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Les loges militaires

11 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Le chapitre 1 des constitutions de la Grande Loge de France nous rappelle, je cite, que : « la Franc-Maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité ».

Pour autant, son caractère universel ne doit pas s’opposer aux devoirs que tout Franc-Maçon doit à l’égard de sa patrie. Cela est d’ailleurs clairement rappelé dans l’article 3 de la déclaration de principes de la Grande Loge de France de décembre 1953, à savoir : « La Grande Loge de France proclame son indéfectible fidélité et son total dévouement à la Patrie ».

Ces 2 proclamations, loin d’être en contradiction, tout au contraire, nous rappellent, s’il en était vraiment besoin, que l’humanité doit toujours être placée au dessus de la patrie, et c’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les Franc-Maçons doivent continuellement rechercher la fraternité entre les peuples, en s’opposant par les moyens les plus pacifiques mis éventuellement à leur disposition, à tout conflit armé.

Et, lorsque toutes les solutions pour conserver la paix auront été épuisées, alors, la Franc-Maçonnerie, et les Franc-Maçons eux-mêmes, à titre individuel ou collectif, et dans la mesure du possible, doivent s’exercer à rendre les combats les moins pénibles pour les hommes qui les subissent, ou, tout du moins, à soulager au mieux les souffrances qu’inévitablement, ils engendrent.

Pour ce faire, entre autre, la Franc-Maçonnerie a aidé à la création de loges spéciales destinées à accueillir principalement les officiers et sous-officiers des différentes armées ; il s’agit, bien entendu, des loges militaires.

Ces loges militaires étaient établies dans la plupart des villes de garnison en temps de paix. Il s’agissait de loges dites « ambulantes », ambulantes puisqu’elles se déplaçaient au gré des déménagements de garnison, ou bien encore, quand c’était le cas, des conflits armés. On a également retrouvé quelques exemples de loges se réunissant à bord des navires de guerre.

Leurs tenues se tenaient, la plupart du temps, soit dans les camps, soit, lorsque l’on était en temps de guerre, bien évidemment, directement sur les territoires conquis.

La 1ère loge militaire dont on ait, semble t-il, trouvé trace, daterait de 1728, et aurait été créée par la Grande Loge de Londres pour un bataillon du Royal Scots en garnison sur les côtes de Coromandel, dans le sud-est de l’Inde, au nord du Sri Lanka.

Une 2nde loge fut fondée, toujours par la Grande Loge de Londres, en 1729, pour les troupes stationnant depuis 1704 sur la forteresse de Gibraltar.

Enfin, le 7 novembre 1732, la Grande Loge d’Irlande octroya une charte au 1er bataillon du régiment royal écossais.

A noter, enfin, qu’au milieu du 18ème siècle, 29 loges militaires dépendront de cette même Grande Loge d’Irlande, pour 112 à la fin de ce même siècle. Et, à la fin du 19ème siècle, 409 loges militaires auront été érigées par les 3 grandes loges britanniques que sont l’Ecosse, l’Angleterre, et donc, l’Irlande.

Le reste de l’Europe ne fut pas non plus en reste.

En France, des loges militaires avaient essaimé dès 1688 par l’intermédiaire du régiment « Royal Irlandais » ayant suivi le roi Jacques II Stuart en exil, et elles se sont très probablement reconstituées à la même époque, à Saint-Germain-en-Laye, sous le titre distinctif de « La Parfaite Egalité ».

Ces écossais et ces irlandais ont ainsi recréé la Maçonnerie écossaise sur le continent, en acceptant par la suite au sein de leurs loges, des nobles et des officiers français. Ces loges seront déjà au nombre de 5 en 1744. En 1778, 30 loges militaires dépendront ainsi du Grand Orient de France.

Il est d’ailleurs peut-être utile de rappeler ici que la plupart des loges de province seront principalement fondées par l’entremise de ces mêmes loges militaires qui, au fil de leurs déplacements, laisseront bien souvent derrière elles un embryon de loge civile.

On peut citer l’exemple, entre autre, de la loge militaire de la 41ème demi-brigade, connue sous le titre distinctif « La Concorde », et qui, en 1802, à son départ du Luxembourg, laissera derrière elle, 6 mois plus tard seulement, un nouvel atelier, « Les Enfants de la Concorde ».

Il est à noter, pour l’anecdote, que cette 41ème demi-brigade ne dut son salut, lors d’un combat maritime contre un navire anglais, en 1801, qu’en se présentant à l’avant du navire, et en faisant le signe de secours et jetant le cri de détresse. Parmi les officiers anglais, se trouvaient des maçons. Le feu fut alors suspendu et des canots échangèrent les conditions de la reddition, au moment ou la défaite du navire français était certaine.

D’après Jean-Robert Lagache, à la fin du 18ème siècle, « des bateaux de guerre, et un tiers des régiments, possédaient des loges ».

A La Rochelle, en 1770, le baron Beufvier de la Rouerie proposera même la construction d’un navire de guerre de 300 canons financé par les seuls Frères, qui en auraient bien évidemment formé l’équipage. Ce projet n’aboutira cependant jamais.

Enfin, en 1811, on recensera, en tout et pour tout, 69 loges militaires dans les rangs de l’armée française, et, faut-il encore le préciser, la grande majorité des maréchaux (18 au total sur les 26 nommés après le rétablissement du titre en 1804), et des généraux, étaient Franc-Maçons.

Car ce véritable phénomène que sont les loges militaires, connaîtra son apogée au tout début du 19ème siècle, et ce même si, bien évidemment, et nous l’avons déjà vu précédemment, elles n’ont pas leur origine directe dans les armées napoléoniennes.

Prenons néanmoins quelques exemples.

En 1799, pendant la campagne d’Egypte, la 42ème demi-brigade et la 13ème légère obtiendront du Grand Orient de France la constitution de 2 ateliers sous les titres distinctifs de « L’Union Militaire » et de « L’Egalité Triomphante ». En 1800, la 60ème demi-brigade crée également « Les Amis Réunis de la Victoire » ; quand à la 92ème, elle crée « La Parfaite Union ».

On dénombre ainsi 42 loges militaires pour 90 régiments d’infanterie de ligne, et 18 loges militaires pour 26 régiments d’infanterie légère. D’après Jean Tulard, spécialiste de cette période, le pourcentage maximum de Franc-Maçons dans les régiments était alors de 44 %, la moyenne, de 24 % environ, ce qui est considérable pour une armée et, sûrement, jamais égalé depuis lors, dans aucune autre armée au monde.

On assiste à ce moment là à un mouvement de constitution de loges militaires sans précédent en Europe, des loges affiliées à un Ordre maçonnique dont les différentes branches, Grande-Loge Générale Ecossaise et Grand Orient de France, venaient tout juste d’être unifiées par un pouvoir désireux d’en faire très rapidement une authentique institution impériale.

Le Grand Orient de France devint dès lors représentatif de tous les groupements maçonniques de l’Empire.

Il convient malgré tout de rappeler ici, pour, éventuellement, un peu mieux comprendre le rôle en Europe, des loges militaires d’inspiration française, que déjà, au cours du 18ème siècle, ces dernières, de rites et d’importances variées, avait créé un peu partout dans le monde de très nombreuses « filiales », notamment au-delà du Rhin, des Antilles et sur le pourtour méditerranéen.

De même, de nombreuses loges relevant de juridictions étrangères s’étaient installées en France.

La différence, ici, c’est que ces loges, attachées au drapeau d’un régiment, allaient rapidement devenir, non plus simplement un lieu de rencontres fraternelles, mais surtout l’instrument idéologique d’une France post-révolutionnaire.

A cette époque, la Franc-Maçonnerie était, il est vrai, très fortement implantée dans les armées européennes, et toujours sous l’influence persistante des idées issues du grand siècle des Lumières.

Ainsi, à l’instar des armées romaines dont les légionnaires étaient pour le plupart membres de nombreuses confréries initiatiques, et dont la mission était, entre outre, d’apporter la civilisation romaine dans les pays conquis, les armées françaises, et, au premier rang, les Franc-Maçons membres de ces mêmes loges militaires, se sentaient, pour la plupart, sans aucun doute, investis pareillement d’une mission civilisatrice, en apportant à l’Europe les idéaux révolutionnaires et républicains.

Ce fut, en Espagne particulièrement, une très lourde erreur.

Comme l’écrit Jean-Luc Quoy-Bodin dans son livre, L’armée et la Franc-Maçonnerie : « Les maçons français ont sous-estimé la profondeur et l’enracinement historique des préjugés religieux. […] Les maçons français ont cru pouvoir, en quelques années, convertir les esprits à une vision plus sereine des choses. C’était une erreur psychologique grave et ce fut un échec stratégique encore plus grave ».

Malgré tout, les maçons français étaient convaincus que l’implantation de loges dans les pays nouvellement conquis pouvait être considérée comme une sorte de pacifisme, car elles permettaient, entre autre, de faire se rencontrer, et échanger, des membres d’horizons intellectuels très divers, tout en laissant le plus souvent, derrière elles, de nouvelles loges civiles, comme nous l’avons déjà vu précédemment.

Durant toute cette période, le Grande Orient de France affirma sa volonté d’être le centre régulateur unique des loges travaillant sur toute l’étendue de l’Empire, par la prise en charge des loges qui existaient déjà, et la création de nouvelles, et l’on peut parfois affirmer, sans se tromper, qu’une réelle fraternité s’était installée entre ses membres.

Ainsi, la loge de Cologne, dite du « Secret des Trois Rois » écrivit-elle au Grand Orient après la débâcle de 1814 : « Si nos désirs les plus chers sont exaucés, nos travaux reprendront un jour. Non seulement ils respireront la même ferveur que ceux des temps passés, mais nous viendrons vous demander vos lumières ».

Mais, malheureusement, ce ne fut pas toujours le cas.

Ainsi, au Portugal, le général Andoche Junot, Franc-Maçon lui-même, lors de son entrée à Lisbonne en 1807, reçut fraternellement une délégation maçonnique venue le complimenter, en leur demandant ni plus ni moins de remplacer les portraits de la Reine et du régent, dans les temples maçonniques, par celui de l’Empereur. Devant leur refus, il crut bon, alors, de pouvoir demander, pour lui-même, la dignité de grand-maître.

En guise de réponse, voici ce qu’écrivit alors le Frère Libertaro, également membre de l’ordre de Saint-Augustin : « L’honneur et la fidélité ne permettaient pas que l’on accordât une aussi haute dignité à un étranger, notre conquérant, et la décision fut prise de refuser à Junot ce qu’il demandait ».

