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Hauts Grades

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Combat initiatique et guerre profane

30 Juin 2012 , Rédigé par A.U. Publié dans #Planches

Source : http://www.stella-maris-gldf.com

Lorsque le Grand Maître de la Grande Loge de France m'a invité à préparer une conférence pour le Cercle Condorcet-Brossolette qui autorise notre réunion dans ce Temple, les préoccupations vedettes de l’actualité étaient encore celles qu'avait générées la guerre du Golfe. Je pense que plus d'un Franc-maçon s'est demandé dans cette période comment il était possible d'assumer à la fois notre humanisme déclaré et notre loyauté de citoyens, éventuellement mobilisables, dans la spirale d'événements guerriers ouverte par la participation de la France au conflit.

Il me faut rappeler ici l'article II de nos « anciennes obligations » qui furent édictées en 1722 et constituent selon leurs auteurs la « Loi fondamentale de la Franc-maçonnerie universelle ». Cet article proclame qu'un Maçon est un paisible sujet à l'égard des Pouvoirs civils, en quelque lieu qu'il réside ou travaille, et (qu'il) ne doit jamais être mêlé aux complots et conspirations contre la paix et le bien-être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs; car la Maçonnerie a toujours pâti de la guerre, de l'effusion de sang et du désordre; aussi les anciens Rois et Princes ont toujours été fort disposés à encourager les Frères en raison de leur caractère pacifique et de leur loyauté par lesquels ils répondaient en fait aux chicanes de leurs adversaires et défendaient l'honneur de la Fraternité qui fut toujours florissante dans les périodes de paix.

Je m'arrête un instant pour commenter la guerre à laquelle il est fait allusion dans ce texte. Elle est celle que les sujets peuvent être amenés à entreprendre contre un pouvoir qui les opprime; la paix à laquelle la Maçonnerie se déclare attachée est une paix civile à l'intérieur des frontières de la nation. Qu'advient-il alors d'un sujet désobéissant lorsqu'il appartient à notre ordre ?

