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Alexandrie

24 Avril 2012 , Rédigé par Paule Biesse Publié dans #Planches

Je voudrais commencer cette planche en vous lisant un poème.

Au-delà le projet de ce travail est de vous présenter ALEXANDRIE, cette ville symbolique d'une rencontre entre différentes traditions ( juive, égyptienne, grecque, romaine, perse, gnostique, pythagoricienne, chrétienne, etc!) qui, même si elles ne se sont pas toujours côtoyées sans heurts, les a faites se jauger, se mêler et s'enrichir mutuellement, faisant de cette ville un endroit exceptionnel dans la vie des hommes de l' occident et du moyen orient, comme peu d' autres si ce n' est, plus tard, peut- être (?), Cordoue.

Pour les FF.. de notre Triangle, l' utilisation de ce nom symbolise une recherche sans exclusive de la Tradition initiale à travers les différents rameaux de celle-ci.

" Quand vers minuit, soudain, tu entendras passer un cortège invisible avec de merveilleuses musiques et des éclats de voix, ne te lamente pas en vain sur ta Fortune qui chancelle, sur tes oeuvres qui ont échoué, sur les entreprises de ta vie qui, toutes, se sont avérées illusoires. En homme prêt de longue date, en homme de coeur, salue-la, cette Alexandrie qui s' éloigne. Surtout, ne te leurre pas, ne dis pas que ce n' était qu' un rêve, que ton oreille t'a trompé, dédaigne ces futiles espoirs. En homme prêt de longue date, en homme de coeur, comme tu te dois de l' être, toi qui méritas pareille ville, approche toi d' un pas ferme de la fenêtre et écoute avec émotion, mais non pas avec les plaintes et les supplications des lâches, comme une ultime jouissance, la rumeur, les ravissants accords du mystique cortège et salue-la, cette Alexandrie que tu perds ".

Ce poème a été écrit pour illustrer la mort d' Antoine, en l' an 30 avant notre ère, après qu' il ait perdu une bataille à Alexandrie.

On situe à peu près à partir de cet événement la fin de la religion égyptienne telle que nous la connaissons, confirmant les paroles d'Hermès Trismégiste, reprises dans un de nos Rituels :

" L' Égypte est devenue veuve et d' hommes et de dieux ".

Et ce que je voudrais ce soir, c' est donc vous présenter mon ALEXANDRIE, probablement d'une façon subjective et en tous cas pas exhaustive - mais y a t' il jamais une façon exhaustive de présenter les choses ? - avec mon coeur, de la façon dont je vois cette ville et avec la raison pour laquelle nous avons choisi son nom pour être celui de cet Atelier, ce nom lui-même donné - en y ajoutant d' Égypte - par notre Passé Grand Maître Mondial, Robert AMBELAIN, à un Atelier qu' il avait constitué, pendant l' Occupation, et qui était lui-même constitué de FF.. de différents Rites.

Ce n' est pas mon habitude, mais je voudrais commencer cette planche par une longue citation tirée de l' éditorial d' une revue - Le MONDE COPTE - consacrée, justement, à ALEXANDRIE:

" Perle de la Méditerranée, Lumière du Monde Antique, Porte de l'Afrique, Ville aimée des Dieux, Trône Apostolique, les titres de gloire d' Alexandrie défilent comme une litanie. Comment dire, en effet, par l' image, l'incommensurable importance de cette cité dans l'histoire de l'humanité ?

Mais voici que ce nom tout simple d' Alexandrie, lorsqu' on l'approche de trop près, éclate en mille facettes, comme une goutte d' eau à travers un prisme: loin de nous offrir une image unie, c' est donc par une multitude de petites touches que la réalité d' Alexandrie s'est progressivement livrée à nous.

Fruit d' une alliance sans confusion entre l' Égypte et la Grèce, Alexandrie fut le centre de la civilisation dite hellénistique, mais qu' il serait plus juste d' appeler " alexandrine ": la médecine, les sciences, la philosophie s'y épanouirent de façon remarquable.


Mais Alexandrie fut aussi la cité du Christianisme des origines, siège du Patriarcat apostolique d' Égypte, fondé par St Marc, à l' aube de l' ère chrétienne et son nom s' identifie à l' Église Copte. Terre de martyrs et de théologiens, mère aussi de ces martyrs blancs - les moines -Alexandrie et sa région furent et demeurent un haut lieu de pèlerinage et de spiritualité.

Alexandrie, amante du beau, fut aussi une terre des arts : architecture, peinture, mosaïque, dans ce domaine aussi son rayonnement fut grand."

A travers cette citation, vous comprendrez combien est difficile, ce soir, ma tâche - moi qui ne suis absolument pas un historien ni un égyptologue amateur -, et que, à mon avis, à l' image de cette Ville qui fut un mélange réussi de cultures, de peuples et de croyances, il nous faudra longuement mêler nos travaux sur cette Cité et sur nos propres chemins spirituels pour commencer à dégager l' esprit d' Alexandrie, celui de la Cité comme celui de notre Loge.

Alors, évoquons d' abord son histoire, et là aussi je suis obligé de me reporter à ce qui a été écrit:

On l' a vu plus haut, Alexandrie, à l' origine s' appelait RAKOTÉ, et était une petite bourgade égyptienne.
Les relations entre ce qui deviendra la Grèce - ou plutôt les îles grecques - et l' Égypte sont très anciennes, et des documents attestent qu' elles furent formalisées dès l' Ancien Empire, c' est à dire vers 2300 avant notre ère. Elles connurent un nouvel essor avec ce que nous appelons le Nouvel Empire - 16 siècles avant notre ère - où le Roi Ahmosis, fondateur de la XVIII èème dynastie, le vainqueur des Hyksos et le créateur d' un Empire unifié s' étendant depuis la 2ème cataracte jusqu' à la Palestine, conclut des accords avec ces mêmes Îles.

La mère du Pharaon Ahmosis, la Reine Ahotep, fut du reste appelée la " Dame de Crète ".

N' oublions pas, à ce sujet, qu' à cette époque, ces îles étaient occupées par les Mycéniens, et ce ne sera qu' après la conquête de la péninsule par des peuples indo-européens que, longtemps après, vers 800 avant notre ère, apparaîtra ce que nous appelons la Grèce.

Ces relations connurent, toutefois, des moments difficiles avec des tentatives d' invasion, notamment par des peuples des îles du sud, les Philistins et les Sardanes. Certaines furent repoussées, d' autres furent l' occasion de métissage avec les peuples autochtones. Au XII ème siècle avant notre ère, ces mêmes envahisseurs des îles du sud s' engagèrent dans les terres et se mêlèrent aux Hébreux, dans le pays de Canaan, qu' ils venaient justement d' atteindre.

Égyptiens, Hébreux, et peuples d' où allaient émerger les Grecs, le mélange était déjà fait !

A partir du VII ème siècle avant notre ère, les Pharaons prirent l'habitude de recruter des mercenaires grecs pour leurs armées, et ceux-ci participèrent de façon souvent décisives aux nombreuses guerres contre les Assyriens, les Babyloniens et, bien sûr, les Perses.

Le Pharaon Psammétique 1er, de la XXVI ème dynastie, leur octroya même une ville, dans le delta du Nil, ville appelée à l' époque Naucratis ( aujourd' hui Kom-Djoef ).

Il est à noter que ces mercenaires grecs refusèrent de servir les Rois perses quand ceux-ci, ayant conquis l' Égypte, en devinrent les maîtres, après la XXX ème dynastie.

C' est bien évidemment Alexandre le Macédonien qui libéra l' Égypte de son occupant perse, après la bataille d' Issos, en - 332. Il y fut accueilli très naturellement en ami et se fit couronner sans problème Pharaon, fils d' Amon, reconnu par les Prêtres de Memphis comme : " Roi Épervier, Prince de la Victoire, Bien Aimé d' Amon, Élu du Roi Soleil ".

Alexandre écrivit alors une lettre restée célèbre à sa mère, la reine Olympias :

" Après être demeuré quelques jours à Memphis, je me dirigeai en naviguant sur le Nil vers le port de Canope. Là se trouve une île désignée sous le nom de Pharos, bien située pour y établir une forteresse. Je décidai donc d' y bâtir une ville et de l' entourer de remparts. A l' architecte Dinocrate, que j' ai fait venir d' Ephèse, où il élevait un Temple à Diane, j' ai donné la consigne de construire une tour très haute, au sommet de laquelle les veilleurs entretiendront en permanence un feu très brillant pour servir de signal aux navigateurs croisant dans les parages. Cette ville, édifiée en l' honneur de ton fils, portera le nom d' Alexandrie ".

Une légende rapportée par Plutarque affirme qu' Alexandre aurait choisi ce site paradoxal du seul point de vue géographique car dépourvu de baies et de criques pour en faire un port, avec des sables mouvants, après un songe dans lequel Homère lui serait apparu et l' aurait alors guidé vers l' île de Pharos.

Et les conseils ont été judicieux puisque cette ville est devenue la capitale de l' Égypte - éclipsant Memphis, Thèbes et Tanis - dès la fin du IV ème siècle avant notre ère et le resta jusqu' à la fin du VII ème siècle de notre ère, soit pendant environ 1000 ans, mille années de rayonnement culturel et politique. Elle reste aujourd' hui encore, d' un point de vue économique un port très important de la Méditerranée orientale, et dans l' Égypte moderne, son rayonnement culturel n' est pas éteint.

Alexandre ne vit jamais la ville terminée - il mourut d' une maladie subite à l' âge de 33 ans ( tiens 33 ans !!! ) pendant une campagne militaire à Babylone -, mais son corps fut rapatrié à Alexandrie où l' historien Strabon dit avoir vu sa tombe.

C' est encore un mystère aujourd' hui puisque personne ne sait vraiment où est la tombe de ce conquérant.

Le village de RAKOTÉ était situé entre le lac Mariout et le bord de mer, face àà l' île de Pharos. C' est là, en réalité, que fut construite la ville, l' île étant reliée au continent par un barrage construit alors, qui porta le nom de Heptastadion, soit 7 stadions, soit encore environ 1300 m, ce qui était sa longueur.

La construction de cette digue permit la création de 2 ports, de chaque côté de celle-ci, celui de l' ouest appelé Port d' Eunostos - le port des retours heureux - et celui de l' est, dit le Grand Port ou le Port Neuf, fermé aussi par une digue construite dans le prolongement de la presqu' île de Lochias, sur laquelle était érigé le Palais Royal.

Les navires trouvaient ainsi toujours un abri, dans l' un ou l'autre de ces ports, le passage de l' un à l' autre pouvant se faire par 2 passages dans la digue, sous des pont-levis. Au sud, le lac Mariout servait de port fluvial, et communiquait, soit avec le Nil, soit avec le Port occidental, par des canaux dont les ingénieurs accompagnant Bonaparte ont encore pu admirer les vestiges, ainsi que les aqueducs approvisionnant la ville en eau potable.

La ville fut bâtie sur un plan en damier, avec deux très larges avenues d' environ 30 mètres - un plèthre - et de quelques 7 kilomètres - 40 stades - de long, et d' autres avenues parallèles, toutes coupées, à angle droit, par des rues perpendiculaires. Ce tracé, dit hippodamien, du nom du célèbre Architecte Hippodame de Milet - permettait une circulation des vents marins qui assuraient une fraîcheur constante. Diodore de Sicile a noté qu'Alexandrie offre un climat tempéré, source de santé.

Ce même Diodore, comme Strabon, ont fait remarquer que la ville représente une chlamyde - le court manteau macédonien - déployée et posée à plat.

Un poèète latin, Achille Tatius, a pu écrire, au 2èème siècle de notre ère :

" Après une navigation de trois jours, nous arrivâmes à Alexandrie. Lorsque j' y entrai, par la porte dite du Soleil, j' eus immédiatement devant moi l' incomparable beauté de la ville, et mes yeux furent remplis de plaisir. Une rangée de colonnes, rectiligne, s' étend des deux côtés, de la porte du Soleil à celle de la Lune....car ces deux divinités ont la garde de la ville ".

Le Roi Ptolééméée 1er, respectant le voeu d' Alexandre, commença à faire ériger la tour dans l' île Pharos, selon les plans de Sostrate de Cnide, et qui allait sous le nom de Phare devenir l' une des 7 merveilles du Monde. Elle fut construire en pierres calcaires et devait être, à l' époque, la plus grande tour construite - environ 120 m - et les travaux furent terminés sous le règne de Ptolééméée II, et même encore après quelques retouches, sous Ptolééméée III, soit après environ 60 ans.

Ce phare, constitué d' une base carrée, d' une colonne octogonale et d' un dernier étage cylindrique, pourrait avoir servi de modèle pour les minarets des mosquées.

A noter que ce nom de phare fut repris dans beaucoup de langues pour désigner les lumièères guidant les navires.

Il fut détruit au XIII ème siècle, après une éruption volcanique.

Une mission internationale financée par l' UNESCO a entrepris des recherches pour en retrouver des morceaux, semble t' il avec succès.

Ce fut évidemment d' abord un grand port pour le commerce de l'époque et il est difficile de citer tous les produits et tous les peuples qui y abordèrent pour participer à cet immense marché. Il est sûr qu' aussi bien les Indiens que les Arabes, les Arméniens et les Africains, les Ibères comme les autres peuples d' Europe et d' Asie Mineure ou du lointain Orient s' y retrouvèrent.

D' aprèès Diodore de Sicile, en 60 avant notre ère, la ville comptait plus de 300.000 habitants, dont environ 100.000 Juifs, à qui le quartier nord-est, appelé le Delta, avait été attribué, mais pas sous la forme connue récemment de ghetto, puisque de nombreuses synagogues et comptoirs commerciaux étaient disséminés dans toute la ville. Le reste de la population, au-delà des petites communautés de différents peuples orientaux, européens et africains, était surtout constitué de Grecs et d' Égyptiens.

Ce rapprochement entre Orient et Occident prit ici une forme particulière, concrète, qui constitua ce que nous avons appelé la civilisation hellénistique.

Il s' agit de l' enrichissement mutuel de 2 mondes, sans mélange ni confusion, dans le respect total de l' autre, de son génie, ce qui a permis un approfondissement sans retenue dans tous les domaines : scientifique, culturel, philosophique, spirituel.

Il semble qu' Alexandrie soit le seul exemple de ce type, même si d'autres villes d' Orient aient été imprégnées d' hellénisme, elles ne conservèrent pas le même caractère, et surtout, aussi longtemps.

Alexandrie fait partie de ces jalons de l' histoire des hommes et probablement que nous ne serions pas ce que nous sommes si cette ville n' avait pas existé.


Il faut, toutefois, ne pas se leurrer, la ville d' Alexandrie n'était pas un modèle de démocratie et seuls étaient Grecs celles et ceux qui pouvaient se prévaloir d' une double ascendance, c'est-à-dire de père et de mère grecs. En fait la plupart des Alexandrins n' en font pas partie et sont définis Hellènes, c'est-à-dire membres de la communauté gréco-macédonienne, parlant grec et participant à la culture grecque, en fait tous ceux issus des peuples conquis par Alexandre, en Europe comme en Asie, et les Juifs en faisaient également partie, eux qui représentaient plus d' un tiers de la population.

Tous ces Hellènes ne sont pas citoyens au sens politique du terme.

Parlons maintenant de la Bibliothèque d' Alexandrie :

La première bibliothèque fut créée par Démétrios de Phalère, à la demande de Ptolééméée 1er Soter, général d'Alexandre, fondateur de la dynastie lagide dont les membres se succédèrent sur le trône des 2 royaumes d'Égypte pendant plus de 300 ans, après la mort du conquérant macédonien (en 323 avant J-C).

Démétrios habitait l' un des quartiers latins d' Athènes et appartenait à l' Institut Syceum, établi par Aristote, et participait aux conférences et débats qui s' y déroulaient.

Au-delà de la seule bibliothèque, dont je vais reparler après, Démétrios créa aussi une Université, qui, avec la bibliothèque, s'appelaient Museion ou Maison de Sagesse.

Le corps professoral de cette Université fut, à la demande expresse de Démétrios, constitué des meilleurs savants, artistes, écrivains et philosophes de la région hellénique. Il résidait à Alexandrie et il est dit que ceux qui le constituèrent furent regroupés simultanément.

Cette bibliothèque, riche de plus de 500.000 manuscrits ( on a même parlé de 700.000 ) était la plus célèbre du monde antique avec celle de Pergame, sa rivale, Pergame en Asie Mineure, dont le nom a été à l' origine du mot parchemin.

La bibliothèque d' Alexandrie avait pour ambition d' accueillir tous les écrits du monde connu, ainsi que leur traduction en grec, et attirait un nombre considérable d' écrivains, de savants et de lettrés, souvent plutôt turbulents.

Cette bibliothèque et l' Université furent ainsi un lieu de rencontres où de grands penseurs et professeurs s'entretenaient avec les étudiants et les lecteurs, où les savants et philosophes s'échangeaient idées et découvertes.

C' était un creuset de la pensée humaine, et les Rois et Princes tenaient à y participer personnellement.

L' impulsion donnée à la civilisation en général fut fondamentale.

Pour citer quelques noms, à l' époque de sa création :

Eratosthène, l'inventeur de la philologie, y calcula la circonférence du globe terrestre et son diamètre, Zénodote d' Ephèse, Aristophane de Byzance et Aristarque de Samotrace y posèrent les fondements de la critique textuelle, Hipparque évalua très précisément le volume du soleil et de la lune, donna un nom à plus de 800 étoiles et mesura la durée du mois lunaire, Euclide et plusieurs mathématiciens pythagoriciens, Heron qui, même si son nom a été oublié, fut le premier à imaginer la machine à vapeur, Erasistrate et Hérophe, médecins qui les premiers présentèrent une image scientifique du système nerveux, Archimède, etc...

Eratosthène, le 3ème bibliothécaire d' Alexandrie, aujourd' hui oubliéé, reste, sans aucun jeu de mots, un phare de ce qui peut caractériser cette cité. Mathématicien, astronome, philosophe, géographe, historien philologue, poète, éditeur, commentateur de livres, il s' illustre dans toutes les matières et peut être à juste titre considéré comme un esprit universel, fondateur de matières scientifiques modernes.

Des pages seraient nécessaires pour tenter de développer ce que l' on doit à cet esprit brillant, typiquement alexandrin, où il vécut au cours du 3 ème siècle avant notre ère, mais je voudrais insister sur son intérêt pour l'harmonie car, plusieurs siècles plus tard, toujours dans la même ville, des Pères de l' Église, Clément d'Alexandrie et Athanase d' Alexandrie écrivent des textes dans lesquels on retrouve le thème de l' harmonie qui reste ainsi indéfectiblement attaché à cette ville et à la pensée alexandrine, quelle que soit la religion pratiquée.

Au point vue spirituel, Ptolémée 1er était convaincu que la paix régnerait sur l' Égypte quand les idées et les convictions religieuses égyptiennes et grecques seraient harmonisées.

Il croyait au succès de cette union parce qu' il était sûr qu' au fond de toutes ces différences philosophiques et théologiques se trouvait une seule Vérité.

Pour exécuter ce rapprochement Ptolémée avait choisi 2 grands théologiens : Manethon, le Grand Prêtre égyptien qui, par ailleurs, connaissait la langue grecque et sa philosophie, et Timothée, l'Athénien, le plus célèbre théologien grec de l' époque, Prêtre d' Eleusis.

Après de longues études en commun, ils purent jeter les bases d' une nouvelle religion du trio Sérapis, Isis et Harpocrate ( l' enfant Horus ).

C' est dans cet Institut théologique que commença la traduction en grec de la Bible, au moyen d' une assemblée constituée par 70 savants et théologiens juifs, traduction connue sous le nom de Septantes.

Le support des ouvrages entreposés était le papyrus, un monopole des Égyptiens.

Du reste ALEXANDRIE exportait des papyrus vierges parallèlement à des copies des textes de la bibliothèque.

Par contre, aujourd' hui, il est impossible de donner des informations sur l' aspect architectural de cet établissement, ni sur ce qu' il est réellement devenu.

STRABON, le géographe et historien grec que j' ai déjà cité, l' avait décrit comme proche des palais royaux, en bordure de mer.

Sa destruction est, en réalité, mythique. JULES CÉSAR ayant mis le feu à ALEXANDRIE, au cours de l' hiver -48/47 avant J-C, il est possible que la bibliothèque ait brûlé à cette occasion. Toutefois il est plus probable que ce soient des entrepôts de papyrus vierges qui aient brûlé.

En 270 après J-C, la ville est l' objet d' une guerre entre la Reine ZENOBIE de PALMYRE et l' Empereur romain AURELIEN. Le quartier des palais royaux ayant été alors anéanti, la bibliothèque a pu subir le même sort funeste.

Plus tard encore, en 391 après J-C, les Chrétiens devenus hégémoniques à ALEXANDRIE, incendient, sur l'ordre de l' Évêque THÉOPHILE, tous les monuments païens. Parmi ceux-ci le serapeum, où étaient conservés tous les doubles de la bibliothèque-mère. Celle-ci, si elle existait encore, a t' elle été détruite à cette occasion ?

En tous les cas cet acte me conforte dans mon idée tout à fait personnelle que le Christianisme a tenté sciemment de détruire toutes les traces de la Tradition.

Enfin, et cela n' enlève rien à mon commentaire précédent, en 642, le général arabe AMR IBN AL AS enlève ALEXANDRIE après un long siège. Ne sachant que faire du contenu d' une bibliothèque ( était-ce celle dont nous cherchons la trace ?) téléphone, non, excusez-moi, écrit au Calife OMAR pour demander des ordres. Ce dernier lui aurait répondu : " Si ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles et tu peux les détruire. S' ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux et tu dois les brûler. "
Et, en tout état de cause, ils auraient alors servi à alimenter le chauffage des bains publics pendant 6 mois !

Il faut noter que cette dernière version de la destruction de la bibliothèque d' ALEXANDRIE n' est donnée que par ALBURAFADJE, Évêque d' ALEP, mort en 1286, et qu' elle est plus que suspecte.

Je ne suis pas loin de croire à la destruction délibérée par les Chrétiens, soucieux de détruire tout ce qui avait trait à la Tradition transmise par les Anciens, d' où qu' ils venaient, et cela serait cohérent avec l' attitude que ces mêmes Chrétiens ont eu avec les Gnostiques, dénoncés comme hérétiques, poursuivis de la vindicte virulente des principaux Pères de l' Église.

Après cette première partie très didactique, pour laquelle je me suis beaucoup aidé d' ouvrages disponibles sur le sujet, ce qui m' a beaucoup appris, je voudrais aborder ce qui a fait, pour l' humanité tout entière, la richesse d' Alexandrie, c' est à dire son apport à la spiritualité.

Je voudrais donc arrêter mon regard sur plus particulièrement 3 écoles, très différentes même si, en tout état de cause, elles se sont fécondées et n' ont pas pu ne pas avoir d' incidences les unes sur les autres.

Comme je l' ai écrit plus tôt, je pense que c' est un de nos fils conducteurs, si non le seul pour nos réflexions, car à travers l'étude de ces différentes écoles nous appréhenderons mieux d' où vient notre propre parcours, dont l' origine reste pour moi inscrit dans la Tradition initiale.

Ces 3 écoles sont : les Thérapeutes, les Chrétiens et les Gnostiques.

Parlons d' abord des Thérapeutes :

C' est PHILON d' Alexandrie qui en parle dans son traité DE VITA CONTEMPLATIVA.

N' ayant laissé aucune trace, contrairement aux Esséniens, il est toutefois impossible de dire si cette Communauté a bel et bien existé, ou si elle n' est que l' oeuvre de l' imagination de Philon.

Mais quel que soit le cas, elle mérite d' être examinée car elle véhicule des principes qui restent d' actualité.

Elle a, par ailleurs, été assimilée à celle que décrit Luc dans son ÉVANGILE, 2/42-47 et 4/32-35.

Le nom de Thérapeutes vient du grec "qerapeuw" , du verbe "terapeuein" qui signifie à la fois guérir ( les passions ) et servir ( l' ÊTRE suprême ). Ce double sens indique le souci d' une thérapeutique de l'âme par la prière, d' une guérison spirituelle.

Cette communauté aurait été constituée d' hommes et de femmes - car il y a mixité - des milieux d' affaires, de gens aisés, las des soucis de la gestion, excédés des bruits de la cité, désireux de rompre avec un train de vie confortable mais corrompu, pris du désir de vie tranquille.

Face, donc, à une déjà société de consommation, un groupe prend ses distances par rapport à l' institution et trouve dans la vie simple et communautaire, dans la prière, le chant et la danse une hygiène de vie qui permet à ses membres d' accéder à un équilibre humain et spirituel.

Ensuite, on ne peut évoquer Alexandrie sans parler du Christianisme.

Vous connaissez, pour certains ici, ma propre intuition qui me fait regarder cette religion comme ayant été inventée de toutes pièces, justement en grande partie à Alexandrie.

Je ne reviendrai pas ici sur cette position personnelle qui en dérange beaucoup, mais je voudrais, par contre, examiner comment Alexandrie a participé, de façon décisive, au développement de cette religion.

Selon une tradition bien attestée, Marc l' Évangéliste s' est rendu à Alexandrie, il y prêcha l' Évangile, fonda le Siège épiscopal d'Alexandrie, et y mourut en martyre le 8 mai 68, il y a donc 1930 années, presque jour pour jour.

Toutefois, au cours du 1 er siècle, et même pendant le 1 ère moitié du 2 ème, l' extension du Christianisme, à Alexandrie et en Égypte fut très limitée. Il avait même pris une forme plus ou moins syncrétique, permettant à Hadrien, dans une lettre d' évoquer "ces Chrétiens qui adoraient Sérapis" ou qui "se disaient évêques du Christ et se vouaient à Sérapis".

Ensuite, dès le début du règne de Commode ( 180 de notre ère ), la religion chrétienne, tout à fait nettoyée des doctrines gnostiques et des réminiscences du paganisme, s' installe définitivement. A l'époque de Septime Sévère ( 193-211 ) il connaît un développement très rapide, et c' est la que se situe la création de l' École téléologique d' Alexandrie, dont nous connaissons 3 de ses plus éminents professeurs : Pantène, Clément et Origène. cette école essaya d' établir des liens entre le Christianisme et le Néo-platonicisme qui se développait alors dans la ville.

