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Hauts Grades

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Chevalerie

11 Octobre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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Où se trouve le maître quand il est perdu ?

10 Octobre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Tout d’abord je vais vous faire part des supports écrits qui m’ont aidé à réaliser ce travail.

Il s’agit de : lamythologie égyptienne de Nadine Guilhou et Janice Peyré, Le rituel du 1er, du 2d et du 3ème degré, Le rituel d’initiation, d’élévation et d’exaltation. L’encyclopédie de l’Egypte aux Editions Atlas.

Je vais articuler mon travail autour de 3 parties. La première traitera de la place de cette question dans le rituel du troisième degré. J’en donnerai les détails, les acteurs, et je décrirai la scène communément représentée. La seconde s’articulera autour de 2 axes, le 1er étant la représentation symbolique de l’équerre et sa place dans notre rituel à tous les degrés. Le second axe étant la représentation symbolique du compas et sa place dans notre rituel à tous les degrés. Quant à la troisième partie, elle consistera à ouvrir le débat sur le sujet en tentant de répondre à cette question en rapport avec l’association de l’équerre et du compas et avec mon parcours maçonnique d’homme libre.

Enfin j’apporterai une conclusion à ce travail.

Où se trouve le maître quand il est perdu ?

C’est dans le rituel d’exaltation au grade de maître que le sujet qui m’a été confié se situe. En effet, la réponse à cette question est donnée par le vénérable premier surveillant lors de cette cérémonie. Suite à la première partie de l’initiation donnée au frère compagnon, le très respectable maître déclare qu’il va lui être expliqué le haut symbolisme qui se dégage de la légende d’Hiram. Le vénérable premier surveillant indique alors que le rituel nous apprend que lorsqu’un Maître est perdu, on le retrouve entre le Compas et L’équerre. Le premier sens de cet axiome est que le Maître Maçon digne de ce nom ne peut s’égarer, puisqu’il est toujours sur le chemin du Devoir (l’équerre) et de la Raison ou de l’Intelligence (le compas). Le second sens, nous est laissé à notre méditation, nous rappelant seulement que le Compas, dans l’ancienne symbolique de notre ordre, signifiait le ciel et que l’Equerre signifiait la Terre. Il semble donc que le Maître qui s’égare, au sens pneumatologique du mot, soit amené à errer entre deux Mondes.

Voila, la question de ce sujet semble avoir trouvé sa réponse, une réponse simple mais dans son premier sens, le second me paraît immédiatement moins évident. Il va donc falloir revenir à l’essentiel, c'est-à-dire dans un premier temps à l’observation et à la description de ces outils. L’observation de cette scène est très importante, en effet le compagnon n’a franchi qu’une partie de cette cérémonie d’exaltation, il n’a pas encore donné sa promesse à la Formule sacramentelle d’engagement, il n’est donc pas encore Maître et le vénérable expert ne lui a pas encore livré les secrets du grade. Cette mise en garde est alors d’autant plus importante. D’autant que, pendant ce rituel, il a vécu la légende d’Hiram et a vu comment par fainéantise et par envie des frères compagnons ont assassiné Hiram pour obtenir par la force les mots et secrets caractérisant la maîtrise. De cet acte tragique en a résulté une perte inestimable, notamment la vie d’un Maître a été perdu, mais au-delà de ça, les mots sacrés de la maîtrise on également été perdu. En effet pour moi, c’est toute la symbolique de la transmission qui est remise en cause par des désirs profanes, d’ambition, de vanités et autres métaux envers lesquels nous devons tous lutter. Tuer Hiram, au sens symbolique de cette histoire, cela nous est tous possible si nous ne faisons pas attention à freiner nos ambitions personnelles ?

Par là, c’est toute la maçonnerie qui risque de s’effondrer. Car bien que Maîtres, nous sommes éternellement des apprentis, et chercher à s’améliorer et à progresser est une chose, mais vouloir le faire sans efforts, sans souffrance et sans laisser de côté son ego est impossible. Alors il nous est donné des clés, des messages forts qu’il nous faut comprendre et analyser sur des plans de consciences différents pour en retirer une énergie créatrice. Car au-delà de la transmission de nos acquis, il s’agit d’avancer sur son chemin initiatique propre, mais en corrélation avec un tout, avec nos Frères, avec la loge et avec notre rite. Pour se faire, revenons sur la symbolique du compas et de l’équerre et de leur place l’un par rapport à l’autre au cours des différents degrés. L’équerre et le compas avec la règle se situent au centre du naos, une foi disposée par le frère expert nous disons que les joyaux rayonnent de nouveau. Ils sont également présents à l’orient sur le plateau du vénérable Maître où la règle est symbolisée par le livre sacré qui, à notre rite, est représenté par le livre des morts.

Mais intéressons-nous plus précisément au compas et à l’équerre.

Le mot compas, vient du latin : « compassare » qui signifie mesurer avec le pas. Très tôt, le besoin de mesure, de quantifier les espaces, les surfaces et les points fut ressenti comme une nécessité. L’invention de cet instrument de mesure est attribuée, par les Anciens, à Talaüs, neveu de Dédale. C’est l’un des outils de tracé et instrument de géométrie parmi les plus anciens inventé par l’homme pour comparer, conserver et reporter, déterminer les mesures et les proportions. Le compas exprime ce qui est essentiellement mouvant, il symbolise à la fois la rigueur mathématique, le dynamisme constructeur de la pensée, les activités créatrices, les cycles spatio-temporels, le temps, le champ des connaissances, l’esprit et la mesure en toute chose. Le compas est un outil actif qui s’ouvre au maximum à 180° où il n’agit plus, et à 45°, il devient aussi équerre. Le compas permet de décrire des cercles, c’est-à-dire des circonférences où peut agir la pensée. Ces cercles sont les différents modes de la pensée et de ses raisonnements. Ils symbolisent la pensée juste qui explore différentes possibilités clairement et précisément. Le compas qui sert à la mesure du cercle dévolu au maître est pour l’apprenti la sincérité et la confiance qu’il porte à ses compagnons et à son apprentissage. C’est aussi le respect des autres, de leur langage et de leur maîtrise. L’apprenti ignore l’usage du compas.

L’équerre se dit en latin : « norma », mot qui signifie : règle, modèle ou exemple, il tire son origine du bas - latin : « exquadra » dérivé du verbe : « exquadrare » signifiant équarrir, rendre carré. L’équerre permet de délimiter l’espace terrestre en le divisant en quatre régions selon les quatre directions (les quatre points cardinaux). Elle est non seulement le symbole du carré, mais aussi du nombre 4 tous deux représentant la solidification et la densification. L’équerre symbolique implique l’idée de rectitude, de rigueur, de précision. Le maçon se doit « d’être à l’équerre », c'est-à-dire droit, rigoureux et ferme dans ses pensées, ses actes et ses paroles. Elle sert à tracer des angles droits et réunit l’horizontale et la verticale pour obtenir l’aplomb. L’équerre donne la rectitude dans l’action et symbolise la justice. Dans le raisonnement, l’équerre donne de l’ordonnancement dans les idées, afin que l’édifice tienne en place. Emblème de la Franc-maçonnerie, l’association de l’équerre et du compas symbolise une conjonction d’opposés : masculin et féminin, terrestre et céleste, matériel et spirituel. Ils représentent, l’un par rapport à l’autre, un équilibre nécessaire à construire ou à maintenir. Le compas représente le ciel, alors que l’équerre représente la terre, rappel, lorsque les deux symboles sont entrecroisés, de l’étroite imbrication entre microcosme et macrocosme. L’équerre est aussi l’attribut du Vénérable Maître qui dirige la loge, bijou porté en sautoir qui désigne sa fonction, alors que le compas est l’attribut du Grand-maître d’une obédience.

Au premier degré, l’équerre sur le compas est la matière que ne domine pas encore l’esprit. En effet l’apprenti a pour objectif de descendre et de remonter sans cesse en lui-même à l’aide du fil à plomb. Aller chercher la pierre brute et la rectifier. A ce grade, la matière recouvre complètement l’esprit.

Pour le compagnon, l’équerre étant croisée avec le compas, il y a équilibre entre la matière et l’esprit. Le compagnon n’est plus dans les ténèbres et il s’achemine vers la sincérité et le discernement. Lors du second voyage durant la réception d’un apprenti au grade de compagnon, l’apprenti apprend à se servir du compas avec lequel il trace un cercle dans lequel il figure un triangle. Par cet acte, il apprend la mesure liée au compas et la concentration et la canalisation de son énergie pour renforcer l’édifice, qui doivent le conduire à la découverte réfléchie de la vérité. Et donc l’accès à un autre plan de conscience donnée par le grade de compagnon. Lors du quatrième voyage à l’aide de l’équerre et de la règle, il va apprendre pour la première fois à édifier une oeuvre, à l’aide du carré magique. Mais se sont seulement l’application, le zèle et l’intelligence qui peuvent l’élever, alors qu’il lui est recommandé de ne pas choisir les forces présentes devant lui mais de les équilibrer pour que l’édifice qu’il vient de monter est une base solide, des fondations stables. Ainsi, au second degré, une branche du compas recouvre l’équerre. L’esprit gagne sur la matière, et là j’ai diverses interprétations. A savoir que l’esprit, contenu dans la matière, donc venant d’en bas, se dégage et traverse cette même matière pour apparaître, alors qu’on peut développer le fait que, venant d’en-haut, l’esprit recouvre la matière et peut s’y reposer car celle-ci, densifiée par le travail lié à l’apprentissage, est quelque part plus solide, plus stable donc plus ferme pour ne plus laisser passer l’esprit qui a trouvé un socle, une base où il va pouvoir grandir et se développer au grade de compagnon. Avec son âge de 5 ans et ses 5 pas, il s'approche de la lumière plus que ne peut le faire l'apprenti. Le compagnon est en constante pérégrination. Le 4ème pas du compagnon marque l'action exploratrice de celui qui va dans les différentes directions de l'espace pour mieux se connaître lui-même ainsi que le monde qui l'entoure. Il trace avec ses pas une surface. Par le 5ème pas, il retourne dans l'axe des 3 1ers pas de l’apprenti et souligne ainsi que le chemin de la recherche de la Lumière passe par le plus court chemin, celui de la voie droite... Le Compagnon a voyagé, il a appris, il est entré dans les voies qui lui sont ouvertes, mais il n’est pas Maître. Il veut se rapprocher de la Lumière, mais les épreuves l’attendent.

Le Maître, par sa marche, explore les trois dimensions: ligne, plan, volume. Il s’élève au- dessus de la Terre par deux pas qui dessinent un compas, puis se replace à nouveau sur la ligne par un troisième pas, face à l’Orient. Il montre ainsi les progrès qu’il a faits pour se rapprocher de la Lumière, de la Connaissance. Il réalise ainsi le passage de l’équerre au compas, du tangible au monde des idées. En enjambant le cercueil, le Maître poursuivra l’oeuvre, sans souci des pièges mortels que tendront sous ses pas les meurtriers d’Hiram.

Tous ces aspects symboliques étant pour moi de l’ordre aussi bien du macrocosme que du microcosme. Le Frère maître maçon, en tant qu’Homme doit pouvoir s’attribuer ces symboles, se les approprier pour réaliser aussi bien le chemin qu’il a déjà parcouru que le chemin qu’il lui reste à parcourir.

Ainsi au grade de Maître, les branches du compas sont sur l’équerre. La matière est dominée par l’esprit, elle sert de fondement au développement de l’édifice intérieur qui va pouvoir s’élever vers le ciel, vers la lumière.

Equerre et compas : deux fonctions distinctes, mais convergentes ; des symboles différents, mais indissociables, car complémentaires, qu’il apparaît même comme irréaliste de séparer. En effet, dans presque toutes les traditions, l’équerre est associée au carré, à la terre, à la matière, et le compas est associé, lui, au ciel et à l’esprit…

Alors pourquoi, quand un maître est perdu, dit-on qu’il est entre l’équerre et le compas ?  Je peux, à ce stade de mon exposé, avancer une réponse très personnelle, et pour cela je vais m’appuyer sur la mythologie égyptienne. En effet dans la cosmogonie d’Héliopolis, le démiurge est Atoum, dont le nom est particulièrement intéressant. Atoum signifie en effet « celui qui est complet », la totalité et « Ce qui n’est pas ». L’être est le néant en quelque sorte. Atoum émerge alors de l’océan primordial, le Noun, il engendre alors le premier couple divin, Shou (l’air) et Tefnout (l’ardeur du soleil). Shou et Tefnout s’unissent pour engendrer le dieu Geb (la terre) et la
déesse Nout (le ciel).
Au premier temps, Geb et Nout étaient unis en un mariage sacré, permanent, le ciel et la terre ne faisaient qu’un. Ainsi, l’esprit et la matière étaient liés. Sur ordre, Shou sépara Geb et Nout pour mettre fin à leurs étreintes. De plus, après cette séparation et par un adroit stratagème, Geb et Nout s’unirent encore un fois et eurent comme enfants Osiris, Isis, Seth, Nephthis et Horus l’ancien. La création procède, ici comme ailleurs, par différenciation et par multiplications successives. L’ennéade est alors composée de 9 dieux plus le démiurge (Atoum) soit 10 divinités au total, et ainsi un retour à l’unité. Ce qui nous intéresse, c’est la représentation de Nout qui est très importante pour le sujet que je traite ce soir, en effet elle est représentée comme une vache ou comme une femme allongée au-dessus de la terre qu’elle touche seulement des pieds et des mains. Matérialisant ainsi les 4 points cardinaux qui servent de repère pour se diriger sur terre et donc éviter de se perdre physiquement. Mais là, le ciel s’appuie sur la matière pour exister, pour se matérialiser. Le ciel a besoin de la matière pour trouver un appui. Or si, comme nous le précise le vénérable premier surveillant, le Maître qui s’égare est amené à errer entre deux Mondes, c'est-à-dire pour moi qu’il ne s’appuie pas sur la matière, représentée par l’équerre pour s’élever vers la lumière, vers l’esprit représenté par le compas, c’est que ce Maître perdu a oublié comment se servir de ces outils, leurs significations et ce qu’ils représentent. En fait, tout ce qui lui a été donné depuis son initiation, pour avancer sur le chemin lumineux de la vérité, et ainsi pouvoir pratiquer la Beauté avec force et sagesse.

Cette planche est for à-propos. En effet, c’est mon Frère Jean-François S qui est venu à moi cet été pour me demander si cela m’intéressait de participer aux travaux des ateliers supérieurs. Bien évidemment, ma réponse fut positive et enthousiaste. Mais ce sujet qu’il me demanda de traiter au troisième degré est alors d’importance, car au fond, nous ne sommes que des hommes et rapidement l’ego profane (donc mes métaux), peut venir prendre le dessus et bousculer l’équilibre de mon équerre et de mon compas. Pour éviter, en somme, que j’attrape la grosse tête, traiter de ce sujet et une très bonne introduction et une mise en garde sur la suite, s’il y a une suite. De plus, par ce sujet, et son travail au troisième degré je m’aperçois que tous les rituels sont étroitement liés les uns aux autres, qu’ils constituent un tout indissociable, comme le compas et l’équerre. L’un sans l’autre, cela n’a pas de sens, et la position du compas nous indique alors le chemin parcouru vers cette lumière, vers la prise de conscience de l’esprit dominant la matière. Ce sont des plans de consciences différents et qui se succèdent les uns aux autres, mais pour que le compas domine de ses deux branches l’équerre, il a d’abord fallu qu’il soit totalement en dessous puis qu’il passe une de ses branches, celle du midi, celle de la colonne des compagnons, au-dessus de l’équerre, avant de passer la deuxième branche, celle du nord au grade de Maître, au troisième degré symbolique. Et tout cela dans cet ordre, pour que le Maçon que nous sommes, puisse transmettre à nouveau la lumière à un profane, qui sera reçu apprenti et pour qui ce chemin et ces étapes commencent par la matière qu’il lui faut explorer et travailler. Cette même matière qui lui servira d’appui quand l’esprit s’en dégagera comme la déesse Geb qui repose sur Nout.

Ainsi donc, à notre grade, c’est donc les errements entre deux mondes, entre la matière et l’esprit, qui signifie qu’un Maître est perdu.

Soit, mais je me pose la question suivante : et si un Maître s’appuyait uniquement sur l’équerre, donc sur la matière, sans référence à l’esprit, donc sans élever son édifice intérieur avec cette prise de conscience. Ou au contraire, si un maître ne faisait appel qu’à l’esprit sans référence se reposant sur la matière, donc sans fondation solide pour son évolution. Que pourrait-on dire ? Ne serait-il pas perdu également ? Une réponse immédiate pourrait être que non, car il serait déjà dans un monde, certes pas en connexion avec l’autre mais il serait dans un monde et donc pas perdu. Mais pour moi, il le serait à terme, car un bon maçon doit pouvoir élever son édifice en conscience de ces 2 mondes et avec tous les outils qui lui ont été donné au cours de sa vie maçonnique. Nous permettant ainsi de poursuivre l’oeuvre de notre Maître Hiram, qui renait en nous. Cette oeuvre que nous devons perfectionner afin de la léguer à notre tour. Pour réaliser notre devoir maçonnique c'est-à-dire transmettre la lumière dans la tradition de notre loge et en totale adéquation avec ses valeurs. Il faut cependant se méfier de perdre son chemin initiatique, pour cela j’ai donc mes rituels, les outils qui m’ont été transmis et surtout mes Frères composant les deux Loges que je fréquente. Je compte sur eux pour me dire si je m’égare entre le compas et l’équerre comme ils peuvent compter sur moi pour les mettre en garde au cas où cela leur arriverait.

Maintenant, je terminerais en me posant une simple question : où est-ce que je me situe actuellement ? A cela, peut-être que le travail que je viens d’effectuer me donne et vous donne un début de réponse…mais ce travail doit continuer bien au-delà.

Vénérable maître et vous tous mes frères, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Sous le voile des cendres

7 Octobre 2014 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Narrateur -

Le cataclysme, dû au choc avec une météorite, qui avait dévasté la terre, s'était produit en une fraction de seconde et, au contact de la chaleur, un amas de cendres, par couches successives, avait statufié toute vie. Maintenant, tout n’était qu’un magma grisâtre, uniforme, couvert surtout par le silence absolu. La cendre, comme un sel, manifestait une œuvre au blanc et la terre blanche semblait issue de la combustion des impuretés, ne laissant que la substance du corps incorruptible et, comme le disent les alchimistes, montrait le diadème du cœur, la simplicité paradoxale de la connaissance de soi. Les fouilles avaient commencé alors que le soleil avait atteint son zénith. On ne voyait, dans la poussière qui recouvrait toute la surface de la ville engloutie sous les décombres, que les traces de pas laissées par les scaphandres des visiteurs venus du ciel pour récupérer des informations sur cette Planète anéantie.

Commentaire -

Selon le Dictionnaire des symboles « la cendre est le résidu d’un corps organique après sa calcination. Les cendres sont poussières inertes, sans vie qui s’en sont allées avec l’extinction du feu ; elles se dispersent au vent, se répandent sur la terre ou se dissolvent dans l’eau. La cendre nous renvoie à notre peu d’importance, notre éphémère condition humaine ; elle nous invite à observer l’humilité devant l’Univers.

La cendre est aussi un symbole de destruction totale : une ville dévastée par les éruptions volcaniques ou les bombardements, la Shoah et ses fours crématoires, les bombes nucléaires avec l’annihilation, la désolation et la mort à grande échelle, leurs cendres marquent l’extermination, l’horreur. Cependant l’absence de vie ne signifie pas obligatoirement la mort qui, elle, peut être considérée comme une autre forme de vie. La cendre représente, pour certaines traditions, le néant, ou plus exactement le ni-vivant-ni-mort, un état amorphe tel qu’il était avant la Création de l’univers selon différents mythes.

Et pourtant, le feu qui couve sous la cendre est un feu caché, le feu de vie invisible et qui est sacré. Dans ce cas, la cendre est encore chaude et maintient la vie, elle la protège. La cendre partage ici le symbolisme de la grotte et de la caverne, ainsi que de la matrice. En jetant de l’eau sur cette cendre, le liquide éteint la braise et détruit le feu vital ; il ne laissera que de la matière inerte et froide. C’est pourquoi la tradition chinoise fait une distinction entre cendre sèche et cendre humide. Selon Lao-Tseu, la vision de cendres humides était un présage de mort. Toutefois, dans de nombreuses cultures, la cendre humide garde tout son pouvoir de régénérescence. Les ascètes indiens couvrent leur corps de cendre humide. Cette cendre est la nourriture du dieu du Feu.

Dans d’autres rituels, la cendre est utilisée pour obtenir la pluie. L’eau est son élément opposé, mais aussi son complémentaire. De ce fait, la cendre est associée au principe yang, au soleil, à l’or, au feu, ainsi qu’à la sécheresse, symbolisant l’Esprit, le principe masculin ; l’eau symbolisant l’Âme, le principe féminin ».

La tradition, c'est la transmission du feu et non l'adoration des cendres.

Narrateur -

Les visiteurs étaient les descendants de ces savants astronautes partis en voyage intersidéral voilà environ 1000 ans, juste avant le cataclysme. Ils avaient été recueillis lors d’une étape, dans une galaxie lointaine, par des êtres de lumière, et ils s’étaient retrouvés dans une cité de cristal où ils eurent accès à l’enseignement d’un savoir progressif et universel. Là, ils apprirent ce qui arriva à la Terre et décidèrent de poursuivre leur voyage spatial à vitesse supraluminique via un sub-espace artificiel au cours duquel des générations s’étaient succédé, oubliant la manière de vivre des terriens pour s’adapter à d’autres espèces d’intelligence qu’ils rencontrèrent dans l’Univers. De passage sur la Terre, ils avaient eu envie de découvrir comment leurs ancêtres vivaient et pour cela ils venaient collecter des indices à exploiter à force de conjectures. Au hasard, ils avaient choisi un endroit ; les fouilles avaient déjà mis à jour un tronçon de rue et des portions de maisons dans le secteur 6 que quelques lettres avaient permis d’identifier comme portant le nom de Gari. Grâce à une méthode de conservation efficace de tout ce qui était prélevé, des objets variés furent récupérés et ramenés au laboratoire. Les masques, qu’ils portaient, avaient filmé et enregistré ce qui pouvait se voir, les corps en particulier, leur posture saisie comme dans un moule de résine, la structure de l’habitation, l’agencement du mobilier encore visible. Tous ces éléments allaient être étudiés à l’abri dans le vaisseau sidéral. Somarca, le plus jeune de l’expédition fut missionné pour faire un rapport établissant, à partir des vestiges trouvés, comment vivaient les terriens. Ce jeune savant avait reçu un peu du savoir des civilisations de l’Antiquité. Somarca se retrouva avec les films des caméras, mais surtout avec des cendres, dans lesquelles furent identifiés des éléments de décor, des objets entamés par les dégâts et donc parcellaires, des fragments de papier calciné ne laissant lire que quelques mots de phrases inintelligibles.

