Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Articles récents

Isis ou l’initiation maçonnique (1859)

15 Septembre 2014 , Rédigé par Dr Berchtold Beaupré Publié dans #histoire de la FM

XXXIV. Maçonnerie  

Déjà le brouillard enveloppe tous les objets. Qui vois-je à la tête ? Ne serait-ce pas Hermès, au caducée d'or ? Il invite, il commande, puis nous ramène vers le triste et crépusculaire Hadès, qui, quoique comble, est cependant éternellement vide, car il est peuplé de formes impalpables.  

Le mal est grand, sans doute. Mais n'est-il donc aucun remède, aucun moyen de salut ? Sommes-nous définitivement condamnés ? Les terribles prophéties de Malthus, les malédictions de Timon, doivent-elles se réaliser avec le temps par la destruction d'une partie du genre humain ? Depuis tant d'années que les penseurs raisonnent, que les philosophes disputent, n'ont-ils donc rien trouvé, rien inventé ?

Un système est présenté, qui, ébauché, il y a un siècle et demi, et plus heureux que tous ceux qu'on a tenté de lui substituer depuis, offre encore aujourd'hui les plus solides garanties de succès.  

Il se propose de détruire l'antagonisme, qui existe entre les passions humaines et le milieu social. C'est celui de l'association maçonnique, basée, non pas comme le Fouriérisme, sur la jouissance, mais sur la charité chrétienne. Au lieu d'établir entre le christianisme et le socialisme une antithèse, ou doit se débattre la société moderne, la Franc-maçonnerie les unit par de fraternelles agapes.  

Elle groupe les hommes dans la Loge pour les conduire à la fraternité par la liberté et l'amour.  

Son idéal, c'est l'union de toutes les églises dans une unité supérieure, qui deviendrait une sorte de christianisme progressif.  

Elle doit être une sorte de résurrection de l'évangélisme primordial au milieu d'une société, qui, nous ne cesserons de le répéter, n'a plus du christianisme que le nom. Elle est cette Jérusalem fortunée, où sont appelés tous ceux qui désirent travailler à la résurrection des âmes. Quels qu'ils soient, de quelque région qu'ils viennent, ils seront les bienvenus. Elle est prête à leur tendre une main amie et à leur ouvrir ; une cordiale hospitalité.

La Maçonnerie professe pour la conscience humaine un tel respect, qu'elle ne la blesse jamais dans ses croyances. Non seulement elle respecte les cultes reconnus par l'Etat, mais encore toutes les autres manifestations de la conscience. Persuadée que les grandes conceptions religieuses du passé représentent les différents aspects des religions de l'avenir, elle rend à la fois justice au christianisme réformé et au catholicisme, au brahmanisme et au bouddhisme, au polythéisme grec-romain, aussi bien qu'au monothéisme juif ou arabe. Toutes les religions lui paraissent contenir des vérités, dont elle tient compte, en affirmant une synthèse supérieure.  

Pour la conscience, ce foyer divin de la personnalité, cet asile sacré de la croyance intime, la Maçonnerie veut l'autonomie et le libre essor de ses manifestations soit individuelles soit collectives. 

« Nous vivons, dit madame de Staël, dans un siècle où l'intérêt personnel semble le seul principe de toutes les actions des hommes ; et quelle émotion, quel enthousiasme pourrait jamais résulter de l'intérêt personnel ? Il est plus doux de rêver à ces jours de dévouement, qui pourtant ont existé et dont la terre porte encore les honorables traces ». 

Faire revivre ce dévouement, le propager, l'universaliser si possible, telle est la tendance de la Maçonnerie.  

Son but principal n'est pas précisément de dégager des aspirations et des travaux modernes un nouveau dogme philosophique et religieux, pour en faire la base morale de la société future.

Aujourd'hui tout dogme religieux se voile et s'obscurcit sous l'examen de la raison épouvantée. Ce n'est plus qu'un mythe, une entité, un spectre enfanté par l'imagination et le sentiment. La philosophie a, de négation en négation, poussé la théologie jusqu'au vide le plus absolu, lui a enlevé ses illusions, ses fétiches et son féroce attirail. La religion se trouve ainsi arrachée des mains du symbolisme et placée au sein de la vie réelle. Plus de mythes, d'allégories, de vaine entité.

La morale, ce véritable ciment de la société, ce sublime parfum de la raison, il faut la dépouiller à tout jamais des oripeaux théologiques et la poser sur le socle inébranlable de la conscience. Sous ce rapport Kant a ouvert la voie sûre et droite, où nous devons marcher.

Sans répudier absolument les autres systèmes, la Maçonnerie se présente comme le plus fécond et le plus utile au travail de reconstruction, qui paraît devoir être l'œuvre de la seconde moitié du XIXe siècle.

La Maçonnerie ne se passe ni des arts, ni de l'industrie, ni de la science, ni de la philosophie, mais elle leur propose pour but la charité.

Elle rend sa dignité au sentiment, que le culte de l’intelligence et de l'activité ne considérait que comme un satellite accidentel, une pâle manifestation, tandis qu'à lui appartient la haute direction, qu'il ferait beaucoup sans les deux autres facteurs, et que ceux-ci ne feront rien sans lui.

C'est donc moins à l'intelligence qu'au sentiment que la Loge a recours. Elle rêve l'égalité, la tolérance, l'indépendance des hommes et plus que cela, elle cherche à les confondre dans un même sentiment de charité réciproque.

Ces aspirations ne sont-elles pas l'essence du christianisme ? Ne sont-elles pas conformes à la religion éternelle, dont il est une phase, et où le scepticisme n'est qu'un accident ?

Timon nie la possibilité de cette transformation et traite ceux qui la rêvent, de visionnaires. L'éternité passée est là, dit-il, image terrible de ce que sera aussi l'éternité future.

N'accueillons pas cette désolante perspective. Croyons à un avenir meilleur.

« Ne vous est-il pas arrivé parfois, en plein hiver, quand la nature semble engourdie, quand les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, d'aspirer tout à coup des brises printanières et de sentir comme un parfum fugitif de lilas en fleurs ? Ainsi aspirons-nous déjà les brises lointaines et les parfums vivifiants du monde nouveau, qui va éclore, de l'ère pacifique, où nous entrons ». (Jourdan.)

Il faut le reconnaître. La Maçonnerie et le Saint-Simonisme se touchent en un point essentiel, sans toutefois le baser sur le même principe. Les deux systèmes visent à l'amélioration la plus rapide que possible du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Mais ce que Saint-Simon veut faire par l'intelligence et l'activité, la Maçonnerie l'opérerait bien plus facilement par la charité. C'est un apostolat tout de persuasion et d'amour. C'est une nouvelle communion de martyrs, à laquelle il n'a manqué que des bourreaux plus farouches. 

XXXV. Maçonnerie (Suite.) 

Une immense perspective s'ouvre devant moi, et dans le lointain vaporeux du monde, j'aperçois une montagne d'azur.

Le christianisme croit avant tout au progrès de l'intelligence par la foi aveugle, et au progrès de la volonté par la grâce.

La Maçonnerie laissant ces bases vaporeuses de l'abstraction, croit au progrès par l'action exclusive de l'homme. Elle demande le progrès intellectuel à la puissance de la raison, le progrès moral à l'énergie de la volonté, le progrès social à l'expansion de la fraternité.

Elle ne se pose pas en système. Elle n'est ni catholique, ni protestante, ni rationaliste, ni théiste, ni panthéiste. Elle ne crée pas des dogmes. Elle ne s'occupe ni de l'évolution fatale, ni de la création, ni de l'origine de l'homme, ni de la genèse des choses. Elle ne s'égare pas dans des abstractions. Elle est essentiellement pratique. Elle subordonne la foi à la charité, le dogme à la morale, et pour elle, la charité ne se manifeste, ne s'exerce que par les œuvres.

Elle n'a pas la prétention de dissiper les ombres impénétrables, qui couvrent le berceau de l'homme et sa tombe, ni d'expliquer par des arguties l'hypothèse de la déchéance humaine et d'une prévarication solidaire, pour justifier l'existence du mal, qui est entré dans la nature humaine ; dogme impie, s'il en fut jamais, qui ne soutient pas même l'examen du bon sens populaire, blasphème proféré par une théologie orgueilleuse, pour voiler le néant et l'impuissance de ses doctrines.

La Maçonnerie relègue toutes ces questions dans les ombres d'un mystère éternel. C'est un apostolat tout de persuasion et d'amour. Sauver l'humanité des erreurs, dont la bercent des fripons, des misères que lui infligent d'abominables tyrans, combattre l'antagonisme mystérieux qui existe entre l'homme et tout ce qui l'entoure, le combattre par une énergie persévérante, et vaincre de plus en plus les forces qui lui font obstacle, porter dans les relations sociales la généreuse puissance de l'abnégation, le dévouement à l'humanité, la fraternité, et tandis que le vulgaire n'aspire qu'à jouir, même aux dépens du prochain, travailler pour secourir, posséder pour donner, ne pas donner aux emblèmes plus de valeur qu'à la réalité, s'abstenir de vaines théories, d'abstractions stériles, se proposer dans tout et partout le soulagement des malheureux, la ruine des oppresseurs, le triomphe de la raison et de la fraternité, telle est la mission de la Maçonnerie : telle est la loi de son progrès. C'est une société d'élite dans la société générale. Elle ne s'est pas constituée dans un but de suprématie, de privilège, de monopole, ou, ce qui serait pire encore, de misanthropie, comme aux premiers temps de l'Eglise, les associations monastiques. Elle ne s'est pas confinée dans les déserts de la Thébaïde, ni derrière les murs d'un cloître. Elle continue à vivre parmi nous, et, loin de nous repousser, elle nous attire et élève à elle. Elle a pu succomber aux influences délétères de la foule, mais elle revient toujours à la surface, fortifiée et épurée par les épreuves. Son but, c'est la propagation d'une morale pure, son mobile, c'est l'amour des hommes, son instrument, c'est la charité pratique. Tôt ou tard, on peut l'espérer, la Maçonnerie amènera les grands triomphes de la vérité, et si la société peut être sauvée, elle le sera par cette institution, qui, au rebours des autres religions, respecte toutes les croyances, convie à ses banquets fraternels toutes les nations et se distingue par la plus douce tolérance. Elle montre aux hommes dans une clarté funèbre, ce que c'est que d'oublier la première loi du christianisme : Aimez-vous. A elle seule il appartiendra de dégager la grande inconnue du problème social, à trouver la formule synthétique de l'Humanité. Ses néophytes usent leurs veilles à ce travail d'élaboration mystérieuse et de gestation préparatoire. Elle nous montre ce que pourrait être la société tout entière, dans la majesté de ses assemblées, tout à la fois si grandes, si modestes et si philanthropiques.

Le christianisme a été détourné de ses voies et sa profanation est aujourd'hui flagrante dans toutes les églises. Progressif de sa nature, il n'aurait pas dû s'immobiliser dans les entraves canoniques. Au contraire, recevant autant d'impulsion qu'il en donnait, agissant sur le siècle, comme le siècle agissait sur lui, il aurait dû se modifier suivant les mœurs, suivant les pays, suivant les peuples, suivant les âges et ne conserver d'éternel que cet adage divin : Aimez-vous les uns les autres ; sentence de paix et de fraternité, d'amour et d'union, qui vaut, à elle seule, tout un code de morale ; maxime sainte, devant laquelle viennent s'amortir et s'éteindre les grands et honteux mobiles des sociétés modernes, l'égoïsme, la haine, l'isolement, le doute, le découragement, la mauvaise foi. C'est par la fraternité que la Maçonnerie veut conduire les hommes à une ère d'harmonie universelle et de sublimes magnificences. 

Par qui et quand la Maçonnerie a-t-elle été instituée sur cette base ? Nul ne le sait, nul ne connaît au juste ce législateur suprême. Son nom et sa vie sont restés ignorés et perdus, pour ainsi dire, dans les ombres du secret maçonnique et tandis que les noms des premiers messies survivront à leurs doctrines, la Maçonnerie survivra au nom de son instituteur. 

XXXVI. Maçonnerie (Suite.) 

C'est avec et par la Maçonnerie que le monde marchera à la conquête de la destinée, que Prométhée vaincra Zeus ; car elle met dans l'homme le sens du vrai et les grandes élévations de l'âme, le sens de la justice et le dévouement à l'humanité.

Nous avons déjà esquissé la situation douloureuse, où se trouve la société. Lutte et antagonisme partout, nulle part cohésion et concorde ; tous les liens relâchés ; le regret et la Crainte, la défiance et la haine, le charlatanisme et la ruse apparaissent aussi bien dans les relations générales que dans les rapports individuels. Ce désordre, cette anarchie se retrouvent dans la politique, qui nous divise au nom du pouvoir et de la liberté ; dans les sciences, que rien ne relie entre elles, qui marchent disjointes et au hasard ; dans l'industrie, que ronge la lèpre de la concurrence dans les beaux-arts, qui languissent privés d'inspirations vastes et fécondes.

Or, deux partis sont en présence, l'un pour éterniser, l'autre pour changer cet état de choses.

L'ultramontanisme est la fraction la plus active du parti conservateur, la Maçonnerie est le plus puissant levier du progrès.

L'ultramontanisme est une des formes systématiques et organisées de la réaction. C'est le vestige vermoulu d'une série de préjugés implacables : c'est le râle d'une caste, qui réclame la tutelle des âmes et des intelligences, pour les hébéter et rétablir son empire écroulé. Il prétend régner par la force et continuer dans le présent les traditions du fanatisme et de la tyrannie, qui ont désolé l'humanité. C'est au nom de la divinité, qu'il a toujours fait le mal. Il a taillé le crucifix en instrument de torture et c'est avec les feuillets de l'Evangile, qu'il allume les bûchers destinés à consumer les martyrs de la science et de la vertu.

Aussi se pose-t-il en adversaire déclaré de la Maçonnerie, qu'il calomnie et dénigre à outrance. La convaincre de démagogie, pour lui infliger des flétrissures imméritées, voilà aujourd'hui la grande tactique des ultramontains et leur séduction suprême.

Toutefois, il faut dire et pour ne pas douter de la Providence, que l'ultramontanisme s'engloutit dans le sang et la boue. On exagère trop son importance dans ces derniers temps et l'on a eu tort de considérer comme une menace, une dépouille putride. Il n'est plus une doctrine ni une institution sérieuse. C'est une conspiration qui se démasque, un intérêt sans pudeur, et quand, par hasard, il parvient à faire entendre son sifflet strident, on croit reconnaître le cri du hibou, qui présage et réclame la mort.

Mais, malgré la hiérarchie, malgré le Piusverein, malgré toutes les congrégations, il avortera, car le trafic n'est pas un culte, une conception n'est pas un dogme, et le fiel n'est pas un venin, qui tue.

La Maçonnerie s'est organisée contre ce monstre dans les ombres du mystère. Il fallait bien, lorsque la réaction d'absolutisme marchait dans une phase d'ascension et de triomphe, que la résistance contre des empiétements scandaleux s'organisât en secret. Le nouveau système social s'est élaboré dans la Loge, sans retentissement extérieur, sans éclat, sans secousse. Le maillet des ouvriers a démoli le vieil édifice sans bruit, pierre par pierre, pour construire à sa place un temple nouveau. Aujourd'hui que la révolution a émancipé les idées, les Maçons peuvent travailler au grand jour, enseigner aux hommes l'amour, l'harmonie et la paix. Leur association n'est plus seulement une famille ; c'est une église et sa parole, semée dans le monde, y continuera sa germination mystérieuse. Elle sauvera la société ; mais il est des conditions de succès rine quibus non, et que la Loge me paraît oublier ou négliger. Elle voudra bien permettre à l'un de ses amis les plus dévoués, de les lui rappeler. En persévérant dans cet oubli, au lieu d'être une influence civilisatrice, un apostolat fécond, la Maçonnerie ne serait qu'un nouveau levier pour comprimer les masses ou un échelon pour atteindre plus facilement l'objet d'une ambition égoïste.

XXXVII. Observations 

Si la Franc-maçonnerie doit subir quelque jour un sommeil irrémédiable, elle n'aura personne à accuser qu'elle-même. Louis Ulbach, Maçon.

Lorsqu'à la conversion de Constantin, d'autres païens voulurent suivre son exemple, ils commencèrent par demander où était le véritable christianisme, et à qui, pour s'en instruire, ils devaient s'adresser : A l'école de Manès, à celle de Montanus, ou au concile de Nicée ? Où était la vraie doctrine évangélique, dans les écrits d'Origène ou dans ceux d'Augustin ? Qui était le plus à croire, Donat ou le pape Melchiade, Arius ou Athanase, Eutychès ou ce scandaleux concile soi-disant œcuménique d'Ephèse, qui le condamna, et qu'on appelle le brigandage d’Ephèse, à cause des violences qui s'y commirent ?

Même perplexité aujourd'hui pour le Mahométan, le Bouddhiste et les idolâtres. Où, demandent-ils, est le christianisme ? Est-il à Rome ou à Genève, à Londres ou à Saint Pétersbourg ? Chez les sectateurs de Luther ou chez ceux de Calvin ?

Le païen finit par dire : je cherche l'Evangile dans toutes les églises qui se disent chrétiennes, et ne le trouve dans aucune. Je cherche de même ces églises dans l'Evangile : elles s'y trouvent encore moins. Partout je ne vois du christianisme que le nom.

Il dit, et se résigne à rester ce qu'il est, ou bien embrasse la secte, qui est à sa portée. Il sera anglican ou catholique, selon que le hasard lui aura fait rencontrer un missionnaire de l'un ou l'autre culte.

Ainsi, hélas ! De la Maçonnerie. Le profane, qui veut y entrer, doit-il s'adresser au Grand Orient de France ou à celui de Londres ? Aux Loges de la stricte observance ou au Système rectifié ? Aux Templiers ou bien aux Rose-croix ? Quel est le rite orthodoxe ? Est-ce celui de Misraïm avec ses quatre-vingt dix grades ou la Maçonnerie éclectique ? Faut-il préférer la Maçonnerie bleue ou la Maçonnerie rouge ? Etc., etc.

Tous ces rites divers se combattent ou se fusionnent en systèmes bigarrés, incomplets, remplis de contradictions.

Et cependant il n'y a qu'une seule et même immuable vérité dans la Maçonnerie : la Fraternité. Tout ce qui s'en écarte est faux et doit être éliminé. Ce critère infaillible devrait suffire pour préserver l'institution de scandaleux amalgames. Là ne peut donc pas être le germe des dissidences. Il est dans les rites, c'est-à-dire dans la forme, dans la prépondérance, qu'on lui a donnée sur le fond. La dissidence est l'œuvre des faux-Frères, de l'intrigue, de l'ambition et de la perfidie.

Eh quoi ! Vous reconnaissez, vous saluez comme Sœurs la Maçonnerie de Royale-Arche, les chevaleries, les grands chapitres, les grands campements, les grades philosophiques, les empereurs d'Orient et d'Occident, le rite d'Hérédom, le rite suédois, l'Ordre du temple, les Loges militaires et toutes ces superfétations plus ou moins contraires au véritable esprit de la Maçonnerie, vous les reconnaissez et vous donnez l'accolade fraternelle à leurs adeptes, tandis que d'autre part, vous excluez un véritable Maçon du temple, parce qu'il ne porte pas un petit ruban tortillé à la boutonnière !

Lorsqu'une association répandue sur tous les points du globe, formée pour faire le bien et réconcilier les hommes entre eux, jouissant de privilèges, ayant une hiérarchie, un gouvernement, des chefs publiquement, officiellement constatés, lorsque, dis-je, une association de ce genre se pose en ennemie des abus, qu'elle se base sur l'égalité et la concorde et proclame la nécessité d'une réforme sociale, se disant en mesure de l'accomplir, il doit être permis de lui demander, d'abord, sur quels titres se fonde l'autorité qu'elle s'arroge, ensuite, pourquoi ses doctrines varient et pourquoi elle ne joint pas l'exemple aux préceptes ? 

La première condition de succès pour la propagande maçonnique, est dans la stricte observation de son principe, dans l'accord de la théorie avec la pratique, dans une séparation entière, franche et formelle des Loges fidèles à leurs mandats d'avec celles qui ne le sont pas, dans l'unité de doctrine, dans la cessation, en un mot, de tous les schismes. La pseudo-maçonnerie se dévoile elle-même : car la pierre de touche est là, et son principe n'est pas la charité.

La véritable Maçonnerie a un caractère assez prononcé pour qu'on ne puisse pas la confondre avec les sociétés qui ont usurpé son nom, emprunté ses emblèmes et profané ses doctrines.

Elle a trop de dignité pour se prosterner devant un trône quelconque, trop d'indépendance pour se laisser patronner par les puissances du jour, trop de philanthropie pour refuser son assistance à quiconque l'implore. Elle ne reconnaît que la supériorité du mérite. Elle exerce son influence sur le monde profane sans subir la sienne. Elle attaque et combat toutes les institutions sociales condamnées par son principe, telles que le militarisme, les gouvernements oppressifs, les cultes intolérants et la distinction des castes. Ennemie de la superstition, du privilège, de l'ignorance et des abus, elle leur déclare une guerre à mort, mais sans violence, sans haine et sans colère. C'est contre tous les maux, qui se résument dans le moi exclusif et égoïste des personnes et des castes, des familles et des coteries, en religion, en politique et dans l'ordre social, le moi, principe de tout mal, que la Maçonnerie s'est constituée. Il faut prouver au public qu'elle n'est ni une fantasmagorie oiseuse, ni un simple jeu de grands enfants.

