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Le serment secret des jésuites

27 Avril 2012 Publié dans #spiritualité

"Moi, … , en présence maintenant du Dieu Tout-Puissant, de la Bienheureuse Vierge Marie, du Bienheureux Saint Jean-Baptiste, des Saints Apôtres, de Saint Pierre, de Saint Paul et de tous les saints, armée sacrée des Cieux, ainsi qu'en votre présence, mon Père Spirituel, Supérieur Général de la Société de Jésus, fondée par Saint Ignace de Loyola, sous le pontificat de Paul III, et qui a subsisté jusqu'à ce jour ; par le sein de la Vierge, la Mère de Dieu, et par la verge de Jésus-Christ, je déclare et jure que Sa Sainteté le Pape est le Vice-Régent de Christ, et le seul véritable Chef de l'Eglise Catholique et Universelle dans toute la terre ; et que, par la vertu des clefs lui permettant de lier et de délier, clefs qui ont été données à Sa Sainteté par mon Sauveur, Jésus-Christ, il possède le pouvoir de déposer les Rois, Princes, Chefs d'Etat et de Gouvernement hérétiques, afin qu'ils soient complètement annihilés.

"Par conséquent, je défendrai de toutes mes forces cette doctrine, et le droit de Sa Sainteté de détruire l'autorité de tous les usurpateurs et de tous les hérétiques, notamment les Protestants, en particulier ceux qui appartiennent aux Eglises Luthériennes d'Allemagne, de Hollande, du Danemark, de Suède et de Norvège, et qui sont sous l'autorité des prétendues Eglises d'Angleterre et d'Ecosse, ainsi que de leurs branches établies en Irlande, sur le continent américain et partout dans le monde, pour ce qui concerne toutes leurs croyances hérétiques, qui s'opposent à l'Eglise Mère sacrée de Rome. Je dénonce, et je renonce maintenant à toute allégeance à tout Roi, Prince ou Etat hérétique, qu'il soit Protestant ou Libéral ; je refuse toute obéissance à leurs lois, magistrats ou officiers. En outre, je déclare que les doctrines des Eglises d'Angleterre et d'Ecosse, des Calvinistes, des Huguenots, de tous les autres Protestants et de tous les Francs-Maçons, dont des doctrines dignes de damnation, comme sont dignes de damnation tous ceux qui ne renoncent pas à ces doctrines.

"Je déclare aussi que j'aiderai, assisterai et conseillerai tous les agents de Sa Sainteté, dans tous les endroits où ils pourraient se trouver, en particulier en Suisse, en Allemagne, en Hollande, en Irlande et en Amérique, ou dans tout autre pays ou territoire où je me trouverai ; que je consacrerai toutes mes énergies à extirper les doctrines Protestantes ou Maçonniques, et à détruire toute leur prétendue puissance, qu'elle soit légale ou autre. Je promets aussi et je déclare que toutes les religions sont hérétiques, pour la propagation des intérêts de notre Mère l'Eglise ; de garder secrets et privés tous les conseils de ses agents, lorsqu'ils se sont confiés à moi, et de n'en rien divulguer, ni en paroles, ni par écrit, ni de quelque manière que ce soit ; mais d'exécuter tout ce qui m'a été confié, donné ou ordonné par vous, mon Père Spirituel, ou par tout autre membre de cet Ordre sacré.


"Je déclare aussi et je promets que je n'aurai jamais aucune opinion ni volonté personnelles, aucune réserve mentale, même jusqu'à la mort (perinde ac cadaver), mais que j'obéirai sans hésiter à tous les commandements que je pourrai recevoir de mes supérieurs dans la milice du Pape et de Jésus-Christ ; que j'irai dans toutes les parties du monde où je serai envoyé, dans les régions glacées du Nord, dans les jungles de l'Inde, dans les centres de civilisation de l'Europe, ou dans les endroits sauvages où vivent les tribus barbares de l'Amérique, sans murmurer ni me plaindre, mais en étant soumis dans toutes les choses qui m'auront été communiquées.
"Je déclare encore et je promets que, lorsque l'opportunité se présentera, je mènerai une guerre incessante, secrète ou ouverte, contre tous les hérétiques, Protestants ou Maçons, comme on me l'ordonnera, pour les extirper de la face de la terre ; que je ne tiendrai compte ni de l'âge, ni du sexe ni de la condition sociale, et que j'accepte de pendre, brûler, détruire, échauder, écorcher, étrangler et enterrer vivants ces infâmes hérétiques ; que je fendrai les entrailles et le ventre de leurs femmes ; que j'écraserai la tête de leurs enfants contre les murs, afin d'annihiler cette race exécrable ; que, si je ne peux pas le faire ouvertement, j'utiliserai en secret la coupe empoisonnée, la cordelette de strangulation, le poignard, ou la balle de plomb, quels que soient le rang, la position, la dignité ou l'autorité des personnes, leur condition de vie publique ou privée, et comme pourront me le demander à tout moment les agents du Pape, ou le Supérieur de la Fraternité du Saint Père, de la Société de Jésus.


"En confirmation de quoi, je consacre à présent ma vie, mon âme, et toute ma force corporelle à cette cause et, avec cette dague que je reçois maintenant, je signe de mon nom avec mon propre sang comme témoignage de mon engagement ; si, par la suite, je suis trouvé menteur, ou affaibli dans ma détermination, que mes frères et compagnons d'armes de la milice du Pape me coupent les mains et les pieds, me fendent la gorge d'une oreille à l'autre, m'ouvrent le ventre et y versent du soufre brûlant, avec tous les châtiments qui peuvent m'être infligés sur la terre, et que mon âme soit perpétuellement torturée par les démons dans l'enfer éternel.
"Je m'engage à toujours voter pour un Chevalier de Colomb (NDE : Knight of Colombus, Ordre secret Catholique), de préférence à un Protestant, et surtout à un Franc-Maçon, même s'il faut quitter mon parti pour cela ; si deux Catholiques s'affrontent dans une élection, je voterai pour celui qui défendra le mieux notre Mère l'Eglise. Je ne conclurai aucun contrat, ni n'emploierai aucun Protestant, s'il est en mon pouvoir d'employer, ou de faire affaire avec un Catholique. Je m'efforcerai de placer des jeunes filles Catholiques dans des familles Protestantes, pour recevoir chaque semaine un rapport sur les activités privées de ces hérétiques. Je me fournirai les armes et les munitions nécessaires, pour pouvoir les utiliser quand on me le demandera, ou quand je recevrai l'ordre de défendre l'Eglise, soit en tant qu'individu, soit avec la milice du Pape.


"Tout cela, moi, … , je jure, au nom de la Sainte Trinité, et du Saint sacrement que je vais maintenant prendre, de l'observer, selon le serment que je prononce. En témoignage de quoi, je prends ce très Saint sacrement de l'Eucharistie, et confirme mon témoignage par mon nom écrit à la pointe de cette dague, trempée dans mon propre sang, en le scellant en présence de ce Saint sacrement." (Il reçoit ensuite l'hostie du son Supérieur, et écrit son nom à la pointe de sa dague, trempée dans son propre sang, après l'avoir prélevé au-dessus de son cœur).

(Le Supérieur ajoute) :

"Mets-toi à présent debout, et je t'instruirai dans le Catéchisme nécessaire pour te faire connaître par tout membre de la Société de Jésus appartenant à ton rang. Tout d'abord, toi, en tant que Frère Jésuite, tu feras devant ton frère le signe de la croix, comme tout Catholique ordinaire ; ensuite, l'un de vous croisera ses poignets, les paumes de ses mains ouvertes. En réponse, l'autre croisera ses pieds, l'un au-dessus de l'autre. Le premier pointera ensuite le centre de sa main gauche avec l'index de sa main droite, tandis que l'autre pointera le centre de sa main droite avec l'index de sa main gauche. Le premier fera ensuite un cercle autour de sa tête avec sa main droite, en la touchant ; l'autre touchera ensuite le côté gauche de sa poitrine avec l'index de sa main gauche, juste au-dessus du cœur. Le premier passera ensuite sa main droite en travers de la gorge de l'autre qui, à son tour, fera glisser une dague du haut de l'estomac vers le bas de l'abdomen de l'autre. Le premier dira alors IUSTUM, l'autre répondra NECAR, le premier ajoutera REGES, et l'autre dira IMPII. Le premier présentera ensuite un petit morceau de papier plié en quatre d'une manière particulière. L'autre coupera ce papier longitudinalement. En ouvrant le papier, apparaîtra le nom JESUS écrit trois fois, au-dessus et sur les deux bras horizontaux d'une croix.


Vous vous poserez ensuite les questions suivantes, en donnant les réponses indiquées :
Q : D'où viens-tu ? R : De la Sainte Foi.

Q : Qui sers-tu ? R : Le Saint Père de Rome, le Pape, et l'Eglise Catholique et Universelle dans toute la terre.

Q : Qui te commande ? R : Le successeur de Saint Ignace de Loyola, le fondateur de la Société de Jésus, ou des Soldats de Jésus-Christ.

Q : Qui t'a reçu ? R : Un homme vénérable aux cheveux blancs.

Q : Comment ? : R : Avec une dague nue. Je me suis mis à genoux sur la croix, sous les bannières du Pape et de notre Ordre sacré.
Q : As-tu prêté serment ? R : Oui, de détruire les hérétiques et leurs gouvernements, et de ne tenir compte ni de l'âge, ni du sexe, ni de la condition sociale ; d'être semblable à un cadavre, sans opinion ni volonté propre, mais d'obéir implicitement à mes Supérieurs en toutes choses, sans hésitation ni murmure.

Q : Feras-tu cela ? R : Je le ferai.

Q : Comment voyages-tu ? R : Dans la barque de Pierre le pêcheur.

Q : Où voyages-tu ? R : Dans les quatre coins du globe.

Q : Pour quel but ? R : Pour obéir aux ordres de mon Général et de mes Supérieurs, et pour exécuter la volonté du Pape, en remplissant fidèlement les conditions de mes serments.
- Va donc dans le monde entier, et prends possession de toute terre au nom du Pape. Celui qui ne l'acceptera pas comme Vicaire de Jésus et Son Vice-Régent sur la terre, qu'il soit maudit et exterminé !

" Source : http://fede-eglises.com

 

 

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Prière au Saint Esprit (avril 1934)

27 Avril 2012 , Rédigé par José Maria Escriva Publié dans #spiritualité

Viens, ô Esprit Saint !
Éclaire mon intelligence, pour connaître tes commandements,
raffermis mon cœur contre les embûches de l’ennemi :
enflamme ma volonté…
J’ai entendu ta voix et je ne veux pas me durcir et résister,
en me disant : après…, demain.
Nunc cœpi ! Dès maintenant !
Au cas où il n’y aurait pas de lendemain pour moi.
Ô, Esprit de vérité et de sagesse,
Esprit d’intelligence et de conseil,
Esprit de joie et de paix !
Je veux ce que tu veux, je veux parce que tu le veux,
je veux comme tu voudras, je veux quand tu voudras.

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L'Opus Dei une Eglise comme les autres ?

26 Avril 2012 Publié dans #spiritualité

« Si tu te tais, tu ne t'en reprentiras jamais : si tu parles, souvent tu t'en repentiras '. (Chemin, 639). « De callar no te arrepentirás nunca: de hablar, muchas veces '(Camino, 639)

« Il y a beaucoup de gens - de saintes gens - qui ne comprennent pas ton chemin. - Ne t'efforce pas de le leur faire comprendre : tu perdras ton temps et tu donneras lieu aux indiscrétions '. (Chemin, 650). « Hay mucha gente -santa- que no entiende tu camino. - No te empeñes en hacérselo comprender: perderás el tiempo y darás lugar a indiscreciones '. (Camino, 650)

L'Opus Dei est une Association religieuse et profane pas tout à fait comme les autres, puisqu'elle a pignon sur rue chez nous, pays champion de la laïcité, quoi de plus normal, qu'elle a eu la bénédiction du Vatican, de Jean-Paul II en tout cas, qu'elle est habilitée à ordonner des prêtres, qu'elle n'est pas considérée par notre Parlement comme une secte, qu'elle est donc reconnue dans toute son honorabilité et édification morale, qu'elle est derrière bon nombre d'autres associations, centres culturels et éducatifs, et entreprises, qu'ellle ne néglige pas le monde économique et financier, qu'elle inspire le discours de certains députés, et pourtant, par ailleurs, elle ne cesse d'intriguer, de susciter méfiance et enquêtes de journalistes, ouvrages très critiques...

Si l'on regarde du côté de la laïcité, de certaines institutions républicaines, de certains courants de pensée, il n'est pas courant de s'interroger sur la nature exacte de l'Opus Dei, comme s'il n'y avait aucun problème, d'autant plus que notre Parlement n'a pas retenu les mouvements dépendant des grandes religions et qui ont leur aval, comme c'est le cas justement pour notre objet d'étude. Nonobstant, la question qu'il nous faut bien poser tout de suite est la suivante : l'Opus Dei est-elle une secte, malgré les apparences honorables, sa non inclusion dans les rapports parlementaires (1983, 1995, 1999), ou bien n'est-elle qu'un mouvement religieux catholique inoffensif et tout à fait BCBG dans un pays qui respecte institutionnellement la liberté de conscience?...

I. L'Opus Dei et l'Eglise catholique, apostolique et romaine

1. Le fondateur : le bienheureux Josemaría Escrivá de Balaguer y Albas. Sa vie. Son oeuvre apostolique et son oeuvre écrite.

Né le 9 janvier 1902 à Barbastro, province d'Aragon, en Espagne, d'un père commerçant en chocolat et tissus, dans une famille pieuse. C'est à l'âge de 15-16 ans qu'il a une illumination, qu'il sent l'appel divin et qu'il décide de se faire prêtre. A partir de 1918, il fera des études religieuses au Séminaire de Logroño, et les poursuivra jusqu'en 1920 à Saragosse. Il est supérieur du séminaire à 20 ans, et commence des études de Droit civil en 1923 à l'Université, avec l'autorisation de l'Autorité ecclésiastique. Le 20 décembre 1924 , il est ordonné diacre, et accède au sacerdoce le 28 mars 1925. Au printemps 1927, il va à Madrid où il exerce son sacerdoce intensivement dans tous les milieux, s'occupant également des pauvres et handicapés des quartiers défavorisés, et en particulier des incurables et des mourants dans les hôpitaux. Il prépare également pendant ce temps un doctorat en Droit civil, et le soir il s'adonne aux mortifications corporelles. En fait, on ne sait pas où il a obtenu son diplôme d'avocat, ni exactement dans quelle faculté il a obtenu son doctorat en droit (Saragosse ou Madrid?).

Mais la date importante en ce qui nous concerne est le 2 octobre 1928 où le Bienheureux Josemaría Escrivá a eu l'idée lumineuse et probablement divine de fonder l'Opus Dei, en latin, l'OEuvre de Dieu, le travail de Dieu... Le 14 février 1930, sans doute une fois de plus inspiré par le Seigneur, il comprendra qu'il faut étendre l'apostolat de l'OEuvre également parmi les femmes. Fin 1933, il crée la première structure officielle de l'Opus Dei, avec l'Académie DYA (Academia de Derecho y Arquitectura). Pendant la guerre civile, il va acquérir une haine farouche des communistes et du petit peuple. En fait, il y a une zone d'ombre dans sa biographie entre 1935 et le 14 février 1943, date à laquelle il fonde la Société Sacerdotale de la Sainte Croix, rendant possible de la sorte l'ordination de membres laïcs de l'Opus Dei Le 11 octobre 1943, l'approbation officielle est notifiée par le Vatican. L'Opus Dei s'installe au Portugal en 1945, en Angleterre et en Italie en 1946, en France et en Irlande en 1947, aux Etats-Unis d'Amérique en 1949, au Chili en 1950, en Belgique en 1965, etc... Dès la fin 1946, Josemaría Escrivá s'installe à Rome où il résidera jusqu'à la fin de sa vie. En 1948, pour former les membres masculins il fonde le Collège Romain de la Sainte Croix. Le 16 juin 1950, l'Opus Dei bénéficie d'une vraie reconnaissance pontificale avec le décret Primum inter de Pie XII (comme institut séculier).

En 1953, c'est le tour de la section féminine, avec la fondation du Collège romain de Sainte Marie. En résumé, on peut dire que l'Opus Dei s'est principalement développée de 1939 à 1958, sous le pontificat de Pie XII, celui que l'on a surnommé "le Pape silencieux". Le fondateur de l'Opus Dei décède à Rome le 26 juin 1975. Le 17 mai 1992, il sera prestement béatifié (sur 92 témoins cités, 56 sont membres reconnus de l'Opus Dei, un témoin hostile sera récusé).

- L'oeuvre écrite de Josemaría Escrivá n'est pas négligeable, ni quantitativement ni qualitativement, sans préjuger de l'idéologie qui l'irrigue. Lui-même a dit de lui: « Je m'appelle Escrivá et j'écris beaucoup '. (jeu de mots en espagnol sur son nom et le verbe écrire, « j'écris 'se disant en espagnol « escribo '...). Sans trop s'y attarder, de 1934 aux oeuvres publiées à titre posthume, citons Chemin (Camino), recueil de 999 pensées qui constitue en quelque sorte le petit livre rouge du parfait opusdéiste, Saint Rosaire (1934), Entretiens avec Mgr Escrivá de Balaguer (1968), Quand le Christ passe (1973), Amis de Dieu (1977, sa première oeuvre posthume), Chemin de Croix (1981), Sillon (1986), Forge (1987)... Le tirage le plus important est sans conteste celui de Chemin, avec 3 818 228 exemplaires vendus (chiffres de 1992).

L'Opus Dei est une structure hiérarchique pyramidale et tripartite : à la tête de l'état-major, bien entendu, le président général nommé à vie, et dont l'élection doit être confirmée par le pape, soit d'abord le fondateur Josemaría Escrivá jusqu'à sa mort, en 1975; puis de 1975 à 1994, Alvaro del Portillo, et depuis 1994, Javier Echevarría Rodríguez. Précisons tout de suite qu'à partir de 1991, le prélat de l'Opus Dei est promu au rang d'évêque. Pour le gouvernement central, le président général est aidé dans sa tâche par un Conseil général qui comprend, le cas échéant, le vicaire auxiliaire, le vicaire secrétaire général, le vicaire secrétaire central, trois vice-secrétaires, un délégué au moins de chaque région, le préfet des études et l'administrateur général. Mgr Dominique Le Tourneau, auteur du « Que sais-je? 'sur l'Opus Dei - et qui n'indique pas sa qualité de prêtre de l'Opus Dei dans l'exemplaire utilisé - écrit : « Le vicaire auxiliaire, le vicaire secrétaire général et le vicaire secrétaire central sont choisis parmi les prêtres '(p. 74). Il nous informe également sur le lien entre Prélature de l'Opus Dei et le Vatican en ajoutant : « Un procurateur qui doit être prêtre, représente la Prélature auprès du Saint-Siège et un prêtre directeur spirituel central veille à la direction spirituelle commune de tous les fidèles de la Prélature, sous la direction du prélat et de ses conseils '(p. 74).

Cette organisation se retrouvera au niveau régional, dans « 87 nations ', selon l'Opus Dei elle-même, ou 59 Etats selon les estimations de Peter Hertel qui conteste le sérieux des chiffres « officiels ', faisant état de l'impossibilité pour toute personne extérieure de vérifier les chiffres de l'Annuaire pontifical, et l'absence de liste officielle des membres.

Les membres de l'Opus Dei peuvent être masculins ou féminins, mais de fait les femmes sont réduites à des tâches plutôt subalternes. Pour la base masculine, distinguons entre les numéraires, qui peuvent être ordonnés prêtres, obligatoirement célibataires par conséquent, les membres inscrits (âgés d'au moins 32 ans et membres depuis plus de 9 ans), les membres élus (en fait nommés par la hiérarchie), les surnuméraires (avec une activité professionnelle, vivant avec leur famille, tenus de faire des dons à l'OEuvre, et représentant de 30 à 35% des membres), enfin gravitant autour de l'organisation les sympathisants appelés membres coopérateurs.

Quant à la base féminine, nous retrouvons la même structure, mais avec voix consultative seulement... Il est vrai que le fondateur lui-même a dit des femmes : « Les femmes n'ont pas besoin d'être savantes, il leur suffit d'être prudentes '...

Quant à l'adhésion, il faut faire une demande écrite, qui donne lieu à une enquête de moralité. L'âge minimum requis : 16 ans. Mais pour être définitivement admis, c'est-à-dire accéder à la « fidélité ', il faudra attendre 6 ans, divers contrôles, diverses épreuves.

2. La spiritualité, le corpus doctrinal et l'idéologie sous-jacente.

Pour la version officielle, il faut se reporter au principal ouvrage du père Escrivá, Camino ou Chemin. Il faut tenir compte également de déclarations officielles faites à des journalistes par le fondateur lui-même, comme celle-ci recueillie par Peter Forbarth, correspondant du Time de New York, parue le 15 avril 1967, et dont je vais citer un large extrait, édifiant : « L'Opus Dei a pour activité principale de donner à ses membres et aux personnes qui le désirent les moyens spirituels nécéssaires pour vivre dans le monde en bons chrétiens. Il leur fait connaître la doctrine du Christ; il leur insuffle une mentalité qui les amène à bien travailler par amour de Dieu et au service de tous les hommes. Il s'agit, en un mot, de se conduire en chrétiens; en s'entendant avec tout le monde, en respectant la liberté légitime de chacun et en faisant en sorte que notre monde soit plus juste. (...) Toute l'activité des dirigeants de l'Opus Dei se fonde sur un point dont l'importance est capitale et dont dépend l'existence même de l'OEuvre. (...) Chaque membre peut exercer la profession qu'il exercerait s'il ne faisait pas partie de l'Opus Dei, de sorte que ni l'Opus Dei, en tant que tel, ni aucun des autres membres n'ont rien à voir avec le travail professionnel de chacun des membres en particulier. Les membres prennent un engagement lorsqu'ils adhèrent à l'OEuvre : celui de s'appliquer à rechercher la perfection chrétienne à l'occasion et par le moyen de leur travail, et à prendre une conscience plus claire du caractère de service rendu à l'humanité que doit revêtir toute vie chrétienne '.

Cet extrait est suffisant pour donner une idée du ton et de l'idéologie de l'OEuvre qui s'efforce toujours de mettre ainsi en relation harmonieuse les principes de l'institution et la pratique quotidienne de ses membres.

Pour continuer avec Camino, c'est d'après son éditeur « l'Imitation des temps modernes '. Or, l'Imitation de Jésus-Christ est un des plus célèbres traités de mystique chrétienne, un ouvrage anonyme probablement rédigé au XVe siècle. Un certain nombre de maximes de cet ouvrage n'est pas sans rapport avec le moment historique, témoignant d'un esprit de « croisade 'franquiste. En fait, si bon nombre de pensées sont plutôt banales, ne révèlent pas un niveau théorique bien élevé, si l'ouvrage tout entier donne dans le sentimentalisme, le piétisme, le paternalisme, l'aspect "clérical-autoritaire", il n'en a pas moins eu un immense succès et continue à bien se vendre. Ce succès est dû à une stratégie de la séduction qui passe, par exemple, par l'affirmation d'une sanctification possible pour tout homme quelle que soit son activité professionnelle, et le tutoiement systématique qui assure un ton amical, de confidentialité, une insinuation pénétrante, comme s'il s'agissait de conseils chuchotés à l'oreille, et qui oblige le lecteur à partager les sentiments et les idées de l'auteur sans trop s'en rendre compte :

« Si cela ne te manque point, si jamais - fût-ce au cours d'un lointain passé peut-être - le Seigneur a mis dans ton âme une faim et une soif de Dieu, sois sûr que tu n'auras pas ouvert ce livre en vain. Il est même très possible, si plongé sois-tu dans les affaires du monde, que, par-dessus la rumeur de la rue et de la foule, tu entendes à nouveau la voix puissante du Christ qui te dit : « Festinans descende, quia hodie in domo tua oportet me manere" (Luc, XIX, 5), « Descends vite, car il ne faut aujourd'hui demeurer chez toi '.

A travers ses quelque 135 thèmes principaux, des traits saillants apparaissent dessinant un certain sens de l'élitisme et de la domination, un caractère autoritaire, voire fascisant, comme par exemple la maxime n° 16 :

« Te laisser aller? toi... ferais-tu donc partie du troupeau? alors que tu es né pour être un chef!... '.

Pour aller vite, et définir maintenant ladite idéologie, disons qu'elle présente au moins quatre caractères principaux :

- une grande et indéniable ferveur religieuse, et surtout un sens très aigu de l'apostolat, ce qui conduit à une sorte de « totalitarisme théocratique '.

- la platitude d'un grand nombre de maximes

- la tendance très nette à un certain élitisme (pensée n° 7 : « Ne vole pas comme un oiseau de basse-cour quand tu peux t'élever comme un aigle ', n°28 : « Le mariage est pour la troupe et non pour l'état-major du Christ '...), ce qui a amené certains à parler d'un surhomme chrétien en puissance, d'un « Homo-Opus Dei '...

- enfin, la volonté de sauver le monde par et avec les moyens du monde.

En fait, l'essentiel de l'idéologie de l'OEuvre est fait d'efficacité et de pragmatisme. Nous ne sommes pas ainsi très loin d'un conception catholique intégriste puisque le projet de société que l'Opus Dei propose renvoie finalement à une doctrine de l'ordre moral, s'appuyant sur l'exaltation nationaliste, la recherche sécuritaire d'une identité, une conception cléricale de la société où la clef de voûte ne saurait être que religieuse, et où tout doit dépendre - sauf erreur d'interprétation - de l'autorité ecclésiastique.

3. L'Opus Dei : sphères d'influence et les affaires

Son expansion mondiale (brèves données)

En 1975, l'Opus Dei compterait 60 000 membres dans 80 pays; en 1978, 75 375 membres dans 87 pays (dont 2% de prêtres) ; en 1990, l'annuaire pontifical donne 76 246 membres dont 74 508 laïcs, 1 395 prêtres et 343 séminaristes de grands séminaires; en 1998, 82 135 membres toujours selon l'Annuaire pontifical, et selon les calculs de Peter Hertel, tout au plus 70 000 membres répartis dans seulement 59 pays, ce qui n'est déjà pas si mal...

Au total, l'Opus Dei dirigerait et/ou financerait 479 universités, lycées et collèges, 604 publications d'importance, 52 stations de radio, 38 agences de presse, 12 sociétés de production et de distribution de films.

Sa présence et son influence en Espagne (en dehors du champ politique et financier)

Je ne peux donner qu'un aperçu -qui va virer fatalement au catalogue -des domaines d'intervention de l'Opus Dei, le plus souvent de manière déguisée puisque son identité n'apparaît clairement au grand jour que fort rarement.

Tout de suite, mentionnons Torreciudad, à 30 km de Barbastro (lieu de naissance de Josemaria Escriva), « le bastion de la véritable Eglise '(Peter Hertel), dans un site idylique, au-dessus du lac El Grado (Pyrénées d'Aragon). Les travaux y ont commencé en 1956 sur le lieu d'un événement jugé miraculeux survenu en 1904 au jeune Josemaría Escrivá alors qu'il était gravement malade. C'est un sanctuaire, un centre de pélerinage, le centre spirituel de l'Opus Dei qui forme 4000 personnes, et compte 40 confessionnaux..

En ce qui concerne les oeuvres collectives d'apostolat, l'Opus Dei va être présente dans les centres de formation professionnelle, pour ouvriers, comme Tejamar, à Madrid, et pour paysans, comme l'Instituto técnico agrario Bell-Lloc del Pla, à Gérone. Il y a aussi les centres éducatifs, à travers :

a) les collèges et clubs de jeunes (Club Montelar, à Madrid, Gaztelueta, à Bilbao, Viaró, à Barcelone, etc.)

b) les résidences d'étudiants (Centro Cultural Pineda, à Barcelone, Colegio Mayor Alcor, à Madrid)

c) les Universités

Tout d'abord l'Université de l'Opus Dei, créée par Josemaría Escrivá lui-même en 1952, c'est-à-dire l'Université de Navarre, à Pamplune, dont j'ai déjà parlé dans mon introduction. Elle comprend : faculté de droit, médecine, philosophie et lettres, pharmacie, sciences biologiques, droit canon, théologie, sciences de l'information, une Ecole technique supérieure d'architecture, de sciences économiques et de l'entreprise, des instituts de sciences de l'éducation, d'arts libéraux, de langue et de culture espagnoles, de langues, des écoles de techniciens industriels, de bibliothécaires, d'infirmières, de laboratoires, d'histoire de l'Eglise, de sciences pour la famille, de sciences appliquées, plus une vingtaine d'autres sciences. La bibliothèque de l'Université compte plus de 400 000 ouvrages; l'Université a ses propres éditions avec la EUNSA et 6 revues spécialisées (Nuestro Tiempo, Revista de Medicina, Scripta theologica, Jus Canonicum, Persona y Derecho, Anuario filosófico).

Il faut ajouter l'Université de Saint Sébastien : une école d'ingénieurs et un institut supérieur de secrétariat et d'administration.

Depuis 1952, et jusqu'en 1994, 28 718 étudiants ont terminé leurs études à l'Université de Navarre.

En 1988-1989, 15 828 inscrits dont 863 étrangers + 6000 participants aux programmes de perfectionnement et de formation permanente. 5 781 étudiants ont sollicité une bourse de l'université.

