Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Articles récents

A L’Est d’Eden

16 Juillet 2012 Publié dans #Planches

« Les idées ne mènent pas le monde, mais rien d’humain ne dure ni ne grandit sans elles. » (moi-même !)

En proposant les principes d’Education et de Transmission comme premier thème de travail nous souhaitons engager notre obédience dans une réflexion, toujours d’actualité, et dont les conclusions puissent « servir » la cité. Nous devons donc dépasser la pure spéculation intellectuelle, pour engager notre travail dans l’action et honorer en cela notre part de maçonnerie opérative.

Nous caressons l’ambition à la GLCS de bousculer le confort des consciences, de désenclaver les traditions et pourquoi pas d’influer sur des décisions. Nos sociétés ont besoin de retrouver le chemin du sens, elles ont besoin de redécouvrir les richesses du rêve, du mythe ou de l’utopie. C’est parce qu’elles semblent être en panne de projets et de perspectives, que les extrêmes occupent le champ en jachère de la conscience et de la spiritualité.

Puisque nous caressons l’ambition d’inciter le politique à prendre en compte notre réflexion, nous pourrions par exemple proposer le lancement d’un concours : Imaginons la cité idéale.

Et parmi les projets d’architectes, nous pourrions être appelés à « plancher » sur une « reconstruction » des mentalités, des comportements et des règles de vie en humanité, avec notre mode de pensée original, spirituel et universel.

Pour cela, comme nous le suggérait en comité un apprenti, notre premier apprenti, nous devons avoir un cadre aux questions à l’étude de nos loges, une organisation dans notre travail de réflexion, une méthode et un modèle. Un modèle qui nous serve de perspective commune, un modèle que chaque frère et chaque soeur pourra enrichir en apportant sa pierre à l’édification de cette cité idéale que nous avons appelée « Utopie ».

Il appartiendra alors à chaque intervenant d’avoir toujours à l’esprit cette finalité essentielle : donner à penser le modèle, le cadre de vie ou la loi idéal, dans une cité dont nous acceptons sans scrupule qu’elle puisse être mythique et par la même utopique.

Il m’incombe de plancher le premier sur ce thème. J’ai donc tout naturellement choisi de commencer par le commencement, d’évoquer la Genèse, l’histoire des origines, et d’y révéler les failles, les manquements, les désordres, tout ce qui s’est déjà passé, mal passé, et qui aurait dû nous inciter à plus de clairvoyance.

Je vous propose donc qu’ensemble ce soir nous tentions de décrypter un passé mythique pour esquisser les contours d’un futur utopique ! J’ai choisi pour cela, le premier couple de l’histoire de l’humanité, le premier embryon de société et la première famille constituée.

Il y avait mille façons d’aborder les échecs de leur éducation et de leur transmission, ou plutôt de l’absence d’éducation et de transmission. Par goût personnel, j’étais enclin à traiter le sujet et à disséquer leurs comportements par la philosophie et l’exégèse, mais eu égard à la finalité de notre engagement, j’ai choisi l’abord sociologique, parfois même psychanalytique.

Comme cette approche est nouvelle pour moi, je vous demande de bien vouloir en pardonner le style et de nous aider par vos questions et vos apports à enrichir ce travail que j’ai appelé : « A l’Est d’Eden. »

Nous vivons un temps de désillusion. C’est vrai aujourd’hui, comme ça l’a été à l’origine. Parce que comme le dit le prophète Jérémie, nous n’avons hérité que mensonges de nos pères. L’épouse Eve, trompée par le serpent, va mentir à Adam son mari, qui se mentira à lui-même, et ensemble ils mentiront par omission à leurs enfants Caïn et Abel, enfants sans amour, sans caresse, sans règles de vie, sans éducation.

Voilà peut-être pourquoi les enfants rêvent d’autonomie et s’imaginent pouvoir vivre selon leurs propres lois, réinventées, idéalisées ; leurs propres codes, leurs propres langages dont ils lacèrent, écorchent, humilient les règles de base que les maîtres enseignent.

Vertige d’indépendance, panique, qui conduit inévitablement à l’isolement dans l’autonomie et qui aboutit inexorablement à la révolte. Cette révolte qui a la couleur de la liberté, mais qui n’en est qu’une pâle contrefaçon. En effet, la révolte immobilise dans l’attitude du refus, dans l’obstination du rejet et dans l’impasse d’un nouveau mensonge.

Nous retiendrons donc cette première leçon qui veut que nous ayons à casser ce cercle infernal du mensonge de nos maîtres, de nos parents, de nos dirigeants qui entraîne une révolte stérile et un enfermement dans la chimère d’un nouveau mensonge.

Nous sommes loin, très loin de l’Emile de J.J. Rousseau, élève devenu homme, mari et père, qui s’adressait en ces termes à son vieux précepteur : « Restez le maître des jeunes maîtres. Conseillez-nous, gouvernez-nous, nous serons dociles. Tant que je vivrai j’aurai besoin de vous. J’en ai plus besoin que jamais maintenant que mes fonctions d’homme commencent. Vous avez rempli les vôtres ; guidez-moi pour vous imiter, et reposez-vous, il en est temps. » Une déclaration que j’aurais tant aimé dire à mon père et que j’aimerais tant entendre, un jour, de mes enfants !

Mais ne rêvons pas trop et essayons modestement d’ouvrir un volet sur l’avenir de cette cité, appelée utopique.

Pour cela, sans piétisme naïf, nous tenterons de renouer avec l’histoire, avec un passé et des textes qui nous ont racontés de belles réussites, mais aussi de dramatiques échecs. Echecs faits d’erreurs, de mensonges, de fourberies de ces lointaines familles, évoqués peut-être pour nous laisser inventer dans des non-dits, une manière d’être véritablement humains.

Mais ce retour à la mémoire ne serait qu’une vulgaire régression s’il n’était garanti par un projet fondé sur la spiritualité et sur l’ouverture à toutes les cultures, littéralement conforme au patronyme de notre obédience, la bien nommée !

Il y a cependant paradoxe à vouloir nous dégager de l’emprise du passé et en même temps à retrouver, dans leur pureté, les intuitions de l’origine, car le retour à l’ordre, à la tradition fossile, pourrait être une mauvaise rechute dans l’ornière.

Ne craignons pas de rompre avec un passé simple pour renouer avec un passé antérieur, si riche d’enseignements et véritable exemple de vies sous le voile des symboles ou des allégories.

Un exégète écrivait : « Dans la Bible, Moïse ne parle nulle part ni de l’âme, ni de son immortalité, ni d’une vie future, ni d’une récompense ou d’une punition dans une autre vie, ni d’un paradis céleste ou d’un enfer. Il ne s’occupe que de cette vie, de la société actuelle, du temporel, du bonheur sur terre, sans jamais dire un mot sur un bonheur dans une autre vie spirituelle ».

Mettons à nu les réalités de la vie sensible pour prendre conscience du poids réel des choses, que des siècles de latence et d’abstraction avaient émoussée.

Etudions alors l’humanité, celle du sixième jour, masculine et féminine à la fois qui, par sa sexualité indéfinie, prouve qu’elle peut être universellement indifférenciée.

Et l’histoire nous dit que la cassure de cette « entente sexuellement cordiale », du moins à l’origine, va faire émerger du septième jour, une individualisation narcissique et meurtrière.

L’ « adamicité » est donc à la fois une vocation, un cheminement et une source de virtualités, mais en aucun cas une essence.

Adam n’est pas le père de l’humanité, il est l’humanité. Il est l’humanité en tant qu’elle ne peut pas être engendrée, puisque antérieure au temps.

Alors que la vie éternelle lui était promise, le texte nous dit qu’Adam vivra cent trente ans. Mais savait-il seulement qu’en transgressant la Loi, il se condamnait à mort ?

Là le texte devient paradoxal. D’une part il nous décrit Adam mal dans sa solitude et d’autre part il décrit, avec un luxe de détails, les incompatibilités d’humeur, de co-existence de ce premier embryon de société.

Que voulait donc nous dire l’histoire ? A qui impute-t-elle la faute ? Au projet divin, au désir humain de l’Adam, à l’envie gourmande d’Eve, à la tentation ondulante du serpent, ou bien à la nature avec ses arbres provocants plantés à l’Est d’Eden ?

A cette provocation de l’histoire, notre tentation sera de chercher une réponse. Et puisqu’il est fait état d’un testament, ouvrons-le ! Et là, la Bible testamentaire nous dit que la première part d’héritage léguée aux enfants de la première humanité fut un fatal attrait pour le meurtre et un goût morbide de la mort, au-delà de tous liens, fussent-ils fraternels.

Ce premier brouillon d’une famille à visage humain, va nous dévoiler dans sa désunion, cette impossibilité du vivre avec l’autre. Elle va nous décrypter l’infernale mécanique « tue-frère ».

Le texte est énigmatique, tantôt il évoque Adam non comme un nom propre, mais comme ébauche de l’homme ; et tantôt il parle de « l’Adam », c’est à dire l’humanité. Adam, l’homme, serait donc conçu comme le destin de l’Adam, de l’humanité.

En Ge 4,1-8 nous lisons « et l’Adam connut Eve sa femme ».

Le destin se conjugue donc au féminin. La femme est bien le destin de l’homme. Il apparaît alors évident que et embryon d’humanité, confronté à sa seule existence, avait besoin d’un pendant pour exister. Comme si l’homme, dans sa solitude narcissique dans le jardin d’Eden, aussi gratifiante fut-elle, avait besoin de casser le miroir, de se plonger en eaux troubles, celles qui déforment notre reflet égoïste.

La question de l’individualité suit donc immédiatement celle de l’humanité. Adam est le nom générique, entier, de la première génération et ses fils vont exister pour dévoiler l’individualité à la deuxième génération. A ce moment de l’histoire, le plan est tout sauf social ! Chacun pour soi et Dieu seul sait vraiment pour qui !

Il y a donc bien eu un premier couple, vécu comme une première difficulté à vivre ensemble, Puis une première famille, projet en échec dés sa « conception » (conception dont on n’a d’ailleurs aucun modus opérandi !)

Que dit Eve, notre première maman ? elle dit, textuellement : « j’ai acquis une individualité ajustée au Tétragramme », c’est à dire littéralement « j’ai eu un enfant avec Dieu ! ». Et immédiatement après, il est dit : « en outre, elle engendra son frère Abel ».

C’est dans ce climat particulier que Caïn vient au monde, comme une sorte de demi-dieu, dans un Jardin passablement effeuillé. Né de père inconnu, il est néanmoins le fils de la femme ; alors qu’Abel, dont le nom signifie l’insignifiance, arrive dans ce monde mal remis du tohu-bohu, comme un « rajout », « En outre … » dit le texte.

L’un des frères, l’aîné est essentiel, destiné à dominer la création, l’autre, le puîné est superflu. Pourtant, Hevel, le second fils, aurait pu être un second souffle, comme son nom l’indique, pour cette famille en décomposition. Mais c’est la hiérarchie qui s’est instaurée, le maître garde le privilège de la raison, l’esclave exécute. Comme Rémus incarnant l’esprit civique face à Rémulus présenté comme une menace pour le groupe.

Les deux frères pourraient être complémentaires, ils sont antagonistes.

Abel, le transhumant, applique sa loi au bétail soumis, docile, domestiqué ; et Caïn, le besogneux, subit la loi de la nature, de la croissance des végétaux.

Paradoxe des hiérarchies, paradoxe des perspectives. Abel doit se tenir à l’écart de son frère et du sol, il est nomade et refuse de s’installer dans un lieu d’exil. Mais où va-t-il ? Le nomade se veut présent au devenir du monde, mais sans jamais s’y mêler. Voilà pourquoi le statut du nomade, de l’errant, va se modifier très sensiblement au fil du temps.

Plus Caïn s’enracine et s’emmêle au sol d’exil, plus Abel se détourne de lui pour préserver la pureté de son dessein. Et plus Caïn est livré à lui-même, méprisé de son frère, plus il se laisse emporter par le vertige de son travail sans principes. Seul impératif, produire, privilégier la quantité, l’effet de masse, à la qualité. Rien ne le détrompe de ce sentiment de puissance qu’il éprouve dans la peine qu’il prend. Pendant qu’Abel esquive et laisse en suspend tout contact, toute visite si temporaire soit-elle au frère sédentaire. Abel est toujours ailleurs et jamais là où il faut quand il le faut.

Entre le jeune appétit de maîtrise de Caïn, vert et turbulent, et l’exigence d’Abel, trop entière, il ne peut y avoir dans la rencontre que heurt et incompréhension.

Caïn attestera par son meurtre que seule l’épreuve de force va décider de qui possède l’essence adamique, définitivement.

Pour Abel, il était bon pour lui que ses parents ne lui soient plus rien, eux qui avaient failli. Il est essentiel pour lui de prendre ses distances à l’égard d’une fatalité de leurs lacunes.

« Tu honoreras ton père et ta mère » dit notre cinquième Commandement. Si honorer c’est estimer, apprécier, c’est aussi discriminer. Abel rend ainsi justice à ses parents, mais seulement comme fondateurs. Il s’émancipe de leur autorité. Il veut brûler l’étape humaine du septième jour.

Caïn, lui, est un prématuré. Il ne comprend que la réalité du troisième jour de la Création. Il n’est encore qu’au stade végétal.

Son travail est donc doublement aléatoire, oeuvre d’un être inapte sur un sol inadéquat.

Il croit qu’être le fils d’Adam, c’est travailler, alors que ce travail est à situer dans la perspective d’une reprise de la Création, de son achèvement, selon la ressemblance au divin. En s’identifiant à sa fonction, il transmue son incomplétude en perversité. Travailler pour travailler devient pour lui la référence ultime, délirante. Caïn se trouve entraîné dans l’idolâtrie de sa fonction et s’épuise au service d’un travail faussé, qui ne peut le mener qu’au « retour à la poussière ».

Un travail qui ne correspond pas, ou ne correspond plus, à un projet ne peut donc pas être agréé. Comme aujourd’hui ces institutions fossilisées dans des slogans, ankystées dans l’ignorance de l’autre, fut-il frère, et absentes des débats et de l’action.

Quand il n’y a plus de réflexion, il n’y a plus de parole et il n’y a plus de vie. Et entre le dialogue et le mutisme, ce sera le meurtre qui sera l’arbitre.

« Et Caïn dit à Abel : et il le tua. » C’est littéralement ce qui est écrit. Quand Caïn tente le dialogue, Abel lui oppose le mépris. C’est la fureur et le désespoir qui seront leurs seuls interlocuteurs à l’Est d’Eden. Ils sont tous deux coupables.

Notre monde meurt encore aujourd’hui de cette fatale incompréhension.

Si la réussite de la fraternité est un enjeu sans égal, cette première rencontre de deux frères en sera le contre-exemple absolu, suivi de près par celui d’Isaac et d’Ismaël, de Jacob et d’Esaü ou de Joseph et ses frères. Véritable saga de frères ennemis.

Le malentendu naît de ce que Caïn ne considère Abel que comme un alter ego qui réussit là où lui vient d’échouer, parce que plus habile ou plus chanceux. Il confond la domination avec la possession. Abel ne peut voir en Caïn qu’un cultivateur et non un frère ; et Caïn ne voit que des ovins encombrer ses champs.

L’histoire ne conclura en faveur ni de Caïn ni d’Abel. La terre mal guérie de son chaos primordial répugne à rentrer dans l’ordre. En ce qu’il est issu de la poussière, l’Adam, l’humanité, résiste mal à la fascination de « retourner à la poussière ».

Voilà d’ailleurs en quels termes le psychologue Claude Birman nous interpelle : « L’humanité entière est-elle embarquée dans l’aventure de Caïn ? Si l’on en reste là, les possibilité d’avenir se trouvent limitées à une triste alternative : au pire, un échec absolu à court terme, qui transforme en peine capitale le simple bannissement signifié à Adam ; au mieux, une survie sans illusions, dans la contingence, bercée par le prêchi-prêcha des moralistes, crispés dans l’art d’éviter le pire, habiles à compenser le manque de saveur d’un présent prudemment étriqué par la promesse d’hypothétiques jours meilleurs. »

Le constat est douloureux. Souvenons-nous, la première génération cohabitait dans le silence et la deuxième génération s’est isolée, exilée elle aussi dans l’absence de communication.

Le premier verset du premier chapitre du premier livre de la Bible, Béréshit, pose le problème de l’anarchie, d’un commencement dans le tohu-bobu ; et comme en réponse à cette question soumise à l’humanité en devenir, le prologue de Jean va dire qu’au commencement était la Parole.

Entre ces deux temps de l’histoire biblique, c’est la parole (et la Parole) qui veut se poser comme lien possible entre les cultures et entre les générations.

Mais Abel est mort et avec lui la possibilité que son intention aboutisse. Sa mort fige une situation inachevée et Caïn se livrera à l’errance. Privée de repère, sa descendance sera de plus en plus erratique, jusqu’à ce que sa lignée soit totalement effacée avec le déluge.

Alors quel recours aurait-on pu imaginer pour la postérité adamique ? Et de quoi la Bible nous parle-t-elle ? Après avoir évoqué les tares d’une mésalliance Adam et Eve fondée sur la recherche narcissique d’un autre soi-même, elle nous parle d’une Alliance comme solution aux crises qui s’annoncent.

Adam, en attente de sa mutation, de son animation, va recevoir en plein visage, dans ses narines, ce souffle de vie qui va révéler l’identité de soi.

Mais que faire de ce « je » ? L’anti-couple Caïn-Abel, le « nous » primordial, va briser cette identité prometteuse dans une forme d’inhumanité, humanité informe.

Nous ne sommes « hommes » que dans la mesure où nous ne sommes ni Caïn ni Abel.
Les individus d’Eden n’ont qu’un point commun, qu’une oeuvre potentiellement commune : prendre soin du jardin.
D’abord tiré du sol, l’homme va devoir le travailler, le cultiver, se le rendre conforme. Gloire au travail dit-on en franc-maçonnerie !
Mais le travail de Caïn est cyclique, tout n’est que recommencement, répétition sans renouvellement, sans invention, sans originalité, sans utopie.
Si Caïn travaille le sol, il ignore qu’il a aussi à le garder pour mieux le transmettre.

Rappelez-vous le constat de Caïn : « Je ne savais pas que j’étais le gardien de mon frère ». Voilà la première lacune d’une transmission non assumée. La garde évoquée par Caïn est occultée simultanément quant au sol et quant à soi. Ce manque de transmission prédispose Caïn aux mêmes défaillances que sa mère, il hérite de la « possessivité » d’Eve, de ce caractère équivoque qui consiste à « prendre possession ». Caïn est son fils, parce que comme elle, il méconnaît l’ordre de garder.

Si Eve est responsable, elle n’est pas la seule coupable. Adam est en flagrant délit de manque de vigilance. Sa désinvolture, son désintérêt pour son couple, pour sa famille, pour son jardin, rend la relation au sol totalement désorganisée. Le sol sera maudit à cause lui.

C’est la dérégulation, la désorganisation qui fait la faute. Voilà un sol chaotique, un couple désorganisé, une génération sans règle ! C’est la même race d’hommes qui va se porter tantôt vers le meurtre, tantôt vers un au-delà du meurtre.

Alors que met la nature à notre disposition pour échapper au terrorisme qui oppose l’humain à l’inhumain ?

L’exil hors du jardin d’Eden était-il fatal, et est-il immanent à la défaillance ?

