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Hauts Grades

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Joseph de Maistre et la Franc-Maçonnerie avant et après le Convent de Wilhelmsbad

18 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

EMILE DERMENGHEM, écrit en 1946, un ouvrage « Joseph De Maistre Mystique », traitant de l’attitude relativement réservé de Joseph de Maistre, et, de son positionnement lors des débats du Convent de Wilhelmsbad. À partir de ce livre, Michel Masson écrit un article dans Renaissance Traditionnelle, espérant nous amener à mieux comprendre cette personnalité, mais aussi, nous éclairer sur l’émergence d’idées nouvelles et sur un sujet toujours d’actualité afin d’en retirer le meilleur bénéfice pour tous. Pour mieux comprendre ce contexte, il est nécessaire de souligner que la personnalité de Joseph de Maistre ne laisse pas indifférent, car il dénote en regard de ses contemporains. De plus, ses adversaires tentent par tous les moyens de le déstabiliser et de l’affubler d’une réputation tenace d’individu aimant les gens de pouvoir.

Cet homme essaya tout simplement de mettre en adéquation sa conception du monde et son mode de vie, mais, aussi de permettre à la tradition maçonnique de demeurer bien vivante malgré la période politique instable de cette époque permettant difficilement de laisser place à celle-ci. De ce fait, historiquement à la date du 18 juin 1782, Joseph de Maistre adressa un épais document via le frère Savaron qui devait représenter une loge lors de ce convent, au Duc Brunswick-Lunebourg, sérénissime grand frère supérieur a Victoria, ce courrier ne fut sans doute jamais lu. Au delà de l’expédition de ce manuscrit, le Frère a Floribus qui n’est autre que Joseph de Maistre, voulait faire connaître à ses pairs son positionnement et son analyse sur les thèmes délibérés, mais aussi, à travers ses réponses ce qu’était pour lui la Franc-Maçonnerie. Pour rappeler les thèmes de ce convent, les interrogations abordées portent autour d’un axe comptant 6 points et que l’on pourrait résumer ainsi :

De quel héritage la Franc maçonnerie était-elle issue et existait-il plusieurs niveaux ? De plus, avait-elle un lien avec les templiers, leur secret, ce dernier n’avait il pas finalement peut-être survécu sous une autre forme ?

Au demeurant, les participants s’interrogeaient aussi, de manière plus générale, sur la structure de la Franc-maçonnerie et sur son fonctionnement, afin de trouver un point d’équilibre harmonieux entre le cérémonial et la pratique du rite, ou enfin quelle place tenait les sciences secrètes au sein de celle-ci ? A ce questionnement, les réponses du Frère a Floribus témoignèrent particulièrement d’une grande richesse philosophique et religieuse.

Toutefois, il faut savoir qu’il rejette massivement toutes les pistes éventuelles d’une quelconque origine et relation historique entre l’Ordre des Templiers, et, la Maçonnerie. Par ailleurs, il souhaite que tous les signes ostentatoires se rapportant à cet ordre soient à bannir des rituels. Pour lui, les templiers ne sont en aucun cas une congrégation philosophique, et, il s’attache à démontrer que la « Maçonnerie » ne peut être issue d’un ordre fanatique lié à l’histoire, ainsi, qu’aux atrocités que cela induit et que toute l’humanité toute entière ne suffirait pas à la justification du sang versé.

Il se permet de tourner en dérision cette conception en disant que ce processus était la création du pouvoir en place nécessaire pour asseoir son autorité sur la population, et, pour justifier de ses crimes. Il préfère à la rigueur privilégier les corporations de constructeurs de cathédrales, puisque les édifices religieux sont liés en quelque sorte à l’humanité toute entière en raison du lien qui les relie à Dieu, et, de ce fait à la destinée de l’homme.

À la question concernant un supérieur, il affirme qu’au niveau de la hiérarchie du mouvement, « la présence d’un degré supérieur » n’existe pas et en réfute d’ailleurs l’idée. D’autant plus que celui qui s’engage, le fait en toute liberté et de ce fait devient la représentation de sa volonté. En effet, il est fondamental pour lui, d’avoir le devoir de garder, et, de préserver les secrets éventuels.

De plus, il précise que même si l’homme du peuple fait partie du royaume par son action, par contre sa volonté est indissociable de son être car il reste libre de son engagement ou de son désir et par conséquent de l’autorité nationale. D’autre part, au niveau d’une identification initiatique, il abandonne l’idée de rechercher des similitudes entre l’initiation maçonnique et celles Egyptienne ou Grecque qui ne sont pour lui qu’une aberration antique, et, qu’il est préférable de se recentrer sur le véritable évangile, voir de remonter au début de la création du monde initial, au delà de l’ère chrétienne.

Ainsi, à travers toutes ces argumentations, cette appartenance identitaire est indéniablement rattachée au dogme chrétien et au seul « Créateur ». Et pour préciser sa réflexion, il est nécessaire pour lui de remonter aux premiers jours de la création, alors qu’il n’existait rien si ce n’est le Créateur permettant de retrouver par cette méthode le lien indéniable et de surcroît cette filiation éternelle qui existe entre toutes créations de l’Eternel et l’homme, mais qui continue de perdurer malgré l’écoulement du temps.

C’est pourquoi, Joseph de Maistre considère sans aucune ambiguïté que l’initiation maçonnique est par sa nature d’essence assurément religieuse et chrétienne.

De ce fait, pour lui au niveau des 3 grades le cheminement consistera à l’acquisition de connaissances spirituelles et de certaines valeurs. Ainsi, au niveau du premier grade, il s’agit d’un apprentissage gravitant autours des sciences humaines tels que la bienfaisance, l’éthique, l’ouverture d’esprit sur le monde, l’homme, la politique, l’environnement...

Autour du second s’articule pour reprendre l’expression de Joseph de Maistre « le grand œuvre de la Franc-Maçonnerie ». Il entend par là le devoir qui lie tous maçons envers ses frères, et même l’humanité tout entière par ses actions de bienfaisance, mais aussi de retrouver le chemin du vrai chrétien lui permettant de retrouver son état initial dégagé de toutes querelles politico-chrétiennes, qui au cours de l’histoire eut réussi à briser l’unité.

Enfin, pour le 3ème grade, c’est la continuité de cette voie maçonnique dont le devoir est de mettre l’accent sur cette recherche théologique avec pour les uns la Bible comme outil qui reste incontestablement la voie des seuls initiés et des mystères des saintes écritures. Pour d’autres, une étude approfondie s’ordonnant à une connaissance accrue de la nature des choses, permettant une affirmation d’une certaine doctrine.

Enfin, pour une troisième catégorie de frères et Joseph de Maistre espère qu’ils soient les plus nombreux, ils nous révèlent ce qu’ils savent de cet esprit suprême qui crée et émane toutes choses en tout lieux et en tout temps.

Emile Dermenghem analyse à travers les propositions de cet homme l’échec de celui-ci qui voulait croire que la maçonnerie puisse être en quelque sorte la voie du catholicisme lui permettant son évolution. Cependant celle-ci prenait une toute autre direction vraisemblablement en raison de l’instabilité politique de l’époque et de sa propre histoire à la veille de son grand chamboulement, voire d’une orientation laïque déjà décidée. Il est difficile de donner une réponse, mais Joseph de Maistre juge avec amertume ce convent en ces termes « toute assemblée d’hommes dont le saint esprit ne se mêle pas ne fait rien de bon ».

Ce dernier ne rejette pas pour autant ses pairs, ni ses convictions puisqu’il défend celles-ci lors des attaques antimaçonniques de l’abbé Barruel qui accuse d’hérésie toutes les sociétés secrètes ayant été selon lui les artisans de la révolution. Cependant, au fil du temps et des bouleversements historiques de cette période, il met peu à peu de la distance, et évite de s’impliquer autant dans son engagement concernant le courant de l’illuminisme et celui du scepticisme de l’époque.

Ainsi, le comte des soirées de Saint Petersbourg est toujours convaincu du mystère des Saintes Ecritures contenues dans la bible, mais préfère finalement rester fidèle à l’église romaine qu’il juge plus rassurante puisqu’existant depuis plus de 1800 ans, plutôt que de suivre Saint Martin et ses disciples sur le chemin moins conformiste du Martinésisme suivant fidèlement les préceptes de leurs maître.

À propos de ce mouvement, il tourne quelque peu en dérision la composition du Traité et les termes qui y sont énoncés. Cependant, il reconnaît que la base n’est pas sans intérêt ayant une certaine authenticité, mais qu’elle a été détournée par des propos faussés car cet écrit sert la cause d’hommes refusant toute reconnaissance hiérarchique de l’église romaine. Pour lui finalement le seul intérêt de « cette secte » est à la rigueur l’évangélisation des pays privés d’églises permettant de convertir leurs populations à la chrétienté et les soumettre à ce qui s’y rattache.

Ainsi, cet article met en évidence un homme à la fois théosophe voire, un martiniste sincère, et un catholique avisé. C‘est pourquoi, il n’est pas logique d’aborder Joseph de Maistre sans prendre en compte toutes les composantes de sa personnalité puisque la vision de celui-ci serait faussée altérant de cette manière sa pensée.

Pour en terminer avec cette étude, en 1816 Joseph de Maistre lui-même se définit à travers ses propos comme un fidèle de l’église, mais reconnaît que sa fréquentation des martinistes lui a permis à travers l’étude du Traité et des rencontres effectuées de s’ouvrir sur d’autres horizons.

Cette révélation Emile Dermenghem la reprend dans son ouvrage démontrant qu’avec le temps cet homme a arrêté de s’interroger et de rechercher sur ce qu’il a pu l’éclairer à un moment de son parcours hors des sentiers traditionnels, mais qu’il en demeure pas moins reconnaissant à ceux qui l’avaient mis sur la voie de cette réflexion voir de cette ouverture.

source : http://aprt.biz/

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La Bible des francs-maçons

18 Avril 2012 , Rédigé par Daniel Ligou Publié dans #fondements bibliques de la FM

C'est un problème relativement complexe parce que nous pouvons l'envisager sous différents aspects complémentaires. D'abord celui essentiel, de la présence ou non de la Bible, ou, plus généralement, du Volume de la Loi Sacrée (vLs) dans l'Atelier, ensuite le rôle qu'elle joue ou ne joue pas dans le « lieu » maçonnique, en tant que « lumière » ou que « meuble ». S'ajoute la part de la Bible dans la trame du récit maçonnique qui présente la particularité qu'elle partage avec le compagnonnage de compléter un fond scripturaire, essentiellement vétérotestamentaire, par toute une série de légendes parabibliques qui développent le récit pour en tirer une leçon symbolique ou morale ; enfin, l'extraordinaire variété des « mots » correspondant à chaque grade, mots de passe, mots sacrés, « grandes paroles » dont bien des rites - et tout particulièrement le rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) en ses trente-trois degrés - ne sont pas avares.

Quelques remarques préliminaires tout d'abord. Nous serons sans doute incomplet, mais nous privilégierons les rites que nous connaissons bien et particulièrement ceux que nous avons pratiqués, régulièrement ou occasionnellement, car, à notre sens, la Maçonnerie, pour être vraiment comprise, doit être vécue spirituellement et affectivement, et elle n'est pas seulement synonyme de connaissance. Aussi notre commentaire sera-t-il essentiellement fondé sur les trois rites principaux pratiqués en France : le Rite français, le REAA, le Rite Ecossais Rectifié, car nous ne connaissons les rites anglais que par des textes que nous nous sommes plus ou moins régulièrement (nous en convenons volontiers !) procurés. D'autre part, à notre grand regret, nous n'avons pu, pour des raisons essentiellement linguistiques, utiliser les rituels allemands ou suédois. Quant aux rites pratiqués dans les pays latins, ils n'offrent pas grande originalité par rapport à ceux que nous connaissons déjà.

Autre observation. Il sagit de « rites » et non d'« obédiences ». Par conséquent, nous ne tenons aucun compte des « exclusives », « excommunications » ou affirmations d'irrégularité. D'ailleurs, le Rite français, tel qu'il est pratiqué au Grand-Orient ou le REAA à la Grande Loge sont-ils si différents des rites du même nom utilisés à la Grande Loge Nationale française ? Non, sans doute, car leurs sources sont communes. Nous avons même (horresco referens) fait quelques allusions à la « Maçonnerie d'Adoption » qui s'est maintenue jusqu'au milieu du XIXe siècle, la Maçonnerie féminine actuelle s'étant contentée d'aménager - fort intelligemment d'ailleurs - les textes masculins du REAA ou du Rite français.

Notons aussi que le Schibboleth de la régularité, aux yeux de la Grande Loge Unie d'Angleterre, n'est pas la Bible stricto sensu, mais le VLS, c'est-à-dire tout livre de base à caractère religieux et la croyance dans le Grand Architecte et à Sa Volonté révélée. Or, si la Maçonnerie a, depuis les Constitutions d'Anderson de 1723, la prétention, par ailleurs quelque peu justifiée, d'être le « centre de l'Union » et de regrouper « des hommes de bien et loyaux ou des hommes d'honneur » et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les « distinguer », elle n'en est pas moins le résultat d'un héritage, d'une tradition et de circonstances historiques qui lui ont donné une structure mentale et un équipement intellectuel chrétien, essentiellement réformé au départ, plus oecuménique par la suite. Il existe - et nous n'avons pas à la traiter - une Maçonnerie « sans Bible ».

Effectivement, partout où la Bible n'est pas la nourriture quotidienne des Frères, elle s'estompe ou disparaît, au profit du « livre de la Constitution » en Belgique et en France - évolution qui n'est nullement incompatible avec la croyance au Grand Architecte ainsi que le montre l'histoire du Rite français de 1787 à 1878 Où on prêtait serment devant le Grand Architecte ainsi sur le « Livre de la Loi ». En Israël, c'est évidemment la Tora, sans le Nouveau Testament, ailleurs, le Coran, l'Avesta, Confucius. Le REAA précise, en plus de la Bible, les Védas, le Thipitaka, le Koran, le Zend Avesta, le Tao Teh King et les quatre livres de Koung Fou Tsen. A la loge (anglaise) de Singapour, les Frères possèdent une douzaine de livres sacrés. Et le F. Rudyard Kipling exprime parfaitement cet oecuménisme : « Chacun de nous parlait du Dieu qu'il connaissait le mieux ». Mais où commence et finit le sacré ? Pourquoi pas les Pensées du président Maô ? On peut d'ailleurs se demander si la pratique de religions comme le confucianisme est en harmonie avec le concept de « Volonté Révélée » telle que la conçoivent les religions monothéistes de l'Europe ou du Moyen-Orient.

