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Hauts Grades

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Jacques II en exil lance la Maçonnerie en France

13 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Jusqu’au XVIIe siècle , la maçonnerie reste un métier organisé comme beaucoup d’autres corporations en guildes. On y rencontre deux sortes de membres, l’ apprenti et le compagnon – le maître n’étant que le chef de chantier . On entre dans le métier par une initiation , qui comporte la connaissance parfaite du « catéchisme » et la transmission des secrets du métier ainsi que du vocabulaire symbolique, dont l’essentiel survit dans les rituels maçonniques contemporains . Intimement lié au compagnon, l’apprenti reçoit sa formation de ce dernier, avant de devenir lui-même compagnon. A cette époque , le corps de métier connu sous le nom de franc-maçonnerie est purement opératif. C’est en Angleterre et en Ecosse que l’on observe au XVIIe siècle la transformation de ce métier. Les guildes, appelées désormais loges, ouvrent leurs portes à des hommes étrangers au métier de maçon. Cette « acceptation » concerne en premier lieu des personnages – indispensables au bon fonctionnement de l’institution – tels que les notaires , les hommes d’Eglise ou les seigneurs , commanditaires des grands travaux du siècle. Ce sont des hommes qui formeront la maçonnerie dite « spéculative » par opposition à la maçonnerie « opérative » des bâtisseurs. C’est un tournant de l’histoire anglaise qui est à l’ origine de l’introduction en France de la franc-maçonnerie. De 1640 à 1650, la Grande-Bretagne est en pleine guerre civile – et religieuse – qui aboutit à l’exécution du roi catholique Charles 1 er Stuart . Son fils , Charles II est contraint à l’exil. Ses partisans – les jacobites – restés en Grande- Bretagne , créent alors dans la clandestinité des associations qui travaillent à la restauration des Stuarts. Parmi eux , un certain nombre, comme les membres du « Collège Invisible », sont des francs-maçons spéculatifs. Après la restauration de Charles II, en 1660, le Collège Invisible est rebaptisé Royal Society , et on assiste à une croissance rapide de la franc-maçonnerie entre 1660 et 1688. Les nouveaux francs -maçons comptent parmi eux des savants, des hommes de loi, des ecclésiastiques et des aristocrates. La Révolution Glorieuse de 1688-1689 (Jacques Stuart II est détrôné par son neveu et gendre Guillaume d’ Orange ) marque un tournant pour la nouvelle franc-maçonnerie spéculative. En effet , la plupart des loges restent fidèles à Jacques II, contraint à son tour à l’exil en France. Un certain nombre de francs-maçons suivent alors leur roi à Saint-Germain-en-Laye . C’est ainsi que le mouvement de la franc-maçonnerie pénètre pour la première fois en France. La cour des Stuarts en exil est, par définition même, une loge maçonnique. Les premiers francs-maçons en France ne sont donc pas des militaires , comme on l’a souvent dit, mais des officiers de la Maison du Roi qui servent Jacques II à Saint-Germain où il vivra de 1690 jusqu’à sa mort en 1701. Son fils, Jacques III, reste à Saint- Germain jusqu’en 1712 avant d’être contraint par le Traité d’Utrecht de s’exiler à son tour. Partout où ses pas le mènent, la loge maçonnique le suit, à Bar-le-Duc, à Avignon , à Urbino et finalement à Rome, en 1719. Qui sont les francs-maçons en France pendant cette période provisoire d’implantation ? Les plus importants sont le comte (puis duc) de Melfort, ministre de Jacques II, et son frère le comte (puis duc) de Perth, gouverneur du jeune prince de Galles, qui sera plus tard le roi Jacques III. On trouve aussi le secrétaire de Melfort, un Ecossais qui se nomme David Nairne. Ces hommes possèdent toutes les qualités requises pour être francs-maçons. Selon le gendre de Nairne, le chevalier Ramsay, « ces qualités sont la philanthropie sage , la morale pure, le secret inviolable et le goût des beaux-arts », (1737). Mais à Saint-Germain-en-Laye, la qualité primordiale est « le secret inviolable ». C’est Nairne notamment qui, à la demande de Jacques II, puis de Jacques III, entre secrètement en contact avec les francs-maçons anglais . En 1714, la Couronne britannique est aux mains de la maison de Hanovre mais les jacobites tentent de provoquer une fois encore la restauration des Stuarts avec l’appui de Louis XIV qui est pro-jacobites. Mais l’ invasion projetée tourne au désastre en 1715, d’autant que le nouveau gouvernement du Régent qui a succédé au Roi-Soleil est pro-hanovrien.

La première scission

L’événement a des répercussions décisives sur la franc-maçonnerie : des frères reconnaissent la nouvelle dynastie hanovrienne. Le 24 juin 1717, quatre loges de Londres se fédèrent en une organisation unique : l’Oie et le Gril ( The Goose and Gridiron ), la Couronne ( The Crown ), le Pommier ( The Apple Tree ) et le Gobelet et les Raisins ( The Rummer and Grapes ) fusionnent pour former la Grande Loge, sous la direction unique d’un Grand Maître. Son intention est de contrôler toutes les loges d’Angleterre, y compris les loges jacobites. Plusieurs années passent. Le duc de Montagu, élu en 1721, réclame une nouvelle constitution de la franc-maçonnerie : ce sont les Constitutions d’Anderson qui feront date. Désormais, les grands maîtres élus lors de la grande assemblée annuelle seront tous des partisans des hanovriens. Une seule parenthèse : l’ année du complot d’Atterbury en 1722. Cette année là, les francs-maçons élisent un grand maître anti-hanovriens, partisan des jacobites, le duc de Wharton. Mais le complot échoue ; le duc d’Orléans, régent de France, ayant informé le gouvernement anglais de ce dernier projet de l’opposition jacobite. Pourtant ses membres ne sont pas expulsés de leurs loges. Mais désireux de mettre en place un système exclusivement jacobite, ils ajoutent des degrés supérieurs aux degrés en cours, suivent leur propre rite, et cela sous le sceau du secret absolu. Désormais la Grande Loge d’Angleterre suit le rite anglais ou hanovrien ; les jacobites désignent le leur sous le nom de rite écossais ancien et accepté (REAA). Les hanovriens gardent trois grades ; les jacobites en créent trente nouveaux. Au lendemain de cet échec, les francs-maçons jacobites décident de transférer à leur siège principal en France. C’est ainsi qu’en 1726, la première loge est créée à Paris . Elle se trouve rue des Boucheries (à Saint-Germain-des- Prés) chez un traiteur anglais qui s’appelle Barnaby Hute, ancien officier de la Maison du Roi à Saint-Germain-en-Laye. La nouvelle loge, la loge Saint-Thomas , regroupe sept Français et dix-sept jacobites. La nouvelle loge reçoit deux visites importantes : Lord Burlington, décrit dans les Constitutions comme « le meilleur architecte de la Grande Bretagne », partisan secret des jacobites et fondateur d’une loge à Chiswick House ; et puis le duc de Wharton, qui visite officiellement la loge alors qu’il est en route pour Madrid . A son retour en 1728, il crée la Grande Loge de France, dont il est élu premier Grand Maître. La loge Saint- Thomas s’appelle désormais la loge du Grand Maître. Entre 1728 et 1738, plusieurs loges sont fondées en France, et c’est en effet de cette période que date la franc-maçonnerie française . Les Français, tout comme les Anglais, restent divisés entre partisans hanovriens et jacobites. Certaines des nouvelles loges sont fondées sur l’ordre exprès de la Grande Loge d’Angleterre pour contester la mainmise des jacobites sur la Grande Loge de France. Pendant les années 1730, les deux factions s’affrontent sans répit pour dominer la Grande Loge. Seuls trois jacobites sont élus grands maîtres de la Grande Loge de France. Le duc de Wharton reste Grand Maître jusqu’à sa mort en 1731. Parmi ses successeurs, Lord Derwentwater, Grand Maître jusqu’en décembre 1735, et Lord Maclean ; tous deux commandent la première traduction en français des Constitutions d’Anderson. L’ouvrage est sensiblement réécrit : le traducteur substitue à la religion naturelle de l’original anglais un christianisme non déguisé. Car la franc-maçonnerie jacobite française est essentiellement catholique.

Ramsay en service commandé

Le plus célèbre des jacobites francs-maçons est sans nul doute l’Ecossais Sir Andrew Ramsay. Gouverneur des enfants du comte de Sassenage (le gendre du duc de Chevreuse) à Paris, il a trente-sept ans lorsque on l’ invite, en 1723, à rejoindre la cour de Jacques II à Rome où il doit occuper la fonction de gouverneur du jeune prince de Galles (le prince Charles-Edward Stuart). Auteur réputé de l’ Entretien de Fénelon avec M. de Ramsay (1710) et de l’ Histoire de la vie de Fénelon (1720), on vient de le nommer Chevalier de l’ordre de Saint- Lazare. Son séjour à Rome est bref. Mais il y fait une rencontre déterminante en la personne de David Nairne, ancien secrétaire de Lord Melfort passé au service de Jacques III. Les deux hommes deviennent des amis intimes , et par l’entremise de Nairne, son futur beau-père, Ramsay est initié en 1724. De retour à Paris , il écrit son roman maçonnique Les voyages de Cyrus (1727) puis s’embarque pour l’Angleterre. Agent des jacobites, il s’ infiltre dans la franc-maçonnerie hanovrienne, en devenant membre d’une loge à Londres ( Horn Tavern Lodge ). Là, il réalise que la défaite des jacobites dans la Grande Loge d’Angleterre est inéluctable. A la fin de l’année 1733, Nairne et Ramsay se retrouvent à Paris. Ramsay épouse Marie, la fille de Nairne. La même année, il est fait chevalier baronnet. Ramsay et Nairne s’engagent dans la lutte des jacobites pour la domination de la Grande Loge de France. Ramsay est nommé Grand Orateur de l’ordre et, en 1736, les deux hommes collaborent à la composition du célèbre Discours prononcé par Ramsay à la Réception des francs-maçons. Quand les pro-hanovriens prennent le pouvoir à la Grande Loge de France en 1738 et que la défaite de la franc-maçonnerie jacobite en France est consommée, Ramsay et Nairne quittent Paris pour Saint-Germain-en-Laye dans le but de créer une nouvelle loge exclusivement jacobite. Elle se situait au deuxième étage du Château-Vieux, dans l’aile du sud, où se trouve actuellement la Conservation du musée des Antiquités nationales. Après la victoire des hanovriens, elle devient la seule loge catholique en France de rite écossais ancien et accepté. La franc-maçonnerie est désormais introduite en France, qui est selon le mot de Ramsay « la nation la plus spirituelle de l’Europe (qui) deviendra le centre de l’ordre ». A la différence de la franc-maçonnerie hanovrienne qui accepte parmi des membres des protestants et même des non-croyants, la franc-maçonnerie jacobite en France est un ordre catholique depuis son origine.

Les loges anglaises moins partisanes

En janvier 1738, les francs-maçons hanovriens publient une nouvelle édition des Constitutions d’Anderson qui confirme l’adhésion à la maçonnerie non seulement des croyants protestants ou catholiques, mais aussi de non-croyants. Outrés, les jacobites persuadent le pape Clément XII de promulguer, en avril 1738, une bulle qui condamne sans appel ce genre d’association laïque et secrète, où des gens de toute confession sont admis à égalité. Contrairement à ce que l’on a longtemps écrit, cette bulle n’est pas promulguée contre toute la franc-maçonnerie, mais seulement contre les hanovriens. Les jacobites fondent même une nouvelle loge sous la protection du pape à Avignon (août 1737). Les francs-maçons qui restent à Paris se donnent le nom de « maître écossais », portent des signes distinctifs, et revendiquent des honneurs spéciaux. Ce n’est qu’en 1755, quand le jacobinisme est définitivement mort en tant que mouvement politique, et que le gouvernement français n’est plus pro-hanovrien, que la Grande Loge de France, sans risque de paraître partisane, affirme enfin son catholicisme, et reconnaît formellement les degrés supérieurs du rite écossais ancien et accepté. Une page est tournée.

 Source : http://www.chroniqueshistoire.fr/

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Les Fondamentaux du RER

12 Avril 2012 Publié dans #Planches

Il y a 1 mois, je concluais mon 1er moëllon d’architecture sur «les fondamentaux du RER » par cette citation du recès du Convent de WILHEMBAD en 1782 : " La vraie tendance du Régime Rectifié est et doit rester une ardente aspiration à l’établissement de la cité des hommes spiritualistes, pratiquant la morale du Christianisme primitif, dégagée de tout dogmatisme et de toute liaison avec une Eglise quelle qu’elle soit "...

Bien évidemment, cette rédaction était de la main de Willermoz , deus ex machina qui, comme nous l’avons vu, étant ultérieurement chargé de la rédaction définitive des textes fondateurs par ses mandants que son dévouement à la cause dispensaient de déperdition d’énergie, profita en plus de son exceptionnelle longévité pour interpréter à sa guise son mandat après le décès desdits mandataires.

Il n’en demeure pas moins que cette notion de «Christianisme primitif » dans un Rite dont la particularité exotérique est de se proclamer chrétien dès la réception –seul parmi tous les autres rites tout aussi chrétiens mais qui exigent une initiation- , ce «Christianisme primitif » fondateur demande clarification, notamment par rapport à la gnose chrétienne.

Je vous propose donc ce soir d’approfondir cette notion de Christianisme primitif –ou «originel » selon la formule de Jean Tourniac- qui faisait aussi dire au F\ S\, 33e au R.E.A.A et C.B.C.S au RER. qui, en 1910, était de ceux qui réveillèrent en France le Rectifié endormi depuis 30 ans : «Personnellement, j'avoue que le libre-penseur et le libre croyant que j'ai toujours été n'a manifesté en entrant au Rite Rectifié, aucune hésitation ni aucun scrupule lorsqu’on lui a demandé de déclarer qu’il professait l'Esprit du Christianisme, surtout lorsque le Grand Prieuré a ajouté, qu’il s'agissait ici de l’Esprit du Christianisme Primitif résumé dans la maxime : «Aime ton prochain comme toi-même », et que l'Ordre se réclamait de cette morale, qualifiée chrétienne, mais commune à plusieurs religions du passé, à certaines écoles philosophiques grecques ou latines, et qui se résume dans «l'amour du prochain » ...

Ceci évacue quelques confusions basiques du genre religion/confession. A ceux qui douteraient encore, je propose :

Courrier de JBW à la Triple Union datée de pluviôse, ventôse, an XIII (1805)

"mais les loges doivent être des écoles de morale Chrétienne et non pas de catholicisme." Phrase soulignée dans le manuscrit. Cette citation est précédée de :

" ... que si depuis quelques siècles l'église romaine a eu intérêt de s'approprier exclusivement la dénomination d'Eglise, il n'était pas en son pouvoir d’affaiblir la valeur des paroles de J. C. qui a dit dans l’Evangile : Celui qui croit en moi et qui m'aime de tout son coeur, ne peut pas périr [souligné] ; qu’ainsi Dieu étant au-dessus des jugements humains, c'était à Dieu seul que les sages devaient abandonner le jugement de leurs FF qui trouveraient en son temps auprès de lui le prix de leurs vertus, de leurs erreurs »

Autre courrier de JBW à la Triple Union, 22 prairial an 12 (1804)

[l'Orateur (–c’est moi ;-)] “leur développera la morale maçonnique, qui étant fondée sur la morale chrétienne est utile à tous, mais les temples maçonniques étant ouverts à toutes les confessions chrétiennes, il se gardera de traiter d'aucun des points sur lesquels les opinions sont divisées entre elles, ...”

Last, but not least, quelques extraits de L’INSTRUCTION PARTICULIERE ET SECRETE A MON FILS POUR LUI ETRE COMMUNIQUEE LORSQU'IL AURA ATTEINT L'AGE DE PARFAITE VIRILITE, SI ALORS IL SE MONTRE DIGNE DE LA RECEVOIR, (c’est un titre !) de la main même de notre «père fondateur » JBW en 1818 –il n’avait alors que 88 ans ( !), mais n'étant plus menacé par les pouvoirs cléricaux d'avant la révolution, il s'offre enfin le luxe de s'exprimer en toute clarté ! On adhère ou pas mais au moins savons nous le fond (ou presque) de la pensée willermozienne :

«il s'agit de préparer votre esprit par des explications très peu connues aujourd'hui quoiqu'elles le fussent beaucoup dans les premiers siècles du christianisme, à apprécier dans sa juste valeur la doctrine religieuse et chrétienne (…). C'est là où se trouve l'origine des anciennes initiations secrètes, plus ou moins dégradées (…) suivant le génie des peuples qui les adoptèrent, dont on retrouve des vestiges dans toutes les parties du monde, qui ont même servi de base à la mythologie, qui furent dénaturées partout (…). Il se trouvera sans doute des hommes parmi ceux qui sont aujourd'hui spécialement et presque exclusivement préposés à l'enseignement (…) qui s'étonneront de nous voir placer sur la même ligne (…) l'étude des traditions religieuses écrites et celle des traditions non écrites, secrètement conservées et transmises dans tous les temps avec les plus grandes précautions et parvenues jusqu'à nous »

Sous la plume d’un homme que nous qualifierions aujourd’hui, de «grenouille de bénitier », difficile de comprendre des pensées qui à son époque lui auraient valu l’excommunication !

…Mais pas plus difficile que de comprendre pourquoi le même qui avait placé la charité chrétienne au sommet de son édifice doctrinal ne pouvait se permettre de consacrer tout son temps à ses spéculations que parce que ses canuts étaient enchaînés à leur métier à tisser…

Considéré dans son essence chrétienne, le Rite nous situe au début de la tradition à laquelle il se rattache (le Christianisme et la Maçonnerie), en même temps qu'aux fins ultimes du déroulement cyclique de cette tradition. Or, il y a là, des " possibilités ", au sens guénonien du terme, qui sont encore insoupçonnées lors de la gestation du rite rectifié, sauf peut-être dans la vision quasi prophétique de certains, car il y a une sorte de " prophétisme ", au sens noble du terme, de la Maçonnerie rectifiée résultant de la conjonction des courants biblico-chrétiens et maçonnico-templiers ; un prophétisme découlant de l'ésotérisme du Rite.

Qui dit "ésotérisme" dit nécessairement perspective centrale, indépendante du contexte historique. Ce n'est donc plus le Rite Écossais Rectifié, figé dans une interprétation du XVIIIe siècle, qui nous interpelle, mais ce que ce Rite détient essentiellement et potentiellement par rapport aux conceptions initiatiques de la Maçonnerie et dans le cadre spécifique de l'ésotérisme chrétien. À cet égard, le Christ y est bien évidemment, et même de façon omniprésente, "le Christ". Mais, à ce niveau le plus éminent de tous, c'est la trinité du pouvoir prophétique, sacerdotal et royal du Verbe Éternel qui domine toute perception spirituelle liée à l'aspect strictement ecclésial.

À ce degré de connaissance, le Messie-Rédempteur se révèle dans sa réalité première de "Centre de tous les Centres" selon le terme des litanies, ou de "Lieu des Possibles", deux expressions exprimant la même notion métaphysique. Or, comme le dit Jean Tourniac, qui ne voit qu'illuminé par ce soleil de pure intelligence divine, le Christianisme propre au Rite Rectifié, acquiert un rôle eschatologique –ultime- accordé à la vision prophétique ? Et qu'il évite de se muer en secte religieuse concurrente des églises dans le domaine qui est le leur et où s'exerce leur magistère incontesté.
Je crois d'ailleurs avec Tourniac que les promoteurs du Rite ont envisagé ce danger de "cléricalisation" du Rite et que certains ont même entrevu cette dimension d'un prophétisme extra-temporel. Il y a chez Joseph de Maistre par exemple, un sens du prophétisme qui n'avait pas échappé à l'analyse de R. Guénon, qu’il se réfère au Christianisme né avant tous les siècles et dès lors hors de toute église, et à la "vraie Religion qui a bien plus de 18 siècles et qui naquit le jour que naquirent les jours", ou qu'il recommande de se tenir "prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons à une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs" et d'ajouter "des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés". Le comte dépassait donc amplement les étroitesses exégétiques.

Quant à Willermoz, sa lettre du 3 février 1873 montre qu’il ne sous-estimait pas les périls "sectarisants" du Rite. On en connaît le motif : Willermoz répond aux objections de Salzmann et B. de Turckheim qui souhaitaient la disparition de l'Ordre Intérieur de style trop immédiatement catholique à leurs yeux, mais désiraient conserver la "Profession" :
L'argumentation willermozienne repose sur la nécessité de maintenir, au contraire, des paliers dans l'ascension rectifiée : il écrit : "que ferez-vous de ceux qui ont été mal choisis sinon des ennemis de l'Ordre et de ses principes qui, tout louables qu'ils sont par leur connexion avec la religion n'en deviendront que plus suspects au clergé et au gouvernement ? Comme il arrive aujourd'hui (…) où l'on reproche aux Grands Profès d'être les fauteurs d'une nouvelle secte de religion... et du moment qu'on mêle la religion à la maçonnerie, dans l'Ordre symbolique, on opérera sa ruine... Pour faire fructifier notre régime, nous mettons à découvert ses principes et son but particulier, nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse... ce danger, mes amis, qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on pense…".

