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Hauts Grades

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L'histoire du Rite : Une parabole de la Maçonnerie Symbolique

5 Mai 2012 , Rédigé par Constant Chevillon Publié dans #spiritualité

Dans une étude récente, nous avons examiné le sens initiatique des épreuves et dégagé l'orientation philosophique et morale par elles imposée à l'Apprenti-maçon.
II importe de sonder le problème plus profondément encore et de mettre chaque adepte
en présence de la signification vraiment ésotérique de son ascèse personnelle. Par là seulement, il pourra se rendre compte du chemin à parcourir et de l'esprit  vivifiant caché sous les voiles de la doctrine. De toute évidence, comme on va le voir, cette intelligence supérieure de la voie maçonnique convient à la seule élite, aux hommes de volonté dont la raison et l'entendement peuvent surclasser les contingences ordinaires de la vie humaine.

La Maçonnerie, depuis ses lointaines origines, a toujours été appelée : Science royale, Art royal. Or, ces deux termes
se complètent mutuellement, car la Maçonnerie est une science par la Gnose voilée sous les symboles et un art par la proportion, par le rythme qu'elle introduit dans les données de la science, en les réalisant sur le plan vital, sur le plan éthique et finalement sur le plan social. Par ce rythme, en effet, et par cette proportion, la beauté, sous tous ses aspects, est infusée dans la matière humaine, et la beauté est royale par destination, car elle se révèle, dans ses multiples manifestations, aux âmes nobles, aux belles intelligences et aux grands cœurs à l'exclusion des autres. Mais, entendus dans ce sens, l'art et la science ont aussi un autre nom, c'est le Grand Œuvre, objet de l'alchimie. Le Grand Œuvre peut se réaliser sur les trois plans de la nature. Sur le plan matériel, c'est la transmutation des métaux vils en or, en d'autres termes, la découverte de la Pierre philosophale. Sur le plan animique, c'est la recherche d'un équilibre constant des forcesvitales, la découverte de la panacée et de l'élixir de longue vie. Sur le plan spirituel, c'est la stabilisation de la conscience dans les hautes sphères intellectuelles, c'est la découverte de l'élixir de vie, ou, plutôt, d'immortalité.
Ainsi le maçon est un alchimiste, mais dans ce dernier sens seulement. II ne travaille pas à la transmutation des métaux : son labeur quotidien consiste à perfectionner son
humanité, à purifier, à développer sa conscience, pour en faire un feu vivifiant, un feu inextinguible.

Il ne s'agit point, ici, d'étudier l'arbre
maçonnique dans ses ultimes ramifications ; nous nous contenterons d'explorer les grades du porche. Ils contiennent tout, du reste, dans leur riche substance et se prêtent à des synthèses de plus en plus vastes dont les degrés subséquents sont les formules adéquates.
Sous quels symboles la Maçonnerie a-t-elle voilé la route de l'immortalité ? Sous le couvert des phénomènes naturels dont le flux incessant est à notre portée immédiate. La carrière du maçon, en effet, est assimilée au mouvement diurne de la terre sur son axe et à une révolution complète autour de notre soleil
, c'est à dire à ces divisions temporelles qu'on nomme : le jouret l'année. Ces deux symboles de fait, sont une seule et même chose ; ils se répondent membre à membre, comme dans une équation algébrique bien équilibrée.
Le jour, pour le maçon, comporte cette partie du temps, qui s'écoule entre le lever et le coucher de l'astre-roi ; il se calcule sur la période idéale de l'équinoxe
moment où la lumière et les ténèbres sont réparties avec équité sur l'ensemble d'un hémisphère. L'Apprenti engagé arrive à la Maçonnerie pour voir poindre la lumière au-dessus de l'horizon. II a les pieds dans la nuit et son œil est frappé par le rayon lumineux. Tout autour de lui est enfoui dans l'ombre, mais la lumière s'accroît de minute en minute, chaque chose perd progressivement sa forme fantômale et revêt son aspect réel, s'échauffe, vibre et chante sous le baiser du soleil vivant. L'âme de l'Apprenti se revêt en même temps d'un manteau d'allégresse, car sa terreur et son angoisse deviennent amouret certitude. Or, le temps d'apprentissage va de 6h à 9h du matin ; le soleil, alors, chasse les miasmes de la nuit, résorbe la rosée et réchauffe les sillons. De 9h à midi, le compagnon se met à la besogne ; il ameublit la terre, il sème, il plante, il élague et redresse, il prépare la récolte future. Et le soleil vient au zénith pour féconder et mûrir ; le maître apparaît dans la moisson jaunissante et dans la vigne en fleurs. A ses mains expertes le vrai travail est confié, celui de préserver les fruits et de les récolter à la maturité totale. Il accomplit sa tâche en deux temps, de midi à 3h et de 3h à 6h. Au premier temps, c'est l'apogée de la lumière et de la chaleur sa sève plus ardente monte jusqu'aux fruits, les nourrit et les dore : c'est la vie dans son complet épanouissement, la vie féconde, espoir des futures récoltes. Au second temps, c'est la cueillette : le soleil à son déclin va rentrer dans sa période d'apparente passivité ; de l'orient les ténèbres montent pour le sommeil et la mort.
Cette allégorie s'adapte exactement, en raccourci, à la révolution annuelle de notre planète. L'apprenti, c'est aussi le printemps, la moisson qui lève et fleurit ; le compagnon, c'est l'été, les fleurs font place aux fruits
; la maîtrise, c'est l'automne, la maturité complète, la fin du cycle. Et l'automne glisse à l'hiver, c'est-à-dire aux bras de la mort. Mais le maître n'est plus l'apprenti, il a emmagasiné la récolte, il pourra parcourir le champ des ténèbres pour atteindre le renouveau, sans guide et sans autre soutien que les provisions amassées au cours des grands travaux de midi à la nuit.
La Science alchimique n'est-elle pas le symbole concret de cette abstraite activité maçonnique ? On ne peut en douter. La matière appelée à devenir de l'or se revêt dans le creuset d'une couleur
noire, c'est le corbeau ; les germes métalliques sont comme putréfiés et morts. Ainsi l'apprenti enfermé dans la chambre de réflexion est dans les ténèbres, au milieu des ossements et des débris de cercueils, car on ne peut passer du cercle profane au cycle de la lumière sans traverser le royaume de l'obscurité et de la mort. Mais la matière en putréfaction renferme en elle la puissance de renaître, de se revivifier ; elle endosse successivement toutes les couleurs de l'arc-en-ciel avant de refléter la couleur jaune, image de la lumière parfaite, polarisée par le prisme vital. L'apprenti, comme elle, possède un principe de régénération, la lumière de sa conscience. Les ténèbres voudraient l'absorber, mais il la conserve jalousement et, grâce à elle, il arrive à la porte du temple. Il est alors soumis au feu philosophique. Ce feu, c'est l'enseignement oral du maître de la Loge, ce sont les épreuves et les voyages à travers les éléments origine de son expérience personnelle. Il voit alors apparaître la rouge lueur de l'aube. Puis, le feu poursuit son œuvre ; à chaque étape de l'opération, comme dans l'alchimie, la lumière prend une teinte différente et plus vive. Enfin, c'est l'apogée, la lumière est totale, sans trace de mélange ; la transmutation est accomplie, il a réalisé en lui l'or pur des philosophes, la divine sagesse, la vraie science a mûri dans son intelligence et dans son cœur.
Mais, ce n'est pas tout. A l'apogée succède le déclin, non pas de la science, mais de la vie individuelle, rançon de notre état humain. Et le maître est mis en présence de la grande loi des alternatives dont la mort est l'un des pivots. En effet, comme toute vie s'en va inexorablement vers la mort, celle-ci est une porte ouverte sur une vie nouvelle. L'être s'épanouit à la lumière du soleil et se concentre à l'état latent dans la nuit du tombeau. Vie et mort sont des étapes successives sur la voie indéfinie de la vie éternelle.
Or, le maître, comme nous l'avons dit, n'est plus un apprenti, il n'accomplit plus le ténébreux trajet dans la même inconscience, il n'a plus besoin d'adjuvant extérieur, il possède un viatique
et il renaîtra bientôt sur un plan plus élevé du monde des idées. Tel est le sens profond de la légende d'Hiram, semblable de tous points à la légende d'Osiris, à celle de l'Yma avestique, de l'Yama hindou et du Min-Adam des plateaux caucasiens. Sur la tombe du maître, en effet, on plante le rameau d'acacia le rameau d'or des initiés. Sous l'écorce de l'arbre, dans son cœur, sommeille le feu de la résurrection, le feu vital et spirituel qui, plus tard, à l'intersection des deux branches de la  croix idéale, s'épanouira en cinq jets lumineux, symboles de l'étoile flamboyante.
Pour pénétrer dans l'ésotérisme
de la Maçonnerie du porche, nous avons fait appel aux procédés de la science alchimique. N'est-ce pas un rapprochement gratuit, une assimilation forcée et conventionnelle ? Non. La matière première du Grand Œuvre, le corbeau, n'est pas autre chose que la pierre brute, image de l'apprenti. Comme le feu philosophique va commencer à épurer la matière, le maillet et le ciseau contribuent à dégrossir le bloc informe sorti de la carrière ; les deux méthodes et leurs résultats sont identiques. La matière doit s'affiner progressivement dans le creuset, il faudra de même, par un travail parallèle, opérer le calibrage de la pierre. C'est pourquoi le  compagnon copie, en quelque sorte, les métamorphoses réalisées au sein de l'Athanor. Au maillet et au ciseau, il ajoute d'autres outils : la règle, l'équerre et le compas. Avec leur aide, il détermine les arêtes, les angles et les courbes: d'un moellon brut il fait une pierre cubique, susceptible d'être utilisée dans la construction du temple. Ici, encore, la corrélation et la signification de l'activité sont semblables.
Quant au maître, il n'a plus besoin d'outils spéciaux, il a réalisé en lui la Pierre cubique à pointe, il est lui-même la poudre de projection, la pierre angulaire de l'œuvre. Aussi, on place dans sa main la branche d'acacia réceptacle du feu latent qui informe toute vie nouvelle. Et c'est pourquoi, lorsqu'il prononce la parole : «
Je connais l'acacia », il ne dit pas une chose sans portée, il fait appel à la loi du retour, germe de l'avenir.

source : www.boutiquefs.com

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1842 - "La maçonnerie: considérée comme le résultat des religions égyptienne juive et chrétienne"

4 Mai 2012 , Rédigé par Reghellini Publié dans #histoire de la FM

La Maçonnerie de Salomon avait, comme on l'a dit, consacré les symboles de mort répandus dans tous les mystères orientaux. Nous le répétons, les Egyptiens pleuraient Osiris mort, pour le Soleil arrivé à la fin de sa course au solstice d'hiver ; les Ethiopiens Memnon , les Perses Mythras, les Grecs Bacchus, d'autres Atys, les Babyloniens Adonis ; tous ces peuples différents ont établi la passion, la mort, la résurrection de leur respective divinité, qui n'était, dans le fait, que le Soleil.

Chez les Juifs, on devait appliquer cette légende à Hiram, constructeur du Temple de Salomon, qui jouait un si grand rôle dans la Mystagogie juive.

On doit regarder le Mythe d'Adon-Hiram, comme l'une des formes les plus anciennes de la personnification solaire introduite dans les Temples maçonniques, qui ont conservé ce mystère, comme dans son institution primitive. On est surpris de trouver le même Mythe dans la passion et le supplice de Jésus-Christ : c'est le sacrifice de son corps, de son sang ; c'est sa mort, le nœud essentiel qui unit les Chrétiens, et que ceux-ci rappellent par une cérémonie commémorative, celle de la communion ; elle existe dans les mystères des anciennes religions, et, pour un cas semblable, l'allégorie de la future rédemption figure dans les mystères maçon.-., comme on le voit par la mort mystique d'Hiram, Grand-Architecte, assassiné par trois compagnons qui voulaient lui ravir cette parole sacrée, tant vénérée par les Juifs , et qui avait occasionné la fête et la commémoration du 10 Thischri. Il est à supposer que les Lévites durent attacher à la parole perdue, par cet assassinat, une seconde allégorie, la rapportant à la liberté, aux biens, à l'autorité perdue à la suite de leurs derniers Rois.

Qu'il nous soit permis de répéter que cette parole de Jéhovah, que le Grand-Prêtre des Juifs ne pouvait prononcer qu'une seule fois par année, était en si grande vénération près des Lévites, que la peine de mort fut ordonnée sous l'empire de la Loi mosaïque contre les blasphémateurs de cette parole; les Israélites se servaient d'autres mots, qui se rapportaient à celui-ci, pour exprimer Dieu; néanmoins ils les respectaient tous, ils cherchaient même à les sanctifier de toute manière, ils les prononçaient avec une grande vénération, ne s'en servant (i) que dans de grands périls, ou pour un usage particulier de dévotion. Cette parole Jéhovah, dans les mystères juifs, s'étant perdue comme on a vu par la fête et cérémonie du a o Thischri, les prêtres et Lévites firent un devoir aux initiés de la chercher, de la trouver, et de mettre tout en œuvre pour venger l'assassinat supposé. Il est constaté que nous conservons ces pratiques, la première dans le Chevalier Ecossais, et la seconde dans les Elus.

Ainsi qu'on vient de le dire, toutes les religions de l'antiquité avaient puisé leurs principes chez les Egyptiens , où se trouvait la commémoration par nous expliquée de la mort d'Osiris, et l'allégorie mystérieuse de sa vengeance sur ses meurtriers. Les prêtres juifs n'ont l'ait que substituer Hiram à Osiris; quelques rites, en place d'Hiram , ont Adon-Hiram, qui était le héros des Bahyloniens.

La commémoration de ces vengeances n'était point instituée chez les Egyptiens, ni chez les autres peuples, ni dans nos mystères, pour des fins sanglantes, comme quelques détracteurs se sont plu à le répandre faussement, et comme on le verra par la suite (i); elle se rapporte aux simples opérations de la nature, qui n'offre que guerres continuelles entre leprincipe générateur et le principe destructeur, doctrines invariables que les prêtres égyptiens enseignèrent toujours à leurs néophytes.

Ainsi les anciens instituteurs des mystères, dans l'application particulière de leurs vengeances simulées, faisaient allusion à telle histoire ou à telle légende : ce que nous avons adopté après eux dans nos différens degrés et rites : de là , des visionnaires mal instruits et malicieux ont essayé de persuader que nous voulions réellement les exécuter, et que le néophyte devait venger ces assassinats allégoriques sur leurs auteurs, soit figurativement, soit implicitement, ou sur ceux qui les représentent.

Qu'on se désabuse; ces vengeances ne sont que les allégories des effets de la nature, ou du conflit perpétuel de la Génération avec la Destruction de l'œuvre qui produit la Régénération ou Réparation des êtres, ce qu'on a si souvent répété; vérités incontestables enseignées par les prêtres égyptiens, principes fondamentaux de tous leurs mystères et de tous leurs dogmes comme du nôtre.

Les Lévites durent se servir de la branche sacrée de l'Acacia pour figurer l'assassinat d'Hiram : nos instituteurs choisirent cette branche d'arbre, car elle était commune à tous les mystères anciens.

On verra que les Sabéens et les Chrétiens de St. Jean honoraient cet arbre, et se servaient d'une de ses branches dans les initiations. Les Sabéens appelaient cet arbre Houzza; ce nom se trouve littéralement être celui de l'acclamation et du vivat des Maçons Ecossais « Houzé », qu'on écrit « Huzza ». La Maçonnerie d'Ecosse, d'Angleterre, de France, d'Italie, d'Allemagne, a emprunté son cri de joie au rameau des initiés, et le place en tête de ses chartes et capitulaires.

Ce symbole, au commencement de nos mystères, est un objet de tristesse, mais l'allégresse la suit de près : or, à la manifestation d'Hiram, les Juifs durent y unir l'allégorie du bois qui donne le salut, et l'Acacia était regardé pour le Lignum salutis. On prétend que la croix de Jésus était de cet arbre.

Les Parsis, peuple de l'Orient, conservaient encore, dans certaines fêtes, l'emploi d'un rameau mystérieux, quelquefois végétal, le plus souvent métallique : c'est un signe qu'on retrouve partout où il y a trace d'initiation.

Nous le trouvons dans le gui des Druides et dans la fête des Rameaux des Chrétiens de Rome, laquelle précède de cinq jours la commémoration de la mort de Jésus sur le Bois de salut.

Quelques critiques ont avancé que les prêtres de Rome conservent l'emblème de l'Acacia , qu'eux aussi sont initiés, qu'ils ont des signes allégoriques, mais qu'ils ne les comprennent pas; ces mêmes critiques disent encore que l'usage de ces objets sacrés ne sert qu'à alimenter leur puissance, se borne chez eux à des cérémonies insignifiantes , et qu'ils ne pratiquent pas généralement les vertus que leurs emblèmes et leurs cérémonies sont destinés à leur retracer.

Un grand nombre de médailles et d'abraxas, qui portent l'initiation, sont accompagnés d'un rameau. (Voyez Montfaucon et ses planchesdes i.er et a.e vol.)

Les Parsis se servaient aussi dans leurs mystères de branches sacrées de Hom , elles n'étaient propres au service religieux qu'après qu'elles étaient restées trempées pendant un an dans l'eau bénite (Voyage aux Indes, par Kleucher et Zendavesta, ni, 6). Les rameaux des Chrétiens romains doivent être également bénis et aspergés avec de l'eau bénite par un prêtre; alors les crédules leur attribuent des pouvoirs miraculeux, même celui d'écarter la foudre.

On lit dans Herden (Philosophie de l'Histoire, tom. in, § 29), que les habitans des bords du Gange s'y baignent pour l'expiation de leurs péchés; mais il faut qu'ils tiennent à la main des brins de paille bénis par un Brama, sans quoi l'immersion est nulle.

Cette mort mystérieuse et cette branche qui la manifeste, se trouve aussi dans les mystères des anciens Romains; nous ne faisons que rapporter ce qu'un moderne savant, l'auteur du Poème de la Maçonnerie, observe très-judicieusement (ce qui avait été dit par l'Encyclopédie Maçonnique), qu'il y a une analogie frappante entre l'initiation romaine et celle des Egyptiens, qui est la même que celle des Maçons d'aujourd'hui.

Les cérémonies maçonniques ont un rapport marqué avec plusieurs passages de Virgile, qui, non-seulement les expliquent, mais même seraient inintelligibles sans lui. Ainsi, par exemple, dans son 6ème livre de l'Eneide, Enée descend aux Enfers, cherche la branche fatale et mystérieuse ( qu'on a comparée au gui dont se servaient les Druides dans leurs mystères ) : là, il découvre le corps de Misène, tué par un Dieu jaloux. Virgile, après avoir décrit le mystère de la putréfaction et de la chair qui se détache du corps, nous dépeint son héros frappant de son épée des monstres terribles qui s'opposent à son passage, et triomphant enfin de tous les obstacles, même des quatre élémens qui se trouvent précisés dans ses vers.

L'incertitude qui a régné longtemps sur l'affinité des anciens mystères avec ceux des Maçons, a disparu par la comparaison et par le récit des épreuves des anciens ; l'on voit clairement qu'en elles tout est emblématique , qu'on y représentait aux initiés l'avantage des sociétés, la nécessité des lois qui en découlaient; on y prouvait que l'initiation était un secours de plus pour parvenir à l'exercice de ses devoirs, et qu'il fallait la pureté du cœur et l'habitude des vertus pour l'obtenir. On peut se persuader et on peut dire qu'il est démontré clairement que, par l'initiation, on parvenait à la connaissance des secrets de la nature, et à la vérité ; que cette dernière toute raie ne convenait pas pour tous les yeux; aussi pour participer à cette connaissance, exigeait-on des épreuves, des grades de mérite, en un mot, il fallait s'en rendre digne.

Ces obstacles préliminaires, que nous lisons dans Setos et dans Virgile., constituaient, à proprement parler, l'initiation; nos sages instituteurs ont voulu, en les rendant difficiles à surmonter, ne pas rendre trop générale la connaissance des vérités, qui auraient été nuisibles aux hommes non destinés à connaître la nature dans sa pureté native : voilà pourquoi, dans les Temples égyptiens, la nature, qui ne représentait que la vérité, était voilée. Mais revenant au poème de Virgile, « la Descente d'Enée aux Enfers », réunit sur l'initiation tout ce qu'on ne trouve qu'avec peine dans une multitude d'auteurs; on y voit les épreuves et les cérémonies des mystères; on y trouve les mêmes doctrines : -car si l'on examine les discours de la Sybille, dans le langage qu'elle tient, nous trouvons celui des préparateurs égyptiens et juifs, qui étaient chargés d'instruire et de conduire l'initié dans les épreuves, et le discours d'Anchise nous dévoile le Hiérophante égyptien, juif et grec, qui instruit l'initié après les épreuves; il roule tout entier sur l'Etre Suprême, sur l'immortalité de l'âme, sur les récompenses et punitions futures. D'après ce que nous venons d'exposer, on peut aisément conclure que les Juifs, fondateurs de ces nouveaux mystères, indépendamment de ce qu'ils choisirent pour l'Etre allégorique un personnage illustre, réellement figuré dans la construction du Temple de Salomon, cherchèrent encore qu'il donnât par quelque rapport une idée du sens mystérieux, de l'objet et du fond de l'allégorie cachée : ainsi, ils choisirent Hiram , parce que la Bible, liv. III des Rois, chap. 7, v.13, le cite comme le fondeur, le ciseleur, le sculpteur de Salomon, ce qui se trouve confirmé par Joseph ; ils le choisirent par une analogie très-remarquable, car il était le fils de Ur, et .ce mot chez les Juifs se prend pour le feu , qui est le principal des quatre élémens, cause de toute génération chez les Perses et chez les Egyptiens.

