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Hauts Grades

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SO : Réception d'un Postulant

29 Juin 2012 , Rédigé par Rituel SO Publié dans #hauts grades

Le Supérieur tient un bref discours dans lequel il présente l’Initiandus[1]. Puis, il invite les membres du Chapitre à voter en leur âme et conscience. A cet effet, il dit au plus jeune des Postulants:

Le Supérieur: -” Frère Postulant, procédez à la distribution.”

Le Postulant distribue à chaque membre du Chapitre un haricot blanc et un noir, puis regagne sa place. Le Supérieur laisse quelques secondes de réflexion et dit:

Le Supérieur: -” Frère Postulant, recueillez les votes.”

Le plus jeune des Postulants recueille les votes dans une urne, le vote favorable sous forme d’un haricot blanc et défavorable sous forme d’un noir. Ensuite, il porte l’urne à l’un des Chevaliers qui se tiennent devant la porte. Celui-ci la prend et vient se placer face au Supérieur au centre de la pièce, compte les votes et annonce le résultat à voix haute. Si il se trouve trois (ou plus) haricots noirs, il dit:

Le Chevalier: -” Le scrutin comporte  “n”  noirs et “n” blancs, l’Initiandus est refusé.”

S’il se trouve moins de trois haricots noirs, il dit:

Le Chevalier: -” Le scrutin comporte “n” noirs et “m” blancs, l’Initiandus est accepté.”

 Le Supérieur: -” Frère Chevalier, allez préparer l’Initiandus et faites-le se présenter à la porte.”

Le Chevalier qui était resté à la porte sort et va chercher l’Initiandus. Arrivé devant la porte, il lui fait ôter son habit, ne lui laissant que sa cotte d’armes et son tablier. Il lui fait remonter les manches et se laver les mains et les essuyer dans un linge blanc. Il lui place un cierge allumé en main gauche et le fait frapper par trois fois à la porte.

Le Supérieur: -” Voyez qui va là?

Le Chevalier qui était resté à l’intérieur entrouvre la porte et demande[2]:

Le Chevalier: -” Qui va là?”

L’Initiandus:[]-” Un libre Maçon reçu, qui accomplit un autre pas.”

Le Chevalier (après avoir refermé la porte): -” C’est un libre Maçon reçu, qui accomplit un autre pas.”

Le Supérieur: -” Demandez-lui le mot d’Apprenti?”

Le Chevalier: -” Quel est le mot d’Apprenti?”

L’Initiandus: -” J-k-n.”

Le Chevalier: -” J-k-n.”

Le Supérieur:-”Demandez-lui le mot de Compagnon?”

Le Chevalier: -” Quel est le mot de Compagnon?

L’Initiandus: -” B-z.”

Le Chevalier: -” B-z.”

Le Supérieur: -” Demandez-lui le mot de Maître?”

Le Chevalier: -” Quel est le mot de Maître?”

L’Initiandus: -” Il a été perdu, mais M-b-k est mon Maître.”

Le Chevalier: -” Il a été perdu, mais M-b-k est son Maître.” 

Le Supérieur: -” Sous les ordres de qui a-t-il travaillé?”

Le Chevalier: -” Sous les ordres de qui avez-vous travaillé?”

L’Initiandus: -” J’ai travaillé sous les ordres de N-t-m.”

Le Chevalier: -” Il a travaillé sous les ordres de N-t-m.”

Le Supérieur: -” Demandez-lui comment il se nomme?”

Le Chevalier: -” Quel est votre nom?”

L’Initiandus: -” Eques Professus N. N.”

Le Chevalier: -” Il se nomme Eques Professus N. N.”

Le Supérieur: -” Quel âge a-t-il?”

Le Chevalier: -” Quel est votre âge?”

L’Initiandus: -” Seize ans.”

Le Chevalier: -” Il a seize ans.”

Le Supérieur: -” Est-ce de sa propre volonté et sans contrainte aucune qu’il vient?”

Le Chevalier: -” Venez-vous de votre propre volonté et sans aucune contrainte?”

L’Initiandus: -” Oui.”

Le Chevalier: -” Il est ici de sa propre volonté et sans aucune contrainte.”

Le Supérieur: -” A-t-il suffisamment de talents?”

Le Chevalier: -” Avez-vous suffisamment de talents?”

L’Initiandus: -” Oui.”

Le Chevalier: -” Il a suffisamment de talents.”

Le Supérieur: -” Faites-le entrer à mon signal.”

Le Chevalier éteint toutes les lumières et ouvre la porte au coup de cloche du Supérieur. Le Chevalier préparateur fait entrer l’Initiandus en lui faisant tenir le cierge allumé en main gauche. Il le fait mettre au signe d’ordre de Maître Ecossais et avancer dans cette position auprès du Supérieur. Le Supérieur marque un temps de silence et demande au candidat:

Le Supérieur: -” Que demandez-vous?”

L’Initiandus: -” Je demande à faire un autre pas dans l’Ordre.”

Le Supérieur: -” Vous demandez quelque chose d’important. Cependant, pouvez-vous désigner, parmi nous, quelqu’un qui se porte caution de votre conduite?

L’Initiandus: -” Le Frère N. peut se porter caution.”

Le Supérieur: -” Frère N., vous portez-vous caution de ce  Frère?”

Le Frère interrogé se lève et répond:

Le Frère: -” Oui, je m’en porte garant.”

Puis, il se rassoit.

Le Supérieur: -” Vous entreprenez quelque chose de très important, que vous désirez, un autre pas dans notre Ordre. Alors, sachez que quiconque entre dans un Ordre n’a plus, désormais, sa liberté, mais que sa volonté doit être soumise à la volonté de ses Supérieurs et qu’il doit vivre selon la loi, la règle et les voeux. Réfléchissez à cela et soyez prêt à accomplir tout cela scrupuleusement. Aussi, expliquez-vous à ce propos.”

L’Initiandus: -” Oui, je suis prêt.”

Le Supérieur: -” Approchez-vous et agenouillez-vous sur le coussin.”

Le Chevalier rallume les quatre lumières et entrouvre le baldaquin derrière le Supérieur. Il pose ensuite le livre des Evangiles sur une couverture rouge sur les genoux du Supérieur et fait poser dessus la main droite du candidat.

L’un des Clercs s’approche et lit la formule du serment qui est répétée par l’Initiandus.

Formule de serment

“Moi, N., je promets et je jure, par mon âme et sur ces Saints Evangiles, de toujours me comporter, durant ce temps de Postulance, selon les règles et les statuts de l’Ordre, selon ce qu’ils m’exigent d’être; de faire preuve d’obéissance au Supérieur de cette maison, ainsi qu’à tous ceux qui ont autorité sur moi; d’aller partout où ils m’ordonneront d’aller, de faire ce qu’ils m’ordonneront de faire, sans jamais demander pour quelle raison; d’observer le silence le plus absolu sur tout ce que je pourrai entendre, voir et concevoir concernant l’Ordre; d’avoir du zèle pour la Sainte Foi et l’Ordre; de ne jamais entreprendre quoi que ce soit contre lui, mais de suivre jusqu’au bout avec empressement ce qui rassemble; de ne pas abandonner la Postulance et, si l’autorisation de  quitter l’Ordre m’était donnée, de promouvoir les avantages de l’Ordre auprès des hommes courageux.”

Le Chevalier s’approche, retire le cierge de la main du candidat, l’éteint et les assistants disent:

Les assistants: -” Amen.”

Le Supérieur ôte le tablier de maçon du Postulant en disant:

Le Supérieur: -” Dépose cela. Tu n’es plus au travail, mais au repos dans la maison du Seigneur.”

Puis il met ses deux mains sur les épaules du Postulant en disant:

Le Supérieur: -” Je te reçois Postulant de l’Ordre. Pratique des moeurs pures, une obéissance prompte, un silence sacré. Désormais, tu te nommeras Frater (ou Soror) N... (prénom latin).”

Il l’invite ensuite à se relever et lui attache le cordon blanc autour de la taille en disant: 

Le Supérieur: -” Je te ceins de la ceinture de Vérité afin que tu puisses aux jours mauvais résister et demeurer ferme.”

Il lui passe au col la croix attachée à un ruban blanc moiré en disant:

Le Supérieur: -” Reçois cette croix sainte pour la défense de laquelle notre Ordre a été institué; qu’elle soit à jamais pour toi et pour tes Frères une source de bénédictions et de gloire.”

Il tient les mains jointes du Postulant dans les siennes et l’embrasse sur la joue droite (osculum pacis en disant:

Le Supérieur: -” Que la paix du Seigneur soit toujours avec toi.”

Le Postulant: -” Amen.”

Le Supérieur fait se tourner le Postulant vers le Clerc qui sera chargé de son instruction en disant:

Le Supérieur: -” Je te remets à celui-ci pour ton instruction, afin qu’il te forme selon les règles de l’Ordre.”

Le Clerc: -” Je te reçois, afin que je te forme selon les règles de l’Ordre.”

Le Supérieur: -” Frère Chevalier, reconduisez le Postulant à l’extérieur.”

Le Chevalier raccompagne le Postulant à l’extérieur et lui fait rabaisser ses manches. Il le ramène à la porte (sans chapeau et sans épée) où il lui fait frapper trois coups.  Le Supérieur répond par trois sonneries de cloche.   Le Chevalier ouvre la porte. Le Préparateur fait se placer le Postulant au signe de Postulant et le fait avancer face au Supérieur.

Le Supérieur: -” Frère Postulant, approchez vers ma droite.”

Le Postulant approche en restant au signe. Lorsqu’il est arrivé près du Supérieur, celui-ci dit:

Le Supérieur: -” Ce degré, que vous venez de franchir aujourd’hui, est pour vous un temps de probation, comme toutes vos épreuves précédentes, également pour rechercher, afin de pouvoir vous conformer à votre vocation. Vous êtes aujourd’hui, ainsi que vous venez de l’entendre, dans la Postulance pour entrer dans un Ordre dont le nom et la disposition seront, par la suite, portés à votre connaissance. Combien de temps cela durera-t-il? Seule votre conduite est à même de le déterminer. Toutefois, remarquez que vous en êtes très proche et que vous êtes déjà sur le dernier degré pour, en son temps, pénétrer dans le sanctuaire. Vous apercevez déjà l’éclat de l’Ordre, mais seulement de loin, et cela doit vous faire connaître le sens du signe.”Le Supérieur se lève, se penche vers l’oreille droite du Postulant et dit à voix basse, en lui tenant les mains jointes:

Le Supérieur: -” Le mot est  J-h-v...” Il se rassoit et continue: -” ... c’est l’ancien mot de Maître, celui qui a été perdu mais qui a été retrouvé dans les îles écossaises. Cependant, ce mot n’est à donner nulle part ailleurs que dans une assemblée de Postulants dûment constituée, lorsqu’il vous y sera demandé. Surtout, du fait que vous portez maintenant le nom de Postulant, vous n’aurez plus jamais à servir; commence, dès lors, une toute autre action. Ici, un mur est tracé entre nous et nos Frères; ici s’arrêtent les symboles de la Maçonnerie et, à partir de maintenant, ce qui suit doit être caché à quiconque y est étranger, de la manière la plus sacrée. Ainsi, gardez le silence le plus absolu, pratiquez l’obéissance envers vos Supérieurs et, surtout, craignez Dieu. Que le Seigneur te bénisse, afin que tu produises de nombreux fruits.”

Après un silence, le Supérieur dit:

Le Supérieur: -” Frère Chevalier, conduisez notre Frère à sa place.”

Le Chevalier accompagne le nouveau Postulant à sa place dans l’assemblée.

Le Supérieur: -” Frère N., donnez lecture de l’instruction.”

Le Frère: Instruction pour un Postulant reçu

-“Mon Frère, vous voyez, à l’occasion de votre entrée dans cette assemblée, comme tout a considérablement changé. Cependant, vous voyez aussi comme au début, lorsque vous êtes devenu Maçon, que l’on vous donne l’assurance qu’un temps viendra où la langue des symboles cessera et tout ce que ces derniers renferment vous sera alors clairement expliqué. Ce temps, si ardemment attendu sur les chemins obscurs de la Maçonnerie, est à présent arrivé. Vous n’êtes plus dans une Loge, mais vous êtes entré dans la maison des Postulants de notre Ordre. La Maçonnerie trouve ici son aboutissement. Apprentis, Compagnons et Maîtres sont laissés en arrière, pour travailler à l’extérieur à cet édifice que nous, dans le secret, nous nous efforçons d’amener en pleine lumière. Votre tablier de cuir vous a été ôté et placé, avec raison, sur le côté, de la même manière que sont habillés nos Frères qui couvrent cette assemblée ; ceci signifie que, sous le vêtement de la Maçonnerie, nous jouissons d’un parfait silence et de la sécurité. L’une est déjà accomplie mais l’autre n’attend pas qu’une explication complète vous soit donnée. Mon Frère, ceci n’arrivera seulement que lorsque vous aurez terminé cette Postulance et que vous vous serez bien comporté durant celle-ci, car seule votre conduite peut prolonger ou raccourcir ce temps. Cependant, pour vous donner quelque explication, je veux brièvement vous entretenir de ce qui a été entrepris avec vous, puis vous conduire à une certitude des devoirs que vous devrez observer de la manière la plus scrupuleuse. Vous avez d’abord été conduit dans une pièce faiblement éclairée où règne le silence, pour vous rappeler le sentiment de l’âme paisible, propice aux décisions importantes, afin de vous montrer que, lorsque vous vous trouviez, pour ainsi dire, en tant que Maçon, dans la véritable lumière, cela ne pouvait vous indiquer la véritable voie, mais qu’une main étrangère, celle d’un guide secret, vous serait donnée. Vous avez donc été appelé vers l’Ordre; mais avant, vous avez dû abandonner votre épée et vos vêtements. Chez nous, les armes sont choses tout à fait irritantes. Car vous avez été appelé à un degré de paix, et la sûreté par les armes est à laisser à d’autres. Un tablier de cuir était la seule chose qu’on vous ait laissée, et c’est revêtu de celui-ci que vous avez été conduit à la porte de la Maison de la Postulance. Alors, l’entrée chez nous vous a été donnée par quelqu’un, comme seules sont les voies de la Maçonnerie. C’est la seule porte légale par laquelle on peut pénétrer. Mais, auparavant, vous avez dû vous laver les mains, car l’endroit où vous pénétrez est saint, et votre détermination pour cela fut très appréciée parmi nous. Ensuite, on vous mit un cierge allumé en main gauche. Ceci devait être pour vous un signe, que vous cherchiez quelque chose qui était caché, mais que c’était pleinement digne d’une recherche pénible. Vous le trouverez sûrement, au cas où vous devriez atteindre la dernière extrémité[7]. Différentes questions vous ont été posées. Celles qui concernent la Maçonnerie et leur sens vous sont déjà connues et s’expliquent donc pour vous d’elles-mêmes. Cependant, veuillez retenir ceci: le mot de Maître, dans lequel résidait la sainteté et qui reflète, depuis, l’abomination et la désolation, a été perdu. Perdu mais retrouvé dans les îles écossaises, en un lieu où le lion terrible ne rugit pas, où le coq perfide ne chante pas et où une femme bavarde ne peut caqueter; bref, là où tout est aussi calme que dans la vallée de Josaphat, en Terre Sainte. Vous n’auriez pu aller plus avant, si vous n’aviez travaillé sous les ordres du Maître N-t-m. Lorsque vous êtes entré, vous avez constaté que tout était dans l’obscurité, car le temps et les circonstances ont tout assombri. Là où il était midi, il est à présent minuit. Là où il y avait des palais, il n’y a plus que des ruines. Pourtant, la lumière luit au milieu des ténèbres et des ruines s’élève un nouvel édifice. S’il lui ressemble ou même s’il est encore plus beau, il faut s’en remettre à Dieu et au temps. Car, si les jours et les ans changent en suivant le cours de la nature, tout repose dans la main de Dieu, aussi longtemps qu’ils dureront. Pour finir, vous avez prononcé vos voeux de Postulant; ayez constamment à l’esprit les obligations auxquelles vous vous êtes engagé. Votre premier devoir, c’est l’obéissance. Celui qui ne pratique pas l’obéissance rompt ses voeux. Car aucune société ne peut tenir sans supérieurs qui édictent des lois, - et vous devez obéir aux lois - ni sans subordonnés qui exécutent les ordres des supérieurs avec la plus stricte obéissance. En tout premier lieu, vous devez obéissance au Révérend Supérieur, ensuite au Vénérable, sous peine d’être placé sous leurs surveillance et direction particulières. Vous devrez aller là où ils vous diront de résider; ce qu’ils vous ordonneront, vous devrez l’exécuter sans poser aucune question au sujet de la raison, car leurs exigences répondent aux lois, à la conscience et à l’amour. En outre, soyez attaché au silence le plus absolu. Il en coûte peu de se taire, et ce qui est exprimé par la langue ne peut être récupéré. Si l’on se comporte ainsi pour des secrets de peu d’importance, il sera alors plus facile de taire ceux qui sont plus importants. Il n’y a, en vérité, aucune chose qui ne soit un secret en elle-même; ce qui fait d’une chose un secret, ce sont le temps, les circonstances et la manière d’être des hommes. C’est pourquoi ils sont grands ou petits, selon qu’ils paraissent être de peu d’importance à celui-ci ou véritablement grands et d’importance à celui-là. Même le nom du degré auquel vous venez d’accéder aujourd’hui ne doit pas être nommé par vous; même les projets que vous élaborez doivent rester enfermés dans  votre coeur, afin que vous n’en fassiez part même à un Frère de votre degré. Celui qui se tait, et auquel vous les dévoilez, pensera bientôt, lui aussi, que ce qu’il a dans son coeur est indigne. Soyez alors assuré que, s’il va de conserve avec vous dans cette voie, vous serez comme deux égarés sur une route qui ne mène nulle part. Votre dernière obligation, la plus élevée, c’est le zèle pour la Sainte Foi et pour le mieux de l’Ordre. Ensuite, tout s’explique de soi-même: qui est froid dans ses devoirs envers Dieu le sera également dans les autres; qui est tiède dans le zèle pour le mieux de l’Ordre éloigne infidèlement sa main de l’œuvre à laquelle il s’est voué par les serments les plus solennels, et sa défaillance porte en elle-même les germes de sa propre punition. Soyez fidèle à vos devoirs! Tout se dénouera de soi-même dans la suite des temps. Tout se montrera dans la véritable Lumière. Alors, tout vous démontrera, enfin, que rien ne s’est passé inutilement, que rien de ce qui vous était arrivé était fortuit ou sans rapport avec vous. Je souhaite que vous puissiez voir ce jour et j’appelle sur vous, à compter de demain, toutes sortes de choses heureuses, par les saints nombres 7 et 9.”    