C' est dans la région proche d' Alexandrie que se développa, ensuite, à partir du IV ème siècle, la vie monastique.

C' est dans cette École qui allait devenir le premier centre de sciences sacrées de l' histoire du Christianisme que fut formulé le premier système de téléologie chrétienne et que fut établie la méthode allégorique d'exégèse biblique.

Pantène est à l' origine de la rencontre de l' hellénisme ( philosophique et littéraire ) et de l' exégèse biblique. C' est lui qui suscite l' ecclésiastisme, cette organisation si particulière du clergé chrétien. On ne sait du reste rien de l' organisation du clergé chrétien avant lui.

Si la personnalité historique reste cependant sujette à caution, et il n' y a aucun écrit de lui-même, Clément d' Alexandrie est, par contre, bien attesté, et on possède ses écrits.

La culture philosophique de Clément est immense. Mais il est d' abord égyptien et montre une très grande admiration pour l' écriture hiéroglyphique, et égyptien hellénisé puisque très fortement imprégné par son éducation, marquée par Platon, Isocrate et Aristote.

Il utilise sans retenue les philosophes grecs et est un grand dialecticien. Il se sert d' ailleurs avec aisance de cette science dans ses discussions avec les hétérodoxe, ou les hérétiques.

Dans son ouvrage le PROTREPTIQUE il applique au Christianisme l' exhortation à se convertir à la vie philosophique.

Un autre de ses ouvrages se rapporte à l' oeuvre du Logos divin pour la formation morale, pratique et théorique, en se limitant à l'enseignement exotérique.

Clément d' Alexandrie se caractérise aussi par l' éclectisme - eklektikon en grec - qu' il qualifie lui-même de choix, parmi les différentes philosophies de ce qu' il y a de meilleur.

Il dit ainsi : "Quand je parle de philosophie, je ne veux pas dire la philosophie stoïcienne, ni la philosophie platonicienne, ou épicurienne, ou aristotèlienne, mais tout ce qui a été dit de beau dans chacune de ces écoles, par l' enseignement de la justice accompagné de science pieuse, c' est tout cet ensemble choisi - l' éclectisme - que j' appelle philosophie ".

N' est ce pas, sous un autre nom, un déjà syncrétisme ?

Et évidemment, Clément en vient à élaborer ce qu' il nomme une vraie philosophie, qui met en communion l' univers culturel grec, le christianisme, le judaïsme - à travers la nouvelle traduction en grec qui vient d' être disponible -, et probablement, bien qu' il s' en défende, la Gnose.

Clément est certain que la Philosophie a été donnée aux Grecs comme alliance, comme la Loi l' a été donnée aux Juifs.

Une dimension ésotérique très forte imprègne aussi Clément d'Alexandrie, dimension qu' il rattache à une tradition apostolique, tradition secrète remontant à Pierre, Jacques et Jean, et, à travers eux, à Jésus lui-même. De cette façon il peut rivaliser avec les gnostiques qui développent des théories semblables, mais à partir d' autres disciples non reconnus.

Beaucoup d' autres choses pourraient bien évidemment être dites concernant Clément d' Alexandrie et je pense que notre Atelier aura l' occasion de travailler sur ce théologien majeur.


Le troisième est Origène.

Il est né vers 185 à Alexandrie, dans une famille chrétienne, pourtant son nom signifie "Fils d' Horus". C' est l' époque des persécutions contre les Chrétiens, et son père est arrêté, condamné et exécuté. Origène veut aller se présenter pour suivre l' exemple de son père mais sa mère le retient. Tombés dans la misère tous les deux, Origène est recueilli par une riche veuve chrétienne et peut ainsi terminer ses études.

Cependant c' est chez cette veuve qu' il découvre la Gnose "hétérodoxe ", et plus tard, il déclarera un dégoût pour cette " hérésie".

Il ouvre une école de catéchèse et organise des réunions pour expliquer la Bible. Il se livre, parallèlement, à l'ascèse et va même jusqu' à s' émasculer, prenant ainsi à la lettre la parole de Matthieu sur les eunuques (19,12).

Un des ses auditeurs très riche l'entretient et lui permet d' écrire des ouvrages sur les différents Livres des Écritures, tout en débattant avec des Gnostiques. Même s' il est ordonné prêtre, il reste suspect de proximité avec les Gnostiques, ce qui l' amènera en prison, et il mourra peu après sa libération.

S' il est impossible d' affirmer qu' Origène ait suivi l'enseignement de Clément, même si les dates le permettent, par contre on est sûr qu' il a lu ses oeuvres, et elles ont eu pour lui une influence très importante.

Il est très marqué par l' ésotérisme juif, qu'il découvre auprès d' un maître, lui-même Juif converti. Sa méthode de réflexion est surtout basée sur l' analogie, mais il est maître dans l' art du commentaire.

Il a ainsi publié les HEXAPLES, le résultat d' un travail colossal de 30 années, dans lesquelles il compare, sur 6 colonnes parallèles le texte original de la Bible en hébreu, sa traduction en grec dite des Septantes, et 4 autres traductions en grec, dont celles dites d' Aquila, de Symmaque et de Théodotion.

Enfin on peut considérer Origène comme le père de la théologie avec la mise en place de tous les concepts et la problématique sur la Trinité, la résurrection et la préexistence des âmes.

Évidemment, je dois enfin parler, en dernier, du Gnosticisme, avec ses deux Maîtres alexandrins que j' ai choisi particulièrement, Basilide et Valentin, parmi beaucoup d' autres qui vécurent et surtout enseignèrent, prêchèrent dans cette Cité, Carpocrate, Simon le Magicien, Epiphane, Ptolémée, Héracléon, et bien d' autres moins connus ou dont l' histoire a perdu les noms :

Basilide, d' abord, un des principaux docteurs gnostiques, ouvrit une école pythagoricienne à Alexandrie, dans la première moitié du 2ème siècle de notre ère, où, à l' exemple de Pythagore, ses disciples se voyaient d' abord imposer un silence de 5 années car, disait-il, le silence qui est premier, qui est un, nous aide à combattre l'illusion du monde terrestre.

Sa doctrine, que l' on connaît paradoxalement uniquement à travers les écrits de Clément et Origène qui l' ont combattu violemment, lui aurait été révélée par un disciple de Pierre, appelé Glaucias.

Selon celle-ci, aux origines il y a Dieu, un Dieu non visible, inconcevable pour l' homme. Dieu est appelée RIEN, Celui qui n' est pas. 365 cieux séparent ce Dieu de l' homme, chacun peuplé d' entités, pures tout en haut, impures dans les derniers cieux. Dans le dernier ciel réside l' Archonte, le plus impur donc, et qui est aussi le chef des anges. C'est pour Basilide le Dieu des Juifs, le créateur de l' homme et du monde, oeuvre particulièrement imparfaite.

A l' opposé 3 entités pures ont été engendrées par Dieu, elles ont pour nom Le Fils de Dieu, la Pneuma, l' Esprit qui règne sur le huitième ciel, l' OGDOADE, et qui se confond avec Dieu.

Le Christ descend sur la Terre pour délivrer les croyants. Sa tâche accomplie, il remonte au Ciel. Il n' est pas un homme ordinaire et ne peut donc avoir souffert sur la croix.

Pour Basilide, c' est un autre condamné, Simon de Cyrène, qui a été crucifié à sa place.

Basilide est fondamentalement un pessimiste. Moralement il prône une existence paradoxalement à la fois ascétique et libérale, sexuellement parlant notamment dans ce dernier cas. Selon lui, l'homme est guidé par sa volonté de se perfectionner et cet appel à la vertu n' est pas étranger à son salut spirituel.


Valentin, maintenant, vécut aussi à Alexandrie vers le 2ème siècle, qui se disait Chrétien, qui faillit même devenir évêque, et dont la pensée était pourtant fortement influencée par les traditions grecques et perses.

En ce qui le concerne il se disait héritier de Théodas, disciple de Paul.

C' est lui qui a inventé le terme d' éon, à la fois désignant l' entité suprême et la succession des entités qui lui succèdent, toutes de moins en moins parfaites au fur et à mesure que l' on s' en éloigne et que l' on se rapproche de la Terre.

Au sommet du Plérôme on a donc un Dieu inconnu, nommé Propator. Il est accompagné d' un élément féminin, l' Ennoïïa - la Pensée ou le Silence - et chaque éon se présente en fait en couple masculin/féminin et se succède par ce qui est appelé la Syzygie.

Ces entités sont au nombre de 30, les 8 premières, constituant l'OGDOADE, contiennent, entre autres Nous, l' Intelligence, Logos, la Parole, Zoé, la Vie, Ekklesia, l' Église.

Quant à la dernière, c' est Sophia, et Sophia voulut voir Dieu, en fut punie et qu' elle fut à l' origine de la création du monde, ce monde bien évidemment imparfait. L' homme, cependant, conserve en lui une parcelle du Divin, ce qui lui donne cette soif de connaissance, de sagesse qui le caractérise.

Les humains sont classées en 3 groupes : les hyliques, qui sont attachés à la matière, et qui n' auront point de salut dans cette vie, les psychiques, malheureusement coupés de la Vérité, et les pneumatiques qui sont les élus gnostiques.

Les disciples de Valentin vivent en communauté, selon une hiérarchie avec des niveaux d' enseignement différents.

Chez tous les disciples de Valentin, l'attitude envers la vie est la même : pour accéder à la condition supérieure qui permet de retrouver immortalité et vérité, il faut consommer pleinement les plaisirs de la chair et les biens de ce monde.

Irénée, qui les combattit violemment, a pu ainsi écrire :

"Aussi les plus parfaits d' entre eux commettent ils sans honte ce qui est défendu. Ils mangent sans scrupule les nourritures destinées aux idoles. Ils assistent à toutes les fêtes païennes, beaucoup assistent même à des combats de bêtes et aux combats singuliers à mort d' homme. D autres s' adonnent sans réserve aux plaisirs de la chair, disant qu' il faut rendre la chair à la chair et l' esprit à l'esprit. D' autres encore déshonorent secrètement les femmes qu' ils veulent initier. D' autres enfin enlèvent ouvertement et sans scrupule à leur mari la femme dont ils sont tombés amoureux pour en faire leur compagne. D' autres, par ailleurs, qui faisaient semblant, au début, de vivre honorablement avec leur soeur, furent démasquées, leur soeur étant devenue enceinte de leurs oeuvres. Ils se proclament les Parfaits, les semences d' élection. Ils prétendent avoir reçu d'en haut une grâce particulière, par suite d' une union ineffable. Et c' est pourquoi ils se doivent de s' appliquer sans trêve au mystère de l' union sexuelle ".

On peut comprendre les réactions des Pères de l' Église, plutôt coincées, à ces descriptions, par contre il est paradoxal que les Cathares, plusieurs siècles plus tard, derniers rejetons du Gnosticisme, aient professé des thèses complètement opposées. Mais l' étude du Gnosticisme montrerait que d' autres ÉCOLES professaient déjà un refus de la vie, un refus de la fécondation.

Pour Valentin, de toutes façons, la fin de la matière, du monde corporel, de la terre, viendra un jour. L' âme du gnostique rejoindra alors le Plérôme, au côté du sauveur, où chacun s' unira à un ange jumeau. Une ère de repos s' ouvrira, un feu gigantesque consumera alors la matière, vidant le cosmos d' un mauvais souvenir.


Après ces très longs exposés - et pourtant trop brefs car il faudrait s' arrêter des heures, des jours, des années, sur ces différentes ÉCOLES - je voudrais répéter ce qui a été l' origine de cette réflexion, c'est-à-dire l' ambition que nous redevenions, à notre échelle bien sûr, une sorte d' Alexandrie antique, un endroit où les femmes et les hommes de plusieurs cultures, de plusieurs religions viendraient, sans exclusive aucune, sans sectarisme, dans le seul objectif d' apprendre aux autres et d' apprendre soi-même, présenter ce qu' ils savent et les questions auxquelles ils souhaitent des réponses, et ainsi s' enrichir mutuellement.

Je crois que cette Cité a en effet été unique dans l' histoire des hommes pour cette tolérance, ce foisonnement culturel et spirituel - même si à leurs époques différentes, Bagdad d' une part, et Cordoue d' autre part, ont pu connaître quelque chose d' approchant, et je suis heureux qu' elle soit le nom de notre Atelier.

Ce travail, le premier en fait présenté dans cette Loge, avec toutes ses approximations et probablement ses erreurs, doit cependant montrer quelle voie doit être la notre, celle de la recherche de la Tradition, à travers les divers chemins qu' elle a pris, et donner l' envie à tous de compléter ces quelques premières lueurs que j' ai voulu allumer ce soir.

Et pour conclure enfin, je voudrais vous citer la définition de la GNOSE par Clément d' Alexandrie, ce Docteur de l' Église dont j' ai longuement parlé, et qui me semble aussi pouvoir refléter notre projet :

" La Connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus, du lieu d' où nous venons et de celui dans lequel nous sommes tombés, du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés, de la nature de notre naissance et de celle de notre renaissance".

j' ai dit

Le 30 novembre 2000 E:.V:.

 

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/planches.htm

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Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie

23 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Le problème des rapports entre Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie, qui touche à tant d'autres problèmes, a été traité dans les études suivantes; Saint-Martin Franc-Maçon , L'Inltiation, avril-juin 1965, pp. 82-91; Louis-Claude de Saint-Martin et la FrancMaçonnerie , Le Symbolisme, janvier-juin 1970, pp. 123-180, juillet-septembre 1970, pp. 285-307, janvier-février 1971, pp. 43-73. Introduction à Des erreurs et de la vélité; Oeuvres majeures, t. I ( 1975 ) et notes et documents correspondants in vol.

VII. - Des compléments se trouvent dans le Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin, ainsi que dans Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie, additions et précisions , in Chronique saint-martinienne, passim.

Voici le schéma de la solution:

1. - Saint-Martin a été Franc-Maçon. A-t-il reçu la lumière avant de rencontrer l'Ordre des Elus Cohen ? Willermoz l'assure. Je ne sais. Si ce fut, ce pourrait avoir été dans la Loge Ecossaise La Concorde, fondée en 1745 à l'Orient de Tours, qui comptait parmi ses membres Burdin ( qui sera Vénérable en 1763 ou 1764 ), dont Saint-Martin connaissait et aimait la famille.

2. - Saint-Martin reçut, en une seule fois, les trois grades cohen, dits du Porche, par le ministère du frère Baudry de Balzac, entre l'été 1765 et l'hiver 1768, probablement en 1765 ou 1766.

3. - Entre le 25 novembre et le 15 décembre 1768, Grainville et Balzac ( très probablement ) I'ordonnent Commandeur d'ORIENT.

4. - Martines de Pasqually l'ordonne Réau-Croix vers le 17 avril 1772.

5. - En 1773, Saint-Martin s'associe à la requête que les Frères Iyonnais adressent à Weiler. En 1774, il est admis à être reçu dans la Stricte Observance Templière. Mais, le moment venu, en 1774, il fait défaut.

6. - En 1785, afin de se qualifier pour l'entrée dans la Société des Initiés (Cf infra). Saint-Martin accepte d'être affilié à la Loge Ecossaise Rectifiée la Bienfaisance à l'Orient de Lyon, adoubé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte f Eques a leone sidero ). Le 24 octobre, il est reçu Profès et Grand Profès.

7. - En 1790, il demande à être rayé des registres maçonniques où depuis longtemps ( ciepuis toujours ? ) il ne figurait que de nom. ( Son nom figure sur les tableaux de loge, de 1786 à 1791 ).

8. - Saint-Martin n'a jamais appartenu au Rite des Philalèthes, quoique, selon Savalette de Lange, il y ait été candidat à la douzième classe. en 1782. Invite a leur Convent de 1785, il ne s'y rendit pas.

9. - Saint-Martin a appartenu aux sociétés para-maçonniques suivantes:
a ) la Société des Initiés, fondée sur les instructions de l'Agent Inconnu et dans la mouvance de celle-ci. Reçu le 4 juillet 1785, après avoir été adoubé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte ( Cf supra );
b ) la Société de l'harmonie, de Mesmer; reçu le 4 février 1784;
c ) la Société philantropique, dont il fut membre fondateur en 1780 et sur l'ar~nuaire de laquelle son nom figure jusqu'à sa mort.

10. - Saint-Martin n'est pas l'auteur de la devise quarante-huitarde que le Grand Orient de France adopta en 1849: Liberté, Egalité, Fraternité .

11. - Saint-Martin n'a fondé aucun régime, aucun rite, aucun ordre maçonnique - ni aucun ordre ou société d'aucune sorte.
Sur l'Ordre martiniste et la prétendue initiation de Saint-Martin, cf. infra, chap. IV.

12. - Saint-Martin, le vrai, ou un Saint-Martin mythique, a été mêlé, bon gré mal gré, aux querelles du jésuitisme et de l'anti-jésuitisme en Maçonnerie, etc. ( Cf l'introduction à l'édition des Erreurs et de la vérité, dans les OEuvres majeures ).

13. - Le symbolisme maçonnnique, le vocabulaire maçonnique ont laissé leur trace sur les écrits de Saint-Martin.

14. - La pensée maçonnique, que ces formes véhiculent ( et qui les mutile ), aussi. Cependant, la Maçonnerie que Saint-Martin chérit un temps, et à laquelle il resta toujours reconnaissant, fut celle des Elus Cohen, fort particulière en vérité et ce n'est pas l'aspect maçonnique de la secte martinésiste qui l'avait séduit le plus.

15. - Saint-Martin est un grand écrivain maçonnique. Son oeuvre est capable de contribuer au développement de la spiritualité chez les Maçons et très particulièrement, chez les Maçons Ecossais Rectifiés: dans sa fidélité à la doctrine de Martines de Pasqually il est de leur bord, par l'explication qu'il en donne il a droit d'être reconnu comme l'un de leurs docteurs.

16. - Le texte suivant exprime assez bien le sentiment et l'opinion à peu près constants au fond de Saint-Martin, s'agissant de la Franc-Maçonnerie: ~< Les personnes qui ont du penchant pour les établissements et sociétés philosophiques, maçonniques et autres, lorsqu'elles en retirent quelques heureux fruits sont très portées à croire qu'elles le doivent aux cérémonies et à tout l'appareil qui est en usage dans ces circonstances. Mais avant d'assurer que les choses sont ainsi qu'elles le pensent, il faudrait avoir essayé de mettre aussi en usage la plus grande simplicité et l'abstraction entière de ce qui est forme et si alors on jouissait des mêmes faveurs, ne serait-on pas fondé à attribuer cet effet à une autre cause; et à se rappeler que notre Grand Maître a dit: Partout où vous serez assemblés en mon nom, je serai au milieu de vous . ( Mon livre vert, article inédit ).

Source : http://triple-point.xooit.com/

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L'antimaçonnisme en France

23 Avril 2012 , Rédigé par Thoas Dalet Publié dans #Anti-Maçonnisme

L'anti-maçonnisme remonte bien avant la " Maçonnerie spéculative " pour la distinguer de l'ancienne maçonnerie dite opérative de métier. Dès 1698, un tract anti-maçonnique circulait à Londres, mettant en garde les chrétiens contre la " secte diabolique ". Mais ce ne fut qu'avec le développement de la maçonnerie spéculative que l'anti-maçonnisme atteint un vaste public ainsi que les Etats et les Eglises.

Toujours à Londres, vers 1740, des défilés ridiculisant la maçonnerie étaient organisés, les nombreuses interrogations sur le secret maçonnique ainsi que les condamnations pontificales, contribuèrent à la polémique anti-maçonnique. Plus tard, les anti-maçons attribuèrent le " cataclysme " de la Révolution Française à l'action occulte des maçons, niée tout d'abord puis revendiquée par la suite pour la gloire de cette épopée libératrice.

Tout cela permit alors à juste titre aux anti-maçons de voir comment de la révolution américaine, et des mouvements pour l'unité italienne, les maçons ont œuvré dans toutes les subversions.

Les systèmes maçonniques des hauts grades et leurs légendes, surtout Templiers, alimentèrent l'imaginaire des anti-maçons qui y virent le signe du paganisme, de l'ésotérisme et par conséquent de l'hostilité de celle-ci à l'autel et au trône.

Lorsqu'en 1877, la décision du Convent du G.-.O.-.D.-.F.-. de supprimer de ses Constitutions l'obligation de la croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme entraîna du côté maçonnique la déclaration d'irrégularité du G.-.O.-.D.-.F.-. et de ceux qui suivirent son exemple. Puis du côté anti-maçonnique elle parut être la confirmation de l'athéisme quasi satanique de la Maçonnerie, conduisant même quelques artisans catholiques du dialogue avec la maçonnerie à réserver leur amabilité aux obédiences dites régulières, c'est à dire à celles restées fidèles aux normes maçonniques anglaises.

Tout au long de l'histoire de la franc-maçonnerie, certains maçons ont même soutenu des thèses de l'anti-maçonnisme pour dénoncer dans l'activité subversive de la maçonnerie la conséquence d'une subversion de la maçonnerie, soit par des éléments extérieurs infiltrés, soit par des membres de l'Ordre qui l'auraient dévié vers une autre finalité.

La Franc-Maçonnerie est accusée de tout et son contraire. Les motifs anti-maçonniques sont liés au secret, la subversion et la déviation.
Le secret est très certainement l'axe principal de l'anti-maçonnisme. Société à secret car ce qui se fait et se dit pendant les Ten.-. ne doit pas être connu hors du cercle des initiés, comme le nom de ses membres ne doit pas être révélé, sinon que par eux-mêmes.

Société à secret pour les profanes, nous, nous savons que la Maçonnerie est une société discrète. Les anti-maçons la qualifient néanmoins de société secrète et lui attribuent ainsi une perversité et une malignité occulte. Le secret est donc le signe d'une œuvre immorale et les anti-maçons reconnaissent que les bons maçons ignorent les desseins réels de la maçonnerie et sont eux-mêmes manipulés et abusés par des cercles maçonniques plus intérieurs : les fameuses Arrières Loges dont le chef suprême pourrait bien être Satan en personne.

Nous touchons ici la subversion. En effet, ce peut bien être la subversion de la vraie religion, du juste gouvernement, la domination mondiale par les juifs, par les communistes ou par les deux ou encore par les capitalistes…

Une allusion vient d'être faite à la déviation. Cette fois, la maçonnerie n'est plus d'abord subversive, mais subvertie. Institution saine à l'origine, elle a été dénaturée et détournée de ses objectifs initiaux par des manœuvriers de tout ordre. A tout cela la crainte et la menace de complot maçonnique est vite faite.

Parler de complot, c'est dire qu'une volonté mauvaise, plus ou moins secrète, tire les ficelles, et que les apparences sont forcément trompeuses. L'activité la plus bénigne reprochée à la Maçonnerie est son activité de lobbying.

En effet, qui préparait, dans le secret des LL.-..-., des lois évidemment prétendues scélérates par les anti-maçons , des lois protégeant et promouvant ses intérêts propres ou ceux de ses maîtres occultes pour les faire avaliser par le pouvoir établi ? Tout cela se faisait, soit directement par des maçons infiltrés dans les rouages des corps législatifs et administratifs, soit indirectement.

Outre ce travail de groupe d'influence, qui reste dans la limite de la légalité, les anti-maçons dénoncent le complot. Le but ultime de la Franc-Maçonnerie serait d'établir et d'asseoir sa domination mondiale par une série d'activités subversives et secrètes.

Selon les époques et les lieux, il s'agirait pour certains, d'assurer successivement la domination des Stuartistes, des Jésuites et de Rome, des révolutionnaires ; pour d'autres, c'est de saper les fondements du protestantisme et de la république américaine ; et pour d'autres encore, de s'appuyer sur les Allemands pour détruire et conquérir les pays alliés, et sur les juifs pour préparer une révolution mondiale afin d'instaurer un empire judaïque sur les ruines de la civilisation chrétienne …

La grande préoccupation des anti-maçons protestants fut en effet la présence des catholiques dans la F.-.M.-. parce qu'ils craignaient que ces derniers profitent indûment de la tolérance maçonnique, et transformant ainsi la maçonnerie en relais du pouvoir pontifical.

Influence ou complot organisé à l'échelle mondiale, l'anti-maçonnisme politique et doctrinal fait son nid sur la discrétion qui prend des allures de secret cultivé par la maçonnerie.

La maçonnerie est qualifiée de dangereuse parce qu'elle est secrète et c'est de ce secret qu'elle tire toute son efficacité. Dans une société idéale régie par la transparence, il ne saurait y avoir de société secrète légitime. Les anti-maçons très actifs disent haut et fort que le secret est l'indice incontestable de la perversité de la maçonnerie.

Secrète, donc suspecte, la maçonnerie admit non seulement des Turcs, des Juifs et des Infidèles, mais encore des Jacobites, des non-jureurs et même des papistes qui ne voyaient dans la publication des Constitutions d'Anderson que de la poudre aux yeux.

Pour les anti-maçons, le secret et le serment fondent une suspicion légitime de subversion et un puissant facteur de déviation. Ils qualifient le système de potentiellement dangereux et favorisant ainsi toutes les déviations et activités subversives.

On peut constater que c'est surtout avec le développement de la politique anti-romaine lors du gouvernement révolutionnaire que l'anti-maçonnisme contre-révolutionnaire a pris de l'ampleur, consolidant ainsi la thèse chez les anti-maçons du complot révolutionnaire des maçons.

Ce sont donc le secret et son serment qui indiquent indéniablement le caractère dangereux maçonnique, et si la maçonnerie est devenue subversive, c'est d'abord parce qu'elle a été subvertie et manipulée de l'intérieur. C'est ce que les anti-maçons prétendaient et, pour eux, une société démocratique ne peut accepter l'existence de domaines opaques dès lors qu'ils influent sur la sphère publique.

Depuis 1738, date de la première condamnation romaine de la maçonnerie, interdiction donc d'y appartenir sous peine d'excommunication, de nombreux francs-maçons ont vu dans l'église catholique, et surtout dans sa hiérarchie, l'adversaire la plus résolue de leur Ordre.

