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Willermoz : PV de séances de sommeil

14 Avril 2012 , Rédigé par ÉMILE DERMENGHEM Publié dans #histoire de la FM

N. B. - Pour l'intelligence de ce qui suit, il faut savoir que, dans les sommeils précédents, M. le Doyen et Mme de Pizay, mère du défunt, avaient été souvent désignés comme devant être parrain et marraine de l'enfant dont elle était enceinte et que M. le Doyen devait être son protecteur dans le monde, veiller à son éducation et favoriser son avancement, comme s'il en eût été le vrai père.

 Du 30 mars .1785. - Présents : MM. le Doyen et Willermoz.

M. Willermoz ayant été appelé hier pour assister au sommeil de ce jour, s'est chargé de le rédiger par écrit, ce qui a été applaudi. C'est donc comme rédacteur et témoin qu'il a tracé les tableaux des sommeils suivants

Ce 30 mars, à 7 heures du soir, Mlle R..., mise en sommeil et les prières finies, elle a vu les saints patrons de M. le Doyen, les siens propres, et les deux bons anges de tous deux.

On ne parlera plus des deux anges et des saints patrons, parce que cette vision est ordinairement la première dans tous les sommeils.

On ne parlera plus que de la présence des êtres bienheureux qui ne sont pas toujours les mêmes et qu'elle distingue essentiellement des saints, comme formant une classe distincte et inférieure.

Elle voit de Pizay toujours étendu en face d'elle en pente et le visage couvert d'étoiles, ayant à sa droite l'oncle Castellas et à sa gauche sa soeur Marguerite, tous deux à genoux. Elle voit pour la première fois un être bienheureux qui lui est inconnu, qui est placé debout vers la tête de de Pizay et qui lui parait être un parent de M. Willermoz parce 'qu'il le regarde avec beaucoup de plaisir et d'intérêt ; il a une langue de feu sur la tête.

Un petit ange vient de présenter à de Pizay un petit rouleau de papier qui est gros comme un doigt. Tous les êtres bienheureux qui sont présents sont entourés de lumière et lèvent les yeux eu ciel... Elle voit trois rayons brillants qui partent du sein de de Pizay et viennent aboutir sur nous trois. Le rayon à droite est venu sur M. le Doyen et s'en est ensuite retourné et fixé sur sa soeur ; le rayon du milieu est venu sur Willermoz et s'en est ensuite retourné et fixé sur de Pizay.

Elle voit l'oncle de M. le Doyen et sa soeur qui relèvent de Pizay chacun par un bras et le parent de M. Willermoz qui lui soulève la tête.

Le petit rouleau de de Pizay se déploie à présent.

Elle y lit ce qui suit : « Console un être dont l'âme s'élève à Dieu et dis-lui que l'être que tu vois là, et qui t'était inconnu, c'est son père. » (Claude-Catherin Willermoz).

Le rouleau est attaché avec des petits fils d'or que de Pizay défait chaque fois qu'il veut me faire lire une ligne.

« Ah ! s'écrie-t-elle, le père de M. Willermoz va baiser avec grande joie les pieds de de Pizay. » Elle continue de lire ce qui suit :

« Dis à mon ami (à Willermoz) dont le père lui tend les bras, que je l'attends ainsi que vous deux, et quelques-uns de sa famille.. »

Elle a dit d'elle-même : « II y avait sur ce rouleau plusieurs, mais d'abord que je l'ai eu prononcé, un petit ange est venu effacer ce mot et a mis à la place quelques-uns.

« Oh ! mon Dieu, que votre père est content ! »

Elle a continué à lire ce qui suit

« Oui, je vous le répète, je vous attends tous deux (M. le Doyen et R...). Souvenez-vous des engagements que vous avez pris, des promesses que vous avez faites à Dieu. Oui, vous ramènerez quelques-uns des vôtres et plusieurs autres qui connaîtront dans quelque temps les lumières qui vous sont envoyées de cette vie bienheureuse. Ah ! reconnaissez votre Dieu ! Ah ! reconnaissez cet Etre Suprême ! Qu'il soit toujours imprimé dans votre coeur. Tremblez, mes amis, tremblez, si vous perdez de vue ce que vous avez promis à Dieu. Priez avec ferveur, vos prières seront écoutées. Ah ! retirez vite ces âmes qui vous tendent Ies bras, sortez-les de ce lieu de souffrances, pour venir rendre à Dieu les louanges qui lui sont dues, hâtez-vous donc de le faire... » - Elle a ajouté d'elle-même

« Ces âmes prieront ensuite pour nous... Ce n'est pas écrit ce que je viens de dire, c'est une réflexion qui m'est inspirée, qui s'est détachée du rouleau pour venir sur mon sein... »

« Ah ! voyez ma mère avant quinze jours ; dites à votre ami (M. le Doyen) de lui serrer la main ; qu'il lui fasse sentir quelques étincelles de ce qu'il ne peut lui dire. Ah ! Heureuse ! encore heureuse ! Oui, tu portes sa conversion et le bonheur de ton ami, la consolation de ceux qui entendront ce qui t'est inspiré ; mais ne le perds jamais (de vue) ce grand Maître qui vous comble, mains unies, de grâces et de lumière. Profitez-en, mes chers amis, et venez vite prendre possession de cette jouissance. »

Elle a dit ensuite : « Je vois la Sainte Vierge, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'évangéliste... La Sainte Vierge est remontée. Saint Jean-Baptiste a fait plusieurs fois une petite croix sur mon ventre, il en restera une raie violette (petite) que je pourrai voir étant réveillée. Saint Jean I'évangéliste qui doit être le patron de mon enfant était à côté de mon ventre. »

Après les prières d'actions de grâces, M. le Doyen lui a ouvert les yeux à neuf heures.

M. le Doyen ayant été incommodé hier d'une fluxion très considérable sur les deux yeux, les neiges abondantes et la rigueur excessive du froid ne lui permettant pas d'aller chez Mlle R... au traitement, il l'a fait venir en son hôtel où se trouvait un appartement libre pour quelques semaines qu'elle a occupé jusqu'au 21 avril d'où elle vint ledit jour 21 habiter chez M. Willermoz, aux Brotteaux, jusqu'au 2 mai, en attendant qu'un appartement arrêté pour ses couches vers Saint-Côme fût libre. Il le fut le 1er mai, elle alla l'occuper le 2.

Du 2 avril, 8 heures du soir. Présents : M. le Doyen et M. Willermoz.

 Mlle R..., mise en sommeil, elle a eu la vision ordinaire des bons anges, saints patrons et êtres bienheureux du sommeil précédent. Mon père, toujours placé à la tête de de Pizay, lui présenta d'un air content un petit rouleau sur lequel elle lut et dicta ces mots adressés à elle-même : « Il y a longtemps que je passe devant vous sans que vous ayez pu m'apercevoir. »

Sa lecture fut interrompue par une ombre noire qu'elle vit arriver par son côté gauche, faisant effort pour s'approcher de mon père, qui lui parut tout attristé en la voyant. R... fut fortement émue de ce spectacle, elle garda le silence et le rompit en s'écriant : « Ah ! Monsieur Willermoz !... Cette ombre noire c'est votre mère. Ah ! qu'elle souffre et depuis longtemps ; elle a été bien oubliée cette pauvre femme ! Elle me fait pitié. »

Je suis resté fortement ému en recevant cet avis sur ma mère. « J'aimais tendrement ma mère, ai-je dit, j'ai prié pour elle pendant plusieurs années, mais je conviens que je l'ai bien négligée depuis, et je me le reproche amèrement. »

R... - Vous avez bien quelques petits reproches à vous faire là-dessus, mais il ne faut pas vous en faire trop, cela a été permis ainsi.

M. Willermoz. - Ma mère est morte le 6 mai 1756. Elle était pieuse, elle a eu beaucoup de peines et de chagrin. J'espérais qu'elle avait trouvé grâce.

R... - Eh ! non, non, Dieu ne juge pas comme les hommes ; elle souffre encore.

W... - Puis-je espérer de connaître ce que je pourrais faire pour son soulagement et sa délivrance.

R... - J'espère bien qu'on me le fera connaître, mais je ne vois pas encore quand ce sera.

W... - Le sort de ma mère (+ 1756) me fait penser à celui de trois de mes soeurs : Marguerite (+ 1749), Jeanne (+ 1758) et Magdelaine (+1764), qui sont mortes depuis bien des années Pourrais-je recevoir quelque lumière sur leur état ?

R... - Eh ! mon Dieu ! les voilà toutes les trois, avec leur mère ; je les vois à présent, elles sont aussi des ombres noires. ; elles voudraient approcher de leur père, qui leur tend les bras mais elles ne le peuvent pas.

W... - Puis-je faire quelque chose pour leur soulagement ?

R... - Je crois bien que oui ; mais pas sitôt ; il faudra travailler pour votre mère avant elles ; en attendant, vous ferez bien de prier pour elles. »

Le reste de la séance fut rempli pour des objets relatifs à elle et à M. le Doyen... Après quoi, elle dit :

« Tout a disparu, il faut m'ouvrir les yeux. Monsieur Willermoz, viendrez-vous ici demain soir pour le sommeil ? »

Je répondis que j'y viendrais. « Eh bien, venez, dit-elle. »

Du vendredi soir, 8 avril 1785.

 

N. B. - Ce sommeil est devenu très mémorable, étant celui qui a procuré essentiellement la délivrance des fausses images auxquelles elle a été exposée ci-devant et particulièrement dans les mois précédents. R... était couchée, mise en sommeil par M. le Doyen, les prières ordinaires étant finies, Willermoz étant présent.

 

A 10 h. 1/4 du soir, ayant déjà la vision des saints anges, les saints patrons ont paru ainsi que l'oncle de M. le Doyen, la soeur de R..., le père de M. le Doyen, et de Pizay couché. Elle en voit venir beaucoup d'autres, notamment la mère de M. le Doyen et ses enfants ; puis, à 10 h. 1/2, mon père, placé à la tête de Pizay. Il a, dit-elle, l'air content et les a tous regardés avec satisfaction en arrivant... Elle ne voit point aujourd'hui la grande belle porte qu'elle a vue les jours précédents, mais elle voit devant elle une éclatante lumière toute ronde comme le soleil, qui répand de tous côtés un rayon particulier sur la tête de chacun des saints patrons et d'autres rayons sur le coeur de chacun des êtres bienheureux... Mon oncle Willermoz est revêtu d'une chasuble qui est blanche du côté de la lumière et noire de l'autre côté... Mon père et mon oncle se parlent... Ils se prosternent devant la lumière... Ils se relèvent. Ils s'assoient... Il y a beaucoup de petits anges... Ils sont bien dix-huit... Ils portent une petite chaire... Le prêtre Willermoz y entre... Tous les autres se tournent du côté de lui qui est dans la chaire, et sont assis comme pour l'écouter... Le prêtre sort de sa poche un petit rouleau, il semble qu'il va prêcher, mais il a gardé sa chasuble blanche et noire comme s'il allait dire la messe... Il se met à genoux... Il se relève... Il déploie son petit rouleau... Il veut qu'on relise ce qui fut écrit hier... (Je le relis.)

 

A 11 heures, après cette lecture, elle a fait plusieurs grands soupirs et a dit d'une voix étouffée : « Monsieur Willermoz, depuis que vous avez commencé à lire, j'ai votre mère, vos trois soeurs et le frère de M. le Doyen sur moi... Ah ! qu'ils me serrent fort... (Elle paraît fort oppressée.) Non, non, ce n'est pas votre poids qui me fatigue tant ; c'est votre souffrance... Oui, vous serez bientôt heureuses... Ne vous soulevez pas, restez sur moi, ce n'est pas votre poids, vous dis-je, qui me fatigue... Vous ne pouvez pas me parler, je vois bien que vous en avez la volonté... Ah ! monsieur le Doyen, que votre frère me serre... La mère de M. Willermoz se couche sur mon estomac... Ah ! qu'elle se réjouit du jour de demain. » (Jour de la grand'messe.)

 

En silence et fort oppressée, elle appuie son crucifix sur tous ces êtres à sa droite, à sa gauche et sur son estomac ; elle paraît souffrante et remplie de compassion pour eux.

 

« Monsieur Willermoz, dit-elle, votre mère et votre soeur Magdeleine me serrent du côté droit, vos deux autres soeurs me serrent du côté gauche... Ah ! voilà encore un de vos parents, il est tout entouré de flammes... Il se jette à terre sous la chaire du prêtre... Il implore tous ces bienheureux... (avec effroi) Ah ! il vient à moi... (grands cris perçants). Ah ! mon grand-père et ma grand'mère qui viennent aussi... Ah ! que cela me pèse bien fort ! Ils sont sept sur moi et encore sans compter celui qui s'est couché sous la chaire du prêtre. Quand il faut que je parle, ils se soulèvent pour me laisser parler ; il n'est pas permis à ceux de la famille de M. Willermoz de parler à son père, voilà pourquoi ils restent sur moi afin que je vous répète tout ce que je vois pour vous émouvoir.

 

« Messieurs, il faut que vous instruisiez ceux qui ne suivent pas la bonne voie. Ah ! Dieu vous en donne les moyens. Malheur à vous si vous ne le faites pas... Ah ! nous craignons de déplaire à ce monde infâme et méchant et nous ne craignons pas de déplaire à Dieu qui est si bon, de qui nous tenons stout ce que nous sommes... Non, non, tristes âmes, ne craignez pas de rester sur moi ; ce crucifix que je tiens se tourne dans ma main, et c'est pour vous, sentez-le. »

 

En disant ces mots, elle a appuyé son crucifix sur chacune de ces âmes souffrantes et le leur a fait baiser.

 

« Elles s'en retournent, ajoute-t-elle, ces pauvres âmes, sans oser regarder leur père Willermoz, parce que Dieu ne le leur permet pas.

 

« Celui qui était couché sous la chaire se lève... (d'un ton très ému) Il vient... Il vient... Il vient... Il est tout en flammes... (grand cri) Ah ! il tombe suie moi ; il me pèse plus que tous Ies autres ensemble... Voilà une de ces flammes qui vient jusqu'à ma main... (cri d'étonnement et de douleur) Ah ! monsieur Willermoz, c'est encore un oncle à vous celui-là, un frère à votre père... Ah ! qu'il souffre ! Ah ! qu'il me fait mal là ! (en montrant son estomac). »

 

A cette annonce, j'ai reconnu mon autre oncle paternel Claude-Henry, mort à Lyon, après une longue et cruelle maladie de plusieurs années. Il était pieux et très exact dans ses devoirs de religion ; son caractère était impérieux et despotique chez lui, s'offensant aisément de tout ce qui le contrariait, et fort rancuneux.

 

J'ai dit à R...: « Je le croyais plus heureux celui-là..» R...: « Non, il est plus souffrant que les autres ; il lui a été seulement permis de se jeter sous la chaire où est son frère le prêtre ; mais il ne lui a pas été permis de regarder ses frères. Ah ! qu'il souffre et qu'il a encore à souffrir. »

 

J'ai répliqué : « Il avait beaucoup souffert ici et bien longtemps, et même il paraissait souffrir bien patiemment. »

 

R...: « C'est ce qui vous trompe, les hommes ne voient pas les plaintes, les murmures secrets, les méfiances comme Dieu. Il avait reçu bien des grâces, mais il en a perdu le fruit. Une seule méfiance envers Dieu, un seul moment mauvais suffit pour tout perdre. Ah ! qu'il en fait bien la terrible expérience.

 

« Messieurs, prenez bien garde à ce qu'on vous dit : Dieu a tout fait pour vous ; il veut bien encore se servir de nous (crisiaques) dans cet état pour vous ramener à lui (1). Nous en perdons la mémoire, nous, mais pour vous, vous recevez une entière connaissance de tous ces objets frappants ; ils vous étonnent et souvent on les méprise ; mais malheur à ceux qui, les ayant compris, les méprisent, les oublient, qui tournent le dos à de si grandes grâces et négligent d'en faire leur profit ; tout cela se paiera bien quand le temps en sera venu. Le bon Dieu nous présente à nous tous les tableaux qui peuvent vous frapper le plus ; il les arrange selon votre faiblesse, il les présente à moi et il me dit : Tiens, voilà pour eux, dis-le leur...

« Ah ! que nous sommes insensés, nous négligeons la seule affaire qui soit nécessaire au monde pour nous livrer à toutes les autres affaires de ce monde infâme et trompeur auquel nous sacrifions tout pour nous perdre. Mon Dieu ! quel aveuglement ! quelle folie ! »

 

Après ce début, elle nous a fait pendant vingt-huit minutes, sans aucune interruption, un sermon rempli d'énergie et d'onction, des peintures les plus effrayantes et les plus touchantes de l'enfer et des autres lieux de souffrance, du malheur de ceux qui ne peuvent plus aimer Dieu, qui ont sacrifié sur la terre leur salut à leurs folles passions, à leurs vices, à leurs caprices, à l'amour de l'argent, des honneurs, au désir de parvenir, aux injustices, aux tromperies qu'ils ont faites pour y réussir, à l'hypocrisie qu'ils ont employée pour se faire estimer en trompant les autres sans pouvoir se tromper eux-mêmes, et principalement à l'orgueil qui leur a fait rejeter et mépriser les bons avis, conseils et exhortations qui leur ont été donnés pour leur aider à se tirer du bourbier.

 

De ce tableau effrayant, elle a passé à un tableau touchant et sublime de la bonté et de l'amour de Dieu pour les hommes, du bonheur éternel de ceux qui auront bien vécu sur la terre, qui auront pratiqué les vertus que Dieu leur a fait connaître pour les pratiquer, qui auront mis toute leur confiance en lui, qui auront supporté tous les maux et les contradictions avec patience pour lui plaire.

 

Elle a fait ce sermon avec tant de véhémence, de chaleur et de rapidité qu'il n'a pas été possible d'en retenir par écrit une seule phrase.