Il est à remarquer de plus, que chez toutes les nations qui avaient admis dans leur religion et leurs mystères, le culte du Soleil, les Hiérophantes cachaient l'objet de leur vénération par la substitution d'un des héros de leur pays; les uns établirent la légende de Phthas, les autres d'Osiris, de Bacchus, d'Hercule, de Mithras, d'Ammon, etc. Les Lévites ont dû choisir Hiram, d'après l'exercice de son art, et d'après le nom de son père, pour l'être allégorique qui représente le Grand-Architecte du Temple de Salomon ; ces Lévites, lors de leur esclavage à Babylone , durent regarder cette liturgie comme l'allégorie de leurs pouvoirs, biens et liberté perdus par leurs Rois. Nous avons souvent occasion de reproduire de pareils faits, et la nature de notre sujet nous y force.

Cette allégorie et cette légende d'Hiram varient dans nos Temples; il en est de même de celle de ses trois assassins. Elle est l'allégorie de Jésus-Christ dans la Maçonnerie couronnée, et est suivie par les Bons Cousins.

Jésus-Christ, comme le Soleil, termine sa carrière, apostrophé par le mauvais principe ou par le mauvais larron. Le bon principe suit le Christ dans sa gloire : on a même voulu faire ressortir davantage l'allégorie dans le tremblement de terre, dans les ténèbres, dans le bouleversement de la nature, qui suivent la mort du Divin Maître, de même que si réellement le Soleil s'était anéanti. Hiram, dans la Maçonnerie ancienne et acceptée dans un de nos Ordres, est l'emblème de Jésus Christ , du Grand-Architecte , de son Eglise; dans un autre , il représente l'ordre parfait qui se trouve dans la nature. Hiram, dans les Kadosch de tous les rites (remarquons que cet Ordre n'est pas, selon les plus savans Maçons , celui des Juifs et de l'antiquité), est cru l'allégorie du martyre de Jacques Molay et de la destruction des Templiers; opinion adoptée par le régime de la StricteObservance , par les rites écossais des Templiers, et même par celui qui s'est dernièrement reproduit sur l'horizon sous la dénomination de l'Ordre du Temple.

La légende des trois assassins d'Hiram varie de la même manière ; chez les uns, ce fut Judas, Caïphe, Pilate; chez d'autres, Luther, Calvin, Zwingler, ou Abiram, Romvel, Grevelot, ou Giblon, Giblas, Giblos, ou Jubela, Jubelum, Jubelos; tandis que le Kadosch , la Stricte-Observance et l'Ordre du Temple ont Squin de Florian, Neffodei et l'inconnu dans un point ; et dans un autre, on leur suppose avoir Philippe-le-Bel, Bertrand de Gotte et l'inconnu, ou le Grand-Maître de Malte, qui firent périr les Templiers.

Les Rose-Croix de Kilwinning nomment les trois assassins Gain, Haken et Heni ; .tandis que les Adon-Hiramites les appellent Hobben, Austersfuth, Schterke

Chez les nations où un pouvoir absolu ou illégitime tient lieu de gouvernement paternel et représentatif, souvent l'allégorie d'Hiram et de ses assassins s'est prêtée à la commémoration, peut-être irrégulière, de l'assassinat de la liberté civile, occasionné par l'avarice, la superstition, le despotisme.

Les Ordres des Maîtres Elus, Kadosch, Templiers, etc. etc., envisagés par quelques cabinets comme dangereux, par suite de préventions mal fondées, furent accusés de vouloir, par leur allégorie, venger la destruction des Chevaliers Templiers dans leurs assassins ; mais que tous les politiques se désabusent, l'Ordre maçonnique est bien plus ancien que ces Chevaliers, qui n'y furent admis qu'au 13ème siècle, et desquels on adopta seulement quelques systèmes dans quelque Ordre dont l'institution est moderne. Par tout ce qu'on vient de dire précédemment, les allégories du Maître, de l'Elu, du Kadosch, quoi qu'en disent les légendes , ne tiennent, par les cahiers qu'on peut examiner, qu'à des faits physiques et moraux, liés à d'anciennes institutions : elles ne se rapportent aucunement à ces points historiques et politiques. Mais quand cela serait, que tous ces visionnaires se rassurent; car, dis-je, quand même l'allégorie d'Hiram se rapporterait à la politique, il est évident qu'alors elle serait bien plus favorable que nuisible à l'autorité royale, même despotique et absolue ; car elle commande la vengeance du meurtre d'un héros égorgé par trois rebelles ; et dans le rite moderne français, elle le commande au nom du plus juste des Rois juifs.

Quant aux Lévites, outre les allégories personnelles que présentaient leurs mystères, ils en avaient aussi de matérielles ; ce que nous conservons dans tous les rites, comme la pierre cubique, sous laquelle est caché le précieux Delta, qui porte gravé le nom du grand innominable Jéhovah.

Source : http://legende-hiram.blogspot.fr

 

 

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1744 - Rituel du Grade de Maître au Rite Ancien et Accepté (Métropole Loge d'Ecosse) : instruction

4 Mai 2012 Publié dans #Rites et rituels

 D. Où avez-vous été reçu?

R. À l'ouest.

D. Où allez-vous?

R. À l'est.

D. Pourquoi quittez-vous l'ouest pour aller à l'est?

R. Parce que la lumière de l'Évangile parut d'abord de ce côté.

Q. Qu'alliez-vous faire à l'est?

R. Chercher une loge de maîtres.

D. L'êtes-vous, maître?

R. Les maîtres me reconnaissent pour tel.

D. Où avez-vous été reçu?

R. Dans une loge de maître.

D. Comment avez-vous été préparé pour être reçu maître?

R. Les pieds sans souliers, les deux bras et le sein nuds , privé de tous métaux, à la réserve d'une équerre attachée au bras droit, je fus conduit à la porte de la loge.

D. Comment avez-vous été admis?

R. Par trois coups distincts.

D. Que vous demanda-t-on?

R. Qui est-là .

D. Qu'avez-vous répondu?

R. Un maçon qui a fait son temps comme apprenti et comme compagnon, qui demande à être reçu maître.

D. Comment êtes-vous parvenu?

R. Par un mot de passe.

D. Donnez-le moi.

R. (Il le donne.) T........

D. Que vous dit-on, alors?

R. Entrez, T........

Q.Que fit-on de vous?

R. On me fit faire un tour dans la loge.

D. Où avez-vous rencontré le premier obstacle?

R. Derrière le second surveillant.

D. Que vous a-t-il demandé?

R. Il me fit la même question qu'à la porte.

D. Que fit-il de vous?

R. Il me fit conduire à l'ouest, au vén.•. premier surveillant.

D. Que fit-il de vous?

R. Il me fit conduire au très-resp.•. maître.

D. Que fit-il de vous?

R. Il me renvoya au premier surv.•. pour recevoir des instructions.

D. Quelles sont les instructions que vous avez reçues?

R. Quand je fus à l'ouest, il m'enseigna à monter à l'est en maître, en faisant le signe d'app.•., et à marcher sur l'angle droit d'un carré-long; à faire deux autres pas sur le deuxième degré du même carré, mes pieds formant l'équerre, et en faisant le signe du comp.•.; enfin, le pas de maître sur le même carré-long. Arrivé à l'autel, on me fit mettre à genoux, la main droite sur la bible, les pointes du compas sur chaque sein, et dans cette attitude, je prêtai solennellement mon obligation.

D. Pouvez-vous la répéter?

R. Oui, T.•. R.•., avec votre assistance.

D. Levez-vous, et commencez.

R. Moi, N....., de ma libre volonté, etc.

D. Que vous a-t-on montré ensuite?

R. Le signe des maîtres.

D. Donnez-le moi.

R. (Il le donne.)

D. Que fit-on de vous ensuite?

R. Le T.•. R.•. me prit par la main, et me donna l'attouchement.

D. Quel est cet attouchement?

R. Celui de compagnon.

D. A-t-il un nom?

R. Oui, très-respectable.

D. Donnez-le moi.

R.(Il le donne comme il l'a appris.) B...

D. Pouvez-vous aller plus loin?

R. Oui, passez, je vous suivrai. Il mit l'ongle de son pouce entre la première et la seconde jointure, qui est l'attouchement de passe, et je lui répondis par Sch......

D. Que vous fit-il ensuite?

R. Il me donna l'attouchement de compagnon, en me disant: Qu'est cela? (L'ongle du pouce sur la deuxième phalange.)

D. Que répondîtes-vous?

R. L'attouchement de Compagnon?

D. Donnez-le moi.

R. J.....

D. Que vous dit-on alors?

R. Il me dit que j'allais représenter un des plus grands hommes du monde maçon, notre resp.•. maître Hiram-Abif, qui fut tué lors de la perfection du temple.

D. Après la narration d'usage, que fit-il de vous?

R. On me conduisit aux vén.•. frères premier et second surv.•. et au maître, qui me firent les questions que Jubelas, Jubelos et Jubelum avaient faites à Hiram, en me frappant de la même manière.

D. Que fit-on de vous ensuite?

R. Après avoir reçu le coup de maillet sur la tête par le très-resp.•., on m'étendit par terre.

D. Que vous dit-on alors?

R. Que je représentais Hiram-Abif après sa mort.

D. Que vous dit-on ensuite?

R. Le T.•. resp.•. reprit l'histoire d'Hiram-Abif.

D. Comment les envoyés de Salomon relevèrent-ils le corps d'Hiram-Abif?

R. Par les cinq points de la maçonnerie.

D. Qui sont-ils?

R. D'abord le vén.•. second surv.•. le prit par le doigt index, sur lequel les app.•. font leur attouchement; mais par l'effet de la putréfaction, la peau se détacha et lui resta à la main. Le vén.•. premier surv.•. le prit ensuite par le second doigt, sur lequel se fait l'attouchement de compagnon, et la peau lui resta aussi dans la main. Le très-resp.•. le prit par la main, appuyant les quatre doigts sur le poignet, le pied droit contre le pied droit, le genou droit contre le genou droit, le sein droit contre le sein droit, et la main gauche le soutenant par le dos. Dans cette position, il le releva en disant: M.•. H.•. B.•. mot qui veut dire: Il est presque pourri jusqu'aux os. Ce mot devint le mot sacré de maître.

D. Puisque vous fûtes relevé par les cinq points de la maçonnerie, expliquez-les moi?

R. 1' Main contre main signifie que je suis toujours prêt à tendre la main à mon frère pour le secourir. 2' Pied contre pied, que je suis toujours prêt à voler à la défense et au secours de mes frères. 3' Genou contre genou, qu'en fléchissant devant l'Être-suprême, je ne les oublierai pas dans les voeux que je lui adresserai. 4' Sein contre sein, que les secrets qu'ils m'auront confiés y seront invariablement gardés. 5' La main gauche derrière le dos, qu'autant qu'il sera en moi, je soutiendrai mes frères dans tous les périls qui les menaceront.

D. Pourquoi étiez-vous privé de tous métaux?

R. Parce que dans la construction du temple, on n'entendit aucun bruit causé par les coups d'aucun instrument composé de métal.

D. Pourquoi?

R. Pour qu'il ne fût pas souillé.

D. Comment a-t-il été possible qu'un aussi vaste édifice ait été construit sans le secours d'aucun instrument de métal?

R. Parce que les matériaux furent préparés dans les forêts du mont Liban, apportés sur des voitures, élevés et placés avec des maillets de bois faits exprès.

D. Pourquoi étiez-vous sans souliers?

R. Parce que le lieu où je fus reçu était une terre sainte, sur laquelle Dieu dit à Moïse: Ôte tes souliers, car le lieu où tu marches est une terre sainte.

D. Qu'est-ce qui soutient votre loge?

R. Trois grands piliers.

D. Qui sont-ils?

R. Sagesse, force et beauté.

D. Que représentent-ils?

R. Trois grands maîtres: Salomon, roi d'Israël; Hiram, roi de Tyr, et Hiram-Abif, qui fut tué.

D. Les trois grands maîtres étaient-ils employés à la construction du temple?

R. Oui, T.•. R.•., Salomon en dressa le plan, d'après l'ordre de Dieu. Il fournit l'argent et les provisions pour les ouvriers; Hiram fournit les matériaux et les fit préparer dans les forêts du mont Liban, et Hiram-Abif conduisit l'exécution de ce grand oeuvre.

Source : http://legende-hiram.blogspot.fr

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Interprétation du Grade d'Elu : Premier Ordre Chapitral

4 Mai 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #hauts grades

Nous avons vu, dans les séances précédentes, que les mystères maçonniques n'étaient que la représentation des phénomènes de la nature, animée par le génie symbolique de l'antiquité, qui consistait à personnifier tous les êtres inanimés et moraux, et à présenter, comme des récits d'événements passés, les instructions que l'on voulait donner aux hommes. C'est ainsi que :

Les Egyptiens figuraient l'année par un palmier, et le mois par un rameau, parce que, chaque mois, le palmier pousse une branche.

Ils peignaient l'inondation par un lion, parce que celle du Nil arrivait sous ce signe; de là l'usage des figures .de lion vomissant de l'eau à la porte des édifices (PLUT.)

 Si on s'en tenait au sens historique, l'antiquité serait un chaos effroyable, et tous ses sages des insensés; il en serait de même de la Maçonnerie et de ses instituteurs; mais, en expliquant les allégories, elles cessent d'être des fables absurdes ou des faits purement nationaux, et deviennent des instructions consacrées à l'humanité entière. On ne doute plus, en les étudiant, que tous les peuples n'aient puisé dans une source commune ; on voit que la peinture du ciel était le but de leur coopération, et qu'ils considéraient le soleil, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, comme le principal agent de la nature, et comme le directeur de toutes choses, tant sur la terre, qu'il échauffe de sa brûlante haleine, qu'au ciel qu'il colore, et dans lequel il promène ses immenses rayons.

Dans le grade d'élu , qui forme en ce moment l'objet de nos travaux, nous allons voir que la description du lieu où se retira Adon-Hiram est une suite du roman céleste , si mystérieusement écrit dans le grade de maître.

Adon-Hiram est composé de deux mots : Adon qui signifie dieu, et hiram, élevé : dieu élevé, qualification sous laquelle on peut considérer le soleil.

La caverne d'Adon-Hiram est une peinture des signes inférieurs dans lesquels le soleil se retire après le solstice d'été, lorsqu'il prend son domicile dans le Scorpion, signe dans lequel il était censé périr ; si donc on examine l'état du ciel, à l'époque de l'invention de ce roman mythologique, lorsque le soleil est à sa plus haute exaltation dans le signe du Scorpion , on verra paraître à l'orient le grand fleuve, ou la fontaine jaillissante; au midi paraîtra Sirius, ou le Grand Chien, et, au couchant, le buisson qui prend le caractère de buisson ardent, parce qu'il se couche héliaquement, c'est-à-dire avec le soleil.

Par la même raison, la Grande Ourse, le Lion et le Tigre de Bacchus, ou le Loup céleste, dont il est question dans les rites anciens, marchant de concert à l'occident avec le soleil, ou le Scorpion, sont censés garder l'entrée de la caverne, puisqu'ils bordent encore l'horizon lorsqu'on ne voit plus le soleil.

Nous avons prouvé, dans la maîtrise, l'identité à'Hiram avec le soleil; en partant de ce principe incontestable, il nous sera facile de trouver, dans tous les accessoires du grade d'élu, un thème astronomique parfait, qui nous fera connaître l'époque de l'année à laquelle il se rapporte, et nous donnera par là l'intelligence des vérités utiles.

Nous avons fait remarquer que les trois assassins correspondent aux trois signes d'automne, qui causent la mort de l'astre du jour. Le nom Abi Balah (meurtrier du père), que porte le plus coupable, désigne suffisamment le Sagittaire, constellation qui donne en effet la mort au soleil, père de toutes choses ( rerum omnium pater). Suivons la même route, elle nous mènera à l'interprétation de toute l'allégorie.

Les coupables, après leur crime, se retirent sur le bord de la mer, près de Joppé , ville située à l'ouest de Jérusalem. Or, on sait que la mer occidentale fut regardée, de tous temps et chez tons les peuples, comme la partie basse du ciel, celle dans laquelle les astres vont terminer leur course , et disparaître à nos yeux. Cette caverne ou carrière est nommée Benacar, séjour de la stérilité , parce que la partie occidentale du ciel, qui paraît comme un abîme où vont se précipiter les astres, fut autrefois regardée comme le séjour de la mort, le lieu de la stérilité. C'était ainsi que, chez les Egyptiens et chez les Grecs, Serapis et Pluton régnaient en Occident, et que, chez les Gaulois, nos ancêtres, la Bretagne, et par suite l'île de Sain , placée à l'occident de la péninsule Armorique, était réputée l'asile de la mort et le séjour des ombres.

 Un « inconnu » joue un rôle important dans cette histoire. Mais, tons les personnages étant astronomiques, celui-là l'est également; ce ne peut donc être qu'une étoile qui, comme celle mystérieuse des Mages, cause ici, par son apparition , la mort ou le coucher des meurtriers d'Hiram, comme elle annonce ailleurs la naissance ou le lever du dieu-sauveur. Or, si nous cherchons l'étoile remarquable qui paraît à l'orient de l'horizon, au moment où le Sagittaire va disparaître à l'occident, nous verrons s'élever Aldebaran, l'une des plus belles étoiles du ciel, et la plus remarquable de la constellation du Taureau céleste.

L’inconnu était un gardien de troupeaux , et Aldebaran est entouré des Hyades, qui forment un groupe autour de lui, tandis que les Pléiades, placées sur le cou du Taureau céleste, forment à ses côtés un second troupeau.

Neuf maîtres sont élus pour aller à la recherche des meurtriers ; j'ai déjà fait observer que ces neuf maîtres correspondent précisément aux neuf signes de l'hiver, du printemps et de l'été; car, quoiqu'il se trouve dans ce nombre trois signes inférieurs, ils ne sont point considérés comme funestes, attendu qu'ils n'occasionnent pas , comme ceux d'automne, la mort du soleil. Christ, mort, ne passa également que trois jours dans le tombeau, c'est-à-dire dans le séjour de la mort, dans les enfers (lieux inférieurs), et ces trois jours correspondent encore aux trois assassins, aux trois signes d'automne.

Les neuf élus, guidés par l’inconnu, vont à la recherche des coupables , en marchant à travers des détours, par des sentiers peu fréquentés. Celte route rappelle celle du Zodiaque, telle qu'elle est peinte dans Ovide. Ne semble-t-il pas en effet qu'Aldebaran, la plus brillante des étoiles qui se trouvent alors sous l'horizon, entraîne les constellations zodiacales à la poursuite de la Balance et du Scorpion, qui ont disparu dès que le Bélier s'est montré à l'orient, et du Sagittaire, qui meurt à l'apparition du Taureau.

Qui dirige Johaben dans cette route périlleuse? un chien ; ici, l'interprétation astronomique est encore parfaite ; car, au moment où le Sagittaire disparaît, Phocion, ou le Petit-Chien, paraît à l'horizon, en opposition avec la constellation qui se couche; tandis que l'Eridan occupe la partie méridionale du ciel. Nous voyons en effet Johaben, après la mort d’Abibalc, aller se rafraîchir à une fontaine qui coulait près de là.

Ainsi, mes frères, le grade d’élu, d'après tous ses symboles, se rapporte au ciel du printemps, à cette époque où le roi de la nature, après avoir succombé sous les coups de ses ennemis, c'est-à-dire être descendu au plus bas point de sa course, et avoir disparu même entièrement aux yeux de plusieurs peuples, après être né de nouveau pour recommencer sa carrière renaissante, figurée ici par les honneurs que Salomon fait rendre à la mémoire d'Hiram, est enfin vengé de ses assassins ; il s'élève en triomphateur dans le ciel , tandis que ceux-ci sont précipités dans l'abîme. C'est Osiris, mort par la trahison de son frère, descendu aux enfers, ressuscitant et triomphant à son tour de Typhon, chef des ténèbres et génie de l'automne , dont le siége principal est le Scorpion; c'est Horus, né, mort et ressuscité comme son père ; c'est Hercule, descendant aux enfers, et en ramenant Cerbère; c'est Christ, descendant également aux enfers, et en sortant vainqueur de Satan et de la mort, à l'époque de la Pâque, c'est-à-dire du passage de l'astre du jour, des signes inférieurs aux supérieurs.

