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Alexandrie

26 Novembre 2014 , Rédigé par Loge Alexandrie GLISRU Publié dans #Planches

Je voudrais commencer cette planche en vous lisant un poème.

Au-delà, le projet de ce travail est de vous présenter ALEXANDRIE, cette ville symbolique d'une rencontre entre différentes traditions ( juive, égyptienne, grecque, romaine, perse, gnostique, pythagoricienne, chrétienne, etc... ) qui, même si elles ne se sont pas toujours côtoyées sans heurts, les a faites se jauger, se mêler et s'enrichir mutuellement, faisant de cette ville un endroit exceptionnel dans la vie des hommes de l'occident et du moyen orient, comme peu d'autres si ce n'est, plus tard, peut-être ?, Cordoue.

Pour les FF\ de notre Triangle, l'utilisation de ce nom symbolise surtout une recherche sans exclusive de la Tradition initiale à travers les différents rameaux de celle-ci.

Voici donc ce poème :

" Quand vers minuit, soudain, tu entendraspasser un cortège invisibleavec de merveilleuses musiques et des éclats de voix,ne te lamente pas en vain sur ta Fortune qui chancelle,sur tes oeuvres qui ont échoué, sur les entreprises de ta viequi, toutes, se sont avérées illusoires.

En homme prêt de longue date, en homme de coeur,salue-la, cette Alexandrie qui s'éloigne.

Surtout, ne te leurre pas, ne dis pasque ce n'était qu'un rêve, que ton oreille t'a trompé,dédaigne ces futiles espoirs.

En homme prêt de longue date, en homme de coeur,comme tu te dois de l'être, toi qui méritas pareille ville,approche toi d'un pas ferme de la fenêtreet écoute avec émotion, mais non pasavec les plaintes et les supplications des lâches,comme une ultime jouissance, la rumeur,les ravissants accords du mystique cortègeet salue-la, cette Alexandrie que tu perds ".

Ce poème a été écrit pour illustrer la mort d'Antoine, en l'an 30 avant notre ère, après qu'il ait perdu une bataille à Alexandrie.

On situe à peu près à partir de cet évènement la fin de la religion égyptienne telle que nous la connaissons, confirmant les paroles d'Hermès Trismégiste, reprises dans un de nos Rituels :

" L'Égypte est devenue veuve et d'hommes et de dieux ".

Et ce que je voudrais ce soir, c'est donc vous présenter mon ALEXANDRIE, probablement d'une façon subjective et en tous cas pas exhaustive - mais y a t'il jamais une façon exhaustive de présenter les choses ? - avec mon coeur, de la façon dont je vois cette ville et avec la raison pour laquelle nous avons choisi son nom pour être celui de cet Atelier, ce nom lui-même donné - en y ajoutant d'Égypte - par notre Passé Grand Maître, Robert AMBELAIN, à un Atelier qu'il avait constitué, pendant l'Occupation, et qui était lui-même constitué de FF.·. de différents Rites.

Ce n'est pas mon habitude, mais je voudrais commencer cette planche par une longue citation tirée de l'éditorial d'une revue - Le MONDE COPTE - consacrée, justement, à ALEXANDRIE :

" Perle de la Méditerranée, Lumière du Monde Antique, Porte de l'Afrique, Ville aimée des Dieux, Trône Apostolique, les titres de gloire d'Alexandrie défilent comme litanie. Comment dire, en effet, par l'image, l'incommensurable importance de cette cité dans l'histoire de l'humanité ?

Mais voici que ce nom tout simple d'Alexandrie, lorsqu'on l'approche de trop près, éclate en mille facettes, comme une goutte d'eau à travers un prisme : loin de nous offrir une image unie, c'est donc par une multitude de petites touches que la réalité d'Alexandrie s'est progressivement livrée à nous.

Fruit d'une alliance sans confusion entre l'Égypte et la Grèce, Alexandrie fut le centre de la civilisation dite hellénistique, mais qu'il serait plus juste d'appeler " alexandrine : la médecine, les sciences, la philosophie s'y épanouirent de façon remarquable. Mais Alexandrie fut aussi la cité du Christianisme des origines, siège du Patriarcat apostolique d'Égypte, fondé par St Marc, à l'aube de l'ère chrétienne et son nom s'identifie à l'Église Copte.

Terre de martyrs et de théologiens, mère aussi de ces martyrs blancs - les moines - Alexandrie et sa région furent et demeurent un haut lieu de pèlerinage et de spiritualité.

Alexandrie, amante du beau, fut aussi une terre des arts : architecture, peinture, mosaïque, dans ce domaine aussi son rayonnement fut grand. "

A travers cette citation vous comprendrez combien est difficile, ce soir, ma tâche - moi qui ne suis absolument pas un historien ni un égyptologue amateur -, et que, à mon avis, à l'image de cette Ville qui fut un mélange réussi de cultures, de peuples et de croyances, il nous faudra longuement mêler nos travaux sur cette Cité et sur nos propres chemins spirituels pour commencer à dégager l'esprit d'Alexandrie, celui de la Cité comme celui de notre Loge.

Alors, évoquons d'abord son histoire, et la aussi je suis obligé de me reporter à ce qui a été écrit :

On l'a vu plus haut, Alexandrie, à l'origine s'appelait RAKOTÉ, et était une petite bourgade égyptienne.

Les relations entre ce qui deviendra la Grèce - ou plutôt les îles grecques - et l'Égypte sont très anciennes, et des documents attestent qu'elles furent formalisées dès l'Ancien Empire, c'est à dire à - 2300 avant notre ère. Elles connurent un nouvel essor avec ce que nous appelons le Nouvel Empire - 16 siècles avant notre ère - où le Roi Ahmosis, fondateur de la XVIII ème dynastie, le vainqueur des Hyksos et le créateur d'un Empire unifié s'étendant depuis la 2ème cataracte jusqu'à la Palestine, conclut des accords avec ces mêmes Îles.

La mère du Pharaon Ahmosis, la Reine Ahotep, fut du reste appelée la " Dame de Crète ".

N'oublions pas, à ce sujet, qu'à cette époque, ces îles étaient occupées par les Mycéniens, et ce ne sera qu'après la conquête de la péninsule par des peuples indo-européens que, longtemps après, vers 800 avant notre ère, apparaîtra ce que nous appelons la Grèce.

Ces relations connurent, toutefois, des moments difficiles avec des tentatives d'invasion, notamment par des peuples des îles du sud, les Philistins et les Shardanes.

Certaines furent repoussées, d'autres furent l'occasion de métissage avec les peuples autochtones. Au XII ème siècle avant notre ère, ces mêmes envahisseurs des îles du sud s'engagèrent dans les terres et se mêlèrent aux Hébreux, dans le pays de Canaan, qu'ils venaient justement d'atteindre.

Égyptiens, Hébreux, et peuples d'où allait émerger les Grecs, le mélange était déjà fait !

A partir du VII ème siècle avant notre ère, les Pharaons prirent l'habitude de recruter des mercenaires grecs pour leurs armées, et ceux-ci participèrent de façon souvent décisives aux nombreuses guerres contre les Assyriens, les Babyloniens et, bien sûr, les Perses.

Le Pharaon Psammétique 1er, de la XXVI ème dynastie, leur octroya même une ville, dans le delta du Nil, ville appelée à l'époque Naucratis ( aujourd'hui Kom-Djoef ).

Il est à noter que ces mercenaires grecs refusèrent de servir les Rois perses quand ceux-ci, ayant conquis l'Égypte, en devinrent les maîtres, après la XXX ème dynastie.

C'est bien évidemment Alexandre le Macédonien qui libéra l'Égypte de son occupant perse, après la bataille d'Issos, en - 332. Il y fut accueilli très naturellement en ami et se fit couronner sans problème Pharaon, fils d'Amon, reconnu par les Prêtres de Memphis comme : " Roi Épervier Prince de la Victoire, Bien Aimé d'Amon, Élu du Roi Soleil ".

Alexandre écrivit alors une lettre restée célèbre à sa mère, la reine Olympias :

" Après être demeuré quelques jours à Memphis, je me dirigeai en naviguant sur le Nil vers le port de Canope. Là se trouve une île désignée sous le nom de Pharos, bien située pour y établir une forteresse. Je décidai donc d'y bâtir une ville et de l'entourer de remparts. A l'architecte Dinocrate, que j'ai fait venir d'Ephèse, où il élevait un Temple à Diane, j'ai donné la consigne de construire une tour très haute, au sommet de laquelle les veilleurs entretiendront en permanence un feu très brillant pour servir de signal aux navigateurs croisant dans les parages. Cette ville, édifiée en l'honneur de ton fils, portera le nom d'Alexandrie ".

Une légende rapportée par Plutarque affirme qu'Alexandre aurait choisi ce site paradoxal du seul point de vue géographique car dépourvu de baies et de criques pour en faire un port, avec des sables mouvants, après un songe dans lequel Homère lui serait apparu et l'aurait alors guidé vers l'île de Pharos.

Et les conseils ont été judicieux puisque cette ville est devenue la capitale de l'Égypte - éclipsant Memphis, Thèbes et Tanis - dès la fin du IV ème siècle avant notre ère et le resta jusqu'à la fin du VII ème siècle de notre ère, soit pendant environ 1000 ans, mille années de rayonnement culturel et politique. Elle reste aujourd'hui encore, d'un point de vue économique un port très important de la Méditerranée orientale, et dans l'Égypte moderne, son rayonnement culturel n'est pas éteint.

Alexandre ne vit jamais la ville terminée - il mourut d'une maladie subite à l'âge de 33 ans ( tiens 33 ans !!! ) pendant une campagne militaire à Babylone -, mais son corps fut rapatrié à Alexandrie où l'historien Strabon dit avoir vu sa tombe.

C'est encore un mystère aujourd'hui puisque personne ne sait vraiment où est la tombe de ce conquérant.

Le village de RAKOTÉ était situé entre le lac Mariout et le bord de mer, face à l'île de Pharos. C'est là, en réalité, que fut construite la ville, l'île étant reliée au continent par un barrage construit alors, qui porta le nom de Heptastadion, soit 7 stadions, soit encore environ 1300 m, ce qui était sa longueur.

La construction de cette digue permit la création de 2 ports, de chaque côté de celle-ci, celui de l'ouest appelé Port d'Eunostos - le port des retours heureux - et celui de l'est, dit le Grand Port ou le Port Neuf, fermé aussi par une digue construite dans le prolongement de la presqu'île de Lochias, sur laquelle était érigé le Palais Royal.

Les navires trouvaient ainsi toujours un abri, dans l'un ou l 'autre de ces ports, le passage de l'un à l'autre pouvant se faire par 2 passages dans la digue, sous des pont-levis.

Au sud, le lac Mariout servait de port fluvial, et communiquait, soit avec le Nil, soit avec le Port occidental, par des canaux dont les ingénieurs accompagnant Bonaparte ont encore pu admirer les vestiges, ainsi que les aqueducs approvisionnant la ville en eau potable.

La ville fut bâtie sur un plan en damier, avec deux très larges avenues d'environ 30 mètres - un plèthre - et de quelques 7 kilomètres - 40 stades - de long, et d'autres avenues parallèles, toutes coupées, à angle droit, par des rues perpendiculaires. Ce tracé, dit hippodamien, du nom du célèbre Architecte Hippodame de Milet - permettait une circulation des vents marins qui assuraient une fraîcheur constante.

Diodore de Sicile a noté qu'Alexandrie offre un climat tempéré, source de santé.

Ce même Diodore, comme Strabon, ont fait remarquer que la ville représente une chlamyde - le court manteau macédonien - déployée et posée à plat.

Un poète latin, Achille Tatius, a pu écrire, au 2ème siècle de notre ère :

" Après une navigation de trois jours, nous arrivâmes à Alexandrie. Lorsque j'y entrai, par la porte dite du Soleil, j'eus immédiatement devant moi l'incomparable beauté de la ville, et mes yeux furent remplis de plaisir. Une rangée de colonnes, rectiligne, s'étend des deux côtés, de la porte du Soleil à celle de la Lune...car ces deux divinités ont la garde de la ville ".

Le Roi Ptolémée 1er, respectant le voeu d'Alexandre, commença à faire ériger la tour dans l'île Pharos, selon les plans de Sostrate de Cnide, et qui allait sous le nom de Phare devenir l'une des 7 merveilles du Monde. Elle fut construire en pierres calcaires et devait être, à l'époque, la plus grande tour construite - environ 120 m - et les travaux furent terminés sous le règne de Ptolémée II, et même encore après quelques retouches, sous Ptolémée III, soit après environ 60 ans.

Ce phare, constitué d'une base carrée, d'une colonne octogonale et d'un dernier étage cylindrique, pourrait avoir servi de modèle pour les minarets des mosquées.

A noter que ce nom de phare fut repris dans beaucoup de langues pour désigner les lumières guidant les navires.

Il fut détruit au XIII ème siècle, après une éruption volcanique.

Une mission internationale financée par l'UNESCO a entrepris des recherches pour en retrouver des morceaux, semble t'il avec succès.

Ce fut évidemment d'abord un grand port pour le commerce de l'époque et il est difficile de citer tous les produits et tous les peuples qui y abordèrent pour participer à cet immense marché.

Il est sûr qu'aussi bien les Indiens que les Arabes, les Arméniens et les Africains, les Ibères comme les autres peuples d'Europe et d'Asie Mineure ou du lointain Orient s'y retrouvèrent.

D'après Diodore de Sicile, en 60 avant notre ère, la ville comptait plus de 300000 habitants, dont environ 100000 Juifs, à qui le quartier nord-est, appelé le Delta, avait été attribué, mais pas sous la forme connue récemment de ghetto, puisque de nombreuses synagogues et comptoirs commerciaux étaient disséminés dans toute la ville.

Le reste de la population, au-delà des petites communautés de différents peuples orientaux, européens et africains, était surtout constitué de Grecs et d'Égyptiens.

Ce rapprochement entre Orient et Occident prit ici une forme particulière, concrète, qui constitua ce que nous avons appelé la civilisation hellénistique.

Il s'agit de l'enrichissement mutuel de 2 mondes, sans mélange ni confusion, dans le respect total de l'autre, de son génie, ce qui a permis un approfondissement sans retenue dans tous les domaines : scientifique, culturel, philosophique, spirituel.

Il semble qu'Alexandrie soit le seul exemple de ce type, même si d'autres villes d'Orient aient été imprégnées d'hellénisme, elles ne conservèrent pas le même caractère, et surtout, aussi longtemps.

Alexandrie fait partie de ces jalons de l'histoire des hommes et probablement que nous ne serions pas ce que nous sommes si cette ville n'avait pas existé.

Il faut, toutefois, ne pas se leurrer, la ville d'Alexandrie n'était pas un modèle de démocratie et seuls étaient Grecs celles et ceux qui pouvaient se prévaloir d'une double ascendance, c'est-à-dire de père et de mère grecs. En fait la plupart des Alexandrins n'en font pas partie et sont définis Hellènes, c'est-à-dire membres de la communauté gréco-macédonienne, parlant grec et participant à la culture grecque, en fait tous ceux issus des peuples conquis par Alexandre, en Europe comme en Asie, et les Juifs en faisaient également partie, eux qui représentaient plus d'un tiers de la population.

Tous ces Hellènes ne sont pas citoyens au sens politique du terme.

Parlons maintenant de la Bibliothèque d'Alexandrie :

La première bibliothèque fut créée par Démétrios de Phalère, à la demande de Ptolémée 1er Soter, général d'Alexandre, fondateur de la dynastie, dynastie lagide dont les membre se succédèrent sur le trône des 2 royaumes d'Égypte pendant plus de 300 ans, après la mort du conquérant macédonien ( en 323 avant J-C ).

Démétrios habitait l'un des quartiers latins d'Athènes et appartenait à l'Institut Syceum, établi par Aristote, et participait aux conférences et débats qui s'y déroulaient.

Au-delà de la seule bibliothèque, dont je vais reparler après, Démétrios créa aussi une Université, qui, avec la bibliothèque, s'appelaient Museion ou Maison de Sagesse.

Le corps professoral de cette Université fut, à la demande expresse de Démétrios, constitué des meilleurs savants, artistes, écrivains et philosophes de la région hellénique. Il résidait à Alexandrie et il est dit que ceux qui le constituèrent furent regroupés simultanément.

Cette bibliothèque, riche de plus de 500000 manuscrits ( on a même parlé de 700000 ) était la plus célèbre du monde antique avec celle de Pergame, sa rivale, Pergame en Asie Mineure, dont le nom a été à l'origine du mot parchemin.

La bibliothèque d'Alexandrie avait pour ambition d'accueillir tous les écrits du monde connu, ainsi que leur traduction en grec, et attirait un nombre considérable d'écrivains, de savants et de lettrés, souvent plutôt turbulents.

Cette bibliothèque et l'Université furent ainsi un lieu de rencontres où de grands penseurs et professeurs s'entretenaient avec les étudiants et les lecteurs, où les savants et philosophes s'échangeaient idées et découvertes.

C'était un creuset de la pensée humaine, et les Rois et Princes tenaient à y participer personnellement.

L'impulsion donnée à la civilisation en général fut fondamentale.

Pour citer quelques noms, à l'époque de sa création :

Eratosthène, l'inventeur de la philologie, y calcula la circonférence du globe terrestre et son diamètre, Zénodote d'Ephèse, Aritophane de Byzance et Aristarque de Samotrace y posèrent les fondements de la critique textuelle, Hipparque évalua très précisément le volume du soleil et de la lune, donna un nom à plus de 800 étoiles et mesura la durée du mois lunaire, Euclide et plusieurs mathématiciens pythagoriciens, Heron qui, même si son nom a été oublié, fut le premier à imaginer la machine à vapeur, Erasistrate et Hérophe, médecins qui les premiers présentèrent une image scientifique du système nerveux, Archimède, etc...

Eratosthène, le 3ème bibliothécaire d'Alexandrie, aujourd'hui oublié, reste, sans aucun jeu de mots, un phare de ce qui peut caractériser cette cité.

Mathématicien, astronome, philosophe, géographe, historien philologue, poète, éditeur, commentateur de livres, il s'illustre dans toutes les matières et peut être à juste titre considéré comme un esprit universel, fondateur de matières scientifiques modernes.

Des pages seraient nécessaires pour tenter de développer ce que l'on doit à cet esprit brillant, typiquement alexandrin, où il vécut au cours du 3 ème siècle avant notre ère, mais je voudrais insister sur son intérêt pour l'harmonie car, plusieurs siècles plus tard, toujours dans la même ville, des Pères de l'Église, Clément d'Alexandrie et Athanase d'Alexandrie écrivent des textes dans lesquels on retrouve le thème de l'harmonie qui reste ainsi indéfectiblement attaché à cette ville et à la pensée alexandrine, quelle que soit la religion pratiquée.

Au point vue spirituel, Ptolémée 1er était convaincu que la paix régnerait sur l'Égypte quand les idées et les convictions religieuses égyptiennes et grecques seraient harmonisées.

Il croyait au succès de cette union parce qu'il était sûr qu'au fond de toutes ces différences philosophiques et théologiques se trouvait une seule Vérité.

Pour exécuter ce rapprochement Ptolémée avait choisi 2 grands théologiens : Manethon, le Grand Prêtre égyptien qui, par ailleurs, connaissait la langue grecque et sa philosophie, et Timothée, l'Athénien, le plus célèbre théologien grec de l'époque, Prêtre d'Eleusis.

Après de longues études en commun, ils purent jeter les bases d'une nouvelle religion du trio Sérapis, Isis et Harpocrate ( l'enfant Horus ).

C'est dans cet Institut théologique que commença la traduction en grec de la Bible, au moyen d'une assemblée constituée par 70 savants et théologiens juifs, traduction connue sous le nom de Septante.

Le support des ouvrages entreposés était le papyrus, un monopole des Égyptiens.

Du reste ALEXANDRIE exportait des papyrus vierges parallèlement à des copies des textes de la bibliothèque.

Par contre, aujourd'hui, il est impossible de donner des informations sur l'aspect architecturale de cet établissement, ni sur ce qu'il est réellement devenu.

STRABON, le géographe et historien grec que j'ai déjà cité, l'avait décrit comme proche des palais royaux, en bordure de mer.

Sa destruction est, en réalité, mythique. JULES CÉSAR ayant mis le feu à ALEXANDRIE, au cours de l'hiver -48/47 avant J-C, il est possible que la bibliothèque ait brûlé à cette occasion. Toutefois il est plus probable que ce soient des entrepôts de papyrus vierges qui aient brûlé.

En 270 après J-C, la ville est l'objet d'une guerre entre la Reine ZENOBIE de PALMYRE et l'Empereur romain AURELIEN. Le quartier des palais royaux ayant été alors anéanti, la bibliothèque a pu subir le même sort funeste.

Plus tard encore, en 391 après J-C, les Chrétiens devenus hégémoniques à ALEXANDRIE, incendient, sur l'ordre de l'Évêque THÉOPHILE, tous les monuments païens. Parmi ceux-ci le serapeum, où étaient conservés tous les doubles de la bibliothèque-mère. Celle-ci, si elle existait encore, a t'elle été détruite à cette occasion ?

En tous les cas cet acte me conforte dans mon idée tout à fait personnelle que le Christianisme a tenté sciemment de détruire toutes les traces de la Tradition.

Enfin, et cela n'enlève rien à mon commentaire précédent, en 642, le général arabe AMR IBN AL AS enlève ALEXANDRIE après un long siège. Ne sachant que faire du contenu d'une bibliothèque ( était-ce celle dont nous cherchons la trace ? ) téléphone, non, excusez-moi, écrit au Calife OMAR pour demander des ordres.

Ce dernier lui aurait répondu : " Si ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles et tut peux les détruire. s'ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux et tu dois les brûler. "

Et, en tout état de cause, ils auraient alors servi à alimenter le chauffage des bains publics pendant 6 mois !

Il faut noter que cette dernière version de la destruction de la bibliothèque d'ALEXANDRIE n'est donnée que par ALBURAFADJE, Évêque d'ALEP, mort en 1286, et qu'elle est plus que suspecte.

Je ne suis pas loin de croire à la destruction délibérée par les Chrétiens, soucieux de détruire tout ce qui avait trait à la Tradition transmise par les Anciens, d'où qu'ils venaient, et cela serait cohérent avec l'attitude que ces mêmes Chrétiens ont eu avec les Gnostiques, dénoncés comme hérétiques, poursuivis de la vindicte virulente des principaux Pères de l'Église.

Après cette première partie très didactique, pour laquelle je me suis beaucoup aidé d'ouvrages disponibles sur le sujet, ce qui m'a beaucoup appris, je voudrais aborder ce qui a fait, pour l'humanité tout entière, la richesse d'Alexandrie, c'est à dire son apport à la spiritualité.

Je voudrais donc arrêter mon regard sur plus particulièrement 3 écoles, très différentes même si, en tout état de cause, elles se sont fécondées et n'ont pas pu ne pas avoir d'incidences les unes sur les autres.

Comme je l'ai écrit plus tôt, je pense que c'est un de nos fils conducteurs, si non le seul pour nos réflexions, car à travers l'étude de ces différentes écoles nous appréhenderons mieux d'où vient notre propre parcours, dont l'origine reste pour moi inscrit dans la Tradition initiale.

