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Le réveil des "frères " après la Révolution

19 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Mises en sommeil durant les  heures   sombres de la Révolution, les loges se réactivent sous le Consulat et l'Empire, quand l' initiation devient une preuve d'honorabilité et de réussite.

Implantée en France en 1725, la franc- maçonnerie y est florissante à la veille de la Révolution. Si la Grande Loge, dite Grande Loge de Clermont , compte moins de 200 loges, le Grand Orient, fondé en 1773, en rassemble environ 700, dont 84 à   Paris  et 479 en province , sans omettre des loges coloniales ou étrangères et des loges régimentaires. Il doit sa vitalité à son administrateur général , le duc de Montmorency- Luxembourg , plus qu'à son Grand Maître, Louis-Philippe  Joseph, duc de Chartres , puis duc d'Orléans.

La noblesse , d'épée ou de robe  , est largement présente dans les ateliers ; les aristocrates maçons représentent parfois jusqu'à 30 % des effectifs d'une loge. Dans les villes de Parlement , la présence des magistrats n'y est pas exceptionnelle. A Rouen , Louis François Elie Camus de Pontcarré, Premier Président du Parlement en 1782, est membre honoraire de la Céleste Amitié de 1782 à 1787 ; à Grenoble , en 1785, le vénérable de la loge Bienfaisance et Egalité est le Président de Barral de Montferrat, le premier surveillant, l'avocat général Savoye de Rollin et le deuxième surveillant, le conseiller La Salcette ; sur les tableaux de la loge dijonnaise la Concorde établis entre 1777 et 1783 figurent cinq Présidents ou anciens Présidents et cinq conseillers . Dans certaines loges, la présence des financiers est forte , comme dans les loges parisiennes les Amis réunis ou la Société   olympique, à laquelle appartient Necker.

  Ailleurs , le monde du grand négoce l' emporte ; en 1789, les deux tiers des 48 frères du Nouveau Peuple éclairé de Marseille   appartiennent à l'oligarchie des affaires . De nombreux ecclésiastiques, réguliers ou séculiers, sont aussi devenus enfants d'Hiram. De 1775 à 1785, la loge la Parfaite Union de Rennes a initié douze ecclésiastiques, parmi lesquels figuraient plusieurs prieurs (ceux des minimes, des bénédictins, des augustins) et le procureur des jacobins ; en 1786, la loge les Vrais Amis de Bourg-en-Bresse accueille le prieur des dominicains et celui des augustins, ainsi qu'un chanoine d'Ainay (Lyon). En Normandie , la présence des bénédictins de Saint -Maur est remarquable. Enfin, il convient de ne pas oublier les dames des loges d'adoption, comme la princesse de Lamballe.

La vie maçonnique est consacrée aux relations mondaines et à la philanthropie : aide aux vieillards, aux orphelins et aux indigents, réalisation de projets coûteux comme la construction d'hôpitaux. La culture , la lecture et les arts sont à l'honneur. Dans certains orients, les frères sont aussi membres d'une académie ; dans d'autres , au contraire, ils ont demandé à recevoir la lumière après avoir été rejetés par des académies au fonctionnement particulièrement élitiste. A Paris, la loge la Société olympique, fondée en 1783, initie des musiciens et organise des concerts ; Haydn compose à son intention six symphonies, dites " symphonies parisiennes ".

Malgré ce dynamisme, à la fin du XVIIIe siècle , le Grand Orient traverse une crise de valeurs . L'obédience est travaillée par une démocratisation de ses structures et l'on assiste à " une descente sociale du fait maçonnique " selon l' expression d'Eric Saunier, qui gagne la petite bourgeoisie. Toutes les loges n'acceptent pas cette évolution et certaines tiennent à leur élitisme social ; à Rouen, les petits bourgeois rejetés par les loges nobiliaires se rassemblent dans une nouvelle loge, l'Ardente Amitié : le mot " égalité " n'a pas le même sens dans le monde maçonnique et dans le monde profane. Par ailleurs, une frange de la maçonnerie manifeste son intérêt pour des questions idéologiques ; elle rompt ainsi avec le traditionnel apolitisme des loges, seule attitude permettant aux francs-maçons de prouver qu'ils sont de loyaux sujets, de rendre inutile la surveillance de la  police  et de réduire à néant les critiques de leurs adversaires. Cette neutralité n'est d'ailleurs pas feinte, et pour de nombreux maçons, le respect des pouvoirs établis est une exigence ; elle leur permet de s'adapter à différents régimes.

Les débuts de la Révolution voient les francs-maçons se diviser. Dès ses prémices, certains manifestent leur attachement à l' Ancien Régime . Le duc de Montmorency-Luxembourg accepte de renoncer aux privilèges financiers de la noblesse, mais refuse absolument le principe du vote par téte aux états généraux ; il émigre le 15 juillet 1789. Les maçons rouennais Camus de Pontcarré et Lambert de Frondeville sont hostiles à toute innovation ; lors des journées d'octobre 1789, le second conseille méme à Louis XVI de répondre au peuple soulevé par des coups de canon. A Marseille, le marquis de La Fare, membre de la loge le Nouveau Peuple éclairé, s'oppose à toute réforme, émigre et entretient des relations avec un réseau contre-révolutionnaire. Au total , 29 % des maçons nobles émigrent avant la fuite du roi. Mais nombre de frères font au contraire preuve de libéralisme, aspirent à des réformes et sont favorables à une monarchie constitutionnelle. Actifs lors de la rédaction des cahiers de doléances et de la préparation des élections pour les états généraux, des députés maçons, notamment du tiers état, mais aussi du clergé, se rangent derrière Mirabeau (qui avait été affilié à la loge parisienne les  Neufs Soeurs   au mois de décembre 1783) et se montrent favorables à la formation d'une Assemblée nationale constituante. Parmi les 1 200 députés de la Constituante se trouvent un peu plus de 200 maçons.

Divers auteurs insistent sur les   positions  modérées des francs-maçons durant la période révolutionnaire. Ces derniers se sentent progressivement dépassés par les événements ; la prise des Tuileries (La Fayette quitte la France après le 10 août 1792), l'exécution de Louis XVI et celle des Girondins les poussent à prendre leurs distances avec une Révolution qui leur semble aller trop loin. Aussi nombre de francs-maçons sont-ils emprisonnés ou guillotinés . Plus d'un fils d'Hiram monte en effet sur l'échafaud, et tout d'abord l' ancien Grand Maître du Grand Orient, le duc d'Orléans, dont la téte tombe le 6 novembre 1793. A Toulouse , durant le premier trimestre 1794, 70 maçons figurent sur la liste des personnes guillotinées.

Toutefois, bien d'autres francs-maçons adoptent des positions moins mesurées : Marat n'est-il pas franc-maçon ? Le 17 janvier 1793, la moitié des conventionnels maçons votent contre la mort du roi, l' autre moitié est composée de régicides, comme Charles -François Duval de La Bréhonnière et Joseph-Marie Séveste de La Mettrie, membres de la loge l'Egalité de Rennes, ou Prieur de La Marne, membre de la Triple Union de Reims et probablement de la Bienfaisance chalonnaise. A l'opposé, dans l'Ouest, des maçons s'engagent dans la chouannerie. Une conclusion s'impose : pendant la Révolution, les francs-maçons n'ont pas suivi une ligne politique unique ; que ce soit sous la Constituante, la Législative ou la Convention , on trouve des frères d'opinions divergentes ou contraires . Un épisode rend parfaitement compte de cette diversité . Le 10 aoà»t 1792, le maçon Pierre- Dominique Garnier , futur général d'Empire, est à la téte du 21e bataillon qui s'empare des Tuileries, alors que 11 des 50 officiers des gardes suisses assurant la défense du palais sont eux aussi maçons. Les francs-maçons qui ont exercé une action politique l'ont d'ailleurs fait en leur nom propre et non en celui de leur obédience ou de leur loge.

Tandis que les francs-maçons adoptent ainsi des positions différentes, les loges cessent progressivement de fonctionner. Pour la plupart, la mise en sommeil survient en 1790, 1791 ou durant le premier semestre 1792 ; mais quelques-unes ont arrété leurs activités dès 1789, comme la Parfaite Union d'Orléans, l'Union de la Sincérité de Troyes ou la Société olympique, dont le siège, situé sous les arcades du Palais-Royal , a été envahi par les gardes françaises dès le mois de juillet 1789. Cette suspension de l'activité maçonnique s'explique par la difficulté des temps, la dispersion des frères et la multiplicité des fonctions auxquelles ils sont appelés. La loge des Vrais Amis de Bourg-en-Bresse ne transmet au Grand Orient son tableau de 1789 qu'en février 1790, avec ces explications : " Les révolutions qui ont agité cette ville comme le reste du Royaume ont apporté du relâchement dans nos travaux, plusieurs de nos frères étant spécialement chargés des affaires publiques . " En effet, les francs-maçons, qui sont souvent des notables, se trouvent logiquement chargés de tâches administratives, dans les départements, les districts, les municipalités. Les mutations de la sociabilité entraînent un transfert d'activité des loges vers les clubs et les sociétés populaires. Malgré tout, quelques loges du Grand Orient fonctionnent encore en 1793 et 1794 grâce à une forme de " mimétisme révolutionnaire ". Quatre loges de Toulouse (Les Coeurs réunis, la Française Saint-Joseph des Arts, la Sagesse et les Vrais Amis réunis) se transforment en " loges républicaines ", brà» lent leurs anciennes constitutions, exigent un certificat de civisme des candidats à l'initiation, font revétir un bonnet rouge à leurs dignitaires. Paradoxalement, d'anciennes règles maçonniques sont conservées dans ces loges républicaines ; elles refusent d'initier les domestiques et les travailleurs manuels salariés et maintiennent une ségrégation sociale entre loges de petits artisans (les Vrais Amis réunis) ou de gros négociants (la Sagesse). Le représentant en mission les fait d'ailleurs fermer au mois d'octobre : le pouvoir révolutionnaire voit souvent d'un mauvais œil ces sociétés secrètes o๠peuvent conspirer les ennemis de la République.

En ces années difficiles, il y a malgré tout quelques fondations. En décembre 1790, le Dr Gerbier installe la loge parisienne des Amis de la Liberté, qui se proposent d'assurer la diffusion du message républicain dans le monde maçonnique ; en 1793, est créée la loge parisienne le Centre des Amis, fondée pour sauvegarder les valeurs et les rites de la maçonnerie traditionnelle. Ces deux loges entretiennent des relations. En octobre 1790, apparaît le Cercle social, qui tient de la loge, du salon littéraire et du club politique, mais qui n'est pas une loge à proprement parler, bien que 20 % de ses membres - parmi lesquels figurent Barère, Condorcet et Camille Desmoulins - soient maçons.

Les obédiences se heurtent aux mêmes difficultés que les loges. La Grande Loge de France tient sa dernière réunion le 3 octobre 1791. En 1792, le Grand Orient arrive à former une sorte de comité officieux pour la sauvegarde des personnes et des biens ; il poursuit son activité jusqu'en février 1793. A cette date, il n'a plus de Grand Maître puisque le duc d'Orléans a donné sa démission le 5 janvier 1793, par une lettre célèbre publiée dans le Journal de Paris .

Dans ces conditions, que vaut la fameuse thèse du complot, lancée par l'abbé Lefranc, reprise par l'abbé Barruel et indéfiniment ressassée par la suite, par Augustin Cochin, par Bernard Faà? et d'autres ? Que vaut l'opinion d'amis de la Révolution, de la République et de la franc-maçonnerie, comme Louis Blanc, pour qui les loges ont donné une impulsion décisive au processus révolutionnaire ? Tous les travaux des historiens rigoureux et impartiaux en ont fait justice, tout en reconnaissant, qu'à l'instar d'autres sociétés, les loges ont joué un rôle dans la diffusion des Lumières et la propagation de la notion de liberté.

Les obédiences reprennent leurs activités après quelques années d'interruption. La Grande Loge se réveille le 24 juin 1795. Le 24 février 1797, le Grand Orient, qui a repris une certaine vigueur depuis 1795, peut à son tour annoncer officiellement sa renaissance. Bonaparte comprend vite l'intérêt politique et social de la franc-maçonnerie ; il s'appuie sur elle comme sur une sorte de " parti officiel ", afin de contrôler tout ce qui compte dans l'opinion publique. L'abeille napoléonienne s'allie à l'acacia, l'un des symboles de la franc-maçonnerie.

Dans les différents orients, les loges, progressivement réveillées après le 9 Thermidor, mais surtout à partir du Directoire, reprennent vie sous le Consulat ou l'Empire. Des loges nouvelles " allument leurs feux " : ainsi, à Paris, la Clémente Amitié en 1805, ou la Rose du Parfait Silence en 1813. La composition des loges change : plus sensible aux condamnations pontificales qu'avant 1789, le clergé ne demande plus l'initiation ; la noblesse d'Ancien Régime rentrée d'émigration hésite à côtoyer la noblesse d'Empire ; les fonctionnaires francs-maçons sont au contraire nombreux. Localement les notables appartiennent souvent à la loge, car, sous l'Empire, l' initiation est considérée comme une preuve d'honorabilité et de réussite. Dans la loge du chef-lieu de préfecture, le maillet de vénérable est souvent tenu par le préfet ; de 1800 à 1814, les francs-maçons représentent 47 % du corps préfectoral. L'exemple de la loge Saint-Jean des Arts d'Auch est exemplaire. En 1806, M. Balguerie, préfet du Gers, tient le premier maillet ; à ses côtés maçonnent le directeur des Droits réunis, le conservateur des Hypothèques, le vice-président du tribunal et d'autres notables civils, et le général de division Dessoles. Les maires trouvent aussi leur place dans les loges, comme Louis Lézurier , maire de Rouen et membre de l'Ardente Amitié ; de 1800 à 1815, les maires successifs de Vannes appartiennent tous à la loge la Philanthropie. Trois des 93 loges que Paris compte en 1810 sont particulièrement prestigieuses, la loge Sainte-Caroline, l'Impériale des Francs Chevaliers et surtout la loge Saint-Napoléon, et cette dernière reçoit " sur ses colonnes " 3 maréchaux, 9 généraux et un vice-amiral ; son vénérable est le naturaliste Lacépède, qui est aussi grand chancelier de la Légion d'honneur.

De nouveau, l'activité des loges consiste surtout en mondanités et en pratiques de bienfaisance ; en 1805, la loge Saint-Louis des Amis réunis de Calais met au concours un sujet portant sur " la franc-maçonnerie en tant que société charitable ". Le caractère ésotérique du travail maçonnique est alors pratiquement abandonné, tandis que s'impose la dimension religieuse, avec l'invocation au Grand Architecte de l'Univers. L'inféodation à la dynastie Bonaparte est absolue. Les frères fétent avec enthousiasme les victoires militaires, le sacre de Napoléon ou la naissance de son fils. Le buste de l'empereur trône dans les loges ; aux Cœurs unis de Blaye, un buste est ainsi inauguré en grande pompe le 29 aoà»t 1805.

Etroitement liée à l'Empire, la franc-maçonnerie se ressent de la chute de Napoléon. La fin de l'alliance de l'acacia et de l'abeille ouvre une nouvelle période de son histoire. Source : http://www.chroniqueshistoire.fr/

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Avec la Révolution, la plupart des loges disparaissent

19 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Alors que la franc-maçonnerie s’épanouit tout au long du XVIII siècle, touchant de nouvelles classes de la société, la Révolutionva provoquer des frictions parmi les frères bourgeois, aristocrates ou militaires, mettant durement à l’épreuve la « fraternité ».

En 1738, l’ordre a son premier grand maître français, le duc d’Antin, élu ou simplement choisi, peut-être grâce à l’appui de Saint-Florentin et du duc de Richelieu. La maçonnerie commence à se diffuser en province, tandis qu’elle conquiert des couches de la petite bourgeoisie parisienne. A la mort du duc d’Antin (1743), Louis de Bourdon-Condé, comte de Clermont, est élu contre le prince de Conti et le maréchal de Saxe. Sa longue grande maîtrise (1743-1771) sera marquée par l’épanouissement de l’Ordre, mais aussi par de profondes divisions. En 1771, la Grande Loge de France compte quarante et une loges à Paris, cent soixante-neuf en province, onze aux colonies, cinq à l’étranger plus trente et une loges militaires. En 1771, il n’est guère de ville de quelque importance qui n’ait ou qui n’ait eu sa loge. Celles-ci se mettant beaucoup plus vite en sommeil au XVIIIe siècle que de nos jours. Il semble que les éléments de diffusion de la maçonnerie aient été les maçons eux-mêmes et, plus particulièrement, ceux qui se déplaçaient beaucoup : militaires, marins, commerçants. L’organisation centrale de la maçonnerie est embryonnaire et le restera encore longtemps. Clermont, très populaire parmi les maçons, confie la gestion de l’ordre à ses « substituts généraux » dont certains, comme le banquier Baur, le « maître à danser » Lacorne et surtout le magistrat Chaillon de Joinville, ne manquent pas de valeur, mais tout simplement d’autorité.

La patrimonialité du premier maillet

Les maîtres de loge parisiens se rendent pratiquement indépendants par la pratique de la patrimonialité du premier maillet, tandis que les grandes loges provinciales font ce qu’elles veulent et, notamment, créent des ateliers sur tout le territoire français. Enfin, avec le développement de l’Ecossisme, il n’y a plus aucune unité rituelle. En 1758, La Grande Loge se scinde : c’est le schisme entre « lacornards » et « anti-lacornards » qui durera. En 1762, Chaillon de Joinville tente vainement de réconcilier les deux factions. Le 4 février 1767, celles-ci se heurtent, et le lieutenant de police Sartines interdit les tenues de la Grande Loge. Celle-ci se réunira plus avant la mort du comte de Clermont le 16 juin 1771. Les « ex-laconards » prennent langue avec le duc de Chartres et proposent son nom pour la grande maîtrise. Il s’ensuit une réconciliation entre les deux factions et le 24 juin, Chartres est élu Grand Maître et le duc de Luxembourg grand administrateur général. Le 27 décembre suivant, une nouvelle Grande Loge est installée. Le 5 avril 1772, le duc de Chartres acceptait la grande maîtrise. Une « commission des statuts » commença alors à fonctionner sous la direction du duc de Luxembourg qui, le 12 février 1773, approuva son travail. Le 5 mars, les délégués des loges de province se réunissent. C’est de cette assemblée qu’est sorti le Grand Orient. Très rapidement, elle se heurte à l’hostilité des maîtres de loge de Paris. Ceux-ci protestent d’abord contre la tenue de la réunion, puis après des injonctions, s’y associent. La situation se durcit lorsque, le 14 juin, sont acceptées les dispositions au terme desquelles « Le Grand Orient de France ne reconnaîtra désormais pour vénérable de loge que le maître élevé à cette dignité par le choix libre des membres de la loge ». Le 26 juin 1773, les statuts de l’Ordre royal de la franc-maçonnerie en France « sont adoptés ». Au même moment quarante-six maîtres parisiens créent une nouvelle Grande Loge. C’est la Grande Loge nationale (ou Grande Loge de France, ou Grande Loge de Clermont 1773-1799). Il est difficile d’évaluer sa puissance. En 1778, elle annonçait cent vingt-neuf maîtres de loge à Paris, dont vingt-sept absents,et deux cent quarante-sept loges dans la province, les colonies et les loges militaires. Mais en 1789, la Grande Loge ne possède plus qu’une centaine de loges en activité. Elle se met en sommeil dès 1791 pour reprendre ses travaux le 17 octobre 1796. Par la suite, la Grande Loge ressuscitée n’eut plus les hommes capables de l’imposer socialement au Grand Orient de France.