Sans doute ce que Willermoz entend défendre dans cette lettre qu’Antoine Faivre qualifie justement de "capitale pour la compréhension du willermozisme", c'est la séparation entre l'ordre symbolique (comprenant le grade de Maître Écossais) et la grande Profession, en étageant, par progression, les affirmations chrétiennes du Rite qui ne culmineront qu'au sommet et au terme d'une montée doctrinale sélective. Nous n'en retiendrons que cette notion du danger de dérive sectaire lié à l'exclusivisme, voire à l’élitisme, périls sous-jacents à la spécificité religieuse du Rite, qu’un fondamentalisme intégriste pourrait oublier en confondant le respect des Rituels et de leur esprit avec l'adoration d'une Écriture Sainte et la vénération du pur littéralisme.

Cette «exotérisation» du Rite est à l’opposé de sa réalité intrinsèquement ésotérique dont Guénon, entre autres, nous a fait connaître la nature cognitive -au sens de la gnose chrétienne, elle-même à l’opposé du gnosticisme hétérodoxe. D’ailleurs, toute la cosmogonie de Martinez de Pasqually peut-être assimilée à une gnose que Clément d’Alexandrie n’aurait pas renié, lui qui illustre avec Origène ce «Christianisme primitif» cher à JBW. Clément d’Alexandrie se propose en effet de nous enseigner «la gnose véritable», celle qui vient du Christ par la tradition apostolique, et que l’étude de l’Ecriture et la vie sacramentelle actualisent en nous. De même, le grand Origène nous parle de cette «gnose de Dieu» que peu d’hommes possèdent et par laquelle Moïse a pénétré dans la Ténèbre divine. Et il faut bien dire que lorsque JBW parle à son fils de traditions non écrites, secrètement conservées et transmises dans tous les temps, il fait directement référence aux textes apocryphes qui, chez les gnostiques chrétiens, constituaient un enseignement secret, conservé et transmis par la tradition orale.

…Mais la gnose en tant que sujet de réflexion nous emmènerait trop loin, trop tard ! La notion même d'ésotérisme chrétien mériterait un morceau d'architecture particulier…

Alors, VM, je me contenterai ce soir d’évoquer une interprétation du Rite qui échappe aux limites temporelles et mentales du milieu historique qui fut le sien en ce siècle, d'ailleurs fort peu traditionnel, de la Révolution française. Cette interprétation affirme tout aussi bien le Nom et la doctrine du Rédempteur, la foi en lui qui découle des rituels de Maître Écossais et de l'Ordre Intérieur, mais se trouve accordée aux données propres à l'ésotérisme et à l'Unité transcendante des diverses religions. D'aucuns qualifieraient cette interprétation d’"abrahamique" en ce qu'elle s'étend aux sémites de chair comme aux sémites en esprit appelés à cette grâce par Celui que révère le Rite Rectifié et qui tire son sacerdoce du Roi-Prêtre Melkitsedeq, ce mystérieux personnage qui n’apparaît qu’une fois dans la bible (Genèse 14 : 8) et dont Guénon fait le père de la "tradition primordiale".
Cette herméneutique du Rite et de sa substance rituelle, cette "sémiologie initiatique" sont à découvrir ultérieurement dans les deux paliers du Rite : l'Écossais de St-André et la Chevalerie de l'Ordre Intérieur. Vous me pardonnerez ce soir de ne pas insister, mais à regret, tant la frontière purement «administrative » entre les 4 grades constitutifs du RER empêche d’en saisir l’évidente logique.

Disons simplement que l'herméneutique de notre Rite nous ouvre à la compréhension de " l'ésotérisme judéo-chrétien " qui le fonde. Exemple auquel nous devrions être sensibles :

Paul (Romains 11, 24) s'adresse aux chrétiens de son temps en ces termes : " Si toi tu as été coupé de l'olivier sauvage et enté contrairement à ta nature sur l'olivier franc, à plus forte raison seront-ils entés - il s'agit des Juifs - selon leur propre nature, sur leur propre olivier".

Certes l'Apôtre a en vue un événement qui touche au prophétisme, mais qui pourrait bien s'appliquer à une période où notre Rite aurait une place de choix, lors de la gloire de l'olive et qu'évoquent peut-être ces paroles de l'Ange à Zorobabel en Zaccharie 4, 11-14 : " Qui sont ces deux oliviers à la droite et à la gauche du chandelier ?...Il me dit : Ce sont les deux fils de l'onction qui se trouvent près du Seigneur de toute la Terre. " On sait que, dans la vision de Zaccharie, le Candélabre soutient sept lampes comme la Menorah, et que ce sont les sept yeux de l'Éternel qui parcourent toute la terre, alors que les deux fils de l'onction ou les deux oliviers sont Zorobabel et Jésus le Grand Prêtre.
Tourniac disait : «Comment ne pas entrevoir alors dans notre Rite une propédeutique à la grande rencontre, à la grande symbiose des deux peuples : juif et chrétien ?»

Quant à l'intériorité doctrinale du Rite en entier, elle découle d'une propédeutique (=enseignement pour apprendre à apprendre) spirituelle, confortée par l'articulation des grades et elle tient dans cette identité, déjà signalée, des Temples de l'Homme, de l'Univers et de Salomon, des Temples terrestres et céleste, avec le "modèle christique" offert par le "divin Réparateur", terme typiquement martinéziste. Antoine Faivre notera justement dans son analyse de l'ésotérisme chrétien: "Au fond Willermoz a obtenu que les cadres de la Stricte Observance Templière servissent à l'enseignement des Coens" et c'est bien pour cela, comme qu'à l'époque de Willermoz la classe secrète de la Profession -qui n'avait point encore disparu- contenait "l'essentiel de la pensée martinéziste".

Rappelons-nous encore que l’identité du Rite est faite de différents apports qui –cas unique et paradoxal- lui donnent sa cohérence. Le rite retient en effet :

- de la Maçonnerie spéculative récemment apparue en Grande-Bretagne, les rituels, mots, signes et l'ésotérisme des constructeurs, l'initiation et les trois grades bien connus,
- de la " Stricte Observance Templière " et d'un Templarisme qui remonte peut-être au chapitre dit de Clermont quant à ses sources lointaines (mais qui prend corps à Unwürde en 1754 et aux Convents d'Altenberg en 1764, Kohlo en 1772, Brunswick en 1775 et Lyon en 1778), une ossature normative pour l'ensemble des grades et la référence chevaleresque et templière –sur laquelle nous reviendrons.
- de Martinez, une sève secrète, à résonance judéo-chrétienne et fond salomonien, présente dans l'enchaînement des maximes et des tableaux et qui, à l'époque de Willermoz, jaillit visiblement au niveau de la " Profession ", celle de Chevalier Profès et Grand Profès,
- de J. de Maistre, l'intégrité chrétienne et quasi confessionnelle, avec un pressentiment de l'Évangile éternel et de ce que nous pourrions appeler aujourd'hui la "Tradition Primordiale" dans la perspective de René Guénon,
- de St-Martin, une religiosité chrétienne très priante, voire mystique,
- du XVIIIe siècle français, certains concepts religieux de ce temps, infirmés de nos jours : ainsi la définition des " pharisiens ", la loi d'amour réservée au Nouveau Testament, l'abolition de l'Ancienne Loi, la notion de fraternité limitée aux seuls chrétiens en maçonnerie, l'immortalité de l'âme, qui n'appartient pas au Credo, originel mais est une conséquence de la Résurrection de la Chair - entendue au sens hébraïque du mot - et de la Vie éternelle ou Vie du "monde qui vient".

Ajoutons que l'"immortalité de l'âme" - à ne pas confondre avec l'âme supérieure ou âme d'immortalité -, est une notion platonicienne. Enfin on retiendra, outre les concepts religieux du "Siècle des lumières" (?), le goût de l'enflure verbale parfois élégante et celui du discours patriotique et redondant...
Quant à la doctrine, il est patent qu'elle s'alimente à une source biblique et qu'elle suit l'économie et même la chronologie Testamentaire jusque dans la suite sérielle des Temples. Tout tient au fond dans la correspondance symbolique entre le Temple de l'Homme et celui de l'Univers, avec une matrice : le Temple de Salomon, puis une projection spirituelle qui va de la Milice de Terre Sainte à la Jérusalem céleste, enfin et d'abord, un modèle divin et éternel dans le Christ.

Autre remarque, cette doctrine est admirablement ventilée et étagée dans les strates graduelles du Rite sans contradiction chronologique, sans anachronisme ou syncrétisme. Donc il s'agit véritablement d'un "Ordre" (et non d'un fourre-tout), d'une "cohérence" qui tranche dans un paysage maçonnique plutôt foisonnant. Sans doute, ce désir d'unicité organique et de spécificité religieuse fait-il peu de place à l'universalité de l'initiation maçonnique et à l'universalité traditionnelle d'un Art qui est d'autant moins catégoriel que l'ésotérisme est forcément Un ! Mais ceci, au fond, ne concerne plus la structure et les caractéristiques du Rite mais beaucoup plus les critères d'entendement et les motivations du siècle, en bref l'ouverture des esprits.

On peut en effet penser avec Tourniac que le Christ est le Verbe divin incarné, qu'il est dans le Père et le Père en lui et que l'Esprit Saint est ce lien de l'un à l'autre... sans pour autant croire que l'Éternel n'est... que chrétien !
…Et, comme le dit notre excellent F.·. "Eques a silentio", l'Esprit souffle où il veut !

J'ai dit, V\ M\

C\ B\

Source : http://ledifice.net

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Rituel du 26° degré du RAPMM(Yarker)

12 Avril 2012 , Rédigé par RAPMM Publié dans #Rites et rituels

   
 RECEPTION 
   
 L’EXPERT introduit le Néophyte par l’Orient et frappe par 
 l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l l 
   
 SUBLIME DAI 
   
 Quelle est cette étrange intrusion au sein de cette Académie paisible  
 des Vertus Orientales où les Vedas sacrés et la Loi de Manu, la  
 divine Epopée du Ramayana et des Brahmines, les Lois et Traités de  
 Bouddha, le Zend-Avesta de Zoroastre sont tous étudiés avec un égal  
 zèle, comparés de façon impartiale et jugés selon leurs mérites ? 
   
 GRAND EXPERT 
   
 C'est un Patriarche qui est désireux d'apprendre les préceptes de  
 la Vérité de l'Orient, professés par des millions de ses adeptes qui  
 ont foi en elle. Il souhaite devenir un membre de ce Conseil de  
 Sagesse, afin qu’il puisse prendre part à ses importantes  
 délibérations. 
   
 SUBLIME DAI 
   
 Que ses souhaits soient exaucés. Préparez les Védas Sacrés, les Lois  
 de Bouddha, et le Zend-Avesta de Zoroastre. Faites que le plus d'  
 étudiants de chacune de ces Fois soient préparés à expliquer leurs  
 Doctrines, à répondre aux questions et d’aller aussi loin que  
 possible dans les objections. 
   
 Illustre F\ Orateur, vous exposerez les doctrines de Brahmâ, vous,  
 Illustre F\ Premier Mystagogue, celles de Bouddha, et vous, Illustre  
 F\ Second Mystagogue, développerez les enseignements de Zoroastre. 
   
 Musique. Les FF\\se lèvent. Le Néophyte, accompagné par le F\ Expert  
 et un autre F\ fait sept fois le tour de la Loge, ceci en rappel des  
 sept cavernes dans lesquelles Maha Deva pleurait la perte de Sita 
   
   
 SUBLIME DAI 
   
 Que le Néophyte soit conduit 7 fois autour du temple, imitant ainsi  
 le bienveillant exemple du soleil dans sa course, et faisant allusion  
 aux 7 cavernes des antiques initiations. 
   
 PRIERE 
   
 O très puissant Créateur, plus grand que Brahmâ, nous nous inclinons  
 devant Toi comme Créateur initial, éternel Dieu d' entre les Dieux,  
 Temple du Monde. Tu es l’incorruptible Essence, distinct de toutes  
 les choses éphémères. Tu étais avant tous les Dieux, l’antique  
 Principe, et Tu es la Cause unique de l’Univers. Tu es le Temple  
 suprême et par Toi, ô Forme infinie, l’Univers put connaître son  
 expansion. 
   
 TOUS Gloire à Toi, ô Seigneur ! Gloire à Ton œuvre ! Gloire à Ton  
 infinie bonté ! 
   
 SUBLIME DAI 
   
 Vous êtes le bienvenu, Illustre frère, dans ce lieu d’étude et de  
 réflexion. Votre réception ici même a été publique et simple et vous  
 n’aurez à connaître aucune cérémonie à caractère occulte, ni d'  
 autre épreuve effrayante à affronter. Nous sommes d' abord une  
 Académie au sein de laquelle les religions de ce monde sont étudiées,  
 analysées et comparées. Nous vous réclamons seulement l’obligation  
 du secret sur nos travaux comme vous l’avez fait jusqu' ici au cours  
 de votre progression maçonnique. Si vous en êtes d' accord vous  
 voudrez bien avancer jusqu' à l’autel des serments et répéter  
 après moi : 
   
 Tous les FF\ se lèvent et forment un Triangle autour de l’Autel. 
   
 SUBLIME DAI 
   
 frappe par l l l l l l l l l 
   
 A la Gloire du Sublime Architecte de l’Univers, au Nom du Souverain  
 Sanctuaire de la Maçonnerie Ancienne et Primitive pour la Grande  
 Bretagne et l’Irlande, Salut sur tous les points du Triangle et  
 Honneur à l’Ordre. 
   
 Vous répéterez après moi : 
   
 Moi, SSS, renouvelle ici même mes précédents engagements auxquels je  
 promets mon entière allégeance, sous peine d’être méprisé et d'  
 inspirer du dégoût en tant que faux Maçon et parjure. Amen. 
   
 SUBLIME DAI 
   
 Nous vous reconnaissons dorénavant comme membre de ce Sublime Conseil  
 des Patriarches des Védas Sacrés. Je vous en félicite et vous allez  
 maintenant êtes instruit dans les Secrets de ce Grade. 
   
 Mais nous voulons aussi vous déclarer notre satisfaction de votre  
 demande d’admission parmi nous car vous êtes assurément d'  
 une nature généreuse, curieuse et impartiale. Pourquoi devrions-nous  
 craindre alors la discussion ? La vérité ne peut pas être vaincue et  
 il est juste que le mensonge soit combattu. Pourquoi devrions-nous  
 condamner sans avoir été entendues des doctrines que des millions d'  
 hommes acceptent comme vraies ? N’est pas notre devoir de les  
 examiner et d’en tirer un jugement objectif ? Nous procéderons donc  
 ainsi. 
   
 Illustre Frère Orateur, c’est à vous qu’est dévolu de développer  
 les doctrines du Brahmanisme et les origines des Védas Sacrés. 
   
 ORATEUR 
   
 Il y a plusieurs millions d’années, quand il n’y avait ni la terre,  
 ni le soleil ni les étoiles, et que seule était la matière  
 indistincte, existait déjà de toute éternité l’Etre suprême, non  
 créé, invisible et incognicible, sans forme et pourtant occupant l'  
 ensemble de l'espace infini. Cette âme universelle fut le germe de  
 tout ce qui s’est depuis développé, la matrice qui contenait un  
 modèle de toutes choses. Ainsi tout ce qui existe maintenant est  
 l’émanation archétypale et l’image de ce Dieu incognicible. Par l'  
 effet de Sa seule volonté la Terre, le Soleil, les éléments et toutes  
 les énergies de la nature virent le jour. Ce Créateur, dont la gloire  
 est si grande et dont il ne peut être fait aucune description, est  
 appelé Sat en sanskrit, ce qui veut dire Celui qui est, Swayambhu,  
 Celui qui s’est créé par Lui-même, Nervi Kalpa, Celui qui est  
 Incréé, Av Yaka, Celui qui est Invisible, As Hariri, Celui qui n’a  
 pas de corps, et Brahm ou l’espace infini, déterminant la forme des  
 choses mais pas forme Lui-même, ou esprit opposé à la matière. 
 De Son cerveau, ou de Sa volonté, jaillit Brahmâ, appelé aussi Pita  
 Maha, ou le Père de toutes choses, Prajapati, ou Seigneur des  
 existences, Dhatra ou le Géniteur, le principe mâle, Lokapurwayas ou  
 le premier-né des êtres, Surasvara, ou les Seigneur des Divinités. 
   
   
 Et à Lui, Para-Brahma, ou Brahm, la cause primordiale, transmit tous  
 Ses pouvoirs et retourna à sa condition première d’éternité et de  
 béatitude. 
 Le Livre de Manu dit : " Après avoir créé l’univers, Lui, à Qui la  
 notion de pouvoir est incompréhensible, disparut à nouveau absorbé  
 par l' me suprême. S’étant retirée dans les ténèbres primitives, la  
 Grande me demeura avec l’inconnaissable et fut vide de toute forme.  
 C’est ainsi, par une alternance de veille et de repos, que l'  
 immuable Principe, cause que toutes les créatures vivent et meurent,  
 est successivement actif puis inerte. " 
   
 Question : 
   
 Que doit-on comprendre par Trimurti ? 
   
 Réponse : 
   
 L’Etre Suprême est Un, et de Lui émane le pouvoir créateur, ou  
 Perusha, le Principe divin mâle, et quand le Un devient Deux, mâle et  
 femelle, de cette union du principe d’intelligence avec la première  
 matière se développe un troisième, qui est Viradj, le monde  
 phénoménal. De cette invisible Trinité, se développe alors une  
 seconde Trinité qui renferme les potentialités de la Création, de l'  
 Assistance et de l’Evolution, représentées par Brahmâ, Vishnu et  
 Shiva. L’Unité, Tridandi, est Dieu trois fois manifesté, qui est à  
 l’origine du symbole de AUM, la Trimurti en abrégé : A pour Agni, le  
 feu - V pour Varuna, l’eau - M pour Me Ruts, l’air. C’est sous  
 cette Trinité, sans cesse active et manifeste à tous nos sens que l'  
 invisible et inconnu Monas peut se révéler au monde des mortels.  
 Quand Il devient Sarira, ou Celui qui prend une forme visible, Il  
 symbolise tous les principes de la matière et tous les germes de la  
 vie. Il est le Dieu aux trois visages, ou aux triples pouvoirs,  
 l’essence même de la Trinité des Vedas. En numérologie 1 est Dieu, 2  
 est la Matière, 3 est leur union ou le monde manifesté, 4 exprime le  
 vide et 10 le Cosmos tout entier. Le symbole de Brahmâ est la Terre,  
 celui de Vishnu est l’eau, qui est de l’air condensé, celui de  
 Shiva est le feu. 
 Question : 
   
 Qu’a t’il été dit de la mission de Brahmâ ? 
   
 Réponse : 
   
 Par Sa seule pensée il a créé les Prajapatis, ou les Seigneurs de la  
 création, et d’eux procèdent toutes les créatures vivantes et les  
 innombrables esprits de des mondes inférieurs qui pullulent partout  
 dans la nature. 
   
 Question : 
   
 Qu’a t’il été dit de la mission de Vishnu sur Terre ? 
   
 Réponse : 
   
 Protéger l’Humanité du Mal, punir le Vice, récompenser la Vertu, et  
 maintenir l’Ordre et la Justice en prenant forme humaine pour venir  
 sur Terre. 
   
 Question : 
   
 Qu’a t’il été dit de la nature de la mission de Shiva ? 
   
 Réponse : 
   
 Il a été envoyé pour détruire par le Feu tout ce qui est le Mal, tout  
 ce qui est inutile et a besoin d’être réorganisé dans d’autres  
 conditions. Mais comme la Mort est seulement une transition vers une  
 nouvelle forme de vie, Il est considéré comme le symbole de  
 décomposition permanente et de renaissance de la nature. De Shiva il  
 est dit qu’il coupe symboliquement la tête de Brahmâ chaque année et  
 qu’avec les têtes coupées il fait un collier qu’il porte comme le  
 Temps. Brahmâ, comme le Soleil, meurt et renaît chaque année, de cela  
 vient que nous l’identifions à Osiris. 
   
 Question : 
   
 Quelle est l’explication de la Création de l’humanité, sous l'  
 angle du mythe ? 
   