Ces 3 écoles sont : les Thérapeutes, les Chrétiens et les Gnostiques.

Parlons d'abord des Thérapeutes :

C'est PHILON d'Alexandrie qui en parle dans son traité DE VITA CONTEMPLATIVA.

N'ayant laissé aucune trace, contrairement aux Esséniens, il est toutefois impossible de dire si cette Communauté a bel et bien existé, ou si elle n'est que l'oeuvre de l'imagination de Philon.

Mais quel que soit le cas, elle mérite d'être examinée car elle véhicule des principes qui restent d'actualité.

Elle a, par ailleurs, été assimilée à celle que décrit Luc dans son Évangile, 2/42-47 et 4/32-35.

Le nom de Thérapeutes vient du verbe terapeuein qui signifie à la fois guérir ( les passions ) et servir ( l'Être suprême ). Ce double sens indique le souci d'une thérapeutique de l'âme par la prière, d'une guérison spirituelle.

Cette communauté aurait été constituée d'hommes et de femmes - car il y a mixité - des milieux d'affaires, de gens aisés, las des soucis de la gestion, excédés des bruits de la cité, désireux de rompre avec un train de vie confortable mais corrompu, pris du désir de vie tranquille.

Face, donc, à une déjà société de consommation, un groupe prend ses distances par rapport à l'institution et trouve dans la vie simple et communautaire, dans la prière, le chant et la danse une hygiène de vie qui permet à ses membres d'accéder à un équilibre humain et spirituel.

Ensuite, on ne peut évoquer Alexandrie sans parler du Christianisme.

Vous connaissez, pour certains ici, ma propre intuition qui me fait regarder cette religion comme ayant été inventée de toutes pièces, justement en grande partie à Alexandrie.

Je ne reviendrai pas ici sur cette position personnelle qui en dérange beaucoup, mais je voudrais, par contre, examiner comment Alexandrie a participé, de façon décisive, au développement de cette religion.

Selon une tradition bien attestée, Marc l'Évangéliste s'est rendu à Alexandrie, il y prêcha l'Évangile, fonda le Siège épiscopal d'Alexandrie, et y mourut en martyre le 8 mai 68. ( mai 68 çà me rappelle de vieux souvenirs de jeunesse... )

Toutefois, au cours du 1 er siècle, et même pendant le 1ère moitié du 2ème, l'extension du Christianisme, à Alexandrie et en Égypte fut très limitée. Il avait même pris une forme plus ou moins syncrétique, permettant à Hadrien, dans une lettre d'évoquer " ces Chrétiens qui adoraient Sérapis " ou qui " se disaient évêques du Christ et se vouaient à Sérapis ".

Ensuite, dès le début du règne de Commode ( 180 de notre ère ), la religion chrétienne, tout à fait nettoyée des doctrines gnostiques et des réminiscences du paganisme, s'installe définitivement. A l'époque de Septime Sévère ( 193-211 ) il connaît un développement très rapide, et c'est la que se situe la création de l'École théologique d'Alexandrie, dont nous connaissons 3 de ses plus éminents professeurs : Pantène, Clément et Origène. cette école essaya d'établir des liens entre le Christianisme et le Néo-platonicisme qui se développait alors dans la ville.

C'est dans la région proche d'Alexandrie que se développa, ensuite, à partir du IV ème siècle, la vie monastique.

C'est dans cette École qui allait devenir le premier centre de sciences sacrées de l'histoire du Christianisme que fut formulé le premier système de théologie chrétienne et que fut établie la méthode allégorique d'exégèse biblique.

Pantène est à l'origine de la rencontre de l'hellénisme ( philosophique et littéraire ) et de l'exégèse biblique. C'est lui qui suscite l'ecclésiastisme, cette organisation si particulière du clergé chrétien. On ne sait du reste rien de l'organisation du clergé chrétien avant lui.

Si la personnalité historique reste cependant sujette à caution, et il n'y a aucun écrit de lui-même, Clément d'Alexandrie est, par contre, bien attesté, et on possède ses écrits.

La culture philosophique de Clément est immense. Mais il est d'abord égyptien et montre une très grande admiration pour l'écriture hiéroglyphique, et égyptien hellénisé puisque très fortement imprégné par son éducation, marquée par Platon, Isocrate et Aristote.

Il utilise sans retenue les philosophes grecs et est un grand dialecticien. Il se sert d'ailleurs avec aisance de cette science dans ses discussions avec les hétérodoxes, ou les hérétiques.

Dans son ouvrage le PROTREPTIQUE il applique au Christianisme l'exhortation à se convertir à la vie philosophique.

Un autre de ses ouvrages se rapporte à l'oeuvre du Logos divin pour la formation morale, pratique et théorique, en se limitant à l'enseignement exotérique.

Clément d'Alexandrie se caractérise aussi par l'éclectisme - eklektikon en grec - qu'il qualifie lui-même de choix, parmi les différentes philosophies de ce qu'il y a de meilleur.

Il dit ainsi : " Quand je parle de philosophie, je ne veux pas dire la philosophie stoïcienne, ni la philosophie platonicienne, ou épicurienne, ou aristotèlienne, mais tout ce qui a été dit de beau dans chacune de ces écoles, par l'enseignement de la justice accompagnée de science pieuse, c'est tout cet ensemble choisi - l'éclectisme - que j'appelle philosophie " .

N'est ce pas, sous un autre nom, un déjà syncrétisme ?

Et évidemment, Clément en vient à élaborer ce qu'il nomme une vraie philosophie, qui met en communion l'univers culturel grec, le christianisme, le judaïsme - à travers la nouvelle traduction en grec qui vient d'être disponible -, et probablement, bien qu'il s'en défende, la Gnose.

Clément est certain que la Philosophie a été donnée aux Grecs comme alliance, comme la Loi l'a été donnée aux Juifs.

Une dimension ésotérique très forte imprègne aussi Clément d'Alexandrie, dimension qu'il rattache à une tradition apostolique, tradition secrète remontant à Pierre, Jacques et Jean, et, à travers eux, à Jésus lui-même. De cette façon il peut rivaliser avec les gnostiques qui développent des théories semblables, mais à partir d'autres disciples non reconnus.

Beaucoup d'autres choses pourraient bien évidemment être dites concernant Clément d'Alexandrie et je pense que notre Atelier aura peut-être l'occasion de travailler sur ce théologien majeur.

Le troisième est Origène.

Il est né vers 185 à Alexandrie, dans une famille chrétienne, pourtant son nom signifie " Fils d'Horus ". C'est l'époque des persécutions contre les Chrétiens, et son père est arrêté, condamné et exécuté. Origène veut aller se présenter pour suivre l'exemple de son père mais sa mère le retient. Tombés dans la misère tous les deux, Origène est recueilli par une riche veuve chrétienne et peut ainsi terminer ses études.

Cependant c'est chez cette veuve qu'il découvre la Gnose " hétérodoxe ", et plus tard, il déclarera un dégoût pour cette " hérésie ".

Il ouvre une école de catéchèse et organise des réunions pour expliquer la Bible. Il se livre, parallèlement, à l'ascèse et va même jusqu'à s'émasculer, prenant ainsi à la lettre la parole de Matthieu sur les eunuques ( 19,12 ).

Un des ses auditeurs très riche l'entretient et lui permet d'écrire des ouvrages sur les différents Livres des Écritures, tout en débattant avec des Gnostiques. Même s'il est ordonné prêtre, il reste suspect de proximité avec les Gnostiques, ce qui l'amènera en prison, et il mourra peu après sa libération.

s'il est impossible d'affirmer qu'Origène ait suivi l'enseignement de Clément, même si les dates le permettent, par contre on est sûr qu'il a lu ses oeuvres, et elles ont eu pour lui une influence très importante.

Il est très marqué par l'ésotérisme juif, qu'il découvre auprès d'un maître, lui-même Juif converti. Sa méthode de réflexion est surtout basée sur l'analogie, mais il est maître dans l'art du commentaire.

Il a ainsi publié les HEXAPLES, le résultat d'un travail colossal de 30 années, dans lesquelles il compare, sur 6 colonnes parallèles le texte original de la Bible en hébreu, sa traduction en grec dite des Septante, et 4 autres traductions en grec, dont celles dites d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion.

Enfin on peut considérer Origène comme le père de la théologie avec la mise en place de tous les concepts et la problématique sur la Trinité, la résurrection et la préexistence des âmes.

Évidemment, je dois enfin parler, en dernier, du Gnosticisme, avec ses deux Maîtres alexandrins que j'ai choisis particulièrement, Basilide et Valentin, parmi beaucoup d'autres qui vécurent et surtout enseignèrent, prêchèrent dans cette Cité, Carpocrate, Simon le Magicien, Epiphane, Ptolémée, Héracléon, et bien d'autres moins connus ou dont l'histoire a perdu les noms :

Basilide, d'abord, Basilide, un des principaux docteurs gnostiques, ouvrit une école pythagoricienne à Alexandrie, dans la première moitié du 2ème siècle de notre ère, où, à l'exemple de Pythagore, ses disciples se voyaient d'abord imposer un silence de 5 années car, disait-il, le silence qui est premier, qui est un, nous aide à combattre l'illusion du monde terrestre.

Sa doctrine, que l'on connaît paradoxalement uniquement à travers les écrits de Clément et Origène qui l'ont combattu violemment, lui aurait été révélée par un disciple de Pierre, appelé Glaucias.

Selon celle-ci aux origines il y a Dieu, un Dieu non visible, inconcevable pour l'homme. Dieu est appelé RIEN, Celui qui n'est pas. 365 cieux séparent ce Dieu de l'homme, chacun peuplé d'entités, pures tout en haut, impures dans les derniers cieux. Dans le dernier ciel réside l'Archonte, le plus impur donc, et qui est aussi le chef des anges. C'est pour Basilide le Dieu des Juifs, le créateur de l'homme et du monde, oeuvre particulièrement imparfaite.

A l'opposé 3 entités pures ont été engendrées par Dieu, elles ont pour nom Le Fils de Dieu, la Pneuma, l'Esprit qui règne sur le huitième ciel, l'OGDOADE, et qui se confond avec Dieu.

Le Christ descend sur la Terre pour délivrer les croyants. Sa tâche accomplie, il remonte au Ciel. Il n'est pas un homme ordinaire et ne peut donc avoir souffert sur la croix.

Pour Basilide, c'est un autre condamné, Simon de Cyrène, qui a été crucifié à sa place.

Basilide est fondamentalement un pessimiste. Moralement il prône une existence paradoxalement à la fois ascétique et libérale, sexuellement parlant notamment dans ce dernier cas. Selon lui, l'homme est guidé par sa volonté de se perfectionner et cet appel à la vertu n'est pas étranger à son salut spirituel.

Valentin, maintenant, Valentin qui vécut aussi à Alexandrie vers le 2ème siècle, qui se disait Chrétien, qui faillit même devenir évêque, et dont la pensée était pourtant fortement influencé par les traditions grecques et perses.

En ce qui le concerne il se disait héritier de Théodas, disciple de Paul.

C'est lui qui a inventé le terme d'éon, à la fois désignant l'entité suprême et la succession des entités qui lui succèdent, toutes de moins en moins parfaites au fur et à mesure que l'on s'en éloigne et que l'on se rapproche de la Terre.

Au sommet du Plérôme on a donc un Dieu inconnu, nommé Propator. Il est accompagné d'un élément féminin, l'Ennoïa - la Pensée ou le Silence - et chaque éon se présente en fait en couple masculin/féminin et se succède par ce qui est appelé la Syzygie.

Ces entités sont au nombre de 30, les 8 premières, constituant l'OGDOADE, contiennent, entre autres Nous, l'Intelligence, Logos, la Parole, Zôé, la Vie, Ekklesia, l'Église.

Quant à la dernière, c'est Sophia, et Sophia voulut voir Dieu, en fut punie et qu'elle fut à l'origine de la création du monde, ce monde bien évidemment imparfait.

L'homme, cependant, conserve en lui une parcelle du Divin, ce qui lui donne cette soif de connaissance, de sagesse qui le caractérise.

Les humains sont classées en 3 groupes : les hyliques, qui sont attachés à la matière, et qui n'auront point de salut dans cette vie, les psychiques, malheureusement coupés de la Vérité, et les pneumatiques qui sont les élus gnostiques.

Les disciples de Valentin vivent en communauté, selon une hiérarchie avec des niveaux d'enseignement différents.

Chez tous les disciples de Valentin, l'attitude envers la vie est la même : pour accéder à la condition supérieure qui permet de retrouver immortalité et vérité, il faut consommer pleinement les plaisirs de la chair et les biens de ce monde.

Irénée, qui les combattit violemment, a pu ainsi écrire :

" Aussi les plus parfaits d'entre eux commettent ils sans honte ce qui est défendu. Ils mangent sans scrupule les nourritures destinées aux idoles. Ils assistent à toutes les fêtes païennes, beaucoup assistent même à des combats de bête et aux combats singuliers à mort d'homme. D autres s'adonnent sans réserve aux plaisirs de la chair, disant qu'il faut rendre la chair à la chair et l'esprit à l'esprit. D'autres encore déshonorent secrètement les femmes qu'ils veulent initier. D'autres enfin enlèvent ouvertement et sans scrupule à leur mari la femme dont ils sont tombés amoureux pour en faire leur compagne. D'autres, par ailleurs, qui faisaient semblant, au début, de vivre honorablement avec leur soeur, furent démasqués, leur soeur étant devenue enceinte de leurs oeuvres. Ils se proclament les Parfaits, les semences d'élection. Ils prétendent avoir reçu d'en haut une grâce particulière, par suite d'une union ineffable. Et c'est pourquoi ils se doivent de s'appliquer sans trêve au mystère de l'union sexuelle ".

On peut comprendre les réactions des Pères de l'Église, plutôt coincés, à ces descriptions, par contre il est paradoxal que les Cathares, plusieurs siècles plus tard, derniers rejetons du Gnosticisme, aient professé des thèses complètement opposés.

Mais l'étude du Gnosticisme montrerait que d'autres Écoles professaient déjà un refus de la vie, un refus de la fécondation.

Pour Valentin, de toutes façons, la fin de la matière, du monde corporel, de la terre, viendra un jour. L'âme du gnostique rejoindra alors le Plérôme, au côté du sauveur, où chacun s'unira à un ange jumeau. Une ère de repos s'ouvrira, un feu gigantesque consumera alors la matière, vidant le cosmos d'un mauvais souvenir.

Après ces très longs exposés - et pourtant trop brefs car il faudrait s'arrêter des heures, des jours, des années, sur ces différentes Écoles - je voudrais répéter ce qui a été l'origine de cette réflexion, c'est-à-dire l'ambition que nous redevenions, à notre échelle bien sûr, une sorte d'Alexandrie antique, un endroit où les femmes et les hommes de plusieurs cultures, de plusieurs religions viendraient, sans exclusive aucune, sans sectarisme, dans le seul objectif d'apprendre aux autres et d'apprendre soi-même, présenter ce qu'ils savent et les questions auxquelles ils souhaitent des réponses, et ainsi s'enrichir mutuellement.

Je crois que cette Cité a en effet été unique dans l'histoire des hommes pour cette tolérance, ce foisonnement culturel et spirituel - même si à leurs époques différentes, Bagdad d'une part, et Cordoue d'autre part,, je le disais dès le début de cette réflexion, ont pu connaître quelquechose d'approchant -, et je suis heureux qu'elle soit le nom de notre Atelier.

Ce travail, le premier en fait présenté dans cette Loge, avec toutes ses approximations et probablement ses erreurs, doit cependant montrer quelle voie doit être la notre, celle de la recherche de la Tradition, à travers les divers chemins qu'elle a pris, et donner l'envie à tous de compléter ces quelques premières lueurs que j'ai voulu allumer ce soir.

Et pour conclure enfin, je voudrais vous citer la définition de la GNOSE par Clément d'Alexandrie, ce Docteur de l'Église dont j'ai longuement parlé, et qui me semble aussi pouvoir refléter notre projet :

" La Connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus, du lieu d'où nous venons et de celui dans lequel nous sommes tombés, du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés, de la nature de notre naissance et de celle de notre renaissance".

j'ai dit

source : www.ledifice.net

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Régularité et reconnaissance : réflexions historiques sur une équivoque maçonnique

25 Novembre 2014 , Rédigé par Roger DACHEZ Publié dans #Planches

Un ouvrage à venir, dont les « bonnes feuilles » ont été publiées sur un " blog ami" et dû à la plume inspirée (?) d’Alain Bernheim, cloue au pilori un certain nombre d’auteurs, dont votre serviteur, d’autres vivants mais aussi des morts qui n’échappent pas à la verve incendiaire de l’auteur. Attendons que l’ouvrage – déjà primé par la Grande Loge de France avant d’avoir paru (!), ce qui est assez original et en dit long – soit effectivement publié pour dire ce que l’on doit en penser. Je n’y manquerai pas, et avec moi tous les auteurs mis en cause, on s’en doute. On peut en effet chercher, par légèreté, par duplicité ou par calcul, à tout rendre incompréhensible et douteux. En attendant, et sans verser dans la polémique acide et outrageante qui n’est pas mon style mais qui imprègne malheureusement, semble-t-il, le factum dont je viens de parler, voici quelques réflexions inspirées par une lecture sereine et intellectuellement honnête de l’histoire maçonnique. Elles ont pour ambition d'éclairer et non rendre confus les lecteurs. A chacun de s’en emparer librement et de les juger sans a priori. Une fois de plus, les feux de l’actualité maçonnique relancent le débat sur la « régularité », question cent fois soulevée en France depuis des décennies, alimentant bien des fantasmes et autant de gesticulations oratoires. L’objet de la présente note n’est pas de faire le tour d’un sujet infiniment plus complexe que ne le pensent certains, mais d’apporter à la réflexion commune quelques éléments objectifs, tirés de l’histoire, pour tenter de mieux comprendre les enjeux. Il semble en effet que les prises de position publiques des uns et des autres empruntent beaucoup plus souvent à l’art de la posture qu’à une analyse tant soit peu documentée de la question...

Des préliminaires équivoques

Or, avant d’être l’histoire d’une idée, l’histoire de la régularité est celle d’une équivoque. Rappelons d’abord, pour planter le décor, la manière dont la régularité est le plus souvent présentée en France. Il y aurait, d’un côté, les « Anglais » et ceux qui se rattachent à leur bannière, défendant une conception « déiste » – ou « dogmatique » – de la franc-maçonnerie, (voire, selon certains, une conception « mystique » ! ) et qui, de ce fait, imposeraient la croyance en Dieu comme « la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie », pour reprendre le mots d’Anderson qui, pour sa part, les appliquaient seulement à l’ amour fraternel… Il y aurait, de l’autre côté, une maçonnerie française classique, en tout cas continentale et majoritaire sur cette rive de la Manche, libérale, progressiste et « adogmatique » par essence, profondément attachée à la liberté « absolue » de conscience – et même à l’origine de ce magnifique concept –, fièrement opposée au dogmatisme des Anglais. D’un côté l’impérialisme spiritualiste, de l’autre la liberté philosophique : le choix serait donc simple et son issue déjà inscrite dans les termes mêmes qui l’exposent. Malheureusement, il s’agit-là d’une laborieuse caricature qui ignore ou méconnaît la montée en puissance d’une vision de la maçonnerie qui, en Grande Bretagne, ne s’est constituée que sur deux siècles au moins et qui surtout, pendant la même période, n’a pas sensiblement différé de celle qui prévalait en France. Rappelons ici cette vérité élémentaire que l’histoire documentée établit sans aucune difficulté : du début du XVIIIème siècle au milieu du XIXème, aux particularités nationales près, touchant à la culture des peuples et à leur façon d’exprimer certaines choses, la franc-maçonnerie a partagé le même esprit et pratiquement les mêmes rituels des deux côtés de ce que nous nommons la Manche et que les Britanniques s’obstinent à appeler le British Channel. Opposer les deux, comme on pourrait opposer deux mondes inconciliables dès l’origine, est donc illusoire et tout simplement erroné. Mieux encore : si l’expression « liberté de conscience » a bien fait son apparition assez tôt dans le vocabulaire maçonnique, ce ne fut pas en France, où la notion n’eut que très tardivement dans le XIXème siècle une connotation maçonnique. La première mention qui en fut faite dans un texte maçonnique se trouve dans l’édition de 1738 – pas celle de 1723 ! – des Constitutions d’Anderson (cette version que l’on dit parfois « régressive » par rapport à la première) : James Anderson revendique pour tous cette liberté mais il entend aussi sous ce terme (liberty of conscience), comme on l’entend encore de nos jours dans les pays anglo-saxons, la liberté religieuse.[1]

Quant à la propagande présumée d’une certaine maçonnerie anglaise pour le « dogmatisme religieux » et ses prétendues obsessions « spiritualistes », il n’est que de lire les propos très récents de son Député Grand Maître – le n°3 de la Grande Loge Unie d’Angleterre – pour s’en faire quelque idée : « Lorsque nous parlons de notre Pure et Ancienne Maçonnerie, nous devons être absolument clairs sur le fait que nous appartenons à une organisation laïque [secular], c’est-à-dire une organisation non-religieuse […] La Franc-Maçonnerie, comme nous le savons tous, n’est ni un substitut de religion ni une alternative à la religion. Elle ne s’occupe certainement pas de spiritualité et ne possède aucun sacrement ; […] L’Ordre cherche à encourager les hommes à être loyaux envers leur pays, à respecter la loi, à s’efforcer au meilleur comportement, à prendre en considération ses relations avec les autres et à se rendre toujours plus utiles à leurs frères en humanité, en d’autres termes, à poursuivre une vie morale ».[2]

Qui ne souscrirait, en France, à un tel programme qui bannit toute spiritualité « religieuse » comme étrangère au champ de la franc-maçonnerie? Qui récuserait cette affirmation de « laicité » ? Mais nous sommes en Angleterre, où rien n’est simple. Jonathan Spence ajoute aussitôt : « Cependant nous sommes une organisation laïque qui soutient la religion. La croyance en un Etre Suprême est une exigence absolue pour tous ses membres »… « Laïque » et pourtant « religieuse » : telle est la franc-maçonnerie anglaise. On pourrait dire du franc-maçon anglais, comme les personnages de Montesquieu parlant d’Uzbek, dans les Lettres persanes : « Comment peut-on être ‘anglais’ [ou ‘persan’]? »… Quittons donc les caricatures, les faux-semblants et les simplifications réductrices pour tenter de nous approcher d’une réalité complexe. Il faut faire ici une archéologie de la régularité.

Les premières mentions de la régularité.