Lorsque l’instruction a été lue, le Supérieur, imité de tous les Frères, se lève. Tous se mettent à l’ordre de Postulant et le Supérieur prononce la prière:

Le Supérieur: -“Prions: Sois avec nous, Seigneur, Père très saint,

sois avec nous, Dieu éternel et tout-puissant,

toi qui nous a choisis en Jésus-Christ

avant  la création du monde,

pour être saints en ta présence dans l’amour,

pour être tes fils adoptifs en ton Fils bien-aimé.

A chaque pas de l’histoire, tu as mis à part des hommes

pour qu’ils te servent dans l’obéissance et la foi

et soient parfaits comme tu es parfait.

C’est ainsi que tu as appelé Abraham,

lui ordonnant de quitter la maison de son père,

pour le pays que tu lui montrerais.

Tu t’es révélé à Moïse

et tu en as fait le conducteur de ton peuple au désert.

Sur la montagne de l’Horeb,

tu as fait entendre ta voix à Elie le prophète,

et tu l’as empli d’un zèle jaloux pour ton saint Nom.

Parmi les enfants des femmes, tu as distingué Jean-Baptiste,

pour en faire le témoin de ta lumière.

Enfin, pour nous montrer le chemin vers toi,

tu nous as envoyé ton propre Fils, Jésus-Christ,

né de la Vierge Marie.

Il appela à sa suite douze disciples pour vivre avec lui

et pour être les témoins de sa mort et de sa résurrection.

Au jour de la Pentecôte,

il répandit sur eux l’Esprit de sainteté, qui vient d’auprès de toi.

A leur communauté, tu adjoignis de nombreux croyants

et cette multitude, fidèle à la communion fraternelle,

n’avait qu’un coeur et qu’une âme.

Depuis lors, par ton Esprit Saint,

tu ne cesses d’appeler d’innombrables fils

à la sainteté de la profession cléricale.

Regarde avec bonté nos Frères et Soeurs.

Sanctifie-les, bénis-les, garde-les pour toujours.

Donne-leur, Seigneur, le fruit de l’Esprit

qui est charité, joie, paix,

patience, serviabilité, bonté, confiance dans les autres,

douceur et maîtrise de soi.

Que ton Esprit soit leur vie;

que ton Esprit les fasse agir

et qu’il les garde en son amour.

Conduis-nous tous ensemble à la vie éternelle.

Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.”

Le Supérieur et les Frères se rassoient et le Supérieur poursuit l’ordre du jour ou annonce la fermeture de l’assemblée.

 



           

          

             

             

             

             

           

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Histoire récente de la Stricte Observance

29 Juin 2012 Publié dans #Rites et rituels

Entre 1751 et 1755, l'Ordre templier, également connu sous le nom d'Ordre Illustre de la Stricte Observance, fut réorganisé sous l'impulsion de Varl Gotthelf, Freiherre von Und und Alten-Grotkau1, Eques ab Ense (Chevalier de l'Epée, qui fut reçu dans les trois premiers grades de la Franc-Maçonnerie le 20 mars 1742 au sein de la Loge l'Union de Francfort-sur-le-Main. C'est au cours d'un premier voyage (de décembre 1742 à septembre 1743) qu'il fut admis dans l'Ordre du Temple par Lord Kilmarnock, Grand Maître des Maçons d'Ecosse, et présenté à Charles-Edouard Stuart, le jeune prétendant, désigné sous le nom de « Chevalier au Plumet rouge ». Dirigé en 1743 vers Marschall von Bieberstein, Grand Maître Provincial de la VII° Province templière, il lui succéda en 1751.

Décidé à rétablir l'Ordre du Temple dans son ancienne splendeur et à le renouveler, le baron de Hund, avec l'aide des Frères Georges et Charles Schmidt, de von Tanner et de von Schoenberg, réécrivit les rituels de l'Ordre et mit au point le cérémonial. Vers 1751, il érigea une Loge et un Chapitre Provincial sur ses terres, à Unwuerde et, en 1753, il délivra une nouvelle patente à la Loge de Naumburg. Ce fut dans cette Loge que le premier projet financier ou « Plan Economique » fut élaboré car, sans finances, il était évidemment impossible de restaurer toutes les Provinces de l'Ordre. En 1755, un deuxième Plan Economique prenant appui sur le premier fut promulgué.
L'Europe fut divisée, comme autrefois, selon le Livre Rouge, en neuf provinces: I. Aragon, II. Auvergne, III. Occitanie, IV. Léon, V. Bourgogne, VI. Grande-Bretagne, VII. Basse-Allemagne jusqu'à l'Elbe et l'Oder, VIII. Haute-Allemagne jusqu'au Danube, IX. Grèce et Archipel.

Au Convent d'Altenberg, convoqué en mai 1764, le baron de Hund rencontra Johnson qui se déclarait l'émissaire de l'Ordre du Temple et député par le Souverain Chapitre d'Ecosse pour organiser l'Ordre en Allemagne. Le baron de Hund qui s'inquiétait des agissements de Johnson et de sa folie des grandeurs, le débouta de ses prétentions. Arrêté et enfermé à la Wartburg2, il y mourut le 13 mai 1775. Après avoir conté aux Frères l'histoire de son admission dans l'Ordre et montré le Livre Rouge ainsi que d'autres documents, le baron de Hund vit son autorité confirmée en tant que Grand Maître Provincial par les membres présents qui reçurent de lui de nouvelles instructions.
En 1766, un nouveau Plan Economique qui prévoyait, entre autres, des revenus financiers pour assurer les prébendes des dignitaires du système fut mis au point.

Le 17 février 1767, le pasteur Jean-Auguste Starck et ses associés fondèrent la Loge « Les Trois Lions » à Wismar et greffèrent sur elle le Chapitre Clérical de l'Ordre. C'est au Convent de Kohlo (du 4 au 24 juin 1772), qui vit la réorganisation de l'Ordre, la création du Directoire de Dresde et l'abandon définitif d'un plan économique, qu'un accord fut conclu avec les Clercs dont les Chapitres Cléricaux devaient désormais émaner de la seule autorité du baron de Hund; de plus, les Chevaliers ne pourraient, à l'avenir, être reçus sans la présence d'un Clerc; le Grand Prieur devait siéger au Grand Chapitre de Dresde et apposer sa signature sur toutes les patentes et constitutions. A ce même Convent, le duc Ferdinand de Brunswick fut élu Magnus Superior Ordinis et Grand Maître de toutes les loges écossaises du régime, Charles de Hund, en tant que Grand Maître Provincial, assurant désormais le rôle d'un monarque constitutionnel.

Sous la direction du baron Weiler, nommé par le Grand Maître Provincial Commissarius et Visitator specialis,furent organisées les trois Provinces françaises: en 1772, la V° Province, la Bourgogne; en 1774, la II° Province, l'Auvergne, et, la même année, la III° Province, l'Occitanie. Mais, dès 1778, le Convent des Gaules, sous l'impulsion de Jean-Baptiste Willermoz, décida d'abandonner toute référence à l'Ordre du Temple, de modifier en conséquence les rituels et de transformer le dernier grade templier de la Stricte Observance en celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Le Convent de Brunswick (23 mai-6 juillet 1775) légalisa officiellement les neuf Provinces de l'Ordre et transféra le Directoire à Brunswick, mais le vieux débat concernant la patente de Hund, par laquelle il assurait détenir son autorité, refit surface. Un nouveau Convent, convoqué à Wiesbaden (15 août-4 septembre 1776), vit s'effondrer, peu après, les prétentions de Gugomos qui affirmait être en relation avec le véritable chef de la branche savante de l'Ordre à Chypre et posséder les connaissances secrètes de cette branche.

Le 8 novembre 1776, le baron de Hund mourut à Meiningen (Thuringe) et son inhumation eut lieu le 13 novembre, avec toute la pompe due à son haut rang, au pied du maître-autel de l’église catholique de St Kilian de Mellrichstadt (Franconie). Sa mort fut suivie d’une période de confusion et, en 1777, le prince Charles de Hesse, duc de Sudermanie, proposa sa candidature à l’office vacant de Grand Maître Provincial. C’est cette même année que Charles-Edouard Stuart nia tout lien avec la Franc-Maçonnerie, cet aveu, pour quelques-uns, ayant été de pure circonstance et dicté par des raisons politico-religieuses. La tradition secrète de l’Ordre affirme qu’il fut élu Grand Maître de la branche écossaise de l’Ordre du Temple3, qui s’était perpétuée sans interruption en Ecosse depuis l’abolition de l’ancien Ordre et qui n’avait évidemment rien de maçonnique, à Holyrood Palace, le 24 septembre 1745 ; ce qui lui permit de dénier quelque appartenance que ce fût à l’Ordre maçonnique. C’est au sein de cette branche séculière de l’Ordre du Temple, fondée par des chevaliers écossais après la suppression de leur Ordre, que fut transmise durant quelques siècles la Grande Maîtrise de l’Ordre templier.
La conférence de Hambourg (4-16 juillet 1777) accepta la candidature de Charles de Suède, qui fut approuvée par le Convent préliminaire de Leipzig (16-22 octobre 1777).
Le Convent de Wolfenbüttel (15 juillet-24 août 1778) élut Grand Maître Provincial le prince Charles de Suède, mais le départ des Clercs du système et le retrait des Chapitres de Silésie et de Berlin annoncèrent le début du déclin de la Stricte Observance.
Le Convent ou Diète de Brunswick ’24 août-9 septembre 1779) procéda à l’installation par procuration du prince Charles de Suède et à l’élection de son coadjuteur, le landgrave de Hesse-Cassel.
Le 20 avril 1781, Charles de Suède renonça à la grande maîtrise provinciale et se retira à son tour de la Maçonnerie Rectifiée, autre appellation de la Réforme de Dresde.

C’est le Convent de Wilhelmsbad qui précipita le déclin de la Stricte Observance dont l’organisation se voulait calquée sur l’ancien Ordre du Temple : le système et le rite furent réorganisés ; la réforme française dite de Lyon fut adoptée ; Ferdinand de Brunswick fut élu Grand Maître Général ; la numérotation des Provinces de l »Ordre fut changée et le Directoire transféré à Weimar.
Peu à peu la Stricte Observance perdit le prestige qu’elle avait exercé sur la Franc-Maçonnerie germanique et continentale. Le 30 janvier 1784, le système des « Trois Globes » de Berlin rompit tout lien avec l’Ordre templier et le Rite Rectifié ; et le 31 décembre 1784, les loges de Hambourg prirent la même décision. En 1792, on peut relever les dernières traces identifiables des Clercs et, avec la mort du prince Ferdinand de Brunswick, le 3 juillet 1792, le système de la Maçonnerie Rectifiée devait connaître une longue éclipse.
Le 2 novembre 1792, le prince Charles de Hesse fut nommé Grand-Maître de la Franc-Maçonnerie danoise par décret royal, mais il se considéra toujours comme Grand Maître d'Allemagne. A sa mort, en 1836, le prince héritier de Danemark devint Protecteur. Le système persista jusqu'en 1855 sous une forme quelque peu altérée.
En 1855, le Protecteur, le roi Frédérick VII, ordonna que le Rite Suédois, fortement inspiré par la Stricte Observance, fût adopté ; il est, depuis lors, pratiqué par les Grandes Loges et les Chapitres de Danemark, de Suède, de Finlande et de Norvège.

Mais la Stricte Observance ne cessa jamais d'exister sous sa forme particulière, bien qu'« occultée », dans certains pays germaniques et du nord de l'Europe ; sa survivance explique son influence sur les systèmes « templiers » actuels. De plus, la filiation individuelle de la qualité de « Chevalier du Temple » au sein de quelques familles nobles a permis la transmission de l'intégralité du message dans la fidélité à la sainte religion chrétienne.
On peut considérer que, de son côté, le Régime Ecossais Rectifié, dont les prémices avaient été posés au Convent de Kohlo en 1772, a conservé en son sein le « souvenir » de la Stricte Observance de laquelle il tire indubitablement son origine ; mais les Convents fondateurs du Régime, ceux de Lyon en 1778 et de Wilhelmsbad en 1782, avaient déjà remanié considérablement les rituels et l'organisation de l'Ordre.
Après la Révolution française, le Régime Ecossais Rectifié connut, à son tour, de nombreuses vicissitudes. La conséquence en fut que, en 1828, la Préfecture de Besançon, appartenant à la V° Province, dite de Bourgogne, avant de cesser ses travaux, remit à Genève (qui appartenait à la même Province) une partie de ses archives afin qu'elle conservât intacts les codes (celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et le Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées), les rites et la doctrine.
C'est pourquoi le Grand Prieur d'Helvétie devint le conservateur du rite jusqu'à ce que le Régime Ecossais Rectifié reprenne son développement avant la création de Grands Prieurés, en France, en Belgique et aux Etats-Unis.

Il faut souligner que, parallèlement, la Stricte Observance perdura en tant que telle dans sa forme initiale voulue par ses fondateurs, se référant explicitement aux valeurs fondamentales de l'Ordre du Temple, telles qu'on pouvait les concevoir au XVIII° siècle. La filiation s'est opérée de chevalier à chevalier au sein de quelques familles nobles, assurant ainsi l'intégralité du message.
En France, une résurgence récente a vu la restauration officielle de la III° Province templière de l'Ordre, dite d'Occitanie, de façon régulière, tel le phénix renaissant de ses cendres. Plusieurs hauts dignitaire du Régime Ecossais Rectifié ont senti le besoin pressant de revenir aux sources de la chevalerie templière et ont eu également le privilège d'être reçus Chevaliers du Temple et Clercs de la Stricte Observance par un éminent dignitaire de l'Ordre en Europe Centrale, l'Eques Professus ab Hieracio. Une première Loge fut consacrée3 selon les us et coutumes des Loges réunies, le 1er avril 1995, en la fête de saint Hugues, par un collège consacrant constitué de Francs-Maçons émérites ayant accédé aux plus hautes responsabilités maçonniques dans une autre Province. Le Grand Chapitre Provincial d'Occitanie, III° Province de l'Ordre, fut solennellement consacré le 11 novembre 1995 au cours d'une cérémonie qui reprenait les fastes de la Maçonnerie templière à ses débuts ; ce même jour, le Grand Prieur de l'Ordre devait également installer le Grand Maître Provincial, l'Eques Professus Petrus a Militia Christi, et ses Officiers dans la plus pure tradition templière de la Stricte Observance.
Des nécessités impérieuses ont amené les Grands Dignitaires de l'Ordre à réunir un Convent le 1er octobre 2010 au cours duquel fut rétablie la Grande Maîtrise Générale de l'Ordre qui reprit alors son ancien nom d'Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem ; le jour même fut élu et installé le Grand Maître Général, Protecteur de l'Ordre et Conservateur du Rite, l'Eques Professus a Militia Christi.

Depuis lors, le Grand Chapitre Provincial d'Occitanie, en l'attente de la restauration des autres Provinces de l'Ordre, gère plusieurs loges en France regroupées au sein d'une Grande Loge Ecossaise placée sous sa haute juridiction.

