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La vocation universelle de la Franc-Maçonnerie

9 Avril 2012 , Rédigé par François Bénétin Publié dans #Planches

«O Monde, que tu m'apparais divers, contraire, duel », peut s'exclamer l'homme moderne. Les formidables moyen d'information et de commu­nication mis à ma disposition me montrent chaque jour ton spectacle, règne de la multiplicité et des contraires, triomphe de la complexité gran­dissante et foisonnante. Nous savons désormais que la philosophie du système, avec Hegel à son apogée et l'idée d'une pensée universelle n'a pas réussi; que la réaction de la philosophie existentialiste contre cette même philosophie de système n'a pas su trouver davantage l'homme uni­versel. La science moderne continue à troubler nos esprits et ce que nous croyons rationnel en développant ce que l'on appelle des théories souples, c'est-à-dire susceptibles de varier étrangement pour expliquer certains phénomènes, en particulier dans le domaine de la physique des particules. Nous nous éloignons ainsi progressivement, mais sûrement de l'espoir d'explication scientifique homogène et unitaire.

De même, la renaissance de nouvelles formes d'intolérances religieuses montre combien nous sommes loin d'une tolérance entre adeptes de croyances différentes qui rapprocherait les hommes au lieu de les exclure. De même, les ségrégations raciales continuent à subsister, qu'elles soient institutionnalisées par les états ou pratiquées çà et là par réactions popu­laires.

La politique qui devrait pourtant être l'art de faire vivre les hommes en har­monie, nous montre comment les préjugés et l'égoïsme et le besoin de pou­voir font entretenir le sectarisme et comment ce qui devrait être opposition fructueuse par l'enrichissement mutuel de points de vue différents, devient opposition de parti et méprise ainsi l'opinion qui n'est pas la sienne.

Comment, devant une telle réalité, est-il raisonnable de parler universel ou universalisme ? Comment la Franc-Maçonnerie peut-elle sérieusement évoquer sa vocation universelle alors qu'elle apparaît comme diverse, divisée, jusqu'au point où certaines obédiences en excluent d'autres, en ne leur reconnaissant pas la qualité de maçonnique. Celui qui n'est pas franc-maçon, que l'on appelle profane, est souvent frappé par l'appa­rence de diversité, voire de désordre sous laquelle le monde maçonnique se présente à lui. C'est d'abord la multiplicité, voire les oppositions des obédiences. Il a entendu dire que telle obédience était marquée par l'enga­gement politique, que telle autre n'acceptait pas les femmes, alors que par ailleurs une autre obédience était mixte, mais que cela n'empêchait pas l'existence d'obédiences exclusivement féminines. Outre la multiplicité des obédiences, il y a également diversité des principes maçonniques dont s'inspirent les obédiences. Certaines font référence au Grand Architecte de l'Univers, d'autres non. Certaines demandent à leurs adeptes de prêter serment sur la Bible, d'autres non. Cette impression a d'ailleurs pu être singulièrement renforcée par la projection sur TF1, en septembre dernier, de deux émissions, consacrées à la Franc-Maçonnerie dans le monde, et qui a justement montré combien les aspects visibles de la Franc- Maçonnerie étaient en apparence si divers d'un pays à l'autre, ou d'une obédience à l'autre.

Mais d'abord, que faut-il comprendre quand on parle d'Universalisme ? Quelle signification peut avoir ce mot dont les racines latines, Unus : Un et Versus : dans la direction de, évoquent au premier abord l'idée de : tourné vers l'unité.

Si la Franc-Maçonnerie spéculative est apparue en occident, terre de chré­tienté, il n'est pas étonnant que la spiritualité de notre ordre soit inspirée des racines judéo-chrétiennes, et que la plupart d'entre nous, par nos ascendants, aient une formation judaïque, protestante ou catholique.

Mais nous ne devons pas oublier en revanche que notre philosophie, elle, est essentiellement d'origine grecque, et c'est certainement la pensée grecque qui constitue le point de départ de l'idée moderne de l'universa­lisme.

Le privilège de la philosophie grecque, dans son effort pour comprendre le monde, est d'avoir considéré les choses comme dépendantes d'un prin­cipe absolu d'harmonie et de perfection qui les dirige toutes vers une fin et donne un sens à l'Univers.

Lorsque Heraclite pose le feu comme la substance universelle, il le conçoit en même temps comme l'intelligence divine qui fait régner partout la mesure. S'il est vrai que les choses sont emportées dans un perpétuel deve­nir, le devenir est lui-même soumis à une règle d'harmonie.

Anaxagore a formulé cette sentence mémorable : «Toutes les choses ont été mises en ordre par l'intelligence».

Pour Socrate, l'idée de l'intelligence divine est poussée plus loin. Non seu­lement cette intelligence intervient à l'origine du monde, mais elle est constamment active dans le monde et ne cesse de le gouverner d'après une loi de convenance et de perfection. De cette intelligence ordonnatrice, Socrate trouve une image dans l'homme : «Connais-toi toi-même».

Ce précepte signifie que nous devons prendre conscience de notre âme comme parente de l'intelligence qui régit toutes choses vers leur fin et qu'elle seule peut conduire l'homme à l'accomplissement de sa destinée.

Platon a donné toute son ampleur à la pensée que les choses dépendent d'un principe de perfection. La théorie de l'Idée, avec une majuscule, est que la vraie réalité, ce ne sont pas les choses elles-mêmes dans leur deve­nir, mais le type éternel et parfait auquel les choses répondent. Aveugles, nous dit Platon, ceux qui s'arrêtent aux choses matérielles et qui ne com­prennent pas que l'invisible est seul réel.

Au-dessus des choses telles que nous les apercevons par les sens, multi­ples, changeantes, imparfaites, il y a l'Etre lui-même dans son unité, dans sa permanence, immortelle, dans l'intégrité de sa valeur. Voilà la subs­tance des choses et la cause de leur existence.

C'est en vain que l'on voudrait considérer comme causes les éléments matériels. La vraie cause est la perfection du modèle à la ressemblance duquel les choses sont faites. Et si nous essayons, gravissant les degrés du monde intelligible, de remonter jusqu'à la cause du suprême dont tout découle, nous devons la concevoir comme l'absolue Perfection. Par delà les idées elles-mêmes, par delà l'intelligence et la vérité, il y a la source éternelle de l'intelligence et de la vérité : le Bien, foyer resplendissant qui prodigue à tous les êtres la Lumière et la Vie.

Cependant si Platon reconnaissait, dans le Timée, que le monde sensible est régi lui aussi par des lois d'harmonie, le dualisme entre l'Idée et les choses n'était pas pour lui entièrement surmonté. Aristote, lui, fit descendre l'Idée du ciel sur la terre et la conçut comme le principe interne qui donne aux êtres le mouvement et la vie. La Forme d'Aristote, c'est l'Idée de Platon, mais l'Idée immanente aux choses et les dirigeant de l'intérieur vers leur fin. Ce qu'Aristote appelle la nature, c'est la force universelle qui conduit les êtres à leur complet achèvement et qui les fait tous s'accor­der entre eux. La nature est un principe du même ordre que l'intelligence ; elle produit spontanément et sans réflexion ce que l'intelligence produit à la lumière de la pensée. Il est donc bien délicat d'expliquer les choses par le hasard. Le hasard a sa place dans l'univers certes, mais une place subordonnée qui n'est marquée qu'aux degrés inférieurs du réel. Plus on s'élève dans les sphères où les êtres déploient leur liberté, plus on aperçoit clairement l'harmonie qui découle de la cause principale et décisive, laquelle est toujours l'intelligence.

Aristote a estimé que la raison dernière de cette tendance des êtres à la perfection dépasse la nature et doit être cherchée dans un principe supé­rieur au monde - principe transcendant qu'il a conçu comme l'acte pur de la pensée. Cette perfection divine se manifeste dans l'ordre que la nature fait régner sur le monde et les êtres qu'il renferme et, tout en exerçant sur lui un irrésistible attrait, elle reste distincte du monde.

Cette philosophie de l'immanence fut l'apogée de la pensée grecque. Car, après la néfaste guerre du Péloponnèse, la Grèce devint tributaire de la Macédoine pour finir sous la coupe de Rome.

La liberté perdue, la pensée replia ses ailes et la philosophie grecque prit une autre direction : par opposition à la théorie qui assignait comme but à la vie humaine la contemplation d'un idéal transcendant, elle proposa un bien accessible à tous et qui rentre dans la nature.

Ainsi devait se dégager le principe d'une morale universelle.

La grandeur du stoïcisme lui vient de sa morale. S'attachant à l'idée que la nature est gouvernée par l'intelligence, les stoïciens ont pensé que l'homme doit se considérer comme membre de l'ordre universel. Ils ont ainsi dégagé le trait essentiel de la morale que Socrate avait voulu fonder.

Socrate avait dit que la justice consiste dans l'observation des lois que l'intelligence fait régner sur les choses et cette pensée avait été reprise par Platon lorsqu'à la fin de sa carrière, il avait admis que le monde sensible était régi par des lois d'harmonie. Mais la philosophie de l'Idée mettait au premier plan la contemplation du principe idéal qui dépasse la nature. En ramenant l'attention sur la nature elle-même, les stoïciens ont signifié que la vertu n'est pas une haute et difficile spéculation, mais qu'elle appar­tient à tout homme en tant qu'il prend place dans l'ordre du monde.

Socrate avait conçu la vertu comme une science et, chez Platon, la vertu s'était confondue avec la science de l'Idée elle-même, préparée par la science mathématique.

Aristote, à son tour, avait fait consister le bonheur dans la vie contempla­tive. Le Bien restait l'apanage de quelques privilégiés.

Les stoïciens, eux, ont largement ouvert la vie morale à tous les hommes. De par sa nature même raisonnable, l'homme peut vivre d'accord avec l'univers entier et posséder le parfait bonheur.

Cette perfection est accessible à tout homme, fut-ce le plus humble et le plus ignorant, pourvu qu'il accepte, du fond de l'âme, la part que lui accorde le souverain Dispensateur.

En tant qu'ils possèdent tous la raison, tous les hommes sont citoyens de la grande Cité dont les lois ne sont jamais transgressées. Même l'esclave est l'égal des plus grands. Mais la Cité dont l'homme est membre n'est pas limitée à quelque partie du monde, c'est le monde lui-même, cité divine où règne à jamais le droit. A cette grande patrie, nous dit Sénèque, appar­tiennent tous les hommes, quelles que soient leur condition sociale et leur nationalité, tous sont frères en tant qu'ils ont la raison et sont destinés à la vertu.

La raison universelle qui a produit toutes choses, poursuit Sénèque, c'est Dieu créateur du monde. Comme le monde est un tout parfaitement Un, il n'y a qu'un Dieu unique.

Dieu est l'Etre intelligent, immortel et bienheureux, Père de tous les êtres et les dieux multiples de la religion populaire ne sont que des noms diffé­rents donnés au Dieu unique selon les divers aspects de sa puissance.

Ce Dieu créateur du monde, est en même temps la réalité substantielle du monde car la raison n'est pas seulement la source dont les choses provien­nent : elle est aussi la substance partout présente dont toutes les choses sont faites. Dieu, n'est donc pas seulement le principe créateur du monde : il est le monde lui-même dans sa réalité véritable, dans son inal­térable unité. Ce que nous appelons la Nature, c'est-à-dire l'ensemble harmonieux des choses, l'univers en tant qu'il est régi par un principe intelligent, n'est autre que Dieu.

C'est ainsi très sûrement que l'une des racines majeures de la Conception de l'Universalisme par la Franc-Maçonnerie est grecque et la sensibilité de la pensée grecque exprime assez bien la sensibilité de la Franc- Maçonnerie. Mais la Franc-Maçonnerie ne se fixe aucune limite et toutes les traditions et tous les systèmes participent à la construction de l'Univer­salisme maçonnique, qu'ils soient d'orient ou d'occident, de notre temps présent ou de 2000 ans avant Jésus-Christ.

Cependant, si la pensée grecque permet une première approche de ce qu'est l'Universalisme maçonnique, celui-ci reste difficile à comprendre lorsqu'on observe la diversité des formes et des modes de vie des loges et des différentes obédiences. La Franc-Maçonnerie est un ordre qui possède des règles, qui sont constituées d'un rituel appliqué dans les loges et dont il appartient aux maçons de percevoir le sens.

Pour certains francs-maçons, le rituel possède une dimension transcen­dantale qui lui permet de se relier au divin, ou pour accéder à des états supérieurs de la conscience. Pour d'autres maçons au contraire, le rituel est un simple moyen de mettre une communauté constituée de membres divers, dans de bonnes conditions et de rassembler les sensibilités et de faire régner la tolérance.

Ces différences se retrouvent d'ailleurs dans l'importance accordée à la pratique du rituel dans les tenues selon les différents ateliers, différentes obédiences.

Les loges anglaises passent l'essentiel de leur temps à cet exercice, tandis que dans les ateliers français, on peut trouver des rituels qui sont réduits au minimum. Il existe une dizaine de rites effectivement pratiqués dans le mande et certains en ont recensé une soixantaine ayant existé dans l'his­toire. Cette floraison parfois excessive a l'avantage de permettre à chaque franc-maçon de trouver la forme qui correspond le mieux à sa sensibilité et à son intelligence. Ceci signifie d'une part que ce n'est pas la forme de pratique des rituels qui détermine l'Universalisme de la Franc- Maçonnerie, mais, qu'au contraire, cet Universalisme peut vivre sous des formes diverses, et que c'est l'existence de cette diversité de forme qui per­met à chacun, selon son propre caractère, de pratiquer une voie qui lui convient pour atteindre justement à cet Universalisme.

L'Universalisme de la Franc-Maçonnerie n'est pas une question de forme, mais une question de fond. Et la Franc-Maçonnerie apparaît ainsi comme un tout divisé en de nombreuses parties qui sont nécessaires pour que l'exercice de la liberté soit effectif.

En fait, la diversité apparente de la Franc-Maçonnerie est le résultat de son histoire événementielle. En revanche, il existe une histoire qu'on pourrait appeler histoire mythique ou histoire symbolique. Cette histoire vise à montrer les origines symboliques de la Franc-Maçonnerie. C'est à travers la compréhension et le sens des symboles de ces mythes que se trouve l'inspiration de l'Universalisme de la Franc-Maçonnerie. C'est de par sa nature même et par son essence que la vocation de la Franc- Maçonnerie est universelle.

