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Adam : pensée et volonté : Martinez de Pasqually

15 Avril 2012 , Rédigé par Martinez de Pasqually Publié dans #spiritualité

Après tout ce qui a été dit sur le genre de la prévarication d'Adam, cette vérité ne peut échapper d'un instant à la vue physique, animale, spirituelle, passive et éternelle de l'homme, sans heurter de front les sentiments puissants et toutes les vertus immenses et infinies qui sont adhérentes et innées dans lui. On a vu que son crime a pris son principe dans les sollicitations que les esprits pervers firent au premier homme, Dieu émané, que nous nommons Adam, ou premier père temporel, ou homme roux, ou Réaux, qui signifie homme-Dieu très fort en sagesse, vertu et puissance, trois choses très saintes et innées avec certitude dans l'homme, et qui font en lui la pensée, l'image et la ressemblance du Créateur. On a vu que la pensée du crime n'était point venue de lui, mais seulement de sa volonté directe en sa qualité d'homme libre. En effet, comme je l'ai dit ailleurs, la pensée provient à l'homme d'un être distinct de lui. Si la pensée est sainte, elle provient d'un esprit divin ; si elle est mauvaise, elle provient d'un mauvais démon. Ainsi, toutes les volontés de l'homme ne sont mises en opération et en action que conformément à la conception de sa pensée. Ceci ne se borne point à ce monde seul ni aux hommes en général, mais j'y comprends encore tous les autres mondes et tous les êtres spirituels qui les habitent, soit ceux dont l'Eternel se sert pour se communiquer à sa créature mineure, ainsi que pour la manifestation de sa gloire dans toute la création de cet univers, soit les autres quelconques à nous ignorés. Les démons eux-mêmes, malgré la condamnation qu'ils ont reçue du Créateur dès l'instant de leur prévarication, n'ont point changé de lois à cet égard ; ils jouissent pleinement et entièrement de leurs actions selon leur volonté pensante, mais ils ne peuvent espérer aucune communication de pensée divine que celle dont ils se rendraient susceptibles s'ils changeaient leur volonté mauvaise. Il en est donc dans cette cour démoniaque en fait de loi et d'ordre, d'horreur et d'abomination, comme il en est, sans comparaison, dans la cour spirituelle divine. Le principal chef des démons, qui a fait serment d'attaquer constamment et avec opiniâtreté la loi du Créateur, est l'arbre de vie du mal pour une éternité. Il communique sa pensée mauvaise aux anges qui lui sont assujettis et ceux-ci, conformément à leur volonté mauvaise, mettent cette pensée en action et en opération pour la persécution des mineurs. Toute la tâche de ce chef d'abomination est de soumettre les mineurs à ses lois obscures et de les leur faire paraître aussi nettes et aussi claires que celles que le Créateur a mises dans sa créature...

Extrait du Traité sur la Réintégration des Etres. Source : http://prunelledeliere.canalblog.com

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La Théosophie de Martinez de Pasqually

15 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Introduction au « Traité de la réintégration des Etres ». Cette modeste planche n'a certes pas la prétention de résumer le système philosophique du fondateur de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus-Cohen de l'Univers. Elle ne consiste qu'en une simple introduction basée sur une recherche personnelle. Je souhaite également apporter cette seconde remarque préliminaire : les concepts que je vais développé exprimaient la conviction et le cheminement initiatique personnel de MARTINEZ DE PASQUALLY, influencé par les idées et courants philosophiques de son temps. N'en déduisez dès lors pas trop hâtivement que l'auteur de cette planche les a adoptés stricto sensu ou les considère comme Vérité Universelle. Ce ne serait alors que dogmatisme contraire à notre réflexion maçonnique.

En conséquence, mon seul objectif restera de susciter l'envie de découvrir - et peut-être - de permettre une meilleure compréhension du « Traité de la Réintégration des Etres », œuvre souvent jugée rébarbative, complexe et dont la lecture reste souvent - malheureusement - inachevée ou incomprise.

Suivant l'enseignement de MARTINES DE PASQUALLY, franc-maçon théiste, ésoteriste et théurge, le caractère essentiel de Dieu est d'être quaternaire. La réalité métaphysique étant incompréhensible au langage profane, MARTINES a recours au symbolisme pour expliquer la chose : l'Unité a pour symboles le nombre 1 et le point. Si nous inscrivions ce point dans le cercle, il serait le centre de ce cercle, et la circonférence représenterait alors la création universelle.

Nous pouvons représenter le secret du dénaire de la manière suivante : 1 = 10 = 4. En effet, nous retrouvons ici la théorie des nombres triangulaires qui sont formés par l'addition des chiffres suivant leur ordre chronologique et dont le plus célèbre et qui nous occupe ici n'est autre que la tétraktys de PYTHAGORE : 1 + 2 + 3 + 4 = 10 =1. La somme des 4 premiers chiffres nous donne 10 et donc, un par réduction théosophique. Emanation : 1 + 2 + 3 + 4 = 10 - 1 ; Emancipation : 3 + 4 = 7 - 1 2 ; Création : 1 + 2 + 3 = 6 = 3 + 3 - 1 2 3 ; Mineur : 4 = 1 + 3 - 1 2 3 4.

Kabbaliste, MARTINES DE PASQUALLY nous dit encore que nous pouvons exprimer l'essence quaternaire de Dieu sous la forme d'un triangle avec un point au centre. Il nous dit encore que ce centre est composé des quatre lettres h w h y (Yod - Hé - Vav - Hé) qui peuvent également figurer au centre du triangle dans la tradition kabbalistique. Il semble donc qu'en nous disant que l'essence de Dieu est quaternaire, MARTINES DE PASQUALLY se réfère au Tétragramme, au nom imprononçable, la fameuse « parole perdue des maîtres » diront certains. Référons-nous à la science kabbalistique pour comprendre ceci : La première lettre du triangle, la lettre y Yod est l'attribut du Dieu d'Abraham et elle est attribuée au Père ; Le deuxième nom est composé de deux lettres h y Yod-Hé et donne le nom divin de Yah. C'est le Nom du Dieu d'Isaac et est attribué au Fils; Le troisième nom est composé de trois lettre w h y Yod-Hé-Vav et nous donne le Nom Divin de Yaho qui est le nom du Dieu de Jacob qui est assimilé au Saint-Esprit. Enfin, le quatrième nom est le Tétragramme, le Nom imprononçable h w h y. Ainsi, quand dans certains textes ou rituels, on se réfère au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, on évoque en fait la Tétraktys et implicitement le Tétragramme h w h y et donc, l'essence quaternaire de Dieu selon MARTINES DE PASQUALLY.

Pour la kabbale, l'Essence de Dieu ne peut être saisie par les créatures finies que nous sommes et c'est pourquoi, pour exprimer Dieu en tant qu'Absolu, ils emploient des termes négatifs pour exprimer que rien de ce qui peut être envisagé par notre esprit n'est adéquat à cerner l'Inexprimable. Ainsi, pour illustrer ce concept, quand nous disons de Dieu qu'il est juste, qu'il est grand, qu'il est bon, ...nous ne voyons Dieu que sous une de ses facettes et cela revient en fait à fragmenter l'Infini et toutes ces images ne sont que des voiles que nous tirons entre nous et l'Inconnu. Au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, au-delà de tout ce que notre imagination nous transmet, Dieu est, et ce quelque chose qui « est », est pour nous une impossibilité et c'est tout ce que Dieu conçu par l'homme n'est pas. C'est ce que la cabale appelle « AIN SOPH », LE VIDE ILLIMITE.

Nous sentons immédiatement qu'entre les deux antipodes métaphysiques que sont les régions où Dieu voile « ce qui ne sera jamais, ce qui n'est pas, ce qui n'a jamais été » et « ce qui a été, ce qui est et ce qui sera » il existe une frontière, un seuil métaphysique. Cette frontière, c'est ce que la kabbale nomme KETER, « La couronne ». On lui donne le nom de couronne car toutes les émanations divines créatrices sont symbolisées par la figure de l'homme primordial, l'Adam Premier. La première de toutes est appelée « La Couronne » pour exprimer qu'elles ont leur source en ce qui est avant elles, comme la couronne est posée sur la tête de l'Homme Premier et indique ce qui est au-dessus de lui.

Toutefois, aucune manifestation ne pourrait exister dans une différenciation sans que l'unité émane la dualité. Pour cette première différenciation, la Kabbale emploie l'image de la Balance dont le point d'appui est KETER et dont les deux plateaux seront le PERE DIVIN « HOCHMAH » et la MERE DIVINE « BINAH ». Le Yod du Tétragramme h w h y est attribué au Père Divin et le premier Hé à la Mère Divine. Le WaW est attribué au Fils, TIPHERETH et le deuxième Hé à MALKOUTH, la Mère Inférieure, qui signifie « Le Royaume » et qui n'est autre que le Royaume qui n'est pas de ce monde dont parlent les textes.

Revenons au système martinésiste. Après ce dédoublement primitif, Dieu va émaner diverses catégories d'êtres auxquelles vont être dévolues diverses tâches d'ordre cosmique et agiront donc comme causes secondes dans la manifestation. Ce ne sont autre que les Anges dont nous parle l'exotérisme chrétien. Malheureusement, certaines entités arrivées au terme de la Mission pour laquelle Dieu les avait émanées se sont refusées à réintégrer l'Absolu, le Plan Divin, source du Souverain Bien. Elles ont préféré le Moi momentané, périssable, illusoire au Soi éternel, réel, impérissable. Ce sont donc elles qui se sont momentanément éloignées de Dieu. Elles voulurent s'égaler à Dieu et émaner à leur tour des créatures qui dépendraient d'elles. Mais par le fait qu'elles préféraient le moi momentané, parce qu'elles succombaient à l'illusion, elles s'exclurent du Plan Divin.

En attendant leur retour à la Lumière, elles demeurent par leur attitude égocentriste : rebelles à l'offre divine ; égarées puisqu'en dehors de leur destin légitime ; perverses puisque vivant en dehors du Souverain Bien et donc dans le Mal. Or, dans le domaine spirituel plus encore que dans le domaine matériel, ce qui est corrompu tend à corrompre ce qui est sain car s'y mêlent l'envie ou la jalousie (conscience malgré tout d'une infériorité réelle), l'orgueil (volonté d'avoir le dernier mot !) et l'intelligence (restée la même mais dans la mise en action maximale du mal). La Tradition désigne l'ensemble des Etres Spirituels Pervers sous le nom du Mal. Ne pouvant rester sur le plan qui leur était dévolu, Dieu va créer un plan qui sera leur domaine. L'homme va alors être émané avec pour mission de régenter ce domaine des Esprits Pervers. L'homme va être à l'image de Dieu et de même que Dieu est quaternaire, l'homme va être quaternaire. A l'image de Dieu, l'homme primitif va être doué d'un certain pouvoir de création. Le Verbe de l'homme primitif et le verbe divin seront semblables mais cependant non identiques.

Malheureusement, l'ensemble de l'égrégore du mal va agir sur Adam en l'incitant à franchir les bornes de ses possibilités naturelles. Sous l'impulsion de ces Entités Perverses, l'homme va se muer en démiurge indépendant et, renouvelant la faute des Anges, il va tenter de se faire créateur à son tour et d'égaler Dieu. C'est ce que nous rapportent ces deux légendes identiques pour MARTINES DE PASQUALLY, celle de LUCIFER, premier des Anges, le porteur de Lumière et celle d'ADAM, premier des Hommes. Mais alors que Dieu a des possibilités infinies, l'Homme, créature aux possibilités limitées, ne peut qu'objectiver ce qu'il a en lui. Au lieu d'une forme semblable à la sienne, il ne parviendra qu'à créer une forme ténébreuse, une forme matérielle. Mais aussitôt son crime accompli, le Créateur transmue la forme primitive d'Adam en cette forme de matière passive qu'Adam avait lui-même produite. C'est le symbolique revêtement des « peaux de bêtes » dont nous parle la Genèse « Et Dieu fit à l'Homme et à la Femme des « robes de peaux » et il les en revêtit... » (Gen. III, 21).

Nous aurons également une importante conséquence de la Chute : alors qu'avant la chute, l'Homme primitif était le régent des divers cercles planétaires et des divers plans où se faisaient sentir leurs influences, dorénavant l'âme de l'homme déchu va emprunter à ceux-ci une partie de leur substance afin de s'incarner : L'homme déchu va donc être sujet aux influences planétaires. L'essence supérieure d'Adam Kadmon, intégrée au sein de la matière nouvelle, succédant à la chute, est devenue le Soufre ; l'essence seconde, ce qui constituait la « forme » d'Adam, son double supérieur, est devenue le Mercure ; et la matière issue du second Chaos, c'est le Sel, le support, le réceptacle, la prison. Comme l'âme de l'Homme-archétype est prisonnière de la matière universelle, l'âme de l'homme-individu est prisonnière de son corps matériel et les entités déchues manifestent leur pouvoir sur l'homme déchu par la mort et les réincarnations qui se succèdent.

Toutefois, ne méprisons pas trop l'univers et le corps qui est devenu notre prison car en opérant une création autonome, Adam a été forcé de respecter les Lois qui gouvernaient l'Univers et, par conséquent, bien que de forme ténébreuse, ce corps est toujours à l'image du premier corps spirituel d'Adam. C'est sur cet espoir que se fonde le concept de la possibilité d'une réintégration. N'oublions pas que l'univers entier est le résultat de l'action du Verbe divin et, par conséquent, tout l'univers n'est autre que le langage par lequel le Verbe nous parle. C'est ce que les Rose+Croix appelaient le LIBER MUNDI. En conséquence, tout l'univers n'est qu'un symbole et suivant « que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » il suffit de savoir lire ce livre du monde pour acquérir toute la science.

La grande affaire de l'homme va donc être de retrouver ce royaume perdu, ce royaume qui n'est pas de ce monde comme disent les Evangiles. C'est la Réintégration spirituelle. Toutefois, la tâche sera rude car après la chute, l'homme se laisse engluer par la matière et il devient assoiffé de réussite matérielle. L'homme va devenir un être écartelé entre le fini et sa soif d'infini. Il risque d'oublier l'amour de Dieu qui l'appelle et attend son retour vers sa patrie perdue. Mais ce n'est pas un appel qui retentit au dehors, bien au contraire, le bruit le recouvre. Pour percevoir cet appel, il faut prêter l'oreille du cœur, oreille que nous devons exercer afin de renforcer la finesse de son ouïe. Malheureusement, Dieu ne nous appelle pas par notre nom profane qui représente notre Moi périssable mais il nous appelle par notre nom véritable, le nom de notre Soi, du Spiritus. Dans toutes les traditions, cet appel de Dieu est constant : les Proverbes sont significatifs à cet égard : « Humains, c'est vous que j'appelle ! Je crie vers les enfants des Hommes » (Proverbes, VIII, 4). Cependant, parfois, cet appel est entendu et la réponse sera de quitter la périphérie pour entrer au-dedans. L'homme se tourne en lui-même, il commence à descendre dans le cœur, dans une lente et continue marche vers le centre. On peut parler ici de conversion car cette conversion est un retournement au sens où le voyageur qui descendait la route va se retourner pour la monter. Il s'agira aussi bien d'un retournement de l'intellect, du cœur et du corps. Se convertir, c'est revenir et revenir, c'est devenir vivant. On représente souvent symboliquement, dans la tradition, ce retournement sous l'image d'un arbre renversé dont les racines sont au ciel.

L'homme est donc à la recherche de son pays natal mais il ne s'agit pas d'un lieu géographique car ce pays natal désigne le fond de l'être. « Connais-toi toi-même » enseigne l'Oracle. Mais à moins de recevoir une grâce violente, on ne revient pas chez soi en une seule étape et ce retour ne s'accomplira pas sans de sérieux dommages. Très vite, le noble voyageur comme est appelé celui qui s'engage dans l'itinéraire du dedans s'apercevra que si la route est large à la descente, elle est étroite comme un rasoir à la remontée. Cette voie passe entre deux abîmes, c'est une VIA MEDIA qui nécessite un harmonieux équilibre. Déjà LAO-TSEU avait dit : Lorsqu'un homme élevé entend la Voie, Il l'embrasse avec zèle. Lorsqu'un homme médiocre entend la Voie, Il l'écoute et l'oublie. Lorsqu'un homme grossier entend la Voie, Il éclate de rire. La Voie, s'il ne riait pas, ne serait plus la Voie.

A moins d'une grâce immédiate qui emporte tout et dont le secret est dans les mains de Dieu, la tâche semble tellement ardue que le Créateur va rétablir l'équilibre en détachant de son Cercle Spirituel Divin un Esprit Majeur pour être le guide, l'appui, le conseil et le compagnon de l'homme, du mineur comme l'appelle MARTINES DE PASQUALLY. Notons que même le nom de l'Ordre fondé par MARTINES DE PASQUALLY est sujet à une interprétation ésotérique. En effet, l'Ordre des Elus Cohen indique bien que MARTINES sentait le travail de l'Ordre comme une véritable prêtrise puisque cohen signifie prêtre. Mais si nous prenons l'anagramme de prêtre (cohen), nous obtenons Hénoch. Hénoch est un personnage sur lequel Martines insiste fortement. Qui est ce Henoch ?

C'est le premier à porter ce nom et c'est l'aîné des fils de Caïn. Il est également le constructeur de la première ville qui portera son nom, Hénochia. Ce nom est porté par le septième patriarche. Voici ce que nous dit la bible au sujet de ce personnage : « Hénoch vécut 65 ans, puis il engendra Mathusalem. Après la naissance de Mathusalem, Hénoch marcha avec Dieu durant trois cents ans ... La durée totale de la vie d'Hénoch fut donc de 365 ans. Hénoch marcha avec Dieu puis il disparut, car Dieu l'avait enlevé ». (Genèse V, 21-24). L'Ecclésiastique nous fournit d'autres précisions : « Hénoch plût à Dieu. Il a été transféré dans le Paradis, pour faire entrer les nations futures dans la pénitence... » (Eccl. XLIV, 16).

Hénoch est donc le seul homme qui a été réintégré de son vivant, en corps, âme et esprit, dans le Royaume d'Eden; c'est le seul homme qui a été choisi par Dieu pour annoncer aux Anges déchus leur condamnation et les garder captifs. C'est donc lui le maître du divin royaume et le geôlier des « veilleurs du ciel », tombés par leur union avec les filles des hommes. Or, c'est justement la le rôle assigné à l'Adam primitif. Dans les traditions de l'Orient, Hénoch est confondu avec le fils de Caïn. Pour les chrétiens d'Asie-Mineure, Hénoch est l'équivalent du Trimegistos grec et de l'Hermès égyptien. Pour les kabbalistes, c'est aussi l'Ange de la séphirah Keter, Métatron dont le nom signifie Principe de Lumière. N'oublions pas son caractère solaire par le fait qu'il vécut 365 ans, nombre symbolique du cycle solaire. On l'apparente à Adam, son homonyme par le fait qu'il bâtit la première ville. Et comme il doit revenir à la fin des temps, il est donc l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier...