Source : http://gleo.fr/Histoire_Recente.php

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La Stricte Observance "Templière"

29 Juin 2012 , Rédigé par Michel Seguy Publié dans #Rites et rituels

Parler de la S.O., c'est parler de l'histoire des mythes de la F.M., plus
particulièrement au XVIIIè, où l'opératif fait place au spéculatif, où toute
spéculation est réservée aux lettrés (nobles ou riches), lettrés qui ne
connaissent pas de frontière et parlent une langue commune, le Français.
Le XVIIIè, c'est aussi le "siècle des Lumières", donc de l'obscurantisme, de
guerres de religion latentes, de mysticismes, d'ésotérismes (on parle alors
d'illuminisme), terreau d'un foisonnement de mouvements qui se disent d'autant
plus "maçonniques" que chacun a sa définition et que, si des Landmarks existent,
ils sont édictés de Londres -à partir de 1723- dont l' autorité reste longtemps
contestée, surtout en pays catholique.
Ce foisonnement est particulièrement net en Allemagne, héritière du St Empire
Romain Germanique, mais éclatée en multiples baronnies, et de vieille tradition
mystique, mythologique et ésotérique. Les expériences y abondent, autour de
théosophes à la fois charismatiques et mystérieux, auxquels s'agrègent des
"disciples" en quête d'autres dimensions. Le problème est donc de faire la part
du Vrai et de la mystification.
Parmi ces mouvements, pourquoi isoler la "Stricte Observance", qui n'a, comme la
plupart des autres, vécu qu'un temps limité, et dont le créateur, Charles Von
Hund peut être classé parmi les mystificateurs?
Tout simplement parce qu'on peut dire que notre régime, le R.E.R., y puise une
bonne part de ses sources.
Cet apparent paradoxe s'explique d'abord par des raisons historiques, mais qui
n'excluent pas des raisons de fond.
Bref historique de la S.O.
Le Baron  au sens médiéval du terme, équivalent de Prince Charles de Hund
(...et de quelques autres lieux) a vécu, avec 8 ans d'avance, un itinéraire
proche de celui de Willermoz : initié à l'âge de 20 ans à Francfort, maître 4
mois après, V.M. dans les 12 mois, il va consacrer sa vie à la F.M., jusqu'à s'y
ruiner. L'aventure de la S.O. commence dès l'année suivante, en 1743, lors d'un voyage à
Paris, où il aurait été armé chevalier selon le rite templier, avant d'être
nommé G.M.de la VIImè Province, successeur du Margrave Von Biberstein, dont
on connaît les liens avec les Stuart. La S.O. sera dotée de statuts en 1756 soit 13 ans plus tard , à Dresde. A noter que, 3 ans avant, Willermoz crée à Lyon la "Loge de la Parfaite Amitié", à vocation de Grande Loge "à l'instar de celle de Paris", qui se verra dotée de
statuts en 1760 soit 7 ans plus tard. La même année (1753), Martinez de
Pasqually (Portugais, sans doute Marrane et kabbaliste) fonde le "Temple des
Elus Cohens", qui, eux, attendront leurs statuts 14 ans..., avec la
particularité d'une quasi-absence de rituel.
Par contre, du rituel, la S.O. en dispose...: c'est celui de la Chevalerie
Templière, dont le faste n'est pas étranger à son succès auprès de la noblesse
d'Allemagne (parmi laquelle nombre de Chevaliers Teutoniques, toujours vivaces).
Sur ce rituel se greffe un système "philosophique" original:
La Stricte Observance  qui sera, à juste raison qualifiée de "Templière", mais
par les observateurs extérieurs, se veut, à l'instar des ordres monastiques
(notamment Cisterciens et Franciscains), un retour à la règle fondatrice,
primitive, en réaction contre le laisser-aller ambiant: au XVIIIème, la F.M. se
résumait souvent à des "tenues d'agapes", au sein de "Loges de Bacchus" (dixit
Frédéric II), où se réunissaient des hommes de bonne compagnie.
Retour à la règle, donc, mais quelle règle ? Celle des Templiers, bien sûr, mais
remise par Von Hund au goût du temps, donc mêlant dans un système cohérent les
saga templière et écossaise (donc catholique):
les Templiers sont les vrais Maîtres de la F.M., qu'ils ont apportée à
l'Ecosse en fuyant les persécutions. La F.M. est donc le noviciat du Temple, et
la S.O., plus que son héritière, est le Temple Rétabli. La S.O. est donc un
Ordre, d'où ce rituel très formel, une stricte hiérarchie, une organisation
territoriale et de gouvernement quasi-miltaire.
l'Ecossisme, pris à la fois en tant que système de hauts grades et au sens
historique : les Stuart, de tous temps protecteurs du Temple, en sont
héréditairement, les "Supérieurs Inconnus", et en investissent les Grands
Maîtres. D'ailleurs, Von Hund, adoubé par un Chevalier inconnu, aurait reçu ses
patentes du "prétendant" Charles-Edouard.
Le système Von Hund s'appuie sur d'autres "faits", dont certains sont
historiquement avérés :
après 1314 (immolation de Jacques de Molay), quelques Templiers trouvent asile
en Ecosse, auprès du Roi Robert Bruce Ier Stuart, l'aident à vaincre ses ennemis
et s'en trouvent récompensés par la création de l'Ordre de St André du Chardon,
à eux réservé (et à leur descendance mâle), mais dont le Roi se réserve le titre
héréditaire de Grand Maître, et au sein duquel ils reconstituent le Temple.
sous l'égide de Jacques VI, près de 3 siècles après (1593), se constitue la
"Rose-Croix Royale", formée de 32 Chevaliers de St André, dont naîtra, en 1645,
l' "Invisible College". en 1662, sous Charles II, cette société secrète est à l'origine de la "Royal
Society", dont nombre de membres seront eux-mêmes à l'origine des Loges qui
formeront en 1717, la Grande Loge de Londres.
de même, la Loge créée en 1688 à St Germain-en-Laye par Jacques II, dernier
Stuart régnant exilé, se voit soucher un Chapitre de Maîtres Ecossais de St
André du Chardon. Ajoutons à cela les nombreux contacts prouvés entre les Stuart et les mystiques Allemands, la disparition de toute archive lors de la création de la G.L. de
Londres (dont, d'après Von Hund, les preuves de la filiation templière), le
discours du Chevalier Ramsay en 1737 ("nos ancêtres, les Templiers..."), la
création en 1743 (date de la "révélation" parisienne de Von Hund ), mais à Lyon,
d'un grade de vengeance du Temple...sans parler des nombreuses traces de
l'agrégation des Templiers aux maîtrises de constructeurs .
En bref, dans l'esprit des nombreux convertis, la cause est entendue: la seule
et vraie F.M. est celle du Temple, donc celle de la S.O.
Cette certitude est celle du Convent d'Altenberg (1763), qui avalise les statuts
rédigés par Von Hund.
...Mais déja un peu moins celle du Convent de Kohlo, qui, 9 ans après (1772):
1) change l'appellation de S.O. en Régime Ecossais Rectifié (et le rite du même
nom), le "Rectifié" étant défini par son sens alchimique d' authenticité
première (élimination de toute impureté dans le processus de transmutation).
2) surtout, proclame Ferdinand de Brunswick "magnus superior" de l'Ordre,
relativisant ainsi toute référence aux "Supérieurs Inconnus".
Entre temps, Von Hund a en effet perdu de sa crédibilité quant à son fameux
voyage à Paris, début de l'aventure S.O., dont il ne peut prouver aucun fait. Il
admet même un certain désintérêt (récent) des Stuart pour la F.M....
Cela n'empêche pas le système de perdurer: à l'Allemagne, puis à la Suisse qui
s'y est ralliée dès Altenberg, s'ajoutent Strasbourg, puis Lyon, avec Willermoz,
G.M. du Tribunal Souverain qu'il vient de créer avec St Martin (future Grande
Loge Ecossaise). Après la visite du Baron de Weiller dépéché par Von Hund, il
prend la tête de la IVèmè Province, et va essaimer le R.E.R. à Bordeaux et
Montpellier.
Plus dure sera la chute...
Von Hund meurt en 1776. Immédiatement, Brunswick lance une enquête, qui confirme
ses soupçons: non seulement le "Prétendant Stuart" n' a pas pu rencontrer Von
Hund à Paris (il n'y était pas), mais il n'est même pas maçon (refusé par son
père!), et la patente de G.M.P. de Von Hund est à la fois cryptée et
apocryphe...La S.O., désormais R.E.R., a donc Von Hund comme seul auteur et père...et
Brunswick ordonne une "rectification". Willermoz réagit à hauteur de sa déception: dès 1778, il réunit les loges de Lyon et de Strasbourg en un Convent des Gaules, où -avec Turkheim (G.M.  Strasbourg)- il prouve son talent de synthèse: au lieu de tout rejeter de la
S.O. en bloc, il en garde la partie utile à ses desseins, soit son rituel
(R.E.R.), qu'il a lui-même recopié en 1772, et son organisation, qu'il transpose
dans l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (C.B.C.S.), auquel
adhère la Suisse en créant (1779) le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie.
La réforme de Willermoz devient la règle de toutes les loges initiatiques au
convent de Wilhemsbad (1782), qui, sous la Présidence d'un triumvirat
Brunswick-Hesse-Willermoz, dénonce la S.O. et toute ascendance templière.
Quelques réticences se manifesteront en Allemagne, avec des partisans
"économiques" (l'organisation et l'élitisme de la S.O. avaient suscité un
fructueux système de tontine) ou "mystiques", qui prêtaient aux templiers des
talents alchimiques. Ces résistants vireront d'ailleurs pour beaucoup au
mesmérisme (apparu en 1783). Epilogue: en 1794, Brunswick invite les Loges à se dissoudre, une "venimeuse secte" les ayant corrompues. En conclusion de ce bref historique, se pose la question du pourquoi?
Von Hund, mystificateur? Plutôt auto-mystifié: pour asseoir son système, il
fallait que le fondateur de la S.O. en ait lui-même vécu la réalité, "pieux
mensonge" auquel il a fini par croire lui-même...Mais les historiens, s'ils ne
nient pas sa sincérité, s'accordent à y voir aussi une sorte de fanatisme, pour
la restauration des Stuart, pour le triomphe de l'Eglise Catholique sur la
Réforme, pour une résurrection "spirituelle" du Saint-Empire Romain Germanique.
d'où, en corollaire, son succès auprès d'une élite nostalgique des Ordres
chevaleresques, tant en Allemagne (avec les Teutoniques) qu'en Bourgogne, éprise
de rites, d'ordre, mais aussi de spiritualisme (notamment théosophique).
dernier point d'interrogation: Willermoz, insatisfait notoire, qui cherche et
se cherche: après Martinez de Pasqually et Claude de Saint-Martin, il trouve Von
Hund et sa S.O..La synthèse de toutes ses expériences, c'est le R.E.R.: pour caricaturer, il y
trouve le contenant qui manquait à son contenu. Mais ceci est une autre histoire...

Source : http://fr.dir.groups.yahoo.com/group/qabalah/message/257

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La Franc-Maçonnerie en Allemagne

29 Juin 2012 , Rédigé par GLSA Publié dans #histoire de la FM

 

LES DÉBUTS

Pareilles à celles d’Angleterre, les anciennes Loges opératives allemandes se sont peu à peu transformées en Loges spéculatives. Cependant, en Allemagne la Maçonnerie n’a réussi à se maintenir que dans quelques localités, ce qui l’a em- pêchée d’acquérir l’importance de la branche anglaise.

Lorsque la Franc-Maçonnerie anglaise se propagea en Allemagne, il s’y trouvait déjà quelques anciennes Loges et même des Grandes Loges, comme par exemple la Grande Loge «Indissolubilis» dont les rituels ont été conservés en majeure par- tie. Une reconnaissance réciproque entre les deux puissances n’eut toutefois ja- mais lieu; la Grande Loge «Indissolubilis» interdisait même expressément d’ac- cepter des Francs-Maçons issus d’autres obédiences. Malgré la progression rapide de la Maçonnerie anglaise sur le territoire allemand, l’organisation autochtone se maintint encore assez longtemps.

La Franc-Maçonnerie allemande existe en fait depuis plus de 250 ans et n’est que de 20 ans la cadette de la Maçonnerie anglaise. Son berceau se situe à Hambourg. La «Loge de Hambourg», nommée ultérieurement «Absalom zu den Drei Nesseln» (Absalon aux Trois Orties) et qui existe encore de nos jours, fut la pre-

mière Loge d’Allemagne. En 1737 ses fondateurs – des hommes jeunes d’à peine 20 ans -, formaient un groupe d’idéalistes enflammés qui voulaient, sous le couvert de la Loge, propager l’esprit naissant de la Liberté et échanger ensemble des idées, celles mêmes qui dans le système absolutiste de l’époque étaient considé-

rées quasi criminelles.

Il s’agissait de la liberté d’expression, de conscience et de réunion ainsi que des autres libertés fondamentales, si naturelles pour nous aujourd’hui, mais conçues et revendiquées par des intellectuels courageux bien en avance sur leur temps.

L’origine et l’histoire de la Franc-Maçonnerie, rappelons-le, sont indissoluble- ment liées à l’esprit du Siècle des Lumières et à...l’émergence de l’homme s’ex- trayant de sa «minorité» intellectuelle dont il se tient pour responsable (Kant).

En 1738, le prince héritier Frédéric de Prusse, le futur Frédéric le Grand, fut reçu dans cette «Loge de Hambourg». Son fondateur, Charles Sarry, deviendra plus tard Maître en Chaire de la Loge «Aux Trois Globes» à Berlin. En 1738 égale- ment, le Comte Rutowsky fonda à Dresde les trois Loges: «Aux Trois Aigles Blancs», «Aux Trois Epées» et «Aux Trois Cygnes». Une Loge princière fut créée

au sein même de la cour prussienne de Charlottenbourg; le prince héritier Frédéric donnait en 1740 l’ordre à Philippe Simon de constituer à Berlin la Loge «Aux Trois Globes». En 1741 la Loge «Aux Trois Compas» vit le jour à Leipzig et le Marquis Frédéric de Brandebourg-Bayreuth fonda la Loge «Au Soleil» à Bayreuth. D’autres Loges furent créées dans la plupart des grandes villes alle- mandes. Selon les habitudes de la bonne société de l’époque, les travaux se dé- roulaient en langue française et beaucoup de Loges portaient des noms français.

Ulrich von Merhart écrit dans son important livre La Franc-Maçonnerie univer- selle, (Hambourg 1969):

Le développement de la Franc-Maçonnerie en Allemagne a suivi un itinéraire particulier et compliqué. Le territoire national actuel était subdivisé à l’époque

en de multiple petits états organisés sous différents régimes. Par conséquent les relations entretenues avec les pays environnants étaient très diverses. Ce fait fa- vorisa l’éclosion de différents usages maçonniques. Mais leur diversité même en- traîna les difficultés qui durent être vaincues pour réaliser l’unification. Il sera donc plus aisé de traiter séparément les anciennes Grandes Loges car, dès le dé- but du Troisième Reich, elles durent soit se dissoudre complètement ou se trans- former en associations chrétiennes. Cette cassure permit après 1945 un renou- veau dans des conditions plus favorables.

DIVERSITÉ DES OBÉDIENCES

Pour mieux comprendre l’unification future voici un bref aperçu des plus impor- tantes anciennes Grandes Loges d’Allemagne:

La Grande Loge-mère nationale «Aux Trois Globes»

En 1744 la Loge berlinoise «Aux Trois Globes» se constitua en Grande Loge sous le nom de «Royale Grande Loge-Mère aux Trois Globes» et se développa brillamment. Au début, elle travaillait selon le rite anglais moderne. Lorsque le système de la «Stricte Observance» pénétra en Allemagne, la Grande Loge «Aux Trois Globes» l’adopta en 1766, mais l’abandonna en 1780. En 1783, après le Convent de Wilhelmsbad, elle se déclara indépendante et adopta son propre système rectifié, dont les Hauts Grades comportaient davantage de degrés sans grande valeur initiatique. En 1796, elle obtint la protection royale. Un directoire de sept membres la dirigeait, d’où la notion d’Ordre Intérieur. Un système de grades se développa comportant les trois degrés symboliques, un degré écossais et les trois

grades de l’Ordre Intérieur.

En 1933 cette Grande Loge comptait 177 Loges avec 22’700 Frères; pour se «dé- douaner»vis-à-vis du nazisme, elle se transforma alors en «Ordre national chré- tien», pour finalement se saborder en 1935. Ressuscitée dès 1970, ses 25 Loges sont rattachées aux Grandes Loges Unies d’Allemagne («Vereinigte Grosslogen von Deutschland [VGLvD]»).

 

La Grande Loge de Prusse dite «A L’Amitié»

Le 5 mai 1760, quelques Français fondaient à Berlin la Loge «Aux Trois Colombes». Peu de temps après, elle changeait de titre distinctif en «L’Amitié aux Trois Colombes». En 1765, elle accueillit le Duc Edouard Auguste d’York et s’in- titula «Royal York de l’Amitié». Le Duc obtenait de Londres une lettre patente lui confirmant la qualité de Loge-Mère qui, dès 1768, prit le nom de «Loge Provinciale des Etats Brandebourgeois». Elle travailla en langue française jus- qu’en 1795. En ce qui concerne la rédaction du rituel et de la constitution, on la doit à Ignace Aurelius Fessler, un homme qui s’est particulièrement distingué. Pour s’en rendre compte il suffit de constater combien de systèmes apparentés au sien en sont dérivés (voir chapitre 9.7.2).

En 1932 cette Grande Loge comptait 104 Loges avec 11’500 membres; en 1933, elle se transformait en «Ordre Germano-Chrétien – A l’Amitié», vaine tentative d’assurer sa survie sous le nouveau régime. Après 1945, les Loges reconstituées en Allemagne de l’Ouest se rattachèrent à la GL (AF u. AM).

La GL Nationale des Francs-Maçons d’Allemagne (FO)

Celle-ci fut fondée en 1770 par J.W. Kellner von Zinnendorf, né en 1737 à Halle, qui fut reçu en 1757 à la Loge «Philadelphia aux Trois Bras en Or» de sa ville natale. En 1758 il fut initié à Breslau aux grades Ecossais et devient en 1763 membre de la Loge-Mère «Aux Trois Globes». Il était, à cette époque en sa qua- lité de médecin militaire, chef du service de la santé auprès de l’armée prussienne. En 1765, il fut élu Maître en Chaire des «Trois Globes» et pendant une première période également chef de la Stricte Observance dans les états prussiens. Avec le concours d’un ami, il se procura rituels et constitutions de la Maçonnerie sué- doise; K.F. Eckleff, fondateur du rite suédois à Stockholm, lui accorda une pa- tente. Il introduisit ce système (voir chap. 9.11) tout d’abord dans la Loge «La Petite Concorde», ne visant qu’une refonte du rituel. Se heurtant à une forte op- position, il quitta la Loge-Mère «Aux Trois Globes» en 1767 pour fonder sa propre Grande Loge dès 1770. En 1773, la nouvelle Grande Loge, qui connut un développement très rapide, fut reconnue par la Grande Loge de Londres, mais s’en séparait déjà en 1786.

En 1774, elle obtint la protection royale et comptait en 1778 déjà 34 Loges et en 1782 (mort de Zinnendorf) même 62 Loges de Saint-Jean. Des Loges Provinciales se formèrent en Autriche, en Silésie, en Poméranie, en Basse-Saxe et en Russie. La «Grande Loge de Suède», sous l’égide du Duc de Södermanland, ne la reconnut cependant pas immédiatement. Ce n’est qu’en 1819 que le Baron C.C.F. von Nettelbladt réussit à rétablir de bonnes relations avec la Grande Loge suédoise. Déjà avant le Troisième Reich, cette Grande Loge se sépara du reste de la Franc-Maçonnerie et travailla au rite suédois rigoureusement chrétien et s’appela alors «Ordre germano-chrétien».

