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Cosmogonie : « Frère Expert, faites apparaître les trois grandes lumières »

24 Septembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Le frère Expert se lève et, avant de tracer le tableau de loge qui va achever la préparation matérielle de la loge, il ouvre le Livre de la Loi Sacrée au Prologue de Jean :

« Au commencement était le Verbe,
le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était proche de Dieu.
Tout a existé par Lui et rien de ce qui existe n’a existé sans Lui.
En Lui était la Vie des Hommes et la Vie était la Lumière des Hommes.
La Lumière brille dans les Ténèbres et les Ténèbres ne l’ont pas connue
. »


Nos travaux se déroulent sous le patronage de Jean et de ce texte cosmogonique tiré du Livre de la Loi Sacrée.
Toutes les traditions possèdent un mythe qui raconte la création de l’univers et explique sa fin. Depuis l’océan de lait de Brahmâ jusqu’au Pancréator orthodoxe ou le serpent à plumes aztèque, toutes les cultures racontent un mythe de genèse explicatif de l’état actuel du monde et qui comporte des indications sur sa fin possible, probable ou certaine.
Ces cosmogonies inspirent les monuments qui nous sont parvenus : soit des observatoires astronomiques pour suivre la cosmogonie en marche comme à Stonehenge, soit des monuments reconstituants la cosmogonie elle-même dans la pierre comme à Angkor, soit des livres de pierre racontant cette cosmogonie comme nos cathédrales.
L’humanité se partage entre ceux qui pensent avec Jacques Monod, que la Vie est due au hasard et à la nécessité et ceux qui croient que l’univers a un sens.
Nous autres, maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, pensons que l’univers a un sens et que ce sens lui est donné par un Principe supérieur que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers.
Cette appellation marque notre volonté de ne pas l’identifier à un dogme et permet à chacun d’avancer à son rythme sur le chemin de sa propre compréhension de la transcendance depuis la figure d’un dieu révélé jusqu’à l’abstraction d’un principe mathématique.
Notre article 1er de la Déclaration de principes de la Grande Loge de France dit explicitement : « La GLDF travaille à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. »
Cette invocation qui consacre nos travaux, c’est-à-dire qui les rend sacrés, doit ramener à notre conscience, si nous l’avions oublié, que nous sommes des ouvriers qui travaillent sur un plan, et qui dit plan dit finalité. Finalité qui nous échappe et nous échappera jusqu’à l’orient éternel, mais finalité qui nous impose en permanence la recherche de notre propre amélioration afin d’être le meilleur ouvrier possible, car il est plus facile de faire son devoir que de le connaître.
Ce n’est que dans la perspective de cette finalité que la fraternité, fondement de notre ordre initiatique et traditionnel, offre sa véritable dimension.
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu …. »

Ce « commencement » temporel et éternel ouvre le déploiement d’une Cosmogonie qui se poursuit encore aujourd’hui et que viendra clore l’Apocalypse du même Jean.
Commençons par l’étymologie : cosmos vient du grec kosmos que nous traduisons rapidement par monde ou univers mais qui veut d’abord dire « ordre » et « beauté », et gonie qui veut dire génération au sens d’enfantement. La cosmogonie est donc l‘enfantement dans la Beauté de l’ordre universel. Une sorte d’abrégé de notre devise « Ordo ab Chaos »
Voyons d’abord ce que la science, la physique fondamentale, l’astrophysique peuvent dire aujourd’hui sur la cosmogonie, sur la création de notre univers.
La théorie du Big Bang initial reste, pour le moment, majoritairement reconnue comme étant la plus probable, même si, comme toutes les théories, elle a ses détracteurs. Cela se serait passé il y a entre treize et quinze milliards d’années. Depuis, selon une complexité croissante, la vie en est arrivée sur notre planète au stade humain.
Tous les astrophysiciens sérieux professent que les statistiques nous obligent à concevoir que la Terre n’est pas la seule planète habitée par la vie dans la Voie Lactée, notre galaxie, et à fortiori dans l’Univers. Ces mêmes statistiques nous obligent également à admettre que l’évolution intellectuelle et technologique de l’humanité n’est pas un étalon absolu et que d’autres intelligences peuvent fort bien se trouver à d’autres stades plus ou moins élevés.
L’évolution de l’Univers a deux fins possibles : soit l’expansion infinie avec un refroidissement constant, soit une inversion de l’expansion en cours vers un Big Crash final. Le choix est entre les deux scénarii est entre les mains (si j’ose dire) d’une particule élémentaire appelée neutrino : si cette particule a une masse, même infinitésimale, alors la Loi d’attraction impose un ralentissement progressif puis un retour vers le point de départ : c’est le scénario du Big Crash qui prévaut aujourd’hui.
Car il semble bien que ce neutrino ait effectivement une masse et qu’après une période d’expansion toujours actuelle, il y aura une période de contraction. Les anciens Védas indous appellent cette alternance : la respiration de Brahmâ.
Depuis les années 1905-1910, deux grandes théories s’affrontent dans l’explication physique de l’Univers : la théorie d’Einstein de la Relativité générale et celle de Planck, la théorie quantique.
Je ne rentrerais pas dans l’explication de ces théories, mais je rappelle seulement qu’elles se sont combattues par physiciens interposés pendant 60 ans comme étant irréductibles l’une à l’autre.
En fait, le statu quo s’est organisé dans une répartition des territoires : à Einstein, la physique subatomique et à Planck, la physique infra atomique.
Mais en 1962, un mathématicien et physicien français, Jean Charon publie « Eléments d’une théorie unitaire de l’Univers » puis en 1974 « Théorie de la Relativité complexe ». S’en était fait de la guerre entre les 2 théories même si, comme à l’accoutumée, des escarmouches continuent en arrière garde.
Charon et d’autres à sa suite avaient réussi à fondre les deux visions en une théorie unitaire. La clef leur avait été donnée par l’étude des trous noirs. Un trou noir apparaît (si j’ose dire puisqu’il est invisible) quand une étoile massive s’effondre sur elle-même au point de contraindre les éléments constitutifs de l’atome, protons, neutrons et électrons à s’agglutiner les uns contre les autres. Cette monstrueuse contraction crée un objet d’une densité telle qu’il crève littéralement l’espace-temps pour disparaître ne laissant dans l’univers que la trace de son emplacement sous forme d’un point d’attraction infinie capable de tout avaler y compris … la lumière ! Ce pourquoi il devient invisible.
Mais si cette étoile a disparu à nos yeux en trou noir, elle existe toujours, mais …… ailleurs et c’est l’étude de cet « ailleurs » qui a permis à Charon de construire sa théorie. Ses publications ont été saluées comme des avancées éminentes de la physique fondamentale, et on commença même à parler de Prix Nobel, jusqu’à ce qu’il publie d’autres ouvrages dont certains de vulgarisation sur les conséquences de sa théorie, en particulier sur l’électron.
En faisant court, l’électron est un trou noir à la taille des particules élémentaires : il est éternel, invisible, n’a pas de masse, accroît son énergie sans jamais en perdre, et interagit avec ses voisines avec lesquelles il peut échanger des informations. Comble du paradoxe, ils peuvent échanger entre eux des informations instantanément quelle que soit la distance qui les sépare, ce qui va à l’encontre du tabou de la vitesse limite de la lumière.
Tous ces développements ont amené Jean Charon à conclure que l’électron manifestait des caractéristiques en tout point semblables à celles que l’on prête à l’Esprit : immortalité, accroissement constant d’organisation, réalité d’un autre niveau mais interagissant avec le nôtre, etc … L’électron participe temporairement à des structures vivantes que la mort détruit sans que lui-même soit altéré le moins de monde.
Je vous laisse à penser le sort que ces collègues scientifiques lui réservèrent. Pourtant ses publications scientifiques continuent à faire autorité car personne ne peut, pour le moment, trouver de faille dans ses raisonnements.
Les trous noirs et l’électron nous démontrent donc scientifiquement qu’il existe un « ailleurs » où nos lois physiques classiques sont inversées, temps, espace, entropie, vitesse de communication pour ressembler curieusement à un univers spirituel.
Laissons maintenant un instant la science avec notre côté Soleil pour laisser parler la Lune et notre imaginaire nourri de ces informations scientifiques et des mythes de la Tradition.
Toutes les traditions racontent une histoire ou plus exactement l’Histoire du Monde avec un H. Ces mythes sont parfois traités avec un mépris à peine déguisé par des têtes bien pensantes au nom de la réalité cognitive : tout ce fatras ne serait qu’une tentative d’explication anthropomorphique pour compenser notre peur de mourir.
Cela n’a jamais été pas mon sentiment personnel et encore moins mon sentiment de maître maçon.
Tous ces mythes parlent du GADLU et de l’Univers, le sien et le nôtre. Or quelle que soit notre envie, nous ne pouvons employer que des mots d’homme ; même ce que nous appelons l’abstraction mathématique est encore anthropomorphique. A chacun d’entre nous de trouver l’idée derrière le mot.
Pour aller plus loin, je vous propose un songe qui pourrait avoir été celui d’Hiram et qui combine dans une forme que j’espère maçonnique les grandes traditions spirituelles. Et souvenez-vous que pour approcher l’indicible, le seul outil qui vaille est le symbolisme.
Imaginez, si vous le pouvez, le Néant, sans lumière, ni forme, ni temps, ni son.
C’était il y a très, très longtemps : 15 milliards d’années.
Le GADLU sortait doucement de sa rêverie car le moment était proche. La montée de Son désir devenait trop forte. Il savait que toute Sa sagesse allait vouloir répondre à la Force qu’il sentait monter en Lui.
Une énorme pulsion de volonté L’amena à se contracter pour créer un espace de vide suffisant afin d’accueillir la Beauté d’un nouveau cycle de croissance.
Il savait déjà combien l’extase de la création allait engourdir Sa conscience ; Il vibrait doucement au bonheur à venir des fusions futures.
Sa volonté se fixa tout entière sur Son désir et Il S’abandonna au déchaînement de la jouissance pure.
La Lumière vibrante envahit tout le Vide et partit à la rencontre du Néant. Le flamboiement s’accompagna d’une fantastique chaleur dans laquelle rien n’existait en densité.
La violence de l’acte créateur, la puissance infinie de la sensation, les torrents de Lumière accompagnant la Force de Son cri d’Amour lancèrent à nouveau des myriades de semences hors de lui dans l’espace ainsi créé.
Ces graines inconscientes, ces éons, incandescents tourbillonnaient, se déployant toujours plus loin, s’écartant peu à peu l’une de l’autre, s’éloignant de Lui.
Lui, comblé, engourdi, radieux voyait ce nouvel univers insouciant de sa quête pourtant déjà commencée, s’épanouir en corolles étincelantes et colorées.
Lentement avec l’éloignement, la chaleur diminua et les Lumières se séparèrent : l’une à l’extérieur, l’autre à l’intérieur.
Les éons nouveaux nés sortirent de leur torpeur et s’identifièrent aux premiers grains de matière que leur inertie avait fait apparaître.
Alors cherchant sans savoir quoi, ils se rapprochèrent, se connurent, s’agglutinèrent, élaborant ensemble des machines à apprendre.
Ils s’organisèrent selon les règles de la Vie qu’Il avait données, écartelés sans encore le comprendre entre une vague nostalgie et un espoir fou. Toute leur recherche tendue vers ce manque impossible à qualifier qui pourtant les empêchait de rester immobiles.
Lui attendait, disponible, aimant, et attentif.
Avec lenteur d’abord, puis de plus en vite, les éons remontaient l’échelle de Lumière : sidéral, élémental, minéral, végétal, animal.
Chaque expérience rendait la quête plus nécessaire, plus impérieuse, leur désir plus fort et la nature de ce désir plus proche et pourtant encore si mystérieuse.
Les formes périssables qu’ils élaboraient les obligeaient à perdre périodiquement leur support matériel et à expérimenter la peur de la Mort.
Cette Mort les replongeait momentanément dans un état de conscience pur proche du Sien et cependant toujours voilé.
Mais toujours le ressort du désir les poussait plus loin sans s’attarder.
Peu à peu, leur conscience engourdie s’éveillant, des échos lointains leur laissaient à penser qu’une autre réalité était possible ou même nécessaire : « Chimères ! Avancez » disaient les marchands, « A genoux ! Craignez la colère des Dieux ! » disaient les prêtres.
Mais ils continuaient à travailler en plus grand nombre dans des ensembles chaque jour plus complexes qui leur permettraient de mieux avancer et d’accroître encore et encore leur niveau de conscience.
Les galaxies, les systèmes planétaires se pliaient à leur recherche.
Ils travaillaient en groupes, les plus éveillés aidant leurs voisins les plus proches avec qui ils avaient depuis longtemps l’habitude d’échanger.
Ils essayent maladroitement à travers ces échanges d’apaiser le besoin secret qui les taraudait.
Des écoles s’organisaient en créant en leur sein des synergies plus profitables pour calmer leur tension intérieure.
Puis, un jour, un éon recouvrit sa mémoire: il se tourna vers Lui et Lui sourit. Il se leva parmi les siens et dit « : « L’Esprit est ». Alors la quête consciente commença.
Ce premier fut suivi par un second puis un troisième, un quatrième ……
Ensemble s’épaulant, ils conçurent de nouveaux cénacles pour aider ceux qui étaient prêts à retrouver la mémoire plus vite, à aimer plus vrai.
Ces cercles se remplirent et d’autres furent nécessaires.
Les marchands essayent périodiquement de ralentir ce mouvement, de fermer les écoles, de tuer les meneurs, mais rien n’y faisait : leur ardeur était Sa joie, leur prière Son attente.
De temps en temps, l’un d’eux se levait pour parler de Son amour : certains pleuraient de joie, d’autres riaient.
Le jour arriva où leur amour fut suffisant : la dispersion se ralentit et s’inversa : le retour avait commencé.
Chaque fois qu’ils le pouvaient, les éons fusionnaient dans un éclair de Lumière pour rendre visible cette puissance de l’Amour. Et chaque fois, ils se rapprochaient davantage de Lui pour mieux Le connaître.
Peu à peu, les galaxies revenaient du fond de l’espace vers Lui en chantant. Chaque fusion accélérait le mouvement.
Puis, la Lumière intérieure réapparut, vibrante, scintillante. Le chœur de Ses proches se fit entendre de tous.
Enfin, quand ils furent tous prêts, en Paix jusqu’au dernier, unis dans leur chant d’Amour, Il les accueillit dans un appel prodigieux et tandis qu’ils plongeaient avec Joie dans Sa Conscience, Sa Sagesse Dilatée contemplait l’Univers se refermer en Lui.
J’espère que cette évocation poétique puisée dans diverses cosmogonies traditionnelles ne vous a pas lassés.
J’arrête là mon travail qui n’avait d’autres buts que de proposer à l’atelier de nouvelles pistes de réflexion sur l’homme et sa place dans l’univers.
Pour clore ce songe, je vous propose une citation d’un maître soufi :
« Quand j’ouvre les yeux, j’observe ma petitesse face à l’univers, mais lorsque je ferme les yeux, je vois l’univers en moi. »

V.M. et vous tous mes frères, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Aide

23 Septembre 2014 , Rédigé par T.D

J’ai décidé de donner un coup de main à deux très bons amis : je leur laisse la parole.

« Startup nantaise développe un concept unique en Europe de marketing d’anticipation et de collecte d’informations sur les personnes.

Aujourd’hui plus de 7,5 millions de personnes déménagent tous les ans en France. Cette base d’informations est stratégique pour énormément d’entreprises qui souhaitent gagner de nouveaux clients, conserver leurs clients et vendre plus de produits.

La mobilité géographique est un moment clé dans la vie économique d’un foyer, car il peut à cette occasion rompre et changer tous ses contrats (Assurances, Mutuelles, Téléphonie, l’énergie, …). De plus, le foyer consomme des services pour son déménagement (déménageurs, cartons, véhicules, ….) et son installation (Décoration, ameublement, travaux, …). Mais comment connaitre ce moment ?

Jusqu’à présent il n’existait pas de solution pour détecter le déménagement des foyers en temps réel,  et cela représente un manque à gagner de plusieurs dizaines de millions d’euros pour les entreprises.

Nous avons trouvé la solution et elle est unique en Europe !

Par notre concept totalement innovant, nous collectons les informations des personnes en phase de déménagement et monétisons cette base de données en temps réel.  Notre fichier a 2 à 3 mois d’avance sur le fichier « Nouveaux arrivants » de La Poste, nous pouvons donc proposer tous les services et produits aux bons moments.

Comment faisons-nous ? Nous avons développé une solution web, déclinable et personnalisable en applications métiers qui sont utilisées par les clients des agences immobilières, banques, assurances, … et nous mettons en place des flux informatiques « intelligents »

Six mois après notre lancement nous sommes aujourd’hui reconnus comme entreprise innovante par la BPI et le pôle d’innovation Atlanpôle. Nous sommes Lauréat 2013 du réseau Entreprendre Atlantique et soutenus par la Banque Populaire.

On dit que les bases d’informations sur les personnes sont  le pétrole de demain ! Cela ne s’est pas démenti car notre carnet de commande est plein et nous devons faire face à une forte attractivité de notre solution.

Pour répondre à cette demande et développer notre solution en Europe, nous ouvrons notre capital et  recherchons des partenaires financiers. Notre développement rapide assure une très forte rentabilité.

Pour des raisons stratégiques et commerciales nous gardons l’anonymat afin de préserver la confidentialité de notre innovation. Si vous êtes investisseur ou si vous connaissez des investisseurs pouvant être intéressés pour participer au développement de notre société, merci de contacter notre ami Thomas Dalet  en lui envoyant un mail à thomas.dalet@orange.fr ou sur son portable au 0680222290 ».

Commentaire : à l’heure actuelle, il est important d’aider ceux qui veulent entreprendre. Merci à celles ou à ceux qui pourront œuvrer dans ce sens. C’est rare que j’utilise mon blog pour promouvoir des projets mais celui-ci est digne d’intérêt et surtout il est porté par deux amis qui ont beaucoup travaillé, sans rémunération, et qui méritent de réussir.

PS : merci pour votre fidélité, nous avons dépassé les 2000000 de visites !

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Le Serment, ferment et ciment de la Maçonnerie

22 Septembre 2014 , Rédigé par Philippe R. Publié dans #symbolisme

En avant-propos, je dois prévenir les âmes sensibles. Il est possible que nous ayons à évoquer des scènes qui pourraient choquer un public non averti.
En effet, nous allons parfois être obligés, à certains moments, de parler de foi, de croyance, de Dieu et même du Grand Architecte de l'Univers !

Notre approche sera bien sûr historique et raisonnée. Il ne s’agit pas pour moi de vous livrer ce que je pense et crois, (qui n’intéresse personne et que d’ailleurs tout le monde connait très bien), il s’agit d’avoir le regard le plus objectif possible sur des réalités historiques.