Retenons donc bien qu'en choisissant Hénoch comme « patron » de son Ordre, MARTINES DE PASQUALLY nous montre qu'il entend que la Réintégration dont il parle n'est pas une réintégration partielle, embrasant seulement l'âme, mais l'homme complet : corps, âme et esprit. Comme l'avait dit D'ECKHARTSHAUSEN dans « La nuée sur le Sanctuaire » : « La re-naissance est triple : premièrement la renaissance de notre raison; secondement, celle de notre cœur et de notre volonté; troisièmement, notre renaissance corporelle. Beaucoup d'hommes pieux, et qui cherchaient Dieu, ont été régénérés dans l'esprit et la volonté, mais peu ont connu la renaissance corporelle... ».

Donnons maintenant quelques précisions sur la Pneumatologie de Martines :

MONDE DIVIN
a. Les Etres Spirituels : ce sont les Idées-Mères qui vivent au sein de la divinité.
b. Les Esprits Supérieurs : dits également Esprits Dénaires, ce sont les émanations divines, les Nombres-Dieux.

MONDE CELESTE
a. Les Esprits Majeurs : assurent la correspondance entre l'homme et Dieu. Limitent le monde inférieur composé des mondes céleste et terrestre. Ils sont les Agents des Lois de l'Univers. Ils sont préposés à la conservation du temps mais ne produisent pas les essences matérielles.
b. Les Esprits Inférieurs : assurent l'existence même de la Matière. Ce sont les puissances des Eléments, des Etres de la Région astrale supérieure, les Génies planétaires, ...

MONDE TERRESTRE
Les Esprits Mineurs : ou Mineurs Spirituels, assurent l'édification du Monde Matériel; Ce sont les Ames Humaines.

Cette dernière classe se subdivise en quatre catégories :
1. Mineurs Elus : Ce sont les grands guides de l'humanité : Hénoch, Melkissedec, Moïse, David, Salomon, Zorobabel, Platon, Pythagore, Jésus, le Bouddha, ...
2. Mineurs Régénérés : Ce sont les Adeptes, les Maîtres, c'est le stade atteint par les Rose+Croix et ceux qui étaient titulaires du grade de Réaux+Croix.
3. Mineurs Réconciliés : Ce sont les Initiés des degrés inférieurs qui ne sont pas encore parvenus au stade de Rose+Croix.
4. Mineurs en Privation: Ce sont les profanes.

Toutefois, MARTINES DE PASQUALLY nous dit que la grande affaire de l'Homme, c'est sa Réintégration. Voyons donc comment se fera cette Réintégration et quelles seront ses conséquences. Nous avons dit qu'après avoir descendu le chemin, l'homme devait remonter celui-ci. Ceci est marqué comme nous l'avons vu par une première étape que nous appelons la conversion et qui consiste pour l'homme à quitter la périphérie et à descendre dans son cœur, vers le centre, par cette fameuse voie cardiaque. Il faut donc, pour employer une image, déplanter notre arbre, le retourner et replacer ses racines au Ciel, c'est-à-dire, en fait, au plus profond de nous. Pour cette étape, il s'agira dons de s'élever moralement afin de nous détacher de cette forme ténébreuse qui nous attire d'autant plus qu'elle est, nous l'avons vu, notre propre œuvre. Cette première étape est donc un combat intérieur.

N'oublions pas que dans ce combat, nous ne rencontrons pas que des amis car nous devions être les geôliers des entités perverses et déchues. Donc, comme celles-ci ne voient pas joyeusement un homme se libérer et redevenir ce qu'il est de droit : leur maître, elles vont tout mettre en œuvre pour s'opposer à ce retour. Contre elles, l'homme devra lutter en les démasquant et en les rejetant hors de son domaine. Nous avons dit auparavant que le Créateur va aider le Mineur en détachant de son Cercle Spirituel Divin un Esprit Divin qui sera le guide et l'appui du Mineur. Mais malheureusement, les périls de la voie sont tels que le conseil d'un esprit majeur ne suffira pas.

Il lui faudra encore le secours d'un Mineur Elu, donc d'un homme qui lui est déjà réconcilié et régénéré qui par l'Initiation le rattachera aux éléments de l'Adam Premier qui ont déjà obtenu cette réintégration. L'aide qu'il leur apportera est double. N'oublions pas que depuis la chute, l'homme est privé de communication directe avec le Créateur. Le seul moyen qu'il a encore de parler avec son Créateur, la seule chose qu'il lui reste de son pouvoir primitif de création, ce sont les Images du Culte théurgique qui doit être rendu au Créateur. Le Mineur Elu transmettra donc à l'homme les instructions précises sur le Culte. Deuxièmement, il communiquera aux « hommes de désir » auprès desquels il est envoyé les dons mystiques qu'il a reçu lui-même et avec lesquels il marquera d'un caractère, d'un sceau ineffaçable le Mineur qui deviendra réconcilié.

C'est ici que nous pouvons comprendre le sens profond des mystérieuses « passes », de ces signes que l'opérateur verrait apparaître au cours des cérémonies théurgiques et dont tous les livres traitant de MARTINES DE PASQUALLY ou de l'ORDRE DES ELUS-COHEN parlent. Le but de ces cérémonies consistait uniquement à faire descendre l'Esprit Saint sur l'opérateur afin qu'il soit marqué de cette empreinte ineffaçable dont nous avons parlé. Ce n'est qu'à l'issue de ce travail intérieur qui peut durer une vie entière qu'un jour, le Mineur parviendra à retrouver ce centre perdu au plus profond de lui-même. A partir de cet instant, il sera en communication directe avec cet Esprit Majeur qui lui a été envoyé par le Créateur. Il pourra donc converser avec lui. Comme ce langage n'est pas notre langage ordinaire mais le langage angélique, cette conversation se tiendra par le moyen de symboles, de signes, de « passes » dont il faut posséder le code pour les interpréter. Les fameuses « passes » ne sont pas le but mais cette vision dans l'astral signifiera pour l'opérateur qu'il est enfin en communication avec l'Ange Initiateur.

Alors, seulement, de cette définitive libération individuelle, sortira la grande libération collective qui permettra la reconstitution de l'Archétype puis sa réintégration dans le divin qui l'émana jadis. Abandonnée à elle-même par son émanateur, la matière se dissoudra et ce sera alors « la fin du Monde » annoncée par toutes les Traditions. L'essence divine réoccupera alors graduellement ces régions d'où elle s'était primitivement rétractée et les illusions baptisées du nom de créatures, d'êtres, de mondes, disparaîtront et ainsi s'effectuera « la victoire » du Bien sur le Mal par un simple retour des choses dans le divin, le retour en KETER des kabbalistes. Telle était la philosophie ou plutôt la théosophie de l'auteur du Traité de la Réintégration qui fondait sa foi en la perfectibilité du genre humain et espérait la reconstruction du temple de Zorobabel, du temple de l'Homme.

Pour conclure MARTINEZ DE PASQUALLY doit-il être considéré comme un grand initié, comme un illuminé ou comme un charlatan ? Son message est-il irrationnel, traditionaliste, initiatique, purement symbolique ? GUENON avait-il raison de voir en la philosophie Cohen, la survivance exacte de l'ésotérisme chrétien ? Comment expliquer qu'on la retrouve en filigrane dans les rituels du RER ? A chacun d'y répondre…personnellement car chacun de nous doit rester libre de choisir le sens qu'il veut - ou qu'il peut - donner à certains mots comme Dieu, Esprit-Saint, théurgie, âme ou esprit. Et comme le souligne la FAMA des Rose+Croix : Il t'appartient de pénétrer seul ces arcanes. Personne au monde ne te les dira en langage clair, car ils sont incommunicables. Mais attention, avant de juger - et pour le peu que l'on ressente ce droit - n'oublions pas LAO TSEU ainsi que la sapience alchimique : notre matière est rejetée avec mépris par l'homme de la rue qui la trouve vile, sale, sans le moindre intérêt et, pourtant, sans elle, point de pierre philosophale. Je vous remercie de votre courageuse attention.

J'ai dit,

V\ M\

source : http://www.ledifice.net

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Martinesisme et Martinisme

14 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Le culte

Cette doctrine qui, on l'a noté, forme un tout et englobe tout, de Dieu jusqu'à l'homme et à l'univers matériel, n'est pas seulement, n'est pas principalement pour la theoria , elle est pour la praxis . Il s'agit, pour chaque mineur-homme, entré en possession de tous les arguments de la cause, d'opérer, d'abord pour son propre compte, mais aussi pour le compte de la création universelle, cette réconciliation et cette réintégration, laquelle, conformément à l'étymologie, sera le retour à l'intégrité première, à l'unité première.

Telle est la finalité que Martines assigne à son Ordre, d'abord intitulé « Ordre des Elus Coens de Josué », puis « Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l'Univers ». Ordre maçonnique ? Ordre chevaleresque ? De pure apparence. Assurément pour des raisons d'opportunité : pour se ménager des accès dans ce monde en ébullition de chercheurs insatisfaits - du moins ceux qui cherchent autre chose que des amusements pour une curiosité frivole, et ils ne sont pas légion ; et pour présenter à leur quête un but spirituel vrai et qui leur procure, comme devait l'écrire Willermoz quand ce but lui fut révélé, « cette paix intérieure de l'âme, le plus précieux avantage de l'humanité, relativement à son être et à son principe ». Mais cette tentative d'implantation sur le champ maçonnique français fut, on le sait, un échec, tant le fond différait des apparences.

La finalité de l'Ordre, Martines l'exposait ainsi à Willermoz : « Je ne suis qu'un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir de moi pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de maçon, qui veut dire spirituellement homme ou âme, afin de leur faire voir véritablement qu'ils sont réellement homme-Dieu, étant créés à l'image et ressemblance de cet Etre tout-puissant ». - On est bien loin de « l'aimable sociabilité » dans laquelle communiaient les loges de l'époque !

Dans le titre de l'Ordre, deux termes sont à retenir : « élus » et « coens ». « Elu » ne rappelle que superficiellement les innombrables grades d'« élus » inventés à foison alors et plus tard ; ce à quoi il réfère, c'est au phénomène spirituel de l'« élection divine », par laquelle l'Eternel choisit et met à part quelqu'un - homme ou peuple - en vue d'une mission que Lui-même lui assigne. Ce choix est souverain, gratuit, et souvent incompréhensible aux hommes, mais Dieu n'a de compte à rendre à personne. Si l'on scrute l'Histoire sainte, on constate qu'Il agit toujours ainsi : il y a un « peuple élu », Israël ; et il y a, au cours des temps, des élus, depuis Noé, en passant par les patriarches : Abraham, Isaac et Jacob ; Moïse ; les prophètes, dont Elie, et saint Jean Baptiste le Précurseur ; l'apôtre Paul, et tant d'autres. Ce n'est pas un hasard si ces noms figurent tous dans les cérémonies de l'Ordre. En vérité, Martines revendique pour celui-ci une origine aussi ancienne que l'univers, donc bien antérieure à la Maçonnerie : « Souviens-Toi , Seigneur, de cette Société que Tu as formée et possédée dès le commencement », dit une invocation.

L'autre terme essentiel est « coen », qui veut dire prêtre. De quel culte ? Certes le mot est hébreu ; mais un Coen n'est pas un Cohen , les Coens ne sont pas des Cohanim, ces prêtres du culte mosaïque célébré au Temple de Jérusalem et qui a disparu en même temps que le Temple pour être remplacé par les cérémonies synagogales. Or, si l'on en croit l'Evangile - et les Coens croient à l'Evangile - cette disparition est définitive. Le culte que célèbrent les Coens est tout autre : c'est « le culte primitif confié par l'Eternel à Adam et perpétué par les mineurs élus jusqu'à nos jours dans l'Ordre des Coens, qui s'identifie avec l'Ordre des Elus de l'Eternel ou au Haut et Saint Ordre dont parle Jean-Baptiste Willermoz dans les Instructions qui n'ont plus de secrètes que le nom » (Laurent Morlet) : « le vrai culte cérémonial a été enseigné à Adam après sa chute par l'Ange réconciliateur, il a été opéré saintement par son fils Abel en sa présence, rétabli par Enoch qui forma de nouveaux disciples, oublié ensuite par toute la terre et restauré par Noé et ses enfants , renouvelé ensuite par Moïse, David, Salomon et Zorobabel, et enfin perfectionné par le Christ au milieu de ses douze apôtres dans la Cène » (99e leçon de Lyon). - Comme on voit, Salomon et Zorobabel, figures bien connues des Maçons, sont insérés là dans une perspective radicalement autre.

En vérité, « l'Ordre est sacerdotal » (R. Amadou). Sa raison d'être est d'opérer ce culte primitivement confié à l'Homme, et qui ne lui a pas été retiré ; simplement, ses modalités, notamment cérémonielles, ont changé. Ce culte actuellement est « quatriple » ou quadruple : de sanctification, correspondant à la Pensée divine, ou au Père ; de réconciliation, correspondant à la Volonté divine, ou au Verbe ; de purification, correspondant à l'Action divine, ou au Saint-Esprit ; d'expiation, correspondant à l'Opération divine, ou à l'Homme. Mais « l'Homme dans son premier état n'avait à opérer pour lui qu'un culte de sanctification et de louange. Il était l'agent par lequel les esprits qu'il devait ramener » - les esprits pervers, prévaricateurs - « devaient opérer les trois autres. Etant tombé, il faut qu'il les opère pour lui-même ».

L'Ordre étant sacerdotal, les réceptions à ses divers grades ne sont pas des « initiations », à la différence de ce qui se trouve dans les Systèmes maçonniques, mais des « ordinations ». Chacune de ces ordinations imprime, nous explique Serge Caillet, sur celui qui la reçoit, « un sceau spirituel, marque caractéristique de l'élection divine, qui fait du Coen un prêtre de ce culte originel ». Et ce sont les esprits qui, selon leur classe - esprits dénaires, huiténaires, septénaires, en correspondance respectivement, on s'en souvient, au Père, au Fils et au Saint-Esprit - qui confèrent au récipiendaire la réalité de son ordination. Par eux, celui-ci est mis en jonction, on peut même dire en communion, avec l'Elu de l'Eternel, patriarche ou prophète, qui préside à la classe où lui-même est admis, c'est de cet Elu « qu'il reçoit le nom, l'influx spirituel, le sceau de son élection propre » (Laurent Morlet). Les élections successivement reçues au sein de l'Ordre sont placées chacune sous le patronage actif et efficace d'un de ces Elus de l'Eternel : Adam, Abraham, Moïse, Zorobabel, Jésus-Christ... Cet Elu avec qui l'Elu Coen est conjoint coopérera désormais sympathiquement avec lui dans ses opérations cérémonielles, dès lors que celles-ci remplissent les conditions exigeantes auxquelles elles sont soumises ; mais toujours par l'intermédiaire ou l'intercession des esprits - des anges - véhicules des influx ou énergies divines.

D'où les « passes », aussi fameuses qu'incomprises. Ces « glyphes lumineux » ne sont en rien le but des cérémonies coens, contrairement à ce que l'ignorance a cru et propagé. La visée de ces cérémonies transperce le plan phénoménal, elle porte bien au delà : le plan de l'être même de l'homme. Les « passes » sont des manifestations sensibles qui vérifient que cet « homme de désir » désire justement, en esprit et en vérité, et cela en lui témoignant des marques de la faveur divine. Cette faveur divine est une manifestation de la grâce divine ; elle est donc gratuite et inconditionnée, comme toute grâce.

La réalité divine agissante et bienfaisante qui s'épiphanise ainsi, Martines, et ses disciples après lui, l'appellent mystérieusement « la Chose ». Qu'est-ce que la Chose ? On a beaucoup glosé là-dessus, et beaucoup erré. Selon Robert Amadou, interprète autorisé, « la Chose n'est pas la personne de Jésus-Christ (...), la Chose n'est pas Jésus-Christ, c'est la présence de Jésus-Christ », comme la Shekinah était la présence de Dieu dans le Saint des Saints. Ce que l'on n'a guère remarqué, et que signale Laurent Morlet, c'est que le terme hébreu pour dire « chose » est DaBaR, lequel signifie premièrement « parole » ou « verbe », secondement « chose », et troisièmement « cause ». Il appert donc que la Chose n'est autre que le Verbe Créateur, ce Verbe que les Instructions coens qualifient par ailleurs de Médiateur, bref le Christ Jésus. Ce n'est certes pas pour rien que l'Ordre était primitivement l'Ordre des Elus Coens de Josué : en hébreu, Josué et Jésus, c'est tout un.

Pour un lecteur de saint Paul, le Christ est « force de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Corinthiens 1 ; 24) ; pour un lecteur de saint Irénée, c'est le Saint-Esprit qui est sagesse de Dieu ( cf. Adversus Haereses, en particulier au livre IV). Mais il n'y a là nulle contradiction : le Fils et l'Esprit sont du Père et ont en partage tout ce qui est au Père et du Père. Ce qui est en « cause », ce qui entre en jeu, c'est la Sophia, cette Sagesse incréée qui révèle d'Elle-même : « J'ai été établie dès l'éternité et dès le commencement, avant que la terre fût créée» ; ajoutant : lorsque l'Eternel posa les fondements de l'abîme et forma le monde, la terre, les cieux, les fleuves... « j'étais avec Lui et je réglais tout, j'étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant Lui, me jouant dans le monde : et mes délices sont d'être avec les enfants des hommes » (Proverbes 8 ; 23 à 31, traduction Lemaistre de Sacy). Cette même Sagesse qui « est la vapeur de la vertu de Dieu et l'effusion toute pure de la clarté du Tout-Puissant, (...) l'éclat de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu et l'image de sa bonté », Elle qui « forme les amis de Dieu et les prophètes » (Sagesse 7 ;25 à 27, même traduction). Cette Sagesse, enfin, que chante la Grande Antienne du « premier Nom divin », la semaine précédant Noël, en combinant un verset de l'Ecclésiastique (24 ; 3) et un verset du Livre de la Sagesse (8 ; 1) : « O Sagesse, Toi qui es sortie de la bouche du Très-Haut, qui atteins avec force depuis une extrémité jusqu'à l'autre et qui disposes tout avec douceur ».

Aussi le Coen est-il « un partisan de la véritable Sagesse », comme le proclame Martines, qui affirme sans ambages que cette même Sagesse lui a « dicté » « la science (qu'il) professe ». La Sophia préside à l'Ordre et à toutes ses œuvres, raison pourquoi elles sont, comme on l'a dit, théosophie, anthroposophie, cosmosophie, chronosophie et liturgie sophianique.