8 Colegios mayores (résidences d'étudiants) d'une capacité totale de 800 places dépendent de l'université.

Le financement de l'université (toujours pour 1988-1989) était ainsi réparti:

. inscriptions : 84, 3%
. aides privées et services de recherche : 11, 8%
. organismes régionaux : 2, 1%
. Etat espagnol : 0, 2%
. divers 1, 6%

La Clinique universitaire dépend de la Faculté de Médecine (500 lits).

Citons aussi l'Instituto de Estudios Superiores de la Empresa (IESE), créé à Barcelone en 1958, institut de renommée mondiale et qui collabore avec Harvard. Il offre des programmes de perfectionnement de la direction d'entreprises, un master en économie et direction d'entreprises, un doctorat en science de la direction et des affaires.

Et, en matière de centre de promotion de la femme, il y a, par exemple, à Madrid la Escuela técnica de Formación profesional Besana.

Présence et influence en France (en dehors du domaine politico-financier)
L'Opus Dei existe en France de façon officielle depuis 1966, sous forme d'association loi de 1901 (siège : 122, boulevard Bineau, Neuilly).

Depuis 1982, elle s'est érigée en prélature personnelle (siège : 5, rue Dufrénoy, Paris).

Elle est présente à travers diverses associations, comme l'ACUT (Association de Culture Universitaire et Technique) qui a son siège au 199, bd St Germain à Paris. Je me contenterai de signaler un centre féminin hôtelier dans l'Aube, près de Soissons, école qui appartient non à l'Opus Dei, évidemment, mais à la SAIDEC (Société Anonyme d'Investissements pour le Développement Culturel), et qui recrute dans les familles modestes de la région. Depuis 1970 donc, il s'agit de l'Ecole technique hôtelière Dosnon, qui forme au CAP d'employées d'hôtel 20 jeunes filles à l'issue de la classe de Troisième. C'est une formation en 3 ans selon les programmes de l'Etat. Précisons tout de suite que Dosnon assure un débouché à tous ses élèves. A proximité, se tient le centre de rencontres de Couvrelles.
En 1992, et selon des données officielles, sous l'influence de l'Opus Dei existent en France :

2 centres culturels à Marseille
2 " " Toulouse
1 " " Aix
2 " " Lyon
2 " " Grenoble
2 " " Strasbourg
4 " " Paris, Ile de France

Mais l'Opus Dei s'intéresse aussi aux enfants et adolescents, à travers 2 centres d'aide à la formation humaine et spirituelle des enfants (associations loi 1901) qui forment des animateurs diplômés BAFA :

. le club Fontneuve 46, rue Schaeffer Paris XVI
. le club Fennecs 199bis, bd St Germain Paris VII

L'Opus Dei, les hommes politiques et les affaires

Pour l'Espagne, pays d'origine de l'Opus Dei, et malgré bon nombre d'atomes crochus entre le pouvoir franquiste et la « Obra ', et même si cela peut paraître un peu lointain, il n'est pas possible d'ignorer « el escándalo Matesa '(le scandale Matesa) qui éclata à l'été 1969. Matesa, ce sont les initiales d'une société commerciale espagnole : « Maquinaria Textil (del Norte de España), Sociedad Anónima '(Outillage textile du nord de l'Espagne, société anonyme). Il s'agissait d'une entreprise créée le 20 juillet 1956, au capital de 600 millions de pesetas en 1968, et dont le siège social était à Pampelune.

En apparence, on ne voit pas le rapport entre une société industrielle spécialisée dans l'exploitation d'un brevet français de machines à tisser et une organisation religieuse qui dit elle-même n'avoir pour but que de « diffuser dans la société contemporaine, notamment dans les milieux intellectuels, les principes de la perfection chrétienne '(définition donnée par le Grand Larousse Encyclopédique). Oui, mais... Matesa crée de nombreuses filiales en Espagne et dans le monde entier (plus de 70). Matesa s'inscrit dans le « Plan de Développement 'franquiste, voulant être le symbole d'une Espagne nouvelle, ouverte au développement économique et apte à affronter la concurrence internationale.

En fait, au lieu d'exporter des métiers à tisser, Matesa transfère surtout des capitaux espagnols lui permettant de prendre des participations dans des sociétés étrangères, et ces capitaux sont principalement d'origine officielle et en principe destinés à aider les entreprises exportatrices... Il y a donc, dans le cas Matesa, détournement pur et simple des deniers publics.

Les emprunts frauduleusement obtenus par l'intermédiaire de la « Banco de Crédito Industrial 'atteignirent quelque 10 milliards de pesetas (soit 80 milliards d'anciens francs). Le journal barcelonais La Vanguardia se demande comment une telle escroquerie a pu passer si longtemps inaperçue alors que les dossiers transitaient par des bureaux, organismes et institutions tout à fait officiels...

La presse espagnole, pourtant si soumise à la tutelle gouvernementale à cette époque, se met alors à établir une multitude de relations personnelles entre des hommes politiques et les milieux d'affaires proches de Matesa. C'est ainsi que l'on apprend que le principal dirigeant de Matesa, Juan Vila Reyes, qui avait exporté clandestinement des devises en Suisse (pour 103 510 428 pesetas) pendant de nombreuses années, était lié à de nombreux hommes politiques de premier plan.

Ce financier ambitieux qui a subventionné la première campagne de Richard Nixon était un ami personnel de Laureano López Rodo, l'une des personnalités alors les plus importantes de l'Espagne, et membre de l'Opus Dei (López Rodo a joué un rôle capital dans l'évolution du régime franquiste, et passe pour avoir été le principal conseiller de l'amiral Carrero Blanco). Il était aussi un des principaux conseillers de Jorge Luis Palasi, à l'époque ministre de l'Education nationale. En outre, le directeur de la banque « Banco de Crédito Industrial 'impliquée dans le scandale était aussi un membre de l'O.D. Comme de telles relations privilégiées se retrouvaient dans de nombreux établissements bancaires publics ou privés, il était tentant d'en conclure que l'OEuvre était un des principaux centres de rassemblement de l'oligarchie espagnole, et un moyen d'imposer les décisions politiques favorables au néo-capitalisme dans les années 60...

Quant à l'influence politique, et pour être bref, il faut savoir que la proclamation solennelle par les Cortes de Juan Carlos, successeur de Franco, est due à des leaders politiques tels que López Rodo, membre de l'O.D., et l'amiral Carrero Blanco, l'obligé de López Rodo. C'était aussi l'éviction de la Phalange qui, du coup, voulut profiter de l'affaire Matesa pour régler ses comptes avec l'Opus Dei qui la supplantait comme groupe de pression... Mais, peine perdue, à l'occasion d'un remaniement ministériel en octobre 1969, les « opusdeistas 'au lieu d'être écartés du pouvoir occuperont en force les ministères clefs. Actuellement, l'Espagne compte environ 30000 membres de l'O.D., qui est donc bien loin d'être affaiblie par le scandale en question... Organisation de type maffieux, où le secret est jalousement gardé, avec un règlement secret, en effet, comment qualifier autrement ce conglomérat multinational et financier de plus de 600 entreprises et 20 banques représentant 60000 salariés, avec des « dons 'd'un montant de 2 milliards de dollars en mai 1986, des scandales politico-financiers comme celui de Ruiz Mateos, certaines disparitions, comme celle de Jean de Broglie le 24 décembre 1976, dont on sait qu'il était en très étroites relations d'affaires avec le groupe espagnol Matesa à travers une filiale luxembourgeoise, la Sodetex?...

Il faudrait aussi se souvenir pour la France de « l'affaire Meleux ', révélé par le Canard Enchaîné en 1966, accusation contre l'O.D. qui n'a jamais été démentie (le délit de diffamation existe, n'est-ce pas?...), et qu'Yvon Le Vaillant a bien résumée dans Sainte Maffia, le dossier de l'Opus Dei (Mercure de France, Paris, 1971).

Louis Meleux, associé de l'Opus Dei, était un chef d'entreprise travaillant pour l'Etat, avec la garantie de la Caisse Nationale des Marchés. Une vérification des comptes de son entreprise révéla un « trou 'd'un milliard cinq cents millions d'anciens francs. Il fut retrouvé mort en forêt de Fontainebleau, en mars 1965. Or les sommes disparues avaient été investies en Espagne en profitant au passage et indirectement à une banque espagnole qui perçut plus de 3 millions de nouveaux francs de frais d'agio... Cette banque, un des actionnaires de l'entreprise Meleux, était la Banque des Intérêts français, dont plus de 34000 actions avaient été acquises par le Banco Popular Español très lié à l'Opus Dei...

L'O.D. : organisation discrète, secrète, secte ou pas secte?

1. La difficile définition d'une secte :

Je rappellerai l'étymologie latine du mot « secte ': du latin sequi, suivre. Le disciple d'une secte est celui qui suit une voie devant faire de lui un adepte, c'est-à-dire quelqu'un qui a atteint le but (du latin adptus, ayant atteint). Le disciple « suit 'donc un maître, et s'isole en même temps, se coupe du reste de la communauté humaine. Le mot « secte ', à l'origine, désigne soit un petit groupe qui a fait sécession, soit l'ensemble des disciples d'un maître hérétique. Je ne parlerai pas de l'erreur -erreur volontairement entretenue par certains- qui consiste à confondre secte et organisation secrète ou initiatique.

Quel point commun existe, par exemple, entre la Triade chinoise, la Soka Gakkai, la Franc-Maçonnerie (hors la loge P2), la Fraternité blanche, la Nouvelle Acropole, la Scientologie? Le problème se corse, pour ainsi dire, avec la revendication habituelle du statut d'Eglise par la plupart des sectes. Il y a donc une première définition d'ordre théologique, et Max Weber fut le premier à définir la secte par opposition à l'Eglise. Cette ambiguïté subsiste, et le cas de l'Opus Dei est un bon exemple, puisque notre commission parlementaire a bien pris soin de ne pas inclure dans sa liste les mouvements religieux gravitant autour des grandes religions, des Eglises, donc, et nous en sommes toujours là.

Selon Jean-Marie Abgrall, psychiâtre, criminologue, et membre de l'Observatoire interministériel sur les sectes, il conviendrait de distinguer entre les concepts de secte et de secte coercitive : « La secte est un groupe plus ou moins évolué rassemblé autour d'un leader ou d'une idéologie, religieuse ou non, fonctionnant selon un mode fermé et secret mais respectant néanmoins le libre arbitre et l'identité de l'adepte. La secte coercitive, SC, se qualifie par son caractère contraignant et par l'absence de liberté qui en résulte '(La mécanique des sectes, 1996). Mais, il ajoute aussitôt que cette différence reste « aléatoire ', la survie de toute secte exigeant l'application d'une stricte discipline, par conséquent dans toute secte l'évolution vers la coercition s'avère inéluctable...

Le 3 février 1999, Madame Catherine Picard, député socialiste de l'Eure, et les membres du groupe socialiste et apparentés, proposent une loi « ouvrant à certaines associations le droit de se porter partie civile 'dans des procès intentés à des sectes, et de ce fait ont été amenés à redéfinir les sectes. Voici donc une autre définition : « tout mouvement ou organisation ayant pour but ou pour effet de créer ou d'exploiter une dépendance psychologique ou physique '.

La très récente proposition de loi About-Picard (jeudi 22 juin) visant à introduire dans le code pénal le délit de « manipulation mentale 'est très intéressante et suscite une levée de boucliers, non seulement de sectes comme la Scientologie, ou la secte Moon, ce qui n'a rien de surprenant mais -fait révélateur- également de la part de représentants de plusieurs Eglises, dont le père Jean Vernette, délégué de l'épiscopat pour la question des sectes, estimant qu'un tel délit formellement identifié risquerait de mener à « la législation d'exception que l'on voulait éviter '(La Croix du 20 juin).

L'Opus Dei : secte ou pas secte?...

L'Opus Dei n'est donc pas considéré officiellement, juridiquement, comme une secte en France, pas plus que « les légionnaires du Christ 'ou d'autres mouvements religieux dépendant des grandes confessions. Soit. Pourtant... si l'on examine d'un peu plus près l'Opus Dei, certains extraits de ses constitutions secrètes à la lumière des 11 caractéristiques sectaires définis par le Saint-Siège lui-même (document romain du 19 mai 1986, « les Nouveaux Mouvements religieux ou les sectes ', publié dans l'Osservatore Romano, n°20), on reste confondu. Cette démarche subtile a déjà été faite par une association américaine regroupant des parents, et qui a débouché sur la publication par J.J.M. Garvey du Guide des parents (en américain, Parents'Guide to Opus Dei) décrivant l'organisation et le mode manipulatoire de l'OEuvre, un travail tout à fait d'actualité, comme on le voit.

Je ne vais pas toutes les citer, pour ne pas être fastidieux, mais seulement en citer trois :

- Caractéristique n°1 : « Un processus subtil d'introduction du converti et une découverte progressive de ses véritables interlocuteurs ainsi que l'approche générale basée sur la tromperie et l'affection '.

Or, que disent d'autre les articles 190 et 191 des constitutions secrètes de l'Opus Dei?...

Extrait de l'art. 190 : (...) le fait même d'être membre de l'Institut (de l'Opus Dei) ne permet aucune manifestation extérieure; et l'on cachera aux gens de l'extérieur le nombre des membres (de l'Institut); bien plus, nos membres n'en parleront pas aux gens de l'extérieur '.

Mais déjà dans Camino ou Chemin, le chef d'oeuvre de Josemaría Escrivá, ne disait-il pas lui-même : "Il y a beaucoup de gens, de saintes gens, qui ne comprennent pas ton "chemin". Ne t'évertue pas à le leur faire comprendre; tu perdrais ton temps et susciterais des indiscrétions" (650).

Les nouveaux venus sont invités à ne pas « se dévoiler 'à leurs parents eux-mêmes, et savent rarement qui est membre de l'oeuvre et avec quelle qualification...

- Caractéritique n°2 : Utilisation de « technique 'de domination : « matraquage d'amour '(love-bombing)...

Le recrutement auprès des enfants est interdit par le Droit Canon, mais l'Opus Dei contourne l'obstacle en créant la catégorie des « aspirants '. En fait, toutes les émanations collectives de l'Opus Dei, les écoles, les auberges, les clubs, les centres culturels, les écoles d'hôtellerie, les universités, les résidences universitaires, les maisons d'éditions, etc., sont aussi des centres de recrutement, financés, gérés et pourvus en personnel par des membres de l'Opus Dei, mais jamais, grâce à Dieu ou au Diable, propriété « légale 'de l'Opus Dei!... Dans les résidences internationales, par exemple, les membres de l'Opus Dei ont ainsi l'occasion de « bavarder 'aimablement avec de futures recrues qui ne se rendent pas compte qu'ils sont passés au crible, au milieu d'une ambiance agréable, de flatteries, d'une atmosphère qui paraît naturelle et bon enfant alors que tout a été minutieusement organisé...

- Caractéristique n° 3 : Utilisation de « l'isolement ': contrôle du processus rationnel de pensée, élimination de toute information ou influence extérieure (famille, amis, journaux, etc.) qui pourraient briser la fascination et le processus d'assimilation des sentiments, des attitudes et des modèles de comportement.

L'Opus Dei ne craint pas de donner dans le prosélytisme à fond, et dans Camino le fondateur lui-même traite de ce thème (il lui consacre 23 maximes, dont celle-ci que je traduis, la 812 : « Il s'agit d'inculquer, sous couvert d'une instruction religieuse catholique, la vision du monde propre à l'Opus Dei '. En fait, l'Opus Dei est jalouse des attaches parentales, et il s'agit pour elle d'extraire de leurs familles les jeunes recrues dès le départ, de les répartir en groupes homogènes pour les « cercles 'hebdomadaires où l'on enseigne la soumission à la parole et à la pensée d'un maître.

Personnellement, je crois reconnaître là une technique psychique de conditionnement dont sont friandes toutes les sectes, c'est-à-dire la scotomisation**. Le directeur spirituel (un numéraire laïc) endoctrinera alors les jeunes recrues de quatre manières : en gagnant leur confiance; en projetant une image hautement séduisante de l'Opus Dei; en imposant un système de confessions obligatoires hebdomadaires avec un directeur de conscience (un prêtre de l'Opus Dei); enfin, en dirigeant le très important « plan de vie '... Il est évident que ledit « plan de vie 'n'est connu que du recruteur/directeur spirituel, du confesseur de l'Opus Dei, et de la jeune recrue, ce qui donnera lieu à une intimité longuement prolongée, à la possibilité de manipulation mentale, et sera utilisé le cas échéant pour provoquer la « crise de vocation '.

Enfin, et sans avoir épuisé le sujet, il faudrait examiner la possibilité de quitter l'OEuvre, le discours théorique de l'organisation et les témoignages d'anciens membres recueillis par Peter Hertel. Et les manipulations mentales. Un exemple rapporté par Peter Hertel dans Les secrets de l'Opus Dei : « A Stuttgart, la fiancée d'un membre de l'Opus Dei a reçu un appel téléphonique anonyme. A l'âge de dix-sept ans, ce membre avait fait la promesse de demeurer célibataire. Mais il avait changé d'avis et voulait se marier et quitter l'Opus Dei. Au téléphone, une femme se fit reconnaître comme membre de l'Opus Dei mais ne voulut pas décliner son identité. Elle déclara qu'un serviteur de Dieu était en la circonstance précipité dans les abîmes du péché. La responsable - sa correspondante - était une femme diabolique pour qui il n'y avait rien de sacré. Il fallait attacher une meule au cou de cet homme et le jeter dans les profondeurs de la mer. La jeune femme de Stuttgart tenta alors de se suicider après que la correspondance anonyme eut raccroché '(p. 185).

Comment conclure après une telle approche de ce qu'est ou pourrait être l'Opus Dei? Eglise, « Sainte Maffia 'ou secte?... Les quelques informations et connaissances ici rassemblées ne sont pas trop rassurantes, il faut bien en convenir, si elles n'ont jamais eu la prétention d'apporter la preuve définitive, et encore moins d'avoir pu réunir un faisceau de présomptions véritablement convaincantes. Il faudrait amasser une quantité considérable d'informations, de faits, de preuves, et les appuis de l'Opus Dei sont bien trop importants. La seule prétention est de susciter une interrogation, légitime, car les évidences sont loin d'être évidentes, et l'esprit critique et de libre examen n'est pas un crime - que je sache - dans le pays de Voltaire. Tout lecteur ou citoyen intéressé par la question véritablement préoccupante des sectes (et la nature exacte de l'Opus Dei - entre autres mouvements religieux - ses objectifs réels et ses méthodes d'action peuvent également susciter quelque inquiétude) n'a qu'à chercher à se tenir informé, au quotidien, et un site sur le web comme, par exemple, le réseau voltaire (http://www.reseauvoltaire.net/) , pourra contribuer parmi d'autres sources à sa propre édification personnelle.
Jean Dupont
Professeur d'Univérsité

* La structure et le fonctionnement de l'organisation (voir l'organigramme, « Structure directrice de l'Opus Dei, in Peter Hertel, les secrets de l'Opus Dei, Editions Golias, 1998, p. 62).

** SCOTOMISATION : Cette notion désigne le processus mental qui fait qu'un individu confronté à une contradiction évidente entre le discours et les actes tend à scotomiser (à ne pas voir) cette différence. Ce processus de déni a pour fonction d'éviter le conflit avec l'entourage, ou d'éviter une perte d'énergie en explications répétées ou tentatives de conviction. L'isolement affectif et la coupure avec la famille vont de pair et font l'objet d'une véritable théorisation (Jean-Marie Abgrall). Laforgue fournit sa contribution la plus originale en tentant de décrire le développement des fonctions cognitives dans ses relations avec l'évolution libidinale. C'est là qu'apparaît pour la première fois le terme de scotomisation pour désigner ce qui représenterait, sur le plan perceptif et cognitif, l'équivalent du refoulement sur le plan affectif.

Source : http://www.ledifice.net/7207-1.html

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Que la Volonté de Dieu soit faite

25 Avril 2012 , Rédigé par Jérôme COLIN Publié dans #Planches

Il est surprenant de constater que ce n'est qu'au degré de Maître Secret que le mot Dieu apparaît dans un rituel courant. Je m'explique : dans les degrés symboliques le mot Dieu n'est prononcé qu'une seule fois : au moment de l'initiation d'un profane. En effet, au début de ladite cérémonie, le VM demande à l'impétrant en qui il met sa confiance. L'impétrant répond alors - quitte à ce qu'on lui ait soufflé la réponse, ce qui est souvent le cas - qu'il met sa confiance en Dieu. Le VM le rassure quant au bien fondé de cette croyance, mais le VM lui-même ne prononce pas le mot Dieu, ce vocable est l'acabit du profane.

Mais ni les rituels d'ouverture ni de fermeture des degrés symboliques - les plus couramment mis en œuvre - n'emploient ce mot Dieu auquel est substitué le vocable GADLU. On ne peut que s'étonner de cette réserve du REAA envers le mot Dieu. La Franc-Maçonnerie est certes la voie substituée mais cela implique-t-il de remplacer les noms ?

Cette absence de mention du mot " Dieu " est pourtant récente. Dans les premières versions des grades symbolique du REAA, la Loge est ouverte " au nom et à la gloire de Dieu, GADLU ". Dieu disparaît au profit du seul GADLU entre la fin du XIX° siècle et le début du XX°, sous l'influence des Oswald Wirth et consort sans doute...

Mais revenons au XXIe siècle. Lors de la clôture des travaux au 4e degré du REAA, le F inspecteur invoque l'accomplissement de la volonté divine : " que la volonté de Dieu soit faite ". Cette phrase n'est pas une pure invention du REAA. Elle figure en effet au début de la prière la plus courante et la plus connue de la religion catholique : le " Notre-père ". La phrase exacte étant " Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel "

Il y a sans doute une explication à ces placements respectifs de l'invocation dans le rituel de clôture de la Loge de perfection et dans le Notre-père.

Dans le " Notre-père " - là où l'invocation est en début de prière - l'individu se place d'emblée en position de passivité. Il demande à Dieu de lui donner un morceau de pain et de lui accorder- d'avance - le pardon, il l'implore de ne pas le soumettre à la tentation et de le délivrer du mal. Mais, ce, sans avoir au préalable fourni le moindre effort.

Au sein d'une Loge de perfection le Franc-maçon se place à l'inverse en situation active. Une maxime - lapidaire - dit " aide toi, le ciel t'aidera " et c'est exactement - à mon sens - la démarche maçonnique en général et la démarche de perfectionnement en particulier. Le Franc-maçon travaille à son perfectionnement personnel et, une fois le travail accompli seulement, il demande au GADLU le coup de pouce qu'il espère avoir mérité. D'où le placement de l'invocation " que la volonté de Dieu soit faite " en fin de rituel de fermeture, et non au début du rituel d'ouverture par exemple.

Moins prosaïquement, mais dans la même optique, ce placement de l'invocation à Dieu en fin de rituel d'ouverture n'est pas sans rappeler la démarche des anciens alchimistes.

Pour les alchimistes l'important n'est pas, malgré les apparences, de transformer le métal vil en or pur, ni de transformer les métaux en général, encore moins de s'enrichir. Sauf pour Boettger mais c'est une autre histoire.

L'alchimiste opératif aspire à insuffler de l'esprit dans la matière et, par-là, récréer in vitro la création. L'alchimiste qui y réussi n'est pas tant celui qui a réussi la transformation de la matière que celui qui a obtenu " l'acquiescement de Dieu " .

Dans le cas de Boettger, il a simplement trouvé, par hasard pendant son incarcération, le procédé de fabrication de la porcelaine avant de mourir à 37 ans, d'extrême fatigue.

Le placement de l'appel à la fin du rituel de fermeture traduit à mon sens cette espérance : obtenir l'agrément divin après un travail parfaitement calibré. Il est d'ailleurs symptomatique que cette la phrase " Que la volonté de Dieu soit faîte ", soit placé après le rappel des 3 devoirs : garder le secret, être obéissant et rester fidèle.

On pourrait aussi voir dans cet appel et dans son placement à la fin du rituel une analogie avec une devise templière encore usité dans sa seconde partie : " Fait ce que doit, advienne que pourra ". Un hypothèse qui n'aurait pas déplu au chevalier Ramsay.

Dans le même ordre d'idée, je ne peux éluder le texte d'une prière maçonnique américaine du XIXe siècle dont je vous livre ici le contenu :

" Très Saint et Glorieux Seigneur Dieu,
Grand Architecte de l'Univers,
Dispensateur de tous dons et de toutes grâces,
Toi qui a promis que là où deux ou trois seraient assemblés en Ton nom,
Tu serais au milieu d'eux et Tu les bénirais.
C'est en Ton nom que nous sommes assemblés
Et c'est en Ton nom que nous désirons accomplir tous nos actes.
Fais que les principes sublimes de la Franc-Maçonnerie
Puissent vaincre en nous toute discorde et toute passion,
Qu'ils mettent l'harmonie dans nos coeurs
Qu'ils les enrichissent de Ton amour et de Ta bonté,
Et que cette Loge puisse, en ce moment,
Refléter humblement l'ordre et la beauté
Qui règnent à jamais devant Ton trône.
Amen .(3) "

" là où deux ou trois seraient assemblés en Ton nom,
Tu serais au milieu d'eux et Tu les bénirais "

S'il y a dans une Loge de perfection le TFPM, l'inspecteur, et ne serait-ce qu'un seul Maître secret, le quorum est atteint et cette " apparition " divine peut avoir lieu. Si on considère en plus que l'ouverture d'une loge de perfection est soumise au même quorum que l'ouverture d'une Loge symbolique REAA, la bénédiction divine semble alors inévitable.

Cette prière, usitée dans un autre rite, n'est pas sans rappeler une évidence : Le FM, de part son travail en Loge, aspire simplement à la bénédiction divine. Une bénédiction divine d'ailleurs évidente si on en croit le texte de la prière.

" Toi qui a promis (…) Tu serais au milieu d'eux et Tu les bénirais "

Il ne s'agit donc pas dans cette prière d'invoquer la bénédiction divine mais de l'évoquer, c'est à dire, à en croire le dictionnaire, de rappeler à la mémoire. On postulera en effet que le créateur ne serait manquer à sa parole. Que la parole de l'homme - par nature si mauvais - soit peu fiable et sujette à caution, même si elle est donnée la main sur le VSL, personne n'en doute. Mais nier l'infaillibilité de la parole divine c'est nier le " fiat lux " créateur. Autrement dit, c'est nier la création et commettre une sorte d'apostasie.

Nous nous retrouvons donc, à l'issue de mon raisonnement, avec deux aspects de la formule : " Que la volonté de Dieu soit faîte ".

-Un aspect invocatoire, il y invocation de l'acquiescement divin.
-Un aspect évocatoire, il y a rappel de la promesse divine telle que décrite par
exemple dans la genèse : " Faisons l'homme à notre image, donnons lui le pouvoir
sur les choses de ce monde, etc.. " . Un coup de pied pour l'écologie…

Laissons nous aller à un peu d'étymologie. " Evoquer " vient du latin " evocare " et " invoquer " vient du latin " invocare " . Dans les deux termes, on retrouve la racine " vocare " qui renvoi à " vox " : la voix.

Ce n'est donc pas tant la volonté de Dieu qui serait alors requise lors du rituel de clôture que sa voix. Cette voix qui prononça le " Fiat Lux " créateur.

La sentence : " Que la volonté de Dieu soit faite " placée à la fin du rituel de clôture serait-elle donc un appel à un nouveau " Fiat lux " promis dés l'origine ? à la garantie d'un nouveau " Bereshit " ? à la réception en nous même d'une autre " grosse parcelle de divin " ? Selon mon raisonnement rien n'interdit de le penser.