En 1932 la Grande Loge Nationale des Francs-Maçons d’Allemagne comptait 173 Loges avec 22’300 Frères; elle fut également contrainte de se dissoudre en 1935. Aujourd’hui, la Grande Loge Nationale ou «Ordre Franc-Maçonnique (FO)» avec ses 82 loges est membre des «Grandes Loges Unies d’Allemagne» (VGLvD).

La Grande Loge de Hambourg (Précédemment Grande Loge provinciale anglaise de Hambourg et de Basse-Saxe)

En 1737, la «Loge de Hambourg – Société de Maçons libres de la ville de Hambourg» – fut créée sous impulsion anglaise. Elle s’appelait à l’origine (dès 1764) «Absalon»; plus tard, elle prit le nom d’«Absalon aux Trois Orties».

Cette Loge avait entrepris d’initier Frédéric le Grand par une députation de la Loge. En 1740 déjà, Mathias Luttmann la faisait inscrire au registre londonien des Loges; de ce fait elle devint Grande Loge Provinciale et Luttmann reçut le titre de Grand Maître Provincial. A cette époque d’ailleurs, Lessing était initié à la Loge hambourgeoise «Aux Trois Roses»; c’était lui qui insista pour être reçu, bien qu’on l’ait prévenu de la «stagnation» des Loges à l’époque. Bien qu’il ne fré- quentât plus les travaux par la suite, on trouve dans ses œuvres des pensées ma- çonniques d’une élévation et d’une beauté remarquables.

En 1811, sous l’occupation napoléonienne, la Loge provinciale devint Grande Loge indépendante. En 1814, le directeur de théâtre Friedrich Ludwig Schröder en devint Grand Maître; du même coup, il fit adopter son propre Rituel et s’occupa activement à le faire reconnaître (voir chap. 9.7.1). La «Pilgrim Lodge» de Londres releva d’ailleurs un certain temps de sa compétence.

En 1932, la Grande Loge de Hambourg comptait 56 Loges avec plus de 5’000 Frères. En 1935, elle s’exila à Valparaiso (Chili). Après sa reconstitution en 1945, ses Loges se rangèrent aux cotés de la GL (AF u. AM) en 1949. Son dernier Grand Maître, le pasteur Wilhelm Hintze, devint Grand Maître d’honneur de la première Grande Loge Unie (AF u. AM) d’Allemagne.

La Grande Loge-Mère de l’Alliance Maçonnique Éclectique à

Francfort

En 1741, à l’occasion du couronnement de Charles VII à Francfort, la Loge «L’Union» fut fondée. L’affluence y était grande; elle recevait, en 1743, une patente de Londres et travaillait alternativement en allemand et en français. En 1761, Johann Peter Gogel prit le maillet de Vénérable et devint en 1766 Grand Maître Provincial, ce qui autorisa «L’Union» à retirer les avantages d’une Loge-Mère. Après le convent de Wilhelmsbad, en 1783, la Loge publiait un manifeste de- mandant le retour aux anciens principes et proposant de sélectionner les meilleures parties de tous les systèmes. Au début, il n’était question que de consti- tuer une Alliance, en vue du maintien de l’Art Royal de l’ancienne Franc- Maçonnerie purifiée. Mais avant tout elle se plaça sous la dépendance de la Grande Loge d’Angleterre, en tant que Grande Loge Provinciale, jusqu’en 1822. A l’origine, l’Alliance Maçonnique Éclectique faisait partie des Grandes Loges rigoureusement chrétiennes, repoussant cependant tous les Hauts Grades à l’ex- ception du grade de Royal Arch qu’elle accueillit provisoirement. En 1844, le principe chrétien fut à nouveau abandonné, ce qui eut pour conséquence d’inci- ter quelques Loges à quitter la Grande Loge. En 1849, on confirmait à nouveau les Anciens Devoirs et l’on interdisait formellement d’être membre des Hauts Grades. Ce principe vaut aujourd’hui encore pour certaines de ces Loges. En 1933, «L’Alliance Eclectique» comptait 24 Loges avec 3’500 membres; elle préféra se dissoudre au début du troisième Reich. Dès 1949 les anciennes Loges

se rallièrent à la GL AF u.AM.

La Grande Loge «Au Soleil» à Bayreuth

En 1741, le Marquis Frédéric de Brandebourg-Bayreuth, beau-frère de Frédéric le Grand, fonda la Loge «Au Soleil». Elle travaillait d’abord en français selon un rituel anglais et ensuite selon un rituel français comportant des Hauts Grades. Loge de cour à l’origine, elle devint par la suite Loge de ville et prit alors son appellation «Au Soleil». En 1744, elle se constitua en Loge-Mère, fonda en 1757 des Loges «filiales» à Ansbach et Erlangen et adopta les principes de la «Stricte Observance» dès 1764. Cela provoqua cependant le désarroi dans la fraternité, obligeant la Loge à interrompre ses travaux de 1765 à 1779. En 1791, elle s’unit à la Grande Loge berlinoise «A l’Amitié» pour devenir en 1807 sa Grande Loge provinciale. Mais trois ans plus tard, elle reprit à nouveau son indépendance, se rallia au principe de la Franc-Maçonnerie humanitaire et travailla selon le rite de Fessler. Les Loges possédaient à l’époque une entière souveraineté dans l’élaboration de leurs rituels. Lors de l’annexion de Bayreuth par la Bavière, elle devint, en 1811, Grande Loge de Province «Au Soleil». En 1814, l’Etat bavarois interdit à ses fonctionnaires d’appartenir à la Grande Loge, ce qui réduisit ses effectifs de moitié. En 1868, sa Constitution fut révisée par le grand spécialiste suisse de droit public Johann Caspar Bluntschli. En 1932, cette obédience qui comptait 45 Loges totalisant 4’000 Frères se trans- forma en «Société pour le développement de la culture allemande». Après sa dis- solution sous le troisième Reich et sa reconstitution à partir de 1945, ses Loges rejoignirent la GL (AF u. AM).

TENTATIVES D’UNION AU SEIN DE LA FRANC-MAÇONNERIE ALLEMANDE

Le déchirement et la discorde, qui marquèrent le développement politique alle- mand durant les deux derniers siècles, trouve son reflet dans l’histoire des Grandes Loges du pays. De même, l’ancienne aspiration des Allemands vers un Etat uni resta celle des Francs-Maçons allemands de se voir regroupés en une Grande Loge Unie; encore fallait-il qu’elle laissât à chaque Système une entière autonomie en matière de rituels et leur assurât la possibilité de travailler et de fra- terniser en commun. Le premier pas vers l’unification fut franchi en 1868 par la fondation des «Assises des Grands Maîtres Allemands». Cette organisation élabora des principes ma- çonniques généraux sur lesquels toutes les Grandes Loges allemandes s’accordaient.

L’étape suivante fut, à l’occasion de la création du Reich et selon un vœu una- nime, la fondation de «L’Union des Grandes Loges Allemandes», le 28 mai 1871 à Francfort. Cette Union subsista tout de même pendant 50 ans, jusqu’au départ des trois anciennes Grandes Loges prussiennes, en 1922.

En 1933, la Franc-Maçonnerie allemande, désunie et déchirée, (onze Grandes Loges différentes, dont neuf reconnues et deux non reconnues) est totalement dé- munie face à la puissance menaçante du national-socialisme. La Franc- Maçonnerie allemande a connu ainsi la grande césure des années d’interdiction. Mais cet événement décisif eut un effet salutaire qui se manifesta, dès 1945, par

un désir ardent pour la réunification effective de la Franc-Maçonnerie allemande.

Ce vœu se réalisa d’abord le 17 mai 1958 par la réunion des deux Grandes Loges AFAM et FO en «Grandes Loges Unies d’Allemagne, Confrérie des Francs- Maçons Allemands». Cet accord est bien connu sous le vocable de Magna Charta. Cette dernière connut un important élargissement, lors du Convent de Berlin, en 1970: la «Grande Loge-Mère aux Trois Globes» et les Grandes Loges des Francs- Maçons Americano-Canadiens et Britanniques jusqu’ici Grandes Loges Provinciales, entraient, à égalité de droits, dans le giron des Grandes Loges Unies d’Allemagne.

Sources : GLSA

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Illuminés de Bavière : réorganisation: apport de Knigge

29 Juin 2012 Publié dans #histoire de la FM

La même année 1780, le baron Adolf von Knigge rejoint le mouvement. Franc-maçon depuis 1773, il réorganise l'ordre des illumaten en trois classes :

  1. Première classe – Pépinière :
  2. Cahier préparatoire
  3. Noviciat
  4. Minerval
  5. Illuminé Mineur
  6. Deuxième classe – Franc-maçonnerie :
  7. Apprenti
  8. Compagnon
  9. Maître
  10. Illuminé majeur ou Novice écossais
  11. Illuminé dirigeant ou Chevalier écossais
  12. Troisième classe – Mystères :
  13. Petits Mystères - Prêtre
  14. Petits Mystères - Régent ou Prince
  15. Grands Mystères - Mage
  16. Grands Mystères - Roi

 

Knigge donne à l'ordre une direction philosophique moins anticléricale et plus rousseauiste fondée sur un idéal d'ascétisme et de retour de l'homme à l'état de nature. Le 25 octubre 1782 est constituée une Grande Loge provinciale. La société atteint alors son apogée, se répandant dans les pays rhénans,en Autriche et en Suisse. Cependant, le conflit entre Knigge et Weishaupt s'envenime, et le premier, que le second accuse de « fanatisme religieux » se retire en avril 1784 en publiant un mémoire condamnant les conceptions anticléricales de Weishaupt et de la majorité des dirigeants de l'ordre.
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Illuminaten

29 Juin 2012 , Rédigé par M. I. Publié dans #histoire de la FM

La célèbre société connue sous le nom des illuminés de Bavière est fondée le 1er mai 1776 par Adam Weishaupt. Professeur de droit canon a l'université d'lngolstadt, cet ancien élève des Jésuites acquis à la culture des Lumières a tenté de concevoir un instrument de combat efficace contre l'obscurantisme religieux dans une Bavière très catholique.
Son association ne se réclame alors nullement de la franc-maçonnerie qu'il observe avec un certain dédain.
Elle se présente de façon pyramidale et est aux mains de Weishaupt en personne qui porte le titre de Général. Il est assisté d'un Conseil Suprême formé de ses premiers compagnons: les Aréopagites.
Seule la direction de la société connaît ses secrets et les desseins matérialistes et anticléricaux de celle-ci. À la base, les recrutés, les « Novices », forment une « Colonie », ils sont astreints pendant une période probatoire d'environ deux ans à une discipline rigide, sommés de s'engager par serment à respecter le silence absolu sur l'Ordre . Pour accéder au premier grade , celui de Minerval, ils sont soumis à une initiation  qui imite d'anciens rites initiatiques traditionnels. Weishaupt emprunte de nombreux composants de l'instruction de Minerval à la Compagnie de Jésus qui a fortement contribué à sa formation intellectuelle. Les villes qui accueillent la société s'appellent Athènes (Munich) , Éleusis (Ingolstadt)... Les pseudonymes que portent les illuminés sont comparables: Weishaupt est ainsi appelé Ajax.
Les premiers pas de l'Ordre sont difficiles des conflits d'autorité éclatent en raison du tempérament violent de son fondateur et de graves problèmes financiers entravent son développement. Jusqu'en 1780, son rayonnement ne dépasse pas la Bavière et le recrutement se révèle, avec quelques dizaines d'affiliés, très insuffisant.
Pour élargir son audience auprès de ce qu'il désigne comme les « puissants nobles et riches », Weishaupt décide dé s'inspirer de la richesse du tissu maçonnique.
A l'indifférence et au mépris succède un désir de tirer parti du rituel et des cérémonies maçonniques, et de noyauter certains ateliers allemands. Se dissimuler derrière le masque de la franc-maçonnerie est un moyen commode pour diffuser la propagande anticléricale.
En février 1777, Weishaupt fait son entrée dans une loge  munichoise, Á la Prudence, qui dépend de la Stricte Observance . Celle-ci défend des conceptions mystiques qui la situent aux antipodes des objectifs philosophiques des Illuminés. Suivant l'exemple de Weishaupt, deux Aréopagites, Zwack et Salvidé, s'affilient un atelier maçonnique munichois, Théodore au Bon Conseil. Ils font du prosélytisme pour la société des illuminés.
Le tournant majeur arrive bientôt avec le ralliement du baron Adolf von Knigge . Déiste, ce Hanovrien rejoint les illuminés en novembre 1780. Il apparaît rapidement comme le rival le plus sérieux de Weishaupt. Franc-maçon depuis 1773, Knigge est l'artisan d'une organisation plus complexe comprenant trois classes.
La première, la Pépinière, compte trois grades (Noviciat, Minerval et illuminé Mineur) puis, pour accéder à la deuxième, dite a maçonnique », la sélection tient compte des rapports motivés des affiliés de grade supérieur. Cette deuxième classe, intégrée à la hiérarchie illuminée, compte deux sections.
La première, dite symbolique, reprend les trois premiers grades de la franc-maçonnerie et la deuxième, appelée écossaise, comprend les grades d'llluminé Majeur (ou Novice Écossais) et d'llluminé Dirigeant (ou Chevalier Écossais). Cette classe constitue une synthèse entre les maçonneries bleue et écossaise. Au sommet, la troisième classe dite des Mystères, est réservée à l'élite dé l'association et pernet à l'Illuminé d'accéder aux secrets de l'ordre.
Elle se décompose en deux sections avec les Petits Mystères (Prêtre, Régent ou Prince) et les Grands Mystères (Mage et Roi). l}es conceptions égalitaires et rationalistes y sont ouvertement étalées. Naît ainsi une sorte de « maçonnerie illuminée » étagée idéologiquement et accessible progressivement par l'affidé.
Les principes philosophiques, exposés par Knigge, s'inspirent de la pensée rousseauiste et fondent leur idéal sur l'ascétisme. lls prônent le retour de l'homme à l'état de nature. En fait, l'Ordre des illuminés espère tirer parti de la crise qui secoue la franc-maçonnerie allemande pour la renouveler selon ses vues.
Elle envisage aussi la création d'une institution maçonnique rénovée et, le 25 octobre 1782, est constituée une Grande Loge Provinciale.
Knigge met au point un manifeste qui invite l'ensemble des loges allemandes à accepter un rituel et un code communs. La société des illuminés est alors à son apogée.
Elle se répand dans les pays rhénans, en Autriche et en Suisse .
Weishaupt se prend alors à rêver de fédérer sous son autorité la grande majorité des ateliers allemands.
On l'entend dire: « Je songe à établir un système de loges confédérées...
Nous avons le plus grand intérêt à établir dans la franc-maçonnerie un système éclectique...
Nous aurons tout ce que nous voudrons... » (lettre du 1 janvier 1783).
Pourtant un conflit perturbe l'histoire de l'ordre car le fondateur des illuminés veut rester le seul maître à bord et n'accepte pas la place grandissante tenue par Knigge dans la société.
La polémique a pour prétexte le rituel des grades illuminés rédigé par Knigge Celui-ci rappellerait trop la liturgie catholique.
Accusé de « fanatisme religieux » par Weishaupt, Knigge se retire de l'Ordre en avril 1784 et publie un mémoire justificatif .
il condamne sans appel les conceptions anticléricales du chef de file illuminé et de la plupart des Aréopagites.
La société est également confrontée à une conjonction d'actes d'agression extérieure. En 1783, la loge mère de Berlin diffuse dans les ateliers une circulaire stipulant l'exclusion de la maçonnerie des loges qui ont introduit l'illuminisme , car celui si saperait les fondements essentiels de la religion chrétienne.
L'autorité politique se met de la partie: une première ordonnance de l'électeur de Bavière, datée du 22 juin 1784, prononce la dissolution de toute société secrète subversive, et cela vise implicitement les illuminés. Puis en février 1785, Weishaupt est destitué de sa chaire universitaire et banni de Bavière.
ll trouve refuge à Gotha où il se place sous la protection du duc de Saxe. Un second décret de l'électeur de Bavière accentue la répression contre les Illuminés.
Des documents internes à l'ordre apporteraient des preuves sur leur entreprise visant a renverser la monarchie. Les illuminés sont assimilés à de vulgaires criminels de droit commun. Traqués, ils disparaissent totalement du Sud de l'Allemagne dès 1786 Seuls quelques rares foyers se maintiennent en Saxe jusqu'en 1789.
Le déclenchement de la Révolution française donne pourtant une seconde jeunesse à cette société secrète mais, cette fois, sur le plan de l'historiographie. Celle-ci peut d'ailleurs puiser ses sources dès la fin du XVIIIe siècle, moment durant lequel les célèbres Illuminaten sont mis sur la sellette. Ainsi, Jean Pierre Louis de La Roche du Maine, marquis de Luchet (Essai sur la secte des Illuminés Paris. 1789), inquiet de l'influence allernande apportée en France par la sociabilité maçonnique, dénonce déjà dans les Illuminés une puissance occulte dont les « cercles», dirigeants contrôleraient l'espace maçonnique européen et qui jetteraient leur dévolu sur les ateliers français. La légende du complot des illuminés, précurseurs des jacobins et même des babouvistes, devient alors une pièce maîtresse dans la démonstration des théoriciens de la Contre-Révolution. Barruel  dépeindra les Illuminés comme les instigateurs d'une véritable conspiration contre la société d'Ancien Régime.
Les Illuminaten gagnent une notoriété imméritée de société à caractère révolutionnaire: ils sont définitivement assimilés aux constructeurs d'arrière-loges qui seraient, selon le jésuite, les responsables de la Révolution.
Le voyage de Bode à Paris en 1787, répondant à une convocation inquiétante des Philalèthes , fait le reste... même si la présence de seulement deux membres des illuminaten lors du Convent, Bode et von den Busche, rend difficilement crédible la thèse d'un complot apte à faire vaciller les trônes. L'intérêt jamais démenti de très nombreux maçonnologues et historiens pour la société de Weishaupt a permis de resituer plus justement la réalité de l'action des Illuminés.
Ainsi, si la thèse du complot qui expliquerait le renversement du trône doit être rejetée, on sait aujourd'hui que les illuminaten marquèrent bien quelques points après le voyage de Bode. Habile prosélyte, ce dernier fit entrer dans l'Ordre des hommes « importants » comme Savalette de Langes  ou Tassin de l'Étang; surtout il jeta les bases d'une section française des illuminés connue sous le nom de «Philadelphes». Reste pourtant que Weishaupt n'a pas su trouver les moyens nécessaires pour réaliser un projet qui traduit une ambition démesurée, même si la structure qu'il a mise en place n'a pas été sans inspirer nombre d'organisations secrètes du XIXe siècle à l'image de celles qu'anima Buonarroti .