Pour en revenir aux « passes », elles ont une autre utilité : ce sont des signaux, et même des signatures, des esprits qui « actionnent » en coopération avec le célébrant. Celui-ci est muni d'un recueil de 2400 tracés et d'autant de noms (en hébreu) d'anges - mis au jour par Robert Amadou et publié par lui sous le titre judicieusement choisi d' Angéliques - tracés permettant d'identifier quels anges sont à l'œuvre. Bref, le cérémonial coen est, sous le signe de la Sophia, une véritable liturgie concélébrée par des anges et des hommes.

Comme la liturgie ecclésiale ? Oui et non. Oui pour la concélébration (affirmée dans le Canon eucharistique de tous les rites chrétiens), non pour la nature du sacerdoce qui opère. Dans la liturgie de l'Eglise chrétienne - de toute Eglise chrétienne apostolique - agit le sacerdoce de Celui qui est « prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech » : le Christ ; dans la liturgie coën, agit le sacerdoce cosmique primitif dont fut doté l'Homme premier en tant que roi, prêtre et prophète de l'univers. C'est au culte primitif tendant à la réconciliation de l'homme et de la création - de l'homme avec Dieu, de l'homme avec la création, et de la création avec Dieu - qu'est voué le Coen. Et, pour ce faire, le Réau-Croix, identifié à la fois au premier Adam, déchu, et au Christ, nouvel Adam, Rédempteur et Réparateur universel, récapitule en lui-même et travers lui-même l'étape de la chute et de la « privation », celle du repentir et de la pénitence, celle enfin de la réconciliation et de la réintégration. Le culte coen ne concurrence donc pas le culte ecclésial, il ne se substitue pas à lui, il ne le surpasse pas : il le suppose et il concorde avec lui. Raison pourquoi les Coens doivent, d'obligation, pratiquer les cérémonies et recevoir les sacrements de l'Eglise.

Ils doivent plus. De même que les prêtres de l'Eglise, outre les cérémonies du culte, doivent nécessairement s'adonner à la prière personnelle, spontanée mais aussi régulière au sens propre, c'est-à-dire rythmée par une règle (offices des « heures » monastiques ou canoniales, lecture du bréviaire et des Saintes Ecritures), de même ces prêtres d'une nature particulière que sont les Coens sont astreints à des prières de six heures en six heures calquées sur ces mêmes offices (moyennant adaptations), sans compter différents autres offices à célébrer en fonction du calendrier (jours de la semaine, phases de la lune, saisons...) Ils sont en outre astreints à des prescriptions alimentaires (jeûnes) et à une véritable ascèse morale et mentale.

En résumé, le Coen est un prêtre et la règle de vie coen une ascèse. Et la doctrine coen, qu'on peut sans abus nommer une théosophie et une anthroposophie, est ordonnée à cela : mettre le Coen, dans son état accompli qui est celui de Réau-Croix, en pleine capacité d'opérer à la réconciliation universelle. On est bien au-delà, bien au-dessus de la Maçonnerie ordinaire, que Martines qualifiait, on saisit pourquoi, d'« apocryphe » : « rassembler ce qui est épars », c'est réunir ce que la chute a brisé, réunifier ce qu'elle a dispersé, réconcilier tout, réintégrer dans le Tout. Immense et exigeant programme, qui tenta peu d'adeptes, mais de quelle qualité !

 

L'héritage

Les destinées, apparemment peu fructueuses, de l'Ordre des Elus Coens sont décrites ailleurs : peu de membres, une sorte d'ostracisme officiel ; et pourtant il ne cessa d'intriguer et d'exciter la curiosité, comme à l'occasion du Convent des Philalèthes (1785 et 1787). Significatif aussi est l'intérêt que lui porta durablement, quoique par éclipses, Bacon de la Chevalerie, Maçon pourtant plus intrigant que mystique, que Martines avait nommé son Substitut universel mais qui « avait une âme de traître » (Robert Amadou dixit ). Willermoz qui, de l'avis unanime, était le véritable conservateur de l'Ordre, était assailli de demandes indiscrètes, sans pouvoir les écarter toutes.

 

C'est qu'en vérité Willermoz parvint à préserver pour un temps l'héritage du maître qu'il s'était donné et auquel il resta fidèle jusqu'à sa mort, même si ce fut d'une manière toute différente de celle de Martines et que ce dernier eût sûrement désapprouvée. Convaincu à juste titre que son Système, à dire vrai crypto-maçonnique plutôt que maçonnique, était, tel quel, voué à l'échec, il le mit à l'abri au sein et au cœur du Système mixte, à la fois maçonnique et chevaleresque, que lui-même élabora : le Régime Ecossais Rectifié. L 'Ordre des Elus Coens de l'Univers n'est pas à l'intérieur du Régime Ecossais Rectifié, il n'en fait pas partie ; mais il est en son cœur, et même il en est « le cœur » (Robert Amadou). Le Régime le protège comme un « conservatoire » (R. Amadou) ou un reposoir. Il enseigne la même doctrine, la même « science de l'homme », sans du tout pratiquer de cérémonial liturgique, ni même en parler, sauf, à mots couverts, aux Grands Profès. Comme l'écrit Robert Amadou : « Le Régime Ecossais Rectifié ne vit que par la doctrine de la réintégration et pour la réintégration, comme l'Ordre des Elus Coens. Ici et là, diffère le modus operandi ». Et encore : « La doctrine de ce Régime est la réintégration coen laïcisée, je veux dire réduite, et les membres du Régime réduits, à l'état laïc ». Autrement   dit : dans le Régime, des Maçons et des Chevaliers, mais pas de prêtres autres que ceux de l'Eglise. Si de ces prêtres du sacerdoce primitif que sont les Coens sont présents dans le Régime, ils n'y sont pas ès-qualités, ils sont inconnus.

 

On ne dira jamais assez l'importance de cette creation de Willermoz, sous-estimée gravement par les autres disciples marquants de Martines, savoir Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Jacques du Roy d'Hauterive, les deux répétiteurs, avec Willermoz lui-même, des indispensables Leçons de Lyon (cf. l'entrée Martines) . Tous deux se replient sur eux-mêmes : Hauterive sur son petit groupe de Toulouse, qui « dé-maçonnise » les cérémonies coens pour les désencombrer et les réduire à l'alchimie spirituelle la plus pure ; Saint-Martin sur son for intérieur, d'une richesse il est vrai exceptionnelle, et où la prière prend le pas, comme méthode de réalisation spirituelle, sur toutes les formes cérémonielles. Déjà, alors qu'il côtoyait Martines, il avait contre elles une certaine prévention. On connaît sa fameuse interrogation au maître : « Faut-il vraiment tant de formes pour prier Dieu ? » ; on connaît moins la réponse, faite pour donner à penser : « Il faut se contenter de ce qu'on a ». Néanmoins Saint-Martin demeura toute sa vie convaincu de la vérité de la doctrine martinésienne, qu'il ne cessa d'approfondir de son chef, même après sa découverte à partir de 1788, de Jacob Boehme, qui lui en apprit tant sur la Sophia : son travail fut alors de « marier », comme il disait, ses deux maîtres. Cette doctrine, il s'en fit le propagateur efficace, non seulement comme co-rédacteur, en tant que secrétaire, du Traité sur la Réintégration , ainsi que de quantité de documents, rituels et instructions, nécessaires à la vie de l'Ordre ; non seulement comme didascale autorisé, en privé à l'occasion des Leçons de Lyon (1774-1776), et en public comme auteur, voilé sous l'appellation intrigante de Philosophe Inconnu , de ces exposés doctrinaux que furent Des erreurs et de la vérité (1775) et le Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers (1782), mais aussi et surtout parce que sa pensée est, dans son fond, le reflet de celle de Martines, reflet fidèle mais diffracté par sa personnalité propre, et par conséquent empreint d'un mysticisme actif et lyrique où la part de la théurgie tend grandement à se réduire. Et la profondeur, la richesse et la beauté de cette pensée sont telles, sans parler de la ductilité de sa langue qui la rend apte à réussir dans tous les registres : traités et exposés synthétiques, sentences morales, stances lyriques ou épiques, introspection, analyses politico-religieuses, que son œuvre vibrante et vivante est un des meilleurs véhicules qui soient pour la perpétuation de la doctrine.

 

C'est donc par Willermoz, ou par Saint-Martin, ou par leur influence conjointe, que se sont perpétuées jusqu'à nos jours, et la doctrine de la réintégration, et les pratiques qui ont en vue cette dernière. C'est par exemple par référence à Saint-Martin qu'en Russie - où Novikov le traduisit - furent qualifiées « martinistes » les loges « rectifiées » conformément aux décisions du Convent de Wilhelmsbad prises à l'instigation de Willermoz ; et ce n'était pas un non-sens, puisque sur ces loges étaient souchés des chapitres « martinistes ».

 

C'est par le truchement de Saint-Martin que les conceptions martinésiennes rencontrèrent un écho certain auprès des écrivains romantiques français : Chateaubriand (sur qui, à vrai dire, elles firent peu d'impression), surtout Ballanche, mais aussi Balzac (qui « maria » Saint-Martin à Swedenborg), Nerval...; et allemands : Schelling, Werner, les frères Schlegel...A citer en marge Mercier, auteur, dans les Tableaux de Paris (1783), du premier reportage sur les « martinistes », Mme de Staël avec son De l'Allemagne (1813), puis - plutôt pour l'effet de mode littéraire - Cazotte, Nodier, George Sand, Alexandre Dumas. Et, tout à fait à part, Joseph de Maistre qui, tout catholique romain et papiste qu'il était, présenta dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg (1821), sous couvert d'une controverse pour et contre l'« illuminisme », une assez belle défense et illustration des idées martinésiennes, qu'il n'abjura jamais, au point même que, Jean-Marc Vivenza vient de le prouver récemment, en pleine tourmente révolutionnaire, il procédait régulièrement aux « opérations » de l'Ordre aux moments calendaires propices.

 

C'est enfin par la redécouverte, au bout d'une assez longue éclipse des œuvres de Saint-Martin par Papus que ces mêmes idées - passablement contaminées par l'occultisme du XIXe siècle, surtout celui d'Eliphas Lévi - reparurent au jour sur la scène initiatique avec l'Ordre martiniste fondé par lui.

 

Et c'est enfin par l'action de quelques Chevaliers de la Cité Sainte qui étaient en même temps martinistes, entre autres Georges Bogé de Lagrèze et Robert Ambelain, que fut opérée la « résurgence », en réalité recréation ex nihilo , de l'actuel « Ordre des Elus Cohens de l'Univers » ; d'où une diffusion internationale, par l'entremise des divers Ordres martinistes issus directement ou indirectement de Papus.

 

Quoi qu'il en soi de ces dérivations plus ou moins fidèles à la source originelle, il est certain que ce qu'on appelle globalement « le martinisme », s'il a perdu l'aura littéraire qui était la sienne au XIXe siècle, intéresse toujours, et même de plus en plus, le monde initiatique, et cela bien au-delà des cercles ou Ordres officiellement estampillés « martinistes ». En particulier, la Franc-Maçonnerie s'ouvre de plus en plus largement, y compris dans les milieux réputés peu enclins au spiritualisme, aux idées de Saint-Martin et de Martines de Pasqually, au point de contre-balancer les théories de René Guénon, celles-ci ressenties comme desséchantes car exclusivement métaphysiques, au contraire de celles-là dont le « mysticisme » paraît répondre davantage à l'attente des hommes de  maintenant. Les pratiques cérémonielles coens elles-mêmes semblent connaître un regain de faveur dans un nombre non négligeable de cercles discrets.

 

Tant il est vrai que l'homme, plus que jamais inquiet de ses destinées, et ne trouvant plus dans la croyance à un « progrès » constamment démenti par les faits de quoi apaiser son insatisfaction, porte plus loin ses regards, en avant comme en arrière. La doctrine de la réintégration qui lui est présentée par les héritiers de Martines de Pasqually n'est pas seulement « consolante », comme le notait déjà en son temps Willermoz, elle est de nature à exalter chez cet homme, si c'est un « homme de désir », la vertu - virtus - qui est ce qui fait de l'homme un homme - vir - si du moins il en a la ferme volonté et ensuite qu'il passe à l'acte ; car on n' est pas véritablement homme, on le devient , ou plutôt on le redevient . Et elle le rend alors capable de tous les efforts pour coopérer, par tous ses moyens et par tous ceux qui lui sont donnés par surcroît, à sa réconciliation et à celle de la création, à sa réintégration et à celle de l'univers, à la restauration de l'unité avec et en Dieu.

 

N.B. Les citations sont, sauf mention contraire, extraites du Traité sur la Réintégration



Source : http://www.chroniqueshistoire.fr

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Martinesisme et Martinisme (1)

14 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Le titre de l'ouvrage de Papus, Martinésisme, Willermosisme, Martinisme et Franc-Maçonnerie (1899), circonscrit assez exactement ce que l'historiographie moderne désigne sous le nom de « martinisme », du moins pour la période des origines et des premiers développements (XVIIIe siècle, début du XIXe siècle) ; l'appellation de « second martinisme » étant appliquée à l'histoire de l'Ordre martiniste « réveillé », aux dires du même Papus, mais en réalité fondé par lui, en 1887. « Martinisme » : cette dénomination réfère, non pas tant à Louis-Claude de Saint-Martin (mais à lui tout de même) qu'à Martines de Pasqually, maître à penser, maître à agir, maître à prier et maître à officier de tous ceux dont l'ensemble, en apparence hétérogène mais unifié en son fond, constitue le genre d'ésotérisme ainsi désigné, suffisamment typé pour trancher sur le reste des courants de pensée du Siècle des Lumières, y compris lorsque ces courants de pensée revêtent des formes initiatiques - en l'occurrence maçonniques -, et pour susciter, aujourd'hui comme alors, des réactions contrastées.

La doctrine

Au commencement, donc, était Martines de Pasqually. L'homme, et surtout sa doctrine : c'est elle qui qualifie le « martinisme ».

Cette doctrine est une gnose, c'est-à-dire une « science » au sens traditionnel du terme : elle n'est pas tant axée sur l'acquisition d'un savoir, de connaissances - encore que cet aspect ne soit pas absent, loin de là - que sur la transformation de l'être intime de celui qui s'y adonne. C'est une science active et opératrice spirituellement, une science transformante, qui a en vue non les objets mais le sujet.

Cette doctrine est totalisante. C'est une hiérohistoire, une Histoire sainte, de l'homme et de l'univers dans leurs rapports réciproques et dans leurs rapports avec Dieu. Histoire qui n'est pas seulement descriptive mais dynamique, faite des actions et des réactions, des « contre-actions », comme dit Martines, à la fois de l'homme et de Dieu. Cette histoire ne se borne en effet pas à constater, à dresser le tableau de l'évolution des « rapports entre Dieu, l'homme et l'univers », pour citer le titre d'un ouvrage marquant de Saint-Martin, elle est toute ordonnée vers la modification de ces rapports et, pour tout dire, vers leur restauration. Car ces rapports se sont dégradés et toute l'affaire, c'est de les rétablir dans leur intégrité première.

Elle est donc faite - et ce contenu typifie bien une Histoire sainte - des actes de rébellion de l'homme contre Dieu, puis de sa venue à résipiscence, comme des interventions de Dieu en vue de la punition de l'homme, puis de sa réconciliation - de sa punition en vue de sa réconciliation.

La doctrine de Martines, et la pratique qui va avec, comporte donc une cosmologie, qui est une cosmogonie, débouchant sur une cosmosophie. Une anthropologie, qui est une anthropogenèse et aussi une anthroposophie. Une théologie, qui est une théosophie. Une angélologie, qui est une angélodulie, un culte des anges et avec les anges, donc une liturgie. Toutes placées sous le signe de la Sagesse ou Sophia. Tout cela va devoir être explicité.

A l'origine, origine du temps comme du monde, il y a la chute, que Martines appelle « prévarication », terme d'usage courant dans l'école spirituelle française de l'âge classique. Chute ou prévarication double : d'abord des anges, puis de l'homme.

Mais auparavant il y a une histoire avant l'histoire, un temps avant le temps. Dans ce temps antéhistorique, pré-temporel, l'Eternel - dénomination qui souligne que Dieu Créateur est souverainement exempt de toute détermination temporelle (les Pères grecs marquent cela plus nettement encore en parlant de « Dieu Pré-éternel ») - l'Eternel, donc, émane des « esprits » au sein de ce que Martines appelle « l'immensité divine ». Leur nombre est infini et cette « infinité » n'est pas statique mais dynamique : « la multitude des habitants de l'immensité divine croît et croîtra sans cesse et à l'infini sans jamais trouver de bornes », car la fécondité divine est ininterrompue : Dieu ne cesse jamais de créer.

Au vrai, le terme « créer » est ici impropre car Martines le réserve à la production des formes matérielles et temporelles ; pour les productions divines au plan spirituel, il emploie les vocables « émaner » et « émanation ». La distinction est capitale, parce qu'elle conduit à envisager l'« essence divine » - « essence » étant à prendre, selon la précieuse notation de Robert Amadou, non pas au sens philosophique, ni encore moins théologique, mais au sens chimique ou alchimique d' « espèce » ou de « nature active » - sous deux aspects différents : cette essence divine est « triple » relativement à la création, et elle est « quatriple » relativement à l'émanation, le quatriple étant d'ailleurs premier par rapport au triple. Il est hors de question d'entrer dans le détail complexe de ces considérations, sauf pour signaler qu'il en découle une numérologie et une arithmosophie que tous les disciples de Martines retiendront, et qui se retrouve par exemple telle quelle dans les grades du Régime Ecossais Rectifié élaborés par Jean-Baptiste Willermoz.

Autre remarque indispensable : les termes « émanation » et « émaner » ne renvoient nullement à l'hérésie gnostique de l'« émanatisme » qui est une forme de panthéisme. La langue classique, dont Martines, en dépit de ses impropriétés de langage et de ses idiotismes, est pour l'essentiel tributaire, n'impliquait nullement cela : dans son dictionnaire (paru en 1690), Furetière définit l'émanation comme la « dépendance d'une cause, d'une puissance supérieure », avec cet exemple remarquable : « L'âme raisonnable est une émanation de la Divinité ».

De cette « émanation », Martines tire une signification forte quant à l'essence des « esprits » ainsi perpétuellement émanés : s'ils n'appartiennent pas à l'essence divine, puisqu'ils en émanent, cependant - selon la distinction subtile de Robert Amadou - ils y participent, puisque ( Martines dixit ) « ils ont en eux une partie de la domination divine ». Et leur ensemble constitue « l'immensité divine » - laquelle n'est pas Dieu : pour suivre là encore Robert Amadou, « aux esprits émanés la pleine divinité, mais non pas la Déité ». Cette similitude d'essence qui n'est pas l'identité se concrétisera dans le Régime Ecossais Rectifié, enfant en cela de Martines comme des Pères de l'Eglise, dans le thème porteur et dynamique de l'« image et ressemblance ».

