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Hauts Grades

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La Franc-Maçonnerie Écossaise dans L'Ordre français divisé (1772-1789)

11 Avril 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Organisation de la Résistance

Il ne faut pas perdre de vue que, pendant que se construisaient dans l'atmosphère relativement discrète des réunions maçonniques, de nou­velles colonnes de l'Ordre (1), des troubles graves avaient éclaté dans le royaume, auxquels ne manquaient pas de participer certains Francs- Maçons et non des moindres, comme le comte de Clermont lui-même, Grand Maître de la Grande Loge de France, particulièrement hostile à la réforme judiciaire. Ce n'est qu'après sa mort et une fois le calme à peu près rétabli, soit vers la fin du règne de Louis XV, que les Ateliers purent se regrouper sous l'autorité toute théorique du duc de Chartres, ci-devant duc de Montpensier (depuis 1752), et futur duc d'Orléans (à partir de 1785).

Aussitôt après le 26 juin 1773 et la Constitution du Grand Orient qui se dit « la seul et légitime Grande Loge », les Maîtres des Loges de Paris soutiennent qu'il n'est qu'une « obédience schismatique », créée par une assemblée « illégale, subreptice et irrégulière ». Ils proclament leur propre assemblée « Grande Loge de Clermont » et « authentique Grand Orient ».

La première Obédience, qui s'installe en face de Saint-Sulpice, au coin de la rue du Pot-de-Fer et de la rue de Mézières, et la seconde bientôt implantée rue de la Pelleterie, en face du Palais de Justice, se contes­tent réciproquement toute filiation avec la première Grande Loge de France et toute « régularité ». Il y a donc dorénavant « deux obédiences, tantôt rivales, tantôt alliées, qui prétendent détenir en exclusivité cette régularité... C'est pour interdire aux Maçons de la Grande Loge de pou­voir assister aux tenues des loges qu'il reconnaît que le Grand Orient institue le 23 octobre 1773 le mot secret qui sera exigé à l'entrée des temples »

Que l'on considère que la Grande Loge de Clermont est la continua­tion de celle qui existait avant 1773 ou qu'elle est vraiment une deuxième Grande Loge de France, elle n'en apparaît pas moins comme beaucoup plus importante qu'on ne l'a cru jusqu'ici, par suite d'une sorte de cons­piration du silence. Des travaux importants sont attendus qui la montre­ront sous un jour nouveau  et déjà des documents comme la circulaire que nous avons reproduite témoignent de sa vigueur en face de la puis­sance rivale

Mais, le duc de Montmorency-Luxembourg, Substitut d'un Grand Maî­tre non encore installé, n'allait pas laisser utiliser contre l'organe admi­nistratif qu'il avait suscité les timbres conservés par leur ancien déten­teur, le Garde des Sceaux DURET.

S'est-il adressé au pouvoir pour les faire restituer ? On peut le croire en voyant que les trois signataires DURET, BOURGEOIS et LABADIE sont mentionnés au registre d'écrou du Châtelet comme ayant été incarcérés le 9 octobre 1773 pour « affaire de Franc-Maçonnerie ». Ils seront remis en liberté le 17 octobre sans doute après retrait de toute plainte.

Notons que si les sceaux furent effectivement rendus au Substitut, les archives restèrent aux mains des Officiers de la Grande Loge et une partie d'entre elles constituent le fond Chapelle à la Bibliothèque Natio­nale.

C'est le vendredi 22 octobre seulement que le Grand Maître put être installé solennellement par le Substitut, le Grand Orateur Bacon de la Chevalerie, le Grand Secrétaire Baron de Toussainct et le Hérault d'Armes Méry d'Arcy

Dans sa harangue au Grand Maître, le Substitut prend grand soin de fixer les dimensions de son propre rôle : « Flatté de vous avoir initié dans le mystère, il m'était dû de vous inaugurer et de vous installer parmi nous. Dirigez nos travaux, soyez-en le protecteur et daignez ne jamais oublier l'hommage tendre et sincère que je vous consacre dans ce moment au nom du Peuple Maçon, et que mon cœur répète avec le plus grand plaisir ».

De son côté, le Duc de Chartres confirme les nominations, et fait porter au bas des statuts la mention suivante qu'il paraphe : « Nous confirmons et approuvons les présents statuts et règlements pour être exécutés par toutes les Loges dans toute l'étendue du globe français maçon, le 22 octobre 1773 ».

F.L.P.J. d'ORLEANS.
(Frère Louis-Philippe-Joseph)

Des deux premiers articles ainsi approuvés, le premier portait que le Grand Maître pourrait « se présenter et présider à toutes les Assem­blées de l'Ordre » ; le second que « ne pouvant se livrer aux détails de l'administration », il réfèrerait à l'Administrateur Général les mémoires ou demandes à lui adressés, relativement à l'Ordre ».

Ces dispositions, logiques et modestes en apparence, expliquent le rôle considérable joué dès lors par le substitut Montmorency-Luxem­bourg.

Il avait déjà pris l'initiative de prier les loges de faire confirmer ou renouveler leur Constitution dans un délai de deux ans. C'est cepen­dant le 15 janvier 1777 seulement que le Grand Orient déclare considérer comme irrégulières toutes les Constitutions qui n'avaient pas fait l'objet d'une demande de renouvellement

La même année, la Grande Loge qui s'intitulait, nous l'avons dit, « seul et unique Grand Orient de France » procédait à une refonte de ses statuts et règlements et les nouvelles dispositions portaient égale­ment la délivrance d'une patente de constitution aux loges qui en feraient la demande : « Les Frères Surveillants et Orateurs qui désireront obtenir des constitutions feront présenter à la Très Respectable Grande Loge une requête au nom et par le Vénérable Maître sous lequel ils auront tenu le maillet. Le certificat du Grand Orient sera annexé à la requête. Il leur sera défendu pendant tout le temps de leur instance de s'assembler en loge pour y faire des réceptions si dans ces travaux ils ne sont assistés d'un Vénérable Député de la Très Respectable Grande Loge.

Aussitôt qu'une loge régulière connaîtra une autre loge non comprise sur le Tableau envoyé par le Grand Orient, ou dont elle doutera des constitutions, elle donnera avis à la Très Respectable Grande Loge avec tous les renseignements possibles ».

Le Frère Gouillard, docteur régent de la Faculté de Droit de Paris, Grand Orateur de la Grande Loge de Clermont, exprime fort habilement le point de vue de son obédience dans des épîtres présentées comme « lettres critiques sur la Franc-Maçonnerie d'Angleterre », dont il dit que « la guerre est allumée plus vivement que jamais entre les Frères ».

Il y a en tout six lettres, publiées en deux brochures parues au prin­temps de 1774. Trois lettres sont censées émaner du Très Illustre Grand Orateur de la Grande Loge de Londres (lire évidemment du Grand Orient de France) qui présente et tente de défendre la « réforme » ; deux du Très Puissant Orateur de la Grande Loge de Dublin (lire de Clermont...) qui l'attaque vigoureusement ; la sixième faisant appel à la sagesse, com­me émanant du prétendu traducteur qui se serait adressé « à tous les francs-maçons répandus sur la surface de la Terre ».

On y lit de malicieuses satires contre un frère Mylord Taterd serru­rier de la Cité (en réalité Testard, Vénérable de la Loge « la Victoire »), contre le Frère Doct. Méd. G., créateur d'une Université maçonnique (Gerbier de Werchamp, médecin du Comte de Provence, le futur Louis XVIII, et Maître de la Parfaite Unité), contre les « mots du guet », etc.

Mais il critique surtout l'organisation nouvelle avec le corps des Grands Officiers qui font presque tous partie de la Loge de Montmo­rency-Luxembourg et l'Assemblée Générale qui s'appellera bientôt le Convent.

« La Grande Loge ne pourra être mieux comparée qu'à notre Parle­ment de la Grande-Bretagne. Elle sera composée de la Chambre des Pairs et de la Chambre des Communes. Les Pairs présideront à ce Conseil souverain ; et, comme la dignité ne meurt pas, ils conserveront leur place tant qu'il leur plaira de la garder. La Chambre des Communes sera composée de quelques Maîtres de Londres (Paris) et d'un bon nombre de Députés de province qui changeront tous les ans, s'ils ne sont conti­nués par une nouvelle élection... » Suivait un appel à la « quotité » et à la « souscription », l'argent étant « le nerf de la République ».

Dans les lettres suivantes l'auteur critique, à la manière du temps, l'organisation nouvelle : « En vain ai-je représenté que le nouveau Régime rétablissait l'égalité par tête qui fut toujours regardée comme la base de notre Constitution... On soutint au contraire que, loin qu'on trouve cette égalité parfaite dans le nouveau plan d'administration, on n'y voit, au contraire, que le despotisme le mieux caractérisé, tout le pouvoir rési­dant en fait dans la seule Chambre d'administration ».

Suivait une défense de l'inamovibilité des Vénérables car « par le nouveau règlement, on a ôté aux Maîtres leur Constitution personnelle et on a transporté leur droit à la loge où ils présidaient. »

Il s'agit, au fond, d'une opposition qui se situe, au plan de la bour­geoisie libérale comme celle des Grands de l'époque par rapport à la monarchie absolue. L'ironie du ton rappelle toujours celle d'un Montes­quieu, d'un Jean-Jacques Rousseau ou d'un Voltaire : « Comment imaginer qu'un Lord ou qu'un Chevalier baronnet prenne séance à côté d'un vil mercenaire qui n'a d'autre recommandation que sa probité ? On a trouvé que vous aviez très bien fait de secouer ces vieux préjugés et de rappro­cher un peu la Maçonnerie de notre siècle ».

En revanche, l'auteur souligne l'incohérence démagogique qu'il voit dans l'association constituée par dessus la bourgeoisie parisienne entre les représentants de la haute noblesse et ceux du peuple, entre les hobe­reaux chevronnés et de tout jeunes gens « qui sont à peine initiés dans nos mystères ».

Vous mettez parmi vos officiers des Frères dont nous ne rougirions pas, nous autres petites gens, mais qui ne répondent guère à la bonne opinion que vous voulez qu'on prenne de votre administration... Vous mettez à la tête de vos bureaux le député d'une très petite loge d'un petit canton d'une petite province, laquelle est présidée par un tailleur. Un autre de vos députés représente un perruquier ; un autre est porteur de la procuration d'un serrurier. Et ce sont ces députés que vous nous représentez comme l'élite de la Maçonnerie. En vérité, ce n'était pas la peine de dépouiller nos bons bourgeois de Londres des charges qu'ils avaient à la Grand Loge pour leur substituer de pareils représentants... »

Puis la diatribe porte sur la question financière et sur la nécessité de se soumettre à toutes sortes de formalités désagréables, pour finale­ment consentir, à seule fin d'être « régularisé » un impôt appelé par ironie « don gratuit ».

« Vous avez été visiter les travaux de vos anciens Maîtres, vous les avez installés de nouveau et vous avez déclaré que ce n'était que de ce moment qu'ils étaient véritablement enfants de la lumière »... mais « qu'est-ce qu'un Maçon régulier et cesse-t-on d'être un Maçon régulier parce qu'on n'appartient plus à une obédience qui s'érige en gardienne de l'orthodoxie maçonnique ? ». Et il pose l'ultime question : « Si nous ne sommes pas réguliers, nous qui vous avons constitués, de qui tenez- vous vos pouvoirs, et de quel droit prétendez-vous donner la vie à ceux de qui vous l'avez reçue ? »

Tout naturellement, la série se termine en mai 1774 par une décla­ration de principes de la (deuxième) Grande Loge de France :

« Pour nous, suivant pas à pas les routes que nous ont tracées nos ancêtres, nous nous contenterons d'une honnête médiocrité. Fuyant avec soin le luxe... loin d'être à charge aux loges qui communiqueront avec vous par des impôts masqués sous d'autres dénominations, nous les se­courerons de tout notre pouvoir. Nous serons toujours assez riches si nous conservons la paix et l'union qui sont les seuls biens après lesquels nous aspirons, et que nous espérons maintenir parmi nos Frères, malgré les efforts que vous ferez pour les détruire ».

En attendant une étude exhaustive qui enrichira certainement et modifiera sans doute les connaissances acquises sur ce que nous avons appelé la deuxième Grande Loge de France, qui fut au moins la gardienne d'une tradition, mentionnons un tableau tiré des archives de la loge Saint- François du Parfait Contentement. Il y apparaît pour Paris en 1777 le chif­fre de 129 Vénérables, et pour la province celui de 247, soit un total de 376, chiffre souvent cité (8).

De son côté et vers le même temps, le Grand Orient accuse les chif­fres de 623 loges en activité : 63 à Paris, 442 dans les provinces, 38 aux colonies, 69 attachées à des corps militaires, 17 en pays étrangers

La comparaison avec une statistique de la Grande Loge de 1771 (la première) est particulièrement édifiante : total des loges à cette date, 164, soit à Paris 71, 85 en province, 5 aux colonies, 1 à l'étranger, 2 « ambulantes »

On est en droit de penser que, par une sorte d'émulation dans le recrutement et d'attrait rayonnent dans le monde profane, la dualité des obédiences n'a nullement paralysé la vie maçonnique et l'a même long­temps animée.

Le Grand Orient et la Franc-Maçonnerie Ecossaise

Cette dualité qui règne de 1733 à 1789 dans les loges bleues se retrouve dans la Maçonnerie Ecossaise.

Dès le mois de décembre 1733, le Grand Orient invite ses loges à ne plus travailler qu'aux trois premiers degrés, et nomme une Commission pour élaborer un règlement des grades supérieurs.

Cette décision est jugée abusive par nombre d'ateliers de régime écossais, malgré le privilège qui leur était offert d'avoir à leur tête un seigneur aussi puissant que le duc Philippe. Mais elle suscite égale­ment des protestations à la « base », et notamment celles du frère Guillotin.

C'est sur les Directoires écossais de la Stricte Observance, créés par le baron de Hund quelques années auparavant que portèrent les pre­miers efforts du Grand Orient. Ceux de Bacon de la Chevalerie, membre du Directoire de Lyon et Grand Orateur du Grand Orient, aboutirent à un traité signé en 1776, après plus de deux ans de pourparlers, entre les deux puissances qui comptaient des membres de rang social comparable. Les pouvoirs sont alors partagés et l'unité amorcée (11).

Les alliances réalisées n'allèrent pas sans difficultés et ne furent pas toujours respectées, quand elles purent être nouées, ce qui fut par­fois dramatique, comme avec la Mère Loge Ecossaise de France (12).

Deux historiens taxés en leur temps d'un honnête parti pris, les frères Albert Lantoine et Gaston Martin tombent à peu près d'accord dans leurs conclusions sur ce point.

Pour Albert Lantoine la tolérance du Grand Orient « masque son adroite politique d'accaparement. Sa fondation a été basée surtout sur le besoin d'unité qui s'imposait dans la Maçonnerie française, sur une concentration des pouvoirs réels et des forces morales empêchant l'épar­pillement des efforts et la rivalité des petites ambitions personnelles.

Quand le XVIlle siècle s'achève, le Grand Orient se dit « seul et uni­que Grand Orient de France »... Il a presque raison. De petits foyers intransigeants demeurent encore, mais d'une ardeur peu communicative.

Il a pris dans ses filets et l'ancienne Grande Loge de France avec tout son passé, et l'Ecossisme avec ses Mères-Loges si férues de leurs prérogatives. Il a bien laissé à ce dernier son plumage doré et ses cages aux étiquettes resplendissantes, mais il s'est réservé le droit de lui ro­gner les ailes ».

Les réfractaires et la survivance d'un esprit écossais

Gaston Martin est certes moins généreux à l'égard de sa propre obé­dience. Pour lui « les petites Puissances ne sont pas insensibles à ce que représente pour elles la force chaque jour accrue du Grand Orient.

Elles ne résistent que faiblement à l'attraction de la masse. Elles sont constituées, d'abord, de Maçons réguliers... Tous (les) concordats sont établis sur les trois mêmes principes : suprématie dogmatique du Grand

Orient, soumission de toutes les loges bleues à son obédience, autono­mie administrative des Hauts-Grades de l'Obédience associée. En 1787, le Grand Orient, malgré l'existence continue d'un certain nombre de peti­tes puissance dissidentes, crée le Souverain Chapitre Général Métropoli­tain, chargé de la collation des Grades de 18 à 25, et section permanente du Grand Orient.

Il reste encore en ce moment beaucoup de sectes irréductibles, qui tiendront en vue d'une improbable unité de nombreux convents entre 1780 et 1788. Le plus illustre de ceux-ci est celui de Wilhelmsbad. Le Grand Orient n'y fut pas convoqué. Mais sa situation très forte ne fut nul­lement ébranlée par l'ostracisme où le tinrent ces sectes confidentielles, et pour la plupart étrangères. »

Ce commentaire manque de courtoisie fraternelle. Le ton serait sans doute assez différent aujourd'hui, et depuis que des érudits étudient les archives trop négligées de la Mère Loge du Rite Ecossais philosophique,

Mère Loge Ecossaise, ou encore Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social et celles des loges constituées ou reconstituées par elle au rite écos‑

sais Cette puissance était propriétaire de son hôtel, rue du Coq- Héron, où se situe aujourd'hui la Caisse d'Epargne, alors que le Grand Orient et la Grande Loge de Clermont étaient seulement locataires des

leurs. Et nous ne devons pas compter pour négligeable l'Académie des Sublimes Maîtres de l'Anneau lumineux dont un des grades est celui d'Elu de la Voûte sacrée de Jacques VI

Ces Puissances ne perdent pas une occasion de manifester leur indi­vidualité et de revendiquer leur indépendance. C'est ainsi que des loges

du Grand Orient ayant vers 1780 projeté d'armer des vaisseaux à leurs frais pour la guerre d'Amérique, la Mère-Loge du Rit Ecossais mit la question à l'étude et rejeta la proposition comme enfreignant les princi­pes de l'Institution maçonnique. Puissance spirituelle, la Franc-Maçonne­rie n'avait pas à intervenir dans cette guerre et devait respecter la neutralité traditionnelle de l'Ordre

Notons cependant qu'en dépit des divergences entre les autorités les frères devaient avoir des rapports moins tendus que leurs chefs. On rencontre même des cas non douteux de double appartenance (18).

Loges militaires et loges d'Adoption

On s'étonnerait si nous ne parlions pas des maçonneries originales ou parallèles que constituent les loges militaires et les loges féminines.

Des ateliers existaient dès avant 1773 dans divers régiments. On attribue à plusieurs d'entre elles l'introduction de la Maçonnerie en France, mais elles paraissent bien mythiques.

Par contre, nous avons trouvé dans le tableau de 1771 de la Grande Loge de France deux loges « ambulantes » qui ne pouvaient guère être que régimentaires. On parle à Metz d'une loge de La Parfaite Union ou des Chasseurs de Berchény (1775). Existent aussi une loge au titre distinctif La Militaire dite La Royale fondée avant 1765 à l'Orient du Corps Royal d'Artillerie, et une loge au corps des Grenadiers de France, Les Enfants de la Gloire

Le nombre et l'importance de ces ateliers s'accroît singulièrement entre 1773 et 1789. Ils se multiplient au point qu'un régiment sur trois compte un atelier parfois doublé d'un chapitre

Certaines ne sont cependant pas souchées sur les tableaux du Grand Orient, comme la loge de Bourbon Infanterie qui figure au tableau de la Grande Loge en 1778 (Vénérable de Fréval) ou celle de Beaufremont-­Dragons (Vénérable de Varennes).

Mais c'est au cours des guerres de l'Empire que cette forme de Maçonnerie se développera dans l'armée et dans la marine d'une façon extraordinaire, essaimant en pays étranger au point que des dizaines de loges portent encore les noms français qui leur ont été donnés alors.

Quant aux Loges d'Adoption », ce qu'en disaient Antonio Coen et Michel Dumesnil de Gramont reste valable

« Le duc de Luxembourg, pour affermir son oeuvre, eut une idée heu­reuse. Depuis la création de la Franc-Maçonnerie, les femmes y étaient considérées comme indésirables. C'était un Landmark (borne ou loi) fixé par le Livre des Constitutions et observé par l'universalité des francs-maçons, qui ne pouvait être transgressé sans susciter de la part de l'étranger des représentations dangereuses et la mise à l'index de l'Institution française.

Seulement, en France, le beau sexe a toujours eu une influence considérable ; sa prospection ne manquait pas de susciter des propos malveillants et des protestations intéressées.

D'autres sociétés s'étaient unies à l'instar de la Franc-Maçonnerie, qui admettaient les femmes et qui risquaient de compromettre le bon renom de celles-ci, d'autant plus que leurs jeux n'étaient pas toujours de la plus parfaite innocence. Le Grand Orient résolut de remédier à cet état de choses en fondant un organisme à part qui, faisant tout de même collaborer les dames au labeur maçonnique, leur donnait satisfaction sans attenter aux règles de l'Ordre.

C'est ainsi que furent créées les Loges d'Adoption qui, « souchées » sur un atelier masculin, avaient pour mission de réaliser des oeuvres de bienfaisance qui constituaient une des branches de l'activité maçon­nique. Les sœurs avaient un rituel des signes et des mots de reconnaissance particuliers, et comme les frères pouvaient assister à leurs réunions — alors que la réciproque n'existait pas — le principe était sauf.

Sous leur impulsion, des fêtes, des « tenues blanches » s'organi­sèrent où la Société — on dirait le monde aujourd'hui — prenait un agré­ment délicieux. Nous précisons « la Société » parce que les familles de la grande noblesse se trouvaient représentées dans cette franc-maçon­nerie d'adoption, à laquelle le Grand Maître, le duc de Chartres, avait initié sa femme et sa sœur, la duchesse de Bourbon, qui en devint la Grande Maîtresse

Source : www.ledifice.net

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La Franc-Maçonnerie est de retour en Irak

11 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

 

La  franc-maçonnerie est de retour en Irak. Présente dans le pays dès la fin du 19ème siècle, au sein des organisations secrètes qui ourdissaient le renversement du sultan ottoman Abdul Hamid II, elle s’est véritablement implantée en Mésopotamie pendant l’occupation du pays par les Britanniques. Interdite après la révolution républicaine du 14 juillet 1958 pour collaboration avec l’ennemi, accusée d’espionnage, elle est réapparue plus ou moins ouvertement depuis avril 2003 à l’initiative des loges militaires étatsuniennes, anglaises, voire italiennes, ou des opposants regroupés par la CIA dans le Congrès National Irakien d’Ahmed Chalabi.

L’effondrement de l’Empire Ottoman sous les coups de boutoirs des Jeunes-Turcs et de leur Comité Union et Progrès - dont les dirigeants étaient liés au Grand Orient de France (GODF) ou à celui d’Italie - projeta la Mésopotamie dans l’orbite britannique. La franc-maçonnerie qui y aurait été introduite par Youssef al-Hajj, un journaliste libanais, futur Grand maître régional, s’y est développée dès la Première guerre mondiale à l’initiative des loges de l’Armée des Indes. La première, dite Mesopotamia 3820, date de 1917, celle de Bagdad, de 1919. Dans les années 50, neuf loges opéraient en Irak pour le compte de la Grande Loge d’Angleterre, plus la Loge Faïha de rite écossais. Son interdiction, suite à l’abolition de la monarchie par le général Kassem, fut criminalisée en 1975 par le Parlement irakien qui vota une loi l’assimilant à une organisation sioniste, et on n’entendit plus parler des francs-maçons irakiens ensuite, si ce n’est parmi les monarchistes réfugiés à Londres.

Lorsque George Bush père - ancien directeur de la CIA, Souverain Grand Inspecteur Général (33°degré du Rite écossais ancien et accepté) - prit la décision d’attaquer l’Irak, il allait de soi que la franc-maçonnerie serait aussi de la partie, mais il fallu attendre la dernière guerre du Golfe pour que ses activités publiques soient connues.

Une loge dans un attaché case !