J'ai dit, TFPM

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/4/volonte/volonte.htm

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Atelier,Loge,Temple

25 Avril 2012 , Rédigé par Pierre Lengyel Publié dans #Planches

Trois mots pour définir un espace temps très précis ; mots que l'on emploie d'une façon incorrecte, tant l'habitude est grande chez les Maçons, emploi qui ne fait plus, la différence des nuances de chacun d'eux.
J'ai donc repris le dictionnaire du F LITTRE, afin d'en savoir plus, sur le sens du mot atelier
Je cite donc : " lieu où travaille un certain nombre d'ouvriers, mais aussi lieu de travail d'un peintre, d'un sculpteur , mais encore suivant l'étymologie, c'est le lieu où l'on prépare les attelles, qui sont de petites planches ! ".
Faut il prendre à la lettre cette fabrique d'attelles, et la transposer dans le monde des symboles maçonniques ? On le peut si l'on considère qu'une attelle aide, en cas d'incident, d'accident, aide donc à marcher. C'est que l'on doit apprendre, au profane, à faire les trois pas, en considérant qu'une fois initié, il " marchera droit ! ". Toujours dans le Littré, une attelle est utilisée dans l'attelage des chevaux, en flamand une attelle devient un copeau. Cette définition est intéressante à double titre, au cheval fou qu'est l'impétrant dans sa vie profane, dans l'atelier, la Maçonnerie, va lui mettre des guides, en lui imposant le silence , et il va laisser sur le parterre de l'atelier non pas des copeaux, mais des morceaux de pierre. Ainsi guidé et raboté, l'apprenti va progressivement s'intégrer dans la Loge. Cet apprenti comme dans la vie professionnelle, va changer de vêtements (sur le plan symbolique s'entend), et il va se taire pour mieux prendre en compte l'expérience des ouvriers confirmés. Par l'observation, il apprendra, et il préparera son avenir.
Pour la Loge : même source de renseignements, de notre F Littré : entre autre, cabinet dans lequel on enferme chaque concurrent pour les prix de peinture, de sculpture et d'architecture, les concurrents entrent en Loge, nom de petit cabinet rangé par étages au pourtour d'une salle de spectacle, mais aussi être aux premières loges, être bien placé pour voir, pour jugé quelque chose, cabinet où les acteurs s'habillent. Le Littré, précise que c'est aussi le nom de lieux de commerce pour les Européens, en Afrique et en Asie. Etant entre deux étapes de son initiation, je pense que le compagnon est aux premières loges pour comparer et faire un constat sur sa vie comme apprenti et sur son devenir comme futur maître, d'autre part le grade de compagnon est aussi celui des Arts et des sciences, et s'il est enfermé temporairement dans le grade de compagnon, c'est pour mieux parfaire ses connaissances, à ceci près qu'en maçonnerie, il n'y a pas de concours ni de concurrents. Si l'on constate que le commerce profane est basé sur des échanges, le compagnon, nanti de la Parole peut lui aussi maintenant, échanger ses expériences maçonniques avec les autre Frères de sa Loge.
En passant de l'atelier à la loge, l'initié a franchi un seuil, celui du spectateur passif, à l'acteur actif, pouvant prendre part aux travaux de la Loge d'une manière plus efficace. C'est donc que les Maîtres lui ont fait confiance, en lui confiant des outils plus élaborés. IL devient son propre acteur, tout en ayant encore des contraintes, puisque les Maîtres, l'observent et le jugent. C'est si vrai que l'on dit souvent que les Maçons reconstituent et vivent un psychodrame, dans le but de modifier leur personnalité, tout comme l'acteur qui endosse suivant les pièces, les différents habits des personnages mis en scène. C'est valable pour le compagnon qui de part son changement de point cardinal, du Nord au Midi, est mis en scène, afin de participer au psychodrame maçonnique. Dans l'atelier comme dans la Loge, il n'y a pas de Colonnes. La marche du Compagnon, est encore mal assurée, si l'on reprend le langage théâtral, le compagnon ne tient pas son rôle. Dans la Loge comme dans l'atelier, les protagonistes, ne sont pas encore au fait du métier, ils doivent donc, rester à leur poste de " travail ", sans avoir la possibilité de bouger. Ce n'est pas une brimade, mais dans la vie professionnelle, le savoir faire ne vient pas comme par enchantement, cela demande des efforts, et avant d'abaisser la bavette du tablier, il faut travailler et encore travailler, comme dans le monde profane, c'est l'effort qui est récompensé .
Le Temple. Il faut donc pour parvenir au Temple faire des efforts et non y parvenir à l'ancienneté. Notre Littré, donne les définitions suivantes : chez les Romains, lieu découvert d'où la vue pouvait s'étendre à l'horizon, et consacré par les augures, édifice public consacré à la divinité chez les peuples qui ont un culte (dans le Littré, il y a deux pages de définitions, c'est d'une façon arbitraire que j'ai choisi ces deux définitions).Dans l'histoire de l'Humanité et des religions, de tous les temps, l'Homme a consacré des lieux, à ses différents cultes. Sédentaire ou Nomade, l'homme ressent l'utilité de consacré sur Terre, un espace spécialement réservé, à l'irrationnel, à ce qui n'entre pas dans les habitudes et préoccupations journalières, à ses questions sans réponses sur le sens de la vie. Chose aisée, pour les peuples sédentaires, en construisant un Temple, en bois, comme en pierre, mais chose aussi aisée et même plus facile et plus rapide, pour les nomades, on délimite, avec une corde un simple espace à terre, comme cela l'espace est consacré à la divinité. C'est maintenant, le champ d'activité des archéologues, qui puisent dans les ruines des TEMPLES détruits, matière à supputations et à comparaisons.
De nos jours, il est bien rare que l'on élève des Temples à la Vertu. L'homme contemporain, comme dans l'ancienne Babylone, élève des Temples, à la chanson, au commerce, au sexe, quelque fois aux sciences, mais c'est plutôt rare, nous sommes passés du divin et du spirituel qui en découle, au matériel et au profane qui en résulte. Mais cela a le mérite de montrer que l'Homme a besoin d'un espace sacré, même si les temples modernes sont loin de leur destination première. Dans ce Chaos profane, il est des Femmes et des Hommes, qui malgré toutes les possibilités offertes par le monde profane, ne sont pas satisfaits de leur vie. Ils frappent à la porte, on ouvre cette porte, mais ils n'accéderont, dans un premier temps, que dans l'Atelier, puis peut être dans la Loge. Et suivant leurs efforts et leur travail, ils pourront transformer, leur soif de savoir et de vivre autre chose, en pénétrant dans le Temple, ils apercevront deux Colonnes l'une que l'on nommera BOAZ, en hébreu MISHPAT, ou pouvoir royal, et plus loin à l'opposé l'autre que l'on nommera JAKIN, en hébreu TSEDEK, ou pouvoir sacerdotal.
Les deux Colonnes montrant aux Maçons le chemin à suivre, en associant le matériel et le spirituel, la marche du Maçon deviendra stable et sans faux pas. Plus question de trébucher, en revenant aux erreurs de l'apprenti, comme du compagnon.
Mais qu' y a-t-il dans ce temple ? Il y a la rencontre avec le sacré, car non seulement, nous ne sommes plus dans un espace profane, mais en pénétrant dans le Temple, nous avons banni le temps profane ; en éliminant ces deux contraintes, notre regard peut envisager l'infini, notre imaginaire, lui aussi peut aborder des régions impensables auparavant, mais chose beaucoup plus importante et lourde de conséquences pour notre devenir spirituel, la petite flamme, qui nous a guider, vers la porte du Temple, petite flamme insignifiante et invisible pour les autres, et quelquefois pour nous même, devient une flamme vivace, une lueur perceptible, pour les profanes et un Phare, pour les Initiés en devenir, un guide pour tout ceux qui ont décidés de gravir la Montagne . Dans le Temple nous sommes nus devant nous-mêmes, nous ne sommes plus dans la Caverne de Platon. La Caverne, étant l'illusion de nos propres insuffisances, et si nous croyons distinguer de la lumière, dans le fond de la Caverne, trop souvent, ce n'est que le reflet de nos défauts, mais ce n'est pas la Lumière. Dans le Temple la Lumière étant très vive, il n'y a pas d'Ombre, il est difficile de dissimuler nos défauts. Et si nous sommes parvenus dans le Temple par simple curiosité, notre déception n'en sera que plus grande, car nous serons face à nous-mêmes .
Bon maintenant, notre travail, nos efforts, nos désirs, sont récompensés ; mais est ce pour autant que tout est terminé ? Non, il reste à parvenir au Saint des Saints, mais cette approche est une autre Histoire.
Dans cet espace temps, avec les trois noms d'un même espace, mais avec un temps différent, le Triangle devient actif. Constitué d'êtres vivants, cet espace est lui aussi vivant, et c'est pourquoi, lorsque des SS et des FF décident d'allumer les feux d'une nouvelle Loge (pour faciliter la compréhension, j'utilise le terme le plus employé), elles ou ils la nomment avec un titre qui porte les espérances, les projets et les rêves, des créateurs. Les exemples sont multiples, entre la Loge " Robespierre " et la Loge la " Tradition Initiatique ", le chemin initiatique est forcément différent, mais dans les deux cas respectable. La Loge comme entité vivante, est elle aussi soumis à la Loi des Cycles, à savoir qu'elle naît, qu'elle croit , comme tout être vivant, elle attrape des " maladies ", elle déprime, elle vieillit et même quelquefois meurt . D'autre fois elle oublie que son nom de " baptême " n'est pas innocent, qu'il n'est pas gratuit, qu'il implique obligatoirement, un axe de recherche et de travail, elle perd de vue son acte fondateur, se contentant de vivoter sur un passé glorieux, oubliant le sens des trois termes qui fondent son existence, l'Atelier, la Loge et le Temple. Les angles s'écartent les uns des autres, et finissent par devenir une ligne droite ; sans s'en rendre compte la Loge devient un club, utilisant, sans plus savoir, sans plus comprendre le sens du rituel, ni l'utilité des symboles.
Mais à l'inverse, il y a des Loges où l'Egrégore renaît à chaque Tenue, redonnant aux participants, Force et Vigueur, montrant aux App, et aux Comp, que le travail débouche sur du concret, que leur espoir ne sera pas déçu et qu'à leur tour et au moment donné, eux aussi pourront accéder à la vie spirituelle, et qu'eux aussi pourront transmettre, l'espoir initiatique, et qu'eux aussi seront aussi des Phares pour le monde profane. Que la coupe d'amertume, ne sera bue qu'une seule fois. Pour que vive cet espace/temps unique, il faut que les SS et les FF, n'oublient pas pourquoi, un jour, ils ont frappé à la porte du Temple, pourquoi ils viennent régulièrement dans ce lieu et ce à quoi ils travaillent ? La Loge vit par le souffle de l'Esprit, souffle entretenu par les SS et les FF de la Loge, conscients de leur responsabilité. On dit que cela est notre Chaîne d'union, nous reliant aux MM Passés, avec cette obligation, cette responsabilité, que nous avons tous, redonner ce flambeau que l'on nous a confié, suffisamment lumineux, pour attirer des profanes vers nos Temples, comme les vestales nous sommes les gardiennes et les gardiens, d'un savoir initiatique, qui ne doit pas mourir ! En sombrant dans la facilité, et en baissant les bras face au chantier en cours.

J'ai dit

Pierre LENGYEL GLF La Rose des Vents Orient de Coutances

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/1/atelier/atelier.htm

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Catéchisme de la Chimie Supérieure

24 Avril 2012 , Rédigé par ECKHARTSHAUSEN Publié dans #Alchimie

   

question : Qui es-tu ? réponse : Je suis un homme qui connaît la lumière et adhère à celle-ci.

Q. : Qu'est-ce qu'un tel homme ?

R. : C'est celui qui, après avoir reconnu la lumière, est illuminé par celle-ci, et y adhère entièrement ; qui sait et qui pratique tout ce que la vieille et authentique communauté de lumière a toujours su et pratiqué, que ce soit écrit dans le livre de la lumière ou non.

Q. : Par quel signe reconnaît-on un adhérent de la lumière ?

R. : Par le fait qu'il connaît le signe de la croix dans la nature, le grand symbole de la force de dissociation , de la sépara­tion du pur et de l'impur, du parfait et de l'imparfait ; qu'il évite tous les travaux non authentiques et les erreurs que rejettent unanimement les vrais maîtres de l'authentique communauté de lumière.

Q. : Comment se désigne l'adhérent de la lumière ? R. : II se désigne par le grand signe de la croix de la nature (+), par le signe de la grande force de dissociation ; il dit et entreprend tout au nom ou selon les attributs du feu, de la lumière et de l'esprit, et ainsi il conduit tout vers son Amen, ou vers son achèvement.

Q. : Combien y a-t-il de chapitres de l'authentique communauté de lumière, que doit connaître chaque adhérent de la lumière ?

R. : Il y en a cinq ; le premier concerne la vraie conviction et la foi, ou l'adhésion à la lumière ; le second, les sept moyens d'obtenir la lumière ; le troisième, les dix commandements de la lumière ; le qua­trième, la connaissance de la force créatrice qui agit, et de la forme pure. qui reçoit ; le cinquième, la science de la dissociation de la lumière.

CHAPITRE PREMIER

De l'adhésion à la lumière

Q. : Quel est le chapitre premier de la doctrine authentique de la lumière ?

R. : L'adhésion à la lumière et la connaissance de celle-ci ; car sans cette adhésion et cette connaissance, il n'est pas possible de faire agir une force, de réaliser et d'achever quelque chose.

Q. : A quoi doit croire et adhérer chaque fils de la lumière ?

R. : A tout ce que les hommes de lumière ont enseigné et rédigé dans les 12 articles de l'authentique communauté de lumière.

Q. : Quels sont les 12 articles de l'authentique communauté de lumière ?

R. : 1. J'adhère et je crois à une force créatrice du feu, qui a donné naissance au ciel et à la terre, ou encore à l'Extensum et au Concretum à ce qui est volatile et à ce qui est fixe. 2. J'adhère et je crois aussi à une lumière produite par cette force du feu, lumière qui est la maîtresse de l'univers ou la force toute-puissante dans la nature. 3. Cette lumière pure émanant du feu, est reçue par l'esprit le plus pur, et née de la forme la plus pure. 4. Cependant, elle a dû souffrir au royaume de l'impur ; elle a été dissociée, mortifiée et enfouie sous terre. 5. Alors la lumière descend au plus profond de la matière ; et au bout de 3 époques, c'est-à-dire après 3 réunions de trois forces spirituelles avec 3 formes purifiées, elle se redresse, à nouveau vivante. 6. Elle se rehausse jusqu'à la perfection suprême, en tant que force de lumière brillante du feu tout-puissant. 7. Et après avoir atteint à cette perfection suprême, elle est capable de rendre vivant tout ce qui est mort, et parfait tout ce qui est imparfait. 8. Je crois à l'esprit de lumière émanant du feu et de la chaleur, et je le connais. 9. La sainte, universelle et véritable communauté de lumière, association et union de ceux qui sont capables de lumière. 10. Abolition des maladies et de la misère. 11. Renouvellement de notre être. 12. Et félicité suprême de la vie.

Q. : En quoi consiste le principal contenu de ces 12 articles ?

R. : Il consiste, pour celui qui est capable de lumière, à suivre les lois de la lumière, qu'il reconnaît par la raison , et qu'il pratique par sa volonté ; à savoir, qu'il n'existe qu'une seule force universelle, en une substance et essence, et qu'en même temps celle-ci est triple dans son évolution force du feu en tant que force créatrice ; force de lumière en tant que force d'union ; et force de l'esprit, émanant du feu et de la lumière, en tant que force formatrice de toutes choses.

Cet esprit qui émane conduit tout à la perfection, et par des moyens ordonnés à l'achèvement suprême.

CHAPITRE SECOND

Des 7 moyens d'obtenir la lumière

Q. : Quel est le chapitre second de la doctrine de la véritable commu­nauté de lumière ?

R. : Ce sont les 7 moyens d'obtenir la lumière, moyens que la com­munauté tient pour éminents et saints.

Q. : Qu 'est-ce qu 'un tel moyen ?

R. : Il s'agit d'une action visible par laquelle une force invisible réa­lise une perfection intérieure.

Q. : Combien y a-t-il de ces moyens ?

R. : Sept, et ils sont en analogie avec les sept sacrements. 1. Le bap­tême, par l'eau et la lumière. 2. La confirmation de la matière selon l'eau et la lumière. 3. La purification. 4. La réception de la lumière d'en haut dans l'essence et la substance. 5. La sanctification et le perfectionnement de l'objet (Sache). 6. L'huile d'en haut. 7. L'association du feu et de la lumière en un corps parfait.

Q. : Qu 'est-ce que le baptême par la lumière ?

R. : C'est le premier et le plus nécessaire des moyens d'association ; grâce à lui, la matière est purifiée par l'eau et par la parole agissant dans l'eau, et est reproduite en tant que corps nouveau et priait dans l'être de lumière.

Q. : Qu'est-ce que la confirmation ?

R. : La confirmation par la lumière est un moyen d'association par lequel la matière, préparée comme il est dit plus haut est fortifiée par l'huile de lumière et par l'esprit qui s'y trouve, et est rendue davantage capable de perfection.

Q. : Quel est le troisième moyen d'association ?

R. : C'est celui par lequel la lumière et le feu, sous les espèces formelles des principes du pain et du vin, reçoivent leur essence, dès qu'un prêtre ordinaire de la nature sait transformer ces prin­cipes sur l'autel.

Q. : Quel est le quatrième moyen d'association ?

R. : C'est le moyen grâce auquel le prêtre de la nature, capable de lumière, purifie la matière réceptive à la lumière, et à lui-même tous les effets de l'imperfection.

Q. : Quel est le cinquième ?

R. : C'est le moyen d'association grâce auquel la force pure de lumière, sous forme d'huile, se rehaussé jusqu'à la perfection des forces guérissantes.

Q. : Que/ est le sixième ?

R. : Le sixième est celui grâce auquel la matière est sanctifiée et ren­due capable de lumière par 7 forces agissantes.

Q. : Quel est le septième ?

R. : C'est l'association parfaite de la lumière avec le feu grâce à un être intermédiaire qui émane de la lumière et du feu, et qui réalise la plus parfaite de toutes les associations.

 CHAPITRE TROISIÈME

Des 10 commandements de la lumière

Q. : Quel est le chapitre troisième de la communauté de lumière ?

R. : Les 10 commandements de la lumière, au sujet desquels il est écrit : Si tu veux réaliser quelque chose, réalise-le par l'exécution des com­mandements ou de la loi.

Q. : Quels sont les 10 commandements de la lumière ?

R. : Ce sont les suivants :

1. Il n'y a pas plus d'une matière. 2. Les propriétés de cette matière doivent être utilisées dans l'ordre. 3. Dans 6 actions, la matière achève son travail journalier, puisque 3 forces produisent 3 êtres et elle se repose dans la septième force, en tant que plénitude de ses actions ; cette septième force doit être sainte pour toi en tant que sabbat de la lumière. 4. La lumière et le feu, en tant qu'élément passif et actif doivent t'inspirer le respect ; car le feu est l'élément mâle et la lumière l'élément femelle — ils sont le père et la mère de toutes choses. 5. Ne ravis pas à la lumière ce qui vivifie, afin que la matière, qui doit être rehaussée, ne meure pas. 6. Ne mélange pas ton ouvrage hors de l'ordre établi. Toute chose a son temps et ses rotations. Il est de ton devoir d'unir les forces dispersées. 7. Ne soustrais pas leurs propriétés à la lumière et au feu ; il est du devoir du sage de les faire agir entièrement. Il laisse à chacun ce qui lui appartient. 8. Ne prends pas pour vraie une fausse apparition, et n'accepte rien d'impur et d'étranger, qui ne serait pas capable d'absorber la lumière, afin que l'artifice ne te donne pas une fausse image. 9. L'esprit émanant' de la lumière et du feu ne désire aucune chose qui soit encore liée à d'autres, et qui ne soit pas détachée. 10. Par ailleurs, cet esprit ne désire aucune matière qui lui soit étrangère et non semblable.

Q. : En quoi consiste le contenu principal de ces lois de la lumière ?

R. : En ce que la lumière doit pénétrer entièrement ta matière ou substance,, afin que le feu soit entièrement uni par la lumière, et que l'esprit émanant de la lumière et du feu vivifie entièrement ta matière. Ceci est la première loi.

La seconde est similaire à celle-ci, à savoir : Tu dois traiter de la même manière la matière que tu travailles, et toute autre essence que tu veux amener à la perfection.

C'est à ces deux conditions principales que se rattache toute la science de la lumière, et tous ceux qui y adhèrent.

Q. : Quels sont les commandements de la communauté de lumière qui travaille ?

R. : Ils sont au nombre de cinq. Premièrement : Respecte, en tant que sacrés, les moments de repos dans le travail ; car la lumière a ses sab­bats, et le travailleur doit les fêter. Deuxièmement : Au cours de ces fêtes de lumière, consacre la substance du saint sacrifice ; laisse, par l'eau de lumière, le pur se séparer de l'impur, l'actif de l'inactif. Troisièmement: Dans ton travail, abstiens-toi de tout ce qui est contre la loi de lumière, aussi bien dans les forces et actions que dans les formes et essences des choses ; celles-ci sont les 4 quatembres de l'école de lumière. Quatrièmement : Essaie, au moins une fois l'an, de discuter avec un ami raisonnable du progrès que tu fais, et de découvrir ce qui te gaie, afin que tu aies un soutien sur ton chemin, qui te mène à la perfection Cinquièmement : Aux époques que te désigne la raison, abstiens-toi aussi bien d'ouvrir ton cœur à d'autres que de te lier prématurément.

Q. : Pourquoi faut-il respecter les commandements de la communauté de lumière des vrais connaisseurs de la nature ?

R. : Parce que les lois de la lumière, ou conditions de la lumière, commandent que l'homme n'obéisse pas seulement à ce qui est nécessaire, à l'intérieur de la nature, pour atteindre le but fixé, mais éga­lement à ce qui est exigé à l'extérieur à cette fin ; en effet, le quatrième commandement de la lumière suppose ces exigences, et quiconque ne respecte pas ses bonnes ordonnances et ses préceptes sera tenu pour un pro fane et un homme de chair qui ignore les lois de l'esprit.

CHAPITRE QUATRIÈME

Q. : Quel est le chapitre quatrième de la communauté de lumière intérieure des véritables connaisseurs de la nature ?

R. : C'est la connaissance de l'analogie du saint Pater-noster adhérent , et du saint salut angélique adhérent, avec la force naturelle et la forme, naturelle la plus pure.

Q. : Quelle est cette analogie ?

R. : 1. Force suprême de la lumière, toi qui es le divin dans la nature, et qui demeures au plus profond de celle-ci comme dans le ciel, que soient sanctifiés tes attributs et tes préceptes. 2. Où tu es, tout est parfait ; que le règne de ta connaissance arrive parmi les tiens. 3. Que, dans tout travail, notre volonté unique soit toi, force de lumière qui agis Par toi-même ! Et de même que tu réalises tout dans la nature entière, réalise tout, également, dans notre travail. 4. Donne-nous de la rosée du ciel et du gras de la terre, les fruits du soleil et de la lune venant de l'arbre de la vie. 5. Et pardonne-nous toutes les erreurs que nous avons commises, faute de te connaître, dans notre travail, comme de notre cité nous voulons faire sortir de leur erreur ceux qui ont offensé nos principes ; ne nous abandonne pas à notre présomption et à notre propre science, mais délivre-nous de tout mal par l'achèvement de ton oeuvre. Amen.

 Analogie de l'Avé

Sois la bienvenue, source pure du mouvement propre forme pure capable de recevoir la force de lumière ! A toi seule s'unit la force de lumière de toutes choses. De toutes les formes réceptives, tu es la plus bienheureuse, et saint est le fruit que reçois, l'essence de la lumière et de la substance de chaleur unies. Forme pure, qui a engendré l'être le plus parfait, lève-toi pour devenir force de lumière pour nous, pendant que nous travaillons, et à l'heure où nous achevons l'ouvrage !

Q. : Quel est le contenu principal de tout le Pater-noster des enfants de lumière et de son analogie dans la nature ?

R. : Ils prient pour la somme de tous les biens spirituels et temporels pour le salut de l'âme et de la vie, pour obtenir de Celui qui est la force de lumière suprême — le divin dans la nature — la grande œuvre de la nature ; ils prient pour que Dieu les guide vers la sagesse, les préserve des erreurs dans leurs travaux, et leur enseigne à être bienfaisants envers les hommes, leurs frères, afin que soit réalisé ce que Dieu a promis aux des­cendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et que l'alliance de Dieu avec les hommes soit exécutée.

Q. : Pourquoi les enfants de lumière ont-ils également une analogie du salut angélique ?

R. : Afin que, non seulement, ils admirent ta grandeur de Dieu dans ta force toute-puissante de la nature (avec laquelle le Christ a une analo­gie), mais qu'également ils reconnaissent la splendeur de la forme virgi­nale la plus pure, dont l'analogie est la vierge Marie et à laquelle s'est unie la force supérieure afin de produire ce qui existe de plus parfait. Car, de même que le Saint-Esprit s'est uni à la vierge Marie pour pro­duire l'homme spirituel le plus parfait, de même l'esprit le plus pur de la nature s'unit à la matière la plus pure pour produire la forme physique la plus parfaite, le Rédempteur physique de la nature, qui amène à la perfec­tion tous les autres objets physiques, ce qui constitue le secret des sages. C'est pourquoi cet art ne peut être compris que de celui qui adhère au Christ ; et seules les analogies de la religion nous entraînent vers la connaissance suprême ; de même que l'expérience acquise par les enfants de lumière les conduit, également par analogie, à la connaissance des plus hauts mystères de la foi.

Q. : Ne suffit-il pas qu'un enfant de lumière sache et connaisse tout ce qui lui est prescrit ?

R. : Non ! Cela ne suffit pas, il doit également le pratiquer, et démontrer sa connaissance par ses œuvres ; c'est là-dessus qu'est fondée la science de la dissociation es enfants de lumière, science qui est en analogie avec la justice chrétienne.

 CHAPITRE CINQUIÈME

Q. : Quel est le chapitre cinquième des enfants de lumière ?

R. : Il se compose de deux parties, à savoir qu'un adhérent de la lumière doit, par la grâce d'en haut qui est notre rosée, notre +, purifier partout l'impur, et réaliser le bien ; car la connaissance doit concorder avec l'exécution : cela veut dire que la théorie et la pratique doivent concorder ; ce n'est pas assez, pour un connaisseur de lumière, de connaî­tre l'art, il doit aussi savoir le pratiquer ; le savoir seul ne justifie pas, il faut aussi la pratique.

Q. : Quel est le mal qu'il faut fuir le plus dans notre science de la lumière ?

R. : Ce qui risque de priver l'homme de ce bien naturel suprême qui est la plus haute perfection de la nature.

Q. : Quels sont les principaux péchés ou erreurs que l'on peut commettre dans l'opération ?

R. : Ce sont les actions qui — aussi bien à l'égard de l'opération que dans l'application de ce trésor après l'opération — sont contraires aux fins de Dieu ; plus précisément, ce sont les suivantes : La trop forte éléva­tion par le feu. La trop forte concentration. Le gaspillage. L'excessive parcimonie de matière. La surcharge. L'inflammation. Le refroidissement. Au sujet de ces péchés principaux et mortels,,, qui tuent l'esprit, il est écrit : ceux qui le commettent n'obtiendront pas la perfection suprême dans la nature physique.

Q. : Combien y a-t-il d'infractions, ou de péchés chimiques, contre l'esprit de la nature ?

R. : 1. Tout bâtir sur cet esprit, présomptueusement, sans indulgence et sans raison, pécher contre sa miséricorde. 2. Désespérer aussitôt, lorsqu'on ne voit pas immédiatement son effet. 3. S'opposer à la connais­sance des vérités chimiques. 4. Jalouser ses frères pour la grâce dont ils bénéficient. 5. Endurcir son cœur contre les exhortations les plus salutai­res. 6. Demeurer dans l'ignorance. Ces infractions sont sans pardon, car elles ne pourront jamais être compensées dans l'ouvrage.

Q. : Quelles sont les infractions qui crient au ciel ?

R. : 1. Détruire délibérément l'ouvrage. 2. Profaner l'ouvrage. 3. En abuser pour opprimer les hommes. 4. Supprimer, à celui qui y a participé, son salaire mérité.

Q. : Quels sont les péchés chimiques étrangers ?

R. : 1. Conseiller à autrui l'erreur chimique. 2. Inciter autrui au Péché. 3. Consentir à l'erreur d'autrui. 4. Louer l'erreur d'autrui. 5. Se taire en présence de l'erreur d'autrui. 6. Fermer les yeux sur l'erreur d'autrui. 7. Participer aux erreurs d'autrui. 8. Défendre ces erreurs.

C'est ainsi que nous participons aux erreurs d'autrui, comme si nous les avions commises nous-mêmes.

Q. : Suffit-il, lorsque l'on est en possession de l'ouvrage, de délaisser le mal et d'éviter le péché ?

R. : Non ! Il faut faire aussi le bien ; car Dieu n'accorde cette grâce qu'afin que l'homme ainsi gratifié puisse apporter les fruits mûrs de la perfection. Il doit également mener une vie juste et pieuse devant Dieu et devant les hommes, et, par de bonnes œuvres, faire honneur à sa haute vocation.

Q. : Combien y a-t-il de bonnes œuvres ?

R. : Trois.

1. Le sage doit avoir son âme toujours orientée vers Dieu et la sagesse. 2. Qu'il s'abstienne de tout ce qui n'est pas divin et sage. 3. Qu'il remédie partout aux besoins des hommes, ses frères.

Q. : A quoi servent les bonnes œuvres ?

R. : Les bonnes œuvres servent à rendre heureux tant l'individu que l'univers entier.

Q. : Quelles sont les œuvres corporelles de la miséricorde que peut réaliser le sage lorsqu'il a atteint la perfection suprême de la nature phy­sique ?

R. : 1. Il peut nourrir ceux qui ont faim. 2. Faire boire ceux qui ont soif. 3. Vêtir ceux qui sont nus. 4. Héberger les étrangers. 5. Guérir les malades. 6. Eveiller la matière morte.

Q. : Quelles œuvres spirituelles peut pratiquer ce même sage ?

R. : 1. Il peut punir le péché. 2. Informer les ignorants. 3. Prodi­guer ses conseils à ceux qui doutent. 4. Consoler ceux qui sont affligés. 5. Souffrir patiemment l'injustice.

Q. : Quelles sont les huit félicités chimiques ?

R. : Ce sont celles qui sont obtenues par la jouissance et la posses­sion de la plus haute perfection de la nature en tant que bien naturel suprême, et qui sont enseignées par saint Jean dans l'Apocalypse d'après la révélation du Seigneur. 1. A celui qui l'emportera, je donnerai à manger du fruit de l'arbre de la vie, qui se trouve dans le paradis de mon Dieu. 2. Celui qui l'emportera ne sera pas offense par la seconde mort. 3. A celui qui l'emportera, je donnerai à manger du pain céleste caché, et je lui donnerai une pierre blanche sur laquelle sera écrit un nouveau nom que personne ne comprend, sauf celui qui possède la pierre. 4. A celui qui l'emportera et qui gardera mon œuvre jusqu'à sa fin, je donnerai la puissance sur les nations ; et il mènera les peuples avec une verge de fer, et il les brisera comme les vases d'un potier ; il aura ce que j'ai hérité du père, et je lui donnerai une étoile du matin. 5. Celui qui l'emportera sera habillé de blanc, et je n'effacerai jamais son nom du livre de la vie, et je le confesserai publiquement devant mon père et les anges. 6. Celui qui l'emportera sera une colonne dans le temple de mon Dieu, et j'inscrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville sainte qui est la nouvelle Jérusalem descendant du ciel, et il saura mon nouveau nom. 7. Celui qui l'emportera, je le laisserai s'asseoir sur mon trône, tout comme je suis assis sur le trône de mon père parce que je l'ai emporté. 8. Celui qui sera le vainqueur obtiendra, par le droit de la suc­cession, tout ce qu'il désire et souhaite de moi ; je serai Dieu, et il sera mon fils.