L'« immensité divine » est encore dénommée par Martines « cour divine ». Et, comme toute cour, elle est hiérarchisée. Les esprits sont donc différenciés en « classes » ou « cercles », qui sont « distingués entre eux par leurs vertus, leurs puissances et leurs noms », « selon leurs facultés d'opérations divines spirituelles ». Et, en dépit de l'avertissement de Martines selon quoi « cette fameuse immensité divine (est) incompréhensible non seulement aux mortels mais même à tout esprit émané ; cette connaissance n'appartient qu'au Créateur », lui-même nous livre cependant des aperçus sur les hiérarchies angéliques telles qu'il les contemple.

Ces cercles sont, selon un résumé de Willermoz, au nombre de quatre :

·  10. Cercle des esprits supérieurs dénaires : comme étant les agents et ministres spéciaux de la puissance universelle dénaire du Père créateur de toutes choses.

·  8. Cercle des esprits majeurs huiténaires : comme agents et ministres immédiats du Verbe de Dieu, qui est l'être de double puissance quaternaire.

·  7. Cercle des esprits inférieurs septénaires : comme agents et ministres directs de l'Action divine opérante de puissance quaternaire divine et opérant la triple essence créatrice.

· 3. Cercle des esprits mineurs ternaires : comme étant les agents de manifestation de la quatriple essence divine.

Comme on voit, la hiérarchie des esprits est une hiérarchie de fonctions, lesquelles réfèrent aux trois Personnes de la Divine Trinité.

Personnes ? C'est beaucoup dire. Martines refuse explicitement la distinction hypostatique qui fonde la théologie chrétienne depuis les formulations dogmatiques du concile de Nicée en 325. Il est radicalement « unitarien », à l'extrême rigueur « modaliste » : la distinction, symbolique, entre les « trois Personnes en Dieu » réfère chez lui aux « trois facultés divines qui sont la Pensée, la Volonté et l'Action, ou, dans un autre sens (...), l'Intention, le Verbe et l'Opération ». Ces trois facultés sont typifiées par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, comme elles sont symbolisées par Abraham, Isaac et Jacob, constamment présents pour cette raison dans les prières et dans les grades de l'Ordre des Elus Coens.

Cette théologie trinitaire, non pas tant hétérodoxe qu'archaïsante, « pré-nicéenne », comme dit Robert Amadou, n'était pas tenable à l'égard des disciples de Martines, tous de foi, et pour la plupart de pratique, chrétiennes. Le paradoxe était que Martines imposait, comme condition à l'admission dans son Ordre, l'appartenance à une Eglise : l'Eglise catholique romaine, dont il n'épousait pas vraiment un des deux dogmes fondamentaux, celui de la Sainte Trinité ; l'autre étant le dogme de la double nature du Christ, qu'il épousait au contraire à fond. N'étant pas tenable, elle ne fut pas tenue. Et l'on voit très vite ses disciples revenir, par exemple dans les Leçons de Lyon (1774-1776), à une théologie trinitaire dogmatiquement orthodoxe, dont la résonance avec l'héritage martinésien était d'ailleurs, et est toujours, bien plus riche et vivifiante du point de vue de la theoria comme de la praxis . Comment en effet vivre une vie de prière, non seulement personnelle mais aussi liturgique, comme l'Ordre des Elus Coens l'impose à ses membres, au sein d'une Eglise tout en étant en déphasage avec le premier de ses articles de foi ? C'eût été les condamner à une schizophrénie spirituelle mortifère !

Mais revenons à l'Histoire sainte. L'immensité divine, quoiqu'en expansion dynamique, était parfaite, donc autosuffisante. Survint alors un premier accident, avec la prévarication des esprits pervers qui, voulant s'égaler à l'Eternel, voulurent devenir comme Lui causes premières, de causes secondes qu'ils étaient, voulurent comme Lui « opérer », c'est-à-dire émaner. Cela échoua, bien évidemment, et provoqua une catastrophe cosmique au sens littéral de l'expression. En effet, l'Eternel créa, ou plutôt ordonna aux esprits mineurs demeurés fidèles de créer - et ici il ne s'agit plus d'émanation mais bien de création - l'univers matériel temporel afin d'y « contenir et assujettir les esprits mauvais dans un état de privation », autrement dit d'y emprisonner les « esprits prévaricateurs ». - Notons là au passage un relent des gnosticismes historiques : la matière a une connotation relative au mal ; mais il y a pourtant une différence capitale : la matière n'est pas mauvaise en soi, puisqu'au contraire elle est destinée à contenir le mal et à l'empêcher de contaminer tout. Néanmoins son origine entraîne deux conséquences : le mal n'ayant pas de définition affirmative, mais au contraire négative, et n'ayant donc pas de réalité subsistante, la matière n'en a pas non plus ; et, comme lui, elle est destinée à disparaître à la fin, à se désintégrer. Martines répète à l'envi que la matière est nulle, vaine, qu'elle n'est qu'apparence, et qu'il n'y a de réalité vraie que spirituelle - les Pères de l'Eglise ne pensaient pas autrement. C'est encore là un legs de la doctrine martinésienne au Régime rectifié, qu'on retrouve en particulier au grade de Maître.

Cette matière créée par les opérations des esprits mineurs ternaires l'est par la mise en jeu de toute une série de ternaires ou de triades issues, par combinaisons simultanées et successives, à partir du ternaire premier, celui des « essences spiritueuses » (« spiritueuses » au sens de la chimie ou de l'alchimie, à ne pas confondre avec « spirituelles »), elles-mêmes « provenues de l'imagination divine ». Les êtres spirituels, au contraire - et la différence est essentielle - préexistent en Dieu, comme on l'a vu, par un rapprochement à coup sûr fortuit avec la conception qu'Origène se faisait de la préexistence des âmes en Dieu. Des « essences spiritueuses » primitives, philosophiquement dénommées Sel, Soufre et Mercure, comme dans l'alchimie traditionnelle, proviennent donc, par mixage, les trois éléments de l'Eau, du Feu et de la Terre, puis, toujours par mixage, les trois principes corporels dénommés « aquatique », « igné » et « solide ». Martines assigne donc symboliquement à la terre une « forme triangulaire », en précisant qu'elle « n'a que trois horizons remarquables : nord, sud et ouest ». De cela aussi les Loges rectifiées ont hérité.

Cette catastrophe cosmique ne fut pas sans contre-coups sur la « cour divine ». Les esprits mineurs ternaires durent la quitter, délégués qu'ils étaient par l'Eternel à la création puis à la conservation, on verra comment, de l'univers matériel temporel. Et si, au sommet de la hiérarchie angélique, « les esprits dénaires divins ne sont jamais sortis de la place qu'ils occupent dans l'immensité divine », d'autres esprits furent à leur tour « assujettis au temporel quoiqu'ils ne soient point sujets au temps » par leur nature propre, étant eux aussi délégués hors de cette immensité afin d' « opérer (...) des actions spirituelles temporelles », autrement dit d'« actionner et opérer dans le surcéleste, le céleste et le terrestre » - qui sont les trois divisions de l'univers créé, sur lesquelles nous reviendrons - « étant destinés à accomplir la manifestation temporelle de la justice et de la gloire du Créateur ».

Cette délégation hors de l'immensité divine, Martines la désigne du nom d'« émancipation », qu'il ne faut surtout pas confondre avec l'« émanation ». Il y a eu, il y a, il y aura toujours émanation dans l'éternité, ou du moins dans la sempiternité ; il n'y a eu émancipation que dans le temps, pour des raisons circonstancielles.

Sont donc émancipés tous les esprits ternaires pour vaquer aux choses matérielles de l'univers, ainsi qu'un « nombre suffisant » d'esprits septénaires pour « opérer dans le surcéleste des actions spirituelles temporelles », certains d'entre eux étant d'ailleurs, pour ce faire, « revêtus d'une puissance dénaire », puisque les esprits dénaires étaient demeurés en leur lieu.

Restait donc, dans l'immensité divine, la place laissée vacante par le départ des esprits ternaires : chose impossible de soi car « il ne peut y avoir de vide auprès du Créateur ni dans son immensité ». Aussi fut-elle occupée par une nouvelle production, particulièrement éminente et glorieuse, le « mineur spirituel quaternaire » - quaternaire à l'image de la Divinité -, à savoir l'Homme.

Après son émanation directe par l'Eternel Lui-même, sans coopération aucune - comme précédemment pour les autres êtres spirituels et à la différence de la création temporelle, confiée aux esprits ternaires - l'Homme fait l'objet d'une double émancipation : est d'abord émancipé dans le « surcéleste » l'ensemble des êtres spirituels constituant sa classe ; puis est émancipée dans le « céleste » une portion de cette classe, désignée sous le nom d'« Adam » ou « Réau », nom collectif ou individuel, ou plus vraisemblablement appliqué à un être unique contenant potentiellement en lui-même toute sa postérité spirituelle ; nom dont il nous est dit aussi que c'est un pseudonyme, lequel réfère à la nature ou à l'état de celui qui le porte. Car « cet homme-Dieu, dans son état de gloire, avait son nom propre attaché directement à son être spirituel ». Selon toutes les traditions avérées, tout nom est puissance. Or la puissance comme la gloire d'Adam étaient suréminentes. « Il reçut (du Créateur) le nom auguste d'homme-Dieu de la terre universelle », il fut « élu dieu de la terre ». Lui, dernier venu des êtres spirituels émanés, il fut établi au-dessus d'eux tous, et à deux fins qui au vrai n'en font qu'une : « contenir en privation » les esprits pervers, les « molester », « manifester la gloire et la justice divines contre les esprits prévaricateurs » ; mais, au bout du compte, les réconcilier. Le châtiment n'est pas pour la punition, il est pour la résipiscence. En cela, Martines est - encore comme Origène - un tenant résolu de l'apocatastase.

Adam, donc, fait à l'image et à la ressemblance divines, et placé « en aspect de la Divinité », « dans son premier état de gloire était le véritable émule du Créateur. Comme pur esprit, il lisait à découvert les pensées et opérations divines ». Le Créateur lui fit exécuter trois opérations par lesquelles il reçut la Loi, puis le Précepte, et enfin le Commandement. Ensuite Il l'abandonna à son libre arbitre. Et voilà qu'Adam prévarique, à son tour ! Séduit par les esprits pervers qui lui soufflent d'opérer « la puissance de création divine » qui est innée en lui, puisqu'il est créateur. Et il se retrouve, à son tour, captif de la prison matérielle dont il devait être le geôlier ; ou plutôt, lui qui devait travailler à réconcilier, il doit maintenant peiner à se réconcilier. Moyennant les secours dont Dieu, à l'inlassable miséricorde, le pourvoit : l'ascèse et le culte. Et sa place, vacante au centre du surcéleste, attend qu'il revienne y trôner : « c'est dans ce saint lieu qu'il faut que la postérité mineure spirituelle d'Adam soit réintégrée ».

Reste le sort réservé à une autre catégorie d'esprits : les esprits « huiténaires » ou « octénaires ». Cette classe - deuxième dans la hiérarchie angélique - ni ne demeure dans l'immensité divine, ni n'est émancipée dans une région déterminée. Il leur est assigné d'« aller opérer la justice et la gloire (du Créateur) dans les différentes immensités sans distinction ». Ce sont en quelque sorte des missi dominici chargés de porter secours à qui le mérite : « l'esprit doublement fort est chez toi lorsque tu le mérites et il s'éloigne de toi lorsque tu te rends indigne de son action doublement puissante ». Cette action est la réconciliation : cette classe d'esprits « aura éternellement à opérer ses facultés puissantes dans les différentes classes où sont placés les premiers et les derniers réconciliés ».

Il est donc temps de parcourir, comme eux, ces « trois immensités ». Précieuse, indispensable carte du voyageur - cette « carte routière des Elus Coens » (R. Amadou) - est la fameuse figure universelle , autrement dénommée tableau universel , dont il existe plusieurs représentations, les seules conformes aux sources ayant été publiées par Robert Amadou (en 1974, 1995, puis 1999) : la « figure universelle, dans laquelle toute la nature spirituelle, majeure, mineure et inférieure opère », au dire de Martines. Précieuse également la description raisonnée qu'en donne Willermoz (et que le même Amadou publie en Préface aux Leçons de Lyon , pp. 43-45). En voici un compendium :

L'« immensité divine » y figure pour mémoire, « ce lieu où les êtres spirituels les plus parfaits ne sauraient pénétrer, si ce n'est Dieu lui-même » - et, ajoutons, les êtres spirituels qu'il émane en permanence ; pour citer Robert Amadou : « Les pensées de Dieu sont des actes volontaires qui sont des êtres ».

Vient ensuite la « création universelle » - le cosmos -, composée des trois immensités, ou mondes, déjà citées : surcéleste, céleste et terrestre.

Le surcéleste, qui jouxte et tangente l'immensité divine, bien que « borné » au lieu que celle-ci est infinie, pourtant « en est la ressemblance » : « les mêmes facultés de puissance spirituelle se retrouvent dans l'une et l'autre immensité ». D'où - à l'image de l'immensité divine - également quatre cercles :

Au sommet, celui des esprits supérieurs dénaires (en fait, on l'a vu, « des esprits majeurs [...] revêtus d'une puissance dénaire ») ; son centre étant « le type et la figure de la Divinité d'où proviennent toute émanation et toute création » ;

De part et d'autre :
Le cercle des esprits supérieurs septénaires gardiens de la Loi divine ;
Le cercle des esprits inférieurs ternaires gardiens du Précepte spirituel divin ;

Enfin, en bas :
le cercle des esprits mineurs quaternaires, où l'Homme fut en premier lieu émancipé « en aspect de Dieu » et où il sera, à terme, réintégré lorsque sa réconciliation sera parfaite.

Viennent ensuite les deux mondes ou immensités qui composent la création universelle stricto sensu , création matérielle et temporelle, constituée de matière et soumise au temps, matière et temps qui ont débuté ensemble lors de la première prévarication, celle des esprits pervers.

La création universelle est circonscrite par une réalité mystérieuse dénommée « l'axe feu central », qui est « tout à la fois l'enveloppe, le soutien et le centre de la création ». Il est « le principe de la vie matérielle » : il l'anime ; la vivifie. On se souvient que la matière résulte de la combinaison des trois « essences spiritueuses » : « de même que les trois essences spiritueuses sont le principe de toute corporisation, de même l'axe feu central est celui de toute animation » (R. Amadou). Il est le principe d'individuation et de vie de tous les corps créés : « sans (lui) aucun être ne peut avoir vie et mouvement ». Et comment ? Parce qu'il est « l'organe des esprits inférieurs qui l'habitent et qui opèrent en lui sur le principe de la matière corporelle apparente ». Ces esprits inférieurs sont, on se le rappellera, les esprits ternaires, émancipés pour ce faire, qui procurent à chaque être corporel un « véhicule de feu central » ; notion précieuse et riche qui aura son répondant dans le thème du temple : « tout est temple », écrit Martines. Ainsi, « il ne peut exister aucun corps sans qu'il y ait en lui un véhicule de feu central, sur lequel véhicule les habitants de cet axe actionnent, comme étant provenu d'eux-mêmes ». Il doit être bien clair que ces véhicules « ne sont point des êtres spirituels. Ce sont des êtres de vie passive, destinés simplement à l'entretien des formes. Les productions ou émanations des esprits de l'axe ne peuvent être que temporelles et momentanées ».

La création universelle, ainsi enveloppée de l'axe feu central vivifiant, est quant à elle composée de deux immensités ou mondes : céleste et terrestre.

Le céleste - symbolisé par le mont Sinaï - est susceptible de deux divisions entre lesquelles se répartissent les « sept cieux » : l'une ternaire, l'autre septénaire.

La division ternaire se compose :

· Du « cercle rationnel », qui est « adhérent au surcéleste » via l'axe feu central, sous le signe de Saturne ;

· Du « cercle visuel », sous le signe du Soleil ;

· Du « cercle sensible », sous les signes conjoints de Mercure, de Mars, de Jupiter, de Vénus et de la Lune.

La division septénaire, qui se superpose à la précédente, est celles des « sept cercles planétaires qui renferment les sept principaux agents de la nature universelle », qui « opèrent pour la conservation et le soutien de cet univers ». Ils sont également chargés de réprimer les « êtres spirituels malins », emprisonnés, on s'en souvient, dans l'univers matériel, lesquels « combattent les facultés des actions influétiques bonnes que les êtres planétaires spirituels bons sont chargés de répandre dans le monde entier ». Ballotté entre les uns et les autres, le mineur-homme doit choisir. - On voit comment les données de l'astrologie traditionnelle sont incorporées dans une angélologie active qui est, si l'on peut dire, une angélomachie - combats des anges bons et mauvais - elle-même ordonnée dans la perspective eschatologique d'une Histoire sainte.

Enfin, de même que les quatre cercles surcélestes reflètent l'ordonnancement de l'immensité divine, de même les quatre cercles majeurs célestes, de Saturne, du Soleil, de Mercure et de Mars, reflètent le même ordonnancement ; cependant que les trois autres cercles, de Jupiter, de Vénus et de la Lune, ou plutôt les esprits qui y sont attachés, servent à « substancier » le « corps général terrestre», ou encore « création générale » ; de cette dernière « émanent tous les aliments nécessaires à substancier le particulier », ou « création particulière », à savoir « tous les habitants des corps célestes et terrestres ». L'une et l'autre, la création générale et la création particulière sont, on l'a vu, de constitution « triangulaire » ou « ternaire », comme par conséquent le « corps de matière » de l'homme actuel, bien différent de son « corps de gloire » primitif.

Mais le plus important est ailleurs. Martines invite instamment à « ne pas considérer ces trois cercles » - sensible, visuel et rationnel - « que matériellement ». Car en vérité ils symbolisent, par l'ascension que leur traversée représente, les étapes successives de la réconciliation des mineurs-hommes, au terme de laquelle ceux-ci seront réintégrés dans le cercle surcéleste quaternaire qui attend qu'ils en reprennent possession : « c'est dans ce saint lieu qu'il faut que la postérité mineure spirituelle d'Adam soit réintégrée ».