Le texte nous dit qu’à chaque fois que des hommes inclinent à renoncer à leur rôle de « veilleurs », ils ont affaire au « serpent » qui menace de subvertir leur ressemblance au divin. C’est l’animalité qui prend alors le dessus sur l’hominisation de l’humanité.

Néanmoins, tant que la défaillance n’est pas absolue, tant que le genre humain ne s’auto anéantit pas, la réparation est possible. Elle prend le nom de tikoun ou rédemption.

D’Ailleurs, Adam et Eve ne vont pas jusqu’au bout de l’interdit, ils mangent du fruit de l’arbre réservé, mais non pas de l’arbre lui-même.

Mais Caïn, soumis à son énorme mécanique boulimique, met immédiatement hors jeu la temporalité, c’est à dire l’éventualité d’un avenir différent, il préfère s’installer dans la finitude plutôt que d’hésiter dans l’incertitude.

Tout comme Abel, qui aurait préféré attendre le temps d’une convergence possible avec son frère, mais il suit Caïn, il l’imite et se retrouve privé de sa potentialité. Son nomadisme ne se justifie plus qu’en lui-même, il est défaillant tout comme l’a été Adam son père fuyant sa responsabilité devant le serpent, et comme l’a été Eve sa mère, subjuguée en découvrant que l’arbre interdit pouvait être bon.

Mais le texte nous dit que si riche et si bonne soit la nature, il n’est pas permis d’y puiser sans retenue. Si l’offrande de Caïn, composée des fruits de la terre, mais non des prémices, des premiers fruits, apparaît irrecevable tant dans sa forme que dans sa nature, celle d’Abel, de présenter les premiers-nés de ses troupeaux, pourtant bonne dans sa forme va s’avérer quasiment vide de contenu.

Elle sera pourtant agréée, parce que, nous dit le qabaliste Charles Mopsick, « toute vraie subsistance réside dans sa filiation. »

Et l’offrande de Caïn sera occultée, non comme un décret, mais plutôt comme un constat. Sous le masque du zèle de Caïn on découvre l’arrogance, la fureur toute nue, le délire inhérent à sa personnalité non constituée.

J.J. Rousseau écrivait : « Si nous voulions être toujours sages, rarement aurions-nous besoin d’être vertueux. Mais des penchants faciles à surmonter nous entraînent et insensiblement nous tombons dans des situations périlleuses … »

Et comme ce qui vaut pour l’éthique, vaut à fortiori pour la politique, Rousseau poursuit : « la fréquence des supplices, ou du terrorisme, est toujours un signe de la faiblesse ou de la paresse dans un pouvoir. Pour un gouvernement fort, il n’y a point de méchant qu’on ne puisse rendre bon à quelque chose. »

Le désaveu de Caïn n’est donc pas une réprobation, mais un silence : circulez, il n’y a rien à approuver !

Quels avantages Caïn et Abel pouvaient-ils donc trouver à être les fils du premier couple de l’humanité ? Ont-ils eu le bonheur enfantin de serrer la main de leurs parents le soir en s’endormant ? Ont-ils eu la joie mutine d’écouter papa raconter des histoires extraordinaires ? Se sont-ils écorché leurs genoux d’enfants espiègles dans le jardin d’Eden ? Se sont-ils cachés derrière l’arbre de vie ? Ont-ils gravé leurs initiales sur l’écorce de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ? Et puis, ont-ils joué avec leur troisième frère Seth et leurs soeurs jumelles dont parle le Midrash et qu’évoque clairement l’exégèse coranique ?

Après tant d’interrogations, on ne peut imaginer un héritage aussi considérable, s’avérer tellement vain !

Et puis que dire de ces enfants, abandonnés à eux-mêmes dans les dédales d’Eden, à la recherche d’une autorité défaillante ? Que dire de ces enfants rebelles, sans repère, sans tradition, sans culture ?

C’est là tout le drame de ces premiers humains, à l’école de la « rue », individus immédiatement majeurs et totalement libres, confrontés au problème intemporel de constitution collective.

Au discours profane qui dit « Comment penser la société quand on est incapable de se penser soi-même ! » la maxime maçonnique lui répond en écho « Comment construire le temple de l’humanité, si on est incapable de polir sa pierre ? »

Pour effacer le propos inaudible de nos ancêtres qui parlaient la bouche pleine, pleine du fruit du désir, sortons de notre état de pierre brute, parlons, réinvestissons la parole et sortons du mensonge ou du prêt-à-penser mortifère.

Il y a une chance, un temps possible entre une parole qui est mensonge et un silence meurtrier.

Le serpent n’est pas forcément programmé pour se mordre la queue.

Alors, après avoir balayé les folles erreurs de nos ancêtres, après avoir tenté d’interpréter les non-dits d’un texte criant d’actualité, après avoir décalqué l’histoire de la Genèse dans les histoires de nos faits divers, nous avons l’impérieux devoir de tirer leçon de ce constat flagrant. Il nous reste à rêver ensemble un projet, à le rêver éveillé.

Celui d’une cité idéale que nous appellerions « Utopie. »

Utopie est un grand jardin, réplique d’Eden. Il y a des arbres, des cours d’eau, des animaux et des gens. Il y a tout ce que le projet initial avait prévu.

Alors, me direz-vous, que nous reste-t-il à imaginer ?

Rien ! Oui rien. Je suis persuadé que nous n’avons plus rien à imaginer, mais il nous reste cependant « tout à faire. »

C’est là, dans l’action, dans la mise en pratique effective des plans de la planche tracée idéale que réside l’unique invention véritablement révolutionnaire, totalement messianique.

L’enfer est pavé de bonnes intentions, nous dit-on.
Faux ! L’enfer ne consume que ceux qui n’ont pas accordé l’intention à l’action.
Alors voici quelques propositions limitées à notre propos de ce soir.

Utopie serait une cité-jardin dont nous pourrions revisiter l’écologie, bien au-delà des discours fumants, partisans, où le vert ne serait que la couleur de ses pelouses.

Et puis au coeur de ce jardin, il y aurait une école, une école de la vie.

Avec trois classes, une classe « éducation », une classe « transmission » et une classe « science-fiction. »

En classe « éducation », les élèves seraient … les parents !

Les enfants dispenseraient des C.E.E., des Cours Elémentaires d’Education.

Ce seraient les enfants qui éduqueraient les parents, ces générations usées par le temps qui viendraient apprendre des enfants, la pureté, la vérité, la fougue, l’enthousiasme, et viendraient s’initier au jeu de l’imagination, jeu gratuit, spontané, généreux, souriant.

Ils viendraient réapprendre à aimer la vie, donc à la respecter.

La classe « transmission » inverserait les rôles. Ce seraient les grands-parents et les parents qui viendraient appuyer les maîtres pour compléter l’enseignement du savoir par des C.T.P., des Cours de Transmission Pratique. Les enfants recevraient ainsi le fruit des expériences vécues, la force d’une tradition vivante et sans cesse renouvelée, le nectar de la sagesse des ans. Ils apprendraient la cohérence de l’autorité, dans l’amour, l’intelligence, le respect et la rigueur.

La classe « science-fiction » imaginerait comment naître au monde à … 60 ans, et comment accepter de retrouver les gargouillis enfantins en fin de vie ! La vie à l’envers.

Commencer avec le poids de l’expérience pour éviter les « erreurs de jeunesse », puis avancer en âge en profitant de la force de l’adolescence et enfin terminer dans un sourire béat de bébé !

Et puis, bien entendu, des « récré ». Ces instants magiques où on pourrait crier, sans ironie « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. » C’est possible !

C’est forcément possible de jouer sans tricher.
De rire aux éclats, sans calcul.
D’aller vers l’autre sans le mordre ou le griffer.
C’est forcément possible de privilégier la générosité à l’envie.
L’amour à la violence.
La vérité au mensonge.
C’est forcément possible d’aimer être bien, pour redonner sens au mot « valeur. »

Voilà, ce ne sont que quelques pierres rudement taillées, que quelques idées brutes.

Car comme nous en sommes convenus, c’est en comité que nous avanceront dans le détail de propositions plus élaborées.

Et je terminerai cet exposé comme je l’ai commencé en disant : « les idées ne mènent pas le monde, mais rien d’humain ne dure ni ne grandit sans elles. »

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Les Héritiers de Caïn

16 Juillet 2012 , Rédigé par patrick.petitdidier Publié dans #Planches


Il est un personnage biblique dont les significations symboliques attire ma curiosité depuis longtemps et davantage maintenant que je suis Maçon…. Je veux vous parler du premier fils d’Adam et Eve : CAIN…
Et partager avec vous le fruit de mes réflexions… Réflexions que je ne pensais pas soulever en m’intéressant à la tragédie d’Abel et Caïn, deux frères rivaux ; dont le mythe des frères qui s’affrontent se retrouve dans diverses civilisations : Romus et Romulus, Osiris et Seth, Jacob et Esaü….
Car qui veut bien s’interroger sur cette anecdote de la Genèse, en admettant quelle se soit réellement déroulé comme elle nous est contée, n’en demeure pas moins intéressante sur nous même.

Caïn est le premier enfant né d’Adam et Eve après avoir été chassé du jardin d’Eden. Sa mère Eve lui donnera ce nom qui veut dire acquisition (celui que la connaissance, les rapports intimes, a produit.) .Le nom de Caïn est lié à la racine Kan qui dans diverses langues implique la notion de pouvoir et de puissance.
Acquisition qu’elle détient directement d’Adam, premier enfant né dans la douleur selon l’Ancien Testament…. Apres cette naissance ; arrive un autre fils né lui aussi dans les mêmes conditions :… Abel… L’étymologie de l’hébreu signifie : vapeur, souffle, existence précaire.

Ces deux enfants, je vous le rappelle sont nées après la chute adamique ; ils ignorent tout de la vie édénique. L’innocence est déjà perdue ; mais en ont-ils conscience ?

Les enfants grandissent et deviennent des hommes .Abel élève du bétail tandis que son frère ainé, Caïn, cultive la terre .Caïn est le premier cultivateur, le premier propriétaire de la terre mais aussi le premier sacrificateur dont l’offrande n’est pas agrée par Dieu.

Le sacrifice d’Abel est accepté de Dieu parce qu’Abel reconnaît que tout ce qu’il possède vient du créateur en lui offrant les premiers nouveaux nées de son troupeau et les parties les plus intéressantes : la graisse… Symbole d’abondance et de vitalité.
Caïn offre, mais Dieu n’agrée pas le sacrifice de Caïn, ce dernier s’en offusque mais Dieu lui donne l’explication suivante.

Je reproduis ici les propos de la bible qui relate cette histoire.

Le créateur s’adresse à Caïn :
Pourquoi est tu irrité, et pourquoi ton visage est il abattu ? Certainement, si tu agis bien, tu relèveras to visage ; et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent verstoi ; mais toi, domines sur lui
Cependant, en ce qui me concerne, j’estime que l’explication donnée quant au dénigrement de Dieu de l’offrande de Caïn est assez vague. Le choix de Dieu m’apparaît arbitraire... Car ce dernier se donne plus de mal que son frère Abel… Abel est un contemplatif qui possède tout son temps pour se tourner vers l’œuvre du créateur tandis que son frère Caïn, travaille à sa survie par son seul labeur. Abel ne doit sa survie qu’à son bétail ; qui sont des créatures de Dieu… Pas de son labeur ! Il peut remercier Dieu de lui donner le bétail, mais Caïn, lui, offre une partie du fruit de son travail. Travail qu’il ne doit qu’à lui-même, tiré de la terre qu’il doit domestiquer.
Terre, que le créateur a maudit à la suite de la faute de ses parents : avoir gouté du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Mais, si vous le voulez bien ; j’aimerai vous faire part de mes réflexions sur ce que j’appelle :

L’OFFRANDE D’ABEL

Ce dernier sacrifie un animal en offrande au créateur ; mais dans quel but ? Caïn en fait de même, à sa manière, certes !
Abel a choisis de sacrifier un des animaux les plus doux qui existe, un des plus innocents et les plus utiles, un des plus en rapport avec l’humain : l’agneau.
La violence qui s’exerce sur l’offrande devient un acte d’apaisement et de respect, voire de crainte envers le créateur. Cette violence se retrouve dans toutes les religions, invoquant des raisons identiques.
Abel transforme la victime sacrifié en offrande consacrée ; elle est retirée du monde profane pour devenir une offrande de valeur sacrée. Si Abel ne tue pas son semblable il décharge malgré tout sa violence en sacrifiant un des animaux les plus en rapport avec l’humanité, par leurs instincts et leurs habitudes.
Mais pourquoi sacrifié une vie, même animal, au nom de celui qui vous a crée ? Oter une vie en guise de respect envers le créateur apparaît aberrant, voire barbare.
Le sang de la victime, consacrée par le sacrifice, même animal, devient un objet de substitution des pulsions agressives d’Abel en signe d’apaisement et de craintes vers le créateur. Il ne s’agit pas d’un acte irréfléchi et brutal, mais pensé, et qui doit délivrer le sacrificateur de ses fautes dont il se décharge sur une victime innocente….

Ce sacrifice peut il racheter la faute d’Adam et Eve ?

Cependant Caïn agit différemment avec le créateur. Il ne sacrifie pas ; il pratique une oblation, il offre une partie de son labeur ; du grec : laboros, travail pénible. Caïn n’utilise pas de bouc émissaire. Mais il semble pourtant que le sacrifice d’une vie plaise à Dieu bien plus qu’une oblation.

Caïn revendique le fruit du travail de l’homme sur la terre que Dieu a crée ; une partie de son offrande à lui-même… Le don n’est pas entier puisqu’il affirme en être le maitre d’œuvre. Il revendique la possession de la terre qui lui donnera son indépendance ; la possession de lui-même, de son destin.
Le créateur a chassé ses parents du jardin édénique… Caïn a-t-il compris qu’il ne devait que compter que sur lui-même à la suite des événements que ses parents ont vécus ?... Peut être !... Mais alors dans ce cas… Caïn est il le signe de la responsabilité humaine ?

LA COLERE DE CAIN

Mais Dieu ne récompensait pas son travail acharné. Caïn se révolta…
Et d’un coup de silex sur la gorge de son frère Abel, il lui ôta la vie… En tuant Abel, Caïn brise la fraternité par sa violence et parachève le travail de Dieu.
Peut être pas par jalousie mais plutôt par révolte contre Dieu qui vient au regard de Caïn de classer les hommes en élus et en réprouvés. Cette offrande que Dieu semble ignorer sans raisons apparentes, et que Caïn considère arbitraire provoque le drame de ce dernier qui fait de lui le premier meurtrier, Le premier fratricide… Pis que cela ; avant lui le visage de la mort n’existe pas. C’est son frère dont il précipite la date de la mort, et par cet acte fratricide il devance Dieu qui avait décidé que la conséquence du pêché était de retourner à la terre…
L’attitude vient peut être du fait que le sacrifice de Caïn n’est pas total, il s’attribuait son labeur qu’à lui même alors qu’il le doit à Dieu puisque ses parents sont chassé du jardin d’Eden et que par cette expulsion, le créateur leur impose le choix de leurs destinée. Cependant Caïn est fier de son labeur et affirme la valeur de son effort… Il se passe de Dieu…Ou bien peut être, je dis bien peut être, en tuant Abel, Caïn se débarrasse t’il d’un autre aspect de lui-même ? Cet autre qui l’empêche de se libérer de la soumission totale envers Dieu et qui doit être éliminé pour parvenir à la liberté. La liberté de penser par lui-même, pour retrouver la parcelle de divinité qui est en lui. Ce que ne semble pas chercher Abel qui reste soumis au créateur.

Mais il me vient à l’esprit cette réflexion que je vous soumets :
Abel est éleveur et s’incline la face contre terre, vers le créateur…
Caïn s’incline vers la terre mère ; matière dont son Père Adam a été crée, et d’où il retournera .Caïn se détourne de Dieu parce que sa survie ne dépends que de cette terre et de sa seule volonté.
Est-ce pour cela que depuis, une terrible rivalité existe entre les éleveurs et les cultivateurs ? Les premiers considérants les cultivateurs comme des êtres inférieurs…
Cette rivalité a d’ailleurs amené à un génocide en Afrique, au Rwanda. Les Hutus, cultivateurs, massacrèrent les Tutsis, pasteurs, qui considéraient les Hutus comme des esclaves.
.
CAIN EST IL L’INITIATEUR DE LA MORT ?

Mais en tuant ; Caïn ne cherche t’il pas à supplanter Dieu ? Si ses parents lui ont donné la vie, lui aussi peut la donner ; mais en ôtant celle d’Abel, il s’aperçoit qu’il peut s’identifier à Dieu :

L’homme peut donner la vie mais la reprendre quand il veut !... Une dérive du libre arbitre qui peut amener l’homme à bien des erreurs s’il agit en toute partialité. L’histoire des hommes nous le montre même encore de nos jours. Et la mort est elle le dernier fruit de l’arbre de la connaissance auquel nos ancêtres ne devaient pas toucher ?

Car ce fruit laisse un gout amer aux humains et le créateur bien que condamnant Caïn au bannissement, interdit à quiconque de venger la mort d’Abel en ôtant celle de Caïn.
Ce dernier à devancé le travail de Dieu en devenant le premier meurtrier, en cela on peut se poser la question suivante :

Caïn est il l’initiateur de la mort ?

Est-ce pour cela que Dieu le condamne au bannissement, à l’errance a l’Orient d’Eden, au pays de NOD … A suivre la course du soleil, vers un jour nouveau , afin de l’obliger à comprendre le sens de la responsabilité, car maintenant Caïn possède le libre arbitre. Il est le premier homme à marcher sans fin vers le soleil levant.
Désormais, livré à lui-même,… De Dieu il n’affrontera que l’absence, comme tous ses descendants que nous sommes.
Et c’est dans cette solitude qu’il devra affronter en permanence sa propre présence.
Caïn découvre sa conscience à laquelle il ne peut échapper. Il est seul juge de ses actes.

Victor Hugo l’à bien décrit dans un de ses poèmes de La Légende des Siècles : La Conscience.

Après son fratricide qui le condamne au bannissement ordonné par Dieu, Caïn ne peut trouver la paix intérieure.
Aussi loin qu’il fuit, sa faute le poursuit, et sa conscience, des qu’il se retrouve seul, lui rappelle son crime sous l’apparence d’un œil toujours ouvert, même derrière les murailles les plus épaisses ou les ténèbres les plus sombres et jusque dans la tombe ou il pense trouver repos, sa conscience est là pour lui montrer sa faute qu’il ne peut qu’accepter que pour lui-même…

Car honnêtement, combien d’hommes sont capables de reconnaître leurs fautes lorsqu’elles sont graves…

Caïn est également le premier nomade. Etre nomade, c’est se remettre en question continuellement. Un jour nouveau nécessite une adaptation continuelle à l’inverse du sédentaire qui peut se projeter dans l’avenir pour lui-même et les siens. Pour l’époque ; nous dirons : la tribu ou le clan.

Mais Caïn en s’éloignant de Dieu prendra une femme dont le nom n’est pas cité dans la bible, et on peut se demander pourquoi !...
Elle lui donnera un fils : Hénoch.