Mais il existe peut-être également d’autres raisons, moins philosophiques dirons-nous, à ce très fort engagement maçonnique dans les loges militaires, et ce, si l’on s’en réfère notamment à Alain Pigeard, docteur en histoire et spécialiste de l’armée, à savoir la recherche d’une assurance humanitaire, lorsque l’on était blessé, ou fait prisonnier par l’ennemi.

La promesse de se porter mutuellement secours pouvait alors devenir très utile en certaines circonstances, et ce même entre ennemis, comme en 1815, à Waterloo, par exemple. Ainsi, le grenadier hollandais Henri Scheltens, alors dans le camp des coalisés, après avoir été, il faut quand même le noter, sergent des grenadiers de la garde jusqu’en 1814, et qui témoigne alors : « J’ai protégé 2 officiers français dans cette débâcle. Ils m’avaient fait le signe maçonnique, je les ai fait conduire hors des lignes, sur les derrières ».

Ce dernier raconte également dans ses souvenirs, je cite encore : « [être Franc-Maçon] cela permettait d’établir des relations agréables avec les notabilités des villes dans lesquelles on était envoyé en garnison, et cela assurait, en temps de guerre, des protections utiles ».

D’autres, comme le capitaine Eléazar Blaze, trouvait dans la maçonnerie l’occasion d’échapper à l’ennui et à la solitude, comme il en a laissé le souvenir dans ses mémoires : « Lorsque nous devions rester longtemps dans une garnison, nous avions 2 grands moyens pour passer gaiement la vie. S’il existait une loge de Franc-Maçons, nous nous y présentions en masse, ou bien nous en formions une à nous tout seuls. Chacun sait qu’en travaillant au Grand Orient, les Frères aiment à rire, à banqueter ».

On ne peut pas, enfin, évoquer les loges militaires sans parler, bien évidemment, des loges de prisonniers.

On estime aujourd’hui à 120.000 le nombre de militaires et de marins emprisonnés en Angleterre et dans les zones occupées par les anglais entre 1803 et 1814, dans des conditions de détention souvent particulièrement pénibles, comme sur les tristement îlots concentrationnaires de Calabra, au large de l’Espagne.

L’existence de ces nombreuses loges, installées dans les villes, ou les camps, ou ces prisonniers étaient le plus souvent internés, fut, en effet, très fortement ancrée dans cette période.

Ce mouvement, d’ailleurs, avait été déjà timidement amorcé, et ce bien avant les guerres révolutionnaires.

Pour exemple, en 1759 et en 1760, des officiers Franc-Maçons autrichiens, wurtembourgeois et suédois, furent maintenus prisonniers dans la forteresse prussienne de Magdebourg et créèrent alors un atelier qui obtint d’une loge de Berlin l’autorisation de devenir, très rapidement, une loge régulière.

En 1805, un bataillon de régiment anglais échoua sur le continent et ses membres furent internés à Valenciennes. Les officiers Franc-Maçons y pratiquèrent leurs travaux de loge et tinrent régulièrement des tenues jusqu’à la paix, finalement conclue en 1814.

En ce qui concerne les soldats français, on estime à 45 le nombre de loges de prisonniers en Espagne et en Angleterre. A une époque ou la Croix-Rouge n’existait pas encore, ces loges ont, indubitablement, apporté un peu d’humanité et de fraternité entre ses membres.

A remarquer, paradoxalement, que plusieurs de ces loges demandèrent, sans succès aucun, des constitutions au Grand Orient de France, alors que la Grande Loge d’Angleterre en octroya certaines, très rarement demandées il est vrai, mais gratuitement, et, surtout, de très bon cœur.

Prenons comme exemple une étude réalisée en 1966 par Jean Bossu, et éditée en 1988 par la Loge nationale de recherches « Villard de Honnecourt », de la Grande Loge Nationale Française. Elle porte sur la loge « L’Espérance », sise à bord du ponton « Le Sampson », à Chatham, dans le Kent, sur les côtes anglaises.

Les prisonniers français Franc-Maçons se réunissaient selon toute vraisemblance dans un local mis à disposition par le commandant anglais du ponton. Il faut par d’ailleurs préciser que les maçons prisonniers recevaient bien souvent l’aide de leurs frères anglais qui leur offraient un maximum de facilités afin de permettre leurs travaux. D’autres leur fournissaient même également les objets nécessaires : bijoux, diplômes, épées et colliers d’officiers.

Des comptes étaient régulièrement tenus pour la décoration du Temple et son entretien ; 15 shillings et 1 penny pour les décors de la loge en papier de couleur et main d’œuvre en 1812, par exemple.

Ils purent ainsi y tenir des discours bien souvent ouvertement hostiles à leurs geôliers sans que ceux-ci n’en aient jamais vent.

Il existait de même un recrutement de profanes, après différentes enquêtes, bien entendu. Une boule noire était alors quasiment rédhibitoire, sauf en cas de nécessité absolue, comme celui d’un marin sur le point d’être éloigné de cet Orient et qui fut reçu Maître 5 jours seulement après son initiation.

Tous les rituels et les fêtes de l’ordre étaient soigneusement observés, de même que les travaux de table et les santés, la 1ère étant toujours, je cite : « celle de notre auguste Empereur ».

Comme quoi, la patrie n’est jamais toujours très loin.

Certains Frères, comme le commis de comptoir Le Beau, cessèrent de venir aux tenues qui avaient lieu 2 fois par mois. Après exclusion, il fut néanmoins réintégré.

Le tronc de la Veuve circulait à chaque fin de tenue pour le redistribuer aux plus malheureux des compagnons d’infortune.

Ainsi, vous le voyez, le fonctionnement de ces loges était exactement comparable au nôtre, mais dans des conditions de détention souvent pénibles, et la fraternité toujours de mise, malgré l’emprisonnement.

Aussi, pendant ces années cruelles, la Franc-Maçonnerie permit à des Frères dans l’adversité de s’apporter mutuellement le réconfort de leur fraternité.

Malgré tout, au final, après le retrait des loges militaires en pays occupés, et le rétablissement des anciens souverains, de très graves décisions furent alors prises, dans la majorité des états européens, contre les loges, coupables à leurs yeux de collusion avec le pouvoir impérial français.

Ainsi, dans le royaume d’Italie, le commissaire plénipotentiaire nommé par les Alliés, prit un édit interdisant toute association dont les opérations « paraîtraient mystérieuses ».

Des primes furent même promises aux délateurs.

En Espagne, le roi Ferdinand VII invita les Frères à se dénoncer « spontanément et volontairement ». Et, pourtant, nombre d’entre eux avaient combattu contre l’envahisseur français.

Le Portugal interdit la Franc-Maçonnerie en 1818, et l’on promettait à ses membres, je cite, dans le texte : « une mort exécutée avec cruauté ».

La Russie l’interdit dans ses états en 1819, bien que de nombreux officiers russes aient fréquenté des loges françaises pendant l’occupation en France après 1815.

Toutes ces persécutions visent bien évidemment à souligner, s’il en était encore besoin, l’importance que les loges militaires, mais aussi les loges civiles laissées derrière leurs passages, eurent durant toute cette période.

Malgré tout, depuis ce conflit, plus jamais les loges militaires ne connaîtront l’essor qui fut le leur à cette époque, et c’est, bien évidemment, pourquoi j’ai aussi fortement insisté sur cette période si cruciale de leur développement, et du rôle majeur qu’elles ont joué dans le renouveau et le rayonnement de la Franc-Maçonnerie à travers toute Europe.

Alors, qu’en retenir au final ?

Je suis convaincu que nous sommes tous ici présents, ce soir encore, pour des raisons multiples et diverses. Nos motivations n’étaient très certainement pas les mêmes lorsqu’un beau jour, nous sommes venus frapper à la porte du Temple.

Et au fond, après tout, qu’importe que ce soit effectivement le cas.

Peu importe également que ces militaires aient été initiés dans ces loges pour fréquenter une certaine société, pour que le simple soldat soit fier d’être appelé « mon Frère » par le colonel de son régiment, ou même par pur idéal de liberté, d’égalité, ou de fraternité, ces valeurs patriotiques et, au-delà même, d’humanité, dont nous nous réclamons encore aujourd’hui dans nos loges.

En ce qui me concerne, je reste intimement persuadé que l’homme est profondément bon, que, quelques soient ses motivations profondes, il est capable d’une réelle fraternité, comme ces prisonniers de guerre qui croupissaient, pour l’immense majorité d’entre eux, sur des pontons, ou bien encore ces Frères réunis dans ces loges, vainqueurs et vaincus d’hier, militaires et civils, travaillant ensemble.

Je veux effectivement croire que chacun d’entre nous est réellement capable de cette fraternité dont nous nous réclamons tous, et ce, sans qu’elle ne soit jamais dictée par les circonstances.

C’est, sans nul doute, l’un des nombreux défis qui nous attendent tous, collectivement, et individuellement.

C L

 

Source : http://marquisdelafayette.midiblogs.coml

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La loge militaire : A La Gloire du Grand Architecte de l'Univers et a la propagation de l'Art Royal

11 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

D'un lieu très régulier, très fort et très éclairé Où régnent le Silence, la Paix et l'Egalité A tous les chers frères, maîtres des L régulières Répandues sur la surface de la terre.

Salut, Force, Union,

Sous le bon plaisir du Très Respectable Grand Maître de toutes les L régulières de France,

Notre très cher et très illustre Frère S. A. S. LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH D'ORLEANS, duc de Chartres, prince du sang.