Un Grand Orient très prospère

A l’inverse, de 1773 à la Révolution française, le Grand Orient de France, sous la direction nominale du duc de Chartres, mais de fait du duc de Luxembourg, connaît une ère d’immense prospérité. A la veille de la Révolution, il possède quelque cinq cents loges et probablement une centaine de milliers de maçons. Tout ce qui compte dans la vie sociale à Versailles, à Paris, en province est ou a été maçon. Sous l’égide du Grand Maître travaillent des loges militaires, des loges d’adoption groupant des dames de très hautes noblesses, comme la duchesse de Bourbon, des loges navales, des loges coloniales. Grâce à une administration relativement solide, le Grand Orient réussit à maintenir un semblant d’autorité sur ce monde maçonnique. Il obtient que chaque loge, de création nouvelle ou ancienne, lui présente ses constitutions qui doivent être renouvelées. Bien entendu, toutes les idéologies ont pu s’y rencontrer. Socialement, 80 % de membres et du tiers état contre 15 % de nobles et 4 % d’ecclésiastiques (chanoines, curés et religieux en proportion inégal). Sauf au niveau épiscopal, il semble que les interdictions pontificales aient peu joué. Les nobles sont essentiellement militaires, non seulement dans les loges militaires, mais même dans les loges « bourgeoises ». Les grands noms ne manquent pas.

Pas de pauvres ni de juifs !

Quant au Tiers, il est dominé par les officiers royaux et les négociants. L’artisanat et la boutique sont très – souvent exclus… Car malgré le principe d’égalité, on cherche à « maçonner » entre gens du même milieu : loges « aristocratiques », négociantes ou « petites bourgeoises ». Les « pauvres » sont éliminés tout comme les comédiens (mais pas les musiciens), les juifs mais pas les protestants (qui au contraire, jouent souvent un rôle majeur). Le monde littéraire et artistique est important et ne le sera jamais autant. On compte un millier d’auteurs estimables sur les six mille connus. La majorité des francs-maçons est indiscutablement « éclairée » mais on peut citer quelques farouches ennemis de l’Encyclopédie de Diderot dont Fréron et Lefranc de Pompignan, ainsi le rôle de l’Ordre dans l’Encyclopédie est-il marginal. La musique est représentée avec Cherubini, méhul, Piccinni, Delayrac. Certaines loges possèdent d’ailleurs de véritables orchestres. Certains historiens affirment que la décadence de l’Ordre aurait commencé dès la veille de la Révolution à la date des réunions des Assemblées de notables et celles des Assemblées provinciales créées par Loménie de Brienne. Ce n’est pas évident, même si ce n’est pas contestable pour quelques régions dont l’Ile-de-France et peut-être la Provence. Mais une fois la Constituante réunie, et les premières décisions politiques prises, la maçonnerie essaie de montrer à l’égard de la monarchie constitutionnelle le même loyalisme qu’à l’égard de la monarchie absolue, fidèle en cela aux Constitutions d’Anderson. La plupart croie que la maçonnerie n’est nullement en dysharmonie avec l’ordre nouveau, mais ne blâment jamais ceux qui y sont hostiles, « aristocrates » et plus tard « émigrés ». Mais la « cohabitation » devient impossible, et les frères expliqueront a posteriori ces ruptures qui entraînaient souvent la disparition des loges par « circonstances » ou « la différence des opinions politiques ». Disparaissent donc les ateliers « aristocratiques », la plupart des loges militaires, mais également beaucoup de loges bourgeoises. Les frères « entraînés » par les affaires publiques négligent les assemblées. « Nous avons, écrit le 28 mai 1792 un vénérable de Toulon au Grand Orient, des occupations plus urgentes et plus conséquentes que la maçonnerie. » Effectivement, beaucoup de frères, notables de leur ville, sont appelés à la hâte des municipalités, des districts et des départements, ou à la direction des sociétés populaires. D’une façon générale, les loges étaient entrées en sommeil avant le 10 août 1792. Il reste peut-être un dixième de l’effectif en 1792, mais il et difficile de donner une proportion exacte, car beaucoup d’ateliers ont subsisté sous forme profane ou d’une manière informelle. La situation s’aggrave avec l’avènement du gouvernement révolutionnaire. Certes, il n’y eut jamais, comme sous le gouvernement de Vichy, d’interdiction générale de l’Ordre. Mais les jacobins lui sont hostiles car ils pensent que, dans une République, il ne doit y avoir d’organisation dont l’activité échappe au contrôle populaire. C’est d’ailleurs ce que reconnaît le Grand Maître, Philippe d’Orléans, Philippe-Egalité, dans sa célèbre lettre du 3 janvier 1793 (rendue publique le 23 février). Les arrêtés d’interdiction sont donc l’œuvre de représentants en mission de districts, de départements ou de sociétés populaires particulièrement zélés. Comme souvent, en pareille circonstance, l’attitude des frères a beaucoup varié ; certains se sont soumis, attendant des jours meilleurs. A Bordeaux et à Toulouse, certaines loges, formées essentiellement de militaires et de fonctionnaires, continuent à se réunir librement « sous la protection des lois » en pratiquant le « mimétisme révolutionnaire » (changement de titres distinctifs, rubans tricolores dans les décors, tutoiements, adoption du calendrier révolutionnaire, etc.). Aurait ainsi survécu une trentaine de loges, chiffre minimal, car des découvertes de documents sont toujours possibles. Nous savons, d’autre part, qu’il y a eu, ici et là, des tenues informelles qui ont permis, dès la réaction thermidorienne et sous le Directoire, la restauration de l’Ordre. Nous connaissons mal le moment où les instances dirigeantes ont cessé de se réunir. Le redressement rendu très difficile par la dispersion politique des frères, mais aussi par la politique imprécise du Directoire, ne fut pas aisé. Le Grand Orient avait survécu jusqu’à l’été 1794. A la veille de la Révolution, les frères (appartenant essentiellement à la haute noblesse) se divisent : pour ou contre Brienne, pour ou contre Necker. Cette division s’accentue lors des élections à la Constituante. Malgré les efforts du député lyonnais, Milanois, il est impossible de réunir les frères députés en fraternelle. L’attitude politique de ces élus est édifiante de la profonde rupture qui se produisit, pendant la décade révolutionnaire, à l’intérieur du pays. Dans la noblesse où l’épée domine, la rupture s’effectua très vite. Un quart des maçons nobles suit le duc d’Orléans dans son rapprochement avec le Tiers. Par la suite, nous rencontrons ces « sires » à tous les horizons politiques, de la gauche (Beauharnais, Hérault de Sechelles), à la droite (Cazalès) et à l’émigration (Montmorency-Luxembourg, Croÿ). Les représentants du clergé restèrent relativement cohérents jusqu’au vote de la Constitution civile du clergé : la majorité passe dans l’opposition, mais ceux qui deviendront évêques constitutionnels, en sont partisans.

Des maçons de tous horizons politiques

La masse des députés du Tiers fut, dans son ensemble, constitutionnelle. Il y eut quelques partisans de l’Ancien Régime, Faydel, Paccard et surtout Martin Dauch, député de Castelnaudary, le seul député à refuser de prêter le Serment du Jeu de paume. Il y eut également quelques députés en relation avec l’extrême gauche, (Barère, Prieur de la Marne, Merlin de Douai, etc.). D’après les votes, on peut dire qu’une centaine de maçons était favorable à la Révolution, une cinquantaine a eu une attitude effacée, quarante ont été nettement hostiles au mouvement parmi lesquels trente et un émigrèrent. Par la suite, vingt-neuf siégèrent à la Convention, une douzaine dans les conseils du Directoire. Quatre-vingt-un se rallièrent au Consulat et à l’Empire, quinze à la Chambre des Pairs de 1815 dont quatre refusèrent de voter la condamnation du frère maréchal Ney. A l’Assemblée législative (octobre 1791-septembre 1792), il y a des maçons de tous bords politiques : à droite, Pastoret, Lameth, Mathieu Dumas, Beugnot, Jaucourt, Girardin ; à gauche, Couthon, Guadet, Lacombe, Saint-Michel, Romme, Lamarque. Plus difficiles à classer, Aubert Dubayet, Lacépède, Muraire. Sous la Convention (21 septembre 1792-26 octobre 1796), les cent soixante parlementaires se divisèrent. Lors du vote test sur la condamnation du roi le 17 janvier 1793, soixante-dix votèrent la mort, treize le sursis, cinquante-deux d’autres peines. Si on ajoute à ces non-régicides ceux qui ont voté l’amendement du frère Miailhe (le sursis), on arriva à un total de soixante et un, égal, à une unité près, à celui des régicides. Si on tient compte de la distinction classique Montagnards-Girondins-Plaine, une trentaine s’orientèrent nettement vers la Gironde, une cinquantaine vers la Montagne, la grande masse étant « centriste ». Mais ces frères s’engagèrent souvent jusqu’à la mort inclusivement. L’attitude des parlementaires n’a guère de répercussions sur les frères de la base. Il y a toujours eu une maçonnerie de « droite », sinon d’ « extrême droite ». Aux débuts, elle apparaît dans les loges « aristocratiques » jusqu’à leurs dissolutions. A Toulouse, vingt-sept parlementaires furent exécutés sous la Terreur. A Lyon, il y eut centre trente-six victimes de la répression révolutionnaire après la prise de la ville, car les frères avaient été nombreux dans la municipalité girondo-royaliste (Vireu, Savaron, Perprissé, Duluc, Gilibert). Dans l’Ouest, il y eut évidemment émigration, mais surtout participation très active au soulèvement vendéen avec Charrette. La Bourdonnaye, Contades… En tant que « corps », la maçonnerie n’a pas à se féliciter de la Révolution. Le nombre des victimes maçonnes n’a jamais été établi, sauf pour le cas de Lyon qu’il est impossible de généraliser. Les organismes directeurs avaient pratiquement disparu et peu de loges avaient réussi à se maintenir. Le redressement avait commencé mais sous le Directoire l’Ordre était profondément divisé, et cette distinction était, non pas seulement l’ordre idéologique, mais aussi politique. Il y a désormais des ateliers jacobins et des ateliers monarchistes. Par contre, les anciennes distinctions de « rites » et d’ « obédiences » se sont à peu près estompées. Et les légendes apparaissent et se développent. Elles dureront jusqu’en 1940. L’accusation d’avoir été aux sources de la Révolution se mêle d’autres idées. La « lato-mophagie » (littéralement « bouffeur de maçons ») est parfaitement contemporaine à l’Ordre et on en trouve les premières traces en Angleterre au XVIIIe siècle… Il n’y a évidemment jamais eu l’ombre d’une preuve de l’existence d’un complot contre l’Eglise et contre l’Etat et a fortiori que ce complot ait eu une origine maçonnique. Sous l’influence de l’abbé Barruel, prends corps une violente campagne antimaçonnique visant à faire de la Révolution française, puis des révolutions subséquentes – indépendance sud-américaine, risorgimento, développement du nationalisme hongrois et tchèque, puis plus tard russe – une œuvre maçonnique. Il semble que cette idée ait connu un immense succès dans les milieux aristocratiques et particulièrement au sein du clergé à qui il fournissait une réponse facile aux questions posées. Aux accusations de Barruel, les loges répondirent par une négation à peu près totale. Mais le polémiste le plus efficace fut l’ex constituant grenoblois, Jean-Jacques Mounier, bien placé pour parler de ces problèmes, puisqu’il avait joué dans les prémices de la Révolution, un rôle capital. Mounier n’est pas isolé. Les frères prennent la plume nient toute relation entre maçonnerie et jacobisme. Mais le mythe survit et prospérera. Sous l’Empire, tout le monde se tait, et la police, tout autant que les préfets, défendent la maçonnerie contre les attaques du clergé. En revanche, la Restauration est marquée par une forte reprise de la polémique antimaçonnique. Dès 1815, est publié Le nouveau judaïsme ou la franc-maçonnerie dévoilée, œuvre d’un auteur anonyme qui reprend les aveux de Cagliostro. Celui-ci avait interprété le fameux « LDP » (liberté de passer) du grade de chevalier d’Orient par Lilium destrus pedibus (« Foule les lys aux pieds ») est affirmé que le but essentiel de l’Ordre était de détruire la monarchie. Plus grave, dès 1820, apparaissent les idées de « satanisme », la maçonnerie « synagogue de Satan » et, ponctuellement, on voit des « ultras » s’adressant à la justice ou à la Chambre des pairs pour obtenir l’interdiction de l’Ordre.

Un rôle très discret

Malgré cette attitude hostile du pouvoir, la maçonnerie n’a jamais cessé de renier la Révolution. C’est en 1848 que les choses vont changer, par la grâce d’un profane de génie, Alphonse de Lamartine qui, le 10 mars, fait sienne l’affirmation parfaitement inexacte de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » avait « de tous temps » été celle de l’Ordre. Lamartine lui donnera toute sa résonance. Désormais, la devise qui était déjà celle de la République (de la seconde, pas de la première) va devenir celle de la franc-maçonnerie française. Il y a un évident contraste entre le rôle très discret, sinon nul, de la maçonnerie pendant la Révolution et la légende qui l’entoure. Il va sans dire qu’il ne saurait être question de nier l’influence de certains maçons sur les événements, même si la maçonnerie n’y a pas joué un rôle de premier plan. Le Vendéen d’Autichamp eut-il été différent s’il eut été profane ? Le rôle de Couthon au Comité du salut public aurait-il été le même s’il n’avait appartenu à l’atelier tarbais ? Question que nous sommes en droit de nous poser, même s’il est historiquement au moins, impossible de répondre.

Source : http://www.chroniqueshistoire.fr/

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Invocation de réconciliation

19 Avril 2012 , Rédigé par D Clairembault Publié dans #hauts grades

Obtenir sa réconciliation était pour les membres de l'ordre des Élus coëns une étape indispensable à leur avancement. Pour y travailler, les émules de Martines utilisaient une prière particulière, l'invocation de réconciliation, pendant leurs travaux mystiques. Qu'en est-il de cette réconciliation ? Elle consiste à obtenir un signe venant de l'« esprit bon compagnon » qui accompagne chaque homme durant son exil terrestre. Ce signe, qui se manifeste le plus souvent sous la forme d'un hiéroglyphe lumineux, constitue pour l'initié un indice décisif qui lui montre qu'il a fait le premier pas sur la voie de la réintégration.

Le texte que nous présentons ici est celui qu'utilisait la sœur de Jean-Baptiste Willermoz, car quelques femmes furent membres de l'Ordre. L'original de ce document se trouve dans le recueil Ms 5471 de la bibliothèque municipale de Lyon, à la suite de la collection des lettres. D'après le professeur Gérard Van Rijnberk, il est écrit de la main de Louis-Claude de Saint-Martin. Une autre plume, qu'il suppose être celle de Mme Provensal, la sœur de Willermoz, a fait des adjonctions au texte primitif. Ces ajouts sont probablement destinés à mettre le texte au féminin. Curieusement, certaines parties du texte sont pourtant restées au masculin.

Gérard Van Rijnberk a reproduit ce texte dans le tome second de son livre Un Thaumaturge au XVIIIe siècle, Martines de Pasqually, sa vie, son œuvre, son ordre, Lyon, Derain–Raclet, 1938 (p. 168-171). C'est cette transcription que nous avons utilisée ici. Cependant, nous en avons modernisé l'orthographe et complété – quand cela était possible – les mots écrits sous forme abrégée. Ces éléments ont été placés entre crochets. De même, nous avons corrigé ce qui nous semblait être des erreurs de transcription, en particulier les « Ô » qui étaient transcrits comme des chiffres « 0 ».


« Ô Éternel, ô + 10 †, tout puissant, toi par qui j'ai reçu l'être, toi qui, par le caractère sacré que tu as mis en moi, m'as distingué de toutes tes autres créatures, en ce que tu as allumé en moi un feu qui ne peut pas s'éteindre et qui me distingue si fort de toutes les autres créatures dont l'existence apparente ne peut subsister que par le temps, pour un temps, et dans le temps, les élus de la création matérielle n'étant que l'effet de tes puissances secondaires, ne peuvent avoir ni la durée ni l'intelligence des êtres premiers.

Daigne jeter un regard de miséricorde sur ta faible servante, ne cesse jamais de me réchauffer du même rayon d'où tu m'as émanée pour servir et contribuer à la manifestation de ta gloire et de ta puissance. Soutiens toi-même ton ouvrage, car sans ton puissant secours, il ne peut s'attendre qu'à être enfoncé dans les ténèbres et dans une privation spirituelle si effrayante, qu'elle me paraît cent fois pire que la mort.

Oui, Éternel † id., je suis sous le fléau de ta justice pour l'expiation du crime du premier des hommes, et pour celle de mes propres égarements. Si tu n'adoucis toi-même les maux qui m'accablent, ou que tu ne te joignes à moi pour augmenter mes forces, je suis menacée à tout moment de succomber, et de perdre de vue le seul flambeau qui peut m'éclairer et me guider pendant mon passage dans cette région inférieure terrestre.

Je me prosterne couvert de honte et de confusion devant ta suprême maje[sté]. Je frémis du néant et de la privation horrible où ton faible serviteur est réduit [… ?] Être un exemple immémorial à mes semblables de la grandeur de ta puissance et de ta justice. Quel usage ai-je fait des vertus spirituelles dont tu avais revêtu ton h[omm]e ?