Caïn construira la première ville à qui il donnera le nom de son fils.
En construisant la première ville Caïn cherche t il à se réconcilier avec Dieu ? On peut se poser la question, car une ville c’est l’élévation, une tentative d’édification de l’homme par son travail personnel en maitrisant la matière pour tendre les bras vers le ciel, comme un arbre cherche la lumière ; ne se tourne t’il pas vers l’insondable ? A-t-il compris qu’au travers de sa faute Il devait s’assumer sans l’aide du créateur pour retrouver sa part de divinité ?
Caïn ajoute le fruit du travail de l’homme à la terre que Dieu a crée sans l’aide de ce dernier…
Caïn revendique son indépendance dans l’œuvre de la création. Laissé seul avec lui-même, il doit affronter sa vie, son chemin ; car comme je l’ai dit plus haut ; du créateur il n’affronte plus que l’absence.
En maitrisant la matière de sa seule connaissance, de sa seule volonté, il laisse apparaître à ses descendants le pouvoir divin de l’homme : la maitrise de la matière qui lui permettra de s’en dégager afin de s’élever spirituellement.
En se dégageant totalement de toutes dépendances du créateur, Caïn revendique sa destiné qu’a lui-même, assumant la responsabilité de ses actes et des conséquences pour son existence… Existence qui ne dépendra pour lui et ses descendants que de ses actes, ses décisions, qui dépendront de ses réflexions sans l’intervention du créateur qui laisse le libre arbitre à sa plus belle création, comme il est d’habitude de le faire remarquer dans les religions dogmatiques. En ce cas on peut se demander : Pourquoi autant d’imperfections dans ce qui devrait être à l’image de celui qui l’a crée ? Et si nous sommes une émanation du créateur nous avons en nous une partie obscure à éliminer pour nous élever.

Au regard de toutes les réflexions que j’ai soulevé dans cette planche ; je me pose la question suivante à laquelle je n’ai pas la réponse :

A partir de quels moments, aussi loin que nous pouvons reculer dans l’histoire de l’homme, c'est-à-dire lorsque l’homme prend conscience de sa supériorité sur le règne animal, et qu’il possède par l’utilisation de la violence la possibilité de s’imposer, avec ses exigences sur ses frères pour dominer et imposer sa loi par la force brutale ?…Et si l’homme n’avait jamais utilisé la violence pour dominer ?... Que seraient devenu l’homme et sa descendance ? La violence de Caïn a t’elle été nécessaire pour l’évolution de l’homme ? Est-ce la conséquence de la chute Adamique ? L’acte de Caïn est il la pour nous montrer notre faiblesse d’homme, mais que nous avons la possibilité en nous de la dominer et de retrouver le chemin qui mène à la lumière.

A noter que la lignée de Caïn se termine avec Tubalcain, figure légendaire du premier degré :

Possession du monde !... Qui ne tient qu’à nous même pour faire évoluer ce monde entouré de préjugés et d’ignorances ; ou comme le disait Ernest Renan : L’injustice est le principe même de la marche de cet univers… Et pourtant il ne tient qu’a nous de construire un monde digne de ce que nous sommes : des hommes.

Dans le miroir que nous possédons tous, n’y a-t-il pas un Caïn qui se reflète ?... Restons sincère avec nous même et acceptons-le… Nous devons affronter notre propre présence d’humain avec toutes nos imperfections et tenter tant bien que mal à nous élever spirituellement. Car le plus terrible de tous nos ennemis ; n’est ce pas nous même ?

Alors en ce cas sommes-nous les héritiers de Caïn ?

source : www.ledifice.net

 

Lire la suite

Caïn, Abel et Seth

16 Juillet 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

Caïn (Le mot hébreu qayin peut signifier « forgeron » ou encore, à l'aide de la racine qnh « j'ai acquis » (cf. Gn 4,1).) est un personnage de la Bible et du Coran. Fils aîné d'Adam et Ève, il est considéré par les judéo-chrétiens comme le premier meurtrier de l'histoire. Cultivateur, l'offrande agricole qu'il fait à Dieu n'est pas agréée, à la différence de celle d'Abel (des premiers-nés de son troupeau et leur graisse). Caïn en est irrité, Dieu le lui reproche, et l'invite à changer d'attitude. Cependant Caïn tue son frère dans un excès de jalousie.

Abel est une victime de haute valeur symbolique, il est le type du juste persécuté, et une figure du Christ. Son sang est éloquent auprès de Dieu, mais celui de Jésus l'est plus encore (Hébreux 11:4 ; 12:24). Seth est le troisième fils d'Ève que Dieu lui a accordé pour remplacer Abel tué par Caïn. Seth est né quand Adam avait 130 ans. C'est la descendance de Seth qui conduit à Sem ... David ... et Joseph le "père" de Jésus. C'est à partir de Seth que la généalogie de Jésus est construite. En effet, la Bible nomme tous les descendants de Seth jusqu'à Joseph, l'époux de Marie, mère de Jésus.

Quant à Caïn, par son meurtre, il révèle la haine qui, dès la Genèse, habite le cœur de l'homme ; il est le type du mauvais, celui qui hait le juste, son frère. Abel est le juste qui crut la promesse de Dieu qui s'accomplit par l'offrande de sang.

Maudit par Dieu et contraint au bannissement du sol, Cain clame que sa punition est trop lourde et qu'il risque d'être tué par le premier venu. Dieu, pour lui signifier la gravité de son acte l'a déclaré protégé (en le marquant du « signe de Caïn »), le laissant dans sa condition de fugitif jusqu'à sa mort. Le signe en question était vraisemblablement le décret solennel de Dieu. Caïn prit le chemin de l'exil et se fixa au pays de la fuite, à l'est d'Éden (dans la Terre de Nod); il emmena avec lui sa femme, une fille non nommée d'Adam et Ève. Après la naissance d'Hénoch, Caïn se mit à bâtir une ville, qu'il appela d'après le nom de son fils. Selon les critères actuels, cette ville n'a pu être qu'un village fortifié, et les Écritures n'en disent pas davantage quant à l'époque où elle fut achevée. Ses descendances sont citées en partie et se distinguent par une vie de nomades et d'éleveurs de troupeaux, mais aussi par le maniement d'instruments de musique, dans le martelage d'outils, et dans la pratique de la polygamie et de la violence. La lignée de Caïn prit fin lors du Déluge à l'époque de Noé.

Source : http://pythacli.chez-alice.fr/civilisations/hebreux.htm

Lire la suite

Caïn, mon frère !

16 Juillet 2012 , Rédigé par M . Cyvard Publié dans #Planches

De qui suis-je le frère ?

Vénérable maître, mes frères, vous qui constituez cette respectable loge, suffit-il d'avoir été initié, d'être Franc-maçon, d'en être heureux, pour reconnaître comme frère, (comme sœur), d'autres personnes ?

La réponse est oui, fût-ce au péril de ma vie, selon les anciennes obligations.
Il n'empêche que je ne me sens pas du tout le frère de certains maçons que les prisons accueillent, de quelques-uns qui règlent leurs problèmes de personne par justice, maçonnique parfois.
Je connais quelques frères qui ont fait confiance à d'autres et le regrettent amèrement.

Ceux qui font référence à la bible se souviennent de la première relation fraternelle établie par Caïn après la naissance d'Abel (Genèse chapitre 4) !
L'homme, Adam, est façonné avec la poussière de l'adamah, la terre.
Adam est le "veilleur" de la terre. Il engendre avec Eve Caïn, puis Abel.

Caïn interroge YHWH : "Suis-je le veilleur de mon frère ?"

Dans la descendance de Caïn, nous trouvons Toubal-Caïn qui aiguisait tout soc de bronze et de fer. Caïn assure par sa descendance l'histoire des hommes qui partent à la conquête de l'univers ; il est le père, criminel, des bâtisseurs, des nomades, des musiciens, des forgerons.

En quoi un F\M\, un homme, peut-il se reconnaître dans ce récit qui met en scène le premier des aînés et le premier des cadets ?

Abel est le premier frère du volume de la loi sacrée !
Caïn est le premier cultivateur, Abel est le premier éleveur.
Tous les deux attendent d'être reconnus, dans ce qu'ils sont, par YHWH.
Le problème de la famille est posé.

Deux enfants ont des occupations, des intérêts différents, le sentiment de leurs différences les pousse à se tourner vers l'autorité dont ils attendent une reconnaissance, une justification.

J'écarte les explications sociologiques, historiques ou religieuses.
Je retrouve 2 hommes face à une autorité élue, je revis leurs rivalités, leur jalousie. Je constate le drame.

Si notre vision de ce drame est réductrice, Adam et Eve sont les parents du bon et du méchant, du juste et de l'injuste.
YHWH interdit la vengeance sur Caïn, il renouvelle l'interdit de la vengeance sur Lamek, son fils.
Pour recevoir une identité, Caïn et Abel tentent d'établir la communication avec Dieu par l'offrande sacrificielle du produit de leur travail.

Ils proposent le premier sacrifice de la bible.
Les problèmes techniques d'un sacrifice sont posés.
Je n'aborde pas cet aspect du problème.
Le premier sacrifice est un échec sanglant.
Le sacrifice assure la médiation entre l'humanité et Dieu dans le volume de la loi sacrée.
Il procède de la distance entre Dieu et l'homme, il n'est pas lié au péché ni à une forme de culpabilité.
L'homme manifeste, par le sacrifice, le besoin fondamental de se relier à la source de la vie.
Caïn et Abel veulent rendre hommage à Dieu, ils manifestent leur soumission à l'autorité divine.
Chacun prépare son sacrifice à sa façon. Caïn apporte les fruits de la terre, Abel des morceaux d'animaux.
"En bon père" Dieu réagit aux offrandes, son regard se pose sur Abel, il ignore Caïn !
Dieu tranche, trie, sépare.
Il choisit.
J'essaie de comprendre.
Première difficulté, le produit de la terre est-il soumis à l'homme et à ses enfants, les animaux sont-ils soumis à Dieu ?

Les formes du travail sont-elles différenciées ? Des travaux seraient-ils plus noble que d'autres ? Le travail est-il admissible à la gloire ou, devons-nous glorifier certaines formes de travaux ?

Autre difficulté, Caïn ne se révolte pas contre Dieu ; Caïn est en colère.
Il ne tourne pas sa colère contre Dieu, il n'est pas en colère contre lui.
Le sentiment de la colère doit s'exprimer.
Abel ne sera plus perçu comme un frère mais comme le rival.
Cette rivalité ouvre la porte aux forces de la mort.
Comment vivre un choix ?
Caïn choisira, comme ses parents avaient, avant lui, en Eden, choisi.

Adam fut confronté au désir d'être comme Dieu, il devait apprendre à maîtriser l'usage de la liberté.

Caïn reçoit cet héritage, il devra, en plus, dominer tous les problèmes des inégalités, maîtriser le désir d'être comme l'autre, ce qui engendre la jalousie.

Accepter la vie, c'est accepter une place, travailler à l'amélioration de son sort, donner à l'autre une chance d'améliorer son sort.

Opter pour la mort, c'est vouloir prendre la place de l'autre.
La solution du partage n'est pas abordée dans l'instant par Caïn.
L'échec du sacrifice est-il préparé par l'interdit de l'arbre de vie ?
Attention, nous voulons éviter le piège de la fatalité, qui n'est pas une catégorie biblique ; l'interdit du meurtre n'a pas encore été prononcé ; Dieu n'a pas encore été mis en accusation.
Le choix de Caïn le conduit à singer sa victime, le cultivateur devient un nomade, un errant.
L'homme destiné à véhiculer la vie devient un pourvoyeur de la mort.
Le sacrifice provoque l'explosion de la violence.

Lorsque l'homme détruit son frère, lorsque l'homme ruine la société par laquelle il vit, il ne sait plus entrer en contact avec cette part de lui-même que j'appelle Dieu.

YHWH ne bénit plus l'homme, c'est l'homme qui devra bénir Dieu ; l'homme se livre aux forces de la mort.

Caïn, et l'humanité qui se réfère à lui, cherchera ce qu'elle a perdu, le contact direct avec la parole divine. La parole substituée régnera aussi longtemps que l'homme ne sera pas en contact de proximité avec l'homme, son frère, de l'homme avec lui-même ; je ne saurais être en contact avec l'autre tant que je n'aurai pas commencé à entrer en contact avec moi.

En voyant dans notre frère un souffle insignifiant, nous le supprimons, et nous retirons le souffle qui permet la parole.

Dans les animaux malades de la peste, La Fontaine mettait dans la bouche du Renard qui s'était fait l'avocat du roi l'expression, sotte espèce, pour qualifier les moutons qui étaient dévorés par le lion.

Les bandes dessinées des années 50 montraient le bon blanc qui règne sur la tribu nègre incapable de se gouverner.

Je mets, un peu mais pas trop, à l'écart les problèmes de la relation avec la femme.

En salle humide, celui-ci parle des maîtresses, celles avec lesquelles on couche.

En loge, cet autre parle de la femme qui pourrait être qualifiée de légère, d'autant plus qu'elle était princesse de Galles, de la femme qui pourrait être une sainte…

La mère et la prostituée relient au ventre ; nos tabliers cachent, parfois, les problèmes de base. Nos choix révèlent des choix de vie. Quel est mon droit de qualifier des femmes dont la vie, manipulée par les médias, ne m'est pas connue.

Est-il infamant d'aimer et d'être aimé(e) ? Est-il noble de justifier par une action caritative des gouvernements qui détruisent l'humanité ?

Une femme divorcée aurait-elle moins de droits qu'un homme divorcé ?

John Kennedy serait-il l'homme de toutes les turpitudes parce qu'il couchait, selon les médias, avec Marilyn Monroe ? François Mitterrand, l'homme aux vies multiples, aux enfants cachés révélés, selon les médias, est-il un homme léger ?

Femme et sœur, les deux termes sont incompatibles pour de trop nombreux frères.
Les femmes en loge constituent un autre problème, je ne l'aborde pas dans une loge masculine.
Eve, la première mère, nous pose un problème, son fils premier né lui permettrait de dire qu'elle a donné la vie !
Elle déifie la maternité ; voilà encore une difficulté.

Caïn, en bon fils, est le produit de sa mère ; Abel, son frère, est le miroir dans lequel il voit son reflet. Caïn lit dans ce miroir la réussite de l'autre, il découvre son échec. Il est incapable d'accepter ce qu'il est, d'offrir ce qu'il est.

Il est incapable de trouver dans l'autre ce supplément qui permet d'être mieux à soi, d'être à l'autre comme à soi.

Caïn est reconnu par sa mère, cela ne suffit pas.
Tant que l'homme ne se reconnaît pas, le peut-il, il se tourne vers une reconnaissance d'autrui.

Dieu ne punit pas Caïn, Dieu ne parle pas de faute ou de péché ; Dieu sait que l'homme ne sait pas veiller sur lui, il fera le travail, il deviendra son veilleur. Il lui avait offert le jardin d'Eden, il l'avait protégé ensuite par des tuniques de peau, après le meurtre d'Abel, il sera le veilleur de l'homme, de tout homme.

Caïn n'est pas un méchant ; les hommes qualifient les hommes.
Dieu ne distribue pas la récompense au juste, pas plus qu'il ne punit le méchant. Il attend une demande de l'homme.
Caïn fait connaissance avec Dieu sur le mode négatif, il détruit la vie de son frère. Il devra travailler au face à face avec lui, avec l'autre.
Le péché dans la bible, c'est la rupture de la relation, c'est la destruction de celui que je refuse d'écouter.
Le péché dans la vie, c'est de prendre à l'autre ce qui appartient à tous pour m'assurer ce qui m'est inutile ; c'est de faire croire à l'autre, que mon système législatif le protège alors qu'il me protège dans mes exactions vis à vis de lui.

Pour pouvoir tuer l'autre, abuser autrui, ne faut-il pas que j'ai, déjà, tué en moi la vie ?

Dieu ne condamne pas les fils pour les pères, ni les pères pour les fils ; chacun supporte le châtiment de ses crimes.

Chez tous les hommes, l'instinct du mal est puissant ; l'homme est un être qui doit choisir la liberté, qui doit permettre l'égalité, qui doit développer la fraternité.
Caïn a pris pour lui toute la terre, il veille la terre ; il ne veut rien partager, rien donner.

L'initié travaille à l'ouverture du cœur, il se différencie de l'animal. Il devient incapable de tuer pour le plaisir, pour satisfaire sa jalousie, sa vengeance.
Qu'est ce qu'un frère ?
La relation fraternelle est difficile, elle mérite donc d'être chaperonnée. Je n'ai pas la prétention de vous apporter la bonne réponse, je cherche quelques éléments que je partage avec vous.


Le droit d'aînesse reposait sur la nécessité de préserver le domaine familial ; il s'est exercé au mépris de la veuve et de la fratrie.
Le patriarche attribue ses biens au fils choisi.
Nous admirons Salomon, l'histoire l'implique dans des conflits sanglants contre ses frères.
Les histoires de frères qui se détruisent pour une femme, par rivalité, sont nombreuses.

La fraternité biologique est une notion construite. De même que nous parlons de père biologique ou nourricier, nous pouvons parler de fratrie biologique et de fratrie privilégiée.

Dans le courant du volume de la loi sacrée, la notion de frère est une notion plus large que de nos jours.
Dans la parenté, certains sont appelés frères ; des personnes de même rang social, de même fonction utilisent le mot frère.
L'Egyptien qualifie ainsi toute personne qu'il aime.

Le sage, le juge, le prophète en appelle à la fraternité pour apaiser les querelles des tribus. Les frères sont coalisés, ils font des pactes de non-agression.

Le thème de la fraternité sert souvent à démontrer le rôle de la violence, la nécessité de poser son identité, de comprendre l'identité de l'autre.

La séparation est un thème normal, elle permet la survie des frères séparés.
La distance permet de résoudre des difficultés de vie.

Jacob résume l'un de ces thèmes ; du fait de sa gémellité avec Esaü, il doit trouver son identité, il engage une démarche initiatique qui lui permettra de recevoir une identité qui le différencie de son jumeau.

Les thèmes sont aujourd'hui classiques ; la veillée solitaire, la nuit, la rencontre, l'initiation, le changement de nom.

Abel est cet autre qui n'a pas été acquis. Il naît sans reconnaissance, sans droit, aucune parole ne l'accueille, aucune parole ne se réjouit de sa présence. Il est celui qui vient après moi, il est l'autre ; je ne lui accorde pas sa place, je refuse de partager mon droit à l'être.

Le Vénérable peut bien partager la flamme de sa bougie avec les surveillants, sans que cette flamme ne meure ni décroisse, si je partage mon droit à l'être, l'autre pourra aussi le partager.

Si je suis Caïn, je refuse de partager le droit à la vie ; je refuse de partager l'espace, le temps, la nourriture, la reconnaissance de l'autorité.

Je détruis l'autre qui ose mettre mon existence en question.
Je suis la jalousie.
J'accuse Dieu de n'avoir pas fait son travail.


Chaque jour, les méfaits de l'humanité s'accumulent, chaque jour, l'homme interpelle Dieu, il l'accuse de non-assistance.
Caïn est un bon modèle, il transforme son histoire personnelle en tragédie, il porte accusation contre Dieu.
YHWH ne s'adapte pas à l'attente de l'homme et surtout pas aux idées anthropomorphiques que nous plaquons sur le Tout-puissant.

Dieu ne sauve pas Abel.
Caïn est maudit, la terre cessera d'être féconde pour lui, il sera errant et fugitif.
La malédiction lui permet de reconnaître la gravité de son acte.
La souche de Caïn est censée avoir disparu au déluge.
L'humanité ne descend pas de Caïn ; Abel est assassiné avant d'avoir assuré sa descendance.
L'humanité a son origine dans Seth, le troisième frère ; elle reçoit pour mission de réparer la mort d'Abel !