Avec son savoir reçu des êtres de lumière il put cependant en retirer des conclusions et écrivit :

Rapporteur -

Sur la Terre, ce 18ème jour de 1046, de la parfaite année lumière de Cristal.

La datation de l’apocalypse qui a détruit la Terre nous est révélée par la date suffisamment lisible d’un document placé devant l’un des squelettes : 1er octobre 6014 de la vraie année lumière. Le mystère a été de comprendre pourquoi cette date indiquait un futur par rapport à notre système de datation. Viennent-ils du futur ? Après quelques recherches, j’ai compris que la référence au commencement de cette datation remontait 4000 ans avant J-C. parce que nous avons trouvé en fait deux dates sur les documents : une date notée comme année de la vraie lumière et une autre date faisant référence à une ère vulgaire : 1er octobre 2014. Conclusion, ces documents appartiennent à un groupe qui peut changer de référents temporels, ses membres étaient capables, instantanément, de se déplacer dans le temps et de voyager d’un espace à un autre pour y chercher la vérité.

Commentaire -

Partie des épreuves propre à tous les grades, le voyage rappelle ceux de la vie, les pèlerinages, le Tour de France des Compagnons. En tant qu’itinéraire, le voyage est à rapprocher du mot initiation. Le Silence de l'Apprenti est le cinquième voyage invisible de la cérémonie d'initiation. L'homme de l'initiation doit s'arracher du monde, obstacle à la réflexion qui empêche la spéculation de l'absolu en lui. Le voyageur ne s'identifie pas au conquérant assuré de ses trajets, ni à l'errant désorienté qui fuit, mais au pèlerin à la quête de cet ailleurs dont on lui a parlé.

Quant à la date maçonnique indiquée comme année de la vraie lumière et la date profane comme ère vulgaire, celle-ci varie selon les rites et les obédiences. Traditionnellement, les Maçons utilisent, dans leurs actes et leurs correspondances, l'ère maçonnique.

Au REAA, dans les loges bleues, on obtient la valeur de l’année dite vraie année lumière en ajoutant 4000 ans au calendrier chrétien. C’est le Révérend Uscher, prélat anglican du XVIe qui a donné cette date ; Anderson dans ses Constitutions reprend à peu près cette datation. Il convient d’utiliser le calendrier Julien faisant commencer l’année le 1er Mars (car c’est le mois du Bélier, 1er signe du Zodiaque), pour cela, il faut décomposer les éléments de la date. Ainsi, le 15 janvier 2014 ère vulgaire devient le 15ème jour du 11ème mois de l’année de la Vraie Lumière 6013 ; le 1er mars 2014 a été le 1er jour du 1er mois de l’année de Vraie Lumière 6014 et aujourd’hui nous sommes le 1er jour du 8ème mois de l’année de Vraie Lumière 2014.

D'une façon générale, les loges françaises et allemandes utilisent l’année de la Vraie Lumière ou l'anno lucis pour faire remonter symboliquement l'origine de la Maçonnerie à la création du monde selon la tradition biblique. L’emploi des mois hébraïques est aujourd'hui sorti d'usage (sauf parfois au Rite Écossais), mais on n'emploie pas les noms des mois courants, seulement leurs quantièmes.

Ce style n'est pas accepté partout : les Maçons écossais emploient parallèlement, surtout aux Hauts Grades, en même temps que les mois hébraïques, un calendrier utilisant la chronologie juive, l'anno hebraico ou l'anno mundi. Ce calendrier commence mi-septembre et il faut ajouter au calendrier grégorien 3760 ans jusqu'en septembre ou 3761 ans postérieurement.

Au grade de Royal Arch, la date du point de départ du calendrier est celle du début de la reconstruction du Second Temple par Zorobabel, date fixée à 530 avant J.-C. C’est l’anno inventionis. Au grade de « Royal and Select Master », le point de départ est la date de la dédicace du Temple de Salomon, soit 1 000 ans avant J.-C. C'est l'anno depositionis. Aux grades Templiers, on compte depuis la date de création de l'Ordre du Temple (1118 après J.-C.).C'est l'anno ordinis.

Rapporteur -

Au vu des éléments composites retrouvés, on peut dire que les terriens utilisaient des pièces de dimensions très différentes. A côté de grands espaces où ils se rassemblaient, se trouvaient de toutes petites pièces pour s’isoler, des emplacements pour solitaire, des réduits peints en noir. L’éclairage y était primitif : on a trouvé des restes de bougie, ce qui semble avoir été la seule source de lumière. Des objets sont posés sur une table, des sentences sont écrites sur les murs : Si la curiosité t’a conduit ici, va-t-en ! Si ton âme a senti l’effroi, ne va pas plus loin ! Si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres, tu verras la lumière ! Ce cabinet, incitant à la réflexion, est comme une matrice pour un rituel de purification avant l’accès à une cérémonie pour rejoindre le groupe de la grande salle, peut-être une préparation pour un voyage dans le temps. Deux fioles transparentes, laissant s’écouler entre elles une matière visible, de la poussière de marbre ou du sable, formant donc un sablier, ont pu être reconstituées, attestant d’une préparation à un voyage interstellaire avec la représentation du ciel, le spirituel dans la fiole du haut, et de la terre, la matière dans la fiole du bas. Le mouvement du sable indique un pôle d'attraction. La liaison entre ses deux sphères n'est qu'un étranglement, une difficulté à franchir, une porte étroite qu'il faut traverser pour changer de plan, parvenir à un autre monde et se retourner pour passer du bas vers le haut

Commentaire -

Le sablier, du cabinet de réflexion, attribut de Saturne, symbolise le temps qui s’écoule inexorablement, qu’on ne peut pas arrêter et qui conduit vers la mort comme l’indique le crâne à considérer comme une projection psychique ou même métaphysique, à cause du commentaire qui l’accompagne : J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis !

Plus qu’un passage, le cabinet de réflexion procure des repères indispensables au voyageur qui poursuit sa quête. Il montre l’essentiel à celui qui entreprend le voyage. Il lui indique des sens (directions et significations) et par où commencer le chemin, notamment avec la mystérieuse formule alchimique VITRIOL.

L’acronyme V.I.T.R.I.O.L est la révélation de l’opération du Grand Œuvre, aide-mémoire indispensable au profane, comme à l’initié, car il révèle le processus alchimique de la transmutation de l’être comme celle des métaux : Visita Interiora Terræ, Rectificando Invenies Occultum Lapidem (Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée). La pierre que le profane doit trouver n’est autre que la pierre philosophale des alchimistes, et celle-ci se trouve au plus profond de chacun, elle ne se dévoile qu’à ceux qui, par un travail intérieur sincère, sont arrivés au parfait équilibre pour ne faire qu’un : tout procède de l’Unité, tout tend vers l’Unité.

Pour les humanistes universalistes du XVIIe, qui ont inspiré la Franc-maçonnerie naissante, l’Alchimie était au cœur de leurs recherches. Certains travaillaient eux-mêmes au fourneau, d’autres entretenaient des laboratoires. Ils publiaient des traités sur le sujet. Pour eux, Alchimie, Rose-Croix et Franc-maçonnerie ne pouvaient être désunies. Ainsi, en atteste aussi le ternaire alchimique présent, celui indispensable au processus de formation de la pierre philosophale : le Sel, le Souffre, et le Mercure qui expriment ensemble le véritable équilibre auquel le profane doit tendre afin de se régénérer. L'alchimiste se présente comme un philosophe. Il prétend connaître, non seulement les métaux, mais aussi les principes de la matière, le lien entre matière et esprit, les lois de transformation, en apportant des réponses aux questions sur la nature humaine. Son ontologie repose sur la notion d'énergie (représentée par le dragon), une énergie dynamique, unique, en métamorphose de laquelle il faut sortir la lumière. Il avance une grande méthode, l'analogie : tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Par analogie métaphorique, on peut dire que « tailler sa pierre » conduit à trouver cette pierre philosophale, réalisant, ainsi, l’admonition du VITRIOL. Le franc-maçon, alchimiste de lui-même se confond avec l’œuvre. Il est œuvre, matière, but, voie, aboutissement, il est la pierre de fondation et la construction spiritualisée par la lumière qu’il aura trouvée. Par l’alchimie, le franc-maçon atteint la 4ème dimension, celle de la profondeur ; son être reconstruit de l'intérieur par les vertus transmutantes de son propre cœur, réceptacle de la pierre, deviendra alors incorruptible.

A l’issue du cabinet de réflexion, de cette matrice sortira le nouvel apprenti, avec une nouvelle identité. Il ne s’agit plus d’une identité d’état civil mais d’une identité par le semblable, l’analogique, les qualités, les affinités électives philosophiques et morales. Une identité tout autre qui se libère des référents spatio-temporels, hors du temps des horloges et de l’espace euclidien.

Le cabinet de réflexion n’existe pas dans les rituels anglo-saxons. Dans le Rite forestier, le postulant, appelé Guêpier ou Briquet, est enfermé dans une Cabane.

Rapporteur -

A l’entrée de la grande salle, de chaque côté de la porte deux colonnes, une intacte, une brisée marquent ce qui devait en être le seuil. On n’a pas pu préciser si la colonne était déjà brisée volontairement pour le décor. Le symbole de colonnes jumelles a été, depuis des temps immémoriaux, le gardien de portes vers des lieux sacrés et des royaumes mystérieux. Les colonnes marquent le passage vers l’inconnu, vers l’autre monde.

Selon la version de Platon, le royaume perdu d’Atlantide se situait au-delà des colonnes d’Hercule ; symboliquement, dépasser les colonnes d’Hercule peut signifier quitter l’impureté du monde matériel pour accéder au royaume supérieur de l’illumination.

Par leur situation de chaque côté de l’entrée, les deux colonnes agissaient comme un portail conduisant aux Mystères vers un endroit sacré. Pour cette raison, les deux colonnes trouvées dans chacune des grandes pièces, avec pour nom J et B, encore visiblement gravés sur les vestiges, indiquent que les humains considéraient qu’être ensemble c’était créer un espace de sacralité, que le sacrifice demandé était de n’avoir ni peur, ni curiosité et de s’être purifié en passant dans un sas, probablement dans la petite pièce décrite précédemment, pour pouvoir entreprendre leurs voyages inter temporels.

Commentaire -

Les colonnes du Temple de Salomon avaient entre autres propriétés celle d’être particulièrement acoustiques parce fabriquées en airain : en effet, l'airain entre en résonnance aux basses fréquences qui sont audibles par l'oreille humaine. Un effet d'écho était amplifié du fait que les deux colonnes, proches l'une de l'autre, se transmettaient leurs vibrations jusqu'à amplitude maximum. Seuls le Grand Prêtre, les prêtres désignés, le Chef des armées et le président du Grand Sanhédrin étaient admis dans l'enceinte du Temple. Ainsi, les colonnes, en tant qu’amplificateur sonore, leur permettaient de s’adresser au peuple amassé sur le parvis.

Lors de la construction du Temple (I Rois 7. 21), les colonnes furent nommées J et B, complément l’une de l’autre, elles sont indissociablement liées. Elles font du terme « deux », du binaire, le principe fondamental, essentiel de l’existence du monde sensible et de la vie du genre humain. Elles correspondent à toutes les dualités : sujet-objet, actif-passif, positif-négatif, mâle-femelle, père-mère, donner-recevoir, agir-sentir, esprit-matière, soleil-lune, froid-chaud, sec-humide, abstrait-concret…

Adhuc Stat, est la devise qui accompagne la colonne brisée si chère au RER, elle signifie elle tient encore debout. La colonne est brisée au sommet, donc ce qu’elle soutenait a disparu, mais elle est solidement ancrée dans le sol et l'on peut s’appuyer sur elle pour reconstruire. Cela peut être interprété de deux façons différentes : soit on s’en tient à cette première vision, soit on le prend comme une invitation à briser cette colonne, à prendre le risque de la détruire pour voir ce qui va en sortir, comme si ce symbole représentait justement le langage dans sa pauvreté affligeante par rapport à la richesse infinie du réel ; rares sont les mots qui valent mieux que le silence aurait pu dire Montherlant aux apprentis.

Rapporteur -

Les grandes salles, comme le petit cabinet, sont des espaces clos, on n’a pas pu déceler des ouvertures autres que celle de la porte d’entrée. Pourtant, parmi les débris d’un tableau encore visible, posé au sol, des fenêtres dessinées et grillagées apparaissent. Les hommes, vivant soit dans l’obscurité, soit avec des lumières artificielles, avaient probablement perdu la vraie lumière et n’en conservaient que la mythique importance sous forme de dessin de fenêtre.

Ce tableau devait avoir des pouvoirs holographiques et avait comme rôle supposé de montrer, aux participants à la réunion, l’ensemble des éléments réels et symboliques du décor de la grande salle qu’ils pouvaient embrassés ainsi en trois dimensions d’un seul coup d’œil, la quatrième dimension ne leur étant donnée que par le temps de leurs voyages vers cette lumière.

Commentaire -

Le mot fenêtre, en latin fenestra, signifiait la voie, l’issue. Dans I, Rois 6,4 il est rapporté que Le Roi Salomon fit à la Maison de l’Eternel des fenêtres solidement grillagées.

La fenêtre est souvent composée d’une base carrée surmontée d’un arc de cercle, représentant le passage du plan terrestre au plan céleste. En tant qu’ouverture sur l’air et la Lumière, la fenêtre symbolise la réceptivité. Si l’ouverture est ronde, la réceptivité est de même nature que celle de l’œil ou de la conscience. Si elle est rectangulaire, elle induit une réceptivité de l’ordre terrestre. La fenêtre carrée ou rectangulaire contient, dans l’iconographie du vitrail, des messages de nature humaine, alors que les fenêtres de forme circulaire véhiculent des messages divins. Il est montré ici le symbolisme du nombre 4 de nature terrestre et celui du cercle ou de la voûte de nature céleste et extra-terrestre, c’est-à-dire divine, en liaison avec, respectivement, l’équerre et le compas.

Remarquons que les fenêtres grillagées, dont l'une est à l'Orient, ont une forme de maillage qui peut être aussi bien en losange qu’en carré et, au lever du soleil, l’ombre du grillage projette une Planche à tracer sur le tapis de loge.

La Planche à tracer, nous dit Jules Boucher à propos de la description du tableau d’apprenti, est un rectangle sur lequel sont indiqués les schémas qui constituent la clé de l’alphabet maçonnique.

Le symbolisme maçonnique fait que le papier sur lequel on écrit est appelé « planche à tracer » et que le verbe « écrire » est remplacé par l’expression « tracer une planche ».

La disposition des dessins sur les tableaux d’apprentis et de compagnons montre que l’écriture sur la planche à tracer n’est pas celle de notre stylo. C’est l’écriture de la lumière. A partir de cette remarque, le rôle de la planche à tracer n’est pas d’écrire un texte ou un discours, mais de découvrir les traces de la lumière autour de nous et en nous. La planche à tracer invite à apprendre à recevoir la lumière, ce qui nécessite une démarche totalement opposée à celle de l’élaboration d’un discours. Et le premier pas pour s’approcher de la lumière est le silence mental.

Rapporteur -

A l’opposé de la porte, au pied de ce qui fut probablement une estrade de plusieurs marches, sur un bloc de soutènement, se trouvait une équerre en bois calciné et un compas en fer rouillé, tous deux posés sur, sans doute, un livre, mais trop brûlé pour être identifié.

Commentaire -

Le terme d’équerre vient du bas latin exquadra lui-même issu d’exquadrare (rendre carré). Il s’agit d’une pièce, à l’origine uniquement en bois, qui sert à tracer des angles droits ou élever des perpendiculaires. L’équerre est devenue l’outil de tout métier de construction. La seule manière de bâtir était fondée sur la connaissance de la géométrie grâce aux tracés d’angles droits et de cercles qui, sur le terrain se faisaient avec la corde à nœuds et sur les plans avec équerre et compas. Les traces de cet outil qui vérifie l’angle droit et de sa valeur symbolique peuvent être retrouvées dans la plus haute antiquité : sur les monuments chaldéens (4500 av JC), dans les plus anciens livres sacrés de la Chine, sur les portes des temples en Inde centrale.

Le mot compas, quant à lui, vient du verbe latin compassare qui veut dire : mesurer avec le pas. Cet instrument sert à prendre une mesure pour la reporter à l’identique, traçant ainsi un cercle dont l’ensemble des points se situent à égale distance d’un point appelé centre. Ainsi, le compas délimite le monde mais, aussi, définit ce qu’il contient. C’est ainsi que Dante, dans Le Paradis (XIX, 40-42), désigne le dieu créateur comme : celui qui de son compas marqua les limites du monde et régla au-dedans tout ce qui se voit et tout ce qui est caché. Le compas est donc symbole de création du monde.

Le compas serait attribué à Talos, neveu de Dédale. Si le cercle est, dès la plus haute antiquité, associé à la création et/ou à un dieu créateur, le compas en Occident, et dès le Moyen Âge, se substitue au cercle : il est l’outil par excellence du créateur.

L’utilisation du compas implique une rotation, donc un mouvement, c’est pourquoi il est perçu comme l’activité dynamique de la pensée et de l’esprit. Il matérialise également ces vertus fondées sur la mesure que sont la prudence, la justice, la tempérance et la sagesse.

Le compas est au ciel ce que l'équerre est à la terre. En effet chacun de ces deux outils est muni de deux branches, celles du compas sont mobiles concrétisant l'universalité du macrocosme, ainsi capables d'exprimer l’ouverture d'esprit, alors que celles de l'équerre, fixes, sont là pour appeler à la rectitude.

Dans la Confession d’un maçon (1727) le compas est lié au serment de l’initié qui le tient alors piqué sur sa poitrine ouvert à 90° (qui est la mesure de l’équerre). Dans le régime rectifié le Vénérable Maître dit à l’initié : prenez ce compas ouvert en équerre et posez en la pointe avec la main gauche sur votre cœur à découvert… le compas sur le cœur est l’emblème de la vigilance avec laquelle vous devez réprimer vos passions et réguler vos désirs.

Lié au serment de l’initié, alors ouvert, piqué sur sa poitrine, servant de mise en mémoire par un affect d’un contenu signifiant l’ouverture de conscience, le compas, après avoir été dominé par la matière, devient au cours du chemin initiatique dominant à son tour ; il a les pointes découvertes et n'est plus protégé. Selon une tradition du compagnonnage, attestée depuis Perdiguier, le compagnon est celui qui sait manier le compas, qui a donc dépassé le stade de l'équerre et acquis la maîtrise du trait. Le mouvement de l'équerre au compas est en fait la traduction du passage symbolico-cosmique de la terre au ciel ou, dit de manière plus maçonnique par le système Émulation, d'une surface horizontale à une vivante perpendiculaire.

Quant au livre sur lequel reposent ces outils, dans les rites christiques ou déistes, c’est la Bible ouverte au premier chapitre de l'Évangile de Saint Jean. La Bible a été remplacée par un autre symbole, comme les Constitutions d’Anderson, ou par le Livre de la loi dans les rites laïcisés, parfois même, dans certaines loges, par un livre dont les pages sont blanches.

Rapporteur -

Un restant de corde, enroulé par endroit en forme de nœuds, serpentant le long de la corniche des murs, formait sans doute un cercle magique permettant les voyages dans l’espace et le temps. Les terriens recherchaient des contacts avec une transcendance qui leur insufflait leur savoir qui rappelle celui des bâtisseurs.

Commentaire -

La corde relève en général de la symbolique de l’ascension, nouée elle représente toutes formes de liens et possède des vertus secrètes et/ou magiques.

Dans un but d’orientation, le cordeau avait pour fonction de maintenir les différents éléments de la construction. Dans la plupart des traditions, il était tendu entre quatre piliers correspondant aux quatre directions de l'espace, chacun des côtés figurait trois signes du zodiaque, conformément à la représentation que les anciens astrologues donnaient de l'univers. Le cordeau définissait ainsi un cadre cosmique qui fixait sur terre la projection de l'ordre universel, ce que les alchimistes appellent un rite de fixation ou de coagulation du monde céleste dans le monde terrestre.

Une fois la construction achevée, il convenait de conserver à l'intérieur de l'édifice ce cadre à partir duquel le monde d'en haut était venu engendrer le monde d'en bas. Une corde, entre les murs et le plafond, symbolisait alors l'origine céleste de l'édifice, parfois une frise, la remplaçait.

Les hiéroglyphes égyptiens désignent le nom d’un homme, c’est à dire l’existence distincte de l’individu, par une corde nouée, qui est aussi le symbole du cordon ombilical, nourricier.

La tradition védique dit de la corde d’argent qu’elle est la voie sacrée qui relie l’esprit de l’homme à l’essence universelle. Nous retrouvons ce canal éclairant, rassurant et nourricier, dans le vocabulaire courant qui a de ces raccourcis fulgurants quand cordial signifie qui part du cœur. La concorde, cet état des hommes en paix, nous désigne comme étant ensemble, cum cordem, avec la corde. Dans la chaîne d’union, le nœud n’est pas seul, isolé, il est relié au Principe Universel par la corde comme les Frères sont reliés par les bras.

Rapporteur -

Presque intactes, protégées dans un coffre, les pièces trouvées de tissus bleu avec un liseré rouge, brodées d’images servaient probablement à décorer des statues car leur forme en sautoir indique un hommage décoratif.

Commentaire -

Les Officiers de la Loge portent un sautoir, aux couleurs traditionnelles du Rite (ou du pays), comme celles des cordons des maîtres. Parfois il est brodé du symbole de la fonction de l’officier, parfois pend à son extrémité le bijou de la fonction. Il est plus ou moins richement décoré.

Les bijoux dans le rite REAA : pour le Vénérable une équerre, pour le Premier Surveillant un niveau, pour le Deuxième Surveillant une perpendiculaire, pour l'Orateur le Livre de la loi ouvert, pour le Secrétaire deux plumes croisées, pour le Trésorier deux clefs croisées, pour l'Hospitalier (Élémosinaire ou Aumônier) une bourse aumônière avec un cœur, pour l'Expert une règle et l'œil, pour le Maître des cérémonies deux bâtons croisés, pour le Couvreur deux glaives croisés.