Nous son substitut général, VM maîtres et officiers dignitaires delà GL de France, séante à l'Orient de Paris, régulièrement assemblés entre l'équerre et le compas, déclarons à tous les maçons éclairés que, sur la requête à nous présentée par les frères y dénommés, résidents en la ville de Paris tendant à ce qu'il nous plut leur accorder des constitutions pour la fondation à perpétuité d'une L régulière, sous le titre distinctif de Saint-Alexandre L militaire, à la charge par eux d'observer et faire observer tous les règlements généraux et particuliers faits et à faire par notre Respectable G L Vu la dite requête, nous avons par ces présentes, érigé et constitué, érigeons et constituons dans la dite ville de Paris une L régulière sous le titre distinctif de L militaire de Saint-Alexandre, pour y exécuter les travaux de l'Art Royal, conformément aux statuts et réglements de notre dite GL , ratifiant . et approuvant autant que besoin seroit les travaux précédemment par elle faits de bonne foy, établissons au gouvernement de la dite L le cher frère baron Desclauzel, pour VM maître, le cher frère Paul Dounons pour premier surveillant et le cher frère Jos. Jac. Dalesme pour second surveillant, lesquels trois officiers avec les autres membres, feront ensemble et par voie de scrutin, la nomination des autres officiers, et de suivre et exécuter, faire suivre et exécuter les statuts et réglements de notre dite GL dont nous leur avons fait remettre un exemplaire par notre secrétaire général. Si mandons à tous nos chers frères maîtres de L. et autres de reconnaître la sus. L de Saint-Alexandre L militaire pour régulière, de recevoir et accueillir comme bon frère tout porteur d'un certificat d'icelle. En foy de quoi nous lui avons fait expédier les présentes constitutions faites et données au Grand Orient de Paris, l'an de la grande lumière cinq mil sept cent soixante-douze, le dix-huitième jour du mois de May, de nous signées, contresignées par notre Secrétaire général et scellées et timbrées des sceaux et timbres de notre dite GL par notre Grand Garde des Sceaux et Archives et contrescellées des armes du Sérénissime Grand Maître et du V. F. Substitut général pour lad. L. prendre rang du quatorze juin mil sept cent soixante-six, date de ses constitutions primitives.

Vu par nous Pair de France, brigadier des armées du Roy, Montmorency-Luxembourg adm gén. des LL. rég. de France. Lafin, Puisieux, Baudson, J. P. Le Lorrain, Huit, Bruneteau, Or. ; Lexcom- bart; Guillot,Labady ; Duret, G.-, des Se Timb et Archives ; Daubertin, secret, gén.

(En bas du brevet un pout avec les trois lettres L. D. P. [Lilia destrue pedibus). Flottant au fil de l'eau, une tête, un sceptre et une couronne.)

Bien que les compagnies de mousquetaires existassent encore en 1772, la LSaint-Alexandre ne fut pas constituée à l'Orient d'une des deux compagnies, la patente ne stipulant aucun Orient.

Lorsque le GO renouvela ses titres, le 2 juillet 1774, en l'autorisant à prendre rang du 14 juin 1766, il est probable qu'il ne désigna pas d'Orient fixe.

M. Magon, dans un intéressant travail sur la franc-maçonnerie dans l'Ardèche (p. 44), nous donne d'après un brevet un tableau probablement complet de la L. en 1766. Elle procédait alors à ses travaux à Villeneuve-de-Berg.

C'est ce tableau que nous reproduisons.

VM ad vitam : Desclauzel, Alexandre-Henri, mousquetaire, G. Ecos, chev. d'O. élu sup. R.+ ; 1er surv : de Tavernol, Simon-Pierre, baron de Barry, GM Ecossais, M delà L Saint-Jean des Amis Réunis de Toulouse ; 2e surv : de Laforest, François-Guillaume-Bar- thelémy, prince chev. d'O de lad. L de Toulouse ; orat : Guiton

Charles-François, maître particulier des eaux et forêts, m.-, de la L Amitié de Toulouse, affilié le 9 sept. 1766, reçu parfait le 2 oct. ; secrétaire : Delière, Joachim, avocat, m de la L '. Saint-Jean d'Ecosse de Nîmes, affilié le 9 septembre 1766 ; trésorier : de Malmazet, Jean-André, de Saint-Andéol, viguier royal, réhab. le 9 sept. 1766, reçu m.-, le 16, parfait le 2 oct. ; 1er cons. expert : Dubois de Saint-Jean, Marc, M.-, de la L. Saint-Jean d'Avignon, affilié le 16 sept. 1766, reçu parfait ledit jour, élu le 2 octobre ; 2e expert : de Gruber, Georges, allemand, off. leg. Soubise, comp. de.milit. cid.. à Givet, affilié le 31 décembre 1766, reçu Mle 13 janvier 1767, parfait le 28 mars 1767 ; subst. secret : de Bastide, Louis-Joseph, avocat parlera., m.-, de la L. de l'Amitié de Toulouse, affilié le 2 octobre 1766, reçu parfait ledit jour ; Fr Terrible : Perrotin de Marcillac, Joseph-Jacques, off. milit. reçu le 16 sept. 1766, maître le 31 décembre 1766 ; maîtres comp. appr Poullain de Roissy, Louis-René, chev.,lieut. Conty infant., reçu le 2 oct. 1766,. m le 19 ; Peuchenier,. François-Simon, Dr en médecine ; de Larrivière, Joseph, chev., off. de la légion de Soubise; Solenu, Jean- Jûllien, off. lég. Soubise ; de Malmazet de Saint Andéol, Joseph-Guil- laume) off. rég. Soissonnais ; le Tourneur, Jean-Jacques, cap. aide-maj., lég. Soubise ; Dubois Maurin, Pierre, avoc. au Parlem. ; f servant : Louis Tortillac, perruquier.

D'autre part, lorsque le duc de Luxembourg, Savalète de Lange et Bacon de la Chevalerie parviennent à réconcilier la L Saint-Alexandre avec celle des Amis Réunis, les frères des deux L se réunirent le 21 juin 1773, dans le local des Amis Réunis, et nous voyons signer au procès-verbal le VM.Desclauzel et les frères Waldahong, Flaxenville, de Barrés, Moncrif, Monceaux, D'ounous, Detaffin, de la Fontenelle, Balinghen, de Lorière, chevalier de Loriîre, Rossanne, Dyel de Tinqui- ville, de Madiane, de Stone, des Isnards, Lanery, Beauval, Darquiau (?), de Gonard, de Chaulnes, Dugon, Le Langrenière, chevalier de Rossane, Dulau, de Pelissier, de Latour, Autour, Radet, Cahouet et P. R. Gaudrez. - Cette loge disparut probablement vers 1780

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La Loge militaire Saintonge St Charles des Amis Réunis

11 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

La L du régiment de Saintonge fut constituée par la G L. le 2 juin 1763, sous le titre de Saint-Charles des Amis Réunis.

Ses pouvoirs furent renouvelés le 10 décembre 1772 par le même pouvoir, et le 4 avril 1774 par le GO

De l'époque de sa fondation, nous ne connaissons qu'un de ses membres, son colonel, le chevalier de Bérenger, qui en était probablement le VM

En 1776, elle se composait de 25 membres. Son VM était le capitaine de Berlaymont, son secrétaire était le sergent-major Dupont, et son député (jusqu'en 1789) l'abbé Pingre, de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Parmi ses membres : Labouisse, Gardel et Weide.

De 1777 à 1785, son VM est le sergent-major Gardel. En 1788, il est rem- placé par le lieutenant de Reste, et en 1789, par le porte drapeau Duperrier.

De 1779 à 1790, figurent parmi ses membres :

Les capitaines Desbières ; de Courvol ; Dejames ; Dolomieu ; de Margueril ; du Rozel et Villefrauche ;

Les lieutenants Champtiers ; Denis ; Desprcs ; Dejames et Tassin ;

Les sous-lieutenants Cabassolles ; Ducluzeau ; Duponceau ; Dupont; Lafferre et Lecomle.

En 1791, le régiment de Saintonge devint le 82e régiment d'infanterie et en 1794 participa à la formation des 151* et 152e demi-brigades.

Par la suite, le 82° ne semble pas avoir eu de L

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La loge militaire : Hainault Montmorency Hainaut Luxembourg

10 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

La L du régiment de Hainaut fut, avant 1771, laplus importante L mil.-, de France. C'est avec des éléments sortis de son sein, et avec le concours de la L des Mousquetaires et de celle des Amis Réunis, que fui formé le G O Son VM , le duc de Luxembourg, fut le véritable artisan de cette organisation.

Cette Lfut constituée par la GLde France le 1er juin 1762, sous le titre de Montmorency-Luxembourg. Ses pouvoirs furent renouvelés le 13 décembre 1773, par le GO Au moment de sa création, son colonel, le marquis de Montmorency-Royan, en était le VM , et parmi ses membres figuraient le lieutenant-colonel de Saint-Eloy ; le major de Saporta ; le commandant de Gand et les capitaines chevalier de Chollet et de Saulnier.

En 1772, elle se composait, d'après son tableau, de : Ven , Anne-Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg et Châtillon-sur-Loing, adm.gén. del'ordre; surv , Anne Paul-Emmanuel de Montmorency, chev. de Luxembourg, fils du précédent, cap. g. des corps, m. de camp de cavalerie ; 2e surv. , le Prince de Rohan-Guémené, cap. com. comp. gens d'armes duroi,m.de camp cavàl. ; orateur, Paul-Etieune-Augustede Beauvilliers, comte deBuzançois, G. d'Espagne de lr 0 cl., col. inf.; secret , duc de Lauzun, cap inf. corp. g. fr., puis duc de Biron ; trésorier, Pierre-Catherine Giraud-Destour, chev. Saint-Louis, lieut.-col. inf. ; maître d'hôtel, Adrien-Jean-Charles, chev. de Launcy, col. inf., off. maj. garde française, frère du gouverneur de la Bastille, m.* de cérém , Louis J.-B. de Seignelay, brig. armées du roi, col. rég. Champagne ; G. expert, marquis de Filz-James, brig. arm. du roi, col. inf. ; membres : vicomte d'Adhemar ; marquis de Barbantane ; S. A. R. de Bourbon, prince de Condé ; comte de Chabot ; duc de Coigny ; de la Faye ; chev. de Durfort ; duc de Fronsac ; marquis de Gamaches ; marquis de Laval ; prince de Ligne ; duc de la Trémouille ; prince de Montbazon ; prince de Nassau ; comte d'Osmont ; comte d'Ouessant ; comte de Périgny ; prince Piguatelli ; comte de Rouault ; vicomte de Rouault ; Varenne de Béost. En 1773, son cadre d'officiers était modifié de la façon suivante : VM., Anne-Ch. Sigis. de Montmorency, duc de Luxembourg : orat ,. comte de Buzançois ; 2e surv , prince de Rohan-Guémené ; 1e 1' surv , Anne- Paul Emmanuel de Montmorency, chev. de Luxembourg ; secret., duc de Lauzun ; m.-, céréni , marquis de Seignelay; m.-, d'hôtel, chev. de Launey ; trésorier, Giraud-Destours ; grand expert, marquis de Fitz- James ; membres : duc de la Trémouille ; vicomte de Rouault ; comte de Périgny ; Varenne de Béost.