Puisque tout a commencé en Angleterre – qu’on le veuille ou non –, voici près de trois siècles, c’est dans les plus anciens textes maçonniques de la première Grande Loge « de Londres et de Westminster », fondée en 1717, qu’il convient de rechercher les premiers éléments du débat. L’émergence d’une Grande Loge prétendant à la suprématie sur toutes les loges « particulières », rapidement et suggestivement dénommées « loges subordonnées » (subordinate), ne se fit pas sans difficulté ! C’était une innovation de taille dans l’histoire du Métier. En témoignent les multiples essais de résistance qui s’observèrent dès le début : non seulement des loges qui refusèrent pendant longtemps de rejoindre le giron londonien, mais aussi d’autres, comme celle d’York, affirmant – sans preuve absolument convaincante – une lointaine ancienneté et s’érigeant dès 1725 en Grande Loge de toute l’Angleterre (Grand Lodge of All England at York) ! Bien sûr, on ne peut ignorer la grande querelle qui structura véritablement toute l’histoire maçonnique anglaise entre 1751 et 1813 : la querelle des Antients et des Moderns, opposant la première Grande Loge de 1717 à celle fondée à Londres par des émigrés d’origine irlandaise. La question de l’obédience maçonnique – au sens strict : «à qui obéit-on- ? » – fut donc au centre de la vie maçonnique anglaise pendant tout le XVIIIème siècle et trouva son épilogue en 1813 avec la création de la Grande Loge Unie. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la première notion de régularité : au XVIIIème siècle, est régulière, en Angleterre, une loge qui se soumet à une Grande Loge…et qui lui paie ses capitations ! Du même coup, ses membres ont droit à la solidarité de cette Grande Loge, préoccupation maçonnique essentielle du temps, exprimée par la création chez les Modernes, dès 1724, du Comité de Charité. « Regular », en anglais, veut dire avant tout ; « normal, habituel, classique ». On opposera très tôt aux loges « régulières » les loges « clandestines » (clandestine) : le reproche qu’on leur adressait n’était pas quelque différence philosophique ou religieuse, mais leur statut indépendant ou leurs origines incertaines. Il n’est alors jamais question d’autre chose. En France, on qualifiera ainsi le Grand Maître Louis de Clermont de « Grand Maître de toutes les loges régulières du Royaume » et une liste de celles-ci, reprenant cette formule, sera même publiée en novembre 1744. Le mot « régulier », sans doute en raison du contexte catholique, a dû prendre en France une connotation plus ou moins « monastique » – mais pas en Angleterre où les communautés monastiques avaient été dissoutes depuis 1536 : étaient régulières les loges qui, en France, se soumettaient à une « règle » : celle de la Grande Loge – c’est-à-dire, pendant longtemps, guère autre chose que l’entourage immédiat du Grand Maître se formant en une loge de Grands Officiers, dite « Grande Loge ».

Résumons : aussi bien en France qu’en Angleterre, la régularité fut pendant longtemps une affaire purement administrative et ne concernait que les loges d’un pays donné par rapport à la ou les Grande(s) Loges(s) qui prétendai(en)t y exercer une autorité.

Les relations avec les autres pays

La question de la régularité, de nos jours, est pourtant avant tout une affaire de relations internationales entre Grandes Loges. Or, cette question a été évoqué très tôt, elle aussi, en des termes assez peu dramatiques, au demeurant. Ainsi, en 1738 encore, Anderson signale que depuis la création de 1717, des Grandes Loges ont vu le jour hors de l’Angleterre et il cite « les Loges d’Écosse, d’Irlande, de France et d’Italie » qui, « assumant leur indépendance, ont leur propres Grands Maîtres, bien qu’ayant les mêmes Constitutions, Devoirs et Règlements [que l’Angleterre][3]. On voit par conséquent que la question des relations internationales a commencé par un constat très pacifique. On ne pouvait en effet mieux dire et c’était si vrai que l’article VIII desGeneral Regulations de 1723 se trouve intégralement et fidèlement traduit dans l’article 16 des Règlements généraux adoptés à Paris le 11 décembre 1743, quand fut élu le Comte de Clermont : « Si plusieurs maçons s’ingèrent de former une loge sans la permission du Grand Maître, les Loges régulières ne doivent point les soutenir ni les avouer pour des frères qui ont de l’honneur et qui sont dûment formés [en Loge] ».

Le terme « reconnaissance » (recognition) lui-même, pendant tout le XVIIIème siècle et une grande partie du XIXème, n’a guère concerné que le statut des Frères en particulier : étaient-ils reconnus par leur loge, ou appartenaient-ils à une loge elle-même reconnue par la Grande Loge ? Il s’agissait essentiellement, et même exclusivement, d’une affaire intérieure à un pays donné. Lorsque la Grande Loge d’Angleterre établissait des relations avec d’autres Grandes Loges établies dans d‘autres pays, elle ne parlait jamais de « reconnaissance » mais elle échangeait parfois des garants d’amitié : à cela se bornèrent les relations maçonniques internationales jusqu’au cœur du XIXème siècle. Tout au long du XVIIIème siècle un maçon voyageant en Europe exhibait son diplôme ou son « Certificat de Grande Loge « (Grand Lodge Certificate ) et il était très généralement reçu sans que soit jamais évoqué la question de la « régularité » : il émargeait à une Grande Loge et cela suffisait. Il y avait sans nul doute, à cette époque, un véritable « espace maçonnique européen… En 1765, la Grande Loge des Modernes conclut un traité avec la première Grande Loge de France. Il y était seulement stipulé qu’aucune ne créerait de loges sur le territoire de l’autre, ce que l’Angleterre s’empressa du reste de ne pas respecter en fondant la loge L’Anglaise de Bordeaux en 1766 ! De même, en 1775, il y eut un projet de traité entre la Grande Loge des Modernes et le jeune Grand Orient de France – héritier institutionnel de la première Grande Loge de France. Or, ce traité ne put aboutir, mais la cause de cet échec est loin d’être philosophique : le Grand Secrétaire d’Angleterre, Heseltine, jugea simplement inadmissible la formulation de l’article 1 du projet soumis par le Grand Orient : « L’égalité étant la base de notre Ordre, la Grand Orient de France et celui d’Angleterre [sic] traiteront d’égal à égal ». C’est donc sur un différend de préséance, et non sur une querelle « doctrinale », qu’échoua le projet. Il faut pourtant souligner au passage, comme l’a noté malicieusement mon aimable contradicteur Alain Bernheim[4] – qui demeure un grand chercheur lorsqu’il n’épanche pas sa bile –, qu’en 1814, un an après la création de la Grande Loge Unie, celle-ci comptait 647 loges tandis le Grand Orient de France en affichait 886 : « l’égalité » penchait pour le moins du côté de la France… Il n’empêche que sous le Premier Empire, alors que guerre faisait rage entre les deux pays, des officiers français, prisonniers sur les pontons anglais et désireux de se constituer « régulièrement » en loge, tous membres du Grand Orient de France, sollicitèrent et obtinrent des autorités maçonniques une surprenante patente dont les premières lignes en disent long sur les conceptions maçonniques de leur temps : « Au Nom et sous les Auspices du Grand Orient de France, Et sous la protection immédiate de Sa Seigneurie, le Très Puissant, Très Illustre et Respectable Frère Lord Moira, Grand Maître en exercice de tous les Loges Régulières de Grande-Bretagne [….] »[5]

C’est ainsi que l’Angleterre n’eut jamais de relations officielles avec le Grand Orient de France car telle n’était pas alors la coutume, ce qui n’empêchait nullement, de part et d’autre, de « reconnaitre » pleinement la qualité maçonnique « régulière » des uns et des autres. Autant dire, pour évoquer l’événement qui est dans tous les esprits – le fameux Convent de 1877–, qu’à cette occasion la Grande Loge d’Angleterre ne résolut donc jamais de rompre des relations qui n’avaient jamais été officiellement sanctionnées par aucun traité ! Un réexamen soigneux de cette affaire est ici nécessaire pour comprendre la situation contemporaine.

Le tournant de 1878

Il n’est pas question de revenir sur les antécédents de la décision de 1877, cela relève d’une autre étude. Toutefois, il faut souligner qu’à la fin du XIXème siècle, les informations circulant plus vite et plus largement qu’au XVIIIème, la France et l’Angleterre étaient en outre engagées dans une politique européenne des nationalités qui les séparaient à nouveau sur bien des points, une initiative de cette nature ne pouvait demeurer sans réponse de Londres. Après l’embellie du Second Empire, les relations franco-anglaises se tendirent de nouveau pendant le dernier quart du siècle, tension qui culminera avec la crise de Fachoda (1898) qui faillit entrainer une guerre. En outre, l’évolution politique et religieuse des deux pays avait été sans commune mesure d’une rive de la Manche à l’autre : l’Angleterre victorienne, au faîte de sa puissance et de sa gloire, avait pétrifié son image, sa structure sociale et son idéologie autour de trois piliers institutionnels ; 1. la monarchie – le 27 avril 1876, Victoria était devenue Impératrice des Indes et régnait désormais sur un domaine « où le soleil ne se couchait jamais » ; 2. l’Eglise d’Angleterre – en 1867, la première Conférence de Lambeth avait, à l’initiative de l’archevêque de Cantorbéry commencé à fédérer toutes les églises anglicanes dont les principes recteurs seront formellement fixés dans un texte (le Quadrilatère de Chicago-Lambeth) entre 1886 et 1888, donnant une charpente doctrinale définitive à la Communion anglicane dans le monde ; 3. enfin la Grande Loge Unie d’Angleterre – dont les principaux dignitaires se recrutaient dans les deux institutions précédentes. Lorsque le Grand Orient – concurrent historique en termes d’influence en Europe – tourna le dos à la croyance obligatoire en Dieu, introduite en 1849 seulement dans sa Constitution, l’Angleterre ne put que réagir, et pour la première fois de son histoire, sur ce point de doctrine. Mais contrairement à ce qui est souvent rapporté, elle ne rompit pas des relations qui, nous l’avons vu, n’avaient jamais existé. Elle chercha une solution pragmatique à un problème pratique : quelle attitude adopter à l’égard de maçons français, membres de Grand Orient de France, qui se présenteraient en visiteur dans une loge anglaise ? Gageons, du reste, que ce problème était assez théorique et que le cas devait se présenter rarement ! La solution adoptée fut simple et elle est riche d’enseignements bien qu’on n’en parle jamais. Le 16 mars 1878, après plusieurs mois de réflexion, la Grande Loge Unie adopta la résolution suivante :

« La Grande Loge Unie d’Angleterre, toujours désireuse de recevoir, dans l’esprit le plus fraternel, tous les Frères appartenant à toutes les Grandes Loges étrangères dont les travaux sont conduits selon les anciens Landmarks de l’Ordre, dont le premier et le plus important est la croyance au Grand Architecte de l’Univers, ne peut reconnaître (cannot recognise) comme vrais et véritables Frères ceux qui auront été initiés dans des Loges qui nient ou ignorent cette croyance. »[6] Plus précisément encore, il fut arrêté qu’on ne recevrait un visiteur dans une Loge de la Grande Loge Unie que si ce dernier, à défaut de produire un certificat de sa Grande Loge conforme à cette exigence (c’est-à-dire faisant mention explicitement du GADLU), pouvait confirmer par serment sur la Bible sa croyance personnelle en un Être Suprême [7]: à la régularité obédientielle on substituait, en quelque sorte, une régularité personnelle. C’était aussi la première fois que le terme « reconnaissance » (recognition) était appliqué à d’autres Grandes Loges et aux relations internationales, il faut le souligner : il n’en avait jamais été question auparavant. Ce système survécut, pour la France surtout qui avait justifié cette décision, jusqu’en 1913, date de création de la première obédience « régulière » – parce que reconnue comme telle – en France.

Les Basic Principles de 1929

« Le Très Respectable Grand Maître ayant exprimé le désir que le Bureau établisse une déclaration des Principes de Base sur lesquels cette Grande Loge puisse être invitée à reconnaître toute Grande Loge qui demanderait à être reconnue par la Juridiction Anglaise, le Bureau des Propositions Générales a obéi avec joie. Le résultat, comme suit, a été approuvé par le Grand Maître, et formera la base d'un questionnaire qui sera retourné à l'avenir à chaque Juridiction qui demandera la reconnaissance Anglaise. Le Bureau souhaite que non seulement ces obédiences, mais plus généralement l'ensemble de tous les Frères de la Juridiction du Grand Maître, soient entièrement informés de ces Principes de Base de la Franc-maçonnerie auxquels la Grande Loge d'Angleterre s'est tenue tout au long de son histoire.

  1. Régularité d'origine ; c'est-à-dire que chaque Grande Loge doit avoir été établie légalement par une Grande Loge dûment reconnue ou par trois Loges ou plus régulièrement constitués.
  2. Que la croyance en le Grand Architecte de l'Univers et en Sa volonté révélée soient une condition essentielle de l'admission des membres.
  3. Que tous les initiés prennent leurs Obligations sur, ou en pleine vue, du Volume de la Loi Sacrée ouvert, de manière à symboliser la révélation d'en haut qui lie la conscience de l'individu particulier qui est initié.
  4. Que les membres de la Grande Loge et des Loges individuelles soient exclusivement des hommes, et qu'aucune Grande Loge ne doit avoir quelque relation maçonnique que ce soit avec des Loges mixtes ou des obédiences qui acceptent des femmes parmi leurs membres.
  5. Que la Grande Loge aient un juridiction souveraine sur les Loges qui sont sous son contrôle; c'est-à-dire qu'elle soit une organisation responsable, indépendante, et gouvernée par elle-même, disposant de l'autorité unique et indiscutée sur les Degrés du Métier ou Symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître) au sein de sa juridiction; et qu'elle ne dépende ni ne partage en aucune manière son autorité avec un Suprême Conseil ou un autre Pouvoir qui revendiquerait quelque contrôle ou supervision que ce soit sur ces degrés.
  6. Que les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie (à savoir le Volume de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas) soient toujours exposées quand la Grande Loge ou ses Loges subordonnées sont au travail, la première d'entre elles étant le Volume de la Loi Sacrée.
  7. Que la discussion de sujets politiques ou religieux soit strictement interdite au sein de la Loge.
  8. Que les principes des Anciens Landmarks, des coutumes et des usages de la Fraternité soient strictement observés. »

L’énoncé des règles de reconnaissance, laquelle renferme de façon ambiguë la notion de régularité (puisque celle-ci est la condition sine qua non, nécessaire mais pas suffisante, de la reconnaissance : s'y ajoutent des considérations à la fois administratives et géopolitiques), ne survint donc que très tardivement – soit très récemment, en 1929 : ce fut l’équivalent, pour la Grande Loge, du Quadrilatère de Lambeth pour l’Église d’Angleterre…

Cette époque n’est du reste pas quelconque dans l’histoire de l’Empire britannique. Elle correspond au début du basculement, de l’émiettement – puis, à peine quinze ans plus tard, de l’explosion – de cet Empire que Londres tentera de récupérer sous la forme de Commonwealth. De même que le gouvernement de Sa Majesté s’efforçait de trouver les moyens de conserver son influence future sur des pays qu’attirait le « Grand Large » et le goût de l’indépendance, de même les autorités maçonniques anglaises, qui avaient constitué des loges et des districts directement rattachés à Londres partout dans l’Empire, recherchèrent le moyen de formuler les règles qui permettraient à ces loges – et aux futures Grandes Loges indépendantes qui allaient inévitablement en naître – de maintenir un lien avec la « Grande Loge Mère » (Mother Grand Lodge). En échange de l’acceptation par elles de ce statut d’honneur pour la Grande Loge Unie d’Angleterre, ces nouvelles Grandes Loge seraient « reconnues ». L’application de ces règles ne posa aucune difficulté pour les Grandes Loges issues de l’ancien « système unique » de la Grande Loge anglaise à travers le monde : élevées dans les principes anglais, partageant largement sa culture, les nouvelles puissances maçonniques (comme l’Inde par exemple) ne virent aucune difficulté dans l’énoncé de ces règles qui, pour elles, allaient pratiquement de soi. Le problème vint plutôt de la nécessité, qui apparut rapidement, de les étendre à des Grandes Loges indépendantes depuis toujours mais qui recherchèrent avec plus ou moins d’avidité – souvent pour obtenir un supplément de légitimité – la reconnaissance de Londres. La Grande Loge Unie ne se fit guère prier pour entrer dans ce jeu : elle avait trouvé le moyen d’étendre et même d’institutionnaliser son privilège d’honneur dans la communauté maçonnique internationale – cela même que le Grand Orient de France, pour des raisons sans rapport avec un quelconque débat métaphysique, lui avait refusé dès 1775 ! C’est pourtant ici que le choc des cultures commença à se manifester. Il serait trop long de reprendre ici la liste des incidents qui, surtout après la dernière guerre, ont émaillé le monde de la régularité anglo-saxonne. Si de nombreuses Grandes Loges furent reconnues, d’autres fut « déreconnues » pour des raisons au reste peu nombreuses qui tinrent presque toujours à la question du Volume de la Loi Sacrée (Volume of the Sacred Law) et l’affirmation de la foi en Dieu, Grand Architecte de l’Univers – comme en Belgique encore en 1979, ce qui a conduit la déreconnaissance de la Grande Loge de Belgique et la création subséquente de la Grande Loge régulière de Belgique, laquelle n’a depuis lors jamais plus varié sur sa doctrine. La question des intervisites « irrégulières » (les autres critères n’ayant pas été remis en cause) a également joué dans ces incidents avec la GLUA, mais moins qu’on ne le croit : la Grande Loge suisse Alpina fut inquiétée et les relations avec Londres suspendues pour 12 à 15 mois, en 1965 puis en 1971, pour cette raison. Alpina donna à chaque fois l’assurance que cela ne se renouvellerait plus (?) et la reconnaissance fut rétablie ! La GLUA, qui rectifia sa position en quelques mois dans les deux cas, nota à cette occasion que plusieurs Grandes Loges régulières européennes ne l’avaient pas suivie dans son action de déreconnaissance initiale : on voit bien que certains principes semblent donc plus fondamentaux que d’autres… L’examen soigneux des Principes de 1929 montre du reste que quelque points ce texte sont très liés à la culture maçonnique anglaise et ne peuvent, en toute rigueur, être appliqués qu’à des traditions maçonniques qui s’y rattachent directement.

Prenons un simple exemple, certes un peu technique et qui passe souvent inaperçu mais qui est en soit très révélateur. Le point numéro 3 de 1929 exige que les « Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie » (le Compas, l’Equerre et le V.S.L.) soient exposées et servent de support au serment. Or, il s’agit-là, rappelons-le, d’une disposition propre à la tradition des Antients, celle qui, pour l’essentiel, a triomphé lors de l’Union de 1813. Pour toutes les traditions maçonniques qui se rattachent aux Moderns – les plus anciens, on s’en souvent ! – les « Trois Grandes Lumières » existent (les trois « objets » sont présents), mais pas sous ce nom ni selon cet arrangement. Tout au long du XVIIIème siècle en Angleterre chez Modernes comme partout en France, et en France tout au long du XIXème siècle, sur la Bible – ou l’Evangile – c’était l’épée du Vénérable qu’on posait, et rien d’autre. Dans le Rite Français (du moins dans sa forme « traditionnelle » d’origine), le Compas est sur le plateau du Vénérable et l’Équerre sur le coussin qui sert au serment. Dans le Rite Écossais Rectifié – une Rite de type « Moderne » – le Compas et l’Équerre sont constamment entrecroisés et placés sur le plateau du Vénérable mais à distance de la Bible sur laquelle on ne trouve, là encore, que l’épée. En somme, pour remplir à la lettre toutes les exigences des Basic Principles, il faut être anglais ou pratiquer…le Rite anglais ![8] Ici comme ailleurs, des « accommodements raisonnables » et une certaine marge d’interprétation sont donc nécessaires, et les Anglais l’ont tacitement admis.

La situation contemporaine

Le système anglo-saxon de la régularité a subi quelques assauts au cours des années récentes. Le premier, dont on parle peu alors qu’il est très significatif, concerne le « principe de juridiction territoriale exclusive », qui stipule qu’il ne peut y avoir qu’une seule Grande Loge régulière par pays. On doit observer qu’il ne figure absolument pas dans les Basic Principles. Il s’agit d’une pratique héritée de l’usage américain qui imposa, au cours du XIXème siècle, pour des raisons de paix civile au sein d’une jeune nation, qu’il n’y ait qu’une seule Grande Loge pour chacun des États de l’Union. Il faut cependant constater que peu à peu, tacitement en tout cas, l’Angleterre a appliqué ce principe. La situation moralement insupportable créée par la dualité des Grandes Loges « causasiennes » - c’est-à-dire « blanches » – et des Grandes Loges de Prince Hall – c'est-à-dire « noires » – aux États-Unis, a cependant obligé l’Angleterre à ne plus se retrancher derrière ce principe et à reconnaître finalement, dans le courant des années 1990, deux Grandes Loges par État aux USA! Il faut également mentionner le cas spécial de l’Allemagne qui, après la guerre, a rassemblé les morceaux épars d’une histoire maçonnique agitée pour former la confédération des Grandes Loges Unies d’Allemagne, toutes réunies sous un chapeau théorique, seul reconnu par Londres. Le système de la régularité internationale n’est donc pas un monolithe, c’est au contraire un univers contradictoire ou des obédiences connues et non reconnues par Londres se côtoient dans un espace théoriquement commun. Bien des combinaisons sont donc possibles, du moins théoriquement et jusqu’à un certain point : il y a des bornes (landmarks) à ne pas franchir. Il reste en effet que, aux yeux des Anglais, seule la reconnaissance par Londres est la « vraie » régularité mais c’est généralement le terme d’un long processus. Or sur ce point la GLUA n’a jamais, jusqu’ici, souffert le moindre compromis sur les principes. C’est en cela, n’en déplaise notamment à Monsieur Bernheim qui veut semer la confusion dans les esprits et qui prend en l’occurrence ses désirs pour des réalités, je constate une fois de plus et je réaffirme cette évidence qu’il n’y a pas de régularité (au sens anglo-saxon du terme, le seul qui intéresse tout le monde) sans sa reconnaissance explicite ! Si tout le monde, comme c'est devenu un jeu en France, est régulier dans son coin, reconnu par soi-même, alors le mot "régulier" n'a plus aucun sens - ce que je ne suis pas éloigné de penser, du reste... Presque tous les cas de « déreconnaissance », on l’a déjà dit, ont été liés au non respect par une Grande Loge de la clause concernant la croyance en un Etre Suprême. Les spéculations de certains sur les prétendues différences qui existent entre la version de 1929 des Basic Principles et la rédaction « moderne » de 1989 ne doivent pas induire en erreur : cette dernière fut un projet jamais adopté et qui ne figure nulle part dans les documents officiels actuels de la GLUA, et notamment pas dans son Book of Constitutions ! Les déclarations récentes du Député Grand Maître, évoquées plus haut, sont parfaitement claires : « La croyance en un Être Suprême est une exigence absolue pour tous ses membres » La doctrine anglaise n’a donc pas changé et ne changera pas de si tôt. Il s’agit là d’une donnée essentielle de la culture anglaise où l’appartenance religieuse est en partie constitutive de l’identité sociale.[9] Plus récemment, l’accent a été également porté sur interdiction, d’ailleurs ancienne, des intervisites avec les obédiences irrégulières – c’est-à-dire non reconnues, car une obédience « régulière et non reconnue », objets bizarre, est traitée par les Britanniques exactement comme une obédience irrégulière, cela va de soi. Il est certain que si l’on peut éventuelle mentir – à soi-même ou aux autres – à propos du Grand Architecte de l’Univers, il est plus difficile de jouer avec les intervisites. Les embarras de vocabulaires de certains responsables maçonniques français, au cours des derniers mois, l’ont tristement illustré. Il regrettable que dans cette affaire qui a défrayé la chronique maçonnique française depuis deux ans, et créé bien du désordre, mais qui semble parvenir à son terme prévu, on ait feint de croire que cette règle était devenue obsolète ou qu’il y avait « avec le ciel des accommodements ». Il n’en est rien. Les Grandes Loges régulières ne se font pas fait faute de le rappeler avec la plus grande clarté à qui veut les entendre – mais quand on ne veut pas entendre... Toute la question est plutôt de savoir si les anglo-saxons vont finir par comprendre que ce qui vaut pour eux et chez eux doit être adapté pour s’harmoniser avec une culture continentale européenne sensiblement différente de la leur. Ne jugeons donc pas trop hâtivement mais cherchons nous-mêmes à comprendre et prenons en compte des éléments qui n’appartiennent pas forcément à notre propre culture. Aux postures commodes, tentons de substituer une approche ouverte et compréhensive. Elle passe notamment par une meilleure connaissance de l’histoire des uns et des autres. Produit d’une histoire complexe et mouvementée, la franc-maçonnerie européenne s’est composée plusieurs visages en bientôt trois siècles. Tous proviennent cependant d’une source commune dans laquelle on peut se reconnaître ou dont on peut, au contraire, se distancier, mais qu’en aucun cas on ne doit ignorer si on veut comprendre en profondeur une institution parfois aussi mystérieuse pour ses adeptes qu’elle l’est aux yeux du grand public. Au tournant de son histoire marquée par un passé glorieux, confrontée aujourd’hui à un certain déclin en Angleterre comme aux États-Unis, la franc-maçonnerie s’interroge elle-même sur son avenir et sur l’opportunité de réexaminer ses fondements et peut-être une partie de ses pratiques. Si un plus grand nombre de francs-maçons français, se montrant moins bardés de certitudes, faisaient de leur côté un peu de ce chemin, ce qui est vu parfois comme un conflit déchirant de la maçonnerie mondiale apparaitrait peut-être pour ce qu’il est vraiment : un malentendu qu’un nouveau « tunnel sous la Manche » – intellectuel cette fois – pourrait sans doute aplanir.