La nécessité de Grands Orients autocratiques et de patentes constitutives ne me paraît pas démontrée, du moins pas dans leur composition actuelle. Sans doute, en face de la phalange disciplinée des obscurantistes, il importe de serrer les rangs, d'agir de concert et avec ensemble, d'imprimer une impulsion salutaire aux ateliers, d'en faire converger tous les travaux vers un même but, et d'élever la puissance de l'association par l'uniformité des rites. Or, une autorité centrale peut seule provoquer et surveiller cette cohésion. Mais comme un patriarcat unique pour toutes les Loges du globe n'est guère possible, les Grands Orients le remplacent dans leurs limites respectives.

La première autorité de ce genre apparaît à York. Il s'en forma d'autres à Edimbourg, Londres et Dublin. Mais cette création au lieu d'atteindre le but proposé, engendra des rivalités, des schismes et des dissidences de toute espèce.

Avant 1717, toute Loge pouvait se constituer librement d'elle-même, sans autorisation et sans contrôle. En effet, pourquoi demanderait-on la permission de se réunir pour faire le bien ?

On ne saurait approuver surtout qu'une Loge reconnaisse l'autorité d'un Orient d'un autre pays.

Les Grands Orients devraient eux-mêmes être constitués par des Convents périodiques, auxquels assisteraient des délégués de toutes les Loges. Ces mêmes Convents feraient une déclaration de principes basée sur la grande loi d'amour et à laquelle souscriraient toutes les Loges.

Cette déclaration servirait en même temps à caractériser les rites compatibles avec ces principes et elle en laisserait d'ailleurs le choix à chaque Loge.

L'octroi des patentes constitutives est une mesure illusoire, la Loge ainsi constituée ayant la faculté de se soustraire à l'obédience de la Loge-mère, d'adopter un rite quelconque et de le changer à volonté. Je citerai pour exemple la Loge des Vrais Frères unis, à l'Orient du Locle. Elle travailla d'abord sous l'obédience du Grand Orient de France, passa en 1797 sous celle de la Grande Loge aux Trois globes, à Berlin, retourna au Grand Orient de France en 1806, adopta le rite écossais rectifié en 4817, et s'allia enfin, en 1829, à l'Union représentée par la Grande Loge nationale Suisse.

O Maçonnerie ! Tu te poses devant les profanes en société d'harmonie et d'amour : ne leur donne pas un spectacle de haines, de schismes et d'intolérance. 

XXXVIII. Observations (Suite.) 

Pour que le vieux monde, dans ses troubles, dans ses tristesses, dans ses défaillances, dans ses ignorances, dans ses désordres, vienne à nous, il faut qu'il entende venir jusqu'à lui l'hymne toujours soutenu, toujours harmonieux de notre concorde, de notre joie, de notre espérance, de notre travail. Louis Ulbach, Maçon. 

Patronages princiers. La Loge, qui a reconnu que la plupart des maux, qui affligent le monde extérieur, dérivent d'une organisation défectueuse, ne doit pas en continuer les traditions dans son enceinte. Autant la pauvreté et le travail sont rabaissés et méprisés au dehors, autant doit-elle les honorer dans son sein, et par pauvreté, nous n'entendons pas celle qui provient de l'inconduite, mais du hasard et de l'infortune. Plus les profanes vénèrent les puissants du jour, moins elle doit avoir de communication avec eux et plus elle doit s'en défier, lorsqu'ils se présentent devant les portes interdites. Sans les repousser, s'ils sont dignes par leurs sentiments et leur conduite, d'être admis dans le temple de l'égalité, elle doit les traiter sans distinction particulière.

Que dire dès lors de cette Maçonnerie qui se place honteusement sous le patronage des rois et des grands de la terre ? Qu'elle n'a ni le sentiment de sa dignité, ni la conviction de ses doctrines. Elle oublie que ce n'est pas la Loge qui est censée s'honorer par la réception d'un prince quelconque, mais que les insignes maçonniques doivent éclipser les plus brillantes couronnes, les plus hautes dignités profanes. Confier aux hommes du privilège, aux princes du hasard, les destinées d'une association appelée à fonder le règne de la liberté et de la justice, est un contre-sens qu'on ne saurait assez flétrir.  

Les juifs : dans la règle adoptée par le Convent de Wilhelmsbad, il est dit : « Si ton cœur sensible veut franchir les bornes des empires et embrasser avec ce feu électrique de l'humanité tous les hommes, toutes les nations ; si, remontant à la source commune, tu te plais à chérir tendrement tous ceux qui ont les mêmes organes, le même besoin d'aimer, le même désir d'être utile et une âme immortelle comme toi, viens alors dans nos temples offrir tes hommages à la sainte humanité. L'univers est la patrie du Maçon et rien de ce qui regarde l'homme ne lui est étranger ».

Comment concilier cette déclaration avec l'exclusion des Juifs ? Ne sont-ils pas nos frères en Dieu, tout comme les Mahométans et les païens ? Et que penser du Maçon qui a écrit les lignes suivantes : « On a souvent reproché aux Loges allemandes leur intolérance à l'endroit des Israélites ; mais, outre que la position du peuple élu, dans tous les pays du Nord, ne peut en aucune manière se comparer à ce qu'elle est en France ou même en Angleterre, il reste à prouver depuis quand notre société, dont les deux St Jean sont les patrons; dont la première loi est encore et fut toujours la Bible, et particulièrement le Nouveau-Testament ; dont la vraie filiation historique est chrétienne par excellence; il reste, dis-je, à prouver depuis quand cette société aurait, par un décret obligatoire pour tous ses membres, adopté cette espèce de déisme d'esprits forts, que les Juifs et les Mahométans sincères condamnent aussi bien que les vrais disciples du Christ (!) »

Emprunter au mosaïsme la tradition fondamentale de la Maçonnerie, une grande partie de sa symbolique, et jusqu’a la nomenclature des mois ; puis exclure les Israélites de l'association, est-ce logique ?

Presque tous les membres de la Grande Loge nationale aux Trois Globes, de Berlin, étant chevaliers de l'Aigle-rouge de toutes les classes, ordre équivalant à celui de la Légion d'honneur, refusent l'initiation aux Juifs. Ce n'est guère étonnant. Lorsqu'on sait concilier les distinctions profanes avec l'égalité maçonnique, on peut bien professer pour l'humanité un amour soi-disant maçonnique, qui exclut des populations entières. La Loge Royale-York à l’amitié est tout aussi tolérante, tout aussi logique. 

Politique. L'art. 8 du code adopté en 1804 par l'Alpina est de la teneur suivante : « Comme citoyen et conformément aux prescriptions des Old-Marks (v. les Constitutions d'Anderson), le Franc-maçonne s'engagera jamais dans des émeutes ou des complots contre la paix et la prospérité de l’Etat. Il ne se conduira point contrairement à ses devoirs envers le gouvernement. Il se soumettra à tout ordre légal ».

L'article se termine par cette recommandation, qui, à nos yeux et pour plus d'un lecteur, détruit tout ce qui précède : « II ne négligera aucune occasion d’agir dans l’intérêt du bien public et de contribuer avec zèle au salut de la patrie ».

Qu'on me permette ici les suppositions suivantes :

Solon, les armes à la main, se rend sur la place publique et cherche à soulever le peuple contre le tyran Pisistrate ; Hipparque et Aristogiton complotent la chute de ses fils ; Spartacus forme le projet d'affranchir les esclaves ; Gracchus, celui d'affranchir le peuple romain de la tyrannie des patriciens ; Le philosophe Eusèbe médite la chute du méprisable Constance ; Procida, l'expulsion des Français de la Sicile ; Giano délia Bella, celle des Gibelins ; les héros du Grùtli, celle des Autrichiens ; Washington et Kosciuszko se mettent à la tète des insurgés contre les oppresseurs de leur pays ; Moïse conspire pour l'affranchissement d'Israël, les Macchabées contre les rois de Syrie, les Pays-Bas contre Philippe II, etc., etc.

Si tous ces hommes probes et courageux, et cent autres que je pourrais citer, étaient venus confier leurs projets à la Loge et solliciter son assistance, elle l'eût donc refusée pour ne pas violer l'art. 8 et, contradiction amère, elle eût proclamé quelle ne négligeait aucune occasion d'agir dans l’intérêt public et de contribuer au salut de la patrie. Que dis-je ? L'art. 8 lui eût fait un devoir de dénoncer les conspirateurs, de prendre le parti de Pisistrate contre Solon, celui des patriciens contre les Gracques, de combattre à Morgarten et à Sempach dans les rangs des agresseurs, etc. !

Eh quoi ! Lorsque Ferdinand VII d'Espagne mettait hors la loi, non seulement tous les Maçons, mais tous les libres penseurs, il eût fallu respecter ce gouvernement atroce, mais d'ailleurs régulièrement établi, ne pas se dispenser de lui obéir ! Suivant le règlement de Wilhelmsbad, le cœur devait tressaillir au doux nom de ce souverain ! Il eût fallu respecter le décret, qui traînait aux pieds de l’échafaud plus de cent mille Espagnols, et précisément les hommes les plus distingués !

Il fallait ne pas s'occuper de politique, lorsque des Loges entières étaient arrêtées, séance tenante, les dignitaires pendus et les autres envoyés aux galères ! Ah ! Sans doute, il le fallait, selon certains Maçons. « Toute association, dit Galiffe, qui conspire pour renverser et détruire, fût-ce même dans le but le plus noble, abdique par là tous ses droits à la succession d'Hiram. »

Je suppose qu'une légitime insurrection eût éclaté en Pologne contre le roi de Prusse, l'un des trois partageux de ce malheureux pays ; d'après l'art. 8, les Loges constituées par les trois Grandes Loges-mères, de Berlin, n'auraient pas pu y prendre part !

Ami de la paix, je ne veux pas celle du tombeau pour la société vivante ;

Ami de l'ordre, je m'efforcerai toujours de renverser celui, qui règne à Varsovie ; Ami des lois, je ne leur sacrifierai jamais la charité et la justice.

La Maçonnerie belge paraît avoir compris notre pensée.

Le 24 juin 1854, le Grand Orient de Belgique abrogea l'art. 135 de son règlement, qui faisait défense formelle à la fédération maçonnique, représentée par le dit Grand Orient, de discuter des matières religieuses et politiques, et cette décision fut rendue publique par la voie de la presse.

Que les trois Grandes Loges de Berlin, et avec elles d'autres Loges allemandes, ainsi que la Maçonnerie suédoise, aient protesté solennellement contre cette mesure, cela n’étonne pas. On comprend moins que la Loge Modesta, à l'Orient de Zurich, partage leur manière de voir. Mais ce qu'on ne comprend pas du tout, c'est le refus fait en 1848 par la Grande Loge de la république américaine de New-York, à l'invitation qui lui avait été adressée de prendre part à une démonstration publique en faveur des événements politiques qui venaient de se passer en Allemagne à cette époque, sous prétexte que cette participation était incompatible avec les principes de la Maçonnerie 

Ainsi voilà une Loge à qui la sainte cause de la liberté, de la justice et de l'émancipation des peuples est non seulement étrangère, mais antipathique ! Elle devait pourtant se souvenir que telle n'avait pas été l'opinion de tant de philanthropes, qui volèrent au secours de l'Amérique, lorsqu'elle secoua la domination anglaise.

Quant à la Maçonnerie suédoise, rien, certes, ne serait plus édifiant que de la voir repousser de son sein l'héroïque Gustave Wasa, sortant des forêts de la Darlécalie pour solliciter sa protection. Au lieu de blâmer la Maçonnerie belge, elle eût mieux fait de se soustraire aux influences de la cour, de renoncer à la théosophie de Swedenberg, et de recommander la tolérance religieuse.

A moins de s'annihiler, la Maçonnerie doit être politique en ce sens, qu'elle doit combattre les obstacles qui s'opposent à la propagation de ses doctrines et à l'application de son principe, c'est-à-dire au triomphe de la grande loi d'amour, si éloquemment interprétée par St. Paul. Elle sera religieuse dans le même sens et ne reconnaîtra ni secte fanatique ni secte intolérante. Elle repoussera ouvertement, franchement, courageusement tout système soit politique soit religieux, opposé à cette loi, sans se prêter à la moindre transaction. Elle ouvrira largement ses portes à tous ceux qui viendront lui demander asile contre le fanatisme et l'oppression ; elle accueillera toutes les aspirations progressives. Lui ôter ce privilège, c'est la frapper de stérilité, c'est la réduire à n'employer que des palliatifs, et ses efforts pour réformer la société ressembleront à ces médications illusoires, qui se bornent à panser les plaies, sans corriger la diathèse, qui les entretient. 

Légende fondamentale. Cette fiction importée par l'écossisme, pourrait être abandonnée ou du moins remplacée par quelque chose de mieux. Je n'y trouve ni le caractère de la vérité, ni le charme de la poésie. Loin de personnifier les tendances douces et philanthropiques de la Maçonnerie, elle ne présente que des images lugubres, n'exprime que des sentiments de deuil et de vengeance. D'ailleurs son origine seule suffirait pour la condamner. 

Militarisme. Institution essentiellement pacifique, la Maçonnerie doit se poser avant tout comme l'adversaire implacable de la guerre et de tout ce qui s'y rattache, anathématiser formellement l'état militaire, condamner avec indignation les armées permanentes et l'esprit de conquête, flétrir avec un juste mépris le soi-disant honneur et l'uniforme militaires ; surtout ne pas reconnaître les Loges prenant cette qualification. Elle le doit, sous peine de forfaiture. Les Maçons feront-ils moins que les Quakers et les Mennonites, moins que les Esséens, dont ils se croient descendre et qui ne connaissaient pas la doctrine du Christ ?

Quoique amplement traité page 287 et suivantes de cet ouvrage, ce sujet ne saurait être discuté avec trop de soin. Je renvoie les lecteurs à l'excellente publication intitulée : De la guerre et des armées permanentes, par M. P. Larroque, ancien recteur de l'académie de Lyon  

Mystères et secret. Quels mystères cache la Maçonnerie ? Quel est son secret ? Je crois que les Souverains Grands-Maîtres absolus du quatre-vingt-dixième grade du rite de Misraïm eux-mêmes, seraient assez embarrassés de répondre à cette question. La Maçonnerie n'a résolu et ne résoudra, pas plus qu'un autre système quelconque, ni les problèmes de la vie ni ceux de la société, et tout son secret consiste à soulager les misères humaines par la fraternité. Ce secret, elle doit le révéler hautement, le proclamer sur tous les toits, et dès lors, il ne peut plus être appelé secret.  

Philanthropie. Parmi les gravures qui ornent la belle histoire de la Franc-maçonnerie, par Clavel, la dix-huitième représente le guerrier Brandt, Maçon, sauvant la vie au capitaine Mac Kinsty, qui, fait prisonnier à la bataille des Cèdres, est déjà lié à un arbre pour être brûlé vif par les Iroquois. Mais il fait le signe de détresse. Alors l'Indien, qui avait été élevé en Europe et initié, lui sauve la vie.

Clavel cite encore d'autres exemples de ce genre, pour prouver l'excellence de l'institution. Ils ne prouvent, selon nous, que son imperfection ; car Brandt, s'il avait bien compris ses devoirs : 1° n'eût pas pris part à la guerre ; 2° s'il y était forcé, il devait en atténuer les horreurs et ne pas brûler les prisonniers ; 3° s'il pouvait sauver un Maçon, il pouvait de même sauver tout autre prisonnier. Ou bien est-il dit que les Maçons ne doivent point ménager les profanes, et ne se secourir qu'entre eux ? 

Symbolisme. J’aime celui de la Maçonnerie. Il s'adapte parfaitement à ses principes, et donne à la Loge un air mystique, des formules et des images pittoresques, qui charment l'imagination et éveillent de grandes pensées. Mais on le trouve surchargé, exagéré. Il n'est plus adapté à l'esprit moderne, car il est dans la nature du symbolisme de s'atténuer, de s'amoindrir, au fur et à mesure que les idées progressent et que les institutions libérales s'affranchissent et se développent.

On pourrait sans inconvénient supprimer tout ce qui a trait à l'ancienne astronomie.

Il faut en dire autant du langage et des signes de convention. La Maçonnerie doit s'infiltrer dans la société, et non s'en tenir séquestrée. Elle doit se généraliser, se répandre partout, et puisqu'elle peut aujourd'hui marcher tête haute et déployer sa bannière, pourquoi ces prétendues formules secrètes, qui n'ont plus de portée ? Pourquoi, par exemple, conserver cette périphrase banale : Le Grand Architecte de l’Univers, tandis que le mot Dieu est bien plus expressif ? Pourquoi toutes ces abréviations, qui ne cachent rien et que tout le monde connaît ? Pourquoi un alphabet, un comput et un calendrier spécial ? 

Epreuves. Assurez-vous que le récipiendaire abhorre le militarisme, la guerre et le duel, qu'il est prêt à sacrifier une partie de plaisir pour soulager une infortune, à secourir indistinctement tout malheureux, à traiter tous les hommes comme égaux sans s'abaisser devant les grands, sans s'enorgueillir devant les petits, à soutenir toujours et partout les principes de l'institution maçonnique ; trouvez ces garanties : cela vaudra mieux qu'une pincée de lycopode et qu'un cliquetis d'épées inoffensives. 

Telles sont les réflexions et les observations que j'ai recueillies dans le monde profane sur la Maçonnerie. Je m'en suis constitué l'écho et l'interprète dans l'unique but de perfectionner l'institution et de provoquer une justification qui, je suis sûr, gagnera à sa cause, plus d'un esprit sérieux...

 

Source : Isis ou l’initiation maçonnique

Lire la suite

Propos du général Lalanne-Berdouticq, en clôture d’un séminaire à l’I.H.E.D.N

14 Septembre 2014 , Rédigé par Alexandre Lalanne-Berdouticq Publié dans #Géostratégie

Le discours que nous reproduisons ci-dessous a été prononcé par le général Lalanne-Berdouticq (ancien commandant du 3ème régiment étranger d’Infanterie et ancien chef du bureau de liaison de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban – FINUL 2), lors de la clôture d’une récente session de l’IHEDN. (C’est intelligent, plein de bon sens, brillamment construit et d’une limpide clairvoyance. C’est la vision d’un stratège éclairé, libre de tout dogme et de toute entrave intellectuelle, raisonnablement optimiste mais terriblement inquiet aussi de la lente dérive de son pays.)

*****

Après ces dix-huit jours inoubliables à travailler ensemble, à vous forger des amitiés dont certaines seront définitives, à voir les choses différemment, voici ce que, comme votre « entraîneur » et un peu « ouvreur de voie », je voudrais vous dire. En toute liberté bien sûr et avec mon franc-parler habituel !

Le monde est complexe et dangereux

Il est loin des « blocs » que nous avons connus des décennies durant, aussi bien que de la « fin de l’histoire » que l’on nous annonçait voici vingt ans, et encore plus loin de la « paix définitive » qui aurait permis « d’engranger les dividendes de la paix » chers à des hommes à la courte vue. Ce monde, notre monde, reste dangereux. Comme les prophètes que personne n’écoutait dans les années 1930, je ne cesse de dire que le décuplement des dépenses militaires en Extrême-Orient depuis dix ans devrait nous inciter à mieux surveiller les diminutions insensées que subissent les nôtres. Dans l’Histoire en effet les mêmes causes produisent les mêmes effets et il y a donc tout à craindre des abandons qui se produisent chez nous. Mais encore faudrait-il voir le monde comme il est et non comme beaucoup voudraient qu’il soit.

Méfions-nous du « prêt à penser »

Il est presque toujours faux et ordonné à des fins peu recommandables.
Non le Kosovo n’est pas meilleur après la campagne qu’y ont conduite les alliés en 1999, montée suite à une incroyable guerre d’intoxication médiatique diabolisant les Ser et présentant les Albanophones comme des anges persécutés… Il en résulta la fondation du premier pays[1] presque totalement mafieux du continent européen, dont la population originelle, serbe, a été sans pitié chassée de chez elle dans le silence des médias ; ses monastères détruits et ses maisons incendiées. Non l’Afrique d’aujourd’hui ne vit pas mieux que du temps de la colonisation, à commencer parce que l’esclavage (personne ne le dit) et les massacres ethniques sont repartis de plus belle et que bien des Etats officiellement constitués sont en faillite aussi bien financière
que politique. Non la Libye d’aujourd’hui n’est pas meilleure que celle d’hier, puisque au demeurant elle n’existe tout simplement plus, et que son tyran a été remplacé par d’autres, en plus grand nombre. Non la démocratie occidentale n’est pas applicable à tous les continents et à tous les pays. D’abord parce que ce n’est pas un système unique (voyez comme la nôtre est différente de celle des Etats-Unis ou d’Israël, ou bien encore de la Grande-Bretagne) ; ensuite parce que ce système politique ne peut s’épanouir qu’au sein de peuples voyant la personne comme un individu et non comme une partie d’un tout (société personnalistes contre sociétés holistiques)… Dans les grandes questions du monde……n’oublions jamais de considérer le paramètre démographique. Il est capital et le silence des médias et des analystes sur ces sujets en dit long sur l’aveuglement, qui ne peut qu’être volontaire, de nos élites autoproclamées. Ainsi, quel est l’avenir de l’Allemagne, qui aura perdu sept millions d’habitants en 2030 et se verra peuplée en grande partie de ressortissants d’origine turque ? Sera-t-elle-la même ? On sait que l’islam confond la sphère publique et la sphère privée en refusant absolument de distinguer « Dieu » et « César ». Or, cette distinction est à la base même des systèmes démocratiques. Enfin, oublie-t-on qu’une population peut être chassée de chez elle, ou se voir remplacée par une autre, les autochtones se retrouvant alors comme étrangers sur leur propre sol ? Sans remonter à la diaspora juive du premier siècle, pensons aux Coptes d’Egypte, aux chrétiens de Turquie et d’Asie (20% de la population en 1900 alors qu’ils sont aujourd’hui 0,02%, soit mille fois moins) ou bien encore aux Serbes du Kosovo, déjà cités (90% de la population en 1900 et moins de 10% aujourd’hui) !

