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Hauts Grades

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La Stricte Observance Templière

10 Avril 2012 Publié dans #Planches

Parler de la S.O., c'est parler de l'histoire des mythes de la F.M., plus particulièrement au XVIIIème, où l'opératif fait place au spéculatif, mais où toute spéculation est réservée aux lettrés (nobles ou riches), lettrés qui ne connaissent pas de frontière et parlent une langue commune, le Français.

Le XVIIIème, c'est aussi le « siècle des Lumières », donc de l'obscurantisme, de guerres de religion latentes, de mysticismes, d'ésotérismes (on parle alors d'illuminisme), terreau d'un foisonnement de mouvements qui se disent d'autant plus facilement « maçonniques » que chacun en a sa définition et que, si des Landmarks existent, ils sont -à partir de 1723- édictés de Londres, dont l’autorité reste longtemps contestée, surtout en pays catholique.

Ce foisonnement est particulièrement net en Allemagne, héritière du St Empire Romain Germanique, mais éclatée en multiples baronnies, et de vieille tradition mystique, mythologique et ésotérique. Les expériences y abondent, autour de théosophes à la fois charismatiques et mystérieux, auxquels s'agrègent des « disciples » en quête d'autres dimensions que leur oisiveté profane.

Le problème est donc souvent de faire la part du Vrai et de la mystification.

Parmi ces mouvements, pourquoi isoler la « Stricte Observance », qui n'a, comme la plupart des autres, vécu qu'un temps limité, et dont le créateur, Charles Von Hund sera classé parmi les mystificateurs ?

Tout simplement parce qu'on peut dire que notre régime, le R.E.R., y puise une bonne part de ses sources.

Cet apparent paradoxe s'explique d'abord par des raisons historiques, mais qui n'excluent pas de raisons de fond.

1) Bref (d'où quelques « impasses ») historique de la S.O.

Le Baron -au sens médiéval du terme, équivalent de Prince- Charles de Hund (...et de quelques autres lieux) a vécu, avec 8 ans d'avance, un itinéraire proche de celui de Willermoz : initié à l'âge de 20 ans à Francfort, maître 4 mois après, V.M. dans les 12 mois, il va consacrer sa vie à la F.M., jusqu'à s'y ruiner.

L'aventure de la S.O. commence dès l'année suivante, en 1743, lors d'un voyage à Paris, où il aurait été armé chevalier selon le rite templier, avant d'être nommé G.M.de la VIIème Province, successeur du Margrave Von Biberstein, dont (cf. Chronologie) on connaît les liens avec les Stuart.

La S.O. sera dotée de statuts en 1756 - soit 13 ans plus tard-, à Dresde.
A noter que, 3 ans avant, Willermoz crée à Lyon la « Loge de la Parfaite Amitié », à vocation de Grande Loge « à l'instar de celle de Paris » (peut-on déjà y voir un « complexe provincial » ?), qui se verra dotée de statuts en 1760 - soit 7 ans plus tard.

La même année (1753), Martinez de Pasqually fonde le « Temple des Elus Cohens », qui, eux, attendront leurs statuts 14 ans..., avec la particularité d'une quasi-absence de rituel.

Par contre, du rituel, la S.O. en dispose... : c'est celui de la Chevalerie Templière, dont le faste n'est pas étranger à son succès auprès de la noblesse d'Allemagne (parmi laquelle nombre de Chevaliers Teutoniques, toujours vivaces), et des autres pays d'Europe.

Sur ce rituel se greffe un système « philosophique » original :
La Sricte Observance -qui sera, à juste raison, mais par les observateurs extérieurs- qualifiée de « Templière », se veut, à l'instar des ordres monastiques (notamment Cisterciens et Franciscains), un retour à la règle fondatrice, primitive, en réaction contre le laisser-aller ambiant : au XVIIIème, où la F.M. se résumait souvent (dixit Frédéric II) à des « tenues d'agapes » entre hommes de bonne compagnie, au sein de « Loges de Bacchus ».

Retour à la règle, donc, mais quelle règle ? Celle des Templiers, mais remise par Von Hund au goût du temps (en l'absence de tout écrit), donc mêlant dans un système cohérent les saga templière et écossaise :
- les Templiers sont les vrais Maîtres de la F.M., qu'ils ont apportée à l'Ecosse en fuyant les persécutions. La F.M. est donc le noviciat du Temple, et la S.O., plus que son héritière, est le Temple Rétabli. La S.O. est donc un Ordre, d'où un rituel très formel, une stricte hiérarchie, une organisation territoriale et de gouvernement quasi-militaire (propre à séduire la noblesse d'épée).
- l'Ecossisme, pris à la fois en tant que système de hauts grades et au sens historique : les Stuart, de tous temps protecteurs du Temple, en sont héréditairement les « Supérieurs Inconnus », et en investissent les Grands Maîtres. D'ailleurs, Von Hund, adoubé par un Chevalier inconnu, aurait reçu ses patentes du « prétendant » Charles-Edouard.

Le système Von Hund s'appuie sur d'autres « faits », dont certains sont historiquement avérés (cf détails infra) :
- après 1314 (immolation de Jacques de Molay), quelques Templiers trouvent asile en Ecosse, auprès du Roi Robert Bruce Ier Stuart, l'aident à vaincre ses ennemis et s'en trouvent récompensés par la création de l'Ordre de St André du Chardon, à eux réservé (et à leur descendance mâle), mais dont le Roi se réserve le titre héréditaire de Grand Maître, et au sein duquel ils reconstituent le Temple.
- sous l'égide de Jacques VI, près de 3 siècles après (1593), se constitue la « Rose-Croix Royale », formée de 32 Chevaliers de St André, dont naîtra, en 1645, l’« Invisible College ».
- en 1662, sous Charles II, cette société secrète est à l'origine de la « Royal Society », dont nombre de membres seront eux-mêmes à l'origine des Loges qui formeront en 1717, la Grande Loge de Londres.
- de même, la Loge créée en 1688 à St Germain-en-Laye par Jacques II, dernier Stuart régnant exilé, se voit soucher un Chapitre de Maîtres Écossais de St André du Chardon.

Ajoutons à cela les nombreux contacts prouvés entre les Stuart et les mystiques Allemands, la disparition de toute archive lors de la création de la G.L. de Londres (dont, d'après Von Hund, les preuves de la filiation templière), la création en 1743 (date de la « révélation » parisienne de Von Hund ), mais à Lyon, d'un grade de vengeance du Temple...sans parler des nombreuses traces de l'agrégation des Templiers aux maîtrises de constructeurs (voir entre autres Paul NAUDON).

A noter que le mythe Templier était dans l'air du temps, y compris dans les fameuses « divulgations » apocryphes de 1745 :
« Pendant les guerres de la Palestine, quelques Princes croisés formèrent le dessein de rétablir le Temple de Jérusalem, & de ramener l'Architecture à sa première institution. Il ne s'agissoit plus d'une construction matérielle ; c'étoit spirituellement qu'ils vouloient bâtir, & dans le cœur des Infidèles. Ils s'assemblèrent dans cet esprit, & prirent pour se reconnoître le nom de Chevaliers Maçons libres.
« Ils convinrent ensemble du Signe de l'attouchement & de quelques mots Symboliques. Ces caractères distinctifs ne se communiquoient qu'à des personnes qualifiées & au pied des Autels, avec Serment de ne les révéler qu'à un Chevalier Frere, après un mur examen. Ils donnèrent à leurs Assemblées le nom de Loges, en mémoire des divers campemens que les Israëlites firent dans le désert, & pour retracer la manière dont ils rebâtirent ce second Temple (ce qu'ils firent en tenant d'une main la Truelle, & l'Epée de l'autre). Ils adoptèrent dans leurs cérémonies quelque chose de cet usages.
Les Princes & Seigneurs Croisés, au retour de la Palestine établirent des Loges en differents endroits, & c'est de-là que la Maçonnerie s'est répanduë dans l'Europe. »

On peut aussi se référer au célèbre Discours de Ramsay (1686-1743) qui, cependant, en 1736, ne parle pas directement des Templiers, mais de « Nos ancêtres, les croisés, rassemblés en toutes les parties de la chrétienté dans la Terre-Sainte, voulurent réunir dans une seule confraternité les sujets de toutes les nations ». Ramsay après une Maçonnerie établie à partir des rites du métier de constructeur, aborde un enseignement plus spirituel à partir de la chevalerie et du métier des armes.

La S.O. a sans doute été également influencée par les Chevaliers Porte-Glaive et les Chevaliers teutoniques. Elle veut restaurer l’Ordre du Temple, recouvrer ses trésors en obéissant à ses chefs, les Supérieurs Inconnus. Certains membres prirent ce programme à la lettre et quelques imposteurs profitèrent de la situation. Elle conférait sept grades (apprenti, compagnon, maître, maître écossais, Novice, Templier, Chevalier Profès qui comprenait lui-même plusieurs classes). L'accès aux grades à partir de Chevalier Écossais vert n’était accessible qu’aux nobles ou aux ecclésiastiques, sauf « mérite exceptionnel » auquel, quand on était roturier, la fortune n'était pas forcément étrangère…

En bref, dans l'esprit des nombreux convertis, dont Willermoz, instruit par Jean de Turckeim, la cause est entendue : la seule et vraie F.M. est celle du Temple, donc celle de la S.O.

De là vont se succéder un certain nombre de chapitres, puis de convents, dont il faut se souvenir que la présence effective de FF a été au maximum de 37 (registre de présence à Wilhemsbad), soit ceux qui avaient le moyens d'y participer, et encore, pour la plupart, « à temps partiel », de même que tous les « gradés » avaient droit à la double (ou triple ou quadruple) signature, ce qui rend aléatoire aujourd'hui.le décompte de participants réels.

En 1754, le chapitre de Clermont confirme cette filiation templière.

Cette certitude est encore celle du Convent d'Altenberg (1763), qui avalise les statuts rédigés par Von Hund. Au convent de Kohlo, en 1772 Von Hund allie son groupe au « Cléricat des Templiers » de Johann August Starck, établi en 1767, et jusque là inconnu de toute institution maçonnique.

…Mais il commence à rencontrer une certaine contestation, puisque le même convent :
1) change l'appellation de S.O. en Régime Ecossais Rectifié (et le rite du même nom), le « Rectifié » étant défini par son sens alchimique d’authenticité première (élimination de toute impureté dans le processus de transmutation).
2) change le titre de Chevalier templier en celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte
3) surtout, proclame Ferdinand, Duc de Brunswick « magnus superior » de l'Ordre, relativisant ainsi toute référence aux « Supérieurs Inconnus ».

Entre-temps, Von Hund a en effet perdu de sa superbe : quasiment ruiné, il a aussi un problème de crédibilité quant à son fameux voyage à Paris, début de l'aventure S.O., dont il ne peut prouver aucun fait. Il admet même un certain désintérêt (récent) des Stuart pour la F.M....

Cela n'empêche pas le système de perdurer : à l'Allemagne, puis à la Suisse qui s'y est ralliée dès Altenberg, s'ajoutent Strasbourg, puis Lyon, avec Willermoz, G.M. du Tribunal Souverain qu'il vient de créer avec Saint Martin (future Grande Loge Écossaise). Après la visite du Baron de Weiler, aventurier parlant un parfait Français, dépêché par Von Hund, il prend la tête de la IVèmè Province, et va essaimer le R.E.R. à Bordeaux et Montpellier.
Plus dure sera la chute...

Dès 1775 (convent de Brunswick), les accords de Kohlo avec le Cléricat Templier de Starck sont dénoncés.
Pire, dès la mort de Von Hund en 1776, Brunswick lance une enquête qui confirme ses soupçons : non seulement le « Prétendant Stuart » n’a pas pu rencontrer Von Hund à Paris (il n'y était pas), mais il n'est même pas maçon (refusé par son père !), et la patente de G.M.P. de Von Hund se révèle à la fois cryptée et apocryphe...

La S.O., désormais R.E.R., a donc Von Hund comme seul auteur et père...et Brunswick, se sentant floué, ordonne une « rectification », pendant que Charles de Sudermanie (futur Charles XIII de Suède, et autre « Supérieur Inconnu ») établit des rapprochements avec la maçonnerie suédoise de Zinnendorf, appelée « Ecole du Nord », influencée par l’hermétisme et le rosicrucianisme.

Willermoz, quant à lui, réagit à hauteur de sa déception - et de ses ambitions : dès 1778, il réunit les loges de Lyon et de Strasbourg en un Convent des Gaules.

En dehors des « rectifications » qu'il apportait au Régime Écossais, ce convent est la première Assemblée unitaire des trois Provinces françaises de la Stricte Observance, l'Auvergne, la Bourgogne et l'Occitanie (formant ensemble la « Langue de France »), en un « Grand Prieuré des Gaules ». Un mois après, le 27 décembre, est publié « Le Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France, tel qu'il a été approuvé par les Députés des Directoires de France au Convent National de Lyon en 1778 ».

La première partie de cet acte fondateur couvre les trois premiers degrés de Saint-Jean et le grade de Maître Écossais de Saint-André; la seconde : la Règle des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte – titre substitué depuis Kohlo à celui de Chevalier Templier. Ce grade plus chevaleresque que maçonnique est immédiatement conféré à Ferdinand de Brunswick et à Charles de Hesse…

Avec J. de Turkheim (G.M. Strasbourg) Willermoz prouve son talent de synthèse : au lieu de tout rejeter de la S.O. en bloc, il en garde la partie utile à ses desseins, soit son rituel (R.E.R.), qu'il a lui-même recopié en 1772, et son organisation, qu'il transpose dans l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, auquel adhère en premier la Suisse en créant (1779) le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie.

En 1782, le Sérénissime Grand Maître des Provinces « de la Langue Allemande » de la Stricte observance, Ferdinand de Brunswick, réunit « Un Convent général de tous les Francs-Maçons », aux bains de Wilhelmsbad.

Les francs-Maçons Français, toujours menés par Willermoz proposent la motion suivante :
« les francs-maçons modernes n'étaient plus les successeurs immédiats des templiers, et qu'ils ne pouvaient l'être, comme dignes frères des trois grades de la maçonnerie de Saint-Jean, puisque celle-ci existait déjà depuis plusieurs siècles avant la création du Temple proprement dit, que cependant un enseignement historique serait incorporé aux hauts grades, et que l'on continuerait en se rapportant aux premiers moment de son existence, à faire commémoration de cette illustre Chevalerie ».

Le Code maçonnique des Loges Rectifiées, et celui des Chevaliers Bienfaisant de la Cite Sainte, arrêtés au Convent de Lyon, y sont approuvés par tous, ainsi que la Règle Maçonnique en neufs points, rédigée par Willermoz.

Si le fondement « Templier » propre à la Stricte Observance y fut définitivement « rectifié », l'organisation extérieure y fut travaillée avec encore plus de soin, qui maintenait les neufs Provinces, ayant chacune Trois Grands Prieurés et leurs Chapitres, « lesquels portent vis-à-vis des loges ordinaires de Saint-Jean le titre maçonnique de Directoires Écossais des Loges réunies et Rectifiées ».

En citant Galiff :
« [….] l'on décida enfin que la légende du nouveau système (écossais rectifié) serait celle-ci ». Nunc sumus equites benefici Civitatis Sanctae, religionis christianae strenui defensores spem, fidem et caritatem colentes.
Ce qui veut dire que les francs-maçons qui « rectifiaient » ainsi le régime de la Stricte Observance, ne se regardaient plus que comme des « Chevaliers Bienfaisants », qui ne se consacraient plus qu'à la défense du Christianisme et à la pratique des trois vertus théologales : « la Foi, l'Espérance et la Charité ». Le but total de l'ordre fut concentré dans la bienfaisance, d'après le modèle des premières chevaleries religieuses et l'ancienne règle de Saint-Bernard « Decimus panis pauperibus detur ».

Il résulte de tout cela qu’on ne fit, quant aux grades supérieurs, que confirmer et sanctionner à Wilhelmsbad les rectifications faites au Couvent de Lyon ; c’est-à-dire que les formes, la hiérarchie, la division territoriale et l’organisation entière du nouveau système, restèrent à peu près les mêmes que dans la Stricte-Observance. La différence essentielle entre les deux systèmes écossais est donc celle-ci : que, tandis que l’ancien faisait surtout profession de croire que la Confrérie maçonnique avait été imaginée par les Templiers, pour perpétuer secrètement leur ordre jusqu’au moment de son rétablissement public, le nouveau, renonçant à toutes prétentions séculières et profanes, ne s’attache qu’à la partie spirituelle et toute chrétienne des anciennes Chevaleries religieuses, trouvant moyen de les relier moralement et historiquement à la Franc-Maçonnerie, ainsi qu’à diverses autres associations antérieures du même genre. Le Temple à reconstruire mystiquement reste donc le même jusqu’au bout et devient enfin celui de la Cité Sainte ou de la Jérusalem Céleste. C’est dans ce sens que sont dirigées toutes les rectifications apportées aux rituels et cérémonies des divers grades, et notamment aux quatre premiers.

La réforme de Willermoz devient ainsi la règle de toutes les loges initiatiques.
Mais cette dénonciation de la S.O. et toute ascendance templière suscita quelques réticences en Allemagne, avec des partisans « économiques » (l'organisation et l'élitisme de la S.O. avaient suscité un fructueux système de tontine) ou « mystiques », qui prêtaient aux templiers des talents alchimiques. Ces derniers vireront d'ailleurs pour beaucoup au mesmérisme (apparu en 1783).

Epilogue : en 1794, Brunswick invite les Loges de la S.O. à se dissoudre, une « venimeuse secte les ayant corrompues ». La S.O. était née et morte avec son auteur…

2) En conclusion (provisoire) de ce bref historique, se posent quelques questions de fond :
- Von Hund, mystificateur ? Plutôt auto-mystifié : pour asseoir son système, il fallait que le fondateur de la S.O. en ait lui-même vécu la réalité, « pieux mensonge » auquel il a fini par croire lui-même... Mais les historiens, s'ils ne nient pas sa sincérité, s'accordent à y voir aussi une sorte de fanatisme, pour la restauration des Stuart, pour le triomphe de l'Eglise Catholique sur la Réforme, pour une résurrection « spirituelle » du Saint-Empire Romain Germanique.

Dans un ouvrage récent André Kervella re-situe l'action de Hund dans un contexte historique où s'opposent en maçonnerie les « modernes » anglicans aux « anciens » jacobites et met ainsi en cause l'action de Ramsay et surtout, l’influence de la Grande Loge de Londres, anglicane et hanovrienne.

- d'où, en corollaire, le succès de la S.O. auprès d'une élite nostalgique des Ordres chevaleresques, tant en Allemagne (avec les Teutoniques, où seuls n'étaient -et ne sont toujours- acceptés que les nobles) qu'en Bourgogne, éprise de rites, d'ordre, mais aussi de spiritualisme (notamment théosophique).

- dernier point d'interrogation : Willermoz, insatisfait perfectionniste notoire, qui cherche et se cherche: après Martinez de Pasqually et Claude de Saint-Martin, il trouve Von Hund et sa S.O.

On peut croire que c'est là qu'il trouve « l'étage intermédiaire » qui finalisait sa construction :
- entre l'initiation compagnonnique, base de la maçonnerie symbolique et l'initiation sacerdotale du système Martinez de Pasqually, il donne, avec la S.O., consistance à l'initiation chevaleresque, en l'appuyant sur la figure puissamment emblématique du Temple.
- en homme d'ordre, Willermoz avait conscience de la fragilité des structures maçonniques de son époque, foisonnantes et reposant sur des autorités de personnes -voire de naissance. La S.O. lui apporte une organisation à la fois territoriale et hiérarchique en adéquation avec sa notion d'Ordre, où la noblesse n'est pas que de naissance. N'oublions pas aussi que Willermoz lui-même admettait mal que certaines portes lui soient fermées du fait de sa roture, et que la fréquentation de têtes couronnées grâce à la S.O. ne pouvait lui être indifférente…

Le génie de Willermoz, c'est la synthèse de toutes ces expériences, influences et ressentis dans le système parfaitement cohérent qu'est le R.E.R. : pour caricaturer, c'est dans la S.O. qu'il trouve le contenant qui manquait à son contenu. D'autant qu'il y avait quelque convergence entre ces sources d'inspiration :

- l’Ordre des « Chevaliers Maçons Elus Cohen de l’Univers » inclut dans ses hauts grades (définis en 1767) ceux de Chevalier d’Orient et de Commandeur d’Orient, de même que la S.O. incluait des grades de Novice et de chevalier Profès, et que les deux sont dirigés par des « Supérieurs Inconnus ».

- l'Ordre issu Claude de Saint Martin se définit lui-même comme « une école de chevalerie morale s’efforçant de développer la spiritualité de ses membres, tant par l’étude d’un monde encore inconnu (...) que par l’exercice du dévouement (...) et par la création en chaque esprit d’une foi solide. »

Que reste-t-il aujourd'hui de cet épisode de notre Histoire ?

- dans le monde : j'ai, sans chercher l'exhaustivité, dénombré, uniquement en Europe francophone, une bonne quinzaine d'organisations actuelles se proclamant héritières de l'Ordre du Temple, dont la plupart à vocation spirituelle, mais d'autres à consonance sectaire (l'O.T.S. existe toujours, issu de l'Ordre du Temple, résurgence créée en 1952, entre autres par P. de Ribaucourt…)

Le dernier avatar connu (1988) est l'OSTI (Ordre Souverain du Temple Initiatique), fusionné en 1993 avec le CIRCES (Cercle International de Recherches Culturelles et Spirituelles).

Les seules qui pourraient se prévaloir d'une quelconque filiation seraient l' « Ordre du Christ » portugais (1919) et Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

- en maçonnerie, la S.O. a laissé des traces dans les hauts grades du REAA, du Rite d'York (Chevalier du Temple), et même chez les agnostiques de Memphis-Israïm (avec le mythe de Cagliostro)…

Au REAA, on trouve par exemple des grades tels que (11) sublime chevalier élu, (13) chevalier de l'Arche royale, (15) chevalier d'Orient, (16) prince de Jérusalem, (17) chevalier d'Orient et d'Occident, (21) chevalier prussien, chevalier Kadosch (grade de vengeance) etc… Le rituel du 30ème degré déclare « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier ».

Il existe encore aujourd'hui un système à prétention maçonnique dit l'Ordre Illustre de la Stricte Observance, de même qu'un « Projet Baucéant » maintient, parmi les Maçons de toutes obédiences et de tous Rites, une volonté de Xème résurgence de l'Ordre du Temple.

- c'est sans doute dans le R.E.R. que le mythe Templier est le plus présent, qui se retrouve dès le quatrième grade du Rite, et plus encore dans l'Ordre Intérieur, plus chevaleresque que maçonnique. Sa structure territoriale et hiérarchique, sa discipline qui évoque le vœu d'obéissance des chevaliers, le caractère hiératique du rituel, l'importance des décors et de la vêture, notamment l'épée, et surtout la référence permanente aux valeurs chrétiennes. Roger BLANCHET, dans ses analyses du Rite n’hésite pas à dire que « le Rite Écossais Rectifié est un rite de Chevalerie et de bienfaisance ».

Même la notion de « Supérieurs inconnus » n'aurait pas totalement disparu…

Et même si c'est pour s'en défendre, la référence existe :
« le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte diffère de ce que pouvait être la pensée templière non préoccupée de soufisme, d’alchimie ou de magie… ».
« Comme les Grands Prieurés d'Helvétie et de Belgique, le Grand Prieuré des Gaules n'est pas, au sens précis du terme, un Grand Prieuré templier. C'est un Grand Prieuré de Rite Ecossais Rectifié. Cependant, conformément à la volonté formelle de ses fondateurs, il affirme une filiation spirituelle avec l'Ordre du Temple médiéval. »

La chevalerie, magnifiée par le mythe Templier, est en effet l'un des archétypes les plus vivaces de la Maçonnerie. Comme ceci mériterait un travail spécifique, je me contenterai d'en citer quelques exemples.

- Ainsi, le mythe est présent dans la légende du Graal : je cite Wolfram von Eschenbach dans « Parzifal » (Aubier Montaigne, 1977, t.II, livreIX, p.36) :
« De vaillants chevaliers ont leur demeure au château de Montsalvage, où l'on garde le Graal. Ce sont des Templiers…tout ce dont ils se nourrissent leur vient d'une pierre précieuse, qui en son essence est toute pureté… C'est par la vertu de cette pierre que le phénix se consume et devient cendres. Mais de ses cendres renaît la vie, c'est grâce à cette pierre que le phénix accomplit sa mue pour reparaître ensuite dans tout son éclat... » (Wolfram von Eschenbach, Parzival). Outre le fait qu'il identifie explicitement les chevaliers du Graal aux Templiers, ce texte s'achève sur une référence au symbole du phénix cher au R.E.R.

- Même Edouard de Ribaucourt, dans son « Histoire du Régime Ecossais Rectifié en France » concourt à la survivance du mythe : « Que ces Templiers aient transmis à d'autres les traditions de leur ancien Ordre, en se servant de l'Ordre de Saint André du Chardon, il n'y a aucune impossibilité et tout concourt à le prouver ».

- René Guénon, dans sa quête de la « tradition primordiale », avait accepté d'être Grand Maître de l'Ordre du Temple Rénové, désigné par une « entité » qui, se manifestant par des mediums, était tout à fait dans la ligne de la vengeance templière. Cet esprit fut confirmé par des « communications » de Weishaupt, le fondateur des « Illuminés de Bavière », et de Cagliostro, mort dans les cachots de l'Inquisition à Rome (on pense à l' « Agent Inconnu » de la « Loge Elue et Chérie » de Willermoz !)

En 1911, Guénon qui a déjà quitté l'Ordre Martiniste, le Rite de Memphis-Misraïm et l'Eglise Gnostique, dissout l'Ordre du Temple « sur l'ordre des Maîtres ». En 1929, dans « Autorité spirituelle et Pouvoir temporel »,il rejettera sur Philippe-le-Bel l'entière et unique responsabilité du drame templier.

- Autre exemple : Si aujourd'hui vous visitez « L’Alcazar Tolédan », vous y trouverez une salle, où les « Chevaliers hospitaliers », passionnés de Bienfaisance et de Justice, sont représentés par des mannequins en pied, portant la truelle de la main droite et l’épée de la main gauche, pointe en bas. Les légendes sont décrites avec une justesse telle que les qualités de ces valeureux soldats, et celles demandées à notre B. A. F. Eléémosynaire (autre spéficité du RER), sont en tous points similaires !

- Dernière référence, et non des moindres, l'Apocalypse de Saint Jean (19), dont je me demande si elle ne fonde pas toutes les autres :
« Puis je vis le ciel ouvert, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait s'appelle Fidèle et Véritable, et il juge et combat avec justice. Ses yeux étaient comme une flamme de feu; sur sa tête étaient plusieurs diadèmes; il avait un nom écrit, que personne ne connaît, si ce n'est lui-même ; et il était revêtu d'un vêtement teint de sang. Son nom est la Parole de Dieu. »

En illustration de ce concept de « filiation spirituelle », vous ne m'en voudrez pas, V\ M\, de conclure en mettant en parallèle 2 professions de foi :
- celle de l'Ordre Souverain et Militaire du Temple de Jérusalem -issu de l'Ordre du Temple de Fabré-Palaprat, par ailleurs fondateur de l'Eglise (gnostique) Johannite…et franc-maçon-, qui me paraît illustrer la force du mythe templier aujourd'hui comme hier :
« Être Templier aujourd’hui, c’est essayer de sauvegarder toutes ces valeurs - Amour, Sagesse, Élévation spirituelle de l’homme, Épanouissement personnel- qui ont fait la richesse de notre civilisation et de les transmettre à notre tour.
Être Templier aujourd’hui c’est essayer, à travers la vision futuriste de la Chevalerie du Temple, de continuer en l’adaptant à notre temps, l’œuvre entreprise par nos Aînés.
Ceux-ci avaient pour règle, le courage, la bravoure, la loyauté, Ils avaient pour but, la sauvegarde de ces mêmes valeurs, et la défense de la Chrétienté. Aujourd’hui, la Chevalerie n’a d’autre armure que L’Amour, la Tolérance, l’Abnégation et le Dévouement. Elle n’est plus une noblesse de nom mais de cœur. »

- celle du G.P.D.G. :
« Le Régime Ecossais Rectifié a pour but de maintenir et de fortifier, non seulement dans l'Ordre Intérieur, mais aussi dans les Loges maçonniques, les principes qui sont à sa base :

- La fidélité à la religion chrétienne, fondée sur la foi en la Sainte Trinité,

- L'attachement aux principes et traditions, tant maçonniques que chevaleresques, du Régime, se traduisant par l'approfondissement de la foi chrétienne et l'étude de la doctrine ésotérique chrétienne, enseignée dans l'Ordre,

- Le perfectionnement de soi-même par la pratique des vertus chrétiennes afin de vaincre ses passions, corriger ses défauts et progresser dans la voie de la réalisation spirituelle,

- Le dévouement à la patrie et le service d'autrui,

- La pratique constante d'une bienfaisance active et éclairée envers tous les hommes, quelles que soient leur race, leur nationalité, leur situation, leur religion et leurs opinions politiques ou philosophiques.

La réalisation spirituelle que le Régime Écossais Rectifié propose comme but à chacun de ses membres, en lui en fournissant les moyens, c'est de redevenir homme véritable, temple de Dieu, Un en trois Personnes. »

Et lorsque Saint BERNARD de CLAIRVAUX dit « Donnez-vous tout entier à votre charge. Agissez en Maître. Donnez tout puisque tout vous sera demandé, jusqu’à la dernière obole... L’HUMILITE est la Pierre Angulaire de toute vie mystique », on comprend mieux la fière devise de l’Ordre du Temple, dont il avait fixé la règle, extraite du psaume 115 : « NON NOBIS, DOMINE, NON NOBIS SED NOMINI TUO DA GLORIAM ».

LA STRICTE OBSERVANCE EN 33 DATES...

1) Les « temps héroïques » : entre l'Histoire et la légende.

- 1119 : création de l'Ordre des Chevaliers de la Milice du Temple (« Templiers »). Saint Bernard lui donne ses statuts. Autour de leurs tenures, au cours et au retour des Croisades, se multiplient les « Francs- Mestiers » (=franchise de corvées, de guet etc...).

- 1143 : création de l'Ordre des Frères Hospitaliers de Ste Marie des Allemands (« Chevaliers Teutoniques » en 1198), dont la règle et l'administration sont calqués sur le Temple.

- 1313/14 : suppression des Templiers (Clément V/Philippe-le -Bel) : « un certain nombre » se réfugie en Ecosse, près de Robert Ier Stuart, qu'ils aident à gagner la bataille de Bannockburn contre Edward II. En récompense : création de l' « Ordre de Saint-André du Chardon ».

