qui me contredira : « Etes-vous Franc Maçon ? Mes frères me reconnaissent pour tel. » L'ordre n'existe que parce que des frères le composent, mais ces frères ne sont reconnus comme tels que parce qu'ils participent de l'Ordre. Ce plan supérieur qui émane de l'homme, qui émerge de la matière, depuis que l'homme a commencé a s'interroger sur le monde et sur lui même, il a été nommé par les diverses traditions Baal, Yahvé, Dieu, Shiva, ou Allah Bien sûr que Dieu existe, mais à mon sens l'erreur est d'en placer l'origine dans le passé, « in illo tempore », et de passer notre temps à essayer de faire retour à une unité qui ne peut être d'après ce que nous dit notre raison que le Chaos, c'est-à-dire la complexité du lieu de tous les possibles et non le désordre. Nous devrions tendre à organiser l'Ordre qui n'est pas la simplicité, mais la dualité antagoniste assumée, la complexité maîtrisée.

Le passé de Dieu n'est en définitive pas très intéressant : il se confond trop avec notre animalité instinctive. De surcroît il ne nous permet pas de répondre d'une façon cohérente aux problèmes millénaires de la faute, du mal, et du bien, pour n'évoquer que ceux là. C'est son avenir qui m'intéresse, car il est beaucoup plus que mon propre avenir : il est celui de l'Homme et cet avenir, je participe à sa détermination par mes actes et mes pensées. Vous remarquerez au passage que cette proposition implique que je croie à l'efficacité de la prière : ce n'est pas si banal pour un mécréant ! La cérémonie de la Chaîne d'Union ne peut-elle être considérée comme une forme de prière et tous ceux qui y participent ne ressentent-ils pas confusément qu'il s'en dégage, à certains moments, quelque chose qui dépasse chacun des participants ? Mais il convient bien de ne pas tout mélanger. Le pavé mosaïque nous précise parfaitement qu'il y a le blanc ET le noir, et que pour exister en tant que pavé mosaïque, le blanc doit rester blanc et le noir noir. Il n'y a pas de place pour un pavé moyen uniformément gris qui ne pourrait signifier que la mort par indifférenciation.

Je peux parfaitement aller prier au temple, à la mosquée, à l'église ou à la synagogue en participant affectivement à la conception que je ressens de la divinité par l'entremise de mon cerveau droit. Mais dans le Temple Maçonnique, c'est à mon cerveau gauche que je fais appel, à la voie initiatique d'un long et difficile travail de la raison, que je dois pouvoir à tout instant confronter à celui de mes frères à qui je pourrai exposer clairement le chemin sur lequel j'avance, et qui avec la même simplicité pourront m'éclairer sur leur propre voie. Je prie Dieu, mais j'invoque le Grand Architecte de l'Univers. Ce n'est pas du tout la même chose, même si c'est complémentaire et indissolublement lié ! Ce Dieu qui émerge de l'humanité, cet Idéal vers lequel je tends, le Surconscient en un mot, me laisse libre de mes choix et le manquement à l'idéal comporte en soi même sa sanction : les grands mythes grecs ne disent pas autre chose. Je n'en prends qu'un exemple très simple, celui du roi Midas. Avide de luxe et de luxure, Midas ayant demandé et obtenu une faveur de Dyonisos, souhaita que tout ce qu'il toucherait se transformât en or. Satisfaction lui ayant été donnée, il faillit mourir de faim, avant de se repentir et de recommencer d'autres bêtises du même genre, également punies de la même manière. Tout l'idéal grec de mesure et d'équilibre est là. Si je prends la peine de pousser un peu plus avant l'analyse, je m'aperçois que la même « loi » qui s'applique au domaine purement matériel est également valable dans celui du Surconscient : c'est la connaissance de la loi qui me donne pouvoir sur le monde, et en me conformant à la loi, je peux réaliser ce qui en apparence peut sembler contraire à la loi. Si je connais la loi de la gravité, je peux utiliser la force d'une chute d'eau pour m'élever au-dessus du sol par l'intermédiaire d'un mécanisme simple, en apparente contradiction avec la loi. C'est la connaissance de la loi, et la soumission à la loi qui me rendent libre De la même manière, je peux décider de participer consciemment à l'émergence du Surconscient, ou m'en tenir à l'écart.

Le paradoxe est que si j'en nie l'existence, la liberté que je crois posséder n'est qu'une illusion, et je suis en réalité totalement soumis à l'influence de ce que je nie, alors que si je prends conscience de n'être qu'une infime partie d'un tout qui m'est transcendant, j'accède à un plan supérieur de connaissance et de responsabilité qui me rendent véritablement libre parce que conscient des contraintes et des limites qui s'imposent à moi. La voie de la soumission à Dieu et de la prière, et celle de l'initiation et de la connaissance ne sont pas opposées : elles mènent probablement toutes deux à la même réalité, mais par des chemins différents qu'il ne faut pas confondre. À chacun de doser en fonction de son tempérament et de son expérience propre, celui qu'il privilégiera à un instant donné, tout en gardant présent à l'esprit à tout moment, à quelle partie de lui même il confie les rennes. Mais si je peux considérer avoir réglé par ces considérations le problème de Dieu, il faut bien reconnaître que celui du GADLU reste entier. La Franc-Maçonnerie de R\E\A\A\ repose sur trois dogmes : La Franc-Maçonnerie n'impose aucun dogme. La Franc-Maçonnerie repose sur la croyance en un principe créateur qu'elle nomme GADLU. La Franc Maçonnerie n'impose aucune limite à la recherche de la vérité. Il est bien évident que l'ensemble de ces trois propositions est contradictoire, et qu'on pourrait en toute rigueur le taxer d'incohérence.

L'important à mes yeux est le mot croyance, qui laisse la porte ouverte à toute réflexion et évolution, grâce à la possibilité de recherche et au refus de toute solution imposée. Et si je mets la notion de GADLU au dessus, si je puis dire, de celle de Dieu, c'est parce qu'elle est en effet au-delà de l'homme, au-delà de l'univers connu et connaissable. La physique et la psychologie convergent curieusement avec Pauli et Jung pour émettre l'hypothèse qu'en dernière analyse, au-delà du champ de nos investigations possibles par nature, au-delà du vide quantique et des archétypes, il y a vraisemblablement une unité, inaccessible et inconnaissable, dont le monde que nous percevons est un aspect duel et partiel. Est-ce la Déité dont nous entretient Maître Eckhart dans son sermon 49: « désert silencieux, silence simple, immobile en lui-même et par l'immobilité duquel toutes choses sont mues, et sont conçues toutes les vies », est-ce le GADLU? Je ne sais pas, et je ne saurai peut-être jamais. Tout ce que je sais, c'est que je vais continuer à chercher.

Source : www.ledifice.net

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