La Franc-Maçonnerie est un ordre initiatique, cela signifie qu'elle est une société avec son organisation propre et solidement établie. Le mode d'organisation est particulier car il est censé refléter et exprimer un ensemble de valeurs spirituelles qui doivent amener les membres de cette société, les Francs-Maçons, à découvrir ces valeurs spirituelles, c'est-à- dire à découvrir les aspects de la vérité qui régit le monde dans lequel nous nous trouvons, la vérité de l'harmonie cachée de l'Univers, la vérité qui donne un sens à la vie de l'homme lorsque celui-ci se pose des questions fondamentales, telles que par exemple : « D'où je viens ? Qui suis-je ? où vais-je ? Or, comme les valeurs auxquelles se réfère l'organisation de la société maçonnique sont fondamentales, cette organisation ne saurait être modifiée au gré des modes, c'est pourquoi il s'agit d'un ordre aux règles de fonctionnement durablement établies. »

D'autre part, il s'agit d'un ordre initiatique, c'est-à-dire un ordre où l'on rentre par une initiation. L'initiation a pour objet de transformer celui qui est dit profane en lui donnant les moyens de considérer l'ensemble des choses sous un autre aspect que celui qu'il voyait auparavant, et de pou­voir aussi découvrir des valeurs spirituelles qui lui restaient cachées lorsqu'il était profane.

Prenons un exemple, observons un symbole que beaucoup ont vu et qui s'appelle le delta lumineux.

Le profane pourra y voir une figure assez jolie, qui semble même expri­mer une certaine force. Un oeil venu d'ailleurs dont on sent qu'il regarde et rayonne à la fois.

Peut-être y verra-t-il, poursuivant ses réflexions, l'oeil d'une divinité ou d'un principe supérieur qui fait irruption sur le monde.

Cependant, au fur et à mesure que l'homme se transforme, il peut être amené à avoir l'intuition que l'ensemble des choses, lui-même, l'univers, le visible comme l'invisible dépendent d'une cause première, ou plus exac­tement qu'il existe une Unité transcendante qui englobe et régit toute chose. Mais la nature même de cette Unité est inconcevable pour lui.

La seule manière qu'il a de percevoir cette Unité, c'est d'en observer les effets. Il découvre alors que les choses se présentent par opposition : le Noir n'a de valeur que parce qu'il s'oppose au blanc.

Une affirmation n'est vraie que par rapport à une autre affirmation qui est ou moins vraie, ou son contraire. Une idée ne tire sa valeur que relati­vement à une autre. C'est la logique binaire qui procède par opposition, par action et réaction, et qui, sur le plan de la compréhension des choses, et de la recherche des réponses aux questions fondamentales que l'on peut être amené à se poser, devient rapidement stérile. Tout se sépare entre ce qui est vrai ou faux, bien ou mal. Adepte d'une idée, on en rejette son contraire. On devient sectaire. C'est d'ailleurs en passant l'un des dangers de certaines religions qui, imposant de croire de telle manière, rejette les autres formes de croyances et les vouent au mal. Rappelons-nous en pas­sant que le sens du mot diable est celui qui divise.

Cet homme donc, qui se pose des questions fondamentales, à la recherche du sens de l'Unité inconcevable, et ne trouvant pas dans la logique binaire de réponses satisfaisantes, se met à observer à nouveau le delta lumineux. Il découvre alors que l'oeil, qui dégage toujours une impression si forte, donne cette impression de par la forme du delta qui lui sert de cadre. Or, ce delta, de par ses trois côtés, exprime trois dimensions. Cela signifie symboliquement que toute chose de la plus petite à la plus grande, ne peut s'apprécier ni dans son unité transcendante, ni dans sa dualité, mais par trois éléments. Nous venons de faire un premier pas dans la symbolique des nombres. Ainsi, dans tout ce qui se fait interviennent trois termes : un agent qui agit, un patient qui subit, un effet produit par cette action.

Dans une loge maçonnique, les trois officiers qui la dirigent s'appellent le Vénérable Maître, le ter surveillant et le deuxième surveillant.

Le symbole du 1er surveillant est un niveau et signifie que nul ne domine sur autrui. Le symbole du 2ème surveillant est une perpendiculaire. Il sol­licite au contraire chacun à s'élever aussi haut que possible en même temps qu'à descendre dans les abîmes les plus profonds de la pensée.

Il y a donc conflit entre l'horizontale égalitaire et la verticale hiérarchi­que. Mais tout se concilie dans l'équerre, symbole du Vénérable Maître. Celui-ci accorde à tous les ouvriers une même estime en raison du zèle égal que tous apportent au travail, ce qui ne l'empêche pas d'apprécier chacun selon ses qualités particulières, si bien qu'il demande à l'un ce qu'il ne saurait exiger d'un autre. L'Equité, dont l'équerre est l'emblème, préside ainsi aux rapports des maçons.

Mais ne s'arrêtant pas là, notre homme élève encore sa réflexion et décou­vre que pour répondre à ses questions fondamentales, les systèmes de nombreuses écoles, en des temps et des lieux divers, répondent toujours par le mystère d'une trinité, (mystère signifiant que nous sommes dans les degrés ultimes où notre conception d'homme peut s'élever).

C'est le Père, le Fils et le Saint Esprit de la trinité chrétienne, c'est Brahmas, Veshnou et Shiva dans le brahmanisme, c'est le Principe, le Verbe et la Substance dans le platonicisme, c'est le Soufre; le Mercure et le Sel dans l'alchimie, c'est Sagesse, Force et Beauté en Franc- Maçonnerie.

On mesure les transformations subies par notre homme depuis sa première observation du delta lumineux, c'est le fruit d'une initiation en train de s'accomplir. Mais en même temps, on s'aperçoit que sa recher­che spirituelle le conduit naturellement à une conception universelle de la spiritualité. Ainsi apparaît l'immense domaine de l'Universalisme maçonnique.

L'Universalisme est une conception de l'Univers, du visible et de l'invisi­ble, qui considère comme inscrit dans tout ce qui nous est sensible dans notre vie terrestre (ou manifestée), comme dans ce qui est au-delà de notre perception, l'existence d'un principe d'union fondamentale. d'harmonie transcendantale entre tout, l'éparpillé et les contraires, dont la vocation de l'homme est de retrouver l'unité.

L'Universalisme est l'exaltation de l'unité. Descendu au niveau de notre domaine de ce qui est manifesté, nous devons le retrouver.

Déjà, sous cet aspect, l'origine et les principes de la Franc-Maçonnerie ont créé les conditions à ce que l'Universalisme soit vécu dans les loges en permettant la réunion de personnes d'origines différentes, d'opinions diverses, voire opposées, qui, sans la Franc-Maçonnerie, ne se seraient jamais rencontrées. Ainsi, par la vie en Loge, la Franc-Maçonnerie rassemble ce qui, dans d'autres conditions, resterait épars, et contraire. Ainsi apparaît à nouveau que l'Universalisme de la Franc-Maçonnerie n'est pas dans sa forme apparente, mais dans son fond. Ce qui est univer­sel, ce ne sont pas dans les différences apparentes des frères, mais quelque chose qui est permanent et immuable dans chaque homme, caché au plus profond des frères, mais qui est commun à tous.

Ceci transparaît dans le poème de Rudyard Kipling que tous les Francs- Maçons connaissent et qui s'appelle « La Loge Mère », que je vous pro­pose en guise de pause.

* * *

La Loge Mère
Il y avait Rundle, le chef de station,
Beaseley, des voies et travaux,
Ackman, de l'Intendance,
Donkin, de la prison,
Et Blacke, le sergent instructeur,
qui fut deux fois notre vénérable,
et aussi le vieux Franjee Eduljee
qui tenait le magasin «aux Denrées Européennes».
Dehors, on se disait: «Sergent, Monsieur, Salut, Salam».
Dedans, c'était: «Mon frère», et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le niveau et nous quittions sur l'Equerre.
Moi, j'étais second diacre dans ma loge-mère, là-bas !
Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saul, le juif d'Aden,
Din Mohamed, du bureau du cadastre,
le sieur Chuckerbutty, Amir Singh, le Sick,
Et Castro, des ateliers de réparation,
qui était catholique romain.
Nos décors n'étaient pas riches,
Notre temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens Landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée, souvent, me vient à l'esprit :
«Au fond il n'y a pas d'incrédules
Si ce n'est, peut-être, nous-mêmes !»
Car, tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer,
Nous n'osions pas faire de banquets (de peur d'enfreindre la règle de caste de certains frères)
Et nous causions à cœur ouvert de religions et d'autres choses,
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu'il connaissait le mieux.
L'un après l'autre, les frères prenaient la parole
Et aucun ne s'agitait.
L'on se séparait à l'aurore, quand s'éveillaient les perroquets
Et le maudit oiseau porte fièvre;
Comme après tant de paroles
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.
Bien souvent, depuis lors,
Mes pas, errant au service du gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l'Orient à l'Occident,
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour.
Mais combien je voudrais les revoir tous
Ceux de ma Loge-mère, là-bas !
Comme je voudrais les revoir,
Mes frères noirs ou bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l'allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l'office.
Et me retrouver parfait maçon
Une fois encore, dans ma loge d'autrefois.
Dehors, on se disait : «Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c'était : «Mon frère», et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le niveau et nous quittions sur l'Équerre.
Moi, j'étais second diacre dans la loge-mère, là-bas !
Essai de traduction du poème du Frère
Rudyard Kipling.

L'Universalisme est peut-être la raison, si elle se fait conscience, qui per­met à l'homme d'aller au-delà de lui-même, sans passer par la croyance dogmatique et religieuse qui confine l'homme dans une voie qui ne per­met plus le libre choix. Au contraire, l'Universalisme maçonnique est l'aboutissement de la demande d'une conscience libre de tout dogme, qui assimile l'ordre de l'univers, qui y coïncide, qui peut alors rassembler les diversités ou plus exactement qui, suffisamment éclairé, voit dans les diversités l'Unité qui s'y cache.

En ce sens, la Franc-Maçonnerie expose dès son entrée le Franc-Maçon au choc des différences des autres frères, lesquels peuvent être très diffé­rents, c'est à la fois sa richesse et sa difficulté, aussi sa vocation. Et la Franc-Maçonnerie demande, ou propose, au début de la démarche du Franc-Maçon, qu'il assume personnellement, l'acceptation de ces diffé­rences, jusqu'à l'amour, aboutissement accompli. En ce sens, sa démar­che diffère de celle des religions révélées de l'occident, lesquelles rassem­blent des êtres différents en les soumettant d'emblée à une loi de croyance et de comportement, qui peut ouvrir à terme à l'Universalisme, mais qui peut aussi aboutir à une loi d'exclusion, et même nourrir un réflexe primi­tif de ségrégation que nous avons tous tendance à porter naturellement en nous.

Au contraire, la Franc-Maçonnerie ne rassure aucunement ses adeptes par l'imposition d'une loi. Il n'y a pas de bon génie qui soit là pour vous dire ce qui est vrai, ou ce qui est faux, ce qu'il faut faire ou ce qu'il ne faut pas faire. Elle laisse l'adepte libre. Seule lui est proposée une variété de symboles, dont le sens est à découvrir, mais qui sont d'une portée univer­selle. Le nouveau Franc-Maçon se trouve d'ailleurs désarmé devant ce qui lui est proposé. On pourrait parler, au sens philosophique, d'une misère de l'apprenti franc-maçon devant le langage symbolique qui lui est donné, misère étant la prise de conscience de l'énormité de la distance qui le sépare et du peu de moyens qu'il croit avoir pour y parvenir, de la connaissance de la vérité authentique, c'est-à-dire de l'initiation réelle.

Une expression maçonnique souligne cette situation délicate : «on n'est pas initié, on s'initie soi-même », et l'on comprend comment cette expres­sion est déroutante pour celui qui vient d'entrer, car il s'attend à ce qu'on lui révèle quelque chose, et on ne lui apprend qu'à apprendre par lui- même. Cette situation serait en fait difficilement supportable par les êtres communs que nous sommes en majorité si la Franc-Maçonnerie ne dis­pensait pas des forces qui permettent au Franc-Maçon d'avancer sur cette voie difficile : elles sont Tolérance et Fraternité. La première de ces forces veut dire : bienvenu à toi, mon frère, malgré ta différence, quelle qu'elle soit, nous l'acceptons avec bonheur. La seconde, la Fraternité, indique que quelles que soient nos différences, il existe entre nous un lien plus fort que ces différences, qui nous unit et qui est l'essence de nos démarches. Nous, différents en apparence, recherchons la connaissance de l'unité, nos recherches sont différentes, mais l'esprit qui les anime nous lie très étroitement.

L'apprenti franc-maçon qui aura pénétré les différents aspects de cette première étape aura alors fait un pas important vers l'appréhension de ce qu'est l'unité cachée dans les choses. En persévérant, il trouvera la voie vers l'Universalisme.

Ainsi, la substance de l'Universalisme maçonnique apparaît, c'est la frater­nité, encore faut-il comprendre ce que le franc-maçon perçoit dans ce mot.

La Fraternité, si elle existe au sein de micro-groupes comme la famille, laquelle sous cette forme aboutit parfois à une nouvelle forme de ségréga­tion tournée contre l'extérieur de la cellule familiale, la Fraternité n'est vécue dans nos sociétés que d'une manière restrictive. Elle se fonde davantage sur la ressemblance au sein d'un groupe de même nature, établi sur la fortune, la naissance ou la capacité intellectuelle plutôt que sur une réelle loi d'amour.

Si la fraternité apparaît d'une façon générale fragile, c'est parce qu'elle n'est souvent que l'expression d'un amour spontané èt naturel, qui a jus­tement la fragilité de cette spontanéité, des faiblesses individuelles et de la limitation du cercle des êtres sur lesquels cet amour petit se donner. En revanche, le sentiment intérieur qui peut générer la Fraternité réelle est d'une autre nature. Si la fraternité est synonyme d'aimer son prochain, cela signifie : j'aime ton mystère comme le mien, ton mystère d'homme comme mon mystère d'homme, car c'est ce mystère qui nous unit aux Dieux. C'est parce que mon mystère est le tien que nous sommes frères; parce que nous sommes créatures d'une même cause invisible que nous sommes frères. Ce n'est pas la recherche d'une identité visible extérieure­ment qui fonde notre identité universelle. Ce qui crée notre identité uni­verselle c'est l'unité et la transcendance du principe qui nous anime.

C'est en passant l'occasion de rappeler que c'est pour cette même raison que de grands initiés ont un tel respect pour la nature jusqu'en ses moindres détails. Ce qui amuse parfois les ignorants. La Nature, justement, m'a fait don, primitivement, de ce pouvoir d'amour, fragile et spontané. Je possède un coeur qui a la capacité de brûler pour Autrui. Et puis, quel­ques Grands Hommes m'ont laissé des messages pour me guider à la fois dans ma recherche de vérité et dans l'art de cultiver cet amour embryon­naire. C'est une fois que Connaissance et Amour ont pu se fondre en moi que s'ouvre mon champ de liberté, vers cet homme vertical inscrit dans la Sphère Universelle, dont la contemplation ou l'action sont en accord avec l'Ordre Universel.