Notre humanité reçoit comme office la réparation des méfaits des autres !
Toute l'humanité prend place sous le signe de la violence, du meurtre de l'innocent. Nous devons répondre à la question posée par YHWH "où est Abel ?"
Nous devons refuser le choix d'être soit bourreau soit victime.

Caïn affirme que l'autre est de trop dans le monde, il vomit la haine, il digère la jalousie qu'il transforme en violence.
La réponse d'Abel détruit l'humanité.

Nous ne pouvons laisser la place libre aux violents, à la violence ; nous devons défendre la vie menacée avant qu'il ne soit trop tard.
La justice nous donne la vie, puisqu'elle permet à l'autre de vivre dans sa différence.
La tolérance unilatérale accorde des garanties aux malfaisants.
La descendance de Seth reçoit pour mission l'espérance.

Nous devons espérer que nous saurons recevoir la vie en partage. Celui qui n'exerce pas la justice vis à vis de son frère rejette la vie en partage, il hérite de la violence, de la mort. Une vie dédiée à soi se détruit, de même qu'une vie dédiée uniquement à autrui.

La solution est apportée par le nouveau testament, amour de soi, amour d'autrui, amour de Dieu.
Le sage kabbaliste affirme que l'homme ne doit pas oublier la terre et les hommes.
Il condamne celui qui se tourne vers Dieu, méprisant la création et la créature.

Caïn est le fils d'Adam ; l'homme qui s'est rendu complice de la faute originelle, qui a su accuser Eve de l'avoir induit en tentation.

Ils sont beaux les hommes d'Eve, ils écrasent tout sentiment pour se protéger ; ils acceptent la responsabilité partielle de leurs actes, ils refusent de se reconnaître coupables.

Adam s'abrite derrière la faute de sa femme, il n'assume rien, il ne demande pas le pardon ; la coupable, c'est l'autre, Eve, la tentatrice.

Caïn rejette son crime, il rend le destin responsable et coupable.
Il interpelle Dieu : "pourquoi m'as-tu laissé faire ?"

Notre orientation sera délibérée, j'ai le choix entre la famille biologique et la famille élue.
De l'une, et de l'autre, il est possible d'obtenir la paix.
Dans l'une et l'autre, par la proximité, il est possible de se préparer aux violences.
L'homme peut vivre comme Moïse et Aaron, ces deux frères permettent à Israël de gagner la terre promise.

Pour approcher d'une conclusion, je vais centrer la notion de frère.

J'ai, par la biologie, deux frères. Des gênes nous seraient communs, un sang, des caractères familiaux ! Quoi d'autre ?

Par quelques liens initiatiques, je suis en contact avec des sœurs et des frères.

Je vais préciser la notion de frère en maçonnerie comme je la conçois.
Est frère, tout membre de la G L et des obédiences par elle reconnues. On reste frère, tant que la cotisation est payée, tant qu'il est agréable d'être reçu chez vous, tant que vous pouvez aider les solliciteurs.
Cette fraternelle me concerne peu ; j'observe, j'utilise.

Est mon frère celui dont la présence est un plaisir.

Pense-t-il comme moi, vit-il comme moi ? Le problème n'est pas là, sa présence fait la fraternité ; sa présence m'apporte une chose qui me permet d'espérer.

Est mon frère cet allemand qui fut soldat, il y a plus de 50 ans, qui combat aujourd'hui pour une proximité entre les hommes, qui espère. Il rêve d'hommes qui se connaissent, qui ne veulent pas se battre parce qu'un ordre est donné.
Est mon frère, cet écossais qui affirme que le bon Dieu ne paie pas le chauffage ou l'électricité, que toute chose a un prix, que la dignité d'un homme ne s'achète pas.
Est mon frère, cet autre, ce miroir de moi-même.
Est mon frère, cet autre que je ne comprends pas, dont le comportement me fatigue parfois ; ainsi, il me rappelle que je n'approche pas de la perfection, que je suis homme, et faible.

Dans la vie quotidienne, est mon frère, celui qui se bat pour transformer le surinvestissement qu'il a mis dans ses enfants en investissement concret.
Lequel d'entre nous n'a pas espéré que ces enfants le rendent fiers !

Est mon frère, celui dont le regard prouve que ma présence lui suffit.

Est mon frère, le malheureux pour lequel une parole, ma parole, est nécessaire le temps qu'il retrouve ses capacités.
C'est de la fraternité au coup de cœur.
Je refuse une fraternité large, sans conditions.
Je me sens incapable de donner du frère de façon définitive, demain sera encore un jour.

Nous sommes tous frères, certes.
Caïn est mon frère ; la fraternité se mérite.
J'ai dit, vénérable maître.

En Grèce :
La notion de frère est peu utilisée ; les fratries sont constituées par des groupes religieux ou politiques.
Les fils d'Œdipe sont mis en scène par la malédiction que leur père prononce.
"Mes fils se partageront mon héritage le fer à la main"
La malédiction avait en Grèce un caractère sacré, elle devait donc être suivie d'effet ; en bon fils, peu intelligents, Etéocle et Polynice s'y conforment dans la violence.
Le fratricide, en Grèce, se caractérise dans la lutte entre des concitoyens qui détruisent le bien commun.
La tendresse fraternelle est abordée avec les Dioscures, Castor et Pollux.
Les frères et sœurs de Jésus :
Trois réponses sont possibles.
Marie et Joseph ont procréé, leur union charnelle a produit une descendance.

Les sœurs et les frères de Jésus sont les aînés issus de Joseph et d'un mariage antérieur ; ces enfants pouvaient être plus âgés que Marie.

Les frères et sœurs de Jésus sont des parents.

La solution choisie correspond à des croyances, à des orientations théologiques.
Concrètement une réponse sera-t-elle pragmatique ?

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Caïn et Abel (Genèse 4.1-15) Vengeance et Fraternité

16 Juillet 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

Adam eut des relations conjugales avec sa femme Eve. Elle tomba enceinte et mit au monde Caïn. Elle dit: «J'ai donné vie à un homme avec l'aide de l'Eternel.»
Elle mit encore au monde le frère de Caïn, Abel. Abel fut berger et Caïn fut cultivateur.
 Au bout de quelque temps, Caïn fit une offrande des produits de la terre à l'Eternel.
De son côté, Abel en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande,
mais pas sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité et il arbora un air sombre.
L'Eternel dit à Caïn: «Pourquoi es-tu irrité et pourquoi arbores-tu un air sombre?
 Certainement, si tu agis bien, tu te relèveras. Si en revanche tu agis mal, le péché est couché à la porte et ses désirs se portent vers toi, mais c'est à toi de dominer sur lui.»
Cependant, Caïn dit à son frère Abel: «Allons dans les champs» et, alors qu'ils étaient dans les champs, il se jeta sur lui et le tua.
 L'Eternel dit à Caïn: «Où est ton frère Abel?» Il répondit: «Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère?»

Dieu dit alors: «Qu'as-tu fait? Le sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi.
Désormais, tu es maudit, chassé loin du sol qui s'est entrouvert pour boire le sang de ton frère versé par ta main.
 Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus toutes ses ressources. Tu seras errant et vagabond sur la terre.»
Caïn dit à l'Eternel: «Ma peine est trop grande pour être supportée.
Voici que tu me chasses aujourd'hui de cette terre. Je serai caché loin de toi, je serai errant et vagabond sur la terre, et toute personne qui me trouvera pourra me tuer.»
L'Eternel lui dit: «Si quelqu'un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois» et l'Eternel mit un signe sur Caïn afin que ceux qui le trouveraient ne le tuent pas.

Lire la suite

Fraternité maçonnique source d’harmonie ?

15 Juillet 2012 , Rédigé par AI Publié dans #Planches

L’évolution rapide des techniques de la communication et des microprocesseurs modifie en profondeur les comportements de notre société occidentale. Les décideurs politiques paradoxalement sont aujourd’hui perplexes devant l’avenir et ne savent pas comment interpréter les tendances sur le long terme. De même les entrepreneurs économiques doivent moderniser de plus en plus vite l’outil de production sous peine de disparaître et souvent sans connaître les raisons profondes de cette adaptation. Ce besoin de modernisme, comme nous le verrons plus loin n’est pas sans conséquence pour l’emploi, ni sur le comportement des travailleurs qui ont beaucoup de peine à s’adapter à ces changements.

Nous assistons dans le domaine des télécommunications à une véritable révolution grâce au réseau INTERNET qui autorise de communiquer du texte, des photos ou même des films vidéo dans le monde entier aussi facilement qu’un coup de téléphone. Ainsi un laboratoire de recherche pourra transmettre instantanément les résultats de ces travaux, ou encore faire la promotion d’un produit spécifique ou d’une nouvelle technologie, voir même diffuser des textes d’origines douteuses afin d’égarer les concurrents.

Ainsi, des associations religieuses et des sectes pourraient aussi utiliser ce réseau afin de publier plus largement leur catéchisme dans le but d’améliorer le recrutement.

En l’absence d’une politique de contrôle, qui à l’heure actuelle n’existe pas et qui sera très certainement difficile à mettre en oeuvre, nous pouvons affirmer que le temps est arrivé pour réaliser des arnaques par diffusion d’images mensongères. Quelles seront alors les conséquences sociales, car n’oublions pas que les nouvelles techniques créatrices d’images virtuelles posent inéluctablement le problème du vrai et du faux. Jusqu’à aujourd’hui, le processus d’enregistrement des informations dans la mémoire obéissait à des rythmes d’assimilation qui permettait l’expression d’un sentiment caractérisé par une volonté : j’aime ou je n’aime pas et d’une conséquence réalisée par: « j’ai envie ou je n’ai pas envie » et qui débouchaient généralement sur une action exprimant la totalité du moi intérieur. Qu’en sera-t-il lorsque les références mémorisées n’exprimeront plus une cohérence naturelle ?

Au-delà du problème de conscience que nous traiterons à travers le langage symbolique, nous constatons que la transmission quasi instantanée de l’information, et la progression fulgurante de la puissance des ordinateurs a augmenté considérablement la productivité. Ainsi, par une meilleure connaissance du code génétique de l’homme, il est raisonnable de penser que la médecine préventive permettra d’augmenter substantiellement l’espérance de vie. La pyramide des âges en sera alors profondément changée et personne aujourd’hui ne peut savoir qu’elles en seront les conséquences sociales ? Dans l’industrie, par contre les gains de productivité ne seront pas très favorables aux travailleurs vu que la plupart des activités manuelles seront remplacées par la robotique et la gestion assistée par ordinateurs. De nombreux postes de travail disparaîtront et l’école devra fournir des hommes capables de comprendre cette technicité. En aura-t-elle les moyens?

Enfin, la transmission du savoir par la mise en commun des activités et des hommes sera différente, vu que la durée de vie des techniques se raccourcit. D’autre part il sera toujours plus nécessaire de détruire pour mieux vendre car la recherche scientifique met constamment sur le marché de nouveaux produits beaucoup plus performants et à moindre prix. Une des conséquences est que les hommes âgés ne pourront plus transmettre leurs expériences aux jeunes qui débutent leur carrière faute de moyens financiers.

La société se retrouvera alors toujours plus morcelée en groupes sociaux professionnels aux intérêts souvent antagonistes, ce qui pourrait à terme déboucher sur des choix politique et industriels beaucoup plus directifs.

Pour gérer une telle situation, il s’agira de mettre en place des structures instituant une plus grande solidarité entre les actifs et les personnes sans emplois ou retraitées, mais qui aura le courage d’initier ces changements? Est-ce que nos vieilles démocraties européennes sont toujours adaptées aux évolutions brutales de la société économique?

Peuvent-elles encore être représentatives des intérêts de l’ensemble de la population ou sont-elles déjà inféodées par les groupes de pression économiques?

Dans les années 1950, les gains de productivité des secteurs primaires et secondaires ont été intégralement transférés dans le tertiaire. Aujourd’hui, nous sommes à l’aube d’une profonde restructuration du tertiaire sans compensation dans un secteur quaternaire qui reste à créer. C’est tout le dilemme de notre époque que de réinventer en permanence des équilibres afin que personne ne soit oublié sur la route, mais qui est vraiment intéressé par ce problème ? L’enseignement dans nos universités ne fait référence qu’aux améliorations du produit, de la productivité et de la gestion des gains financiers. Les sociologues sont depuis longtemps déjà considérés par le milieu politique comme de braves farfelus qui dénoncent périodiquement les dégâts causés dans le corps social, mais ils sont peu écoutés et ils ont beaucoup de peine à faire valoir leurs idées auprès des responsables d’entreprises ou des décideurs.

Notre société survit dans un climat de guerre économique engendré par sept cent million d’individus qui doivent satisfaire à satiété leurs envies de consommation sous peine de rejoindre les autres six milliards qui resteront forcément cantonné en deçà du seuil de pauvreté afin d’éviter d’insurmontables problèmes de déchets et de consommation d’énergie. Qui gérera ce problème? Ne voyons-nous pas déjà se dessiner une sorte d’aide humanitaire déculpabilisante et hypocrite financée par les pays riches pour maintenir le statut quo ? En même temps, de grandes zones de libre échange se créent afin de favoriser le commerce et la libre circulation des personnes. Les frontières disparaissent pour les citoyens membres de ces zones mais se ferment hermétiquement pour tous les habitants des pays en voie de développement. Une grande injustice est en marche, elle s’appelle intolérance. Le monde se disloque et les armées naissent. Chez les plus démunis la lutte est dictée malheureusement par les dogmes religieux qui institutionnalisent le terrorisme comme voie de libération. La force brutale aveugle répond à l’injustice des marchés. Quelle tristesse !

Ne sommes-nous pas aujourd’hui déjà comme un aveugle qui demande son chemin à un collègue qui a perdu sa canne ?

Mais encore resterons-nous toujours des consommateurs ? Aurons nous encore envie demain de résoudre nos tensions existentiels par un achat ? Choisirons-nous toujours un supermarché comme lieu de méditation ?

Pour éviter un dérapage vers des interrogations perverses, la société a mis en place tout un arsenal de miroirs tels la publicité, la flatterie, la vanité, le goût du lucre, le désir de paraître, le jeu de la carotte (qui n’est rien d’autre qu’une course effrénée à l’obtention d’un pouvoir hypothétique pour nous amener naturellement vers notre niveau d’incompétence), la considération et la reconnaissance sociale par le compte en banque, etc.

Aujourd’hui déjà de nombreuses personnes vivent sans domicile fixe, car l’obtention d’un appartement est liée à une clarté financière définie par le système bancaire. A ce jeu nous sommes jeté un jour, repris le lendemain sans considération de la dignité humaine. Il semble que tout est mis en place pour que le niveau de conscience soit asservi au consumérisme. En effet, pour perdurer notre société libérale doit à tout prix séduire le consommateur, l’encourager à vivre des instants paradisiaques dans des temples d’objets inutiles, à réinventer des envies de destruction, car casser c’est acheté à nouveau. Bref, notre société veut qu’on l’aime, qu’on la courtise, qu’on la caresse du regard et qu’on la séduise. Le mariage est accomplit au caisse du supermarché, la nuit de noce lors de l’ouverture des paquets et le divorce lorsque l’objet devenu inutile est jeté sans considération aucune dans la poubelle. Aujourd’hui, elle ne maîtrise pas encore bien les fiançailles, demain elle fera de nous les valets à gants blancs payés au rabais pour une sieste éphémère.

Dans ce contexte, nous comprenons bien que toute idée qui contrarie la philosophie économique est combattue fortement par un arsenal de lois qui protège le produit souvent mieux que l’homme. Il y a encore 50 ans cette bête économique n’était en fait qu’une machine au service du bien être de l’humanité et n’avait pas encore pris conscience de son pouvoir. A cette époque, plusieurs scénarios étaient possibles, car il existait une dialectique permanente qui favorisait la création de concepts alternatifs. Aujourd’hui, l’homme n’est plus l’entrepreneur du concept, il ne fait que s’adapter en perdant son âme.

Dans ce marais économique morose, que devient le franc-maçon? Qu’en est-il de ses idéaux confronté à la dure réalité de la concurrence ? Quel est le rôle de la fonction initiatique aujourd’hui ? Que sera-t-elle demain ? Enfin la fraternité maçonnique, source d’harmonie peut-elle être vécue dans sa plénitude et apporter cette joie intérieure dans un monde si bouleversé. Voila, quelques questions auxquels nous essayeront de répondre plus loin.

Existe-t-il une fraternité en dehors de la maçonnerie et qu’elles en sont ses particularités ?

La fraternité naît de l’amour des autres et exprime un désir d’union réalisé par l’intelligence du coeur. Sa qualité d’action est fonction du niveau de conscience des membres de la communauté, mais aussi de l’attitude personnelle de chacun d’eux. D’une manière générale, son principe formateur est la reconnaissance acceptée et sans jugement de la diversité comme valeur d’union. Le deuxième principe est que chaque membre doit vivre sa vérité sans faux fuyant et exprimer son sentiment d’union par une attitude évolutive dans le sens du Vrai. Cela présuppose une attention de tous les instants et une rigueur personnelle qui demande beaucoup de courage et d’abnégation.

A ce stade de l’analyse, il est nécessaire de fixer une sorte de référence de la reconnaissance et d’en déterminer les valeurs. Dans le monde profane, celle-ci se limite à l’acceptation d’un statut d’appartenance corporatif ou associatif et mis à part, les associations familiales et religieuses, les valeurs n’expriment que la volonté d’appartenance. Toutefois un club de boule n’aura pas le même recrutement qu’une association de défense des droits de l’homme ce qui signifie que la substance même de l’association détermine souvent la qualité fraternelle, mais elle reste le plus souvent mentalisée et émotive parce qu’elle découle du droit d’appartenance et reste étroitement associée aux statuts de la société et à son règlement interne dont, le but premier est de codifier et normaliser le comportement des membres. La qualité associative reste donc d’origine purement statutaire et d’une façon générale le règlement des conflits donne la priorité à la gestion de la faute et non à la dignité de la personne. Dans ce contexte, la fraternité est normative, réductrice, égotique et possessive.

Comment peut-on alors qualifier une telle relation de fraternelle? Pour répondre à cette question, il faut se mettre dans la peau d’un homme qui a une très mauvaise audition depuis la naissance et à qui on demande s’il entend bien. Comment le saurait-il? Il répondra qu’il vous comprend parfaitement bien et il a raison. Tout est donc relatif, y compris le vécu fraternel, mais en tant que franc-maçon, je sais qu’il existe une autre fraternité vécue par l’intelligence du coeur et que j’ai reçue en entrant dans la chaîne d’union lors de mon initiation, je ne jetterai pas la pierre à celui qui n’a pas été initié, car à l’instar de cette homme mal entendant, il ne comprend que ce qu’il entend. Mon devoir est de ne pas juger sa réponse, mais d’être encore plus disponible afin de l’aider s’il le demande. Cette attitude de celui qui sait par rapport à celui qui ne sait pas est la clé de l’intégration éventuelle d’un nouveau membre dans une communauté partageant l’amour fraternel, car tout au long du chemin de la vie, nous rencontrerons des amis que nous saurons guider vers la Lumière en les aimant parce qu’ils respirent le même air que nous et en les respectant parce qu’ils sont nous, ici et maintenant, par la vie qui les habitent.