Malgré le peu de fruits que j'ai tiré de tous ces bienfaits, ô 10, tu veux encore me combler de ta miséricorde en m'admettant aux cercles puissants de la réconciliation spirituelle de l'h[omm]e de désir. Que te rendrai-je pour tant de faveurs qui me font sentir d'autant plus mon indignité envers toi ? Reçois donc le sacrifice que je te fais de mon cœur, de mon corps et de mon âme ; reçois celui de ma pensée, de ma volonté et de mon action ; reçois surtout celui de mon libre arbitre dont je fais si faiblement usage pour le bien de mon être spirituel, et pour l'observation de ce que tu désires de moi.

Je t'en conjure par les trois noms puissants destinés à opérer toutes tes œuvres spi[rituelles] et tempo[relles], ô 8, ô 7, ô 4 ; je t'en conjure par toutes les vertus que tu y as attachées et par tous les faits qui en sont provenus comme étant l'image de la pensée, de la volonté et de l'action innée dans tout être spi[rituel] divin. Reçois donc l'offre que je te fais de ces facultés qui me constituent être vraiment spi[rituel] divin et qui doivent comme tel me rendre redoutable à tous les ennemis de ta loi. Empare-toi si bien de ces facultés qu'elles n'aient de vie que pour toi seul, par toi seul, et en toi seul, qui est la vie, la voie et la vérité. Fais que par le pouvoir de ce mot que je ne prononce qu'en tremblant, ô v.. R 10, tous les chefs pervers et tous leurs intellects d'abomination s'éloignent de moi sans retour et me laissent jouir des consolations que tu accordes à ceux qui, par leur vrai désir et leur persévérance dans les combats, peuvent parvenir à faire jonction avec l'être fidèle et puissant que tu as attaché à ton mineur.

G[rand] Dieu des cieux et de la terre, par son origine spi[rituelle] et non matérielle, par le même nom, ô + 10, je vous commande, ô 7, ô + 4, ô + 7, ô + 3, de vous attacher constamment à ma personne, de me diriger dans toutes mes actions spi[rituelles] temporelles, simples, universelles, générales et particulières. Je vous livre entièrement mon libre arbitre par lequel l'h[omm]e s'est rendu et se rend coupable tous les jours. Faites que mes désirs, ma volonté, et généralement tout ce que je peux faire, soient absolument conformes à ce que vous pouvez exiger de moi, en vertu de la charge qui vous a été donnée de veiller sur moi. Prévenez-moi sur tous les événements qui pourraient me nuire spi[rituellement] et corporellement, prévenez-moi contre les ruses et les attaques de l'esprit de ténèbres qui ne cherche qu'à m'entraîner dans la plus horrible confusion.

Ô + 7, ô +4, ô +7, ô + 3, prévenez-moi sur tous les dangers auxquels l'h[omm]e est exposé spi[rituellement] et corp[orellement] pendant son court passage dans la région élémentaire, qui ne lui est accordé que pour travailler sans relâche à rebâtir le temple spi[rituel] de Jérusalem renversé par les ennemis de la vérité. Faites-moi connaître votre assistance par quelques caractères hiéroglyphiques et autres signes que vous employez visiblement p[ou]r vos proportions à la faiblesse de l'h[omm]e actuel qui ne pourrait soutenir votre vue sans ce moyen.

Disposez ma forme de ma matière impure, afin qu'elle soit propre à recevoir communication de vos intellects divins par lesquels vous faites parvenir à l'h[omm]e vos volontés et les ordres que vous recevez du Créateur pour le soutien et l'avantage du mineur, et pour la molestation de ses ennemis.

Et toi, ô + 3, veille particulièrement sur l'esprit de matière qui anime ma forme, qui, en qualité d'esprit inférieur, ne peut avoir l'intelligence des œuvres spi[rituelles] des êtres supérieurs à lui, mais qui, dans l'état actuel de l'h[omm]e, est le premier soutien qui lui soit accordé pour marcher dans cette région matérielle temporelle. Prends-en soin, ô + 3. Éloigne d'elle tout esprit impur qui voudrait s'en emparer pour empêcher l'approche et la jonction qui doit se faire par son moyen de mon âme spi[rituelle] divine avec l'esprit spi[rituel] divin préposé par le Créateur éternel à la garde et à la conduite de tout h[omm]e errant sur cette surface.

Je vous conjure tous, esprits que j'ai invoqués et que j'invoque encore, ô + 10, ô + 8, ô + 7, ô + 4, ô + 7, ô + 4, ô + 7, ô + 3, de recevoir et d'agréer la confiance que je vous donne pleinement aujourd'hui, me proposant fermement d'abjurer la faible et obscure volonté de l'h[omm]e, pour ne me conduire désormais que par votre volonté de vos desseins spi[rituels] sur moi. Je le jure solennellement devant vous, et je le promets par ce [ici un mot taché] terrible qui a tout fait et tout constitué, ô + 10. Amen.

Prends sous ta sainte garde, ô + id., toutes les facultés de mon être corporel et spirituel. Éloigne d'elles toute insinuation mauvaise ; préserve-les de toute communication de l'être pervers qui me persécute, afin qu'il n'y ait rien en moi qui n'agisse et ne vive conformément à tes lois, tes préceptes et tes commandements.

Tu as promis d'accorder à ta créature tout ce qu'elle te demanderait en ton nom ; mais tu veux qu'elle ne t'offre que des vœux purs et des désirs qui la rapprochent de toi ; tels sont ceux que mon cœur te présente en ce moment. Exauce-les comme tu as exaucé ceux de Judith, ta fidèle servante, lorsqu'elle invoqua ton nom, et qu'elle implora ton secours contre les ennemis de ton peuple. Répands sur moi les mêmes grâces que tu as répandues sur Merian, Esther, Elizabeth, et sur tous ceux et celles qui, depuis, et avant l'élection de ton peuple choisi, t'ont toujours invoqué en sainteté. Je n'ai d'autre envie que d'imiter leur exemple, et de montrer à mes semblables, par la force et la justesse de mes actions, que tu écoutes vraiment ceux qui te prient dans l'humilité de leur cœur, et que tu prends soin toi-même de ceux qui ne mettent leur confiance qu'en toi, ô + id.

Et toi, ô ag. 6, ne cesse de veiller à la conservation et à la défense de mon être mineur spirituel qui t'est confié par ordre du grand A[rchitecte] D[e] L['univers]. Commence par disposer mon âme à retenir l'impression de tes intellects spirituels, afin que tous les secours que je dois recevoir de toi, ô + 6, ne soient pas sans effet, et ne tournent pas plutôt à ma honte et à ma confusion qu'à l'avantage de mon être particulier spirituel mineur divin. Fais une fidèle garde autour de moi, inspire-moi toujours l'horreur du vice, de toutes les souillures matérielles, et de tout ce que mon ennemi ne cesse d'insinuer à ceux qui lui laissent prendre empire sur eux-mêmes.

Unis-toi à moi de façon que ma volonté et la tienne ne soient qu'une même chose, parce que je ne puis être en correspondance parfaite avec toi que je ne le sois avec le Créateur divin qui t'a placé auprès de moi pour être mon guide et mon appui. Ô ag. 6, préviens-moi sur les dangers qui peuvent me menacer corporellement et spirituellement. Combats avec moi dans les attaques que j'aurai à soutenir. Sois docile à la voix de celle qui t'invoque et te commande par le nom sacré, ô + 4 id. Sois toujours prêt à répondre à mon intention, et à obéir à la force de mon Verbe, afin que par ta présence, je sois supérieure à tous les événements de cette vie de larmes. Fais qu'il n'y ait aucune circonstance où je ne sente ton secours et ta protection puissante, ô + 6. Fais enfin qu'à l'image de mon principe, jamais le mal n'ait aucun accès dans moi, et que lorsque le Créateur éternel daignera me délivrer de cette prison ténébreuse (en désignant le corps par la main droite à l'ordre), je puisse retourner vers lui aussi pure que je suis sortie de son sein. C'est par le même nom sacré, ô + 4 id., que je t'en conjure. Amen. »

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Réaux-Croix, un grade sous les feux de la rampe

19 Avril 2012 Publié dans #hauts grades

Vient de paraître sur l’excellent site Philosophe-inconnu.com un billet de Dominique Clairembault portant le titre L'initiation au grade de Réaux-Croix. Cette publication fort intéressante fait d’une certaine façon écho au très important livre de Serge Caillet, sorti il y a quelques mois et intitulé Les Sept Sceaux des Elus coëns.[1] 

 

Au final de cette superbe étude, Serge Caillet aborde le grade de Réau+Croix et les documents actuellement en notre connaissance se référant à la cérémonie d’initiation à ce grade ultime. Ces documents au nombre de deux sont issus respectivement du Registre Vert des Elus Coens de la BnF à la cote FM4 1282 (dit Manuscrit d’Alger) et du Fonds Z, extrait publié pour la première fois par Robert Amadou dans l’Esprit des Choses

 

Mais, mentionne tout à fait à propos Dominique Clairembault, il existe un troisième document se rapportant au rituel de réception, ou plutôt d’ordination, au grade de Réau+Croix. Il s’agit, nous dit l’auteur du billet, d’une lettre « adressée par Martinès de Pasqually à Jean-Jacques Bacon de la Chevalerie le 2 mai 1768. Dans ce texte, le Grand Souverain décrit à celui qui est alors son Substitut Universel la procédure qu’il doit suivre pour conférer le grade de Réaux-Croix à Jean-Baptiste Willermoz, lors d’une cérémonie prévue les 11, 12 et 13 mai 1768 à Paris. » Et l’auteur de publier l’intégralité de cette lettre qui fut par ailleurs précédemment retranscrite dans dans La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815 de Gustave Bord.

 

Cette troisième source, quoi que digne du plus grand intérêt historique, ne nous renseigne malheureusement guère plus que les deux premières sur le rituel d’ordination de Réau+Croix. Elle confirme la cérémonie d’expiation déjà exposée dans les deux premières  et vient ainsi souligner l’importance de ce rituel qui n’est cependant que préparatoire. Car ce rituel est bien mentionné dans le Manuscrit d’Alger comme étant un Extrait de préparation et de précaution pour une réception de R+. Ce qui signifie que, même si ce rituel revêt une grande importance, il n’est ni complet ni central dans le cérémonial d’ordination.

Alors il nous faut certainement chercher ailleurs quelques indications relatives à l’ordination de Réau+Croix. Nous en trouverons dans le diplôme de Réau+Croix délivré à Jean-Baptiste Willermoz par Martinès de Pasqually du mois de mai 1768 (quantième du mois laissé en blanc) et reproduit dans Les Cahiers de la Tour Saint Jacques  ainsi que dans deux lettre de Martinès de Pasqually à Jean Baptiste-Willermoz datées respectivement des 16 février et 13 mars 1770 [relativement à la régularisation de l’ordination de Réau+Croix de ce dernier, régularisation opérée sympathiquement par Martinès de Pasqually lui-même.

L’étude de ces documents, même si elle ne nous révèle pas précisément les aspects du cérémonial d’ordination appliqué en la circonstance, montre cependant trois choses :

- que le cérémonial d’expiation n’est pas central dans la cérémonie car il s'en suit de travaux et d'un cérémonial d'ordination au sein de circonférences particulière dont le tracé doit être proche de celui figurant en tête du diplôme ;

- que l’ordination se passe donc après les trois jours d’équinoxe ou à l’occasion des travaux du 3ème jour  ; travaux dont ladite ordination paraît indissociable tant cette dernière nécessite lae concours de La Chose qui exprime ainsi son approbation quant à la réception, voire plus encore par les dons qu’Elle accorde au récipiendaire par la jonction de ce dernier à son esprit bon compagnon et l’infusion sur lui de l’Esprit ;

- que l’ordination semble être faite, le récipiendaire étant prosterné au centre des circonférences dans lesquelles il est amené par le Souverain Maître qui lui donne alors la main pour le guider suivant ce qui est écrit dans le diplôme : "..;avons fait retirer les Ondes et avons écarté du Saint des saints tout ce qui n'est point fait pour en aprocher (sic); ensuite avons pris le cher frère par la main et lui avons fait monter les Escaliers en forme de vis ; il est arrivé heureusement à la Porte du Saint des saints qui lui a été ouverte et là, par l'autorité et le pouvoir qu'il a plu au Grand Architecte de l'Univers, Nous faire transmettre par ses Députés Grands Maîtres, avons installé dans nos circonférences led. très cher et aimé frère Jean Baptiste Willermoz pour recevoir la paye de ses travaux ; à l'effet de quoi nous l'avons créé, ordonné, promû (sic) et institué, comme par ces présentes le créons, ordonnons et instituons Réaux+ et d'Orient ..."

 

La régularisation postérieure de Jean-Baptiste Willermoz le 22 mars 1770 se fera un peu de la même manière, c'est à dire allongé la face contre terre, tourné vers l'Orient, au centre d’un cercle du tracé particulier indiqué par Martinès de Pasqually dans ses deux courriers, le tout après avoir invoqué les noms et mots particuliers qui lui auront été communiqués pour ses travaux.

C’est ainsi autour de l’ensemble de ces éléments, et pas uniquement suivant le seul cérémonial d’expiation, que devrait à notre sens être conçue toute ordination de Réau+Croix. Ordination qui couronnant le système de Martinès doit alors revêtir un sens profondément chrétien, aspect déjà mis en lumière par les grades de Chevalier puis de Commandeur d‘Orient.

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com

 

 

 

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La réception au grade de Réau-Croix : un holocauste controversé

19 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

 

Beaucoup de choses ont été dites et écrites, plus ou moins récemment, avec souvent beaucoup de légèreté teintée d'ironie et de moquerie, relativement à la cérémonie préparatoire a la réception au grade de Réau+Croix.

Ces divers commentaires ont eu pour conséquence regrettable de jeter un certain discrédit sur ce cérémonial de réception et plus généralement par extension sur les rituels Coens et dénotent souvent une mécompréhension du sens profond du cérémonial d’expiation et de son importance dans la réception de Réau+Croix.

Nous devons cependant bien admettre que les apparences ne plaident pas en faveur de ce rituel, l’holocauste de la tête de chevreuil, prescrit par Martinès, s’apparentant aux sacrifices d’expiation de l’Ancienne Loi qui pour nous chrétiens furent abolis par le divin Réparateur.

Etudions donc ce rituel afin d’en extraire le sens et la portée au sein du cérémonial de réception de Réau+Croix.

Tout d’abord, remarquons que par rapport à ce qui se pratiquait à l’occasion des sacrifices lévitiques, il s’agit dans notre rituel d’une tête de chevreuil et non pas de bouc. Mais dans le fond, ceci marque-t-il une réelle différence ?

Le chevreuil est un animal certes plus noble que le bouc mais cependant n’égale pas la pureté de l’agneau, du moins celle de l’agneau immaculé. Notons que ce chevreuil accompagne le candidat Réau+Croix, symboliquement ou matériellement, depuis sa rentrée dans l’Ordre. En effet, c’est à l’intérieur de cercles entourés au nord d’une image de tête de chevreuil, au midi d’un serpent et à l’occident d’une tête d’agneau qu’il commença dans la chambre de retraite sa réception au grade de Compagnon symbolique. Puis, rappelons les fêtes des deux Saint Jean que l’Ordre célèbre chaque année autour du rituel de la tête de chevreuil. Ce chevreuil est chaque fois assimilé au pécheur, à l’homme déchu et corrompu qui pouvant ne pas pécher, pèche cependant par le mauvais usage qu’il fait de son libre arbitre. Mais pourquoi un chevreuil ? Nous pouvons trouver une réponse dans la symbolique de cet animal. La symbolique médiévale et légendaire du chevreuil est à rapprocher de celle du cerf qui est de la même famille. Dans les différents bestiaires médiévaux, dont Louis Charbonneau-Lassay [1]   fit une instructive et passionnante synthèse, il est souligné :

« Le cerf est l'un des animaux symboliques qui furent acceptés de la façon la plus certaine dès les premiers temps chrétiens comme une image allégorique du Seigneur Jésus Christ, et du chrétien, son disciple. (...). En effet, naturalistes et poètes anciens: Pline, Théophraste, Xénophon, Elien, Martial, Lucrèce, et bien d'autres ont présenté le cerf comme l'ennemi particulier et implacable de tous les serpents qu'il poursuivrait de sa haine jusque sous terre. (...) Martial et Plutarque ajoutent que le cerf, du souffle de ses narines - d'autres disent de sa bouche- fait sortir les serpents de leurs demeures souterraines et qu'il les dévore, acquérant par là une jeunesse nouvelle. »

D‘autres préciseront cet aspect particulier du cerf dans ses rapports avec son ennemi le serpent : il emplit sa bouche d’eau et la répand dans les trous où se cache le serpent. Il l’attire ainsi à l’extérieur par les exhalaisons de sa bouche et de son nez, et le tue en le piétinant. Nombreux sont également les manuscrits qui reproduisent dans leurs marges un cerf s’abreuvant à une source. Par référence au psaume 42 –

« Comme la biche soupire après le cours d’eau, mon âme soupire après toi, Seigneur » –, il évoque l’âme du chrétien assoiffée de Dieu.

Il est très intéressant de noter ce rapport entre le cerf/chevreuil et le serpent, rapport de proximité et face à face que l’on retrouve dans les images disposées de part et d’autres des flancs de l’Apprenti symbolique allongé dans le parvis du temple. En fait, le chevreuil est le symbole du chrétien qui doit repousser le pécher, mais qui succombant à ce pécher – le cerf se nourrit du serpent – doit s’abreuver à la source vive de la parole du Christ afin de se purifier et obtenir la rémission de ses fautes.

Ainsi le chevreuil figure le pécheur, mais un pécheur capable de repentir et sachant se tourner vers le Christ qui est sa source de vie alors que le bouc porte symboliquement tous les vices liés à la domination des sens et de l’enveloppe charnelle sur l’esprit qui est alors aliéné et incapable de se relever. Le chevreuil, qui prend donc la place du bouc, illustre donc symboliquement le pécheur et porte les péchés de celui qui le sacrifie. Mais à contrario des sacrifices lévitiques, la tête de chevreuil ne fait dans le rituel, l’objet d’aucune imposition des mains du sacrificateur et ne porte donc pas l’entièreté des fautes du peuple. Il s’agit bien ici d’un secrifice personnel de celui qui a péché, sacrifice d’expiation suivant ce que nous dit l’Ecriture : « le bouc pour le péché qui est offert pour l’expiation des péchés du peuple. » (Nb 29, 5).