Tout sert ici à compléter l'allégorie : le lieu dans lequel nous sommes, par sa sombre tristesse, rappelle l'hiver, auquel nous touchons encore.

Neuf semaines se passèrent avant la punition du crime; ce n'est en effet qu'au commencement du troisième mois, lorsque le Bélier, l'agneau céleste, commence à paraître à l'orient, que la vengeance commence; la Balance et le Scorpion passent presque en même temps sous l'horizon, sur lequel domine encore Abibalc ou le Sagittaire, qui ne disparait qu'à l'approche du Taureau.

Ici, neuf lumières frappent vos yeux ; huit sont groupées; et la neuvième, séparée des autres, répand un éclat beaucoup plus vif. Ce sont les neuf constellations zodiacales; la plus grande domine celle dans laquelle habite le soleil ; c'est Johaben, vainqueur d'Hiram.

Les huit étoiles, précédées de l'étoile du matin , ont la même interprétation, et sont encore les neuf élus.

Dans le grade d’élu s'échappe le premier cri de vengeance; cette vengeance est celle qu'Horus, fils du soleil , exerça contre les meurtriers de son père; Jupiter contre Saturne. Ce permanent système de vengeance remonte aux temps les plus reculés; on en trouve l'interprétation dans les opérations de la nature, qui présentent une suite de combats ou de réactions entre le principe générateur et le principe destructeur; car le résultat de la fécondation est la fermentation, la putréfaction des principes séminaux, cet état de ténèbres, de désordre, de confusion, que les anciens désignaient par le mot chaos, qui précède le développement et l'apparition du germe régénérateur; le chaos, que nous regardons comme l'aurore des siècles, le précurseur de la création du monde, n'était, pour les sages de l'antiquité, qu'une hypothèse, ou plutôt qu'une induction qu'ils tirèrent de la génération des êtres.

Pour ne laisser aucune obscurité sur leur doctrine, à cet égard, et pour rendre plus sensible, en même temps, la justesse de leurs allégories, choisissons pour exemple, parmi tous les corps de la nature, le grain de blé. Ce corps est tout à la fois cause et résultat; car, produit d'un grain semblable à lui, il doit à son tour en produire d'autres. Il sera donc allégoriquement considéré, tantôt comme pèr , tantôt comme fils. De là, l'idendité parfaite d'Horus et d'Osiris. Ce grain renferme en lui la semence, nouvelle identité; il est déposé dans le sein de la terre. La terre, qui fut sa mère, devient sa femme, puisqu'ils accomplissent ensemble l'acte de la génération. Vous voyez avec quelle facilité s'expliquent les allégories des anciens, lorsque, dans ce dédale apparent, on peut saisir le fil d'Ariane.

 Les deux puissances génératrices ne sont pas plutôt en contact, que le grain enfle et s'amollit. Bientôt il fermente, noircit, et se décompose. Les éléments qui le constituent sont dans un véritable état de guerre, dont il faut que le germe ou le principe générateur sorte victorieux ou succombe; de là cette devise, qui orne le cordon d'élu : « Vincere aut mori » (vaincre ou mourir). Un combat terrible s'engage donc entre la vie et la mort ; celle-ci triomphe ; toute aggrégation est rompue; le grain tombe en putréfaction, consummatum est.

La destruction du corps opérée par la putréfaction est symbolisée par la faulx de Saturne. Le bijou d'élu n'en est que l'allégorie, et rappelle à notre mémoire le poignard mithriaque, dont nous parlerons dans un grade plus élevé. C'est cette même destruction qui a fait dire que l'époux de Rhée dévorait ses enfants. Le seul Jupiter (le germe fécondant) échappe à la mort. Et, comme la dissolution des mixtes rompt leur aggrégation, absorbe leurs principes constituants, anéantit, pour ainsi dire, leur faculté génératrice, on a supposé que Saturne avait privé son père des organes de la génération. Il reçoit ensuite le même traitement de son fils, ce qui signifie que la chaleur vivifiante se dégage du cloaque de la putréfaction, l'absorbe, s'en alimente, et donne bientôt la vie à un nouvel être.

Cet être est le germe que son étroite enveloppe dérobait aux yeux , et semblait condamner à une prison perpétuelle. Il se dégage, s'élance , perce le sein de la terre. Il paraît, et sa naissance coûte la vie à son père.

Tel est le phénomène important, le mystère ineffable, vraie clé de la nature, qu'avaient su pénétrer les anciens sages, et dont ils firent un des fondements de leur doctrine, et le sujet de leurs légendes sacrées. Cette prédilection de leur part fut bien naturelle. En effet, tout dans l'univers n'est-il pas soumis aux lois qui viennent d'être exposées ? Tout ne retrace-t-il pas la lutte éternelle des deux grands agents de la nature, et leurs victoires alternatives ? On ne saurait trop la répéter : La vie et la mort se partagent le monde. Toutes deux en sont le terme; l'une ne peut exister sans l'autre, et toutes deux émanent d'une seule et même puissance.

D'après cet exposé, nous devons convenir que les atrocités qui peuvent révolter dans Saturne, dieu du temps; dans Phèdre, incestueuse, etc., ne sont que des énigmes intéressantes, qui contiennent des faits dignes de nous avoir été transmis, et dans lesquelles il nous serait facile de démontrer que l'agriculture, cette base des richesses et des empires, dont la connaissance était particulièrement développée dans les mystères de Cérès, a, dans la Maçonnerie, des allégories qui lui sont propres.

C'est donc encore ici le lieu de réitérer l'éloge que nous avons fait de la Maçonnerie française, qui, après les trois grades symboliques, a voulu nous développer, dans ses quatre ordres, d'autres mystères, sous le voile ingénieux des quatre éléments des anciens. Dans ce grade, la caverne d'Adon-Hiram nous représente le premier élément, ou la terre dans l'absence du soleil.

Je pense avoir suffisamment prouvé que le mot « vengeance » ne doit être pris , en Maçonnerie, qu'allégoriquement ; et je crois avoir aussi démontré qu'il n'y a rien de déraisonnable dans l'historique interprété du grade d'élu. Pourquoi des chapitres craignent-ils de travailler ce grade ? Serait-ce parce que la plupart des Maçons qui le professent, quoique désignés par leurs Frères pour les instruire, ne se donnent pas la peine de pénétrer les anciens mystères, et d'étudier la nature, qui en forme la base ?

Le bijou de ce grade rentre dans le symbole mithriaque que je viens de décrire; et lui donner une autre interprétation serait défigurer et calomnier la Maçonnerie, que nous faisons gloire de professer, car le poignard est une arme vile qui n'est point faite pour la main d'un Maçon.

 Frère nouvellement initié, rappelez-vous bien la vérité de cette maxime :

 Multi vocati, pauci verb electi.

Cette sentence religieuse reçoit parfaitement son application dans la Maçonnerie, où se trouvent en effet beaucoup d'appelés , et peu d'élus; c'est-à-dire, peu de Frères qui s'attachent à l'intelligence de nos emblèmes, à leur interprétation philosophique.

Mais le soin avec lequel vous vous appliquez à comprendre nos symboles, la manière dont vous répondez aux questions qui vous sont adressées, nous prouvent vos bonnes dispositions à faire de nouveaux progrès dans l'institution. Espérons qu'un jour vous ferez partie de ces élus, si peu nombreux, malgré le grand nombre des Maçons qui possèdent ce grade philosophique et moral, consacré à l'extinction des penchants coupables, et à la répression des passions.

Mon frère, vous aurez souvent l'occasion de remarquer que, dans les réceptions maçonniques, on ne dévoile ordinairement rien ou peu de chose du grade conféré, dans le but, dit-on, « de laisser au néophyte la satisfaction de découvrir ce qui paraît caché, et de le conduire , par la réflexion, à l'habitude de ne rien adopter aveuglément, et sans s'en être rendu compte. » Cette marche, toute bonne ou excusable qu'elle paraît être, me semble imparfaite, et ne devoir convenir qu'a l'ignorance de quelques présidents d'ateliers. Nous pensons que les symboles d'un grade chapitral doivent être expliqués à chaque récipiendaire, qui n'aurait ensuite droit à monter un nouveau degré qu'en joignant à sa demande un discours où seraient déposées les preuves qu'il conçoit le dernier grade obtenu. Celte marche facile à suivre, surtout quand on sait faire de bons choix, serait le seul moyen de ne peupler les chapitres que de l'élite des Maçons.

Profitez, mon frère, de ce conseil. Il me resterait sans doute encore beaucoup à vous dévoiler sur ce degré, le premier d'une série quaternaire, comme l'apprenti auquel il se rapporte, est le premier de la série ternaire. Dans ces deux grades, se trouvent les clefs de la science antique, et le premier des éléments. Mais laissons à votre sagacité quelque chose à faire, et n'anticipons pas sur les interprétations à venir. Une nouvelle carrière vous est ouverte; déjà vous y faites avec succès le premier pas; que votre courage se soutienne jusqu'à la fin. Le prix qui vous attend est digne de vos efforts.

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Notions élémentaires de Maçonnisme : l'enseignement des Maîtres

4 Mai 2012 , Rédigé par O Wirth Publié dans #spiritualité

Résoudre des énigmes, avoir réponse à tout, n'est pas le propre du sage, qui, aussi désabusé que Socrate sait qu'il ne sait rien. Il faut se faire illusion, pour imaginer solide ce qui s'édifie sur des arguments ou des idées. Nos représentations subjectives n'ont aucune valeur absolue, et, si nous voulons être prudents, nous ne devons pas nous laisser entraîner par nos figurations mentales à bâtir dans les nuages, en prêtant une fausse réalité à nos abstractions.

Mieux vaut s'inspirer
de l'Ermite du Tarot, vieillard expérimenté, qui concentre sur le sentier de la vie toute la clarté de sa pauvre lanterne. Plutôt que de prétendre sonder les abîmes de l'infini regardons à nos pieds, afin d'avancer sans trébucher et nous diriger avec discernement. En philosophie, la plus sage ambition se  borne à ne tromper personne. Soyons aussi peu fallacieux que possible et pratiquons cette scrupuleuse honnêteté qui, en tous les domaines, conduit le plus loin.

Pour enseigner honnêtement, sans être dupe d'aucune fiction, il faut craindre de parler, car toute parole tourne en mensonge, dès qu'elle est émise sous l'effigie de la vérité pure. Ce qui hante notre esprit
procède du vrai, inspirateur de ce que nous aspirons à concevoir ; mais, du fait même de sa conception l'idée conçue subit une déformation, accentuée par l'expression fatalement imparfaite. Faut-il donc se taire, pour être certain de ne pas égarer autrui ? Ce serait un extrême auquel répugne la sagesse. Il est un moyen terme entre le silence et la prolixité discursive : c'est l'enseignement indirect donnant à réfléchir, en appelant l'attention sur des images et des symboles. Jadis, les montreurs de choses sacrées, dits hiérophantes, usaient de cette méthode : ils ne prononçaient que de mystérieuses sentences, difficilement intelligibles, mais qu'illustraient des actes significatifs et tout un ensemble de graphismes muets. On s'instruisait alors, non par la mémoire ou l'assimilation passive, mais par l'effort personnel de la réflexion. Il fallait deviner et faire preuve de pénétration intellectuelle, ou se résigner à l'incompréhension profane.

De nos
jours, rien n'est changé en Initiation. Les seuls qui s'initient sont les actifs, capables de travailler pour se livrer aux opérations du Grand-Œuvre. Le vulgaire a pu envisager celles-ci comme poursuivant des avantages matériels, sans comprendre que la nature humaine était en cause, le plomb à transmuer en or faisant allusion à la culture éducative, qui transforme l'homme ignorant et grossier en un sage réalisant l'idéal de l'espèce Nominale. Se perfectionner soi-même, tel est l'objectif.

Deux voies opposées conduisent traditionnellement au but : l'une est dite sèche et l'autre humide.

La première se base sur le développement de l'énergie spirituelle propre à l'individu, sur la possession de soi et la maîtrise qui en découle.

A cette voie masculine ou rationnelle, s'oppose celle de l'abandon mystique, partant du renoncement à soi-même, pour viser au pur amour
altruiste. C'est la voie des âmes pieuses et des saints ; elle n'est pas interdite aux esprits virils qui choisissent l'âpre sentier des sages, car, après s'être dompté intégralement, le héros se consacre au bien avec abnégation. Le binaire des voies initiatiques se ramène donc à l'unité, un même cycle pouvant être parcouru en sens contraire.

Les Constructeurs débutent par le sec, en isolant l'individu, afin qu'il apprenne à ne compter que sur lui-même. Etre soi n'est pas facile. Il faut cependant débuter en Initiation par le dépouillement de tout ce qui ne fait pas partie intégrante de soi : le premier acte du rituel exige donc une mise à nu intellectuelle, par le renoncement volontaire du récipiendaire à toute notion d'emprunt. Désapprendre est sa tâche initiale : il est convié à se refaire une mentalité vierge.

Cette opération est ardue, aussi est-elle à peine abordée dans la pratique courante, quand elle n'est pas totalement négligée. Le candidat qui conserve ses préjugés et ne se détache pas de ses opinions favorites ne saurait pourtant faire le moindre progrès en Initiation. Il ne réussira pas à se détourner du monde extérieur, pour descendre en soi et faire connaissance avec lui-même, et, s'il affronte les épreuves, elles resteront fictives. Il pourra faire ses classes, mais infructueusement, car il n'aura pas su s'appauvrir en vue
de se rendre accessible aux véritables richesses. S'étant refusé à déblayer le terrain, il ne peut y bâtir qu'avec incohérence, en dépit des meilleures leçons d'architecture.

N'oublions pas qu'il s'agit pour chacun de construire un Temple qui soit le sanctuaire du vrai. Pour répondre à sa destination, cet édifice doit être construit en rigoureux équilibre sur un terrain solide. C'est une philosophie religieuse individuelle, construite selon des règles confirmées par le discernement de tout penseur judicieux. Elle ne fait pas l'objet d'un enseignement tapageur, car elle ne doit pas être acceptée sur l'autorité d'autrui ; il faut qu'elle se révèle d'elle-même à tout chercheur sincère du vrai. Pour être inculquée, elle devrait se traduire en un dogmatisme qui est en opposition absolu avec son caractère. Il en résulte que les Maitres ne peuvent enseigner que silencieusement.

Comment cela est-il possible ?

D'une part, en usant de discrétion, grâce à l'emploi d'images suggestives, de symboles et d'allégories ; mais, en plus, par un procédé plus mystérieux, qui tient à la fois de la suggestion mentale des hypnotiseurs et d'une transmission analogue à celle des ondes de la T. S. F.

Supposons des Supérieurs Inconnus, unis en une action de penser intensivement, en vue d'émettre une pensée juste, susceptible de se communiquer à tous les appareils réceptifs, que représentent les cerveaux entrés en harmonie
vibratoire avec la justesse de la pensée émise. Est-il possible de concevoir un pouvoir spirituel plus effectif et plus légitime ?

Qui pense juste dispose d'une irrésistible puissance, en raison de la supériorité fatale du vrai sur le
faux.Tôt ou tard, l'erreur est reconnue ; en travaillant à la dissiper, nous nous associons à une victoire finale certaine. Mais la lutte est longue ; il y faut une patience douce, car la violence ne ferait accomplir aucun progrès. Inaccessible à la passion combattive, le sage s'efforce d'éclairer avec bienveillance et compréhension. Il n'entre pas en discussion et laisse à chacun sa façon de penser, toujours attentif à rechercher le fond de vrai qui motive les opinions humaines.

C'est en écoutant autrui, pour rectifier sans cesse notre propre manière de voir, qu'il nous devient possible de penser de plus en plus juste. Cette indispensable rectification est recommandée par la formule : Visita Interiora Terræ, Rectificando Invenies Occultum Lapidem .
Elle implique une descente méditative en soi-même (visite des entrailles de la Terre en vue d'une mise au point qui fait découvrir la Pierre cachée des Sages. Quelle est cette Pierre mystérieuse, sinon le pouvoir de discernement qui transmue l'erreur en vérité ? Pour celui qui la possède, tout devient rectificativement vrai ; tous les hommes de bonne foi ont raison, mais, faute de pénétration d'esprit, ils manquent trop souvent de compréhension réciproque.

Si nous détenons la symbolique
Pierre philosophale, qui fournit la très significative Poudre de projection, il nous appartient de projeter celle-ci sur le métal vulgaire en fusion dans les entendements inquiets. Le plomb intellectuel se transmue alors en un or plus précieux que celui des changeurs. Les Alchimistes n'ont trompé que les incompréhensifs qui se trompaient eux-mêmes.

Sachons comprendre et nous mettre au travail. Nul n'est abandonné à lui-même, s'il est persévérant en sa bonne volonté. Nous débutons les yeux bandés, mais un guide invisible ne manque jamais de nous diriger vers la lumière, si nous aspirons à celle-ci de tout notre cœur.

Ce mystagogue
effectif n'est pas tenu de s'incarner en F:. Terrible ; il répond à l'appel sincère de tout réel initiable, car la pure Initiation est indépendante des associations initiatiques. Les vrais Maîtres sont ceux qui enseignent spirituellement.

Source : www.boutiquefs.com

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Histoire philosophique de la Maçonnerie

4 Mai 2012 , Rédigé par A. Sebastien Kauffmanf et J cherpin Publié dans #histoire de la FM

Dix siècles environ avant l'ère chrétienne, un peu moins de cinq cents ans après la sortie d'Egypte, et cinquante avant l'époque à laquelle on place généralement la naissance d'Homère, alors que les institutions d'Orphée n'avaient point encore .été modifiées par la proclamation de nouveaux dieux, Salomon arrivait, au milieu des guerres civiles excitées par ses frères, sur le trône de David, et se préparait à rehausser l'éclat de l'initiation par l'édification du temple fameux auquel il a donné son nom. Dans les siècles antérieurs, le peuple hébreu n'avait brillé ni par sa magnificence, ni par ses richesses, ni par des manifestations artistiques. Forcément ramené par sa situation toute spéciale, par les combats dont il fut constamment occupé, au positif de la vie, il semblait enfermé dans une sphère intellectuelle assez étroite, et, à l'exception de sa littérature, religieuse et politique à la fois, les arts de l'imagination avaient jeté sur lui peu d'éclat. David le transforma, et sous Salomon ses conquêtes en ce genre avaient été rapides et grandes.

 

Si l'on s'en rapporte aux descriptions du temple et des ornements qui le paraient, quelles proportions immenses, que de splendeur, quelle somptueuse prodigalité dans l'édification de la maison de Jéhovah ! Faut-il croire à cette armée de soixante-dix mille ouvriers chargés du transport des matériaux, aux quatre-vingt mille charpentiers occupés à couper les bois, aux trente mille maçons qui posaient les pierres taillées au loin et amenées sur des chariots, à ces anneaux d'or retenant le rideau chargé de broderies qui cachait le tabernacle, à ces chandeliers pesants, ces lampes suspendues, ces encensoirs ciselés, ces coupes élégantes, ces bassins, tous taillés dans l'or; à ces portes roulant sur des gonds d'or, à ces palmes, ces (leurs épanouies, ces grandes figures de chérubins, toutes choses sculptées dans les cèdres qui revêtaient les parois des murs et recouvertes aussi d'or ?

 

Quels trésors eussent suffi à ces créations fantastiques ? Quelles dépouilles de nations vaincues il eût fallu entasser ? Quels impôts il eût été indispensable de prélever sur le peuple, et qu'il eût chèrement payé le luxe donné à la demeure de son dieu ? Laissons ces exagérations à la Bible, à ses commentateurs, et peut-être aussi à la vanité des historiens nationaux; l'importance du temple n'est pas pour nous dans sa richesse, mais dans sa fondation même.

 

L'origine maçonnique de ce temple se révèle dans toutes ses parties; tout est emprunté des âges précédents, des mystères anciens; les magnificences de Thèbes et de Memphis vont se reproduire en Judée, à la gloire du Grand-Architecte de l'univers. Tout, dans la construction de ce temple, se rapporte au système du monde, en représente l'ordre et l'harmonie, en offre les tableaux. Le soleil, la lune, les planètes, le zodiaque, les divers éléments, le temps enfin, dans lequel tout se meut, y ont leurs emblèmes exposés aux regards de la nation, cette grande initiée. Le temple, dans ses détails, ressemble à celui du soleil ; les sept branches du chandelier rappellent les sept planètes, sur la disposition même desquelles est réglée celle des branches; les douze taureaux s'abreuvant dans la mer d'airain, et rangés trois par trois, de manière à former quatre groupes qui regardent les quatre points cardinaux, sont l'emblème des douze mois et des quatre saisons composant l'année immuable dont cet airain est l'image. Aux quatre faces de cette base formée par les groupes sont sculptées les quatre figures du zodiaque qui fixent les quatre points du firmament: un lion, un bœuf, un bomme et un vautour. Les deux grandes figures de chérubins sont les emblèmes des deux hémisphères, et leurs ailes témoignent de la rapidité avec laquelle s'envole le temps qui circule dans le zodiaque.