[1] Epître dédicatoire, p. v.

[2] Jonathan Spence – Discours du Député Grand Maître, 14 septembre 2011 (Site de l’UGLE).

[3] The New Book of Constitutions, 1738, p. 196.

[4] Une certaine idée de la franc-maçonnerie, Paris, 2008, pp. 46-47.

[5] J.H. Thorp, French Prisoners Lodges, Leicester, 1900, p. 88.

[6] Gould’s History of Fremasonry, Londres, 1886-1888, III, p.26.

[7] M. Brodsky, The Regular Freemason, a short history of masonic regularity, AQC 106 (1993), 112.

[8] Les rituels du REAA pour les grades bleus, seulement rédigés en 1804 (Guide des Maçons Ecossais), satisfont exactement ces critères car ils reposent précisément, pour l’essentiel, mais avec d’importantes modifications, sur une traduction du rituel des Antients, précisément…

[9] Du reste, les mésaventures de la Grande Loge de France devant la Commission de reconnaissance des Grandes Loges des USA, en 2003, ont porté sur le même point et montrent que les maçons américains, quoi que certains d’entre eux laissent entendre parfois, sont sur la même ligne que les Anglais en ce domaine.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

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Le Franc Maçon et l’Hypothèse Dieu

24 Novembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Vous tous mes frères et sœurs, par les nombres qui vous sont connus, cela fait longtemps, des années en fait, que je tourne et retourne dans ma tête toute une gerbe de questions à propos de notre ordre et plus précisément de l'invocation du Grand Architecte de l'Univers à la gloire duquel nous travaillons, tout au moins au Rite Écossais Ancien et Accepté, et de la notion toujours rappelée, pour ceux qui n'auraient pas bien compris, de Principe Créateur. D'autre part la franc maçonnerie proclame haut et fort qu'elle n'a pas de dogme, sauf peut être justement de ne pas en avoir, et qu'elle ne se tolère aucune entrave dans la recherche de la Vérité, vérité s'écrivant bien évidemment avec un V majuscule. Par ailleurs elle proclame la tolérance comme vertu capitale, et la supériorité de l'esprit sur la matière. « Vaste programme ! » aurait pu s'exclamer le Grand Charles. Il est apparemment bien fort ce besoin qui subsiste chez des adultes, d'avoir toujours recours à la notion d'un « Créateur » pour expliquer leur place dans l'univers et leur finalité dernière.

Il est vrai que c'est tellement commode de pouvoir recourir à une puissance supérieure qui justifie tout, du courage à la lâcheté, et de l'amour à la haine, sans que l'on puisse en dernière analyse se sentir vraiment mis en face de sa propre et vraie responsabilité, sans que jamais on puisse avoir le courage de se regarder en face et de se dire, les yeux dans les yeux : « je suis ce que je suis, et cela, c'est moi qui l'ai voulu et fait. » Aussi loin que nous remontions dans l'histoire de l'homme, nous trouvons des récits de fondation de la société. Il faut bien les examiner pour s'apercevoir qu'il s'agit presque toujours, non de récits de création du monde, mais de tentatives d'expliquer rationnellement le monde auquel l'homme est confronté, de le structurer pour qu'il trouve une place dans son environnement. Dans tous ces mythes, le monde est une donnée préexistante que l'on ne cherche pas à expliquer, tout au moins en ce qui concerne l'origine. S'ils peuvent paraître naïfs à notre raison d'occidentaux de la fin du XX° siècle, ces mythes ne sont jamais des histoires incohérentes, mais les premières traces perceptibles de la raison qui cherche à ordonner son espace pour mieux s'y implanter.

Le monde est une donnée extérieure avec laquelle je dois faire, et dans un premier temps, il n'est pas question d'essayer d'en comprendre l'origine ou la cause, mais simplement de savoir, et de pouvoir, m'y situer et survivre. D'ailleurs à ce stade, les choses sont simples : j'ai un père et une mère et le monde doit donc, par analogie en avoir un aussi, alors va pour un créateur. Ce qui m'intéresse, c'est de me concilier les bonnes grâces de ce créateur, pour avoir le moins d'ennuis possibles avec son autorité. D'ailleurs, on ne peut pas dire que je pense vraiment : il serait plus juste de dire que « ça » pense en moi. Il va me falloir des millénaires pour retirer progressivement toutes mes projections sur mon entourage, et en arriver à utiliser un paratonnerre pour détourner la foudre de mon toit.

Comment se présente l'univers dans lequel je vis en 1998? Et bien cela ne fait pas si longtemps, depuis le début des années vingt, que je suppose que l'univers a eu un commencement, le fameux Big Bang que les « créationnistes » ont accueilli avec un tel enthousiasme que l'un de ses initiateurs, l'abbé Lemaitre, demanda au Pape de modérer son soutien qui risquait de le discréditer dans le milieu scientifique. Il avait bien raison, car commencement n'est pas synonyme de création. Et ce n'est que dans le début des années soixante, avec la découverte des « cendres » de l'explosion primitive sous la forme du rayonnement fossile à 3° K qui baigne l'univers, que j'ai eu la certitude que celui ci avait bien eu un commencement.

Tout ce que je peux dire, c'est que l'univers qui m'est connaissable aujourd'hui a connu un instant T0 qui a vu apparaître simultanément le temps, l'espace et la matière énergie. Qu'y avait-il avant ? Poser cette question revient, toutes proportions gardées à se demander où situer un point 1 km au nord du pôle Nord ! La question n'a pas de sens : que peut-il y avoir avant le temps ? La science et la raison s'arrêtent à cette frontière et s'interdisent cette question. Poésie, philosophie, religion et métaphysique ne s'en privent pas. Je sais aussi que les constituants ultimes de mon corps, ses atomes de carbone, d'hydrogène, d'azote, d'oxygène et de fer sont nés il y a quelques milliards d'années dans l'explosion d'une ou plusieurs étoiles géantes. Rien ne distingue un atome de fer de mon corps, d'un atome de fer de la lame de mon couteau. Il n'y a pas si longtemps les scientifiques et les religieux étaient encore irréductiblement opposés sur ce point : jamais la matière inerte ordinaire ne pourrait être confondue à la matière vivante qui bénéficiait, elle, d'un « plus » d'origine divine.

Et pourtant L'accord est maintenant général pour admettre que la différence entre matière vivante et matière inerte est une question d'organisation de la dite matière. Cela ne décourage pas pour autant les tenants d'un « vitalisme » désuet : ils se contentent de décaler le problème en faisant assumer cette organisation par une instance supérieure transcendante qui en indique le plan « de l'extérieur ». Toutes les traditions, religions et philosophies se plaisent à opposer matière et esprit et à prôner la suprématie de celui-ci sur celle-là. Soit. Mais qu'est-ce que la matière ? Einstein le premier, a formulé E = MC2 qui énonce qu'il y a équivalence entre matière et énergie, et la physique quantique quand on la pousse dans ses derniers retranchements nous déclare qu'en dernière analyse, la matière telle que nous la concevons se réduit à une matrice de probabilités, et qu'en tout état de cause, il est par essence impossible de la situer précisément à la fois en vitesse et en position. La notion même de particule ne coïncide plus avec le sentiment primaire que nous en avons : il faut comprendre qu'un électron par exemple n'est pas une petite bille qui se déplace, mais un champ qui s'étale à l'infini et qui possède simplement plus de chances de pouvoir être observé en certains points qu'à d'autres en fonction des informations que l'on attend de son observation. Et si la matière nous paraît bien réelle et solide, ce n'est qu'en vertu du principe d'exclusion de Pauli qui interdit à deux particules au sein d'un système d'occuper le même niveau d'énergie. Il est d'ailleurs intéressant de rapprocher cette connaissance que nous avons aujourd'hui, du premier chapitre de la genèse que l'on peut traduire ainsi : « Au commencement que Dieu créa le ciel et la terre, la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de dieu tournoyait sur les eaux. »

Qu'est-ce que l'esprit ? Curieusement, il n'y a, semble-t-il aucune formule mathématique, physique, chimique ou autre définissant l'esprit. Cela serait pourtant bien commode, et éviterait sûrement bien des empoignades sur le sens des mots. Le simple fait qu'il n'y ait toujours aucune référence absolue de ce terme alors que les hommes en parlent depuis qu'ils pensent, me semble prouver qu'il recouvre des quantités de sens différents, et que le concept n'est pas réductible à une définition. Belle découverte, me direz vous ! Au premier abord en effet, on dirait bien que je viens d'enfoncer une porte ouverte. Mais est-ce si sûr que cela ? En tout cas cela fait déjà ressortir la curiosité qu'il y a, à vouloir mettre en opposition deux termes, dont l'un est parfaitement défini, quoique débouchant apparemment sur le vide, et l'autre ressemble, dès le départ, à un concept flou. Il est alors évident que l'on ne peut aboutir à rien de convaincant à partir d'une confrontation de ce type, dans laquelle, si je puis dire, les adversaires ne boxent pas dans la même catégorie. Est-ce à dire que l'on ne peut pas tenter de définir, ou tout au moins tenter de cerner suffisamment cette notion ? Je vais m'y risquer, en partant toujours et uniquement des données que la raison a mises à ma disposition, parce qu'ainsi chacun, quelle que soit la définition ou la conception qu'il en a, et qui peut présenter des différences considérables d'un individu à l'autre en fonction de sa culture et de ses options religieuses ou philosophiques, chacun donc, pourra vérifier les informations en toute « objectivité ». De la même façon que pour la matière, c'est la physique et la chimie qui m'avaient guidé, je vais faire appel cette fois à la biologie. De la même manière qu'il a été prouvé que la matière ne distingue pas le vivant du non vivant, tout converge pour nous faire penser qu'à l'intérieur du vivant, il n'y a pas de solution de continuité entre l'homme et l'animal.

Les « briques » de base du vivant sont identiques pour la fougère et pour l'homme. Il a été établi qu'il y a moins de différence entre le génome de l'homme et celui du chimpanzé, qu'il n'y en a entre celui du chimpanzé et celui de l'orang-outang. Par ailleurs si l'on admet que c'est le cerveau qui fait la différence entre l'homme et l'animal, et que l'on examine de plus près la question, il ressort que la différence de « performances » de cet organe, provient essentiellement de deux facteurs. La quantité de neurones disponible est le premier ; la quantité et non le type, car on n'a pas encore réussi à identifier des neurones qui ne se trouvent que chez l'homme et pas chez l'animal. Le deuxième est la différence d'organisation : la quantité de connexions différentes possible entre les neurones d'un cerveau humain est estimée à un nombre qui dépasse les estimations faites concernant le nombre total d'atomes de notre planète : 1080. Le cerveau humain est l'organisation la plus complexe qui existe dans l'univers (et il y en a plus de 5 milliards en fonctionnement actuellement). Depuis le premier système nerveux central identifié, celui des vers, jusqu'à l'homme, la progression se fait vers une efficacité croissante pour une meilleure adaptation à l'environnement et à son contrôle, dans ce qui peut passer pour un « but » : l'homéostasie, c'est-à-dire le maintien de la structure en l'état, ce qui nécessite des échanges constants avec le milieu, faute de quoi l'organisation se dégrade et disparaît dans l'homogénéisation et l'indifférenciation (2° principe de la thermodynamique). La complexification du système nerveux central est un avantage considérable dans cette lutte et on en voit bien le résultat.

Il y a quelque temps déjà que l'homme, avec son gros cerveau, ne s'adapte plus à son environnement : il adapte son environnement à ses besoins, avec un bonheur parfois très discutable il est vrai. À aucun moment dans cette évolution il n'est possible d'identifier une rupture fondamentale qui puisse faire dire : « Là se trouve La différence », cet élément non réductible à quoi que ce soit de connu, cette signature absolue de l'Absolu qui sous-tend en général le concept d'esprit. On peut bien sûr se refuser à accepter la formule de Cabanis pour qui « le cerveau secrète la pensée comme le foie secrète la bile ». On le peut d'autant mieux qu'elle date du XIX° siècle et que sa formulation volontairement provocante n'est pas adaptée à la réalité qu'elle prétend décrire. À la lumière des connaissances acquises aujourd'hui, je pense que l'on doit en accepter le fond (j'allais dire l’esprit) sinon la forme.

On a pu apprendre le langage des sourds muets à des singes qui manipulent correctement, et dans le contexte, plus de 400 mots. Ils ont conscience d'être, et manifestent très clairement cette identité. Doit-on leur refuser la possession de l'esprit ? Si la réponse est oui, c'est que l'on n'identifie pas l'esprit avec la conscience. Il faut donc aller plus loin et essayer de déterminer s'il y a différence entre conscience et pensée. Il semble bien que oui, car nos singes éduqués, s'ils manipulent correctement des mots et des symboles opératoires, ne paraissent pas en mesure se servir de concepts abstraits. Plus précisément, s'ils sont bien conscients, ils n'ont pas la « conscience d'être conscients ». Sautons le pas, et disons qu'ils ne pensent pas, en tout cas pas au sens ou nous l'entendons nous, humains. Peut-on maintenant identifier l'esprit avec la pensée ? C'est ce qui est assez largement admis. Pour beaucoup, c'est là que se situe le nœud de l'affaire. Il serait absurde parait-il de croire que la pensée, donc l'esprit, puisse naître ou surgir d'un processus matériel. L'esprit est, ou serait, par nature, immatériel, et n'utiliserait la matière que comme un support nécessaire pour se rendre perceptible par l'homme enlisé dans la matière. Il serait donc étranger à l'homme et en quelque sorte imposé à lui par une puissance extérieure. Adieu libre arbitre Pourquoi reculer ainsi devant la possibilité de se voir en face ? Pourquoi échafauder une hypothèse que rien n'impose ?

Il me semble que je me trouve devant le même problème que tout à l'heure avec la question du vivant, qui ne pouvait avoir qu'une origine externe, incommensurable à la simple matière ordinaire. Il me semble tout à la fois logique et simple d'admettre que la pensée est le résultat émergent de la complexification croissante d'une organisation vivante, c'est-à-dire auto organisatrice et auto reproductrice. Cela me semble plus simple en tout cas que de vouloir l'expliquer par une hypothèse non nécessaire. C'est le sens que je donne à la réponse de notre frère Pierre Simon de Laplace, astronome, à Napoléon qui s'étonnait de ne pas avoir trouvé la moindre mention de Dieu dans la description de l'univers de sa somme astronomique : « Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse. » C'est aussi dépenser une énergie folle à chercher une explication dans le passé, avec l'idée toujours sous jacente, que puisqu'il y a un univers aujourd'hui, c'est qu'il y a bien quelqu'un, Cause Première, Dieu ou Grand Architecte de l'Ùnivers qui l'a créé, et Voltaire lui-même disait : « l'univers m'embarrasse, et j'ai peine à croire que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger. » Il faut bien admettre que pour nous qui subissons constamment le mode de la causalité dans tous les phénomènes de la vie quotidienne, il est normal d'être tenté par une telle explication. C'est se faire taxer de « matérialiste » avec toute la charge d'horreur métaphysique que ce mot peut charrier dans l'esprit de certains, que d'envisager de renoncer à la notion de causalité en ce qui concerne l'univers. Et pourtant il est tout à fait possible, et je dirais quand à moi assez probable, mais cela n'engage que moi, que l'univers que nous connaissons n'ait pas de cause au sens que nous donnons habituellement à ce mot.

Les mathématiques et la théorie des quantas montrent qu'en effet le vide quantique n'est pas un néant, mais bien au contraire un « lieu de tous les possibles ». Il arrive, de façon aléatoire, ce que les mathématiciens appellent une singularité, qui littéralement « explose » du virtuel au réel, ou devrais je dire du non manifesté au manifesté, et se stabilise dans ce que nous appelons le réel. Alors nous serions le fruit du hasard ? Oui, et de la nécessité aussi, même si je n'en tire pas des conclusions identiques à celles de Jacques Monod. Mais l'univers est réglé avec une précision incroyable, disent les tenants du principe anthropique, à la nième décimale près sur un certain nombre de constantes fondamentales, une précision telle que si l'on change une seule de ces décimales la vie devient impossible dans l'univers. L'idée même de hasard est exclue ! Notre existence même limite les possibilités des lois physiques qui doivent être compatibles avec notre existence : certains processus et quantités sont inaccessibles mais on peut déduire leur existence ou leur valeur de notre présence même.

À la limite du raisonnement, l'univers est construit pour nous. Cette position me semble une renonciation à l'espoir de comprendre pourquoi le monde est comme il est, et l'idée de vouloir modifier l'un quelconque des paramètres fondamentaux de l'univers sans toucher aux autres n'est justifiée que si les dits paramètres sont vraiment indépendants. Mais s'il existe une Loi Ultime, alors ces paramètres sont corrélés et il est incohérent de vouloir en modifier un sans toucher aux autres. Quelle remarquable coïncidence que la Seine passe exactement sous les ponts qui l'enjambent ! En outre le principe anthropique ne peut pas rendre compte de toutes les régions de l'univers.

Pour « expliquer » l'homme, il est bien certain que le système solaire et la présence d'une génération d'étoiles voisines dans lesquelles des éléments lourds auront pu être formés par synthèse nucléaire est une nécessité, avec peut être même la totalité de notre galaxie. Mais où est la nécessité de l'existence d'autres galaxies, de milliards d'autres galaxies, réparties de façon à peu près homogène à grande échelle ? Un autre problème est celui des conditions à l'origine et notamment le problème de la singularité mathématique qui pose au départ de l'univers une compression infinie de la matière, de l'énergie et de la courbure de l'espace temps. Or on ne peut rien tirer de calculs basés sur des infinis, et ces concepts perdent alors toute signification, et l'ensemble des théories scientifiques actuelles fondées sur une base spatio-temporelle cesse de s'appliquer. Si bien qu'à supposer qu'il y ait des événements antérieurs au Big Bang, on ne pourrait pas prédire à partir d'eux l'état actuel de l'univers, parce que la prédictibilité serait rompue au moment du Big Bang. Cela signifie que l'existence ou la non existence d'événements antérieurs au Big Bang est purement métaphysique ; ils n'ont aucun effet sur l'état actuel de l'univers. (On peut encore imaginer que l'univers a été créé par un agent extérieur mais à un certain instant légèrement postérieur au Big Bang)

Si l'espace temps a un bord ou une limite au niveau d'une singularité, le vrai problème est que les lois de la science ne déterminent pas l'état initial de l'univers, mais seulement la manière dont il évolue ensuite. Une des hypothèses possibles est que l'espace quadridimensionnel qui résulte de la fusion de l'espace et du temps se courbe pour former une surface close sans aucun bord ni limite, d'une manière analogue à la surface d'une balle, mais en quatre dimensions. La totalité de l'espace temps est finie et sans limite. L'univers est autosuffisant et n'a pas besoin de conditions aux limites. Il ne s'agit bien sûr que d'une hypothèse, émise par le physicien Stephen Hawking, et nullement prouvée à l'heure actuelle, mais dont la simplicité extrême et l'élégance satisfont pleinement au principe du rasoir d'Ocam, c'est-à-dire au principe d'économie. Ainsi donc, si j'affirme que la pensée peut naître spontanément de la matière, et que l'univers, s'il a bien eu un commencement n'est pas le résultat d'une création par un Principe Supérieur, non seulement je nie Dieu, mais je suis en contradiction avec la déclaration de principe de la Grande Loge de France à laquelle j'ai prêté serment lors de mon initiation. Il y a toutefois dans ce « haut le cœur », ce qui me semble être une identification de Dieu et du GADLU à un seul et même concept, et me paraît pour le moins abusif.

Je crois qu'il serait bon de traiter séparément les deux questions, et surtout de ne pas les confondre. La question la plus facile à aborder, selon moi, est-elle de Dieu, alors je vais, si je puis dire, lui régler son compte rapidement. Je n'ai jamais dit que Dieu, ou n'importe lequel des noms sous lequel on le camoufle en fonction de son interlocuteur, n'existait pas. J'ai simplement dit, comme notre frère Laplace, que c'était une hypothèse dont je n'avais pas besoin pour rendre compte de l'état de l'univers aujourd'hui, homme compris. À la lumière de ce que la science contemporaine apporte à notre réflexion, il me paraît utile pour ne pas dire impératif, de reconsidérer la conception que nous nous faisons de la divinité, de la transcendance et des rapports que l'homme peut entretenir avec lui-même, ses semblables et la dite divinité. Le dieu que l'on peut insérer dans l'histoire de l'univers, un bref instant après le Big Bang comme « créateur », est une possibilité qui ressemble de fort près à l'Eros grec, géniteur d'Ouranos et de Gaïa, au deus absconditus qui s'est retiré loin de sa création avec laquelle il n'interfère plus, un dieu qui convenait fort bien à Platon et Aristote qui ne désiraient pas tellement en fait que quiconque se mêlât des affaires humaines. Il est en pratique si insignifiant qu'on peut bien le considérer comme une hypothèse non nécessaire sinon inutile.