Les papes condamnent donc la maçonnerie en 1738, 1751,1865 et 1884. Autant de bulles qui taxent les FF.-..-. de membres de sectes nuisibles pour l'Eglise comme pour les Etats. En 1917, le Vatican assouplit sa position en parlant de " frères séparés ", c'est à dire de frères égarés dans la communauté des hommes. En 1983, l'excommunication est levée pour les catholiques maçons qui demeurent cependant en état de péché grave.

Encore aujourd'hui, certains ne sont pas loin de penser que ce qu'ils appellent le dogmatisme catholique rend très difficile la compatibilité des deux institutions. Pour des motifs juridiques, le Vatican invoque l'illégalité canonique et civile des sociétés secrètes ou des hommes de toutes religions et de toutes sectes se réunissent, d'où la crainte qui peut en résulter pour la pureté de la religion catholique.

Avec la Révolution Française, l'hostilité pontificale à la maçonnerie prend une ampleur incomparablement plus grande qu'auparavant. Pour l'Eglise, le secret maçonnique est garanti par un serment meurtrier à son encontre et est immoral, favorisant aussi le libertinage.

Elle n'est plus seulement en direction de l'extérieur, pour couvrir l'action subversive, mais aussi en direction de l'intérieur ; car les degrés inférieurs de la hiérarchie maçonnique ignorent largement les desseins réels des degrés supérieurs. Tout ça , c'est ce qu'ont dit et répété les anti-maçons.

Les accusations d'hérésie et de satanisme se renforcent tout au long de cette période à l'encontre de la F.-.M.-..

Avec l'affaire Taxil, la thèse sataniste porta un rude coup à la Franc-Maçonnerie. Ce Léo Taxil, de son vrai nom Gabriel Jogand Pagès a été un F.-., pendant un temps très court. Déjà inquiété pour escroquerie par la police, une des raisons pour laquelle il fut radié de la maçonnerie, son intérêt se porta sur la religion catholique.

Après avoir été un très prolifique auteur anti-clérical, et donc un membre éphémère du G.-.O.-.D.-.F.-., il se reconvertit de 1866 à 1897 dans l'anti-maçonnisme.

Soudainement intéressé en 1885 à ce catholicisme qu'il avait ridiculisé avec tant d'ardeur, Taxil s'empresse, dès 1887, dans des confessions pas encore entièrement consacrées à la maçonnerie, de dénoncer dans les francs-maçons des adorateurs de Satan alliés aux juifs et aux protestants.

Il écrit que la F.-.M.-..-. est essentiellement démonolâtre. Il dénonce des sacrifices humains, des orgies, des profanations d'hosties… Mais malgré l'aveu de ses supercheries en 1897, beaucoup de gens continuèrent de croire que les francs-maçons avaient les pieds fourchus.

Sur le terrain politique, la maçonnerie a été un acteur de la laïcisation qui se traduit dès 1880 par des mesures anti-cléricales : exclusion des évêques du Conseil Supérieur de l'Instruction Publique, sécularisation des cimetières, laïcisation des écoles primaires, du personnel enseignant, des hôpitaux, suppression des crucifix des écoles primaires et des tribunaux, loi sur le divorce, etc.

Ces mesures aboutirent en 1905 à la dénonciation du concordat et à la loi de séparation des Eglises et de l'Etat. Les anti-maçons ont fait leurs choux-gras de toutes ces thèses.

La troisième république fut sans doute un âge d'or pour la F.-.M.-. française dans la vie politique mais, au Convent de 1906, les radicaux, inquiets de la part croissante des socialistes au G.-.O.-.D.-.F.-., cherchèrent à la limiter.

Avec l'affaire Stavisky, certains radicaux s'émurent à leur tour de l'emprise des maçons sur la vie publique. Cet énorme scandale financier survenu en 1933 mêlant banquiers, radicaux, escrocs et francs-maçons, contribua grandement à envenimer la situation.

Cette affaire amena alors les obédiences maçonniques à faire le ménage dans leurs rangs.

En 1922, la Quatrième Internationale exigea avec un succès mitigé du Parti Communiste Français qu'il rompt tout lien avec la maçonnerie et les maçons, et qu'il exclue de ses rangs tous ses membres qui demeureraient maçons.

Ce ne fut qu'en 1945 que le PCF leva ces mesures.

Cette espèce d'excommunication laïque ne fut levée qu'en novembre 1945 à la demande du G.-.O.-.D.-.F.-..

L 'anti-maçonnisme a connu un fort développement étatique en France sous Vichy. Dès le 13 août 1940, une loi interdisant les " sociétés secrètes " fut promulguée, suivie d'une série de dispositions anti-maçonniques :

- Nullité juridique des obédiences et de la société théosophique.
- La déclaration radio-diffusée du Maréchal ( Plus loin, je vous en cite une phrase essentielle )
- Déclaration de non-appartenance des fonctionnaires à la FM
- Publication au Journal Officiel des noms des dignitaires maçons
- Création d'une police des sociétés secrètes…
et encore beaucoup d'autres mesures.

Le service des sociétés secrètes fut installé Rue Cadet dans les locaux mêmes du G.-.O.-.D.-.F.-.. Deux autres services anti-maçonniques furent également mis en place, l'un dans l'immeuble de la Rue Puteaux à la G.-.L.-.D.-.F.-. et l'autre au Square Rapp dans les locaux de la Société Théosophique.

Les régimes autoritaires ont toujours été réticents et très hostiles, c'est le moins que l'on puisse dire, à l'égard de la maçonnerie et la propagande anti-maçonnique fut très active dans la presse et la radio collaborationnistes et vichystes.

Ainsi, de 1941 à 1944, parurent " Les documents maçonniques ". Ce périodique ouvrit son premier numéro par des paroles du Maréchal approuvant entièrement l'entreprise de cette revue qui doit porter la lumière dans un domaine longtemps ignoré des français.

C'était la lumière fasciste contre la lumière humaniste ! Un comble !

La couverture des deux premiers numéros s'ornaient d'une étoile de David ; les suivants se contentèrent du compas, de l'équerre et des trois points.


Je citerai deux phrases de deux hommes tristement célèbres :

Vous ne devez pas hésiter. La franc-maçonnerie est la principale responsable de nos malheurs. C'est elle qui a menti aux français et qui leur a donné l'habitude du mensonge. Or, c'est le mensonge et l'habitude du mensonge qui nous a amenés où nous sommes. Il faut détruire le complot maçonnique car tout prouve que la philosophie franc-maçonne a consisté à dresser un dogme de laïcisme en opposition humaine à la mystique chrétienne
PETAIN

Le juif a dans la maçonnerie, qui est complètement tombée entre ses mains, un excellent instrument pour mener une lutte qui lui permet de parvenir à ses fins
HITLER

Une grande exposition a circulé dès 1940 dans tout le pays et le film " Forces occultes " fut co-produit par Français et Allemands dont deux francs-maçons ( un de la G.-.L.-.D.-.F.-. et l'autre du G.-.O.-.D.-.F.-. ) qui ont apporté leur contribution. Ce film présente au public la tragique destinée d'un jeune député français abusé par les machinations diaboliques des faux-frères.

La présence plus ou moins avérée des maçons dans les rouages du pouvoir alimente un anti-maçonnisme populaire récurrent dont la grande presse se fait régulièrement l'écho, voire la propagandiste. On donne des listes de noms, on dévoile des liens occultes qui forment " un vaste réseau de financement des partis politiques ", on s'inquiète de l'argent des francs-maçons, on décrypte " l'histoire secrète ", on s'empare des conflits inter ou intra-obédientiels " La guerre secrète des francs-maçons ", afin de dénoncer la droitisation ou la gauchisation de la maçonnerie …

Aujourd'hui, le Front National regroupe la plus grande partie des ennemis traditionnels de la maçonnerie, qu'ils associent toujours aux juifs, le si fameux complot judéo-maçonnique.

Comme vous l'aurez constaté, je me suis volontairement contenté de vous parler de l'anti-maçonnisme dans notre pays mais ce sentiment anti-maçonnique est universel et ce ne sont pas les exemples qui manquent.

Depuis que la maçonnerie a pris naissance en Europe et s'est exporté dans le monde entier, les anti-maçons accusent la maçonnerie d'une quête de pouvoir, d'emprise occulte sur les rouages de la société ou sur les consciences. Sa pérennité, malgré ses presque trois siècles d'existence, au travers de bien des aléas, des divisions et des contestations, apparaît aux anti-maçons comme un signe indubitable de son caractère dangereux, poursuivant son œuvre de subversion sous des aspects divers et changeants tout en restant la même.

Au cours de son histoire, la F.-.M.-. s'est vue accusée de tout ce qui pouvait être jugé dangereux : catholicisme, protestantisme, judaïsme, paganisme, satanisme, naturalisme, rationalisme, illuminisme, révolutionnaire, contre-révolutionnaire, socialisme, communisme, capitalisme, apatride, athéisme, laïcisme …

Les suspicions sont alimentées par le secret qui peut cacher bien des complots dans l'imaginaire du public. Alors, pourquoi garder ce secret ou cette discrétion d'appartenance, d'existence, d'activités … ?

Est-ce que la Maçonnerie a encore des raisons légitimes et valables d'être encore aussi discrète et aussi opaque ? Si oui, pourquoi alors les autres associations ne font-elles pas de même ? Peut-on réellement cacher et se cacher de tout indéfiniment, sachant que toutes les adresses et tous les noms sont fichés ?

Sachant que tout ou presque a été dit et écrit sur la F.-.M.-., pourquoi continuer à être aussi discret pour quelque chose qui n'a plus de réel secret pour qui souhaite s'informer ? Et, si risque de persécution existe pour une appartenance quelconque ou une activité à la maçonnerie, la maçonnerie n'a pas le monopole de ce risque et, si un jour chasse il y a, cela se fera sans mal et cette discrétion rappelle probablement aux profanes celle des sectes.

Enfin, le secret et la discrétion sont les maux de toutes les accusations et suspicions, favorisant ainsi les dérives comme l'affairisme.

Ma conclusion sera en deux citations :

Une société qui choisit de se cacher est une société malsaine
Traitons-la comme une bête immonde

Lieutenant-Colonel François de la Rocque

Ce militaire fut un homme étonnant et cette citation nauséabonde semble bien refléter sa personnalité. En effet, il fut longtemps Croix de Feu actif puis il fonda le Parti Social Français en 1934 et se rallia à Pétain en 1940. Néanmoins, il fut hostile à la collaboration avec l'Allemagne, et pour cette raison, il fut déporté en 1943.

Après le terrorisme moyen-oriental et proche-oriental,
voici le terrorisme grand-oriental
Jean-Marie LE PEN
Et lui, on ne le présente plus.

J'ai dit, V.-.M.-.


F.-.Philippe HAR.-. - R.-.L.-. " Les Compagnons Réunis " à l'O.-. de Gonesse du G.-.O.-.D.-.F.-.

Source http://franckbailly.fr

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Le diable et le satanisme expliqués aux Franc-Maçons

23 Avril 2012 , Rédigé par Jerome Colin Publié dans #Planches

Le 1er principe de la règle en douze points de la Franc Maçonnerie régulière stipule que le premier devoir du Franc Maçon est la croyance en Dieu, un Dieu révélé par les Saintes Ecritures. Or l'adage populaire dit : " Qui croit en Dieu croit au diable ", et les Saintes Ecritures regorgent aussi d'allusions à celui qu'on appelle couramment Satan comme ennemi de Dieu ou des hommes, les conceptions varient selon les religions.

Nous, Francs Maçons, nous nous voulons croyants en un Dieu bon et généreux d'une part et hommes de vertu d'autre part, mais sommes-nous pour autant des pourfendeurs de vices, des Torquémada en tablier ? Les Frères, eux, ont pour but l'amélioration personnelle en éradiquant le vice dans le but de pouvoir ensuite transpirer cette amélioration pour tenter d'améliorer un peu - Un tout petit peu - l'humanité, si tant est que ce soit possible… Mais la question de l'origine des vices n'est pas posée.

La définition de la vertu dans le rituel d'initiation selon le Guide des Maçon, notre rituel, est " Une disposition qui porte à faire le bien ". Or parmi les 7 vertus principales de la religions judéo-chrétienne on trouve 3 vertus théologales, c.a.d qui ont Dieu pour objet. Pour mémoire : La foi, l'espérance et la charité. Donc, par conséquent, si on considère, comme le dit le même rituel d'initiation, que le vice est " l'opposé de la vertu ", alors faut-il en déduire que certains vices auraient pour objet l'opposé de Dieu : le diable ?

Mais alors qui est ce diable, ce Satan, à qui les chrétiens attribuent tous les malheurs du monde ? Qu'est-ce que le satanisme ? En quoi cela consiste-t-il ? Quelle est sont origine ?


L'apparition de Satan tel que nous le connaissons aujourd'hui date du nouveau testament dans lequel il est pour le moins omniprésent. Ainsi St Marc dans son évangile raconte que les pharisiens et Jésus s'accusent mutuellement d'être les agents du Diable : " C'est par le chef des démons qu'il chasse les démons " disent les scribes à qui Jésus rétorque " Comment Satan peut-il chasser Satan ? " (Marc 3 - 22 & 23). Dans la même optique, Luc et Matthieu font de la tentation dans le désert l'épisode clef de la vie du christ : " Alors Jésus fut conduit par l'esprit au désert pour être tenté par le Diable " (Matthieu 4-1).

Soit, mais le problème est que ce " Satan ", ce diable, ne nous a jamais été présenté. L'ancien Testament nous avait laissé l'image d'un Satan plutôt discret, accusateur certes, " empêcheur de tourner en rond " pourrait-on dire, mais nullement puissance du mal. Le peuple hébraïque ignore d'ailleurs le diable qui est totalement absent de l'ancien testament.

Pourquoi ? Parce que Yahvhé, Dieu unique, est loin d'incarner le bien absolu. Il ressemble en cela à ces prédécesseurs car ambivalent, il peut faire beaucoup de bien comme beaucoup de mal : Il lutte sans raison apparente contre Jacob, il tente même d'assassiner Moïse (Exode 4 - 24 & 25). Ce n'est que vers le 7e siècle avant notre ère que les prophètes font des tentatives pour dissocier le mal de Dieu. La solution adoptée est celle d'êtres spirituels bras droit de Dieu à qui ce dernier confierait les tâches ingrates, ces mêmes serviteurs ayant parfois une tendance à faire du zèle, au grand dam de l'Eternel qui, tout parfait qu'il soit, semble avoir du mal à contrôler les ardeurs de ses subordonnés. Ces serviteurs sont appelés des satans, de la racine hébraïque " stn " qui signifie " adversaire " ou " celui qui met obstacle ". Signalons d'ailleurs que le mot diable vient du grec " diabolos " ou du latin " diabolus ", c.a.d " Calomniateur ". Entre l'accusation et la calomnie, la frontière est ténue et elle est vite franchie… Le satan est donc un employé de Dieu qui n'agit qu'avec la permission de celui-ci pour accomplir les basses œuvres et jouer le rôle d'accusateur voire de procureur. C'est donc un satan qui met Job à l'épreuve en lui envoyant des calamités (Job, 1 - 6 à 12, 2 - 4 à 7). Et c'est encore un satan qui, dans le vision de Zacharie (Zacharie 3 - 1), tient de procureur dans le procès de Josué. Dans ce tribunal le satan est d'ailleurs assis à la droite de Dieu.

L'exemple le plus criant de cette dissociation de Dieu et de ses second couteaux est consigné dans le livre de Samuel (24 - 75 & 76) où il est écrit : " Le seigneur envoya donc la peste en Israël depuis ce matin là jusqu'au temps fixé, et il mourut parmi le peuple, de Dan à Beer-Sheva, 70 000 hommes. L'ange étendit son bras vers Jérusalem pour la détruire mais le seigneur renonça à sévir et dit à l'ange qui exterminait le peuple : " Assez maintenant, relâche ton bras ". "

Peu à peu, insensiblement, le satan de l'ancien testament devient autonome par rapport à Dieu. A ce point que, lorsque l'église catholique arrive au pouvoir vers le 4e siècle, celle-ci cherche à laver Dieu de toute intention maligne. Le mal est alors reporté sur Satan qui devient indépendant et à qui on peut désormais mettre une majuscule…

Un exemple de ce basculement nous est fournie par l'affaire du recensement d'Israël, pratique interdite par le loi mosaïque. Dans Samuel (24 - 1) c'est Yahvhé qui pousse David à le faire avant de le sanctionner. Quelques siècle plus tard, dans le 1er livre des chroniques (21 - 1) il est écrit " Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël ".

Voilà, l'ennemi est désigné. Et sans le savoir, l'Eglise catholique se rapproche des conceptions païennes qu'elle va combattre avec véhémence. En effet le Satan chrétien n'est pas sans rappeler les anciens Dieux Perses. Dans les mythes perses il existe un dieu suprême, Ahura Mazda, alias Ormuz, et deux esprits jumeaux : Spenta Mayu, le bon, et Ahra Mayu, surnommé Ahriman, le mauvais. D'après les écrits zoroastristes, Ahriman convoitait la lumière, mais pour lui barrer la route, Ahura Mazda, créé le monde, foncièrement bon. Ahriman, en réaction, créé les êtres malfaisants et commence ainsi une lutte incessante entre le bien et le mal. On pourrait voir dans cette légende une ébauche du prologue de St Jean (1-4) : " La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'on point reçue ".

Il se trouve en plus que dans la mythologie Zoroastriste, Ahriman est représenté par un serpent, tout comme le tentateur de la genèse (chap 3 - 1 et suiv), celui qui pousse Eve à faire manger à Adam du fruit de l'arbre de la connaissance. On pourrait plancher longuement sur le symbolisme attaché au serpent mais cela dévierait du sujet... Ahriman est également secondé par 7 archidémons qui figurent des maux physiques et moraux. La liste de ces maux rappelle tantôt les 7 pêchés capitaux, tantôt les 7 plaies d'Egypte. Ces 7 archidémons sont : L'erreur, l'hérésie, l'anarchie, la discorde, la présomption, la faim et la soif.

Dans l'armée d'Ahriman enfin, on trouve enfin des personnages qui feront partie des légions de Satan selon la Bible: Azazel, Lilith, Léviathan…

Ainsi, dans le nouveau testament, le diable est omniprésent. Il est cité 188 fois sous les noms de Satan, démons, diable, bêtes, ou dragon. Son nombre est donné : 666, chiffre issu de la transcription du nom du 6e empereur de Rome, " César-Néron ", selon l'alphabet hébraïque, ou " César-Dieu " si on utilise l'alphabet grecques. On dira également que 666 était le chiffre de Napoléon Bonaparte. Ce chiffre serait celui de l'imperfection par rapport au 7 divin. Le diable se serait vue attribuer ce chiffre parce, selon certains, 600 serait le chiffre de la fausse religion, 60 celui du commerce avide, et 6 celui de la conduite du monde. On se demande qui a bien pu avancer cette explication mais, en tout cas, quel bon argument pour les antimondialistes aujourd'hui !

L'ennemi est désigné mais l'Eglise, en conférant à Satan le rôle de propagation du mal dans le monde va commettre une terrible erreur : Elle va donner tellement d'autonomie à Satan qu'elle va en faire un égal de Dieu, ce dernier ne pouvant rien contre son action. Un dualisme qui suivra toujours l'église catholique. Un dualisme qui a d'ailleurs servi de fondement à différentes doctrines rassemblées sous le vocable " gnosticisme ". Ces doctrines veulent que le monde soit tellement mauvais et répugnant qu'il n'ait pu être engendré par un Dieu bon et tout puissant. Le véritable salut ne vient alors pas de l'adoration de ce Dieu céleste mais de la connaissance interne, la gnose, qui révèle le véritable Dieu, bon et généreux. Pour mieux installer définitivement le dualisme le concile de Constantinoples, en 533, condamnera la doctrine de l'apocatastase voulant qu'à la fin des temps, le diable serait pardonné. Même Dieu ne peut racheter le diable, n'est-ce pas la preuve de l'égalité de ce diable et de Dieu…

Un fait surprenant tendrais à prouver la bien fondé de cette dualité. La racine hébraïque de Satan est " stn ". En kabbale, " stn " (Sin, Tet, Noun) à pour valeur numérique 359. Or 359 est le 72e nombre premier. Et le Grand Nom de Dieu dans la tradition hébraïque a 72 lettres… Cette dualité serait-elle donc inscrite dans les textes sacrées ?

Pour Corriger le tir l'église catholique se lance dans une vaste opération de terreur. Elle s'ingénie à décrire le diable comme un être physiquement horrible. Le concile de Trente le montre comme un hybride d'homme et de bête : Un corps d'homme, un abdomen de bouc des pieds fourchus, une longue queue, une barde rousse, une peau noirâtre, des cornes et il exhale une odeur de souffre. Encore un rapprochement avec les conceptions païennes puisque ce diable ressemble étrangement au dieu Pan dans la mythologie grecques. Il s'agit quoi qu'il en soit d'un symbolisme bien maladroit : L'aspect physique de Satan traduit la noirceur de son âme et la noirceur de l'âme de son serviteur. D'aucun pourrait parler de délit de sale gueule… Mais il s'agissait avant tout de contrecarrer l'action des artistes du 5e siècle qui représentent le diable comme un beau jeune homme richement vêtu et aux manières gracieuses. Une image qui pourrait plus séduire les fidèles qu'un Dieu tout puissant que personne n'a jamais vu…

C'est aussi à cette époque que fleurissent les manuels de démonologie. On citera pour mémoire le " Malleus malifacrum " (" Le marteau des soricères ") des inquisiteurs allemands Jacques Sprenger et Henri Institori, peudonyme de Henrich Kramer (1486), ou le " De la démonomanie des sorciers " du jurisconsulte français Jean Bodin (1508). C'est enfin l'époque des exorcismes et de la chasse aux sorcières et des soi disant " pacte avec le diable ". On vois alors le diable partout : Dans les cultes païens, dans la médecine, dans les catastrophes naturelles, dans ce que le clergé appelle " l'art noir " et qui n'est autre que l'alchimie, dans les plaisirs en général et en particulier le 1er d'entre eux, la grande peur des religions occidentales : le plaisir sexuel…

Enfin, les légions des ténèbres sont dénombrées. Au XVIe siècle on parle de plus de 44 millions de démons répartis en 6666 légions commandées par 66 princes de l'enfer parmi lesquels Abaddon, Mammon, Belphégor, Alastor, Léviathan, Astaroth… Et j'en passe. Certes tout cela ne représente, paraît-il, qu' 1/3 des armées divines mais on ne peut s'empêcher de crier au délire face à de tels chiffres sur lesquels les théologiens ergotent à l'époque…

Tout cela est tel que la chasse au diable aboutira au résultat inverse. Au XVIIIeme siècle et surtout au XIXe, le statut de Satan se renverse : Il devient avec la révolution française puis la révolution industrielle un symbole de la lutte contre le pouvoir et l'oppression, un symbole d'affranchissement. En 1877, Calvinhac, un des chefs de la libre pensée française déclare dans une réunion publique : " Dieu, c'est le mal. Satan, c'est le progrès, la science, et si l'humanité était mise en demeure de reconnaître et d'adorer l'un de ces deux entêtés, elle ne devrait pas hésiter un seul instant… ". Voilà comment le diable devient l'ami de l'homme.

La littérature s'en fait l'écho avec des gens comme lord Byron qui loue Lucifer d'avoir soutenu Caïn contre la tyrannie divine. Percy Shelley qui dans un " Essai sur le diable et sur les démons " démontre que les chrétiens ont tout fait pour retirer à Dieu la responsabilité du mal et voit dans le diable le symbole de la prise de conscience de cette vérité. Georges Sand enfin qui dans " Consuelo " fait dire à Satan : " je ne suis pas le démon (…) je suis le dieu du pauvre, du faible et de l'opprimé. "

Et ce n'est pas fini : Avec les Frères Lumière, Satan passera au cinéma : Depuis " Le manoir du diable " en 1896 jusqu'à " L'associé du diable " avec Al Pacino en 1997, en passant par " La beauté du diable " (1949), " Rosemary's baby " (1968), " L'exorciste " (1973), " Angel heart " (1985) " Les sorcières d'eastweek " (1987) et surtout la trilogie " Damien - La malédiction " débutée en 1976. Aujourd'hui l'image du diable est plutôt brandie par les groupes de musique rock et ce depuis les années 60 à 70. Les Rolling Stones chanteront " sympathy for the devil " avant que, dans les années 70, le groupe Black Sabbath ou le chanteur Screaming Lord Sutch ne défraient la chronique. Aujourd'hui l'étendard satanique est surtout brandi par les groupes black métal comme Dark Funeral, Dimmu Borgir, Gorgoroth, Mystic Circle, Dark Throne, etc…

Mais il faut avouer que le cinéma, et plus encore le black métal, donne souvent de Satan et du satanisme moderne une image extrêmement faussée, image dans laquelle satanisme, violence et apocalypse forme un mic-mac plutôt indigeste pour les profanes.

Quant à l'idée du culte satanique et des rites sataniques, elle n'est pas récente. Les historiens se déchirent sur la réalité des sabbats, ces rites qu'on appelles parfois " messes noires ". Le manuel de démonologie de Bodin ou le " Malleus maléficarum " affirment haut et fort l'existence des sabbats et donnent des descriptions plus atroces les unes que les autres de sacrifices humains, d'orgies sexuelles à grandes échelles. Et ce n'est pas l'Ordre du temple d'orient fondé en 1912 par l'anglais Aleister Crowley, transfuge de la Golden Dawn, qui le démentira, loin de là... A titre anecdotique, les lieux de cultes sataniques ont même été situés dans les temples maçonniques par le sieur Gabriel Jorgan-Pages, alias Léo Taxil, de triste mémoire. Aujourd'hui, la situation est plus claire…

Le fondateur du satanisme moderne est l'américain Anton Szandor Lavey, un F:. d'ailleurs, qui fonde en 1966 l'Eglise de Satan qui demeure aujourd'hui la principale organisation sataniste, celle qui chapeaute toutes les autres. 1966 est proclamée première année de l'ère satanique. Si les F:. M:. sont en l'an 6002, les satanistes sont en l'an 36.