 

Des ornements pontificaux portés par les prêtres dans les grandes cérémonies, l'un représente la terre, l'autre le ciel dont il a emprunté la teinte; le plus important de tous, celui du moins qui a le plus exercé l'imagination des écrivains, le rational est chargé de pierres précieuses qui, figurant la Jérusalem céleste, sont le symbole de la lumière diffuse dans le zodiaque, les mêmes pierres qui ornent ailleurs la statue d'Isis.

 

La filiation est évidente; c'est le temple de l'initiation que Salomon fait élever, comme c'est en même temps le monument de la centralisation politique.

 

Par un singulier enchaînement de faits, l'édifice matériel devait éprouver les vicissitudes les plus étranges et disparaître du sol, tandis que l'édifice intellectuel, qui se rattachait au premier, qui lui empruntait une date nouvelle, allait au contraire se raffermir. . Le temple de Jérusalem fut en effet tour à tour rempli et abandonné parla foule inconstante des Hébreux; un roi d'Egypte le pilla; un roi d'Israël trouva que l'exemple méritait d'être suivi et l'imita; un autre en ferma les portes et appela d'autres dieux sur d'autres autels. Ézéchias lui rendit un moment son éclat, mais son fils Manassé brisa le tabernacle de Jéhovah. Puis, après quatre siècles d'existence et de fortunes diverses, il s'écroule dans l'incendie allumé par l'armée babylonienne. Rebâti après la captivité, devenu tout à la fois temple et forteresse, il fut renversé de fond en comble le 10 août 71 de l'ère chrétienne par l'armée de Titus. Sur ses ruines se sont élevés d'autres sanctuaires tour à tour églises et mosquées, suivant que domine à Jérusalem la fortune de l'Orient ou celle de l'Occident.

 

Ne recherchons pas quel fut le nombre des ouvriers occupés à la construction du temple, cela ne saurait avoir aujourd'hui d'intérêt ni pour la franc-maçonnerie, ni pour la science; ce nombre était considérable, si on en juge par les proportions de l'édifice, et ces ouvriers se réunissaient, selon leur genre de travaux, pour toucher leur salaire, auprès des deux colonnes placées l'une au nord, l'autre au midi, c'est-à-dire à droite et à gauche de la porte principale du temple. Celle de droite fut nommée Jakin, celle de gauche Boaz, ou Booz; devenues un symbole qui s'est perpétué, elles sont aujourd'hui reproduites à la porte de tous les temples de la franc-maçonnerie moderne.

 

Les ouvriers n'étaient pas tous Hébreux, un grand nombre étaient venus de Tyr, affiliés aux mystères qui depuis longtemps avaient pénétré dans leur patrie par suite des rapports fréquents établis entre elle et l'Égypte; déjà, réunis en association, ils avaient élevé d'autres temples, et ils offraient le premier exemple de ces grandes corporations de travailleurs que nous retrouverons au moyen-âge, faisant des travaux identiques, et qui viendront jusqu'à nous, sans trop d'altération.

 

Dans l'édification du temple, ils furent nécessairement séparés par groupes, suivant la nature des travaux, partagés en charpentiers, tailleurs de pierres, maçons, ces divers groupes subdivisés eux-mêmes en apprentis, compagnons, maîtres, et ils eurent pour se reconnaître des signes et des mois qui, suivant l'opinion générale, sont encore les mêmes parmi nous.

 

Pour la première fois nous apercevons l'origine du deuxième grade de la franc-maçonnerie actuelle, qui jusqu'à ce moment s'était dérobée aux regards. Selon la tradition du symbole, les compagnons ne pouvaient pénétrer dans l'intérieur du sanctuaire, réservé aux maîtres, ei c'est à la construction des cinq degrés extérieurs du temple que se rattache aujourd'hui leur grade. Chacun des outils et des matériaux qu'ils employaient a reçu une signification, et ces degrés qu'ils devaient nécessairement franchir pour arriver au péristyle sont devenus une allégorie.

 

Les matériaux bruts sont épars devant les compagnons, et pour les travailler, on leur donne le ciseau, le maillet, la truelle, la règle, le levier, l'équerre et le compas: le ciseau et le maillet qui taillent, la truelle qui cimente, la règle qui dirige, le levier qui soulève, l'équerre et le compas qui déterminent les proportions, l'équerre qui nivelle toutes les parties; à l'aide de ces instruments, ils obtiennent de la pierre brute la pierre cubique, et ils construisent les degrés du temple.

 

Le premier s'appelle INTELLIGENCE, le second DROITURE, le troisième COURAGE, le quatrième PRUDENCE, le cinquième AMOUR DE L'HUMANITE. Par cette gradation, les compagnons monteront jusqu'aux deux colonnes Jakin et Booz.

 

Mais ici il faut quitter le champ des idées matérielles et s'élever plus haut dans une région plus féconde et plus vaste. L'épreuve du compagnon est la seconde que l'initié doit subir avant de pénétrer dans le temple où lui sera enseigné le grand mythe d'Hiram, c'est-à-dire la pensée de l'initiation; la première condition est l'intelligence, parce que la franc-maçonnerie ne veut pas de soldats aveugles, qui marchent quand on leur dit : Marche ! qui frappent si on leur dit : Frappe ! Tous ses adeptes ont une mission à remplir, mais il faut qu'ils la comprennent et qu'ils sachent bien s'ils veulent s'y dévouer. Ce n'est pas le fanatisme qu'on cherche à développer en eux, c'est le sentiment du devoir appuyé sur la raison.

 

La seconde condition exigée est la droiture. Pas de voie détournée, point d'actes que la conscience puisse réprouver; le but est noble et grand, il faut marcher vers lui sans arrière-pensée, noblement ct grandement. Point de capitulations avec la conscience, point de restrictions mentales; soyez équitables, soyez droits, ou n'allez pas plus loin : la franc-maçonnerie ne veut pas de triomphes achetés par des moyens illicites. Droiture dans la vie privée, droiture dans la vie publique, telle doit être la règle invariable de l'initié dans toutes les occasions, dans toutes les circonstances.

 

La troisième condition est le courage ; pourquoi dissimulerait-on aux adeptes les dangers qu'ils peuvent courir, les haines qu'ils soulèveront, les persécutions qu'il faudra peut-être affronter? Dans la lutte, vive toujours, sanglante parfois, qu'ils auront à soutenir, le courage est indispensable ; ils laisseront assez de martyrs sur la route.

 

La prudence est la quatrième condition qu'on leur impose; si le courage est toujours nécessaire, la prudence ne l'est pas moins, parce que, si l'on a le droit de jouer son repos, sa fortune, sa vie, on ne saurait, sans se rendre coupable, compromettre le repos, la fortune, la vie de ses frères. La franc-maçonnerie ne veut pas de forfanterie, de démonstrations inutiles ou vaniteuses; elle a besoin de ce courage réfléchi qui va toujours au but tracé, mais qui ne se jette pas tête baissée dans les folles entreprises. Semez l'idée, fécondez-la toujours, sans relâche ; quand le moment est venu, levez-vous pour la faire triompher; mais ne sonnez pas de la trompette avant l'heure !

 

La cinquième condition voulue du compagnon est l'amour de l'humanité; ce n'est pas là le commencement de l'édifice, c'est le dernier des cinq degrés symboliques qu'il doit édifier. Amour de l'humanité I c'est à elle en effet que tout doit aboutir. Arrière l'égoïsme! arrière les pensées de personnalité! Le franc-maçon doit tout rapporter à l'intérêt général. On lui a dit, lors de son initiation, quand il a vu scintiller les épées, qu'il devait être toujours prompt à voler au secours de ses frères, comme il les trouverait toujours, prêts à le défendre dans le péril; on lui apprend ici que tout sentiment individuel doit s'absorber dans l'amour de l'humanité, que le bonheur de l'humanité est le but des efforts constants du franc-maçon.

 

Il va toucher enfin les colonnes du temple, mais il doit encore construire le pavé qui couvrira l'espace entre elles et le dernier degré; ce pavé est une mosaïque faite de petits cubes et de ciment, et cette agrégation, qui devient inaltérable, qui bravera les outrages du temps, qui résistera aux siècles, lui enseigne que l'union seule lui imprimera la durée. Il est arrivé entre les deux colonnes, Jakin qui signifie la FORCE, BOOZ qui signifie la STABILITE. C'est sur elles que repose le fronton du temple immatériel que le franc-maçon doit élever, et qu'il n'achèvera pas, s'il n'apporte dans son œuvre l'intelligence, la droiture, le courage, la prudence et l'amour de l'humanité.

 

Tel est le symbole du compagnon ; il se complétera dans le temple, quand, ses épreuves terminées, il pourra y pénétrer et assister au drame sanglant d'Hiram.

 

Osiris, assassiné par Typhon et ses conjurés, retrouvé par Isis, puis rendu à la vie, a été, en Égypte, le héros de l'initiation ; il a été remplacé dans les mystères grecs par Cérès; le héros va changer encore une fois de nom ; le mythe se rapprochera de la tradition première qui ne pourra être méconnu dans sa transformation, mais il sera autrement grand; c'est le drame social qui, pour la première fois, va se dérouler clairement. Cette modification de la pensée mystérieuse, ou plutôt ce complément de la pensée qui n'avait pu jusqu'ici être comprise tout entière sous les voiles dont les écrivains initiés l'entouraient, offre peut-être l'intérêt le plus puissant que l'initiation ait encore présenté.

 

Salomon avait demandé à Hiram, roi de Tyr, qui avait été l'ami de son père, des bois du Liban pour bâtir le temple, et il lui avait dit : Envoie-moi maintenant quelque homme qui s'entende à travailler en or, en argent, en airain, en fer, en écarlate, en cramoisi et en pourpre, et qui sache graver, afin qu'il soit avec les hommes experts que j'ai avec moi en Judée et à Jérusalem. Le roi lui envoya un homme habile portant le même nom que lui, qui bâtit avec Salomon la maison de Jéhovah.

 

L'architecte qui dirigeait les travaux fut donc Hiram d'après les uns, Adonhiram selon d'autres. Il traçait les dessins, suivait l'exécution des plans, imprimait partout l'ordre et l'activité, faisait tailler à la fois le bois, la pierre, l'or, l'argent, l'airain, le fer, veillait à ce que les ouvriers fussent régulièrement payés, avait pour eux les soins d'un père et en était aimé. Cependant trois mauvais compagnons, jaloux à la fois de son talent et de son autorité, persuadés, comme tous les ignorants orgueilleux, que leur science égalait la sienne, aspirant à le remplacer dans lu direction des ateliers, à se partager le pouvoir qu'il exerçait, formèrent le projet de lui arracher la parole de maître, c'est-à-dire le mot secret par lequel les maîtres se reconnaissaient entre eux, comme si le mot de passe donnait le savoir qui manque, et de l'assassiner ensuite.

 

Ils se postèrent un jour aux trois portes du temple et attendirent le passage d'Hiram; le maître parut à la porte de l'orient; l'un des assassins lui demanda la parole de maître, et, sur son refus, le frappa de son maillet; Hiram s'enfuit, poursuivi par l'assassin, vers la porte du midi, où un second compagnon le frappa de nouveau; il put encore aller jusqu'à la porte de l'occident, où le suivirent les deux premiers, et où le troisième compagnon l'étendit à ses pieds d'un coup de maillet sur la tête. Les trois assassins se jetèrent alors sur lui, enveloppèrent son visage d'un voile noir, le transportèrent au loin durant la nuit, le couchèrent dans un fossé, le couvrirent de feuilles mortes, et plantèrent sur le bord de cette fosse une branche d'acacia, afin de reconnaître la place et de savoir si on découvrirait le cadavre.

 

Le lendemain, les ouvriers attendirent vainement leur maître, puis, remplis d'inquiétude, ils le cherchèrent, et, ne pouvant le trouver, se mirent à courir de tous côtés, appelant et pleurant, et les assassins, joignant l'hypocrisie au crime, mêlèrent leurs larmes et leurs cris aux cris et aux larmes de la foule. Les ouvriers, de plus en plus attristés, désignèrent alors neuf d'entre eux pour continuer les recherches, mais les frimas, les pluies, les ténèbres arrêtaient leurs pas.

 

Cependant les trois mauvais compagnons s'étaient présentés pour succéder au maître dans la conduite des travaux; repoussés par les uns, accueillis par les autres, ils avaient fait le désordre remplacer partout l'activité. Toutefois la plupart des ouvriers n'avaient pas perdu toute espérance; depuis qu'Hiram n'était plus à leur tête, son absence avait laissé un si grand vide, le défaut d'une direction habile avait amené tant de fautes et tant d'erreurs, qu'ils comprirent que le maître était une de ces intelligences destinées à diriger les hommes, et dont la grandeur, l'élévation, sont appréciées surtout quand elles leur manquent. Ils sentaient, au milieu du désordre, qu'ils n'avaient plus de guide, plus de flambeau ; dans l'exaltation du désespoir, Hiram apparaissait à leur esprit comme un être supérieur, et ils se prirent à crier : Il n'est pas mort, il est le dieu de la lumière et de la vérité, et il ne peut pas mourir ! Les neuf compagnons délégués poursuivaient activement leurs recherches ; ils arrivèrent dans un lieu désert et retiré; la branche d'acacia, ce rameau des initiés, attira leurs regards; l'un d'eux y porta la main, elle s'inclina sous la pression ; il l'enleva hors de terre ; ils s'aperçurent alors qu'elle n'avait pas de racines, un frémissement involontaire parcourut leurs membres, et, animés par un triste pressentiment, ils s'écrièrent : C'est là qu'il doit être !

 

Ils écartèrent en tremblant les feuilles mortes, découvrirent Hiram sans mouvement et firent un geste d'épouvante... L'un d'eux cependant essaya de le soulever, et, comme le bras qu'il avait saisi échappait de ses mains, il crut, dans son trouble, qu'il se détachait du corps, et s'écria : M... B...! La chair quitte les os!

 

Le pressentiment des compagnons ne les avait pas trompés : Hiram, étourdi par les coups qu'il avait reçus, était tombé sanglant, mais il n'était pas mort ; le repos avait guéri ses blessures. Il se leva et dit aux compagnons : Ne pleurez plus, vous m'avez retrouvé... et son visage devint radieux comme le soleil. Il se rendit vers le temple, où tous les ouvriers le reconnurent, le saluèrent de leurs acclamations, le couronnèrent de fleurs, brûlèrent des parfums et jurèrent de n'avoir jamais d'autre guide. Le maître, à son tour, leur promit d'achever avec eux le sanctuaire de Jëhovah, le Grand-Architecte de l'univers , et les ouvriers battirent des mains...

 

Tel est le mythe hébreu dans sa grandeur tout empreinte d'une touchante simplicité. En se reportant à l'origine des mystères, on croit sentir un rayon de la poésie indienne et persane; on reconnaît que le maître Hiram est l'Osiris égyptien, la Proserpine grecque ; on suit le symbole, toujours le même dans ses transformations successives. Les trois mauvais compagnons qui frappent Hiram, le couvrent d'un voile, le cachent aux regards sous des feuilles tombées des arbres , indiquent les trois mois d'hiver durant lesquels le soleil s'éloigne, comme les neuf compagnons envoyés à sa recherche, qui le ramènent, le couronnent de fleurs, représentent les autres mois de l'année. Les travaux ont été suspendus, les travaux recommencent. C'est toujours la même idée du dieu mort et ressuscité, de la lutte des ténèbres et de la lumière, du soleil qui disparaît pour revenir. Le mythe hébreu ne comporte pas les détails poétiques du mythe égyptien, la grâce et le sentiment de celui d'Eleusis; il est sévère et sérieux comme le peuple chez lequel il prend naissance; mais il renferme une pensée plus grande, plus complète, une pensée sociale qui se manifeste pour' la première fois dans les mystères avec une clarté, une précision inconnues jusque-là. C'est une parole de révélation qui se fait entendre entre les colonnes du temple de Jérusalem, et dont l'écho retentira dans les âges futurs; c'est un drapeau élevé sur le temple immatériel de la franc-maçonnerie ; lorsque, de toutes les immenses richesses entassées par Salomon dans la maison de Jéhovah, il ne restera rien qu'un vague et lointain souvenir, lorsque ses ruines elles-mêmes auront disparu, emportées en poussière par les pieds des conquérants , nous retrouverons, plus féconde que les trésors, cette pensée toujours vivace; plus grand que les pilastres, plus haut que les frontons, ce drapeau toujours flottant 1

 

Expliquons cette pensée profonde du symbole hébreu qui est devenu le nôtre. En Égypte , lorsqu'Osiris a disparu , enfermé dans le tombeau où l'a jeté Typhon, Isis seule va redemander et chercher l'époux enlevé à son amour. En Grèce, lorsque le roi des ténébreux royaumes a entraîné Proserpine ravie au milieu des jeunes compagnes de ses jeux, Cérès est seule encore à parcourir les espaces pour retrouver sa fille; bien qu'elles proclament ainsi l'une la loi du mariage, l'autre celle de la famille, elles n'ont cependant toutes deux qu'une action isolée. C'était déjà, nous l'avons dit, une grande conquête obtenue sur la barbarie que la double proclamation du mythe qui avait placé sous l'égide du ciel le mariage et la famille ; mais la scène va changer, l'horizon s'agrandir; la civilisation va faire un nouveau pas, et c'est à la doctrine secrète, à la franc-maçonnerie qu'elle le devra encore. Le mariage, la famille reposent sur des bases solides; Moïse a proclamé le travail comme loi générale, comme une obligation imposée à tous les hommes, et, c'est ici l'important, le héros du symbole modifié par les initiés est un travailleur, un ouvrier-, chef d'ouvriers, un homme d'intelligence et de labeur.

 

Quelle conquête! Quelle marche rapide vers les idées sociales! Osiris était un guerrier, un héros; Proserpine une déesse, fille de Jupiter, épouse de Pluton. Arrière le glaive! Arrière ces chars ailés qui volent sur les nuages! Arrière ce Mercure intervenant pour égarer Cérès! Il n'est plus besoin de recourir à ces dynasties de princes et de dieux qui trônent sur le monde ; Hiram est un artiste, un architecte, un fondeur de métaux, un teinturier; il grave, il dessine, il travaille l'or, l'argent, l'airain, le fer; il fait l'écarlate, le cramoisi ; en un mot, l'homme du peuple, le plébéien a remplacé les castes supérieures et l'Olympe lui-même. Quelle transformation ! Quelle pensée plus profonde pouvait être offerte aux études sérieuses de l'avenir ! Gloire vous soit rendue à vous, mystères anciens, qui l'avez produite et jetée à la terre là vous, mystères nouveaux, qui l'avez conservée!

 

Il y a dans le symbole une autre signification non moins importante, non moins féconde , qui aura dans l'avenir une puissance égale, qui ouvre une route nouvelle à l'humanité condamnée au travail. Nous avons vu l'action isolée de l'épouse, de la mère, cherchant tout en pleurs l'une le héros qu'elle aime, l'autre la jeune fille ravie à sa tendresse ; maintenant c'est l'action simultanée, générale, d'une association de travailleurs qui ont perdu leur chef, à la fois leur guide et leur lumière, s'efforçant de retrouver celui qui les dirigeait. Ici, plus de courses lointaines où la femme s'aventure seule avec un dévouement profond, sous l'égide de son amour ! Plus de halte auprès d'une fontaine où la femme, quoique épuisée de fatigues, n'a rien perdu de sa grâce! Plus de séjour dans des palais de rois où l'on donne à la voyageuse un enfant à élever ! Désormais tout est simple, modeste, comme il convient aux hommes de travail. Les premières recherches des ouvriers sont infructueuses, l'association délègue neuf de ses membres pour continuer l'œuvre qui importe à tous, qui intéresse tous les initiés, et quand le maitre a été retrouvé, rendu à la vie, sa première parole*est celle-ci : « Vous m'aviez laissé seul, et les méchants m'ont frappé. » Parole profonde qui semble compléter le symbole.

 

Nous entrons dans un monde nouveau, c'est une sphère toute différente de celles jusqu'à ce moment traversées que nous allons maintenant parcourir. Adieu les poétiques images, les émouvantes peintures de la douleur conjugale, de l'inquiétude maternelle ! la pensée sociale a remplacé le sentiment. Que de jeunes femmes avaient versé des larmes sur la passion d'Osiris, sur la malheureuse Isis parcourant les bords du Nil, sondant les roseaux qui les couvrent, leur redemandant le corps de son bien-aimé, enlevant l'arbre qui a enveloppé la tombe où il repose! Quel tendre intérêt n'inspirait pas l'épouse infortunée, quand, transformée en colombe, elle venait voltiger autour de cet arbre qui, devenu colonne, soutenait les lambris du palais! Que de pleurs encore, alors qu'elle réunissait les membres dispersés de celui qu'elle aimait!