Rappelons une réflexion de Gandhi : « Toutes mes actions ont leur source dans mon amour inaltérable pour l'humanité ». « Je n'ai connu aucune distinction entre parents et inconnus, entre compatriotes et étrangers, entre blancs et hommes de couleur, entre Hindous et Indiens appartenant à d'autres confessions, qu'ils soient musulmans, parsis, chrétiens ou juifs. Je peux dire que mon cœur a été incapable de faire de telles distinc­tions ».

L'Orient utilise une belle image d'ailleurs pour saisir comment on peut être soi et dans l'unité en même temps. Ce sont les vagues de l'océan. En tant qu'océan, je suis conscience de la réalité totale et indivisible, mais je suis chacune des vagues existant ou ayant existé, naissant et mourant par­tout, à chaque instant.

Il est temps d'entrer dans le vaste champ de la fraternité universelle.

Nos sociétés occidentales ont généré un monde d'abondance, fondé sur la propriété, monde de l'AVOIR qui a créé à travers l'histoire différents modes d'organisation ayant chacun trois objectifs à résoudre : la réparti­tion de la propriété et , des richesses, leur défense, leur conquête. Qu'il s'agisse de l'organisation féodale, de la monarchie ou des systèmes politico-économiques modernes, tous règlent à leur manière ces trois questions auxquelles les systèmes religieux ont également apporté leur part. Nous restons dans l'organisation du monde de l'AVOIR.

Il produit des inégalités et des formes d'exploitation des hommes par d'autres hommes. Pourtant, de temps à autre, des voix s'élèvent et des hommes de sentiments élevés tentent d'accrocher le monde à son inclina­tion matérialiste. L'invocation « Liberté, Egalité, Fraternité », malgré ses dérives sociales, en est une manifestation.

La Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 fait référence à des valeurs humaines, et pour cette dernière l'inspiration maçonnique y a contribué. Ainsi, apparaît comme porteur de progrès le fait de faire vivre ce sentiment : «L'important, c'est l'autre ». Notre déclaration de principe «Oeuvrer à l'amélioration de l'humanité» prend une singulière réalité quand elle se confond avec « Faire vivre la fraternité ».

Un enfant accompagné par un vieillard rentrent à pied dans la ville de leur demeure. Aux portes de la ville, l'enfant voit un infirme qui n'a plus l'usage de ses jambes, et se trouve dans un grand état de misère.

L'enfant interroge le vieillard : «Mon oncle, que peut attendre cet homme de la vie ? ». «Mon enfant, répondit le vieillard - et il me fallut longtemps pour le comprendre - mon enfant ce qu'il attend c'est toi ». (Buber), Livre sur le judaïsme.

Dans cette aspiration à la fraternité universelle qui est la nôtre, la sensibi­lité orientale nous apporte un enseignement particulièrement important dans le domaine de l'action. L'un des maux de l'Occident est de vouloir changer le monde à tout prix. Sans pour autant rejeter le monde, la seule Liberté est de ne pas vouloir changer le monde, dans le sens de ne pas désirer être l'auteur de ses actes en tant qu'égo. Ce qui est liberté, c'est vouloir ce qui est.

En tempérant cet absolu difficile pour un occidental, on doit néanmoins en retenir que l'idée de s'entraider est plus subtile que nous ne pourrions le penser. En général, lorsque nous essayons d'aider les autres, nous les gênons, nous leur imposons nos exigences. Nous nous rendons insuppor­tables à autrui parce que nous ne pouvons nous supporter nous-mêmes. Elle implique que nous ouvrions notre territoire plutôt que d'empiéter sur celui d'autrui.

Dès que l'on veut imposer le bien, ou déclencher un sanglant cercle vicieux d'oppression et de révolte, c'est une tension et une crispation sans fin. Lorsqu'on attend tant d'un ordre extérieur, la moindre défaillance provoque la colère et le désespoir.

Cette remarque vient d'ailleurs pour la manière dont est vécue la frater­nité à l'intérieur de la Maçonnerie elle-même. On est parfois surpris de constater la violence et la déchirure qui surgit entre certains frères. C'est la conséquence directe de frères qui ont considéré la fraternité comme un acquis du système maçonnique, vis-à-vis duquel leurs attentes étaient immenses, et qui sombrent dans l'attitude la plus antifraternelle dès la première déception rencontrée, déception bien évidemment inévitable, car ils attendaient un système et ont rencontré l'imperfection des frères qu'ils n'ont pas tolérée.

La fraternité universelle pourra s'ouvrir sur la liberté de tous lorsque la souffrance, clé de notre monde, ne sera plus individuelle, mais si la grande Communion des souffrances faisait monter l'humanité toute entière vers l'ceuvre mystérieuse de la création, comme nous y invite le Père Teilhard de Chardin.

L'Amour est l'élément fédérateur qui nous unit à l'invisible transcendant et dont la manifestation est de s'aimer les uns les autres, exhaltant ainsi en bas ce qui est en haut, et c'est là notre plus grand accomplissement.

Tous ces propos paraîtraient désespérément vides s'ils ne devaient rester qu'à l'état de réflexions, mais la Franc-Maçonnerie est une école de pen­sée qui prépare à l'action, sans pour autant imposer quoi que ce soit dans ce domaine. Pour le comprendre, je vous propose les paroles adressées à de jeunes frères de la Grande Loge de France par l'un de nos frères.

A vous, mes jeunes frères qui êtes l'avenir de notre Obédience, je dis : Cultivez et développez toutes les valeurs qui dépassent le plan horizontal de la communauté, mais réfléchissez aussi à ce texte.

« Explore, regarde, observe autour de toi.
Tu sais qu'il meurt beaucoup d'enfants, mais tu n'en as jamais été troublé parce que tu n'as jamais vu une mère devant le cadavre de son bébé.
Tu sais qu'il y a des guerres qui déciment des pays, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as jamais vu la lutte d'un mourant qui s'accroche à la vie et qui n'a que 20 ans.
Tu sais qu'il y a des taudis, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as pas vu ce que c'est de coucher nombreux tous les soirs dans une chambre.
Tu sais qu'il y a des orphelins, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as pas marché derrière le cercueil avec un gosse de 7 ans qui était seul.
Ce n'est pas ta faute, tu ne sais pas. Ton intelligence le sait, tu l'as lu, tu l'as entendu, mais ton coeur et ton âme ne savent pas.
Ce ne sont pas les livres qui ont pu te donner cette connaissance-là, mais va, regarde, écoute, ouvre ton cœur tout grand et tu sauras ».

Source :http://www.ledifice.net/

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La conciliation des contraires: la Franc-Maçonnerie Universelle

9 Avril 2012 , Rédigé par GLDF Publié dans #histoire de la FM

La Franc-maçonnerie a pour but le perfectionnement moral de l'humanité.

A cet effet, les Francs-Maçons travaillent à l'amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel que sur le plan du bien-être matériel.

Dans la recherche constante de la vérité et de la justice, les Francs- Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite.

Ils respectent la pensée d'autrui et sa libre expression. Ils recherchent la conciliation des contraires et veulent unir les hommes dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun. Ils considèrent le travail comme un devoir et comme un droit.

Les Francs-Maçons doivent respecter les lois et l'autorité légitime du pays dans lequel ils vivent et se réunissent librement.

Ils sont des citoyens éclairés et conforment leur existence aux impératifs de leur conscience.
Chaque Franc-maçon est libre de faire ou de ne pas faire état de sa qualité, mais il ne peut dévoiler celle d'un Frère.

Les Francs-Maçons s'associent entre eux pour constituer, conformément à la tradition maçonnique, des collectivités autonomes qui prennent le nom de Loges.

Toute Loge se gouverne conformément aux décisions prises par la majorité de ses Maîtres Maçons mais elle ne peut s'écarter des principes généraux de la Franc-maçonnerie ni des lois de l'obédience à laquelle elle appartient.

Les Loges se groupent en Grandes Loges, Puissances nationales et indépendantes, gardiennes de la Tradition et des trois grades de la Franc-maçonnerie symbolique : ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître.

Source : http://www.gldf.org/fr/

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Clin d'oeil à Jean-Luc Mélenchon : le Temps des Cerises

9 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Chants

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur !
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur !


Mais il est bien court, le temps des cerises
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles...
Cerises d'amour aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang...
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant !


Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour,
Evitez les belles !
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour...
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des chagrins d'amour !


J'aimerai toujours le temps des cerises,

C'est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte !

Et dame Fortune, en m'étant offerte
Ne saurait jamais calmer ma douleur...

J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeœur !

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Clin d'oeil à John Wayne : la balade des Bérets Verts

9 Avril 2012 Publié dans #Chants

Dans le ciel couleur d’acier
Ils descendent par millier
Ceux qui vont sur cette terre
Lutter pour le béret vert

Il faut croire ce que l’on dit
Ne dire que si l’on agit
Etre brave et être fier
Pour gagner son béret vert

Ils sont parmi les meilleurs
Qui combattent et qui meurent
Pour l’occident qui espère
Rester grâce aux bérets verts

Il a laissé en mourrant
Avec ses ailes d’argents
Une lettre pour sa femme
Une lettre du Vietnam

Donne les ailes d’argents
Mon fils quand il sera grand
Qu’il soit brave et qu’il soit fier
Pour gagner le béret vert

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John Wayne et Davy Crockett Francs-Maçons

9 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

John Wayne (1907-1977), de son vrai nom, Marion Robert Morrison , fut membre de l'ordre DeMolay (une association para-maçonnique pour jeunes) quand il était aux études).

Il fut initié à la Marion McDaniel Lodge #56 à Tucson (Arizona) le 9 juillet 1970, passa Compagnon le 10 juillet et fut élevé à la Maîtrise le 11 juillet ! Par la suite, il rejoignit une Loge d'Hollywood. Il appartint également aux Shriners (Al Malaikah Shrine) de Los Angeles. Il fut élevé à titre honoraire au 33e Degré du Rite Ecossais à Los Angeles.

Au cinéma, dans le film  Alamo qu'il a lui-même dirigé, il a interprété le rôle de Davy Crockett, lui aussi Franc-Maçon.     

Source : http://www.hiram.be/

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Historique du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm

9 Avril 2012 Publié dans #Planches

La Franc-Maçonnerie est une institution pluricentenaire, car les premières révélations historiques remontent au XIIIème siècle. Cette association de métier, à l'origine dite operative..., au caractère corporatiste autant que moral et spirituel, devient, dès le Carrefour de 1723, un « centre d'union » où se retrouvent, en toute fraternité, des hommes qui, sans elle, ne se seraient pas reconnus... Adopter une vision tranchée et univoque de la Franc-Maçonnerie moderne, dite spéculative.., semble difficile, car celle-ci, selon les temps et les lieux, a revendiqué des origines et des finalités bien différentes, bien qu'elle s'inscrive dans le courant judéo-chrétien. En outre, sa philosophie ne s'exprime que par le truchement des symboles : or leur sens dépend de la tradition initiatique à laquelle se rattache chaque Rite, qui représente l'Esprit de chaque Ordre existant Ainsi, les différentes Obédiences françaises couvrent un large spectre, allant du social au spirituel, de l'athéisme au déisme ; elles ont toutes cependant en commun leur essence initiatique et leurs trois premiers degrés représentent un centre adogmatique de perfectionnement individuel, intellectuel, moral et de travail sur soi. Ce n'est que par la suite que l'empreinte du Rite, propre à chaque Obédience se manifeste dans toute son amplitude : il donne à ses cérémonies une qualité, une densité, une stabilité, une impulsion et une prégnance à nulle autre pareille. De telle sorte que cette juxtaposition de mille et une nuances dans l'Art Royal entrouvre l'accès à une voie adaptée à la nature du Cherchant et à ses exigences, dans le respect le plus strict de sa liberté absolue de conscience.

La Franc-Maçonnerie du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm possède ses spécificités propres, qui font d'elle une Maçonnerie peu connue, mais d'une grande richesse à la fois rituelle et historique. Parmi celles-ci, se distinguent entre autres :
- Son orientation spiritualiste et déiste dans le cadre de la Voie Initiatique.
- Sa volonté de donner l'accès à la Connaissance Essentielle par l'alliance de l'intelligence du cœur à celle du mental ;
- Sa représentation en tant que gardien des traditions de l'ancienne Egypte, berceau de toute initiation.
- Sa vocation de conserver et de développer une Tradition intacte (comprise comme la Tradition Primordiale transmise dans les courants hermétiques, gnosticistes, kabbalistes, templiers et rosicruciens), propre à libérer l'homme de ses chaînes matérielles, au travers de son évolution spirituelle.

Cette Tradition se veut dépositaire des antiques initiations de la vallée du Nil, perpétuées au travers de divers mouvements, parmi lesquels se retrouvent les pythagoriciens (qui détiennent l'héritage d'une Géométrie d'essence sacrée), les Hermétistes Alexandrins (dont les ouvrages de référence sont le Corpus Hermeticum et La Table d'émeraude attribués à Hermès Trismégiste), les Néo-Platoniciens, les Sabéens de Harrân, les Ismaéliens, les descendants d'Abraham, les Templiers et les Rose Croix.

Pour une Obédience spiritualiste comme celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Rituel est donc l'occasion d'une régénération spirituelle, d'une réintégration métaphysique, de la personne qui y participe et joue le rôle de catalyseur sur le sentier de l'évolution intérieure.
Mais en même temps, il reste attaché à son héritage humaniste, profondément engagé au côté des valeurs de la dignité, du droit, et de la défense de l'opprimé. C'est là sa grande force, son côté insolite, et la raison pour laquelle, peut-être, il attire autant qu'il intrigue...

LE RITE DE MISRAÏM

Il faut ici commencer à mi-chemin entre l'histoire et la légende... Peut-être par « il était une fois »...en présentant l'énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres...en tout cas acteur occulte de la Révolution Française pour l'ensemble -, et certainement un être moralement indéfinissable, tant ce Rite attire des caractères trempés dans une eau qui n'a pas grand-chose à voir avec l'eau plate.