Le satanisme moderne n'a rien à voir avec les digressions du maléficarum, ni les invectives des curés. Pas question de sacrifices d'enfants ou même d'animaux, pas de sabbats champêtres nocturnes où l'on se rend à califourchon sur un balai et qui se termine par un obsculum obsenum…

Certes le satanisme moderne a repris le coté contestataire du diable tel qu'inspiré des saintes écritures et n'importe quel Franc Maçons serait pour le moins septique à l'écoute de cette doctrine satanique. Ainsi le satanisme moderne affirme haut et fort la non existence de Dieu, création purement humaine. Idem pour le paradis et l'enfer qui ne sont que des moyens de dominer les fidèles au même titre que le pêché originel et son corollaire : Le meilleur outil de contrôle des personnes et des masses : La Culpabilité. Le satanisme moderne se veut seulement une spiritualité athée et d'origine païenne, sans aucune vénération d'un quelconque être supérieur. Satan n'est plus qu'un concept et le satanisme se veut une spiritualité basée non pas sur la vénération d'un Dieu unique qui vous rachètera dans l'autre monde si vous avez beaucoup souffert sur Terre, mais sur l'épanouissement de la personne, l'augmentation de l'intelligence et sur l'accomplissement individuelle. Un démarche certes très initiatique voire, pourquoi pas, Nietzchéenne.

Cette étrange mélange de contestation et d'initiation se retrouve dans les 11 règles sataniques. C'est 11 commandement reflètent plutôt, eux le coté contestataire. De plus il y a 10 commandements dans les religions du livre, il y en a 11 dans le satanisme, encore une forme de contestation… Qu'elle sont-ils ? Citon-en quelques uns : " Ne donnez pas votre opinion à moins qu'on vous la demande ", " Si vous allez dans le repaire de quelqu'un montrez lui du respect, sinon n'y aller pas ", " Ne vous plaignez de rien qui vous concerne pas personnellement ", " Ne tuez pas d'animaux sauf pour vous défendre ou pour vous nourrir " " Quand vous sortez, n'ennuyez personne. Si on quelqu'un vous ennuie, dites lui d'arrêter. S'il continue (…) faites en sorte qu'il ne puisse plus vous contrarier ".

Faisons aussi un détour par la symbolique des nombres. 11, c'est la plénitude du 10 qui symbolise un cycle complet auquel s'ajoute le 1 qui fait du nombre 11 celui de la démesure, du dépassement, de l'outrance dans la symbolique chrétienne. St Augustin dira " le nombre 11 est l'armoirie du péché. ". Mais si le 11 est supérieur au 10 qui représente le cycle accompli, il faut aussi comprendre que 11, c'est quelque chose de nouveau qui commence. Le Dr René Allendy, dans on ouvrage " La symbolique des nombres " publié en 1948, écrit : " 11 est le nombre de l'initiative individuelle mais pas forcement dans le sens de l'harmonie cosmique, car 11 est aussi 1 + 1 donc 2. Or le 2 est le chiffre de la lutte intérieure, de la transgression. ".

L'initiative individuelle, la lutte intérieure, la transgression … Dans le monde profane tout cela est synonyme de péchés, de marginalité, d'un mal être qui peut vous conduire sur le divan du 1er psychanalyste venu... Dans le monde initiatique, nous parlons de tout cela en terme de parcours initiatique…

Cette volonté d'épanouissement et d'initiation qui caractérise le satanisme, on les retrouve aussi dans les 9 péchés sataniques qui, eux, reflètent plutôt le coté développement personnel :

1 - La stupidité.
2 - La prétention.
3 - Le nombrilisme, un sataniste ne donne jamais son avis, il écoute.
4 - Se couvrir de ridicule, sauf pour s'amuser.
5 - Le conformisme.
6 - Le manque de perspective, toujours ressituer un événement dans l'histoire.
7 - L'oubli du passé, comprenez " accepter ce qui est nouveau sans se poser de question. "
8 - La satisfaction béate.
9 - Le manque d'esthétisme.

Signalons tout de suite que ces péchés ne sont en aucun cas mortels ou véniels, étant donné que les satanistes sont avant tout athées, il n'y a pas de condamnation venant d'une autorité supérieure si l'un de ces péchés a été commis… Il s'apparentent alors plutôt à de simples conseils…

Pourquoi 9 ? Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce nombre 9 est des plus intéressants et des plus opportun en la matière. 9, toujours selon René Allendy, c'est le nombre complet de l'analyse totale. Car 9 est un des nombres des sphères célestes et c'est le nombre des cercles de l'enfer, Beaucoup de traditions symboliques voient dans le nombre 9 la synthèse de la terre, du ciel et de l'enfer. Enfin, 9 représente l'ouverture du cercle vers le bas, donc sur le monde matériel, contrairement au 6 qui représente l'ouverture sur le monde spirituel, le cercle du chiffre s'ouvrant vers le haut. 9, c'est enfin 6 + 6 + 6 = 18, 1 + 8 = 9.

Alors certes on peut ne pas être d'accord avec cette doctrine, ces péchés et ces commandements, mais le satanisme doit être traité comme n'importe quelle religion ou spiritualité : il faut en prendre est en laisser…

Revenons un instant sur les croyances d'autrefois. Les manuels de démonologies palabrent à grand renfort de détails scabreux sur des sacrifices d'animaux, sinon humains, des festins de chair humaine sans boisson, et des orgies sexuelles auxquelles nos amis les bêtes sont éventuellement conviées à des fins que la morale réprouve…

Il existe certes des rituels dans le satanisme et la pudeur n'y a pas forcement sa place. Ainsi lors des célébrations sataniques les participants sont vêtus de robes noires mais les jeunes femmes peuvent être plus légèrement vêtus… Mais il faut d'entrée noter que dans les célébrations satanistes, les participants sont en robe noire, donc en deuil, tout comme en maçonnerie. L'attrait de la robe noire dans ces cérémonies est la même que dans la justice judiciaire et le même que le tablier et le costume sombre en maçonnerie : Elle a le mérite de mettre tout le monde sur un pied d'égalité, il n'y a plus de riche, de pauvre, de laid, de beau, il n'y a que des gens égaux, qui ont les mêmes aspirations, en quête de quelque chose à partager par delà les différences. Certes le noir symbolise la mort dans la civilisation occidentale mais dans la tradition initiatique le noir est toujours le préalable au blanc. Ce noir est alors temporaire, et synonyme de préalable à un passage à une lumière d'un grande blancheur, une lumière synonyme de vie. C'est le même processus que dans les danses initiatique des derviches tourneurs qui sont revêtus d'un manteau noir qu'il enlèvent pour apparaître en robe blanche et se mettre à danser. C'est le même processus que lors de l'initiation maçonnique durant laquelle le candidat est plongé dans le noir du cabinet de réflexion préalablement à la réception de la lumière. Et on signalera enfin, dans cette optique, qu'un des nombreux noms du diable est " Lucifer " ce qui veut dire " Le porteur de lumière ", Lucifer qui était aussi le nom du christ jusqu'au IIIe siècle…

On comprend mieux cette vêture et cette aspiration à la lumière à la lueur d'autres symboles présent lors d'une célébration satanique :

- Les 2 bougies qui entourent l'autel : L'une d'elle est blanche, l'autre est noire. Elle représente la passage des ténèbres à la lumière. On ne peut s'empêcher de penser au pavé mosaïque.

- Le calice qui est le réceptacle de tout les bienfaits dans différentes traditions symboliques. Analogue au Graal, il contient l'immortalité et donc la vie. La cérémonie satanique serait donc une célébration de la vie. Fait du hasard ? : Le hiéroglyphe égyptien pour le cœur est un calice… Enfin, ce calice doit contenir un liquide agréable au palais

- Enfin et surtout le symbole du Baphomet. Le Baphomet est une tête de bouc insérée dans un pentagrame dont la pointe est tournée vers le bas. On a tout dit sur ce pentagrame inversé, cette étoile à cinq branches dont la pointe est tournée vers le bas, et sur ce bouc qui attaque le ciel avec ses cornes. Encore une pique à l'église… Il faut dire, pour comprendre tout cela, que le Lévitique (chap 16, verset 15 à 16) parle du sacrifice d'un bouc pour expier les pêchés d'Israël. Le monde judéo-chrétien a donc rapidement fait du bouc un symbole de luxure et de perversion alors que cette interprétation est elle-même une perversion d'autres traditions symboliques.
Le symbolisme attaché au bouc est en effet plutôt positif : Autour de la Méditerranée il est perçu comme un capteur de tout le mal qui peut s'abattre sur une communauté. A ce titre jamais personne n'ennuie les boucs dans les villages. Il est souvent aussi symbole de virilité et de fertilité, donc, par extension, symbole de vie. Dans le même ordre d'idée, en Inde, le bouc est assimilé au feu, plus exactement au dieu védique Agni, dieu du feu. Le bouc apparaît alors comme le symbole du feu d'où naît la vie et la mort.

Il y a d'autres accessoires symboliques utilisées dans les cérémonies sataniques : La cloche, l'épée comme symbole du verbe, le gong… Mais pas question de faire un listing de symboles dont vous avez pu voir qu'ils convergent tous vers la même interprétation.

Ces explications serviront-elles à éloigner la peur du diable ? On peut en doute tant elle est encore présente. Ainsi de nos jours on s'effraie encore lorsqu'on découvre, dans l'actualité, des images de profanations de sépultures dans des cimetières dans lesquels les croix sont renversées, les cadavres exhumés, des slogans peints, de pauvres animaux égorgés. Et lorsque les fauteurs de troubles sont attrapés on se rend compte que tout cela a été perpétré par des adolescents aux cheveux longs, tout de noir vêtus et fan de black métal. Point là de satanisme mais un simple délire de jeunes perturbés, probablement par une famille indigne…Certes pour beaucoup le satanisme est le prétexte de gens mal intentionnés qui répandent la destruction et l'affliction autour d'eux par plaisir sadique. Mais on pourrait dire de même des croisades, qu'elles soient d'hier ou d'aujourd'hui, perpétrées par les grandes religions pour lesquelles la lutte contre le diable a longtemps été un prétexte. Cette peur du diable est revenu en force il y a quelque temps, avec la fin du XXe siècle. La tempête du 26 décembre 1999 y a été pour quelque chose dans l'esprit des gens cultivés. On alors longuement reparlé de l'apocalypse selon St Jean et de la venue de l'antéchrist. L'antéchrist qui n'est d'ailleurs pas le diable lui-même mais un démon incarné selon certains, le fils d'un démon et d'une femme selon St Jérôme.

On a, de plus, du mal a priori à comprendre cette peur du diable issue de l'apocalypse puisque, selon St Jean comme dans toutes les traditions apocalyptiques, le diable perd le combat ultime et du champs de bataille naît un monde meilleur, la terre redevenant alors un paradis, du moins selon St Jean. Mais, toujours selon St Jean, ce paradis sur terre ne s'installe qu'après un jugement dernier dans lequel seuls les bons seront récompensés. Il n'est pas interdit de penser, dés lors, que cette peur du diable serait, quelque part, la peur de soi-même. Plus exactement du mal intérieur, de celui que tout homme peut commettre. Ce mal barrant l'entrée du paradis…

On a prêté longtemps aux prétendus satanistes, aux païens, aux idolâtre les pires vices. Cette idée survie encore de nos jours. Mais, d'un autre coté, au nom de Dieu, qui n'en demandait sûrement pas autant, des hommes soi-disant très pieux ont massacrés de soi-disant infidèles, pillés, torturés, violés, détruits… On se demande alors de quel coté est le vice…

Le satanisme est un sujet bien inhabituel pour une loge de maçons francs et réguliers, qui affirment donc leur croyance en un Dieu révélé, qui prêtent serment sur la bible, le Coran ou la Torah. L'athéïsme des satanistes leur interdit l'accès des loges régulières, d'une part, et les Francs maçons réguliers ne peuvent, d'autre part, se reconnaître totalement dans cette doctrine. Un sujet inhabituel certes, charge à vous mes FF:. d'en tirer l'enseignement que vous voudrez : Simple savoir, connaissance de l'ennemi, ou réflexion plus profonde. Charge à vous donc de réunir ce qui est épars...

[Avant de rendre la parole par la formule rituelle, je souhaiterais remercier le F:. Sam Eched, 33e degré au REAA et membre du Suprême Conseil de Belgique pour sa contribution de kabbaliste sur la racine stn.]

J'ai dit, V:. M:.

Source : http://www.franckbailly.fr

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Le Bouddhisme et le Franc-Maçon

23 Avril 2012 Publié dans #Planches

Une très belle planche, visible en totalité sur le site : http://www.franckbailly.fr

.....II - BOUDDHISME ET FRANC- MACONNERIE

II1 - G ENERALITES

Les deux ont des points communs comme la tradition, la transmission, la connaissance de soi, l'initiation et la recherche de la vérité dans une approche non dogmatique. Les deux traditions insistent sur la perfectibilité de l'homme. Le bouddhisme dit qu'intérieurement l'homme a la nature de bouddha et qu'il peut la réaliser en la débarrassant de ses différents voiles, en se libérant progressivement de l'illusion. La franc-maçonnerie fait référence à une pierre brute qu'il convient de dégrossir, de travailler afin de la rendre cubique ou parfaite.

Pour Lama Denys, l'enseignement du Bouddha se caractérise par sa qualité thérapeutique, de même que l'est une certaine approche de la franc-maçonnerie : soigner la maladie de l'ignorance ou de l'illusion propre à la nature de notre esprit, ce que nous sommes au plus profond de nous-même. Le Bouddha- Dharma est une quête expérimentale et une pratique pour trouver la solution à la question de Socrate, "Connais-toi toi-même".
Il s'agit des fondements d'une spiritualité universelle partagée par l'ensemble des humains, comme personnes dotées d'un esprit.
Dans les 2, il y a quête de la lumière. Dans le Dharma, la nature fondamentale de l'esprit est dite "claire lumière" et a pour qualités la clarté et la lucidité. La démarche du Dharma, non dogmatique et expérimentale, permet de révéler la réalité de notre être et de notre vie. Elle tend à éveiller notre nature véritable à travers une voie médiane entre les approches théiste et athéiste.. L'approche du Dharma est agnostique et ne repose sur aucune notion conceptuelle présentée comme LA vérité. Elle considère comme relatif tout exposé, énoncé, texte ou représentation. La démarche du Dharma est à la fois rationnelle et mystique elle concilie la raison et la logique avec une rigueur extrêmement poussée qui perçoit le caractère relatif des formations intellectuelles. Et de cette intelligence peut naître une percée a-conceptuelle, une expérience d'immédiateté et de participation non dualiste, qui est de l'ordre de l'expérience de la claire lumière.

Une éthique universelle

Se constitue une éthique, religieuse, traditionnelle ou humaniste, qui a l'avantage de ne pas être dogmatique et d'ouvrir sur une éthique globale et universelle. Elle s'appuie sur une aspiration commune : tous les humains souhaitent éviter le malheur et la souffrance. Dès lors, tous se rejoignent dans le principe de la non-violence et dans celui de ne pas faire subir à l'autre la violence que l'on ne veut pas connaître soi-même. Cette règle d'or, présente dans toutes les traditions et religions, est le fondement de l'éthique du Dharma.

Entre religion et philosophie

Selon le lama Denys, "Il s'agit de savoir si la franc-maçonnerie est une voie spirituelle complète, c'est-à-dire susceptible de conduire à une pleine et authentique réalisation spirituelle. Elle est en tout cas une excellente dynamique de quête non dogmatique et fraternelle, dans le contexte occidental. Elle est donc un complément au Dharma, mais n'est ni obligatoire ni nécessaire. La pratique du Dharma se suffirait à elle-même. Ce choix relève de chacun et de sa recherche."

Dharma et franc-maçonnerie

I- Les conditions d'admission
Aujourd'hui, n'importe qui peut prendre refuge; sans formalité. Il suffit de le demander, où presque. Il en va naturellement autrement pour être ordonné. L'ordination est généralement laissée à l'appréciation du maître du candidat. Mais encore de nos jours, au Japon, le postulant doit attendre à la porte du monastère, toute une nuit, voire plusieurs jours, admission à l'ordination n'étant accordée qu'après la troisième requête.

Du temps du Bouddha des conditions d'admission étaient requises, pour les moines comme pour les laïcs.
En ce qui concerne les laïcs, un certain nombre d'exclusions existaient d du temps du Bouddha pour être admis comme disciple. Les moyens d'existence non justes, c.a.d non conformes à la cinquième étape de l'octuple sentier : vivre du trafic des êtres (y compris des animaux), les tuer ou les maltraiter,(pêcheur ou boucher), vendre de la viande ou des poissons, de l'alcool ou des armes. A rapprocher avec le moderne d'être libre et de bonnes mœurs maçonnique.. En revanche, notre morale sociale admet les professions de boucher, éleveur pour la viande, pêcheur …. Cette différence est notable. Il faut comprendre que la franc-maçonnerie est empreinte de judéo-christianisme et que celui-ci n'a pas condamné la chasse ni la pêche. La grande différence d'approche est que, dans les monothéismes, les êtres n'ont qu'une seule vie et que seuls les humains ont une âme leur permettant d'accéder au salut. Les animaux sont des créatures inférieures de Dieu dont l'homme peut disposer, avec cette limite que leur maltraitance est un péché.
Pour être admis comme disciple du Bouddha, la première qualité était la vue juste (premier pas sur le Noble Octuple Sentier) : l'acceptation de la loi du karma et du caractère insatisfaisant et illusoire du samsara, de l'omniprésence de duhkkha que l'on traduit souvent, d'une façon assez réductrice, par souffrance.
Cela correspond à l'exigence, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, de croire en un Dieu révélé et en l'immortalité de l'âme. Au début du XIXe siècle, la Grande Loge Unie d'Angleterre a décrété que les bouddhistes étaient initiables parce qu'ils ont une conception impersonnelle et apophatique de l'absolu, et admettent de surcroît l'ordonnancement général du cosmos par la loi universelle (Dharma) qui régit les modalités de la délivrance, ce qui leur permet de devenir maçons;
Dans la franc-maçonnerie dite libérale, la différence est plus grande. Il ne s'agit plus, pour tous ses adeptes, d'une voie spirituelle, mais plutôt d'un humanisme pratique, d'une société de pensée et de réflexion (un laboratoire d'idées) au service du progrès humain, indépendamment des options spirituelles, philosophiques ou religieuses de chacun de ses membres. Il s'agit d'un autre type d'engagement, dont la compatibilité ou l'incompatibilité avec le bouddhisme ne se pose même pas, puisqu'il s'agit d'un engagement d'une autre nature.
Etre disciple du Bouddha répond à l'exigence des Constitutions d'Anderson d'être à fidèle une religion de son pays. : ";Un maçon est obligé, en vertu de son titre, d'obéir à la loi morale ; et, s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin sans religion "
Aujourd'hui, laissant à eux-mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus à propos de les obliger seulement à suivre la religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord. Elle consiste à être bons, sincères et gens d'honneur, par quelque dénomination ou croyance particulière qu'on puisse être distingué d'où il s'ensuit que la maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi les personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles.
Les francs-maçons étaient obligés de professer la religion catholique ; depuis quelque temps on n'examine pas sur cela leurs sentiments particuliers pourvu toutefois qu'ils soient croyants, fidèles à leur promesse et gens d'honneur et de probité.
A rapprocher des déclarations du Dalaï Lama selon lesquelles il ne faut pas abandonner sa religion mais bien peser les avantages que peut apporter la pratique du bouddhisme. En revanche, la porte est grande ouverte à ceux qui n'ont plus aucune attache religieuse..
Cette condamnation implicite du prosélytisme concorde avec l'interdiction des polémiques religieuses en loge et est dans le droit fil de l'enseignement du Bouddha.
Cet aspect correspond, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, au fait de ne pas renier sa religion. Ainsi, dans la cérémonie de réception au premier degré du rite écossais rectifié, le vénérable maître dit au candidat, lors du deuxième voyage : Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses frères est indigne de l'estime et de l'amitié des maçons.

L'ordination monastique.
D'abord, il fallait la vouloir vraiment, avec une intention pure et désintéressée, et ne pas la solliciter pour des motifs mercenaires, comme il est dit au rectifié.
L'histoire du médecin Jivaka est significative. Ce médecin attitré du roi Bimbisara, très réputé en son temps, avait été placé au service du Sangha du Bouddha par son souverain. Il suggéra au Bouddha de ne plus admettre dans l'ordre ceux qui souffraient de lèpre, eczéma, tuberculose ou épilepsie afin d'empêcher ceux qui étaient atteints par ces maladies d'entrer dans la communauté pour s'y faire soigner gratuitement par Jivaka. Etaient aussi exclus de l'ordination les soldats en service actif pour le roi, les condamnés en fuite … Les femmes mariées devaient avoir la permission de leur époux et les enfants de leurs parents. En revanche, l'ex-épouse d'un moine ,la veuve d'un moine n'avait pas à donner la permission à son époux mais le Sangha prenait en charge cette veuve et ses éventuels enfants.
Le rapprochement s'impose avec le devoir du maçon de secourir la veuve en déposant une obole dans le tronc qui porte son nom dans certains rites (au rectifié : le tronc aux aumônes). Le Bouddha n'accordait aucune importance à l'origine sociale de ses disciples, instaurant la hiérarchie à l'ancienneté pour casser le système des castes. De même admit-il les femmes dans le Sangha,
Position courageuse du Bouddha, concernant les militaires, puisque lui-même était de la caste des nobles et guerriers (les kshatrias). On s'aperçoit que la naissance n'avait pas d'importance en tant qu'origine sociale mais en avait sous l'aspect de la liberté qu'elle conférait ou refusait. Par rapport aux femmes, enfants, esclaves, militaires, fonctionnaires, appartenant au roi, etc., qui, ne jouissaient pas de liberté ni d'autonomie, le Bouddha tint compte de leur situation de naissance, pour ne pas troubler l'ordre public et permettre au Sangha de se développer harmonieusement dans la société de son temps.
Les Constitutions d'Anderson précisent aussi que les maçons doivent être hommes de bien et loyaux, nés libres, d'âge mûr et circonspects, ni serfs ni femmes. Selon la tradition, les esclaves, les eunuques, et ceux affligés des trois B : boiteux, borgnes et bossus étaient exclus de l'initiation, en tant que mineurs civils, ou parce que leur imperfection physique traduisait une dysharmonie spirituelle. Cette triple exclusion relevant de l'opératif, ceux qui en étaient atteints étant inaptes au métier. On trouve ces mêmes interdictions en ce qui concerne l'ordination des prêtres .
Dans la franc-maçonnerie du XVIIIe, il y eut beaucoup d'aristocrates, donc de militaires, et aussi de nombreuses loges militaires. La franc-maçonnerie prétend permettre à ses adeptes de se libérer et d'aller à la lumière, sans que ces notions soient précisées afin d'être compatibles avec les différentes fois religieuses. De même le Bouddha ne prétendit-il pas pouvoir délivrer le monde entier mais soutenait que seuls pouvaient s'émanciper ceux qui, par une disposition karmique favorable, avaient des oreilles pour entendre ... comme dans l'Evangile !
La franc-maçonnerie essaie de déterminer qui est initiable en tenant compte de ses mœurs de son mode de vie et de ses moyens d'existence. Autre aspect: le candidat à l'ordination devait avoir un certain âge, était soumis à enquête et interrogé., devait aussi avoir un parrain. Un temps de probation était exigé. Pour recevoir l'ordination supérieure, il fallait être reconnu par un conseil composé d'au moins dix membres et dont ne pouvaient faire partie que des anciens. Le candidat devait promettre d'aimer ses compagnons, etc.

Profane sous le maillet. Une période de probation de quatre mois était exigée des candidats venant d'une autre école religieuse, sauf celle des jatilas (les ascètes aux cheveux tressés) ou appartenant au clan des Sakyas. Durant la période de probation, les membres du Sangha observaient si le candidat convenait.

Apprenti : La cérémonie d'un novice était simple. Après s'être rasé la tête, il devait répéter trois fois : " Je prends refuge en le Bouddha, je prends refuge en le Dharma, je prends refuge en le Sangha "comme aujourd'hui encore pour devenir disciple laïc. Au début, le novice devait s'engager à respecter dix règles négatives.

Compagnon; La pleine ordination, qui conférait les droits d'un vrai moine, exigeait la présence d'au moins dix moines ordonnés depuis au moins dix ans. En cas de force majeure, cinq moines anciens suffisaient. Le novice devait avoir trouvé parmi les anciens un précepteur qui accepte de le proposer à l'ordination majeure. Le candidat s'agenouillait en joignant les mains et disait, par trois fois " Vénérables, je demande au Sangha l'ordination, puisse le Sangha m'élever jusqu'à lui par compassion ! "
Le consentement se faisait tacitement. Aucune objection n'ayant été formulée, un des anciens disait " Vénérables, que le Sangha m'entende ! " X demande l'ordination au Vénérable X (président du conseil), il demande l'ordination par l'intermédiaire du Vénérable Y (précepteur). Si cela paraît juste au Sangha, que le Sangha ordonne Untel par l'intermédiaire du précepteur Y. Telle est ma requête13) Après quelque temps, la cérémonie d'ordination fut étendue de telle sorte que le novice, qui avait déjà été questionné auparavant en privé devait confirmer son aptitude à l'ordination en répondant publiquement à des questions. Le président lui demandait
Es-tu un homme (c'est-à-dire pas un eunuque) et un être humain (c'est-à-dire pas un naga -sorte de serpent- sous forme humaine) ?
Es-tu un homme libre ?
Es-tu libre de dettes ?
Es-tu hors du service du roi ?
Es-tu pleinement âgé de vingt ans ?
As-tu un bol à aumônes et les robes de moine ?
Quel est ton nom ?
Quel est le nom de ton précepteur ?
Si le novice répondait à toutes ces questions de manière satisfaisante, son ordination était confirmée. Les moines sont encore ordonnés de cette façon de nos jours.
Les novices devaient suivre la direction de leur précepteur durant au moins cinq ans, mais dix ans en règle générale. Les moins doués pouvaient rester sous la coupe de leur précepteur toute leur vie.

Maître : Dix ans après son ordination majeure, le moine devenait un ancien (thera) et pouvait à son tour prendre en charge des novices en tant que précepteur et faire partie du conseil de l'ordre.
Passé maître :. Au bout de vingt ans, il devenait un grand ancien (mahathera).
Démission et réintégration : Pour quitter le Sangha, il suffisait de quitter la robe jaune et cela n'entraînait aucune disgrâce sociale.
L'ex-moine pouvait réintégrer l'ordre, mais à condition de recevoir une nouvelle ordination et de ne pas s'être engagé dans une autre école. Le moine Citta quitta et réintégra quatre fois le Sangha et cela ne l'empêcha pas de devenir un arhat.
Engagement : A noter que chaque engagement était pris trois fois. Le Bouddha enseigna sept conditions de bonheur pour le Sangha.