Car la grande, la vraie cause, la seule qui vaille, c'est la « réintégration des êtres dans leurs primitives propriétés, vertus et puissances spirituelles divines » - pour reprendre le titre du Traité. Réintégration qui exige la désintégration du corps de matière de l'homme, sa prison, afin de laisser reparaître dans tout son éclat son corps premier de gloire. Et la grande, la véritable affaire, la seule qui compte, qui est l'affaire de « la miséricorde du Père divin envers sa créature », c'est la réconciliation universelle, réalisation opérée chaque fois davantage au long de l'Histoire sainte, par le moyen des opérations que le « Réconciliateur universel (...), le Christ »- présent et agissant durant toute cette Histoire sous l'apparence de « types » - « avait à faire chez les hommes pour la manifestation de la gloire divine, pour le salut des hommes et pour la molestation des démons. Ces trois opérations sont : la première, celle qui s'est faite pour la réconciliation d'Adam ; la seconde, pour la réconciliation du genre humain, l'an du monde 4000 » - c'est-à-dire, selon la chronologie traditionnelle, après le déluge, avec Noé ; « et la troisième, celle qui doit paraître à la fin des temps et qui répète la première réconciliation d'Adam, en réconciliant toute sa postérité avec le Créateur ».

source : http://www.chroniqueshistoire.fr/

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Willermoz : PV de séances de sommeil

14 Avril 2012 , Rédigé par ÉMILE DERMENGHEM Publié dans #histoire de la FM

N. B. - Pour l'intelligence de ce qui suit, il faut savoir que, dans les sommeils précédents, M. le Doyen et Mme de Pizay, mère du défunt, avaient été souvent désignés comme devant être parrain et marraine de l'enfant dont elle était enceinte et que M. le Doyen devait être son protecteur dans le monde, veiller à son éducation et favoriser son avancement, comme s'il en eût été le vrai père.

 Du 30 mars .1785. - Présents : MM. le Doyen et Willermoz.

M. Willermoz ayant été appelé hier pour assister au sommeil de ce jour, s'est chargé de le rédiger par écrit, ce qui a été applaudi. C'est donc comme rédacteur et témoin qu'il a tracé les tableaux des sommeils suivants

Ce 30 mars, à 7 heures du soir, Mlle R..., mise en sommeil et les prières finies, elle a vu les saints patrons de M. le Doyen, les siens propres, et les deux bons anges de tous deux.

On ne parlera plus des deux anges et des saints patrons, parce que cette vision est ordinairement la première dans tous les sommeils.

On ne parlera plus que de la présence des êtres bienheureux qui ne sont pas toujours les mêmes et qu'elle distingue essentiellement des saints, comme formant une classe distincte et inférieure.

Elle voit de Pizay toujours étendu en face d'elle en pente et le visage couvert d'étoiles, ayant à sa droite l'oncle Castellas et à sa gauche sa soeur Marguerite, tous deux à genoux. Elle voit pour la première fois un être bienheureux qui lui est inconnu, qui est placé debout vers la tête de de Pizay et qui lui parait être un parent de M. Willermoz parce 'qu'il le regarde avec beaucoup de plaisir et d'intérêt ; il a une langue de feu sur la tête.

Un petit ange vient de présenter à de Pizay un petit rouleau de papier qui est gros comme un doigt. Tous les êtres bienheureux qui sont présents sont entourés de lumière et lèvent les yeux eu ciel... Elle voit trois rayons brillants qui partent du sein de de Pizay et viennent aboutir sur nous trois. Le rayon à droite est venu sur M. le Doyen et s'en est ensuite retourné et fixé sur sa soeur ; le rayon du milieu est venu sur Willermoz et s'en est ensuite retourné et fixé sur de Pizay.

Elle voit l'oncle de M. le Doyen et sa soeur qui relèvent de Pizay chacun par un bras et le parent de M. Willermoz qui lui soulève la tête.

Le petit rouleau de de Pizay se déploie à présent.

Elle y lit ce qui suit : « Console un être dont l'âme s'élève à Dieu et dis-lui que l'être que tu vois là, et qui t'était inconnu, c'est son père. » (Claude-Catherin Willermoz).

Le rouleau est attaché avec des petits fils d'or que de Pizay défait chaque fois qu'il veut me faire lire une ligne.

« Ah ! s'écrie-t-elle, le père de M. Willermoz va baiser avec grande joie les pieds de de Pizay. » Elle continue de lire ce qui suit :

« Dis à mon ami (à Willermoz) dont le père lui tend les bras, que je l'attends ainsi que vous deux, et quelques-uns de sa famille.. »

Elle a dit d'elle-même : « II y avait sur ce rouleau plusieurs, mais d'abord que je l'ai eu prononcé, un petit ange est venu effacer ce mot et a mis à la place quelques-uns.

« Oh ! mon Dieu, que votre père est content ! »

Elle a continué à lire ce qui suit

« Oui, je vous le répète, je vous attends tous deux (M. le Doyen et R...). Souvenez-vous des engagements que vous avez pris, des promesses que vous avez faites à Dieu. Oui, vous ramènerez quelques-uns des vôtres et plusieurs autres qui connaîtront dans quelque temps les lumières qui vous sont envoyées de cette vie bienheureuse. Ah ! reconnaissez votre Dieu ! Ah ! reconnaissez cet Etre Suprême ! Qu'il soit toujours imprimé dans votre coeur. Tremblez, mes amis, tremblez, si vous perdez de vue ce que vous avez promis à Dieu. Priez avec ferveur, vos prières seront écoutées. Ah ! retirez vite ces âmes qui vous tendent Ies bras, sortez-les de ce lieu de souffrances, pour venir rendre à Dieu les louanges qui lui sont dues, hâtez-vous donc de le faire... » - Elle a ajouté d'elle-même

« Ces âmes prieront ensuite pour nous... Ce n'est pas écrit ce que je viens de dire, c'est une réflexion qui m'est inspirée, qui s'est détachée du rouleau pour venir sur mon sein... »

« Ah ! voyez ma mère avant quinze jours ; dites à votre ami (M. le Doyen) de lui serrer la main ; qu'il lui fasse sentir quelques étincelles de ce qu'il ne peut lui dire. Ah ! Heureuse ! encore heureuse ! Oui, tu portes sa conversion et le bonheur de ton ami, la consolation de ceux qui entendront ce qui t'est inspiré ; mais ne le perds jamais (de vue) ce grand Maître qui vous comble, mains unies, de grâces et de lumière. Profitez-en, mes chers amis, et venez vite prendre possession de cette jouissance. »

Elle a dit ensuite : « Je vois la Sainte Vierge, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'évangéliste... La Sainte Vierge est remontée. Saint Jean-Baptiste a fait plusieurs fois une petite croix sur mon ventre, il en restera une raie violette (petite) que je pourrai voir étant réveillée. Saint Jean I'évangéliste qui doit être le patron de mon enfant était à côté de mon ventre. »

Après les prières d'actions de grâces, M. le Doyen lui a ouvert les yeux à neuf heures.

M. le Doyen ayant été incommodé hier d'une fluxion très considérable sur les deux yeux, les neiges abondantes et la rigueur excessive du froid ne lui permettant pas d'aller chez Mlle R... au traitement, il l'a fait venir en son hôtel où se trouvait un appartement libre pour quelques semaines qu'elle a occupé jusqu'au 21 avril d'où elle vint ledit jour 21 habiter chez M. Willermoz, aux Brotteaux, jusqu'au 2 mai, en attendant qu'un appartement arrêté pour ses couches vers Saint-Côme fût libre. Il le fut le 1er mai, elle alla l'occuper le 2.

Du 2 avril, 8 heures du soir. Présents : M. le Doyen et M. Willermoz.

 Mlle R..., mise en sommeil, elle a eu la vision ordinaire des bons anges, saints patrons et êtres bienheureux du sommeil précédent. Mon père, toujours placé à la tête de de Pizay, lui présenta d'un air content un petit rouleau sur lequel elle lut et dicta ces mots adressés à elle-même : « Il y a longtemps que je passe devant vous sans que vous ayez pu m'apercevoir. »

Sa lecture fut interrompue par une ombre noire qu'elle vit arriver par son côté gauche, faisant effort pour s'approcher de mon père, qui lui parut tout attristé en la voyant. R... fut fortement émue de ce spectacle, elle garda le silence et le rompit en s'écriant : « Ah ! Monsieur Willermoz !... Cette ombre noire c'est votre mère. Ah ! qu'elle souffre et depuis longtemps ; elle a été bien oubliée cette pauvre femme ! Elle me fait pitié. »

Je suis resté fortement ému en recevant cet avis sur ma mère. « J'aimais tendrement ma mère, ai-je dit, j'ai prié pour elle pendant plusieurs années, mais je conviens que je l'ai bien négligée depuis, et je me le reproche amèrement. »

R... - Vous avez bien quelques petits reproches à vous faire là-dessus, mais il ne faut pas vous en faire trop, cela a été permis ainsi.

M. Willermoz. - Ma mère est morte le 6 mai 1756. Elle était pieuse, elle a eu beaucoup de peines et de chagrin. J'espérais qu'elle avait trouvé grâce.

R... - Eh ! non, non, Dieu ne juge pas comme les hommes ; elle souffre encore.

W... - Puis-je espérer de connaître ce que je pourrais faire pour son soulagement et sa délivrance.

R... - J'espère bien qu'on me le fera connaître, mais je ne vois pas encore quand ce sera.

W... - Le sort de ma mère (+ 1756) me fait penser à celui de trois de mes soeurs : Marguerite (+ 1749), Jeanne (+ 1758) et Magdelaine (+1764), qui sont mortes depuis bien des années Pourrais-je recevoir quelque lumière sur leur état ?

R... - Eh ! mon Dieu ! les voilà toutes les trois, avec leur mère ; je les vois à présent, elles sont aussi des ombres noires. ; elles voudraient approcher de leur père, qui leur tend les bras mais elles ne le peuvent pas.

W... - Puis-je faire quelque chose pour leur soulagement ?

R... - Je crois bien que oui ; mais pas sitôt ; il faudra travailler pour votre mère avant elles ; en attendant, vous ferez bien de prier pour elles. »

Le reste de la séance fut rempli pour des objets relatifs à elle et à M. le Doyen... Après quoi, elle dit :

« Tout a disparu, il faut m'ouvrir les yeux. Monsieur Willermoz, viendrez-vous ici demain soir pour le sommeil ? »

Je répondis que j'y viendrais. « Eh bien, venez, dit-elle. »

Du vendredi soir, 8 avril 1785.

 

N. B. - Ce sommeil est devenu très mémorable, étant celui qui a procuré essentiellement la délivrance des fausses images auxquelles elle a été exposée ci-devant et particulièrement dans les mois précédents. R... était couchée, mise en sommeil par M. le Doyen, les prières ordinaires étant finies, Willermoz étant présent.

 

A 10 h. 1/4 du soir, ayant déjà la vision des saints anges, les saints patrons ont paru ainsi que l'oncle de M. le Doyen, la soeur de R..., le père de M. le Doyen, et de Pizay couché. Elle en voit venir beaucoup d'autres, notamment la mère de M. le Doyen et ses enfants ; puis, à 10 h. 1/2, mon père, placé à la tête de Pizay. Il a, dit-elle, l'air content et les a tous regardés avec satisfaction en arrivant... Elle ne voit point aujourd'hui la grande belle porte qu'elle a vue les jours précédents, mais elle voit devant elle une éclatante lumière toute ronde comme le soleil, qui répand de tous côtés un rayon particulier sur la tête de chacun des saints patrons et d'autres rayons sur le coeur de chacun des êtres bienheureux... Mon oncle Willermoz est revêtu d'une chasuble qui est blanche du côté de la lumière et noire de l'autre côté... Mon père et mon oncle se parlent... Ils se prosternent devant la lumière... Ils se relèvent. Ils s'assoient... Il y a beaucoup de petits anges... Ils sont bien dix-huit... Ils portent une petite chaire... Le prêtre Willermoz y entre... Tous les autres se tournent du côté de lui qui est dans la chaire, et sont assis comme pour l'écouter... Le prêtre sort de sa poche un petit rouleau, il semble qu'il va prêcher, mais il a gardé sa chasuble blanche et noire comme s'il allait dire la messe... Il se met à genoux... Il se relève... Il déploie son petit rouleau... Il veut qu'on relise ce qui fut écrit hier... (Je le relis.)

 

A 11 heures, après cette lecture, elle a fait plusieurs grands soupirs et a dit d'une voix étouffée : « Monsieur Willermoz, depuis que vous avez commencé à lire, j'ai votre mère, vos trois soeurs et le frère de M. le Doyen sur moi... Ah ! qu'ils me serrent fort... (Elle paraît fort oppressée.) Non, non, ce n'est pas votre poids qui me fatigue tant ; c'est votre souffrance... Oui, vous serez bientôt heureuses... Ne vous soulevez pas, restez sur moi, ce n'est pas votre poids, vous dis-je, qui me fatigue... Vous ne pouvez pas me parler, je vois bien que vous en avez la volonté... Ah ! monsieur le Doyen, que votre frère me serre... La mère de M. Willermoz se couche sur mon estomac... Ah ! qu'elle se réjouit du jour de demain. » (Jour de la grand'messe.)

 

En silence et fort oppressée, elle appuie son crucifix sur tous ces êtres à sa droite, à sa gauche et sur son estomac ; elle paraît souffrante et remplie de compassion pour eux.

 

« Monsieur Willermoz, dit-elle, votre mère et votre soeur Magdeleine me serrent du côté droit, vos deux autres soeurs me serrent du côté gauche... Ah ! voilà encore un de vos parents, il est tout entouré de flammes... Il se jette à terre sous la chaire du prêtre... Il implore tous ces bienheureux... (avec effroi) Ah ! il vient à moi... (grands cris perçants). Ah ! mon grand-père et ma grand'mère qui viennent aussi... Ah ! que cela me pèse bien fort ! Ils sont sept sur moi et encore sans compter celui qui s'est couché sous la chaire du prêtre. Quand il faut que je parle, ils se soulèvent pour me laisser parler ; il n'est pas permis à ceux de la famille de M. Willermoz de parler à son père, voilà pourquoi ils restent sur moi afin que je vous répète tout ce que je vois pour vous émouvoir.

 

« Messieurs, il faut que vous instruisiez ceux qui ne suivent pas la bonne voie. Ah ! Dieu vous en donne les moyens. Malheur à vous si vous ne le faites pas... Ah ! nous craignons de déplaire à ce monde infâme et méchant et nous ne craignons pas de déplaire à Dieu qui est si bon, de qui nous tenons stout ce que nous sommes... Non, non, tristes âmes, ne craignez pas de rester sur moi ; ce crucifix que je tiens se tourne dans ma main, et c'est pour vous, sentez-le. »

 

En disant ces mots, elle a appuyé son crucifix sur chacune de ces âmes souffrantes et le leur a fait baiser.

 

« Elles s'en retournent, ajoute-t-elle, ces pauvres âmes, sans oser regarder leur père Willermoz, parce que Dieu ne le leur permet pas.

 

« Celui qui était couché sous la chaire se lève... (d'un ton très ému) Il vient... Il vient... Il vient... Il est tout en flammes... (grand cri) Ah ! il tombe suie moi ; il me pèse plus que tous Ies autres ensemble... Voilà une de ces flammes qui vient jusqu'à ma main... (cri d'étonnement et de douleur) Ah ! monsieur Willermoz, c'est encore un oncle à vous celui-là, un frère à votre père... Ah ! qu'il souffre ! Ah ! qu'il me fait mal là ! (en montrant son estomac). »

 

A cette annonce, j'ai reconnu mon autre oncle paternel Claude-Henry, mort à Lyon, après une longue et cruelle maladie de plusieurs années. Il était pieux et très exact dans ses devoirs de religion ; son caractère était impérieux et despotique chez lui, s'offensant aisément de tout ce qui le contrariait, et fort rancuneux.

 

J'ai dit à R...: « Je le croyais plus heureux celui-là..» R...: « Non, il est plus souffrant que les autres ; il lui a été seulement permis de se jeter sous la chaire où est son frère le prêtre ; mais il ne lui a pas été permis de regarder ses frères. Ah ! qu'il souffre et qu'il a encore à souffrir. »

 

J'ai répliqué : « Il avait beaucoup souffert ici et bien longtemps, et même il paraissait souffrir bien patiemment. »

 

R...: « C'est ce qui vous trompe, les hommes ne voient pas les plaintes, les murmures secrets, les méfiances comme Dieu. Il avait reçu bien des grâces, mais il en a perdu le fruit. Une seule méfiance envers Dieu, un seul moment mauvais suffit pour tout perdre. Ah ! qu'il en fait bien la terrible expérience.

 

« Messieurs, prenez bien garde à ce qu'on vous dit : Dieu a tout fait pour vous ; il veut bien encore se servir de nous (crisiaques) dans cet état pour vous ramener à lui (1). Nous en perdons la mémoire, nous, mais pour vous, vous recevez une entière connaissance de tous ces objets frappants ; ils vous étonnent et souvent on les méprise ; mais malheur à ceux qui, les ayant compris, les méprisent, les oublient, qui tournent le dos à de si grandes grâces et négligent d'en faire leur profit ; tout cela se paiera bien quand le temps en sera venu. Le bon Dieu nous présente à nous tous les tableaux qui peuvent vous frapper le plus ; il les arrange selon votre faiblesse, il les présente à moi et il me dit : Tiens, voilà pour eux, dis-le leur...

« Ah ! que nous sommes insensés, nous négligeons la seule affaire qui soit nécessaire au monde pour nous livrer à toutes les autres affaires de ce monde infâme et trompeur auquel nous sacrifions tout pour nous perdre. Mon Dieu ! quel aveuglement ! quelle folie ! »

 

Après ce début, elle nous a fait pendant vingt-huit minutes, sans aucune interruption, un sermon rempli d'énergie et d'onction, des peintures les plus effrayantes et les plus touchantes de l'enfer et des autres lieux de souffrance, du malheur de ceux qui ne peuvent plus aimer Dieu, qui ont sacrifié sur la terre leur salut à leurs folles passions, à leurs vices, à leurs caprices, à l'amour de l'argent, des honneurs, au désir de parvenir, aux injustices, aux tromperies qu'ils ont faites pour y réussir, à l'hypocrisie qu'ils ont employée pour se faire estimer en trompant les autres sans pouvoir se tromper eux-mêmes, et principalement à l'orgueil qui leur a fait rejeter et mépriser les bons avis, conseils et exhortations qui leur ont été donnés pour leur aider à se tirer du bourbier.

 

De ce tableau effrayant, elle a passé à un tableau touchant et sublime de la bonté et de l'amour de Dieu pour les hommes, du bonheur éternel de ceux qui auront bien vécu sur la terre, qui auront pratiqué les vertus que Dieu leur a fait connaître pour les pratiquer, qui auront mis toute leur confiance en lui, qui auront supporté tous les maux et les contradictions avec patience pour lui plaire.