- 1440 : Strasbourg: l'expression « Franc-Maçon » remplace « Frère de St Jean ». Ce n'est qu'en 1537 que la Compagnie des Maçons de Londres deviendra « Compagnie des Francs-Maçons ».

- 1500 : 1ère mention des « Rose-Croix » à Kassel (Hesse). Origines ?

- 1517 : les 95 Thèses de Luther. (1533 : adhésion de Calvin à la Réforme).

- 1593 : Jacques VI Stuart, roi d'Ecosse, (et d'Angleterre en 1603), rosicrucien, crée, avec l'Ordre de Saint- André du Chardon, la « Rose-Croix Royale », à l'origine de l' « Invisible College » (cf. 1645).

2) Le XVIIème Siècle : l'Epopée Stuart

- 1620 : 1ère mention d'une « Loge Acception » (=ouverte aux non-opératifs), à Londres.
Prusse : un groupe de Chevaliers Teutoniques crée l' « Ordre de la Stricte Observance ».

- 1645 : Londres : création officielle de l' « Invisible College » (cf. 1662).
création du R.E.A.A.

- 1648 : Révolution Cromwellienne: Charles Ier Stuart décapité, sa veuve Henriette de France se réfugie à St Germain en Laye, avec ses enfants et de nombreux Catholiques écossais et irlandais.

- 1662 : Charles II Stuart crée, avec l' « Invisible College », la « Royal Society » (charte en 1663).
Allemagne : publication des œuvres de Jacob Böhme (Théosophe de grande influence sur Charles II). Preuves de nombreux contacts préalables entre mystiques allemands et Stuarts.

- 1685 : création, autour de Jacques II Stuart (fils de Charles), de l' « Ordre des Maîtres Ecossais de St André » (cf. 1314/14).

- 1688 : Jacques II destitué par son gendre Guillaume d'Orange (réformé), se réfugie à St-Germain. Il y crée une Loge Bleue, sur laquelle est souchée un chapitre de « Maîtres Ecossais de St André ».
Naissance de Jacques III (reconnu comme tel par Louis XIV), qui enseignera l' « Ecossisme » (=science des hauts grades) au Margrave de Thuringe Von Biberstein, futur G.M.P. de la Stricte Observance, et prédécesseur de Von Hund.
1ère loge attestée non opérative, à Dublin (Trinity College).

3) Le XVIIIème siècle : les Francs Maçons entre organisation et mysticisme

- 1717 : Londres : 4 Loges s'érigent en Grande Loge (avec Payne, Désaguliers, Anderson...). Destruction des archives précédentes: origines templières, catholiques, ou Orangistes contre Jacobites ?

- 1728 : le Chevalier de St-Lazare (par la grâce du Régent) Ramsay, écossais, stuartiste, espion français, prononce à la G.L. de Londres le 1er discours « spiritualiste ». Il affirmera plus tard (1737) après la rupture avec Londres, l'origine templière de la Maçonnerie, en jetant les 1ères bases du Rite Ecossais.

- 1732 : 1ère loge « anglaise » à Bordeaux. (1735 : « Grande Loge de France »).

- 1743 : Charles Von Hund à Paris, où il aurait reçu les hauts grades Ecossais de Charles-Edouard Stuart (fils de Jacques III). Dès son retour à Dresde, il introduit le système templier.
Création à Lyon d'un grade de « Chevalier Kadosh », vengeur du Temple.

- 1753 : Willermoz crée à Lyon la « Loge de la Parfaite Amitié ».
Martinez de Pasqually fonde le « Temple des Elus Cohens ».

- 1756 : Von Hund re(?)-crée la « Stricte Observance » (dite « Templière » ultérieurement)- Cf.1620 -, avec l'aval de Frédéric de Prusse (initié en 1738) et la référence aux « Supérieurs Inconnus ».

- 1760 : Martinez de Pasqually fonde « Les Chevaliers Maçons Elus Cohens de l'Univers »(statuts en 1767).

- 1763 : convent d'Altenberg (Saxe) : statuts de la « Stricte Observance », immédiatement adoptés en Suisse.

- 1768 : Willermoz devient Elu Cohen de Martinez de Pasqually, qui, lui, rencontre Louis Claude de Saint- Martin, futur « Philosophe Inconnu », et en fait son secrétaire.

- 1772 : convent de Kohlo (Lusace) : la « Stricte Observance » prend le nom de « Régime Ecossais Rectifié » (sens alchimiste) et s'introduit à Strasbourg (ville française depuis 1687): Province de Bourgogne.
Willermoz et St-Martin créent un « Tribunal Souverain », future Grande Loge Ecossaise.

- 1773 : visite à Strasbourg, puis Lyon, du Baron de Weiller, dépêché par Von Hund.

- 1774 : Willermoz introduit à Lyon le R.E.R., qui essaime à Bordeaux et Montpellier.

- 1776 : mort de Von Hund.

- 1777 : enquête diligentée par le Duc de Brunswick, « Magnus Superior » de la S.O. depuis Kohlo : le mythe Von Hund s'écroule, la S.O. sera qualifiée de « secte venimeuse ».

- 1778 : convent des Gaules : avec l'accord de Brunswick, Willermoz fonde l' « Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » (C.B.C.S.), qui remplace la S.O. en France, avec de nouveaux codes.

- 1779 : création du Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie, qui passe de la S.O. (cf.1763) au C.B.C.S./R.E.R.

- 1782 : convent de Wilhemsbad : la réforme lyonnaise est adoptée, l'ascendance templière est rejetée.

- 1794 : Brunswick dissout toutes les Loges se réclamant de la S.O.
Le R.E.R. lui même se met en sommeil pour cause de Révolution, accusé de « parti de l'étranger ».

4) Le XIXème siècle : l'ère du Phénix...

- 1805 : réveil du R.E.R. à Besançon.

- 1807 : la Loge du Centre des Amis (Paris, 1793) passe au R.E.R., et se constitue, avec Willermoz, en Préfecture de Neustrie, relevant du Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie (Zürich).

- 1811 : traité entre le G.O.D.F. (Paris, 1773) et le R.E.R., en fait Lyon, Montpellier, Besançon.

- 1828 : le dernier Directoire R.E.R. (Besançon) remet ses archives à Zürich et se dissout.

 

 source : www.ledifice.net

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Les templiers et la maçonnerie écossaise

10 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Quel est le devoir en Loge d'un bon Maçon?

Cette question est souvent posée dans notre rituel, et si il existe des bons Maçons, n'exercent-ils leur devoir qu'en Loge?

Existe-t-il une règle Maçonnique copiée sur celle des Templiers?

Si oui, il serait souhaitable de bien connaître l'origine d'un rite que bon nombre de profanes assimilent aux Templiers.

Ce qui est certainement étrange, pour tous ceux qui frappent à la porte du Temple, c'est la pratique d'un rite dit "chevaleresque" et d'origine "écossaise".

D'où vient ce mystère et peut-on trouver un lien entre les moines soldats de l'Ordre du Temple et la Maçonnerie Ecossaise.

Car il s'agit bien d'un mystère pour celui qui porte l'épée en Loge et qui prête serment sur l'Evangile de Saint-Jean. Peut-on s'imaginer être des descendants d'un Ordre, dont ses actes guerriers ont marqué à tout jamais la Chrétienté.

Cette question appelle des réponses, même si elles sont supposées. Et si l'histoire y répond en partie, il serait bon d'en faire un inventaire afin de comprendre la complexité du Régime Ecossais Rectifié.

Bien sûr, ce travail n'est qu'approximatif et restera inachevé, cependant je vais essayer de remonter le temps et de découvrir la trame de ce que j'appellerai "le mystère du Temple".

Si les Templiers étaient connus à cause des Croisades en Terre Sainte, bon nombre de personnes pensent qu'ils ont disparu après leur arrestation.

Mais qu'en est-il exactement?

Officiellement baptisée "Ordre des Pauvres Chevaliers du Temple de Salomon" l'Organisation fut fondée en 1118 par HUGUES DE PAYNS pour escorter les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte. Pendant les 9 premières années, les chevaliers restèrent 9, puis l'Ordre s'ouvrit et ne tarda pas à devenir une force considérable au Moyen Orient et dans toute l'Europe.

HUGUES DE PAYNS entreprit alors un voyage en Europe pour solliciter des terres et de l'argent auprès des rois et des nobles. Il visita l'Angleterre en 1129 où il fonda le premier site Templier à Londres.

Comme tout moine, un Templier faisait vou de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et il était contraint au besoin de tirer l'épée contre les ennemis du Christ. L'image des Templiers devint inséparable des croisades organisées pour chasser les infidèles de Jérusalem et maintenir la ville sous domination Chrétienne.

C'est en 1128 que le Concile de TROYES déclara officiellement le Temple Ordre religieux et militaire. L'artisan principal de ce mouvement, BERNARD DE CLAIRVAUX, dirigeait l'Ordre Cistercien et il fut canonisé. Il rédigea la "Règle des Templiers", qui s'inspirait de celle des Cisterciens.

La richesse du Temple résulte en partie de sa Règle : tout nouveau membre devait céder ses biens à l'Ordre, qui s'enrichit parallèlement grâce aux donations massives de terres et d'argent de nombreux rois et de nobles. Ils devinrent les premiers banquiers internationaux, malgré le fait que leurs hommes de troupe étaient impécunieux.
Les Templiers étaient aussi célèbres pour leur vaillance au combat jusqu'à la témérité. Leur Règle leur interdisait de se rendre en combat si l'adversaire n'était pas au moins 3 fois plus nombreux. Ils constituaient des forces spéciales, un corps d'élite avec Dieu et l'argent dans leur camp. Malgré leurs efforts, la Terre Sainte tomba peu à peu aux mains des Sarrasins. En 1291, la ville d'ACRE, ultime territoire Chrétien était perdue à son tour.

Sans emplois, mais toujours riches et arrogants, les Templiers suscitaient un vif ressentiment car ils étaient exemptés de taxes et ne devaient allégeance qu'au Pape. En 1307, s'amorça leur déclin. Le Roi de France PHILIPPE LE BEL orchestra la destruction du Temple avec la complicité du Pape. Des ordres secrets furent transmis aux émissaires du Roi et le Vendredi 13 Octobre 1307 les Templiers, cernés de toutes parts, furent arrêtés, torturés et brûlés vifs, mais en fait peu d'entre eux furent exécutés.

Leur Grand Maître, JACQUES DE MOLAY, fut brûlé sur l'Ile de la Cité, à l'ombre de Notre-Dame de Paris, et sur les milliers d'autres, seuls ceux qui refusèrent de passer aux aveux, ou qui se rétractèrent, furent tués.

Malgré ce qu'on a pu leur faire avouer sous la torture, il semble quand même que les Templiers aient bel et bien été engagés dans des activités mystérieuses, voire occultes. Parmi ces confessions forcées, un certain FOULQUES DE TROYES aurait eu des déclarations énigmatiques, notamment en ce qui concerne Jésus et un grand secret (??).

Les Templiers vénéraient JEAN LE BAPTISTE, et l'Agneau de Dieu était un de leurs symboles essentiels, qui devint d'ailleurs l'un de leurs sceaux officiels, surtout dans le midi. On leur avait octroyé, au début de leur règne, une aile complète du Palais Royal de Jérusalem, qui aurait été construit sur les fondations du Temple de Salomon, dont les Templiers tiraient leur nom.

Certains disent que les Templiers espéraient trouver en Terre Sainte l'Arche d'Alliance et qu'ils auraient découvert des documents cachés provenant de la même source que les manuscrits de la Mer Morte.

Le Symbole Templier le plus connu était une croix rouge sur fond blanc, qu'ils portaient toujours sur eux, ils étaient considérés comme les chevaliers dévoués du Christ et les gardiens de l'idéal chrétien.

Les Commanderies qu'ils construisirent avaient la particularité d'être toutes à moins d'une journée de cheval les unes des autres, facilitant ainsi leurs communications.

L'aspect ésotérique de l'histoire du Temple est important et le Languedoc-Roussillon était la patrie de l'Ordre, en dehors de la Terre Sainte, comme les Cathares.

Certains documents prouvent qu'au plus fort de la Croisade Albigeoise, les Templiers hébergeaient des Cathares en fuite, allant même jusqu'à leur prêter main forte contre les croisés. Les inquisiteurs en avaient connaissance puisqu'ils firent déterrer des Cathares en Terres Templières, ceux-là mêmes qui torturèrent les Templiers par la suite. Certains pensent que Templiers et Cathares partageaient une connaissance secrète aux implications explosives.

Beaucoup de Templiers eurent néanmoins la vie sauve lors de ce sinistre Vendredi 13 Octobre 1307, et ils furent même autorisés à reformer l'Ordre sous un nom différent, alors que tous leurs biens avaient été confisqués.

Deux pays offrirent asile aux chevaliers en fuite : l'ÉCOSSE et le PORTUGAL, et dans ce dernier, ils prirent le nom de "Chevaliers du Christ".

Pour les historiens et les exégètes, les Templiers existent toujours malgré plusieurs schismes, et ouvreraient désormais au sein de différentes organisations.

L'Ordre du Temple était en fait composé de 7 cercles "extérieurs", consacrés aux petits mystères, et de 3 cercles "intérieurs", correspondant à l'initiation aux grands mystères. Le "noyau", lui, rassemblait les 70 Templiers interrogés par CLEMENT V, après les arrestations de 1307. Ce qui fait dire que le Pape avait certainement infiltré le noyau dur et secret des Templiers, sinon la coordination des inquisiteurs n'aurait pas pu être possible.

Un groupe intérieur pouvait demeurer occulte parce que les Templiers formaient essentiellement une école de mystères, reposant sur l'initiation. La plupart des Chevaliers du Temple n'étaient que de simples soldats chrétiens, alors que le cercle intérieur favorisait l'étude active de sujets ésotériques et religieux. Ils cherchaient les secrets de l'univers et eurent accès à une sagesse traditionnelle fort ancienne.

Ce mode de fonctionnement protégeait les véritables dirigeants de l'Ordre, car les Templiers des cercles inférieurs ne connaissaient pas les secrets des cercles supérieurs, un peu comme en maçonnerie où le mystère est souvent savamment entretenu entre les différents niveaux de la hiérarchie.

Les Templiers pratiquaient aussi l'alchimie et la légende rapporte que leur fortune ou leur trésor serait issu du plomb transformé en or.

Ce qui est curieux, c'est cette vénération que les Templiers portaient à "MARIE-MADELEINE". Dans leur règle, ils devaient allégeance à Béthanie, le Château de MARIE et de MARTHE. L'absolution Templière disait ceci : "Je prie Dieu qu'il pardonne vos péchés, comme il les a pardonné à Sainte Marie-Madeleine et au larron sur la croix".

Autre particularité, durant son premier siècle d'existence, l'Ordre acceptait des femmes qui prêtaient serment, surtout dans le Languedoc, alors qu'une modification ultérieure de la Règle interdisait spécifiquement aux Templiers de les accepter dans leurs rangs, afin de respecter le code chevaleresque et le célibat imposé aux moines soldats.

Ce qui est le plus étonnant, c'est que les Templiers marchèrent vers l'abattoir comme des agneaux, lors de leur arrestation, sans demander de renforts à l'étranger et sans vraiment se défendre contre les inquisiteurs, ce qui n'était pas coutumier dans la pratique de leur règle.

Certains, comme le Trésorier de l'Ordre, glissèrent à travers les mailles du filet, comme s'ils avaient bénéficié de complicités. Même la célèbre flotte Templière disparut et ne fut pas mentionnée lors des confiscations infligées par le Roi de France. Sans doute existait-il un complot prévu par le Pape et certains Templiers, afin d'éviter les débordements de l'Ordre et le rendre clandestin. Il n'existe à ce jour aucune trace de ces éventuels accords secrets, sauf peut-être dans les archives du Vatican.

Les Templiers avaient des connaissances secrètes et employaient un Code connu sous le nom d'ATBASH, qui, appliqué au nom de la mystérieuse idole templière à tête coupée appelée "BAPHOMET", on obtient le terme grec "SOPHIA", qui signifie "sagesse", en hébreu on dit "HOKMAH". La Sophia a été présentée par les Juifs et les chrétiens comme la "compagne de DIEU", qu'elle influence et conseille.

La Sophia se situait au centre de la cosmologie gnostique. Dans le texte de NAG HAMMADI, découvert en 1947 en Egypte, intitulé "PISTIS SOPHIA", elle est intimement associée à Marie Madeleine. En tant que HOKMAH, elle est la clé de la compréhension gnostique de la KABBALE, système occulte influent à la base de la magie médiévale et renaissante. Chez les gnostiques, elle correspondait à la déesse grecque ATHENA et à l'égyptienne ISIS, parfois appelée SOPHIA. Ce qui fait dire que les Templiers croyaient fermement en un principe féminin.

Les églises bâties par les Templiers étaient le plus souvent circulaires, parce qu'ils croyaient que tel était le Temple de Salomon. Peut-être le symbole d'un univers rond, mais plus probablement celui de la féminité. Cercles et cycles sont toujours associés aux déesses et au principe féminin, tant en ésotérisme qu'en biologie.

Le cercle est un archétype universel, les tertres funéraires préhistoriques étaient déjà circulaires car ils représentaient le ventre de la Terre, permettant ainsi une renaissance en esprit. Les hommes faisaient le lien entre la rondeur du ventre d'une femme enceinte et la pleine lune, qui en vint à symboliser la "maternité" de la déesse. Quoi qu'il en soit, l'Eglise Romaine déclara officiellement hérétiques les églises circulaires.

Les Templiers furent aussi les principaux instigateurs de la construction des grandes cathédrales gothiques, en particulier celle de Chartres. On les trouve aussi à l'origine des Guildes de Bâtisseurs, notamment celles des maçons, et leur écriture codée correspondait à une connaissance ésotérique templière.

SAINT-BERNARD, Patron des Templiers, avait défini Dieu comme étant "longueur, largeur, hauteur et profondeur", et les Templiers étaient eux-mêmes de grands bâtisseurs et de grands architectes.

Le plan des Cathédrales était conçu pour prendre en compte les principes d'une géométrie sacrée, dont certaines proportions géométriques sont en résonance avec l'harmonie divine. Voilà qui éclaire la déclaration de PYTHAGORE : "tout est nombre" et conforte l'idée que les mathématiques sont le langage par lequel Dieu ou les Dieux s'adressent à l'homme. Cette architecture ésotérique utilisait "la proportion dorée", c'est-à-dire la proportion parfaite, étant en quelque sorte une forme de panacée. Il y avait donc un sens dans la forme et une harmonie dans la proportion.

Le légendaire Temple de Salomon était pour les Templiers, comme aujourd'hui pour les Maçons, le plus beau fleuron de la géométrie sacrée. Il provoquait une réaction qui transcendait les 5 sens. Il était en résonance unique avec l'harmonie céleste. Sa longueur et sa largeur, sa hauteur et sa profondeur reproduisaient les proportions idéales de l'univers, le nombre d'or. Le Temple de Salomon était, en d'autres termes, l'âme même de Dieu, burinée dans la pierre.

Les Templiers étaient des êtres pragmatiques, qui recherchaient toujours l'application pratique d'une connaissance ésotérique. D'après eux, Dieu avait véritablement enseigné l'application pratique de la géométrie sacrée par le biais de l'architecture. Ils gravaient ainsi des messages codés dans la pierre afin de rappeler les principes hermétiques des maçons et des chevaliers.

SALOMON, fils du ROI DAVID, le légendaire héros Juif, construisit donc un temple d'une beauté inégalée, en utilisant les matériaux les plus fins et les plus riches, par l'intermédiaire de HIRAM ABIFF. Du marbre, des pierres précieuses, des bois aromatiques et les tissus les plus délicats furent utilisés pour que DIEU lui-même se sente chez lui. En son cour se trouvait le Saint des Saints, la mystérieuse "ARCHE D'ALLIANCE", qui devait répandre de grandes bénédictions sur les "justes", mais aussi détruire les "pécheurs". Les Templiers ont peut-être vu là l'arme ultime, et sont-ils partis à sa recherche?

La décoration des Cathédrales nous fournit des indications sur l'idée que les Templiers se faisaient de "l'Arche". Les allusions bizarres de ces constructions gothiques nous renvoie à l'Alchimie, pratiquée par les Templiers.

L'Alchimie nous viendrait des anciens égyptiens, via les arabes dont le mot dérive. Il englobait un ensemble d'activités et des modes de pensée : "magie, chimie, philosophie, hermétisme, géométrie sacrée et cosmologie".

Elle s'intéressait aussi à la recherche génétique et à des méthodes visant à ralentir le processus de vieillissement voire même à reproduire l'immortalité physique, sans doute est-ce là l'ancêtre de la chimie moderne et de la science actuelle.

Pour l'Eglise Romaine, tout Alchimiste était par définition hérétique, et cette pratique devint "l'Art noir".

L'Alchimie d'alors comptait plusieurs niveaux : "l'exotérique", qui consistait en un travail et une expérimentation sur les métaux, pour atteindre le Grand Ouvre en transmutant un métal vil en or. Et "l'ésotérique", où l'individu accède à l'illumination spirituelle et se trouve physiquement revitalisé grâce à un processus magique, qui l'amène au Grand Ouvre, acte d'initiation suprême.

Le symbole alchimique du Grand Ouvre est l'hermaphrodite, qui est littéralement la fusion du Dieu HERMES et de la Déesse APHRODITE. Certains imaginent que la réussite alchimique produirait une transformation si profonde, que celui qui y parviendrait risquerait de changer de sexe, ce qui est une pure légende médiévale.
Les cathédrales gothiques abritent nombre de curieux personnages, des démons aux hommes végétaux. Une sculpture de la cathédrale de Nantes représente une femme qui se regarde dans un miroir, l'arrière de sa tête étant le visage d'un vieillard. A Chartres, la pseudo Reine de SABA porte la barbe. On trouve ainsi des symboles alchimiques dans toutes les cathédrales associées aux Chevaliers du Temple.

Les Templiers connaissaient les propriétés de la terre et choisissaient un lieu en raison de la nature spécifique de son sol. Ils gravaient des symboles alchimiques dans ses pierres et laissaient des traces d'influences cathares et musulmanes. Ils fondèrent ainsi un hôpital pour Templiers en un lieu où le sol avait des propriétés curatives, et bien sûr on y trouvait des symboles alchimiques. En France, les anciennes propriétés templières sont d'ailleurs devenues des centres alchimiques majeurs.

Pour les Templiers, toute démarche alchimique débute par la quête du GRAAL, qui est l'allégorie du voyage spirituel du Héros vers sa propre transformation intérieure. L'expérience du GRAAL était exclusivement réservée aux plus grands initiés, dont l'objet, quel qu'il soit, était toujours gardé par des femmes. Aujourd'hui, le SAINT GRAAL désigne souvent un objectif illusoire et représente un symbole de perfection. Le GRAAL est un objet mystérieux, un trésor gardé dans une caverne, dit-on. Dans la légende, le GRAAL est une coupe dans laquelle JESUS aurait bu lors de la Cène. JOSEPH D'ARIMATHIE, un riche ami de JESUS, recueillit dans cette coupe le sang versé lors de la crucifixion, et qui se révéla posséder des propriétés miraculeuses.

La quête du SAINT GRAAL s'accompagne d'innombrables dangers tant physiques que spirituels. Dans toutes les versions de l'histoire, la coupe est à la fois objet concret et symbole d'éternité; le quêteur devant affronter toutes sortes d'ennemis et notamment des êtres surnaturels. Les plus anciennes versions de cette légende s'inspirent des mythes Celtes du ROI ARTHUR et de sa Cour. La première romance du GRAAL est une oeuvre inachevée de CHRETIEN DE TROYES datant de 1190, dont la ville qui porte son nom était le siège de la première commanderie templière et un centre kabbalistique connu.

Les Templiers vouaient aussi un culte à JEAN BAPTISTE. Dans la version de CHRETIEN DE TROYES, le Héros se nommait PEREDUR et le GRAAL était un plateau ou un plat sur lequel se trouvait une tête coupée. Rappelons que JEAN BAPTISTE fut décapité par HERODE ANTIPAS , celui-là même à qui il reprochait d'avoir épousé l'ex-femme de son demi-frère. Pour certains Juifs de cette époque, JEAN BAPTISTE était considéré comme le vrai messie et JESUS son disciple. Le moment critique de cette version, donc, est le moment où le Héros ne pose pas la question qui s'impose, ce péché d'omission le mettant alors en danger extrême.

Une autre version datant de 1205 laisse apparaître un Chevalier nommé GAWAIN, qui cherche l'épée qui a tranché la tête de JEAN BAPTISTE, et qui, par magie, saigne tous les jours à midi. Dans PERLESVAUS, écrit par un moine de l'abbaye de GLASTONBURY, les servants d'élite du GRAAL portent des vêtements blancs marqués d'une croix rouge, comme les Templiers.

Dans PARZIVAL, datant de 1220, le Château du GRAAL est un lieu secret gardé par les Templiers qualifiés d'hommes baptisés. Pour les gardiens du SAINT GRAAL, qui était le sang royal, le grand secret renvoie à une filiation sacrée liée à JESUS et MARIE MADELEINE. Ce Château aurait été identifié comme étant celui de MONTSEGUR, alliant ainsi Templiers et Cathares, gardiens d'un trésor inestimable. Le GRAAL étant ici symbolisé par une pierre, aussi appelée "pierre de mort" ou "pierre philosophale".

Les templiers sont donc à l'origine de nombreuses légendes et d'un symbolisme chrétien très poussé. Ils étaient censés posséder un reliquaire d'argent en forme de crâne de femme du nom de "CAPUT" qui veut dire "tête". Ils auraient aussi possédé l'index droit de JEAN BAPTISTE, souvent représenté avec l'index droit levé rituellement et peint par LEONARD DE VINCI.

Il faut rappeler qu'un mythe tenace fait état d'une relique détenue par les Templiers, contenant la tête du BAPTISTE, qu'ils auraient exhumé du Temple d'HERODE à Jérusalem. Les Templiers seraient ainsi liés à la décapitation et au fléau, 2 éléments majeurs du cycle du GRAAL.

Une autre tradition, semble-t-il plausible, indique que les romances du GRAAL furent inspirées par une "Eglise cachée" liée aux Templiers. La tradition JOHANNITE fait état d'une école mystique chrétienne fondée par JEAN L'EVANGELISTE et reposant sur des enseignements secrets transmis par JESUS. Cette connaissance ésotérique ne transparaissant pas dans les enseignements de l'Eglise de PIERRE.

Cette connaissance secrète basée sur l'Alchimie et la sexualité sacrée, incarnée par MARIE MADELEINE, connue aussi par les Cathares, a-t-elle été enfouie dans l'oubli? Toute survivance templière implique la transmission de grands secrets à travers une tradition occulte toujours active. Des secrets concernant le savoir scientifique des anciens alchimistes et des traditions ésotériques orientales, qui seraient toujours disponibles aujourd'hui.

Le mouvement Templier ne s'est pas éteint et certains Chevaliers ont réussi à fuir, notamment en Grand Bretagne. En Angleterre, par exemple, EDOUARD II refusa de croire les Templiers coupables des crimes dont on les accusait, s'engageant même dans un débat fiévreux avec le Pape et s'opposant à l'emploi de la torture.

En Allemagne, HUGO DE GUMBACH, Maître Templier, fit une entrée spectaculaire au Concile ouvert par l'Archevêque de Metz. Revêtu de son armure et accompagné de 20 Chevaliers triés sur le volet, il déclara que le Pape était un suppôt de Satan et qu'il devait être déposé. Il déclara que ses hommes étaient prêts à se soumettre à la justice divine en combattant l'ensemble des participants au Concile. Les charges furent abandonnées et les Chevaliers allèrent clamer partout leur innocence.

En Aragon et en Castille, les Archevêques qui présidaient le procès des Templiers, les ont déclaré innocents en 1312, malgré les ordres du Pape quant à la dissolution de l'Ordre. En France, peu d'entre eux furent exécutés et la plupart furent libérés après avoir abjuré. Ils reformèrent l'Ordre dans d'autres pays et certains rejoignirent les Ordres existants, comme les "Chevaliers Teutoniques". La plupart de leurs terres furent distribuées à leurs rivaux les "Chevaliers Hospitaliers". En Ecosse et en Angleterre, les propriétés templières restèrent aux mains des mêmes familles jusqu'en 1650.

La Franc-maçonnerie s'est ainsi développée en Ecosse sous l'influence de Templiers isolés, avant de se répandre en Angleterre en 1603, après l'accession au trône du Roi Ecossais JACQUES IV. Les Templiers seraient ainsi à l'origine de la révolte des paysans en 1381 qui s'en prirent aux biens de l'Eglise et des Chevaliers Hospitaliers. Néanmoins, la Maçonnerie des débuts était une école de mystères avec des initiations solennelles s'inspirant de traditions occultes anciennes ; visant ainsi à provoquer une illumination transcendantale et à tisser des liens intimes entre les Frères.

JOHN ROBINSON affirme détenir des preuves de l'existence de loges maçonniques dès les années 1380, un traité alchimique datant de 1450 utilise le terme "Franc-maçon", les premières références connues datant de 1614. Lors de la création de la ROYAL SOCIETY en Angleterre, il est fait état d'un "Collège invisible" original des Franc-maçon, formé en 1645.

L'actuelle Maçonnerie est apparue le 24 Juin 1717, jour de la Saint-Jean Baptiste, et constituée par la Grande Loge.

Il est avéré que la Maçonnerie était déjà une véritable société secrète avant sa fondation officielle. Certains prétendent descendre des guildes médiévales anglaises de tailleurs de pierres, qui utilisaient des gestes et des signes de reconnaissance secrets, ainsi que la géométrie sacrée.

Ces tailleurs de pierres auraient hérité leur connaissance secrète des bâtisseurs du Temple de Salomon.

Par contre les Templiers écossais actuels affirment descendre des Chevaliers fugitifs, qui avaient hérité de la flotte templière. Ils se battirent contre les anglais à la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, jour de la Saint-Jean Baptiste ; un contingent de Chevaliers du Temple assurant la victoire à la 11ème heure. Certains édifices portent les traces de cette tradition templière et maçonnique comme la chapelle de ROSSLYN à côté d'Edimbourg, qui fut bâtie entre 1450 et 1480.

Cependant en 1329, l'ombre de l'autorité Papale plana une nouvelle fois sur les Templiers lorsqu'il fut question de lever une croisade contre l'Ecosse. Les Templiers écossais jugèrent alors plus prudents de rentrer dans la clandestinité comme leurs Frères européens. Ce serait là une origine de la Franc-Maçonnerie.