Aussi longtemps que les moines tiendront des assemblées fréquentes et suivies par nombre d'entre eux, le Sangha prospérera et ne déclinera pas.
Aussi longtemps qu';ils se rencontreront en harmonie, prendront des décisions en harmonie et assumeront leurs fonctions en harmonie...
Aussi longtemps qu'ils n'autoriseront pas d'innovations et n'aboliront pas ce qui fut autorisé, mais procéderont selon la règle et la discipline...
Aussi longtemps qu'ils honoreront, respecteront et écouteront les aînés de grande expérience, ordonnés depuis longtemps, les pères et les instructeurs de l'ordre...
Aussi longtemps qu'ils ne tomberont pas en proie aux désirs qui conduisent à la renaissance...
Aussi longtemps qu'ils préféreront les habitations de la forêt...
Aussi longtemps qu'ils apprécieront que des compagnons du même esprit viennent à eux...
Aussi longtemps que les moines se tiendront à ces sept conditions, le Sangha prospérera et ne déclinera pas.
On trouve dans ces prescription les principales règles maçonniques : aimer ses frères (et/ou ses soeurs), obéïr aux règlements généraux et aux supérieurs de l'ordre, ne jamais innover mais suivre scrupuleusement les rituels et les règles, accomplir ses charges avec régularité et ponctualité, demeurer dans la vertu et la frugalité, être prêt à accueillir de nouveaux membres dans le respect de la tradition, etc.
Le Bouddha prêcha aussi la solidarité. Découvrant un moine atteint de dysenterie et laissé sans soin, il admonesta ses voisins : " Moines, vous n'avez ni père ni mère pour s'occuper de vous. Si vous ne prenez soin les uns des autres, qui, je vous le demande, le fera ? Moines, quiconque d'entre vous prendrait soin de moi si j'étais malade doit prendre soin de son camarade moine malade Cette solidarité était d'ailleurs plus : la compassion.
La référence suprême du maçon est le Grand Architecte de l'Univers, formule assez souple pour être acceptable par les fidèles de toutes les religions, soit comme Dieu soit comme bouddhéité, puis, les règles traditionnelles. Ce n'est certes pas le Grand Maître, lui-même occupant une fonction à titre transitoire et soumis aux règles qu'il promet de respecter. Les dernières paroles du Bouddha furent de refuser de désigner un successeur autre que le Dharma ! On observera aussi une hiérarchie devant être respectée dans le but de maintenir l'harmonie, fondée sur le mérité et l'ancienneté ; le refus de recevoir les eunuques ou ceux atteints de certaines difformités ; le contrôle de l'identité du postulant et un ensemble de critères d'aptitude, comme il en existe pour être initiable ; la qualité de membre du Sangha par reconnaissance des anciens et de ses pairs. La volonté propre du candidat. La nécessité de tenir des assemblées fréquemment et régulièrement. L'exigence d'une certaine ancienneté dans la maîtrise pour pouvoir initier à son tour, etc.
Enfin, le Bouddha accorda une grande place à l'amitié entre les moines pour qu'ils puissent vivre en harmonie et progresser vers l'éveil : " Vraiment, cette vie religieuse consiste en l'amitié de ceux qui aiment le bien, en leur compagnonnage, en leur camaraderie. Un moine qui est un ami du bien, un compagnon et un camarade, doit certainement développer et cultiver ce Noble Octuple Sentier (pour la libération de son compagnon comme pour la sienne propre).
A rapprocher la méthode du Bouddha pour régler les conflits, à base de consensus, afin que l'harmonie de la communauté ne soit pas troublée, et l'exigence pour le récipiendaire de désigner tout frère de l'assistance avec qui il aurait un conflit et de faire la paix avec lui. Cette exigence vaut implicitement pour toute tenue de la loge.
Enfin, à plusieurs reprises, le Bouddha insista sur le fait que la véritable noblesse (un vrai brahmane) ne relevait pas de la naissance mais des qualités de cœur ce qui est à la base des degrés blancs du RER, où le chevalier novice doit, pour devenir chevalier bienfaisant de la cité sainte, se constituer un blason, avec une devise.
De ces rapprochements, il découle que, pour entrer dans la voie du Bouddha, il fallait déjà la vue juste, qui est suggérée dans les Quatre Nobles Vérités : un constat du caractère insatisfaisant du samsara et une perspective de salut, ou de libération. De même, pour être initiable en franc-maçonnerie, du moins la franc-maçonnerie traditionnelle, il faut accepter la perspective d'une transcendance et avoir confiance en la possibilité de salut. Telle est la première condition.
Tel qui fut refusé dans le premier Sangha des moines pour cause de maladie pouvait y être admis une fois guéri. On encore pour une question d'âge. Un âge minimum était requis, mais les vieillards ne pouvaient non plus être admis. Il y a un temps pour tout. Et des heures, en franc-maçonnerie...
Dans les deux traditions, des structures régulières et des conditions particulières sont requises, conditions minimales pour un disciple laïc, plus exigeantes pour un moine ou une nonne. Ces conditions ont été rendues nécessaires, dans le premier Sangha, dès qu'il a connu un certain développement et que le Bouddha lui-même ne put plus tout accomplir en personne, et a fortiori après son parinirvana. Les rites maçonniques se sont fixés au fil d'une longue histoire ;ils répondent à des nécessités vérifiées expérimentalement plus que fondées sur des sources historiques bien établies, dont René Guenon disait qu'elles étaient d'origine non humaine.
Quant au but, il demeure une réalisation spirituelle dont la mise sur la voie ne peut se faire que dans le cadre prescrit, comprenant obéissance aux lois et à la hiérarchie traditionnelle mais qui doivent aussi être dépassées, voire abandonnées pour atteindre l'ultime. La réalisation est indépendante de la position du disciple dans la hiérarchie : du temps du Bouddha, sont recensés vingt et un laïcs ayant obtenu l'état d'arhat, liste qui n'est pas exhaustive, et il est fait allusion aussi à quelques laïcs dont les noms ne sont pas mentionnés.
L'ultime ne dépend pas d'une quelconque hiérarchie (en grec : le pouvoir de la sainteté) pourtant nécesaire, à la fois comme référence et comme guide. Le Bouddha a comparé son enseignement à une barque nécessaire pour traverser le fleuve du samsara mais devenue inutile ensuite. Et ses dernières paroles ont été : " Soyez à vous-même votre propre lumière "

De la pratique du geste et de l'arrêt du geste dans les deux traditions

" Avec notre corps, tout notre corps et en restant immobile, trouver la vraie lumière. "
" Nous pouvons voir la vraie lumière quand nous ouvrons nos yeux dans la nuit et que nous écoutons de nos oreilles le vent qui ne souffle pas.
Quand notre corps, tout notre corps, a sa tension profonde en restant immobile, nous pouvons trouver la véritable illumination. "
Ces aphorismes ont pour auteur un député, conseiller d'Etat, philosophe à ses heures, mort à Paris en 1824, un certain Marie-François-Pierre Gonthier de Biran dit Maine de Biran.
Deux phrases peuvent résumer, l'attitude juste du corps et de l'esprit dans toutes formes de pratiques spirituelles.
" Avec notre corps, tout notre corps et en restant immobile, trouver la vraie lumière. " Ces quelques mots ont éclairé d'un jour très différent, l'esprit et le sens de la transmission dans une tradition authentique, ce qui est le cas, bien entendu, du bouddhisme et de la franc-maçonnerie.
La franc-maçonnerie est, un lieu privilégié d'expérience, de pratique où nous pouvons accéder à la vraie lumière, non par l'intellect, par les pensées discursives ou par des spéculations métaphysiques mais avec notre corps, avec la pensée du corps, révélée, réveillée par les effets du rite.
Nietzsche, qui écrit dans ses Fragments : " Il est admis que tout l'organisme pense, que toutes les formations organiques participent au penser, au sentir " (Fragments, 40).
Engagé sur une voie initiatique, il y a urgence à mettre un terme au bavardage. Ce peut être un préalable essentiel au déconditionnement de l'esprit qui nécessite bien plus que le temps de silence imposé sur la colonne d'apprenti, sur la colonne du septentrion, pour que, selon une formule de Swami Prajnanpad "que nos pensées ne soient pas des citations, nos émotions des imitations et nos actions des caricatures " ?
Pour aboutir à ce déconditionnement, pour pallier les insuffisances du langage des mots, la franc-maçonnerie dispose des outils remarquables que sont les symboles de l'Art Royal complétés ou inspirés des symboles fondamentaux de la science traditionnelle antique.
Ces outils nous ont été transmis avec le mode d'emploi : le rite. C'est l'accomplissement du rite dans ce qu'il a de gestuel qui est le véhicule véritable de la transmission et assure la pérennité de la tradition.
C'est le geste rituel qui rend le symbole agissant .Le rite n'est pas uniquement une cérémonie de mots mais une succession de gestes strictement réglementés qu'il importe de pratiquer de façon rigoureuse, exactement. L'étymologie du mot rite est " action correcte "
C'est la rigueur de la pratique qui en garantit les effets par un conditionnement gestuel avec notre corps, tout notre corps. Ce conditionnement a la particularité de déconditionner.
Deshimaru invité en tenu a été intéressé, par la rigueur de la cérémonie, la méthode, le comportement des maçons en loge, la vigilance qui préside aux travaux.
Le bouddhisme accorde une importance toute particulière à la notion de vigilance. L'une des dernières paroles du Bouddha n'est-elle pas : " Ô moines, soyez vigilants, soyez vigilants ! " Le temple maçonnique et le temple bouddhiste sont avant tout des lieux de vigilance et de silence. Le silence, le seul temple, selon Maeterlinck.

La recherche de la vérité, l'objet si souvent défini de nos travaux maçonniques Deshimaru en donnait la solution : " Ne cherchez pas la vérité, ne coupez pas les illusions, simplement, laissez passer les pensées sans rien vouloir fuir, sans rien vouloir saisir, concentré sur la posture de méditation, la posture juste, parce que c'est l'attitude juste du corps qui détermine l'attitude juste de l'esprit. "
C'est le rite qui met le symbole en action dans le silence de la loge où le corps participe selon des règles de conduite qu'il importe de vivre correctement.
L'expérience du Zen auprès de Taïsen Deshimaru, peut confirmer qu'est bien là l'essentiel de la méthode maçonnique.
Les traditions ont en commun un certain nombre de principes dominants. Elles enseignent que , pour aboutir à la connaissance, à l'éveil, au satori, à la lumière c'est un itinéraire du dedans. C'est à l'intérieur et qu'il faut procéder par simple décantation, dans l'immobilité et le silence. D'ailleurs le Bouddha aurait dit à ce sujet : "Dans ce corps de six pieds de long se situe le monde, l'origine et la fin du monde, et le chemin qui conduit à l'éveil. " Donc, vous voyez, rien de mystérieux, rien de surnaturel, mais, bien au contraire, le retour aux conditions normales, originelles, dans l'unité du corps et de l'esprit. Et parce qu'il n'y a de connaissance que de l'être entier, les gestes, et surtout l'arrêt du geste, la méditation, auront un rôle capital dans la pratique d'une tradition. Arrêter le geste revient en quelque sorte à tarir le foyer d'origine où s'alimente la chaîne de réflexes qui construit notre mental et à laquelle nous identifions notre ego.
Pour le monde de plus en plus, c'est le Bouddha Sakyamouni, Bouddha historique tel qu'il est représenté depuis des siècles, qui symbolise la perfection de la pratique de la méditation, de la paix intérieure et de la sagesse. La vraie sagesse est une sagesse du corps.
Notre culture, la culture religieuse méditerranéenne, n'a pas toujours négligé le comportement du corps sans pour autant s'asseoir à même le sol en pliant les jambes comme une grenouille. Notre frère Louis Pauwels, disait : " S'il suffisait de s'asseoir en pliant les jambes pour avoir le satori, toutes les grenouilles auraient le satori. " Un jour, on lui demandait : " Comment sais-tu que les grenouilles n'ont pas le satori ? " Il a répondu : " Ca m'est égal, je ne veux pas être une grenouille ! "
Les pharaons des temples de l'Egypte ancienne sont sculptés bien droits sur leur siège, jambes pendantes, légèrement écartées, les pieds reposant sur le sol comme d'ailleurs le Bouddha du futur, le Bouddha Maitreya, qui est souvent représenté assis sur un siège, à l'européenne.
On peut méditer debout, couché, assis sur une chaise, sur un tabouret tout siège qui permet d'avoir une bonne bascule du bassin. Dans le temple maçonnique comme dans le temple bouddhique, c'est mieux ensemble, fondus comme le miel dans le lait, fondus comme l'immobilité dans le silence, " l'ego s'y dissout comme un morceau de sucre ", disait Ramana Maharshi, ce sage de l'Inde.
Il s'agit de se libérer par son corps, par une meilleure présence à soi-même dans le sensible vigilant.. Les gestes et l'arrêt du geste développent, plus encore dans un contexte moderne agité, une éducation physique du spirituel. Sensei disait : j'éduque, il ne disait pas j'enseigne. Eduquer,est un mot qui prends un sens très noble dans un contexte initiatique traditionnel. L'étymologie du mot éduquer est i : éducateur, educare, ducere, conduire.
La franc-maçonnerie est une forme d'éducation que les tendances de notre formation qui accorde un intérêt excessif aux arabesques de la pensée, transforment trop souvent en babillage.
Dans la tradition bouddhiste comme dans la tradition maçonnique, les gestes et l'arrêt du geste transmis exactement auront un rôle essentiel pour que soient réunies les conditions les plus favorables de l'aventure intérieure.

II2 - L'OCTUPLE SENTIER ET LES CATHECHISMES MACONNIQUES:

la compréhension juste :
Un maçon est un homme libre et de bonnes mœurs ami du riche comme du pauvre si ils sont vertueux ; un maçon doit évaluer la valeur doit s'évaluer sur des qualités morales ; l'estime ne doit se mesurer que selon la constance et l'énergie que l'Homme apporte à la réalisation du bien.
Un maçon doit se rappeler qu'il ne suffit pas à l'Homme d'être mis en présence de la vérité pour qu'elle lui soit intelligible ; la lumière n'éclaire l'esprit humain que lorsque rien ne s'oppose à son rayonnement. Tant que les illusions et les préjugés nous aveuglent, l'obscurité règne en nous et nous rends insensible à la valeur du vrai.

la pensée juste :
Un maçon doit se défier de lui-même et craindre de porter un jugement avant d'avoir fait appel aux lumières de ses frères

la parole juste :
Le maçon doit se rappeler de ses 3 paroles :
- frappez et on vous ouvrira (la porte du temple )
- cherchez et vous trouverez (la vérité )
-demandez et vous recevrez (la lumière )

la conduite juste :
Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès (dans la maçonnerie )
Un maçon doit pratiquer la vertu en préférant à toute chose la justice et la vérité, la rectitude et la justice envers ses semblables

les moyens d'existence justes :
Un maçon se reconnaît à sa façon d'agir, toujours équitable et franche, à son langage loyale et sincère, à la sollicitude fraternelle qu'il manifeste pour tout ceux à qui il est rattaché par des liens de solidarité

l'effort juste :
Il se traduit par les 3 degrés du maçon mais également par les 3 voyages qui lui montrent les chemins qui mènent à la vérité


la mémoire juste :
Le maçon doit se rappeler le dénuement de l'enfant qui vient au monde, qu'il a promis sincérité et franchise, humilité, désintéressement pour apprendre à se priver sans regret de tout ce qui peut nuire à son perfectionnement

la concentration juste :
En atelier, le maçon prends un temps de recueillement pour laisser les difficultés sur le parvis ; il doit être dans l'Ici et Maintenant pour être tout à ce qu'il fait et le faire bien juste comme il faut sans excès de zèle.

J'ai dit

Source : http://www.franckbailly.fr

 

 

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Equivalences ?

22 Avril 2012 , Rédigé par jb Publié dans #Planches

Je connais très bien le RER , rite dans lequel j'ai été initié et duquel j'ai gravi les différents grades ; de même le REAA pour être comme on dit dans les " degrés administratifs" ( et pourtant follement initiatiques).Je connais trop peu Emulation ainsi que la Marque ou la S.A.R. de Jérusalem pour en parler savamment.

Pour les deux premiers rites, je suis formel : seul les suisses Grand Prieuré d'Helvétie et S.C. de Suisse ont passé des traités d'"équivalences" qui ne signifient RIEN au plan strictement et rigoureusement initiatique ! L'esprit des rites est différent : le RER (version JB WILLERMOZ Convent de WILLEMSBAD 1786) est chrétien et réservé aux chrétiens ( ou à ceux sincèrement décidés à le devenir...) ; le REAA ( qui est pour moi d'abord un rite de hauts-grades avant d'être historiquement symbolique ! Voir sur ce point une étude magistrale du T.Ill.F. Pierre NOEL )est plus ouvert puisqu'à CHARLESTON les gentlemen ayant "complété" de 25 à 33 le Rite de Perfection apporté par S. MORIN étaient pour certains chrétiens et d'autres juifs ...

La "cohérence" intrinsèque est différente : le RER est quasiment de la seule plume de WILLERMOZ alors que le REAA est constitué d'apports et de rédacteurs divers et éclectiques ; le RER comprend TROIS classes une symbolique en QUATRE grades App. Comp. Maître et Maître X ; l'Ordre Intérieur du REGIME et non du Rite Ecuyer Novice et C.B.C.S. et notamment a fait disparaître tout héritage "templier" ainsi que les degrés dits de "vengeance" ( les grades à poignards comme disait WILLERMOZ).Le REAA constitue aujourd'hui au delà des trois degrés symboliques classiques une cohérence structurelle sinon de contenu se répartissant entre la Loge de Perfection ( 4° au 14°) dont la problématique est d'assumer la recherche de la Connaissance dans le cadre du suivi du drame hiramique , le Chapitre ( 15°, premier vrai grade chevaleresque, au 18°) dans lequel la thématique est d'assumer la seconde construction du Temple dans le partage et l'effusion de l'expérience de l'AMOUR fraternel , l'Aréopage enfin regroupant les degrés du 19° au 30° ( ce dernier constituant le terme ultime de la communication du contenu rituélique du REAA) et qui constituent des préparations à une ACTION individuelle, personnelle et responsable (devant soi, l'Ordre et pour les esprits traditionnels le GADLU qui constitue le PRINCIPE CREATEUR et justifiant la réflexion comme la démarche) ;
Les degrés suivants sont faussement dits administratifs puisqu'ils comportent une VRAIE initiation. Surtout ils consacrent les FF. qui y sont cooptés par le S.C à des missions spécifiques d'explication, de propagation de l'esprit de l'Ordre dans le respect des deux devises écossaise et des S.C. ORDO AB CHAO - DEUS MEUMQUE JUS.

Je ne vois donc aucun rapport si en tant que Maître Ecossais de St ANDRE j'étais amené à visiter un Chapitre : il n'y a strictement rien de commun ni dans le symbolisme, la gestuelle, la démarche etc... De même entre Ecuyer Novice et Rose-Croix comme CBCS et Chevalier Kaddosch ! Non vraiment rien ...

Autre chose est de chercher à retrouver des sources communes ayant donné naissance à des développements rituéliques différents : p.ex. le 13° du REAA (Chevalier de R. Arch) et la Sainte Arche Royale de Jérusalem ( du moins au simple niveau de Compagnon ; car la particularité de ces "side-degrees" est de comporter un ésotérisme particulier par office au sein du degré...Le TEZ et les Principaux entre autres...

J'en ai déjà beaucoup trop dit !

Frat.
J.B.
REAA 7 et +
OR.: de Nantes

Source : http://www.franckbailly.fr/

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La Franc-Maçonnerie et l'Eglise Catholique

22 Avril 2012 Publié dans #Eglise catholique et FM

Les relations entre l’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie ont toujours été tendues et tourmentées, pratiquement depuis le début de la Franc-maçonnerie spéculative, et plus particulièrement à partir de 1738, date à laquelle les Francs-maçons furent frappés d’excommunication.

Jugés par le uns comme justifiées, pas d’autres comme inappropriées, les condamnations émises par Rome n’ont laissé personne indifférent.

De franchement antagonistes, puis tumultueuses, les relations entre ces « deux forces morales » se sont peu à peu dédramatisées, puis apaisées. Des efforts de meilleure connaissance réciproque ont été déployés de part et d’autres, notamment de la part de personnalités catholiques éminentes, au premier rang desquelles il convient de citer le Révérend Père Michel Riquet pour le rôle majeur de conciliation qu’il s’est toujours efforcé de jouer pour parvenir, au-delà d’une meilleure compréhension mutuelle, à un certain rapprochement.

Aujourd’hui les Frères catholiques ne se sentent plus en faute à l’égard de Rome d’appartenir à la Franc-maçonnerie régulière, de Tradition.

Des interrogations, des ambiguïtés et des zones de flou demeurent, même si la Franc-maçonnerie ne fait plus l’objet d’une condamnation explicite.

 

L’Eglise et la Franc-maçonnerie opérative.

La Franc-maçonnerie s’est efforcée, dès avant sa création sous forme de Grande Loge, le 24 juin 1717, d’affirmer et de formaliser juridiquement sa filiation historique avec la Maçonnerie opérative.

On sait que déjà, bien plus tôt dans l’histoire de la confrérie, des Anciens Devoirs (« Old Charges »), manifestement « spéculatifs » (tels que le manuscrit Sloane, vers 1700), affirmaient cette filiation (cf Module n°1).

Le point culminant sera atteint en 1723, lorsque paraîtront les Constitutions d’Anderson qui, à la manière des Anciens Devoirs et très exactement sous leur forme et structure interne, présente la Franc-maçonnerie comme héritière des us et coutumes et spiritualité de « l’antique métier de Maçonnerie ».

Et ce faisant, Anderson et Désaguliers, dont il est connu qu’il a puissamment contribué à créer la Franc-maçonnerie sur les fondements spirituels de la Maçonnerie opérative, se sont appropriés et nous ont ainsi rendus héritiers, jusqu’à la fin des temps de la Franc-maçonnerie régulière, ou de Tradition, de la spiritualité de nos ancêtres, les Maçons opératifs.

Or cette Maçonnerie opérative était très religieuse, profondément catholique, avant de « se faire anglicane », par la force de l’histoire de la Grande Bretagne.

Mais cette spiritualité judéo-chrétienne pour aussi profonde et incontestable qu’elle fut, rencontra l’esprit des Lumières lors des années qui précédèrent et surtout suivirent la création de la Grande Loge de Londres, Mère Loge de toute la Franc-maçonnerie de Tradition, donc régulière, de par le monde. La Franc-maçonnerie naissante en subit quelque influence, non sur le fond mais sur le développement de sa finalité humaine.

Aussi loin que la connaissance de cette confrérie de métier se porte, c’est-à-dire, d’une manière rigoureusement documentée, à la fin du XIVe siècle, il est incontestable que la Maçonnerie opérative fut ouvertement et profondément religieuse, et comme il se doit avant la Réforme en général et la réforme anglicane en particulier, catholique. Nous le savons par les Old Charges, et notamment par le plus anciens d’entre eux qui nous soit parvenu, le manuscrit (Ms) anglais dit « Régius », daté de 1390.

Or près d’un demi-siècle avant la rédaction de ce fameux manuscrit Régius, une corporation de Maçons, dite Compagnie des Maçons de Londres dont on trouve la première trace en 1356 (à l’occasion d’un différend professionnel) avait pour devise « Dieu est notre guide » ; nous le savons parce qu’en 1 870, à l’occasion du renouvellement de sa charte, elle changea sa devise en « Dieu est notre espérance » . Dans un de ses inventaires datés de 1665, il est relevé un passage qui se réfère explicitement à la Bible. Cela ne saurait surprendre puisque toutes les corporations (ou guildes), au-delà de leurs activités normatives dans leur métier et les englobant, avaient un essentiellement caractère religieux. Des communautés ou groupes de personnes parmi leurs membres (ou confréries) prenaient en effet soin des membres de la corporation en cas de maladie, leur assuraient une sépulture décente, priaient pour le salut de leurs âmes après leur mort et prenaient soin de leurs proches.

Le Frère Cyril N. Batham notait, dans son intéressant article consacré à la Compagnie des Maçons de Londres (Villard de Honnecourt N°2, 1981), que « les premières guildes furent souvent dirigées par un Comité de 13 membres, représentant le Christ et ses douze apôtres, et dans le cas de l’une d’entre elles, il est précisé que son président était une femme en hommage à la Vierge. »

Le Ms Régius, après avoir appelé l’attention des Maçons, sur l’exigence de piété exhorte à « honorer ton Seigneur Dieu, tant le jour que la nuit, de tout esprit, de toute ta force. » (vers 628-­629). Il reflète ainsi son enracinement dans la Bible vétéro-testamentaire (Dt 6,5) et s’achève par une invocation toute chrétienne : « Que le Christ alors, dans sa haute grâce, vous donne tout ensemble le temps et l’esprit pour bien lire et comprendre de livre, afin de gagner le Ciel en récompense. Amen, amen [encore un hébraïsme], ainsi soit-il ! disons tous à l’unisson par charité. » (vers 820-825).

Près d’une centaine de manuscrits qui nous sont parvenus commencent par une prière de ce type, ou en contiennent une dans le cours de leur texte ou en conclusion. Autre exemple courant, au point d’être devenu un « standard », telle que cette invocation, toute paulinienne : « Que la force du Père du Ciel avec la sagesse du glorieux Fils ainsi que la grâce et la bonté du Saint Esprit, ces trois personnes réunies sous une seule divine tête [ou en seul Dieu], soient avec nous au début de nos travaux et nous donnent la grâce de nous conduire nous-mêmes pour que nous puissions vivre avec cette bénédiction [ou béatitude] qui ne prendra jamais fin. »

Peu à peu les invocations glissent de l’orthodoxie catholique (invocation de la Sainte Eglise, prière à la Sainte Vierge ; invocation de tous les Saints) vers une dogmatique plus proche de la Réforme et de l’anglicanisme , du type de celles citées ci-dessus.