Enfin, en aucun cas, mon attitude consistera à expliquer, car la fraternité maçonnique est à la fois universelle, personnelle et incommunicable entre non initié. Elle fait partie intégrante des plans supérieurs donc indifférenciée et non formulée. Ce ne sont plus les hommes qui parlent à travers elle, mais elle qui parle à tous les hommes qu’elles que soient leurs qualités. L’initié est celui qui sait, sa responsabilité est immense aujourd’hui, car ce qu’il doit communiquer ne pourra passer à travers un réseau informatique. Il sera de plus en plus marginalisé parce que considéré par la société comme un être improductif et perturbateur. Ne sera-t-il pas celui qui va donner du temps au temps, c’est à dire s’affranchir des rythmes de la production pour s’intéresser à l’équilibre des concepts et à la sauvegarde de l’homme? Ne sera-t-il pas aussi celui qui va intégrer la modernité avec la tradition en confrontant les valeurs symboliques des sciences antiques au monde de demain.

Comme nous le voyons, le chantier est immense et le travail difficile, mais au milieu des grabats, les Maçons continueront inlassablement à tailler leur pierre afin de la placer à l’endroit définit par le G\ A\ D\ L\ U\.

Le grand Oeuvre s’accomplira parce que l’architecture de l’édifice reste présent chez tout ceux qui font voeux d’humilité, de silence, de persévérance et qui sont animer d’une volonté sans faille afin de rassembler ce qui est épars. C’est à ce prix que le regard pourra se tourner vers le Haut et écouter les harmonies célestes. La fraternité est dans son essence composée aussi en Haut, elle vient du Beau mais comme elle est perçue en Bas, nous devons faire l’effort de rechercher son sens caché, sa portée perdue en quelque sorte.

Rappelons quelques notions importantes sur le sens de l’initiation. Etre initié, c’est accepter de mourir à la vie profane pour renaître dans la Lumière. C’est aussi comme l’a écrit Hermès, « la création d’une âme par elle-même ». Cet acte de création est en définitive l’accès de l’informulé au formulé. Dans l’espace sacré du Temple, le Vénérable Maître crée et constitue le récipiendaire franc-maçon. Il le place en fait sur un chemin accepté et voulu par le postulant qui va ainsi prendre conscience à son rythme de la réalité et de sa spiritualisation.

J. -L. Henderson dans les”Mythes primitifs et l’homme moderne” écrit que: « chaque humain a originellement un sentiment de totalité, c’est à dire un sens très fort et très complet du Soi, le soi étant constitué de la totalité psychique faite de la conscience et de l’océan infini de l’âme sur lequel elle flotte. C’est de ce soi, que se dégage la conscience individualisée du moi, à mesure que l’individu grandit le moi doit constamment revenir en arrière pour rétablir la relation avec le Soi, afin de conserver sa santé psychique »

Ainsi l’essentiel du processus initiatique n’est rien d’autre que la quête du Soi afin de mieux retrouver sa totalité. Dans ce contexte la tenue maçonnique n’est qu’un moyen, tandis que le but est la prise de conscience par l’éveil.

Accéder à ce Soi n’est pas chose facile et la période de maturation peut être parfois longue surtout, quand le langage symbolique, qui est l’alphabet du processus de réitération n’est pas toujours bien assimilé. Mais c’est le seul langage que connaît malheureusement notre psychisme. Il faut admettre que l’homme moderne est plongé dans un savoir très rationnel et qu’il a davantage développer l’esprit d’analyse que son intuition.

La conséquence est que notre civilisation moderne vit dans l’angoisse, qu’elle a perdu contact avec la Nature qui est pourtant sa seule véritable ressource traditionnelle. L’homme est ainsi divisé, morcelé. Au-delà de la rationalité qui a permis de nombreuses découvertes scientifiques et par conséquent d’améliorer le niveau de vie des gens dans les sociétés occidentales, l’homme a perdu son contact avec l’Irrationnel. Il est déséquilibré par un cerveau gauche hypertrophié, mais il continue malgré tout son chemin dans cette impasse. Il ne rencontrera alors que des psychologues et psychiatres qui géreront à sa place ses angoisses existentielles.

Cette voie est parfois suffisante mais souvent incomplète pour tous ceux qui recherchent un sens à leur vie La franc-maçonnerie reste alors une possibilité d’évolution car grâce à l’initiation le candidat devient l’égal de l’homme traditionnel. Il accorde de nouveau de l’importance aux messages d’en Haut en cherchant à comprendre leurs sens symboliques.

La fraternité naît comme nous l’avons dit plus haut de l’amour des autres, mais elle est aussi étroitement liée aux concepts de liberté et d’égalité. Ces trois mots forment un ternaire. Les deux premiers termes liberté et égalité sont en fait opposés et signifie que la liberté sans limite crée le désordre et l’égalité crée l’injustice. Nous voyons qu’il est nécessaire de trouver un équilibre entre ces deux forces, lequel est réalisé grâce à la fraternité. Ainsi, une relation duale trouve sa résolution naturelle et harmonique dans un troisième terme qui n’exclut pas les deux premiers mais qui les associe en formant un ternaire.

La représentation symbolique du ternaire est souvent le triangle dont la surface est inscrite dans un cercle. Le cercle symbolise l’Unité qui inclut le Tout et le Rien, car son tracé est lié au nombre pi, irrationnel et transcendantal. La règle qui définit l’Harmonie primordiale du ternaire est une vieille connaissance de la géométrie. En effet à partir de n’importe quel point à l’intérieur d’un triangle équilatéral, la somme de la longueur des perpendiculaires abaissée sur chacun des côtés est égale à la hauteur du triangle et quel que soit l’endroit où est situé le point. Cette relation remarquable montre à quel point la représentation ternaire des trois concepts de liberté, d’égalité et de fraternité sous la forme d’un triangle équilatérale suppose de celui qui l’accepte une attitude humaniste, une capacité au renoncement et au sacrifice et enfin, une éducation civique. Nous voyons bien là les bases structurelles ésotériques d’une société démocratiques que les francs-maçons de l’époque ont mis en oeuvre en participant à la rédaction des constitutions américaine et suisse. Il s’ensuit que les actes sociaux qui ne sont que l’étage supérieur de notre force créatrice sont réglés dans des équilibres respectant, comme nous le verrons plus tard à la fois la vie sous toute ses formes et surtout l’homme vivant symbole du Haut sur cette terre.

Par l’utilisation du langage symbolique et de la loi d’analogie, il est permis d’associer tous les ternaires à celui du triangle équilatéral ainsi, apprendre, comprendre et vivre ou sur un autre plan Force, Sagesse et Beauté, ou encore Ame, Corps et Esprit sont analogiquement semblables. Tous les termes d’un ternaire sont aussi homologues entre eux, ce qui revient à dire qu’il n’est pas absolument nécessaire d’étudier leur historicité. Ainsi Force, Ame et apprendre sont homologues entre eux. Il suffit simplement de savoir qu’ils sont tous le premier terme d’une relation d’opposition et de dégager le sens du triangle. Nous voyons qu’il est possible de comprendre analytiquement le langage symbolique, mais cela n’est pas suffisant, il faut qu’il soit vécu et intégrer dans la personnalité afin que la volonté permettant l’action puise ses racines dans le coeur, source évidente de l’harmonie. L’initiation maçonnique est une clé importante de ce processus, car tout ce qui s’accomplit dans le temple est symbolique et totalement interdépendant. C’est par la découverte du rapport des valeurs symboliques que le niveau de conscience s’élève.

L’initié pourra toujours comprendre le triangle comme une figure géométrique utile à la trigonométrie et à la construction, mais un jour le triangle deviendra ternaire, c’est à dire que les rapports des côtés, angles et sommets seront lié à son sens de gravité, lieu magique où l’Unité est la clé de l’informulé. La pointe du compas pourra alors dessiner le cercle qui ouvre la voie de la transcendance. Du monde des idées, le ternaire mutera en trinité et symbolisera le G\ A\ D\ L\ U\. Le processus de connaissance est maintenant vivant et il enchaîne les coeurs de tout ceux qui boivent à la même source d’amour, lieu géométrique de l’harmonie universelle sur cette terre.

Enfin pour clore ce chapitre sur le langage symbolique, il est utile de rappeler que ~la partie consciente d’un homme peut être figurée sur trois axes représentant les plans physiques, affectifs et mentaux. Ainsi la conscience peut être représentée par un parallélogramme dont la dimension caractérise le niveau de conscience.

D’autre part notre psychisme est constitué de trois niveaux Le premier étant celui du Moi, domaine du Je et de la conscience intérieure, le deuxième celui de l’Inconscient siège des mémoires actives ou en repos et le troisième, celui du Soi ou Ame, siège du non formulé qui englobe le Tout, et qui n’est pas perçu par les deux premiers. Les symboles sont les outils qui permettent le transfert d’informations du Soi à la conscience. Ils sont le révélateur de monde du Haut et assurent donc cette indispensable liaison, ce retour vers notre mer psychique commune comme le définissait Henderson sans lequel il n’y a pas d’acceptation relationnelle dans la diversité, pas d’amour inconditionnel, pas de compassion.

Qu’en est-il de la fraternité dans une loge maçonnique et qu’est-ce qui la différencie de celle d’une société profane?

Une loge est un microcosme de la société civile. Tous les Frères ont des aspirations différentes au vécu de la fonction initiatique. Cette grande diversité est une richesse immense car elle permet une dialectique permanente par un dialogue serein et respectueux des différences. Ainsi, les Maîtres dialoguent avec les Apprentis et Compagnons dans un esprit affectueux où les interrogations respectent le niveau initiatique, mais qu’en est-il du dialogue des Maîtres entre eux? Et qu’en est-il des attitudes de chacun d’eux vis à vis de la souffrance d’un Frère subissant un déséquilibre professionnel ou qui nécessite une aide morale? Nous allons tenter d’y répondre en cherchant avant tout à définir le sens de l’harmonie dans une loge et de son rapport avec la volonté d’agir. Une loge est symboliquement analogue à un homme. Elle a un corps représenté par ses statuts et règlement, une âme qui est la somme qualitative de la conscience des FF\ et un esprit fonction du vécu initiatique de chaque F\.

Nous retrouvons à nouveau un ternaire dont nous savons que la résolution est idéalement située au centre du triangle. A ce point précis, l’harmonie d’une loge est évolutive c’est à dire que son action est au service de l’ensemble des Frère et en particulier du Frère en difficulté car il suffit d’un seul chaînon faible pour que la résistance de la chaîne diminue.

Tout déplacement du point central doit donc être suivi d’une action de correction. Elle est du ressort de chaque Frère qui a pris conscience du changement d’équilibre, mais généralement la correction est faite dans un premier temps par le Vénérable Maître avec l’aide du comité directeur, puis ratifiée par le collège des officiers et enfin communiquée à la loge plénière si les solutions n’ont pas été trouvées auparavant. En aucun cas le problème doit rester sans action, car il entérinerait un nouveau point, une nouvelle référence en quelque sorte mal située et non représentative de l’Harmonie Universel. Cette volonté d’agir doit être sans faille et peut parfois sembler gêner certains FF\. Qu’ils ne prennent pas ombrages, car ils seront les premiers à ressentir la douce chaleur de notre amitié retrouvée.

Une Loge obéit à la même logique d’évolution qu’un F\. Elle est donc caractérisée par un parallélogramme qui définit son niveau de conscience. Plus celui-ci est élevé et plus les informations entre le SOI, symboliquement représenté dans notre cas par 1’Egregore maçonnique nourrissent l’amour fraternel et qualifieront la fraternité. A contrario, si le niveau de conscience est bas, les activités s’exprimeront essentiellement dans les domaines proche du monde profane. Cela pourrait entraîner à terme des confusions sur les véritables objectifs de notre destin initiatique.

Une loge crée et constitue des francs-maçons comme elle doit créer tous les actes qui permettent à ceux-ci d’espérer se perfectionner. Elle ne doit donc jamais ignorer ce qui l’alourdit et de même que nous nous levons ensemble à l’appel du Vénérable Maître, de même nous cherchons ensemble à aider ceux qui souffrent et à fortifier notre intuition afin d’étendre notre champs de conscience jusqu’à nos Frères passées à l’Orient Céleste qui sont notre inconscient collectif. N’oublions pas les messages qu’ils nous ont laissés ici Bas et continuons leur oeuvre en nous rappelant que tout ce qui est en Haut et aussi en Bas.

Nous voyons mieux à ce stade de l’analyse ce qui différencie une société profane d’une société maçonnique, c’est le souci permanent d’une qualité relationnelle au service d’une Harmonie universelle.

Aujourd’hui, le monde profane se construit sur des valeurs mathématiques qui sont du domaine du premier degré. Ce monde a donc besoin d’individus qui satisfassent son existence par une fidélité à toute épreuve. Dans ce monde-là comme dirait Brel, c’est la possession d’argent qui est le principe de reconnaissance accepté par tous. Le sens de l’Harmonie et l’art du compromis sont totalement incompatibles avec la productivité. Les états d’âme sont considérés comme sans valeur et pourtant chez nous en Maçonnerie, nous les recherchons à travers nos rituels. Que de différences constatées, que de désillusions à venir et pourtant nous devons vivre dans ce monde, réaliser notre destin et travailler pour nourrir notre famille.

Notre chance en tant que F.’. M.’. c’est d’être libre et de vivre pleinement notre liberté dans une organisation acceptée et dont la finalité est la recherche de l’Unité. C’est dans un tel état d’esprit que nous osons espérer qu’un jour notre Loge sera la société de demain et cet espoir nous fait accepter de paraître au lieu d’être. Mais ce qui est important c’est de la savoir.

Face à ces contradictions existentielles difficiles, le franc-maçon doit avoir une rigueur exemplaire. Confronté aux choix permanents du pouvoir et de la compassion, il est nécessaire qu’il vive dans une fraternité active et chaleureuse afin que son action exprime toujours le sens du Vrai. Recevoir des coups dans le monde profane sera alors le juste prix d’une démarche qui ira souvent à rebrousse poil d’une réalité économique mais alors, oh! Combien sera belle la récompense. L’âme sublimée l’entraînera dans les grandes plaines d’où viennent les senteurs de l’Orient, divins fruits gorgés de sucs paradisiaques qu’il pourra partager avec ses Frères en lutte. C’est alors que le monde mécanique, bétonné, ordonné et emprisonné laissera place à la douce réalité de l’illusion. Seul mais avec Tous, il saura encore partager cet instant de bonheur par un silence souriant.

La Fraternité maçonnique est fille de l’harmonie. Elle se conjugue au féminin car comme Vénus, déesse et planète de l’amour, elle représente les actes de douceur symbolisée dans nos Loges par la chaîne d’union. La chaleur de nos mains est la Force qui naît de notre coeur, elle diffuse entre nous jusque dans les plans subtils de notre inconscient afin de cristalliser la beauté de cet instant. L’enchaînement des mains est aussi l’enchaînement des coeurs représentant l’acte de création symbolique de l’égrégore maçonnique. Dans ce plan d’amour Universel, les Frères de la loge se relient à un espace-temps indifférencié d’où émanent les volontés de partage. Savoir donner, savoir recevoir et savoir partager est le ternaire d’action de la fraternité maçonnique. Selon la loi d’analogie, partager est homologue à fraternité qui trouve alors son plan d’action à travers une volonté de reconnaissance et d’action réciproque. La boucle est bouclée et tel l’Ouroboros rien ne sert à diviser, tout naît d’une volonté unitaire sans début ni fin, car tout est dans l’instant vécu. La fraternité est vivante en nous, elle nous lie à tout jamais à notre devenir qu’il soit accepté ou non, c’est une réalité intangible et c’est un devoir de la partager.

La fraternité maçonnique est aussi fils de la raison. A travers Mars, planète de l’énergie et de Mercure, planète de l’intelligence elle se veut dynamique, entreprenante et communicative. Le coeur enflammé ne saurait se consumer sans des actes réfléchis et concrets. Le coeur est la source de l’inspiration qui arme alors notre volonté d’action. Identifier la nature du déséquilibre est important. C’est ainsi que nous mettrons tout en oeuvre pour sauver notre Frère en difficulté. Cette volonté est d’ailleurs traduite en loge par un serment exprimé d’une même voix par tous les Frères présents lors d’une tenue d’initiation au premier grade. Ce serment est la clé donnant accès à l’action fraternelle qui s’exprimera alors par la recherche constante d’une solution au problème identifié. Il ne doit pas avoir de défaillance à ce niveau, car l’énergie martienne et mercurienne peut s’orienter vers le Haut ou vers le Bas, comme de même, le triangle équilatéral peut être exprimé pointe en Haut ou pointe en Bas. Une Loge maçonnique est responsable de l’orientation de son triangle puisqu’elle est triangle elle-même. C’est de l’action commune de tous les Frères en faveur du maillon affaiblit que jaillira alors l’inspiration salvatrice et réparatrice. Tel est le sens de Mars et de Mercure unis tous deux dans une action concrète de reconquête de l’harmonie. La fraternité nous engage donc à une rigueur symbolisée par le signe d’ordre, car de même que nous sommes à l’ordre en franchissant la porte du temple, de même nous sommes droit et en marche au milieu des deux colonnes J:. et B:. qui représentent dans cette circonstance la relation duale donner et recevoir; cette attitude volontaire vers des actions concrètes trouve sa source en nous-mêmes, vu que nous sommes après les trois pas d’entrée dans le temple le sommet d’un triangle équilatéral symbolisant le partage et par extension la fraternité. C’est de nous que viendront les actions de corrections et toute échappatoire provoquera des lésions profondes dans l’égrégore. Nos rituels en font mention et punissent l’inaction. Tel est le sens du devoir en Loge au service de la fraternité maçonnique afin qu’il anime les coeurs de ceux qui agissent dans le vrai pour le bien de celui qui souffre.

Nous avons beaucoup parlé de la fraternité en Loge, car c’est dans ce microcosme, véritable Oeuvre du Haut exprimée en Bas, à l’instar de Saint Jean véritable initié sur cette terre que nous développons l’Art Royal. Mais qu’en est-il des actions du Maçon dans la vie profane? Comment doit-il vivre son art sans dévoiler les secrets ni les arcanes de sa foi maçonnique.

Tout au long de sa vie le maçon est confronté à cette question:

Comment vivre son besoin d’équilibre et d’amour dans la société civile tout en acceptant les contraintes de la société de consommation? Comment vivre sa sensibilité, son désir de compassion sans être marginalisé et reconnu comme un faible. Pour mieux comprendre ce dilemme, rappelons quelques lois élémentaires du monde profane.