Notre homme, très proche du Grand Maître de l'Ordre des Chevaliers de Malte Manuel Pinto de Fonseca avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques..., fonde en 1784 le « Rite de la Haute-Maçonnerie Egyptienne »... Bien que celui-ci n'ait eu que trois degrés (Apprenti, Compagnon et Maître Egyptien), le Rite de Misraïm semble lui être directement relié. On sait encore mal, aujourd'hui, où Cagliostro fut réellement initié (sans doute à Malte) et comment il bâtit son Rite : selon Gastone Ventura, il reçoit entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d'Aquino, frère du Grand Maître National de la maçonnerie napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts degrés hermétiques, venus en droite ligne des secrets d'immortalité de l'Ancienne Egypte, afin qu'il les dépose dans un Rite maçonnique d'inspiration magique, kabbalistique et divinatoire. Ce qu'il semble avoir fait en 1788, non loin de Venise, en y établissant une Loge où il opère le transfert des Arcana Arcanorum dans le Rite de Misraïm. Ce Rite, à demi-centenaire lorsque Cagliostro en fait le dépositaire du Secret des Secrets, est un écrin idéal pour le joyau qu'il reçoit, nourri de références alchimiques et occultistes, il attire alors de nombreux Adeptes. Il se réclame de plus d'une antique tradition égyptienne, le terme « Misraïm » signifiant ou « les Egyptiens » ou « Egypte » en hébreu...et possède 90 degrés... Dans l'état actuel des recherches, il apparaît surtout que les sources du Rite de Misraïm se situent dans la République de Venise et dans les Loges Franco-Italiennes du Royaume de Naples de Joachim Murat, et qu'il a subi douloureusement à la fin du siècle l'occupation autrichienne qui en interdit la pratique. Les trois frères Bédarride, dont les plus marquants, Marc et Michel, auraient été initiés dans le Rite de Misraïm en 1803, l'introduisent en France à Paris en 1814 et 1815, à l'époque où les Ordres maçonniques sont interdits en Italie. Le Rite recrute aussi bien de hautes personnalités aristocratiques, que des bonapartistes et des républicains, parfois des révolutionnaires, Carbonari, comme Pierre Joseph Briot, - membre de la société secrète républicaine des Philadelphes..., ou bien encore Charles Teste, frère cadet du baron François Teste, lieutenant de Philippe Buonarrotti, le célèbre conspirateur qui utilisa la Charbonnerie pour servir la cause de son précommunisme, et qui fut, avec Babeuf, le coauteur du Manifeste des Egaux.

Or, dès 1817, le Grand Orient, qui n'apprécie guère le système des Hauts Degrés, devient un vigoureux opposant au Rite de Misraïm. Ainsi, en 1822, alors que les affaires semblent florissantes, le Grand Orient, à cette époque monarchiste et catholique, profite de l'affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et de l'inquiétude suscitée par les Carbonari pour dénoncer aux ordres de police, l'Ordre de Misraïm comme un repaire de séditieux « anti-monarchiques et anti-religieux » prêts pour l'insurrection armée. L'essor de ce nouveau Rite plein de promesses est ainsi stoppé net.
En tant que Rite interdit, il devient tout naturellement un espace de rencontre pour tous les opposants au régime. Mais déjà il commence à péricliter. Vers 1890, les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes, se retrouvent bientôt dans une seule Loge, la fameuse Loge Arc-en-Ciel... Le Rite de Misraïm reviendra presqu'un siècle plus tard, lorsque Robert Ambelain, ancien Grand Maître ad vitam, démissionnaire du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le ravive en 1992, malgré ses engagements pris de ne jamais le ranimer. (cf les correspondances Robert Ambelain / Gérard Kloppel)

LE RITE DE MEMPHIS

Le Rite de Memphis est une variante du Rite de Misraïm, constitué par Jacques-Etienne Marconis de Nègre en 1838.

Pour autant, s'il reprend la mythologie égypto-alchimique du Rire, il la fortifie d'emprunts templiers et chevaleresques…les références à la légende d'Ormuz et à la Chevalerie de Palestine sont là-dessus très significatives…Robert Ambelain estime pour sa part, …mais l'information demande encore sa confirmation définitive…que ce Rite serait né de la fusion de divers rites ésotériques d'origine occitane, notamment le Rite Hermétique d'Avignon, le Rite Primitif de Narbonne, le Rite des Architectes Africains de Bordeaux, et un Rite Gnostique d'origine Egyptienne… Là où Misraïm est le Rite des Adeptes entre Ciel et Terre, des révolutionnaires insaisissables, et des comploteurs libertaires...selon ce qu'en disent les documents de police de l'époque Memphis durcit la ligne des références mythiques, et veut conquérir des hommes de force, à l'idéal chevaleresque.

Le Rite connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires, tant et si bien qu'en 1841, les frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint de se mettre en sommeil…

Il faudra attendre 1848 et la destitution de Louis-Philippe pour que le Rite de Memphis reprenne une vigueur toute relative, luttant pour ne pas péricliter…

Mais c'est plutôt Outre-Manche, que le Rite perdure… A partir des années 1850, des Loges anglaises, travaillant en français au Rite de Memphis, se multiplient.

Elles sont restées célèbres pour avoir été essentiellement composées d'ardents républicains ayant fui la France après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. On y retrouve Louis Blanc, Alfred Talandier, Charles Longuet le gendre de Karl Marx, et Joseph Garibaldi membre d'honneur dont nous reparlerons par la suite.

En 1871, l'écrasement de la Commune attire en Grande-Bretagne de nouveaux réfugiés… Ceux-ci contribuent à la vivification du Rite, mais toutes ces Loges s'éteignent en 1880, lorsque le nouveau gouvernement républicain déclare l'amnistie.

Parallèlement, le Rite de Memphis semble avoir connu un important développement en Egypte à partir de 1873, sous l'impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand Hièrophante...

Jusqu'à l'époque du roi Farouk, il ne cesse de se développer, en tant que continuateur des anciens Mystères Egyptiens, à telle enseigne que les frères de Memphis sont unanimement appréciés et respectés.

Le Rite de Memphis s'implante également aux Etats-Unis vers 1856-57, lors du voyage à New-York de Marconis de Nègre...

Il connaît un certain essor, notamment sous la grande maîtrise de Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France.

LE RITE DE MEMPHIS - MISRAÏM

Survient en fin décembre 1870 un événement, apparemment anodin, mais qui aura de grandes conséquences : le 28 décembre, quatre Maçons menés par Robert Wentworth Little, qui avait crée quatre ans auparavant la S.R.I.A. (Societas Rosicruciana In Anglia)...invoquent une prétendue consécration pour établir en Angleterre, auprès de Yarker, un « Suprême Conseil Général 90ème du Rite de Misraïm », Yarker associe donc au Rite de Memphis qui lui fut transmis par Seymour en 1872, le Rite de Misraïm introduit par Little puis légitimé par la Charte de Pessina en 1881... Et pour affermir cette alliance de Memphis et de Misraïm, il place à la tête du Rite la figure emblématique du chef des Camissia Rossa, Garibaldi, premier Grand Hiérophante des deux Rites en 1881, qui, trop âgé, ne put exercer ses fonctions et mourût peu après en 1882...

...La réunification de la maçonnerie de Rite Egyptien fût brève, et des dissensions successives éclatèrent quant à la succession au titre de Grand Hiérophante entre les Souverains Sanctuaires des différents pays, principalement l'Egypte… Finalement, Yarker devient le Grand Hiérophante de Memphis-Misraïm pour tous les pays d'Europe seulement, de 1903 à 1913, date de son trépas.
La fusion définitive des deux Rites ne devait réellement se faire, en fait, qu'en 1989... !

LE RITE DE MEMPHIS-MISRAÏM en France

Il nous faut maintenant parler d'une autre figure mystérieuse et étrange, agaçante pour certain, fascinante pour d'autre, et dont le profil rappellera Cagliostro : le célèbre Docteur Gérard Encausse, alias Papus. Celui qu'Anatole France pressentait pour une chaire de Magie, si d'aventure elle se faisait, laissa un profond sillage dans cette France entre deux siècles.

On suppose que Papus fut initié par des Frères dissidents de la Loge Souveraine L'Arc en Ciel avant la fin du siècle, mais on n'en a aucune preuve... En tout cas, en 1901, John Yarker lui délivre une patente, pour ouvrir son Chapitre I.N.R.I... Une Charte la transformera en « Suprême Grande Loge de France du Rite Swedenborgien » en 1906… Ce « Temple de Perfection » ne l'autorise pas cependant à initier aux trois premiers degrés… En 1906, Papus réussit à obtenir de Villarino del Villar, Grand Maître de la Grande Loge Symbolique Espagnole du Souverain Grand Conseil Ibérique, une charte du Rito National Espanol, Rite en sept degrés dérivé du Rite Italien de Memphi-Misraïm de Pessina et contesté par la Maçonnerie régulière. Celle-ci lui permet d'ouvrir une nouvelle Loge Symbolique Humanidad et d'y travailler aux trois premiers degrés du « Rite Ecossais ».Enfin, en juin 1908, Papus constitue à Paris un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite « Ancien et Primitif de la Maçonnerie », mais ce dernier n'a cependant pas le Statut de Souverain Sanctuaire et ne peut créer de Loges. Le Rite évoqué est vraisemblablement le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 97 degrés créé avec l'impulsion de John Yarker lors de la fusion des Rites de Memphis et de Misraïm entre 1881 et 1889. C'est donc par les initiatives de Papus que le Rite a pu revenir en France, par l'intermédiaire de sa Loge Mère Humanidad, pour les trois premiers degrés et de son Chapitre INRI converti au Rite Ancien et Primitif des Hauts-Degrés.

Jean Bricaud, successeur de Papus, prend en main les affaires de l'Ordre, en 1919, et cherche à faire gagner à son Obédience une respectabilité maçonnique qu'elle négligeait un peu pendant les années d'avant-guerre. Il enrichit les Rituels, avec malheureusement un mélange d'apports gnostiques, ouvre le Rite vers les profanes, fait disparaître l'efflorescence des innombrables sociétés occultes atomisées du début du siècle en ouvrant l'accès à son Ordre Martiniste, à l'Ordre de la Rose Croix Kabbalistique et Gnostique, et à l'Eglise Catholique Gnostique.

Quand Jean Bricaud s'éteint en 1934, Constant Chevillon est choisi pour lui succéder. Hélas, la menace de l'holocauste plane bientôt sur le monde. Le Rite, alors en pleine expansion subit de plein fouet la violence de la barbarie nazie. George Delaive, qui fut l'un des Grands Maîtres du Rite en Belgique, est emprisonné et bientôt assassiné par les nazis à la prison de Brandebourg, après avoir rejoint la Résistance en France. Raoul Fructus, qui avait de hautes responsabilités dans le Rite avant la guerre, meurt en déportation en février 1945.

Otto Westphal, responsable du Rite en Allemagne, est interné en camp puis torturé, Constant Chevillon, Grand Maître National du Rite après Jean Bricaud, est abattu à quelques kilomètres de Lyon au printemps 1944, par la milice de Vichy après dénonciation…
…Le Rite de Memhis-Misraïm a donc payé un lourd tribut au fléau nazi, celui de son attachement à la Liberté.

Au sortir de la guerre, c'est Henri-Charles Dupont qui prend légitimement la direction du Rite de Memphis-Misraïm pour la France. H-C Dupont nomme Pierre De Beauvais Grand Maître Général de Memphis-Misraïm, mais, comme celui-ci trop autoritaire, est mal perçu, il doit vite reprendre la Grande Maîtrise Générale par la suite. Peu avant sa mort, Henri-Charles Dupont remet le 13 août 1960 à Robert Ambelain une patente de Grand Administrateur du Rite et de successeur... Ce dernier a reçu de 1941 à 1945 tous les Hauts Degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, en plus de ceux du Rite de Memphis-Misraïm, il détient également la transmission du Suprême Conseil du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite dit Cerneau) conférée au Grand Maître Jean Bricaud, en 1920, par le Suprême Conseil des Etats-Unis.

Robert Ambelain, une fois devenu Grand Maître, va tenter de rassembler, dans une même Obédience mondiale, les Ordres se réclamant du Rite de Memphis-Misraïm. Il parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Grandes Obédiences Françaises. Il ne réussit pas néanmoins à unifier certains groupuscules de Memphis séparés, ni les Rites de Memphis-Misraïm d'Italie issus d'une filiation différente… Sous la Grande Maîtrise de Robert Ambelain, il est décidé que le siège de la Grand Maîtrise générale sera obligatoirement Paris et que le Grand Maître devra autant que possible être francophone… En outre, en 1963, les 33 premiers degrés de Memphis-Misraïm sont revus pour les conformer au « Rite Ecossais Ancien Accepté » et faciliter ainsi les contacts avec les autres Obédiences.

Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, Robert Ambelain transmet sa charge de Grand Maître ad-vitam du Rite à Gérard Kloppel, alors Grand Maître Général adjoint depuis 2 ans et responsable de la pyramide jusqu'au 32ème degré. Quelques mois plus tard, en juillet, il lui transmettra également les degrés du Rite Ecossais Primitif...en 1987, Gérard Kloppel fonde le premier Souverain Sanctuaire féminin, mais ce Souverain Sanctuaire prend son indépendance en 1990 ; une nouvelle fédération féminine, devenue par la suite Grande Loge sera recréée en 1993. Depuis 1997 est mise en place la structure mixte...

En conclusion...

Le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite de Tradition, c'est-à-dire qu'il suppose que le Rituel a une opérativité réelle pour retrouver cette Parole Perdue, qui n'est d'aucun siècle mais qui les traverse tous. Résolument spiritualiste et symbolique, il estime en outre que les Arts traditionnels, Alchimie, Kabbale, Théurgie, Gnose., sont essentiels pour quiconque veut travailler à son propre perfectionnement et à celui de la Nature et de l'Humanité toute entière...

En outre, le Rite de Memphis-Misraïm s'est toujours attaché à défendre ces valeurs fondamentales que sont : la Liberté, l'Egalité et la Fraternité... Le courage n'a jamais manqué à ces « Maçons de la Terre de Memphis », lorsqu'il s'est agi de protéger l'opprimé contre le puissant…il lui en a coûté, on l'a vu, beaucoup de martyrs… Mais c'est le prix de l'intransigeance morale.

Ce Rite a rayonné à chaque période de bouleversements sociaux ou politiques, lorsqu'il a fallu que des âmes fortes témoignent de leur attachement à l'humanisme et à la solidarité, tandis que s'étendait partout la plus sombre obscurité.

Ainsi, fidèle à ses principes et à son identité historique le Rite demeure soucieux du monde à la fois spiritualiste, traditionnel et social : il a toujours contemplé avec le même attachement et le même Amour de la Voûte étoilée et ses Frères humains, fidèle à l'éternelle parole d'Hermès Trismégiste :
« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

Car c'est là, à la croisée des Chemins, entre la contemplation des Cieux et l'engagement pour la Fraternité, les pieds ancrés dans la terre à la recherche de son être divin que se révèle et s'épanouit la Lumière du Rite de Memphis-Misraïm dans le cœur du maçon...

Source : http://www.ledifice.net

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Le Rite de Misraïm

9 Avril 2012 Publié dans #Planches

INTRODUCTION

De même que l'on attribue à l'Ordre Maçonnique en général des origines légendaires, le Rite de Misraïm n'échappe pas à cette règle. Il tient en plus dans la grande famille maçonnique une place particulière due en grande partie à une échelle d'instruction qui comporte 90 Degrés.
Marc BEDARRIDE, l'un des trois frères propagandistes du Rite en France, va même jusqu'à dire dans son ouvrage -l'Ordre Maçonnique de Misraïm- publié en 1848, que, la Maçonnerie est aussi ancienne que le monde. Ce qui, néanmoins, en réfléchissant bien à notre engagement, est intrinsèquement loin d'être absurde. Pour cela, il s'en réfère à l'Ancien Testament. Selon lui, c'est Adam lui-même qui aurait créé avec ses enfants la Première Loge de l'humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l'établit en Egypte, sous le nom de Mitzraïm, c'est-à-dire des Egyptiens (je reviendrai un peu plus loin sur l'étymologie de Misraïm). C'est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l'ésotérisme.