Je poursuis ma lecture de l'article II : Ainsi, si un frère devenait rebelle envers l'Etat, il ne devrait pas être soutenu dans sa rébellion, quelle que soit la pitié que puisse inspirer son infortune; et ( ou plutôt « mais » , si nous entendons bien l'articulation de ce discours ) si ce Frère n'est convaincu d'aucun autre crime, bien que la loyale confrérie ait le devoir et l'obligation de désavouer sa rébellion, pour ne provoquer aucune inquiétude ni suspicion politique de la part du gouvernement au pouvoir, il ne peut pas être chassé de la Loge et ses relations avec elle demeurent indissolubles.
On le voit : tout en arguant d'une « indéfectible fidélité » et d'un « total dévouement à la patrie », pour reprendre d'autres termes, ceux-là contenus dans l'article III de la déclaration de principes de la Grande Loge de France, publiée en décembre 1955, la Franc-maçonnerie n'hésite pas à protéger tel membre dissident à l'égard de la société politique, pourvu qu'il ne soit pas considéré comme « criminel » du point de vue de la morale commune - partagé par les Frères en général -, et pour autant que ses idées restent compatibles avec les idéaux collectifs de la Maçonnerie. Autrement dit, dans les limites de compatibilité indiquée, la Loge devra rester pour ce « rebelle » l'asile de sa liberté de conscience, sous la condition expresse que son action extérieure ne compromette pas la neutralité de l'Ordre à l'égard des pouvoirs constitués.  Si donc les Francs-maçons doivent respecter les lois et l'autorité légitime du pays dans lequel ils vivent et se réunissent librement (phrase extraite du chapitre 1er de notre Constitution, qui exclut complètement, en cas de guerre étrangère, de prôner le pacifisme à l'intérieur des Loges), ils n'en sont pas moins amenés à « conformer leur existence aux impératifs de leur conscience », et c'est pourquoi nous interpelle le problème de la guerre entre les nations, apparemment contradictoire avec l'idée de fraternité universelle vers laquelle nous œuvrons - faut-il dire « abstraitement » ?- au moins à l'intérieur des temples, mais aussi parfois, et parfois plus concrètement, à l'extérieur.
Je ne crois pas commettre d'indiscrétion en affirmant que les Francs-maçons ont fait entendre sur les parvis des temples les opinions les plus variées au sujet de notre guerre contre le dictateur irakien. Notre Grand Maître, soucieux de ménager dans leurs latitudes la diversité des positions fraternelles, s'est alors contenté de nous rappeler le patriotisme inhérent à la déclaration de principes que j'évoquais à l'instant. Dans le développement qui va suivre je me propose moins de dissiper l'impression de double langage que peut produire l'antithèse, en nos constitutions, de l'attachement à la patrie et de l'universalisme, que d'analyser la polarité qui en résulte et rendre visibles les enjeux présents sous cette ambiguïté.
Cherchant à définir - puisque c'est le programme que je me suis fixé - ce que peut bien être un « combat initiatique », il me faudra d'abord envisager la projection sur notre ordre de modèles empruntés à l'ancienne chevalerie ou inspirés par elle. Nous examinerons ensuite si la guerre, qualifiée a priori de « profane », peut paraître ésotériquement fondée, ésotériquement nécessaire, éventuellement sacrale. Nous verrons enfin, et pour conclure, à quelle oeuvre de paix travaille la Franc-maçonnerie de la Grande Loge de France et tenterons d'évaluer ce qui dans son projet, dans son pari, devrait sembler réellement « raisonnable », au-delà de ce qui paraît encore « utopie ».
Lorsque j'entrai pour la première fois dans la Respectable Loge « Stella Maris » de Marseille, mes yeux, sitôt que me fut ôté le bandeau qui les aveuglait, s'intéressèrent à la présence d'épées qui ne sont pas seulement les accessoires d'un théâtre cérémoniel, mais aussi des instruments symboliques de grande importance, sur la signification desquels je reviendrai bientôt. Quant à mes oreilles, elles étaient frappées, et charmées, par tout un vocabulaire ayant trait à l'Honneur et au Devoir, aux sens chevaleresques que revêtent ces mots. J'apprendrais par la suite que certaines spéculations, notamment celle du chevalier de Ramsay, ce disciple de Fénelon qui donna son élan à la maçonnerie d'origine écossaise en France, relient notre ordre à l'héritage des Templiers. Peu importe que ce soit à tort ou à raison, puisque les preuves réellement historiques manquent. Qu'il suffise, pour attester ce courant de pensée, d'invoquer l'existence actuelle, parmi les Hauts Grades du Rite Ecossais Ancien Accepté d'un degré désigné par l'appellation de « Commandeur du Temple », d'un autre glosé par l'expression « Patriarche des croisades », d'un troisième auquel est appliquée la périphrase « Chevalier de l'Aigle Blanc et Noir » (je tire ces références d'un ouvrage de Jean-Pierre Bayard, accessible dans le commerce).
L'épée, pointée sur la poitrine de l'impétrant au jour de son initiation, l'amène tout de suite à se représenter la gravité vitale de son engagement. Et lorsqu'au terme des épreuves initiatiques, il est enfin reçu apprenti, c'est par un véritable adoubement, auquel le soumet le Vénérable Maître de la Loge, avec le plat de son épée flamboyante dont on osera peut-être comparer la forme à la flamme du glaive fulgurant avec lequel les chérubins interdisent le chemin de l'arbre de vie, à l'entrée du jardin d'Eden après le bannissement d'Adam et Eve.
Je pourrais multiplier les allusions : sans cesse l'initiation au métier de la Maçonnerie est doublée par des pratiques dont l'origine chevaleresque paraît indubitable. Ce qui s'incorpore alors en nous, soudainement ou avec lenteur, c'est l'idée qu'un étrange héroïsme peut être vécu au quotidien, qui ne réclame pas d'effusions de sang mais exige de monter sans arrêt la garde de notre propre rigueur : la loyauté, le respect des serments, la reconnaissance de valeurs au sujet desquelles nous n'acceptons pas de transiger, doivent avoir pour effet de mettre d'équerre nos relations avec autrui. Nous ne pouvons plus avoir qu'une parole, la bonne, celle par laquelle s'exprime notre profonde et intime conviction, quoique ce puisse être ( et que ce doive être!) avec le tact, la douceur, l'ouverture d'un humanisme tolérant. On imagine chez le chevalier médiéval typé dans notre imaginaire une probe main dans un gantelet de fer : le Franc-maçon idéal inverse ces données et tend à ses frères humains, selon l'expression consacrée, « une main de fer dans un gant de velours ». Il sait que la force procède de l'amour ou le précède. Point n'est besoin d'être brutal si l'on est véritablement fort, bien qu'il ne suffise pas toujours d'être respectueux pour être respecté. Une lumière est apparue dans notre vie : à l'horizon monte le soleil de valeurs redevenues subitement intelligibles. Une ferveur désormais nous habite. Nous recommençons à croire à la possible conquête d'une grandeur humaine.
Comprend-on en quel sens nous parlons de « combat initiatique » ?
L'initiation nous découvre l'Autre comme cette partie de nous même que nous n'avions pas encore explorée. La guerre, à laquelle je continue pour l'instant de réserver l'épithète de « profane », est liée, si l'on suit le raisonnement de Gabriel Marcel dans L'Homme contre l'humain, au « mensonge à autrui » et au « mensonge à soi-même ». Ce n'est que par le mensonge organisé qu'on peut faire admettre la guerre à ceux qui sont contraints de la faire ou de la subir, écrit le philosophe personnaliste. Pour transformer un individu, un groupe social ou un peuple en « Tête de Turc », c'est-à-dire pour le forcer à jouer le rôle du « bouc émissaire » qui, selon les analyses de René Girard, permettait jadis à une cité malade de sa propre violence de retrouver temporairement sa cohésion en expulsant ou en sacrifiant des hommes considérés comme « différents » ou « étrangers », il faut que gagne l'esprit d'abstraction dans les relations humaines; l'Autre sera d'abord réduit à n'être que fasciste, antifasciste, communiste, capitaliste, musulman, catholique, protestant, noir, jaune, blanc, rouge, suivant les lieux et les époques. Notons que l'égalité, entendue comme « égalitarisme », sans le correctif de la fraternité, peut constituer aussi un redoutable facteur d'abstraction. C'est contre ce processus d'appauvrissante résorption de la qualité dans la quantité que l'initiation maçonnique dresse l'évidence de l'Etre. L'Etre est comme disait péremptoirement Parménide, et nous ne pouvons plus considérer qu'en luttant contre les autres - ce qui s'avère parfois indispensable- nous ne luttions en même temps contre nous même.
J'évoquerai à ce propos la suggestive, la roborative image de Jacob se bagarrant avec l'Ange. Le combat initiatique doit aboutir à une reconnaissance mutuelle, à un déplacement des adversaires vers le lieu d'échange de leurs réciproques vérités.
Je songe encore au duel où s'affrontent, dans le film Excalibur inspiré à John Bormann par les romans de la Table Ronde, le chevalier Lancelot et le roi Arthur sur un pont dont la garde lui est commise. Arthur, en fâcheuse posture après un long balancement des chances, parvient à étourdir Lancelot en suscitant une magique intervention: il sait, au fond de lui, que le chevalier blanc évanoui dans l'herbe est son vrai maître, tandis que Lancelot, revenu à lui, croit avoir trouvé le sien dans ce cavalier noir qui lui fait grâce. Le combat contre l'Autre est un moment nécessaire à l'affirmation de chacun, comme l'a bien souligné Hegel dans sa parabole du Maître et de l'Esclave; mais à l'inverse de ce que donnerait une victoire absolue, au final de ce qui serait l'analogue d'une guerre totale, dans le duel cinématographique que je viens de citer, aucun des adversaires n'est défait, aucun réduit en esclavage, et peut alors débuter le compagnonnage de leur commune quête du Graal.  Cette guerre idéale ne met aux prises que des héros, ils y acquièrent en même temps l'estime de soi et de l'autre. Comprenons ainsi le symbole de l'épée : elle est l'outil de l'individuation spirituelle. Et c'est au fond ce que signifie la parole du Christ lorsqu'il proclame : Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive. Car je suis venu opposer l'homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère. On aura pour ennemis les gens de sa famille, lisons-nous dans l'Evangile selon St Matthieu (III,10). Le 16e logion de l'Evangile de Thomas, moins connu, est cependant plus explicite : Les hommes ne savent pas que je suis venu semer la division sur la terre: un feu, une épée, une guerre. Il y en aura cinq dans une maison: trois seront contre deux et deux contre trois, le père contre le fils, le fils contre le père, ils se dresseront solitaires et simplifiés. J'appuie sur ces deux derniers mots : « solitaires », « simplifiés », que l'éditeur du texte (Jean-Yves Leloup, chez Albin Michel) commente ainsi : Cette solitude ne sépare pas de l'autre; au contraire elle permet de le rencontrer lui aussi dans sa profondeur, dans son essentielle solitude. Mais il faut en outre être simple. Tout le travail du feu et du glaive est de nous déplier, jusque dans nos plis les plus secrets, afin de retrouver notre simplicité originelle, notre identité véritable, l'or pur, notre pur « je suis » dégagé de la gangue de ses représentations illusoires, et être ainsi « l'homme noble », « le fils de Dieu » dont parle maître Eckart. Délivré de son moi ancien (qui était en moi le « vieil homme ») ajouterai-je en termes quelque peu jungiens, le « Soi » , désenclavé de l'égoïsme naturel qui le masquait, commence à briller dans la transparence de la personne.
Quelle épreuve de vérité, en effet, dans un combat non douteux, non joué d'avance, dans la purification par la peur ! L'Islam distingue deux guerres saintes, deux djihad : la première, la petite est dirigée contre les infidèles, tandis que la grande guerre sainte est celle que le soumis à Dieu (traduction de musulman) mène contre lui-même pour dominer ses passions. De même le combat que l'initiation maçonnique nous fait longuement vivre nous dépouille de nos boucliers et nos armures d'illusions. Nous apprenons à nous estimer à notre juste prix, comme disait Pascal en exposant son interlocuteur, l'Homme, au vertige des deux infinis. Les compensations, les misérables petits secrets ne sont plus de mise, le réel cesse d'être truqué et le miroir d'être enchanteur. Je peux m'effrayer de ce que j'y découvre, je n'aurai de ressource qu'en mon humble et souvent inattendu courage. Pourtant ne faudra-t-il pas finalement convenir que ce combat pour la paix, l'amour, et la joie authentique, scellés par la réconciliation fraternelle avec autrui autant qu'avec soi-même, n'a de signification que métaphorique ? Un ami psychiatre, avec qui je m'entretenais de cette question, pense qu'être initié c'est justement ne plus avoir besoin de recourir à un « bouc émissaire », c'est en avoir surmonté la crise sacrificielle que René Girard a décrite, c'est avoir mis fin au combat.
Ainsi apprenons-nous, comme pour illustrer cette perspective, en lisant Julius Evola ou Victor-Emile Michelet, que les Templiers, chevaliers historiques et non plus légendaires comme ceux des romans arthuriens, dont la croix rouge ornant leurs blancs manteaux s'est transférée à l'organisme pacifique de secours aux victimes de toutes les guerres, que les Templiers, dis-je, non seulement sont vêtus comme leurs homologues de la secte des « Assacis » (que, pour déjouer une rumeur persistante, on ne continuera pas à confondre avec de vulgaires « assassins » consommateurs de haschish), mais encore fraternisent avec ces chevaliers musulmans, qui sont aussi les gardiens d'une « Terre sainte », et se font en plusieurs circonstances auprès d'eux les restaurateurs d'un ordre social et politique compromis.
Si donc nous étions, Francs-maçons, de modernes « Templiers » (comme ne manque pas de le souligner le rite dit « Ecossais Rectifié » pratiqué dans quelques Ateliers de la Grande Loge de France), il faut bien reconnaître toutefois que si nous avons acquis à leur instar le droit de parler de fraternité, vécue et connue par le dedans, la plupart d'entre nous n'avons pas obtenu, du moins sur le terrain initiatique, nos qualifications pour l'expérience guerrière.guerre reste à nos yeux un mystère que nous allons continuer à interroger.
Est-elle « divine », comme l'a prétendu le Franc-maçon Joseph de Maistre dans le septième entretien de ses Soirées de Saint-Pétersbourg ? Faut-il qu'elle entre dans le plan de la Création, qu'elle constitue une « loi du monde », que les ténèbres irrationnelles dont elle témoigne confirment l'existence d'un principe du mal qui ne découlerait pas seulement de l'ignorance ou de la privation temporaire du Bien, comme le croient les Socrate, les Platon, les Spinoza, les Leibniz, les auteurs de « théodicée », les justificateurs de Dieu et du « réel »?
D'aucuns considèrent les manifestations du phénomène belliqueux comme les moments d'une dialectique propre à la Raison gouvernant l'histoire. Héraclite l'avait déjà suggéré, à travers le style oraculaire qui le caractérise : « La guerre est le père de toutes choses et le roi de toutes choses », a-t-il dit, pour signifier que l'édifice de la culture humaine, notamment l'ordre social, se tire du hasard de ses conséquences. Kant reprendra l'idée avec une grande vigueur démonstrative, avant qu'on n'en retrouve le motif dans les « ruses de la raison » hégélienne : puisque rien dans la nature n'est « gratuit », et qu'il convient de rechercher le « dessein » de celle-ci sous « le cours absurde des choses humaines », admettons qu'elle sache mieux que nous ce qui est bon pour notre espèce; nous voudrions « la concorde » et « vivre commodément », c'est-à-dire paresseusement et « à notre aise », mais la nature « veut la discorde » pour nous obliger à sortir de notre inertie et nous jeter dans l'une ou l'autre des deux formes de l'« Eris » grecque, les deux luttes dont parlait Hésiode dans Les Travaux et les Jours : soit la guerre, où s'ensanglantent les frères ennemis, soit le travail grâce auquel la concurrence vitale, positivisée, tourne à l'émulation. Si je puis me livrer à une courte digression, on aperçoit bien à travers l'antique propos de ce poète du VIIème siècle avant Jésus-Christ, le juste fondement de l'expression « guerre économique »; le travail, qui fait la richesse des familles et conditionne la grandeur des nations, multinationalisé par l'industrie, les transports, le commerce, relève effectivement d'une stratégie poursuivie avec un autre outillage, pour reprendre la fameuse formule de Clausewitz définissant la guerre comme de « la politique continuée avec d'autres moyens ».
« Peut-être la guerre est-elle contraire à la destination de l'humanité: elle a été inséparable du destin historique des hommes », écrit Raymond Aron.
Allons donc jusqu'à reconnaître qu'elle est favorable à toutes sortes de progrès techniques, qu'elle permet, probablement mieux que le train-train de chaque jour, de discriminer le véritable héroïsme et les innombrables lâchetés sous les fiertés de façade, qu'en ébranlant les peuples dans leur tranquille intimité elle assure leur cohésion interne et montre, dans le négatif de l'horreur, tous les extrêmes de la liberté humaine.
Acceptons encore l'idée kantienne qu'« un Etat cosmopolitique universel arrivera un jour à s'établir », capable enfin, selon le penseur des Lumières, « d'administrer le droit de façon universelle »: c'est par la guerre, en attendant, que se décide le partage des nouveaux Empires, fédérateurs des petits Etats ! Mais n'est-ce pas aussi, en cette fin du XXème siècle comme à la fin du XVIIIème, où s'affirmait l'œuvre de Kant, qu'en nourrissant cette abstraite espérance philosophique du gouvernement mondial, nous nous rendons coupables de tenir pour trop négligeable le risque, partout manifeste à l'heure actuelle, d'un rejet de l'idée supranationale, hégémoniquement représentée par un peuple ?  Les peuples dominateurs enorgueillis de leur puissance réveillent toujours par leurs actions coercitives les nationalismes refoulés et seulement assoupis : à toute « action » tendant à l'asservissement d'un groupe humain considéré comme inférieur par un provisoire maître correspond, à terme, une réaction équivalente dont les formes premières de « terrorisme » s'élèvent peu à peu vers celles, progressivement légitimées aux yeux de l'opinion, de « guerre de libération » ou d'« indépendance ».  Le Moyen-Age des romans de chevalerie, comme d'ailleurs celui de la chevalerie « historique »,qui a connu la multiplication des petits états, semble avoir été a contrario préoccupé par l' idée européenne, liée à la possibilité d'un gouvernement impérial unique. Dante, en sa Divine Comédie, écrivait Julius Evola dans Le Mystère du Graal , « se déchaîne violemment contre l'Eglise, dans la mesure où elle ne se borne pas à la vie contemplative, mais devient avide de biens et de pouvoirs terrestres, méconnaissant le droit suprême de l'Empire dans le domaine de la vie active ». 
Plaidant pour que soit rendu à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire pour que soient restituée l'intégralité du pouvoir temporel à l'héritier du « Saint-Empire romain germanique », Dante est un « gibelin » et comme tel opposé aux « guelfes » désireux d'accroître partout en Italie les prérogatives de la papauté. Qui sait, se demande Evola, si le « mystère » autour duquel se raconte la geste des preux de la Table Ronde, n'exprime pas également l'idée gibeline que l'Empire doit être restauré, à l'image du Roi pêcheur et blessé attendant auprès du Graal d'être secouru ? Le roi légendaire est le gardien de la divine coupe dans ce « Château aventureux », dont l'accès, défendu à ceux qui n'avaient pas la qualité initiatique, est offert, après maintes épreuves, à un Perceval, qui ne comprend pas ce qu'il voit ( le récipient, et la lance ensanglantée) et ne pose donc pas la question salvatrice. Il appartiendra à Galaad, armé d'un cœur inégalablement pur, de prononcer la parole du salut et d'éprouver la force régénératrice du vase sacré : Galaad est le fils de Lancelot mais aussi, en ligne maternelle, le descendant lointain de ce Joseph d'Arimathie qui recueillit lui-même au pied de la croix le sang coulant du flanc percé du Fils de l'Homme.
Quel est pour nous, qui prétendons parfois identifier métaphoriquement notre recherche à la quête du Graal, quel est pour nous l'enseignement de la parabole arthurienne?
Ne nous signifie-t-elle pas que nous n'avons pas toujours pu, que nous ne pouvons ni ne pourrons constamment nous dérober, au nom de l'idéal humanitaire, aux durs travaux de l'entreprise guerrière? Qu'au lieu de la condamner, comme chose intrinsèquement mauvaise, nous devrions accepter la tâche ingrate et sublime qu'elle propose à telle heure où la nation doit assumer les fruits amers de sa puissance (précisons d'ailleurs que nous avons des « Frères » dans l'armée, et que les loges militaires - c'est un point d'histoire fort intéressant - ont été très actives lorsque les troupes royales étaient en campagne, sous l'Ancien régime, et plus tard sous Napoléon) : aussi ne serions-nous pas les obligatoires participants d'une guerre « juste », s'il s'avère que la guerre réponde parfois à une nécessité d'ordre spirituel, impérative ?  Dans les sociétés traditionnelles divisées en castes de serfs, de bourgeois, d'aristocrates guerriers et de « sages » détenteurs de l'autorité spirituelle, dont le modèle « fonctionne » aussi bien dans la hiérarchie de la République platonicienne que dans les « ordres » sociaux de l'Occident médiéval, la justice exigeait la dépendance et la participation des types inférieurs de vie à ceux qui sont supérieurs, comme le suggère l'analogie avec les niveaux de l'âme ou entre les parties du corps humain chez Platon ou chez Aristote. Ainsi les éléments les plus « physiques » de la société (des serfs aux bourgeois) développent les activités laborieuses, sous la vigilance des gardiens impulsifs et passionnés (police et armée), mais dans le cadre déterminé par un gouvernement de sages religieusement inspirés.
La seule guerre parfaitement juste selon cette typologie sociale est donc celle qui maintient ou accroît les droits du principe spirituel tutélaire des autres modes de l'existence, celui en somme dont le Graal constituerait, pour l'imaginaire chevaleresque, le plus haut symbole .
Mais notre époque est bien éloignée de cet idéal de société, si tant est que cette tri ou quadri partition des classes ait pu paraître, lorsqu'elle était vécue, « idéale ». Nous ne nous imaginons pas, nous ne nous voyons plus, en Occident, justifier une intervention armée par des raisons sommes toutes théocratiques : ce serait accréditer le bien fondé des « guerres saintes » passées, présentes, à venir?
Remarquons pourtant que le droit international, tel qu'il a été sollicité pendant la crise du Golfe, s'apparente quelque peu à un motif spirituel. C'est bien un « principe » et la cause d'une certaine conception de la liberté politique que les coalisés ont voulu défendre. Mais il n'est pas sûr qu'en dépit du sentiment de notre « bon droit » le mécanisme victimaire du « bouc émissaire » n'ait pas fonctionné aussi dans cette guerre-là (comme dans les autres).
Si le Graal moderne n'est plus centré sur Dieu mais sur l'Homme (en majuscule) et que la religion jadis verticale, jadis transcendante, ait cédé la place aux religions que l'on nomme « idéologies », « nationalismes » et, (celles-ci se substituant peut-être à celles-là) la guerre reste donc fondamentalement « religieuse » au sens girardien que j'ai déjà invoqué : la haine la plus farouche éclate entre les proches, entre les frères : voyez la Serbie et la Croatie. L'Irak était, dit-on, le plus occidentalisé des pays du Moyen-Orient, celui dont l'armement rivalisait avec les arsenaux des grandes puissances: toujours par quelque trait les ennemis sont semblables, jamais complètement étrangers l'un à l'autre.
L'autre, cette part de moi-même que je n'ai pas encore explorée, ai-je dit en commençant à parler de l'initiation.  On voit alors dans quel sens un Franc-maçon peut envisager de faire la guerre : d'abord pour être fidèle à son serment de loyauté envers sa patrie, à ses devoirs de citoyen qui exigeront peut-être l'engagement de sa vie; mais pour apporter aussi un rayon d'humanité dans l'odieux déchaînement de la violence, en ne succombant pas à la transe collective sacrificielle. Il nous revient en mémoire le beau film de Jean Renoir où le commandant allemand, campé par Eric Von Stroheim, fraternise avec le prisonnier français qu'interprète Pierre Fresnay : la guerre y est vraiment dénoncée comme « la grande illusion » à laquelle se prête le peuple en troupeau, tandis que des aristocrates ou leurs descendants continuent à honorer les règles périmées du combat pour l'honneur.
 Que l'on se souvienne encore de la tendre et tragique investigation de la rivalité franco-allemande chez Jean Giraudoux, sous les dehors figurés du prélude à la Guerre de Troie, dans la conversation où Hector et Ulysse, qui s'estiment, se demandent pourquoi ils vont quand même se battre : oui, il y a sans doute un destin des peuples (un Hegel, philosophe de l'histoire, en à brillamment soutenu l'idée) et l'individu ne saurait s'en abstraire, mais il lui appartient de ne pas être dupe des apparences, de s'arracher au trivial manichéisme qui lui désigne la « noirceur » diabolique de son ennemi et de garder « concret » le souvenir de son visage également humain.
Ainsi fait Hector, racontant à Andromaque : « Puis l'adversaire arrive, écumant, terrible. On a pitié de lui, on voit en lui, derrière sa bave et ses yeux blancs, toute l'impuissance et tout le dévouement du pauvre fonctionnaire humain qu'il est, du pauvre mari et gendre, du pauvre cousin germain, du pauvre amateur de raki et d'olives qu'il est. On a de l'amour pour lui. On aime sa verrue sur sa joue, sa taie dans son oeil. On l'aime. Mais il insiste. Alors on le tue. »
Malheureusement, si l'on peut dire, le visage convulsé de l'adversaire n'est plus aussi proche qu'il a pu l'être dans les temps héroïques de l'Iliade, de la Chanson de Roland, voire de l'épopée napoléonienne. Dans les conditions où s'exécute la guerre moderne, technologique, télécommandée, chimique, bactériologique, nucléaire, je serais tenté de souscrire à ces phrases de Simone Weil dans une « Réponse à une question d'Alain » datant de 1936 :
« La libre résolution de mettre sa vie en jeu est l'âme même de l'honneur; l'honneur n'est pas en cause là, les uns décident sans risques, et les autres meurent pour exécuter. Et si la guerre ne peut constituer pour personne une sauvegarde de l'honneur, il faut en conclure aussi qu'aucune paix n'est honteuse, quelles qu'en soient les clauses. » Nous ne pouvons suivre Simone Weil sur la voie de son pacifisme (lequel s'avère quasi doctrinal en quelques-uns de ses autres écrits) : le Franc-maçon est, par essence, pacifique certes ; mais non « pacifiste »! Bien sûr qu'il adopterait volontiers, dans le « meilleur des mondes » l'idéal de la non-violence, et d'une certaine façon il le pratique déjà, étant un adepte du dialogue avec les antagonistes de sa propre pensée (pourvu que ces antagonistes respectent, comme lui-même en a l'habitude dans l'autre sens, le principe de sa libre existence de maçon et de citoyen !)
Cependant il ne saurait ignorer que sur l'Arbre de vie de la Kabbale, qui inspire secrètement tant d'aspects de notre rituel, la séphira ou le « nombre » qui représente la « miséricorde » est en rapport de symétrie avec celui de la « discipline guerrière » , de la « sévérité ». Telle est la loi du monde où nous vivons : les forces d'expansion et de retenue y sont couplées ; la prudence y tempère l'enthousiasme, la rigueur y équilibre la générosité.
Ainsi aucune guerre ne nous paraîtra bonne si l’on ne nous convainc pas qu’elle était le seul réel chemin pour arriver à la Paix.

 

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Le Rite des Illuminés par Excellence

29 Juin 2012 , Rédigé par Jacques-Etienne Marconis Publié dans #Rites et rituels

Le F.·. Weishaupt fut le fondateur des Illuminés par excellence ; cette institution était répandue en Allemagne et dans le nord de l’Italie. Le F.·. Weishaupt avait établi dans son règlement treize degrés qu’il avait partagés en deux temples ; il fut l’architecte de huit de ces degrés, et prit les autres cinq dans la Maçonnerie de la Stricte Observance, ou, pour mieux dire, il adapta à son système les trois degrés classés dans l’ordre suivant :

PREMIÈRE CLASSE

1. Novice. Préparation.

2. Minerval. Méditation

3. Apprenti.

4. Compagnon.

5. Maître.

DEUXIÈME CLASSE

6. Illuminé mineur.

7. Illuminé majeur.

8. Novice Ecc.·.

9. Chevalier Ecc.·. ou illuminé directeur.

TROISIÈME CLASSE

10. Epopte illuminé (celui qui voit tout à découvert).

11. Régent ou prince illuminé.

QUATRIÈME CLASSE

12. Mage philosophe.

13. Homme roi.

Dans ses premières instructions, il ordonna l’étude des anciens mystères égyptiens comme nécessaires à la reconnaissance de ceux de l’Illumination. Pour les preuves, il les a établies très rudes ; la réception est faite dans les ténèbres ; le néophyte est au milieu de squelettes et environné de FF.·. masqués qui mettent tout en œuvre pour l’effrayer, dans le but de découvrir son caractère. Si l’on examine les anciennes initiations, on verra que la fantasmagorie, les breuvages, les saignées, les jeûnes et tout ce qui fatigue le corps et affaiblit les facultés intellectuelles, étaient mis en usage.