Ce caractère religieux s’explique par le fait que le travail en lui-même, et celui des tailleurs de pierre, maçons architectes peut-être encore plus, compte tenu du caractère édificateurs de ces « logeurs du Bon Dieu » (R. F. Jean-François Blondel, n’était pas dissocié de son caractère sacré.

Le travail était, pour reprendre la belle expression de notre F. Paul Naudon, « l’ascèse de la vie chrétienne qui menait à Dieu ». L’association ne pouvait être dans cette perspective strictement professionnelle ; une confrérie religieuse venait doubler la communauté.

Le prêtre, en Angleterre le chapelain, en faisait partie, obligatoirement et au premier chef. Sa présence était requise à la fois pour les lectures bibliques requises en loge et prononciation des invocations rituelles.

Il semble que plus tard, à la veille de la création de la première Grande Loge, la Worshipful Society, nom sous lequel les Maçons opératifs continuaient à subsister, (et cela jusqu’à nos jours), professait la foi catholique, ou du moins un anglicanisme peu officiel, en raison de la présence de la forte personnalité qui la dirigeait, Sir Christopher Wren, officiellement anglican mais en fait de tendance catholique romaine et très pratiquant.

Quoi qu’il en soit, catholique, anglicane ou réformée, la Maçonnerie opérative fut très profondément chrétienne. L’on ne sait rien d’une quelconque condamnation que la Maçonnerie opérative aurait eu à subir de la part des autorités religieuses, en Angleterre ou ailleurs dans la chrétienté. Et cela, contrairement aux autres corporations qui, elles, furent à des moments divers de leur existence condamnées pour telle ou telle raison.

On citera à titre d’illustration quelques condamnations d’origine religieuse décrétées en France à l’encontre de certaines corporations, ou plus exactement, à l’encontre de certaines confréries, confraternités ou encore charité professionnelles : le décret de Bamberg, pris en 1451, par le Cardinal Nicolas de Cues qui déclare que « certaines compagnies ne conviennent pas à l’unité chrétienne . » On ne croit pas savoir que les confréries de tailleurs de pierre étaient visées. Ici c’est le soupçon de conspirations et de conjurations ou autres collusions qui pourraient bien se constituer sous « ombre de confrérie, messe, service divin ou autre cause. [1]», d’autant plus redoutables qu’elles sont scellées sous le sceau du serment, ce qui comporte, qu’on le respecte ou qu’on le trahisse, un risque de parjure, donc de péché grave.

On pourra citer les récriminations de Guillaume Durand, évêque de Mende, en 1311, à l’encontre des clercs et laïcs « qui se goinfrent et se mettent en état d’ébriété au cours de réunions confraternelles. »

Ou encore, le texte du concile provincial de Sens de 1522 interdisant sans appel « les banquets d’associations qui pourraient être faits les jours de fête des confréries... »

Là il semble que soit l’utilisation dispendieuse des deniers de la confrérie qui soit condamnée, alors que l’argent pourrait être mieux utilisé à des fins caritative... ou cultuelles.

Enfin on citera la célèbre condamnation des Compagnons par la Sorbonne, le 14 mars 1655, à l’instigation d’une société dévote dite « Confrérie du Saint Sacrement » pour « leur pratiques sacrilèges et superstitieuses. » La condamnation visait uniquement les Compagnons Cordonniers, Tailleurs d’habits, Chapeliers et Selliers (du Devoir). Et de plus, la Sorbonne était une faculté de théologie, amenée certes depuis 1554 à se prononcer sur des questions de morale et des solutions de cas de conscience ; mais ses sentences n’étaient en aucun cas revêtues de l’autorité de l’Eglise, et ne l’engageaient pas.

En l’occurrence, le motif principal de la condamnation était effectivement religieux. Les rituels saisis laissaient apparaître une cérémonie de réception montée comme une parodie des sacrements de la religion chrétienne comme d’ailleurs les légendes compagnonniques, partie intégrante du travail ésotérique en cayenne, pouvaient apparaître parodier l’Evangile ou l’Ancien Testament. Ils ne nous appartient pas ici de juger si ces cérémonies et travaux conduisaient réellement à des parodies ou étaient des modes « primitifs » d’appropriation du contenu évangélique ou du plan de salut, nécessaire pour « faire passer le message » dans un milieu où la lecture de la Bible (par ailleurs interdite hors la présence d’un prêtre, interdiction que la Réforme supprima avec le succès et la fructueuse émancipation religieuse, culturelle et intellectuelle que cette suppression permit). Il est encore possible que la présence de chapelain en loge, chez les Maçons opératifs (et peut-être aussi chez toutes les confréries médiévales) ait eu pour but ... de cathéchiser ces milieux professionnels, dans la plus incontestable orthodoxie.

Les fondateurs de la Franc-maçonnerie non opérative qui œuvrèrent laborieusement pour en assurer la filiation régulière, ininterrompue, avec la Maçonnerie opérative, étaient eux-mêmes des chrétiens sincères (ce qui ne les empêchaient pas de fréquenter toutes sortes de cercles philosophiques, métaphysiques et ésotériques).

Ils reprirent à leur compte cet héritage...et ils l'ont légué à chaque Franc-maçon de Tradition qui s’en rend héritier par son serment d’appartenance à l’Ordre, prêté aux trois grades, librement et volontairement, et qui, pris dans ces conditions, leur confère la Régularité maçonnique.

 

La Franc-maçonnerie spéculative : l’esprit des Lumières.

Lorsqu’elle crée en 1717 la première Grande Loge, la Franc-maçonnerie non opérative, si elle se rend héritière de l’esprit religieux de sa devancière, n’en est pas moins pétrie de l’esprit de les Lumières qui, en Angleterre, atteint à cette période son apogée (elle l’atteindra plus tard sur le continent, mais avec des évolutions et déviations notables par rapport à la ligne de « l’Enlightenment » anglais).

Sans renoncer à quoi que soit de la spiritualité de la Maçonnerie opérative, la nouvelle société spéculative, se servira de la symbolique, de l’esprit et des pratiques de l’ancienne Maçonnerie, dans son généreux dessein de projeter la fraternité humaine à l’échelle du monde entier, pour en faire un centre d’union, un lien fédérateur entre tous les hommes « de bonne renommée, de bonnes mœurs et d’honnête conversation », comme cela figurait autrefois dans les statuts des confréries continentales et anglaises.

La nouvelle société maçonnique faisait ainsi preuve, au grand dam des Maaçons opératifs confinés dans le périmètre étroit de la corporation professionnelle, des caractéristiques les plus nobles de l’esprit des Lumières, à savoir de sociabilité ouverte et large, de cosmopolitisme sincère et d’universalité culturelle

Cet esprit d’ouverture était directement inspiré par la philosophie des Lumières qui rayonnait en Grande Bretagne et plus particulièrement du latitudinarisme qui se traduira dans le théisme « noachite » des célèbres Constitutions d’Anderson et tout particulièrement de celles de la seconde édition de 1738.

Elle se conjuguait à la « New Philosphy », courant de fond réformé, qui prônait une « religion universelle » dans laquelle, au-delà des particularismes des diverses confessions, la rechercher de la vérité devait se faire conjointement dans les deux Livres de Dieu, Sa Parole et Ses œuvres.

Il suffit d’écouter l’une et de contempler les autres pour devenir sensible à sa divine présence. Car elle est directement accessible par la raison, soit « d’après notre jugement » (allusion à l’inspiration du Saint Esprit, très caractéristique de la Réforme), et soit d’après l’enseignement d’hommes sensés et sages (autre caractéristique de la Réforme).

En 1722, dans le numéro de la revue londonienne « The Postman and Historical Account », daté du 31 juillet-2 août, ainsi que dans les quatre numéros suivants, parurent des textes à caractère très nettement marqué de « constitutions » ou de « old charge », à la fois par la forme que par le fond (elles portent la marque très nette d’un Old Charge opératif), et donc destinés au grand public, par le support sur lequel il furent publiés.

Ils furent plus tard rassemblés sous le titre : « Les Anciennes Constitutions appartenant à l’Ancienne et Honorable Société des Maçons Francs et Acceptés. Tirés d’un Manuscrit écrit il y a plus de Cinq Cents Ans, Londres : Imprimé, et Vendu par J. Roberts, dans Warwick Lane, 1722 »

Ces textes donc, connus par la suite sous le nom de leur éditeur, J. Roberts, furent publiés dans un journal.

Ils le furent, dit-on, pour répondre à une lettre attaquant les Francs-maçons

Certes il y eut bien cet article qui fustige les Francs-maçons (on se reportera à l’article cité pour prendre connaissance des reproches adressés aux Francs-maçons), mais la recherche maçonnique pense que le but principal de ces « Constitutions Roberts » furent publiées surtout pour tenter de contrer la main mise sur les loges opératives de la part des non opératifs, que l’on sentait venir, après leur entreprise qui avait abouti à la création de la Franc-maçonnerie spéculative en la présentant comme la continuation « librement consentie » de la Maçonnerie opérative. En effet de nouvelles pratiques commençaient à émerger dans la nouvelle société, en particulier en ce qui concernait la nomination des dirigeants, les attributions des Loges en matière de réception de nouveaux membres, etc.

Il semble bien qu’elles étaient destinées à la fois :

A devancer la parution annoncée des Constitutions d’Anderson, pour bien affirmer et « publiciser » l’antériorité de l’Honorable société des Maçons Francs et Acceptés sur la nouvelle société, à caractère universel

A satisfaire le besoin exprimé par de nombreux Maçons opératifs de disposer, contrairement à la tradition orale ancestrale de la confrérie, d’un texte faisant foi de leur ancienneté et honorabilité

A réaffirmer le caractère incontestable de leur orthodoxie religieuse.

Sur ce dernier point, outre l’invocation trinitaire traditionnelle en ouverture du texte, on remarquera l’exhortation à « l’Ami et Frère », à lire à tout candidat à l’admission dans une Loge: « [Article 1] Je dois vous exhorter à honorer Dieu dans sa sainte Eglise ; à n’avoir recours à aucune Hérésie, Schisme ou Erreur en votre Entendement... »

Il est aisé de reconnaître le caractère catholique de ces Constitutions, caractère précisément qu’Anderson et Désaguliers souhaitaient dépasser pour ouvrir la fraternité aux autres confessions d’abord, puis au monde entier ensuite, comme le texte des deux éditions des Constitutions le mettent clairement en évidence, tout empreints de l’esprit des Lumières qu’ils étaient, mais sans que cela ne remettent en cause, le moins du monde leur foi chrétienne.

 

Les condamnations civiles

Les premières condamnations de la Franc-maçonnerie non-opérative émanèrent, non pas de l’Eglise catholique et romaine, comme le pense parfois, mais de gouvernements civils. Elles se produisirent très tôt dans son histoire.

La Franc-maçonnerie fit l’objet d’attaques, quelquefois violentes, en Angleterre même.

Nous l’avons vu, les Constitutions Roberts, par exemple, furent publiées en réponse à une attaque sévère sous la forme d’un article anonyme dans la revue « The Postman and Historical Account ». Mais de nombreuses autres attaques avaient bdéjà frappé la nouvelle Franc-maçonnerie quand cet article parut. A chaque fois, c’était le secret, le serment, mais aussi la présence, incompréhensible pour le grand public, de personnalités éminentes de la haute noblesse, des arts et des sciences dans ses rangs, qui faisait jaser les pamphlétaires inquiets et agressifs.

Il faut dire que les Maçons eux-mêmes ne faisaient pas grand chose pour éviter d’exciter la foule des folliculaires. A preuve, les défilés à répétition, en grande tenue, dans les rues de Londres, les frasques du duc de Wharton, Grand Maître de la première Grande Loge en 1722, personnage trouble, tour à tour catholique, ou anglican, hanovrien ou jacobite, qui contribuèrent à faire monter la suspicion par ses agissements politiques. Il fonda d’abord en 1719 le « Hell Fire Club », (qui fut interdit en 1721 par édit royal), assemblée de libertins aux mœurs dissolues, puis en 1724 une parodie chinoise de la Franc-maçonnerie « L’Ancien et Noble Ordre des Gorgomons », de toute évidence d’esprit jacobite.

Cette attaque, de l’intérieur, attisa davantage l’hostilité des milieux antagonistes de la Franc-maçonnerie, et s’ajouta à celles qui l’attaquaient constamment. Elles eurent pour effet d’éloigner d’elle un certain nombre de Frères, effrayés par la réputation que la rue faisait à la société à laquelle ils venaient de se joindre.

La Cité de Londres alla même jusqu’à interdire, pendant quelques années, les défilés publics des Francs-maçons.

Le coup suivant fut porté par le gouvernement des Provinces Unies (aujourd’hui les Pays-Bas), en 1735. Il s’inquiétait du risque (et non de faits avérés) « pouvant conduire les fraternités ou associations à devenir des pépinières de factions ou d’alliances. » En fait, comme le rapporte le duc de Luynes, citant l’ambassadeur de France à La Haye, cette interdiction, renouvelée en 1737, mettait en exergue « le serment et le secret « impénétrable »... [mais surtout] était motivée par le fait que l’on avait fait la découverte d’une faction de M. le prince de Nassau pour se faire élire stathouder, et que l’on trouva que la plupart de ceux qui composaient cette faction étaient des frimassons [sic]. »

Le conseil de la ville de Genève lui releva surtout le secret et le serment, et interdit la Franc-maçonnerie en 1736.

En France, le cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV, informé par des rapports de police de plus en plus nombreux, de l’existence d’assemblées « d’un ordre appelé des Framassons [sic], à l’exemple de l’Angleterre [dans lequel] sont enrôlés quelques-uns de nos secrétaires d’état et plusieurs ducs et seigneurs... Ils s’assembloient, recevoient les nouveaux chevaliers, et la première règle étoit un secret inviolable pour tout ce qui se passoit. »

Comme il considère que de telles assemblées sont « très dangereuses dans un Etat », le cardinal de Fleury va s’efforcer d’étouffer dans l’œuf cette nouvelle société. D’avril à septembre 1737, la police, sous les ordres du lieutenant Héraut, va traquer, sans grand succès il faut dire, les tenues maçonniques, et le 14 septembre 1737, le commissaire du Châtelet, Jean Delépinay, arrête l’hôte d’une assemblée maçonnique et fait fermer son cabaret. Mais la sentence édictée à cette occasion va toucher l’ordre dans son entier en interdisant aux cabaretiers du royaume de recevoir de telles assemblées frappées elles aussi d’interdiction.

D’autres états européens frapperont d’interdiction les assemblées maçonniques : le Palatinat en 1737, la Magistrature d’Hambourg, en 1738...

Dans tous les cas, l’interdiction était prise toujours pour les mêmes motifs : ordre public, secret, serment...

 

Les condamnations de l’Eglise catholique

Dans un tel contexte, l’Eglise pour motiver ses condamnations, n’eut guère de mal à faire état de « parfaite connaissance de cause» et surtout de « rumeur publique ».

La condamnation de la Franc-maçonnerie fit l’objet de deux documents (ou bulles) d’excommunication : la lettre encyclique In eminenti du 28 avril 1738, fulminée par le pape Clément XII (1730-1740), et la Constitution Providas du 18 mai 1751, fulminée par le pape Benoît XIV (1740-1758) Trois sources avaient dû apporter au pape Clément XII les informations nécessaires à sa prise de décision : les nonces dans les états où des condamnations civiles avaient été prononcées, les inquisitions locales et la présence à Rome des Stuarts, à partir de 1717.

Pourtant à la veille de fulminer sa bulle, Clément XII paraît ne pas en savoir assez sur la Franc-maçonnerie puisqu’il demanda à l’inquisiteur de Florence, et fit demander aux autres, et notamment au cardinal Da Cunha, inquisiteur général au Portugal d’obtenir des informations « ... sur la nature et la fin cachée de la compagnie ou institut [des Francs-maçons], afin que, de cette façon, Sa Sainteté puisse être informée exactement. »

Aucune des eux bulles ne fut reçue en France. Plus exactement elles ne furent pas soumises à la formalité d’enregistrement par le parlement de Paris, qui en la matière, aurait donné force exécutoire à la sentence.

On s’interroge encore sur cette décision du ministère. Des historiens pense que le cardinal de Fleury, avait déjà fort à faire avec les effets de la bulle Unigenitus qui frappait les jansénistes, et ne désirait pas avoir encore une autre affaire à régler autrement que par voie de police. Il faut dire aussi, comme déjà signalé, que la participation, massive, de « grands de la cour », et peut-être...du roi Louis XV lui-même dont il est dit qu’il est très probable qu’il se fût fait recevoir dans l’Ordre (tout comme le feront le futur roi Louis XVI et ses frères de sang, le duc Philippe d’Orléans et le futur Louis XVIII ... puis Charles X), ne facilitait pas la tâche de répression du vieux cardinal.

In eminenti (1738)

La première bulle à l’encontre de la Franc-maçonnerie et qui la rendait interdite aux catholiques, laïques ou clercs séculiers ou réguliers, « sous peine d’excommunication qui sera encourue et par le seul fait et sans autre déclaration ... de laquelle ils ne pourront être absous que par Nous ou par le Souverain Pontife pour lors régnant, si ce n’est à l’article de la mort » comprenait six motifs de condamnation dites « causes très graves »:

 

O l’interconfessionnalité des assemblées maçonniques

O « le pacte étroit et impénétrable du secret »

O le serment qui en garantit l’inviolabilité

O l’illégalité des sociétés maçonniques au regard des lois civiles ou ecclésiastiques

O la proscription des ces sociétés par « les lois des princes séculiers »

O leur mauvaise réputation

Comme le fait remarquer Jérôme Rousse-Lacordaire, dans sa remarquable étude sur la question, ces six motifs peuvent être regroupés en trois catégories :

 

O d’ordre moral

Cette première catégorie comprend le secret et son serment ainsi que la « mauvaise réputation ».

Même s’il est vrai que certains Francs-maçons, par leur comportement et prise de positions publiques, tels nous l’avons vu le duc de Wharton, le duc d’Antin, le comte de Clermont et le duc de Chartres, duc d’Orléans dit « Philippe Egalité » tous quatre Grands Maîtres de la Franc-maçonnerie française, utilisèrent des assemblées maçonniques à d’autres fins (libertines et épicuriennes) que celles prescrites par les rituels, et prêtèrent le flanc à ces accusations, il était exagéré d’affirmer que l’Ordre, dans son ensemble, avait« la mauvaise réputation ».

Le secret et le droit de garder le secret par serment n’était pas en soi condamnable par l’Eglise catholique Celle-ci le considérait même comme un droit naturel. Mais aux yeux de Rome la droit naturel du secret devait toujours être limité par l’ordre public et aussi par l’obligation faite aux catholiques de confesser tous les péchés mortels « sans un celer aucun ».

On comprend alors que le serment maçonnique ne posait pas en tant que telle de problème en terme de nature d’agissements ou d’immoralité qu’il pouvait recouvrir. Il devenait un facteur de suspicion légitime dans la mesure où il risquait de soustraire les catholiques francs-maçons à tout contrôle sacramentel, ecclésiastique ou civil.

Cette question était en effet d’importance. A preuve cette interrogation faite à lui-même par le très catholique (ultramontaniste), le Frère Joseph de Maistre, dans son célèbre Mémoire au duc de Brunswick écrit juste avant l’ouverture du Convent de Wilhelmsbad : « Cette question [du secret] qu’on ne doit point déguiser consiste à sçavoir si nous [Francs-maçons] pouvons licitement jurer de cacher quelque chose, même à la puissance civile qui nus interrogeroit en jugement. ».

Non seulement le principe même du serment de secret posait un problème à des Francs-maçons catholiques, dans la perspective énoncée, mais « les sanctions qui l’accompagnaient [en cas de divulgation], étaient pour certains profanes lors de leur admission dans l’ordre une gêne indéniable », pour reprendre les termes d’un autre Franc-maçon catholique, le bénédictain mauriste Marc-Antoine de Courdemanche, cité par Jérôme Rousse-Lacordaire car « la barbare formule »du serment et la terreur qu’elle inspirait ne se justifiait plus « dans le siècle des lumières, sous l’empire de la délicatesse où le point d’honneur est le plus puissant mobile de notre âme. » De plus In eminenti avait relevé que le serment se prêtait sur la Bible. Aussi pour ne pas enfreindre le deuxième commandement du décalogue « Tu ne prendras en vain le nom de l’Eternel », le serment pris sous l’invocation du Nom Très Saint devait être « vrai, prudent et juste ».

C’est pourquoi le serment du secret « inviolable et impénétrable » apparaissait au XVIIIe siècle un point délicat et controversé, même de l’intérieur de la Franc-maçonnerie.

 

O d’ordre juridique

Ce point sera davantage souligné et approfondi par la seconde bulle, la Constitution Providas.

In eminenti se contente de mentionner que, par suspicion que les assemblées de Francs-maçons, « toujours nuisibles à la tranquillité de l’Etat », soient une sources de perversion au regard de l’ordre public (« S’ils ne faisaient rien de mal, il n’auraient pas cette haine de la lumière »), « ces sociétés ont été ont été sagement proscrites par nombre de princes dans leurs Etats. Ils ont regardé ces sortes de gens comme ennemis de la sûreté publique. »

 

O d’ordre religieux

Le motif de tolérantisme, c’est-à-dire, en fait d’interconfessionalité dans les loges, fut, sans conteste, le point le plus délicat qui poussa la papauté à condamner la franc-maçonnerie. Nous le savons d’après le commentaire qu’en fera le successeur de Clément XII, le pape Benoît XIV, dans sa bulle Providas.

In eminenti affirmait déjà « toute notre application à [...] conserver spécialement l’intégrité de la religion orthodoxe [c’est-à-dire ici, la religion catholique], et à éloigner de l’Univers catholique, en ces temps très difficiles, tout ce qui pourrait être une danger de trouble. »

Les loges en effet recevaient évidemment, car c’était-là le but de la transformation de la Maçonnerie opérative en franc-maçonnerie non opérative ou spéculative, des hommes de foi autres que les catholiques ou les anglicans, des protestants, des juifs et aussi des musulmans. Mais déjà dans l’univers chrétien, la galaxie des diversités confessionnelles présentes en loges, notamment par des personnalités de renom, était grande : latitudinaristes professant un théisme certes chrétien mais noachite, unitariens reniant le dogme de la Trinité, etc.

Cette proximité interconfessionnelle et les échanges auxquels elle pouvait donner lieu constituait pour Rome un risque majeur de « contamination » de l’orthodoxie catholique.

Et cela, à une époque où, de plus, la séparation des affaires d’ordre privée (dont le domaine spirituel) et celles d’ordre civil (dont les engagements citoyens et autres « divertissements » temporels), n’était pas encore de , ou en tout cas admis par l’Eglise.

A ces trois catégories morale, juridique et religieuse, Clément XII ajoutait

« d’autres causes justes et raisonnables à Nous connues ». On s’est interrogé sur ces causes mystérieuses. Il apparaît que, vers 1737, Rome était préoccupée par deux questions de nature toute politique.

Premièrement, la situation politique de l’Angleterre et le sort réservé aux catholiques dans ce pays.

Même si depuis le début du siècle, la situation s’était apaisée, les catholiques anglais ou irlandais résidant en Angleterre (ces derniers très méprisés par les Anglais), vivaient leur foi très difficilement ; ils n’étaient d’ailleurs pas couverts explicitement par l’Act of Toleration de 1689 qui les frappaient d’incapacité juridique.

Rome n’avait pas perdu espoir de reconquérir l’Angleterre par une action missionnaire déclenchée au bon moment. Cela les Anglais le savaient et se méfiaient tout à la fois de la papauté et de leurs concitoyens catholiques.

De plus l’accession au trône de la dynastie hanovrienne (George I, George II, qui ne furent jamais Francs-maçons) avait porté un rude coup aux espoirs des catholiques qui avaient de ce fait investi leurs espoir dans la restauration des Stuarts (Jacques II, réfugié en France, mort en 1701, Jacques III, dit le Prétendant ou le Chevalier de Saint George, mort en 1766, qui, à défaut d’avoir été eux-mêmes semble-t-il, Francs-maçons, rien ne l’a jusqu’à présent prouvé, étaient fort entourés de Maçons). Elle aurait signifié ipso facto la restauration des catholiques dans leurs droits et celle de Rome dans sa capacité d’influence politico-religieuse.

Dans cette période toute la politique anglaise de Rome et sa position à l’égard de la Franc-maçonnerie est à comprendre dans le sens de la restauration des Stuarts et du rôle que l’Ordre aurait pu jouer pour aider dans ce projet.

Ce n’est pas ici le lieu de reprendre dans le détail cette histoire tourmentée.

On se contentera de rappeler que ce projet ne réussit pas. Contraint d’accepter le traité de Ryswick de 1697 qui consacrait la victoire de la dynastie hanovrienne, et mettait ainsi fin à la situation particulière d’un pays avec deux rois, Louis XIV fut forcé de reconnaître Guillaume III d’Orange pour roi d’Angleterre. Jacques III Stuart fut obligé de renoncer à l’hospitalité française, et alla s’établir d’abord à Avignon puis à Rome avec sa famille, sa cour ses services où il apparaît qu’il employa dans son important service diplomatique de fidèles serviteurs tant catholiques que protestant dans un esprit d’équité et de tolérance, et dont beaucoup furent Francs-maçons.

En effet là où passa la cour stuartiste des loges se constituèrent, de Saint Germain en Laye (semble-t-il) en 1688 à Rome où se créa une loge jacobite, en passant par Paris (en 1725 ou 1726) et Avignon (en 1727 ?)

Rome accueillit avec empressement ce roi qui « sacrifiait la couronne à la religion. »

Même s’il n’est pas approprié de parler de deux Maçonneries différentes, l’une catholique, écossaise et jacobite, l’autre anglaise, protestante et hanovrienne, il est possible de parler de deux courants maçonniques différents sur le continent. Elles servirent certainement de courroie de transmission aux divisions politico-religieuses britanniques. Ce rôle obscur dura jusqu’à ce que la situation dynastique se clarifie, comme on l’a dit au profit des hanovriens. Aussi peut-on dire que, dès avant 1737 date où se produisit des événements à Florence relatés ci-après, les Maçons hanovriens l’avaient définitivement emporté sur leurs Frères stuartistes, de sorte que le pape put condamner la Franc-maçonnerie, sans craindre de nuire aux intérêts des stuartistes, en 1738.