En 1775, nous voyons figurer une nouvelle recrue, le chev. de Jerningham.

En 1776, elle comprenait 36 membres. Son VM , jusqu'en 1789, fut le capitaine des grenadiers de la Faye ; son secrétaire, le lieutenant Barbier ; son député au G O le comte de Buzançois, colonel d'infanterie, demeurant rue Saint-Dominique.

De 1779 à 1790, figurent parmi ses nouveaux membres :

Les capitaines de Barre, de Borassol, Deschamps, de Saviny et de Valleron ;

Les lieutenants de Clery, Donnadieu, du Coudray. Icard et deValory j les sous-lieutenants André, Bouché, chev. d'Icard, Lafon, Perier et Villaret.

Depuis le lc,'juin 1763, à la L des officiers la GL avait adjoint une L de bas-officiers, sous le titre de Sigismond-Luxembourg. Les constitutions de cette L furent renouvelées par le G O le 13 décembre 1773. Moins prospère que la L des officiers, cette L en 1776 ne comprenait que 11 membres. Son VM jusqu'en 1785 fut le sergent de la Faille et son député le comte de Buzançois.

En 1788 et 1789, elle eut pour VM. -. le capitaine chev. de Goussencourt, pour secrétaire le sergent Auguste Baude, et pour député au G. O Mercier, négociant.

En 1791, le régiment de Hainaut devint le 50e d'infanterie, et en 1794 il contribua à la formation des 99' et 100e demi-brigades.

Le 17 juillet 1804, le 50e d'infanterie, qui n'avait du reste aucun lien de sang avec la régiment de Hainaut, fit constituer sa L sous le litre de: les Enfants de Bellone.

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Les Loges militaires ; Vivarais Parfaite Union et Dauphin Dragon Parfaite Union

10 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

VIVARAIS PARFAITE UNION

Le premier régiment français qui eut une L , reconnue par la suite officiellement par le GO , fut le régiment de Vivarais. Cette L avait pour titre distinctif : la Parfaite Union ; elle fut constituée le 15 avril 1759. Elle avait alors pour maître son colonel, le chevalier de Lanps, et on voit figurer parmi ses membres : lieutenant-colonel ; Maumusson, major; Beaudiau ; Dutilly ; Gualy ; Pagny et Vauconcourt. Maucler,

En 1775, elle se composait de quinze membres, parmi lesquels : Dupred, VM ; Roux, Lamarque et Seguin. Lamarque était son député au GO

De 1777 à 1789, Dupred, sous-lieutenant de grenadiers, fut son VM , et Charles de Roux, chev. de Saint-Louis, capitaine commandant, fut son secrétaire.

De 1779 à 1790, nous voyons figurer parmi ses membres :

Les capitaines : d'Auffrery ; de Borda ; chev. de Borda ; de Laroque ; de Montels et de Saint-Just ;

Les lieutenants ; de Castanet ; Deshous ; d'Hardivilliers ; Laffitte de Pelleport et Vandoeuvre;

Les sous-lieutenants : Bonnefoux ; Cyvoct ; Duboys de la Motte ; de Gevaudan ; Lahaye ; La Pujade ; Montrond ; Perdigau et Solage.

Le régiment de Vivarais devint, en 1791, le 71e régiment d'infanterie, et en 1794, ses deux bataillons servirent de noyau aux 131e et 132e demi- brigades.

(1) Tout en remerciant ici la haute personnalité écossaise qui a bien voulu me signaler une partie de ces noms, je regrette que des raisons de famille ou des raisons de parti l'aient empêché de me fournir la liste entière. Il faut espérer que, par la suite, mon travail sera complété et que l'on publiera l'intégralité des documents sur le rôle de Charles- Edouard en Ecosse en 1745 et 1746, et en France en 1748.

Il ne me paraît pas que la L. du régiment de Vivarais se soit reformée en 1801.

DAUPHIN-DRAGON  PARFAITE UNION

C'est également sous le litre distinctif de Parfaite Union que, le 5 mai 1760, fut constituée la L. de Dauphin-Dragon. La G L renouvela ses constitutions, le 29 août 1772, et le GO le 29 février 1776.

Avant 1771, figurent parmi ses membres ; le colonel comte de Canisy- d'Hervilly ; le lieutenant-colonel du Bâtiment ; le major Buzelet et les capitaines Marion et chev. de Tudert.

En 1776, celte L ne comprenait pas moins de 30 membres. A celte époque, son VM était le capitaine chevalier de Champeaux, chevalier de Saint-Louis. Son secrétaire était Kalekgraler, quartier-maître tréso- rier. Ces officiers occupaient encore ces fonctions en 1785.

En 1788, le VM était le lieutenant-colonel comte de Rocheret, brigadier dos armées du roi, et le secrétaire Wirion, quartier-maître trésorier.

En 1789, le VM était le lieutenant Desvieux, et le secrétaire de la Hais, quartier-maître trésorier.

Depuis 1788, le député au GO était le capitaine de dragons Lambert, demeurant au Vieux Louvre.

Parmi ses membres de 1779 à 1790 : le capitaine de Beaupuy ; les lieutenants de Bermont et de Rigault ; les sous lieutenants Abzac, Baillas, Devieux et Lucet.

En 1791, Dauphin-Dragon fut dénommé 7° régiment de dragons. Lors du réveil des L , en 1801, il ne me paraît pas que celle de ce régiment ait été tirée de son sommeil.

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Les loges militaires : Walsh La parfaite égalité

10 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

WALSH LA PARFAITE ÉGALITÉ

En 1661, Charles II, à la veille de monter sur le trône d'Angleterre, forma à Saint-Germain en Laye un régiment sous le titre de Royal Irlandais, Ce régiment suivit la fortune des Stuarts sous le nom de Gardes Irlandaises. Compris dans la capitulation de Limerick, il débarqua à Brest le 9 octobre 1689, sous les ordres du colonel lord William Dorrington, appelé à remplacer son ancien colonel le duc d'Ormond, qui avait embrassé le parti de Guillaume III. Jusqu'en 1698, il tint garnison à Saint-Germain, sous le nom de Garde Irlandaise, en dehors des cadres français, bien qu'entretenu par Louis XIV. Le27 février 1698, il fut incorporé dans l'armée française sous le nom. de son colonel, qui était toujours lord Dorrington. Jusqu'à la formation des demi-brigades, ce régiment prit tour à tour le nom de ses divers colonels : Rooth (Michel Lesley, comte de), le 12 décembre 1718 ; Roolh (Charles-Edouard Lesley, comte de), le 28 mai 1733 ; Roseommon- (Robert Dillon, comte de), le 19 août 1766 ; Walsh-Serrant (Antoine-Joseph-Philippe, comte de), le 11 avril 1770 : Walsh i Charles-Joseph-Augustin, vicomte de), le 10 mars 1788; et O'Neill (Jean), le 8 janvier 1792. En 1791, il avait formé le 92e régiment d'infanterie.

Ce régiment semble avoir eu la plus ancienne L reconnue par le GO de France. En effet, le 13 mars 1777, le GO admit que sa constitution primitive datait du 25 mars 1688, et que cette constitution avait été renouvelée le 9 octobre 1772 par la GL de France.

Comment fut-elle installée à l'origine et de quelle puissance maçonnique tenait-elle ses pouvoirs ? Elle ne figure sur aucune des listes de L. '. reconnues par les Grandes L anglaises, et tout porte à croire qu'elle fut formée par la réunion de plusieurs frères, initiés antérieurement, qui constituèrent la L. . de leur propre autorité. C'est du reste de cette façon que se formèrent la plupart des L françaises- antérieures à 1743.

Quel était son titre distinctif ? Il est probable qu'elle n'en ait pas eu au début. Je ne relève le titre de Parfaite Egalité qu'à partir de 1752, mais il est possible qu'elle l'ait porté antérieurement. Avant cette date, je relève parmi ses membres :

Michel Lesley, comte de Rooth (1718) ; Charles-Edouard Lesley, comte de Rooth (1727-1733) ; Arthur Dorrington, lieut.-col. 1710, chev. Saint-Louis ; Dassigny, Français né en Bourgogne, cap. 1698 ; Nagle, cap. 1698 ; Butler, cap. et chev. Saint-Louis, 1702 ; O' Calaghane, cap., blessé en 1701 ; Clayton (cap. en 1707) ; Heasse (cap. 1707) : O'Dono- ghane (cap. 1707 ; Mac Carthy. cap. 1701, en pied 1709 ; Wyndham, cap. 1703, en pied 1710 ; Cusarque, cap. réformé 1709, aide-major et cap. 1710 ; Dorrington; (1714); Weyer (1708) ; Dunne (1708); Geoghe- ghane (1709) ; Reyly ; Keating ; Cohelane, Fitz Patrice ; Calaghane ; Purcell ; Cusaque ; Hobbes ; Martin ; O'Ogheren ; Tilline ; Florence et Guillaume Hurly ou Hurty ('?).

De 1752 à 1777, je n'ai pu relever le nom d'aucun membre. En 1777, son VM est le capitaine d'Arcy ; le chev. Walsh, capitaine, est secrétaire, et son député au G O est Woulf, officier d'infanterie, rue Neuve-des-Bons-Enfants. Elle se composait de 17 membres. Un brevet du 7 septembre 1777, daté de Bapaume, contient les signatures de Jean O'Brien, chev. O'Connor, Shield, Narey, Swietniamn, Mac Carty, Roche, chev.de Keating, Nagle, Ch. Walsh, Plunkett, Nugent.

En 1785, son VM est le sous-lieutenant Hennery, son secrétaire le 1er lieutenant Begg.

En 1788 et 1789, son VM est Walsh, capitaine commandant, et son secrétaire Barbior, sergent-major.

Sur un brevet donné à l'île d'Oléron le 1er juin 1787, je relève les noms de F. Walsh, VM , Mac Carthy, Bulkeley, O'Brien, Kavanagh, O'Flyn, Ch. de Keating, Keating, Tobin, O'Rurday, Galhvey et Barry.

Entra-t-elle en sommeil pendant la tourmente révolutionnaire ? Cela est possible, bien que j'aie tout lieu de croire que les L.' persistèrent dans la plupart des régiments, continuant une vie indépendante, sans rapport avec aucun pouvoir central.