Nous disposons de plus de 600 ans de sources sur ce sujet et nous allons essayer d’amener quelques éléments de réflexion sur ce sujet.

Je dois posséder plus d’un millier de rituels différents, dont plusieurs centaines consacrés uniquement à la maçonnerie bleue, c’est-à-dire aux trois premiers grades. Ces rituels expriment des rites différents mais aussi des façons différentes de pratiquer ces rites.

Quand on regarde avec attention ces rituels, d'où qu'ils proviennent, on s’aperçoit qu’une structure globale commune est à peu près toujours répétée. A l’intérieur de cette structure, les éléments peuvent être très différents, mais on peut dire qu'une structure semblable existe entre la plupart de ces rituels différents. Il y a une préparation, puis des 'voyages', une légende, une histoire, puis un serment, enfin, la communication de secrets et des explications à propos de ce qui vient d'être communiqué.

Bien évidemment, cette structure est 'élastique' et peut varier selon le rite et les temps, les histoires ou les 'voyages' par exemple peuvent être plus ou moins présents, on peut même ne pas avoir d’histoire du tout, ni de 'voyages' !

Malgré tout, il est un élément qui est toujours présent, toujours, et qui agit comme une plaque tournante dans la cérémonie: le serment.

Il y a en effet un avant, et il y a un après serment ! Il peut se passer plein de chose très différentes avant le serment, mais après ce serment les choses ne seront jamais plus les mêmes. C'est suite à ce serment que le récipiendaire devient maçon. Avant son serment, il n’est pas maçon, après son serment, il devient maçon et est relevé comme tel !

N'est-ce pas juste après le serment que le candidat reçoit la lumière ?

Il est d’ailleurs assez intéressant de noter qu'il est maçon avant même d’avoir reçu les secrets qui ne lui seront communiqués qu'après le serment. En fait, c'est parce qu'il a prêté serment qu'il devient maçon et que l'on peut donc, en tant que maçon, lui transmettre les secrets.

Relevons par ailleurs que le serment est non seulement la plaque tournante de la cérémonie d’initiation mais aussi celle de la plupart des autres grades de la Maçonnerie qui se créeront au fil du temps.

Harry Carr résume bien notre sujet en disant que « s'il n’y avait qu’une et une seule clé pour ouvrir la porte du métier de la maçonnerie, ce serait le serment du maçon ». Il est clair que c'est bien le serment qui fait le maçon.

Alors pourquoi ce serment a-t-il autant d’importance dans la maçonnerie ?

Le serment existait autrefois dans à peu près toutes les corporations et il avait plus ou moins d’importance, mais en maçonnerie le serment avait une importance capitale.

Pourquoi ? Parce que ce serment donnait la possibilité de protéger le Mot du Maçon ! Et que le Mot du Maçon était un élément capital pour le métier !

Imaginons que nous soyons aux premiers temps de la maçonnerie et que je sois le propriétaire du château de Stirling (bien bel endroit !). Imaginons que je veuille ajouter une tour à l'ouvrage.
Je vais faire appel à un maître d’oeuvre qui lui va devoir faire appel à des maçons. Si les travaux sont d'importance, les maçons locaux ne suffiront pas, il va falloir en faire venir d'un peu partout pour le temps des travaux.

Comment être sûr que les maçons qui vont se présenter ont la qualification nécessaire pour pouvoir entreprendre ces travaux ?

Et bien à travers du Mot du Maçon !

N'oublions pas que nous sommes dans une société orale, à une époque où l’écrit est rare, cher et qu'il ne peut être partagé par tous puisque tout le monde ne sait pas nécessairement lire et écrire. Le maçon ne peut pas présenter de diplôme. Le maître d’oeuvre ne peut pas envoyer un e-mail aux précédents employeurs pour se garantir de celui qu'il va recruter.

Le Mot du Maçon est alors le moyen de pouvoir prouver sa qualification et ainsi de pouvoir obtenir les gages qui vont avec.
Parce que les gages d’un maçon n’ont absolument rien à voir avec les gages d’un Cowan.
Le Mot du Maçon permet donc, en tout temps, de garantir à l'employeur que le maçon qu'il va recruter possède bien les qualifications requises comme il garantit le maçon d'obtenir les gages auxquels il a parfaitement droit.

Les enjeux sont d'importance.
Si nous étions dans une corporation de boulanger, une usurpation de qualification pourrait amener à ce que le pain soit raté, ce qui est bien sûr ennuyeux mais sans grandes conséquences.
Lorsque l'on doit construire des édifices qui sont là pour durer des siècles (qui ont d’ailleurs duré jusqu'à aujourd’hui) , il est capital d'être assuré que tous les maçons employés soient qualifiés pour les travaux qu'ils ont à faire.

Nous devons préciser qu'il existe en ces temps, deux types de maçonneries bien distinctes : une maçonnerie de pierres sèches et une maçonnerie de pierres taillées (sans compter les maçonneries qui ne sont pas de pierre comme la brique des Bricklayers). Ces deux modes de construction sont très différents l'un de l'autre. Ce, si bien dans les techniques utilisées que dans les ouvrages pour lesquels on les utilise.

Les maçons dont nous parlons sont des maçons de pierres taillées qui vont donc entreprendre des ouvrages d'envergure destinés à durer. développant les plus hautes technologies de l'époque.
Rien à voir avec les constructions de pierre sèche, qui n'utilisent même pas de ciment.

Mais revenons à notre Mot du Maçon.
Pour l'obtenir, ce Mot du Maçon, et bien, il va falloir prêter serment. Un serment qui devra être, pour tous, la garantie que ce mot ne sera pas divulgué.
En effet, si ce Mot du Maçon était révélé à quiconque n'appartenant pas au métier, quiconque pourrait donc prétendre indument à cette qualification comme aux gages qui vont avec.
A ce compte là tout le monde serait trompé et lésé.
L’employeur et le maitre d’œuvre payant un salaire indu à un imposteur qui pourrait mettre en danger la communauté par des malfaçons de l’ouvrage, et puis les autres maçons qui pâtiraient ainsi d'une dévalorisation leur savoir-faire et leur métier.

Ce mot devait donc être préservé à tout prix. Et le serment en était la meilleure caution.

Le serment maçonnique est déjà présent dans les textes les plus anciens du métier comme, entre autres, le Regius (1390).
Ce serment, est en premier lieu fait au Roi, évidement. Nous sommes dans des temps où tout corps constitué doit avant toute chose montrer sa loyauté au souverain. Puis ensuite à son maitre, c’est-à-dire son employeur et enfin au métier.

Ce serment, il est bien sûr prêté devant Dieu.
Seul un serment prêté devant Dieu peut alors lui garantir une « validité » universelle.

Un serment ne peut avoir de valeur que par rapport à la mesure que lui donne celui qui prête ce serment. C'est son niveau de sacralisation qui donne l'assurance qu'il ne sera pas délié.

Si je sais que celui qui prête serment croit en Dieu et tient au salut de son âme. Alors, je crois en son serment car désormais, le pacte est directement lié entre lui et Dieu. Dieu qui voit tout, Dieu qui sait tout et que l'on ne peut tromper.
A partir de là, nul besoin d'écrit, la validité du serment est patente pour tous ceux qui sont unis par la croyance en un même Dieu.

D’ailleurs, l’ensemble de la société médiévale (comme de toutes les sociétés anciennes) tenait sur le serment. Le serment était absolument partout. Celui qui prêtait serment devenait de « bona fides », de bonne foi ! C’est-à-dire que l’on pouvait croire en lui. Pas besoin d’écrit, le serment portait la confiance entre les parties prenantes de la société. Et gare à celui qui ne tenait pas son serment car il se retrouvait alors honni de Dieu pour cette vie et au-delà mais aussi de l'ensemble de la société !
Aujourd’hui, vous l'avez remarqué, nous ne sommes pas dans le même type de société et mieux vaut avoir avec soi des légions d’avocats pour pouvoir faire valoir son droit. Les écrits sont partout présents mais les signatures et les engagements peuvent être remises en cause à tout moment ...
A cette époque pas besoin d’écrit, si tu ne tiens pas ton serment, tu auras à régler le problème directement devant Dieu...

Mais revenons à notre serment maçonnique.
Si l'on analyse les différents textes historiques en notre possession on s'aperçoit d'une véritable césure pré et post « Grande Loge de Londres »Depuis les textes médiévaux, jusqu'au manuscrits précédent juste la formation de la Grande Loge de Londres, (manuscrit des archives d’Edimbourg 1696 / Sloane, environ 1700) on voit clairement que l'on prête serment pour se voir délivrer le Mot du Maçon.
Ceci montre bien que nous sommes encore à ce moment dans une dimension encore opérative
Je vais vous citer le texte du manuscrit des archives d’Edimbourg 1696
« Me voici, moi le plus jeune et dernier apprenti entré, puisque je jure par Dieu et Saint Jean, par l’équerre et le compas, et la jauge commune, d’être au service de mon maître, à l’honorable loge du lundi matin au samedi soir, et d’en garder les clés sous peine qui ne peut être moindre que d’avoir la langue coupée sous le menton et d’être enterré sous le rivage qui recouvre la mer sans aucune trace pour quiconque. Alors il fait de nouveau le signe en retirant la main sous le menton près de la gorge ce qui montre qu’il l’aura tranché s’il viole la parole. Alors tous les maçons présents se murmurent entre eux le mot, en commençant par le plus jeune jusqu’à ce qu’il parvienne aux maîtres maçons qui donnent le mot à l’apprenti entré ».

Il s’agit bien de mot ! On prête serment, on a un mot !
(Notons au passage que cette façon de faire « remonter » le mot se trouve toujours dans certains rituels français).

Il est intéressant de remarquer qu'après la formation de la Grande Loge de Londres en 1717, les rituels de 1726 manuscrit Graham ou Prichard en 1730, et bien on ne parle plus de mots, on parle des « Secrets du maçon ».
On est passé dans un autre univers ... dans une autre mise en place !

Voici donc ce que nous dit le manuscrit Graham de 1726, juste après ce que l'on peut appeler le « remaniement Désagulien »:
« D. Qu'avez-vous juré?
R. De garder et cacher nos secrets.
D. Quels autres points contenait votre serment?
R. Le second était d 'obéir à Dieu et à toutes les équerres véritables faites ou envoyées par un Frère, le troisième était de ne jamais voler la moindre chose car j'offenserais Dieu et je couvrirais l'équerre de honte, la quatrième était de ne jamais commettre l'adultère avec la femme d'un Frère ni de dire à un Frère un mensonge délibéré, le cinquième était de ne pas souhaiter une vengeance injuste d'un Frère, mais de l'aimer et de le secourir lorsque c'est en mon pouvoir sans trop compromettre mes intérêts. »

Le plus intéressant ici (outre l'engagement de ne jamais commettre l’adultère avec la femme d’un frère) est de constater, que nous sommes passés du « Mot du Maçon » aux « secrets du maçon ».

Nous voyons là que nous ne sommes plus là dans une dimension de type opérative (même si vous le savez - nous le rappelons souvent -, les « opératifs » ont toujours été aussi « spéculatifs ».
J'en profite ici pour insister sur le fait que la transformation qui se produira après l'événement (ou le non-événement, mais il s'agit d'une autre histoire) de la constitution de la Grande Loge de Londres est à créditer essentiellement à Jean Théophile Désaguliers et non pas à James Anderson, comme on peut l'entendre souvent, celui-ci n'ayant été que le bras armé (et bien armé d'ailleurs) de Désaguliers. Fermons cette parenthèse.

Alors sur quoi prête-t-on ce serment ?
Et bien on prête ce serment jusque la fin du 18e ou au début du 19e siècle sur l’Evangile ou sur la Bible ! C’est très clair et le fait est mentionné à de nombreuses reprises.

En France, il faudra attendre 1801 et le « Régulateur du maçon » pour noter:
« je jure et promet sur les statuts généraux de l’Ordre et sur ce glaive symbole de l’honneur ... ».
Comme on peut constater, on ne prête plus serment sur la Bible !
Mais, attention, comme on le lit tout de suite après, on prête serment « devant le Grand Architecte de l’Univers qui est Dieu »

Ce qui montre bien qu’en fait le plus important n'est pas ce sur quoi on va prêter serment, mais bien plutôt ce à quoi l’on croit.
Prêter serment devant le « Grand Architecte de l’Univers, qui est Dieu » est alors bien plus important que le livre sur lequel il est prêté.

D’ailleurs en 1813, en Angleterre, la « réforme » de déchristianisation de Sussex sur les rituels donnera à chaque maçon la possibilité de choisir le Volume de la Loi Sacrée sur lequel il prêtera serment. (Revoyez notre précédente conférence). En effet, Sussex raisonne pour l’Empire britannique, qui compte parmi ses sujets désormais de nombreuses confessions. Le textes sacré ici aussi s'avère secondaire du moment ou le serment est prêté sous le regard du Grand Architecte de l’Univers qui est Dieu.
En cette période d'Union entre la « Grande Loge des Moderns » et la « Grande Loge des Antients », après 60 ans de luttes fratricides, un fait des plus révélateurs sur l'importance du serment va se produire lors de la cérémonie d'Union entre ces deux Grandes Loges.
Voici donc comment les choses se sont passées lors de cette cérémonie: les représentants de la « Grande Loge des Antients » ont été placés d'un côté et les représentants de la « Grande Loge des Moderns » ont été placés de l’autre. Les représentant de la « Grande Loge des Antients » vont alors prêter le serment que prêtaient les « Moderns » et à leur tour, les représentant de la « Grande Loge des Moderns » vont prêter le serment des « Antients ». Les uns auront prêté le serment des autres, et les autres, celui des uns.
Cette même procédure sera ensuite perpétrée dans les Loges elles-mêmes. Chaque membre dans chaque loge anciennement des « Moderns » prêtera le serment des « Antients » et chaque membre dans chaque loge anciennement des « Antients » prêtera le serment des « Moderns ».
Ces serments croisés seront la base du nouvel édifice ainsi créé.
Nul besoin de faire repasser à chacun des cérémonies, le serment suffit.
Ceci nous montre encore à quel point le Serment est la Pierre Angulaire de l'ouvrage maçonnique.
Bien. Je dois maintenant aborder deux moments difficiles ...
Le premier moment difficile se passe en France en 1877. C'est à ce moment que l’on va modifier un article des Règlement Généraux du Grand Orient de France. L' article premier.
Alors que dit cet article premier, rédigé en 1849 ?

« La Franc Maçonnerie, institution est essentiellement philanthropique, philosophique et progressive a pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme ».
Le pasteur (parce que c’est un pasteur de de l’église réformée) Frederic Desmons va proposer une nouvelle formulation de cet article et cette nouvelle formulation va être adoptée. La voici:
« La Franc Maçonnerie, institution est essentiellement philanthropique, philosophique et progressive a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et l'exercice de la bienfaisance. Elle a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n'exclut personne pour ses croyances. Elle a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité. »

On a donc simplement supprimé : l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme.

Il est par ailleurs à noter que la référence au Grand Architecte de l’Univers sera conservée dans les textes, dans les rituels.
Il faudra attendre 10 ans pour que le Grand Architecte de l’Univers soit « optionnellement » ôté des rituels.

On ne peut pas s'empêcher de poser la question. Pourquoi la Grande Loge Unie d'Angleterre a-telle alors rompu tous ses rapports avec le Grand Orient de France alors qu'à ce moment le Grand Orient de France fait encore référence explicitement au Grand Architecte de l’Univers ?
Pourquoi ?
Et bien parce que pour la Grande Loge Unie d'Angleterre un élément « sine qua non » a été ôté. Non pas le Grand Architecte de l’Univers qui est déjà en 1877 en Angleterre considéré comme « undenominational » mais bien plus important: la référence à l'immortalité de l'âme et sans une croyance en l’immortalité de l’âme plus aucun serment ne peut être valable aux yeux de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Pourquoi ?
Parce que l'on continue à considérer, comme la tradition nous le montre que le serment maçonnique ne se porte pas seulement devant les hommes mais avant tout devant Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, devant une instance « extra humaine », dans laquelle on croit et qui fait que le non-respect de cet engagement impactera non seulement sur votre vie d'aujourd'hui mais surtout sur le futur de votre âme.
Du moment où l'on a plus l’assurance que l'âme du récipiendaire sera impactée par son serment, et bien l'engagement pris revient à n'être plus qu'un simple agrément sur l’honneur, sur l’humain, sur soi-même. Comment alors être sûr de l’honneur de l’autre ? Il n'est qu'un homme faillible. Donc je ne peux pas croire dans son serment. A partir de là le serment n’est plus valide.

Il ne peut y avoir, pour la Grande Loge Unie d’Angleterre, de serments valables que du moment où il y une croyance dans l’immortalité de l’âme ! Quelle que soit la religion !

Chacun pensera ce qu’il veut de ceci... je n’ai fait que donner des faits, des éléments probants, historiques, et ensuite techniques, mais c’est un sujet de réflexion qu’il faut avoir et dont on ne peut pas faire l’économie lorsqu’il s’agit de prêter serment comme de recevoir celui d'autrui...

Il faut dire aussi que ce conflit Franco Anglais s'explique aussi par des raisons extra-maçonniques qu'il serait trop long de développer ici.
Il est par ailleurs intéressant aussi de savoir que le Pasteur Desmons n'avait en fait aucunement l'intention d'ôter Dieu des bases de la maçonnerie, il le dira lui même plus tard, n'oublions pas qu'il est pasteur...
Mais l'occasion était trop belle dans un camp comme dans l'autre pour faire éclater ce conflit. Nous aurons sans doute l'occasion de revenir plus en détails sur ce sujet dans une future conférence...

On ne peut pas passer sous silence non plus un deuxième évènement important, un deuxième moment difficile qui s’est produit en 1964, mais cette fois ci en Angleterre.
En effet, en 1964, les anglais ont déplacé les châtiments de l’obligation du serment.
Pendant très longtemps, on avait l’habitude de dire qu’il y avait 3 piliers en Angleterre : la Royauté, l’Eglise Anglicane et la Maçonnerie. La maçonnerie était tellement intégrée que personne n’aurait pensé remettre en cause. Dans ces années de nouvelles forces politiques sont apparues et elles ont évidemment voulu bousculer « l’establishment ». Le plus simple était sans doute de remuer un peu la maçonnerie. Ce qui fut fait . Sans ménagements.
La maçonnerie fut alors attaquée sur de nombreux points, notamment sur le fait qu'elle demandait à ses futurs membres de, sans les avoir prévenu, de prêter un serment où on leur promettait de leur couper la gorge, puis ensuite de leur couper ce que l’on veut...

Il y eut alors d’énormes pressions. D’énormes pressions et ce que l’on pourrait appeler « un moment de faiblesse » et une très mauvaise « gestion de crise ».
Bien sûr, il y eu beaucoup de discussions pour savoir si l'on devait ou pas garder ces odieux châtiments d'un autre âge ... mais c’était joué d’avance.
Il a fallu donner une espèce de gage à la société anglaise de ce moment et l'on décida de déplacer châtiments à la fin de la cérémonie, comme une référence à ce qui se faisait autrefois.