Source : http://vrijmetselaarsgilde.eu/

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L’union allemande, ou les XXII.

28 Juin 2012 , Rédigé par Th. Juge Publié dans #histoire de la FM

Charles-Frédéric Bahrdt, docteur en théologie, né à Bischofswerda (Misnie), en 1741, auteur d'un grand nombre d'ouvrages de polémique, remarquables surtout par l'élégance du style, et devenu célèbre par les persécutions dont a été semée sa carrière comme ministre protestant, fut le fondateur de l’Union allemande des XXII, association qui, pendant ses quatre années de durée, fit beaucoup de bruit dans le monde maçonnique et occupa les plus fortes têtes de l'Allemagne.

Bahrdt avait fait, en 1777, un voyage en Angleterre. Il y avait été recommandé par le prince Louis de Hesse-Darmstadt au frère Hesselstein, G.-secrétaire de la G.-L. de Londres, par l'intermédiaire duquel il avait été reçu aux trois grades symboliques. A son retour en Allemagne, il prétendit qu'il en avait plus appris à Londres qu'aucun frère revêtu des plus hauts grades ne pouvait lui en apprendre sur le continent. Prévenu contre la Maçonnerie allemande, il resta longtemps en dehors de toute activité maçonnique. Mais, en 1781, il fit, à Wetzlar, la connaissance du baron de Ditfurth, maçon fort instruit et qui était initié à tout ce qui se faisait alors dans la Franc-maçonnerie allemande. Ce frère le détermina à se faire recevoir illuminé. Bahrdt reprit du goût pour la Maçonnerie ; il en devint l'un des coryphées les plus ardents et des plus enthousiastes ; il se jeta, à corps perdu, dans les idées d'interprétation qui régnaient alors (1786) en Allemagne ; puis, vivement blessé de ne pouvoir devenir l'un des supérieurs inconnus, il conçut l'idée, à l'instar de Weishaupt, de fonder un nouvel ordre pour la partie protestante de l'Allemagne, sous le manteau de la Franc-maçonnerie, et qui devait avoir pour but d'éclairer le genre humain et d'anéantir les préjugés et la superstition. Il se réunit à quelques autres maçons, et expédia, en 1786, de sa campagne près de Halle, en Saxe, une circulaire aux amis de la raison, de la vérité et de la vertu. Elle était signée par lui et par vingt-un confédérés ; de là le nom donné à l'association de Union allemande des XXII. Il y exposait la nécessité de créer l’ordre qu'il annonçait, et les avantages qu'on devait en tirer. Il présentait l’Union comme étant un moyen infaillible de concourir au grand but du Christ, d'augmenter les lumières, d'anéantir la superstition et de perfectionner le genre humain ; et il invitait ceux qui voudraient se joindre à cette réunion secrète et paisible de personnes qui honoraient Dieu dans ses ouvrages, de se faire connaître à une adresse indiquée. Il voulait, pour y arriver, réunir les auteurs et les artistes les plus estimés, s'emparer de la librairie, du journalisme et des cabinets littéraires en Allemagne, et s'assurer ainsi la plus grande influence sur la nation tout entière. Tout honnête homme pouvait y être admis, sauf les princes et leurs ministres. Mais cette exception n'atteignait ni leurs favoris ni les gouverneurs des jeunes princes ; car leur coopération pouvait être utile pour réagir sur l'esprit des princes régnants et des héritiers des trônes et sur les cabinets. Bahrdt sacrifia son temps et sa fortune à l'organisation de cette union et à sa mise en activité, il mit dans ses intérêts le prince de Anhalt-Bernburg, et, fort de son appui, il ne tarda pas à établir, dans cette résidence, son centre d'action. Il eut bientôt organisé une administration qui dut s'occuper activement de l'impression et de l'expédition des ouvrages de ses membres, et il se voua entièrement à la correspondance qui était fort étendue et très dispendieuse.

En 1789, l'Union fit paraître son premier ouvrage sous le titre de Ueber aufklœrung und die Befœrde-rungsmittel derselben von einer Gesellschaft (Sur l’éclaircissement et les moyens d'y contribuer), in-8. Leipsick. — Dans l'appendice, elle proteste publiquement contre les bruits qui couraient à son désavantage et déclarait que ses membres n'avaient pour but que le bien-être du genre humain, qu'ils ne s'étaient réunis que pour cet effet en écrivant, en répandant et en recommandant les bons livres, en assistant les personnes éclairées et en reperfectionnant entre eux, par un commerce intime et par une communication fraternelle, des vérités découvertes. Ils protestaient en même temps contre tout autre but ou intention que l’on pourrait leur supposer.

Cependant, le renom d’athée, que des ennemis puissants de Bahrdt lui avaient donné, rendit l’Union suspecte aux gouvernements et aux personnes invitées à s'y joindre, et s'opposa au succès désiré.

La publication de l'ouvrage Mehr noten als text, etc. (plus de notes que de texte), ou l’Union allemande des XXII, in-8°, Leipsick, 1789, qui en divulgua toute l'organisation et tous les détails, lui enleva en outre l'attrait du mystère ; puis enfin l'emprisonnement du docteur Bahrdt, pour avoir écrit un libelle prétendu diffamatoire, intitulé : Système religieux du ministre prussien Wœllner, la priva du premier ressort de son activité ; de sorte que l’Union se sépara en 1790 ; ses membres se retirèrent et la plus grande partie se joignit aux illuminés.

La doctrine professée était : d'habituer les hommes à se servir de leur propre jugement, pour apprécier les vérités morales et économiques, et à ne rien regarder comme vrai, avant de s'en être fait une idée précise, appuyée de solides raisons.

Partant de ce point de vue, l’Union recommandait à ses néophytes, et pour première étude, la religion naturelle. Il leur était permis de traiter ce sujet dans leurs, assemblées et de discuter tout ce qui pouvait conduire à la vérité, quelque éloigné que le sujet pût être de la Franc-maçonnerie ou des opinions généralement accréditées dans le monde.

Son enseignement était distribué en six grades :

1. L'adolescent, composé de personnes sans emploi ou sans destination particulière.

2. L'homme, composé d'auteurs, d'artistes, de négociants, de voyageurs, etc.

3. L'ancien, composé des auteurs, des artistes, des négociants et des personnes en place, du 1er rang.

4. Le mésopolite,

5. Le diocésain, } choisis dans le 2e et le 3e degré, pour les différentes dignités.

6. Le supérieur.

 

Les frères possédant les trois derniers grades formaient le gouvernement de l'Union. Leurs assemblées s'appelaient des synodes, et l’on y tenait des agapes.

Quant aux trois premiers degrés, ce n'était que l’école préparatoire aux trois derniers ; aussi les membres de cette école étaient-ils obligés de faire des rapports sur leurs lectures, sur leurs opinions et sur leurs différentes relations.

 

Source www.ledifice.net

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L’Ordre Écossais » à Berlin de 1742 à 1752

28 Juin 2012 , Rédigé par Pierre Mollier Publié dans #histoire de la FM

L’apparition des hauts-grades, leur origine, leur fonctionnement et leur rôle avant les années 1760 restent parmi les problèmes les plus obscurs de l’histoire maçonnique. Antérieurement à 1745, les témoignages sont rares, souvent allusifs et leur interprétation toujours difficile. Le premier est une liste de loges anglaises de 1733-1734 où l’on découvre une « Scotts Masons’ Lodge ». Le second est un extrait du livre d’architecture de la loge de Bath, toujours en Angleterre, qui relate, en 1735, que des frères ont été « faits et admis Maîtres Maçons Écossais ». A Londres, en 1740, le livre d’architecture de la Old Lodge n°1 rend aussi compte que le 17 juin des frères ont été « faits Maîtres Maçons Écossais ». Il faut ensuite aller à Paris où, le 11 décembre 1743, la Grande Loge de France, en l'article 20 de ses Ordonnances Générales, met en garde les frères contre ce qui lui semble une nouveauté : « Ayant appris depuis peu que quelques frères se présentent sous le titre de maitre écossois et revendiquent, dans certaines loges, des droits et privilèges... ».
Les divulgations de cette époque comme L’Ordre des Francs-maçons trahis, Le Parfait Maçon ou La Franc-maçonne ne manquent pas de faire allusion à ce « Secret des Maçons Ecossois...qui commence à être connu en France ». Enfin, en 1745, les Statuts dressés par la R.L. Saint-Jean de Jérusalem, le 24 juin, ne laissent plus place au doute, ils précisent : « Les Maîtres ordinaires s'assembleront avec les maîtres les parfaits et Irlandais trois mois après la Saint Jean, les maîtres Elus six mois après, les Écossais neuf mois après, et ceux pourvus de grades supérieurs quand ils le jugeront à propos » (Art. XXXX).
Peu de documents et tous de quelques lignes au plus, on voit combien une meilleure connaissance de cette difficile question repose avant tout sur la découverte de nouvelles archives.
Cela souligne la grande importance de la pièce dont nous allons maintenant faire état. Un registre de « la Très Respectable Société des Maîtres Ecossois de la Très Vénérable et Très Respectable Loge de L’Union depuis sa fondation du trentième de novembre 1742 » vient en effet d’être mis au jour dans la collection de documents historiques de la Bibliothèque du Grand Orient de France récemment restituée par la Russie.
Il ne s’agit plus là de quelques lignes mais d’un volume de 140 feuillets ! Il est relié dans un cartonnage vert – 21 sur 35 centimètres – et en parfait état. L’ensemble – tant le papier que l’encre – est d’une grande fraîcheur. La lecture de ce manuscrit de qualité ne présente en aucune partie la moindre difficulté. On y découvre d’abord, sur les 16 premiers folios, les « Loix, Statuts et Ordonnances » c’est-à-dire les règlements de la loge écossaise, qui ont d’ailleurs subi différents amendements au fil des années. A leur suite prennent place les signatures des près de 80 maçons reçus par la loge, qui marquaient ainsi leur adhésion aux dits statuts. On peut ensuite y lire les comptes rendus des 141 réunions tenues par la loge écossaise entre le 30 novembre1742 et le 13 novembre 1752. La troisième et dernière partie du document présente un annuaire détaillé – les qualités civiles des membres sont souvent données – des frères reçus Maîtres Écossais pendant cette période. L’étude approfondie de cette pièce exceptionnelle va se révéler riche en informations sur les débuts de l’ « écossisme ». L’existence de cette loge écossaise n’était cependant pas totalement inconnue des historiens. Elle avait été signalée dans la sixième édition (1903) de l’Histoire de la Grande Mère-Loge Nationale aux Trois Globes.

Les origines

« La très Vénérable et très Respectable Loge Écossaise de l’Union » a été fondée à Berlin le 30 novembre 1742 par les frères Fabris, Roman, Pérard, Fromery, Roblau, Fünster et Perret. La capitale du Royaume de Prusse est alors dans la deuxième année du règne prometteur du jeune Frédéric II (1712-1740-1786). La Maçonnerie a fait son apparition institutionnelle en Prusse le 13 septembre 1740 avec la création de la loge « Aux Trois Globes ». Cependant dès 1738, Frédéric, alors prince-héritier, avait lui-même été reçu maçon par une délégation de la loge de Hambourg, la première loge ouverte dans les Etats allemands en 1737. La Maçonnerie « écossaise » ne s’implante ainsi en Prusse que deux ans après la Maçonnerie symbolique des trois premiers grades.
Si la Prusse prend une place de plus en plus importante sur la scène européenne, ses élites, à l’image du nouveau monarque, sont très marquées par la culture française. Le souverain fait bon accueil dans sa capitale aux français et ils seront nombreux à Berlin à cette époque, Voltaire ne sera que le plus célèbre d’entre eux ! Si Jacopo Fabris (peintre né à Venise en 1689 et mort à Copenhague en 1771) est un italien cosmopolite et Fünster, probablement, un allemand, à la consonance de leurs noms, on peut supposer que cinq des sept fondateurs sont français. Même si l’immense majorité des frères reçus Maîtres Écossais pendant près de dix ans sont allemands, tous les comptes rendus de la loge seront rédigés en français. Et lorsqu’ils signent les statuts, une partie des récipiendaires francisent d’ailleurs leurs prénoms.
Où les fondateurs ont-ils eux-mêmes été reçus Maîtres Écossais et sur quel titre fondent-ils le nouvel atelier ? On l’ignore. On peut juste souligner, qu’alors que la loge écossaise de l’Union sera très soucieuse de doter les loges écossaises qu’elle créera dans différentes villes, de patentes en bonne et due forme, elle-même ne se réclame, en 1742, d’aucun document fondateur. Sa création semble seulement le fruit de la réunion et du projet commun de sept Maîtres Écossais le jour de la Saint-André 1742. Il est même possible que le nouveau grade n’ait été amené à Berlin que par un Frère, le Vénérable Maître fondateur par exemple, le Frère Fabris, et que les six autres Maîtres Écossais fondateurs ne l’aient reçu qu’à la veille de fonder la nouvelle loge écossaise. On en est réduit là aux conjectures.

Les grades

A sa création, la loge écossaise semble ne pratiquer et transmettre qu’un grade, celui de Maître Écossais. La plupart des réunions consistent d’ailleurs à voter sur l’admission de candidats, puis à conférer le grade à ceux acceptés lors de la tenue précédente. Le récipiendaire doit être revêtu des trois grades symboliques et c’est un Maître Maçon « bleu » qui est reçu Maître Écossais. Il n’y a donc pas de grades intermédiaires comme le Maître Parfait, le Maître Irlandais ou l’Elu. On ne connaît malheureusement pas le rituel d’Écossais pratiqué par la loge de l’Union. On regrette bien de ne pas avoir « l’ouvrage Écossais en forme de catéchisme » proposé par le Frère Roblau le 22 avril 1745 et « généralement approuvé du T.V. Maître et de toute la loge », mais un certain nombre d’indices repérés dans les procès-verbaux peuvent peut-être permettre de s’en faire une idée. On apprend ainsi lors de la tenue du 14 octobre 1743 que les décors sont uniformément verts puisque : « le frère Fünster a été chargé de faire faire 14 tabliers bordés d’un ruban vert et les bavettes des officiers garnies d’un taffeta(s) de la même couleur, celui du très vénérable sera distingué par une brodure (?) sur la bavette. »
Par ailleurs, « les honneurs de la Maçonnerie Écossaise [se font] par 4 fois 4 » (31 décembre 1743) et la croix de Saint-André est un des éléments principaux de la symbolique du grade. La couleur verte, l’acclamation par 4 fois 4, la croix de Saint-André font irrésistiblement penser à l’« Écossais vert » de la Stricte Observance et, au-delà, à la famille de rituels de « Maître Écossais » dont il est le représentant le plus notable. Il est d’ailleurs curieux qu’Eric Ward avance que cet « Écossais vert » pourrait fort bien être le « Scott Master Mason » anglais des années 1730-1740.
Ce grade d’Écossais est-il d’origine française comme probablement la majorité des fondateurs de la loge ? Ce nouveau grade serait alors une des traductions maçonniques de la mode française qui règne alors sans partage en Prusse. Inversement, les derniers signes d’activité de la loge écossaise de Berlin coïncident avec le retournement de l’opinion quant à la France, et au début de la guerre de Sept Ans qui opposera Louis XV à Frédéric II.
S’il n’était français, ce grade de Maître Écossais pourrait-il être, comme la Maçonnerie elle-même, d’origine britannique ? L’appellation de certains officiers de la loge écossaise peut le faire penser. Les dénominations d’ « Ainé Surveillant » et de « Jeune Surveillant » qu’affichent les tableaux, sentent la traduction littérale récente des traditionnels « Senior Warden » et « Junior Warden » d’Outre-manche, quant à l’office de « Stuart de la loge » le terme dut paraître intraduisible. Mais il pourrait s’agir d’un procédé pour tenter de légitimer ce nouveau grade en suggérant une origine britannique, synonyme d’authenticité maçonnique ? D’autant que, dans le corps des comptes rendus, il est question de Premier et Second Surveillants selon l’usage français. En faveur de la filière britannique, notons aussi que la loge écossaise « L’Union » de Berlin est en correspondance avec la loge « L’Union » de Londres (31 décembre 1743). Une correspondance, a fortiori avec une loge londonienne, n’implique-t-elle pas à un moment ou à un autre un échange d’information sur les rituels ? D’autant que le vénérable maître fondateur, Fabris avait lui-même été initié à Londres dans la dite loge de L’Union !