Q. : Quels sont, dans cet art, les conseils évangéliques ou célestes ?

R. : Ils sont au nombre de trois : 1. Rester pauvres dans la richesse. 2. Rester abstinents, alors que nous pouvons jouir de tout. 3. Rester obéissants, alors que nous pouvons commander.

Q. : Quelles sont les 4 choses dernières ?

R. : 1 : La mort, en tant que mortification de la matière. 2 : Le juge­ment, ou la dissociation 3 : de ce qui est céleste et vivant 4 : vis-à-vis de ce qui est terrestre et mort. Pense, ô homme, pendant ton travail, à ces quatre choses dernières, et tu ne failliras pas dans ton ouvrage.

REMARQUES FINALES

La force la plus subtile est unie dans l'aimant à la matière la plus grossière.

La force divisible est apparentée au point indivisible.

Expérience

On peut décomposer l'aimant en autant de points que l'on veut ; les morceaux maintiennent ensemble les points et les pôles similaires.

Ce qui, dans le cas de l'aimant, se manifeste dans les parties exté­rieures, paraît se situer de façon imperceptible dans tous les corps. Sans aucun doute, tous ont leurs points et pôles des forces par lesquelles ils s'unissent à des corps similaires et repoussent les corps dissemblables.

D'après le principe de base Principium infinitorum similium, la struc­ture de l'univers entier, dans ce qu'il contient de plus grand et de plus petit, paraît cohérente et régie par des rapports magnétiques ; ainsi, ces rapports associent le plus subtil au plus grossier, et le plus grossier au plus subtil — tout cela suivant un ordre cohérent. L'égalité et l'inégalité découlent, toutes deux, d'un récipient unique qui est la force.

Problèmes

1. Comment une grandeur peut-elle être divisée en d'innombrables autres, de telle sorte que, du plus petit au plus grand, subsiste néanmoins toujours un rapport semblable ?

Ou bien : comment faire pour que d'innombrables puissances et séries de nombres (actus) se suivent les unes les autres en gardant une dépen­dance constante, de telle sorte que, dans l'infini, subsiste un rapport simi­laire ?

 Ou bien : comment la force intérieure doit-elle être raccordée à la force extérieure pour que la forme cachée soit tournée vers l'extérieur? Etant donné que, dans les miroirs paraboliques, le foyer, se situe entre les tangentes et les sécantes, ne faudrait-il pas ajuster les tangentes aux sécantes si l'on veut atteindre le point le plus interne avec la forme extérieure selon des angles égaux ?

Ne serait-ce pas possible de faire se rejoindre, dans l'air, en un ce tain endroit, les points harmoniques ? Que veut dire : faire la quadrature du cercle ? Ne serait-il pas contraire à la nature des choses d'imaginer que « faire la quadrature du cercle » signifie que l'on veut exprimer un cercle par un carré ? « Faire la quadrature d'un cercle », cela ne veut-il pas dire plutôt épuiser un espace cyclique avec des nombres rationnels, de telle sorte que, du plus petit au plus grand, il subsiste un rapport précis ? Comment trouver la racine et l'aire de chaque carré irrationnel ? Et comment la vraie proportion des lignes laté­rales et perpendiculaires ? Comment démontrer, à partir du contenu rationnel du triangle équilatéral (sans connaître à l'avance la ligne de carré de celui-ci), combien de pieds ou fragments contient le carré du triangle ? Qu'entendaient les anciens, en fait, par quadrature, et qu'entendaient-ils par Arithmetica novenaria ? Et quelles découvertes ferait le monde si 1''Arithmetica novenaria était associée à la quadrature ? Dans la physique, le Principium infinitorum similium ne règne-t-il pas en tant que Principium cognitionis ? Et dans la métaphysique et la théologie, le Principium unitatis ne peut-il pas être le Principium conscientiae ? Grâce à ces deux principes, l'éphémère et le passager ne peuvent-ils pas être saisis et rendus permanents ? N'est-ce pas une loi éternelle qui veut que le spirituel trouve sa subsistance dans le corporel, et que le spirituel soit enfermé dans un espace corporel ?

Cette corporéité ou ce « en quoi » , n'est-ce pas quelque chose qui pourrait être exprimé par le mot « espace » , une forme corporelle à l'intérieur de laquelle agit le spirituel ? N'y a-t-il pas 3 principes de base, et ceux-ci n'agissent-ils pas sous forme de 7 for­ces ? Ces 3 principes de base ne sont-ils pas 3 sources d'auto­mouvement qui amènent 7 formes à l'intérieur d'une même conception, les trois premières formes constituant le premier principe, la quatrième et la cinquième constituant le second principe, et la sixième et la septième constituant le troisième principe ?

En considérant l'univers, maintenu ensemble de façon aussi im­muable, l'être raisonnable doit conclure qu'il existe un éternel et indissolu­ble lien de la divinité qui maintient tout ensemble. Cependant, on voit aussi, dans le monde matériel, la fragilité ou l'éphémère, et dans l'éphé­mère l'impérissable.

L'homme peut connaître cela ; pour qu'il ait cette connaissance, il lui faut toutefois quelque chose qui la lui rende possible. Cette chose est la lumière intérieure, ou l'âme ; et d'autre part, la chose qui rend tout visible, c'est la lumière extérieure.

 
L'âme dont nous parlons est inconnue de l'homme en tant que lumière, aussi longtemps qu'il n'est pas né de Dieu, c'est-à-dire aussi longtemps qu'il considère les choses dans son esprit et dans l'esprit naturel et non dans l'esprit divin. Lorsqu'il commence à considérer Dieu dans notre esprit, il voit que Dieu est en dehors de tout espace et de tout temps de tout lieu et de tout mouvement ; et que néanmoins il doit y avoir en Dieu quelque chose qui se meut, qui ordonne l'espace et le temps, le lieu et toutes choses. Ce quelque chose, c'est la Parole, la Sagesse et la Splendeur de Dieu, et cette parole n'est pas une essence idéale, mais quelque chose de corporel , par quoi le divin et l'humain dans sa forme la plus pure, le suprasensible et le sen­sible, le spirituel et le physique agissent conjointement :

_ sur la réceptivité de l'homme vis-à-vis du divin ;

— sur la capacité d'élévation de l'homme charnel jusqu'au suprasensible ;

— sur la capacité du matériel de se magnifier, pour se transformer en spirituel.

Source : le-miroir-alchimique.blogspot.com

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Matter : histoire de l'Ecole d'Alexandrie : introduction

24 Avril 2012 , Rédigé par Matter Publié dans #spiritualité

On appelle école d'Alexandrie, vingt à trente générations de savants, dont les travaux, protégés par les Ptolémées et leurs successeurs, les Césars, ont pendant plus de neuf siècles illustré les sciences et les lettres. Cette école ne fut pas une institution, ce ne fut ni le célèbre musée, ni la fameuse bibliothèque, ce ne fut aucun des musées, aucune des bibliothèques d'Alexandrie; ce fut une société libre, et en quelque sorte une réunion fortuite de savants, rattachés aux institutions publiques fondées pour eux par les Ptolémées et conservées religieusement par leurs héritiers, les empereurs.

L'école d'Alexandrie, c'est-à-dire l'école polythéiste, dont il faut distinguer l'école judaïque, l'école chrétienne et l'école gnostique, se distingue elle-même en plusieurs autres: écoles de poètes, de grammairiens, de philosophes, de mathématiciens et de médecins. Elle diffère donc singulièrement des anciennes écoles de la Grèce et de l'Egypte. Cependant, pour saisir le but spécial et le véritable caractère des institutions littéraires fondées sur les bords du Nil par un des lieutenants d'Alexandre devenu roi, il convient d'abord d'examiner quelle était la portée et quelle était l'organisation des écoles qui furent le point de départ de celle des Lagides.

Quel était l'enseignement de ces écoles? Quel en était le caractère littéraire ou scientifique, moral ou politique? Dans quels rapports se trouvaient-elles avec l'état? Qui les fon- dait, les entretenait et les dirigeait? Quel rôle jouaient-elles dans les institutions, dans les mœurs, dans les croyances?

En considérant sut ces questions le silence des monuments de l'Egypte et la brièveté des textes grecs, c'est à peine si l'on a le courage de les poser. Mais, sur l'école d'Alexandrie elle-même, les renseignements sont rares et défectueux; en cherchant à combler quelques lacunes sur les autres, nous accepterons celles qu'il faut subir sur le Musée.

D'abord, quant à l'Egypte, ce pays dont les institutions sacerdotales ont dû frapper l'attention du fils de Lagus, comme elles avaient frappé celle d'Alexandre, nous ignorons aujourd'hui jusqu'au nom qu'elle a pu donner à ses écoles, mais nous savons qu'elle en eut de célébrée, celles de Thèbes, de Memphis et d'Héliopolis. Nous savons qu'elles se confondaient avec les collèges des prêtres, mais qu'elles étaient en possession d'une Science remarquable, qui se transmettait dé génération en génération. Nous ignorons s'il y eut un enseignement régulier, mais nous savons qu'on y apprenait là religion, les lois du pays ét les devoirs de la morale; l'écriture, la grammaire ét l'histoire; la physique, la chimie et la médecine, l'arithmétique, là géométrie et l'astronomie ; la météorologie, l'agriculture et là science du calendrier ; la musique, l'architecture, la sculpture, la peinture.

Cela résulte des rapports d'Hérodote, de Strabon et de Diodore, ou des monument de l'Egypte, et sil est impossible de déterminer d'une manière un peu précisé quel fut l'état des sciences dans l'ancienne Egypte, il est aisé d'établir qu'il s'y fit des études sérieuses.

En effet, la religion y était une science riche et étendue: Elle embrassait des observations astronomiques et des traditions mythologiques ; la connaissance des symboles, dés rites, des oracles et des fêtes ; l'étude des livres et des dogmes sacrés. L'Egypte ne rendait pas de culte aux héros (1), mais elle avait des traditions héroïques, et, d'Un autre côté, sa religion dominait la politique, la législation et la morale, qui s'y rattachaient l'une et l'autre de la manière la plus intime (2). L'histoire en offre des preuves nombreuses, et une indication frappante se trouve à ce sujet dans le résumé d Diodore sur l'Egypte. Cet historien nous apprend, qu'au nom de la religion, le sacerdoce conduisait tous les jours le prince devant la divinité, lui rappelait ses devoirs devant elle, invoquait sur lui la bénédiction du ciel dans le cas où il accomplirait ses obligations, implorait le pardon de ses fautes d'ignorance, et rendait ses conseillers responsables de tous ses méfaits, idée tellement constitutionnelle, qu'on la croirait moderne (3). Le jugement qu'il était permis au peuple de porter, en présence du sacerdoce, sur ou contre un roi défunt, atteste le même lien entre la religion et la politique, et constate des droits qu'on ne permettrait aujourd'hui à aucune nation d'exercer ainsi en masse (4).

Il est très vrai que l'étude de la religion ne se faisait point par voie de raisonnement, qu'il y avait transmission plutôt que discussion de là part des maîtres, et soumission plutôt qu'examen de la part des disciples ; il est très vrai que celle des sciences qui fait de la théologie moderne la plus vaste des études, la philosophie, manquait aux sanctuaires de l'Egypte; mais leur enseignement suppléait à l'élévation par la richesse, et ce serait une singulière erreur, que d'admettre une complète stagnation des intelligences au milieu de tant de traditions et de doctrines, toutes intimement liées à la politique. Sans doute, il y avait une grande fixité dans les croyances et dans les symboles, les (4) monuments, il y avait progrès dans les idées, car il y en avait dans les arts, et les opinions ont dû varier avant eux. Quand on a dit, pour résumer les doctrines religieuses de l'Égypte, qu'elles n'offraient au fond que l'antithèse du bon et du mauvais principe, l'un sous le symbole du Nil, cette source de fécondité, l'autre sous celui d'un désert brûlé, cette éloquente image de la destruction ; qu'Osiris représentait le Nil ; sa sœur Isis, la terre fécondée par le dieu du fleuve; Typhon, le vent de l'ouest; sa sœur Nephtys, la terre frappée de stérilité, quand on l'a dit, on a fait l'esquisse et non pas l'inventaire de ce polythéisme. Il n'est pas même très vrai que l'enseignement philosophique ait manqué à l'enseignement religieux. Point de doute que cette dialectique, cette logique et cette métaphysique que nous a données la Grèce, étaient inconnues à l'Égypte; que l'étude des facultés du raisonnement était peu cultivée : mais ces facultés étaient-elles aussi négligées qu'on ledit? Je le demande, toutes ces facultés, l'observation et la réflexion, l'abstraction et la généralisation, l'induction et la déduction, l'analyse et la synthèse, ne sont-elles pas dans l'esprit humain des puissances à tel point spontanées, que, le voulût-il, il ne pourrait s'en abstenir, dès qu'il pense une chose quelconque? Le jeu de ces facultés a eu son cours en Égypte, comme ailleurs, et ce pays a eu aussi inévitablement des notions de psychologie, de logique et de métaphysique, que de politique et de religion. On n'a pas une théologie riche comme la sienne ni une pneumatologie aussi immense, sans avoir aussi une philosophie. S'il fallait en croire Diodore de Sicile, l'Égypte, et surtout la ville de Thèbes, aurait eu les premiers philosophes du monde. Nous sommes loin d'admettre cette prétention ; cependant, chez les premiers comme chez les derniers sages de la Grèce, c'était une opinion reçue, que l'Égypte était le berceau de la science. La Grèce entière n'a pas dû se tromper complètement à cet égard.

Deux lignes de Diodore et le célèbre passage de saint Clé-     ment d'Alexandrie, sur l'écriture et la grammaire, confirment le mouvement intellectuel de l'Égypte. Les prêtres, dit le premier, enseignent à leurs fils deux genres de caractères, les uns dits sacrés, les autres qu'on apprend communément (5). Ceux qui reçoivent l'instruction chez les Egyptiens, dit le second, apprennent d'abord la méthode de toutes les lettres égyptiennes, celle qu'on appelle épistolographique, ensuite la hiératique dont se servent les écrivains sacrés, enfin la hiéroglyphique. Celle-ci a deux genres, l'un qui procède par les premiers éléments, la kyriologique, l'autre la symbolique. Dans la symbolique, on distingue une méthode qui exprime le mot propre par imitation, une autre qui écrit par voie de tropes, et une autre enfin qui allégorise tout-à-fait, par voie d'énigmes (6).

. Ce n'est pas le lieu de nous arrêter sur les savantes explications qu'on a données récemment de ces divers genres d'écritures (7), le seul fait de leur diversité nous suffit. Il prouve l'activité et la fécondité d'esprit du peuple d'Égypte. S'il est vrai qu'il ne se servit des caractères de l'alphabet qu'en partie et en quelque sorte exceptionnellement, loin d'en inférer que l'écriture qu'il préférait a dû s'opposer à un grand développement d'intelligence, nous dirons, au contraire, que l'emploi de signes si divers et l'impulsion continuelle qu'il donnait à la pensée commandait une étude approfondie de la langue et une analyse constante des rapports du signe avec l'idée. Il n'est rien de plus abstrait, de plus philosophique que cette étude, et ce fait me semble mériter attention.

Nous n'appellerons pas d'autres preuves d'études grammaticales, critiques et littéraires, et nous avouerons que les Egyptiens redoutaient l'éloquence, qu'ils l'interdisaient aux avocats, que la religion et la politique ne la favorisaient pas plus que la loi civile (8). Leur austérité traitait la poésie comme l'éloquence; ils n'en souffraient pas, et leur littérature donne un démenti formel à cette opinion, que, chez tous les peuples, la poésie précède la prose. Dion Chrysostome dit qu'il leur était défendu de parler selon quelque rythme, qu'ils n'avaient point de vers (9), On pourrait toutefois regarder cette opinion comme une des nombreuses erreurs que se débitaient les Grecs, et dont quelques-unes se sont dissipées si complètement devant les découvertes modernes. En effet, on a trouvé sur les monuments une chanson de batteurs en grange (10), et Hérodote parle d'un chant de Linus (11). Mais quand même on admettrait que les Egyptiens eurent un ou deux chants populaires, que seraient quelques airs nationaux auprès des immenses richesses de poésie que nous offrent d'autres régions de l'antiquité, surtout l'Inde et la Grèce?

Pour l'histoire, les Egyptiens se bornaient trop à celle de leur pays, dont ils déposaient le récit dans les archives de leurs sanctuaires et qu'ils figuraient sur les monuments. Au temps de Diodore, ils prétendaient connaître les régions étrangères; et aies entendre, toutes les nations de la terre sortaient de la vallée du Nil, leur commun berceau, leur école primitive (12). Mais alors la science grecque et l'école d'Alexandrie avaient à tel point envahi la vieille Egypte, qu'on ne trouvait plus de renseignements purs sur sa situation intellectuelle avant Alexandre. D'après les débris qui nous restent, ses travaux d'histoire se seraient bornés à des canons dynastiques, et Diodore prétend que les traditions écrites des sanctuaires avaient peu d'intérêt (13). liais ce n'est point sur cet écrivain ni sur ces débris que doit se former notre jugement. A la vérité, les traditions du sacerdoce Egyptien, recueillies par les auteurs grecs, sentent la fable, et celles de Thèbes paraissent avoir été combattues par celles de Memphis et d'Héliopolis ; mais du moins elles étaient toutes d'une, grande richesse.

Il en était de la géographie des Egyptiens comme de leur histoire ; elle se bornait à l'étude dit pays, méprisant le reste, Sésostris doit avoir exposé dans les temples la carte de l'Egypte et des contrées qu'il avait soumises jusqu'à l'Inde ; mais, au temps de Ptolémée II, personne n'avait franchi les limites de l'Éthiopie (14) ; et personne n'eût prévu alors que, dans une région qui faisait abstraction de toute autre, le le génie viendrait un jour créer ensemble la cosmographie et la géographie.

Les sciences naturelles, la physique et la chimie, étaient cultivées avec tout le soin qu'exigeaient certains arts, surtout la peinture des monuments publics et l'embaumement des corps, mais la science alla-t-elle au-delà de ces besoins? Il paraît que l'anatomie était très avancée ; Macrobe et Aulu-Gelle le disent. Ils parlent peut-être de l'époque grecque (15); mais Manéthon nous apprend qu'un roi d'Egypte avait écrit sur cette science, et la coutume d'embaumer explique le progrès.

La médecine était pratiquée avec une grande recherche ; on avait des médecins spéciaux pour les diverses parties du corps. Ces médecins étaient payés par l'état, guérissaient d'après des lois écrites provenant des plus célèbres praticiens, et risquaient leur vie en y contrevenant (16). C'é- tait certes un mauvais moyen d'avancer, mais l'hygiène avait plus de liberté que la thérapeutique, et la preuve qu'on connaissait bien l'art de guérir, c'est qu'on le pratiquait bien. Suivant Hérodote, la population égyptienne était la mieux portante qu'il eût jamais vue, (17) et c'est à la science autant qu'au climat du pays qu'il attribue ce résultat.

Quant aux mathématiques, la géométrie née du besoin de retrouver les propriétés après les grandes inondations de chaque année demeurait un peu à l'état d'arpentage, et quand Thalès visita l'Egypte, les prêtres en étaient à des problèmes élémentaires. Hérodote dit néanmoins que les Grecs ont dû la géométrie aux Egyptiens (18), qui cultivaient l'arithmétique pour les besoins de l'économie domestique, ceux de la géométrie et de l'astronomie. D'après Diodore, ils observaient les mouvements des astres; ils s'y étaient appliqués de temps immémorial, surtout au collège d'Héliopolis, et ils possédaient des catalogues fort anciens. D'après Hérodote, ils calculaient savamment les éclipses (19). Cependant aucune de leurs observations n'est mentionnée par les Grecs, et leur astronomie, servait à la théologie, se perdant un peu dans l'astrologie, dans la divination, dans l'horoscopie (20). Elle enfanta toutefois la météorologie et la science du calendrier. Elle possédait bien l'année solaire (21). Hérodote ajoute que ce n'est pas à l'Egypte, mais à la Babylonie, que la Grèce emprunta la division du jour en douze heures et les instrumens qui la constataient (22).

La géographie mathématique était-elle moins négligée que ta géographie politique, peu connue au temps d'Hérodote (23)? Suivant St-Clément d'Alexandrie, le hiérogrammatiste, qui occupait le troisième rang parmi les prêtres des collèges sacerdotaux, devait, outre la géographie, la chorographie de l'Egypte et la topographie du Nil, posséder la cosmographie (24). Il paraît aussi qu'à une époque fort ancienne, on a construit en Egypte une carte où la valeur des degrés fut établie d'après le module trouvé à la hauteur de l'Egypte moyenne ; mais les Egyptiens ignoraient la sphéricité de la terre, et ils supposèrent tous les degrés égaux entre eux et à celui de l'Egypte moyenne, dont ils avaient déterminé l'étendue (25). Si les inondations du Nil les avaient conduits à la géométrie, les travaux d'irrigation leur apprirent évidemment des principes d'hydraulique et de statique ; l'usage des poids et des mesures, qu'on faisait remonter à Hermès ou Toth, ce ministre d'Osiris à qui l'on attribuait la découverte de l'arithmétique et de la géométrie, atteste aussi des habitudes de science (26). Quant à l'art, des monuments nombreux en montrent le haut développement. L'art égyptien suit sans doute d'autres règles du beau que l'art grec, mais personne ne lui conteste plus aujourd'hui son mérite, ce caractère de douceur, de calme et de gravité religieuse dont rien n'approche ailleurs. Et quels immenses travaux nous restent de cet art. Et de quelle immensité ce qui nous reste est-il la simple ruine ! On ne saurait se faire une idée, dit un des auteurs de la Description de l'Egypte, de ce que les Egyptiens ont fait en statues de ronde-bosse, soit de granit, soit d'albâtre, soit de brèche, soit de porphyre (27). C'est qu'ils avaient introduit la division du travail jusque dans la sculpture, surtout quand il s'agissait de statues colossales (28), et que par ce moyen ils multipliaient singulièrement les artistes. Cherchant le mouvement des idées dans l'enseignement supérieur, nous ne parlerons pas du progrès des arts vulgaires, nous dirons toutefois qu'en Egypte l'artisan était sans cesse associé à l'artiste et qu'ils se rattachaient ensemble à ce commun foyer de science, à ces collèges de prêtres qui étaient en possession du gouvernement des esprits, qui fournissaient d'âge en âge les doctrines et les règles à suivre d^ns chaque genre de travaux.

En effet, les sanctuaires donnaient tout l'enseignement de la nation. Les prêtres, qui seuls en étaient chargés, ne faisaient pas sans doute de cours réguliers suivant nos usages modernes, mais ils transmettaient leur savoir à des disciples capables de le transmettre à leur jour, et ils leur apprenaient ce qu'ils devaient communiquer à chaque caste ; car la science et les arts étaient mesurés à chacune d'elles d'après des lois à peu près invariables,

Pour se faire de l'état véritable de cet enseignement une idée plus nette, on voudrait connaître les moyens d'étude, les instruments, les collections et les bibliothèques que possédaient les sanctuaires. Mais à cet égard les indications sont tout-à-fait vagues, et on doit admettre que ces moyens étaient fort limités, l'Egypte s'étant réduite à elle seule, même sous la domination des Perses. Tout ce qu'on cite se borne aux archives des temples, aux bibliothèques des palais. Là des salles spéciales étaient affectées aux collections. Dans le Ramesseum la pièce qui suit la salle hypostyle porte encore cette inscription lue par Champollion : Salle des livres (29). On a souvent parlé de la bibliothèque d'Osymandyas, mais la collection de ce prince, si elle a jamais, existé, ce qui est au moins douteux, puisqu'il est maintenant démontré que le palais d'Osymandyas, qui doit l'avoir renfermée, n'a jamais existé tel que le décrit Diodore, le seul écrivain qui parle de ce monument; cette collection, disons-nous, était plutôt faite dans des vues morales que dans (11) un but scientifique, à en juger par le nom de sacrée que lui donne Diodore, et sa fameuse inscription de remède de l'Orne. Elle contenait dans ce cas des ouvrages d'histoire, de religion, de législation et de politique ; et cette observation s'applique plus ou moins aux autres collections de liyres qui ont existé en Egypte, car toutes ne sont pas douteuses comme celle de l'Osymandéum. En effet, d'après l'opinion commune des Egyptiens et des Grecs, et d'après les monuments qui existent encore, les palais des rois avaient leurs collections de livres comme les sanctuaires des prêtres. Les archives des temples ont existé jusque dans les siècles de la domination grecque et romaine, puisqu'Alexandre, les Lagides et les empereurs romains en ont pris soin.

Ces collections auraient pu être très complètes ; car les moyens de réunir des livres et des objets d'instruction ne manquaient pas aux écoles sacerdotales, les revenus dont jouissaient les prêtres étant considérables (30). Mais ce qui manquait sans doute à cette caste, c'était l'amour désintéressé de la science. L'intérêt de la caste et l'intérêt de la nation, telles étaient les bornes de ses investigations. Au progrès complet du savoir manquaient aussi ces instruments et ces appareils d'observation, sans lesquels on ne saurait faire certaines découvertes. D'ailleurs nuls revenus spéciaux n'étaient affectés aux études, que les prêtres, qui avaient institué tous les genres d'instruction, dotaient comme ils l'entendaient et après avoir d'abord satisfait aux besoins de la religion. ll est à croire que sous la domination grecque les collèges de l'ancien sacerdoce se sont inspirés de quelque émulation, qu'ils ont enrichi leurs archives et augmenté leurs bibliothèques ; mais rien ne le prouve. On sait seulement qu'ils en avaient le moyen, et qu'au temps de Diodore ces revenus sacerdotaux n'étaient pas fort diminués depuis Hérodote qui les avait trouvés très considérables (31).

La transmission de la science étant exclusivement l'affaire de la caste lettrée, une partie de cette science n'étant communiquée par les prêtres qu'à leurs fils (32), et les autres Egyptiens n'apprenant que les métiers de leur caste, tout l'enseignement était entre les mains du sacerdoce; mais n'était-il pas au moins surveillé, et en quelque sorte dirigé par l'état et dans l'intérêt de l'état?

Il était, sans nul doute, sous l'action suprême de la royauté. Le sacerdoce, il est vrai, élevait, conseillait, surveillait les rois; mais, plusieurs révolutions l'attestent, les rois observèrent constamment le sacerdoce et lui résistèrent quelquefois. Psammétique, roi nouveau, entouré de prétendants qu'il avait rejetés en Libye, s'affranchit du sacerdoce et fit élever ses fils dans les études grecques (33). Si soumis que fussent d'autres princes, ils ne pouvaient rester indifférents à la conduite des esprits par les sanctuaires, à la distribution du savoir par les prêtres : l'intérêt de leur dynastie ne le permettait pas. Sans doute, le rôle de l'enseignement dans le monde ancien, avant les philosophes d'Athènes, était secondaire, et pour bien apprécier l'Égypte, il faut faire abstraction de ces habitudes d'investigation et d'examen, de ce besoin de mouvement et de progrès, qui date des beaux temps de la Grèce et que la renaissance, époque essentiellement grecque, a jeté dans la société moderne. Certes, sous ce rapport, l'enseignement égyptien n'offrait rien qui pût faire ombrage au pouvoir, et jamais ces collèges de prêtres qui se bornaient à transmettre, sans chercher à perfectionner, n'ont dû agiter les esprits. Cependant, l'histoire intérieure de l'Égypte, si peu connue qu'elle soit, attestant une lutte à-peu près permanente entre les deux castes qui donnaient des rois au pays, celle des prêtres et celle des guerriers; plusieurs révolutions ayant été amenées par cette rivalité, et les prêtres ayant été successivement dépouillés d'une grande partie  de leurs privilèges, on ne conçoit aucune époque où le gouvernement, ou la caste militaire, n'aurait pas surveillé avec attention l'action qu'exerçait le sacerdoce.

On admet d'ordinaire, dans l'histoire intellectuelle de l'Égypte, l'impossible, c'est-à-dire, l'immobilisme des idées, ou du moins un degré de fixité ou de stagnation qui en approche. Mais le mouvement de l'intelligence humaine vient d'une loi suprême, et cette loi se joue de toutes les autres. Les Égyptiens, si enchaînés qu'ils fussent sous de puissantes institutions, avaient un penchant prononcé pour les discussions politiques : la preuve en est dans la loi qui les leur interdit (34). D'ailleurs, au milieu de tant de révolutions, d'invasions étrangères et d'émigrations qui remontaient jusqu'aux temps les plus reculés et qui sans cesse mettaient l'Égypte en rapport avec l'Éthiopie, l'Inde, l'Arabie, la Judée, la Grèce, le mouvement des esprits était inévitable ; et dans les siècles qui précédèrent immédiatement la fondation d'Alexandrie, de fortes commotions, la révolution de Psammétique, la conquête de Cambyse, l'établissement d'une colonie grecque à Naucratis, plusieurs révoltes, l'expédition d'Agésilas, la formation d'une caste d'interprètes, et enfin la conquête macédonienne avec ses colonies grecques et juives, avaient fourni à l'esprit public des éléments tout nouveaux.