Rapporteur -

D’autres pièces de tissus, mais blanches, en cuir ou en soie, ont été découvertes, certaines avec un liséré rouge, d’autres avec un liseré bleu, d’autres encore sans décor apparent. Leur façonnage laisse penser que c’était des protections retenues par une attache autour du ventre. L’aspect de ces pièces varie du plus modeste aspect au plus sophistiqué indiquant par là sans doute l’évolution de prouesses liées à leur utilité. La plupart portent un M et un B, un acronyme ; nous proposons pour ces initiales « Meilleur Bêtatron », cet accélérateur de particule servant à produire une haute énergie dont ils avaient besoin pour pouvoir s’éclairer dans ces lieux.

Commentaire -

La position de la bavette du tablier, partie triangulaire du tablier, a pour fonction de laisser apparaître le degré du franc-maçon en tenue. La documentation la plus ancienne sur le sujet se trouve dans une publication d'origine française, « Le Catéchisme des francs-maçons » de 1744, qui précise que les Compagnons de métier portent le tablier "pointe en haut" alors que les Maîtres laisseront la bavette retomber. Mais on trouve aussi, dans la divulgation Solomon in all his Glory, traduction du Franc-maçon démasqué de 1751 et publiée en Angleterre en 1768, que l'Apprenti doit porter son tablier avec le volet sur l’intérieur, c'est à dire que seule la partie carrée du tablier reste visible.

La tête symbolise l’Esprit manifesté, le corps une manifestation de la matière. C’est pourquoi, la protection de la zone gastrique par la bavette relevée de l’apprenti est à rapprocher de la posture de la main à l’ordre d’apprenti. Au plan spéculatif, cela marque la séparation, dans le corps, des parties nobles de la pensée, de la raison, de la spiritualité, celles qui doivent travailler, de celles vouées à l’accomplissement des fonctions charnelles de la nature, celles des pulsions, des penchants de l’ego, des peurs, des envies, de l’animalité, de l’ignorance… Les apprentis francs-maçons, au commencement de l’équarrissage de leur pierre brute, doivent se prémunir davantage contre leurs émotivités négatives et protéger les autres des influx de leurs émanations.

Au grade de compagnon, la bavette se porte donc de manière différente de celle de l’apprenti, c’est-à-dire la plupart du temps rabattue. Les protections symboliques peuvent être enlevées car l’apprentissage met le compagnon à l’abri de manœuvres dangereuses, il a appris à maîtriser ses émotions.

Pour le maître maçon, dans les Loges américaines qui pratiquent encore la vieille coutume, les deux coins du tablier sont relevés, fixés à la ceinture et roulés sur le fond du tablier qui reste plat. La forme obtenue représente un cercueil.

En Europe, le maître maçon dispose d'un tablier décoré, porteur d'une représentation schématisée de la bavette rabattue mais dont la particularité principale est de porter des couleurs distinctives des rites ainsi que des indications symboliques.

Pour le décor des tabliers de maîtres, les artisans et les brodeurs ont utilisé des éléments différents selon les époques et les pays en puisant dans le corpus symbolique maçonnique. En France, la fin du XVIIIe siècle voit le recours à la symbolique du Temple, le Directoire la vogue de l'Égyptomanie (sphinx, pyramides,...), l'Empire l'apparition des abeilles ou de la ruche et la suite du XIXe la thématique de l'équerre et du compas. Dans les pays anglo-saxons, d'autres symboles ont été utilisés telles l'Ancre, l'Arche, les Vertus théologales.

Par ailleurs, la couleur du galon de bordure a changé au fur et à mesure de la création des Rites maçonniques : d’un certain bleu pour le Rite Émulation (couleur de l'ordre de la Jarretière) et le rite de Salomon, bleu clair pour les Rites Français et Écossais Rectifié (couleur de l'Ordre du Saint Esprit), rouge pour le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Au XXe siècle, une harmonisation du tablier s'est imposée, avec des décors uniques, dont les seules variations portent sur la couleur selon le rite, le degré (Apprenti, Compagnon, Maître) ou la fonction du Frère ou de la sœur qui le porte : Vénérable Maître, Grand Officier Provincial ou National... Aujourd'hui, seuls les tabliers dits "des Hauts Grades" continuent de porter un symbolisme figuratif variant de degré en degré, tel qu'il avait été fixé à la création des Rites.

En Écosse, il en existe une très grande variété ; le tablier indiquant la Loge à laquelle on appartient. Le tablier standard, tel qu'il a été défini en accord avec les autorités de la GLNF puis repris tel quel par la GLTSO, est orné uniquement du tartan Royal Stuart. Le tablier se porte sous la veste. En effet, les vestes portées avec les kilts sont plus courtes qu'une veste normale et ouvertes devant pour le sporan.

Au REAA il se porte sur la veste.

Rapporteur -

Intacte une seule canne surmontée d’une boule blanche fut trouvée, représentant naturellement l'autorité, le pouvoir, la force, la protection du lieu. Elle devait appartenir à un chef, ouvrant le passage vers les voyages intersidéraux.

Commentaire -

Dans certaines loges belges, il est de coutume d'offrir aux nouveaux compagnons une canne, appareil qui les soutiendra dans leurs différents voyages.

Lors de ses déplacements, le Maître des cérémonies est toujours muni de la canne. Il est à noter que la canne du Maître des Cérémonies est faite, normalement, en gaïac, bois brun verdâtre très dur qui est aussi appelé « bois saint » ou « bois de vie » (lignum vitae), surmontée d'une boule en ivoire, son bout est en métal. Elle est donc composée de 3 éléments : végétal, animal et minéral.

Rapporteur - Des textes calcinés, que l’on peut considérer comme des archives, ont pu être déchiffrés ; ils portaient des numéros de référence séquentiels et chronologiques. D’après leur contenu, les domaines de leur raisonnement analogique se traduisent plus particulièrement par des translations disciplinaires, empruntant des savoirs à des champs différents, par exemple la philosophie, l’étymologie, l’histoire, la sociologie, l’ésotérisme, l’alchimie, le symbolisme, etc. Les passages d’un contexte lexico-sémantique à un autre s’effectuent notamment par les outils métaphoriques et poétiques dont on a pu relever plusieurs formes. Tous les écrits trouvés sont des manières de donner du sens. De façon plus spécifique, l’analyse permet de définir ces textes comme une herméneutique dans laquelle l’évaluation du travail d’interprétation se définit par l’originalité de l’agencement des arguments et des transpositions sémantiques réalisées par leur auteur.

On peut noter une particularité dans la syntaxe des phrases : on trouve très souvent, de façon très proche du pronom « nous », des mots équivalents, notre, nos, etc. Ce sont des concepts formateurs de l’identité de ce groupe de terriens par condensation sémantique de l’ensemble des processus d’apprentissage et d’intégration dans lesquels les membres ont été symboliquement construits comme parties d’un tout.

Commentaire -

Espace dédié à la prise de parole orale, l’expérience maçonnique est celle d’« avoir une voix », quel que soit l’objet du discours. En ce sens, présenter des planches, sur des thèmes qui ne sont pas nécessairement ceux de la politique, de l’actualité ou de sa profession, permet la mise en application d’une sociologie de l’apprentissage de la prise de parole démocratique. Celle-ci se définit notamment par l’inscription dans une communauté d’appartenance, une unité de pratiques langagières et discursives suffisamment symboliques pour permettre la mise en relation effective des expériences.

Je, tu, nous, vous cesse d’être des pronoms personnels pour devenir des pro-noms rituels. Alors qui parle ?

Le rituel est une parole préexistante, présentée oralement au devant des colonnes par les officiers. Ce qui parle c’est le rituel ; la parole est sédimentée par la tradition du rite. Au cours du rituel, la parole des officiers est celle d’une fonction, ils n’ont donc pas besoin de se lever parce qu’ils ne sont pas les auteurs de ce qu’ils disent. La parole rituelle qu’ils proclament les oblige à un renoncement du moi, à plus d’humilité que les autres frères ou sœurs présents.

L’homme donne sens au monde par la parole. Et il ne peut donner sens que s'il est présent au monde, c'est-à-dire en état d'éveil, de conscience du monde et de conscience au monde. En d'autres termes il se désigne lui-même comme face au monde. Par la prise de parole, le franc-maçon est là ; il le montre en étant debout et à l’ordre. Sa parole maçonnique assume ce qu’il dit et s’achève sur cette revendication par le « j’ai dit ».

A part le vénérable, la parole n’est jamais prise, elle est autorisée par triangulation ; cette parole s’adresse à tous, sans dialogue.

Les serments sont, pour la plupart, personnels sauf en clôture des travaux des tenues du premier degré, tous achèvent le travail par : « nous le promettons ». Le grand expert prend un engagement pour les autres. Sa promesse est un pluriel d’union au nom de tous les Fø et Sø présents.

Rapporteur -

Conclusion du rapport : les éléments d’échantillons dont nous disposons nous permettent de penser que cet espace était un lieu d’initiation par lequel les terriens devaient passer.

Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais aussi redoutables car susceptibles d’être détournés de leur action bénéfique et d'être transformés dans un but malfaisant. Ces initiations avaient été transmises par les êtres de lumière comme ceux qui ont accueillis nos ancêtres lors du voyage sidéral qui les avaient sauvés du cataclysme.

Commentaire -

On raconte que des extraterrestres, venus s'installer sur terre bien avant le déluge, formant une petite communauté d’Hyperboréens, allaient donner naissance aux Atlantes et aux habitants de la terre de Mû. Le déluge (ou la guerre atomique entre Mû et l'Atlantide) devait détruire toutes ces civilisations, ne laissant sur les hauts plateaux qu'un petit nombre de rescapés. Il y a plusieurs milliers d’années, un second groupe d'extraterrestres originaires de Vénus serait venu civiliser les humains qui, du Pérou au Tibet, avaient tant bien que mal réussi à survivre. Sur une dalle du Yucatan, gravée avec minutie, se profile une fusée spatiale ; sa forme, ses mécanismes de propulsion sont d'une ressemblance frappante avec une fusée. De très nombreuses autres descriptions ou dessins relevés dans les manuscrits mayas, égyptiens, phéniciens concordent : il y a longtemps, des étrangers venus d'autres planètes (appelés dieux, anges ou extraterrestres) auraient vécu sur la Terre et auraient laissé des signes, des marques de leur passage.

Les anciens textes sacrés racontent qu’à la nuit des temps, la Chine fut gouvernée pendant 18000 ans par une race de Dieux. Le Huai-nan-Tzu parle d’une période idyllique, un véritable paradis. Mais un jour, les hommes se rebellèrent, des catastrophes ravagèrent la planète, les rois de l’espace coupèrent toutes communication avec les hommes, les laissant reconstruire, seuls, leur civilisation.

La mythologie Égyptienne évoque les pouvoirs magiques des divinités. Les Égyptiens croyaient que leur Pharaon était un véritable Dieu. Ils parlent d’une époque où les Dieux dominaient la Terre, puis ce fut l’époque des demi-dieux avant que le premier Pharaon ne gouverne les terres d’Égypte.

Pour Édouard Schuré, le ciel et la terre ont été, comme la Bible hébraïque le raconte, créés par des élohîm mais ceux-ci ne sont pas Dieu : ce sont des anges de la 7e classe, de ceux qu'on appelle habituellement, mais improprement, en français, les "principautés" et qui font partie de la troisième triade angélique, Schuré assimilant les membres de celle-ci aux Dévas de l'hindouisme. Pour lui, cependant, la planète Saturne aurait été créée en premier lieu, puis successivement le Soleil, Jupiter et Mars. C'est alors que se serait produite la révolte du chérubin Lucifer, laquelle aurait eu pour conséquence la création de la Terre, de la Lune et de l'homme. La plus ancienne civilisation terrestre aurait, pour Schuré, été celle des Atlantes, de laquelle dériveraient toutes les autres.

Rapporteur -

Cependant, trop de réponses à notre questionnement restent ensevelies sous le voile de cet anéantissement de la réalité. La conclusion qui s’impose demeure une question : les fouilles auraient-elles mis en évidence que tous les terriens étaient redevenus des initiés ?

Narrateur -

Somarca pensa que tout cela paraîtrait trop simple pour les anciens, fallait-il refaire le rapport ? La nuit était tombée depuis longtemps, il était à mi- nuit et il décida de remettre, au lendemain, la réponse à son questionnement. Soudain un courant d’air emporta quelques cendres qui, en les mêlant, fit apparaître de façon fugitive un nuage de poussières laissant voir des lettres écrivant en suspension le mot « arbre de liberté » qui se disloqua aussitôt.

C’est alors que Frandelf [1] se réveilla de son sommeil agité. Il était un jeune apprenti qui, la veille, venait d’être reçu franc-maçon dans la respectable loge L’arbre de Liberté. Par delà le songe, il comprit que la langue des symboles avait fait place au silence, que le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’homme, et que, dans les rêves ou la réalité, tout est symbole.

[1] Évocation des prénoms des apprentis de la loge

 

 Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com

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L'Hérésie de Manès

6 Octobre 2014 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Connaissez-vous MANES ? Ce nom ne vous dit rien ?

Il s'agit d'un homme qui naquit au deuxième siècle à Mardin, un village du Kurdistan, et dont la tête était pleine à la fois de textes bibliques et de légendes persanes. Il ne se prenait pour rien moins que le Saint-Esprit et, voulant concilier sa double croyance, 11 conçut pour expliquer l'homme et la création une théorie étrange. Il fonda même une école, que dis-je une école ! une église. Autour de sa sainte personne, douze apôtres, assistés de soixante-douze évêques, prêchaient son évangile. Durant des siècles, celui-ci se répandit dans l'Orient et le Moyen-Orient. Certains y voient même l'origine des croyances cathares et albigeoises qui furent étouffées par le feu des bûchers.

— Pourquoi donc évoquer un si vieux personnage ?

— Parce que, comme beaucoup de nos contemporains, vous êtes peut- être, sans le savoir, un moderne émule de MANES.

A la lecture de votre quotidien du matin, à l'audition des nouvelles que la radio vous apporte à midi ou au spectacle de votre journal télévisé du soir, vous frémissez, à juste titre, d'indignation en apprenant que de paisibles boutiques ont été saccagées, qu'une mère de famille a trouvé la mort dans un accident d'auto volontairement provoqué, qu'un employé de bureau a été tué à coups de matraque dans le métro, que des otages attendent dans un bureau de banque assiégé par la police ou dans un coin perdu de désert, la libération ou la mort. Devant cette violence répandue à tous les niveaux et à tous les instants de la vie quotidienne, ne vous est-il pas advenu de vous écrier : « Ceux qui font cela sont des démons, il faut les abattre sur le champ dès qu'ils sont pris, et sans jugement, comme des chiens enragés ?

Si une telle pensée a un jour traversé votre esprit, vous avez commis l'hérésie de MANES. MANES posait en postulat l'existence de deux principes contraires : le bien et le mal synthétisés par la lumière et les ténèbres, l'esprit et la matière, le Dieu bon et le Diable. Un combat sans merci s'engagea entre ces deux forces antagoniques et les ténèbres étaient sur le point de triompher de la lumière lorsque le bon Dieu imagina de créer l'Homme. Celui-ci, doté de toutes les perfections, allait combattre à ses côtés pour le triomphe du bien sur le mal. Hélas, cet homme créé fut vaincu par ses besoins naturels : la concupis­cence et l'envie firent de lui le prisonnier de la matière et il est, depuis lors, gouverné par l'esprit du mal. MANES et ses disciples, les auditeurs et les parfaits, ne voyaient de salut pour cet homme déchu que dans une évasion de la matière par le jeûne, la prière et les chants sacrés.

L'ceuvre de rédemption entreprise par Jésus devait trouver son achève­ment dans le renoncement à toute existence matérielle et le retour à l'esprit créateur. Si vous croyez au dualisme inconciliable du bien et du mal, du blanc et du noir, de l'esprit et de la matière, du créateur et de la création, de la science et de la morale, alors à votre insu, mais sans le moindre doute, vous êtes manichéen.

Dès lors, vous ne pouvez trouver de satisfaction que dans l'abandon de votre vie terrestre, c'est-à-dire, en clair, dans la mort. SI au contraire vous désirez découvrir ou donner un sens à votre existence, à celle des aïeux qui vous ont engendré depuis la nuit des temps et à celle de votre descendance, il vous faut opter pour la vie, c'est-à-dire pour l'action. Car vivre ce n'est pas subir, c'est agir.

Vous êtes-vous demandé pourquoi les sociétés contemporaines sont en proie à un phénomène de décivilisation inouï ?

L'histoire des sociétés comme celle des individus s'inscrit dans une triple loi de progrès : expansion, organisation, sélection. Or, il semble que les groupes humains traditionnels soient en train de se dissocier, de se déliter, de se décomposer. Les uns tirent à hue, les autres à dia. Au lieu de se conjuguer, les efforts se dispersent et se contrarient. Ceux qui travaillent ne recueillent que sarcasmes, critiques et rebuffades. Ceux qui essaient de réfléchir en sont empêchés par ceux qui hurlent. Ceux qui agissent sont freinés. Ceux qui voudraient avancer sont bloqués par une foule dont les courants s'annihilent et rendent vains leurs efforts. Les idées constructives sont noyées à la fois dans les routines et les Innovations farfelues. Les démarches de progrès sont ruinées par le défaitisme, les préjugés et le désordre des esprits.

— Pourquoi ?

— Est-ce parce que durant ce XX° siècle nous avons été trop comblés ou au contraire trop malheureux, trop nantis ou trop pauvres, parce que les inéga­lités sont trop criantes ou le nivellement excessif, parce que nous avons trop de liberté ou pas assez ?

— Oui est responsable de ce déplorable état de chose, le système ou le psychisme, la société ou l'homme, la collectivité ou l'individu, la fatalité ou vous-même ?

Autrement dit, subissez-vous un état de fait imputable au monde extérieur ou au contraire un état d'âme collectif dont chacun de nous est comptable ? L'idée que je puisse insinuer que vous avez une parcelle de responsabilité dans une attaque de banque, une agression ou une prise d'otage vous révolte, dites-vous ?

Eh bien ! calmez votre indignation et réfléchissons ensemble.

Etes-vous bien certain d'avoir toujours fait ce que vous pouviez, ce que vous deviez pour maintenir un équilibre social dont la rupture mettrait en péril votre liberté, vos conditions de vie et peut-être votre existence et celle des êtres que vous aimez ? N'avez-vous pas contribué par votre comportement de tous les jours à créer ce climat de violence que vous dénoncez maintenant ? Vous êtes libre, donc responsable. Vous êtes autonome, donc solidaire. Votre responsabilité et votre solidarité dépassent largement le cadre de votre famille, de votre cité et de votre nation. Elles s'étendent à tous les mem­bres de la communauté humaine. SI vous pouvez aller et venir, manger, dormir et faire l'amour c'est grâce à l'énergie créatrice de milliers d'inventeurs, grâce aussi au travail de millions d'hommes et de femmes qui, jour après jour, contribuent à votre confort et à votre sécurité.

Dans votre travail, dans vos loisirs, dans votre vie familiale, dans vos activités diverses, éprouvez-vous toujours un sentiment de gratitude et de fraternité profonde à l'égard des êtres qui vous entourent et du bien-être qu'ils créent continuellement pour vous ? Ne vous insurgez-vous pas souvent in petto contre les multiples contraintes que vous impose la promiscuité grandissante de la vie en société, et incons­ciemment n'avez-vous pas fait vôtre cette amère boutade égoïste à prétention philosophique : « L'enfer, c'est les autres » ? En ronchonnant à tout propos contre les moindres événements qui vous contrarient n'avez-vous pas contribué à créer ce climat d'aigreur et de défiance qui empoisonne les rapports sociaux actuels ? Bien mieux, n'avez-vous jamais détourné la tête et continué votre chemin en voyant un passant attaqué dans la rue par un voyou, de crainte de prendre un mauvais coup, alors qu'avec les dizaines d'indifférents pressés qui vous entouraient il vous eût suffi de vous approcher pour mettre le malfrat en fuite ? N'avez-vous jamais, en voyant une voiture en panne sur l'autoroute, appuyé sur l'accélérateur plutôt que de vous arrêter à un poste téléphonique pour appeler un dépanneur, de crainte d'arriver à l'étape quelques minutes plus tard que vous ne l'aviez prévu ? N'avez-vous jamais fui lâchement à la vue d'un accident de crainte d'être Impliqué comme témoin dans une procédure ennuyeuse ? Vous me dites que vous vous acquittez de votre devoir de charité en cotisant régulièrement à telle, telle et telle oeuvre philanthropique. C'est bien, mais ce n'est rien...

Les hommes ne vivent pas seulement de pain. Ils vivent aussi d'amour.

Eh oui ! d'amour.

Et c'est souvent lorsqu'ils ont trop de pain et pas assez d'amour qu'ils deviennent méchants et violents. Perdus dans une foule indifférente, ils surcompensent leur solitude par un appétit boulimique de plus en plus dévorant pour les biens matériels.

Vous n'êtes pas un ange parce que vous n'avez jamais attaqué une épicerie, et ceux qui prennent des otages pour se procurer à tout prix cet argent par lequel ils croient follement acheter le bonheur qui les fuit, ne sont pas des démons. Ils sont faits de la même pâte que vous-même. N'y avez-vous pas songé, quand avec stupéfaction vous avez appris que le conducteur du stock-car meurtrier assassinant de sang-froid une innocente Jeune femme, n'était qu'un pauvre petit manchot probablement frustré d'affection ? Seriez-vous étonné d'apprendre que le voyageur du métro que vous avez laissé sanglant sur le quai après une attaque à laquelle vous aviez assisté Impavide, est sorti le lendemain dans la rue avec un revolver, pour tirer sur tous ceux qui ressembleraient de près ou de loin à ses agresseurs de la veille ?

Ne vous méprenez pas sur mon propos. Tenter d'expliquer ne signifie ni accepter ni excuser. Les actes de violence sont injustifiables. Leurs auteurs, quels qu'en soient les motifs ou les mobiles, en portent la responsabilité première et on ne saurait y substituer celle d'une société, entité morale et abstraite, dont on oublie trop volontiers que son climat général n'est que la résultante des tendances des individus qui la composent. L'hérédité et l'éducation ne sont, en vérité, que peu de chose face à la volonté d'un être conscient et raisonnable. Prétendre le contraire aboutit à priver l'homme de toute liberté, donc de toute dignité, à faire de chacun de nous un irresponsable, donc un esclave.