Enfin, nous faisons, ou nous essayons de faire un travail d'historien. Ce qui signifie que nous aurons soin de distinguer ce qui est historique, ce qui est biblique et, par rapport à la Bible et à l'histoire, ce qui est pure légende, en précisant bien que, pour aucun Maçon, la légende n'est ce qu'est la tradition dans la dogmatique catholique, c'est-à-dire quelque chose qui prend valeur doctrinale. D'autre part, il ne nous appartient pas davantage de faire l'exégèse de ce qui est d'inspiration biblique et a fortiori des textes utilisés. Encore moins, de pratiquer les méthodes allégoriques, typologiques ou anagogiques chères aux Pères de l'Eglise et aux dialecticiens du Moyen Age et dont on trouve de nombreuses traces dans les « Old Charges » (les vieux devoirs) qui réglaient la Maçonnerie opérative. Pour nous, le Temple de Salomon est un édifice construit par un Roi d'Israêl à la gloire de Yahwe et nous n'avons pas à nous demander s'il préfigure l'Eglise ou le Christ. Ce qui paraitra peut-être simpliste à quelques-uns, mais nous ne croyons pas à la vertu du mélange des genres.

Analysons d'abord notre premier point : la Bible, « instrument » en loge, sur laquelle on prête serment. Il n'est pas besoin de faire preuve de vaste érudition pour constater que la Maçonnerie « opérative », celle des bâtisseurs, très liée au monde clérical au moins par la construction des cathédrales, était - comme d'ailleurs l'ensemble des corps de métiers - des « guildes d'artisans », des « compagnies » diverses - d'inspiration chrétienne, catholique en Angleterre jusqu'à la Réforme, anglicane ou réformée par la suite. En France, Italie, Espagne, ils sont restés fidèles à l'Eglise romaine jusqu'à leur disparition naturelle ou leur suppression révolutionnaire. Avec parfois la doublure d'une confrérie professionnelle, le plus souvent distincte des confréries de pénitents. Es étaient placés sous l'invocation des saints protecteurs de la profession, et, pour les « gens du bâtiment », très particulièrement les « Quatre Martyrs Couronnés » (fluatuor Coronati) que l'on rencontre en Angleterre, mais aussi en Italie (Rome) et en France (Dijon). De plus, il ne semble pas qu'à l'inverse des compagnonnages, toujours suspects à l'Eglise et au pouvoir civil, ces « corps » aient, si peu que ce soit, rompu avec l'orthodoxie. Mais revenons à l'Angleterre.

Il est difficile d'affirmer que la Bible figurât dans le « matériel » des loges opératives anglaises avant la Réforme, au moins d'après ce que nous permettent de saisir les « Old Charges ». Par contre, nous savons qu'on y prêtait serment, ce qui n'a rien d'original, puisque le « métier juré » était un peu partout la règle. Le fait est que les premiers documents - le Regius (c. 1370) et le Cooke (c. 1420) - sont parfaitement silencieux. Aussi aucune hypothèse n'est à exclure : la Bible lorsqu'on pouvait s'en procurer une, ce qui, avant le développement de l'imprimerie n'était peut-étre pas si aisé, le « livre » des statuts et règlements corporatifs, des reliques comme c'est si souvent le cas en France ? De toute façon, le serment avait un caractère religieux qu'il a conservé - sauf dans la Maçonnerie « sécularisée ».

Les documents plus récents, mais aussi postérieurs à la Réforme, sont plus explicites et le serment sur la Bible est, le plus souvent, affirmé par le « Grand Loge Manuscript », n° 1 (1573), le n° 2 (1650), le « Manuscrit d'Edimbourg » (c. 1696) : « On leur fait prendre la Bible et prêter serment », le « Crawley » (c. 1700) où le postulant jure sur le livre saint par « Dieu et saint Jean », le « Sloane » de la même époque, à propos duquel le doute reste cependant permis, le « Dumfries n° 4 » (c. 1710). On peut donc admettre que, depuis la Réforme, le serment sur la Bible était devenu la règle, ce qui faisait dire à l'historien français A. Lantoine que c'était là un « landmark de contrebande huguenote », mot amusant, mais indiscutablement exagéré. Cette constatation ne doit pas nous faire perdre de vue la parfaite orthodoxie catholique d'abord, anglicane ensuite, des « Old Charges ». Sur ce plan, le texte le plus caractéristique est sans doute le « Dumfries n° 4 » (c. 1710), découvert dans les archives de la Loge de cette petite ville, située en Ecosse, mais aux confins de l'Angleterre. L'auteur donne du Temple de Jérusalem l'interprétation chrétienne et symbolique traditionnelle et sinspire à la fois de Bède le Vénérable et de John Bunyan. Les prières sont strictement « nicéennes ». Les « obligations » exigent la fidélité à Dieu, à la Sainte Eglise catholique (c'est-à-dire anglicane dans le sens du Prayers Book) en même temps qu'au Roi. Les échelons de l'Echelle de Jacob évoquent la Trinité et les douze Apôtres, la mer d'Airain est le sang du Christ, les douze bœufs, les disciples, le Temple, le fils de Dieu et l'Eglise ; La colonne jakin désigne Israël, la colonne Boaz l'Eglise avec une pointe d'anti-judaïsme chrétien. On lit avec surprise : « Qu'elle fut la plus grande merveille vue ou entendue dans le Temple - Dieu fut homme et un homme fut Dieu. Marie fut mère et pourtant vierge. Tout ce symbolisme traditionnel et la « typologie » chrétienne, admise jusqu'au développement de l'exégèse moderne, se retrouventdans ce rituel. Catholicisme romain, affirme Paul Naudon. Certainement pas - ou mieux, certainement plus - car on peut penser qu'il s'agit là du remaniement d'un texte plus ancien. Les citations bibliques sont empruntées à la « Version Autorisée » du roi Jacques, ce qui témoigne de l'orthodoxie anglicane du temps de la pieuse reine Anne.

Si la Maçonnerie était restée fidèle à cette orthodoxie, elle n'eût pu avoir de prétentions à l'Universalisme. Et c'est d'ailleurs ce qui s'est régulièrement produit chaque fois que l'on a voulu rattacher plus strictement le rituel maçonnique à une confession. Le Rite suédois, d'essence luthérienne, n'a pas débordé de son pays d'origine. Le Rite Ecossais Rectifié, de tonalité nettement chrétienne, a vu son expansion limitée.

Par contre, le REAA, les rites agnostiques, les rites anglo-saxons « déconfessionnalisés » sont susceptibles d'un développement infini. C'est donc le grand mérite d'Anderson et des créateurs de la Grande Loge de Londres d'avoir parfaitement compris le problème. Les Constitutions de 1723 ont permis cet élargissement, bien dans la ligne d'une Angleterre déjà orientée vers les flots.

Donc, en pays chrétien, la Bible était et est restée le VLS, les témoignages du XVIIIe siècle sont à peu près unanimes et les choses n'ont guère changé. En pays anglo-saxon, elle est la première « lumière symbolique », l'Equerre et le Compas étant les deux autres. Au rite Emulation actuel, la Bible doit être ouverte sur le plateau du Vénérable, orientée en tel sens que le dignitaire puisse la lire et recouverte par l'équerre et le compas. La page à laquelle le livre n'est pas ouvert n'est pas indiquée, mais il est de tradition - et de bon ton - de l'ouvrir à l'Ancien Testament lorsque l'on initie un israélite. Aux Etats-Unis, la Bible est généralement déposée sur un autel particulier au milieu du Temple.

Au REAA, la Bible est présente, ouverte pendant les travaux et placée sur l'« autel des serments » installé au pied des marches conduisant à l'Orient et qui est recouvert d'une étoffe bleue bordée de rouge (les couleurs de l'Ordre). Il peut être ouvert à tout endroit ; on l'ouvre de préférence à Il Chroniques 2.5 et à I Rois 6.7 Où il est question de la construction du « Temple de Salomon ».

En France, la Bible a connu des sorts différents. Les documents les plus anciens que nous possédions témoignent d'une grande religiosité, d'orientation quelque peu janséniste, et nous savons, par les textes d'origine policière, que la Bible était ouverte au premier chapitre de l'Evangile de Jean. Tradition qui s'est parfaitement conservée au Rite Rectifié, d'inspiration nettement plus chrétienne. Mais, en pays catholique, la Bible n'est pas, comme en Angleterre, la nourriture spirituelle de la majorité des citoyens, d'autant mieux que le concile de Trente en avait limité les possibilités de lecture pour les simples fidèles. Aussi, tout en conservant une expression religieuse sous la forme du Grand Architecte, qui ne sera remise en question qu'en 1877, la Maçonnerie française, dans son expression majoritaire, la Grande Loge, puis le Grand-Orient, vit disparaître lentement le livre de l'« outillage des Loges » dès le milieu du siècle. Lorsque, dans les textes d'unification du Rite français de 1785 - 1786, le « Livre des Constitutions » prit place, à côté de l'équerre et du compas, sur le plateau du Vénérable, il n'y eut aucune protestation et meme les Anglais ne s'en formalisèrent pas.

Sauf dans les rites totalement sécularisés - comme l'actuel Rite français - les serments qui accompagnent l'initiation et les « augmentations de salaire » sont prêtés sur le VLS. Ce qui, en 1738, irritait fort le pape Clément XII qui, dans la célèbre bulle d'excommunication In Eminenti, parle du « serment strict prêté sur la Sainte Bible ». Il est bien évident que, pour le monde anglo-saxon, un serment n'a de valeur que tout autant qu'il a une portée religieuse, attitude que l'on retrouve dansles tribunaux ou lors de l'« inauguration » d'un Président américain.

Il n'y a pas eu de gros changements en trois siècles : le « Colne Manuscript n° 1 » précise la forme du serment : « L'un des plus anciens, prenant la Bible, la tiendra présentée, de telle sorte que celui ou ceux qui doivent être faits maçons puissent poser et laisser étendue leur main droite sur elle. La formule du serment sera ensuite lue. » Au Rite Emulation actuel, le candidat est agenouillé et place sa main droite sur le Volume de la Loi Sacrée, tandis que sa main gauche tient un compas dont une des pointes est dirigée contre le sein gauche mis à nu. Lors du prononcé de l'obligation, le Vénérable, de sa main gauche, tiendra le Volume en précisant que la promesse est faite « sur ceci ». Au Rite Ecossais Rectifié - qui a conservé quelque chose de la tradition chevaleresque de la Maçonnerie française des Lumières, parfaitement absente en pays anglo-saxon - le candidat pose sa main sur l'épée nue du Vénérable posée sur la Bible ouverte au premier chapitre de saint Jean. La promesse est faite sur « le Saint Evangile ». Au Rite Ecossais Ancien et Accepté, le postulant place sa main droite sur les « trois grandes lumières » qui sont sur « l'Autel des Serments, Volume de la Loi Sacrée, Equerre et Compas », tandis que le Grand Expert met une pointe de compas sur son coeur et, « sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers », le postulant « jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie ».

En France, dans les années 1745, d'après le Secret des Francs-Maçons de l'abbé Pérau, le postulant s'agenouillait, le genou droit découvert, la gorge mise à nu, un compas sur la mamelle gauche et la main droite sur l'Evangile, « en présence du Dieu tout-puissant et de cette société ». A noter que le Rite français de 1785 prescrit le serment « sur les statuts généraux de l'Ordre, sur ce glaive symbole de l'honneur et devant le Grand Architecte de l'Univers (qui est Dieu) ».

          Comment la Bible est-elle utilisée en maçonnerie ?

On la trouve d'abord dans l'histoire ou dans la pseudo-histoire de l'ordre - ou du métier de constructeur - qui s'est transmise, en s'affirmant, du XIIIe siècle (et même sans doute auparavant) à nos jours. Ensuite par l'existence de “ légendes ” rattachées à la trame historique biblique, enfin par les “ mots ”. Mais le “ biblisme ” n'est pas seul en cause. Au XVIIIe siècle, il interfère avec la Kabbale que l'on connaissait assez bien depuis la Renaissance, l'alchimie la plus traditionnelle, une tradition d'ésotérisme chrétien qui pouvait remonter au Moyen Age, les légendes chevaleresques imaginées par Ramsay et templières introduites par Hund, la théosophie de Mertinès de Pasquallis et de Claude de Saint-Martin.

Au Moyen Age

Le récit légendaire - c'est-à-dire les “ antiquités ” de l'Ordre - s'est développé à travers les “ Old Charges ” jusqu'à Anderson qui lui a donné sa forme définitive. Le manuscrit “ Regius ” se contente d'Euclide (ce qui prouve qu'il a été rédigé par un clerc) et du roi saxon Athelstan. Le “ Cooke ” est plus complet, fait intervenir l'Ancien Testament, et lui seul, à grands coups d'expressions empruntées à Isidore de Séville ou à Bède le Vénérable et évoque une succession Adam, Enoch, Tubal Caïn, le Déluge, Noé, La Tour de Babel, Abraham (qui apprit la géométrie à Euclide !), David, Salomon. Puis, on passe en France avec Charles II (Charles Martel ou Charles le Chauve) et en Angleterre avec Athelstan.

Bien entendu, le récit fourmille d'anachronismes, mais l'essentiel y est : l'existence du “ métier ” depuis la création du monde, la lignée des Patriarches, leur liaison avec la science profane (ici Euclide), les rois bâtisseurs d'Israël. Après quoi, on passe assez brutalement à la France carolingienne et à l'Angleterre par un saut de plus de 1500 ans ! Or, ce récit du manuscrit Cooke, quelle que soit son incohérence, est le texte de base des “ Old Charges ”. Celles-ci se transmettront jusqu'à Anderson : Adam et sa descendance directe, Noé, la Tour de Babel, Abraham, Salomon sur le plan biblique, Euclide, Charles de France et Athelstan d'Angleterre sur le plan profane. Mais le récit se complétera par l'interférence de l'Arche d'Alliance, des deux colonnes antédiluviennes, du Temple de Zorobabel, et, sur le plan profane, de Pythagore, d'un obscur Naemus Graecus ou Grenatus et des Phéniciens (appelés parfois vénitiens !) qui font la liaison entre Zorobabel et le grand-père de Charlemagne.