   
 Réponse : 
   
 Brahmâ, avec Son épouse Sarbutie, a eu cent fils, dont le plus vieux,  
 Datch, engendra un nombre égal. Mais ces générations de demi-dieux,  
 de Diants ou de géants et d’habitants des mondes inférieurs ne  
 pouvaient être employés pour peupler Mirtlock, la Terre. Par  
 conséquent, par Sa bouche, Brahmâ engendra le Brahmane, ou le Prêtre,  
 auquel Il confia les quatre Vedas, ou les quatre mots ou livres par  
 Ses quatre bouches. De Son bras droit procéda Raetius, le guerrier,  
 et de Son bras gauche, Shaterany, son épouse. De Sa cuisse droite  
 procéda Bais, Son troisième fils, destiné à cultiver la terre et à  
 poursuivre en justice les spéculateurs et les mécanistes, et de Sa  
 cuisse gauche procéda Basany, son épouse. 
   
 Puis de Son pied droit procéda Son quatrième fils, Suder, qui avait  
 pour mission d’accomplir toutes les formes de travail servile, et de  
 Son pied gauche, Suderany, son épouse. Ces quatre fils représentent  
 les quatre castes, qui reçurent les quatre Vedas comme loi  
 fondamentale des hommes. L’aîné de Ses fils, Brahman, réclama aussi  
 une épouse, mais l’Eternel qui avait souhaité que sa vie entière  
 soit consacrée à l’étude des Vedas, à la prière et à la méditation,  
 refusa. Mais Brahman, insistant malgré tout dans son désir reçu,  
 courroucé, comme épouse, une fille des Diants ou géants, et de cela  
 la légende dit que tout le clergé hindou descend d’un esprit  
 supérieur et d’un démon femelle. 
   
 Question : 
   
 Qui sont les Avatars ou réincarnations de Vishnu ? 
   
 Réponse : 
   
 Ils sont neuf qui symbolisent les neuf périodes géologiques, ou plus  
 simplement les neuf manifestations de l’Esprit éternel dans le  
 développement de toutes les créatures, évoluant du reptile le plus vil  
 jusqu' à la naissance des hommes. 
   
 Dans le récit mythique des Avatars, il est relaté qu’un démon nommé  
 Hayagriva, ayant dérobé les Vedas sacrés, les avala et élit domicile  
 au fond des mers. Les Livres sacrés étant perdus, l’humanité sombra  
 bientôt dans le vice et la méchanceté, et devenue partout corrompue,  
 un déluge noya tout à l' exception d’un monarque très pieux et sa  
 famille de sept personnes, qui furent sauvés par un bateau construit  
 par Vishnu. Quand les eaux eurent atteint leur plus haut niveau, ce  
 Dieu plongea dans l’océan, combattit et tua le démon et récupéra 3  
 des livres, le quatrième ayant déjà été digéré. Alors, émergeant sur  
 la Terre, mi-homme, mi-poisson, il rendit les Vedas à Brahmâ. La  
 Terre redevint terre et fut repeuplée par les descendants des huit  
 personnes ainsi miraculeusement épargnées. 
   
 Dans le deuxième Avatar, Il prit la forme d’une énorme tortue,  
 faisant une montagne avec sa carapace. 
   
 Dans le troisième Il pénétra au sein de la Terre sous la forme d’un  
 sanglier sauvage, à la poursuite du monstre Hiranyakshana, qui avait  
 trouvé refuge dans le plus profond des sept mondes inférieurs. Il  
 trouva et tua le monstre. 
   
 Dans le quatrième Avatar, Il apparut comme un animal, mi-homme,  
 mi-lion, et tua le frère de Hiranyakshana. 
   
 Dans le cinquième, sous la forme d’un Brahmine de petite taille, Il  
 apparut devant le géant Bali et réclama comme justification d’un  
 sacrifice qu’il le recouvrit de son pied. Comme le géant accédait à  
 sa demande, Vishnu prit alors une taille énorme, un seul pied  
 recouvrant toute la Terre, l’autre remplissant tout l'espace entre  
 la Terre et le Ciel. De Son troisième pied, qui jaillit de Son  
 ventre, Il écrasa la tête du géant et le repoussa jusqu' aux mondes  
 inférieurs. 
   
 Dans le sixième, prenant forme humaine, Il affronta et tua des armées  
 de géants. 
   
 Dans le septième, sous le nom de Rama, Il vécut les plus  
 merveilleuses aventures qui soient, ainsi que de très nombreux  
 ouvrages l’ont relaté. 
   
 Dans le huitième, armé seulement d’un énorme serpent, Il tua des  
 centaines de géants. 
   
 Dans le neuvième Avatar, Il se transforma lui-même en arbre. 
   
 Les Brahmines, secrètement, attendent le dixième Avatar, celui où Il  
 apparaîtra en guerrier, monté sur un cheval blanc et brandissant un  
 glaive flamboyant, avec lequel Il exterminera tous les pêcheurs et  
 les incroyants. 
   
 Question : 
   
 Expliquez nous maintenant la doctrine de la métempsycose. 
   
 Réponse : 
   
 Les âmes des hommes impurs errent après la mort, parmi les êtres des  
 mondes inférieurs et supérieurs, selon le degré d’impureté dont ils  
 ont faits preuve pendant leur existence. La Bhagavad Gita dit : "  
 Comme l’homme se débarrasse de ses vieux vêtements et en endosse de  
 nouveaux, de même l’âme ayant abandonné son ancien corps s’incarne  
 dans des autres qui sont nouveaux. Les hommes sages abandonnent  
 toutes les pensées qui sont le fruit de leurs actions, sont ainsi  
 libérés des impératifs liés à leur naissance et s’en vont vers l'  
 éternel bonheur." Tout au long de cycles d’une durée infinie, les  
 choses recommencent sans cesse leur développement, les éléments  
 pourront lutter, chaque chose retournera à son état primitif au sein  
 de la matière sublime. Il faut se solidifier pour générer et créer à  
 nouveau. 
   
 Question : 
   
 Combien de fois la Terre est elle supposée accueillir un Avatar ? 
   
 Réponse : 
   
 Une partie de l’Etre suprême est réputée s’incarner à chaque cycle,  
 ou grande année de 600 années terrestres, ou plus précisément 608  
 années. Le dernier est distingué par le monogramme osirien XP, qui  
 est devenu plus tard, chez les Grecs, IHS. 
   
 Question : 
   
 Vous avez très bien décrit le Principe divin créateur des Hindous :  
 Para-Brahma, le Dieu aux mille visages qui ne sont qu’un et Ses  
 manifestations. Mais n’y a t'il pas aussi un principe du Mal ? 
   
 Réponse : 
   
 Il y avait. Il est raconté que Moisas Ur, une des plus anciennes  
 créations des esprits supérieurs, jalouse de la gloire et du pouvoir  
 de la Trimurti, souleva une armée d’autres esprits du mal,  
 malveillants et rebelles, et s’engagea dans une guerre contre le  
 Ciel lui-même. Le combat fut bref mais violent. Shiva, le troisième  
 personnage de la Trinité hindoue, captura Moisas Ur et le jeta, ainsi  
 que ses complices, hors du Ciel, dans le monde des ténèbres, Onderah.  
 Cependant, pour ces esprits déchus, il reste une possibilité de  
 réintégration. Par l’intercession de la Trimurti, en particulier de  
 Para-Brahma, ou Brahmâ, au lieu d’une punition éternelle, ils furent  
 condamnés à connaître quinze réincarnations, les sept premières dans  
 le corps d’animaux inférieurs, et les huit autres sous une forme humaine. Moisas Ur et quelques uns de ses complices demeurèrent inflexibles, mais même pour eux il y aura rémission car lorsque le Zodiaque aura accompli son entière révolution, les âmes de tous les hommes et de tous les esprits retourneront de façon égale au Ciel. 
   
 Question : 
   
 Les Védas sacrés sont ils toujours d’actualité et encore utilisés  
 par les Brahmines ? 
   
 Réponse : 
   
 Bien sûr ! Ils ont été transmis oralement pendant de nombreux  
 siècles. Puis un Brahmine nommé Vyasa les rassembla et les mis en  
 forme selon leur ordre authentique : prières, hymnes, invocations,  
 rituels et doctrines philosophiques. La Loi de Manu est également un  
 important document et contient les lois pour un gouvernement quel qu'  
 il soit, pour la pratique de la religion et pour les relations  
 sociales. 
 Question : 
   
 Encore une question, Illustre Patriarche, et nous en aurons fini.  
 Quels sont les devoirs du sacerdoce Brahmine, et quelle était, et est  
 encore, son influence dans le monde politique et celui de la nation ? 
   
 Réponse : 
   
 Les devoirs d’un Brahmine sont de mener une vie pure et sainte, d'  
 utiliser son temps à la prière, la contemplation et l’enseignement  
 des gens dans la doctrine des quatre Vedas et de la Loi de Manu. Il  
 ne doit pas prendre la vie, manger de la viande animale, sauf si  
 celle ci a été l’objet d’un sacrifice. Au regard de son influence  
 dans la vie politique et sociale, il a tout pouvoir. Les princes et  
 les nobles de l’Inde sont invariablement de la caste des militaires,  
 mais le clergé ou les Brahmines, étant la caste la plus haute et la  
 plus instruite, sont les conseillers et les vrais dirigeants des  
 choses, depuis les affaires les plus importantes du gouvernement  
 jusqu' aux détails les plus infimes de la vie sociale. 
   
 SUBLIME DAI 
   
 Nous vous remercions, Illustre Patriarche, pour vos éclaircissements  
 sur la Loi brahmanique. Nous voudrions, maintenant, Illustre Frère  
 Premier Mystagogue, entendre de vous, un exposé sur les doctrines du  
 Bouddha, aussi brièvement que vous le voudrez, comment et de quelles  
 manières elles se différencient de l’enseignement des Brahmines. 
   
 PREMIER MYSTAGOGUE 
   
 Le fondateur de cette religion largement répandue, avec plus de deux  
 cents millions d’adeptes, fut Sakyamuni. Il était un prince de sang  
 royal et bénéficiait de tous les avantages dus à son rang. Depuis Sa  
 naissance, qui fut accompagnée par de nombreux évènements miraculeux,  
 Il a été sous la protection et la tutelle d’esprits angéliques. 
   
 Déçus dès son plus jeune âge par les vains plaisirs du monde et la  
 dépravation des hommes, Il quitta la Cour et se retirant dans une  
 jungle profonde, Il consacra alors six années de Sa vie à la prière,  
 à la mortification, en s’éloignant de ses semblables. Par cette vie  
 ascétique Il fut purifié de toutes ses passions humaines et devint un  
 Bouddha, ou un Eveillé. 
 Quittant alors Sa retraite, Il ambitionna de purifier la religion et  
 enseigna aux hommes que la loi seule n’était pas suffisante, si elle  
 n’est pas accompagnée par des actions positives. Il enseignait la  
 transmigration des âmes, mais considérait que le stade ultime de  
 félicité était le Nirvana, dans lequel l’esprit abandonne sa  
 capacité d’incarnation et devient un avec Dieu, distinctement et  
 éternellement bienheureux. L’état de béatitude peut être atteint  
 seulement par la charité, la morale, la bonne volonté appliquées à  
 tous les hommes. Sa doctrine se développa rapidement à travers tout  
 l’Orient, pas seulement en Inde, mais aussi en Chine, au Tibet, à  
 Ceylan et dans l’archipel du Japon. En Chine Il est vénéré sous le  
 nom de Fo, au japon sous le nom de Fohi. Ses disciples croient qu’Il  
 est là pour gouverner le monde pendant 5000 ans et que quand il aura  
 rejoint le Nirvana, un autre Bouddha apparaîtra. 
   
   
 SUBLIME DAI 
   
 Illustre Frère Second Mystagogue, qu’est ce que le Zend Avesta et en  
 quoi consiste Sa doctrine ? 
   
 SECOND MYSTAGOGUE 
   
 Le Zend Avesta est le Livre sacré des anciens Perses et des actuels  
 Parsis. Il enseigne que Zervane Akenere, ou le temps incréé, donna  
 naissance à deux Divinités nommées Ormuzd et Ahriman, de deux natures  
 foncièrement différentes, l’Une étant le fruit de la foi, et l'  
 Autre celui de l’incrédulité. Ormuzd est Dieu de lumière et de  
 bonté, demeurant dans un monde radieux, et créateur des anges  
 glorieux et de toutes les choses indispensables au profit et au  
 bonheur de l’humanité, tandis que Ahriman est esprit d'  
 obscurité et de malheur, et le créateur des anges maléfiques et de  
 toute chose qui peut nuire aux hommes, détruire l’humanité et  
 contrarier les plans d’Ormuzd Ainsi, entre ces principes opposés de  
 lumière et d’obscurité il y a une bataille permanente  
 pour la suprématie. Finalement l’empire d’Ormuzd sera établi et  
 Ahriman et ses troupes seront pardonnés, et tous connaîtront le  
 bonheur éternel. L’homme déchu par le péché originel est exposé à la  
 tentation d’Ahriman et les Devas, les esprits du Mal. Mais Ormuzd et  
 son armée d’anges restent constamment en éveil pour le sauver de ce  
 pouvoir malin. L’intercesseur pour cette entreprise est Mithra qui  
 était né dans une caverne creusée dans le rocher. 
   
 C'est ici l’occasion d’exposer une allégorie persane : Ormuzd a  
 été créé de pure lumière, et Ahriman, au contraire, de plus sombre  
 obscurité. Ormuzd a créé six Divinités bénéfiques semblables à  
 Lui-même, et Ahriman, six Divinités maléfiques. Puis Ormuzd en fit  
 vingt-quatre autres qu’Il plaça dans un œuf. Mais Ahriman en fit un  
 nombre égal qui brisa l'œuf. C'est de cette façon que fut créé le  
 monde avec son mélange de bon et de mauvais. Les vingt-quatre  
 Divinités bénéfiques sont les douze mois de l’année, répartis en  
 quinzaines de jours, et symbolisent le déclin puis la croissance de  
 la Lune, comme c’était l’usage chez les Indiens et les Romains. L'  
 Avesta insiste auprès des croyants pour la prière, la charité et la  
 résistance à la tentation, l’obéissance aux lois du gouvernement et  
 le soin dans le travail de la terre. Zoroastre n’est pas l’auteur  
 du Zend Avesta, ni le fondateur de cette religion, mais Il en fut à  
 la fois le plus grand exégète, réformateur et prophète. Il a été  
 aussi créateur des mystères perses, qui furent assimilés à ceux de  
 Memphis, dont Zoroastre fut un adepte. 
   
 SUBLIME DAI 
   
 Illustre Frère Orateur, quel lien y a t’il entre les doctrines de la  
 Khémitie - ou l’ancienne Egypte - et celles des Aryens et des  
 Sémites ? 
   
 ORATEUR 
   
 Les Egyptiens font procéder les dogmes de leur religion de la même  
 source initiale que les Aryens de l’Inde, mais d’une branche plus  
 ancienne que celle des disciples des Vedas. Plus tard les  
 Zoroastriens devinrent les maîtres de Babylone et influencèrent plus  
 ou moins l’Egypte. Les échanges entre les Egyptiens, les Ethiopiens  
 et les Indiens furent entretenus de tous temps. D' ailleurs le  
 Livre d’Hermès, comme les Védas, étaient quatre, divisés en 42  
 chapitres et portés par deux prêtres, selon le même ordre. Le système  
 brahmanique diffère de l’égyptien uniquement dans les Rites. Le  
 peuple sémitique est plus récent et a développé une religion d'  
 origine babylonienne, modifiée par l’Egypte. La religion des  
 Chinois, ou d’autres de race touranienne, est d’une très ancienne  
 antiquité, mais toutes enseignent le dogme d’un unique Dieu, l'  
 immortalité de l’âme humaine, la base essentielle sur laquelle notre  
 Rite a été fondé. 
   
 Question : 
   
 Quelle relation y a t’il entre ces peuples et les Teutons d' Occident ? 
   
 Réponse : 
   
 Ils sont tous du même sang et les mystères de leurs religions  
 respectives ont la même origine. Mais les Teutons d’Occident, quand  
 nous avons entendu parler d’eux pour la première fois, étaient un  
 peuple guerrier, comme les Vishnuites, dont la mission était de se  
 créer un pays en Europe, contre les Celtes et les autres tribus, au  
 même niveau qu’eux, et de là les Aryens créèrent et développèrent  
 une mythologie à l’intérieur d’une doctrine martiale dans laquelle  
 Odin, leur chef, et tous les grands Ancêtres récompensaient  
 dans le Walhalla, la bravoure de leur peuple. Ces Teutons s'  
 estimaient assez mécréants pour ne pas avoir de représentation du  
 Dieu omniscient, mais ils plaçaient cependant dans leurs Temples,  
 comme les Egyptiens à Memphis, sept statues qui ont depuis été  
 identifiées comme les sept jours de la semaine. L’image d’Odin  
 étaient située dans un endroit sacré, sous un dais érigé, avec par  
 derrière Lui, le Soleil et la Lune, Tuesco ou Thor, le Dieu  
 scandinave de la guerre, Frija, identifiée à Isis, et un trône. Il y  
 avait une arche, avec un feu qui brûlait constamment sur un autel  
 situé devant elle, et un vase pour contenir le sang sacrificiel, qui  
 était rempli au moment des cérémonies. Douze prêtres et un Pontife  
 suprême dont les vêtements liturgiques étaient décorés par des  
 emblèmes du Zodiaque officiaient au sein d’un unique Temple  
 national, bien qu’ils procèdent également à des cérémonies dans les  
 forêts. Leurs mystères représentaient le Dieu, Baldr, comme mort au  
 champ d’honneur, tué par Ho dr. 
   
 INSTRUCTION 
   
 Vous avez maintenant entendu, par la voix de nos Illustres  
 Patriarches, les principales doctrines des trois grandes religions d'  
 Orient. Elles vous ont été 
 données de façon impartiale, sans aucun argument pour ou contre. C'  
 est l’unique manière par laquelle un tel sujet peut être abordé.  
 Le but de ce degré n’est pas de faire un plaidoyer minutieux pour  
 chacun de ces credo, mais de montrer à nos Frères combien la  
 religion, comme l’histoire, se répète continuellement. 
   
 Il n’y pas, et il n’a jamais été, une seule religion, qui n’ait  
 emprunté quelque partie de sa doctrine d’une plus ancienne. Bien sûr  
 nous reconnaissons les plus anciens Patriarches qui vénérèrent Dieu  
 de la plus primitive façon, mais toujours, depuis que des formes de  
 culte et de prière sont apparus, les mêmes idées, les mêmes dogmes,  
 les mêmes préjudices, plus ou moins modifiés, ou les mêmes formules  
 ont pu être retrouvés et identifiés à travers les dernières  
 élaborations du plus récent imposteur comme du plus récent prophète. 
   
 L’idée d’un Etre suprême est commune à toutes les religions, même  
 si elles ont dévié vers le polythéisme ou le culte des idoles. Le  
 Para-Brahma des Hindous, l’Intelligence éternelle des Bouddhistes,  
 le Zeruane Akerene des anciens Perses, le Principe suprême flottant à  
 la surface des eaux obscures de la mythologie des anciens Scandinave,  
 le Belus des Chaldéens, le Ulomos - ou El Om Os - Dieu éternel, doué  
 de raison et conscient des Phéniciens, le Kneph des Egyptiens, le  
 Virococha des Mexicains, sont tous identiques et représentent le Dieu  
 des Juifs, des Chrétiens ou des Musulmans. Chaque religion définit  
 une dialectique entre le Bien et le Mal, Dieu et Satan, Brahmâ et  
 Moisasur, Ormuzd et Ahriman, Belus et Moloch, Osiris et Typhon,  
 Vitzliputzli et Tezcatlipoca. Toutes ont leur paradis et leur enfer,  
 et spécifiquement trois définissent un purgatoire, les Catholiques  
 romains, les Egyptiens et les Parsis. Les Brahmines ont leur Trinité  
 dans l’Unité comme les Chrétiens. Ces trois sont symbolisés par l'  
 or, l’argent et le fer, ou les trois sommets du Mont Meru. Dans les  
 mystères brahmaniques, les Mystagogues - ou Initiateurs aux Mystères  
 sacrés - représentaient Brahmâ, Vishnu et Shiva, ou le Soleil au  
 Levant, au Midi et au Couchant. 
   