Je voudrais simplement vous pénétrer de l'idée que, comme membre de cette société, vous ne pouvez vous en abstraire et la juger de l'extérieur sans démissionner de votre condition humaine. Vous ne pouvez à la fois tout attendre d'elle et ne rien lui apporter. Ma seule ambition est de tracer, face au portrait de l'homme objet, égoïste, irresponsable, revendicatif et pleurnichard, la silhouette de l'initié, libre, éclairé, présent et agissant.

Celui-là croit qu'en fournissant ses quarante heures de travail, en payant ses impôts et en faisant la charité de quelques sous il est quitte envers la grande famille des hommes. Celui-ci en revanche, sait qu'il n'a jamais fini de s'acquitter de sa dette de reconnaissance envers ses semblables, ceux du passé, du présent et du futur, et qu'il leur doit, non seulement son concours matériel mais aussi sa présence cordiale, son sourire, son réconfort et son amour. Un geste de compassion apporte mille fois plus qu'un don matériel, si généreux, soit-il. Car si parfois « l'enfer c'est les autres », on peut dire que, sans les autres, le paradis lui-même n'est qu'un désert. Il est grand temps que nous prenions tous nettement conscience de la nécessité très actuelle de compléter l'adage négatif de la morale formelle Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fit », par ce précepte positif qui constitue depuis toujours l'unique commandement de la morale maçonnique : « Commence par faire pour autrui tout ce que tu souhaiterais que l'on fit pour toi-même. »

OCTOBRE 1975

Publié dans le PVI N° 20

 Source : www.ledifice.com

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A livre ouvert

4 Octobre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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Le Dumfries 1710 (extrait)

3 Octobre 2014 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

Exhortation

Que le Père tout-puissant avec la sagesse du glorieux Jésus et par la grâce du Saint-Esprit, qui sont trois Personnes en un seul Dieu que nous implorons, soit avec nous au commencement et nous donne la grâce de nous gouverner en cette existence afin que nous puissions parvenir à son Royaume qui n'aura pas de fin. Amen. Bons frères et compagnons, notre dessein est de vous faire connaître de quelle manière fut crée cette excellente science de la maçonnerie, quand et comment elle débuta, et aussi comment elle fut soutenue, favorisée et aimée par les plus fameux et braves héros de la terre tels que rois et princes, ainsi que toutes sortes de gens intelligents au plus haut degré ; de même que les obligations de tous les maçons vrais et reconnus, auxquelles on leur a enseigné de se conformer en toute loyauté et de bien prendre garde s'ils souhaitaient être récompensés. Les obligations que nous vous énumérons maintenant, ainsi que toutes les autres obligations et secrets se rapportant aux Francs-Maçons et à tous ceux, désireux de connaître, qui ont été reçus dans leur association, de même que les délibérations de cette loge, chambre ou salle de réunion. Vous ne devrez, contre aucun don, présent ou récompense, faveur ou affection, directement ou indirectement, ni pour aucune autre raison, les divulguer ni les dévoiler, que ce soit à père ou mère, s¦ur ou frère ou enfants ou étranger ou toute autre personne.

Les sept sciences libérales

Il y a sept sciences libérales :

La première est la théologie, qui enseigne les vertus logiques.

La seconde est la grammaire, jointe à la rhétorique, qui enseigne l'éloquence et comment parler en termes subtils.

La troisième est la philosophie, qui est l'amour de la sagesse, par laquelle les deux termes d'une contradiction sont conciliés, les choses courbes sont rendues droites, les noires deviennent blanches, grâce à une règle des contraires, etc.

La quatrième est la musique, qui enseigne le chant, la harpe et l'orgue ainsi que toutes autres sortes de musique vocale et instrumentale ; il faut savoir que cette science n'a ni milieu, ni fin.

La cinquième est la logique, qui découvre la vérité et l'erreur et est un guide pour les juges et les hommes de loi.

La sixième est la géométrie, qui enseigne à mesurer dans les cieux ainsi que toutes les dimensions de la terre et tout ce qui y est contenu.

La septième et dernière des sciences est l'astronomie, avec l'astrologie, qui enseigne à connaître le cours du soleil, de la lune et des étoiles qui ornent les cieux.

Les sept sciences proviennent toutes de la géométrie. Cette excellente science gère les autres ; c'est-à-dire qu'il n'est personne, dans aucun métier, qui ne travaille au moyen de mesure et ne dépende entièrement de la géométrie, car elle sert à peser et à mesurer toutes sortes de choses sur terre : spécialement pour les laboureurs et cultivateurs, le sol, graines et semences, vignes et fleurs, plantes et autres.

Les Fils de Lamech et les deux colonnes

Avant le déluge de Noé, il y avait un homme appelé Lamech, qui avait deux femmes. L'une, Ada mit au monde deux fils, Jabel et Jubal, et de l'autre femme, il eut un fils appelé Tubalcaïn et une fille appelée Naama. Ces enfants inventèrent toutes les sciences et les métiers. Jabel était l'aîné et il inventa la géométrie ; il possédait des troupeaux de moutons et ils eurent aux champs des agneaux, pour qui il fabriqua des abris de pierre et de bois, ainsi que vous pouvez le trouver dans le 4ème chapitre de la Genèse. Son frère Jubal inventa l'art de la musique vocale et instrumentale. Le troisième frère inventa le travail de la forge, tel que cuivre, acier et fer, et leur s¦ur inventa l'art du tissage. Ces enfants surent que Dieu voulait tirer vengeance du monde à cause de ses péchés, soit par le feu, soit par l'eau. Désirant porter profit à la postérité, ils gravèrent ces sciences qu'ils avaient inventées sur des colonnes de pierre de façon qu'elles puissent être retrouvées après le déluge : l'une était en marbre, qui ne peut brûler, l'autre était en briques, qui résiste l'eau. (En réalité, c'est le contraire).

Hermorian - Nemrod

Après le déluge, le grand Hermorian fils de Cush et Cush était le fils de Cham, second fils de Noé fut appelé"le père de la sagesse", car il trouva ces colonnes après le déluge avec les sciences inscrites dessus : il les enseigna, lors de la construction de la Tour de Babylone, où il fut appelé Nemrod ou"puissant chasseur devant l'éternel". Nemrod pratiqua la maçonnerie à la demande du roi de Ninive son cousin. Il créa des maçons et les recommanda au seigneur du pays pour construire toutes sortes de constructions alors en vogue, et il leur enseigna des signes et des attouchements pour qu'ils puissent se reconnaître.

Les premières obligations

Qu'ils s'aiment les uns les autres et qu'ils servent le Seigneur du ciel d'un cœur vrai et sincère pour éviter sa vengeance future ;

Qu'ils soient honnêtes et droits et loyaux envers le seigneur leur patron, de façon que ledit Nemrod soit honoré de les lui avoir adressés ;

Qu'il n'y ait ni manœuvres, menées, division, dissimulation ni mésintelligence parmi eux, sans quoi Dieu les rendrait muets comme précédemment lorsqu'il confondit leur langage à cause de leur présomption.

Les obligations dictées par Euclide

Abraham, avec Sarah, sa femme, vint en Égypte et y enseigna les sept sciences aux égyptiens. Il eut en Égypte, un élève excellent, du nom d'Euclide. Ce jeune homme développa son talent au point qu'il surpassa tous les artistes, et il fit honneur à Abraham. C'était un grand expert et il prédisait les événements futurs. En ce temps là, les seigneurs et les grands de ce pays eurent beaucoup d'enfants, de leurs femmes de leurs concubines, car l'égypte était alors propice pour procréer et il n'y avait pas suffisamment de quoi vivre pour ces enfants. C'est pourquoi les grands du pays se préoccupèrent de la manière de subvenir aux besoins des enfants. Le roi du pays convoqua une assemblée pour délibérer sur la façon dont on pourrait les approvisionner, mais ils ne trouvèrent pas d'autre solution que de faire proclamer par tout le pays que si quelqu'un pouvait faire savoir quelles dispositions prendre au sujet de leurs jeunes gens, il serait bien récompensé pour sa peine et son dérangement. Après cette proclamation, survint l'excellent docteur Euclide qui dit au roi et à ses seigneurs :"Donnez-moi vos enfants afin que je les gouverne et les enseigne comme il convient à des gentilshommes et faites-moi une dotation suffisante afin que je les puisse régir et enseigner conformément à leur qualité et leur donner l'instruction que la science requiert". Le roi l'accorda et il scella cet accord par une charte. Euclide, l'excellent clerc, prit les enfants des seigneurs et leur enseigna la science de la géométrie, à oeuvrer à toutes sortes d'excellents ouvrages de pierre, temples, églises, cloîtres, cités, châteaux, pyramides, tours et tous autres bâtiments. Il les organisa et leur enseigna à se reconnaître avec certitude.

Il confirma les coutumes de Nemrod :

- Qu'ils s'aiment les uns les autres ;

- Qu'ils gardent la loi de Dieu écrite en leurs cœurs ;

- Qu'ils gardent les secrets de la loge et les secrets les uns des autres ;

- Qu'ils s'appellent l'un l'autre"compagnon"et qu'ils s'abstiennent de toutes autres appellations;

- Qu'ils se comportent comme des hommes de l'art et non comme des rustres incultes ;

- Qu'ils choisissent l'un des plus sages d'entre eux pour être le maître des autres et superviser l'ouvrage ;

- Qu'ils ne trahissent pas, par amour ou envie de richesses, la confiance qu'on leur a accordée et qu'ils ne désignent personne qui manque d'intelligence comme maître d'œuvre du seigneur, afin que le métier ne puisse être cause de scandale ;

- Qu'ils appellent le gouverneur de l'œuvre"maître"durant le temps qu'ils travaillent avec lui.

Et Euclide écrivit pour eux un livre des Constitutions et leur fit jurer par le plus grand serment usité en ce temps-là qu'ils observeraient fidèlement toutes les prescriptions contenues dans les Constitutions de la Maçonnerie. Il leur fit donner une paye suffisante pour qu'ils puissent vivre en hommes d'art et de science. Il décida aussi qu'ils s'assembleraient et se réuniraient pour tenir conseil sur les matières touchant au métier et à l'art de la géométrie, qu'ils ne devaient pas fréquenter celui qui n'est pas dûment qualifié et régulièrement créé dans une vraie loge ; et qu'ils se tiendraient à bonne distance de tout désordre, sans quoi Dieu mettrait parmi eux une seconde confusion qui se révélerait pire que la première. Après quoi, l'excellent clerc Euclide inventa maintes choses et accomplit des exploits merveilleux, car il n'y avait rien de trop dur pour lui dans le contenu des sept sciences libérales ; grâce à quoi il fit du peuple d'égypte le plus sage de la terre

Les obligations dictées par David

Ultérieurement, les enfants d'Israël arrivèrent dans la Terre Promise, qui est maintenant appelée le pays de Jérusalem, où le roi David commença le Temple de Jérusalem qui, chez eux, est appelé le Temple de Diane . David aimait les maçons et les choya en leur donnant de bons gages.

Il leur donna comme obligation :

Qu'ils respectent fidèlement les dix Commandements qui avaient été écrits du doigt de Dieu sur la pierre ou Tables de marbre et remis à Moïse sur le saint mont Sinaï, dans une solennité céleste composée de myriades d'anges avec des chars de feu les escortant en cortège, ce qui prouve que la sculpture sur pierre est d'institution divine ainsi que maintes autres choses qu'il leur donna telles qu'il les avait reçues en égypte du très fameux Euclide ; et encore d'autres obligations que vous entendrez plus tard.

Salomon et Hiram

C'était un maître maçon d'un savoir et d'une générosité extrême. Il fut maître maçon de tous les bâtiments et bâtisseurs du Temple et de tous les ouvrages taillés et sculptés dans le Temple et alentour, ainsi qu'il est écrit au premier livre des Rois en ses 6e et 7e chapitres. Salomon confirma à la fois les obligations et les coutumes que David son père avait données aux maçons ; et l'excellent métier de la Maçonnerie fut confirmé dans le pays de Jérusalem, de la Palestine et en maints autres royaumes. Les gens du métier se répandirent au loin et apprirent davantage l'art ; certains furent qualifiés pour enseigner les autres et instruire les ignorants, en sorte que le Métier de développa dans le monde, particulièrement à Jérusalem et en égypte.

Minus Greenatus et Charles Martel.

Vers cette époque, le maçon instruit Minus Greenatus , alias Green, qui avait aidé à bâtir le Temple de Salomon, vint dans le royaume de France, et il enseigna l'art de la maçonnerie aux adeptes de l'art en ce pays. Charles Martel, prince royal en France, aima Minus Greenatus au-delà de toute expression, à cause de ses connaissances dans l'art de la maçonnerie. Il adopta les coutumes des maçons puis retourna dans son propre royaume car il semblerait qu'il ne fût pas français et il emmena chez lui . beaucoup de braves maçons, et il leur alloua de bons gages. Il les organisa comme Greenatus lui avait enseigné, leur confirma une charte et leur ordonna de s'assembler fréquemment afin de maintenir le bon ordre au sein de leurs groupes. C'est ainsi que le Métier vint en France.

Saint Alban

L'Angleterre durant toute cette période se trouva dépourvue de maçons, jusqu'au temps de saint Alban. En ce temps-là, le roi d'Angleterre était un païen ; et il bâtit la ville qu'on appela par la suite Saint-Albans. Du temps d'Alban, il y avait un excellent homme qui était intendant en chef du roi et qui était gouverneur du royaume. Il employa les maçons à bâtir les murailles de Saint-Albans. Il établit maçons ses principaux compagnons et il augmenta leur paye d'un tiers et il leur accorda trois heures chaque jour pour se reposer afin qu'ainsi leur emploi ne leur paraisse pas pénible et qu'ils vivent, non comme des esclaves, mais comme des gentilshommes d'art et de science. Et il prescrivit aussi qu'un certain jour, chaque année au mois de juin, une assemblée et une fête maintiendrait l'unité parmi eux, et que ce jour-là, celui de la saint Jean, ils hisseraient leur étendard royal avec les noms et titres de tous les rois et princes qui avaient été reçus dans leur association, de même que les armes des maçons avec les armes du Temple de Jérusalem et de tous les monuments fameux du monde. Ce noble homme les obtint toutes ces franchises du roi, et il leur fit accorder une charte pour les maintenir à jamais inchangées. De plus, ils reçurent comme devise, en lettres d'or posées sur champ de gueules avec sable et argent : Aucun chemin n'est inaccessible à la vertu.

Athelstan et Hadrien

Par la suite, de grandes guerres survinrent en Angleterre et la règle de bonne conduite fut délaissée jusqu'au règne d'Athelstan, qui fut un bon roi d'Angleterre, pacifia le pays, et bâtit nombre d'excellents et somptueux bâtiments, tels qu'abbayes, églises, cloîtres, couvents, châteaux, tours, forteresses, remparts, ainsi que d'autres monuments. Il se comportait fraternellement avec tous les maçons qualifiés. Il avait un fils dont le nom était Hadrien (Edwin ?). Et cet Hadrien, aimait, quant à lui, les maçons au point de ne pouvoir manger et boire qu'en leur compagnie. Son esprit noble et généreux était rempli d'art et de pratique. Il préférait se réunir avec les maçons plutôt qu'avec les courtisans de la cour de son père et éprouvait plus de plaisir à s'entretenir avec les maçons. Il apprit leur art et il entra dans leur ordre. Il donna à l'ensemble des maîtres de la fraternité des équerres d'or et des compas d'argent à pointes d'or, de fils à plomb d'or pur, de truelles d'argent, et de même pour tous les autres instruments. Il leur fit en outre accorder par son père une charte et des pouvoirs pour tenir chaque année une assemblée où chaque maçon était obligé de rendre compte de sa capacité et de sa pratique. à ces réunions, il leur imposa de nouvelles méthodes de secret et il leur enseigna les bonnes coutumes conformément aux règles établies par Euclide, Hiram et autres notables fameux. Lorsqu'un délit était commis dans le Métier, il infligeait un juste châtiment au coupable. Il se consacra à l'anéantissement du vice et encouragea publiquement la vertu.

L'assemblée d'York

Plus tard, il vint à York, et il y créa des maçons, leur donna leur obligation et leur enseigna les coutumes de la maçonnerie. Il écrivit un livre des Constitutions et il commanda que la règle soit maintenue éternellement. Il prit des ordonnances suivant lesquelles le métier serait réglé de règne en règne comme il fut alors spécifié et ordonné par les plus érudits de cette assemblée. De plus, il proclama que tous les maçons qui avaient des passeports ou attestations de leurs voyages, capacité et pratique devraient les présenter pour prouver leur art et leur comportement antérieurs. Il en fut apporté, certains en hébreu, d'autres en grec, latin, chaldéen, syriaque, français, allemand slave et anglais, ainsi que plusieurs autres langues, et la teneur en était identique. Hadrien leur remémora la confusion survenue à la construction de la Tour de Nemrod, et que s'ils désiraient être favorisés par Dieu et bénis dans leurs actions, ils ne devraient plus être tentés ou attirés par les idoles, mais honorer et adorer sincèrement le Grand Architecte du ciel et de la terre, unique protecteur de l'homme et des bêtes, qui régit et gouverne le soleil, la lune et les étoiles, fontaine et source de tout bien, qui l'édifia à partir du néant, en posa les fondements sur les eaux profondes, et ordonna à la mer d'aller jusque-là et pas plus loin. Il leur ordonna d'incarner sa Toute Puissance dans leur intelligence afin qu'ils aient d'autant plus horreur de l'offenser. Il leur mit en mémoire encore d'autres maximes divines Il ordonna qu'un un livre raconte la façon dont le Métier fut inventé et qu'il soit lu chaque fois qu'on ferait un maçon de sorte que, si par la suite il s'égarait, il n'aurait vraiment aucune excuse pour échapper à son châtiment ; et qu'on lui donne son obligation conformément à ce livre. à partir de ce temps-là, les maçons maintinrent ces formes et ces dispositions, pour autant que les hommes purent en être maîtres. De plus, en des assemblées particulières, il y eut des obligations diverses ajoutées au fur et à mesure, sur le conseil des maîtres et compagnons, concernant leur comportement sur tous les points particuliers de la maçonnerie.

LES OBLIGATIONS

Exhortation

Que tout homme qui est maçon ou qui entre dans l'association pour élargir ses connaissances et est poussé par le désir d'apprendre prête attention à l'obligation suivante. S'il est coupable d'un des actes immoraux qui suivent, qu'il voie à se repentir et à s'amender en hâte, car il trouvera que c'est dur de tomber entre les mains de notre Dieu courroucé ; et tout spécialement s'il est assermenté, qu'il prenne garde à tenir le serment et la promesse qu'il a faite devant le Dieu Tout Puissant. Ne croyez pas qu'une restriction mentale ou équivoque puisse vous servir car chaque mot que vous avez prononcé pendant votre réception est un serment, et Dieu vous jugera d'après la pureté de votre cœur et la netteté de vos mains. Vous jouez avec un outil au tranchant effilé, prenez garde d'être privé de votre salut pour quelque fausse satisfaction.

Obligations générales

1. Vous servirez le vrai Dieu et vous observerez ses préceptes en général et particulièrement les Dix Commandements remis à Moïse sur le mont Sinaï ainsi que vous les trouverez exposés en entier à l'entrée du temple ;

2. Vous serez fidèle et constant envers la Sainte église catholique et vous fuirez toute hérésie, schisme ou erreur dont vous aurez connaissance ;

3. Vous serez loyal à la loge et garderez tous les secrets s'y rapportant ;

4. Vous serez loyal au Roi légitime du royaume, vous prierez pour son salut dans toutes les occasions où vous prierez pour vous-même, et vous ne prendrez part à aucun plan de trahison contre sa personne et son gouvernement ;

5. Vous vous aimerez et serez loyaux les uns envers les autres et vous ferez à vos proches ou compagnons comme vous voudriez qu'ils vous fassent;

6. Vous aurez des rapports loyaux et confiants avec tous les maîtres et compagnons que vous saurez avoir été régulièrement reçus dans l'ordre ; vous garderez leurs secrets, vous vous opposerez de toutes vos forces à ce qu'on leur fasse tort, vous soutiendrez leur honneur et leur crédit ;

7. Vous veillerez que tous les maçons disposent d'une véritable loge, chambre ou salle pour causer et juger des choses touchant à l'honnêteté et à la conduite morale, où ils pourront raviver les souvenirs des disparus éminents ;

8. Vous serez loyal et honnête envers le seigneur ou patron et ferez son ouvrage fidèlement. Faites tout votre possible pour assurer son profit et avantage, ne le fraudez en nul point, quel qu'il soit, afin qu'il n'ait aucun motif de réclamation et que vous en récoltiez de l'honneur.

9. Vous appellerez"maçons"vos compagnons et frères et vous ne leur donnerez pas des noms irrévérencieux qui pourraient provoquer des disputes, divisions et emportements et causer du scandale ;

10. Qu'aucun maître ou compagnon, par vilenie ou impiété, n'induise en adultère ou fornication la femme, la fille ou la servante d'un autre compagnon ;

11. Soyez très attentif à payer fidèlement et honnêtement votre part de nourriture, boisson, lavage et logement, quand vous êtes en pension ;

12. Prenez bien garde, là où vous logez, qu'aucune débauche ne soit commise, le Métier pourrait être diffamé ;

13. Observez attentivement et fidèlement le jour du Seigneur en vous abstenant de toute œuvre et tâche mauvaise, appliquez-vous à consacrer ce jour à servir et chercher le vrai Dieu, à empêcher les facultés de votre âme de vagabonder après les vanités de ce monde, à prier Dieu de sanctifier votre volonté, votre intelligence et votre mémoire ainsi que votre raison et vos sentiments ;

14. Soulagez les pauvres selon votre talent et vos moyens, ne laissez pas votre prudence supplanter votre charité, dans l'idée que tel ou tel est indigne ou n'est pas dans le besoin, mais ne négligez aucune occasion, car c'est pour l'amour de Dieu et par obéissance à ses commandements que vous donnerez ;

15. Visitez les malades, réconfortez-les, priez pour eux et ne les laissez pas dans une détresse qu'il est en votre pouvoir de secourir ; si Dieu les rappelle, participez et assistez à leurs obsèques ;

16. Soyez affable et bon envers tous mais plus spécialement envers les veuves et les orphelins, prenez résolument leur parti, défendez leurs intérêts, soulagez leur indigence ; même si c'est du pain jeté en eau incertaine, car par la bénédiction particulière du ciel, il vous sera rendu avec un intérêt septuple et vous assurera une place dans l'autre monde.