Aujourd’hui, il faut gagner partout et toujours en acceptant le combat. La fin de la lutte est signifié lorsque la maladie s’installe, lorsque l’incompétence professionnelle est reconnue, lorsque l’incompatibilité caractérologique s’installe dans la hiérarchie, lorsque les amis de toujours vous trahissent, lorsque le stress amène le désordre et la dépression, lorsque le visage se ride et que la sagesse remplace l’impétuosité enfin lorsque l’indifférence de son entourage crée l’angoisse d’être rejeté. Le monde économique est concurrentiel ce qui entraîne une course à la productivité et sa fonction première est l’utilisation des individus les plus performants. Le concept est donc sélectif dans sa nature. Il n’y a pas de place pour celui qui ne sait pas ou plus gérer la baisse de performance, les incertitudes, les doutes, les interrogations existentielles. Sa règle première est de consommer toutes les qualités dans le seul but du profit puis de rejeter celui qui est épuisé dans les mains de l’état ou dans un corps social hors de la réalité économique. Comme nous l’avons identifié au début de cette planche, la bête économique est autonome et comme tout corps constitué cherche en permanence des équilibres pour survivre. Elle agit déconnectée de la nature et prends des décisions d’autant plus brutale qu’elle se sent atteinte d’un cancer généralisé et qu’il n’y a aucun médecin pour la soigner. C’est le Surmoi égotique absolu qui est face à son autodestruction. Les êtres naissent, grandissent et meurent à l’instar des sociétés. La nôtre a déjà diagnostiqué son grand âge

En tant que maçon, nous assistons conscient mais impuissant à cette évolution. Que faire quand nous sommes si seul dans la société politique et économique? Ils sont rare les instants où nous reconnaissons un Frère parmi ses collègues et alors que se passe-t-il ? Au-delà de la joie de la rencontre et du partage, comment agir ensemble pour annuler voir modifier certaines décisions contraires à l’intérêt maçonnique, mais en accord avec les objectifs de l’entreprise qui nous paye? Qui a la réponse à cette question? Est-ce que l’ordre maçonnique assumera les conséquences d’une résiliation de contrat privé pour une juste cause maçonnique? Ces interrogations expriment bien la difficulté de trouver une adéquation entre l’idéal maçonnique exprimé par notre conscience et notre volonté d’action dans le monde profane et les conséquences pratiques des actions entreprises. Dans nos Loges, nous cherchons le chemin de la Connaissance et quand nous l’avons trouvé ce n’est pas pour le quitter pour celui du Jugement. Nous continuerons donc imperturbablement à chercher l’acte juste en équilibre entre les intérêts profanes nécessaire à la vie familiale et les exigences maçonniques, mais les réalités du monde profane sont toujours plus exigeantes et dévoreuse de liberté de conscience et seule la pratique active de la fraternité maçonnique réduira les inévitables tensions psychologiques. Nous ne sommes que 6 millions sur cette terre c’est à dire un pour mille de la population mondiale. Que pouvons-nous faire ? D’autre part, comment communiquer notre savoir en dehors de la maçonnerie? Le maçon est un homme libre qui aime partager sa vision du monde en pratiquant l’esprit de synthèse, parce qu’il a intériorisé ceux de l’impulsion et de l’analyse lors de son initiation. Pour être compris, il a besoin de partager ses doutes dans la confiance et il ne pourra le faire qu’avec un autre homme pratiquant l’esprit de synthèse. La société civile ne développe pas cette qualité, car elle veut des individus asservis à son éthique consumériste. Elle forme donc des idéologues qui sont au service de cette cause et qu’elle nourrit d’espoirs matériels. Elle a davantage besoin d’homme de réaction que d’homme d’action. Le maçon est donc seul avec ses Frères. Bientôt, sa philosophie sera décrite dans le hand book des instituts universitaires psychiatriques comme une maladie psychique assimilable à une déviance nécessitant une thérapie d’isolement. J’espère que tous nos Frères psychiatres sauront le moment venu s’opposer à cette dérive.

Mais qu’elles que soient les évolutions de la société, le maçon restera un entrepreneur de lui-même et aussi un salarié de la Loge, car en recevant son du auprès d’une des deux colonnes du temple, il accepte de devenir riche de l’amour des autres. Son rapport à l’argent est profondément distinct de celui du profane, car il aime être payé pour mieux aimer ses Frères et pour construire en respectant les équilibres naturels, ainsi il connaît la vraie valeur qui relie toutes les actions à l’Unité, centre du cercle et lieu géométrique de la diversité humaine. Il ne se reconnaîtra donc pas dans les attitudes impulsives et destructives qui enchaînent la conscience à la culpabilité mais au contraire il tentera d’en comprendre les mécanismes à la fois par la connaissance des détails mais aussi de leurs origines. Il pourra alors être cet homme de synthèse et trouver le point d’équilibre qui deviendra le vecteur d’une volonté farouche vers une action d’intégration. Intégrer est le maître mot, car personne ne sera oublié sur le grand chemin qui mène à l’Orient. C’est la récompense de la liberté quoiqu’en disent les gourous de l’économie.

C’est parce que les Frères n’interrompent jamais leur marche que la Maçonnerie traversera aussi les époques les plus troublées, les plus obscures et qu’elle passera le témoin à la génération suivante. Telle est notre mission aujourd’hui, tel est aussi notre devoir d’affronter les épreuves dans un esprit serein, positif et dépourvu de passion. La fraternité est dans cette optique le ciment commun de tous les maçons du monde. Elle émane de notre chaîne d’union universelle et confortera toujours le coeur des Hommes sur cette terre…

Source : http://www.info-france.fr

 

Lire la suite

La Fraternité ou quand l’Homme est le Miroir de l’Homme

15 Juillet 2012 , Rédigé par MS Publié dans #Planches

 Il est important de savoir distinguer dans nos rapports leur nature fraternelle.

La fraternité est un idéal relationnel qui demande un long cheminement . A la question : « Etes-vous franc-maçon ? », La réponse est « mes frères me reconnaissent comme tel ». Ce qui suppose que la fraternité est chargée de contrôler l’appartenance à la franc-maçonnerie. Un membre non fraternel ne peut pas être franc-maçon.

La Fraternité serait donc une condition de base. Est-ce qu’on naît frère en même temps qu’on reçoit la Lumière ou le devient-on à force de travail sur soi ?

Plus que l’Amour de l’autre, la Fraternité est respect de l’homme. La Fraternité est d’essence Initiatique et avant tout métaphysique dans une spiritualité laïque, transmettant une méthode de recherche de la Vérité, hors les dogmes. Elle est un trait d’union entre les Initiés.

Combien d’entre nous, au cours du temps on oublié que la Maçonnerie ne se cantonne pas à l’application stricte d’un rituel, aussi beau qu’il soit, une fois tous les quinze jours. Que notre quête de bâtisseur ne peut s’exprimer qu’avec tous nos Frères. Je dis bien tous et pas seulement ceux de notre grade ou ceux qu’on bade parce qu’il paraîtrait qu’ils sont trente troisième et que c’est bon de les côtoyer pour notre « carrière ».

La Fraternité est une mort : C’est la mort de soi-même dans son Individualité égocentrique. Car la découverte de la fraternité commence par l’apprentissage du partage.

La tolérance ne commence t’elle pas au moment où l’on accueille l’autre avec toutes ces contradictions ? Si on va jusqu’au bout d’une expérience de relation humaine, la première impression devrait naturellement s’émietter au fur et à mesure que la réalité se construit.

Ce passage est douloureux car on doit renoncer à la première impression qu’on prend souvent pour argent comptant, celle à laquelle on tient tant parfois et qui est notre jugement arbitraire, subjectif et inconscient.

La fraternité n’exerce pas de pouvoirs magiques, en revanche elle propose à tous une vertu capable de la maintenir et cette vertu, c’est la Tolérance. A mi-chemin entre la justice et l’amour se situe le respect et la tolérance. On ne peut pas tolérer sans respecter, car le fondement de la tolérance est d’abord la compréhension de l’autre, de tous les autres.

Ainsi la tolérance devient un hommage à l’impénétrable vérité dont tout homme est porteur. Egalement, cet effort qui nous est demander pour traiter l’autre comme soi-même se nomme la « justice », car la justice consiste précisément à se placer à la place de l’autre. Cependant il faut admettre que la tolérance a par définition une limite, ainsi on ne pourrait admettre la liberté d’un loup dans une bergerie. ; c’est seulement dans cette limite de la liberté de l’autre que la tolérance peut se muer en Amour, qu’elle devient une communion qui dépasse celle de l’esprit pour atteindre la communion des cœurs. Tel est le paradoxe de la Fraternité : Intelligence du cœur qui transcende celle de l’esprit.

Je dirais que celui qui gesticule et parade le plus est celui qui empêche la relation de personne à personne. Il s’exclut de la fraternité.

Si la Fraternité est un devoir pour le Maçon, elle n’est pas innée. Elle se travaille. Il faut être suffisamment pur et s’aimer soi-même pour pouvoir Fraterniser avec son prochain sans jouer un jeu ridicule qui ne trompe personne.

L’amitié c’est un attachement, une affection mutuelle, qui a beaucoup de point commun avec la fraternité. Mais le type de relations est différent. Nous choisissons notre ami, mais pas notre frère. Ce qui a pour conséquence qu’en amitié, il y a souvent plus de similitudes que de différences. La fraternité ce n’est pas l’abandon total et sans réserve de l’amitié. Il y a en plus dans la notion de fraternité, une notion de durée dans le temps, qui ne se pose même pas : Nous sommes frères à vie. La Fraternité reste indissociable de l’honnêteté, qui impose parfois de déplaire, de choquer, de heurter. Nous ne pouvons être en fraternité qu’en étant honnête vis à vis de nos Frères, mais l’honnêteté n’est pas à elle seule, la fraternité qui a une portée supérieure. Notre Fraternité de Maçon vient du fait que nous avons tous une origine commune de part notre Initiation. Nous avons tous vécu la même renaissance et nous restons tous sur le même chemin, celui de la recherche de la Lumière. Bâtir ne peut être qu’une œuvre commune donc Fraternelle. Nous devons vivre l’autre avec ses différences et nous en inspirer, sans flatterie, sans jugement et sans esprit de supériorité car elles ne sont pas rivalités mais partage et richesses.

Montaigne a dit dans les Essais : « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».

On retrouve encore ici les outils de taille ciseau et maillet qui nous serviront à pratiquer la fraternité comme un art. Agir comme un frère, c’est savoir temporiser ses passions est c’est parfois quelque chose de compliqué car nous pouvons être parfois une marmite en ébullition, ou bien un lac de béatitude et le Franc-maçon n’a pas le droit de perdre son sang froid et parfois se livrer à des attitudes, voir des comportements qui dépassent la fiction.

Aussi il est essentiel pour mériter sans honte notre place en Loge de maîtriser nos passions en général, mais en particulier celles de la possession, du pouvoir, de la vanité et de l’hypocrisie. La F.M. n’a jamais voulu être une entreprise de cadres à la recherche de pouvoir ou de places à convoiter dans l’échelle de notre organisation. Nos travaux ne devraient avoir pour unique ambition pour pouvoir participer à la construction commune que de refléter notre personnalité, dépourvus d’inutiles compilations ou de citations voulant montrer notre petit savoir ou encore de langage technique propre à notre vie profane incompréhensible du plus grand nombre. Etre fraternel c’est aussi parler le même langage que ces Frères. Nos égrégores, nos ateliers, nos obédiences ne devraient être fait que d’hommes emprunt d’humilité, de sincérité, et de volonté à faire progresser notre grande famille.

Il me semble évident que pour aider les autres, on doit commencer par s’aider soi-même.

D’autre part, il est important que la parole circule et que nous puissions en notre âme et conscience nous exprimer avec humilité et fraternité envers le frère, ou quelque personne à qui l’on s’adresse.

Si notre plus cher désir est de progresser vers la lumière acceptons de recevoir ce qui doit nous être donné et donnons sans compter tout ce que nous pouvons donner. Souvenons-nous de l’épreuve du miroir, le jour de notre Initiation. Ce fut la première confrontation avec la Fraternité Initiatique. La révélation ne se vérifie que si celui qui tient le miroir ne se détourne pas de son rôle. Si vous le confiez à quelqu’un qui ne supporte pas le rôle du miroir, il y a de fortes chances qu’il se détourne pour reprendre la parole. Savoir pratiquer ces deux fonctions me semble important pour garantir la fraternité, l’une est de savoir se poser en tant que miroir, et l’autre de savoir s’exposer en toute nudité.

Le miroir reflète dans notre rituel le visage du récipiendaire. Le visage, c’est l’individu, la personnalité.

C’est ce qui nous permet d’identifier l’autre ou d’être reconnu par lui. En me regardant dans le miroir, je confirme ma ressemblance avec les autres. Je m’identifie à l’espèce humaine. Le miroir agit donc comme un révélateur de ma personnalité et sa contemplation me permettra de me connaître.

Dans un premier temps, il va me montrer ce que je suis maintenant à l’instant de l’initiation. Il va me montrer ce vieil homme prisonnier de son ego et des haines de sa vie profane. Il va me montrer cet ennemi qui veut exister par lui-même. Si je sais regarder dans le miroir, je saurais voir comment vit ce vieil homme, comment il me dirige, comment il se met en colère, comment il est jaloux, alors seulement je pourrais le combattre en appliquant le fameux « Connais toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux ». Le miroir est vraiment un outil de révélation. En tant que symbole, le miroir est l’objet, à mon avis, de l’introspection par excellence. Il nous fait réfléchir sur ce que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts, nos envies et nos dégoûts, nos souhaits, notre façon de voir le monde, les personnes qui nous entourent, et nos idées pour les améliorer et les amener vers le bien. Il nous fait réfléchir sur ce que nous voudrions être et que nous ne sommes pas encore.

Mais certaines personnes ne supportent pas de voir leur image. Quelques-unes, comme les « Narcisse » du mythe se perdent en regardant leur image reflétée par l’eau. L’ambivalence du symbole du miroir dépend donc essentiellement de l’attitude de la personne et de la maturité de celui qui se regarde.

Il existe bien d’autres miroirs, quant nous regardons notre voisin dans les yeux, n’est-il pas notre miroir ? Ne lui reprochons-nous pas nos propres défauts ? N’existons-nous pas par la vision des autres ?

Le miroir nous fait prendre conscience de tout cela.

Il est essentiel d’accepter le regard des autres et en particulier de nos Frères car c’est lui qui nous apprend à connaître nos limites, à les repousser pour offrir le meilleur de nous-même.

C’est par ce regard objectif que les autres doivent porter sur moi que se manifeste la notion de fraternité. Pour être réellement pratiquée la fraternité nécessite que celui qui en use soit libre. Libre de quoi ou de qui ? .

Libéré de tout jugement qui ne serait pas de lui, libéré de réflexes conditionnés, libéré de l’autorité parentale, de toute représentation du pouvoir humain qui romprait la fraternité maçonnique. Sa pérennité n’est-elle pas assurée par le dépassement de tout dogme ? . Exister par les actions et interactions que provoquent des liens fraternels suppose que nos chaînes soient rompues.

A mon sens, la démarche fraternelle prospère dans l’effacement des attentes individuelles comme des intentions dogmatiques.

Elle permet à chacun de trouver sa place et non de s’apporter des réponses. Car qui sait à l’avance quel enseignement lui sera profitable ?

La première question que nous devrions tous nous poser lors de nos enquêtes chez un postulant profane et plus encore si nous souhaitons le parrainer, devrait être : « Et-il en possession de ce petit supplément d’âme qui va lui permettre un jour de tout donner pour ses futurs FF. et ainsi de progresser sur le chemin Initiatique » ? Mais avons-nous nous même ce petit supplément d’âme pour pouvoir en avoir une idée ? Et c’est quelquefois un intérêt personnel qui nous anime ou bien nous sommes ébloui par la face visible de l’iceberg, la face qui intéresse la vie profane, celle des apparences. Qu’il soit professeur de faculté, vendeur de gaufres, policier, transformiste, catholique, juif ou agnostique, quelle importance ? Comme dit le proverbe : « C’est au pied du mur qu’on voit le Maçon ». Une fois Initié, sera-t-il capable de briser le miroir du vieil homme pour y voir renaître une nouvelle image de lui-même, qu’il aime et qui est prête à aimer sans condition ?

En résumé, la fraternité vraie, c’est me semble t-il vivre l’autre avec ses différences, sans flatterie, sans préjugé, sans jugement.

Vivre en fraternité c’est offrir : chacun fait don de ses forces, mais aussi de ses faiblesses. Les différences ne sont pas rivalités mais partage. La fraternité c’est la notion de partage aussi bien intellectuel que matériel, c’est faire don de sa vie pour l’entraide.

La fraternité ou quand l’homme est le miroir de l’homme.

Pour nous qui sommes dans une Loge de Saint jean, nous devons au moins retenir ce que dit l’évangéliste dans son épître (1, 9-11) « celui qui prétend être dans la Lumière tout en haïssant son Frère est encore dans les ténèbres, mais celui qui aime son frère est dans la Lumière.

VM J’ai tenté de dire.

source : www.ledifice.net

 

Lire la suite

Liberté Egalité Fraternité, la devise républicaine de la Franc-Maçonnerie

15 Juillet 2012 , Rédigé par AG Publié dans #histoire de la FM

La légende

Louis Claude de Saint Martin (1743) n’a pas forgé la devise "Liberté, Égalité, Fraternité ». Ce n’est donc pas de lui que la franc-maçonnerie aurait pu la recevoir avant que de l’offrir, ou de l’imposer à la révolution. Le malheur veut qu’il n’en soit rien ; malheur du moins pour les iconolâtres de l’historiographie. La vérité, c’est que la devise « liberté, Égalité, Fraternité » n’est au siècle des lumières et de l’illuminisme, n’est ni maçonnique ni révolutionnaire ; sur l’histoire de la devise, cette phrase a été la devise de plus d’une république. En vérité elle représente davantage qu’une devise c’est le credo d’une religion. L’origine maçonnique de la devise, écrivait Lantoine « est une légende devenue tellement vivace qu’elle est acceptée par d’excellentes gens qui ne font profession, ni de maçonnisme ni d’antimaçonnisme ». La devise ne naquit pas en loge. Mais « Liberté, Égalité, Fraternité » est devenue la devise d’une très grande partie de la franc-maçonnerie latine, en Europe et en Amérique, et belge qui y a mis le meilleur de sa tradition et le meilleur de son espoir. La patente de la loge « La bonne foy », constituée à l’orient de Saint – Germain-en-Laye, en 1688, aurait porté la devise : "Liberté, Égalité, Fraternité », mais toutes les copies produites, car il n’y a pas d’original ont été reconnues apocryphes.

La devise et la révolution :

En effet, aucune assemblée législative (dans l’acception la plus large du terme), aucun gouvernement n’a jamais décidé, avant 1848 (date de la proclamation de la deuxième république), que "Liberté, Égalité, Fraternité" serait la devise de l’État français. Dès 1790, à la fête de la Fédération, le 14 juillet, notre devise aurait orné certains drapeaux, notamment ceux des fédérations du Dauphiné et de la Franche-Comté. En 1791, le 29 mai, le marquis de Girardin avait prononcé un discours où il affirmait que le peuple français voulait « pour base de sa constitution »,la justice et l’universelle fraternité. C’était au club des Cordeliers, qui dans une opinion subséquente, corrigea la formule et souhaita qu’elle figurât sur une plaque accrochée à l’uniforme national, sous la forme : Liberté, Égalité, fraternité. Mais la proposition ne fut pas retenue et, pour tout dire, on l’oublia. En 1793 le 29 juin, « le Directoire du Département, sur la proposition du citoyen Momoro, demande que dans le courant du mois de juillet, les propriétaires ou principaux locataires seront invités au nom du patriotisme, au nom de la liberté, à faire peindre sur la façade de leurs maison, en gros caractère, ces mots : Unité, individualité de la république Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort. Momoro, imprimeur et membre des Cordeliers, s’était peut-être rappelé l’opinion émise par le Club en 1790. Un régime maçonnique avant 1789 arbora une devise ternaire « Liberté, Égalité, Indépendance ». D’autre part, J.J. Mounier déclare : Je ne crois pas que dans les loges on ne parlât jamais de liberté. Si ce mot était prononcé quelquefois, c’était comme celui d’égalité dans un sens étranger à la politique et purement moral. Un seul texte, fait de la liberté, de légalité, et de la fraternité les trois vertus cardinales à la foi révolutionnaire, et de la maçonnerie, et déclare de l’antériorité, dans la pratique, de cette dernière société. C’est une planche de Saint-Jean d’Écosse du Contrat social, en date du 20 janvier 1791. « Bien des siècles avant que Rousseau, Mably, Raynal eussent écrit sur les droits des hommes, et eussent jeté dans l’Europe la masse de lumière qui caractérise leurs ouvrages, nous pratiquions dans nos loges tous les principes de la sociabilité ». Le F:. Charles Blanc éclate : « Qu’est-ce que cette devise, liberté, Égalité, Fraternité, adoptée par l’Assemblée nationale et placée au frontispice de la Convention, sinon le mot d’ordre séculaire, le véritable mot sacré de la maçonnerie ? Devant ces textes, l’historien, sauf à bafouer toute logique, et toute objectivité historique, les philosophes, les francs-maçons, puis les révolutionnaires avaient connu, en des sens divers et diversement apparentés, les mots de « liberté », égalité », fraternité ». Au XIXe siècle, « Liberté, Égalité, fraternité » va devenir en France, la devise officielle de l’État et la devise officielle de la franc-maçonnerie.