 Le nombre quatre est commun à toutes - les quatre éléments, les  
 quatre saisons, les quatre points cardinaux, Nord, Sud, Est et Ouest,  
 et presque inutile d’en multiplier les exemples, la grotte d'  
 Elephanta est ainsi supportée par quatre piliers massifs. Le nombre  
 sept apparaît tellement fréquemment dans toutes les religions et  
 cérémonies qu’il semble aisé d’en conclure qu’il est un lien entre  
 elles. Commençons par les sept jours de la semaine, et les sept  
 Planètes des Anciens. Les Rabbis juifs décrivent sept enfers et leur  
 ont donné un nom. Les Musulmans croient en sept enfers et sept  
 paradis. Zoroastre dit qu’il y a sept classes de Démons. Il y a sept  
 divinités chez les Goths, les sept Pléiades, les sept Hyades, les  
 sept Titans et Titanides, les sept Héliades des anciens Grecs, les  
 sept Cabiri des Phéniciens, les sept fols de Ptah à Memphis, et les  
 sept grands et les sept moindres Dieux, les sept Amschaspands des  
 Parsis, les sept Manus, les sept Pitris, les Rishis ou Sages du  
 peuple Aryen, le corps de Bacchus a été découpé en sept morceaux par  
 les Bacchantes, il y avait sept Temples sacrés en Arabie, sept lampes  
 dans le Temple de Bactriane. Le nom de la femme de Thot est Sfkh,  
 Sabah pour les Hébreux, ce qui veut dire sept. Son symbole est sept  
 rayons, ou cinq rayons et deux cornes, allusion aux cinq planètes  
 plus le Soleil et la Lune, par lesquels les fêtes et les saisons sont  
 ordonnées, et laquelle Philo Herennius de Byblos a qualifié " d'  
 objets sans conscience à travers lesquels les créatures douées de  
 raison sont conçues, appelés Zophasemin, ou Gardiens du Paradis ". Je  
 pourrais encore citer des milliers d’exemples de son universalité.  
 Pour les lecteurs de la Bible il est inutile de faire mention de sa  
 perpétuelle récurrence en relation avec les plus importants  
 évènements. Le nombre douze est de façon identique rencontré dans  
 tous les Rites religieux, les Egyptiens avaient douze Dieux  
 zodiacaux, les Scandinaves avaient douze Prêtres, et Jésus douze  
 disciples. 
   
   
 Il est remarquable que maintes institutions et cérémonies tant des  
 Bouddhistes que de l’Eglise Catholique Romaine sont si voisines qu'  
 elles paraissent identiques, mais comme la religion de Bouddha est  
 huit ou neuf cents ans plus ancienne que cette dernière Eglise,  
 comment pouvons-nous simplement croire à une mystérieuse coïncidence  
 ? Une grande proportion des Bouddhistes sont persuadés que leur  
 prophète est né d’une vierge, et les Parsis affirment que Zoroastre  
 est né en état d’innocence, sans péché, qu’il se mit à parler sitôt  
 venu au monde, et était gardé par des anges dans son berceau. Dans  
 les temples de Fo, ou Bouddha, en Chine, il y avait toujours, placée  
 sur une arche, un tableau de Shinto, la sainte mère, avec un enfant  
 dans les bras. La tête de la femme est surmontée d’un rayon de  
 gloire, et des lumières restent continuellement allumées devant elle.  
 Dire que toutes ces merveilleuses coïncidences sont le seul résultat  
 du hasard est une insulte à l’intelligence humaine. 
   
 Je pourrais encore montrer d’autres aussi surprenantes ressemblances  
 entre les religions, comme, par exemple, l’usage d’eau bénite, ou  
 de feu pendant les cérémonies, depuis l’époque où Caïn et Abel  
 offraient des sacrifices au Seigneur, jusqu' à l’utilisation de  
 cierges de cire ou ’encensoirs par l’Eglise catholique, mais garder votre attention éveillée pour cela deviendrait à la longue inutile. 
   
 Illustre frère, puissent tous les bienfaits combinés des religions  
 que nous avons évoquées combler votre cerveau aujourd’hui et pour  
 toujours. Souvenez vous, ne condamnez jamais sans avoir entendu !  
 Examinez, réfléchissez et tolérez ! 
   
 Vous êtes maintenant suffisamment éclairé par cette instruction des  
 trois derniers degrés pour appréhender leur application et établir la  
 relation entre les différents mystères d’Orient et d’Occident, et  
 vous pourrez dorénavant être à même de considérer la grande valeur de  
 la Maçonnerie d’être un système universel. Nos prochains Rites  
 vous instruirons dans ces magnifiques cérémonies qui sont appelées  
 les Petits et les Grands Mystères des Prêtres de l’ancienne Egypte,  
 dédiés au culte d’Isis et d' Heresi ou Osiris. 
    
 FERMETURE IDENTIQUE au PRECEDENT DEGRE 
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La querelle des « anciens » et des « modernes »

12 Avril 2012 , Rédigé par Roger Dachez Publié dans #histoire de la FM

Au fur et à mesure de l'avancement des recherches, l'histoire des premiers temps de la Maçonnerie anglaise apparaît plus complexe qu'on ne l'a dit ou imaginé jusqu'à présent. C'est le cas de ce conflit fondamental qui secoua la franc-maçonnerie d'outre-Manche pendant près de 60 ans : la querelle des « Anciens » et des « Modernes » (1751/1753-1813).

Surtout étudiée comme une affaire interne à l'Angleterre, il semble aujourd'hui, si l'on veut renouveler et approfondir la question qu'il faille tenir compte de l'environnement britannique, surtout irlandais, voire de la Maçonnerie continentale et principalement française.

C'est ainsi que depuis 1928, Philipp Crossle, grand historien de la Maçonnerie irlandaise, a attiré l'attention sur les spécificités de cette Maçonnerie et notamment l'existence d'un système en 3 grades ou étapes, antérieur au système révélé par Samuel Prichard en 1730, doté d'un contenu différent comprenant l'Arc Royal. Ce faisant, Crossle posait implicitement la question de l'apparition et de l'influence des hauts grades dans l'histoire générale de la Maçonnerie.

Par ailleurs, si, comme l'a montré Alain Bernheim, les Maçonneries anglaises et françaises ont été, pour les grades bleus, sensiblement identiques jusque vers 1750 (jusqu'à l'apparition des « Anciens »), il est certain que la floraison des hauts grades en France dès les années 1740 aura une incidence sur la Maçonnerie anglaise à partir du tournant du siècle.

C'est dire que la manière habituelle d'envisager ce conflit, comme une querelle entre un système anglais parfaitement défini et inamovible représenté par la GL de 1717 et appelé, par dérision, les « Modernes » et un système importé d'Irlande par les « Anciens » est sans doute à renouveler.

Pour s'en tenir au seul problème de l'Arc Royal, réputé avoir été importé d'Irlande en Angleterre par les « Anciens », comment rendre compte du fait que la légende de ce grade qui sera bientôt connue en Angleterre est différente de celle développée dans la version irlandaise, mais par contre très proche de la légende qui figure dans les rituels français dit de « Royale arche » ?

Il est clair que l'histoire de la Maçonnerie anglaise ne se résume pas à l'histoire de la Maçonnerie en Angleterre stricto sensu . C'est, en réalité, l'histoire d'une Maçonnerie qui subit toutes sortes d'influences, internes et anglaises bien sûr, mais aussi externes, irlandaises et françaises. Dans le deuxième tiers du XVIIIe siècle, il s'est donc constitué, en Angleterre, un système maçonnique qui est le produit de toutes ces influences et qui, évidemment, a également eu des influences, à son tour, sur d'autres Maçonneries et notamment en France. Apparaît ainsi une histoire franco-britannique qui tente de cerner toutes ces influences et de relire un certain nombre de problèmes relatifs aux origines de la Maçonnerie : l'installation du Maître de la Loge, l'Arc royal, etc.

La querelle des « Moderns » et des « Ancients » est une querelle fondamentale de la Maçonnerie anglaise. Classiquement, elle s'énonce ainsi : Jusqu'en 1750, la Maçonnerie anglaise est unie et uniforme. En 1751, apparaît une nouvelle organisation maçonnique qui va s'appeler « GL des FM selon les anciennes institutions » ou plus sommairement « GL des Anciens ». La GL de 1717 s'appellera, par dérision la « GL des Modernes » (et aujourd'hui « Première Grand Loge »). Cette GL des Anciens est principalement fondée par des Maçons Irlandais vivant à Londres mais refusant les usages de la GL de 1717 qui, en 1750, était déjà largement répandue dans toute l'Angleterre.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, la théorie selon laquelle la GL des « Anciens » était une scission ou un schisme de la GL des Modernes était communément admise. Suivant cette thèse, un certain de nombres de Loges aurait quitté la GL de Londres et créé une nouvelle obédience par refus d'innovations qui auraient été apportées dans le Métier par ladite GL. Ces innovations, parmi lesquelles la fameuse histoire de l'inversion des Mots sacrés (J-B ou B-J) 1, seraient apparues dans les années 1730, puis elles seraient devenues si nombreuses (au point de devenir inacceptables) que certaines Loges auraient décidé, dans les années 1750, de revenir aux anciens usages et de quitter la GL de 1717. Cette thèse était évidemment défendue par les « Ancients » eux-mêmes et dès 1756 avec la publication du livre des Constitutions Ahiman Rezon de Laurence Dermott. Henri Sadler ( in Masonic Facts and Fictions ) a définitivement démontré, en 1887, que la fondation de 1751 n'est pas le fruit d'un schisme mais qu'elle s'est constituée de novo et qu'elle a, par conséquent, une origine différente de celle de la GL de 1717.

En réalité, c'est un Grand Comité qui apparaît en 1751 et qui prend le titre de GL à partir de 1753 lorsqu'elle eût un frère de noble naissance pour la présider en qualité de Grand Maître 2. Les premiers membres étaient des Irlandais émigrés en Angleterre. Ceux-ci auraient probablement eu des difficultés à se faire recevoir dans des Loges anglaises. De plus ces Loges pratiquaient une Maçonnerie trop différente de la leur ce qui rendait quasi impossible une intégration dans la GL de 1717. Ils auraient alors fondé leur propre GL où ils pouvaient pratiquer les usages qu'ils auraient apportés d'Irlande et dont ils auraient proclamé l'ancienneté par rapport à la Maçonnerie anglaise.

La qualification d'« ancients » attribuée à une GL qui a 30 ans de moins que son aînée peut sembler curieuse, polémique et injuste. Certes, mais au delà de cette querelle de mots, on ne doit pas oublier les questions fondamentales :

1. Quelles sont les différences réelles entre les deux GG LL ?

2. Parmi les différents usages, quels étaient ceux véritablement les plus anciens, et, dans cette perspective, quand, où, comment, pourquoi ce serait fait le passage des usages anciens aux usages modernes ?

Ces deux questions n'ont guère reçu, encore aujourd'hui, de réponses satisfaisantes.

Il semble que l'on peut renouveler cette problématique en étudiant la Maçonnerie en Irlande.

La connaissance de la Maçonnerie irlandaise passe nécessairement par l'étude d'un ouvrage fondamental de John Herron Lepper et Philipp Crossle, Histoire de la GL des Maçons Anciens et Acceptés d'Irlande , Dublin, 1925, réédité en 1987 3.

Dans cet ouvrage, les auteurs montrent qu'il existent des preuves documentaires de l'existence d'une maçonnerie spéculative en Irlande avant qu'on en ait la certitude, elle aussi documentaire, en Angleterre. Ainsi, dans les archives du Trinity College de Dublin, un document mentionne l'existence d'une Loge de francs-maçons (rassemblant essentiellement des étudiants) en 1688. Un autre manuscrit du Trinity College 4, qui porte la date de 1711, décrit un système en 3 étapes 5. En 1725, le récit d'une procession publique atteste l'existence d'une GL en Irlande. En 1730 enfin, sont publiées les Constitutions dites de Pennel, proches du texte d'Anderson, à cette différence importante qu'elle mentionne le grade de Maître ce qui n'est pas le cas dans le texte anglais de 1723 6.

Ainsi, on constate que toutes les manifestations connues de la première Maçonnerie irlandaise sont remarquables soit par leur date soit par leur contenu. Au vu de ces documents, il apparaît que la Maçonnerie Irlandaise est ancienne et différente de la première Maçonnerie anglaise.

Sur l'origine sociologique de cette Maçonnerie irlandaise, on peut émettre deux hypothèses. Ce serait une Maçonnerie purement irlandaise ou celte ou alors (l'Irlande étant de facto occupée par l'Angleterre) une Maçonnerie de colons anglais installés en Irlande (les anglo-irlandais). Ces derniers composant l'aristocratie du pays sont essentiellement regroupés autour de Dublin. Cette hypothèse semble la plus crédible et la première Maçonnerie irlandaise apparaît de plus en plus comme une Maçonnerie anglo-irlandaise. Cependant, tous les colons ne font pas partie de l'aristocratie loin s'en faut. Il se constitue ainsi une immigration anglo-irlandaise pauvre, très proche de la population irlandaise autochtone, de sorte que l'émigration irlandaise vers l'Angleterre cette fois au XVIIIe siècle est surtout une émigration d'anglo-irlandais. On peut alors imaginer, car aucun document ne le confirme à l'heure actuelle, que ces anglo-irlandais, émigrés, de petite extraction, avec leur Maçonnerie propre ont reçu un accueil peu enthousiaste dans les Loges anglaises d'autant qu'ils possédaient un grade -- et c'est dans cette perspective que l'on peut réexaminer la question de l'Arc Royal -- supérieur au grade de Maître et inconnu des anglais 7, qu'ils considéraient, ainsi que l'écrivit Laurence Dermott dans les Constitutions des Ancients , comme « la racine, le coeur, la moelle de la Maçonnerie » et qu'ils réussiront d'ailleurs à imposer définitivement dans la pratique maçonnique anglaise.

En 1778, dans une édition des Constitutions, Laurence Dermott dresse une liste de griefs que les « Anciens » lancent contre les « Modernes ». Seul celui de l'abandon ou de l'ignorance de l'Installation secrète des VV MM, installation capitale puisque, dans le système des « Anciens », elle ouvre la voie à l'Arc royal, est crédible. De fait, l'installation est inconnue en Angleterre -- du moins n'en existe-t-il aucune attestation documentaire -- avant 1760 et la divulgation des « Trois coups distincts ». Mais en dehors de cette accusation, les autres griefs manquent singulièrement de fondements documentaires et sont mêmes contraires à tous les documents connus. Il est ainsi de :

1. l'abandon des prières pendant les cérémonies maçonniques.

2. l'abandon de la célébration des fêtes de Saint-Jean.

3. l'inversion de l'ordre des Mots Sacrés.

En somme, si l'on s'en tient à ce qui est attesté, deux données majeures peuvent définir l'originalité réelle des « Anciens » par rapport aux « Modernes ».

1. Leur ancienneté.

2. L'apport de l'Installation secrète et de l'Arc Royal.

Phillip Crossle, dans un article fameux, The Irish Rite 8, propose une subtile interprétation de la hiérarchie des grades en Irlande jusque vers 1730. Dans les Constitutions de Pennel, il y a 3 étapes, Apprenti, Compagnon, Maître mais elles ne correspondraient pas aux trois grades homonymes de la Maçonnerie anglaise tels qu'ils sont définis dans la divulgation de Prichard (1730). Selon la théorie de Crossle, on peut établir le tableau suivant :

En étudiant cet article, nous essayerons de relire la querelle des « Modernes » et des « Anciens » et de nous poser les questions relatives aux origines et ancienneté vraisemblable de la Maçonnerie des Ancients ainsi qu'aux sources de cette Maçonnerie.

Discussion :

1. L'aspect sociologique des Maçonneries anglaise et irlandaise.

S'il semble bien que les « Anciens » soient plutôt des petites gens pratiquant une « technique rituelle » plus stricte que celle des « Modernes », l'uniformisation des deux Grandes Loges allaient se faire assez vite et était déjà très avancée au début du XIXe siècle jusque et y compris au niveau de la Grande Maîtrise, ce qui explique l'Union de 1813. A cette époque, l'origine irlandaise des « Anciens » avait quasiment disparu.

2. Les rapports entre l'Irlande et l'Ecosse.

Ils sont anciens. La peuplade primitive de l'Irlande, ce sont les « Scots ». Par ailleurs, à l'époque des 2 GG LL rivales anglaises, la GL d'Ecosse entretiendra des relations d'amitié avec les « Anciens ». Et l'Arc Royal s'implantera facilement et très rapidement en Ecosse.

3. Laurence Dermott.

Dans La querelle des Anciens et des Modernes , Edimaf, 1999, Marie Cécile Révauger se fait l'écho d'une thèse retenue aussi par Patrick Geay selon laquelle Laurent Dermott serait catholique. Force est de constater que, jusqu'à ce jour, on a pas exhibé la moindre preuve attestant cette affirmation.

4. Aujourd'hui la GL d'Irlande entretient d'excellentes relations avec la GLUA. Les 2 GG LL adoptent des positions communes sur les questions internationales. Mais la GL d'Irlande, qui a autorité sur l'ensemble de l'île, reste principalement composée de Protestants et d'Anglicans dans ce pays très profondément catholique.

Nous avons vu que l'intelligence de la querelle des « Ancients » et des « Moderns » (1751-3/1813) nécessite de prendre en compte l'histoire de la Maçonnerie irlandaise. Deux auteurs importants, Heron Lepper et Crossle 9, nous y aident. C'est ainsi que nous avons pu déterminer que, de tous les griefs reprochés aux Modernes par les Anciens, deux sont vraiment à examiner : l'ancienneté réelle des usages de ces deux GGLL et la question de l'installation secrète et de l'Arc Royal, ce dernier point posant implicitement la question des grades maçonniques. En effet s'il existe en 1730, en Angleterre comme en Irlande, des systèmes maçonniques en 3 grades, il semble que ces systèmes n'aient pas la même ancienneté et ne recouvrent pas la même réalité. Comment donc, en Irlande, le système des grades s'est constitué ? c'est ce que nous allons étudier à travers un remarquable article de Philipp Crossle, The Irish Rite 10.

Rappelons d'abord que « les îles britanniques » sont composées de 3 pays très différents et souvent opposés : l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande. De même il y a lieu d'opérer une distinction entre les Maçonneries de ces pays. L'histoire de la Maçonnerie irlandaise est tout à fait différente de la Maçonnerie anglaise. Philipp Crossle s'attache à faire apparaître la profonde originalité du système maçonnique irlandais avant 1750.

Les origines de la Maçonnerie en Irlande sont très obscures. Elle pourrait être importée d'Angleterre (à la fin du XVII e siècle, dans les années 1680 ?), l'Irlande étant à ce moment-là une colonie anglaise. Cette Maçonnerie irlandaise serait donc celle d'anglo-irlandais, qui auraient formés une sorte d'aristocratie dominant l'Irlande ? Cette aristocratie est séparée du reste du pays non seulement sur le plan économique et social mais aussi sur le plan religieux : elle est anglicane alors que les Irlandais autochtones sont catholiques.

Au début du XVIII e siècle, la maçonnerie obédientielle apparaît en Angleterre vers 1717-23 puis en Irlande en 1725, mais, apparemment, de façon tout à fait distincte. On remarquera en effet que cette maçonnerie irlandaise, quoique probablement d'origine anglaise, est attestée depuis 1688 et, depuis de près de 40 années, elle a évolué pour son propre compte, indépendamment de l'Angleterre. Dans les années 1720, il est donc très probable que les Maçonneries anglaise et irlandaise sont très différentes quoique d'une ancienneté égale, et on pourrait même formuler l'hypothèse que les Irlandais aient conservé des usages que les Anglais eux-mêmes auraient altéré ou perdu, ce qui aurait constitué de fait une sorte d'ancienne maçonnerie anglaise (devenue irlandaise). C'est ici que l'on pourrait ancrer la revendication d'ancienneté toujours proclamée par la GL de 1751-3.

En 1730, la GL d'Irlande publie son livre des Constitutions dites de Pennell. Il y est décrit, pour la première fois de manière officielle , un système en 3 grades : apprenti, compagnon et maître. Rappelons que les Constitutions de 1723, à Londres, avait défini une Maçonnerie en 2 grades, que c'est en 1730 qu'est attesté, par une divulgation et pour la première fois en Angleterre, le grade de Maître, que cette divulgation sera condamnée par la GL de Londres, et que c'est seulement en 1738 que le grade de maître sera officialisé, dans la 2e édition des Constitutions anglaises.

Philipp Crossle constate donc que le texte de Pennell décrit explicitement 3 grades. De plus, il est dit qu'un diacre, un surveillant, un maître élu, un député GM qui auraient déjà été « compagnon » pourront se voir conférer le grade de « maître » après son installation. Pour expliquer ces bizarreries, et c'est toute la thèse de Philipp Crossle, il faut comprendre que les mots « apprenti », « compagnon » et « maître » n'ont pas, à cette époque, le même sens et ne désignent pas la même chose en Irlande et en Angleterre. Crossle nous explique qu'on ne peut mettre sur un même plan le texte officiel des Constitutions de Pennell et la divulgation de Prichard non reconnue en son temps par la GL de Londres. En Irlande, en 1730, le grade d'apprenti correspondrait au contenu des grades d'apprenti et de compagnon en Angleterre 11, le grade de compagnon correspondrait à un contenu proche (mais peut-être sans légende) 12 de ce que sera le futur grade de maître en Angleterre et le grade de maître, toujours en Irlande, décrit l'essentiel de ce qui sera connu plus tard sous le nom d'« Arc Royal ». Ceci justifierait le principal grief que les Anciens (irlandais) reprochaient aux Modernes (anglais), à savoir que ces derniers ignoraient l'Arc Royal, et expliquerait aussi que l'introduction de l'Arc Royal en Angleterre soit apparue comme un 4e grade.