Anderson et l'Ancien Testament

Tout ce matériel, dans l'ensemble homogène, devait être mis en oeuvre de façon rationnelle, au moment où la maçonnerie cessait d'être affaire de gens de métier pour devenir affaire de gentlemen qui connaissaient leur Bible et avaient quelque teinture d'humanisme. C'est Anderson qui se chargea de la tâche. Il savait des Ecritures - ce qui est la moindre des choses satisfaisante. Aussi, le révérend a-t-il réalisé un récit cohérent, strictement scripturaire, ne laissant aucune place aux légendes, en harmonie, et avec la “ chronologie ” adoptée par les Eglises anglaises à l'aube du XVIIIe siècle, mais aussi avec ce que l'on savait de l'Orient ancien. Les anachronismes disparaissent, grâce à un cadre de dates précis et relativement exact - au moins depuis la “ vocation ” d'Abraham - et le récit est conduit selon les schémas bibliques d'Adam à Zorobabel. L'“ histoire sainte ” s'arrête au deuxième temple et c'est là une constante des “ Old Charges ” qui font passer le relais de Jérusalem aux Carolingiens comme elles peuvent et d'une manière parfois saugrenue.

Au contraire, le pasteur voit nettement le flambeau passer à l'histoire biblique au monde mésopotamien et grec dont les architectes sont issus en droite ligne de l' “ école de Jérusalem ”, c'est-à-dire des élèves de “ Maître Hiram ” et dont les techniques passèrent ensuite à Rome et à l'Occident. Ezéchiel, le Temple d'Hérode, le Nouveau Testament sont totalement occultés. Le Christ est cependant mentionné comme “ Grand Architecte de l'Eglise ”.

Le Nouveau Testament

La trame de l'histoire légendaire de l'ordre est donc vétéro-testamentaire et le restera. Cependant, le XVIIIe siècle verra s'introduire le Nouveau Testament, essentiellement sous la forme de la Rose-Croix, où, sur les données scripturaires, viennent interférer des éléments de mysticisme luthérien, du Rite écossais rectifié qui s'affirme ouvertement “ maçonnerie chrétienne ”, de quelques hauts grades de la maçonnerie anglo-saxonne ou dans le “ Templarisme ”.

Il est permis de se demander pourquoi le Nouveau Testament est si parfaitement absent dans la légende historique ancienne et très réduit encore de nos jours. Peut-être faut-il faire intervenir le fait que le Nouveau Testament ne compte guère de “ bâtisseurs ” ni de textes permettant la naissance d'une tradition, d'une légende ou d'un rite. Le teknon de Nazareth, Joseph, est bien passif, aucun des apôtres n'était du “ bâtiment ”. La pierre dans le texte est envisagée négativement - Jésus annonce la destruction (Matth., 24, 2 ; Mc 13, 2 ; Lc 21, 6) du temple - ou symboliquement comme corps du Christ (Jn 2, 21) ou comme chrétiens (I Cor. 3, 16, 17 ; II Cor. 6, 16 ; Apoc. 3, 12, etc), sauf lorsque apparait Apoc 21, 1-27) la Jérusalem céleste, d'ailleurs modestement.

Rien en tout cas de comparable avec l'Arche de Noé, le Tabernacle de Moïse et surtout les Temples de Salomon et de Zorobabel. Cette explication nous parâit un peu “ simpliste ”. peut-être pourrions nous faire intervenir je ne sais quelle influence cléricale, plus respectueuse du Nouveau Testament que l'Ancien relayée par le protestantisme, ennemi né de la thèse “ par laquelle les papistes tâchent de maintenir que Dieu a donné puissance à l'Eglise de forger nouveaux articles de foy ” (Calvin). La question mérite, en tout cas, d'être posée.

Les légendes bibliques

Arrivons-en aux “ légendes ”. C'est un des caractères les plus originaux du Craft, caractère qu'il partage avec le compagnonnage, d'insérer, dans la trame même du récit plus ou moins historique, tel qu'il est énoncé par les clercs, de l'anonyme du “ Regius ” au Révérend Anderson, des “ légendes ” para - ou pseudo - bibliques.

Le principe et le développement en sont simples : on prend un personnage mentionné dans la Bible (ou les “ Old Charges ”) et on lui attribue toute une série d'aventures. Mutatis mutandis, ce sont les légendes épiques du Moyen Age : La Chanson de Roland en face d'Eginhard. Bien entendu, aucun frère n'a jamais vraiment cru que l'architecte Hiram avait été tué par les trois mauvais compagnons à qui il avait refusé la maîtrise, ou que Phaleg, l'architecte de la Tour de Babel, saisi de remords, s'était retiré dans les brumes du Brandebourg.

Anderson sait distinguer : il suit la trame de l'histoire biblique et profane, mais ne mentionne nulle part ces légendes dont certaines sont très anciennes mais qui, jugeait sans doute Anderson, n'avaient rien à faire dans un récit sérieux. A peine mentionne-t-il - mais en pouvant s'appuyer sur le prêtre babylonien Bérose et l'historien juif Josèphe - et seulement on note, la légende des “ deux piliers ” édifiés par “ le pieux Enoch ”. Il ne saurait être question dans ces quelques pages de disserter doctement et longuement sur l'origine de ces légendes. Certaines paraissent dater du mitan du siècle, d'autres, issues du monde profane, se sont insérées dans la trame de la progression des grades maçonniques, d'autres, venues du fond des âges, se sont plus ou moins adaptées à ce nouveau milieu, enfin un certain nombre témoignent d'interférences et sont, par conséquent, susceptibles d'interprétations diverses selon l'optique de l'intéressé.

Bien entendu, nous laisserons à l'écart tout ce qui est “ para-maçonnique ”, c'est-à-dire n'a pas cherché à rentrer, ou n'a pas pu rentrer dans l'organisation classique de l'Ordre, par exemple les légendes compagnonniques, celles de la maçonnerie “ du bois ” chère à notre collègue Brengues ou, plus banalement, les peu connus “ Abelites ” voués à l'exaltation du malheureux fils d'Adam.

Source : http://oratoiredulouvre.fr/evangile-et-liberte

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Schiboleth au Rite York

17 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

Par qui ce Mot de Passe fut-il institué ?

Par Jephthé un Juge d'Israël, durant la guerre avec les Ephraîmites. Les Ephraîmites avaient longtemps été un peuple entêté et rebelle que Jephthé s'était efforcé, sans effet, de soumettre par des mesures tolérantes et clémentes. Etant très en colère contre Jephthé, parce qu'ils n'avaient pas été appelés à participer à la guerre contre les Amoréens, ni à prendre une part du riche butin, ils constituèrent une armée puissante, traversèrent le Jourdain, et se préparèrent à livrer bataille à Jephthé, mais celui-ci ayant été informé de leur approche, appela et rassembla les hommes d’Israël, se mit en marche, livra bataille et les mit en déroute.

 

Pour que sa victoire soit plus complète, il mit en place des sentinelles aux différents gués, et leur dit : "Si vous voyez des étrangers passant par ici, demandez-leur de dire : « Sch... »" Les Ephraîmites étant d'une tribu différente, ne pouvaient pas le prononcer et disaient Six..."

 

Ce léger défaut prouvait qu'ils étaient ennemis, et leur coûta la vie. Ce jour là, il en tomba sur le champ de bataille, et aux différents gués de la rivière, quarante-deux mille, après quoi Jephthé régna en paix sur Israël jusqu'à sa mort, soit en tout six ans. Ce mot fut alors utilisé pour distinguer un ami d'un ennemi, et a depuis été adopté comme le Mot de Passe approprié à donner avant d'entrer dans une Loge Régulière et bien gouvernée de Compagnon.

 

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Commentaires sur Phaleg

17 Avril 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

 

 

 

Source : blog Prunelle de Lière

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Rite Français De Tubalcain à Phaleg

17 Avril 2012 , Rédigé par D SAPPIA Publié dans #Rites et rituels

Tous les rites maçonniques, possèdent comme mot de passe, TUBALCAIN, soit au premier grade pour les rites modernes soit au troisième grade pour les les rites anciens.

Il existe cependant une exception, à cette règle, elle concerne, le Rite Ecossais Rectifié, qui pour les raisons développées ci-dessous, va remplacer au premier grade, le mot Tubalcaïn par Phaleg.

"Nous sommes, tard dans la nuit, le Mardi 5 Avril 1785, Jean-Baptiste Willermoz et deux de ses proches, reçoivent une bien étrange visite assortie d'une bien étrange révélation, qui encore aujourd'hui marque le Régime Ecossais Rectifié.
En effet, un messager, Pierre-Paul-Alexandre de Monspey se présente à eux. C'est un frère, membre de la Loge La Bienfaisance qui apporte à Willermoz onze cahiers rédigés par sa sœur Marie-Louise de Monspey dite Madame de Vallière, qui sous l'emprise d'une force extranaturelle et sous l'emprise de ce qu'elle appelle des "batteries", sortes de coups qu'elle reçoit dans son corps, écrit ce qu'un être supérieur lui fait écrire. Ces cahiers sont destinés à Willermoz lui-même, qui dans un premier temps est surpris, mais qui très vite eu égard à la foi qui est la sienne, eu égard à ses croyances et aux pratiques qui lui ont été enseignées par Martines de Pasqually ne peut douter de la véracité de ce miracle, qui de plus tombe bien, dans un contexte où en 1785 son système maçonnique est encore loin d'être stable...
Dans ces cahiers on trouve entre autres choses une demande consistant à substituer le mot de passe du 1er grade à savoir Tubalcaïn !
Que nous dit "l'Agent Inconnu" sur Tubalcaïn ?

Tubalcaïn est placé sur le même niveau qu'Adam en ce qui concerne la chute et la perversion de l'homme. Il est qualifié d' "agent diabolique" et portant les "vices charnels», "c'est un nom d'abomination", car Tubalcaïn est "coupable des plus honteuses prévarications", qu'il n'apprit l'art du travail des métaux et la maîtrise du feu que par des voies profanatrices et sataniques.

Ainsi ce nom, devait être supprimé au profit de Phaleg, fondateur des Loges et donc de la Maçonnerie.

Le 5 Mai 1785, Jean-Baptiste Willermoz remplace Tubalcaïn par Phaleg, sur décision de la Régence Ecossaise de Lyon et par Arrêté du Directoire d'Auvergne.
Arguant que la décision avait été prise à Wilhemsbad, et donc le dimanche 5 mai 1785 le Directoire Provincial d'Auvergne avec à sa tête le Chevalier Gaspard de Savaron officialise la décision.

Ecoutons Willermoz:
« C'est que Tubalcain qui fut fils de Lamech le Bigame et de Stella fut le premier qui ait connu l'art de travailler avec le marteau et fut habile en toutes sortes d'ouvrages d'airain et de fer, c'est pourquoi il est appelé l'inventeur, le Père de l'art de travailler les métaux... Mais on n'a pas remarqué que c'est une contradiction de donner à l'apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous ses métaux qui sont l'emblème des Vices. En effet d'un côté on lui apprend que ce n'est point sur les métaux que le vrai maçon doit travailler ; et de l'autre on le met dans le cas de croire que Tubalcain le père et l'inventeur du travail sur les métaux serait le premier instituteur de la maçonnerie élevée.
Si Tubalcain fut le fondateur d'une initiation quelconque, on voit quel devrait être l'objet, et le but par ce qu'en dit l'Ecriture, et dans ce siècle où tant de maçons s'occupent de l'Alchimie, un Régime qui en connaît les dangers ne doit pas conserver un nom qui ne s'est perpétué que par l'ignorance, ou le défaut de plusieurs qui n'ont pas aperçu ce rapport et cette inconséquence, et sont encore par là liés à ceux qui s'occuperaient à imiter Tubalcain qui le premier a touché les métaux.
Si de cette observation on pousse à l'examen du temps, auquel vécut Tubalcain, on voit que c'est avant le Déluge, fléau par lequel Dieu voulut effacer de dessus la terre les ouvrages des hommes. Tout ce qui remonte à cette époque ne doit pas paraître pur, et l'on doit craindre de tenir à quelques-uns de ceux qui ont attiré la colère de Dieu sur les hommes. Si l'initiation de Tubalcain s'est propagée, elle est impure, et il paraîtra important de rompre tous les rapports avec lui, puisqu'on fait quitter aux maçons tous les métaux, emblème vrai et retenu de tous les régimes, comme pour les séparer...
C'est donc après le Déluge au temps de la confusion des langues qu'on trouve la raison de la fondation d'une initiation secrète qui a dû se perpétuer et qui est l'objet de la recherche des maçons. Une étude de la vérité faite dans des intentions pures a conduit à apprendre que c'est dans les documents de Sem qu'il faut chercher la fondation de la vraie initiation.
Sem fut béni par Noé et l'on est fondé à croire que Phaleg, fils d'Heber et descendant de Sem, qui fut père de Tous les enfants de Geber, est le fondateur de la seule vraie initiation et ce motif parait déterminant pour substituer au nom de Tubalcain, celui de Phaleg.
Cham, maudit par Noé, aura eu son initiation : tout l'atteste, et que son mot de ralliement ait été Tubalcain. Il est l'emblème des vices, et il convient aux enfants de Chanaan qui l'auront transmis ; mais on doit se rappeler qu'il est dit :
Que Chanaan soit maudit,
Qu'il soit à l'égard de ses frères l'esclave des esclaves
Jaloux de descendre de Sem les vrais maçons doivent s'empresser de se séparer à jamais des enfants de Chanaan... »
Nous pourrions donc arrêter notre travail historico-symbolique, tellement tout est dit.... Mais continuons un peu, et notamment avec la lecture du compte rendu du Directoire qui arrête « unanimement, définitivement et pour toujours :
Que le nom de Tubalcain serait supprimé et remplacé par celui de Phaleg dont on donnerait l'explication vraie à l'apprenti, que ce changement aurait lieu pour la première assemblée de la Loge de la Bienfaisance et le plus tôt possible dans celle du district.
Qu'à l'avenir il ne sera plus demandé ce mot de passe aux FF visiteurs, parce qu'on ne pourrait pas sans inconséquences les recevoir en donnant un mot proscrit. On se contentera des mots du Grand Orient de France plus secrets que celui de Tubalcain, en usant de tous les ménagements et remplissant les égards que la fraternité commande, ils se retireront et useront en tout de toutes les précautions que la prudence leur suggérera pour ne point blesser les Loge, qui ne verraient pas le même danger à conserver ce mot proscrit parmi les frères du district.
Afin que les Loges constituées par le Directoire n'en prétendent cause d'ignorance et ayant à s'y conformer, expédition en forme sera envoyée à chacune d'elles, les invitant à ne point s'écarter sous quelque prétexte que ce puisse être de cet arrêté fait en connaissance de cause, comme aussi à déclarer dans un court délai si elles ont mis en exécution le changement dont il s'agit.
"
D. SAPPIA
DES AMIS PROVINCIAUX DE RENAISSANCE TRADITIONNELLE
 