Avant 1849, la franc-maçonnerie n’a pas eu pour devise "Liberté, Égalité, Fraternité" ; jusqu’en 1848, elle n’a pas prétendu le contraire. La franc-maçonnerie n’a donc pas donné cette devise toute faite à la révolution. Dès sa première proclamation, lancée le 24 février 1848, le gouvernement provisoire invoque notre trilogie. Le lendemain, la république est instaurée et, deux jours plus tard, les trois mots en deviennent la devise. Il en ira toujours ainsi désormais sous la IIe, la IIIe, la IVe, et la Ve république.Peu après, entre la franc-maçonnerie, le 6 mars 1848, en effet, une députation du Grand Orient se rend à l’Hôtel de Ville. Le F \Bertrand la conduit, il y revendique à l’avantage de la maçonnerie, et avec effet rétroactif ! La nouvelle devise républicaine : "La franc-maçonnerie ont porté de tout temps sur leur bannière ces mots : Liberté, Égalité, Fraternité. Adolphe Crémieux, franc-maçon lui-même, répondit ainsi à ce passage : dans tous les temps, dans toutes les circonstances, sous l’oppression de la pensée comme dans la tyrannie du pouvoir, la maçonnerie a répété sans cesse ces mots sublimes : "liberté, égalité, fraternité". Un autre discours, en la même période, tend à situer dans la tradition maçonnique l’origine de la devise adoptée par le gouvernement provisoire. C’est Jules Barbier qui, menant à son tour à l’Hôtel de Ville une députation des loges de Paris, s’écrit : Nous saluons des acclamations les plus vives le gouvernement républicain qui a inscrit sur la bannière de la France cette triple devise qui fut toujours celle de la maçonnerie : "Liberté, Égalité, Fraternité". Lamartine - Et pourtant : "Je ne suis pas franc-maçon", dit-il d’abord – Lamartine ne contrarie pas cette contre-vérité littérale.

En 1848, déplorait Karl Marx, "la guerre sociale n’avait encore qu’une réalité nébuleuse, la valeur d’une phrase, d’un mot". Or, explique Maxime Leroy qui cite ce texte, "le mot auquel pense Karl Marx, c’est le mot fraternité" mainte secte s’était organisée, de la société des droits de l’homme à celle des familles, de groupes socialistes phalanstères, des chapelles aux sociétés secrètes. À partir de 1848, ces sociétés discutaient et faisaient discuter librement leurs dogmes. Or souligne Lamartine ces dogmes dont le principe était une fraternité chimérique réalisée sur la terre, tendaient tous à la suppression de la propriété individuelle. George Sand disait "communisme". D’autres disaient, sans aller plus qu’elle au fond des choses, philanthropie (Saint Simon), humanitarisme (P. Leroux), fraternité (Cadet), égalité (Les successeurs de Buonarroti).

Les sources immédiates

Louis Blanc écrit en effet dés 1847, dans son Histoire de la Révolution française, cette phrase, où le sujet est Louis-Claude de Saint-Martin : "Et le mot de la grande énigme, qu’il posait devant la nation française, c’était : Liberté, Égalité, Fraternité ! formule que, dans son style symbolique il appelait le ternaire sacré et dont il parlait d’un ton solennel". Le texte de Louis Blanc, n’aurait – il pas constitué le plus prochain stimulus des membres du gouvernement provisoire ? Ne les aurait-il pas guidés dans leur choix d’une devise pour la IIe république ? Ce même texte, de Louis Blanc n’aurait-il pas aussi persuadé, ou fini de persuader, les francs-maçons de 1848 que la devise relevait de leur patrimoine ; n’aurait-il pas actionné la revendication qu’ils soutiendraient désormais sans relâche ? Il se peut donc que Louis Blanc, en 1847, soit source immédiate de l’inspiration des quarante-huitards qui placèrent officiellement la France sous la devise "Liberté, Égalité, Fraternité". Il se peut donc que Louis Blanc, en 1847, ait expressément – et rétroactivement – maçonnisé cette devise. Mais voici notre second auteur : Pierre Leroux autre source sûrement. Pierre Leroux élabore sa doctrine, grosso modo entre 1830 et 1848. Or, dès 1833, il affirme : "Nos pères avaient mis sur leur drapeau, liberté, égalité, fraternité. Que leur devise soit encore la nôtre". Il y a de la métaphore dans ces deux phrases. Les grands ancêtres n’ont jamais brodé au fil sur le tissu de leurs étendards la devise qui sera celle de 1848. Pourquoi ces trois mots ? Pourquoi pas un seul ou deux pourquoi pas quatre ou davantage ? Il y a de cela une raison profonde. En effet, l’homme étant, comme nous l’avons démontré ailleurs, triple et un dans tous les actes de sa vie, c’est-à-dire simultanément sensation – sentiment – connaissance, il faut en politique un terme qui réponde à chacun de ces trois aspects de notre nature. Au terme sensation de la formule métaphysique répond le terme liberté de la formule politique ; au terme sentiment répond le mot fraternité ; au terme connaissance répond l’égalité. Qui l’a trouvée cette formule sublime ? On l’ignore ; personne ne l’a faite, et c’est tout le monde pour ainsi dire qui l’a faite.

Je récapitule avec Leroux : "La formule est donc complète. Le citoyen a donc un dogme, c’est l’Égalité ; un motif de se manifester et d’agir, c’est la Liberté ; une règle morale pour bien agir, c’est la Fraternité humaine. La Révolution française a justement résumé la politique dans ces trois mots : Liberté, Égalité, Fraternité". Or, avant février, la franc-maçonnerie ne se soucie, en aucune façon, de la devise qu’elle adoptera en 1849. Mais, peut-être, Bésuchet, en cautionnant la devise républicaine, a-t-il excité ses frères maçons à l’adopter eux-mêmes. Car un an après la chute de Louis-Philippe, la devise va être maçonnique.

Entre la révolution de 1848 et le Convent de 1949.

"Fille du ciel, elle nous apporte la Fraternité, l’Égalité, la liberté". Qui est-ce ? Non pas la révolution de 1848, ni même, quoique le texte soit du 26 septembre1791, mais à la religion iraient le pouvoir, et l’honneur, d’instaurer les trois qualités sociales dont les noms juxtaposés fourniront sa devise à l’État de 1848. Et de qui est-ce ? Du fameux et très grand abbé Henri Grégoire, dans une adresse aux députés de la seconde législature.

Car les hommes de quarante-huit sont, d’évidence, hommes religieux. On a constaté, aux sources immédiates de la devise, et lors de sa naissance, que tout discours sur elle impliquait la religion. Mais quelle religion ? Une religion, la religion, de 48. Que de fois alors le socialisme ne fut-il pas baptisé ! Que de fois Jésus devint maître révolutionnaire !

Nostalgique ou non, Dieu le sait, l’idéologie fossile des règnes de Louis XVIII et de Charles X anime Mgr Parisis. Sous la IIe république il publiera un éloge retentissant de la devise : cet éloge ne se comprend que si l’on tient compte de son premier sens, celui de la révolution de 1848, à laquelle on verra que le clergé fut favorable, par réaction contre l’anticléricalisme de la Monarchie de juillet, oppressivement concordataire et qui refusait aux catholiques la liberté de l’enseignement.

La Grande Loge nationale et le Grand Orient de France

Nous étions en 1848, passé février. Or, en 1949 , la devise "Liberté, Égalité, Fraternité" devient, et c’est donc quelle ne la jamais été auparavant ; la devise officielle de la franc-maçonnerie française. Celle-ci était représentée par le grand Orient de France et la grande loge nationale de France qui, paradoxalement, ne dura que deux ans, pour crime d’avoir été républicaine.

Que la devise de la franc-maçonnerie exprime sa vocation politique, au bon sens du terme comme le maréchal Magnan, grand maître du Grand Orient de France, l’avait rappelé, six ans plus tôt. Et je citerai ces propos : Selon moi, la mission de la maçonnerie est simple et précise, autant que noble : réunir tous les hommes de bonne volonté que frères et égaux, les hommes se doivent un mutuel appui, leur donnant pour guide notre immortelle devise : Liberté, Égalité, Fraternité, et ce critérium de la vraie morale, Dieu, l’immortalité de l’âme et l’amour de l’humanité.

(Ier volet) Aucune assemblée législative (dans l’acception la plus large du terme), aucun gouvernement n’a jamais décidé, avant 1848 (date de la proclamation de la deuxième république), que Liberté, Égalité, Fraternité serait la devise de l’État français.

(IIe volet) Avant 1849, la franc-maçonnerie n’a pas eu pour devise "Liberté, Égalité, Fraternité" ; jusqu’en 1848, elle n’a pas prétendu le contraire. La franc-maçonnerie n’a donc pas donné cette devise toute faite à la révolution.

(IIIe volet) elle n’est pas religieuse.

Histoire et pratique.

Nombreux sont parmi les maçons et les profanes aux yeux desquels "Liberté, Égalité, Fraternité" a toujours été la devise maçonnique par excellence, et le reste aujourd’hui. L’histoire montre qu’il n’en est rien. La devise apparaît d’abord en milieu profane, on l’a vu, et elle n’est entrée dans la franc-maçonnerie qu’en 1849. Très peu de frères, par rapport à la masse des francs-maçons, revendiquent son égide des frères français, belges, espagnols, hispano-américains, italiens… Soit quelques dizaines de milliers au total sur six millions de maçons. La devise a un passé : il est bref et surprend. L’hérédité de la devise et son jeune âge, sa réclusion et ses liaisons la rendent suspecte, et soulèvent un problème pratique. Ce problème-là, au contraire du problème historique, ne concerne directement que des obédiences très minoritaires. Mais ces obédiences sont majoritaires en France et son intérêt déborde l’aire géographique où la devise se proclame : y sont en effet la définition de la maçonnerie et la fidélité à cette définition, perdue, maintenue ou retrouvée, par les rares obédiences qui conduisirent à adopter la devise de l’état quarante-huitard et à entrer sur la voie substituée. D’où le problème pratique, puisqu’il revient à se demander : peut-on, faut-il conserver la devise ? Certains auteurs francs-maçons ont suggéré d’aménager cette devise : en "liberté, Équité, fraternité" ou bien en "liberté, Équité, Amitié". Le problème est de savoir si la jambe est de bois, ou engourdie. Fernand Chapuis rappelle-t-il si la maçonnerie l’à reprise en 1849, c’est parce qu’elle correspondait à sa mentalité, à son idéologie, parce la qu’on croyait venue des temps anciens…Mais elle n’en demeure pas moins une devise "politique". De même que les suprêmes Conseils Écossais ont pris pour devise universelle "ORDO AB CHAO" ne conviendrait-il pas que la maçonnerie bleue adopte une devise — commune à tous les temps, à tous les pays, à tous les régimes – trait d’union de toutes les maçonneries mondiales, savoir : “Sagesse — force — beauté”, en marquant ainsi à la fois l’Union de toutes les maçonneries et le caractère d’universalisme du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Le propos paraît convaincant, dans la mesure où "Liberté, Égalité, Fraternité" manifeste en maçonnerie, une erreur, une déviation, pourquoi la conserver ? Pour deux raisons, semble-t-il d’importance inégale et donc aucune ne me paraît ni décisive, ni négligeable.

Première raison : Elle est d’ordre sentimental. Attention : il ne s’agit point ici de respecter la tradition. C’est au contraire, le convent de 1848 qui a innové. Mais L’innovation porta sur un point accessoire dans la forme à une histoire qui eut ses grandeurs, aux confins du maçonnisme.

Deuxième raison : Que cette innovation tolérable constitua un apport positif. Puisque la tradition n’interdit pas de prêter attention à la voix du sentiment en envisageant de garder la devise, étant bien entendu qu’elle perde ses connotations profanes. René Guénon, souhaitait qu’on restituât à la devise son sens original, qu’il prétendait initiatique. Mais ce sens original n’a jamais été que profane. Alors, peut-on récupérer la devise, la sauver malgré elle en dépit de ses antécédents ? Au cas d’une réponse affirmative, la devise ainsi repêchée pourrait être capable d’enrichir la franc-maçonnerie. Ce serait une raison pour étayer l’attachement sentimental, et le doter d’une valeur maçonnique.

Essais de récupération.

En politique cette formule a pu réserver des déceptions ; il n’en est pas de même en initiation. Oswald Wirth motive son jugement en analysant, pour mieux exhorter à les vivre, la liberté, l’égalité, et la fraternité du philosophe : ligne morale et ascétique. Qui empêcherait d’associer la liberté au fil à plomb, l’égalité au niveau, la fraternité à l’équerre ? Ligne occultiste que celle où nous engage Robert Ambelain : l’astrologie fonde et qualifie la vraie liberté ; la magie fonde et qualifie la vraie égalité ; l’alchimie fonde et qualifie la vraie fraternité. Ligne proprement symbolique : le ternaire républicain, puis maçonnique, selon la chronique germe d’une racine gnostique, la liberté déclarerait alors l’ésotérisme de la foi, l’égalité celui de l’espérance, et la fraternité celui de la charité. Enfin, la ligne de la perspective initiatique, avec quoi convergent les lignes précédentes mènerait à la synthèse ésotérique de saint Martin, dont il ne néglige pas, mais exhausse le sens politique, à la “grande affaire” de l’homme selon lui : sa réintégration. C’est ce que Georges Allary et Denis Roman résument, dans un vocabulaire différent et très spécial, puisqu’il l’emprunte à René Guénon “Ces trois mots” écrit le premier “sont susceptibles d’une interprétation parfaitement orthodoxe : le but suprême de l’initiation est la "Délivrance"

Et Denis Roman :

Quant à l’Égalité sans doute faut-il l’envisager ici surtout en tant qu’elle exprime une idée d’équilibre (qu’on pense à l’équilibre de la balance et à l’invariable Milieu). La Liberté totale, l’Égalité parfaite et la Fraternité universelle ne constituent pas un idéal politique ; mais elles sont une réalité initiatique, qui sera réalisée par le Maître Maçon lorsqu’il accédera, effectivement et non plus virtuellement, aux mystères de la "Chambre du Milieu"

Voyons cela de plus près.

La tâche du maçon consiste à planter une communauté, à bâtir un temple de pierre d’hommes, qui ne soit pas seulement aux dimensions de la franc-maçonnerie, mais à la mesure de l’humanité entière. Que les querelles politiques, comme les querelles religieuses, restent interdites en loge. Mais que l’action du franc-maçon puisse, et doive, par delà soi-même et la loge, toucher directement le monde profane. Or, la tradition maçonnique détermine l’éthique sociale autant que personnelle du franc-maçon, c’est-à-dire de croire en dieu vivant et en l’immortalité de l’âme, et d’obéir à la loi morale. On peut certes dire qu’au XVIIIe siècle, la liberté, l’égalité, et la fraternité furent parmi les idéaux d’une franc-maçonnerie qui n’a pas manqué aux devoirs traditionnels. Et l’interprétation moderne du XXe siècle fait injure aux maçons d’antan. Car elle s’inspire souvent de l’idéologie de 1848 qui contamina, officiellement en 1949 le grand orient de France. La difficulté est que parfois, la signification profane a contredit la signification traditionnelle. L’interprétation religieuse chère à 48, s’exprime alors trop quarante-huitardement. Mais, exprimée généralement, elle indique une direction traditionnelle. Si la devise est d’origine profane, peut-être l’origine des idées de liberté, d’égalité, et de fraternité, réfère-t-elle au sacré authentique ?

L’intermédiaire des chercheurs et curieux :

"Ainsi les notions d’égalité et de fraternité ont été clairement exprimées il y a près de deux mille ans, déjà, dans l’évangile. La notion de liberté y apparaît moins nettement, Jésus n’a pas condamné l’esclavage, peut-être parce qu’il vivait dans une société où il n’y avait pas ou peu d’esclaves, mais elle découle nécessairement des deux autres : on n’opprime pas des égaux et des frères."

Au cours d’une émission radiophonique, en décembre 1968, le porte-parole de la Grande Loge de France tenta sur l’origine religieuse de la devise, une exégèse d’un gnosticisme assez noir."De ce message de Saint Jean qui permet de répondre valablement aux questions que l’on peut se poser sur la nature de l’homme et du monde, il se dégage également une morale qui apporte aux éternels problèmes de l’humanité des solutions d’une actualité brûlante et qui sont conformes aux principes d’où découle notre devise : Liberté, Égalité, Fraternité". Au moulin de Cornélius, un autre correspondant de l’intermédiaire apporte de l’eau. Il soutient que la liberté aussi figure dans l’Évangile, puis découvre les bases sociales de la devise chez La Boétie en connexion avec ses bases naturelles et psychologiques, et universelles et voit en "Liberté, Égalité, Fraternité" une "majestueuse idée politique fondée sur la philosophie naturelle"

Je reproduis le document, il vaut la peine. Ça commence mal : "Cette devise qui, sous cette forme, est d’origine maçonnique doit donc logiquement, venir de très loin, et, en somme de Très-Haut." Mais ça continue mieux : "je désirerais poser un jalon de plus et digne d’attention, il me semble, sur la route de l’histoire littéraire indiquée par Cornélius qui, en toute sympathie, paraît n’y voir que d’un œil quand il relit sa Bible ; comment autrement ne par remarquer combien la notion de liberté est fréquente, sous tant de formes, explicites, textuelles, ou diffuses, dans le Nouveau Testament". Saint-Yves d’Alveydre

Je ne citerai ici que le mot de passe de la révolution : liberté, égalité, fraternité.

Les trois principes de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité sont en toutes lettres dans la cosmogonie égyptienne de Moïse : ROUAH AELOHIM, l’esprit moteur, Adam, l’homme universel, IHOHA Dieu et la nature, puissance constitutive de l’Univers. Ces trois principes principes inversés sont aussi dans la Trinité chrétienne : PÈRE, FILS, SAINT-ESPRIT ; le père renfermant en lui la MÈRE ou la NATURE.