En décembre 2006, Richard Filippi, membre de la Loge du roi Salomon, a raconté dans la revue maçonnique Philaleths, sa première rencontre avec un franc-maçon irakien. C’était en 2001, dans un ascenseur, lors d’un stage de formation organisé en Floride, pour étudier les relations que devaient entretenir les civils et les militaires dans un pays « libéré ». Des membres du Congrès National Irakien y participaient. Parmi eux, le lieutenant-colonel kurde Yarab, un opposant réfugié aux Etats-Unis après la Première guerre du Golfe. Au cours d’une pause, l’homme avait pris l’ascenseur avec lui, bloqué l’appareil entre deux étages, et lui avait demandé: « Vous êtes l’un d’entre eux, n’est ce pas ? ». Il avait d’abord cru avoir à faire à un dingue. Ce n’est que lorsque le Kurde a montré sa main droite et le signe dessiné qu’il comprit. Il répondit « Oui », à tout hasard. Yarab, enthousiaste, lui dit : « Moi aussi, frère ! ». Alors, ils devinrent comme des amis d’enfance, dit Filippi. Yarab lui apprit qu’il y avait encore des francs-maçons en Irak, même s’il n’y avait pas de loge. Son grand-père, ancien colonel, en était un.

La première manifestation visible de la franc-maçonnerie en Irak depuis son interdiction fut la création de la Loge Terre, Air et Mer n°1 par la Grande Loge de New York, en mai 2005. Sur la base de Balad, près de Ramadi, le major Walter, son grand maître, remercia le « Grand Architecte de l’Univers » pour cet événement qui permettrait peut être, dit-il, de faire « sortir une loge irakienne de la clandestinité ». Il attend toujours ! Emulation oblige, La Lumière du Nord annonça que le « frère .˙. » Sam Lee - de la Loge Maître de Hiram 40, de Caroline du Nord - organisait des réunions maçonniques sous la tente, en plein désert. Et, dans la foulée la Grande loge du Nebraska lança le programme « Une loge dans un attaché case » (!), celle du Massachusetts, l’opération Masonic Troop Support Program, tandis qu’à Bagdad, la Loge militaire Euphrate 152 se mobilisait pour lutter contre le suicide dans les forces armées. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un « frère .˙. » muté dans une base en Irak ou en Afghanistan s’enquiert sur Internet pour savoir s’il y a un temple maçonnique. A lui ensuite de vérifier si la loge dont il dépend aux Etats-Unis reconnaît l’obédience qui y opère. La plupart des grandes loges sudistes, par exemple, pratique toujours la ségrégation et refuse de reconnaître celle de Prince Hall, la franc-maçonnerie noire.

Les sectes islamiques en ligne de mire

Les anciens opposants à Saddam Hussein étant trop discrédités pour recruter de nouveaux membres, les maçons étrangers approchent les « kolabos » de tous poils, militaires ou tribaux, ou potentiels : les universitaires et les notables religieux avec une prédilection pour les cheikhs des confréries soufies et des sectes chiites, en raison des concordances entre leurs rituels et secrets et ceux des obédiences maçonniques*. Les loges mères américaines espèrent attirer des nationalistes modérés proches de la résistance, comme la CIA a recruté des membres d’Al-Qaïda en Mésopotamie pour ses milices tribales. Pour les patriotes irakiens, le scénario est cousu de fil blanc. Il est en tous points identique à celui joué par la franc-maçonnerie à l’époque coloniale. Les loges s’investissent d’abord dans l’aide à l’émigration et dans l’action humanitaire, puis elles se transforment en laboratoire d’idées permettant de reconstruire la société sur des bases conformes aux intérêts de l’occupant. Le magazine Freemason Today décrivait fin 2005 les distributions de crayons et de cahiers à colorier, à Bassora, par des francs-maçons écossais et anglais poursuivis par des enfants criant : « Mister, donne moi un dollar ». Le journaliste ne cachait pas que les « frères .˙. » étaient aussi reçus par des jets de pierres. Il ne fait aucun doute que les franc-maçons irakiens devenus opérationnels risqueront, eux, tout simplement leur vie.

En 1964, conscient des menaces qui pesaient déjà sur les francs-maçons arabes, le Grand maître jordanien Fahmi Sidqi al-Amari parlait franchement d’instrumentalisation des loges par les occidentaux et Israël, expliquant à la convention mondiale de la maçonnerie, que « la maçonnerie est plurielle ; les impérialistes l’utilisent dans leur but, les sionistes dans le leur ». Même si, à la différence des francs- maçonneries anglo-saxonnes, le Grand Orient de France s’est opposé à la dernière guerre du Golfe, c’était pour proposer de « chasser Saddam Hussein par d’autres moyens ». L’obédience française qui a joué un rôle dans l’essor des mouvements indépendantistes arabes dans l’Empire ottoman, est dénoncée, depuis, pour son athéisme. Au Proche-Orient, par les temps qui courent, c’est rédhibitoire

source : www.france-irak-actualite.com

 

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La Grande Loge Nationale de Maurice

11 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

La Franc-maçonnerie a été introduite à Maurice par les Français qui ont occupé l'île de 1715 à 1810. La première loge, LA TRIPLE ESPERANCE, sous la Charte du Grand Orient de France, a été constituée et consacrée en 1778. A compter de cette date La Franc-maçonnerie française, en dépit de toutes les entraves, a prospéré. Elle a continué à prospérer pendant l'occupation britannique (1810-1968) et même après que l'Ile Maurice ai acquise son indépendance de l'Angleterre en 1968. A ce jour les Grandes Loges Française les plus importantes sont représentées à l'île Maurice, à savoir, - Le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, le Droit Humain (mixte), Grande Loge de Memphis-Misraïm et la Grande Loge Féminine de France.

La première Loge anglaise, qui œuvrait à l'île Maurice a semblé être une Loge Militaire Irlandaise en 1848. Plusieurs loges anglaises (anglaise, écossaise et irlandaise), principalement des loges militaires, ont été par la suite constituées, mais, seulement deux ont survécu au tournant du XXe siècle.

Lodge Friendship n ° 439 (SC) consacrée en 1866
Lodge of Friendship n ° 1696 (CE) consacrée en 1877

Depuis 1877, aucune loge maçonnique régulière n’a été consacrée à l'île Maurice. Cependant, en 1992, un heureux événement s'est produit lorsque de nombreux frères mauricien ont demandé à la Grande Loge Nationale Française (GLNF), la seule loge maçonnique régulière en France, un mandat de créer un loge francophone régulière à l'île Maurice. Cette Loge pris le nom de Louis Auguste Ormières n ° 710, consacrée le 23 Janvier 1992 par TVF FF. Jean Charles FOELLNER, Ass. Grand Maître de la GLNF et le TRF FF. Lindsay Descombes, l'un des pétitionnaires, précédemment maître de la Loge écossaise n°. 439, fut installé en tant que premier vénérable de cette Loge. Le RF FF. Kurt BARNES, un autre pétitionnaire qui a joué un rôle central afin de mener le projet à terme, était installé comme Maître Honorable de cette nouvelle Loge.

Cet événement a été un tournant dans l'histoire de la franc-maçonnerie régulière à l'île Maurice et les frères de plusieurs Loges centenaire anglaises et écossaises, qui avait opéré dans l’isolement, rejoignirent la loge française nouvellement constitué, et pour la première fois, les Frères ainsi regroupés ont commencé à parler ouvertement de la création d'une Grande Loge Nationale régulière.

De 1992 à 2002, cinq nouvelles Loges régulières françaises furent constitués à l'île Maurice. Une sixième Loge, la Trinity Lodge No. 925, consacrée le 31 Mars 2001, tient son mandat de la Grande Loge d'Irlande. Comptait parmi les signataires de la pétition de la loge Irlandaise beaucoup de frères des loges françaises nouvellement créés.

Le 14 Décembre 2002, avec l'accord de la Grande Loge Unie d'Angleterre, la Grande Loge d'Irlande et la Grande Loge d'Ecosse, la Grande Loge Nationale Française a constituée et consacrée la Grande Loge de District de Maurice et a placé les six loges francophone consacrée depuis 1992 sous l'autorité dudit district, et c’est le TR Frère. Lindsay DESCOMBES qui a été nommé Grand Maître de ce district. L’histoire veut que le franc-maçon premier à occuper un tel poste avant le TR Frère. DESCOMBES Lindsay à l'île Maurice a été R. W. FF. Sir Robert Farquhar, le premier gouverneur britannique de l'île Maurice, qui a été nommé Grand Maître provincial en 1811. Deux nouvelles loges ont été créées sous l'autorité du district de l'île Maurice.

Le 12 Mars 2005, à l'occasion de la date du 37e anniversaire de l'indépendance de l'île Maurice et 227 ans après l'introduction de la franc-maçonnerie à l'île Maurice, la Grande Loge de Maurice a été consacrée par la Grande Loge Nationale Française qui a transféré les huit loges sous sa juridiction au registre de la Grande Loge de Maurice. Le TRF FF. Lindsay DESCOMBES a été installé comme le premier Très Vénérable Grand Maître de la Grande Loge de Maurice.

Dans une décision sans précédent, le 9 Mars 2005, la Grande Loge Unie d'Angleterre accorde la reconnaissance à la nouvelle Grande Loge de Maurice, suivie par la Grande Loge Nationale Française et la Grande Loge de l'Inde, le 12 Mars 2005.

Aujourd'hui, la Grande Loge de Maurice est reconnue par la plupart des Grandes Loges les plus importantes dans le monde.

Huit nouvelles loges ont été consacrées de 2005 à 2010 portant le nombre total de loges, sous la houlette de la Grande Loge de Maurice, à seize et pratiquant des rites différent.

Source : http://glmasonica.com

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Delving Further Beyond the Craft

11 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #hauts grades

 

par le Rev. Neville Barker CRYER. Lewis Masonic, 2009.

 

Le dernier ouvrage du Rev. CRYER se présente sous la forme d'un petit opuscule d'à peine une centaine de pages consacré à ce que nous nommons les « grades additionnels ».

 

Le titre peut se traduire par « Pour approfondir ce qui se situe au delà du Métier » mais c'est aussi un clin d'oeil au livre de Keith B. JACKSON qui porte le titre de « BEYOND THE CRAFT ».

 

L'ambition de notre F. CRYER n'est pas de concurrencer le livre de JACKSON ni de s'y substituer. En fait, il s'agit d'une tentative de développer certains aspects historiques relatifs aux « side degrees » anglo-saxons et surtout, autant que faire se peut d'en donner l'origine réelle et même d'en démontrer l'ancienneté.

 

Pour cela, CRYER a du se cantonner à quelques uns de ces side degrees. Il a donc sélectionné les grades suivants qui donnent leurs titres aux chapitres de son livre :

 

1. La piste de la Maçonnerie de la Marque.

2. A la découverte des origines du grade de Marinier de l' Arche Royale.

3. Les racines du grade du Moniteur secret.

4. Les origines cachées des grades cryptiques.

5. D'où proviennent les différents grades maçonniques alliés ?

6. Le Rite Ancien Accepté.

7. D'où pouvait provenir le grade de la Croix Rouge ?

8. Les grades annexes du Saint Sépulcre et de Saint Jean l'Evangeliste.

9. En suivant le chemin de nos racines chevaleresques.

10. Quand, comment et où ont commencé les Chevaliers Templiers Prêtres du Saint Arc Royal ?

 

On se rend compte tout de suite qu'il n'est pas facile de présenter en quelques minutes un compte rendu exhaustif de ce qui paraissait, au départ, être un petit livre.

 

Nous savons tous, que chacun des chapitres cités mériterait à lui tout seul une ou deux heures d'explications détaillées ; c'est impossible ici, et nous devons nous contenter de les survoler en essayant d'en tirer les éléments les plus importants.

 

C'est ce que nous nous sommes efforcés de faire en supposant que l'on connaisse dans ses grandes lignes l'histoire générale des side degrees anglo-saxons.

 

  1. La piste de la Maçonnerie de la Marque.

 

L'idée qui prédomine chez CRYER est que les side degrees sont bien plus anciens qu'il n'y paraît même et surtout si leurs formes ont évolué à travers les siècles. Si en 1769, Thomas DUNCKERLEY introduit le grade de la Marque au sein de son chapitre, il ne faut pas oublier que l'on trouve trace de la pratique de ce grade et avant l'action de DUNCKERLEY dans des loges de villes comme Newcastle, Gateshead, Sunderland et Durham...

 

Il n'est pas douteux qu'au 18ème siècle, la Marque, sous une autre forme que maintenant existait en divers endroits et était liée à la pratique de l'Arc Royal avec des influences irlandaises...

 

Ce qui s'est passé en 1856 n'a été qu'une uniformisation des rituels, une organisation centralisée qui permettait à toutes les loges d'avoir, en apparence, une pratique commune.

 

Le Suprême Grand Chapitre de l'Arc Royal d'Ecosse était désireux de ne pas jeter de l'huile sur le feu entre des FF. qui avaient reçu ce grade en Ecosse et ceux qui le pratiquaient déjà en Angleterre.

 

Le rituel fut uniformisé, par exemple, certaines loges avaient des inspecteurs, d'autres pas, ce fut une version qui fut adoptée et qui impliquait un rituel d'ouverture et de fermeture différent d'autres pratiques. Un seul tracing board fut aussi adopté mais il y en avait d'autres qui étaient différents.

 

2. A la découverte des origines du grade de Marinier de l' Arche Royale.

 

Si l'on dit toujours que la plus ancienne mention de l'Ark Mariner se situe en 1790 dans la ville de Bath sous l'impulsion du F. Ebenezer SIBLY, CRYER ne manque pas de faire remarquer qu'une forme de ce grade était pratiquée vers 1765 sous l'égide du « Early Grand Encampment of Ireland ».

 

D'autre part, la légende de Noé est très présente dans les premiers temps de la Franc-Maçonnerie spéculative, après tout, il n'y a qu'à se reporter aux constitutions de 1723.

 

La figure de Noé n'aurait elle pas pu s'imposer face à celle d'Hiram Abif ?

 

Le manuscrit Graham ne présente t il pas une légende similaire à celle d'Hiram mais dont le personnage central est Noé relevé par ses trois fils ? Et ce texte se situe dans les années 1726 ? CRYER pense comme d'autres érudits qu'il est plus ancien (1672).

 

CRYER pense qu'Hiram a pu supplanter Noé parce que ce dernier avait un aspect trop « médiéval », trop catholique aux yeux des fondateurs de la G.L de 1717...

 

Il n'empêche que ce grade pu se maintenir ici et là.

 

Après tout, dès 1816, le F. DARRINGTON manifestait son intention de faire revivre ce grade.

 

Et les rituels du Royal Order of Scotland en font mention en 1730 !

 

3. Les racines du grade du Moniteur secret.

 

Ce grade, moins connu, aurait selon la tradition, des origines néerlandaises mais, comme l'écrit CRYER, rien ne le confirme et cette hypothèse serait récente.

 

Toutefois, il existe un ouvrage intitulé « Les règlements, statuts, constitutions et cérémonies de l'Ordre de Jonathan et David et Jésus Christ » datant de 1773 dont un exemplaire est conservé dans la bibliothèque du Grand Orient des Pays Bas.

 

Ce livre aurait influencé un F. BOLT pour introduire ce grade dans sa loge « Concordia vincit animos » créée en 1755 par la Grande Loge d'Ecosse.

 

Mais, est ce concluant ?

 

A la mort du F BOLT, en 1793, on ne trouve plus trace de cet ordre en Hollande et ce n'est qu'en 1875 qu'il sera introduit en Angleterre par le F. ZACHARIE de retour des U.S.A.

 

Là encore, c'est un retour tardif et CRYER suppose que ce grade pratiqué aux U.S.A. pourrait lui aussi, sous une forme différente provenir du « Early Grand Encampment » qui, nous l'avons vu, gérait une grande quantité de grades divers.

 

Le rituel utilisé de nos jours, lui a été modifié à la fin du XIXème siècle avec la création au sein de chaque conclave de nouveaux officiers « les diacres visiteurs » au nombre de quatre au minimum, afin de rendre visite et d'assister les FF. dans le besoin, et d'assurer le lien entre l'Ordre et ceux que les vicissitudes de la vie empêchaient de se déplacer.

 

Ce qui est bien le moins pour une organisation qui repose sur une légende mettant en valeur l'amour fraternel.

 

4. Les origines cachées des grades cryptiques.

 

Le Grand Conseil des Royal and Select Masters d'Angleterre a été constitué le 29 juillet 1873 par quatre conseils qui eux mêmes émanaient du Grand Conseil de l'Etat de New York.

 

Là aussi, on peut envisager selon CRYER deux pistes complémentaires, une qui reprend des grades pratiqués en Angleterre au 18ème siècle, l'autre qui fait appel à des grades qui ont été transformé aux U.S.A. durant le 19éme siècle.

 

Il est certain que les grades cryptiques ont toujours été liés à l'Arc Royal ou considérés comme des préliminaires à l'Arc Royal.

Mais aux Etats Unis, au début du 19ème siècle, il n'était pas rare que ces grades cryptiques soient rattachés à un Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien Accepté !

 

De plus, les loges militaires sous patentes irlandaises ou écossaises avaient répandus durant le 18ème siècle une quantité considérable de grades qui avaient séduits de nombreux FF. dont, d'après CRYER, le F. DUNCKERLEY lui même.

 

Il faut donc accepter l'idée que tous ces grades, comme celui de Super Excellent Maître ont des origines britanniques mais ont été modifié aussi outre atlantique.

 

Par exemple, les grades de Royal and Select Masters ont été sous la coupe du REAA, le grade de Super Excellent préliminaire à l'Arc et le Most Excellent préliminaire au Knight Templar !

 

Tout cela n'est pas simple car il faut bien avoir à l'esprit que les dénominations actuelles ne recouvrent pas les mêmes grades !

En Irlande vers 1810 on pratiquait les grades d'Excellent Maître, de Passé Maître, de Super Excellent Maître, d' Arc et d' Arc Royal ( liste de FOWLER ).

 

Le Super Excellent correspondait au passage des voiles et l' Arc était le nom du Most Excellent !

 

La chronologie de ces grades a été étudié ici et nous ne pouvons nous en tenir qu'à notre séquence de Maître, Maître Maçon de la Marque, Passé Maître, Excellent Maître et Compagnon de l'Arc Royal.

 

5. D'où proviennent les différents grades maçonniques alliés ?

 

Ce chapitre est certainement le plus compliqué voire le plus confus du livre de CRYER, sans nuance péjorative, mais parce que le sujet lui même semble inextricable même si comme d'habitude, tout commence officiellement à la fin du 19ème siècle, en 1880 à Londres où quelque FF. eurent l'idée de réunir dans une même organisation des grades qui existaient de façon éparse.

 

A l'origine de cette initiative, le F. Kenneth Mc KENZIE impliqué dans la pratique des side degrees et bénéficiant de l'appui du Révérend G. PORTAL, G.M. de la Marque. Le Grand Conseil des Grades Maçonnique Alliés était né.

 

Ce qui ne nous apprend rien sur leur origine, aussi il faut les considérer un par un et se pencher sur chacun d'entre eux.

 

Pour mémoire, nous rappelons leur intitulé :

 

a) Maçon de Saint Laurent le Martyr.

b) Chevalier de Constantinople.

c) Grand Tuileur du Roi Salomon.

d) Croix Rouge de Babylone.

e) Grand Prêtre.

 

a) C'est dans le Lancashire que CRYER trouve trace d'une loge qui se tenait à Colne et qui pratiquait ce grade dans les années 1730.

L'origine en est obscure et difficile à démêler. La tradition nous dit que ce grade avait pour but de distinguer les maçons opératifs des non-opératifs ! Ce qui laisse perplexe mais pourquoi pas ?

 

C'est ce que pense CRYER. Idem pour l'implantation dans le nord du pays.

 

Pour ce qui concerne le thème de ce grade, le martyr de Saint Laurent, il était assez populaire dans cette région. Au Moyen Age, Lancashire et Yorkshire étaient des zones de traditions y compris en ce qui concerne la Marque et ce , malgré l'Union de 1813...

 

b) Quand on a dit que ce grade était pratiqué aux U.S.A. en 1831 on pense avoir tout dit ! Mais ce serait trop facile. Il semble que ce soit par l'intermédiaire de loges militaires de la région de Plymouth d'après des recherche menées par Frederick SMYTH que ce grade se soit répandu mais il existait avant l'union de 1813.

 

Le rituel actuel le présente comme un vrai side degree et insiste sur le fait qu'autrefois, ce grade pouvait être conféré d'un F. à l'autre par une simple obligation et communication de secrets d'un F. à l'autre hors d'une tenue.

 

c) Ce grade a deux noms dont celui de Maître Elu des vingt sept.

 

Une fois de plus, ce grade est revenu des U.S.A. en 1893.

Il présente des similitudes avec le grade de Select Master ainsi qu'avec celui de Secrétaire Intime du REAA.

 

Les choses se compliquent si l'on sait qu'un grade similaire était pratiqué aux U.S.A. en 1761.

 

d) Toujours lié à l'Arc Royal, ce grade est connu comme celui du « passing the bridge ».

 

En Ecosse, on le nomme « babylonian pass ». En Irlande, il appartient aux Knight Masons of Ireland.

 

Il a pour légende la reconstruction du second Temple et le candidat se nomme Zorobabel.

 

On est assuré qu'il est pratiqué à Bristol depuis au moins 1780.

 

Le rite de Lambert de Lintot avait un cinquième grade similaire, car une de ses caractéristiques est qu'il se déroule en deux parties en deux endroits : un chapitre de l'Arc Royal et la Cour du Roi de Perse.

 

e) On sait qu'un grade portant ce nom existait en 1829 en Amérique,

qu'il était en étroite relation avec l'Arc et en la personne de Josué, premier Principal dans un chapitre américain, cette qualification était obligatoire.

 

Mais on sait aussi qu'antérieurement un ordre de Melkissedec était pratiqué vers 1788.

 

Dans le manuel de WEBB, il est nommé « Ordre de la Haute Prêtrise ».

Pour CRYER, cet ordre trouve son origine dans le Lancashire et le Yorkshire et est de la plus haute antiquité.

 

6. Le Rite Ancien Accepté.

 

Nous avons choisi de faire l'impasse sur ce chapitre car il n'apporte aucun élément nouveau et s'adresse aux FF. Anglais qui n'auraient aucune notion concernant ce grade. Il se contente d'un résumé des origines supposées de ce rite, des aventures d'Etienne MORIN, de FRANCKEN et de GRASSE TILLY aux Indes Occidentales et de leur rite de Perfection en rapport avec la Maçonnerie américaine.

Pour CRYER, le grade de Rose Croix ou Nec Plus Ultra était pratiqué au sein des Knights Templar « Encampments » comme à Bristol dans les années 1770.

 

Ce n'est qu'en 1846 qu'apparut le Suprême Conseil d'Angleterre sous la direction du Dr. CRUCEFIX à l'initiative du S.C. Juridiction nord des U.S.A. Et que le R.A.A. prit son autonomie.

 

7. D'où pouvait provenir le grade de la Croix Rouge ?

 

Quand on sait qu'un grand nombre de grades font référence à la Croix Rouge, on se doute bien qu'il n'est pas facile de démêler l'écheveau de cette famille de grades...

 

C'est en 1865 que R.W. LITTLE assisté de W. HUGHAN et de W. H. WHITE ont constitué le Grand Conclave Impérial de la Croix Rouge de Constantin mais ce grade est mentionné dans le livre de R. CARLILE en 1825.

 

En 1790, il semble qu'un grade de la Croix Rouge de Palestine ait été pratiqué à Londres.

 

Nous manquons une fois de plus de précisions, de documents fiables en la matière.

 

CRYER cite cependant un texte écrit par un grand historien de la Maçonnerie, le F. George DRAFFEN, Grand Officier de la G.L. d'Ecosse et spécialiste des ordres de chevalerie.