Les régiments furent disloqués par les organisations de 1791 et de 1794. En 1791, les régiments remplacèrent leurs noms séculaires par de simples numéros d'ordre et, en 1794, par l'amalgame avec les bataillons départementaux, la plupart des régiments contribuèrent à la formation de deux demi-brigades.

Le 23 mars 1801, il se forma au 92e d'infanterie une L sous le titre de la Parfaite Union, qui ne semble avoir aucun rapport avec l'ancienne Parfaite Égalité à l'O du régiment de Walsh. A cette époque du reste, le 92° n'avait plus aucun lien de sang avec le 92e de 1791.

Avant et après Fontenoy, des ordonnances royales pourvurent à la formation de quatre régiments écossais ou irlandais. Il est plus que probable que ces régiments eurent leurs L Celles-ci néanmoins n'ont pas laissé de traces. Parmi les officiers de ces corps, depuis leur formation jusqu'à 1771, je relève les noms d'un certain nombre d'initiés.

ROYAL ECOSSAIS, formé par ordonnance du 3 décembre 1743

Le colonel comte de Drummond, duc de Perth ; Louis Drummond de Melfort ; Colbert Castlehiel ; Stuart ; David Nairne ; Haie ; Macdonald de Glengary ; Mac Grégor de Glengile ; Macdonald de Clauvonald ; Cameron de Locheil ; Mac Pherson ; Guillaume Douglas ; Moorc

LALLY, créé par ordonnance du 1" octobre 1744.

Lally, colonel ; Dillon ; Glascoe ; Bourke ; Ryan ; Fitz Gérald ; Butler ; Michel Lally ; Lee ; Brown ; Fermor ; Hughes Heguerty ; Wogan et Macnemara.

O'GILWY, créé le 28 janvier 1747. Mylord O'Gihvy, colonel ; Jean Macdonald ; David Carnegie ; Brown ; Buchanan ; Thomas de Sotheringham ; Duncan Mackintosch ; Jean Menziès de Pitfodels ; Thomas, Guillaume et David O'Gihvy.

ALBANY, créé le 20 octobre 1747. Le colonel baron de Locheil ; le lieutenant-colonel et Gluny de Mac Pherson ; Archibald O'Gihvy ; Cameron de Glenkengy ; Frager de Fair- lield ; Petergraham ; John Alexandre de Cameron ; Blairfty ; James Cameron ; Thomas Nayrne ; Robert Graham Garrig ; James Sterbury ; John Drummond ; James Macdonald ; Jacques Graham Arth.

Il est possible que ces divers initiés aient fait partie de L civiles, ou du grand groupement de Saint-Germain, en admettant que ce dernier ait réellement existé (1).

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Les loges militaires : la Loge de Dillon

10 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Les LL militaires ne semblent pas avoir été installées dans les régiments français avant 1759. Il est probable qu'elles ne se sont pas formées spontanément et qu'avant leur organisation officielle à l'Odes régiments, de nombreux officiers fréquentaient les LL civiles. Les régiments, en se déplaçant, étaient de merveilleux agents de propagande que la FM n'eut garde de négliger. On créa même, après 1760, des Lmilitaires qui n'étaient à l'Od'aucun régiment. Ces LLeurent un rôle important dans le développement de l'ordre ; le nom de la plupart d'entre elles n'est pas parvenu jusqu'à nous. Avant 1771, je n'ai relevé que Saint-Jean de la Gloire et Saint-Alexandre, et cependant il me paraît certain qu'il en exista un nombre relativement considérable. Entre 1760 et 1769, je trouve leurs traces en Normandie, en Touraine, à Moulins, à Libourne, à Toulouse, en Provence et en Lorraine.

Il est curieux de constater qu'aucune de ces LLne figure sur les annuaires. De qui tenaient-elles leurs pouvoirs ?

D'après les Lqu'elles ont contribué à installer, il n'est pas douteux qu'elles étaient d'origine ou tout au moins de tendances jacobites ; l'Ode Bouillon a peut être aussi joué un rôle plus considérable qu'on ne l'a indiqué jusqu'ici dans le développement de la FM française.

DILLON

D'après la capitulation de Limerick, les officiers et soldats de l'armée jacobite avaient la faculté de suivre Jacques II ; il leur fut donc permis de rentrer en France. Les Gardes Irlandais, à l'exception de leur colonel, suivirent la destinée des Stuarts, et formèrent le régiment de Dorrington ; un grand nombre d'officiers des autres corps les imitèrent. Réfugiés à Saint-Germain-en-Laye auprès de leur souverain auquel Louis XIV avait donné un somptueux asile, ils ne tardèrent pas à former un second régiment composé des membres les plus distingués de l'émigration jacobite. On retrouve les premières traces de la formation de ce régiment par la nomination de Charles Mac Carthy, comte de Mountcashel, au grade de colonel, le 18 juin 1690. André de' Lee lui succéda, le 28 juil- let 1694. Quatre ans plus tard, le régiment passa au service de la France. Un autre membre de la famille Lee fut appelé à le commander, le 26 octobre 1704. Il ne fut remplacé que le 16 septembre 1733 par François, comte de Bulkeley, auquel succéda son fils Henri, le 7 mars 1754. C'est sous le nom de Bulkeley que le régiment figura brillamment à Fontenoy à côté de la Maison du roi.

 Le 26 avril 1775, le régiment passa à Arthur, comte Dillon ; le 1er juin 1784, à Charles-Joseph Augustin, vicomte de Walsh-Serrant, et le 10 mars 1788, au chevalier Théobald Dillon. C'est sous le nom de Dillon que ce régiment est plus connu dans l'histoire, en raison du rôle brillant joué par son l 01' bataillon dans les Antilles pendant la guerre de l'Indépendance américaine (1779-1783). Son passé n'avait pas été moins glorieux. A Malplaquat, à Denain comme à Detlingen, Fonteuoy et Laufeldt, il avait été « mordant sur l'anglais ». Devenus sujets du roi de France, leur dévouement à leur nouvelle patrie fut à toute épreuve.

En 1791, le régiment de Dillon devint le 87ème d infanterie et, le 5 février 1792, son colonel fut Thomas Keating. En 1794, le 1er bataillon fut le noyau de la 157" demi-brigade, et le 2e bataillon celui de la 158".

Est-ce que le régiment de Dillon eut une L ? Je n'ai pu en trouver une preuve positive. Etant donnée la composition delà Bonne Foi constituée à l'O. de Saint-Germain en 1778, on peut douter que cette L soit sortie du régiment de Dillon, qui n'avait du reste à cette époque aucune attache particulière avec Saint-Germain. Cependant je relève parmi les officiers de ce régiment un grand nombre de FM :

Lally, lieut.-col. du 25 juillet 1708 ; Linche, cap. des grenadiers (1705), retiré en 1734 ; Macdonald, cap. en pied du 3 déc. 1701, retiré en 1734 ; Gaydon, aide-major 1701, major 1er janvier 1709 ; Glasco, cap. en pied 1709, retiré en 1734 ; Jean Bourke, cap. en pied 1712, retiré en 1734 ; Mac Carthy, cap. 1703, retiré 1734 ; Lally, aide-major 1728 ; O'Toolle, lieut. grenadiers, 1709 ; Henry Dillon, fils du lieut.général, cap. 1730 ; Arthur et Charles Maunery ; Jean Bourke de Glinke ; Patrice Heguerty ; O'Neil ; Edouard et Richard Butler; Filz Gérald; Arthur Dillon ; Talbot deTyrconnel, etc.

De 1760 à 1780 figurent ; Bartholomew Radclyffe, lord Derwenwater, fils de Charles Radclyffe, le 1er grand maître.

De 1780 à 1790, le comte Dillon, mestre de camp et colonel du régiment ; le chevalier Théobald Dillon, colonel en second; Barthélémy Dillon, lieutenant-colonel ; le capitaine Thomas Dillon ; les lieutenants James et Denis O'FarelI ; le capitaine Charles Nugent ; le capitaine baron O'Neill et les sous-lieutenants Henry, Joseph et John O'Neill ; le capitaine et le lieutenant Shée et des Barry ; Blake ; Coghlau ; Darcy ; Fitz Gérald ; Filz Maurice ; Hussey ; Mahony ; O'Rcilly ; Plunkelt ; Sheldou ; Thompson ; Warren et Worth.

On peut admettre avec M. de Loucelles qu'à Saint-Germain était installée la L -. Mère du rite jacobite, qui eut successivement pour grand maître : Jacques II, Jacques III et Charles-Edouard, et parmi ses membres les plus distingués, le duc de Berwick, fils naturel de Jacques II ; Jean Drummond, duc de Melfort ; André-Louis Hector et Louis Drummond, ses descendants; Jacques Drummond, duc de Perlh, son fils et son petit-fils ; le comte de Hamiltoii ; les Dillon ; Ramsay ; les Radclyffe ; Alexandre deMontgommery, comle d'Eglington ; Alexandre, comte de Home ; Georges de Leslie ; Richard Talbot, duc de Tyrconnell ; Jean, baron de Dartfort et comle de Cary] ; Gérard, comte de Lally-Tollendal et son fils Thomas-Arthur ; les lords Bolingbroke, Clancarly, Clare, Greffin, Mac Carthy, Middlelon, d'Ormond, etc.

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Rite Ecossais Primitif et Premières Loges Maçonniques en France

10 Avril 2012 Publié dans #Rites et rituels

Au risque de déplaire aux derniers maçons qui croient dur comme fer à la naissance de la Franc-maçonnerie en 1717, l’étude historique des loges régimentaires démontre la présence d’une Franc-maçonnerie primitive dès 1688 sur le territoire français. Cet aperçu historique se limite à l’arrivée des loges régimentaires accompagnant la famille Stuart en exil à Saint Germain en Laye. On a ainsi qualifié cette période de « maçonnerie de Saint Germain ». Nous n’étudierons pas la période révolutionnaire et napoléonienne où les Loges régimentaires furent utilisées pour une propagande liée à la conquête territoriale. Celle-ci allait de pair avec la conquête des esprits éclairés. Les lumières de la République et le progrès libérateur des peuples, étaient le sel de la Franc maçonnerie de cette époque…

La lutte contre les abus sur les champs de bataille, contre les égorgeurs, dépouilleurs de soldats blessés ne fut pas qu’une légende. Nombre de combattants eurent la vie sauve en faisant au moment adéquat le signe de détresse.