Et c’est grave !

C’est grave parce que ces châtiments (mais je ne veux pas empiéter sur le travail que notre frère Philippe vous a préparé, et donc je ne m’étendrais pas sur les châtiments) sont simplement la manière de réitérer le serment qui est porté ! Si nous faisons notre signe ce n'est en fait que pour évoquer le châtiment de notre obligation et donc reprendre notre serment. Le serment, « sacramentum » ,cela veut dire sacré !
Prêter un serment, c’est entrer dans un espace sacré.
A chaque fois que nous ouvrons les travaux, le fait que nous fassions le signe rappelle à tous et à chacun que nous avons tous prêté le même serment, et fait que nous prêtons à nouveau ce même serment. De là, nous créons un espace sacré dans lequel nos travaux pourront être menés à bien.

Quand on est dans un tribunal, aujourd’hui encore, même dans nos sociétés laïques, ce qui va être dit, à partir du moment où on a prêté serment ; que ce soit sur l'honneur, sur la Bible ou sur n’importe quoi, on rentre dans un autre espace, c’est-à-dire que ce qui va être dit ça compte double. On ne peut plus mentir. Si l'on ment, et bien il faudra en payer le prix qui peut être de la prison.
On ouvre à partir du moment où on est sous serment un espace de type sacré et ce même dans la vie civile.

Et bien lorsque nous faisons notre signe nous ouvrons un espace sacré et lorsqu’à la clôture des travaux, nous faisons à nouveau ce même signe ensemble, nous refermons cet espace sacré.

Ce sont là des choses que l’on ne nous dit pas assez, parce que justement nous ne prenons pas assez le temps d’étudier l’essence même de ce que nous sommes en train de faire.

Donc le fait que les anglais aient déplacé ces châtiments est à notre sens, un problème réel parce qu'il déconnecte le signe du châtiment et donc du serment.

Cette dimension sacrée que nous créons ensemble, à travers un serment que nous avons fait ensemble, c’est ce qui nous distingue du club de belote ou d’un club d’affaires. C’est grâce à ce serment que nous pouvons être dans une autre vision de la réalité.
C’est amusant parce que lorsque nous étions en train de nous préparer pour l’entrée en cortège, je disais aux différents officiers en train de se préparer: « Le premier qui sait qui a été élu Pape* me le dit » et là le frère Antonio me dit « Non, là on va rentrer en tenue, là on quitte le monde, alors on ne peut pas être dans le monde »... et il avait raison !

De la même façon, ne perdons jamais de vue que les recherches et les travaux que nous sommes en train de faire n’ont d’intérêt que pour éclairer et mieux comprendre ce que sommes en train de faire et pouvoir continuer à le transmettre. Cela n’a aucun intérêt comme simple signe d’érudition comme nous le voyons trop souvent ici et là...

Chacun est-il bien conscient de sa responsabilité dans le travail maçonnique qu'il doit mener à bien ? Est-il conscient qu'il prend la responsabilité de participer à l'ouverture d'un espace sacré, dans lequel est remis le « Mot du Maçon » qui seul habilite à construire des édifices ?
Est-il bien conscient que tout cela demande une responsabilité, exactement comme le maçon doit être responsable du fait que son mur va être droit et qu’il ne va pas tomber sur la tête des gens.
Et bien même si notre Maçonnerie n'est plus que spéculative, elle demande pourtant la même responsabilité, ou alors il faut faire autre chose que de la Maçonnerie !

A chaque fois que nous faisons le signe, nous avons l’occasion de nous remémorer le serment que nous avons prêté. Si nous acceptons de prêter ce serment, si nous acceptons de faire ce signe, pour réitérer ce serment, si nous acceptons de créer et d’évoluer dans un espace sacré, et bien il faut en être digne et en être responsable.

Bibliographie:


The mediaeval mason
Douglas Knoop and G. P. Jones
Manchester, University Press, 1933.

The Freemason at Work,
Harry Carr, 1976

AQC 74 – 1961
The Obligation and its Place in the Ritual Carr

AQC 100 – 1987
The Penalties in the Masonic Obligations
Mendoza

AQC 42 - 1930
Gild Resemblances in the Old MS Charges
Knoop

AQC 24 1911 The Minute Book of the Aitcheson’s Haven Lodge, 1598-1764
1598-1764.
Wallace-James

History of the Lodge of Edinburgh (Mary's Chapel) No.1.
Embracing an Account of the Rise and Progress of Freemasonry in Scotland
Murray Lyon Blackwell, 1873

Freemasons' Guide and Compendium,
Bernard E. Jones, 1950, 1956

Notes sur le serment.
Renaissance Traditionnelle N°1 Janvier 1970
René Guilly

* Cette conférence a été donnée le jour de l'élection du Pape François

Source : http://www.rudyard-kipling.fr/

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Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers

21 Septembre 2014 , Rédigé par Evangile selon St Matthieu Publié dans #spiritualité

Jésus disait cette parabole : 
« le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.' Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?' Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.' 
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.' Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : 'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !' Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ? Prends ce qui te revient, et va -t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi : n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?' 
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

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Sagesse, Force et Beauté

20 Septembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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Brian Boru : roi d'Irlande et grand guerrier

19 Septembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

Les effets néfastes des invasions vikings sur l'Église d'Irlande ne doivent pas être exagérés, puisque les centres monastiques de cette dernière, par ailleurs extrêmement politisée, pâtissaient autant des saccages causés par les rivalités des rois irlandais que par les assauts de ces Vikings.

Les "hommes du Nord", ainsi qu'ils se désignaient eux-mêmes, apportèrent à la vie irlandaise de nombreuses et positives contributions. Ils fondèrent les premières villes, initièrent les Irlandais à l'usage de la monnaie et à leurs techniques navales supérieures. Certains de leurs établissements se transformèrent en villes florissantes qui développèrent le commerce de l'île et firent connaître nouveaux styles et nouveaux décors à ses artistes et ses artisans. Dublin devint l'un des ports les plus prospères d'Europe occidentale.

Les hommes du Nord gouvernaient en général l'arrière-pays de leurs cités, ce qui les conduisait à supplanter certains petits royaumes locaux. Leur suprématie sur le Munster contribua peut-être au déclin de la dynastie régnante des Eôganachta au profit des chefs des Dal Cais, qui contrôlaient la région stratégique du bassin inférieur du Shannon. Le premier de ces rois qui parvint à un réel pouvoir fut Cennétig mac Lorcàin, roi de Thomond (le nord du Munster) à sa mort en 951. Lui succéda son fils Mathgamain, qui imposa sa loi à l'est du Munster et aux Vikings de Limerick et Waterford. Lorsque Mathgamain mourut en 976, son frère Brian Boru monta sur le trône. On le considère comme le plus grand des hauts-rois d'Irlande.

Brian se hissa rapidement sur la plus haute marche du pouvoir, éclipsant les Eoganachta, ses rivaux, pour se proclamer roi du Munster tout entier. Il représentait dès lors une menace pour le haut-roi d'Irlande en titre, Màel Sechnaill mac Domnaill, de la tribu des Ui Néill du Sud, qui le reconnut roi de la moitié Sud de l'Irlande (Leth Moga), en 997, avant de se soumettre, en 1002. Brian entreprit, à partir de 1005, d'asseoir sa souveraineté sur l'île en se couronnant "empereur des Irlandais". La révolte des hommes du Leinster et des Vikings de Dublin, auxquels se joignirent d'autres Vikings de Man et des îles occidentales, provoqua en 1014 la bataille de Clontarf, grande victoire pour Brian Boru... qui y périt cependant.

Il laissait une oeuvre considérable. L'Irlande du début de l'époque médiévale ne possédait pas de monarque capable de régner sur l'île tout entière ; les Ui Nèill, qui en dominaient la moitié nord (Leth Cuinn) parvenaient souvent à contraindre les différents rois de province à se soumettre. Brian Boru, en se couronnant haut-roi de toute l'Irlande, mit fin au monopole des Ui Néill sur le titre. D'autres, au cours des générations suivantes, tentèrent de suivre son exemple, mais aucun ne réussit à l'égaler.

CHRONOLOGIE

La relative prospérité de l’Irlande ne peut que susciter l’intérêt des Vikings. Leurs razzias vont bientôt terroriser le pays, dont les chefs sont incapables d’assurer la protection, et entamer la richesse des monastères insulaires, cibles privilégiées des hommes du Nord. Mais en s’installant puis en s’assimilant progressivement à la population locale, les Norvégiens et les Danois ne tardent pas à tisser des réseaux commerciaux maritimes qui ajoutent à la prospérité d’une économie jusqu’alors largement pastorale. Dublin devient, en ces temps obscurs, l’un des ports les plus actifs d’Europe occidentale.

795 : Première apparition des Vikings qui attaquent notamment Iona. Chaque printemps marque bientôt le retour de ces raids de pillage, avant que les pirates ne fondent des bases permanentes, points de départ de fructueuses expéditions vers l’intérieur. L’infériorité de l’armement, le manque d’unité politique et la rivalité entre les O’Neill de Tara au nord et les Eoghan de Cashel au sud ont raison de toute velléité de résistance de la part des populations gaéliques. La crainte s’empare de l’ensemble de la population, comme de ce moine qui écrit : "Le vent est farouche cette nuit. Du moins les guerriers sauvages de Norvège ne courront pas les mers d’Irlande."

806 : Les moines d’Iona abandonnent leur île, trop exposée aux pillards, pour Downpatrick et Kells.

830 : Torgeist, un chef norvégien, saccage Armagh.

841 : L’une des bases d’opération des Norvégiens, située près d’un gué de branchages sur la Liffey, devient Dublin. Les Vikings sont ainsi les fondateurs des villes dont l’Irlande était jusqu’alors entièrement dépourvue. Dans les années suivantes naissent Waterford à l’embouchure de la Suir, Cork près de l’embouchure de la Lee, Limerick près de celle du Shannon…

848 : Mael-Sechnaill, haut-roi (ard ri) d’Irlande, écrase une armée viking à Forach dans le comté de Meath.

IXe siècle : Formation d’alliances généralement peu durables entre les roitelets locaux et les Scandinaves, marquant un premier pas vers la fusion. C’est à cette époque que s’élèvent les fameuses tours rondes en pierre, qui servaient sans doute d’abri et de réserve en cas d’attaque.

900 - 908 : Cormac Mac Culinan, roi-évêque de Cashel, rédige le plus ancien dictionnaire comparé européen de langue vernaculaire.

902 : Les Vikings sont chassés de Dublin avant de s’y établir de nouveau quelques années plus tard.

908 : Bataille de Belach Mughna qui voit la victoire des O’Neill de Tara au nord sur les Eoganachta de Cashel au sud.

914 : Seconde vague d’invasions vikings, davantage concentrée dans le sud, autour de Waterford.

967 : Brian Boru, roitelet d’un tuath du Munster, chasse les Danois de Limerick avec l’aide de son frère, Mahon.

976 : Brian Boru devient roi de Cashel et entreprend la conquête du Leinster.

999 : Brian Boru défait les hommes du Leinster à Glenn Mama.

1002 : Brian Boru oblige le ard ri Malachy II à lui céder la dignité suprême, avant de se proclamer "empereur des Irlandais". Pour la première fois depuis cinq siècles, la couronne de ard ri échappe à la famille des O’Neill.

1014 : L’épouse répudiée de Brian Boru forme une coalition contre lui. Profitant de ces querelles internes, les Danois débarquent en Irlande, dans l’idée de mettre un terme à la tentative d’unification qui menace la sécurité de leurs bases. La bataille de Clontarf, le 23 avril, marque la défaite des Scandinaves et de leurs alliés du Leinster. Mais Brian Boru est assassiné dans sa tente par un fuyard au moment du triomphe. Désormais néanmoins, les hommes du Nord n’allaient plus constituer une menace et allaient progressivement s’assimiler à la population irlandaise.

1014 - 1022 : Les O’Neill reprennent le titre d’ard ri.

1022 - 1103 : Les descendants de Brian Boru, les O’Brien, occupent la dignité de hauts rois, toujours disputée avec les O’Neill et les O’Connor, rois du Connaught. La confusion politique la plus totale règne en Irlande jusqu’en 1070, aucun roi de province ne réunissant assez de puissance pour soumettre ses ennemis et rendre quelque légitimité au trône.

1052 : Le roi du Leinster chasse le dernier roi scandinave de Dublin, qui devient la capitale effective du pays, en supplantant définitivement Tara.

1072 - 1086 : Le petit-fils de Brian Boru revendique la royauté suprême.

Source : http://www.theatrum-belli.com

Commentaire : l’histoire de Brian Boru est utilisée dans le rituel de l’Order of Eri un side-degree. Un de mes ancêtres O’Kelly a pris part à la bataille de Clontarf en 1014.

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Marque, Arche Royale, Cryptiques... Aperçu sur les 'Side Degrees' de la Maçonnerie Anglo-saxonne.

18 Septembre 2014 , Rédigé par Philippe R. et Philippe M. Publié dans #hauts grades

Le propos de cet exposé est de vous présenter un "survol" des systèmes maçonniques pratiqués en Angleterre -au-delà des 3 premiers grades.
Nous nous limiterons à l'Angleterre, même si nous serons parfois amenés à parler de l'Irlande, de l'Ecosse, de la France ou d'autres orients encore.
Nous ne pourrons pas aborder ici les spécificités de toutes ses constitutions qui sont parfois très différentes. Tous les systèmes possèdent un ensemble de grades au-delà des 3 premiers. Comme si le génie maçonnique d'un rite ne pouvait se satisfaire de 3 grades pour s'exprimer...

- RER continue avec MESA, Ecuyer Novice, CBCS et plus...
- Rite Français possède 4 voir 5 ordres après les 3 premiers grades
- REAA : 33 degrés
- Memphis Misraïm peut monter jusqu'à 99 grades. Champion toutes catégories !
- Rite Swendenborg : 6 grades
- Rite Suédois : 12 grades
- Rite Brésilien (!) : 33 degrés
...
L'Angleterre, comme les autres pays possède aussi des systèmes maçonniques "beyond the craft" (titre d'un best seller de Keith Jackson sur le sujet + Delving Further Beyond the Craft du Rev. Neville Barker Cryer).
En Angleterre on ne parle pas de Hauts Grades, c’est une expression qui est typiquement continentale, d’ailleurs les anglais eux-mêmes lorsqu’ils parlent de nos Hauts Grades (le plus souvent ceux du REAA), ils parlent de High Degrees, mais pour les grades anglais au-delà du 3° grade, ils parlent d'additionnal degrees, d'extra-craft degrees, de side-degrees.
En fait le terme de 'side degrees' n’est pas le plus usité, mais en France le terme de side degrees a bien plu parce qu’il est assez explicite. Il montre bien que ces grades sont 'à côté' et non 'au-dessus'. C’est un concept que l’on n’a pas réellement en France, le concept de craft, c'est-à-dire de métier. Pour les anglais, la maçonnerie, ce sont les 3 premiers grades et les 3 premiers grades seulement ! Et les anglais ont un terme pour cela : The Craft. Le Métier. Le reste c’est 'beyond the Craft', au-delà du Métier !
Tous ces grades sont des grades complémentaires qui viennent abonder, éclairer les 3 premiers grades, et qui en tout cas ne se situent pas au dessus ! C’est un concept qui est important à retenir parce qu’il détermine une véritable différence dans la manière d’aborder ces grades entre l’Angleterre et les pays anglo-saxon en général et le continent.
D'ailleurs, à leurs débuts, tous les hauts grades que nous connaissons n'étaient pas si 'hauts', ils n'ont été 'rangés' ainsi, parfois de façon très arbitraire, qu'au XIX° siècle pour la plupart.
Le XVIII° siècle a été très prolifique en création de grades, car c'est à ce moment que la plupart de ces grades sont apparus. Ils se sont ensuite solidifiés au cours du temps et ont souvent ensuite « intégré » un système - ou plusieurs. Alors pourquoi une telle floraison de grades à ce siècle ?
En fait, pour la plupart de ces grades, il ne s'agit pas d'inventions à proprement parler mais plutôt d'émergences de pratiques différentes, de légendes qui n'ont pas été retenues par les systèmes du moment et qui se constitueront en grades pour pouvoir exister.
En Angleterre au XVIIIème donc, comme partout où la maçonnerie s'est installée (France, Allemagne, toute l'Europe, mais aussi les Etats-Unis), les grades vont fleurir.
Mais il va falloir compter avec une composante qui va aller grandissant dans le siècle:
La « Grande logisation » de la Maçonnerie va créer des structures de pouvoir qui vont vouloir contrôler cette Maçonnerie. Quitte à ce qu'il y ait affrontement.
Ce sera le cas avec les Grandes Loges des Antients et les Modernes qui s'affronteront pendant près de 70 ans. Retenons l'exemple de l'Arche royale: Les modernes s'opposeront farouchement à l'Arche Royale promue par les Antients, ce qui n'empêchera pas de nombreux grands officiers des modernes à fréquenter des Chapitres de l'Arche Royale. Ce qui montre bien que cette réprobation est plus affaire de contrôle et de pouvoir qu'un problème purement maçonnique. Les pratiques « différentes » vont forcément avoir de plus en plus de mal à trouver leur place.
Et cela va être encore moins facile avec l'arrivée du Duc de Sussex, grand architecte de l'union de 1813 au poste de Grand Maître de la Grande Loge (désormais) Unie d'Angleterre qu'il mènera d'une main de fer durant 30 ans.
Cette Union des deux Grandes Loges de 1813 va avoir non seulement une influence profonde sur les grades bleus anglais, mais aussi sur tous les autres grades pratiqués en dehors des 3 bleus.
Relisons l'article 2 des Articles de l'Union de 1813,
"La pure et Ancienne Maçonnerie consiste en trois grades et pas plus, c'est à dire ceux d'Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon y compris l'Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale. Cet article n'a pas pour intention d'empêcher une Loge ou un Chapitre de tenir une réunion à quelque grade que ce soit des Ordres de Chevalerie selon avec les constitutions des dits Ordres."
Voici un article qui paraît très consensuel, dans la mesure
où l'on intègre par un tour de passe-passe rhétorique, l'Arche Royale aux 3 premiers grades et semble autoriser la pratique des grades chevaleresques.
La réalité est toute autre.
Si l'Arche Royale va effectivement bénéficier d'un régime de faveur, tel ne va pas être le cas des autres grades. En lisant bien cet article, on y voit bien que ceux-ci ne font pas partie de « la pure et ancienne Maçonnerie »Mais ce qui n'est pas dit, c'est que le Duc de Sussex a décidé de les mettre sous le boisseau. Comment ?
Simplement en devenant (aussi) le Grand Superintendent of the Grand Conclave of Knights Templar et en ne réunissant ce Grand Conclave qu'une fois en 30 ans. D'autre part, en plaçant des hommes à lui partout ou cela était possible pour contrôler la plupart des autres grades. Pourquoi ?
La manœuvre de Sussex est claire
1/ Après plus de 60 ans de luttes fratricides entre le 2 Grandes Loges rivales et des négociations à n'en plus finir pour arriver à un accord, il n'est pas question, maintenant que la Maçonnerie a retrouvé une unité, de perdre quelque contrôle que ce soit sur tout ce qui s'y passe. Sussex aura donc toutes les manettes en main. Toutes.
2/ En ce début de XIX° siècle, l'heure est au rassemblement. Le Royaume Uni a vu le jour en 1801 et regroupe désormais l'Angleterre, le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande. Une union difficile mais enfin réalisée.
Par ailleurs, grâce à son empire colonial, le Royaume-Uni devient la nation la plus puissante au monde.
Nous avons donc d'un côté, un royaume fraîchement uni regroupant, anglicans, presbytériens et catholiques, tous chrétiens, mais avec des interprétations parfois tout à fait différentes du Nouveau Testament. De l'autre, un Royaume en pleine expansion coloniale, englobant sous sa bannière juifs, musulmans, sikhs, bouddhistes et hindouistes.
Il n'est pas question que la Maçonnerie puisse être un ferment de désunion. Au contraire.
Sussex va donc à la fois « déchristianiser » les rituels partout ou il le peut et couper les ailes de tous les grades « indéchristianisables » comme bien sûr les grades chevaleresques (mais aussi ceux du REAA dont il demandera et obtiendra une patente française pour la Grande Bretagne. Il la laissera de même en sommeil)
Les références maçonniques seront désormais partout exclusivement vétéro testamentaires, ceci étant plus acceptable par tous.
Et on insistera sur la croyance en un Grand Architecte « indenominational », ouvrant ainsi la porte des loges à toutes les composantes du Royaume-Uni et de son Empire.
Quand le Duc de Sussex décédera en 1843, il laissera une Maçonnerie anglaise forte et unifiée. Comme il la voulait.
Le comte de Zetland qui lui succèdera à la Grande Maîtrise (pendant 26 ans) conservera globalement une ligne fidèle à son prédécesseur, mais la Maçonnerie anglaise étant désormais plus solide, elle était prête à laisser un peu de place aux nombreux grades qui vont désormais s'organiser en structures indépendantes, sous le regard désormais bienveillant (mais toujours vigilant) de la Grande Loge Unie d'Angleterre.
Après ce bref rappel historique, nous allons « passer en revue » rapidement les principaux side-degrees présents en Angleterre.