 

Elle a fait ce sermon avec tant de véhémence, de chaleur et de rapidité qu'il n'a pas été possible d'en retenir par écrit une seule phrase.

 

A la fin elle a dit : « Le voilà le sermon que fait ici le prêtre qui est dans la chaire, afin que voue l'entendiez. Malheur à vous si vous n'en profitez pas et si vous n'en faites pas profiter tous ceux en qui vous verrez une petite bonne volonté... Ah !

on craint l'enfer, on ne veut pas aller en enfer ; je le crois bien, mais on ne veut pas faire ce qui délivre d'y aller. Non, non, ce n'est pas l'enfer que je crains ; il ne sera jamais assez terrible pour me consumer, si je le mérite ; mais c'est l'amour de Dieu que je n'ai pas, que j'ai perdu. Voilà tout ce que je crains, voilà ce qui est cent fois pire que l'enfer. Dites-moi bien cela quand je serai éveillée ; dites-le-moi souvent, répétez-moi bien toutes ces grandes vérités que vous venez d'entendre et n'y manquez pas. »

 

Elle avait adressé quelques parties du sermon à M. le Doyen personnellement, à cause de quelques négligences, impatiences et dégoûts auxquels il s'était livré ce jour-là, qu'elle lui avait reprochés dans le sommeil d'une manière remarquable. Il en était tout attristé ; elle lui dit :

 

« A présent que Dieu me le permet, je peux vous expliquer comment j'ai lu ce sermon. Pendant que je vous parlais, le prêtre Willermoz me présentait sur son rouleau ce qu'il fallait dire ; je m'arrêtais lorsqu'il repliait ce que je venais de dire et je connaissais dans ses yeux qu'il trouvait que j'avais bien dit comme il voulait ; ensuite, il déployait son rouleau pour que je pus vous dire ce qu'il y avait encore à dire. Je ne lisais pas, mais j'étais inspirée sur tout ce que j'ai dit comme si je l'avais su, et on trouvait que je vous le rendais comme il faut. Ah ! nous aurons bien d'autres sermons à recevoir, car nous n'en avons que trop besoin. »

 

A minuit, après plusieurs reproches qu'elle s'est faits à elle-même sur sa vie passée, elle s'est écriée :

 

« O mon Dieu ! Vous aviez tant de raisons de m'appeler ici ; c'est donc ici que vous vouliez me faire connaître le chemin du ciel et vos saintes vérités. Oui, c'est ici, je le vois à présent et vous voulez bien vous servir de moi pour en éclairer tant d'autres. Oui, Dieu m'a mis dans vos mains pour me faire trouver mon salut, pour me faire trouver le vôtre et celui de plusieurs autres. Le nombre en est encore petit, mais il deviendra plus grand, je l'espère... Non, je ne veux plus rien du Inonde ; je m'y suis trop attachée, je ne veux plus que mon Dieu... mon Dieu, envoyez-moi toutes les souffrances, toutes les humiliations que vous voudrez, je les accepte toutes ; oui, je vous les demande... Oui, je les désire pour vous plaire, pour réparer ma vie passée... Ah ! quand je suis dans un autre état (en éveil), je crois n'avoir que de petites fautes à me reprocher, mais dans l'état où je suis à présent, vous me faites connaître combien elles sont énormes, combien je m'abuse ; vous me les faites connaître pour m'en repentir... O monde infâme ! O perfide ! Je te foule aux pieds...

« Monsieur le Doyen, répétez-moi bien le sermon d'aujourd'hui, ne me faites point grâce sur mes défauts. Messieurs, vous y êtes tous obligés ; niais ne me parlez jamais des grandes grâces que je reçois dans cet état ; vous m'eu donneriez de l'orgueil ; ce serait un grand malheur et peut-être irréparable ; vous perdriez tout et je me perdrais.

 

« Il semble que tous ces bienheureux qui sont là, sont sans mouvement, ils sont tous arrêtés et les yeux fixés au ciel... Ah ! tout s'arrange... Saint Jean... Saint Claude... Monsieur Willermoz, est-ce que vous avez quelqu'un dans votre famille qui s'appelle : Claude P »

 

Willermoz : « Oui, mademoiselle, c'est le patron de mon père. »

 

R...: « Ah ! C'est donc cela. Eh bien ! ils nous donnent tous les trois ensemble leur bénédiction ; recevons-la bien. »

 

Nous nous sommes recueillis pour la recevoir.

 

M. le Doyen était tout attristé des fautes de la journée qu'il se reprochait et qui lui avaient été reprochées comme considérables. II lui en a témoigné alors son inquiétude et ses regrets... Elle lui a dit que ses patrons venaient de lui obtenir de Dieu le pardon de ses fautes de cette journée, qu'il restât donc tranquille en s'observant mieux à l'avenir et que le sommeil d'aujourd'hui était un sommeil de grandes grâces pour tout le monde.


source : misraim3.free.fr/divers2/sommeil_afin.doc

 

 

Commentaire de Thomas Dalet : c'est quand même un christianisme spécial. Je ne vois pas un prêtre, un pope ou un pasteur pratiquer ce genre de cérémonie!

Willermoz était chrétien, mais à sa façon : occultiste et kabbaliste.


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Les sommeils de Jean-Baptiste Willermoz

14 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Inévitablement, tous ceux qui se sentaient portés vers les sciences de l'invisible, et au premier plan les Élus-Cohens, furent séduits par le somnambulisme. Jean-Baptiste Willermoz n'échappa pas à l'engouement général, et il est probable que cette pratique soit pour beaucoup dans la chute de l’Ordre des Élus-Cohens. En effet, avec le somnambulisme, plus besoin d’ascèse et de rites compliqués pour communiquer avec l’invisible : il suffit de plonger un patient dans le sommeil magnétique et de l’interroger. La pratique montrera hélas que les choses ne sont pas si simples, et Jean-Baptiste Willermoz, qui dans cette mouvance créa la Société des Initié (1785), en fera les frais entre avril 1785 et octobre 1788. Il se rangera ensuite parmi les Martinistes qui, comme Rodolphe Salzmann et Louis-Claude de Saint-Martin, pensaient qu’il est dangereux de vouloir soulever le voile de l’autre monde sans faire un travail de sanctification.

source : http://www.martiniste.org/l

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Jean-Baptiste Willermoz et l'Agent Inconnu

14 Avril 2012 , Rédigé par Tomas Dalet Publié dans #histoire de la FM


En 1778 le Docteur MESMER importe en France une nouvelle méthode de soins basée
sur le "magnétisme animal" “en prétendant expliquer toute le vie organique et
cosmique par l'action d'un fluide circulant dans tout le corps et établissant
entre eux des rapports réciproques”. La communauté" scientifique est assez –
pour le moins – réservée.

En 1784 un disciple de MESMER, le marquis de Puysegur, pense applique le
"magnétisme animal" à des gens en état de somnambulisme, puis à des sujets plus
disposés que le commun des mortel, au spiritisme. Evidemment ces expériences et
"manifestations" diverses intéressaient les "occultistes", dans la mesure où
elles semblaient conforter la théorie selon laquelle, les sujets en transe
étaient inspirés par un "être surnaturel", "d'un autre monde", qui même parlait,
écrivait, par son intermédiaire. C'était déjà, vieux comme le monde !

Des groupes se formèrent, avec bien surs différentes motivations !

Des Maçons du grade le plus élevé qu'il soit, pensaient que “si les messagers
divins consentaient à venir en aide aux hommes de bonne volonté qui cherchaient
à guérir leurs semblables, il ne refuseraient certainement pas de répondre aux
hommes de désir qui les interrogeraient sur ce qui intéressait la Foi et le
salut des âmes”.

[…]Ils introduisirent le magnétisme mystique dans une société créée à cet effet
qui portait le nom de " la Concorde ". Ils y invitèrent J.B Willermoz qui
s'occupa plus particulièrement d'une jeune Demoiselle Marion BLANCHET, dont il
surveillait le sommeil pour y déceler " des observations

essentielles". Monsieur MILLANOIS magnétisait Mademoiselle BERGE, le chanoine
CASTELLAS

endormait Mademoiselle ROCHETTE, qui devint l'Oracle du Club. Leur zélé fut mal
récompensé, leur première déception leur vint de la voyante. Son passé aurait du
d'ailleurs leur inspirer une juste défiance, mais elle sut leur imposer jusqu'au
moment ou elle eu trouvé l'établissement qu'elle n'avait cesse de chercher.

 Arrivée à Lyon suite à "un attentat" dans un état intéressant,  elle avait d’abord annoncé au
chanoine Castellas qu’elle lui était unie par un mariage spirituel. Après ses
couches, pour lesquelles ses protecteurs lui avaient trouvé un asile
confortable, elle avait eu des «sommeils particuliers» avec un magnéti­seur plus
jeune, le Frère O’Brenan, qui au bout de quelque temps, s’était éclipsé; elle
fit ensuite courir le bruit que J.B. Willermoz, célibataire impénitent à
cinquante-sept ans, était son époux mystique. Enfin elle réussit à prendre dans
ses filets le propre neveu de Willermoz et il l’épousa le 3 octobre 1787, au
grand scandale des initiés; aucun des parents du marié ou des membres de la
confrérie magnétiste n’assista à la cérémonie nuptiale et le nom de Gilberte
Rochette fut soigneusement effacé sur les procès-verbaux de ses sommeils.

Madame de Valliere et l'Agent Inconnu :

Les désillusions que causèrent aux Frères de la Loge Élue et Chérie les messages
de l’Agent Inconnu furent d’une autre nature. Ces cahiers étaient l’œuvre d’une
somnambule psychographe, Mme de Vallière, cha­noinesse du chapitre de
Remiremont, sœur du commandeur de Mons­pey (7): Femme d’esprit curieux et
cultivé, nourri par de vastes lectures, elle avait reçu de son frère, Élu Coen
féru d’arithmosophie, Grand Profès et éminent magnétiseur spiritualiste, une
instruction mystique approfondie. Aussi les cahiers qu’elle rédigeait pendant
ses transes formaient-ils une sorte de recueil encyclopédique de thèmes
occultistes empruntés aux antiques religions de l’Orient et aux systèmes des
Manichéens et des Gnostiques, brassés, amalgamés et développés par une
imagination dé­bridée. Malheureusement ces vaticinations, qui avaient d’abord
plongé les lecteurs dans une stupeur admirative, étaient en maints endroits
d’une désespérante obscurité, qu’augmentait encore un texte parsemé de termes
venant d’une langue inconnue et de signes indéchiffrables. En outre les
prédictions de l’Agent ne s’accomplissaient pas; notamment le prophète, dont il
avait annoncé la venue et qui devait surgir du milieu des Frères, s’obstinait à
ne pas paraître. La plupart des membres de la «Société des Initiés», qui avaient
salué la date du 10 avril 1785 comme le début de l’ère du «Renouvellement»,
finirent par perdre courage. Le Sacerdos lui-même sentit vaciller sa foi et il
ne put s’empêcher d’exprimer ses doutes et ses inquiétudes dans une assemblée
générale de la Loge Élue et Chérie qu’il avait convoquée le 10 octobre 1788. Les
réunions, qui avaient lieu tous les quinze jours, devinrent de moins en moins
fréquentées, bien que le flot des messages continuât à déferler. Quelques
membres de la So­ciété des Initiés s’acharnèrent à cette pénible étude, dont de
nouveaux textes leur parvinrent jusqu’en 1793, mais la véritable ère du
Renouvelle­ment n’avait pas sensiblement dépassé son troisième anniversaire (8).


(7) Cette identification a été faite pour la première fois, et de façon
définitive, par Mme A. J0LY dans son ouvrage paru en 1938.

(8) Mme de Vallière retira en 1790 à Willermoz la garde des archives pour
la confier à Paganucci. Lorsque celui-ci dut, en 1793, quitter Lyon et se cacher
après le siège et la reddition de la ville, Périsse Duluc lui succéda. En 1795
Paganucci, rentré à Lyon, reprit possession des documents qu’il conserva jusqu’à
sa mort survenue en avril 1797. Mme de Vallière en constitua dépositaire
Périsse. Duluc, auquel elle envoya d’autres cahiers jusqu’en 1799. Quand Périsse
décéda à son tour en 1800, ses héritiers remirent à Willermoz tout ce qu’ils
trouvèrent de documents secrets dans ses papiers.


Willermoz avait pu espérer au début que l’excursion des Grands Profès dans le
domaine du magnétisme leur vaudrait quelques recrues, mais son attente fut
trompée avant même que le Renouvellement eût fait faillite. Lorsqu’il avait
mandé au commencement de 1785 à Bernard de Turckheim que Lyon pourrait «renouer
les relations avec Bordeaux par les connais­sances du (obtenues au moyen du)
magnétisme», son correspondant, au­quel l’événement donna raison, lui avait
répondu qu’il doutait fort que ce rapprochement pût faire adopter le Système Les
Chevaliers Bienfai­sants par l’ancienne III° Province et la tirer de son
assoupissement, atten­du que «la partie religieuse était peu goûtée à Bordeaux»,
de sorte que les ex-Templiers de Guyenne seraient plus rebutés qu’attirés» par
le cérémonial auguste de rituels qui ramenait l’esprit trop souvent à
aper­cevoir cette seule et unique fin des travaux». D’autre part, si la pratique
du magnétisme spiritualiste amena un échange de lettres fraternelles, de
souhaits et de congratulations avec l’ancien secrétaire de Pasqually, l’abbé
Fournié de Bordeaux, et des magnétistes de Toulouse (9), ces relations
n’intéressaient qu’un petit nombre d’Élus Coens et de mystiques qui n’avaient
aucune envie d’adopter le Système maçonnique lyonnais (10). Enfin l’Agent
Inconnu avait bien désigné Ferdinand de Brunswick et Charles de Hesse pour être
admis dans la Loge Élue et Chérie, mais, comme ils devaient recevoir
l’initiation à Lyon même, ils avaient décliné l’invitation que Willermoz leur
avait transmise.

Bien loin d’étayer l’édifice chancelant, le somnambulisme extatique
contribua à l’ébranler, en amenant le Directoire d’Auvergne à opérer dans le
rituel du premier grade une modification, qui souleva de vives pro­testations,
et en provoquant chez les Frères de confession protestante une réaction brutale
contre la propagande catholique à laquelle se li­vraient les messages de l’Agent
Inconnu.

Mme de Vallière, dont la compétence était universelle, ne s’était pas
contentée de doter la Loge Élue et Chérie de trois grades secrets; elle avait
aussi esquissé un nouveau Système de sept grades qui aurait en­traîné des
modifications dans les grades symboliques du Régime Recti­fié, notamment dans
les batteries (11), Les papiers de Willermoz ne don­nent pas d’indication
précise sur les particularités de ce nouveau Sys­tème, mais certains passages
des résumés et extraits des cahiers origi­naux font penser qu’il avait de
nombreux traits spécifiques. Par exemple, Mme de Vallière bousculait la légende
traditionnelle du grade de Maître en enseignant que Hidam, «homme privilégié des
Raabts» et maître de Salomon, s’étant laissé séduire par les volougs (12), était
retourné à Tyr, au lieu de rester à Jérusalem, ce qui avait été la cause de sa
mort. Elle affirmait aussi que le grade d’Élu avait été mal interprété et que,
«con­venant au moment de l’univers où nous touchons», il pouvait être ré­tabli
(13)

(9) VULLIAUD, op. cit., p. 127-128.

(10) Lyon 5425 pièce 27.

(11) Les Maçons appelaient ainsi le nombre et la cadence des Coups frappés à la
porte de la Loge pour en demander l’entrée, ou par le maillet du Vénérable pour
annoncer l’ouverture et la fermeture des travaux. Chaque grade avait sa batterie
distinctive.

(12) Dans le vocabulaire inventé par l’Agent Inconnu le terme Raabts désignait
tantôt les connaissances secrètes, tantôt les manifestations des puissances sur
naturelles, tantôt les élus possédant ces connaissances et témoins de ces
manifes­tations. Les volougs étaient les démons

Sur ce terrain, qui lui était familier, Willermoz se sentait autrement solide
que dans le domaine des spéculations transcendantes; avant de faire subir un
remaniement général à l’œuvre qu’il avait si péniblement enfantée et de remettre
en pratique un prototype de ces grades de Ven­geance qu’il abhorrait, il tint à
prendre des informations supplémentaires. Il consulta Gilberte Rochette sur le
parti qu’il devait prendre. Le ques­tionnaire qu’il avait rédigé, afin de ne
rien oublier pendant le sommeil du 30 mai 1786, était ainsi conçu: «Que dois-je
penser du travail fait sur les sept grades? Dois-je le publier à la Société ou
le tenir secret? Quelles sont les causes qui ont influé sur ce travail des sept
grades et autres (travaux) ?» Il hésitait d’autant plus à faire le remaniement
qu’il soupçonnait, sur ce point particulier, l’influence d’un Frère auquel il
s’estimait supérieur en expérience et en dignités maçonniques; il sup­posait que
«le porteur (Monspey) avait part à ce résultat de l’imagination, surtout dans le
travail ou cahier des sept grades et des batteries». Pour­tant les messages de
l’Agent lui inspiraient, pendant la seconde année du Renouvellement, un respect
trop profond pour qu’il refusât de se con­former, au moins partiellement, à
leurs prescriptions. Il prévenait donc le 30 juillet 1786 Ferdinand de Brunswick
que «les rituels du premier au quatrième grade (14) devraient vraisemblablement
subir quelques modifica­tions pour s adapter aux enseignements de la nouvelle
génération». Il avait du reste déjà apporté un changement important dans le
rituel du grade d’Apprenti en obtenant du Directoire d’Auvergne dès le 5 mai
1785, c’est-à-dire moins d’un mois après la fondation de la Loge secrète entée
sur la Bienfaisance, que le mot de passe du premier grade, adopté par les Loges
bleues de tous les Systèmes et qui était traditionnellement Tu­balcaïn, serait
remplacé par Phaleg.

On comprend cette hâte quand on lit ce que les messages, alors reçus avec tant
de vénération, disaient des deux personnages bibliques. Tu­balcaïn était la bête
noire de Mme de Vallière; elle l’accusait des crimes les plus monstrueux, le
rendait responsable de l’emploi néfaste des corps naturels, de la perversion des
animaux et de la dégradation de la race humaine. C’était par des opérations
diaboliques qu’il avait découvert l’art de forger les métaux, en «vouliant le
règne minéral»; il avait rendu le taureau rebelle à l’homme et donné la rage au
chien. «Coupable des plus honteuses prévarications en voie charnelle» et
«entraîné par sa ­ concu­piscence», Tubalcaïn «évia les mauvais anges en femmes
déjà existantes. Tel est le crime qui corrompt toute chair. Il fut livré au sort
des démons. Oh! abîme d’horreurs!» La femme avec laquelle Noé, échappé au
déluge, «virtualisa» les rejetons dont devait sortir la nouvelle race humaine,
avait été pervertie par Tubalcaïn, qui voulait en faire un démon (15). Noé
l’ar­racha à temps à son séducteur, mais la génération féminine issue de l’union
du patriarche avec cette femme souillée, «quoique véritablement délivrée de la
tache du crime qui voulia» sa mère, «en porte encore les marques dans sa
constitution novénaire (physique)» (16). Ainsi «les êtres de la nature ont été
souillés» autant par «le crime de Tubalcaïn» que par «la chute de l’homme».