 

Ce F. pensait que là aussi, ce grade venait d'Irlande et était une émanation encore une fois du « Early Grand Encampment » qui, nous l'avons vu, avait sous sa coupe plusieurs dizaines de side degrees et ce sans doute depuis les années 1770.

 

Il était courant que des FF. Ecossais se rendent en Irlande, surtout dans le comté de Cork pour y recevoir des side degrees et ce avant 1770 !

 

Un document irlandais, une patente de K.T. date après tout de 1759 !

Un autre document d'importance indique que le F. Robert GILL participa à la fondation du « Cross of Christ Encampment of Knights Templar » en 1795.

 

Les minutes de cet organisme prouvent que la Croix Rouge de Constantin était pratiquée en 1796 !

 

R.W. LITTLE dans son texte de présentation rédigé en 1868 n' écrivait pas que de l'histoire légendaire.

 

8. Les grades annexes du Saint Sépulcre et de Saint Jean l'Evangéliste.

 

Il est toujours question du « Early Grand Encampment » irlandais qui aurait pratiqué ces deux grades dans les années 1770.

 

La qualification d'être maçon de l'Arc Royal a toujours été exigée pour y être reçu.

 

Il est bien entendu chrétien et constitue une interprétation conforme à la foi chrétienne de ce qui est découvert lors de la cérémonie de l'Arc Royal...

 

9. En suivant le chemin de nos racines chevaleresques.

 

CRYER estime que la référence à la loge de Stirling Kilwinning en 1743 est fiable, avis qui n'est pas partagé par tous les historiens de la Maçonnerie.

 

Cependant, et ce chapitre n'apporte rien de nouveau sur cette question, notre auteur pense qu'il faut chercher du côté de la ville d'York et toujours vers l'Irlande où quand même vers 1740 on trouve une étroite connexion entre l'Arc Royal et la chevalerie maçonnique, par exemple une légende qui se rapporte à une certaine découverte effectuée dans les fondations du temple du temps du roi Josias (voir Livre des Rois II, 22) ainsi qu'un grade de Chevalier de la Croix Rouge se situant autour de Babylone.

 

CRYER est persuadé que les loges militaires irlandaises ont largement contribué à diffuser grades et légendaire chevaleresque dès les années 1750.

 

10. Quand, comment et où ont commencé les Chevaliers Templiers Prêtres du Saint Arc Royal ?

 

La difficulté, encore une fois, est que ce grade est connu sous diverses appellations comme « L'Ordre de la Prêtrise du Temple » ou « Ordre de la Sainte Sagesse ».

 

Son origine, mais c'est une banalité, serait irlandaise et officiellement attestée en 1792 à Anahilt au nord de l'Irlande mais serait d'une plus grande ancienneté.

 

Le rituel utilisé fait référence au livre des Proverbes (IX, 1) : « La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes. »

Lors de la cérémonie de réception, il y a sept officiers, chacun en charge d'une colonne ou d'un pilier.

 

Le caractère chrétien de ce grade est clair et la qualification est d'être Maître Installé, Maçon de l'Arc Royal et Chevalier Templier.

Précisons enfin, que le Grand Collège gère trente et un grades conférés par communication et dont l'origine irlandaise est évidente.

Voilà ce que nous pouvions dire succinctement du livre de notre F. Neville Barker CRYER.

 

Un petit livre, certes, mais qui ouvre de nombreuses pistes de recherches inépuisables et dont on peut tirer une idée dominante : contrairement à ce que l'on écrivait autrefois, la plupart des side degrees sont plus anciens et remontent plus loin dans le temps que certains érudits ne le pensent encore.

 

Dès le dix huitième siècle, vers les années 1760, on voit apparaître ça et là les premiers side degrees pratiqués souvent dans des loges militaires et dont les origines sont à chercher en Irlande.

 

C'est, selon nous, la principale leçon que l'on doit tirer de ce livre tout en le considérant comme le complément indispensable du livre de notre F. Keith B. JACKSON « Beyond the Craft » dont il constitue un très utile développement.

 

Source : http://liberlatomorum.jimdo.com/

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Un marin hors du commun : le Commodore John Paul Jones (1747-1792)

11 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

John Paul embarqua comme mousse à l'âge de douze ans sur le Friendship. Enthousiasmé par le voyage, il devint troisième lieutenant sur le King Georges puis sur le Two Friends, deux navires qui se consacraient au transport des esclaves entre la Côte d'Afrique et la Virginie. John fut rapidement écoeuré de ce trafic honteux mais il acquit ainsi une expérience considérable au point qu'en 1769, il se vit confier le commandement du John, en ligne sur les Antilles, à la suite du décès en mer du capitaine et de son second.

L'escale à Tobago fut dramatique. Voulant s'interposer dans une rixe entre matelots, John blessa gravement l'un d'eux, Mungo Maxwell, qui décéda peu de temps après. Sa réputation d'homme violent était faite ; il rentra en Amérique et, à Fredericksburg, rencontra le secrétaire à la Marine, qui lui suggéra de changer de nom. C'est ainsi que John Paul devint John Paul Jones... Grâce à ce stratagème il échappa à la cour martiale puis se fit discret au point qu'on perd sa trace jusqu'en en 1776 - année où il sollicita du Congrès américain un embarquement comme capitaine corsaire dans la flotte des Insurgents. Il a trente ans et le voici bientôt, le 14 juin 1777, commandant du Ranger après avoir fait la preuve de ses talents nautiques sur divers petits navires. La veille, La Fayette était arrivé en Amérique.

Le jeune capitaine ira alors de succès en succès. Sa mission est claire: rejoindre la France au plus tôt et monter à Paris pour informer Benjamin Franklin de la victoire des Insurgents à Saratoga. En route, John Paul s'empare de deux bricks anglais et arrive sain et sauf à Paimbeuf le 2 décembre. Il se plaît en France, mais s'y ennuie. Le 21 septembre John demande au duc d'Orléans de lui donner un commandement. Sans réponse, il écrit au roi! Louis XVI le convoque le 17 décembre et lui donne le Duras, un ancien navire de 40 canons de la Compagnie des Indes. John saisit l'occasion et demande au souverain l'autorisation de rebaptiser le navire Bonhomme Richard, du nom de la revue (Poor Richard Almanach) publiée par Benjamin Franklin à Philadelphie.

Les événements se précipitent: John reçoit l'ordre de rejoindre Lorient au plus vite pour y préparer le convoyage de troupes vers l'Amérique. Le 19 juin il appareille à bord du Bonhomme Richard. Quelques navires de commerce profitent du convoi. A peine sortis du port breton, les escarmouches contre les Anglais se multiplient au point que Jones doit mettre sa petite escadre à l'abri sous l'île de Groix pour y réparer.

Nous passerons sur le combat naval qui fit la gloire de John Paul Jones contre le Serapis en mer du Nord, le 23 septembre; le combat qui se termina par la perte du Bonhomme Richard, est connu. La victoire est indiscutable mais John, dont le caractère devient impossible, rencontre des difficultés de tout ordre, en particulier avec son ancien second Peter Landais, escroc notoire à la santé mentale fragile.

La guerre d'Indépendance des Etats-Unis se termine par le Traité de Versailles du 3 septembre 1783. Hormis une courte campagne le long des côtes vénézuéliennes avec l'escadre française de Vaudreuil, John Paul n'aura plus d'activités navales depuis son retour sur le sol natal. L'oisiveté lui pèse. Pour joindre l'utile à l'agréable, il sollicite du Congrès un poste de ministre plénipotentiaire à Paris où il arrive le 6 décembre. Jones va alors dicter à un secrétaire son Journal de campagne qu'il a l'intention de faire éditer et d'offrir à Louis XVI dans l'espoir d'obtenir du roi un commandement dans la marine française, mais le projet échouera et le texte ne sera publié aux Etats-Unis qu'au début du siècle suivant pour tomber rapidement dans l'oubli, tant son auteur avait pris de libertés avec l'histoire, s'attribuant a posteriori d'innombrables initiatives qui eussent pu hâter favorablement le déroulement de la guerre, la victoire des Insurgents et la déroute des Anglais par sa seule action! Fort heureusement une version plus historique des véritables exploits de John Paul Jones - en particulier le combat naval contre le Serapis - figurent en bonne place dans le fonds Marine de nos Archives nationales.

A l'été 1787 le voici de retour à Paris, cette fois avec un projet précis en tête: le gouvernement russe, alors en guerre contre les Turcs, cherche un commandant en chef pour ses escadres de la Mer Noire. C'est la grande Catherine II elle-même qui le requiert; l'impératrice a entendu parler des hauts faits du corsaire qui vient d'être promu capitaine de vaisseau. Le 18 avril 1788 Jones donne son accord. Il est aussitôt nommé major général et contre-amiral - titre qu'il a mis comme condition à son accord - et commandant en chef des armées navales russes; il arrive à Saint-Petersburg quelques jours plus tard. Le 26 mai il met sa marque sur le Vladimir mais des conflits de personnes vont envenimer la situation.

Il eut mieux fait de demeurer en France. Non seulement il ne brillera pas en Russie, mais ses quelques victoires sur la flotte turque (17 juin 1788) seront attribuées à d'autres. Il a cessé de plaire et se verra retirer son titre en octobre. Après deux années passées au service de la Russie, il rentre en France épuisé et malade, écoeuré par les intrigues dont il avait été victime, pour y trouver les premières convulsions révolutionnaires. L'amertume dès lors ne quittera plus John Paul Jones. A quarante-trois ans, il s'enfonce dans une solitude quasi-névrotique, ne cherche plus à revoir ses compagnons d'antan comme d'Estaing ou La Fayette, pris dans la tourmente.

En juin 1792 le général Washington, seul à se souvenir de lui, lui confère enfin la nationalité américaine et le nomme consul des Etats-Unis à Alger avec mission de combattre les pirates barbaresques qui s'emparent des navires marchands américains et réclament deux mille dollars de rançon par prisonnier. Mais quand le messager arrive à Paris le 18 juillet, John Paul Jones vient de mourir, victime d'une crise foudroyante d'hydropisie. Deux jours plus tard il fut inhumé au cimetière protestant de Paris, près de l'hôpital Saint-Louis, dans un cercueil de plomb. Une délégation de douze membres de l'Assemblée nationale, deux ou trois attachés d'ambassade accompagnaient le père de la marine américaine jusqu'à sa sépulture provisoire. Paris qui l'avait encensé, l'oublia rapidement.

Le 8 avril 1905, cent treize ans après sa mort, le corps de John fut exhumé et, à la surprise générale, trouvé bien conservé. Une autopsie permit de comparer le visage au buste sculpté par Houdon et de confirmer ainsi l'identité du héros de l'indépendance américaine, dont les restes furent remis à l'ambassade américaine puis envoyés aux Etats-Unis où ils reposent aujourd'hui dans la chapelle de l'Académie navale d'Annapolis en Maryland, l'équivalent de notre Ecole navale. L'éloge funèbre avait été fait par le président Théodore Roosevelt en personne.

John Paul Jones, initié en Ecosse, était membre de la loge des Neuf Soeurs.

Source : http://www.rllaperouse.org/

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Moi, Yves Le Meur, Capitaine Négrier et Franc-Maçon

11 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

La scène se passe à Nantes dans les années 1845, dans l’immeuble de la rue de Gigant, où la loge Mars et les Arts se réunit deux fois par mois, dans le Temple du premier étage[1].

 

Le Vénérable Maître

 

- Frère Maître des Cérémonies, veuillez quérir sur la Colonne du midi notre Frère Yves Le Meur, et le mener à l’Orient, au plateau de l’Orateur… Mon Frère Yves, nous vous écoutons…

 

Le Frère Le Meur

 

- Vénérable Maître, Officiers et Dignitaires, et vous tous mes Frères en vos Degrés et Qualités. Il n’est pas facile pour un homme, quel qu’il soit, parvenu au soir de son existence, de décrire l’une des expériences les plus horribles qu’il ait pu faire au cours de sa vie. Notre loge comprend à ce jour près de cent cinquante membres dont vingt-six capitaines au long cours, pratiquement tous absents ce soir pour cause de navigation lointaine. Je le regrette, car presque tous auraient pu appuyer mon récit de leur propre expérience, et je suis convaincu que comme moi, le cœur leur aurait pesé lourd à l’écoute du récit que je vais vous faire.

 

(Le Frère Le Meur est visiblement ému. Le Vénérable le laisse retrouver ses esprits quelques secondes, puis...)

 

Le Frère Le Meur

 

- Vénérable Maître et vous tous mes Frères, il faut tout d’abord que je vous rappelle les origines de ce honteux trafic que l’on a appelé « triangulaire » puisqu’il reliait les côtes africaines à l’Amérique et aux Antilles, au départ principalement de notre port, mais également des autres ports de Bordeaux à Ostende en Flandres. Nantes s’est hélas tristement distinguée en battant des records indignes mais rémunérateurs[2], ce qui ne pourra jamais, aux yeux de l’Histoire, effacer ses responsabilités dans le trafic du « bois d’ébène », comme disent sans vergogne ceux qui en faisaient métier.

 

Mon père, originaire du Morbihan, était patron pêcheur à Haïti et c’est là-bas que je suis né en 1781. Il m’emmenait souvent avec lui et je me suis rapidement amariné. Après la révolte des esclaves et le climat insurrectionnel qui régnait, il a du fuir en catastrophe, abandonnant tous ses biens, et s’est réfugié à Cuba. Ma mère était morte depuis plusieurs années et je me souviens qu’il m’a emporté dans ses bras – j’avais alors onze ans - sur le lougre d’un de ses amis. Nous avons été bien accueillis à Santiago de Cuba par des Frères d’une loge militaire irlandaise qui s’y étaient installés en 1762. Mon père et son ami étaient francs-maçons de longue date et ont rapidement pensé à créer une loge francophone sur place. Ils sont à l’origine de la franc-maçonnerie cubaine et bien évidemment, le jour de mes vingt-et-un ans, j’ai été initié par la loge Persévérance et Concorde. Nous étions alors en 1802. Sept ans plus tard la guerre franco-espagnole a contraint mon père à quitter Cuba mais son ami est resté ; il a acheté deux navires avec lesquels il s’est lancé dans le honteux trafic du bois d’ébène. Il m’a proposé de m’associer avec lui et j’ai accepté d’emblée, ne voyant que l’aspect financier des choses et ne réalisant en aucune façon l’abominable aventure dans laquelle je m’engageais. A l’époque, me disait-il, les revenus des capitaines basés aux Antilles étaient trois fois plus importants que ceux de leurs confrères européens, pouvant atteindre six cents francs par mois[3], et parfois plus si la traversée s’était déroulée sans perdre trop d’esclaves. Ce chiffre paraissait exorbitant au jeune homme que j’étais alors et en 1815 je me suis vu confier mon premier commandement. En 1820 mon associé est décédé. J’étais alors jeune marié et mon épouse voulait quitter les Antilles dont elle ne supportait plus le climat. Nous avons décidé de nous installer à Nantes où elle avait des parents. C’est ainsi que je suis entré chez le plus important armateur négrier nantais où mon expérience m’a valu d’être nommé rapidement capitaine. Il m’a suffi de faire valider mon brevet à l’École d’hydrographie[4]. J’y suis resté vingt ans. Je gagnais moins d’argent qu’à Cuba, mais les primes au rendement nous mettaient à l’abri du besoin.

 

Oui, Vénérable Maître et vous tous mes Frères, moi, Yves Le Meur, Maître maçon de longue date, j’ai commandé plusieurs navires négriers… Oh ! Je n’étais pas le premier. Nous avions tous entendu parler du capitaine rochelais Crassous, qui avait été initié en 1765 à L’Union Parfaite de la Rochelle[ ce qui ne l’a pas empêché de se conduire comme un sauvage puisque il marquait lui-même au fer rouge de ses initiales les esclaves qu’il embarquait sur la côte[ (Il s’arrête à nouveau, sort un grand mouchoir à carreaux de la poche de sa redingote, se mouche bruyamment avant de s’essuyer discrètement les yeux). Je n’ai quand même jamais fait ça ! Je vous demande pardon, Vénérable Maître, mais l’émotion m’étreint au souvenir de ce que j’ai vécu…

 

Pour planter le décor, il nous faut nous reporter en 1444, lorsque six caravelles portugaises parties de Lagos, parvinrent à l’île des Hérons, sur la côte saharienne de ce qui est aujourd’hui la Mauritanie. Les marins s’emparèrent aussitôt de cent soixante cinq autochtones, après en avoir massacré autant, les embarquèrent de force et les ramenèrent au Portugal où ils furent vendus sur le marché dès leur arrivée, en août[ Ainsi l’un des tout premiers découvreurs du monde, Henri le Navigateur le fut aussi du trafic honteux que nous évoquerons ce soir. Lui dont la devise était « Talent de bien faire », fut le véritable initiateur en Europe du commerce de la honte… En 1518 Charles-Quint officialisa la traite, imité en 1642 par Louis XIII ; l’année suivante le navire La Paix, premier négrier nantais, appareillait de notre port pour l’Afrique. Le cycle infernal débutait ; en 1749, Nantes vit partir quarante-quatre navires !

 

Aujourd’hui nous nous cherchons des excuses : l’Église ne condamnait pas le trafic, on a même vu des curés bénir un navire en partance… Nous nous donnions l’apparence d’hommes d’affaires puisque nos armateurs nous laissaient la responsabilité de l’organisation matérielle des expéditions ; recrutement des équipages, achat des matériels d’armement et des vivres etc. Le recrutement était cependant difficile ; il nous fallait trouver une cinquantaine d’hommes en bonne santé, des officiers expérimentés, un ou deux chirurgiens car l’examen médical des esclaves prenait du temps…

 

Et puis on partait, par n’importe quel temps, de Nantes ou de Paimbeuf selon la marée, en direction de Bonny ou de la côte de Calabar où nous attendaient les négriers chargés de l’approche des convois d’esclaves, mais aussi les navires de la concurrence, surtout anglais et portugais. Il fallait gréer les chaloupes et faire d’innombrables allers et retours car on mouillait généralement très au large à cause des barres ou des fonds instables. Chaque embarcation amenait à terre les marchandises de troc, armes, alcool, vêtements, tissus etc. et repartait avec son plein de nègres[9] que les chirurgiens prenaient en charge aussitôt à bord. Ceux qui étaient refusés pour cause de maladie, d’infirmités, de vieillesse, les femmes enceintes, étaient refoulés et renvoyés à terre par la prochaine chaloupe.

 

On appareillait alors vers Cuba ou Saint-Domingue, et l’enfer commençait. Les pauvres gens étaient parqués sur des payolles séparés de moins d’un mètre, construits par le charpentier. Ils devaient y rester couchés, souvent tête-bêche, empilés comme harengs en fûts, dans l’obscurité, sans ventilation, dans la promiscuité la plus abjecte. Les maladies ne tardaient pas à faire leur apparition : fièvres, dysenteries, oedèmes pulmonaires, scorbut et maladies vénériennes car même si, en théorie, les femmes étaient séparées, l’homosexualité était fréquente. La mortalité pouvait atteindre vingt pour cent.

 

(Étreint par l’émotion, le F:. Yves doit à nouveau s’arrêter. Puis, après quelques secondes…)

 

- Et le capitaine, face à cette abominable misère ? Eh bien il faisait le travail pour lequel il était payé, sans état d’âme, c’est-à-dire qu’il devait amener à destination le maximum d’esclaves présentables donc vendables et dans la moins mauvaise forme possible ; son avenir personnel en dépendait. Combien de confrères ai-je vu licenciés ou dégradés au retour pour avoir connu trop de pertes en cours de voyage, s’être vus refuser des centaines d’esclaves par les acheteurs et avoir donc été contraints de les abandonner sur une plage puisque personne n’en voulait, les condamnant à mourir de faim à moyen terme…

 

Mon cœur de franc-maçon se serrait à la vue de toute cette misère, mais je ne pouvais pas agir autrement. Pendant le voyage de retour on s’efforçait d’oublier, mais on savait bien que quinze jours après l’arrivée à Nantes, on devrait repartir et que l’enfer recommencerait. Lorsque par chance je rencontrais au cours de l’escale un autre capitaine, franc-maçon lui aussi, nous osions à peine parler de ce que nous avions vu et de ce que nous avions du faire, souvent à contre cœur. Nos armateurs étaient sourds à nos remarques ; « il fallait rentabiliser à tout prix, disaient-ils, les armements coûtent cher et vous êtes responsables de cette rentabilité ».

 

Voilà, Vénérable Maître et vous tous mes Frères, ce que je voulais vous dire ce soir. J’ai maintenant cessé de naviguer mais dans ma petite maison de Trentemoult, il n’est pas un seul jour, pas une seule nuit, où je ne sois hanté par le passé. Autour de moi le silence s’est établi, plus personne n’ose évoquer la période maudite, la honte indélébile, la rancœur envers une économie perverse qui détruit les hommes sous sa botte de fer et jette dans la géhenne ceux qui se sont livrés à l’ignoble trafic.

 


J’ai dit, Vénérable Maître.

 


Dans le Temple un silence pesant règne, troublé seulement par quelques toux discrètes et quelques reniflements qui cachent sans doute la proximité des larmes.

 

Le Vénérable Maître

 

- Je vous remercie, mon Frère Yves, d’avoir eu le courage et la force morale d’évoquer pour nous ces terribles souvenirs. Nous vous connaissons depuis assez longtemps pour percevoir dans vos propos, au-delà de la sincérité évidente, la détresse morale dans laquelle vous ont plongé vos années de navigation. Soyez persuadé que l’affection de vos Frères vous est acquise et que nul ne vous tient grief de ce que vous avez fait.

 

Mes Frères, je suis prêt à donner la parole à qui aurait des questions à poser à notre Frère Yves.

 

Le Premier Surveillant

 

- Vénérable Maître, un Frère de la Colonne du midi demande la parole !

 

Le Vénérable Maître

 

- Vous avez la parole, mon Frère…

 

- Merci, Vénérable Maître… Je voudrais demander à notre Frère Yves comment il se fait qu’en dépit des diverses décisions abolissant l’esclavage, celui-ci n’a définitivement disparu que tout récemment ?

 

Le Frère Yves Le Meur

 

- L’esclavage avait bien été aboli par la Convention en 1794, après la révolte de Toussaint Louverture, mais Bonaparte l’avait rétabli en 1802, deux mois après la Paix d’Amiens, car les Anglais n’avaient pas interdit la traite et l’économie française aurait souffert de l’abolition. Au retour des Bourbons en 1815, Louis XVIII l’a à nouveau aboli mais les enjeux économiques étaient trop importants, et ce ne fut qu’en 1831 que l’activité négrière cessa, sauf à Nantes et dans quelques autres ports de la côte. L’activité négrière, mais pas l’esclavage ! Et c’est là qu’est toute l’hypocrisie des gouvernements successifs : les colonies demandaient toujours plus d’esclaves. Après 1831 nous croisions parfois le long des côtes de Guinée des navires de guerre qui étaient censés nous arraisonner, mais dans les débuts nous parvenions à passer à travers leurs filets. La traite était effectivement devenue illégale, ce qui n’a pas empêché notre port d’envoyer 305 navires en 1824-1825[!

 

Un autre Frère, autorisé par le Vénérable, prend la parole…

 

- Mon Frère Yves, a-t-on une idée du nombre total d’esclaves qui ont ainsi été déportés, et quelles sont les perspectives d’avenir à court terme ?

 

Le Frère Yves Le Meur

 

- On considère généralement qu’en 4 220 expéditions au départ de France, 80% eurent lieu au siècle précédent le nôtre[ transportant 1 266 000 esclaves dont 40% par des navires nantais[
Et pour répondre à ta dernière question, mon Frère, on dit à Paris que notre Frère Victor Schoelcher qui est sous-secrétaire d’État aux Colonies, va prochainement faire voter la loi abolissant définitivement l’esclavage et donc la traite. Puisse le Grand Architecte le soutenir dans son action[

 

Le Vénérable Maître

 

- Je vous remercie mon Frère Yves. Frère Maître des Cérémonies, veuillez raccompagner notre Frère Yves sur sa Colonne…

 

source : http://www.rllaperouse.org/

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Esquisse Historique de la Franc-Maçonnerie en général et de l'Ecossisme en particulier

11 Avril 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

INTRODUCTION

Quelques années avant la guerre de 1939-1945, la Grande Loge de France publiait, sous le titre « La Franc-Maçonnerie écossaise » une brochure destinée à la plus large diffusion.