Cette maçonnerie des armes était bien plus qu’une assemblée frivole d’officier et bas officiers. Il y était question des usages au combat, des méthodes et des techniques qui en ces moments critiques, étaient susceptibles de sauvegarder des vies. La voie guerrière est initiatique.

L’art de la guerre se retrouvait ramené au dualisme d’un pavé mosaïque, avec pour auditeur ceux qui risquaient leur vie. L’acte guerrier porte la mort comme moyen et le respect de soi comme finalité. Cet art était proche de la chevalerie, dont on sait qu’elle avait de hauts buts et constituait une voie initiatique à part entière. La finalité des Loges militaires dépassait le combat lui-même. C’est une aristocratie de pensée qui s’élaborait peu à peu, sur les colonnes improvisées des loges sans Orient.

L’affectio sociétatis que nous trouvons aujourd’hui dans nos loges symboliques était de même nature dans ces loges provisoires, bien que d’intensité moindre. Les Loges se tenaient en tout lieu de fortune, arrière taverne, ou tente dans un campement. La peur du lever du jour marquant les premières manœuvres sur le champs de bataille, était une épreuve à laquelle il fallait se préparer. La loge devenait alors un lieu intense de recueillement et d’introspection au rythme des heures symboliques.

Les frères d’arme fusionnaient dans un égrégore sans pareil.

Peut il exister pareille intensité dans une loge civile de nos jours ? Qu’aurions nous donc à enseigner à nos frères, de plus intense que ce qu’ils allaient endurer ?

Vraiment les maçons spéculatifs d’aujourd’hui font pâle figure face à un bas officier Stuartiste du XVIIIème siècle, pour lequel la mort n’était pas qu’une potentialité.

Les tenues se déroulaient suivant un cérémonial identique à la maçonnerie de métier dont elle procédait. Elles se prolongeaient par le partage du pain et du vin.

Les maçons acceptés, militaires de leur état, avaient déjà importé les rituels communs, des villes et villages ou ils furent initiés. L’initiation par la transformation de la matière, épousait fort bien l’initiation par les armes. Ainsi, les concepts de transformation de soi par l’acte de bâtir le temple de Dieu sur terre, rejoignaient le don de soi et de sa vie sur le champ de bataille.

La traversée du champ de bataille valait bien la traversée du pavé mosaïque. Lieu de vérité ultime ou les vivants croisent ceux qui vont mourir, où le combattant et son arme ne font qu’un, comme le tailleur de pierre devient la pierre elle-même. La vie de l’un ne vaut que par la mort de l’autre, comme la case blanche n’existe que par la présence des cases noires.

Un homme du rang pouvait y être initié, mais on assistait plutôt à une fréquentation par les bas-officiers et officiers soit dans une même loge soit en deux loges.

La rituellie restait simple et efficace. On traçait à la craie ou au charbon le tableau de loge qui portait en lui tout les symboles, on l’entourait de trois flambeaux, on dressait un autel sommaire sur lequel étaient déployés la Bible, le compas et l’équerre.

Avec ou sans cornemuses, les Frères des régiments Ecossais ou Irlandais entraient après que les trois flambeaux furent allumés par le maître de cérémonie, car il faut rappeler que la lumière artificielle n’existait pas et les flambeaux préalablement allumés sécurisaient l’entrée des Frères.

Ils prenaient place sur deux colonnes, au Nord les apprentis entrés, au Sud les compagnons.

Il n’y avait que deux grades.

Le grade de Maître arriva vers 1730 et la légende d’Hiram fut interprétée dans ces Loges jacobites comme une allégorie politique de la déchéance et du retour des Stuarts au pouvoir. Autrement dit, la décapitation de Charles 1er en 1649, fait que l’on pleure le « maître » perdu et l’on espère sa résurrection par le fils Charles II, incarnant la parole perdue et retrouvée en sa personne, grâce au soutient et à la perspicacité de ses partisans, les enfants de la veuve. Le maître de Loge était, soit nommé à vie, soit élu en fonction de ses qualités.

L’inspection des colonnes était croisée conformément aux usages militaires du croisement des feux, le premier surveillant placé au Nord et le second placé au Sud.

La tenue était brève mais recherchée pour l’effet psychologique de cet égrégore de veillée d’arme.

Les décors étaient à dominante rouge et les tabliers bordés de rouge couleur de l’Irlande. Bien plus tard, vers 1750, on assistera dans les loges militaires et civiles à une francisation par la couleur bleue se substituant à la rouge et parfois par le non croisement de l’inspection des colonnes.

Aux engagements physiques des loges régimentaires et répondrons les engagements politiques des loges jacobites. Ce qui les unissaient aux maçons de l’autre bord était l’idée d’une fraternité que nous retrouvons intacte dans les rituels jacobites devenus Rite Ecossais Primitif.

Les loges régimentaires stationnant en garnison durablement, essaimaient dans une version civile entraînant dans leurs sillages des Frères plus ou moins acquis à la cause des Stuarts. Lesdites loges « civilisées » recevaient naturellement les officiers et bas officiers d’autres régiments mais aussi les exilés politiques et économiques d’Angleterre d’Ecosse et d’Irlande. On devine leurs sentiments vis-à-vis du pouvoir Orangiste qui règne sur la grande Ile. On comprendra que ces loges ont en partage, la notion de fraternité, teintée de reconquête du trône. Pour autant les loges jacobites recevaient en leurs sein des maçons orangistes de passage, démontrant que la fraternité n’était pas un vain mot, dans la mesure ou elle pouvait faire avancer la cause.

C’est ainsi qu’est née en Royaume de France à l’époque de Louis XIV une franc maçonnerie Jacobite supportant l’idée de reconquête Stuartiste du pouvoir. Elle précède de plusieurs décennies la maçonnerie Orangiste structurée en 1717 et 1723 en Grande Loge de Londres.

Derrière cette antériorité est sous-tendue l’opposition entre les loges dite Ecossaises attachées aux anciennes traditions et les loges Anglaises soumises aux constitutions novatrices de 1723. La terminologie Ecossaise et Anglaise et donc moins liée à une appartenance géographique qu’au maintient ou non des anciennes traditions.

Dès 1730 apparaîtra l’opposition entre les Anciens et les Modernes. Les deux systèmes vont générer des loges Ecossaises attachées à la tradition des anciens devoirs et des loges Anglaises mieux structurées car regroupées derrière la Grande loge de Londres qui deviendra la Grande Loge d’Angleterre.

Les Anciens tenteront leur propre Grande Loge derrière Laurence Dermott. En terre de France la tendance écossaise perce par le biais des loges Jacobites. Elle se structure de manière informelle derrière le système loge-mère, loge-fille. La loge mère de Marseille fit ainsi concurrence au système anglais de Grande Loge importé en France.

Pour conclure cette approche historique des loges régimentaires et de leurs effets dans le monde maçonnique français, il est indéniable que nous avons jusqu’au milieu du XVIIIème siècle trois vecteurs maçonniques. Le premier repose sur les Loges Jacobites de militaires et d’exilés, le second passe par les loges de rite écossais qui par affinité se superpose au Jacobites, et enfin les loges de rite Anglais francisées qui ont l’avantage d’une organisation plus ou moins centralisée leur donnant poids et efficacité par l’attraction de la « reconnaissance ». Le fond de commerce d’une obédience, depuis cette époque, demeure la reconnaissance obédientielle, qui donne l’aspect de la régularité. Cette trouvaille fit le bonheur du système anglais de Grande Loge et laissa la portion congrue aux loges dites libres qui sans être irrégulières au plan initiatique, le devinrent au plan administratif.

C’est donc la superposition des loges de rite Jacobite et d’une option rituelle écossaise qui produit ce Rite Ecossais Primitif.

Nous vous invitons à relire le résultat des recherches historiques de Gustave BORD publiées en 1908 dans « La Franc-maçonnerie en France » TI « Les ouvriers de la révolution , 1688-1771 ».

Nous avons conservé la pagination et les abréviations d’origine, pour favoriser le travail des chercheurs.

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L'influence jacobite : mythe ou réalité ?

10 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

La littérature maçonnique abonde en référence aux Jacobites. Elles ont cependant l'inconvénient d'être contradictoires, en sorte que les opinions divergent. Tantôt on affirme que l'influence des Jacobites sur la naissance des "Hauts Grades" est nulle, si bien qu'elle participe du mythe; tantôt on la juge réelle, voire déterminante.
Les partisans de la thèse mythologique estiment que la source des malentendus réside dans une remarque imprudente faite par John Noorthouk en 1784 dans le livre des Constitutions de la première Grande Loge de Londres. Il y était déclaré, sans preuve, que le roi Charles II (frère aîné et prédécesseur de James II) fut constitué Franc-Maçon en Hollande durant son exil (1649-1660). Or il est établi qu'à cette époque, il n'existait pas encore de loges de Francs-Maçons sur le continent. Cette remarque visait certainement à flatter la Fraternité par la revendication de l'appartenance d'un ancien monarque. Cette légende fut embellie par John Robison (1739–1805), professeur de philosophie à l'Université d'Édimbourg dans un ouvrage anti-maçonnique publié en 1797*.
Néanmoins, avant les déclarations de Noorthouk plusieurs allusions au rôle des Jacobites se retrouvent dans les archives, et les plus importantes sont contenues dans la correspondance échangée entre 1777 et 1783 entre le baron danois von Wachter et le prince Charles Edouard, fils de Jacques III Stuart, lui-même neveu de Charles II. Dans un mémoire rédigé le 21 septembre 1777 par Wachter et approuvé par Charles Edouard, celui-ci dit très clairement que "plusieurs hommes illustres de sa maison (celle des Stuart) ont été Maçons". A l'époque, la mission de Wachter est justement de savoir quelle est la part jouée par les Jacobites dans la création de la Franc-Maçonnerie en général, et des "Hauts Grades" en particulier, surtout ceux à sensibilité templière. De la même façon, en 1767, un an après la mort de Jacques III survenue à Rome l'année précédente, le comte de Clermont, Grand Maître de la Grande Loge de France, reconnaît dans une lettre au marquis de Gages que Jacques III, qu'il appelle le "prince Edouard", selon une habitude acquise depuis le séjour de celui-ci à Saint-Germain-en-Laye, jusqu'en 1713, fut le principal dignitaire des "Hauts Grades", et que la Royale Loge qui fonctionna longtemps en France le fut en référence à sa personne.
Au milieu du XIXème siècle, le célèbre auteur maçonnique anglais George Oliver (1782-1867), dans son ouvrage « Historical Landmarks » déclare que le roi Charles II assistait régulièrement aux Tenues. Il est possible d'en douter, bien que des auteurs maçonniques français en acquiescent, comme Jean-Baptiste Ragon (1771-1862) et Emmanuel Rebold ; ce dernier imaginant même de toutes pièces une création des "Hauts Grades" au sein de la Loge Canongate Kilwinning d'Edimbourg. Mais la réfutation de cette extrapolation est une chose; l'autre, est le fait que les premiers "Hauts Grades" se focalisent sur des références constantes aux Stuarts. Ainsi, celui de la Voûte Sacrée, qui correspond en version anglaise au Royal Arch, fait explicitement référence à Jacques Ier, père de Charles II.