Le choix du chevreuil n’est pas neutre en ce qu’il ouvre la voie à la repentance et à la rémission des péchés par le Christ. Mais encore, le cerf ou chevreuil est aussi symboliquement associé au Christ dans le légendaire médiéval, car il domine Satan en le terrassant de sa divine parole figurée par l’eau de la source vivifiante qui est l’Esprit du Père et dont il se désaltère puis rejette sur le serpent. Ainsi, le choix du chevreuil nous introduit-il déjà dans le mystère du dernier sacrifice de l’Ancienne Loi qui est celui du Christ et qui se trouve donc déjà comme évoqué dès le premier grade du système. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Suivant le rituel préparatoire à la réception de Réau+Croix, l’holocauste est opéré selon trois feux consumant trois parties distinctes de la tête de l’animal :

· Le sacrifice de la cervelle qui symbolise l’esprit qui peut pécher en se détournant de l’Eternel et se refuse ainsi à la jonction que l’esprit bon compagnon désire ardemment faire avec le mineur. La cervelle est aussi l’organe de la pensée par lequel peuvent s’introduire les intellects mauvais qui viendront envahir le cœur.

· L’holocauste de la langue qui porte la parole qui exprime la pensée ou les élans du cœur et transmet nos intentions bonnes ou mauvaises. La langue qui est une arme à double tranchant, raison pour laquelle la langue se présente sous la forme d’une lame double. La parole peut ainsi être proférée pour le bien ou pour le mal, pour ou contre notre prochain.

· Et le reste de la tête dont il est dit dans les Leçons de Lyon qu’elle représente le principe de vie corporelle[1] avec en particulier les yeux qui apportent à tout l’être la lumière matérielle et qui permettent ainsi de diriger l’action. Ce principe de vie corporelle qui sous les élans désordonnés de nos sens entraîne la souillure de notre corps et qui sous l’emprise des passions, dont il est parfois l’esclave, vient salir notre âme sensible.

Par ce « triple holocauste » le commandeur d’Orient, apprenti Réau+Croix, fait le triple sacrifice de sa pensée, de sa volonté et de son action individuelle pour se soumettre à la volonté divine et vivre ainsi suivant les plans divins. Il opère ainsi dans cette même opération la purification de son corps, de son âme et de son esprit.

Enfin, les bénéfices attendus par cet holocauste d’expiation sont figurés par les 3 grains de sel jetés par le récipiendaire dans chaque feu. Ce sel opère de plusieurs façons suivant différents aspects symboliques.

Il opère pour la purification de celui qui le jette ainsi que l’Ecriture en témoigne : « Il alla vers la source d'eau, y jeta du sel et annonça: «Voici ce que dit l'Eternel: Je rends cette eau saine et il n'en proviendra plus ni mort ni stérilité. » ( 2Rois 2, 21).

Il opère aussi pour le renouvellement de l’Alliance avec l’Eternel suivant cet autre passage de l’Ecriture : « Tu mettras du sel sur toutes tes offrandes. Tu ne laisseras pas ton offrande manquer de sel, signe de l'alliance de ton Dieu. Sur toutes tes offrandes tu mettras du sel. » (Lev 2, 13).

Et nous chrétiens lisons que chacune de ces actions bénéfiques en faveur de l’opérant est portée par la sainte et indivisible Trinité agissant à l’unisson et représentée symboliquement par l’action des 3 grains de sel.

Mais il est un autre aspect, plus révélateur encore de l’action attendue lors de l’ordination, qui est ici figuré par le sel. En effet, dans l’Evangile nous pouvons lire ces paroles du Christ se rapportant à la vie du chrétien : « En effet, tout homme sera salé de feu et tout sacrifice sera salé de sel. Le sel est une bonne chose, mais s’il perd sa saveur, avec quoi la lui rendrez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns avec les autres. » (Mc 9, 51). Le sel jeté dans le feu est ainsi annonciateur de la promesse du Christ. La purification et l’alliance ultime se font par l’Esprit Saint dont le feu vient vivifier l’âme et l’esprit du chrétien, agissant ainsi comme le sel. Il donne à chacun le goût à la vie dans le Christ et vient relever la médiocrité de notre vie terrestre, vie d’expiation par l’illumination.

En dépit des aspects résolument chrétiens que nous avons mis en avant, le sacrifice expiatoire du rituel Coen reste cependant porté - nul ne peut le contester - par un rituel résolument vétéro-testamentaire car le Commandeur d’Orient n’est pas encore passé de l’Ancienne à la Nouvelle Loi. C’est par son ordination de Réau+Croix qu’il passera à la Loi Nouvelle, Loi de Grâce qui abolit les holocaustes selon le psaume « Si tu avais voulu des sacrifices, je t’en aurais offert, mais tu ne prends pas plaisir aux holocaustes. Les sacrifices agréables à Dieu, c’est un esprit brisé. O Dieu tu ne dédaignes pas un cœur brisé et humilié. » (Ps 51 18-19) ; et cette loi d’amour donne comme ultime victime propitiatoire Notre Seigneur Jésus-Christ qui est tout à la fois sacrificateur et sacrifié.

Les travaux de 3 ou 7 jours qui succèdent à cette cérémonie préparatoire, et précèdent l’ordination, doivent quant à eux procurer les signes effectifs du résultat de l’opération expiatoire. Ils doivent apporter la confirmation de la réconciliation du récipiendaire par la jonction manifestée de son bon esprit gardien. J-B Willermoz fait allusion à cette manifestation dans le rituel de réception au 4ème grade du Rite Ecossais Rectifié dans cette demande préalable à la prière de clôture : « Mes Frères, rendons grâce à l’Etre Suprême des faveurs signalées qu’il nous a accordées ». Nous reviendrons plus tard sur ce parallèle avec le grade de Maître Ecossais de Saint André du RER.

La réception proprement dite de Réau+Croix - nous l’avons déjà signalé dans un précédant billet – se déroule le récipiendaire étant momentanément prosterné de tout son long au centre de cercles d’expiation. Là il reçoit l’ordination par l’Esprit avec l’acceptation de La Chose, acceptation normalement manifestée lors des travaux de 3 ou 7 jours. Le sacrifice expiatoire préparatoire, dans ce contexte d’abandon et de renoncement figuré par l'état du récipiendaire, prend alors un sens beaucoup plus élevé. Si le futur Réau+Croix a pu figurer dans la cérémonie préparatoire le triple renoncement et l’agonie de Jésus-Christ à Gethsémani, allongé les bras en croix il évoque Jésus-Christ abandonnant sur la croix son esprit à l’Esprit : « Père je remets entre tes mains mon esprit » (Luc 23, 46). Et par ce renoncement et cet abandon totaux à l’Esprit se fait le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Loi. Tout est accompli.

Ce passage à la Loi de Grâce est alors concrétisé par la cène mystique qui vient couronner la réception de Réau+Croix, commémorant symboliquement l’ultime et seul sacrifice que tout chrétien est maintenant amené à célébrer par l’Eucharistie au sein de l’Eglise du Christ. Le rituel de réception se situe donc bien dans une dynamique d’entrée dans l’ère de la Loi de Grâce.

Fallait-il alors que les Elus Coens du 18ème siècle, et particulièrement les frères conférenciers du Temple de Lyon ayant œuvré à la christianisation de la doctrine de leur Très Puissant Maître, conservassent le rituel de l’holocauste tellement marqué par la tradition lévitique ?

Du point de vue de l’esprit résolument judéo-chrétien de Martinès peut-être. Mais nous pouvons douter de l’adhésion réelle et profonde de ses émules à cette position quand nous lisons la question posée par ces derniers dans leurs conférences lyonnaises [1] :

« Comment devons-nous offrir le sacrifice de notre corps et de notre esprit, pour qu’il puisse être agréable au Seigneur ? C’est, premièrement, quant à notre corps, de faire régner toujours sur lui notre être spirituel, pour lui faire suivre ses lois d’ordre, en évitant tous les excès des sens, pour maintenir notre sang dans un équilibre parfait et les éléments qui composent notre forme dans l’harmonie qui produit la santé du corps.

Quant à notre esprit, c’est de reconnaître sans cesse la toute-puissance de l’Eternel, sa bonté, sa sagesse et sa miséricorde infinie ; et notre néant, que nous ne pouvons sentir sans reconnaître en même temps l’entière dépendance où nous sommes de Lui et l’horreur d’en être séparés.

C’est par l’habitude de ces sentiments et par la prière, ou le désir continuel de l’âme de se rapprocher de son principe, par l’offrande continuelle de notre volonté et de notre libre arbitre, que nous pouvons espérer de faire agréer notre sacrifice en expiation de ce que nous devons à la justice divine.»

Nous pensons de notre côté qu’un tout autre rituel eût pu être mis en oeuvre pour figurer – ou plutôt mettre en action – le triple sacrifice de la pensée, de la volonté et de l’action qui est le seul réel sacrifice que le Seigneur exige de tout chrétien.

En effet, et l’Ecriture vient le confirmer, un tout autre genre de rituel aurait pu et pourra exprimer et renforcer un tel sacrifice. Car si ce sacrifice doit être agréable à l’Eternel, il pourra être supporté par des parfums que le récipiendaire viendra porter en offrande aux trois angles de l’appartement. Ce sacrifice est bien un sacrifice d’expiation suivant l’Ancienne Loi :

« Aaron prit le brasier, comme Moïse avait dit, et courut au milieu de l'assemblée ; et voici, la plaie avait commencé parmi le peuple. Il offrit le parfum, et il fit l'expiation pour le peuple. » (Nb 16, 47-48)

Et de plus, pour nous chrétiens, ce sacrifice de notre volonté et de notre libre-arbitre doit s’appuyer sur la force que donne la prière : prière pour la maîtrise et la pureté de notre corps, de notre âme et de notre esprit ainsi que pour le pardon, l’absolution et la rémission de nos péchés. Les parfums dont la fumée s’élève sont alors associés à la prière du pécheur, portée par les anges et les saints qui la présentent à Notre Seigneur, comme il est dit dans l’Apocalypse :

« Un autre ange vint. Il se plaça vers l’autel, tenant un encensoir d’or. On lui donna beaucoup de parfums afin qu’il les offre, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le trône. La fumée des parfums monta de la main de l’ange devant Dieu avec les prières des saints. »

Alors devons-nous résoudre le problème posé pour un chrétien par un rituel d’holocauste aboli par le Christ en rejetant l’entièreté du cérémonial de réception, voire des rituels Coens et des pratiques de l’Ordre ?

Certainement pas ! Ce rituel n'a plus de raison et doit être réformé et christianisé, l’holocauste animal aboli et remplacé par une toute autre offrande. Cette abolition s’accomplit pleinement dans le dernier sacrifice humain du Dieu-Homme. Et ce sacrifice, bien qu’encore charnel aux yeux de la foule, est tout d’abord celui de la volonté de l’homme qui épouse la volonté divine ; c’est le renoncement total dans l’humilité et la prière. C’est l’offrande du parfum d’un « coeur brisé et humilié » (Ps 51, 19) que seule la prière anime désormais ; offrande qui seule permet la restauration de l’homme dans ses puissance et vertus originelles. La même Leçon de Lyon [2]   nous éclaire à cet endroit :

« Quand le mineur a eu le bonheur de faire agréer son sacrifice, il se fait sur lui une jonction de l’esprit bon qui, le purifiant de toutes ses souillures, le rétablit dans sa correspondance avec les êtres spirituels divins et lui rend la faculté de faire opérer les vertus qui sont en lui aux êtres agents des facultés divines (….)

La vertu la plus nécessaire pour cet objet est l’humilité. »

Jean-Baptiste Willermoz ne s’y est pas trompé en composant tardivement le rituel de réception au grade de Maître Ecossais de Saint André et en y intégrant l’essentiel de la doctrine de Martinès. Nous oserons ici un rapprochement entre ce rituel, dans son articulation et dans sa visée spirituelle et initiatique, avec le cérémonial de réception du grade terminal du système Coen dont il est en partie une mise en scène symbolique mais non opératoire.

En effet, le rituel Rectifié intègre la notion de sacrifice expiatoire mis en oeuvre par l’offrande du parfum du récipiendaire ; cet acte est même une des clés majeures de tout le rituel car c’est à compter de ce moment que le récipiendaire est introduit dans la Nouvelle Alliance par la résurrection d’Hiram puis la vision de la Jérusalem Céleste. Ce passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance est figuré pour le Maçon Rectifié par la croix de Saint André.

Pour le Réau+Croix ce passage est opéré par la mort spirituelle consécutive au sacrifice et à l’abandon dans les cercles d’expiation et par la renaissance effective dans l’Esprit à l’occasion de son ordination.

Le calice et le pain mystique viendront alors commémorer l’instauration de cette ère nouvelle et de ces temps nouveaux ; ils sont la nouvelle manne dispensée par l’Agneau au Réau+Croix ayant fait son entrée dans le Saint des Saints où il est appelé à opérer continuellement son sacerdoce

 

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Un aspect pneumatoloqique des travaux martinésistes : le rituel de la bougie et du mot du centre

19 Avril 2012 Publié dans #Rites et rituels

Afin de s’assurer de la régularité et des résultats de leurs travaux et opérations, les Elus Coens veilleront à se présenter devant l’Eternel et ses anges le corps et l’âme purifiés. Le corps par les ablutions rituelles des mains et pieds ainsi que du visage ; l’âme par le feu. Mais quel feu ?

Le rituel de la bougie et du mot du centre du cercle d’opération nous donne de précieuses informations à ce sujet. En effet, l’opérant, agenouillé au bord du cercle intérieur dit :

« Ô lumière pure, symbole du chef de mon âme, à qui l’éternel a confié le soin de ma pensée, de ma volonté, de mon action et de ma parole, fais que par ton feu radieux, mon âme soit purgée et mes lèvres purifiées, afin que la parole que je vais prononcer opère pour la plus grande gloire de l’éternel, pour mon instruction, et pour l’édification de mes semblables. Amen. »[1]  

Ici, la lumière du centre est appelée « symbole du chef de l’âme ». Mais qui est donc ce chef dont il est dit que l’Eternel lui confia le soin des pensées, volonté et action qui sont les attributs de l’âme, du mineur spirituel, et dont l’expression est celle de l’image divine qui est le propre de l’homme ?

Selon Martinès de Pasqually, et compte tenu de la chute, le mineur spirituel ne peut seul accéder aux lumières divines qui rendront sa pensée, sa volonté et son action opérantes et justes. Seul, le mineur ne peut plus opérer selon les pouvoirs et puissances qui étaient les siens originellement. Il doit tout espérer du secours de son gardien, dont la jonction se fera par l’intellect que celui-ci lui enverra et qu’il devra accepter librement. Cet intellect féconde et illumine sa pensée, fortifie sa volonté et guide son action. Chaque fois que le mineur acceptera cet intellect, il se joindra à son gardien jusqu’à ne faire plus qu’un avec lui :

« Lorsque l’âme et l’intellect sont joints et spiritualisés, ils se confondent avec l’esprit dont était émané l’intellect et tous trois ensemble se rejoignent à la Divinité, ayant rempli chacun leur fonction avec succès.»[2]  

L’âme impassive et spirituelle se met ainsi en état de recevoir impression de son gardien et donc l’illumination qui est la récompense des esprits mineurs ayant de ce fait recouvré la communication avec leur créateur. Aussi peut-on dire que le gardien et son intellect sont le chef de cette âme humaine – mineur spirituel - dont Dieu leur confie le soin. Un chef qui donne aussi une puissance nouvelle d’action et d’opération à cette âme incorporisée et donc affaiblie par sa prison de matière. Martinès l’exprime en ces termes :

« L’âme est un feu, simple en sa puissance et faible en ce bas monde. Elle fortifie sa puissance par son intellect, recevant de lui un second feu plus pur et plus puissant que le sien »[3]  

Ainsi, de même que la fortification, l’action de purification du mineur se fait-elle par cet esprit et l’intellect qui en est l’émanation. Par la purification des lèvres, organes de l’expression du verbe - qui est la manifestation de la pensée et de la volonté ainsi que la mise en action de cette pensée - se réalise la purification de l’âme. Et c’est alors que, l’âme ainsi purifiée, l’opérant pourra prononcer le mot du centre, mot de puissance qui est l’expression de ses pouvoirs désormais recouvrés.

Cette vision martinésiste de la purification, de la fortification et de l’illumination par la médiation de l’esprit – ou gardien – et de son intellect n’est-elle cependant pas trop restrictive pour un chrétien ? N’exclut-elle pas trop radicalement l’action directe de l’Esprit Saint ?

Consécutivement à la purification des lèvres, opérée en insufflant la flamme de la bougie de façon à faire pénétrer en soi le feu qui en est l’essence, l’opérant porte les mains en équerre sur le visage et dit à basse voix la tête inclinée au-dessus de la bougie posée au centre du cercle intérieur :

« Viens, esprit saint +7, entoure le feu qui t’est consacré pour être ton trône puissant et dominant sur toutes les régions du monde universel ! Domine selon ma pensée sur moi et sur mes frères ici présents ! »

Ainsi il apparaît pour la première fois que l’opérant appelle un esprit saint à descendre sur un feu qui lui serait consacré. Mais de quel esprit saint parle-t-on ?

En effet, du fait du manque de majuscule – ou plutôt d’une règle peu établie pour les majuscules - dans les rédactions du 18ème siècle et de l’appellation d’esprit saint que donne Martinès aux esprits majeurs septénaires, et par extension à tout esprit bénin, il est difficile de savoir de prime abord si l’on s’adresse ici à l’esprit majeur bon compagnon – au gardien dont nous avons parlé précédemment – ou bien au Saint Esprit. Cette interrogation est renforcée par le fait que les esprits majeurs septénaires peuvent être assimilés à des agents du Saint Esprit et que Martinès leur assigne, entre autres, comme mission de véhiculer les dons de l’Esprit et les grâces divines. Nous pourrions alors supposer que l’opérant s’adresse bien ici à cette classe d’esprits à laquelle son gardien particulier est rattaché.