Pour apprécier à leur juste valeur et ce mouvement et la science de l'Egypte, il faut mettre de côté les exagérations de ses prêtres et celles des Grecs qui les consultèrent ; mais il faut aussi se défier des assertions trop restrictives de la critique moderne. Comment les Grecs qui traitaient tous les peuples de barbares auraient-ils conçu des Egyptiens une opinion si haute sans aucun fondement? Et pourquoi cette opinion, si elle était fausse, percerait-elle dans toutes les traditions, dans celles encore qui voulaient qu'Homère et (Lycurgue se fussent instruits en Egypte comme Orphée, Musée, Mélampus et Dédale? Pourquoi dans des temps plus rapprochés cette opinion aurait-elle Subjugué Solon, Pythagore et Platon, qui avaient visité le pays ? On dit qu'elle se rapporte à la sagesse morale, à la pureté religieuse et aux institutions sociales, plutôt qu'à la force des études; on dit que les Grecs, toujours agités par les débats de l'aristocratie et de la démocratie, furent naturellement frappés d'admiration pour cet ordre de choses si régulier et si calme qu'offrait l'Egypte : mais plusieurs d'entre eux avaient vu en Perse le même calme et la même régularité sans se livrer au même enthousiasme. On dit enfin, que Solon, Pythagore et Platon étaient poètes autant que philosophes : mais trois historiens, Hérodote (35), Strabon (36), et Diodore (37) pensèrent comme eux.

Dans tous les cas les collèges sacerdotaux ayant le dépôt de la science, le privilège de la répartir entre les différentes castes et celui d'en transmettre aux fils des prêtres ce qu'ils voulaient, étaient pour la politique d'une haute importance, même sous les institutions anciennes et à l'époque des Pharaons. Leur importance était bien plus grande encore depuis qu'un étranger campé à l'extrémité du Nil, à la tête d'une colonie Grecque, présentait à la population indigène une dynastie qui avait d'autres mœurs, une autre langue, une autre religion. Le fondateur de Cette dynastie, son intérêt moral et politique l'exigeait, a dû donner la plus grande attention à celles des institutions dû pays qui étaient en possession de diriger les idées. Ptolémée comprit cette nécessité. Il conserva les collèges investis de la science et de l'enseignement, mais en même temps il éleva Une école qui put insensiblement affaiblir leur action. Plus il comptait sur cette institution, plus en la créant il imita ce qu'il s'agissait de remplacer. Cependant il était Grec, émule d'Alexandre et admirateur d'Aristote : en consultant, pour l'organisation du musée, les usages de l'Egypte, il ne pouvait négliger ceux de la Grèce. Quelles institutions littéraires voyait-il en Grèce ?

Les écoles supérieures de la Grèce : j'entends surtout les écoles d'Athènes, offraient un tout autre caractère que celles de l'Egypte. Celles-ci appartenaient à des institutions monarchiques et sacerdotales, celles-là à des mœurs démocratiques et philosophiques.

Les écoles grecques commencent en général dans l'histoire de la science une ère à part : la Grèce est le premier pays où l'enseignement se constitue en dehors du sanctuaire » indépendant de l'état. En Egypte il allait du sanctuaire à quelques castes, dans la mesure qu'on croyait devoir accorder à chacune d'elles -, mais il était distribué à toutes d'après les mêmes vues de politique sacerdotale ; il formait donc une institution à la fois religieuse et politique. En Grèce, au contraire, vers l'époque d'Alexandre toutes les écoles sont indépendantes du sacerdoce, et celles qui s'occupent des hautes sciences sont indépendantes de l'état. Au premier aspect on est tenté de croire le contraire. On trouve une surveillance exercée par l'état au nom de la loi, surveillance qui embrasse l'ordre et les mœurs des écoles aussi bien que les principaux exercices de la jeunesse (38). Mais si précis que soit le texte de la loi à cet égard, l'effet en est peu sensible dans l'histoire. Si la juridiction que devaient avoir les magistrats fut quelquefois réelle, d'ordinaire elle était illusoire, et si elle pouvait empêcher qu'on n'enseignât rien contre la religion > elle ne fit jamais enseigner cette science. Si les ministres des autels pouvaient (16) porter plainte contre les chefs des écoles, ils étaient, ainsi que la religion elle-même, en dehors de l'enseignement public. Sous quelque point de vue qu'on examine les diverses catégories d'écoles, qu'on recherche par qui elles étaient fondées et entretenues, dirigées et surveillées, ou quelle était la portée de l'enseignement qu'on y donnait, quel en était l'esprit et quelle en était l'influence sur les mœurs et les institutions, on n'y rencontre le sacerdoce nulle part, et le plus grand fait qui s'y présente, c'est qu'on n'y aperçoit pas la religion. En effet, qu'on pénètre dans l'école de lecture et d'écriture dirigée par le grammatistes, dans l'école de musique dirigée par le kilkaristes, dans les gymnases ou dans les cours de philosophie, on ne trouve d'instruction religieuse dans aucune de ces institutions, à moins qu'on ne veuille considérer comme telle l'étude de certains passages qu'on choisissait dans les poésies d'Homère ou d'Hésiode (39), qu'on faisait expliquer et réciter aux enfants. On ne trouve pas non plus pour ce degré d'autre étude de morale que celle des fables d'Esope, que faisaient apprendre les grammairiens.

Le jeune Grec restait dans ces écoles de l'âge de sept ans jusqu'à celui de douze, avec cette différence pour les riches et les pauvres que les premiers y faisaient conduire leurs enfants par un pédagogue, qui n'était qu'un esclave et souvent le plus inutile, le plus vieux ou le plus faible des esclaves. A l'âge de douze ans, commençaient les exercices des gymnases, où l'on apprenait l'histoire et la géographie d'après le fameux catalogue du deuxième livre de l'Iliade, l'éloquence, les belles-lettres et les mathématiques. Chacun de ces gymnases s'élevait près de quelque temple et partout la jeunesse y trouvait les images des dieux, mais là non plus il n'y avait d'enseignement spécial sur la religion.

Enfin l'école de rhétorique et l'école de philosophie, qui formaient le dernier degré des études grecques (à moins qu'on ne veuille considérer comme supérieures les leçons de médecine données dans quelques écoles de l'Asie-Mineure ou des îles, mais qui n'exerçaient aucune influence sur la politique ), embrassaient tout le savoir grec, l'histoire naturelle, la physique et l'astronomie (40). Mais dans ces écoles non plus nous ne trouvons d'enseignement religieux. Il est très vrai que les questions d'éthique, de dialectique et de physique qu'on y débattait, touchaient aux questions fondamentales de la théologie et de la mythologie, mais ces débats n'avaient rien de religieux, et n'étaient ni dirigés ni surveillés par les ministres de la religion. Les prêtres se transmettaient sans doute, dans leurs sanctuaires, de sacerdoce en sacerdoce, les mystères et les traditions du culte dont ils communiquaient une partie aux initiés ; mais à cela se bornait de leur part l'action de la parole sur la jeunesse, et il n'y avait pas plus d'enseignement public sur les lois de la religion qu'il n'y en avait sur celles de l'état. J'ajouterai qu'on ne voit pas même de traces précises d'écoles sacerdotales, et que la situation de la Grèce au temps d'Alexandre peut se résumer, sous ce rapport, en ces deux mots : c'est qu'on ne trouve l'influence de ses prêtres que dans les sanctuaires (41a), et qu'entre la science et la religion il y a scission complète. Or ce fait constitue dans l'histoire des études une ère nouvelle.

Ce fait s'explique d'ailleurs par un autre, c'est qu'en Grèce le sacerdoce est demeuré étranger à la fondation des écoles.

Par qui les écoles de ce pays furent-elles fondées, entretenues et surveillées?

Dans les temps anciens il n'y avait en Grèce, comme en Égypte, d'autres écoles que les sanctuaires. Cela es\ hors de doute, et la tradition elle-même ne nomme pas une seule école profane qui eût été contemporaine des vieux instituts sacerdotaux de Thrace ou de Samothrace. En effet, il n'y eut dans le monde grec aucun enseignement profane avant Thalès, et ce fait ne doit pas nous, surprendre. Que les premiers établissements religieux de la Grèce fussent sortis de ceux de l'Égypte, de ceux de la Phénicie ou de ceux de l'Asie-Mineure, la Grèce n'avait trouvé des écoles profanes, dressées en face de celles du sanctuaire ni dans l'une ni dans l'autre de ces régions. Si la Grèce, tolérante d'ailleurs pour quelques cultes étrangers, s'est donné elle-même ses institutions religieuses, ce que paraît confirmer le cachet d'originalité qui les distingue, elle a traversé bien des siècles sans songer à ces écoles qui devaient faire, au temps d'Alexandre, une scission si complète avec la religion. En général, avant la guerre de Troie, on ne rencontre en Grèce aucun genre d'institutions auxquelles on puisse donner le nom d'écoles. Ce qu'on trouve à cette époque, ce sont quelques générations de poètes mythologiques, qu'on peut considérer avec M. Creuzer comme un institut permanent ; mais évidemment ces chantres inspirés ou ces prophètes poétiques, les Olen, les Orphée et les Musée (42), ne formaient pas d'école; la nature de leurs inspirations était même loin de se prêter à cet enseignement régulier, à toute cette transmission de science, que nous avons reconnue dans les collèges sacerdotaux de l'Égypte. Nous admettons bien avec M. Creuzer, qu'il fut un temps où la Thrace et les îles voisines gouvernées par une espèce de caste sacerdotale, sortirent d''un état de barbarie, qui devait les ressaisir dans la suite (43), et nous   pensons qu'on peut supposer toute une succession de traditions orphiques. Mais si l'on employait, pour désigner cet institut, le nom d'école, il serait synonyme de sanctuaire.

Dans tous les cas, ces sanctuaires étaient bien loin d'embrasser les mêmes études que celles de l'Égypte et loin de saisir le sacerdoce du même empire sur les esprits. Personne He s'aviserait assurément de croire que les collèges de Samothrace, ou même ceux de Dodone, de Delphes et d'Eleusis, aient possédé à aucune époque, en morale, en poétique, en médecine, en mathématiques,, dans les beaux-arts e{ dans les arts vulgaires, les mêmes connaissances que ceux de Thèbes, de Memphis et d'Héliopolis.

C'est précisément cette infériorité des col èges sacerdotaux de la Grèce à l'égard de ceux de l'Égypte, qui explique, dans le premier de ces pays, l'absence de toute domination morale ou politique de la part des prêtres et la fondation d'écoles profanes de la part des philosophes. En effet, en Egypte où il n'était pas possible de fonder des institutions enseignantes en dehors de l'action sacerdotale, cela n'était pas non plus nécessaire. En Grèce, il était, au contraire, indispensable qu'il y eût des institutions de ce genre, puisque le sacerdoce n'en fondait point pour les besoins du pays. Le sacerdoce était plus négligent encore : il ne veillait pas même sur le dépôt qui lui était propre, et avant que les sophistes, et les philosophes vinssent ouvrir des écoles pour les autres sciences, les poètes, qui avaient cessé d'être prêtes ou. chantres sacrés, étaient venus dépouiller les sanctuaires du privilège de diriger les croyances publiques. L'histoire du sacerdoce grec présente ainsi, soit une institution vicieuse dès le début, soit une série de chutes.

Nous ignorons ses débuts, nous connaissons les spoliations qu'il subit. Ce furent d'abord les poètes qui lui disputèrent le privilège d'instruire la nation. Or les poètes du cycle mythique, de l'école homérique, du cycle troyen, de l'école d'Hésiode, de l'école d'Epiménide et d'Onomacrite, appor-     tèrent à la théologie de la Grèce des innovations profondes. Dans l'origine, les poètes étaient prêtres : depuis Homère peu furent, et l'indifférence que montrent les sanctuaires à l'égard d'une si puissante série de compositions, est un phénomène que n'offrent les annales d'aucun autre peuple.

Les sanctuaires de la Grèce présentent encore le même spectacle d'inertie, lorsque à la suite des poètes viennent les artistes, constituer une nouvelle théologie, un culte à eux; lorsque à la suite des artistes les philosophes et les rhéteurs ouvrent des arènes pour débattre, devant tous (enseignement exotérique) ou dans l'intimité (enseignement ésotérique), toutes les questions, celles de littérature et de politique, celles de religion et de morale.

Les premières de ces écoles furent contemporaines de ce mystérieux Epiménide, que le sacerdoce d'Athènes, dominé par l'oracle de Delphes, laissa installer par Solon sur le territoire de la république. En effet, pendant que ce thaumaturge, qu'un sacerdoce plus soucieux de ses prérogatives eût exclu ou absorbé, opérait ses saintes purifications et écrivait ses puissants oracles, Thales aborda le principe même de l'enseignement religieux, en expliquant la cosmogonie et la théogonie d'après la seule raison.

A partir de cette innovation, les écoles philosophiques se succédèrent sur tous les points du monde grec, sans qu'y intervînt le sacerdoce. Et cependant, le débat qui s'ouvrait, de grave devint bientôt périlleux, car on passa vite aux sommités, a l'origine des choses; on posa ici le matérialisme, là le spiritualisme, ailleurs le monothéisme ; partout on discuta l'existence des dieux, l'immortalité de l'âme. Déjà la Grèce éclairée s'unissait à ce débat, que les sophistes traînaient devant leurs innombrables auditeurs; déjà les femmes elles-mêmes, associées à l'institut de Pythagore, suivaient déguisées les leçons de Platon et se glissaient nombreuses dans les jardins d'Épicure, sans que les prêtres songeassent à diriger ce mouvement. On dit que la Grèce n'avait pas  de sacerdoce héréditaire, et cela est vrai ; mais elle avait des familles sacerdotales, elle avait des prêtres, des oracles, des sanctuaires, des lois. Le sacerdoce disposait de ces moyens d'influence. Or quel usage en fit-il ? Et n'était-il pas inévitable que la Grèce échappât à un corps, qui ne faisait rien pour garder son empire; inévitable, qu'on désertât des sanctuaires qui demeuraient muets devant les écoles ?

On a dit qu'en voyant poètes, artistes, philosophes et rhéteurs, tout ce qui agit puissamment sur les esprits, concourir ensemble à la ruine des croyances, les prêtres ont institué ceux des mystères où ils enseignaient à leurs initiés les doctrines les plus élevées. Il est possible que plusieurs cultes secrets soient postérieurs à Homère, et que les prêtres les aient établis pour rattacher la nation aux sanctuaires par un enseignement meilleur (44); mais dans ce cas, pourquoi tant le cacher, et pourquoi, de Thalès à Aristote, ne pas ouvrir une seule école ? Pour le gouvernement des intelligences qu'était-ce faire, en effet, que de continuer à Delphes à formuler en mauvais vers d'absurdes oracles, ou de présider aux pompes vaines et secrètes d'Eleusis, tandis que la jeunesse du pays venait s'instruire dans la morale, la politique, la philosophie, au Lycée, à l'Académie, au Cynosarge, au jardin d'Épicure?

Mais si le sacerdoce ne concourut ni à la fondation, ni à la direction, ni à la surveillance des grandes écoles, qui prenait ce soin et qui exerçait ce droit?

Pour répondre à cette question, distinguons les diverses sortes d'écoles, celles où un penseur éminent philosophait chez lui avec quelques disciples de choix, de celles que fréquentait publiquement une nombreuse jeunesse. Les premières demandaient peu de frais et ne permettaient pas de surveillance externe. Pour les autres, l'état qui concourait à les fonder, pouvait les surveiller. Un coup d'œil sur les    principales écoles tic la Grèce, celles d'Athènes est particulier, éclaircira la question.

L'école d'Ionie, fondée par Thalès, si l'on peut dire qu'un sage dont l'enseignement paraît s'être borné à des entretiens avec des amis intimes a fondé une école, n'était pas publique. Cependant, plusieurs de ses chefs, hommes éminents, jouèrent un grand rôle dans cette contrée et exercèrent sur le développement intellectuel de l'Ionie, une influence aussi profonde que si leur enseignement eût été officiel.

L'école de Pythagore présente un caractère plus imposant encore. Elle n'était pas publique non plus, puisqu'il fallait, pour y entrer, obtenir l'admission du chef, et, pour passer dans les grades supérieurs, traverser des épreuves et recevoir dés initiations. D'un autre côté une association qui pratiquait un culte solennel et établissait entre ses membres la communauté des repas, peut-être même celle des biens: une association dont le chef était le premier magistrat de Crotone, dont l'action S'étendait Sur les plus puissantes cités de la Grande-Grèce et dont les tendances aristocratiques alarmèrent la république de Sybaris, au point qu'elle demanda l'extradition de ces sages et fit la guerre à Crotone pour l'obtenir — une association de cette nature avait bien un caractère public. N'était-ce pas là, dans d'autres conditions, un de ces collèges de prêtres à-la-fois philosophes, moralistes et politiques, que Pythagore avait vus en Égypte? Car on ne saurait plus contester les relations du philosophe de Samos avec l'Égypte; et l'immense portée de sort institution fut si bien Sentie qu'après l'expulsion des Pythagoriciens, on brûla leurs écoles dans la Grande-Grèce.

L'école d'Elée fut une institution publique. Ce fut une lice de sophistes plutôt qu'une association de sages; mais, pour cette raison même, et puisqu'elle attaquait comme immoral le polythéisme, la religion du pays, et qu'elle combattait Homère, Hésiode et Epiménide, en leur qualité de poètes religieux, elle eût mérité une attention spéciale de la  part du sacerdoce et du gouvernement. Au fond de son enseignement il y avait quelques vérités, une sorte de monothéisme, il était pourtant plus dangereux et plus grossier que le polythéisme, puisque c'était le panthéisme. Et néanmoins il ne s'éleva contre cette école nul institut de la part de l'état ou de la part du sacerdoce.

Dans l'école d'Empédocle se montre un fait extraordinaire. Ce philosophe de grande naissance, se met au-dessus de la religion de l'état, refuse la première magistrature d'Agrigente eh Sicile, sa patrie, prend le costume pontifical, se fait thaumaturge, conjure la peste et les tempêtes et institue des purifications. C'est un homme qui n'est ni prêtre ni magistrat, mais qui exerce sur la morale et la religion de son pays l'action la plus profonde et qui enseigne la théologie d'Élée, sans que son enseignement soit contrôlé par qui ce soit.

Toutes ces écoles, il est vrai, ne s'adressaient qu'aux hommes d'un âgé mûr ou aux jeunes gens destinés â la politique, et le nombre des disciples qui les suivaient était peu considérable. Mais il n'en fut pas de même de celles des sophistes, qui succédèrent immédiatement à Xénophane et â Empédocle, et qui embrassèrent dans leur enseignement l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la musique, la rhétorique, la morale, la philosophie, la politique et la religion elle-même. Un nombreux auditoire vint à ces leçons faites avec toutes les subtilités de la dialectique et toutes les pompes de l'éloquence, et ce furent la des institutions d'une espèce nouvelle, fondées encore par des citoyens, mais ouvertes au public et à la jeunesse, comme aux hommes plus avancés en âge. Nomades et dirigées dans un esprit de spéculation mercantile, elles exploitèrent les cités du monde grec, sans être dirigées par aucune autorité. Or il est évident que, si le sacerdoce avait eu action sur leur enseignement, il n'aurait pas permis que partout elles agitassent ces deux questions : Les dieux de l'Olympe existent-ils, et y it-il des dieux? Il n'aurait pas permis du moins qu'elle ré- pondissent par cette déclaration : Il n'y a pas de dieux. N'est-il pas évident aussi, que si l'état avait surveillé les professeurs, ils n'auraient pas enseigné ce principe, que c'est la loi et non pas la nature qui fait le juste et l'injuste (45), principe qui n'est qu'un appel permanent de la loi à la nature. Cette indépendance des instituts de philosophie cessa tout-à-coup dans Athènes, et l'école qui venait combattre celles des sophistes, et qui aurait dû, en raison de ce courage, recevoir l'appui de la cité, devint la première victime des colères concentrées du sacerdoce et de l'état. Ce fut celle de Socrate, école à tel point insaisissable, qu'on ne saurait dire quel lieu public en fut le théâtre, mais institution qui jeta un tel éclat et exerça sur la jeunesse aristocratique, les femmes éminentes et les hommes de talent une influence si grande, qu'enfin les magistrats, sur les plaintes d'un poète, d'un démagogue et d'un orateur, s'en occupèrent avec passion. Socrate, accusé de corrompre la jeunesse, denier les dieux du pays et d'en introduire d'autres (46), fut condamné plutôt que jugé. Son supplice n'a même rien d'étonnant. La démocratie, irritée des maux dont l'accablait l'aristocratique Lacédémone, savait que Socrate et ceux de ses disciples qui avaient joué un rôle pendant la désastreuse guerre du Péloponnèse, étaient les défenseurs de l'aristocratie ; et dans son regret d'avoir négligé l'enseignement de cette école, la justice populaire frappa avec d'autant plus de violence, que l'archontat avait plus longtemps manqué à ses obligations, en abandonnant aux sophistes comme aux philosophes la direction de leurs écoles. Ajoutez que la corruption des mœurs, favorisée par les Périclès, les Alcibiade et par toute l'aristocratie, ruinait la république; qu'à cette corruption, qui remontait aux guerres médiques, se joignait le mépris du culte, qui remontait aux sophistes, ennemis publics des dieux du pays: ajoutez qu'on ne distinguait pas suffisamment le maître d'Alcibiade et de Critias des autres sophistes; que le titre de philosophe, qu'on prenait à l'école socratique, était peu compris, et que Socrate fut jugé avec d'autant plus de rigueur, qu'il était plus célèbre. Le sacerdoce, d'abord plus clairvoyant que ses adversaires, l'avait déclaré, par l'oracle de la Pythie, le plus sage des hommes. On n'eut aucun égard pour Delphes, mais quand le supplice fut consommé, on prit le deuil, et pour y associer la jeunesse, on ferma les gymnases et les palestres. Toutefois, l'opinion surveilla désormais les écoles des philosophes, et Platon, pour éviter le sort de son maître, fit un double enseignement, l'un public, l'autre confidentiel. Aristote prit en vain cette précaution; il fut accusé comme l'avait été Socrate, d'enseigner des dieux nouveaux, mais il aima mieux se retirer en Eubée, que de jeter la ville d'Athènes dans un nouveau crime contre la philosophie.

Il avait raison. Depuis la condamnation de Socrate, si regrettable qu'elle parût aux citoyens, le gouvernement d'Athènes ne perdait plus de vue les philosophes. ll leur avait ouvert les bâtiments de la république ou plutôt il les avait mis dans les gymnases surveillés par l'Aréopage, et il les tenait comme en ses mains. Nous avons dit que l'école de Socrate était insaisissable, qu'on ne trouvait pas de lieu de réunion qu'on pût appeler école de Socrate. En effet, ce qu'on nommait ainsi, c'était lui et ses amis, c'étaient les doctrines qu'ils professaient, c'étaient les conférences qu'ils tenaient soit chez lui, soit chez eux, dans les rues, sur les places publiques, dans les ateliers d'Athènes (47). ll n'en fut pas de même des écoles de Platon, d'Aristote, d'Antisthène, de Zénon, qui professèrent dans les bâtiments de la république, à l'académie, au lycée, au cynosarge, au portique, fait qui constitue un changement immense.

Cependant l'état ne se chargea pas des écoles de philoso-phie, il n'en nomma pas les chefs, n'en régla pas les études, n'en fit pas les frais. Platon, Aristote et Zénon n'eurent pas plus de salaire que Socrate. Si l'état intervint dans les affaires de ces écoles, il y intervint d'une manière différente pour chacune d'elles; et si l'organisation intérieure de ces instituts offre des faits propres à éclairer l'organisation intérieure de l'école d'Alexandrie, elle en diffère néanmoins sous plusieurs rapports.

Et d'abord l'académie, jardin où la république avait bâti un gymnase, ne fut ouverte à Platon que d'une manière fort restreinte. Pour nous en assurer d'une manière intuitive et préparer par-là l'intelligence des questions que présente le musée d'Alexandrie, considérons les diverses parties dont se composait un gymnase grec (48). Elles étaient les unes essentielles, telles que la Palestre, le Stade, l'Ephébseum, le Sphéristérium (que d'autres confondent avec le Coryceum), l'Apodytérium, l'Elaiothésium, le Konistérium, la Kolymbethra, le Xyste ou les Portiques stadiés, les Péridromides ou les promenoirs en plein air (49); les autres accessoires, telles que les salles (50), les salles ouvertes (51) et les portiques, appelés plus tard Scholœ et Bibliothecœ. Or il est évident que Platon ne pouvait avoir entrée qu'aux parties accessoires, aux Péridromides et aux trois portiques que Vitruve appelle simples, pour les distinguer du quatrième, qui était double et qui conduisait aux parties essentielles de l'édifice : la sévérité des règlements sur l'admission des personnes étrangères à la direction des gymnases ne laisse pas le moindre doute à cet égard. Il est vrai qu'il s'établit pour les philosophes et les sophistes une sorte de tolérance, qu'ils avaient accès à l'Apodytérium, ce qui résulte positive- ment des dialogues de Platon, puisque cet écrivain place dans l'Apodytérium du Lycée un entretien entre Socrate et quelques sophistes, et que d'autres passages de Platon montrent également des philosophes allant enseigner dans les palestres et les apodytéria (52). Cependant si cette tolérance s'établit, en dépit des lois, par la raison que l'apodytérium était à l'entrée même de l'édifice et du xyste, et qu'on pouvait voir de tous les côtés ceux qui y étaient assis, cette tolérance n'était encore qu'une exception à la règle. Dans la règle, c'étaient les portiques que Vitruve appelle simples, qui servaient de rendez-vous aux hommes d'une certaine célébrité ou à ceux qui les recherchaient (53), et ces portiques offraient des salles spacieuses avec des sièges pour ceux des philosophes et des rhéteurs qui, pour s'entretenir d'études, ne préféraient pas se rendre dans le Péripatos,

Dans aucun cas, Platon qui n'était ni gymnasiarque ni surveillant de l'Académie, ne pouvait y établir sa demeure j et non-seulement il acheta dans le voisinage, pour 3,000 drachmes, un terrain où il bâtit une maison (54); mais il paraît que peu à peu il y transporta le siège de son enseignement. En effet, il y éleva de ses deniers un musée ou un temple consacré aux Muses, décoré des statues de ces divinités et qui fut désormais considéré comme le véritable chef-lieu de sa philosophie (55). La république souffrit bien qu'il s'installât dans le voisinage des allées académiques, mais elle ne songea ni à lui livrer la direction de ce gymnase, ni à se charger des frais de l'institut qu'il avait créé (56). Elle laissa à sa charge, sa maison, son temple, et ce qu'on appelle son école ; et il put léguer le tout à ses disciples avec sa bibliothèque. Sa propriété ou l'école, qui, sous le nom d'académie, s'éleva désormais près de l'ancien gymnase du même nom, en éclipsa la renommée à tel point qu'à partir de ce moment c'est l'institut particulier de Platon, ce n'est plus l'académie publique qu'on entend communément quand il est question de l'académie d'Athènes, distinction importante et propre à éviter bien des erreurs.

Si célèbre que fût l'institut de Platon, il paraît qu'il n'eut jamais d'autre local à lui propre que la maison et la Musée du fondateur. Quand Diogène de Laërte dit de Xénocrate, qu'il succéda à Speusippe, et qu'il dirigea l'école pendant vingt-cinq ans (57), cela n'implique nullement l'existence d'une maison spéciale ; et quand il nous apprend à cet égard que Polémon entra ivre et couronné de fleurs dans l'école de Xénocrate, c'est le portique de Platon où elle se tenait qu'il désigne sous le nom de σχολὴ(58).

Ce musée fut donc le véritable chef-lieu de l'Académie et la propriété des Platoniciens. Rien n'empêcha toutefois Platon, qui enseignait en se promenant, qui lisait ses compositions au milieu de ses disciples et discutait avec eux en plein air les questions qu'il leur jetait —rien n'empêcha Platon ni ses successeurs de se promener sous les allées de l'Académie. Mais outre son enseignement public, Platon en faisait un autre plus important, dont il était seul le maître et qu'il n'accordait qu'à ses disciples intimes. Cet autre enseignement il le faisait chez lui, et certaines traditions anciennes sur la mésintelligence qui éclata entre lui et Aristote, paraissent répandre quelque jour sur l'organisation intérieure des écoles de philosophie. Par exemple, on dit que Platon ne fut pas toujours le maître à l'Académie, qu'Aristote y parvint à usurper sur son autorité, à l'éclipser auprès des Platoniciens et à le rejeter dans son intérieur en l'embarrassant de fatigantes objections. Si ces récits ont quelque fondement, ils prouvent que Platon, au lieu de se rendre soit au gymnase public, soit au portique de la petite Académie, préféra l'enseignement ésotérique, tandis qu'Aristote faisait celui du dehors. Ces traditions peuvent prouver aussi que le disciple resté vingt ans à l'Acadé

mie finit par ne plus se trouver d'accord avec le maître, et qu'Aristote exerça néanmoins les fonctions de second chef de l'école, comme cela se pratiqua plus tard sous d'autres formes. En effet, plus tard on trouve à l'académie et au lycée, auprès du véritable chef de l'école, des sous-chefs qui exercent dans ces maisons une sorte d'autorité, dont la durée est de dix jours, circonstance doublement curieuse, en ce qu'elle prouve qu'un auxiliaire était devenu indispensable et qu'on avait limité ses pouvoirs avec jalousie. En tout cas, on avait donné aux écoles des statuts précis (59).