La thèse de Crossle s'inscrit donc parfaitement dans ce que nous savons sur l'origine des grades (à la fin du XVIIe siècle, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, le contenu des grades d'apprenti et de compagnon - des années 1730 - était rassemblé dans le seul grade d'apprenti tandis que le grade de compagnon renfermait l'essentiel de ce qui deviendra le grade de maître) tout en y ajoutant un élément nouveau : le grade de maître en Irlande ou Arc Royal.

Quant à Laurence Dermott, figure emblématique des Anciens, personnage peu connu dont certains pensent qu'il aurait été catholique 13, il est déjà maçon lorsqu'il arrive en Angleterre. Il est probable que son accueil dans les loges anglaises fut, en tant qu'irlandais, difficile d'autant que les usages et le contenu des grades étaient très différents ou répartis différemment par rapport à ce qu'il avait connu et reçu en Irlande. Et puis surtout il y manquait l'Arc Royal. Ce grade sera donc introduit en Angleterre mais dans le système préexistant, et il deviendra une sorte de 4 e grade anglais. Cela posera problème - la querelle des Anciens et des Modernes en témoigne - car l'Arc Royal n'est pas, pour les Anciens, un haut grade 14 mais fait bel et bien partie des grades du Métier. Il est même, selon la célèbre formule de Dermott, « la racine, le coeur et la moelle de la Maçonnerie ». L'hypothèse de Crossle va dans ce sens : le premier système maçonnique en 3 grades est irlandais et contient l'Arc Royal.

Ainsi, à la lumière de l'histoire maçonnique irlandaise, les affirmations des Anciens prennent plus de poids : leur maçonnerie était peut-être véritablement « ancienne » et l'Arc Royal fait bien partie du Métier. La querelle des Anciens et des Modernes apparaît, au delà des problèmes de personnes comme le choc de deux cultures et de deux conceptions différentes de la maçonnerie.

Discussion :

1. Si l'histoire, avec l'union de 1813, semble avoir donné raison aux Anciens -- même si elle fut le résultat d'un compromis élaboré petit à petit et dès 1760 -- il semble que ces derniers avaient tout de même adopté le système anglais et accepté de mettre l'Arc Royal dans une position un peu à part. Et ce fut le cas aussi en Irlande. De leur côté, très intéressés par l'Arc Royal, les Modernes ont fini par adopter ce grade et l'inclure dans le Métier. Et le fameux article II de l'union, qui définit la vraie maçonnerie en 3 grades seulement y compris l'Arc Royal, prend toute sa signification historique et traditionnelle si l'on se réfère au système maçonnique irlandais des années 1730.

2.L'origine de l'arc Royal reste mystérieuse. Est-il d'origine anglaise ? Fut-il importé en Irlande à la fin du XVII e siècle puis « oublié » par les Anglais ? Au contraire, est-il d'origine purement irlandaise ? L'absence de documents ne permet pas de trancher cette question même si la deuxième hypothèse semble la plus probable.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu'il existe, aujourd'hui, deux types d'Arc Royal avec des légendes différentes. Il y a un grade avec la légende « Zorobabel » et un autre avec la légende « Josias ». L'Arc Royal irlandais d'aujourd'hui est fondé sur cette deuxième légende tout à fait différente de celle pratiquée dans l'Arc Royal anglais. Cela renvoie à une époque où il y aurait eu deux légendes alternatives en Irlande. L'une se serait imposée en Angleterre et l'autre en Irlande. Ceci est encore un mystère supplémentaire. Crossle formule l'hypothèse de l'existence d'une structure archaïque, d'un nucleus, de l'Arc Royal, sans légende. C'est seulement dans un deuxième temps qu'on aurait plaqué à ce noyau une légende, à l'instar de ce qui s'est passé pour le grade de Maître, et il aurait pu y avoir plusieurs légendes différentes (empruntées à la Bible) destinées à expliquer la structure du grade, comme une sorte de commentaire. Ceci pourrait s'appliquer d'ailleurs à l'ensemble des grades maçonniques. En effet, quel que soit le grade considéré, il est, à son origine, très simple dans sa formulation puis, dans un deuxième temps, se diversifie et se complique. Cet enrichissement consiste essentiellement en discours et légende supposés expliciter le contenu originel du grade et éclairer sa signification, même si, en réalité, ils contribuent souvent à le rendre plus obscur... et enfin, il y a la phase de normalisation et de codification. L'exemple du rite français est à cet égard significatif.

Ce qui est certain, c'est que l'Arc royal était un grade profondément chrétien. C'est en 1835 seulement qu'on en a fait, après un toilettage laborieux, un grade vétéro-testamentaire, ceci dans la suite de ce qui avait été effectué pour les 3 premiers grades entre 1813 et 1816 dans la Loge de Réconciliation avec la grande entreprise de déchristianisation de la maçonnerie anglaise.

3. Les relations Irlande-Ecosse.

Très anciennes, ces relations privilégiées le sont aussi en Maçonnerie. A partir de 1753, c'est avec la GL des Anciens que la GL d'Ecosse établira des relations, de même cette dernière donne-t-elle tout son statut à l'Arc Royal, comme un 4e grade, auquel on ne peut accéder qu'après avoir été Maître installé.

source : http://wp.logenationalefrancaise.org

Irlande

Angleterre

Apprenti

Apprenti et Compagnon

Compagnon

Maître

Maître =
Installation et Arc Royal

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La Franc-maçonnerie au Canada, au Québec et en Nouvelle France

12 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

La franc-maçonnerie existe au Canada depuis l'arrivée des premiers colons. Au Québec, des loges furent constituées dès 1721. La loge "Francs-Maçons Régénérés", placée sous la juridiction de la Grande Loge Amitié et Fraternité de Dunkerque, France, existait déjà en 1721 dans la ville de Québec puis, en 1767, cette loge devint la loge "Les Frères du Canada".

Les loges françaises furent les premières à s’installer dès 1727 auxquelles succédèrent des loges anglaises vers 1760. Par contre, le long des côtes atlantiques américaines, les anglais avaient déjà établi des loges vers 1730.

Après la conquête, on retrouve des maçons au sein des loges militaires britanniques, mais la première loge maçonnique formée de civils est celle d’Annapolis Royal, en Nouvelle-Écosse, qui reçoit ses patentes de la loge des maçons modernes de Boston en juin 1738. Puis, ce fut l’établissement de loges à St. John (1746 et 1766), à Halifax (1750 et 1751) et à Québec (1764).

Lorsque le Québec est divisé en 1791 pour former le Haut et le Bas-Canada, seulement quatre loges maçonniques sont en activité dans le Haut-Canada (Cornwall, Brockville ainsi que deux à Niagara).

Deux des plus anciennes loges de la Nouvelle-France qui existent encore aujourd'hui, l'Antiquity Lodge no.1 et la loge Albion no.2, avaient été créées respectivement à Montréal et à Québec en 1752. Mais il faudra attendre 1788 pour que naisse à Québec la St. John's Lodge no. 3; en 1792 pour qu'apparaisse la Dorchester Lodge no.4 à Châteauguay et en 1803 pour que se forme la Golden Rule Lodge no. 5 à Stanstead.

L’année 1752 marque donc le début de la franc-maçonnerie au Canada et 1759, la naissance de l’obédience dont est issue la Grande Loge du Québec.

En 1762, il y avait dans la province 13 loges militaires et une de marchands à Québec, relevant toutes de la Grande Loge provinciale du Québec.

Le franc-maçon le plus célèbre à se manifester au Québec dans le dernier quart du XVIIIe siècle fut Benjamin Franklin, qui vint à Montréal en 1776 à titre de commissaire du Congrès américain.

La loge Albion fut d'abord une loge militaire du 4ème Bataillon de l'artillerie britannique; elle reçut sa charte en 1785 de la Grande Loge provinciale de l'État de New York, de l'obédience de la Grande Loge de Londres. En 1829, cette loge militaire devint civile et s'affilia en 1869 à la Grande Loge du Québec.

En novembre 1787, l'Hôtel du Chien d'or à Québec fut solennellement dédié à la franc-maçonnerie.

La loge "Les Frères du Canada " fut transférée à Montréal en 1788 et en 1792 se plaça sous la juridiction de la Grande Loge Provinciale du Bas-Canada.

Les autres provinces du Canada fondèrent par la suite leurs propres loges: en Colombie-Britannique (1859), au Manitoba (1864 et 1870), en Alberta (1882) et en Saskatchewan (1883). En 1855, 30 loges de l’Ouest canadien et du Québec se regroupent pour former la Grande Loge du Canada, et les loges maçonniques anciennes forment leur propre Grande Loge deux ans plus tard.

La formation dans le Haut-Canada (Ontario) de la Grande Loge du Canada, le 10 octobre 1855, devait placer sous son autorité toutes les loges de la province de Québec ou Bas-Canada.

Le 24 septembre 1869, les maçons de Montréal et des autres loges du territoire québécois réclamèrent la souveraineté maçonnique du Québec. La Grande Loge du Canada (Ontario), quoique l'ayant déjà accordée à la Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, rejeta cette demande. La Grande Loge Unie d'Angleterre fit de même. Les maçons du Québec reçurent toutefois l'appui des plus importantes Grandes Loges des États-Unis puisque les Grands Maîtres du Maine et du Vermont l’avaient déjà reconnue et avaient procédé à l’installation du Grand Maître de la Loge du Québec, John Hamilton Graham. À son convent des 8 et 9 juillet 1874, la Grande Loge du Canada reconnaissait finalement l’autonomie de la Grande Loge du Québec. Elle regroupait alors 28 loges.

En 1887, la Grande Loge du Canada change de nom pour tenir compte de la nature provinciale de la franc-maçonnerie canadienne; elle s’appellera dorénavant « The Grand Lodge of Ancient and Accpeted Masons of Canada in the Province of Ontario ».

Au Canada, les loges traditionnelles déistes du courant « régulier » et anglophones ont historiquement prédominées mais la loge Émancipation (1896) et la loge Force et Courage (1910), toutes deux fondées par le Grand Orient de France et anti-cléricale fonctionnèrent pendant quelques années.

Sous les auspices de l'Institut Canadien, la loge des Coeurs-Unis fut créée et joua un rôle primordial pour la franc-maçonnerie d'expression française au Québec. Cette loge donna par la suite naissance à la loge Émancipation.

La loge Émancipation est née dans un climat antimaçonnique des plus fiévreux alimenté par des lettres pastorales et une encyclique de Léon XIII, Humanum genus, parue en avril 1884. Deux ans plus tôt, en 1882, Mgr Louis-François Laflèche, écrivait entre autres: « … il est visible que l'influence maçonnique est la grande force qui rallie les ennemis de l'Église au Canada comme ailleurs ».

Dès la publication de l'encyclique, il dit, dans une homélie prononcée dans sa cathédrale: « Ah ! Peuple canadien, puisses-tu comprendre ainsi ta mission et ne pas te laisser égarer par les conseils des hommes pervers qui veulent te séparer de l'Église ta mère, pour te faire entrer dans les rangs d'une société maudite, le corps de Satan ».

Enfin, dans ses commentaires, publiés en 1885, Mgr Laflèche parlait d'une franc-maçonnerie clandestine, de ses « plans cachés », des « trésors » mis à contribution « pour faciliter l'ouvre de déchristianisation et de désorganisation sociale que l'on a entreprise».

Le clergé catholique a longtemps usé de son influence afin de décourager l'adhésion des francophones dans la franc-maçonnerie, dénonçant avec dureté et blâmant sévèrement les Canadiens français qui en faisaient partie. Pourtant, les clergés des confessions protestantes appuyaient ouvertement les francs-maçons puisque, étant les successeurs des bâtisseurs de cathédrales, ces derniers posaient solennellement les fondations des églises, des écoles et des hôpitaux de la communauté anglophone

En 1899, la Grande Loge du Québec comptait alors 57 loges groupant 3,825 francs-maçons. A cette époque, une seule loge, celle des Cœurs-Unis de Montréal, travaille en français.

La branche libérale fut représentée au début du XXe siècle par deux loges fondées par le Grand Orient de France : Grand Orient du Canada et le Grand Orient du Québec.

Il fallut donc attendre les années 1970 pour voir apparaître la création d’autres loges comme celle de la Grande Loge Mixte du Québec, des loges du Grand Orient de France, de la juridiction canadienne du Droit Humain, du Rite égyptien de Memphis-Misraïm. Vers la fin des années 1980, on assista à l’apparition de la Grande Loge féminine de France et de la Grande Loge de France.

Puis, en 1976, à Montréal, fut fondée la première loge de l’Ordre Maçonnique mixte internationale « Le Droit Humain » et ayant pour nom « Liberté », qui fut reconnue par l’obédience en 1980. Elle possède une juridiction canadienne qui regroupe actuellement 6 loges mixtes travaillant en anglais, en espagnol et en français.

La Grande Loge Symbolique du Canada « Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm » est de langue française. Bien qu’il y ait des loges féminines et masculines, ces dernières ne travaillent pas dans la mixité.

La franc-maçonnerie canadienne compterait aujourd’hui 200,000 membres au Canada dont plusieurs centaines représentent la maçonnerie libérale. Ces derniers sont surtout concentrés à Montréal mais de nouveaux groupes se forment à Québec et à Vancouver.

Chacune des provinces canadiennes possède sa propre obédience (Grande Loge) régulière.

Partout au Canada, sauf au Québec à cause de l’influence du clergé catholique, la franc-maçonnerie jouit d’une bonne réputation, les francs-maçons ayant participés à la vie communautaire de plusieurs localités.

Au Québec

Au Québec l'obédience régulière est représentée par la Grande Loge du Québec, qui compte plus d'une centaine de loges, dont les plus anciennes au Canada et une dizaine d’entre elles sont francophones, d’autres sont bilingues mais la majorité est anglophone.

La proportion des membres francophones est en hausse constante. En 2008, environ 30% des membres de la Grande Loge du Québec sont francophones.

Mais fidèle à ses principes, la Grande Loge du Québec n'accepte ni les athées ni les femmes.

Les rites pratiqués à la Grande Loge du Québec sont :

- Rite Émulation en français et en anglais pour la très grande majorité des loges;
- Rite d’York pour quelques loges anglophones dans l’Estrie;
- Un rite dit « Écossais », mais sans rapport avec le Rite écossais ancien et accepté ou le Rite écossais rectifié est pratiqué par deux loges anglophones;
- La loge des Cœurs-Unis utilise un rite particulier se situant entre le Rite Émulation et le Rite français.
- Un atelier d’instruction et d’exemplification (atelier Condorcet) au Rite écossais ancien et accepté en français a été créé afin d’amener la création d’une loge travaillant à ce rite.

Sur le site officiel de la Grande Loge du Québec, vous trouverez un mot de Bienvenue de la part du Grand Maître P.V.F. Opkar S. Sandhu qui nous dit que la Grande Loge du Québec de Maçons Anciens Francs et Acceptés est l'instance qui gouverne la franc-maçonnerie régulière dans la Province de Québec.

La Grande Loge du Québec compte une centaine de loges qui s'étendent aux quatre coins de la Province. En 2000, elle comptait 91 Loges dont deux inscrites au « Registre anglais » (English Register) et onze d'entre elles sont francophones.

Source : http://iciplaneteterre.e-monsite.com/

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Bordeaux porte du REAA

12 Avril 2012 , Rédigé par Jean Pierre DONZAC Publié dans #histoire de la FM

Sans vouloir reprendre ce que l'on lisait sur les flammes postales de notre enfance "Bordeaux, porte du Maroc", il s'agit de préciser le rôle éminent qu'a eu notre ville dans l'histoire du Rite, dont nous fêtons cette année le Bicentenaire de l'introduction en France, donc en Europe.

Je précise de suite qu'en parlant du Rite Écossais Ancien Accepté, il s'agit aujourd'hui du système de Hauts Grades, allant du 4e au 33e.

Quelques mots du cadre maçonnique du milieu du XVIIIe Siècle dans lequel nous allons placer le sujet, et que vient de tracer si magistralement le Professeur Figeac.

Je vais répéter : la Maçonnerie a été très tôt installée à Bordeaux. Le 17 avril 1732, le capitaine Martin Kelly, Nicolas Staimton, Jonathan Robinson fondèrent l'Anglaise, qui travailla en anglais jusqu'en 1743. La loge eut des débuts difficiles, certainement dus aux déplacements incessants des marins et commerçants anglais. Reprenant force et vigueur en 1740, elle fonda le 29 août de cette même année, la Française, sous la pression de Frères voulant travailler en français ou peut-être sous celle d'un clan franco-catholique. La Française alluma les feux de la Parfaite Harmonie en 1744. Cette dernière créa l'Amitié ou Amitié Allemande, en 1746. La Française et l'Amitié dominèrent la vie maçonnique locale pendant des décennies, créant des loges dans ce qui allait devenir le département de la Gironde. Je vous renvoie aux travaux du regretté Frère Johel Coutura, notamment aussi sur ce qu’il a écrit au sujet de l'Académie de Bordeaux. Trois événements majeurs liés à l'histoire du R\E\A\A\ se déroulèrent à Bordeaux :

1745 : création d'un Atelier dit de Hauts Grades, c'est-à-dire travaillant au-delà de la Maîtrise. Ce fut peut-être le premier de ce genre en France.

1762 : départ pour les îles d'Amérique, comme on disait, d'Étienne Morin. L'action de ce dernier est fondamentale pour la création du Rite.

1804 : arrivée à Bordeaux, venant d'Amérique, du comte Auguste de Grasse Tilly, importateur en France du Rite Écossais Ancien Accepté.

C'est en 1745 que Morin créa la loge Écossaise "les Élus Parfaits".

La création n'est certes pas connue dans ses détails, mais l'authenticité est formelle, grâce à une correspondance qu'échangea la loge écossaise de Bordeaux avec ses "filles".

Pour comprendre l'intérêt d'un tel fait, quelques explications sont nécessaires.

Il ne faut pas confondre Écossisme et Rite Écossais Ancien Accepté. Le premier, dont Pierre Mollier dit "les Francs-maçons ont même forgé le néologisme "écossisme" tout aussi insaisissable lorsqu'on essaie de le faire entrer dans une définition précise", ne fut peut-être pas l'inextricable fouillis dont parla Martin, le salmigondis de Lantoine, la forêt tropicale de Chevallier, l'anarchie écossaise de Marcy, mais l'ensemble des grades au-delà de celui de Maître. La légende d'Hiram, officialisée en 1730, généra autant de questions que de prolongements, traduits dans des rituels de nouveaux grades. Cela explosa dans tous les sens, ce qui fait que l'on devrait plutôt parler d'Écossismes.

Quoi qu'il en soit, les Écossais sont attestés en décembre 1743, donc ils étaient déjà organisés à cette date. En décembre 1743, les statuts de la Grande Loge, ancêtre du Grand Orient de France, textes rédigés lors de l'élection du comte de Clermont à la Grande Maîtrise, stipulent dans leur vingtième et dernier article : « Comme on apprend que depuis peu quelques frères s'annoncent sous le nom de maîtres Écossais et exigent des prérogatives dont on ne trouve aucune trace dans les anciennes archives et coutumes des Loges répandues sur la surface de la terre ; la Grande-Loge... a déterminé afin de conserver l'union et la bonne harmonie qui doit régner entre les F\M\ qu'à moins que ces maîtres Écossais ne soient officiers de la Grande Loge, ou de quelque autre Loge particulière, ils ne seront considérés par les frères que comme les autres apprentis et compagnons, dont ils doivent porter l'habillement sans aucune marque de distinction quelconque. » (Collection Lerouge, n° 334, Doc. Bibliothèque du Grand Orient de France)

  Confirmation est donnée par la lecture des Statuts dressés par la R\ L\ Saint Jean de Jérusalem, datant de juin 1745, qui révèle formellement : « Les maîtres ordinaires s'assembleront avec les maîtres parfaits et les irlandais trois mois après la Saint-Jean, les maîtres élus six mois après, les Écossais neuf mois après et ceux pourvus de grades supérieurs quand ils le jugeront à propos. » Dix ans plus tard, si les Statuts de cette Loge ne comptent plus cet article, on retrouve l'article 44 qui a peu de chose près, rappelle que « Les Écossais seront les surintendants des travaux, ils auront la liberté de parole, et seront les premiers à donner leurs suffrages, se placeront où ils voudront, et lorsqu'ils seront en faute ils ne pourront être redressés que par des Écossais » (Réf. BN, FM² 362)  Bien sûr, on comprendra que ces grades n'ont rien à voir avec l'Écosse, géographiquement parlant. Leur immense majorité est création française qui se développa dans tous les centres maçonniques du pays : Paris, où le Grand Maître le comte de Clermont, avait sa propre loge Écossaise, Bordeaux, Marseille, Lyon, Toulouse et bien d'autres.  