Un écossais, ANDREW MICHAEL RAMSAY, Chevalier de l'Ordre de Saint-Lazare, fit un discours mémorable en 1737 à Paris, lors d'une réunion maçonnique où il fit la première allusion officielle au fait que les Francs-maçons descendraient des Templiers. Peut-être est-ce la raison de l'excommunication de l'ensemble de la Fraternité Maçonnique par le Pape l'année suivante.

L'inquisition n'hésitât pas à arrêter et torturer des Francs-maçons suite à la publication de cette bulle papale.

Par la suite, un certain Baron VON HUND affirma avoir été initié dans un Ordre Maçonnique du Temple à Paris en 1743, il ouvrit des Loges fondées sur une tradition qu'il nomma « STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE », plus connue en Allemagne sous le nom de « CONFRERIE DE JEAN BAPTISTE ». L'histoire précisait que lors de la condamnation du Temple, certains chevaliers s'étaient enfuis en Ecosse et avaient poursuivi l'idéal Templier tout en élisant régulièrement leurs Grands Maîtres. Le Baron VON HUND disait détenir une liste recensant tous les Grands Maîtres successeurs de JACQUES DE MOLAY dans la clandestinité, ce que les historiens n'ont jamais pu découvrir. Il se disait aussi détenteur de la patente Templière héritée des descendants de ces Grands Maîtres Templiers.

En fait la « STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE » était essentiellement un réseau alchimique de pure tradition templière. La Franc-maçonnerie Templariste se trouva alors établie des 2 côtés de l'Atlantique, ce qui influença certainement la pratique du RITE ECOSSAIS, dont le RITE ECOSSAIS RECTIFIE et le RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE sont particulièrement actifs en France. Certains ont même suggéré que les Templiers s'étaient cachés dans les hauts grades de la Maçonnerie, ce qui est difficile à vérifier quand on connaît l'hermétisme des Rites Ecossais.

Les Maçons Français, par contre véhiculaient une curieuse légende relative à « MAITRE JACQUES », personnage mythique et Saint Patron des guildes de tailleurs de pierres Français au Moyen Age. Il aurait été l'un des Maîtres Maçons qui ouvrèrent à la construction du Temple de Salomon. Après la mort d'HIRAM ABIFF, il quitta la Palestine avec 13 Compagnons et fit voile vers MARSEILLE. Les partisans de son pire ennemi, le Maître Maçon « FRERE SOUBISE », ayant décidé de le tuer, il se retira dans la caverne de la SAINTE BAUME, celle-là même qui aurait abrité MARIE MADELEINE. En vain, il fut trahi et assassiné. Aujourd'hui encore, bon nombre de Maçons vont en pèlerinage sur le site le 22 Juillet, jour de la Sainte Marie Madeleine, ainsi que certains Compagnons du Devoir, que l'on peut considérer comme des Maçons opératifs de l'ancienne tradition.

Un autre candidat au titre d'héritier de la connaissance ésotérique des Templiers est le mouvement de la « ROSE-CROIX ». L'hermétisme serait à l'origine de la renaissance et des Rose-Croix, alors que le gnosticisme donna naissance à l'hérésie Cathare. Tous 2 découlent des mêmes idées cosmologiques. Dans la hiérarchie des « mondes » et des « sphères », la matière occupe l'échelon le plus bas, le plus élevé revenant à Dieu. L'homme étant un être divin « emprisonné » dans une enveloppe matérielle, mais renfermant toujours une étincelle divine. Les hermétistes disaient souvent : « ne savez-vous pas que vous êtes des Dieux ? ». Les gnostiques expriment cette notion en termes religieux, ils prônent que « la réunion avec le Divin serait le salut ».

Le gnosticisme et l'hermétisme s'inspirent tous 2 des idées développées en Egypte, et plus particulièrement à Alexandrie aux 1er et 2ème siècles avant notre ère. Les Evangiles gnostiques découverts à NAG HAMMADI en 1947 comprennent des dialogues d'HERMES TRISMEGISTE. Il s'agirait d'une cinquantaine d'Evangiles rejetées par l'Eglise de PIERRE lors du Concile de NICEE devant ordonner le nouveau testament, et cachés en Egypte jusqu'à leur découverte.

La cosmologie de la PISTIS SOPHIA, l'Evangile gnostique qui attribue un rôle si important à MARIE MADELEINE, ne diffère guère de celle des mages de la renaissance. Les mêmes idées, la même culture, la même époque et le même lieu ont donné naissance à l'Alchimie, qui est née dans l'Egypte des premiers siècles de notre ère.

HERMES TRISMEGISTE aurait écrit : « quel miracle que l'Homme ! » cette exclamation sous-entend que l'Humanité renfermerait une étincelle divine. Contrairement aux Catholiques, les gnostiques et les hermétistes ne se considèrent pas comme des créatures inférieures et perdues, vouées au purgatoire, sinon à l'enfer. De la conscience de leur étincelle divine découlait le respect de soi et la confiance, l'ingrédient magique permettant à l'Homme de réaliser son potentiel, telle était la clé de la renaissance.

La naissance de l'hermétisme, quant à lui, était attribuée à HERMES TRISMEGISTE , auteur du légendaire « CORPUS HERMETICUM » et à sa table d'émeraude, sur laquelle étaient gravés des secrets profonds.

Les Rosicruciens par contre devaient leur nom à leur fondateur mythique « CHRISTIAN ROSENKREUZ », qui serait mort en 1484 à l'âge de 106 ans. Il aurait voyagé à travers l'Egypte et la Terre Sainte en quête d'une connaissance secrète qu'il aurait transmis à ses adeptes, ceux-là mêmes qui auraient joué un rôle important dans le développement de la Franc-Maçonnerie. Les 2 premiers Maçons Anglais connus : « ELIAS ASHMOLE » et l'alchimiste « ROBERT MORAY », auraient été liés au mouvement de la Rose-Croix. Ainsi donc, dans certaines formes de Maçonnerie, on vit apparaître les grades de « Chevalier du Temple » et de « Rose-croix ».

Les branches de la Franc-maçonnerie « occulte » remontant à la « Stricte Observance Templière » du Baron VON HUND, se développèrent surtout en France, et la clé en est fournie par le « RITE ECOSSAIS RECTIFIE », spécifiquement consacré aux études occultes dont certains insistent sur ses origines templières. Cette forme de Maçonnerie entretiendrait les liens les plus étroits avec les sociétés Rosicruciennes. Sa création remonte à 1778 lors d'un convent de Maçons Templaristes à Lyon.

En 1782, toutes les obédiences européennes se réunirent à Wilhelmsbad, dans la Hesse, sous la présidence du DUC DE BRUNSWICK, afin de régler la question de la relation maçonnique avec l'Ordre du Temple. Ce fut la fin de la Stricte Observance Templière du Baron VON HUND, mais les Templaristes firent reconnaître le RITE ECOSSAIS RECTIFIE, succédant ainsi au dernier rite templier.

Tous les Maçons se réfèrent au mystérieux « fils de la veuve ». Dans les rites égyptiens cette veuve n'est autre qu'ISIS. JACQUES-ETIENNE MARCONIS DE NEGRE fonda en 1838 le rite de MEMPHIS qui se prétendait descendre de la tradition templariste du Baron VON HUND.

Par contre, un peu avant, en 1804 BERNARD RAYMOND FABRE-PALAPRAT fonda « l 'ORDRE MILITAIRE DU TEMPLE DE JERUSALEM » et celui-ci prétendait détenir son autorité de la « Chartre de transmission de JOHANNES MARCUS LARMENIUS, nommé Grand Maître Templier par JACQUES DE MOLAY en 1324 ».FABRE-PALAPRAT a utilisé le « LEVITIKON » pour fonder son Eglise JOHANNITE néo-Templière, qui est une version de l'Evangile de JEAN aux accents nettement gnostiques remontant au 11° siècle.

Le « LEVITIKON » comprend 2 parties : la 1ère reprend les doctrines religieuses communicables aux initiés, que l'on retrouve dans le rituel des 9 grades de l'Ordre du Temple, et la 2ème est identique à l'Evangile de JEAN sans les 2 derniers chapitres.

Le « LEVITIKON » évoque une tradition du Moyen Orient utilisée par la secte JOHANNITE. JESUS y est présenté comme un initié aux mystères d'OSIRIS, il serait un simple mortel et non le fils de Dieu, mais le fils illégitime de MARIE. D'après cette secte le dogme de l'Immaculée Conception aurait été l'invention des Evangélistes pour occulter l'illégitimité de JESUS et le fait que sa mère ignorait l'identité de son père. Tous les chefs Johannites adoptèrent le titre de CHRIST, selon le terme grec original « CHRISTOS », qui pouvait désigner tout initié gnostique.

Rappelons que la légende d'OSIRIS, à laquelle fait allusion le LEVITIKON est une pure tradition égyptienne. OSIRIS était l'époux de sa soeur ISIS, la belle déesse de l'amour, de la guérison et de la magie. Leur frère SETH, qui désirait ISIS, complota pour assassiner OSIRIS. Ses complices surprirent ainsi OSIRIS, le démembrèrent et dispersèrent les morceaux de son corps. Désespérée, ISIS sillonna le monde pour les retrouver avec l'aide de NEPTHIS, elle aussi déesse et épouse de SETH. Toutes les 2 retrouvèrent les membres d'OSIRIS, à l'exception du phallus. Après les avoir rassemblé, ISIS utilisa un phallus artificiel pour concevoir HORUS, puis elle aurait eu ensuite une relation avec SETH, semblant ainsi obéir à un désir de vengeance.

HORUS, alors adolescent, prit ombrage de cette liaison, y voyant une trahison à la mémoire de son père OSIRIS. Il s'opposa alors en duel à SETH qu'il tua, mais y perdit un oil dans le combat. Il fut guéri et l'oil d'HORUS devint l'un des talismans magiques les plus appréciés en Egypte.

D'après FABRE-PALAPRAT, JESUS, initié au culte d'OSIRIS aurait transmis sa connaissance à JEAN « le bien-aimé » et ces enseignements secrets auraient influencé les Chevaliers du Temple.

HUGUES DE PAYNS et les Chevaliers fondateurs du Temple auraient donc été des initiés Johannites. Les Templiers se laissèrent ensuite corrompre par l'amour du pouvoir et de la richesse. Le Roi de France et le Pape ne pouvant tolérer que la vraie nature des Templiers soit connue, inventèrent-ils les accusations « d'idolâtrie, d'hérésie et d'immoralité ». Cependant, avant son exécution, JACQUES DE MOLAY aurait organisé et institué la Maçonnerie occulte selon ELIPHAS LEVI. Ce que contestent les partisans du « RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE », en prétendant que les Rosicruciens n'auraient pas adopté des doctrines templières, mais qu'ils se seraient fondus aux groupes templiers survivants en prenant JEAN L'EVANGELISTE comme Patron.

A l'origine, lorsque GODEFROY DE BOUILLON aurait rencontré des représentants d'une mystérieuse « EGLISE DE JEAN » appelés « les Frères d'ORMUZ », il aurait constitué un gouvernement secret auquel l'Ordre du Temple se conforma. Les Templiers auraient donc été créés pour épouser les idéaux de cette mystérieuse EGLISE DE JEAN.

Les Chevaliers du Temple et les Maçons ont adopté 2 traditions, celle de JEAN BAPTISTE et celle de JEAN L'EVANGELISTE. Les 2 « JEAN » comptent ainsi beaucoup pour la fraternité. Cette double vénération s'est établie au fil des ans, alors que cette allégeance à 2 Saints Chrétiens a complètement occulté le nom de JESUS. D'après la Maçonnerie Ecossaise, les initiés se sont transmis les secrets des premiers Templiers, et l'Evangile de JEAN, sur laquelle est prêté serment, renfermerait des secrets occultes.

Une légende plus récente nous renvoie à RENNES LE CHATEAU où l'ABBE SAUNIERE aurait fait une découverte liée aux secrets occultes des Templiers et des Cathares, ce que revendique un mystérieux Ordre : « LE PRIEURE DE SION », à l'origine semble-t-il de la création de l'Ordre du Temple et dont ses illustres Grands Maîtres auraient été ISAAC NEWTON, LEONARD DE VINCI ou encore ANDRE MALRAUX.

Cet Abbé aurait pratiqué le RITE ECOSSAIS RECTIFIE suivant une branche de la Maçonnerie occulte descendant des Templiers. Le Temple qu'il aurait d'ailleurs construit rassemble tous les symboles du Temple de Salomon ainsi que des rites écossais.

Le mystère du RITE ECOSSAIS RECTIFIE, hérité de la lignée des Templiers, renferme-t-il un enseignement secret lié à l'Evangile de JEAN, dont l'un est exotérique et l'autre ésotérique, réservé uniquement au cercle des initiés ?

La résurrection n'est semble-t-il pas un miracle, mais une épreuve initiatique au cours de laquelle le profane vit une mort et une renaissance symbolique avant de recevoir les enseignements secrets, composés avant tout de traditions orales et d'éveil à la spiritualité.

Les écoles de mystères remontent aux Grecs, aux Romains, aux Babyloniens et aux Egyptiens. En fait le Temple et les Maçons en ont repris le principe, en proposant un enseignement gradué pour ceux qui gravissent les échelons abrupts de l'initiation. La sagesse n'y étant accessible que d'après le mérite, un disciple ne reçoit l'illumination que si ses maîtres spirituels le jugent prêt.

JEAN LE BAPTISTE, prônait un acte initiatique unique, transcendant, avec lequel l'individu devait se confesser et se repentir. Le baptême, en tant que symbole extérieur et visible d'un renouveau spirituel intérieur, fait appel à la régénérescence du corps et de l'esprit. Ainsi, les 2 Saints JEAN font parti d'un cycle de mort et de renaissance.

Dans le prologue de l'Evangile de JEAN il est dit : « au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». Le concept de Verbe « LOGOS » semble féminin et le fait d'aller vers Dieu suggère la démarche d'un Homme cherchant l'unité avec la Femme. Ce principe peut être Alchimique si l'Homme conscient de son état, cherche son salut en retrouvant l'unité philosophique et primordiale. Ce que les Templiers pratiquaient d'une façon initiatique pour atteindre la connaissance, en passant par tous les stades intermédiaires.

Le Temple de Salomon fut bâti sur le modèle des temples phéniciens, lesquels se calquaient sur ceux de l'ancienne Egypte. Pour certains, les gravures sur l'Arche d'Alliance représenteraient YAHVE et une divinité féminine. « La Sagesse », en grec « SOPHIA » et en hébreu « CHOKMAH », est représentée par une femme, dont il est dit qu'elle coexista avec YAHVE avant le commencement. Cette allégorie de la Sagesse Divine influence l'Homme en quête de sa propre sagesse, telle qu'elle était au commencement.

Si le RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE vit le jour en 1804 à Charleston aux USA, MARTINES DE PASQUALLY fonda en 1761 l'ORDRE DES ELUS COHENS, d'origine Espagnole, il aurait été lié à l'ORDRE DES DOMINICAINS dont il aurait eu accès à ses archives. Il possédait une patente accordée à son père CHARLES EDWARD STUART, le rattachant à la Maçonnerie Ecossaise que soutenait le Baron VON HUND.

Son secrétaire, LOUIS CLAUDE DE SAINT-MARTIN, philosophe et occultiste, fonda un nouveau rite : « le RITE ECOSSAIS REFORME » affilié à la STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE, lors du Convent de Lyon en 1778, convoqué par JEAN BAPTISTE WILLERMOZ, Membre des ELUS COHENS. Ces Rites Ecossais s'unirent pour devenir le RITE ECOSSAIS RECTIFIE, dont les 3 premiers grades furent mis en place jusqu'en 1782 et jusqu'en 1805 pour la finition des derniers.

JOSEPH DE MAISTRE, un proche de WILLERMOZ, était un Chevalier de l'ORDRE DE SAINT-LAZARE de la branche Italienne. Ainsi le Chevalier RAMSAY était lui aussi un Chevalier de SAINT-LAZARE dont les rituels remonteraient à 1649. Il fut le précurseur de l'Ecossisme en France dans la première moitié du 18ème siècle. Il serait aussi à l'origine de la création d'un rite maçonnique chevaleresque vers 1728, qui aurait pris le nom de RITE DE BOUILLON, ce qui nous ramène au symbolisme du Saint-Sépulcre et de Saint-Lazare, ainsi qu'aux bases de la Chevalerie hiérosolomitaine des années 1097 à 1100.

Sur le plan ethnologique et sociologique, les racines des Chevaleries occidentales sont issues de la distribution des castes dans la mouvance indo-européenne aux alentours de 1500 ans avant J.C.
Au 8ème siècle, dans les rites Germains, des traces de rituels faisaient des jeunes mâles de la tribu des « Chevaliers », lorsqu'ils avaient prouvé leurs qualités de cavaliers et de combattants. Au 12ème siècle, plusieurs Ordres s'attribuent le concept de la « Chevalerie » : l'ORDRE SOUVERAIN DE MALTE, l'ORDRE DU SAINT-SEPULCRE ou l'ORDRE DE SAINT-LAZARE. Mais ce sont surtout les Templiers, dont leur filiation serait antérieure à leur création officielle, qui développèrent la Chevalerie religieuse.

La Chevalerie médiévale ne pouvait être que catholique, apostolique et romaine, et réservée qu'à des initiés. Mais d'autres Chevaleries se sont développées, comme celle du ROI ARTHUR au cours du 6ème siècle.

Au moyen âge, SAINT-BERNARD fut le promoteur des Chevaleries médiévales dont les adeptes auraient été surnommés « FILS DE LA VALLEE ». La milice du Temple adopta d'abord la règle de SAINT-AUGUSTIN lors de sa création en 1118. Puis en 1128, lors du Concile de Troyes, SAINT-BERNARD leur donna une règle définitive issue de la règle Cistercienne, et il bâtissait toujours ses monastères dans les vallées, contrairement à la règle de SAINT-BENOIT qui construisait en haut des collines. L'Ordre des moines soldats se développa jusqu'au 16ème siècle avec la mise en place de la Compagnie de Jésus de SAINT-IGNACE DE LOYOLA : « les JESUITES ».

Si les Chevaliers du Christ, appelés aussi Fils de la Vallée, à cause du mélange de la foi en l'idéal monastique et du code de la Chevalerie sur fond de structure féodale, n'avaient qu'un seul but : « que le Saint-Sépulcre soit Chrétien », ils devaient tout abandonner pour l'Ordre. Les bases de la Chevalerie occidentale sont avant tout axées sur la valeur et le dévouement, et un « Chevalier » était sélectionné surtout pour ce qu 'il était. Ce concept se retrouve d'ailleurs dans le RITE ECOSSAIS RECTIFIE.

Les qualités de la plus belle Chevalerie sont : le courage et la vaillance, mais aussi la foi profonde, le respect des valeurs ainsi que l'élévation spirituelle nécessaire à la relativisation des choses matérielles, comme le pouvoir, l'argent et les honneurs. L'exemple archétypal étant GODEFROY DE BOUILLON.

Néanmoins, on peut considérer que le RITE ECOSSAIS RECTIFIE est Chrétien, dans le sens le plus large et le plus élevé. Le Rite est Chevaleresque comme dans l'archétype de GODEFROY DE BOUILLON : aptitude à l'engagement, respect de l'Etat, respect de la hiérarchie, etc. Il est aussi Hospitalier, au travers de la notion de bienfaisance, car le Maçon doit s'impliquer, dans la mesure de ses moyens, pour soulager les malheurs des autres. Il est aussi marqué par l'illuminisme du 18ème siècle suivant l'héritage de MARTINEZ DE PASQUALLY. Le RER n'est pas tenu pour une vérité et sa profondeur appelle aussi l'humilité.

CONCLUSION :

L'Ordre du Temple était un Ordre militaire et féodal, il ne fut jamais un Ordre Hospitalier basé sur la bienfaisance et la charité Chrétienne dans son sens large et indéfini. Selon DANIEL LIGOU, auteur du « dictionnaire de la Franc-Maçonnerie », le Templarisme Maçonnique est donc une pure légende, et il convient de la considérer comme telle.

L'Ordre de SAINT-LAZARE fait référence à LAZARE : Seigneur de Béthanie, frère de MARTHE et de MADELEINE, qui employait ses biens à soulager les pauvres. Il exerçait l'hospitalité envers les Chrétiens et il trouva une terre de refuge en Provence, après la mort du Christ , en compagnie de ses deux sœurs et d'autres personnages légendaires. Cet Ordre était donc Hospitalier et la bienfaisance était l'axe fondamental de ses actions dans le monde.

Cet Ordre se rapproche du RER actuel, mais le symbolisme employé aux 3 premiers grades fait aussi référence aux symboles des Compagnons du Devoir ainsi qu'aux Guildes des constructeurs de Cathédrales.

On peut aussi considérer que le Maçons Ecossais devient un Chevalier dans l'Ordre intérieur, après avoir construit son propre Temple de Salomon, symbole de base de bon nombre de mouvements Chrétiens.

A la mort de WILLERMOZ, en 1824, le RER qui était surtout pratiqué au sein du GODF, fut mis en sommeil, mais néanmoins récupéré par le PRIEURE D'HELVETIE en Suisse. Lors de sa réactivation en France, en 1913 par CAMILLE SAVOIRE, EDOUARD DE RIBAUCOURT et BALTARD, le Rite avait reçu une impulsion nettement Templière qu'il n'avait pas auparavant.

Le GRAND PRIEURE INDEPENDANT DES GAULES, fondé en 1935 , fut donc à l'origine de la réinsertion du RER en France. Il s'incorpora ensuite à la GLNF, qui se scinda en deux en 1958, donnant naissance à la GLTS OPERA et à son Prieuré : « LE PRIEURE DE FRANCE ».

Aujourd'hui, le RER est surtout pratiqué au GO, à la GLNF et à la GLTS, mais il a le choix de ses options, compte tenu des différents Prieurés dont il dépend. La Maçonnerie Ecossaise a donc une spécificité nettement Hospitalière et Chevaleresque, influencée par différents courants liés à son histoire mouvementée, dont à l'origine se trouve l'ORDRE DU TEMPLE et la STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE, sans oublier les symboles des constructeurs de Cathédrales.

Ce passé riche est certainement à la base d'une tradition solide dont le rituel est l'aboutissement sacramentel. Peut-être devrait-il s'ouvrir à la modernité et s'impliquer davantage dans des tâches plus charitables et bienfaisantes. La devise des CBCS n'est-elle pas : « MELIORA PRAESUMO » ?

V
\M\ et vous mes FF\, J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Trois siècles de résurgences templières

9 Avril 2012 Publié dans #chevalerie

En 1972, l'excellent Laurent Dailliez dénombrait dans le monde quarante-sept groupements néo-templiers ! Combien sont-ils aujourd'hui ? Sans doute bien davantage ! C'est dire combien l'Ordre du Temple garde une partie de son attrait, près de sept siècles après son anéantissement. Au vrai, l'imaginaire templier, mais aussi ce que l'on peut appeler - pourquoi pas ? - la spiritualité néo-templière, font désormais partie du paysage des courants spirituels marginaux et des nouveaux ordres de chevalerie. Chevalerie authentique ou pseudo-chevalerie, c'est à voir. Mais prévenons dès à présent que tous les ordres néo-templiers ne sont pas pour autant des ordres de pacotille, et quelques rares cas flagrants de dérive sectaire - dont le tristement célèbre Temple solaire - ne doivent pas occulter le fait que le cheminement spirituel que proposent certains - je ne dis pas tous, ni même la majorité d'entre-eux - n'est pas toujours inintéressant. Ce cheminement spirituel est-il pour autant fidèle à la spiritualité templière à la lettre, des XIIe, XIIIe ou XIVe siècles ? Là encore, il ne s'agit pas de porter un jugement de valeur, mais d'examiner ce que sont et ce que proposent ces organisations, en fonction de ce que nous savons aujourd'hui de l'histoire et de la spiritualité du Temple médiéval.

D'emblée, je ne range pas parmi les mouvements neo-templiers les deux ordres qui, aujourd'hui, sur le plan historique, voire canonique, peuvent prétendre à la succession directe de l'Ordre du Temple. Il s'agit d'abord, on le sait, de l'Ordre de Montesa, fondé en 1317 par le roi Jame II d'Aragon, confirmé cette année-là par le pape Jean XXII, en lien avec l'Ordre de Calatrava, pour servir de refuge aux templiers espagnols, après la dissolution du Temple. Ensuite, l'Ordre du Christ, constitué en 1318 par le roi Dinis, pour accueillir pour les mêmes raisons les templiers portugais. En dehors de ces deux ordres d'obédience catholique romaine - dont le second est d'ailleurs devenu séculier au XIXe siècle - , pendant des siècles, personne n'aurait songé à se placer de quelque façon dans la continuité du Temple disparu.

Tout change au siècle des Lumières. Depuis le XVIIIe siècle, en effet, forts nombreux ont été les hommes et les groupes à se réclamer de l'illustre descendance du Temple. Quoiqu'elle n'en provienne aucunement, la franc-maçonnerie moderne, qu'on dit spéculative pour la distinguer de la maçonnerie opérative des corporations de bâtisseurs, a ouvert la voie en revendiquant très tôt une filiation templière, d'abord un peu vaguement, puis très explicitement pour certains de ses rameaux. Alors que la première Grande Loge moderne apparaît à Londres en 1717, dès 1723, les fameuses Constitutions de pasteur James Anderson (1684-1739), charte instauratrice de la franc-maçonnerie spéculative, renvoient aux chevaliers du moyen âge, sans plus. En 1736, le célèbre Discours d'André Michel de Ramsay (1686-1743) marque une étape supplémentaire en rangeant parmi les ancêtres de l'ordre maçonnique les ordres chevaleresques de Terre Sainte. On y chercherait cependant en vain toute allusion explicite aux templiers.

Pourtant, moins de vingt ans plus tard, alors que se développent sur le continent les hauts grades maçonniques, la légende templière prend corps, dans la franc-maçonnerie certes, mais aussi dans la littérature anti-maçonnique ! Un pamphlet de 1752, publié à Bruxelles, dénonce ainsi la nouvelle société comme ennemie de la religion chrétienne, au même titre que…les templiers. Récapitulant en quelque sorte les griefs connus, tout en y associant quelques fantasmes anti-maçonniques modernes, ce texte condamne en effet tout ensemble templiers et francs-maçons, supposés descendre du Temple.

Entre 1750 et 1760, au moment où l'on commence à porter l'épée en loge, la franc-maçonnerie s'approprie, sinon définitivement, du moins durablement la légende templière multiforme. Que dit cette légende ? Que la franc-maçonnerie descend du Temple, soit en ligne directe, par Jacques de Molay en personne, ou certains de ses compagnons, soit de quelque autre manière indirecte, notamment par l'intermédiaire d'anciens templiers, réfugiés en Ecosse.

L'exemple le plus connu, et d'ailleurs le plus significatif, de la maçonnerie templière, est celui de la Stricte Observance du baron Karl von Hund (1722-1776), dont les activités " templières " sont attestées en Allemagne au plus tard en 1751. Mais l'origine de la filiation de Hund, pour dire le moins, n'est pas claire. Celui-ci prétend en effet qu'à Paris, en 1743, un chevalier l'admit dans la maçonnerie templière en lui confiant la charge de grand maître de la VIIe province de l'Ordre. Quel chevalier ? Selon Hund, Eques a Penna rubra, qu'il identifie au prétendant Charles-Edouard… qui n'était pas alors à Paris et, du reste, nia toute l'affaire, en 1777. Quoi qu'il en soit, Hund, en 1751, est bien le personnage central de l'Ordre éminent du Saint Temple de Jérusalem, qui, en 1753, apparaît officiellement sous l'appellation de Stricte Observante. Celle-ci se propose deux objectifs : réhabiliter la mémoire des templiers médiévaux, dont descendrait, via l'Ecosse, la franc-maçonnerie, et obtenir à son bénéfice la restitution des biens matériels du Temple. Le premier point peut paraître fort louable, mais le second allait naturellement poser problèmes !

Les activités de la Stricte Observance seront interrompues par la guerre de Sept Ans, à l'issue de laquelle, en septembre 1763, un certain Johnson se présente comme grand prieur de l'Ordre du Temple de Jérusalem, en provenance d'Ecosse, envoyé par le grand chapitre de Londres. C'est un imposteur. Méfiant, Hund réclame des preuves et finit par le démasquer, en présence des représentants d'une dizaine de chapitres, en 1764. Johnson s'enfuit ; il mourra en prison quelques temps après. La Stricte Observance peut reprendre son expansion dans la sérénité, ralliant sous sa bannière la plupart des loges allemandes. De là, elle se répand en France, à Strasbourg et Lyon, en 1773-1774, et en Italie, à Turin, en 1775. Mais le convent de Brunswick, cette année-là, marque la fin de Hund et le début du déclin de l'Ordre. Après la mort de Hund, en 1776, le duc Charles de Sudermanie, qui sera bientôt roi de Suède, lui succède à la grande maîtrise de la VIIe province. Mais, déjà, le convent de Lyon, en 1778, pose les bases nouvelles d'un Ordre qui attend sa réforme. Son principal artisan, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), métamorphose la branche française en un Ordre des chevaliers bienfaisants de Cité sainte. L'année suivante, à la suite d'un vœu exprimé par le convent de Lyon, l'Helvétie s'émancipe sous la forme d'un Grand Prieuré indépendant, qui maintiendra en Suisse le rite écossais rectifié alors même qu'il aura quasiment disparu de la surface du globe.

Au convent international de la Stricte Observance, à Wilhelmsbad, en 1782, qui marque la victoire de la réforme lyonnaise de 1778, des dignitaires de la franc-maçonnerie européenne s'interrogent mutuellement : la franc-maçonnerie descend-elle véritablement de l'Ordre du Temple ? Le très catholique Joseph de Maistre y répond : " […] qu'importe à l'univers la destruction de l'ordre des T[empliers] ? Le fanatisme les créa, l'avarice les abolit : voilà tout. […] Il paraît donc qu'on ne devrait pas être flatté de trouver l'origine de la Maçonnerie dans l'ordre des T[empliers] ". Du reste, Hund n'avait pas apporté le moindre commencement de preuves de ses prétentions. Et les supérieurs inconnus, appelés par celui-ci à la rescousse, ne s'étaient pas montrés.

En l'absence de documents et de témoignages probants, la majorité des frères décida donc qu'il serait sage, en effet, de renoncer à une abusive filiation templière : "Après plusieurs recherches curieuses sur l'histoire de l'ordre des Templiers, dont on dérive celui des maçons, qui ont été produites, examinées et comparées dans nos conférences, nous nous sommes convaincus qu'elles ne présentaient que des traditions et des probabilités sans titre authentique, qui puisse mériter toute notre confiance, et que nous n'étions pas autorisés suffisamment à nous dire les vrais et légitimes successeurs des T[empliers], que d'ailleurs la prudence voulait que nous quittions un nom qui ferait soupçonner le projet de vouloir restaurer un ordre proscrit par le concours de deux puissances, et que nous abandonnions une forme qui ne cadrerait plus aux mœurs et aux besoins du siècle" .