L'état n'intervint ni dans ces règlements ni dans la succession des chefs, et Platon légua son académie à son neveu Speusippe comme on lègue son bien. Plus tard Xénocrate recueille de la même manière une succession dont Speusippe est fatigué, et l'Académie ou le Musée de Platon demeure aux Platoniciens, comme les jardins d'Académus et le gymnase de la république demeurent à l'état, qui permet à la jeunesse de suivre les leçons du Musée, ou aux Platoniciens de faire des cours au gymnase, mais qui ne (loge pas les philosophes. C'est cette distinction qui jusqu'à présent, n'a pas été faite; et il en est résulté dans l'histoire de l'académie beaucoup d'obscurité. Faite avec soin (60), elle éclaircit la question de l'intervention du gouvernement dans les écoles et la nature si différente des deux institutions, qu'on désigne sous le nom commun d'académie.

Une distinction encore plus importante doit être faite au sujet du lycée, gymnase public, fondé et entretenu par le gouvernement pour l'éducation de la jeunesse, comme l'académie (61), mais plus important peut-être. En effet, non-seulement il offrait, dans le voisinage d'un temple d'Apollon, un ensemble de vastes édifices, entourés de jardins et d'un bois sacré, mais on y trouvait, dans une sorte de splendeur, tout ce qu'il fallait pour exercer une nombreuse jeunesse : des cours spacieuses (dont l'une de deux stades), des portiques, avec des salles garnies de sièges pour les Cours des professeurs, des promenoirs couverts, des salles de bains, des lices pour les luttes, de stade pour la course à pied. En un mot, fondé par Pisistrate et embelli par Périclès, le lycée était le plus beau des trois principaux gymnases de la république et on l'avait augmenté et décoré avec une sorte d'orgueil : les murs en étaient enrichis de peintures (62), les jardins ornés d'allées garnies de sièges pour les promeneurs (63).

Mais dans quels rapports Aristote fut-il avec ce gymnase?

Selon l'opinion vulgaire, le Lycée et l'école d'Aristote se confondent presque, et le premier n'aurait tiré son importance que de la seconde. Cependant Aristote, sujet du roi de Macédoine, fut bien loin, d'avoir avec le Lycée des rapports aussi intimes que l'Athénien Platon en eut avec l'Académie. On permit, il est vrai, au philosophe de Stagire de se rendre deux fois par jour, le matin et le soir, au gymnase qu'il devait Illustrer; et d'y enseigner au péripatos, comme il aimait a le faire ; mais s'il fut le maître des philosophes jeunes ou vieux qui préféraient ses leçons à celles de ses contemporains, il ne fut jamais le chef du gymnase qui lui donnait l'hospitalité. Platon acquit, de ses deniers, un jardin et bâtit un musée près l'Académie. Aristote, qui était d'ailleurs plus riche que lui et qui possédait une bibliothèque plus considérable, n'acheta jamais rien ni au lycée ni auprès, soit qu'il n'y eût rien à y vendre, soit qu'il se considérât comme étranger à Athènes. D'ailleurs, sa résidence au lycée devenait un embarras et peut-être même pour la jeunesse un médiocre exemple : on sait quel fut son second mariage. Ceux qui s'imaginent que sa bibliothèque fut déposée au lycée, sont dans une grande erreur. M. Klippel, qui cite, à l'appui de cette opinion, le testament de Théophraste, ne considère pas qu'il s'agit dans cette pièce d'une propriété particulière de ce philosophe, et nullement d'un musée public. Si ce testament parlait d'un musée public, comment Théophraste mourant aurait-il pu ordonner en maître les constructions et les réparations que devaient y faire ses disciples ? Je sais que j'avance ici des idées nouvelles ; mais tout-à-I'heure je citerai les textes qui les établissent. Je dirai dès à présent que la démocratique Athènes n'eût pas souffert qu'un édifice appartenant à l'Etat, fondé et sans cesse embelli par ses chefs les plus illustres, fût aliéné ou confié à la direction d'un ami du tyran d'Atarne et du roi de Macédoine.

L'intervention de l'Etat dans l'enseignement d'Aristote, dans l'école péripatéticienne, fut aussi nulle que dans l'école de Platon. Comme Platon, Aristote désigna son successeur. Mais il ne put pas, comme son maître, lui léguer de local, par la raison qu'il n'en avait pas, et quand il se fut retirée Chalcis avec quelques-uns de ses disciples, laissant à Théophraste la direction de l'école, il se fit dans la résidence des péripatéticiens un changement qui, je crois, a passé jusqu'ici inaperçu. En effet, on croit communément que la république permit à Théophraste de disposer du péripatos et des portiques du lycée pour y continuer l'enseignement d'Aristote ; or voici une série de faits positifs qui non-seulement rendent la chose douteuse, mais qui prouvent le contraire.

Si Diogène de Laërte nous dit que lors de la retraite d'Aristote dans l'île d'Eubée Théophraste lui succéda dans la direction de l'école (64), cela prouve qu'il fut à la tête des Péripatéticiens, mais cela ne prouve nullement qu'il enseigna au lycée. Il est possible qu'il y enseigna quelque temps, et ce qui porte à le croire c'est la faveur publique dont ce philosophe jouissait à Athènes, où il eut jusqu'à deux mille auditeurs (65) ; mais ce qui rend plus que douteux qu'il y ait continué son enseignement, c'est un décret spécial que fit passer cette même opposition qui avait conduit Socrate à la mort, forcé Platon de faire un enseignement ésotérique et Aristote de fuir. Ce décret, proposé par un certain Sophocle, la 3me année de la 118e olympiade (l'an 306) portait que, sous peine de mort, aucun philosophe ne pourrait être chef d'une école, à moins que le sénat et le peuple ne l'eussent voulu (66). Or ce qui rend ce décret si important pour la question, c'est qu'il fut rendu un an après l'expulsion d'Athènes du savant Démétrius de Phalère, qui avait si bien gouverné depuis dix ans, et qui était disciple d'Aristote. D'après cela on serait tenté d'admettre que Théophraste a pu enseigner au lycée depuis la retraite d'Aristote (323 avant J.-C.) jusqu'à l'expulsion de Démétrius, 307, et je ne nie pas cela d'une manière positive ; mais il est certain que Théophraste s'exila par suite du décret si violent qui portait la peine de mort contre tout chef d'école, qui n'aurait pas l'agrément de la plus capricieuse et de la plus passionnée des démocraties, et qu'à cette époque il cessa d'enseigner au lycée. Je dirai plus, si tant est qu'il y ait enseigné un instant, je pense qu'il avait cessé depuis longtemps de s'y rendre.

En effet, dès après la mort d'Aristote, il avait acheté un jardin particulier (67), et ce jardin était assez considérable pour que le philosophe, qui n'était pas pauvre, eût besoin d'être aidé dans son acquisition des moyens de Démétrius de Phalère, qui avait aidé aussi un disciple de Platon, Xénocrate. Ce qui prouve que l'école avait été transférée dans la propriété de Théophraste, c'est que dans son testament ce philosophe ordonne qu'on y achève ce qui regarde le Musée et les Déesses (68); qu'on orne le tout au mieux; qu'on mette au Temple l'image d'Aristote, ainsi, que les autres Anathemata qui y étaient auparavant; qu'on construise près du musée un petit portique qui ne soit pas moindre que le premier, et qu'on suspende dans le portique inférieur (69) les tableaux où sont peints les cercles (70) de la terre (71) ; enfin qu'on y mette un autel, pour que rien de convenable n'y manque. Théophraste ajoute ensuite que son domaine de Stagire sera pour Callinus, ses livres pour Nélée, le jardin Péripatos ( et qu'on remarque ici que dans le système de M. Klippel, !e Péripatos du lycée devient une propriété particulière) et toutes les maisons qui touchent aux jardins, aux amis qui voudront philosopher ensemble, à cette condition toutefois, qu'ils conserveront cette propriété comme un bien commun et sacré.

On le voit, c'est d'abord d'une propriété particulière, ce n.'est nullement d'un local public qu'il s'agit ici; c'est ensuite d'un lieu d'étude philosophique; c'est môme d'un établissement considérable, et non pas d'un jardin d'amateur qu'il est question, puisque l'on y distingue quatre parties importantes (72); c'est enfin d'un lieu qui devra appar- tenir à l'école de Théophraste et à ses amis intimes, de telle sorte que ce ne soit ni leur chef, ni un individu quelconque, mais la corporation entière qui en demeure propriétaire.

Il est donc évident qu'à l'époque de Théophraste, le véritable siège du péripatétisme n'était plus le Lycée, si même il l'avait été. Après la retraite d'Aristote, c'était le Musée ou le jardin de Théophraste. Maintenant je vais plus loin, et je dis que si Théophraste a enseigné au Lycée, ce n'a été qu'un moment. Et d'abord on rapporte l'acquisition de son jardin immédiatement après sa succession aux honneurs d'Aristote. Ensuite les réparations qu'il prescrit dans son testament, l'an 286, quand déjà son ami Démétrius de Phalère a fondé le musée d'Alexandrie, font connaître des ravages qui ont été exercés par le feu ou la guerre dans un sanctuaire qui avait joui antérieurement d'une certaine prospérité. Enfin il est certain que l'acquisition du musée péripatéticien eut lieu avant l'an 306, puisque à cette époque Démétrius de Phalère s'était réfugié en Egypte, et même avant 316, puisque l'illustre péripatéticien gouvernant Athènes depuis ce tems, n'eût pas mis son condisciple dans le cas de quitter le Lycée. C'est donc entre les années 322 et 316 qu'a eu lieu l'acquisition de Théophraste ; et quand je considère la défiance réciproque qui existait entre la république et les philosophes à la mort d'Aristote expulsé d'Athènes, c'est plus de la première que de la seconde de ces époques que je rapproche la translation de la résidence péripatéticienne.

Nous l'avons dit, la distinction entre le Lycée et le Musée péripatéticien a plus d'importance encore que celle entre l'Académie et le Musée platonicien.

Nous remarquons maintenant que depuis l'époque où Platon avait mis son enseignement sous le patronage des muses, divinités dont le culte se rattachait à celui des dieux suprêmes, les écoles importantes se donnaient un musée; qu'au moment où Théophraste fait réparer le sien, son condisciple Démétrius de Phalère en a déjà fait fonder un par Ptolé- mée, fils de Lagus; mais que le Musée se distingue toujours de l'école, c'est-à-dire, du portique ou de l'oxèdre, qui porte le nom de σχολὴ, ou plus tard de βιβλιοθήκη (73).

L'établissement de l'école d'Aristote dans la propriété de Théophraste lui avait rendu toute son indépendance; et ce philosophe, nonobstant la communauté du local souverainement donné à tous ses disciples, nomme l'un d'eux, Straton, chef de l'école. A son tour, Straton nomme Lycon, avec beaucoup plus d'autorité qu'Aristote lui-même désignant son successeur (74). Lycon, au contraire, se sentant mourir à son tour, abandonnera le soin déplacer sa statue où l'on jugera convenable, et de choisir pour son successeur celui des siens qui sera le plus utile. Mais à cette époque le chef-lieu du péripatétisme ne se désignera plus que par le nom de περίπατος (75) ; le ἱερὸν, le μουσεῖον, le κῆπος ne seront plus nommés; soit qu'ils en aient été détachés quand Athènes obéissait à la garnison macédonienne d'Antigone Gonatas, soit qu'on ait négligé ces accessoires quand Alexandrie attirait, sous les Lagides, les savants, courtisans de la fortune.

Le Cynosarge, le troisième des gymnases d'Athènes où les philosophes allèrent enseigner, paraît avoir suivi l'exemple de l'Académie et du Lycée. Si tué hors de l'enceinte d'Athènes, près du temple d'Hercule — car le Ptolémaïon seul fut mis dans l'intérieur de la ville —ce gymnase était affecté à la jeunessô d'une naissance inférieure; et Antisthène, le fondateur des Cyniques qui était lui-même dans cette catégorie par son origine, obtint la permission d'y enseigner à l'époque où Platon s'établit près de l'Académie. Mais le chef des Cyniques ne fut jamais celui du Cynosarge, et il ne paraît pas que ses disciples aient enseigné plus longtemps dans cette école que ceux d'Aristote n'enseignèrent au Lycée, ou ceux de Platon au Gymnase d'Acadème (76). Ils ne suivirent l'exemple de Platon et de Théophraste qu'à moitié, c'est-à-dire qu'ils cessèrent d'aller dans un bâtiment de la république, mais qu'ils n'achetèrent pas de propriété particulière pour y établir le siège de leur école. En effet, ni Diogène, ni Cratès, ni Onésicrite ne professèrent dans un gymnase public ; et aucun d'eux ne paraît avoir fait l'acquisition d'un musée. Celui des philosophes d'Athènes, qui amenda le plus leur doctrine, Zénon, professa au pœcilé, portique qui jadis avait servi de lieu d'assemblée aux poètes et qui revenait naturellement aux philosophes, leurs successeurs.

Ariston, un des disciples de Zénon, rentrera au Cynosarge à une époque où Athènes, dépouillée par les Lagides de sa supériorité intellectuelle, comme elle a été dépouillée par la Macédoine de sa valeur politique, se montrera facile aux philosophes. Cependant un autre disciple de Zénon, Sphérus, aimera mieux le Musée d'Egypte (77). Son véritable successeur, Cléanthe, n'enseignera pas au Cynosarge ; et le disciple de Cléanthe fera ses leçons à l'Odéon. Il est donc vrai de dire qu'aucun disciple de Platon ne lui a réellement succédé au gymnase d'Acadème, qu'aucun disciple d'Aristote ne lui a réellement succédé au Lycée, qu'aucun Cynique n'a remplacé Antisthène au Cynosarge, et qu'aucun Stoïcien n'a succédé à Zénon au pœcilé ; et le tout pour la même raison, l'incompatibilité de la philosophie avec la république.

Epicure mieux inspiré, avait pris un parti plus simple dès le début : il avait établi son école dans sa maison de campagne, près d'Athènes (78). A l'imitation de Platon et de Théophraste, il transmit son jardin et son école à ses successeurs, sans que l'état se mêlât de ce qu'on y enseignait ou pratiquait, quoique il eût dû y porter une sérieuse attention. En effet, cet institut, important par l'influence qu'exerçait sa doctrine sur la religion et les mœurs, méritait encore l'attention du gouvernement par la constitution que lui donna son fondateur. Quand Platon remit son Musée à son neveu et quand Théophraste donna le sien à ses disciples, ils ne statuèrent rien sur la doctrine qu'il faudrait y professer. Epicure, en léguant sa propriété à ses disciples, non seulement leur recommanda de reconnaître Hermachus pour chef, mais il voulut qu'elle n'appartiendrait qu'à ceux qui y resteraient, qui y conserveraient sa doctrine dans une parfaite union, et y célébreraient en commun les fêtes commémoratives qu'il indiquait (79). Il n'affecta ses biens à leur entretien qu'à ces conditions ; et donnant une grande autorité à Hermachus, il ne leur légua sa bibliothèque qu'au nom de ce chef. Aussi, grâce à ces dispositions, le gouvernement de l'école se transmit avec la propriété dans une régularité parfaite pendant plusieurs générations (80). Et plus il y avait de perpétuité dans un enseignement qui combattait la religion et les mœurs, plus il y avait lieu de la part de l'état à y intervenir. Mais déjà l'intervention n'était plus possible; exilées des établissements de la république, les écoles des philosophes, devenues d'autant plus fortes qu'elles étaient plus indépendantes, avaient fait pénétrer leurs principes dans toutes les intelligences élevées etdans toutes les institutions publiques.

Nous dirons maintenant que de tous ces faits il résulte qu'au temps d'Alexandre le gouvernement d'Athènes ne fondait, n'entretenait et ne dirigeait aucune école de philosophie ; que ces écoles étaient instituées et gouvernées d'une manière absolue par les divers chefs de doctrine ; qu'à (partir de l'époque de Platon, la république avait admis les philosophes dans certaines parties des trois gymnases principaux ; mais qu'immédiatement après la retraite d'Aristote à Chalcis, cette alliance paraît avoir cessé, et qu'aucune des grandes écoles ne paraît avoir continué à résider dans les gymnases dont elles portaient le nom-, que les Platoniciens eurent leur chef-lieu au Musée de Platon, les Péripatéticiens, au Musée de Théophraste, les Epicuriens, au jardin d'Epicure, tandis que les autres philosophes, les Stoïciens et les Cyniques, qui enseignèrent au Cynosarge, au Pœcilé et à l'Odéon, n'eurent plus aucun chef-lieu habituel ; que si l'autorité publique permit pendant quelque temps aux philosophes d'exposer leurs théories ou d'enseigner dans les gymnases publics, jamais elle n'en logea aucun dans ces établissements ni ne leur alloua de traitement pour leurs leçons ; qu'en général, après leur avoir ouvert les gymnases, elle ne fit plus rien pour eux; que pendant long-temps, de Thales à Socrate, elle se montra presque indifférente à l'égard de leurs doctrines, et qu'après avoir sévi un instant contre Socrate, comme elle avait eu l'idée de sévir contre Anaxagore, après avoir rendu un instant une loi pour se réserver l'autorisation d'ouvrir des écoles de philosophie, elle se rétracta ; qu'elle ferma les yeux sur les théories de Platon, qui n'étaient pas plus d'accord avec le culte qu'avec la politique de l'état; sur celles d'Aristote, qui n'étaient guère orthodoxes, mais que tout autreque le sujet et l'ami du roi de Macédoine eût pu professer toute sa vie ; sur celles d'Epicure lui-même dont l'enseignement attaquait directement les mœurs et les institutions religieuses du pays; enfin que le sacerdoce n'exerça aucune influence ni sur les écoles publiques ni sur les écoles privées; qu'à la vérité les trois principaux gymnases d'Athènes s'élevaient près de trois édifices sacrés, mais que la religion n'était pas comprise dans les études qu'on y faisait, et que ce n'étaient passes ministres qui l'enseignaient.

Nous l'avons dit, ce qui explique cette séparation si com-    plète entre les sanctuaires et les écoles, c'est l'origine indépendante de ces dernières.

Le gouvernement d'Athènes fondait et entretenait, à la vérité, quelques écoles; mais les seules auxquelles il accordât ses soins et ses sacrifices, c'étaient les Didascalées et les Gymnases, institutions qui n'ont pour nous que peu d'importance. En effet, le didascalée, toujours séparé du gymnase, ne recevait que de jeunes enfants, et s'il était assez considérable pour qu'on y trouvât un local exclusivement réservé aux leçons et distingué par un nom spécial (81), l'enseignement y était sans caractère. Aussi c'était moins l'état que les citoyens qui en faisaient les frais, puisque les lois obligeaient chaque tribu de payer les leçons de musique et de gymnastique données aux enfans qui lui appartenaient (82) . En effet, l'enseignement supérieur, dont les prix s'élevaient au point que Démosthène ne put pas suivre l'école d'Isocrate, où l'honoraire était de dix mines (83), restait seul à la charge des familles. Quant aux gymnases, si le gouvernement d'Athènes entretenait ces établissements qu'il avait fondés, son attention ne s'y portait guère que sur les exercices du corps, les mœurs et la discipline. Les dispositions essentielles de la loi sur les gymnases sont celles qui ordonnent aux maîtres d'ouvrir ces institutions après le lever du soleil et de les fermer avant son coucher -, interdisent sous peine de mort l'entrée de ces écoles aux personnes qui avaient passé l'âge puéril ; rendent les gymnasiarques responsables à cet égard, et prescrivent des choragi âgés de plus de quarante ans. La plupart des employés du gymnase s'occupaient dela direction des exercices et de la surveillance des mœurs (84). Les Sophronistes, nommés par les dix tribus, et le gymnasiarque, investi d'une autorité générale sur les gymnases, ne pouvaient pas non plus intervenir dans les études, et l'Aréopage lui-même, qui surveillait tous ces fonctionnaires, ne paraît pas s'en être mêlé davantage. (85)

Quant aux écoles de philosophie, l'état et le sacerdoce ne se souciaient ni de fonder ni d'entretenir, ni même de surveiller sérieusement ces institutions. Sans doute un gouvernement où le peuple était associé à l'administration comme à la législation avait le droit de toucher à tout; et plus d'une fois celui d'Athènes intervint dans les affaires des philosophes, plus d'une fois l'opinion publique persécuta ces chefs du mouvement des idées ; mais leurs écoles demeurèrent toujours à leur charge, et si l'état s'avisa un instant de leur donner asile, pour les avoir sous sa main, il laissa bientôt se rompre une alliance à laquelle il n'avait jamais mis trop de prix. Quelquefois la démocratie de l'Agora aima mieux frapper que surveiller. Dans un de ses accès de colère, elle fit une loi formelle, pour proscrire toute école de philosophie (86). Il en fut de cette loi comme d'une autre que nous avons déjà citée, et qui voulait que nul ne pût diriger une école de philosophie sans l'autorisation du sénat et du peuple. Aucune des deux ne demeura en vigueur, et toutes deux, loin de prouver ce qu'on serait tenté d'en conclure, c'est-à-dire une surveillance sérieuse de l'enseignement supérieur, attestent le contraire. En effet, ce ne furent que des lois de réaction qu'emportèrent d'autres réactions. La première, rendue sur la proposition de Critias, fut abolie par le gouvernement des Trente. La seconde, sollicitée par Sophocle de Sunium contre Théophraste et les autres philosophes, sous l'invasion de Démétrius, fils d'Antigone (87), fut rapportée au bout de l'année, les philosophes rappelés, et Sophocle puni d'une amende de cinq talents. Par ces deux actes de réaction, il fut, pour ainsi dire, déclaré légalement que les philosophes dirigeraient leurs écoles comme ils l'entendraient, sauf vindicte publique.

Cela établi, on peut demander si le gouvernement et le sacerdoce ont eu tort ou raison de négliger ces institutions? Pour apprécier leur conduite, il faut envisager deux choses : les institutions générales de la république et le rôle que la philosophie a joué dans le pays. Quant aux institutions politiques depuis que Pisistrate avait chassé Solon, celui des législateurs qui avait eu le plus de crédit, c'était un mélange d'aristocratie et de démocratie qui changeait de face chaque jour, avec chaque chef assez éloquent ou assez riche pour séduire par son or ou sa parole. Dans ce brillant chaos, rien ne dominait, si ce n'est l'esprit d'indépendance des Athéniens. Plus cet esprit était ingouvernable, et plus était grand le rôle des orateurs, des rhéteurs, des philosophes, des écoles, en un mot. Et point de doute, l'enseignement de ces écoles méritait de la part de l'état et du sacerdoce la plus sérieuse attention. Religieux dans les écoles de Thalès, de Pythagore, d'Empédocle, de Socrate et de Platon, il fut non-seulement contraire au culte du pays, mais à toute religion, dans celles de Xénophane, de Leucippe, de Démocrite et d'Epicure. Il était douteux dans celle d'Aristote, et mauvais dans celles des Sophistes; car lors même que les dieux, dont la loi ordonnait le respect, n'y étaient pas niés ouvertement, ils y étaient débattus avec ce mélange de dédain et de pitié plus dangereux que la polémique. Des principes de morale étaient donnés, il est vrai, dans les instituts de tous les philosophes; mais dans plusieurs ces principes étaient frivoles; dans d'autres, pernicieux. Quant à la politique, on professait dans les unes des utopies, dans les autres des théories plus aristocratiques, ou même plus monarchiques que ne le voulait la démocratie du pays ; et le gouvernement d'Athènes, comme tant d'autres, eut rarement pour lui la sympathie de ceux qui dirigeaient l'opinion publique.

Ainsi au temps d'Alexandre, il y avait non-seulement scission entre les écoles et les institutions, mais hostilité profonde entre le gouvernement et les écoles de philosophie. Et cependant toute la jeunesse des classes aisées, tous ceux qui devaient un jour proposer ou débattre les lois, parler dans l'agora ou conduire les affaires de la république, puisaient leurs doctrines dans ces écoles. N'est-il pas évident que cette scission devait compromettre le gouvernement comme les institutions? Et n'est-il pas évident aussi que les Lagides, sur le point de fonder dans Alexandrie des institutions littéraires, comparant ensemble celles de l'Egypte et celles de la Grèce, où tout était dans l'anarchie, ont dû emprunter à ces dernières la science, aux premières l'organisation ? Un coup d'œil sur le théâtre où les nouvelles institutions furent fondées et sur la situation où se trouvait leur auteur, fera comprendre encore mieux cette vérité. Source : http://remacle.org/bloodwolf/livres/matter/alexandrie1.htm

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L'École Théologique d'Alexandrie

24 Avril 2012 , Rédigé par A.S. ATIYA Publié dans #spiritualité

L'École Théologique d'Alexandrie fut sans aucun doute la première et la plus en avance des institutions d'études théologiques dans l'antiquité chrétienne.

Bien qu'on n'en entende parler pour la première fois en tant qu'école organisée dans l'HISTORIA ECCLESIASTICA d'Eusèbe qu'aux environs de l'an 180, ses racines plongent bien avant au coeur de l'antiquité.

Sa progression à la notoriété à partir de débuts humbles fut un processus long et évolutif parallèlement à la propagation de la nouvelle religion parmi les habitants juifs et les païens d'Alexandrie.

Quoique nous dussions rejeter l'assertion primitive qu'elle avait été fondée par St Marc luimême, il n'est pas invraisemblable d'affirmer que, bientôt après son martyre, la hiérarchie nouvellement mise en place devint active dans ses efforts missionnaires de gagner de nouveaux convertis.

Durant le règne des premiers évêques de l'Église, il était naturel qu'ils mettent en place un système permettant au clergé d'instruire les novices et les catéchumènes dans l'essentiel de l'Évangile et dans les doctrines de la foi avant d'autoriser leur baptême.

Dans ce but, des cercles d'études furent institués en maints endroits en dehors des bâtiments des églises, cercles conduits par des catéchistes qui étaient généralement, mais non obligatoirement, des prêtres ordonnés.

Là se trouvent les humbles origines de l'École consistant en cercles informels ou en groupes d'instructeurs et de catéchumènes où ces derniers faisaient connaissance de leur nouvelle religion, condition indispensable pour leur admission au baptême.

En règle générale, cette instruction comprenait deux stages.

Le premier stage était ouvert à tous les auditeurs, dénommés plus tard dans l'ouest AUDIENTES, terme que l'on trouve dans les écrits de Tertullien et de Cyprien. Au fur et à mesure qu'ils progressaient dans leurs connaissances religieuses, pendant une période qui n'était pas déterminée, ils devenaient dignes de l'admission au baptême en qualité de COMPETENTES.

Toutefois, n'étant que catéchumènes, ils n'étaient autorisés à assister qu'à la première partie de la liturgie dénommée LITURGIE DES CATÉCHUMÈNES. Ensuite, ils devaient quitter le temple avant la deuxième partie de la liturgie LA LITURGIE DES FIDÈLES célébrée uniquement en présence des fidèles baptisés.

Avec le développement du christianisme, et la disparition progressive de la catégorie des catéchumènes adultes, le processus initial perdit sa nécessité.

Il s'ensuivit que ces cercles religieux se transformèrent en classes régulières comportant un programme d'études prescrit dont la complexité ne fit que croître bien au-delà de la simple instruction religieuse.

Cela finit par prendre la forme d'une école conduite selon le modèle de l'ancienne institution païenne du MUSEION

PTOLÉMATIQUE dont la fameuse bibliothèque a dû servir aux étudiants et à la direction du collège théologique naissant sous les auspices de l'Eglise.

Comme l'une avançait vers sa maturité, l'autre commença à dépérir jusqu'à sa liquidation après l'assassinat de Hypatia en l'an 415.

Avant l'arrivée de Pantène en tant que premier chef connu de l'École Catéchétique d'Alexandrie, à la fin du second siècle, les sujets débattus principalement par les catéchistes ne se résumaient pas en la seule instruction religieuse et en les Ecritures.

Les discussions sur la divinité, le Christ et Sa naissance d'une Vierge, la Croix, l'ensevelissement, la Résurrection et l'Ascension du Seigneur, le Saint-Esprit - tous ces sujets devaient être éclairés à l'École dans le cadre de la Bible.

Lorsque Pantène fut chargé, avant l'an 180, par le patriarche d'Alexandrie de la direction de cette institution, on sait qu'il réforma et organisa son programme d'études depuis les sujets purement théologiques jusqu'à la plupart des branches de l'activité humaine.

Parfois on lui attribue, sans preuves solides, une origine sicilienne mais les Coptes se bornent à mentionner qu'il est natif d'Alexandrie.

On lui attribue, lors de sa réforme, la promotion de l'alphabet grec en remplacement des caractères démotiques difficiles et antiques, ce qui conduisit en définitive à l'établissement de la nouvelle langue copte, dernière phase de l'ancien égyptien.

Lui-même composa certains ouvrages d'exégèse en grec, maintenant perdus.

Toutefois, sa carrière d'éducateur à l'École Catéchétique fut interrompue par le patriarche Demetrius I (12e pape d'Alexandrie, 199-232) qui le désigna pour mener une mission chrétienne aux Indes.

II ne l'accepta qu'après avoir trouvé un successeur valable pour assurer la poursuite du travail qu'il avait commencé sous d'aussi heureuses auspices pour le développement de l'École.

Son choix se porta sur le plus, brillant de ses élèves : Clément d'Alexandrie.

Étant probablement athénien de famille païenne né aux environs de l'année 150, il devint un théologien chrétien de grande conviction en plus de ses connaissances de la philosophie grecque.