 

A la fin elle a dit : « Le voilà le sermon que fait ici le prêtre qui est dans la chaire, afin que voue l'entendiez. Malheur à vous si vous n'en profitez pas et si vous n'en faites pas profiter tous ceux en qui vous verrez une petite bonne volonté... Ah !

on craint l'enfer, on ne veut pas aller en enfer ; je le crois bien, mais on ne veut pas faire ce qui délivre d'y aller. Non, non, ce n'est pas l'enfer que je crains ; il ne sera jamais assez terrible pour me consumer, si je le mérite ; mais c'est l'amour de Dieu que je n'ai pas, que j'ai perdu. Voilà tout ce que je crains, voilà ce qui est cent fois pire que l'enfer. Dites-moi bien cela quand je serai éveillée ; dites-le-moi souvent, répétez-moi bien toutes ces grandes vérités que vous venez d'entendre et n'y manquez pas. »

 

Elle avait adressé quelques parties du sermon à M. le Doyen personnellement, à cause de quelques négligences, impatiences et dégoûts auxquels il s'était livré ce jour-là, qu'elle lui avait reprochés dans le sommeil d'une manière remarquable. Il en était tout attristé ; elle lui dit :

 

« A présent que Dieu me le permet, je peux vous expliquer comment j'ai lu ce sermon. Pendant que je vous parlais, le prêtre Willermoz me présentait sur son rouleau ce qu'il fallait dire ; je m'arrêtais lorsqu'il repliait ce que je venais de dire et je connaissais dans ses yeux qu'il trouvait que j'avais bien dit comme il voulait ; ensuite, il déployait son rouleau pour que je pus vous dire ce qu'il y avait encore à dire. Je ne lisais pas, mais j'étais inspirée sur tout ce que j'ai dit comme si je l'avais su, et on trouvait que je vous le rendais comme il faut. Ah ! nous aurons bien d'autres sermons à recevoir, car nous n'en avons que trop besoin. »

 

A minuit, après plusieurs reproches qu'elle s'est faits à elle-même sur sa vie passée, elle s'est écriée :

 

« O mon Dieu ! Vous aviez tant de raisons de m'appeler ici ; c'est donc ici que vous vouliez me faire connaître le chemin du ciel et vos saintes vérités. Oui, c'est ici, je le vois à présent et vous voulez bien vous servir de moi pour en éclairer tant d'autres. Oui, Dieu m'a mis dans vos mains pour me faire trouver mon salut, pour me faire trouver le vôtre et celui de plusieurs autres. Le nombre en est encore petit, mais il deviendra plus grand, je l'espère... Non, je ne veux plus rien du Inonde ; je m'y suis trop attachée, je ne veux plus que mon Dieu... mon Dieu, envoyez-moi toutes les souffrances, toutes les humiliations que vous voudrez, je les accepte toutes ; oui, je vous les demande... Oui, je les désire pour vous plaire, pour réparer ma vie passée... Ah ! quand je suis dans un autre état (en éveil), je crois n'avoir que de petites fautes à me reprocher, mais dans l'état où je suis à présent, vous me faites connaître combien elles sont énormes, combien je m'abuse ; vous me les faites connaître pour m'en repentir... O monde infâme ! O perfide ! Je te foule aux pieds...

« Monsieur le Doyen, répétez-moi bien le sermon d'aujourd'hui, ne me faites point grâce sur mes défauts. Messieurs, vous y êtes tous obligés ; niais ne me parlez jamais des grandes grâces que je reçois dans cet état ; vous m'eu donneriez de l'orgueil ; ce serait un grand malheur et peut-être irréparable ; vous perdriez tout et je me perdrais.

 

« Il semble que tous ces bienheureux qui sont là, sont sans mouvement, ils sont tous arrêtés et les yeux fixés au ciel... Ah ! tout s'arrange... Saint Jean... Saint Claude... Monsieur Willermoz, est-ce que vous avez quelqu'un dans votre famille qui s'appelle : Claude P »

 

Willermoz : « Oui, mademoiselle, c'est le patron de mon père. »

 

R...: « Ah ! C'est donc cela. Eh bien ! ils nous donnent tous les trois ensemble leur bénédiction ; recevons-la bien. »

 

Nous nous sommes recueillis pour la recevoir.

 

M. le Doyen était tout attristé des fautes de la journée qu'il se reprochait et qui lui avaient été reprochées comme considérables. II lui en a témoigné alors son inquiétude et ses regrets... Elle lui a dit que ses patrons venaient de lui obtenir de Dieu le pardon de ses fautes de cette journée, qu'il restât donc tranquille en s'observant mieux à l'avenir et que le sommeil d'aujourd'hui était un sommeil de grandes grâces pour tout le monde.


source : misraim3.free.fr/divers2/sommeil_afin.doc

 

 

Commentaire de Thomas Dalet : c'est quand même un christianisme spécial. Je ne vois pas un prêtre, un pope ou un pasteur pratiquer ce genre de cérémonie!

Willermoz était chrétien, mais à sa façon : occultiste et kabbaliste.


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Les sommeils de Jean-Baptiste Willermoz

14 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Inévitablement, tous ceux qui se sentaient portés vers les sciences de l'invisible, et au premier plan les Élus-Cohens, furent séduits par le somnambulisme. Jean-Baptiste Willermoz n'échappa pas à l'engouement général, et il est probable que cette pratique soit pour beaucoup dans la chute de l’Ordre des Élus-Cohens. En effet, avec le somnambulisme, plus besoin d’ascèse et de rites compliqués pour communiquer avec l’invisible : il suffit de plonger un patient dans le sommeil magnétique et de l’interroger. La pratique montrera hélas que les choses ne sont pas si simples, et Jean-Baptiste Willermoz, qui dans cette mouvance créa la Société des Initié (1785), en fera les frais entre avril 1785 et octobre 1788. Il se rangera ensuite parmi les Martinistes qui, comme Rodolphe Salzmann et Louis-Claude de Saint-Martin, pensaient qu’il est dangereux de vouloir soulever le voile de l’autre monde sans faire un travail de sanctification.

source : http://www.martiniste.org/l

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Jean-Baptiste Willermoz et l'Agent Inconnu

14 Avril 2012 , Rédigé par Tomas Dalet Publié dans #histoire de la FM


En 1778 le Docteur MESMER importe en France une nouvelle méthode de soins basée
sur le "magnétisme animal" “en prétendant expliquer toute le vie organique et
cosmique par l'action d'un fluide circulant dans tout le corps et établissant
entre eux des rapports réciproques”. La communauté" scientifique est assez –
pour le moins – réservée.

En 1784 un disciple de MESMER, le marquis de Puysegur, pense applique le
"magnétisme animal" à des gens en état de somnambulisme, puis à des sujets plus
disposés que le commun des mortel, au spiritisme. Evidemment ces expériences et
"manifestations" diverses intéressaient les "occultistes", dans la mesure où
elles semblaient conforter la théorie selon laquelle, les sujets en transe
étaient inspirés par un "être surnaturel", "d'un autre monde", qui même parlait,
écrivait, par son intermédiaire. C'était déjà, vieux comme le monde !

Des groupes se formèrent, avec bien surs différentes motivations !

Des Maçons du grade le plus élevé qu'il soit, pensaient que “si les messagers
divins consentaient à venir en aide aux hommes de bonne volonté qui cherchaient
à guérir leurs semblables, il ne refuseraient certainement pas de répondre aux
hommes de désir qui les interrogeraient sur ce qui intéressait la Foi et le
salut des âmes”.

[…]Ils introduisirent le magnétisme mystique dans une société créée à cet effet
qui portait le nom de " la Concorde ". Ils y invitèrent J.B Willermoz qui
s'occupa plus particulièrement d'une jeune Demoiselle Marion BLANCHET, dont il
surveillait le sommeil pour y déceler " des observations

essentielles". Monsieur MILLANOIS magnétisait Mademoiselle BERGE, le chanoine
CASTELLAS

endormait Mademoiselle ROCHETTE, qui devint l'Oracle du Club. Leur zélé fut mal
récompensé, leur première déception leur vint de la voyante. Son passé aurait du
d'ailleurs leur inspirer une juste défiance, mais elle sut leur imposer jusqu'au
moment ou elle eu trouvé l'établissement qu'elle n'avait cesse de chercher.

 Arrivée à Lyon suite à "un attentat" dans un état intéressant,  elle avait d’abord annoncé au
chanoine Castellas qu’elle lui était unie par un mariage spirituel. Après ses
couches, pour lesquelles ses protecteurs lui avaient trouvé un asile
confortable, elle avait eu des «sommeils particuliers» avec un magnéti­seur plus
jeune, le Frère O’Brenan, qui au bout de quelque temps, s’était éclipsé; elle
fit ensuite courir le bruit que J.B. Willermoz, célibataire impénitent à
cinquante-sept ans, était son époux mystique. Enfin elle réussit à prendre dans
ses filets le propre neveu de Willermoz et il l’épousa le 3 octobre 1787, au
grand scandale des initiés; aucun des parents du marié ou des membres de la
confrérie magnétiste n’assista à la cérémonie nuptiale et le nom de Gilberte
Rochette fut soigneusement effacé sur les procès-verbaux de ses sommeils.

Madame de Valliere et l'Agent Inconnu :

Les désillusions que causèrent aux Frères de la Loge Élue et Chérie les messages
de l’Agent Inconnu furent d’une autre nature. Ces cahiers étaient l’œuvre d’une
somnambule psychographe, Mme de Vallière, cha­noinesse du chapitre de
Remiremont, sœur du commandeur de Mons­pey (7): Femme d’esprit curieux et
cultivé, nourri par de vastes lectures, elle avait reçu de son frère, Élu Coen
féru d’arithmosophie, Grand Profès et éminent magnétiseur spiritualiste, une
instruction mystique approfondie. Aussi les cahiers qu’elle rédigeait pendant
ses transes formaient-ils une sorte de recueil encyclopédique de thèmes
occultistes empruntés aux antiques religions de l’Orient et aux systèmes des
Manichéens et des Gnostiques, brassés, amalgamés et développés par une
imagination dé­bridée. Malheureusement ces vaticinations, qui avaient d’abord
plongé les lecteurs dans une stupeur admirative, étaient en maints endroits
d’une désespérante obscurité, qu’augmentait encore un texte parsemé de termes
venant d’une langue inconnue et de signes indéchiffrables. En outre les
prédictions de l’Agent ne s’accomplissaient pas; notamment le prophète, dont il
avait annoncé la venue et qui devait surgir du milieu des Frères, s’obstinait à
ne pas paraître. La plupart des membres de la «Société des Initiés», qui avaient
salué la date du 10 avril 1785 comme le début de l’ère du «Renouvellement»,
finirent par perdre courage. Le Sacerdos lui-même sentit vaciller sa foi et il
ne put s’empêcher d’exprimer ses doutes et ses inquiétudes dans une assemblée
générale de la Loge Élue et Chérie qu’il avait convoquée le 10 octobre 1788. Les
réunions, qui avaient lieu tous les quinze jours, devinrent de moins en moins
fréquentées, bien que le flot des messages continuât à déferler. Quelques
membres de la So­ciété des Initiés s’acharnèrent à cette pénible étude, dont de
nouveaux textes leur parvinrent jusqu’en 1793, mais la véritable ère du
Renouvelle­ment n’avait pas sensiblement dépassé son troisième anniversaire (8).


(7) Cette identification a été faite pour la première fois, et de façon
définitive, par Mme A. J0LY dans son ouvrage paru en 1938.

(8) Mme de Vallière retira en 1790 à Willermoz la garde des archives pour
la confier à Paganucci. Lorsque celui-ci dut, en 1793, quitter Lyon et se cacher
après le siège et la reddition de la ville, Périsse Duluc lui succéda. En 1795
Paganucci, rentré à Lyon, reprit possession des documents qu’il conserva jusqu’à
sa mort survenue en avril 1797. Mme de Vallière en constitua dépositaire
Périsse. Duluc, auquel elle envoya d’autres cahiers jusqu’en 1799. Quand Périsse
décéda à son tour en 1800, ses héritiers remirent à Willermoz tout ce qu’ils
trouvèrent de documents secrets dans ses papiers.


Willermoz avait pu espérer au début que l’excursion des Grands Profès dans le
domaine du magnétisme leur vaudrait quelques recrues, mais son attente fut
trompée avant même que le Renouvellement eût fait faillite. Lorsqu’il avait
mandé au commencement de 1785 à Bernard de Turckheim que Lyon pourrait «renouer
les relations avec Bordeaux par les connais­sances du (obtenues au moyen du)
magnétisme», son correspondant, au­quel l’événement donna raison, lui avait
répondu qu’il doutait fort que ce rapprochement pût faire adopter le Système Les
Chevaliers Bienfai­sants par l’ancienne III° Province et la tirer de son
assoupissement, atten­du que «la partie religieuse était peu goûtée à Bordeaux»,
de sorte que les ex-Templiers de Guyenne seraient plus rebutés qu’attirés» par
le cérémonial auguste de rituels qui ramenait l’esprit trop souvent à
aper­cevoir cette seule et unique fin des travaux». D’autre part, si la pratique
du magnétisme spiritualiste amena un échange de lettres fraternelles, de
souhaits et de congratulations avec l’ancien secrétaire de Pasqually, l’abbé
Fournié de Bordeaux, et des magnétistes de Toulouse (9), ces relations
n’intéressaient qu’un petit nombre d’Élus Coens et de mystiques qui n’avaient
aucune envie d’adopter le Système maçonnique lyonnais (10). Enfin l’Agent
Inconnu avait bien désigné Ferdinand de Brunswick et Charles de Hesse pour être
admis dans la Loge Élue et Chérie, mais, comme ils devaient recevoir
l’initiation à Lyon même, ils avaient décliné l’invitation que Willermoz leur
avait transmise.

Bien loin d’étayer l’édifice chancelant, le somnambulisme extatique
contribua à l’ébranler, en amenant le Directoire d’Auvergne à opérer dans le
rituel du premier grade une modification, qui souleva de vives pro­testations,
et en provoquant chez les Frères de confession protestante une réaction brutale
contre la propagande catholique à laquelle se li­vraient les messages de l’Agent
Inconnu.

Mme de Vallière, dont la compétence était universelle, ne s’était pas
contentée de doter la Loge Élue et Chérie de trois grades secrets; elle avait
aussi esquissé un nouveau Système de sept grades qui aurait en­traîné des
modifications dans les grades symboliques du Régime Recti­fié, notamment dans
les batteries (11), Les papiers de Willermoz ne don­nent pas d’indication
précise sur les particularités de ce nouveau Sys­tème, mais certains passages
des résumés et extraits des cahiers origi­naux font penser qu’il avait de
nombreux traits spécifiques. Par exemple, Mme de Vallière bousculait la légende
traditionnelle du grade de Maître en enseignant que Hidam, «homme privilégié des
Raabts» et maître de Salomon, s’étant laissé séduire par les volougs (12), était
retourné à Tyr, au lieu de rester à Jérusalem, ce qui avait été la cause de sa
mort. Elle affirmait aussi que le grade d’Élu avait été mal interprété et que,
«con­venant au moment de l’univers où nous touchons», il pouvait être ré­tabli
(13)

(9) VULLIAUD, op. cit., p. 127-128.

(10) Lyon 5425 pièce 27.

(11) Les Maçons appelaient ainsi le nombre et la cadence des Coups frappés à la
porte de la Loge pour en demander l’entrée, ou par le maillet du Vénérable pour
annoncer l’ouverture et la fermeture des travaux. Chaque grade avait sa batterie
distinctive.

(12) Dans le vocabulaire inventé par l’Agent Inconnu le terme Raabts désignait
tantôt les connaissances secrètes, tantôt les manifestations des puissances sur
naturelles, tantôt les élus possédant ces connaissances et témoins de ces
manifes­tations. Les volougs étaient les démons

Sur ce terrain, qui lui était familier, Willermoz se sentait autrement solide
que dans le domaine des spéculations transcendantes; avant de faire subir un
remaniement général à l’œuvre qu’il avait si péniblement enfantée et de remettre
en pratique un prototype de ces grades de Ven­geance qu’il abhorrait, il tint à
prendre des informations supplémentaires. Il consulta Gilberte Rochette sur le
parti qu’il devait prendre. Le ques­tionnaire qu’il avait rédigé, afin de ne
rien oublier pendant le sommeil du 30 mai 1786, était ainsi conçu: «Que dois-je
penser du travail fait sur les sept grades? Dois-je le publier à la Société ou
le tenir secret? Quelles sont les causes qui ont influé sur ce travail des sept
grades et autres (travaux) ?» Il hésitait d’autant plus à faire le remaniement
qu’il soupçonnait, sur ce point particulier, l’influence d’un Frère auquel il
s’estimait supérieur en expérience et en dignités maçonniques; il sup­posait que
«le porteur (Monspey) avait part à ce résultat de l’imagination, surtout dans le
travail ou cahier des sept grades et des batteries». Pour­tant les messages de
l’Agent lui inspiraient, pendant la seconde année du Renouvellement, un respect
trop profond pour qu’il refusât de se con­former, au moins partiellement, à
leurs prescriptions. Il prévenait donc le 30 juillet 1786 Ferdinand de Brunswick
que «les rituels du premier au quatrième grade (14) devraient vraisemblablement
subir quelques modifica­tions pour s adapter aux enseignements de la nouvelle
génération». Il avait du reste déjà apporté un changement important dans le
rituel du grade d’Apprenti en obtenant du Directoire d’Auvergne dès le 5 mai
1785, c’est-à-dire moins d’un mois après la fondation de la Loge secrète entée
sur la Bienfaisance, que le mot de passe du premier grade, adopté par les Loges
bleues de tous les Systèmes et qui était traditionnellement Tu­balcaïn, serait
remplacé par Phaleg.

On comprend cette hâte quand on lit ce que les messages, alors reçus avec tant
de vénération, disaient des deux personnages bibliques. Tu­balcaïn était la bête
noire de Mme de Vallière; elle l’accusait des crimes les plus monstrueux, le
rendait responsable de l’emploi néfaste des corps naturels, de la perversion des
animaux et de la dégradation de la race humaine. C’était par des opérations
diaboliques qu’il avait découvert l’art de forger les métaux, en «vouliant le
règne minéral»; il avait rendu le taureau rebelle à l’homme et donné la rage au
chien. «Coupable des plus honteuses prévarications en voie charnelle» et
«entraîné par sa ­ concu­piscence», Tubalcaïn «évia les mauvais anges en femmes
déjà existantes. Tel est le crime qui corrompt toute chair. Il fut livré au sort
des démons. Oh! abîme d’horreurs!» La femme avec laquelle Noé, échappé au
déluge, «virtualisa» les rejetons dont devait sortir la nouvelle race humaine,
avait été pervertie par Tubalcaïn, qui voulait en faire un démon (15). Noé
l’ar­racha à temps à son séducteur, mais la génération féminine issue de l’union
du patriarche avec cette femme souillée, «quoique véritablement délivrée de la
tache du crime qui voulia» sa mère, «en porte encore les marques dans sa
constitution novénaire (physique)» (16). Ainsi «les êtres de la nature ont été
souillés» autant par «le crime de Tubalcaïn» que par «la chute de l’homme».

Phaleg fut au contraire le bienfaiteur de l’humanité déchue, en lui enseignant
les vérités éternelles. «La seule initiation pure est celle qui a commencé à
Phaleg; elle s’étend de ce patriarche à Jésus-Christ qui en a légué à son tour
le dépôt». Phaleg est par conséquent le fondateur de la Maçonnerie; il groupa
les Raabts en Loges, «nom qui tient son origine du mot primitif Logos, la
Parole».