Source : http://fm-symbolism.com

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Petit Abrégé historique du Rite Ecossais Primitif (Robert Ambelain)

10 Avril 2012 , Rédigé par Robert Ambelain Publié dans #Rites et rituels

La Franc‑Maçonnerie n'est pas née de la Grande Loge de Londres fondée en 1717 par le pasteur James Anderson, Dès le 26 mars 1688 (selon un Etat du Grand Orient pour l 779) nous avons la preuve de l'existence de loges militaires au sein des régiments écossais et irlandais ayant accompagné le roi Charles II d'Angleterre en son exil en France, Ces loges essaimèrent suffisamment pour grouper et constituer en 1725 l'Ancienne et Très Honorable Société des Francs‑Maçons dans le Royaume de France, Puis, intérêt ou curiosité, de très nombreux sujets du roi Louis XV se feront initier en des loges écossaises ou irlandaises civiles, bien que français. Et viendra le temps, en 1735, où le nom sera changé, et ce sera alors l'Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France, groupant des loges exclusivement françaises parce que composées de maçons français.

Enfin, en 1755, ces loges se grouperont en une Grande Loge de France, laquelle onze ans plus tard, par suite d'un schisme suscité par des tendances politiques dans le vent de l'époque, verra se constituer le Grand Orient de France que nous connaissons. Cette Grande Loge de France disparaîtra en 1769, laissant la place au Grand Orient de France, L'actuelle Grande Loge de France a été constituée en 1897, d'une Grande Loge Symbolique Ecossaise réinsérant d'anciennes loges ayant fait dissidence antérieurement : elle est donc sans aucune filiation avec celle du XVIIIème siècle.

Le Rite Ecossais Rectifié, fondé à Lyon en 1778 par un Convent organisé par J-B. Willermoz, ne fut que la rectification mêlée de Martinézisme du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish) pratiqué par ces anciennes loges militaires dès 1688 à Saint‑Germain‑en‑Laye. Leurs rituels furent apportés en 1751 à Marseille par le stuardiste Georges de Wallnon, qui y fonda le 27 août, avec des pouvoirs venus d'Edimbourg, celle qui devait devenir la Mère Loge Ecossaise de Marseille sous le nom de Saint‑Jean d'Ecosse.

C'est de cette filiation qu'est né l'actuel Rite Ecossais Primitif. D'où sa devis "Primigenius more majorem", allusion à l'ancienneté de celui‑ci.

Robert Ambelain

 

En ses Archives historiques de la Franc‑Maçonnerie, publié en 1981, l'éditeur Les Rouyat nous dit ceci :

"Ceux qui ont suivi Jacques III (Charles‑Edouard) en son exil, ont introduit en France la Maçonnerie jacobite catholique, opposée à la Maçonnerie orangiste protestante. L'activité des Ecossais en France, et notamment dans le Midi, est un des traits importants de cette période."

L'auteur n'a pas la minutie de contrôle des historiens et il a confondu Jacques III et Jacques II. Un magnifique ouvrage récent publié à l'occasion de l'exposition de Saint‑Germain‑en‑Laye de 1992 sur La Cour des Stuarts à Saint‑Germain‑en‑Laye nous dit finalement ceci page 233 :

"Cette religion universelle qui fit battre l'Europe au même rythme de ses loges et de ses maillets, fut importée sur le continent par des jacobites militants. En France elle fut introduite par Derwentwater et MacLean, par Wharton en Espagne, Patrick Gordon et James Keith en Russie, Lord Wintoun à Rome. On a même pu prétendre que la Franc‑Maçonnerie avait été une vaste entreprise de conspiration jacobite destinée à rétablir les Stuarts sur le trône. L'oeuvre maçonnique avait bien d'autres objectifs ; elle n'en a pas moins contribué à cimenter la solidarité des partisans. " (op. cil.)'

La présence de sommités des Archives de France et de la Bibliothèque Nationale en cette présentation écarte toute possibilité d'erreur grave. Par contre il en est une que divers auteurs spécialisés en la maçonnerie ont commise et qu'il convient de réfuter, soit l'affirmation que cette maçonnerie était catholique, alors qu'elle était simplement chrétienne, ce qui est fort différent. Il y a en effet des usages et des rites ésotériques qui parlent. C'est ainsi que le comte de Barnwall, qui fonda à Toulouse en 1747 la loge Les Ecossais Fidèles, nous montre dans le rituel le Rose‑Croix d'Hérédom de Kilwining arborant deux cordons, l'un vert, de gauche à droite, et l'autre rouge, de droite à gauche, Ce sont là les couleurs de deux branches différentes de la Maçonnerie stuardiste, car le vert est la couleur héraldique de la très catholique Irlande, et le rouge est celle de la très puritaine Ecosse. Ce qui nous a valu en un même degré deux dénominations différentes, le Maître Irlandais, frère jumeau du Maître Ecossais. C'est pourquoi Devaux d'Hugueville en 1779, accommodant le Rose‑Croix jacobite à sa façon, reconnaît que le ruban du Chevalier de Saint‑André est tantôt vert et tantôt rouge, selon les capitales,

La présentation de cette histoire de la Maçonnerie stuardiste en France va maintenant et nécessairement prendre l'aspect d'une chronologie.

1688 ‑ Le 26 mars 1688 la loge militaire du régiment de Dorrington (devenu ensuite régiment de Walsh) d'où son nom primitif Loge de Dorrington ouvre ses travaux à Saint‑Germain‑en Laye. En 1752 elle prendra le nom de La Parfaite Egalité et lors de son affiliation au Grand Orient de France, l'Etat de celui‑ci pour 1779 mentionnera la date de 1688 comme étant celle de sa fondation à Saint‑Germain‑en‑Laye. Cela à une époque où le Grand Orient est très sévère sur les dates avancées par les candidates à l'affiliation.

Il en sera de même pour celles du régiment de O'Gilwy (affiliée en 1747), du régimentd'Albany (l 747 également). La loge militaire des Gardes Irlandaises est repartie en Angleterre lors de la restauration de Charles II en 1660.

 

1716 ‑ Selon Alain Merger en la revue La Provence Historique de janvier‑mars 1978, Avignon, capitale du Comtat‑Venaissin et domaine pontifical indépendant du roi de France, est depuis 1716 le lieu de ralliement de l'émigration jacobite sur le continent. Dans les années 1736 et 1737, la ville deviendra le premier centre maçonnique méditerranéen. Ce sont des Francs-Maçons jacobites qui y fonderont en août 1737 la loge du marquis de Calvière, officier des gardes du corps du Pape, initié en 1734 par le comte irlandais Balmerino, jacobite convaincu. Le marquis de Calvière initiera à son tour le duc d'Aumont qui fondera plus tard la loge Bussi-Aumont. Ceci nous relie à la duchesse de Portsmouth et à ce fils, bâtard de Charles Il qui le titra duc de Richmond. Cette loge d'Avignon reçoit d'ailleurs fréquemment des Frères visiteurs venant de cette loge de Bussi‑Aumont.

1725‑1735 ‑ Mais jusqu'à présent les loges sont indépendantes, elles ne relèvent que du roi d'Angleterre légitime à leur yeux, c'est‑à‑dire nécessairement un Stuart, d'où leur nom de logesroyales (en anglais R. L., d'où on a fait en France "Respectable Loge") puisque le roi est le Grand Maître de la Franc‑Maçonnerie opérative depuis des siècles Elles ont néanmoins un nom collectif : Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons dans le royaume deFrance. A cette époque et depuis plusieurs années, le Grand Maître est Sir James Hector MacLean. Il se dit "présent grand maître", ce qui sous‑entend évidemment qu'il n'est ni le premier ni le dernier. Les Constitutions de 1720(infra page ???) nous montrent comment s'effectuait la succession des grands maîtres. Effectivement il a succédé à Georges, duc de Warton. Et en 1735, fin de cette séquence, eu égard à l'amplification du nombre de Maçons français de souche, le nom collectif va changer, il devient Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France.

C'est à l'influence de Marseille, de sa noblesse locale et surtout de sa culture, que l'on peut attribuer la création de la plupart des loges provençales. Selon M. Agulhou en son livre Pénitents et Francs‑Maçons de l'ancienne Provence: "Dans la région provençale la diffusion de la Franc‑Maçonnerie est J'adoption d'un fait social national, venu de Paris et de Versailles, et rayonnant du centre de la France vers la périphérie." Il faut plutôt lire Paris plutôt que Versailles.

1736 ‑ Le marquis de Calvière reçoit un haut grade du jacobite "mylord comte de Baltimore", qui se dit grand maître de toutes les loges d'Angleterre, loges stuardistes évidemment. A cette époque une Maçonnerie encore très insuffisamment structurée a peine à conserver une organisation indiscutés. A son tour Calvière transmettra ce haut grade au duc d'Aumont, qualifié de "premier grand maître de toutes les loges de France", et qui donnera à son tour au même marquis de Calvière tous pouvoirs pour établir la loge Saint Jean à Avignon. Il semble qu'il y ait là confusion entre Aumont, de la loge Bussi‑Aumont, et le duc d'Antin premier grand maître de nationalité française (de 1738 à 1744). On peut situer ainsi les faits

- 1736 : initiation de Calvière dans les milieux jacobites d'Avignon,

- 1737 : séjour de Calvière à Paris, contacts avec les milieux jacobites,

- 1737 : en août, Calvière est muni pour trois mois des pouvoirs du duc d'Aumont pour la fondation de la loge Saint‑Jean à Avignon (cf. P. Chevalier: Les ducs sous l'Acacia) en septembre Calvière continue de répandre la Franc‑Maçonnerie en Avignon.