Phaleg fut au contraire le bienfaiteur de l’humanité déchue, en lui enseignant
les vérités éternelles. «La seule initiation pure est celle qui a commencé à
Phaleg; elle s’étend de ce patriarche à Jésus-Christ qui en a légué à son tour
le dépôt». Phaleg est par conséquent le fondateur de la Maçonnerie; il groupa
les Raabts en Loges, «nom qui tient son origine du mot primitif Logos, la
Parole».

Ces considérations parurent à Willermoz si décisives qu’il résolut d’en­lever au
sinistre Tubalcaïn le patronage du grade d’Apprenti symbolique pour le donner à
Phaleg. Mais le nouveau mot de passe ne pouvait avoir force de loi dans les
Loges bleues soumises au Directoire d’Auvergne que si ce dernier prenait un
arrêté en ce sens. Comme il n’était pas possible de lui faire connaître la
véritable raison de cette innovation, il fallut trouver un prétexte. Willermoz
rédigea donc un mémoire bourré de cita­tions bibliques dont il donna d’abord
lecture au comité des grades, dans lequel siégeaient plusieurs membres de la
Loge flue et Chérie; ils com­prirent à demi-mot et décidèrent leurs collègues à
approuver la proposi­tion. Alors le chevalier de Savaron, qui présidait le
Directoire, donna à son tour. Le 5 mai 1785, «le Directoire Provincial étant
régulièrement assemblé avec la Régence ~écossaise (Chapitre Préfectoral) et le
Direc­toire ~cossais (du Prieuré de Lyon)» (17), Savaron pria le Frère ab Eremo,
Grand Chancelier Provincial, d’expliquer pourquoi le comité des grades proposait
de changer le mot de passe des Apprentis.

Willermoz, procédant à une seconde lecture de son mémoire (18), exposa que
Tubalcaïn, fils de Lamech le Bigame et de Sella, ayant été le pre­mier à
connaître l’art de travailler avec le marteau de forgeron et à se montrer habile
en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer, «c’était une contradiction de
donner à l’Apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous les
métaux qui sont les emblèmes des vices» (19).

(13)Il était aussi question d’un «pont de la mort», qui semble avoir été un
accessoire d’une cérémonie de réception, comme le pont que le récipiendaire au
grade de Chevalier d’Orient franchissait en combaftant l’épée à la main contre
des ennemis fictifs.

(14)On peut supposer, d’après ce texte, que le Système de sept grades inventé
par Mme de Vallière se composait, comme l’Ordre Rectifié, de quatre grades
«osten­sibles»: Apprenti, Compagnon et Maître Symboliques, Maître Écossais, et
des trois grades secrets pratiqués par la Loge Élue et Chérie.

(15)Il y a probablement dans cet épisode un souvenir de la Lilith qui, d’après
le Talmud, fut la première compagne d’Adam et devint un démon qui fait périr les
nouveaux-nés.

(16)On devine à quelle pollution périodique Mme de Vallière faisait allusion.

(17)La réunion de ces trois comités directeurs ne formait pas une très
nom­breuse assemblée, car la plupart des charges étaient remplies dans chacun
d’eux par les mêmes Frères sous des titres différents.

(18)Lyon 5477 pièce 7.

(19)Avant d’être présenté à la Loge, le candidat au grade d’Apprenti devait
déposer tous les objets en métal: monnaie, bagues, tabatière, boucles de
souliers, qu’il avait sur lui. Les catéchismes donnaient d’ordinaire à ce geste
symbolique

Il nous faut nous replacer dans le contexte sociétal de l'époque, pour
relativiser les errements passagers des " Élus " qui se sont alors laissés
abuser, par quelques farfelu(e)s en mal de bénéfices nombreux et divers. Ces
"affaires" sont de tous les temps. Que la lourde responsabilité que d'aucun
avait à assumer, l'ai fait s'entourer de conseils plus ou moins judicieux, n'est
pas de nature ni d'un tel danger qu'il faille pour autant en minimiser l'Œuvre
dans son Immensité, car c'est bien de cela qu'il s'agit ici. Que Tubalcain ait
laissé sa place à Phaleg …. Est-ce bien là tout le problème ?

Il n'est pas lointain le temps – de nos jours – ou nos plus grands politiques
s'entouraient des conseils de tel ou telle voyant (e) perspicace ! Et alors ?

source : forum Yahoo groups

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Saint Martin et Willermoz

14 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Louis-Claude de Saint-Martin est connu pour avoir délaissé, à la fin de sa vie, les formes initiatiques pour une relation directe avec son Créateur par le biais de la prière, ce dialogue du coeur au coeur avec le Divin.

Mais en amont de cela, Saint-Martin a eu l'occasion, lors du fameux épisode de l' "Agent inconnu", d'écrire cette incroyable lettre à Jean-Baptiste Willermoz, le fondateur du Régime Ecossais Rectifié tel que nous le connaissons aujourd'hui :

"Intercédez pour moi, je vous regarde comme libérateur, je m'unirai à vous mais c'est vous qui pouvez obtenir d'en haut-haut l'abolition de mon péché. Les torts que j'ai eus de me laisser connaître ne me paraissent pas comparables à ceux d'avoir écrit. Ces derniers offensaient la Chose même en me mettant à sa place dans son ordre (...). Voilà, mon maître, mon saint ami, mon père en Dieu et en J.-C., l'état fidèle et malheureux de celui qui aurait pu ne passer sur terre que des jours de sagesse et de vérité et qui a laissé accumuler sur lui un tas énorme d'immondices qui le resserrent et l'ensevelissent dans les ténèbres de la privation. Dieu cependant ne veut pas que je me croie mort, il permet que je pleure, abondamment dans ce moment mon état et sur mes fautes. Offrez-lui mes pleurs, il les recevra de votre main, la mienne est encore trop indigne (...). Soyez mon ange médiateur, je m'arrête, les pleurs et les sanglots me suffoquent. (...) Priez pour moi, tracez-moi ma route, prononcez ma sentence, je subirai mon jugement sans murmure ..."

Cette lettre est publié dans la biographie de "Saint-Martin" écrite par J-M Vivenza et édité par Pardes en 2003 (p. 50). Le contexte est le suivant :
Les lyonnais recevaient, via l' "Agent inconnu", des révélations surnaturelles. C'était pour eux le sommet de l'Initiation et Saint-Martin souhaitait en être. Mais son entrée dans ce cercle fermé nécessitait l'accord de l'Agent qui n'y était pas favorable en raison de l'arrogance supposée du Philosophe Inconnu qui avait osé écrire et publié ce que la Chose elle-même s'était gardée de rendre public et en plus il le fît sous sa propre signature, summum de l'amour-propre selon l'Agent.

L'Agent en question a fait (et fera encore) couler beaucoup d'encre, mais je pense qu'il est utile de faire connaître cet extrait d'une lettre de Saint-Martin à Willermoz ne serait-ce que pour que l'on soit conscient de l'estime (le mot est faible) qu'avait pour Willermoz son entourage proche. Dans le même registre, les lettres de Saltzmann en cours de publication dans Renaissance Traditionnelle sont très intéressantes aussi.

source : Hermanubis.com

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L'Agent Inconnu

14 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

L'Agent Inconnu

Au cours des années 1783 à 1788, Jean-Baptiste Willermoz se passionne pour le magnétisme. Cet épisode le détourne pour un temps de ses préoccupations antérieures. Il est convaincu qu'il tient là un nouvel instrument pour mener à bien sa quête. Il magnétise en suivant les procédés de Puységur et utilise Mlle Rochette pour médium [1]. Cependant, après l'engouement de départ, il s'avoue déçu.

Les choses prennent un nouveau tournant lorsque le 5 avril 1785, on lui apporte une série de cahiers écrits à son intention par un mystérieux « Agent Inconnu ». Un médium, plongé dans un sommeil magnétique, la main guidée par l'invisible, est l'auteur de ces textes étranges. Ces messages demandent à Willermoz de fonder un groupe secret : la Société des Initiés. La vocation de cette société est de devenir le « centre général de la lumière des derniers temps et de la parfaite et primitive initiation » [2]. Jean-Baptiste Willermoz voit là comme une récompense à ses efforts antérieurs. Enthousiasmé, il organise, dans le quartier des Brotteaux, une loge pour cette nouvelle société, la loge Élue et Chérie de la Bienfaisance.

Selon les instructions transmises par l'Agent Inconnu, l'entrée dans la Société des Initiés doit être réservée aux membres du Rite écossais rectifié. Saint-Martin lui-même accepte d'y rentrer pour pouvoir participer aux séances de l'Agent. L'engouement initial tombe cependant après la première année. Les messages de l'Agent Inconnu sont souvent incompréhensibles, pleins de contradictions, et ses promesses ne se réalisent pas. Jean-Baptiste Willermoz finit par avoir des soupçons sur l'authenticité de ces communications, d'autant plus que le médium qui transmet les messages refuse de se faire connaître. Finalement, après bien des réticences, l'Agent se présente à lui en avril 1787.

C'est une femme, Mme de Vallière, Marie-Louise de Monspey, chanoinesse de Remiremont. Elle est la sœur d'Alexandre de Monspey, un magnétiseur bien connu à Lyon, et qui plus est, lui aussi un élu coën. Quelques mois plus tard, en octobre 1788, Willermoz convoque une réunion des membres de la Société des Initiés. Il expose ses doutes, ses déceptions, et annonce qu'il se retire de la direction du groupe. La page est tournée, mais l'épisode pendant lequel il s'était consacré au magnétisme fut préjudiciable à ses réalisations précédentes. Il contribua probablement à fragiliser l'ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, tout juste sorti du creuset.

 

Source : http://www.philosophe-inconnu.com/

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Portrait de chanoinesses avec de nouveaux documents sur l'Agent Inconnu

14 Avril 2012 , Rédigé par Françoise HAUDIDIER

 

Où ai-je appris à écrire ? Dans le Silence d’une retraite, accablée d’une longue maladie et ne considérant qu’un dépérissement prochain. J’ai cru à la batterie qui me surprit et effraya ma raison. Seule, et en présence du Tout-Puissant, j’ai invoqué mon ange gardien, et la batterie m’a répondu. Voilà le commencement. Alors je le confesse, et je me le suis souvent reproché".Marie Louise de Vallière à Jean-Baptiste Willermoz, 26 Juillet 1806

Nous sommes, tard dans la nuit, le Mardi 5 Avril 1785, Jean-Baptiste Willermoz et deux de ses proches : l’imprimeur éditeur Perisse Duluc et, car on ne le saura jamais, soit Paganucci comptable de son état, soit le lieutenant-colonel Gaspard de Savaron[i], ces trois personnes, reçoivent ce soir là, une bien étrange visite assortie d’une bien étrange révélation, qui encore aujourd’hui marque le Régime Ecossais Rectifié…

En effet, un messager, qui n’est autre que Pierre-Paul-Alexandre de Monspey se présente à eux. C’est un gentilhomme beaujolais, Commandeur de l’Ordre de Malte, membre de la Loge La Bienfaisance, Loge créée par Jean-Baptiste Willermoz, il est Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (Paulus eques a Monte Alto) et Grand Profès. Il apporte à Willermoz 11 cahiers rédigés par sa sœur Marie-Louise de Monspey dite Madame de Vallière, qui sous l’emprise d’une force extranaturelle et sous l’emprise de ce qu’elle appelle des "batteries", sortes de coups qu’elle reçoit dans son corps, écrit ce qu’un être supérieur lui fait écrire. Ces cahiers sont destinés à Willermoz lui-même, qui dans un premier temps est surpris, mais qui très vite eu égard à la foi qui est la sienne, eu égard à ses croyances et aux pratiques qui lui ont été enseignées par Martines de Pasqually ne peut douter de la véracité de ce miracle, qui de plus tombe bien, dans un contexte où en 1785 son système maçonnique est encore loin d’être stable…

Tout d’abord, parlons de Remiremont, c’est une petite ville de 8000 habitants aujourd’hui, et qui se trouve près d’Épinal. Cette petite ville présente la caractéristique de pouvoir suivre sans interruption, son histoire pendant quatorze siècles, depuis le monastère fondé au début du VIIème siècle dans cette montagne vosgienne, en passant par le plus prestigieux chapitre féminin noble d’Europe du XVIIIème siècle jusqu’à la ville actuelle. Abbesses et chanoinesses, " les Nobles Dames de Remiremont " ont laissé partout dans la ville leur empreinte prestigieuse…

En ce qui concerne l’histoire de Remiremont et de son Chapitre, je vous renvoie bien sur, pour ceux que cela intéressera, à l’article de Renaissance Traditionnelle : "Portrait de Chanoinesses"[ii] qui reprend le travail de Françoise Haudidier[iii] et vous pourrez trouver en notes, une histoire abrégée[iv] de ce même chapitre. Alors, que nous dit cet article, en fait le Chapitre était "une maison d’éducation pour filles qui n’avaient pas forcément la vocation religieuse, qui constituait un refuge pour des veuves, des amoureuses déçues, des princesses sans fortune, mais à qui l’abbaye dispensait à toutes, les honneurs dus à leur rang." Mais revenons à cette étude lorsqu’elle traite des chanoinesses de Monspey, car Mme de Vallière est l’une des ces Chanoinesses.

Elles sont filles du comte Joseph-Henry de Monspey originaire de Vallière en Beaujolais. Vous allez voir dans la présentation des cinq sœurs les difficultés de recherche, car les prénoms des sœurs sont très proches les uns des autres… On apprend de plus, que la seconde, va fonder une sorte, nous dit Françoise Haudidier, une sorte de république pastorale inspirée de l’Astrée[v] ce roman fleuve du XVIIème, donnant pour rajouter un peu plus à la confusion, des surnoms de bergers ou de héros à chacune de ses sœurs ! Confusion renforcée par le fait qu’outre les prénoms ressemblant, le père leur donnera aussi un nom correspondant à l’une de ses terres. On retrouve donc :

Marie-Louise de Monspey dite "Eglé de Vallière" ou encore Madame de Vallière. C’est, je dirai, celle qui nous intéressera par ailleurs, elle est l’ainée des cinq sœurs qui toutes entreront au Chapitre et feront preuve à l’image des fameux cahiers d’une foi catholique puissante. Elle nait en 1731, mais n’entrera que la dernière au Chapitre en 1776.

Marie-Louise-Catherine de Monspey dite "Bergère Annette" ou "Annette de Charentey", née en 1734 et qui entre au chapitre en 1765

Marie-Reine-Aimée de Monspey ou "Laure de Vury", née en 1736 et entre au chapitre en 1766.

Pauline de Monspey ou "Pauline d’Arma" devenue chanoinesse en 1772, et

Catherine-Elise de Monspey ou "Sylvie d’Arigny" entrée elle en 1775 où elle succombera 7 ans plus tard de brûlures…

Les cinq sœurs passent pour avoir été des poétesses, la Maison de Monspey étant dite "chérie des muses" par Alice Joly, on sait leur intérêt pour la culture et la lecture de l’époque. Ce sont à la fois des bienfaitrices, qualifiées de "Bonnes fées" des pauvres, mais aussi de, on peut le dire avec une connotation qui nous est chère, de véritables "cherchantes", curieuses de tout en ce temps des Lumières. Elles lisent Buffon, "grattent" du côté des expériences de Lavoisier ou de celui des expériences de physique de l’abbé Nollet. Elles portent aussi et surtout, pour nous, un grand intérêt aux sociétés Mystiques Lyonnaises, au sein desquelles : les courants s’intéressant au magnétisme et aux guérisseurs, courants dans lesquels Mesmer[vi], le Marquis de Puysegur[vii] et autres Cagliostro occupent une part prépondérante.

Nous l’avons dit Marie-Louise de Monspey entre au chapitre en 1776, elle est âgée de 45 ans, on sait qu’elle ne fait que de courts séjours à Remiremont.

Nous venons de voir, certains des centres d’intérêt des Chanoinesses de Monspey, alors nous allons nous y arrêter un peu. En 1780 va naître en France un engouement pour ce que l’on va appeler le Magnétisme Animal, ici à Marseille par exemple, le célèbre Vénérable Maître de La Triple Union, pas Henry Lopez, l’autre Claude-François Achard, médecin de profession travaillera le Mesmérisme, le magnétisme, le somnambulisme et leurs applications médicales, et c’est dans le même esprit à Lyon, que le Dr Dutrech chirurgien du dépôt de mendicité et le Chevallier de Barberin officier d’artillerie vont fonder la Société de la Concorde, mettant au point ensemble des techniques de soins destinées aux indigents. Alors, il est intéressant de noter ici au passage, que le Commandeur de Monspey appartient à cette société et qu’il influera sur celle-ci, au point d’en modifier les techniques en supprimant par exemple les baquets, les attouchements et autres impositions des mains, ainsi que les musiques, qui étaient des vecteurs de guérison, et ce, au profit des sommeils somnambuliques. Notons enfin que comme le Commandeur de Monspey, Jean-Baptiste Willermoz participa également à la Concorde, mais ce dernier ne fut jamais un leader comme il le fut généralement partout ailleurs.[ix]

Alors, parlons des manifestations, qui sont ressenties par Madame de Vallière. Elle les appelle nous l’avons dit : les "Batteries", elles surviennent spontanément, sans mise en condition, ces manifestations s’emparent de la main de la Chanoinesse induisant une écriture automatique tout en laissant libre son esprit, pour tout ce qui n’est pas de la manifestation, et lui laissant de plus, la possibilité d’arrêter la séance à tout moment. Nous le savons en Franc-Maçonnerie il existe différentes batteries : celles des maillets ou des coups frappés à la porte, mais qui au Régime Ecossais Rectifié sont souvent différentes des autres rites, notamment en raison des sources liées aux Elus Coëns de Martines de Pasqually et à son arithmosophie. En fait ces batteries décrites par L’Agent Inconnu, ne sont pas toujours les mêmes et lui permettent entre autre de déterminer à quelle classe d’esprit appartient celui qui s’adresse à elle, mais aussi confortent Jean-Baptiste Willermoz et les siens dans leurs croyances… Enfin on remarquera que, par chance, seuls les esprits supérieurs et bénéfiques ont contacté l’Agent.