Jusqu’à la fin 1743, lorsque la loge procède à une initiation, les récipiendaires sont « reçus Maîtres Écossais dans toutes les formes dues et requises ». Dès la tenue de fondation, qui se tient justement le 30 novembre 1742, on célèbre « la fête de Saint André le patron des Écossais avec toute la décence qui convient à un jour aussi solennel ». Un an après, le 30 novembre 1743, le jour de la Saint-André est à nouveau l’occasion d’une tenue particulièrement importante. Le rituel de la loge s’enrichit alors d’une cérémonie qui apparaît bien a minima comme un complément conséquent au grade de Maître Écossais. En effet, après les élections :

« Le Très Vénérable Passé Maître Frère Fabris a créé le nouveau Maître en Chaire Frère Roman Chevalier de l’Ordre Écossais par trois coup d’épée qu’il lui a donné en croix sur le dos avec ces paroles, je vous crée et fait Chevalier de l’Ordre Écossais par ces trois coups dont le premier est pour le Roi le second pour le patron et le troisième coup est pour la loge puis l’a revêtu de l’Ordre Écossais. Le Très Vénérable enfin pris possession de la chaire a créé chevalier du dit Ordre les Frères Passé Maître Fabris, Lamprecht, de Gerresheim, Fromery, Roblau, Funster, Pérard, D’Alençon, Rollet, de Often et de Brefeld dans les mêmes formes et cérémonies mentionnées ci-dessus puis il a prononcé un petit discours concernant les devoirs qui sont attachés à cet Ordre auquel le Frère Secrétaire a répondu par un second discours dans lequel il a fait voir l’ancienneté de cet Ordre, ses nobles progrès et sa sublimité. »

D’où vient cette cérémonie chevaleresque ? Est-ce une innovation et dans ce cas à quel mobile obéit-elle et quelles sont ses sources ? Il semble que l’on assiste à la création d’un nouveau grade « en direct » ? Il est en effet curieux de noter que le Frère Fabris fait Chevalier Écossais le Frère Roman, puis celui-ci élève à cette dignité les principaux animateurs de la loge écossaise… y compris celui qui, quelques instants auparavant, l’avait adoubé ! A moins qu’il ne s’agisse d’une erreur dans la conduite des travaux ou dans le compte rendu, la procédure est difficile à interpréter au regard des us et coutumes de la Chevalerie.
Est-ce un rite tenu secret jusque là par le principal fondateur de la loge, qui serait alors son premier Vénérable, le Frère Fabris, qui aurait estimé qu’après un an de bon fonctionnement, il pouvait enfin dévoiler à ses Frères la totalité des cérémonies écossaises ?
Il s’agit en tout cas bien d’un deuxième grade de nature chevaleresque. Il en présente les deux composantes fondamentales : l’adoubement chevaleresque et le discours légendaire sur « l’ancienneté de cet Ordre, ses nobles progrès et sa sublimité ».
Ainsi, le 31 décembre 1743, le Maître en Chaire « a créé le très digne frère Katsch - qui avait été reçu Maître Écossais le 14 octobre 1743 - Chevalier de l’Ordre Écossais dans toutes les formes requises [… et] le frère secrétaire Roblau a déclaré que le très digne frère Patonnier désirait ardemment d’être initié dans notre très sublime Ordre Ecossois ».
L’atelier s’étant prononcé favorablement, dès la tenue suivante, le 23 janvier 1744 « le Frère secrétaire Roblau a reçu […] le très digne frère Patonnier Maître Écossais dans toutes les formes dues et requises, puis le Très Vénérable a créé le dit frère Patonnier Chevalier de l’Ordre Écossais selon les cérémonies usitées à cette occasion ».
Même si elles sont toujours conférées à la suite l’une de l’autre, ce sont donc bien deux cérémonies rituelles que pratique, à partir de la Saint-André 1743, la loge écossaise.
L’Ordre Écossais est aussi appelé Ordre de Saint-André. Ainsi lors de la réception solennelle de « Son A.R. Monseigneur le Margrave Charles notre Très Illustre Frère - le 13 février 1744 - […] le Très Vénérable Maître en chaire Frère Roman après avoir ouvert la loge a reçu S.A.R. Maître Écossais dans toutes les formes dues et requises, et le Frère secrétaire Roblau lui a donné l’explication de l’origine, de la parole, des signes, et des marques de Maître Écossais, puis le T.V. Maître lui a présenté l’Ordre de Saint-André notre Patron qu’il a eu agréable d’accepter ».
D’ailleurs, le 12 juillet 1745, « le Frère Salimbeni a proposé à la loge qu’il conviendrait que dorénavant les Frères membres portassent en loge l’Ordre de St André attaché à un ruban large, pendu de l’épaule gauche au côté droit ».

Une « Mère Loge Écossaise » ?

Non seulement la loge écossaise de L’Union met en place à Berlin une autre Maçonnerie, mais elle se montre soucieuse de la diffuser. Ainsi on apprend à la lecture du procès-verbal de la tenue du 28 octobre 1743 que : « Le Très Digne Frère Fromery à fait part à la loge qu’il avait ouvert Loge Écossaise à Leipzig et qu’assisté du Très Digne Frère Perret, ils avaient reçu les Très Dignes Frères Baron d’Often, Semsch et Gérard de Dresden Maîtres Ecossois ».
Après Leipzig, Francfort puisque : « La Très Sublime Loge Écossaise de l’Union de Berlin a accordé le 6e de mars 1745 une patente aux Très Dignes Frères Maîtres Écossais de la Ville de Francfort-sur-le-Main pour l’erection d’une Juste et Parfaite loge Écossaise dans la dite ville sous le titre de La Sincérité en déclarant par le consentement unanime des frères mentionnés ci-dessus le Très Digne Frère Sturtz notre Député-Maître de la dite loge notre chère fille. ».
La loge sera installée le 4 septembre 1745 et recevra le jour même 8 frères Maîtres Écossais.
Dans la foulée, le même frère Sturtz constitue des noyaux de Maîtres Écossais à Iéna et à Erffurth en septembre et octobre 1745. C’est là qu’un frère qui jouera un rôle important dans l’histoire des hauts-grades en Allemagne, recevra la Maîtrise Écossaise : « de Knigge, Gentilhomme Courlandais reçu à Iéna le 8 octobre 1745 ».
Le 25 novembre 1745, L’Union accorde une patente pour ériger à Halle une loge écossaise sous le titre de La Concorde et sous la direction du frère Galafrès, ministre du Saint-Evangile.
Le 11 janvier 1749, la loge donne une patente au frère Neégard « pour l’érection d’une loge écossaise sous le titre des quatre étoiles resplandissantes dans la ville de Copenhagen ».
Le 30 juillet 1749 « la Très Vénérable loge Écossaise de l’Union de Berlin a accordé au très digne frère Seulen, gentlihomme transylvain, une patente de permission pour l’établissement d’une Juste et Parfaite loge Écossaise en Transylvanie sous le titre de(s) Quatre Lunes ».
Le 23 janvier 1751 « La Très Vénérable Loge, à la réquisition de Son Altesse Sérénissime, le Frère Louis-Ernest, Duc de Saxen Gotha, lui a accordé une Patente pour l’établissement d’une loge Écossaise dans la ville d’Altenbourg, sa résidence, sous le titre des Quatre Pierres Cubiques ».
Par son activisme, la loge écossaise de L’Union apparaît véritablement comme l’une des premières Mères-Loges Écossaises. Il est singulier – mais doit-on vraiment s’en étonner ? – de voir là l’histoire « authentique » et « positive » aller à l’appui du légendaire maçonnique pour faire de Berlin et de l’entourage, plus ou moins proche, de Frédéric II, l’un des foyers les plus anciens d’activité et de diffusion de « l’écossisme ».

 

Source : http://www.compagnonnage.info/renaissancetraditionnelle/Articles/ordre-ecossais-berlin.htm

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Aspects historiques de la Franc-Maçonnerie allemande

28 Juin 2012 , Rédigé par Hanns-Philippe Gluck Publié dans #histoire de la FM

Il y a peu de pays en Europe où la Franc-Maçonnerie ait été associée aussi étroitement à l'avènement d'une structure nationale que les pays germani­ques qui, en fait, ne commencent à former une nation que longtemps après l'édification des autres grandes nations du continent. Mais il y a aussi très peu de pays européens où elle fut aussi étroitement mêlée aux errements, aux particularismes politiques, aux règlements de compte et aux défis que se lancent à intervalles étroits les cours féodales qui, très souvent, ne représentent guère plus qu'une entité tribale.

Il ne faut pas oublier qu'à la sortie de cette longue guerre religieuse de 30 ans, en 1648, le territoire qui portera un jour l'empire allemand — et pour 47 ans seulement — est couvert par une mosaïque invraisemblable de 360 royaumes, principautés, grand-duchés, duchés, comtés et autres entités féodales et ecclésiastiques qui, presque toutes, développent leurs chauvi­nismes, leur nationalisme et leur particularisme et dont la composition et la configuration est changeante et fluctuante au gré des héritages et des petits conflits militaires qui surviennent. S'il y a des vraies guerres de con­quête à l'intérieur de ce conglomérat, il y a aussi des conflits d'hégémonie et de préséance. Le tout est d'une complexité effarante.

C'est seulement en 1701 que les margraves de Brandebourg accèdent à la royauté prusienne. C'est avec ce couronnement de Kônigsberg que com­mence le processus de naissance de la nation allemande moderne qui va tout d'abord s'agréger peu à peu autour de ce tout nouveau royaume affi­chant, dès ses débuts, sa volonté de devenir une grande puissance à l'échelle des dimensions nationales de ce temps.

C'est très tôt, dès 1729, que l'on trouve les premières traces d'une activité maçonnique dans les terres germaniques. S'il n'y a pas encore de Loges, il y a néanmoins des Frères. Les liens économiques et commerciaux qui mènent de Hambourg, ville portuaire principale de l'ancienne Hanse, vers les ports anglais constituent en même temps le premier axe de pénétration de la jeune maçonnerie. Nombreux furent les commerçants allemands qui accèdent aux Loges britanniques et apportent de leurs voyages le message maçonnique. Il en va de même pour de nombreux membres de la noblesse.

En cette année 1729, le Grand Maître de la Grande Loge d'Angleterre (qui ne se qualifie pas encore d'Unie), le Duke of Norfolk, nomme un Mon­sieur Thuanus, Ministre plénipotentiaire des Duchés de Brunsuick­Lünebourg et de Saxe-Gotha auprès de la Cour de Saint James, Grand Maître Provencial de Basse-Saxe, cette même Basse-Saxe qui, faisant par­tie du royaume de Hanovre, donne à la toute jeune Grande Bretagne deux rois successifs, Georges Ier et Georges II. Le Frère Thuanus est néanmoins Grand Maître d'une province sans aucune Loge. Cela changera plus tard et la ville de Hanovre est encore de nos jours un des points de cristallisa­tion de la Franc-Maçonnerie allemande.

C'est en 1733 qu'un nouveau Grand Maître anglais, l'Earl of Strathmore donne à onze «gentlemen» allemands l'autorisation de fonder à Ham­bourg un atelier, fondation — qui en fin de compte n'aura pas lieu. Elle sera l’œuvre, en 1737, d'un Frère Charles Sarry, officier de son état et nommé, l'on ne sait par qui, «Député Grand Maître du Royaume de Prusse et de la Principauté Electorale de Brandebourg ». Cette Loge se réunissait dans une taverne de la Bâckerstrasse (rue des Boulangers) qui portait un nom français «Taverne d'Angleterre» comme fut rédigé en français le texte intitulé «Fondation, Règles, Charges, Loi et Minutes de la très vénérable Société des acceptés Maçons Libres de la Ville d'Ham­bourg, érigée l'an MDCCXXXVII (1737), le sixième décembre». Ce texte représente le plus ancien document maçonnique allemand connu.

Cette loge, au départ travaille d'une façon quelque peu particulière, c'est- à-dire soit au ler, soit au 3e degré. La raison en est très probablement le fait que, de ce temps, il n'existait aucun rituel écrit. Les différents rituels étaient appris par coeur et transmis verbalement de génération en généra­tion. Cette jeune Loge n'ayant pas fait partie de cette chaîne de transmis­sion aurait donc été réduite à utiliser les premiers rituels imprimés dans le livre de Pritchard «Masonry dissected », considéré comme une trahison du secret. Il n'en est pas moins vrai que cette trahison se révélera par la suite comme étant d'une portée capitale pour la diffusion de la pensée maçonnique. Il faudrait peut-être, un jour, consacrer tout un travail à cette « trahison » de Pritchard enfreignant l'interdiction d'écrire, de gra­ver ou de buriner ces textes, constituant le secret maçonnique, et ses répercussions sur la propagation de l'idée maçonnique à travers l'ancien continent.

Cette loge constituée par des Maçons initiés régulièrement, n'en est pas moins irrégulière parce que non intégrée dans une Grande Loge. Elle est ce que nous appelons de nos jours une «Loge Sauvage». Mais ce fait ne l'empêche nullement d'initier dans la nuit du 14 au 15 août 1738 le prince héritier Frédéric de Prusse qui marquera profondément la Franc- maçonnerie allemande et qui deviendra Frédéric II de Prusse, le presque légendaire Frédéric le Grand qui humanise de façon significative le régime monarchique quasi absolu, instauré par son père. Accueillant les hugue­nots français, devenant l'ami de Voltaire qu'il reçoit à sa cour, il admet, pour la première fois en terre germanique, la toute puissance du pouvoir juridique auquel il se soumet lors de la construction du château de Sans- Souci à Postsdam durant laquelle la Chambre Royale de Justice lui inter­dit la destruction d'un moulin qui gêne l'aménagement des jardins ; le Moulin de Sans-Souci existait encore à la veille de la dernière guerre.

C'est donc seulement le 23 octobre 1740 que cette Loge sera inscrite au registre de la Grande Loge de Londres sous le numéro 108 et le titre dis­tinctif «Bunch of Grapes, Becker Street Hamburg ». En même temps, cette Grande Loge de Londres, nomme le Vénérable Maître adjoint de cet Atelier, l'Earl of Kintore étant Grand Maître, Grand Maître Provincial de Hamburg et de Basse-Saxe. Frédéric tient Loge, lui-même, au Château de Rheinsberg, où son père l'a relégué à la suite de profondes dissensions. Lorsqu'il devient roi en 1740, il prend lui-même le premier maillet dans une loge sans titre distinctif qui travaille au Château de Charlottenbourg. Elle est désignée parfois du nom de «Loge Première» ou de Loge du Roi notre Grand Maître ».

La Loge de Hambourg change son titre distinctif en 1743 et prendra celui de Absalom » sous lequel elle existe encore de nos jours. Elle a fêté avec éclat, en présence de plus de 40 délégations étrangères, le 250ème anniver­saire de sa fondation en 1988.

La «Loge du Roi » par contre va s'éteindre lors du départ du souverain aux armées. Mais le secrétaire du roi, le Conseiller Secret Jordan avait fondé en 1740 une Loge roturière «Aux trois Globes» (en français) qui existe encore de nos jours sous la forme de Grande Loge Mère Nationale. Nous allons la rencontrer à nouveau au cours du récit. Peut-être faut-il également mentionner qu'un Comte de Gotter voulait refonder une Loge, réservée aux membres de la noblesse, pour remplacer la « Loge du Roi ». Mais, c'est précisément ce même roi qui refusait cette exclusive.

Nous allons laisser là, provisoirement, cet axe de pénétration anglaise et nous tourner vers l'origine française de nombreuses fondations de Loges dans les territoires germaniques. La figure centrale de cette deuxième source est un fils naturel du Prince Electeur, plus tard roi de Saxe et de Pologne Auguste le Fort, le Maréchal Rutowski, gouverneur de Dresde qui fut initié en France et qui fonda en 1738, également, la Loge «Aux Trois Aigles Blancs» (il s'agit de l'aigle blanc des armoiries polonaises) à Dresde.

En 17 ans, nous nous trouvons donc en présence d'une vingtaine de Loges répandues sur tout le territoire et dont certaines existent encore de nos jours, parfois sous forme de Grande Loge. Nous avons déjà mentionné la Loge « Absalom » de Hambourg, fondé en décembre 1735, en 1738 suivit «Aux Trois Aigles» à Dresde, en 1740 «Aux Trois Globes» à Berlin, en 1741 «Zur Sonne» (Au Soleil) à Bayreuth (dont la Princesse est l'épouse délaissée de Frédéric II et donc Reine de Prusse), en 1741 également une Loge au nom inconnu à Leipzig, en 1741 toujours «Aux Trois Boussoles» à Meiningen (terre saxonne), «Aux Trois Squelettes» à Breslau qui jouera sous l'impulsion du Comte von Schaffgotsch, archevêque de Breslau et Frère de cette Loge, un rôle prépondérant dans la fondation de la Grande Loge d'Autriche. Suivent dans la même année une Loge à Francfort sur Oder et la Loge « Zur Eingkeit (L'Union) à Francfort sur Main qui pen­dant un temps s'érige en Loge-Mère et existe encore.

1742 voit l'avènement des Loges «Aux Trois Compas» à Altenbourg et «Aux Trois Canons» à Vienne en Autriche. Cette dernière mérite une mention spéciale, d'abord parce qu'elle est la cellule germinatrice de la Grande Loge d'Autriche et parce qu'elle travaille encore, souvent en lan­gue française. Elle fut réveillée dans les années 70 et le Vénérable Maître du réveil fut un Frère de la Grande Loge de France.

En 1743 fut fondée la Loge «St Georges» à Hambourg, en 1744 la Loge « Jonathan » à Brunswick qui a joué un rôle important au temps de la Stricte Observance, en 1746 la Loge Friedrich » à Hanovre, en 1748 la Loge «Augusta» à Celle (Basse Saxe), en 1752 « Abel » à Oldenburg, en 1754 «Saint Michael » à Schwerin (Mecklembourg) et «Aux Trois Cœurs » à Vienne (Autriche).

Cette rapide propagation entraîne la mise en place tout aussi rapide de structures fédératives. En 1740 Londres délivre une patente de Constitu­tion à la Grande Loge Provinciale de Hambourg et de Basse Saxe, la Loge «Aux Trois Globes» s'érige (1744) en «Grande Loge Mère Royale», et les «Trois Aigles Blancs» de Dresde deviennent Grande Loge du Royaume de Saxe (à ne pas confondre avec la Basse Saxe). Les premières vingt années de la Franc-Maçonnerie germanique nous fournissent une image assez systématique d'un développement logique et naturel, facile à suivre et à analyser.