L'Arche Royale

Et nous allons commencer par le moins « side-degree » des « side-degrees »: L'Arche Royale.
Il est le moins « side-degree » des « side-degrees » parce que, comme le dit l'article 2 de l'Union de 1813: « La pure et Ancienne Maçonnerie consiste en trois grades et pas plus, c'est à dire ceux d'Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon y compris l'Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale. »L'Arche Royale est en effet à la fois « en dedans » et « en dehors » des 3 grades bleus.
Comment est-ce possible ?
Pour mieux comprendre, il faut à la fois en savoir plus sur ce grade lui même et ses sur sources.
L'Arche Royale est aujourd'hui le corps maçonnique anglais le plus puissant après la GLUA avec plus de 100 000 membres.
Les locaux du Suprême Grand Chapter of Royal Arch Masons of England se trouvent au 60 Great Queen St à Londres, c'est à dire au même endroit que ceux de la GLUA , le numéro de téléphone est le +44 20 7831 9811, c'est à dire le même que celui de la GLUA. Le 1er Grand Principal est le Prince Edward George Nicholas Paul Patrick, Duke de Kent, Grand Maître de la GLUA
Le Pro. 1er Grand Principal est Peter Geoffrey Lowndes, Pro Grand Master de la GLUA.
Le Grand Scribe Esdras est Nigel Brown, Grand Secrétaire de la GLUA...
Je m'arrête là...
Contrairement à beaucoup d'autres constitutions qui demandent aux nouveaux compagnons d'être Maîtres Maçons de la Marque, voire aussi Passé-Maître, voire aussi Excellent Maître (passage des voiles), les qualifications pour devenir Compagnon de l'Arche Royale en Angleterre se limitent à 4 semaines révolues de Maîtrise. Ce qui rend ce grade forcement très accessible.
Ce n'est pas innocemment que les Anglais placent l'Arche Royale dans la continuité immédiate du 3° grade. L'Arche Royale est en effet pratiquée comme le « prolongement » du 3° grade, puisque l'on y retrouve ce que l'on a perdu au 3° grade...
Quel est l'argument de ce grade ?
Nous sommes pendant la construction du 2° Temple, après l'exil à Babylone. Le candidat, parvenu à Jérusalem va participer aux travaux et faire une importante découverte.
Selon la légende de Philostorge (arianiste) auteur « histoire ecclésiastique »
Le chapitre est dirigé par un ensemble de 3 principaux représentant Zorobabel, le Roi, Aggée, le Prophète et Josué, le Grand Prêtre.
Il s'agit certainement de l'une des plus belles cérémonies de tout le corpus maçonnique anglais. Ce n'est pas pour rien que Laurence Dermott, l'auteur d'Ahiman Rezon (les constitutions des Ancients) dira de l'Arche Royale: « qu'il croit profondément qu'elle est la Racine, le Cœur et la Moelle de la Franc-maçonnerie » (which I firmly believe to be the Root, Heart, and Marrow of Free-Masonry) Ce n'est pas pour rien que les Antients défendront bec et ongles l'Arche Royale pendant près de 70 ans en Angleterre, quitte à devoir créer une Grande Loge rivale...
Alors justement, d'où nous vient cette Arche Royale ?
Nous n'en entendons parler en Angleterre que sur la fin des années 1740, et par ceux qui, justement, formeront plus tard la Grande Loge des Ancients avec comme principal reproche le fait que la Grande Loge qu'ils appelleront des « Modernes » ne pratiquait pas l'Arche Royale.
Un grand nombre de ces maçons non-intégrés à Grande Loge de Londres (Laurence Dermott en tête) sont d'origine Irlandaise. C'est donc de ce côté que nous avons tendance à aller chercher des origines possibles à notre Arche Royale. Il semble en effet que ces maçons Irlandais ne retrouvaient pas à Londres les pratiques qu'ils connaissaient en Irlande.
Quelle était donc cette pratique Irlandaise ?
Philip Crossle, Past Senior Grand Deacon de la Grand Loge d'Irlande dans "The Irish Rite" Address to The Manchester Association for Masonic Research, publié le 31 mars 1927 avance la théorie suivante :
si l'on pratique en Irlande dès les années 1730 un système à 3 grades - Apprenti, Compagnon, Maître - ces mots ne recouvrent en fait pas les mêmes contenus que les grades anglais. En effet, le grade d'apprenti Irlandais inclurait les grades d'apprenti et compagnon anglais, le grade de compagnon serait celui de Maître et celui de Maître comprendrait en fait l'installation secrète, l'Arche Royale et un groupe de grades le Red Cross of Constantine.
Voici une théorie qui explique tout, enfin et qui a été beaucoup reprise il y a peu, comme si on la redécouvrait.
Voilà donc une théorie qui explique tout.
Une théorie que l'on retrouve un peu partout en France depuis ces dernières années, même dans les revues que l'on croyait les plus sérieuses. Le problème est que l'on ne vous dit jamais que cette théorie a été immédiatement controversée dès 1930 par John Heron Lepper, dans AQC n° 42 .
Et John Heron Lepper n'est pas n'importe qui. Il est Fondateur et Passé-Maître de la Loge de Recherche CC de la Grande Loge d'Irlande, LA Loge de Recherche Irlandaise mais il est aussi le cosignataire avec ce même Philip Crossle de « The History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland » publié en1925. Il connait bien Crossle et démonte dans cet article des AQC ses théories en dénonçant le fait que Crossle ne s'appuie sur aucun document et qu'il ne fait que bâtir sur des suppositions et des supputations. Il faut bien reconnaître que lorsque l'on lit l'article de l'article de Crossle, on ne trouve rien de concret venant étayer les constructions mentales de celui-ci. J'avoue avoir été déçu de voir « s'envoler » cette théorie que je trouvais aussi très séduisante. Il est dommage que certains aient propagé cette théorie en France sans avoir été jusqu'au bout des recherches possibles... J'’en parlais avec Patrick tout à l’heure « Il faut nous remettre en contact avec nos amis Irlandais des loges de recherche parce que là il reste vraiment beaucoup de travail à accomplir sur ces sujets ! »
Bref, les sources de l'Arche Royale ne semblent pas encore vraiment découvertes...

La Maçonnerie de la Marque
Passons à un autre « side-degree» qui a connu une belle carrière (sans jeu de mot) en Angleterre: La Maçonnerie de la Marque.
La Marque, c'est aujourd'hui 45 000 membres en Angleterre.
Et le Grand Maître est... le Duc de Kent.
Signalons aussi que The Grand Lodge of Mark Master Masons of England and Wales and its Districts and Lodges Overseas abrite en ses locaux de nombreux autres « side-degrees»:
Order of The Secret Monitor, Allied Masonic Degrees, Knights Templar, Royal & Secret Masters, Knights beneficent of The Holy City, Scarlet Cord, Red Cross of Constantine, Royal Order of Scotland, Knight Masons et bien sûr aussi les Royal Ark Mariners qui est un grade conféré en Angleterre par La Marque, mais nous verrons cela plus tard.
Comme le dit très justement John Oakley-Smith, DPGM de la Province of Hertfordshire: « La GLUA encourage les Maîtres Maçons à compléter leur 3° grade par l'exaltation à l'Arche Royale; elle ne fait aucune suggestion concernant le fait qu'un compagnon devrait compléter son 2° grade par un avancement à la Marque. Malgré tout, nous espérons que tous les Maîtres maçons voudront le faire car c'est simplement un accident de l'histoire qui fait qu'en Angleterre et au Pays de Galles, celui qui est exalté à l'Arche Royale n'a pas reçu précédemment le grade de la Marque. »
Oui, le Grade de la Marque est bien positionné comme un complément du 2° grade.
D'ailleurs, en Ecosse, il est pratiqué en loge bleue, comme complément du grade de compagnon.
D'ailleurs, il faut dire aussi que la Marque a failli être intégrée à la GLUA.
En effet, en mars 1856 (quelques années après le mort de Sussex), la Grande Loge présenta une motion disant que la Marque pourrait être « un bon complément du Grade de Compagnon du Métier », malheureusement à la session de juin, la motion ne fut pas adoptée.
Une Grande Loge des Maçons de la Marque fut donc crée ce même mois de juin.
La Marque plonge ses racines dans les plus anciennes pratiques de la Maçonnerie.
On trouve des Marques de Maçon sur de très nombreux monuments, partout en Europe. Elles servaient à identifier celui qui avait taillé la pierre.
Dès 1598, William Schaw, Maître des Travaux du roi Jacques VI d'Écosse, qui va organiser les loges Ecossaises, note dans les fameux statuts qui portent son nom (article XIII):
« Le jour de la réception dudit Compagnon du Métier où Maître sera dument enregistré son nom et sa marque, ils seront inscrits dans le livre avec les noms de six qui l'ont admis et des apprentis entrés. »
Robert Moray premier initié connu en FM Initié en le 20 mai 1641 alors qu'il est général. Sur le sol anglais (Newcastle) mais par une délégation de la Loge d'Edimbourg.
Scientifique écossais. Il a aussi été diplomate, espion, et philosophe. L'un des fondateurs de la Royal Society Enterré Abbaye de Westmister. Marque pentagramme agapè. Il la conservera sa vie durant.
Il faudra pourtant attendre 1758 pour apparaisse au détour d'un réglement de la Loge Doric Kilwinning, un article mentionnant les coûts « d admitted’ an ‘Entrid Apprentice’, ‘passint to a felow Craft’, ‘Raising to Master’ and ‘made a Mark Master’ »
En 1769, les procès verbaux du Chapitre de l'Arche Royale Poenix de Portsmouth mentionnent clairement une réception à la Marque
« Le Grand Maître Provincial ayant récemment reçu la Marque a fait des frères Maçons de la Marque et Maîtres de la Marque. Et chacun a choisi sa Marque. Il nous a aussi enseignéla manière d'écrire en chiffres qui est utilisée à ce grade... »
Remarquons que les deux grades de la Marque sont déjà présents.
Le rituel de la Marque pratiqué aujourd'hui est un rituel qui conserve des aspects très opératifs. Le candidat est chargé de tailler sa pierre. La cérémonie est vraiment étonnante.
L'un de ses intérêts est de ne pas avoir été trop déchristianisé et ses racines chrétiennes transparaissent souvent clairement.

Royal Ark Mariner.

Comme nous le disions plus haut, en Angleterre, spécifiquement, la Marque confère aussi le Grade de Royal Ark Mariner. Chaque loge de RAM est d'ailleurs souchée sur une loge de la Marque et en porte aussi le nom. Le thème de ce grade développe l'histoire de Noé et de son Arche. Je dois signaler que la légende noachite est très ancienne. La légende très proche de celle d'Hiram est mentionnée dès 1723 dans le manuscrit « Graham ». Il témoigne déjà de l'existence d'une légende présentant plusieurs points communs avec la légende d'Hiram, mais c'est alors Noé qui y tient la place centrale. Il y est notamment question d'une perte consécutive à son décès ainsi que de la tentative de ses trois fils de relever son corps.
La première mention du grade est attestée en 1790 dans les comptes rendus d'une réunion tenue à Bath.
Un Grand Master's Royal Ark Council a été créé en 1872, sous la protection de la GL de la Marque

Les Grades Cryptiques

Ces grades étaient déjà pratiqués « confidentiellement » en Angleterre dès la fin du XVIII° siècle mais le Grand Conseil n'a été créé en qu'en 1873 en vertu d'une charte émise par le Grand Conseil de New York. Le grade est administré depuis le Mark Masons’ Hall, à Londres.
Ces grades Cryptiques connaissent un véritable succès en Angleterre.
Les candidats doivent être à la fois Maître de la Marque et Compagnon de l'Arche Royale.
Cet ordre délivre 4 grades illustrant tous des épisodes bibliques se situant entre 974 et 534 avant JC. Ils se situent entre l'épisode de la Marque (1° temple) et l'Arche Royale (2° temple)

1. Select Master
Le grade s'attache aux mesures prises par les Trois Grands Maîtres pour préserver les secrets authentiques du Maître Maçon.
2. Royal Master
Fait référence aux tentatives d'un certain compagnon du métier pour obtenir les secrets. Peu de temps avant sa mort, Hiram Abif explique qu'avec de la patience et de l'industrie, il sera, en temps voulu, de les recevoir. Ce discours est considéré comme l'un des plus beaux moments de rituel maçonnique.

3.Most Excellent Master
L'achèvement du Temple et l'installation de l'Arche de l'alliance dans le Saint des Saints.
4. Super Excellent Master
La destruction du premier temple par Nabuchodonosor et l'enterrement des secrets sous les décombres.

The Secret Monitor or Brotherhood of David and Jonathan

Ce grade est basé sur l'amitié remarquable entre David et Jonathan.
Il est peut-être originaire d'Écosse, a été développé à New York, puis il est revenu en Grande Bretagne et en Angleterre à la fin du 18ème siècle.
Pendant un temps, le grade dépendait du Grand Conseil des Grades Maçonniques Alliés, mais en 1931 le Grand Conseil de l'Ordre du Moniteur Secret prit son indépendance. L'Ordre est administré à partir de Mark Masons’ Hall. Les candidats doivent être maîtres maçons de bonne réputation. L'ordre vit en ce moment un problème d'homonymie avec David et Jonathan qui est un mouvement chrétien homosexuel.

Allied Masonic Degrees

Le Grand Conseil de l'Ordre des Grades Maçonniques Alliés a été créé dans les années 1870 et le siège est à Mark Masons’ Hall. Le but était, pour plusieurs grades peu pratiqués, d'unir leurs forces dans un même ordre.
Depuis 1931, l'Ordre délivre 5 grades:

1. St. Lawrence the Martyr: Ce grade apprend la valeur de la force et de l'humilité face à l'adversité comme en témoigne le martyre de Saint-Laurent.
2. Knight of Constantinople. Le grade se déroule sous le règne de l'empereur Constantin le Grand. Il enseigne les vertus de l'humilité et de l'égalité.
3. Grand Tilers of Solomon or Masons Elect of Twenty-seven. Ce grade présente une certaine similitude avec le grade Cryptique de Select Master. Il met en garde contre les dangers de la négligence et du jugement hâtif.
4. The Red Cross of Babylon. Ce grade est probablement l'un des plus anciens, début XVIII ème vraisemblablement. (Voir plus haut). Il est profondément mystique et est généralement associé à l'Arche Royale. Il souligne l'importance de la fidélité, de l'intégrité et de la Vérité.
5. The Holy Order of the Grand High Priest. est aussi un grade ancien (du même type que la Red Cross of Babylon) et est aussi étroitement associé à l'Arche royale. La cérémonie est dramatique et il est d'une nature profonde et spirituelle.
Les candidats à l'Ordre doit être à la fois Maîtres de la Marque et Compagnons de l'Arche Royale.

The Operatives : The Worpshipful Society of Free Masons, Rought Masons, Walkers, Slators, Paviors, Plainsteres, and Bricklayers


Cette « société » a une histoire des plus étonnantes.
En 1909, Clémént Stretton, maçon très actif de la GLUA, annonça avoir été admis en 1867, soit 4 ans avant son initiation, dans une loge entièrement opérative et secrète.
Cette société en serait la continuation.
Le rituel est plus archaïque que celui de la Maçonnerie symbolique,
Il contient des instructions pratiques qui lui donnent forcément une couleur opérative.
Il y a 7 degrés, à savoir :

I ,Indentured Apprentice (apprenti sous contrat )
II, Fellow of the Craf;
III, Super-Fellow, Fitter & Marker (monteur et marqueur);
IV, Super-Fellow, Fitter & Marker (Monteur poseur);
V, Intendent, Overseer, Super Intendent & Warden;
VI, Passed Master;
VII, Master Mason dont trois sont Grand Maîtres Maçons.


Un candidat à la Société doit être maître maçon, un maître maçon de la Marque et Compagnon de l'Arche Royale.

Knights Templar : the United Religious, Military and Masonic Orders of the Temple and St. John of Jerusalem, Palestine, Rhodes and Malta, of England and Wales and Provinces Overseas


L'Ordre, originaire de France, est actif en Angleterre depuis 1777.
Il s'organisera en Grand Conclave dès 1791. Mais (voir plus haut) le Duc de Sussex en prenant le contrôle, il connaitra une période de sommeil pendant presque 30 ans. Il survivra grâce à la persistance de quelques irréductibles Perceptories.
L'Ordre se compose de deux degrés :

Knights Templar et Knights of Malta.