Les cahiers originaux, ceux manuscrits par Mme de Vallière, ne nous sont pas connus, seules les transcriptions qui en ont été faites sont en la possession des différentes archives. Notamment celle du "Cahier des initiés" retrouvé parmi les papiers personnels du Profès Grenoblois Prunelle de Lierre, dont voici une page :

Mais imaginons-nous de nouveau ce mardi 5 avril 1785, Willermoz et ses "témoins" vont examiner ces cahiers pendant 4 jours[x], confortant leurs croyances en l’enseignement de Martines de Pasqually que l’Agent Inconnu corrobore, et notamment en ce qui concerne la chute Adamique et les possibilités de Réintégration. Ces textes, il convient aussi de le noter, font l’Apologie de l’Eglise catholique et en particulier du Pape. Au terme de ces 4 jours, Willermoz convaincu que l’Agent détenait la "Doctrine de la Vérité", Willermoz donc obéit à l’injonction qui lui est donnée, à savoir de réunir la société secrète dite L’Initiation, celle des "ouvriers de l’onzième heure". En tant qu’Elu, Willermoz aura le choix de soumettre aux 11 membres de la société, les textes de Madame de Vallière, tout du moins ceux qu’il désire leur soumettre pour la méditation et la recherche, en revanche, il ne doit en aucun cas en modifier la teneur. Même la cérémonie d’inauguration fut décrite par l’esprit, et l’on peut aisément l’imaginer, que Willermoz, cet amoureux des rituels comme on le sait, la respecta sans doute à la lettre. Et voici entre autre ce qu’on peut y lire :

"10 Avril 1785, en loge Assemblée des onze frères élus, lorsque la loge générale aura fini sa séance, le frère Willermoz ayant appelé en particulier chacun des frères, dès le jour précédent, sous la condition expresse de ne communiquer cet avis à aucun frère ; il aura soin de porter, avec ce cahier les 3 qui contiennent la doctrine dont il fera l’exposition et ceux qui contiennent les trois grades qui termineront la séance." On le voit, il y a d’abord une Tenue que je qualifierai de bleue, et derrière une Tenue regroupant les quelques privilégiés… A la fin du même mois, ils seront déjà à peu près 24 à se réunir en deux fois, c'est-à-dire qu’à peu près tous les frères lyonnais en font partie dès le début et fin juillet ils sont un peu moins de 50… On ne connaît pas la liste exacte de ceux qui firent partie des Initiés, ce qui est sur c’est que certains Francs-Maçons ne furent jamais appelés pour y participer et que d’autres refusèrent l’appel comme par exemple d’Hauterive, Savalettes de Lange ou l’Abbé Fournier (le dernier secrétaire de Martines de Pasqually) qui n’en firent jamais partie. En revanche il est fort intéressant de noter que Louis Claude de Saint Martin fut enclin à se soumettre aux "Lois de la Chose", et que, fait souvent méconnu, Saint Martin va même aider Willermoz à mettre en forme les écrits de L’Agent Inconnu, afin que chaque Initié y ait un accès facilité.

L’Initiation elle-même, celle dispensée au sein de cette société, durait 4 à 6 semaines, sous la forme de révélations et d’instructions sur la doctrine, surtout si les impétrants n’étaient pas maçons ce qui impliquait qu’ils reçurent tous les grades rectifiés jusqu’à l’Ordre Intérieur. Notons aussi quelques points : le premier c’est qu’à l’inverse de la cérémonie d’inauguration qui avait été soigneusement dictée par l’Agent, la cérémonie d’initiation elle, ne répondait à aucun rituel, elle n’était constituée comme nous l’avons vu, que de formation et d’instruction ; second point : que l’adhésion à la société était gratuite, et enfin, que la société n’essaima pas, même si des frères étrangers ou éloignés reçurent l’enseignement…

Au sein de cette société, Willermoz est dénommé le "Sacerdos", et on l’a vu on ne connaît que le nom de quelques membres présent à l’Inauguration, citons : Paganucci, Grainville, Millanois, Monspey bien sur, Savaron et Braun, tous sont Grand Profès et Elus Coëns[xi]. Cette première réunion se tint chez Savaron, les 3 cahiers concernant les rites, le règlement et les trois grades ne sont pas connus, en revanche on connaît les 4 cahiers concernant la doctrine. A partir de cette première réunion, Jean-Baptiste Willermoz va être très occupé, il en délaissera même son travail magnétique sur les sommeils de Melle Rochette. De 1785 à 1788, Mme de Vallière envoie 162 messages à Willermoz, seulement 45 furent sélectionnés pour instruire les Frères, et seuls 14 sont en possessions de la Bibliothèque Municipale de Lyon[xii]. Ces 14 messages décrivent la "Doctrine de Vérité", mixant un catholicisme fervent classique pour l’époque, du magnétisme, de l’enseignement de Martines de Pasqually et de la Franc-Maçonnerie. Dans ces cahiers on doit noter et c’est important, que le message délivré, tente d’une part de "dévaloriser" si l’on peut dire, ou de minimiser l’importance du personnage clé de la légende du troisième grade, d’autre part à l’inverse, tente de revaloriser le Grade d’Elu de même que les grades de vengeance que Willermoz avait tant décrié, et enfin et surtout de substituer le mot de passe du 1er grade à savoir Tubalcaïn !

Nous reviendrons plus avant sur la substitution de ce mot par Phaleg, mais d’ores et déjà, que nous dit l’Agent Inconnu sur Tubalcaïn ? Tubalcaïn est placé sur le même niveau qu’Adam en ce qui concerne la chute et la perversion de l’homme. Il est qualifié d’ "agent diabolique" et portant les "vices charnels". Ainsi ce nom utilisé entre autre, dans les initiations Egyptiennes promues par Cagliostro, quelque part le rival de Willermoz, devait être supprimé au profit de Phaleg, fondateur des Loges et donc de la Maçonnerie, sorte de chaînon manquant d’une filiation allant de Salomon à Jésus et aboutissant à l’Agent lui-même, rien que ça… ! Le 5 Mai 1785, invoquant la lignée Kaïnite et le patronage des forgerons et donc son lien aux métaux, Jean-Baptiste Willermoz remplace Tubalcaïn par Phaleg, sur décision de la Régence Ecossaise de Lyon et par Arrêté du Directoire d’Auvergne.

Revenons maintenant à l’enseignement dispensé par la société. On sait que L’Agent avait appuyé l’authenticité de ses propos, sur la base même, que l’initiation qu’il développait, correspondait à celle de l’Eglise primitive et était de plus, conforme à un manuscrit grec de la bibliothèque du roi, manuscrit de Saint Jean Chrysostome qui aurait été ramené par le moine Sosthène. Hélas malgré les instructions précises de l’Agent et les recherches de quelques frères, le manuscrit s’avéra introuvable… En fait, avec le temps, Jean-Baptiste Willermoz se rendit vite compte que les promesses de l’Agent Inconnu seraient difficiles à tenir et notamment en ce qui concerne les enseignements sensationnels promis, au sujet de textes Bibliques ou de ceux des pères de l’Eglise… Dès 1786, les rapports entre Willermoz et Mme de Vallière se gâtent, car Willermoz ne pouvait s’empêcher de corriger les erreurs et les imperfections de l’Agent qui concernaient la Maçonnerie et les Elus Coëns. A la fin de cette même année 1786 la publication des cahiers va stopper, et les membres de la "Loge Elue et Chérie" vont devoir attendre jusqu’en janvier 1789 pour obtenir un cahier. Mais le travail de l’Agent ne stoppe pas lui, au point que Jean-Baptiste Willermoz y adjoint la présence de sa somnambule préférée : Mademoiselle Gilberte Rochette, ce qui induira une sorte de guerre d’influence ou peut-être même de séduction entre ces deux femmes, car on sait par ailleurs que certaines séances de sommeils, peut-être particulières, aboutiront au mariage de Melle Rochette avec l’un des neveux de Willermoz…

De la même manière c’est avec Louis Claude de Saint Martin, que cet épisode de la Société des Initiés laissera des traces au niveau de la relation entre le Philosophe Inconnu et le soyeux Lyonnais, avec de nombreuses disputes qui vont aboutir à un quasi sentiment de pitié de la part de Saint Martin envers son ami, au fur et à mesure que les miracles se faisaient attendre, et surtout lorsque Willermoz allait essuyer un nouvel affront que nous allons voir… En effet à l’occasion du 3ème anniversaire de la Loge, l’Agent édicta la "Règle pour le 3ème anniversaire" dans lequel il prévoyait d’envoyer dorénavant les messages au rythme de deux fois par mois à cette fois, sept récipiendaires[xiii] et non plus au seul Willermoz qui se voyait ainsi humilié et relégué au même niveau que d’autres Frères lambda. Willermoz ne publia pas cet envoi, maintenant l’Agent dans un silence relatif…

Le 10 octobre 1788, Willermoz convoque une assemblée extraordinaire de la Société des Initiés, et dans son discours il avoue à ses condisciples les avoir abusés, car lui-même avait été abusé et crédule. Il revient sur ce qu’il a cru être un miracle, le travail qu’il avait accompli et fait son mea culpa, tout en expliquant avoir mené l’expérience le plus loin possible et essayé de faire le tour complet de la question… Et puis dans cette assemblée, vint le moment de parler de Madame de Vallière : avec tout d’abord 13 lignes de précautions d’usage, louant ses qualités individuelles et humaines, mais suivi d’une diatribe démontant complètement son système et ses qualités ésotériques et mystiques ainsi que ses prétendus pouvoirs, dénonçant la manière avec laquelle l’Agent Inconnu avait imposé ses décisions sans laisser quelque libre arbitre que ce fut. Dans ce discours, Jean-Baptiste Willermoz en profite comme on dirait aujourd’hui pour "charger" celui qu’il nomme l’"ami de l’Agent", à savoir vous l’aurez compris, le Commandeur de Monspey, supposé avoir commandité les pensées et les écrits de l’Agent et s’étant attribué un rôle prépondérant… Toujours aussi habile, Willermoz obtint l’aval de ses frères afin d’instaurer un nouveau mode de fonctionnement à venir, en ce qui concernait Madame de Vallière, son rôle et son action désormais limités. Malgré ce constat d’échec, la société continua à se réunir le lundi et l’Agent maintint ses envois notamment sur le thème de Jésus Christ… mais 1789 approchait et tous les frères allaient vivre des évènements encore plus préoccupants !

Alors en 1789 justement, où en est-on de la situation politique des frères lyonnais impliqués dans notre affaire ? Et bien comme tous les maçons on en retrouve dans chaque camp : élus du Tiers Etat, du Clergé ou représentants de la Noblesse et tous majoritairement heureux du changement censé faire naitre une société nouvelle ! Mais à Lyon comme ailleurs la crise allait succéder à l’euphorie, crise économique, notamment pour les soieries, mais aussi crise sociale et politique. Et là la discorde vint à la Loge chère à Willermoz, la "Loge élue et Chérie de la Bienfaisance". Car l’idée qu’avait eut Willermoz était d’essayer de débattre en Loge des projets de l’Assemblée Nationale et ce fut un échec cuisant. L’ambiance allait se dégrader petit à petit, et en décembre 1789 Saint Martin démissionne de la Bienfaisance, tout en demandant paradoxalement, à garder un lien et à suivre l’évolution de l’Initiation. Sur ce dernier point Willermoz ne devait pas répondre car en fait depuis septembre, l’Agent n’avait plus donné de nouvelles… Début 1790, l’ambiance continue de dégringoler à La Bienfaisance avec des heurts entre les frères pour des raisons politiques et les rôles joués par chacun dans la vie profane…. En février Jean-Baptiste Willermoz se retire. Alors, pourquoi avoir développé cet épisode historico-maçonnique, qui certes est très important dans l’étude et la vie de Willermoz mais qui semble sans lien avec notre Agent Inconnu ? Et bien, parce que c’est précisément à ce moment que l’Agent décida d’atteindre une nouvelle fois nôtre Mystique Lyonnais.

Nous sommes à ce moment là, près de cinq ans après la première révélation, le 10 Mars 1790 précisément, Marie-Louise de Monspey intime l’ordre à Jean-Baptiste Willermoz de quitter sous 24 heures, toutes ses fonctions et d’abandonner tout pouvoir au sein de la Loge l’Initiation au profit de Jean Paganucci. Comme le lui confiera Perisse Duluc, les aristocrates que sont les de Monspey n’avaient semble-t-il pas pardonné à Willermoz son patriotisme… Drôle d’ordre surnaturel me direz-vous! La réaction de Willermoz n’arrange pas les choses : il veut bien quitter ses fonctions, mais en aucun cas rendre les cahiers d’instructions qui avaient été écrits à son attention, et ce bien sûr au grand dam de L’Agent Inconnu et de Paganucci… Toutefois, il concède de leur rendre ce qui n’avait jamais été rendu public et les cahiers de l’an 1789, mais il garde tout le reste, et notamment une confession et des documents intimes de Mme de Vallière…

En 1790 toujours et en 1791, l’Agent Inconnu qui s’était quelque peu relâché, redevint prolixe, écrivant à Paganucci une quarantaine de cahiers, qui vont de l’exégèse à la Maçonnerie, en passant par des analyses sociétales. En 1792, c’est cette fois l’analyse littéraire et le commentaire de l’œuvre de Louis Claude de Saint Martin, le Philosophe Inconnu qui est faite. Mais on le sait au regard de l’histoire, la Révolution Française toujours en marche eu raison pour un temps, de la Franc-Maçonnerie Française en général et de la Franc-Maçonnerie Lyonnaise en particulier… Présent dans tous les camps, de nombreux Frères y laissèrent la vie, et Willermoz lui-même ne dût qu’à la Divine providence de ne pas y laisser la sienne… En 1793, c’est au tour de Mme de Vallière et de son frère le commandeur de Monspey d’être arrêtés et d’être emprisonnés à Macon. Là rodés aux avis médicaux qu’ils avaient l’habitude de dispenser et aux traitements permis par leurs supposés dons surnaturels, ils purent exercer leurs talents en captivité, ce qui leur valu la vie sauve et la libération. De retour au Château c’est avec l’un des rares survivants, Perisse qu’ils reprirent leurs activités, Perisse devenant après Willermoz et Paganucci mort pendant la Révolution, le troisième dépositaire du message, mais cette fois seul dépositaire et surtout seul membre de la Loge Elue et Chérie…. Entre 1794 et 1799 c’est toutefois 73 cahiers qu’il va recevoir. Il meurt en 1800 et sans dépositaire, les missives célestes cessèrent, et devinez qui hérita des textes… Jean-Baptiste Willermoz bien sur !

Pendant 6 ans, jusqu’en 1806 donc, les deux parties encore vivantes en présence, à savoir les de Monspey d’une part et Willermoz de l’autre, les deux parties vont purement et simplement s’ignorer. En 1806, nous sommes donc 16 ans après la première rupture entre eux, et 21 ans après la première révélation, Willermoz tente un nouveau rapprochement, sans doute afin de définir et de préserver l’avenir des archives. Il propose à Mme de Vallière de tout lui rendre et de ne garder que les instructions de 1785 et celles de Perisse. La lettre qu’il lui adresse est habile, en fin stratège qu’il est, il fait pendant 8 pages, montre d’obséquiosité, de flatterie, il s’excuse… Mais hélas, Marie-Louise de Monspey a la rancœur tenace, et dans sa réponse elle l’accable et réclame rien moins que la totalité des cahiers ! Willermoz insiste et tente de retourner l’Agent, qui de nouveau répond et cette fois en invectivant le Lyonnais ! La querelle recommençait ! Mais à force de persévérance et de persuasion, on constate que la correspondance de Mme de Vallière change de ton, pour finalement abonder dans le sens de Willermoz auquel elle confie les documents, ce qui fera dire à Willermoz que finalement il y a peut-être un vrai miracle dans cette affaire…

21 ans après le début de leur collaboration, la dernière lettre du 4 novembre 1806 mettait fin à la relation entre Jean-Baptiste Willermoz et Madame de Vallière qui mourut en 1814.

Si l’on essaie d’analyser l’Agent Inconnu, c’est une fois de plus Alice Joly qui nous aiguille fortement. La forme d’écriture est fort différente des autres personnages de l’époque, mais aussi différente de celle des somnambules, des médiums ou de celle des spécialistes de l’écriture automatique. Sa "mise en condition" d’écriture était très différente aussi, en aucun cas provoquée par des mécanismes extérieurs. Alors intéressons nous à l’analyse que fit faire Alice Joly à la Société Lyonnaise d’histoire de la Médecine. Nous sommes en 1958[1], la psychiatrie comme la psychanalyse ont encore de grands progrès à faire, mais le diagnostic tombe : "délires d’influence à thème mystique", "écrits classiques d’aliéné, avec dessins, déformation de la graphie et des mots, portant l’évidence d’une fuite dans les idées, quand ce n’est pas incohérence". Concrètement il ressort de l’analyse que la Chanoinesse, célibataire et cinquantenaire, semble perturbée par sa sexualité comme cela est classique dans les cas de délires en phase ménopausique. Il est également habituel de voir décrit d’une part cette sensation de force extérieure qui pousse à écrire, et cette notion de ressenti de coups frappés de l’intérieur mais venus d’ailleurs. Bien sur les médecins ne sont pas dupes de la présence et de l’influence du Frère de Mme de Vallière, son "autre moi-même" comme elle dit. Si l’on analyse l’évolution psychologique chronologique de l’Agent, on voit aussi qu’elle suit des schémas classiques : une phase anxieuse douloureuse au début et une amélioration vers la joie et la paix avec le vieillissement. On sait aussi que des périodes de graves troubles politiques comme les guerres ou en l’occurrence la Révolution, ou bien des cataclysmes sont propices aux accalmies dans de tels troubles du comportement au long court.

Alors Marie-Louise de Monspey, Madame de Vallière, L’Agent Inconnu, n’était elle qu’une folle ? Y-a-t il eu volonté d’escroquerie ? Ou simplement crédulité ? Peut-être, et sans doute ne le saurons-nous jamais… Mais ce qui est sur, c’est que l’on ne peut douter de l’élan mystique des hommes de désir Lyonnais, Willermoz à leur tête. On ne peut douter de leur Foi, de leur croyance en l’amélioration de l’homme au travers des vertus. Et en tout cas, il nous faut maintenant nous tourner vers la partie cohérente du message de l’Agent Inconnu, cohérente au regard de l’enseignement sous-tendu au Régime Ecossais Rectifié, celui de Martines de Pasqually, cette cohérence pour nous qui partout ailleurs en maçonnerie est aberration, c’est cohérence c’est Phaleg, mais encore va-t-il falloir nous en expliquer...

Source : Les Amis Provençaux de Renaissance Traditionnelle

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