TUILEUR

NOVICE (PREMIER DEGRÉ)

Signe. Poser la main droite sur la bouche, regarder le ciel et placer le pied droit en arrière.

Parole sacrée. Ramah.

Parole de passe. Urim, illumination.

Décor. Cordon bleu, liseré noir.

MINERVAL (DEUXIÈME DEGRÉ)

Signe. Porter la main droite sur le front, le pouce appuyé.

Parole sacrée. Sedecias.

Parole de passe. Ghomel.

Décor. Cordon ponceau, porté de gauche à droite.

APPRENTI (TROISIÈME DEGRÉ)

Signe. Porter la main droite sur l’épaule gauche et la ramener diagonalement vers la hanche droite.

Parole sacrée. Ohollé.

Parole de passe. Jaho, Jachin.

Décor. Cordon rouge, liseré vert, porté en sautoir.

COMPAGNON (QUATRIÈME DEGRÉ)

Signe. Croiser les deux mains et les présenter.

Parole sacrée. Jachini.

Parole de passe. Makakmaï.

Décor. Cordon blanc, liseré rouge, porté en sautoir.

MAÎTRE (CINQUIÈME DEGRÉ)

Signe. Joindre les mains, les doigts croisés, les pouces en croix.

Parole sacrée. Abarim.

Parole de passe. Jagakob.

Habillement. Tunique blanche (robe), dont les manches étroites descendent jusqu’au poignet ; écharpe rouge, avec frange en or, portée en ceinture ; un large cordon, moiré rouge et vert, porté en sautoir.

ILLUMINÉ MINEUR (SIXIÈME DEGRÉ)

Signe. Porter la main droite à l’épaule gauche, la ramener à la hanche droite et sur la garde du glaive.

Parole sacrée. Judaï.

Parole de passe. Libertas.

Décor. Cordon vert, parsemé d’étoiles en argent, porté en sautoir.

ILLUMINÉ MAJEUR (SEPTIÈME DEGRÉ)

Signe. Porter la main droite sur le cœur, puis la porter sur le glaive.

Parole sacrée. Alohaï.

Parole de passe. Kyrie.

Décor. Cordon blanc azuré, sur lequel est brodée une croix de Jérusalem, avec une gloire en or. Ce cordon est porté en sautoir.

NOVICE ECC.·. (HUITIÈME DEGRÉ)

Signe. Joindre les mains et les laisser retomber, les yeux baissés.

Parole sacrée. Mennith.

Parole de passe. Noémi.

Décor. Cordon violet, sur lequel se trouve brodé en or un delta avec une gloire.

CHEVALIER ECC.·. OU ILLUMINÉ DIRECTEUR (NEUVIÈME DEGRÉ)

Signe. Les deux bras croisés sur la poitrine.

Parole sacrée. Moabite.

Parole de passe. Spes.

Décor. Écharpe bleu-céleste, avec frange en argent, portée de droite à gauche.

EPOPTE ILLUMINÉ (DIXIÈME DEGRÉ)

Signe. Porter le pouce et l’index de la main droite sur le front.

Parole sacrée. Nimakimah.

Parole de passe. Tarafari.

Décor. Cordon vert et jaune sur lequel est brodé en or un soleil avec une gloire.

RÉGENT OU PRINCE ILLUMINÉ (ONZIÈME DEGRÉ)

Signe. L’index droit sur la bouche.

Parole sacrée. Mekaton.

Parole de passe. Alsimphos.

Décor. Cordon bleu céleste sur lequel est brodé un triple triangle en or.

MAGE PHILOSOPHE (DOUZIÈME DEGRÉ)

Signe. La main droite sur le front, le pouce élevé.

Parole sacrée. Mihino.

Parole de passe. Antivich.

Décor. Cordon noir, liseré de blanc, sur lequel est brodé en argent l’œil de la Vigilance.

HOMME ROI (TREIZIÈME DEGRÉ)

Signe. Le genou droit à terre, les mains jointes, les yeux levés au ciel.

Parole sacrée. Moriah (terre de la vision).

Parole de passe. Emeth veemouna (vérité, fermeté).

Décor. Cordon blanc moiré, liseré or ; sur le devant sont brodés en or le Soleil, la Lune et les Sept planètes connues des anciens.

Source : http://www.esoblogs.net/7701/le-rite-des-illumines-par-excellence/

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Le rituel de réception au grade d'apprenti de Mozart et ses épreuves purificatrices.

29 Juin 2012 , Rédigé par Jean van Win Publié dans #Rites et rituels

L'Ouverture de la Loge.

Le Maître en chaire frappe un coup sur l'autel et dit :

"Frères 1er et 2nd Surveillants, aidez-moi à ouvrir une Loge juste et parfaite". Aux autres Frères, il dit : " cela vous plaît-il ?".

Quand tous ont fait les signes d'approbation, il continue :

Question : "Frère 1er Surveillant, êtes-vous Maçon?".

Réponse : "Oui, VM, je le suis et j'en suis honoré, mes Frères et compagnons me reconnaissent comme tel".

Q. "Pourquoi êtes-vous devenu Maçon ?".

R. "Parce que j'étais dans les ténèbres et vivais dans l'inconscience, et je cherchais la lumière et la sagesse".

Q. "Quel est le premier devoir d'un Maçon?".

R. "S'assurer que les portes sont bien fermées et que tout est en bon ordre avant qu'on ne parle".

VM. "Faites votre devoir".

Le 1er Surveillant: "Les portes sont fermées, tout est en bon ordre, la Loge est en sûreté".

Q. "Dans quel but vous êtes-vous rendu ici?".

R. "Pour ne pas faire ma propre volonté, mais plutôt pour maîtriser mes passions et, comme le veulent nos propres lois, m'efforcer jour après jour afin d'obtenir une parfaite conduite de vie, qui soit digne et juste, et qui témoigne d'une religion et d'une éthique pures, ce qui est l'unique objectif et le but de notre honorable société".

Q. "Quelle heure est-il?".

R. "Midi plein".

VM. "Puisqu'il est midi plein, il est temps d'ouvrir la Loge. Faites-moi parvenir le signe, l'attouchement et le baiser de paix".

Après l'exécution de cet ordre, le VM frappe trois coups sur l'autel et dit : "Frère 1er Surveillant, la Loge des Apprentis est ouverte". Et il fait le signe d'apprenti. Quand les deux surveillants l'ont répété, le VM demande "si quelqu'un a quelque chose à proposer ?".

R. "VM, il y a un profane qui aspire à être reçu dans nos rangs".

Le VM demande aux Frères présents s'ils sont d'accord de le recevoir. Après avoir reçu le signe d'approbation, il le fait chercher par le Maître des Cérémonies.

La réception.

Dès que le Cherchant étranger a frappé trois coups en profane, le plus jeune Frère  (auquel est attribuée la fonction de Tuileur) dit au 2nd Surveillant qu'on frappe à la porte  d'une façon inhabituelle. Ce dernier en avertit le 1er Surveillant qui l'annonce au VM. Celui-ci répond qu'on doit voir qui pourrait être là.

Le jeune Frère ouvre la porte à moitié et demande " qui c'est qui frappe?". Le M de C répond " C'est un profane qui demande à voir la lumière". Cette réponse est répétée selon la coutume et parvient chez le VM qui lui fait poser les questions qui figurent à la page 95 concernant le cabinet de réflexion.

Après cela le VM ordonne de le faire entrer dans le temple.

Le Frère Garde ouvre soudainement et avec le fracas d'obligation les portes et c'est le 2nd Surveillant qui prend le profane sous sa garde après que le M de C l'ait quitté avec les mots " à partir de maintenant, je vous laisse à votre destin et je ne puis plus rien faire de bien pour vous".

Le second Surveillant lui donne un glaive dénudé (sic) qu'il doit prendre de la main gauche et en mettre la pointe sur le côté gauche de la poitrine. Le 2nd surveillant le prend de sa main gauche, tient le glaive de la main droite par la poignée, et guide ainsi le candidat vers la place entre les deux surveillants, où le Cherchant doit se courber profondément pendant que le VM lui parle : " Que voulez-vous? Venez-vous ici par pure curiosité, pour apprendre plusieurs secrets et pour les trahir après ? Quelles sont vos capacités dans le domaine des sciences? Etes-vous instruit dans les sciences administratives? [1]Connaissez-vous les devoirs de votre état? N'avez-vous jamais commis dans vos activités ou vos affaires quelque chose qui pourrait être nuisible à la réputation d'un honnête homme? N'êtes-vous pas membre d'une société ou d'une fraternité qui agit contre nous ? Avez-vous un réel désir d'être reçu par nous ? Et voulez-vous vous soumettre à tout ce qui sera entrepris avec vous? Réponse : oui.

Note : comme tout Frère assidu connaît les cérémonies qui sont exécutées dans les différentes Loges avec plus ou moins de variantes dans les us et coutumes et de déviations sans grande importance, il n'y a pas lieu de s'appesantir là-dessus et nous continuerons le rituel.

Les trois Voyages.

Le VM prononce les mots qui suivent : " Frère 2e surveillant, faites-lui faire son premier voyage à travers l'Air et la Terre. Du Soir par la Minuit vers le Matin et de là par le Midi vers l'Ouest.[2] Quand le premier voyage est accompli, le VM dit au Cherchant : " Quelle opinion avez-vous de la religion ? N'êtes-vous pas impliqué dans des complots contre l'Etat ou son Chef ? N'avez-vous pas délibérément commis un meurtre ? Persistez-vous dans vos intentions ? Réponse : oui.

VM : " Faites faire le deuxième voyage à travers l'élément Eau, comme Persévérant.

Quand ce voyage est fait, le VM continue : "Maintenant vous avez accompli votre deuxième voyage, mais savez-vous bien que le troisième sera très difficile à mener à bonne fin ? Croyez-vous vraiment avoir le courage nécessaire pour endurer tout ce qui peut se passer ? Réfléchissez bien, car il vous faudra beaucoup de vaillance ! A quoi vous êtes-vous résolu ? 

Alors, qu'il fasse son troisième voyage à travers l'élément Feu et ne l'épargnez nullement".

Quand le Souffrant a accompli ce voyage et a été ramené entre les deux surveillants, le VM lui dit  " Vous avez vraiment accompli vos voyages et nous sommes complètement satisfaits du courage dont vous avez fait preuve. Seulement, cela ne nous suffit pas, et vous devez encore nous donner du sang de votre cœur. Frère Chirurgien, tirez-lui 7 ou 8 onces de sang".

Si le candidat est d'accord, il est conduit sur une chaise et on prépare tout pour lui faire croire à une saignée réelle. Le bras est seulement touché par une plume et avec une éponge on fait couler de l'eau chaude sur la veine et l'eau est recueillie dans un bassin. On lui applique un pansement sur la veine et on le guide à nouveau entre les deux surveillants où le VM lui parle en ces termes : "La persévérance dont vous avez fait preuve, tant dans les épreuves que vous avez voulu subir que dans votre complaisance à exécuter nos souhaits, nous a convaincus que vous n'êtes pas indigne d'être intégré dans notre société.

Seulement, avant de vous communiquer nos secrets sacrés, vous devez nous assurer de votre Fidélité et de votre Discrétion absolues, par la prestation d'un serment solennel. Frère 1er surveillant, guidez-le vers l'autel par les 7 petits et les 3 grands pas habituels ». C'est au 1er surveillant d'assurer la garde du Souffrant, qui le fait en lui donnant de sa main un coup fort sur l'épaule droite en le guidant à travers la loge dessinée vers l'autel, où le candidat a le genou droit sur l'équerre, deux doigts de sa main droite sur la Bible ouverte et il tient de sa main gauche la pointe d'un compas sur le cœur. Le VM lui fait répéter le serment pendant que les frères se sont groupés tête nue autour de lui et battent des mains pour souligner les passages les plus importants du serment.

La formule du Serment.

" En présence du Grand Architecte de l'Univers et de l'assemblée des membres de cette honorable société, moi, N.N., je promets que jamais je ne révèlerai ou ne mettrai en lumière les secrets ou le secret des Francs-Maçons si on me les divulguait, que je les cacherai et ne les découvrirai (à personne) sauf à un frère fidèle et juste, et après l'avoir profondément examiné, ou dans une loge honorable et parfaite de Frères et Compagnons. Je promets en outre de ne jamais les faire écrire, imprimer, dessiner, buriner, enterrer, de sorte qu'un signe visible ou une lettre- que ce soit sur bois ou sur pierre - puisse apparaître de manière irrégulière. Tout cela sous une peine qui ne sera pas moindre que d'avoir ma gorge tranchée, ma langue tirée du palais de ma bouche, mon cœur arraché du côté gauche de ma poitrine et enterré dans le sable de la mer éloigné d'une encablure de la côte, là où le flux et le reflux se succèdent deux fois en 24 heures, d'avoir mon corps brûlé en cendres, qui seront répandues sur la surface de la terre, de sorte qu'il ne resterait plus aucun souvenir de ma personne.  Ainsi m'aide Dieu".

Après la prestation de serment, le VM frappe de son maillet les trois coups d'obligation sur la tête du compas que le candidat tient toujours contre sa poitrine et il est à nouveau conduit entre les deux surveillants où le VM lui demande : " Voulez-vous voir la lumière maintenant?".

A sa réponse oui, le bandeau est enlevé et tous les frères tirent leur épée et en dirigent la pointe vers la poitrine du néophyte à qui le VM s'adresse de la façon suivante : "Mon frère, ce glaive et l'épée de tous les autres frères sont prêts à vous percer le cœur si vous deviez vous rendre coupable d'une trahison contre cet Ordre respectable. Par contre, ils sont prêts aussi à vous défendre contre tous vos ennemis pourvu que vous remplissiez vos devoirs d'honnête homme".

Les frères rengainent leur épée et frappent une batterie.

Après cela, le néophyte est conduit hors du temple, où il se rhabille complètement (sauf son épée) qu'il recevra en loge des mains du VM. Quand il est prêt, on frappe à la porte du temple et le nouveau frère est conduit dans la loge.

Le VM fait venir à lui le nouveau Frère et lui parle ainsi:

"Mon Frère! La Loge a l'habitude de faire trois cadeaux : le tablier qui signifie l'innocence, une paire de gants d'homme pour vous prouver ou vous faire comprendre que nous ne salissons pas nos mains par des calomnies, et une paire de gants de femme pour témoigner de notre respect pour ce sexe. En les lui offrant, vous pouvez honorer la personne pour laquelle vous avez la plus haute estime".

D'autre part, il lui communique le Signe de la gorge, l'attouchement, le mot sacré, le mot de passe, sa place dans le temple; toute la connaissance dont il doit faire la preuve auprès des 1er et 2ème surveillants. Suit enfin l'explication du tableau d'apprenti par le Frère Orateur qui poursuivra avec un petit discours pour autant que le temps le permette, pour finir avec le catéchisme.