Et toujours selon Marc BEDARRIDE, et ses frères, le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue est leur propre père, Gad BEDARRIDE, maçon initié en 1771 à Avignon, qui aurait reçu en 1782 la visite d'un mystérieux Initiateur égyptien à Cavaillon et dont on ne connaît que le nom mystique : « Le Sage ANANIAH ». Cet envoyé l'ouvrit à la Maçonnerie Egyptienne et lui conféra toute une série de « hauts grades ». Signalons que ceci n'est pas la première allusion historique au passage d'un Supérieur Inconnu de la Maçonnerie Egyptienne. Le Frère VERNHES dans son plaidoyer pour le Rite de Misraïm, paru en 1822, signalait déjà le passage du missionnaire ANANIAH dans le midi de la France en 1782. Soulignons que si la version « BEDARRIDE » en ce qui concerne les origines de la Maçonnerie Egyptienne est pure fantaisie, l'Egypte est, dans l'histoire des traditions ésotériques, un courant original, totalement distinct du courant judaïque comme du courant judéo-chrétien et l'on comprend que chaque auteur maçonnique essaie de se rattacher à une source aussi antique que possible. Il faut se souvenir que l'Egypte est connue depuis l'époque des Croisades et que l'intérêt pour la tradition égyptienne et ses « Mystères » ne s'est pratiquement depuis jamais démenti. L'Académie platonicienne de Florence, traitant doctement de l'Egypte et des Egyptiens fut fondée en 1450. Traduit pour la première fois du grec en latin en 1471 par Marsile Ficin, le Corpus Herméticum, ensemble de textes attribués à Hermès, et dont le plus célèbre est connu sous le titre de la «Table d'Emeraude », prétend révéler l'antique sagesse égyptienne. Ces textes assurèrent la floraison des sciences dites depuis hermétiques (d'Hermès), telles que : la Magie, l'Alchimie et l'Astrologie.

Puis on s'intéressa de plus en plus aux hiéroglyphes. Il est maintenant trop souvent oublié que dès 1650, l'abbé Athanase KIRCHER proposa une explication des inscriptions trouvées sur les principaux obélisques rapportés d'Egypte. Son grand travail est regroupé dans les 4 volumes d'Oedipus Aegyptiacus. Mais ses traductions vont par la suite se révéler inexactes. Mais tout cela relève de l'époque Egypto-grecque, à peine antérieure à notre Ere et il faut attendre BONAPARTE, la campagne d'Egypte et donc la découverte de la pierre de Rosette qui permit à CHAMPOLLION les Travaux que l'on sait.(A tout hasard, permettez-moi de rappeler que la pierre de Rosette, du nom du lieu ou elle fut trouvée par le capitaine Bouchard, comporte un décret écrit en trois langues : en hiéroglyphes, en égyptien démotique, c'est-à-dire en écriture cursive et en grec. C'est en rapprochant ces trois textes que Champollion, linguiste et expert es-langues orientales (plus communément appelées de nos jours langues mortes), déchiffre et traduit le sens des hiéroglyphes, ouvrant de la sorte l'étude scientifique de l'Egypte dite pharaonique.)
Par ailleurs, l'Antiquité, il faut le dire est très liée à la Franc-Maçonnerie spéculative du XVIIIème siècle, et c'en est une des composantes du discours maçonnique (au même titre que la Chevalerie ou le plaisir de l'Amitié). Point je crois, n'est besoin de vous rappeler, entr'autres et surtout, « La Flûte Enchantée » de notre Frère MOZART, Opéra évoquant les Anciens Mystères Initiatiques Egyptiens.

A la fin de ce siècle donc, on voit apparaître une nouvelle science des religions avec des auteurs tels que COURT de GIBELIN, CHARLES-FRANCOIS DUPUIS ou ALEXANDRE LENOIR qui à travers de vastes encyclopédies démontrent que l'origine de toutes les religions se trouve en Egypte. Ces ouvrages, écrits par des Maçons, eurent un très grand succès à l'époque.
Cette mode égyptienne se trouva exacerbée à la Révolution quand il y eut plusieurs tentatives pour créer une nouvelle religion « laïque » universelle en se basant sur les mythes égyptiens. Elle fut ensuite couronnée par la campagne d'Egypte de BONAPARTE. Campagne qui rétablit un lien charnel direct avec la terre égyptienne. Mais la campagne d'Egypte eut une autre conséquence. L'enthousiasme, cette fois général, pour l'Egypte amena de nombreuses Loges Maçonniques du continent à modifier le cadre mondain dans lequel les Maçons anglais organisaient rituels et travaux de table. La Maçonnerie introduite par les britanniques qui se réunissaient non dans des Temples mais dans des restaurants se bornait à réciter les Rituels par cour en les ouvrant et les fermant par des cantiques. D'importants Travaux de bouche suivaient.

La campagne d'Egypte favorisa un mouvement déjà présent sur le continent dont l'ambition était la pratique de Rites efficaces, par des Initiés assemblés dans un local rappelant les Temples antiques. L'Initié commença a y être considéré comme une pierre vivante dont la taille s'effectuait au fil des Travaux dans une ambiance d'étude et d'affection mutuelle. Sur un plan Maçonnique, en cette fin de XVIIIème siècle, existent en France certains petits Rites Egyptiens aujourd'hui disparus.
Citons :
Le Rite des Architectes Africains crée en Allemagne et qui eu une ramification à Bordeaux ;
Le Rite Egyptien de CAGLIOSTRO ;
Le Rite Sacré des Sophisiens ;
Les Parfaits Initiés d'Egypte ;
La Souveraine Pyramide des Amis du Désert de Toulouse.

De véritables fables maçonniques couraient sur l'Egypte. Ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable.
Déjà au XVIIème siècle, circulait un traité secret d'Initiation Egyptienne qui contenait des allusions transparentes au Grand'Oeuvre. Ce même traité vers 1760 fut connu dans les milieux maçonniques allemands sous le nom de CRATA REPOA où il était considéré comme une véritable initiation égyptienne. Traduit et publié en France en 1821, par le F\ Antoine BAILLEUL, ce traité décrit cette Initiation antique donnée dans la Grande Pyramide. Elle est fidèlement reproduite par une réception symbolique à 7 degrés successifs, et l'on peut au gré de sa lecture retrouver tout un cheminement assez familier. Néanmoins, cette mode des « Initiations à l'Egyptienne » qui avait d'ailleurs conquis Paris, devait provoquer l'inquiétude, puis ultérieurement la réaction sévère des autorités maçonniques de l'époque. Autorités maçonniques cantonnées au Grand Orient. Ce qui en partie explique l'ostracisme dont fut au cours de la première moitié XIXème siècle victime notre Rite de Misraïm, auquel j'arrive maintenant.

GENÈSE DU RIT

Après cette brève introduction, venons-en à l'histoire de ce Rit de Misraïm qui passe bien souvent pour un Rit hybride et mystérieux, qui a été discrédité maintes fois dans le passé et qui pourtant a respecté et respecte toujours par dessus tout les principes traditionnels de la Franc-Maçonnerie et qui a toujours maintenu sa spécificité.

Maintenant que nous venons de quitter le XVIIIème siècle, portons-nous naturellement au début du XIXème, ce qui ne nous ramène que deux cents ans en arrière par rapport à aujourd'hui, interrogeons des contemporains et demandons leur ce qu'ils savent du Rit de Misraïm au moment ou celui-ci est en passe de « territorialiser » la France. Je dis bien territorialiser et vous verrez un peu plus loin que qu'en raison de son implantation de l'époque le terme n'est pas trop fort.

LEVESQUE, qui rédigea en 1821, un « Aperçu Général Historique » des courants maçonniques de son temps parle en ces termes :
« Il y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite de Misraïm est venu s'établir à Paris. Il venait d'Italie et jouissait de quelque considération dans les Iles Ioniennes et sur les bords du Golfe Adriatique. Il a pris naissance en Egypte ». Voyons ce qu'en dit le Frère THORY qui dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » et notamment dans sa « Nomenclature des Principaux Rites » précise : « Cette Institution (Misraïm) qui ne date en France que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les Iles Ioniennes. Il existe plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans les Pouilles ».Laissons maintenant la parole à l'historien maçonnique CLAVEL (par ailleurs membre, comme l'était son père, de Misraïm) qui écrit dans son « Histoire Pittoresque de la Maçonnerie », parue en 1843, ce qui, en l'état de mes connaissances, me parait être une des « sources sures » de notre Rite : « Les degrés d'instruction de Misraïm étaient empruntés de l'Ecossisme, du Martinisme, de la Maçonnerie Hermétique et des différentes réformes autrefois en vigueur en Allemagne et en France, et dont les cahiers ne se trouvaient plus que dans les archives de quelques curieux. C'est en 1805 que plusieurs Frères, n'ayant pu être admis dans la composition du Suprême Conseil Ecossais qui s'était fondé en cette année à Milan, imaginèrent le Régime misraïmite. Un Frère LECHANGEUR fut chargé d'en recueillir les éléments, de les classer, de les coordonner et de rédiger un projet de Statuts Généraux. Au début, les postulants ne pouvaient arriver qu'au 87ème Degré. Les trois autres Degrés qui complétaient le système, étaient réservés à des Supérieurs Inconnus et les noms même de ces Degrés étaient cachés aux Frères des Degrés inférieurs. C'est avec cette organisation que le Rite de Misraïm se répandit dans le Royaume d'Italie et le Royaume de Naples. Il fut adopté notamment par un Chapitre de Rose+Croix appelé « La Concorde » qui avait son siège dans les Abbruzes. Au bas d'un diplôme délivré en 1811 par ce Chapitre au Frère B. CLAVEL (il semble qu'il s'agisse du père de l'auteur), commissaire des guerres, figure la signature d'un des chefs actuels du Rite, le Frère Marc BEDARRIDE qui n'avait alors que le 77ème Degré.
Les Frères JOLY et BEDARRIDE apportèrent en France le Misraïmisme en l'année 1814. Il fut propagé postérieurement en Belgique, en Irlande et en Suisse. »

J'ai tiré cet extrait d'une conférence donnée en 1986 par Gérard GALTIER sur les origines du Rite de Misraïm à la R\ L\ de Recherche CONSTANT CHEVILLON de l'Ordre de Memphis Misraïm. Depuis le Frère GALTIER a reçu l'Initiation et a publié en 1989 « Maçonnerie Egyptienne, Rose-Croix et Néo-Chevalerie », ouvrage dont une partie fait aujourd'hui référence pour la connaissance des Rites de Misraïm et de Memphis. Une autre source, fait revenir un peu en arrière de cet exposé. En effet, lorsque je disais en introduction que la version de Marc BEDARRIDE, faisant remonter l'origine de la Maçonnerie et du Rit à ADAM, paraissait fantaisiste, voire farfelue, c'était le cas jusqu'à la filiation de Gad BEDARRIDE, son père. Il semble que celui-ci ait bien été un des précurseurs du Rit. Déjà Maçon de haute recherche il fut initié aux Secrets Egyptiens par le Savant Patriarche ANANIAH, Grand Conservateur Egyptien et grand voyageur lors de son passage à Cavaillon en 1782. Il transmit à ses trois «louveteaux », ses fils Marc, Michel, et Joseph, avec une partie de ses connaissances, le goût de la recherche ésotérique.

Les BEDARRIDE étaient de religion juive. Hors à l'époque, avant la Révolution, et avant qu'elle ne soit rattachée à la France, Cavaillon était l'une des quatre villes du Comtat Venaissin ou les Juifs avaient droit de résidence.
Les études de Kabbale étaient donc à l'honneur dans les communautés juives du Comtat et les Rites Maçonniques Hermétistes y étaient florissants, notamment le Rite des Elus Cohen de MARTINEZ de PASQUALLY, auquel me semble avoir été initié Gad BEDARRIDE ? le Rite des Illuminés de PERNETY ? et le Rite Ecossais Philosophique.

Une troisième source, fait apparaître le Rit pour la première fois à Venise en 1788, ou un groupe de Maçons Sociniens (secte protestante, antitrinitaire) demanda une patente de constitution à CAGLIOSTRO, lors de son séjour dans cette cité (On peut donc aisément supposer que le Frère TASSONI, dont je vais parler ensuite, fut le dépositaire de cette Loge Esotérique vénitienne).
Toutefois, les Membres de ce groupe ne voulant pas pratiquer la rituélie magico-cabalistique de CAGLIOSTRO, choisirent de travailler aux premiers Degrés du Rite Templier. CAGLIOSTRO, leur donna donc seulement la Lumière maçonnique. Il tenait les trois premiers Degrés de la Maçonnerie anglaise, et les Degrés supérieurs de la Maçonnerie allemande, très marquée de la tradition templière. Il est souvent dit que le nom de Misraîm est le pluriel d’égyptien. C'est plutôt celui d'Egypte, dans le sens des deux pays, des deux royaumes, symbolisé sur la coiffure de pharaon par le cobra, l'uraeus, pour le Nord royaume rouge de Bouto, et par le vautour pour le Sud royaume blanc d'El Kab).

A l'époque le nom de Misraïm est la seule référence égyptienne de ce Rit, hormis dans les « hauts grades » (comme était l'appellation de l'époque, toute empreinte de militarisme et comme malheureusement certains nomment encore de nos jours, avec une certaine emphase, ce qui est tout simplement pour ceux qui en ont le désir, le cheminement vers les Degrés de perfectionnement. Tout du moins est-ce ainsi que je le perçois). Il essaima rapidement à Milan, Gênes, Naples, et apparut en France avec un des frères BEDARRIDE (Marc ou Michel ?), qui avait reçu les pouvoirs magistraux en 1810, soit à Naples, du Frère De LASSALLE ou soit à Milan du Frère CERBES (mes lectures et recherches actuelles ne me permettent pas de pencher pour l'un ou pour l'autre).

Arguant de ces trois sources, l'on peut recréer avec assez de certitude et nominativement la naissance du Rit :
Tout d'abord le Frère TASSONI, (italien) qui aurait entretenu à Venise un petit Rit de Misraïm constitué depuis 1750 et structuré en 10 ou 20 Degrés.
Puis le Frère LECHANGEUR, (français résidant en Italie) initiateur du Rit de Misraïm en 70 Degrés avec l'apport, entr'autres, de Degrés du « Style Ecossais », et ami de TASSONI.
Ensuite De LASALLE, (français) Grand Maître de Misraïm pour le Royaume de Naples. Membre de vieux Rits Napolitains et apportant au Rit des Degrés Napolitains, y compris est-il évoqué par le Frère GALTIER, les « Arcana Arcanorum » du 87ème au 90ème Degré.
Enfin CERBES, (français) Grand Maître de Misraïm pour Milan (capitale alors de l'Etat Cisalpin), détenant ses pouvoirs du Frère LECHANGEUR. C'est lui qui aurait donné Patente à Michel BEDARRIDE, ce qui permit ensuite la constitution de la Grande Loge de Misraïm en France.