Il succéda à Pantène avant l'année 190 et occupa ce poste jusqu'en 202 ou 203 lorsqu'il décida, plus par souci d'efficacité que par peur, de quitter Alexandrie durant les persécutions de l'empereur Septime Sevère.

Il ne retourna jamais à l'École et semble avoir passé ses dernières années entre Jérusalem et Antioche, mais on ne connaît avec précision ni la date ni le lieu de son décès en Grande Syrie.

Ce n'est pas la place ici pour exposer les biographies détaillées et l'oeuvre de Clément ou de tout autre chef de l'École dont le nom serait évoqué par ailleurs.

Il est toutefois nécessaire d'ébaucher leur carrière en rapport avec l'institution naissante de la connaissance théologique dans l'histoire de la chrétienté universelle.

Le rôle joué par Clément dans ce cadre est particulier.

Sa pensée était solidement ancrée à des principes libéraux.

En tant que théologien et simultanément philosophe grec, il a oeuvré à la réconciliation des tenants de la jeune religion avec les anciens enseignements grecs, ne trouvant pas d'incompatibilité entre les prophètes bibliques et les philosophes grecs.

Il se donnait du mal à essayer d'apporter la preuve de ce que les Grecs avaient plagié Moise et l'Ancien Testament.

Il est curieux de voir Clément semer le libéralisme chrétien dans les classes de l'École Théologique, alors que les autorités de l'Église, autour de l'impérieux pape Demetrius I, étaient totalement dénuées d'esprit de libéralité pour ce qui est de la doctrine.

A une époque où les enseignements gnostiques avaient encore laissé des traces parmi les chrétiens d'Égypte, Clément malgré toute son orthodoxie traditionnelle ne manifestait pas d'hostilité ouverte à la gnose.

Bien que techniquement il ne fût pas lui-même gnostique, il enseignait dans ses cours que l'illumination était l'essence véritable de la perfection chrétienne dans la connaissance religieuse.

Comme Socrate, Clément considérait l'ignorance pire que le péché.

En somme, Clément pourrait être considéré à juste titre comme l'un des premiers promoteurs du libéralisme chrétien dans cette époque patristique.

Il suffit ici de rappeler les titres des principaux ouvrages qu'il composa durant sa présidence de l'École Théologique, réservant leur analyse à sa biographie propre.

Bien que la plupart de ses ouvrages soient apparemment perdus, nous savons qu'ils ont joué un rôle notable, comme son EXHORTATION AUX GRECS, un traité d'apologétique, le PEDADOGUS sur la vie chrétienne et la morale et le STROMATEIS comprenant une série de discours variés difficiles à interpréter.

Après Clément, l'École Théologique demeura provisoirement sans direction mais poursuivit son activité sur la lancée imprimée par son grand chef.

Finalement, en 215, le pape Demetrius I décida de nommer le plus illustre des élèves de Clément - Origène - pour lui succéder.

C'est sous son égide que l'École sembla atteindre le point culminant de son épanouissement.

Origène, né aux environs de 185 à Alexandrie ou en un autre point d'Égypte, mourut en Palestine aux environs de 253.

Ses parents étaient des chrétiens fervents.

Sa mère pourrait avoir été d'origine juive, ce qui expliquerait ses talents en hébreu.

Le bruit concernant le mélange de son sang avait effectivement couru mais si l'on en croit Epiphanus de Salamis, l'un de ses contemporains proches, Origène doit être considéré comme Copte et vrai fils d'Égypte.

Son vrai nom, dérivé de l'ancien mot égyptien Horus ou Orus, est en lui-même un indice.

Enfant, il vécut dans l'angoisse du martyre de son père pour la foi chrétienne.

Adolescent, il fut très ascétique de nature, observant les plus rigoureuses veillées et suivit la parole de l'Évangile (Matth. 19;12) à la lettre jusqu'à se mutiler lui-même, devenant ainsi eunuque, ce qui provoqua des démêlés avec l'impérieux patriarche Demetrius I.

Son éducation fut enrichie par les connaissances qu'il assimila très facilement de son maître érudit Clément.

Il étudia également la philosophie païenne et la littérature sous la direction d'Ammonius Saccas (174-242) le fondateur réel du néoplatonisme dont l'influence avait séduit Plotinus.

Il a dû suivre les cours de Saccas en même temps que Plotinus à l'École Ptolématique d'Alexandrie.

Il fit ainsi de grands voyages et fit la connaissance des plus éminents professeurs et prélats de son époque.

Ses déplacement le conduisaient depuis l'Arabie et la Syrie jusqu'à la Grèce et à Rome où il entendit les sermons d'Hippolyte.

Origène était appelé à devenir l'un des plus grands savants exégètes de tous les temps, sa fécondité était énorme, hors de toute raison.

Epiphanus de Salamis a établi que sa bibliographie atteignit 6.000 livres et traités.

L'étude analytique de l'oeuvre d'Origène est une besogne extraordinaire qui n'est pas du ressort de notre sujet.

Néanmoins, un bref survol de sa production peut aider à mesurer la taille de l'École où cette oeuvre était accomplie.

Son érudition en tant que professeur biblique et philosophe était profonde et sa créativité colossale.

On trouverait difficilement un seul Livre de l'Ancien ou du Nouveau Testament qu'il n'ait longuement commenté.

Son étonnante édition critique de l'Ancien Testament, le HEXAPLA collationne sur six colonnes parallèles tous les textes disponibles dans les textes grecs et hébreux.

Il le refit plus tard sous forme d'abrégé sous le titre de TETRAPLA sur quatre colonnes, n'omettant que l'hébreu.

Ce furent les ouvrages utilisés par St Jérôme à Césarée.

Ses commentaires monumentaux d'exégèse intitulés SCHOLIA furent partiellement traduits en latin par Rufin.

Seuls des fragments des deux ont survécu.

Les homélies d'Origène ont la réputation d'être parmi les plus anciens spécimens de prédication chrétienne.

Dans le domaine théologique, son ouvrage le plus important fut DE PRINCIPIIS, dans lequel il classe toute la doctrine chrétienne en quatre livres: Dieu et le monde céleste, l'homme et la matière, le libre arbitre et ses conséquences et les Écritures.

Bien que l'original de cette entreprise ambitieuse ait péri dans sa presque totalité, son objet a survécu dans des interprétations très imparfaites de Rufin et de St Jérôme en latin.

Dans un traité intitulé CONTRE CELSE, Origène prenait la défense du christianisme contre les attaques de Celse, philosophe païen du lie siècle.

Il composa beaucoup d' oeuvres ascétiques sont deux seulement nous sont parvenues. L'EXHORTATION AU MARTYRE fut composée en 235 durant les persécutions de l'empereur Maximin.

Son ouvrage le plus volumineux SUR LA PRIÈRE eut un grand impact sur l'esprit des premiers chrétiens.

Ses ennuis recommencèrent pendant son premier voyage en Palestine.

Il y avait été invité par les évêques d'Aelia et de Césarée pour prêcher dans leurs diocèses.

Or, selon les règles de l'Église alexandrine, il était inconcevable qu'un laïc prêchât en présence d'évêques.

Le pape Demetrius était autoritaire et avait imperceptiblement développé les prérogatives patriarcales aux excès d'un système monarchique n'acceptant aucune initiative sans contrôle, même émanant d'une personnalité aussi importante qu'Origène.

Demetrius le rappela aussitôt à Alexandrie vers l'année 218.

Il fit face durant quelque douze ans à la tempête concertée en se plongeant dans l'écriture et l'enseignement.

Les vents de l'adversité s'acharnèrent contre lui, les synodes épluchèrent sa vie et se livrèrent à l'analyse de sa pensée.

Enfin, l'heure de la délivrance sonna lorsqu'il retourna en Palestine en 230.

Là, il fut honoré et promptement ordonné prêtre.

On dit même que l'élévation à l'épiscopat fut envisagée.

Ainsi qu'il fallait s'y attendre, Demetrius prit cela pour une provocation et s'empressa d'annuler l'ordination et d'excommunier son adversaire indomptable qu'il destitua de la direction de l'École Théologique.

Origène devint un exilé et en 231 il s'établit à Césarée, où une nouvelle école prit corps autour de lui avec les élèves les plus remarquables.

Certains d'entre eux, tel Grégoire le Thaumaturge, évêque de Néocésarée du Pont, parvint à des postes clés dans la hiérarchie.

Il arbitrait les cas douteux de théologie aussi bien en Palestine qu'au dehors.

Mais, la véritable gloire qu'il acquit lors des moments de calme à Césarée fut l'achèvement de son immense oeuvre littéraire dont les bases solides avaient été jetées à l'École Théologique d'Alexandrie.

Toutefois, durant les persécutions de Decien en 250, le maître endura de terribles souffrances en montrant une grande force d'âme.

Il fut emprisonné et torturé.

Bien qu'il survécut aux horreurs de ces épreuves, et retrouva sa liberté, sa santé déclina et il décéda dans la ville de Tyre en 253 à l'âge de 69 ans.

Comme la plupart des penseurs universels et des écrivains prolifiques, Origène devint une figure controversée aussi bien de son vivant qu'après sa mort.

Dans le domaine de la théologie et de la philosophie, le terme d'origénisme devint synonyme d'une institution formidable avec le support d'une école d'origénistes et l'opposition d'une école aussi ardente d'anti-origénistes.

Il est impossible dans ces pages d'entamer la plus brève des analyses des théories origénistes sur des sujets aussi variés que l'unité de Dieu, de Ses relations avec la Trinité, la doctrine de la subordination, sa théorie audacieuse sur l'existence prénatale des âmes et leur destinée après la mort et bon nombre d'autres controverses physiques et métaphysiques d'une profondeur insondable.

Il suffit de rappeler que parmi les plus grands noms de son temps et même après, beaucoup prirent part aux querelles pour ou contre Origène.

Parmi ses partisans, nous citerons St Pamphyle (martyrisé en 209), St Athanase l'Apostolique, St Basile, St Grégoire de Nazianze, Didyme l'aveugle et d'autres.

Dans le camp opposé, nous rencontrons St Epiphane, évêque de Salamis à Chypre, aussi bien que St Jérôme et Théophile d'Alexandrie qui se retournèrent contre Origène dans les derniers temps.

Ce n'est qu'au Ve siècle que des conciles se réunirent pour débattre des points de vue d'Origène.

Après une accalmie de courte durée, la controverse origéniste reprit au Vie siècle et Origène fut condamné par le concile de Constantinople, à deux reprises: 542 et 553, grâce à la connivence de l'empereur Justinien lui-même.

Jusqu'à la discorde entre Demetrius et Origène et la décision de ce dernier de quitter l'Égypte pour Césarée en Palestine, l'École Théologique d'Alexandrie, bien que très intimement associée à l'Église, avait réussi à garder, peu en principe mais pratiquement beaucoup, sa liberté académique et son indépendance.

Après le départ d'Origène pour la Palestine, et sa démission de son poste à Alexandrie, l'École tomba sous le contrôle direct de l'autorité patriarcale et ecclésiastique.

Le successeur immédiat d'Origène fut Héraclas, son ancien élève et assistant et qui, par la suite, succéda à Demetrius à l'épiscopat de 230 à 246.

L'un de ses premiers actes fut de lever la sentence prononcée par son prédécesseur contre Origène et de réclamer le retour à Alexandrie du grand maître, mais en vain.

Son règne présente un intérêt sur un autre point.

On dit que, lorsqu'il accrut le nombre d'évêques locaux jusqu'à 20, le clergé décida de le distinguer des autres évêques en lui attribuant le titre de "pape ".

Si cela est exact, le premier prélat de la chrétienté à porter le titre de pape fut Héraclas le Copte dans les débuts du IIIe siècle, bien avant que ce titre ne fut connu à Rome.

Le chef suivant de l'École, un autre fameux disciple d'Origène, fut Dionysius d'Alexandrie, surnommé par la suite " le Grand ".

Il occupa ce poste jusqu'à ce qu'il fut élu patriarche (246-264).

Son règne fut troublé par des désordres.

En 250 les persécutions de Decian le forcèrent à se cacher, bien qu'il fût une fois arrêté mais réussit à s'échapper.

En 257, une autre persécution fut entreprise par l'empereur Valérien.

Le pays était harcelé par des tribus barbares venant du sud.

A Alexandrie, Emilien, préfet d'Égypte, se proclama empereur et la guerre civile qui éclata se termina par sa capture par le général d'empire Théodote qui expédia les rebelles enchaînés à Rome.

La guerre avait dévasté la ville et décimé la population.

La peste était imminente et la famine approchait.

Lorsque les persécutions eurent pris fin, Dionysius eut à faire face au problème des apostats.

Mais il avait une largeur d'esprit suffisante pour les réadmettre et en outre, il interdit de rebaptiser les hérétiques et les schismatiques repentis.

On ne peut que s'émerveiller de ce qu'il eut assez de temps pour rédiger nombre d'ouvrages de théologie, où il fit montre d'un esprit indépendant mais tourné vers la polémique.

Il fut accusé de trithéisme par son homonyme de Rome, fut défendu par Athanase et critiqué par Basile.

Pour ce qui est de la Trinité, toutefois, il rejeta lui-même les innovations hérétiques de Paul de Samosate, évêque d'Antioche et opulent procurateur de la reine Zénobie de Palmyre.

Plus tard, dans les premières décennies du IVe siècle, Athanase chargea Didyme l'aveugle de la direction de l'École, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort vers la fin du même siècle.

Il vécut pendant l'époque orageuse de l'arianisme et du Concile de Nicée (315).

Parmi ses élèves, on note St Grégoire de Nazianze, St Jérôme et l'historien Rufin.

Ce fut un homme érudit mais presque toutes ses oeuvres sont perdues.

On dit que le traité intitulé CONTRE ARIUS ET SABELLIUS et présenté sous le nom de Grégoire de Nysse fut dicté par lui.

Il est intéressant de savoir qu'il avait le souci du bien-être des aveugles - il était aveugle depuis l'âge de quatre ans - et promouvant pour la première fois dans l'histoire un système d'écriture par relief et creux.

Après Didyme, nous entrons dans une période obscure de l'histoire de l'École.

Elle avait accompli sa part dans l'affinement de la doctrine chrétienne et l'enseignement théologique dans ces années de formation.

Ensuite, le zèle et la connaissance s'affadirent comme s'évanouit une grande institution.

 

Source : http://eocf.free.fr/text_ecole_alexandrie.htm

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Alexandrie

24 Avril 2012 , Rédigé par Paule Biesse Publié dans #Planches

Je voudrais commencer cette planche en vous lisant un poème.

Au-delà le projet de ce travail est de vous présenter ALEXANDRIE, cette ville symbolique d'une rencontre entre différentes traditions ( juive, égyptienne, grecque, romaine, perse, gnostique, pythagoricienne, chrétienne, etc!) qui, même si elles ne se sont pas toujours côtoyées sans heurts, les a faites se jauger, se mêler et s'enrichir mutuellement, faisant de cette ville un endroit exceptionnel dans la vie des hommes de l' occident et du moyen orient, comme peu d' autres si ce n' est, plus tard, peut- être (?), Cordoue.

Pour les FF.. de notre Triangle, l' utilisation de ce nom symbolise une recherche sans exclusive de la Tradition initiale à travers les différents rameaux de celle-ci.

" Quand vers minuit, soudain, tu entendras passer un cortège invisible avec de merveilleuses musiques et des éclats de voix, ne te lamente pas en vain sur ta Fortune qui chancelle, sur tes oeuvres qui ont échoué, sur les entreprises de ta vie qui, toutes, se sont avérées illusoires. En homme prêt de longue date, en homme de coeur, salue-la, cette Alexandrie qui s' éloigne. Surtout, ne te leurre pas, ne dis pas que ce n' était qu' un rêve, que ton oreille t'a trompé, dédaigne ces futiles espoirs. En homme prêt de longue date, en homme de coeur, comme tu te dois de l' être, toi qui méritas pareille ville, approche toi d' un pas ferme de la fenêtre et écoute avec émotion, mais non pas avec les plaintes et les supplications des lâches, comme une ultime jouissance, la rumeur, les ravissants accords du mystique cortège et salue-la, cette Alexandrie que tu perds ".

Ce poème a été écrit pour illustrer la mort d' Antoine, en l' an 30 avant notre ère, après qu' il ait perdu une bataille à Alexandrie.

On situe à peu près à partir de cet événement la fin de la religion égyptienne telle que nous la connaissons, confirmant les paroles d'Hermès Trismégiste, reprises dans un de nos Rituels :

" L' Égypte est devenue veuve et d' hommes et de dieux ".

Et ce que je voudrais ce soir, c' est donc vous présenter mon ALEXANDRIE, probablement d'une façon subjective et en tous cas pas exhaustive - mais y a t' il jamais une façon exhaustive de présenter les choses ? - avec mon coeur, de la façon dont je vois cette ville et avec la raison pour laquelle nous avons choisi son nom pour être celui de cet Atelier, ce nom lui-même donné - en y ajoutant d' Égypte - par notre Passé Grand Maître Mondial, Robert AMBELAIN, à un Atelier qu' il avait constitué, pendant l' Occupation, et qui était lui-même constitué de FF.. de différents Rites.

Ce n' est pas mon habitude, mais je voudrais commencer cette planche par une longue citation tirée de l' éditorial d' une revue - Le MONDE COPTE - consacrée, justement, à ALEXANDRIE:

" Perle de la Méditerranée, Lumière du Monde Antique, Porte de l'Afrique, Ville aimée des Dieux, Trône Apostolique, les titres de gloire d' Alexandrie défilent comme une litanie. Comment dire, en effet, par l' image, l'incommensurable importance de cette cité dans l'histoire de l'humanité ?

Mais voici que ce nom tout simple d' Alexandrie, lorsqu' on l'approche de trop près, éclate en mille facettes, comme une goutte d' eau à travers un prisme: loin de nous offrir une image unie, c' est donc par une multitude de petites touches que la réalité d' Alexandrie s'est progressivement livrée à nous.

Fruit d' une alliance sans confusion entre l' Égypte et la Grèce, Alexandrie fut le centre de la civilisation dite hellénistique, mais qu' il serait plus juste d' appeler " alexandrine ": la médecine, les sciences, la philosophie s'y épanouirent de façon remarquable.


Mais Alexandrie fut aussi la cité du Christianisme des origines, siège du Patriarcat apostolique d' Égypte, fondé par St Marc, à l' aube de l' ère chrétienne et son nom s' identifie à l' Église Copte. Terre de martyrs et de théologiens, mère aussi de ces martyrs blancs - les moines -Alexandrie et sa région furent et demeurent un haut lieu de pèlerinage et de spiritualité.

Alexandrie, amante du beau, fut aussi une terre des arts : architecture, peinture, mosaïque, dans ce domaine aussi son rayonnement fut grand."

A travers cette citation, vous comprendrez combien est difficile, ce soir, ma tâche - moi qui ne suis absolument pas un historien ni un égyptologue amateur -, et que, à mon avis, à l' image de cette Ville qui fut un mélange réussi de cultures, de peuples et de croyances, il nous faudra longuement mêler nos travaux sur cette Cité et sur nos propres chemins spirituels pour commencer à dégager l' esprit d' Alexandrie, celui de la Cité comme celui de notre Loge.

Alors, évoquons d' abord son histoire, et là aussi je suis obligé de me reporter à ce qui a été écrit:

On l' a vu plus haut, Alexandrie, à l' origine s' appelait RAKOTÉ, et était une petite bourgade égyptienne.
Les relations entre ce qui deviendra la Grèce - ou plutôt les îles grecques - et l' Égypte sont très anciennes, et des documents attestent qu' elles furent formalisées dès l' Ancien Empire, c' est à dire vers 2300 avant notre ère. Elles connurent un nouvel essor avec ce que nous appelons le Nouvel Empire - 16 siècles avant notre ère - où le Roi Ahmosis, fondateur de la XVIII èème dynastie, le vainqueur des Hyksos et le créateur d' un Empire unifié s' étendant depuis la 2ème cataracte jusqu' à la Palestine, conclut des accords avec ces mêmes Îles.

La mère du Pharaon Ahmosis, la Reine Ahotep, fut du reste appelée la " Dame de Crète ".

N' oublions pas, à ce sujet, qu' à cette époque, ces îles étaient occupées par les Mycéniens, et ce ne sera qu' après la conquête de la péninsule par des peuples indo-européens que, longtemps après, vers 800 avant notre ère, apparaîtra ce que nous appelons la Grèce.

Ces relations connurent, toutefois, des moments difficiles avec des tentatives d' invasion, notamment par des peuples des îles du sud, les Philistins et les Sardanes. Certaines furent repoussées, d' autres furent l' occasion de métissage avec les peuples autochtones. Au XII ème siècle avant notre ère, ces mêmes envahisseurs des îles du sud s' engagèrent dans les terres et se mêlèrent aux Hébreux, dans le pays de Canaan, qu' ils venaient justement d' atteindre.

Égyptiens, Hébreux, et peuples d' où allaient émerger les Grecs, le mélange était déjà fait !

A partir du VII ème siècle avant notre ère, les Pharaons prirent l'habitude de recruter des mercenaires grecs pour leurs armées, et ceux-ci participèrent de façon souvent décisives aux nombreuses guerres contre les Assyriens, les Babyloniens et, bien sûr, les Perses.

Le Pharaon Psammétique 1er, de la XXVI ème dynastie, leur octroya même une ville, dans le delta du Nil, ville appelée à l' époque Naucratis ( aujourd' hui Kom-Djoef ).

Il est à noter que ces mercenaires grecs refusèrent de servir les Rois perses quand ceux-ci, ayant conquis l' Égypte, en devinrent les maîtres, après la XXX ème dynastie.

C' est bien évidemment Alexandre le Macédonien qui libéra l' Égypte de son occupant perse, après la bataille d' Issos, en - 332. Il y fut accueilli très naturellement en ami et se fit couronner sans problème Pharaon, fils d' Amon, reconnu par les Prêtres de Memphis comme : " Roi Épervier, Prince de la Victoire, Bien Aimé d' Amon, Élu du Roi Soleil ".

Alexandre écrivit alors une lettre restée célèbre à sa mère, la reine Olympias :

" Après être demeuré quelques jours à Memphis, je me dirigeai en naviguant sur le Nil vers le port de Canope. Là se trouve une île désignée sous le nom de Pharos, bien située pour y établir une forteresse. Je décidai donc d' y bâtir une ville et de l' entourer de remparts. A l' architecte Dinocrate, que j' ai fait venir d' Ephèse, où il élevait un Temple à Diane, j' ai donné la consigne de construire une tour très haute, au sommet de laquelle les veilleurs entretiendront en permanence un feu très brillant pour servir de signal aux navigateurs croisant dans les parages. Cette ville, édifiée en l' honneur de ton fils, portera le nom d' Alexandrie ".

Une légende rapportée par Plutarque affirme qu' Alexandre aurait choisi ce site paradoxal du seul point de vue géographique car dépourvu de baies et de criques pour en faire un port, avec des sables mouvants, après un songe dans lequel Homère lui serait apparu et l' aurait alors guidé vers l' île de Pharos.

Et les conseils ont été judicieux puisque cette ville est devenue la capitale de l' Égypte - éclipsant Memphis, Thèbes et Tanis - dès la fin du IV ème siècle avant notre ère et le resta jusqu' à la fin du VII ème siècle de notre ère, soit pendant environ 1000 ans, mille années de rayonnement culturel et politique. Elle reste aujourd' hui encore, d' un point de vue économique un port très important de la Méditerranée orientale, et dans l' Égypte moderne, son rayonnement culturel n' est pas éteint.

Alexandre ne vit jamais la ville terminée - il mourut d' une maladie subite à l' âge de 33 ans ( tiens 33 ans !!! ) pendant une campagne militaire à Babylone -, mais son corps fut rapatrié à Alexandrie où l' historien Strabon dit avoir vu sa tombe.

C' est encore un mystère aujourd' hui puisque personne ne sait vraiment où est la tombe de ce conquérant.

Le village de RAKOTÉ était situé entre le lac Mariout et le bord de mer, face àà l' île de Pharos. C' est là, en réalité, que fut construite la ville, l' île étant reliée au continent par un barrage construit alors, qui porta le nom de Heptastadion, soit 7 stadions, soit encore environ 1300 m, ce qui était sa longueur.

La construction de cette digue permit la création de 2 ports, de chaque côté de celle-ci, celui de l' ouest appelé Port d' Eunostos - le port des retours heureux - et celui de l' est, dit le Grand Port ou le Port Neuf, fermé aussi par une digue construite dans le prolongement de la presqu' île de Lochias, sur laquelle était érigé le Palais Royal.

Les navires trouvaient ainsi toujours un abri, dans l' un ou l'autre de ces ports, le passage de l' un à l' autre pouvant se faire par 2 passages dans la digue, sous des pont-levis. Au sud, le lac Mariout servait de port fluvial, et communiquait, soit avec le Nil, soit avec le Port occidental, par des canaux dont les ingénieurs accompagnant Bonaparte ont encore pu admirer les vestiges, ainsi que les aqueducs approvisionnant la ville en eau potable.

La ville fut bâtie sur un plan en damier, avec deux très larges avenues d' environ 30 mètres - un plèthre - et de quelques 7 kilomètres - 40 stades - de long, et d' autres avenues parallèles, toutes coupées, à angle droit, par des rues perpendiculaires. Ce tracé, dit hippodamien, du nom du célèbre Architecte Hippodame de Milet - permettait une circulation des vents marins qui assuraient une fraîcheur constante. Diodore de Sicile a noté qu'Alexandrie offre un climat tempéré, source de santé.

Ce même Diodore, comme Strabon, ont fait remarquer que la ville représente une chlamyde - le court manteau macédonien - déployée et posée à plat.

Un poèète latin, Achille Tatius, a pu écrire, au 2èème siècle de notre ère :

" Après une navigation de trois jours, nous arrivâmes à Alexandrie. Lorsque j' y entrai, par la porte dite du Soleil, j' eus immédiatement devant moi l' incomparable beauté de la ville, et mes yeux furent remplis de plaisir. Une rangée de colonnes, rectiligne, s' étend des deux côtés, de la porte du Soleil à celle de la Lune....car ces deux divinités ont la garde de la ville ".

Le Roi Ptolééméée 1er, respectant le voeu d' Alexandre, commença à faire ériger la tour dans l' île Pharos, selon les plans de Sostrate de Cnide, et qui allait sous le nom de Phare devenir l' une des 7 merveilles du Monde. Elle fut construire en pierres calcaires et devait être, à l' époque, la plus grande tour construite - environ 120 m - et les travaux furent terminés sous le règne de Ptolééméée II, et même encore après quelques retouches, sous Ptolééméée III, soit après environ 60 ans.

Ce phare, constitué d' une base carrée, d' une colonne octogonale et d' un dernier étage cylindrique, pourrait avoir servi de modèle pour les minarets des mosquées.

A noter que ce nom de phare fut repris dans beaucoup de langues pour désigner les lumièères guidant les navires.

Il fut détruit au XIII ème siècle, après une éruption volcanique.

Une mission internationale financée par l' UNESCO a entrepris des recherches pour en retrouver des morceaux, semble t' il avec succès.

Ce fut évidemment d' abord un grand port pour le commerce de l'époque et il est difficile de citer tous les produits et tous les peuples qui y abordèrent pour participer à cet immense marché. Il est sûr qu' aussi bien les Indiens que les Arabes, les Arméniens et les Africains, les Ibères comme les autres peuples d' Europe et d' Asie Mineure ou du lointain Orient s' y retrouvèrent.

D' aprèès Diodore de Sicile, en 60 avant notre ère, la ville comptait plus de 300.000 habitants, dont environ 100.000 Juifs, à qui le quartier nord-est, appelé le Delta, avait été attribué, mais pas sous la forme connue récemment de ghetto, puisque de nombreuses synagogues et comptoirs commerciaux étaient disséminés dans toute la ville. Le reste de la population, au-delà des petites communautés de différents peuples orientaux, européens et africains, était surtout constitué de Grecs et d' Égyptiens.

Ce rapprochement entre Orient et Occident prit ici une forme particulière, concrète, qui constitua ce que nous avons appelé la civilisation hellénistique.

Il s' agit de l' enrichissement mutuel de 2 mondes, sans mélange ni confusion, dans le respect total de l' autre, de son génie, ce qui a permis un approfondissement sans retenue dans tous les domaines : scientifique, culturel, philosophique, spirituel.

Il semble qu' Alexandrie soit le seul exemple de ce type, même si d'autres villes d' Orient aient été imprégnées d' hellénisme, elles ne conservèrent pas le même caractère, et surtout, aussi longtemps.

Alexandrie fait partie de ces jalons de l' histoire des hommes et probablement que nous ne serions pas ce que nous sommes si cette ville n' avait pas existé.


Il faut, toutefois, ne pas se leurrer, la ville d' Alexandrie n'était pas un modèle de démocratie et seuls étaient Grecs celles et ceux qui pouvaient se prévaloir d' une double ascendance, c'est-à-dire de père et de mère grecs. En fait la plupart des Alexandrins n' en font pas partie et sont définis Hellènes, c'est-à-dire membres de la communauté gréco-macédonienne, parlant grec et participant à la culture grecque, en fait tous ceux issus des peuples conquis par Alexandre, en Europe comme en Asie, et les Juifs en faisaient également partie, eux qui représentaient plus d' un tiers de la population.

Tous ces Hellènes ne sont pas citoyens au sens politique du terme.

Parlons maintenant de la Bibliothèque d' Alexandrie :

La première bibliothèque fut créée par Démétrios de Phalère, à la demande de Ptolééméée 1er Soter, général d'Alexandre, fondateur de la dynastie lagide dont les membres se succédèrent sur le trône des 2 royaumes d'Égypte pendant plus de 300 ans, après la mort du conquérant macédonien (en 323 avant J-C).