+ Tout ce qui a été dit se trouve dans le rituel du premier grade selon lequel il a été travaillé et qui a été accepté--vu la stricte observation des règles de l'Ordre-- comme base pour unifier les notions qui, ça et là, pourraient encore dévier. Tout le rituel avec ses cérémonies, usages, coutumes, discours, se trouve bien en place, et c'est pour cette raison que le catéchisme ne suit qu'après, pour que tout apparaisse clairement.

 

 



 

 

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ECKLEFF Carl Friedrich (Stockholm 1723 – 1786)

29 Juin 2012 Publié dans #histoire de la FM

Comme Estienne Morin et von Hund, Eckleff est le fondateur d’un rite qui existe encore aujourd’hui, le Rite Suédois. Rudbeck a montré que la famille Eckleff était d’origine bourgeoise. Georg Henning Eckleff, conseiller à la cour de Suède, épouse en 1722 Inge Stenhagen dont le père, chef des cuisines du roi Charles XII, sera anobli en 1743. Lorsque Georg Henning Eckleff meurt en 1732, la famille habite Kiel. Sa veuve retourne habiter Stockholm avec son fils Carl Friedrich. En 1738, celui-ci est immatriculé à l’université d’Uppsala. Plusieurs auteurs suédois suggèrent qu’il aurait acquis ses connaissances de français et d’allemand aux cours de voyages à l’étranger vers 1740. Sauf pour un séjour à Kief, il n’en existe aucune trace. Carl Friedrich Eckleff fut un petit fonctionnaire. Engagé en 1742, à l’âge de 19 ans, comme secrétaire suppléant à la chancellerie de la cour de Suède, promu copiste en 1746 avec un salaire annuel de 200 thalers d’argent, il est titularisé en 1754. Ses appointements passent à 300 thalers comme droits d’initiation. Au moment de sa démission en 1767, il a atteint le rang de chancelier du Conseil avec un salaire inchangé.

Son premier contact connu avec la franc-maçonnerie se situe le 8 décembre 1753 lorsqu’il demande à être reçu à Stockholm dans la loge « Saint Jean Auxiliaire ». refusé, il devient membre de la loge sauvage du bijoutier Lijdberg régularisée les 3 septembre et 322 octobre 1756 par Saint-Jean Auxiliaire, dont une partie des membres forme le 24 juin 1757 la loge « Saint Edward ». Le 30 novembre 1756, en vertu d’une patente dite étrangère dont on ne connaît ni l’origine ni la teneur, Eckleff fonde à Stockholm une loge de Saint-André dénommée « L’Innocente » et, le jour de Noël 1759, crée le Grand Chapitre Illuminé qui comporte alors 7 grades. Le 1er mai suivant, il fonde la loge n°7 de Stockholm. Lorsque la Grande Loge Nationale de Suède est établie, sans doute le 27 décembre 1761, Eckleff est assistant du Grand Maître Carl Friedrich Scheffer.

En mars 1764, Eckleff autorise le frère Schopp, envoyé de Berlin par le médecin général Zinnemdorf, à prendre copie des différents grades en provenance de France et d’Angleterre dont on ne sait pas comment ils sont entrés en sa possession. Zinnendorf paye à Eckleff 220 ducats pour une patente l’autorisant à établir une loge et un chapitre à Berlin. Eckleff s’achète alors une propriété de 20 000 m2 pour 4 000 thalers d’argent, une impressionnante quantité de livres et quitte définitivement son poste de fonctionnaire le 16 mars 1767. Mais dès l’année suivante, n’étant pas en mesure de payer les intérêts des hypothèques, il risque d’être saisi. Il se met à boire, n’assiste plus aux réunions du Grand Chapitre, abandonne sa charge à la tête de L’Innocente en novembre 1768 et n’est plus Grand Maître Adjoint l’année suivante. La vente aux enchères d’une partie de sa bibliothèque (4 000 livres et 1 500 brochures, mais il conserve ses ouvrages maçonniques) a lieu du 22 juillet au 22 septembre 1769. Le 14 mai 1774, il remet sa charge de Maître de l’Ordre au duc Carl de Södermanland auquel un an plutôt il a vendu ses archives maçonniques. Devenu Grand Maître de la Grande Loge de Suède le 30 novembre suivant à la suite de la démission de Scheffer, le duc Carl casse la patente qu’Eckleff avait transmise à Zinnendorf et la déclare inégale en avril 1777. Deux ans plus tard Zinnendorf se rend à Stockholm où il fait enfin la connaissance d’Eckleff. Celui-ci meurt le 30 juin 1786.                                                                                                       

Source : http://www.fideliteprudence.ch

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SO : Réception d'un Postulant

29 Juin 2012 , Rédigé par Rituel SO Publié dans #hauts grades

Le Supérieur tient un bref discours dans lequel il présente l’Initiandus[1]. Puis, il invite les membres du Chapitre à voter en leur âme et conscience. A cet effet, il dit au plus jeune des Postulants:

Le Supérieur: -” Frère Postulant, procédez à la distribution.”

Le Postulant distribue à chaque membre du Chapitre un haricot blanc et un noir, puis regagne sa place. Le Supérieur laisse quelques secondes de réflexion et dit:

Le Supérieur: -” Frère Postulant, recueillez les votes.”

Le plus jeune des Postulants recueille les votes dans une urne, le vote favorable sous forme d’un haricot blanc et défavorable sous forme d’un noir. Ensuite, il porte l’urne à l’un des Chevaliers qui se tiennent devant la porte. Celui-ci la prend et vient se placer face au Supérieur au centre de la pièce, compte les votes et annonce le résultat à voix haute. Si il se trouve trois (ou plus) haricots noirs, il dit:

Le Chevalier: -” Le scrutin comporte  “n”  noirs et “n” blancs, l’Initiandus est refusé.”

S’il se trouve moins de trois haricots noirs, il dit:

Le Chevalier: -” Le scrutin comporte “n” noirs et “m” blancs, l’Initiandus est accepté.”

 Le Supérieur: -” Frère Chevalier, allez préparer l’Initiandus et faites-le se présenter à la porte.”

Le Chevalier qui était resté à la porte sort et va chercher l’Initiandus. Arrivé devant la porte, il lui fait ôter son habit, ne lui laissant que sa cotte d’armes et son tablier. Il lui fait remonter les manches et se laver les mains et les essuyer dans un linge blanc. Il lui place un cierge allumé en main gauche et le fait frapper par trois fois à la porte.

Le Supérieur: -” Voyez qui va là?

Le Chevalier qui était resté à l’intérieur entrouvre la porte et demande[2]:

Le Chevalier: -” Qui va là?”

L’Initiandus:[]-” Un libre Maçon reçu, qui accomplit un autre pas.”

Le Chevalier (après avoir refermé la porte): -” C’est un libre Maçon reçu, qui accomplit un autre pas.”

Le Supérieur: -” Demandez-lui le mot d’Apprenti?”

Le Chevalier: -” Quel est le mot d’Apprenti?”

L’Initiandus: -” J-k-n.”

Le Chevalier: -” J-k-n.”

Le Supérieur:-”Demandez-lui le mot de Compagnon?”

Le Chevalier: -” Quel est le mot de Compagnon?

L’Initiandus: -” B-z.”

Le Chevalier: -” B-z.”

Le Supérieur: -” Demandez-lui le mot de Maître?”

Le Chevalier: -” Quel est le mot de Maître?”

L’Initiandus: -” Il a été perdu, mais M-b-k est mon Maître.”

Le Chevalier: -” Il a été perdu, mais M-b-k est son Maître.” 

Le Supérieur: -” Sous les ordres de qui a-t-il travaillé?”

Le Chevalier: -” Sous les ordres de qui avez-vous travaillé?”

L’Initiandus: -” J’ai travaillé sous les ordres de N-t-m.”

Le Chevalier: -” Il a travaillé sous les ordres de N-t-m.”

Le Supérieur: -” Demandez-lui comment il se nomme?”

Le Chevalier: -” Quel est votre nom?”

L’Initiandus: -” Eques Professus N. N.”

Le Chevalier: -” Il se nomme Eques Professus N. N.”

Le Supérieur: -” Quel âge a-t-il?”

Le Chevalier: -” Quel est votre âge?”

L’Initiandus: -” Seize ans.”

Le Chevalier: -” Il a seize ans.”

Le Supérieur: -” Est-ce de sa propre volonté et sans contrainte aucune qu’il vient?”

Le Chevalier: -” Venez-vous de votre propre volonté et sans aucune contrainte?”

L’Initiandus: -” Oui.”

Le Chevalier: -” Il est ici de sa propre volonté et sans aucune contrainte.”

Le Supérieur: -” A-t-il suffisamment de talents?”

Le Chevalier: -” Avez-vous suffisamment de talents?”

L’Initiandus: -” Oui.”

Le Chevalier: -” Il a suffisamment de talents.”

Le Supérieur: -” Faites-le entrer à mon signal.”

Le Chevalier éteint toutes les lumières et ouvre la porte au coup de cloche du Supérieur. Le Chevalier préparateur fait entrer l’Initiandus en lui faisant tenir le cierge allumé en main gauche. Il le fait mettre au signe d’ordre de Maître Ecossais et avancer dans cette position auprès du Supérieur. Le Supérieur marque un temps de silence et demande au candidat:

Le Supérieur: -” Que demandez-vous?”

L’Initiandus: -” Je demande à faire un autre pas dans l’Ordre.”

Le Supérieur: -” Vous demandez quelque chose d’important. Cependant, pouvez-vous désigner, parmi nous, quelqu’un qui se porte caution de votre conduite?

L’Initiandus: -” Le Frère N. peut se porter caution.”

Le Supérieur: -” Frère N., vous portez-vous caution de ce  Frère?”

Le Frère interrogé se lève et répond:

Le Frère: -” Oui, je m’en porte garant.”

Puis, il se rassoit.

Le Supérieur: -” Vous entreprenez quelque chose de très important, que vous désirez, un autre pas dans notre Ordre. Alors, sachez que quiconque entre dans un Ordre n’a plus, désormais, sa liberté, mais que sa volonté doit être soumise à la volonté de ses Supérieurs et qu’il doit vivre selon la loi, la règle et les voeux. Réfléchissez à cela et soyez prêt à accomplir tout cela scrupuleusement. Aussi, expliquez-vous à ce propos.”

L’Initiandus: -” Oui, je suis prêt.”

Le Supérieur: -” Approchez-vous et agenouillez-vous sur le coussin.”

Le Chevalier rallume les quatre lumières et entrouvre le baldaquin derrière le Supérieur. Il pose ensuite le livre des Evangiles sur une couverture rouge sur les genoux du Supérieur et fait poser dessus la main droite du candidat.

L’un des Clercs s’approche et lit la formule du serment qui est répétée par l’Initiandus.

Formule de serment

“Moi, N., je promets et je jure, par mon âme et sur ces Saints Evangiles, de toujours me comporter, durant ce temps de Postulance, selon les règles et les statuts de l’Ordre, selon ce qu’ils m’exigent d’être; de faire preuve d’obéissance au Supérieur de cette maison, ainsi qu’à tous ceux qui ont autorité sur moi; d’aller partout où ils m’ordonneront d’aller, de faire ce qu’ils m’ordonneront de faire, sans jamais demander pour quelle raison; d’observer le silence le plus absolu sur tout ce que je pourrai entendre, voir et concevoir concernant l’Ordre; d’avoir du zèle pour la Sainte Foi et l’Ordre; de ne jamais entreprendre quoi que ce soit contre lui, mais de suivre jusqu’au bout avec empressement ce qui rassemble; de ne pas abandonner la Postulance et, si l’autorisation de  quitter l’Ordre m’était donnée, de promouvoir les avantages de l’Ordre auprès des hommes courageux.”

Le Chevalier s’approche, retire le cierge de la main du candidat, l’éteint et les assistants disent:

Les assistants: -” Amen.”

Le Supérieur ôte le tablier de maçon du Postulant en disant:

Le Supérieur: -” Dépose cela. Tu n’es plus au travail, mais au repos dans la maison du Seigneur.”

Puis il met ses deux mains sur les épaules du Postulant en disant:

Le Supérieur: -” Je te reçois Postulant de l’Ordre. Pratique des moeurs pures, une obéissance prompte, un silence sacré. Désormais, tu te nommeras Frater (ou Soror) N... (prénom latin).”

Il l’invite ensuite à se relever et lui attache le cordon blanc autour de la taille en disant: 

Le Supérieur: -” Je te ceins de la ceinture de Vérité afin que tu puisses aux jours mauvais résister et demeurer ferme.”

Il lui passe au col la croix attachée à un ruban blanc moiré en disant:

Le Supérieur: -” Reçois cette croix sainte pour la défense de laquelle notre Ordre a été institué; qu’elle soit à jamais pour toi et pour tes Frères une source de bénédictions et de gloire.”

Il tient les mains jointes du Postulant dans les siennes et l’embrasse sur la joue droite (osculum pacis en disant:

Le Supérieur: -” Que la paix du Seigneur soit toujours avec toi.”

Le Postulant: -” Amen.”

Le Supérieur fait se tourner le Postulant vers le Clerc qui sera chargé de son instruction en disant:

Le Supérieur: -” Je te remets à celui-ci pour ton instruction, afin qu’il te forme selon les règles de l’Ordre.”

Le Clerc: -” Je te reçois, afin que je te forme selon les règles de l’Ordre.”

Le Supérieur: -” Frère Chevalier, reconduisez le Postulant à l’extérieur.”

Le Chevalier raccompagne le Postulant à l’extérieur et lui fait rabaisser ses manches. Il le ramène à la porte (sans chapeau et sans épée) où il lui fait frapper trois coups.  Le Supérieur répond par trois sonneries de cloche.   Le Chevalier ouvre la porte. Le Préparateur fait se placer le Postulant au signe de Postulant et le fait avancer face au Supérieur.

Le Supérieur: -” Frère Postulant, approchez vers ma droite.”

Le Postulant approche en restant au signe. Lorsqu’il est arrivé près du Supérieur, celui-ci dit:

Le Supérieur: -” Ce degré, que vous venez de franchir aujourd’hui, est pour vous un temps de probation, comme toutes vos épreuves précédentes, également pour rechercher, afin de pouvoir vous conformer à votre vocation. Vous êtes aujourd’hui, ainsi que vous venez de l’entendre, dans la Postulance pour entrer dans un Ordre dont le nom et la disposition seront, par la suite, portés à votre connaissance. Combien de temps cela durera-t-il? Seule votre conduite est à même de le déterminer. Toutefois, remarquez que vous en êtes très proche et que vous êtes déjà sur le dernier degré pour, en son temps, pénétrer dans le sanctuaire. Vous apercevez déjà l’éclat de l’Ordre, mais seulement de loin, et cela doit vous faire connaître le sens du signe.”Le Supérieur se lève, se penche vers l’oreille droite du Postulant et dit à voix basse, en lui tenant les mains jointes:

Le Supérieur: -” Le mot est  J-h-v...” Il se rassoit et continue: -” ... c’est l’ancien mot de Maître, celui qui a été perdu mais qui a été retrouvé dans les îles écossaises. Cependant, ce mot n’est à donner nulle part ailleurs que dans une assemblée de Postulants dûment constituée, lorsqu’il vous y sera demandé. Surtout, du fait que vous portez maintenant le nom de Postulant, vous n’aurez plus jamais à servir; commence, dès lors, une toute autre action. Ici, un mur est tracé entre nous et nos Frères; ici s’arrêtent les symboles de la Maçonnerie et, à partir de maintenant, ce qui suit doit être caché à quiconque y est étranger, de la manière la plus sacrée. Ainsi, gardez le silence le plus absolu, pratiquez l’obéissance envers vos Supérieurs et, surtout, craignez Dieu. Que le Seigneur te bénisse, afin que tu produises de nombreux fruits.”