Cela va changer rapidement. Des émigrants et aussi des prisonniers de guerre introduisent depuis la France le rite écossais. La première Loge de ce Rite sera établie par sept Frères, issus des «Trois Globes» à l'Orient de Berlin, la deuxième deux ans plus tard, sous le titre distinctif «De l'Union» à l'Orient de Hambourg sur l'initiative d'un Comte von Schmettau. Il y en aura d'autres à Leipzig et à Francfort sur Mein. Elles entraînent la formation d'autres structures, imitant la Franc-Maçonnerie et dont la vie n'est souvent que très éphémère.

Et puis, un Marquis Filley de Lerneu, prisonnier de guerre français, intro­duit les Chapitres de Clermont à Berlin, d'abord, où ils trouvent un appui précieux auprès de la Grande Loge «Aux Trois Globes ». Ce rite, le Système de Clermont-Rosa, trouve de nombreux adeptes à travers toute l'Allemagne. Comprenant quatre degrés, dont trois chevaleresques, ces Chapitres se réclament des Connaissances acquises par les écossais, de retour de Jérusalem. Leurs travaux tournaient autour de thèmes alchimis­tes, physiques et mécaniques. Ils formaient même une Institution d'ins­truction pour les jeunes dénommée «L'école des Roses ». De tendance déiste, ils faisaient néanmoins certains emprunts aux rites de l'église catholique médiévaie et une partie des travaux se déroulait en latin, pour l'essentiel c'était le français qui dominait les réunions. Peut-être convient- il de noter que le premier degré était largement basé sur la légende d'Hiram et les cinq points de la Maîtrise.

Mais le sommet de la confusion et de l'errance sera atteint par le rite de la «Stricte Observance». Il mérite que l'on s'y attache un instant, car pen­dant près de 20 ans, ce rite va devenir quasi tout puissant en Allemagne et dans une notable partie du continent. L'on ne sait de quoi il faille s'étonner davantage de l'absence étonnante de tout esprit critique de ses adeptes ou de la détermination avec laquelle il s'organise et se répand.

A l'origine de ce système se trouve le Comte d'Empire germanique Carl Gotthelf von Hund auf Altengrotkau descendant d'une famille de la noblesse silésienne dont les origines sont documentées jusqu'en 1300. Son père, camérier du Prince Electeur de Saxe, était propriétaire d'immenses domaines dont une notable partie va être engloutie dans cette fabuleuse aventure de la Stricte Observance ». Von Hund est un des rares qui ne se soit pas enrichis durant cette épopée, tout au contraire ; il meurt, étant pratiquement ruiné. Né en 1722, il décède le 8 novembre 1776 à Meinin­gen et ne verra donc pas la fin lamentable de cette entreprise. Il fut inhumé, revêtu de la Grande Tenue de Maître des Armées de cette Stricte Observance dans l'Eglise de Mellrichstadt en Basse Francnie, portant au doigt la bague de sa dignité avec l'inscription N.V.I.O. (nulla vi invertitur ordo - nulle force ne saura renverser l'Ordre).

C'était quoi que cet Ordre ? La légende veut qu'après la mort de Jacques de Molay sur le bûcher, en 1314, les Chevaliers du Temple auraient conti­nué secrètement leurs activités en Ecosse afin de conserver pour les géné­rations à venir, l'enseignement templier. Ainsi aurait existé un Chapitre templier de Héredom-Kilwinning. Héredom serait le nom d'une monta­gne près de Kilwinning, mais cette montagne n'a jamais été connue autre­ment. Hund déclarait avoir été consacré Chevalier du temple à la cour de Charles Edouard Stuart, en présence de Lord Kilmanock et de Lord Clif­ford, Cour qui, en ce temps, se tenait à Paris. Cette consécration fut authentifiée par une patente chiffrée qui, de nos jours, se trouve dans les archives de la Grande Loge du Danemark et qui a résisté jusqu'à nos jours à toute tentative de décodage. Ajoutons tout de suite que le journal de von Hund se trouvait encore en 1935, à la veille de l'interdiction de la Maçonnerie en Allemagne, dans les archives de la Loge «Minerve» à Leipzig et enfin qu'un très grand nombre de documents des archives de la « Stricte Observance », reliés dans un immense volume, seraient actuelle­ment en possession d'un antiquaire de Vienne en Autriche.

Lors du Convent d'Altenberg, en 1764, von Hund s'est retranché derrière son serment pour refuser toute explication supplémentaire. Le Convent de Kohlo en 1772, discuta à nouveau cette patente et, finalement se déclara convaincu de son authenticité. Enfin, le Convent de Brunwick, en 1775 - donc un an avant la mort de von Hund - s'empara à nouveau de ce thème. Pressé de questions sur l'identité de l'Eques a penna rubra (Chevalier à la plume rouge) qui l'avait consacré, von Hund éclata en lar­mes et assura que cette révélation était contraire à son serment et à sa conscience. Les choses en restèrent là.

Le territoire européen était découpé en neuf provinces :
1 - Anjou
2 - Albernia (Auvergne)
3 - Occitania (notre Languedoc)
4 - Leggio
5 - Burgundica (avec la Suisse)
6 - Britannia (notre Bretagne)
7 - Germanica inferior
8 - Germanica superior ad Danubium, Padum et Tiberi (Danube, Po et Tibre)
9 - Graecia et Archipaelagos

Au début, seule la VIIe Province, celle de von Hund qui englobait toutes les terres le long de l'Elbe et de l'Oder, le Danemark, la Suède et la Cour­lande était réellement structurée et, disons-nous de nos jours, opération­nelle, quatre autres étaient actives à des degrés variables, celles de Germa- nia superior, de Bourgogne, d'Auvergne et d'Occitanie. On peut admirer, au passage, les immenses efforts déployés d'organisation et de planifica­tion. Car il s'agissait ni plus ni moins que de reconstituer l'Ordre Tem­plier et toutes ses richesses. Les chevaliers devaient se trouver à la tête de préfectures. Par dessus les Chevaliers préfets il devait y avoir, dans cha­que Province et sous l'autorité du Grand Maître des Armées, les Prieurs, les Subprieurs et les Grands Commandeurs. Tout membre devait jurer au cours d'un acte d'Obédience et sur le « rituali strictae observantiae» une obéissance absolue et aveugle.

C'est ici qu'il convient de se pencher un bref instant sur les contenants et contenus spirituels et maçonniques de ce rite.

Tout d'abord, il comprenait les trois degrés symboliques des Loges de Saint- Jean, il y avait ensuite un quatrième degré, dit écossais, qui survit encore de nos jours dans certaines obédiences sous la forme des Loges de Saint André. Le cinquième degré groupait les Frères Novices, d'où le nom de la Loge «Maison des Novices », le sixième enfin apportait à l'impétrant son arme­ment de chevalier. En 1770 s'y ajoute un VII degré, celui de l'Eques Profes (Chevalier du Grand Serment) qui survit encore de nos jours sous le titre de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte du Rite Ecossais Rectifié.

Le contenu spirituel des travaux était assez mince. Sa préoccupation prin­cipale était le rétablissement, dans toute sa splendeur et dans toute sa puissance, de l'Ordre des Chevaliers du Temple, dont la «Stricte Obser­vance» proclamait sa filiation directe. Pendant un certain temps, l'Ordre ne subsista que grâce à la fortune personnelle de von Hund. Il devint donc urgent d'asseoir plus largement l'existence matérielle. D'où la création d'un département économique qui levait des impôts, d'où un prosély­tisme acharné qui s'adressa en priorité aux membres de la haute noblesse d'où aussi les nombreux travaux alchimiques qui furent menés. Il était prévu, par exemple, de constituer pour chaque Chevalier un capital de 2.000.000 de Thalers somme astronomique pour l'époque, et de lui ver­ser, comme à sa descendance, une rente annuelle de 500 Thalers d'empire.

En 1772, le Duc Fernand de Brunswick devint Magnus superior ordinis per Germaniam inferiorem et trois ans plus tard, 26 princes régnants appartenaient à l'Ordre.

Il convient peut-être encore de noter que l'on projeta la fondation d'une espèce d'Ecole de Guerre pour les jeunes cadres, comme nous disons de nos jours. Cette aventure, pour incroyable qu'elle puisse paraître, était parfaitement réelle ; l'apparente puissance amenait un grand nombre de Loges à l'adhésion et même la Grande Loge Mère Royale «Aux Trois Globes» s'y affilia pendant quelques années jusqu'en 1779, date à laquelle elle s'en sépara pour adopter le système suédois. A cette époque, à la suite de la formation de nombreuses Obédiences et systèmes concur­rents, la confusion arrivait à un stade inimaginable. La lenteur des com­munications, à cette époque, y était pour beaucoup ; il s'avéra donc indis­pensable de provoquer un assainissement.

C'est ainsi que le Duc de Brunswick convoqua le Convent de Wilhelms­bad qui s'ouvrait non sans mal, le 16 juillet 1782 et dura 50 jours. Son but était l'unification de la Franc-Maçonnerie. 35 délégués de beaucoup de pays y participèrent. Parmi eux du côté français, le Baron de Dürkheim, alors Grand Maître des Armées de la Ve Province, demeurant à Stras­bourg et le Maire de cette ville, un Frère von Türckheim mais surtout Jean Baptiste Willermoz de Lyon qui ramena de Wilhelmsbad le système du Rite Ecossais Rectifié.

Car, en fait d'unification, et malgré 36 séances plénières et une durée de 50 jours, le Convent de Wilhelmsbad n'obtint aucun résultat. Par contre il démentit la légende templière, base de toute la Stricte Observance qui s'effondra rapidement et il créa un nouveau système, celui précisément du Rite Ecossais Rectifié. Ce fut tout. Personne n'était réellement satisfait, encore qu'un certain effet purificateur et simplificateur émanât de ces tra­vaux, qui devait avoir, par la suite, des conséquences bénéfiques.

Nous avions déjà noté le nombre important de petits états et minuscules seigneuries qui couvrirent alors le territoire allemand. Il s'en suivit égale­ment un nombre important de Grandes Loges, souchées sur cette multi­tude d'entités. Cela, bien sûr, commence en 'Prusse où la Loge berlinoise «Aux Trois Globes» s'érige en «Grande Loge Mère Royale et devient dès 1772 «Grande Loge Mère» Nationale des Etats Prussiens ». En 1770, c'est le Médecin Général von Zinnendorf qui fonde, également à Berlin et en refusant toute adhésion à la Stricte Observance, la Grande Loge Natio­nale des Francs Maçons d'Allemagne. Ces deux Obédiences existent encore de nos jours.

Quelques 20 ans après, en 1798, se crée, à partir de la Loge «A l'Amitié », elle-même fondée en 1752 par les Maçons français, «La Grande Loge de Prusse dite «Royal York à l'Amitié». Ces trois Grandes Loges étaient porteuses d'un Bref de Protection Royale. Par ailleurs, le même roi pro­mulgua un édit interdisant dans ses terres toute appartenance à des asso­ciations et sociétés secrètes. Furent expressément exclues du champ d'application de cet édit les trois Grandes Loges et leurs Loges membres, ce qui leur conférait un monopole qui dura jusqu'en 1918.

A Francfort s'était établie, en 1782/1783, «L'Alliance Eclectique» qui deviendra en 1823, après avoir rompu avec la Grande Loge Unie d'Angle­terre, la «Grande Loge Mère de l'Alliance Eclectique». C'est la première Grande Loge allemande qui déploie une activité transfrontalière et accueille dans son sein un certain nombre d'Ateliers étrangers. En même temps, elle prend ses distances avec le principe chrétien, introduit en 1811, après la fondation, 4 ans plus tôt, par le Grand Orient de France de la Loge «A l'Aurore naissante» dont l'immense majorité des Frères étaient juifs. En 1906 enfin, cette Grande Loge, lors de son Convent de Franc­fort, reconnaît la Grande Loge de France. Cette reconnaissance va avoir, quelques vingt années plus tard, une suite.

Cette rupture d'avec la Grande Loge d'Angleterre qui ne devient «unie» qu'en 1815 entraîne toute une cascade. En 1811, dans la même année donc, la Grande Loge Provincial de Hambourg et de Basse Saxe rompt avec Londres et devient Grande Loge de Hambourg, suivie immédiatement par la Grande Loge Provincial de Saxe et la Grande Loge Au Soleil» de Bayreuth. La vérité dicte de remarquer ici que ces ruptures n'étaient pas une manifestation de solidarité avec «L'Alliance Eclecti­que », mais plutôt une réaction quelque peu épidermique à la délivrance par Londres d'une patente de Constitution à la Loge juive «A l'Aurore naissante» qui, pourtant, travailla en terre allemande et qui fut fondée, nous l'avons vu, par le Grand Orient de France, donc par une obédience étrangère.

La Grande Loge de Hanovre, riche d'une grande tradition, disparaît en 1866 lorsque le royaume est uni à celui de Prusse (conséquence inéluctable de l'édit royal dont nous avons déjà parlé). Par contre, en réaction à la large ouverture pratiquée par l'Alliance Eclectique, se crée sur l'ordre du Grand Duc de Hesse, Ludwig III, la Grande Loge «L'Union» à l'Orient de Darmstadt que toutes les Loges de l'Archiduché avaient à rejoindre.

Un autre élément intervient au début du 19e siècle : la chute de Napoléon provoque dans les pays germaniques la naissance d'un idéalisme national qui trouve son expression éclatante au cours des années 1809 à 1815 lors de ces «guerres de libération» qui amènent l'effondrement de la domination napoléonienne. Il n'en est pas moins vrai que le «Siècle des Lumières » français se cristallise en Allemagne sous le vocable de «l'Aufklârung ».

Des hommes comme Lessing, Herder et Wieland, Goethe et Fichte enri­chissent l'Ordre tout autant que les hommes politiques tels que Harden­berg et Schenkendorf ou des chefs militaires comme Blücher, Scharnhorst et Gneisenau. La bataille de Waterloo était très réellement une bataille de Francs-Maçons.

Dans son ensemble, la Franc-Maçonnerie allemande est monarchique et patriotique et elle le restera ; les efforts de Fichte de concilier l'amour de la patrie avec l'ouverture sur le monde de la Chaîne Universelle ne sont pas toujours convaincants encore que leur sincérité ne fasse pas de doute. Cette maçonnerie allemande va donc grandir et croître à l'abri des diffé­rentes protections monarchiques pendant plus d'un siècle. Guillaume le', proclamé en 1871 à Versailles Empereur allemand et non pas d'Allema­gne, est lui-même Frère et son Chancelier Bismarck lui reprochera plus d'une fois la «fidélité quasi religieuse» qui le liait à ses Frères. Son fils Frédéric III qui avait épousé une princesse britannique et qui ne régnera que trois mois, atteint d'un cancer incurable en ce temps, fut également un franc-maçon convaincu. Il incarnait un libéralisme très moderne pour l'époque et voyait dans la Franc-Maçonnerie un moyen de choix pour sur­monter l'étroitesse des chauvinismes et pour réaliser une unité humaine.

En déclarant que la Franc-Maçonnerie était une et unique, cet empereur devançait de loin son temps et sa mort prématurée fut très probablement une tragédie pour la maçonnerie autant que pour l'évolution politique ultérieure. Cette évolution était largement déterminée par son fils et suc­cesseur Guillaume II qui n'a jamais été initié.

Nous avons vu dans ces lignes l'incroyable mosaïque de Grandes Loges et de Loges Mères qui existèrent dans ce qui furent les terres de l'Empire Allemand. Avec l'avènement, précisément, de cet Empire s'accomplit en cette même année 1871 la formation de l'Association Allemande des Grandes Loges. Si partiellement elle représenta seulement une fiction d'unité, pour une autre part elle donna néanmoins des impulsions pré­cieuses aux travaux et aux réflexions des Loges. Mais dans l'ensemble, il faut bien en convenir : cette association n'arriva pas ou, au moins, très insuffisamment à enrayer les incessantes luttes et divergences qui divisè­rent les différentes Obédiences quant à leur contenu et leurs enseigne­ments spirituels.

C'est à cette époque qu'apparût de plus en plus clairement la profonde division qui sépara les maçonneries chrétiennes et humanitaires. Elle per­dure encore, bien que largement atténuée, à l'intérieur des Grandes Loges Unies d'Allemagne de nos jours.

Les trois Grandes Loges prusiennes étaient d'essence chrétienne, en parti­culier la Grande Loge Nationale qui, en pratiquant le système suédois, avait même un caractère confessionnel, luthérien. Et elle l'a toujours. Il faut noter dans ce contexte que, schématiquement parlant, le nord de l'Allemagne était luthérien, l'Ouest et le Sud de confession catholique- romaine. L'hostilité de l'Eglise romaine à la maçonnerie facilitera dans ces régions, en particulier autour de Francfort, la création d'une maçon­nerie dite «humanitaire», nettement plus laïque. La Grande Loge A.F et A.M d'Allemagne est de nos jours l'expression de cette orientation. Elle se sent très proche de la Grande Loge de France.

Cette constellation provoquera accessoirement, si l'on ose dire, une inces­sante discussion sur l'admission de Frères juifs. Nous avons entrevu dans ces lignes, lors de l'évocation de la Loge «A l'Aurore Naissante», créée par le Grand Orient de France à Francfort, les réactions que cette fonda­tion a provoquées.

Le deuxième grand thème de ces décennies était la question des hauts gra­des. Les tenants d'une maçonnerie exclusivement symbolique, travaillant uniquement dans les trois grades de l'ancienne tradition furent et sont encore très nombreux. Il faut dire que l'aventure de la «Stricte Obser­vance» avec ses utopies parfois insensées et ses nombreux abus devait fatalement provoquer de nombreuses tentatives d'assainissement, pour ne pas dire de purification. Les principaux tenants de cet assainissement étaient les Frères Fessier et Schrôder. En particulier ce dernier proclamait que tout l'enseignement maçonnique était contenu dans les trois degrés symboliques, que les suivants étaient superflus et même nuisibles. Fessier tenait le même langage mais de façon plus atténuée. Encore de nos jours existent des Ateliers qui travaillent suivant les rituels de Fessier et surtout de SchrÔder dont les membres s'interdisent toute appartenance aux hauts grades.