Source : le blog de Montaleau
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SCHIBBOLETH

17 Avril 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

ou SIBBOLETH, nom hébreu qui signifie un épi, spira. Après que Jephté eut battu les Ammonites, ceux de la tribu d'Ephraïm, jaloux de cet avantage remporté par les tribus de delà le Jourdain (Jug 12 :6), vinrent en armes dans ce pays et se plaignirent amèrement qu'on ne les eût pas appelés à cette expédition. Jephté leur répondit avec beaucoup de modération. Ce qui n'empêcha pas que les Ephraïmites n'usassent de paroles de mépris envers ceux de Galaad, en leur disant qu'ils n'étaient que des fugitifs d'Ephrern et de Manassé, ou des espèces de bâtards qui n'appartenaient ni à l'une ni à l'autre de ces deux tribus; en un mot, qu'ils étaient des échappés de Joseph, ce qui était très-faux puisque Machir, père de Galaad, était propre fils de Manassé. (Nu XXVI, 29). On doute si ces reproches suivirent ou précédèrent le combat; mais il est certain qu'on en vint à une bataille où ceux de Galaad eurent l'avantage et tuèrent grand nombre d'enfants d'Ephraïm. Après cela ils se saisirent des gués du Jourdain, et lorsque quelqu'un d'Ephraïm, fuyant du combat, venait sur le bord de l'eau et disait à ceux de Galaad : Je vous prie de me laisser passer, ils lui disaient : N'éles-vous pas d'Ephraim? Celui-là répondant que non, ils lui répliquaient : Dites donc : SCHIBBOLETH, qui signifie un épi; mais comme il prononçait sibboleth, ne pouvant bien exprimer la première lettre de ce nom, ils le prenaient et le tuaient sur-le-champ; en sorte qu'il y eut bien quarante-deux mille hommes d'Ephraïm qui furent tués ce jour-là.

Source : http://456-bible.123-bible.com

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Schibboleth

17 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

 Pour se reconnaître les F.M .disposent de signes, de mots et d’attouchements. Parmi les paroles secrètes on distingue devises, acclamations, mots sacrés et mots de passe.
Au grade d’A. correspondent un signe, un attouchement, une marche et un mot sacré. A celui de C. on bénéficie d’un nouveau signe, d’un attouchement différent se divisant en deux séquences, d’une marche plus complète en deux temps et de deux mots : un mot sacré (qui est le pendant de celui d’A. puisqu’il correspond à la colonne située en face) et un mot de passe, le premier dans la M.

La planche qui m’a été confiée s’attache à ce dernier.
Pour ce faire nous aborderons successivement le rituel de passage au grade de C. pour situer dans quel contexte le mot de passe est communiqué, puis nous examinerons les images symboliques qu’il recouvre avant de nous intéresser à ses origines historiques et de conclure sur l’importance de la forme s’y rapportant.

I. RECEPTION AU GRADE DE C. ET RITUEL

Lors de la réception au grade de C., l’A. qui demande à passer de la perpendiculaire au niveau, va vivre cinq voyages au terme desquels il sera instruit des secrets du second degré par le S1. Le signe d’ordre révélé, c’est l’attouchement qui est confié : celui-ci est la demande du mot de passe de C., lequel lui sera livré à l’oreille (caractère secret du mot de passe) et conduira à un attouchement complémentaire pour obtenir le mot sacré.
Le nouveau C., bien que déjà familiarisé avec les symboles basiques de la F.M., est perturbé par la cérémonie à laquelle il vient de participer activement : que de nouvelles découvertes, que de voies ouvertes, que de chantiers offerts avec des outils qu’il ne maîtrise pas encore, que de perspectives s’ouvrant à lui ! Il faut dire qu’il vient de vivre cinq voyages plein de richesses.
Comment ne pas être épuisé après toutes ces informations divulguées que l’on tente d’appréhender ? C’est pourtant dans cet état que le nouveau F.C. va recevoir les secrets attachés à son grade. Harassé, ayant besoin de se pauser pour assimiler les principes qui viennent de lui être inculqués, il va devoir pourtant prêter attention aux révélations que va lui faire le S1, après qu’il ait prêté son obligation par un nouveau serment.

 

source : www.ledifice.net



Le C. en herbe, se voit alors détenteur de nouveaux codes et symboles qu’il va tenter d’enregistrer et de reproduire. Sa tête explose, ses neurones saturent et c’est à ce moment que le mot de passe de C. lui est confié !
Ce mot de passe est << SCHIBBOLETH >>.

Le F.C. qui vous parle écoute ce mot hermétique sans l’entendre et encore moins le comprendre. Il pense avoir perçu le nom familier d’une plante servant de condiment : “Ciboulette” et s’interroge sur la recette de cuisine qui l’attend. Puis lui revient en mémoire une chansonnette de son enfance avec un refrain du style : “Il était un petit homme, ciboulette, cacahuète”. Il reste perplexe pour ne pas dire abasourdi : ce vocable lui est totalement étranger, il ne saurait le traduire ou l’épeler et encore moins l’écrire... L’instruction se poursuivra sans qu’il ait pu assimiler cette notion de base et c’est dans ces conditions qu’il se retrouvera placé en tête du 1er rang de la colonne du midi, suite à une “promotion” qu’il n’a pas vraiment perçue.
Lors de son passage au grade de C. , la signification de ce mot de passe ne lui est nullement donnée ; il lui est juste précisé que ce mot de passe est le préalable nécessaire pour échange du mot sacré.
Le rituel du grade de C. qui lui sera remis par la suite le renseignera utilement à ce sujet via les questions/réponses du Tuilage. Il découvrira ainsi que “SCHIBBOLETH” veut dire “EPI” et il apprendra que ce mot de passe de C. est représenté par un épi de blé à côté d’un cours d’eau et qu’il vise un épisode relaté par la Bible au chapitre du Livre des Juges (XII).
Ce sera, pour le nouveau C., la piste pour explorer lectures diverses en quête d’explications sur ce mot secret...
Jules Boucher, en donne la définition suivante : <<Epis (au pluriel), mot que l’on traduit par “nombreux comme les épis de blé”, ce mot signifiant également “fleuve”, servait de mot de passe aux Galaadites dans la guerre qu’ils menèrent sous Jephté contre les Ephraïmites : ceux ci ne pouvaient pas prononcer le vocable “Schin” et disaient “Sibboleth”au lieu de “Schibboleth”.>>
Il s’agit là d’une nouvelle approche : on ne vise plus un épi de blé isolé mais une multitude d’épis et la prononciation même du mot revêt une grande importance.

II. REPRESENTATIONS PHYSIQUES DU MOT

Le mot de passe désigne donc tant des épis de blé qu’un fleuve : similitudes ou contrariété entre ces deux images ?

1°) l’image du fleuve

Symbolisme lié à la possibilité universelle, à la fertilité, au renouveau de la vie et de la mort.
Les fleuves étaient, chez les Grecs, objet de cultes divinisés car mystérieux, inspirant vénération et crainte.
Dans la chine ancienne, la traversée des fleuves équivalait à un voyage au cours des saisons, visant l’alternance du yin et du yang, pour conduire à une purification fécondatrice.
Le fleuve peut représenter l’existence humaine qui s’écoule comme un cours d’eau avec la variété des désirs et sentiments, des intentions, et de leurs détours... pour mieux renaître avec les autres.
Ainsi Héraclite déclare: << Ceux qui entrent dans les mêmes fleuves reçoivent le courant des autres.>>
La descente du fleuve vers l’océan consiste en un rassemblement des eaux et conduit à l’indifférenciation et au Nirvâna ; la remontée du courant correspond au retour vers la source divine, au Principe.
On aborde bien, au travers l’image du fleuve, l’alternance entre vie et mort : mourir pour renaître, mais ici avec une notion de communauté et de partage.
Le fleuve ou cours d’eau c’est aussi un obstacle à franchir, à la fois séparation et passage entre deux territoires. C’est en le traversant qu’on passe d’une rive à l’autre. De même le mot de passe permet de franchir une étape, de découvrir de nouveaux horizons. Le mot de passe joue un rôle de pont entre deux monde qui coexistent, lien reliant des hommes s’ils se reconnaissent à travers ce mot secret qui a donc également une fonction de barrière, séparant les individus selon leur appartenance, leur croyance...
Cette réflexion peut nous amener à nous interroger sur la remarque d’Isaac Newton : “Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts”.

2) L’épi, autre image formatrice

Dans les civilisations agraires, l’épi (qu’il soit de blé comme dans les mystères d’Eleusis ou de maïs tel que chez les Indiens d’Amérique du nord) est le fils issu de la hiérogamie fondamentale Ciel/Terre (on retrouve ici les deux sphères du 4° voyage).
Fruit de cette dualité, attribut de l’été (saison des moissons), symbole de charité et d’abondance, l’épi est aussi l’emblème d’Osiris, le dieu du soleil mort et ressuscité, symbolisant ainsi, dans l’Antiquité Egyptienne, le cycle naturel de la mort et de la renaissance.

L’épi contient le grain qui meurt soit pour nourrir, soit pour germer. Dès lors l’épi peut être considéré comme symbole de croissance et de fertilité, à la fois nourriture et semence. On retrouve donc des points communs avec le fleuve et ses dérivés...
L’épi de blé, tout comme le fleuve, exprime la vie qui n’est, selon Arnaud DESJARDINS, qu’un mouvement perpétuel de changements :” la naissance de l’enfant n’est autre que la mort du bébé, la naissance de l’adolescence c’est la mort de l’enfance”.
Irène Mainguy complète la notion que semble revêtir l’épi de blé visé par ce mot de passe.
Contrairement au grenadier qui peut pousser en solitaire, l’épi de blé, deuxième symbole végétal, est le fruit d’un long travail : le C. devra lutter activement contre l’adversité afin d’atteindre la maturité nécessaire pour acquérir la force. En effet, le grain de blé, enfoui dans le sol, est semblable au récipiendaire introduit dans le cabinet de réflexion obscur. L’arbre entier est contenu dans sa graine : de sa mort de profane, l’initié va renaître avec une nouvelle promesse d’avenir fixant son âme dans la Lumière pour se perfectionner. De même, le C. se voit investi d’une nouvelle mission pour lui permettre de poursuivre son apprentissage avec le droit de s’exprimer en toute relativité.
L’épi de blé perpétue la vie... A son image, le C. devra faire croître en lui les fruits de l’initiation , par un travail intérieur de tous les instants, afin de progresser, petit à petit, étape par étape, chaque résultat obtenu n’étant que le point de départ d’un nouveau commencement, chaque phase de progression portant en elle le germe de l’évolution future.
Il convient de souligner que l’épi de blé, au singulier, est symbole d’une multitude provenant d’une unité : il est né d’un seul grain parmi de nombreux et va en générer de nombreux à son tour. C’est le cycle de la vie, du renouveau, du printemps, de la naissance, de la fécondité et on retrouve ici les symboles du fleuve ou cours d’eau.
Epi, en hébreux, se traduit par le mot “père” et Blé, en arabe, signifie “ fils de”, la fécondité impliquant donc tant le père (la semence) que la mère (en sa qualité de porteuse et nourricière).
Si les grains de grenade restent à l’intérieur du fruit, au contraire, ceux de l’épi de blé progressent avec la lumière du soleil. Ainsi le C. devra mûrir et sa maturité lui permettra de se réaliser au travers de sa recherche de la Connaissance abordée au cours des cinq voyages. Il progressera en s’ouvrant vers les autres, notamment en visitant de nouvelles loges.

Cette notion de multitude implique solidarité et fraternité entre les F.C., de même que les épis de blé poussent serrés les uns contre les autres comme pour mieux se protéger mutuellement et croître ensemble, à l’unisson.
Saint Jean nous rapporte la parole du Christ :<< En vérité, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; s’il meurt il porte beaucoup de fruits.>>L’apôtre Paul ne disait - il pas : <<ce que tu sèmes ne prend point vie, s’il ne meurt auparavant>>?
Le F.C. doit utiliser la marche qui lui est offerte (3 + 2) pour entrer dans l’action et faire germer les possibilités potentielles contenues en lui pour grandir tel l’épi de blé. Il importe que le C s’applique à progresser. Pour reprendre une citation d’Antoine Saint Exupéry : <<ce qui sauve c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours un nouveau pas que l’on recommence>>.


III. ORIGINES HISTORIQUES DU MOT ET PORTEE

1) La Bible, Livre des Juges (12)

Epi, en hébreu, c’est le mot de guet du camp de Jephté. Il était le fils d’une prostituée et exclu, de ce fait, du territoire de GALAAD et donc de la maison de son père par ses propres frères.
Son peuple d’origine vint le chercher lorsqu’il fut attaqué par les fils du roi AMMON, et il devint alors le capitaine des Israélites.En sa qualité de chef des anciens de GALAAD, il tenta de dialoguer en vain avec l’adversaire via des messagers. Vaillant héros il fit éprouver à ces attaquants une très grande défaite.
Lorsque la tribu d’Héphraïm se révolta, Jephté s’empara des bords du Jourdain, fleuve par lequel les “ennemis” devaient passer. Tous ceux qui se présentaient au passage et ne pouvaient ou ne savaient prononcer correctement ce mot étaient égorgés et précipités dans le fleuve.
Quand un des fuyards d’Héphraïm disait “laissez-moi passer”, il lui était demandé son origine. S’il hésitait ou niait les soldats de Galaad le mettaient à l’épreuve en lui demandant de prononcer le mot “SCHIBBOLETH” et il disait “SIBBOLETH” car il ne pouvait pas bien prononcer ce mot. Il en périt 42.000...
Ce mot de passe des Galladites permettait d’une part de reconnaître les siens, de les épargner et, d’autre part, de déceler les autres pour s’en débarrasser.