Sage décision ! Ainsi est né, sous l'influence de Jean-Baptiste Willermoz, l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte (CBCS), constituant l'Ordre intérieur du régime ou rite écossais rectifié (RER). En France, le RER ne survécut pas de beaucoup à la Révolution, mais après s'être maintenu en Suisse, au XIXe siècle, il sera réimplanté sur son sol natal, en 1910, et dans de nombreux pays depuis. Ce rite maçonnique offre la particularité - qui n'en était pas une au siècle des lumières, mais qui l'est devenue aujourd'hui - d'être réservé à des francs-maçons de confession chrétienne - sans être obligatoirement catholiques romains. On y cultive une spiritualité " templière " où la Cité sainte, à édifier et à défendre, n'est plus la ville terrestre de Jérusalem, mais la cité parfaite : la Jérusalem céleste décrite par l'Apocalypse de saint Jean, où il n'y a plus de temple, parce qu'elle est le Temple lui-même.

Pour mémoire, d'autres rites maçonniques, tel que le rite suédois, qui ne fut pas sans lien avec la Stricte Observance, se réclament aussi de l'Ordre du Temple. Dans le rite écossais ancien et accepté, le plus répandu des rites maçonniques, la légende du Temple se trouve en quelque sorte incorporée dans le 30e grade, dit "chevalier kadosh". En 1761, la version initiale de ce grade préconise de revenir à la pureté de la foi et de la morale du Temple, offertes comme un véritable modèle. Hélas, au XIXe siècle, de réformes en réformes, de nouvelles versions aberrantes feront du chevalier kadosh un grade de vengeance où le récipiendaire devra jurer de combattre la tiare et la couronne, réputées ennemies du Temple !

Au tout début du XIXe siècle, en France, la légende templière commence à se répandre en marge de la franc-maçonnerie, dans le cadre d'un Ordre d'Orient et de la loge parisienne des chevaliers de la Croix, dirigée par un certain Dr Ledru, qui prétend détenir la succession magistrale du dernier grand maître secret de l'Ordre du Temple, le duc Timoléon de Cossé-Brissac. Elu grand maître en 1804, Bernard Raymond Fabré-Palaprat (1775-1838), un ancien séminariste devenu médecin, propage véritablement ce nouvel Ordre du Temple, sous le patronage de l'empereur Napoléon 1er, ce qui lui vaut d'attirer quelques personnages de renom. Fabré-Palaprat revendique en ligne directe la succession de Jacques de Molay, et, pour attester son lignage, produit même une charte, portant la signature de tous les grands maîtres depuis le moyen âge... C'est un faux, qui sera vite reconnu et dénoncé comme tel. Il n'empêche que l'Ordre eut en France sa période faste, ses notables, son clergé.

Fabré-Palaprat, consacré grand maître par l'évêque constitutionnel Guillaume Mauviel, en 1812, a également associé son Ordre du Temple à une Eglise johannite des chrétiens primitifs, dont il s'est déclaré le 115e souverain pontife. Il fit même consacrer l'abbé François-Ferdinand Chatel comme primat co-adjucteur des Gaules, avant que celui-ci ne se sépare de l'Ordre pour se consacrer à l'Eglise catholique française, qu'il a fondée en 1831. L'Eglise johannite a publié cette année-là le Levitikon, une version tronquée de l'Evangile de Jean, présentée comme le "statut fondamental de la Sainte Eglise du Christ" et l'exposé des "principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens-catholiques primitifs".

Avant même la mort de Fabré-Palaprat, en 1838, l'Ordre s'est scindé en plusieurs branches, dont une qui se maintint sous la direction du duc de Choiseul. Il s'éteindra peu à peu, au point de disparaître presque complètement, avant de connaître un véritable réveil dans la seconde moitié du XXe siècle.

A la Belle époque, des occultistes de différents courants revendiquent à leur tour l'héritage du Temple : Joséphin Péladan (1859-1918) réussit le tour de force de défendre le catholicisme romain tout en se réclamant d'une tradition rosicrucienne et d'une tradition templière familiales, sur fond d'occultisme, d'art et de littérature. Son Ordre de la Rose-Croix du Temple et du Graal, né en 1890, reprend, certes, la devise du Temple "non nobis Domine, sed nominis tuo gliorae solae", mais il se fera surtout connaître à travers les extravagances littéraires de son grand maître et des Salons de la Rose-Croix où des artistes de renom viendront exposer leurs œuvres. Ici ou là, Péladan passe aussi pour avoir été grand maître, de 1892 à 1894 dit-on, de la lignée templière de Fabré-Palaprat. Je ne puis le garantir.

Cette succession, dont les Statuts des chevaliers de l'Ordre du Temple avait été publiés à Bruxelles, en 1840, sera conservée en Belgique, au sein d'un cercle d'occultisme : le groupe KVMRIS, branche du Groupe indépendant d'étude ésotériques, qui rassemblait des filiations occultistes diverses, notamment en provenance du Dr Gérard Encausse (1865-1916), le mage Papus. Le 13 novembre 1894, les templiers européens de la même obédience, à l'exception des frères anglais, s'étaient réunis à Bruxelles pour constituer un Secrétariat international de l'Ordre du Temple. Celui-ci sera un temps dirigé par un personnage singulier : Georges Le Clément de Saint-Marcq, qui, à l'instar de certains gnostiques licencieux des premiers siècles, ira jusqu'à interpréter l'eucharistie comme un acte de magie sexuelle et de spermatophagie enseigné par Jésus-Christ à ses disciples. On s'en doute, les "templiers" belges ont très diversement apprécié les délires de Le Clément de Saint-Marcq, dont la brochure sur l'Eucharistie, publiée confidentiellement en 1913, puis éditée en 1928 à Anvers, fit véritablement scandale.

En revanche, les thèses de Le Clément, ou des thèses similaires, ont été épousées en Allemagne où est né, en 1905-1906, l'Ordo templi orientis (OTO) de Carl Kellner (1850-1905) et Theodor Reuss (1855-1923) imaginé par le premier et réalisé par le second. Comme son nom l'indique, cet ordre-là se veut, certes, d'essence templière, mais c'est afin d'attribuer au Temple une doctrine étrange. Kellner avait voyagé en Orient, d'où il aurait ramené les enseignements d'une magie sexuelle - était-ce du tantrisme ? je n'en suis pas certain - que Theodor Reuss a propagée à son tour. Dans l'Allemagne puritaine des années 1900, une brochure de Reuss, intitulée Lingam-Yoni, fit scandale. Il est vrai que le personnage était assez trouble. Réfugié à Londres, il y établira le siège de l'OTO, qui a été associé à une branche de la franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm. Le secret de la franc-maçonnerie, selon Kellner et Reuss, est donc aussi celui du Temple, mais d'un Temple réputé possesseur d'une part des secrets du culte phallique comme fondement des principales traditions et des grandes religions, et d'autre part dépositaire de techniques de magie sexuelle. Les aveux extorqués par l'Inquisition à certains templiers ont alimenté ainsi la très fertile imagination de Kellner et de Reuss… Héritier initiatique de Reuss, le mage Aleister Crowley (1875-1947) reprendra à son compte la magie sexuelle de l'OTO, qui, après lui, se scindera en maintes branches rivales. Il ne s'agit là, bien entendu, que d'une magie prétendue templière.

D'un tout autre genre sera l'Ordre du Temple rénové (OTR), en sept grades, qu'un jeune occultiste français fonde, en 1908, avec d'autres jeunes gens et le concours de quelques esprits frappeurs. Son nom, alors, n'est pas connu en dehors du cercle où il s'active, dans l'entourage du mage Papus et de son Ordre martiniste. Il le deviendra quelques années plus tard, au point d'être considéré comme l'un des plus grands auteurs traditionnels du XXe siècle. Son nom, donc : René Guénon (1886-1951). D'autres occultistes de renom ont été associés à l'entreprises : Victor Blanchard, Marc Haven… Des procès-verbaux des séances spirites de l'Ordre nous sont parvenus. Jacques de Molay, Cagliostro, Frédéric le Grand, Adam Weishaupt (1748-1830, le fondateur des Illuminés de Bavière) s'y expriment par le truchement d'une table tournante. Leurs propos n'ont rien que de très banal et leur enseignement garde un air de famille avec celui des occultistes d'alors, et pour cause ! Mais l'aventure tourna court, l'Ordre viendra vite à se dissoudre, en 1911 au plus tard, et Guénon s'efforça de l'oublier. L'oubli, du reste, tourna à l'amnésie, et, en 1921, Guénon s'éleva avec véhémence contre Le théosophisme, avant de dénoncer deux ans plus tard, chez d'autres, l'Erreur spirite, qui avait aussi été la sienne quelques années plus tôt.

Passé ces erreurs de jeunesse, Guénon a toujours considéré l'Ordre du Temple comme celui des "gardiens de la terre sainte", c'est-à-dire non pas de la ville de Jérusalem ou de la Palestine, mais du "centre" dépositaire des connaissances sacrées. Quant à la succession du Temple, il écrit lui-même dans ses Aperçus sur l'initiation : "Après la destruction de l'Ordre du Temple, les initiés à l'ésotérisme chrétien se réorganisèrent, en accord avec les initiés à l'ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction ; mais cette réorganisation dut se faire d'une façon plus cachée, invisible en quelque sorte, et sans prendre son appui dans une institution connue extérieurement et qui, comme telle, aurait pu être détruite une fois encore. Les vrais Rose-Croix furent probablement les inspirateurs de cette réorganisation… ".

L'idée d'un lien entre Ordre du Temple et le mouvement rosicrucien, apparu en Allemagne au début du XVIIe siècle, n'est pas nouvelle. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle ait quelque fondement ! Car la Rose-Croix, quel que soit d'ailleurs le sens donné à cette appellation, ne descend pas plus du Temple que la franc-maçonnerie. Joséphin Péladan, nous l'avons vu tout à l'heure, fut certainement l'un des premiers, en 1890, à les rapprocher. Theodor Reuss s'en inspire. René Guénon les associe à son tour dans son œuvre. Beaucoup d'autres leur emboîteront le pas.

Le 19 janvier 1932, des templiers de la lignée de Fabré-Palaprat (Joseph Cleeremans, Gustave Jonckbloedt et Théodore Covias) fondent à Bruxelles l'Ordre souverain et militaire du Temple, dont l'enregistrement paraît au Moniteur belge, le 20 janvier 1933. La même année, Georges Le Roy, bailli de l'Ordre, décrit ainsi la direction de son organisation : "A l'heure actuelle, l'Ordre est dirigé par un Grand Maître, élu comme tous les dignitaires et ayant rang de prince souverain. Il est secondé par un Souverain-Conseil. L'Ordre possède, en divers pays, des chapitres ou associations nationales de Chevaliers, présidées par un grand-bailli, assisté d'un conseil et secondé par un grand-chancelier. En plus de ces chapitres, il existe des baillages et des commanderies." Voilà qui est bien possible. En revanche, il paraît difficile de croire que l'Ordre ait compté alors, comme il l'affirme, quelques 3500 membres dans le monde…

En 1933, l'Américain H. Spencer Lewis (1883-1939) reçoit des templiers belges un titre de bailli grand croix, transmissible à ses descendants. Rappelons qu'en 1915, Lewis avait fondé à New-York l'Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix (AMORC), qu'il ne cessera de présenter comme une résurgence de l'ancienne confrérie de la Rose-Croix, l'œuvre de sa vie. Des enseignements de son ordre sont consacrées à la chevalerie templière, et cette charte d'un genre classique autorise Lewis à conférer "le titre honoraire de chevalier du Temple à tous ceux qui se sont distingués par des services particuliers rendus à l'ordre rosicrucien en Amérique du Nord".

Au cœur de l'AMORC, Lewis constitua d'ailleurs un noyau chevaleresque, sous le nom de Militia crucifera evangelica (MCE), conçue "comme un groupe de défense", et "la véritable organisation secrète à l'intérieur de l'Ordre Rosicrucien", qui revendique, au moins spirituellement, l'héritage de Simon Studion. "Ne peuvent en être membres que ceux qui sont parfaitement formés aux principes fondamentaux des enseignements rosicruciens, ceux qui se sont engagés à consacrer leur vie entière aux idéaux rosicruciens et surtout ceux qui ont promis de soutenir la personne de l'Imperator dans chaque pays où existe la Militia". En juillet 1940, le premier conclave de la Militia, au siège mondial de l'AMORC, à San Jose, en Californie, eut pour objectif "d'adopter des moyens de défendre la chrétienté‚ et les concepts mystiques". Mais ce cercle resta surtout honorifique et, pour le coup, nous sommes très loin du Temple.

De Belgique viendront les lignées contemporaines de l'une des organisations néo-templières les plus connues. En 1934, un Conseil de régence de ce qu'il reste de l'Ordre de Fabré-Palaprat place à sa tête Emile Vandenberg - avec un intermède par un certain Théodore Covias, de 1935 à 1942 - qui, le 23 décembre 1942, transmet ses pouvoirs au Portugais Antonio Campello Pinto de Sousa Fontes. En 1945, celui-ci fonde l'Ordre souverain et militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ).

Si l'ancêtre directe de l'OSMTJ ne figure pas parmi les signataires de l'acte de constitution de la Fédération universelle des ordres et sociétés initiatiques (FUDOSI), fondée à Bruxelles, en 1934, plusieurs "templiers" y étaient pourtant forts actifs. En 1946, la FUDOSI, avait admis en son sein une Société d'études et de recherches templières, qui, sans doute, n'était pas étrangère à ce courant. Son grand prieur, dit sâr Grégorius, paraît avoir été un authentique prêtre catholique romain, le père André Barbelin (1891-1960), qui, pendant plus de vingt ans, a servi son Eglise, en Hollande, en Belgique et en France, sous la fausse identité d'"Augustin Cordonnier". Mais ceci est une autre étrange histoire !

En 1970, un convent international se réunit à Paris pour désigner le successeur de Sousa Fontes, mais alors que la majorité semble désigner son fils, Fernando, des hommes de main du Service d'Actions civiques (SAC) du mouvement gaulliste, où se mêlent services secrets et polices parallèles, truquent l'élection, afin de faire main basse sur l'organisation. Contre toute attente, c'est un certain Antoine Zdrojewski qui en prend les commande. L'OSMTJ explose. La branche d'Antoine Zdrojewki défraiera la chronique, en France, lors d'une affaire du SAC, entraînant la dissolution de ce dernier mouvement, en août 1973. Mais on reparlera encore de cette branche de l'OSMTJ et du SAC, en 1981, à la suite de l'assassinat de l'inspecteur Jacques Massié, à Auriol, près de Marseille, qui reste aujourd'hui encore une bien ténébreuse affaire.

Loin des polices parallèles et des activités mafieuses, les deux autres branches de l'OSMTJ se maintiendront, l'une essentiellement au Portugal, sous la direction de Sousa Fontès ; l'autre en Suisse, sous la forme d'un Grand Prieuré, dirigé par Alfred Zappelli. Ces deux branches se sont maintenues jusqu'à nos jours.

D'un tout autre genre encore est l'Ordre des frères aînés de la Rose-Croix (FARC), un cercle d'alchimistes qui associe le Temple et la Rose-Croix, et revendique la possession de nombreux documents, dont 115 parchemins munis de leur sceau, s'étalant de 1317 et nos jours. L'un de ces manuscrits de plus de mille deux cents pages, comprend plus de trente écritures différentes, et couvre une période qui va de 1503 et 1723. Las, si les documents en question existent bien (des photographies en ont été publiées), on doit regretter qu'ils n'aient pas encore fait l'objet de la moindre analyse.

Fort de cet impressionnant héritage, les FARC revendiquent une filiation multi-séculaire, et se donnent une liste impressionnante de dirigeants, qui passerait, elle aussi, par le Temple. Si l'on en croit Roger Caro, qui a révélé l'existence des FARC, l'origine même de cet ordre serait à rechercher dans les liens entre certains templiers et des alchimistes d'une école de Bagdad. Les FARC reprennent d'ailleurs en partie à leur compte la légende templière maçonnique : prévenus par un chapelain du manoir de la Buzardière, près du Mans, sept templiers français, dont certains détenaient des secrets alchimiques, auraient échappé à l'arrestation commanditée par Philippe le Bel. Gaston de la Pierre Phoebus, Guidon de Montanor, Gentilis de Foligno, Henri de Monfort, Louis de Grimoard, Pierre Yorick de Rivault et César Minvielle se seraient ainsi réfugiés vers Dinard, puis à Saint-Malo, d'où ils auraient rejoint l'Angleterre. Certains auraient été hébergés dans la commanderie de Londres, tandis que d'autres se seraient enfuis sur l'île de Mull, avant de retourner en France où, avec la bénédiction du pape Jean XII, ils auraient fondé les FARC, le 2 décembre 1316.

Au nom des FARC, Roger Caro nie pourtant que son ordre puisse être considéré de quelque façon comme le continuateur du Temple : "Les FARC ne sont pas les continuateurs des Templiers. Les Membres fondateurs étaient d'anciens miliciens dissous, ils possédaient l'enseignement occulte que se partageaient Sénéchaux et Grands-Prieurs, mais leur Règle et leur unique Mission (plusieurs fois séculaire) n'ont rien en commun avec l'Ordre du Temple". Les FARC se donnent ensuite une longue liste de dirigeants (qui portent le titre d'imperator), parmi lesquels on rencontre Guidon de Montanor (qui en aurait fixé le siège à la commanderie de Montfor-sur-Argens, en 1333), des chevaliers de Rhodes, saint Vincent de Paul, des alchimistes ou réputés tels comme Nicolas Flamel ou Robert Fludd, des personnages bien connus de l'histoire de l'occultisme : Bulwer Lytton, Eliphas Lévi, William Wynn Westacott, Rudolf Steiner et enfin Pierre Phoebus, alias Roger Caro (1911-1992) lui-même, radiesthésiste, thaumaturge et alchimiste, entré en fonction en 1969.

S'il paraît bien difficile d'accorder crédit à cette belle histoire d'un genre assez répandu, il faut souhaiter qu'un historien puisse un jour analyser objectivement les pièces produites par les FARC, qui semblent en tout cas dépositaires d'une vraie tradition alchimique, dite de la voie du cinabre. Roger Caro a d'ailleurs publié plusieurs ouvrages d'alchimie, ainsi que de remarquables planches de photographies en couleurs représentant certaines phases du Grand Œuvre alchimique. Du reste, depuis leur apparition dans les années 1960, les FARC sont restés assez discrets - en dehors des publications hors commerce de leur imperator qui a largement contribué à la littérature alchimique contemporaine - l'ordre étant limité à trente-trois membres.

Parallèlement aux FARC, Roger Caro a également fondé une petite église : l'Eglise universelle pour la Nouvelle Alliance (EUNA), au sein de laquelle les FARC se sont officiellement retirés, en 1972. En l'espèce, Roger Caro se réclament également du Temple, qui, en 1972, explique à un correspondant qu'il se plonge "dans les archives de notre vieille Eglise F.A.R.C., et j'ai pu, grâce aux documents primitifs que nous possédons mettre sur pieds non seulement tous les canons qui régissent l'ex-Eglise Templière mais les rituels touchant les offices et la célébration des sacrements." A la mort de Roger Caro, en 1992, les FARC ne semblaient pas être officiellement sortis de leur sommeil.

Selon une autre "tradition" templière encore, le château d'Arginy, situé en France, dans le Beaujolais, passe pour le berceau de l'Ordre du Temple médiéval, son grand quartier général occulte, le lieu de réunion de son chapitre secret. Or, si la partie la plus ancienne du château semble en effet dater du XIe siècle, ses liens avec le Temple sont sans le moindre fondement historique.

Mais il est vrai qu'Arginy reste le point de départ d'une des plus importantes résurgences templières modernes. En 1951, l'occultiste français Jacques Breyer (1922-1996) qui y vivra sept ans, y rencontre le comte de Rosemont, propriétaire du château, puis entreprend d'interpréter les graffitis du donjon, réputés templiers. A partir de 1952, il tente des invocations occultes, en compagnie de deux médiums exceptionnels : un journaliste, Marcel Veyre de Bagot, qui le rejoint au mois de mai, suivi par le spagyriste et astrologue bien connu Armand Barbault (1906-1974), dit Rumélius. A l'issue d'une opération particulière, conduite le 12 juin 1952, les trois occultistes sont convaincus d'entrer en contact avec l'égrégore de l'Ordre du Temple médiéval et ce sera pour eux le jour d'une "nouvelle ère du Temple".

Jacques Breyer tirera de cette retraite volontaire deux livres qui, selon lui, se rapportent directement aux connaissances du Temple : Dante alchimiste, en 1957, suivi d'Arcanes solaires ou les secrets du temple solaire, en 1959. Autour du trio initial, se constitue alors un cercle informel où se retrouvent des occultistes ou des francs-maçons : Maxime de Roquemaure, Jean Roux, Jean de Foucault, Victor Michon, Pierre de Ribaucourt, Vincent Planque, (fondateur en 1958 de la Grande Loge nationale française Opéra, devenue aujourd'hui Grande Loge traditionnelle et symbolique). A ce premier noyau, se joint, fin 1957, Jean Soucasse, puis Robert Chabrier et Georges Sourp. A partir de 1960 ou 1961, Breyer rassemble des collaborateurs dans le milieu maçonnique français, qui publient la revue La voix solaire. En 1964, le cercle initial se scinde en deux groupes : l'un restera fidèle aux travaux et à l'esprit de Breyer, qui, de son côté, poursuivra son œuvre littéraire dans l'indépendance ; l'autre s'assemble, le 24 juin 1966, en un conclave, qui procède à l'élection de Jean Soucasse, dit Jean, soi-disant vingt-troisième grand maître du Temple, qui devient en la circonstance l'Ordre souverain du temple solaire (OSTS).

En juin 1967, l'OSTS apparaît officiellement à Monaco, où il bénéficie même d'une reconnaissance de la Principauté. Pour la saint-Michel 1973, il se manifeste publiquement pour la première fois, au Mont Saint-Odile, en Alsace. Le 6 novembre de la même année, le grand maître Jean adresse depuis la commanderie de saint-Jean-le-Baptiste, à Villié-Morgon, un télégramme aux évêque de France réunis à Lourdes, dans lequel il réclame "fermement à l'épiscopat français, en un temps où l'Eglise désertée cherche en vain ses soutiens, l'ouverture d'une procédure de réhabilitation auprès de notre saint-père le pape". La supplique restera lettre morte. En 1974, il renouvelle son geste, en adressant depuis la commanderie de Saint-Michel-Archange, un nouveau télégramme au secrétaire général du synode des évêques assemblés à Rome : "Conscient, avec le saint-père, qu'en aucun cas l'Evangile ne peut être utilisé à des fins oppressives qu'elle qu'en soit la forme, l'Ordre souverain du Temple solaire réaffirme sa mission universaliste et convie l'Eglise catholique romaine à lever la mesure arbitraire de 1312 qui, en tout état de cause, fait obstacle a un véritable œcuménisme". Mais le synode restera sourd à ce nouvel appel des templiers français.

Un manifeste officiel de l'Ordre, publié en 1975, sous la signature de Peronnik (qui semble désigner Robert Chabrier) et le titre Pourquoi la résurgence de l'Ordre du temple ? témoigne de la très singulière doctrine de cet ordre, sans rapport avec la pensée de Jacques Breyer. On y découvre, en particulier le thème de Sirius, dont une des planètes, nommée Epolitas, est identifiée à Héliopolis, la Cité du soleil des hermétistes. On y apprend ensuite qu'Héliopolis est habitée "par une humanité qui a connu la Chute à une époque très reculée mais qui, rachetée par une Incarnation du Christ, est présentement considérablement plus évoluée que la nôtre, tant par l'exercice de l'amour du prochain que sur le plan technique". Le personnage biblique de Melchisédech et les fondateurs des pyramides d'Egypte ne seraient autres que des "héliopolitains". Plus inquiétant au regard de la fin tragique du Temple solaire, l'ouvrage annonce le retour des sages d'Héliopolis : "Lorsque les temps seront venus, en principe avant la fin du siècle présent, et s'il existe sur notre Terre un nombre suffisant (quoique faible) d'hommes dignes de prendre contact avec eux, les initiés d'Héliopolis reviendront, dans une discrétion totale, opérer une jonction avec leurs frères du Temple terrestre".

En 1978, après les décès successifs de Robert Chabrier (en février) et de Marcel Veyre de Bagot (en avril), des tensions apparaissent dans l'OSTS. Il en résulte une scission : une branche, dite de la Massenie, dirigée par Jean et Paul Soucasse, se métamorphosera en un Collège templier, ou Ordre du Temple cosmique, qui a publié la revue Helios. La branche "monégasque", dirigée par Jean-Louis Marsan, qui meurt en 1982, donnera elle-même naissance à l'Ordre du Temple universel. La branche espagnole de l'OSTS deviendra, en 1985, l'Orden Soberana del temple de Cristo (OSTC), qui semble bénéficier depuis 1992 d'une certaine reconnaissance du Gouvernement espagnol.

Après avoir fréquenté des cadres de la résurgence d'Arginy, le Français Raymond Bernard, grand maître de l'Ordre de la Rose-Croix AMORC pour les pays de langue française, fonde à son tour, le 26 octobre 1970, un nouvel ordre néo-templier. L'Ordre rénové du Temple (ORT) se base sur le récit mythique d'un Rendez-vous secret à Rome de Raymond Bernard. Selon ce récit allégorique, qui a été partiellement repris par d'autres cercles néo-templiers et qui s'inspire d'ailleurs partiellement lui-même de mythes antérieurs, la fondation de l'Ordre du Temple médiéval aurait été décidée dans un lieu secret, la crypta ferrata, près de Rome, puis, en 1087, les fondateurs de l'Ordre auraient reçu l'investiture secrète qui leur aurait permis d'en poser les bases, en 1096, à Constantinople, avant que l'Ordre ne voit officiellement le jour en 1118. Le Temple ne serait d'ailleurs que l'écorce extérieure de l'Ordre du Graal, expression lui-même d'une société encore plus intérieure : l'Ordre de Melchisedec.

Et voilà que l'histoire se répète. La décision de réveiller l'Ordre du Temple, et par conséquent de fonder l'Ordre rénové du Temple, aurait été prise par des maîtres cachés de la tradition, le 5 février 1962. Cette étape première d'une longue préparation aboutit, en 1968, à la rencontre de Raymond Bernard et d'un mystérieux Jean, descendant des rois de France, avec "le cardinal blanc", un dignitaire secret du Temple. Celui-ci lui transmet, dans la crypta ferrata, crypte secrète de l'abbaye uniate de San Nilo, en banlieue de Rome, l'adoubement et la mission de réveiller l'Ordre en communiquant à son tour cet adoubement, à Chartres. Là s'arrête le récit allégorique de Raymond Bernard, que beaucoup, malheureusement, ont pris au pied de la lettre.

Au moment où il publie son "aventure", en 1968, Raymond Bernard transmet donc l'adoubement "templier", soi-disant reçu près de Rome, à deux proches, Raymond Devaux et Julien Origas, dans la crypte de la cathédrale de Chartres. Deux ans plus tard, il fonde l'Ordre rénové du Temple, dont il sera jusqu'en 1972 le grand maître secret. Cet Ordre se développe d'abord dans le giron de l'AMORC, ce qui lui permet de compter en quelques mois près de mille cinq cents membres. D'autant que l'ORT adopte la forme d'enseignement par correspondance inaugurée par l'AMORC. Par suite de difficultés diverses, en 1972, Raymond Bernard choisit de se retirer de l'ORT et le confie à son bras droit, Julien Origas, un ancien de l'OSTS, qui poursuivra son développement. En 1988, après avoir cessé ses fonctions dans l'AMORC, Raymond Bernard fondera l'Ordre souverain du Temple initiatique (OSTI) dont il a transmis la grande maîtrise à Yves Jayet, en 1997.

D'anciens cadres de l'ORT ont fondé à leur tour d'autres ordres néo-rempliers : l'Ordre des veilleurs du Temple (OVDT), de Lucien Metche, en 1973 ; le Cercle des Templiers du Saint Graal (CTSG), en 1976, qui se transformera lui-même, en 1978, en une Fraternité pour la résurgence templière (FJRT), laquelle deviendra en 1984 l'Ordre des Chevaliers du Temple, du Christ et de Notre-Dame (OCTCND), aujourd'hui ramifié.

Mais le descendant le plus connu de l'ORT restera à jamais le tristement célèbre Temple solaire. A la mort de son grand maître, Julien Origas, en 1983, la direction de l'ORT revient à un médecin vivant en Suisse, du nom de Luc Jouret (1947-1994), désigné par le grand maître défunt. Cependant, une partie des cadres refusent de lui faire allégeance et reprennent rapidement en main l'ORT. Avec les membres restants, Jouret et son associé, Joseph - dit Jo - Di Membro (1924-1994) fondent alors, en 1984, l'Ordre international des chevaliers du Temple solaire, qui mutera, en 1990, en Ordre Tradition solaire ou Ordre du Temple solaire. Ce mouvement suivra, au fil des mois, une dérive sectaire - voire peut-être une dérive mafieuse - dont on sait qu'elle conduira à l'assassinat et au suicide de 53 personnes, adultes et enfants, en Suisse et au Québec, en octobre 1994. En décembre 1995, un deuxième acte du drame provoquera en France la mort de 16 autres personnes.

Le Temple et l'imaginaire templier restent d'actualité. Alors que le procès en appel du Temple solaire doit s'ouvrir à Grenoble en 2006, le fameux roman de Dan Brown, Da Vinci code, ne met-il pas en scène un Ordre mystérieux, dit du Prieuré de Sion, qui ne serait pas sans lien avec les templiers ? Le Prieuré de Sion, dont le roman de Dan Brown aura contribué à redorer le blason, revendique d'avoir fondé l'Ordre du Temple comme son bras militaire. Il affiche de surcroît une généalogie encore plus extravagante que bien des sociétés du même genre, qui commence avec Godefroy de Bouillon, qui l'aurait fondé à Jérusalem en 1099, puis passe par Nicolas Flamel, Léonard de Vinci, Isaac Newton, Claude Debussy, Sandro Botticelli, Victor Hugo, Charles Nodier, Jean Cocteau... La vocation de l'Ordre aurait été de protéger le secret de saint Graal, qui ne serait autre que celui du sang royal du Christ perpétué par ses descendants, issus d'une union avec Marie-Madeleine, lesquels seraient les Mérovingiens qui longtemps régnèrent sur la France. En réalité, le Prieuré ne remonte ni au moyen-âge, ni même au XVIIIe siècle comme le prétend un de ses dirigeants contemporains, mais au 7 mai 1956, date de sa fondation par Pierre Plantard (1920-2000), dit Plantard de Saint-Clair, personnage d'origine modeste qui se prétendait d'ascendance mérovingienne et briguait à ce titre le trône de France… Quant aux Dossiers secrets déposés à la Bibliothèque nationale, qui attribuent notamment pour grands maîtres au Prieuré de Sion Victor Hugo, Claude Debussy ou Jean Cocteau, se sont bien entendu des faux.