Comme on le voit, l'origine du Rit est indubitablement latine. Ecoutons notre Frère GALTIER dans son explication sur la genèse de Misraïm. Il faut réaliser qu'il y a en Italie toute une tradition hermétiste assez ancienne et cela reste ignoré en France. C'est une tradition que l'on peut appeler néo-platonicienne et pythagoricienne. L'Italie n'est pas très éloignée de la Grèce (et eu même des Colonies grecques très importantes) et cette tradition ancienne s'est largement mêlée au XVIIIème siècle à la Franc Maçonnerie italienne.

D'autre part il y eu dès cette époque des Loges d'Esprit Libéral et des Loges d'Esprit Esotérique. Or en Italie, les Loges d'Esprit Esotérique existèrent essentiellement à Venise et à Naples, qui sont on l'a vu deux villes importantes pour le Rit de Misraïm.
Ce qui est intéressant de voir, c'est que ces Loges Vénitiennes et Napolitaines s'affilièrent à tous les grands systèmes occultistes et templiers de l’époque, que ce soit la Stricte Observance Templière ou le Rite Ecossais Rectifié de Lyon, le Rite de la Loge Mère Ecossaise de Marseille ou le Rite Ecossais Philosophique d'Avignon.
Ce qui fait qu'à la veille de la Révolution française, ces quelques Loges étaient devenues le dépôt de toute une série de systèmes de Degrés.
On le voit donc, le Rit de Misraïm est en partie issu de la synthèse de ces systèmes qui s'était opérée dans ces Loges de Venise et de Naples.

Sur un plan historico-géographique, je rappelle rapidement que nous sommes en fin XVIIIème/début XIXème et que l'Italie est constituée d'Etats indépendants et que son unité n'interviendra que près d'un siècle plus tard. La spécificité donc à l'époque, et strictement conservée depuis, du Rite de Misraïm, avant que de se dire égyptien, réside dans ses 90 Degrés, divisés en dix sept Classes et quatre Séries.
1er au 33ème Degré -1ère à 6ème Classe, 1ère Série symboliste
34ème à 66ème Degré -7ème à 10ème Classe, 2ème Série philosophique
67ème à 77ème Degré -11ème à 14ème Classe, 3ème Série mystique
78ème au 90ème Degré -15ème à 17ème Classe, 4ème Série ésotérique ou hermétique (et notamment du 87ème au 90ème les Arcana Arcanorum du Régime de Naples).

Voyons maintenant le développement du Rit en France au XIXème siècle.

MISRAIM en FRANCE au XIXème siècle.

Les dates d'apparition, puis d'implantation du Rit en France divergent légèrement d'un auteur à l'autre.
Ce qui est certain, c'est que dès 1803 Michel ; Marc et Joseph BEDARRIDE créent plusieurs ateliers symboliques et en particulier le Conseil des Chevaliers Grands Kadosch (65° Degré). Dois-je en déduire que leur élévation ne leur permettait pas alors d'aller au-dessus ? Puis de 1810 à 1813, les trois frères BEDARRIDE, développent le Rite avec succès, et quasiment sous la protection du Rite Ecossais. En effet, il compte des noms maçonniques illustres à sa tête : le compte MURAIRE, Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien Accepté, le duc DECAZES, le duc de SAXE-WEIMAR, le duc de LECEISTER, le Lieutenant Général baron TESTE, etc...

En 1813, nous trouvons la G\ L\ de l'Arc en Ciel, Orient de Paris, professer le Rite de Misraïm. Son Gd\ M\ est l'Ill\ F\HAYERE. Le nombre des Ateliers est de 3 (Buisson Ardent et Pyramides).

Je rappelle que toujours de nos jours trois LL\ peuvent créer une G\ L\. Et le 12 février 1814, le comte MURAIRE et un certain nombre de GG\ Dignitaires tous 33° Degré du R\E\A\A\ pour la France, se réunirent chez Marc BEDARRIDE, logé alors à l'Hôtel des Indes, rue du Mail, pour créer le Suprême Grand Conseil Général du 90° Degré du Rit de Misraïm. Mais ce n'est que le 9 avril 1815 qu'il fut décidé officiellement qu'à dater de ce jour, le Suprême Grand Conseil Général des Sages, Grands Maîtres ad-vitam, 90° Degré est établi et constitué à la Vallée de Paris pour régir l'Ordre Maçonnique de Misraïm en France.

Laissant libre cours à mon imagination vagabonde, je me met à penser que le Rit arrive en France sous le Consulat, s'implante sous l'Empire et se constitue sous les Cent jours. Comme nous allons le voir : pas très royaliste tout çà ! Rapidement le Rite connaît un grand succès, et en 1822 il groupe des Loges et Conseils dans 24 villes françaises, 22 à Paris dont notre R\ L\ Mère Arc en Ciel, 6 à Lyon, 6 à Metz, 5 à Toulouse, 3 à Bordeaux,1 à Lille, St-Omer, Marseille, Rouen, Strasbourg, Clermond-Ferrand, Nancy, Besançon, Montpellier, Carcassonne, Montauban, Moissac, Roanne, Tarare, Nantes, Sedan, Nîmes, ainsi qu'en Angleterre, Suisse et Belgique. J'ai concernant Lille un compte-rendu des Travaux (extrait du Livre d'Or de Misraïm) en date du 29ème jour du 2ème mois 5826, correspondant au 29 avril 1822 disant que : « Le Représentant de la R\L\, sous le titre distinctif d'Osiris, Vallée de Lille a réclamé de la Puissance Souveraine pour qu'elle soit portée régulièrement sur le Grand Livre d'Or. La proposition a été unanimement adoptée. »
Ceci expliquant cela, voilà pourquoi j'ai voulu que lors de notre installation en Loge Juste et Parfaite, soit accolé à notre nom de Kemet celui d'Osiris, formant de la sorte un pont avec nos Frères de cette époque. J'en profite au passage pour vous donner la signification de Kemet.

En opposition à « Desret » qui a donné naissance à désert, terres rouges arides, Kemet, ou Kemit s'agit des terres noires alluvionnaires déposées lors des crues du Nil. Et comme ces crues irriguaient le delta, il ne m'a fallu franchir qu'un pas pour traduire Kemet en « terre fertile du Nord ». Ce qui me paraissait être de bon augure en souhaitant notre réimplantation septentrionale.

Revenons au sujet.
Quant à la composition de ces Loges et Conseils le recrutement en est assez composite. On y trouve on l'a vu de hautes personnalités, généralement dignitaires du Rite Ecossais, puis des amateurs de doctrines ésotériques ou de « hauts-grades » attirés par la « hiérarchie » des 90 Degrés et par l'origine supposée égyptienne du Rit et enfin des Bonapartistes et des Républicains parfois Carbonari, à la recherche d'une couverture.

On s'en doute cela ne plaît pas beaucoup au Grand Orient de France qui tient à contrôler l'ensemble de la Maçonnerie française, qui est hostile au système des « hauts grades » et à la recherche ésotérique et qui ne tient pas à ce que le gouvernement de LOUIS XVIII interdise la Maçonnerie en tant que mouvement politique adversaire de la Monarchie. Aussi, dès le début, le Grand Orient manifeste une très forte opposition au Rit de Misraïm. Dès 1817, le Maréchal de BURNONVILLE, Grand Maître du Grand Orient fait interdire tout contact de ses Membres,
sous peine d'exclusion, avec ceux de Misraïm.

Par ailleurs, et ce qui est tout à fait tristement banal de nos jours, des dissensions éclatent au sein du Rit (le Frère JOLY initié à Misraïm en Italie, revendiquant la Grande Maîtrise du Rit en France, il fut d'ailleurs soutenu par Jean-Marie RAGON). Egalement certains Frères reprochant aux BADARRIDE d'utiliser Misraïm comme étant leur propriété personnelle. Mais les ennuis principaux viennent surtout du Gouvernement.
C'est en effet l'époque ou les Carbonari se développent dans toute l'Europe Méridionale et en France.

Je vous rappelle en deux mots ce qu'était le mouvement des Charbonniers. Il s'agissait d'une société politique secrète, formée en Italie (comme c'est étrange !), qui avait pour but le triomphe des idées libérales. Dans cette société se retrouvaient de nombreux étudiants et membres de professions libérales, formant l'élément le plus actif au niveau de l'organisation et de la propagande. La Charbonnerie, voulait renverser la monarchie, appeler une assemblée constituante, obtenir des garanties de liberté et des élections libres, exiger le vote annuel des contributions, l'indépendance de la justice, et bien sûr, instituer la liberté de la presse et des cultes.

Après des dénonciations, et le rapport Duplay (Simon Duplay était fonctionnaire de police, et je n'ai pas cherché quel était son niveau dans la hiérarchie) classant le Rit parmi les sociétés secrètes constitutives de la Charbonnerie, l'on accuse Misraïm d'être l'une des principales couvertures utilisées par les Carbonari, et, en 1823 à peu près au moment du complot des 4 Sergents de la Rochelle et de leur condamnation, l'Ordre est interdit en France. Le fait qu'il est clairement supposé que chacun des Frères Bedarride ait été Carbonaro, explique la remarque de Pierre Mariel, à savoir que : « L'extravagance des origines du Rit, fait de Misraïm la plus troublante énigme de la Maçonnerie française car, comme le suggère Gaston Martin. » Il est permis de se demander si ce tissu d'absurdités n'était pas une plaisanterie destinée à masquer un but fort différent. En fait le Rit de Misraïm se recrutait parmi les Maçons les plus en vue...il semble que nous soyons en présence d'une Maçonnerie à fins secrètes et sans doute politique (certainement bonapartiste). Je me plais à croire que rien de cela ne va à l'encontre de cette éthique maçonnique qui m'est si chère, surtout dans le contexte bouillonnant de l'époque.
Donc, violemment anticlérical, mais cependant foncièrement déiste et spiritualiste, antiroyaliste et plutôt bonapartiste, la police de la Restauration n’a pas grand mal a obtenir la dissolution du Rit. Clandestin pendant une quinzaine d'années, il est restauré en 1838. Cette année voit la création par Jacques Etienne MARCONIS de NEGRE du Rite de Memphis.

En avançant sur la pointe des pieds, mes lectures et documents m'autorisent à penser qu'il s'agit d'une scission d'avec Misraïm, MARCONIS de NEGRE ayant été deux fois membre de Misraïm. Une première fois à Paris en 1833 et une seconde fois en tant que Vénérable de la Loge « la Bienveillance » à Lyon de 1835 à 1838. Selon notre défunt Frère Albert COOLS, son père Gabriel Mathieu ayant été lui-même Grand Hiérophante de Misraïm en 1816 et par ailleurs fondateur de la Loge des « Disciples de Memphis » de Montauban. Après la mort de Marc BEDARRIDE en 1846 et de Michel BEDARRIDE en 1856, leur succéda le Frère HAYERE qui communiqua un nouvel essor au Rite de Misraïm et sut lui rendre un caractère nettement initiatique. Caractère initiatique que le Rite n'avait pas ou peu. En effet, lors des Travaux consignés dans le Grand Livre d'Or dont j'ai fait mention ci avant, il est souvent fait rappel aux Frères élevés ou reçus à un Degré supérieur d'avoir à s'affilier à une Loge du Rite. En 1862, le Maréchal MAGNAN, Grand Maître du Grand Orient de France, d'accord avec son Conseil de l'Ordre, adresse à toutes les Obédiences, une circulaire en vue de l'unité Maçonnique en France. Le Frère HAYERE, Supérieur Grand Conservateur et Grand Maître du Rite de Misraïm qui a reçu la demande d'union, lui répond : « Le Rite de Misraïm tient trop à son indépendance, pour reconnaître vos pouvoirs et subir votre domination. Si l'Empereur croit devoir nous supprimer, qu'il le fasse, mais nous ne nous soumettrons jamais. »

Bien sur cette parfaite et fière réponse ne facilita pas les rapports avec le Grand Orient, et dans l'art de s'en faire un ami, on peut faire mieux ! (Il est à noter que Memphis souscrivit à la demande, et que depuis cette époque les liens se sont maintenus entre les deux Ordres, même si c'est Memphis Misraïm qui l'a repris à son compte).
Ces temps-ci, selon certains propos dont je ne suis pas très sûr, les rapports ne seraient plus tout à fait les mêmes, le Grand Orient s'étant inquiété de l'orientation prise par Memphis-Misraïm (éclaté en trois courants (Gérard KLOPPEL, Georges VIEILLEDENT et Marcel LAPERRUQUE), alors que notre Rite serait « toléré ». (C'est beau la tolérance maçonnique !). Quelle chance nous avons !

Après la mort du Frère HAYERE en 1876, lui succéda le Frère GIRAULT jusqu'en 1884, puis le Frère OSSELIN père. Ce dernier très lié avec le Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien et Accepté Louis PROAL, su faire reconnaître, pratiquement pour la première fois, sur un pied d'égalité le Rite de Misraïm. Et le 04 août 1889 lorsque le Rite célèbre sa fête d'Ordre, c'est en présence des Frères PROAL et OPPORTUN (le bien nommé), membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient. En cette même année, le Rite compte 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. Ceci sous la juridiction française, sans compter la juridiction italienne qui était indépendante à cette époque. Mais en 1890, un nouveau conflit éclate entre une minorité de Spiritualistes et une majorité de Laïcisants qui conduits par le Grand Secrétaire Henri CHAILLOUX se rallièrent au Grand Orient. Le Frère CHAILLOUX avait en effet annoncé dans un discours : « Si on peut lire dans notre déclaration de principe, imprimée en 1885 : Base fondamentale et immuable, l'existence de l'être suprême, l'immortalité de l'âme et l'amour du prochain; aujourd'hui on peut lire dans notre Constitution réformée : Autonomie de la personne humaine, justice et altruisme ».

Une telle prise de position à l'encontre totale des Statuts et des Principes du Rite en excluait ipso-facto son auteur. Néanmoins le rite de Misraïm perdura dirigé par le Grand Président Osselin et avec une seule Loge, Arc en Ciel (Loge Mère du Rite) et ce jusqu'en début de ce siècle. En étaient membres des ésotéristes de haute valeur, et c'est sous son patronage à cette époque que parut la « Bibliothèque Rosicrucienne » qui rééditait un certain nombre de grands classiques de l'occulte.