Hors les idéologues, qui peut être assuré qu’en France, nous sommes à l’abri de tels phénomènes ? Refuser d’examiner la question sous couvert de mots en « isme » est singulièrement irresponsable. Or, entendons-nous que l’on pose cette question ? Non. Considérons aussi l’incroyable effondrement démographique de nos voisins Italiens et Espagnols et tentons d’imaginer ces deux pays dans trente ans ! « Il n’est de richesse que d’hommes », dit le proverbe. Que sera la civilisation occidentale si, dans trois siècles, des touristes visitent nos cathédrales sans que personne ne puisse leur expliquer le sens d’un Christus pentocrator dont ils contempleront la sculpture sur le tympan, ainsi que cela se passe pour les églises de Cappadoce, alors que plus aucun chrétien ne vit aux alentours ?

Rien n’est définitif dans l’histoire des hommes,  pas plus le tracé des frontières que les peuples qui s’abandonnent et doutent d’eux-mêmes. Enfin, cessons de nous croire à l’abri des menaces militaires….. au motif que nous possédons d’admirables sous-marins nucléaires. La guerre est bien de retour et le fracas des combats des Balkans, maintenant assourdi, nous rappelle qu’elle peut s’inviter dans des contrées européennes très proches, et pourquoi pas chez nous ? Qui peut ignorer que si tout le monde (tout le monde, sauf nous !) réarme sur la planète, c’est bien pour quelque raison ! Et l’Europe, direz-vous ! Fort bien, mais l’Europe n’est sur le plan militaire qu’une addition de faiblesses, vous le savez. Ajouter des faiblesses à d’autres faiblesses n’a jamais constitué une force mais bien une faiblesse plus grande encore [2] ! Comme le disait, je crois, Roosevelt au moment de la Grande dépression, puis au début de l’engagement américain dans la 2e guerre mondiale, « Ce que nous devons craindre le plus au monde, c’est la peur elle-même ». Or, l’histoire nous enseigne que les populations qui ont peur de la mort sont celles qui disparaissent de la surface du globe.

Notre manière « d’évacuer » la mort de la vie sociale est effrayante en elle-même, car un jour ou l’autre nous devrons combattre pour notre vie, et donc la risquer. Ne pas s’y préparer c’est nous assurer de perdre cette vie à coup sûr. Cela s’appelle la lâcheté, qui n’a jamais attendri aucun adversaire déterminé ; jamais, bien au contraire. Rappelons-nous avec honte que certaines erreurs peuvent être commises puis recommencées : la République naissante déclara la guerre illégale en 1791 et se trouva en conflit avec l’ensemble de ses voisins deux ans plus tard. En 1928, à la Société des Nations, cet ancêtre de l’ONU, le « Pacte Briand-Kellog » déclara la guerre « criminelle » à la face du monde. Onze ans plus tard aussi bien la France que la Grande-Bretagne étaient acculées à une mobilisation générale dans des conditions désastreuses, pour aboutir à ce que l’on sait : l’occupation de  toute l’Europe sauf la Suisse, et aussi les camps de concentration. Nous n’avions pas voulu lire Mein Kampf, non plus que méditer les pensées de Lénine et voir les camps soviétiques, qui mèneraient l’un à Katyn et l’autre à Treblinka ou Sobibor. « Le droit sans la force n’est  rien, la force sans le droit c’est la tyrannie » disait à peu près Pascal.

Souvenons-nous-en.

Enfin, je voudrais insister sur le sens des mots. Discutant avec plusieurs d’entre vous pendant la session j’ai une nouvelle fois constaté que les mots n’avaient souvent pas le même sens pour l’un et pour l’autre. Je pense à un échange récent sur le mot République dont mon partenaire me disait que « Pour lui la république c’était… ». Or, là est le danger : nous n’avons pas à dire que « Pour nous » un mot veut dire telle chose ; nous devons au contraire nous référer à sa définition exacte sinon plus aucun échange n’est possible. Reprenant l’exemple de la République, je lui disais que celle-ci se définit par trois critères et seulement trois : Un gouvernement collégial, qui obéit à des lois, et dont le mode de succession n’est pas dynastique. Un point c’est tout. La république romaine était-elle démocratique ? Non, mais c’était tout de même une république. Donc, ne confondons pas les mots les uns avec les autres. Ainsi de la démocratie[3], qui peut parfaitement trouver sa place dans un système monarchique comme en Grande-Bretagne et ainsi de suite. À notre époque où le dialogue semble érigé à la hauteur de vertu et de principe cardinal des relations sociales, travaillons donc à ce qu’il qu’il soit possible au travers de mots employés dans leur juste sens. Nous aurons alors fait un grand pas vers la clarté et de saines relations interpersonnelles. J’insiste : cette question de la précision du vocabulaire est absolument essentielle si l’on y réfléchit bien.

En conclusion :

-Il nous faut chasser l’idéologie, quelle qu’elle soit ; de « droite » ou de « gauche ». C’est une maladie mortelle de l’esprit car elle fait voir la réalité au travers de systèmes d’idées, qui sont autant de lunettes déformantes. A l’idéologie il faut opposer le principe de réalité qui veut que les choses soient ce quelles sont, que cela nous plaise ou non. Alors on peut agir en  espérant ne pas trop se tromper. Il n’y a pas de bons camps de concentration (cubains, nord-coréens, chinois) dont on ne parle jamais, et de mauvais, les nazis, dont il faut sans cesse se souvenir. Il y a eu et il y a des camps de concentration où des innocents sont morts et meurent encore dans des conditions atroces. Il n’y a pas l’antisémitisme, évidemment condamnable, des « néonazis », et sa variété excusable, celle des « islamistes », qui est passée sous silence. Il y a l’antisémitisme (qui d’ailleurs est un antijudaïsme), un point c’est tout. Au nom de quoi devrait-on condamner « l’islamophobie » si l’on ne le fait pas de la « papophobie » ou de la « christianophobie » ? A-t-on vu un chrétien Chaldéen ou un Melchite se faire sauter dans une mosquée d’Irak ? Un seul ? Dès lors, comment mettre sur le même pied « les » intégrismes? Il existe quand même une différence de nature entre un zélateur d’Al Quaeda et un Mormon, je crois. Distinguer souverainement le bien du mal, ne pas mettre à égalité le bon et le mauvais s’appelle aussi : Liberté. Il nous faut être convaincu que la France est et reste une grande puissance. Du moins si elle continue de le décider. Aujourd’hui, combien de pays ont-ils une représentation diplomatique dans le monde comparable à la nôtre ? Un seul. Combien de pays disposent-ils de sous-marins lanceurs d’engins totalement conçus, fabriqués, maîtrisés par leur gouvernement national dans le monde ? Trois, et pas la Grande-Bretagne. Combien de pays disposent-ils de porte-avions de premier rang à catapulte avec une flotte aérienne adaptée, moderne et entrainée ? Deux. La France est au premier rang de toutes les grandes négociations mondiales, elle dispose d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, ses avions volent dans tous les cieux de la planète. Elle est au premier rang de la technique, de l’art, de la littérature.

Elle est au premier rang des pays possédant un patrimoine multiséculaire, admirable et entretenu. Elle est au premier rang de certains travaux de recherche, elle inonde une partie du monde de son rayonnement culturel, artistique, commercial, d’influence, et ce depuis neuf siècles sans discontinuer ! Quand la France parle, on l’écoute, parfois on la jalouse et on la brocarde de temps en temps,  mais on l’écoute et son message est souvent reçu. C’est un fait…..Cependant… restons modestes et cessons de donner des leçons au monde entier, car, comme d’autres, nous n’avons pas que des qualités. Le blanc de notre drapeau n’est hélas pas immaculé. Nous avons aussi de graves défauts : nous sommes souvent arrogants, légers, hâbleurs, désunis, insupportables. Nous voulons répandre les Droits de l’Homme sur le monde, mais nous avons inventé le génocide sous le terme de populicide, puis l’avons mis en œuvre en Vendée en 1793. Nous sommes (avec raison) pour la tolérance religieuse, mais… des Dragonnades de Louis XIV [4] aux « baptêmes républicains » de Carrier à Nantes ou aux lois d’Emile Combes en 1905[5], nous savons aussi persécuter nos concitoyens pour leurs convictions religieuses… Cependant et tout bien considéré, soyons fiers de ce que nous sommes, mais avec mesure. Soyons fiers de notre héritage multiséculaire, en ayant conscience de ce que nous sommes les « débiteurs insolvables » des richesses léguées par nos ancêtres. Nous ne pourrons jamais rembourser cette dette, qui nous oblige. Mais soyons aussi convaincus que cet héritage est fragile et peut s’effondrer en quelques années, voire quelques mois si des événements dramatiques venaient à se produire et auxquels nous n’aurions pas fait face à cause de notre impréparation, de notre inconscience, ou par inconsistance ou imprévoyance. Voyez comme s’est écroulé l’Ancien régime en quelque semaines[6], ou encore le tsarisme, le communisme, la Vienne impériale, sans parler des empires romain, moghol, khmer ou aztèque… Ce formidable patrimoine, notre patrimoine (matériel et immatériel) est fragile et se trouve entre nos mains. Alors restons vigilants et combattons les idées dangereuses pour l’avenir, tout en travaillant d’arrache-pied à l’unité de notre nation, qui en a de jour en jour plus besoin.

Nous savons de mémoire séculaire, depuis Bouvines pour le moins, que la France unie est victorieuse des défis. Désunie elle se dissout et, qui sait, pourrait disparaître. Cela ne se doit pas.

[1] Grand comme un département de chez nous : 10 000 km2 et un million d’habitants…

[2] Dix estropiés au départ d’un cent mètres olympique ne feront pas un champion !

[3] Dont la caractéristique essentielle est que le siège de la souveraineté se tient « dans la personne du peuple », qui délègue ou non son autorité à des mandataires (démocratie directe ou indirecte).

4] Contre les Protestants

[5] Contre les Catholiques

[6] Il a succombé à des crises multiples et simultanées : économique avec des dettes abyssales et une fiscalité inopérante et injuste, une défiance du peuple dans ses élites qui ne le représentaient plus, l’incapacité du système à se réformer et un pouvoir impuissant qui refusait de voir la réalité. Comparons avec aujourd’hui…

Source : IHEDN

Lire la suite

Essais sur la Franc-maçonnerie(1820)

13 Septembre 2014 , Rédigé par Vuillaume Publié dans #histoire de la FM

Il nous a semblé convenable de faire précéder un ouvrage consacré à la Maçonnerie, de quelques vues sur cette institution aussi étonnante par son ancienneté que par les ténèbres dont se trouve enveloppée son origine. 

La Maçonnerie pourrait être comparée aux fameuses pyramides d'Egypte, d'où elle semble sortir. Ces constructions gigantesques, quoique dépouillées des marbres qui les rebâtissaient, quoique leurs issues soient fermées, et leurs souterrains silencieux, ces monument attestent encore, par leur grandeur et leur majesté, la puissance. de leurs fondateurs et leurs connaissances dans les arts et dans les sciences. Les pyramides semblent encore annoncer à l'esprit étonné, les mystères auxquels elles conduisaient ; de même la Maçonnerie, aujourd'hui décolorée, est encore une grande institution, dont l'histoire excite vivement la curiosité, et sur laquelle on ne sait quel jugement porter. 

Est-ce une institution moderne ? est-ce une suite des anciens mystères ? ou bien, est-ce l'un et l'autre ? Rien n'est écrit dans les archives de la société sur ce sujet; tout est de tradition; comment faire la part de ce qui est antique, et la séparer de ce qui est ou serait moderne ? 

Nous n'entreprendrons pas de faire cette séparation, nous le laissons à la sagacité du lecteur ; nous nous borneront à présenter là-dessus nos idées, sans prétendre ' imposer à personne notre sentiment pour règle. Petit-être ouvrirons-nous à d'autres une route nouvelle -à parcourir; nous nous estimerons heureux, si nous parvenons à faire jaillir quelques étincelles de lumière nouvelle. 

On a déjà beaucoup écrit sur la Maçonnerie, sans rien éclairer. Les écrivains non Maçons en ont parlé peut-être avec trop de mépris, et presque toujours dans l'ignorance de la chose. Les écrivains Maçons, les orateurs de loges en ont parlé avec enthousiasme, et souvent avec des préventions qui leur ont fait manquer ou dépasser le but. Ni les uns ni les autres ne nous ont appris ce que l'on désirait de savoir; ils n'ont pu pénétrer dans le secret de l'institution, ou ils ne l'ont pas voulu ; ils se sont tus sur son histoire ; tout paraît muet à cet égard. 

Ce n'est pas moins une chose bien extraordinaire, que l'on en soit encore à désirer des faits positifs sûr l'histoire d'une société si répandue dans tous les pays civilisés, surtout lorsque l'on apprend qu'elle a compté parmi ses membres les, hommes les plus éclairés de tous les teins, lorsque l'on y voit encore aujourd'hui des hommes justement estimés pour l'étendue de leurs connaissances et de leurs lumières.  

Comment des savants de toutes les nations ont ’ils pu participer aux mystères de la Franc-Maçonnerie sans paraître seulement  s'être informés de leur sources ?

Comment, s'ils l'ont fait, et s'ils ont été mis dans le secret, n'en ont-ils laissé aucune trace dans leurs ouvrages ? Ils affectent en général sur ce sujet le silence le plus profond. 

Serait-ce que, comme les initiés  aux mystères des anciens, la religion du serment les eût arrêtés au moment de parler ? Mais ce serment ne leur interdisait pas les recherches sur l'histoire de la Maçonnerie; ce n'est donc que le défaut de documents qui les a empêchés de s'en occuper. 

Et nous, privés de même des matériaux nécessaires, oserons-nous présenter au lecteur nos conjectures sur l'origine de cette noble institution ? 

Ce n'est certes pas sans une extrême défiance de nous même que nous allons essayer de soulever un coin du voile épais qui la couvre; mais nous avons pour excuse cette défiance elle-même, et la conscience de nous livrer avec un cœur simple à la recherche de la vérité. 

Quels que soient les doutes élevés par plusieurs écrivains sur l'ancienneté de la Franc- Maçonnerie, nous ne persistons pas moins à croire qu'elle a son berceau dans les mystères Egyptiens. Les trois grades connus sous le titre de Maçonnerie bleue justifient notre opinion ; mêmes épreuves, même enseignement, mêmes résultats, tout y est semblable, à la différence, cependant, des machines qu'avaient à leur disposition les prêtres initiants de l'antiquité, du temps qu'ils employaient à la préparation du Néophyte, et de celui qui lui était nécessaire pour l'étude des sciences, dont on se borne, dans l'initiation maçonnique, à donner la nomenclature. 

Nous pouvons juger de ce qu'étaient les obstacles à vaincre dans l'initiation par le beau tableau du VIéme livre de l'Enéïde, où Virgile conduit son héros dans les enfers, tableau qui a été regardé, même du temps d'Auguste, comme la. peinture des épreuves de l'initiation ancienne. On trouve dans L’Anne d’Or d'Apulée des détails très piquants sur la nature de ces épreuves..  

On trouve enfin dans les voyages de Sethos et dans ceux de Pythagore, ouvrages remplis d'érudition et de recherches curieuses sur les mœurs de l'antiquité, on y trouve, disons-nous, des récits qui paraissent fort exacts, des travaux auxquels on soumettait ceux qui prétendaient à l'initiation. ils étaient si grands, et, les épreuves si terribles, qu'il est dit qu'Orphée y succomba, et qu'il n'obtint sa grâce qu'en faveur des mélodieux accords de sa lyre. 

Que les Maçons qui veulent comparer et s'instruire, se donnent la peine de lire les ouvrages que nous venons d'indiquer ; ils reconnaîtront que les épreuves modernes sont une véritable représentation des anciennes auxquelles l'état actuel de nos connaissances, ni les rapports des individus avec la société, ne permettent plus d'assujettir les aspirants. 

Les prêtres initiant participaient, dans les temps dont nous parlons, au pouvoir du gouvernement; la société civile n'avait ni le droit ni la volonté de leur demander compte des individus qui étaient entrés dans l'intérieur de leurs temples, quelquefois pour n'en sortir jamais.  

Ces temples occupaient une vaste étendue de terrain, absolument fermée aux profanés ( On nommait temple, non seulement le lieu où l'on se réunissait pour les cérémonies du culte, mais encore toute l'enceinte des bâtiment occupés par les prêtres destinés à ce service. ) 

A 'aide de la physique, dans laquelle ils étaient instruits, ils pouvaient en imposer à l'imagination, déjà préparée par la terreur et par les dangers réels auxquels on avait exposé le Néophyte. 

Tout aujourd'hui s'oppose à l'emploi des mêmes moyens ; mais le souvenir en est fidèlement conservé. 

Comment donc les mystères sont-ils parvenus jusqu'à nous ? A quelle époque les initiés ont- ils pris le nom de Francs-Maçons ? C'est ce qui nous paraît difficile à déterminer; mais cette incertitude ne détruit pas ce que nous avons dit pour prouver que les mystères anciens et la Franc-maçonnerie sont une même chose; et telle est à cet égard notre persuasion, que nous ne pensons pas que l'on en puisse encore douter. 

Nous conviendrons avec tout le monde qu'après la Maçonnerie bleue, qui se compose des trois premiers grades ou degrés, le surplus est d'invention moderne, quoique ces additions mêmes nous paraissent appartenir à des temps déjà éloignés. Une grande partie des additions appartient à l'histoire des Templiers; une autre paraît avoir servi de lien aux philosophes hermétiques, lorsqu'ils s'occupaient de la recherche de la pierre philosophale, folie à laquelle nous devons la découverte de la chimie, l'une des sciences les plus belles et les plus utiles. Une autre partie enfin semblerait être due à un reste de judaïsme conservé par les initiés de l'Orient, et que nous regardons comme ceux par qui nous avons reçu les mystères actuels. 

On demandera peut-être comment la Maçonnerie bleue a emprunté le fond de son système dans la Bible, et employé le langage hébraïque pour ses mots mystérieux ? Nous croyons pouvoir donner de ce fait une assez bonne raison. 

On paraît s'accorder sur l'opinion que les mystères, ou plutôt la Maçonnerie, ont été introduits 'en Europe par les croisés, et ce serait peut-être à cette époque qu'ils auraient pris le nouveau nom. On ne serait pas surpris que ceux qui s'armaient dans la vue de reconquérir la Terre Sainte, d'y planter l'étendard de la foi catholique, ayant trouvé les mystères conservés dans cette partie de l'Asie par le peu de chrétiens qui y étaient encore, les aient adoptés comme un lien qui les unit plus étroitement à des hommes qui pouvaient et qui devaient leur être fort utiles; il ne serait pas étonnant, disons-nous, que les nouveaux initiés eussent adopté, avec la langue des premiers, le projet même de la reconstruction du temple de Jérusalem, reconstruction qui est toujours l'objet des vœux du peuple Juif, et que, par cette raison, ils se fussent désignés sous le titre de Maçons libres, par opposition au métier de maçons proprement dit, qui n'était exercé que par les esclaves ou par les serfs, et parce qu'en effet il fallait être de condition libre pour être admis â l'initiation. Bien ne nous parait plus naturel. 

Cela posé, il nous semble facile de concevoir comment la Maçonnerie a puisé dans la Bible les moyens et les titres de son organisation, ou plutôt de sa réorganisation. On sait que les premiers chrétiens étaient des Juifs réformés ; qu'avant que la religion nouvelle eût pris une forme extérieure, les réformés n'en suivaient pas moins la loi de Moïse. Les initiés, qui avaient fait la révolution, durent être bientôt dépassés par de nouveaux zélateurs : il y a apparence qu'ils n'adoptèrent pas toutes les innovations ; les schismes dont l'histoire de la religion chrétienne est remplie, en sont la preuve. Les initiés demeurèrent donc Chrétiens-Juifs, la Bible était toujours leur livre sacré, leur loi fondamentale ; et leurs formules restèrent hébraïques. 

Que les mystères aient subi quelques changements lorsque les Européens furent initiés en assez grand nombre pour former une société à part, cela est possible; mais ils n'auront pas voulu, sans doute, se séparer absolument des Hébreux qui leur avaient enseigné ces mystères, et ils auront pris dans l'histoire de ceux-ci, dans leurs livres canoniques, les mots et les emblèmes de la Maçonnerie ; c'était un moyen certain de continuer à s'entendre et de lier les mystères anciens aux nouveaux. Telle était la destinée de la religion judaïque, de produire toutes les institutions de la catholicité. 

Mais depuis longtemps, sans doute, les mystères égyptiens avaient dû être accommodés à la croyance et au culte des Hébreux; la Franc-maçonnerie, que nous ne faisons remonter qu'à l'époque des Croisades, pourrait bien dater de temps plus reculés ; et, dans ce cas, la question posée se trouverait toute résolue, puisque les Hébreux ne devaient pas chercher ailleurs que dans leurs livres les emblèmes avec lesquels ils voulaient familiariser les initiés. 