Ces considérations parurent à Willermoz si décisives qu’il résolut d’en­lever au
sinistre Tubalcaïn le patronage du grade d’Apprenti symbolique pour le donner à
Phaleg. Mais le nouveau mot de passe ne pouvait avoir force de loi dans les
Loges bleues soumises au Directoire d’Auvergne que si ce dernier prenait un
arrêté en ce sens. Comme il n’était pas possible de lui faire connaître la
véritable raison de cette innovation, il fallut trouver un prétexte. Willermoz
rédigea donc un mémoire bourré de cita­tions bibliques dont il donna d’abord
lecture au comité des grades, dans lequel siégeaient plusieurs membres de la
Loge flue et Chérie; ils com­prirent à demi-mot et décidèrent leurs collègues à
approuver la proposi­tion. Alors le chevalier de Savaron, qui présidait le
Directoire, donna à son tour. Le 5 mai 1785, «le Directoire Provincial étant
régulièrement assemblé avec la Régence ~écossaise (Chapitre Préfectoral) et le
Direc­toire ~cossais (du Prieuré de Lyon)» (17), Savaron pria le Frère ab Eremo,
Grand Chancelier Provincial, d’expliquer pourquoi le comité des grades proposait
de changer le mot de passe des Apprentis.

Willermoz, procédant à une seconde lecture de son mémoire (18), exposa que
Tubalcaïn, fils de Lamech le Bigame et de Sella, ayant été le pre­mier à
connaître l’art de travailler avec le marteau de forgeron et à se montrer habile
en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer, «c’était une contradiction de
donner à l’Apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous les
métaux qui sont les emblèmes des vices» (19).

(13)Il était aussi question d’un «pont de la mort», qui semble avoir été un
accessoire d’une cérémonie de réception, comme le pont que le récipiendaire au
grade de Chevalier d’Orient franchissait en combaftant l’épée à la main contre
des ennemis fictifs.

(14)On peut supposer, d’après ce texte, que le Système de sept grades inventé
par Mme de Vallière se composait, comme l’Ordre Rectifié, de quatre grades
«osten­sibles»: Apprenti, Compagnon et Maître Symboliques, Maître Écossais, et
des trois grades secrets pratiqués par la Loge Élue et Chérie.

(15)Il y a probablement dans cet épisode un souvenir de la Lilith qui, d’après
le Talmud, fut la première compagne d’Adam et devint un démon qui fait périr les
nouveaux-nés.

(16)On devine à quelle pollution périodique Mme de Vallière faisait allusion.

(17)La réunion de ces trois comités directeurs ne formait pas une très
nom­breuse assemblée, car la plupart des charges étaient remplies dans chacun
d’eux par les mêmes Frères sous des titres différents.

(18)Lyon 5477 pièce 7.

(19)Avant d’être présenté à la Loge, le candidat au grade d’Apprenti devait
déposer tous les objets en métal: monnaie, bagues, tabatière, boucles de
souliers, qu’il avait sur lui. Les catéchismes donnaient d’ordinaire à ce geste
symbolique

Il nous faut nous replacer dans le contexte sociétal de l'époque, pour
relativiser les errements passagers des " Élus " qui se sont alors laissés
abuser, par quelques farfelu(e)s en mal de bénéfices nombreux et divers. Ces
"affaires" sont de tous les temps. Que la lourde responsabilité que d'aucun
avait à assumer, l'ai fait s'entourer de conseils plus ou moins judicieux, n'est
pas de nature ni d'un tel danger qu'il faille pour autant en minimiser l'Œuvre
dans son Immensité, car c'est bien de cela qu'il s'agit ici. Que Tubalcain ait
laissé sa place à Phaleg …. Est-ce bien là tout le problème ?

Il n'est pas lointain le temps – de nos jours – ou nos plus grands politiques
s'entouraient des conseils de tel ou telle voyant (e) perspicace ! Et alors ?

source : forum Yahoo groups

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Saint Martin et Willermoz

14 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Louis-Claude de Saint-Martin est connu pour avoir délaissé, à la fin de sa vie, les formes initiatiques pour une relation directe avec son Créateur par le biais de la prière, ce dialogue du coeur au coeur avec le Divin.

Mais en amont de cela, Saint-Martin a eu l'occasion, lors du fameux épisode de l' "Agent inconnu", d'écrire cette incroyable lettre à Jean-Baptiste Willermoz, le fondateur du Régime Ecossais Rectifié tel que nous le connaissons aujourd'hui :

"Intercédez pour moi, je vous regarde comme libérateur, je m'unirai à vous mais c'est vous qui pouvez obtenir d'en haut-haut l'abolition de mon péché. Les torts que j'ai eus de me laisser connaître ne me paraissent pas comparables à ceux d'avoir écrit. Ces derniers offensaient la Chose même en me mettant à sa place dans son ordre (...). Voilà, mon maître, mon saint ami, mon père en Dieu et en J.-C., l'état fidèle et malheureux de celui qui aurait pu ne passer sur terre que des jours de sagesse et de vérité et qui a laissé accumuler sur lui un tas énorme d'immondices qui le resserrent et l'ensevelissent dans les ténèbres de la privation. Dieu cependant ne veut pas que je me croie mort, il permet que je pleure, abondamment dans ce moment mon état et sur mes fautes. Offrez-lui mes pleurs, il les recevra de votre main, la mienne est encore trop indigne (...). Soyez mon ange médiateur, je m'arrête, les pleurs et les sanglots me suffoquent. (...) Priez pour moi, tracez-moi ma route, prononcez ma sentence, je subirai mon jugement sans murmure ..."

Cette lettre est publié dans la biographie de "Saint-Martin" écrite par J-M Vivenza et édité par Pardes en 2003 (p. 50). Le contexte est le suivant :
Les lyonnais recevaient, via l' "Agent inconnu", des révélations surnaturelles. C'était pour eux le sommet de l'Initiation et Saint-Martin souhaitait en être. Mais son entrée dans ce cercle fermé nécessitait l'accord de l'Agent qui n'y était pas favorable en raison de l'arrogance supposée du Philosophe Inconnu qui avait osé écrire et publié ce que la Chose elle-même s'était gardée de rendre public et en plus il le fît sous sa propre signature, summum de l'amour-propre selon l'Agent.

L'Agent en question a fait (et fera encore) couler beaucoup d'encre, mais je pense qu'il est utile de faire connaître cet extrait d'une lettre de Saint-Martin à Willermoz ne serait-ce que pour que l'on soit conscient de l'estime (le mot est faible) qu'avait pour Willermoz son entourage proche. Dans le même registre, les lettres de Saltzmann en cours de publication dans Renaissance Traditionnelle sont très intéressantes aussi.

source : Hermanubis.com

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L'Agent Inconnu

14 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

L'Agent Inconnu

Au cours des années 1783 à 1788, Jean-Baptiste Willermoz se passionne pour le magnétisme. Cet épisode le détourne pour un temps de ses préoccupations antérieures. Il est convaincu qu'il tient là un nouvel instrument pour mener à bien sa quête. Il magnétise en suivant les procédés de Puységur et utilise Mlle Rochette pour médium [1]. Cependant, après l'engouement de départ, il s'avoue déçu.

Les choses prennent un nouveau tournant lorsque le 5 avril 1785, on lui apporte une série de cahiers écrits à son intention par un mystérieux « Agent Inconnu ». Un médium, plongé dans un sommeil magnétique, la main guidée par l'invisible, est l'auteur de ces textes étranges. Ces messages demandent à Willermoz de fonder un groupe secret : la Société des Initiés. La vocation de cette société est de devenir le « centre général de la lumière des derniers temps et de la parfaite et primitive initiation » [2]. Jean-Baptiste Willermoz voit là comme une récompense à ses efforts antérieurs. Enthousiasmé, il organise, dans le quartier des Brotteaux, une loge pour cette nouvelle société, la loge Élue et Chérie de la Bienfaisance.

Selon les instructions transmises par l'Agent Inconnu, l'entrée dans la Société des Initiés doit être réservée aux membres du Rite écossais rectifié. Saint-Martin lui-même accepte d'y rentrer pour pouvoir participer aux séances de l'Agent. L'engouement initial tombe cependant après la première année. Les messages de l'Agent Inconnu sont souvent incompréhensibles, pleins de contradictions, et ses promesses ne se réalisent pas. Jean-Baptiste Willermoz finit par avoir des soupçons sur l'authenticité de ces communications, d'autant plus que le médium qui transmet les messages refuse de se faire connaître. Finalement, après bien des réticences, l'Agent se présente à lui en avril 1787.

C'est une femme, Mme de Vallière, Marie-Louise de Monspey, chanoinesse de Remiremont. Elle est la sœur d'Alexandre de Monspey, un magnétiseur bien connu à Lyon, et qui plus est, lui aussi un élu coën. Quelques mois plus tard, en octobre 1788, Willermoz convoque une réunion des membres de la Société des Initiés. Il expose ses doutes, ses déceptions, et annonce qu'il se retire de la direction du groupe. La page est tournée, mais l'épisode pendant lequel il s'était consacré au magnétisme fut préjudiciable à ses réalisations précédentes. Il contribua probablement à fragiliser l'ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, tout juste sorti du creuset.

 

Source : http://www.philosophe-inconnu.com/

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Portrait de chanoinesses avec de nouveaux documents sur l'Agent Inconnu

14 Avril 2012 , Rédigé par Françoise HAUDIDIER

 

Où ai-je appris à écrire ? Dans le Silence d’une retraite, accablée d’une longue maladie et ne considérant qu’un dépérissement prochain. J’ai cru à la batterie qui me surprit et effraya ma raison. Seule, et en présence du Tout-Puissant, j’ai invoqué mon ange gardien, et la batterie m’a répondu. Voilà le commencement. Alors je le confesse, et je me le suis souvent reproché".Marie Louise de Vallière à Jean-Baptiste Willermoz, 26 Juillet 1806

Nous sommes, tard dans la nuit, le Mardi 5 Avril 1785, Jean-Baptiste Willermoz et deux de ses proches : l’imprimeur éditeur Perisse Duluc et, car on ne le saura jamais, soit Paganucci comptable de son état, soit le lieutenant-colonel Gaspard de Savaron[i], ces trois personnes, reçoivent ce soir là, une bien étrange visite assortie d’une bien étrange révélation, qui encore aujourd’hui marque le Régime Ecossais Rectifié…

En effet, un messager, qui n’est autre que Pierre-Paul-Alexandre de Monspey se présente à eux. C’est un gentilhomme beaujolais, Commandeur de l’Ordre de Malte, membre de la Loge La Bienfaisance, Loge créée par Jean-Baptiste Willermoz, il est Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (Paulus eques a Monte Alto) et Grand Profès. Il apporte à Willermoz 11 cahiers rédigés par sa sœur Marie-Louise de Monspey dite Madame de Vallière, qui sous l’emprise d’une force extranaturelle et sous l’emprise de ce qu’elle appelle des "batteries", sortes de coups qu’elle reçoit dans son corps, écrit ce qu’un être supérieur lui fait écrire. Ces cahiers sont destinés à Willermoz lui-même, qui dans un premier temps est surpris, mais qui très vite eu égard à la foi qui est la sienne, eu égard à ses croyances et aux pratiques qui lui ont été enseignées par Martines de Pasqually ne peut douter de la véracité de ce miracle, qui de plus tombe bien, dans un contexte où en 1785 son système maçonnique est encore loin d’être stable…

Tout d’abord, parlons de Remiremont, c’est une petite ville de 8000 habitants aujourd’hui, et qui se trouve près d’Épinal. Cette petite ville présente la caractéristique de pouvoir suivre sans interruption, son histoire pendant quatorze siècles, depuis le monastère fondé au début du VIIème siècle dans cette montagne vosgienne, en passant par le plus prestigieux chapitre féminin noble d’Europe du XVIIIème siècle jusqu’à la ville actuelle. Abbesses et chanoinesses, " les Nobles Dames de Remiremont " ont laissé partout dans la ville leur empreinte prestigieuse…

En ce qui concerne l’histoire de Remiremont et de son Chapitre, je vous renvoie bien sur, pour ceux que cela intéressera, à l’article de Renaissance Traditionnelle : "Portrait de Chanoinesses"[ii] qui reprend le travail de Françoise Haudidier[iii] et vous pourrez trouver en notes, une histoire abrégée[iv] de ce même chapitre. Alors, que nous dit cet article, en fait le Chapitre était "une maison d’éducation pour filles qui n’avaient pas forcément la vocation religieuse, qui constituait un refuge pour des veuves, des amoureuses déçues, des princesses sans fortune, mais à qui l’abbaye dispensait à toutes, les honneurs dus à leur rang." Mais revenons à cette étude lorsqu’elle traite des chanoinesses de Monspey, car Mme de Vallière est l’une des ces Chanoinesses.

Elles sont filles du comte Joseph-Henry de Monspey originaire de Vallière en Beaujolais. Vous allez voir dans la présentation des cinq sœurs les difficultés de recherche, car les prénoms des sœurs sont très proches les uns des autres… On apprend de plus, que la seconde, va fonder une sorte, nous dit Françoise Haudidier, une sorte de république pastorale inspirée de l’Astrée[v] ce roman fleuve du XVIIème, donnant pour rajouter un peu plus à la confusion, des surnoms de bergers ou de héros à chacune de ses sœurs ! Confusion renforcée par le fait qu’outre les prénoms ressemblant, le père leur donnera aussi un nom correspondant à l’une de ses terres. On retrouve donc :

Marie-Louise de Monspey dite "Eglé de Vallière" ou encore Madame de Vallière. C’est, je dirai, celle qui nous intéressera par ailleurs, elle est l’ainée des cinq sœurs qui toutes entreront au Chapitre et feront preuve à l’image des fameux cahiers d’une foi catholique puissante. Elle nait en 1731, mais n’entrera que la dernière au Chapitre en 1776.

Marie-Louise-Catherine de Monspey dite "Bergère Annette" ou "Annette de Charentey", née en 1734 et qui entre au chapitre en 1765

Marie-Reine-Aimée de Monspey ou "Laure de Vury", née en 1736 et entre au chapitre en 1766.

Pauline de Monspey ou "Pauline d’Arma" devenue chanoinesse en 1772, et

Catherine-Elise de Monspey ou "Sylvie d’Arigny" entrée elle en 1775 où elle succombera 7 ans plus tard de brûlures…

Les cinq sœurs passent pour avoir été des poétesses, la Maison de Monspey étant dite "chérie des muses" par Alice Joly, on sait leur intérêt pour la culture et la lecture de l’époque. Ce sont à la fois des bienfaitrices, qualifiées de "Bonnes fées" des pauvres, mais aussi de, on peut le dire avec une connotation qui nous est chère, de véritables "cherchantes", curieuses de tout en ce temps des Lumières. Elles lisent Buffon, "grattent" du côté des expériences de Lavoisier ou de celui des expériences de physique de l’abbé Nollet. Elles portent aussi et surtout, pour nous, un grand intérêt aux sociétés Mystiques Lyonnaises, au sein desquelles : les courants s’intéressant au magnétisme et aux guérisseurs, courants dans lesquels Mesmer[vi], le Marquis de Puysegur[vii] et autres Cagliostro occupent une part prépondérante.

Nous l’avons dit Marie-Louise de Monspey entre au chapitre en 1776, elle est âgée de 45 ans, on sait qu’elle ne fait que de courts séjours à Remiremont.

Nous venons de voir, certains des centres d’intérêt des Chanoinesses de Monspey, alors nous allons nous y arrêter un peu. En 1780 va naître en France un engouement pour ce que l’on va appeler le Magnétisme Animal, ici à Marseille par exemple, le célèbre Vénérable Maître de La Triple Union, pas Henry Lopez, l’autre Claude-François Achard, médecin de profession travaillera le Mesmérisme, le magnétisme, le somnambulisme et leurs applications médicales, et c’est dans le même esprit à Lyon, que le Dr Dutrech chirurgien du dépôt de mendicité et le Chevallier de Barberin officier d’artillerie vont fonder la Société de la Concorde, mettant au point ensemble des techniques de soins destinées aux indigents. Alors, il est intéressant de noter ici au passage, que le Commandeur de Monspey appartient à cette société et qu’il influera sur celle-ci, au point d’en modifier les techniques en supprimant par exemple les baquets, les attouchements et autres impositions des mains, ainsi que les musiques, qui étaient des vecteurs de guérison, et ce, au profit des sommeils somnambuliques. Notons enfin que comme le Commandeur de Monspey, Jean-Baptiste Willermoz participa également à la Concorde, mais ce dernier ne fut jamais un leader comme il le fut généralement partout ailleurs.[ix]

Alors, parlons des manifestations, qui sont ressenties par Madame de Vallière. Elle les appelle nous l’avons dit : les "Batteries", elles surviennent spontanément, sans mise en condition, ces manifestations s’emparent de la main de la Chanoinesse induisant une écriture automatique tout en laissant libre son esprit, pour tout ce qui n’est pas de la manifestation, et lui laissant de plus, la possibilité d’arrêter la séance à tout moment. Nous le savons en Franc-Maçonnerie il existe différentes batteries : celles des maillets ou des coups frappés à la porte, mais qui au Régime Ecossais Rectifié sont souvent différentes des autres rites, notamment en raison des sources liées aux Elus Coëns de Martines de Pasqually et à son arithmosophie. En fait ces batteries décrites par L’Agent Inconnu, ne sont pas toujours les mêmes et lui permettent entre autre de déterminer à quelle classe d’esprit appartient celui qui s’adresse à elle, mais aussi confortent Jean-Baptiste Willermoz et les siens dans leurs croyances… Enfin on remarquera que, par chance, seuls les esprits supérieurs et bénéfiques ont contacté l’Agent.

Les cahiers originaux, ceux manuscrits par Mme de Vallière, ne nous sont pas connus, seules les transcriptions qui en ont été faites sont en la possession des différentes archives. Notamment celle du "Cahier des initiés" retrouvé parmi les papiers personnels du Profès Grenoblois Prunelle de Lierre, dont voici une page :

Mais imaginons-nous de nouveau ce mardi 5 avril 1785, Willermoz et ses "témoins" vont examiner ces cahiers pendant 4 jours[x], confortant leurs croyances en l’enseignement de Martines de Pasqually que l’Agent Inconnu corrobore, et notamment en ce qui concerne la chute Adamique et les possibilités de Réintégration. Ces textes, il convient aussi de le noter, font l’Apologie de l’Eglise catholique et en particulier du Pape. Au terme de ces 4 jours, Willermoz convaincu que l’Agent détenait la "Doctrine de la Vérité", Willermoz donc obéit à l’injonction qui lui est donnée, à savoir de réunir la société secrète dite L’Initiation, celle des "ouvriers de l’onzième heure". En tant qu’Elu, Willermoz aura le choix de soumettre aux 11 membres de la société, les textes de Madame de Vallière, tout du moins ceux qu’il désire leur soumettre pour la méditation et la recherche, en revanche, il ne doit en aucun cas en modifier la teneur. Même la cérémonie d’inauguration fut décrite par l’esprit, et l’on peut aisément l’imaginer, que Willermoz, cet amoureux des rituels comme on le sait, la respecta sans doute à la lettre. Et voici entre autre ce qu’on peut y lire :

"10 Avril 1785, en loge Assemblée des onze frères élus, lorsque la loge générale aura fini sa séance, le frère Willermoz ayant appelé en particulier chacun des frères, dès le jour précédent, sous la condition expresse de ne communiquer cet avis à aucun frère ; il aura soin de porter, avec ce cahier les 3 qui contiennent la doctrine dont il fera l’exposition et ceux qui contiennent les trois grades qui termineront la séance." On le voit, il y a d’abord une Tenue que je qualifierai de bleue, et derrière une Tenue regroupant les quelques privilégiés… A la fin du même mois, ils seront déjà à peu près 24 à se réunir en deux fois, c'est-à-dire qu’à peu près tous les frères lyonnais en font partie dès le début et fin juillet ils sont un peu moins de 50… On ne connaît pas la liste exacte de ceux qui firent partie des Initiés, ce qui est sur c’est que certains Francs-Maçons ne furent jamais appelés pour y participer et que d’autres refusèrent l’appel comme par exemple d’Hauterive, Savalettes de Lange ou l’Abbé Fournier (le dernier secrétaire de Martines de Pasqually) qui n’en firent jamais partie. En revanche il est fort intéressant de noter que Louis Claude de Saint Martin fut enclin à se soumettre aux "Lois de la Chose", et que, fait souvent méconnu, Saint Martin va même aider Willermoz à mettre en forme les écrits de L’Agent Inconnu, afin que chaque Initié y ait un accès facilité.