Démétrios habitait l' un des quartiers latins d' Athènes et appartenait à l' Institut Syceum, établi par Aristote, et participait aux conférences et débats qui s' y déroulaient.

Au-delà de la seule bibliothèque, dont je vais reparler après, Démétrios créa aussi une Université, qui, avec la bibliothèque, s'appelaient Museion ou Maison de Sagesse.

Le corps professoral de cette Université fut, à la demande expresse de Démétrios, constitué des meilleurs savants, artistes, écrivains et philosophes de la région hellénique. Il résidait à Alexandrie et il est dit que ceux qui le constituèrent furent regroupés simultanément.

Cette bibliothèque, riche de plus de 500.000 manuscrits ( on a même parlé de 700.000 ) était la plus célèbre du monde antique avec celle de Pergame, sa rivale, Pergame en Asie Mineure, dont le nom a été à l' origine du mot parchemin.

La bibliothèque d' Alexandrie avait pour ambition d' accueillir tous les écrits du monde connu, ainsi que leur traduction en grec, et attirait un nombre considérable d' écrivains, de savants et de lettrés, souvent plutôt turbulents.

Cette bibliothèque et l' Université furent ainsi un lieu de rencontres où de grands penseurs et professeurs s'entretenaient avec les étudiants et les lecteurs, où les savants et philosophes s'échangeaient idées et découvertes.

C' était un creuset de la pensée humaine, et les Rois et Princes tenaient à y participer personnellement.

L' impulsion donnée à la civilisation en général fut fondamentale.

Pour citer quelques noms, à l' époque de sa création :

Eratosthène, l'inventeur de la philologie, y calcula la circonférence du globe terrestre et son diamètre, Zénodote d' Ephèse, Aristophane de Byzance et Aristarque de Samotrace y posèrent les fondements de la critique textuelle, Hipparque évalua très précisément le volume du soleil et de la lune, donna un nom à plus de 800 étoiles et mesura la durée du mois lunaire, Euclide et plusieurs mathématiciens pythagoriciens, Heron qui, même si son nom a été oublié, fut le premier à imaginer la machine à vapeur, Erasistrate et Hérophe, médecins qui les premiers présentèrent une image scientifique du système nerveux, Archimède, etc...

Eratosthène, le 3ème bibliothécaire d' Alexandrie, aujourd' hui oubliéé, reste, sans aucun jeu de mots, un phare de ce qui peut caractériser cette cité. Mathématicien, astronome, philosophe, géographe, historien philologue, poète, éditeur, commentateur de livres, il s' illustre dans toutes les matières et peut être à juste titre considéré comme un esprit universel, fondateur de matières scientifiques modernes.

Des pages seraient nécessaires pour tenter de développer ce que l' on doit à cet esprit brillant, typiquement alexandrin, où il vécut au cours du 3 ème siècle avant notre ère, mais je voudrais insister sur son intérêt pour l'harmonie car, plusieurs siècles plus tard, toujours dans la même ville, des Pères de l' Église, Clément d'Alexandrie et Athanase d' Alexandrie écrivent des textes dans lesquels on retrouve le thème de l' harmonie qui reste ainsi indéfectiblement attaché à cette ville et à la pensée alexandrine, quelle que soit la religion pratiquée.

Au point vue spirituel, Ptolémée 1er était convaincu que la paix régnerait sur l' Égypte quand les idées et les convictions religieuses égyptiennes et grecques seraient harmonisées.

Il croyait au succès de cette union parce qu' il était sûr qu' au fond de toutes ces différences philosophiques et théologiques se trouvait une seule Vérité.

Pour exécuter ce rapprochement Ptolémée avait choisi 2 grands théologiens : Manethon, le Grand Prêtre égyptien qui, par ailleurs, connaissait la langue grecque et sa philosophie, et Timothée, l'Athénien, le plus célèbre théologien grec de l' époque, Prêtre d' Eleusis.

Après de longues études en commun, ils purent jeter les bases d' une nouvelle religion du trio Sérapis, Isis et Harpocrate ( l' enfant Horus ).

C' est dans cet Institut théologique que commença la traduction en grec de la Bible, au moyen d' une assemblée constituée par 70 savants et théologiens juifs, traduction connue sous le nom de Septantes.

Le support des ouvrages entreposés était le papyrus, un monopole des Égyptiens.

Du reste ALEXANDRIE exportait des papyrus vierges parallèlement à des copies des textes de la bibliothèque.

Par contre, aujourd' hui, il est impossible de donner des informations sur l' aspect architectural de cet établissement, ni sur ce qu' il est réellement devenu.

STRABON, le géographe et historien grec que j' ai déjà cité, l' avait décrit comme proche des palais royaux, en bordure de mer.

Sa destruction est, en réalité, mythique. JULES CÉSAR ayant mis le feu à ALEXANDRIE, au cours de l' hiver -48/47 avant J-C, il est possible que la bibliothèque ait brûlé à cette occasion. Toutefois il est plus probable que ce soient des entrepôts de papyrus vierges qui aient brûlé.

En 270 après J-C, la ville est l' objet d' une guerre entre la Reine ZENOBIE de PALMYRE et l' Empereur romain AURELIEN. Le quartier des palais royaux ayant été alors anéanti, la bibliothèque a pu subir le même sort funeste.

Plus tard encore, en 391 après J-C, les Chrétiens devenus hégémoniques à ALEXANDRIE, incendient, sur l'ordre de l' Évêque THÉOPHILE, tous les monuments païens. Parmi ceux-ci le serapeum, où étaient conservés tous les doubles de la bibliothèque-mère. Celle-ci, si elle existait encore, a t' elle été détruite à cette occasion ?

En tous les cas cet acte me conforte dans mon idée tout à fait personnelle que le Christianisme a tenté sciemment de détruire toutes les traces de la Tradition.

Enfin, et cela n' enlève rien à mon commentaire précédent, en 642, le général arabe AMR IBN AL AS enlève ALEXANDRIE après un long siège. Ne sachant que faire du contenu d' une bibliothèque ( était-ce celle dont nous cherchons la trace ?) téléphone, non, excusez-moi, écrit au Calife OMAR pour demander des ordres. Ce dernier lui aurait répondu : " Si ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles et tu peux les détruire. S' ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux et tu dois les brûler. "
Et, en tout état de cause, ils auraient alors servi à alimenter le chauffage des bains publics pendant 6 mois !

Il faut noter que cette dernière version de la destruction de la bibliothèque d' ALEXANDRIE n' est donnée que par ALBURAFADJE, Évêque d' ALEP, mort en 1286, et qu' elle est plus que suspecte.

Je ne suis pas loin de croire à la destruction délibérée par les Chrétiens, soucieux de détruire tout ce qui avait trait à la Tradition transmise par les Anciens, d' où qu' ils venaient, et cela serait cohérent avec l' attitude que ces mêmes Chrétiens ont eu avec les Gnostiques, dénoncés comme hérétiques, poursuivis de la vindicte virulente des principaux Pères de l' Église.

Après cette première partie très didactique, pour laquelle je me suis beaucoup aidé d' ouvrages disponibles sur le sujet, ce qui m' a beaucoup appris, je voudrais aborder ce qui a fait, pour l' humanité tout entière, la richesse d' Alexandrie, c' est à dire son apport à la spiritualité.

Je voudrais donc arrêter mon regard sur plus particulièrement 3 écoles, très différentes même si, en tout état de cause, elles se sont fécondées et n' ont pas pu ne pas avoir d' incidences les unes sur les autres.

Comme je l' ai écrit plus tôt, je pense que c' est un de nos fils conducteurs, si non le seul pour nos réflexions, car à travers l'étude de ces différentes écoles nous appréhenderons mieux d' où vient notre propre parcours, dont l' origine reste pour moi inscrit dans la Tradition initiale.

Ces 3 écoles sont : les Thérapeutes, les Chrétiens et les Gnostiques.

Parlons d' abord des Thérapeutes :

C' est PHILON d' Alexandrie qui en parle dans son traité DE VITA CONTEMPLATIVA.

N' ayant laissé aucune trace, contrairement aux Esséniens, il est toutefois impossible de dire si cette Communauté a bel et bien existé, ou si elle n' est que l' oeuvre de l' imagination de Philon.

Mais quel que soit le cas, elle mérite d' être examinée car elle véhicule des principes qui restent d' actualité.

Elle a, par ailleurs, été assimilée à celle que décrit Luc dans son ÉVANGILE, 2/42-47 et 4/32-35.

Le nom de Thérapeutes vient du grec "qerapeuw" , du verbe "terapeuein" qui signifie à la fois guérir ( les passions ) et servir ( l' ÊTRE suprême ). Ce double sens indique le souci d' une thérapeutique de l'âme par la prière, d' une guérison spirituelle.

Cette communauté aurait été constituée d' hommes et de femmes - car il y a mixité - des milieux d' affaires, de gens aisés, las des soucis de la gestion, excédés des bruits de la cité, désireux de rompre avec un train de vie confortable mais corrompu, pris du désir de vie tranquille.

Face, donc, à une déjà société de consommation, un groupe prend ses distances par rapport à l' institution et trouve dans la vie simple et communautaire, dans la prière, le chant et la danse une hygiène de vie qui permet à ses membres d' accéder à un équilibre humain et spirituel.

Ensuite, on ne peut évoquer Alexandrie sans parler du Christianisme.

Vous connaissez, pour certains ici, ma propre intuition qui me fait regarder cette religion comme ayant été inventée de toutes pièces, justement en grande partie à Alexandrie.

Je ne reviendrai pas ici sur cette position personnelle qui en dérange beaucoup, mais je voudrais, par contre, examiner comment Alexandrie a participé, de façon décisive, au développement de cette religion.

Selon une tradition bien attestée, Marc l' Évangéliste s' est rendu à Alexandrie, il y prêcha l' Évangile, fonda le Siège épiscopal d'Alexandrie, et y mourut en martyre le 8 mai 68, il y a donc 1930 années, presque jour pour jour.

Toutefois, au cours du 1 er siècle, et même pendant le 1 ère moitié du 2 ème, l' extension du Christianisme, à Alexandrie et en Égypte fut très limitée. Il avait même pris une forme plus ou moins syncrétique, permettant à Hadrien, dans une lettre d' évoquer "ces Chrétiens qui adoraient Sérapis" ou qui "se disaient évêques du Christ et se vouaient à Sérapis".

Ensuite, dès le début du règne de Commode ( 180 de notre ère ), la religion chrétienne, tout à fait nettoyée des doctrines gnostiques et des réminiscences du paganisme, s' installe définitivement. A l'époque de Septime Sévère ( 193-211 ) il connaît un développement très rapide, et c' est la que se situe la création de l' École téléologique d' Alexandrie, dont nous connaissons 3 de ses plus éminents professeurs : Pantène, Clément et Origène. cette école essaya d' établir des liens entre le Christianisme et le Néo-platonicisme qui se développait alors dans la ville.

C' est dans la région proche d' Alexandrie que se développa, ensuite, à partir du IV ème siècle, la vie monastique.

C' est dans cette École qui allait devenir le premier centre de sciences sacrées de l' histoire du Christianisme que fut formulé le premier système de téléologie chrétienne et que fut établie la méthode allégorique d'exégèse biblique.

Pantène est à l' origine de la rencontre de l' hellénisme ( philosophique et littéraire ) et de l' exégèse biblique. C' est lui qui suscite l' ecclésiastisme, cette organisation si particulière du clergé chrétien. On ne sait du reste rien de l' organisation du clergé chrétien avant lui.

Si la personnalité historique reste cependant sujette à caution, et il n' y a aucun écrit de lui-même, Clément d' Alexandrie est, par contre, bien attesté, et on possède ses écrits.

La culture philosophique de Clément est immense. Mais il est d' abord égyptien et montre une très grande admiration pour l' écriture hiéroglyphique, et égyptien hellénisé puisque très fortement imprégné par son éducation, marquée par Platon, Isocrate et Aristote.

Il utilise sans retenue les philosophes grecs et est un grand dialecticien. Il se sert d' ailleurs avec aisance de cette science dans ses discussions avec les hétérodoxe, ou les hérétiques.

Dans son ouvrage le PROTREPTIQUE il applique au Christianisme l' exhortation à se convertir à la vie philosophique.

Un autre de ses ouvrages se rapporte à l' oeuvre du Logos divin pour la formation morale, pratique et théorique, en se limitant à l'enseignement exotérique.

Clément d' Alexandrie se caractérise aussi par l' éclectisme - eklektikon en grec - qu' il qualifie lui-même de choix, parmi les différentes philosophies de ce qu' il y a de meilleur.

Il dit ainsi : "Quand je parle de philosophie, je ne veux pas dire la philosophie stoïcienne, ni la philosophie platonicienne, ou épicurienne, ou aristotèlienne, mais tout ce qui a été dit de beau dans chacune de ces écoles, par l' enseignement de la justice accompagné de science pieuse, c' est tout cet ensemble choisi - l' éclectisme - que j' appelle philosophie ".

N' est ce pas, sous un autre nom, un déjà syncrétisme ?

Et évidemment, Clément en vient à élaborer ce qu' il nomme une vraie philosophie, qui met en communion l' univers culturel grec, le christianisme, le judaïsme - à travers la nouvelle traduction en grec qui vient d' être disponible -, et probablement, bien qu' il s' en défende, la Gnose.

Clément est certain que la Philosophie a été donnée aux Grecs comme alliance, comme la Loi l' a été donnée aux Juifs.

Une dimension ésotérique très forte imprègne aussi Clément d'Alexandrie, dimension qu' il rattache à une tradition apostolique, tradition secrète remontant à Pierre, Jacques et Jean, et, à travers eux, à Jésus lui-même. De cette façon il peut rivaliser avec les gnostiques qui développent des théories semblables, mais à partir d' autres disciples non reconnus.

Beaucoup d' autres choses pourraient bien évidemment être dites concernant Clément d' Alexandrie et je pense que notre Atelier aura l' occasion de travailler sur ce théologien majeur.


Le troisième est Origène.

Il est né vers 185 à Alexandrie, dans une famille chrétienne, pourtant son nom signifie "Fils d' Horus". C' est l' époque des persécutions contre les Chrétiens, et son père est arrêté, condamné et exécuté. Origène veut aller se présenter pour suivre l' exemple de son père mais sa mère le retient. Tombés dans la misère tous les deux, Origène est recueilli par une riche veuve chrétienne et peut ainsi terminer ses études.

Cependant c' est chez cette veuve qu' il découvre la Gnose "hétérodoxe ", et plus tard, il déclarera un dégoût pour cette " hérésie".

Il ouvre une école de catéchèse et organise des réunions pour expliquer la Bible. Il se livre, parallèlement, à l'ascèse et va même jusqu' à s' émasculer, prenant ainsi à la lettre la parole de Matthieu sur les eunuques (19,12).

Un des ses auditeurs très riche l'entretient et lui permet d' écrire des ouvrages sur les différents Livres des Écritures, tout en débattant avec des Gnostiques. Même s' il est ordonné prêtre, il reste suspect de proximité avec les Gnostiques, ce qui l' amènera en prison, et il mourra peu après sa libération.

S' il est impossible d' affirmer qu' Origène ait suivi l'enseignement de Clément, même si les dates le permettent, par contre on est sûr qu' il a lu ses oeuvres, et elles ont eu pour lui une influence très importante.

Il est très marqué par l' ésotérisme juif, qu'il découvre auprès d' un maître, lui-même Juif converti. Sa méthode de réflexion est surtout basée sur l' analogie, mais il est maître dans l' art du commentaire.

Il a ainsi publié les HEXAPLES, le résultat d' un travail colossal de 30 années, dans lesquelles il compare, sur 6 colonnes parallèles le texte original de la Bible en hébreu, sa traduction en grec dite des Septantes, et 4 autres traductions en grec, dont celles dites d' Aquila, de Symmaque et de Théodotion.

Enfin on peut considérer Origène comme le père de la théologie avec la mise en place de tous les concepts et la problématique sur la Trinité, la résurrection et la préexistence des âmes.

Évidemment, je dois enfin parler, en dernier, du Gnosticisme, avec ses deux Maîtres alexandrins que j' ai choisi particulièrement, Basilide et Valentin, parmi beaucoup d' autres qui vécurent et surtout enseignèrent, prêchèrent dans cette Cité, Carpocrate, Simon le Magicien, Epiphane, Ptolémée, Héracléon, et bien d' autres moins connus ou dont l' histoire a perdu les noms :

Basilide, d' abord, un des principaux docteurs gnostiques, ouvrit une école pythagoricienne à Alexandrie, dans la première moitié du 2ème siècle de notre ère, où, à l' exemple de Pythagore, ses disciples se voyaient d' abord imposer un silence de 5 années car, disait-il, le silence qui est premier, qui est un, nous aide à combattre l'illusion du monde terrestre.

Sa doctrine, que l' on connaît paradoxalement uniquement à travers les écrits de Clément et Origène qui l' ont combattu violemment, lui aurait été révélée par un disciple de Pierre, appelé Glaucias.

Selon celle-ci, aux origines il y a Dieu, un Dieu non visible, inconcevable pour l' homme. Dieu est appelée RIEN, Celui qui n' est pas. 365 cieux séparent ce Dieu de l' homme, chacun peuplé d' entités, pures tout en haut, impures dans les derniers cieux. Dans le dernier ciel réside l' Archonte, le plus impur donc, et qui est aussi le chef des anges. C'est pour Basilide le Dieu des Juifs, le créateur de l' homme et du monde, oeuvre particulièrement imparfaite.

A l' opposé 3 entités pures ont été engendrées par Dieu, elles ont pour nom Le Fils de Dieu, la Pneuma, l' Esprit qui règne sur le huitième ciel, l' OGDOADE, et qui se confond avec Dieu.

Le Christ descend sur la Terre pour délivrer les croyants. Sa tâche accomplie, il remonte au Ciel. Il n' est pas un homme ordinaire et ne peut donc avoir souffert sur la croix.

Pour Basilide, c' est un autre condamné, Simon de Cyrène, qui a été crucifié à sa place.

Basilide est fondamentalement un pessimiste. Moralement il prône une existence paradoxalement à la fois ascétique et libérale, sexuellement parlant notamment dans ce dernier cas. Selon lui, l'homme est guidé par sa volonté de se perfectionner et cet appel à la vertu n' est pas étranger à son salut spirituel.


Valentin, maintenant, vécut aussi à Alexandrie vers le 2ème siècle, qui se disait Chrétien, qui faillit même devenir évêque, et dont la pensée était pourtant fortement influencée par les traditions grecques et perses.

En ce qui le concerne il se disait héritier de Théodas, disciple de Paul.

C' est lui qui a inventé le terme d' éon, à la fois désignant l' entité suprême et la succession des entités qui lui succèdent, toutes de moins en moins parfaites au fur et à mesure que l' on s' en éloigne et que l' on se rapproche de la Terre.

Au sommet du Plérôme on a donc un Dieu inconnu, nommé Propator. Il est accompagné d' un élément féminin, l' Ennoïïa - la Pensée ou le Silence - et chaque éon se présente en fait en couple masculin/féminin et se succède par ce qui est appelé la Syzygie.

Ces entités sont au nombre de 30, les 8 premières, constituant l'OGDOADE, contiennent, entre autres Nous, l' Intelligence, Logos, la Parole, Zoé, la Vie, Ekklesia, l' Église.

Quant à la dernière, c' est Sophia, et Sophia voulut voir Dieu, en fut punie et qu' elle fut à l' origine de la création du monde, ce monde bien évidemment imparfait. L' homme, cependant, conserve en lui une parcelle du Divin, ce qui lui donne cette soif de connaissance, de sagesse qui le caractérise.

Les humains sont classées en 3 groupes : les hyliques, qui sont attachés à la matière, et qui n' auront point de salut dans cette vie, les psychiques, malheureusement coupés de la Vérité, et les pneumatiques qui sont les élus gnostiques.

Les disciples de Valentin vivent en communauté, selon une hiérarchie avec des niveaux d' enseignement différents.

Chez tous les disciples de Valentin, l'attitude envers la vie est la même : pour accéder à la condition supérieure qui permet de retrouver immortalité et vérité, il faut consommer pleinement les plaisirs de la chair et les biens de ce monde.

Irénée, qui les combattit violemment, a pu ainsi écrire :

"Aussi les plus parfaits d' entre eux commettent ils sans honte ce qui est défendu. Ils mangent sans scrupule les nourritures destinées aux idoles. Ils assistent à toutes les fêtes païennes, beaucoup assistent même à des combats de bêtes et aux combats singuliers à mort d' homme. D autres s' adonnent sans réserve aux plaisirs de la chair, disant qu' il faut rendre la chair à la chair et l' esprit à l'esprit. D' autres encore déshonorent secrètement les femmes qu' ils veulent initier. D' autres enfin enlèvent ouvertement et sans scrupule à leur mari la femme dont ils sont tombés amoureux pour en faire leur compagne. D' autres, par ailleurs, qui faisaient semblant, au début, de vivre honorablement avec leur soeur, furent démasquées, leur soeur étant devenue enceinte de leurs oeuvres. Ils se proclament les Parfaits, les semences d' élection. Ils prétendent avoir reçu d'en haut une grâce particulière, par suite d' une union ineffable. Et c' est pourquoi ils se doivent de s' appliquer sans trêve au mystère de l' union sexuelle ".

On peut comprendre les réactions des Pères de l' Église, plutôt coincées, à ces descriptions, par contre il est paradoxal que les Cathares, plusieurs siècles plus tard, derniers rejetons du Gnosticisme, aient professé des thèses complètement opposées. Mais l' étude du Gnosticisme montrerait que d' autres ÉCOLES professaient déjà un refus de la vie, un refus de la fécondation.

Pour Valentin, de toutes façons, la fin de la matière, du monde corporel, de la terre, viendra un jour. L' âme du gnostique rejoindra alors le Plérôme, au côté du sauveur, où chacun s' unira à un ange jumeau. Une ère de repos s' ouvrira, un feu gigantesque consumera alors la matière, vidant le cosmos d' un mauvais souvenir.


Après ces très longs exposés - et pourtant trop brefs car il faudrait s' arrêter des heures, des jours, des années, sur ces différentes ÉCOLES - je voudrais répéter ce qui a été l' origine de cette réflexion, c'est-à-dire l' ambition que nous redevenions, à notre échelle bien sûr, une sorte d' Alexandrie antique, un endroit où les femmes et les hommes de plusieurs cultures, de plusieurs religions viendraient, sans exclusive aucune, sans sectarisme, dans le seul objectif d' apprendre aux autres et d' apprendre soi-même, présenter ce qu' ils savent et les questions auxquelles ils souhaitent des réponses, et ainsi s' enrichir mutuellement.

Je crois que cette Cité a en effet été unique dans l' histoire des hommes pour cette tolérance, ce foisonnement culturel et spirituel - même si à leurs époques différentes, Bagdad d' une part, et Cordoue d' autre part, ont pu connaître quelque chose d' approchant, et je suis heureux qu' elle soit le nom de notre Atelier.

Ce travail, le premier en fait présenté dans cette Loge, avec toutes ses approximations et probablement ses erreurs, doit cependant montrer quelle voie doit être la notre, celle de la recherche de la Tradition, à travers les divers chemins qu' elle a pris, et donner l' envie à tous de compléter ces quelques premières lueurs que j' ai voulu allumer ce soir.

Et pour conclure enfin, je voudrais vous citer la définition de la GNOSE par Clément d' Alexandrie, ce Docteur de l' Église dont j' ai longuement parlé, et qui me semble aussi pouvoir refléter notre projet :

" La Connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus, du lieu d' où nous venons et de celui dans lequel nous sommes tombés, du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés, de la nature de notre naissance et de celle de notre renaissance".

j' ai dit

Le 30 novembre 2000 E:.V:.

 

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/planches.htm

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Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie

23 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Le problème des rapports entre Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie, qui touche à tant d'autres problèmes, a été traité dans les études suivantes; Saint-Martin Franc-Maçon , L'Inltiation, avril-juin 1965, pp. 82-91; Louis-Claude de Saint-Martin et la FrancMaçonnerie , Le Symbolisme, janvier-juin 1970, pp. 123-180, juillet-septembre 1970, pp. 285-307, janvier-février 1971, pp. 43-73. Introduction à Des erreurs et de la vélité; Oeuvres majeures, t. I ( 1975 ) et notes et documents correspondants in vol.

VII. - Des compléments se trouvent dans le Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin, ainsi que dans Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie, additions et précisions , in Chronique saint-martinienne, passim.

Voici le schéma de la solution:

1. - Saint-Martin a été Franc-Maçon. A-t-il reçu la lumière avant de rencontrer l'Ordre des Elus Cohen ? Willermoz l'assure. Je ne sais. Si ce fut, ce pourrait avoir été dans la Loge Ecossaise La Concorde, fondée en 1745 à l'Orient de Tours, qui comptait parmi ses membres Burdin ( qui sera Vénérable en 1763 ou 1764 ), dont Saint-Martin connaissait et aimait la famille.

2. - Saint-Martin reçut, en une seule fois, les trois grades cohen, dits du Porche, par le ministère du frère Baudry de Balzac, entre l'été 1765 et l'hiver 1768, probablement en 1765 ou 1766.

3. - Entre le 25 novembre et le 15 décembre 1768, Grainville et Balzac ( très probablement ) I'ordonnent Commandeur d'ORIENT.

4. - Martines de Pasqually l'ordonne Réau-Croix vers le 17 avril 1772.

5. - En 1773, Saint-Martin s'associe à la requête que les Frères Iyonnais adressent à Weiler. En 1774, il est admis à être reçu dans la Stricte Observance Templière. Mais, le moment venu, en 1774, il fait défaut.

6. - En 1785, afin de se qualifier pour l'entrée dans la Société des Initiés (Cf infra). Saint-Martin accepte d'être affilié à la Loge Ecossaise Rectifiée la Bienfaisance à l'Orient de Lyon, adoubé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte f Eques a leone sidero ). Le 24 octobre, il est reçu Profès et Grand Profès.

7. - En 1790, il demande à être rayé des registres maçonniques où depuis longtemps ( ciepuis toujours ? ) il ne figurait que de nom. ( Son nom figure sur les tableaux de loge, de 1786 à 1791 ).

8. - Saint-Martin n'a jamais appartenu au Rite des Philalèthes, quoique, selon Savalette de Lange, il y ait été candidat à la douzième classe. en 1782. Invite a leur Convent de 1785, il ne s'y rendit pas.

9. - Saint-Martin a appartenu aux sociétés para-maçonniques suivantes:
a ) la Société des Initiés, fondée sur les instructions de l'Agent Inconnu et dans la mouvance de celle-ci. Reçu le 4 juillet 1785, après avoir été adoubé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte ( Cf supra );
b ) la Société de l'harmonie, de Mesmer; reçu le 4 février 1784;
c ) la Société philantropique, dont il fut membre fondateur en 1780 et sur l'ar~nuaire de laquelle son nom figure jusqu'à sa mort.

10. - Saint-Martin n'est pas l'auteur de la devise quarante-huitarde que le Grand Orient de France adopta en 1849: Liberté, Egalité, Fraternité .

11. - Saint-Martin n'a fondé aucun régime, aucun rite, aucun ordre maçonnique - ni aucun ordre ou société d'aucune sorte.
Sur l'Ordre martiniste et la prétendue initiation de Saint-Martin, cf. infra, chap. IV.

12. - Saint-Martin, le vrai, ou un Saint-Martin mythique, a été mêlé, bon gré mal gré, aux querelles du jésuitisme et de l'anti-jésuitisme en Maçonnerie, etc. ( Cf l'introduction à l'édition des Erreurs et de la vérité, dans les OEuvres majeures ).

13. - Le symbolisme maçonnnique, le vocabulaire maçonnique ont laissé leur trace sur les écrits de Saint-Martin.

14. - La pensée maçonnique, que ces formes véhiculent ( et qui les mutile ), aussi. Cependant, la Maçonnerie que Saint-Martin chérit un temps, et à laquelle il resta toujours reconnaissant, fut celle des Elus Cohen, fort particulière en vérité et ce n'est pas l'aspect maçonnique de la secte martinésiste qui l'avait séduit le plus.

15. - Saint-Martin est un grand écrivain maçonnique. Son oeuvre est capable de contribuer au développement de la spiritualité chez les Maçons et très particulièrement, chez les Maçons Ecossais Rectifiés: dans sa fidélité à la doctrine de Martines de Pasqually il est de leur bord, par l'explication qu'il en donne il a droit d'être reconnu comme l'un de leurs docteurs.

16. - Le texte suivant exprime assez bien le sentiment et l'opinion à peu près constants au fond de Saint-Martin, s'agissant de la Franc-Maçonnerie: ~< Les personnes qui ont du penchant pour les établissements et sociétés philosophiques, maçonniques et autres, lorsqu'elles en retirent quelques heureux fruits sont très portées à croire qu'elles le doivent aux cérémonies et à tout l'appareil qui est en usage dans ces circonstances. Mais avant d'assurer que les choses sont ainsi qu'elles le pensent, il faudrait avoir essayé de mettre aussi en usage la plus grande simplicité et l'abstraction entière de ce qui est forme et si alors on jouissait des mêmes faveurs, ne serait-on pas fondé à attribuer cet effet à une autre cause; et à se rappeler que notre Grand Maître a dit: Partout où vous serez assemblés en mon nom, je serai au milieu de vous . ( Mon livre vert, article inédit ).

Source : http://triple-point.xooit.com/

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