Ceux qui, depuis, ont ajouté aux degrés de l'initiation, n'auront eu qu'à suivre le premier thème; et il était tout simple qu'ils puisassent dans les mêmes sources. 

Les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus sous lé nom de Templiers, ou leurs successeurs Francs-Maçons, paraissent être, comme nous l'avons dit, les auteurs de la majeure partie de ces additions. Nous penserions qu'elles avaient été imaginées par les Templiers dans les teins de leur splendeur pour s'isoler de la foule des initiés, si nous ne remarquions pas que les nouveaux degrés d'initiation ont presque tous pour motif la situation de l'Ordre après sa chute.

Nous ne faisons pas de doute, comme on voit, que les Templiers étaient des initiés, même dès leur institution; nous pensons encore que c'est à eux que l'Europe doit la Maçonnerie, et que ce sont là les pratiques secrètes qui ont servi de prétexte à l'accusation d'irréligion et d'athéisme qui les a conduits à une fin si tragique. Tout confirme cette opinion. 

Les malheurs de ces chevaliers, les persécutions auxquelles ils succombèrent, les forcèrent à chercher un dernier refuge dans ces mêmes mystères, à l'établissement desquels ils avaient tant contribué ; ils y trouvèrent quelques consolations et des secours. Leur situation n'étant pas commune aux autres initiés, ils songèrent à se resserrer entre eux, sans cependant se séparer de la grande famille des Francs-Maçons ; ils formèrent les grades ou degrés que nous voyons ajoutés aux trois premiers, et ne les communiquèrent, sans doute, qu'à ceux des initiés sur l'attachement desquels ils croyaient pouvoir compter. 

Les Templiers ont disparu dans l'ordre civil .L'Ordre des Templiers s'est cependant conservé en France, et prouve une succession non interrompue de grands-maîtres depuis J. Molay, qui, avant de périr, désigna J. M. Larmenius pour son successeur. La Charte originale de transmission, et quelques insignes de l'ordre, sont conservés avec soin dans la maison conventuelle qui subsiste à Paris. On compte parmi les grands- maîtres depuis J. Molay plusieurs princes de la Maison de Bourbon.); mais ils ont laissé des successeurs dans la Franc-maçonnerie, et leurs institutions leur ont survécu. 

Telle nous paraît être l'histoire et la marche de la Franc-maçonnerie.

Mais, nous demande-t-on chaque jour, qu'est- ce que la Maçonnerie ? Quels sont donc ses mystères, dont on parle tant aux initiés, et qu'on ne leur révèle jamais ? 

Cette question, qui nous a été faite souvent, même par des Francs-Maçons, mérite considération, et nous allons y répondre. Nous ne pouvons cependant nous défendre de quelque surprise, toutes les fois qu'un initié nous interroge sur ce sujet, et nous jugeons qu'il ne s'est pas donné la peine de réfléchir, ou qu'il n'a été frappé que de la superficie des formes. 

Nous conviendrons, si on l'exige, que la Franc-maçonnerie, devenue aujourd'hui presque vulgaire n'est plus en effet ce qu'elle était dans ses commencement; mais nous ajouterons qu'il n'est pas nécessaire qu'il en soit autrement, et qu'au surplus, ce n'est pas la faute de l'institution, mais bien celle des hommes et des circonstances, qui ne sont plus et ne doivent plus être les mêmes. 

Nous avons vu que la Franc-maçonnerie et les mystères anciens ont un tel rapport entre eux, que l'on peut, sans trop bazarder, considérer l'une comme la succession des autres. Or qu'étaient-ce que les anciens mystères ? Qu'y enseignait-on aux initiés? Quelle révélation leur était faite ?

Si nous consultons lés ouvrages qui ont traité des mystères, nous apprenons que leur secret était la doctrine des sages, des philosophes de l'antiquité, qui, abandonnant au peuple ignorant et stupide l'idolâtrie qui leur paraissait si chère, se réunissaient pour n'adorer qu'un seul Dieu, créateur et conservateur de toutes choses, un Dieu vengeur et rémunérateur, le seul Dieu éternel digne des hommages des hommes. 

L'initiation était divisée en plusieurs degrés ou époques; l'initié n'était éclairé que successivement et avec précaution, pour ne point trop choquer les préjugés de sa première éducation; il fallait qu'il fût déjà sorti de l'âge des passions; on le persuadait en l'instruisant, et on n'avait garde de lui imposer la croyance par l'autorité. On le- formait dans les sciences humaines, alors renfermées dans le seul sanctuaire des temples, avant de lui montrer la vérité. C'était seulement après des études qui duraient au moins trois ans, et quelquefois davantage, que l'on conduisait le Néophyte dans l'intérieur, dans la partie la plus secrète du temple, où on lui dévoilait le vrai but de l'initiation. 

Les initiés regardaient donc avec mépris l'idolâtrie dont ils avaient appris à connaître l'absurdité ; et si, rendus à la société, ils respectaient les cultes établis, et s'y soumettaient, ce n'était que par déférence pour des opinions qu'il eût été dangereux de combattre ouvertement.

Aussi, à mesure que l'initiation s'est étendue, à mesure que la philosophie et les arts ont éclairé les peuples, le  culte des idoles, a perdu son crédit, et il a fini par être absolument oublié. 

Tel était le but secret des grands mystères, et il a été atteint, mais après des efforts, innombrables. 

De l'initiation sont sortis tous les philosophes qui ont illustré l'antiquité; à l'extension seule des mystères on a dû le changement qui s'est opéré dans la religion des peuples. Lorsque les mystères sont devenus vulgaires, cette grande révolution a été faite. 

Moise, élevé eu Egypte, dans la cour du Pharaon  et sans doute initié aux mystères égyptiens, est le premier, qui ait, établi le culte public du Dieu des initiés, du vrai Dieu. Son décalogue. n'est autre chose que la loi qui gouvernait les initiés, et sa physique est toute puisée dans les temples de Memphis. 

Mais la loi de Moïse n'était encore qu'un essai imparfait de l'application des principes de l'initiation; les temps n'étaient pas encore venus, où ces principes deviendraient la religion universelle, à cause de cela nommée catholique. Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ce qui s'est opposé à ce que la religion hébraïque ait fait des prosélytes, ni ce qui l'a empêchée de s'étendre hors de la maison d'Israël ; mais après l'accomplissement des temps, on voit sortir du sein de cette religion, et probablement du secret même de ses initiations, une religion nouvelle, plus pure que la première, qui n'appelle plus seulement une famille, une nation, mais tous4les peuples de la terre à la participation de ses mystères. 

L'initiation ancienne était donc la vraie religion, celle qui, depuis, a été nommée à juste titre catholique, parce qu'elle doit être celle de toutes les nations éclairées de l'univers, la religion qu'avait d'abord enseignée Moïse, celle qu'a prêchée Saint Jean, celle enfin de Jésus. Oui, la religion chrétienne est sortie des mystères de l'initiation, telle qu'elle était dans sa première simplicité ; et c'est cette sainte religion que l'on a conservée avec soin dans les temples de la Franc-maçonnerie. 

Nous pourrions, par des rapprochements sans nombre, faire voir que jusqu'aux formes du culte, que jusqu'à la hiérarchie ecclésiastique, tout, dans la religion chrétienne, est tiré des usages et des rituels des initiés, prédécesseurs des Francs-Maçons, si les bornes que nous nous sommes prescrites dans cet Essai nous le permettaient. L'Évangile cet œuvre de la morale la plus douce, la plus pure, ce livre vraiment divin, était le code des initiés, et l'est encore de la Maçonnerie. 

Si nous avons démontré que la Franc-maçonnerie est une succession des anciens mystères, (et nous croyons y être parvenus) si, disons-nous, les mystères étaient eux-mêmes la véritable religion de Jésus, il s'ensuit que la Maçonnerie est cette même religion qui, constamment, a combattu le matérialisme de l'idolâtrie, mais qui, avec la même constance, a refusé d'admettre les dogmes mystiques que la superstition, ou bien le zèle enthousiaste de quelques âmes ardentes ont trouvé le moyen d'enter sur l'arbre évangélique. 

On nous dira peut-être que, cela étant ainsi, les mystères ont dû être sans objet raisonnable, dès le moment de l'établissement et de la profession publique du culte et de la croyance des initiés ; que le secret de leurs assemblées devenait au moins inutile. 

Nous sentons toute la force de cette objection ; mais qui ne sait que la religion catholique a lutté pendant plus de trois siècles contre le paganisme, qui était le culte dominant, et contre les persécutions sans nombre que cette religion, son ennemie naturelle, a dû lui susciter ? qui ne sentira que le secret lui a été longtemps nécessaire avant d'obtenir seulement la tolérance, et enfin jusqu'au moment où Constantin la plaça sur le trône ? et encore, depuis le triomphe de la religion catholique, qui a été aussi l'époque des plus grands schismes et des disputes théologiques les plus sanglantes, les hommes sages et paisibles qui voulaient conserver pure la science divine, n'ont- ils pas dû se tenir éloignés des disputant, se renfermer de nouveau dans le secret des initiations, et par ce moyen en' transmettre l'esprit dans toute son intégrité ? Il nous semble que c'est ainsi que l'on peut rendre raison de la perpétuité des assemblées secrètes des initiés, et expliquer la transmission de leurs mystères jusqu'à nos jours ; de là les persécutions suscitées contre les Maçons par les ministres d'une religion qui aurait dû les regarder comme ses appuis les plus solides et ses plus fermes soutiens. 

Quoi qu'il en soit de la succession des mystères, il paraît évident, par les emblèmes qui décorent les Loges des Maçons de tous les rites, que, lors de leur introduction en Europe sous le nom de Franc-maçonnerie, on y a reconnu un but religieux.. Mais la Maçonnerie avait encore un autre but, c'était celui de l'hospitalité envers les soldats chrétiens, envers les veuves et les orphelins des guerriers morts pour la religion dans les champs de l'Asie; et l'on doit reconnaître dans cette dernière intention la cause du crédit qu'obtint dès l'origine cette institution.. toute philanthropique. 

L'Europe se lassa enfin d'envoyer périr la fleur de ses citoyens dans un pays si funeste à ses armées; les calamités qui avaient accompagné une guerre éloignée et désastreuse cessèrent; mais l'amour, duprochain ne cessa point d'animer les initiés. Francs-Maçons ; les liens qui les unissaient ne furent point brisés pour cela, et les malheurs ordinaires de la vie ne manquèrent pas d'offrir à leurs vertus bien des moyens de s'exercer. 

Une occasion terrible s'en présenta bientôt. Les chevaliers du temple, qu'ils regardaient, avec raison, comme leurs instituteurs, périrent par une catastrophe épouvantable ; ceux qui échappèrent aux échafauds se réfugièrent parmi les Francs-Maçons, qui les accueillirent comme des fils accueillent leur père, les soutinrent et les protégèrent de tout leur pouvoir.

Peu curieux de disputes théologiques, les Francs-Maçons se firent une loi de ne s'occuper jamais d'opinions religieuses; ils oublièrent en quelque sorte que leur institution était le dépôt de la vraie religion catholique ; ils se bornèrent à prêcher dans l'intérieur de leurs temples, la morale de l'Évangile, à recommander la soumission aux lois civiles, à exalter toutes les Vertus sociales et particulièrement l'hospitalité et la bienfaisance. 

Il ne s'ensuit pas de là, sans doute, que tous les Maçons individuellement soient vertueux; mais la société maçonnique l'est par essence ; elle ne pourrait subsister sans cela. Combien d'actes particuliers de générosité ne pourrions- nous pas citer pour prouver que la Maçonnerie est un véritable bienfait pour la société ! Combien d'établissements de bienfaisance fondés et entretenus par dés loges, ne pourrions-nous pas désigner à la 'reconnaissance publique! Mais ce serait affliger lés Maçons que de lés nommer; la première de leurs maximes est de cacher soigneusement la Main qui donne.

Nous avons vu que la Franc Maçonnerie est une institution religieuse et philanthropique.

Sous le premier aspect, la sagesse de ses principes, la pureté et la douceur de sa morale, si conforme à celle de l'évangile, doivent nécessairement en faire l'objet d'un profond respect.

Sous le second rapport, qui la rend si recommandable, c'est une institution que l'on ne peut trop encourager.

C'est, n'en doutons pas, par un trait de la plus haute sagesse de la part des Francs-Maçons, que le côté religieux est abandonné à la sagacité des initiés, et que l'on néglige de leur révéler les mystères que cachent aux yeux superficiels les signes emblématiques de la Maçonnerie; tandis que tous les discours, tous les exemples sont dirigés de manière à recommander l'amour de ses semblables comme la vertu distinctive des vrais Maçons. 

Tel est le véritable but de cette institution si injustement méprisée par ceux qui ne la connaissent pas. Les initiés savent que nous n'avons rien dit que de vrai; si notre bonne foi ne peut persuader les non-initiés, nous espérons au moins de leur esprit de justice qu’ils ne condamneront pas à l'avenir nos frères sans les entendre, et qu'ils avoueront que si nous avons représenté la Maçonnerie telle qu'elle est en effet, elle est digne de l'estime des honnêtes gens.

 

 Source : tuileur de Vuillaume

Lire la suite

Dissertation sur les Grades (1836)

10 Septembre 2014 , Rédigé par Delaunay Publié dans #histoire de la FM

La Franche-Maçonnerie fut, dès son origine, une institution de haute portée. Elle renfermait une de ces idées-mères- frappent les esprits, les éclairent et, les gouvernent.

Plus la Franche-Maçonnerie fut connue, plus on comprit ce qu'elle avait de grand, de noble et de beau dans ses, principes ; de profond dans ses mystères, d'ingénieux dans ses formes.

Elle est restée pour, les adeptes ce qu'elle parut à ceux qui, les premiers, mirent en pratique ces principes), ces mystères, ces formes : tout, en elle, est encore respecté et conservé malgré un siècle et plus d’existence, malgré les révolutions qui se sont faites dans les choses et dans les esprits depuis 40 années.

C'est que pour les bons. Esprits, on ne refait pas des doctrines parfaites c'est que par eux et pour eux, les vieux et saints monuments sont toujours des objets sacrés.

Et qu'on ne conteste pas cette vérité dont la fable nous offre un exemple. Minerve sortit tout armée du cerveau de Jupiter. Aucune divinité de l'Olympe n'imagina de refaire l’œuvre du maître des dieux, et nul mortel, dans sa sagesse ou dans sa folie, ne rêva qu'il pouvait rivaliser avec Jupiter. Minerve est donc acquise aux siècles païens, et Minerve est toujours pour l'imagination et la poésie l'image de la Sagesse.

La Franche-Maçonnerie est l'allégorie de la sagesse divine et humaine, inspirée à l'homme par Dieu lui-même, ou créée par l'homme en puisant dans les perfections qui font l'attribut de la divinité et en réunissant à elles toutes les vertus qui peuvent appartenir à l'humanité elle-même.

Cette célèbre institution de la Franche-Maçonnerie n'a pas paru toutefois à des imaginations sombres, singulières, folles ou gracieuses, une création en harmonie avec leurs intérêts ou leurs dispositions diverses.

Ne pouvant rien inventer de mieux, de plus remarquable, de plus fait pour inspirer la confiance, pour frapper l'imagination, ils ont conservé la Franche-Maçonnerie, mais en la dénaturant pour l'approprier au but qu'ils se proposaient.

C'est ainsi que l'Illuminisme, le Carbonarisme, la Fenderie, la Tabacologie et la Maçonnerie des dames sont, pour les Francs-Maçons, la Franche-Maçonnerie altérée ou parodiée, et, pour les illuminés, les : Charbonniers les Fendeurs, les Priseurs et les partisans des Loges d'adoption, selon leurs vues, les terne et les circonstances, des modelions mystérieuses, la Franche-Maçonnerie perfectionnée, même la vraie Franche-Maçonnerie.

Nos lecteurs comprendront bien toute la différence qui existe entre la Franche-Maçonnerie et ces associations toutes diverses, toutes particulières ; ils comprendront mieux encore quand ils auront, avec nous, porté un regard sur la Franche-Maçonnerie et sur ces associations.

La Franche Maçonnerie tend à l'amélioration des hommes, des institutions et des mœurs; elle parle à l'esprit, au cœur, à tous les sentiments nobles et généreux; elle se propose la fraternité universelle ; elle recommande, comme première vertu, la philanthropie; en elle, tout est lumière et humanité. Désintéressée dé toute opinion politique et religieuse, elle prêche la paix et la tolérance. Elle calme les passions, éclaire les esprits et rapproche les cœurs. Elle veut tout mêler pour tout épurer. Dans ce creuset moral, l'alliage c'est-à-dire les passions violentes, les vices, sont rejetés sans retour, car à ses yeux aucune passion violente, aucun vice ne peut s'allier avec ses principes.

Voilà Franche-Maçonnerie !

Voyons les autres associations.

L’illuminisme, secte d’extravagants ou de chevaliers d'industrie, et, comme conséquence inévitable, d'esprits, faibles et de dupes, n'est pas de notre époque. Le charlatanisme et la déception ne prennent plus de voiles aussi mystérieux, ne s'entourent pas des mêmes prestiges, ne cherchent pas de routes aussi longues et aussi difficile a à parcourir ; ils ne font plus tant de façons, disons-le familièrement, pour s'emparer de l'esprit et de la fortune de ceux qui semblent nés pour être trompés. L’illuminisme n'a guère été connu en France qu'à l'époque où Cagliostro y vivait, il y a plus d'un demi-siècle. Ce charlatan Illuminé ne tira parti de ses connaissances dans cette secte que dans l’intérêt de sa fortune. On doute même que l'Illuminisme existe encore en Allemagne, cette terre classique du néologisme et de toutes les spéculations intellectuelles, moins, en général, la friponnerie..

Le Carbonarisme, secte politique, a particulièrement existé en Italie sous la domination française de la République et de l'Empire; il était hostile aux vainqueurs, alors c'était l'esprit national, et les vainqueurs seuls pouvaient s'en plaindre, et s'efforcer de le réprimer. La chute de l'Empire Français  ne l'a point éteint ; l'ancien gouvernement rétabli dans les différents états, d'Italie, l'a persécuté. Il ne l'a pas détruit non plus ; il l'a seulement forcé de se cacher davantage. En France, depuis 1814 jusqu'en 1830, le Carbonarisme n'a point été conspirateur en action, mais en théories politiques. Il était dangereux pour les hommes à systèmes rétrogradables que par les idées. La révolution de juillet 1830 a frappé de mort dans nos contrées. Le procès récemment jugé à Toulouse a prouvé- qu'en voulant le faire revivre, on n'avait réussi qu'à le rendre misérable et ridicule.

Dieu nous garde de ses efforts de pygmées qui se croient des géants, qui voudraient &ire du mal et ne font que des sottises ; qui se tourmentent, heureusement, sans tourmenter les autres.

La Fenderie, espèce de Carbonarisme par les lieux et un peu par les termes, bien antérieure au Carbonarisme, et qui n'existe plus depuis trente ans, avait un objet louable, aider les voyageurs qui, dans les forêts et sur les routes, pouvaient courir- des dangers. An moyen de paroles et de signes ils appelaient à leur secours les Fendeur ou Bons, Cousine, et s'il s'en trouvait à leur portée, ils en recevaient défense et secours. En ville comme dans les bois, les Bons Cousins se prêtaient assistance, se secouraient mutuellement. Rien n'était plus original, plus gai, plus fou que leu réceptions dans la Fenderie. C'était une parodie des plus plaisantes de la Franche-Maçonnerie. Mais si la Fenderie amusait, elle était utile. Les Francs-Maçons ne dédaignaient pas de se faire admettre dans ses Chantiers. Ils étaient de droit Bons Cousins ; il leur suffisait de prêter serment de fidélité à l'association et d'en remplir loyalement tous les devoirs. Ce serment, ils le prêtaient volontiers et le tenaient comme l'un principe maçonnique.

La Tabacologie ou société des Priseurs avait au lieu de Loges et de Chantiers, des Manufactures. L'une d'elles était établie, il y a 20 ans dans l'emplacement de l'ex-théâtre Molière, rue Saint-Martin, disposé, décoré et avec tout ce qui était nécessaire aux réceptions et aux pratiques de la société. La culture, la manipulation et l'usage du tabac dans toutes les manières de l'employer et de le consommer, formaient l'étude de la société Tabacologique, qui avait aussi ses mots, ses signes de reconnaissance. A ces choses matérielles se rattachaient des idées morales et une assistance mutuelle. C'était une société de personnes honorables, presque toutes appartenant aux sociétés maçonniques. Si elle existe encore elle est concentrée dans un cercle d'amis. Elle peut offrir du charme, du bonheur, mais non ce qui soutient les sociétés et les hommes, la magie de l'éclat et de la célébrité.