Même si des projets de reconquête du trône étaient encore évoquésla cause semblait bien entendue au profit de la dynastie hanovrienne.

Deuxièmement, en 1737, en effet, Florence passa avec toute la Toscane des mains des Médicis, soumis à Rome, à celles de François duc de Lorraine, Franc-maçon éminent mais indépendant de la papauté, futur empereur d’Autriche en 1745. Une lettre adressée par le saint Office à l’Inquisiteur de Florence pour soutenir Gaston de Médicis qui avait demandé de l’aide contre la Franc-maçonnerie, car il la soupçonnait de favoriser les entreprises de son rival autrichien, contient des termes et des griefs qui seront repris quasiment mot pour mot dans Ineminenti.

Providas (1751)

 

En 1751 la situation politique avait bien changé. Florence et la Toscane étaient oubliées et les ambitions stuartistes réduites à néant depuis la déroute de Culloden Moors en 1746. Et pourtant Benoît XIV cru bon de renouveler la bulle de son prédécesseur fulminée quinze ans auparavant.

Il semble bien, en dépit des efforts fait par Benoît XIV pour expliquer la nouvelle condamnation par le fait qu’In eminenti lui paraissait être restée lettre morte « à tel point qu’on ne craignait pas d’assurer que l’excommunication était levée. »ce soit des événements poitiques similaires à ceux de Toscane qui provoquèrent « la goutte qui fit déborder le vase ».Ils se produisirent cette fois à Naples.

En effet des Maçons napolitains avaient réussi à persuader le confesseur de Charles VII, roi de Naples, l’archevêque Bolaños, de lever les censures pontificales. Informé de cette manœuvre, Benoît XIV fulmina en mai 1751 sa bulle Providas.

Quoi qu’il en soit, Benoît XIV reprend intégralement le texte d’In eminenti, énumère les six cuses « très graves » de condamnation et insiste à nouveau sur les griefs d’interconfessionnalité, le secret, le serment, l’illégalité et la proscription des sociétés maçonniques.

Il dénonce vigoureusement le tolérantismme qu’il perçoit comme un danger grave pour les catholiques : « la première cause de prohibition de la Maçonnerie est que, dans ces sortes de sociétés ou conventicules, des hommes de toute religion et de toute secte se réunissent ; d’où l’on voit assez quel grand mal il peut en résulter pour la pureté de la religion catholique. »

Les effets des deux bulles

Il est connu, et d’ailleurs on l’a vu Benoît XIV s’en plaignit amèrement, les résultats pratiques de la bulle de Clément XII furent nuls même dans les états de l’Eglise, et même si les peines encourues auraient été très graves (rien moins que la peine de mort et la démolition des maisons qui auraient abrité des assemblées maçonniques, par exemple à Rome). A Florence, dont on a vu le rôle qu’elle joua dans la décision de Clément XII, la bulle ne fut pas publiée ; Mais la loge (anglaise) de la ville se mit prudemment en sommeil, pour des raisons diplomatiques un peu complexes pour être détaillées ici. Mais la bulle fut reçue en Espagne et au Portugal et donna lieu à des procédures inquisitoriales sévères sinon cruelles.

Le procès mené en 1742, par l’Inquisition de Lisbonne, contre le Frère John Coustos, Maçon suisse naturalisé anglais protestant, qui avait « maçonné » à Paris, est resté célèbre. Nous le connaissons par la publication qu’il en fit à son retour en Angleterre, après sa libération de la torture et des galères grâce aux pressions diplomatiques anglaises.

Cinq autres maçons furent condamner civilement et religieusement.

En Espagne, les poursuites furent déclenchées à partir de 1744 ;

En France, il est piquant de constater que les persécutions policières contre les francs-maçons cessèrent à dater de la bulle In eminenti. Le cardinal de Fleury fit plaisamment expliquer au pape que sa bulle tombait quelque peu à plat car « cette société avoit aussi commencé à faire ici quelques progrès. Le Roy a témoigné qu’elle luy déplaisoit, et elle a cessé. »

Ailleurs en Europe, si on excepte l’Espagne, le Portugal et la Pologne, la bulle de Clément XII ne fut reçue dans aucun autre état catholique. Il arriva que la Franc-maçonnerie fut persécutée, mais jamais en vertu de l’application des condamnations pontificales.

La bulle de Benoît XIV n’eut guère plus d’effet que celle de son prédécesseur. Le pape en était même arrivé à recourir à la position du sultan de Constantinople pour le prendre à témoin ! La pape exhorta le cardinal Tancin, ministre d’état de Fleury en 1742, à envoyer une lettre à l’ambassadeur de France dans l’empire ottoman afin de l’inciter à s’opposer à l’ouverture de nouvelles loges dans cette ville ...« le sultan s’en étant plaint. »

 

La défense de la Franc-maçonnerie

Il est à remarquer, qu’à part dans les Etats où les bulles furent reçues et où ils s’y soumirent généralement, les Francs-maçons ne réagirent guère ailleurs.

Mais il est intéressant de noter quelles furent ces rares réactions.

 

O L’ignorance du pape

Pour beaucoup de catholiques de conviction, qui ne voyaient pas sincèrement pas en quoi leur pratique de l’Art Royal pouvait bien être répréhensible à l’égard de « l’orthodoxie catholique », la réaction la plus courante fut de considérer que le pape était mal informé, tant Clément XII que Benoît XIV, d’autat que le premier cité était à l’extrême fin de sa vie quand il fulmina In eminenti, et était déjà physiquement et intellectuellement très affaibli.

A preuve cette réflexion du marquis de Saulx-Tavannes (1738) : « Notre ordre a reçu un coup terrible de notre St. Père. Vous voirés qu’il faudra le recevoir pour le désabuser et luy apprendre à ne pas si mal juger de son prochain et à ne pas condamner ce qu’il ne connoit pas. »

Nous avons déjà signalé combien, de fait, Clément XII paraissait mal informé de la Franc-maçonnerie. Il ne faisait, dans son encyclique, allusion à aucun texte de référence, qu’ils émanent de Francs-maçons, de la Grand Loge d’Angleterre ou de divulgation, mais s’en tenait, comme signalé « en parfaite connaissance de cause » et « à la rumeur publique ».

 

O La réaction de la Grande Loge d’Irlande

Dès 1738, le Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande, publia une « Réponse à la bulle du pape ».Il affirmait notamment que les Maçons révéraient le Créateur et suivaient strictement la « religion naturelle ». Il est intéressant de remarquer, qu’à l’époque, religion naturelle, signifiait religion chrétienne, c’est-à-dire la religion qu’il est naturel pour un chrétien de révérer, et non religion de la nature, polythéisme, panthéisme ou autres variétés de dérives déisme, comme cela est devenu le cas au XIXe siècle.

 

O La réponse du baron de Tschoudy...

Le baron Louis de Tschoudy, vénérable de la Loge ancienne de Metz, publia en 1752 « L’Etrenne au pape ou les Francs-maçons vengés », série de lettres où il réfutait les arguments de Providas, tant théologiques, canoniques qu’historiques. Il concluait que la Franc-maçonnerie n’était un danger ni pour l’Eglise, ni pour les princes, et que les Francs-maçons n’étaient ni hérétiques, ni schismatiques.

« Qu’ont donc fait les Francs-maçons qui puissent être attribué à crime , Les a-t-on entendu prêcher une nouvelle doctrine, les a-t-on vu renverser les autels et sont-ils les destructeurs du culte ?[...] quels sont les propos erronés, pour la condamnation desquels il a fallu fonder un concile ? De quel schisme sont-ils les auteurs ?

[...] Quels rois ont-ils détrônés ? Quels états ont-ils troublés Quel tort ont-ils fait en public ? »

Il est amusant de noter que dans cet ouvrage il prétend que le pape, Benoît XIV qu’il apostrophe, fut jadis Franc-maçon ... ce que le dit pape prendra très au sérieux et se croira obligé de démentir dans sa bulle en dénonçant la « diffamation » dont il fait l’objet.

Il renouvela son argumentation en 1766 dans « L’Etoile flamboyante ou la société des Francs-maçons considérée sous tous ses aspects ». Il y commente les différents griefs reprochés à l’Ordre et conclut qu’il était nécessaire que l’on juge les Francs-maçons sur ce qu’ils étaient vraiment et non sur des chimères ou sur l’accessoire.

 

O ... et celle de Joseph de Maistre

Le catholique ultramontaniste Joseph de Maistre, fort peu suspect aux yeux de Rome, dans le « Mémoire au duc de Brunswick », déjà cité, s’efforça de répondre avec le recul du temps (elle fut écrite en 1782 à l’occasion du Convent de Wilhelmsbad) aux deux bulles.

Pour ce fidèle de Rome, la Maçonnerie authentique (ce qui pourrait laisser supposer que toute la Franc-maçonnerie ne le fût pas) était essentiellement chrétienne et au service du christianisme. La question du serment était certes délicate, c’est pourquoi il fallait que la Maçonnerie fût rectifiée en profondeur pour ne plus laisser planer de soupçon quant aux secrets couverts par ce serment.

 

O Le Convent de Wilhelmsbad (1782)

Précisément le Convent Général de Wilhelmsbad dans le but de jouer un rôle régulateur sur l’extraordinaire diversité de la Franc-maçonnerie de la fin du XVIIIe siècle souligna fortement non seulement la compatibilité entre la Franc-maçonnerie et la religion chrétienne mais surtout les fondements et origines chrétienne de la Franc-maçonnerie régulière, de Tradition. Il souligna la nécessité de « rectifier » les errements de la Franc-maçonnerie ou de « ce qui lui ressemble », et donne corps à tout ce qui est critiqué par les bulles papales.

Mais pour autant la Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle ne cessa guère de se doter d’origines autant mythologiques que fantaisistes, la vague de l’égyptomanie, du goût pour les « antiquités », et la dénaturation progressive mais brutales des caractéristiques de l’esprit des Lumières de sociabilité, de cosmopolitisme et d’universalité, aidant.

Cette tendance auto-destructrice contribua à alimenter la méfiance, la suspicion et les accusations de ses adversaires qui ne voyaient certes pas encore dans la Franc-maçonnerie, un foyer de satanisme ou de paganisme, voire une machine de guerre anti-chrétienne, comme ce sera le cas de la part de ses adversaires le plus irréfléchis au XIXe siècle, mais trouvaient là une justification inespérée de leur attaques contre une société qui risquait de contaminer l’orthodoxie de la foi.

Quoi qu’il en soit, la franc-maçonnerie continua l’accélération de son développement pendant tout le XVIIIe siècle.

 

La situation actuelle

Les relations entre l’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie peuvent se lire à la lumière de trois repères :

O L’article 2335 du Code de droit canonique de 1917

O Le dialogue instauré par Vatican II

O L’article 1374 du nouveau Code de droit canonique de 1983 et la déclaration du Cardinal Ratzinger qui l’accompagne.


L’article 2335 du Code de droit canonique de 1917

Dans ce Code, quatre articles (1240, 1399, 2335 et 2336) étaient consacrés à la Franc-maçonnerie. Tous ces articles qualifiaient la Franc-maçonnerie de secte et frappaient leurs membres de sanctions pénales.

L’article 1240 refusait la sépulture ecclésiastique aux Maçons, l’article 1399 interdisait les ouvrages qui défendaient la Maçonnerie en affirmant son utilité pour la société civile ou pour l’Église, l’article 2336 énumérait une série de sanctions contre mes clercs et religieux maçons et ordonnait qu’ils fussent dénoncés au Saint Office.

L’article 2335, le plus important pour les catholiques Francs-maçons laïques frappait d’excommunication réservée simplement au Saint Siège » ceux qui donnaient leur nom à la secte maçonnique ou à toute autre association du même genre qui conspiraient contre l’Eglise et les pouvoirs civils légitimes.

Par latæ sententiæ, il faut entendre une excommunication encourue ipso facto par la disposition du droit ; par réservée, il faut entendre que seul le Saint Siège peut lever l’excommunication à l’exclusion de toute autre hiérarchiquement égale ou subalterne à celui qui en est frappé.


Le dialogue de Vatican II

Depuis Vatican II, des efforts ont été entrepris par des ecclésiastiques de renom (le R. P. Michel Riquet, le R. P. Joseph Berteloot, le cardinal Kroll, le cardinal Seper, et d’autres) pour alléger la sévérité de l’article 2335 de 1917, et en tout premier lieu, lever l’application de l’excommunication promises aux francs-maçons catholiques.

Le dialogue commença à s’engager sur la base précisément de distinctions :

 

O Distinctions canoniques : Cette question renvoie à la position de l’Eglise.

Des arguments variés furent avancés. On fit valoir, contre le principe même de latæ sententiæ, que seules les associations maçonniques qui complotaient étaient à viser par cet article, et qu’il était injustifié qu’il s’appliquât aux autres.

En particulier, il était malvenu de taxer le Franc-maçonnerie régulière de complot contre l’Eglise et les pouvoirs civils, alors que précisément elle réunit des hommes de foi, et uniquement ceux-là, que l’histoire de l’origine de la Franc-maçonnerie anglaise prouve que c’est bien dans un but de paix entre les hommes que la première Grande Loge fut constituée, et qu’ainsi Franc-maçonnerie régulière anglo-saxonne et Eglise catholique avaient un ennemi commun « essentiellement anti-chrétien, le matérialisme athée. »

Mais ces tentatives de conciliation furent perçues davantage comme une manipulation pour faire se rapprocher la Franc-maçonnerie de l’Eglise qu’elles ne relevaient d’un rapprochement réciproque et équilibré. Mais cette entreprise reste perçue favorablement par la Franc-maçonnerie régulière.

 

O Distinctions doctrinales

Cette question renvoie à la position des différentes obédiences maçonniques.

Les positions du R. P. Riquet et les ouvrages d’Alec Mellor, avant qu’il rejoigne la Grande Loge Nationale Française, pour rapprocher l’Eglise et la Franc-maçonnerie avaient été interprétées par les obédience « irrégulières » comme une pression pour les faire renier les « idéaux de 1877 », à savoir « la liberté absolue de conscience, la laïcité, les idéaux républicains ». Cette argumentation curieusement alimente l’accusation, dont la vacuité a été maintes fois prouvée, du « complot maçonnique en faveur de la Révolution Française et de la république ».

Elle pose en effet la question de la doctrine maçonnique, ou au moins les questions sur la régularité et sur le relativisme.

Régularité : si les éléments fondamentaux de la régularité reposent sur la croyance en Dieu révélé dans la Bible, et ils sont tout à fait conciliables avec le credo chrétien. En effet si le Franc-maçon ne met ni en lui-même (pas de maïeutique rituelle lui promettant de parvenir par son ascèse à la révélation intérieure, sans le concours de Dieu), ni en l’Ordre maçonnique, l’espérance de l’illumination intérieure et de la réalisation de son salut, mais en Dieu seul, et pour les Maçons chrétiens, en Christ seul, il n’y a aucun motif d’incompatibilité avec son appartenance à l’Eglise. C’est d’ailleurs sur cette argumentation que le R. P. Riquet obtint de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi (SCDF) une interprétation stricte de l’article 2335.

Selon cette interprétation, l’excommunication ne peut être certes levée, mais elle ne s’applique plus latæ sententiæ mais seulement à ceux qui complotent (accord entre le Grand Maître de la GLNF, Vaneck et le pape Paul VI). Cet accord, qui mettaient à l’aise les Francs-maçons catholiques réguliers, mécontenta les Maçons « irréguliers », au point que le débat sur la régularité s’engagea en se complexifiant :

Régularité = Landmarks+GADLU (foi théiste et personnelle), mais quid des Maçons croyants mais appartenant à une obédience réputée irrégulière ?

Régularité = Reconnaissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre, sans autre forme de régularité que juridique, mais quid des Maçons qui, tout en appartenant à une obédience reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre, ne professent pas la foi chrétienne, ou qui s’en éloignent par la doctrine de leurs rites ?

Régularité = Transmission et filiation, mais dans ce dernier cas, la GLNF est issue du tronc irrégulier du GODF !

Cette complexité extrême conduisit la SCDF à refuser de statuer sur la question de savoir qui est régulier et qui ne l’est pas, en 1983, lors de la refonte du Code de droit canonique.

Relativisme : s’il est certain « qu’une partie de la Maçonnerie se situe dans un projet de réalisation spirituel théologiquement acceptable par l’Eglise, la Franc-maçonnerie chrétienne n’en est qu’une toute petite fraction [... ] et ne se trouve nullement en dehors de l’organisation fondamentale franc-maçonne. »

O Distinctions historiques :

Cette autre entrée dans le problème du rapprochement a été tentée par les acteurs persévérants, tels le R. P. Riquet et Alec Mellor. Elle consistait à examiner qui, du point de vue historique, est resté fidèle à la spiritualité chrétienne des origines, en examinant le cours de l’histoire des obédiences, et en y identifiant les accidents de l’histoire qui ont pu corrompre les origines chrétiennes de l’Ordre anglo-saxon, en le faisant dériver localement vers l’irrégularité, l’anticléricalisme et l’athéisme.

Mais il ne semble pas que cette entrée ait eu beaucoup d’écho auprès du Saint Siège.

L’article 1374 du nouveau Code de droit canonique

 

Dans ce nouveau Code, publié en janvier 1983, l’article 1374 la Franc-maçonnerie n’est plus citée au nombre des associations qui machine contre l’Eglise, et à ce titre justiciable « d’une juste peine ».

C’est donc à l’Ordinaire du lieu de décider si telle ou telle société maçonnique est dans ce cas, et cela seulement contre l’Eglise puisqu’il n’est plus question non plus de pouvoirs civils légitimes. On aura noté que l’appartenance à une association conspiratrice n’est plus punie d’excommunication latæ sententiæ, mais d’une juste peine à évaluer par l’Ordinaire.

On avait pu donc penser que les efforts déployés de part et d’autres par les ecclésiastiques et les Franc-maçons soucieux de pratiquer leur culte sans avoir à renoncer à leur appartenance à la Franc-maçonnerie avaient été couronnés de succès.

Mais dans sa déclaration du 26 novembre 1983, la SCDF, présidée par le cardinal Ratzinger, affirme interpréter cet article 1374 et le commente ainsi : « Les fidèles du Christ qui donnent leur nom aux associations maçonniques tombent dans un péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion. »

Le
statu quo post bellum

La situation est donc confuse. Pour certains Maçons catholiques, seule compte l’article 1374 car il est revêtu de l’autorité papale. Pour d’autres, la déclaration de la SCDF, bien que de hiérarchie inférieure à celle du saint Père, doit être prise en très sérieuse considération car elle ne peut avoir publiée sans son accord, compte tenu du sujet traité et de la proximité des dates de publication.

Les Francs-maçons catholiques se retrouvent ainsi dans une situation étrange où l’excommunication à leur encontre a certes été levée, mais sans que soient reconnues aux membres catholiques la liberté d’adhérer à la Franc-maçonnerie et aux autorités ecclésiastiques locales la faculté d se prononcer publiquement en faveur de l’appartenance de leurs ouailles à l’Ordre. Ceci n’exclut pas que ces autorités puissent, au cas par cas, autoriser tel ou tel fidèle, à s’inscrire dans une loge ou à y demeurer.

C’est bien cette imprécision qui a fait dire à de nombreux Maçons catholiques que les relations entre l’Eglise et la Franc-maçonnerie n’avaient cessé d’osciller entre espoir et désillusion.

 

Source : formation GLNF

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Avant d'aller dormir sous les étoiles

22 Avril 2012 , Rédigé par robert Publié dans #Chants

Pour tous ceux qui vont s'endormir brisés par les combats stériles de la GLNF     

 

Avant d'aller dormir sous les étoiles
Doux maître, humblement à genoux
Tes fils t'ouvrent leur cœur sans voile
Si nous avons pêché, pardonne-nous.

Eloigne de ce camp la mal qui passe
Cherchant dans la nuit son butin
Sans toi, de toutes ces menaces
Qui nous protègera, berger divin ?

Protège aussi, Seigneur, ceux qui nous aiment
Partout, garde-les du péril
Pitié pour les méchants eux-mêmes
Et paix à tous nos morts.

Ainsi soit-il.

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Adhuc Stat, le symbole de la GLNF

22 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

« Et pourtant elle tient encore debout ! »

Constat….

Une colonne brisée mais toujours debout, une seule partie est au sol le reste encore solidement ancrée dans le sol. Cette colonne est assise sur une base carrée, massive, brute. Carré car c’est la figure géométrique la plus stable celle qui permet d’être le plus en contact avec la terre, la matière, toutefois elle a obligatoirement des fondations sûres et très solide. Voilà peut être un premier signe qu’il est bon de se rappeler pour la suite.

Celle-ci est brisée légèrement en dessous du chapiteau magnifiquement ouvragé. La partie la plus belle la plus aboutie est au sol. Ce pourrait-il que cela nous renvoie l’image de notre propre orgueil de cette capacité ou de cette malédiction de l’Homme de toujours penser que nous sommes les meilleurs, définitivement sclérosé dans notre monde si matérialiste et insensible au divin. De croire que parce que le Divin nous a crée à son image nous serions son égal, homme imprudent que voilà (la Genèse 1.26 Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.)

La colonne est frêle, élancée, droite en opposition directe avec les troncs des arbres qui l’entourent. Ce que j’y voie là c’est que pour s’élever il ne faut pas chercher à aller le plus vite et donc le plus droit possible mais que surement les chemins les moins directs sont par conséquent les plus sur. Cette colonne qui pour un esprit profane ne représente après tout qu’une colonne nous représente nous maçon. N’a-t-elle pas voulu aller trop vite, trop haut n’as t’elle pas souhaiter atteindre le divin le plus rapidement possible.....

Source :http://www.dissertationsgratuites.com/

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Rituel de Rose-Croix au Rite Ecossais Philosophique