 

Les épouses s'apitoyaient sur Isis, les mères pleuraient sur les tourments de Cérès appelant sa fille, interrogeant les cieux, la terre, les eaux et les sombres abîmes du royaume des ténèbres ! Combien, quelques siècles plus tard, s'attendriront sur le sort de Marie affaissée au pied de la croix du Calvaire !

 

Le mythe hébreu renonce à tous ces moyens de charmer, d'émouvoir; il est sévère, et néglige de parler au cœur, pour ne s'adresser qu'à la raison; le génie de Moïse semble s'y refléter, y revivre.

 

Nous avons entendu l'explication astrologique du symbole d'Hiram ; demandez aux francs-maçons modernes ce que sont en réalité les trois mauvais compagnons qui ont voulu assassiner le maître, ils vous répondront ce qu'ils disent à tous les initiés : Hiram, c'est la raison étemelle de laquelle découlent la justice et la liberté; les trois compagnons sont I'IGNORANCE, le MENSONGE et I'AMBITION ; les neuf compagnons qui vont à la recherche du maître sont les vertus , l'étude , la science qui servent et honorent l'humanité.

 

L'ambition dirigeait le complot, le mensonge frappa le premier, l'ignorance jeta le voile sur la tète du maître ; puis tous trois essayèrent d'entraîner les ouvriers, c'est-à-dire les hommes, et tous les malheurs vinrent affliger l'humanité. Le mensonge nia le droit de tous à la liberté, prêcha de mauvaises doctrines, fit des lois une fausse interprétation, jeta l'erreur dans les esprits, le trouble dans les relations; l'ambition, s'appuyant sur lui, brisa cette liberté qu'il sapait, établit le despotisme d'où naquirent la misère, l'esclavage, les proscriptions, l'intolérance religieuse qui a versé tant de sang, et l'ignorance, tour à tour devint sa complice ardente, armée du glaive, marchant à ses ordres, égorgeant ceux qu'elle désignait à son aveugle fureur ; tour à tour s'endormit dans une stupide indifférence qu'elle décorait du nom de tranquillité et de repos ; tranquillité de la mort, repos de la tombe

 

Nous abrégeons ces détails, parce que nous aussi, comme les initiés qui ont traité des anciens mystères, nous ne croyons pas utile de tout écrire. Ce que nous avons dit suffira pour faire comprendre que la franc-maçonnerie est une lutte perpétuelle contre l'ambition, le mensonge et l'ignorance; qu'on s'étonne ensuite du nombre d'ennemis qu'elle eut à combattre à toutes les époques (1).

 

(1) Les diverses sociétés de compagnonnage qui existent en France font remonter leur origine à la construction du temple de Salomon ; la plupart d'entre elles , toutes peut-être, nous ne savons, ont adopté le mythe d'Hiram, bien qu'elles se donnent des chefs particuliers. Quelques-uns des tailleurs de pierre s'appellent enfants de maître Jacques, qui était sculpteur et architecte, collègue d'Hiram, et auquel la légende attribue une vie et une mort assez semblables a celles de ce dernier. Le père Soubise, également employé dans les travaux du temple, est le patron des charpentiers.

 

Tous, ou à peu prés, ont, comme nous l'avons dit, adopté le mythe d'Hiram ; malheureusement le sens de ce symbole si grand, si profond, duquel date une ère nouvelle pour les travailleurs, paraît n'avoir pas été bien saisi par tout ceux qui l'ont accepté ; plusieurs ont vu dans le meurtre symbolique un fait vrai, un crime réel qu'ils ont attribué i une des divisions du compagnonnage. Un jour que nous nous efforcions de faire comprendre à des compagnons que tous les hommes sont frères, que le travail étant la loi générale , tous ont un droit égal au travail, et qu'une grande et belle association comme la leur ne pourrait être puissante et utile qu'à la condition d'abjurer les haines qui divisent les différentes sociétés, qu'à la condition de renoncer pour toujours aux luttes sanglantes qui les déshonoraient, il nous fut nettement répondu que jamais les charpentiers ne pardonneraient aux (nous croyons devoir taire le nom), qu'ils ne fraterniseraient jamais avec eux, parce qu'ils ont tué Hliram.

 

Voilà ce qu'on avait fait d'un admirable symbole; heureusement ces idées se sont modifiées aujourd'hui; le compagnonnage est entré dans une voie de réforme, et ce progrès remarquable est dû en grande partie aux efforts et au livre de M. Agricol Perdiguier.

source : http://legende-hiram-bis.blogspot.fr/

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Histoire pittoresque de la Franc- Maçonnerie et des sociétés secrètes

4 Mai 2012 , Rédigé par FT Bègue-Clavel Publié dans #histoire de la FM

« Bien que, d'après nos traditions, Salomon soit le fondateur de la franc-maçonnerie, !e personnage qui joue le principal rôle dans la légende est Hiram, l'architecte du temple de Jérusalem. Hiram, le même qu'Osiris, que Mithra, que Bacchus, que Balder, que tous les dieux célébrés dans les mystères anciens, est une des mille personnifications du soleil. Hiram signifie en hébreu : vie élevée ; ce qui désigne bien la position du soleil par rapport à la terre. Selon l'historien Josèphe, Hiram était fils d'un Tyrien nommé Ur, c'est-à-dire feu. On l'appelle aussi Hiram-Abi, Hiram père, comme les Latins disaient : Jovis pater, Jupinpère; Liber pater, Bacchus père. Mais alors il existe, entre Hiram et Hiram-Abi, la même différence que chez les Égyptiens, par exemple, entre Horus et Osiris. Celui-ci est le soleil qui s'éteint au solstice d'hiver; celui-là, le soleil qui renaît à la même époque.

 

« Hiram est représenté comme le chef des constructeurs du temple de Salomon. Cette allégorie maçonnique se retrouve dans les fables du paganisme, et jusque dans la Bible. Dans les premières, on voit Apollon, ou le soleil, travailler comme maçon à la construction des murs de Troie, et Cadmus, qui est aussi le soleil, bâtir Thèbes aux sept portes, qui avaient les noms des sept planètes. L'Edda des Scandinaves parle d'un architecte qui propose aux dieux de leur construire une ville, et leur demande pour salaire le soleil et la lune. Dans la Bible, on lit, au livre des Proverbes, ces paroles significatives : « La souveraine sagesse a bâti sa maison ; elle a taillé ses sept colonnes. » Vous remarquerez en outre qu'on saupoudrait de plâtre le récipiendiaire dans certaines initiations anciennes ( Les noms d'architectes que nous a transmis l'antiquité : Chemmis, Dorus, Satyrus, Pithée, Briassis, Trophonius, Agamède, Dédale, Deucalion, Thésée, Callimaque, etc., sont autant de noms du soleil et de la lune. La construction du temple d'Apollon à Delphes est attribuée à Agamède et à son frère Trophonius. Plutarque dit que, lorsque le temple fut achevé, les deux frères demandèrent au dieu leur récompense. Apollon leur ordonna d'attendre huit jours, et de faire bonne chère jusque-là. Ce terme arrivé, on les trouva morts. Le dieu Scandinave Thor tue également les deux architectes qui demandaient, à titre de salaire, le soleil et la lune pour bâtir une ville aux immortels).

 

« Pendant le cérémonial qui s'est accompli, mon frère, à votre triple réception, nous avons figuré la révolution annuelle du soleil, et vous avez représenté cet astre. Le même rite était en usage dans les anciennes initiations.

 

« Le mythe des trois grades maçonniques embrasse les principales divisions de la course annuelle du soleil. Le premier grade se rattache au temps qui s'écoule entre le solstice d'hiver et l'équinoxe du printemps; le second, au temps compris entre l'équinoxe du printemps et l'équinoxe d'automne, et le troisième, au temps qui suit, jusqu'au solstice d'hiver.

 

« Aspirant, vous avez d'abord été placé dans un lieu de ténèbres et entouré des images de la destruction ; vous en êtes sorti les yeux couverts d'un bandeau, et à moitié nu. Toutes ces circonstances faisaient allusion au soleil d'hiver sans lumière, sans chaleur et sans force ; à la nature triste et dépouillée de ses ornements accoutumés. Vous étiez alors l'Horus des Égyptiens, l'Iacchus des Athéniens, le Casmilus de Samothrace; eu un mot, le soleil renaissant. On vous a introduit dans le temple ; vous y avez fait trois voyages, au milieu du bruit, des secousses réitérées qu'éprouvait le sol sur lequel vous marchiez; vous avez été purifié par l'eau, par le feu; vos yeux se sont ouverts à la lumière. Ne reconnaissez-vous point là les vicissitudes des trois mois de l'année que traverse le soleil au commencement de sa révolution, les ouragans, les pluies, et enfin le printemps qui rend la paix, la vie et la clarté à la nature? Le frère terrible qui vous accompagnait et vous soumettait aux épreuves, c'est Typhon, le méchant frère d'Osiris, le mauvais principe, qui lutte constamment contre la lumière et sa chaleur vivifiante. « La réception au grade de compagnon offre une continuation de la même allégorie. Là, vous n'étiez plus cet apprenti qui dégrossit la pierre brute, ou le soleil qui jette des semences de fécondité dans une terre nue et sans grâce ; vous étiez l'ouvrier habile qui donne à la matière des formes élégantes et symétriques. Vous avez accompli cinq voyages, puis un sixième, et alors on vous a communiqué une parole qui signifie épi, pour vous rappeler l'action fécondante du soleil pendant les six mois qui s'écoulent entre les deux équinoxes.

 

« Au grade de maître, où vous venez d'être reçu, la scène se rembrunit, et, en effet, à l'époque où l'on est arrivé, le soleil commence à redescendre vers l'hémisphère inférieur. La légende que l'on vous a racontée rapporte que, le temple étant presque achevé, c'est-à-dire que le soleil étant parvenu aux trois quarts de sa course annuelle, trois mauvais compagnons, les trois mois d'automne, conspirèrent contre les jours d'Hiram-Abi. Pour consommer leur attentat, ils s'apostent aux trois portes du temple, situées au midi, à l'occident et à l'orient, les trois points du ciel où paraît le soleil ; et, au moment où Hiram, ayant achevé sa prière, se présente pour sortir à la porte du midi, un des trois compagnons lui demande la parole sacrée, qu'Hiram est alors dans l'impuissance de donner. La parole, je vous l'ai dit, c'est la vie : la présence du soleil dans sa force provoque, en effet, les acclamations, les chants de tout ce qui respire ; son absence rend tout muet. Hiram ayant refusé de donner la parole, est aussitôt frappé à la gorge d'un coup de règle de vingt-quatre pouces. Ce nombre est celui des heures de la révolution diurne du soleil. C'est l'accomplissement de cette division du temps, celle du jour en vingt-quatre heures, qui porte le premier coup à l'existence du soleil. Hiram s'imagine pouvoir fuir par la porte de l'occident; mais, là, il rencontre le second compagnon, qui, sur son refus de lui donner la parole, le frappe au cœur d'une équerre de fer. Si vous divisez en quatre parties le cercle du zodiaque, et que, de deux points de section les plus rapprochés, vous tiriez deux lignes droites convergentes vers le centre, vous aurez une équerre, c'est-à-dire un angle ouvert à 90 degrés. Le second coup porté au maître fait donc allusion au préjudice que porte au soleil la seconde distribution du temps, celle de l'année en quatre saisons. Enfin, Hiram-Abi, espérant pouvoir fuir par la porte de l'orient, s'y présente. Il y trouve le troisième compagnon, qui, après lui avoir, lui aussi, demandé vainement la parole, le frappe au front d'un coup mortel avec un maillet. La forme cylindrique du maillet figure l'accomplissement total du cercle de l'année.

 

« Les circonstances qui suivent sortent de ce principal thème, bien qu'elles aient toujours rapport à la mort fictive du soleil.

 

« A peine les compagnons ont-ils consommé le meurtre d'Hiram, que déjà ils éprouvent des remords et des craintes, et qu'ils songent à faire disparaître les traces de leur crime. D'abord ils cachent le cadavre sous des décombres, image des frimas et du désordre qu'amène l'hiver ; puis ils vont l'enterrer sur le mont Liban. Il est à remarquer que cette montagne joue un rôle important dans la légende d'Adonis ou Adonaï, dont les mystères, établis chez les Tyriens, s'étaient introduits parmi les juifs, qui avaient donné au dieu le nom de Thammuz. C'est sur le mont Liban qu'Adonis avait été mis à mort par un sanglier, emblème de l'hiver, comme le fait voir Macrobe; et c'est là qu'il avait été retrouvé par Vénus en pleurs.

 

« Hiram ne reparaissant plus, Salomon envoie à sa recherche neuf maîtres, figure des neuf bons mois de l'année. Arrivés sur le mont Liban, ils découvrent le corps inanimé d'Hiram, que les trois mauvais compagnons y avaient enseveli. Ils plantent sur la fosse, qu'ils ont recouverte, une branche d'acacia, arbre que les anciens Arabes avaient, sous le nom d'huzza, consacré au soleil. C'est le rameau de myrte de l'initiation grecque; le rameau d'or de Virgile , le gui des Gaulois et des Scandinaves, l'aubépine des chrétiens. Enfin, après que le cadavre du maître a été exhumé, la parole sacrée est changée; car c'est un autre soleil qui va naître.

 

« Telle est en substance, mon frère, cette allégorie de la maîtrise, dont les traits fondamentaux se retrouvent dans les fables d'Osiris, d'Adonis, de Bacchus, de Balder et de tous les autres dieux célébrés dans les mystères de l'antiquité. Dans toutes, c'est un homme vertueux qu'on assassine , dont on veut cacher la mort ; ce sont des recherches ; c'est une sépulture sur laquelle s'élève une plante : c'est, en un mot, la même pensée.

 

« Dans votre réception au grade de maître, nous avons mis en action l'histoire d'Hiram-Abi. Vous êtes entré à reculons dans la loge, pour figurer la marche rétrograde du soleil d'hiver. On vous a successivement conduit au midi, à l'occident, à l'orient, où, à l'imitation d'Hiram-Abi, vous avez reçu tour à tour les trois coups mortels. En recevant le dernier, votre cadavre fictif a été renversé dans une fosse, sur laquelle on a planté une branche d'acacia. Bien que les anciens initiés aient été fort sobres d'explications sur le cérémonial des mystères, nous trouvons toutefois dans les écrits qu'ils nous ont laissés des traces d'une cérémonie analogue. C'est ainsi que, d'après Lucien, il y avait dans l'initiation d'Adonis un moment où le récipiendaire se couchait à terre. A Chio et à Ténédos notamment, dans les mystères de Dionysius ou Bacchus (le soleil), les initiés, suivant Porphyre, commémoraient la fable de Bacchus mis à mort par les Titans; et « le dieu était représenté par un homme qu'on immolait. » Lampride, dans sa Vie de l'empereur Commode, nous apprend que ce prince, assistant aux mystères de Mithra, immola un homme de sa propre main ; mais l'écrivain a soin d'insinuer que ce n'était là qu'un simple simulacre, sans effusion de sang. Lorsque vous avez été placé dans la fosse, les deux surveillants, suivis des frères auxquels ils commandent, ont fait autour du cercueil, en commémoration de la recherche du corps d'Hiram, deux tours en sens opposés, l'un d'orient en occident, l'autre d'occident en orient. D'après Celse, cité par Origène, les mithriades accomplissaient dans leurs mystères une procession du même genre, « pour représenter le double mouvement des étoiles fixes « et des planètes. » Ce cérémonial achevé, on a simulé sur votre personne l'exhumation d'un cadavre, ainsi que cela eut lieu, suivant les légendes sacrées, pour les corps d'Hiram, d'Osiris et des autres dieux. Enfin, on vous a fait exécuter une marche qui rappelle celle du soleil dans l'écliptique, où il passe alternativement de l'un à l'autre côté de la ligne équinoxiale, indiquée dans cette loge par le tombeau d'Hiram-Abi.

 

« Les ornements dont vous êtes décoré rentrent dans l'allégorie solaire, comme les autres circonstances de votre réception. Votre tablier, par sa forme semi-circulaire, figure l'hémisphère inférieur. Le cordon que vous portez de l'épaule gauche à la hanche droite est la bande zodiacale; la couleur en est bleue, parce que, de même que les anciens initiés, les francs-maçons affectent cette couleur aux signes inférieurs du zodiaque. Le bijou suspendu au bas de votre cordon se compose d'un compas sur une équerre. Le compas est l'emblème du soleil; la tête figure le disque de cet astre; les branches en représentent les rayons. L'équerre fait allusion à cette portion de la circonférence de la terre que le soleil éclaire de son zénith.

 

« Dans toutes les cérémonies qui s'accomplissent en loge, vous reconnaîtrez constamment la même pensée. Ainsi, notre association s'est mise sous l'invocation de saint Jean, c'est-à-dire de Janus, le soleil des solstices. Aussi est-ce à ces deux époques de l'année que nous célébrons la fête de notre patron, avec un cérémonial tout astronomique. La table à laquelle nous prenons place a la forme d'un fer-à-cheval,et représente figurativement la moitié du cercle du zodiaque. Dans les travaux de table, nous portons sept santés; ce nombre est celui des planètes, auxquelles les anciens initiés offraient aussi sept libations.

 

« Il y a encore dans la franc-maçonnerie un autre point de similitude avec les doctrines des initiations de l'antiquité ; c'est l'emploi des nombres mystiques, mais restreint aux impairs, comme les plus parfaits : Numero Deus impare gaudet. Pour ne pas prolonger davantage cette explication, déjà trop étendue, je ne vous déroulerai pas ici la théorie complète de ce genre de symboles; vous la trouverez dans les Vers dorés , dans Macrobe, dans Aulu Gelle, et, plus près de nous, dans Ticho-Brahé. Il vous suffira de savoir quant à présent que les âges emblématiques des trois grades qui vous ont été successivement donnés se rattachent à cette théorie : l'apprenti a trois ans, nombre de la génération, qui comprend les trois termes : agent, patient et produit ; le compagnon à cinq ans, nombre de la vie active, caractérisée dans l'homme par les cinq sens; le maître a sept ans, nombre de la perfection, par allusion aux sept planètes primitivement connues, qui complétaient le système astronomique; par allusion aussi aux purifications que les âmes subissaient en traversant les sept mondes, et qui les rendaient aptes à être admises dans le séjour lumineux, siége et foyer de l'âme universelle.

 

« Là s'arrête, mon frère, la véritable franc-maçonnerie , héritage précieux que nous a légué la vénérable antiquité. Au-delà , vous ne trouverez que vanité, déraison et mensonge. Les hauts grades prétendus ne sont que d'inutiles réduplications de la maîtrise, ou que des compositions dans lesquelles le ridicule le dispute à l'absurde. Les doctrines les plus décriées en forment généralement la base; on y enseigne, sous le voile d'indigestes allégories, la théosophie, la magie, l'art de faire de l'or; en un mot, toutes les sciences occultes, et qui sont, en effet, si bien cachées que ceux-là même qui les professent ne pourraient les définir. Voilà pour les grades qu'on appelle philosophiques. Quant aux grades historiques, vous ne sauriez croire ce qu'ils renferment d'assertions fausses et contradictoires et de honteux anachronismes. Certes, s'ils révèlent quelque chose, c'est, à coup sûr, l'ignorance de leurs auteurs. Je ne vous décrirai pas le cérémonial qui en accompagne l'initiation : si ceux de nos frères qui ont eu la vaniteuse faiblesse d'en ambitionner les rubans et les croix osaient se rappeler les formalités auxquelles il leur a fallu se plier lors de leur réception, ils rougiraient de ce qu'elles offrent de dégradant pour la dignité et pour l'intelligence humaines. Aussi faut-il attribuer la création de la majorité de ces grades aux secrets ennemis delà franc-maçonnerie. Le rose-croix, entre autres, est l'œuvre de la société des jésuites, au temps où elle eut accès dans les loges. Le kadosch templier et presque tous les grades chevaleresques ont été imaginés pour servir des intérêts politiques en opposition flagrante avec les doctrines fondamentales de notre institution. Les grades hermétiques ont eu pour motif un mercantilisme éhonté; et les indignes maçons qui les ont inventés y ont trouvé en réalité cet art de faire de l'or dont ils promettaient vainement le secret à leurs adeptes.