La Maçonnerie des Dames n'a pu être créée que par des Francs-Maçons, non parce que la Franche- Maçonnerie ne leur suffisait pas, mais parce qu'il était contre leur esprit, leur caractère, leurs habitudes d'avoir exclusivement des assemblées, comme Francs-Maçons, où les dames n'assistaient pas. Il y avait bien aussi un autre motif, celui d'une sage prudence. Les femmes des Francs-Maçons voyaient les longues et fréquentes absences de leurs époux avec peine, avec mécontentement. Peine et mécontentement ne se concentraient pas dans l'âme de ces dames. Ces deux sentiments fâcheux s'exhalaient en plaintes, en observations plus on moins vives et piquantes; menaces graves s'y joignaient parfois. Les attaqués n'étaient pas indifférents aux dangers qu'un mouvement de dépit, un mot un peu équivoque faisaient entrevoir. Il est sage aux hommes de ne pas donner lieu au courroux des dames; il est très judicieux de ne pas négliger les bons avis qu'elles donnent parfois et il y avait dans tout cela un point si délicat, que les hommes aussi excellents Maçons qu'excellents maris; révèrent. Un rêve heureux, salutaire, consolateur se réalisa dans la Maçonnerie des Dames. La Franche-Maçonnerie fut créée par des sages. Des FF.·. ingénieux et spirituels se dirent : Que la Maçonnerie des Dames se fasse, et la Maçonnerie des Dame fut faite. Il y a eu plus que de l'inspiration il y a eu du génie dans cette création qui rapproche les deux Maçonneries sans les confondre. Le Paradis terrestre, le fruit défendu, un serpent tentateur, un sexe charmant tenté, du bonheur, du plaisir dit la morale, des réunions belles et nombreuses des mystères, des épreuves de jolies récipiendaires, des femmes qui gouvernent, des cavaliers qui ne sont jamais qu'en seconde ligne, un banquet brillant, un bal enchanteur, voilà ce qu'on offrit aux dames, voilà ce qui leur plut, et ce qui leur plaira toujours à tous lés âges, car tous les âgés y sont admis et tous y sont convenablement placés. La Maçonnerie des Dames, est à elles, elles en sont les inspiratrices, les directrices, les souveraines. Tous les hommes leur sont soumis, jusqu'au maris quand même.  Nous nous sommes un peu laissé entrainer dans cet examen des institutions ou associations qui n'auraient existé si la Franche-Maçonnerie n'eut pas été inventée.

Laissons de côté l'origine de la Franche-Maçonnerie ; qu'elle soit antédiluvienne, qu'elle soit une dérivation des mystères chez les anciens, qu'elle ait pour type l'exécution morale de la construction matérielle du temple de Salomon, ou qu'elle nous vienne des Anglais qui auraient spiritualisé l'une des corporation d'artisans ( les maçons au propre ) si ancienne et si célèbre et si nationale chez eux, il est historique que la franche-Maçonnerie fut introduite en France en 1727 par des Anglais qui, les premiers y tinrent des Loges et admirent à l'initiation quelques uns de leurs compatriotes et des Français.  Pendant plusieurs années les Loges en Français furent Anglo-Françaises ; longtemps ces Loges relevèrent de la grande Loge d'Angleterre ; mais enfin une grande Loge Française s'établit ; la grande Loge d'Angleterre la reconnut et cessa toute action patronale sur les Loges de France. Les Anglais instituèrent la Maçonnerie sans distinction de rite, c'est à dire qu'il n'y avait qu'une Maçonnerie qu'on qualifiait à Londres ou à Paris ni d'Anglaise ni de Française et encore moins d'Ecossaise. Cette Maçonnerie se bornait à trois grades, à Londres comme à Paris ; on ne distinguait pas même ces trois grades par la qualification de grades symboliques. Ce ne fut que lorsque le docteur Ramsay,  Ecossais, et ses partisans eurent  crées et répandu leurs grades dits supérieurs que l'on classa la seule Maçonnerie qui existait alors, en Maçonnerie symbolique pour désigner la Maçonnerie des trois premiers grades, et qu'on qualifia de grades capitulaires  les grades des nouveaux qu'on tenait en chapitres, et des grades supérieurs , nommés depuis grades philosophiques, les grades que l'on communiquait dans les conseils consistoires. Alors l'ancienne, Maçonnerie introduite par les Anglais, celle des trois premiers grades, reçut la dénomination de rite Français, grades symboliques ; on comprit également sous le titre de rite Français les quatre ordres ou grades capitulaires  que les Français créèrent en opposition aux 25 ou 33 degrés du rite Ecossais dus à l’imagination de Ramsay. Les trois premiers grades du rite Français et les trois premiers du rite Ecossais, se traitent avec une parfaite égalité ; c'est à dire que les Maçons de l'un de ces rites sont admis dans l'autre. Mais le rite Écossais ne fait pas la même concession au rite Français dans les grades plus élevés. Tout le rite Français, ses grades symboliques et ses grades capitulaires ne sont admis dans le rite Ecossais que jusques et compris le 18° degré. Les Ecossais gardèrent d'abord pour eux 7 grades de plus, et en ajoutèrent 8 pour faire le compte de 33, où ils se fixèrent irrévocablement. A l'origine de toutes ces choses, la grande Loge de France à laquelle le G.·.O.·. succéda, résista longtemps au torrent de tant de grades; mais elle fut emportée; c'est-à-dire que ses principaux membres suivirent les nouvelles bannières. Il y eut schisme, il y eut lutte ; en 1814 le G.·.O.·. fit avec l'association Écossaise un concordat où tous les discords fixent pacifiés. Le concordat fut bientôt déchiré, chaque partie accusant l'autre de n'y être pas fidèle. Mais en 1814 le Grand Orient, prenant enfin en sérieuse considération sa position de chef d'Ordre de la Maçonnerie en France, d'administrateur, de législateur, de directeur, de responsable, et comme tel, ayant le consentement de tous les Ateliers de son obédience, pratiqua le rite Ecossais et en conféra tous les degrés, malgré l'opposition des chefs de ce rite, qui, du reste, n'avaient jamais bien justifié de leur, droit à une possession exclusive. Le Succès légitima la détermination. Un autre incident survint. En 1817 un nouveau rite, le rite de Misraïm ou d'Egypte chercha à s'implanter à la souche des rites Français et Ecossais. Ce n'était ni 7 grades ni 33 degrés qu'il apportait ; c'était une masse de 90. Quatre-vingt dix degrés ! Quand les Écossais eux-mêmes, dans leurs trente-trois, en confèrent à peine sept ou huit, et que dans le rite Français sur sept grades on peut en donner trois par communication, il y avait là une étrangeté qui frappa tous les esprits. La Maçonnerie fut en émoi ; le G.·.O.·. douta de la réalité du fait dont on parlait dans la plupart des Loges. Ce doute cessa bientôt. Les importateurs du rite de Misraïm vinrent lui demander droit de cité. La demande et les titres, ou prétendus tels du nouveau rite furent examinés avec un soin particulier par la grande Loge de conseil et d'appel formée en grand directoire des rites. Le travail de cet Atelier supérieur fut mis sous les yeux des deux Grands-Maîtres adjoints de l'Ordre, les maréchaux Beurnonville et Macdonald, et fut approuvé par eux ; mais il fallait pour lui donner toute son action, la discussion dans le Grand Orient et la sanction de ce corps suprême. Le maréchal Beurnonville, qui portait à la Maçonnerie un intérêt de trente années, qui s'était rendu garant près du roi Louis XVIII de l'esprit invariable de l'institution fraternelle i de la conduite toujours loyale des Maçons, de la sagesse du Grand Orient, présida en Personne; et comme il le faisait dans toutes Les assemblées générales, la célèbre séance où la discussion. est lieu et ou le sort du rite de Misraïm fut décidé. Cet acte est trop important pour n'être pas rappelé ici comme document historique. Nous le transcrivons d'après une des circulaires imprimées qui furent adressées par le Grand Orient à chaque atelier de sa correspondance. Voici cet arrêté :

Le Grand Orient de France,

Sur les conclusions du F.·.G.·.Orat.·. conformément à l'avis de la Gr.·. L.·. de conseil et d'appel, et au rapport de la commission nommée dans sa séance du 14éme jour du 114 mois de l'an de la V. L... 5816, conformément à l'art, 3 de la section 3 du chap. 11 des statuts généraux de l'Ordre Maçonnique en France, page 190, pour examiner les titres du rit dit de Misraïm, et les instructions relatives au but et à la moralité de ce rite, dont l'admission est demande an G.·.0.·..

Attendu que les impétrants n'ont point fourni les titres et les instructions exigées par l'article précité des statuts-généraux ;

Attendu qu'il résulte de ce défaut de production, que l'origine et l'authenticité de ce rite ne sont point prouvées;

Attendu subsidiairement que les communications partielles faites à la commission ont prouvé que les 90 degrés dont le rite impétrant est supposé se composer, 68 au moins appartiennent au rite déjà connu et pratiqué par le G.·.0.·. et ne peuvent faire partie d'un rite Egyptien, que l'addition de ces degrés faite arbitrairement et sans droit, par les inventeurs du rite de Misraïm, contredit l'antiquité qu'ils lui attribuent, et pressent de se mettre en garde contre le surplus des degrés, désignés en termes hébraïques ou par une simple numérotation, puisque sous ce voile peuvent encore être cachés d'autres degrés également empruntés aux rites déjà connus.

Attendu que l'assertion de l'introduction de ce rite déjà connu en Italie sous le pontificat de Léon X dans le 16éme siècle, par Jamblique, philosophe Platonicien, qui vivait dans le 4e siècle, 1100 ans avant Léon X étant détruit par le seul rapprochement des dates, il n'est plus permis d'ajouter foi à la pratique actuelle de ce rite à Alexandrie et au Grand Caire, ou l'existence publique et avouée d'une semblable institution ne saurait être ignorée du G.·.O.·. si elle était réelle.

Attendu que les fictions dont il a plu aux inventeurs de ce rite de s'environner, loin de lui donner plus de prix aux yeux des hommes censés, leur inspirent la loi du doute le plus étendu.

Qu'ainsi, s'est en vain que les sectateurs annoncent que le but moral de leur rite est la bienfaisance, la philanthropie et le développement des loi de la nature, par ses grands agents comme par ses puissances secondaires; que sa discipline reconnait pour principes généraux ceux qui régissent tous les rites, le silence gardé sur le dogme, base essentielle de tout rite vis-à-vis le F.·.G.·., dont on ne peut pas plus révoquer en doute la bonne foi que la puissance, est la plus forte présomption de la non conformité de ce dogme avec ceux que la raison avoue ou du manque de mission des impétrants ;

Attendu enfin que dans cet état des choses, le G.·.O.·. ne doit point laisser plus longtemps les Maçons en erreur sur la confiance à donner au rit de Misraïm ;

Arrête à l'unanimité : .

ART. I. Le rite dit de Misraïm ; pour la présentation duquel il n'a pas été satisfait à ce que prescrivent, les statuts généraux de l'Ordre Maçonnique en France, page 190, n'est point admis.

ART . 2. Il est interdit à tout Maçon, tout At.·. sous quelque dénomination qu'il puisse être dans l'étendue de l'obédience du G.·.O.·. de pratiquer ce rite à peine d'irrégularité.

ART. 3. Tout At.·., tout Maçon, soit à Paris, soit dans les départements qui feraient partie des adhérents de ce rite, sont tenus; sous la même peine d'irrégularité, d'en cesser les pratiques le jour même de la réception du présent  arrête, qui sera transcrit textuellement sur les livres d'or ou d'architecture des At.·., et d'y renoncer formellement et explicitement, par une déclaration signée manu proprid et envoyée au G.·.O.·.dans les 38 jours de la notification, ainsi que la copie du procès-verbal de réception.

ART.4 Les arrêtés du G.·.O.·. étant obligatoire pour ses membres, du jour même de leur date, ceux d'entre eux qui, présents à l'O.·. de Paris, appartiendraient aujourd'hui à ce rite, et qui dans les 21 jours n'auront point adressé leur déclaration seront réputés démissionnaires, sans préjudice de l’application qui leur sera faite de la peine portée en l'art. 2.

ART. 5. Les membres du G.·.O.·. absent de l'O.·. de Paris, jouiront du bénéfice du délai de 33 jours accordé audit art. 3.

ART. 6. Lors même que le rite dit de Misraïm viendrait à être présenté de nouveau au G.·.O.·., la prohibition actuelle de son exercice continuera d'avoir son effet, sous les mêmes peines indiquées aux articles précéderas, jusqu'à la promulgation de l'arrêté qu'il plaira au G.·.O.·. de prendre sur cette nouvelle requête.

ART. 7. Le présent arrêté sera imprimé et adressé à tous lis Off.·. et membres du G.·.O.·., à tous les At.·. de sa correspondance et au Gr.·. Consistoire des rites. 

Signé à la minute, le maréchal de Beurnonville, 1er Gr.·.Maît.·. adjoint; le maréchal duc de Tarente, 2e Gr.·.M.·. adjoint ; Roetiers de Montaleau, représentant particulier du G.·.M.·. de Poissy, Rampon, G.·. de Beaumont-Bouillon, et par tous les Officiers en exercice Officiers honoraires, Députés nés et élus et visiteurs présents. 

Un rite, quelque singulier, bizarre ou extravagant qu'il soit, ne meurt pas de suite pour être repoussé ou proscrit, il végète; pour qu'il s'anéantisse tout-à-fait, il finit encore du temps. C'est ce qui arriva au rite de Misraïm. Ne pouvant se maintenir à Paris, il se réfugia en province ; mais il ne fut admis dans aucune loge dépendant du Grand-Orient. Il ne fut pratiqué que par quelques soi-disant Maçons, gens habiles à profiter dans un intérêt de vanité puérile ou dans, un intérêt privé qu'il ne nous appartient pas de caractériser, de tout ce qui parle à la curiosité, à l’ignorance et à la bonne foi. Une question souvent mise en discussion par les Maçons les plus instruits, est celle de savoir, non s'il faut augmenter le nombre des grades comme le prétendent les importateurs du rite de Misraïm, et comme pourraient le désirer certains esprits à inventions eu à prédilection pour les grades en plus grand nombre possible, mais s'il faut conserver les 33 degrés en les sollicitant et en les conférant. Les partisans de la réduction des grades, ceux qui prétendent que toute la Maçonnerie est renfermée dans les trois premiers grades ou degrés, disent : A quoi bon ne pas se contenter de ces 3 grades qui sont simples, faciles à comprendre, remarquables par leur unité, et qui offrent le système Maçonnique le plus satisfaisant ? Pourquoi des grades supérieurs qui n'ajoutent rien à la morale, qui n'ont qu'un éclat de titre et de cordons et qui embarrassent l'esprit et la mémoire par une foule de mots, de signes, de marches et d'accessoires, que dix personnes ne retiendraient pas sur cent ? Quelle utilité y a-t-il réellement à avoir 83 degrés quand sept ou huit seulement sont conférés ? Ces observations sont toutes sur la partie matérielle des grades. Les observations sous d'autres rapports peuvent être faites par les Frères qui, par la connaissance des hauts deg.·., l'instruction et l'expérience, sont capables de juger sainement et de donner leur opinion comme une autorité que tôt ou tard chacun reconnaîtrait sans doute. Les autres Maçons qui ne veulent pas non plus de l'augmentation des grades, tiennent à la pratique et à la conservation dès 33 degrés. Ils disent que le nombre et la diversité des grades supposent et renferment réellement la science Maçonnique qui ne s'acquiert que par la connaissance et la méditation de l'histoire des anciens peuples, et des rapporta de cette histoire avec les faits qui forment la base de tous les degrés et particulièrement des degrés supérieurs ; que l'étude de ces degrés familiarise les Maçons avec la science des anciens gouvernements, avec la connaissance des lois, des mœurs des usages des peuples d'alors : étude qui devient importante et agréable, et qui est nécessaire à tous les hommes, surtout aux Maçons, qui, en général appartenant aux classes bourgeoises et populaires, n'ont pas fait ou entièrement fait leurs études classiques. Ils ajoutent qu'en toutes les choses de ce monde il faut une hiérarchie, parce qu'il y a une hiérarchie dans les classes de la société, dans le talent et le mérite des hommes; que la hiérarchie dans la Maçonnerie est nécessaire, inévitable ; que les Maçons élevés aux plus hauts grades ne se croient pas pour cela des princes et n'ont pas d'aristocratie parce qu'ils sont Chev.·. Kad.·., P.·.D.·.. Roy..·. Sec.·. ou G.·.J.·.G.·.. L'aristocratie des grades, si dans les grades il y a une aristocratie, ne donne pas cette aristocratie à ceux qui en sont revêtus. Ils disent encore que l'apprenti sent bien par ce qu'on lui enseigne, qu'il y a une instruction au dessus de son grade ; il désire le Compagnonnage et la Maîtrise.. Le Maître, comme l'Apprenti et le Compagnon, conçoit qu'après son grade il y en a de plus élevés, partant, plus d'instruction et de connaissances. Comme l'Apprenti qui veut devenir Maître, lui Maître, veut devenir Rose-Croix; lui, Rose-Croix, veut devenir Kad.·. et successivement atteindre au 33e degré. Ce désir d'obtenir lei grades les plus élevés entretient parmi les Maçons, l'émulation qui n'existerait pas s'il n'y avait que 3 grades. La Maçonnerie sans l'émulation, s'éteindrait rapidement. Les loges sans cette stimulation des cordons et des titres Maçonniques, perdraient de leur éclat, de leur variété, de leur magisme. L'imagination, qui a une grande action dans la Maçonnerie, n'aurait plus d'aliment, d'excitation; la Maçonnerie deviendrait un simple cours de morale; les loges, des salles de conférences ou des prêches; et comme la Maçonnerie n'est pas une religion, à laquelle on façonne l'individu dès son enfance comme on façonne le Catholique-né, le Protestant-né, l'Israélite-né, le Mahométan-né, etc., on délaisserait ces cours de morale, ces prêches Maçonniques comme on délaisse les temples religieux où l'on ne revient, du moins en général, que lorsque les intérêts mondains, la vieillesse ou les infirmités y ramènent les hommes politiques, les infirmes, les vieillards ou les consciences chargées qui croient servir leurs vues ici-bas ou s'assurer le repos dans un monde à venir : espérance et consolation de leurs fautes, de leurs douleurs et de leur âge avancé. Quant à cette magie des grades supérieurs et avec eux les titres et cordons, elle est et sera en Maçonnerie comme elle est dans le monde profane. Les hommes sont toujours superbes et vains; il leur faut des temples religieux, des palais de rois, des salons de grands seigneurs, des cercles distingués, des théâtres... Les Maçons, pour rechercher et pratiquer les vertus maçonniques, ne cessent pas pour cela d’être des hommes. Errare humanum est. Passez un peu de vanité aux Maçons qui aiment à pratiquer les vertus maçonniques. Le bien l'emporte sur le mal. Le bien est grand : le mal est peu de chose. Les partisans des grades Maçonniques supérieurs seront toujours les plus nombreux, les plus forts. Les grades Supérieurs seront donc toujours un point de mire, un but que l'on voudra atteindre. Le Tuileur-Expert, donne quelques idées pour arriver à conférer les trente-trois degrés dans chacun de ces degrés. Ces idées, sommairement exprimées, appellent la Méditation des Frères instruits et zélés. Nous en exprimerons une que nous recommandons à ces mêmes Maçons, et aux grands Corps maçonniques, L'Ecossisme est répandu non seulement en France, mais encore dans la Grande Bretagne, dans les Etats-Unis, etc., etc. Tous les degrés n'y sont pas vus de la même manière il y a des modifications, des différences, des grades qui ne correspondent pas entre eux: Les Grands Orients ou Grandes Loges qui ont dans leur sein, ou près desquels sont établis des suprêmes Conseils de Grands Inspecteurs généraux ou puissances maçonniques équivalentes ne pourraient ils pas par le concours de leurs chefs ou par les Maçons les plus instruits, examiner, retoucher, remanier leurs lois de leurs, mœurs et de leurs usages, les hauts grades depuis le 4° jusqu'au 33e et dernier ? Puis, toutes ces puissances maçonniques formant un grand Conseil Européen, ne pourraient-elles pas se communiquer réciproquement les cahiers de leurs grades, et se soumettre, dans un intérêt d'unité pour toute la Maçonnerie, leurs travaux respectifs ? Ces travaux fondus ensemble, coordonnés, amèneraient un système uniforme pour les 33 degrés. De cette manière le 33éme reçu à Paris, et tout grade au-dessous, serait le même ou l'égal du 33° etc. reçu à Dublin, à New-York, à Charlestown, au Brésil, etc., etc. Et dans le cas où la fusion que nous proposons ne pourrait avoir lieu dans le grand Conseil Européen des puissances maçonniques, par des considérations qu'il est inutile de développer ici, chacune de ces puissances conservant les 33 degrés si elle le juge convenable, ne pourrait-elle pas solennellement arrêter et déclarer à toutes les autres puissances maçonniques, que tout F.·. revêtu des grades supérieurs, du 4° au 33° (les trois 1er sont les mêmes partout) qui justifiera d'une patente régulière et de l'instruction suffisante, sera admis dans les Ateliers supérieurs du R.·.C.·. ou 18° deg.·., de Kad.·. 30e, de P.·. de Roy.·. Sec.·.32°, de J.·. G.·.33éme, comme s'il eût reçu ces grades, ainsi que nous venons de le dire, dans l'O.·. de la puissance maçonnique où il se présente ? On concevra tout de suite la haute importance de cette mesure uniforme pour le système général des 33 degrés, le bienfait pour la Maçonnerie entière, et l'avantage particulier pour les Maçons voyageurs.

Puissent ces observations être lues par les FF.·. qui sont en position de les bien sentir et de leur faire recevoir une exécution qui assurerait à jamais l'existence de I' Ecossisme, et préserverait l'univers maçonnique des innovations qui ne peuvent que lui être funestes. Nous avons cette confiance, nous avons aussi l'espérance que tôt ou tard notre voix sera entendue.