Émile Rinck le fondateur de l’anthroposophie et très proche de Saint-Yves : "dans une société organisée suivant le principe de la tripartition pourra être enfin réalisée la devise toujours actuelle, mais jamais appliquée de la Révolution Française ; Liberté, Égalité, Fraternité. Liberté de la vie culturelle et spirituelle, comprenant bien entendu l’enseignement sous tous ses aspects, Égalité dans le domaine politique-juridique, Fraternité dans tout ce qui touche au secteur économique, permettront de construire la société de justice et de paix sociales, du libre épanouissement des individus à laquelle aspire toute l’humanité." Mais finalement, c’est à la maçonnerie même qui incombera d’apprécier. La meilleure solution, la seule, sera celle qui permettra à tout franc-maçon d’être reconnu comme tel par tous ses frères.

 

de Robert AMADOU

Renaissance Traditionnelle N°17/18 - Janvier/Avril 1974. p 1 – Tome V

Source : http://aprt.biz/

     

Lire la suite

Liberté, Egalité, Fraternité

14 Juillet 2012 , Rédigé par C\ D\ Publié dans #Planches

Célèbre devise Française d’origine révolutionnaire, elle se confond avec l’histoire de l’idée républicaine, puis avec celle de la République au point d’en devenir un des principaux symboles.

En usage entre 1793 et le Consulat, puis sous la IIème République (1848-1851), la triade constitue depuis 1871, la devise officieuse puis officielle de la République Française.

Pour le franc-maçon, cette devise possède une force symbolique intrinsèque dont il prend la mesure lorsqu’il la prononce en loge après l’acclamation écossaise.

Loin de s’imposer naturellement d’elles-mêmes, les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ne se sont affirmées qu’au terme d’un long combat. En effet avant d’être consacrées dans la devise de la République et de nos loges, elles ont eu des légitimités différentes.

Il est à l’honneur de la franc-maçonnerie de les avoir nourries, d’en avoir perçu la première le caractère fondateur et d’en avoir favorisé la synthèse dans le temple et dans le monde profane.

Portées par la Renaissance, ces 3 valeurs se sont retrouvées au sein de différents courants de pensée humaniste soucieux de lutter contre l’injustice et l’arbitraire. La maxime « Liberté, Egalité, Fraternité » puise ses origines au XVIIIème siècle (Siècle des Lumières).

En 1755, dans une ode à la gloire du gouvernement helvétique, Voltaire associe implicitement les 3 termes : « la Liberté ! J’ai vu cette déesse altière avec égalité répandant tous ses biens…Les états sont égaux et les hommes sont frères. » Mais c’est Rousseau qui, dans son Discours sur l’économie (1855) propose cette triade comme une des bases du contrat social.

La devise n’est toutefois pas officiellement constituée en 1789 et, contrairement aux idées reçues, elle ne devient pas une création officielle de la Révolution, bien qu’elle en incarne certaines valeurs clefs. Seuls les deux premiers termes ont été associés dans la Déclaration des Droits de l’homme du 26 /06/1789 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit »

La première triple association est attribuée à Robespierre dans son discours prononcé en décembre 1790 lors de la création des Gardes Nationales. Cette expression a accompagné l’aventure révolutionnaire de Juin 1793 jusqu’au Consulat (1799). Sans avoir été devise officielle, l’expression a tout de même marqué les esprits et s’est imposé comme le symbole des acquis politiques et sociaux révolutionnaires, comme un programme politique et, à terme, comme un point de ralliement pour les républicains.

De 1790 à 1830, la devise n’est plus utilisée ; suivent 1846 et 1847, années de grande tension sociale et politique qui aboutissent à la Révolution de Février 1848.

La seconde République consacre l’expression après que le gouvernement provisoire l’emploie dans sa première déclaration (24 Février 1848)

La IIIème République coïncide avec la renaissance de l’expérience républicaine et la réactivation de la devise tryptique en 1871. Cependant, il faut attendre la révision constitutionnelle de 1879 pour que soit prise la décision de réinscrire les trois mots aux frontons des bâtiments officiels. Le périple de la triade s’achève glorieusement puisque la constitution du 4 octobre 1958 l’impose comme la devise constitutionnelle de la République Française.

De la revue de littérature, il découle qu’il est impossible de fixer clairement l’origine maçonnique ou républicaine de la devise. En effet, les recherches les plus récentes engendrées par le Bicentenaire de la Révolution montrent que l’antériorité maçonnique de la devise Liberté, Egalité, Fraternité n’a aucun fondement concerté au sein des obédiences et des rites maçonniques de l’époque considérée ie de 1770 à 1848. 1848 : apparition de la devise sur le drapeau français ; 1849 : au niveau du GODF, l’acclamation devient L, E, F en lieu et place de vivat, vivat, semper vivat.

De nombreuses anecdotes peuvent expliquer les rivalités d’attribution de l’origine de la devise. On a retrouvé à la Bibliothèque Nationale, une trace de la création par le GO d’une loge militaire portant le titre distinctif « Liberté, Egalité, Fraternité » sise à l’orient de la légion franche étrangère. Cette loge a été installée le 14/03/1793 par la Respectable Loge « L’Amitié et Fraternité » ( Orient de Dunkerque). Certes, il s’agit d’un titre distinctif, d’un nom de loge ; or, ce titre de la loge est évoqué à chaque tenue, au moins deux fois, à l’ouverture et à la fermeture des travaux comme aujourd’hui. De là à en faire une devise… la chose est d’autant plus facile qu’une loge militaire se déplace et reçoit de nombreux visiteurs.

En 1848, lorsque Lamartine qui n’était pas franc-maçon (mais qui adhérait à l’idéal maçonnique) proclama la IIème République, il déclara : « sur le drapeau national sont écrit ces mots : République Française, Liberté, Egalité, Fraternité, trois mots qui expliquent le sens le plus étendu des doctrines démocratiques, dont le drapeau est le symbole, en même temps que ses couleurs en continuent la tradition »

Quelques jours plus tard, Adolphe Crémieux, franc-maçon et membre du Gouvernement Provisoire, reçut une délégation des Loges maçonniques et prononça au nom du Gouvernement, la phrase suivante : « Dans tous les temps, dans toutes les circonstances, sous l’oppression de la pensée comme sous la tyrannie du pouvoir, la maçonnerie a répété sans cesse ces mots sublimes : Liberté, Egalité, Fraternité ! »

Jules Barbier de la délégation maçonnique a ajouté : « Nous saluons des acclamations les plus vives le gouvernement républicain qui a inscrit sur la bannière de la France cette triple devise qui fut toujours celles de la Franc-maçonnerie : Liberté, Egalité, Fraternité »

Pour le rite écossais, Adolphe Crémieux, devenu Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien et Accepté en 1869, entreprit de refondre les Règlements Généraux du Rite qui dataient de 1846. Entre autres propositions, il souhaitait inclure à la fin de l’article II, la phrase : « l’Ordre Maçonnique a pour devise Liberté, Egalité, Fraternité…. » Sur ce point précis, point d’opposition ; le blocage portait sur l’invocation au GADLU. Ce blocage suivi de la guerre franco-allemande, de la surveillance des loges par la police (1874) , le début des actions anticléricales ont détourné les préoccupations des Francs-Maçons du Rite Ecossais. Finalement, la devise maçonnique fut affirmée dans un décret datant du 2/12/1873 avec effet le 1/05/1874.

La discussion porte sur le sens à donner aux trois mots et à leur conjonction en une formule : la liberté est-elle bornée ? si oui, par quoi ? égalité de droit ou égalité économique ? égalité ou équité ? qu’est-ce que la fraternité apporte aux deux premières notions ? Les valeurs politiques doivent guider et mesurer la valeur d’un système d’organisation sociale.

La liberté. Deux notions s’en détachent : une liberté de « l’état de nature » dite sauvage et une liberté régulée et policée, définie par des règles sociales telles que « ce qui ne nuit pas à autrui » ou « ce qui n’est pas interdit par la loi ». La liberté dite sauvage institue la loi du plus fort et la violence généralisée. La liberté régulée est celle compatible avec la vie en société. La liberté doit être l’aboutissement d’une conquête et d’une construction progressive. L’homme libre n’est pas la brute qui suit ses instincts et ses passions, mais celui qui pense, sent et agit selon la pensée. Dès lors, la liberté de l’individu n’est pas limitée par celle d’autrui, mais au contraire agrandie par elle.

A propos de l’égalité, le débat le plus courant oppose l’égalité des droits et l’égalité économique. Une autre position introduit l’égalité des chances qui serait une sorte de droit à la réussite économique. Chaque être humain ne crée pas la même valeur par ses actes, mais chacun possède la même valeur en tant qu’être humain siège de la liberté. Une autre tendance est de remplacer l’égalité par l’équité avec deux cas de figure : soit égalité des chances et les inégalités éventuelles ne sont justifiées que si elles résultent des inégalités naturelles ou de naissance des individus. Soit une inégalité sociale qui contrebalance les inégalités naturelles ou de naissance des individus. Quelque soit la réponse considérée, la notion clé concerne l’égale valeur des êtres humains. La Fraternité résume tous les devoirs des hommes à l’égard les uns des autres. Elle signifie : dévouement, abnégation, tolérance, bienveillance, indulgence. Elle est souvent présentée comme la cerise sur le gâteau de la formule, comme une sorte d’édulcorant ou de fleur décorative qui adoucit la sécheresse des deux premiers termes. La fraternité, c’est un lien très fort entre les individus qui inclut une reconnaissance réciproque et une communauté essentielle de valeur telle que des passerelles infimes percent le cloisonnement de notre société moderne. Le bien n’est pas seulement le bien pour moi mais celui de tous.

Les fondateurs de la Seconde République ont tous insisté sur le caractère logique et indissociable des trois composantes de la devise. Celles-ci sont solidaires et se servent mutuellement d’appui. La liberté associée à l’inégalité et la haine instaure le rapport faible/fort et s’achève en tyrannie. Quand l’égalité fonctionne avec la dictature et la haine, c’est un rapport dominant/dominé qui apparaît. La fraternité exercée avec la tyrannie et l’inégalité aboutit au ressentiment et ou au désespoir. Aucun régime politique n’incarne pleinement l’idéal de la devise : sinon, ce régime assurerait une liberté absolue fondée sur la pensée seule des individus, une égalité parfaite sans hiérarchie, sans privilège, une fraternité franche et spontanée sans calcul, sans exception, sans limite. Ce régime serait une utopie anarchiste suggérant que le pouvoir, la hiérarchie, l’inégalité et la haine sont des maux inévitables ou nécessaires.

Les idées contenues dans la triade ont leur propre valeur qui doit être examinée à l’aune de ce à quoi elles prétendent : expliquer le réel, justifier les actions humaines, harmoniser les sociétés selon des normes. Vouloir ancrer les valeurs sur des idéaux absolus revient à vouloir leur donner une force usurpée et, dans cette mesure même, à les affaiblir si l’usurpation est découverte. La devise républicaine vise non pas tant à la reconquête d’une fraternité originelle censée être antérieure à la société qu’à l’avènement d’une fraternité nouvelle.

Pour nous maçons, adopter certaines valeurs comme devise ne signifie pas que l’on prétend les incarner, mais que l’on entend être jugés à leur mesure.

Victor Hugo a publié en 1875, un ouvrage intitulé « Le droit et la Loi » dont un extrait mérite attention : « Liberté, Egalité, Fraternité… ce sont les trois marches du perron suprême. La liberté, c’est le droit ; l’égalité, c’est le fait ; la fraternité c’est le de voir. Tout l’homme est là…

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Les droits et devoirs de la fraternité Maçonnique

14 Juillet 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

« Mon Frère, car dorénavant vous ne recevrez plus d’autre qualification parmi nous ».

C’est par ces paroles que, moi, nouvel initié, ait, tout comme vous, été accueilli par le vénérable Maître de ce que l’on désigne notre Loge Mère.

Mon Frère ! Et pourtant avant cette cérémonie initiatique, comme tous, j’ignorais jusqu'à l’existence de la plupart des hommes qui m’entoureront au fil des ans.

« Mon Frère approchez vous et recevez de moi l’accolade fraternelle, au nom de tous les Frères de cette respectable Loge. ».

Que s’est-il passé ? Bien sûr, j’ai ressenti et je ressens toujours la chaleur, l'émotion partagée par tous à ce moment, mais n’étais-je pas déjà le frère de tout homme, quelques soient son origine et sa couleur ?

« Homme, je suis Homme et rien de ce qui est Humain ne m’est indifférent » disait Térence. Homme, je me fonds dans la grande famille des Hommes, dans cette Fraternité Universelle chantée par Lamartine et hissée au même rang que la Liberté et l’Egalité dans la Trilogie Révolutionnaire de la République.

Que s’est il passé ? Qu’est-ce au reste que cette fraternité ?

La première notion qui vient à l’esprit est celle de la fraternité de sang : Est mon Frère celui qui, comme moi, est né du même père et/ou de la même mère. La genèse nous apprend que, sitôt que 2 frères sont apparus sur la terre, ils sont entrés en compétition, se sont livrés à la division, à la jalousie et à la violence.

On parle aussi de fraternité de race, de fraternité de classe ou de religion, car l’Homme ne peut ne pas vivre dans l’altérité absolue, il a besoin d’alliés et va se rapprocher d’autres hommes qu’il juge moins dissemblables et les accepter pour frères.

Ces notions ne sont conçues que pour nous unir, nous protéger contre « l’Autre », le « Différent » vu comme un satellite de notre propre existence pour mieux le dominer et nous conforter dans le sentiment de notre propre supériorité.

On a vu jusqu’où le refus de cette altérité peut nous conduire lorsqu’il est poussé jusqu'à la conséquence ultime : le Meurtre et le génocide.

« Vous ne voyez plus d’épées menaçantes tournées contre vous...Vous n’apercevez que des frères formant une chaîne qui symbolise l’union de tous les Francs Maçons répandus à la surface de la terre... Nos mains vous unissent à nous et à l’autel de la vérité. »

Qu’est-ce donc que la Fraternité Maçonnique ? Je la crois concentrée dans ces phrases du rituel du 1er degré :

« La chaîne est le symbole de l’union » Le mot symbole veut dire signe ou marque qui rassemble un ensemble d’idées qui ne tombent pas sous le sens.

Symbole rassemble, Diabole divise, ce mot est composé avec le préfixe « Dia » qui est le nombre deux en grec.

Cela m’amène à réfléchir sur une autre phrase de l’instruction de l’apprenti :

« La raison divise et borne artificiellement

ce qui est un et sans limites.

L’unité est ainsi partagée en deux extrêmes

auxquels les mots seuls prêtent une fausse apparence de réalité... Il convient donc de ramener le binaire à l’unité par le moyen du nombre trois. »

d’ou la phrase qui en découle :

« Nos mains vous unissent à nous et à l’Autel de Vérité »

Le principe trinitaire de la fraternité doit unir ce que la dualité divise.

Gardons nous en loge, que la fraternité ne soit qu’un mot, une fausse apparence de réalité .

La prédisposition des hommes à l’agressivité, leur penchant naturel à la lutte et la compétition, les oppose à tous les instants, conséquence d’une vie sociale à laquelle il faut faire face. Ces tendances agressives sont nécessaires à l’individu pour sa survie dans le monde profane. Cependant il aspire à une sympathie profonde et naturelle qui l’aiderait à surmonter les vicissitudes de la vie en commun.

L’article 1 de notre règle en douze points nous dit : « La Franc Maçonnerie est une Fraternité initiatique qui à pour fondement la foi en Dieu, grand architecte de l’univers ». Les Maçons, dépouillés de leurs métaux, pareils à l’Adam d’avant la chute, pénètrent dans le Temple, Enceinte Sacrée et hors du temps comme dans un nouvel Eden dont on leur aurait ré-ouvert les portes. Dès lors, la Fraternité peut apparaître comme naturelle entre eux. Il ne s’agit pas là de la seule chaleur, de la seule sympathie basée sur une vague tolérance, mais d’une volonté constante à surmonter ses penchants naturels, qui nous oblige à une éducation sociale rigoureuse à entreprendre sur nous-mêmes.

En m’insérant pour la première fois dans la Chaîne d’union le jour de mon initiation, le Vénérable Maître m’a dit : « Nos mains vous unissent à nous et a l’Autel de Vérité, leur étreinte vous annonce que nous ne vous abandonnerons pas ». Quoiqu’il puisse m’arriver, c’est promis solennellement, mes Frères ne m’abandonneront pas ! Tous mes Frères, aussi bien celui qui m’est proche, avec qui je partage joie et peines dans une chaleureuse amitié, que cet autre, plus discret, plus secret, dont je ne sais presque rien , présent épisodique sur les colonnes, et cet autre encore que je ne connais pas, qui vit loin de moi, de ma ville, de mon pays. Tous ne m’abandonneront pas, je peux baisser ma garde, ouvrir les bras, j’ai trouvé des Frères.

Attention ! Il ne s’agit que du premier terme du contrat, voici le second : « Nous ne vous abandonnerons pas aussi longtemps que la Vérité, la Justice, la Discrétion et l’Amour Fraternel vous resteront sacrés. »

Est sacré ce qui inspire un respect, une profonde vénération.

Est sacré ce qui ne doit pas être violé, enfreint, touché.

Est sacré ce qui inspire la crainte devant la puissance absolue, et le « mystère »devant l’inconnaissable.

Est sacrée la recherche de la Vérité : Trois paroles nous introduisent en loge, tirées de l’écriture :

« Frappez et on vous ouvrira

Cherchez et vous trouverez

Demandez et vous recevrez »

Quand les portes du temple se sont ouvertes, la longue quête initiatique a commencée qui ne se terminera qu’à l’ultime Initiation et l’Orient Eternel. Cette longue quête, je ne peux la faire seul. Par mes Frères je progresse, par eux, j’ai reçu la lumière.

Sont sacrés la Justice et la Discrétion :

La justice, défini entre autres le Larousse est une vertu morale qui inspire le respect absolu du Droit d’Autrui. Le Juste est fidèle à la Loi du devoir.

De la discrétion, ce même Larousse écrit : « Action de garder le secret, aptitude à ne dire que ce qu’il convient, avec retenue et modération. »

Est sacré l’Amour Fraternel :

C’est le second devoir du Maçon, me dit le rituel, que de secourir son frère, de l’assister de ces lumières et de ses conseils.

Souvenons-nous de notre serment de néophyte : « Je promets d’aimer mes Frères, de les secourir et de leur venir en aide. Je préférerais avoir la gorge tranchée plutôt que de manquer à mon serment ». Nous rappelons ce serment à chaque fois que nous nous tenons « A l’Ordre ».

Je voudrais pour finir, laisser parler St Paul dans son épître aux Galates :

« Frères, si quelqu’un est prit en faute, redressez le en Esprit.

Si l’un de vous s’égare loin de la Vérité, qu’un autre l’y ramène

Portez les fardeaux les uns des autres.

L’Amour Fraternel est charité, joie, paix, longanimité, affabilité, bonté et fidélité,

Il excuse tout, il pardonne tout ».

Mes Frères, ce sont ces mots que je vous demande de méditer ce soir dans notre chaîne d’Union , ce cri de l’apôtre :

« Mes Frères, ne cherchons pas la vaine gloire, pas de provocations entre nous, entre nous pas d’envie ».

Que l’harmonie, l’union et la concorde soient à jamais le triple ciment de nos oeuvres.

J’ai dit.

Source : http://la-grenouille-en-folie.over-blog.com/

Lire la suite