C'est aussi à cette époque que certains Martinistes en furent membres. En particulier SEDIR et Marc HAVEN. PAPUS (Dr Gérard ENCAUSSE) y sollicita par deux fois son admission en 1896 et en 1897. Admission qui lui fut chaque fois refusée. Ses convictions martinistes (de Louis-Claude de SAINT-MARTIN le Philosophe Inconnu) venant en opposition de celles martinésistes (de MARTINES DE PASQUALY) du Vénérable Abel HAATAN. SEDIR, Marc HAVEN et quelques autres Martinistes quittèrent alors le Rite et allèrent rejoindre Memphis-Misraïm (dont PAPUS devint Grand Maître en 1908).

MISRAIM en FRANCE au XXème siècle

Quelques mots sur la création de Memphis Misraïm vous serviront à mieux comprendre l'existence actuelle de Misraïm. En 1881 il y avait eu une alliance entre les Souverains Sanctuaires de Memphis des Etats-Unis, de Grande Bretagne et de Roumanie et le Souverain Sanctuaire de Misraïm de Naples dirigé par Jean-Baptiste PESSINA. C'est le Général Joseph GARIBALDI qui fut nommé Grand Hiérophante de l'ensemble. Ce qui dura peu, car il mourut en 1882. C'est de cette union que datent d'abord la réunion de Memphis et de Misraïm, puis la création du Rite de Memphis-Misraïm. Or la branche française du Rite de Misraïm ne participa pas à cette opération et conserva son indépendance. Le fait que Misraïm se soit mis en sommeil dès le début de notre siècle fit tomber cela dans l'oubli et l'on prit l'habitude de considérer que seul existait Memphis-Misraïm. Notre réveil actuel est dû à feu notre T\ Ill\ F\ Robert AMBELAIN Grand Conservateur des Rites Unis de Misraïm et de Memphis et dont il a transmis Patentes en 1994 à Jean-Marc FONT, actuel Sérénissime Grand Maître Général et Passé Maître Immédiat de la Loge Arc en Ciel de Paris. Il est toutefois à noter qu'il exista entre 1973 et 1978 une Loge « Les Sergents de la Rochelle » travaillant au Rite de Misraïm au sein de l'Obédience de Memphis-Misraïm, et dont le premier Président fut Robert AMBELAIN.

Misraïm continuant à cultiver le paradoxe, nous sommes fiers d'être à la fois Membres d'un des Rits les plus anciens et à ce titre porteurs d'un vieil et riche héritage et de l'Obédience sans doute la plus jeune. Le Présent ne peut envisager l'Avenir sans les enseignements du Passé. C'est ce Passé qui nous intéresse afin d'éviter que notre Avenir puisse cesser de n'en être que la répétition des erreurs. Notre Rite, issu de notre Rit, doit poursuivre sa volonté Initiatique et tous, Membres de cette noble Institution, nous devons nous engageons à respecter le credo de cette Maçonnerie belle et simple faite de Fraternelle Tolérance non sélective et de Compréhensive et Studieuse Recherche. Toutefois toute la spécificité de Misraïm, outre l'égyptianisation dont nos rituels des trois premiers Degrés sont empreints de nos jours, existe toujours par ses « Hauts Grades » succédant aux Degrés de Perfection du 4° au 33°, mais point ne sont l'Heure et l'Age d'en parler ici.

Comme disait notre Frère Rudyard Kipling « Ceci est une autre histoire ». Si vous le voulez bien, je vais maintenant vous parler quelques instants des spécificités propres à notre Rituel. Toutefois je serai très bref car ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire : Un Rituel ne se raconte pas; il se vit. Donc pour nos FF\ non « Misraïmites » : bien venue ultérieurement sur nos CCol\.

J'ai dit

J\L\ R\

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Je suis le plus vieil initié

9 Avril 2012 , Rédigé par PVI N° 70 Publié dans #Planches

«Je suis le plus vieil Initié». Ne vous en étonnez pas et ne me considérez point en menteur, «je suis bien réellement le plus vieil Initié», et il m'a fallu creuser ma mémoire la plus reculée pour me rappeler ma première initiation ; il n'est pas certain que mon souvenir soit exact, mais je crois bien que c'est sur les bords du Nil, peu avant la grande crue, sous le règne du pharaon Kephren, il y a 4600 années, que je fus admis au premier degré des mystères de la déesse Isis et instruit de la légende d'Isis et d'Osi­ris. Je dis «Admis», car l'initiation véritable commençait au sein du sanc­tuaire, avec le deuxième degré. Là, je fus conduit tout d'abord à connaî­tre et pratiquer les principes d'une morale très pure et très austère, et éprouvé par de longues et périlleuses épreuves.

Dans une deuxième période, on me fit entrer dans l'étude de l'astronomie et de la théogonie, ce qui signifie l'étude des Dieux.

Enfin, dans une troisième période, on m'apprit à faire une juste applica­tion de l'astronomie pour bien concevoir le système de formation de l'Univers.

J'avais alors pour compagnons, dans notre initiation aux mystères de l'Egypte des philosophes, des hommes éclairés gouvernant l'Egypte, des membres de la famille royale, et pourquoi ne pas le dire : le Roi lui-même.

Et puis, par le tumulte de l'histoire, le mouvement des peuples et la mar­che des civilisations, je me retrouvais à Athènes, en 850 avant Jésus- Christ, dans une condition bien moins honorable que celle qui était la mienne quelques siècles auparavant car j'étais devenu esclave, attaché au service d'une riche famille. Je fus alors convié un soir à un curieux rendez-vous par lequel je fus reçu et initié aux Mystères d'Eleusis, petite cité près d'Athènes. Quels prodiges que ces mystères d'Eleusis où moi esclave, je fus reçu en même temps et avec même considération que bien des nobles d'Athènes. Les mystères d'Eleusis étaient d'ailleurs fortement inspirés des mystères égyptiens. Ils comportaient également une partie publique et une partie proprement ésotérique, elle aussi scientifique, réservée aux Initiés. Je revenais de nos assemblées enrichi de visions, empli d'émotions et d'une grande espérance, me rappelant alors à ces ins­tants l'hymne d'Homère à Démeter :

«Heureux celui qui a eu les visions des mystères, il recevra la richesse dans sa demeure ; celui qui n'a point participé aux saints Rites n'aura pas une destinée égale, même mort, et descendra vers les ténèbres moisies».

Par quel étrange voyage me suis-je retrouvé plusieurs siècles après, quel­ques années avant le début de l'ère. chrétienne, dans la vallée d'Enggadi, en Israël, au sein de la secte juive des Esséniens.

Là, nous vivions comme des Frères, nous faisions profession d'une grande piété envers l'Etre Suprême, et n'accordions pas indifféremment l'entrée de notre société. Les candidats étaient éprouvés, un an au dehors de la maison et deux au dedans.

Avant d'être admis, il était promis de servir Dieu, d'aimer les hommes, de fuir les pervers, de protéger les gens de bien, de garder la foi envers tout le Monde. Nous avions par ailleurs juré de ne rien révéler à Autrui des secrets de l'association. Nous n'offrions point de sacrifices sanglants au Temple de Jérusalem, nous nous exprimions par symboles, allégories et paraboles. Connaissant les minéraux et les plantes médicinales, on nous apportait des malades dont nous prenions soin gratuitement ; nous avions la liberté de secourir de nous-mêmes notre prochain ; nous n'avions pas d'esclaves, considérant l'esclavage comme injurieux à la nature humaine et j'étais bien placé pour m'en souvenir.

Tels nous étions, membres dé cette corporation remarquable, éclairés au milieu d'un peuple ignorant, bienfaisant au milieu d'un pays avare, tolé­rant au milieu d'un peuple fanatique. Nous présentions le spectacle d'une classe d'hommes doués de toutes supériorités morales. On dit que nous avons reçu en dépôt la révélation des mystères cachés dans les écritures saintes. Ces «mystères merveilleux et véridiques» ont été communiqués à celui qui était appelé «Le Maître de Justice», qui, à son tour les avait transmis aux membres de la secte. Nous étions à la fois des initiés et des élus, puisque les mystères ne doivent être transmis qu'à un groupe de gens choisis par Dieu et par les supérieurs de la Communauté. Ces mystères portant essentiellement sur 1; «Eschatologie», c'est-à-dire sur la «fin des temps» et sur l'«ordre des temps». L'«Ordre des temps», c'est le plan de Dieu pour le monde, avec ses différentes phases, où le dessein de Dieu, parfois mis en échec, finira par triompher. La «fin des temps», c'est l'avènement du règne de Dieu et sa prise de possession du monde. Cette «fin» est arrivée, ou plutôt on est au premier acte du drame final. Seuls les Esséniens le savent et doivent vivre en conséquence.

L'Histoire a passé, et c'est très exactement 2000 ans plus tard que je fus initié franc-maçon et admis à l'étude et à la découverte des mystères de la Franc-Maçonnerie. Je revêtais alors mon tablier d'apprenti, fait de peau d'agneau pour pou­voir entrer à la fois dans le Temple et dans ma nouvelle vie de franc- maçon comme Eve et Adam revêtirent les tuniques de peau données par Yahvé lorsqu'ils furent renvoyés du jardin d'Eden.

Nous sommes aujourd'hui 2000 ans après les Esséniens, et 5000 ans après que le culte d'Isis n'apparut sur les berges du Nil, notre préoccupation n'est pas de rechercher un mode adéquate de préserver, et de transmettre de précieuses connaissances scientifiques comme l'eurent les Egyptiens et les Grecs de leur temps, ni d'être les dépositaires des ferments d'une pro­chaine religion révélée comme y ont peut-être contribué les Esséniens.

Mais de même que dans le film que beaucoup ont vu, «2001 Odyssée de l'Espace», l'os devenu outil, lancé par le singe venant de recevoir l'étin­celle d'intelligence, et tournoyant en l'air, se confond dans un raccourci d'image saisissant avec la base satellite en forme de roue, elle-même tour­noyant dans l'espace, de même le chemin est court entre les tabliers que portaient Egyptiens et Esséniens et celui que portent les francs-maçons, en but aux préoccupations de leur temps, mais animés d'un même souffle de recherche et d'idéal humain que la Franc-Maçonnerie appelle la recher­che de la Vérité.

C'est le même homme qui, par le passage par l'initiation, et par les che­mins de la Connaissance, qu'il soit Egyptien, Grec, Juif, constructeur de cathédrales du moyen âge, ou franc-maçon du XVème siècle, tente de s'arracher à son étroite condition d'être humain, tente de comprendre le mystère de l'univers et de la création, et aspire à rendre conforme son action et sa pensée à l'ordre de cet univers, tel qu'il peut le percevoir.

Initiation, perfectionnement de soi-même, voies de la connaissance, arra­chement au monde profane, oeuvrer à l'amélioration de l'humanité, prati­quer à la fois Rigueur et Tolérance, voilà les questions qui tournent et retournent en des cycles désordonnés dans la tête des francs-maçons.

«Comprendre, Aimer, Agir, Espérer»

Mieux peut-être que toute analyse structurelle, voici quatre verbes qui résument ce que la Vocation de la Franc-Maçonnerie peut être.

«Comprendre, Aimer, Agir, Espérer»

«Comprendre», c'est le point de départ, celui des voies de la Connais­sance, c'est la connaissance de moi-même, l'introspection, la plongée au coeur de moi-même auxquelles l'initiation me conduit ; c'est aussi appren­dre à connaître les relations qui existent entre les êtres et entre les classes ; c'est la Connaissance d'ordre relatif, car il existe une Connaissance d'ordre absolu, celle dont je suis détenteur ou aspire à être détenteur d'une parcelle, par laquelle il existe en moi ce que j'appellerai une intui­tion de l'univers, et qui forgera mon Espérance.

«Aimer», ce n'est pas seulement aimer ses proches, sa famille, ses amis, ses semblables, son pays d'un sentiment aussi spontané que relatif, c'est davantage par la connaissance acquise des êtres, s'édifier un sentiment de compassion envers ses semblables comme de ses dissemblables, et donner un sens aux mots en «é» que sont Liberté, Egalité, Fraternité, devise de la Grande Loge de France.

Nous voici conduits au domaine de l'agir,

Il existe une magnifique pyramide en Egypte à Sakkara, l'une des plus anciennes, qui a la particularité d'être à degrés. Elle en comporte six. On trouve d'ailleurs de par le monde d'autres pyramides à degrés.. On peut associer symboliquement à la forme de ces pyramides le chemin du vérita­ble initié, qui s'élève progressivement plan par plan à des degrés à chaque fois réservés à un plus petit nombre, vers le savoir, et qui, après qu'il a atteint le sommet, redescend vers la multitude pour y accomplir son devoir, comme Moïse redescend du Sinaï vers son peuple, car on ne vit pas sur les sommets, pour poursuivre sa mission.

Quelques paroles de Confucius illustrent d'ailleurs très précisément cette montée et cette redescente vers l'Action :

«Les anciens Rois qui désiraient faire resplendir l'efficace dans l'Empire, commençaient par bien gouverner leur domaine. Désirant bien gouverner leur domaine, ils commençaient par mettre de l'ordre dans leur famille. Désirant mettre de l'ordre dans leur famille, ils com­mençaient par se cultiver eux-mêmes. Désirant se cultiver eux-mêmes, ils commençaient par rendre conforme aux règles leur vouloir (leur cœur). Désirant rendre leur vouloir conforme à la règle, ils commen­çaient par rendre sincères leurs sentiments. Désirant rendre sincères leurs sentiments, ils commençaient par pousser au plus haut degré leur sagesse. Pousser au plus haut degré sa sagesse, c'est scruter les êtres. Quand ils avaient scruté les êtres, leur sagesse était poussée au plus haut degré. Quand leur sagesse était poussée au plus haut degré, leurs sentiments étaient sincères. Quand leurs sentiments étaient sincères, leur vouloir était conforme aux règles. Quand leur vouloir était con­forme aux règles, eux-mêmes étaient cultivés. Quand eux-mêmes étaient cultivés, leur famille était en ordre. Quand leur famille était en ordre, leur domaine était bien gouverné. Quand leur domaine était bien gouverné, l'Empire jouissait de la Grande Paix.

Depuis le Fils du Ciel jusqu'aux gens du peuple, tout le monde doit avoir pour principe : cultiver sa personne».

Et «l'Espérance», car comment peut-on espérer ?

N'y aurait-il pas en effet un formidable aspect dérisoire à l'aspiration de la Franc-Maçonnerie, parce que non seulement faite de bonne volonté à défaut de Volonté, mais reposant sur un rêve utopiste, une aimable illu­sion selon lesquels on pourrait oeuvrer à l'amélioration de l'homme et de l'humanité. En effet, tout milite à démontrer le contraire :

Le désespoir de la philosophie existentielle montre bien qu'il est absurde d'espérer une explication à l'homme et son devenir.

Les atrocités du siècle qui se termine en font peut-être le pire qui fut quant aux relations entre les hommes. La permanence depuis des siècles et la résurgence permanente des intolérances, des discriminations, des exploi­tations inhumaines, ne devraient-elles pas nous ramener un tant soit peu à plus de réalité. Il faut se rendre à l'évidence, la fameuse pulsion de mort ancrée au coeur de l'homme reste bien active, pour ne pas dire hyperactive, et la puissance de destruction créée par les hommes et aujourd'hui à la disposition des hommes pourrait nous amener à paraphraser Paul Valéry dans un avenir proche sur le thème :

«Nous autres, Planètes, savons désormais que nous sommes mortelles».