Dans la grande majorité des traditions et notamment dans la Bible, Dieu fait l'homme à son Image. Je suggère simplement de renverser la proposition. Bien sûr que Dieu existe, puisque nous le pensons et le créons, depuis le premier soir où un homme a regardé les étoiles pour une autre raison que de retrouver son chemin vers le campement du clan. Mais le Dieu auquel je pense, puisque nous l'avons créé à notre image, n'est pas éternel, car n'est éternel par définition que ce qui n'a ni commencement ni fin. Il peut donc évoluer et c'est bien ce que nous montre la lecture de la Bible qui est l'une des trois grandes lumières du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Est-ce que l'on ne voit pas Dieu évoluer lentement à travers les siècles, du chef de bande cruel, jaloux et vindicatif qui maudit le pécheur (passe encore, c'est son rôle), mais aussi sa postérité, à celui qui prône l'Amour comme Loi et se laisse clouer sur une croix infâme en s'écriant : « Père, pardonnes leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » Et puisque les mots que je viens de prononcer pourraient passer pour un blasphème ou une provocation suivant le point de vue de tel ou tel frère, je vais m'appuyer sur la Bible elle-même.

Tout commence bizarrement, puisque Yahvé, après avoir créé l'homme lui interdit sous peine de mort de goûter du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Finalement, et parce que le serpent a joué un mauvais tour à l'homme, il se contente de le bannir du jardin d'Eden pour qu'il n'accède pas en plus à l'arbre de vie (Genèse I, 2,17 et 3). Par la suite, il ira plus loin en décidant d'effacer purement et simplement sa création : « je vais effacer de la surface du sol les hommes que j'ai créés Ñ et avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel -, car je me repens de les avoir faits. » (Genèse II, 7). Que l'homme n'ait pas répondu à son attente, soit, mais que lui ont fait les oiseaux du ciel ? Je passerai sur le sadisme apparent que l'on peut déceler dans le sacrifice qu'il exige d'Abraham, car les niveaux de lecture possibles sont nombreux et celui que je viens d'évoquer pourrait passer pour primaire, voire primitif. Mais on peut s'interroger, et en tout cas, moi, je m'interroge sur ce dieu qui « ne laisse rien impuni, lui qui châtie la faute des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération » (Nombres 14,18), et promet quarante ans d'errance dans le désert au peuple qu'il a sorti d'Egypte pour se venger de la peur éprouvée par les Hébreux de se heurter à plus forts qu'eux en voulant s'approprier une terre occupée par de légitimes propriétaires. (Nombres 14, 27 à 38).

Quelle différence peut-on faire dans la conquête lente et guerrière d'un territoire par Israël telle que la Bible en donne l'exemple avec l'occupation du territoire des Amorites (Nombres 21,31 et 32), et celle de la prise de la ville d'Aï sur les ordres précis de Yahvé (Josué 4) ? Lorsque c'est Yahvé qui commande en chef, on a plus de détails sur les horreurs commises et qui seraient aujourd'hui qualifiées de crimes contre l'humanité, puisque ni femme, ni enfant, ni animal n'est épargné et que les victimes sont complaisamment décomptées par milliers. Cette évolution n'est-elle que celle de l'image que nous nous faisons d'un Dieu éternel et donc, puisqu'éternel, extérieur au monde, ou bien comme je le crois, l'image de notre propre évolution, de notre spiritualisation et de l'émergence progressive à partir d'une communauté humaine de plus en plus nombreuse et à la complexité croissante, d'un idéal qui est effectivement transcendant par rapport à chacun des membres qui concourt à son élaboration ? Cette instance, le psychologue Paul Diel l'appelle le « surconscient » et Joël de Rosnay, dans un autre registre le rejoint en nous parlant de l'émergence très concrète de ce qu'il appelle le « symbionte », complexe naissant de l'activité technicienne des hommes de la fin de notre siècle.

A la lumière des informations en ma possession actuellement, je pose l'hypothèse suivante. En admettant que les quarks qui composent le proton aient une conscience, ils composent un système, le proton, dont ils n'ont pas conscience de la nature et dont les qualités ne peuvent être déduites de, ou réduites aux, qualités intrinsèques des quarks. L'association du proton et de l'électron donne naissance à un atome d'hydrogène dont les propriétés échappent totalement à l'éventuelle conscience du proton et de l'électron. Les atomes qui composent la molécule de benzène ne peuvent imaginer que celle ci fit rêver le chimiste Kékulé. La cellule s'intègre dans un ordre de niveau supérieur, l'organe, et celui ci se fond dans l'unité d'un corps. A chaque niveau d'analyse correspond un niveau de pertinence et d'intégration autonome, et jusqu'à l'apparition de la pensée, les différents niveaux sont étanches les uns aux autres.

Avec l'homme et la pensée apparaît un phénomène totalement nouveau : le niveau humain prend conscience de cet emboîtement structurel et il peut donc concevoir qu'il participe lui même, à son tour, à la formation d'un niveau d'intégration qui lui est transcendant. Ce niveau supérieur, il le crée par sa seule existence, et sans lui il n'existerait pas. Mais il est bien évident que ce plan supérieur rétroagit sur chaque individu qui le compose, de la même manière que j'interviens consciemment ou non sur l'intégrité de mon propre organisme. Si l'homme crée Dieu, Dieu à son tour crée l'homme, et ce n'est pas le rituel de l'apprenti qui me contredira : « Etes-vous Franc Maçon ? Mes frères me reconnaissent pour tel. » L'ordre n'existe que parce que des frères le composent, mais ces frères ne sont reconnus comme tels que parce qu'ils participent de l'Ordre. Ce plan supérieur qui émane de l'homme, qui émerge de la matière, depuis que l'homme a commencé a s'interroger sur le monde et sur lui même, il a été nommé par les diverses traditions Baal, Yahvé, Dieu, Shiva, ou Allah Bien sûr que Dieu existe, mais à mon sens l'erreur est d'en placer l'origine dans le passé, « in illo tempore », et de passer notre temps à essayer de faire retour à une unité qui ne peut être d'après ce que nous dit notre raison que le Chaos, c'est-à-dire la complexité du lieu de tous les possibles et non le désordre. Nous devrions tendre à organiser l'Ordre qui n'est pas la simplicité, mais la dualité antagoniste assumée, la complexité maîtrisée.

Le passé de Dieu n'est en définitive pas très intéressant : il se confond trop avec notre animalité instinctive. De surcroît il ne nous permet pas de répondre d'une façon cohérente aux problèmes millénaires de la faute, du mal, et du bien, pour n'évoquer que ceux là. C'est son avenir qui m'intéresse, car il est beaucoup plus que mon propre avenir : il est celui de l'Homme et cet avenir, je participe à sa détermination par mes actes et mes pensées. Vous remarquerez au passage que cette proposition implique que je croie à l'efficacité de la prière : ce n'est pas si banal pour un mécréant ! La cérémonie de la Chaîne d'Union ne peut-elle être considérée comme une forme de prière et tous ceux qui y participent ne ressentent-ils pas confusément qu'il s'en dégage, à certains moments, quelque chose qui dépasse chacun des participants ? Mais il convient bien de ne pas tout mélanger. Le pavé mosaïque nous précise parfaitement qu'il y a le blanc ET le noir, et que pour exister en tant que pavé mosaïque, le blanc doit rester blanc et le noir noir. Il n'y a pas de place pour un pavé moyen uniformément gris qui ne pourrait signifier que la mort par indifférenciation.

Je peux parfaitement aller prier au temple, à la mosquée, à l'église ou à la synagogue en participant affectivement à la conception que je ressens de la divinité par l'entremise de mon cerveau droit. Mais dans le Temple Maçonnique, c'est à mon cerveau gauche que je fais appel, à la voie initiatique d'un long et difficile travail de la raison, que je dois pouvoir à tout instant confronter à celui de mes frères à qui je pourrai exposer clairement le chemin sur lequel j'avance, et qui avec la même simplicité pourront m'éclairer sur leur propre voie. Je prie Dieu, mais j'invoque le Grand Architecte de l'Univers. Ce n'est pas du tout la même chose, même si c'est complémentaire et indissolublement lié ! Ce Dieu qui émerge de l'humanité, cet Idéal vers lequel je tends, le Surconscient en un mot, me laisse libre de mes choix et le manquement à l'idéal comporte en soi même sa sanction : les grands mythes grecs ne disent pas autre chose. Je n'en prends qu'un exemple très simple, celui du roi Midas. Avide de luxe et de luxure, Midas ayant demandé et obtenu une faveur de Dyonisos, souhaita que tout ce qu'il toucherait se transformât en or. Satisfaction lui ayant été donnée, il faillit mourir de faim, avant de se repentir et de recommencer d'autres bêtises du même genre, également punies de la même manière. Tout l'idéal grec de mesure et d'équilibre est là. Si je prends la peine de pousser un peu plus avant l'analyse, je m'aperçois que la même « loi » qui s'applique au domaine purement matériel est également valable dans celui du Surconscient : c'est la connaissance de la loi qui me donne pouvoir sur le monde, et en me conformant à la loi, je peux réaliser ce qui en apparence peut sembler contraire à la loi. Si je connais la loi de la gravité, je peux utiliser la force d'une chute d'eau pour m'élever au-dessus du sol par l'intermédiaire d'un mécanisme simple, en apparente contradiction avec la loi. C'est la connaissance de la loi, et la soumission à la loi qui me rendent libre De la même manière, je peux décider de participer consciemment à l'émergence du Surconscient, ou m'en tenir à l'écart.

Le paradoxe est que si j'en nie l'existence, la liberté que je crois posséder n'est qu'une illusion, et je suis en réalité totalement soumis à l'influence de ce que je nie, alors que si je prends conscience de n'être qu'une infime partie d'un tout qui m'est transcendant, j'accède à un plan supérieur de connaissance et de responsabilité qui me rendent véritablement libre parce que conscient des contraintes et des limites qui s'imposent à moi. La voie de la soumission à Dieu et de la prière, et celle de l'initiation et de la connaissance ne sont pas opposées : elles mènent probablement toutes deux à la même réalité, mais par des chemins différents qu'il ne faut pas confondre. À chacun de doser en fonction de son tempérament et de son expérience propre, celui qu'il privilégiera à un instant donné, tout en gardant présent à l'esprit à tout moment, à quelle partie de lui même il confie les rennes. Mais si je peux considérer avoir réglé par ces considérations le problème de Dieu, il faut bien reconnaître que celui du GADLU reste entier. La Franc-Maçonnerie de R\E\A\A\ repose sur trois dogmes : La Franc-Maçonnerie n'impose aucun dogme. La Franc-Maçonnerie repose sur la croyance en un principe créateur qu'elle nomme GADLU. La Franc Maçonnerie n'impose aucune limite à la recherche de la vérité. Il est bien évident que l'ensemble de ces trois propositions est contradictoire, et qu'on pourrait en toute rigueur le taxer d'incohérence.

L'important à mes yeux est le mot croyance, qui laisse la porte ouverte à toute réflexion et évolution, grâce à la possibilité de recherche et au refus de toute solution imposée. Et si je mets la notion de GADLU au dessus, si je puis dire, de celle de Dieu, c'est parce qu'elle est en effet au-delà de l'homme, au-delà de l'univers connu et connaissable. La physique et la psychologie convergent curieusement avec Pauli et Jung pour émettre l'hypothèse qu'en dernière analyse, au-delà du champ de nos investigations possibles par nature, au-delà du vide quantique et des archétypes, il y a vraisemblablement une unité, inaccessible et inconnaissable, dont le monde que nous percevons est un aspect duel et partiel. Est-ce la Déité dont nous entretient Maître Eckhart dans son sermon 49: « désert silencieux, silence simple, immobile en lui-même et par l'immobilité duquel toutes choses sont mues, et sont conçues toutes les vies », est-ce le GADLU? Je ne sais pas, et je ne saurai peut-être jamais. Tout ce que je sais, c'est que je vais continuer à chercher.

Source : www.ledifice.net

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Recherche de stage pour le fils d'un ami

22 Novembre 2014 , Rédigé par T.D

Etudiant en 3éme année à l’EFAP de Bordeaux, je recherche un stage de 4 à 6 mois en Gironde dans la communication et l’évènementiel, dans le domaine de la presse ou du monde sportif.

Etant en cours à l’EFAP le matin, je suis disponible à mi-temps.

21 ans. Permis de conduire.

Merci.

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La franc-maçonnerie est-elle une morale ou un idéal ?

21 Novembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

La question posée suppose que la FM est soit une morale, soit un idéal, comme si une morale ne pouvait pas être un idéal. En prolégomènes il convient donc de s’entendre sur la dimension à donner à la morale en franc-maçonnerie.

La notion de morale est ambivalente.

Au plan spirituel, la morale désigne une éthique transcendantale. Cette morale c’est celle qui habite le saint ou le héros, personnages atteignant la perfection, nous dirions un idéal.

Au plan social, il existe une morale coutumière, adaptée à tel lieu et à tel temps, qui est la morale des honnêtes gens dans une société donnée. Elle traduit les bonnes mœurs qu’il est souhaitable de suivre pour l’harmonie de la collectivité ; elle est à la mesure de quiconque et ne réclame aucun élan intérieur ni vertu supérieure. C’est ce minimum de morale sociale qui est exigée pour entrer en franc-maçonnerie.

Aux exigences des bonnes mœurs citoyennes, la FM ajoute des exigences qui lui sont propres, et tout d’abord l’esprit du lien fraternel. Car comme l’écrit Chevillon dans « le vrai visage de la maçonnerie ». L’amour prend sa source dans l’universelle fraternité des êtres appelés à une même fin. De cet amour résultent : la pitié, la miséricorde, la bonté, la charité et toutes les vertus. Par conséquent, le maçon doit déraciner en lui-même l’égoïsme et avec lui tous les vices dont il est le support, cultiver et élargir sans cesse l’amour et les vertus capables de fleurir sur cette tige embaumée. On le voit, à la morale coutumière, la FM associe une morale transcendantale, un idéal moral développé dans nos catéchismes devenus mémentos et dans nos rituels à travers questions et réponses… Ainsi viendront, suivant les grades, des propositions d’élévation morale. C’est une aspiration vers un état de perfection, une façon idéaliste de concevoir un futur-être pour l’initié et l’humanité, avec ses kyrielles d’utopies sous-jacentes dont le temple idéal de l’humanité.

Ainsi la tradition a transmis parmi les maçons un grand nombre de préceptes relatifs aux devoirs, et dont l’ensemble forme un admirable code de morale pratique.

C’est, en effet, un trésor conservé dans le patrimoine de l’institution ; mais ce n’est pas un corps de doctrine. En donnant la lumière la FM n’impose pas ce qu’elle permet de voir. En prescrivant à ses adeptes d’observer le plus strictement possible les devoirs, la franc-maçonnerie s’adresse à leur probité, à leur honneur, à leurs sentiments, certaine de ne pas contrarier leurs croyances religieuses ou philosophiques. Il s'agit ainsi de promouvoir des valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel sans limite, et à un idéal social. La franc-maçonnerie se définit elle même comme un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l'allégorie au moyen de symboles. La franc-maçonnerie est donc bien une morale et un idéal. Et c’est ce que nous allons montrer. La FM est une morale et un idéal avec sa spécificité quant à ses sources, sa finalité, son domaine et sa sanction.

Quant à ses sources : Dans le vertige de la documentation, nous en retiendrons 4 :
1. La source opérative ou corporative. Cet aspect professionnel s’exerçait à l’intérieur d’un idéal de fraternité et d’amour du prochain qui incluait des oeuvres d’assistance et de charité. Il s’épanouissait au sein de la pratique religieuse intégrale du catholicisme. Le métier fournissait le support de l’ordre initiatique dont les rites permettent d’intégrer tous les aspects de la vie professionnelle à l’entreprise de la réalisation spirituelle. La pratique du métier prenait alors la valeur d’une ascèse véritable. En ce sens, l’opératif incluait la dimension spéculative et surtout morale.

2. La source religieuse ou plus exactement biblique. Les plus forts de nos symboles viennent de la Bible. La FM y puise même certaines de ses légendes fondatrices et donc sous-jacente une morale judéo-chrétienne. C’est, d’ailleurs, un pasteur calviniste écossais, James Anderson, qui transmit les fondements de la maçonnerie spéculative à la future Grande Loge de Londres rapidement devenue la source et le modèle de la Franc-maçonnerie mondiale. L’invocation par laquelle commencent les manuscrits des Old Charges, en usage au 18ème atteste la pratique catholique : que la puissance du Père du ciel avec la sagesse du Fils glorieux et la bonté du St Esprit, qui sont trois personnes en une Divinité, soit avec nous.

La déchristianisation de la maçonnerie, sous l’influence de la philosophie des Lumières, s’entend seulement au sens de suppression des références spécifiquement chrétiennes et de l’abandon des célébrations religieusement les fêtes de l’Ordre. Mais à regarder de plus près, la maçonnerie en Angleterre, quant à elle, laïcise ses rituels, voire ses symboles, pour mieux accueillir de nombreux juifs et partager un minimum commun au centre de l’Union. La maçonnerie française, quant à elle, se laïcise par rassemblement des forces de « libre pensée » face au cléricalisme et aboutit en 1877 à l’abandon de toute exigence et de toute référence religieuse, si universelles soient-elles. Reste encore le courant mystique chrétien du Rite Ecossais Rectifié et son code des loges réunies et rectifié de 1778, qui règlemente ses 4 grades et qui déclare dans son chapitre X qu’« aucun profane ne peut être reçu franc-maçon s’il ne professe la religion chrétienne. »

De toute façon, la spiritualité du maçon, quelle que soit sa religion est un ésotérisme en ce qu’il se découvre dans sa propre intériorité.

3. La source chevaleresque a imprégné profondément la maçonnerie. Plus précisément, la FM est associée à la chevalerie des ordres religieux militaires. Le discours de Ramsay le rappelle et dès 1745 l’appellation « loge de st Jean de Jérusalem » enracine la FM dans cette tradition. Les hauts grades, qui ont fleuri au 18ème siècle, comportent encore de nombreux titres de chevalier. Le Régime Ecossais Rectifié est un véritable ordre de chevalerie. Le chevalier était principalement voué à deux devoirs : la bienfaisance et la défense de la religion chrétienne. En prononçant ses vœux, le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte s’engage et je cite : ce n’est donc plus par l’épée que vous aurez à défendre la sainte religion chrétienne que vous professez ; c’est avec prudence et circonspection que le Chevalier Maçon de la Cité Sainte doit la défendre par ses discours... Il la fait aimer et respecter par une tolérance douce et éclairée, par de bonnes mœurs, par une conduite régulière et par ses bons exemples. Ce qui veut dire que de telles vertus chevaleresques sont des propositions de vie pouvant être réalisées aussi par des sœurs.

4. La source mutuelle. En l’absence de toute sécurité sociale, au 17ème siècle, des loges se créent par association d’artisans, de petits commerçants, de boutiquiers qui vont constituer des petits groupes de solidarité surtout pour se prémunir contre les cas de détresse financière. Ils se réunissent dans des lieux hospitaliers comme les auberges, le plus souvent pour y recevoir les nouveaux membres de leur confrérie. Afin de bénéficier de l’entraide, on se communique des mots, gestes et attouchements de reconnaissance. On peut lire dans un texte de lois et statuts de 1670 de la loge écossaise d’Aberdeen : nous soussignés promettons, conformément à tous les serments que nous avons prêtés lors de notre réception au bénéfice du Mot de maçon, de prendre en charge et de soutenir le tronc maçonnique de notre loge d’Aberdeen... Les fonds de réserve pécuniaires, leur potentialité à répondre à la misère accidentelle de leurs membres devenant insuffisants, ces loges vont se regrouper et constitueront la première Grande Loge en 1717, ce qui se fera à l’auberge « l’oie et le gril ». La franc-maçonnerie vient de naître aussi sur la nécessité de la solidarité.

Quant à sa finalité : l'idéal de la franc-maçonnerie est de parfaire l'être humain en développant sa conscience morale ou sa spiritualité et de travailler au progrès de l'humanité. L’idéal chevaleresque, c’est d’abord d’aspirer à la vertu, une vertu morale et avoir un comportement, qui soit un comportement d’amour, de tolérance, d’ouverture aux autres, etc.

C’est aussi le combat que nous devons mener pour le bien, comme le chevalier d’autrefois.
Ici s’exprime le sentiment d’humanisme. L’homme n’est pas, fondamentalement, solitaire, il est au contraire une relation. Comme le dit Heidegger, son être est un « être-ensemble » (Mitsein). Il y a en chacun de nous un originaire souci de l’autre, qui serait le Bien, qui fonde l’humain. La FM s’est ancrée sur cette notion de Bien et l’appelle fraternité.

Quant à son contenu : la franc-maçonnerie offre une voie spirituelle qui est une voie spécifique en dehors de tout dogme et de toute doctrine qui permet à chaque homme de poursuivre son chemin vers la Connaissance. La franc-maçonnerie propose un idéal de liberté, de tolérance et de fraternité dans le respect des opinions de chacun, laissant à l’homme une liberté de travail qui lui permet de poser son propre rythme et de reculer constamment ses limites sur le chemin de l’élévation spirituelle et morale n’acceptant aucune entrave dans sa recherche.

Les valeurs morales que véhicule la FM ne lui sont pas exclusives: connaissance de soi, amour du prochain, respect de l'autorité légalement constituée, devoir envers un Etre Suprême (pour les rites travaillant à la gloire du GADLU). Ce qui lui est particulier c’est le véhicule; c'est à dire, le rite initiatique. Ce dernier est en effet une allégorie élaborée de la vie qui engendre, chez l'initié, une profonde méditation, une perception et une action intérieure grâce auxquelles l'homme se révèle à lui-même, il dépasse ses propres limites, son soi.

La connaissance de la symbolique des outils atteste que la FM veut, par leur approfondissement, permettre d’accomplir une œuvre de perfectionnement de soi en favorisant l’ouverture de la conscience. Les outils remis aux 3 premiers grades donnent une cohérence au cheminement et à la progression morale.
Quant au domaine : le vrai travail du FM doit être totalement désintéressé, et accompli sous l’angle du Devoir. Le Franc-maçon, en effet, ne revendique pas ses droits personnels d’homme libre et franc, sinon pour accomplir ce devoir. Car il sait bien que ses droits sont relatifs et limités, mais que son devoir est absolu et sans bornes. Aussi, le Franc-maçon doit se considérer comme un apôtre, un missionné parmi les hommes, car il doit tendre à devenir, et il doit devenir, à la fois un initié, un illuminé, un homme de coeur, de science et aussi d’action (cf Ch. Chevillon)

Quant à la sanction : la Maçonnerie, neutre au point de vue religieux, ne veut pas de la Morale commune, reposant sur une crainte métaphysique, sur une récompense ou un châtiment post-mortem. Comme pour Kant, la soumission au précepte moral est d’origine interne et procède de la seule voie de la conscience. La loi morale est obéie par respect pour l’impératif catégorique qui retentit en nous-mêmes.

Elle se manifeste par les vertus pratiquées. Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.

La maçonnerie, ne tend pas seulement à créer parmi ses adeptes des personnalités, à la fois pures et fortes, elle veut illuminer, grâce aux frères et sœurs, les masses dans la mesure du possible, leur faire comprendre la justice et l’équité, le droit et le devoir, les confirmer dans la liberté par la vraie fraternité, par la caritas generis humani (amour universel du genre humain) jadis évoquée par Cicéron et les stoïciens.