De toutes les lignées néo-templières, qui se sont développées depuis le XVIIIe siècle et dont nous n'avons fait que survoler l'histoire, aucune, on l'aura compris, ne descend historiquement de l'Ordre du Temple. Sur le plan des idées, les templiers du XIVe siècle seraient d'ailleurs sans doute bien surpris de constater à quelle "tradition" ont les rattache. Les délires et les fantasmes des inquisiteurs ont, certes, largement contribué à nourrir, depuis des siècles, l'imaginaire templier. Mais combien de conceptions et de mythes étranges s'y sont greffés depuis ! Au vrai, on trouve le plus souvent aujourd'hui dans les ordres "templiers" ce que leurs fondateurs respectifs ont cru être, parfois de bonne foi, des "traditions templières". Las, sous le regard de l'histoire, ces "traditions " sont le plus souvent fantaisistes, qui font que la plupart de ces ordres sont pseudo-templiers. D'aucuns mêmes y ont apporté ou trouvé la mort la plus atroce. Mais les escroqueries spirituelles et les caractéristiques sectaires de certains mouvements ne doivent pas faire oublier que, dans la plupart des cas, les ordre "templiers" contemporains, aussi peu "templiers" soient-ils, n'en sont pas moins parfaitement inoffensifs.

Quelques-uns, enfin, tel l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte du rite écossais rectifié, sortent du lot, en proposant une approche véritablement profonde du Temple et en engageant leurs membres dans une authentique démarche spirituelle. Depuis le XVIIIe siècle, ils témoignent, par delà la réalité historique, de la persistance d'un idéal moral, et même chevaleresque, sous la bannière du Temple.

 

Source : http://www.hermanubis.com.br

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Maître Ecossais de Saint André

9 Avril 2012 Publié dans #hauts grades

1. - L'écossisme.

a ) Le grade de Maître Ecossais de Saint-André ( Rite Ecossais Rectifié ), sous ce nom et sous ceux d' Ecossais et de Maître Ecossais ) qui le désignent aussi, ainsi que le grade de Mâître Parfait de Saint-André qui le dédouble parfois et celui d'Ecossais Vert auquel il a succédé, appartiennent à la famille des grades dits écossais. Famille immense et turbulente, où les avortons, les mort-nés et les stériles abondent, mais dont plusieurs dizaines de membres ont survécu, avec des fortunes diverses, certains s'illustrant; tous issus, sur le continent. du Scotch Mason attesté à Londres en 1733 ( où il engendrera le Royal Arch ) et débarqué en France à la fin de 1743. ( Leur floraison anarchique ne commencera pas avant 1760. )

b ) La documentation se trouve principalement à la bibliothèque municipale de Lyon ( fonds Willermoz ); parmi les nombreux compléments qui nous sont parvenus, citons ceux que conserve la bibliothèque du Grand Orient à La Haye. Très généralement, Cf les bibliographies du Rite Ecossais Rectifié établies par Robert Amadou ( Bibliographie du Rite Ecossais Rectifié , hors commerce ) et Jean Saunier ( Eléments de bibliographie , Le Symbolisme, octobre-décembre 1968, pp. 56-68 ) et surtout la bibliographie à paraître que ces deux auteurs ont compilée er. collaboration. Dès maintenant, il faut signaler, d'un intérêt exceptionnel, par Jean Saunier, Introduction à l'hude du grade de Mâître Ecossais de SaintAndré )) ( J. Saunier et B. Guillermain, Rite Ecossais Rectifié..., [ Paris ]. Chancellerie de l'Ordre ~ 1971 ], pp. 9-55 ). La fervente étude de Charles Montchal, Loge de Saint-André... Origine, histoire, rituels, symboles, Genève, imp. d'Albert Kundig, 1913, tirée à 100 ex. h.c., procure maint renseignement et surtout mainte réflexion utile, mais la critique historique doit s y appliquer.

c ) Le thème général, commun à la plupart de ces grades et où des thèmes adventices furent rattachés avec plus ou moins d'adresse, est celui de la destruction du premier Temple et de sa reconstruction, de l'exil à Babylone et du retour sous Cyrus.

d ) Dans le labyrinthe signalons une fausse piste: I'Ecossais de Saint-André d'Ecosse composé par le baron de Tschoudy en 1765 appartient à la famille écossaise, mais il ne possède pas de rappon direct avec le grade en question.

e ) Autre erreur à dénoncer: les liens déclarés de l'Ecossais Vert et du Maître Ecossais de Saint-André avec l'Ordre de Saint-André du Chardon, où Robert Bruce, en Ecosse géographique cette fois, aurait admis des Templiers réfugiés et, particulièrement, avec la résurgence stuardiste de cet Ordre, peuvent revêtir un fort beau symbolisme, mais ils manquent de fondement historique.

2. - La Stricte ObservanceTempliere.

La Stricte Observance Templière possédait au moins deux grades écossais. L'un d'eux, I'Ecossais Vert, constituait le quatrième grade et ouvrait le deuxième degré des grades du système; il appartenait donc à l'Ordre intérieur, tandis que les trois premiers grades, constituant le premier degré , étaient les grades symboliques qu'on dirait anglais ( Un rituel de ce grade a été publié par Ostabat, Le Symbolisme , juillet-octobre 1971, pp. 226-244. )

La présence de grades écossais dans la Stricte Observance Templière répondrait, selon Alice Joly, à un compromis entre les usages des loges allemandes tels que les avait modifiés l'admission dans l'Ordre des Chevaliers Templiers de Starck et Raven, et ceux des Frères de Strasbourg, attachés à cultiver les Hauts Grades français .

3. - La réforme lyonnaise.

a ) En tout état de cause, la présence de l'Ecossais Vert, guère templariste en effet, étonna les Frères Iyonnais.
En août 1774, ils demandèrent à Weiler, qui venait les rectifer en leur apportant la Stricte Observance Templière, si l'Ecossais Vert relevait bien de l'Ordre intérieur. La réponse fut confirmative.

b ) Au mois de mars 1777, Lut7elbourg proposait que le grade fût ôté de l'Ordre intérieur pour venir couronner le premier degré . Le 28 mars 1777, le Chapitre de Lyon y fit droit; il pratiquera désormais quatre grades symboliques: Apprenti, Compagnon, Mâître et Ecossais Vert.
Le 25 avril de la même année, le Grand Directoire d'Auvergne déférant aux intentions du Sérénissime Frère Grand Supérieur de l'Ordre, notifiées par le Très Révérend Frère de l'Arc, Commissaire Général, le 4 avril et à l'invitation du Très Révérend ~rand Chapitre Provincial de Bourgogne d'adhérer à sa délibération du 18 mars dernier, et vue la cessation des motifs qui ont empêché jusqu'à présent les provinces de France de s'assimiler à celles d'Allemagne et autres de l'Ordre concernant le grade d'Ecossais Vert, a confirmé unanimement ses délibérations précédentes faites en Directoire Ecossais et notamment celle du 28 mars à ce sujet.

En conséquence, il a arrêté qu'à compter de ce jour le grade d'Ecossais Vert serait rendu ostensible dans toutes les loges réunies du district sous la simple dénomination d'Ecossais ainsi que le tablier, ruban et bijou affectés à ce grade; qu'il serait joint aux trois premiers grades et ferait le complément de la maçonnerie symbolique; que néanmoins il ne serait jamais conféré que par le Directoire ou avec sa permission par écrit aux Frères de son district, ou a~ec la permission par écrit de celui auquel ils appartiendront, en se corformant à la délibération et aux règlements qui y sont joints, détaillés dans le protocole de ce jour aux registres du Directoire Ecossais séant à Lyon, dont copie sera envoyée au T.R.F. de l'Arc ainsi que du tableau ostensible des membres du Directoire qui suit ladite délibération .( Registre des délibérations du Grand Directoire, B.M. Lyon mss 5 481, p. 8 ).

c ) Lors de la 8e séance du Convent des Gaules, le 5 décembre 1778, Willermoz ayant fait savoir combien le grade d'Ecossais Vert, moitié symbolique, moitié appartenant à l'Ordre intérieur, avait été juqu'ici peu satisfaisant, le Convent, en le détachant des Hauts Grades, le déclara quatrième grade symbolique et a approuvé le plan de réforme proposé par ce Frère, qui a été exhorté à le rédiger sur cet aperçu, et à présenter son travail, lors de la rectification des grades symboliques.

En conséquence de quoi, I'Ecossais ( Vert ) fut rebaptisé et, déplacé, son rituel fut modifié et le Code maçonnique des Loges réunies et rectifiées de France, de 1778, édicta au Chapitre X: La maçonnerie rectifiée ne reconnait que quatre grades, savoir: ceux d'Apprenti, de Compagnon, de Maître et de Maître Ecossais. Tous les autres grades, sous quelque dénomination qu'ils soient connus, principalement toute espèce d'élu, de chevalier KS [ sc. Kadosch ] et des grades qui leur ressemblent, sont expressément défendus dans toutes les loges réunies, sous les peines les plus graves, comme dangereux et contraires au but et à l'esprit de la FrancMaçonnerie.

4. - A Wilhelmsbad.

Ce point, comme tant d'autres, fut entériné au niveau du Régime par le Convent de Wilhelmsbad en 1782, dont le recès porte, chapitre IV: Et comme dans presque tous les Régimes, il se trouve une classe écossaise, dont les rituels contiennent le complément des symboles maçonniques, nous avons jugé utile [sur son exemplaire imprimé, conservé à la B.M. de Lyon, Willermoz a porté ici la correction manuscrite: ou nécessaire ] d'en conserver une dans la nôtre, intermédiaire entre l'Ordre symbolique et intérieur; avons approuvé les matériaux fournis par le comité des rituels et chargé le R $ F $ ab Eremo ( Willermoz ) . [ W. a d'abord ajouté après ce dernier mot: aîné, puis il a biffé son titre, son nom d'Ordre et son patronyme et écrit en place: I'un de ses membres ] d'en faire rédaction. ( Ex. imprimé, annoté à la main par Willermoz, B.M. Lyon, mss 5 458, pièce 2bis, p. 5 ).

Willermoz ne faillit point à la tâche.

II. - ORGANISATION.

1. - Ainsi le Maître Ecossais de Saint-André, qui s'appela d'abord Maître Ecossais sans autre, est, dans le Rite Ecossais Rectifié, et n'importe ses origines et ses apparentements historiques, un grade symbolique ( puisqu'il est maçonnique stricto sensu ); mais un grade vert et non pas bleu . Il complète, parfait le grade de Maître Maçon ( à l'instar du Royal Arch sur une branche collatérale du Scotch Mason ancestral ).

2. - Entre la Maîtrise et la réception du quatrième grade, un délai d'un an est requis. Le Maître Maçon qui souhaite, toutes conditions étant remplies d'ailleurs, accéder au dit grade, en fera la demande au Député-Maître de la Loge Ecossaise.

3. - Les marques distinctives des Maîtres Ecossais sont: ler un Tablier de peau blanche, coupé en carré, long en travers, ainsi que la bavette, qui sera doublée de taffetas vert, la bavette rebordée couleur de feu; 2è un cordon vert à gros grains moiré de la largeur de deux pouces et demi, avec une rebordure de trois lignes en couleur de feu, sur le bord extérieur seulement, avec une petite rosette aussi couleur de feu au bas; 3è le bijou du grade en vermeil, qui sera suspendu sur la poitrine par le cordon passé au col en sautoir, et qui y sera attaché par un petit ruban couleur de feu. Ce bijou sera une étoile flamboyante à six pointes, formant un double Triangle avec le lettre H au milieu entre le Compas et l'Equerre sur un fond en couleur de feu. Cette étoile sera entourée d'un cercle surmonté d'une couronne. ( Code ... de 1778, Article X. Sur son exemplaire imprimé, Willermoz avait note en marge: Ce bijou sera changé dans le nouveau rituel du quatrième grade. B.M. Lyon mss 5 458, pièce 2 ).
4. - La Loge Saint-André n'est point permanente ni délibérante; elle n'a point de caisse propre à elle, elle n'existe que temporairement et seulement pour des cas de réception, de scrutin et d'instruction de nouveaux reçus. Elle est placée sous la dépendance d'une Préfecture ( c'està-dire de l'Ordre intérieur ) ou d'une Commanderie désignée par le Directoire, ou sous la dépendance immédiate de celui-ci ( c'est-à-dire, d'une façon ou d'une autre, sous la dépendance de l'Ordre intérieur ).
Le Député-Mâître est un dignitaire inamovible de l'Ordre nommé par la Grande Loge Ecossaise dont il reçoit ses provisions et instructions.

5. - Au Rite Ecossais Rectifié, le conseil d'administration de la loge n'est pas constitué par le Collège des Officiers mais par le Comité Ecossais, c'est-à-dire l'ensemble des Maitres Ecossais de la loge, qu'ils en soient ou n'en soient pas officiers, siégeant sous la présidence du Vénérable Mâître, lequel doit obligatoirement être Maître Ecossais.

III. - RlTUELS.

1. - Au Convent des Gaules.

a ) En 1778, affirmera Willermoz, trois ans plus tard, ( lettre à Charles de Hesse-Cassel, du 12 octobre 1781 ), on jugea qu'il conviendrait de conserver dans le quatrieme grade les principaux traits caractéristiques des divers écossismes de la Maçonnerie française pour servir un jour de point de rapprochement avec elle. Et il est vrai que le thème commun aux grades écossais sous son aspect particulier d' exploration des ruines du Temple par les Croisés Ecossais portant l'épée d'une main et la truelle de l'autre ( Le Forestier ), ce thème ainsi particularisé s'y retrouve. La juxtaposition de la truelle et de l'épée correspond parfaitement à un grade qui annonce le passage de la Maçonnerie symbolique ( par définition ) à l'Ordre intérieur, à l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte proprement dit ( quoique la Maçonnerie symbolique, à quatre grades, et les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte constituent ensemble le Rite Ecossais Rectifié, la Maçonnerie Ecossaise Rectifiée au sens large ).
Le mot sacré et le mot de passe restèrent ceux de l'Ecossais Vert. Ils le sont encore.

b ) - Le Convent des Gaules dans sa 17è séance, le 9 décembre 1778, approuva le rituel et les instructions des grades symboliques de Compagnon, de Maître et de Maître Ecossais, dont Willermoz avait fait lecture.

2. - Au Convent de Wilhelmsbad.

Au Convent de Wilhelmsbad, Willermoz présenta l'esquisse d'une autre version qui fut adoptée, le 26 août 1782, en même temps que le texte des trois premiers grades.

3. - Après Wilbelmsbad.

a ) Le reste de l'histoire a été racontée par Willermoz lui-même dans sa lettre du 10 septembre 1810 au prince Charles de Hesse-Cassel. L'affaire a été si embrouillée et elle importe tant, que mieux vaut en citer tout du long les fragments pertinents. ( Cette lettre a été publiée in extenso ap. Steel-Maret, ps. Bouchet et Boccard, Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie. Collège métropolitain de France à Lyon. IIè province dite d'Auvergne 1765-1852, Lyon, Librairie de la Préfecture, 1893, pp. 3-15; rééd. augmentée, par Amadou et Saunier, à paraitre ).

A Wilhelmsbad, les bases du 4è grade furent aussi arrêtées, et Votre Altesse me confia personnellement les instructions et l'esquisse du tableau figurant la nouvelle Jérusalem et la Montagne de Sion surmontée de l'Agneau triomphant, le tout écrit de sa propre main et adopté par le Convent pour me diriger dans cette partie du travail. Les rituels français de Novices et de Chevaliers furent aussi pris pour base de la révision de cette classe.
Cette Commission [ sc.Ia Commission spéciale pour la rédaction des rituels prise dans le sein de l'Assemblée parmi les Frères d'Auvergne et de Bourgogne ] divisée en deux sections à cent lieues de distance l'une de l'autre, reconnut dès la première année de 1783 que les communications par correspondance de chaque parcelle du travail prolongeraient son ensemble pour bien des années, on chercha donc les moyens de parer à cet inconvénient. Les Frères de Bourgogne pleins de confiance envers ceux d'Auvergne, qui offraient à Lyon un plus grand nombre d'hommes capables qu'à Strasbourg, engagèrent ceux-ci à se charger de l'ensemble de l'ouvrage; sauf la communication à leur donner de chaque partie avant qu'elle Mt définitivement arrêtée; c'est sur ce plan que tout le travail fut exécuté [...]
Quoi qu'il en soit, après la révision des trois premiers grades symboliques il paraissait convenable de faire du 4è, ce qui aurait complété cette classe et en aurait accéléré la publication.
Mais la Commission se rappelant que le Convent avait considéré ce 4è comme intermédiaire entre le symbolique et l'intérieur, comme le complément du premier et préparatoire au second, enfin comme le point de liaison des deux classes, crut devoir en suspendre la révision, et faire auparavent celles des deux rituels de noviciat et de chevalerie; ces derniers n'exigeant point un travail ni long, ni difficile et n'ayant plus besoin que d'être perfectionnés. Ceux-ci étant finis, la commission entreprit le travail du 4è dans les vues qui avaient été apportées de Wilhelmsbad, elle s'en occupa longtemps avec une grande attention, sentant toute l'importance du travail qui lui était confié. Il était très avancé et presque fini lorsque les états généraux de France furent convoqués. Plusieurs membres de cette commission jouissant d'une réputation distinguée, et appartenant aux trois Ordres politiques, furent élus pour se rendre à cette assemblée; leur départ faisant un grand vide dans la commission, fit suspendre le travail jusqu'à un temps plus favorable pour le reprendre et ce temps n'est plus revenu. Elle remit entre mes mains tout ce qu'elle avait fait ainsi que tous les renseignements, instructions et tableaux qui avaient été fournis par le Convent et par Votre Altesse, et j'en suis resté constamment dépositaire jusqu'à ce jour.
Les provinces informées que l'ouvrage était très avancé et qu'il laissait une grande lacune dans la rectification générale qui avait été annoncée, ne cessèrent de réclamer la confection et l'envoi de ce 4è, mais il ne fut pas possible de les satisfaire; car la divergence des opinions politiques ne tarda pas bien longtemps à diviser partout les esprits. Celui de discorde vint bientôt souffler son poison dans les loges comme partout ailleurs; celles du régime rectifié, plus fermes dans les principes, résistèrent plus longtemps que les autres, mais furent ensuite entrâînées par le torrent. Les Frères Grands Profès disséminés çà et là réunirent leurs forces, soutinrent courageusement les chocs et firent tête à l'orage le plus longtemps qu'il fut possible; mais à leur tour, ils furent accablés.[...]
J'ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini au 4è grade de Mâître Ecossais, avait été forcément suspendu en 1789; que la Commission qui en avait été chargée avait remis alors entre mes mains, en se séparant, tout ce qui était nécessaire pour l'achever, et que cette lacune dans la totalité de la révision générale avait donné lieu à beaucoup d'instances faites de tous côtés, que je n'avais pu satisfaire, n'osant prendre sur moi seul de compléter ce travail. Vingt années se sont écoulées en cet état; mais l'année dernière après la grande maladie que j'essuyai, me voyant rester seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en résulteraient si cette lacune dans le Régime Rectifié n'était pas remplie avant ma mort, j'osai entreprendre de le faire. Il ne restait qu'à lier les différentes parties du rituel et à mettre la dernière main aux explications des tableaux et aux instructions de ce grade. Ce rituel a été publié dans les loges réunies de France vers la fin de 1809; et il a été accueilli partout avec la plus grande satisfaction; je regrette seulement que le défaut de copistes ne m'ait pas permis de le communiquer encore à tous les établissements maçonniques qui le demandent.

b ) En outre, des versions provisoires furent mises en circulation, dès après le Convent de Wilhelmsbad et ainsi se rencontre un rituel de 1784-1785, dit de 1785.

c ) La liste des principaux rituels connus du Mâître Ecossais de Saint-André s'établit donc comme suit:

- Rituel du Convent des Gaules ( 1778 ); grade de Mâître Ecossais, trois tableaux seulement ( Saint-André est absent du titre comme du rituel où, postérieurement, il figurera sur un quatrième tableau ).

- Rituels postérieurs à Wilhelmsbad: I'un de 1785, I'autre, version révisée de celui-ci, de 1809-1810, tous deux ne comportant qu'un grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André ( je souligne ) et quatre tableaux ( Saint-André apparaît et apporte le baptême, la confirmation et l'homélie...).

- Rituel du Grand Orient de France ( 1911 ): encore un seul grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André; le quatrième tableau devient un tapis d'Ordre et après la christianisation, c'est la déchristianisation.

- Rituel de Genève ( 1893-1894 ): le 29 novembre 1893, il dédouble le grade de Mâître Ecossais de Saint-André et Mâître Parfait de Saint-André; quatre tableaux; le texte de l'instruction est altéré. Les deux grades se donnent en deux parties. Celles-ci constituèrent de 1894 à 1899 deux cérémonies distinctes. Depuis 1899, elles se succèdent au cours d'une seule cérémonie.

- Rituel de Zurich: comme les rituels d'Allemagne, il n'a qu'un seul grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André, avec les quatres tableaux: c'est le rituel de Wilhelmsbad.

- Rituel du Grand Prieuré des Gaules, préparé sous la direction de Camille Savoire en 1935; comprend deux grades: Maître Ecossais et Maître de Saint-André, qui sont conférés au cours d'une seule cérémonie.

A quoi l'on joindra, pour mémoire, des rédactions intermédiaires.
On doit considérer comme définitif, ce semble, le rituel de 1809-1810 et de le désigner ainsi que "le rituel de Wilhelmsbad" ( un exemplaire en est conservé à la B.M. de Lyon, ms. 5 922.

IV. - DOCTRINE.

Le sens rituel est clair, il signifie le passage de l'ancienne loi à la nouvelle loi, de l'Ancien Testament au Nouveau, il prépare au passage des symboles à la réalité, de la Maçonnerie ( symbolique ) à l'Ordre intérieur qui est un Ordre équestre. Il est écossais et prétemplier, je veux dire précurseur du templarisme de l'Ecuyer Novice ( certain côté de l'écossisme coïncidant avec ce deuxième caractère ).
Aussi, pour commencer, le candidat, dans la chambre de préparation, est placé en face d'une Bible ouverte aux chaptires 40 et 41 d'Ezéchiel et des neuf maximes qui lui ont été données, trois par trois, lorsqu'il fut reçu aux grades d'Apprenti, de Compagnon et de Maûtre. Voici ces maximes:

1. L'homme est l'image immortelle de Dieu, mais qui pourra reconnaître la beauté de cette image, si l'homme la défigure lui-même ?

2. Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses Frères, est indigne de l'estime et de l'amitié des Maçons.

3. Le Maçon dont le coeur ne s'ouvre pas aux besoins et aux malheurs des autres est un monstre dans la société de ses Frères.

4. L'amour de l'argent, lorsqu'il s'empare de l'homme, dessèche son coeur et fait tarir en lui la source des plus nobles aspirations. La satisfaction de nos besoins et de nos appétits matériels serait-elle l'unique but de notre travail ici-bas ? L'insensé voyage toute sa vie sans savoir où il va et d'où il vient, ni ce qu'il doit faire. Mais le sage se rend compte de tous ses pas parce qu'il en connaît l'importance et le but.

5. L'homme est naturellement bon, juste et compatissant. Pourquoi est-il souvent en contradiction avec lui-même ? Cherchez sérieusement la cause. Elle est importante à discerner.

6. L'égoïsme est comme la rouille, elle détruit ce qu'il y a de plus beau et de plus pur dans le coeur de l'homme.

7. Celui qui voyage en terre étrangère n'est jamais plus près de s'égarer que lorsqu'il renvoie son guide, croyant savoir son chemin.

8. Heureux celui qui, s'étant bien étudié lui-meme,a pu connâître ses défauts, apercevoir son ignorance et sentir qu'il a besoin de secours, car il a déjà fait son premier pas vers la lumière.

9. Chercher avec un coeur droit, demander avec résignation et discernement, frapper avec confiance et persévérance, c'est la science du sage.

L'on avertit le condidat que le grade qu'il va recevoir lui apprendra, mais encore caché sous des symboles, le vrai but de l'Ordre.
Le rituel de la réception même retrace et met en action toutes les grandes époques survenues au Temple de Salomon, après qu'il eut été construit. Le personnage d'Hiram n'est jamais perdu de vue. Ces objets sont figurés par quatre tableaux dont le dernier, qui n'existait pas en 1778, représente le passage mentionné plus haut de la loi ancienne à la loi nouvelle; le grade a été christianisé afin de correspondre à sa situation et de s'accorder à la vocation du Rite Ecossais Rectifié tout entier.

L'ancienne instruction du grade ne laisse place à aucune ambiguïté:

"L'Ordre vous montre aujourd'hui, sans mystère, quoiqu'encore sous le voile léger d'une allégorie, qui s'explique bien facilement, le but et le terme général des ses travaux. Tout ce que vous avez vu jusqu'à présent dans nos loges, a eu pour base unique l'Ancien Testament et pour type général le Temple célèbre de Salomon, à Jérusalem, qui fut et sera toujours un emblème universel. Mais, ici, vous voyez une enceinte de muraille percée de douze portes, telle que l'enceinte de la Nouvelle Jérusalem est décrite par saint Jean l'Evangéliste. Vous voyez au milieu de cette enceinte la montagne de la Nouvelle Sion et sur le sommet l'Agneau de Dieu triompha, avec l'étendard de la Toute-Puissance, qu'il a acquise par son immolation volontaire et réparatrice, Ce tableau figure pour les Maçons le passage de l'Ancienne Loi, qui a cessé, à la Nouvelle Loi, apportée aux hommes par le Christ et qu'il a volontairement scellée de Son Sang, pour la rendre à jamais ineffaçable et universelle.

La Croix de Saint-André, que vous voyez au bas du même tableau, figure aussi le passage maçonnique de l'Ancien au Nouveau Testament, confirmé par l'Apôtre Saint André qui, d'abord disciple de Saint Jean-Baptiste, né et prêchant sous l'ancienne Loi, pour préparer les coeurs à la Nouvelle, abandonna son premier mâître, pour suivre, sans partage, Jésus Christ, et scella ensuite de son sang son Amour et sa Foi pour son Vrai Mâître. C'est cette circonstance particulière qui a fait adopter, pour ce grade, dans l'intérieur de nos Loges, la dénomination de Maître Ecossais de Saint-André.

C'est pourquoi, depuis bien des siècles, depuis l'époque incertaine où les anciens initiés du Temple de Jérusalem, ayant été éclairés par la lumière de l'Evangile, purent avec son secours perfectionner leurs connaissances et leurs travaux, tous les engagements maçonniques~ dans toutes les parties du monde où l'Institution s'est successivement répandue, sont contractés sur l'Evangile et spécialement sur le premier chapitre de celui de Saint Jean, dans lequel le disciple bien-aimé a établi, avec tant de sublimité, la Divinié du Verbe Incarné. C'est sur ce Livre Saint que, depuis votre premier pas dans l'Ordre, vous avez contracté tous les vôtres. " 

( Ap. Jean Saunier, ~ Le caractère chrétien de la Masonnerie Ecossaise Rectifiée au XVIIIè siècle )), Le Symbolisme, octobre-décembre 1968, pp. 27-28 ).

Le bijou du grade récapitule cette leçon.

La devise, sur quoi la cérémonie s'achève à peu près, confirme que bientôt, c'est-à-dire dans l'Ordre intérieur, se lèvera le voile des symboles; Meliora praesumo, ( Ce qui, en 1778, signifiait certainement aussi, dans l'esprit de Willermoz qu'il y avait mieux à trouver dans le Rite Ecossais Rectifié que le projet insensé de restaurer l'Ordre du Temple. )

V. - PROBLEMES.

1. - Le caractère chrétien.

Le caractère chrétien du grade, et de la Maçonnerie Rectifié en général, n'a pas été sans soulever des difficultés. On s'est interrogé sur la manière de concilier cette exigence avec la tolérance andersonienne.

a ) Le rituel de 1785 déclare: Oui, mon Frère, I'Ordre est chrétien; il est le point de ralliement de toutes les confessions chrétiennes; ses instructions découlent de celles du Christ, et il conduit à la foi en ce divin Maître.
1809 prend quelques précautions: Oui, I'Ordre est chrétien; il doit l'être, et il ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes bien disposés à le devenir de bonne foi, à profiter des conseils fraternels par lesquels il peut les conduire à ce terme.
Genève marque un retrait ( ou un progrès ? ) plus accusé: Oui, mon Frère, I'Ordre est chrétien, mais dans le sens le plus large et le plus élevé. Il regarde comme tels et cherche à rallier à ses travaux tous ceux, quelles que soient leur confession et leur croyance, qui travaillent sans arrière-pensée à la réalisation de la formule chrétienne: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre et bienveillance parmi les hommes.
Une autre version parle encore du plus pur esprit du christianisme primitif . C'est ambigu et moderne.
L'interprétation du caractère chrétien de l'Ordre templier ( selon une désignation officieuse du Rite Ecossais Rectifié ) va, comme on voit, de ce que j'oserais appeler la Stricte Observance ( Cf l'article de Jean Saunier, Le caractère chrétien de la Maçonnerie Ecossaise Rectifiée au XVIIIe siècle , art. cit. ), à une late ") Observance.

b ) Une déclaration solonnelle de 1970 sera citée ici car elle est exemplaire:

Le Grand Chapitre du Grand Prieuré des Gaules dit à nouveau sa fidélité aux traditions conjointes de l'Ordre maçonnique et aux principes propres au Rite Rectifié.
Considère que ce dernier possède dans son patrimoine un appel à la tradition chrétienne et à l'exploration de son ésotérisme qu'expriment entre autres le texte des prières et la prestation de serment sur l'Evangile de Saint Jean.
Déclare ces formes intangibles.
Dit que tous ceux qui, libres et de bonnes moeurs , voudraient appartenir au Rite doivent s'y soumettre. Nécessaires, elles sont suffisantes à constater les engagements. Les justifications d'un autre Ordre ayant trait à l'état civil ou à l'apport confessionnel ne sauraient leur être substituées.

c ) Mais il est absurde d'avoir en certains rituels corrigé le texte de la deuxième maxime au grade de Compagnon, reprise à celui de Mâître Ecossais de Saint-André: Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses Frères... en Celui qui rougit de la vertu de ses Frères... !
( Le problème soulevé par l'affirmation du caractère chrétien du R.E.R. se pose de même au niveau des trois premiers grades symboliques, dits bleus - le quatrième est un grade symbolique, dit vert. Cf. Jean Granger, "Le Rite Ecossais Rectifié", ap. La Formation des maçons, Cahier N 1, Grande Loge Nationale Française, province de Rouvray, avril 1976, pp. 1-20.)
2. - Administration.