Quelles furent les raisons du développement incroyable de l'Écossisme ?

Faut-il y voir simplement l'influence de Ramsay et de son discours, ou une réaction contre les Vénérables Maîtres, propriétaires des patentes de la loge, une atmosphère de plus en plus dissipée, un secret de plus en plus dévoyé dans des gazettes et publications, une revanche de frustrés, une réaction contre un parisianisme jugé trop centralisateur, une accusation d'élitisme, ou plus sûrement l'introduction par ces rituels créés sans cesse, de l'ésotérisme, de l'alchimie, de l'hermétisme, de la chevalerie, de la Rose Croix ? Les historiens sont à l’œuvre, mais sachons que la Franc-Maçonnerie a servi de réceptacle à bien des courants de pensée.

Disons simplement que la légende posait bien des questions, et aussi, et surtout, que les Hauts Grades - puisque telle est leur appellation - continuaient, accentuaient l'extraordinaire espoir en la perfectibilité de l'homme, espoir qui était l'enfant du Siècle des Lumières.

L'Écossisme s'est répandu par un système particulier, la Loge-Mère. Il faut dire que le régime obédientiel en était à ses premiers balbutiements.

Une Loge écossaise est caractérisée par : un Président élu chaque année (au solstice d'été) un recrutement au-delà de la Maîtrise, tenant compte également des offices tenus un système de grades "local" une patente donnée à des loges créées, les "filles", à qui elle assure protection et aide en échange d'une fidélité et d'une obéissance aux règles absolues.

              Forcément chaque système recevait des apports, des nouveaux grades qui résistèrent à la nouveauté parfois éphémère. Se forma ainsi une sédimentation, en même temps qu'un tri, une série émergea peu à peu dans laquelle se placèrent les grades retenus par les Frères. C'est ainsi que Morin partit pour Saint-Domingue avec une "série écossaise" qui servit de base au R\É\A\A\.

 Quelques mots sur Morin, le "pèlerin passionné" selon Guérillot.

Né à Cahors en Quercy en 1717, il était négociant entre la Métropole et les îles françaises d'Amérique et voyagea souvent entre Paris et Bordeaux. Il se dit initié aux "mystères de la perfection écossaise" en 1744, il fréquente les Ateliers de Bordeaux en 1744 et 1745 (il est à l'Anglaise à cette dernière date), 1749 le situe à Bristol, 1750 à Saint-Domingue. Après une activité débordante, il meurt à Kingston, capitale de la Jamaïque en 1771 après une collaboration très féconde avec Henry Andrew Franken. Ce dernier mettra en forme tous les rituels assemblés et emportés par Morin. Étienne Morin fonda la Loge Écossaise de Bordeaux, des "Élus Parfaits" en 1745. Une correspondance nous renseigne. Le Président de l'Atelier Écossais, Dupin Deslezes répond à un Frère de Louisiane, Roussillon, venant de débarquer dans le Port de la Lune. Ce dernier a émis des doutes sur la légitimité de la Loge et de ses degrés, tout en réclamant le grade terminal d'Élu Parfait, il lui est répondu le 24 mai 1759 :  

« A l'égard de la loge d'Écosse ou des Elus Parfaits nous avons une copie du titre en vertu duquel le F\ Morin l'a fondée. Notre Registre, dans lequel ce titre est transcrit, fait la base de notre établissement et je regarde cette Loge comme bien et légitimement fondée.

À l'égard de la Loge des Chevaliers d'Orient, nous avons été constitués par le F\ Papillon de Fontpertuis, membre de notre Respectable Loge d'Écosse, qui a cherché à l'illustrer en y établissant cet ordre, en vertu du pouvoir qu'il nous a déclaré lui en avoir été donné par la Loge du même grade établie à Paris. Nous ne pouvons soupçonner un F\ tel que le F\ Papillon. Le Registre doit encore faire foi de l'époque des circonstances de cet établissement.

(.....) Quant aux autres grades, ils ne nous ont été que communiqués, ainsi n'en avons-nous point fait registre, si ce n'est de celui de Chevalier de l'Aigle ou du Soleil, que le F\ Papillon nous conféra en même temps que celui de Chevalier d'Orient, mais sans cérémonie et comme par confidence ».

La conclusion est pleine de bon sens, même savoureuse :

« Or, en supposant des constitutions en forme, non seulement de ces deux grades mais encore des autres, en serions-nous mieux établis ? Le scrupule devrait nous faire remonter à l'origine des Loges qui nous ont constitués et la gradation première irait à l'infini. Tenons-nous comme nous sommes, remplissons les devoirs qui nous sont tracés et nous serons dans la bonne voie »

Voyons à présent ce que nous savons de la loge Écossaise de Bordeaux, les Élus Parfaits.

Si, malheureusement, nous n'avons aucune archive locale, on peut quand même se demander quelle fut sa vie, son système de grades Écossais, l'évolution de ce dernier et ses caractères fort particuliers, son règlement. L'activité de la loge Écossaise dura de 1745 aux premières années 1760. Tous les renseignements connus le sont par la correspondance de la loge Mère avec ses "filles" :

Un mot sur elles :

            - A la Martinique, la Parfaite Union, Parfaite Loge Écossaise fondée en 1750.

- En Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, la Parfaite Loge Écossaise ouverte en 1756.

- À Saint-Domingue : Saint-Jean de Jérusalem Écossaise - Cap Français (1749)

              Parfaite Loge Écossaise - Saint-Marc (1750)

- une troisième échoue à Port de la Paix en 1753, la Loge de Cap Français ayant voulu se constituer en Loge-mère, ce qui était contraire aux règles.

- Et même Toulouse, qui demanda les rituels bordelais en 1750, mais qui était déjà créée.

Le système des grades comportait 7degrés en plus des trois symboliques :

Apprenti

Compagnon

Maître

Maître Secret

Maître Parfait

Secrétaire ou Maître Parfait par Curiosité

Prévôt et Juge ou Maître Irlandais

Intendant des Bâtiments ou Maître Anglais

Maître Élu

Maître Élu Parfait ou Grand Écossais

Ce système n'est pas celui de Paris qui culminait à l'Écossais des Trois JJJ, mais annonce plutôt un Écossais de la Voûte, préfiguration des 13e et 14e actuels.

Il semble que seul le grade de Maître Élu Parfait - Grand Écossais faisait l'objet d'une cérémonie complète, les autres étaient communiqués. La réception était très simple, comme souvent à l'époque. On enseignait les pas, les mots, les signes, les attouchements ; le récipiendaire longeait le Tableau de Loge et venait devant le Grand Maître prêter son Obligation, dans laquelle le nouveau Maître Élu Parfait promettait le secret sur l'Ancienne Maçonnerie (car tel était le titre du système bordelais), de ne pas participer à la réception d'un Maître n'ayant pas au moins sept ans de maîtrise, à moins qu'il n'ait été Vénérable ou Surveillant de sa Loge. En cas de parjure, les "vautours accompliront la prescription connue !". Suivait un long discours du Grand Maître qui résumait les neuf premiers grades avant de s'attarder sur le dernier, en traitant trois idées-forces :

- les mots de Maître actuellement donnés sont faux. Les véritables sont encore connus de Maçons très sages et ne seront communiqués qu'à des Frères ayant prouvé leur qualité.

- Tout groupe est perverti par le nombre, tout apport massif de nouveaux Frères affaiblit l'ensemble. Il faut le régénérer en choisissant les meilleurs et en les isolant (idée de base du 30e)

           - l'Élu Parfait est digne de recevoir le vrai mot et de le garder en lui.

Comme il est visible, les 7 grades avaient un but : sélectionner des Maîtres de grande qualité, capables de recevoir et de sauver le vrai secret de la maîtrise.

Toutefois, cette trame porte en elle un poison mortel, que l'histoire a révélé. On ne peut éternellement se confiner dans le rôle de gardien d'un secret, serait-ce une parole divine. On meurt de ne pas avancer. Ce rituel n'a pu résister à la poussée des autres grades, portés par les puissants mythes de la Chevalerie, de la Construction et de la Reconstruction, de l'Amour et de la Solidarité, de la défense de l’œuvre, du dépassement de soi. Et ce, avant que d'aborder la vocation initiatique qui va bientôt apparaître quand l'édification du Temple symbolisera la construction d'un homme nouveau.

Ce système a évolué, selon la loi qui a régi tous les grades écossais : celle d'apports successifs afin de relancer la quête initiatique. Une lettre du 16e jour du 12e mois de l'an 5749, soit le 16 mai 1750 (car les Écossais de Bordeaux faisaient partir l'année maçonnique le 1er juin) écrite de Paris par le F\ Boulard annonce la venue de Morin devant ouvrir un Conseil de Chevalier d'Orient, et bien sûr de Prince de Jérusalem. Une lettre de la Martinique, du 21 décembre 1753, annonce le retour à Bordeaux du F\ Thouron, porteur des droits pour ouvrir un Atelier d'Architecture (certainement le Grand Architecte 12e degré) qui sera effectivement ouvert en 1754. Le règlement de la loge Écossaise "les Élus Parfaits" est bien connu.

Il existe deux copies complètes :

- Celle trouvée par Sitwell dans les archives de la Loge de Recherche Quatuor Coronati. Il comporte 28 articles, signés le 8e jour du 2e mois 1746 soit le 8 juillet 1745.

- Celle envoyée à la Loge-fille de la Nouvelle-Orléans en 1757.

Les deux copies, séparées de 12 ans, montrent une remarquable stabilité.

Que dit ce règlement ?

- Les Maîtres reçus doivent avoir plus de 25 ans et posséder 7 ans ou plus de Maîtrise.

            - Les élections ont lieu chaque année le 24 juin.

- Plusieurs articles ont trait à la discipline en loge, au montant des amendes, au fonctionnement de la boîte des pauvres.

À titre d'exemple, nous lisons : 24 sous d'amende pour avoir rompu le silence, ou pour se présenter en loge pas habillé, 6 sous pour avoir dit du mal d'un Frère, 1 louis d'or (2 en cas de récidive) pour avoir négligé la règle du secret devant des profanes ; 2 louis d'or pour avoir organisé une cabale lors de l'élection du Grand Maître. Le récipiendaire payait 7 louis d'or, mais la Loge lui offrait les bijoux. Un complément à ce règlement, daté de 1750 et appelé Délibération, augmente le montant des amendes en cas d'absence, fait payer le repas même s'il n'est pas pris. Cela traduit des problèmes d'assiduité et de finances, qui ne seront peut-être pas étrangers à la disparition de la Loge. Par contre, si on y rappelle la règle des 7 ans de maîtrise, il est prévu des arrangements et dispenses pour des Maçons étrangers particulièrement zélés.

Le dernier document connu de la Loge Écossaise est une lettre ou un brouillon de discours du Grand Maître de 1760, y faisant part de son amertume et de sa déception devant l'attitude des Frères dont le seul but était d'accumuler les titres.

Étienne Morin partit de Bordeaux le 27 mars 1762.

Il avait en main la fameuse Patente signée par la première Grande Loge de France en son Grand Conseil des Grands Inspecteurs Grands Élus Chevaliers Kadosh. Elle lui donnait des droits de création très étendus. Il n'arriva à Saint-Domingue que le 20 janvier 1763, soit 10 mois plus tard. Capturé par des corsaires anglais, il séjourna 3 mois en Écosse, deux mois à Londres, il y rencontra des Maçons fort éminents, reçut des titres. Partant de Bordeaux, il emporte dans sa malle un système de 22 grades qu'il appelle Ordre du Royal Secret. A l'arrivée, il y a un grade de plus : le Prince du Royal Secret, le nec plus ultra de son système, création très certainement personnelle.  

L'Ordre du Royal Secret a désormais trois niveaux :

l'Ancienne Maîtrise

le Conseil des Chevaliers d'Orient

le Conseil des Sublimes Princes du Royal Secret.

Morin meurt en 1771.

Franken fit de lui un système écossais en vingt-cinq grades avec le nom de Rite de Perfection.

En 1801, à Charleston, en Caroline du Sud, une suite en 33 grades est créée par l'adjonction de huit nouveaux grades, dont 7 sont français, c'est-à-dire éléments de systèmes écossais voisins. Comment cette élaboration s'est-elle passée ? Nous le saurons certainement un jour, grâce aux travaux des historiens et à l'ouverture de certaines archives.

Espérons.

source : http://sog1.free.fr/

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Brest et les Francs-Maçons

12 Avril 2012 , Rédigé par Jean-Yves Guengant

Quelle est la plus vieille association brestoise ? Il s'agit d'une loge maçonnique, les Amis de Sully. Elle peut revendiquer des racines remontant au milieu du XVIIIe siècle. Très précisément à 1745.

« La franc-maçonnerie s'est implantée très tôt en Bretagne, poursuit l'historien. Les premières loges apparaissent en Angleterre en 1717. Puis, à Paris entre 1725 et 1735. La première loge bretonne s'implante à Lorient, en 1744. » L'année d'après, à Brest, se crée la loge de l'Heureuse Rencontre.

Bougainville et La Pérouse initiés à Brest

Lorient, Brest, deux ports militaires. « La franc-maçonnerie est alors très liée au pouvoir royal et à la Marine. La maçonnerie est le lieu de rencontre des aristocrates de l'amirauté et des bourgeois de la finance, des grands négociants. Les loges permettent de faire se rencontrer des personnes qui n'auraient pas pu se croiser autrement. »

Les marins de la Royale sont majoritaires parmi les francs-maçons. C'est dans la loge de la Marine, l'Accord Parfait, que fut initié l'explorateur Bougainville, avant de partir autour du monde en 1766. La Pérouse, lui, le fut à l'Heureuse Rencontre. « Avant 1789, tout ce qui compte à Brest est franc-maçon. Ils sont environ 200. »

Mais ce sont des « terriens » qui ont créé les Élus de Sully (aujourd'hui les Amis de Sully), avec l'arrivée, en 1782, du régiment d'artillerie de Toul. « Il compte deux loges d'environ 130 membres chacune, « Henry IV » pour les officiers, « Sully » pour les sous-officiers. » Ces derniers, moins élitistes, accueillent des gens que n'auraient pas fréquentés leurs supérieurs : des commis de Marine, jeunes chirurgiens, peintres.

24 maires francs-maçons

La franc-maçonnerie ne fut pas à l'abri des grands soubresauts de l'histoire nationale. Sous la Terreur, des « frères » furent guillotinés, « non pour leur appartenance à la maçonnerie, mais parce qu'ils étaient fédéralistes ». Ils se sont déchirés au moment de la séparation de l'Église et de l'État. Sous la IIIe République, les Élus de Sully se déclarent républicains, laïcs et socialistes.

Sous l'Occupation, les nazis et le régime de Vichy ont mené une traque impitoyable contre les francs-maçons. À Brest, cinq d'entre eux l'ont payé de leur vie. Jules Le Gall, grande figure anarchiste, secrétaire de la Maison du peuple, qui fut vénérable (président) des Amis de Sully, mourut en déportation à Buchenwald.

L'influence maçonnique se retrouve dans le champ politique. « Sur une période de 250 ans, j'ai dénombré sûrement 24 maires francs-maçons et le cumul de leurs mandats représente 140 ans. »

Cette « longue histoire parallèle » entre la ville et la franc-maçonnerie peut se lire aussi dans l'urbanisme (lire ci-dessous).

Cette histoire continue à s'écrire : « Il n'y a jamais eu autant de francs-maçons, affirme Jean-Yves Guengant. En 2006, j'ai dénombré quinze loges représentant huit obédiences. La ville compte trois temples et j'estime à 500 le nombre de francs-maçons. »

 

source : http://www.brest.maville.com/actu/actudet_-Brest-et-les-francs-macons

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Les débuts de la Franc-Maçonnerie à Marseille

12 Avril 2012 , Rédigé par Paul Q Publié dans #Planches

En préalable, mes Frères, je ferai miennes les précautions évoquées il y a quelques mois par notre Frère J. R. lors de la présentation de sa planche : « Le Franc-Maçon dans la tourmente »
Moi aussi, je ne suis pas historien mais je cherche et je n’ai donc pu que compiler un certain nombre de lectures disponibles ici ou là, pour vous « informer » sur l’évolution du cadre de vie de notre « Tradition »

La Franc-Maçonnerie spéculative a vu le jour, nous le savons, au Royaume Uni, au début du XVIIIème siècle, nous n’y reviendrons pas, ainsi que sur les textes fondateurs des pasteurs Anderson et Désaguliers.


Voyons à présent ce qui se passa sur le plan national.

A partir de 1649, il y avait sur le sol français, en assez grand nombre, des émigrés anglo-saxons, exilés d’Angleterre et d’Ecosse.
Ils furent, alors qualifiés de Jacobite parce que fidèles au roi déchu, Jacques II, de la lignée des Stuart.
Ces hommes, principalement des militaires, fondèrent à Paris une Loge de « Saint Thomas » dès 1725-1726.
Tous les noms des Frères fondateurs sont britanniques sauf cinq de consonance française.
On trouve sur la matricule de ce premier Atelier, le duc de Wharton, le baronet Mac Leane et le lord Derwentwater, Frères qui marqueront de leur empreinte la toute nouvelle Maçonnerie spéculative sur le sol français.

Le 12 mai 1730, Montesquieu, baron de la Brède, philosophe français est initié à Londres, à la Horn tavern.
En 1734, son fils âgé de 18 ans sera créé Franc-Maçon lui aussi mais à la Loge d’Aubigny, n° 133 de la matricule de Londres, dans le centre de la France.

Le lord Derwentwater, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres, se place à la tête des Loges françaises en 1728 mais l’opposition politique entre le jacobite en France et la Maçonnerie officielle anglaise crée par Anderson et Désaguliers, fait que cette dernière fonde à Paris, le 3 avril 1732, une deuxième Loge Saint-Thomas ( ! ) dont le Vénérable semble être un orfèvre au nom bien français : Thomas-Pierre Lebreton.
C’est donc à partir de 1732 que l’on peut parler d’une Loge parisienne relevant de la nouvelle Obédience anglaise et c’est cet Atelier qui a reçu la bénédiction de la Grande Loge de Londres.
On le retrouve qualifié par elle en 1737 de « la Loge la plus régulière de France ».

En 1735 il est démontré l’existence du premier texte constitutionnel de la Maçonnerie française qui a pour titre : « Les Devoirs enjoints aux Maçons libres. »
Cet écrit, par son article premier est une traduction du texte Anderson dans une version plus « libérale » de la nécessaire appartenance à une religion révélée.
Deux années plus tard, le chevalier de Ramsay, né en Ecosse en 1686 et reçu Franc-Maçon en mars 1730, durant un séjour en Angleterre, prononça un discours resté célèbre, dans sa première version du 26 décembre 1736, sans doute face à l’assemblée des Loges parisiennes. Une deuxième version datée de 1737 et imprimée en 1738 est intéressante car elle met en évidence le fait que, d’après l’auteur, la Maçonnerie représente la résurrection de la religion noachique, celle du patriarche Noé.
Religion universelle, antérieure à tout dogme, qui permet de dépasser les différences et les oppositions des confessions.

C’est avec Ramsay que s’inaugure une maçonnerie dite « écossaise ». Celui-ci en fut un ardent propagateur et, par son discours il codifia une véritable charte et un code général de pensée d’où naîtra par la suite les premières versions du « Rite Ecossais Ancien et Accepté », rite unique de l’actuelle Grande Loge de France mais aussi rite le plus pratiqué de par le monde.
La Chevalerie qu’il décrit est une chevalerie de l’esprit que nous pouvons faire nôtre. Le discours a été le catalyseur d’un ensemble de traditions qui imprégnaient la société de l’époque.

L’ordre, ne sort d’une pénombre des origines que pour être rapidement interdit de réunion par Louis XV et le premier Ministre le vieux cardinal Fleury

[1]   : par décret du 4 septembre 1737.
De plus, le 4 mai 1738, le pape Clément XII jette déjà l’anathème sur la Franc-Maçonnerie naissante.
Avec sa bulle « In eminenti apostlus specula », il menace les Francs-Maçons de rien moins que de la peine de mort et de la confiscation de leurs biens.
Cette décision papale, appliquée, mais sans peine capitale, dans le Comtat Venaissin, restera cependant lettre morte en France.

En 1737 on comptait 4 à 5 Loges maçonniques à Paris et une dizaine en province.

Un temps calmée, la rigueur policière se réveilla en 1744-1745 pour des raisons politiques.
Par son existence, l’Ordre posait en effet, pour la première fois en France, la question du droit d’association et de réunion. Jusqu’alors, seuls l’Eglise ou le Roi possédaient ce privilège.

On pouvait dénombrer à Paris en 1744 une vingtaine de Loges et autant en province.

En 1751, de nouveau, le pape successeur de Clément XII, Benoît XIV condamnera, lui aussi, le mouvement maçonnique mais toujours sans répercussions notables dans le royaume de France.