 

« Déjà, mon frère, je vous ai prémuni contre ces déplorables innovations, lors de votre initiation au grade d'apprenti. J'insisterai aujourd'hui sur ce point avec plus de force encore, parce que vous devez mieux comprendre, d'après ce que vous a dévoilé notre digne vénérable, et d'après ce que je viens de vous apprendre, combien est pressante la nécessité de débarrasser la franc-maçonnerie de superfétations qui la défigurent et la déshonorent, et qui entravent sa marche, au grand préjudice du progrès social. A l'œuvre donc, mon frère, si, comme je n'en doute pas, l'intelligence que vous avez du but de l'institution maçonnique vous a pénétré de l'enthousiasme du bien, de l'amour ardent de l'humanité, de ce saint dévoûment qui fait entreprendre et réaliser les grandes choses! A l'œuvre ! ralliez-vous au faisceau de ceux de vos frères qui veulent ramener la franc-maçonnerie à sa simplicité, à sa pureté primitives, pour la rendre plus capable d'accomplir en entier et dans un temps plus prochain la sublime mission qu'elle s'est donnée»

 

Ce discours achevé, le sac des propositions et le tronc de bienfaisance circulent. On ferme ensuite les travaux de la même manière et dans les mêmes termes qu'aux deux grades précédents.

Source : http://legende-hiram-bis.blogspot.fr/

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L'Arche Sainte

3 Mai 2012 , Rédigé par B. Boursy Publié dans #hauts grades

TROISIÈME GRADE, OU GRADE DE MAITRE.

En 1649, le système de réformation maçonnique dont nous avons déjà parlé, fut complété, dit-on, par la création du grade de maître. Comme cette époque est précisément celle de la mort tragique de Charles Ier, on pense que le drame d'Hiram fut composé par les partisans des Stuarts pour consacrer la mémoire du roi malheureux. On peut combattre cette assertion par ce fait. que la commémoration dont il s'agit, peut aussi bien s'appliquer aux grades de Maître secret, d'Elu parfait, etc., qu'à celui de la maîtrise.

D'autres écrivains ont cru voir dans l'allégorie d'Hiram la mort de Jacques Molay. Nous retrouverons la commémoration plus frappante de cette fin terrible dans les grades d'Elus. Quoiqu'il en soit, nous préférons voir dans la figure d'Hiram la personnification de Bouddha, d'Osiris, etc., et dans le mythe, la continuation des anciens mystères. Nous avons à la fin du deuxième chapitre de ce livre, démontré l'analogie frappante qui existe entre le héros de la franc-maçonnerie et ceux de la mythologie antique. Nous allons maintenant retracer le canevas historique sur lequel on a composé le drame du MAITRE.

 Salomon, au moment d'élever son temple fameux, demanda à Hiram, roi de Tyr, des bois du Liban et un architecte habile pour diriger les travaux de l'édifice. Le roi lui envoya un ouvrier habile portant le même nom que lui. Cet ouvrier, doué d'une grande activité, d'un mérite incontestable, présida à l'exécution de toutes les parties des travaux, avec un art et une science qui lui créèrent des jaloux, parmi les autres ouvriers employés à la construction du temple. Trois d'entre eux formèrent le criminel projet de l'assassiner pour le remplacer.

Un jour, ils se placèrent chacun à l'une des portes du temple pour attendre le maitre. Celui-ci se présenta à la porte de l'orient. L'un des assassins lui demanda la parole sacrée. Il refusa de la donner, et il fut frappé d'un coup de maillet. Hiram s'enfuit. Son assassin le poursuivit jusqu'à la porte du midi, où veillait le deuxième mauvais compagnon qui lui porta un nouveau coup. Hiram se traîna jusqu'à la porte de l'occident, où le troisième mauvais compagnon le renversa en lui portant un dernier coup de maillet sur la tête. Les trois criminels jetèrent alors un voile noir sur la partie supérieure du cadavre qu'ils transportèrent dans un lieu écarté, creusèrent à la hâte une*fosse où ils le jetèrent; ils recouvrirent la fosse avec des feuilles, et y plantèrent une branche d'acacia pour montrer l'endroit.

Le lendemain, les ouvriers attendirent inutilement Hiram. Pleins d'inquiétude, ils allèrent de tous côtés à sa recherche. Ils l'appelaient de son nom, et les échos seuls leur répondaient.

Les assassins n'étaient pas les moins tristes et les moins empressés. Les ouvriers désignèrent neuf d'entre eux pour continuer les recherches que l'intempérie de la saison rendait encore plus difficiles. Pendant ce temps-là, les trois mauvais compagnons s'étaient offerts pour continuer les travaux. Ils furent accueillis par les uns et repoussés par les antres. Bientôt l'anarchie succéda à l'activité, à l'ordre, et ce fut alors que l'absence d'Hiram, ce grand génie, ce maître parfait, se fit plus vivement sentir parmi eux.

Cependant les neuf compagnons étant arrivés dans le lieu où Hiram avait été inhumé, ils soulevèrent la branche d'acacia qui n'avait point de racines. C'est là qu'il repose, s'écrièrent-ils ! Ils enlevèrent la branche, écartèrent les feuilles et aperçurent le corps de leur maître. L'un d'eux essaya de le soulever en le prenant par un bras. Le bras glissa de sa main, et il crut qu'il s'était détaché du corps. Il s'écria : Mak Benac... « La chair quitte les os ! »

Hiram n'était point mort; il avait survécu à ses blessures. En entendant ses fidèles compagnons, il se leva radieux et leur dit : Ne pleurez plus, vous m'avez retrouvé! Il se dirigea au milieu d'eux vers le temple où tous les ouvriers l'accueillirent par des cris de joie. Ils le couvrirent de fleurs et lui jurèrent une fidélité inaltérable. Hiram leur promit que, sous ses ordres, le temple s'achèverait. Ils battirent des mains en signe d'allégresse.

Telle est l'allégorie aussi simple que touchante de notre maître Hiram. Il est le symbole incarné de la science, de la vertu, de l'amour fraternel; comme ses trois assassins sont la personnification des trois vices principaux qui corrompent les hommes : l'ambition, l'égoïsme et la duplicité. Il représente le principe du bien, et les trois mauvais compagnons le principe du mal.

Le grade de maître bien compris, bien exécuté, doit produire un effet saisissant, non seulement sur l'assistance, mais encore sur le récipiendaire. Chacun peut se pénétrer de ces mots que l'initié aux grands mystères d'Isis lisait à la fin de ses épreuves, mois conservés dans un grade et inscrits sur le sarcophage d'Hiram : « Quiconque aura pu vaincre la frayeur de la mort, ayant son âme préparée à recevoir la lumière, pourra sortir du sein de la terre et être admis à la révélation des grands mystères. »

Le rituel ancien était incomplet; c'était une espèce de canevas que ses auteurs avaient remis aux loges, dans la pensée que leurs vénérables sauraient le remplir convenablement. Malheureusement la plupart des officiers chargés de conférer le grade, lisaient bien ou mal, et suivaient aussi ponctuellement que possible le cahier ouvert sous leurs yeux. Il n'y avait donc et ne pouvait y avoir ni attrait, ni émotion. On assistait à cette cérémonie par obligation, et le récipiendaire, pour se décorer du cordon bleu et payer son titre. Un F.-, vint qui voulut corriger ce mal et qui dépassa son but. De l'allégorie d'Hiram, il fit un drame de théâtre. Il parla aux yeux et non au cœur ; il fatigua l'oreille par des discours emphatiques, et ne produisit qu'un résultat négatif. Le grade de maître est donc à créer, ou du moins à réformer. II faut espérer que quelque F. •. entreprendra bientôt cette tâche et la mènera à bonne fin.

 QUATRIÈME GRADE, OU MAITRE SECRET.

 Nous avons considéré le grade de Maître comme un épisode dramatique de la vie humaine ; Hiram, comme le symbole du bon principe, et les trois mauvais compagnons, comme les représentants du principe du mal. Au quatrième degré, l'action continue et se développe lentement sous le voile de l'allégorie.

 La scène représente le sanctuaire, ou le saint des saints. C'est dans ce lieu sacré, séparé de la nef par une baluslrade dont les lévites avaient seuls la clé, qu'était placé le tombeau d'Hiram, élevé par Salomon. Sous la voûte du temple, est un G radieux, entouré des attributs de la divinité. Au premier abord, on est tente de voir dans le sanctuaire du temple consacré aux mânes d'Hiram , le symbole des plus secrets mystères de la science théogonique, mystères auxquels les lévites seuls étaient initiés. Mais le F.°.Vassal , dans son Cours complet de Maçonnerie, y voit de plus hauts enseignements.

« Le sanctuaire du temple, dit-il, représente la conscience de l'homme ; c'est la partie la plus concentrée de son être ; elle peut seule concevoir la grandeur et l'immensité de Dieu. La balustrade représente la raison qui préserve la conscience des funestes effets des préjugés vulgaires et fanatiques. La clé du sanctuaire, est le symbole de l'intelligence, qui, en éclairant la conscience, permet à l'homme d'arriver jusqu'à la vérité, qu'il concentre en lui-même dès qu'il en a la conviction la plus intime ; d'où il résulte que la conscience, figurée parle sanctuaire, est, comme le saint des saints, un asile sacré où personne n'a le droit de pénétrer.

» La lettre G qui orne la voûte du temple, signifie Gloire, Grandeur, etc. »

 L'institution de ce grade est attribuée à Salomon , qui fut initié aux grands mystères grecs, où il puisa les connaissances philosophiques qu'il allia plus tard aux sciences morales et religieuses des Hébreux.

Les adeptes qui ont vu dans Hiram la personnification de Jacques Molay, et dans le grade de maître, la commémoration de sa mort, retrouvent au quatrième degré la continuation de l'allégorie. Le tombeau renfermé dans le sanctuaire, est celui du grand-maître, etc.


CINQUIÈME GRADE, OU MAITRE PARFAIT.

Ce grade est si étroitement lié à celui qui précède, que l'on peut croire qu'ils furent les deux parties d'un même tout.

Le tombeau que Salomon avait fait élever dans le saint des saints, en l'honneur d'Hiram, fut ensuite transporté dans une autre partie du temple où se tenait le conseil privé du roi. Ce conseil, qui s'appelait Chapitre, était composé de trois membres, c'est-à-dire d'Hiram II, roi de Tyr, de Salomon et d'Hiram, architecte du temple. A la mort de ce dernier, le chapitre fut réduit à deux membres, et ce sont précisément ces deux personnages qui figurent au cinquième grade.

Lors de la translation dont nous venons de parler, les auteurs de l'obélisque, qui étaient tous des architectes distingués par leurs talents et leur mérite, furent admis au Chapitre, et ce fut dans ce conseil où se traitaient les plus hautes questions religieuses, philosophiques et législatives, que l'on pensa à venger la mort du maître, c'est-à-dire à rechercher ses assassins pour les livrer à la vengeance. Comme on le voit, la pensée qui a présidé à la création des grades d'Elus, commence à se dévoiler, et ceux qui ont reconnu dans Hiram l'ombre de Jacques Molay, pourront facilement justifier leur système. Mais, si nous ressaisissons le fil du sens mystique attaché au nom d'Hiram, nous arriverons à la découverte de la pensée morale que renferme le cinquième grade.

Nous avons dit qu'Hiram représente le génie du bien, et les trois mauvais compagnons le génie du mal; que dès lors, le tombeau d'Hiram doit être considéré comme la dernière limite posée entre le monde physique et le monde spirituel, comme une espèce de tabernacle où repose la table de la loi vivante. En continuant l'interprétation, dans le sens mystique, des symboles et des allégories qui composent le quatrième et le cinquième grade, la nef et le sanctuaire du temple, qui sont séparés par une balustrade, représenteront, le premier, le grand espace qu'occupe la foule, dont les connaissances sont circonscrites dans le cours de la vie matérielle, et le second, ou le saint des saints destiné aux lévites, le monde intellectuel réservé à un petit nombre d'élus. La translation du tombeau d'Hiram par les Maîtres parfaits, ou hommes d'intelligence, de cœur et de savoir, dans un lieu retiré, signifiera qu'il ne faut exposer, aux yeux de la foule, les hautes vérités théogoniques, philosophiques et sociales, qu'au fur et à mesure qu'elles peuvent être comprises. L'admission au conseil privé du roi des maîtres parfaits, représentera la marche du progrès. Les recherches auxquelles va se livrer le conseil pour découvrir les assassins d’Hiram , symboliseront les travaux des hommes d'intelligence et de génie, dont le résultat est l'émancipation de l'esprit.

Tel est, selon nous, le véritable sens que l'on doit donner aux symboles et aux allégories du quatrième et du cinquième grade, considérés comme institutions maçonniques. Mais, s'il faut les apprécier d'après la signification que les Templiers leur ont donnée, nous devons nous réjouir de les voir abandonnés. Nous en expliquerons les motifs au grade d’Elu.

 SIXIÈME GRADE, OU SECRÉTAIRE INTIME.

 Ce grade est comme une scène isolée, ou comme un épisode au milieu de l'action, qui semble relier plus ou moins étroitement entre eux les degrés symboliques. Il nous suffira de citer brièvement l'histoire étrange qui sert de base à ce grade, pour prouver son inutilité actuelle.

 Le royaume que David avait conquis par la fronde, s'était bien augmenté en puissance et en richesses, lorsque la séduisante Abisaag fut donnée au saint roi pour réchauffer ses vieux ans. Cependant, de même que le prophète Nathan, qui n'avait pas trouvé les mains royales du vieillard assez pures pour élever un temple au Seigneur, Salomon ne jugea pas les trésors de son père suffisants pour entreprendre l'édification du temple. Il eut donc recours, comme nous l'avons dit, à Hiram, roi de Tyr, qui lui envoya de l'or, des cèdres et un architecte. En échange de cette libéralité, Salomon s'engagea secrètement à céder au roi de Tyr, après la construction du temple, plusieurs villes de son royaume. Lorsque le temps fut venu de prendre possession de ces villes, Hiram alla les visiter. Mais il les trouva dans un tel état de délabrement et de misère, qu'il pensa avoir été dupe de sa confiance au roi renommé par sa sagesse. Cédant à un sentiment de colère, il partit soudain pour Jérusalem, entra incognito dans le palais de Salomon, et pénétra jusque dans son cabinet secret sans avoir été vu de personne. Jocaber, secrétaire intime de Salomon, ayant entendu un grand bruit, et craignant pour les jours de son maître, ouvrit la porte du cabinet. Hiram, outré de cet acte d'indiscrétion, tira son épée pour en frapper Jocaber, mais Salomon arrêta la main homicide.

Des écrivains ont considéré ce grade sous divers point de vue, dans l'espoir de satisfaire leur exigence et leur amour-propre d'initiés. Mais leurs recherches et leurs interprétations ont été vaines. Ils n'ont pu trouver à l'histoire allégorique de ce grade d'autre but que celui de faire connaître au récipiendaire les dangers de la curiosité. Peut-être a-t-elle rapport aux accusateurs des Templiers, et représente-t-elle quelques faits particuliers qui nous sont inconnus. Dans tous les cas, considéré au point de vue maçonnique, ce grade est d'une nullité complète.


NEUVIÈME GRADE , OU MAITRE ÉLU DES NEUF.

 La troisième série des grades maçonniques est composée du Maître Elu des neuf, du Maître Elu des quinze et du Sublime Chevalier Elu. Ils reposent sur le même fond, c'est-à-dire, sur une fable absurde.

L'idée qui a servi de base à ces trois grades était anti-maçonnique. Elle n'a pu sortir que du cerveau vindicatif d'un sectaire. Greffée sur la souche maçonnique, elle a produit des fruits bien amers pour notre institution. Depuis plus d'un demi-siècle, ses ennemis se sont servis des grades d'élus comme d'une arme terrible, dont ils lui ont porté des coups meurtriers. Lisez Barruel, Cadet - Gassicourt, Lefranc et les journaux soudoyés par la société de Jésus; toutes les calomnies dirigées contre notre institution, ont leur source dans les grades templiers. Les mots de vengeance et de mort qu'ils renferment, ont été diversement interprétés, et ont prêté matière à toutes sortes d'imputations.

Eh ! pourquoi conserver ces grades, nous dira-t-on ? Voilà précisément la question à résoudre.

Les maçons, pas plus que les autres membres de la société profane, n'ont embrassé la cause des Chevaliers du temple.

Ces derniers, à certaines époques, ont pu demander secours et protection à la franc-maçonnerie et s'abriter sous son toit; ils ont pu, dans le calme de la sécurité et dans l'ardeur de leur désir de refaire leur position perdue, créer des grades en rapport avec la situation de leur esprit, et vouloir en doter la franc - maçonnerie ; mais jamais celle-ci n'a dû les admettre comme complément de son existence. Seulement quelques adeptes peu orthodoxes, dans certains pays se sont revêtus, sans trop savoir pourquoi, du cordon à poignard, et cela surtout lorsque des réformateurs ont eu donné aux grades dont il s'agit une signification toute morale.

Du reste, nous espérons qu'un simple résumé de la fable sur laquelle repose ces grades, suffira pour attirer sur eux la désapprobation de ceux de nos frères qui n'ont point vieilli dans la routine, et qui se laissent toujours guider par le flambeau de la raison.

Nous avons vu, au grade de Maître parfait, que Salomon fit élever à Hiram un tombeau qui fut placé dans une salle séparée du temple, appelée Chapitre. Ce fut dans ce lieu que Salomon tint désormais ses conseils secrets. Or, au grade d'Elu des Neuf, Salomon préside son conseil, lorsqu'Hiram, roi deTyr, se présente sur les marches du trône pour demander vengeance de la mort de l'architecte du temple. Le président attend l'avis de l'assemblée qu'il a consultée, lorsqu'un grand bruit se fait entendre. Un inconnu est arrivé clandestinement jusqu'à la porte du Chapitre, où il veut pénétrer, malgré les gardes, pour faire une confidence à Salomon. Ce dernier, qui, dans le septième grade, donnait une leçon de sagesse et de modération au roi de Tyr, en arrêtant sa main homicide, s'oublie à son tour. N'écoutant que sa colère, il ordonne à ses gardes de sacrifier sur-le-champ aux mânes d'Hiram, l'intrus qui a voulu surprendre les secrets du conseil. Mais le roi de Tyr, qui est maintenant le plus sage, émet l'avis qu'au lieu de livrer cet inconnu à la mort, on le fasse introduire dans le Chapitre, les mains liées, les yeux couverts d'un bandeau, et qu'il soit entendu. Cette proposition est adoptée, et l'inconnu paraît devant le conseil.

Salomon lui demande quels sont les motifs de sa démarche. Il répond qu'il a découvert la demeure de l'un des meurtriers d'Hiram, et qu'il vient la faire connaître au roi.

Salomon, après avoir consulté le Chapitre sur les mesures à prendre dans cette circonstance, met dans une urne les noms des membres qui le composent, et les neuf premiers élus par le sort, sont envoyés au lieu indiqué par l'inconnu pour s'emparer de la personne du meurtrier.

Jocaber, — Joaben, suivant le rite français,— secrétaire intime de Salomon, est nommé chef de l'expédition. Elle sort de Jérusalem pendant la nuit, marche au milieu des ténèbres par des chemins inconnus et difficiles jusqu'aux environs de Joppé, où elle arrive avant l'aurore. Jocaber, impatient et sans doute guidé par un génie vengeur, devance ses compagnons, s'enfonce dans les ravins, au milieu d'énormes rochers et d'affreux précipices. Il brave héroïquement tous les obstacles de la nature, et échappe, comme par miracle, à mille périls. Enfin, il aperçoit, — probablement à la clarté d'une étoile miraculeuse, — au fond d'un précipice, un chien qui se désaltère à une source d'eau vive. L'animal se tait et disparaît derrière un buisson, d'où s'échappent quelques rayons de lumière. Jocaber s'avance hardiment, et découvre une caverne derrière le buisson. Il y pénètre et aperçoit Abiram, l'un des meurtriers du maître, étendu sur le sol, se livrant aux douceurs du sommeil. Une lampe est allumée à côté de lui, et un poignard s'est échappé de sa main. Judith avait à traverser une armée ennemie, à tromper la surveillance des gardes d'Olopherne pour accomplir son projet; mais Abiram est seul, endormi et sans défenseurs... Allons! courageux et loyal Jocaber, ministre du plus sage et du plus juste des hommes, la victime est prête! ramasse ce poignard! Pour punir le meurtre, fais-toi meurtrier! Allons, frappe ! C'est bien! Le sacrifice est achevé... le sang coule en bouillonnant du sein de ta victime ; la pâleur de la mort s'étend sur son visage et décolore ses lèvres; ses membres se raidissent ; un dernier râle s'échappe de sa bouche... Omne consummatum est !

Mais, ce n'est pas assez de préméditation, d'horreur et de lâcheté ! Coupe la tête d'Abiram, et emporte-la comme un glorieux trophée, à ton royal maître qui te récompensera. Tes compagnons te rejoindront plus tard pour être témoins de ton triomphe!...

Ainsi s'accomplit la mission des Neufs Elus, ou plutôt de l’Elu des Neuf. Triste et honteuse histoire que notre plume a retracée avec autant d'exactitude que de dégoût. Maintenant, nous le demandons à nos lecteurs, les ennemis de notre institution n'ont-ils pas beau jeu, lorsqu'ils ont à leur service de telles armes contre elle ?