22 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

Le grade de Rose-Croix est conféré en chapitre. Le chef du chapitre s'appelle souverain GM; son premier surveillant prince grand prieur ; le second, prince grand surveillant. Les officiers, tels que l'orateur, secrétaire, trésorier, économe, sont qualifiés princes commandeurs, et les autres frères simplement princes ou chevaliers.
Le but du chapitre en ce grade est, pour tous les chevaliers, d'attendre l'arrivée du soleil dans les douze maisons ou figures du zodiaque et de tirer des quatre éléments et des trois règnes de la nature, alliés ensemble, le fameux Alkaest des alchimistes.
La salle où l'on tient chapitre est un carré long, plus étendu de l'Orient à l'Occident que du Midi au Nord, à cause du soleil qui éclaire plus de ce côté. Dans le centre, on figure un grand cercle, autour duquel sont représentées les douze figures du zodiaque, lesquelles renferment le cadavre d'Hiram-Abif, symbole de la nature morte que le Grand Oeuvre doit faire revivre. Au-dessus se trouve la grande pentacle de Salomon, lame d'or de forme triangulaire capable de tout vivifier par sa vertu divine ; d'un côté une clef, de l'autre une balance. Le zodiaque est entouré de nuages. On y voit d'un côté un grand aigle qui désigne un gardien terrible et de l'autre un soleil qui marque le but du grade de Rose-Croix et la recherche du soleil de vie. A l'Occident est le Mont Ebron, où est censé être le corps d'Hiram. La planche à tracer de maître y est figurée ; c'est l'image du premier travail des philosophes qui opère la vie en produisant la vraie pierre cubique, dite pierre bénite ou des philosophes.
A l'entrée deux grandes colonnes, Jackin et Booz, symbolisent l'apprentissage dans le Grand oeuvre ; un coq représente la vigilance et la force dans les opérations ; une étoile flamboyante indique le commencement de l'oeuvre prenant couleur ; la lune est le symbole des sacrés mystères de l'Ordre. Une pierre brute désigne la matière informe et une pierre cubique pyramidale cette matière développée par le sel et le soufre. De plus, une équerre, un niveau, un fil à plomb et un maillet. On remarque encore un grand autel enflammé par le feu élémentaire tiré du ciel ; un grand bassin pour purifier les trois règnes de la nature ; un castor, image du travail continuel du vrai philosophe, et enfin une chouette, emblème du secret et du silence dans lequel on doit opérer.
Pour procéder à la réception d'un Rose-Croix, la salle du conseil doit être tendue de noir et décorée de douze colonnes corinthiennes de marbre blanc veiné de noir, avec des chapiteaux et des socles en or (deux à l'Orient, deux à l'Occident, quatre au Nord et quatre au Midi). Sur le milieu de chaque colonne est suspendu un cartouche entouré de festons et de guirlandes de feuilles, de fleurs et des pierres précieuses attribués à chaque mot dans le Grand Oeuvre. Ces douze cartouches représentent les douze maisons célestes correspondant aux douze noms de Dieu n'en composant qu'un seul. On écrira aussi sur les cartouches en lettres d'or les douze noms de l'Être suprême et des esprits qui sous sa puissance président à chaque mois de l'année, enfin les douze signes du zodiaque qui y correspondent. Le tout sera disposé de la façon suivante :
1° A l'Orient du côté du Nord : Marchidiel, Jehova, Mars, le Bélier ;
2° A l'Orient du côté du Midi : Asmodel, Emmanuel, Avril, le Taureau ;
3° A l'Occident du côté du Nord : Ambriel, Tétragrammaton, Mai, les Gémeaux ;
4° A I'Occident du côté du Midi : Mariel, Jeha, Jesas, ou Jesus, Juin, le Cancer;
5° Au Midi du côté de l'Orient : Verchiel, Messias, Juillet, le Lion ;
6° Au Midi : Kormaliel, Orpheton, Août, la Vierge ;
7° Au Midi : Zuriel, Anasbona, Septembre, la Balance;
8° Au Midi : Barbiel, Erigion, Octobre, le Scorpion;
9° Au Nord du côté de l'Occident : Adnakiel, Jersemon, Novembre, le Sagittaire;
10° Au Nord : Hamdel, Eloym, Décembre, le Capricorne ;
11° Au Nord : Gabriel, Agla, Janvier, le Verseau ;
12° Au Nord : Acchiel, Meleck, Février, les Poissons.
Le trône du souverain grand maître est placé entre les deux colonnes de l'Orient et élevé sur trois marches. Le dais aux tentures rouges galonnées d'or est surmonté d'un grand aigle d'or becqué, membré et couronné en noir, tenant dans ses serres d'un côté une balance, de l'autre une clef d'or. Le trône est noir et or. Au fond du dais, une étoile flamboyante d'or ornée du Yoth. A gauche du trône un autel triangulaire en or portant une Bible, un compas, une clef et un maillet. Au milieu du plancher la balance kabbalistique de Salomon et au-dessous une balance réelle.
La salle du conseil est éclairée sur les quatre faces par dix bras de métal doré, ayant chacun trois branches et placés entre les colonnes deux à l'Orient, deux à l'Occident, trois au Midi et trois au Nord.
Le pavé est également éclairé à l'Orient du côté du Midi et de chaque côté de l'Occident par un chandelier à deux branches, au centre par un chandelier à une branche. Toutes les bougies sont jaunes et n'ont servi qu'une fois, parce que tous les matériaux employés au Grand Œuvre doivent être vierges, non mixtes. Pour les allumer, il faut autant que possible employer de l'amadou enflammé au soleil et, à son défaut, la pierre et l'acier, mais jamais le feu commun et ordinaire.
Le prince grand prieur et le prince grand surveillant sont assis dans de petits fauteuils d'or élevés sur un degré, ayant devant eux une petite table triangulaire couverte d'un tapis d'or pour pouvoir frapper du maillet.
L'orateur et le secrétaire sont assis de la même manière, niais avec des ornements proportionnés à leurs charges.
Tous les princes sont assis sur des chaises bleues filetées de noir ; chacune d'elles porte les armoiries de son titulaire. On devra faire usage de maillets noirs filetés de jaune.
Les princes sont vêtus de noir, chapeau uni à plumet blanc sur la tête, l'épée au côté, garde ornée d'un ruban feu au lieu de l'écharpe ordinaire. Leur tablier blanc est bordé et doublé de rouge ; une broderie ou un dessin, représentant sur son milieu un grand aigle noir pareil à celui qui orne la salle ; sur sa bavette, renversée pour la circonstance, la lettre J est figurée en noir. Ils portent à la troisième boutonnière de leur habit une rosette de ruban rouge à laquelle pend un aigle d'or. Les gants doivent être bordés et doublés de rouge ; sur le dessus de la main droite est brodée en noir une balance et une clef au-dessus de la gauche.
Les princes sont décorés de trois bijoux : un compas couronné appuyé par son ouverture sur un quart de cercle portant au milieu une croix tirée de la balance kabbalistique de Salomon, à ses pieds un pélican avec sept petits et de l'autre côté un aigle les ailes éployées. Une branche d'acacia circule entre ces ornements. Ce bijou est l'emblème des trois règnes de la nature qui entrent dans le travail de la vraie science. Le second bijou est un triangle équilatéral, autrement dit pentacle du roi Salomon. Ce bijou renferme toute la science kabbalistique dont chaque lettre renferme une puissance dans l'opération du Grand Oeuvre ; le dernier bijou est l'aigle noir dont nous avons déjà parlé. Il est le symbole du rang suprême de l'Ordre où on l'emploie.
Pour être à l'ordre dans le chapitre, on porte les trois doigts du milieu de la main droite sur le coeur, en tenant le pouce et le petit doigt dans le creux de la main.
Pour la réception d'un aspirant Rose-Croix, la chambre de réflexion est dépouillée de tout ornement ; aussi obscure que possible, elle sera éclairée seulement par une petite lumière posée sur une table noire sur laquelle on a placé un pot d'eau, du sel, un pain et du soufre. Au-dessus de la table est pendu au mur un tableau représentant un coq et un sablier, portant écrit au-dessus en gros caractères : Patience et persévérance. Devant la table, un trépied percé par le fond sert de siège au récipiendaire.
Le rituel de l'ordre du Chevalier de l'Aigle noir ou Souverain prince Rose-Croix débute par un aperçu historique qui mérite d'être intégralement reproduit :
« Tout bon maçon instruit des mystères de l'Ordre, possédant les hauts grades, doit s'être imaginé que la maçonnerie a un but qui doit encore exister, que le travail ne portait pas seulement à élever des édifices au vrai Dieu, qu'il ne se bornait pas non plus aux seules vertus morales ; quelque autre motif avait donné naissance à un ordre aussi sublime ; oui, mes TT. CC. FF., la vraie philosophie connue et mise en pratique par le roi Salomon, c'est la base sur laquelle la maçonnerie est bâtie ; cet homme doué de sapience et le plus sage des rois de son temps, ne pouvant travailler seul, choisit dans ses États un nombre de sujets selon son coeur; il se les attacha par les bienfaits en les regardant comme ses ff et les initia dans les secrets les plus cachés de l'art kabbalistique ; qu'il serait à souhaiter, mes TT. CC. FF que cet art nous fût parvenu dans toute sa clarté; mais nos anciens maçons, soit par prudence ou par d'autres raisons, nous ont caché les points les plus importants de cet art divin sous des types qui ne présentent que des énigmes ; heureux celui d'entre nous qui sera assez laborieux pour faire, par ses recherches et son travail, la découverte de ces sublimes vérités, il pourra être assuré d'avoir trouvé la vraie félicité à laquelle un mortel puisse aspirer, car sa santé sera conservée, ses jours prolongés et ses moeurs exemptes d'être corrompues par les vices où l'indigence et l'infirmité ne conduisent que trop l'espèce humaine. Réfléchissons, mes TT. CC. FF sur tous les objets qui vous auront affectés dans les différents grades par où vous aurez passé, et vous verrez que c'étaient autant de signes et de mystères dont vous deviez un jour avoir la clef, c'est-à-dire apprendre au vrai à quoi ils devaient s'appliquer.
« Cet éminent grade les renferme tous, il en fait l'analyse, il vous présente du travail à entreprendre; c'est à vous, TT. CC. FF à entrer dans sa carrière munis de l'amour de la vérité et de la persévérance. Ce grade, qui compte un ordre de parfaits maçons, a été mis en lumière par le F Qui l'a tiré du trésor kabbalistique du Docteur et Rabbin Néamuth, chef de la synagogue de Leyde en Hollande, qui en avait conservé les précieux secrets et le costume ainsi qu'on va voir les uns et les autres dans le même ordre qu'il les a mis dans son Talmud mystérieux. »
Plus loin on explique que si les Chevaliers de l'Aigle noir sont appelés Rose-Croix ,c'est parce que « Raymond Lulle grand maçon et philosophe hermétique, ayant trouvé par la science kabbalistique le vrai salut de vie par le mariage des six métaux, il en composa un parfait appelé or ; il le présenta au roi d'Angleterre qui en fit fabriquer de la monnaie, où d'un côté était une croix symbole des quatre éléments, et de l'autre une rose, symbole du triomphe du Travail et le prix des sages, l'épine n'appartenant qu'aux vrais trompeurs et aux sots.
Raymond Lulle fut fait chevalier et, depuis lui, tous ceux qui travaillent à la science kabbalistique ou art royal sont appelés chevaliers Rose-Croix.
« Ce sublime grade est en vénération dans toutes les cours du Nord et en Prusse, où le souverain en est le protecteur et le GM C'est pour cela qu'il lui a même donné le nom d'Aigle noir comme roi des oiseaux et le seul fait pour voler au devant du soleil et en fixer la lumière.
« Le but de ce grade est la science sublime des connaissances de la nature et d'en tirer un travail utile au genre humain, soit dans la purification des métaux imparfaits pour les transmuer en or, seule production parfaite de la nature et comme telle l'emblème de la divinité qui n'a en soi ni impuretés, ni commencement, ni fin ; aussi l'or se trouve-t-il toujours en même poids et valeur dans tel feu que vous puissiez le mettre ; c'est aussi le fond du mystère de la salamandre qui vit dans le feu et du phénix qui renaît de ses cendres. Il n'est point ici compris parmi les six autres impurs parce que physiquement il est tout esprit et par ce moyen est incorruptible. De ce métal pur et rendu potable vous en tirez magnétiquement la médecine universelle, dont l'existence ne peut se nier, attendu tout ce qui est dit dans l'Écriture sacrée et dans tous les philosophes hermétiques et notamment (Le diadème des sages, 1782), par le premier but de l'association des chanoines de Paris et autres officiers ecclésiastiques qui sont venus après les druides ou prêtres des anciens Gaulois, desquels ils tenaient cette science par tradition, ce qui se trouve aisément dans les annales de Paris.
« Ces ecclésiastiques qui, suivant les anciens apôtres, étaient médecins des corps et des âmes, soignaient les malades et les traitaient avec beaucoup d'humanité et de charité. Ce qui était admirable, c'est qu'ils guérissaient toutes les maladies et infirmités (si Dieu n'en ordonnait autrement) par des remèdes naturels, dont ils avaient la connaissance philosophique acquise par l'usage et l'étude de la sage nature qui les fournit en profusion à ceux qui sont ses scrutateurs, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à des secours étrangers, impuissants et destructeurs. C'est pourquoi ils avaient leur école de médecine près de leur église, rue de la Bûcherie, laquelle existe encore aujourd'hui. Et comme l'amour de Dieu et du prochain faisait tout leur devoir et leur mérite, en ces temps de sagesse et de simplicité, ils obtinrent de faire construire près d'eux un hôtel de charité, où l'on apportait, recevait et traitait les infirmes et malades avec tous les soins et secours dont par esprit d'institution et d'état ils étaient capables, et s'en faisaient un point essentiel de religion. Ils opéraient des cures et guérisons miraculeuses et si surprenantes que cet hôpital d'infirmerie fut alors appelé Hôtel de Dieu et par corruption Hôtel Dieu, ainsi qu'on peut le voir dans Nicolas Flamel ».
Nous sommes entrés dans tous les détails qui accompagnaient les initiations et nous avons choisi la plus curieuse d'entre elles ; nous avons également donné in extenso le type d'un balustre tel qu'il était d'usage d'en prononcer, afin que le lecteur puisse se rendre compte de la phraséologie amphigourique alors en usage, et enfin qu'il soit un exemple des formules employées pour faire allusion au mystère de la création. Nous en avons assez dit précédemment pour qu'il soit inutile d'insister sur l'étoile flamboyante et la parole perdue.
Nous allons voir maintenant comment on ouvrait un chapitre et comment se faisait la réception d'un aspirant Rose-Croix.
Le souverain GM après s'être fait assurer des portes et de la valeur maçonnique des ff présents, frappait un grand coup de maillet sur l'autel. Aussitôt tous les princes se tenaient debout et à l'ordre. Lorsque les deux surveillants avaient à leur tour frappé un coup de maillet, le souverain GM prenait la parole :
Princes chevaliers de l'Aigle noir, prince grand prieur, prince grand surveillant et officiers dignitaires, aidez-moi à ouvrir le chapitre .
On échangeait alors le signe, puis le prince grand prieur et le prince grand surveillant présentaient la pointe de leur épée au souverain GM, et tous les princes se mettaient à l'ordre ; le souverain G.M reprenait alors la parole.
D. Prince grand prieur, quelle heure est-il ?
R. Souverain GM l'étoile du matin paraît.
D. Prince grand prieur, que devons-nous faire ?
R. Nous devons reprendre nos travaux.
D. Prince grand surveillant, quel est votre devoir ?
R. SGM c'est de voir si le chapitre est scellé hermétiquement, si les matériaux sont prêts, si les éléments se distinguent, si le noir fait place au blanc et le blanc au rouge.
D. Prince grand surveillant, voyez si tout est prêt.
R. SGM, tout est prêt, vous pouvez commencer l'oeuvre ; tout est prêt, le feu prend couleur, tout est prêt.
D. Prince grand prieur et prince grand surveillant, quittez le fer, prenez vos maillets et disposez les princes dans leurs postes.
R. Princes chevaliers qui habitez le zodiaque, observez dans vos travaux d'être exacts à nous procurer les trois règnes de la nature, c'est-à-dire : les animaux, les végétaux et les minéraux, subordonnés à chaque signe et à chaque mois de l'année, et renfermez tous vos métaux dans la maison du soleil.
D. Princes, que le bruit de vos outils retentisse d'un pôle à l'autre et que l'Orient et l'Occident dirigent désormais le cours des planètes.
Le Souverain GM frappe ensuite trois fois deux coups de maillet, les deux surveillants font de même.
D. Princes chevaliers, le chapitre est ouvert ; faisons notre devoir.
Les deux surveillants répètent ces paroles, tous les assistants font les signes ; on applaudit sept fois (six et un) en disant trois fois Vivat, puis chacun prend sa place et l'on procède à la réception.
Le parrain, assisté d'un chevalier préparateur, va chercher le récipiendaire dans la chambre de réflexion et lui demande s'il désire toujours avec ardeur se faire recevoir chevalier de l'Aigle noir. Sur sa réponse affirmative, le préparateur, après lui avoir bandé les yeux, l'introduit en le prenant par la main dans un appartement tendu de noir dans lequel se trouve étendu sur une table le dernier chevalier reçu, couché sur le dos, contrefaisant le mort ; on fait toucher le corps au récipiendaire, et pendant qu'on lui fait faire des voyages autour de la chambre, le chevalier étendu sur la table se retire sans bruit et l'on met à sa place un coeur de boeuf ou de mouton, une tête de mort et une lumière.
On demande au récipiendaire s'il est toujours décidé à poursuivre sa course et à anéantir tout ce qu'on lui ordonnera. Dès qu'il a répondu affirmativement, on le conduit armé d'un poignard près du coeur de boeuf et on lui dit :
- Frappez et n'hésitez pas ; malheur à vous si vous vous repentez du coup que vous aurez porté.
L'aspirant perce le coeur et y tient le poignard plongé.
- Savez-vous ce que vous venez de faire? lui demande le préparateur,
-Je ne sais rien. Tout ce que je puis croire, c'est que j'ai frappé quelque corps, mais je ne m'en repens pas, et pour preuve de ce que j'avance, je suis prêt à recommencer.
On retire le bandeau qui couvrait les yeux de l'aspirant, afin qu'il puisse contempler la lumière, le coeur et la tête de mort. Au bout d'un instant, le préparateur reprend :
- Emportez ce coeur au bout de votre poignard et suivez-moi.
Arrivé à la porte du chapitre, le parrain frappe deux coups irréguliers, auxquels le prince grand surveillant répond par une batterie semblable, et s'adressant à son collègue ;
- Prince grand prieur, on frappe en profane à la porte du chapitre.
Celui-ci en prévient le souverain GM, qui ordonne au prince grand surveillant qui frappe de lui en rendre compte. Après avoir parlementé avec le préparateur, le prince grand surveillant assure au souverain GM que le trophée que l'aspirant va lui présenter sera une garantie suffisante en sa faveur.
On demande au parrain le nom, l'âge du candidat, les grades par lesquels il a passé pour oser prétendre au sublime grade de Rose-Croix.
On l'introduit ensuite à l'occident du chapitre, le parrain et le préparateur remettent le récipiendaire au souverain GM et vont reprendre leurs places.
Après avoir posé à l'aspirant des questions sur son passé maçonnique, le souverain GM lui explique que le trophée représenté par le coeur a pour objet de lui rappeler que lorsqu'il a été reçu apprenti il a prêté le serment solennel, et qu'il a consenti à avoir le cœur arraché s'il devenait parjure à ses engagements. Comme, de plus, dans le grade de Rose-Croix, il faut des hommes résolus sur lesquels on puisse compter dans le besoin, on a voulu éprouver son courage. L'aspirant profite de la circonstance pour assurer qu'il est prêt à exécuter les ordres du souverain GM de quelque nature qu'ils soient.
Lorsqu'il a reçu cette assurance, le souverain GM autorise l'aspirant à venir jusqu'au pied de son trône en exécutant la marche des quatre éléments, qui se fait par les quatre points cardinaux en partant par l'Occident passant par le Centre, allant au Nord, traversant de nouveau le Centre pour arriver au Midi, puis à l'Orient et enfin aux pieds du souverain GM, devant lequel il se met à genoux en posant la main droite sur le plat de la Bible.
Le récipiendaire prête alors son serment.
- Je promets et jure, dit-il, devant le Suprême et Grand Architecte de l'Univers et devant le souverain chapitre ici assemblé de sceller, garder et ne jamais révéler les secrets des chevaliers de l'Aigle noir, dits Rose-Croix, à aucun des profanes ou maçons inférieurs à ce grade, sous quelque prétexte que ce puisse être ; de n'en parler qu'en chapitre et lors du travail. Si j'y manque et que je devienne parjure, je consens et je pardonne ma mort à ceux des chevaliers qui me la donneront de quelque manière que ce soit, par le fer, le feu ou le poison ; que ma mémoire soit en horreur parmi les Rose-Croix et les maçons répandus dans le monde entier ; priez pour moi, mes frères, que Dieu me soit en aide et me préserve de manquer à mon obligation.
Le serment prêté, le grand prieur fait relever le candidat, le présente au souverain G?M? qui le fait passer à sa droite et le décore sur-le-champ des bijoux, gants et tablier de l'ordre ; puis il lui donne les signes, mots et attouchements.
- Le signe, dit-il, se fait dans l'appel en portant l'index de la main droite sous le nez, ensuite sur la joue jusqu'à l'oreille, puis en le descendant le long du cou jusqu'à la clavicule afin de former l'équerre. On répond par le même signe, mais avec la main gauche.
- L'attouchement se donne en s'embrassant réciproquement : chacun avance son pied droit et se donne un coup de talon. Le mot sacré est Messias, qui veut dire trésor des philosophes. Celui de passe ou d'entrée est Och, qui signifie semence de tous les métaux.
Le candidat va se faire reconnaître par tous les princes, puis est reçu par le souverain GM qui lui dit :
- Par le pouvoir que j'ai reçu et du consentement unanime de cette auguste assemblée, je vous reçois prince maçon par le T P grade de Chevalier. de l'Aigle noir de Rose-Croix d'Allemagne dont vous êtes revêtu et devenu membre.
L'orateur lui dévoile alors en ces termes les mystères du grade :
- La figure de cette loge tracée est un carré long plus étendu de l'Orient à l'Occident que du Midi au Nord, parce que le soleil éclaire plus le globe terrestre dans le premier sens que dans le second, puisqu'il ne sort jamais au delà des tropiques.
Vous voyez ici, dans le centre, un grand espace circulaire composé de nuages renfermant les cercles du zodiaque où sont contenues les douze maisons du soleil, gardées chacune par un des douze mois de l'année ; chaque mois vous devez rentrer dans la chambre qui le représente pour y travailler et attirer la visite de l'astre lumineux vivifiant toute la nature et toute la matière.
Le soleil doit être reçu par les quatre éléments que vous inviterez à vous tenir compagnie, car sans eux la maison serait triste ; vous ferez banqueter le soleil des mets tirés des animaux et des fruits, qui sont nourris dans l'intérieur de chaque maison céleste. Si vous observez toutes ces choses, vous opérerez avec fruit.
Dans le cours de notre travail, il faut considérer la matière comme morte ; le cadavre d'Hiram en est l'emblème. Il faut le vivifier et le faire renaître de ses cendres, ce que vous obtiendrez par la végétation de l'arbre de vie représenté par la branche d'acacia ; mais vous ne saurez opérer avec fruit, si vous vous écartez de l'équerre et du compas qu'il faut sans cesse avoir devant vous.
Ces deux bijoux ne sont pas les seuls dont vous devez faire usage ; ils sont accompagnés des deux instruments indispensables : la balance et la clef. Vous ne pouvez non plus vous passer de la pentacule, qui renferme toutes les vertus célestes.
Abandonnons pour un moment, TT. CC. FF le centre mystique de notre loge, traversons la lune qui doit couvrir nos sacrés mystères et parcourons l'espace qui l'environne. A l'Occident nous trouverons le mont Ebron, sur le sommet duquel on éleva les deux grandes colonnes Jackin et Booz, c'est-à-dire Force et Beauté, premier principe du grand oeuvre que vous allez entreprendre. La force est représentée par les matériaux que vous devez employer et la beauté par l'ouvrage qu'ils nous produiront.
La colonne Jackin était dédiée à Dieu, tout venant de lui ; c'est ce que vous êtes présentement, puisque vous allez commencer à travailler. Vous deviendrez compagnons quand vous commencerez à connaître la beauté de la matière élémentaire ; enfin, vous deviendrez maîtres quand vous aurez placé dans votre planche la route fixe du soleil.
A l'Orient, nous voyons un grand aigle, roi des animaux de l'air, le seul qui puisse fixer l'astre radieux, car la matière de sa nature n'a point de forme; c'est la forme qui développe la couleur ; le noir, c'est la matière hors d'oeuvre. Change-t-elle de couleur ? elle reprendra une forme nouvelle, et un soleil des plus brillants en sortira. De même que la naissance du soleil est annoncée par l'étoile du matin, l'étoile flamboyante dans sa rougeur est accompagnée par la fraîcheur argentine de la lune.
Dans le plan de la loge, vous découvrirez une pierre brute, matière informe qu'il faut préparer, une pierre cubique à sommet pyramidal, et la matière développée : le sel et le soufre.
L'équerre, le niveau, la perpendiculaire et le maillet vous serviront à construire les maisons du soleil par où vous devez faire passer la matière informe. Aussi faudra-t-il les construire avec règle et préparation ; sans cela l'esprit de vie ne saurait s'y loger.
Avec tous ces instruments vous construirez le grand autel sur lequel brûlera le feu tiré du ciel, et le grand bassin servira à vous purifier les mains, le corps et tout ce que vous toucherez pour opérer avec fruit. Soyez laborieux comme le castor et cachez-vous comme la chouette, afin de bien travailler à l'abri des regards des curieux.
Le souverain GM ajoute à son tour :
- Chevaliers, princes nouveaux reçus dans l'ordre des chevaliers de l'Aigle noir, lorsqu'on vous mit en réflexion, vous aperçûtes du pain, de l'eau, du sel, du soufre, un coq et un sablier, avec ces mots : Patience et persévérance ; matières symboliques et faciles à expliquer.
Par le pain et l'eau, on vous marque la sobriété dans vos repas ; par le sel, les bonnes moeurs que vous devez avoir pour vous conserver parmi les hommes ; par le soufre, l'ardeur secrète que vous devez avoir de parvenir à la science kabbalistique en formant votre esprit à savoir promptement tous les instants où la lumière vous éclairera ; par le coq, la vigilance dans toutes vos oeuvres, et le sablier désigne le temps que l'on doit employer au travail qui doit être compté par heures et par minutes. Aidons donc les nouveaux chevaliers à découvrir le principe de vie renfermé dans le coeur de la matière première connue sous le nom d'Alkaest.
Puis le souverain GM fait l'instruction du grade par un dialogue avec les surveillants. De ce dialogue il résulte que le souverain GM se tient à l'Orient pour y attendre l'arrivée du soleil et l'accompagner dans ses douze maisons célestes dont les honneurs sont faits par le Grand Architecte de l'Univers lui-même, sous douze noms sacrés, tirés chacun des douze lettres du grand nom de Dieu en hébreu: Getimoaljeam. Les douze maisons sont partagées en quatre parties égales qui sont les quatre saisons de l'année, qui expliquent l'utilité du travail.
Dans ce travail on doit employer les quatre éléments et les trois règnes de la nature qui, pour être utilisés convenablement, doivent être pris dans leurs vraies saisons, pour que le genre humain puisse y trouver d'immenses trésors.
Adonaï, le plus puissant nom de Dieu, met tout l'univers en mouvement ; le chevalier qui serait assez heureux pour le prononcer kabbalistiquement aurait à sa disposition les puissances qui habitent les quatre éléments et les esprits célestes ; il posséderait aussi toutes les vertus utiles à l'homme et parviendrait avec leur concours à la découverte du premier des métaux qui est le soleil, qui provient de l'alliance intime des six métaux inférieurs, dont chacun contient la semence, et la fournit dans le lit nuptial.
Les six métaux inférieurs, le plomb, l'étain, le fer, le cuivre, le mercure et l'argent, sont symbolisés par Saturne, Jupiter, Vénus, Mercure et la Lune ; l'or soleil, le premier des métaux, est placé en leur centre, bien que physiquement il ne soit point un métal, car il est tout esprit et par là incorruptible, et c'est pour ces raisons qu'il est l'emblème de la Divinité, incapable d'aucune altération .
Pour parvenir à allier les six métaux et à n'en faire qu'un seul qui ne soit point un métal, on se sert de la règle et de la balance que Salomon a laissées dans son traité précieux de ses Clavicules kabbalistiques. La Kabbale est la pratique secrète des hautes sciences ou connaissance des secrets de la nature et de la grandeur de Dieu.
Pour sa balance, Salomon se servait de 25 nombres sous-divisés de la façon suivante : 1, 2, 3, 4, 5, qui contient 25 fois l'unité ; 12 fois 2, 8 fois 3, 6 fois 4 et 5 fois 5.
Sept philosophes ont donné la clef de cette balance : Albumasaris, Pythagore, Ptolémée, Antidonis, Platon, Aristote et Hali. Chacun d'eux s'est attaché à un métal, ils en ont fait un traité et en ont donné la mesure, la règle et la balance pour les mettre en oeuvre, et chaque traité est sous la domination d'un génie élémentaire. Les métaux et les génies correspondants sont: Plomb, Aratron ; Etain, Retor ; Fer, Phalech ; Or, Och ; Cuivre, Hagit ; Mercure, Aphiel, et Argent, Hali.
Pour fabriquer l'Alkaest, esprit ou dissolvant, inventé par Van Helmont, il faut commencer par travailler à l'alliance des quatre éléments simples dont tous les êtres sont composés et les trois règnes de la nature chacun dans leur saison, renfermés dans chacune des maisons du soleil en commençant par celle de Mars, parce que c'est par elle que commence l'année dans la philosophie hermétique et en astronomie. On prépare mystérieusement les trois productions de la nature avec le feu élémentaire tiré de la matière première par attraction et force centripète des mixtes, mises en digestion dans le fourneau économique allumé par les quatre vents.
Ce trésor produit des trésors immenses pour l'humanité et qui dureront autant que le monde. Il n'y a que les vrais maçons qui puissent participer au Grand oeuvre, et encore bien peu y parviennent-ils...
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