Cependant, l’opérant continue son invocation en disant :

« Eloigne de ces cercles tout esprit de ténèbres, d’erreurs et de confusion, afin que nos âmes puissent profiter du fruit des travaux que l’ordre donne à ceux qui se rendent dignes d’être pénétrés par toi +7, qui vis et règne avec le père et le fils à jamais. Amen. »

La fin de cette invocation à l’esprit saint ne fait plus aucun doute dans la mesure où son action est associée à celle du Père et du Fils. Ainsi, c’est bien au Saint Esprit, troisième personne de la divine Trinité, que l’opérant s’adresse afin qu’il répande sur lui et tous les frères présents sa céleste lumière en dominant sur eux par leur pensée, et afin qu’il protège les lieux et les opérations de sa toute puissance.

L’Esprit Saint est donc appelé, dans ce but d’illumination et de protection des frères, à entourer le feu dont on dit qu’il lui est consacré. En effet, lors de l’allumage du feu nouveau, qui est la source du feu central – quand ce n’est pas directement lui - l’opérant dit :

« Je te conjure, Esprit +7, que j’invoque par ma puissance et par tout ce qui est en ton pouvoir et au mien, pour que ton feu spirituel embrase la matière que je consacre au sein de ces circonférences ; que le feu élémentaire qui y réside s’unisse avec le tien par contribuer à la lumière spirituelle des hommes de désir et qu’ils soient animés de ton feu de vie. »

Par cette conjuration, l’opérant appelle la force, la puissance et les vertus sanctifiantes, fortifiantes et vivifiantes de l’Esprit Saint à descendre sur la bougie. Par quelle opération ? Tout simplement par analogie et correspondance entre le feu de l’Esprit et le feu élémentaire. Ainsi, le feu de l’Esprit est-il appelé à s’unir au feu de la bougie qui lui devient de ce fait consacrée. Nous sommes ici bien au-delà d’un symbolisme conventionnel du feu et des lumières comme on pourrait le trouver dans des rituels maçonniques et particulièrement au Rite Ecossais Rectifié. Ici, le feu n’est plus symbole. L’Esprit est appelé à habiter le feu. Et c’est la raison pour laquelle la purification des lèvres n’est pas un acte symbolique mais une opération réelle.

Si comme nous le disons l’Esprit habite et entoure le feu de la bougie qui est son trône, l’opérant qui agit doit nécessairement être pourvu de quelque puissance lui permettant d’obtenir cette faveur divine. La dimension sacerdotale, conférée par les ordinations, s’exprime pleinement dans cet acte simple mais fondamental. Nous sommes ici au-delà d’une simple opération théurgique ; nous sommes dans une liturgie de l’Esprit Saint, dans un acte qui, sans pouvoir prétendre être sacramentel, est un acte consécratoire opérant. Le sacerdote Coen est ici sacerdote du ministère de l’Esprit Saint. Quelle admirable mais aussi redoutable vocation !

Ceci est fondamental et conditionne donc le succès de toutes les opérations. Le culte Coen se place sous la protection de l’Esprit Saint et agit dans l’Esprit et par l’Esprit qui seul confère à l’opérant les puissances et vertus nécessaires au succès des opérations et ordinations qu’il place sous la protection de l’Esprit Saint. Nous comprenons alors que cette opération soit réservée aux Conducteurs en Chef des temples.

Ainsi, fort de l’Esprit, quand l’opérant dans son invocation, demande que le feu qui est le trône de l’Esprit Saint devienne « puissant et dominant sur toutes les régions du monde universel » c’est aussi à une re-sanctification de l’univers qu’il appelle et donc à la réconciliation universelle.

 

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L'histoire des Elus Coens après Pasqually (2)

19 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

L’histoire de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l’Univers après 1780 ne peut se confondre avec celle du temple de Lyon qui, bien qu’étant un des établissements qui marqua le plus l’Ordre par les immenses qualités spirituelles et initiatiques de certains de ses membres imminents, eut, comme nous l’avons présenté, une évolution particulière par rapport à celle de la plupart des autres établissements de l’Ordre. Aussi revenons maintenant sur l’histoire générale de l’Ordre dont celle du temple de Lyon ne représente qu’un aspect et un épisode particuliers, aussi importants et significatifs puissent-ils être.

Depuis plusieurs années déjà – que nous pouvons situer autour de 1777-1778 – l’Ordre connaît des problèmes que les différents Orients confessent à leur Grand Souverain et qui sont encore exposés en 1780 à Sébastien de Las Casas, Grand Souverain en charge, dont nous avons évoqué les difficultés au début de notre étude.

En effet, dans un courrier du 16 août 1780, plusieurs Orients soumettent à Las Casas des requêtes pressantes. Bien que ne disposant pas de cette correspondance, nous pouvons en deviner le motif par l’analyse de courriers ultérieurs entre différents membres de l’Ordre.

Ainsi Du Roy d’Hauterive – toujours très attaché, actif et fidèle à l’Ordre même depuis son exil londonien - écrit à Mathias Du Bourg le 22 septembre 1786[1]   en dénonçant « les doctrines d’erreur et de mensonge qui ont fait leurs efforts pour se glisser dans l’ordre et qui, jusqu’à présent, n’ont séparé que les Lugduniens qui, selon votre dernière, viennent de rompre les seuls liens qui les unissent à nous, ayant rompu depuis longtemps les liens spirituels et ayant formé de la science un monstre hideux de magnétisme, prophétisme, directoires, ayant séparé tous nos principes comme gangrène (…) »

Du rejet de d’Hauterive de la maçonnerie et des frères Coens qui la pratiquent, nous avons un autre témoignage dans une correspondance de Saint-Martin à Willermoz en date du 15 janvier 1787[2]   :

« J’ai rencontré par hasard d’Hauterive le surlendemain de mon arrivée [le 10 janvier à Londres]. L’entrevue a été froide de sa part je ne sais pas même s’il n’avait pas dessein de l’esquiver […]. J’ai voulu le mettre à même de voir Tieman, il n’a pas voulu prétendant qu’il ne pouvait regarder comme étant de ses frères tous ceux qui tenaient à la maçonnerie. »

Même si ces correspondances sont postérieures de six et sept ans aux revendications des temples auprès du Grand Souverain, les éléments portés à notre connaissance sont révélateurs des problèmes antérieurement rencontrés par l’Ordre et liés à l’évolution de certains frères ; évolution problématique pour les différents Orients dont les griefs sont exposés en 1780.

Ainsi, la réponse qu’apporte Las Casas à la requête des Orients est en totale cohérence avec un objet qui serait vraisemblablement une demande d’exclusion de certains frères pour des pratiques jugées inacceptables au regard de l’Ordre. Et nous le devinons au travers des correspondances mentionnées, les points soulevés n’étaient certainement pas étrangers aux activités liées aux expériences de somnambulisme et de magnétisme, mais aussi - et peut-être surtout – à la fréquentation de la maçonnerie dite apocryphe, voire pire, à la divulgation au sein de cette maçonnerie des secrets et mystères de l’Ordre, chose formellement interdite par les Statuts et Règlements Généraux de 1768.

Ces griefs pouvaient particulièrement viser les frères membres des nouveaux Directoires rectifiés, Directoires dont les frères Coens qui s’y étaient rattachés affichaient une attitude prosélytiste au sein de l’Ordre ; Directoires aussi au sein desquels étaient enseignés, au plus haut niveau, de façon discrète mais certainement connue de certains, la doctrine et les mystères de l’Ordre.

Las Casas répond alors à la requête des Orients de la façon suivante, refusant d’exclure des frères ayant maqué à leurs engagements envers l’Ordre et qui n’avaient, selon lui, de comptes à rendre qu’à leur fidélité à la Chose[3]   :

« Je ne veux que me conformer aux principes de mes devanciers. C'est la conduite la plus sage ; c'est celle que me dictent mes propres engagements. Tous nos sujets sont libres, et, s'ils viennent à manquer aux choses de l'Ordre, ils se rendent à eux-mêmes une justice pleine et entière puisqu'ils se privent de tous les avantages qui accompagnent ces choses, et qu'ils ne peuvent plus travailler que sur leur propre fond et à leurs risques et périls, sans grande chance d'obtenir quelque vérité qui ne cache pas un piège atroce. Mais si chacun est libre de sortir, s'il se croit libéré de toute obligation envers la chose, je vous déclare qu'il n'est pas en mon pouvoir d'agir en faveur de ceux qui se sont laissé suborner de l'Ordre : c'est la coutume ; c'est ainsi qu'en ont usé tous mes prédécesseurs et cela pour des raisons majeures devant lesquelles je m'incline et m'inclinerai toujours dans l'intérêt de l'Ordre, quelque affliction que je puisse éprouver du pâtiment d'un sujet. »

Cependant, conscient des difficultés que rencontrent alors les temples et de la nécessaire protection dont ceux-ci doivent pouvoir jouir afin de poursuivre leurs travaux en toute discrétion, à l’abri de toute influence et de toute tentative de dévoiement, Las Casas complète sa réponse par la proposition suivante :

« Vous pouvez donc, si vous le jugez utile à votre tranquillité, vous ranger dans la correspondance des Philalèthes, pourvu que ces arrangements n'entraînent rien de composite. Et puisque les déplacements du T. P. M de T... ne lui permettent pas de prendre en charge vos archives, faites en le dépôt chez M. de Savalette. Vous le ferez sous les sceaux ordinaires. La correspondance et les plans mensuels, ainsi que les catéchismes et cérémonies des divers grades, doivent être scellés de leur orient particulier. Les plans annuels, les tableaux et leurs invocations, ainsi que les différentes explications générales et secrètes, doivent porter ma griffe ou, à son défaut, celle du P. M. Substitut Universel que je préviens par le même courrier ».

Cette réponse de Las Casas, qui laisse aux temples le choix de leur destinée, est couramment et un peu étrangement interprétée par les historiens maçonniques comme un acte de dissolution, ou dans le meilleur des cas, une directive de fermeture des temples des différents Orients. Cependant si nous analysons la teneur de ce courrier, force est de constater que Las Casas ne demande aucunement aux temples de cesser leurs travaux ; il recommande uniquement aux temples qui le souhaitent de s'en remettre à l'administration et aux bons auspices des Philalèthes représentés par Savalette de Langes, Élu Coen du temple de Paris, qui est le véritable inspirateur et fondateur de ce groupe d’hommes, de différentes provenances maçonniques, se désignant comme « amis de la vérité » et conservateurs des différents systèmes, secrets, mythes maçonniques, hermétistes et ésotéristes, et dont les travaux se concentrent autour des la loge des Amis Réunis établie au Grand Orient.

Cependant, avec une grande prudence, Las Casas précise que cette mise sous tutelle ne sera possible et ne pourra être pérenne que dans la mesure où les Philalèthes respecteront les travaux des Coens et qu’aucun élément étranger à la doctrine ou aux modes opératoires de l'Ordre ne sera introduit. Ainsi Las Casas pense-t-il assurer l'intégrité et la survivance de l'Ordre, ou du mois de ses enseignements et travaux, auprès de frères qui en connaissent, du fait de leur appartenance, et les mystères et les principes.

Connaissant les divergences d'objectifs et de vision qui pouvaient opposer Willermoz à Savalette, et donc les Directoires rectifiés aux Philalèthes, et qui se cristallisèrent autour du Convent de Wilhelmsbad – et plus tard dans le refus des Directoires de participer aux Convents des Philalèthes à Paris en 1785 et 1790 - on ne s'étonnera pas d'une telle recommandation de la part de Las Casas qui met ainsi les temples à l’abri de l’emprise du système des Directoires rectifiés. Et même si nous reconnaissons pleinement le rôle stratégique, primordial et décisif des Directoires dans la conservation et la transmission prudente de la doctrine de Martinès, nous reconnaissons aussi l’utilité de la mesure conservatoire de Las Casas. En effet, alors même que le grand Souverain ne pensait pas pouvoir à lui seul régler les différents et maintenir l’ordre au sein des Orients, cette mesure permit aux temples Coens de continuer à se développer et à leurs travaux de se dérouler en toute tranquillité à une époque où le magnétisme et le somnambulisme s’emparaient de certains temples, et où l’esprit lyonnais se concentrait sur la constitution d’un nouveau Régime maçonnique et chevaleresque.

Ainsi en 1784 Sébastien de Las Casas remet-il les destinées de l'Ordre entre les mains des Philalethes en confiant toutes les archives de l’Ordre à Savalette de Langes.

Cependant, ce transfert, non pas d’autorité spirituelle et souveraine, mais de « protectorat », ne s’accompagne ni de la fermeture ni de la dissolution des temples. Au contraire, ceux-ci continuent à travailler en silence et en toute discrétion. Nous voulons pour témoignages de cette activité :

- les instructions du temple de Bordeaux envoyées au temple de Toulouse pour une célébration en date du 24 mars 1787 ;

- la réception du Chevalier de Guibert le 24 mars 1788 auquel le frère Vialette d’Aignan – reçu en 1785 – s’adresse en ces mots :

« Vous venez d'être initié, mon Très Cher Frère, dans un ordre qui, ayant pour but de ramener l'homme à sa glorieuse origine, l'y conduit comme par la main, en lui apprenant à se connaître, à considérer les rapports qui existent entre lui et la nature entière dont il devait être le centre s'il ne fût pas déchu de cette origine, et enfin à reconnaître l'Être suprême dont il est émané. »

De même, les travaux théurgiques continuent comme en témoigne une correspondance de 1792 de Louis-Claude de Saint-Martin à Kirchberger relatant les travaux et expériences d’Hauterive au sujet desquelles le baron le questionnait[4]   :

« Je vous dirai seulement que j’ai connu M. d’Hauterive, et que nous avons fait un cours ensemble. » (Lettre du 11 août 1792)

puis :

« Votre 7ème question sur M. d’Hauterive, me force à vous dire qu’il y a quelque chose d’exagéré dans les récits qu’on vous a faits. Il ne se dépouille pas de son enveloppe corporelle : tous ceux qui, comme lui, ont joui plus ou moins des faveurs qu’on vous a rapportées de lui, n’en sont pas sortis non plus. (…) Il n’en est pas moins vrai que si les faits de M. de Hauterive sont de l’ordre secondaire, ils ne sont que figuratifs relativement au grand œuvre intérieur dont nous parlons ; et s’ils sont de la classe supérieure, ils sont le grand œuvre lui-même. Or, c’est une question que je ne résoudrai pas, d’autant qu’elle ne vous avancerait à rien. » (Lettre du 6 septembre 1792)

enfin :

« Quant à l’article touchant M. d’Hauterive, il est encore très conforme à mes propres idées. Cette séparation de l’âme et du corps n’est sans doute pas réelle, je me la représente comme un songe dans lequel on peut très bien voir son propre corps sans mouvement. Vous me dites : si les faits de M. d’Hauterive sont de la classe supérieure, c’est le grand œuvre lui-même. Voilà sans doute une très grande vérité, c’est la thé… [théurgie] des anciens, et un semblable fait bien avéré équivaut à un principe. » (Lettre du 16 octobre 1792)

Cette correspondance est d’autant plus intéressante qu’elle nous renseigne en 1792 sur la reconnaissance que peut avoir Saint-Martin de la nature supérieure dont peut participer la théurgie.

Le temple de Lyon lui-même poursuit quelques activités après 1780. Une correspondance entre Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz, en date du 3 février 1784, en atteste, montrant l’intérêt toujours vif de ce dernier pour les travaux théurgiques[5]   :

« Par la dernière, je vous ai promis Très-Cher Maître, une autre épitre, et la voici. L’intention est une bonne chose, mais elle ne suffit pas ! Voyez Oza… Mais sans aller jusque là, je sais ce qui m’est arrivé pour avoir employé un « Nom » qu’on m’avait donné pour merveilleux !… Je ne l’écrirai pas, mais j’en ai eu assez pour n’y pas revenir. Je croirais donc que nous devrions nous borner à ceux qui sont parfaitement connus : Anges, Archanges, etc… »

Même si ces activités lyonnaises sont vraisemblablement très ralenties ou interrompues - comme nous l’avons vu précédemment - par les activités mesméristes et le développement du Directoire d’Auvergne entre 1785 et 1790, elles ne sont pas inexistantes ou reprennent par la suite. En témoigne le récit de Joseph-Antoine Pont au neveu de Willermoz, de sa réception dans l’Ordre :

« Je suivis son conseil [de Madame Provensal] et vers 1795, je fus initié. Comme vous, sans doute, très Cher Frère, je croyais qu'au grade suivant je trouverais la perle promise ; comme tant d'autres, je me trouvai au terme sans avoir découvert ce bijou...»[6]  

Enfin, des activités parisiennes sont organisées par le très actif et influant Bacon de la Chevalerie qui reçut le Chevalier d’Harmensen. Ce dernier relate son entrée dans l’Ordre dans un courrier du 12 juillet 1806 au très puissant marquis de Chefdebien d’Armissan, Haut Dignitaire du Grand Orient, promoteur du très prisé Rit Primitif de Narbonne[7]   appelé aussi Rite des Philadelphes, auquel le chevalier d’Harmensen sollicite son admission :

« En avouant que le Rit Primitif m'était tout à fait inconnu, je demandais à le connaître, et mon ardeur était mon seul titre, puisque je n'appartiens à aucun Rit qui conduise à celui-là, et je crois ce que j'ai toujours dit. Le Frère Bacon de la Chevalerie, envers qui j'ai usé de même sorte, relativement au Rit Cohen, qu'il professe, m'a traité avec plus d'indulgence. Mais vous l'eussiez fait comme lui, si nous nous étions trouvés plus rapprochés, et si la distance et les malentendus des lettres ne m'avaient fait perdre dans votre esprit, alors que je croyais faire ce qui m'était possible, pour, au contraire, y gagner. »[8]  

Le marquis lui répond alors en date du 23 juillet de la même année :

« Je vous félicite d'avoir inspiré un juste intérêt au Très Révérend Frère Bacon de la Chevalerie. Je le reconnais pour Maître dans la carrière du Rit C. (Cohen), peu connu, et qui doit rester tel ; avec les connaissances variées et multipliées, que vous possédez et ce que vous pourrez acquérir, auprès de cet Illustre Substitut Universel, …»[9]  

 

 

 

La correspondance du marquis de Chefdebien nous intéresse à deux titres. Premièrement parce qu’elle révèle une existence encore reconnue des Elus Coens en 1806 et deuxièmement, pour la qualification qui est attribuée à Bacon de la Chevalerie de Substitut Universel du Rit Cohen, qui lui n’est pas qualifié d’Ordre.