Pour cela il lui faut des veilleurs et des éveilleurs. C’est pourquoi tout son enseignement converge vers l’action ; par la science spéculative la FM conduit à la science des réalisations, son rêve c’est de construire le temple de l’humanité.

En somme, la Maçonnerie est un syncrétisme des vertus cardinales héritées de la Grèce antique, des vertus théologales obvenues de la chrétienneté et des apports moraux des Lumières du 18ème siècle, mâtinés de modernité.

Un rapport non moraliste à la morale. Un idéal de morale, voilà ce que propose la FM, nous dirions une philosophie humaniste.

Et pour cela le FM doit être libre sinon il n’aurait pas les moyens de comprendre le devoir.

En conclusion
« La Maçonnerie trouve dans ses traditions un idéal moral que nous croyons supérieur à celui des religions ; cependant, si les Maçons disaient qu'il y a parmi eux plus de vertu effective, c'est-à-dire moins de défaillances que dans un groupe quelconque d'honnêtes gens, nous serions les premiers à rire d'une si outrecuidante sottise ». Pierre Tempels.

Source : www.ledifice.net

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La franc-maçonnerie est-elle une morale ou un idéal ?

21 Novembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

La question posée suppose que la FM est soit une morale, soit un idéal, comme si une morale ne pouvait pas être un idéal. En prolégomènes il convient donc de s’entendre sur la dimension à donner à la morale en franc-maçonnerie.

La notion de morale est ambivalente.

Au plan spirituel, la morale désigne une éthique transcendantale. Cette morale c’est celle qui habite le saint ou le héros, personnages atteignant la perfection, nous dirions un idéal.

Au plan social, il existe une morale coutumière, adaptée à tel lieu et à tel temps, qui est la morale des honnêtes gens dans une société donnée. Elle traduit les bonnes mœurs qu’il est souhaitable de suivre pour l’harmonie de la collectivité ; elle est à la mesure de quiconque et ne réclame aucun élan intérieur ni vertu supérieure. C’est ce minimum de morale sociale qui est exigée pour entrer en franc-maçonnerie.

Aux exigences des bonnes mœurs citoyennes, la FM ajoute des exigences qui lui sont propres, et tout d’abord l’esprit du lien fraternel. Car comme l’écrit Chevillon dans « le vrai visage de la maçonnerie ». L’amour prend sa source dans l’universelle fraternité des êtres appelés à une même fin. De cet amour résultent : la pitié, la miséricorde, la bonté, la charité et toutes les vertus. Par conséquent, le maçon doit déraciner en lui-même l’égoïsme et avec lui tous les vices dont il est le support, cultiver et élargir sans cesse l’amour et les vertus capables de fleurir sur cette tige embaumée. On le voit, à la morale coutumière, la FM associe une morale transcendantale, un idéal moral développé dans nos catéchismes devenus mémentos et dans nos rituels à travers questions et réponses… Ainsi viendront, suivant les grades, des propositions d’élévation morale. C’est une aspiration vers un état de perfection, une façon idéaliste de concevoir un futur-être pour l’initié et l’humanité, avec ses kyrielles d’utopies sous-jacentes dont le temple idéal de l’humanité.

Ainsi la tradition a transmis parmi les maçons un grand nombre de préceptes relatifs aux devoirs, et dont l’ensemble forme un admirable code de morale pratique.

C’est, en effet, un trésor conservé dans le patrimoine de l’institution ; mais ce n’est pas un corps de doctrine. En donnant la lumière la FM n’impose pas ce qu’elle permet de voir. En prescrivant à ses adeptes d’observer le plus strictement possible les devoirs, la franc-maçonnerie s’adresse à leur probité, à leur honneur, à leurs sentiments, certaine de ne pas contrarier leurs croyances religieuses ou philosophiques. Il s'agit ainsi de promouvoir des valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel sans limite, et à un idéal social. La franc-maçonnerie se définit elle même comme un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l'allégorie au moyen de symboles. La franc-maçonnerie est donc bien une morale et un idéal. Et c’est ce que nous allons montrer. La FM est une morale et un idéal avec sa spécificité quant à ses sources, sa finalité, son domaine et sa sanction.

Quant à ses sources : Dans le vertige de la documentation, nous en retiendrons 4 :
1. La source opérative ou corporative. Cet aspect professionnel s’exerçait à l’intérieur d’un idéal de fraternité et d’amour du prochain qui incluait des oeuvres d’assistance et de charité. Il s’épanouissait au sein de la pratique religieuse intégrale du catholicisme. Le métier fournissait le support de l’ordre initiatique dont les rites permettent d’intégrer tous les aspects de la vie professionnelle à l’entreprise de la réalisation spirituelle. La pratique du métier prenait alors la valeur d’une ascèse véritable. En ce sens, l’opératif incluait la dimension spéculative et surtout morale.

2. La source religieuse ou plus exactement biblique. Les plus forts de nos symboles viennent de la Bible. La FM y puise même certaines de ses légendes fondatrices et donc sous-jacente une morale judéo-chrétienne. C’est, d’ailleurs, un pasteur calviniste écossais, James Anderson, qui transmit les fondements de la maçonnerie spéculative à la future Grande Loge de Londres rapidement devenue la source et le modèle de la Franc-maçonnerie mondiale. L’invocation par laquelle commencent les manuscrits des Old Charges, en usage au 18ème atteste la pratique catholique : que la puissance du Père du ciel avec la sagesse du Fils glorieux et la bonté du St Esprit, qui sont trois personnes en une Divinité, soit avec nous.

La déchristianisation de la maçonnerie, sous l’influence de la philosophie des Lumières, s’entend seulement au sens de suppression des références spécifiquement chrétiennes et de l’abandon des célébrations religieusement les fêtes de l’Ordre. Mais à regarder de plus près, la maçonnerie en Angleterre, quant à elle, laïcise ses rituels, voire ses symboles, pour mieux accueillir de nombreux juifs et partager un minimum commun au centre de l’Union. La maçonnerie française, quant à elle, se laïcise par rassemblement des forces de « libre pensée » face au cléricalisme et aboutit en 1877 à l’abandon de toute exigence et de toute référence religieuse, si universelles soient-elles. Reste encore le courant mystique chrétien du Rite Ecossais Rectifié et son code des loges réunies et rectifié de 1778, qui règlemente ses 4 grades et qui déclare dans son chapitre X qu’« aucun profane ne peut être reçu franc-maçon s’il ne professe la religion chrétienne. »

De toute façon, la spiritualité du maçon, quelle que soit sa religion est un ésotérisme en ce qu’il se découvre dans sa propre intériorité.

3. La source chevaleresque a imprégné profondément la maçonnerie. Plus précisément, la FM est associée à la chevalerie des ordres religieux militaires. Le discours de Ramsay le rappelle et dès 1745 l’appellation « loge de st Jean de Jérusalem » enracine la FM dans cette tradition. Les hauts grades, qui ont fleuri au 18ème siècle, comportent encore de nombreux titres de chevalier. Le Régime Ecossais Rectifié est un véritable ordre de chevalerie. Le chevalier était principalement voué à deux devoirs : la bienfaisance et la défense de la religion chrétienne. En prononçant ses vœux, le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte s’engage et je cite : ce n’est donc plus par l’épée que vous aurez à défendre la sainte religion chrétienne que vous professez ; c’est avec prudence et circonspection que le Chevalier Maçon de la Cité Sainte doit la défendre par ses discours... Il la fait aimer et respecter par une tolérance douce et éclairée, par de bonnes mœurs, par une conduite régulière et par ses bons exemples. Ce qui veut dire que de telles vertus chevaleresques sont des propositions de vie pouvant être réalisées aussi par des sœurs.

4. La source mutuelle. En l’absence de toute sécurité sociale, au 17ème siècle, des loges se créent par association d’artisans, de petits commerçants, de boutiquiers qui vont constituer des petits groupes de solidarité surtout pour se prémunir contre les cas de détresse financière. Ils se réunissent dans des lieux hospitaliers comme les auberges, le plus souvent pour y recevoir les nouveaux membres de leur confrérie. Afin de bénéficier de l’entraide, on se communique des mots, gestes et attouchements de reconnaissance. On peut lire dans un texte de lois et statuts de 1670 de la loge écossaise d’Aberdeen : nous soussignés promettons, conformément à tous les serments que nous avons prêtés lors de notre réception au bénéfice du Mot de maçon, de prendre en charge et de soutenir le tronc maçonnique de notre loge d’Aberdeen... Les fonds de réserve pécuniaires, leur potentialité à répondre à la misère accidentelle de leurs membres devenant insuffisants, ces loges vont se regrouper et constitueront la première Grande Loge en 1717, ce qui se fera à l’auberge « l’oie et le gril ». La franc-maçonnerie vient de naître aussi sur la nécessité de la solidarité.

Quant à sa finalité : l'idéal de la franc-maçonnerie est de parfaire l'être humain en développant sa conscience morale ou sa spiritualité et de travailler au progrès de l'humanité. L’idéal chevaleresque, c’est d’abord d’aspirer à la vertu, une vertu morale et avoir un comportement, qui soit un comportement d’amour, de tolérance, d’ouverture aux autres, etc.

C’est aussi le combat que nous devons mener pour le bien, comme le chevalier d’autrefois.
Ici s’exprime le sentiment d’humanisme. L’homme n’est pas, fondamentalement, solitaire, il est au contraire une relation. Comme le dit Heidegger, son être est un « être-ensemble » (Mitsein). Il y a en chacun de nous un originaire souci de l’autre, qui serait le Bien, qui fonde l’humain. La FM s’est ancrée sur cette notion de Bien et l’appelle fraternité.

Quant à son contenu : la franc-maçonnerie offre une voie spirituelle qui est une voie spécifique en dehors de tout dogme et de toute doctrine qui permet à chaque homme de poursuivre son chemin vers la Connaissance. La franc-maçonnerie propose un idéal de liberté, de tolérance et de fraternité dans le respect des opinions de chacun, laissant à l’homme une liberté de travail qui lui permet de poser son propre rythme et de reculer constamment ses limites sur le chemin de l’élévation spirituelle et morale n’acceptant aucune entrave dans sa recherche.

Les valeurs morales que véhicule la FM ne lui sont pas exclusives: connaissance de soi, amour du prochain, respect de l'autorité légalement constituée, devoir envers un Etre Suprême (pour les rites travaillant à la gloire du GADLU). Ce qui lui est particulier c’est le véhicule; c'est à dire, le rite initiatique. Ce dernier est en effet une allégorie élaborée de la vie qui engendre, chez l'initié, une profonde méditation, une perception et une action intérieure grâce auxquelles l'homme se révèle à lui-même, il dépasse ses propres limites, son soi.

La connaissance de la symbolique des outils atteste que la FM veut, par leur approfondissement, permettre d’accomplir une œuvre de perfectionnement de soi en favorisant l’ouverture de la conscience. Les outils remis aux 3 premiers grades donnent une cohérence au cheminement et à la progression morale.
Quant au domaine : le vrai travail du FM doit être totalement désintéressé, et accompli sous l’angle du Devoir. Le Franc-maçon, en effet, ne revendique pas ses droits personnels d’homme libre et franc, sinon pour accomplir ce devoir. Car il sait bien que ses droits sont relatifs et limités, mais que son devoir est absolu et sans bornes. Aussi, le Franc-maçon doit se considérer comme un apôtre, un missionné parmi les hommes, car il doit tendre à devenir, et il doit devenir, à la fois un initié, un illuminé, un homme de coeur, de science et aussi d’action (cf Ch. Chevillon)

Quant à la sanction : la Maçonnerie, neutre au point de vue religieux, ne veut pas de la Morale commune, reposant sur une crainte métaphysique, sur une récompense ou un châtiment post-mortem. Comme pour Kant, la soumission au précepte moral est d’origine interne et procède de la seule voie de la conscience. La loi morale est obéie par respect pour l’impératif catégorique qui retentit en nous-mêmes.

Elle se manifeste par les vertus pratiquées. Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.

La maçonnerie, ne tend pas seulement à créer parmi ses adeptes des personnalités, à la fois pures et fortes, elle veut illuminer, grâce aux frères et sœurs, les masses dans la mesure du possible, leur faire comprendre la justice et l’équité, le droit et le devoir, les confirmer dans la liberté par la vraie fraternité, par la caritas generis humani (amour universel du genre humain) jadis évoquée par Cicéron et les stoïciens.

Pour cela il lui faut des veilleurs et des éveilleurs. C’est pourquoi tout son enseignement converge vers l’action ; par la science spéculative la FM conduit à la science des réalisations, son rêve c’est de construire le temple de l’humanité.

En somme, la Maçonnerie est un syncrétisme des vertus cardinales héritées de la Grèce antique, des vertus théologales obvenues de la chrétienneté et des apports moraux des Lumières du 18ème siècle, mâtinés de modernité.

Un rapport non moraliste à la morale. Un idéal de morale, voilà ce que propose la FM, nous dirions une philosophie humaniste.

Et pour cela le FM doit être libre sinon il n’aurait pas les moyens de comprendre le devoir.

En conclusion
« La Maçonnerie trouve dans ses traditions un idéal moral que nous croyons supérieur à celui des religions ; cependant, si les Maçons disaient qu'il y a parmi eux plus de vertu effective, c'est-à-dire moins de défaillances que dans un groupe quelconque d'honnêtes gens, nous serions les premiers à rire d'une si outrecuidante sottise ». Pierre Tempels.

Source : www.ledifice.net

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L’ego du maçon, une entrave à l’idéal maçonnique

20 Novembre 2014 , Rédigé par Travail en commun en Loge Publié dans #Planches

Ce thème énonce un propos et sa résolution dans son énonciation. Doit-on simplement confirmer cette affirmation ou au contraire la contredire?
Le terme Ego est un substantif tiré du pronom personnel latin ego («moi»). Il désigne généralement la représentation ou l’idée qu’on se fait de soi et la conscience que l'on a de soi-même. Les particularités du Moi peuvent être classifiées en deux catégories:
Un "MOI FAIBLE" qui reste craintif devant les pulsions inconscientes. Il cherche sans cesse à se protéger contre elles, en les refoulant.
Un "MOI FORT" qui s'adapte facilement aux diverses circonstances de la vie, il dispose de multiples possibilités de résonance Il n'est pas figé, il n'est pas stéréotypé, il n'est pas corrodé par les refoulements, les complexes, les inhibitions, les angoisses, les culpabilités.
L'homme sous l'emprise de l'ego ne pense qu'à lui, mais veut aussi que tout le monde pense à lui. Il a tendance à faire de lui, le centre de l'univers, les autres n'existant que pour servir ses intérêts.
On peut se demander si la formule «L’ego du maçon, une entrave à l’idéal maçonnique» ne renvoie pas à l’interprétation spirituelle de l’ego. De même que les expériences spirituelles ou spiritualistes libèrent de l’ego qui entrave le développement de la personnalité, la FM en tant que mouvement spirituel serait le moyen de libérer le maçon de son ego pour lui permettre d’accéder à une vraie connaissance de lui.
Pour surpasser notre ego, il est important d'écarter toute velléité de prétention et de vanité. Il importe de vaincre le superficiel et le paraître en se penchant plus à fonds sur ce que nous sommes réellement, assimiler le "connais-toi toi-même".
Mais en tant que groupe humain, il nous faut savoir exploiter et polir le génie résidant dans les variantes et riches archétypes des caractères des uns et des autres car sans un minimum d’ego, on risque de perdre l’imagination créatrice, critère indispensable pour la réalisation de tout projet, de tout rêve et de toute ambition, fusse-t-elle collective. De plus, il est à craindre que si l’on pouvait bannir l’ego, plusieurs nobles causes n’auraient bientôt plus de serviteurs, ou, à tout le moins, ils seraient bien peu nombreux à les défendre.
On peut constater que l’ego est une entrave à beaucoup de causes, de l’humanitaire aux pacifistes sans oublier les thèses écologistes très à la mode, mais à voir les défenseurs de ses nobles causes, on perçoit souvent derrière ces étendards d’idéaux les plus divers, des monceaux, pour ne pas dire parfois, des monstres d’égoïsme.
Dès lors, la thématique pourrait se déplacer vers celle-ci: comment servir un idéal, une noble cause sans ego, sans faire preuve d’égoïsme?

Nous considérons que ce qui constitue une entrave au développement de la personnalité, et par extension, ce qui constitue une entrave à l’idéal maçonnique ce n’est pas l’ego en tant que tel, la personnalité de chacun, mais plutôt le faux self, l’ego dévoyé, cet ego souvent surdimensionné mais parfois aussi sous-dimensionné. Les fausses perceptions que nous avons de nous-mêmes, l’image disproportionnée de nous-mêmes, de nos capacités, la représentation surdimensionnée de notre personne sont autant de facteurs de dévoiement.
C’est de cela qu’il faut se débarrasser. La FM peut nous y aider pour les différents moyens qu’elle offre. Le travail maçonnique ne consiste pas à renoncer à ce que nous sommes, mais plutôt à travailler sur nos défauts afin qu’ils ne deviennent pas une entrave à l’idéal maçonnique.
Malheureusement, très souvent, par manque de réflexion et d’introspection honnêtes , et peut-être par défaut de courage, on a tendance à imposer son égo à sa pensée, et, à tenter de concilier la pensée maçonnique et son ego, faussant ainsi le processus maçonnique.
Afin que l'idéal maçonnique ne soit pas entravé, le Maçon devrait impérativement abandonner son ego , partie intégrante de ses métaux, à la porte du temple et penser davantage aux autres , ce en privilégiant l'intérêt collectif en faisant fusionner les énergies individuelles. Comme le disaient certains Frères lors d'une réflexion sur l'égrégore, les objectifs communs sont des éléments qui doivent permettre de sortir de soi pour aller vers les autres et que « seul, on ne peut rien, ensemble on peut tout».
Toutefois, si l'ego est une entrave à l'idéal maçonnique, il ne présenterait pas trop d'entraves à l'action maçonnique, tout au plus un peu d'ombre.
Toute association de personnes doit compter avec quelques maillons faibles, sans pour autant que les valeurs fondamentales et les idéaux disparaissent. Construire son être intérieur accorde peu de place à l’ego, à l’égoïsme, car on ne se construit réellement qu’avec ses frères et c’est à travers eux que nous puisons nos aspirations et la force qui nous permettent d’avancer, à la fois seul et ensemble, vers notre idéal. Nul se proclame F M , les FF vous reconnaissent pour tel!
La FM, la pensée symbolique servent à la recherche du moi véritable à travers la réflexion, la méditation, l’introspection. De par cette recherche on essaye de rapprocher le plus possible son ego de son moi véritable. Moi véritable que sa vie durant le franc-maçon essaye d’approcher dans sa quête initiatique.

La franc-maçonnerie n’est pas une religion ou se retrouvent de dociles moutons de panurge, construisant ou rêvant à une destinée commune. Elle se veut le creuset d’un choc d’idées, d’un combat permanent entre la lumière et les ténèbres, un lieu de débat et de conciliation des contraires, une école d’ouverture d’esprit, d’humilité et de persévérance vers le mieux ETRE et le mieux SAVOIR. Ainsi, si les joutes oratoires peuvent favoriser la connaissance et l’émulation entre les frères, tous en seront bénéficiaires, mais si elles franchissent le cap de la quérulence, les FF\ se trouvent confrontés à une exhibition d’ego querelleurs. Dans ces cas là, il semble préférable de se fondre dans le silence de l’apprenti plutôt que de vouloir exprimer son point de vue, que les autres frères n’écouteront pas, car lorsque la passion fonde le dialogue, la raison en est absente.
Et c'est sans doute un des buts de cette épreuve du silence qui est une des épreuves primordiales de l'initiation. Une faculté de se libérer des scories de l'ego afin de paraître alors en loge en être véritablement équilibré et libre et d'agir alors au mieux de l'intérêt de l'atelier, non par fatuité mais par amour fraternel.
L’assiduité, le travail régulier, organisé, méthodique, s’appuyant sur les outils maçonniques et respectueux du rituel, sont les moyens par lequel le franc-maçon peut se libérer de ces entraves et faire des progrès en Maçonnerie en se construisant lui-même et en vivant de manière constructive, responsable et harmonieuse avec ses semblables. Car vivre en harmonie en soi et autour de soi c’est aussi tendre vers l’idéal maçonnique.
Cependant, la soumission volontaire à un idéal provoque l’écartèlement entre responsabilité individuelle et conscience collective ou holistique.
L’homme et le frère à fortiori, est toujours partagé entre ces deux pôles opposés depuis l’apparition et surtout l’affirmation de la conscience individuelle. Annihiler cette dernière au prétexte de lutter contre l’ego serait un grand pas en arrière pour l’humanité et un pas fatal pour la Franc-maçonnerie libérale. Seul, le choix de la conscience peut conduire à l’adoption d’un idéal, mais pas à une soumission aveugle à celui-ci.

En conclusion
Les comportements égotistes, issus d’un ego démesuré, supports de l’égoïsme primaire de l’homme renfermé sur lui même et sur ses convictions et peu soucieux de l’amour de son prochain et de l’autre sont un frein, un obstacle au progrès de l’humanité et constituent pour les frères d’Apollonius de Tyane une entrave réelle à l’ idéal maçonnique.
Mais la méthode maçonnique, bien comprise , permet de ne pas éteindre la flamme de l’espérance , et encourage le maçon assidu et laborieux à toujours aller plus loin en s’efforçant avec tolérance de répandre toujours plus de lumière dans sa quête de perfection.

Travail en commun en Loge

Source : www.ledifice.net

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Science et Connaissance

18 Novembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

La planche qui suit est une opinion parmi d'autres. En fait, je n'ai fait que réunir des réflexions éparses dont je n'ai même pas la propriété. Elles vous paraîtront peut être discutables. C'est tant mieux. Le plus beau combat de l'homme c'est celui qu'il mène face à son destin. Mais que sais- je vraiment ? « Y-a-t-il identité entre Connaissance et Science, sinon, comment définir l'une et l'autre ? »

CONSIDERATIONS SUR LA CONNAISSANCE :
En préambule, je suis tente de rapporter une courte citation, de Gaston BACHELARD (1884/1962) qui peut nous servir de point de repère : « Toute connaissance est une réponse à une question ». Partant de cela, en généralisant, on peut penser que la Connaissance avec un C majuscule, est la réponse à toutes les questions.

Trois questions se rattachent à la connaissance :

1. La question de l'origine des connaissances humaines. Toutes les connaissances sont elles acquises par empirisme ? On est amené à penser que si le contenu de nos connaissances se développe avec le progrès de la science, les principes de la connaissance sont d'origine rationnelle. Les principes de la connaissance seraient donc communs à tous les esprits humains.

2. La question de la nature de la connaissance. Il existe plusieurs formes de connaissances :
• celles qui relèvent de l'esprit de finesse (par exemple, la compréhension qui lie le médecin à son malade.)
• celles qui relèvent de l'esprit de géométrie (par exemple la connaissance des mathématiques.)