L’Initiation elle-même, celle dispensée au sein de cette société, durait 4 à 6 semaines, sous la forme de révélations et d’instructions sur la doctrine, surtout si les impétrants n’étaient pas maçons ce qui impliquait qu’ils reçurent tous les grades rectifiés jusqu’à l’Ordre Intérieur. Notons aussi quelques points : le premier c’est qu’à l’inverse de la cérémonie d’inauguration qui avait été soigneusement dictée par l’Agent, la cérémonie d’initiation elle, ne répondait à aucun rituel, elle n’était constituée comme nous l’avons vu, que de formation et d’instruction ; second point : que l’adhésion à la société était gratuite, et enfin, que la société n’essaima pas, même si des frères étrangers ou éloignés reçurent l’enseignement…

Au sein de cette société, Willermoz est dénommé le "Sacerdos", et on l’a vu on ne connaît que le nom de quelques membres présent à l’Inauguration, citons : Paganucci, Grainville, Millanois, Monspey bien sur, Savaron et Braun, tous sont Grand Profès et Elus Coëns[xi]. Cette première réunion se tint chez Savaron, les 3 cahiers concernant les rites, le règlement et les trois grades ne sont pas connus, en revanche on connaît les 4 cahiers concernant la doctrine. A partir de cette première réunion, Jean-Baptiste Willermoz va être très occupé, il en délaissera même son travail magnétique sur les sommeils de Melle Rochette. De 1785 à 1788, Mme de Vallière envoie 162 messages à Willermoz, seulement 45 furent sélectionnés pour instruire les Frères, et seuls 14 sont en possessions de la Bibliothèque Municipale de Lyon[xii]. Ces 14 messages décrivent la "Doctrine de Vérité", mixant un catholicisme fervent classique pour l’époque, du magnétisme, de l’enseignement de Martines de Pasqually et de la Franc-Maçonnerie. Dans ces cahiers on doit noter et c’est important, que le message délivré, tente d’une part de "dévaloriser" si l’on peut dire, ou de minimiser l’importance du personnage clé de la légende du troisième grade, d’autre part à l’inverse, tente de revaloriser le Grade d’Elu de même que les grades de vengeance que Willermoz avait tant décrié, et enfin et surtout de substituer le mot de passe du 1er grade à savoir Tubalcaïn !

Nous reviendrons plus avant sur la substitution de ce mot par Phaleg, mais d’ores et déjà, que nous dit l’Agent Inconnu sur Tubalcaïn ? Tubalcaïn est placé sur le même niveau qu’Adam en ce qui concerne la chute et la perversion de l’homme. Il est qualifié d’ "agent diabolique" et portant les "vices charnels". Ainsi ce nom utilisé entre autre, dans les initiations Egyptiennes promues par Cagliostro, quelque part le rival de Willermoz, devait être supprimé au profit de Phaleg, fondateur des Loges et donc de la Maçonnerie, sorte de chaînon manquant d’une filiation allant de Salomon à Jésus et aboutissant à l’Agent lui-même, rien que ça… ! Le 5 Mai 1785, invoquant la lignée Kaïnite et le patronage des forgerons et donc son lien aux métaux, Jean-Baptiste Willermoz remplace Tubalcaïn par Phaleg, sur décision de la Régence Ecossaise de Lyon et par Arrêté du Directoire d’Auvergne.

Revenons maintenant à l’enseignement dispensé par la société. On sait que L’Agent avait appuyé l’authenticité de ses propos, sur la base même, que l’initiation qu’il développait, correspondait à celle de l’Eglise primitive et était de plus, conforme à un manuscrit grec de la bibliothèque du roi, manuscrit de Saint Jean Chrysostome qui aurait été ramené par le moine Sosthène. Hélas malgré les instructions précises de l’Agent et les recherches de quelques frères, le manuscrit s’avéra introuvable… En fait, avec le temps, Jean-Baptiste Willermoz se rendit vite compte que les promesses de l’Agent Inconnu seraient difficiles à tenir et notamment en ce qui concerne les enseignements sensationnels promis, au sujet de textes Bibliques ou de ceux des pères de l’Eglise… Dès 1786, les rapports entre Willermoz et Mme de Vallière se gâtent, car Willermoz ne pouvait s’empêcher de corriger les erreurs et les imperfections de l’Agent qui concernaient la Maçonnerie et les Elus Coëns. A la fin de cette même année 1786 la publication des cahiers va stopper, et les membres de la "Loge Elue et Chérie" vont devoir attendre jusqu’en janvier 1789 pour obtenir un cahier. Mais le travail de l’Agent ne stoppe pas lui, au point que Jean-Baptiste Willermoz y adjoint la présence de sa somnambule préférée : Mademoiselle Gilberte Rochette, ce qui induira une sorte de guerre d’influence ou peut-être même de séduction entre ces deux femmes, car on sait par ailleurs que certaines séances de sommeils, peut-être particulières, aboutiront au mariage de Melle Rochette avec l’un des neveux de Willermoz…

De la même manière c’est avec Louis Claude de Saint Martin, que cet épisode de la Société des Initiés laissera des traces au niveau de la relation entre le Philosophe Inconnu et le soyeux Lyonnais, avec de nombreuses disputes qui vont aboutir à un quasi sentiment de pitié de la part de Saint Martin envers son ami, au fur et à mesure que les miracles se faisaient attendre, et surtout lorsque Willermoz allait essuyer un nouvel affront que nous allons voir… En effet à l’occasion du 3ème anniversaire de la Loge, l’Agent édicta la "Règle pour le 3ème anniversaire" dans lequel il prévoyait d’envoyer dorénavant les messages au rythme de deux fois par mois à cette fois, sept récipiendaires[xiii] et non plus au seul Willermoz qui se voyait ainsi humilié et relégué au même niveau que d’autres Frères lambda. Willermoz ne publia pas cet envoi, maintenant l’Agent dans un silence relatif…

Le 10 octobre 1788, Willermoz convoque une assemblée extraordinaire de la Société des Initiés, et dans son discours il avoue à ses condisciples les avoir abusés, car lui-même avait été abusé et crédule. Il revient sur ce qu’il a cru être un miracle, le travail qu’il avait accompli et fait son mea culpa, tout en expliquant avoir mené l’expérience le plus loin possible et essayé de faire le tour complet de la question… Et puis dans cette assemblée, vint le moment de parler de Madame de Vallière : avec tout d’abord 13 lignes de précautions d’usage, louant ses qualités individuelles et humaines, mais suivi d’une diatribe démontant complètement son système et ses qualités ésotériques et mystiques ainsi que ses prétendus pouvoirs, dénonçant la manière avec laquelle l’Agent Inconnu avait imposé ses décisions sans laisser quelque libre arbitre que ce fut. Dans ce discours, Jean-Baptiste Willermoz en profite comme on dirait aujourd’hui pour "charger" celui qu’il nomme l’"ami de l’Agent", à savoir vous l’aurez compris, le Commandeur de Monspey, supposé avoir commandité les pensées et les écrits de l’Agent et s’étant attribué un rôle prépondérant… Toujours aussi habile, Willermoz obtint l’aval de ses frères afin d’instaurer un nouveau mode de fonctionnement à venir, en ce qui concernait Madame de Vallière, son rôle et son action désormais limités. Malgré ce constat d’échec, la société continua à se réunir le lundi et l’Agent maintint ses envois notamment sur le thème de Jésus Christ… mais 1789 approchait et tous les frères allaient vivre des évènements encore plus préoccupants !

Alors en 1789 justement, où en est-on de la situation politique des frères lyonnais impliqués dans notre affaire ? Et bien comme tous les maçons on en retrouve dans chaque camp : élus du Tiers Etat, du Clergé ou représentants de la Noblesse et tous majoritairement heureux du changement censé faire naitre une société nouvelle ! Mais à Lyon comme ailleurs la crise allait succéder à l’euphorie, crise économique, notamment pour les soieries, mais aussi crise sociale et politique. Et là la discorde vint à la Loge chère à Willermoz, la "Loge élue et Chérie de la Bienfaisance". Car l’idée qu’avait eut Willermoz était d’essayer de débattre en Loge des projets de l’Assemblée Nationale et ce fut un échec cuisant. L’ambiance allait se dégrader petit à petit, et en décembre 1789 Saint Martin démissionne de la Bienfaisance, tout en demandant paradoxalement, à garder un lien et à suivre l’évolution de l’Initiation. Sur ce dernier point Willermoz ne devait pas répondre car en fait depuis septembre, l’Agent n’avait plus donné de nouvelles… Début 1790, l’ambiance continue de dégringoler à La Bienfaisance avec des heurts entre les frères pour des raisons politiques et les rôles joués par chacun dans la vie profane…. En février Jean-Baptiste Willermoz se retire. Alors, pourquoi avoir développé cet épisode historico-maçonnique, qui certes est très important dans l’étude et la vie de Willermoz mais qui semble sans lien avec notre Agent Inconnu ? Et bien, parce que c’est précisément à ce moment que l’Agent décida d’atteindre une nouvelle fois nôtre Mystique Lyonnais.

Nous sommes à ce moment là, près de cinq ans après la première révélation, le 10 Mars 1790 précisément, Marie-Louise de Monspey intime l’ordre à Jean-Baptiste Willermoz de quitter sous 24 heures, toutes ses fonctions et d’abandonner tout pouvoir au sein de la Loge l’Initiation au profit de Jean Paganucci. Comme le lui confiera Perisse Duluc, les aristocrates que sont les de Monspey n’avaient semble-t-il pas pardonné à Willermoz son patriotisme… Drôle d’ordre surnaturel me direz-vous! La réaction de Willermoz n’arrange pas les choses : il veut bien quitter ses fonctions, mais en aucun cas rendre les cahiers d’instructions qui avaient été écrits à son attention, et ce bien sûr au grand dam de L’Agent Inconnu et de Paganucci… Toutefois, il concède de leur rendre ce qui n’avait jamais été rendu public et les cahiers de l’an 1789, mais il garde tout le reste, et notamment une confession et des documents intimes de Mme de Vallière…

En 1790 toujours et en 1791, l’Agent Inconnu qui s’était quelque peu relâché, redevint prolixe, écrivant à Paganucci une quarantaine de cahiers, qui vont de l’exégèse à la Maçonnerie, en passant par des analyses sociétales. En 1792, c’est cette fois l’analyse littéraire et le commentaire de l’œuvre de Louis Claude de Saint Martin, le Philosophe Inconnu qui est faite. Mais on le sait au regard de l’histoire, la Révolution Française toujours en marche eu raison pour un temps, de la Franc-Maçonnerie Française en général et de la Franc-Maçonnerie Lyonnaise en particulier… Présent dans tous les camps, de nombreux Frères y laissèrent la vie, et Willermoz lui-même ne dût qu’à la Divine providence de ne pas y laisser la sienne… En 1793, c’est au tour de Mme de Vallière et de son frère le commandeur de Monspey d’être arrêtés et d’être emprisonnés à Macon. Là rodés aux avis médicaux qu’ils avaient l’habitude de dispenser et aux traitements permis par leurs supposés dons surnaturels, ils purent exercer leurs talents en captivité, ce qui leur valu la vie sauve et la libération. De retour au Château c’est avec l’un des rares survivants, Perisse qu’ils reprirent leurs activités, Perisse devenant après Willermoz et Paganucci mort pendant la Révolution, le troisième dépositaire du message, mais cette fois seul dépositaire et surtout seul membre de la Loge Elue et Chérie…. Entre 1794 et 1799 c’est toutefois 73 cahiers qu’il va recevoir. Il meurt en 1800 et sans dépositaire, les missives célestes cessèrent, et devinez qui hérita des textes… Jean-Baptiste Willermoz bien sur !

Pendant 6 ans, jusqu’en 1806 donc, les deux parties encore vivantes en présence, à savoir les de Monspey d’une part et Willermoz de l’autre, les deux parties vont purement et simplement s’ignorer. En 1806, nous sommes donc 16 ans après la première rupture entre eux, et 21 ans après la première révélation, Willermoz tente un nouveau rapprochement, sans doute afin de définir et de préserver l’avenir des archives. Il propose à Mme de Vallière de tout lui rendre et de ne garder que les instructions de 1785 et celles de Perisse. La lettre qu’il lui adresse est habile, en fin stratège qu’il est, il fait pendant 8 pages, montre d’obséquiosité, de flatterie, il s’excuse… Mais hélas, Marie-Louise de Monspey a la rancœur tenace, et dans sa réponse elle l’accable et réclame rien moins que la totalité des cahiers ! Willermoz insiste et tente de retourner l’Agent, qui de nouveau répond et cette fois en invectivant le Lyonnais ! La querelle recommençait ! Mais à force de persévérance et de persuasion, on constate que la correspondance de Mme de Vallière change de ton, pour finalement abonder dans le sens de Willermoz auquel elle confie les documents, ce qui fera dire à Willermoz que finalement il y a peut-être un vrai miracle dans cette affaire…

21 ans après le début de leur collaboration, la dernière lettre du 4 novembre 1806 mettait fin à la relation entre Jean-Baptiste Willermoz et Madame de Vallière qui mourut en 1814.

Si l’on essaie d’analyser l’Agent Inconnu, c’est une fois de plus Alice Joly qui nous aiguille fortement. La forme d’écriture est fort différente des autres personnages de l’époque, mais aussi différente de celle des somnambules, des médiums ou de celle des spécialistes de l’écriture automatique. Sa "mise en condition" d’écriture était très différente aussi, en aucun cas provoquée par des mécanismes extérieurs. Alors intéressons nous à l’analyse que fit faire Alice Joly à la Société Lyonnaise d’histoire de la Médecine. Nous sommes en 1958[1], la psychiatrie comme la psychanalyse ont encore de grands progrès à faire, mais le diagnostic tombe : "délires d’influence à thème mystique", "écrits classiques d’aliéné, avec dessins, déformation de la graphie et des mots, portant l’évidence d’une fuite dans les idées, quand ce n’est pas incohérence". Concrètement il ressort de l’analyse que la Chanoinesse, célibataire et cinquantenaire, semble perturbée par sa sexualité comme cela est classique dans les cas de délires en phase ménopausique. Il est également habituel de voir décrit d’une part cette sensation de force extérieure qui pousse à écrire, et cette notion de ressenti de coups frappés de l’intérieur mais venus d’ailleurs. Bien sur les médecins ne sont pas dupes de la présence et de l’influence du Frère de Mme de Vallière, son "autre moi-même" comme elle dit. Si l’on analyse l’évolution psychologique chronologique de l’Agent, on voit aussi qu’elle suit des schémas classiques : une phase anxieuse douloureuse au début et une amélioration vers la joie et la paix avec le vieillissement. On sait aussi que des périodes de graves troubles politiques comme les guerres ou en l’occurrence la Révolution, ou bien des cataclysmes sont propices aux accalmies dans de tels troubles du comportement au long court.

Alors Marie-Louise de Monspey, Madame de Vallière, L’Agent Inconnu, n’était elle qu’une folle ? Y-a-t il eu volonté d’escroquerie ? Ou simplement crédulité ? Peut-être, et sans doute ne le saurons-nous jamais… Mais ce qui est sur, c’est que l’on ne peut douter de l’élan mystique des hommes de désir Lyonnais, Willermoz à leur tête. On ne peut douter de leur Foi, de leur croyance en l’amélioration de l’homme au travers des vertus. Et en tout cas, il nous faut maintenant nous tourner vers la partie cohérente du message de l’Agent Inconnu, cohérente au regard de l’enseignement sous-tendu au Régime Ecossais Rectifié, celui de Martines de Pasqually, cette cohérence pour nous qui partout ailleurs en maçonnerie est aberration, c’est cohérence c’est Phaleg, mais encore va-t-il falloir nous en expliquer...

Source : Les Amis Provençaux de Renaissance Traditionnelle

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Le Christianisme Primitif

13 Avril 2012 Publié dans #spiritualité

L'Histoire du Christianisme va se raccrocher aux " Actes des Apôtres " souvent remaniés, faut-il le dire, ils invitent à suivre l'expansion du christianisme qui est avant tout " œuvre de l'Esprit ". Malheureusement ces Actes ne recouvrent qu'une partie des premiers balbutiements de l'Histoire du Christianisme Primitif. Les divers autres documents qui ont fini par être tenus pour vrais sont très souvent, étayés de suppositions, ou trop tardifs, et sont plus ou moins enjolivés! Il faut attendre 1873 (!) pour qu'on découvre dans une bibliothèque de Constantinople un livre, un petit livre titré : " Didachè ", ou " Doctrine des 12 Apôtres ", sans nom d'auteur, probablement ayant vécu à la charnière du 1er et du IIe siècle. Le document émane d'une communauté juive convertie au christianisme. Il y est question de la morale chrétienne, du Baptême, de la hiérarchie intercommunautaire et de vie sociale en général. L'auteur insiste sur la charité, l'hospitalité et le secours mutuel qui doivent être pratiqués. Il écrit que l'unité, la sainteté, l'universalité doivent caractériser l'Eglise et que le symbole de cette unité est " le pain rompu ".