Largement inspiré des travaux du Frère Albert LANTOINE, ce travail était signé par deux autres Maçons éminents, Michel DUMES­NIL de GRAMONT, alors Grand Maître, et Antonio COEN, futur Grand Maître.

Cette brochure avait pour objet « de renseigner brièvement les lecteurs de bonne foi sur les origines, l'histoire, les principes et l'activité réelle d'une institution en butte depuis si longtemps à des calomnies qui, pour être d'une absurdité parfois criante, n'en trou­blaient pas moins beaucoup d'honnêtes gens. »

L'étude solide et claire, aujourd'hui épuisée, comportait trois titres :

La Franc-Maçonnerie au XVIII° siècle,

La Franc-Maçonnerie au XIXe siècle,

La Franc-Maçonnerie et l'heure présente.

Elle fut rééditée en 1952, et complétée par un appendice qui reprenait le discours prononcé le 15 avril 1945 par le Grand Maître Dumesnil de Gramont, parlant, au nom du Comité de Réorganisation de l'Obédience écossaise, devant les Délégués des Ateliers alors reconstitués un à un, après de sérieuses enquêtes.

Un quart de siècle et plus après ce long et beau discours, la Grande Loge de France a le droit et le devoir de procéder à un nou­vel examen de la situation, d'établir un nouveau bilan, de refaire le point.

Elle a chargé de cette tâche sa Commission d'Histoire et de Documentation, créée précisément l'année où paraissait la dernière édition de la brochure de base que nous ont léguée deux de nos Grands Maîtres les plus prestigieux.

Il est possible, maintenant, de bénéficier d'une documentation précieuse, de reculer les limites qui séparent la certitude de l'hypo­thèse, et celle-ci de la fabulation. En d'autres termes, l'ouvrier de bonne foi peut dessiner en traits pleins les grandes lignes de l'his­toire, les compléter par un pointillé plus ou moins serré et même marquer des repères possibles pour orienter les recherches ulté­rieures.

S'il reste toujours des terres inconnues, elles méritent de ten­ter de plus en plus de découvreurs dignes de ce nom, historiens de profession ou amateurs éclairés, pour le plus grand profit intellec­tuel des hommes de bonne volonté.

C'est à eux tous que nous dédions ce nouvel essai inspiré des travaux les plus récents et entrepris en toute bonne foi.

LES ORIGINES DE L'ORDRE MAÇONNIQUE
ET SA LONGUE GESTATION

Une date importante dans l'histoire de la Maçonnerie univer­selle : le 24 juin 1717, jour de la Saint-Jean-Baptiste, quatre loges de Londres décidaient de se fédérer en Grande Loge, et élisaient comme Grand Maître un gentilhomme et comme Grands Surveillants un charpentier et un militaire.

L'Ordre maçonnique était donné comme une « très ancienne et très vénérable Confrérie », dont les obligations, règles, etc. (on disait charges, régulations, etc.) devaient être refondues.

Il était, notamment, question des vieilles Constitutions gothi­ques (Old Gothic Constitutions).

Pour Anderson lui-même, chargé, avec quatorze frères érudits, de la rédaction ne varietur des Constitutions à observer par toutes les loges (for the Use of the Lodges), les origines en remontaient à Adam, et, plus précisément, à l'an 4003 avant l'ère chrétienne.

La franc-maçonnerie moderne se reconnaît dans de nombreu­ses sociétés, confréries ou fraternités anciennes, constituées par des constructeurs de métier, groupés très tôt en organisations qui pouvaient compter des frères ouvriers « opératifs » et des frères membres honoraires dits « spéculatifs ». Mais elle revendique au même titre une autre tradition qui remonte à la plus haute antiquité. On peut dire sans risque d'erreur grave que la Franc-Maçonnerie, présentée dans la Constitution de la Grande Loge de France comme

« un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Frater­nité », continue à la fois des sociétés de pensée et des sociétés d'action, dont l'histoire est rendue difficile par le secret qui consa­crait, dans un monde souvent hostile, leur cohésion et leur frater­nité, et constituait leur « ressort principal ».

Sans négliger les multiples légendes qui ont pu inspirer à la fois et la pensée et l'action et desquelles l'histoire approfondie se rapproche souvent, nous mentionnerons quelques faits solide­ment établis qui permettent à notre construction de ne pas être un château de cartes.

Le savant Elias Ashmole écrit dans ses mémoires : « le 26 octobre 1646 à 4 heures de relevée, j'ai été créé franc-maçon à Warrington, dans le Lancashire, avec le Colonel Henri Mainwaring de Karincham, dans le Cheshire. »

En remontant dans le temps, et malgré la malencontreuse des­truction par le feu des documents utilisés par Anderson, destruc­tion décidée « pour éviter qu'ils ne tombent entre des mains étran­gères », quelques lueurs apparaissent et jalonnent notre route. Men­tionnons les statuts des associations de tailleurs de pierre réunis à Klagenfurth en 1628 et, antérieurement déjà à Edimbourg (loge de l'église Sainte-Marie) en 1598, à Cologne en 1535, à Londres (?) en 1492 (Polykronikon) , à Ratisbonne (Regensburg) en 1459, en Angleterre vers 1430 (manuscrit Cooke) , en Ecosse vers 1390 (manuscrit Regius) , à York en 1352, à Strasbourg vers 1330.

Nous pouvons retenir aussi des condamnations prononcées, avant celle du pape Clément XII en 1738. En particulier, le Concile d'Avignon en 1326 fulmine l'excommunication contre les confréries qui sont désignées comme implantées dans les provinces, groupant des nobles et des roturiers, se réunissant chaque année, élisant leurs dirigeants, et dont les membres qui se disent « frères » por­tent des décors vestimentaires particuliers, se font des signes de reconnaissance, s'engagent par serment à s'entraider mutuelle­ment, etc.

Après la constitution de la Grande Loge de Londres, qui devient vers 1730 la Grande Loge d'Angleterre, l'ordre maçonnique va se développer dans le monde, couvert par un secret devenu moins opa­que et, chose très importante, avec une relative tolérance de fait, les Old Charges n'ayant pas repris la rédaction traditionnelle qui, d'après le manuscrit Cooke, imposait « d'abord et surtout d'aimer Dieu, la Sainte Eglise et tous les Saints » et, d'après Anderson lui- même, obligeait les maçons à pratiquer la religion du pays où ils travaillaient. Cet assouplissement permettait aux frères anglais d'éviter dans leurs loges ce que nous appellerions une « chasse aux sorcières ». Mais il risquait d'opposer aux frères protestants les tenants des « devoirs » laissés dans l'ombre, et cela surtout après la condamnation pontificale. En effet il se produira en 1753 une divi­sion déchirante entre les « modernes » andersoniens et les « an­ciens » conservateurs, scission qui ne trouvera de dénouement paci­fique qu'à la faveur de la guerre contre Napoléon (1813).

LA FRANC-MAÇONNERIE FRANÇAISE
DANS LA PREMIERE MOITIE DU XVIIIe SIECLE

La première loge française bien connue est le Louis d'Argent qui reçut patente de la Grande Loge de Londres le 3 avril 1732. Elle avait très probablement été fondée en juin 1726 par des officiers irlandais au service du Roi de France et prit plus tard le titre distinctif de Saint Thomas.

Si le comte de Darwentwater, élu le 27 décembre 1736, a été considéré, vers 1910 et depuis, comme le premier Grand Maî­tre de la Grande Loge de France, des documents découverts récem­ment parlent de deux prédécesseurs, le baronnet écossais James Hector Mac Leane, et peut-être, avant celui-ci, le duc Philippe de Wharton qui, après avoir été Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1722-23, vécut à Paris en 1728-1729.

Ce qu'il convient de remarquer, c'est que les obligations fixées à leurs membres par les diverses Grandes Loges étaient sensible­ment les mêmes, sans qu'on puisse déceler la moindre trace de pression dogmatique. Le Grand Maître Mac Leane est connu, par exemple, pour avoir promulgué en France les Constitutions colla­tionnées pour la Grande Loge de Londres par le pasteur Anderson entre 1721 et 1723. Mais celles-ci devaient être rééditées, avec quelques changements, à Londres même.

Le New Book of Constitutions présenté en 1738 par Anderson apporte deux précisions importantes :

— la première, c'est que la Maçonnerie universelle compte alors cinq obédiences indépendantes de Londres et saluées comme telles, à savoir celles d'York, d'Ecosse, d'Irlande, de France et d'Italie ;

— la deuxième, c'est que les obligations portent la nécessité pour le maçon d'être un vrai noachide, rétablissant ainsi un devoir traité en 1723 par prétérition, ce qui permit, nonobstant le titre Concerning God and Religion et le toast rituel God bless the Craft, de parler de liberté absolue de conscience et de sous-entendre la négation de Dieu, ce qui est, pour l'époque du moins, un fâcheux contresens historique.

Quoi qu'il en soit, vingt ans après la maçonnerie londonienne, c'est en 1737 que la maçonnerie parisienne sort vraiment de l'ombre. C'est l'année du célèbre discours de Ramsay, homme de lettres écossais converti par Fénelon, de la présence en loges de divers grands personnages comme le duc de Villeroy, le duc d'Antin, le comte de Tressan, le moment aussi où les rapports de police com­mencèrent à parler de l'Ordre, ainsi que diverses correspondances privées. Le cardinal Fleury modère le zèle de Ramsay. Les premiè­res interdictions sont promulguées, mais appliquées avec plus ou moins de rigueur suivant le rang social. C'est aussi vers ce temps que vont se faire jour des tendances nouvelles, peut-être, comme le pense Lindsay, pour se prémunir contre la condamnation que le pape Clément XII va fulminer en 1738.

NAISSANCE DE L'ECOSSISME

Le grade de Maître Ecossais existait en Angleterre depuis 1730 environ. Il y avait des Scotch Mason's Lodges dès 1733 à Londres, dès 1735 à Bath. Anderson et d'autres avaient souligné le rôle joué

par l'Ecosse dans la « conservation des anciens mystères » et il subsistait une tradition diffuse en Grande-Bretagne.

Ce n'est guère que vers 1740 que le « grade excellent » appa­raît en France. Les « Ordonnances générales » votées par la Grande Loge après l'élection du nouveau Grand Maître le Comte de Cler­mont (27 décembre 1743) , soumettent ces maîtres au niveau de l'égalité commune pour « cimenter l'union et l'harmonie qui doivent régner dans la Franc-Maçonnerie ».

Une loge écossaise existe à Bordeaux en 1745. Une autre est signalée à Paris dans un rapport de police en mars 1746. On les appellera bientôt des « loges rouges », l'épithète de « bleues » étant réservée aux loges symboliques, d'après la couleur de l'écharpe ou du sautoir porté par leurs membres.

Il est possible que cette maçonnerie brillante ait été diffusée, au moins partiellement, par des partisans des Stuarts. C'est cepen­dant à Bordeaux, liée à l'Angleterre par des raisons de « sols et de deniers », qu'elle va se développer. La loge écossaise fon­dée dans cet Orient par Etienne Morin s'érigeant en Mère-loge donne naissance à diverses filles, notamment, le Zef mars 1749, à une loge de Maîtres Ecossais établie au Cap Français dans l'île de Saint-Domingue. La patente qui constitue cette loge utilise des titres et formules qui rappellent d'une part ceux qu'emploie Anderson en 1721 et aussi ceux qui figurent dans les loges de Scots Masters Masons comme celle de Bath. Ajoutons que si les divulgations de Pritchard dans sa Masonry dissected (1730) se limitent à faire allu­sion à la construction du premier temple de Jérusalem par l'archi­tecte Hiram, la maçonnerie écossaise, telle qu'elle apparaît dans le premier ouvrage qui cite comme un quatrième grade celui de Maître Ecossais (1745), rapporte cette maçonnerie nouvelle à la recons­truction du temple par Zorobabel au retour de Babylone. Mais il s'y ramifie très vite une excroissance d'assertions dont Lantoine a réduit à rien l'historicité, mais qui a fourni, en leurs temps et lieu, les matériaux d'une rutilante édification devant laquelle le Rit sera obligé de prendre des mesures de protection.

Ainsi l'écossisme qui était apparu en Angleterre vers 1730 et s'était implanté en France dans la décennie suivante y avait trouvé un terrain éminemment favorable. Il constitua, en partant d'une maçonnerie bleue jugée trop plébéienne ou terre à terre, comme une chevalerie nouvelle, une chevalerie de l'épée. De son côté, dès 1755, la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Paris dite de France, pour employer son titre officiel, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, reconnaît et entérine l'écossisme. Par exemple, elle entretient des relations fraternelles avec la Mère Loge de Bordeaux. Elle l'appellera même, en 1762, la Grande Loge Ecossaise.

Au moment où le fondateur de celle-ci, Etienne Morin, part pour les Iles, la Grande Loge de France le constitue Inspecteur de toutes les Loges d'Amérique sous domination française (27 août 1761) . Cette patente, dont divers documents conservés à la Bibliothèque nationale confirment indubitablement l'existence, émane concur­remment de la Grande Loge de France et d'un Grand Conseil établi auprès d'elle et régentant les « grades éminents ». Notons que ce Grand Conseil est présidé par Chaillon de Jonville, déjà subs­titut général du Grand Maître Comte de Clermont et qui le restera jusqu'à la mort rie celui-ci en 1771. Ce qu'il faut souligner égale­ment, c'est que Morin, tombé en 1762, soit en pleine guerre de Sept Ans, aux mains des Anglais se voit confirmer son pouvoir par le comte Ferrers, Grand Maître de la Grande Loge d'Angleterre ander­sonienne. S'il en était besoin, l'abrogation ses pouvoirs le 17 oc­toble 1766 par la Grande Loge, dont le Collège des Grands Officiers avait été renouvelé dans l'intervalle, en prouverait à elle seule l'existence, dont il est curieux qu'on ait longtemps et souvent cher­ché à la nier.

L'écossisme, dont les grades se sont multipliés au point que le Frère Moêt, secrétaire du comte de Saint-Florentin, n'en possède pas moins de 60, connaît en France une période de stagnation au cours de laquelle il se développe en Allemagne de façon extraor­dinaire sous couleur de « rectification ». C'est alors qu'apparais­sent deux grades terminaux et en quelque sorte parallèles, celui de Kadosch et celui d'Ecossais de Saint-André (1761-1765).

Une Grande Loge Ecossaise apparaît également à Lyon, auréolée d'une Souveraine Loge des Chevaliers de l'Orient et d'un Conseil des Chevaliers de l'Aigle Noir. J.-B. Willermoz en est l'âme.

Sous l'autorité du Substitut général Chaillon de Jonville, la Grande Loge avait connu une période brillante, en dépit d'un conflit de personnes entre Pény, maître de la loge Saint-Martin et Lacorne, maître de la loge de la Trinité et nommé par le comte de Clermont substitut particulier.

Mais d'autres rivalités se firent jour après la mort de Lacorne (1762) et comme d'autre part le comte de Clermont était assez mal en cour pour des raisons politiques, il ne faut pas s'étonner de voir une douzaine de maîtres parisiens exclus de la fraternité et les assemblées interdites par mesure de police au printemps 1767.

Réunis chez le doyen Puisieux à la mort du comte de Clermont (16 juin 1771) , les maîtres de Paris, y compris ceux qui avaient été exclus, cherchent un moyen de redonner à l'Ordre la force et la vigueur perdues. Ils parviennent à faire accepter la Grande Maî­trise au duc de Chartres, futur duc d'Orléans, avec le duc de Mont­morency-Luxembourg comme administrateur général. Mais en 1773 celui-ci irrité de la prépondérance que les Statuts de la Grande Loge de France accordaient aux Maîtres de loge parisiens, érigea en Grande Loge Nationale une Assemblée principalement composée de députés des Loges de province et des Loges militaires, venus à Paris pour assister à l'installation du Grand Maître. Entre le 5 mars et le 24 mai 1773 se tinrent huit séances solennelles qui aboutirent à la constitution, sous le nom de Grand Orient de France, d'une puissance maçonnique solidement structurée, et suf­fisamment garantie par le prestige de ses chefs, aussi bien du duc de Chartres, fait Sérénissime Grand Maître, que du duc de Mont­morency-Luxembourg, son très illustre Administrateur général. Bien qu'on le nommât parfois encore substitut, il ne s'agit plus d'un Grand Maître Adjoint, mais d'un véritable Président de fait, d'au­tant que de nombreux Grands Officiers et Officiers d'Honneur appartenaient à sa propre loge, laquelle portait le titre distinctif et significatif de Saint Jean de Montmorency-Luxembourg.

LA DUALITE DES OBEDIENCES

Le Grand Orient de France se dit « la seule et légitime Grande Loge ». Mais en face de lui la plupart des maîtres de Paris préten­dent se maintenir en Grande Loge de France (ou de Clermont) et contre ce qu'ils appellent un « schisme ». Mais s'ils ont raison en droit, leur position n'est pas matériellement très solide, car on peut leur reprocher d'avoir surtout voulu défendre l'inamovibilité des maîtres de loges ; et d'autre part elle ne l'est pas politiquement beaucoup plus, étant donné la personnalité des dirigeants du Grand Orient. Fait significatif : plusieurs des signataires de la circulaire de protestation, et notamment le Garde des Sceaux Duret, furent incarcérés au Châtelet pendant une dizaine de jours-pour « affaire de franc-maçonnerie », peut-être, comme l'affirme le frère Feuillette, historien du Grand Orient, à la suite d'une lettre de cachet. Le même auteur assure que la création du Grand Orient fut particuliè­rement favorable au développement des doctrines démocratiques. Mais les réfractaires, par la plume du Grand Orateur Gouillard, y voyaient au contraire le « despotisme le mieux caractérisé, tous les pouvoirs résidant en fait dans la seule Chambre d'Administration ». Ils protestaient aussi et contre l'obligation pour les loges consti­tuées de se faire intégrer moyennant paiement d'un droit de 120 livres et contre le « mot du guet » institué pour empêcher les réfractaires d'assister aux réunions des loges intégrées (mot de semestre) .

Il ne semble pas que la dualité des obédiences ait nui au déve­loppement de l'Ordre entre 1773 et 1789. Compte tenu de la santé fragile d'un certain nombre de loges, on peut accorder un certain crédit aux chiffres fournis par diverses sources qui confluent dans l'ensemble. En 1771 le nombre des loges était de 164, soit 71 à Paris, 85 en Province, 5 aux colonies, 1 à l'étranger et 2 ambulantes. A la veille de la Révolution, le Grand Orient accuse le chiffre de 629 : 63 pour Paris, 442 pour la Province, 38 pour les colonies, 69 militai­res et 17 à l'étranger. Quant à la Grande Loge, elle comptait 376 loges, dont 129 à Paris et 247 en province.

La dualité des obédiences ne nuisit pas davantage au dévelop­pement de l'Ecossisme jusqu'à la veille de la Révolution. Ni la Grande Loge de Clermont, ni jusqu'en 1787 le Grand Orient de France ne prétendirent en effet régenter les Hauts Grades. Nombre de loges de l'un et l'autre bord se coiffèrent librement d'un Chapi­tre. Le Grand Orient conclut des Concordats en 1776 avec les Direc­toires Ecossais du Régime rectifié, en 1781 avec la loge parisienne du Contrat social, Mère Loge Ecossaise de France, en reconnais­sant à celle-ci « la faculté d'affilier aux Grades dont elle [était] en possession les Loges régulières de la constitution du Grand Orient ». L'Ordre des Philalèthes de Savalète de Lange, le Rit Pri­mitif de Narbonne du Marquis de Chefdebien, et tant d'autres, purent se développer librement. En 1787 seulement, après que l'Ordre Royal d'Ecosse établi en 1763 à Edimbourg eut patenté un Chapitre à Rouen, le Grand Orient entreprit de régenter les Hauts Grades et institua un Rit français, ou Rit moderne en sept degrés ; mais il ne prit pas alors de mesures de coercition pour l'imposer.

Mais on voit apparaître aussi une tendance très nette à l'action dans le « monde profane », qui ne se traduit guère en France que dans le choix de titres évocateurs comme ceux de Contrat social, de Démocratie, d'Egalité, de Fraternité et de Liberté. C'est en Alle­magne qu'on a pu situer le point de départ d'une « déviation ». Nous dirions plutôt un gauchissement vers une action politique et vers une pensée mystique, qui s'accompagnait, et sans doute par souci d'efficacité, d'un renforcement du secret, l'occulte se superposant à l'occultisme. Mais ni l'Illuminisme de Weishaupt, ni les doctrines de Swedenborg ne prirent racines en France où, en revanche, s'im­plantèrent mieux qu'ailleurs les « loges militaires » et les « loges d'adoption ».

LOGES MILITAIRES

La première loge militaire dont l'existence soit certaine remonte à 1732 et se rencontre en Irlande. En France, cinq Loges régimentaires figurent, dès 1744, au Tableau de la Grande Loge.

Ces loges sont généralement créées à partir d'une patente per­sonnelle et elles portent le plus souvent soit le nom de la « loge mère » de leur fondateur, soit celui de leur unité.

Leur nombre s'accroît très rapidement après la constitution du Grand Orient au point qu'on en rencontre dans ses « états » environ une pour trois unités. Mais il s'en trouve également qui restent indépendantes.

Il arrive, comme à Châteaudun, qu'une loge militaire crée dans sa garnison une loge bourgeoise qui subsiste après le départ des militaires. Mais l'inverse peut également se produire. Et dans certains cas, comme à Carcassonne, il y a fusion entre la loge mili­taire et la loge civile, ce qui est possible dans les cas de recru­tement militaire local.

L'ouvrage récent d'A. Le Bihan donne une liste de 99 loges militaires constituées ou reconstituées par le Grand Orient avant 1789, dont 4 pour Paris, et il en cite 25 qui n'entrèrent pas en rela­tion avec lui, notamment la loge de Beauffremont Dragons dont le vénérable était le capitaine de Varennes et la Militaire de Saint- Jean sous le marquis de Maupeou.

On n'est pas peu surpris de voir se constituer en 1793 même, à l'Orient de la Légion Franche Etrangère, un atelier au titre distinc­tif de Liberté, Egalité, Fraternité, inspiré peut-être des idées que nous allons voir diffusées par des Maçons écossais et véhiculées hors de nos frontières. Mais c'est le premier Empire qui constituera l'Age d'or des loges militaires. Il s'en constitua même, sur les pon­tons anglais, parmi les soldats et marins prisonniers de guerre, comme le futur Grand Commandeur Jean-Pons Viennet.

LOGES D'ADOPTION

La Constitution d'Anderson n'admet pas les femmes dans l'Or­dre maçonnique. Assez vite cependant, celui-ci excite la curiosité féminine, et c'est par une femme, la célèbre Carton, de l'Opéra, que le Lieutenant de Police Hérault put connaître et divulguer en décem­bre 1737 le « Secret des Freys-Maçons ». Des sociétés féminines ou mixtes parfois fort fantaisistes se constituèrent comme l'Ordre de la Félicité, ou ceux de la Mouche à miel, des Fendeurs et des Ten­deuses, des Chevaliers et des Chevalières de l'Ancre ou de la Rose. Il était impossible, au siècle des salons, de résister au courant. Comme il arrive souvent, c'est par des rapports de police qu'au moins depuis 1744 nous trouvons trace des « frimaçonnes », avec des détails assez peu édifiants. A. Lantoine en parle comme de

« jeux innocents ». Certaines loges masculines, comme la Candeur, les Neuf Sœurs, le Contrat social s'agrégèrent sous le nom de

« loges d'adoption » des loges de femmes, avec rituel spécial dont quelques-uns nous sont parvenus. En 1774, le Grand Orient léga­lisait l'institution.