Après un silence, le Supérieur dit:

Le Supérieur: -” Frère Chevalier, conduisez notre Frère à sa place.”

Le Chevalier accompagne le nouveau Postulant à sa place dans l’assemblée.

Le Supérieur: -” Frère N., donnez lecture de l’instruction.”

Le Frère: Instruction pour un Postulant reçu

-“Mon Frère, vous voyez, à l’occasion de votre entrée dans cette assemblée, comme tout a considérablement changé. Cependant, vous voyez aussi comme au début, lorsque vous êtes devenu Maçon, que l’on vous donne l’assurance qu’un temps viendra où la langue des symboles cessera et tout ce que ces derniers renferment vous sera alors clairement expliqué. Ce temps, si ardemment attendu sur les chemins obscurs de la Maçonnerie, est à présent arrivé. Vous n’êtes plus dans une Loge, mais vous êtes entré dans la maison des Postulants de notre Ordre. La Maçonnerie trouve ici son aboutissement. Apprentis, Compagnons et Maîtres sont laissés en arrière, pour travailler à l’extérieur à cet édifice que nous, dans le secret, nous nous efforçons d’amener en pleine lumière. Votre tablier de cuir vous a été ôté et placé, avec raison, sur le côté, de la même manière que sont habillés nos Frères qui couvrent cette assemblée ; ceci signifie que, sous le vêtement de la Maçonnerie, nous jouissons d’un parfait silence et de la sécurité. L’une est déjà accomplie mais l’autre n’attend pas qu’une explication complète vous soit donnée. Mon Frère, ceci n’arrivera seulement que lorsque vous aurez terminé cette Postulance et que vous vous serez bien comporté durant celle-ci, car seule votre conduite peut prolonger ou raccourcir ce temps. Cependant, pour vous donner quelque explication, je veux brièvement vous entretenir de ce qui a été entrepris avec vous, puis vous conduire à une certitude des devoirs que vous devrez observer de la manière la plus scrupuleuse. Vous avez d’abord été conduit dans une pièce faiblement éclairée où règne le silence, pour vous rappeler le sentiment de l’âme paisible, propice aux décisions importantes, afin de vous montrer que, lorsque vous vous trouviez, pour ainsi dire, en tant que Maçon, dans la véritable lumière, cela ne pouvait vous indiquer la véritable voie, mais qu’une main étrangère, celle d’un guide secret, vous serait donnée. Vous avez donc été appelé vers l’Ordre; mais avant, vous avez dû abandonner votre épée et vos vêtements. Chez nous, les armes sont choses tout à fait irritantes. Car vous avez été appelé à un degré de paix, et la sûreté par les armes est à laisser à d’autres. Un tablier de cuir était la seule chose qu’on vous ait laissée, et c’est revêtu de celui-ci que vous avez été conduit à la porte de la Maison de la Postulance. Alors, l’entrée chez nous vous a été donnée par quelqu’un, comme seules sont les voies de la Maçonnerie. C’est la seule porte légale par laquelle on peut pénétrer. Mais, auparavant, vous avez dû vous laver les mains, car l’endroit où vous pénétrez est saint, et votre détermination pour cela fut très appréciée parmi nous. Ensuite, on vous mit un cierge allumé en main gauche. Ceci devait être pour vous un signe, que vous cherchiez quelque chose qui était caché, mais que c’était pleinement digne d’une recherche pénible. Vous le trouverez sûrement, au cas où vous devriez atteindre la dernière extrémité[7]. Différentes questions vous ont été posées. Celles qui concernent la Maçonnerie et leur sens vous sont déjà connues et s’expliquent donc pour vous d’elles-mêmes. Cependant, veuillez retenir ceci: le mot de Maître, dans lequel résidait la sainteté et qui reflète, depuis, l’abomination et la désolation, a été perdu. Perdu mais retrouvé dans les îles écossaises, en un lieu où le lion terrible ne rugit pas, où le coq perfide ne chante pas et où une femme bavarde ne peut caqueter; bref, là où tout est aussi calme que dans la vallée de Josaphat, en Terre Sainte. Vous n’auriez pu aller plus avant, si vous n’aviez travaillé sous les ordres du Maître N-t-m. Lorsque vous êtes entré, vous avez constaté que tout était dans l’obscurité, car le temps et les circonstances ont tout assombri. Là où il était midi, il est à présent minuit. Là où il y avait des palais, il n’y a plus que des ruines. Pourtant, la lumière luit au milieu des ténèbres et des ruines s’élève un nouvel édifice. S’il lui ressemble ou même s’il est encore plus beau, il faut s’en remettre à Dieu et au temps. Car, si les jours et les ans changent en suivant le cours de la nature, tout repose dans la main de Dieu, aussi longtemps qu’ils dureront. Pour finir, vous avez prononcé vos voeux de Postulant; ayez constamment à l’esprit les obligations auxquelles vous vous êtes engagé. Votre premier devoir, c’est l’obéissance. Celui qui ne pratique pas l’obéissance rompt ses voeux. Car aucune société ne peut tenir sans supérieurs qui édictent des lois, - et vous devez obéir aux lois - ni sans subordonnés qui exécutent les ordres des supérieurs avec la plus stricte obéissance. En tout premier lieu, vous devez obéissance au Révérend Supérieur, ensuite au Vénérable, sous peine d’être placé sous leurs surveillance et direction particulières. Vous devrez aller là où ils vous diront de résider; ce qu’ils vous ordonneront, vous devrez l’exécuter sans poser aucune question au sujet de la raison, car leurs exigences répondent aux lois, à la conscience et à l’amour. En outre, soyez attaché au silence le plus absolu. Il en coûte peu de se taire, et ce qui est exprimé par la langue ne peut être récupéré. Si l’on se comporte ainsi pour des secrets de peu d’importance, il sera alors plus facile de taire ceux qui sont plus importants. Il n’y a, en vérité, aucune chose qui ne soit un secret en elle-même; ce qui fait d’une chose un secret, ce sont le temps, les circonstances et la manière d’être des hommes. C’est pourquoi ils sont grands ou petits, selon qu’ils paraissent être de peu d’importance à celui-ci ou véritablement grands et d’importance à celui-là. Même le nom du degré auquel vous venez d’accéder aujourd’hui ne doit pas être nommé par vous; même les projets que vous élaborez doivent rester enfermés dans  votre coeur, afin que vous n’en fassiez part même à un Frère de votre degré. Celui qui se tait, et auquel vous les dévoilez, pensera bientôt, lui aussi, que ce qu’il a dans son coeur est indigne. Soyez alors assuré que, s’il va de conserve avec vous dans cette voie, vous serez comme deux égarés sur une route qui ne mène nulle part. Votre dernière obligation, la plus élevée, c’est le zèle pour la Sainte Foi et pour le mieux de l’Ordre. Ensuite, tout s’explique de soi-même: qui est froid dans ses devoirs envers Dieu le sera également dans les autres; qui est tiède dans le zèle pour le mieux de l’Ordre éloigne infidèlement sa main de l’œuvre à laquelle il s’est voué par les serments les plus solennels, et sa défaillance porte en elle-même les germes de sa propre punition. Soyez fidèle à vos devoirs! Tout se dénouera de soi-même dans la suite des temps. Tout se montrera dans la véritable Lumière. Alors, tout vous démontrera, enfin, que rien ne s’est passé inutilement, que rien de ce qui vous était arrivé était fortuit ou sans rapport avec vous. Je souhaite que vous puissiez voir ce jour et j’appelle sur vous, à compter de demain, toutes sortes de choses heureuses, par les saints nombres 7 et 9.”    

Lorsque l’instruction a été lue, le Supérieur, imité de tous les Frères, se lève. Tous se mettent à l’ordre de Postulant et le Supérieur prononce la prière:

Le Supérieur: -“Prions: Sois avec nous, Seigneur, Père très saint,

sois avec nous, Dieu éternel et tout-puissant,

toi qui nous a choisis en Jésus-Christ

avant  la création du monde,

pour être saints en ta présence dans l’amour,

pour être tes fils adoptifs en ton Fils bien-aimé.

A chaque pas de l’histoire, tu as mis à part des hommes

pour qu’ils te servent dans l’obéissance et la foi

et soient parfaits comme tu es parfait.

C’est ainsi que tu as appelé Abraham,

lui ordonnant de quitter la maison de son père,

pour le pays que tu lui montrerais.

Tu t’es révélé à Moïse

et tu en as fait le conducteur de ton peuple au désert.

Sur la montagne de l’Horeb,

tu as fait entendre ta voix à Elie le prophète,

et tu l’as empli d’un zèle jaloux pour ton saint Nom.

Parmi les enfants des femmes, tu as distingué Jean-Baptiste,

pour en faire le témoin de ta lumière.

Enfin, pour nous montrer le chemin vers toi,

tu nous as envoyé ton propre Fils, Jésus-Christ,

né de la Vierge Marie.

Il appela à sa suite douze disciples pour vivre avec lui

et pour être les témoins de sa mort et de sa résurrection.

Au jour de la Pentecôte,

il répandit sur eux l’Esprit de sainteté, qui vient d’auprès de toi.

A leur communauté, tu adjoignis de nombreux croyants

et cette multitude, fidèle à la communion fraternelle,

n’avait qu’un coeur et qu’une âme.

Depuis lors, par ton Esprit Saint,

tu ne cesses d’appeler d’innombrables fils

à la sainteté de la profession cléricale.

Regarde avec bonté nos Frères et Soeurs.

Sanctifie-les, bénis-les, garde-les pour toujours.

Donne-leur, Seigneur, le fruit de l’Esprit

qui est charité, joie, paix,

patience, serviabilité, bonté, confiance dans les autres,

douceur et maîtrise de soi.

Que ton Esprit soit leur vie;

que ton Esprit les fasse agir

et qu’il les garde en son amour.

Conduis-nous tous ensemble à la vie éternelle.

Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.”

Le Supérieur et les Frères se rassoient et le Supérieur poursuit l’ordre du jour ou annonce la fermeture de l’assemblée.

 



           

          

             

             

             

             

           

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Histoire récente de la Stricte Observance

29 Juin 2012 Publié dans #Rites et rituels

Entre 1751 et 1755, l'Ordre templier, également connu sous le nom d'Ordre Illustre de la Stricte Observance, fut réorganisé sous l'impulsion de Varl Gotthelf, Freiherre von Und und Alten-Grotkau1, Eques ab Ense (Chevalier de l'Epée, qui fut reçu dans les trois premiers grades de la Franc-Maçonnerie le 20 mars 1742 au sein de la Loge l'Union de Francfort-sur-le-Main. C'est au cours d'un premier voyage (de décembre 1742 à septembre 1743) qu'il fut admis dans l'Ordre du Temple par Lord Kilmarnock, Grand Maître des Maçons d'Ecosse, et présenté à Charles-Edouard Stuart, le jeune prétendant, désigné sous le nom de « Chevalier au Plumet rouge ». Dirigé en 1743 vers Marschall von Bieberstein, Grand Maître Provincial de la VII° Province templière, il lui succéda en 1751.

Décidé à rétablir l'Ordre du Temple dans son ancienne splendeur et à le renouveler, le baron de Hund, avec l'aide des Frères Georges et Charles Schmidt, de von Tanner et de von Schoenberg, réécrivit les rituels de l'Ordre et mit au point le cérémonial. Vers 1751, il érigea une Loge et un Chapitre Provincial sur ses terres, à Unwuerde et, en 1753, il délivra une nouvelle patente à la Loge de Naumburg. Ce fut dans cette Loge que le premier projet financier ou « Plan Economique » fut élaboré car, sans finances, il était évidemment impossible de restaurer toutes les Provinces de l'Ordre. En 1755, un deuxième Plan Economique prenant appui sur le premier fut promulgué.
L'Europe fut divisée, comme autrefois, selon le Livre Rouge, en neuf provinces: I. Aragon, II. Auvergne, III. Occitanie, IV. Léon, V. Bourgogne, VI. Grande-Bretagne, VII. Basse-Allemagne jusqu'à l'Elbe et l'Oder, VIII. Haute-Allemagne jusqu'au Danube, IX. Grèce et Archipel.

Au Convent d'Altenberg, convoqué en mai 1764, le baron de Hund rencontra Johnson qui se déclarait l'émissaire de l'Ordre du Temple et député par le Souverain Chapitre d'Ecosse pour organiser l'Ordre en Allemagne. Le baron de Hund qui s'inquiétait des agissements de Johnson et de sa folie des grandeurs, le débouta de ses prétentions. Arrêté et enfermé à la Wartburg2, il y mourut le 13 mai 1775. Après avoir conté aux Frères l'histoire de son admission dans l'Ordre et montré le Livre Rouge ainsi que d'autres documents, le baron de Hund vit son autorité confirmée en tant que Grand Maître Provincial par les membres présents qui reçurent de lui de nouvelles instructions.
En 1766, un nouveau Plan Economique qui prévoyait, entre autres, des revenus financiers pour assurer les prébendes des dignitaires du système fut mis au point.

Le 17 février 1767, le pasteur Jean-Auguste Starck et ses associés fondèrent la Loge « Les Trois Lions » à Wismar et greffèrent sur elle le Chapitre Clérical de l'Ordre. C'est au Convent de Kohlo (du 4 au 24 juin 1772), qui vit la réorganisation de l'Ordre, la création du Directoire de Dresde et l'abandon définitif d'un plan économique, qu'un accord fut conclu avec les Clercs dont les Chapitres Cléricaux devaient désormais émaner de la seule autorité du baron de Hund; de plus, les Chevaliers ne pourraient, à l'avenir, être reçus sans la présence d'un Clerc; le Grand Prieur devait siéger au Grand Chapitre de Dresde et apposer sa signature sur toutes les patentes et constitutions. A ce même Convent, le duc Ferdinand de Brunswick fut élu Magnus Superior Ordinis et Grand Maître de toutes les loges écossaises du régime, Charles de Hund, en tant que Grand Maître Provincial, assurant désormais le rôle d'un monarque constitutionnel.

Sous la direction du baron Weiler, nommé par le Grand Maître Provincial Commissarius et Visitator specialis,furent organisées les trois Provinces françaises: en 1772, la V° Province, la Bourgogne; en 1774, la II° Province, l'Auvergne, et, la même année, la III° Province, l'Occitanie. Mais, dès 1778, le Convent des Gaules, sous l'impulsion de Jean-Baptiste Willermoz, décida d'abandonner toute référence à l'Ordre du Temple, de modifier en conséquence les rituels et de transformer le dernier grade templier de la Stricte Observance en celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Le Convent de Brunswick (23 mai-6 juillet 1775) légalisa officiellement les neuf Provinces de l'Ordre et transféra le Directoire à Brunswick, mais le vieux débat concernant la patente de Hund, par laquelle il assurait détenir son autorité, refit surface. Un nouveau Convent, convoqué à Wiesbaden (15 août-4 septembre 1776), vit s'effondrer, peu après, les prétentions de Gugomos qui affirmait être en relation avec le véritable chef de la branche savante de l'Ordre à Chypre et posséder les connaissances secrètes de cette branche.