Un problème d'Ordre administratif et non plus doctrinal, mais également lié à la nature particulière et, corollairement, à la structure particulière du Rite Ecossais Rectifié, tient à l'administration des Loges de Saint-André.

a ) D'une part le Régime Ecossais Rectifié en tant que tel n'existe plus. La structure très cohérente de l'Ordre a été brisée, à commencer par l'abolition de la Grande Maîtrise générale qui garantissait le caractère international de l'Ordre.

D'autre part, la Maçonnerie Rectifiée a refusé l'isolement, fut-il splendide. Des nécessités sociales non moins que la volonté de respecter ce Landmark de la Maçonnerie universelle, selon lequel les Loges symboliques doivent être autonomes et non point être soumises au gouvernement d'une institution maçonnique différente et réputée supérieure, mais aussi le désir de conserver au quatrième grade son originalité essentielle ont fait avancer plusieurs solutions propres à assurer l'organisation et la direction des Loges Ecossaises. Leur principe commun résulte d'un compromis: les loges écossaises ne relèvent pas de l'Ordre intérieur, mais elles ne dépendent pas non plus de la Grande Loge( où les Loges bleues du Rite Ecossais Rectifie se sont groupées afin de suivre le même Landmark ).

b ) D'où un Grand Collège Ecossais Rectifié, à la Grande Loge Nationale Française-Opéra, un Directoire des Loges Ecossaises autonomes des Gaules à la Loge Nationale Française, etc.
A la Grande Loge Nationale française et à la Grande Loge suisse Alpina aussi des solutions ont dû être ménagées que Jean Baylot parvient à résumer en ce peu de lignes: La Loge de Saint-André est, en droit règlementaire, la Loge de Saint-Jean siégeant en Maître de Saint-André. Pour des raisons touchant aux relations internationales, nous avons à nouveau inclus dans notre organisation priorale ces Loges de Saint-André qui furent pour un temps, plus directement rattachées à la Maçonnerie bleue, sous la conduite d'un Directoire specialisé. Une évolution séculaire, commandée par la recherche de l'unité des grades symboliques dans la Grande Loge Alpina et par les exigences de la vie en commun avec le Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté, avait conduit nos Frères suisses à l'intégration des Loges de Saint-André dans leur Prieuré. Nos relations sont plus aisées avec des structures comparables.

Voilà pourquoi, en 1965, par un nouveau traité daté du 21 octobre, conclu avec la Grande Loge Nationale Française, nous avons repris la direction complète des Loges de Saint-André. L'histoire et la tradition s'assurent parfois des revanches. Il s'est dessiné l'an dernier, dans la Préfecture de Neustrie, une tendance de certaines loges travaillant au Rite Rectifié à former une Loge de Saint-André sous le titre de la Loge de Saint-Jean, travaillant et recrutant dans cette dernière, suivant les dispositions du Code de Lyon de 1778. Il n'y avait aucune contradiction à souscrire à leur voeu d'où il sortit l'installation de trois nouvelles Loges de SaintAndré dans la Préfecture de Neustrie. Cette formulecombine les avantages des deux conceptions. ( J. Baylot et J. Granger, Le Rite Ecossais Rectifié..., Neuilly, Chancellerie de l'Ordre, [ 1968 ], pp. 18-19 ).

Que les loges du quatrième grade soient régies par une instance propre, et donc indépendantes de la Grande Loge comme de l'Ordre intérieur, ou bien que ce dernier les administre "les deux traits fondamentaux de la structure de 1778 [ maintenus, ajouterai-je, en 1782], la continuité et l'ambiguité sont aujourd'hui impossibles, dans la lettre maçonnique. Que celleci demeure donc anglo-saxonne. Mais il reste l'esprit [ ... ] "( Eques a Latomia universa. "La double structure administrative et hiérarchique du Régime Ecossais Rectifié en 1778", Renaissance traditionnelle, juillet 1977, N 31, pp. 188-196; Cf. p. 195.)

La Franc-Maçonnerie rectifiée s'est codifiée tout net comme composée de quatre grades. La Maçonnerie Universelle, reprenant la formule anglaise de l'acte d'union, en 1813, affirme ne consister qu'en "trois degrés et pas davantage". Mais c'est à savoir, poursuit le texte, "à savoir ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître, y compris l'Ordre suprême de la Sainte Arche royale". La contradiction entre les deux formules ne pourrait-elle être réduite, de même que la Grande Loge unie d'Angleterre a prévenu la contradiction dont menaçait la reconnaissance de l'Arche royale ?

3. - Equivalences.

Troisieme problème du quatrième grade, lié à la nature particulière du Rite Ecossais Rectifié; les rapports avec les autres rites.

a ) Le Code de 1778, à l'article XIX, prévoyait: Le grade de Maître Ecossais est exclusivement affecté au Régime Rectifié. C'est pour cette raison que lorsqu'on le confère ou qu'on tient loge d'instruction de ce grade on n'ose y faire assister aucun visiteur d'un autre régime, quelque grade qu'il ait. )"
Et l'on sait que la réception et l'instruction sont, avec le scrutin, les seules occasions où la Loge Ecossaise se réunit.

b ) Mais, afin de faciliter ses relations avec d'autres rites, et notamment avec le Rite Ecossais Ancien Accepté, des équivalences de grades ont éte calculées: Maître Ecossais de Saint-André et 18è degré du Rite Ecossais Ancien Accepté; Ecuyer Novice et Chevalerie Kadosch; Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte et 33è degré du Rite Ecossais Ancien Accepté. Ce système fut adopté en 1896 par le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie pour le Rite Ecossais Rectifié et le Suprême Conseil de Suisse pour le Rite Ecossais Ancien Accepté, et c'est en vertu de cet accord que trois Maçons français titulaires du plus haut grade Ecossais Ancien Accepté ( Ribaucourt, Savoire et Bastard ) furent, en 1910, armés Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte à Genève. Le réveil du Rite Ecossais Rectifié en France allait s'ensuivre.

c ) La question d'une équivalence entre le quatrième grade du R.E.R. et l'Arche royale du Rite Emulation est, de même, inéluctable

 

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CBCS

9 Avril 2012 Publié dans #hauts grades

Dans le Rite Ecossais, ce grade remplace le grade de Chevalier qui lui correspond dans la Stricte Observance Templière ( un rituel de ce dernier grade a été publié par Ostabat, Le Symbolysme, juillet-octobre 1971, pp. 226-244 ).

I. - Sens et Origine.

1. - Le sens du titre est ambigu, son origine a été ennuagée.

Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte connote évidemment l'idée de charité, qui est le devoir essentiel du dit Chevalier; I'organisation chevaleresque, bien sûr, et particulièrement l'Ordre du Temple. Car la Cité Sainte est Jérusalem. Mais cette manière de dire Templier , qui semblerait embarrasser, a un objet precis: de déclarer que les C.B.C.S. sont des Templiers sans en être tout en étant. Ou, si l'on préfère, que le rapport de la Maçonnerie, et singulierement du Rite Ecossais Rectifié, à l'Ordre du Temple n'est pas au juste celui que croit la Stricte Observance Templière. ( Le Convent des Gaules réservera la question de la filiation templière, alors que Wilhelmsbad la tranchera dans le sens de la renonciation, sauf au plan spirituel ).

Que cette intention ait été celle de Willermoz et de ses amis ne semble pas douteux. Mais d'autres facteurs ont-ils contribué à forger l'expression ?

2. - La Loge Rectifiée de Willermoz à Lyon se nommait La Bienfaisance. Mais le mot et l'adjectif correspondants sont communs dans le vocabulaire maçonnique. Puis on a signalé un grade de Chevalier Bienfaisant qui aurait été pratiqué à Metz et aussi l'influence éventuelle du grade dit Ecossais de Saint-Martin, dont le titre aurait pu se traduire, par allusion à l'état du légionnaire romain et à son geste proverbial, Chevalier Bienfaisant ( Cf Amadou, Louis-Claude de Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie , Le Symbolisme, juillet-septembre 1970, pp.285-307 et janvier-février 1971, pp. 43-73 ). Mais c'est vouloir expliquer obscurum per obscurius.

C'est cependant l'opinion de R. Le Forestier qui écrit dans son livre sur la FrancMaçonnerie templière et occultiste aux XVIIIè et XIX siècles ( Paris, Aubier-Montaigne, Louvain, Nauwelaerts, pp.433-434 ): <~ Le titre de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, que prit le rite mystique sorti de la Réforme de Lyon avait eté déjà usité dans un Système de Hauts Grades cultivé depuis 1770 par un Chapitre souché sur la Loge Saint-Théodore de Metz . Le degré suprême de ce Système régional s'appelait Ecossais Rectifié de Saint-Martin; il avait pour héros éponyme l'illustre évêque de Tours, le chevalier romain qui avait partagé son manteau avec un pauvre, acte de charité rappelé par de nombreux tableaux et statues exposés dans les églises de France. La Cité Sainte dont les membres du Chapitre Saint-Theodore se proclamaient les Chevaliers était donc Rome. Leur plus haut grade localisait en France le thème fondamental d'un haut grade plus ancien, I'Hospitalier de Palestine, qui faisait allusion à la charité active pratiquée par les moines guerriers appartenant à l'Ordre religieux qu'avait fondé, pour la protection des pèlerins en Terre sainte, Saint Jean évêque de Jérusalem. Autant de phrases, autant d'erreurs.

3. - Au demeurant, je ne pense pas que ni Chevalier ( qui d'ailleurs était le titre du dernier grade de la Stricte Observance ) ni Bienfaisant ( si conforme à la vocation des Maçons Chevaliers ) requièrent des explications compliquées. Celles-ci, en toute hypothèse, n'exprimeraient, il me semble, que des raisons supplémentaires.

Quant à la Cité Sainte , outre la référence prétendue discrète à l'Ordre du Temple, à cette ville où Salomon avait construit le sanctuaire qui est le type essentiel de la Maçonnerie, point n'est besoin d'aller chercher loin les raisons, d'ailleurs liées à la raison majeure, pourquoi les Chevaliers Maçons aimaient à la mentionner.

II. - Fondation des C.B.C.S.

Le chapitre provincial d'Auvergne, à la date du 28 août 1778, reconnaît comme il a reconnu depuis longtemps la nécessité indispensable de réformer la dénomination du SaintOrdre; le Code des règlements généraux des provinces, des instructions particulières des officiers, le précis historique de l'Ordre, le rituel de vestition et cérémonies et les règles; de purger les unes et les autres des additions arbitraires qui y ont été faites par les différents frères a Spica aurea et ab Ense [ sc. Weiler et Hund respectivement ], ainsi que des cérémonies et règles trop monacales pour pouvoir convenir dans un Ordre tel que le nôtre dans un siècle tel que celui où nous vivons. )> ( Registre des délibérations du Grand Directoire, B.M. Lyon Ms. 5 481, p. 70, Cf déjà à la date du 25 avril 1777, ibid., p. 8 ).

La question du titre C.B.C.S. , qui donnerait son nom à l'Ordre entier de la Stricte Observance métamorphosée au plan national, fut mise sur le tapis au cours de la premiere séance du Convent des Gaules, le 25 novembre 1778:

Les respectables Frères Chanceliers requirent que la dénomination de l'Ordre fut le premier objet à arrêter, que tous les membres de l'Ordre désiraient voir abolir l'ancien nom. Ils représentent que l'Ordre avait porté pendant quelques années celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte dans un temps où ils n'avaient aucune possession; que son nom n'était point connu, qu'il pourrait remplir le but qu'on se propose en désignant l'Ordre sous une dénomination qui ne serait aperçue que par les membres qui le composent, et que sans cesser d'appartenir au même Ordre, on annonce, en reprenant l'ancien nom, une renonciation absolue aux possessions qu'ils ont eues depuis un autre nom.>)

Donc, I'on traitera l'affaire au cours de la deuxième séance.

Le 27 novembre, deuxième séance, I'objet de la dénomination de notre Saint Ordre ayant été mis en délibération, il fut arrêté unanimement qu'il serait désigné dorénavant sous la qualification de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Lors de la sixième séance, le 3 décembre 1778, Willermoz lit la partie historique de l'instruction du grade, rédigée par ses soins. Le Convent statue que cette instruction serait jointe aux actes officiels du Convent, mais non enregistrée, qu'elle serait ensuite confiée aux représentants des Préfectures charges des réceptions et instructions des Chevaliers pour être déposée dans chacune entre les mains des Frères à qui il croira devoir les adresser. Le 5 décembre 1778, au cours de la huitième séance, on a fixé les signes, mots et attouchements des Novices et le nouveau signe des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.
III. - Documents.

Les documents relatifs au C.B.C.S. sont nombreux. Citons, principalement, les dépôts de la Bibliothèque Municipale de Lyon ( fonds Willermoz ) et du Grand Orient a La Haye ( fonds Kloss ). Le Code général des règlements de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte arrêté au Convent des Gaules tenu en novembre 1778 a été commodément repris ap. Jean Tourniac, Principes et problèmes spirituels du Rite Ecossais Rectifie et de sa Chevalerie templière ( Dervy-Livres, 1969, pp. 305-350 ). Un rituel de réception a été publié par Jean Kostka ( alias Jules Doinel, Lucifer démasqué, Paris-Lyon, Delhomme et Briguet, s.d. [ 1895 ], pp. 274-296 ).

IV. - Le grade.

l. - Le grade de C.B.C.S. n'est pas un grade maçonnique, car l'Ordre des C.B.C.S. est un Ordre équestre souché sur une base maçonnique en quatre degrés symboliques. Cependant, la terminologie est assez flottante ( par analogie avec le ballottement où est soumise au sein du Rite Ecossais Rectifié la question des rapports entre la Maçonnerie et le Temple mediéval ). Aussi bien le C.B.C.S. est-il armé , et la Franc-Maçonnerie est-elle considérée comme la pépinière du Saint-Ordre.

Chaque Chevalier, au moment de son armement, reçoit, comme dans la Stricte Observance, un nom d'Ordre ( nomen in ordine; p. ex. Jean-Baptiste Willermoz était Eques ob Eremo, Joseph de Maistre, Eques a Floribus, etc ), une devise en latin tirée des psaumes et des armes.

2. - Pour le regroupement de l'Ordre intérieur en Commanderies, Préfecture, Grands Prieurés Cf ECUYER NOVICE. Le Code fournit toutes indications sur ce système. Retenons que la Maçonnerie symbolique est sous le contrôle de l'Ordre intérieur et que le Grand Maître Général gouverne les six grades du Rite Ecossais Rectifié.

3. - Le rituel d'armement prescrit, avant la réception proprement dite, que le Commandeur s'adresse à l'Ecuyer novice en ces termes qui annoncent le sens du grade, le sens de l'Ordre:

Le dépôt de la science primitive de l'homme, conservé dans les anciens mystères, brille de tout son éclat dans le Temple célèbre que Salomon avait élevé dans la Cité Sainte à la gloire de l'Eternel qui daigna l'habiter. Vous voyez l'image, tracée devant vous, de son Saint Sépulcre. Ce Temple fut détruit, les sages se retirèrent dans les déserts et y préférèrent d'abord la vérité aux honneurs du siècle. Bientôt, sentant le besoin d'une activité utile et pénible, ils rentrèrent dans le monde où, apprenant la persécution de beaucoup de leurs Frères, ils déchirèrent leur sein, tranquilles de leur innocence et qu'aucun remords ne troublait leur coeur, et que rien en eux ne donnait de moyens d'observer leur fortune. Le sanctuaire du Temple redevint l'asile de l'éternelle et auguste vérité, son parvis, celui du malheur; on y consolait la veuve, I'orphelin y trouvait un père, les voyageurs un défenseur, le malade et le pauvre des secours généreux, telle est l'origine de l'Ordre des Templiers, des Frères vertueux dont nous tirons la nôtre, et aux vertus desquels vous êtes appelé à succéder.

La science, cachée auparavant dans des réduits écartés où elle mettait au-dessus des besoins ceux qui la professaient, fut alors consacrée au bonheur de l'humanité; mais le Temple s'écroula, et les Maçons propageant l'existence et les fruits d'un Ordre célèbre, le réédifièrent, adapté par une réforme sage aux besoins et à la situation actuelle de l'Europe. Il a repris dans ce siècle, le dix-huitième, son nom de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte pour l'allégorie du Saint Sépulcre de Jérusalem en Palestine, et sera, pour le reste de votre vie, une école de bienfaisance, un foyer de lumière et l'asile de l'amitié la plus douce.

Par le pouvoir qui m'a été conféré, je vais vous recevoir dans le Saint Ordre.

4. - Dans le discours d'instruction qui suit la réception proprement dite, I'Ordre du Temple est d'emblée mis en cause: sa fondation en 1125, ses malheurs que la jalousie de sa richesse causa. <~ Nous dit le Commandeur, qui sommes leurs descendants avons une tradition bien certaine des malheurs qui ont occasionné la destruction de notre Ordre.
Mais trois Templiers s'échappèrent et trouvèrent refuge en Ecosse, dans des cavernes près d'Heredom. Ils s'associèrent avec les Chevaliers de Saint-André du Chardon d'Ecosse, d'où le quatrième grade.
A Heredom, en 1340, fut fondé l'Ordre des Francs-Maçons par les Templiers. Ils avaient prévu, et il demeure, que les trois premiers grades sont des épreuves imposées aux candidats à l'intérieur. L'Ecuyer novice comprend alors le sens de son passage par la Maçonnerie. Deux emblèmes sont chers à l'Ordre des C.B.C.S. Le phénix fut choisi par les illustres fugitifs qui continuèrent le Saint Ordre pour remplacer l'ancien sceau du Temple, où figuraient deux cavaliers sur un cheval. Le pélican, d'autre part, signifie les secours que l'Ordre ancien fournissait aux commanderies de son ressort et la bienfaisance qui, depuis la réforme de l'Ordre, caractérise le Chevalier.

V. - Altérations et déviations.

1. - Au cours des ans, le rituel a subi des altérations. Donnons-en deux exemples. En Suisse, la dénonciation de l'infamie du pape Clément V s'accompagne de propos très généralement antipapistes, où les institutions de l'Eglise au Moyen Age sont dénoncées, à la seule exception... de l'Ordre du Temple. Curieuse rencontre, en milieu écossais rectifié, du laïcisme maçonnique et de l'atavisme protestant.
Deuxième exemple: la plupart des rituels modernes, depuis une date que je n'ai pu encore fixer mais qui se situe au XIXè siècle, comportent, à la fin de la cérémonie, une scène pendant laquelle les Chevaliers présents, Grand Prieur ou son délégué en tête, délient leur nouveau confrère de ses serments maçonniques. L'idée, clairement expliquée, est belle, plus étrangère à la tradition des C.B.C.S. dans la forme que dans le fond. Mais c'est une innovation.

2. - La position médiane de l'Ordre des C.B.C.S. est difficile à tenir; elle prête aux déviations vers la gauche ou vers la droite.

a ) Vers la gauche, en quelque sorte, dévièrent les Frères de Francfort, Darmstadt et Wetzlar surtout, qui sous la conduite du Baron de Dittfurth résistèrent aux décisions du Convent de Wilhelmsbad. Fatigués des Hauts Grades, des Ordres intérieurs et autres superstructures, ils n'en voulurent plus rien savoir. L'Union éclectique naquit de leur lassitude et de leur maçonnisme éclairé plus qu'illuminé.

b ) A droite, en revanche, il faut situer la singulière histoire du Chapitre des C.B.C.S. de Francfort, au commencement du XIXè siècle. Félix Kretschmar, érudit francfortois des années 1920, en a recueilli les éléments dans un lot d'archives à lui venu de son compatriote et parent Johann Friedrich von Meyer ( 1772-1849 ). Une correspondance, étayée par plusieurs documents, et conservée dans un fonds privé d'archives dites archives S.O. >), me permet, avec l'autorisation de son dépositaire, de résumer ainsi l'affaire que je me propose d'analyser ailleurs.

Un certain nombre de C.B.C.S. de Darmstadt et de Francfort, auxquels vinrent se joindre quelques C.B.C.S. de Strasbourg, les uns et les autres membres en outre de la Grande Profession, et fervents de théosophie, gardèrent, dans une Allemagne peu favorable, leur fidélité au Rite Ecossais Rectifié - mieux vaudrait dire ici à l'Ordre des C.B.C.S. Car s'ils innovèrent eux aussi, ce fut pour détacher l'Ordre intérieur, dont ils constatèrent crûment le caractère non maçonnique, des quatre premiers grades du Rite Ecossais Rectifié . Dans leur néo-Ordre des C.B.C.S., ils admirent des profanes , se contentant de leur communiquer, avant de les recevoir Ecuyers Novices, non pas les grades, mais les cahiers des grades symboliques. Johann Friedrich von Meyer, hermétiste très chrétien ( son nom d'Ordre était Eques a Cruce ), ami et protégé de Christian de Hesse-Darmstadt, substitut du Grand Maître Charles de Hesse-Cassel, fut l'un d'eux. On lui laissa même le soin de rédiger un Projektierte Statute des Rittertums der heiligen Stadt, nouvelle manière. ( Les papiers de Kretschmar en comprennent une copie ). Vers 1830, selon Kretschmar, le Chapitre cessa ses travaux.

Deux documents conservés dans le fonds Kloss du Grand Orient des Pays Bas apportenl une information précieuse et complémentaire sur le Chapitre des C.B.C.S. de Francfort qui s'y manifeste davantage, semble-t-il, comme un collège de Gands Profès. En particulier, leur activité paraît s'être poursuivie jusqu'en 1835, puisque l'une des deux pièces est constituée par le livre des travaux du collège de 1827 à cette date

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La dynastie britannique et la FM

9 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Au moment où se marie le prince William Windsor (Dieu le bénisse), petit-fils de la reine Elisabeth II du Royaume-Uni et fils de Charles Prince de Galles, futur roi du Royaume-Uni, nous assistons à une grande manipulation, l'ensemble des media se mettent soudainement à louer les "génies de l'institution royale". Quelle est cette supercherie ? Une lumière sur quelques faits historiques que les medias alignés évitent soigneusement de médiatiser, permet de décrypter l'évènement.

La dynastie de Hanovre, dont le prince William est le représentant, sous le nom actuel des Windsors, a des liens étroits avec la franc-maçonnerie depuis trois siècles. Et ce dès sa prise de pouvoir en 1714 avec George Ier. Aucun media ne vous le dira. Cette occultation, dans une société soit-disant "démocratique" et où règne (en principe...) la transparence est problématique et fort regrettable. Elle donne tout son sens à l'engouement général pour la dite "monarchie" (il ne s'agit pas d'une monarchie au sens traditionnel mais d'une monarchie soit-disant "parlementaire" soutenue par les loges maçonniques), engouement volontairement entretenu par des medias inféodés aux puissances d'argent et enserrés dans les filets occultes de la franc-maçonnerie.
Nous tirons les informations suivantes de l'ouvrage de Bernard Faÿ, "La Franc-maçonnerie et la Révolution intellectuelle du XVIIIe siècle" (La Librairie française, Paris 1961).

Au XVIIe siècle, le catholicisme (en Angleterre) a été vaincu avec Jacques II Stuart (1685-1689), dernier monarque catholique de Grande-Bretagne, et il est écrasé; ça et là se cachent encore quelques catholiques, mais ils ne tiennent plus aucune place dans la vie publique et leur religion doit rester secrète. Cependant, les sectes foisonnent et grandissent; c'est l'époque de l'essor pour les Anabaptistes, les Quakers, les Shakers. Les sectes s'entre-dévorent et leurs polémiques sont féroces; les incroyants en profitent et le christianisme subit en Angleterre des assauts plus violents qu'à aucune époque.

Sous l'apparence d'attaques contre le catholicisme, toute une littérature antichrétienne s'était développée à Amsterdam, Leyde, Harlem, La Haye. Elle ne se répandit véritablement en Angleterre qu'après l'installation du protestant hollandais Guillaume III d'Orange -Nassau (1689-1702, mais dont la lignée s'éteindra avec lui en 1702) à Londres. Alors, la collaboration des deux peuples dans leur lutte contre Louis XIV devint intime, leurs armées, leurs flottes combattaient côte à côte; leurs diplomates siégeaient aux mêmes conseils; Londres et Amsterdam parlaient le même langage et acceptaient les mêmes principes. L'antichristianisme et l'athéisme, venus de Hollande, prirent pied en Angleterre et sous l'égide de la haute-noblesse anticatholique, ils se répandirent rapidement à travers tous les milieux cultivés et aristocratiques (B. Faÿ, ibid., p. 57-58).

La chute des Stuarts n'avait pas établi la morale en Angleterre et si certains des souverains hanovriens, tel en particulier George III (1760-1820), étaient pieux et purs, leurs entours ne l'étaient point; dans toutes les administrations régnait le goût du lucre, au point que de 1770 à 1783 il devint presque impossible de mener la guerre d'Amérique tant les rouages étaient pourris. Cette démoralisation de la haute classe et des fonctionnaires supérieurs ne laissa pas d'être une des causes qui contribuèrent à détacher l'Amérique de l'Angleterre car les colons puritains découvrirent vite que tout s'achetait à Londres, et surtout les lois; ils en profitèrent quelque temps, puis las de payer ils eurent recours à des moyens plus simples et plus brutaux; mais Franklin, qui était un 'philosophe' (franc-maçon) s'écriait : 'Que ne m'a-t-on laissé faire ! Si l'on m'avait donné le quart de l'argent que l'on a dépensé pour la guerre, nous aurions eu l'indépendance sans une goutte de sang. J'aurais acheté tout le parlement et tout le gouvernement britannique' (B. Faÿ, ibid., p. 63-64).

La grande croisade anglaise pour donner à l'Europe une civilisation nouvelle, affranchie de toute influence française et romaine

Pourtant, ils savaient et ils voyaient que la 'Réforme' (protestante) avait échoué. Elle avait voulu ranimer l'Eglise, raviver en elle la foi des premiers âges. ... Il était clair en 1700 qu'elle n'y avait pas réussi. ... Les sectes protestantes apparaissent comme des petits troupeaux isolés dans un immense désert d'aridité spirituelle et d'impiété. La fin du XVIIe siècle, le début du XVIIIe siècle avaient encore hâté la décomposition de l'Eglise d'Angleterre et multiplié les divisions. Les pasteurs comme Jean-Théophile Desaguliers, un huguenot de la La Rochelle réfugié en Angleterre, ne pouvaient se refuser à l'évidence. (B. Faÿ, ibid., p. 71).

Desaguliers était le co-auteur avec le pasteur presbytérien Anderson des Constitutions dites d'Anderson (1723), qui sont restées comme la Constitution officielle de la franc-maçonnerie. Il occupait une place de premier plan dans l'Angleterre hanovrienne du début du XVIIIe siècle. Il avait donné des gages solides de son dévouement à la dynastie (hanovrienne), au pays et à la Réforme. Contre Louis XIV qu'il haïssait et ses armées qu'il détestait il avait voulu prendre position et faire quelque chose. Aussi en 1711, quand les 'alliés' impériaux, hollandais et anglais, commandés par M. le duc de Marlborough assiégeaient Lille, Douai, Bouchain, Quesnoy et les autres placesfortes des Flandres françaises, Desaguliers avait traduit le livre d'Ozanam sur la guerre de sièges, A treatise of Fortifications done into English and amended, by J.T.D., 1711. Contre les Bourbons et leur gouvernement 'absolu' il avait dressé les rois hanovriens d'Angleterre (1714). Contre le pape et le papisme son action n'avait pas été moins publique, mais elle avait été plus continue et les conversations comme les conférences de Jean-Théophile Desaguliers avaient pris rang dans la grande croisade anglaise pour donner à l'Europe une civilisation nouvelle, affranchie de toute influence française et romaine.

Sa réputation parvint jusqu'au roi Georges Ier (1714-1727), (successeur de Anne, dernière Stuart), qui le convia à venir faire devant lui une conférence au palais de Hampton Court. Cette cérémonie se termina si bien que Desaguliers reçut d'abord un bénéfice à Norfolk d'une valeur de soixante-dix livres de revenu annuel, puis à l'avènement de George II (1727-1760) un autre bénéfice à Essex. Il fut aussi nommé chapelain du Prince de Galles, et il est clair que cette charge ne fut point seulement honorifique. Il était devenu un personnage officiel et on le consultait pour tous les problèmes techniques importants. (B. Faÿ, ibid., p. 79-81).

Son intimité avec la famille royale lui permettait d'assurer à sa société la bienveillance des pouvoirs publics et il y réussit si bien que le 5 novembre 1737 il avait l'honneur de conférer les deux premiers degrés maçonniques à Frédéric, prince de Galles, dont il était le chapelain, à une tenue de la Grande Loge d'Angleterre, dite de Londres (fondée en 1717) où il siégeait comme maître. A vrai dire la maçonnerie pouvait alors traiter d'égale à égale avec la Couronne.
Desaguliers réussit à entraîner tout un groupe de nobles et de grands seigneurs à entrer dans la maçonnerie et à prendre un rôle actif. A lire les listes de souscripteurs de ses ouvrages on s'explique qu'il ait réussi dans cette entreprise apparemment si difficile, car tout l'armorial d'Angleterre s'empressait d'acheter ses ouvrages, avant même qu'ils aient paru. Le Roi et la Reine figurent en tête suivis du Prince de Galles, du lord-maire de Londres, des ducs de Buccleugh, Chandos, Cleaveland, Montague, Norfolk, Wharton, des comtes de Burlington, Bute, Crawfurd, Halifax, Macclesfield, Pembroke, Suffolk, Sussex, Thomond, Tyrconnel, des vicomtes Hilssborough, Cobham, Longsdale et de plus de cinquante autres membres de la haute noblesse anglaise.

Desaguliers était huguenot, ... il était un ennemi persévérant du catholicisme. Son esprit se retrouve à chaque page des Constitutions. En voici un exemple : (selon les Constitutions) les prophètes, le peuple israélite, et le grand roi Salomon reçurent et développèrent la maçonnerie, que n'ignorèrent point tout à fait les autres nations : Assyriens, Egyptiens, Grecs et Romains; de là elle s'installa dans l'empire romain et le pénétra dans tous ses recoins, c'est ainsi qu'elle parvint en Angleterre où les Saxons qui, par leur nature et leur foi, avaient une disposition à la liberté et à la philosophie, l'accueillirent, s'instruisirent et firent de grands progrès; enfin les temps modernes et la dynastie de Hanovre lui redonnèrent toute la splendeur et toute l'importance qu'elle avait connues aux temps les meilleurs (The Constitutions of the Free Masons, London, 1723, p. 7-46.)