L'essentiel de l'activité de ces loges est constitué par des œu­vres d'assistance. Mais il est vraisemblable qu'au cours des tra­vaux et des divertissements en apparence futiles, des idées comme celles de Rousseau, de Voltaire ou de Beaumarchais faisaient leur chemin, ce que Louis XVI appelait, et en cela il était assez clair­voyant, une « folie intellectuelle ». La reine elle-même semble s'y être intéressée d'assez près.

Mme Helvétius tint le maillet dans la loge Les Neuf Soeurs et, dans les années qui précédèrent la Révolution, la duchesse de Bour­bon doublement sœur du duc d'Orléans, et mère du duc d'Enghien, était Grande Maîtresse de la Maçonnerie d'adoption.

L'ORDRE SOUS LA REVOLUTION

La Franc-Maçonnerie française, divisée d'abord par des ques­tions de personnes, ensuite par l'existence de deux puissances en compétition plus ou moins ouverte, a subi dans son ensemble et dans ses différents membres des épreuves égales et rudes. Si les maçons n'avaient pas eu, au siècle des Lumières, de doctrine com­mune en matière de politique, mais seulement une tendance huma­niste, libérale et jusqu'à un certain point contestataire (cf. par exem­ple le comte de Clermont et le duc d'Orléans), ils se rencontraient, le plus souvent, dans une opposition à peu près constante à la monarchie absolue. Ils ne tarderont pas à se trouver en conflit d'idéologie dès l'ouverture des Etats Généraux. C'est ainsi que le Grand Maître duc d'Orléans soutient le vote par tête et son adminis­trateur général le duc de Montmorency-Luxembourg le vote par ordre.

Même opposition entre les frères « aristocrates » et les frères « sans-culotte ». On en rencontre beaucoup d'exemples. Un grand nombre des émigrés avaient fait partie des loges, tant à Paris qu'en province. D'autres frères étaient d'ardents révolutionnaires.

Comme dans les guerres civiles de Grande-Bretagne, on trouve donc des frères aussi bien dans le camp des montagnards que dans celui des royalistes. Mais le trait le plus commun qu'il soit possi­ble de discerner en eux est le courage civique et le courage tout court. Si l'attitude du Grand Maître sous la Convention lui valut d'être répudié par les Frères dont il s'était désolidarisé, il faut convenir que le danger qui le menaçait était bien susceptible de lui inspirer une résolution désespérée, et que son courage devant la guillotine peut encore lui valoir une sympathie rétrospective.

La mère loge de rite écossais philosophique Le Contrat Social, dont, comme nous l'avons dit, le nom était déjà un programme, dif­fuse dès le début de 1791 plusieurs circulaires dans lesquelles on trouve réunis pour la première fois les mots de liberté, d'égalité et de fraternité qu'elle qualifie de « devoirs civiques », et elle met les Frères en garde contre la violence d'où qu'elle vienne, qui n'a plus rien de maçonnique. Une de ces circulaires fut traduite en alle­mand par le frère Dietrich, maire de Strasbourg, et diffusée par le frère Lemaire, capitaine à l'armée du Rhin, avec l'aide d'autres frè­res appartenant à des loges militaires.

Les travaux des loges subissent évidemment des perturbations graves sous la Convention. Beaucoup d'entre elles pratiquent cepen­dant, comme il est souvent arrivé par la suite dans l'histoire, une Maçonnerie de la pénombre et du silence qui garde le feu sous la cendre. Ainsi à Toulouse où on signale l'initiation « d'une partie de 1'Etat-Major », à Marseille où, dans la loge La Parfaite Sincérité, le frère Joseph Clary présente son futur gendre Joseph Bonaparte et l'ami de celui-ci, Antoine Saliceti, Commissaire aux Armées ; à

Lyon où la plupart des Ecossais de rit rectifié, après avoir pris parti contre l'Eglise romaine, mais aussi contre le clergé constitutionnel, trouvent la mort comme Antoine Willermoz ou doivent s'exiler comme son frère Jean-Baptiste ; à Paris enfin. Ici, l'activité maçon­nique est interdite pour « modérantisme », mais elle se poursuit cependant au sein de la loge des Amis de Sully devenue La Monta­gne, par exemple, mais surtout au Centre des Amis autour du véné­rable Alexandre Roëttiers de Montaleau qui sut maintenir le flam­beau dans les pires circonstances.

LE REVEIL : CONCORDAT DE 1799

Après la Terreur, les deux obédiences françaises regroupent les éléments qui peuvent reprendre quelque activité. Un Concordat est conclu le 21 mai 1799, sanctionné par le Grand Orient le 23 mai et par la Grande Loge le 3 juin. Il prévoit la fusion des deux Obé­diences sous le titre de Grand Orient de France, la suppression de l'inamovibilité, mais la possibilité pour les Vénérables qui en avaient été investis par leur loge de garder leurs fonctions pendant 9 ans encore. Le frère Roëttiers, élu Grand Vénérable et non Grand Maître, appartient à l'Ecossisme comme membre des Philalèthes qui se réunissent à leur tour ainsi que le Chapitre d'Arras resté jusque-là indépendant et le Grand Orient peut déclarer « irrégu­liers » tous les autres corps et se proclamer « seul et unique délé­gué en France de la Grande Loge d'Angleterre ». Il s'agit évidem­ment, de la Grande Loge des « Modernes ». Restaient cependant à l'écart encore le Rite d'Hérédom (H.R.M.) de Kilwinning avec son Grand Chapitre de Rouen et divers Ateliers ou groupes d'Ate­liers dispersés. Mais c'est par le « pont américain » que vont reve­nir des frères séparés qu'on ne reconnaîtra pas sans quelque gêne dans la grande famille.

L'ORGANISATION DU RIT ECOSSAIS EN AMERIQUE
ET SON RETOUR EN FRANCE

Le vieil écossisme avait été porté de bonne heure en Amérique et peut-être, si l'on en croit Reghellini et Thory, par des Ecossais eux-mêmes. Il y avait été, par la suite, organisé ou réorganisé par Etienne Morin, porteur d'une patente de la Grande Loge de France et de son Grand Conseil présidé, comme elle en fait, par Chaillon de Jonville. Morin avait reçu d'autre part à Londres où il avait été conduit en captivité pendant la Guerre de Sept Ans, une commission analogue du comte Ferrers, Grand Maître de la Grande Loge d'Angleterre. Resté en relations constantes avec la Grande Loge de France, il visite une quinzaine d'Orients où il délivre des certificats, reçoit et transmet des requêtes et au besoin établit des ateliers. Il fait de même en territoire anglais, comme nous allons le voir. Nous avons déjà vu qu'à la faveur des désordres qui devaient aboutir à une suspension de plusieurs années, la Grande Loge avait relevé Morin de ses prérogatives, confiées à un certain frère Martin, ci- devant huissier rue Quincampoix, qui partait pour les Iles. Mais celui-ci semble s'être borné à créer une loge de la Vérité au Cap Français, loge que la Grande Loge, d'ailleurs, refusa d'abord d'inté­grer. C'est Etienne Morin qui continua d'exercer les fonctions de Député de la Grande Loge et de Grand Inspecteur Général pour l'Amérique. Pendant qu'en France la prolifération des degrés « supérieurs » aboutissait au chaos, il dotait l'Ordre maçonnique d'Amérique d'une organisation de Hauts Grades articulée sur la Maçonnerie bleue par une habile superposition de loges symboli­ques, de loges écossaises ou de perfection, de chapitres de Chevaliers d'Orient et de Conseils de Princes du Royal Secret, grade qui constituait vers 1770 le dernier degré de l'Ordre maçon­nique et qu'on peut assimiler comme tel à celui de Chevalier Kadosch institué en France et inconnu outre-Atlantique.

Mais, en même temps qu'à Paris la Révolution, avait éclaté ici la révolte des esclaves qui avait chassé les colons. Toute trace d'activité de Morin avait cessé sans que nous puissions savoir à la suite de quels événements, mais il avait préparé sa succession et l'avenir de l'Ordre. C'est ainsi que le comte de Grasse, marquis de Tilly, fils de l'Amiral de Yorktown et son beau-père Jean-Baptiste Marie de la Hogue ou Delahogue, propriétaire à Saint-Domingue, avaient tous deux été investis « à tous grades ». Ils trouvèrent refuge en 1796 à Charleston, en Caroline du Sud. D'autre part, en vertu de la patente qu'il tenait du Grand Maître Ferrers, Etienne Morin avait nommé en 1766 le Frère Henry Andrew Francken « Deputy Inspector General pour les possessions anglaises », avec pouvoir d'en constituer d'autres partout où ce serait nécessaire. Francken créait en 1767 une loge de perfection à Albany, dans la colonie de New York et nommait à son tour Inspecteurs Généraux adjoints les Frères Moses M. Hays et Hyman I. Long. A Charleston, celui-ci à son tour conférait ces titres aux Frères de Grasse et Delahogue. D'autres nominations avaient été prononcées dans l'in­tervalle, puisque, dès le 25 juin 1781, huit Inspecteurs Généraux adjoints créés par le jeu des cooptations pouvaient tenir un premier Chapitre Général à Philadelphie en Pennsylvanie.

A l'aube du XIXe siècle, le colonel John Mitchell et Frédéric Dal­cho, autre citoyen de l'Amérique indépendante, jetaient les bases d'un Suprême Conseil des Etats-Unis. Celui-ci, ouvert solennellement le 31 mai 1801, annonçait par circulaire du 4 décembre 1802 « aux Deux-Hémisphères » son existence officielle. C'est ce Suprême Conseil père qui nomma de Grasse-Tilly Grand Commandeur et Delahogue Lieutenant Grand Commandeur pour les Indes occiden­tales françaises. Il y avait, en Caroline du Sud comme en Angle­terre, deux Grandes Loges rivales, la Grande Loge des Anciens Maçons qui suivaient la tradition d'York, et la Grande Loge qui avait adopté la tradition anglaise et se nommait Grande Loge des Francs et Acceptés Maçons. Le Suprême Conseil intitula son rite Ancien Accepté, passant la truelle sur les différends, et on peut remarquer que si l'expression de Maçons anciens et acceptés fait penser sur­tout à cette dernière qualité, la suppression de la conjonction dans rite Ancien Accepté fait porter l'accent sur l'ancienneté, ce qui aura en France une importance certaine. Il s'agira moins de « l'ac­ceptation » des non-opératifs par les manuels que de leur ancien­neté honorable en face d'une obédience qui ne datait que de trente ans : le Grand Orient.

C'était déjà en vertu d'un principe analogue que le frère da Costa ou d'Acosta, fait par Morin (?)Inspecteur Général adjoint et réorganisateur au Cap Français de la loge au titre distinctif La Vérité, était entré en correspondance avec le Grand Maître du Grand Orient de France en vue d'établir des relations tant de la part de cette loge que d'un « Grand Conseil des Hauts Grades ». Il en re­çut une réponse d'attente très fraternelle : mais c'était en 1788...

C'est dans le même esprit que le comte de Grasse, revenu à Saint-Domingue au moment de la campagne du général Leclerc entreprit une démarche analogue en 1802. Mais c'est comme pri­sonnier de guerre et en Jamaïque qu'il fonda en 1803 le Suprême Conseil pour les Iles anglaises de l'Amérique.

REORGANISATION DE L'ECOSSISME EN FRANCE
ERECTION DU SUPREME CONSEIL DE FRANCE
CONSTITUTION D'UNE GRANDE LOGE GENERALE ECOSSAISE

Sous le Consulat, le Grand Orient allait changer de politique. Jusque-là, il n'avait prétendu régir que les trois degrés symboliques. Laissant les Ateliers de sa juridiction pratiquer librement les Hauts Grades de leur choix, il traitait avec les Directoires, les Mères Loges Ecossaises, les Chapitres ou autres organismes dits « supérieurs » comme Puissance indépendante, mais d'égal à égal. En 1802, devenu, en quelque sorte, impérialiste avant l'Empire, il considère mainte­nant comme « irréguliers » et bannit de sa correspondance les

« Ateliers qui donneraient asile aux loges (sic) professant des rits étrangers à ceux reconnus par lui ». Cette mesure était peut-être dirigée contre le Rite Egyptien de Misraïm fondé par les frères Michel, Marc et Joseph Bédarride, mais ce ne fut pas précisé et la Loge de la Réunion des Etrangers, ayant protesté contre cette cir­culaire qu'elle considérait comme menaçant les grades écossais, fut rayée de la correspondance du Grand Orient. La réaction partit de la loge Saint-Alexandre d'Ecosse, loge très ancienne puisqu'elle avait été fondée en 1777 par la Grande Loge (de Clermont) sous le titre de Saint-Charles du Triomphe de la Parfaite Harmonie et avait reçu en 1783 du Grand Orient confirmation de sa patente.

Reprenant ses travaux le 22 août 1804 sous le maillet de son ex-Vénérable Louvain de Pescheloche, qui allait tomber au champ d'honneur â Austerlitz, cette loge entendit un exposé de son doyen, l'abbé d'Alès d'Anduze qui déclara : « Napoléon Bonaparte est maçon écossais. Notre rit a donc un droit certain à la protection qui émane du trône. » La loge élut, pour remplacer Pescheloche, Godefroi de la Tour d'Auvergne, considéré comme « digne descen­dant de Godefroi de Bouillon » et prit le titre de Mère Loge Ecos­saise du rite d'Avignon, laissé vacant par le sommeil de sa « sœur aînée », la loge du Contrat Social.

C'est à ce moment que le comte de Grasse revenait à Paris. Il avait été initié au Contrat social et Saint-Alexandre le reçut avec enthousiasme. Dans ce climat écossais, il exposa dans leurs gran­des lignes les structures de l'écossisme américain, conféra le 33e degré à l'abbé d'Anduze et à plusieurs autres Frères et constitua ainsi le Suprême Conseil de France dont il fut fait Grand Comman­deur. C'était le 22 septembre 1804.

La R\M\L\E\ (Respectable Mère Loge Ecossaise) Saint Alexandre d'Ecosse adressa à ce Suprême Conseil une supplique à l'effet d'être considérée comme « le cœur représentatif de la Maçonnerie Ecossaise en France », et avec son accord convia les députés des loges écossaises à ériger à Paris une Grande Loge Ecossaise. Celle-ci appela à sa tête comme Grand Maître le prince Louis Bonaparte et comme l'avait fait le Suprême Conseil de Char­leston, elle apprit la bonne nouvelle au « peuple maçon répandu sur les deux Hémisphères », par circulaire du Zef novembre 1804. L'unité de la franc-maçonnerie française était de nouveau rompue.

Les principaux Grands Officiers de la Grande Loge Générale Ecossaise étaient, avec le Grand Maître ad vitam Prince Louis Bona­parte, connétable d'Empire :

le Représentant du Grand Maître le comte de Grasse-Tilly ; les Grands Administrateurs le maréchal Kellermann,
le maréchal Masséna,
le comte Marescalchi, ministre des Affaires Etrangères du royaume d'Italie ;
les Grands Conservateurs : le général de division de Timburne­Thiembronne, comte de Valence,
le comte de Lacépède, membre de l'Institut, le maréchal Lefebvre ;
les Grands Surveillants le maréchal Sérurier, et l'ancien notaire Germain Hacquet, propriétaire à Saint-Domingue,
le Grand Secrétaire le frère Pyron, etc.

Coup sur coup, la Grande Loge Générale Ecossaise se réunit six fois entre le 27 octobre et le 5 décembre 1804.

Elle put ajouter à son titre celui de « Rit ancien », car elle était, par sa composition, vraiment représentative de « l'ancienne Maçon­nerie », par opposition au Rit moderne du Grand Orient.

Mais, contrairement à l'attente des Ecossais, Napoléon n'allait pas autoriser ce qui lui apparaissait comme un schisme. Il ordonna à la G.L.G.E. de fusionner avec le Grand Orient. Il demandait, en outre, un mémoire détaillé sur la question. Il fallait donc discuter pour établir un modus vivendi.

Les négociations furent conduites, pour le Grand Orient par Roettiers de Montaleau, Challan et Bacon de la Chevalerie, pour la Grande Loge Ecossaise par de Grasse, Kellermann et Pyron. Elles furent menées rapidement entre le 28 novembre et le 3 décembre, elles donnèrent lieu à un « Procès-Verbal d'adoption de l'Acte d'Union entre les deux rites et du Concordat qui y fait suite ». Les deux instances ratifièrent ces documents dans les jours qui suivi­rent et leurs dispositions, présentées à l'Empereur par Kellermanna et Cambacérès, furent acceptées sans changement. La Grandi Loge Générale Ecossaise était absorbée par le Grand Orient.

LES DIFFICULTES D'APPLICATION DU CONCORDAT DE 1804

La volonté d'aboutir rapidement avait fait réserver les mesures de détail qui devaient être réglées en « assemblée générale des commissaires ». Mais la rédaction définitive allait se révéler labo rieuse. Les Ecossais avaient obtenu des dispositions très avantageuses :

les chapitres écossais étaient intégrés de plein droit, sauf à faire viser leurs constitutions par un Grand Chapitre général institué auprès du Grand Orient ; les chapitres antérieurement constitués devaient tous adopter leur rit et leur régime. Le Suprême Conseil se voyait accorder le droit de révoquer les officiers du Grand Orient « à lui dénoncés par les loges », de réformer les décisions du Gran0 Chapitre général, etc.

Mais au sein de la Commission des difficultés s'élevèrent vite, notamment en ce qui concernait le Grand Chapitre général et la possibilité de destituer les Grands Officiers. Un « état » du Grand Orient de France ayant diffusé des dispositions contraires au Concordat, les représentants du Suprême Conseil firent des obser­vations et Roëttiers de Montaleau prit sur lui de faire publier un erratum. Cependant, dès le milieu de Ventôse An XIII (début mars 1804) la Commission renonçait à poursuivre ses travaux.

Les mêmes problèmes se posaient au sein du Grand Chapitre général et dès le 11 juillet 1804 l'assemblée générale du Grand Orient décidait d'instituer un Directoire des Rites, avec autant de sections que de degrés, ce qui était, une fois de plus, en contra­diction absolue avec le Concordat.

Des loges écossaises de Paris décident alors de dénoncer le Concordat « si le Grand Orient ne rétablissait pas dans les dix jours les dispositions du Concordat, sauf au surplus à apporter à celles-ci les changements qui paraîtraient nécessaires et n'en détruiraient pas les bases fondamentales ».

Grâce aux bons offices de Kellermann, une convention en cinq articles fut élaborée, suivant laquelle les attributions étaient équita­blement réparties entre le Grand Orient pour les degrés du 1er au 18e inclus, et le Suprême Conseil du 18e exclu au 33e.

L'année suivante, de Grasse-Tilly, qui reprenait du service aux armées donnait sa démission de Grand Commandeur pour la France et le Suprême Conseil le remplaçait par Cambacérès, Grand Maître adjoint du Grand Orient de France, coopté avec de nouveaux mem­bres comme le Sénateur Clément de Ris, le Général de Beurnonville et le comte Muraire, premier Président de la Cour de cassation. En 1811 seront également appelés à leur tour, le maréchal Lefebvre, les généraux Rampon et Rouyer, le sénateur Chasset, le comte de Ségur, l'avocat de Joly et R061-fiers de Montaleau fils.

Sept membres du Suprême Conseil pour l'Amérique, fondé par de Grasse, sollicitèrent leur admission au Suprême Conseil de France. Par un arrêté pris le 30 janvier 1813, leur demande fut poliment repoussée, leur juridiction se limitant aux Iles. Mais un certain nombre d'entre eux furent cependant admis comme mem­bres honoraires, et les relations entre les deux corps restèrent très fraternelles.

D'autres rites écossais vont, à leur tour, se réveiller. Camba­cérès accepte la Grande Maîtrise effective de la plupart d'entre eux, consacrant ainsi « en daignant permettre de les protéger, la liberté du culte et des rites maçonniques ».

Parmi ceux-ci, le rite écossais philosophique, celui de la mère loge du Contrat Social réveillée en 1805 est bientôt fondue avec Saint-Alexandre d'Ecosse. Cette puissance qui comptait une tren­taine de loges à la fin de l'Empire devait disparaître en 1826.

Cambacérès accepte également la Grande Maîtrise d'honneur des Chapitres français de l'ordre royal d'Ecosse (1806), la Grande Maîtrise effective des Directoires écossais du rit rectifié (1808) et, l'année suivante celle du rite primitif de Narbonne. Ces puissances ne connurent qu'une vie éphémère.

Lui restaient étrangers pourtant, le rite de Misraïm à 90 degrés (33 + 33 + 11 + 13) et les ordres prétendus Templiers des frères de Chevillon et Fabré-Palaprat.

LE TOURNANT DES CENT-JOURS ET DE LA RESTAURATION

La chute de Napoléon ne provoqua au sein de la franc-maçon­nerie aucune perturbation grave. Il y eut bien quelques revirements accompagnés de destruction d'archives, mais pas de raz de marée. Le prince Joseph Napoléon, Grand Maître du Grand Orient, fut rem­placé dans ses fonctions par un Conseil de trois Grands Conserva­teurs, le maréchal Macdonald, duc de Tarente, le général marquis de Beurnonville et le comte de Valence, membre du Suprême Conseil. Roêttiers de Montaleau gardait l'office de représentant dans lequel il avait succédé à son père.

Le tableau des « Membres actifs et délibérans » du Suprême Conseil du Rite Ecossais ne subit pas de modifications. Il compre­nait :

1° le Très Puissant Souverain Grand Commandeur Cambacérès, duc
de Parme, archichancelier d'Empire, absent pour cause d'exil ;

2° le Très Illustre Inspecteur Lieutenant Grand Commandeur Cyrus de Timburne-Thiembronne, comte de Valence, général de divi­sion ;

3° le Trésorier du Saint-Empire Claude Antoine Thory, propriétaire ;

4° le Secrétaire du Saint-Empire Jean-Baptiste Julien Pyron, ancien avocat, ancien Intendant des domaines du Comte d'Artois ;

5° le Grand Maître des Cérémonies Germain Hacquet, ex-notaire et -propriétaire à Saint-Domingue, et 24 Grands Inspecteurs Généraux dont Kellermann, Lacépède, l'abbé d'Alez, Masséna, Beurnonville, Muraire, le maréchal Lefebvre.

Après Waterloo, les choses allaient changer rapidement. Le Grand Orient avait, dès le 5 mai 1814, proposé la « centralisation des rites en vue de l'unité » au Suprême Conseil.

Celui-ci, qui préfère envisager une organisation à l'américaine réserve d'abord sa réponse, puis entame des négociations pour éviter le retour des difficultés de l'année 1804-1805. Mais brusque­ment, le Grand Orient, sous la pression, semble-t-il, des frères titu­laires de divers degrés supérieurs français et revendiquant des « équivalences » déclare, à la fin de 1814, « reprendre l'exercice de tous les droits qui lui appartiennent sur tous les rites ». Le Suprême Conseil ayant alors repoussé la demande de « centralisa­tion » le Grand Orient crée, sous la présidence d'un transfuge du Suprême Conseil, le notaire Germain Hacquet, un Suprême Conseil des Rites qui supposait l'intégration des 33 degrés, et non plus des 18 premiers seulement.

Le coup était rude pour le « Suprême Conseil du 33» degré pour la France », celui qu'avait créé le comte de Grasse-Tilly en 1804 et qui était, depuis 1806, présidé par Cambacérès. Comme un malheur n'arrive jamais seul, ce Suprême Conseil allait, en 1815, se trouver décapité par l'exil de son Grand Commandeur et par la réaction qui suivit les Cent Jours.