1755 voit la Maçonnerie française, maintenant constituée de plus de commerçants et de fabricants « craignant Dieu et catholiques » que d’aristocrates, tourner le dos à la Maçonnerie andersonnienne et marquer ainsi une rupture avec l’esprit de Londres.
Cette Maçonnerie qui affiche son indépendance est à la fois « écossaise » et catholique romaine.
Elle connaît alors un succès indéniable : le secret qui entoure l’Initiation intrigue mais aussi l’autorisation pour les roturiers de porter l’épée, privilège d’aristocrate.
Le cordon actuel qui barre la poitrine des Maîtres, sur lequel a été copié l’écharpe tricolore des édiles de la République, est une survivance du baudrier qui supportait l’épée).

En 1771, on compte 154 Loges à Paris et 322 en province, plus, 21 Loges régimentaires, c’est-à-dire constituées de militaires en activité.
A cette date, il n’y avait plus en France qu’une dizaine de Loges tenant leurs pouvoirs de Londres.

Dans cet esprit d’indépendance vis-à-vis de l’Angleterre et à la suite de factions internes à la Grande-Loge, sera crée le 22 octobre 1773 le Grand-Orient de France qui recevra en héritage les Ateliers de la Grande-Loge de France et c’est le duc de Chartres qui est installé Grand-Maître de l’Ordre dans le royaume de France.

Jusqu’à la tempête révolutionnaire de 1789-1793, la Franc-Maçonnerie française va s’étendre et voir son nombre d’Ateliers et de Frères augmenter considérablement.

Le Grand-Orient à la veille de la Révolution comptait 629 Loges et pas moins de 30.000 Frères. La Maçonnerie constituait ainsi la première société organisée du royaume.

Et maintenant, revenons un peu en arrière avec les tous débuts et l’irrésistible progression de la Franc-Maçonnerie spéculative en province et plus particulièrement à Marseille.

La province suivra de près Paris.

En 1732, était fondée à Bordeaux, par des officiers de marine, britanniques, la Loge de titre distinctif ! « Anglaise » qui devait par la suite prendre le N° 204 sur la matricule de la Grande Loge de Londres.
Peu après cette même obédience étrangère constitue à Valenciennes « La Parfaite Union ».
Un an plus tard était de nouveau installée par le Grand Maître de la Grande Loge de Londres, la « Loge d’Aubigny » au château du même nom, dans le Berry. Atelier, nous l’avons vu, où sera initié cette même année 1734 le fils de Montesquieu.

A partir de ces quelques Loges Mères sur le continent, de nombreux Ateliers se créèrent en France.

La Franc-Maçonnerie y trouvait un terrain favorable : besoin de réagir contre l’atmosphère du règne despotique précédent, ferment des philosophes du siècle, aspiration à la liberté et aussi curiosité pour l’Angleterre et ses institutions.

Vers 1755 on peut relever la présence assurée de Loges dans soixante-douze localités du royaume et plus particulièrement au Sud qu’au Nord.

Pour notre région : Avignon dès 1737 et Marseille en 1742 mais certainement plus avant.

La présence de l’Ordre à Marseille est, en effet, décelée en 1742, par un mandement de l’évêque de cette ville, Mgr. De Belsunce. qui écrit le 28 septembre 1737 à l’intention de l’intendant de police, en ces termes : « Je ne sais, Monsieur, ce que sont les Francmaçons (sic), mais je sais que ces sociétés sont pernicieuses à la religion et à l’Etat. ». (Où l’on voit que le « savoir » terrestre ne suit pas toujours les voies célestes !)
Rappelons cependant, que ce même ecclésiastique avait eu une conduite honorable durant la peste de 1720 sur notre commune, en refusant d’abandonner ses fidèles, comme l’ont fait nombre de représentants du clergé. C’est pour cette raison que nous avons sa statue sur le parvis de la cathédrale.
Le titre distinctif de ce premier Atelier n’est pas connu avec exactitude, peut être « Saint Ferréol » que nous allons découvrir vers 1750.

Un autre témoignage semble attester la présence de l’ordre à Marseille. (Vous pourrez suivre ce qui suit, à partir de la photocopie qui a été distribuée).
Dans le cadre des recherches sur l’histoire urbaine, des fouilles ont été conduites, il y a quelques décennies, dans le quartier de la Bourse. Elles ont permis de mettre à jour de nombreuses inscriptions lapidaires dont l’une possède un lien avec la Franc-Maçonnerie. Il s’agit d’une « première pierre » ou « pierre fondamentale » concernant une maison sur laquelle on lit, (transcrit du latin) :
« L’an du seigneur 1747, régnant Louis XV roi de France, J.J.P. Linossier a posé la première pierre de sa maison édifiée sous la direction de Kapeler architecte »

Cette inscription est suivie de quelques caractère tels que : F et M.
Au « F » est accolé un dessin géométrique représentant un triangle appuyé sur un arc de cercle, qui sert ici de signe abréviatif à F(ranc), on le trouve sous des formes diverses dans l’iconographie maçonnique du XVIIIème siècle, notamment comme attribut des versions anciennes des premiers hauts-grades comme le « Maître Parfait » ou le « Maître Ecossais ».
A la suite du « M », sont tracés quatre signes qui relèvent de l’alphabet chiffré et donc secret, utilisé par les Francs-Maçons et attesté dès les années 1740, on le trouve notamment « révélé » dans la parution : « L’ordre des Francs-Maçons trahi », publiée en 1745.
On remarque, avec le squelette de cet alphabet, les deux grilles de la planche à tracer du Tableau de Loge que nous reproduisons à chaque début de Tenue au premier degré. Ces quatre signes sont interprétés : « a c o n » à l’aide de cet alphabet codé, ils forment « Maçon » avec le M qui précède.
De plus, les caractères ci-dessus décrits sont, sur cette pierre, précédés et suivis d’un niveau et d’une équerre.

Le nom de l’architecte, Kapeler, amène, lui aussi, sur la piste maçonnique.
En effet, un certificat émanant de la Loge « Saint-Ferréol » de Marseille, daté du 2 août 1750, compte parmi ses signataires, un « Kapeller, Grand Maître des Chevaliers de l’Orient avec le titre de Général ».
Le Chevalier de l’Orient était, dans les années 1750 le plus haut grade de nombreuses Loges.
C’était notamment le sommet de la pyramide maçonnique à Marseille.
« Général » est le titre attribué par le Rituel du grade à l’un des principaux Officiers d’un Conseil de Chevalier d’Orient.
La présence enfin sur la pierre des caractère « IHS » encadrés du niveau et de l’équerre permet d’envisager que l’architecte et Franc-Maçon Kepeler fût également Compagnon tailleur de pierre
[2]  .

En poursuivant, d’après l’historien écossais Bord, c’est un dénommé Georges de Walnom qui, le 27 août 1751, aurait créé la « Mère-Loge Ecossaise à Marseille » Loge qui, plus tard, se posera, nous le verrons, plus ou moins en rivale de la Grande Loge de France.
Cette Loge, dès ses débuts, fut vigoureusement soutenue par la Chambre de Commerce de Marseille.
Ses membres participaient pour nombre d’entre eux au commerce et à l’industrie du port.
Son Temple se trouvait à quelques pas de l’actuelle rue Armand Bédarride, sur le cours Julien, au numéro 33 exactement.
Ce Temple était apprécié comme l’un des plus somptueux et des plus remarquablement décoré de l’époque.
Actuellement occupé par un centre social de la ville, Il est dommage qu’il ne nous soit pas parvenu dans son intégrité.

La Mère Loge Ecossaise de Marseille, dont l’histoire nous indique qu'elle avait adopté dès sa fondation, des rituels officiels, qu'elle communiquait aux loges auxquelles elle accordait des constitutions, avec obligation pour ces loges de s’y conformer.
Ces rituels en sept grades sont historiquement considérés comme une source du Rite Français, encore pratiqué, de nos jours, par des Obédiences hexagonales.
Imprimés en 1812. On peut les consulter, à la bibliothèque de L’Alcazar de Marseille.

Très vite, l’Atelier mit en œuvre une stratégie dite succursaliste (par analogie aux fondations d’abbayes filles, et de prieurés, par les abbayes mères).
Ainsi le maillage maçonnique de l’espace méditerranéen se mit progressivement en place, resserré par les réseaux de correspondance des Ateliers et de leurs membres.

Saint-Jean d’Ecosse de Marseille, c’est son titre distinctif, fournissant donc patente aux nouveaux Ateliers créés, joue alors un rôle décisif dans cette couverture de l’espace méditerranéen et dans son ouverture en direction des autres zones d’échange à long rayon.

A titre d’exemple, voici attestées les fondations de Saint-Jean d’Ecosse en Provence, à l’étranger et dans les colonies.

En Avignon Saint-Jean d’Ecosse de la Vertu persécutée
A Bastia, Saint-Jean d'Ecosse des Amis de la Paix »
Au Cap Français, en l’ile de St Domingue, Saint-Jean d’Ecosse des sept Frères Réunis
A Constantinople, Saint-Jean d’Ecosse de la Parfaite Union
A Gênes, Saint-Jean d’Ecosse des Vrais Amis Réunis

Egalement,
En Ile-de-France, maintenant île Maurice,
A Malte,
A Palerme,
A Saint-Pierre de la Martinique,
A Salonique,
Et enfin à Smyrne, Saint-Jean d’Ecosse des Nations Unies

Il faut encore noter, que nombre de Loges filles de Marseille ont leur propre réseau de correspondances, voire leurs propres fondations.
Les quelques planches tracées des travaux de Saint-Jean d’Ecosse de Marseille, encore existantes, suggèrent même la présence de noyaux maçonniques à Alger et à Alexandrie d’Egypte où des négociants « francs » font du commerce.
La Loge marseillaise, par ailleurs, est en relation directe avec les Loges anglaises du Levant.

Un Frère de cet Atelier, Jacques Seymandi incarne ce grand dessin marseillais, à la fois maçonnique et négociant.
C’est d’un même élan, nous dit-on, qu’il anime la Chambre de Commerce de Marseille et Saint-Jean d’Ecosse, dont il est le Vénérable élu et réélu par ses Frères durant la décennie 1780.
Deux associés de Seymandi, les sieurs Tarteiron et Samatan furent aussi de « grands Vénérables » de Saint-Jean d’Ecosse dans la deuxième moitié du XVIIIè siècle.

La Loge alla même jusqu’à prendre le titre de « Mère-Loge Ecossaise de France ».
A l’instar de notre ville : « Cosmopolite et libre », telle se qualifie Saint-Jean d’Ecosse de Marseille, cette profession de foi est une des principales clés, pour comprendre le succès fulgurant de la Franc-Maçonnerie au XVIIIème siècle, en Méditerranée.
Alors on peut dire que la « République des Franc-Maçons » vise à établir une communication universelle.

Survivant à la tempête révolutionnaire, la Mère-Loge Ecossaise va jouer à fond la carte impériale (au point de « vouloir discipliner dans les Loges l’ardeur des libre-penseurs »).
Son destin sera de suivre la chute de l’Empire.
On croit savoir que ses travaux ont été définitivement interrompus le 11 avril 1814. La Mère-Loge Ecossaise de Marseille entrait dans l’histoire.

Parallèlement et sans doute à cause de la destinée de cet Atelier renommé et, dans un sens remarquable, le mouvement maçonnique poursuivait, selon « l’Atlas historique de Provence », une forte croissance dans notre cité.

Le temps a passé.
Autre facette de l'activité des Loges. C'est l’écrivain régionaliste Alfred Saurel qui, dans son Guide-Almanach de Marseille daté de 1870, indique qu'il existait dans la ville deux écoles maçonniques : l'une 49, bd du Musée (actuellement Bd Garibaldi), l'autre au 133, Grand Chemin de Toulon.
Pas question de légende d'Hiram ou du mystérieux pentagramme pour les élèves.
Dans les classes, on apprend à lire aux ouvriers et on prépare les enfants aux divers examens d'études primaires.

En matière de solidarité on notera enfin qu’en 1815, à Marseille est fondée l'une des premières Sociétés de Secours Mutuel, par les membres de la Loge "La Réunion des Amis Choisis".
Cet esprit de fraternité-active continuera, plus tard.
En 1868, cette même Loge créera une Caisse Centrale de Secours.
Elle était alors présidée par le Frère Gaston Crémieux, ensuite fusillé par les Versaillais le 30 novembre 1871 au Pharo.
Le Frère marseillais Adolphe Thiers était alors chef du pouvoir exécutif de la France !

Ainsi s’achève une histoire des débuts du mouvement de l’Ordre maçonnique, dans notre bonne ville de Marseille.

Relevons encore que :
Léon Gambetta (1838-1882) fut initié à Marseille à la Loge « La Réforme » en 1869.
Joseph Bonaparte (1768-1844), frère de qui on sait, roi de Naples puis roi d’Espagne fut lui aussi Initié à Marseille, en 1793 par la Loge « La Parfaite Sincérité ».
Enfin Léo Taxil, pamphlétaire anti-maçonnique fort réputé, est né en 1854 toujours à Marseille.

Voilà-bien cette ville, toujours surprenante, toujours imprévisible !

Source : ttp://www.stella-maris-gldf.com/

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La Franc-Maçonnerie Écossaise dans L'Ordre français divisé (1772-1789)

11 Avril 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Organisation de la Résistance

Il ne faut pas perdre de vue que, pendant que se construisaient dans l'atmosphère relativement discrète des réunions maçonniques, de nou­velles colonnes de l'Ordre (1), des troubles graves avaient éclaté dans le royaume, auxquels ne manquaient pas de participer certains Francs- Maçons et non des moindres, comme le comte de Clermont lui-même, Grand Maître de la Grande Loge de France, particulièrement hostile à la réforme judiciaire. Ce n'est qu'après sa mort et une fois le calme à peu près rétabli, soit vers la fin du règne de Louis XV, que les Ateliers purent se regrouper sous l'autorité toute théorique du duc de Chartres, ci-devant duc de Montpensier (depuis 1752), et futur duc d'Orléans (à partir de 1785).

Aussitôt après le 26 juin 1773 et la Constitution du Grand Orient qui se dit « la seul et légitime Grande Loge », les Maîtres des Loges de Paris soutiennent qu'il n'est qu'une « obédience schismatique », créée par une assemblée « illégale, subreptice et irrégulière ». Ils proclament leur propre assemblée « Grande Loge de Clermont » et « authentique Grand Orient ».

La première Obédience, qui s'installe en face de Saint-Sulpice, au coin de la rue du Pot-de-Fer et de la rue de Mézières, et la seconde bientôt implantée rue de la Pelleterie, en face du Palais de Justice, se contes­tent réciproquement toute filiation avec la première Grande Loge de France et toute « régularité ». Il y a donc dorénavant « deux obédiences, tantôt rivales, tantôt alliées, qui prétendent détenir en exclusivité cette régularité... C'est pour interdire aux Maçons de la Grande Loge de pou­voir assister aux tenues des loges qu'il reconnaît que le Grand Orient institue le 23 octobre 1773 le mot secret qui sera exigé à l'entrée des temples »

Que l'on considère que la Grande Loge de Clermont est la continua­tion de celle qui existait avant 1773 ou qu'elle est vraiment une deuxième Grande Loge de France, elle n'en apparaît pas moins comme beaucoup plus importante qu'on ne l'a cru jusqu'ici, par suite d'une sorte de cons­piration du silence. Des travaux importants sont attendus qui la montre­ront sous un jour nouveau  et déjà des documents comme la circulaire que nous avons reproduite témoignent de sa vigueur en face de la puis­sance rivale

Mais, le duc de Montmorency-Luxembourg, Substitut d'un Grand Maî­tre non encore installé, n'allait pas laisser utiliser contre l'organe admi­nistratif qu'il avait suscité les timbres conservés par leur ancien déten­teur, le Garde des Sceaux DURET.

S'est-il adressé au pouvoir pour les faire restituer ? On peut le croire en voyant que les trois signataires DURET, BOURGEOIS et LABADIE sont mentionnés au registre d'écrou du Châtelet comme ayant été incarcérés le 9 octobre 1773 pour « affaire de Franc-Maçonnerie ». Ils seront remis en liberté le 17 octobre sans doute après retrait de toute plainte.

Notons que si les sceaux furent effectivement rendus au Substitut, les archives restèrent aux mains des Officiers de la Grande Loge et une partie d'entre elles constituent le fond Chapelle à la Bibliothèque Natio­nale.

C'est le vendredi 22 octobre seulement que le Grand Maître put être installé solennellement par le Substitut, le Grand Orateur Bacon de la Chevalerie, le Grand Secrétaire Baron de Toussainct et le Hérault d'Armes Méry d'Arcy

Dans sa harangue au Grand Maître, le Substitut prend grand soin de fixer les dimensions de son propre rôle : « Flatté de vous avoir initié dans le mystère, il m'était dû de vous inaugurer et de vous installer parmi nous. Dirigez nos travaux, soyez-en le protecteur et daignez ne jamais oublier l'hommage tendre et sincère que je vous consacre dans ce moment au nom du Peuple Maçon, et que mon cœur répète avec le plus grand plaisir ».

De son côté, le Duc de Chartres confirme les nominations, et fait porter au bas des statuts la mention suivante qu'il paraphe : « Nous confirmons et approuvons les présents statuts et règlements pour être exécutés par toutes les Loges dans toute l'étendue du globe français maçon, le 22 octobre 1773 ».

F.L.P.J. d'ORLEANS.
(Frère Louis-Philippe-Joseph)

Des deux premiers articles ainsi approuvés, le premier portait que le Grand Maître pourrait « se présenter et présider à toutes les Assem­blées de l'Ordre » ; le second que « ne pouvant se livrer aux détails de l'administration », il réfèrerait à l'Administrateur Général les mémoires ou demandes à lui adressés, relativement à l'Ordre ».

Ces dispositions, logiques et modestes en apparence, expliquent le rôle considérable joué dès lors par le substitut Montmorency-Luxem­bourg.

Il avait déjà pris l'initiative de prier les loges de faire confirmer ou renouveler leur Constitution dans un délai de deux ans. C'est cepen­dant le 15 janvier 1777 seulement que le Grand Orient déclare considérer comme irrégulières toutes les Constitutions qui n'avaient pas fait l'objet d'une demande de renouvellement

La même année, la Grande Loge qui s'intitulait, nous l'avons dit, « seul et unique Grand Orient de France » procédait à une refonte de ses statuts et règlements et les nouvelles dispositions portaient égale­ment la délivrance d'une patente de constitution aux loges qui en feraient la demande : « Les Frères Surveillants et Orateurs qui désireront obtenir des constitutions feront présenter à la Très Respectable Grande Loge une requête au nom et par le Vénérable Maître sous lequel ils auront tenu le maillet. Le certificat du Grand Orient sera annexé à la requête. Il leur sera défendu pendant tout le temps de leur instance de s'assembler en loge pour y faire des réceptions si dans ces travaux ils ne sont assistés d'un Vénérable Député de la Très Respectable Grande Loge.

Aussitôt qu'une loge régulière connaîtra une autre loge non comprise sur le Tableau envoyé par le Grand Orient, ou dont elle doutera des constitutions, elle donnera avis à la Très Respectable Grande Loge avec tous les renseignements possibles ».

Le Frère Gouillard, docteur régent de la Faculté de Droit de Paris, Grand Orateur de la Grande Loge de Clermont, exprime fort habilement le point de vue de son obédience dans des épîtres présentées comme « lettres critiques sur la Franc-Maçonnerie d'Angleterre », dont il dit que « la guerre est allumée plus vivement que jamais entre les Frères ».

Il y a en tout six lettres, publiées en deux brochures parues au prin­temps de 1774. Trois lettres sont censées émaner du Très Illustre Grand Orateur de la Grande Loge de Londres (lire évidemment du Grand Orient de France) qui présente et tente de défendre la « réforme » ; deux du Très Puissant Orateur de la Grande Loge de Dublin (lire de Clermont...) qui l'attaque vigoureusement ; la sixième faisant appel à la sagesse, com­me émanant du prétendu traducteur qui se serait adressé « à tous les francs-maçons répandus sur la surface de la Terre ».

On y lit de malicieuses satires contre un frère Mylord Taterd serru­rier de la Cité (en réalité Testard, Vénérable de la Loge « la Victoire »), contre le Frère Doct. Méd. G., créateur d'une Université maçonnique (Gerbier de Werchamp, médecin du Comte de Provence, le futur Louis XVIII, et Maître de la Parfaite Unité), contre les « mots du guet », etc.

Mais il critique surtout l'organisation nouvelle avec le corps des Grands Officiers qui font presque tous partie de la Loge de Montmo­rency-Luxembourg et l'Assemblée Générale qui s'appellera bientôt le Convent.