Alinéa en forme de doute ! Aujourd'hui, là, de nos jours, les athées ultra rationalistes nient la personnalité du Christ. Au crédit de leurs dires, l'histoire de Jésus n'est consignée ni dans les actes officiels ni dans les annales de l'empire romain. Les Evangiles relatent des évènements qui par leur côté spectaculaire devraient se retrouver, dans les chroniques de l'époque où ils se situent, il n'en est rien, par exemple: le massacre des nouveaux nés sous Erode, l'entrée triomphale du Christ à Jérusalem, le ciel qui s'assombrit et le rideau du Temple qui se déchire lorsqu'il meurt sur la croix, les flammes qui descendent sur les apôtres, la foule qui " parle en langue " lors de la Pentecôte etc. Rien de cela! Dans ce climat de remise en question, une étrange déclaration, en 1955, le Pape Pie XII devant un Congrès d'historiens déclare que la question de l'existence de Jésus, pour les catholiques, relève de la foi et non de la science, voilà qui peut laisser perplexe ! Il est avancé qu'il ne serait simplement et naturellement que le fils d'un homme et d'une femme, sans intervention de Dieu, se sera l'opinion d'Arius, né en 256, 270, il soutiendra que Jésus était une simple créature tirée du néant n'ayant reçu le privilège d'être le Fils de Dieu que par adoption. Arius fut tout naturellement anathémisé, on pense qu'il mourut empoisonné en 336. Cette théorie eût de si nombreux partisans que " l'Arianisme " faillit de peu l'emporter sur le christianisme ! Une autre hypothèse avancée, c'est celle selon laquelle Jésus serait devenu l'incarnation du Christ, Fils de Dieu qu'au moment de son baptême dans le Jourdain... pour une durée de trois ans. Le Christ est alors le Fils de Dieu, partie intégrante et indissoluble de la Sainte Trinité! Plusieurs éminentes personnalités affirment que les renseignements du Nouveau Testament à propos de la mort et de la résurrection de Jésus. sont tout bonnement des copies d'enseignements venant de ce qu'on a appelé les " religions à mystères ". Il est à noter que le Baptême n'est pas une innovation chrétienne, les disciples se le sont appropriés, en ont fait un geste d'entrée dans la communauté, ils l'ont enrichi par le mystère pascal. Au 1er siècle plusieurs de ces religions à " Mystères " tentaient de s'imposer, elles apparaissaient, disparaissaient, se transformaient, elles tentaient leur chance ! Chacune d'elles étaient construites autour d'un mythe, elles avaient toutes en commun, Mort et Résurrection. Retour à nos sources référents : les " Actes des Apôtres ", oeuvre de Luc le compagnon de Paul.


Nouvelle tentative pour trouver le ou les fondateurs de l'Eglise Primitive !


Les " Actes des Apôtres " nous présentent comment l'Eglise primitive a été fondée : d'une manière surnaturelle par l'effusion du Saint Esprit. Dans la relation de sa première prédication, " remplit du Saint Esprit " fondateur, Pierre annonce de la part de Dieu à ceux qui veulent devenir croyants, faire partie de cette Eglise la nécessité d'une repentance, d'une conversion, d'un baptême biblique par immersion dans l'eau, donné, au nom du Père, du Fils et de l'Esprit. Ce baptême doit être accompagné d'une imposition des mains, d'une onction d'huile consacrée et de la remise d'un vêtement blanc. " Dieu seul sauve et ajoute à son Eglise, par le Saint Esprit, ceux qui deviennent croyants ". (Actes 2.47). " Et ceux là devenaient des membres d'un seul corps (1 Cor. 12.13) " Ils étaient munis des dons de l'Esprit ". (Cor. 12.7-11)


Ce qui se colporte sur ce Jésus de Nazareth, Fils de Dieu et Sauveur des hommes n'est pas sans provoquer des remous, des railleries dans une société où domine une culture à la fois raisonneuse et syncrétiste. Des intellectuels comme Cerce dénoncent même le péril que représentent ces fables qui circulent, pour l'ordre public. Autour de Jacques, se regroupent assez nombreux ceux qui veulent rester attachés aux observances juives, en particulier à la circoncision, c'est ce qu'on a appelé le " parti des hébreux " parti soutenu par les Pharisiens. Antioche la libérale se voit mettre au pilori : " En confondant le peuple élu d'Israël dans la tourbe de toute provenance, qui va forcément envahir l'Eglise, les novateurs d'Antioche tournent le dos aux prérogatives défendues par les membres de la communauté mère de Jérusalem ", ils y a abandon de leur part du particularisme juif. " Dès lors, coupées des eaux vivantes du grand fleuve chrétien, s'abreuvant bientôt à des sources maléfiques, les communautés demeurées obstinément judéo-chrétiennes furent condamnées à disparaître dans les sables de l'Histoire ".


L'importance de Jérusalem dans l'émergence du christianisme est évidente, c'est la ville centralisatrice où se décident les conditions d'accueil des païens dans la communauté. Tout part et rayonne de Jérusalem. Dans la tradition d'Israël, Jérusalem est présentée d'ailleurs comme le lieu vers lequel monteront les nations aux temps eschatologiques


Qui sont les Apôtres, leur rôle ?! On trouve le mot " Apôtre " dans la Bible grecque des Septante où il a le sens d'" envoyé plénipotentiaire ", il désigne les témoins de la résurrection de Jésus ; on retrouve le mot dans l'Evangile de Matthieu (19.28) où là il désigne symboliquement le peuple de la fin des Temps. Paul fera usage de ce titre quand il sera introduit auprès des Apôtres par Barnabé.


La " Bonne Nouvelle ", la promesse d'un Royaume de Dieu se répand comme le feu sur herbe sèche, cette " Bonne Nouvelle " désigne un but à poursuivre, un idéal à promouvoir, désigne un bienfait suprême où se résume le don de Dieu ; (Matt.IV,17, VI,10,33). Quels sont les facteurs qui ont favorisé amplement l'expansion du christianisme : sa vocation universelle et œcuménique, la clarté de sa doctrine monothéiste ; l'organisation rigoureuse de ses communautés; une propagande habile, et puis le fait que cette religion bien qu'orientale ait été très ouverte, tout cela attira; une doctrine sociale hardie la rendit très populaire chez les humbles, les démunis. Les " Actes " parlent d'une mise en commun par les " frères ", de leurs biens, l'argent était équitablement réparti, un service aux indigents existait. Cette façon de vivre rappelle fortement la communauté de Qumram qui bien que judaïque était en rupture totale avec le judaïsme officiel jugé impur. Juste un mot : le monastère de Qumram se préparait activement à vivre la fin d'un monde corrompu. Jésus fut très certainement admis au noviciat de la secte lequel durait deux ou trois ans. La communauté Esséniennes pratiquaient un culte spirituel, où il y avait le partage du pain, la charité et la solidarité étaient un devoir, les sacrifices sanglants y étaient formellement exclus, contrairement aux hébreux qui se livraient encore à la coutume du sacrifice de la brebis. Pour Luc le partage des biens matériels était un signe d'une vie chrétienne authentique, " les Biens de la Terre sont à la disposition de tous ".


Une colère de regret :


Le Christianisme Primitif s'inscrivit comme une religion des pauvres, de la main tendue. Hélas " ce beau Christianisme " deviendra avec le temps passant une puissance religieuse intolérante, une puissance financière sans partage, une puissance politique impliquée dans les rouages les plus corrompus de l'Histoire avec en toile de fond ses fastes et ses crimes! Cette mise en commun des richesses prônée par les premiers chrétiens a été reprise au XIXème siècle avec les phalanstères ! Engels trace d'ailleurs un parallèle entre la situation de ces premières communautés chrétiennes et celles des communistes de la Première Internationale.


Petites et grandes nouvelles.


Plusieurs sectes à caractère ésotérique, d'inspiration tout à fait, authentiquement chrétiennes émergent dans la confusion au premier siècle et ont pour Maître secret un certain Apollonius de Tyane, on s'est même demandé s'il n'était pas le Christ lui-même ! Les miracles qu'il accomplissait le désignaient, sa vie exemplaire, son enseignement religieux, à la fois populaire et élevé firent une impression profonde sur les foules, alors, confusion sur les personnages ? Il est d'ailleurs tout à fait impensable que les disciples ne l'aient pas rencontré, il enseignait que l'on honore Dieu par la pureté du cœur. On ne peut passer sous silence un autre personnage, contemporain de Jésus, il s'agit de Simon le Magicien dit aussi Simon le Mage, personnage hors du commun, taxé par les Judéo-chrétiens d'hérétique redoutable, il était originaire de Samarie. Souvenons-nous que les Samaritains étaient considérés par les Juifs comme racialement impurs et schismatiques. Il n'hésite pas à se présenter comme la grande Puissance divine en personne, il n'est pas son envoyé ou son prophète, il EST. Le diacre Philippe le rencontre à Samarie, où " il exerçait la magie et jetait le peuple dans l'émerveillement ". Simon est frappé des prodiges accomplis par les disciples de Jésus, et il jure, lance le défi de ressusciter lui aussi si on l'enterre. Il sollicite et reçoit le baptême. A la suite il aurait demandé à Pierre et Jean le privilège de conférer le Saint Esprit, fut-ce en achetant ce pouvoir ! Mais où cela devient curieux c'est quand il est avancé que Simon le Magicien ne serait en fait qu'une représentation déformée de Paul…


Tout l'enseignement de Jésus, un Jésus gnostique est orienté vers la prise de conscience par l'homme de son identité véritable et de la confiance qu'il doit avoir dans les possibilités de réalisation de son individualité. Jean le Théologien, " le bien aimé du Seigneur " condamnera la catéchèse du rachat des péchés de l'homme par le sacrifice d'un Sauveur.


Les Evangiles (Bonnes Nouvelles) ne sont pas une " histoire " au sens ordinaire prêté à ce mot, ni une géographie, ni une compilation désordonnée de tout ce qu'on pouvait savoir hypothétiquement sur Jésus, se sont des textes dont tous les éléments ont été coordonnés et harmonisés au plus simple, pour des gens simples. Par exemple, dans cet esprit, à l'époque d'Irénée, Tatien (v. 120-apr 173) philosophe païen converti, dans son récit " Diatessaron " harmonise… unifie les quatre Evangiles, naturellement avec sa sensibilité ! Au cours du IIe siècle un certain nombre d'écrits vont être peu à peu rassemblés à droite à gauche pour argumenter la vie du Christ, certains seront laissés de côté parce qu'ils ne font pas à l'examen l'unanimité au sein des communautés, ou qu'ils ne reflètent pas la foi de toutes les Eglises, ces écrits porteront le nom d'" Apocryphes ". Un Evangile apocryphe, celui de Thomas, qualifié de " cinquième Evangile " insiste sur l'importance de la Connaissance, et s'attache aux seules paroles de Jésus, " le Vivant ". Cet Evangile consiste en cent paroles de Jésus. " Pour s'ouvrir à la Connaissance, les hommes doivent avoir au fond d'eux-mêmes la nostalgie de leur Être essentiel ", et, avoir cette interrogation : " Qui suis-je ? ". C'est à partir, disons de la première moitié du IIe siècle, que les chrétiens vont se définir avec une certaine unanimité. Ce passage de Justin de Naplouse paraîtra peut-être un peu long, mais il est tellement inactuel qu'il a sa place !


" Autrefois nous prenions plaisir à la débauche, aujourd'hui la chasteté fait nos délices. Nous pratiquions la magie, aujourd'hui nous sommes consacrés au Dieu bon en non engendré. Nous étions avides d'argent, aujourd'hui nous mettons en commun ce que nous possédons, nous partageons avec quiconque est dans le besoin. Les haines, les meurtres nous opposaient les uns aux autres, les différences des mœurs ne nous permettaient pas de recevoir l'étranger dans notre maison. Aujourd'hui après la venue du Christ, nous vivons ensemble, nous prions pour nos ennemis, nous cherchons à gagner nos injustes persécuteurs, afin que ceux qui auront vécu conformément à la sublime doctrine du Christ puissent espérer les mêmes récompenses de Dieu, le Maître du monde ".


Concluons avec quelques passages de cette apologie sous forme d'une lettre adressée à Diognète, qui décrit la vocation et l'existence chrétiennes à une époque où la société païenne est souvent méprisante et hostile, écrit qui est à dater de 190:


" Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes […] leur doctrine n'a pas été découverte par l'imagination ou les rêveries d'esprits inquiets ; ils ne sont pas comme tant d'autres, les champions d'une doctrine d'origine humaine. [ ] Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel […] Leur âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible " etc.


Une facette importante de cette Histoire Universelle : quelles places les femmes ont-elles occupées dans la société du temps de Jésus ? Les Apocryphes du " Christianisme Primitif " les valorisent, confirment bien qu'elles ont joué un rôle actif dans la vie de Jésus : Elisabeth, la prophétesse Anne, la veuve de Naïm, les femmes qui aident jésus dans son ministère, les femmes qui se lamentaient, ils soulignent l'importante présence de bien d'autres femmes… oui citons encore : Marie de Magdala, Marthe et Marie. Curieusement les Epîtres de Paul ignorent Marie, et méprisent, infériorisent d'une manière générale les femmes ; Paul est misogyne… peut-être pour cette simple raison ? Paul avait acheté une très belle femme dans un lupanar de Tyr, elle lui fit cadeau dit-on d'une maladie qui lui resta comme une écharde dans sa chair. Malgré son ressentiment les femmes vont tenir une place de premier plan dans les fondations pauliniennes. Il faut citer Priscille, Phoebé, ministre de l'Eglise de Cenchrées, Chloé, Apphia, Elodie…


Marc, 16, 6. 7, témoigne: " Alors que tous les disciples masculins auraient fui, trahi ou renié, les femmes auraient été présentes au pied de la Croix et auraient assisté à la mort de Jésus. C'est elles aussi qui auraient accompagné la mise au tombeau et qui, revenant le lendemain sur les lieux aurait trouvé ce tombeau vide. C'est dès lors les femmes qui auraient été les premières à recevoir l'annonce de la résurrection et à s'entendre confier la mission de porter la nouvelle aux disciples de Pierre. (Marc 16, 6.7).


Un coup de tonnerre ! Une découverte fortuite, capitale (?): les documents de Nag Hammadi. Ils sont écrits en copte, ils forment treize volumes sur papyrus ; cachés vers l'année 350, ils sont retrouvés en 1945. Ils seront reconstitués patiemment, étudiés, et encore étudiés, après une très longue période passée dans un coffre fort ! Ces documents, se composent de textes religieux et hermétiques, mais aussi d'écrits qui révéleraient des secrets sur le Christ, des secrets jugés hérétiques par Rome car s'écartant des dogmes et des traditions sur lesquels l'Eglise s'appuie. Ces documents qui datent en gros du 4e siècle n'ont donc rien de vraiment " primitifs ", ils ont tendance à faire l'impasse sur certains traits bien humains… trop humains (?) du Christ, relatés par les Apôtres: " Jésus avait un corps humain, il a été parfois fatigué et a connu la faim, il a eu des émotions et des expériences humaines ", les Apôtres Jean et Matthieu sont parfaitement clairs sur ces points. Mis à part cela ces documents apportent des renseignent précieux sur un mouvement : le gnosticisme qui intégré au Christianisme lui donne une coloration qui va faire de l'Evangile apocryphe de Thomas, laissé de côté, une pièce maîtresse du Christianisme Primitif. Tout de suite il apparaît que les Gnostiques envisageaient les choses divines comme une connaissance intérieure et secrète transmise par la Tradition et par l'Initiation. L'auteur du cinquième Evangile présente les clés retrouvées d'une Gnose, dont les racines profondes plongent en Orient.


" Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et qu'a écrites Didyme Judas Thomas le Jumeau de Jésus " logions, 13 :


" Jésus dit à ses disciples :


Comparez-moi, Dîtes-moi à qui Je ressemble.


Simon Pierre lui dit : Tu ressembles à un ange juste.


Matthieu lui dit : Tu ressembles à un philosophe sage.


Thomas lui dit : Maître ma bouche n'acceptera absolument pas que je te dise à qui Tu ressembles.


Jésus dit : Je ne suis pas ton Maître, car tu as bu. Tu t'es enivré à la source bouillonnante que Moi j'ai mesurée. Et il le prit, Il se retira, Il lui dit trois mots.


Or quand Thomas revint voir ses compagnons, Ceux-ci l'interrogèrent :


Que t'as dit Jésus ?


Si je vous disais une des paroles qu'Il m'a dites, vous prendriez des pierres,


Vous les jetteriez contre moi Et le feu sortirait des pierres Et elles vous brûleraient ".


Tirons une racine.


La Gnose implique une ferveur qui diminue jusqu'à annuler la distance entre moi et l'Autre. A la limite je suis l'Autre et " si les gnostiques ont proposé du monde une image dualiste, ce n'est pas parce que leur esprit les prédisposait à voir, face à toute entité une entité contraire, mais parce que devant la présence omniprésente et angoissante du mal, il était nécessaire de lui proposer quelque chose ". Elle est fondamentalement " non duel ". Un tel raisonnement allait à l'encontre de toute la prédication apostolique !


La création de notre Monde, son origine:


de l'Être Suprême inconnu vient une série d'émanations ou " aéons " qui sont des êtres spirituels d'un haut niveau capables de communiquer avec l'Être Suprême. Un des aéons inférieurs, qui n'est pas en contact direct avec l'" Être Suprême ", va être responsable de la Création. Même si elle n'est pas totalement mauvaise, la Création est comparable à " une sphère " d'où les humains enfermés doivent s'échapper s'ils veulent se réintégrer à Dieu. Jésus enseigne que cette " aventure " est accidentelle, l'homme pourra lui même dans son enveloppe charnelle, connaître la joie de la libération. Le seul moyen qu'il a pour échapper à cette " Création maladroite et douloureuse " c'est la " Gnose " qui amène à la connaissance parfaite du vrai Dieu. Le salut consiste à surmonter l'ignorance qui accable l'homme, il peut y parvenir par sa connaissance de son soi intime. La mission du Christ a été de venir comme émissaire du Dieu Suprême, apporter la Gnose. Pour les Gnostiques, le Christ en tant qu'Être divin n'a pas eu de corps humain, il n'est pas mort, n'est pas ressuscité. Il a soit habité temporairement un homme, Jésus, soit pris une apparence humaine, une simple illusion.


Troublant Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 2-10.


Troublant Evangile de Saint Thomas…


" Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Elie leur apparut avec Moïse, et ils s'entretenaient avec Jésus… ".


En écrivant ces lignes des noms de personnages que je considère en charge de messages me sont venus à l'esprit : Boehm, Martines de Pasqually, Louis Claude de Saint Martin, Swedenborg ! Ces personnages furent certainement eux aussi … missionnés… à divers degrés. C'est à la suite d'une lecture que j'ai rencontré celui qui fut peut-être plus grand gnostique paléochrétien du début du IIe siècle : Basilide, un élève de Ménandre, disciple de Simon le Magicien ! Il imaginait 365 cieux habités par des intelligences de différents degrés, il prétendait que le monde avait été créé par des intelligences du dernier ordre. Le Livre alexandrin des secrets d'Enoch parlent lui des 12 étages qui séparent Dieu des hommes, dont 9 lui sont invisibles et forment le Plérome de la Divinité. En notre XXI ème siècle beaucoup de semi chrétiens (?) considèrent Jésus seulement et surtout comme un personnage historique, un illuminé qui a été déifié par la foule. La Tradition juive fait état de plusieurs cas d'enfants nés de femmes s'étant purifiées pour obtenir du Seigneur la naissance d'un enfant missionné. Musulmans et Juifs disent : " Le Messie Jésus " n'est que le fils de Marie.