Il y eut alors une éclipse dans l'activité de cet organisme de haut grade et les dirigeants du Grand Orient de France, devenus ardemment bourboniens, triomphèrent et célébrèrent l'unification sous leur houlette. Leurs relations avec le nouveau pouvoir politi­que étaient si bonnes qu'ils obtinrent du Gouvernement la réouver­ture de loges fermées et une circulaire déclarant que « Sa Majesté tolérait les Loges soumises au Grand Orient et ne les considérait pas comme sociétés secrètes. »

En août 1818 ils répudièrent « toute solidarité entre les actes du Grand Orient et ceux du Suprême Conseil » (Feuillette) .

Mais le comte de Grasse, Grand Commandeur honoraire du Suprême Conseil qu'il avait fondé, était resté Grand Commandeur en exercice du Suprême Conseil du 33» degré pour les lies françai­ses de l'Amérique au Vent et sous le Vent, exilé à Paris.

il donna alors une vive impulsion audit Conseil qui devint dès lors le point de ralliement des ateliers écossais de la métropole, réfractaires au Grand Orient, en attendant que le Suprême Conseil de France reprit force et vigueur.

Entre-temps et pour le plus grand profit de l'Ordre, de Grasse allait, le 8 septembre 1818, renouveler le geste qu'il avait accompli en 1806 en faveur de Cambacérès : il abandonna sa charge de Grand Commandeur du Suprême Conseil d'Amérique pour permettre l'élec­tion du frère Elie Decazes qui allait être fait duc et devenir, en janvier 1819, ministre de l'Intérieur et en novembre Président du Conseil.

En dépit des attaques d'une partie de ses collègues hostiles au Suprême Conseil de France, et qui créèrent un troisième Suprême Conseil dit du Prado, du nom de son local, sous la direction du vice- amiral Allemand, de Grasse tint bon, ainsi que Decazes et le Suprême Conseil d'Amérique, désormais dit de Pompéi.

Ce Suprême Conseil assura alors le relais, et il sera pendant trois ans le point de ralliement des ateliers écossais réfractaires à la domination du Grand Orient.

Enfin, sortant de son sommeil, le Suprême Conseil de France, Cambacérès auquel il était fidèle étant revenu d'exil mais renonçant à ses fonctions, reprenait ses activités sous la direction du comte de Valence.

Il admettait dans son sein des membres du Suprême Conseil d'Amérique, dont Decazes, reconnaissait de même la plupart des promotions attribuées par lui comme il en intégrera bientôt les loges. Il enregistrait aussi les démissions des frères Hacquet, Joly et Roêttiers de Montaleau.

Le 7 mai 1821, il déclara solennellement « réunis à lui tous les Maçons réguliers de Rit Ecossais Ancien Accepté dont il est et demeure le seul chef ». Il complétait son effectif par une série de nominations. Le Suprême Conseil dit d'Amérique cessait d'exis­ter. Son Grand Commandeur prendra, de 1838 à 1860, la direc­tion du rite.

Pour l'instant, le comte de Valence étant décédé, les fonctions de Grand Commandeur furent dévolues au comte de Ségur, acadé­micien, ex-ambassadeur à Saint-Pétersbourg, écrivain et membre de l'Académie française (février 1822).

Il choisit comme Lieutenant Grand Commandeur le duc de Choi­seul. Le temple était relevé et avait retrouvé sa couverture.

Le Concordat dénoncé, le Suprême Conseil décidait en mars 1821 de créer une Loge de la Grande Commanderie. C'était « la pre­mière cellule », celle où tous les Ecossais, ne faisant pas partie du pouvoir directeur, pouvaient se réunir sous son égide et travailler efficacement au développement du Rite ».

D'autres loges vinrent rapidement se joindre à la cellule cen­trale qu'était la loge de la Grande Commanderie soit par création, soit par intégration :

n° 2 les Propagateurs de la Tolérance,
n° 3 les Chevaliers bienfaisants de l'Olivier Ecossais qui deviendra les Trinitaires,
n° 4 les Chevaliers de Palestine,
n° 5 les Hospitaliers Français,
n° 6 le Mont Sinaï, toutes à l'Orient de Paris, et n° 7 l'Ecole de la Sagesse à l'Orient de Metz.

Et, le 12 juillet 1822, la Grande Commanderie sera érigée en Grande Loge Centrale, divisée en trois sections : la première, celle des degrés symboliques jusqu'au 18e inclus ; la deuxième, celle des degrés supérieurs, depuis le 19' jusqu'au 32e inclus ; la troi­sième était une section administrative. Au-dessus de ces sections planait le Suprême Conseil qui contrôlait ou légalisait les opérations des sections. Son pouvoir était absolu et il l'est demeuré sur toutes les loges écossaises du 1er au 32° degré jusqu'à ce que les loges bleues du Rite Ecossais aient obtenu en 1894 leur autonomie. Il ne l'exerce plus aujourd'hui que sur les loges travaillant du 4e au 32° degré.

Quand, le mois, suivant, une Fête de l'Ordre rassemble tous les Ecossais réunis en un même corps, c'est un chant d'allégresse et d'espoir qu'entonne le secrétaire du Saint-Empire, l'Illustre Frère comte Muraire, membre de l'assemblée législative et Président honoraire de la Cour de cassation, dont il convient de saluer la mémoire comme celle de l'artisan véritable de la cohésion du Suprême Conseil, en quelque sorte le Roêttiers de Montaleau du Rite Ecossais.

Voici les paroles prophétiques qu'il prononça à cette occasion :

« Ce n'est pas seulement la Fête annuelle de l'Ordre qui nous rassemble, c'est la réorganisation et l'inauguration du Suprême Conseil du 33e degré pour la France que nous venons célébrer ; c'est la reprise de ses travaux et de sa correspondance que nous venons annoncer à tout le Rite Ecossais et, par-là, donner à ce Rite une nouvelle impulsion, j'ai presque dit une nouvelle vie, et lui rendre le mouvement et l'activité ; c'est la réunion loyale et touchante qui s'y est opérée et qui, par l'unité qu'elle y établit et l'harmonie qu'elle y ramène, en assure désormais la constante et inaltérable prospérité que nous venons proclamer ».

On intronise ce jour-là, comme Très Puissant Souverain Grand Commandeur, le Très Illustre frère Général comte de Valence ; on accueille avec transport le duc de Choiseul.

LA FRANC-MAÇONNERIE SOUS LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE

La suite de cet essai devra beaucoup aux travaux que nous citions en avant-propos. Nos éminents frères Albert Lantoine, Anto­nio Coen et Michel Dumesnil de Gramont ont utilisé des docu­ments dont une partie a disparu depuis et, sauf sur certains points que nous n'éluderons pas, les études plus récentes n'ont pas modi­fié foncièrement leurs conclusions, ce qui n'était pas toujours le cas pour la période antérieure à 1820.

Les Bourbons, revenus au pouvoir, ne songent guère à inquié­ter une Franc-Maçonnerie qui ne les inquiète pas. Elle leur apparaît toujours sous son aspect véritable de bonnes gens qui se réunis­sent pour échanger des propos sans méchanceté et, dans des « agapes innocentes », célébrer les joies de la fraternité par des cantiques d'une médiocrité ingénue.

Quand, dans son réquisitoire contre les Quatre Sergents de La Rochelle, le procureur général fera allusion à la qualité maçonni­que de deux d'entre eux, il refusera — assez dédaigneusement — d'y voir une aggravation de leur culpabilité.

Pourtant la Franc-Maçonnerie, par la force des choses, va se trouver amenée à seconder l'action profane des libéraux. Il nous faut tenter d'expliquer pourquoi, alors que son influence sur la Révo­lution française est, nous l'avons vu, toute relative, elle participera au mouvement insurrectionnel de 1830.

L'Empereur Napoléon, par le Concordat avec le Pape, avait paru circonscrire d'une façon humiliante le pouvoir de celui-ci ; en réalité — la France s'en est aperçue jusqu'au vote de la Séparation de l'Eglise et de l'Etat — le Vatican y avait gagné de n'être plus inquiété dans le domaine même où on le reléguait : le domaine spirituel. Depuis longtemps, toute intrusion dans le temporel lui était inter­dite, malgré ses discrètes et indiscrètes tentatives, et il ne perdait pas grand chose en fait — sinon en prestige — à voir cette inter­diction codifiée. Devenir le chef incontesté de l'Eglise catholique donnait au Pape le droit absolu de régir la spiritualité de ses minis­tres et de ses fidèles. Les parlements, au XVIII' siècle, avaient limité ce droit en en soumettant les manifestations à leur examen critique ou au bon vouloir du monarque. Leur refus d'entériner les bulles contre les francs-maçons en est un exemple typique. Après la signature du Concordat, au contraire, toute la Catholicité retour­nait sous la houlette du Saint-Père et les excommunications ponti­ficales se trouvaient reprendre, pour employer une expression maçonnique, « force et vigueur ». Résultat, abandon des loges par les ecclésiastiques et hostilités des dévots contre les francs- maçons, hostilité entretenue par des racontars de curés sans culture et, déjà, par des feuilles publiques spéculant sur la crédulité de leur clientèle. On sent dans leurs propos, comme un relent des calomnies de l'abbé Barruel.

La haine de ces apostoliques fait, par réaction, l'objet des dis­cussions maçonniques. Comment en serait-il autrement ? Elle ris­que, en effet, de compromettre l'existence de l'Ordre si les conseil­lers écoutés de Charles X, qui sont à la tête de ce qu'on appelle alors « le parti prêtre », arrivent à triompher de la sourde irritation des Français auxquels la Charte de 1814, leur rendant l'appellation offen­sante de « sujets », avait confisqué les conquêtes civiques de la Révolution. Aussi est-il indiscutable que si elles ne préparèrent pas la chute du régime dans le mystère de leurs travaux, les loges colla­borèrent de toute leur foi, et par l'activité belliqueuse des frères, à l'explosion de colère qui balaya le trône des Bourbons.

C'est là un fait capital dans l'histoire de la Franc-Maçonnerie.

Jusqu'alors, on peut dire qu'elle était simplement demeurée spectatrice des événements. Le fait que certains de ses membres s'étaient trouvés mêlés comme acteurs à ces événements ne cons­titue pas une contradiction, toute liberté d'action et de pensée leur étant, comme de nos jours, constitutionnellement et effectivement laissée. Mais après les Trois Glorieuses, nous la verrons se va

nter — pour la première fois — d'avoir aidé à l'instauration d'une ère moins rétrograde. Nous ne disons pas une ère libérale parce que le roi citoyen aura vite fait de décevoir les espérances de ses premiers partisans. La fête qu'elle offre au général La Fayette, à l'Hôtel de Ville de Paris, l'exaltation de ses héros morts pour la « cause sacrée », ses chants et ses discours témoignent nettement de ses soucis politiques. Le Rite Ecossais, certes, participe à la joie géné­rale, puisque c'est son Grand Commandeur, le duc de Choiseul, qui préside la cérémonie en l'honneur du « libérateur des deux mon­des », mais on sent néanmoins qu'il ne voulait pas que cette atti­tude de l'Ordre, bien que justifiée par un sûr instinct de défense, déterminât une orientation contraire à ses principes. La preuve en est que, lorsque des combattants de juillet 1830, francs-maçons, voudront, sous les auspices de La Fayette lui-même, qui accepte d'être leur Vénérable d'honneur, créer une loge nouvelle sous le titre Les Trois Jours, ils échoueront en dépit ou à cause de leur programme d'action.

On vient d'étudier la brève histoire de cet atelier au titre dou­blement symbolique. Son état-major comprenait les Maçons les plus éminents, outre La Fayette, le député Alexandre de Laborde, le ban­quier Laffitte, Vénérable, le Maire du 4e arrondissement, Ch. Cadet de Gassicourt, le docteur de Laborde, le futur ministre Odilon Bar­rot, et l'explorateur Crampel. Mais lors de son installation, le géné­ral Ch. Jubé, Grand Secrétaire Général du Suprême Conseil, lui retira sa patente, compte tenu du fait qu'avant même l'intégration la loge avait suivi, bannière déployée, le convoi funèbre du général Lamarque et qu'elle prétendait, le jour de son installation même, procéder à l'admission d'un réfugié polonais. L'appel interjeté, sou­tenu mollement ou pas du tout par les fondateurs qui appartenaient au Suprême Conseil fut vain et, en application du règlement, cette loge disparut.

Louis-Philippe, dont on escomptait la reconnaissante bienveil­lance et qui, espérait-on, placerait ou laisserait placer son fils à la tête de l'Ordre, se montrait du reste déjà sournoisement hostile aux institutions comme aux hommes qui l'avaient porté au pouvoir.

De son côté, la Franc-Maçonnerie témoignait d'une prudente discrétion et se repliait sur sa véritable tradition.

Elle venait de sortir de sa tour d'ivoire. Précédent dangereux. A raisonner dans l'absolu, on lui a parfois donné tort. Mais il est des circonstances dans la vie des peuples qui dépassent la volonté des individus et qui prouvent la faillibilité de leurs lois. Tolstoï l'a montré d'une façon prophétique dans La Guerre et la Paix. Et nous l'avons constaté nous-mêmes lorsqu'au moment d'une affaire fameuse, des savants jusqu'alors réputés pour leur dédain des contingences, des écrivains d'un scepticisme presque ostentatoire, voire des Sociétés scientifiques, se mêlèrent au conflit d'ordre idéologique qui divisait le pays en deux camps résolument adver­ses. Le danger de tels gestes est qu'on retrouve difficilement la. sérénité perdue.

LA FRANC-MAÇONNERIE SOUS LA IIe REPUBLIQUE

Après la chute de Louis-Philippe, d'autres frères aux tendances politiques « opératives » eurent l'idée de fonder une obédience nouvelle qui, s'appuyant sur les principes de 1848 ne se désintéresserait point de la chose publique. Cet engagement politique, qui commença par une réunion à l'Hôtel de Ville et une manifestation en faveur du Gouvernement Provisoire de la République aboutit d'une part à pro­voquer une harangue de Lamartine, et d'autre part à créer une Grande Loge Nationale de France. Convaincus d'être dans la Vérité maçonnique, et d'accomplir la volonté du Grand Architecte de l'Uni­vers ses fondateurs commencèrent par décréter l'abolition des Hauts Grades et de l'inamovibilité des fonctions.

Cette obédience comptait au départ sept loges dont cinq trans­fuges du Suprême Conseil, les Trinitaires (n° 3) , les Commandeurs du Mont Liban (16) , les Patriotes (38) , les Invisibles Ecossais (65) , l'Etoile de Bethléem (90) .

Mais les dissidents restaient encore fidèles aux traditions du rite, ce qui n'arrangeait rien. Ils avaient mis à leur tête le docteur du Planty, maire de Saint-Ouen, et créé une loge La Fraternité à l'Orient de Montmartre.

Face à ce schisme qui pouvait être inquiétant, l'obédience écos­saise se contenta de parler de manifestations soi-disant maçonni­ques et de prendre au coup par coup des mesures feutrées qui allè­rent pourtant jusqu'à l'exclusion sans éclat de loges ou de frères, pendant qu'on pouvait faire état des « frères restés fidèles à leur serment ».

De son côté, le Grand Orient ne perdait pas de temps. Dans son convent de 1849, se refusant à faire la part du feu, il jugea néces­saire de définir ses principes et d'affermir sa régularité en précisant une obligation jusque-là restée vague.

Après rapport, débat et vote, l'Assemblée générale vote un article ter de la Constitution du Grand Orient de France qui précise que « La Franc-Maçonnerie a pour principe l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. » Malgré un correctif sur la liberté de conscience, cette affirmation dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est dogmatique paraît, avec le temps, assez peu adéquate. Mais elle permettait, alors, d'espérer l'audience d'une clientèle assez large, car elle intéressait un secteur d'opinion hostile au « Roi Citoyen », mais « voltairien ». Ce secteur allait jusqu'aux curés bénisseurs d'arbres de la liberté et on pourrait, rien que d'après Balzac, en faire une étude instructive.

Pour en revenir à la Grande Loge Nationale, elle provoqua le 30 octobre 1850 l'envoi par le Ministre de l'Intérieur d'une circulaire aux Préfets dans laquelle il dit :

... L'Administration ne reconnaît une existence régulière qu'aux loges « qui sont placées sous l'obédience du rite français et écossais et du Suprême Conseil.

Toute société maçonnique qui ne se rattacherait pas directement à l'une ou l'autre de ces deux branches de la franc-maçonnerie, devra être assimilée aux sociétés secrètes ordinaires... »

Trois mois plus tard, le Préfet de Police de Paris, fonctionnaire de la 2e République, interdisait une obédience qui avait le défaut d'être républicaine et aussi de prétendre « qu'il ne soit rien fait sans qu'on ait à compter sur elle. »

LA FRANC-MAÇONNERIE SOUS LE SECOND EMPIRE

Les deux organisations qui se trouvent ainsi régularisées par un ukase officiel ont-elles tenu à justifier cette confiance en reve­nant à la pure tradition maçonnique ? On est obligé de le croire car enfin — et cette constatation doit bien gêner les anti-maçons qui, au cours de l'histoire, s'obstinent à classer toujours l'Ordre parmi les groupements d'avant-garde — on ne la voit guère se mani­fester lors du Coup d'Etat de décembre 1852. Une adresse du Grand Orient deux mois auparavant le montre même, cette fois encore, impérialiste avant l'Empire.

Les travaux de cette obédience ne prêtent guère à suspicion. Malheureusement des rivalités d'ordre intérieur et assez vives, au sujet de la Grande Maîtrise que se disputent un moment le prince Murat et Jérôme Napoléon, provoquent l'intervention de Napo­léon Ill. La tactique de l'oncle inspire le neveu. Et alors paraît sa décisions dans I' « Officiel » du 2 janvier 1862 : « Napoléon, vu les articles, etc., etc., considérant, etc., avons décrété et décrétons ce qui suit... S. Exc. le Maréchal Magnan est nommé Grand Maître du Grand Orient de France ». Magnan n'était même pas maçon.

Le coup est rude ; non pas qu'a priori le maréchal Magnan déplaise, mais le procédé choque. Certes ce n'était pas la première fois que I'Etat imposait son favori, mais en sauvant la Forme ; le vote des frères entérinait. D'ailleurs, souvent l'Ordre lui-même, pour témoigner de son loyalisme, avait demandé au pouvoir de lui désigner un chef. En 1862, c'est la carte forcée, contre laquelle on ne peut rien, sinon se montrer assez souple pour — et c'est ce qui arri­vera — reconquérir le droit d'élection. Et les bulletins alors consa­creront le choix de l'Empereur en maintenant à son poste de Grand Maître le maréchal Magnan.

Celui-ci, pour ajouter à son prestige et satisfaire à la volonté évidente de l'Empereur, veut obliger le Suprême Conseil à fusion­ner avec le Grand Orient. Ainsi se trouverait justifié ce titre qu'il arbore orgueilleusement, mais inexactement : Grand Maître de l'Or­dre maçonnique en France. Le Rite Ecossais renâcle. En somme c'est son suicide qu'on lui demande. Déjà, depuis sa naissance, les offres les plus tentatrices lui avaient été faites pour une absorption sans douleur.

Cette fois la situation est grave, car — fait encore unique dans l'histoire de l'Institution — le Pouvoir jette son glaive dans la balance. Résister à la volonté de l'empereur eût été impossible si le Suprême Conseil n'avait eu à sa tête un assez mauvais coucheur, l'écrivain et homme politique Viennet. Il a pour lui le bénéfice de son rang social — il est membre de l'Académie française — et le bénéfice de son grand âge. Il est royaliste. Il a fait partie de cette cohorte de collaborateurs du Constitutionnel que l'on appelait les « Voltairiens de la droite » ou « les hérésiarques de la légitimité » — et il est demeuré fidèle à ses convictions monarchistes. Raison de plus pour le réduire ? Non. Tout gouvernement pactise avec ses adversaires. C'est son intérêt, surtout pour des affaires d'une impor­tance bien secondaire.

Viennet refuse de se soumettre au désir impératif du maré­chal Magnan ; ses missives témoignent de l'orgueil de son Rite. Magnan insiste, pis, il menace. Viennet va trouver l'empereur. L'em­pereur n'est pas méchant. Il compatit au fond à la révolte sentimen­tale de ce vieillard qui ne veut pas se rendre. On l'imagine calmant l'impatience du maréchal : « Laissons-le tranquille... Il a quatre-vingt- huit ans... Quand il ne sera plus là... ». D'autre part, il sait bien que le Rite Ecossais est peut-être royaliste, mais que son caractère initiatique peu enclin aux aventures, ne le rend guère inquiétant pour le régime. Le Suprême Conseil est surtout préoccupé d'interna­tionalisme, non dans l'acception antipatriotique que des malveillants pourraient donner à ce mot, mais pour un apostolat de fraternité. D'autres Suprêmes Conseils se sont créés dans maintes nations par des statuts précis où sont affirmés la croyance en Dieu et le respect des lois et, par leur confédération, ils aident à l'interpéné­tration des esprits et conséquemment au rapprochement des peu­ples.

Quand Viennet meurt, après Magnan, l'attention gouvernemen­tale est accaparée par bien d'autres soucis. La Franc-Maçonnerie d'ailleurs ne fait guère parler d'elle ; un de ses membres, le docteur Buchtold-Beaupré, dans son livre Isis ou l'Initiation maçonnique, va même jusqu'à lui reprocher « son abstention ou sa réserve dans les grandes luttes politiques et religieuses du jour ». L'Institution est vraiment fidèle à sa doctrine première qui ne prescrivait aucune foi, mais il n'y a guère d'exemple qu'à cette époque un rite accueil­lît un seul néophyte se proclamant nettement athée. Même, en 1875, au Rite Ecossais (nous anticipons un peu sur les événements mais ce détail trouve ici sa place et son considérable intérêt), la loge des Coeurs Unis refuse un candidat qui n'avait pas voulu reconnaître l'existence du Grand Architecte, « ce qui, disait le rapport envoyé au Pouvoir Central, est contraire à nos Règlements ».

La Franc-Maçonnerie, sous le Second Empire, y gagne du moins d'être bien vue et à la Cour, et à la Ville. Quand la Société de Saint- Vincent-de-Paul qui, assez inquiétante par ses menées politiques, refusa la reconnaissance publique qu'on lui avait offerte, le mini­tre, M. de Persigny, opposa officiellement (circulaire du 16 octobre 1861) le bon esprit de la Franc-Maçonnerie à l'attitude méfiante de la Société. Cela devait susciter de la part de Mgr Dupanloup une protestation enflammée. L'influence du maréchal Magnan aidait à cette heureuse réputation.

En effet, tout système, aussi fâcheux soit-il, ne va pas sans quelques avantages compensateurs : ces grands Maîtres toujours choisis parmi les personnages haut placés non seulement protègent l'Ordre, mais celui-ci profite moralement de leur situation dans le monde profane. Cela ne fut pas seulement au XVllle siècle, mais pen­dant tout le XIXe siècle jusqu'en 1871. Les francs-maçons jouirent jusqu'à l'avènement de la troisième République d'une considération évidente parmi toutes les classes de la société. Ils avaient des enne­mis parmi les catholiques, certes, mais des ennemis qui n'étaient jamais parvenus à les salir dans l'opinion de leurs contemporains. Ils gardaient le prestige d'avoir eu dans leurs rangs des hommes célèbres par leur talent, leurs mérites, et même par leur naissance.

Lorsque ceux qu'on appelait les libres-penseurs étaient malme­nés par leurs adversaires dans les assemblées représentatives, on évitait de les confondre avec les francs-maçons. Combien cette remarque est révélatrice d'un état d'esprit qui nous étonne aujour­d'hui ! Pour ceux qui la pourraient trouver insuffisamment fondée, nous citerons ce fragment du discours que Sainte-Beuve prononça au Sénat, en 1868, au sujet des « tendances matérialistes de l'ensei­gnement ». Nous le relevons dans le Moniteur Universel du mer­credi 20 mai 1868 :

« ... Est-ce parce que les esprits faisant partie de cette classe ne sont pas associés, affiliés entre eux, comme cela a lieu pour les sectes et communions religieuses ? Je serais presque tenté de le croire, car du moment qu'il y a un lien d'association comme dans l'Ordre de la Franc-Maçonnerie par exemple, oh ! alors on cesse d'être injurié, répudié, maudit — je ne dis pas dans les chaires sacrées, c'est leur droit — mais dans les assemblées publiques et politiques. Si l'on parlait ici dans le Sénat des francs-maçons comme on y parle habituellement des libres-penseurs, on trouverait assu­rément quelqu'un de haut placé °pour répondre. » (Sourires, les regards se portent sur le général Mellinet qui prend part lui-même à l'hilarité). (Le général Mellinet était alors Grand Maître du Grand Orient, mais à la différence du maréchal Magnan, il était maçon depuis de longues années) .