 Le candidat au premier grade est dans la position d'un pèlerin voyageant symboliquement à travers les difficultés et les dangers jusqu'à ce qu'il soit reçu comme un chevalier.
Ce grade enseigne l'humilité et demande instamment au candidat de vivre sa vie comme un chevalier chrétien. Le second grade se déroule au moment où les chevaliers venus de Palestine atteignent leur dernière demeure à Malte. Les enseignements insistent sur leurs vertus chrétiennes. Les cérémonies sont très spectaculaires et l'apparat des vêtures rajoutent à la solennité.

CBCS : Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte : Knight Benevolent of the Holy City

Une forme de Régime Ecossais Rectifié existe bel et bien en Angleterre. L'ordre est évidemment assez « confidentiel », mais présent.
Il délivre les grades de :

Scot. Master of St Andrew
Perf. Master of St Andrew
Squire Novice
Knight Benevolent of the Holy City.

Il faut être Knight Templar pour être reçu à ces grades.

Holy Royal Arch Knight Templar Priest : Ordre des Chevaliers Prêtres du Temple et de la Sainte Arche Royale

Le siège de l'Ordre est à York d'où il administre l'Ordre en Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, des parties de l'Europe, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et bien d'autres parties du Commonwealth et l'Amérique du Sud.
L'ordre est un ordre chrétien et le candidat doit être maître installé, Compagnon de l'Arche Royale et Chevalier du Temple. L'ordre réunit 30 grades, dont les plus anciens (irlandais) datent de la fin du XVIII° siècle. La plus grande partie des travaux réalisés dans les Tabernacles lors des cérémonies consiste en la lecture de l'Écriture.
La tenue de parade se compose d'une tunique blanche (la même que celle d'un chevalier du Temple), un manteau de couleur blanche et une mitre.

Red Cross of Constantine : Croix Rouge de Constantin

The Masonic and Military Order of the Red Cross of Constantine and the Orders of the Holy Sepulchre and of St. John the Evangelist.
Même si les grades pratiqués sont attestés des le début du XIXème siècle, l'ordre ne s'est formé qu'en 1865.
L'Ordre est un grade Chevalerie Chrétienne.
Les candidats doivent être maîtres maçons et Compagnons de l'Arche Royale.
Lors de leur installation, ils prennent part à la victoire miraculeuse de Constantin le Grand sur l' empereur Maxence et sa conversion ultérieure au christianisme. Le candidat découvre ensuite de la bannière de Constantin, après sa vision dans le ciel, Dès lors, il devient Chevalier de la Croix-Rouge de Constantin.
Le candidat est ensuite conduit dans un sanctuaire des Chevaliers du Saint-Sépulcre ou il assiste à la découverte de la vraie croix par sainte Hélène mère de Constantin dans la période entre la Crucifixion et de la Résurrection du Christ.
La dernière partie de la cérémonie concerne la découverte d'un livre d'une importance singulière et la formation des Chevaliers de St Jean l'Evangéliste, au moment de l'empereur romain Julien l'Apostat.

The Ancient and Accepted Rite : Rite Ecossais Ancien et Accepté - Rose+Croix

Le Suprême Conseil pour l'Angleterre et le Pays de Galles a été créé qu'en 1845 en vertu d'un brevet du Conseil suprême de la juridiction maçonnique du Nord des États-Unis d'Amérique.
Le rite se compose de 33 degrés mais seuls sont pratiqués les 18°, 30°, 31°, 32° et 33° degrés. Les degrés de 4 à 17 et de 19 à 29 sont donnés 'par communication'.
Les candidats doivent être chrétiens

Societas Rosicruciana in Anglia

La société est organisée en neuf grades.
Cette « société » est assez atypique en Angleterre. En plus de travailler les cérémonies, les membres sont invités à prendre une part active à la réflexion sur les grands problèmes de la vie. Ainsi, l'objet de la société est de rassembler des francs-maçons dans une optique philosophique d'érudition dans le sens le plus large.
L'admission à la société est limitée à des maîtres maçons qui croient dans les principes fondamentaux de la foi trinitaire chrétienne.

Royal Order of Scotland : Ordre Royal d’Ecosse

Le Royal Order of Scotland fait partie des plus anciens Ordres maçonniques. Sa pratique est attestée à Londres dès 1740 . La Grande Loge d'Edimbourg contrôle les 90 Grandes Loges provinciales situées dans de nombreuses régions du monde. L'Ordre a toujours proclamé que le roi des Ecossais en était le Grand Maître héréditaire.
Le Royal Order of Scotland compte deux grades, à savoir :

1. Le Heredom de Kilwinning, conféré par le Grand chapitre provincial.
2. Knighthood of the Rosy Cross (Chevalier de la Rose-Croix), conféré par la Grande Loge provinciale.

Le Royal Order of Scotland affirme que ses rituels sont restés inchangés depuis plus de 260 ans. Le rituel est récité presque entièrement sous forme de catéchismes qui riment.
L'adhésion à cet ordre chrétien ne se fait que sur invitation.
Le candidat doit être maître maçon depuis au moins cinq ans et être membre de la Rose-Croix et / ou la Croix-Rouge de Constantin et / ou des chevaliers du Temple.

Order of the Red Branch of ERI

Cet ordre dit être issu d'un ordre très ancien en Irlande patronné par les rois de l'Irlande
En fait, cet ordre a été composé par le très inventif Bro. John Yarker (1833-1913).
Il developpe 3 grades:

Man-at-Arms Esquire Knight

Le thème du grade et rattaché à l'histoire du héro Irlandais Brian Boru

Rite of Baldwin of Seven Degrees

Le rite de Baldwynn tient une position tout à fait particulière dans la maçonnerie anglaise puisqu'il n'est pratiqué qu'à Bristol.

Bibliographie:

- Rewiews -THE TRANSACTIONS OF THE LODGE OF RESEARCH No. 200 I.C.- by John Heron Lepper, AQC N°42 - 1930 - p.115

- Notes on Earliest References to Masonic Knights Templars Degree - Cameron - AQC N°16 – 1903
- The Degrees of Pure and Ancient Freemasonry. Robert Freke Gould. Ars Quatuor Coronatorum. Volume16. 1903
- The Origin of Additional Degrees - Tuckett - AQC N°32 – 1919
- The Age of the Mark Ritual - Rogers - AQC N°73 – 1960
- The Mark Degree - Newton - AQC N°77 – 1964
- Why the Royal Arch ? - Wells - AQC N°78 – 1965
- Ireland and the RA Degree - Parkinson - AQC N°79 – 1966
- The Royal Arch Story Biddle - AQC N°79 – 1966
- An Introduction to the “Allied Masonic Degrees” - Anon - AQC N°80 – 1967
- The Rise of the Additional Degrees - Seemungal - AQC N°84 – 1971
- The Relationship Between the Third Degree and the Royal Arch - Carr - AQC N°86 – 1973
- The Royal Arch in England, Ireland & Scotland – Differences - Haunch - AQC N°86 – 1973
- The Freemason At Work. Harry Carr. 1976. Lewis Masonic.
- The Degrees of Pure and Ancient Freemasonry. Robert Freke Gould. Ars Quatuor Coronatorum. Volume16. 1903
- What do you know about the Royal Arch ? By Neville Barker Cryer. Lewis Masonic 2002
- The Mark Degree By David MitchellLewis Masonic 2003
- The Knights Templar By Paul Ivison. 2007
- Rose Croix: A History of the Ancient and Accepted Rite for England by Brigadier A.C.F. Jackson. Lewis Masonic 190
- Marking Well; Essays on the Occasion of the 150th Anniversary of the Grand Lodge of Mark Master Masons By Andrew Prescott. Lewis Masonic 2006
- Beyond the Craft By Keith B. Jackson. Lewis Masonic 2005
- Delving Further Beyond the Craft by Neville Barker Cryer. Lewis Masonic 2009

Liens utiles:

Supreme Grand Chapter of Royal Arch Masons of England
Grand Lodge of Mark Master Masons
Order of the Secret Monitor
Allied Masonic Degrees
Grand Council of Royal and Select Masters of England
The Worpshipful Society of Free Masons, Rought Masons, Walkers, Slators, Paviors, Plainsteres, and Bricklayers
The United Religious, Military and Masonic Orders of the Temple
The Masonic and Military Order of the Red Cross of Constantine
The Supreme Council 33° of the Ancient and Accepted Rite for England
Societas Rosicruciana in Anglia
The Royal Order of Scotland
Rite of Baldwin

Source : http://www.rudyard-kipling.fr/Travaux-side-degrees-de-la-maconnerie-anglaise.html

Philippe R. et Philippe M.

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Le poème de la Sagesse : Proverbes

17 Septembre 2014 , Rédigé par La Bible Publié dans #spiritualité

8 Ecoutez: la Sagesse appelle,
la raison élève la voix.
2 Elle est postée sur les hauteurs, le long des routes,
aux carrefours.
3 Tout près des portes de la ville,
là où l'on passe pour entrer, elle fait retentir sa voix:
4 «C'est à vous, humains, que je parle,
c'est pour vous que ma voix se fait entendre,
5 à vous, stupides: apprenez donc à réfléchir;
et à vous, insensés: devenez des gens raisonnables!
6 Ecoutez-moi, car j'ai à dire des choses capitales,
et ce sont des paroles justes qui franchiront mes lèvres.
7 Oui, ma bouche proférera la vérité,
le mal fait horreur à mes lèvres,
8 et mon palais proclamera uniquement ce qui est juste.
Il n'y aura rien d'équivoque ni de retors dans mes paroles,
9 elles sont toutes justes pour qui comprend les choses,
toutes sont judicieuses pour qui a de la science.
10 Recherchez mon éducation plutôt que de l'argent,
et choisissez la connaissance plutôt que l'or, l'or le plus pur.
11 Car la sagesse est préférable aux perles précieuses,
et les biens les plus désirables ne sauraient l'égaler.
12 Moi, je suis la Sagesse, j'habite à côté de la réflexion,
j'ai découvert la science et la circonspection.
13 Révérer l'Eternel, c'est détester le mal.
Je déteste l'orgueil, la suffisance, la conduite mauvaise
et la bouche menteuse.
14 C'est à moi qu'appartiennent les bons conseils et la prudence.
Je possède l'intelligence et la puissance.
15 C'est par moi que règnent les rois,
et que les princes décrètent des lois justes.
16 Par moi gouvernent tous les chefs,
tous les hommes d'Etat et tous les magistrats sur terre.
17 Moi, j'aime ceux qui m'aiment,
et ceux qui me recherchent ne manquent pas de me trouver.
18 Je suis accompagnée de la richesse et de l'honneur,
du bonheur et des biens durables.
19 Mon fruit est plus précieux que l'or,
oui, même que l'or le plus fin,
et les profits que je rapporte valent mieux qu'un argent de choix.
20 Je marche sur la voie de la justice
et je suis les sentiers de l'équité,
21 pour combler de biens ceux qui m'aiment
et remplir leurs trésors.
22 Or, l'Eternel me possédait tout au début de son activité
et avant d'entreprendre les plus anciennes de ses œuvres.
23 J'ai été établie dès les temps éternels,
bien avant que la terre ne fût créée.
24 J'ai été enfantée avant que l'océan n'existe
et avant que les sources n'aient fait jaillir leurs eaux surabondantes.
25 Avant que les montagnes n'aient été établies,
avant que les collines soient apparues, j'ai été enfantée.
26 Dieu n'avait pas encore formé la terre et les campagnes
ni le premier grain de poussière de l'univers.
27 Moi, j'étais déjà là quand il fixa le ciel
et qu'il traça un cercle autour de la surface du grand abîme.
28 Et quand il condensa les nuages d'en haut,
quand il fit jaillir avec force les sources de l'abîme,
29 et quand il assigna à la mer des limites
pour que ses eaux ne les franchissent pas,
quand il détermina les fondements du monde,
30 j'étais à ses côtés comme son maître d'œuvre.
Sans cesse, objet de ses délices,
je dansais devant lui, jour après jour,
31 jouant sur la surface de la terre,
je trouvais mes délices dans les êtres humains.
32 Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi:
heureux tous ceux qui suivent les voies que je prescris!
33 Ecoutez mes leçons, et vous deviendrez sages.
Ne les négligez pas!
34 Car: heureux l'homme qui m'écoute,
oui, qui vient veiller à mes portes jour après jour,
et qui monte la garde devant l'entrée de ma maison.
35 Car celui qui me trouve a découvert la vie,
il obtient la faveur de l'Eternel.
36 Mais il se fait tort à lui-même, celui qui me désobéit:
tous ceux qui me haïssent aiment la mort.»
 

Source : la Bible

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La Maçonnerie en Allemagne (1838)

16 Septembre 2014 , Rédigé par JP Dubreuil Publié dans #histoire de la FM

Le baron Knigge, qu'on a vu travailler, avec Weishaupt, à l'illuminisme, fut le fondateur et l'instituteur de la maçonnique éclectique, qui depuis quelque temps existe en Allemagne ; elle fut projetée à la suite de grandes discussions entre les différents rites, et par l'intolérance et la violence des frères de la stricte observance, qui voulaient dominer sur tous, les autres, comme si, dans le fait, ils avaient été les vrais héritiers et représentants des Templiers. L'objet de l'institution éclectique est d'éclairer les frères des autres rites sur l'abus et le fanatisme de quelques hauts degrés templiers.

Voici la teneur de la circulaire adressée à tous les frères, par les loges de Francfort et de Wetzlar. 

« Respectables, chers et dignes frères !

Quiconque a fait quelques progrès dans la Maçonnerie et réfléchi avec attention sur ses trois grades symboliques, avouera, sans doute, que la liberté et l'égalité forment la base de notre Très-Vén. O. Voilà le rocher sur lequel les vénérables fondateurs élevèrent jadis cet édifice, si honorable pour l'humanité ; et ce fondement devait en assurer la solidité dans un avenir reculé. Sagesse, force et beauté en formaient les colonnes, et l'humanité, la concorde et l'amitié, étaient le ciment qui devait le lier. C'est ainsi que ce magnifique monument se soutint inébranlable et dans le plus grand éclat pendant plusieurs siècles.

Plus ces vérités sont manifestes et démontrées, plus tout frère, qui s'intéresse au sort de notre R. O, doit être frappé à la vue du triste état dans lequel il se trouve presque dans tous les pays de l'Europe. Quiconque, ayant lu attentivement les codes primitifs et étudié l'esprit de notre O. royal, porte en outre un œil impartial sur les divers événements qui ont eu lieu dans son sein et sur les divers écrits qui ont paru publiquement, et presque tous à l'occasion de ces mêmes événements, y trouvera, s'il compare et pèse tout cela à l'aide d'une raison tranquille, d'une saine philosophie, de la connaissance de l'histoire et de l’état présent de la Société en Europe, le même contraste qu'entre le temple de Salomon et la tour de Babel. Dès la première entrée dans l’O., l'imagination du frère nouvellement reçu s'exalte par l'idée délicieuse qu'il va marcher dans le sentier de la vertu, de la vérité et de la sagesse, lié par l'amitié la plus pure et une tendresse vraiment fraternelle avec ce qu'il y a de meilleur, de plus honnête et de plus vertueux parmi les hommes. Mais qu'est-ce qu'il aperçoit, quand le bandeau lui tombe des yeux ? Des sectes différentes entre elles par les buts auxquels elles tendent, autant que par leur doctrine, et qui, nées au sein de la concorde, divisèrent si cruellement des cœurs unis par un lien fraternel, qu'elles les portaient à s'entrehaïr du fond de leurs aines et à se persécuter. Dans le même temps, où la philosophie et la tolérance ont enfin arraché les armes des mains aux antagonistes de l'ordre, l'esprit de discorde et de persécution s'élève parmi les frères ; et lorsque l'ordre cesse de se voir inquiéter au dehors, notre temple va être détruit par des divisions intérieures. C'est avec elles que le despotisme, la haine, l'orgueil, l'avidité, le fanatisme, la soif des distinctions, se sont glissés dans le sanctuaire de la concorde, et menacent tout l'édifice d'une destruction totale.

Tous ces maux n'ont frappé notre vénérable ordre que depuis qu'on a tenté d'en saper la base, savoir ; la liberté et l’égalité. Et de quelles attaques du dehors n'est-il pas menacé, si on continue à violer ces lois fondamentales ! N'est-il pas à craindre que les gouvernements ne cessent à la fin de voir d'un oeil indifférent qu'une partie considérable de leurs sujets se lient par la Maçonnerie, au point de reconnaître des princes et des particuliers étrangers pour leurs supérieurs, et de rassembler des sommes entre eux, pour les faire passer à des loges étrangères, surtout si les gouvernements prennent connaissance des objets dont quelques-uns de ces systèmes s'occupent ; ce qui ne saurait leur échapper encore longtemps, au moyen du bruit que l'on fait de tous côtés de ces soi-disant hauts grades de la Maçonnerie.

Ayons donc de la prudence, respectables, chers et dignes frères, et prenons de sages mesures pour parer au danger qui nous menace, tandis qu'il en est temps encore. Embrassons, à l'égard de tous ces systèmes connus, dont aucun n'est, jusqu'à présent, démontré, une sage neutralité aux yeux du monde maçonnique et profane, en abolissant, parmi nous, tout ce qui pourrait donner de l'ombrage aux gouvernements. Que chaque loge réponde en son particulier des grades supérieurs qu'elle adopte, et qui n'entrent point dans le lien commun. Sur toutes choses, respectables, chers et dignes frères, rétablissons la vraie Maçonnerie sur ce pied simple et véritable où elle était avant la naissance de tous ces systèmes. Nous nous abstenons entièrement de tout jugement par rapport à leur bonté, vérité, ou démonstrabilité. La tolérance étant selon nous le premier devoir de notre ordre, nous nous contenterons de rapporter ici historiquement que c'est par l'introduction de ces grades supérieurs que les divisions et les querelles, qui ont tant terni l'éclat de l'ordre, y ont pris naissance. Nous déduisons de là d'autant plus fermement le principe certain, que, dans une association comme la nôtre, il ne doit y régner que la liberté et la conviction intime que la raison ne se laisse pas dominer. Imitons enfin ces hommes célèbres de l'antiquité, les philosophes éclecticiens, qui, sans s'attacher à aucun système en particulier, tiraient de tous ce que chacun contenait de meilleur et de mieux démontré. C'est ainsi que la Maçonnerie éclectique sera à l'avenir assurément la meilleure.

On espère donc rendre un service signalé à tous les dignes et vertueux frères, en leur ouvrant une noie pour ramener l'ordre à sa noble et primitive simplicité ; en rappelant à leur esprit ses vrais principes auxquels on les attacherait invinciblement. À cette fin, les loges soussignées se sont associées avec beaucoup de loges de l'Allemagne et étrangères, dans le dessein de rendre à la Maçonnerie la dignité, l'autorité et la pureté, jadis son apanage ; de ranimer, par le lien de l'amitié la plus étroite, l'union fraternelle éteinte ; et de joindre tous leurs efforts pour écarter tous les obstacles qui s'y opposeraient. Ces loges se sont associées pour former une Maçonnerie éclectique, sous les conditions suivantes : 

1. Toutes les loges, attachées les unes aux autres par le seul lien de l'amitié, réadoptent l'ancien rituel des trois degrés symboliques, et les tapis y appartenant. 