En effet, du fait de son placement sous la « tutelle » des Philalèthes et de Savalette de Langes, l’Ordre s’est vu comme rattaché au Grand Orient. Ainsi est-il vu comme un Rit et non comme un Ordre par les quelques Hauts Dignitaires ayant connaissance de son existence. De même Bacon de la Chevalerie est-il reconnu sous cette dignité dans le tableau général des frères affiliés ou initiés au Rit Primitif et que nous reproduisons :

N° 49 : Bacon de la Chevalerie, ancien officier-général, né et domicilié à Paris. Décoré de tous les grades de divers Rits, notamment, Grand-Inspecteur du 32° degré du Rit Ecossais, dit ancien et accepté ; Rose-Croix X , Substitut Universel du Grand-Maître des E. C, depuis 3766 ; Grand-Officier d'Honneur honoraire au Grand-Orient de France ; Assoc. III. 10-11 mai 1806. 2e, 3e, 4e. Député des Hauts Ateliers de la Souveraine Grande Loge des P. auprès des Hauts Ateliers du Grand-Orient de France, et représentant du Rit Primitif, ayant séance au Grand Directoire des Rites.

Ce titre de Substitut, réellement conféré par Martinès en 1766, lui fut contesté après 1772 par les derniers membres du Tribunal Souverain de l’Ordre. En effet, dans une lettre à Willermoz en date du 12 octobre 1773, Martinès qualifie expressément le T.P.M. Desère du titre de Substitut de l’Ordre :

« Dans la chose les éloges que le T.P.M. Desère substitut universel D.L. m’a fait de votre exactitude à remplir scrupuleusement tous vos devoirs dans la chose et envers ceux qui vous suivent me met dans le cas de ne vous laisser rien plus désirer pour vous mettre en même d'aller tout seul au but que vous désirez de la Chose que vous avez embrassé (…). En conséquence, je me dispose à faire passer au T.P.M. Du Roy d’Hauterive, nouvellement ordonné par correspondance R+, quelques instructions pour qu’il vous les fasse passer avec le consentement du T.P.M. Desère substitut. »

On pourrait donc en déduire logiquement, comme le firent nombre de Coens, que Bacon fut destitué de sa charge par Martinès en 1772, peu avant son départ pour Saint Domingue. Cette possibilité, qui devint certainement une rumeur dans l’Ordre, fut vivement contestée par Bacon de la Chevalerie qui s’en expliqua à Willermoz dans un courrier du 24 septembre 1775 déclarant :

« Je n'ai fait aucun usage de l'autorité qui m'a été confiée, que je conserve parce que nulle créature humaine peut me la ravir ; que des hommes aveugles et livrés à un instant d'inconséquences ont crû trop légèrement que j'avais perdue. »[1]

Dans son affirmation relative à l’impossibilité humaine de lui ravir son autorité, Bacon de la Chevalerie doit certainement s’appuyer sur les Règlement et Statuts Généraux de l’Ordre qui stipulent que « Il [le Souverain] est en droit d’annuler les nominations faites, s’il est prouvé que les sujets nommés ne soient pas dignes ou se soient rendus indignes de leurs élections »[2]. Compte tenu de l’incertitude relative à cette destitution, il semble évident qu’aucune enquête officielle n’ait été menée relativement à Bacon et donc que, réelle ou non, cette destitution, prononcée par Martinès de son seul chef et sans instruction préalable, puisse donc de ce fait être considérée comme sans effet.

Quoi qu’il en soit, 10 ans plus tard, Bacon de la Chevalerie est toujours reconnu comme Substitut par le marquis de Chefdebien au Prince Chrétien de Hesse-Darmstadt, qui reproduit dans son carnet de notes autographes une note qu'il avait écrite le 12 janvier 1782 à l’occasion de son entretien avec le marquis[3] :

« Ayant décidé un voyage, il [Martines] élut pour son successeur un nommé Bacon de La Chevalerie et au-dessous de lui cinq autres [Saint-Martin, Willermoz, De Serre, Du Roy d’Hauterive, et Lusignan] (…)

Ces cinq personnages n'ont pas voulu reconnaître Bacon de La Chevalerie comme chef, parce qu'il est encore très inconstant dans la vraie discipline de la vie. »

Encore une fois, le marquis de Chefdebien d’Armissan se trouve à l’origine de cette qualification. Quel crédit doit-on réellement y porter au-delà de celui de désirer entretenir de bonnes relations avec son frère et ami au sein du Grand Orient, promoteur et représentant du Rit Primitif, Bacon de la Chevalerie ? Ou alors, peut on admettre, comme autre possibilité, que Martinès ait souhaité doter l’Ordre de deux Substituts se partageant chacun un Grand Orient ? Cette hypothèse se révèle possible dans la mesure où, dans un courrier du 20 janvier 1806, de Bacon de la Chevalerie écrit à Chefdebien :

« Il [le G :.O :.] a nommé un Consistoire pour prendre connaissance des diverses demandes de ce genre [accueil en son sein de Rits se faisant connaître sous l’étendard d’une constitution morale] ; les membres en sont classés par districts ; chaque district est composé de cinq frères. J’ai été destiné à faire nombre dans celui des grades les plus éminents et les moins connus. Je ne suis cependant point Philalèthe, mais je suis, comme vous le savez, Susbtitut Universel pour la partie Septentrionale du Rev :. Ordre des Élus Coëns :. (Rit extrêmement peu connu). »[4]

En se présentant comme Substitut de l’Ordre pour la partie septentrionale, Bacon offre pourrait confirmer la possibilité d’existence d’un autre Substitut pour la partie méridionale, possibilité offerte par les Règlemente et Statuts de l’Ordre qui stipulent que « Le substitut du souverain est celui que le souverain choisit pour être son coadjuteur. S’il l’est pour tout l’Ordre il a droit sur tout l’Ordre ; s’il n’est que pour une nation, il n’a droit que sur cette nation (…)»[5] Nous n’en saurons pas plus sur ce point, ni sur Desère (ou de Serre) à propos duquel les archives de l’Ordre semblent très discrètes. Mais c’est bien au titre de Substitut du Rit Cohen que Bacon de la Chevalerie est reconnu par le Grand Orient comme représentant des « grades les plus éminents et les moins connus ».

Notons cependant une chose : Bacon parle bien ici du Révérend Ordre des Elus Coëns et précisera dans une nouvelle lettre à Chefdebien en date du 26 janvier 1807 :

« Quant au Supplément, vous ne pouvez pas douter, T:.C:.F:., que je ne reçoive avec une vive reconnaissance, et que je n'accepte, avec respect, la Députation des Hauts Ateliers de la Souveraine G:.L:. des Ph:. auprès des Hauts Ateliers du G:.O:.de F:. près duquel la R:.L:.des Ph:. m'a déjà accordé la faveur de me nommer représentant du Rit Primitif, qui m'a donné le droit de séance au G:. Directoire des Rites, ou la non activité du Directoire Ecossais et le silence absolu des Elus C:. toujours agissants sous la plus grande réserve, En Exécution Des Ordres Suprêmes du Souverain Maître :. Le G:.Z:.W:.J :. »[6]

Ainsi, en 1807 Bacon de la Chevalerie suggère-t-il que l’Ordre est encore gouverné par un Souverain Maître dont nous ignorons tout sinon que son nom est formulé sous la forme d’un quadrilettre.

Alors, suivant cette affirmation, et contrairement à ce qui est communément admis, Sébastien de Las Casas ne serait pas le dernier Grand Souverain de l’Ordre ? N’ayant pu identifier à qui faisait réellement allusion le T.P.M. de la Chevalerie, il est difficile de l’affirmer. Certains auteurs pensèrent que les quatre lettres mentionnées par Bacon pouvaient représenter quatre Souverains Juges R+ dont de Grainville, Willermoz et deux autres non identifiés. Compte tenu des relations de l’Ordre avec le frère Coen lyonnais, ceci semble peu vraisemblable. Encore moins vraisemblable du fait du décès de Grainville en 1794.

Il semble donc ne pas y avoir de solution à cette énigme. Cependant, nous référant aux écritures saintes et à la pensée mystique du 18ème siècle et mettant à profit les différents enseignements légués par le Grand Souverain Martinès de Pasqually, nous nous risquerons à une proposition personnelle.

En effet, la titulature commençant par « Le G.Z » permet de supposer que ces lettre ne figurent pas un nom propre mais un complément de titulature ou une qualité. Nous trouvons ainsi en Zacharie 4 :

« Qui es-tu, grande montagne, devant Zorobabel ? Tu seras aplanie. Il posera la pierre principale au milieu des acclamations : Grâce, grâce pour elle! » La parole de l'Eternel me fut adressée, en ces mots : « Les mains de Zorobabel ont fondé cette maison, et ses mains l'achèveront ; et tu sauras que l'Eternel des armées m'a envoyé vers vous. Car ceux qui méprisaient le jour des faibles commencements se réjouiront en voyant le fil à plomb dans la main de Zorobabel. »

Ces versets, bien que faisant allusion à la reconstruction du temple par Zorobabel, n’en font pas moins allusion à la création de l’univers par son grand Architecte dont Zorobabel n’est qu’une figure. La lettre G précédant le Z signifierait alors Grand. Nous trouvons cette appellation de Grand Zorobabel dans le cantique 547 du pasteur gallican et fondateur de la société méthodiste, John Wesley (1703-1791) :

« Viens relève une âme abattue,

Dans ses embarras, ses conflits ;

Mais qui s’est toujours attendue

De voir tes desseins accomplis ;

De voir ôter ses péchés tous,

Par le sang versé sur nous.

D’en voir la montagne aplanie,

Devant toi, grand Zorobabel,

Et par ta puissance infinie,

Atteignit-elle jusqu’au ciel :

Aplanis-donc, ô mon Seigneur,

La grande montagne en mon ceour. »

Ainsi, Grand Zorobabel désignerait Notre Seigneur Jésus-Christ. Alors qu’en est-il du W et du J. Si nous cherchons dans le même sens nous retrouverons dans le W celui du centre des cercles d’opération Coens, W qui se rapporte à Chiram en tant que caractère[7], le même Chiram étant une préfiguration du Christ ainsi que nous l’enseignent les différentes instructions et catéchismes de l’Ordre. Reste la lettre J dont nous ferons l’économie, son rapport avec le divin Nom nous apparaissant que trop évident.

Ainsi expliqué, nous voyons un rapport direct entre le quadrilettre exprimant le nom du Souverain et le divin tétragarammaton.

Ceci reste néanmoins une interprétation que nous devons passer à l’épreuve de la numérologie martinésienne. Il convient pour cela de prendre pour chaque lettre sa correspondance numérique dans l’alphabet hébreux : G:3 – Z:7 – W:6 – J:10 soit au total 26, nombre guématrique du tétragrammaton, et dont l’addition arithmosophique donne 8 soit le nombre de la double puissance quaternaire du Christ.

Ainsi Bacon semblerait placer l'Ordre sous la protection souveraine et l'inspiration spirituelle-divine de Notre Seigneur Jésus-Christ ainsi que sous la conduite spirituelle-temporelle d'un Substitut Universel. Ce Substitut ayant pour charge, en l'absence de tout autre Souverain, et conformément aux Statuts et Règlements Généraux de l’Ordre[8] comme coadjuteur du Souverain jouissant de tous les droits, d’assurer la subsistance temporelle discrète de l'Ordre ainsi que la transmission spirituelle des sciences, connaissances et mystères primitifs dont il reste le dépositaire en tant que réceptacle permanent des puissances et connaissances par la seule volonté de Notre Seigneur et l'opération divine de son Esprit.

Posons-nous alors la question suivante et répondons au fond de notre coeur : de quel plus Grand Souverain pourraient provenir des ordres suprêmes devant orienter les travaux des Elus Coens d’hier, d’aujourd’hui et de demain ?

Il est important aussi de réaliser que Bacon, en dépit de ses hautes fonctions maçonniques et de son attachement aux Directoires rectifiés, a toujours su préserver l'Ordre et montrer aux frères Coens, par son exemple, la possibilité d'une coexistence heureuse des différents systèmes dans la paix et l'harmonie, rompant de ce fait avec les considérations et défiances de Martinès relativement à l'aspect apocryphe de toute maçonnerie. Coexistence, et vis à vis du Rit Rectifié, proximité exempte de tout sectarisme et d'esprit d'exclusion, n'opposant jamais un système à l'autre, quand dans un courrier du 23 avril 1808 à Willermoz, dénué de tout esprit de querelle, il demandait :

« Dans ces circonstances j'ai recours à votre amitié pour m'aider de tous les documents qui sont à votre disposition, car j'ai laissé à St. Domingue, et par conséquent perdu, tous mes papiers, vêtements et instruments concernant les Directoires et même les Élus Coën.

J'attends de vous, T :.C :. et B :.A :.F :. réponse prompte et satisfaisante ; mandez moi surtout que vous vous porter bien et que vous êtes heureux.

Vous savez, mon cher Willermoz, à combien de titres je vous suis dévoué et pour la vie.

Rue Guisarde, no. la. f. St. Germain.

Bacon de la Chevalerie.

P. S. - Si Vous me confiez les codes et Rituels et autres instructions, je les copierai et vous les renverrai aussitôt après la copie. »

Bacon de la Chevalerie doit sur ce point rester un modèle de conduite, de tolérance et d’intelligence pour tous les Coens et Maçons d'aujourd'hui et de demain. Tout comme tout Maçon Rectifié devrait, à l’image de Willermoz qui dans un courrier du 24 septembre 1818 à Türckheim déclarait tenir « de coeur et d’âme » à Martinès et à son initiation, considérer d’une façon attentive et ouverte les travaux de leurs grands frères Coens.

Alors, arrivés au bout de cette étude, quels enseignements pouvons-nous tirer ?

Le premier, que l’Ordre, dirigé par son Substitut Bacon de la Chevalerie, continua quelques activités au moins jusqu’en 1808. Que même si nous n’en connaissons pas les noms et que rien ne soit consigné dans les archives portées à la connaissance des historiens, il est possible que des Réaux+Croix aient été ordonnés par Bacon tardivement du fait des droits totaux dont ce dernier jouissait. Enfin, et surtout, que l’Ordre, suivant l’intention que nous prêtons à son dernier Substitut, est maintenant placé sous la bienveillante protection de Notre Seigneur Jésus Christ. Et qu’à ce titre, et suivant que la divine Providence le jugera digne et juste, nous sommes autorisés à penser que l’Ordre peut se manifester à tout moment par la volonté, le désir pur et la pratique juste de Coens de désir, élus par Notre Seigneur, dont ils reçoivent les grâces et comme l’écrivit Willermoz, « que le Tout-puissant plein d'amour et de miséricorde peut, quand il voudra faire naître des pierres mêmes des enfants d'Abraham. »

Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent.

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L'histoire de Elus Coens après Pasqually (1)

19 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

A partir de 1780, la société française connut un grand intérêt pour les expériences de somnambulisme et magnétisme animal, notamment au travers des travaux du Docteur Mesmer. Cet engouement n’épargne pas les sociétés spiritualistes et illuministes.

Ainsi, dès 1784 Jean-Baptiste Willermoz assiste à quelques séances de magnétisme à Lyon au sein de la société La Concorde. La vogue du mesmérisme traverse alors la France de cette époque et le temple Coen de Toulouse n’est pas non plus épargné par les expériences de magnétisme animal. Les frères Coens toulousains accueillent même en 1785 le comte Maxime de Puysegur, haute figure du magnétisme, auquel ils pensent alors proposer son admission dans l’Ordre.

Cette même année 1785 est aussi un tournant majeur dans l’activité du Temple de Lyon. En effet, Willermoz et les Elus Coens lyonnais se passionnent rapidement pour ces expériences de fluide magnétique et les vertus thérapeutiques y afférent. Ainsi, pensent-ils que si les messagers divins consentaient à venir en aide aux hommes de bonne volonté qui cherchaient à guérir leurs semblables, ils ne refuseraient certainement pas de répondre aux hommes de désir qui les interrogeraient sur ce qui intéressait la foi et le salut des âmes. Certains Coens voient donc dans ces nouvelles expériences un excellent moyen de communiquer avec l’invisible d’une façon beaucoup plus simple que celle enseignée par leur ancien Maître et ainsi d’accéder plus efficacement à la réconciliation. Plus simple mais peut-être pas moins délicate et pas moins exempte d’écueils, en témoigne cette correspondance de Louis-Claude de Saint-Martin au Conseiller Mathias Du Bourg du temple de Toulouse en date du 21 avril 1784 :

« Le magnétisme animal sur lequel vous me questionnez, T. Ch. M. tient aux lois de la pure physique matérielle. Il n’y a rien de plus, absolument. Libre à ceux qui le voudront et qui le pourront d’y ajouter ce qu’ils auront de surplus. Ceux qui n’en sont pads là pourront se trouver quelquefois embarrassés. Car ce magnétisme, tout pur physique qu’il est, agit plus directement sur le principe animal que tous les autres remèdes ; et par conséquent il peut sans s’en douter ouvrir la porte plus grande ; or quand la porte est toute grande ouverte la canaille peut entrer comme les honnêtes gens, si l’on n’a pas soin de poster des sentinelles fermes et intelligents qui ne laissent l’accès qu’aux gens de bonne compagnie. Cet inconvénient est grand ; mais il serait inintelligible à toute l’école mesmérique , à commencer par le maître ; aussi je garde cette idée pour moi, et pour ceux qui sont capables de l’entendre. »[1]

Du côté lyonnais, Willermoz développe des expériences de somnambulisme puis de magnétisme spirituel auxquelles il se consacre jusqu’en 1789. Ces expériences et les travaux y afférent se font au travers de sommeils organisés avec la « medium » Mlle Rochette. Puis sont présentés dans l’aéropage lyonnais des feuillets écrits par un Agent Inconnu en état de transe, Agent qui se révèlera bien plus tard être Mme de Vallière, somnambule psychographe, chanoinesse de Miremont, soeur du Duc de Monspey, Elu Coen proche de Willermoz.

Sans pour autant rentrer en profondeur dans l’histoire des temples Coens et du magnétisme à cette époque[2], nous devons signaler la fondation par Willermoz, à la demande de l’Agent Inconnu, de la Société des Initiés et en particulier de la Loge Elue et Chérie de la Bienfaisance dont les activités consacrées au somnambulisme et au magnétisme, et surtout à l’étude des cahiers de l’Agent, prirent vite le pas sur les travaux du Temple Coen lyonnais, voire passagèrement sur le développement du Régime Rectifié.

Ainsi, les différentes communications et révélations faites par cet Agent au travers des cahiers remis aux émules, communications supposées d’origine spirituelle dont le rédacteur se faisait l’agent, ont un impact important sur la perception de notre bien aimé Coen lyonnais et de ses frères relativement aux travaux de théurgie.