Source : Tuileur de Delaunay (1836)

Lire la suite

Etonnant : Putin au Signe de Foi

9 Septembre 2014 , Rédigé par T.D Publié dans #Facebook

Pour ceux qui voudraient savoir quel est le rapport ave la Franc-maçonnerie, le Signe de Foi est un signe très utilisé au Rite York. Je ne tire bien évidemment aucune conclusion de cette photo. Les puristes me diront que son Signe de Foi n'est pas parfait mais cela y ressemble et c'est très étonnant.10671358_10153638220598539_705246520919931951_n-copie-2.jpg

 

Lire la suite

Recherches sur les nombres particulièrement ceux 3, 5, 7, usités en Maçonnerie.

9 Septembre 2014 , Rédigé par Delaunay Publié dans #symbolisme

Préliminaires 

L'Initiation chez les anciens, à cette époque où les peuples étaient non seulement dans l'enfance des sciences et des arts, mais encore dans l'ignorance d'une morale raisonnée, l’initiation s'enrichissait de toutes les découvertes que l'étude, la méditation, le génie ou l'esprit des prêtres et des initiés, les seuls hommes instruits, leur permettait de révéler dans l'intérêt commun.

L'initiation en passant d'une nation dans une autre, s'enrichissait encore des fruits que donnait cette migration. Aux choses que les doctes recueillaient de leurs prédécesseurs, les nouveaux prêtres et les initiés ajoutaient les produits de leur propre conception.

Si toutes les richesses scientifiques et morales qu'avaient révélées les différentes initiations qui précédèrent l’établissement de la Franche-Maçonnerie eussent été réunies avec soin et transmises aux fondateurs de notre illustre association, nul doute qu'il ne restât aucune découverte à faire dans les sciences et dans les arts, aucune lumière de l'esprit à acquérir, aucun sentiment d'affection à rappeler. Jusqu'à Numa, l'histoire des peuples, leurs sciences, leurs institutions, leurs sentiments, tout était incomplet ou de tradition. Ainsi, déshérités d'une succession immense, nous sommes obligés, profanes et maçons, d'étudier l'histoire publique ou secrète des anciens dans ses triples rapports de la politique, de la religion et de la morale, moins encore dans des annales fausses où incomplètes, que sur des monuments que le temps a respectés, et l'on sait comment le temps respecte les créations humaines.

La Franche-Maçonnerie comme l'initiation ancienne, renferme toutes les sciences, et ses grades, du premier au troisième, forment pour l'homme studieux et méditatif, une véritable Encyclopédie des sciences.

Le sujet de cette dissertation serait la science des nombres, en si grande vénération chez les anciens, et, parmi les modernes, avant le dix-huitième siècle. Nous ne vous la présenterons pas pour absorber votre esprit dans des combinaisons qui n'intéresseraient plus généralement, mais pour vous rappeler des souvenirs de curiosité sur les nombres trois, cinq, sept, en honneur dans nos loges.

Les plus célèbres philosophes de l'antiquité, et entre autres Pythagore prétendaient qu'il y avait une vertu secrète, une action singulière et toute admirable dans les nombres. Les plus célèbres docteurs de l'église eux-mêmes, Saint-Jérôme, Saint-Augustin, Saint-Ambroise, Saint-Athanase, Origène, Rabanus, etc., partageaient l'opinion des illustres Payens. Saint-Hilaire, commentateur des psaumes, dit que les Septante ont mis les psaumes en ordre par l'efficacité des nombres, et le savant Rabanus a composé un livre sur les vertus qui leur sont attribuées.

Severin Boece avance : « que tout ce que la nature a fait d'abord, semble avoir été formé par le moyen des nombres ; car ça été le principal modèle dans l'esprit du Créateur ; de là est venue la quantité des éléments ; de là la révolution des temps ; c'est de là que subsiste le mouvement des astres, le changement du ciel, et l'état des nombres par leur liaison ».

Pythagore dit que tout est composé du nombre, et que le nombre distribue les vertus à toutes choses.

Paraselse assure que le nombre subsiste toujours et se trouve en tout ; l'un dans la voix ; l'autre dans ses proportions ; l'un dans l'âme et la raison, l'autre dans les choses divines.

Themistius, Boëce, Averroës de Babylone, et avec eux Platon, louent si fort les nombres qu'ils croyent que sans eux on ne peut être bon philosophe.

Les nombres simples signifient les choses divines, les nombres dixièmes, les choses célestes ; les nombres centièmes, les choses terrestres ; les nombres millièmes, les choses des siècles à venir.

Telle est l’opinion qu’Agrippa, conseiller et historiographe de l'Empereur Charles V, a développée dans sa philosophie occulte. 

Les anciens avaient surtout une grande prédilection pour les nombres impairs ; ils les croyaient chéris des Dieux, tandis qu'ils regardaient, et particulièrement les Romains, les nombres pairs comme funestes ou de mauvais augure. L'art de la divination les repoussait ; la médecine elle-même leur attribuait une fatale influence.

Nous ne dirons qu'un mot de l’unité qui n'ayant point de parties n'est point un nombre. L’unité est le principe et la source des nombres qui ne sont qu'une répétition de l’unité. Elle est une, toujours la même, sans aucun changement ; elle a tout en soi ; multipliée, elle ne produit rien, et elle est indivisible parce qu'elle est sans parties. Attribut de la divinité, elle exprime l'idée du grand tout. Il n'y a qu'un Dieu, il n'y a qu'un Soleil.

Les prêtres, les initiés et tous les philosophes de l’Orient crurent découvrir dans la science des nombres plus profonds décrets de la nature ; mais c'est à quelques-uns des illustres modernes qu'il était réservé d'en faire pour l'esprit un véhicule puissant qui l'élevât à la hauteur où ces grands génies semblent entrer dans le conseil de la divinité ; il suffit de nommer Newton. 

Du nombre trois 

Le nombre Trois qui, suivant Pythagore, représente l'harmonie parfaite, figure au premier rang dans le monde physique comme dans le monde moral : omne trinum perfectum. Il est parfait par la longueur, par la largeur et par la profondeur, après lesquelles il n'y a plus d'autre dimension. C'est ce nombre qui offre à l'érudit le plus de rapprochements ingénieux. On est étonné des diverses propriétés que lui ont attribuées la raison, l’imagination et le sentiment.

Nous remarquerons d'abord que la philosophie occulte ou métaphysique compte trois mondes : le monde élémentaire, le monde céleste, le monde intellectuel ; qu’il a dans l'univers l’espace, la matière, le mouvement ; que les choses corporelles ou spirituelles sont composées d'un principe, d'un milieu, d'une fin ; que l'étendue ou la mesure du temps est renfermée dans le passé, le présent et l’avenir ; qu'on admet trois puissances intellectuelles dans l'homme, la mémoire, l’entendement et la volonté ; que les attributs du moteur suprême de la nature, sont l’infinité, la toute-puissance, l’éternité. La physique moderne qui considère l'eau comme un air condensé, n'admet plus que trois éléments : la terre, le feu et l’air. On observe dans les corps, la forme, la densité, la couleur. Les couleurs en ont trois primitives : le jaune, le rouge, le bleu. Le chimiste trouve dans les corps trois principes palpables : la terre, l’eau et le sel. La géométrie mesure l'étendue par le point, la ligne, la surface. Dans la géométrie est comprise la trigonométrie ou science du triangle. La mécanique démontre que la force est le résultat du produit de la masse multipliée par l’espace, divisée par le temps. Le médecin observe dans l'homme la conformation des solides, le mouvement des fluides, le jeu des passions. Le naturaliste classe les ouvrages de la nature en trois règnes : les végétaux, les minéraux, les animaux. Les géographes prétendent que les anciens ne connaissaient que l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Dans les beaux-arts, il y a trois arts principaux, la peinture, la sculpture et l’architecture. Le peintre s'efforce de réunir trois qualités essentielles : le dessin, l’expression, le coloris. L'architecte se propose trois objets : la distribution, la proportion, la solidité. On sait que la base, le fût et le chapiteau composent la colonne dont les ordres étaient, suivant les Grecs, le dorigue, l’ionique et le Corinthien. Le musicien distingue le son aigu, le son grave et le médium. Il y a en musique trois clefs : de sol, d'ut et de fa. L'art oratoire a trois parties principales, l’invention, l’élocution et la distribution. L'auteur dramatique se renferme, pour la composition de son poême, dans la règle de la triple unité : d'action, de tempe et de lieu. La Mythologie confiait le fil de nos jours aux trois Parques, Clotho, Lachesis et Atropos, et sans doute notre bonheur, aux trois Grâces Aglaé, Thalie et Euphrosine. Elle divisait le ciel en trois divinités supérieures : Jupiter, roi du ciel ; Neptune, maître de l'océan ; Pluton, tyran des enfers. A Argos, Jupiter avait trois yeux pour observer en même temps, le ciel, la terre et les enfers. L'enfer avait ses trois juges, Minos, Eaque et Rhadamante. Cerbère, gardien des enfers, avait trois têtes ; les furies étaient au nombre de trois, savoir : Alecton, Mégère, Tisiphone. La triple Héatre ou Diane aux trois visages, conduisait le char de la Lune, présidait aux sorcelleries, poursuivait les bêtes fauves. Il y avait trois gorgones : Méduse, Sthéno, Euriale, ainsi que trois harpies, trois Hespérides, trois sibylles. On compte aussi trois âges : l'âge d’or, l'âge d'airain, l’âge de fer. Nous ne devons pas omettre non plus le trépied antique, ni le fait historique du combat des trois Horaces contre les trois Curiaces.

S'il était permis de faire quelques rapprochements entre les erreurs des Payens et les vérités de la religion catholique ou chrétienne, nous ajouterions à cette curieuse nomenclature, la Trinité du Père, du Fils et du St-Esprit ; les trois rois mages, Baltasar, Gasparet Melchior qui vinrent adorer l'Enfant Jésus ; les trois poissons et les cinq pains avec lesquels Jésus devenu homme, nourrit cinq mille personnes ; les trois clous qui attachèrent Jésus-Christ à la croix ; les trois jours qu'il passa dans le sépulcre ; les trois vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité, et même le triple reniement de Saint-Pierre.

Caton le censeur, se repentait de trois choses : d'avoir passé un jour sans rien apprendre, d'avoir confié son secret à sa femme et d'avoir voyagé par eau pouvant voyager par terre. Dans la guerre entre César et Pompée, César, vainqueur de Pharnace, fils de Mithridate, qui avait voulu rester neutre, pour exprimer la rapidité de sa victoire écrivit ces seuls mots : veni, vidi, vici. En politique, la grandeur, la prospérité et la durée des états dépendent de la justice des souverains, de la sagesse des lois, de la pureté des mœurs. Nous avons vu en France, en moins de trente ans, trois consuls, trois pouvoirs : le roi, la chambre des pairs, la chambre des députés, où se trouvent trois divisions d'opinions, le côté droit, le centre, le côté gauche.

En Mac\ le Grand Architecte de l'univers a pour attribut la sagesse, la force, la beauté, et l’image de sa perfection est représentée par le triangle simple ou triple.

Nous ne pouvons mieux terminer ces citations sur le nombre trois que par les vers qu'il a inspiré au F\ de Voltaire. 

Je vis d'abord notre portier Cerbère,

De trois gosiers aboyant à la fois ;

Il me fallut traverser trois rivières ;

On me montra les trois sœurs filandières

Qui font le sort des peuples et des rois.

Je fus conduit vers trois juges sournois

Qu'accompagnaient trois gaupes effroyables,

Filles d'enfer et geôlières des diables ;

Car, dieu merci, tout se faisait par trois. 

Du nombre cinq 

Le nombre cinq offre bien moins de combinaisons dans la science cabalistique que le nombre Sept, et surtout le nombre Trois dont il est l'intermédiaire.

Cinq est composé du premier impair qqi représente le mâle et du premier pair qui représente la femelle. C'est, ce qui l'a fait nommer par les Pythagoriens le nombre du mariage ; à ce titre il était consacré à Junon.

Suivant la Myhologie Indienne, cinq Eléments furent engendrés par, le créateur suprême. L'air fut tiré du néant ; l'air produisit le vent ; le feu jaillit du choc du vent et de l'air. Le feu en se retirant laissa une humidité qui est l'origine de l'eau ; la terre est le résultat de l'union de ces puissances. Dans le monde céleste, il y a cinq étoiles ardentes : Saturne, Jupiter, Mare, Vénus, Mercure. Dans le monde élémentaire cinq choses sont corruptibles : l’eau, l’air, le feu, la terre, les mixtes. Thalès de Milet partagea la sphère en cinq cercles parallèles. Pythagore admettait cinq éléments et soumettait ses disciples à l'observation du silence pendant cinq ans. Le Coran prescrit aux vrais Musulmans de faire la prière cinq fois par jour ; suivant le Veidam, livre sacré des Brames, on fait à la naissance d'un enfant, des prières aux cinq vents qui peuvent sortir par les cinq ouvertures du corps humain ; le plus ancien livre chinois a pour titre, les cinq Kings.

Chez les Grecs et chez les Romains, les fêtes religieuses connues sous le nom de Lustrations avaient lieu tous les cinq ans. De cette coutume et de celle que les Romains avaient de payer le tribut imposé par les Censeurs, vient le mot lustre ; compter par lustre, c'est compter par cinq. Les Juifs reconnaissaient Moïse pour l'auteur des cinq premiers Livres de l'Ancien Testament ou Pentateuque. Les Grecs et les Romains les ont désignés suivant la matière de chacun d'eux. Genèse, ou histoire de la création du monde ; Exodes, ou sortie d'Egypte ; Lévitique, ou lois et cérémonies religieuses ; Nombres, ou dénombrement des Juifs ; Deutéronome, ou seconde loi. Dans les arts, celui de la musique a cinq lignes ou portées de musique ; l'art de l'Architecture a cinq ordres : le Dorique, l’Ionique, le Corinthien, le Toscan et le Composite. Il y a cinq phases dans la vie de l'homme ; l'homme a cinq sens : la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût. Il y a cinq doigts à chaque main et à chaque pied. La langue française a cinq Voyelles. Pendant plusieurs années de la révolution, le pouvoir exécutif a été confié à cinq Directeurs. Notre législation, sous le gouvernement impérial, a été divisée en cinq codes ; mais c'est en maçonnerie que le nombre cinq a, relativement, de plus nombreuses applications. 

Du nombre sept 

Le nombre Sept était consacré dans l'Inde de temps immémorial lorsqu'il fut adopté par les Grecs. Révéré comme divin par ces deux peuples, il passait pour être aussi mystérieux que le nombre Trois. Il est composé de un et de six, de deux et de cinq ou de trois et de quatre ; il est lié par l’unité et un double nombre ternaire. Les Pythagoriens l'appellent la voiture de la vie humaine. La médecine attribue à ce nombre une foule de propriétés.

Nous retrouvons le nombre sept, dans les sept pilotes d'Osiris, dans les sept génies qui accompagnaient Mitra, Dieu des Perses ; dans les sept planètes, dans les sept Pléiades, dans les sept phases de la lune, dans les sept tuyaux de la flûte du Dieu Pan, dans les sept tons de la musique, dans les sept rayons primitifs et inaltérables de la lumière, démontrés par Newton, dans les sept voyelles de la langue grecque, dans les sept fils et les sept filles de Niobé, femme d'Amphion, lequel bâtit Thèbes aux sons de la harpe ; dans les sept chefs devant Thèbes, dans les sept villes qui se disputèrent l'honneur d'avoir vu naître Homère, dans les sept sages de la Grèce, etc. Le nombre sept est souvent rappelé dans l'Apocalypse dont on connaît les sept bêtes. Sept paires d'animaux furent renfermées dans l'arche ; l'arche ne s'arrêta qu'après sept mois d'inondation, la colombe ne revint portant le rameau qu'après sept jours d'absence. Esaü est salué sept fois par Jacob ; celui-ci servit sept ans pour avoir Lea en mariage, et sept autres années pour avoir Rachel. Le peuple d’Israël pleura sept jours la mort de ce patriarche. Joseph annonce sept années d'abondance et sept de stérilité ; le chandelier placé devant l'arche avait sept branches. Josué fit sept fois le tour de Jéricho, et les prêtres sonnèrent sept fois de la trompette. Le Très-Haut tient dans l'une de ses mains sept étoiles ; l'Ange ne descend qu'au bruit des sept trompettes. L'Egypte fut frappée par Moïse de sept grands fléaux, dits les sept plaies d'Egypte ; Salomon employa sept années à la construction du Temple ; Saint-Paul dit que le juste pêche sept fois par jour ; les catholiques ont sept péchés capitaux, sept sacrements, sept psaumes de la pénitence ; il y a sept jours dans le semaine. Lors de la création, Dieu ne se reposa que le septième jour. Adam et Eve furent sept heures dans le Paradis. J.-C. fut sept ans fugitifs en Egypte ; il prononça sept paroles sur la Croix. Il y a sept vierges chrétiennes, d'après les actes des martyrs. La maçonnerie compte sept sciences libérales : la Grammaire, la Rhétoriques, la Logique, l’Arithmétique, la Géométrie, la Musique, l’Astronomie. Elle a, au rite français, sept grades, etc., etc., etc. 

Conclusion 

La science des nombres était jadis essentiellement emblématique et superstitieuse. Aujourd'hui et déjà depuis longtemps, les progrès de la raison ne permettent plus de considérer l’utilité des nombres que dans une partie des sciences. Hors ces cas, elle n'est plus que l'amusement de l'esprit, une curiosité qui plaît à quelques personnes, et, sous ce double rapport, son influence morale a heureusement cessé.

Le nombre onze, le fameux Abracadabra... Pourquoi rire ? « On sait, dit Frérèt, dans son Exanten critique et apologétique de la religion chrétienne que l’Abracadabra passait pour un puissant talisman ». Or, nos ancêtres ne riaient pas sans doute quand un grand magicien dans son autre artistement infernal, prononçait gravement le terrible Abracadabra. Ce mot qui excite votre hilarité était une figure superstitieuse composée de onze lettres, disposées d'une certaine manière et à laquelle on attribuait la vertu de prévenir les maladies, ou, lorsqu'elles étaient arrivées, de les guérir ; car Abracadabra devait être infaillible dans l'un ou l'autre cas. Voici au surplus ce qu'Agrippa rapporte dans sa Philosophie occulte.

« Serenus de Samos, dit-il, a aussi laissé par écrit ses préceptes de médecine ; que si l'on écrit ce nom Abracadabra en diminuant à savoir lettre après lettre, selon l'ordre de retour depuis la dernière jusqu'à la première, tout malade de fièvre-tierce ou d'autre fièvre qui portera attaché ou pendu à son col ce billet se guérit et fait passer son mal ».

Ceci nous rappelle un petit conte de Pont-neuf par lequel nous vous demandons la permission de terminer. Une sage leçon ressort souvent de la donnée la plus burlesque.

Un charlatan était entouré d'une foule de curieux. Il leur dit : si quelqu'un de l'honorable société, Messieurs ou Dames, grands ou petits-enfants des deux sexes, avaient par un de ces hasards si communs dans la vie, mal à une ou plusieurs dents, qu'il le dise et nous verrons... Vous, mon ami, vous avez une fluxion, vous jetez les hauts cris, tant mieux. Je place, par la science de mes combinaisons, ces onze lettres de l'alphabet sur cette table, vulgairement appelée table de bois. Les voyez-vous ? Si vous les voyez, cela prouve que vous avez la vue bonne, et cela vous fait honneur. Or, mon ami, puisque vous voyez ces onze lettres mystérieuses sur cette susdite table, je vais les arranger sous une figure que je ne nommerai point magique, attendu que je ne suis pas un grand magicien, et que d'ailleurs il nous est défendu, par ordre de police, de prendre ce titre respectable… Mais un moment, s'il vous plaît. Ce savant, ce grand opérateur que l'on a l'habitude d'appeler un dentiste, vous demanderait cinq francs, moi, je ne vous prendrai que trente sols ; c'est exercer une noble profession pour rien ; mais je n'y regarde pas de si près. Je mets vos trente sols dans ma poche, j'arrange mes onze lettres ; elles sont arrangées. J’introduis mon doigt, mon simple doigt, dans votre bouche...quand je dis je l'introduis, je ne l'introduis pas, tout, le monde en ferait autant ; mais je dis par onze fois Abracadabra ! Et vous voilà guéri...osez dire que vous n'êtes pas guéri ? Et le patient de dire : c'est singulier, je crois que je suis guéri, et tous les spectateurs de répéter : il est guéri : Ho ! L’habile homme !

La foule retirée, l’homme à la fluxion fut obligé d’aller chez le dentiste…

Abracadabra a fait trembler ; maintenant, il fait rire.

 Source : Tuileur de Delaunay (1836)

Lire la suite

Rappel

8 Septembre 2014 , Rédigé par T.D Publié dans #Humeur

Ce blog ne publie pas que des textes portant sur la Franc-maçonnerie.

En fin de semaine, généralement le samedi ou le dimanche, les sujets traités portent plus sur mes autres centres d’intérêt qui sont assez nombreux.

J’ai retiré mon texte sur Saladin car manifestement il ne plaisait pas à tout le monde. Il se trouve que j’ai (re)regardé le « Royaume des Cieux » dans sa version longue ce week-end et que j’avais envie de parler de Saladin.

Vous avez plus de 2700 textes à votre disposition dont 90% traitent de sujets maçonniques, alors laissez-moi de temps en temps parler de ce qui me tient à cœur. C’est ce qu’on appelle la tolérance…

Merci aux 1649 abonnés qui me font confiance.