Telle est la fonction d’un mot de passe : donner la clef aux invités pour leur permettre de rejoindre ceux qui sont des leurs. On retrouve ici l’idée de sécurité, de secret, de mystère, de silence, de serment... notions au coeur même de la F.M.
Ce passage de la Bible est rapproché, par certains adeptes de la mythologie gréco-romaine, des mystères de DEMETER où l’initié à ELEUSIS devait subir allégoriquement le sort du grain de blé qui meurt en terre pour renaître sous forme d’une nouvelle plante.

2°) Portée du mot de passe de C.

Le livre historique des Juges contenu dans l’Ancien Testament de la Bible vise deux peuples parlant la même langue et donc culturellement proches ; pourtant seule une mauvaise prononciation conduisait à la vie ou à la mort...On peut aborder l’importance du mot de passe de C. sous deux angles sur la forme et au fond.

a) appréciation sur la forme

Le mot de passe de C., dans son origine, consistait à prononcer correctement le mot communiqué. Le stratagème visait à bien prononcer la consonne initiale du mot de passe, qui est une sifflante conduisant à prononcer “sibboleth” et non “schibboleth” et, par ce biais se monter sous son vrai jour, se trahir. C’est ainsi que les Ephraimites se révélaient ne pas être des hommes de Jephté. Le sésame touche donc au son émis par la personne interrogée.
Le 1er voyage du C. est celui du perfectionnement de la perception des 5 sens, qui correspondent, selon Arnaud DESJARDINS, à des ouvertures par lesquelles nous recevons toutes les perceptions, dont l’ouïe, qui se transforment en conceptions et idées. C’est en entendant parfaitement ce que l’interlocuteur dit qu’on peut comprendre la signification exacte du message transmis et qu’on peut réagir en toute connaissance de cause.
Le 3° voyage vise les Arts Libéraux et notamment le trivium des arts de la parole associant grammaire, rhétorique et logique ou dialectique.
Un mot mis à la place d’un autre, une intonation inadaptée, une vocalisation imparfaite, une ponctuation incorrecte peuvent conduire à une incompréhension entre émetteur et récepteur.
Pour dialoguer (oralement ou par écrit) et donc échanger il faut être au moins deux et tout l’art de la communication est de maîtriser ce que l’on entend faire passer comme message pour l’amener l’autre à avoir un comportement adapté en réponse.

Si l’A. doit se plier à la règle du silence pour mieux appréhender le nouveau monde s’offrant à lui, le C., doté de l’usage de la parole, se devra d’utiliser le langage avec discernement. D’où l’importance des mots employés, de la structure des phrases, de la prononciation des mots de leur vocalisation.
Bien apprendre à prononcer le juste mot est significatif de l’attention que l’on porte à autrui : adapter sa réponse à la demande, se mettre en conformité avec l’autre pour s’exprimer et être compris.
N’est-on pas proche, en ce domaine de l’attitude du F.M se mettant à l’ordre ? Sans rentrer dans la symbolique des signes, le simple fait de se mettre à l’ordre nous conduit à être à l’écoute, tous sens éveillés, dans le plus grand respect...
Le trivium des Arts de la Parole, nous apprend en outre que tout son possède en lui une énergie pour une transformation spirituelle. La musique, appartenant au quadrivium des arts Libéraux n’est- elle pas une suite harmonieuse de son rythmés ?
Pour conclure sur la forme, on observera que les M. disent parfois peut-être la même chose que les profanes, certes, mais ils le disent autrement...

b) Observations quant au fond

De cet épisode de la bible une leçon se dégage : le savoir ne suffit pas ; il faut aussi être imprégné de la connaissance s’y rapportant. L’écrivain le plus talentueux pourra tenter de décrire une fraise: il pourra décrire sa forme, sa texture, sa couleur, son odeur, sa saveur et pourtant il ne saura communiquer au lecteur la sensation si particulière du plaisir à goûter un tel fruit. Ainsi, lire une multiplicité d’ouvrages sur la maternité ne procurera jamais à une femme les sensations connues lorsqu’elle porte en elle son enfant et lui donne la vie.

De même une approche purement théorique, intellectuelle, littéraire de la F.M. ne permettra jamais à un profane de devenir un vrai M. au sens noble du terme.Il ne pourra pas tirer les bénéfices de son ou de ses savoirs sur ce thème. En effet il n’aura jamais senti, ressenti les émotions liées à la vie maçonnique. Il n’aura pas vécu les instants de grâce d’une initiation, l’intensité d’une élévation, la chaleur d’une chaîne d’union, la communion intense partagée en nos tenues. Il saura mais ne comprendra pas la signification profonde de nos mystères et la Lumière restera, à ses yeux, voilée.Ainsi on peut connaître le mot de passe et pourtant être rejeté !

Un autre aspect intéressant, me semble-t-il, de cette histoire biblique est le rôle du mot de passe : il permet d’être identifié, reconnu comme ayant la qualité d’appartenance à un groupe.
Ainsi on ne se proclame pas être F.M. mais on est reconnu comme tel par ses frères via les signes, mots et attouchements. On ne naît pas F.M., on n’est pas ipso facto et à vie F.M. parce-qu’on a été admis : on le devient par l’initiation et on le demeure par son comportement de tous les instants...
Si la planche soumise est compréhensible aux F. présents, c’est que le C qui présente le fruit de ses travaux aura a su ordonner ses idées et les retranscrire un langage clair pour ses pairs conformément à l’enseignement du 5° voyage auquel il a été invité.
Ne lui reste plus qu’à faire place à la musique de tous les temps, celle qui nous permet de communier avec l’harmonie des sphères du 4° voyage pour atteindre la Sagesse, je veux parler de la symphonie du Silence.

J’ai dit.

P\ V\

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Macbénach : Voyage en Orient (Gérard de Nerval)

16 Avril 2012 , Rédigé par Gérard de Nerval Publié dans #fondements bibliques de la FM

 

(...) Le temps était bas, et le soleil, en pâlissant, avait vu la nuit sur la terre. Au bruit des manteaux sonnant l'appel sur les timbres d'airain, Adoniram, s'arrachant à ses pensées, traversa la foule des ouvriers rassemblés ; et pour présider à la paye il pénétra dans le temple, dont il entrouvrit la porte orientale, se plaçant lui-même au pied de la colonne Jakin.

Des torches allumées sous le péristyle pétillaient en recevant quelques gouttes d'une pluie tiède, aux caresses de laquelle les ouvriers haletants offraient gaiement leur poitrine.

La foule était nombreuse ; et Adoniram, outre les comptables, avait à sa disposition des distributeurs préposés aux divers ordres. La séparation des trois degrés hiérarchiques s'opérait par la vertu d'un mot d'ordre qui remplaçait, en cette circonstance, les signes manuels dont l'échange aurait pris trop de temps. Puis le salaire était livré sur l'énoncé du mot de passe.

Le mot d'ordre des apprentis avait été précédemment JAKIN, nom d'une des colonnes de bronze ; le mot d'ordre des autres compagnons, BOOZ, nom de l'autre pilier ; le mot des maîtres JÉOVAH.

Classés par catégories et rangés à la file, les ouvriers se présentaient aux comptoirs, devant les intendants, présidés par Adoniram qui leur touchait la main, et à l'oreille de qui ils disaient un mot à voix basse. Pour ce dernier jour, le mot de passe avait été changé. L'apprenti disait TUBALKAÏN ; le compagnon, SCHIBBOLETH ; et le maître, GIBLIM.

Peu à peu la foule s'éclaircit, l'enceinte devint déserte, et les derniers solliciteurs s'étant retirés, l'on reconnut que tout le monde ne s'était pas présenté, car il restait encore de l'argent dans la caisse.

"Demain, dit Adoniram, vous ferez des appels afin de savoir s'il y a des ouvriers malades, ou si la mort en a visité quelques-uns."

Dès que chacun fut éloigné, Adoniram vigilant et zélé jusqu'au dernier jour, prit, suivant sa coutume, une lampe pour aller faire la ronde dans les ateliers déserts et dans les divers quartiers du temple, afin de s'assurer de l'exécution de ses ordres et de l'extinction des feux. Ses pas résonnaient tristement sur les dalles : une fois encore il contempla ses oeuvres, et s'arrêta longtemps devant un groupe de chérubins ailés, dernier travail du jeune Benoni.

"Cher enfant !" murmura-t-il avec un soupir.

Ce pèlerinage accompli, Adoniram se retrouva dans la grande salle du temple. Les ténèbres épaissies autour de sa lampe se déroulaient en volutes rougeâtres, marquant les hautes nervures des voûtes, et les parois de la salle, d'où l'on sortait par trois portes regardant le septentrion, le couchant et l'orient.

La première, celle du nord, était réservée au peuple ; la seconde livrait passage au roi et à ses guerriers ; la porte de l'Orient était celle des lévites ; les colonnes d'airain, Jakin et Booz, se distinguaient à l'extérieur de la troisième.

Avant de sortir par la porte de l'occident, la plus rapprochée de lui, Adoniram jeta la vue sur le fond ténébreux de la salle, et son imagination frappée des statues nombreuses qu'il venait de contempler évoque dans les ombres le fantôme de Tubal-Kaïn. Son oeil fixe essaya de percer les ténèbres ; mais la chimère grandit en s'effaçant, atteignit les combles du temple et s'évanouit dans les profondeurs des murs, comme l'ombre portée d'un homme éclairé par un flambeau qui s'éloigne. Un cri plaintif sembla résonner sous les voûtes.

Alors Adoniram se détourna s'apprêtant à sortir. Soudain une forme humaine se détacha du pilastre, et d'un ton farouche lui dit :

"Si tu veux sortir, livre-moi le mot de passe des maîtres."

Adoniram était sans armes ; objet du respect de tous, habitué à commander d'un signe, il ne songeait pas même à défendre sa personne sacrée.

"Malheureux ! répond-il en reconnaissant le compagnon Méthousaël, éloigne-toi ! Tu seras reçu parmi les maîtres quand la trahison et le crime seront honorés ! Fuis avec tes complices avant que la justice de Soliman atteigne vos têtes."

Méthousaël l'entend, et lève d'un bras vigoureux son marteau, qui retombe avec fracas sur le crâne d'Adoniram. L'artiste chancelle étourdi, par un mouvement instinctif, il cherche une issue à la seconde porte, celle du Septentrion. Là se trouvait le Syrien Phanor, qui lui dit :

"Si tu veux sortir, livre-moi le mot de passe des maîtres !

- Tu n'as pas sept années de campagne ! répliqua d'une voix éteinte Adoniram.

- Le mot de passe !

- Jamais !"

Phanor, le maçon, lui enfonça son ciseau dans le flanc ; mais il ne put redoubler, car l'architecte du temple, réveillé par la douleur, vola comme un trait jusqu'à la porte d'Orient, pour échapper à ses assassins.

C'est là qu'Amrou le Phénicien, compagnon parmi les charpentiers, l'attendait pour lui crier à son tour :

"Si tu veux passer, livre-moi le mot de passe des maîtres.

- Ce n'est pas ainsi que je l'ai gagné, articula avec peine Adoniram épuisé ; demande-le à celui qui t'envoie."

Comme il s'efforçait de s'ouvrir un passage, Amrou lui plongea la pointe de son compas dans le coeur.

C'est en ce moment que l'orage éclata, signalé par un grand coup de tonnerre.

Adoniram était gisant sur le pavé, et son corps couvrait trois dalles. A ses pieds s'étaient réunis les meurtriers, se tenant par la main.

"Cet homme était grand, murmura Phanor.

-Il n'occupera pas dans la tombe un plus vaste espace que toi, dit Amrou.

- Que son sang retombe sur Soliman Ben-Daoud !

- Gémissons sur nous-mêmes, répliqua Méthousaël, nous possédons le secret du roi. Anéantissons la preuve du meurtre ; la pluie tombe ; la nuit est sans clarté ; Éblis nous protège. Entraînons ces restes loin de la ville, et confions-les à la terre."

Ils enveloppèrent donc le corps dans un long tablier de peau blanche, et, le soulevant dans leurs bras, ils descendirent sans bruit au bord du Cédron, se dirigeant vers un tertre solitaire situé au-delà du chemin de Béthanie. Comme ils y arrivaient, troublés et le frisson dans le coeur, ils se virent tout à coup en présence d'une escorte de cavaliers. Le crime est craintif, ils s'arrêterent ; les gens qui fuient sont timides... et c'est alors que la reine de Saba passa en silence devant des assassins épouvantés qui traînaient les restes de son époux Adoniram.

Ceux-ci allèrent plus loin et creusèrent un trou dans la terre qui recouvrit le corps de l'artiste. Après quoi Méthousaël, arrachant une jeune tige d'accacia, la planta dans le sol fraîchement labouré sous lequel reposait la victime.

Pendant ce temps-là, Balkis fuyait à travers les vallées ; la foudre déchirait les cieux, et Soliman dormait.

Sa plaie était plus cruelle, car il devait se réveiller. (...) le bruit du meurtre d'Adoniram s'étant répandu, le peuple soulevé demanda justice, et le roi ordonna que neuf maîtres justifiassent de la mort de l'artiste, en retrouvant son corps.

Il s'était passé dix-sept jours : les perquisitions aux alentours du temple avaient été stériles, et les maîtres parcouraient en vain les campagnes. L'un d'eux, accablé par la chaleur, ayant voulu, pour gravir plus aisément, s'accrocher à un rameau d'acacia d'où venait de s'envoler un oiseau brillant et inconnu, fut surpris de s'apercevoir que l'arbuste entier cédait sous sa main, et ne tenait point à la terre. Elle était récemment fouillée, et le maître étonné appela ses compagnons.

Aussitôt les neuf creusèrent avec leurs ongles et constatèrent la forme d'une fosse.

Alors l'un d'eux dit à ses frères :

"Les coupables sont peut-être des félons qui auront voulu arracher à Adoniram le mot de passe des maîtres. De crainte qu'ils n'y soient parvenus, ne serait-il pas prudent de le changer?

- Quel mot adopterons-nous ? objecta un autre.

- Si nous retrouvons là notre maître, repartit un troisième, la première parole qui sera prononcée par l'un de nous servira de mot de passe ; elle éternisera le souvenir de crime et du serment que nous faisons ici de le venger, nous et nos enfants, sur ses meurtriers, et leur postérité la plus reculée."