Les communications de l’Agent, fruits d’une imagination débordante et d’un psychisme troublé, sont toutes empreintes de catholicisme fervent, d’élans affectifs et sentimentaux, de réflexions d’ordre maçonniques ou relatives à l’enseignement de Martinès de Pasqually, mêlés de quelques considérations gnostiques et d’éléments rédigés dans une langue inconnue s’avérant difficilement déchiffrables. Ces écrits ne remettent évidemment pas en cause ni la pertinence ni la valeur de la doctrine de Martinès, du moins jamais en profondeur. Cependant ils la font tendre vers un catholicisme classique pour l’époque et visent à simplifier les formes Coens. Fini les prescriptions diverses et même si certaines d’ordre alimentaire sont retenues, la théurgie opératoire se voit remplacée par l’amour qui est la clé et la source de toute purification. Les écrits de l’Agent tendent ainsi à réformer les rituels ainsi que certains enseignements de l’Ordre, comme ce fut aussi le cas pour la maçonnerie rectifiée et tout particulièrement avec le changement du nom de l’Apprenti.

Les interrogations relatives aux travaux Coens que suscitent les révélations de l’Agent dans l’esprit de Jean-Baptiste Willermoz se lisent clairement au détour d’une correspondance en date du 8 mai 1786. Vialette d’Aignan, de l’Orient de Toulouse, adresse alors à l’abbé Fournié, de l’Orient de Bordeaux, la réponse de Willermoz relativement à la demande insistante de l’abbé d’intégrer la Société des Initiés. Dans cette correspondance, Vialette d’Aignan exprime le refus de Willermoz à intégrer dans l’Initiation un frère dont la qualité de Coen ne pouvait être remise en cause, mais qui n’y avait pas été appelé par l’« Ange » de l’Agent qui seul décidait en la matière. En fait, Willermoz dissimule par cette argumentation sa réticence envers cette admission, réticence probablement fondée sur sa volonté de réforme de l’Ordre Coen qui pouvait ne pas être partagée par le candidat.

Ainsi Vialette d’Aignan explique-t-il à Fournié qu’il aurait « sûrement été appelé si la chose eut dépendu des frères de cet Orient [de Lyon], mais ... ne l'étant pas, on ne vous conseillait pas d'y venir ».

Mais plus intéressant encore pour le sujet qui nous concerne, les informations données par Lyon dans la même lettre sur les activités Coens :

« parce que tous les FF Cn de Lyon ayant été réunis à l'Initiation générale, il ne se tenait plus aucune assemblée des Cn ; que ce n'était pas négligence, mais devoir ; parce que l’Initiation avait fait connaître les erreurs qui s'étaient glissées dans les travaux de l'Ordre des Cxn et même le danger attaché à quelques uns des plus pratiques. Loin que l'Ordre soit aboli, me disait-on, il n'a fait que se réunir au tronc dont il s'était mal à propos détaché ; et de ce tronc il ressortira en son temps un nouvel Ordre de Cxn plus pur, plus vrai, et moins mélangé des idées humaines : le nouveau ne sera composé que de ceux qui seront élus pour cela, et qui seront pris parmi les Initiés qui seront destinés pour l’oeuvre de la onzième heure.»

Tout est dit : l’Ordre ne doit pas être aboli mais réformé. L’agent de cette réforme est l’Initiation, c'est-à-dire l’ensemble des révélations et communications de l’Agent Inconnu dont on saura par la suite qu’elles ne furent malheureusement pas toujours d’origine spirituelle, mais souvent très inspirées par le psychisme de l’Agent et les idées de son frère Coen, contrairement à ce que nos initiés lyonnais pouvaient espérer.

D’ailleurs, des doutes commencent à s’installer dans l’esprit de Willermoz dès 1786, certaines visions ne se réalisant pas et certaines considérations relatives aux Elus Coens et à la franc-maçonnerie s’avérant contestables ou erronées. De plus, une partie des communications semblent trouver leur origine dans les idées du frère de l’Agent, l’Elu Coen de Monspey, plutôt que dans des révélations célestes. Aussi, en 1788 les relations se tendent entre l’Agent Inconnu, et Willermoz. Ce dernier essaie alors de récupérer les cahiers et archives de la société qu’il préside encore à la demande de l’Agent. Puis en 1790, suite aux dites tensions, Willermoz se voit destitué de la présidence de la Société des Initiés au profit de Paganucci. Il en garde cependant les archives. A partir de cette date il n’y aura plus de relation entre Willermoz et la famille de Monspey jusqu’en 1806 où Willermoz récupère le reste des archives et des cahiers d’instructions de Mme de Vallière avant de rompre toute relation.

Cependant, malgré cet éloignement relatif des travaux théurgiques causé par l’enthousiasme et le goût spiritualiste de Willermoz pour les révélations attractives de l’Agent, ce dernier ne cesse jamais de se considérer comme un Coen et continue à entretenir une correspondance avec les frères Coens proches. Cette correspondance lui permet aussi de se tenir informé des travaux de l’Ordre. Une lettre de Périsse du Luc, datée du 23 mars 1790 montre que Willermoz est toujours proche de ses frères et que la distance qu’il a prise vis-à-vis des travaux de l’Ordre n’est pas officiellement communiquée. Willermoz semble être resté très modéré et discret dans ses critiques. En effet, on peut lire :

« Il me paraît par la lettre de mon frère ou que vous avez été malade à l’eq. [lire équinoxe] ou comme je le pense, que vous en avez pris le prétexte pour vous retirer en particulier. St. Martin arrivé depuis peu de Strasbourg en a fait autant, je pense, puisqu'il a été passer ces jours là à la campagne. Je ne l'ai pas encore vu, quoique j'aie entre les mains un nouvel ouvrage de lui dont vous ne m'avez pas parlé et cependant l'ex. vient de Lyon. Il a pour titre L'Homme de Désir format in-8° et 301 paragraphes. Il me parait au coup d’oeil, n'ayant pu que le parcourir, faire beaucoup d'allusions hyérogliphiques et mystiques aux travaux des Coh...

Jugez-le et dites-moi ce que vous en pensez. J'y ai vu de belles choses, de très obscures et mystique-poétique que l'auteur détestait grandement autrefois. Souvent il prend le ton élevé du Psalmiste et son Cantique, plus souvent encore le style apocalyptique, tout cela mêlé des tournures de la poésie allemande d'un Klopstock et d'un Gessner par où l'on voit qu'il a pris à Strasbourg le goût du terroir. Mais qu’importe le style et la forme, si les idées en sont grandes, sublimes et instructives, et j'en ai rencontré un grand nombre de cette classe et surtout de très profondes. »[3]

Ainsi, bien des années plus tard, Willermoz exprimera particulièrement cet attachement aux Coens, à leur Maître Martinès, et aux travaux de l’Ordre envers lesquels il revint dans de biens meilleures dispositions après la parenthèse de l’Agent Inconnu et les troubles de la révolution. Cet attachement se lit en particulier dans une correspondance maintenant célèbre avec le Baron de Lansperg en date du 10 octobre 1821 :

« Quelques heureuses circonstances me procurèrent dans un de mes voyages d’être admis dans une société bien composée et peu nombreuse dont le but, qui me fut développé hors des règles ordinaires [c’est-à-dire oralement] me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger de ceux que je ne connaissais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C’est le seul où j’ai trouvé cette paix intérieure de l’âme, le plus précieux avantage de l’humanité relativement à son être et à son principe. »

Willermoz évoque ici sans aucune ambiguïté son attachement au système entier, et non pas seulement à sa doctrine, système qui fut le seul dans lequel il trouva « cette paix intérieure de l’âme, le plus précieux avantage de l’humanité relativement à son être et à son principe. »

Et cet attachement est le seul motif qui l’amène, au crépuscule de sa vie et alors même qu’officiellement l’Ordre semble dissous, à recevoir de nouveaux Coens dans les différents grades. Ainsi, dans une lettre en date du 22 septembre 1813, Saltzmann (1749-1821) remercie-t-il Willermoz pour son ordination au grade de Grand Architecte :

« Mon premier acte de gratitude et de la plus vive reconnaissance a été rendu à Celui qui a daigné bénir mon voyage et vous donner la volonté et les forces nécessaires d'opérer pour sa gloire et mon salut. Le second s'adresse à vous, mon T.C. et P. Me, qui m'avez donné une nouvelle preuve bien précieuse de votre amitié. Vous m'avez sacrifié un repos, que votre grand âge vous rend si nécessaire, et vous avez pour ainsi dire couronné votre ouvrage. Car je n'ose espérer recevoir encore davantage, et je ne dois m'occuper qu'à bien profiter de ce que j'ai reçu et d'être fortifié dans la voie dans laquelle j'ai eu le bonheur d'entrer. Mais vous ne négligerez pas ce que vous avez semé et vous nourrirez la flamme que vous avez allumée. (...)

Ne m'oubliez pas, mon T.C. et P.M. Songez à votre élève dans vos prières et aux jours et heures destinés à des travaux supérieurs. Envoyez-moi, aussitôt qu'il sera possible, ce que vous m'avez promis et battons le fer pendant qu'il est encore chaud. Ah ! s'il était possible de m'envoyer ce qui est marqué par + après les noms usités ! (...) »

Fre Saltzmann à moi W. [...] Son contentement de ce que j'ai fait pour lui à Lyon, Gd Archi. Il espère l'Invo[cation] promise. [Note de Willermoz]

Cette lettre est d’un intérêt majeur dans la mesure où elle nous montre également les bonnes dispositions dans lesquelles notre Coen lyonnais est revenu relativement aux travaux d’invocation qu’il ne manque pas de recommander au nouveau reçu en précisant même qu’il continue lui-même à les pratiquer !

Mais encore, il est vraisemblable que Saltzmann ait reçu d’autres grades postérieurement à 1813. En effet, quatre années plus tard, dans une correspondance avec le Baron Jean de Türkheim (1760-1822) en date du 16 février 1817, Saltzmann informé de l’intérêt que Türkheim porte à l’enseignement de Martines[4], conseille à ce dernier :

« Pour obtenir ce que vous semblez désirer, il faudrait faire le voyage de Lyon, pendant qu'il en est temps encore. Il est vrai que j'ay obtenu les communications. J'en ai encore reçu à mon dernier voyage de Lyon ; mais je n'ai pas le pouvoir de conférer les grades. »

Ainsi, en dépit d’un éloignement relatif et passager, Jean-Baptiste Willermoz resta-t-il constamment fidèle au système Coen dont il ne manqua pas de vouloir faire bénéficier tous les hommes de foi et de désir jusqu’à la fin de sa vie.

Après la disparition en 1774 de Martinès de Pasqually à Port-au-Prince, l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l’Univers ne fut pas pour autant mis en sommeil dans la mesure où un successeur avait été désigné par le feu Grand Souverain en la personne de Armand-Robert Caignet de Lestère qui resta brièvement à la tête de l’Ordre jusqu’à sa mort en 1779. Le troisième (et dernier ?) Grand Souverain désigné fut alors Sébastien de Las Casas qui, contesté et peu à l’aise dans la gestion délicate d’affaires internes soulevées par les huit Orients de l’Ordre, décida de renoncer à ses dignités et mettre un terme à ses fonctions en 1781 dans des conditions sur lesquelles nous reviendrons.

Durant cette période difficile, Martinès étant passé à l’Orient éternel sans pour autant avoir achevé son œuvre et principalement la rédaction complète de l’ensemble des grades et rituels du système, l’Ordre ne resta pas inactif, bien au contraire.

Nous prendrons pour témoins de cette activité deux Orients particuliers dans l’histoire de l’Ordre qui furent ceux de Lyon et de Toulouse.

Du côté lyonnais, l’histoire des Elus Coens est entièrement attachée à l’œuvre magistrale de Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824). En effet, ordonné Reau+Croix en 1768 et membre du tribunal Souverain depuis 1772, celui-ci avait très justement diagnostiqué les faiblesses structurelles de l’Ordre Coen contraint entre les Statuts Généraux de 1767 difficilement applicables et des rituels toujours mal établis en 1774 après la disparition de son fondateur. Aussi, avait-il conçu le sage projet de préserver le dépôt doctrinal de l’Ordre dont il sentait la conservation en danger.

C’est ainsi, qu’à l’ombre de la rectification maçonnique qu’il avait entreprise depuis 1772/1773 sous les auspices de la Stricte Observance, ou Réforme de Dresde, il créa avec un génie indéniable en 1778 à l’occasion du Convent des Gaules qui vit la concrétisation de la Réforme de Lyon, appelée Régime Ecossais Rectifié, une classe secrète dans ledit Régime. Cette troisième classe, appelée la Profession, avait pour but de servir de conservatoire à la doctrine de Martinès de Pasqually afin de l’enseigner sous forme d’instructions et sous le nom de Science de l’Homme - ou Initiation - aux frères les plus zélés et les plus désireux qui accèderaient ainsi à ce sanctuaire du Régime. Cette classe secrète, bien que dépositaire de l’essentiel de la doctrine des Elus Coens, ne proposait cependant aucun travail théurgique. Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte qui y étaient admis en tant que Profès puis Grand Profès n’étaient assujettis à aucune autre obligation que l’étude de la doctrine et sa progressive propagation au saint des différentes classes du Régime, la pratique constante de toute forme de bienfaisance comme voie de réalisation et régénération spirituelle ainsi qu’à la défense de la sainte religion chrétienne.

Alors Willermoz ayant introduit au sein du Régime Ecossais Rectifié les principaux enseignements de son Maître Martinès de Pasqually - tout en se gardant prudemment d’y intégrer la pratique des travaux opératoires - avait-il pour autant pour dessein d’arrêter les travaux Coens ? Avait-il aussi pour objectif corollaire de substituer à l’Ordre Coen - quelque peu affaibli depuis la disparition de son premier Grand Souverain et fondateur Martinès de Pasqually, - la classe terminale du nouveau régime maçonnique ainsi constitué, classe dont la relation avec le Haut et Saint Ordre était exposée dans les instructions secrètes données aux Chevaliers qui l’intégraient ?

Rien de moins évident quand on se penche sur l’activité des temples lyonnais entre 1778 et 1785. En effet, pendant ces quelques années, l’activité du temple Coen de Lyon fut importante. En témoignent quelques correspondances échangées durant cette période, ou même postérieurement à celle-ci, relatant l’activité du Temple de Lyon et celle plus particulière de Willermoz.

Dans une lettre qu’il adresse au Prince Charles de Hesse-Cassel, Grand Profès, datée du 12 octobre 1781, Jean-Baptiste Willermoz présente l’Ordre Coen en ces termes à celui qu’il allait bientôt recevoir dans l’Ordre juste après le Convent de Wilhelmsbad[1] de 1782 qui assierrait définitivement le Régime Rectifié :

« II est essentiel que je prévienne ici V.A.S. que les degrés du dit Ordre renferment trois parties. Les trois premiers degrés instruisent sur la nature divine, spirituelle, humaine et corporelle ; et c'est spécialement cette instruction qui fait la base de celles des Gr. Profès que V.A.S. pourra le reconnaître par leur lecture ; les degrés suivants enseignent la théorie cérémoniale préparatoire à la pratique qui est exclusivement réservée au 7e et dernier. Ceux qui sont parvenus à ce degré, dont le nombre est très petit, sont assujettis à des travaux ou opérations particulières qui se font essentiellement en mars et septembre. Je les ai pratiqués constamment et je m'en suis très bien trouvé……… Quoique les premiers des dits grades soient enveloppés de quelques formes maçonniques qui sont abandonnées dans les grades plus élevés, je reconnus bientôt que cet Ordre avait un but plus élevé que celui que l'on attribuait à la maçonnerie [...] »

Bien des années plus tard, le même Prince, dans des courriers datés des 23 novembre 1826, 10 décembre 1826 et 29 octobre 1829 évoquera à son tour sa réception au prince Chrétien de Hesse-Darmstatd lui-même Grand Profès et Coen[2] en témoignant de son intérêt encore important pour les enseignements de l’Ordre :

« Pourriez-vous me faire part des extraits de Pascal [lire Pasqually]. Feu ab Eremo [Willermoz] me fit lecture de plusieurs morceaux de celui en 1782, après le Convent de Wilhelmsbad, après m'avoir reçu dans les trois premiers grades de Coens ou Cohens. Je ne vous nommerai que les 7 degrés de l'autel qu'Abel érigea. »

puis :

« Je serai bien aise de lire les trois degrés de Coen. Voilà 44 1/2 ans que j'y fus

reçu ; je ne m'en rappelle plus que du 3ème où je fus assis dans un cercle, et

l'Abrenuncio. Des extraits de Pascal. qu'ab Eremo me lut je me souviens entre

autres que l'autel qu'Abel érigea avait sept dégrés. Pour le mot Coen, qui me fut

donné comme un mystère, je crois savoir que c'était un degré de haut Prêtre

Égyptien. N'ayant plus revu ab Eremo je suis resté à ce 3ème degré. Combien en avez-vous, Chérissime Frère ? »

enfin :

« Ab Eremo me lut Pascal à Wilhelmsbad lorsqu'il m'eut donné, ou plutôt reçu

dans l'Ordre des C...s, quelques fragments d'un manuscrit auquel il parait fort

attacher un prix infini. Il s'y trouvait un autel de 7 marches qu'érigea Abel. Aussi les 7 fils de Noé. Je me flattais que c'est le même manuscrit, mais sinon et qu'il y a seulement de la morale, des phrases, du verbiage et point d'historique, de faits, d'instructions, alors cela ne saurait m'intéresser et ne me l'envoyez pas si je n'y puis rien découvrir apprendre d'utile aux connaissances. »

De même, un courrier de l’Abbé Fournié[3] à Willermoz, en date du 5 mars 1781, donnant quelques nouvelles de l’éducation du jeune Pasqually, fils de Martinès, que les Coens espéraient voir arriver un jour à la tête de l’Ordre, indique une activité théurgique toujours régulière des temples de Lyon et Bordeaux ainsi que de Willermoz :

« et par la s'il plait a Dieu, il deviendra sage successeur de notre Gd. M. […] Je me recommande a vos prières et à vos travaux d'équinoxe et vous prie de croire que dieu merci je n’oublie point ceux de votre O. dans les miennes, vous remerciant très humblement et à tous mes ff. des cent cinquante livres que vous m’avez procuré. »[4]

Ainsi l’ensemble de ces correspondances nous montrent que, postérieurement à 1778 et donc à la création de la classe de la Profession, les travaux Coens de Willermoz et des différents frères ayant construit et adopté la Réforme de Lyon, se poursuivent au sein de l’Ordre. Plus encore, les réceptions aux différents grades de frères Grand Profès, qui se feront jusqu’en 1785, semblent indiquer que c’est au sein même de cette classe de la Profession que Jean-Baptiste Willermoz et les frères Elus Coens ayant intégré le Régime Rectifié allaient recruter les candidats à l’ordination dans l’Ordre des Coens.