Le 8 novembre 1776, le baron de Hund mourut à Meiningen (Thuringe) et son inhumation eut lieu le 13 novembre, avec toute la pompe due à son haut rang, au pied du maître-autel de l’église catholique de St Kilian de Mellrichstadt (Franconie). Sa mort fut suivie d’une période de confusion et, en 1777, le prince Charles de Hesse, duc de Sudermanie, proposa sa candidature à l’office vacant de Grand Maître Provincial. C’est cette même année que Charles-Edouard Stuart nia tout lien avec la Franc-Maçonnerie, cet aveu, pour quelques-uns, ayant été de pure circonstance et dicté par des raisons politico-religieuses. La tradition secrète de l’Ordre affirme qu’il fut élu Grand Maître de la branche écossaise de l’Ordre du Temple3, qui s’était perpétuée sans interruption en Ecosse depuis l’abolition de l’ancien Ordre et qui n’avait évidemment rien de maçonnique, à Holyrood Palace, le 24 septembre 1745 ; ce qui lui permit de dénier quelque appartenance que ce fût à l’Ordre maçonnique. C’est au sein de cette branche séculière de l’Ordre du Temple, fondée par des chevaliers écossais après la suppression de leur Ordre, que fut transmise durant quelques siècles la Grande Maîtrise de l’Ordre templier.
La conférence de Hambourg (4-16 juillet 1777) accepta la candidature de Charles de Suède, qui fut approuvée par le Convent préliminaire de Leipzig (16-22 octobre 1777).
Le Convent de Wolfenbüttel (15 juillet-24 août 1778) élut Grand Maître Provincial le prince Charles de Suède, mais le départ des Clercs du système et le retrait des Chapitres de Silésie et de Berlin annoncèrent le début du déclin de la Stricte Observance.
Le Convent ou Diète de Brunswick ’24 août-9 septembre 1779) procéda à l’installation par procuration du prince Charles de Suède et à l’élection de son coadjuteur, le landgrave de Hesse-Cassel.
Le 20 avril 1781, Charles de Suède renonça à la grande maîtrise provinciale et se retira à son tour de la Maçonnerie Rectifiée, autre appellation de la Réforme de Dresde.

C’est le Convent de Wilhelmsbad qui précipita le déclin de la Stricte Observance dont l’organisation se voulait calquée sur l’ancien Ordre du Temple : le système et le rite furent réorganisés ; la réforme française dite de Lyon fut adoptée ; Ferdinand de Brunswick fut élu Grand Maître Général ; la numérotation des Provinces de l »Ordre fut changée et le Directoire transféré à Weimar.
Peu à peu la Stricte Observance perdit le prestige qu’elle avait exercé sur la Franc-Maçonnerie germanique et continentale. Le 30 janvier 1784, le système des « Trois Globes » de Berlin rompit tout lien avec l’Ordre templier et le Rite Rectifié ; et le 31 décembre 1784, les loges de Hambourg prirent la même décision. En 1792, on peut relever les dernières traces identifiables des Clercs et, avec la mort du prince Ferdinand de Brunswick, le 3 juillet 1792, le système de la Maçonnerie Rectifiée devait connaître une longue éclipse.
Le 2 novembre 1792, le prince Charles de Hesse fut nommé Grand-Maître de la Franc-Maçonnerie danoise par décret royal, mais il se considéra toujours comme Grand Maître d'Allemagne. A sa mort, en 1836, le prince héritier de Danemark devint Protecteur. Le système persista jusqu'en 1855 sous une forme quelque peu altérée.
En 1855, le Protecteur, le roi Frédérick VII, ordonna que le Rite Suédois, fortement inspiré par la Stricte Observance, fût adopté ; il est, depuis lors, pratiqué par les Grandes Loges et les Chapitres de Danemark, de Suède, de Finlande et de Norvège.

Mais la Stricte Observance ne cessa jamais d'exister sous sa forme particulière, bien qu'« occultée », dans certains pays germaniques et du nord de l'Europe ; sa survivance explique son influence sur les systèmes « templiers » actuels. De plus, la filiation individuelle de la qualité de « Chevalier du Temple » au sein de quelques familles nobles a permis la transmission de l'intégralité du message dans la fidélité à la sainte religion chrétienne.
On peut considérer que, de son côté, le Régime Ecossais Rectifié, dont les prémices avaient été posés au Convent de Kohlo en 1772, a conservé en son sein le « souvenir » de la Stricte Observance de laquelle il tire indubitablement son origine ; mais les Convents fondateurs du Régime, ceux de Lyon en 1778 et de Wilhelmsbad en 1782, avaient déjà remanié considérablement les rituels et l'organisation de l'Ordre.
Après la Révolution française, le Régime Ecossais Rectifié connut, à son tour, de nombreuses vicissitudes. La conséquence en fut que, en 1828, la Préfecture de Besançon, appartenant à la V° Province, dite de Bourgogne, avant de cesser ses travaux, remit à Genève (qui appartenait à la même Province) une partie de ses archives afin qu'elle conservât intacts les codes (celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et le Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées), les rites et la doctrine.
C'est pourquoi le Grand Prieur d'Helvétie devint le conservateur du rite jusqu'à ce que le Régime Ecossais Rectifié reprenne son développement avant la création de Grands Prieurés, en France, en Belgique et aux Etats-Unis.

Il faut souligner que, parallèlement, la Stricte Observance perdura en tant que telle dans sa forme initiale voulue par ses fondateurs, se référant explicitement aux valeurs fondamentales de l'Ordre du Temple, telles qu'on pouvait les concevoir au XVIII° siècle. La filiation s'est opérée de chevalier à chevalier au sein de quelques familles nobles, assurant ainsi l'intégralité du message.
En France, une résurgence récente a vu la restauration officielle de la III° Province templière de l'Ordre, dite d'Occitanie, de façon régulière, tel le phénix renaissant de ses cendres. Plusieurs hauts dignitaire du Régime Ecossais Rectifié ont senti le besoin pressant de revenir aux sources de la chevalerie templière et ont eu également le privilège d'être reçus Chevaliers du Temple et Clercs de la Stricte Observance par un éminent dignitaire de l'Ordre en Europe Centrale, l'Eques Professus ab Hieracio. Une première Loge fut consacrée3 selon les us et coutumes des Loges réunies, le 1er avril 1995, en la fête de saint Hugues, par un collège consacrant constitué de Francs-Maçons émérites ayant accédé aux plus hautes responsabilités maçonniques dans une autre Province. Le Grand Chapitre Provincial d'Occitanie, III° Province de l'Ordre, fut solennellement consacré le 11 novembre 1995 au cours d'une cérémonie qui reprenait les fastes de la Maçonnerie templière à ses débuts ; ce même jour, le Grand Prieur de l'Ordre devait également installer le Grand Maître Provincial, l'Eques Professus Petrus a Militia Christi, et ses Officiers dans la plus pure tradition templière de la Stricte Observance.
Des nécessités impérieuses ont amené les Grands Dignitaires de l'Ordre à réunir un Convent le 1er octobre 2010 au cours duquel fut rétablie la Grande Maîtrise Générale de l'Ordre qui reprit alors son ancien nom d'Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem ; le jour même fut élu et installé le Grand Maître Général, Protecteur de l'Ordre et Conservateur du Rite, l'Eques Professus a Militia Christi.

Depuis lors, le Grand Chapitre Provincial d'Occitanie, en l'attente de la restauration des autres Provinces de l'Ordre, gère plusieurs loges en France regroupées au sein d'une Grande Loge Ecossaise placée sous sa haute juridiction.

Source : http://gleo.fr/Histoire_Recente.php

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La Stricte Observance "Templière"

29 Juin 2012 , Rédigé par Michel Seguy Publié dans #Rites et rituels

Parler de la S.O., c'est parler de l'histoire des mythes de la F.M., plus
particulièrement au XVIIIè, où l'opératif fait place au spéculatif, où toute
spéculation est réservée aux lettrés (nobles ou riches), lettrés qui ne
connaissent pas de frontière et parlent une langue commune, le Français.
Le XVIIIè, c'est aussi le "siècle des Lumières", donc de l'obscurantisme, de
guerres de religion latentes, de mysticismes, d'ésotérismes (on parle alors
d'illuminisme), terreau d'un foisonnement de mouvements qui se disent d'autant
plus "maçonniques" que chacun a sa définition et que, si des Landmarks existent,
ils sont édictés de Londres -à partir de 1723- dont l' autorité reste longtemps
contestée, surtout en pays catholique.
Ce foisonnement est particulièrement net en Allemagne, héritière du St Empire
Romain Germanique, mais éclatée en multiples baronnies, et de vieille tradition
mystique, mythologique et ésotérique. Les expériences y abondent, autour de
théosophes à la fois charismatiques et mystérieux, auxquels s'agrègent des
"disciples" en quête d'autres dimensions. Le problème est donc de faire la part
du Vrai et de la mystification.
Parmi ces mouvements, pourquoi isoler la "Stricte Observance", qui n'a, comme la
plupart des autres, vécu qu'un temps limité, et dont le créateur, Charles Von
Hund peut être classé parmi les mystificateurs?
Tout simplement parce qu'on peut dire que notre régime, le R.E.R., y puise une
bonne part de ses sources.
Cet apparent paradoxe s'explique d'abord par des raisons historiques, mais qui
n'excluent pas des raisons de fond.
Bref historique de la S.O.
Le Baron  au sens médiéval du terme, équivalent de Prince Charles de Hund
(...et de quelques autres lieux) a vécu, avec 8 ans d'avance, un itinéraire
proche de celui de Willermoz : initié à l'âge de 20 ans à Francfort, maître 4
mois après, V.M. dans les 12 mois, il va consacrer sa vie à la F.M., jusqu'à s'y
ruiner. L'aventure de la S.O. commence dès l'année suivante, en 1743, lors d'un voyage à
Paris, où il aurait été armé chevalier selon le rite templier, avant d'être
nommé G.M.de la VIImè Province, successeur du Margrave Von Biberstein, dont
on connaît les liens avec les Stuart. La S.O. sera dotée de statuts en 1756 soit 13 ans plus tard , à Dresde. A noter que, 3 ans avant, Willermoz crée à Lyon la "Loge de la Parfaite Amitié", à vocation de Grande Loge "à l'instar de celle de Paris", qui se verra dotée de
statuts en 1760 soit 7 ans plus tard. La même année (1753), Martinez de
Pasqually (Portugais, sans doute Marrane et kabbaliste) fonde le "Temple des
Elus Cohens", qui, eux, attendront leurs statuts 14 ans..., avec la
particularité d'une quasi-absence de rituel.
Par contre, du rituel, la S.O. en dispose...: c'est celui de la Chevalerie
Templière, dont le faste n'est pas étranger à son succès auprès de la noblesse
d'Allemagne (parmi laquelle nombre de Chevaliers Teutoniques, toujours vivaces).
Sur ce rituel se greffe un système "philosophique" original:
La Stricte Observance  qui sera, à juste raison qualifiée de "Templière", mais
par les observateurs extérieurs, se veut, à l'instar des ordres monastiques
(notamment Cisterciens et Franciscains), un retour à la règle fondatrice,
primitive, en réaction contre le laisser-aller ambiant: au XVIIIème, la F.M. se
résumait souvent à des "tenues d'agapes", au sein de "Loges de Bacchus" (dixit
Frédéric II), où se réunissaient des hommes de bonne compagnie.
Retour à la règle, donc, mais quelle règle ? Celle des Templiers, bien sûr, mais
remise par Von Hund au goût du temps, donc mêlant dans un système cohérent les
saga templière et écossaise (donc catholique):
les Templiers sont les vrais Maîtres de la F.M., qu'ils ont apportée à
l'Ecosse en fuyant les persécutions. La F.M. est donc le noviciat du Temple, et
la S.O., plus que son héritière, est le Temple Rétabli. La S.O. est donc un
Ordre, d'où ce rituel très formel, une stricte hiérarchie, une organisation
territoriale et de gouvernement quasi-miltaire.
l'Ecossisme, pris à la fois en tant que système de hauts grades et au sens
historique : les Stuart, de tous temps protecteurs du Temple, en sont
héréditairement, les "Supérieurs Inconnus", et en investissent les Grands
Maîtres. D'ailleurs, Von Hund, adoubé par un Chevalier inconnu, aurait reçu ses
patentes du "prétendant" Charles-Edouard.
Le système Von Hund s'appuie sur d'autres "faits", dont certains sont
historiquement avérés :
après 1314 (immolation de Jacques de Molay), quelques Templiers trouvent asile
en Ecosse, auprès du Roi Robert Bruce Ier Stuart, l'aident à vaincre ses ennemis
et s'en trouvent récompensés par la création de l'Ordre de St André du Chardon,
à eux réservé (et à leur descendance mâle), mais dont le Roi se réserve le titre
héréditaire de Grand Maître, et au sein duquel ils reconstituent le Temple.
sous l'égide de Jacques VI, près de 3 siècles après (1593), se constitue la
"Rose-Croix Royale", formée de 32 Chevaliers de St André, dont naîtra, en 1645,
l' "Invisible College". en 1662, sous Charles II, cette société secrète est à l'origine de la "Royal
Society", dont nombre de membres seront eux-mêmes à l'origine des Loges qui
formeront en 1717, la Grande Loge de Londres.
de même, la Loge créée en 1688 à St Germain-en-Laye par Jacques II, dernier
Stuart régnant exilé, se voit soucher un Chapitre de Maîtres Ecossais de St
André du Chardon. Ajoutons à cela les nombreux contacts prouvés entre les Stuart et les mystiques Allemands, la disparition de toute archive lors de la création de la G.L. de
Londres (dont, d'après Von Hund, les preuves de la filiation templière), le
discours du Chevalier Ramsay en 1737 ("nos ancêtres, les Templiers..."), la
création en 1743 (date de la "révélation" parisienne de Von Hund ), mais à Lyon,
d'un grade de vengeance du Temple...sans parler des nombreuses traces de
l'agrégation des Templiers aux maîtrises de constructeurs .
En bref, dans l'esprit des nombreux convertis, la cause est entendue: la seule
et vraie F.M. est celle du Temple, donc celle de la S.O.
Cette certitude est celle du Convent d'Altenberg (1763), qui avalise les statuts
rédigés par Von Hund.
...Mais déja un peu moins celle du Convent de Kohlo, qui, 9 ans après (1772):
1) change l'appellation de S.O. en Régime Ecossais Rectifié (et le rite du même
nom), le "Rectifié" étant défini par son sens alchimique d' authenticité
première (élimination de toute impureté dans le processus de transmutation).
2) surtout, proclame Ferdinand de Brunswick "magnus superior" de l'Ordre,
relativisant ainsi toute référence aux "Supérieurs Inconnus".
Entre temps, Von Hund a en effet perdu de sa crédibilité quant à son fameux
voyage à Paris, début de l'aventure S.O., dont il ne peut prouver aucun fait. Il
admet même un certain désintérêt (récent) des Stuart pour la F.M....
Cela n'empêche pas le système de perdurer: à l'Allemagne, puis à la Suisse qui
s'y est ralliée dès Altenberg, s'ajoutent Strasbourg, puis Lyon, avec Willermoz,
G.M. du Tribunal Souverain qu'il vient de créer avec St Martin (future Grande
Loge Ecossaise). Après la visite du Baron de Weiller dépéché par Von Hund, il
prend la tête de la IVèmè Province, et va essaimer le R.E.R. à Bordeaux et
Montpellier.
Plus dure sera la chute...
Von Hund meurt en 1776. Immédiatement, Brunswick lance une enquête, qui confirme
ses soupçons: non seulement le "Prétendant Stuart" n' a pas pu rencontrer Von
Hund à Paris (il n'y était pas), mais il n'est même pas maçon (refusé par son
père!), et la patente de G.M.P. de Von Hund est à la fois cryptée et
apocryphe...La S.O., désormais R.E.R., a donc Von Hund comme seul auteur et père...et
Brunswick ordonne une "rectification". Willermoz réagit à hauteur de sa déception: dès 1778, il réunit les loges de Lyon et de Strasbourg en un Convent des Gaules, où -avec Turkheim (G.M.  Strasbourg)- il prouve son talent de synthèse: au lieu de tout rejeter de la
S.O. en bloc, il en garde la partie utile à ses desseins, soit son rituel
(R.E.R.), qu'il a lui-même recopié en 1772, et son organisation, qu'il transpose
dans l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (C.B.C.S.), auquel
adhère la Suisse en créant (1779) le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie.
La réforme de Willermoz devient la règle de toutes les loges initiatiques au
convent de Wilhemsbad (1782), qui, sous la Présidence d'un triumvirat
Brunswick-Hesse-Willermoz, dénonce la S.O. et toute ascendance templière.
Quelques réticences se manifesteront en Allemagne, avec des partisans
"économiques" (l'organisation et l'élitisme de la S.O. avaient suscité un
fructueux système de tontine) ou "mystiques", qui prêtaient aux templiers des
talents alchimiques. Ces résistants vireront d'ailleurs pour beaucoup au
mesmérisme (apparu en 1783). Epilogue: en 1794, Brunswick invite les Loges à se dissoudre, une "venimeuse secte" les ayant corrompues. En conclusion de ce bref historique, se pose la question du pourquoi?
Von Hund, mystificateur? Plutôt auto-mystifié: pour asseoir son système, il
fallait que le fondateur de la S.O. en ait lui-même vécu la réalité, "pieux
mensonge" auquel il a fini par croire lui-même...Mais les historiens, s'ils ne
nient pas sa sincérité, s'accordent à y voir aussi une sorte de fanatisme, pour
la restauration des Stuart, pour le triomphe de l'Eglise Catholique sur la
Réforme, pour une résurrection "spirituelle" du Saint-Empire Romain Germanique.
d'où, en corollaire, son succès auprès d'une élite nostalgique des Ordres
chevaleresques, tant en Allemagne (avec les Teutoniques) qu'en Bourgogne, éprise
de rites, d'ordre, mais aussi de spiritualisme (notamment théosophique).
dernier point d'interrogation: Willermoz, insatisfait notoire, qui cherche et
se cherche: après Martinez de Pasqually et Claude de Saint-Martin, il trouve Von
Hund et sa S.O..La synthèse de toutes ses expériences, c'est le R.E.R.: pour caricaturer, il y
trouve le contenant qui manquait à son contenu. Mais ceci est une autre histoire...