LA FRANC-MAÇONNERIE SOUS LA IIIé REPUBLIQUE

Une grande partie de la Maçonnerie, et notamment certains de ses dirigeants les plus importants, allait changer de cap. Bonapar­tistes sous l'Empire, ils allaient être, sous la Ille République, républi­cains avancés.

La décennie 1871-1881 fut une nouvelle période tournante. Si, aux témoignages tardifs de Léo Taxil ou de partisans à oeillères, la Commune de Paris fut une oeuvre maçonnique, les contemporains comme Louise Michel, Maxime du Camp ou un des principaux acteurs, le frère Thirifocq, montrent bien qu'il y eut, comme sous la Révolution française, des partisans dans les deux camps. Comme l'obédience écossaise était mieux implantée à Paris que ne l'était le Grand Orient et qu'elle comptait de nombreux fédérés ou sympathi­sants, le frère Malapert, Grand Orateur du Suprême Conseil et son représentant à Paris se borna à inviter les membres de celui-ci à ne pas engager l'Ordre dans son ensemble. Mais le Préfet Babeau ­Laribière, Grand Maître du Grand Orient et plusieurs de ses Grands Officiers stigmatisèrent les partisans de la Commune, même dans leur action comme libres citoyens. Il avait l’excuse d’être un haut fonctionnaire de province et sans doute assez mal informé de l'esprit des Parisiens, ce qui s'explique aisément, étant donné les circonstances dans leur ensemble.

La République instituée, puis passée aux mains des républi­cains, comment expliquer le revirement qui s'est produit dans l'es­prit d'une certaine élite sociale et, avouons-le, dans l'opinion publi­que, touchant la renommée de la Franc-Maçonnerie ? Elle le doit certainement à la campagne menée par les cléricaux, mais aussi à ses propres fautes. L'avènement de la République porta au pouvoir plusieurs de ses membres qui avaient appris à penser à l'intérieur de ses temples et qui se trouvèrent devoir mettre en pratique le libéralisme de son enseignement.

Il devient alors de plus en plus difficile à l'Ordre de se tenir à l'écart des événements profanes — et ce d'autant plus que la Répu­blique assez mal assise va encore avoir à se débarrasser de certai­nes erreurs qui nuisent à son épanouissement. On discute la loi Falloux. L'ecclésiastique a encore une influence considérable dans les rouages de l'Etat...

Le succès grise. Les jeunes francs-maçons voudraient « extério­riser » la Franc-Maçonnerie. Certains d'entre eux, comme Gambetta, Jules Ferry, Brisson, Floquet, Camille Pelletan, Georges Perin, Edouard Lokroy, Wyrouboff, Millet le sculpteur, le docteur Lanne­longue, etc., dont beaucoup, comme les neuf derniers, appartien­nent à des loges écossaises, voudraient pousser le Suprême Conseil à sortir de sa réserve. Ils proposent des innovations dans la consti­tution que désapprouvent les Grands Commandeurs — même des chefs comme Adolphe Crémieux dont le républicanisme n'est pour­tant pas suspect. On voudrait jeter par-dessus bord le Grand Archi­tecte de l'Univers. Le Grand Orient le fait en 1877 en rejetant de sa « Déclaration de principes » la croyance en Dieu et à l'immortalité de l'âme. Pourquoi le Rite Ecossais n'imiterait-il pas un exemple aussi méritoire ? Le Suprême Conseil tergiverse, élude, accorde des concessions qui ne touchent pas au point névralgique du débat, c'est-à-dire à son propre pouvoir dictatorial qui semble aux révolu­tionnaires un anachronisme inadmissible. Et cela dure jusqu'au jour où des loges intransigeantes se séparent de lui — en 1880 — pour fonder une obédience aux tendances nettement politiques : La Grande Loge Symbolique Ecossaise. Douze Loges font ainsi dissi­dence.

Le Suprême Conseil, cédant à la force des choses, accordera à ses Loges Bleues (du le' au 3e degré) de tels avantages, que la Grande Loge Symbolique Ecossaise ralliera le bercail pour fonder avec les ateliers demeurés fidèles l'organisme qui existe de nos jours sous le titre de Grande Loge de France (1894). En 1905, ces avantages iront même jusqu'à une complète autonomie, de sorte que le Rite se trouve actuellement scindé en deux parties qui cons­tituent néanmoins l'unité écossaise : le Suprême Conseil qui conti­nue d'administrer autocratiquement les ateliers du 4e au 33e degré, et la Grande Loge de France qui est une organisation à forme démo­cratique, sous la juridiction de laquelle travaillent les ateliers du 1" au 36 degré.

CONCLUSION

Dans la mesure où ils peuvent être connus et étudiés pour la période plus proche de nous, les grands événements du XXe siècle feront l'objet d'une publication plus complète dans les numéros à venir des Points de Vue Initiatiques. Ce qu'il nous faut retenir en terminant cette esquisse dont nous espérons qu'elle n'est ni trop ardue, ni trop absconde, même pour le moins averti de nos amis, c'est que depuis le Convent auquel furent conviés, par le Suprême Conseil de Suisse, à Lausanne en 1875 tous les Suprêmes Conseils existant alors, le Suprême Conseil de France, puis la Grande Loge de France s'efforcèrent, par d'incessants retours aux sources, d'être les conservateurs éclairés des plus pures traditions de la franc- maçonnerie universelle, sans se laisser influencer ni par les gau­chissements possibles des uns ou des autres, ni par les querelles de doctrine provoquées par les circonstances et les fluctuations d'un moment, l'Ordre Maçonnique se devant, d'une part, de favo­riser dans un véritable humanisme le rôle individuel de chacun de ses membres, d'autre part de rester, quant à lui, sereinement hors du temps et des querelles.

Cette conception de l'ordre était rigoureusement conforme aux principes de la Franc-Maçonnerie Universelle, tels que la Grande Loge de France devait les formuler en 1966 :

« La Franc-Maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité.
Elle constitue une alliance d'hommes libres et de bonnes mœurs, de toutes races, de toutes nationalités et de toutes croyan­ces.
La Franc-Maçonnerie a pour but le perfectionnement moral de l'humanité.
A cet effet, les Francs-Maçons travaillent à l'amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel que sur le plan du bien-être matériel.
Les Francs-Maçons se reconnaissent comme Frères et se doi­vent aide et assistance, même au péril de leur vie. Ils doivent, de même, porter secours à toute personne en danger.
Dans la recherche constante de la vérité et de la justice, les Francs-Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite.
Ils respectent la pensée d'autrui et sa libre expression.
Ils recherchent la conciliation des contraires et veulent unir les hommes dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun.
Ils considèrent le travail comme un devoir et un droit.
Les Francs-Maçons doivent respecter les lois et l'autorité légitime du pays dans lequel ils vivent et se réunissent librement.
Ils sont des citoyens éclairés et disciplinés et conforment leur existence aux impératifs de leur conscience.
Dans la pratique de l'Art, ils veillent au respect des règles traditionnelles, us et coutumes de l'Ordre.
Les Francs-Maçons, dans la poursuite commune d'un même idéal, se reconnaissent entre eux par des mots, signes et attouche­ments qu'ils se communiquent traditionnellement en Loge au cours des cérémonies initiatiques.
Ces mots, signes et attouchements, de même que les rites et les symboles font l'objet d'un secret inviolable et ne peuvent être communiqués à quiconque n'a pas qualité pour les connaître.
Chaque Franc-Maçon est libre de faire ou de ne pas faire état de sa qualité, mais il ne peut dévoiler celle d'un Frère.
Les Francs-Maçons s'associent entre eux pour constituer, conformément à la tradition maçonnique, des collectivités autono­mes qui prennent le nom de Loges.
Toute Loge se gouverne conformément aux décisions prises par la majorité des Maîtres-Maçons réunis en Tenue d'Obligation, mais elle ne peut s'écarter des principes généraux de la Franc- Maçonnerie ni des lois de l'Obédience à laquelle elle appartient.
Les Loges se groupent en Grandes Loges, Puissances natio­nales et indépendantes, gardiennes de la Tradition, exerçant juri­diction exclusive et sans partage sur les trois grades de la Franc- Maçonnerie symbolique : Apprenti, Compagnon et Maître-Maçon.
Les Grandes Loges se gouvernent conformément aux prin­cipes traditionnels de l'Ordre Universel, à leurs propres constitu­tions et aux lois qu'elles se sont régulièrement données.
Elles respectent la souveraineté et l'indépendance des autres Puissances maçonniques et s'interdisent toute ingérence dans leurs affaires intérieures.
Elles entretiennent entre elles des relations nécessaires à la cohésion de l'Ordre Universel.
Elles s'abstiennent de délivrer patente à des Loges hors de leur territoire national, sauf dans les pays où il n'existe pas de Puissance Maçonnique régulièrement constituée.
Elles concluent librement des traités et des alliances frater­nelles entre elles, mais ne reconnaissent aucune autorité maçon‑
nique nationale ou internationale supérieure à la leur.
Elles arrêtent souverainement leur réglementation et assurent seules leur administration, leur justice et leur discipline intérieure.
Ainsi est maintenu le caractère universel de l'Ordre Maçonnique dans le respect de la personnalité de chaque corps maçonnique national, dans celui de l'autonomie de chaque loge et dans celui de la liberté individuelle de chaque Frère afin qu'entre tous les Francs- Maçons règnent l'Amour, l'Harmonie et la Concorde. »

*
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DECLARATION DE PRINCIPES DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE
(5 décembre 1953)

I. — La Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

II. — Conformément aux traditions de l'Ordre, Trois Grandes Lumières sont placées sur l'autel des Loges : l'Equerre, le Compas et un Livre de la Loi sacrée.

Les obligations des Maçons sont prêtées sur ces trois Lumières.

III. — La Grande Loge de France proclame son indéfectible fidé­lité et son total dévouement à la Patrie.

IV. — La Grande Loge de France ni ses Loges ne s'immiscent dans aucune controverse touchant à des questions politiques ou confessionnelles. Pour l'instruction des Frères, des exposés sur ces questions, suivis d'échange de vues, sont autorisés. Toutefois, les débats sur ces sujets ne doivent jamais donner lieu à un vote, ni à l'adoption de résolutions, lesquels seraient susceptibles de contraindre les opinions ou les sentiments de certains Frères.

V. — En ce qui concerne les principes autres que ceux définis ci-dessus, la Grande Loge de France se réfère aux » Anciens Devoirs », notamment quant au respect des traditions de la Franc- Maçonnerie et quant à la pratique scrupuleuse et sérieuse du Rituel et du Symbolisme en tant que moyens d'accès au contenu initiatique de l'Ordre.

Source : www.ledifice.net

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La Franc-Maçonnerie militaire

11 Avril 2012 Publié dans #Planches

La Franc-Maçonnerie militaire a joué un rôle essentiel dans l'apparition en France de la Maçonnerie spéculative. Avant 1789, les Loges militaires qui existaient dans la plupart des régiments de l'armée royale initiaient au hasard des déplacements, d'une garnison à l'autre, des aristocrates, des bourgeois, des commis d'administra­tion, des avocats, des religieux qui allaient devenir un peu plus tard les animateurs des Loges sédentaires.

Plus tard, sous le Premier Empire, ce furent les Loges militaires de la Grande Armée qui propagèrent la Franc-Maçonnerie dans toute l'Europe, notamment en Belgique, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Italie, en Espagne, initiant un peu partout dans les terri­toires occupés et y donnant naissance à une Maçonnerie locale là où elle n'existait pas encore, réveillant ailleurs de vieilles Loges qui étaient en sommeil depuis un certain temps. Par un étrange para­doxe, ce furent ainsi les militaires francs-maçons de l'armée impé­riale qui propagèrent à travers l'Europe l'idéal de la Révolution française de 1789.

Officiers et hommes de troupes se retrouvaient fraternellement unis dans la Loge, sans aucune distinction de grades. Ainsi, en 1779, La Parfaite Union du régiment du Vivarais avait comme Vénérable le simple soldat Dupred, alors que le capitaine Charles de Roux l'assistait comme Secrétaire.

En 1773, la Loge Saint-Charles des Amis Réunis, installée au sein du régiment de Saintonge, avait pour Vénérable le fourrier La­bouisse. Elle comptait parmi ses membres le comte de Bérenger, mestre de camp.

Il n'est pas inutile de rappeler que, bien avant la création en 1717 de la Grande Loge de Londres, la Franc-Maçonnerie dans sa forme spéculative, avait été introduite en France par des militaires. Lorsque la reine Henriette, fille du roi de France Henri IV, épouse du roi d'Angleterre Charles r, s'était réfugiée au château de Saint- Germain, la plupart des officiers écossais de sa suite appartenaient à des Loges anglaises qu'ils s'étaient empressés de reconstituer en exil.

Dès 1689, à Saint-Germain-en-Laye, une Loge jacobite, La Bonne Foi, existait au régiment de Dillon des gardes écossais. Plusieurs autres Loges stuartistes furent ouvertes en France dès 1690. Dans des conditions identiques, des marins et des soldats participèrent à la fondation des premières Loges spéculatives en territoire fran­çais. Ainsi, en 1732, des officiers de marine anglais séjournant à Bordeaux y ouvrirent la Loge L'Anglaise qui existe encore de nos jours.

De nombreux officiers français furent initiés à cette époque. En 1736, plus de deux cents officiers de hauts grades assistaient à la Tenue maçonnique pour laquelle le chevalier de Ramsay écrivit son célèbre Discours, premier essai de réforme de l'Ordre maçonnique. Ce fut à ce moment que fut initié le Maréchal d'Estrées.

Le premier Grand Maître français, Louis de Pardaillan de Gon­drin, duc d'Antin et d'Epernon, élu le 24 juin 1738, était lui-même colonel du régiment de Royal-Marine.

Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, qui fut appelé à lui succéder en 1743, avait fait ses preuves sur le champ de bataille. Il fut désigné par ses Frères de préférence au prince de Conti et au Maréchal de Saxe.

Il y eut ainsi une longue période pendant laquelle les militaires exercèrent l'autorité suprême dans l'Ordre maçonnique en France. Au tableau des Grands Officiers pour l'année 1773 figurent ainsi le Frère de Montmorency-Luxembourg, brigadier des armées du roi ; le colonel d'infanterie de Buzançais ; le mestre de camp de cava­lerie Rohan-Guéménée ; le colonel d'infanterie de Lauzun ; le colo­nel d'infanterie Bacon de la Chevalerie ; le colonel du régiment de Champagne Colbert, marquis de Seigneley ; le maréchal de camp prince de Tarente ; le mestre de camp des dragons prince de Pigna­telly ; le colonel d'infanterie vicomte de Rouait ; le colonel d'infanterie chevalier de Launey ; le lieutenant-colonel Giraud-Destours ; le colonel comte d'Ossun ; le mestre de camp de cavalerie marquis de Clermont-Tonnerre, d'autres encore.

Tous les régiments possédaient alors une ou plusieurs Loges maçonniques.

Il suffit par ailleurs de consulter les tableaux des Loges pari­siennes avant 1789 pour y trouver en très grand nombre des mili­taires de toutes les armes et de tous les grades.

Tout naturellement, les soldats francs-maçons prirent fréquem­ment l'initiative de créer des Loges civiles et sédentaires dans les villes où ils étaient affectés. Ce fut ainsi que le capitaine Frignet, du Royal-Lorraine-Cavalerie, fut en 1748 le fondateur à Rennes de La Parfaite Union, une Loge qui devait devenir plus tard la Mère- Loge de la Maçonnerie bretonne. De même, en 1756, ce fut la Loge militaire Les Frères Unis, au régiment de Thianges-Dragons, qui installa à Laval la Loge sédentaire L'Union, composée essentielle­ment de petits bourgeois.

En 1768, lorsque L'Heureuse Rencontre fut installée à Brest, elle comptait parmi ses fondateurs une majorité d'officiers.

Les archives de la Franc-Maçonnerie française permettent de suivre les régiments dans leurs successifs déplacements. Prenons l'exemple de La Parfaite Union, Loge militaire du régiment Royal­Roussillon-Cavalerie. Elle se trouve en garnison à Hesdin en 1774 lorsqu'elle ouvre ses travaux sous la direction du capitaine de More­ton-Chabrillant. En 1775, lorsqu'elle initie le comte des Rieux et le comte de Carné, elle tient ses assises dans le Temple de la Loge de Rennes.

De la même façon, nous pouvons suivre pendant plus de vingt ans dans ses déplacements la Loge militaire de l'Orléans-Dragons. Des noms connus figurent sur les tableaux des Loges militaires. Le sous-lieutenant Alexandre de Musset, grand-oncle du poète, appar­tenait à La Concorde, Loge du régiment d'Auvergne. Le baron de Montboissier-Beaufort-Canillac, gendre de Malesherbes, fut Véné­rable de L'Amitié à l'Epreuve, la Loge de l'Orléans-Dragons. Le duc de Richelieu, futur Premier ministre du roi Louis XVIII, fut l'orateur des Dragons Unis, au régiment des Deux-Ponts-Dragons. Percy, l'un des rénovateurs de la chirurgie militaire, fut le Secrétaire des Frères Unis, au régiment de Berry-Cavalerie. Le célèbre Choderlos de Laclos, l'auteur des « Liaisons dangereuses «, fut le Vénérable de L'Union, au corps d'artillerie de Toul.

Lafayette et Rochambeau étaient eux-aussi francs-maçons.

Axel de Fersen, colonel du Royal Suédois, l'homme qui organisa la fuite à Varennes de la famille royale, appartenait à L'Olympique de la Parfaite Estime. Dans cette Loge il retrouvait un lieutenant- général qui se nommait... Charles d'Estaing.

Le célèbre mathématicien Gaspard Monge fut en 1779 l'Orateur de L'Union Parfaite du Corps du Génie où il avait été initié. La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de France, tombé au champ d'hon­neur le 27 juin 1800, appartenait à une Loge bretonne.

Il demeure que la période la plus faste de la Maçonnerie mili­taire, ce fut indéniablement celle du Premier Empire, avec les francs-maçons Junot, Pichegru, Mac Donald, Beurnonville, Kléber, Brune, Joseph.et Jérôme Bonaparte, Sérurier, Kellermann, Mortier, Ney, Lannes, Lefebvre, Murat, Augereau, Moreau, Exelmans, Suchet, Oudinot, Bernadotte, Molitor, sans oublier le général Hugo, père de Victor, qui appartenait à L'Amitié d'Aix-en-Provence et à La Concor­de de Bastia.

Faire aujourd'hui le tour de Paris par les boulevards extérieurs c'est s'offrir l'occasion de saluer l'un après l'autre les plus grands noms de la Maçonnerie militaire.

N'oublions pas le maréchal Masséna, duc de Rivoli, qui avait été initié à Toulon en 1784 par la Loge Les Enfants de Minerve. Quant à Grouchy, celui de Waterloo, il appartenait à La Candeur de Strasbourg.

Dans toute l'histoire de la Franc-Maçonnerie universelle aucune date n'est plus douloureuse que celle du 18 juin 1815. Ce jour-là, dans la plaine de Waterloo, se retrouvèrent face à face les francs- maçons français du Frère Grouchy, les francs-maçons anglais du Frère Wellington, les francs-maçons prussiens du Frère Blücher. La fine fleur des Loges militaires de la Grande Armée disparut dans la charge héroïque de la Haie-Sainte que commandait le franc-maçon Lassale.

Quelques-uns des plus grands noms de la Marine figurent éga­lement sur les tableaux des Loges, notamment ceux du corsaire Surcouf et du corsaire Bompard, du bailli de Suffren, de l'amiral Villaret de Joyeuse, de l'amiral Bruix, de l'amiral Magon de Médine qui trouva la mort à Trafalgar.

Les marins français participèrent activement à l'implantation et au développement de la Maçonnerie aux Antilles, à Saint-Do­mingue, aux Indes, au Moyen-Orient et en Amérique Latine. Un mili­taire comme le comte de Grasse-Tilly propagea de la même façon et organisa dans plusieurs pays d'Europe, notamment en Belgique et en Espagne, le système des Hauts Grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

La liste est longue des soldats francs-maçons qui, sous les différents régimes, furent élevés à la dignité de Maréchal de France. Les plus connus sont Augereau, Bernadotte, Exelmans, Joffre, Keller­mann, Lefebvre, Masséna, Murat, Ney, Soult et Suchet. Pendant la guerre de 1914-1918, le Grand Maître de la Grande Loge de France était le général Peigné. Une Loge parisienne de son Obédience porte aujourd'hui son nom.

Entre 1919 et 1940, et depuis 1944, de nombreux officiers d'ac­tive furent Vénérables de Loges écossaises et plusieurs d'entre eux furent appelés à siéger au Conseil Fédéral de la Grande Loge de France.

Ainsi, la tradition de la Franc-Maçonnerie militaire se prolonge. Elle constitue à coup sûr l'une des plus belles pages de l'histoire de la Franc-Maçonnerie française.

MAI 1982

Source : http://www.ledifice.net/

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Les loges militaires

11 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Le chapitre 1 des constitutions de la Grande Loge de France nous rappelle, je cite, que : « la Franc-Maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité ».

Pour autant, son caractère universel ne doit pas s’opposer aux devoirs que tout Franc-Maçon doit à l’égard de sa patrie. Cela est d’ailleurs clairement rappelé dans l’article 3 de la déclaration de principes de la Grande Loge de France de décembre 1953, à savoir : « La Grande Loge de France proclame son indéfectible fidélité et son total dévouement à la Patrie ».

Ces 2 proclamations, loin d’être en contradiction, tout au contraire, nous rappellent, s’il en était vraiment besoin, que l’humanité doit toujours être placée au dessus de la patrie, et c’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les Franc-Maçons doivent continuellement rechercher la fraternité entre les peuples, en s’opposant par les moyens les plus pacifiques mis éventuellement à leur disposition, à tout conflit armé.

Et, lorsque toutes les solutions pour conserver la paix auront été épuisées, alors, la Franc-Maçonnerie, et les Franc-Maçons eux-mêmes, à titre individuel ou collectif, et dans la mesure du possible, doivent s’exercer à rendre les combats les moins pénibles pour les hommes qui les subissent, ou, tout du moins, à soulager au mieux les souffrances qu’inévitablement, ils engendrent.

Pour ce faire, entre autre, la Franc-Maçonnerie a aidé à la création de loges spéciales destinées à accueillir principalement les officiers et sous-officiers des différentes armées ; il s’agit, bien entendu, des loges militaires.

Ces loges militaires étaient établies dans la plupart des villes de garnison en temps de paix. Il s’agissait de loges dites « ambulantes », ambulantes puisqu’elles se déplaçaient au gré des déménagements de garnison, ou bien encore, quand c’était le cas, des conflits armés. On a également retrouvé quelques exemples de loges se réunissant à bord des navires de guerre.

Leurs tenues se tenaient, la plupart du temps, soit dans les camps, soit, lorsque l’on était en temps de guerre, bien évidemment, directement sur les territoires conquis.

La 1ère loge militaire dont on ait, semble t-il, trouvé trace, daterait de 1728, et aurait été créée par la Grande Loge de Londres pour un bataillon du Royal Scots en garnison sur les côtes de Coromandel, dans le sud-est de l’Inde, au nord du Sri Lanka.

Une 2nde loge fut fondée, toujours par la Grande Loge de Londres, en 1729, pour les troupes stationnant depuis 1704 sur la forteresse de Gibraltar.