« La Grande Loge ne pourra être mieux comparée qu'à notre Parle­ment de la Grande-Bretagne. Elle sera composée de la Chambre des Pairs et de la Chambre des Communes. Les Pairs présideront à ce Conseil souverain ; et, comme la dignité ne meurt pas, ils conserveront leur place tant qu'il leur plaira de la garder. La Chambre des Communes sera composée de quelques Maîtres de Londres (Paris) et d'un bon nombre de Députés de province qui changeront tous les ans, s'ils ne sont conti­nués par une nouvelle élection... » Suivait un appel à la « quotité » et à la « souscription », l'argent étant « le nerf de la République ».

Dans les lettres suivantes l'auteur critique, à la manière du temps, l'organisation nouvelle : « En vain ai-je représenté que le nouveau Régime rétablissait l'égalité par tête qui fut toujours regardée comme la base de notre Constitution... On soutint au contraire que, loin qu'on trouve cette égalité parfaite dans le nouveau plan d'administration, on n'y voit, au contraire, que le despotisme le mieux caractérisé, tout le pouvoir rési­dant en fait dans la seule Chambre d'administration ».

Suivait une défense de l'inamovibilité des Vénérables car « par le nouveau règlement, on a ôté aux Maîtres leur Constitution personnelle et on a transporté leur droit à la loge où ils présidaient. »

Il s'agit, au fond, d'une opposition qui se situe, au plan de la bour­geoisie libérale comme celle des Grands de l'époque par rapport à la monarchie absolue. L'ironie du ton rappelle toujours celle d'un Montes­quieu, d'un Jean-Jacques Rousseau ou d'un Voltaire : « Comment imaginer qu'un Lord ou qu'un Chevalier baronnet prenne séance à côté d'un vil mercenaire qui n'a d'autre recommandation que sa probité ? On a trouvé que vous aviez très bien fait de secouer ces vieux préjugés et de rappro­cher un peu la Maçonnerie de notre siècle ».

En revanche, l'auteur souligne l'incohérence démagogique qu'il voit dans l'association constituée par dessus la bourgeoisie parisienne entre les représentants de la haute noblesse et ceux du peuple, entre les hobe­reaux chevronnés et de tout jeunes gens « qui sont à peine initiés dans nos mystères ».

Vous mettez parmi vos officiers des Frères dont nous ne rougirions pas, nous autres petites gens, mais qui ne répondent guère à la bonne opinion que vous voulez qu'on prenne de votre administration... Vous mettez à la tête de vos bureaux le député d'une très petite loge d'un petit canton d'une petite province, laquelle est présidée par un tailleur. Un autre de vos députés représente un perruquier ; un autre est porteur de la procuration d'un serrurier. Et ce sont ces députés que vous nous représentez comme l'élite de la Maçonnerie. En vérité, ce n'était pas la peine de dépouiller nos bons bourgeois de Londres des charges qu'ils avaient à la Grand Loge pour leur substituer de pareils représentants... »

Puis la diatribe porte sur la question financière et sur la nécessité de se soumettre à toutes sortes de formalités désagréables, pour finale­ment consentir, à seule fin d'être « régularisé » un impôt appelé par ironie « don gratuit ».

« Vous avez été visiter les travaux de vos anciens Maîtres, vous les avez installés de nouveau et vous avez déclaré que ce n'était que de ce moment qu'ils étaient véritablement enfants de la lumière »... mais « qu'est-ce qu'un Maçon régulier et cesse-t-on d'être un Maçon régulier parce qu'on n'appartient plus à une obédience qui s'érige en gardienne de l'orthodoxie maçonnique ? ». Et il pose l'ultime question : « Si nous ne sommes pas réguliers, nous qui vous avons constitués, de qui tenez- vous vos pouvoirs, et de quel droit prétendez-vous donner la vie à ceux de qui vous l'avez reçue ? »

Tout naturellement, la série se termine en mai 1774 par une décla­ration de principes de la (deuxième) Grande Loge de France :

« Pour nous, suivant pas à pas les routes que nous ont tracées nos ancêtres, nous nous contenterons d'une honnête médiocrité. Fuyant avec soin le luxe... loin d'être à charge aux loges qui communiqueront avec vous par des impôts masqués sous d'autres dénominations, nous les se­courerons de tout notre pouvoir. Nous serons toujours assez riches si nous conservons la paix et l'union qui sont les seuls biens après lesquels nous aspirons, et que nous espérons maintenir parmi nos Frères, malgré les efforts que vous ferez pour les détruire ».

En attendant une étude exhaustive qui enrichira certainement et modifiera sans doute les connaissances acquises sur ce que nous avons appelé la deuxième Grande Loge de France, qui fut au moins la gardienne d'une tradition, mentionnons un tableau tiré des archives de la loge Saint- François du Parfait Contentement. Il y apparaît pour Paris en 1777 le chif­fre de 129 Vénérables, et pour la province celui de 247, soit un total de 376, chiffre souvent cité (8).

De son côté et vers le même temps, le Grand Orient accuse les chif­fres de 623 loges en activité : 63 à Paris, 442 dans les provinces, 38 aux colonies, 69 attachées à des corps militaires, 17 en pays étrangers

La comparaison avec une statistique de la Grande Loge de 1771 (la première) est particulièrement édifiante : total des loges à cette date, 164, soit à Paris 71, 85 en province, 5 aux colonies, 1 à l'étranger, 2 « ambulantes »

On est en droit de penser que, par une sorte d'émulation dans le recrutement et d'attrait rayonnent dans le monde profane, la dualité des obédiences n'a nullement paralysé la vie maçonnique et l'a même long­temps animée.

Le Grand Orient et la Franc-Maçonnerie Ecossaise

Cette dualité qui règne de 1733 à 1789 dans les loges bleues se retrouve dans la Maçonnerie Ecossaise.

Dès le mois de décembre 1733, le Grand Orient invite ses loges à ne plus travailler qu'aux trois premiers degrés, et nomme une Commission pour élaborer un règlement des grades supérieurs.

Cette décision est jugée abusive par nombre d'ateliers de régime écossais, malgré le privilège qui leur était offert d'avoir à leur tête un seigneur aussi puissant que le duc Philippe. Mais elle suscite égale­ment des protestations à la « base », et notamment celles du frère Guillotin.

C'est sur les Directoires écossais de la Stricte Observance, créés par le baron de Hund quelques années auparavant que portèrent les pre­miers efforts du Grand Orient. Ceux de Bacon de la Chevalerie, membre du Directoire de Lyon et Grand Orateur du Grand Orient, aboutirent à un traité signé en 1776, après plus de deux ans de pourparlers, entre les deux puissances qui comptaient des membres de rang social comparable. Les pouvoirs sont alors partagés et l'unité amorcée (11).

Les alliances réalisées n'allèrent pas sans difficultés et ne furent pas toujours respectées, quand elles purent être nouées, ce qui fut par­fois dramatique, comme avec la Mère Loge Ecossaise de France (12).

Deux historiens taxés en leur temps d'un honnête parti pris, les frères Albert Lantoine et Gaston Martin tombent à peu près d'accord dans leurs conclusions sur ce point.

Pour Albert Lantoine la tolérance du Grand Orient « masque son adroite politique d'accaparement. Sa fondation a été basée surtout sur le besoin d'unité qui s'imposait dans la Maçonnerie française, sur une concentration des pouvoirs réels et des forces morales empêchant l'épar­pillement des efforts et la rivalité des petites ambitions personnelles.

Quand le XVIlle siècle s'achève, le Grand Orient se dit « seul et uni­que Grand Orient de France »... Il a presque raison. De petits foyers intransigeants demeurent encore, mais d'une ardeur peu communicative.

Il a pris dans ses filets et l'ancienne Grande Loge de France avec tout son passé, et l'Ecossisme avec ses Mères-Loges si férues de leurs prérogatives. Il a bien laissé à ce dernier son plumage doré et ses cages aux étiquettes resplendissantes, mais il s'est réservé le droit de lui ro­gner les ailes ».

Les réfractaires et la survivance d'un esprit écossais

Gaston Martin est certes moins généreux à l'égard de sa propre obé­dience. Pour lui « les petites Puissances ne sont pas insensibles à ce que représente pour elles la force chaque jour accrue du Grand Orient.

Elles ne résistent que faiblement à l'attraction de la masse. Elles sont constituées, d'abord, de Maçons réguliers... Tous (les) concordats sont établis sur les trois mêmes principes : suprématie dogmatique du Grand

Orient, soumission de toutes les loges bleues à son obédience, autono­mie administrative des Hauts-Grades de l'Obédience associée. En 1787, le Grand Orient, malgré l'existence continue d'un certain nombre de peti­tes puissance dissidentes, crée le Souverain Chapitre Général Métropoli­tain, chargé de la collation des Grades de 18 à 25, et section permanente du Grand Orient.

Il reste encore en ce moment beaucoup de sectes irréductibles, qui tiendront en vue d'une improbable unité de nombreux convents entre 1780 et 1788. Le plus illustre de ceux-ci est celui de Wilhelmsbad. Le Grand Orient n'y fut pas convoqué. Mais sa situation très forte ne fut nul­lement ébranlée par l'ostracisme où le tinrent ces sectes confidentielles, et pour la plupart étrangères. »

Ce commentaire manque de courtoisie fraternelle. Le ton serait sans doute assez différent aujourd'hui, et depuis que des érudits étudient les archives trop négligées de la Mère Loge du Rite Ecossais philosophique,

Mère Loge Ecossaise, ou encore Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social et celles des loges constituées ou reconstituées par elle au rite écos‑

sais Cette puissance était propriétaire de son hôtel, rue du Coq- Héron, où se situe aujourd'hui la Caisse d'Epargne, alors que le Grand Orient et la Grande Loge de Clermont étaient seulement locataires des

leurs. Et nous ne devons pas compter pour négligeable l'Académie des Sublimes Maîtres de l'Anneau lumineux dont un des grades est celui d'Elu de la Voûte sacrée de Jacques VI

Ces Puissances ne perdent pas une occasion de manifester leur indi­vidualité et de revendiquer leur indépendance. C'est ainsi que des loges

du Grand Orient ayant vers 1780 projeté d'armer des vaisseaux à leurs frais pour la guerre d'Amérique, la Mère-Loge du Rit Ecossais mit la question à l'étude et rejeta la proposition comme enfreignant les princi­pes de l'Institution maçonnique. Puissance spirituelle, la Franc-Maçonne­rie n'avait pas à intervenir dans cette guerre et devait respecter la neutralité traditionnelle de l'Ordre

Notons cependant qu'en dépit des divergences entre les autorités les frères devaient avoir des rapports moins tendus que leurs chefs. On rencontre même des cas non douteux de double appartenance (18).

Loges militaires et loges d'Adoption

On s'étonnerait si nous ne parlions pas des maçonneries originales ou parallèles que constituent les loges militaires et les loges féminines.

Des ateliers existaient dès avant 1773 dans divers régiments. On attribue à plusieurs d'entre elles l'introduction de la Maçonnerie en France, mais elles paraissent bien mythiques.

Par contre, nous avons trouvé dans le tableau de 1771 de la Grande Loge de France deux loges « ambulantes » qui ne pouvaient guère être que régimentaires. On parle à Metz d'une loge de La Parfaite Union ou des Chasseurs de Berchény (1775). Existent aussi une loge au titre distinctif La Militaire dite La Royale fondée avant 1765 à l'Orient du Corps Royal d'Artillerie, et une loge au corps des Grenadiers de France, Les Enfants de la Gloire

Le nombre et l'importance de ces ateliers s'accroît singulièrement entre 1773 et 1789. Ils se multiplient au point qu'un régiment sur trois compte un atelier parfois doublé d'un chapitre

Certaines ne sont cependant pas souchées sur les tableaux du Grand Orient, comme la loge de Bourbon Infanterie qui figure au tableau de la Grande Loge en 1778 (Vénérable de Fréval) ou celle de Beaufremont-­Dragons (Vénérable de Varennes).

Mais c'est au cours des guerres de l'Empire que cette forme de Maçonnerie se développera dans l'armée et dans la marine d'une façon extraordinaire, essaimant en pays étranger au point que des dizaines de loges portent encore les noms français qui leur ont été donnés alors.

Quant aux Loges d'Adoption », ce qu'en disaient Antonio Coen et Michel Dumesnil de Gramont reste valable

« Le duc de Luxembourg, pour affermir son oeuvre, eut une idée heu­reuse. Depuis la création de la Franc-Maçonnerie, les femmes y étaient considérées comme indésirables. C'était un Landmark (borne ou loi) fixé par le Livre des Constitutions et observé par l'universalité des francs-maçons, qui ne pouvait être transgressé sans susciter de la part de l'étranger des représentations dangereuses et la mise à l'index de l'Institution française.

Seulement, en France, le beau sexe a toujours eu une influence considérable ; sa prospection ne manquait pas de susciter des propos malveillants et des protestations intéressées.

D'autres sociétés s'étaient unies à l'instar de la Franc-Maçonnerie, qui admettaient les femmes et qui risquaient de compromettre le bon renom de celles-ci, d'autant plus que leurs jeux n'étaient pas toujours de la plus parfaite innocence. Le Grand Orient résolut de remédier à cet état de choses en fondant un organisme à part qui, faisant tout de même collaborer les dames au labeur maçonnique, leur donnait satisfaction sans attenter aux règles de l'Ordre.

C'est ainsi que furent créées les Loges d'Adoption qui, « souchées » sur un atelier masculin, avaient pour mission de réaliser des oeuvres de bienfaisance qui constituaient une des branches de l'activité maçon­nique. Les sœurs avaient un rituel des signes et des mots de reconnaissance particuliers, et comme les frères pouvaient assister à leurs réunions — alors que la réciproque n'existait pas — le principe était sauf.

Sous leur impulsion, des fêtes, des « tenues blanches » s'organi­sèrent où la Société — on dirait le monde aujourd'hui — prenait un agré­ment délicieux. Nous précisons « la Société » parce que les familles de la grande noblesse se trouvaient représentées dans cette franc-maçon­nerie d'adoption, à laquelle le Grand Maître, le duc de Chartres, avait initié sa femme et sa sœur, la duchesse de Bourbon, qui en devint la Grande Maîtresse

Source : www.ledifice.net

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La Franc-Maçonnerie est de retour en Irak

11 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

 

La  franc-maçonnerie est de retour en Irak. Présente dans le pays dès la fin du 19ème siècle, au sein des organisations secrètes qui ourdissaient le renversement du sultan ottoman Abdul Hamid II, elle s’est véritablement implantée en Mésopotamie pendant l’occupation du pays par les Britanniques. Interdite après la révolution républicaine du 14 juillet 1958 pour collaboration avec l’ennemi, accusée d’espionnage, elle est réapparue plus ou moins ouvertement depuis avril 2003 à l’initiative des loges militaires étatsuniennes, anglaises, voire italiennes, ou des opposants regroupés par la CIA dans le Congrès National Irakien d’Ahmed Chalabi.

L’effondrement de l’Empire Ottoman sous les coups de boutoirs des Jeunes-Turcs et de leur Comité Union et Progrès - dont les dirigeants étaient liés au Grand Orient de France (GODF) ou à celui d’Italie - projeta la Mésopotamie dans l’orbite britannique. La franc-maçonnerie qui y aurait été introduite par Youssef al-Hajj, un journaliste libanais, futur Grand maître régional, s’y est développée dès la Première guerre mondiale à l’initiative des loges de l’Armée des Indes. La première, dite Mesopotamia 3820, date de 1917, celle de Bagdad, de 1919. Dans les années 50, neuf loges opéraient en Irak pour le compte de la Grande Loge d’Angleterre, plus la Loge Faïha de rite écossais. Son interdiction, suite à l’abolition de la monarchie par le général Kassem, fut criminalisée en 1975 par le Parlement irakien qui vota une loi l’assimilant à une organisation sioniste, et on n’entendit plus parler des francs-maçons irakiens ensuite, si ce n’est parmi les monarchistes réfugiés à Londres.

Lorsque George Bush père - ancien directeur de la CIA, Souverain Grand Inspecteur Général (33°degré du Rite écossais ancien et accepté) - prit la décision d’attaquer l’Irak, il allait de soi que la franc-maçonnerie serait aussi de la partie, mais il fallu attendre la dernière guerre du Golfe pour que ses activités publiques soient connues.

Une loge dans un attaché case !

En décembre 2006, Richard Filippi, membre de la Loge du roi Salomon, a raconté dans la revue maçonnique Philaleths, sa première rencontre avec un franc-maçon irakien. C’était en 2001, dans un ascenseur, lors d’un stage de formation organisé en Floride, pour étudier les relations que devaient entretenir les civils et les militaires dans un pays « libéré ». Des membres du Congrès National Irakien y participaient. Parmi eux, le lieutenant-colonel kurde Yarab, un opposant réfugié aux Etats-Unis après la Première guerre du Golfe. Au cours d’une pause, l’homme avait pris l’ascenseur avec lui, bloqué l’appareil entre deux étages, et lui avait demandé: « Vous êtes l’un d’entre eux, n’est ce pas ? ». Il avait d’abord cru avoir à faire à un dingue. Ce n’est que lorsque le Kurde a montré sa main droite et le signe dessiné qu’il comprit. Il répondit « Oui », à tout hasard. Yarab, enthousiaste, lui dit : « Moi aussi, frère ! ». Alors, ils devinrent comme des amis d’enfance, dit Filippi. Yarab lui apprit qu’il y avait encore des francs-maçons en Irak, même s’il n’y avait pas de loge. Son grand-père, ancien colonel, en était un.

La première manifestation visible de la franc-maçonnerie en Irak depuis son interdiction fut la création de la Loge Terre, Air et Mer n°1 par la Grande Loge de New York, en mai 2005. Sur la base de Balad, près de Ramadi, le major Walter, son grand maître, remercia le « Grand Architecte de l’Univers » pour cet événement qui permettrait peut être, dit-il, de faire « sortir une loge irakienne de la clandestinité ». Il attend toujours ! Emulation oblige, La Lumière du Nord annonça que le « frère .˙. » Sam Lee - de la Loge Maître de Hiram 40, de Caroline du Nord - organisait des réunions maçonniques sous la tente, en plein désert. Et, dans la foulée la Grande loge du Nebraska lança le programme « Une loge dans un attaché case » (!), celle du Massachusetts, l’opération Masonic Troop Support Program, tandis qu’à Bagdad, la Loge militaire Euphrate 152 se mobilisait pour lutter contre le suicide dans les forces armées. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un « frère .˙. » muté dans une base en Irak ou en Afghanistan s’enquiert sur Internet pour savoir s’il y a un temple maçonnique. A lui ensuite de vérifier si la loge dont il dépend aux Etats-Unis reconnaît l’obédience qui y opère. La plupart des grandes loges sudistes, par exemple, pratique toujours la ségrégation et refuse de reconnaître celle de Prince Hall, la franc-maçonnerie noire.

Les sectes islamiques en ligne de mire

Les anciens opposants à Saddam Hussein étant trop discrédités pour recruter de nouveaux membres, les maçons étrangers approchent les « kolabos » de tous poils, militaires ou tribaux, ou potentiels : les universitaires et les notables religieux avec une prédilection pour les cheikhs des confréries soufies et des sectes chiites, en raison des concordances entre leurs rituels et secrets et ceux des obédiences maçonniques*. Les loges mères américaines espèrent attirer des nationalistes modérés proches de la résistance, comme la CIA a recruté des membres d’Al-Qaïda en Mésopotamie pour ses milices tribales. Pour les patriotes irakiens, le scénario est cousu de fil blanc. Il est en tous points identique à celui joué par la franc-maçonnerie à l’époque coloniale. Les loges s’investissent d’abord dans l’aide à l’émigration et dans l’action humanitaire, puis elles se transforment en laboratoire d’idées permettant de reconstruire la société sur des bases conformes aux intérêts de l’occupant. Le magazine Freemason Today décrivait fin 2005 les distributions de crayons et de cahiers à colorier, à Bassora, par des francs-maçons écossais et anglais poursuivis par des enfants criant : « Mister, donne moi un dollar ». Le journaliste ne cachait pas que les « frères .˙. » étaient aussi reçus par des jets de pierres. Il ne fait aucun doute que les franc-maçons irakiens devenus opérationnels risqueront, eux, tout simplement leur vie.

En 1964, conscient des menaces qui pesaient déjà sur les francs-maçons arabes, le Grand maître jordanien Fahmi Sidqi al-Amari parlait franchement d’instrumentalisation des loges par les occidentaux et Israël, expliquant à la convention mondiale de la maçonnerie, que « la maçonnerie est plurielle ; les impérialistes l’utilisent dans leur but, les sionistes dans le leur ». Même si, à la différence des francs- maçonneries anglo-saxonnes, le Grand Orient de France s’est opposé à la dernière guerre du Golfe, c’était pour proposer de « chasser Saddam Hussein par d’autres moyens ». L’obédience française qui a joué un rôle dans l’essor des mouvements indépendantistes arabes dans l’Empire ottoman, est dénoncée, depuis, pour son athéisme. Au Proche-Orient, par les temps qui courent, c’est rédhibitoire

source : www.france-irak-actualite.com

 

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