Source : http://fr.dir.groups.yahoo.com/group/qabalah/message/257

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La Franc-Maçonnerie en Allemagne

29 Juin 2012 , Rédigé par GLSA Publié dans #histoire de la FM

 

LES DÉBUTS

Pareilles à celles d’Angleterre, les anciennes Loges opératives allemandes se sont peu à peu transformées en Loges spéculatives. Cependant, en Allemagne la Maçonnerie n’a réussi à se maintenir que dans quelques localités, ce qui l’a em- pêchée d’acquérir l’importance de la branche anglaise.

Lorsque la Franc-Maçonnerie anglaise se propagea en Allemagne, il s’y trouvait déjà quelques anciennes Loges et même des Grandes Loges, comme par exemple la Grande Loge «Indissolubilis» dont les rituels ont été conservés en majeure par- tie. Une reconnaissance réciproque entre les deux puissances n’eut toutefois ja- mais lieu; la Grande Loge «Indissolubilis» interdisait même expressément d’ac- cepter des Francs-Maçons issus d’autres obédiences. Malgré la progression rapide de la Maçonnerie anglaise sur le territoire allemand, l’organisation autochtone se maintint encore assez longtemps.

La Franc-Maçonnerie allemande existe en fait depuis plus de 250 ans et n’est que de 20 ans la cadette de la Maçonnerie anglaise. Son berceau se situe à Hambourg. La «Loge de Hambourg», nommée ultérieurement «Absalom zu den Drei Nesseln» (Absalon aux Trois Orties) et qui existe encore de nos jours, fut la pre-

mière Loge d’Allemagne. En 1737 ses fondateurs – des hommes jeunes d’à peine 20 ans -, formaient un groupe d’idéalistes enflammés qui voulaient, sous le couvert de la Loge, propager l’esprit naissant de la Liberté et échanger ensemble des idées, celles mêmes qui dans le système absolutiste de l’époque étaient considé-

rées quasi criminelles.

Il s’agissait de la liberté d’expression, de conscience et de réunion ainsi que des autres libertés fondamentales, si naturelles pour nous aujourd’hui, mais conçues et revendiquées par des intellectuels courageux bien en avance sur leur temps.

L’origine et l’histoire de la Franc-Maçonnerie, rappelons-le, sont indissoluble- ment liées à l’esprit du Siècle des Lumières et à...l’émergence de l’homme s’ex- trayant de sa «minorité» intellectuelle dont il se tient pour responsable (Kant).

En 1738, le prince héritier Frédéric de Prusse, le futur Frédéric le Grand, fut reçu dans cette «Loge de Hambourg». Son fondateur, Charles Sarry, deviendra plus tard Maître en Chaire de la Loge «Aux Trois Globes» à Berlin. En 1738 égale- ment, le Comte Rutowsky fonda à Dresde les trois Loges: «Aux Trois Aigles Blancs», «Aux Trois Epées» et «Aux Trois Cygnes». Une Loge princière fut créée

au sein même de la cour prussienne de Charlottenbourg; le prince héritier Frédéric donnait en 1740 l’ordre à Philippe Simon de constituer à Berlin la Loge «Aux Trois Globes». En 1741 la Loge «Aux Trois Compas» vit le jour à Leipzig et le Marquis Frédéric de Brandebourg-Bayreuth fonda la Loge «Au Soleil» à Bayreuth. D’autres Loges furent créées dans la plupart des grandes villes alle- mandes. Selon les habitudes de la bonne société de l’époque, les travaux se dé- roulaient en langue française et beaucoup de Loges portaient des noms français.

Ulrich von Merhart écrit dans son important livre La Franc-Maçonnerie univer- selle, (Hambourg 1969):

Le développement de la Franc-Maçonnerie en Allemagne a suivi un itinéraire particulier et compliqué. Le territoire national actuel était subdivisé à l’époque

en de multiple petits états organisés sous différents régimes. Par conséquent les relations entretenues avec les pays environnants étaient très diverses. Ce fait fa- vorisa l’éclosion de différents usages maçonniques. Mais leur diversité même en- traîna les difficultés qui durent être vaincues pour réaliser l’unification. Il sera donc plus aisé de traiter séparément les anciennes Grandes Loges car, dès le dé- but du Troisième Reich, elles durent soit se dissoudre complètement ou se trans- former en associations chrétiennes. Cette cassure permit après 1945 un renou- veau dans des conditions plus favorables.

DIVERSITÉ DES OBÉDIENCES

Pour mieux comprendre l’unification future voici un bref aperçu des plus impor- tantes anciennes Grandes Loges d’Allemagne:

La Grande Loge-mère nationale «Aux Trois Globes»

En 1744 la Loge berlinoise «Aux Trois Globes» se constitua en Grande Loge sous le nom de «Royale Grande Loge-Mère aux Trois Globes» et se développa brillamment. Au début, elle travaillait selon le rite anglais moderne. Lorsque le système de la «Stricte Observance» pénétra en Allemagne, la Grande Loge «Aux Trois Globes» l’adopta en 1766, mais l’abandonna en 1780. En 1783, après le Convent de Wilhelmsbad, elle se déclara indépendante et adopta son propre système rectifié, dont les Hauts Grades comportaient davantage de degrés sans grande valeur initiatique. En 1796, elle obtint la protection royale. Un directoire de sept membres la dirigeait, d’où la notion d’Ordre Intérieur. Un système de grades se développa comportant les trois degrés symboliques, un degré écossais et les trois

grades de l’Ordre Intérieur.

En 1933 cette Grande Loge comptait 177 Loges avec 22’700 Frères; pour se «dé- douaner»vis-à-vis du nazisme, elle se transforma alors en «Ordre national chré- tien», pour finalement se saborder en 1935. Ressuscitée dès 1970, ses 25 Loges sont rattachées aux Grandes Loges Unies d’Allemagne («Vereinigte Grosslogen von Deutschland [VGLvD]»).

 

La Grande Loge de Prusse dite «A L’Amitié»

Le 5 mai 1760, quelques Français fondaient à Berlin la Loge «Aux Trois Colombes». Peu de temps après, elle changeait de titre distinctif en «L’Amitié aux Trois Colombes». En 1765, elle accueillit le Duc Edouard Auguste d’York et s’in- titula «Royal York de l’Amitié». Le Duc obtenait de Londres une lettre patente lui confirmant la qualité de Loge-Mère qui, dès 1768, prit le nom de «Loge Provinciale des Etats Brandebourgeois». Elle travailla en langue française jus- qu’en 1795. En ce qui concerne la rédaction du rituel et de la constitution, on la doit à Ignace Aurelius Fessler, un homme qui s’est particulièrement distingué. Pour s’en rendre compte il suffit de constater combien de systèmes apparentés au sien en sont dérivés (voir chapitre 9.7.2).

En 1932 cette Grande Loge comptait 104 Loges avec 11’500 membres; en 1933, elle se transformait en «Ordre Germano-Chrétien – A l’Amitié», vaine tentative d’assurer sa survie sous le nouveau régime. Après 1945, les Loges reconstituées en Allemagne de l’Ouest se rattachèrent à la GL (AF u. AM).

La GL Nationale des Francs-Maçons d’Allemagne (FO)

Celle-ci fut fondée en 1770 par J.W. Kellner von Zinnendorf, né en 1737 à Halle, qui fut reçu en 1757 à la Loge «Philadelphia aux Trois Bras en Or» de sa ville natale. En 1758 il fut initié à Breslau aux grades Ecossais et devient en 1763 membre de la Loge-Mère «Aux Trois Globes». Il était, à cette époque en sa qua- lité de médecin militaire, chef du service de la santé auprès de l’armée prussienne. En 1765, il fut élu Maître en Chaire des «Trois Globes» et pendant une première période également chef de la Stricte Observance dans les états prussiens. Avec le concours d’un ami, il se procura rituels et constitutions de la Maçonnerie sué- doise; K.F. Eckleff, fondateur du rite suédois à Stockholm, lui accorda une pa- tente. Il introduisit ce système (voir chap. 9.11) tout d’abord dans la Loge «La Petite Concorde», ne visant qu’une refonte du rituel. Se heurtant à une forte op- position, il quitta la Loge-Mère «Aux Trois Globes» en 1767 pour fonder sa propre Grande Loge dès 1770. En 1773, la nouvelle Grande Loge, qui connut un développement très rapide, fut reconnue par la Grande Loge de Londres, mais s’en séparait déjà en 1786.

En 1774, elle obtint la protection royale et comptait en 1778 déjà 34 Loges et en 1782 (mort de Zinnendorf) même 62 Loges de Saint-Jean. Des Loges Provinciales se formèrent en Autriche, en Silésie, en Poméranie, en Basse-Saxe et en Russie. La «Grande Loge de Suède», sous l’égide du Duc de Södermanland, ne la reconnut cependant pas immédiatement. Ce n’est qu’en 1819 que le Baron C.C.F. von Nettelbladt réussit à rétablir de bonnes relations avec la Grande Loge suédoise. Déjà avant le Troisième Reich, cette Grande Loge se sépara du reste de la Franc-Maçonnerie et travailla au rite suédois rigoureusement chrétien et s’appela alors «Ordre germano-chrétien».

En 1932 la Grande Loge Nationale des Francs-Maçons d’Allemagne comptait 173 Loges avec 22’300 Frères; elle fut également contrainte de se dissoudre en 1935. Aujourd’hui, la Grande Loge Nationale ou «Ordre Franc-Maçonnique (FO)» avec ses 82 loges est membre des «Grandes Loges Unies d’Allemagne» (VGLvD).

La Grande Loge de Hambourg (Précédemment Grande Loge provinciale anglaise de Hambourg et de Basse-Saxe)

En 1737, la «Loge de Hambourg – Société de Maçons libres de la ville de Hambourg» – fut créée sous impulsion anglaise. Elle s’appelait à l’origine (dès 1764) «Absalon»; plus tard, elle prit le nom d’«Absalon aux Trois Orties».

Cette Loge avait entrepris d’initier Frédéric le Grand par une députation de la Loge. En 1740 déjà, Mathias Luttmann la faisait inscrire au registre londonien des Loges; de ce fait elle devint Grande Loge Provinciale et Luttmann reçut le titre de Grand Maître Provincial. A cette époque d’ailleurs, Lessing était initié à la Loge hambourgeoise «Aux Trois Roses»; c’était lui qui insista pour être reçu, bien qu’on l’ait prévenu de la «stagnation» des Loges à l’époque. Bien qu’il ne fré- quentât plus les travaux par la suite, on trouve dans ses œuvres des pensées ma- çonniques d’une élévation et d’une beauté remarquables.

En 1811, sous l’occupation napoléonienne, la Loge provinciale devint Grande Loge indépendante. En 1814, le directeur de théâtre Friedrich Ludwig Schröder en devint Grand Maître; du même coup, il fit adopter son propre Rituel et s’occupa activement à le faire reconnaître (voir chap. 9.7.1). La «Pilgrim Lodge» de Londres releva d’ailleurs un certain temps de sa compétence.

En 1932, la Grande Loge de Hambourg comptait 56 Loges avec plus de 5’000 Frères. En 1935, elle s’exila à Valparaiso (Chili). Après sa reconstitution en 1945, ses Loges se rangèrent aux cotés de la GL (AF u. AM) en 1949. Son dernier Grand Maître, le pasteur Wilhelm Hintze, devint Grand Maître d’honneur de la première Grande Loge Unie (AF u. AM) d’Allemagne.

La Grande Loge-Mère de l’Alliance Maçonnique Éclectique à

Francfort

En 1741, à l’occasion du couronnement de Charles VII à Francfort, la Loge «L’Union» fut fondée. L’affluence y était grande; elle recevait, en 1743, une patente de Londres et travaillait alternativement en allemand et en français. En 1761, Johann Peter Gogel prit le maillet de Vénérable et devint en 1766 Grand Maître Provincial, ce qui autorisa «L’Union» à retirer les avantages d’une Loge-Mère. Après le convent de Wilhelmsbad, en 1783, la Loge publiait un manifeste de- mandant le retour aux anciens principes et proposant de sélectionner les meilleures parties de tous les systèmes. Au début, il n’était question que de consti- tuer une Alliance, en vue du maintien de l’Art Royal de l’ancienne Franc- Maçonnerie purifiée. Mais avant tout elle se plaça sous la dépendance de la Grande Loge d’Angleterre, en tant que Grande Loge Provinciale, jusqu’en 1822. A l’origine, l’Alliance Maçonnique Éclectique faisait partie des Grandes Loges rigoureusement chrétiennes, repoussant cependant tous les Hauts Grades à l’ex- ception du grade de Royal Arch qu’elle accueillit provisoirement. En 1844, le principe chrétien fut à nouveau abandonné, ce qui eut pour conséquence d’inci- ter quelques Loges à quitter la Grande Loge. En 1849, on confirmait à nouveau les Anciens Devoirs et l’on interdisait formellement d’être membre des Hauts Grades. Ce principe vaut aujourd’hui encore pour certaines de ces Loges. En 1933, «L’Alliance Eclectique» comptait 24 Loges avec 3’500 membres; elle préféra se dissoudre au début du troisième Reich. Dès 1949 les anciennes Loges

se rallièrent à la GL AF u.AM.