17. Ne buvez pas jusqu'à l'ivresse en aucune occasion, car c'est une offense à Dieu et, en outre, vous seriez capable de révéler les secrets de la loge et ainsi de vous parjurer ;

18. Abstenez-vous de tous divertissements scandaleux et profanes, des jeux de hasard et de, tous autres jeux ruineux ;

19. Bannissez tout langage lascif ainsi que tout langage, postures et gestes obscènes, car tout cela ne fait que plaire au diable et nourrir la luxure.

Telles sont les obligations générales auxquelles tout maçon, maître ou compagnon, doit se conformer. Il est souhaitable qu'ils les conservent avec soin dans leur cœur, leur volonté et leurs sentiments ; ainsi ils seront honorés par les générations futures. Dieu bénira leur postérité, leur donnera un beau talent, et il répartira les descendants en des lieux agréables.

Obligations des Maîtres et Compagnons

1. Aucun compagnon ne se chargera de l'ouvrage d'un seigneur ou d'un autre patron, s'il n'est capable et habile pour le parachever, de façon que le Métier n'éprouve aucun discrédit et que le seigneur ou patron ne soit pas dupé mais loyalement servi pour son argent. Si un maçon s'est chargé d'un ouvrage ou se trouve être le maître d'une œuvre, il n'en sera pas évincé s'il est capable de l'achever ;

2. Aucun maître ou compagnon ne prendra un apprenti en vue de son admission pour moins que sept ans ; l'apprenti devra être valide des membres et avoir un bon souffle ;

3. Aucun maître ou compagnon ne recevra de l'argent avant l'embauche sans le consentement de la loge;

4. Aucun maître ou compagnon ne se permettra de créer un maçon sans la présence d'au moins cinq ou six de ses compagnons dûment assermentés ; 5. Aucun maître ou compagnon ne mettra à la tâche qui était à la journée ;

6. Aucun maître ne donnera de paye à son compagnon pour plus que ce qu'il mérite, de sorte que le patron ne soit pas abusé par des ouvriers ignorants ;

7. Aucun compagnon n'en diffamera un autre derrière son dos, sans quoi il pourrait perdre sa bonne réputation ou ses biens terrestres ;

8. Aucun compagnon, dans une loge ou dehors, ne répondra à son compagnon d'une façon irrespectueuse ;

9. Aucun n'ira en ville la nuit, là où existe une loge de compagnons, sans qu'il ait avec lui un compagnon pour prouver qu'il est honnête homme ou qu'on le prend pour tel ;

10. Tout maître et compagnon se rendront à l'assemblée à la première convocation, si c'est dans la limite de 5 miles de chez lui, et il y demeurera aux frais de ses compagnons ou de son maître ;

11. Tout maître (et compagnon) priera pour son supérieur et le vénérera ;

12. Tout maître ou compagnon qui aura commis un délit se soumettra à l'arrêt des maîtres et compagnons, en fonction du rapport remis à son sujet ; et s'il ne peut être décidé autrement, l'affaire devra venir devant l'assemblée ;

13. Aucun maître maçon ne fabriquera de gabarit équerre ou règle pour un poseur ou un cowan (maçon non reçu) ;

14. Aucun maître, dans une loge ou dehors, ne confiera à un poseur un gabarit a pierre ou autre, à moins que ce ne soit pour sa propre formation ;

15. Tous les maçons recevront les maçons étrangers dans leurs groupes à travers le pays là où ils voudront se rendre, et ils les mettront à l'ouvrage selon les règles, c'est-à-dire, s'il y a un élément sculpté à mettre en place, qu'ils les engagent au moins deux semaines et leur donnent un salaire ; et s'il n'y en a pas qu'ils reçoivent nourriture et boisson pour leur permettre de tenir jusqu'à la loge suivante ;

16. Aucun de ceux qui sont dans l'ordre n'écoutera quelqu'un qui ne prononce pas les mots et ne fait ses pas correctement, mais s'il prouve qu'il est lui-même un homme de métier, alors vous êtes obligé de l'embrasser et de lui faire les politesses requises ;

17. Tous les maçons seront honnêtes dans leur ouvrage, qu'ils soient à la tâche ou à la journée, et ils le mèneront loyalement à son terme, de façon à agir correctement ; 18. Aucune loge ou assemblée régulière de maçons ne donnera le secret royal à quelqu'un, avant de s'être assuré avec grande circonspection, qu'il connaît ses questions par cœur, puis ses symboles, et ensuite, la loge décidera.

Les obligations de l'Apprenti

1. Il sera fidèle à Dieu, à la Sainte église catholique, au roi et au maître qu'il servira ;

2. Il ne volera ni ne dérobera les biens de son maître ou de sa maîtresse et il ne s'absentera de leur service ni ne sortira de chez eux de jour ni de nuit sans permission ;

3. Il ne commettra pas d'adultère ni de fornication dans ou hors la maison de son maître, avec la fille ou la servante de son maître ou autrement ;

4. Il gardera le secret sur toutes choses dites dans ou hors la loge, chambre ou salle par un compagnon, un maître ou un frère ;

5. Il ne se livrera pas à une contestation empreinte d'insubordination ;

6. Il divulguera tout secret à cause de quoi un conflit pourrait survenir parmi les maçons, compagnons ou apprentis, mais il comportera avec déférence envers tous les francs maçons afin de gagner des frères à son maître ;

7. Il n'aura pas coutume de jouer aux cartes ou aux dés ou à tout autre jeu ou jeux interdits ;

8. Il ne dérobera ni ne volera aucun bien à personne ni ne s'y associera durant son apprentissage, mais s'y opposera de toutes ses forces et en informera son maître ou quelque autre maçon en toute hâte.

LES DEUX NOMS

Salomon dressa deux Noms remarquables : celui de droite, appelé Jakin, c'est-à-dire"en lui, il y a force", montre non seulement par la matière mais aussi par le nom de ces deux colonnes avec quelle fermeté l'élu se tient devant Dieu, à la fois maintenant et dans le futur. à présent les enfants de Dieu ont reçu la force intérieure, à l'avenir Dieu les établira avec son Esprit de grâce pour qu'ils ne se séparent jamais de lui. On m'a, au passage, enseigné ce point : ces deux Noms semblent désigner en plus les deux églises, des Juifs et des Gentils. Celle des Juifs par Jakin, à droite, puisque (lacune dans le texte) Dieu voulait à la longue l'établir, à son époque, mais qu'elle n'a pourtant pas trouvé sa stabilité, à cause de l'obstination d'esprit avec laquelle ils devaient repousser le Christ lors de sa venue ; celle des Gentils par Boaz, à gauche, à cause de la force qui fut en elle lorsqu'elle adhéra au Christ. Le Christ inscrira sur ces colonnes de meilleurs noms que ceux de Jakin et de Boaz, car avant tout, il y inscrira le nom de Dieu, afin qu'il soit évident pour tous, que ces hommes sont choisis pour être le peuple particulier de Dieu, de même que tous ceux qui sont marqués par leurs titres montrent à qui ils appartiennent.

C'est en ce sens qu'il fut dit :"Ils sauront que je T'ai aimé"; c'est à cause de quoi aussi"consacré à YHVH"fut écrit sur les grelots des chevaux ainsi qu'il est dit par le prophète Zacharie, chapitre 14, verset 20 .

FINIS

Vous voyez ici une tête de mort pour vous rappeler la condition mortelle. Voyez les grandes colonnes tombèrent mais il est possible d'établir au ciel. Que vos actions soient selon l'équerre, justes et vraies, restez dans le centre qui vous est désigné. Soyez prêt, car votre fin dernière, arrive.

Manuscrit n°4 Archives de la loge Dumfries Kilwinning n° 53

Source : www.ledifice.net

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Ordo Ab Chaos

2 Octobre 2014 , Rédigé par M\ D\ Publié dans #Planches

Il a fallu que me soit donné ce sujet pour que je réalise, soudain, qu’il constituait également la devise portée sur notre passeport maçonnique. Une devise… Ainsi, de tous les mots de nos rituels, de toutes les maximes célèbres rencontrées au fil de la pensée maçonnique, c’est ORDO AB CHAOS qui a finalement été retenu. Mais de quel chaos et de quel ordre s’agit-il ? Quelle est la nature de leur relation ?

En me proposant de réfléchir sur le sujet, il m’a été clairement indiqué qu’il était extrait de notre rituel, et plus spécialement du troisième voyage de l’apprenti, en devenir de compagnonnage… Il est dit : « La rhétorique permettra au maçon d’exprimer élégamment ce qu’il est susceptible de communiquer à autrui. Et comme ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, il éprouvera peu à peu le besoin, avant de prendre la parole pour normaliser et régulariser le comportement de cet autrui, ou pour rectifier son mode de penser, de mettre en ordre instantanément et préalablement ses propres idées. Il aura ainsi observé la vieille devise maçonnique : ORDO AB CHAOS ». Fin de citation.

J’ai bien reçu le message, je tâcherai d’être la plus claire possible… Revenons donc à cette devise ORDO AB CHAOS. J’envisagerai dans un premier temps de saisir la notion de chaos, avant de souligner nos tentatives de recherche d’un certain ordre puis de développer ma propre expérience en détail. DU CHAOS…

Dans notre monde en souffrance autant des guerres des hommes, qu’elles soient économiques, sociales, militaires, émotionnelles, que des soubresauts de la nature, telles les terribles catastrophes naturelles de ces derniers mois, par exemple, le chaos semble installé. Echo lointain d’un chaos primordial, fait pourtant de promesses et d’espoir. Et de nous demander : Comment l’espèce humaine, qui a tout fait pour comprendre d’où elle venait pour mieux saisir son devenir, comment nous tous, si frileux, qui avons besoin de tant de repères dans le temps et dans l’espace, qui avons littéralement bâti notre système de pensée sur un déterminisme reposant, pouvons nous faire face à ce chaos ?

Mais dans un abord plus positif, le chaos ne contient-il pas en germe les conditions mêmes dans lesquelles notre libre arbitre peut justement trouver place ? Dans la vie maçonnique, on nous donne comme première obligation, celle de nous taire et d’apprendre à écouter, comme première tâche, celle de suivre le fil à plomb en une longue descente en nous-mêmes ; puis progressivement, on nous confie des outils symboliques, pour lentement tailler cette pierre brute que nous sommes, apprendre à agir, à construire, selon l’ordre et la mesure, dans le monde où nous vivons.

N’est ce pas là nous accorder, plus directement que dans le monde profane, la possibilité de faire se manifester l’ordre du « chaos de notre humanité », pour mieux tenter de maîtriser notre devenir, en incarnant notre véritable dimension spirituelle, celle de l’amour, qui elle, ne connaît ni frontière, ni limite. C’est ce chemin précisément, du chaos initial si prometteur, aux différentes expressions du chaos dans ma vie, que la réflexion sur ce sujet m’a conduite à entreprendre, ou plutôt, en prendre en conscience, pour tenter de saisir le mot ordre. Cela m’a renvoyée à toutes ces planches qui ont croisé des moments de vie plus souvent lourds et difficiles, que légers et insouciants. Envisager, en conscience, ORDO AB CHAOS dans le « chaos total à Bordeaux », en voilà un challenge, lorsqu’on joue comme moi chaque jour à motiver ceux qui m’entourent vers le sens d’un « meilleur » qui vaut toutes les batailles.

On ne sort pas indemne d’une réflexion pareille. Je n’ai pas aujourd’hui fini de panser les plaies que mon travail sur ce sujet a ouvertes. Peut-être parce que j’ai aussi marché ces derniers mois aux côtés de quelques uns ou unes qui suivent ce même chemin, ai-je pu avoir la sensation que je n’étais pas la seule à me débattre, voire, que nous pouvions nous aider, et que c’était probablement là une partie de la réponse. Après tout, même si la raison qui fait que nous nous battons pour nous en sortir n’est pas toujours très claire, elle m’a refait penser que la source de notre force est peut-être ce que les scientifiques appellent « l’attracteur étrange », la question de pourquoi après celle de comment, qui nous fait toucher du doigt une même essence, nous aspirant vers le Vrai, le Bien, le Beau, et trahissant quelque finalité suprême qui nous dépasse.

Ce sujet m’a été donné il y a six mois. Ceux qui partagent mon environnement ont pu observer que la période de réflexion qu’il a provoqué s’est doublée de profonds changements dans ma vie. Je n’irai pas jusqu’à prétendre qu’il y ait un lien de cause à effet ; pourtant, si je suis en mesure de synthétiser aujourd’hui ma pensée, cela ne peut se faire qu’à la lumière de ces bouleversements. C’est cet éclairage un peu particulier que je me propose de partager avec vous, après avoir parcouru les tentatives de recherche d’ordre de notre société.

Du Déterminisme triomphant a la recherche de l’ordre de notre société… Nous avons tous et toutes, un jour, lu notre horoscope, voire consulté un ou une astrologue, numérologue, voyante, nous nous sommes fait tirer les cartes, ou avons hâtivement parié que, « si nous finissions de descendre l’escalier avant que l’horloge sonne, nous réussirions telle ou telle tâche… » Et la liste n’est pas exhaustive… Les soucis de connaître l’avenir trouve sans doute son origine dans le besoin de se préparer à faire face aux situations, au désir, voire au besoin, d’avoir des repères. Or, ainsi que le démontre Pierre Bergé dans, Des rythmes au chaos, les prédictions, de quelque nature qu’elles soient, nous projettent dans le temps, où dimensions de futur et de passé se mêlent.

La notion de temps, sa perception, sa mesure, sont donc essentielles dans l’appréhension de notre devenir. En développant leur recherche vers la compréhension des ces mécanismes, les scientifiques ont pu « prétendre » que le futur était devenu calculable. C’était sans doute s’aveugler sur les capacités humaines, reprend Bergé, et oublier les innombrables facettes de la Nature. Au XIXème siècle, Poincaré a commencé à jeter une ombre sur les certitudes acquises, en découvrant que certains systèmes mathématiques avaient des comportements si complexes, qu’ils devenaient impossibles à prédire. La prédictibilité a des limites, se sont mis à proclamer les scientifiques de toutes les disciplines. Le déterminisme souverain serait-il en passe d’être enterré sous le règne du hasard, voire celui du chaos ? Et le chaos de devenir pour tous la source de toutes les interrogations.

La société civile, parallèlement, qui a vécut dans un premier temps au rythme du soleil, des saisons, puis des calendriers, a conçu une perception globale de la vie comme régulière dans le temps, découpée en cycles de tout ordre, alors que les légendes et religions répondaient, elles, aux questions plus subtiles du commencement ou du sens de la vie. Toutes, légendes et religions, ont repris le chaos initial sous des formes plus ou moins aquatiques ou, ténébreuses, de la Nuit à la Lumière : « Et la lumière fut ». Puis se sont appuyées sur un déterminisme bien humain pour lire notre histoire. Ainsi, tout notre système de pensée reste imprégné du déterminisme.

Reconnaître le temps qui passe, n’est-ce pas comme cet enfant que cite Bergé, dire « Le temps qui passe, c’est moi quand je grandis ». Dans notre environnement, le chaos a un double sens ambivalent, d’un côté, de « vide et absence » et d’un autre celui « de manque d’organisation ». Certes, lorsque tout est régulier rien ne se passe, aucune surprise dans la succession des marées hautes et des marées basses. Admettre que quelque chose soit imprévisible, cela revient à dire que le futur nous est inconnu. Le chaos devient donc une sorte de charnière entre ordre et désordre complet, jouant un rôle libérateur du libre arbitre, annihilé par le déterminisme.

Mais le retour à l’ordre ne se fait pas sans l’intervention d’un facteur externe. Ainsi lorsque les spectateurs applaudissent à la fin d’un concert, se mettent-ils peu à peu en phase, comme un battement de tambour peut permettre de réguler les défiles. Or cette société, dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, ne voit-elle pas se limiter les activités des secteurs primaires et secondaires au profit d’un tertiaire et d’activité de services, comme les supports matériels industriels laissent place aux ordinateurs, exprimant plus encore un développement vers le subtil voire le virtuel, comme vers une sorte de méta science. « Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas », a-t-on dit.

Quelle cause va engendrer une situation ordonnée dans cette société en devenir, quelle cause va générer une situation embrouillée, quelle relation s’établira entre ces deux états ? Alors nous voilà, avec le bagage de notre culture, dans ce monde en mutation, où nous finissons par ne plus savoir nous situer autrement que par rapport à nos chaos personnels ou professionnels ? Qu’est-ce donc qu’un tel sujet « ORDO » AB CHAOS, sinon l’acceptation du désordre en premier lieu. A LA PRATIQUE DE L’ORDRE DANS MA PROPRE VIE… Et de me souvenir effectivement…

…d’une planche sur « Le silence », travaillée en plein milieu de mon divorce, situation par excellence où le langage sépare, au lieu d’unir, et où le chaos règne en maître, pour passer à une autre sur « Mes valeurs d’hier à aujourd’hui » soulignant une première tentative de mise en ordre, puis par un travail de synthèse sur « Quand on entre en maçonnerie, on avance » perçu comme un écho de « quand on reste dans la vie profane, on recule » ayant contribué à mieux saisir le propre de ma démarche maçonnique dans ce processus, pour être rattrapée, in extremis, par un sujet sur « Ma bonne étoile », celle-là même que je finissais par oublier, noyée dans le chaos de mes soucis.

Peut-être est-ce cette dernière planche qui, plus encore que les autres, m’a conduite à pouvoir percevoir, comme en un rappel à « l’ordre », une nouvelle dimension possible de « l’ordre dans mon chaos » ? Où en suis-je aujourd’hui ? Je ne crois pas qu’il n’y ait d’autre issue, que d’être vrai vis à vis de soi-même pour trouver la lumière dans les ténèbres, que d’être exigeant dans la reprise en main de sa vie. Ne pas se satisfaire d’un médiocre que l’on sait destiné à l’échec, être un peu plus dur avec soi même et ne pas repousser un combat, ne pas éviter une discussion, même difficile, mais donner à chacun, et à soi-même également, la possibilité de choisir en conscience.

Admettre ses erreurs et reconnaître les obstacles de la vie, comme autant de possibilités de repositionner les choses, attitude que la régularité du quotidien nous fait perdre de vue. Il est toujours plus difficile de dire « non » plutôt que de « laisser aller le quotidien » pour réinventer sa vie au prix peut-être d’une terrible solitude. Mais tailler sa pierre, ne pas la laisser brute, n’est ce pas, aussi, lui permettre à terme de pouvoir s’intégrer dans l’édifice. Oser. Oser, ce n’est qu’en essayant que l’on mesurera les limites de notre possible. Ne pas se limiter à une appréciation intellectuelle, mais redonner à notre intuition son droit d’existence. En entrant dans la maçonnerie, nous avions déjà fait le constat qu’il nous fallait autre chose ; nous avions reconnu, dans certains des maçons qui nous ont accompagnées, la possibilité d’une perfectibilité, nous avons aspiré à un travail.

Mais est ce que cela ne veut pas dire, aussi, que nous avons, un jour, admis que cela en valait la peine ? Et cela dans le chaos de notre vie quotidienne. N’est ce pas reconnaître que le chaos est lui-même porteur des germes de notre devenir, et que ce germe comme toute plante, doit être traité avec respect, amour et lumière.

ORDO AB CHAOS.

La nature est bien faite, les règnes se complètent et nous nous devons de nous concevoir ou de ne concevoir notre existence, que « par rapport au reste de ce qui nous entoure ». « Car c’est par sa conscience que l’homme est relie au divin » dit notre rituel. Exister, c’est justement par une vraie connaissance de ce que nous sommes, avec nos forces et nos faiblesses, nos petites et nos grandes lâchetés, nos superbes victoires et nos plus fous espoirs.

Alors, assumons-nous, et surtout soyons plus compréhensive vis à vis des tiers au moins autant que nous voudrions qu’ils le soient avec nous. Finalement, ne sommes pas notre propre chef d’œuvre en devenir, au prix de tous les efforts que je viens de décrire... La souffrance des épreuves du chaos ne doit pas ternir la beauté de notre travail, si nous l’effectuons avec force et sagesse. La prise de conscience signifie, se connaître, se reconnaître, s’accepter et continuer à travailler, en s’écoutant comme si nous avions déjà « réponses et ordre » en nous, en ayant un peu perdu la capacité à les saisir.

J’ai dit V\ M\

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La tour de Babel

1 Octobre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Dans mes réflexions relatives à la parole, au silence et à l’écriture, j'ai rencontré la Tour de Babel qui m'a paru être un monument qui pouvait symboliser la rencontre de ces trois moyens de communication utilisés par les hommes et je m'y suis arrêté. Ce monument semble symboliser évidemment la relation entre la terre et le ciel, le désir ontologique des hommes de vouloir s'élever, même si, on le verra plus loin, il est possible d'y voir une autre symbolique.

Mais il démontrerait aussi l'incapacité presque définitive d'arriver à son but.

Où bien un Dieu jaloux s'y oppose, ou bien les querelles d'ambition, transformées ici en confusion des langues font que tout est voué à l'échec !

Mais avant toute réflexion, souvenons-nous du verset de la Bible qui évoque cette tour : c'est en Genèse, chapitre 11 / 1-9, c'est-à-dire, curieusement, intercalé dans la longue énumération de la généalogie de Noé et avant le chapitre 12 qui voit le Dieu des juifs dire à Abraham de quitter sa terre de Mésopotamie pour aller vers la terre promise, le pays de Canaan.
Et ce verset dit : « La terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots. Or en se déplaçant vers l'Orient les hommes découvrirent une plaine dans le pays de Shinéar et y habitèrent. Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! moulons des briques et cuisons-les au four. Les briques leur servirent de pierre et le bitume leur servit de mortier. Allons dirent ils, bâtissons nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel. Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre. Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d'Adam. Eh, dit le Seigneur, ils ne sont tous qu'un peuple et qu'une langue et c'est là leur première œuvre ! Maintenant rien de ce qu'ils projetteront de faire leur sera inaccessible ! Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres ! De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi lui donna t'on le nom de Babel car c'est la que le Seigneur brouilla la langue de toute la terre et c’est de là que le Seigneur dispersa les hommes sur toute la surface de la terre «

Déjà on peut s'étonner que 3 générations après le déluge, car on va le voir tout de suite le constructeur supposé de cette tour est Nemrod, arrière petit fils de Noé, par Koush, son père, et par Cham, son grand-père, Nemrod, dont la Bible dit qu'il fut le premier héros sur la terre, le Dieu Créateur n'ait de cesse de poursuivre de sa vindicte ses propres créatures.