Enfin, le 7 novembre 1732, la Grande Loge d’Irlande octroya une charte au 1er bataillon du régiment royal écossais.

A noter, enfin, qu’au milieu du 18ème siècle, 29 loges militaires dépendront de cette même Grande Loge d’Irlande, pour 112 à la fin de ce même siècle. Et, à la fin du 19ème siècle, 409 loges militaires auront été érigées par les 3 grandes loges britanniques que sont l’Ecosse, l’Angleterre, et donc, l’Irlande.

Le reste de l’Europe ne fut pas non plus en reste.

En France, des loges militaires avaient essaimé dès 1688 par l’intermédiaire du régiment « Royal Irlandais » ayant suivi le roi Jacques II Stuart en exil, et elles se sont très probablement reconstituées à la même époque, à Saint-Germain-en-Laye, sous le titre distinctif de « La Parfaite Egalité ».

Ces écossais et ces irlandais ont ainsi recréé la Maçonnerie écossaise sur le continent, en acceptant par la suite au sein de leurs loges, des nobles et des officiers français. Ces loges seront déjà au nombre de 5 en 1744. En 1778, 30 loges militaires dépendront ainsi du Grand Orient de France.

Il est d’ailleurs peut-être utile de rappeler ici que la plupart des loges de province seront principalement fondées par l’entremise de ces mêmes loges militaires qui, au fil de leurs déplacements, laisseront bien souvent derrière elles un embryon de loge civile.

On peut citer l’exemple, entre autre, de la loge militaire de la 41ème demi-brigade, connue sous le titre distinctif « La Concorde », et qui, en 1802, à son départ du Luxembourg, laissera derrière elle, 6 mois plus tard seulement, un nouvel atelier, « Les Enfants de la Concorde ».

Il est à noter, pour l’anecdote, que cette 41ème demi-brigade ne dut son salut, lors d’un combat maritime contre un navire anglais, en 1801, qu’en se présentant à l’avant du navire, et en faisant le signe de secours et jetant le cri de détresse. Parmi les officiers anglais, se trouvaient des maçons. Le feu fut alors suspendu et des canots échangèrent les conditions de la reddition, au moment ou la défaite du navire français était certaine.

D’après Jean-Robert Lagache, à la fin du 18ème siècle, « des bateaux de guerre, et un tiers des régiments, possédaient des loges ».

A La Rochelle, en 1770, le baron Beufvier de la Rouerie proposera même la construction d’un navire de guerre de 300 canons financé par les seuls Frères, qui en auraient bien évidemment formé l’équipage. Ce projet n’aboutira cependant jamais.

Enfin, en 1811, on recensera, en tout et pour tout, 69 loges militaires dans les rangs de l’armée française, et, faut-il encore le préciser, la grande majorité des maréchaux (18 au total sur les 26 nommés après le rétablissement du titre en 1804), et des généraux, étaient Franc-Maçons.

Car ce véritable phénomène que sont les loges militaires, connaîtra son apogée au tout début du 19ème siècle, et ce même si, bien évidemment, et nous l’avons déjà vu précédemment, elles n’ont pas leur origine directe dans les armées napoléoniennes.

Prenons néanmoins quelques exemples.

En 1799, pendant la campagne d’Egypte, la 42ème demi-brigade et la 13ème légère obtiendront du Grand Orient de France la constitution de 2 ateliers sous les titres distinctifs de « L’Union Militaire » et de « L’Egalité Triomphante ». En 1800, la 60ème demi-brigade crée également « Les Amis Réunis de la Victoire » ; quand à la 92ème, elle crée « La Parfaite Union ».

On dénombre ainsi 42 loges militaires pour 90 régiments d’infanterie de ligne, et 18 loges militaires pour 26 régiments d’infanterie légère. D’après Jean Tulard, spécialiste de cette période, le pourcentage maximum de Franc-Maçons dans les régiments était alors de 44 %, la moyenne, de 24 % environ, ce qui est considérable pour une armée et, sûrement, jamais égalé depuis lors, dans aucune autre armée au monde.

On assiste à ce moment là à un mouvement de constitution de loges militaires sans précédent en Europe, des loges affiliées à un Ordre maçonnique dont les différentes branches, Grande-Loge Générale Ecossaise et Grand Orient de France, venaient tout juste d’être unifiées par un pouvoir désireux d’en faire très rapidement une authentique institution impériale.

Le Grand Orient de France devint dès lors représentatif de tous les groupements maçonniques de l’Empire.

Il convient malgré tout de rappeler ici, pour, éventuellement, un peu mieux comprendre le rôle en Europe, des loges militaires d’inspiration française, que déjà, au cours du 18ème siècle, ces dernières, de rites et d’importances variées, avait créé un peu partout dans le monde de très nombreuses « filiales », notamment au-delà du Rhin, des Antilles et sur le pourtour méditerranéen.

De même, de nombreuses loges relevant de juridictions étrangères s’étaient installées en France.

La différence, ici, c’est que ces loges, attachées au drapeau d’un régiment, allaient rapidement devenir, non plus simplement un lieu de rencontres fraternelles, mais surtout l’instrument idéologique d’une France post-révolutionnaire.

A cette époque, la Franc-Maçonnerie était, il est vrai, très fortement implantée dans les armées européennes, et toujours sous l’influence persistante des idées issues du grand siècle des Lumières.

Ainsi, à l’instar des armées romaines dont les légionnaires étaient pour le plupart membres de nombreuses confréries initiatiques, et dont la mission était, entre outre, d’apporter la civilisation romaine dans les pays conquis, les armées françaises, et, au premier rang, les Franc-Maçons membres de ces mêmes loges militaires, se sentaient, pour la plupart, sans aucun doute, investis pareillement d’une mission civilisatrice, en apportant à l’Europe les idéaux révolutionnaires et républicains.

Ce fut, en Espagne particulièrement, une très lourde erreur.

Comme l’écrit Jean-Luc Quoy-Bodin dans son livre, L’armée et la Franc-Maçonnerie : « Les maçons français ont sous-estimé la profondeur et l’enracinement historique des préjugés religieux. […] Les maçons français ont cru pouvoir, en quelques années, convertir les esprits à une vision plus sereine des choses. C’était une erreur psychologique grave et ce fut un échec stratégique encore plus grave ».

Malgré tout, les maçons français étaient convaincus que l’implantation de loges dans les pays nouvellement conquis pouvait être considérée comme une sorte de pacifisme, car elles permettaient, entre autre, de faire se rencontrer, et échanger, des membres d’horizons intellectuels très divers, tout en laissant le plus souvent, derrière elles, de nouvelles loges civiles, comme nous l’avons déjà vu précédemment.

Durant toute cette période, le Grande Orient de France affirma sa volonté d’être le centre régulateur unique des loges travaillant sur toute l’étendue de l’Empire, par la prise en charge des loges qui existaient déjà, et la création de nouvelles, et l’on peut parfois affirmer, sans se tromper, qu’une réelle fraternité s’était installée entre ses membres.

Ainsi, la loge de Cologne, dite du « Secret des Trois Rois » écrivit-elle au Grand Orient après la débâcle de 1814 : « Si nos désirs les plus chers sont exaucés, nos travaux reprendront un jour. Non seulement ils respireront la même ferveur que ceux des temps passés, mais nous viendrons vous demander vos lumières ».

Mais, malheureusement, ce ne fut pas toujours le cas.

Ainsi, au Portugal, le général Andoche Junot, Franc-Maçon lui-même, lors de son entrée à Lisbonne en 1807, reçut fraternellement une délégation maçonnique venue le complimenter, en leur demandant ni plus ni moins de remplacer les portraits de la Reine et du régent, dans les temples maçonniques, par celui de l’Empereur. Devant leur refus, il crut bon, alors, de pouvoir demander, pour lui-même, la dignité de grand-maître.

En guise de réponse, voici ce qu’écrivit alors le Frère Libertaro, également membre de l’ordre de Saint-Augustin : « L’honneur et la fidélité ne permettaient pas que l’on accordât une aussi haute dignité à un étranger, notre conquérant, et la décision fut prise de refuser à Junot ce qu’il demandait ».

Mais il existe peut-être également d’autres raisons, moins philosophiques dirons-nous, à ce très fort engagement maçonnique dans les loges militaires, et ce, si l’on s’en réfère notamment à Alain Pigeard, docteur en histoire et spécialiste de l’armée, à savoir la recherche d’une assurance humanitaire, lorsque l’on était blessé, ou fait prisonnier par l’ennemi.

La promesse de se porter mutuellement secours pouvait alors devenir très utile en certaines circonstances, et ce même entre ennemis, comme en 1815, à Waterloo, par exemple. Ainsi, le grenadier hollandais Henri Scheltens, alors dans le camp des coalisés, après avoir été, il faut quand même le noter, sergent des grenadiers de la garde jusqu’en 1814, et qui témoigne alors : « J’ai protégé 2 officiers français dans cette débâcle. Ils m’avaient fait le signe maçonnique, je les ai fait conduire hors des lignes, sur les derrières ».

Ce dernier raconte également dans ses souvenirs, je cite encore : « [être Franc-Maçon] cela permettait d’établir des relations agréables avec les notabilités des villes dans lesquelles on était envoyé en garnison, et cela assurait, en temps de guerre, des protections utiles ».

D’autres, comme le capitaine Eléazar Blaze, trouvait dans la maçonnerie l’occasion d’échapper à l’ennui et à la solitude, comme il en a laissé le souvenir dans ses mémoires : « Lorsque nous devions rester longtemps dans une garnison, nous avions 2 grands moyens pour passer gaiement la vie. S’il existait une loge de Franc-Maçons, nous nous y présentions en masse, ou bien nous en formions une à nous tout seuls. Chacun sait qu’en travaillant au Grand Orient, les Frères aiment à rire, à banqueter ».

On ne peut pas, enfin, évoquer les loges militaires sans parler, bien évidemment, des loges de prisonniers.

On estime aujourd’hui à 120.000 le nombre de militaires et de marins emprisonnés en Angleterre et dans les zones occupées par les anglais entre 1803 et 1814, dans des conditions de détention souvent particulièrement pénibles, comme sur les tristement îlots concentrationnaires de Calabra, au large de l’Espagne.

L’existence de ces nombreuses loges, installées dans les villes, ou les camps, ou ces prisonniers étaient le plus souvent internés, fut, en effet, très fortement ancrée dans cette période.

Ce mouvement, d’ailleurs, avait été déjà timidement amorcé, et ce bien avant les guerres révolutionnaires.

Pour exemple, en 1759 et en 1760, des officiers Franc-Maçons autrichiens, wurtembourgeois et suédois, furent maintenus prisonniers dans la forteresse prussienne de Magdebourg et créèrent alors un atelier qui obtint d’une loge de Berlin l’autorisation de devenir, très rapidement, une loge régulière.

En 1805, un bataillon de régiment anglais échoua sur le continent et ses membres furent internés à Valenciennes. Les officiers Franc-Maçons y pratiquèrent leurs travaux de loge et tinrent régulièrement des tenues jusqu’à la paix, finalement conclue en 1814.

En ce qui concerne les soldats français, on estime à 45 le nombre de loges de prisonniers en Espagne et en Angleterre. A une époque ou la Croix-Rouge n’existait pas encore, ces loges ont, indubitablement, apporté un peu d’humanité et de fraternité entre ses membres.

A remarquer, paradoxalement, que plusieurs de ces loges demandèrent, sans succès aucun, des constitutions au Grand Orient de France, alors que la Grande Loge d’Angleterre en octroya certaines, très rarement demandées il est vrai, mais gratuitement, et, surtout, de très bon cœur.

Prenons comme exemple une étude réalisée en 1966 par Jean Bossu, et éditée en 1988 par la Loge nationale de recherches « Villard de Honnecourt », de la Grande Loge Nationale Française. Elle porte sur la loge « L’Espérance », sise à bord du ponton « Le Sampson », à Chatham, dans le Kent, sur les côtes anglaises.

Les prisonniers français Franc-Maçons se réunissaient selon toute vraisemblance dans un local mis à disposition par le commandant anglais du ponton. Il faut par d’ailleurs préciser que les maçons prisonniers recevaient bien souvent l’aide de leurs frères anglais qui leur offraient un maximum de facilités afin de permettre leurs travaux. D’autres leur fournissaient même également les objets nécessaires : bijoux, diplômes, épées et colliers d’officiers.

Des comptes étaient régulièrement tenus pour la décoration du Temple et son entretien ; 15 shillings et 1 penny pour les décors de la loge en papier de couleur et main d’œuvre en 1812, par exemple.

Ils purent ainsi y tenir des discours bien souvent ouvertement hostiles à leurs geôliers sans que ceux-ci n’en aient jamais vent.

Il existait de même un recrutement de profanes, après différentes enquêtes, bien entendu. Une boule noire était alors quasiment rédhibitoire, sauf en cas de nécessité absolue, comme celui d’un marin sur le point d’être éloigné de cet Orient et qui fut reçu Maître 5 jours seulement après son initiation.

Tous les rituels et les fêtes de l’ordre étaient soigneusement observés, de même que les travaux de table et les santés, la 1ère étant toujours, je cite : « celle de notre auguste Empereur ».

Comme quoi, la patrie n’est jamais toujours très loin.

Certains Frères, comme le commis de comptoir Le Beau, cessèrent de venir aux tenues qui avaient lieu 2 fois par mois. Après exclusion, il fut néanmoins réintégré.

Le tronc de la Veuve circulait à chaque fin de tenue pour le redistribuer aux plus malheureux des compagnons d’infortune.

Ainsi, vous le voyez, le fonctionnement de ces loges était exactement comparable au nôtre, mais dans des conditions de détention souvent pénibles, et la fraternité toujours de mise, malgré l’emprisonnement.

Aussi, pendant ces années cruelles, la Franc-Maçonnerie permit à des Frères dans l’adversité de s’apporter mutuellement le réconfort de leur fraternité.

Malgré tout, au final, après le retrait des loges militaires en pays occupés, et le rétablissement des anciens souverains, de très graves décisions furent alors prises, dans la majorité des états européens, contre les loges, coupables à leurs yeux de collusion avec le pouvoir impérial français.

Ainsi, dans le royaume d’Italie, le commissaire plénipotentiaire nommé par les Alliés, prit un édit interdisant toute association dont les opérations « paraîtraient mystérieuses ».

Des primes furent même promises aux délateurs.

En Espagne, le roi Ferdinand VII invita les Frères à se dénoncer « spontanément et volontairement ». Et, pourtant, nombre d’entre eux avaient combattu contre l’envahisseur français.

Le Portugal interdit la Franc-Maçonnerie en 1818, et l’on promettait à ses membres, je cite, dans le texte : « une mort exécutée avec cruauté ».

La Russie l’interdit dans ses états en 1819, bien que de nombreux officiers russes aient fréquenté des loges françaises pendant l’occupation en France après 1815.

Toutes ces persécutions visent bien évidemment à souligner, s’il en était encore besoin, l’importance que les loges militaires, mais aussi les loges civiles laissées derrière leurs passages, eurent durant toute cette période.

Malgré tout, depuis ce conflit, plus jamais les loges militaires ne connaîtront l’essor qui fut le leur à cette époque, et c’est, bien évidemment, pourquoi j’ai aussi fortement insisté sur cette période si cruciale de leur développement, et du rôle majeur qu’elles ont joué dans le renouveau et le rayonnement de la Franc-Maçonnerie à travers toute Europe.

Alors, qu’en retenir au final ?

Je suis convaincu que nous sommes tous ici présents, ce soir encore, pour des raisons multiples et diverses. Nos motivations n’étaient très certainement pas les mêmes lorsqu’un beau jour, nous sommes venus frapper à la porte du Temple.

Et au fond, après tout, qu’importe que ce soit effectivement le cas.

Peu importe également que ces militaires aient été initiés dans ces loges pour fréquenter une certaine société, pour que le simple soldat soit fier d’être appelé « mon Frère » par le colonel de son régiment, ou même par pur idéal de liberté, d’égalité, ou de fraternité, ces valeurs patriotiques et, au-delà même, d’humanité, dont nous nous réclamons encore aujourd’hui dans nos loges.

En ce qui me concerne, je reste intimement persuadé que l’homme est profondément bon, que, quelques soient ses motivations profondes, il est capable d’une réelle fraternité, comme ces prisonniers de guerre qui croupissaient, pour l’immense majorité d’entre eux, sur des pontons, ou bien encore ces Frères réunis dans ces loges, vainqueurs et vaincus d’hier, militaires et civils, travaillant ensemble.

Je veux effectivement croire que chacun d’entre nous est réellement capable de cette fraternité dont nous nous réclamons tous, et ce, sans qu’elle ne soit jamais dictée par les circonstances.

C’est, sans nul doute, l’un des nombreux défis qui nous attendent tous, collectivement, et individuellement.

C L

 

Source : http://marquisdelafayette.midiblogs.coml

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La loge militaire : A La Gloire du Grand Architecte de l'Univers et a la propagation de l'Art Royal

11 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

D'un lieu très régulier, très fort et très éclairé Où régnent le Silence, la Paix et l'Egalité A tous les chers frères, maîtres des L régulières Répandues sur la surface de la terre.

Salut, Force, Union,

Sous le bon plaisir du Très Respectable Grand Maître de toutes les L régulières de France,

Notre très cher et très illustre Frère S. A. S. LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH D'ORLEANS, duc de Chartres, prince du sang.

Nous son substitut général, VM maîtres et officiers dignitaires delà GL de France, séante à l'Orient de Paris, régulièrement assemblés entre l'équerre et le compas, déclarons à tous les maçons éclairés que, sur la requête à nous présentée par les frères y dénommés, résidents en la ville de Paris tendant à ce qu'il nous plut leur accorder des constitutions pour la fondation à perpétuité d'une L régulière, sous le titre distinctif de Saint-Alexandre L militaire, à la charge par eux d'observer et faire observer tous les règlements généraux et particuliers faits et à faire par notre Respectable G L Vu la dite requête, nous avons par ces présentes, érigé et constitué, érigeons et constituons dans la dite ville de Paris une L régulière sous le titre distinctif de L militaire de Saint-Alexandre, pour y exécuter les travaux de l'Art Royal, conformément aux statuts et réglements de notre dite GL , ratifiant . et approuvant autant que besoin seroit les travaux précédemment par elle faits de bonne foy, établissons au gouvernement de la dite L le cher frère baron Desclauzel, pour VM maître, le cher frère Paul Dounons pour premier surveillant et le cher frère Jos. Jac. Dalesme pour second surveillant, lesquels trois officiers avec les autres membres, feront ensemble et par voie de scrutin, la nomination des autres officiers, et de suivre et exécuter, faire suivre et exécuter les statuts et réglements de notre dite GL dont nous leur avons fait remettre un exemplaire par notre secrétaire général. Si mandons à tous nos chers frères maîtres de L. et autres de reconnaître la sus. L de Saint-Alexandre L militaire pour régulière, de recevoir et accueillir comme bon frère tout porteur d'un certificat d'icelle. En foy de quoi nous lui avons fait expédier les présentes constitutions faites et données au Grand Orient de Paris, l'an de la grande lumière cinq mil sept cent soixante-douze, le dix-huitième jour du mois de May, de nous signées, contresignées par notre Secrétaire général et scellées et timbrées des sceaux et timbres de notre dite GL par notre Grand Garde des Sceaux et Archives et contrescellées des armes du Sérénissime Grand Maître et du V. F. Substitut général pour lad. L. prendre rang du quatorze juin mil sept cent soixante-six, date de ses constitutions primitives.

Vu par nous Pair de France, brigadier des armées du Roy, Montmorency-Luxembourg adm gén. des LL. rég. de France. Lafin, Puisieux, Baudson, J. P. Le Lorrain, Huit, Bruneteau, Or. ; Lexcom- bart; Guillot,Labady ; Duret, G.-, des Se Timb et Archives ; Daubertin, secret, gén.

(En bas du brevet un pout avec les trois lettres L. D. P. [Lilia destrue pedibus). Flottant au fil de l'eau, une tête, un sceptre et une couronne.)

Bien que les compagnies de mousquetaires existassent encore en 1772, la LSaint-Alexandre ne fut pas constituée à l'Orient d'une des deux compagnies, la patente ne stipulant aucun Orient.

Lorsque le GO renouvela ses titres, le 2 juillet 1774, en l'autorisant à prendre rang du 14 juin 1766, il est probable qu'il ne désigna pas d'Orient fixe.

M. Magon, dans un intéressant travail sur la franc-maçonnerie dans l'Ardèche (p. 44), nous donne d'après un brevet un tableau probablement complet de la L. en 1766. Elle procédait alors à ses travaux à Villeneuve-de-Berg.

C'est ce tableau que nous reproduisons.

VM ad vitam : Desclauzel, Alexandre-Henri, mousquetaire, G. Ecos, chev. d'O. élu sup. R.+ ; 1er surv : de Tavernol, Simon-Pierre, baron de Barry, GM Ecossais, M delà L Saint-Jean des Amis Réunis de Toulouse ; 2e surv : de Laforest, François-Guillaume-Bar- thelémy, prince chev. d'O de lad. L de Toulouse ; orat : Guiton

Charles-François, maître particulier des eaux et forêts, m.-, de la L Amitié de Toulouse, affilié le 9 sept. 1766, reçu parfait le 2 oct. ; secrétaire : Delière, Joachim, avocat, m de la L '. Saint-Jean d'Ecosse de Nîmes, affilié le 9 septembre 1766 ; trésorier : de Malmazet, Jean-André, de Saint-Andéol, viguier royal, réhab. le 9 sept. 1766, reçu m.-, le 16, parfait le 2 oct. ; 1er cons. expert : Dubois de Saint-Jean, Marc, M.-, de la L. Saint-Jean d'Avignon, affilié le 16 sept. 1766, reçu parfait ledit jour, élu le 2 octobre ; 2e expert : de Gruber, Georges, allemand, off. leg. Soubise, comp. de.milit. cid.. à Givet, affilié le 31 décembre 1766, reçu Mle 13 janvier 1767, parfait le 28 mars 1767 ; subst. secret : de Bastide, Louis-Joseph, avocat parlera., m.-, de la L. de l'Amitié de Toulouse, affilié le 2 octobre 1766, reçu parfait ledit jour ; Fr Terrible : Perrotin de Marcillac, Joseph-Jacques, off. milit. reçu le 16 sept. 1766, maître le 31 décembre 1766 ; maîtres comp. appr Poullain de Roissy, Louis-René, chev.,lieut. Conty infant., reçu le 2 oct. 1766,. m le 19 ; Peuchenier,. François-Simon, Dr en médecine ; de Larrivière, Joseph, chev., off. de la légion de Soubise; Solenu, Jean- Jûllien, off. lég. Soubise ; de Malmazet de Saint Andéol, Joseph-Guil- laume) off. rég. Soissonnais ; le Tourneur, Jean-Jacques, cap. aide-maj., lég. Soubise ; Dubois Maurin, Pierre, avoc. au Parlem. ; f servant : Louis Tortillac, perruquier.

D'autre part, lorsque le duc de Luxembourg, Savalète de Lange et Bacon de la Chevalerie parviennent à réconcilier la L Saint-Alexandre avec celle des Amis Réunis, les frères des deux L se réunirent le 21 juin 1773, dans le local des Amis Réunis, et nous voyons signer au procès-verbal le VM.Desclauzel et les frères Waldahong, Flaxenville, de Barrés, Moncrif, Monceaux, D'ounous, Detaffin, de la Fontenelle, Balinghen, de Lorière, chevalier de Loriîre, Rossanne, Dyel de Tinqui- ville, de Madiane, de Stone, des Isnards, Lanery, Beauval, Darquiau (?), de Gonard, de Chaulnes, Dugon, Le Langrenière, chevalier de Rossane, Dulau, de Pelissier, de Latour, Autour, Radet, Cahouet et P. R. Gaudrez. - Cette loge disparut probablement vers 1780

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