Que cette perspective soit réaliste ou non, il est alors d'autant plus néces­saire de mettre tout en oeuvre pour éviter la perdition de l'homme. La vocation de la Franc-Maçonnerie s'en trouve en fait d'autant plus renfor­cée, même si elle prend un aspect singulièrement dramatique.

L'autre aspect est que la Franc-Maçonnerie oeuvre pour le long terme, et que la perspective de son action ne doit pas systématiquement être compa­rée au rythme des événements tels que nous les vivons, tout en se rappe­lant que rien n'est plus urgent que le long terme.

Enfin, inspiré du pari de Pascal, la voie de l'espérance maçonnique n'est- elle pas la seule qui vaille d'être tentée, malgré ses incertitudes ?  source : http://www.ledifice.net/

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Esséniens et Franc-Maçonnerie

8 Avril 2012 , Rédigé par Points de vue initiatiques Publié dans #fondements bibliques de la FM

 

Suivant l'Histoire Mythique des francs-maçons, la Franc-Maçonnerie ne cessa, dès les origines, d'être transmise et pratiquée au cours des âges de l'humanité.

C'est pourquoi, dans les périodes historiques qui nous sont connues, la tentation est grande de rechercher certains maillons de la chaîne, les ancê­tres spirituels en quelque sorte. Ainsi, les Templiers, les Quabbalistes du Moyen-âge, les Gnostiques du début du Christianisme ont-il fait l'objet de telles investigations, sans oublier - plus loin dans le temps - l'enseigne­ment des Temples Egyptiens.

Moins revendiqués, peut-être parce que moins connus, les Esséniens méri­tent d'attirer notre attention. Cette communauté juive qui résidait à Qumran - sur les rives de la Mer Morte - durant le premier siècle avant J.C. et qui fut dispersée quelques années avant la destruction du second Temple de Jérusalem (en 70 après J.C.) nous était connue par divers tex­tes historiques émanant de Philon d'Alexandrie, Flavius-Josephe et Pline l'Ancien.

Ces textes insistaient sur le caractère exceptionnel de la communauté, la sainteté de ses mœurs, le désintéressement total de ses membres et leur pratique assidue de toutes les vertus.

Depuis 1947, les Esséniens sont devenus infiniment célèbres avec la découverte des Manuscrits de la Mer Morte, Manuscrits qui compre­naient, entre autres, des documents internes à la communauté, tels les Hymnes, le Règlement de la Guerre des Fils de la Lumière contre les Fils des Ténèbres et le rouleau de la Règle appelé encore Manuel de Discipline.

Dès lors, l'intérêt est grand pour nous d'étudier les conceptions et les règles de fonctionnement d'une société initiatique au ter siècle avant notre ère.
Société initiatique, le fait est incontestable !

Les membres de la communauté de Qumran ne se contentent pas de prati­quer toutes les vertus ; leur objectif est la connaissance, celle des lois cos­miques et des mystères de la création. A cet effet, un enseignement ésoté­rique leur est dispensé, de manière progressive, suivant l'évolution de leur capacité de réception.

Écoutons, à ce sujet, le rouleau de la Règle (IX - 18 - 19) : «chacun, selon son esprit, selon le moment déterminé du temps, il les guidera dans la Connaissance ; et, pareillement, il les instruira des Mystères merveilleux et véridiques au milieu des membres de la communauté».

Par contre, rien ne doit être révélé aux «hommes de perversion », les pro­fanes extérieurs à la communauté «même au prix de la mort ».

Quant au mode d'enseignement, Philon d'Alexandrie nous avait déjà ren­seigné à son sujet : «le plus souvent, c'est au moyen de symboles que l'enseignement est donné chez eux, suivant une antique méthode de recherche».

Méthode symbolique, enseignement ésotérique, recherche de la connais­sance joints à un travail sur soi-même qui vise à triompher des passions pour atteindre la «liberté véritable» (Philon). Inutile d'insister pour sou­ligner la parenté avec les principes maçonniques !

Les parallèles ne s'arrêtent pas là, mais avant de poursuivre leur énuméra­tion et de parvenir au plus troublant d'entre eux — la conception essénienne du Temple — il convient de signaler deux grandes différences qu'il ne faut pas perdre de vue pour éviter les assimilations hâtives :

- En premier lieu, la communauté des Esséniens a un caractère résolu­ment religieux et l'aspect initiatique, précédemment évoqué, est insépara­ble d'un intense mysticisme dont la Franc-Maçonnerie moderne ne se fait plus l'écho.

- La seconde grande différence est que la notion, essentielle en Franc- Maçonnerie de Tolérance, ne trouve pas de correspondance chez les Esséniens. Hors de la secte, pas de vérité ni de salut !

Ces deux importantes réserves concernant l'aspect religieux et quelque peu sectaire de la communauté étant faites, nous pouvons reprendre l'examen rapide des règles qui la gouvernent.

Toutes les caractéristiques d'une société initiatique s'y retrouvent. Les candidats sont examinés par un Inspecteur et, s'ils sont acceptés, doivent accomplir une année de postulat et deux années de noviciat.

Au terme du noviciat, le candidat est pleinement intégré à la commu­nauté, ses biens sont mêlés à ceux des autres, il acquiert le droit de partici­per au repas commun, ainsi que le droit de donner son avis et de voter.

La cérémonie d'intégration comporte un serment, notamment de ne jamais révéler aux profanes les doctrines internes, sous peine des plus effroyables châtiments si on venait à trahir.

A l'intérieur de la communauté règne une stricte hiérarchie fondée à la fois sur l'ancienneté et sur le mérite, ainsi qu'une discipline rigoureuse. Lors des séances, chacun se lève lorsque son tour est venu de parler et il est rigoureusement interdit d'interrompre un Frère - car c'est aussi le nom qu'ils se donnent - au cours de son intervention.

Les Frères se doivent mutuellement bienveillance, courtoisie, amour réci­proque et entr'aide. Mais il existe aussi un devoir de remontrance, car tous sont solidaires et chacun est responsable du progrès et de l'évolution de l'autre.

Toutes ces règles sont incontestablement très voisines des règles maçonni­ques, mais on pourrait en dire autant à l'égard de nombreuses commu­nautés ou sociétés à caractère initiatique.

Il existe toutefois une parenté, plus troublante que toutes les précédentes, entre les Esseniens et la Franc-Maçonnerie telle que nous la connaissons. Cette parenté réside dans la conception même du Temple et de sa cons­truction.

Pour apprécier cette parenté à sa juste valeur, il faut rappeler qu'à l'épo­que où la communauté de Qumran vécut, le Temple de Jérusalem — lieu vénéré entre tous dans le judaïsme — n'était pas encore détruit. Pourtant, les Esseniens considèrent l'édifice sacré avec méfiance et n'y accomplis­sent pas leurs sacrifices.

Ecoutons Henri Corbin dans son ouvrage « Temple et Contemplation» :
«Face au second Temple désormais souillé et profané et dont elle s'est séparée, la communauté de Qumran a conscience de constituer elle- même, symboliquement, le Nouveau Temple comme Temple Spirituel. Miqdash Adam : la traduction par «temple humain » est déjà éloquente. Celle que propose Gartner est plus précise : «un temple d'hommes », c'est-à-dire un temple consistant en hommes. La communauté comme «maison de Dieu» porte le sceau de l'éternité : le Temple éternel est désormais en voie de réalisation dans la communauté. Les sacrifices offerts dans ce Temple, constitué par les membres de la communauté, sont de nature purement spirituelle»...

Allons plus loin. Les Esséniens reprennent et adaptent le verset célèbre d'Isaïe (28-16) :
«Voici, j'ai mis en Sion une pierre, une pierre éprouvée, une pierre angu­laire de prix, solidement posée ; celui qui la prendra n'aura pas hâte de fuir».

Ainsi que l'indique Henri Corbin : «l'herméneutique Qumranienne met au pluriel «les pierres éprouvées ». Le fondement, posé par Dieu, le rocher, ce sont les vérités que l'Herméneutique de la Torah, la loi juive, révèle à la communauté. Les «pierres éprouvées» sur lesquelles est basée la nouvelle alliance, ce sont les membres de la communauté.

Ainsi, non seulement les Esséniens poursuivent l'idéal de construction d'un Temple éternel, universel, de nature purement spirituelle - ce qui est caractéristique de la Franc-Maçonnerie - mais encore ils utilisaient, pour les hommes appelés à construire ce Temple, le symbolisme - omni­présent en Franc-Maçonnerie - de la pierre brute qui doit être taillée, ce qu'ils nommaient «pierres éprouvées ».

Une remarque sur le symbolisme, si important, de la pierre.

En Hébreu, la pierre se dit Even, mot particulièrement intéressant car on retrouve dans sa composition le mot Av qui signifie «le père» et le mot Ben qui signifie «le fils ». Mot à mot, on peut traduire Even par « fils du père ». ou « fils du principe premier ». Ce qui fait dire aux commentateurs que la pierre représente l'homme conscient de sa filiation divine, l'homme spirituel.

Cette remarque explique en partie la pérennité du symbole de la pierre pour représenter l'homme en voie d'initiation.

L'assemblage des «pierres éprouvées» doit permettre la construction du Temple Universel. Cet idéal de construction puise sans doute son origine à la source même de la tradition judo-chrétienne, dans le livre de la Genèse (II.3).
« Elohim bénit le septième jour et le sanctifia, car en ce jour il se retira de toute l'oeuvre qu'il avait créée pour qu'elle soit faite (traduction de Zohar) ».

Ce verset, très commenté en Quabbale a des conséquences importantes. Il implique qu'Elohim a créé l’œuvre en principe (c'est l'une des traductions du mot Bereschit «au commencement ») qu'il en a tracé les plans, mais qu'elle reste à faire, à construire, suivant la volonté de l'Architecte. Et c'est évidemment la vocation de l'homme, maçon sur le chantier de l'édi­fice en construction.

L'édifice est un Temple, car le Temple est le lieu où doit s'établir la com­munication entre l'homme et Dieu. Il est ainsi sous-entendu que l'établis­sement de cette communication est le but même de la création.

L'originalité des Esseniens — et c'est là leur principale parenté avec la Franc-Maçonnerie — est d'avoir dépassé l'idée de l'existence obligatoire d'un édifice matériel. L'ensemble des hommes composant la commu­nauté représente le véritable Temple éternellement construit par le travail de chaque membre sur lui-même. Et ce Temple a vocation de s'étendre à l'infini par tous les nouveaux volontaires qui viennent rejoindre la com­munauté.

Comme souvent dans les époques troublées, les Esseniens croyaient la fin des temps proche. Le Temple serait bientôt achevé et, dans une sorte d'apocalypse, les fils de la lumière triompheraient définitivement des fils des ténèbres.

Il faut bien reconnaître que, vingt-et-un siècles plus tard, la construction se poursuit toujours et que les ténèbres sont loin d'être dissipées. Toute­fois, le message de Qumran garde sa valeur :
Le Temple de Jérusalem, sur la souillure et la destruction duquel des générations de juifs se sont lamentées est le symbole de la désacralisation de l'homme lui-même considéré comme Temple.

L'Homme, gouverné par ses passions, détournant ses regards du ciel pour se consacrer exclusivement à la Terre, figure le Temple souillé que la pré­sence divine (la Schekinah) a déserté et qui sera détruit.

Par contre, construire le Temple, rétablir la communication entre ciel et terre, c'est faire le Temple en soi, pratiquer l'ascèse initiatique que les Esséniens - il faut bien le dire - ont poussé jusqu'à son ultime perfection.

Vers l'année 63 après J.C., la communauté de Qumran fut dispersée et partit en exil. On retrouve sa trace à Damas, grâce à l'écrit qui fut retrouvé dans une synagogue du Caire et qui porte le titre «Ecrit de Damas ». Puis les Esséniens disparaissent définitivement de l'Histoire que nous connaissons.

Mais, il est évident que leurs enseignements ont survécu.

A travers la Quabbale, c'est certain : ainsi que le note Dupont-Sommer «la secte essenienne, ainsi que certains auteurs l'avaient antérieurement pressenti, semble avoir été le foyer initial de ce mysticisme, de cet ésoté­risme juifs qui connurent au Moyen-Age, notamment avec la Quabbale, d'extraordinaires développements.

Et, à travers la Quabbale, dont l'influence sur l'élaboration des rituels maçonniques est généralement reconnue, c'est probablement la Franc- Maçonnerie elle-même qui véhicule aujourd'hui le message fondamental des Esseniens, vérifiant ainsi la réalité de cette chaîne traditionnelle qui était évoquée tout à l'heure.

Au ler siècle avant notre ère, les hommes de Qumran utilisaient un symbolisme de construction très voisin du symbolisme maçonnique. Sur les rives de la Mer Morte était déjà posé - comme l'exprime l'hymne VI «le fil à plomb de vérité pour contrôler les pierres éprouvées ».

Ces hommes bâtissaient Miqdash Adam «le Temple de l'Homme », cons­cients que l'édifice à construire, suivant les plans de l'Architecte est lié à l'évolution de l'homme par l'effort et la connaissance.

Publié dans le PVI N° 73 - 2éme trimestre 1989

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Prière des Grands Maîtres de Loges

7 Avril 2012 , Rédigé par Franc-Maçonnerie Essenienne Publié dans #histoire de la FM

Père Ouriel, Lumière des Dieux, du Père et de la Mère, grande clarté, ordre céleste, harmonie des mondes, beauté parfaite, j’honore et j’admire toutes les oeuvres qui glorifient les Dieux.

Que la clarté et l’harmonie habitent ma vie afin que je pose sur la terre une oeuvre de Lumière, de sagesse, une bénédiction.

Je veux m’éveiller en toute chose. Que chaque activité m’éveille dans la clarté et la présence d’esprit.

Que mon temple soit consacré. Que la loge soit vivante. Que ma vie entière soit dans l’étude, la dévotion, le rite et la concentration vers l’oeuvre que je veux réaliser.

Je veux être pur, vrai, clair, bien instruit dans l’art de construire l’oeuvre des Dieux sur la terre. Je veux être l’instrument parfait des Dieux.

Dans ma pensée, mes yeux, mon souffle, mes oreilles, ma parole, mon coeur, mes mains, ma digestion, ma force créatrice, ma semence, mes genoux et mes pieds, qu’agisse la magie des égrégores, des génies, des esprits, des éléments purs dans ta lumière d’intelligence.

Je suis à toi, toi, l’or des Dieux, toi, la Lumière vivante.

Moi en toi dans la clarté qui illumine, la force qui réalise, la simplicité qui réjouit.

Amin

Source : http://www.loges-esseniennes.org/

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