2. Chaque loge n'en est pourtant pas moins libre d'adopter dans son sein autant de grades ultérieurs, et de quelle espèce elle voudra ; pourvu qu'elle n'en fasse pas une affaire générale de l'association, et qu'elle ne change pas pour eux l'uniformité des trois grades Maçonniques, ainsi que cela s'est fait jusqu'ici dans bien des systèmes de la Maçonnerie. Chaque loge sera obligée en outre d'en répondre en son propre et privé nom, à qui il appartiendra. 

3. Aucune des loges ainsi associées ne dépend de l'autre. Toutes sont égales, et nulle n'a le droit de prescrire des règles à l'autre. Ainsi, les noms des loges écossaises et ceux des loges supérieures cessent entièrement, quoique, d'après l'art. 2, chaque loge ait la liberté de conserver dans son sein des grades écossais ou autres grades supérieurs. Or, il ne dépendra uniquement que des loges associées, si quelques-unes d'entre elles, sans aucune influence sur l'union générale, veulent reconnaître de leur propre gré une dépendance et s'arranger à ce sujet, dès que cela peut se faire sans causer d'ombrage au souverain. De même, les frères maîtres de chaque loge restent en possession du droit d'élire à leur gré leur maître en chaire et leurs surveillants, et ceux-ci les autres officiers de la loge. Ils peuvent les élire à vie, ou pour un temps déterminé, suivant les circonstances locales, qu'ils seront libres de consulter uniquement à cet égard. 

4. De même, chaque loge a sa propre économie, dont elle ne doit compte à personne qu'à elle-même ou à ses officiers. Toutes les contributions pécuniaires d'une loge à l'autre cessent absolument entre les loges associées, sans qu'elles doivent avoir jamais lieu sous quelque prétexte que ce soit ; à moins que quelques-unes d'entre elles, n'ayant pas à craindre d'exciter par là l'attention des gouvernements, ne veuillent de leur plein gré et mutuellement s'y engager : arrangement auquel le corps de l'association ne prendra cependant jamais la moindre part. 

5. Tout comme ces loges ne sont dans aucune dépendance l'une de l'autre, elles ne dépendront pas non plus, sans le consentement de leur souverain, d'aucun supérieur, à l'égard des trois grades de l'Union. 

6. Mais, comme il faut qu'un lien général cimente l'association desdites loges, ce lien consistera dans une correspondance mutuelle et amicale, où on se communiquera tous les événements relatifs à l'ordre. Il faut pour cet effet nécessairement qu'on choisisse quelques loges par être à la tête de cette correspondance et pour en former un centre où tout se réunit.

7. C'est dans cette vue, qu'à la réquisition, de plusieurs loges qui ont accédé à cette association, la loge provinciale de Francfort-sur-Main et celle de Joseph de l'aigle impérial, à Wetzlar, se sont réunies pour former un directoire commun, de façon que chaque loge pourra choisir à volonté celle de ces deux loges, à laquelle elle voudra écrire, et envoyer ce qu'elle aura à faire savoir de, relatifs cette association, dans laquelle : 

8. On recevra, quant à présent, toutes les loges qui voudront y entrer, sans égard à leur constitution. Mais on croit nécessaire de statuer pour l'avenir que toute nouvelle loge, qui voudra accéder à la présente association, soit constituée par quelqu'une des loges associées ; et on offre, suivant les circonstances, d'accorder des patentes de constitution gratis. 

9. Tous les frères reçus dans les loges associées, ou qui s'en reconnaissent membres, y seront admis, eu produisant un certificat fait sur un modèle généralement adopté, et en donnant le mot de passe dont on conviendra. Ils y seront accueillis avec une amitié vraiment fraternelle, et peuvent s'y promettre tous les secours possibles dans les occasions. 

10. Il est encore permis à tout frère qui aura reçu les trois grades dans notre association éclectique, de se faire recevoir dans d'autres systèmes, sans qu'il perde par là la liberté d'entrer dans nos loges ; pourvu qu'il n'en tasse pas une affaire de loge, qu'il n'enrôle pas des frères dans son parti, et qu'il ne trouble pas l'ordre des trois grades qui forment la base de notre association. 

11. Nous admettons aussi dans les loges des trois grades de notre association tous les frères des systèmes qui en agissent de même à l'égard des nôtres. Mais si, à l'avenir, quelque système concevait l'idée, par esprit d'intolérance ou de persécution, de nous fermer les portes de leurs loges, chacune des nôtres peut décider, à sa volonté, si elle exercera la loi du talion à l'égard des frères d'un système aussi intolérant, ou si elle continuera nonobstant à suivre à leur égard les principes de tolérance ci-exposés, en leur accordant toujours l’accès à ses travaux. 

12. Quoique les loges associées ne doivent dépendre d'aucun supérieur étranger, il n'en sera pas moins permis, à une ou à plusieurs d'entre elles, de se choisir un protecteur aux conditions qu'il ne puisse leur signifier des ordres, ni s'attribuer quelque direction en matière de loges, et que cela ne les empêche pas de reconnaître celui qui pourrait être élu un jour pour leur protecteur général par les loges unies, à la pluralité des voix, mais aux mêmes conditions, et sans que ce titre ne lui confère non plus aucun pouvoir. On n'entend pourtant pas par là priver aucune loge de sa liberté de refuser un tel protecteur, si elle croit que cela ne convienne pas aux circonstances où elle se trouve. 

13. L'union de la Maçonnerie éclectique portera le nom de loges associées pour le rétablissement de l'art royal de l'ancienne Franche-maçonnerie. 

14. On recevra à ces conditions dans notre association toutes les loges de chaque système, ainsi que celles qui voudront s'établir encore. Mais si, tôt ou tard, les loges associées voulaient, de leur libre consentement, se lier plus étroitement et former un arrangement plus resserré et tendant mieux au but pour l'avantage de leur association, elles seront libres de le faire ; et alors, 

15. Il dépendra des loges de l'association de fixer à laquelle d'entre elles en voudront confier la direction. 

Voilà, très-chers frères, ce que nous avons jugé de plus propre à remettre sur pied une société destinée de tous les temps, et à présent plus que jamais, à servir d'asile à l'humanité opprimée et à la vertu persécutée, et à rappeler les droits anéantis de la sagesse dans le cœur des hommes, en bannissant de leur sein tout esprit de parti toute contrainte et toute avidité. Nous vous promettons un nombre considérable de loges associées avec nous, et un cercle respectable d'hommes fermes, honnêtes et brûlants de zèle pour la cause de la vertu et de la vérité. Nous recevrons avec joie les loges qui voudront prendre part à la présente association amicale pour le rétablissement de l'antique et vraie Franc - maçonnerie, et nous sommes prêts à travailler sincèrement avec eux à l'édifice sublime de notre V\ ordre. Pour cet effet, nous les prions de se déclarer vis-à-vis de nous, vers la fin du mois d'août de cette année, pour nous mettre alors en état de former le catalogue des loges associées, et de l'envoyer à tous les membres de l'association.

Le grand Architecte de l'univers répande ses bénédictions sur l'honnêteté de nos vues, et les favorise du succès désiré. 

Francfort, ce 18 mars 1783.

Au nom de la R. loge provinciale.

Wetzlar, ce 21 mars 1783.

Au nom de la R. loge provinciale. » 

Il paraît que l'instituteur de ce rite, en se proposant une tolérance universelle, a cherché, par ce moyen, à se frayer un chemin pour pouvoir choisir dans tous les systèmes celui qui conviendrait le mieux aux doctrines dogmatiques, politiques et philosophiques, et à tout ce qui se trouverait en analogie avec son système de l'Illuminisme. 

A bien examiner la circulaire des deux loges susdites, elle annonce à tous les frères Maçons de l'univers qu'elles adoptaient une tolérance particulière et parfaite envers tous les rites, et qu'elles renonçaient à toutes les spéculations cabalistiques, mystiques, templières, hermétiques, magiques, théosophiques, pour s'en tenir à la Maçonnerie des trois grades symboliques, c'est-à-dire aux simples doctrines établies par les prêtres juifs pendant la captivité de Babylone, parvenues aux premiers Chrétiens et d'origine égyptienne. 

Cette circulaire a précédé tous les concordats maçonniques, et peut-être les a-t-elle préparés. 

En 1788, un certain Bahrdt, professeur et docteur en théologie à Hall, fonda une société maç\ appelée l'Union allemande. Elle fut formée dans le principe par vingt-deux hommes de lettres qui adressèrent leurs écrits aux amis de la raison, de la vérité et de la vertu. 

La doctrine de cette réforme s'appuie entièrement sur la religion de Jésus, comme dans les temps anciens ; elle compte les cinq degrés suivants :

1. L'adolescent.

2. L'homme.

3. L'ancien.

4. Le misopolyte.

5. Le diocésain. 

Un autre innovateur en Allemagne, qui trouva des adeptes en France et en Angleterre, fut Zinnendorf, qui établit à Berlin, à la fin du dix-huitième siècle, un Chap\ qui porte son nom, et se trouve attaché à la grande loge nationale. Son système est tout à fait en opposition avec celui de la stricte observance. Quant à sa doctrine, elle rentre entièrement dans la théosophie chrétienne des premiers âges. 

première classe. maçonnique bleue.

1. Ap\

2. Comp\

3. Maît\ 

seconde classe. maçonnique rouge. 

4. Ap\ Écos\ et Comp\ Écos\ deux points.

5. M\ Écos\ 

troisieme classe. maçonnique mystique. 

6. Favori de saint Jean.

7. Frère élu. 

Les deux grades de la troisième classe font partie du chapitre. 

Schropffer de Leipsick fut un des innovateurs de la maçonnique d'Allemagne ; il suivait en partie les doctrines de Martines et de Swedenborg. Il avait réuni les principes du matérialisme, les dogmes chrétiens, le système du bien et du mal physique, ou des deux principes. Il admettait toutes les religions, néanmoins ses doctrines théologiques sont fort curieuses.

Il soutint qu'on ne peut être un véritable Maçon sans exercer la magie. Il établit dans sa maison une loge où il faisait voir des revenants : et, comme une autre loge ridiculisait ses rêveries, il alla l'insulter violemment, et la traita d'hérétique ; un prince de Dresde, qui était présent, lui fit donner des coups de bâton dont Schropffer fut obligé de donner quittance. Mais Schropffer sut, peu de temps après, se venger de ce prince ; car il se rendit à Dresde sous le nom emprunté de comte de Steinville, colonel français : il propagea sa doctrine ; la nouveauté lui procura quantité d'adeptes ; il attira chez lui le même prince qui l'avait fait battre, et lui fit voir des revenants : ce fait arriva en 1772. Lorsque Scropffer se fut vengé de ce prince incrédule, il se démasqua, revint à Leipsick ; alors il promit à ses adeptes de leur prouver qu'il ressusciterait et reviendrait en leur présence après sa mort. Il les conduisit dans un bois près la ville, et, pour leur prouver sa promesse, il se brûla la cervelle; mais il ne tint pas toute sa parole, il ne ressuscita point. 

Dans l'Allemagne protestante la maçonnique prospérait ; mais dans les provinces soumises à des princes liés aux opinions de Home, elle n'eut qu'une existence précaire, ou elle y fut persécutée à cause de ses systèmes. 

Dans le nord de l'Allemagne, comme on a dû l'observer, elle était professée presque publiquement, et des princes la présidaient ; en 1740, Frédéric-Guillaume tint en personne une loge à Charlottenbourg, où il donna l'initiation à son frère Guillaume de Prusse, au margrave Charles de Brandebourg, et au duc Frédéric-Guillaume de Holstein. 

Après cette époque, la famille royale protégea toujours la fraternité. En 1796, le roi de Prusse, par une missive à la mère loge aux trois globes, lui promit sa protection royale; et, à l'occasion de l’avènement au trône de son successeur, en 1797, la loge royale York de l'Amitié ayant présenté à S. M. le roi ses statuts et un extrait de son rituel, elle en sollicita l'approbation de S. M., qui la lui accorda par sa missive du 29 décembre 1797. 

Cette même loge déposa au pied du trône ses remerciements respectueux ; et, à cette occasion, S. M. le roi renouvela son approbation ainsi qu'aux loges de sa juridiction, et un pareil événement eut lieu trois ans après, le 31 juillet 1800. 

La protection que des princes d'Allemagne accordaient à cet établissement, était fondée sur la connaissance qu'ils avaient que l'ordre s'est toujours occupé de chercher à se rendre utile à ses semblables : la charité fut toujours sa devise : ainsi, par ses actes de bienfaisance, la loge, sous le titre, la Colonne couronnée, Or\ de Brunswick, fonda un institut pour l'éducation des jeunes orphelins.

Les quatre loges qui existaient en 1776 à Prague, le jour de la Saint-Jean d'hiver, fondèrent l'institution de charité connue sous le titre de maison des orphelins. Un hospice pour les malades indigents et les femmes en couche fut fondé par les Maçons de Schleswig dans le Mecklenbourg, où S. A. le prince de Hesse assista à la cérémonie inaugurale, qui eut lieu le 3 mai 1802 ; cet illustre Maçon enclava lui-même les médailles et inscriptions dans la pierre fondamentale. Tout le monde connaît le trait de S.A. S. le duc Maximilien de Lunebourg, Vén\ titulaire ad honorem des cœurs sincères, à Franc-fort-sur-Oder, qui perdit la vie le 27 avril 1785 (55), en s'exposant courageusement pour sauver celle de plusieurs personnes qui étaient englouties par une inondation rapide et inattendue de l'Oder. Nous pourrions rapporter une infinité de traits de charité, de bienveillance, de philanthropie des Maçons allemands. 

Nous finissons en rapportant un qui honore ceux de la monarchie autrichienne : c'est encore un fait arrivé à Prague. Cette ville, en février 1784, fut inondée pendant la nuit par l’Éger. Les frères de la loge vérité et concorde, qu'un tel péril avait rassemblés, sauvèrent, en exposant leur vie, celle d'un grand nombre d'habitants. 

Les jours suivants, les quatre loges se réunissent ; le tronc de charité circule couvert d'un voile funèbre; il produit une collecte de 1.500 florins qui est distribuée aux familles ruinées. Ces mêmes frères, après ce noble exemple, se rendent aux portes des églises les plus fréquentées, ils y restent trois jours sans désemparer, et obtiennent de la bienfaisance des citoyens une collecte de 11,000 florins, qui est distribuée aux victimes de ce désastre.

On ignore comment, après ces faits de toute notoriété, la maison d'Autriche aurait cessé de protéger cette société philanthropique, paisible et fraternelle. Il paraît qu'on l'a irritée contre cette institution de pure charité chrétienne. L'empereur Charles VI avait interdit la Franc-maçonnique dans les Pays-Bas ; il en bannit tous les Maçons dès l'année 1738 . Néanmoins, cette sévérité s'est relâchée ensuite, quoiqu'en 1743, le 7 mars, trente Maçons s'étant assemblés à Vienne, après la défense du gouvernement, restèrent plusieurs mois emprisonnés et n'obtinrent la liberté qu'après une sévère réprimande. 

En 1764, l'impératrice Marie-Thérèse rassembla les Vén\ des loges de Vienne pour qu'ils dévoilassent au gouvernement le secret de l'institution ; quoiqu'ils protestassent qu'ils n'en avaient aucun, la maçonnique fut proscrite de ses États.

En 1766, un édit impérial déclare que ceux qui feront partie de l'association des soi-disant Francs-maçons Rose-croix seront, ipso facto, privés de leurs emplois.

A Aix-la-Chapelle, qu'on regardait comme ville autrichienne, en 1779, le 26 mars, le magistrat fit publier une ordonnance qui infligeait une peine, accompagnée du bannissement dans le cas de récidive, contre ceux qui se permettraient de tenir loge. Cet acte a induit la populace, excitée par des moines, à des menaces et à des voies de fait contre les Maçons. 

En 1779, Joseph II donne des instructions aux gouverneurs de ses provinces relatives aux Maçons ; il réduit le nombre des loges, veut connaître les noms des frères qui les composent, le local des loges, et l'heure des réunions. La même année, il ordonne la fermeture de toutes les loges, sans distinction, dans ses États. 

L'empereur François II, en 1793, fit proposer à la diète de Ratisbonne la suppression des Maçons, des Rose-croix, des Illuminés, et de toute autre société secrète : comme la diète était formée du corps germanique, elle répondit qu'elle ne pouvait adopter ce système, mais que S. M. pouvait les interdire à son gré dans ses États. Ce souverain, le 23 avril 1801, renouvela les anciennes défenses contre les sociétés secrètes et particulièrement contre les Maçons. Les fonctionnaires publics civils, militaires et ecclésiastiques furent soumis à signer qu'ils ne faisaient point partie de ces sociétés, sous peine de la perte de leurs emplois. D'après les intentions de S. M. l'Empereur, la régence de Milan arrêta un édit contre les Maçons sous la date du 26 août 1814, signé par le commissaire plénipotentiaire, F. M. comte de Bellegarde.  

Sa Majesté, ou son conseil, ne s'est point relâchée de sa sévérité à cet égard, et ses défenses sont encore aujourd'hui rigoureusement maintenues. 

 Source : Histoire des Francs-maçons

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Isis ou l’initiation maçonnique (1859)

15 Septembre 2014 , Rédigé par Dr Berchtold Beaupré Publié dans #histoire de la FM

XXXIV. Maçonnerie  

Déjà le brouillard enveloppe tous les objets. Qui vois-je à la tête ? Ne serait-ce pas Hermès, au caducée d'or ? Il invite, il commande, puis nous ramène vers le triste et crépusculaire Hadès, qui, quoique comble, est cependant éternellement vide, car il est peuplé de formes impalpables.  

Le mal est grand, sans doute. Mais n'est-il donc aucun remède, aucun moyen de salut ? Sommes-nous définitivement condamnés ? Les terribles prophéties de Malthus, les malédictions de Timon, doivent-elles se réaliser avec le temps par la destruction d'une partie du genre humain ? Depuis tant d'années que les penseurs raisonnent, que les philosophes disputent, n'ont-ils donc rien trouvé, rien inventé ?

Un système est présenté, qui, ébauché, il y a un siècle et demi, et plus heureux que tous ceux qu'on a tenté de lui substituer depuis, offre encore aujourd'hui les plus solides garanties de succès.  

Il se propose de détruire l'antagonisme, qui existe entre les passions humaines et le milieu social. C'est celui de l'association maçonnique, basée, non pas comme le Fouriérisme, sur la jouissance, mais sur la charité chrétienne. Au lieu d'établir entre le christianisme et le socialisme une antithèse, ou doit se débattre la société moderne, la Franc-maçonnerie les unit par de fraternelles agapes.  