Je terminerai cette esquisse " resserrée " du Christianisme ou des Christianismes, sur cette profession de foi de Martines de Pasqually : " La chute est universelle. Tous les êtres sont tombés. Se relèveront-ils, se réconcilieront-ils avec le Créateur ? Seront-ils réintégrés dans leurs prérogatives et droits primitifs. Cette réintégration est possible, elle sera universelle. Les esprits qui actionnent et opèrent dans le surcéleste, le céleste et le terrestre, étant destinés à accomplir la manifestation temporelle de la justice et de la gloire du Créateur, ont des puissances et des opérations spirituelles temporelles bornées par leur assujettissement au temps [….] C'est pour avoir fait la volonté de Dieu que Jésus Christ, revêtu de la nature humaine, est devenu le Fils de Dieu lui-même. En imitant son exemple ou en conformant notre volonté à la volonté divine, nous entrerons comme lui dans l'union éternelle de Dieu ".


La communauté chrétienne primitive disparue reste t'il un quelque chose de leur christianisme, l'Eglise catholique " a t'elle fait le ménage? ". D'un imbroglio d'émergences, le catholicisme l'a emporté, il a balayé nombre de croyances, de vérités qui le gênaient comme par exemple la réincarnation. Sur ce sujet Flavius Josèphe notera dans ses écrits que les Pharisiens, se réservaient la possibilité d'envisager une réincarnation. Pour cette croyance on torturera, on brûlera, Rome a pratiqué sur des siècles une sorte de remake romain ! … Oui, il reste le courant Gnostique qui fascine ceux qui s'en approchent, par la lumière qu'il leur permet de distinguer. Pour la Gnose, le Dieu de l'Ancien Testament n'est qu'un ange déchu qui n'a aucune prééminence sur les autres Puissances. Le Dieu de Lumière ne pouvant être créateur des ténèbres, se sont des puissances qui ne connaissent pas Dieu qui ont crée le Monde où nous vivons, qui le gouvernent. Les Gnostiques " chrétiens " voient, concèdent tout à fait comme un moyen valable, et, c'est là une cassure totale avec Rome, de s'ouvrir à d'autres Puissances issues des mystères, grecs, des ancestrales religions orientales, pour redonner à l'homme la pureté qui l'habitait avant Adam et Eve.

 

 

 

 

 

 


" Les temps sont venus. "

 

 

" Seigneur, j'ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.


Je vois, je sens qu'il faut vous aimer. "


Verlaine.
J.E. M. Source : http://www.hermanubis.com.br/artigos/FR

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Une Franc-Maçonnerie philosophique, l’autre philosophale

13 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Ce mouvement d’intégration à la Maçonnerie, allié à l’engouement pour les sciences occultes se fit connaître à travers toute l’Europe par l’entremise de grands mystiques, et ésotéristes a la grande désolation des Maçons rationalistes (favorable au savoir encyclopédique).

« Diderot s'écrie dans l'article « Magie » du Dictionnaire Encyclopédique : « Qui croirait que les hommes, instruits aient donné sérieusement dans ce tissu indigeste et ridicule de superstitions ? Qui croirait que, dans ce siècle même où l'esprit humain a fait de si grands progrès en tout genre, il y ait encore des gens qui n'en sont pas détrompés? Le fait cependant n'est que, trop vrai » Voltaire s'est beaucoup occupé (de toutes les sortes de magie : possessions, sortilèges, divination, apparitions, présages, génies et esprits familiers, vampires ; l'article sur la magie qu'il a inséré dans son Dictionnaire Philosophique attribue à une influence juive les pratiques démoniaques, erreur très répandue à cette époque. Dans ses Lettres cabalistiques, Boyer d'Argens (six volumes, 1741) persifle toutes les superpositions, dans lesquelles il englobe d'ailleurs le Christianisme; ses Lettres Juives contiennent une nouvelle série de critiques contre les sciences magiques. » ; ( « L’occultisme et la Franc-maçonnerie écossaise » R. Le Forestier, 2eme Ed Librairie. académique. Perrin 1928 )

Mais aussi et surtout, la curiosité qu’exerçait le Secret, attira hélas beaucoup d’opportunistes, des maçons pas « très catholiques » ( pour l'époque ), soit cupides, soit dévorés par l'ambition et la soif du pouvoir. En effet si les patentes furent au début délivrées par l ‘Angleterre, avec beaucoup de complaisance, très vite des Rites furent rédigés, un peu partout en Europe pour justifier le credo hermétiste et cultiver le goût du merveilleux. Très vite aussi les rituels rédigés se monnayaient, alimentant un véritable fond de commerce pour ceux qui les écrivaient.

René Le Forestier, dans sa "Maçonnerie occultiste et templière au 18e siècle" indique clairement comment les diverses puissances maçonniques tant anglo-saxonne, que française ou allemande voire suédoise utilisèrent par une surenchère de hauts grades, les délivrances de patentes et les reconnaissances mutuelles de loges et chapitres pour intégrer le credo hermétique. Et ce, en le vidant souvent de sa substance spirituelle. N'hésitant pas à fabriquer des légendes dénuées de tout fondement historique ou copier certains systèmes.

J'en ai pour preuve :

  • Le Rite du Chapitre de Clermont et sa légende jacobite crées par Rosa, Lernay, Prinzen .

  • Le Rite du Chapitre de Sion crée par les précédents avec sa légende templière.

  • C’est ce Chapitre qui sera transformé en Chapitre prieural de Sion par un Frère des plus indélicat , le Frère Johnson et qui invente le nom de Stricte Observance pour désigner son Rite. Le Baron Von Hund y ajoutera Templière.

  • La S.O.T. et son rite rectifié qui connut, dès le départ, des fraudes intellectuelles et financières, (pour mémoire celles de Johnson auprès du baron de Hund puis le scandale Starck, avec son système clérical)

  • Le GO qui reconnaît le 7 Août 1787, le rite d'Heredom et de Kilwinning qui est un faux historique grotesque et le sait,(« La FM Occultiste et templière de Le Forestier, Tome 2 p780/783 »)

  • Le régime des Philalèthes (1773), de Savalette de Lange émanation du GO pour contrebalancer l'influence grandissante de la S.O.T. en France.

  • Le Régime du Rite Primitif de Narbonne (1780)du Marquis de Chefdebien (ennemi de J.B Willermoz).

  • L’Ordre des Illuminés de Bavière de Weishaupt, sa pseudo-spiritualité, et sa prétendue filiation templière.

L'histoire a conservé le souvenir de ces âpres luttes d'influences lors des différents convents ( Altenberg ,Berlin, Kholo, des Gaules, de Wilhemsbad pour attirer les adeptes vrais de l'art royal. « Le bruit ne fait pas de bien, mais le bien ne fait pas de bruit ». Il faudra des décennies et des décennies pour que les puissances maçonniques mettent bon ordre dans ce fatras de rites,(plus de 100 variétés de Hauts Grades), systèmes et chapitres qui s'affublent de titres pompeux et de decorum pompier pour valider la vie spirituelle qui va, rappelons-le toujours vers la simplicité et la sobriété.

« On pourrait citer d'autres exemples à propos des rites suédois, swedenborgiens, néo-templiers; presque toujours apparaîtrait cette correspondance entre la pensée maçonnique et les grandes idées de l'époque. En lisant les oeuvres de Saint-Georges de Marsais, Dutoit-Membrini, Dampierre, Lavater, Swedenborg Oetinger, Eckartshausen, Baader et bien d'autres, on constate que la théosophie n'était pas le monopole des Loges. » A Mellor.

Dans toute l’Europe, chaque nation ambitionne secrètement de posséder sa propre Obédience avec ses propres rites, ses propres Grandes Loges. Alliances et mésalliances, tractations, et marchés, souvent de dupes. Echanges épistolaires ambigus laissant entendre la possession de la Vérité par la révélation divine, la découverte de l’Agent universel.

Que ce soit, Swedenborg  M de Pasqualy, St Martin, Mme de Guyon, ou Mme de Krudener, tous se sont ou séparés de la maçonnerie ou conservé leurs distances ou exprimé leur méfiance. Seul Willermoz a persisté contre vents et marées pour instiller dans son Régime spécifique du R.E.R, l’esprit de Martinez , son maître.

Personne n’a été plus constant et fidèle dans tous cette période que Jean-Baptiste Willermoz. .Sa parfaite connaissance des systèmes maçonniques, sa lucidité quant à leur faiblesse tant historique que doctrinaire, sons sens incroyable de l’organisation, lui ont permit de créer un Rite cohérent, intégrant la totalité du fond hermétique occidental(occultisme) éclairée par le plus pur mysticisme de Martinez et St Martin (illuminisme),car élaboré depuis le Haut (systeme CBCS) pour justifier le Bas (maçonnerie bleue en 4 grades).

Toutefois, l'histoire mondaine n'a pas retenu le nom de ces figures emblématiques de la pensée et de la foi chrétienne.

En cette période mouvementée, elle a conservé de l'illuminisme, le côté anecdotique et purement profane que représentent les courants ésotéristes et surtout, pseudo-ésotéristes, tels les Illuminés de. Bavière, le rite égyptien de Cagliostro, l'écossisme rectifié de Tshoudy, celui des philosophes de Narbonne, le régime des Philalethes.

J. de Maistre dans “Les Soirées de St Petersbourg”: Le sénateur (Anthologie littéraire de l’occultisme de Robert Kanters et Robert Amadou .Ed. Seghers) dit a ce sujet:

Vous avez donc décidément peur des Illuminés, mon cher ami!Mais je ne crois pas, à mon tour, être trop exigeant , si je demande humblement que les mots soient définis, et qu’on ait enfin l’extrême bonté de nous dire ce que c’est qu’un illuminé, afin qu’on sache de qui, de quoi l’on parle, ce qui ne laisse pas d’être utile dans une dicussion.On donne ce nom d’illuminés à ces hommes coupables qui osèrent de nos jours concevoir et même organiser en Allemagne, par la plus criminelle association, l’affreux projet d’éteindre en Europe le Christianisme et la souveraineté. On donne ce même nom au disciple vertueux de Saint-Martin, qui ne professe pas seulement le Christianisme, mais qui ne travaille qu’à s’éleveer aux plus sublimes hauteurs de cette loi divine.

La plupart des hauts grades, fabriqués au 18eme siecle, sont le résultat de surenchères entre puissances maçonniques, de calculs purement financiers, d'esprits plus préoccupés par l'élaboration de faux hauts grades pour combler leur connaissances souvent incomplètes, sinon fausses.

L‘oeuvre remarquable de René Le Forestier, exégète en matière d'histoire de la maçonnerie occultiste et templière fait parfaitement ressortir, à quels points, l'actuelle maçonnerie est l'héritière du 18e siècle, à quel points, elle a en elle les marques (tant dans la maçonnerie bleue de St Jean que dans les hauts grade de l'illuminisme) dans les formes non dans l'esprit.

Source : http://revue_initiation.tripod.com/

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Carl Gotthelf von Hund

13 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Carl Gotthelf von Hund (Manua, Lipse, HauteLusace, 1722 - Memmgen, Thuringe, 1776)

 

Le fondateur de la Stricte Observance templière était le descendant d'Otto Heinrich von Hund und Altengrotkau qui vivait à Ratisbonne en 1312. L'une des branches de la famille s'établit en Silésie au XVIIe siècle. La qualité de baron fut décernée à Hildebrand Rudolph petit-cousin de Joachim Hildebrand qui était le père de Carl Gotthelf von Hund, mais non à ce dernier. Orphelin de père à 8 ans, héritier d'une fortune importante, Carl Gotthelf fait ses études à Leipzig.

Le 24 juin 1751, il crée sur sa terre de Kittlitz la loge Aux Trois Colonnes. Merzdorf en recopia les procès-verbaux inédits, rédigés en français, et les reproduisit en 1842 dans le Cirelkorrespondenz der Egbünde (Schroder*) dont un exemplaire se trouve aux archives* de la ville de Hambourg. Des indications biographiques de première main concernant von Hund se trouvent au folio 71: « Charle Gotthelff de Hund et Altengrokau, Seigneur de Unwürde, Kittlitz, Gebeltzig, Oppeln, Manua, Liske etc. Chambelan de S. A. S. l'Électeur de Cologne, naquit le 11. de Sept 1722 à Manua, fut reçu Franc-maçon l'an 1741 le 18. d'Octobre à francforth sur le Mayn dans la Grande [Loge] sous la conduite du comte de Schönborn, Conseiller Privé actuel de S. M. I. le prince Auguste de Baden et le prince George de Hesse d'Armstadt, etant surveillants ayant pour répondant le Prince frederic de Hesse d'Armstadt, le prince de Nassau Welbourg et le comte de Wilt, et fut fait le même jour Compagnon, l'an 1742. Le 21 de Juliet il fut reçu Maître dans la [loge] aux 3 Roses à Gent, par Messer Bocland, maître en Chaire, et le 22 d'Aoust Écossais par Mylord duc - d'Albermarle à Bruxelles, et prit le surnom de Chev:- de l'Épée. Il fut second surveillant dans sa [loge] nommée à l'Arbre rompu, et après Premier Surveillant dans la même Le 13. d'Octobre de la meme année il fut fait Maçon Sapant et reçut des nouvelles lumières. Il entra en qualité de 1. Surveillant dans la nouvelle [loge] aux 3 Compas à Paris le 12 de Decbre 1742. Le 3 Janvier de l'année l 743. L a [loge] le choisit pour maître en chaire, et le 6e Janvier il la cassa au nom du Grand Maître et la forma de nouveau sous le nom de la [loge] Étrangère le 24. de Janvier 1743. Le 13 de Novb. 174.3 il resigna en faveur du Baron Merklem, se reservant ses droits en cas de son retour à Paris. Il reçut avant son départ des Instructions Particuliers, et en passant par Strasbourg il aida à établir une [loge] sous le nom de l'Épée d'or, et eriga enfin cette [loge] aux 3 Colonnes le 24 Juin 1751.»

La présence de von Hund au couronnement de l'empereur Charles Vll est attestée par la liste des participants vérifiée par Kloss*.

 

Depuis plus de deux siècles, les historiens se posent la meme question: von Hund a-t-il reçu un grade chevaleresque ou templier à Paris? La question a été obscurcie par les écrits de son ami Christian Friedrich Kessler von Sprengseysen (1730-1809) reçu maçon en avril 1754 à Unwürde par von Hund qui l'arme chevalier, Eques a Spina le 16 janvier 1764. Dans l'éloge funèbre prononcé par Kessler et dans les quatre livres qu'il publia après 1786 pour défendre la mémoire de von Hund, se rencontrent de nombreux éléments inexacts.

Le témoignage de Carl Heinrich Ludwig Jacobi apparaît plus digne de foi. Né le 8 mai 1745, secrétaire de l'ordre à 21 ans, Jacobi rédigea un Bref examen de l'histoire de la franc-maçonnerie et de l'ordre des Templiers en Allemagne, en particulier des frères appartenant au système dit de la Stricte Observance depuis 1742. Dans ce manuscrit en partie inédit, Jacobi admet que la plupart des membres de la Stricte Observance étaient convaincus que von Hund avait été reçu à Paris en 1743 dans l'Ordre de Jérusalem par le Grand Maître de l'Ordre, Charles Edouard ou Jacques 111, qui l'aurait nommé Grand Maître de la 8e Province. Tout en estimant probable que von Hund a fréquenté à Paris une loge d'exilés jacobites* qui auraient attendu de lui une aide financière pour le débarquement qu'ils préparaient en Écosse, Jacobi affirme ne jamais avoir entendu von Hund faire de déclarations à ce sujet.     

Lorsqu'en juin 1751, à Kittlitz, von Hund crée avec des frères fort jeunes-ils ont 27 ans en moyenne-une loge et un chapitre dont le champ d'activité ne s'étend pas au-delà de la Lusace, il n'exerce aucune activité maçonnique depuis près de 8 ans. Or Jacobi, qui grandit à Kittlitzt se rappelle qu'en 1750 ou en 1751 un officier écossais nommé O'Keith vint y rendre visite à von Hund. Il aurait été porteur d'un message du Grand Maître.

Il semble probable que ce visiteur était le général James Keith. Issu d'une célèbre famille de jacobites écossais proscrits, Keith avait du à la position qu'il occupait à la tête des troupes de l'impératrice Anna l'autorisation de se rendre en mars 1740 à Londres où le &rand Master Elect, son cousin John Keith, 3e comte de Kintore, l'avait nommé Grand Maître Provincial pour la Russie * . Frédéric avait nommé James Keith General-Feldmarschall en septembre 1747 et gouverneur de Berlin en octobre 1749. Sa visite fournirait une explication à l'activité maçonnique manifestée par von Hund à partir de 1751 à propos de laquelle Schröder dans ses Materialien a publié des documents. La guerre de Sept Ans interrompt les travaux du chapitre qui reprennent en 1763, une fois la paix revenue.

 

On sait qu'un chapitre dit « de Clermont » avait été ouvert à Berlin par un prisonnier de guerre français au sein de la Mère Loge* Aux Trois C;lobes le 19 Juillet 1760, que son légat général, le pasteur Rosa, en modifia le rituel et créa de nombreux chapitres de ce système en Europe dont l'un à Jena (léna). En septembre 1763, un escroc de génie se présente au chapitre de Jena sous le nom de Johnson, Grand Prieur de l'Ordre du Temple de Jérusalem, Eques a Leone magno, arrivant d'Écosse. Il déclare que les rituels sont faux et les constitutions reçues de Berlin sans valeur. Il répète ses dires en présence de Rosa qu'il a eu l'audace de convoquer et dont la comparution se termine en déroute. Le 12 octobre 1763, ces événements sont annoncés à von Hund. Persuadé que cet envoyé est un ambassadeur authentique, von Hund entre en correspondance avec lui. Les deux hommes se rencontrent six mois plus tard au Convent d'Altenberg. Démasqué, Johnson s'enfuit. Rejoint, il est emprisonné sans jugement et meurt à la Wartburg dans la cellule qu'avait occupée Luther.

Entouré par deux organisateurs de talent qui se sépareront vite de lui, Zinnendorf* en 1766, Schubart deux ans plus tard, von Hund et la Stricte Observance dominent la maçonnerie allemande pendant 12 ans. Von Hund meurt le 8 novembre 1776 un an après le Convent de Braunschweig*. Il fut enseveli, comme Schubart, dans sa grande cape blanche.