Mais on y reviendra…

Avant d'aller plus loin je voudrais aussi faire part d'une précision étonnante : pour beaucoup d'historiens le récit biblique de l'arrivée de ces hommes dans le pays de Shinéar, en provenance de l'ouest, raconte en fait l'arrivée des Sumériens dans ce qui s appelle aujourd'hui l'Irak, la Mésopotamie ancienne, le pays situé entre les deux grands fleuves, le Tigre et l'Euphrate. Or il est prouvé que les Sumériens n'étaient pas des sémites, sans que l'on puisse toutefois savoir d'où ils étaient originaires même s'ils venaient à ce moment de l'Iran actuel. Mais si Sumer n'était pas occupé par des Sémites, quid d'Abraham, le père de tous les Juifs ?

Mais revenons à notre réflexion : Je vous ai précisé que le constructeur supposé de la tour serait Nemrod, petit fils de Cham, arrière petit fils de Noé, ayant aussi pour grand oncle, le frère de Cham, un certain MisraÏm, qui sera donc le père des Egyptiens, eux non plus des Sémites, du reste !
En effet, dans le chapitre 10, précédant donc celui de la Tour de Babel, en 8-12 il est dit : « Koush engendra Nemrod. Il fut le premier héros sur la terre, lui qui fut un chasseur héroïque devant le Seigneur. D'où le dicton : tel Nemrod, être un chasseur héroïque devant le Seigneur. Les capitales de son royaume furent Babel, Erek, Akkad, toutes villes du pays de Shinéar. Il sortit de ce pays pour Assour et bâtit Ninive, la ville aux larges places,Kalah, la grande ville, et Résen, entre Ninive et Kalah " Donc, avant d'évoquer la tour qui va être élevée dans une ville à construire au pays de Shinéar, pays que les hommes en général vont découvrir en allant vers l'orient (d’où venaient ils si Shinéar est probablement dans ce que nous appellerons ensuite la Mésopotamie ?), et bien, auparavant la Bible affirme dans le chapitre précédent que ce même pays est confié à Nemrod dont il est le roi et où il y construisit 3 villes dont l'une portait le nom de Babel.

Manifestement le chapitre 11 relatif à la Tour de Babel est inclus là pour une raison qu'il va falloir découvrir ? C’est d'autant plus curieux que cet épisode, comme je vous l'ai déjà précisé, interrompt une longue énumération de 10 générations à partir de Noé, pour arriver à Abraham. Il n'est pas inutile ici de rappeler que Cham, grand-père de Nemrod, est celui qui a été maudit par Noé pour l'avoir vu nu alors que ce dernier était ivre ! On peut donc évidemment penser que Dieu, en rendant impossible la construction de la tour par la multiplication des langues, ne faisait qu'appliquer la malédiction proférée par Noé, celui qu'Il avait sauvé des eaux pour repeupler la terre. Mais décidément, après avoir chassé ses 2 premières créatures de l'Eden, avoir permis le meurtre d'Abel par Caïn et finalement avoir plus ou moins récompensé ce dernier, après avoir noyé l'ensemble des hommes sauf Noé et sa famille, ce Dieu, comme les Gnostiques l'ont souvent dénoncé, est d'humeur rien moins qu'amour et compassion.

Mais qui donc était à Babel et qui construisait la Tour ? Les hommes de la tribu de la descendance de Cham ? ou bien l'ensemble des descendants de Noé ?

Avant de répondre, ici, où nous avons l'ambition de nous intéresser à toutes les Traditions, regardons ce que la Tradition musulmane, que nous connaissons très mal et qui pourtant véhicule peut-être ce qu'il y a de plus proche de la Tradition initiale avec l'Hindouisme et le Taoïsme, dit sur cette Tour. Mais les dates se télescopent. L'événement de la destruction de la Tour de Babel se serait produit en 2773 après la création du monde, pour l'Islam, et seulement 1787 ans après pour les Juifs.

Confusion des calendriers ou confusion des langues ?

Nemrod est connu de l'islam, et comme le dit la Bible, comme étant de la lignée de Noé. Mais si la destruction de la tour s'était produite en 1787 après la création du monde, comme l'affirment les textes juifs, cela se serait passé du temps du règne du roi Arghû, roi babylonien qui régna 23 ans. Or, pour un commentateur arabe nommé At-Tabâri, la naissance d'Arghû aurait eu lieu 170 ans après la fin du déluge.

Donc le déluge aurait ainsi eu lieu 1617 ans après la création. Je ne sais pas ce que les textes bibliques disent à ce sujet.

At-Tabâri, en revanche, situe la construction de la Tour du vivant d'Abraham, ce qui est impossible pour la Bible qui situe le Père du monothéisme à la 10ème génération avant Noë donc au minimum 300 ans, et probablement plus, après le déluge..

At-Tabâri situe du reste la naissance d'Abraham 3337 années après la naissance d'Arghû.

Confusion des langues ?

Il existe, dans l'Islam, d'autres mythes, à partir de Nemrod, et dont le symbolisme est identique : Nemrod avait nourri 4 aiglons. Quand ceux-ci furent adultes et forts, il leur attacha une nacelle et s'envola ainsi. Pour les faire aller toujours plus haut il leur tendait de la viande. Du haut de sa nacelle il vit les montagnes, semblables à des fourmis. Allant toujours plus haut, il entra dans les ténèbres. Il ne voyait plus rien, ni au dessus, ni au dessous. Prenant peur il jeta de la viande et les aigles piquèrent à toute allure. Nemrod s'écrasa sur la Montagne fumante. Ah, au fait, il s'était envolé de Jérusalem (Mohamed s'envolera lui aussi de Jérusalem mais évidemment montera au Ciel). C'est seulement après cette première tentative de rejoindre le Ciel que Nemrod - car il n'était pas mort- se lança dans l'aventure de la Tour avec les résultats que nous connaissons.

C'est Dieu qui voyant arriver ces hommes détruisit la construction en s'attaquant aux fondations (c’est-à-dire à ce qui semblait le plus solide - faut il ici réfléchir à ses propres certitudes basiques ? -), et, de peur, les hommes qui parlaient auparavant une seule langue se mirent à en parler 73 différentes.

At-Tabâri, toujours lui, dépeint une humanité accablée par les fléaux qu'envoie un Dieu jaloux d'une possible indépendance des hommes. Il veut préserver son rôle de maître dont l'intercession doit être continuellement implorée.

La construction de Babylone et de sa tour avaient comme motivation le souvenir encore proche de la grande inondation du déluge. L'idée était donc de construire une ville qui pourrait les protéger d'un événement semblable, et la tour comme dernier rempart contre la noyade.

Mais Dieu voulut, dit At-Tabâri, rendre les hommes faibles, rendre contradictoires leur pensées et leur apprendre qu'en dehors de Lui, il n'y avait point de salut. Il s'opposa donc à leur rassemblement, dispersa leur groupement et fracassa de toute sa force leur langue.

Un lexicographe arabe, Ibn Manzur, livre lui, un autre récit :

On dit que Babel fut appelé ainsi car lorsque Dieu voulut confondre les langues des humains, Il envoya un vent et les amena de tous les horizons à Babel. Dieu confondit avec ce vent leur langue, puis il les dispersa à nouveau sur la terre.

L'encyclopédiste As-Suyûti, de son côté, raconte :

Lorsque Dieu voulut rassembler les humains à Babel, Il envoya sur eux du vent. Ils se réunirent en se demandant pourquoi on les rassemblait. Un héraut cria : qui a placé l'Occident à sa droite et l'Orient à sa gauche, et fait face à la demeure sacrée, à lui est dévolu le langage du Ciel. Ya’rûb se leva et il fut dit : Ya’rûb sera le premier à parler l'arabe. Le héraut continua et répartit ainsi 72 langues. Quand ce fut fini, la confusion était totale car chacun parlait une langue différente, on appela çà du Babil.

Encore une autre version, celle d'un certain Al-Bakrî :

Lorsque les hommes s'endormirent leur langue était le syriaque. Au matin, quand ils s'éveillèrent, leur langue fut séparée en 62 langues différentes et chacun commença à bredouiller dans sa langue. Pour cette raison l'endroit où ceci eut lieu fut nommé Babel.

Dans tous ces récits on ne peut être frappé que par le rôle du vent et surtout par l'absence d'explication pour l'agissement de Dieu. Si Dieu a donné la parole à l'homme, cela semble uniquement pour le louer à travers les prières. Il semble qu'Il ait peur d'une communication entre les hommes ce qui n'est pas sans rappeler les régimes totalitaires interdisant le courrier, la presse, le téléphone, aujourd'hui l’Internet)

Peut-être est ce dans un mythe plus ancien que l'on peut trouver une autre explication ?

Sur des tablettes d'argile sumériennes, on peut lire le récit suivant : 1200 ans après la création du pays, la population s'étant multipliée donnait de la voix. Le Dieu souverain Enlil en fut incommodé. Il alla voir les Dieux suprêmes et leur dit que la rumeur des hommes est devenue trop forte, qu'il n'arrive plus à dormir. Ceux-ci leur lancèrent alors des épidémies, de la sécheresse, de la famine puis enfin le déluge. Mais Enki, le Dieu bon, protégea les hommes d'une disparition totale. Enlil trouva alors de pulvériser l'unique langue dans une myriade de parlés, et ainsi obtenir la disparition du bruit par l'impossibilité de communiquer entre eux. En tant que Seigneur de l'Air il n'avait pas eu trop de mal à choisir le moyen convenable pour parvenir à ses desseins et à embrouiller les paroles avec du vent.

Les Dieux veulent du silence !

On peut tout simplement s'arrêter à cette conclusion simpliste, ce qui expliquerait que si tous ces Dieux, y compris celui de la Bible, ont fait se confondre les langues, ils n'ont, en revanche, rien fait pour l'écriture qui pourtant existait déjà et l'écriture cunéiforme des Mésopotamiens semble même avoir été la seule à cette époque. N’avaient-ils donc pas peur de l'écrit qui pourtant, autant que la parole, peut être un vecteur de connaissance et de transmission ? Ou bien savaient ils pertinemment que l'écrit fige les mots, les idées, empêche leur enrichissement et sclérose les transmissions ? Les récits changent d'aspect selon le genre de livre dans lequel ils se trouvent et la profession de son auteur. Selon que celui-ci soit exégète, géographe, historien, philologue, etc.. la même histoire sera présentée de façon différente et transmise ainsi. Tous les récits seront néanmoins complémentaires sans une véritable unité de contenu autre que celle de leur accord sur l'image qu'il faut transmettre.

Ainsi un Franciscain qui accompagnait les Conquistadores en Amérique raconte un mythe indien identique : Au début, avant que la lumière du soleil n'ait été créée, le monde était plongé dans l'obscurité et les ténèbres ? ce n'était qu'une immense plaine, sans la moindre colline ni élévation, entourée de tous cotés par de l'eau, sans arbres, ni choses vivantes. Immédiatement après que la lumière et le soleil se furent levés à l’est, apparurent des géants difformes qui prirent possession de la terre. Fascinés par la lumière et la beauté du soleil, ils décidèrent de construire une tour si haute que son sommet toucherait le ciel. Utilisant un argile gluant et du bitume (la même technique qu'à Babylone) ils commencèrent sans tarder à bâtir la tour. Quand la tour fut si haute qu'elle touchait le firmament, le Seigneur des cieux, fou de rage, dit aux habitants du ciel : avez vous remarqué que les habitants de la terre, fascinés par la lumière du soleil et sa beauté, ont dans leur arrogance, construit une tour pour monter jusqu'ici ? Que le diable les emporte car il n'est pas juste que ceux de la terre, vivant dans la chair, se mêlent à nous ! Sur le champ les habitants du ciel frappèrent tel la foudre, ils détruisirent l'édifice et divisèrent et éparpillèrent les bâtisseurs sur toute la surface de la terre "

On ne parle pas de langue mais quelle proximité avec la Tour de Babel ! Et puis la différence de langues, comme la différence d'écritures ou de religions sont ils en finalité néfastes ?

Un philosophe iranien, Az-ZamakhsharÎ affirme qu'elles sont nécessaires à la reconnaissance mutuelle des personnes et des choses. A cause de la différence, dit-il, la reconnaissance mutuelle est possible. Car si les choses étaient en accord, semblables et d'une seule façon, l'inconnaissance et la confusion apparaîtraient et beaucoup de bonnes choses se seraient arrêtées.

Pour maintenant étudier la Tour de Babel sous son aspect babylonien, il faut déjà préciser que, contrairement à la symbolique qui y est attachée dans le monde judéo-chrétien et islamique, pour les Babyloniens, cette Tour était destinée, au contraire, à permettre aux Dieux de descendre sur terre. La démolition de la Tour de Babel aurait alors une autre symbolique, non plus celle de l'ambition démesurée des hommes qui veulent conquérir le ciel, mais, au contraire, la médiocrité de leurs moyens puisqu'ils n'arrivent pas à mettre à la disposition de leurs Dieux les moyens pour que Ceux-ci viennent les visiter, restant désespérément au niveau du sol.

Ceux-ci, en effet, ne rendraient visite aux hommes que si ceux-ci s'en rendaient dignes !

Mais qu'était donc cette Tour ?

En fait il s'agit d'une ziggourat, comme il en existait dans toutes les villes le long des grands fleuves. Celle de Babylone était nommée é-ternen-an-ki (temple des fondements du ciel et de la terre). La ziggourat est une tour à étages - 7 ou 8 selon les historiens - sur le sommet de laquelle était un temple, généralement consacré au Dieu Mardouk, le dieu le plus, important du panthéon babylonien. Un poème - le Poème de la Création - le présente comme le créateur du cosmos et l'initiateur de l'existence des hommes. Au fur et à mesure les autres Dieux deviennent, de fait, des aspects différents de Mardouk, en installant une sorte de monothéisme avant la lettre. Il est à noter que le fils de Mardouk, Nabu, est le Dieu de l'écriture. En haut de la tour il y avait un temple dont le seul mobilier était un lit où aucun homme ne pouvait pénétrer. Seule une femme choisie par les prêtres pouvait passer la nuit dans ce lit, avec le Dieu Mardouk. Toutefois il semble qu'une cérémonie de mariage avait lieu une fois l'an, au mois de mars, à l'équinoxe de printemps qui était la nouvelle année babylonienne, et que le Roi, représentant le Dieu, venait s'y unir avec une Prêtresse d'Ishtar, la Déesse babylonienne.

Je voudrais maintenant aborder une réflexion sur la langue originelle, car le mythe de la Tour de Babel y fait évidemment allusion puisqu'avant cet événement tous les hommes auraient parlé le même langage.

Mais avant, je veux vous citer ici un extrait de texte que j'ai trouvé sur Internet et qui donne une lecture psychanalytique du mythe de la Tour de Babel.

Son auteur est Jean-Louis Morizot.

« Dans le livre de la Genèse, l'histoire des origines du monde et de la création précède l'histoire des Patriarches. Création du monde, création de l'homme et création de la femme, la chute du Jardin d'Eden, les enfants d'Adam et d'Eve, Caïn et Abel, la descendance de Caïn, le déluge, Noé et ses fils et enfin, le chapitre 11, La Tour de Babel, qui vient interrompre la longue filiation des fils et des filles de Noé, avant qu'elle ne se poursuive avec l'histoire des patriarches, Abraham et sa descendance. Intermède donc dans cette genèse, une histoire des noms et de ceux qui les portent, intermède où le temps s'arrête pour faire apparaître Nemrod le roi chasseur, sa ville, Babel au pays de Shinéar (Babylone en Mésopotamie, l'actuel Irak) et son rêve fou de se faire un nom, marquer son temps par une construction, un monument d'architecture, rêve éternel des puissants, qui fasse vivre leur renom dans la mémoire des hommes après leur mort. Nemrod, le révolté, révolté contre le créateur, construisit tragiquement l'incommensurable tour, la lugubre tour des choses, l'édifice du bien, du mal et des pleurs, œuvre d'une vie de tyran. Epopée humaine, âpre, immense, projet titanesque auquel il lia son nom faute d'y avoir fait don de sa personne (on ne dit pas la " Tour de Nemrod "). Plus haute que les ziggourats des astrologues, Hérodote qui visita Babylone vers 460 avant Jésus Christ rapporte dans ses Histoires la description d'une tour monumentale de sept étages... Pourquoi sept ? Sept est un chiffre complexe, qui rappelle les sept mobiles célestes, le soleil, la lune et les cinq planètes connues, sept commandait par allégorie, la semaine et le déroulement du temps... Quoi qu'il en soit, le dieu de la création ne permit au projet ni d'être achevé ni de perdurer. Comme il avait tiré la conséquence de la faute d'Adam et d'Eve, pour avoir goûté du fruit de l'arbre de la connaissance, du bien et du mal, connaissance réservée à Dieu lui-même, comme il avait anéanti dans le déluge les héros fornicateurs, premiers descendants d'Adam et Eve, il anéantira et la tour et ses constructeurs, qui furent dispersés quand ils avaient voulu ne faire qu'un avec leur projet. En fait ce texte doit être relu comme un système symbolique, comme nous y invitent tant les kabbalistes lecteurs de la Torah que l'exégèse chrétienne :

- sous la lettre et les événements rapportés au sens littéral, il s'agit de retrouver les trois autres sens de l'écriture, allégorique, herméneutique et mystique.

La construction et la destruction de la tour ouvrent la question de l'origine des langues des hommes, de la langue originelle dont sont issues les langues des hommes. Babel porte du ciel pour des hommes qui voulaient se faire comme Dieu, devient Babel, la confusion, confusion des langues telle que les hommes se dispersèrent car ils ne s'entendaient plus. Le premier dans le monde médiéval chrétien, Dante Alighieri s'est penché sur la question de la langue originelle, celle qu'Adam avait parlé à Dieu et qu'avaient parlé ses descendants avant la Confusio linguarum qui suivit la construction sacrilège de la tour. Le " De Vulgari Eloquentia ", écrit en 1305, oppose cette langue parfaite, langue mère, l'hébreu, aux langues vulgaires dont elle est la matrice. Dieu ayant donné à Adam, ce que Dante appelle la " forma locutionis ", qu'il faut traduire, certes faculté de langage mais plus précisément la structure de toute langue, avec laquelle Adam va forger une langue, celle de la nominatio rerum, celle que parla Eve à Adam (Eve qui fut la première à parler lorsqu'elle a dialogué avec le serpent). Dieu lui, parlait à Adam à travers les phénomènes naturels (le feu, la grêle, la neige, le souffle des orages) et Adam a parlé à Dieu sous forme de réponse. C'est pourquoi, Dieu a dû lui parler d'abord, mais il n'est pas nécessaire que le Seigneur ait employé une langue de mots portée par une voix. Qu'est-il arrivé avec Babel pour Dante? Il est probable qu'il pensait qu'avait disparue la " forma locutionis " parfaite, celle qui permît la création de langues capables de refléter l'essence même des choses dans l'identité entre leur être, modi essendi et leur représentation signifiante, modi significandi et dont l'hébreu adamique était le résultat parfait et impossible à atteindre. Seules sont restées des forma locutionis imparfaites de même que sont imparfaites les langues vulgaires des peuples. C'est cette langue édénique parfaite que Dante a poursuivie avec l'espoir de la restaurer, par un acte d'invention : la langue vulgaire illustre, dont la langue poétique est le meilleur exemple pour une guérison de la blessure post babélique. Une langue dans laquelle le mot serait identique à la chose, d'un discours qui ne serait pas du semblant dira Lacan, voilà ce dont nous sommes exilés, et à quoi nous rêvons : à ce qui n'est pas !

L'Après Babel n'est pas un épisode provincial, c'est un Drame !

Déjà Platon dans le Cratyle s'était posé la question sans parler d'une langue parfaite, du rapport des mots et des choses rapport établi soit suivant leur nature (c'est la thèse de Cratyle, les noms nomment les choses selon leur nature) soit en fonction d'une convention humaine (c'est la thèse d'Hermogène qui y voit un rapport contingent). Pour Socrate, la connaissance ne dépendait pas de notre rapport aux noms mais de notre rapport avec les idées des choses issues de la perception des noms.

Pour Dante, que l'homme ait la faculté du langage, que les petits de l'homme apprennent le langage maternel dans la langue vulgaire, tient à ce qu'à lui seul il ait été donné de parler.

Parler signifie manifester les pensées de notre esprit au moyen de signes sensibles.

Seuls les anges ont la capacité intellectuelle de comprendre la pensée de l'autre ou de lire les pensées de tous dans le divin esprit du monde.

C'est cette blessure, post babelienne, que la langue parfaite de Dante veut réparer : langue parfaite à inventer par lui-même, de la multiplicité des langues imparfaites du vulgaire, pour mieux faire que l'hébreu ancien d'Adam, perdu après Babel, langue universelle, qui dirait enfin ce qu'elle dit, sans tromperie et donnerait la connaissance des choses. (La langue divine née du pacte entre Dieu et Adam, dont dérivent les langues vulgaires).

On ne peut échapper à l'idée d'une création du monde comme un phénomène linguistique (ce que développe en particulier la tradition de la Kabbale), à l'idée d'une unité entre peuple et langue, à l'idée que le rapport d'un homme à son langage est homologue à son rapport à son monde.

Dans les lointaines vallées de l'Euphrate, les hommes érigent une œuvre architecturale immense, ils y travaillent en commun, c'est cette communauté qui constitue le but et le contenu de l’œuvre : faire Un à plusieurs, créer entre les hommes un lien, le lien du trait unaire de l'identification dit Lacan. La destruction de cette œuvre sépare les hommes et renvoie chacun et à son incomplétude et à l'insuffisance de sa pensée à faire lien avec quiconque. Projet inachevé que la tour, comme la langue des hommes à qui il manque le dernier mot pour dire le vrai sur le vrai ! Cela nous le savons, mais l'expérience de la parole des hommes montre que nous passons notre temps à l'ignorer -quand même- quand nous parlons, disons, affirmons en courtisant la Vérité et négligeant le reste à tout dit. "

Cette longue, peut-être trop longue citation, quelquefois pédante avec ses citations latines, est cependant pleine d'enseignements. Y'a t'il eu une langue originelle, et si oui, comment se serait elle construite ?