La critique est aisée…

 



 

 

Lire la suite

Discours sur la morale maçonnique, adressé à des profanes avant leur admission aux épreuves

8 Septembre 2014 , Rédigé par Delaunay Publié dans #fondements historiques de la FM

Les gens de notre ordre toujours

Gagnent à se faire connaître ;

Et je prétends par mes Discours

Inspirer le désir d'en être.

Qu'est-ce qu'un Franc-maçon ? En voici le portrait.

C'est un bon citoyen, un sujet plein de zèle,

A son prince, à l’État fidèle,

Et de plus un ami parfait. 

Procope, médecin, Apologie des Fr\ M\ 

Messieurs, 

Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira, disait Jésus-Christ à ses disciples. Ces paroles symboliques du sage de la Judée sont plus une loi qu'une maxime pour les Francs-Maçons, qui s'honorent de professer les principes de l'évangile. Une loi est obligatoires ; une maxime peut être contestée, mais en disant : Demandez et vous recevrez, Jésus-Christ n'a pas prétendu qu'on donnât a qui n'était pas digne de recevoir, cherchez et vous trouverez, qu'on allât au-devant de l'homme qui cherche des dupes ; frappez et l’on vous ouvrira, qu'on accordât l'hospitalité sans précaution et au hasard. La leçon morale de l'Homme-Dieu nous apprend qu'il faut faire le bien, mais le faire à propos ; qu’il faut bien faire convenablement. En chrétien je donne à celui qui est dans le malheur ou la misère ; j'attends pour juger avec ma raison d'abord, et mon cœur ensuite, ce qu'on espère de moi ; j'accorde l'hospitalité au voyageur égaré ou en retard, et dans cette triple disposition, je cède à l'inspiration évangélique. 

Nous avons entendu, Messieurs, votre demande ; nous nous sommes prêtés à votre recherche, nous vous avons ouvert du moment que vous avez frappé. Mais vous n'irez pas plus loin si vous ne répondez loyalement à nos questions. Demandez-vous le chemin de la vertu, cherchez-vous son temple, frappez-vous pour y parvenir ? Car ici nous ne nous occupons que de morale, et nous repoussons le vice ou la stérile curiosité. Amis, soyez francs ; ennemis ou censeurs, soyez francs encore. Le mépris s'attache à la fausse amitié. L'estime peut exister entre des ennemis loyaux... Puisque vous persistez dans votre courageuse entreprise, et que vous nous répondez en hommes d'honneur, nous allons cesser une réserve prudente : écoutez et jugez.

On parle beaucoup de l'institution maçonnique dans le monde profane, où, inconnue, elle est traitée avec une grande légèreté, sinon une grande injustice. C'est une institution insignifiante, ou une société de plaisir, ou un club politique dangereux, on enfin une association de perversité religieuse et morale ; voilà ce qu'on dit et ce que vous avez peut-être dit vous-mêmes : 

Des profanes humains la foule impitoyable.

Parle et juge en aveugle, et condamne au hasard.

Cette institution insignifiante dérive de ce que les peuples de l’antiquité avaient de plus recommandables, l’initiation aux mystères. Elle est entre le passé et le présent la chaîne qui les rend inséparable.

Cette société de plaisir ne prescrit ni les bals, ni les jeux, et défend toute espèce de débauche.

Ces clubs politiques dangereux sont toujours en grade contre les discussions ou les excursions politiques. L’ultracisme des opinions quelles qu’elles soient est sévèrement repoussé de nos Ateliers; les plus simples et les plus pacifiques entretiens sur les affaires publiques sont sur les champs écartés, soit par la jurisprudence maçonnique, soit par le bon esprit des Frères.

Cette association de perversité religieuse et morale prêche la tolérance pour tous les cultes, la fidélité à tous les engagements sociaux, le respect pour les mœurs, l’amour de l’humanité.

Devant cette explication en tout point exacte, tombent les odieuses calomnies, les inculpations hasardées, les doutes injurieux.

La sagesse est une dans tous les temps, et encore aujourd'hui est sage qui veut l’être. Les anciens initiés, hommes de science, de talent, de mérite, marchaient, avec fermeté dans le sentier de la vertu. Les Francs-Maçons seuls, parmi les membres des, associations secrètes modernes, parce qu'ils sont sans intérêts mondains, suivent le sentier qui, pour avoir été longtemps frayé, n'en est pas plus facile à parcourir. Le terrain des passions est fécond en aspérités, en reproduction d'entraves. A peine l’aspirant à la sagesse a-t-il fait un pas, que les difficultés qu'il a vaincues renaissent pour l'aspirant qui le suit et qui retrouve les mêmes ronces, les mêmes épines, les mêmes obstacles, plus nombreux souvent, plus difficiles à surmonter, peut-être. Voilà pourquoi la route, toujours belle en perspective, est si pénible alors qu'on veut la franchir. Mais a-t-on atteint le terme, on jouit des avantages de la réalité, et ils dédommagent des sacrifices qu'on a faits. 

Vous savez sans doute, par vos lectures, que les prétendants à l'initiation aux anciens mystères n'avaient pas tous le bonheur d'être initiée. Je vous le rappellerai utilement ici ; je l'apprendrai à ceux qui pourraient l'ignorer. Pour être admis aux anciens mystères, il fallait un mérite supérieur ; il fallait surtout montrer la plus rare constance, une force supérieure de corps et d'esprit. Tel aspirant avait vaincu les obstacles physiques, qui succombaient aux secousses de l’âme. Tel autre, constamment vainqueur, entrevoyait la lumière ; hésitait-il, il retombait dans une profonde obscurité. Touchant au sanctuaire, un troisième en était éloigné pour une faute même légère : c'est qu'il fallait se dépouiller entièrement de tout ce qui tenait à la faible et fragile humanité. On n'admettait point à l'initiation uniquement sur un grand courage, uniquement sur une volonté prononcée ; il fallait vouloir et pouvoir. Combien d'hommes avaient la volonté et n'avaient pas la force ! Combien d'autres avaient la force et manquaient de cœur !

Admis dans l’enceinte sacrée, l'aspirant recevait l’initiation, c'est-à-dire la connaissance de toutes les choses accessibles à l'esprit de l'homme.

La Franche-Maçonnerie ne demande pas de si hautes qualités à ses néophytes. Elle a suivi la marche du temps et le progrès des lumières ; elle ne cherche pas des hommes sans défauts ; elle veut des hommes avec toutes les forces qui leur sont propre ; mais elle veut que ces forces soient dirigées par la sagesse.

Ne peuvent être reçus Francs-Maçons que ceux qui ont une âme noble, un esprit exempt de préjugés, un cœur généreux. Aimez-vous les uns les autres, disait après J.-C. son disciple bien aimé, et après eux c'est ce que nous répétons sans cesse à nos frères et aux profanes. Dans cette amitié fraternelle sont la philanthropie et la philosophie, pratique et enseignement aussi sacrés pour ceux qui écoutent que pour ceux qui professent. Là, je puis, terminer cette instruction préparatoire ; j'ai encore trop de choses utiles à vous annoncer.

Ainsi que la mort qui égalise tous les rangs, la Franche-Maçonnerie, en nous enlevant morale mène au monde profane, nous fait oublier toutes les vanités, toutes les distinctions humaines. Le niveau maçonnique, ce niveau de la nature auquel on veut inutilement se soustraire, nous maintient incessamment à la même hauteur.

Le prince et le simple citoyen devenus Francs-maçons siègent à côté l’un de l’autre, unis par la douce fraternité. Ils sont hommes, ils sont frères, ils sont mortels : que les hommes sont petits devant ces grandes idées ! Dans nos rangs uniformes, ils apprennent à l’avance qu'aux yeux du Maître de l'univers ils sont égaux. Ils sont le néant même quand leur vie n'a pas été marquée par la possession et la pratique des vertus. Vous devez vous pénétrer de ces principes et les suivre fidèlement si nous avions le mutuel bonheur d'être associés dans le plus grand œuvre de l’esprit humain, l'amélioration morale de l'homme ; alors plus que nous, vous ne vous abaisserez devant l'homme en place s'il n'est vertueux, ni ne vous enorgueillirez devant l'homme obscur, parce que votre position sociale vous aura mis au-dessus de lui. La dignité personnelle est la seule que nous reconnaissions.

Nous offrons, autant qu'il dépend de nous, à l’homme qui descend dans son cœur, des amis désintéressés, des confidents loyaux de ses pensées. Il trouve dans nos réunions la pratique de la vertu sans ostentations ; l'humanité qui fait soulager l'infortune, et consoler celui qui souffre.

Ces choses sublimes chez nous peuvent paraître de peu d'importance aux hommes vulgaires. Que nous importe ! Il y a d'autres hommes qui savent nous entendre, et c'est pour ces hommes bons, réfléchis, raisonnables, que nos temples sont établis ; ils y trouvent à occuper utilement leur esprit et à satisfaire le doux besoin de leur cœur. Ils n'ignorent pas que les plus grands hommes de l'antiquité appartenaient à l'initiation comme les hommes les plus distingués des temps modernes appartiennent à la Franche-Maçonnerie. Parmi ces derniers, Franklin, Lalande, Voltaire, le génie de son siècle, ont été Francs-Maçons.

Tous ces hommes s'étaient fait une idée juste de la véritable gloire, et c'est par un examen rapide de ce beau sujet que je terminerai un discours qui sera pour vous, Messieurs, une première épreuve, puisque j'aurai trop longuement exercé votre patience.

Nous n'entendons point, nous Francs-Maçons, la gloire par le sang que l'on répand sur le champ de bataille. Cette gloire est noble quand on défend le sol sacré de la patrie. Cette gloire est funeste quand l'amour et le délire des conquêtes ou les froides combinaisons de la politique nous forcent d'être leurs aveugles et dociles instruments. Nous n'entendons point la gloire par les succès du prosélytisme, par les triomphes de la tyrannie, par l'usurpation même légale du fort sur le faible, nous ne l'entendons pas encore par la supériorité qu'on peut légitimement obtenir dans les sciences, dans les lettres, dans les arts, enfin dans les découvertes industrielles, quelles qu'elles soient.

La gloire pure, la gloire sans larmes, c’est celle que nous allons offrir à votre esprit :

Quand, bons fils, vous rendez aux auteurs de vos jours l’amour et le dévouement qu'ils vous ont portés, alors que par votre faiblesse ils étaient vos seuls amis ;

Quand, estimable citoyens, vous exercez honorablement votre état, et remplissez tous vos engagements envers la société ;

Quand, vertueux époux, vous n'oubliez jamais que votre femme est la compagne que le ciel et les lois vous ont donnée ;

Quand, pères tendres et prévoyants, vous veillez avec une continuelle sollicitude à l’éducation et au bien-être de vos enfants :

Voilà, Messieurs, la gloire chère à tous les cœurs bien nés.

La gloire du Franc-maçon est dans l’accomplissement de tous ces devoirs, et dans d’autres encore que notre ordre auguste impose à ses adeptes, et que je puis vous signaler d’avance.

Reçu Franc-maçon, car j’en ai conçu pour vous la plus flatteuse espérance, assistez le plus régulièrement que vous le pourrez à nos conférences fraternelles. Ecoutez en silence les instructions et les maximes de l’ordre ; observez avec soin les allégories, les usages dont nous nous faisons une constante étude ; méditez de toutes les facultés de voire esprit les documents historique, que nous a légués le passé, et que nous voulons avec notre propre histoire, transmettre aux siècles à avenir. La succession est héréditaire. Pour être échue à une branche collatérale, elle ne sort pas pour cela de la famille.

Ainsi, héritiers directs ou collatéraux des sages de l'antiquité, nous sommes possesseurs légitimes. Possesseurs légitimes, soyons dignes. Vous, Messieurs, appelés à cette grande succession, comme nous soyez bons, car la bonté attire la confiance que suit presque toujours l’amitié ; soyez patients, car la patience dompte la violence des passions, et fait estimer celui qui sait se vaincre soi-même ; soyez dociles aux conseils de vos chefs, car ils ont pour eux l’expérience qui leur fait prévoir l’avenir par la connaissance qu’ils ont du passé ; soyez laborieux et zélé, car le travail remplit tous les vides de l’esprit, et éloigné les orages du cœur ; soyez surtout indulgents et charitable, car l’indulgence est la preuve d’un esprit éclairé et d’une âme forte ; car la charité sauve du désespoir l’infortuné qui la sollicite. C’est, d’ailleurs, semer pour recueillir, puisque, dans le malheur, vous trouvez aussi des secours : et si la prospérité ne vous abandonne jamais, votre conscience vous récompense de tout le bien que vous avez fait. Aux dons réels vous ajoutez la puissance de l’exemple : l’homme bienfaisant est deux fois utile à ses semblables.

Vous connaissez maintenant Messieurs, la véritable gloire, qui n’est autre que la morale de l'ordre franc-maçonnique. Cette gloire, la plus utile aux hommes, est celle dont la divinité nous tient le plus de compte. 

Je ne sais si, après ces développements indispensables de nos principes, ces confidences d'une amitié prématurée, vous persisterez à demander l’initiation maçonnique. Dans le cas contraire, passez plus loin éloignez-vous ; le temple de la sagesse vous sera fermé, et ses dons rigoureusement refusés.

Mais si nous ne nous sommes pas trompés sur vos intentions, nous remplirons à votre égard le précepte de l'Evangile, et à votre tour, avec nous ou comme nous, vous ouvrirez, vous donnerez à qui aura, comme vous, frappé et demandé...

Puisque vous persistez, je vous abandonne aux épreuves. Messieurs, du courage : on craint, on hésite, on tremble...on n’en meurt pas !

Source : Tuileur de Delaunay (1836)

Lire la suite

La Tenue du Franc-Maçon

5 Septembre 2014 , Rédigé par Tolérance et Fraternité Publié dans #Planches

« La Tenue du Franc-Maçon » voilà encore une planche découverte sur le Net qui m’a interpellé et que je vous livre. Je qualifie cette planche à double sens car elle revêt non seulement l’habit du franc-maçon mais aussi la conduite du franc-maçon. Un beau parallèle est fait dans ce morceau d’architecture sur la vie du Franc-maçon dans le monde maçonnique et dans le monde profane : pas un double sens mais un quadruple sens finalement.

 Thème d’étude de l’Alpina – LA TENUE DU MAÇON


Dans l’idée de « tenue », le Franc-Maçon se trouve confronté à quatre concepts essentiels. Tout d’abord, les réunions rituelles des Francs-Maçons au Temple, sont appelées « Tenues », illustrant tout simplement le fait que la réunion se « tient » à ce moment et en ce lieu précis. Pour participer à cette tenue le Franc-Maçon, va revêtir une « tenue » vestimentaire particulière.
En tenue », le Franc-maçon doit adopter donc une « tenue » convenable, ce qui signifie une attitude, un maintien et une manière d’être corrects. Enfin dans le monde profane, le Franc-Maçon se doit d’avoir une « tenue », donc un comportement irréprochable.
Nous passerons sans nous y arrêter sur la « tenue » = réunion pour ne traiter ici que des trois autres aspects et surtout du comportement en loge et dans le monde profane.
La tenue vestimentaire.
Lors des tenues, les Frères doivent être chaussés de noir, vêtus de sombre (gris foncé, bleu marine ou noir). Ils porteront une cravate ou un nœud papillon noir sur une chemise claire (de préférence blanche), auxquels viennent s’ajouter deux des éléments symboliques parmi les plus importants dans notre ordre: le tablier et les gants blancs.
Cette tenue vestimentaire de base, qui est complétée selon les rites et les loges d’accessoires divers, (baudriers, sautoirs, camails, bijoux de loge, couvre chef, épées…) répond évidemment à des notions symboliques… L’uniformité de la vêture des Frères, les dépouille des diverses apparences et appartenances que leur confère leur accoutrement profane et les place en situation d’égalité.
L’importance de l’habillement apparaît dès le début de notre parcours maçonnique à travers la demande rituelle: « Comment étiez vous lors de votre entrée en loge ‘? » et la réponse « Ni nu, ni vêtu et dépouillé de tous métaux. » L’initié qui vient en quelque sorte de subir une purification, outre sa nouvelle tenue sombre, requise pour les tenues, se voit remettre l’essentiel : ce tablier et ces gants évoqués plus haut.
Le tablier, en principe en peau d’agneau mais parfois en tissu, est le signe distinctif le plus visible du Maçon. La blancheur de ce symbole du travail, suggère la pureté, la lumière, la rectitude de nos mœurs et l’égalité entre tous les Frères. Il sensibilise le Franc-Maçon aux valeurs de base de notre ordre et marque pour le nouvel apprenti son appartenance à la fraternité universelle. Il protége symboliquement le Maçon de ses imperfections, ses vices et ses passions.
Les gants indiquent que les mains d’un Franc-Maçon sont pures de tout acte blâmable, tel qu’exigé pour tout travail rituel. Portés pendant toute la durée des travaux en tenue, ils sont retirés au moment de la Chaîne d’Union. Alors toutes les mains des assistants s’unissent; dénudées pour favoriser la circulation de l’énergie de fraternité. Indissociables du tablier en tenueMaçonnique, les gants rappellent les engagements solennellement pris et tous deux ont la même signification quant aux exigences de la purification, prélude à la renaissance spirituelle.
Du maintien lors de la Tenue.
On peur affirmer sans grand risque de se tromper, que le fait de revêtir l’habillement traditionnel en vue de la tenue, constitue une préparation intérieure à l’ouverture, et surtout à celle du cœur. En effet, après avoir endossé cette tenue rituelle, on ne se sent plus le même, quelque chose a changé. L’uniformité d’ensemble de l’habillement solennel, porté avec dignité en tenue, dégage une impression d’unité, de calme et de sérénité propice à la qualité des travaux.
De façon subtile, un peu malgré soi, on s’est coupé du monde habituel, le monde profane. On s’exprime autrement. Le langage profane se fait plus discret, puis disparaît. On voit malheureusement encore trop souvent des parvis de Temples qui ressemblent plus à des halls de gare ou de foire. Pendant la tenue les propos n’ont pas toujours la retenue ou la réserve qui sont le résultat de la réflexion et de la modération. La façon de dialoguer des Maçons, qui consiste à ne pas s’adresser directement à un Frère mais à la communauté, devrait, si elle était plus scrupuleusement appliquée, contribuer à maintenir les échanges à la hauteur qui convient.
Le comportement physique lui aussi fait sa mutation, faisant place à une gestuelle spécifique dans le travail. La prise de parole répond à des règles bien précises (variant un peu d’une loge à une autre). Les respecter garantit là aussi des échanges plus fraternels et plus profitables pour tous. La posture enfin, assis sur les colonnes, doit être détendue mais digne et respecter une unité propre à la Loge.
L’unité de l’attitude renforce encore le sentiment d’appartenance à un groupe d’une autre dimension que celle des groupes profanes. On peut parfaitement se tenir assis bien droit les genoux légèrement écartés et les pieds, talons joints à l’équerre, pendant toute la durée d’une tenue, sans en concevoir de fatigue particulière. Bien entendu les Frères les plus âgés ou ayant des difficultés d’ordre physique, adopteront une posture compatible ave leur état. Que dire de ces Frères littéralement avachis sur leur siège ou un bras nonchalamment posé sur le dossier de celui-ci ou encore croisant les jambes, quand ce n’est pas le pied opposé posé sur le genou, etc…? Triste spectacle que l’on voit encore trop souvent dans certains ateliers.
Respectons nos usages, usages auxquels nous avons librement adhéré, afin que le profane ne s’insinue pas dans nos Temples, lieux de résidence du seul sacré.

Tenue dans le monde profane.

La Franc-maçonnerie, afin d’édifier le Temple idéal de l’Humanité et plus prosaïquement d’améliorer un peu ce monde où nous vivons, a besoin que ses membres tiennent les promesses qu’ils ont faites à l’égard de leurs semblables, à travers leurs actions dans la vie quotidienne. Tout commence dans la propre famille de chacun d’entre nous, en en respectant chaque composante et en ayant le souci permanent d’éduquer nos enfants dans le respect des valeurs fondamentales de l’humanité que nous avons faites nôtres. Elargissons la famille à la société dans laquelle nous évoluons. En prenant part à la vie des associations diverses (de parents, de donneurs de sang,..), en assistant ceux qui en ont la nécessité (jeunesse, personnes âgées), en s’engageant d’une manière générale dans des activités sociales, qu’elles soient professionnelles, politiques ou culturelles, le Frère impliqué présentera là une attitude résolument Maçonnique. Pour y arriver il est nécessaire de mettre en pratique l’aptitude à l’ouverture et à la compréhension des autres et de leurs problèmes, acquise par notre avancée sur la voie Maçonnique. Exprimons cette capacité par des actes empreints d’abnégation plutôt que par de beaux discours, dans le respect de nos choix moraux et éthiques. Cette aide et cette compassion que nous apportons à nos semblables, ne serait-ce que par l’exemple, inscrivons-la dans une perspective de justice. Le faire est déjà acte de justice. Allons au-delà de nos préjugés, exerçons la charité et offrons notre amour à toute personne, quelle que soit sa condition, son appartenance ethnique ou sa religion. Ne nous laissons pas circonvenir par les idées toute faites et posons-nous les bonnes questions. Evitons d’asséner nos propres vérités et laissons la porte ouverte aux avis d’autrui. En présence de situations conflictuelles, le Franc-Maçon aura à cœur dans la mesure du possible, de par sa capacité de réflexion et de pondération, d’apporter calme et apaisement.
Plus généralement essayons à notre niveau et avec les moyens qui sont les nôtres (et qui ont quelque consistance) de lutter contre l’envahissement de notre société par les valeurs fallacieuses de l’argent et par l’individualisme forcené. Si nous sommes vraiment désireux de combattre l’injustice et faire respecter la dignité humaine, en tous temps, en tous lieux et en toutes circonstances, que chacun de nous commence tout de suite à faire le peu qu’il peut. Ceux qui s’engageront sincèrement sur cette voie, aillant revêtu la « tenue » rituelle ou non, en « tenue » ou dans le monde profane, auront une « tenue » absolument correcte.