DIXIÈME GRADE , OU ILLUSTRE ÉLU DES QUINZE.

Salomon est averti par un de ses intendants qui vient de parcourir le pays de Geth, que les deux autres meurtriers d'Hiram se sont retirés dans cette contrée. ll choisit donc cette fois quinze Elus, au nombre desquels sont les neuf de la première expédition, et les envoie au roi Maacha, avec une demande d'extradition des deux criminels, nommés Sterkin et Oterfus, désignés sous d'autres noms au grade précédent.

Maacha donna aux envoyés de Salomon des guides pour les diriger dans la recherche des deux coupables. Après bien des courses inutiles et des fatigues sans nombre, ils parvinrent cependant à les trouver dans une carrière de BenDicat. Ils s'emparèrent d'eux, les chargèrent de chaînes et les conduirent à Jérusalem, où Salomon ordonna qu'on les mît dans les cachots d'une tour nommée Hésar, pour les livrer le lendemain à la mort la plus cruelle ; ce qui fut exécuté à dix heures du matin. Ils furent attachés à drux poteaux par les pieds et le cou, les bras liés derrière. On leur ouvrit le corps depuis la poitrine jusqu'aux parties génitales, et on les laissa de cette façon à l'ardeur du soleil l'espace de huit heures. Les mouches et les autres insectes s'abreuvèrent de leur sang. Ils faisaient entendre des plaintes si lamentables, que leurs bourreaux furent émus de compassion, ce qui les obligea à leur couper la tête. Leurs corps furent jetés hors des murs de Jérusalem pour être livrés aux bêtes féroces. Salomon ordonna ensuite que les tètes des deux criminels fussent, comme celle d'Abiram, exposées hors de la ville, sur des pieux, dans le même ordre que les meurtriers s'étaient placés dans le temple pour assassiner Hiram, afin de donner un exemple à tous ses sujets, et particulièrement aux ouvriers maçons.

Ainsi, voilà l'un des premiers principes de l'ordre social : « Nul ne peut se faire justice à soi-même, » foulé aux pieds par une institution établie sur les bases de l'équité et du progrès ! Voilà la délation, l'assassinat, la haine et la vengeance, la cruauté et la barbarie, honorés par des hommes aimant la justice, la douceur, l'honneur et la vertu !

Dans la refonte des grades, en 1786, le Grand-Orient , au lieu d'effacer de l'ancien rituel tous ces grades, sans même en conserver le souvenir, les résuma dans un seul sous le titre d'Elu SECRET; c'est celui qui figure dans le rite français. Les réformateurs essayèrent de modifier l'historique que nous avons retracé, de moraliser l'action du héros ; mais en lui ôtant son caractère odieux, ils ne parvinrent qu'à le rendre ridicule. Dans ce grade, le nombre des Elus est réduit à sept, sans doute pour rendre hommage à ce chiffre mystérieux. Jocaber, se nomme Joaben. Lorsqu'il se présente dans la caverne, il trouve mort le meurtrier d'Hiram. Il n'a donc plus le motif de s'écrier en le voyant : Nekam! c'est-àdire vengeance ! puisque le meurtrier s'est fait justice à lui-même en se poignardant. Il a encore moins raison de détacher la tête du cadavre.

Voici comment le F.-. Vassal, qui fut l'un des officiers les plus éclairés et les plus distingués du Grand-Orient, disait du grade d'Elu, il y a plus de vingt ans, dans son Cours complet de maçonnerie :

 « L'Elu ne doit plus figurer parmi les grades maçonniques que comme historique, et le Grand-Orient doit interdire aux Chapitres de conférer un grade qui flétrirait et ferait abhorrer l’ initiation. »

 

Le Grand - Orient a laissé les Chapitres suivre son rituel sans leur donner aucun avis, sans leur faire aucune recommandation. Fort heureusement, beaucoup ont trouvé dans leur intelligence et dans leur droiture, le moyen d'abandonner ce grade. Ils n'ont fait que le communiquer aux récipiendaires Rose-Croix. C'est encore trop; il faut qu'il soit entièrement oublié.

ONZIEME GRADE, OU LE SUBLIME CHEVALIER ÉLU.

 Ce grade est le dernier conservé de la nombreuse série de ce nom; il est le complément des deux qui précèdent. C'est à Salomon qu'est encore attribué sa création.

 Pour être admis à ce grade, il faut prouver qu'on a puni tous les traîtres...

 Cette obligation , aussi banale que ridicule. ressort du reste de l'historique du grade.

Salomon, après avoir vengé les mânes d'Hiram, voulut récompenser les quinze élus qui avaient été à la recherche des meurtriers. ll confia au sort le soin de désigner douze d'entre eux pour leur donner, en récompense de leur « noble action », le gouvernement de douze tributs. Il leur communiqua en outre les manuscrits renfermés dans le tabernacle, et les tables de la loi écrite par Moïse sur le mont Sinaï. Pourquoi Salomon, après avoir confié à quinze personnes, les plus éclairées de son royaume un office, digne d'agents subalternes, n'en récompensa-t-il que douze? L'historique se tait sur ce fait, qui a, du reste, motivé un autre grade d’Elus, dans lequel ne figurent que douze personnages. Le reste du grade est d'une incohérence et d'une invraisemblance telles, que nous renonçons à en parler.

 Somme totale, ce grade est aussi nul sous le rapport de l'instruction, qu'il est contraire à la véritable morale.

 Le signe du grade, qui est à peu près celui de rose-croix , signifie que le récipiendaire doit porter constamment une croix pour lui rappeler ses fautes pardonnées.

 Source : http://legende-hiram-bis.blogspot.fr

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« La Franc-Maçonnerie dans sa véritable signification » (1854)

3 Mai 2012 , Rédigé par E.E. Eckert Publié dans #histoire de la FM

 

« Un grand crime commis, une cérémonie funèbre, la commémoration de la mort d'un personnage illustre, tels sont les faits que présente la légende du troisième grade symbolique. Si ce mot symbolique ne nous rappelait pas que, dans ce grade, comme dans les précédents, tout est emblématique , l'observation seule de ces cérémonies suffirait pour nous en convaincre.

«En effet, que présente-t-il à notre esprit? La mort d'un chef de travaux, assassiné par trois frères perfides, et emportant avec lui le secret de la maçonnerie ; l'édification magnifique d'un monument chez un peuple que ses malheurs et ses proscriptions ont rendu célèbre. Tous ces événements si ordinaires sont-ils donc dignes d'occuper tant d'hommes éclairés chez tous les peuples et pendant tant de siècles? Quel intérêt peuvent-ils présenter à notre esprit ? Aucun, s'ils sont pris à la lettre. Eh quoi! après trois mille ans qui se sont écoulés depuis Salomon, la France, l'Europe, le monde entier, célébrerait encore, avec des marques de douleur, la mort d'un architecte, tandis que tant de sages, tant de philosophes ont perdu la vie, sans qu'on en conserve le souvenir autrement que dans l'histoire? Mais ce Hiram lui-même est-il un autre Socrate, un de ces bienfaiteurs du genre humain dont le nom rappelle les vertus éminentes ou les services les plus signalés? J'ouvre les annales des nations, et ne trouve pas même son nom ; aucun historien n'en a gardé le souvenir. L'historien sacré, le seul qui l'ait nommé, ajoute a peine à son nom l'épithète de parfait ouvrier; et, dans les débats minutieux de tout ce qui accompagne et suit la construction du temple, il n'en est nullement fait mention, pas même de sa mort tragique, événement que n'eût point omis l'écrivain scrupuleux.

»A défaut de l'Ecriture , la mémoire des hommes a sans doute conservé cet événement, dont le souvenir s'est perpétué dans les familles? Non; la tradition est encore en défaut ici, et rien ne rappelle qu'Hiram soit tombé sous les coups d'assassins, ainsi que le rapporte la tradition maçonnique; d'où nous devons conclure que cette mort n'est qu'une allégorie, dont il nous sera facile de trouver la clé. La méditation et l'étude des initiations antiques nous ont déjà conduit à la découverte de plusieurs vérités, à l'interprétation de plusieurs des emblèmes maçonniques, inintelligibles sans ce secours; suivons encore la même voie, et que cette étude soit pour nous le fil d'Ariane , qui nous aidera à sortir du dédale ténébreux des hiéroglyphes.

• Considérons d'abord l’Orient, berceau de toutes les religions. de toutes les allégories ; voyons-le dans ces temps reculés, où les mystères ont commencé. Partout on reconnaît, sous différents noms, la même idée reproduite; partout un Dieu, un être supérieur ou un homme extraordinaire subit le trépas pour recommencer bientôt après une vie glorieuse ; partout le souvenir d'un grand et funeste événement, d'un crime et d'une transgression, plonge les peuples dans le deuil et la douleur, auxquels succède bientôt l'allégresse la plus vive.

»Ici, c'est Osiris, succombant sous les coups de Typhon; ailleurs Athiys ou Milthra; en Perse, Oromazo, cédant pour quelques instants au noir et farouche Arhimane; en Phénicie , c'est Adonis, frappé par un sanglier et ressuscitant peu après.

»La croyance au dogme des deux principes a donné naissance à ces fictions ; elles prévalent surtout chez les Perses. Ce dogme était l'opinion favorite de Plutarque.

»En Egypte, après s'être rendu, par son courage, ses vertus et son instruction, digne de la faveur des dieux, le candidat était enfin admis à l'initiation. Le voile qui lui cachait la magnifique statue d'Isis était écarté, et la statue de la déesse paraissait à sa vue, non telle qu'aux yeux du vulgaire, entourée d'emblèmes et d'hiéroglyphes inexplicables, mais nue, c'est-à-dire qu'en recevant l'initiation, l'adepte participait à l'interprétation secrète des mystères, interprétation que recevaient les seuls initiés. Pour eux , Isis n'est plus cette déesse, sœur et femme d'Osiris, que le vulgaire adore sous tant de formes et avec tant d'attributs différents ; c'est la nature, dans toutes ses époques, que caractérisait ces symboles. Osiris est l'astre du jour, ou le principe de la lumière et de la chaleur ; après avoir parcouru l'univers, il meurt par la trahison de Typhon ; si ce crime est commis sous le signe du Scorpion, si ses membres épars sont réunis par les soins de son épouse, s'il ressuscite enfin, c'est que le soleil, après avoir parcouru la roule céleste , semble, vers la fin de l'année, succomber et mourir, pour renaître bientôt après, plus brillant et plus beau. Ainsi, toute l'histoire de ce dieu , que le peuple adorait, le front courbé dans la poussière, n'était pour l'initié qu'un thème céleste.

«Reprenons l'histoire d'Hiram, telle qu'elle est mentionnée dans les fastes maçonniques.

»Ce respectable maître, en visitant un soir les travaux, est assailli par trois compagnons infidèles qui l'assassinent, sans pouvoir lui arracher le mot de Maître, ce mot ineffable, cette parole innommable, que le Grand-Prêtre prononçait une seule fois dans l'année.

«Observons bien que c'est aux portes d'Occident, du Midi et d'Orient, que sont placés les assassins, c'est-à-dire aux points qu'éclaire le soleil, qui ne va jamais au Nord, dans l'hémisphère boréal. Les scélérats cachent ensuite ce corps dans la terre. et en marquent la place par une branche d'acacia. Remarquons ici deux objets importants.

»Le premier, que douze personnages jouent un grand rôle dans cette histoire, savoir : les trois assassins compagnons, c'est-à-dire ouvriers inférieurs, neuf Maîtres, ou neuf ouvriers supérieurs. Ce nombre douze répond évidemment aux signes que parcourt l'astre du jour; les trois premiers compagnons sont les signes inférieurs, les signes d'hiver, ceux qui donnent la mort à Hiram, savoir : la Balance, le Scorpion et le Sagittaire. » (Ragon , p. 139.)

Nous le demandons a tout lecteur non prévenu, n'est-ce pas un spectacle poignant que celui que nous présentent des hommes éclairés, tel que M. Ragon ? Cet illustre savant consacre ses nobles facultés à des superstitions, à des mômeries. Il se dégrade lui et ses frères jusqu'à contempler et adorer la nature ; il s'épuise en pénibles efforts pour donner le change non seulement au public, mais même aux initiés qu'il prétend éclairer. — Si du moins, les interprétations que donne M. Ragon étaient raisonnables ! Mais outre qu'elles sont absurdes et arbitraires, elles pèchent par la base. Ainsi. par exemple, pour que l'application de la légende d'Adonhiram au système solaire fût exacte, il faudrait 1° que le soleil, en descendant dans les signes inférieurs du zodiaque (en hiver), mourût aussi réellement qu'Adonhiram; or, c'est ce qui n'a pas lieu. Sa vitalité reste la même; la diminution de l'intensité de sa chaleur ne provient pas de ce que son foyer s'éteint, mais uniquement d'un plus grand éloignement relatif, ou de l'obliquité de ses rayons. 2° D'un autre coté, pour que l'explication de M. Ragon fût admissible, il faudrait que la prétendue résurrection du soleil correspondît à la résurrection d'Adonhiram; mais la légende maçonnique ne dit pas mot de cet événement. Ces seules observations suffisent pour démontrer la fausseté des interprétations données par les docteurs des loges. Au lieu de s'évertuer à chercher des explications absurdes, incohérentes et déraisonnables, pourquoi n'ont-ils pas la franchise d'exposer la doctrine ésotérique ? Pourquoi se jouer de la crédulité des adeptes, pour se donner plus tard le plaisir de les désabuser ? Serait-ce peut-être parce que l'horreur de ces explications est telle, que l'on doive redouter que les initiés ne reculent d'épouvante ?

Eckert. en soutenant que la mort d'Adonhiram symbolise la destruction de l'Ordre des Templiers, n'a rien de forcé dans son interprétation. (N. du T.)

« C'est une branche d'acacia qui fait retrouver les coupables Cet arbre, dépouillé de feuilles au solstice d'hiver, a été choisi par les révélateurs, pour mieux indiquer que la mort d'Hiram était un voile qui ne doit pas être pris à la lettre. Mais les anciens, regardant l'acacia comme incorruptible, on a, pour couvrir le corps du dieu-victime, substitué ses branches (symbole d'éternité) au myrte, au genêt, au laurier, toujours verts, qui, à cette époque de l'hiver, figurent dans les anciennes théogonies. » (Ibid., p. 152.)

La Maçonnerie s'écarte, dans ce symbole, des initiations anciennes. Tandis que celles-ci célébraient des faits accomplis, dont la mémoire devait être éternelle, la première a pour objet un événement qu'il faut encore attendre. Voilà pourquoi la différence des emblèmes ; les anciens symbolisaient l'éternité ; les Maçons, l'espérance. L'incorruptible acacia signifie donc que, nonobstant la longueur de l'attente, la Maçonnerie parviendra infailliblement à son but. Adonhiram sera vengé ; c'est-à-dire les Papes (Clément V) et les Rois (Philippe-le-Bel), auteurs de la destruction des Templiers, subiront un jour le châtiment qui leur est dû pour cet attentat contre l'Ordre des chevaliers de St.-Jean-de-Jérusalem.(N. du T.)

Source : http://legende-hiram-bis.blogspot.fr/

 

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LES PLUS SECRETS MYSTERES DES HAUTS-GRADES DE LA MACONNERIE DEVOILES

3 Mai 2012 , Rédigé par Mr de Bérage Publié dans #hauts grades

Histoire de l'origine de la Maçonnerie

 

Cet Ordre fut institué par Godefroi de Bouillon, dans la Palestine en 1330, après la décadence des Armées Chrétiennes et n'a été communiqué aux François Maçons, que du temps après, et à un très petit nombre, en récompense des obligeans services qu'ils ont rendus à plusieurs de nos Chevaliers Anglois et Ecossois, dont la vraie Maçonnerie est tirée. Leur Métropole Loge est située sur la montagne d'Hérédon , où s'est tenue la premiere Loge en Europe, et qui existe dans toute sa splendeur. Le Conseil général s'y tient toujours, et c'est le siège du souverain Grand-Maître en exercice. Cette Montagne est située entre l'Ouest et le Nord de l'Ecosse, à soixante milles d'Edimbourg.

II est d'autres secrets dans la Maçonnerie qui n'ont jamais été connus parmi les François , et qui n'ont aucun rapport à l'Apprentis, Compagnons et Maîtres, Grades qui ont été faits pour la généralité des Maçons, et qui ont paru, en public sous le titre des Maçons trahis, et autres. Ces hauts Grades qui vous développent le vrai but pour lequel la Maçonnerie a été faite , et les vrais secrets qui n'ont jamais été sçus, ne sont autre chose que ce qui suit.

Les Sarrasins s’étant emparés des Lieux Saints, autrement dits la Palestine où se sont passés tous les mystères de notre Ordre auguste , qu'ils faisoient servir aux exercices les plus profanes; les Chrétiens se liguèrent pour conquérir ce beau Pays et chasser ces barbares d'une terre aussì respectable.

 Ils réussirent à aborder en ces Iieux à la faveur des Armées nombreuses que tous les Princes Chrétiens avoient envoyées, et qui avoient pris le nom de Croisés de la Guerre Sainte; mais les pertes considérables qu'ils firent , les obligerent de vivre, et de rester confondus parmi cette Secte ; ce qui occasionnoit tous les jours des disputes , dont la fin étoit tragique aux fidèles Croisés ; la fureur de ces barbares fut même portée si loin,. qu'au seul nom de Chrétien, ils massacroient tous ceux qui en faisaient leur bonheur.

 Ce fut ce qui détermina Godefroi de Bouillon , leur Chef, vers la fin du troisième siècle , à cacher et à couvrir les mystères de la Religion sous les figures qui sont tracées dans les Estampes ci-jointes, où l'on a eu soin de faire graver, avec l'attention la plus scrupuleuse, ces emblèmes et ces allégories. On voit par là que ce fut le motif qui fit que les zélés Chrétiens choisirent le Temple de Salomon, qui a tant de rapport à l'Eglise Chrétienne, dont cet édifice sacré si superbe est vraiment l'emblème et le symbole. C'est donc par cette raison que les Chrétiens cacherent le mystère de l'édification de l'Eglise sous celui de la construction du Temple, et qu'ils se donnèrent le nom de Maçons, d'Architectes ou Bâtisseurs, puisqu'ils s'occupoient à édifier la foi; ils firent donc un tableau semblable à l'Estampe, page i , et s'assembloient, sous le prétexte de lever des plans d'Architecture , afin de suivre la Religion Chrétienne, par tous les emblèmes et toutes les allégories que la Maçonnerie pouvoit fournir, et pour mettre leur vie à l'abri des cruautés du peuple Sarrasin.

 Comme les mystères de la Maçonnerie n'étoient dans leur principe , et ne sont encore autre chose que ceux de la Religion Chrétienne; on fut extrêmement scrupuleux à ne confier ce secret important qu'à ceux dont la discrétion étoit éprouvée, et dont on étoit bien sûr. C’est pourquoi on imagina de faire des Grades pour éprouver ceux à qui l’on vouloit les confier, et on ne leur donnoit d'abord que le secret symbolique d'Hiram , sur lequel est fondé tout le mystère de la Maçonnerie bleue , tant pour l'Apprenti, le Compagnon que pour le Maître; ce qui est, au vrai, le seul secret de cet Ordre connu du Public, et qui ne consiste que dans le mot Macbenac , qui n'a aucun rapport à la vraie Maçonnerie.

 On ne leur expliquoit pas autre chose, crainte d'être trahis, et on leur avoit seulement conféré ces Grades comme un moyen propre pour se reconnoître entre eux, malgré la confusion où ils étoiernt parmi les barbares. Pour y réussir plus efficacement, il fut résolu qu'on se serviroit de signes, de paroles et de marques différentes à chaque Grade , pour les distinguer non-seulement des profanes Sarrasins; mais pour marquer les differens Grades, qui furent fixés au nombre de sept, à l'exemple du Grand Architecte qui bâtit l'Univers en six jours, et se reposa le septième, de même qu'on demeura sept ans à construire le Temple de Salomon, qu'on avoit choisi pour base figurative de la Maçonnerie, et sous le nom d'Hiram, dont la Maîtrise ne donne qu'une fausse explication, le vrai secret n'étant dévoilé que dans cet ouvrage ici.

 

EXPLICATION DES- EMBLEMES DES ESTAMPES.

 L'ACACIA, figure I, si renommé dans la Maîtrise est pour rappeller la mémoire de la Croix du Sauveur du monde, parce qu'elle fut faite de ce bois, dont la Palestine est remplie; c'est la raison pourquoi le Bijou du Grand-Maître est tel qu'il est ici tracé, Fig. IV.

 Figure II. La captivité, en. Maître Ecossois, désigne la persécution, les tribulations de l’Eglise sous les Empereurs Romains , et la liberté sous le grand Constantin.