La Tour de Babel, dans sa version judéo-chrétienne, participe bien d'un archétype, celui de la langue originelle définitivement perdue et que les hommes regrettent car elle correspondait à un âge d'or. Comme on l'a vu, sous des formes différentes, en Amérique comme au Moyen Orient, les hommes ont tenté d'expliquer cette malédiction qui est à la base de beaucoup de conflits. Une langue correspond à une pensée, à une culture et le rêve de l'unicité primordiale hante l'humanité qui a chuté.

Ce qui a toujours frappé les hommes c'est la confusion des langues. L'homme aurait oublié ses origines et la multiplicité des langues en serait un indice. Au Moyen-âge, l'homme pensait que la diversité des langues et les malentendus, voir les haines qu'elle ne cesse d'engendrer, devaient provenir de quelques fautes anciennes punies par Dieu. C'est la faute au péché originel, en quelque sorte, et nous ne sommes pas loin non plus du mythe de la parole perdue car il est évident qu'il existe une quête de la langue originelle.

A l'origine, dans beaucoup de traditions, et cela est vrai dans la Bible, l'homme primordial nomme les choses, les plantes et les animaux, et leur donne ainsi vie comme Dieu, par le Verbe, avait créé l'homme.

Chez les Dogon, en Afrique, il est dit que la parole a d'abord servi à désigner les éléments nécessaires à l'agriculture. Puis cette parole a pris possession de l'homme, elle est venue comme le vent, est entrée dans son oreille puis est ressortie par sa bouche.

N'oublions pas, non plus, que dans le Nouveau Testament, après la mort de Jésus ; quand celui-ci descend sur les Apôtres, l'épisode de la Pentecôte, dit des langues de feu, où ces mêmes Apôtres se voient accorder le don des langues, c'est-à-dire de comprendre toutes les langues parlées sur la terre.

On retrouve dans toutes les traditions les mêmes idées, que l'on a appelé depuis le Moyen-âge, archétypes.

Si l'homme a conservé de ses origines les mêmes images, je pense que le premier langage, obligatoirement sommaire - mais pourquoi, après tout, et le linguiste danois Jesperen propose exactement l'inverse, c'est-à-dire une sophistication extrême des premiers mots qui ont du ensuite être simplifiés pour une utilisation plus aisée - ce premier langage devait utiliser les mêmes onomatopées pour définir les mêmes objets, sans grammaire.

Ne serait ce pas la grammaire avec la structuration de la relation entre les mots à travers des idées qui, évoluant selon les peuples et leur situation, aurait en fait créé la différentiation entre les langues ?

Mais avant de conclure cette méditation sur la Tour de Babel, il reste à voir son rapport avec l'écriture.

On a vu, plus haut, que si Dieu avait multiplié les langues, Il ne semblait pas s'être intéressé à l'écriture. Or, c'est en Mésopotamie, on l'a déjà vu ici, que l'écriture est née. Elle est née d'abord d'une écriture pictographique, puis idéographique, puis symbolique, qui représentait les objets ou les idées, avant que, pour des facilités d'utilisation, elle devienne abstraite, phonétique. Son évolution ultime lui permit de servir à exprimer différentes langues.

Les historiens pensent que la Tour de Babel comme les palais de Sumer ou Babylone n'auraient pu voir le jour sans l'aide de l'écriture qui permettait de définir les plans, les matériaux et leur mise en œuvre.

Donc, encore une fois, mais les rédacteurs de l'époque s'en rendaient ils compte ? Si Dieu avait voulu interrompre définitivement toute ambition de construire une tour en mesure de venir le rejoindre, Il aurait dû aussi multiplier les écritures pour les confondre.

Mais n'est ce pas ce qui a été fait ? car qu'y a-t-il de plus impossible à déchiffrer qu'une écriture d'une autre culture ? n'est ce pas là une source de confusion aussi importante que celle due à la langue ? Combien de cultures disparues nous restent totalement inconnues parce que nous ne savons pas lire leurs textes ? Champollion a eu la chance de découvrir la pierre de Rosette, combien de pierres de ce type faudrait il trouver pour appréhender toutes ces civilisations disparues qui nous ont laissé des messages jusqu'à ce jour illisibles ?

La seule écriture commune est peut-être le symbole, c'est peut-être même l'écriture originelle ?

J'arrête sur cette interrogation.

J'ai dit,

Source : www.ledifice.net

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Le Mythe du Déluge

30 Septembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Dans cet Atelier, nous sommes convenus au moment de sa création de travailler sur les différentes Traditions pour essayer d'y retrouver cette sorte de Parole perdue qui est le souvenir des origines, ce que d'autres appellent la Vérité primordiale.

C'est dans cette recherche que j'ai rencontré le mythe du déluge qui est commun à presque toutes les Sociétés du monde.

Il est généralement admis que le mythe du déluge, que l'on retrouve donc dans presque toutes les traditions du monde, à l'exception notable de l'Afrique, recouvre un événement réel, probablement d'une amplitude plus faible que celle décrite par tous les textes ou légendes orales, qui se serait produit dans les temps anciens et qui aurait laissé un souvenir amplifié dans la mémoire des hommes.

Dans ma recherche de trouver derrière les mythes les faits rééls je me suis donc intéressé à ce mythe du déluge.

Mais avant je voudrais citer une intervention du professeur Antoine Faivre, lors d'un récent colloque sur le légendaire maçonnique. Celui-ci définit 3 approches très différentes et qui seraient chacune la façon de voir la maçonnerie par les maçons eux-mêmes, même si quelquefois ils les mêlent allègrement.

La première, qu'il définit comme empirico-critique, est purement objective et historique. C'est celle qui voit dans la maçonnerie une institution créée de toutes pièces au 18ème siècle et qui a comme objectif principal l'exercice de la charité, accessoirement la rencontre d'esprits curieux.

La deuxième, qu'il définit comme mytho-romantque, a une origine inconnue, remontant aux temps les plus anciens, et véhiculant des mythes universels, selon une transmission ininterrompue.

Enfin, la troisième, qu'il définit comme universalisante, la considère comme un réservoir d'images ou d'archétypes à caractère universel, et la filiation n'a ici pas d'importance. En tous les cas on y retrouve toutes les traditions du monde, filles comme elle de la tradition pérenne.

Il est clair que je m'inscris en priorité dans cette dernière approche, même si la deuxième ne me laisse pas indifférent. Quant à la première, elle ne correspond pas du tout à l'image que je me fais de la Maçonnerie, école initiatique authentique.

Pourquoi je voulais citer cette intervention ? et bien c'est pour justement venir justifier cette réflexion, allant bien au-delà de la Maçonnerie, pour retrouver dans les mythes en général, et ce soir dans celui du déluge en particulier, les échos de cette tradition pérenne, ce que j'appelle la connaissance du premier instant, ce premier instant étant étendu à toute la protohistoire de l'homme.

Je voudrais donc d'abord vous présenter les différentes versions de ce mythe, selon les traditions anciennes, puis, ensuite, je souhaiterais apporter ma vision personnelle de cet événement vraisemblablement réel.

Extrêmement répandus, les mythes de catastrophes cosmiques racontent comment le monde a été détruit et l’humanité anéantie, à l’exception d’un couple ou de quelques survivants.

Les mythes du déluge sont les plus nombreux, et presque universellement connus ( bien qu’extrêmement rares en Afrique, et j'essaierai d'en comprendre la raison ). À côté des mythes diluviens, d'autres relatent la destruction de l’humanité par des cataclysmes cosmiques: tremblements de terre, incendies, écroulement de montagnes, épidémies. Évidemment, cette fin du monde n’est pas représentée comme radicale, mais plutôt comme la fin d'une humanité, suivie de l’apparition d’une humanité nouvelle. Mais l'immersion totale de la Terre dans les eaux, ou sa destruction par le feu, suivie de l'émersion d’une Terre vierge, symbolisent la régression au Chaos et la cosmogonie. Dans un grand nombre de mythes, le Déluge est rattaché à une faute rituelle qui a provoqué la colère de l’Être suprême. Parfois il résulte simplement du désir d'un Être divin de mettre fin à l'humanité. Mais, si l'on examine les mythes qui annoncent l'imminence du Déluge, on retrouve, parmi les causes principales, non seulement les péchés des hommes, mais aussi la décrépitude du monde. On peut dire alors que le Déluge a ouvert la voie à la fois à une re-création du monde et à une régénération de l'humanité.

Nous autres, en Occident ou plus précisément dans ce que je préfère appeler le monde méditerranéen, nous connaissons en priorité le mythe du déluge décrit dans la Bible hébraïque.

Rappelons nous en le texte, qui est en Genèse, 6-5 à 9-20 :

Le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée, son cœur n'était porté qu'à concevoir le mal, 6 et le Seigneur se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre. Il s'en affligea 7 et dit : « J'effacerai de la surface du sol l'homme que j'ai créé, homme, bestiaux, petites bêtes et même les oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits ».8 Mais Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur.

9 Voici la famille de Noé : Noé, homme juste, fut intègre au milieu des générations de son temps. Il suivit les voies de Dieu, 10 il engendra trois fils : Sem, Cham et Japhet. 11 La terre s'était corrompue devant Dieu et s'était remplie de violence. 12 Dieu regarda la terre et la vit corrompue, car toute chair avait perverti sa conduite sur la terre. 13 Dieu dit à Noé : « Pour moi, la fin de toute chair est arrivée ! Car à cause des hommes la terre est remplie de violence, et je vais les détruire avec la terre ».

14 « Fais-toi une arche de bois résineux. Tu feras l'arche avec des cases. Tu l'enduiras de bitume à l'ntérieur et à l'extérieur. 15 Cette arche, tu la feras longue de trois cents coudées, large de cinquante et haute de trente. 16 Tu feras à l'arche un toit à pignon que tu fixeras à une coudée au-dessus d'elle. Tu mettras l'ntrée de l'arche sur le côté, puis tu lui feras un étage inférieur, un second et un troisième.

17 « Moi, je vais faire venir le déluge — c'est-à-dire les eaux — sur la terre, pour détruire sous les cieux toute créature animée de vie ; tout ce qui est sur terre expirera. 18 J'établirai mon alliance avec toi.

« Entre dans l'arche, toi et avec toi, tes fils, ta femme, et les femmes de tes fils. 19 De tout être vivant, de toute chair, tu introduiras un couple dans l'arche pour les faire survivre avec toi ; qu'il y ait un mâle et une femelle ! 20 De chaque espèce d'oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de petites bêtes du sol, un couple de chaque espèce viendra à toi pour survivre. 21 Et toi, prends de tout ce qui se mange et fais-en pour toi une réserve ; ce sera ta nourriture et la leur». 22 C'est ce que fit Noé ; il fit exactement ce que Dieu lui avait prescrit.

7.1 Le Seigneur dit à Noé : « Entre dans l'arche, toi et toute ta maison, car tu es le seul juste que je vois en cette génération. 2 Tu prendras sept couples de tout animal pur, un mâle et sa femelle — et d'un animal impur un couple, un mâle et sa femelle, 3 — ainsi que des oiseaux du ciel, sept couples, mâle et femelle, pour en perpétuer la race sur toute la surface de la terre. 4 Car dans sept jours, je vais faire pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits, j'effacerai de la surface du sol tous les êtres que j'ai faits ». 5 Noé se conforma à tout ce que le Seigneur lui avait prescrit.

6 Noé était âgé de six cents ans quand eut lieu le déluge — c'est-à-dire les eaux — sur la terre. 7 À cause des eaux du déluge, Noé entra dans l'arche et avec lui ses fils, sa femme et les femmes de ses fils. 8 Des animaux purs et des animaux impurs, des oiseaux et de tout ce qui remue sur le sol, 9 couple par couple, mâle et femelle vinrent à Noé dans l'arche comme Dieu l'avait prescrit à Noé.

10 Sept jours passèrent et les eaux du déluge submergèrent la terre.

11 En l'an six cents de la vie de Noé, au deuxième mois, au dix-septième jour du mois, ce jour-là tous les réservoirs du grand abîme furent rompus et les ouvertures du ciel furent béantes. 12 La pluie se déversa sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. 13 En ce même jour, Noé entra dans l'arche avec ses fils, Sem, Cham et Japhet, et avec eux, la femme de Noé et les trois femmes de ses fils 14 ainsi que toutes les espèces de bêtes, toutes les espèces de bestiaux, toutes les espèces de petites bêtes qui remuent sur la terre, toutes les espèces d'oiseaux, tout volatile, toute bête ailée. 15 Ils vinrent à Noé dans l'arche, couple par couple, de toute créature animée de vie. 16 C'étaient un mâle et une femelle de toute chair qui entraient. Ils entrèrent comme Dieu l'avait prescrit à Noé. Le Seigneur ferma la porte sur lui.

17 Le déluge eut lieu sur la terre pendant quarante jours. Les eaux s'accrurent et soulevèrent l'arche, et elle fut élevée au-dessus de la terre. 18 Les eaux furent en crue, formèrent une masse énorme sur la terre, et l'arche dériva à la surface des eaux. 19 La crue des eaux devint de plus en plus forte sur la terre et, sous toute l'étendue des cieux, toutes les montagnes les plus élevées furent recouvertes 20 par une hauteur de quinze coudées. Avec la crue des eaux qui recouvrirent les montagnes, 21 expira toute chair qui remuait sur la terre, oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, toutes les bestioles qui grouillaient sur la terre, et tout homme. 22 Tous ceux qui respiraient l'air par une haleine de vie, tous ceux qui vivaient sur la terre ferme moururent.

23 Ainsi le Seigneur effaça tous les êtres de la surface du sol, hommes, bestiaux, petites bêtes, et même les oiseaux du ciel. Ils furent effacés, il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui dans l'arche. 24 La crue des eaux dura cent cinquante jours sur la terre.

Vous connaissez la suite, avec la fin des pluies et l'épisode de l'envoi d'oiseaux de couleurs différentes qui ont été largement identifiés à des étapes alchimiques.

Cependant, on sait aujourd'hui que cette histoire est largement répandue dans d'autres Traditions et que même celle-ci, celle de la Bible, est à l'évidence la fusion de deux versions indépendantes.

Les Hébreux ont, en effet, très probablement, emprunté le mythe aux Babyloniens. Mais le thème du Déluge est encore plus ancien puisqu'il est déjà attesté chez les Sumériens. Le nom du Noé sumérien est Ziusudra; et dans la version babylonienne, il est appelé Utnapishtim. Le Déluge est raconté dans la 11ème tablette de l'Épopée de Gilgamesh: les Dieux décident d'anéantir le genre humain, mais le dieu Ea prévient Utnapishtim et lui conseille de construire un bateau pour sauver sa famille et un certain nombre d'animaux. Le Déluge est provoqué par une pluie torrentielle qui dure sept jours. Le huitième, Utnapishtim lâche une colombe et, peu après, une hirondelle, mais les oiseaux reviennent. Finalement, il lâche un corbeau qui ne revient plus. Alors Utnapishtim débarque sur le mont Nishir et offre un sacrifice aux Dieux. Mais ici eux-ci découvrent avec surprise que le genre humain n'a pas été anéanti. Ils décident pourtant que, désormais, Utnapishtim ne sera pas mortel et le transportent, avec sa femme, dans un pays fabuleux et inaccessible, « aux bouches des fleuves ». C’est là que, longtemps après, Gilgamesh, en quête de l'immortalité, lui rend visite et apprend l'histoire du Déluge.

Il est évident que ce mythe est à l'identique celui développé par la Bible, avec cette seule exception – de taille ! – c’est que les hommes ne sont pas anéantis. Il est vrai que le Dieu juif est particulièrement violent et vindicatif, et cette destruction totale de sa création n'est pas étonnante compte tenu de la mentalité du bonhomme, même si beaucoup, depuis la nuit des temps, s'interrogent sur ce Dieu qui a d'une part créé des hommes à son image mais mauvais, et qui ensuite détruit sa créature.

Nous sommes évidemment loin d'un Dieu bon et parfait, et les Gnostiques ont largement, en leur temps, développé leurs théories pour justifier l'injustifiable.

Un mythe similaire est connu dans l’Inde.

Absent dans le Véda, le mythe du Déluge est attesté pour la première fois dans le Satapatha Brahmana (I, VIII, 1), rituel rédigé probablement au VIIe siècle avant notre ère.: un poisson avertit Manu de l'imminence du déluge et lui conseille de construire un bateau. Lorsque la catastrophe éclate, le poisson tire le bateau vers le nord et l'arrête près d’une montagne. C’est là que Manu attend l'écoulement des eaux. À la suite d'un sacrifice, il obtient une fille, et de leur union descend le genre humain.

Dans la version transmise par le Mahabharata, Manu est un ascète. Dans le Bhagavata Purana (VIII, XXIV, 7 sq.), le roi-ascète Satyavrata est averti de l'approche du Déluge par Hari (Vishnu) qui a pris la forme d’un poisson.

En tous les cas rien ne semble relier ici cette catastrophe avec un quelconque ressentiment des Dieux vis à vis des hommes.

On peut juste s'interroger sur leur incapacité à sauver ces hommes qui sont leur création et qui ont un rôle essentiel à jouer, celui d'être leur miroir, celui dans lequel ils peuvent voir leur beauté et leur puissance.

Sans création les Dieux restent inconnus et inutiles !

En Iran, la fin du monde est consécutive à un déluge résultant de la fonte des neiges accumulées pendant un terrible hiver. Ahura Mazdâ conseille à Yima, le premier homme, qui est aussi le premier roi, de se retirer dans une forteresse..

Yima prend avec lui les meilleurs parmi les hommes et les différentes espèces d'animaux et de plantes. Le déluge met fin à l'âge d’or, qui ne connaissait ni la vieillesse ni la mort.

Dans l'état actuel de nos connaissances de ces textes nous n'avons pas non plus de traces d'une quelconque décision divine de grand nettoyage même si ici le retour à une situation normale voit la disparition d'un monde ancien, celui de l'âge d'or.

On peut ici s'interroger sur le pourquoi de la fin de cet âge…

En Grèce, c'est Prométhée qui avertit son fils, Deucalion, que Zeus a décidé l’anéantissement des hommes de l’âge du bronze. Deucalion s’échappe avec sa femme dans une arche.

A nouveau une décision divine de tout recommencer.

Le mythe du Déluge se rencontre aussi chez certaines peuplades autochtones de l’Inde ( Bhils, Mundas, Santals, etc.), chez les Lepchas de Sikkim et en Assam. Il est encore plus répandu dans l’Asie du Sud-Est, en Mélanésie et en Polynésie. Les versions recueillies en Australie parlent d’une grenouille géante qui avait absorbé toutes les eaux. Souffrant de la soif, les animaux décidèrent de faire rire la grenouille. En voyant l'anguille se tordre, la grenouille éclata de rire et les eaux s'écoulèrent de sa bouche, provoquant le déluge. La grenouille est une des images mythiques de la Lune. Et puisque la Lune est, par excellence le symbole de la mort et de la résurrection, elle gouverne aussi les eaux, les inondations et les marées.

Chez les peuples de l'Amérique du Sud, le déluge est provoqué généralement par un des jumeaux mythiques qui, frappant la terre de son talon, fait jaillir les eaux souterraines.

En Amérique centrale et en Amérique du Nord, les versions du déluge sont assez nombreuses: la catastrophe est produite soit par des inondations soit par des pluies.

Il est à noter qu'en comparaison avec les mythes narrant la fin du monde dans le passé, les mythes se référant à une fin à venir sont assez peu nombreux chez les primitifs, au contraire de nos Sociétés méditerranéennes ou indo-européennes. Mais cette rareté est peut-être due au fait que les ethnologues n'ont pas posé cette question dans leurs enquêtes.

En outre, il est parfois difficile de préciser si le mythe concerne une catastrophe passée ou à venir. Ainsi, par exemple, selon E.H. Man, les Andamanais, un peuple en voie de disparition qui vit aux confins de la Birmanie et de la Thaïlande, croient qu'après la fin du monde une nouvelle humanité, jouissant d'une condition paradisiaque, fera son apparition: il n’y aura plus ni maladies, ni vieillesse, ni mort. Mais un autre anthropologue, A. Radcliffe Brown, estime que son collègue Man a en fait combiné plusieurs versions, recueillies d'informateurs différents.

En réalité, précise Radcliffe Brown, il s’agit bien d'un mythe relatant la fin et la re-création du monde; mais le mythe se rapporte au passé et non pas à l'avenir. Mais comme, suivant la remarque de F. F. Lehmann, la langue andamanaise ne possède pas de temps futur, il n'est pas facile de décider s’il s’agit d’un événement passé ou d'une fin à venir.

Nous sommes donc ici passés du mythe du déluge, celui de la fin d'une époque pour entrer dans une nouvelle, plutôt inscrite dans le passé, à la possibilité que ces évènements se rencontrent aussi dans le futur.

Parmi les mythes primitifs de la fin, très rares sont ceux qui ne présentent pas d'indications précises concernant l'éventuelle re-création du monde.

Ainsi, dans une des îles Carolines, Aurepik, c'est le fils du Créateur qui est responsable de la catastrophe. Lorsqu'il s'apercevra que le chef ne s'occupe plus de ses sujets, il submergera l'île au moyen d'un cyclone. Il n’e st pas certain qu'il s’agisse d’une fin définitive: et l'idée d'une punition des « péchés » implique généralement la création ultérieure d'une nouvelle humanité, instruite de ce qui s'est passé avant elle et devant, en principe, en tirer les conclusions.

On peut penser qu'en ce qui concerne le texte biblique notre bonhomme IAWEH s'est largement fourvoyé et que probablement les hommes d'après le déluge n'ont rien à envier à ceux d'avant dans le domaine de la méchanceté.

Plus difficiles à interpréter sont les croyances des Négritos de la péninsule de Malacca. Les Négritos savent qu'un jour Karei mettra fin au monde parce que les humains ne respectent plus ses préceptes. Aussi, pendant l'orage, s'efforcent-ils de prévenir la catastrophe en faisant des offrandes expiatoires de sang. La catastrophe sera universelle, elle frappera sans distinction pécheurs et non-pécheurs, et ne préludera pas, semble-t-il, à une nouvelle création. C’est pourquoi les Négritos appellent Karei « mauvais », et voient en lui l 'adversaire qui leur a « volé le Paradis ».

Un exemple singulièrement frappant est celui des Guaranis du Mato Grosso.

Sachant que la Terre sera détruite par le feu et par l'au, ils partirent à la recherche du « Pays sans péché », sorte de paradis terrestre, situé au-delà de l'Océan. Ces longs voyages, inspirés par les chamans, et effectués sous leur direction, ont commencé au 16ème siècle et ont duré jusqu'en 1912.