 

1737 ‑ Le 28 septembre Mgr de Belzunce évêque de Marseille dénonce à l'Intendant de la province les activités maçonniques de sa ville et souligne l'importance de celles du marquis de Calvière. Aussi le 23 octobre 1737, celui‑ci (officier aux gardes du corps pontificaux du Comtat‑Venaissin) est dans l'obligation de cesser ses mêmes activités maçonniques à Marseille, se limitant à sa loge de Saint Jean à Avignon, mais demeurant fervent maçon néanmoins. En effet :

1738 ‑ Cette année là, Calvière appartiendra à la célèbre loge Bussi‑Aumont et y sera nomméDépositaire de l'Ordre, évidemment ordre jacobite (cf. le manuscrit n' 891 de la Bibliothèque de Carpentras, page 68 à 70). Il s'agit évidemment de la Maçonnerie jacobite puisqu'à cette époque il n'y en avait pas d'autre en France. A tel point qu'en septembre 1735 le Comte de Saint‑Florentin, secrétaire d'Etat était reçu Franc‑Maçon, En 1736, c'était le maréchal d'Estrée, et au début de 1737. ce seront six chevaliers de l'Ordre du Saint‑Esprit qui deviendront des frèresde tous les autres en la Maçonnerie française naissante.

1743 ‑ le 9 décembre 1743 le duc d'Antin meurt et lui succède le comte de Clermont, autre prince du sang,

1746 ‑ les Francs‑Maçons de Marseille savent depuis cette date que les loges maçonniques ne sont plus pratiquement inquiétées par la police en France, et ils s'efforcent alors, réaction normale, de monter le pouvoir civil contre les autorités religieuses, dont Mgr de Belzunce a été le plus brillant défenseur, n'hésitant pas à associer les Francs‑Maçons aux jansénistes

1747 ‑ Selon Gaston Martin et les archives départementales de la Haute‑Garonne, le comte irlandais John de Barnwall de Tromlestown fonde à Toulouse la loge Les Ecossais Fidèles. Louis XV le naturalisera français et lui confirmera son titre. Cette loge prendra par la suite le nom de Sagesse et Union, puis Sagesse, et enfin deviendra (on ne sait encore pourquoi) LaVieille Bru, ce qui sous‑entend qu'elle fut indirectement la "belle‑fille" d'une autre loge antérieure, peut‑ être une ancienne loge militaire des régiments irlandais.

1749 ‑ Des visites nombreuses de Francs‑Maçons jacobites vont se succéder à Avignon, la plupart, mais pas tous, venant de Marseille. En cette année il y a à Marseille les loges Saint Jean de Jérusalem, Saint Jean des Elus de la Vérité, etc. En tout une bonne trentaine de loges, peut‑être simplement composées de dix à douze membres étant donné les problèmes de locaux.

Voici maintenant un ancien document qui montre combien la Franc‑Maçonnerie jacobite était toujours active et puissante vers 1750‑1755. Il s'agit de J'affiliation (c'est‑à‑dire de la régularisation maçonnique) de la loge Saint Jean de Jérusalem de la Parfaite Union à 1'orient de St‑Pierre de la Martinique ; la pièce est datée du 2 août 1750.

 

"Nous Vénérable Maître, Officiers et Membres de la Très Respectable Loge Saint‑Ferréol de Clermont de la ville de Marseille, constituée par le Grand Maître et les Grands Officiers du Très Ancien et Très Illustre Ordre des Francs‑Maçons dans le Royaume de France, le 1er octobre 1749, accordons aujourd'hui par ces présentes l'affiliation à nos chers et dignes Frères de la Respectable Loge Saint Jean de Jérusalem de la Parfaite Union, au bourg de St‑Pierre de la Martinique, situé sous le 14ème degré 30 minutes, en qualité de petite‑fille de Clermont (1), l'autorisant par le pouvoir qui nous a été donné à jouir de tous les privilèges d'une loge régulière et constituée, confirmant à cet effet notre cher Frère…… Maître (de Loge), notre cher Frère ...... 1er Surveillant, et notre cher Frère d'Oïanboure 2ème Surveillant.

Nous enjoignons par ces présentes à notre cher Frère…… et à ses successeurs d'observer et faire observer exactement les règles générales et particulières de la Maçonnerie, de ne recevoir aucun candidat au‑dessous de l'âge de vingt et un ans, ni aucun profane dont la probité n'est pas tout‑à‑fait reconnue, de ne recevoir Maître aucun Frère servant sans une permission expresse de la Respectable Loge Saint‑Ferréol, ordonnons aussi à la dite loge Saint Jean de nous faire informer de chaque mutation qu'elle jugera à propos de faire des Maîtres et des Surveillants, le tout sous peine de nullité de la présente affiliation. En foi de quoi nous lui donnons et avons fait expédier ces présentes, scellées du Sceau de l'architecture de la loge Saint Ferréol deClermont. A Marseille ce 2 août 1750."

Mais dès 1738 avait été fondé en 1'lle de la Martinique une loge nommée La Parfaite Union laquelle avait modifié son nom pour démontrer son appartenance à la Maçonnerie stuardiste en y ajoutant celui de la loge affiliatrice : Saint Ferréol de Clermont. En effet toujours à la Martinique, une loge avait été fondée le 24 mars 1750 sous le nom de La Parfaite d'Ecosse, par patente délivrée par une loge écossaise de Bordeaux. Mais comme tout porte à croire qu'elle relevait de la Grande Loge orangiste d'Angleterre, La Parfaite Union avait tenu à se faire régulariser comme loge stuardiste par une patente émanant d'une filiation incontestable.

1750 ‑ Cette même année les archives nous révèlent qu'à Marseille le Frère Capellu y est qualifié de "grand maître général des Chevaliers d'Orient". Ce grade est celui au sommet de la hiérarchie écossaise de l'époque. Or à Avignon en 1751 on ne pratiquait que les grades d'Elu et d'Ecossais. S'agit‑il là l'une des activités de Ramsay ? C'est fort possible, car le très jacobite Ramsay fut en relations étroites avec Avignon, notamment avec le mystérieux Balmerino qui initia clavière.

1750 ‑ Toujours à Marseille. L'évêque de la ville Mgr de Belzunce écrit à Versailles pour protester contre le fait que les Francs‑Maçons sont en cours d'achat d'une demeure pour y installer leur temple, Comme suite à cette demande d'assistance, l'Intendant pour la Provence reçoit en réponse la lettre ci‑après

"Mgr l'évêque de Marseille a fait informer le Roi que les Francs‑Maçons s'assemblent publiquement en cette ville, et qu'ils sont même en marché d'une maison où ils se proposent de tenir leur loge. Sa Majesté me charge de vous écrire à employer votre autorité pour faire cesser ces assemblées et pour ôter à ceux qui les tiennent tous les moyens de continuer."

(1) En cette patente deux noms ont été effacés. Il s'agit probablement de ratures amenées par l'obligation de faire disparaître deux imprudentes nominations, celle du Vénérable et celle du ler Surveillant. A Marseille, les responsables de la loge Saint Ferréol de Clermont avaient appris par la suite que leur confiance avait été dupée. A cette époque, "aux Isles", il y avait de tout…

 

Cette lettre est signée du Comte de Saint‑Florentin, lequel est Franc‑Maçon depuis 1735 ! Quant à Louis XV il conseille à l'évêque de Marseille d'user de son autorité ! Mais celui‑ci n'en a aucune quant à la Police, et c'est là l'astuce du Roi. Celui‑ci sera lui‑même Franc‑Maçon, reçu en la logeLa Chambre du Roi groupant des officiers de celle‑ci, comme l'a démontré P. Chevalier; il autorisera l'Encyclopédie, anoblira Voltaire, sauvera le chevalier de la Barre d'une mort horrible suite à son sacrilège (il sera d'abord décapité), Enfin la bulle pontificale excommuniant les Francs‑Maçons ne sera pas publiée dans le royaume.

1751 ‑ Le 27 août de cette année le jacobite écossais Georges de Wallnon, qui est muni de pouvoirs datés d'Edimbourg le 17 juin 175 1, constitue à Marseille la loge Saint‑Jean d'Ecosse.

1752 ‑ Le 17 mai de cette année Georges de Wallnon transmet ses pouvoirs de Vénérable et Maître de Loge à Alexandre Routier, et la Loge prend alors le nom de Mère‑Loge de Marseille, titre qui lui restera longtemps. Loge puissante, tant par elle‑même que par celles qu'elle créa en France et au‑delà des mers, car elle eut en sa volontaire sobriété une très grande influence sur le milieu profane par la présence de Maçons de qualité. On observera que dès 1751, date de sa fondation, les "décors" maçonniques y ont été francisés, le rouge de l'écossisme et le vert de l'irlandisme ont cédé la place au bleu de France. La résurgence actuelle de 1985 est revenue au rouge par respect pour la tradition écossaise confirmée par les Constitutions de 1720, qui la régissent. A la mort de Jacques Il à Saint‑Germain‑en‑Laye le 5 septembre 1701, Louis XIV inséra les régiments écossais et irlandais en ses armées, avec évidemment leurs loges militaires. C'est ainsi que le Royal Ecossais arborera sur son drapeau, avec la croix de Saint‑André (en place de la latine) et les armes de l'Ecosse (en place de celles de France), la cordelière aux "lacs d'amour" de la Franc‑Maçonnerie, soutenant la médaille de l'Ordre de Saint‑André. Ces régiments s'illustrèrent au "service de France" dans les batailles de l'époque, à Fontenoy notamment.

1794 ‑ A Marseille, dans le début de l'année, Barras et Fréron envoyèrent à l'échafaud cinq membres de la loge Saint‑Jean‑d'Ecosse, alors en sommeil.

1801 ‑ Saint‑Jean‑d'Ecosse reprend ses travaux. En 1811 elle comprend 400 membres, et ses loges‑filles de Provence, du Levant, des Isles et même d'Italie, témoignent de son rayonnement (cf. Les Rouyat : Archives de la Franc‑Maçonnerie). Mais à cette date le souvenir de ses véritables origines stuardistes est à peu près oublié.

N.B. ‑ En 1812, à l'Orient de La Ciotat, la loge Saint‑Charles d'Ecosse travaillant au "Rite d'Edimbourg" (sic) était encore en activité. Fondée sans doute en l'honneur de Charles-Edouard Stuart passant à Antibes en 1744

Publié avec l'aimable autorisation du VM et de l'archiviste de la RL La Lumière Ecossaise, à l'Orient d'Ollioules (Var).

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