La Grande Loge «Au Soleil» à Bayreuth

En 1741, le Marquis Frédéric de Brandebourg-Bayreuth, beau-frère de Frédéric le Grand, fonda la Loge «Au Soleil». Elle travaillait d’abord en français selon un rituel anglais et ensuite selon un rituel français comportant des Hauts Grades. Loge de cour à l’origine, elle devint par la suite Loge de ville et prit alors son appellation «Au Soleil». En 1744, elle se constitua en Loge-Mère, fonda en 1757 des Loges «filiales» à Ansbach et Erlangen et adopta les principes de la «Stricte Observance» dès 1764. Cela provoqua cependant le désarroi dans la fraternité, obligeant la Loge à interrompre ses travaux de 1765 à 1779. En 1791, elle s’unit à la Grande Loge berlinoise «A l’Amitié» pour devenir en 1807 sa Grande Loge provinciale. Mais trois ans plus tard, elle reprit à nouveau son indépendance, se rallia au principe de la Franc-Maçonnerie humanitaire et travailla selon le rite de Fessler. Les Loges possédaient à l’époque une entière souveraineté dans l’élaboration de leurs rituels. Lors de l’annexion de Bayreuth par la Bavière, elle devint, en 1811, Grande Loge de Province «Au Soleil». En 1814, l’Etat bavarois interdit à ses fonctionnaires d’appartenir à la Grande Loge, ce qui réduisit ses effectifs de moitié. En 1868, sa Constitution fut révisée par le grand spécialiste suisse de droit public Johann Caspar Bluntschli. En 1932, cette obédience qui comptait 45 Loges totalisant 4’000 Frères se trans- forma en «Société pour le développement de la culture allemande». Après sa dis- solution sous le troisième Reich et sa reconstitution à partir de 1945, ses Loges rejoignirent la GL (AF u. AM).

TENTATIVES D’UNION AU SEIN DE LA FRANC-MAÇONNERIE ALLEMANDE

Le déchirement et la discorde, qui marquèrent le développement politique alle- mand durant les deux derniers siècles, trouve son reflet dans l’histoire des Grandes Loges du pays. De même, l’ancienne aspiration des Allemands vers un Etat uni resta celle des Francs-Maçons allemands de se voir regroupés en une Grande Loge Unie; encore fallait-il qu’elle laissât à chaque Système une entière autonomie en matière de rituels et leur assurât la possibilité de travailler et de fra- terniser en commun. Le premier pas vers l’unification fut franchi en 1868 par la fondation des «Assises des Grands Maîtres Allemands». Cette organisation élabora des principes ma- çonniques généraux sur lesquels toutes les Grandes Loges allemandes s’accordaient.

L’étape suivante fut, à l’occasion de la création du Reich et selon un vœu una- nime, la fondation de «L’Union des Grandes Loges Allemandes», le 28 mai 1871 à Francfort. Cette Union subsista tout de même pendant 50 ans, jusqu’au départ des trois anciennes Grandes Loges prussiennes, en 1922.

En 1933, la Franc-Maçonnerie allemande, désunie et déchirée, (onze Grandes Loges différentes, dont neuf reconnues et deux non reconnues) est totalement dé- munie face à la puissance menaçante du national-socialisme. La Franc- Maçonnerie allemande a connu ainsi la grande césure des années d’interdiction. Mais cet événement décisif eut un effet salutaire qui se manifesta, dès 1945, par

un désir ardent pour la réunification effective de la Franc-Maçonnerie allemande.

Ce vœu se réalisa d’abord le 17 mai 1958 par la réunion des deux Grandes Loges AFAM et FO en «Grandes Loges Unies d’Allemagne, Confrérie des Francs- Maçons Allemands». Cet accord est bien connu sous le vocable de Magna Charta. Cette dernière connut un important élargissement, lors du Convent de Berlin, en 1970: la «Grande Loge-Mère aux Trois Globes» et les Grandes Loges des Francs- Maçons Americano-Canadiens et Britanniques jusqu’ici Grandes Loges Provinciales, entraient, à égalité de droits, dans le giron des Grandes Loges Unies d’Allemagne.

Sources : GLSA

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Illuminés de Bavière : réorganisation: apport de Knigge

29 Juin 2012 Publié dans #histoire de la FM

La même année 1780, le baron Adolf von Knigge rejoint le mouvement. Franc-maçon depuis 1773, il réorganise l'ordre des illumaten en trois classes :

  1. Première classe – Pépinière :
  2. Cahier préparatoire
  3. Noviciat
  4. Minerval
  5. Illuminé Mineur
  6. Deuxième classe – Franc-maçonnerie :
  7. Apprenti
  8. Compagnon
  9. Maître
  10. Illuminé majeur ou Novice écossais
  11. Illuminé dirigeant ou Chevalier écossais
  12. Troisième classe – Mystères :
  13. Petits Mystères - Prêtre
  14. Petits Mystères - Régent ou Prince
  15. Grands Mystères - Mage
  16. Grands Mystères - Roi

 

Knigge donne à l'ordre une direction philosophique moins anticléricale et plus rousseauiste fondée sur un idéal d'ascétisme et de retour de l'homme à l'état de nature. Le 25 octubre 1782 est constituée une Grande Loge provinciale. La société atteint alors son apogée, se répandant dans les pays rhénans,en Autriche et en Suisse. Cependant, le conflit entre Knigge et Weishaupt s'envenime, et le premier, que le second accuse de « fanatisme religieux » se retire en avril 1784 en publiant un mémoire condamnant les conceptions anticléricales de Weishaupt et de la majorité des dirigeants de l'ordre.
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Illuminaten

29 Juin 2012 , Rédigé par M. I. Publié dans #histoire de la FM

La célèbre société connue sous le nom des illuminés de Bavière est fondée le 1er mai 1776 par Adam Weishaupt. Professeur de droit canon a l'université d'lngolstadt, cet ancien élève des Jésuites acquis à la culture des Lumières a tenté de concevoir un instrument de combat efficace contre l'obscurantisme religieux dans une Bavière très catholique.
Son association ne se réclame alors nullement de la franc-maçonnerie qu'il observe avec un certain dédain.
Elle se présente de façon pyramidale et est aux mains de Weishaupt en personne qui porte le titre de Général. Il est assisté d'un Conseil Suprême formé de ses premiers compagnons: les Aréopagites.
Seule la direction de la société connaît ses secrets et les desseins matérialistes et anticléricaux de celle-ci. À la base, les recrutés, les « Novices », forment une « Colonie », ils sont astreints pendant une période probatoire d'environ deux ans à une discipline rigide, sommés de s'engager par serment à respecter le silence absolu sur l'Ordre . Pour accéder au premier grade , celui de Minerval, ils sont soumis à une initiation  qui imite d'anciens rites initiatiques traditionnels. Weishaupt emprunte de nombreux composants de l'instruction de Minerval à la Compagnie de Jésus qui a fortement contribué à sa formation intellectuelle. Les villes qui accueillent la société s'appellent Athènes (Munich) , Éleusis (Ingolstadt)... Les pseudonymes que portent les illuminés sont comparables: Weishaupt est ainsi appelé Ajax.
Les premiers pas de l'Ordre sont difficiles des conflits d'autorité éclatent en raison du tempérament violent de son fondateur et de graves problèmes financiers entravent son développement. Jusqu'en 1780, son rayonnement ne dépasse pas la Bavière et le recrutement se révèle, avec quelques dizaines d'affiliés, très insuffisant.
Pour élargir son audience auprès de ce qu'il désigne comme les « puissants nobles et riches », Weishaupt décide dé s'inspirer de la richesse du tissu maçonnique.
A l'indifférence et au mépris succède un désir de tirer parti du rituel et des cérémonies maçonniques, et de noyauter certains ateliers allemands. Se dissimuler derrière le masque de la franc-maçonnerie est un moyen commode pour diffuser la propagande anticléricale.
En février 1777, Weishaupt fait son entrée dans une loge  munichoise, Á la Prudence, qui dépend de la Stricte Observance . Celle-ci défend des conceptions mystiques qui la situent aux antipodes des objectifs philosophiques des Illuminés. Suivant l'exemple de Weishaupt, deux Aréopagites, Zwack et Salvidé, s'affilient un atelier maçonnique munichois, Théodore au Bon Conseil. Ils font du prosélytisme pour la société des illuminés.
Le tournant majeur arrive bientôt avec le ralliement du baron Adolf von Knigge . Déiste, ce Hanovrien rejoint les illuminés en novembre 1780. Il apparaît rapidement comme le rival le plus sérieux de Weishaupt. Franc-maçon depuis 1773, Knigge est l'artisan d'une organisation plus complexe comprenant trois classes.
La première, la Pépinière, compte trois grades (Noviciat, Minerval et illuminé Mineur) puis, pour accéder à la deuxième, dite a maçonnique », la sélection tient compte des rapports motivés des affiliés de grade supérieur. Cette deuxième classe, intégrée à la hiérarchie illuminée, compte deux sections.
La première, dite symbolique, reprend les trois premiers grades de la franc-maçonnerie et la deuxième, appelée écossaise, comprend les grades d'llluminé Majeur (ou Novice Écossais) et d'llluminé Dirigeant (ou Chevalier Écossais). Cette classe constitue une synthèse entre les maçonneries bleue et écossaise. Au sommet, la troisième classe dite des Mystères, est réservée à l'élite dé l'association et pernet à l'Illuminé d'accéder aux secrets de l'ordre.
Elle se décompose en deux sections avec les Petits Mystères (Prêtre, Régent ou Prince) et les Grands Mystères (Mage et Roi). l}es conceptions égalitaires et rationalistes y sont ouvertement étalées. Naît ainsi une sorte de « maçonnerie illuminée » étagée idéologiquement et accessible progressivement par l'affidé.
Les principes philosophiques, exposés par Knigge, s'inspirent de la pensée rousseauiste et fondent leur idéal sur l'ascétisme. lls prônent le retour de l'homme à l'état de nature. En fait, l'Ordre des illuminés espère tirer parti de la crise qui secoue la franc-maçonnerie allemande pour la renouveler selon ses vues.
Elle envisage aussi la création d'une institution maçonnique rénovée et, le 25 octobre 1782, est constituée une Grande Loge Provinciale.
Knigge met au point un manifeste qui invite l'ensemble des loges allemandes à accepter un rituel et un code communs. La société des illuminés est alors à son apogée.
Elle se répand dans les pays rhénans, en Autriche et en Suisse .
Weishaupt se prend alors à rêver de fédérer sous son autorité la grande majorité des ateliers allemands.
On l'entend dire: « Je songe à établir un système de loges confédérées...
Nous avons le plus grand intérêt à établir dans la franc-maçonnerie un système éclectique...
Nous aurons tout ce que nous voudrons... » (lettre du 1 janvier 1783).
Pourtant un conflit perturbe l'histoire de l'ordre car le fondateur des illuminés veut rester le seul maître à bord et n'accepte pas la place grandissante tenue par Knigge dans la société.
La polémique a pour prétexte le rituel des grades illuminés rédigé par Knigge Celui-ci rappellerait trop la liturgie catholique.
Accusé de « fanatisme religieux » par Weishaupt, Knigge se retire de l'Ordre en avril 1784 et publie un mémoire justificatif .
il condamne sans appel les conceptions anticléricales du chef de file illuminé et de la plupart des Aréopagites.
La société est également confrontée à une conjonction d'actes d'agression extérieure. En 1783, la loge mère de Berlin diffuse dans les ateliers une circulaire stipulant l'exclusion de la maçonnerie des loges qui ont introduit l'illuminisme , car celui si saperait les fondements essentiels de la religion chrétienne.
L'autorité politique se met de la partie: une première ordonnance de l'électeur de Bavière, datée du 22 juin 1784, prononce la dissolution de toute société secrète subversive, et cela vise implicitement les illuminés. Puis en février 1785, Weishaupt est destitué de sa chaire universitaire et banni de Bavière.
ll trouve refuge à Gotha où il se place sous la protection du duc de Saxe. Un second décret de l'électeur de Bavière accentue la répression contre les Illuminés.
Des documents internes à l'ordre apporteraient des preuves sur leur entreprise visant a renverser la monarchie. Les illuminés sont assimilés à de vulgaires criminels de droit commun. Traqués, ils disparaissent totalement du Sud de l'Allemagne dès 1786 Seuls quelques rares foyers se maintiennent en Saxe jusqu'en 1789.
Le déclenchement de la Révolution française donne pourtant une seconde jeunesse à cette société secrète mais, cette fois, sur le plan de l'historiographie. Celle-ci peut d'ailleurs puiser ses sources dès la fin du XVIIIe siècle, moment durant lequel les célèbres Illuminaten sont mis sur la sellette. Ainsi, Jean Pierre Louis de La Roche du Maine, marquis de Luchet (Essai sur la secte des Illuminés Paris. 1789), inquiet de l'influence allernande apportée en France par la sociabilité maçonnique, dénonce déjà dans les Illuminés une puissance occulte dont les « cercles», dirigeants contrôleraient l'espace maçonnique européen et qui jetteraient leur dévolu sur les ateliers français. La légende du complot des illuminés, précurseurs des jacobins et même des babouvistes, devient alors une pièce maîtresse dans la démonstration des théoriciens de la Contre-Révolution. Barruel  dépeindra les Illuminés comme les instigateurs d'une véritable conspiration contre la société d'Ancien Régime.
Les Illuminaten gagnent une notoriété imméritée de société à caractère révolutionnaire: ils sont définitivement assimilés aux constructeurs d'arrière-loges qui seraient, selon le jésuite, les responsables de la Révolution.
Le voyage de Bode à Paris en 1787, répondant à une convocation inquiétante des Philalèthes , fait le reste... même si la présence de seulement deux membres des illuminaten lors du Convent, Bode et von den Busche, rend difficilement crédible la thèse d'un complot apte à faire vaciller les trônes. L'intérêt jamais démenti de très nombreux maçonnologues et historiens pour la société de Weishaupt a permis de resituer plus justement la réalité de l'action des Illuminés.
Ainsi, si la thèse du complot qui expliquerait le renversement du trône doit être rejetée, on sait aujourd'hui que les illuminaten marquèrent bien quelques points après le voyage de Bode. Habile prosélyte, ce dernier fit entrer dans l'Ordre des hommes « importants » comme Savalette de Langes  ou Tassin de l'Étang; surtout il jeta les bases d'une section française des illuminés connue sous le nom de «Philadelphes». Reste pourtant que Weishaupt n'a pas su trouver les moyens nécessaires pour réaliser un projet qui traduit une ambition démesurée, même si la structure qu'il a mise en place n'a pas été sans inspirer nombre d'organisations secrètes du XIXe siècle à l'image de celles qu'anima Buonarroti .

Source : http://vrijmetselaarsgilde.eu/

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