3. La question de la portée de notre connaissance. Il s'agit de savoir si nous pouvons parvenir à l'absolu, c'est-à-dire à la connaissance de la nature intime des choses, ou si notre connaissance reste limitée au monde des phénomènes sans pouvoir jamais se prononcer avec certitude sur les trois aspects fondamentaux :
•la nature de la matière
•l'essence de l'âme humaine
•l'existence de Dieu.

CONSIDERATIONS SUR LA SCIENCE
Ouvert à cette page, mon vieux Larousse indique :
Science : « Connaissance exacte et raisonnée de certaines choses déterminées ». On distingue depuis Auguste COMTE (1798/1857) les sciences de la nature et les sciences de l'homme. Aujourd'hui, le plus souvent, le mot science est utilisé en association avec un adjectif qualificatif.

Cela montre que l'on tend à définir non pas la science mais des sciences. Pour information j'énumère :
1. Les sciences exactes. (Y aurait il des prétendants pour revendiquer la pratique des sciences inexactes ?)
2. Les sciences humaines (relatives mais pas inexactes...).
3. Les sciences occultes (rationnellement occultes ?)
4. Les sciences physiques.
5. La singulière science métaphysique...

Cela peut nous laisser entendre que chaque science représente une partie de la connaissance organisée, ou une partie de savoir...
La pensée contemporaine s'accorde sur une idée de la science ainsi formulée : « Il n'y a science que lorsque le savoir est systématise selon un ordre rationnel ». De nos jours, ce qui est irrationnel n'accède pas à la dignité de la science, le non rationnel est dans l'antichambre de la science ou hors de la science, l'antirationnel se place généralement dans le camp des adversaires de la science. D'où les termes d'une équation très intéressante.

Sont en présence trois facteurs :
LA CONNAISSANCE : partiellement rationnelle mais intuitive, unificatrice de l'individu, universelle, intemporelle et élitiste…
LE DOGMATISME, irrationnel, arbitraire pour cause de dogme et de cléricalisme, unificateur mais déresponsabilisateur de l'individu, fataliste mais conquérant, illogique mais transcendant.
LA SCIENCE, rationnelle, humaniste, dominatrice et destructrice, logique ; laïque, enseignée dans toutes les écoles, médiatisée. Cette médiatisation et la parcellisation contribuent à fractionner le savoir de l'individu, donc à fractionner l'individu.

Mais plaçons ces mots dans une perspective plus universelle : Dans les années 50, lorsqu'un scientifique parlait de l'âge de L'Univers, il le situait à 25 milliards d'années. Des chiffres encore plus énormes ont été avancés.
Ensuite ils ont nettement diminué. Il y a peu, on était certain que l'univers datait de 15 milliards d'années.
Aujourd'hui on sait qu'il est âgé de 4,6 milliards d'années. Mais alors, peut-on encore croire et parler de la précision scientifique ? Peu importe. Je cite le biologiste japonais MATOO KIMURA : « Lorsque nous disons que la Terre est apparue il y a 4,6 milliards d'années, cela n'évoque rien pour nous. Essayons de ramener cette échelle du temps a une échelle plus visualisable par le cerveau humain. Transformons ces 4,6 milliards d'années en une seule année ».

Chaque mois représenterait 1/12ème de ces 4,6 milliards d'années. Sur ce calendrier, la Terre apparaîtrait le premier j a n v i e r. L'origine de la vie sur la Terre est estimée à la mi-février, bien que les plus anciens fossiles que nous connaissons, des bactéries, remontent à fin avril. Les dinosaures vivent et disparaissent entre le 11 et le 21 décembre.
L'origine de l'homme et de ses croyances est fixée au 31 décembre à 8 heures du soir. L'apparition de l'agriculture à 23 heures 59 mn. C'est dans les deux dernières secondes de cette année qu'est née la science moderne. C'est bien entendu elle qui a permis de découvrir tout ce qui précède. Ne serait ce pas ici une différence fondamentale entre la connaissance et la science ? Outre le fait que la Connaissance est une approche de la Vérité beaucoup plus ambitieuse que toute religion, ses racines ne seraient-elles pas contemporaines des origines de l'humanité ?

Revenons à la Science. Quel bilan peut on faire après ces 2 secondes d'existence ? Je prends deux exemples entre mille, au hasard.
1. Il y a moins de 70 ans, en 1927, Charles LINDBERGH effectuait le premier vol transatlantique : moins de 50 ans plus tard, en 1969, NEIL ARMSTRONG pose le pied sur la Lune.
2. En 1959, dans le massif forestier landais, EDF ouvre une exploitation minière à ciel ouvert d'où est extrait un charbon pauvre, l a lignite, servant à alimenter une centrale thermique qui produira 18 millions de kilowatts/heure. (C'est le site d'Arjuzanx). Moins de trente ans plus tard, le site est transformé en zone touristique.

Motif : la consommation d'électricité double tous les dix ans et la technologie des centrales thermiques est dépassée. Entre 1984 et 1986, c'est environ quarante unités de production EDF qui seront déclassées pour manque de compétitivité.
D'une manière plus générale, l'urbanisation, l'industrialisation ont déjà modifie irrémédiablement notre planète. Le climat, au sens large, est modifié par les rejets industriels, qui forment des nuages opaques. Le sol est transformé, asséché, par des pollutions chimiques de toutes sortes. Les engrais forment des couches superficielles qui stoppent l'écoulement des eaux. Les rivières sont canalisées, leur lit détourné, et leurs rives drainées, avec des conséquences inévitables sur les crues lorsqu'elles arrivent. Le sol est appauvri par les déforestations et les désherbants. L'eau non polluée devient un produit rare. Mais ceci est pratiquement marginal par rapport au reste.

Quel reste me demanderez-vous ? Je ne vous soumettrai que trois réflexions, qui à mes yeux priment sur les autres :

1. Les véritables poumons de la Terre sont les océans et la forêt tropicale. Aujourd'hui, l'équivalent en foret de la surface de la Grande Bretagne est détruit chaque année, en particulier au Brésil. Les forêts constituent la principale source de régénération de notre climat. A l'unanimité elles sont indispensables à la survie de la Terre.
Pourtant la volonté des hommes est impuissante.

2. Nous savons aujourd'hui tellement de choses sur la biologie moléculaire que les manipulations génétiques humaines deviendront inévitables dans l'avenir. Certes, l'opinion publique y est aujourd'hui hostile, mais dans le même temps, elle s'habitue inconsciemment. Le fait que la fécondation in vitro se banalise acclimate l'idée que l'on peut manipuler la vie. Le maintien en vie par la médecine d'individus qui souffrent de malformations génétiques contribue à diffuser dans la population des gènes qui autrefois auraient été éliminés. Par conséquent, l'augmentation des malformations génétiques est à terme inévitable, ce qui conduit (ra) à intervenir sur ces gènes eux-mêmes, avec pour effet l'apparition de mutations dans les fondements de l'espèce humaine. Dans le domaine végétal et animal le mal est déjà largement fait. Plus de vingt pays adhèrent à l'Union pour la protection des obtentions végétales fondée en 1961 et qui permet de contourner la loi sur la brevetabilité des végétaux. Une trentaine de plantes transformées génétiquement sont déjà sur le marché aux Etats Unis. Pour les animaux, il faut savoir que de nombreux brevets sont officiellement déposés. Je citerai des souris et des porcs pour la recherche médicale et des bactéries pour la dégradation des hydrocarbures etc...

L'Office Européen des Brevets estime que l'animal peut être breveté, je cite, « s'il ne contrevient pas à l'ordre public ». Pour quand le premier homme conçu ou modifié sous brevet ?

3. Troisième sujet d'inquiétude : La disparition d'espèces végétales et animales est devenue banale mais bien entendu irréversible… Un registre précis des espèces végétales disparues n'existe pas à ma connaissance. En revanche, et pour ne citer que des chiffres officiels, plus de cent mammifères et 150 espèces d'oiseaux ont disparus depuis deux siècles. En 1990, 4589 espèces étaient déclarées en danger ou menacées de disparition. Ceci bien entendu non seulement pour des questions de prédation humaine, chasse intensive pour la chair ou la fourrure, mais aussi par des actions indirectes telle que la coupe ou la plantation intempestive de bois, la transformation des terres ou la pollution. Le déplacement inconsidéré d'espèces, sans prédateur dans leur nouveau milieu, pose également problème : (exemple le doryphore, le poisson chat etc.)

4. Autrefois, dans les temps anciens, les voyageurs qui partaient en mer, sans savoir ce qui allait arriver, avaient un sentiment de solidarité. Ils se regroupaient, ils se ménageaient. Les gens qui partaient en voyage avaient soin de voir avec qui ils allaient voyager. Ils veillaient à faire rapidement connaissance parce qu'ils se disaient que, bien sûr, ils n'avaient pas choisi leurs compagnons de voyage, mais, qu'après tout ils avaient un intérêt commun à développer une sorte de communauté solidaire. La même chose s'est produite pour l'homme, pour chaque homme. Mais cet homme, parfois par ignorance, mais souvent par vice, cet homme a triché et a changé la loi, la règle. Il a modifié, détruit, tué parfois ses compagnons de voyage. L'homme n'a pas compris assez tôt que l'on est tous, à savoir tous les êtres vivants, de la même nature et dans le même voyage.

L'homme a joué la science et a oublié la Connaissance. Cependant aujourd'hui mais encore plus demain il recherchera ses compagnons de voyage, mais les compagnons absents ne reviendront jamais. Les espèces animales et végétales détruites ne réapparaîtront pas. Les terres irradiées ne seront plus jamais vraiment cultivables et contribueront largement à notre empoisonnement généralisé. L'homme est le produit le plus achevé de la nature. Il ne diffère des autres êtres que par le degré, sur un mode quantitatif, et non qualitatif. Cette distinction devrait lui conférer quelques responsabilités particulières, comme le savent ceux qui ont la Connaissance. Depuis un siècle les hommes ont beaucoup fui leurs responsabilités. Ils ont développé la science, peut être par rejet de l'invisible ou par peur de la mort, ou plus simplement par appât du gain. A la lumière de ce que je viens d'évoquer brièvement, la première question est de savoir où nous conduit cette fantastique accélération des progrès de la science ?

« Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, par ces choses se font le miracle d'une seule chose... »
Ce texte, extrait de la Table d'Emeraude et qui fait partie de notre rituel d'initiation, éclaire peut-être la réalité de l'univers d'une lumière que certains scientifiques commencent à cerner plus nettement. Pour formuler cela différemment on peut dire que plus les sciences progressent, plus les chercheurs découvrent des lois d'interdépendance. Les connaissances de astrophysiciens, par exemple, ont énormément évoluées.
Exemple : Nous savons tous que notre système solaire fait partie d'une galaxie appelée VOIE LACTEE. Hors la Voie Lactée serait composée d'environ deux millions d'étoiles semblables au soleil. Notre galaxie est une galaxie ordinaire, pas plus grande ni plus petite que les autres galaxies. Le nombre de galaxies identifiées à ce jour est supérieur à un milliard...
Autrement dit ce nombre est infini. Hors, dans notre seule Voie Lactée, sur les deux millions d'étoiles ayant toutes des planètes comme le système solaire, les savants estiment que 150 planètes minimum ont des paramètres identiques à notre Terre (âge, grosseur, positionnement par rapport a l'étoile centrale etc...)

Or maintenant la science a démontré que la vie se développait dès que les conditions adéquates sont réunies.
Quelle que soit la forme qu'elle ait pu prendre, l'absence de vie sur ces planètes est inconcevable.
C'est pour cela que des 1960 et même avant, des milliers d'antennes de radio astronomie, de radars, scrutent le firmament en permanence. Elles émettent aussi des messages et certaines d'entre elles couvrent 8 millions de fréquences simultanément. C'est le moyen le moins cher et le plus rapide pour communiquer avec d'autre s intelligences pour autant qu'il s'en trouve dans l'Univers.

En 1962 le physicien américain Arno PENZIAS a d'ailleurs enregistre des ondes radio nées du « bruit » du big bang. Ces ondes fossiles permettent de remonter non jusqu'au big bang lui-même, mais jusqu'aux instants qui l'ont immédiatement suivi. Tout cela pour dire qu'à ce jour, malgré une écoute humaine soutenue et attentive, aucun message n'est parvenu sur Terre. Pourquoi ? Seules deux réponses sont possibles :
• la première espère que les ondes radio mettent du temps pour voyager. Il faut 4 années pour atteindre l'étoile la plus proche, donc patience !
• la seconde exprime l'analyse de la réalité vécue jusqu'à ce jour. Si aucun message ne nous parvient, c'est que la vie a disparue de l'Univers.

La montée en croissance de la complexité de la vie, (dont l'homme est un acteur), aboutit inexorablement à la destruction totale de la vie. La forme la plus évoluée de vie terrestre c'est à dire l'homme peut tout dominer sauf une chose : sa propre domination ! Dans quelques décennies la Terre pourrait-elle devenir semblable à la Lune ? Ou bien l'homme triomphera-t-il de son plus mortel ennemi, c'est a dire de lui-même.

Il y a quelques mois, lors d'une enquête, je rencontrai un profane qui avait frappé à la porte de notre atelier.
Au détour d'une phrase, celui-ci évoqua le respect de l'aïeul comme étant une valeur que notre société n'assumait plus. Agés, nous mourrons généralement à l'hospice, a l'écart de la famille. Lorsque je demandai pourquoi, mon interlocuteur me répondit simplement que cela était dû à la dureté de l'époque…

Je suis persuadé que la vérité est ailleurs. Au bon vieux temps, c'est-à-dire avant le règne de la science moderne triomphante, les gens apprenaient leur propre identité ainsi que la place qui leur revenait dans l'ordre éternel des choses en considérant la succession des générations qui les avaient précédés. Pour le futur, la succession se poursuivrait à partir d'eux-mêmes, dans un avenir dont on pouvait prédire qu'il avait de fortes chances d'être tout semblable au passé. Si les membres des sociétés traditionnelles étaient si placides devant la mort, c'est, en dernière analyse, qu'ils avaient la certitude que leur nom et leur mémoire se perpétueraient à travers les familles de leur lignage. Cela existe encore dans de nombreux villages du globe, en Afrique, par exemple.

Aujourd'hui, la rigueur scientifique nous interdit de nous intéresser au lignage comme moyen de tricher avec la mort et nous avons du même coup renonce « naturellement » aux attaches qui liaient une génération à la suivante. Où nous a conduit cette rigueur scientifique, dont par ailleurs nous sommes si fiers ? Respect de l'aïeul, ces quelques mots aujourd'hui sont associés à un souvenir. Demain ils risquent d'être parfaitement incompréhensibles.
Il est tout à fait possible de conserver indéfiniment des embryons congelés et de les réimplanter aux générations suivantes. Etre le frère de son propre arrière grand père ne pose aucun problème technique. Par qui, selon quelle procédure, au nom de quels critères explicites ou implicites des limites peuvent-elles être imposées ?

L'évolution humaine a porté la science au pinacle alors qu'elle n'est qu'un pilier de notre intelligence. Cette erreur a rejeté dans l'ombre des valeurs plus importantes comme l'intuition, l'irrationnel, et plus simplement, le bon sens.
L ‘univers n'est pas « raisonnable ». Il est irrationnel dans le sens où il répond à des lois qui outrepassent notre raison.

En guise de conclusion et par souci de brièveté, je voudrai ajouter à cette planche quelques courtes lignes.
• La science, par sa nature, étudie et développe la suprématie unique de l'homme. Ses fins sont imprévisibles.
• Le dogmatisme remet prioritairement le destin des hommes entre les mains d'un tiers.. Ses fins sont connues et (trop) prévisibles.
Ces deux positions sont symétriques et constituent deux forces antagonistes qui régissent l'humanité. La franc-maçonnerie introduit l'existence d'une réalité d'un 3ème type. Elle conduit ses membres vers la Connaissance, grâce à la tradition, au rituel, aux symboles.

La Connaissance ressentie, éprouvée, vécue est une communion avec la vie. La Connaissance ne se consomme pas et ne s'amasse pas. Elle se transmet, elle se donne. Pour la définir au plus court, la Connaissance est la vision de la juste dimension de toute chose, de tout acte et de toute vie, replacée dans un contexte universel.
« J'ai trahi mon but si j'ai paru vous engager à admirer d'abord les hommes. Ce qui est admirable d'abord, c'est le terrain qui les a fondes. » (Terre des Hommes.)
J'ai dit.

Annexes
Définitions simplifiées :
METAPHYSIQUE :
Après la physique, car dans les oeuvres d'Aristote, cette connaissance était traitée après la physique.
Connaissance des causes premières et des premiers principes.
Théorie générale et abstraite.
Explication philosophique : la métaphysique du langage. Abstraction.
Caractère de ce qui est abstrait. Il y a trop de métaphysique dans cet ouvrage.
Trop abstrait : raisonnement métaphysique.

TRANSCENDANT :
Qui dépasse.
Une réalité transcendante est celle qui dépasse notre pouvoir de connaître :
un génie transcendant dépasse la moyenne des êtres humains.
Lorsqu'on parle de la transcendance de Dieu, on évoque un Dieu créateur, distinct de création, on s'oppose à l'immanence de Dieu, c.a.d. au panthéisme selon lequel Dieu serait présent au monde et à nous-mêmes, et par là même connaissable. La transcendance s'oppose à l'immanence.

RAISON :
Faculté de comprendre, de saisir les rapports intellectuels. En ce sens elle s'identifie à l'entendement. On oppose souvent, à l'instar de Pascal, la raison et le cœur, qui est la faculté du sentiment, mais il faut noter que Rousseau et Kant, à sa suite, ont identifié la raison avec le sentiment moral, manifestation pratique de la raison, ou raison pratique.
D'une façon générale, la raison se définit comme une faculté de comprendre, d'ordre non seulement théorique, mais aussi pratique et affectif (Max Scheler) :
l'esprit de finesse, qui nous permet de saisir, « par sympathie » à l'égard d'autrui la nature de ses sentiments, est une manifestation de la raison. (syn., esprit, en général.)

Source : www.ledifice.net

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A propos des agapes

17 Novembre 2014 , Rédigé par Françoise Lautman Publié dans #Planches

Recueils d'articles en rapport avec les banquets maçonniques ou profanes.

Personne, bien sûr, n'imaginerait un baptême, une communion, un mariage sans qu'un repas abondant et joyeux n'en réunisse les participants, un repas de fête! Même ces fêtes tristes que sont les enterrements s'accompagnaient dans la culture traditionnelle de collations plus ou moins abondantes dont la fonction n'était pas simplement de réconfort physique. II s'agit la de célébrations familiales et l'un des traits les plus constants de la famille consiste justement dans le convivium, le fait de manger ensemble. Tout anniversaire, toute réunion d'anciens d'une école, d'une guerre, toute fête amicale ou d'association ne sont-ils pas prétexte aussi à des repas plus ou moins ritualisés, plus ou moins somptueux, où le fait de manger ensemble paraît s'imposer si bien qu'on voit ces repas parfois s'improviser lorsqu'ils n'avaient pas été prévus soit que la tradition fut en déclin, comme les collations de deuil qui sont attribuées au monde rural du passe et dont j'ai été plusieurs fois témoin pourtant dans les années récentes à Paris, soit qu'elle ne soit pas encore bien établie comme les pique-niques « improvisés » mais déjà à plusieurs reprises par les animateurs des Ostensions de Saint-lunien en Limousin dans la forêt factice qui sert de décor à la rue principale avant sa destruction au lendemain de la fête. Ils suppléent au fait que justement aucun banquet officiel n'est prévu dans le cadre de ces fêtes d'origine religieuse mais dont les significations sociales se sont multipliées et qui mobilisent une part importante de la ville pendant plusieurs semaines.

Etudiant depuis plusieurs années les fêtes traditionnelles en Limousin et préparant par ailleurs une exposition sur les traditions de Noël, j'ai tout naturellement choisi la les exemples qui illustrent ces quelques réflexions sur les repas de fête.

Le banquet de la « Coupo Santo »

" II s'agit de la cérémonie la plus chargée de symboles des fêtes annuelles du félibrige. Je rappelle rapidement que le félibrige est au départ une école littéraire, pour la défense de la langue provençale, fondée par sept jeunes gens, dont Frédéric Mistral fut le plus célèbre, le 21 mai 1854, jour de la sainte Estelle ainsi devenue leur patronne et emblème du félibrige sous la forme d'une étoile à sept branches. La fête félibréenne de la sainte Estelle existe depuis 1876, lorsque le mouvement du début ayant pris de l'ampleur s'organise en association complexe de sept provinces (ou maintenances) présidée par un capoulié élu pour trois ans par les cinquante majoraux qui composent le consistoire, organe directeur du félibrige. Chaque province est un ensemble d'écoles ou d'associations ayant elles-mêmes leurs représentants élus. Pour apprécier cette complexité, autant que l'ampleur du territoire couvert qui est délimite par les Alpes, les Pyrénées et la Loire, il faut savoir que le félibrige comporte actuellement environ 2 500 adhérents. Le Limousin et l'Auvergne, limites nord des maintenances, n'en font partie que depuis 1912 et le poids de la Provence reste de fait prépondérant. II existe également toute une hiérarchie et variété de fêtes et concours dont les plus importants, les grands Jeux Floraux, ont lieu tous les sept ans. On y désigne un lauréat, le « maître en gai savoir » qui choisit pour sept ans également la « Reine » du félibrige, à la fois pour son charme et pour son talent à s'exprimer dans la langue régionale.

La fête de la sainte Estelle a lieu tous les ans à la Pentecôte et dure trois jours (élargis à quatre par diverses manifestations). Elle se tient chaque année dans une ville différente qui a à cœur de l'accueillir le mieux possible. La sainte Estelle eut lieu en 1985 à Saint-Junien, ville de 12000 habitants située entre Limoges et Angoulême, qui a la réputation d'organiser tous les sept ans depuis plusieurs siècles les fêtes les plus prestigieuses du Limousin à l'occasion des Ostensions des reliques de ses saints fondateurs (décor urbain, cortège historique...). Riches de ce savoir-faire festif et sous l'impulsion d'une municipalité de gauche contente de montrer aux tenants de la tradition et du catholicisme qui organisent habituellement les Ostensions ce qu'elle savait faire à son tour, les Saint-Juniauds transformèrent toute la ville en un rutilant décor par quartiers aux couleurs des sept maintenances. Des groupes folkloriques représentant chaque province les parcoururent le samedi après-midi en dansant avant d'assurer le lendemain le spectacle de la cour d'Amour. Diverses expositions sur les réalisations de chaque région, des démonstrations artisanales, des soirées théâtrales ont assuré une animation permanente pendant trois jours. La préparation en avait nécessité plusieurs semaines et le plus large concours de la population.