Le serment fut juré ; leurs mains s'unirent sur la fosse, et ils se reprirent à fouiller avec ardeur.

Le cadavre ayant été reconnu, un des maîtres le prit par un doigt, et la peau lui resta à la main ; il en fut de même pour un second ; un troisième le saisit par le poignet de la manière dont les maîtres en usent envers le compagnon, et la peau se sépara encore ; sur quoi il s'écria : MAKBÉNACH, qui signifie : LA CHAIR QUITTE LES OS.

Sur-le-champ ils convinrent que ce mot serait dorénavant le mot de maître et le cri de ralliement des vengeurs d'Adoniram, et la justice de Dieu a voulu que ce mot ait, durant des siècles, ameuté les peuples contre la lignée des rois.

Phanor, Amrou et Méthousaël avaient pris la fuite ; mais reconnus pour de faux frères, ils périrent de la main des ouvriers, dans les États de Maaca, roi du pays de Geth, où ils se cachaient sous les noms de Sterkin, d'Oterfut et de Hoben.

Néanmoins, les corporations, par une inspiration secrète, continuèrent toujours à poursuivre leur vengeance déçue, sur Abiram, ou le meurtrier... Et la postérité d'Adoniram resta sacrée pour eux ; car longtemps après ils juraient encore par les fils de la veuve, ainsi désignaient-ils les descendants d'Adoniram et de la reine de Saba.

Source : http://lesarchivesdesalilus.hautetfort.com/

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Phaleg

15 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Ce nom donné aux Apprentis du Rite Rectifié actuellement, et qui leur sert de mot de reconnaissance, a tout un symbolisme, et toute une histoire, que nous résumons ici.
Selon le Dictionnaire de la Bible, le mot Phaleg implique une idée de division et de séparation. Par ailleurs, Phaleg est le nom d'un ancêtre d'Abram, qui deviendra plus tard Abraham.
Jean de Tourniac, dans « Vie et Perspectives de la F.-M. Traditionnelle »
rappelle que le nom donné aux Apprentis, au 1er grade partout, et en France
jusqu'au 5 Mai 1785, était Tubalcaïn. Après cette date, le Directoire
d'Auvergne, responsable de cette décision, eut à subir des critiques et
questions sur ce choix, et les Loges allemandes en particulier n'acceptèrent pas ce changement. Si, en France, le mot fut accepté, après récriminations de certains, le Grand Orient ne s'émut cependant pas. Mais, si on accepte ce mot il
faut savoir qu'il n'a été sanctionné, admis, par aucune autorité maçonnique
légiférante depuis 1785 : il fut « admis pour le Rite Rectifié, par les autres
Rites, sans décision » (cf Le Forestier, la F.M. templière et occultiste. pp.
797, 798, 799, 802, et la Revue Le Symbolisme n°337, de 1966, article signé
Ostabat. Lire aussi la conférence du Dr Schnetzler : « L'Agent inconnu et le Rite Rectifié », dans la revue Villard de Honnecourt de 1976, Tome XII).
Ce sont ces travaux que nous résumerons d'abord ici, avant d'y ajouter nos recherches personnelles.
L'idée de « séparation » est rapportée à la sortie du monde profane, mais J. Tourniac signale que la racine hébraïque Phe-lamed, qui a donné le nom de Phaleg, a donné aussi le mot « phaleg » signifiant « noble », car distingué du reste des hommes, d'où « élu », car « mis en dessous ». On retrouve ici l'idée «
d'élection du milieu du monde » de l'Évangile de Jean (17.6), nous rappelle J. Tourniac (p167 de Vie et Perspectives …).
En Genèse X-25, il est écrit que Phaleg reçut ce nom car « c'est de son temps que la terre fut partagée ». Ici on revient au sens de « séparation » et non d'élection, et on applique l'idée de scission à la glèbe. Ce partage évoque, dans l'esprit traditionnel juif, une idée malsaine, celle d'un recensement, procédé condamné dans Samuel. Pourtant le partage en question n'impliquait aucun recensement, qui aurait été impensable à l'époque. Il ne s'agissait que de la séparation des trois fils de Noé, et de leurs destins, prophétisés au chapitre IX de la Genèse (v.25 à 29). Il n'est donc pas question d'un partage spatial et socio-politique, plus ou moins égalitaire, comme on l'entendrait maintenant, à propos d'un héritage, par exemple. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
Phaleg appartient à la race de Sem, race bénie par IAHVE, à l'exclusion de la race de Cham, d'où est issu Nemrod, qui a donné Tubalcaïn. Le nom de ce dernier, qui, par les aventures de la race de Cham, se rattache à l'empire de Babel, est en rapport, selon la Jewish Encyclopedy, avec l'art des métaux, et avec armes magiques.
Pour le manuscrit Dumfries n° 4, le nom de Tubalcaïn découle de la racine « BLL » signifiant « violation de l'ordre, union abominable, confusion des langues, , Phaleg descend d'une race bénie, et il demeurait, avec son frère, sur « la Montagne d'Orient » (Genèse X-30).
C'est pour ces raisons positives, et d'autres négatives, envers Tubalcaïn, et quelques autres plus secrètes, que Willermoz rejeta, poussé par la chanoinesse de Remiremont, Mademoiselle de Vallière, le nom de Tubalcaïn, et donna aux Apprentis celui de Phaleg, pour le Rite Rectifié. Mademoiselle de Vallière était une « mystique » au sens psychiatrique du terme. Willermoz s'en aperçut à temps, et rompit tout rapport avec celle qu'il avait cru une mystique inspirée au bon sens du terme. Mais le nom de Phaleg, qui se défend bien, comme on l'a vu, resta. Il avait permis de refuser l'entrée des temples à des Frères d'autres Rites trop suspects d'accueillir des « maçons » de l'organisation de Cagliostro, ceux qui, justement, se livraient à une magie alchimique que le nom de Tubalcaïn
ne rappelait que trop bien. De plus, dans une logique un peu simple, mais qui avait pour elle l'apparence, il ne convenait pas de donner à des Apprentis le nom d'un travailleur des métaux, puisqu'on les leur faisait quitter. Cet argument de Willermoz ne valait que sur l'apparence, car, comme le lui écrivit le Prince de Hesse, Tubalcaïn ne travaillait que sur d'autres métaux (symboliques) différents de ceux qu'il fallait, en effet, rejeter d'abord.Charles de Hesse donna donc un accord de principe, mais nuancé, et très intéressant (Charles de Hesse, après la mort de Ferdinand de Brunswick en 1792, devint le chef suprême des rites Willermoziens agréés à Willemsbad).
Mais le rejet du mot Tubalcaïn peut se constater, en Maçonnerie, dans des
cérémonies qui n'appartiennent pas au Rite Rectifié. Ce qui prouve que
Mademoiselle de Vallière n'avait pas été si mal inspirée en faisant rejeter ce nom. Nous lisons en effet dans le rite du Grade Noachite, dit aussi de Chevalier Prussien (21° degré du R.E.A.A.), l'histoire de Zorobabel, dont le nom signifie « aversion de Babel ». Ce rite implique le rejet d'une filiation à partir de  Tubalcaïn (cf. J. Tourniac, « Vie et perspectives… » p. 170). Et Phaleg apparaît, avec un beau et noble rôle au 32° grade du R.E.A.A. nous dit J. Tourniac (id. p. 174).
Revenons à Phaleg pour noter les curieuses étapes d'une irrégulière décroissance de la durée de la vie des ancêtres d'Abram.
Sem a vécu 100 ans avant d'engendrer Arpacead et mourut 500 ans après, soit 600 ans au total Arpacead 35 ans avant d'engendrer Scehah et mourut 403 ans après, soit 438 ans  au total Scehah 30 ans avant d'engendrer Heber et mourut 403 ans après, soit 433 ans au total  Heber 34 ans avant d'engendrer Phaleg et mourut 430 ans après, soit 464 ans au total
Phaleg 30 ans avant d'engendrer Rehu et mourut 209 ans après, soit 239 ans au total
Rehu 32 ans avant d'engendrer Serug et mourut 207 ans après, soit 239 ans au total Serug 30 ans avant d'engendrer Nacor et mourut 200 ans après, soit 230 ans au   total Nacor 29 ans avant d'engendrer Taré et mourut 119 ans après, soit 148 ans au total Taré 70 ans avant d'engendrer Abram et mourut 250 ans après, soit 320 ans au total

René Guenon ayant signalé que des noms propres peuvent cacher des organisations initiatiques, on peut se demander si tel n'est pas le cas et si ces nombres ne signifient pas les durées d'organismes initiatiques successifs. Cette «explication », à considérer, n'exclut aucune autre, qu'on pourrait trouver dans la Kabbale numérique par exemple.
Puisque Phaleg « vécut » 239 ans, il eut le temps de s'atteler à des travaux de longue durée. Aussi, une tradition maçonnique en fait-elle le constructeur de la Tour de Babel (ce qui est peu honorable) et le précurseur, ainsi, du constructeur du Temple de Salomon (ce qui est bien). Ce rituel, de 1774, déclare que cet ouvrage de Phaleg, la Tour de Babel, fut, de sa part, celui de l'orgueil. On retrouverait des allusions à cela dans le Grade de Noachite, 21° du R.E.A.A., déjà cité. Le rituel de 1774 signale que Phaleg, ce constructeur d'une tour « de la prétention à l'universalisme » et de « l'orgueil personnel »,s'est enfin un jour abaissé devant Dieu, et en a reçu son pardon à cause de son repentir. Rappelons enfin que du point de vue sémantique, le mot Phaleg évoque les arts agricoles, et non la vie nomade, dont le type est le chasseur Nemrod, ancêtre de Tubalcaïn, nous l'avons dit plus haut. Ayant ainsi condensé aussi brièvement que possible les travaux des commentateurs maçons de nous connus, nous avons fait quelques investigations dans la tradition religieuse chrétienne, plus spécifiquement catholique. Les résultats sont chrétien, car il présente
la tradition primordiale et générale de toute l'humanité (cf. René Guénon, « Le Roi du Monde »; et, du point de vue orthodoxe, Serge Boulgakof, le grand théologien de l'orthodoxie, dans « Paraclet », pp.229-230, éd. Aubier : pour catholicisme romain, lire Jean Danielou « Théologie du Judéo-christianisme », pp.25 à 27; et enfin citons, du « Mystère de l'Avent », du même auteur, ces mots
: « la religion de Melchisédech s'étend à l'humanité tout entière », « le
sacerdoce de Melchisédech est le sacrifice de tout homme, qui est prêtre de la création », … « le sacrifice de Melchisédech peut être offert en tous lieux, par toute la terre » … « En Israël le culte divin deviendra le propre d'une tribu particulière, celle de Lévy, ce qui amènera à détruire dans toutes les nations l'ancien culte cananéen de Melchisédech, qui est proscrit (Deut. XII-2); au contraire, en mettant Melchisédech au-dessus d'Abraham », on peut dire « qu'il est certain qu'à bien des égards le culte chrétien ressemble plus au culte (cananéen) de Melchisédech, qu'au culte kévitique » pp.60 à 66). Citons également le travail de G. Bardy, connu seulement des spécialistes. On le trouve dans deux articles de la Revue Biblique (1926, p496et ses. et 1927 p.24 et ss., éd. Gavalda, 10 rue Bonaparte, Paris).
G Bardy rapporte ceci :vselon Eutychus : la filiation de Noé à Melchisédech est celle-ci : Noé - Sem - Arphaxad - Caïnan - Salek - Heber - Phaleg, dont le fils est Melchisédech. Ce Melchisédech portait des vêtements de peau et une ceinture de cuir. Revenons à Phaleg : alors que, pour la tradition juive, Melchisédech semble n'être qu'un fils de Sem, dont le culte devait être détruit, pour les « annales d'Eutychus » la filiation, qui explique tout notre exposé précédent, passe aussi par SEM, mais après lui, par Phaleg qui est le père de Melchisédech.
Or on sait que Melchisédech est dit sans père. Donc Phaleg n'est pas un père charnel.
Ceci bien compris voici ce que les « annales d'Eutychus » ajoutent : Sem reçut de l'Ange l'ordre de retirer de l'Arche d'Alliance le corps d'Adam mort. Sem, le « grand-père », part donc, avec Melchisédech, son « petit-fils », avec l'accord de Phaleg « père » de Melchisédech. Sem et Melchisédech doivent enterrer Adam au milieu de la terre. Sem entre, de nuit, dans l'Arche. Il en retire le corps d'Adam. L'Ange le dirige « le milieu de la terre ». Celle-ci s'ouvre 'elle-même, et se referme aussitôt sur le corps d'Adam, en un lieu qui a un nom, le Crâne (Golgotha). Sem ordonne à Melchisédech de rester au Golgotha, où il sera prêtre éternellement, et où il sera assisté à jamais par l'Ange du Seigneur. Melchisédech y reste donc, et prend douze pierres qui lui serviront chacune d'autel, et sur lesquelles il offre le double sacrifice du pain et du vin. Sem revient seul dans sa famille, et dit à Phaleg que son fils Melchisédech est mort. Ce qui est faux, car il est éternellement vivant, mais bien comme mort pour Phaleg qui ne le verra plus. Phaleg en est profondément attristé, car il ne sait pas que Melchisédech, « son fils » est toujours vivant, mais caché. Il suffirait qu'il le sache, en le découvrant, pour qu'il soit heureux. Cette légende se trouve rapportée d'une façon analogue dans le « Synaxaire Lithurgique d'Éthiopie », où l'on trouve des églises enterrées. Dans ce pays on fête Melchisédech le 9 Septembre. Il est à noter que c'est dans le pays du « Prêtre Jean » que survit cette légende de l'existence non manifestée Melchisédech, doublant la légende de la présence, non manifestée également, du Prêtre Jean.

Le nom Phaleg donné dans le R.E.R., évoque donc l'origine d'un état de sacerdoce universel, invisible même par la voie de Phaleg, et que chacun de nous peut sûrement espérer comprendre par la voie du sacrifice de sa personne, sacrifice qui répond à l'offrande du pain et du vin faite éternellement par qui répond à l'offrande du pain et du vin faite éternellement par Melchisédech, « fils » de Phaleg.

source : http://fr.groups.yahoo.com

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JJB Willermoz et les CBCS

15 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Jean-Baptiste Willermoz, fils de Claude Catherin Willermoz, marchand mercier, lui-même originaire de Franche-Comté, est né à Lyon, le 10 Juillet 1730. (Son nom s’écrivait é l’origine : Vuillermoz.)