Y a-t-il alors eu intention dans ce sens de la part de Jean-Baptiste Willermoz dès l’établissement de cette classe ? Tout porterait à le penser, rien ne permet de le démontrer.

En revanche, ce que ces correspondances démontrent et ce que nous pouvons donc affirmer, sans crainte de faire injure à l’histoire, c’est que jamais Willermoz ne pensa à cette époque se détacher des Coens et de faire de la Profession une sorte de substitut à l’Ordre.

Tout au contraire, nous pouvons témoigner d’une activité tout particulièrement importante dans le Temple Coen de Toulouse notamment sous la bienveillante et très dynamique impulsion de Jean-Jacques du Roy d’Hauterive, Substitut de l’Ordre, et membre du Tribunal Souverain avec Willermoz.

Ce temple toulousain, sous la conduite du conseiller Mathias Du Bourg, Grand Profès (successeur de Mazade de Percin depuis 1780), reçut en effet nombre de frères Rectifiés dont le Grand Profès Antoine Castillon (Antonius ab Erce), dépositaire du Collège Métropolitain de Montpellier signalé en 1780 par d’Hauterive[5]. Ce dernier frère n’arrêta ses travaux au sein du temple toulousain qu’en 1785 pour des motifs certainement liés aux évolutions du Temple de Lyon et des Grands Profès lyonnais à partir de cette date. Nous reviendrons sur ces évènements par la suite.

Ainsi est-il maintenant clairement établi que, bien après le Convent de Wilhelmsbad, les Chevaliers Profès continuèrent leurs activités dans l’Ordre Coen et même purent au sein de leurs Collèges respectifs procéder à la préparation de ceux des Grands Profès qu’ils recevraient ultérieurement dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l’Univers.

 

 

source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

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Message d'équinoxe

19 Avril 2012 Publié dans #Rites et rituels

Pour tous les Coens, hommes de désir en quête d’un renouvellement et d’un perfectionnement de leur réconciliation, le temps de l’équinoxe qui va s’ouvrir[1]   est l’occasion de réaffimer que l’état de Coen n’est pas consécutif à la simple obtention d’un grade quelconque mais à la pratique de la prière et des travaux opératoires que l’Ordre exige de ses membres. Sans eux, la soi-disant élection dont ils pourraient s’enorgueillir inutilement serait vaine et les ordinations reçues resteraient inopérantes.

En effet, un Coen est un homme Elu de la Providence et sur lequel cette même divine Providence déverse tous ses bienfaits. Bienfaits généreusement dispensés par amour au travers des ordinations reçues mais qui sont autant de dons gaspillés si chacun n'en faisait l'usage pour lequel la Providence, et l'Ordre qui est son bras agissant, les a élus.

Car il faut bien noter que le système de l’Ordre des Elus Coens n'est pas un système de grades. C'est un système de grâces. Grâces divines conférées dans l'Esprit et par l'Esprit et transmises dans les ordinations par les mots de puissances et noms d’esprits qui sont autant de bénédictions, de verbes de puissance et de marques de protection et de vivification accordés aux récipiendaires et qui agissent comme le sceau de cette élection.

Aussi, tous les Coens sont-ils appelés à profiter de ce temps d'équinoxe pour oeuvrer chacun dans leurs circonférences, mais aussi ensemble physiquement ou sympathiquement, à leur réconciliation ainsi qu’à celle de tous les hommes et de la création universelle. Ils agissent de concert par la pénitence, le renoncement ou kénose, la prière et les travaux de l’Ordre qui sont les voies privilégiées de la rédemption, de l’illumination et de la réintégration.

Chaque Coen est ainsi invité préalablement et postérieurement aux travaux théurgiques qui viendront couronner ce temps d’équinoxe, à réciter rituellement les psaumes pénitentiaux et à se préparer physiquement et spirituellement par un jeûne relatif et la prière. Ainsi, chaque Coen, en tant que chrétien, pourra intégrer de façon tout à fait cohérente et bénéfique, cette observance particulière aux observances plus générales liées au Grand Carême[2]   durant lequel les travaux d’équinoxe se positionnent. Les travaux opératoires proprement dit, initialement prévus par les Statuts de l’Ordre pour durer 3 ou 7 jours sont quant à eux maintenant bien réduits du fait des contingences liées à la vie moderne. Mais comme disait le Maître, il faut faire avec ce que l’on a.

L’observance de ces consignes, accompagnée de prières quotidiennes, ainsi que la pratique d'une ascèse préparatoire personnelle, permettront à tous les Coens de se présenter à leurs travaux dans les meilleures conditions afin d'espérer recevoir en don les signes de la réconciliation et la douce manifestation de La Chose.

A tous les Coens, véritables hommes de désir, nous souhaitons paix, joie et bénédictions dans leurs travaux.

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

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Les invocations Coens : théurgie, culte des anges ou magie?

19 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

 

L’appartenance à un ordre Coen permet de gratifier chaque frère de nouvelles forces conférées au travers d’ordinations graduelles. Ces nouvelles forces permettent à chaque Elu Coen, à partir du grade de Maître Elu (ou Grand Maître Elu Coen), de pratiquer les cérémonials d’invocation qui sont le but et l’essence même de l’Ordre Coen. Car l’appartenance à un ordre Coen est engagement à la pratique du culte qui en est le cœur, culte qu’Adam reçut de l’Eternel, culte cosmique qui est le culte de réconciliation personnelle et universelle et donc de re-sacralisation de la création.

Forces conférées par les ordinations car, comme il me plaît souvent à le rappeler autour de moi, les ordinations Coens ne peuvent être considérées comme des réceptions à des grades. Car le système Coen n’est pas un système de grades mais un système de grâces à l’intérieur duquel chaque Elu reçoit, directement ainsi que médiatement par l’entremise des esprits angéliques appelés à cet effet, les grâces du Très Haut. Grâces qui lui permettront, s’il sait en préserver les bienfaisants effets par une pratique régulière de la prière et une ascèse de vie, d’opérer les actes et cérémonials du culte pour lequel il a été élu.

Alors se pose la question de la forme de ce culte et en particulier des invocations.

Ce culte est dit théurgique car il fait appel à l’intercession des esprits angéliques. Mais il est légitime de se poser la question : théurgie, culte des anges ou simple magie ?

La réponse pourrait varier suivant un point de vue ou un autre, suivant un objectif ou un autre, suivant l’intention même de l’opérant ou plus simplement suivant la compréhension que chacun pourra avoir de ces vocables.

Mais pour nous, qui sommes attachés à l’Eglise du Christ autant qu’à la l’étude approfondie des rituels Coens dans l’Esprit, la lumière de la foi et des saintes Ecritures, la réponse s’impose d’elle-même.

Pour nombre de nos contemporains plus ou moins au fait des travaux Coens, les opérations invocatoires s’apparentent à des pratiques occultes relevant, dans le meilleur des cas, d’une certaine magie blanche que l’on aura alors du mal à qualifier de chrétienne. Cette opinion nous paraît fort compréhensible si nous nous situons dans le contexte spirituel et culturel de notre époque qui ignore jusqu’à la signification traditionnelle des vocables que ses contemporains manient parfois avec une certaine imprudence et méconnaissance.

Car occultes, ces opérations le sont évidemment dans le sens où elles font appel aux esprits angéliques et au Nom même de Celui qui est innommable et dont la face ne peut nous être dévoilée. Ces opérations font donc appel à ce qui est invisible aux yeux et à l’entendement de ceux qui ne font pas l’effort de soumettre leur esprit à l’Esprit et leur volonté à la Parole car n’est-il pas dit dans l’Ecriture : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. » (Matthieu 7.6)

 

Dans ce sens, les pratiques opératoires Coens font appel à ce qui reste alors caché aux yeux de la multitude et peuvent donc être qualifiées d’occultes, au sens du Moyen-Age mais certainement pas de pratiques occultistes au sens de notre siècle.

Le qualificatif ainsi expliqué et commenté ouvre le débat à la notion de « magie opératoire ». Et là encore, il est utile de bien comprendre de quoi il s’agit. La magie dont nous parlons ici ne relève pas de la magie naturelle, nécromancie ou géomancie, mais d’une magie céleste et surcéleste. Suivant Paracelse[1]  , « son efficience découle de la puissance divine » puis « elle est l’effet de la puissance divine » et enfin «en elle [la magie] s’accomplit la volonté de Dieu par le moyen de la foi [soulignement du rédacteur]». Ainsi, l’opérateur ou plutôt le Mage est-il le medium entre le ciel et la terre ; par lui passe l’influence divine et par lui s’exerce donc la volonté divine.

Quel lien alors avec les travaux des Elus Coens ?

Pour répondre à cette question, nous devons nous pencher sur la nature et le sens des invocations.

Ces invocations sont souvent le véhicule de la doctrine martinésienne ou de certains de ces points fondamentaux : la chute, la prise de conscience de la dégradation de notre être, la souffrance qui lui succède, le repentir et la pénitence, la restauration de l’état d’homme-dieu par l’effet de la miséricorde divine qui est l’œuvre du divin Réparateur, les signes de réconciliation qui s’en suivent, le recours dans l’épreuve terrestre à l’assistance des esprits angéliques et les facultés et puissances ainsi recouvrées.

Ces invocations visent à acquérir, par des manifestations de divers ordres, visibles ou invisibles, les marques de la réconciliation divine et à rétablir, par l’esprit bon compagnon - ou d’autres classes d’esprits angéliques - la communication de l’opérant avec la pensée et la volonté de son Créateur. Et cette opération ne peut se faire que selon la volonté divine que nul ne peut seulement penser forcer, ainsi que dans la foi qui en est l’indispensable préalable, car la volonté de Dieu ne s’accomplit par l’homme que par le moyen de la foi.

En cela réside toute la soit-disant « magie » des opérations des Elus Coens qui voient dans leurs opérations s’exprimer la volonté de réconciliation divine. Et si nous considérons cette sorte de « magie », nous devons témoigner que celle-ci s’exprime aussi sur les baptisés, dans l’Eglise du Christ, par l’infusion du Saint Esprit comme elle s’est exprimée après la Pentecôte par les actes des apôtres, vrais hommes-dieux ayant réintégré par l’Esprit toutes leurs puissances et vertus originelles.

Reste à nous prononcer sur la dernière question. Culte des anges ou simple théurgie ?

Rappelons que le culte des anges est condamné par l’Eglise et en premier lieu par Dieu lui même et à plusieurs reprises dans les saintes Ecritures. Tout d’abord implicitement dans les commandements donnés à Moïse en Ex. 20, 2-5 :

« Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai tiré de l’Egypte, de la maison de servitude. Vous n’aurez point des dieux étrangers à moi. Vous ne ferez point d’image taillée, ni aucune figure de tout ce qui est en haut dans le ciel, et en bas sur la terre, ni de tout ce qui est dans les eaux ou sous la terre. Vous ne les adorerez point et vous ne leur rendrez point le souverain culte. Car je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu et fort et jaloux… »

puis l’apôtre Paul en Col. 2, 18-19 :

« Que nul ne vous ravisse le prix de votre course, en affectant de paraître humble par un culte superstitieux des anges, (…) et ne demeurant pas attaché à celui qui est la tête et le chef, duquel (…) »

en enfin Saint Jean dans Ap. 22, 8-9 :

« C’est moi, Jean, qui ai entendu et qui ai vu toutes ces choses. Et après les avoir entendues et les avoir vues, je me jetai aux pieds de l’ange qui me les montrait, pour l’adorer. Mais il me dit : Gardez-vous bien de le faire ; car je suis serviteur de Dieu comme vous, et comme vos frères les prophères, et comme ceux qui garderont les paroles de la prophétie de ce livre. Adorez Dieu. »

Ce culte est condamné car les anges ne sont pas Dieu ni des dieux ; ils sont les serviteur du seul vrai Dieu. Et le commandement de Dieu est clair. On ne peut vouer un culte qu'à un seul Dieu. Vouer un culte aux anges, serait soit une forme de polythéisme, soit de paganisme, soit renier Jésus-Christ et le placer au-dessous des anges. Or ile est dit dans Hébreux 1, 4-5 :

« Etant aussi élevé au-dessus des anges que le nom qu’il a reçu est plus excellent que le leur. Car qui est l’ange à qui Dieu ait jamais dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd’hui ? Et ailleurs : Je serai son Père, et il sera mon Fils. »

De plus, d’après certains Pères de l’Eglise et suivant certains courants gnostiques, les anges sont considérés comme inférieurs à l’Adam originel, c’est à dire avant la chute. C’est ce que dit Martinès dans son Traité de la Réintégration :

« Après ces deux opérations, le Créateur dit à la créature : "Commande à l'univers créé, et tous ses habitants spirituels t'obéiront." Adam exécuta encore la parole de l'Eternel ; et ce fut par cette troisième opération qu'il apprit à connaître la création universelle. » (Traité, 9)

Ils sont aussi dits inférieurs aux hommes saints, les vieuillards de l’Apocalypse, qui siègent autour du trône du Seigneur, et voient devant eux les sept archanges qui bénissent et contemplent ledit trône.

Les anges sont donc dits inférieurs aux Vieillards et aux Saints, c’est à dire à l'homme ayant été réintégré dans ses pouvoirs et vertus originels. Leur rendre un culte serait donc aussi un renversement des valeurs.

Tout au contraire, les anges sont au service de l'homme en tant que messagers de Dieu vers l'homme et intermédiaires de la protection et de l’illumination divine. Mais la relation est bijective en cela que les anges sont aussi les messagers de l'homme vers Dieu ou plutôt les barreaux de l'échelle qui permettra à l'homme d'accéder en vision au Royaume de Dieu. Nous prenons comme preuve de cela l'Apocalypse dans laquelle St. Jean accède à la révélation par l'ange qui le conduit et le guide :

« La révélation de Jésus-Christ, qu’il a reçue de Dieu, pour découvrir à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt, et qu’il a manifestées par le moyen de son ange à Jean son serviteur (…). »Ap 1, 1.

Même si l'homme est actuellement dégradé il conserve en lui une propriété et un principe supérieurs à ceux des anges. Opérer un tel culte serait contraire à l'oeuvre que l'homme doit accomplir. En effet, l'homme doit maintenant accomplir sa réconciliation et sa réintégration avec l'aide des anges afin de relever, avec les anges, la création et ses anges déchus , mission qui lui avait été originellement confiée par le Créateur. Il devait opérer cette mission en bornant l’action des esprits déchus en-deça de la sphère surcéleste afin que la création universelle ne soit pas affectée par leurs opérations. Ainsi est-il dit dans le traité :

« Par ces trois sortes d'opérations nous devons voir clairement, non seulement quelles étaient les bornes de la puissance, vertu et force que le Créateur avait, données à sa créature, mais encore celles qu'il avait prescrites aux premiers esprits pervers. » (Traité 10)

Alors quid des travaux Coens?

Car c'est bien aux différentes classes d'esprits et donc d'anges que le Coen adresse ses demandes et ses commandements. Mais c'est à l'Eternel et à lui seul qu'il adresse ses invocation et prières même si à l'occasion de celles-ci il s'adresse aussi aux esprits angéliques en les nommant et appelant (en les convoquant pourrait on dire). Et c'est ce type d'opération qui représente le plus grand danger pour l'homme car en ouvrant la porte des cieux en convoquant les anges, l'opérant pourrait s'exposer à l'action trompeuse des esprits malins. En effet ceux-ci pourront essayer de mystifier l'opérant en prenant pour l'occasion l'apparence d'esprits angéliques.

L'opérant s'adresse aux anges d'abord sous forme d'appel à leur l'assistance et à leur intercession auprès du Père par une instante prière qui n'est pas invocation. C'est tout d'abord une demande pressante mais jamais une prière d'adoration ou même une action de grâce. Mais nous pourrions demander, pourquoi s’adresser aux anges alors que tout chrétien a le pouvoir de s'adresser directement au Père par le Fils ? Ceci est certain mais nous ne pouvons ignorer la somme des secours que la divine Providence met à notre service. Ainsi en fut il de même pour le Christ que les anges du Père vinrent assister et secourir après la tentation au désert (Mat. 4, 11) et lors de sa prière et de son agonie à Getsémanie (Luc 22, 43).

Les anges ne sont pas ceux qui viennent opérer la réconciliation que seul le Père peut donner, mais ceux qui dans notre monde de matière peuvent les signaler par des marques sensibles ou sensitives. Cette manifestation des grâces octroyées par le Père via le Fils sont ainsi rendues visibles ou sensibles. Mais les invocations n'excluent dans le principe aucun autre mode de manifestation de la réconciliation, les songes en particulier.

Signalons qu'il serait erroné de penser, comme semble le prétendre Martinès, que les anges sont le seul moyen par lequel l'homme déchu peut recevoir les grâces divines, sentir s'exprimer la volonté divine ou encore pénétrer la pensée divine. Non ce serait ignorer l'Esprit Saint, et ce serait ignorer l'action du Fils et la contemplation de ses œuvres qui nous font connaître le Père. En cela aussi le martinésisme doit être rectifié et christianisé. D'ailleurs ses rituels le sont quand ils font expressément appel aux lumières de l'Esprit.
Donc pas de culte mais demande d'assistance et même commandement. Car l'opérant ayant reçu les ordinations nécessaires considère dans ses invocations avoir recouvré, par la pénitence et son séjour dans les cercles d'expiation ses puissances originelles et donc sa puissance de commandement sur tous les être créés et incréés.

En cela consistent les invocations qui autorisent l'opérant à travailler dans des travaux théurgiques et donc avec les anges pour continuer l'œuvre qui lui avait été confiée par son Créateur.

Dans ce sens, et dans ce sens uniquement, pouvons nous être autorisés à œuvrer dans nos opérations spirituelles-temporelles en coopération avec les anges sachant que ceci reste un mode d’opération dégradé si nous considérons qu'originellement les opérations spirituelles-divines devaient être réalisées par Adam, homme-dieu de la terre, en coopération avec le Père.

 Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com

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