Bernard Faÿ fait cette remarque : cette abrégé d'histoire universelle, ne ressemble en rien à l'Histoire de Bossuet. Elle est d'une extraordinaire discrétion au sujet du Christ mentionné seulement en une ligne entre deux parenthèses comme le "grand architecte de l'Eglise", et elle se garde bien de mettre au premier plan les évènements religieux ou les traditions spirituelles; Abel est oublié tandis que Caïn (Ndlr. fils aîné d'Adam et Eve et premier meurtrier de l'histoire...) et ses enfants ont l'honneur d'un paragraphe entier avec mots en grandes capitales. (B. Faÿ, ibid., p. 83-94).

En trente ans, la Grande Loge de Londres devint le "centre de toutes les maçonneries de l'univers" (B. Faÿ, ibid., p. 95).

Une liste sommaire donnera l'idée de ce que fut la Grande Loge d'Angleterre entre 1720 et 1750 et à quel point elle resta inféodée à la haute société britannique. Après le duc de Montague, qui fut le premier grand maître appartenant à la noblesse, vint le duc de Wharton. Après le duc de Wharton, le comte de Dalkeith, plus tard le duc de Buccleugh; après le comte de Dalkeith, le duc de Richmond, fils naturel de Charles II; après le duc de Richmond, lord Paisley, qui fut plus tard comte d'Abercorn; après Lord Paisley, le comte d'Inchiquin; après le comte d'Inchiquin, lord Colrane; après Lord Colrane, le victomte de Kingston; après le vicomte de Kingston, la franc-maçonnerie arriva à l'époque de sa gloire la plus brillante, elle élut comme grand maître et garda deux ans à sa tête, 'Sa Grâce Thomas, duc de Norflok, maréchal comte et maréchal héréditaire d'Angleterre, comte de Arundel, Surrey, Norfolk, Norwich Mowbray, Howard Segrave, Brewse de Gower, Fitzallan, Warren, Clun Oswaldestre, Maltravers, Greystock, Furnival, Verdon Lovelot, Strange de Blackmere et Hovard de Castle Risings après les princes du sang royal, premier duc, comte et baron d'Angleterre, chef de l'illustre famille des Howard et grand maître des maçons francs et acceptés d'Angleterre' (CALVERT, Grand Lodge of England, p. 92-93.)

Dans cette liste, il y a des personnages de toutes sortes, mais il n'ya que des nobles. A sa tête la franc-maçonnerie n'acceptait qu'eux.

La franc-maçonnerie anglaise était devenue une institution aristocratique. Comme le milieu du siècle, avec les guerres victorieuses de l'Angleterre, l'expanson de son commerce, l'hégémonie de sa marine et le développement de ses colonies marque une période de prospérité inouïe pour la noblesse anglaise, dont Robert Walpole n'hésita pas à payer les suffrages parlementaires et la complicité politique au prix d'innombrables millions de livres sterling entre 1725 et 1745. Grâce à son pacte avec la haute noblesse britannique la franc-maçonnerie avait le prestige social, le prestige mondain, le prestige financier et une influence incomparable.

Elle pouvait mener à bien sa croisade. Sa grande invention est d'instaurer par le monde, sous le nom de 'fraternité' ou d''amour fraternel', l'ère de la camaraderie héritière et remplaçante de la charité chrétienne; comme sa grande oeuvre intellectuelle et mystique est de susbtituer aux religions dogmatiques, une religiosité scientifique, un mysticisme cosmique. A la place du pape, elle installe son Grand Maître, à la place de Jeovah le Grand Architecte de l'Univers. (B. Faÿ, ibid., p. 111-114).

Après avoir assuré l'unité politique de l'Angleterre, la maçonnerie travailla à amener par le monde l'unité des principes et des pratiques politiques en préparant partout la voie au 'parlementarisme'. Dans ses loges on enseigna aux nobles et aux bourgeois à discuter tous les problèmes et à se former aux méthodes parlementaires; dans les esprits on répandit le culte du parlement d'Angleterre, le rêve d'un parlement universel. (B. Faÿ, ibid., p. 126).

N'oublions pas que le 'Grand Orient de France', par deux fois, dans les premiers mois de 1789, intima l'ordre à ses frères d'instaurer en France un régime parlementaire, c'est-à-dire de se rallier aux plus audacieux des chefs 'révolutionnaires'. Rappelons nous, aussi, qu'il se terra par la suite et que son Grand Maître, Philippe Egalité, le mit officiellement en sommeil en 1793. La franc-maçonnerie ne fait pas les révolutions; elle les prépare et elle les continue. Elle laisse ses membres les faire et parfois les pousse à les faire, mais elle-même disparaît lors des révolutions pour reparaître ensuite plus brillante et plus vivante. (B. Faÿ, ibid., p. 126).
Publié dans : Franc-maçonnerie mondialisme soc. secrètes N.O.M. - Par Ingomer

Source : http://forumarchedemarie.forumperso.com

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Chevalier ou Citoyen dans les hauts grades

9 Avril 2012 Publié dans #hauts grades

 

Un article très riche qui met bien en perspective deux positionnements du Franc-Maçon : citoyen dans les trois premiers grades et chevalier dans les ateliers supérieurs. Mélenchon, John Watyne, Pinochet, Allende, Bakounine Proudhon et le Duc de Kent. La vraie richesse de cette association est sa capacité à intégrer des hommes, Frères à l'intérieur des Temples et adversaires à l'extérieur..Aucune autre organisation ne possède cette universalité (T . Dalet)

 

 

Au XXIème siècle, on rencontre donc, au rite écossais ancien et accepté, des chevaliers d’Orient, des princes de Jérusalem, des chevaliers d’Orient et d’Occident, des souverains princes Rose+Croix, des grands Pontifes ou sublimes écossais dits de la Jérusalem Céleste, des chevaliers prussiens ou Noachite, des chevaliers Royal Hache ou princes du Liban, des chevaliers du serpent d’airain, des chevaliers du Soleil, des chevaliers du soleil grands maîtres de la lumière et grands écossais de Saint-André d’Ecosse et patriarche des croisades, des chevaliers Kadosh ou chevaliers de l’aigle blanc et noir, des grands inspecteurs-inquisiteurs et commandeurs, des chevaliers de Saint-André sublimes princes du royal secret, des souverains grands inspecteurs généraux. Le rite français n’est pas en reste avec ses chevaliers maçons. Bref, objectivement, la franc-maçonnerie génère une aristocratie dans ses hauts grades.

On sait que dans l’histoire, la chevalerie organisée en ordres procède d’une tradition chrétienne concomitante de ses origines. On a pu recenser l’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem (1099), l’ordre Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem ou ordre Souverain de Malte (1113), l’ordre du Temple (1118), l’ordre de Calatrava (1158), l’ordre de Saint-Jacques-de-l’épée (1170), l’ordre de Montjoie (1175), l’ordre d’Alcántara (1177), l’ordre Constantinien de Saint-Georges (1190), l’ordre Teutonique (1198), l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et Notre-Dame du Mont Carmel (1200), l’ordre de Saint-Georges d’Alfama (1201), l’ordre des Chevaliers Porte-Glaive (1202), l’ordre de Dobrin (1216), l’ordre de Sainte-Marie d’Espagne (1272), l’ordre de Montesa (1317), l’ordre du Christ du Portugal (1319), l’ordre de Saint-Georges de Hongrie (1326), l’Ordre Très Noble de la Jarretière (1348), l’ordre des Chevaliers de la Noble Maison de Saint-Ouen ou Chevaliers de l’Etoile (1351), le Très Honorable Ordre du Bain (1399), l’ordre du Dragon (1408), le Noble Ordre de la Toison d’Or (1430), l’ordre de l’Eléphant (1462), l’ordre de Saint-Michel (1469), l’ordre de San Stefano (1561), l’ordre des Saint-Maurice-et-Lazare de Savoie (1572), l’ordre du Saint-Esprit (1578),le Bailliage d’Utrecht de l’Ordre Teutonique (1580), l’ordre Très Ancien et Très Noble du Chardon (1687), l’ordre Royal et Militaire de Saint-Louis (1693), l'ordre de la Légion d’Honneur (1802).

Dès le XIIIe siècle, d’importants princes et souverains ont créé des ordres de chevalerie laïcs, afin d’exalter la noblesse et de perpétuer les valeurs chevaleresques. En réalité, ces nouveaux ordres n’ont d’autres buts que d’asseoir l’autorité des monarques, en regroupant autour d’eux un cercle de nobles dévoués à leur cause. Ces différents ordres vont ensuite se développer, se transformer, jusqu’à devenir bien plus tard des distinctions de mérite ou des décorations, qui n’ont plus aucun rapport avec leurs buts d’origine. Par la suite, à partir du XVIe siècle, des ordres de chevalerie purement honorifiques verront le jour, ne gardant plus qu’un très lointain rapport avec l’idée première de la chevalerie mais constituant une aristocratie.

La chevalerie maçonnique, une discrimination sociale ?

Au XVIIIème siècle, aux origines de la maçonnerie, la chevalerie des hauts grades participe tout naturellement d’une discrimination sociale et politique : "... (La multiplication des Hauts-grades) participait d’un souci de nature élitiste peu compatible avec les principes de bases de la franc-maçonnerie. Force est d’admettre que, précisément en cette ère des Lumières, le développement de ces "hauts grades" correspondait à une certaine réticence de la part des adeptes issus de la noblesse ou du haut clergé à entretenir des rapports fraternels et familiers sur un pied d’égalité avec des membres du tiers état que leur tradition leur avait toujours fait considérer comme socialement inférieurs" -
Robert Kalbach, Aristocratie des Hauts-Grades in L’Ordre maçonnique p. 296.

Ou encore : "La fraction de la société française où la franc-maçonnerie s’est introduite et propagée est étrangère à toute forme d’égalité entre des personnes de rangs différents, et en vérité elle n’a que faire d’une institution qui lui propose de représenter des ouvriers du bâtiment, même s’ils sont hautement qualifiés et travaillent sous l’égide du roi Salomon… La société du XVIIIème siècle est figée en castes, qui se côtoient certes, mais ne se mélangent pas, aussi était-il nécessaire que la franc-maçonnerie française s’adapte à la structure de la société française. La solution adoptée consista à ajouter aux trois degrés venus d’Angleterre une série de grades ou de degrés dotés de titres qui reflètent la situation sociale des adeptes"- Michel Brodsky, préface à Irène Mainguy - Symbolisme des grades de perfection et des Ordres de Sagesse.

D’autre part, "Ramsay (1735/1736) assignait à l’ordre, de manière péremptoire et sans grande justification historique, des origines templières voire procédant de l’Ordre des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Ce faisant, Ramsay offrait aux francs-maçons français des classes supérieures de la noblesse ou du clergé, une généalogie moins plébéienne que celle d’ouvriers du bâtiment, fussent-ils salomoniens, et simultanément les confortait dans l’aspiration à une maçonnerie des hauts-grades bien plus en accord avec les structures de la société civile de leur temps " - Robert Kalbach - L’Ordre maçonnique.

La tradition chevaleresque en maçonnerie, une sublimation des valeurs ?

La chevalerie est venue à afficher des valeurs qu’elle revendique et porte en étendard au nom du christianisme : "L’ordre de chevalerie, antique et originel, n’a pas d’autre organisation … que le respect exigé de chacun des préceptes religieux et moraux qui fondent l’état de chevalerie : fidélité à Dieu et à l’Eglise, piété, sacrifice de soi, service des pauvres, des faibles et des opprimés, générosité et noblesse du cœur, droiture et loyauté, honneur, respect et service des dames, actions justes au service du droit, du roi ou de son suzerain".

Dans la Franc-maçonnerie moderne, les chevaliers affichent et cultivent ces valeurs : "La Chevalerie est née d’elle-même. Aucun acte souverain ne la créa. Elle est moins une situation qu’un idéal. Au Moyen-Age, cet idéal était celui du christianisme. A la vérité le chevalier est un combattant qui engage sa personne et ses ressources au service d’une cause qu’il considère comme affectée d’un caractère suprême. Porter en soi les qualités humaines de droiture, d’amour du bien, du vrai et du beau, d’ardeur militante et d’altruisme et se dédier corps et âme, au triomphe de la cause qui paraît la plus digne d’être embrassée par l’humanité en quête de perfectionnement, tel est le chevalier" -
Pierre Mollier, In Souverain Chapitre Métropolitain à l’Orient de Paris.

"Le XVIIIème s. est un siècle charnière entre la société traditionnelle et la modernité. La maçonnerie des hauts grades va se révéler comme un véritable conservatoire qui préserve dans le huis clos des loges tout un patrimoine symbolique - chevaleresque et hermétique - que la société moderne va balayer ailleurs. Aujourd’hui, beaucoup, notamment parmi les francs-maçons, sont décontenancés par les rituels des hauts grades. En fait, cette matière multiforme et un peu insaisissable ne nous semble pouvoir être comprise que si l’on considère que c’est un véritable cycle légendaire qui s’est constitué en plein Siècle des Lumières. Il faut appréhender ses textes comme les romans de chevalerie du Moyen-âge. De grade en grade, les frères apprennent des secrets nouveaux sur la geste de Salomon, d’Hiram et de leurs disciples : les Grands Élus. Mais, sous un habillage vétéro-testamentaire, le Salomon des Maçons est un proche cousin du roi Arthur. Les Grands Élus sont en fait les gardiens intemporels de la Tradition Primordiale. Les légendes qui sont révélées aux frères, souvent bien éloignées des sources bibliques, sont plus soucieuses d’enseignement symbolique que de cohérence historique ou scripturaire. Au travers de l’histoire mythique des trois temples, Jérusalem est le lieu géométrique - et magique - où se reflète, pour les cherchants, l’espace d’une cérémonie, les grands archétypes spirituels qui hantent la psyché humaine. Aujourd’hui comme hier, les rituels du Souverain Chapitre Métropolitain (Le Rite français) nous invitent à vivre le roman d’une quête qui est d’abord le Roman de Jérusalem" -
Pierre Mollier ibid.

Prenons l’exemple du chevalier d’Orient et d’Occident au 17ème grade : "Ce grade évoque l’époque de la naissance de la Chevalerie née au milieu de l’anarchie et de la tyrannie du régime féodal. Elle a consacré le culte des affections généreuses et des sentiments magnanimes. Elle a érigé quelques-uns des principes qui ont relevé l’espèce humaine courbée sous le joug de l’ignorance et de la barbarie : celui de la défense du faible et de l’opprimé ; celui qui adoucit le plus promptement les mœurs : l’amour respectueux de la femme, la générosité qui ne connaît plus d’ennemi quand il est désarmé ou à terre. Elle a valorisé cette maxime qui résume toute la morale : Fais ce que dois, advienne que pourra" - Jean-Pierre Bayard, Symbolisme maçonnique des hauts grades - t. II, p. 70).

Chevalier ou Citoyen ?

La société moderne que la franc-maçonnerie du Grand Orient De France revendique de construire au XXIème siècle peut-elle s’accommoder de tels parangons ? Elle se veut républicaine, laïque, égalitaire en droits, fondée sur les principes proclamés par la Révolution et affichés aux frontons de nos constitutions.

Dès 1791, elle dispose que "Il n’y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires, ni distinctions d’ordres, ni régime féodal, ni justices patrimoniales, ni aucun de titres, dénominations et prérogatives qui en dérivaient, ni aucun ordre de chevalerie" … que "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits".

Est-il encore judicieux et nécessaire aujourd’hui que cette franc-maçonnerie cultive et entretienne une tradition chevaleresque obsolète à forte connotation religieuse chrétienne et assure la pérennité d’une aristocratie à vocation élitiste inégalitaire ?

Ne serait-il pas plus urgent et utile à son projet de produire des citoyens laïques, armés pour construire un avenir ouvert à toutes les formes de pensée et de culture ?

 

Source : http://www.troispoints.info

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La Franc-Maçonnerie et la Révolution Française

9 Avril 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

 

On a beaucoup épilogué quant à l'influence de la Franc-Maçonnerie sur le Révolution Française. Les légendes les plus contradictoires ont couru à ce sujet. Les adversaires de la Franc-Maçonnerie s'en sont donné à cœur joie, mais il faut bien convenir que les francs-maçons sont en partie res­ponsables d'un certain nombre de légendes.

Un bref rappel historique nous paraît nécessaire.

Les Loges sont les lieux où les ouvriers constructeurs d'églises et de cathé­drales rassemblent leurs outils, et ils discutent après le travail, ils ont dès cette époque leurs règles, leurs devoirs de solidarité et de fraternité. Ils possèdent un système hiérarchique, et tout apprenti peut s'élever dans l'échelle sociale, c'est-à-dire devenir un Maître.

C'est précisément le jour où cette promotion sociale cessera d'exister que naîtra le Compagnonnage, révolte des ouvriers opératifs qui aspirent à la promotion sociale. Le Compagnonnage sera ainsi l'une des premières for­mes du Syndicalisme ouvrier, et sera connu par les poursuites judiciaires dont il était l'objet à cette époque.

La Franc-Maçonnerie opérative va se développer non seulement en France, mais en Angleterre, et essentiellement en Ecosse, où vont naître des Loges permanentes, alors que les ouvriers opératifs allaient de Loge en Loge.

Pour différentes raisons, les Loges en Ecosse vont recevoir au début du XVIIème siècle des non-opératifs, que l'on qualifiera de maçons acceptés. Différentes explications ont été données à cette nouvelle phase évolutive de la Franc-Maçonnerie, le goût du secret, le désir de rassembler des hom­mes de différentes tendances, mais qu'on ne se méprenne pas surtout sur le travail effectué dans ces Loges. On ne fait surtout pas de politique ou même de symbolisme. On se réunit volontiers pour célébrer la joie de vivre.

Cependant, on va voir apparaître une nouvelle évolution dans la Maçon­nerie, avec l'apparition de scientifiques, des membres de la Royal Science Academy, et en 1717, quatre Loges de Londres vont se réunir pour consti­tuer la Grande Loge de Londres et une Commission va être désignée, afin que l'histoire, les obligations, les règlements et le droit du Maître fussent imprimés. Et cette Constitution, exceptionnelle dans l'histoire de l'Angle­terre, est connue sous le nom des «Constitutions d'Anderson ».

Et l'Article Premier de ces Constitutions doit être rappelé avec force, car il incarne à lui seul le caractère révolutionnaire de la Franc-Maçonnerie, du moins pour l'époque.

L'Article 1 concerne Dieu et la Religion. Il est ainsi conçu : «Un maçon est obligé par son engagement, d'obéir à la Loi morale, et s'il comprend correc­tement l'Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux ».

Mais, quoique dans les temps anciens, les maçons fussent obligés, dans chaque pays, d'être de la religion de ce pays ou nation quelle qu'elle fût, aujourd'hui il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion, sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à cha­cun ses propres opinions, c'est-à-dire d'être des hommes de bien et loyaux, ou des hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses.

La Maçonnerie devient le «Centre de l'Union », et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance, et c'est là une idée tout à fait nouvelle, et quasi révolutionnaire.

Et ces idées, chères aux maçons anglais, devaient gagner la France, et il convient de rappeler ici le rôle d'un personnage, dont on n'a pas suffi­samment célébré l'anniversaire, Charles-Louis de Secondat, né le 18 jan­vier 1689, à la Brede, qui avait un mendiant comme parrain, et qui est plus connu bien entendu, sous le nom de Montesquieu. Son tricentenaire n'a pas été célébré avec éclat, mais Montesquieu, qui devait être initié le 16 mai 1730 à Londres, à la très aristocratique Loge « Horn » va inspirer la Constitution des Etats-Unis, avec son célèbre principe de la séparation des pouvoirs, qu'il évoque dans «L'esprit des Lois». Ces idées inspire­ront non seulement les Constitutionnels américains, mais bien entendu les Constitutionnels français.

Et en 1726 vont naître en France les premières Loges (environ). Mais ces réunions d'hommes appartenant à différentes catégories sociales ne vont pas manquer d'inquiéter la police et les mouches de l'époque, qui font état des dangers que représentent des réunions maçonniques par la diver­sité de leur composition.

Luquet a publié des rapports édifiants à ce sujet dans son ouvrage consa­cré à la Franc-Maçonnerie et l'Etat en France au XVIIIème siècle. On peut y lire, par exemple, dans un gazetin : «Ce que l'on trouve le plus extraordinaire, c'est qu'on prétend qu'au moyen de cinq Louis d'or, tou­tes personnes sont admises dans cette Confraternité, même jusqu'à des laquais et des artisans, en sorte que ces sortes d'assemblées font présumer au plus grand nombre qu'il s'y passe quelque chose qui pourrait bien être contre le bien de l'Etat, et même contre les bonnes mœurs ».

On parle même de fronde et de cabale contre le gouvernement. Une nou­velle forme cependant, de la Franc-Maçonnerie va naître en France avec l'Ecossisme, inspiré par les idées de Fénelon, qui veut une nouvelle Europe, loin des guerres, une Europe chevaleresque, qui désire une France totalement éloignée de la politique guerrière de Louis XIV.

Le discours du Chevalier Ramsay est-il à l'origine de l'Ecossisme ? la question reste débattue. Mais la création de grades supérieurs au sein de cette nouvelle Maçonnerie permettra plus tard aux adversaires de celle-ci de prétendre qu'elle prépare la chute de la Royauté, et la lutte contre l'Eglise. Un grade maçonnique introduit vers 1761 en France par le Che­valier Du Barailhe, originaire de Nancy, va permettre la création de cette légende, dont les instructions secrètes du grade de Chevalier Kadosch, ont fait allusion à deux abominables personnages, Philippe Le Bel et Bertrand de Got, Archevêque de Bordeaux, que Philippe Le Bel devait faire Pape.

Ces deux personnages étaient à l'origine de la destruction de l'Ordre du Temple et de la mort de Jacques de Molay. Il s'agissait donc pour les Maçons, et essentiellement pour les Chevaliers Kadosch, de se venger de la royauté et de l'église. C'est sur ce fait que s'appuie Barruel, dont nous aurons l'occasion de reparler, pour incriminer les hauts grades de la Maçonnerie, et qui confortera ainsi les accusations de tous ceux qui affir­meront avec lui que les francs-maçons des premiers degrés furent les dupes et les agents inconscients des arrières-Loges.

L'Abbé Proyart n'hésitera pas de reprendre l'opinion de Barruel lorsqu'il écrira : «c'était parmi ces exercices atroces qui se formaient sous le nom d'élus, de Rose-Croix, de chevaliers Kadosch, de frères illuminés, tous ces êtres farouches et ces buveurs de sang qui devaient 25 ans après, désoler la France et épouvanter la Terre. C'était à l'ombre de ces cavernes que pul­lulait la scélérate engeance des Jacobins ».

Est-ce à dire qu'il n'y a pas de Loges qui ont été infiltrées par des mouve­ments pré-révolutionnaires. Le phénomène s'est incontestablement pro­duit en Allemagne, ou plus exactement en Bavière, avec les Illuminés de Bavière, dont le créateur était un professeur de droit nommé Weishaupt, et dont l'objectif était d'abolir toutes les lois civiles et religieuses, pour supprimer en particulier la propriété.

Un personnage intriguera en France les Historiens, Nicolas de Bonneville, auteur de l'ouvrage «Les Jésuites chassés de la Franc-Maçonnerie et leur poignard brisé par les Maçons». Bonneville souhaitait-il infiltrer les Loges pour créer un programme anti-religieux et anti-révolutionnaire ? Il devait fonder, avec son ami l'Abbé Fauchet, le Cercle Social, la Confédé­ration Universelle des Amis de la Vérité.

A la veille de la Révolution, le Grand Orient de France a 30 000 maçons, et il existe en outre la Grande Loge de Clermont. Vont-ils jouer un rôle fondamental dans la Révolution ? Il est bon de noter que la Convocation des Etats Généraux est précédée de l'Assemblée des Notables, convoqués par Calonne. Celui-ci suggère un certain nombre de réformes, mais déjà, aucune unité parmi les maçons qui participent à ces Etats.

Ce sera plus tard la Réunion des Etats Généraux, et Monsieur Lamarque a étudié le rôle des francs-maçons aux Etats Généraux de 1789, et le bilan de ces travaux est le suivant : l'appartenance maçonnique de 200 députés titulai­res, de 37 députés suppléants, la répartition entre les trois Ordres étant la sui­vante : le Clergé 17 ou 18, la Noblesse 79, le Tiers-Etat 103 ou 117. C'est dans la députation de la noblesse que la proportion est la plus élevée. On rencontre également les opinions les plus variées parmi les députés maçons.

Cependant, le fameux serment du Jeu de Paume, prononcé le 20 juin 1789, par les députés de l'Assemblée Nationale, dans la Salle dite du «Jeu de Paume», a un caractère tout maçonnique. Le Président Bailly était-il maçon ? La question est discutée, mais il faut reconnaître que ce serment a un caractère tout maçonnique, que peut-être les historiens n'ont pas retenu : l'Assemblée Nationale arrête que tous les membres de cette Assemblée prête­ront à l'instant serment solennel de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeront, jusqu'à ce que la Constitution du Royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que le dit ser­ment étant prêté, tous les membres et chacun d'eux en particulier confirme­ront par leur signature, cette résolution inébranlable.

Et le 4 août 1789, c'est la suppression des privilèges à l'investigation du Vicomte de Noailles, qui avait pris part à la guerre d'Indépendance, et son parent La Fayette, qui lui aussi, était maçon. C'est la joie collective de la nuit du 4 août.

Et l'Assemblée Nationale va ensuite déclarer les Droits de l'Homme, inspirée par la déclaration américaine de 1776. Comment ne pas y reconnaître des relents maçonniques, lorsqu'on y lit : « Ces Droits sont déclarés d'abord naturels et imprescriptibles, et reconnus par l'Assemblée en présence, et sous les auspices de l'Etre Suprême». N'est-ce pas un hommage discret au Grand Architecte de l'Univers : «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits». Et puis, ces droits eux-mêmes : la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. Ainsi va naître la «Bible des Temps Nouveaux ».

Si les maçons sont nombreux parmi les Girondins de la Convention, les grands ténors n'appartiennent pas à la Franc-Maçonnerie, à l'exception de Marat. Et Robespierre lui-même, contrairement à la légende, n'est pas maçon. La Terreur va arrêter les travaux maçonniques. Le Grand Maître Philippe d'Orléans, se fait désormais appeler Egalité, et déclare ne plus vouloir se mêler en rien des affaires du Grand Orient ni des Assemblées de francs-maçons. Un autre maçon, célèbre pour d'autres raisons, avait joué un rôle important dans la campagne de l'ex-Duc d'Orléans, le célèbre Choderlos de Laclos, l'auteur des «Liaisons dangereuses», titre bien indi­qué pour l'auteur.

Si les Loges sont pratiquement en sommeil, la Maçonnerie ne fut pourtant jamais interdite. Les Loges se réunirent clandestinement, et il est inutile de rappeler tous les excès de la Terreur, et nombre de maçons furent guil­lotinés (qui porte le nom d'ailleurs d'un non moins célèbre maçon, le Docteur Guillotin). Signalons au passage l'authentique aventure de Jean- Marie Gallot, franc-maçon de la loge de « L'Union » de Laval, qui, ayant refusé le serment de la Constitution Civile en 1791, est emprisonné, refuse de jurer fidélité à la République, sera guillotiné, et plus tard, béatifié avec 18 autres martyrs de la Foi en Mayenne par Pie XII, le 19 juin 1955. Ainsi donc, le rôle de la Franc-Maçonnerie dans la Révolution Française devait provoquer de vives polémiques.

Barruel, dans son célèbre «Histoire du Jacobisme», n'hésitait pas à sou­tenir que l'exécution de Louis XVI et le renversement de tous les trônes avaient été préparés au Congrès de Wilhemsbad, mais en 1801, l'ex- conventionnel J.J. Mounier, s'éleva avec force contre les affirmations de Barruel. Mais plus tard, de nombreux maçons applaudirent à cette thèse et notamment Gaston Martin, dans son ouvrage «La Franc-Maçonnerie et la préparation de la révolution». Tout en niant la participation de la Franc-Maçonnerie dans la mort de Louis XVI, Gaston Martin s'efforça de glorifier l'action du Grand-Orient de France dans ce qu'il appela la préparation de la révolution.

En fait, pour les auteurs modernes, et notamment François Furet, il man­que à la fin de l'Ancien Régime des courroies de transmission entre le Pouvoir et ses sujets. La noblesse de Versailles est domestiquée à la Cour, d'où un nouveau mode de relation entre les citoyens ou sujets et le Pou­voir, de ce qu'un autre auteur, Cochin, a appelé la sociabilité politique.

Les Loges, les Clubs de pensée, les cafés et autres ont tissé peu à peu une société de lumière ouverte au talent, qui va ainsi constituer le contre­pouvoir. Et d'autre part, c'est que la Maçonnerie, par son rituel religieux, qui touche au plus profond une civilisation chrétienne, va sacraliser les valeurs morales de la philosophie des Lumières, la tolérance, la philanth­ropie, et la fraternité humaine. Elle va ouvrir les voies d'un réformisme des élites, bien plus que d'une révolution de masses.

Si les maçons n'ont pas ainsi inventé «la révolution française», si la devise Liberté, Egalité, Fraternité n'a pas une origine maçonnique, elle sera en 1848 la devise de la révolution française, et les Loges maçonni­ques, par une ironie de l'Histoire, propageront les idées chères à la Révo­lution Française par l'intermédiaire des loges militaires napoléoniennes.

«Liberté, Liberté Chérie», chanteront les soldats de l'an II. La liberté 8.

n'avait certes pas conquis le monde, mais la Maçonnerie a propagé dans le monde entier les idéaux de 1789 pour un monde un peu plus juste, un peu meilleur, et un peu plus fraternel.

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La vocation universelle de la Franc-Maçonnerie

9 Avril 2012 , Rédigé par François Bénétin Publié dans #Planches

«O Monde, que tu m'apparais divers, contraire, duel », peut s'exclamer l'homme moderne. Les formidables moyen d'information et de commu­nication mis à ma disposition me montrent chaque jour ton spectacle, règne de la multiplicité et des contraires, triomphe de la complexité gran­dissante et foisonnante. Nous savons désormais que la philosophie du système, avec Hegel à son apogée et l'idée d'une pensée universelle n'a pas réussi; que la réaction de la philosophie existentialiste contre cette même philosophie de système n'a pas su trouver davantage l'homme uni­versel. La science moderne continue à troubler nos esprits et ce que nous croyons rationnel en développant ce que l'on appelle des théories souples, c'est-à-dire susceptibles de varier étrangement pour expliquer certains phénomènes, en particulier dans le domaine de la physique des particules. Nous nous éloignons ainsi progressivement, mais sûrement de l'espoir d'explication scientifique homogène et unitaire.