II entra en apprentissage dès l’âge de quinze ans, dans une entreprise ayant pour objet tout le commerce des soieries. Dès 1754, à vingt-quatre ans, nous le trouvons installé à son compte, à Lyon. Il ne possède pourtant, au départ, qu’une instruction rudimentaire, ayant quitté le collège de la Trinité à l’âge de douze ans, pour aider son père en son négoce. De famille très catholique, comme l’était également celle de Louis-Claude de Saint-Martin, il en gardera toute sa vie une empreinte religieuse fort marquée.

Dès 1750 (il a par conséquent vingt ans), nous le trouvons affilié à la loge maçonnique lyonnaise. (Les documents historiques ne nous ont pas permis de retrouver le nom de cette loge). Le fait n’est pas, vu l’époque, fort étonnant. Au XVIIIe siècle, les loges maçonniques sont fréquentées par un public composé de gens fort honorables, et qu’ils soient protestants ou catholiques, ce sont alors des croyants sincères ; quand ce sont ce que l’époque nomme des déistes ils sont tout aussi religieux. Mais leur mystique s’épanche alors plus volontiers dans le domaine des sciences occultes : hermétisme, alchimie, cabale, etc.

En 1752, nous retrouvons Willermoz « Vénérable de sa loge, le prédécesseur du jeune maçon, son maître en maçonnerie, ayant quitté Lyon. Lassé du « climat » un peu banal qui règne en cette loge - restée inconnue -, il fonde, l’année suivante (1753) une autre obédience maçonnique qui prend le nom de la « Parfaite Amitié ». Il en est élu Vénérable le jour de la Saint-Jean d’Eté, le 24 Juin 1753. La loge est vite florissante. Dix ans plus tard, une cinquantaine de soyeux et de bourgeois lyonnais fréquentent ses « Colonnes ». Dès 1756, cette loge fut rattachée à une Mère Loge : la Grande Loge de France, et la patente de régularisation, datée du 21 Novembre 1756, qu’obtient la « Parfaite Amitié » est le plus ancien document lyonnais de l’histoire maçonnique de la Grande Loge de France.

En 1760, le 4 Mai, les trois Vénérables lyonnais des loges ci-après ; l’Amitié (20 membres), la Parfaite Amitié (30 membres), les Vrais Amis (12 membres), décident, d’accord avec la Grande Loge de France, de créer une Mère Loge provinciale, chargée de veiller à la bonne marche des loges de la région. J.-B. Willermoz, Jacques Grandon, Jean Paganucci, les trois Vénérables en question, fondent alors la « Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon ». Cette loge fut vite très florissante. Nous la retrouvons le 24 Juin 1760, jour de la Saint-Jean d’Eté, installée en ses locaux (rue Saint-Jean...), possédant une cinquantaine d’inscrits. Le nombre des loges maçonniques méridionales affiliées et contrôlées par cet organisme central ne cesse d’ailleurs d’augmenter.

De 1762 à 1763, Willermoz en est le Grand-Maître. Il devient ensuite son Garde des Sceaux et son Archiviste. Mais pour être un organisateur de valeur, il n’en est pas moins le mystique épris de connaissances ésotériques que l’Histoire a retenu. C’est ainsi que nous le voyons douze ans plus tard, en 1772, affirmer en sa lettre au baron Hund : « Depuis ma première admission dans l’Ordre (maçonnique), j’ai toujours été persuadé qu’il renfermait la connaissance d’un but possible et capable de satisfaire l’honnête homme. D’après cette idée, j’ai travaillé sans relâche à le découvrir. Une étude suivie de plus de vingt années, une correspondance particulière fort étendue avec des Frères très instruits, en France et au dehors, le dépôt des Archives de l’Ordre, de Lyon, confié à mes soins depuis dix ans, m’en ont bien procuré les moyens. A la faveur desquels, j’ai trouvé nombre de systèmes, tous plus singuliers les uns que les autres. Etc.

D’ailleurs, l’Allemagne et ses cénacles mystiques, auront toujours une prééminence marquée pour J.-B. Willermoz. C’est ainsi qu’en 1762, nous le voyons en contact avec elle, par l’intermédiaire de Meunier de Précourt, vénérable de la loge « la Vertu », de Metz. C’est ce maçon qui apprit à Willermoz que le Temple, détruit en apparence par la monarchie française et la papauté, avait survécu, et que les Chevaliers Teutoniques en avaient recueilli l’héritage exotérique, alors que les Rose-Croix en faisaient autant pour l’héritage ésotérique. Ce qui est, historiquement parlant, fort sujet à vérifications. Ceci semble confirmer le rôle de « catalyseur philosophique », d’agent syncrétique, dévolu à la Franc-Maçonnerie.

Il ne faut pas trops’étonner de cet engouement du catholique pratiquant qu’est J.-B. Willermoz pour les sciences occultes. Son frère, le Docteur Pierre Jacques Willermoz, épris d’alchimie dès l’âge de dix-neuf ans, fut l’élève et l’ami de Dom Pernetty, ce bénédictin qui est à l’origine des « Illuminés d’Avignon ». C’est pourquoi, en 1763, Jean-Baptiste Willermoz fonde le « Souverain Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir, Rose-Croix ». En ce cénacle ésotérique, il ne sera question que d’Hermétisme et d’Alchimie et la Maçonnerie ne colorera que la forme rituélique extérieure.

A vrai dire, le christianisme est toujours l’idée directrice de Willermoz. Mais son catholicisme sent le fagot par bien des points. Et s’il adore le Christ Dieu, c’est autant comme le Rédempteur de l’Humanité déchue que comme l’Initié par excellence; le « Verbe de Gloire » qu’il évoquera peut-être, plus tard, au sein des aréopages Elus-Cohen; celui que l’antiquité païenne eût nommé sans doute le « Maître des Prodiges » si Apollonius de Tyane ne l’eut détournée...

Car, ne nous illusionnons pas, J.-B. Willermoz n’est nullement un mystique crédule, un naïf, ainsi que telle de ses biographes tend à le faire croire ! II est plein du bon sens, commercial et lyonnais ! Et c’est pourquoi, condamnant les mirifiques rituélies des Hauts Grades, il dira plus tard, en 1767, le 22 mai : « Je me soucie très peu de décorations, de grands mots, de grandes clartés, de chiffres, de figures singulières par lesquelles on amuse, dans tout ce qui est connu jusqu’à présent, et qui fait au bout, demander toujours : cui bonis ! »

Et vient alors le décisif voyage de mai 1767 à Paris. Il y rencontre Bacon de La Chevalerie, substitut de l’Ordre des Elus Cohen, qui lui parle, à mots couverts, de la doctrine et de son vulgarisateur, Don Jaime Martinez de Pasqually... Il ne se jette pas dans l’ordre les yeux fermés, et sa lettre à son frère le 22 mai de la même année, pleine d’un scepticisme expérimenté, le prouve bien. Il entre dans les Elus Cohen le sourire du doute aux lèvres, avec l’indifférence de l’homme qui fait une expérience de plus ! Il est « reçu » par Martinez de Pasqually lui-même, et la cérémonie se passe à Versailles. Or, il faut croire que cette ordination le marquera d’une empreinte extraordinaire, puisqu’il restera fidèle, toute sa vie, jusqu’à sa mort, à cette « révélation » !

C’est d’ailleurs à ce contact entre Martinez de Pasqually et Willermoz que nous devons de pénétrer la source originelle des enseignements de celui qui sera, pour tous les Chevaliers Elus Cohens, « le Maître ». En effet, par une lettre adressée à Willermoz le 11 juillet 1770, Dom Martinez de Pasqually nous parle de ses Maîtres, « dont il n’est que I’interprète... ». De traditions purement verbales, venues du XVIIIe siècle à nos jours par le canal de ses fils spirituels, nous avons pu savoir que le théurge mystique possédait le 3° degré dans un Ordre, issu de la « Rose+ Croix », et qui en comprenait neuf.

A vrai dire, on ne saurait reprocher à Willermoz cette soudaine fièvre mystique, purement apparente. Avant tout, il désire passionnément atteindre aux arcanes suprêmes dissimulés sous la Symbolique de la Franche Maçonnerie. Et ne se payant pas de mots, en bon soyeux lyonnais, n’étant pas aussi favorisé que ses Frères en matière d’apparitions, de « passes », il doute bientôt et se décourage. Claude de Saint-Martin d’abord, puis les Maîtres de Grainville et Champoléon, tous officiers au Régiment de Foix, le réconfortent alors de toute leur expérience. Mieux doués -que lui en matière de réalisations magiques, eux possèdent cette certitude en la réalité de l’Au-delà, des Etres étranges qui y déroulent leurs hallucinantes théories. Et c’est leur lettre du 30 Septembre 1770 :

« Nous tenons, comme vous le voyez, à l’Ordre, et malgré tout ce que nous pourrions reprocher également à Don Martinez. Ce n’est pas que ce soit peut-être personnellement Don Martinez qui nous persuade de « la Chose », c’est « la Chose » elle-même qui nous attache à elle, par l’évidence, la conviction, la certitude que nous en avons... Nous ne pouvons que souhaiter, pour vous, le même bonheur dont nous jouissons. »

La foi des disciples de Martinez de Pasqually retient donc Willermoz au sein de l’Ordre, malgré ses échecs magiques. Des gentilshommes aussi cultivés que Bacon de La Chevalerie, le marquis de Lusignan, le chevalier de Grainville, le marquis Louis Claude de Saint-Martin, à l’intelligence aussi souple, aussi lumineuse, tous lui assurent la réalité de ces « régions spirituelles » dans lesquelles les Rites théurgiques que leur a enseigné Don Martinez de Pasqually leur ont permis de pénétrer. Bien plus encore, tous vivent cette technique spéciale, mi-magique et mi-mystique, et ils ont des preuves éclatantes de son efficacité. Alors devant ces témoignages, J.-B. Willermoz reste...

Notons ces faits. Par la suite, quand Willermoz deviendra le sectateur, acharné et fidèle, de la Doctrine des Elus-Cohens, ils nous apporteront la preuve qu’il a été, à son tour, convaincu de la réalité occulte, et ce par « la Chose » elle-même, Mot mystérieux... Evoquant tour à tour d’autres qui furent employés par les adeptes de l’Ordre, et qui désignaient cependant la même « Présence Occulte », hantant les Réaux Croix, les inspirant, les guidant télépathiquement vers ce combat spiritualiste qui devra être livré, non seulement contre les Archontes rebelles de l’Au-delà, mais contre le matérialisme sans cesse grandissant de leurs contemporains. Car l’énigmatique présence que Saint-Martin nomme le « Philosophe Inconnu », celui que Willermoz appelle « l’Agent », tous ces noms désignent encore, et toujours, « la Choses elle-même »...

Fin 1770, Claude de Saint-Martin quitte l’armée pour se consacrer définitivement à la Mystique. Il devient alors le secrétaire de Martinez et, pour J.-B. Willermoz, tout deviendra alors infiniment plus clair. Doctrine, commentaires, rites théurgiques, seront éclaircis par Saint-Martin au cours d’une correspondance régulière entre les deux hommes.

En 1772, Willermoz apprend, par une lettre de la loge « La Candeur » de Strasbourg, (lettre du 5 Novembre 1772), l’existence d’une Obédience allemande, riche aussi bien par le nombre de ses loges que par la qualité de ses affiliés.. C’est la Stricte Observance Templière », soi-disant fondée par les Supérieurs Inconnus », aux dires de son Grand-maître, le Baron Hund. A vrai dire, si ce dernier a appris l’existence réelle de l’Ordre de ce nom, il n’a jamais été en contact avec aucun de ses missionnés ! Et les noms qu’il mettra plus tard en avant pour justifier l’origine de la « Stricte Observance » s’avéreront étrangers auxdits « Supérieurs Inconnus » ! Il n’importe. Ignorant ces faits, Willermoz est conquis ; l’ordre, l’importance, la discipline intérieure, tout parle en faveur de cette nouvelle Maçonnerie. Par lettre du 14 Décembre de la même année, il demande son affiliation à la « S. O. T. ». C’est le Baron Weiler (et non le Grand-maître lui-même) qui lui répond (lettre du 18 Mars 1773).

Mais notre lyonnais, prudent et averti, ne s’embarque pas en coup de tête au sein de ce nouveau milieu ! Par lettre du 23 Juillet 1773, il pose ses conditions, précisant que ses Frères, les Maçons lyonnais, n’accepteraient rien qui fut contraire aux lois de « leur Religion, ni à leurs devoirs de citoyens et de sujets fidèles du Roi de France ». Enfin ils n’entendent pas être amenés à des versements de trésorerie au profit de la Mère Loge d’Allemagne, ni se voir contester la libre disposition de leurs finances. Enfin, s’ils acceptent comme supérieurs les dignitaires allemands, ce ne sera qu’en matière des hauts grades de la « Stricte Observance » ; pour les grades maçonniques courants ( «symboliques ») ils entendent conserver le duc de Chartres, ainsi que tous les Français, comme Grand-maître et Supérieur.

Dans ce temps, la « Stricte Observance Templière » était devenue (1772, Saint-Jean d’été, 24 Juin) « Les Loges Ecossaises Réunies », et le Baron Hund, remplacé par le duc Ferdinand de Brunswick comme Grand-maître. La même année, en septembre, Claude de Saint-Martin vient s’installer chez Willermoz. Depuis trois ans, les deux amis sont en relations épistolaires extrêmement fréquentes. Leur amitié ne deviendra que plus profonde au cours du séjour d’un an que Saint-Martin fera chez Willermoz. C’est là que le livre - signé de Saint-Martin, sous le pseudonyme du « Philosophe Inconnu » - intitulé « Des Erreurs et de la Vérité », verra le jour. S’il est l’oeuvre d’ensemble de Saint-Martin, il est incontestable que Willermoz y a collaboré, ne serait-ce que par une critique intelligente, au fur et à mesure de son élaboration. C’est le libraire Périsse, lui-même « Elu-Cohen », qui en assurera l’édition. Parallèlement nos deux hommes décident d’opérer ensemble pour les cérémonies du Rite. Mais (ainsi que cela est généralement), les Opérations théurgiques effectuées en commun ne donnent pas les résultats habituels. Saint-Martin qui était habituellement plus favorisé que Willermoz n’en retire « qu’un repoussement très marqué en l’ordre spirituel ». Martinez ne leur avait sans doute pas enseigné la nécessité de l’unité, du ternaire, ou du quinaire, pour la pratique de la Haute et Basse Magie ! Le binaire est, traditionnellement, absolument déconseillé ; les opérateurs ‘doivent toujours être en nombre impair (« Numerus impare gaudet »...).