Carl Gotthelf, baron de Hund et d'Alten-Grottkau, Seigneur de Lipsa, Manau et Lutenbeerwalde en Oberlausitz, Conseiller d'État de sa majesté impériale, Conseiller privé du Tsar, Fondateur de l'Ordre Illustre de la Stricte Observance Templière, fut titulaire de l'Ordre russe de Sainte-Anne de Russie. Il portait cette croix cousue sur son habit. Cette distinction fut instituée à Kiel en 1735 par Charles Frédéric, duc de Schleswig-Holtstein, en l'honneur de son épouse Anna Petrovna, fille du Tsar Pierre le Grand. Leur fils devint par la suite le Tsar Pierre III. Le Tsar Paul 1 er en fit l'Ordre Russe pour récompenser les fonctionnaires distingués par leurs mérites rendus à l'État et les militaires en temps de paix. La plaque (au centre) se portait toujours sur la poitrine droite à l'inverse de toutes les autres décorations russes. Elle correspond à une étoile d'argent à huit rayons chargée d'un médaillon en or portant une croix à quatre branches émaillée de rouge, avec la devise abrégée: Amantibus Justitiam, Pietatem et Fidem

 

Source : http://gleo.fr/

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La Franc-Maçonnerie à Toulon

13 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Tout le monde a déjà entendu parler de la Franc-maçonnerie. Mais qu'est-ce exactement ? Est-ce un cénacle d'intellectuels, une secte, une société comme tant d'autres ? Ce n'est peut-être rien de tout cela, mais il est vrai que la franc-maçonnerie a plusieurs visages. Nous la présenterons comme une structure de sociabilité réunissant des hommes qui veulent donner un sens à leur vie autrement que par la religion ou par la politique. Ils oeuvrent pour la recherche du progrès et pour l'amélioration de l'ordre et de la société. Dans les faits, la franc-maçonnerie est une institution philanthropique et une société de pensée dont les membres se recrutent par cooptation afin de réunir en son sein des " hommes libres et de bonnes moeurs " qui veulent travailler à l'amélioration matérielle et morale, ainsi qu'au perfectionnement intellectuel et social de l'humanité.

Nous étudierons ici la Franc-maçonnerie toulonnaise au XIXe siècle et plus spécifiquement au début de la IIIe République après avoir exposé d'une part ses origines dans le monde et d'autre part sa naissance à Toulon au XVIIIe siècle. Même s'il a toujours été difficile d'entrer en loge, les candidats sont nombreux dans la société toulonnaise du XIXe siècle et se recrutent parmi l'élite culturelle et sociale.

I - Petit rappel sur la naissance de la Franc-maçonnerie

Les origines de la franc-maçonnerie sont assez complexes, à tel point que les maçons eux-mêmes sont divisés. Certains les font remonter aux traditions égyptiennes, d'autres aux confréries des bâtisseurs du Moyen-Age. Au XIVe siècle, le terme freemason désignait les ouvriers spécialisés dans le façonnage de la pierre tendre qui se regroupaient dans des loges. A l'époque de la construction des cathédrales, les maçons qui voulaient en faire leur métier étaient initiés aux pratiques de leurs aînés dès leurs plus jeune âge et devaient suivre les rudiments du maître jusqu'au jour où ils étaient acceptés compagnons. Après ils consacraient le reste de leur vie à l'édification de monuments religieux. On appelle alors ce système maçonnerie " opérative " car elle ne regroupait que des gens de métier. C'était la maçonnerie des bâtisseurs. Il existait déjà une forme de secret et un serment qui se transmettait en héritage, de génération en génération. Les grades étaient obtenus selon la compétence de l'ouvrier (apprenti, compagnon, maître) en respectant un rituel.

Peu à peu, à la suite du déclin des chantiers religieux, vers la fin du Moyen Age, ces loges s'ouvrent à des bourgeois et à des clercs, ce qui amène à la transformation de la maçonnerie " opérative " en maçonnerie " spéculative ", c'est-à-dire plus moderne et symbolique

La Franc-maçonnerie spéculative est née en Angleterre le 24 juin 1717 lorsque quatre loges de Londres, qui étaient des groupements corporatifs des métiers du bâtiment, se regroupent pour former une " grande loge " et acceptent des personnes étrangères au métier. C'était généralement des bourgeois fortunés qui faisaient des dons pour leur permettre de continuer à aider leurs confrères. La fraternité développée au sein de cette nouvelle loge va, par la suite, séduire de nombreuses autres notabilités (aristocrates et bourgeois) et c'est ainsi que la maçonnerie opérative se transforme en maçonnerie spéculative.

Le 17 janvier 1723, les " Constitution d'Anderson " transforment l'atelier d'ouvriers en centre de réunion de personnes qui obéissent à une loi morale et sont prêts à suivre " une religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord... être bons, sincères, modestes et gens d'honneur ". James Anderson (1684-1739) est un pasteur protestant anglais, diplômé d'université. Il a rédigé ces constitutions en collaboration avec un autre pasteur, John Théophilus Désaguliers (1683-1744), grand maître de la Grande Loge de 1719 à 1720. Ces constitutions serviront de référence universelle pour la maçonnerie spéculative. Elles ont été traduites en français en 1733 par le frère La Tierce et sont éditées à Paris pour la première fois en 1746.

Les préceptes énoncés par ce texte servent encore de référence aujourd'hui aux membres des loges maçonniques du monde entier :
" Un maçon est obligé, par sa tenue, d'obéir à la loi morale ".
" Il est considéré de se soumettre seulement à une religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière ".
" Les Francs-maçons consistent à être des hommes bons et loyaux ou hommes d'honneur et de probité ".
" La maçonnerie devient le centre d'union et le moyen de vouer une véritable amitié parmi des personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement éloignées ".
" Une loge est un lieu où des maçons s'assemblent pour travailler.... Mieux on la fréquente, mieux on la comprend. Les personnes admises comme membre d'une loge doivent être des hommes bons et loyaux, nés libres, ayant l'âge de la maturité d'esprit et la prudence, ni serfs, ni femmes, ni hommes immoraux et scandaleux, mais de bonne réputation ".
" Toute promotion parmi les maîtres maçons est fondée uniquement sur la valeur réelle et sur le mérite personnel... Aucun maître ne sera choisi à l'ancienneté mais bien sur son mérite ".
" Un maçon est un paisible sujet à l'égard des pouvoirs civils... et ne doit jamais être mêlé aux complots et conspirations contre la paix et le bien-être de la Nation ".

La maçonnerie spéculative cherche cependant à se distinguer de l'Eglise catholique en utilisant un calendrier différent, ne prenant pas pour point de départ la naissance de Jésus. Pour les maçons, le calendrier débute en l'an 4 000 avant Jésus-Christ, date de la création du monde selon la Genèse. Le pasteur Anderson précise également que l'année débute le 1er mars et non le 1er janvier.

Les premières loges anglaises arrivent en France dès 1725 alors que la haute aristocratie britannique est poursuivie pour ses opinions. Les stuartistes viennent donc se réfugier en France. Plusieurs obédiences vont alors coexister à partir de ce moment, chacune avec ses buts, ses méthodes et ses manières d'être :


- Le Grand Orient de France avait initialement pour nom " Grande loge de France ". Le premier grand maître était le citoyen britannique Lord Derventwater. En 1738, cette obédience devient française avec le duc d'Antin et prend le nom de Grand Orient de France en 1773 suite à un différent qui oppose les tenants de l'inamovibilité du maître de la loge et les partisans de son élection annuelle . Jusqu'en 1877, le Grand Orient travaillait à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. A partir de cette date, il retire de la Constitution l'obligation de la croyance en Dieu. Le GADLU, que d'autres obédiences conservent, représente un principe créateur divin auquel chaque frère ou soeur peut donner le nom qu'il veut : Dieu, Salomon, ou autre... En supprimant la référence au Grand Architecte, le Grand Orient a été à l'avant-garde de tous les grands combats laïcs des républicains au XIXe siècle, ainsi que la gratuité et l'obligation scolaire, la liberté de la presse... Tous les grands dirigeants politiques entraient dans la maçonnerie après 1870, mais aussi de nombreux artistes, artisans, bourgeois...

- Le Droit Humain (DH) : est la première loge féminine de France créée le 4 avril 1893 par la journaliste Maria Deraimes, après une initiation " sauvage " en 1882 par le frère Georges Martin. Maria Deraimes est nommée directement vénérable. La loge donnera naissance le 11 mai 1898 à l'obédience du Droit Humain.

- La Grande Loge de France (GLF) est créée en 1894 en réaction contre l'athéisme du Grand Orient.

- La Grande Loge Nationale Française (GLNF), théiste, est créée en 1913 sous le nom de Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière, par un groupe de frères qui a quitté le Grand Orient en protestation également contre son athéisme. Elle travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. En 1958, certains membres, considérant que la GLNF était trop anglophile, font scission et créent la Grande Loge Nationale Opéra.

Au sein des loges, les francs-maçons s'adonnent à un ensemble de rituels et de pratiques, non écrits, qui se transmettent de génération en génération. Grades, degrés, rituels, symboles visent à des buts précis. Tous sont assez similaires, d'une obédience à l'autre, seuls quelques points diffèrent, sur la place des éléments symboliques, le mot de passe, la référence ou non à la religion chrétienne...

Les différents rites pratiqués par ces obédiences :
- 1717 : le rite des " Moderns ",
- 1752 : le rite des " Antiens ",
- 1774 : le rite écossais philosophique,
- 1778 : le rite écossais rectifié (RER), pratiqué par de nombreuses obédiences, notamment le GO,
- 1786 : le rite français,
- XVIIIe siècle : le rite Workings américain,
- 1782 : le rite écossais rectifié (RER), créé lors du Convent de Wilhemsbad,
- 1801 : le rite écossais ancien et accepté (REAA), créé aux Etats-Unis,
- 1813 : le rite Misraïm (1er roi égyptien) créé en Italie et introduit en France à la fin de l'Empire,
- 1823 : le rite émulation, rite d'oralité pratiqué principalement par la GLNF,
- 1838 : le rite de Memphis (également rite égyptien) constitué par Marconis de Nègre en référence aux Templiers ; il comprend 92 grades, répartis en 7 classes (incluant les trois premiers),
- 1908 : le rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, créé par la réunion de ces deux rites.

Pour permettre à chaque frère ou soeur une progression dans l'atelier, des grades sont institués et leur passage correspond à une progression intellectuelle personnelle. Il n'y pas de durée imposée d'un grade à l'autre. Les membres sont recrutés au premier grade d'apprenti, puis, en fonction de leur travail fourni, ils peuvent gravir les différents échelons.

- les grades bleus : - apprenti
- compagnon
- maître
- les hauts grades : - 30 degrés aux rites écossais
- 92 degrés aux Memphis
- 4 degrés au rite français

De nombreux signes et symboles permettent aux francs-maçons de se reconnaître dans la société, quelle que soit l'obédience à laquelle ils appartiennent. Ils sont constitués de bijoux, d'ornements divers, mais aussi d'attitudes et de signes de reconnaissance.

Les loges se multiplient en France, et même dans les colonies. Les membres, avant la Révolution française, sont généralement des nobles, des bourgeois et des membres du clergé. En sont exclus les domestiques, employés, tous ceux qui dépendent d'un maître ou d'un patron, ainsi que les comédiens pour exercice immoral d'une profession. La Révolution éclate, pour laquelle les discussions ne sont pas encore closes sur la responsabilité de la franc-maçonnerie dans son organisation. Au XIXe siècle, après une période d'étouffement par le pouvoir napoléonien, les loges retrouvent une relative indépendance. Après le Second Empire, la maçonnerie devient " l'Ecole de la République " . Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la maçonnerie est persécutée en France par les nazis et le gouvernement de Vichy. La loi du 13 août 1940 met un terme à leur existence et les membres sont dispersés . Elles se reconstituent progressivement après la guerre et reprennent leur rôle de conseil auprès des différents gouvernements. Aujourd'hui, la maçonnerie n'est plus aussi secrète qu'auparavant, les conférences publiques se multiplient, peut-être dans le but de convaincre le profane de son utilité, et peut-être aussi pour recruter de nouveaux membres.

II - L'Orient toulonnais

Peu après l'arrivée de la maçonnerie en France, des loges se constituent à Toulon. La ville garde la trace du passage de ces ouvriers, qu'ils soient Compagnons bâtisseurs ou Francs-maçons. Nous pouvons voir dans certaines rues de la vieille ville des symboles auxquels nous ne pouvons pas attacher une valeur certaine à leur appartenance à l'une ou l'autre organisation. Mais il est cependant intéressant de souligner leur existence.

Le symbole le plus ancien se retrouve dans la ville médiévale, au fronton d'une porte sise au n° 23 rue Baudin, sur laquelle figure la date de construction, 1768, à une période où les Francs-maçons étaient déjà installés dans la ville. Ce symbole représente un compas et une équerre enchevêtrés, symbole qui peut tout aussi bien appartenir aux maçons bâtisseurs qu'aux francs-maçons. Ce même symbole se retrouve quelques rues plus loin, 24 rue Charles Poncy, du nom du poète-maçon (mais aussi franc-maçon) du XIXe siècle, lui-même étant né au n° 21 de cette même rue . Sans sources précises, il est difficile de dire si la maison a appartenu à un membre de sa famille et si cette dernière était a fortiori maçonne un siècle auparavant. La construction de la maison n'est pas datée, mais se situe dans la partie agrandie sous Henri IV. Dans cette partie de la ville, certaines maisons sont datées du XVIIe siècle, mais d'autres présentent des dates postérieures, principalement XVIIIe siècle, mais aussi du XIXe siècle.

Ce symbole est visible également place du docteur Camille Auban, aux numéros 1 et 3, symbolisant tous deux le grade de compagnon. Tous deux sont inscrits dans une rosace. Aucune source ne permet actuellement de préciser si ces symboles appartiennent aux maçons-bâtisseurs ou aux francs-maçons. Il est aussi visible au 42 rue Pomet, mais là nous avons la certitude qu'il appartient aux compagnons du tour de France, installés en 1986.

D'autres symboles maçonniques (ou compagnonniques), peuvent être aperçus sur des clés de porte, notamment au 65 de la rue Jean Jaurès (actuellement 468 rue Jean Jaurès). Mais les trois points sont alignés et non en triangle .

De même, l'étoile à cinq branches (16 rue de Pomet), peut laisser penser que celui qui a construit la maison, ou celui qui l'a habitée, appartenait à une société secrète. La pointe dirigée vers le haut est symbole d'énergie positive et d'élévation spirituelle. Mais il ne faut pas oublier que l'étoile à cinq branches symbolise aussi, dans l'iconographie chrétienne, la connaissance spirituelle.

De nombreuses loges sont créées jusqu'à la Révolution française. La période prérévolutionnaire a été, en effet, très active à Toulon. La ville recensait une douzaine de loges, issues du Grand Orient de France et de la MLEM (Mère loge écossaise de Marseille), mais la Révolution mit un terme à cet engouement.

- Saint-Jean de Jérusalem (1745)
- Saint-Jean l'Ancienne (1749)
- Saint-Jean Métropole (1750)

Ces loges se mettent sous la protection de saint Jean, jour le plus important de la franc-maçonnerie, correspondant au solstice d'été, le 21 juin, le jour le plus long de l'année. Saint Jean symbolise la Gnose pour les maçons.

La prolifération des loges maçonniques a été considérablement favorisée par la présence de la Marine. Les nombreuses mutations et campagnes militaires amènent un nombre toujours plus varié de personnes venant de différents horizons. Au XVIIIe siècle, des officiers trouvent dans les loges un lieu de sociabilité qui leur permet de se regrouper par affinité. La loge Les Élèves de Minerve, avait André Masséna comme membre . C'est le conventionnel Escudier qui a installé Les Elèves de Mars et de Neptune.

Les autorités militaires ont joué un rôle important dans l'implantation de la maçonnerie au niveau local. Un quart des officiers de Marine à Toulon est maçon . Les archives de la loge toulonnaise La Réunion du Grand Orient de France ont conservé de nombreux diplômes qui attestent cette présence massive, et de l'accueil d'officiers issus des orients situés dans les autres arsenaux militaires français.

 La Révolution française marque une rupture dans la maçonnerie française et constitue pour les maçons " la seconde profanation du Temple " , après celle de 1743-1755 . Toutes les loges ont dû fermer, y compris à Toulon, et la chasse aux frères royalistes s'est opérée de façon massive. L'émigration des nobles a conduit à la dispersion des loges.

Une seconde vie maçonnique à Toulon voit le jour sous le Directoire, puis le Consulat et l'Empire favorisent la création de loges tout en les maintenant sous sa tutelle pour devenir " une sorte de parti " qui devait permettre en France " de contrôler l'opinion " . Les loges renaissent durant cette période et deviennent à Toulon une forme de sociabilité tout à fait différente . On ressent le désir d'appartenir à un groupe, d'être accueilli, d'avoir des soutiens, des alliés, des secours. De 1800 à 1803, huit ateliers sont créés regroupant ce qui reste des membres des loges disparues. Le Société des Amis du Vieux Toulon possède un diplôme de la loge Les Vrais Amis Réunis d'Egypte créée sous le Consulat.

 Ateliers militaires ou civils, ils reprennent leurs travaux sous les auspices du Grand Orient. Le premier atelier (La Paix 1800) avait Jérôme Bonaparte comme membre. Après 1815, les classes populaires apparaissent dans les loges. Mais cette maçonnerie est trop liée au régime impérial et ne survit pas à sa chute. Seul le Grand Orient s'adaptera et créera de nouvelles loges à Toulon.

Après la période révolutionnaire et l'Empire, seul le Grand Orient de France survivra à Toulon. L'allégeance de la maçonnerie à chaque régime lui avait permis de donner le change afin de continuer d'exister et ne pas être inquiétée. Après 1815, on constate un arrêt quasi complet de la maçonnerie provençale. De nombreuses loges n'ont pas survécu au changement de régime car elles étaient trop liées au régime impérial. Il ne reste dans le Var que six ateliers, dont quatre à Toulon. Sous le Second Empire, le Grand Orient est protégé et contrôlé par le gouvernement. Le recrutement de ses membres accentue son caractère démocratique, mais ce contrôle renforcé décourage les adhésions.

Après 1830, des idées nouvelles apparaissent sous la forme d'utopies sociales. Les maçons se penchent désormais vers la gauche à l'image des Saint-simoniens et revendiquent les mêmes idées égalitaires. Des groupes saint-simoniens se constituent autour du chirurgien Antoine Michel Blache, (arrière grand oncle de Noël Blache) et de Fulcran Suchet. Avec eux, Victor Souchon, Charles Brun et d'autres personnalités locales entrent en maçonnerie. Notons que la loge L'Humanité faisait partie du Suprême Conseil de France depuis 1846 . Une seule loge subsiste à Toulon à partir de 1870 : La Réunion.