Certaines tribus croyaient que la catastrophe serait suivie d’un renouvellement du monde et du retour des morts. D'autres tribus attendaient et désiraient la fin définitive du monde.

La majorité des mythes amérindiens de la fin impliquent soit une théorie cyclique (comme chez les Aztèques), soit la croyance que la catastrophe sera suivie par une nouvelle création, soit, enfin, dans certaines régions de l'Amérique du Nord, la croyance à une régénération universelle effectuée sans cataclysme.

Dans ce processus de régénération, seuls les pécheurs périront.

Selon les traditions aztèques, il y a eu déjà trois ou quatre destructions du monde, et la quatrième ( ou la cinquième ) est attendue pour l'avenir. Chacun de ces mondes est régi par un « Soleil », dont la chute ou la disparition marque la Fin.

La croyance que la catastrophe est la conséquence fatale de la « vieillesse » et de la décrépitude du monde semble assez répandue dans les deux Amériques. Selon les Cherokees, quand le monde sera vieux et usé, les hommes mourront, les cordes se casseront, et la Terre s'abîmera dans l’Océan, la Terre étant imaginée comme étant une grande île suspendue à la voûte céleste par quatre cordes.

Dans un mythe Maidu, le Créateur assure au couple qu'il avait créé : « Lorsque ce monde sera trop usé, je le referai entièrement; et quand je l'aurai refait, vous connaîtrez une nouvelle naissance.»

En somme, ces mythes primitifs de la fin du monde, par déluge ou incendie, car l'élément eau n'est pas le seul à être utilisé, le feu est également largement employé et je voudrais y revenir, impliquent plus ou moins clairement la re-création d'un univers nouveau, expriment la même idée archaïque, et extrêmement répandue, de la « dégradation » progressive du cosmos, ou de la chute pour retrouver une idée largement répandue sur nos Colonnes, nécessitant sa destruction et sa re-création périodiques. C'est de ces mythes d'une catastrophe finale, qui sera en même temps le signe annonciateur de l'imminente re-création du monde, que sont sortis et se sont développés les mouvements prophétiques modernes et les mouvements millénaristes des sociétés primitives.

La théorie de la création et de la destruction cycliques du monde a été largement développée dans l’Inde, à partir des Brahmanas et surtout dans les Puranas. C'est la doctrine des quatre yugas, les quatre âges du monde. Le cycle complet, le kalpa, se termine par une « dissolution », un pralaya, qui se répète d'une manière plus radicale ( mahapralaya, la « grande dissolution ») à la fin du millième cycle. Selon le Mahabharata et les Purana, l'horizon s'enflammera, sept ou douze soleils apparaîtront au firmament et dessécheront les mers, brûleront la Terre. Ensuite, une pluie diluvienne tombera sans arrêt pendant douze ans, la Terre sera submergée et l'humanité détruite (Vishnu Purana, 24, 25).

Puis tout recommencera ad infinitum.

Cette théorie des quatre Yugas, avec son premier, celui de l'âge d'or, et son dernier, celui du fer, appartient à la doctrine traditionnelle et se retrouve dans beaucoup de traditions.

Il semblerait que ce nouveau cycle, ce kalpa, ait débuté vers environ 63000 ans avant notre ère, et l'âge d'or, le Krita-Yuga, a duré 26000 ans.

L'âge suivant, le Trêta-Yuga, ou âge d'argent, qui a correspondu à l'apparition des continent s de l'Atlantide au Nord, et de la Lémurie, au Sud, s'est terminé par le déluge biblique, vers 11000 ans avant notre ère.

Puis vint le Dvapara-Yuga, l'âge d'airain.

La fin de ce cycle , et nous sommes en plein dans le Kali-Yuga, l’âge du fer, est annoncée pour le 21ème siècle….

En Grèce, la doctrine cyclique fait son apparition avec Héraclite qui aura une grande influence sur la doctrine stoïcienne de l'Éternel Retour.

Au 3ème siècle avant notre ère., Bérose vulgarisait dans tout le monde hellénistique la doctrine chaldéenne de la « grande année ». L'Univers y est considéré comme éternel, mais il est anéanti et reconstitué périodiquement chaque « grande année » - le nombre correspondant de millénaires varie d'une école à l'autre - lorsque les sept planètes se réuniront dans le signe du Cancer ou « grand hiver », un déluge se produira.

Quand elles se rencontreront dans le signe du Capricorne, au solstice d'été de la « grande année », l'Univers entier sera consumé par le feu. Selon un texte perdu d'Aristote, les deux catastrophes avaient lieu aux deux solstices: la conflagration au solstice d'été, le diluvium au solstice d'hiver.

On le voit, le mythe du déluge participe largement de deux théories :

L'une qui voudrait que le Dieu créateur, excédé par sa création, ait un jour envie de tout détruire.

L'autre qui exprime le principe d'une création cyclique, d'un retour indispensable au néant avant que de repartir. En Inde cela est clairement symbolisé par le souffle de Brâhma, celui qui crée en expirant et qui à la fin du cycle reprend sa création en inspirant, et ainsi de suite.

Cette théorie est du reste parallèle à celle des astrophysiciens modernes qui parlent d'un monde en expansion puis en contraction, du big bang au big crash.

Il est évident que si nous voulons retrouver derrière les mythes la réalité des évènements, cette seconde théorie semble plus proche de ce qui s'est passé, puisqu'aussi bien elle peut être exprimée d'une façon scientifique.

Mais la première peut aussi révéler des évènements réels, enfouis dans la mémoire des hommes et traduits avec les mots et les symboles à la disposition d'autres hommes, longtemps après, et qui ne pouvaient qu'être interprétés à cette aune.

Du strict point de vue scientifique, l'historicité du Déluge a longtemps été niée.

Actuellement, un grand nombre de savants de toutes disciplines envisagent sérieusement que la dernière transgression, c'est-à-dire l'ennoyage des plates-formes continentales à la suite des déglaciations, pourrait être en connexion avec ces mythes.

Et il est vrai que cet épisode géologique a entraîné une augmentation du niveau de la mer, mais de 100 mètres environ sur une durée de 10.000 ans, même! Si certaines estimations sont de 130 m sur 8.000 ans, soit, en gros, 2 mètres par siècle ou encore pour se plus de la durée de vie humaine de un mètre tous les 50 ans !

Personne ne peut raisonnablement affirmer qu'une telle élévation du niveau de la mer ( 2 cm par an !!! même si localement on a pu avoir une élévation de quelques dizaines de cm par an à certaines périodes ) peut être assimilée à ce que toutes les traditions, d'un bout à l'autre de la planète, décrivent comme un événement ayant été brutal, rapide, limité dans le temps, excessivement destructeur, etc.

Alors, même si cette explication est parfaitement valable pour expliquer les traces d'habitats préhistoriques actuellement sous la mer, il va bien falloir trouver autre chose pour "élucider" le mystère du déluge...

Depuis de nombreuses années les conséquences de la chute d'un astéroïde ou d'un fragment de comète dans l'océan ont été modélisées et un consensus s'est établi dans la communauté scientifique autour des effets possibles dans cette hypothèse.

Dans le cas d un impact océanique très au large ( sans cratère visible, donc...), le phénomène le plus évident serait de gigantesques tsunamis. Un tsunami ( le mot est à préférer à raz-de-marée car le phénomène en question n'a rien à voir évidemment avec la marée...) peut se déplacer en pleine mer à des allures pouvant aller jusqu'à 700 km/h.

En atteignant les côtes, et donc des fonds moins élevés, il ralentit et c'est là que, paradoxalement, le danger commence ! En effet, tout se passe alors pour les vagues comme pour les voitures sur l'autoroute lors d'un ralentissement: le front ( rapide ) des vagues rattrapant l'avant (ralenti). Sur une autoroute c'est le carambolage. Sur la côte, on observe une compression qui va entraîner une élévation considérable des vagues déferlantes. Le facteur de compression peut facilement atteindre 40! Ainsi un simple train de vagues d'une hauteur de 1 m en mer se transformera en une série de vagues tueuses d'une hauteur de 40 m.!

C'est environ la hauteur d'un immeuble de 12 étages, autant dire que bien peu de choses risquent d'être encore debout après le passage de la première vague, alors à la dixième...

Et quand on pense que les deux-tiers de la surface terrestre sont constitués d'océans, on peut également conclure que c'est ce type d'impact qui a le plus de probabilité d'arriver.

Et plutôt deux fois qu'une ! Avec à chaque fois les mêmes conséquences bien sûr ! Ce qui fait parler de déluge au singulier est très certainement faux et que l'on devrait parler de déluges périodiques.

Il semble toutefois que dans de nombreuses traditions on ait gardé en fait le souvenir d'un déluge plus important que les autres et on peut supposer que c'est celui-ci qui est responsable, par exemple, de la destruction de l'Atlantide..

L'Atlantide et la Lémurie, ces continents disparus sur lesquels des civilisations de très haut niveau – pour les autres hommes de l'époque – auraient vécu, peuvent avoir disparu suite à un cataclysme tel qu'une immense inondation d'origine ensuite oubliée.

Il était facile ensuite, très longtemps après, d'imaginer ces catastrophes comme étant d'origine divine, et liée à l'inconduite des hommes.

Et en fait les 2 théories peuvent être simultanées, le cycle des mondes pouvant être marqué par une catastrophe soudaine.

Mais je vois aussi, dans le thème de l'eau, autre chose :

Et si finalement, en oubliant ces possibles catastrophes dont personne n'a jamais eu la moindre preuve, le souvenir du déluge n'était que le souvenir du moment où le premier être vivant est sorti de l'eau, cette eau qui jusque la avait abrité toute forme de vie, milieu même dans lequel la vie était née.

Dans la mesure où l'homme s'est cru la création d'un dieu, il n'a jamais pu imaginer ne pas avoir existé avant un quelconque déluge, qui serait toujours venu, pour lui, le punir pour ses fautes.

En fait le déluge était l'état primordial, ou tout au moins il a précédé l'apparition de la vie sur la terre. Or comme cette apparition de le vie sur la terre ferme semblerait vieille de 345 millions d'années, je vous laisse apprécier le lointain souvenir que ceux qui ont écrit les mythes du déluge pouvaient en avoir.

En fait je suis en train, ici, de me demander si je ne suis pas en train de réinventer les archétypes ?

Car là on côtoie le mythe de la mer initiale, celle par exemple que Brâhma a baratté pour en exprimer la vie, ou le lac des égyptiens, ou les eaux primordiales de la Bible…

Et puis, pourquoi pas, intéressons nous aussi à une possible dimension psychanalytique : cette eau serait celle du liquide amniotique dans lequel tout enfant a baigné tout au long de sa présence dans le ventre de sa mère. Le souvenir heureux de cet avant baignant dans un liquide serait traduit par un déluge après lequel tout a été différent, et la vie de l'homme finalement très difficile.

J'ai lu, pour m'aider dans ma réflexion, différents textes, et l'un est même allé jusqu'à proposer, la aussi, sous le couvert de la psychanalyse, que, je cite : « le déluge serait une projection cosmogonique à la fois du flux séminal et d'un déversement du liquide amniotique, exprimant ainsi le désir inconscient de grossesse masculine propre aux sociétés patriarcales, le mythe remplaçant de manière symbolique l'incapacité biologique du mâle à enfante « !!!!

Je vous laisse méditer sur cette suggestion.

Quant à moi, je m'interrogeais, plus haut, sur les deux éléments sources de destruction, le feu et l'eau.

A ce moment de ma réflexion je vois l'eau non plus comme un élément destructeur mais au contraire comme l'élément fondateur de la vie.

Ce sont les hommes, par leurs mythes, qui ont cru y voir un élément négatif, ou tout au moins purificateur. L'eau est, au contraire, créatrice de vie, elle lave, abreuve, féconde. Tout organisme vivant a besoin d'eau pour vivre.

En revanche, le feu reste bien, lui, un élément destructeur, purificateur.

Et puis je posais aussi la question du pourquoi de l'absence presque totale du mythe du déluge en Afrique.

J'avoue ne pas avoir de réponse si je veux rester dans la dimension évolutionniste, où l'homme serait apparu en Afrique, car il aurait malgré tout comme origine cette soupe initiale, cette eau au sein de laquelle la vie a vu le jour, après une alchimie complexe.

Et donc tous les hommes devraient posséder en eux ce souvenir initial.

En revanche, si le déluge est le souvenir d'un cataclysme réel, pourquoi les hommes d'Afrique ne s'en souviendraient ils pas alors qu'en Asie ou en Amérique les Traditions l'évoquent largement ? je n'ai donc ici non plus, pas plus de réponse satisfaisante. Une possible absence de grands fleuves, d'éloignement des côtes, ne me convainc pas.

Peut-être m'en apporterez vous une ?

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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La secte des Assassins : le dualisme islamique

29 Septembre 2014 , Rédigé par Le Temple de Paris Publié dans #spiritualité

Le dualisme est profondément ancré en Orient et ne se limite pas au christianisme. En fait, le terme manichéen, attribué par certains chroniqueurs français aux Cathares, est employé par les Byzantins pour décrire les conceptions dualistes de Mani, Perse du IIIe siècle, qui ont engendré le zoroastrisme, le bouddhisme et le mandéisme babylonien, ainsi que le christianisme. Plusieurs sources ont ainsi favorisé l'émergence du dualisme dans l'islam. Bien que le dualisme soit à la base incompatible avec l'islam, selon lequel Dieu est seul, unique et bon, l'unité politique du monde musulman est depuis longtemps en déclin, autorisant l'émergence de nouveaux courants religieux.

 

Le Moyen-Orient est divisé en dynasties locales et sujet à des pressions de la part du califat abbasside, de turcs seldjoukides et des Fatimides d'Égypte, sans parler des Byzantins, mais comprend également de nombreuses sectes. Parmi les chrétiens figurent les jacobites, les maronites, les coptes et les orthodoxes et, parmi les musulmans, on trouve les sunnites et de nombreux groupes hétérodoxes issus du chiisme qui comprennent les qarmates, les alawites, les druzes et les ismaéliens, qui sont non seulement des courants de croyance mais également des sociétés secrètes initiatrices avec des objectifs politiques à tendance apocalyptique.

Les ismaéliens ont perpétué certaines croyances pré-musulmanes, en particulier le dualisme, à travers lequel ils considèrent le mal non pas comme l'absence du bien mais comme un élément du monde et de son créateur, lequel pourrait être une émanation d'un dieu ultime et inconnaissable. À l'instar des gnostiques, ils pensent que l'homme possède des éclats de l'étincelle divine qui, en raison de la possession de la connaissance secrète, peuvent réunir l'homme avec le dieu inconnu. Les ismaéliens revendiquent cette connaissance.

 

Mais, après la conquête d'Édesse par Zengi en 1144 et l'abandon de Damas au profit de son fils Nur al-Din, la dynastie zengide impose l'islam sunnite à toute la population musulmane en Syrie, refoulant les sectes chiites dans des régions inaccessibles.

 

Les Assassins

 

Les ismaéliens se retirent dans la région montagneuse du littoral, le djebel Ansarieh, encerclés par les forteresses des Templiers et des Hospitaliers de Tortose, Chastel Blanc, Margat et Krak des Chevaliers, où le mouvement assume sa forme militante et meurtrière connue sous le nom d'Assassins. Des forteresses d'al-Ullayqa, Qadmus, Qalaat al-Kahf et surtout Masyaf, quartier général du chef des Assassins, Chaykh al-Jabal (Vieux de la montagne), ils appliquent une stratégie reposant sur les assassinats afin d'asseoir leur influence, surtout sur les sunnites, mais parfois aussi sur les chrétiens, susceptibles de menacer leur indépendance.

 

Marco Polo, qui a rencontré une branche des Assassins à Alamut, en Perse, donne un aperçu de leur connaissance divine. Les Assassins utilisent des drogues (dont du haschisch, d'où est tiré le mot "assassin") pour convaincre les novices destinées à devenir des fedayin (qui se sacrifient) qu'ils vont entrer dans un jardin rempli de joie où des fontaines coulent du lait, du miel et du vin et où les houris, ces vierges du paradis, sont facilement accessibles. On dit alors aux initiés revenus dans leur état normal qu'ils ont bien visité le paradis, dans lequel ils séjourneront éternellement s'ils obéissent aux ordres de l'imam des Assassins.

Selon les comptes-rendus de chroniqueurs européens, les chefs des Assassins dominent totalement leurs adeptes en leur ordonnant de se jeter dans un précipice, saut aboutissant à une mort certaine. Leur volonté de se sacrifier rend les attaques des fedayin très déroutantes. Leur mission est de semer la peur de la secte tout en affaiblissant la détermination de leurs ennemis en tuant des personnages importants. Les Assassins infiltrent les rangs de leurs adversaires et quand ils ont gagné leur confiance, ils les tuent, toujours à l'aide d'un couteau. Il s'agit d'attaques-suicides car, apparemment ils périssent eux-mêmes lors de l'opération.

 

Parmi les victimes chrétiennes des Assassins figurent Raymond II, comte de Tripoli, en 1152, Conrad de Montferrand, roi de Jérusalem, en 1192, et un autre Raymond, héritier des trônes d'Antioche et de Tripoli, qui, en 1213, est poignardé à mort devant la cathédrale Notre-Dame de Tortose. Mais la plus célèbre tentative de meurtre des Assassins vise Saladin, en 1176. Chantre de l'orthodoxie sunnite et chef de la résurgence musulmane, Saladin a déjà renversé les Fatimides chiites d'Egypte et s'acharne désormais contre les croisés et les Assassins. Il pénètre dans le djebel Ansarieh pour assiéger Masyaf, mais ses soldats lui rapportent de mystérieux pouvoirs, tandis que lui-même est en proie à des cauchemars terribles. Une nuit, il se réveille subitement et trouve sur son lit des pains que les Assassins sont les seuls à cuisiner, accompagnés d'un poignard empoisonné et d'un verset menaçant. Convaincu que Rashid al-Din Sianan, le Vieux de la Montagne, est entré en personne dans sa tente, Saladin craque. Il envoie un message à Sinan, implorant son pardon et lui promettant de mettre un terme à sa campagne contre les Assassins à condition qu'il dispose d'un sauf-conduit. Saladin est pardonné et s'empresse de retourner au Caire.

 

Les Templiers et le Vieux de la montagne 

 

La seule organisation efficace contre les Assassins est celle des Templiers. En tant qu'entité éternelle, l'ordre du temple ne peut être intimidé par la mort de l'un de ses membres. Les Assassins avouent n'avoir jamais tué un maître par ce qu'ils savent que quelqu'un prendra immédiatement sa place.

 

Dans l'expression de leur haine des sunnites, les Assassins se retrouvent parfois alliés aux chrétiens et, même dans des circonstances éprouvantes, ils sont tolérés par les États croisés et les Templiers. Après que les Assassins ont tué Raymond II, comte de Tripoli, en 1152 (pour une raison inconnue, à moins que la femme de Raymond II ait commandité son assassinat), les Templiers menacent de les attaquer, mais les Assassins achètent facilement leur protection en acceptant de verser un tribut annuel de 2000 besants. Les Assassins et les chrétiens ont un ennemi commun et il est dans l'intérêt des deux camps de rester en paix.

 

Mais, en une occasion significative, la méfiance des Templiers vis-à-vis des Assassins les pousse à s'opposer à la politique du roi Almaric de Jérusalem, entré en pourparlers avec le Vieux de la montagne. Les ismaéliens ont toujours considéré leur chef comme l'incarnation du Dieu inconnaissable, mais, en 1164, à un moment apocalyptique, Rashid al-Din Sinan renonce ouvertement à l'islam et déclare que la résurrection s'est produite. Le chroniqueur syrien contemporain Kamal al-Din décrit des scènes de frénésie dans le djebel Ansarieh, au cours desquelles "des hommes et des femmes se mélangeaient lors des beuveries, aucun homme ne s'abstenant face à sa sœur ou sa fille, les femmes portaient des vêtements d'homme et l'une d'elle déclara que Sinan était Dieu". En fait, selon le voyageur espagnol musulman Ibn Jubayr, tout le monde accorde ce statut divin au Vieil Homme de la montagne car tous ses disciples le considèrent comme Dieu.

C'est neuf ans après ces événements, en 1173, qu'Almaric de Jérusalem tente de négocier une alliance avec Sinan. L'une des conditions est que les Assassins se convertissent au christianisme. Mais, alors que l'émissaire de Sinan repart de Jérusalem à destination de Masyaf, portant un sauf-conduit du roi Almaric, il tombe dans une embuscade tendue par des chevaliers templiers, qui le tuent. Almaric ne parvient que très difficilement à convaincre Sinan qu'il n'a rien à voir avec cette attaque. Dans l'intervalle, il accuse les Templiers de trahison et de mener le royaume au bord de la ruine en réduisant à néant l'espoir d'une alliance prometteuse. Pour le chroniqueur Guillaume de Tyr, ce meurtre a un mobile financier, car la paix aurait signifié la fin du tribut versé par les Assassins aux Templiers. Un autre chroniqueur, Gautier Map, écrit que les Templiers ont tué l'émissaire pour la raison suivante : "Si la paix s'installe, que deviendra le glaive ? Pour cette raison on dit qu'il leur est déjà arrivé d'éviter la paix". Autrement dit, la guerre justifie l'existence des Templiers, lesquels craignent que la paix s'installe.

 

L'argument de la cupidité des Templiers est caractéristique de Guillaume de Tyr, l'Ordre n'ayant pas besoin du tribut payé par les Assassins. Cependant, les Templiers s'inquiètent vraisemblablement que le roi Amalric de Jérusalem ne se fasse berner. Ils ont conscience que, quelle que soit la religion prônée par les Assassins, il ne s'agit que d'une apparence, comme l'a été l'islam. Les Assassins voient ce monde comme une simple illusion et, même s'ils se convertissent au christianisme, leurs croyances intérieures et secrètes resteront. Les Templiers contrôlent des châteaux importants à proximité immédiate de l'enclave des Assassins, châteaux qui dominent les cols donnant sur l'intérieur des terres contrôlé par les Sunnites, encore plus dangereux. Baisser la garde face au discours d'une telle secte serait particulièrement irresponsable et coûterait aux Templiers leur crédibilité en Occident. En l'occurrence, les négociations n'ont jamais repris. Après la mort d'Almaric de Jérusalem en 1174, Raymond III, comte de Tripoli, est nommé régent et, comme son père a été tué par les Assassins, il partage la méfiance des Templiers.

 

Source : http://www.templedeparis.fr/

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