A l'opposé, nous trouvons en particulier les Grandes Loges prussiennes qui avaient intégré dans leurs rites, l'une quatre, l'autre six hauts grades et qui les possèdent toujours. Il faudra peut-être préciser tout de suite, ici, que le Rite Ecossais Ancien et Accepté ne fera son apparition en Allema­gne qu'entre 1925 et 1931 et que le Suprême Conseil de France et la Grande Loge de France y avaient une large part.

Ces controverses provoquent des dissensions et discussions véhémentes. Elles menèrent à la création de nouvelles Grandes Loges, à la disparition d'autres et à la démission de plusieurs Grands 'Maîtres. La Franc- Maçonnerie allemande du XIXe siècle vit dans un état de crise perma­nente, dans lequel les jalousies et intrigues des nombreuses petites cours monarchiques ont aussi leur part.

Elle aborde ainsi la guerre de 1914/1918. Immédiatement, elle se trouve complètement isolée et n'a plus aucune relation extérieure. Tous les reproches qui lui furent faits n'étaient justifiés qu'en petite partie. Les nationalismes et chauvinismes se déchaînèrent violemment dans les deux camps ennemis et cela dura jusqu'après la fin des hostilités. Ces hostilités qui se terminèrent par la signature du traité de Versailles qui contenait des conditions extrêmement dures pour l'Allemagne. Parallèlement disparu­rent toutes les monarchies dans les pays allemands, la noblesse fut abolie et l'armée réduite à sa plus simple expression. Cette fin dramatique du conflit entraîna en Allemagne — comme partout et toujours en pareilles circonstances — la recherche des responsabilités et des responsables.

Ainsi naissait la légende de l'armée invaincue, poignardée dans le dos par des puissances supranationales, au premier rang desquelles se situa la Franc-Maçonnerie, suivie des juifs et aussi des jésuites. C'est la naissance du «complot judéo-maçonnique » dont le principal exposant était le Général Ludendorff, ancien chef d'état major général. Et ainsi naissait aussi le parti national-socialiste dont Hitler devint rapidement le chef.

Les Loges de ce temps étaient essentiellement composées de petits bour­geois, de fonctionnaires, d'enseignants, de pasteurs protestants, de mem­bres de professions libérales et beaucoup plus rarement d'officiers. Cette composition en elle-même amenait une composition politique de laquelle la gauche était pratiquement exclue. La Franc-Maçonnerie allemande de ce temps ruminait, comme les autres allemands, l'amertume de la défaite de 1918 et cherchait les voies et les moyens d'atténuer sinon d'abolir les conséquences de ce désastre.

Toutes les tentatives de certaines Obédiences étrangères et en particulier des Obédiences françaises en direction d'une réconciliation furent repous­sées. Les nombreuses démarches du frère Stresemann membre d'une Loge berlinoise de la Grande Loge «Aux Trois Globes », ne trouvèrent prati­quement aucun écho dans les Ateliers et cela d'autant moins qu'en dépit des déclarations et manifestes, en particulier du Grand Orient de France, contre le traité de Versailles et l'occupation de la Ruhr, aucun effet sur la politique gouvernementale n'était visible.

Néanmoins, le Grand Maître du Grand Orient de France, Brenier, et le Grand Maître de la Grande Loge de France, Monier, adressèrent, début 1927, deux lettres identiques au Grand Maître Ries de l'Alliance Eclecti­que à Francfort lui proposant une rencontre devant permettre un échange de vues et le début d'une réconciliation des Frères des deux côtés du Rhin. Le Grand Maître Ries en informa les autres Grands Maîtres allemands leur proposant d'assister à cette conférence. Les grandes Loges prussien­nes refusèrent immédiatement en déclarant que toute négociation serait impossible aussi longtemps que durerait l'occupation étrangère de terri­toires allemands et que ne serait aboli l'article 231 du traité de Versailles, impliquant la seule responsabilité allemande de la première guerre mon­diale.

Malgré tout, le 27 février 1927, se rencontrèrent le Grand Maître adjoint Doignon et le frère Gaston Moch de la Grande Loge de France, le Grand . Secrétaire van Raalte du Grand Orient et le Grand Maître Ries, accompa­gné des frères Becker et Rosenmayer. Le résultat fut quasiment inexis­tant. Les obédiences françaises n'avaient que peu de moyens d'influer sur la politique du gouvernement en matière d'occupation militaire et de l'article 231, seule une promesse d'examiner avec bienveillance la ques­tion de la restitution des biens des Loges en Alsace et Lorraine fut faite, mais non suivie d'effet.

Dans cette Allemagne des années 20 de notre siècle, sortant d'une infla­tion monétaire qui, encore de nos jours, ne trouve aucune équivalence, qui se remet péniblement des conséquences d'une guerre perdue, •qui est amère en même temps que révoltée, qui, enfin, dans une république quel­que peu hybride, cherche à concilier le patriotisme exacerbé, issu de la guerre de 1870/1871, avec une démocratie parlementaire et qui n'y par­vient pas ou très incomplètement. Dans cette Allemagne donc, le crash boursier de Wallstreet, en 1929, éclate comme une catastrophe élémen­taire et anéantit en peu de temps l'acquis économique des années 24 à 29. Très rapidement, la République va compter près de 7 millions de chô­meurs sur une population totale de 63 millions.

C'est dans cette ambiance de catastrophe, dans cette misère vraiment noire, que va se placer, en 1930 la fondation du Suprême Conseil d'Alle­magne à laquelle le Suprême Conseil de France va prendre une large part. Cette fondation est accueillie d'une façon très réservée par la maçonnerie allemande qui, d'un côté y voit une concurrence inutile et de l'autre, une atteinte aux principes de Schrôder et de Fessier. Mais cette nouvelle juridiction a besoin d'une racine, d'une obédience symbolique où elle peut trouver les Frères de l'avenir. Et ainsi naît la dixième Obé­dience Symbolique allemande qui est fondée par huit Loges bleues patentées par le Suprême Conseil et qui regroupe des Frères en prove­nance de toutes les Obédiences existantes et, en particulier, 600 frères appartenant à la Grande Loge du Soleil Levant de Bayreuth.

Elle ne sera reconnue par aucune des Grandes Loges allemandes. Pour elle, l'insertion dans la Chaîne universelle prime tout, le problème juif n'existe pas plus pour elle que les problèmes d'appartenance religieuse ou de politique nationale ou nationaliste. Son premier Grand Maître est le Frère Léo Müffelmann.

Les réactions de cette fondation proviennent de partout, elles ne sont pas limitées, quant à leur provenance, aux seuls milieux maçonniques. Elle est vivement attaquée par la droite politique. L'internationalisme de cette jeune Obédience est même associé à la haute trahison. Mais elle va son chemin. Il ne faut pas oublier que nous nous trouvons alors à même pas trois ans de la prise de pouvoir d'Hitler. Des feux symboliques vont être emmenés par les Frères juifs en Palestine où ils fondent une Loge « Müf­felmann zur Treue » qui existe encore et qui restituera, il y a peu de lus­tres, ces feux aux jeunes Grandes Loges Unies d'Allemagne.

Le début des années 30 nous voit donc en présence de dix Obédiences alle­mandes, groupant environ 80.000 Frères.

L'avènement du régime hitlérien devient de plus en plus prévisible. Les Grandes Loges allemandes s'en inquiètent avec raison, la propagande du parti nazi associant avec de plus en plus d'insistance le zionisme - car en matière d'antisémitisme on ne fait pas de détail - et la Franc-Maçonnerie. Dès le mois de janvier 1933, les membres des Loges qui quittent la Maçon­nerie deviennent de plus en plus nombreux. Nombre d'ateliers décident de se mettre en sommeil.

Les Obédiences prussiennes, surtout, tentent de se rapprocher du régime. Chez certaines, même le vocable « franc-maçon » disparaît complètement. Elles se déclarent «Ordre chrétien-nationale-populaire» et certaines plan­ches de cette triste époque sont plus tristes encore. Rien n'y fait. Les fonc­tionnaires d'état sont tenus à déclarer leur éventuelle appartenance. S'ils démissionnent de leur Loge, ils garderont leur fonction. S'ils persistent, on les remercie sans autre forme de procès. En cas de délit politique ou d'opinion, l'appartenance passée ou présente à là Franc-Maçonnerie est une circonstance aggravante, mais extrêmement rares sont les cas où un Frère est poursuivi du seul chef de son appartenance.

Les archives maçonniques allemandes sont, pour une grande partie, per­dues ou se trouvent en Pologne, en Allemagne de l'Est ou ailleurs. Certai­nes sont maintenant accessibles, d'autres restent fermées. L'été 1935 sonne définitivement le glas, le temps des ténèbres est irrévocablement arrivé, les Loges sont interdites, leurs biens (souvent considérables) et les archives sont confisqués. Une petite partie seulement est soustraite, par des Frères, à cette confiscation. Les immeubles sont souvent dévolus au parti nazi ou à ses organismes.

Partout, les Loges, souvent fortement amenuisées, se réunissent une der­nière fois pour éteindre les flammes et pour se dissoudre. Une de ces der­nières tenues, dont les minutes sont conservées, a lieu à Hambourg - là où tout a commencé - en présence de fonctionnaires de la Gestapo. Elle revêt une grande solennité et une immense dignité qui impressionne profondé­ment ces assistants mal venus. Mais la planche de l'Orateur n'en insiste pas moins sur l'espérance en l'avenir.

Après la guerre, c'est d'abord en zone française, et surtout grâce à l'acti­vité du Grand Orient, que les Ateliers se reconstituent. Peu après, les autorités d'occupation anglaise et américaine autorisent la reprise des tra­vaux et ainsi, peu à peu, la Franc-Maçonnerie allemande renaît et se reconstitue.

C'est dans le cadre des Grandes Loges Unies d'Allemagne que les Frères de toutes ces Obédiences que nous avons évoquées, se retrouvent et reprennent les outils. Ce recommencement fut très laborieux, parfois pénible et encore de nos jours la Franc-Maçonnerie allemande souffre des séquelles de cette période sombre et dramatique.

Mais, cela n'appartient pas encore à l'Histoire et donc - comme le disait notre Frère Kipling - en est une autre.

Peut-être faudra-t-il la raconter plus tard, mais plus sûrement est-il préfé­rable que nos Frères allemands et français se réunissent souvent afin de mieux connaître, les uns par les autres, ce qui fut et ce qui est. Et ce qui est nous emplit d'un immense espoir.

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La fête du germe de blé

28 Juin 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

 « Au gui l'an neuf ! ». C'était par cette expression ou plus exactement par celle « d'aguilaneuf » que l'on se saluait déjà au Moyen Age, le premier jour de la nouvelle année. Aujourd'hui une tradition en est restée : celle de s'embrasser sous une boule de qui lorsque tintent les douze coups de minuit, le 31 décembre. Bien sûr on a toujours rapproché cette locution et cette coutume du sacrifice druidique qui suivait chaque année en l'honneur du pre­mier jour de l'an la cueillette cérémonielle du gui faite à la serpe d'or. Pourtant la réalité comme toujours paraît beaucoup plus complexe. Tout d'abord on peut rapprocher « aguilaneuf » d'un vieux terme « aguignettes » qui en certaines provinces signifie les étren­nes. Or les « étrenneurs » parcourent encore de nos jours la lande bretonne en chantant une vieille chanson dont le refrain est « Eghi­nad'né », ce qui veut dire « Donnez-nous » mais que les celtisants considèrent comme un véritable mot sacré en rapport avec « l'Eghi an ed », la fête du germe de blé. Et par-là on revient aux druides et à notre vieille âme celtique. Les paysans celtes en effet avaient constaté que le blé ne commençait à germer qu'au cours de la nuit mystérieuse à partir de laquelle le jour va recommencer à croître, la nuit du Solstice, la nuit de la Saint Jean, la nuit de Noël. Pour célébrer cette nuit ou ce jour, les druides avaient décidé d'accomplir l'offrande du grain aux dieux de la terre. Puis la coutume, tout naturellement, s'établit d'offrir dans les pays celtes, au moment du solstice d'hiver, des vivres aux plus nécessiteux.Vint le christianisme qui baptisa la coutume païenne, se l'ap­propria et transforma la fête du germe de blé « eghi an ed » en « eghinad'né ». Ce nom fut à l'origine de la guignolée canadienne qui donna finalement l'interjection « au gui l'an neuf ». Mais la tradition de vénérer le germe de blé — qu'on a sou­vent assimilé pour sa forme au foetus de l'homme — resta et se répandit même sur toute la terre. En Espagne on appelle le cadeau de l'an nouveau « l'aguinaldo » et les Galiciens qui sont d'anciens celtes fêtent « l'aguilando », ce qui signifie en espagnol ancien la chrysalide à peine dégagée de son cocon. Toujours l'idée de renouveau, de renaissance. Mais à côté du germe de blé dont le symbolisme est évident, le gui ne figure-t-il pas la plante de la médecine et peut-être de l'immortalité ?... Le gui que l'on ne trouve plus aujourd'hui sur les chênes — est-ce une malédiction des dieux anciens ? — était associé à l'arbre sacré des druides. Arbre de la prophétie (déjà en Grèce on citait les chênes de Dodone en Epire) et dont le bois imputrescible servait à fabriquer les pentacles (nos étoiles à cinq branches) et les croix celtiques, haut symbole du savoir initiatique

Noël, Jour de l'An, fête des Rois, constituent, dans cette pers­pective, une bien curieuse triade. Noël en effet a remplacé les anciennes fêtes du solstice d'hiver, célébrées chez les Perses et les Romains. Etablie à Rome dès 336 et à Jérusalem depuis 440 la fête de Noël fut rendue obligatoire au VI' siècle par un édit de l'empereur Justin. Jadis célébrée par des danses et des feux de plein air, comme lors de la Saint Jean d'été, elle reste aujourd'hui une fête intime, de famille, de retour sur soi, celle où germe pré­cisément la petit graine de l'espérance. L'arbre n'est plus brûlé : on se contente d'y accrocher des lumières multicolores ; mais il reste un symbole essentiel par son feuillage toujours vert, à l'image légendaire de celui des anciens chênes sacrés. Longtemps encore d'autre part les grandes fêtes de décembre ont perpétué le souvenir des saturnales romaines. La fête des fous moyenâgeuse, par sa licence, sa parodie ou mieux l'inversion totale à laquelle elle donnait lieu, ne peut que rappeler cette fête de Saturne durant laquelle les esclaves avaient droit de comman­der aux maîtres et où nul désir n'était refréné. On trouverait d'ail­leurs hier et aujourd'hui, des coutumes identiques aux quatre coins du monde, du Cambodge à I'Egypte ancienne, du Tibet à certains territoires de tribus africaines.

La fête des fous ou fête de l'âne — car un âne chamarré d'or­nements sacerdotaux était promené avec autant de pompe que de burlesque dans les rues de la ville — donnait prétexte à toutes sortes de réjouissances et de parodies (voire de psychodrames) jusques au sein des couvents où l'on appelait ce jour de grand débridement « la fête des innocents », fête qui se célébrait préci­sément le 28 décembre au lendemain de la Saint Jean l'Evangé­liste au lendemain du jour où la lumière recommence à grandir.

Or Saint Jean, symbole du germe et de l'espérance, Saint Jean étroitement associé au solstice d'hiver, Saint Jean annonciateur de la Jérusalem céleste « descendue en terre », a donné par son nom latin, celui de Janus, le dieu aux deux faces, révéré en Franc- Maçonnerie à l'égal de son successeur chrétien, le patronyme du premier mois de l'année, le mois de janvier. Janus, en effet, comme nos deux Saint Jean ouvrait les portes du cycle annuel, celle des dieux (janua coeli) au solstice d'hiver et celle des hommes (janua inferni) au solstice d'été. Janus, roi et pontife, principe masculin et principe féminin, détient les deux pouvoirs : le temporel, sym­bolisé par son sceptre et le spirituel ainsi que l'indique la clef qu'il arbore. Enfin vient la fête des Rois, le 6 janvier, celle qui est sans doute le vestige le plus réel des antiques saturnales. Ces rois que nous fêtons sont en effet les rois temporaires, autrement dit les esclaves pour un instant privilégiés et auxquels on a donné pour un jour toute licence. Mais la grande fête populaire d'antan est devenue simple fête de famille. Ainsi partageons-nous le gâteau pour que le hasard désigne le possesseur de la fève. Celui-ci à son tour choisira sa reine mais non plus, comme le voulait jadis la coutume, son bouffon...

Ainsi pouvons-nous voir dans cette triade de fêtes qui accom­pagnent la naissance de l'An nouveau tout un ensemble de sym­boles qui signifient tous vie, promesse, résurrection et substitu­tion, ne fût-ce que pour un jour, que pour une heure seulement. Car chacun a droit, au moins un jour, une heure, à se mettre à la place dont il rêve, à se croire libre, tout-puissant, presque un Dieu. Et très sages en vérité étaient nos ancêtres qui avaient compris... et organisé ce besoin incoercible de l'homme.

Mais un autre besoin plus profond encore, plus irrépressible, car inhérent au cycle éternel de la création — est celui de la nou­velle naissance que nous connaissons tous, nous autres Francs- Maçons à un autre degré. Chaque fois en effet que vient l'aube d'une nouvelle année c'est comme si nous entrions dans une mai­son nouvelle. Tout est possible, tout recommence. Le germe de blé va gran­dir et donnera la moisson au bon compagnon. Et sur l'arbre sacré, le gui miraculeux nous invite au bonheur

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