Quoi qu’il en soit, les résultats, petit à petit, et si médiocres soient-il, font naître en Willermoz cette certitude (qui ira croissant avec les mois) que la Doctrine de Martinez de Pasqually est le reflet d’une vérité métaphysique. Et Willermoz devient donc un Réau-Croix zélé.

Pourtant, Il ne perd pas de vue la Franc-maçonnerie ordinaire. Moins bien doué que les autres pour l’illumination intérieure, la méditation, et plus capable de juger les faits que les idées, il est également convaincu que cette Doctrine ésotérique - justement parce qu’elle est une vérité, métaphysique et religieuse -, doit être reflétée par la Franc-maçonnerie elle-même au même titre que tous les cultes ou toutes les écoles initiatiques, qui n’en sont ainsi que des reflets, déformés, différents par l’époque ou le climat. Et son tempérament actif, organisateur, son amour de la perfection, de l’ordre, de la minutie, lui font rechercher dans la Maçonnerie, telle qu’on la lui a fait connaître, une adaptation des enseignements secrets de son Maître Pasqually.

C’est pourquoi il ne varie pas dans ses intentions à l’égard de la « Stricte Observance », et entre le 11 et le 13 août, le Baron Weiler, venu spécialement d’Allemagne a Lyon, fonde l’Obédience lyonnaise de la « S. O. T. », ordonne et institue les membres nouveaux que Willermoz a recrutés parmi les maçons ordinaires, puis repart le 7 novembre de la même année, laissant la Loge Ecossaise Rectifiée « La Bienfaisance », voler de ses propres ailes ! C’est pourtant à propos de la Stricte Observance que Willermoz se brouillera (pour la première fois et momentanément d’ailleurs...) avec son ami Claude de Saint-Martin...

A vrai dire, Willermoz a un autre projet, secret celui-là, en tête. Déjà, les Puissances invisibles (qui mènent les Initiés de tous les temps, quoi qu’on en pense...), ont perçu la fin extérieure de l’Ordre des « Chevaliers Élus Cohens de l’Univers », et un nouveau cheminement de la doctrine a été choisi. Dans sa lettre du 12 octobre 1781, plus tard, Willermoz exprime ce dessein que « la Chose » lui souffle, sans qu’il s’en doute peut-être ! Et au Landgrave de Hesse, il révèle ses intentions d’alors : « J’osai formuler le projet d’être pour elle (la Stricte Observance Templière ») et du moins en ma patrie, l’un de ses guides, de faire usage pour cela, des « lumières » que j’avais reçues ailleurs, (en l’ordre des Elus Cohens)... »

En effet, ses historiens ont noté que les années où il propage le rite maçonnique allemand de la « Stricte Observance » sont celles où il accomplit le plus fidèlement ses rites de Réau-Croix. Toutes les Opérations prescrites, tant celles des « trois jours » (pour les « lunes montantes »), que quotidiennes (invocations), ou les Grandes Conjurations Equinoxiales, le voient (comme tous ses Frères), au centre des Cercles magiques et des cierges symboliques, le Rituel en mains ! Et c’est là, il le reconnaît, qu’il comprit enfin l’ésotérisme de la Doctrine du Maître, sa réelle portée, matérielle et spirituelle, effective ou occulte. Comme Saint-Martin, consultant - ainsi qu’il le déclara lui-même - et pour toute chose spirituelle importante, soit par la voie intérieure soit par le secours des « passes », l’entité de l’Ordre, le mystérieux « Philosophe Inconnu », Willermoz retire de ses Opérations, mieux que des preuves, mais bien des enseignements et des conseils...

Et c’est indiscutablement dans la fumée des parfums qu’il brûle en l’honneur des Esprits planétaires que nous devons rechercher l’origine de ses projets, de ses intentions, de son activité maçonnique !

Sans doute, les écrivains anti-maçons et les catholiques ultra militants, qui nous affirment que la Franc-maçonnerie prend ses consignes et ses mots d’ordre, de l’autre côté du Voile, exagèrent-ils !

La nature des préoccupations modernes - essentiellement rationnelles - de ladite Maçonnerie, fera hausser les épaules devant pareilles hypothèses. Mais jadis, en bien des domaines, il est indiscutable que quelque « invisible Présence » a ombré fort souvent les innovations de la Franc-maçonnerie. Et c’est peut-être à cette rupture entre les « régions spirituelles » et notre monde que nous devons la déspiritualisation de certaines Obédiences maçonniques modernes.

En décembre 1777 arrive à Lyon celui qui fut l’initiateur de Claude de Saint-Martin et de Goethe à la « Société des Supérieurs Inconnus » : Rodolphe de Saltzman, « Maître des Novices du Directoire de Strasbourg ». Celui-ci servit exactement les desseins de Willermoz !

Issu d’une famille protestante d’Alsace, c’était un homme extrêmement religieux, ayant fait de fortes études théologiques à l’Université de Gotinge. Comme Willermoz, la nature purement maçonnique de la « Stricte Observance » l’avait vite déçu.

Ne nous étonnons donc pas si nous le retrouvons rapidement Elu Cohen, sous la direction de J.-B. Willermoz. Et on peut affirmer qu’historiquement, c’est Saltzman qui est l’introducteur en Allemagne de la doctrine des Elus Cohens

La « Stricte Observance » avait dix degrés :

Les trois derniers seuls, rappelaient vaguement cette parenté templière que toutes les Obédiences maçonniques recherchaient romantiquement. Ajoutons que, sachant l’inanité de cette filiation directe prétendue, les Francs-maçons français du XVIIIe siècle en général, ne tenaient nullement à elle. Ne serait-ce que par égard pour la Monarchie nationale qui jadis avait détruit l’Ordre !

Willermoz s’arrête, de concert avec Saltzman, à ajouter une « classe supérieure » aux deux « classes symboliques » de la Stricte Observance allant de l’Apprenti au Chevalier Rose-Croix. Cette « classe supérieure » portait le nom de « Profession », et ses deux grades constitutifs ceux de « Chevalier Profès » : C’était cette « classe » qui devait transmettre la doctrine des Elus Cohens et remplacer celle des Réaux Croix Il n’était pas question, pour le moment du moins, des rites de Théurgie, dont la continuité était réservée aux Elus Cohen primordiaux et à leur filiation directe.

C’est au « Convent des Gaules », qui eut lieu à Lyon, du 25 Novembre au 10 Décembre 1778, que cette réforme fut opérée et que la « Stricte Observance Templière », Province d’Auvergne (soit l’Obédience Française) devint alors les « Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » de l’actuel Rite Écossais Rectifié. On y reconnut officiellement trois fêtes d’Ordre : la Saint-Hilaire, la Saint-Jean d’Eté, et le Jour des Morts, pour la commémoration des Frères disparus et des « Maîtres Passés ».

Maçonnerie Symbolique

Apprenti ;

Compagnon ;

Maître ;

Maître Écossais ;

Classe Supérieure ou Profession » :

Chevalier Profès ;

Grand Profès.

On convint de la définition exotérique de l’Ordre nouveau : la bienfaisance sous toutes ses formes (aide matérielle, pécuniaire, aux fondations et aux œuvres sociales, aux hôpitaux, aux indigents, aux sinistrés, etc.).

Sa définition ésotérique fut de même nature. La Bienfaisance, toujours ! Mais l’aide apportée à l’Humanité souffrante était celle que les Elus Cohen offraient par leur Théurgie et leur Mystique. Le Temple détruit qu’il s’agissait de reconstruire, n’était plus celui de Salomon, mais celui de la Jérusalem purement céleste, celle qui véritablement, justifie sa signification hébraïque : « Vision de Béatitude ». Modernes Templiers, c’était à une Cité ou à un Tombeau qui n’était pas de ce Monde, qu’ils montaient une garde désintéressée ! Les Infidèles eux-mêmes avaient changé de « plan », et le Désert hostile s’était mué en ces mystérieuses « régions spirituelles » où sombrent et s’égarent trop fréquemment la fragile raison humaine.

Willermoz, ayant réussi à faire passer dans la rituélie Ecossaise Rectifiée la filiation spirituelle et doctrinale de Mariniez de Pasqually, tenta alors d’agir de même, pour le reste des Obédiences qui en dépendaient.

Il se rendit au Grand Convent de Wilhelmsbad, qui s’ouvrit le 14 Juillet 1782. Certains ont voulu voir dans cette date une préfiguration du 14 Juillet 1789 ! La vérité est plus simple. Elle fut choisie parce que située à une « époque » lunaire (N. Lune) immédiatement succédant au Solstice d’Eté, à la Saint Jean-Baptiste, qui le définit liturgiquement.

Willermoz trouva aussitôt un appui précieux dans deux des Frères les plus puissants de l’Ordre : les princes Ferdinand de Brunswick et Charles de Hesse. Mais les Illuminés français trouvèrent aussitôt devant eux des adversaires aussi puissants ! Les « Illuminés de Bavière » et leur chef occulte, le fameux Weishaupt. Ces derniers scandalisèrent par leurs doctrines politiques et leur anticléricalisme exagéré les Français, partisans d’une réforme sociale universelle, mais obligatoirement spiritualistes. Plus encore, ils furent blessés en leurs sentiments de chrétiens sincères et de fidèles sujets du Roi de France. La lutte fut âpre et acharnée. Aux Illuminés de Bavière), vint se joindre l’hostilité du marquis François de Chefdebien de Saint-Amand, représentant des « Philalèthes » et de Savalette de Lange.

Du Convent de Wilhelmsbad, le marquis de Virieu, (un Elu-Cohen) a rapporté l’impression de « dégoût effrayé que lui avaient causé les intrigues, la conspiration de cette secte, qui prétendait critiquer la religion et fronder les gouvernements ». Pourtant Willermoz et ses amis triomphèrent. Ayant obtenu de présenter au Convent ses projets de réforme et ses nouveaux rituels, il fit accepter le nom de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte pour tous les Frères de l’Ordre intérieur, comme cela se pratiquait en France, à Lyon. Désormais, le Rituel Ecossais Rectifié copierait pour la plus grande partie, le Rituel de Lyon, dans lequel Willermoz avait introduit adroitement des allusions préparatoires à la Doctrine de Martinez de Pasqually. Enfin, une Commission spéciale, dont il assuma la direction, fut chargée de rédiger les rituels et instructions des Hauts Grades du Régime Intérieur, lequel comprendrait, au sommet, les deux grades de la « classe secrète » dite « Profession » pratiquée dans le Régime de Lyon.

L’oeuvre réformatrice était en bonne voie quand éclata, comme un coup de tonnerre, la Révolution Française. Elle annihila l’œuvre de Willermoz. Les « Temples », Rectifiés ou Cohens, durent se mettre en sommeil. Les Frères furent dispersée, la terreur, la guerre, tout vint contrecarrer l’œuvre entreprise.

Le Système maçonnique des « Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » ne fut rétabli en France qu’en 1803. Il se réclama presque aussitôt du Grand Orient, avec lequel la « Stricte Observance » avait jadis eu des traités d’amitié. Quant aux Elus Cohen, bien que leur dernier Grand Maître, de Las Casas, leur ayant fait déposer leurs archives entre les mains des Philalèthes lors de la mise en sommeil officielle de l’Ordre, ils n’avaient pas officiellement repris leurs travaux. Mais, en cette même année, Bacon de La Chevalerie, Substitut du Grand Maître pont la « Partie Septentrionale du Monde », siégeait cependant, à ce titre, au Grand Collège des Rites du Grand Orient de France. Et il tenta alors, par des instances réitérées, d’obtenir la réorganisation de l’Ordre au sein même du Grand Orient. Mais l’influence du marquis de Chefdebien, membre du Grand Consistoire en question fit contrecarrer la tentative de Bacon de La Chevalerie, car tout fut refusé. L’esprit particulier aux Élus Cohens, n’était du reste pas fait pour se développer au de la Maçonnerie symbolique, telle que la concevait le Grand Orient. Les divergences étaient fondamentales.

Le régime des « Chevaliers Bienfaisants » passa alors en Suisse, par le Directoire de Bourgogne, qui transmit ses pouvoirs au Directoire Helvétique. Celui-ci devait devenir l’actuel « Régime Écossais Rectifié ».

Jean-Baptiste ‘Willermoz mourut à Lyon, le 20 Mai 1824, comme il avait vécu, en spiritualiste et en croyant sincère. Lyon, sa ville natale, lui fut ingrate puisque l’Administration des Hôpitaux de Lyon ne fit pas dire, pour lui, la messe qu’elle avait coutume d’offrir pour l’âme de ses défunts administrateurs. Mais cependant, à ses funérailles, la foule fut nombreuse. Douze vieillards de la Charité portaient des torches, et dix-huit prêtres officièrent dans l’église Saint Polycarpe, tendue de noir. La tombe de Willermoz, nous dit Alice Joly, sa biographe, à qui nous empruntons ces détails, est au cimetière de Loyasse. Et l’oubli se fit sur celui qui avait été un grand mystique, sinon par les œuvres, du moins par l’intention et le désintéressement parfait. Il faudra attendre le XXe siècle et la grande renaissance de l’Occultisme, pour que Willermoz et ses compagnons de luttes spirituelles revinssent, au premier plan, en ces énigmatiques domaines...

En France, l’actuel successeur de Willermoz à la tête du « Régime Écossais Rectifié », est le Docteur Camille Savoire, « Grand Prieur des Gaules », ancien « Grand Commandeur » du Grand Orient de France, une des figures qui honorent et enrichissent la Maçonnerie plus qu’elles ne lui empruntent

 source : http://www.ordre-martiniste-initiatique.com/

Apprenti Compagnon
Maître

Écossais rouge Chevalier de l’Aigle Chevalier Rose Croix

Écossais vert
Novice ou Socius
Écuyer
Chevalier

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