Elle groupe les hommes dans la Loge pour les conduire à la fraternité par la liberté et l'amour.  

Son idéal, c'est l'union de toutes les églises dans une unité supérieure, qui deviendrait une sorte de christianisme progressif.  

Elle doit être une sorte de résurrection de l'évangélisme primordial au milieu d'une société, qui, nous ne cesserons de le répéter, n'a plus du christianisme que le nom. Elle est cette Jérusalem fortunée, où sont appelés tous ceux qui désirent travailler à la résurrection des âmes. Quels qu'ils soient, de quelque région qu'ils viennent, ils seront les bienvenus. Elle est prête à leur tendre une main amie et à leur ouvrir ; une cordiale hospitalité.

La Maçonnerie professe pour la conscience humaine un tel respect, qu'elle ne la blesse jamais dans ses croyances. Non seulement elle respecte les cultes reconnus par l'Etat, mais encore toutes les autres manifestations de la conscience. Persuadée que les grandes conceptions religieuses du passé représentent les différents aspects des religions de l'avenir, elle rend à la fois justice au christianisme réformé et au catholicisme, au brahmanisme et au bouddhisme, au polythéisme grec-romain, aussi bien qu'au monothéisme juif ou arabe. Toutes les religions lui paraissent contenir des vérités, dont elle tient compte, en affirmant une synthèse supérieure.  

Pour la conscience, ce foyer divin de la personnalité, cet asile sacré de la croyance intime, la Maçonnerie veut l'autonomie et le libre essor de ses manifestations soit individuelles soit collectives. 

« Nous vivons, dit madame de Staël, dans un siècle où l'intérêt personnel semble le seul principe de toutes les actions des hommes ; et quelle émotion, quel enthousiasme pourrait jamais résulter de l'intérêt personnel ? Il est plus doux de rêver à ces jours de dévouement, qui pourtant ont existé et dont la terre porte encore les honorables traces ». 

Faire revivre ce dévouement, le propager, l'universaliser si possible, telle est la tendance de la Maçonnerie.  

Son but principal n'est pas précisément de dégager des aspirations et des travaux modernes un nouveau dogme philosophique et religieux, pour en faire la base morale de la société future.

Aujourd'hui tout dogme religieux se voile et s'obscurcit sous l'examen de la raison épouvantée. Ce n'est plus qu'un mythe, une entité, un spectre enfanté par l'imagination et le sentiment. La philosophie a, de négation en négation, poussé la théologie jusqu'au vide le plus absolu, lui a enlevé ses illusions, ses fétiches et son féroce attirail. La religion se trouve ainsi arrachée des mains du symbolisme et placée au sein de la vie réelle. Plus de mythes, d'allégories, de vaine entité.

La morale, ce véritable ciment de la société, ce sublime parfum de la raison, il faut la dépouiller à tout jamais des oripeaux théologiques et la poser sur le socle inébranlable de la conscience. Sous ce rapport Kant a ouvert la voie sûre et droite, où nous devons marcher.

Sans répudier absolument les autres systèmes, la Maçonnerie se présente comme le plus fécond et le plus utile au travail de reconstruction, qui paraît devoir être l'œuvre de la seconde moitié du XIXe siècle.

La Maçonnerie ne se passe ni des arts, ni de l'industrie, ni de la science, ni de la philosophie, mais elle leur propose pour but la charité.

Elle rend sa dignité au sentiment, que le culte de l’intelligence et de l'activité ne considérait que comme un satellite accidentel, une pâle manifestation, tandis qu'à lui appartient la haute direction, qu'il ferait beaucoup sans les deux autres facteurs, et que ceux-ci ne feront rien sans lui.

C'est donc moins à l'intelligence qu'au sentiment que la Loge a recours. Elle rêve l'égalité, la tolérance, l'indépendance des hommes et plus que cela, elle cherche à les confondre dans un même sentiment de charité réciproque.

Ces aspirations ne sont-elles pas l'essence du christianisme ? Ne sont-elles pas conformes à la religion éternelle, dont il est une phase, et où le scepticisme n'est qu'un accident ?

Timon nie la possibilité de cette transformation et traite ceux qui la rêvent, de visionnaires. L'éternité passée est là, dit-il, image terrible de ce que sera aussi l'éternité future.

N'accueillons pas cette désolante perspective. Croyons à un avenir meilleur.

« Ne vous est-il pas arrivé parfois, en plein hiver, quand la nature semble engourdie, quand les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, d'aspirer tout à coup des brises printanières et de sentir comme un parfum fugitif de lilas en fleurs ? Ainsi aspirons-nous déjà les brises lointaines et les parfums vivifiants du monde nouveau, qui va éclore, de l'ère pacifique, où nous entrons ». (Jourdan.)

Il faut le reconnaître. La Maçonnerie et le Saint-Simonisme se touchent en un point essentiel, sans toutefois le baser sur le même principe. Les deux systèmes visent à l'amélioration la plus rapide que possible du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Mais ce que Saint-Simon veut faire par l'intelligence et l'activité, la Maçonnerie l'opérerait bien plus facilement par la charité. C'est un apostolat tout de persuasion et d'amour. C'est une nouvelle communion de martyrs, à laquelle il n'a manqué que des bourreaux plus farouches. 

XXXV. Maçonnerie (Suite.) 

Une immense perspective s'ouvre devant moi, et dans le lointain vaporeux du monde, j'aperçois une montagne d'azur.

Le christianisme croit avant tout au progrès de l'intelligence par la foi aveugle, et au progrès de la volonté par la grâce.

La Maçonnerie laissant ces bases vaporeuses de l'abstraction, croit au progrès par l'action exclusive de l'homme. Elle demande le progrès intellectuel à la puissance de la raison, le progrès moral à l'énergie de la volonté, le progrès social à l'expansion de la fraternité.

Elle ne se pose pas en système. Elle n'est ni catholique, ni protestante, ni rationaliste, ni théiste, ni panthéiste. Elle ne crée pas des dogmes. Elle ne s'occupe ni de l'évolution fatale, ni de la création, ni de l'origine de l'homme, ni de la genèse des choses. Elle ne s'égare pas dans des abstractions. Elle est essentiellement pratique. Elle subordonne la foi à la charité, le dogme à la morale, et pour elle, la charité ne se manifeste, ne s'exerce que par les œuvres.

Elle n'a pas la prétention de dissiper les ombres impénétrables, qui couvrent le berceau de l'homme et sa tombe, ni d'expliquer par des arguties l'hypothèse de la déchéance humaine et d'une prévarication solidaire, pour justifier l'existence du mal, qui est entré dans la nature humaine ; dogme impie, s'il en fut jamais, qui ne soutient pas même l'examen du bon sens populaire, blasphème proféré par une théologie orgueilleuse, pour voiler le néant et l'impuissance de ses doctrines.

La Maçonnerie relègue toutes ces questions dans les ombres d'un mystère éternel. C'est un apostolat tout de persuasion et d'amour. Sauver l'humanité des erreurs, dont la bercent des fripons, des misères que lui infligent d'abominables tyrans, combattre l'antagonisme mystérieux qui existe entre l'homme et tout ce qui l'entoure, le combattre par une énergie persévérante, et vaincre de plus en plus les forces qui lui font obstacle, porter dans les relations sociales la généreuse puissance de l'abnégation, le dévouement à l'humanité, la fraternité, et tandis que le vulgaire n'aspire qu'à jouir, même aux dépens du prochain, travailler pour secourir, posséder pour donner, ne pas donner aux emblèmes plus de valeur qu'à la réalité, s'abstenir de vaines théories, d'abstractions stériles, se proposer dans tout et partout le soulagement des malheureux, la ruine des oppresseurs, le triomphe de la raison et de la fraternité, telle est la mission de la Maçonnerie : telle est la loi de son progrès. C'est une société d'élite dans la société générale. Elle ne s'est pas constituée dans un but de suprématie, de privilège, de monopole, ou, ce qui serait pire encore, de misanthropie, comme aux premiers temps de l'Eglise, les associations monastiques. Elle ne s'est pas confinée dans les déserts de la Thébaïde, ni derrière les murs d'un cloître. Elle continue à vivre parmi nous, et, loin de nous repousser, elle nous attire et élève à elle. Elle a pu succomber aux influences délétères de la foule, mais elle revient toujours à la surface, fortifiée et épurée par les épreuves. Son but, c'est la propagation d'une morale pure, son mobile, c'est l'amour des hommes, son instrument, c'est la charité pratique. Tôt ou tard, on peut l'espérer, la Maçonnerie amènera les grands triomphes de la vérité, et si la société peut être sauvée, elle le sera par cette institution, qui, au rebours des autres religions, respecte toutes les croyances, convie à ses banquets fraternels toutes les nations et se distingue par la plus douce tolérance. Elle montre aux hommes dans une clarté funèbre, ce que c'est que d'oublier la première loi du christianisme : Aimez-vous. A elle seule il appartiendra de dégager la grande inconnue du problème social, à trouver la formule synthétique de l'Humanité. Ses néophytes usent leurs veilles à ce travail d'élaboration mystérieuse et de gestation préparatoire. Elle nous montre ce que pourrait être la société tout entière, dans la majesté de ses assemblées, tout à la fois si grandes, si modestes et si philanthropiques.

Le christianisme a été détourné de ses voies et sa profanation est aujourd'hui flagrante dans toutes les églises. Progressif de sa nature, il n'aurait pas dû s'immobiliser dans les entraves canoniques. Au contraire, recevant autant d'impulsion qu'il en donnait, agissant sur le siècle, comme le siècle agissait sur lui, il aurait dû se modifier suivant les mœurs, suivant les pays, suivant les peuples, suivant les âges et ne conserver d'éternel que cet adage divin : Aimez-vous les uns les autres ; sentence de paix et de fraternité, d'amour et d'union, qui vaut, à elle seule, tout un code de morale ; maxime sainte, devant laquelle viennent s'amortir et s'éteindre les grands et honteux mobiles des sociétés modernes, l'égoïsme, la haine, l'isolement, le doute, le découragement, la mauvaise foi. C'est par la fraternité que la Maçonnerie veut conduire les hommes à une ère d'harmonie universelle et de sublimes magnificences. 

Par qui et quand la Maçonnerie a-t-elle été instituée sur cette base ? Nul ne le sait, nul ne connaît au juste ce législateur suprême. Son nom et sa vie sont restés ignorés et perdus, pour ainsi dire, dans les ombres du secret maçonnique et tandis que les noms des premiers messies survivront à leurs doctrines, la Maçonnerie survivra au nom de son instituteur. 

XXXVI. Maçonnerie (Suite.) 

C'est avec et par la Maçonnerie que le monde marchera à la conquête de la destinée, que Prométhée vaincra Zeus ; car elle met dans l'homme le sens du vrai et les grandes élévations de l'âme, le sens de la justice et le dévouement à l'humanité.

Nous avons déjà esquissé la situation douloureuse, où se trouve la société. Lutte et antagonisme partout, nulle part cohésion et concorde ; tous les liens relâchés ; le regret et la Crainte, la défiance et la haine, le charlatanisme et la ruse apparaissent aussi bien dans les relations générales que dans les rapports individuels. Ce désordre, cette anarchie se retrouvent dans la politique, qui nous divise au nom du pouvoir et de la liberté ; dans les sciences, que rien ne relie entre elles, qui marchent disjointes et au hasard ; dans l'industrie, que ronge la lèpre de la concurrence dans les beaux-arts, qui languissent privés d'inspirations vastes et fécondes.

Or, deux partis sont en présence, l'un pour éterniser, l'autre pour changer cet état de choses.

L'ultramontanisme est la fraction la plus active du parti conservateur, la Maçonnerie est le plus puissant levier du progrès.

L'ultramontanisme est une des formes systématiques et organisées de la réaction. C'est le vestige vermoulu d'une série de préjugés implacables : c'est le râle d'une caste, qui réclame la tutelle des âmes et des intelligences, pour les hébéter et rétablir son empire écroulé. Il prétend régner par la force et continuer dans le présent les traditions du fanatisme et de la tyrannie, qui ont désolé l'humanité. C'est au nom de la divinité, qu'il a toujours fait le mal. Il a taillé le crucifix en instrument de torture et c'est avec les feuillets de l'Evangile, qu'il allume les bûchers destinés à consumer les martyrs de la science et de la vertu.

Aussi se pose-t-il en adversaire déclaré de la Maçonnerie, qu'il calomnie et dénigre à outrance. La convaincre de démagogie, pour lui infliger des flétrissures imméritées, voilà aujourd'hui la grande tactique des ultramontains et leur séduction suprême.

Toutefois, il faut dire et pour ne pas douter de la Providence, que l'ultramontanisme s'engloutit dans le sang et la boue. On exagère trop son importance dans ces derniers temps et l'on a eu tort de considérer comme une menace, une dépouille putride. Il n'est plus une doctrine ni une institution sérieuse. C'est une conspiration qui se démasque, un intérêt sans pudeur, et quand, par hasard, il parvient à faire entendre son sifflet strident, on croit reconnaître le cri du hibou, qui présage et réclame la mort.

Mais, malgré la hiérarchie, malgré le Piusverein, malgré toutes les congrégations, il avortera, car le trafic n'est pas un culte, une conception n'est pas un dogme, et le fiel n'est pas un venin, qui tue.

La Maçonnerie s'est organisée contre ce monstre dans les ombres du mystère. Il fallait bien, lorsque la réaction d'absolutisme marchait dans une phase d'ascension et de triomphe, que la résistance contre des empiétements scandaleux s'organisât en secret. Le nouveau système social s'est élaboré dans la Loge, sans retentissement extérieur, sans éclat, sans secousse. Le maillet des ouvriers a démoli le vieil édifice sans bruit, pierre par pierre, pour construire à sa place un temple nouveau. Aujourd'hui que la révolution a émancipé les idées, les Maçons peuvent travailler au grand jour, enseigner aux hommes l'amour, l'harmonie et la paix. Leur association n'est plus seulement une famille ; c'est une église et sa parole, semée dans le monde, y continuera sa germination mystérieuse. Elle sauvera la société ; mais il est des conditions de succès rine quibus non, et que la Loge me paraît oublier ou négliger. Elle voudra bien permettre à l'un de ses amis les plus dévoués, de les lui rappeler. En persévérant dans cet oubli, au lieu d'être une influence civilisatrice, un apostolat fécond, la Maçonnerie ne serait qu'un nouveau levier pour comprimer les masses ou un échelon pour atteindre plus facilement l'objet d'une ambition égoïste.

XXXVII. Observations 

Si la Franc-maçonnerie doit subir quelque jour un sommeil irrémédiable, elle n'aura personne à accuser qu'elle-même. Louis Ulbach, Maçon.

Lorsqu'à la conversion de Constantin, d'autres païens voulurent suivre son exemple, ils commencèrent par demander où était le véritable christianisme, et à qui, pour s'en instruire, ils devaient s'adresser : A l'école de Manès, à celle de Montanus, ou au concile de Nicée ? Où était la vraie doctrine évangélique, dans les écrits d'Origène ou dans ceux d'Augustin ? Qui était le plus à croire, Donat ou le pape Melchiade, Arius ou Athanase, Eutychès ou ce scandaleux concile soi-disant œcuménique d'Ephèse, qui le condamna, et qu'on appelle le brigandage d’Ephèse, à cause des violences qui s'y commirent ?

Même perplexité aujourd'hui pour le Mahométan, le Bouddhiste et les idolâtres. Où, demandent-ils, est le christianisme ? Est-il à Rome ou à Genève, à Londres ou à Saint Pétersbourg ? Chez les sectateurs de Luther ou chez ceux de Calvin ?

Le païen finit par dire : je cherche l'Evangile dans toutes les églises qui se disent chrétiennes, et ne le trouve dans aucune. Je cherche de même ces églises dans l'Evangile : elles s'y trouvent encore moins. Partout je ne vois du christianisme que le nom.

Il dit, et se résigne à rester ce qu'il est, ou bien embrasse la secte, qui est à sa portée. Il sera anglican ou catholique, selon que le hasard lui aura fait rencontrer un missionnaire de l'un ou l'autre culte.

Ainsi, hélas ! De la Maçonnerie. Le profane, qui veut y entrer, doit-il s'adresser au Grand Orient de France ou à celui de Londres ? Aux Loges de la stricte observance ou au Système rectifié ? Aux Templiers ou bien aux Rose-croix ? Quel est le rite orthodoxe ? Est-ce celui de Misraïm avec ses quatre-vingt dix grades ou la Maçonnerie éclectique ? Faut-il préférer la Maçonnerie bleue ou la Maçonnerie rouge ? Etc., etc.

Tous ces rites divers se combattent ou se fusionnent en systèmes bigarrés, incomplets, remplis de contradictions.

Et cependant il n'y a qu'une seule et même immuable vérité dans la Maçonnerie : la Fraternité. Tout ce qui s'en écarte est faux et doit être éliminé. Ce critère infaillible devrait suffire pour préserver l'institution de scandaleux amalgames. Là ne peut donc pas être le germe des dissidences. Il est dans les rites, c'est-à-dire dans la forme, dans la prépondérance, qu'on lui a donnée sur le fond. La dissidence est l'œuvre des faux-Frères, de l'intrigue, de l'ambition et de la perfidie.

Eh quoi ! Vous reconnaissez, vous saluez comme Sœurs la Maçonnerie de Royale-Arche, les chevaleries, les grands chapitres, les grands campements, les grades philosophiques, les empereurs d'Orient et d'Occident, le rite d'Hérédom, le rite suédois, l'Ordre du temple, les Loges militaires et toutes ces superfétations plus ou moins contraires au véritable esprit de la Maçonnerie, vous les reconnaissez et vous donnez l'accolade fraternelle à leurs adeptes, tandis que d'autre part, vous excluez un véritable Maçon du temple, parce qu'il ne porte pas un petit ruban tortillé à la boutonnière !

Lorsqu'une association répandue sur tous les points du globe, formée pour faire le bien et réconcilier les hommes entre eux, jouissant de privilèges, ayant une hiérarchie, un gouvernement, des chefs publiquement, officiellement constatés, lorsque, dis-je, une association de ce genre se pose en ennemie des abus, qu'elle se base sur l'égalité et la concorde et proclame la nécessité d'une réforme sociale, se disant en mesure de l'accomplir, il doit être permis de lui demander, d'abord, sur quels titres se fonde l'autorité qu'elle s'arroge, ensuite, pourquoi ses doctrines varient et pourquoi elle ne joint pas l'exemple aux préceptes ? 

La première condition de succès pour la propagande maçonnique, est dans la stricte observation de son principe, dans l'accord de la théorie avec la pratique, dans une séparation entière, franche et formelle des Loges fidèles à leurs mandats d'avec celles qui ne le sont pas, dans l'unité de doctrine, dans la cessation, en un mot, de tous les schismes. La pseudo-maçonnerie se dévoile elle-même : car la pierre de touche est là, et son principe n'est pas la charité.