Tolérance et Fraternité – Orient de Genève Octobre 2007 

source : http://www.gadlu.info/

Lire la suite

L'Incarnation du Verbe

4 Septembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Dans l'un des quatre récits évangéliques, dans celui que les philosophes et les amateurs de merveilleux préfèrent, il y a une phrase bien faite pour éveiller les curiosités. Saint Jean, considéré comme le plus compréhensif des évangélistes, comme ayant pénétré le plus près des mystères du Christ, dit à la fin de son Évangile: Il y a encore beaucoup d'autres choses que Jésus a faites; et, si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde entier pût contenir les livres qu'on écrirait. C'est de ces choses que je veux m'entretenir avec vous. C'est un sujet vaste, infini dans son ensemble et dans les détails. Nous prendrons seulement les épisodes typiques et représentatifs de la vie du Christ.

Si nous suivions l'ordre logique, il faudrait prendre le Verbe à l'origine des temps, Le suivre dans Sa descente immense à travers les mondes, à travers les nébuleuses, les planètes, voir ce qu'Il a fait sur la terre pendant le temps où Il disparut et où Ses faits et gestes nous sont inconnus, remonter avec Lui vers Son Père, lorsqu'Il quitta la terre, voir les secrets de Sa Présence permanente et de Son opération mystérieuse dans le coeur de ceux qui ont été élus à Le recevoir.

Une étude aussi systématique risquerait de devenir ennuyeuse. Je préfère adopter une méthode moins stricte, suivre l'un après l'autre les épisodes connus et soulever avec vous le voile qui flotte sur ces mystères. Ce sera un enseignement plus vivant et nous serons, en cela, plus conformes aux exigences de l'intelligence moderne qui recherche l'action et la vie. Comme chaque geste du Christ représente et féconde l'univers entier, nous aurons, en étudiant le plus minime de Ses gestes, un modèle pour tous nos actes et toutes nos pensées.

Aujourd'hui on parle beaucoup du Christ. Les uns cherchent à retrouver Ses traces en tentant des expériences avec la matière sociale, en se spécialisant dans la métaphysique ou dans les raffinements de l'esthétique. Mais le Verbe n'est pas ici ou là. Il est partout. Le Verbe offre, dans chacune de Ses manifestations, une synthèse parfaite de toute beauté, de toute bonté, de toute vérité. Chaque acte de Lui est un modèle pour nos sentiments, nos pensées et nos actes et reste toujours le type le plus idéal de tout ce que nous pouvons sentir, concevoir, élaborer ou réaliser.Jusqu'à présent on a fait la géographie de l'Évangile; nous allons essayer d'en faire la géologie, d'étudier les fondements de l'Oeuvre du Christ, de voir les côtés inconnus de Sa physiologie profonde. Tout ce qui est extérieur vient de l'intérieur, tout ce qui est visible vient de l'invisible. La vertu au moyen de laquelle les grands mystiques ont agi et qui a suscité d'autres mystiques sur leurs pas, n'est que la fleur merveilleuse de racines lointaines et profondes, d'efforts persévérants, de prières et de pénitences cachées de ces êtres supérieurs, de ces inconnus qui ont vécu dans l'obscurité et la pauvreté les plus complètes. L'enseignement du Christ est celui du labeur obscur auquel Il S'est astreint pour pouvoir produire et rendre possible en nous la descente de la Lumière. Tout ce que dit le Verbe vient du Père, le plus mystérieux, le plus inconnaissable des Etres. Les miracles spirituels qui nous charment par leur simplicité, leur familiarité, sont les fleurs jaillies de Ses labeurs inconnus, les fruits pour lesquels Il a tant peiné, accepté tant de souffrances et tant d'esclavages. Quand nous étudions l'Évangile, nous ne pensons qu'à imiter la vie publique du Christ. Nous devrions chercher à imiter les exemples et les leçons de sa vie cachée. Ce serait une tâche, un but plus modeste mais plus fertile en résultats. Il n'y a pas de sainteté sans la santé morale. Or rien n'est plus utile que le bon sens quand on aborde les mystères. Il faut savoir le conserver. Nous chercherons, dans ces causeries, à réagir contre la tendance contemporaine à rechercher l'effet et non le fond. Les hommes les plus en vue ne paraissent pas convaincus de ce qu'ils enseignent. On ne fait plus son travail consciencieusement et à fond, on donne à la réclame plus de soins qu'au travail. C'est pourquoi on arrive au factice et au falsifié. Il faut réveiller le goût du sincère, de l'authentique, de la conscience et, pour cela, fixer nos regards non seulement sur les scènes touchantes de la vie religieuse et mystique, mais sur le sol ingrat où ces merveilles ont trouvé leur primitive substance. L'incarnation du Verbe est un drame cosmique, le drame par excellence. La scène remplit tout l'espace, toute la durée du temps. Tous les personnages qui y participèrent et toute l'armée des créatures deviennent, à un moment, des spectateurs. Il faut se représenter l'instant initial du Monde, s'imaginer le Père semant une graine de Lumière dans un univers resplendissant, celui que le Christ appelle le Royaume , puis semant une autre graine dans cette circonscription prise sur le néant qu'est la Nature. Cette graine ci est semée à l'intersection de l'espace et du temps. Chacune de ces graines croît, mais en sens inverse; la première plonge ses racines en haut, dans le sol mystique que les Sages ont appelé la vierge éternelle. L'autre plonge ses racines dans toutes les substructures inférieures du monde matériel. Les deux se chercheront, progresseront à travers les siècles, tendant l'une vers l'autre et finiront par se rencontrer. Quand la rencontre a lieu sa fleur sera la Vierge son fruit sera la Nativité . Cette fleur donne naissance à un fruit qui rendra possible la Vie éternelle et le retour des créatures dans leur véritable patrie. Chacun de nous retournera un jour dans cette patrie vers laquelle quelque chose en nous tend comme l'enfant tend les bras à sa mère, sachant qu'il trouvera en elle le refuge qu'il cherche.
Mais, pour que le retour se réalise, il faut que toutes les créatures connaissent la vie inconnue du Christ et qu'elles aient compris et réalisé profondément ce qu'elle renferme d'enseignements. Cette vie inconnue, c'est la lente croissance de l'ordre éternel.

Avant de poursuivre, je veux attirer votre attention sur une distinction capitale. Je vais vous parler de choses merveilleuses, mais il faut faire la différence entre l'Occultisme et le Christianisme. Il ne se ressemblent pas; ils n'ont en commun que quelques traits extérieurs. L'ésotérisme et l'occultisme sont l'étude des forces naturelles par des moyens naturels et crées, par des méditations et des procédés tirés de l'arsenal de la nature. Le mysticisme n'est pas une étude, c'est un système de vie; il ne cherche pas la connaissance, mais l'amour; il ne convoite rien de la création, il ne désire posséder rien que le Surnaturel. Il a aussi un Invisible, comme l'occultisme, mais cet Invisible est purement spirituel. Prenez les forces les plus subtiles que jamais adepte ait maniées; elles obéissent néanmoins à des lois, elles sont conditionnées, soumises à l'espace et au temps; aussi renferment-elles toujours une proportion plus ou moins grande de matière. La physique, par exemple, a découvert que l'électricité, les sons, la lumière, les fluides ont un poids. On verra bientôt que la pensée, la vitalité pèsent aussi quelque chose. Dans l'Univers surnaturel, le domaine du mystère, tout est libre; il n'y a pas d'autre esclavage que celui qui est accepté librement par amour. Les forces du mysticisme ne sont soumises à aucune loi. Tout leur est perméable, depuis la roche la plus dure jusqu'aux océans de feu qui incendient les comètes; rien ne peut leur être une barrière. Dans l'Océan mystique, le Père veut; le Fils obéit. Il accomplit la volonté du Père. L'Esprit est le lien qui les unit, l'artisan de ces volitions. Selon l'occultisme aussi, sans doute, le Père crée, mais les études occultes n'ont d'autre objet que l'image de la Réalité, et l'Esprit y est remplacé par les forces naturelles. Par un décret providentiel, l'Arbre du Salut éternel est dirigé vers la terre vers un certain lieu, un certain groupe, et à un certain moment de la durée. Or qu'arrive-t-il lorsqu'un chimiste veut conserver un acide violent ? Il cherche un vase imperméable afin que ses parois résistent à l'action corrosive. La Providence fait comme le chimiste. Elle a prévu que le monde, un jour, aurait besoin d'Elle. Elle a donc préparé Sa venue dans Sa forme la plus visible; mais Elle a prévu que le monde ne pourrait supporter cette incandescence venant sous la figure du Verbe. En conséquence, elle a cherché sur terre un contenant, un vase éprouvé, afin que ce feu dévorant puisse y subsister, sans que les visages qui le regardent soient réduits en cendres. Elle a choisi, pour Se manifester, le temps le plus critique, où régnaient le mensonge, la violence, la négation de l'Esprit, le temps où les faibles étaient parvenus à la limite de l'écrasement, le temps où les humains semblaient n'avoir plus qu'un pas à faire pour tomber dans l'abîme. Ce temps ressemblait assez à celui où nous vivons actuellement. La Providence a choisi, dans ce siècle-là, les hommes les plus méprisés, les épaves des civilisations les plus anciennes, mais qui étaient les porteurs du plus grand acquis psychique; un peuple tenace, préoccupé de la matière, dur, fermé, intraitable; Elle a jugé que ce peuple constituait l'organe le plus propre à réaliser les desseins de Dieu, et que là pouvait descendre le Feu de Dieu .

Tels étaient les Hébreux il y a 2000 ans. Quand Moïse les emmena d'Egypte, ces esclaves avaient dans les veines le sang noir des anciens Éthiopiens, le sang rouge des Atlantes et celui plus neuf des Celtes primitifs; mais ils étaient les hommes les plus irréductibles que l'on pût alors trouver. Moïse a mis tous ses soins de théurge à rendre cette raideur encore plus imbrisable. C'est que de ce roc devait sortir la source de la vie éternelle, de cette race devait sortir le Doux, le Martyr volontaire et perpétuel.

Le Judaïsme d'il y a vingt siècles formait le centre du monde antique. Situé entre l'Egypte rouge et la Chaldée noire, entre l'Orient fanatique et la Rome réaliste, il semblait un point mort où se rencontraient les anarchies, les novations, les traditions, les puissances césariennes et les forces des instincts populaires.
Si nous avons compris la position du Peuple Juif d'alors, nous avons déjà saisi le mode d'action du Ciel sur la terre. Le rayon de lumière est plus visible sur un fond sombre que sur un fond clair. Il en est de même du point de vue moral. Dans les enseignements du Christ nous voyons que les plus coupables ont tous ses soins, toute sa mansuétude; que, chez un homme ayant deux fils, Il ne S'occupe pas de celui qui est bon et obéissant, mais de l'enfant prodigue. Il met tout en oeuvre pour le repentir et le retour de celui-ci.

Telle est la méthode que le Père emploie aussi bien envers les individus qu'envers les peuples et les races. Là où les ténèbres sont le plus épaisses, là se dirige spécialement l'action du Ciel. Là où règnent les enfers, où le mal semble triompher, c'est là que le Verbe se présente, là que s'abat l'Esprit. Nous ne faisons pas d'ésotérisme; pourtant il nous faut étudier ce qui s'est passé à l'intérieur de ce monde surnaturel qu'est le Verbe, et qui est la corporisation de l'oeuvre providentielle du Père. Le Père, un jour, a donné la vie au monde; puis, après que l'homme eût méconnu Ses dons, Il nous a donné le moyen de rentrer dans notre patrie. L'Arbre éternel a passé par le centre d'Israël; c'est pourquoi ce peuple d'Israël, dans ses enseignements, a toujours été près de la vérité. Ces enseignements, c'est dans la Kabbale qu'on les retrouve avec le plus de pureté; en particulier la Kabbale contient de nombreuses indications sur le Verbe et la Vierge-mère. Mais, questionnons le Christ Lui même avec sincérité et ingénuité. Nous tâcherons d'obtenir des réponses, quoique celles-ci ne soient pas très urgentes, puisque ni les uns ni les autres nous n'avons pu réaliser ce que nous avons compris de Ses paroles ! Espérons qu'au moins ces réponses nous donneront plus de zèle pour faire un pas en avant. Le plan de la Création peut, en résumé, être représenté comme suit: nous sommes mis à l'école pour apprendre une leçon difficile, compliquée; ou dans un désert pour le défricher. Il y a un maître d'école chargé de nous venir en aide, dès que nous reconnaissons que nous ne pouvons plus rien apprendre par nous-mêmes; et aussi un jardinier qui a pour mission de nous montrer comment travailler. Mais pour écouter et imiter l'un ou l'autre, il faut que nous ayons des oreilles pour entendre et des mains pour travailler. Le Ciel nous donne les forces nécessaires selon notre désir et la qualité de notre effort vers Lui. Pour opérer le salut de n'importe quel être, le Verbe descend d'abord jusqu'au centre de cet être. Il y réalise Son opération divine par le ministère de l'Esprit et par l'être encore inconnu qu'on nomme la Vierge éternelle. La Vierge était déjà dans l'Éternité antérieure; elle est l'atmosphère du Royaume de Dieu où les élus sont assurés de trouver la béatitude. Dans notre coeur il y a aussi une vierge et quand le Christ, le Verbe, naît en nous, la vierge est toujours là qui préside à cette naissance. L'action du Verbe est totale et instantanée; elle n'a pas lieu seulement à un certain moment du temps, en un certain lieu de l'espace; elle se produit partout à la fois. C'est pourquoi ni les oeuvres du Christ, ni les faits de l'Évangile ne doivent être situés exclusivement dans l'Histoire. Si nous voulons en faire la nourriture de notre âme, nous devons nous souvenir que les vérités spirituelles sont de toujours et qu'elles sont éternellement agissantes. Le Christ n'est pas seulement né à Bethléem; Il naît partout où une étable veut bien Le recevoir. Il n'a pas exclusivement guéri tel ou tel individu, il y a 2.000 ans; maintenant encore cette action dure, pourvu que le malade joigne le Guérisseur dans Son domaine; et le moyen de Le joindre est cette naissance appelée la Foi. C'est qu'il n'y a pas qu'un Bethléem, qu'un Thabor, qu'un Golgotha; il en existait déjà avant ceux qui portent ces noms; et il y en aura encore jusqu'à la fin. Il y en a aujourd'hui et ces mêmes faits que l'Évangile raconte et qui s'appellent Nativité, Transfiguration, Crucifiement, se dérouleront, plus encore peut-être qu'alors, dans la gloire, parce qu'ils seront plus cachés. Une tempête dans le Pacifique pourra être calmée parce que des vagues ont été apaisées, un certain jour, sur le lac de Génézareth. Un criminel pourra trouver son pardon, parce qu'un certain larron fut pardonné voici dix-neuf siècles, sur le Golgotha. Les êtres et les personnages qu'on trouve dans l'Évangile: la drachme, le figuier, le levain, les vierges folles, l'enfant prodigue, etc. sont des êtres vivants, des vertus dont notre esprit immortel peut se nourrir, si nous le voulons bien.

Pour comprendre ces choses, il suffit d'avoir un peu ressenti la présence essentielle des êtres que l'on a coutume d'appeler inanimés.

D'abord les deux généalogies du Christ que nous trouvons dans Matthieu et dans Luc nous représentent la jonction successive de deux arbres. Chaque fois qu'un rameau descendant éternel a touché, rencontré un rameau ascendant terrestre, c'est un ancêtre de Jésus qui est né. Dans un certain endroit de la terre, une bénédiction spéciale fut donnée sous la forme de quelques épis de blé et de grains de raisin. Ces végétaux destinés à la nourriture de l'homme furent précieusement conservés par les soins des justes. C'est ce qui a permis d'acclimater sur notre terre la substance radiante du Verbe et la personne humaine du Christ. Ce froment et cette vigne, on les retrouve dans l'histoire des anciennes religions, dans les traditions des cultes les plus purs.

Melchissédec, cet homme mystérieux dont on n'a retrouvé nulle part les antécédents, quand il offrit le premier sacrifice non sanglant, fut le rénovateur de cette Bénédiction; Moïse en renouvela la forme dans l'Arche d'alliance. Dans les temples, ce n'est pas la grande statue adorée en public qui renferme les vertus du sanctuaire, c'est la petite image dont le grand-prêtre seul sait la présence cachée. La tradition catholique enseigne que le sacrifice de la messe dans une église n'est vraiment efficace que s'il a lieu sur les images ou les reliques des saints de cette église. C'est que, en réalité, le vrai support de l'énergie secrète d'un culte demeure toujours caché.

L'Arche d'alliance, on pouvait la voir; mais au dedans, à l'abri des regards, était le calice de métal où étaient gardés les grains de froment et les grains de raisin primitifs. Sur eux reposait la force du culte de Jéhovah. Quand les Israélites furent dispersés, ce calice et ces grains furent conservés en Israël: d'abord par le clergé ordinaire, les rabbins et les lévites. Parmi ces rabbins, les plus savants scrutaient le sens secret de la Thorah, de la Kabbale et ils faisaient leurs expériences métaphysiques dans les collèges prophétiques. En second lieu, il y avait les Juifs laïques: les Nazaréens consacrés à Dieu, pour une période déterminée, par une vie d'ascétisme et de pénitence. Enfin, il y eut un troisième groupe de sacerdotes secrets: les communautés esséniennes qui descendaient des prêtres à qui Moïse et Aaron avaient confié l'Arche. Les Esséniens, après la dispersion d'Israël, se réunissaient au Carmel, à Saint-Jean-d'Acre, sur l'Horeb. C'est là que fut gardé le Calice sacré en attendant que le règne de la Rigueur fût remplacé par celui de la Miséricorde en la personne du Messie.

Pour ces savants en science religieuse, les dix Sephiroth étaient les dix formes divines, et, dans l'une d'elles, la Vierge représentait la fleur de l'humanité qui devait recevoir le Sauveur. Les Esséniens travaillaient à hâter cette opération. Ils pensaient qu'un moyen de raccourcir le règne de la Rigueur était de s'en charger, de l'attirer sur eux-mêmes. Ils se condamnaient à l'ascétisme pour ce but, et s'offraient en holocaustes pour avancer la venue du Messie. Dans le Lévitique, on voit que, dans les sacrifices moïsiaques, une part de l'offrande était mise de côté pour être offerte à l'Éternel dans l'intention de Lui rappeler Sa promesse de miséricorde.

Toutes ces choses sont ignorées de l'homme ordinaire et peu connues des contemplatifs. C'est un bien sans doute, car elles soulèvent de nombreux problèmes. Si je vous raconte ces faits, qui risquent d'être considérés comme légendaires, c'est pour vous montrer combien grand est le souci du Père de nous attirer vers Lui; combien longtemps le Fils a été en marche vers nous, pour nous sauver; combien de planètes, de constellations, de nébuleuses, d'espaces Il a traversés pour nous venir en aide et rendre possible notre béatitude future !

Si nous pouvions nous représenter réellement cette marche, cette somme d'efforts renfermés dans la vie de Jésus, notre zèle s'enflammerait; nous aurions une vie toute de ferveur et de sacrifice. Nous verrions que le Verbe nous mène avec une sagesse pleine de sollicitude; que les épreuves auxquelles nous sommes soumis sont des écoles salutaires. Nous verrions comment le genre humain est mené de l'extérieur à l'intérieur; comment les sacrifices sanglants des Anciens évoluèrent vers le sacrifice non sanglant qu'est la sainte Cène et comment cette Cène est l'aurore et le présage de ce culte en Esprit et en Vérité que le Christ a annoncé.

Jésus n'a pas condamné les rites, puisqu'Il en a accompli les principaux Lui-même fidèlement; mais, entre autres lumières, Il a ravivé celle-ci; les rites ne sont rien s'il n'y a pas dans le coeur du fidèle la flamme dont ces rites sont la forme.

Toutefois, si les choses dont je veux vous entretenir ne doivent être qu'un aliment pour votre curiosité, il faut réprimer cet appétit du merveilleux et vous tourner plutôt vers les oeuvres substantielles du Maître de la Vie. Les oeuvres des hommes extraordinaires ne sont que des prestiges qui s'effacent au bout de quelques années. Les oeuvres du Christ durent toujours; ils sont les miracles de la permanente Réalité. Les hommes ne conservent leur puissance qu'un court espace de temps; le Verbe conserve toujours Son même degré de toute-puissance et d'actualité. Il est véritablement cet Alpha et cet Oméga dont parle Saint Jean dans l'Apocalypse; cette grandeur qui résulte de l'humilité; cette richesse que donne la pauvreté en esprit; cette beauté perpétuelle, couronnement de l'Amour vrai. Et, dans la mesure où nous réalisons Sa parole, nous acquérons ces merveilles spirituelles.

Telles sont les choses que je voudrais vous faire comprendre.

Source : www.ledifice.net

Lire la suite