Pendant ce temps, à I’ exception de la Reine dont le rôle est de représentation et qui parcourait, en compagnie du maire et d'une petite délégation, les diverses manifestations, les félibres se livraient parallèlement dans les locaux administratifs à la gestion du félibrige : réunion du bureau, puis du consistoire, hommage aux majoraux défunts dans I’ année. . . Le contraste était total ! Ici, gravité des visages, austérité des tenues. . . les femmes félibres ou majorales réservent pour la plupart leurs robes régionales pour les soirées et le banquet ; mais aussi, âpreté entrevue des conflits entre les partisans passionnés de langues aux graphies insuffisamment fixées et aux moyens d'expansion culturelle toujours insuffisants. . . une vision plus ambitieuse aussi de la culture des pays de langue d'Oc que celle des groupes folkloriques qui traversaient la ville en dansant avec un bonheur inégal et un respect inégal des traditions aussi bien vestimentaires que musicales ou chorégraphiques. Le même parallélisme se retrouve le lendemain, la Reine, le conseil municipal, le sous-préfet, les autorités du félibrige parcourent les boulevards circulaires situés sur I’ emplacement des remparts de la ville ancienne. Aux portes de chaque quartier, les groupes folkloriques accueillis rituellement par le maire et la Reine se joignent au cortège qui va entendre à la collégiale la messe célébrée en provençal et dont la prédication, comme la Pentecôte et le régionalisme I’ imposent également, célèbre le don des langues ! Mais les Saintluniauds, recrus de préparatifs et de festivités, dorment encore et cette manifestation qui devrait être le trait d'union entre la célébration des félibres et les festivités de la ville, a peu de spectateurs. Le maire reçoit à déjeuner les majoraux et le comité d'organisation local. Le déjeuner se prolonge et la cour d'Amour est largement engagée quand les notables félibreens s'y joignent. Leurs places réservées ont par contre été prises d'assaut par les Saint-luniauds et les visiteurs des villes voisines. Les représentations théâtrales du soir, en langue régionale, plus difficiles à comprendre que les danses auront pour leur part surtout des spectateurs félibreens !

Le lendemain, lundi, Saint-lunien reprend le travail alors que les félibres tiennent le matin Ieur assemblée générale et a partir de 13 h le repas de la Caupa Santa au palais des sports transformé en salle de banquet. En 1985, il a duré jusqu'a 18 h. Plus de trois cents participants, une table de notables tenant toute la longueur et des tables perpendiculaires selon la disposition classique dans ce type de banquet; chaque participant trouve à sa place une assiette souvenir, produit des porcelaineries locales, qui porte le menu entoure des blasons des sept maintenances : salade composée, mousse de brochet, carre de veau, fromage de chèvre et clafoutis. Pour être agréable, ce menu n'a rien de pantagruélique et justifie difficilement cinq heures de table! Aussi sa fonction est-elle autre. II y a la une convergence de plusieurs systèmes de rites. Des rites civils d'abord : celui de la municipalité qui accueille ses hôtes avec largesse, comme elle I'a fait la veille pour le cercle plus restreint des majoraux, et qui offre un substantiel repas réalisé dans les deux cas par les meilleurs cuisiniers de la ville ; mais une municipalité de gauche qui a refusé avec énergie les exclusions souhaitées aux deux repas par les organisateurs félibreens. Ceux-ci souhaitaient rester strictement entre eux. Le maire a imposé ses invités, et parmi eux les ethnologues, qui n'avaient sollicité qu'un droit d'assister en spectateur et qui grâce a lui ont pu pratiquer pleinement l'observation participante ! C'est pour lui un moyen aussi de gratifier les membres du comité d'organisation local qui a travaillé durant des semaines à ces préparatifs mais surtout le principe même de fermeture était inacceptable dans le contexte politique local. Des rites de communion aussi, mis en place en 1876 par un Mistral dont le romantisme religieux s'est souvent manifesté à propos du félibrige : le nom même de félibres tire du récit selon saint Anselme de la discussion des docteurs de la Loi avec Jésus au Temple... le chiffre sept... la sainte Estelle qu'il n'hésitait pas à porter jusqu'au rang de la Trinité en tête de son testament rédigé au nom du père et du Fils et du Saint-Esprit et de la sainte Estelle !...

Ici, à la fin du banquet, les discours d'usage du maire, du capaulie, des assesseurs et syndics de la maintenance du Limousin, de la Reine, seront suivis d'une libation où chacun boit successivement à la Caupa Santa; ainsi feront ensuite les majoraux qui souhaitent parler, puis les félibres qui reçoivent ce jour la dignité de maitre d'œuvre pour services rendus à la langue régionale OU all felibrige et qui auront cette fois exceptionnellement le droit de prononcer quelques mots ; enfin, mais sans droit de parole, tout félibre qui désire participer à cette communion. L 'assemblée termine de bout en chantant l'hymne de la Caupa Santa dont le refrain est :

Coupe Sainte et débordante
Verse a pleins bords Verse à flots
Les enthousiasmes
Et l'énergie des forts
Les paroles confessent l'angoisse :
D'un ancien peuple fier
Et libre Nous sommes peut-être à la fin
Et si les félibres tombent
Tombera notre nation...

La coupe d'argent utilisée porte un symbole et une histoire ; Mistral qui la reçut en 1867 les évoquait ainsi : « En remerciant de l'accueil fait en Avignon au poète catalan Victor Balaguer exilé pour cause politique, les patriotes catalans et les amis de Balaguer ont offert au félibrige un présent de grand prix. . . C'est une vasque de forme antique supportée par un palmier. Sur le palmier s'appuient debout en se regardant I’ une l'autre deux gracieuses figures qui représentent deux sœurs la Catalogne et la Provence. . . » La base porte des inscriptions commémoratives et notamment le refrain d'une ballade de Balaguer « on la dit morte mais je la crois vivante ». Ces ritualismes et ces hiérarchies très stricts ont la même fonction intégratrice que l'exclusion souhaitée de toute participation extérieure et correspondent à deux soucis : 1) celui d'associer étroitement les simples félibres qui ont pu se sentir exclus des délibérations du bureau et du consistoire, tenues à huis clos, et donc des décisions et les séparer de la fête commune, superficielle, frivole presque, destinée au public non félibreen : guirlandes colorées et danses plaisantes. . . 2) après deux jours d'âpres discussions dans les diverses instances, restaurer le front commun de lutte culturelle pour un enjeu présente comme sacré... Ce dernier effet résulte aussi de la chaleur communicative d'un long moment passé assis ensemble, avec un repas au rythme assez lent mais bien arrosé ou les changements de place, les visites de l'un à l'autre, les conversations détendues occupent le temps. Tout cela contribue autant que le sentiment d'un combat sacré à ressouder les ententes sinon à apaiser les véritables conflits. Parachèvement de la séparation des deux fêtes, la félibreenne et la publique, temps fort de la mobilisation affective, le banquet s'achève dans l'euphorie par une soirée de chants et danses spontanés, entrecoupés de récits poétiques et de bonnes histoires, dans un jardin à l'écart de la ville, soirée appelée clairement « soirée entre nous » et annoncée dans les programmes comme réservée aux seuls félibres. Mais cette fois, le maire n'a pas besoin d'imposer les ethnologues ; nous avons été pressés de venir. . . de venir voir I’ entente et l'amitié... Le repas a joué le rôle que théoriquement la langue et la culture communes devraient jouer alors que la diversité des histoires et des enjeux actuels d'une part, I’ inégale habileté des uns et des autres à les maîtriser d'autre part, les rendent semblables à ces eaux qui séparent autant qu'elles unissent.

Une petite ville à vingt kilomètres de Limoges, bâtie autour du tombeau d'un ermite mort au Vé siècle, lieu de pèlerinage au Moyen Age sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle et encore actuellement visitée par des pèlerins venus de Bavière notamment où le culte de Saint-Léonard, patron des prisonniers et protecteur des chevaux, est en honneur dans plusieurs villes. . .

Depuis le XI" siècle, une confrérie traditionnellement composée de trente gentilshommes fut fondée pour honorer les reliques de saint Leonard. Plusieurs fois en déclin puis restaurée, ses derniers et actuels statuts qui remontent au 2 juillet 1890 consacrent un de leurs douze articles aux « fêtes dites civiles. . . le jeu de la Quintaine, de respectable usage, et le repas qui précède ce divertissement ». Cette fête qui a lieu le troisième dimanche de novembre éclipse les quatre autres manifestations religieuses annuelles. C'est le temps fort de la confrérie chaque année. La journée commence par une messe où les confrères et les fidèles vénèrent, c'est-à-dire baisent, les reliques de saint Léonard (en l'occurrence le crâne, ou chef, sorti de son reliquaire). Le repas, dans un des restaurants de la ville, était traditionnellement réservé aux seuls confrères et suivi des vêpres, après quoi la Quintaine (ici une maquette de donjon évoquant les prisons dont la protection de saint Léonard délivré) est portée en cortège devant les oratoires de rue consacrés au saint et au champ de foire pour y être démolie à coups de « quillons » selon un jeu équestre remontant au Moyen Age. A la tombée de la nuit, les confrères se réunissent une dernière fois pour chanter le Salve Regina devant la collégiale, à la lumière de torches de seigle appelées brandons dont on fait pour finir un feu de joie.

Le repas semble n'être qu'un mince épisode d'une journée si remplie mais, comme en bien d'autres cas, il était dans le passe l'enjeu d'un conflit entre le clergé qui trouvait qu'il absorbait les fonds de la confrérie au détriment des œuvres charitables et son temps au détriment de la spiritualité, et qu'il était occasion de beuverie ! Les confrères qui appréciaient la convivialité plus que les vêpres, prirent l'habitude, pour bien marquer la contrainte qu'on leur faisait de quitter la table, de venir à l'église avec leur serviette en écharpe et de la garder ainsi drapée pour toutes les manifestations suivantes de la journée : vêpres, cortège, Quintaine et Salve Regina... ce qui leur valut auprès de certains le surnom de « confrérie des ventres pleins ». L'évolution récente a conduit à supprimer les vêpres. Les repas sont mains copieux. Les épouses y sont invitées depuis quelques années. . . et les amis de la confrérie : musiciens bénévoles du cortège, prêteurs de chevaux pour le jeu de la Quintaine, voire l'ethnologue amicalement reçu... La gaieté y règne, on se montre les photos des précédentes manifestations, on s'y retrouve ensemble mais sans exclusive ni fermeture au monde extérieur. Ni les mets ni le temps consacré ne dépassent les limites d'un agréable repas festif mais les serviettes continuent d'être arborées comme une protestation de la légitimité d'être à table ensemble et d'en faire un temps fort de la journée autant (plus ?) que la messe et que la destruction rituelle et symbolique des forteresses d'oppression ! Les relations entre le clergé local et la confrérie continuent d'être tendues. II y a cela bien d'autres raisons liées à la politique locale et aux personnalités en présence (et des variations dans le temps qui accompagnent les changements de l'une et des autres). Mais la serviette insolente gardera-t-elle sa place ? Seul signe vestimentaire d'appartenance à la confrérie jusqu'à cette année (et seulement le jour de la Quintaine) elle se voit dorénavant concurrencée par une rutilante écharpe aux couleurs de saint Léonard, bleue et rouge, frangée d'or, sous l'influence des pèlerins bavarois solennellement invités aux dernières ostensions et qui en retour ont convié les confrères à des fêtes folkloriques dont la magnificence a stimulé leur sens du décor. Cette année, l'écharpe était arborée à la messe et sur la photo de groupe, la serviette gardant sa place l'après-midi. Si elle venait à disparaître au profit de l'écharpe, ne faudrait-il pas y voir un déplacement des enjeux de lutte entre le clergé et la confrérie, le goût du folklore primant désormais dans les motivations des confrères celui de la commensalité sans que cela suffise d'ailleurs à informer sur le sens réel de ce qui est en jeu dans l'affrontement d'un groupe de laïcs et du clergé et qui reste peut-être identique sous des formes différentes : le droit à des formes de culte et de sociabilité où les uns voient leur identité et leur dignité et les autres des archaïsmes et des plaisirs à la fois suspects.

Les repas et mets traditionnels de Noël

D'après les documents réunis par van Gennep, on ne faisait dans la plupart des régions qu'une légère collation à la veille de Noël. C'était un jour maigre. On mangeait des crêpes (lle-de-France, Bourgogne. . .) des gaufres (Est...) au des châtaignes rôties accompagnées de vin chaud ; en Auvergne, une soupe au fromage, dans la Charente, la Saintonge, des huîtres ou des escargots... C'est dans le Sud seulement qu'on rencontre le « gros .souper » (Provence, comte de Nice...) C'est un repas maigre mais abondant dont tous les éléments sont présentes, peut-être à la suite de réinterprétations tardives, comme symboliques. La table doit être couverte de trois nappes superposées et de trois bougies qui représentent la Trinité ; douze petits pains qui entourent un plus gros représentent le Seigneur et les douze apôtres. Ce menu maigre comporte sept plats correspondant aux sept plaies du Christ. Ce sont le plus souvent : morue, cardes, escargots, salade de céleri, fèves, etc. Ils sont suivis de treize desserts servis ensemble qui évoquent aussi le Christ et les apôtres et qui varient selon les villes mais comportent le plus souvent : la pompe à l'huile, les quatre mendiants (noix, amandes, figues, raisins secs), nougat blanc et nougat noir, pommes et melon d'hiver. . . le reste à l'avenant. . .

La table est garnie de coupes comportant du blé ou des lentilles mises à germer le 6 décembre, jour de la sainte Barbe. Elles ne sont pas destinées à la consommation mais à la protection et à l'euphorie. Si ces pousses sont drues, la récolte sera bonne. Autre rite de protection, celui de la bûche de Noël qui brule dans l'âtre et que le plus âgé doit bénir en versant sur elle un verre de vin et en invoquant la Trinité. On associe le plus jeune à cette bénédiction appelée cacho-fio. Cette bûche doit durer jusqu'au 26 décembre pour que l'année soit prospère et les brandons restants seront conservés pour leurs vertus protectrices. Dans certains cas on conserve aussi les miettes du pain calendal. En Auvergne ou en Languedoc, on laisse les restes sur la table pendant la messe à l'intention des morts. Dans le comté de Nice par contre, on brûle les restes du repas avant la messe, sinon il faudrait revenir les chercher après sa mort !

Dans la plupart des cas on prévoit une part de plus que de convives, la part du pauvre. On reçoit généreusement quiconque vient mettre la bûche au feu avec vous. C'est le jour des réconciliations et de la générosité dans beaucoup de régions. La bienveillance s'étend à tous ; dans le Nord et l'Est de la France, on donne double ration aux animaux ou on les conduit à boire au retour de la messe ; c'est leur réveillon !

Dans les régions de « gros souper » avant la messe de Minuit on ne faisait pas de réveillon après. En Auvergne, Limousin, Franche-Comté, Cantal, Dauphiné, etc. on faisait le réveillon à base de porc (souvent tue pour décembre) et de charcuterie ; dans le Sud-ouest, plutôt du breuf, oie et canard parfois en Beam, Roussillon, Bresse. . . mais le plus souvent l'oie ou la dinde traditionnelles sont au menu du lendemain.

Il se faisait également une grande quantité de tartes, rissoles et petits gâteaux de toutes formes, étoiles, croissants, animaux, bonshommes. On avait recours au boulanger pour tout cuire mais tout ne servait pas à la consommation immédiate. Comme les treize desserts du Midi, les petits gâteaux de Noël dont la coutume demeure encore vivace en Alsace sous forme de sables en étoiles ou croissants et de pains d'épices décorés d'un père Noël, se donnaient en présents. De petits gâteaux pointus appelés cugnots étaient offerts par les parrains et marraines à leurs filleuls. lIs passaient pour délier la langue dans l'Ouest, comme les gâteaux à cornes ou à pointes pour conjurer les maléfices dans l'Est. En Limousin et en Confolentais, une galette en pâte à pain cuite la veille de Noël passait pour avoir des vertus magiques. On pouvait en donner aux hommes et aux bêtes malades toute l'année.

On voit ainsi coexister les rites familiaux festifs ou manger des choses convenues à des heures inhabituellement tardives, avant ou après la messe de Minuit, relève de l'opportunité ou de l'observance chrétienne, et des symboliques surchargées d'interprétations, voire des pratiques magiques.

Les deux premiers cas de repas festifs dont nous avons parlé montrent que le repas est tout autre chose que ce qu'on y mange, sa place dans un rituel, le temps qu'on y passe, .la façon de partager, les discours et paroles échangées font partie du repas autant que les mets. C'est que nous avons abordé ici deux exemples de repas inscrits dans des stratégies sociales, la première d'intégration, la seconde de contestation.

Dans d'autres cas, au contraire, les symboliques peuvent être plus directement liées à tel mets ou à tel geste, c'est le cas des plats de fête traditionnels. Leur fonction sociale apparaît moins directement. Ces rites ne sont facteurs d'intégration que parce que d'autres les pratiquent pour les mêmes occasions. Le plat traditionnel devient alors en quelque sorte le signe mobile de I’ unité et le repas ritualisé apparaît comme la mise en scène collective de fêtes dont le caractère est jusqu'à nos jours, et d'abord, privé.

Pas de fête sans repas ! (extrait du livre La table et le partage)

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L’escalier qui ne mène nul part !

14 Novembre 2014 , Rédigé par P\ L\

Conte à dormir debout

Dans cette belle région du Limousin, il y a de nombreuses forêts de châtaigniers ; et comme d’en toute région les forêts et les bois ont généré au fils du temps des légendes, des peurs, et des croyances.

Le bois de la Drouille existe donc et n’échappe pas à la règle, j’apporte une précision pour dire que le nom original est le bois de la Trouille, nom qui fut déformé par le patois occitan, car il n’y a pas si longtemps, il y avait encore des loups. Ce qui distingue ce bois et qui vaut la peine d’en parler, ce sont les ruines d’une commanderie templière, au milieu de ces ruines, bien plantée dans la terre, il y a une tour octogonale encore en bon état. Dans cette tour assez haute pour dépasser la cime des arbres, un escalier en colimaçon monte jusqu’au sommet de la tour, mais débouche sur un mur, qui lui donne sur le vide.

Vous pensez bien que les habitants des alentours, ont depuis longtemps utilisé les pierres des ruines pour bâtir, granges et maisons, mais comme ils sont curieux, ils n’ont jamais touché à la tour octogonale. Les plus téméraires s’ont même montés jusqu’en haut, forcément butant sur le mur. Connaissant le talent des Templiers dans l’art de bâtir, ne comprenons pas cette particularité, de là est nait une légende, certains disant compte tenu de la mauvaise réputation des Templiers, que c’est l’œuvre du Diable et que c’est la porte des enfers, renforçant ainsi la légende par la crainte ; toujours est il que la prudence fut de mise. Les anciens avaient beau, le soir aux veillées, enrichir la légende en parlant de mystères interdits aux Hommes, cela ne suffisait pas à tiédir l’ardeur des jeunes plus téméraires, bien au contraire , la curiosité grandissait et il fallait pour les jeunes garçons, briller aux yeux des filles.

Ils furent plusieurs à tenter l’aventure. De nuit, individuellement, ils prenaient le chemin sinueux de la tour, et plus ils s’approchaient des ruines, plus l’imagination s’enflammait, avec les bruits de la nuit. Certains renonçaient, car la peur, paralysait leur jambes, et faisaient demi tour, d’autres les moins nombreux ou les plus fous, ou encore les plus curieux, gravissaient l’escalier en spirale, et au sommet se retrouvaient nez à nez avec le mur. Dans un premier temps, il ne se passait rien en apparence, en redescendant l’escalier, et suivant le caractère des uns et des autres, ils ressentaient une lassitude grandissante, et revenant au village, ils sombraient dans une profonde mélancolie. Bien entendu cela redonnait matière à la légende. Le temps passa et le nombre de curieux voulant tenter l’aventure, se raréfia, jusqu’à devenir inexistant. La tour et son escalier à vis, retombait dans le silence. Du village, la légende gagna les villages voisins, puis ceux du canton, et du département, à chaque fois s’enrichissant de plus en plus de faits issues de l’imagination populaire. Chacun apportant sa pierre !

Le temps passa, tout retomba dans l’oubli, la nature gagnait de plus en plus sur les ruines sauf sur la tour et à l’intérieur, l’escalier paraissait avoir été construit la veille, les marches elles même semblaient intactes de toutes traces de pas.
Vint un jour au village, un trimardeur, avec sa canne et son baluchon, il s’installa pour déjeuner à l’unique auberge du village, et entendit parler de la fameuse tour et de son escalier. Notre trimardeur étant disponible, après son repas, partit l’après midi à la recherche des ruines templières, préférant aborder le jour une région inconnue pour lui.

Après quelques heures de marche, il arriva aux dites ruines, inspectant les lieux, ne vit rien qui aurait pu devenir un danger pour lui, il s’engagea dans la tour, montant quatre à quatre l’escalier. En arrivant en haut de la tour, il ressenti un curieux malaise, depuis le début de son ascension, il se sentait de plus en plus léger, maintenant qu’il était face au mur, il avait l’impression de flotter dans l’air. Le moment de stupeur passé, voulant voir si le mur était creux, il toqua trois fois la pierre ; rien qui sonne le creux ; mais quelques instants après , il cru rêver en voyant la pierre changer , passant du noir des ans au plus clair de l’eau la plus pure comme un miroir de cristal, un peu hésitant, il tendit la main et constata, que sa main passait à travers le mur , disparaissant de sa vue. Bigre se dit-il ! Il n’était pas plus téméraire que vous et moi.

Finalement, voulant d’abord récupérer sa main, il trouva l’énergie pour entrer franchement dans ce rideau de pierre, en apparence seulement. Ce qu’il vit de l’autre côté, le laissa sans voix, mais aussi sans crainte, il était confiant, apaisé.

Ce qu’il vit, rien de ce qui ressemble à ce l’on peut voir sur Terre ; tout d’abord une Lumière douce, mais énergique, des formes vagues, n’étant ni des objets, ni des personnes, un vaste panorama de couleurs, en constant mouvement, il n’y avait pas de sol, mais néanmoins, notre trimardeur, semblait marcher comme sur la Terre. Dans son cerveau, c’était une ébullition permanente, son intellect ne pouvant rien expliquer et encore moins le rassurer, seul son cœur lui donnait le courage de ne pas faire demi tour. Il s’avança encore, et finit par distinguer dans ce qui semblait être un arc en ciel, une vague forme de ville, dans le lointain mais aussi, paradoxalement, très près. Bien inspiré par le souffle de l’Esprit, il sut que c’était la fameuse Jérusalem céleste, dès lors son cerveau trouva les réponses à toutes les questions qu’il se posait de puis des années.

Le temps étant sans importance, il ne savait plus depuis combien de temps, il avait quitté l’escalier en spirale, il reçu l’ordre de faire demi tour, tout comme il reçu le conseil de fouiller les ruines de la commanderie, car il trouverait le Nom Sacré et la Parole Perdue.

De retour sur le palier de l’escalier, il redescendit pour exécuter, ce que l’Esprit lui avait ordonné. Ecartant la végétation, déplaçant les pierres, peinant et suant, il finit par remarquer, un tumulus de pierre, arrangé en cercle, encore une fois, il dégagea les pierres anodines et trouva la Pierre d’achoppement, la clef de voûte, avec sa main il enleva la terre et les gravois, et ce qu’il vit, ma foi, c’était mieux qu’un trésor, mieux que le Graal, mieux que l’immortalité, il vit ce que beaucoup recherchent, le Saint Nom du Créateur !

Le lendemain, le trimardeur repris son chemin mais cette fois il savait où aller… vers la réalisation du Plan Divin !

Source : www.ledifice.net

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