La véritable Maçonnerie a un caractère assez prononcé pour qu'on ne puisse pas la confondre avec les sociétés qui ont usurpé son nom, emprunté ses emblèmes et profané ses doctrines.

Elle a trop de dignité pour se prosterner devant un trône quelconque, trop d'indépendance pour se laisser patronner par les puissances du jour, trop de philanthropie pour refuser son assistance à quiconque l'implore. Elle ne reconnaît que la supériorité du mérite. Elle exerce son influence sur le monde profane sans subir la sienne. Elle attaque et combat toutes les institutions sociales condamnées par son principe, telles que le militarisme, les gouvernements oppressifs, les cultes intolérants et la distinction des castes. Ennemie de la superstition, du privilège, de l'ignorance et des abus, elle leur déclare une guerre à mort, mais sans violence, sans haine et sans colère. C'est contre tous les maux, qui se résument dans le moi exclusif et égoïste des personnes et des castes, des familles et des coteries, en religion, en politique et dans l'ordre social, le moi, principe de tout mal, que la Maçonnerie s'est constituée. Il faut prouver au public qu'elle n'est ni une fantasmagorie oiseuse, ni un simple jeu de grands enfants.

La nécessité de Grands Orients autocratiques et de patentes constitutives ne me paraît pas démontrée, du moins pas dans leur composition actuelle. Sans doute, en face de la phalange disciplinée des obscurantistes, il importe de serrer les rangs, d'agir de concert et avec ensemble, d'imprimer une impulsion salutaire aux ateliers, d'en faire converger tous les travaux vers un même but, et d'élever la puissance de l'association par l'uniformité des rites. Or, une autorité centrale peut seule provoquer et surveiller cette cohésion. Mais comme un patriarcat unique pour toutes les Loges du globe n'est guère possible, les Grands Orients le remplacent dans leurs limites respectives.

La première autorité de ce genre apparaît à York. Il s'en forma d'autres à Edimbourg, Londres et Dublin. Mais cette création au lieu d'atteindre le but proposé, engendra des rivalités, des schismes et des dissidences de toute espèce.

Avant 1717, toute Loge pouvait se constituer librement d'elle-même, sans autorisation et sans contrôle. En effet, pourquoi demanderait-on la permission de se réunir pour faire le bien ?

On ne saurait approuver surtout qu'une Loge reconnaisse l'autorité d'un Orient d'un autre pays.

Les Grands Orients devraient eux-mêmes être constitués par des Convents périodiques, auxquels assisteraient des délégués de toutes les Loges. Ces mêmes Convents feraient une déclaration de principes basée sur la grande loi d'amour et à laquelle souscriraient toutes les Loges.

Cette déclaration servirait en même temps à caractériser les rites compatibles avec ces principes et elle en laisserait d'ailleurs le choix à chaque Loge.

L'octroi des patentes constitutives est une mesure illusoire, la Loge ainsi constituée ayant la faculté de se soustraire à l'obédience de la Loge-mère, d'adopter un rite quelconque et de le changer à volonté. Je citerai pour exemple la Loge des Vrais Frères unis, à l'Orient du Locle. Elle travailla d'abord sous l'obédience du Grand Orient de France, passa en 1797 sous celle de la Grande Loge aux Trois globes, à Berlin, retourna au Grand Orient de France en 1806, adopta le rite écossais rectifié en 4817, et s'allia enfin, en 1829, à l'Union représentée par la Grande Loge nationale Suisse.

O Maçonnerie ! Tu te poses devant les profanes en société d'harmonie et d'amour : ne leur donne pas un spectacle de haines, de schismes et d'intolérance. 

XXXVIII. Observations (Suite.) 

Pour que le vieux monde, dans ses troubles, dans ses tristesses, dans ses défaillances, dans ses ignorances, dans ses désordres, vienne à nous, il faut qu'il entende venir jusqu'à lui l'hymne toujours soutenu, toujours harmonieux de notre concorde, de notre joie, de notre espérance, de notre travail. Louis Ulbach, Maçon. 

Patronages princiers. La Loge, qui a reconnu que la plupart des maux, qui affligent le monde extérieur, dérivent d'une organisation défectueuse, ne doit pas en continuer les traditions dans son enceinte. Autant la pauvreté et le travail sont rabaissés et méprisés au dehors, autant doit-elle les honorer dans son sein, et par pauvreté, nous n'entendons pas celle qui provient de l'inconduite, mais du hasard et de l'infortune. Plus les profanes vénèrent les puissants du jour, moins elle doit avoir de communication avec eux et plus elle doit s'en défier, lorsqu'ils se présentent devant les portes interdites. Sans les repousser, s'ils sont dignes par leurs sentiments et leur conduite, d'être admis dans le temple de l'égalité, elle doit les traiter sans distinction particulière.

Que dire dès lors de cette Maçonnerie qui se place honteusement sous le patronage des rois et des grands de la terre ? Qu'elle n'a ni le sentiment de sa dignité, ni la conviction de ses doctrines. Elle oublie que ce n'est pas la Loge qui est censée s'honorer par la réception d'un prince quelconque, mais que les insignes maçonniques doivent éclipser les plus brillantes couronnes, les plus hautes dignités profanes. Confier aux hommes du privilège, aux princes du hasard, les destinées d'une association appelée à fonder le règne de la liberté et de la justice, est un contre-sens qu'on ne saurait assez flétrir.  

Les juifs : dans la règle adoptée par le Convent de Wilhelmsbad, il est dit : « Si ton cœur sensible veut franchir les bornes des empires et embrasser avec ce feu électrique de l'humanité tous les hommes, toutes les nations ; si, remontant à la source commune, tu te plais à chérir tendrement tous ceux qui ont les mêmes organes, le même besoin d'aimer, le même désir d'être utile et une âme immortelle comme toi, viens alors dans nos temples offrir tes hommages à la sainte humanité. L'univers est la patrie du Maçon et rien de ce qui regarde l'homme ne lui est étranger ».

Comment concilier cette déclaration avec l'exclusion des Juifs ? Ne sont-ils pas nos frères en Dieu, tout comme les Mahométans et les païens ? Et que penser du Maçon qui a écrit les lignes suivantes : « On a souvent reproché aux Loges allemandes leur intolérance à l'endroit des Israélites ; mais, outre que la position du peuple élu, dans tous les pays du Nord, ne peut en aucune manière se comparer à ce qu'elle est en France ou même en Angleterre, il reste à prouver depuis quand notre société, dont les deux St Jean sont les patrons; dont la première loi est encore et fut toujours la Bible, et particulièrement le Nouveau-Testament ; dont la vraie filiation historique est chrétienne par excellence; il reste, dis-je, à prouver depuis quand cette société aurait, par un décret obligatoire pour tous ses membres, adopté cette espèce de déisme d'esprits forts, que les Juifs et les Mahométans sincères condamnent aussi bien que les vrais disciples du Christ (!) »

Emprunter au mosaïsme la tradition fondamentale de la Maçonnerie, une grande partie de sa symbolique, et jusqu’a la nomenclature des mois ; puis exclure les Israélites de l'association, est-ce logique ?

Presque tous les membres de la Grande Loge nationale aux Trois Globes, de Berlin, étant chevaliers de l'Aigle-rouge de toutes les classes, ordre équivalant à celui de la Légion d'honneur, refusent l'initiation aux Juifs. Ce n'est guère étonnant. Lorsqu'on sait concilier les distinctions profanes avec l'égalité maçonnique, on peut bien professer pour l'humanité un amour soi-disant maçonnique, qui exclut des populations entières. La Loge Royale-York à l’amitié est tout aussi tolérante, tout aussi logique. 

Politique. L'art. 8 du code adopté en 1804 par l'Alpina est de la teneur suivante : « Comme citoyen et conformément aux prescriptions des Old-Marks (v. les Constitutions d'Anderson), le Franc-maçonne s'engagera jamais dans des émeutes ou des complots contre la paix et la prospérité de l’Etat. Il ne se conduira point contrairement à ses devoirs envers le gouvernement. Il se soumettra à tout ordre légal ».

L'article se termine par cette recommandation, qui, à nos yeux et pour plus d'un lecteur, détruit tout ce qui précède : « II ne négligera aucune occasion d’agir dans l’intérêt du bien public et de contribuer avec zèle au salut de la patrie ».

Qu'on me permette ici les suppositions suivantes :

Solon, les armes à la main, se rend sur la place publique et cherche à soulever le peuple contre le tyran Pisistrate ; Hipparque et Aristogiton complotent la chute de ses fils ; Spartacus forme le projet d'affranchir les esclaves ; Gracchus, celui d'affranchir le peuple romain de la tyrannie des patriciens ; Le philosophe Eusèbe médite la chute du méprisable Constance ; Procida, l'expulsion des Français de la Sicile ; Giano délia Bella, celle des Gibelins ; les héros du Grùtli, celle des Autrichiens ; Washington et Kosciuszko se mettent à la tète des insurgés contre les oppresseurs de leur pays ; Moïse conspire pour l'affranchissement d'Israël, les Macchabées contre les rois de Syrie, les Pays-Bas contre Philippe II, etc., etc.

Si tous ces hommes probes et courageux, et cent autres que je pourrais citer, étaient venus confier leurs projets à la Loge et solliciter son assistance, elle l'eût donc refusée pour ne pas violer l'art. 8 et, contradiction amère, elle eût proclamé quelle ne négligeait aucune occasion d'agir dans l’intérêt public et de contribuer au salut de la patrie. Que dis-je ? L'art. 8 lui eût fait un devoir de dénoncer les conspirateurs, de prendre le parti de Pisistrate contre Solon, celui des patriciens contre les Gracques, de combattre à Morgarten et à Sempach dans les rangs des agresseurs, etc. !

Eh quoi ! Lorsque Ferdinand VII d'Espagne mettait hors la loi, non seulement tous les Maçons, mais tous les libres penseurs, il eût fallu respecter ce gouvernement atroce, mais d'ailleurs régulièrement établi, ne pas se dispenser de lui obéir ! Suivant le règlement de Wilhelmsbad, le cœur devait tressaillir au doux nom de ce souverain ! Il eût fallu respecter le décret, qui traînait aux pieds de l’échafaud plus de cent mille Espagnols, et précisément les hommes les plus distingués !

Il fallait ne pas s'occuper de politique, lorsque des Loges entières étaient arrêtées, séance tenante, les dignitaires pendus et les autres envoyés aux galères ! Ah ! Sans doute, il le fallait, selon certains Maçons. « Toute association, dit Galiffe, qui conspire pour renverser et détruire, fût-ce même dans le but le plus noble, abdique par là tous ses droits à la succession d'Hiram. »

Je suppose qu'une légitime insurrection eût éclaté en Pologne contre le roi de Prusse, l'un des trois partageux de ce malheureux pays ; d'après l'art. 8, les Loges constituées par les trois Grandes Loges-mères, de Berlin, n'auraient pas pu y prendre part !

Ami de la paix, je ne veux pas celle du tombeau pour la société vivante ;

Ami de l'ordre, je m'efforcerai toujours de renverser celui, qui règne à Varsovie ; Ami des lois, je ne leur sacrifierai jamais la charité et la justice.

La Maçonnerie belge paraît avoir compris notre pensée.

Le 24 juin 1854, le Grand Orient de Belgique abrogea l'art. 135 de son règlement, qui faisait défense formelle à la fédération maçonnique, représentée par le dit Grand Orient, de discuter des matières religieuses et politiques, et cette décision fut rendue publique par la voie de la presse.

Que les trois Grandes Loges de Berlin, et avec elles d'autres Loges allemandes, ainsi que la Maçonnerie suédoise, aient protesté solennellement contre cette mesure, cela n’étonne pas. On comprend moins que la Loge Modesta, à l'Orient de Zurich, partage leur manière de voir. Mais ce qu'on ne comprend pas du tout, c'est le refus fait en 1848 par la Grande Loge de la république américaine de New-York, à l'invitation qui lui avait été adressée de prendre part à une démonstration publique en faveur des événements politiques qui venaient de se passer en Allemagne à cette époque, sous prétexte que cette participation était incompatible avec les principes de la Maçonnerie 

Ainsi voilà une Loge à qui la sainte cause de la liberté, de la justice et de l'émancipation des peuples est non seulement étrangère, mais antipathique ! Elle devait pourtant se souvenir que telle n'avait pas été l'opinion de tant de philanthropes, qui volèrent au secours de l'Amérique, lorsqu'elle secoua la domination anglaise.

Quant à la Maçonnerie suédoise, rien, certes, ne serait plus édifiant que de la voir repousser de son sein l'héroïque Gustave Wasa, sortant des forêts de la Darlécalie pour solliciter sa protection. Au lieu de blâmer la Maçonnerie belge, elle eût mieux fait de se soustraire aux influences de la cour, de renoncer à la théosophie de Swedenberg, et de recommander la tolérance religieuse.

A moins de s'annihiler, la Maçonnerie doit être politique en ce sens, qu'elle doit combattre les obstacles qui s'opposent à la propagation de ses doctrines et à l'application de son principe, c'est-à-dire au triomphe de la grande loi d'amour, si éloquemment interprétée par St. Paul. Elle sera religieuse dans le même sens et ne reconnaîtra ni secte fanatique ni secte intolérante. Elle repoussera ouvertement, franchement, courageusement tout système soit politique soit religieux, opposé à cette loi, sans se prêter à la moindre transaction. Elle ouvrira largement ses portes à tous ceux qui viendront lui demander asile contre le fanatisme et l'oppression ; elle accueillera toutes les aspirations progressives. Lui ôter ce privilège, c'est la frapper de stérilité, c'est la réduire à n'employer que des palliatifs, et ses efforts pour réformer la société ressembleront à ces médications illusoires, qui se bornent à panser les plaies, sans corriger la diathèse, qui les entretient. 

Légende fondamentale. Cette fiction importée par l'écossisme, pourrait être abandonnée ou du moins remplacée par quelque chose de mieux. Je n'y trouve ni le caractère de la vérité, ni le charme de la poésie. Loin de personnifier les tendances douces et philanthropiques de la Maçonnerie, elle ne présente que des images lugubres, n'exprime que des sentiments de deuil et de vengeance. D'ailleurs son origine seule suffirait pour la condamner. 

Militarisme. Institution essentiellement pacifique, la Maçonnerie doit se poser avant tout comme l'adversaire implacable de la guerre et de tout ce qui s'y rattache, anathématiser formellement l'état militaire, condamner avec indignation les armées permanentes et l'esprit de conquête, flétrir avec un juste mépris le soi-disant honneur et l'uniforme militaires ; surtout ne pas reconnaître les Loges prenant cette qualification. Elle le doit, sous peine de forfaiture. Les Maçons feront-ils moins que les Quakers et les Mennonites, moins que les Esséens, dont ils se croient descendre et qui ne connaissaient pas la doctrine du Christ ?

Quoique amplement traité page 287 et suivantes de cet ouvrage, ce sujet ne saurait être discuté avec trop de soin. Je renvoie les lecteurs à l'excellente publication intitulée : De la guerre et des armées permanentes, par M. P. Larroque, ancien recteur de l'académie de Lyon  

Mystères et secret. Quels mystères cache la Maçonnerie ? Quel est son secret ? Je crois que les Souverains Grands-Maîtres absolus du quatre-vingt-dixième grade du rite de Misraïm eux-mêmes, seraient assez embarrassés de répondre à cette question. La Maçonnerie n'a résolu et ne résoudra, pas plus qu'un autre système quelconque, ni les problèmes de la vie ni ceux de la société, et tout son secret consiste à soulager les misères humaines par la fraternité. Ce secret, elle doit le révéler hautement, le proclamer sur tous les toits, et dès lors, il ne peut plus être appelé secret.  

Philanthropie. Parmi les gravures qui ornent la belle histoire de la Franc-maçonnerie, par Clavel, la dix-huitième représente le guerrier Brandt, Maçon, sauvant la vie au capitaine Mac Kinsty, qui, fait prisonnier à la bataille des Cèdres, est déjà lié à un arbre pour être brûlé vif par les Iroquois. Mais il fait le signe de détresse. Alors l'Indien, qui avait été élevé en Europe et initié, lui sauve la vie.

Clavel cite encore d'autres exemples de ce genre, pour prouver l'excellence de l'institution. Ils ne prouvent, selon nous, que son imperfection ; car Brandt, s'il avait bien compris ses devoirs : 1° n'eût pas pris part à la guerre ; 2° s'il y était forcé, il devait en atténuer les horreurs et ne pas brûler les prisonniers ; 3° s'il pouvait sauver un Maçon, il pouvait de même sauver tout autre prisonnier. Ou bien est-il dit que les Maçons ne doivent point ménager les profanes, et ne se secourir qu'entre eux ? 

Symbolisme. J’aime celui de la Maçonnerie. Il s'adapte parfaitement à ses principes, et donne à la Loge un air mystique, des formules et des images pittoresques, qui charment l'imagination et éveillent de grandes pensées. Mais on le trouve surchargé, exagéré. Il n'est plus adapté à l'esprit moderne, car il est dans la nature du symbolisme de s'atténuer, de s'amoindrir, au fur et à mesure que les idées progressent et que les institutions libérales s'affranchissent et se développent.

On pourrait sans inconvénient supprimer tout ce qui a trait à l'ancienne astronomie.

Il faut en dire autant du langage et des signes de convention. La Maçonnerie doit s'infiltrer dans la société, et non s'en tenir séquestrée. Elle doit se généraliser, se répandre partout, et puisqu'elle peut aujourd'hui marcher tête haute et déployer sa bannière, pourquoi ces prétendues formules secrètes, qui n'ont plus de portée ? Pourquoi, par exemple, conserver cette périphrase banale : Le Grand Architecte de l’Univers, tandis que le mot Dieu est bien plus expressif ? Pourquoi toutes ces abréviations, qui ne cachent rien et que tout le monde connaît ? Pourquoi un alphabet, un comput et un calendrier spécial ? 

Epreuves. Assurez-vous que le récipiendaire abhorre le militarisme, la guerre et le duel, qu'il est prêt à sacrifier une partie de plaisir pour soulager une infortune, à secourir indistinctement tout malheureux, à traiter tous les hommes comme égaux sans s'abaisser devant les grands, sans s'enorgueillir devant les petits, à soutenir toujours et partout les principes de l'institution maçonnique ; trouvez ces garanties : cela vaudra mieux qu'une pincée de lycopode et qu'un cliquetis d'épées inoffensives. 

Telles sont les réflexions et les observations que j'ai recueillies dans le monde profane sur la Maçonnerie. Je m'en suis constitué l'écho et l'interprète dans l'unique but de perfectionner l'institution et de provoquer une justification qui, je suis sûr, gagnera à sa cause, plus d'un esprit sérieux...

 

Source : Isis ou l’initiation maçonnique

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