Figure IIL Le Songe de Cyrus expliqué dans les Chevaliers de l'Epée, page 100.

Figure IV. L'Equerre et le Compas qui forment le Bijou, représentent l'union de l’Ancien Testament et du Nouveau

Figure V. L'Arche d'Alliance qui contenoit les Tables de la Loi , la "Verge d’Aron », etc.

Figure VI. Le triple Triangle représente la Gloire de l'Eternel, emblème des trois .Unités de la Trinité.

 Figure VII. Les sept Sceaux qui sont ce livre, désignent les sept Grades de la Maçonnerie; et l'Agneau couché dessus, qui est le Stekènna, nous montre que, comme il est seul digne de lever ces sceaux , il n'y a de même que le vrai Rose-Croix qui jouisse du privilège de lire dans le livre qui contient la doctrine complette des Maçons, et d'en pénétrer les plus secrets mystères. Voyez les pages 91 et 92.

 .Figure VIII. L'Autel qui contient le Pains de Proposition , désigne l'union qui doit régner entre les Frères qui participent au même banquet.

Figure IX. L'Autel des Parfums représente les vœux d'un parfait Maçon, toujours purs, et s'élevant jusqu'au Ciel.

Figure X. Le Chandelier à sept branches représente les sept Sacremens.

Figure XI. Les dix Cuves représentent les dix Commandemens de Dieu.

Figure XII. L'Autel des sacrifices est l'emblême du sacrifice sanglant du Sauveur.

Figure XIII. La Navette qui renferme l'encens, représente un cœur pur, qui ne doit être rempli que d'un zèle vif et d'un amour ardent, dignes d'être offerts au Seigneur.

Figure XIV. L'urne remplie de manne représente un coeur rempli de la grâce divine.

 Figure XV. Les douze Bouvillons qui soutenoient la Mer d'airain»

Figure XVI. Les douze Apôtres qui ont triomphé de tous les obstacles, et qui ont forcé les passages les mieux défendus pour porter la foi partout.

Figure XVII. Les trois lettres qui sont sur le pont signifient que les obstacles sont détruits, et liberté de passer.

Figure XVIII. Le Sanctuaire représente nos cœurs, renfermant les mystères de la Loi.

XIX. L'enceinte des murailles signifie le soin que l'on doit avoir à ne pas se laisser surprendre, et à ne laisser rien transpirer des Mystères qui doivent être ignorés des Profanes.

Figure XX. Voyez l'explication de ceci au passage du Fleuve qui est décrit, page 116, dans le Chevalier de l'Epée.

Figure XXL. La Tour où furent enfermés les meurtriers d'Hiram.

Figure XXII. Quarré de la Loge du Chevalier de l'Epée, fermé par une muraille de carreaux, garnie de sept Tours, six plus basses et une plus élevée.

Les autres Figures dont on ne parle point ici, ont paru si intelligibles, que l'on n'a pas cru devoir en donner une explication particulière.

PREMIER GRADE DE LA MACONNERIE

 

PARFAIT MACON ELU

QUI A CONSERVE LA FORMULE ORIGINAIRE DE LA MACONNERIE

ORNEMENS NECESSAIRES.

LA Loge qui représente le Cabinet de Salomon, doit être proprement décorée. La tapisserie peut être de plusieurs couleurs. L'orient doit être assez large pour contenir deux fauteuils dessous. Sur la même ligne au pied du trône à la droite, on placera un petit autel couvert d'un tapis qui portera trois bougies de cire jaune placées en équerre, et le Livre de la Sagesse. La Loge doit être éclairée par neuf bougies jaunes suspendues dans un lustre,ou placées indistinctement dans des flambeaux à terre, mais il faut qu'il y en ait une séparée des autres au moins d'un pied. Si on veut l'éclairer davantage, on peut représenter le Buisson ardent avec des feuilles et des branches d'arbres qu'on éclairera par des lampions. La Loge doit être craïonnée sur le carreau de la salle, comme elle est représentée ci-après. Tout autour seront des siéges sur lesquels s'asseoient les Frères. Cette Loge étant le conseil des neuf, on ne peut absolument la tenir qu'on ne soit neuf, dont les deux premiers sont Salomon et Hiram Roi de Tyr, qui tous deux occupent le Trône, mais Salomon préside à la droite. Ces deux Rois doivent avoir la couronne en tête. Celle de Salomon est enrichie de pierreries; il n'y en aura point à celle du Roi deTyr; il portera seulement un sceptre bleu doré â filets et surmonté d'un triangle lumineux, emblème de la Sagesse et de la perfection. Le Roi de Tyr tiendra en main un grand poignard. Le reste de l'habillement sera semblable à celui des Frères, excepté que Salomon aura des gands garnis d'une frange, et le tablier bordé d'une dentelle d'argent. Tous les Frères seront vêtus de noir et porteront un petit plastron sur le côté gauche, sur lequel sera brodée une tête de mort avec un os et un poignard en sautoir en argent, le tout entouré de la devise « vaincre ou mourir ». Ils auront un grand cordon noir-moiré large de quatre doigts pendant de droite à gauche, portant sur le devant cette devise, « vaincre ou mourir », brodée en argent. Au bas du cordon il doit y avoir une rosette de ruban blanc au bout de laquelle pend un petit poignard dans son fourreau. Le tablier doit être de peau blanche doublée de noir; sur la bavette sera brodée une tête de mort avec un os et une épée en sautoir, soumise à une équerra brodée en or. Sur la poche du tablier sera une grosse larme, au bas et sur les côtés huit autres larmes plus petite; au bout de la poche une branche d acacia. Les gands seront doublés de taffetas noir et bordés de même.

TITRES

Le Maître se nomme très-Sage, le Roi de Tyr très-Puissant, et les Frères très-Respectables. lí n'y a point de Surveillant; mais le-très-Sage, aussitôt qu'il est monté au trône, nomme un Frère, qu'on appelle l'Intime du Conseil.

COMMENCEMENT DU TRAVAIL

Le très-Sage, la couronne en tête, étant assis, dit au Roi de Tyr, qui se présente au pied du trône : « Très-puissant Roi de Tyr, que venez vous faire ici » ? Le Roi de Tyr répond : «Très Sage, je viens vous demander vengeance de la mort de l'Architecte du Temple, laquelle jusqu'à ce jour est restée impunie». Le très-Sage dit : «Prenez place , mon Frère, et soyez témoin des recherches que je vais ordonner de faire du meurtrier». Le Roi de Tyr monte au trône et se place. Salomon nomme un Frère, qui, à l'instant, vient mettre un genou en terre au pied du trône. Salomon prend son sceptre, et le lui pose sur la tête, en lui disant : » Frère, je vous constitue l'Ancien du Conseil., pour veiller à la sûreté de la loge; commencez vos fonctions par vous assurer des qualités des Frères ici présens ». Le Frère se lève, salue les deux Rois, puis va prendre le signe, l’attouchement et la parole de chaque Frère; de retour au pied du trône, il dit en s'inclinant très-profondément : » Très-Sage, le Conseil n'a que des sujets fidèles ».

Salomon se lève, et dit: » Mes Frères , que le grand Architecte nous éclaire, que l'équité nous dirige, et que la vérité prononce. Frère ancien, écartez tous les Profanes , et souvenez-vous que sous ce nom nous comprenons les Maçons qui ne sont pas honorés du nom de Maître élu.

Le Frère ancien va visiter tous les environs, place un Frère en sentinelle en-dedans de la porte, l'épée à la main, et revient au pied du trône, où s’étant incliné, il dit : » Tout est couvert : les gardes environnent les portes du Palais , et nul Profane ne peut pénétrer nos mystères ». Salomon fait signe au Frère ancien d'aller aux extrémités des ouvrages. Sitôt qu'il y est arrivé, le très-Sage dit : « Quelle heure est-il ? La pointe, ou le commencement du jour « ? Salomon frappe sept coups égaux et deux précipités, en disant N. N. M. qui signifie « vengeance ». Les Frères répètent de même N. N. M. et frappent neuf coups dans leurs mains. Après quoi Salomon dit : « Mes très-respectables Frères, la Loge est ouverte ». II fait le signe de demande, et les Frères celui de réponse ; puis il continue : » Vous savez avec quelle douleur j'ai appris la perte du grand homme que j'avois commis à la. direction de nos ouvrages; en vain j'ai tout mis en œuvre pour découvrir les malheureux qui ont commis ce crime détestable, tout doit nous porter à sa vengeance, le Roi de Tyr vient ici la réclamer; je lui laisse le soin de vous inspirer de justes sentimens qui vous animent pour venger la mort funeste d'un homme qui étoit si digne de ma confiance ».

Le Roi de Tyr descend du trône, vient sur le tableau, tire son épée, et montre avec la pointe le fils d'Hiram, qui y est représenté , et dit : » Voilà , mes Frères, le gage sacré que vous a laissé ce grand homme. Il doit s’attendre que si sa mémoire vous est chère, les cris de cet enfant, ses larmes et ses prières vous toucheront. II vous demande vengeance, de la mort de son père, qui étoit votre compagnon et votre ami. Unissons donc nos efforts pour découvrir l'assassin. Qu'il éprouve ce qu'il mérite». Alors tous les Frères mettent la main sur leur poignard, le tirent, et s'écrient N. N. M. Le Roi de Tyr remonte au trône, et comme Salomon se lève pour recueillir les voix, l'on entend un grand bruit à la porte, qui se termina par neuf coups que frappe le Récipiendaire , averti.par un coup qu'a donné en dedans le Frère sentinelle : Salomon paroît s'en indigner, et dit avec colère: » Frère Intime, voyez qui occasionne ce bruit, et comment mes ordres sont exécutés».

Le Frère sort, et rentrant tout-à-coup d'un air surpris dit : « Très-Sage, le Conseil est trahi ». Tous les Frères mettent l'épée à la main, et disent N. N. M. Salomon en impose en disant, le sceptre levé : » Que notre indignation cède un instant à la nécessité d'entendre le Frère Intime en son rapport. Dites-nous, Frère Intime, qui a causé cette rumeur, et qui a eu l'audace de troubler notre auguste Conseil ? » Le Frère ancien au signe de réponse dit : « Je viens de voir avec surprise qu'un Frère s'est glissé clandestinement dans l'extérieur de cet appartement. II est à craindre qu'il n'ait entendu les secrets du Conseil. Je dirai même en tremblant qu'il est à présumer qu'il est souillé de quelque grand crime : ses mains sont teintes de sang, et le glaive tranchant qu'il tient dépose contre lui, et tout excite mes soupçons ».

Salomon lève son poignard, et dit, « qu'il soit sacrifié aux mânes d'Hiram ». Le Roi de Tyr se lève, et dit : » Mon Frère, écoutez votre sagesse ordinaire, et ne précipitons rien. Si j'en crois mes soupçons et mon coeur, cet homme est le meurtrier que nous cherchons, ou du moins pourra-t-il nous en donner quelques nouvelles. Mon avis seroit qu'il fût désarmé et introduit, le col, le corps et les mains liés, les yeux couverts d'un bandeau , afin que dans cet état il répondît aux interrogations que votre sagesse vous inspirera ». Salomon levant son sceptre dit : » Mes très-respectables Frères, vous avez entendu les motifs de confiance du très puissant Roi de Tyr , les précautions que sa sagesse et sa prudence lui suggèrent ; êtes-vous d'avis qu'on suive son sentiment »?
Tous les Frères qui veulent consentir étendent la main à la manière accoutumée; ensuite Salomon dit: « Frère ancien, vous avez entendu ce que le Conseil vient de décider. Allez trouver le téméraire, inspirez-lui de la confiance et de la terreur; amenez-le au pied de notre trône dans l'état dit ». Le Frère Intime sort pour aller chercher le Candidat.

PREPARATION DU RECIPIENDAIRE.

Le Frère Ancien en arrivant se saisit de son épée, la lui ôte, et l'envoie à la Loge par un Frère qu'il a eu soin d'emmener avec lui. Ce Frère en le présentant au trés-Sage , lui dit : « Il est désarmé ». Le Frère Ancien le mène au bout de la Loge, il lui passe un cordon ou ruban rouge pardessus le col, avec lequel on lui attache les mains, et dans lequel on lui enferme le corps. Après on lui fait ôter tout-à-fait ses souliers, on lui met un bandeau fort épais sur les yeux, et des gands ensanglantés dans les mains, ayant son chapeau ôté et son tablier mis en Maçon. Quand il est en état, le Frère Ancien lui dit : « Sondez votre cœur, mon Frère , on vous soupçonne d'un grand crime digne d'un châtiment capable d'épouvanter le coeur le plus féroce. Vous pouvez cependant espérer de l'indulgence, si la sincérité guide vos paroles. Si vous êtes innocent, suivez moi avec confiance ». Ensuite le Frère Ancien met son poignard sur le cœur du Récipiendaire, le mène à la porte de la Loge, il en doit avoir la clef, il ouvre , il introduit le Candidat, et le met à l'occident. Lorsqu'il y est, et que tous les Frères sont assis, Salomon dit au Récipiendaire : « Que cherches-tu? » Le Frère Ancien lui dicte ses réponses : « La récompense qu'il m’est dûe ».

D. Crois-tu que les Maçons autorisent le crime et le meurtre ? Tremble plutôt du juste châtiment qui t'est réservé! Qui es-tu ?

R. Le meilleur des Maçons , le plus zélé de tous les Frères, ou du moins le plus digne de ce titre.

D. Vil assassin ! Qu'oses - tu dire quand tu te présentes dans ce lieu sacré, les mains teintes d'un sang sans doute innocent ? Tout dépose contre toi, tout annonce le meurtre.

R. Je me soumets à tout, si je suis coupable.

Le Roi deTyr dit : « Hiram Abif soit vengé ».

Tous les Frères disent N. N. M.

Mes Frères,soyez contens, le meurtrier d'Hiram est découvert,

D. L'imposture est trop grossière, il est déjà coupable, puisqu'il cherche à nous tromper ; que réponds-tu ?

R. Que c'est à tort qu'on me soupçonne du meurtre d'un Maître dont je respecte la mémoire; je ne viens qu'à dessein de vous en donner des nouvelles, par les découvertes que j'ai faites.

D. Quelles sont donc ces nouvelles?

R. Une caverne, un buisson ardent, une fontaine jaillissante, un chien pour guide, m'ont indiqué le lieu de sa retraite.

D. Quels en sont les garants ?

R. Mes mains trempées dans le sang de trois animaux, le lion, le tigre et l'ours, qu'il avoit apprivoisés pour garder l'entrée de sa caverne et que j'ai détruits pour y parvenir.

D. Que viens-tu demander ?

R. Me jetter aux pieds du Roi pour prendre ses ordres, et s'il veut que je lui livre Abiram mort ou vif.

D. Quelle preuve donnes-tu de ta foi ?

R. Les promesses les plus sacrées seront le garant de mon innocence, et les supplices les plus rigoureux auxquels je consens d'être exposé, si je suis reconnu criminel.

« Frère Intime, puisque ce Frère commence à calmer nos soupçons, faites-le avancer par neuf pas, trois d'Apprenti, trois de Compagnon et trois de Maître, jusqu'au trône, pour y venir prêter son obligation entre nos mains ».

Le Frère Intime fait avancer le Récipiendaire, ainsi qu'il est ordonné, jusqu'au trône , où étant arrivé, il met le genou droit á terre, la main droite nue sur le livre de la Sagesse, lequel tenant de la gauche le compas qui embrasse un maillet, Salomon lui pose son poignard sur le front, et le Frère Intime lui met une épée nue sur le dos; puis le très-Sage en frappant un coup de son sceptre sur l'autel, pour que tous les Frères se lèvent, il lui dit : « Prenez garde à ce que vous allez faire. Le moment est critique. Si vous cherchez à nous tromper, notre indulgence augmentera la rigueur des supplices qui la suivront. Si vous êtes sincère, prononcez avec nous :

OBLIGATION.

« Je promets foi d'honnête homme, et devant cette auguste assemblée, au pied de la plus haute puissance de la Maçonnerie, de ne jamais révéler à aucun homme qui n’ait pas fait ce que j'ai fait , les secrets qui font parvenir et donnent le titre sublime de Maître Elu. Je promets d'en remplir scrupuleusement les obligations au péril de mon sang, en telle rencontre que ce puisse être, de sacrifier aux mânes d'Hiram les parjures qui pourroient révéler quelqu'un de nos secrets aux Profanes. Je tiendrai mes engagemens ; ou que la mort la plus affreuse soit l'expiation de mon parjure ; après que mes yeux auront été privés de la lumière par le fer rouge, que mon corps devienne la proie des vautours, que ma mémoire soit en exécration aux enfans de la veuve par toute la terre. Ainsi soit-il ».

Salomon dit N. N. M. ce que tous les Frères répètent ensemble. Ensuite il dit : « Mes respectables Frères, vous avez entendu, jugez-vous à propos que ce Frère achève maintenant la vengeance » ? Tous les Frères marquent leur acquiescement par le signe de réponse.

Alors Salomon relève le Récipiendaire , et dit : « Frère Intime, faites retourner le Frère à l'extrémité de la Loge, comme il est venu au Trône en arrière, pour lui apprendre qu'on n'a rien sans peine, et qu'il ne doit jamais s'offenser des mortifications ordonnées par le jugement de la Loge, l'humilité étant le véritable chemin de la perfection maçonne ». Ensuite le très-Sage adresse la parole au Roi de Tyr en lui disant : « Très-puissant Monarque, êtes-vous satisfait » ?

R. Je le serai lorsque l'Inconnu aura rempli ses obligations, en poursuivant Abiram mort ou vif.

Salomon dit : « Frère Intime, déliez les mains à l'Inconnu, armez-le de son glaive, et le mettez en état d'aller effectuer ses promesses ». Après qu'il est délié, que le Frère Intime lui a remis son chapeau et son épée, Salomon lui dit : « Consomme ton ouvrage à la faveur des ténèbres, et te rends digne du choix que nous avons bien voulu faire de toi pour faire expirer sous tes coups le meurtrier d'Hiram; mais tâche de nous le livrer vivant ».

Le Frère Intime prenant le Récipiendaire par les mains le fait voyager par sept tours lents et deux précipités; au neuvième on ouvre la porte de la Loge doucement, et on le conduit, s'il se peut, sans qu'il s'en aperçoive, à la chambre obscure, qui doit être ainsi disposée.

CHAMBRE OBSCURE.

Cette Chambre doit être tendue de noir. Au fond d'un côté doit être une espèce d'antre ou caverne couverte de branches d'arbre. L'entrée ni le fond n'en doivent pas être éclairés. Dans la caverne doit être un phantôme assis dans les branches; la tête doit être garnie de cheveux, et seulement posée sur le reste du corps. On la met dans une attitude convenable dans la Chambre tendue de noir; il doit y avoir une table et un tabouret devant; en face doit être un tableau en transparent, représentant un bras tenant un poignard, et ce.mot écrit, « vengeance ». Sur la table doit être un gobelet; à terre doivent être un grand poignard et une lampe qui puisse se prendre à la main, et qui fasse une faible lumière. A l'autre côté doit être une fontaine avec de l'eau, et quelque chose dessous pour la recevoir, parce qu'il faut la laisser couler.

Lorsque tout est ainsi disposé, et que le Frère Intime a conduit le Récipiendaire dans cet appartement, il le place sur le tabouret devant la table, sa tête appuyée sur un de ses poignets ; en cet état, il lui dit : « Ne bougez pas, mon Frère, de cette situation, que vous n'entendiez frapper trois coups, qui vous serviront de signal pour vous découvrir les yeux. Suivez exactement ce que je vous prescris, sans cela vous ne pourriez jamais être admis dans l'auguste Loge de Maître Elu ».

Le Frère Intime après ce discours sort, ferme la porte avec force, on abandonne le Récipiendaire quelques instans à ses réflexions; puis on frappe trois coups , et on lui donne le temps d'examiner ce qui est autour de lui. Ensuite le Frère Intime rentre avec un air très-sérieux, et lui dit : « Courage , mon Frère, voyez-vous cette fontaine ? Prenez ce gobelet, puisez de l'eau et buvez; car il vous reste bien de l'ouvrage à faire ».

Quand le Récipiendaire a bu : « Prenez, lui dit le Frère Intime, cette lampe ; armez- vous de ce poignard, entrez au fond de cette caverne, et frappez tout ce que vous trouverez qui vous résistera. Défendez-vous, vengez votre Maître, rendez-vous digne d'être élu ».

Le Récipiendaire entre le poignard levé, la lampe de la main gauche. Le Frère Intime le suit en en lui montrant le phantôme ou la tête, il lui crie : « Frappez, vengez Hiram; voilà son assassin». Le Récipiendaire frappe de son poignard, ensuite le Frère Intime lui dit : « Quittez cette lampe, prenez cette tête par les cheveux, levez votre poignard, et suivez-moi ».

source : http://legende-hiram-bis.blogspot.fr/

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