Le début du Second Empire voit la fermeture de pratiquement toutes les loges françaises et toulonnaises. Toutes se mettent " en sommeil " après le décret napoléonien du 5 mars 1852 interdisant tout regroupement populaire (cercles et chambrées). La loge Paix et Parfaite Union et la loge Les Vrais Amis des Arts se mettent en sommeil . Seul l'atelier La Réunion subsiste.
De la Révolution à Sedan, c'est une maçonnerie majoritairement militaire, composée pour une moitié d'officiers de Marine, un quart d'officiers de l'armée de terre et un quart de bourgeois . Sous l'Empire, la composition sociale des ateliers est différente, avec 40 % de militaires, 40 % de bourgeois, 10 % d'artisans et 10 % d'artistes . Mais quelle que soit la période, seulement 3 % de la population toulonnaise est franc-maçonne.

 III - La maçonnerie à Toulon après 1870

Dans le XIXe siècle finissant, la vie maçonnique se limite à une seule obédience, le GODF, seule représentée durant les cinq premières décennies de la IIIe République. En France, à partir de 1893, une seconde obédience est créée, la Grande Loge de France, mais aucune loge n'est constituée à Toulon. Enfin, en 1913, la Grande Loge Nationale Française voit le jour en France sur un désaccord de doctrine , mais les loges toulonnaises ne seront créées qu'à compter de 1966 à Toulon. Seule nous intéresse donc ici le Grand Orient de France, et plus spécialement l'atelier de La Réunion .

Toulon compte une seule loge en 1870, La Réunion, née en 1816 de la transformation de la loge des Elèves de Mars et de Neptune, créée le 14 septembre 1783 . Ce changement de dénomination était destiné à marquer l'importance de l'élément civil de la nouvelle formation, substituant ainsi le caractère spécifiquement militaire de la première. Durant la IIIe République, les francs-maçons recrutent dans les classes moyennes, les " couches nouvelles " chères au frère Gambetta : instituteurs, professeurs, avocats, avoués. Ils soutiennent activement la République contre la monarchie et l'Ordre moral, les grands notables et l'Eglise. De nombreuses personnalités toulonnaises ont été intégrées dans cette société, notamment les maires.

L'organisation administrative de la loge toulonnaise est codifiée par des statuts rédigés avec beaucoup de minutie et un souci du détail qui laisse percevoir la volonté de donner aux autorités, comme à l'ensemble de la population, l'image d'une société scrupuleuse à la recherche d'honorabilité. La vie maçonnique est organisée autour des assemblées où ne participent que les membres régulièrement initiés. Les nouveaux membres sont cooptés par leurs pairs, comme dans la Société académique, et intégrés dans l'atelier à la suite d'une cérémonie d'initiation.

Sur le plan des idées circulant au sein des loges, l'athéisme est ouvertement condamné, mais un courant laïque et anticlérical commence à s'affirmer qui amène le Grand Orient à rompre en 1877 avec la tradition déiste. Cette méfiance vis à vis de l'Eglise est véhiculée par des militaires ou des anciens jacobins dans les loges. Cette évolution idéologique a moins de conséquences à Toulon que sur le plan national. Yves Hivert-Messeca a noté que cette réforme n'a provoqué que deux ou trois démissions à La Réunion .

La franc-maçonnerie, " forme bourgeoise de sociabilité " , est une institution philanthropique qui veut travailler au perfectionnement intellectuel et social de l'humanité. A Toulon, elle se présente dès lors comme une société de pensée héritière de la tradition des Lumières .

La Réunion, des objectifs liés à la République

Maurice Agulhon a montré que les loges provençales, au XVIIIe siècle, regroupaient en leur sein une grande partie de l'aristocratie locale . Il en est de même à Toulon au siècle suivant où une bonne partie de la bourgeoisie locale entre en loge. La franc-maçonnerie toulonnaise est un creuset social qui recrute, dès le début de la IIIe République, dans la petite et moyenne bourgeoisie, généralement des personnes d'un bon niveau intellectuel.

Après l'arrêt du recrutement au début de l'Empire où la loge maçonnique s'est retrouvée réduite à 58 membres , l'atelier se reconstitue peu à peu pour compter 100 adhérents en 1867. Mais la guerre lui fait perdre les deux tiers de ses membres. Il faut attendre quelques années pour retrouver un effectif équivalent (94 membres au 31 décembre 1875), puis la progression est constante jusqu'en 1914 (118 personnes en 1890 , 150 membres en 1913 ).

Les membres
Les membres sont recrutés au premier grade d'apprenti, puis, en fonction de leurs travail fourni, peuvent gravir les différents échelons (compagnon, maître, Rose-Croix 18ème degré, 30ème degré et 33ème degré). Les frères se répartissent dans différents ateliers selon qu'ils appartiennent aux loges symboliques ou aux loges des hauts-grades. Une loge (ou atelier) symbolique regroupe les 1er, 2ème et 3ème degrés. Les ateliers des hauts grades regroupent les membres du 4ème au 33ème degré. Le schéma obéit à une structure pyramidale où les membres sont d'une part cooptés en fonction du travail fourni pendant un certain temps et d'autre part suite à une décision prise collégialement par " un jury ".

Parmi les membres d'importance, on peut noter la présence du sculpteur Prosper Rossi. Auparavant, il faisait partie de la loge " les Amis des Arts " et a été initié à La Réunion le 16 avril 1845 . Il apparaît sur les listes de La Réunion en 1852 au 18ème degré avec les fonctions de grand trésorier . Mais il n'a jamais atteint la fonction de vénérable.

L'élément politique tient une grande importance au sein de la loge La Réunion au début de la IIIe République. La Franc Maçonnerie a séduit quelques membres du conseil municipal, à commencer par les maires. Tous les premiers maires de la République ont adhéré à la FM, Noël Blache , Vincent Allègre, Henri Dutasta et Alphonse Fouroux .

Les personnalités locales étaient sollicitées en loge pour leur influence politique, mais aussi pour leur valeur culturelle. La Franç-maçonnerie a séduit de nombreuses personnalités politiques, à Toulon comme dans d'autres villes de France, ainsi que des membres du gouvernement .

 

De nombreux conseillers municipaux se sont également fait recruter par la loge La Réunion comme le montre le tableau du 31 décembre 1878. Le négociant Barthélémy Matheron est conseiller municipal depuis le 23 mai 1871 sous la municipalité Vincent Allègre, réélu le 18 février 1874 sous la municipalité Martin de Roquebrune. Il reste conseiller municipal jusqu'à sa mort en 1889 . Très investi dans la vie toulonnaise, il appartient également à l'administration du bureau de bienfaisance, de la caisse d'épargne, du mont de piété et des enfants assistés. Un autre conseiller municipal, le chocolatier Joseph Fouque, est élu sur la liste de Vincent Allègre, mais aussi celle de Martin de Roquebrune et de Jules Lafay. Félix Marnata, négociant (marchand de cristaux) est conseiller municipal depuis 1870, et le reste jusqu'en 1881. En dehors de ces négociants, nous avons également un propriétaire, Guillaume Ponteil, conseiller municipal sous les municipalités Jules Lafay et Henri Dutasta. La Loge lui confie la gérance de la société civile fondée en 1865 pour la construction du nouveau temple, société en nom collectif. Une autre personnalité marquante est l'avocat Nestor Noble que nous avons déjà rencontré parmi les présidents de l'Académie du Var en 1882. Appartenant au parti de l'extrême gauche en 1870 et figurant sur la liste des conseillers municipaux de Noël Blache, il n'a pas été réélu aux municipales du 23 mai 1871 plaçant Vincent Allègre à la tête de la ville. En effet, il change d'orientation et " devient modéré après la Commune " . D'autres personnes appartenant à l'élite culturelle locale intègrent également la loge toulonnaise, notamment le directeur du Casino,

La composition sociologique de la loge La Réunion est très variée au XIXe siècle mais nous pouvons constater que les " couches nouvelles " de Gambetta sont majoritaires. Le recrutement se fait, en effet, dans les couches supérieures de la classe ouvrière. Nous constatons une démocratisation du groupe.

1869 1886 1890
Fonction publique 15,04 13,33 6,08
magistrats 2,51 5,15 5,93
professions médicales 9,71 6,26 4,38
marine 28,15 15,25 16,94
commerçants artisans 33,01 35,15 50,89
ouvriers 6,31 9,01 12,86
retraités rentiers 3,81 1,31 1,69
armée de terre 1,46 14,54 1,23
100,00 100,00 100,00

Pourcentage des catégories professionnelles

Seuls les ouvriers qualifiés de l'arsenal peuvent entrer en loge, qui peuvent payer les cotisations annuelles, souvent trop élevées pour des ouvriers non qualifiés. Le 20 novembre 1893, l'ouverture à la " masse populaire " est refusée par le vénérable.

Les vénérables
Les statuts de la loge et la composition des membres du bureau sont assimilables à ceux des sociétés du XIXe siècle, à la seule différence que le président porte le titre de vénérable. Son mandat est annuel et renouvelable. Alors que l'Académie du Var a connu 24 présidents en 44 ans, entre 1870 et 1914, la loge La Réunion a vu se succéder vingt vénérables sur cette même période.

Les membres du " bureau " sont cependant plus nombreux que dans une simple société, et prennent le titre d'officiers, avec en tête le vénérable. Figurent également un 1er et un 2ème surveillants, un orateur, un secrétaire, un grand expert, un trésorier, un hospitalier, un maître des cérémonies et un couvreur...

La Marine est bien représentée parmi les dirigeants de La Réunion avec tout d'abord un sculpteur de la Marine en 1870, Jean-Baptiste Duthoit, " homme de gauche avéré " , né à Toulon le 17 août 1811. Déjà vénérable en 1859, il le sera de nouveau en 1878. Puis c'est un médecin de la Marine, le médecin major Pierre Adolphe Doué, qui reste six ans à la tête de l'institution toulonnaise de 1871 à 1879.

  

PERIODE NOM PRENOM PROFESSION

1843 - Grandjean Capitaine de corvette en retraite
1865-1869 Doué Adolphe Médecin major de la Marine
1871-1877 Doué Adolphe
1878 Duthoit Jean-Baptiste Sculpteur de la Marine
1879-1881 Barthélémy Marius Ancien notaire, né à Saint-Zacharie le 6.8.1834
1883 Maring Alfred
1884 Pelissier-Thanon Augustin
de 1885 à mai 1887 Piétra Victor Avocat, candidat radical aux législatives de 1885.
Démissionne le 5 mai 1887
30.1.88 Maurin Vincent Négociant. Elu après avoir refusé deux fois.
28.5.1888 Matheron
9.12.89 Constant Barthélémy Directeur d'assurances
1896-1903 Raynaud Félicien
déc 03 à fév 04 Barthélémy Louis Négociant. Décède en février 1904.
fév 04 à avr. 1905 Gamet Léopold Négociant. Décède en avril 1905.
mai 1905 Ganiayre Cecilio Professeur. Muté hors de l'Orient.
déc 05 à juin 06 Fabre Victor Pharmacien. Démissionne en juin 1906.
juin 06 à 1908 Schneider Etienne Se maintient jusqu'en décembre 1908.
21.11.1908 - 1909 Guérin Louis, Marius Inspecteur des Chemins de fer. Futur conseiller
général et maire de Barjols dans l'entre-deux guerres
16.4.1909 Roche Ernest Jean Officier de Marine
1.5.1909 Guérin Louis, Marius
15.11.1909 Guérin Louis, Marius
14.11.1910 Guérin Louis, Marius
13.11.1911 Guérin Louis, Marius
13.11.1912 Bouillon Adolphe Retraité du PLM
13.11.1913 Guérin Louis, Marius
14.12.1914 - 1917 Carrementrend Commis de Marine
19.11.1917 Martin Clément Négociant

Liste des vénérables dans la loge La Réunion, entre 1870 et 1914.

L'autre catégorie socioprofessionnelle dominante parmi les dirigeants de la loge est constituée par les employés d'administration, représentants de la moyenne bourgeoisie toulonnaise, avec principalement un directeur d'assurance qui est resté sept ans à la tête de la loge et un inspecteur des chemins de fer qui est resté quatre ans. Louis Guérin n'est pas un toulonnais de naissance. Il est né à Laragne (Hautes Alpes) le 7 août 1858 . Secrétaire d'Académie à Draguignan et Officier de l'instruction publique, il prit les fonctions d'inspecteur des chemins de fer à la retraite.

Nous avons peu de professions juridiques, mais il faut noter la présence de Victor Piétra qui est non seulement avocat, mais aussi homme politique. " Il a commencé par l'opportunisme " avant de se retourner ver le camp radical où il pose sa candidature aux élections législatives de 1885 . Il est resté un an et demi à la tête de la loge. Victor Piétra a exercé ses fonctions d'avocat essentiellement à Toulon, mais aussi à Tunis . On peut noter à côté de ses activités professionnelles des activités artistiques, celles de compositeur de musique. Il a écrit " Un mariage à Venise ", opéra-comique en un acte qu'il a fait jouer sur les scènes de Toulon et de Tunis. Il est aussi l'auteur de " Pour la Patrie ", épisode lyrique en trois actes qui a trait à la guerre de 1870, et " La Petite Chinoise " dont le sujet est tiré des événements de la guerre de Chine .

Le nouveau temple
Jusqu'en 1872, la loge La Réunion tenait ses séances mensuelles dans un temple situé 21 rue de la Comédie. Devenu trop vétuste et trop étroit pour recevoir les maçons étrangers venus en grand nombre suite à l'ouverture du canal de Suez, il faut donc songer à s'installer ailleurs. En 1866, les membres se portent acquéreur d'un emplacement situé à l'angle de la rue Picot et de l'avenue Vauban, rendu disponible suite à la démolition des fortifications en 1852 .

Pour construire le nouveau temple, la loge crée une société civile au capital de 73 500 F qui louera l'immeuble à la Loge La Réunion . Les fonds proviennent de la souscription d'actions prises par les membres, ainsi que du produit de quêtes effectuées à l'issue de chaque tenue. Aucune souscription inférieure à 100 F n'est acceptée. S'il reste des bénéfices à l'issue de la construction, ils seront répartis entre les sociétaires au prorata de leur intérêt dans la société. Le temple est inauguré le 14 décembre 1872.

Un contentieux entre la société civile et la loge conduit à l'expulsion de la loge le 24 décembre 1886. Durant les trois mois d'exil, la loge trouve refuge d'abord dans une salle de l'hôtel de ville " prêtée par le frère Dutasta " dès janvier 1887, puis à partir de janvier de l'année suivante dans des locaux rue Picot et en mai 1888 rue Neuve . Elle réintègre son local le 18 janvier 1890 et y reste jusqu'à la fin du XXe siècle pour s'installer à Saint-Jean-du-Var dans la villa l'Acacia.

Les filles de La Réunion
En 1907, un second atelier du Grand Orient de France est créé à Toulon : " La Fraternité toulonnaise " suite à un désaccord entre quelques frères . La demande en est faite par quelques frères issus de La Réunion, le 28 avril 1907 sous le nom de " l'Aurore sociale " mais est autorisé le 25 juin 1907 sous le nom de Fraternité toulonnaise. Des divergences d'opinion à l'intérieur de la famille socialiste auraient provoqué une division à l'intérieur de la loge toulonnaise . Les loges vont proliférer à Toulon dont nous mentionnons quelques adresses : chez M. Espagne, au Pont du Las, au Chapitre de la Cathédrale, rue Denfdert-Rochereau, rue Augustin Daumas, rue Nicolas Laugier, à la brasserie Zibelli, rue Sainte-Claire, rue de la Comédie, rue de l'Asperge .

Les maçons et la République
Maçonnerie et république ont lié leur destin au cours du XIXe siècle. Dès 1848, les maçons combattent pour l'installation d'une république démocratique et sociale. Après le Second Empire, travaillant activement pour l'instauration de la IIIe République, ils ont été de tous les combats, principalement celui de la laïcité. En 1876, le Grand Orient opte pour le " respect absolu de la liberté de conscience ". Lors du Convent du 13 septembre 1877, sous l'impulsion du pasteur Frédéric Desmons, futur député, puis sénateur, le Grand Orient supprime la mention de Dieu dans ses statuts. L'obédience est désormais laïque et ses revendications sont identiques à celles de la République : Liberté, Egalité, Fraternité, devise qui existait déjà au Grand Orient de France bien avant 1877. Après la réforme de 1877 du Grand Orient de France, tout obligation de travailler " à la gloire du grand architecte de l'univers " est donc supprimée. La loge toulonnaise ira même plus loin dans ce sens et soutiendra activement le gouvernement Emile Combes , un des leaders du radicalisme, dans sa préparation de la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat . L'anticléricalisme, " composante essentielle de notre histoire politique, peut-être même élément fondamental de notre système politique " , symbolise l'aspect primordial de l'idéologie républicaine et maçonnique. Radicalisme et maçonnerie poursuivent donc les mêmes objectifs, à Toulon comme en France, la laïcité. La Maçonnerie apparaît comme " l'Eglise de la République " .
La loge alors devient un lieu privilégié de réunion pour les républicains, notamment les radicaux. Les discussions politiques sont, en principe, interdites. Cependant, à partir de 1870, les sujets concernant l'enseignement commencent à occuper les membres de la franc-maçonnerie toulonnaise. Le sujet le plus courant concerne le processus de laïcisation de l'école, mais aussi des autres institutions publiques : assistance, hôpitaux, justice.

Les activités de bienfaisance
Comme dans beaucoup de sociétés du XIXe siècle, les activités de solidarité sont importantes. La loge toulonnaise aligne sa sociabilité sur celle des sociétés mutuelles. La Réunion organise, en effet, régulièrement des tombolas pour soutenir les sinistrés des grandes catastrophes nationales ou pour porter secours aux orphelins . Notons également que cette loge a reçu à eux reprises la médaille de la ville de Toulon, en 1865 et en 1884, lors des épidémies de choléra, pour son dévouement. Un " comité de la misère " a été créé en 1897 par Barthélemy, comité qui a vécu de très nombreuses années.

Conclusion

La franc-maçonnerie a joué un rôle essentiel au XIXe siècle " dans l'enracinement de l'idéal républicain en France ".
La loge toulonnaise a joué un rôle actif de défense et de réaffirmation des principes républicains, notamment à travers le parti radical, clé de voûte de la IIIe République. La loge toulonnaise, comme de nombreuses loges en France, sont devenues le relais de la propagande républicaine. Radicalisme et Franc-maçonnerie puisent au même vivier social : le recrutement se faisait essentiellement au sein de l'élite culturelle et sociale. Les membres qui appartenaient au conseil municipal figuraient également des les conseils d'administration des principaux établissements municipaux de la ville (le musée bibliothèque, le théâtre, l'école des Beaux-Arts) et participaient ainsi aux grands débats de société locale. Les loges, comme les académies et les sociétés savantes, participent globalement à la formation d'un esprit nouveau. Il ne faut donc pas négliger l'oeuvre de la loge La Réunion et son combat face au cléricalisme, au nom de la République.

Source : http://evelyne.maushart.pagesperso-orange.fr/pages/page_11pag.html

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