De même, la renaissance de nouvelles formes d'intolérances religieuses montre combien nous sommes loin d'une tolérance entre adeptes de croyances différentes qui rapprocherait les hommes au lieu de les exclure. De même, les ségrégations raciales continuent à subsister, qu'elles soient institutionnalisées par les états ou pratiquées çà et là par réactions popu­laires.

La politique qui devrait pourtant être l'art de faire vivre les hommes en har­monie, nous montre comment les préjugés et l'égoïsme et le besoin de pou­voir font entretenir le sectarisme et comment ce qui devrait être opposition fructueuse par l'enrichissement mutuel de points de vue différents, devient opposition de parti et méprise ainsi l'opinion qui n'est pas la sienne.

Comment, devant une telle réalité, est-il raisonnable de parler universel ou universalisme ? Comment la Franc-Maçonnerie peut-elle sérieusement évoquer sa vocation universelle alors qu'elle apparaît comme diverse, divisée, jusqu'au point où certaines obédiences en excluent d'autres, en ne leur reconnaissant pas la qualité de maçonnique. Celui qui n'est pas franc-maçon, que l'on appelle profane, est souvent frappé par l'appa­rence de diversité, voire de désordre sous laquelle le monde maçonnique se présente à lui. C'est d'abord la multiplicité, voire les oppositions des obédiences. Il a entendu dire que telle obédience était marquée par l'enga­gement politique, que telle autre n'acceptait pas les femmes, alors que par ailleurs une autre obédience était mixte, mais que cela n'empêchait pas l'existence d'obédiences exclusivement féminines. Outre la multiplicité des obédiences, il y a également diversité des principes maçonniques dont s'inspirent les obédiences. Certaines font référence au Grand Architecte de l'Univers, d'autres non. Certaines demandent à leurs adeptes de prêter serment sur la Bible, d'autres non. Cette impression a d'ailleurs pu être singulièrement renforcée par la projection sur TF1, en septembre dernier, de deux émissions, consacrées à la Franc-Maçonnerie dans le monde, et qui a justement montré combien les aspects visibles de la Franc- Maçonnerie étaient en apparence si divers d'un pays à l'autre, ou d'une obédience à l'autre.

Mais d'abord, que faut-il comprendre quand on parle d'Universalisme ? Quelle signification peut avoir ce mot dont les racines latines, Unus : Un et Versus : dans la direction de, évoquent au premier abord l'idée de : tourné vers l'unité.

Si la Franc-Maçonnerie spéculative est apparue en occident, terre de chré­tienté, il n'est pas étonnant que la spiritualité de notre ordre soit inspirée des racines judéo-chrétiennes, et que la plupart d'entre nous, par nos ascendants, aient une formation judaïque, protestante ou catholique.

Mais nous ne devons pas oublier en revanche que notre philosophie, elle, est essentiellement d'origine grecque, et c'est certainement la pensée grecque qui constitue le point de départ de l'idée moderne de l'universa­lisme.

Le privilège de la philosophie grecque, dans son effort pour comprendre le monde, est d'avoir considéré les choses comme dépendantes d'un prin­cipe absolu d'harmonie et de perfection qui les dirige toutes vers une fin et donne un sens à l'Univers.

Lorsque Heraclite pose le feu comme la substance universelle, il le conçoit en même temps comme l'intelligence divine qui fait régner partout la mesure. S'il est vrai que les choses sont emportées dans un perpétuel deve­nir, le devenir est lui-même soumis à une règle d'harmonie.

Anaxagore a formulé cette sentence mémorable : «Toutes les choses ont été mises en ordre par l'intelligence».

Pour Socrate, l'idée de l'intelligence divine est poussée plus loin. Non seu­lement cette intelligence intervient à l'origine du monde, mais elle est constamment active dans le monde et ne cesse de le gouverner d'après une loi de convenance et de perfection. De cette intelligence ordonnatrice, Socrate trouve une image dans l'homme : «Connais-toi toi-même».

Ce précepte signifie que nous devons prendre conscience de notre âme comme parente de l'intelligence qui régit toutes choses vers leur fin et qu'elle seule peut conduire l'homme à l'accomplissement de sa destinée.

Platon a donné toute son ampleur à la pensée que les choses dépendent d'un principe de perfection. La théorie de l'Idée, avec une majuscule, est que la vraie réalité, ce ne sont pas les choses elles-mêmes dans leur deve­nir, mais le type éternel et parfait auquel les choses répondent. Aveugles, nous dit Platon, ceux qui s'arrêtent aux choses matérielles et qui ne com­prennent pas que l'invisible est seul réel.

Au-dessus des choses telles que nous les apercevons par les sens, multi­ples, changeantes, imparfaites, il y a l'Etre lui-même dans son unité, dans sa permanence, immortelle, dans l'intégrité de sa valeur. Voilà la subs­tance des choses et la cause de leur existence.

C'est en vain que l'on voudrait considérer comme causes les éléments matériels. La vraie cause est la perfection du modèle à la ressemblance duquel les choses sont faites. Et si nous essayons, gravissant les degrés du monde intelligible, de remonter jusqu'à la cause du suprême dont tout découle, nous devons la concevoir comme l'absolue Perfection. Par delà les idées elles-mêmes, par delà l'intelligence et la vérité, il y a la source éternelle de l'intelligence et de la vérité : le Bien, foyer resplendissant qui prodigue à tous les êtres la Lumière et la Vie.

Cependant si Platon reconnaissait, dans le Timée, que le monde sensible est régi lui aussi par des lois d'harmonie, le dualisme entre l'Idée et les choses n'était pas pour lui entièrement surmonté. Aristote, lui, fit descendre l'Idée du ciel sur la terre et la conçut comme le principe interne qui donne aux êtres le mouvement et la vie. La Forme d'Aristote, c'est l'Idée de Platon, mais l'Idée immanente aux choses et les dirigeant de l'intérieur vers leur fin. Ce qu'Aristote appelle la nature, c'est la force universelle qui conduit les êtres à leur complet achèvement et qui les fait tous s'accor­der entre eux. La nature est un principe du même ordre que l'intelligence ; elle produit spontanément et sans réflexion ce que l'intelligence produit à la lumière de la pensée. Il est donc bien délicat d'expliquer les choses par le hasard. Le hasard a sa place dans l'univers certes, mais une place subordonnée qui n'est marquée qu'aux degrés inférieurs du réel. Plus on s'élève dans les sphères où les êtres déploient leur liberté, plus on aperçoit clairement l'harmonie qui découle de la cause principale et décisive, laquelle est toujours l'intelligence.

Aristote a estimé que la raison dernière de cette tendance des êtres à la perfection dépasse la nature et doit être cherchée dans un principe supé­rieur au monde - principe transcendant qu'il a conçu comme l'acte pur de la pensée. Cette perfection divine se manifeste dans l'ordre que la nature fait régner sur le monde et les êtres qu'il renferme et, tout en exerçant sur lui un irrésistible attrait, elle reste distincte du monde.

Cette philosophie de l'immanence fut l'apogée de la pensée grecque. Car, après la néfaste guerre du Péloponnèse, la Grèce devint tributaire de la Macédoine pour finir sous la coupe de Rome.

La liberté perdue, la pensée replia ses ailes et la philosophie grecque prit une autre direction : par opposition à la théorie qui assignait comme but à la vie humaine la contemplation d'un idéal transcendant, elle proposa un bien accessible à tous et qui rentre dans la nature.

Ainsi devait se dégager le principe d'une morale universelle.

La grandeur du stoïcisme lui vient de sa morale. S'attachant à l'idée que la nature est gouvernée par l'intelligence, les stoïciens ont pensé que l'homme doit se considérer comme membre de l'ordre universel. Ils ont ainsi dégagé le trait essentiel de la morale que Socrate avait voulu fonder.

Socrate avait dit que la justice consiste dans l'observation des lois que l'intelligence fait régner sur les choses et cette pensée avait été reprise par Platon lorsqu'à la fin de sa carrière, il avait admis que le monde sensible était régi par des lois d'harmonie. Mais la philosophie de l'Idée mettait au premier plan la contemplation du principe idéal qui dépasse la nature. En ramenant l'attention sur la nature elle-même, les stoïciens ont signifié que la vertu n'est pas une haute et difficile spéculation, mais qu'elle appar­tient à tout homme en tant qu'il prend place dans l'ordre du monde.

Socrate avait conçu la vertu comme une science et, chez Platon, la vertu s'était confondue avec la science de l'Idée elle-même, préparée par la science mathématique.

Aristote, à son tour, avait fait consister le bonheur dans la vie contempla­tive. Le Bien restait l'apanage de quelques privilégiés.

Les stoïciens, eux, ont largement ouvert la vie morale à tous les hommes. De par sa nature même raisonnable, l'homme peut vivre d'accord avec l'univers entier et posséder le parfait bonheur.

Cette perfection est accessible à tout homme, fut-ce le plus humble et le plus ignorant, pourvu qu'il accepte, du fond de l'âme, la part que lui accorde le souverain Dispensateur.

En tant qu'ils possèdent tous la raison, tous les hommes sont citoyens de la grande Cité dont les lois ne sont jamais transgressées. Même l'esclave est l'égal des plus grands. Mais la Cité dont l'homme est membre n'est pas limitée à quelque partie du monde, c'est le monde lui-même, cité divine où règne à jamais le droit. A cette grande patrie, nous dit Sénèque, appar­tiennent tous les hommes, quelles que soient leur condition sociale et leur nationalité, tous sont frères en tant qu'ils ont la raison et sont destinés à la vertu.

La raison universelle qui a produit toutes choses, poursuit Sénèque, c'est Dieu créateur du monde. Comme le monde est un tout parfaitement Un, il n'y a qu'un Dieu unique.

Dieu est l'Etre intelligent, immortel et bienheureux, Père de tous les êtres et les dieux multiples de la religion populaire ne sont que des noms diffé­rents donnés au Dieu unique selon les divers aspects de sa puissance.

Ce Dieu créateur du monde, est en même temps la réalité substantielle du monde car la raison n'est pas seulement la source dont les choses provien­nent : elle est aussi la substance partout présente dont toutes les choses sont faites. Dieu, n'est donc pas seulement le principe créateur du monde : il est le monde lui-même dans sa réalité véritable, dans son inal­térable unité. Ce que nous appelons la Nature, c'est-à-dire l'ensemble harmonieux des choses, l'univers en tant qu'il est régi par un principe intelligent, n'est autre que Dieu.

C'est ainsi très sûrement que l'une des racines majeures de la Conception de l'Universalisme par la Franc-Maçonnerie est grecque et la sensibilité de la pensée grecque exprime assez bien la sensibilité de la Franc- Maçonnerie. Mais la Franc-Maçonnerie ne se fixe aucune limite et toutes les traditions et tous les systèmes participent à la construction de l'Univer­salisme maçonnique, qu'ils soient d'orient ou d'occident, de notre temps présent ou de 2000 ans avant Jésus-Christ.

Cependant, si la pensée grecque permet une première approche de ce qu'est l'Universalisme maçonnique, celui-ci reste difficile à comprendre lorsqu'on observe la diversité des formes et des modes de vie des loges et des différentes obédiences. La Franc-Maçonnerie est un ordre qui possède des règles, qui sont constituées d'un rituel appliqué dans les loges et dont il appartient aux maçons de percevoir le sens.

Pour certains francs-maçons, le rituel possède une dimension transcen­dantale qui lui permet de se relier au divin, ou pour accéder à des états supérieurs de la conscience. Pour d'autres maçons au contraire, le rituel est un simple moyen de mettre une communauté constituée de membres divers, dans de bonnes conditions et de rassembler les sensibilités et de faire régner la tolérance.

Ces différences se retrouvent d'ailleurs dans l'importance accordée à la pratique du rituel dans les tenues selon les différents ateliers, différentes obédiences.

Les loges anglaises passent l'essentiel de leur temps à cet exercice, tandis que dans les ateliers français, on peut trouver des rituels qui sont réduits au minimum. Il existe une dizaine de rites effectivement pratiqués dans le mande et certains en ont recensé une soixantaine ayant existé dans l'his­toire. Cette floraison parfois excessive a l'avantage de permettre à chaque franc-maçon de trouver la forme qui correspond le mieux à sa sensibilité et à son intelligence. Ceci signifie d'une part que ce n'est pas la forme de pratique des rituels qui détermine l'Universalisme de la Franc- Maçonnerie, mais, qu'au contraire, cet Universalisme peut vivre sous des formes diverses, et que c'est l'existence de cette diversité de forme qui per­met à chacun, selon son propre caractère, de pratiquer une voie qui lui convient pour atteindre justement à cet Universalisme.

L'Universalisme de la Franc-Maçonnerie n'est pas une question de forme, mais une question de fond. Et la Franc-Maçonnerie apparaît ainsi comme un tout divisé en de nombreuses parties qui sont nécessaires pour que l'exercice de la liberté soit effectif.

En fait, la diversité apparente de la Franc-Maçonnerie est le résultat de son histoire événementielle. En revanche, il existe une histoire qu'on pourrait appeler histoire mythique ou histoire symbolique. Cette histoire vise à montrer les origines symboliques de la Franc-Maçonnerie. C'est à travers la compréhension et le sens des symboles de ces mythes que se trouve l'inspiration de l'Universalisme de la Franc-Maçonnerie. C'est de par sa nature même et par son essence que la vocation de la Franc- Maçonnerie est universelle.

La Franc-Maçonnerie est un ordre initiatique, cela signifie qu'elle est une société avec son organisation propre et solidement établie. Le mode d'organisation est particulier car il est censé refléter et exprimer un ensemble de valeurs spirituelles qui doivent amener les membres de cette société, les Francs-Maçons, à découvrir ces valeurs spirituelles, c'est-à- dire à découvrir les aspects de la vérité qui régit le monde dans lequel nous nous trouvons, la vérité de l'harmonie cachée de l'Univers, la vérité qui donne un sens à la vie de l'homme lorsque celui-ci se pose des questions fondamentales, telles que par exemple : « D'où je viens ? Qui suis-je ? où vais-je ? Or, comme les valeurs auxquelles se réfère l'organisation de la société maçonnique sont fondamentales, cette organisation ne saurait être modifiée au gré des modes, c'est pourquoi il s'agit d'un ordre aux règles de fonctionnement durablement établies. »

D'autre part, il s'agit d'un ordre initiatique, c'est-à-dire un ordre où l'on rentre par une initiation. L'initiation a pour objet de transformer celui qui est dit profane en lui donnant les moyens de considérer l'ensemble des choses sous un autre aspect que celui qu'il voyait auparavant, et de pou­voir aussi découvrir des valeurs spirituelles qui lui restaient cachées lorsqu'il était profane.

Prenons un exemple, observons un symbole que beaucoup ont vu et qui s'appelle le delta lumineux.

Le profane pourra y voir une figure assez jolie, qui semble même expri­mer une certaine force. Un oeil venu d'ailleurs dont on sent qu'il regarde et rayonne à la fois.

Peut-être y verra-t-il, poursuivant ses réflexions, l'oeil d'une divinité ou d'un principe supérieur qui fait irruption sur le monde.

Cependant, au fur et à mesure que l'homme se transforme, il peut être amené à avoir l'intuition que l'ensemble des choses, lui-même, l'univers, le visible comme l'invisible dépendent d'une cause première, ou plus exac­tement qu'il existe une Unité transcendante qui englobe et régit toute chose. Mais la nature même de cette Unité est inconcevable pour lui.

La seule manière qu'il a de percevoir cette Unité, c'est d'en observer les effets. Il découvre alors que les choses se présentent par opposition : le Noir n'a de valeur que parce qu'il s'oppose au blanc.

Une affirmation n'est vraie que par rapport à une autre affirmation qui est ou moins vraie, ou son contraire. Une idée ne tire sa valeur que relati­vement à une autre. C'est la logique binaire qui procède par opposition, par action et réaction, et qui, sur le plan de la compréhension des choses, et de la recherche des réponses aux questions fondamentales que l'on peut être amené à se poser, devient rapidement stérile. Tout se sépare entre ce qui est vrai ou faux, bien ou mal. Adepte d'une idée, on en rejette son contraire. On devient sectaire. C'est d'ailleurs en passant l'un des dangers de certaines religions qui, imposant de croire de telle manière, rejette les autres formes de croyances et les vouent au mal. Rappelons-nous en pas­sant que le sens du mot diable est celui qui divise.

Cet homme donc, qui se pose des questions fondamentales, à la recherche du sens de l'Unité inconcevable, et ne trouvant pas dans la logique binaire de réponses satisfaisantes, se met à observer à nouveau le delta lumineux. Il découvre alors que l'oeil, qui dégage toujours une impression si forte, donne cette impression de par la forme du delta qui lui sert de cadre. Or, ce delta, de par ses trois côtés, exprime trois dimensions. Cela signifie symboliquement que toute chose de la plus petite à la plus grande, ne peut s'apprécier ni dans son unité transcendante, ni dans sa dualité, mais par trois éléments. Nous venons de faire un premier pas dans la symbolique des nombres. Ainsi, dans tout ce qui se fait interviennent trois termes : un agent qui agit, un patient qui subit, un effet produit par cette action.

Dans une loge maçonnique, les trois officiers qui la dirigent s'appellent le Vénérable Maître, le ter surveillant et le deuxième surveillant.

Le symbole du 1er surveillant est un niveau et signifie que nul ne domine sur autrui. Le symbole du 2ème surveillant est une perpendiculaire. Il sol­licite au contraire chacun à s'élever aussi haut que possible en même temps qu'à descendre dans les abîmes les plus profonds de la pensée.

Il y a donc conflit entre l'horizontale égalitaire et la verticale hiérarchi­que. Mais tout se concilie dans l'équerre, symbole du Vénérable Maître. Celui-ci accorde à tous les ouvriers une même estime en raison du zèle égal que tous apportent au travail, ce qui ne l'empêche pas d'apprécier chacun selon ses qualités particulières, si bien qu'il demande à l'un ce qu'il ne saurait exiger d'un autre. L'Equité, dont l'équerre est l'emblème, préside ainsi aux rapports des maçons.

Mais ne s'arrêtant pas là, notre homme élève encore sa réflexion et décou­vre que pour répondre à ses questions fondamentales, les systèmes de nombreuses écoles, en des temps et des lieux divers, répondent toujours par le mystère d'une trinité, (mystère signifiant que nous sommes dans les degrés ultimes où notre conception d'homme peut s'élever).

C'est le Père, le Fils et le Saint Esprit de la trinité chrétienne, c'est Brahmas, Veshnou et Shiva dans le brahmanisme, c'est le Principe, le Verbe et la Substance dans le platonicisme, c'est le Soufre; le Mercure et le Sel dans l'alchimie, c'est Sagesse, Force et Beauté en Franc- Maçonnerie.

On mesure les transformations subies par notre homme depuis sa première observation du delta lumineux, c'est le fruit d'une initiation en train de s'accomplir. Mais en même temps, on s'aperçoit que sa recher­che spirituelle le conduit naturellement à une conception universelle de la spiritualité. Ainsi apparaît l'immense domaine de l'Universalisme maçonnique.

L'Universalisme est une conception de l'Univers, du visible et de l'invisi­ble, qui considère comme inscrit dans tout ce qui nous est sensible dans notre vie terrestre (ou manifestée), comme dans ce qui est au-delà de notre perception, l'existence d'un principe d'union fondamentale. d'harmonie transcendantale entre tout, l'éparpillé et les contraires, dont la vocation de l'homme est de retrouver l'unité.

L'Universalisme est l'exaltation de l'unité. Descendu au niveau de notre domaine de ce qui est manifesté, nous devons le retrouver.

Déjà, sous cet aspect, l'origine et les principes de la Franc-Maçonnerie ont créé les conditions à ce que l'Universalisme soit vécu dans les loges en permettant la réunion de personnes d'origines différentes, d'opinions diverses, voire opposées, qui, sans la Franc-Maçonnerie, ne se seraient jamais rencontrées. Ainsi, par la vie en Loge, la Franc-Maçonnerie rassemble ce qui, dans d'autres conditions, resterait épars, et contraire. Ainsi apparaît à nouveau que l'Universalisme de la Franc-Maçonnerie n'est pas dans sa forme apparente, mais dans son fond. Ce qui est univer­sel, ce ne sont pas dans les différences apparentes des frères, mais quelque chose qui est permanent et immuable dans chaque homme, caché au plus profond des frères, mais qui est commun à tous.

Ceci transparaît dans le poème de Rudyard Kipling que tous les Francs- Maçons connaissent et qui s'appelle « La Loge Mère », que je vous pro­pose en guise de pause.

* * *

La Loge Mère
Il y avait Rundle, le chef de station,
Beaseley, des voies et travaux,
Ackman, de l'Intendance,
Donkin, de la prison,
Et Blacke, le sergent instructeur,
qui fut deux fois notre vénérable,
et aussi le vieux Franjee Eduljee
qui tenait le magasin «aux Denrées Européennes».
Dehors, on se disait: «Sergent, Monsieur, Salut, Salam».
Dedans, c'était: «Mon frère», et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le niveau et nous quittions sur l'Equerre.
Moi, j'étais second diacre dans ma loge-mère, là-bas !
Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saul, le juif d'Aden,
Din Mohamed, du bureau du cadastre,
le sieur Chuckerbutty, Amir Singh, le Sick,
Et Castro, des ateliers de réparation,
qui était catholique romain.
Nos décors n'étaient pas riches,
Notre temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens Landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée, souvent, me vient à l'esprit :
«Au fond il n'y a pas d'incrédules
Si ce n'est, peut-être, nous-mêmes !»
Car, tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer,
Nous n'osions pas faire de banquets (de peur d'enfreindre la règle de caste de certains frères)
Et nous causions à cœur ouvert de religions et d'autres choses,
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu'il connaissait le mieux.
L'un après l'autre, les frères prenaient la parole
Et aucun ne s'agitait.
L'on se séparait à l'aurore, quand s'éveillaient les perroquets
Et le maudit oiseau porte fièvre;
Comme après tant de paroles
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.
Bien souvent, depuis lors,
Mes pas, errant au service du gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l'Orient à l'Occident,
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour.
Mais combien je voudrais les revoir tous
Ceux de ma Loge-mère, là-bas !
Comme je voudrais les revoir,
Mes frères noirs ou bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l'allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l'office.
Et me retrouver parfait maçon
Une fois encore, dans ma loge d'autrefois.
Dehors, on se disait : «Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c'était : «Mon frère», et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le niveau et nous quittions sur l'Équerre.
Moi, j'étais second diacre dans la loge-mère, là-bas !
Essai de traduction du poème du Frère
Rudyard Kipling.

L'Universalisme est peut-être la raison, si elle se fait conscience, qui per­met à l'homme d'aller au-delà de lui-même, sans passer par la croyance dogmatique et religieuse qui confine l'homme dans une voie qui ne per­met plus le libre choix. Au contraire, l'Universalisme maçonnique est l'aboutissement de la demande d'une conscience libre de tout dogme, qui assimile l'ordre de l'univers, qui y coïncide, qui peut alors rassembler les diversités ou plus exactement qui, suffisamment éclairé, voit dans les diversités l'Unité qui s'y cache.

En ce sens, la Franc-Maçonnerie expose dès son entrée le Franc-Maçon au choc des différences des autres frères, lesquels peuvent être très diffé­rents, c'est à la fois sa richesse et sa difficulté, aussi sa vocation. Et la Franc-Maçonnerie demande, ou propose, au début de la démarche du Franc-Maçon, qu'il assume personnellement, l'acceptation de ces diffé­rences, jusqu'à l'amour, aboutissement accompli. En ce sens, sa démar­che diffère de celle des religions révélées de l'occident, lesquelles rassem­blent des êtres différents en les soumettant d'emblée à une loi de croyance et de comportement, qui peut ouvrir à terme à l'Universalisme, mais qui peut aussi aboutir à une loi d'exclusion, et même nourrir un réflexe primi­tif de ségrégation que nous avons tous tendance à porter naturellement en nous.

Au contraire, la Franc-Maçonnerie ne rassure aucunement ses adeptes par l'imposition d'une loi. Il n'y a pas de bon génie qui soit là pour vous dire ce qui est vrai, ou ce qui est faux, ce qu'il faut faire ou ce qu'il ne faut pas faire. Elle laisse l'adepte libre. Seule lui est proposée une variété de symboles, dont le sens est à découvrir, mais qui sont d'une portée univer­selle. Le nouveau Franc-Maçon se trouve d'ailleurs désarmé devant ce qui lui est proposé. On pourrait parler, au sens philosophique, d'une misère de l'apprenti franc-maçon devant le langage symbolique qui lui est donné, misère étant la prise de conscience de l'énormité de la distance qui le sépare et du peu de moyens qu'il croit avoir pour y parvenir, de la connaissance de la vérité authentique, c'est-à-dire de l'initiation réelle.

Une expression maçonnique souligne cette situation délicate : «on n'est pas initié, on s'initie soi-même », et l'on comprend comment cette expres­sion est déroutante pour celui qui vient d'entrer, car il s'attend à ce qu'on lui révèle quelque chose, et on ne lui apprend qu'à apprendre par lui- même. Cette situation serait en fait difficilement supportable par les êtres communs que nous sommes en majorité si la Franc-Maçonnerie ne dis­pensait pas des forces qui permettent au Franc-Maçon d'avancer sur cette voie difficile : elles sont Tolérance et Fraternité. La première de ces forces veut dire : bienvenu à toi, mon frère, malgré ta différence, quelle qu'elle soit, nous l'acceptons avec bonheur. La seconde, la Fraternité, indique que quelles que soient nos différences, il existe entre nous un lien plus fort que ces différences, qui nous unit et qui est l'essence de nos démarches. Nous, différents en apparence, recherchons la connaissance de l'unité, nos recherches sont différentes, mais l'esprit qui les anime nous lie très étroitement.

L'apprenti franc-maçon qui aura pénétré les différents aspects de cette première étape aura alors fait un pas important vers l'appréhension de ce qu'est l'unité cachée dans les choses. En persévérant, il trouvera la voie vers l'Universalisme.

Ainsi, la substance de l'Universalisme maçonnique apparaît, c'est la frater­nité, encore faut-il comprendre ce que le franc-maçon perçoit dans ce mot.

La Fraternité, si elle existe au sein de micro-groupes comme la famille, laquelle sous cette forme aboutit parfois à une nouvelle forme de ségréga­tion tournée contre l'extérieur de la cellule familiale, la Fraternité n'est vécue dans nos sociétés que d'une manière restrictive. Elle se fonde davantage sur la ressemblance au sein d'un groupe de même nature, établi sur la fortune, la naissance ou la capacité intellectuelle plutôt que sur une réelle loi d'amour.

Si la fraternité apparaît d'une façon générale fragile, c'est parce qu'elle n'est souvent que l'expression d'un amour spontané èt naturel, qui a jus­tement la fragilité de cette spontanéité, des faiblesses individuelles et de la limitation du cercle des êtres sur lesquels cet amour petit se donner. En revanche, le sentiment intérieur qui peut générer la Fraternité réelle est d'une autre nature. Si la fraternité est synonyme d'aimer son prochain, cela signifie : j'aime ton mystère comme le mien, ton mystère d'homme comme mon mystère d'homme, car c'est ce mystère qui nous unit aux Dieux. C'est parce que mon mystère est le tien que nous sommes frères; parce que nous sommes créatures d'une même cause invisible que nous sommes frères. Ce n'est pas la recherche d'une identité visible extérieure­ment qui fonde notre identité universelle. Ce qui crée notre identité uni­verselle c'est l'unité et la transcendance du principe qui nous anime.

C'est en passant l'occasion de rappeler que c'est pour cette même raison que de grands initiés ont un tel respect pour la nature jusqu'en ses moindres détails. Ce qui amuse parfois les ignorants. La Nature, justement, m'a fait don, primitivement, de ce pouvoir d'amour, fragile et spontané. Je possède un coeur qui a la capacité de brûler pour Autrui. Et puis, quel­ques Grands Hommes m'ont laissé des messages pour me guider à la fois dans ma recherche de vérité et dans l'art de cultiver cet amour embryon­naire. C'est une fois que Connaissance et Amour ont pu se fondre en moi que s'ouvre mon champ de liberté, vers cet homme vertical inscrit dans la Sphère Universelle, dont la contemplation ou l'action sont en accord avec l'Ordre Universel.

Rappelons une réflexion de Gandhi : « Toutes mes actions ont leur source dans mon amour inaltérable pour l'humanité ». « Je n'ai connu aucune distinction entre parents et inconnus, entre compatriotes et étrangers, entre blancs et hommes de couleur, entre Hindous et Indiens appartenant à d'autres confessions, qu'ils soient musulmans, parsis, chrétiens ou juifs. Je peux dire que mon cœur a été incapable de faire de telles distinc­tions ».

L'Orient utilise une belle image d'ailleurs pour saisir comment on peut être soi et dans l'unité en même temps. Ce sont les vagues de l'océan. En tant qu'océan, je suis conscience de la réalité totale et indivisible, mais je suis chacune des vagues existant ou ayant existé, naissant et mourant par­tout, à chaque instant.

Il est temps d'entrer dans le vaste champ de la fraternité universelle.

Nos sociétés occidentales ont généré un monde d'abondance, fondé sur la propriété, monde de l'AVOIR qui a créé à travers l'histoire différents modes d'organisation ayant chacun trois objectifs à résoudre : la réparti­tion de la propriété et , des richesses, leur défense, leur conquête. Qu'il s'agisse de l'organisation féodale, de la monarchie ou des systèmes politico-économiques modernes, tous règlent à leur manière ces trois questions auxquelles les systèmes religieux ont également apporté leur part. Nous restons dans l'organisation du monde de l'AVOIR.

Il produit des inégalités et des formes d'exploitation des hommes par d'autres hommes. Pourtant, de temps à autre, des voix s'élèvent et des hommes de sentiments élevés tentent d'accrocher le monde à son inclina­tion matérialiste. L'invocation « Liberté, Egalité, Fraternité », malgré ses dérives sociales, en est une manifestation.

La Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 fait référence à des valeurs humaines, et pour cette dernière l'inspiration maçonnique y a contribué. Ainsi, apparaît comme porteur de progrès le fait de faire vivre ce sentiment : «L'important, c'est l'autre ». Notre déclaration de principe «Oeuvrer à l'amélioration de l'humanité» prend une singulière réalité quand elle se confond avec « Faire vivre la fraternité ».

Un enfant accompagné par un vieillard rentrent à pied dans la ville de leur demeure. Aux portes de la ville, l'enfant voit un infirme qui n'a plus l'usage de ses jambes, et se trouve dans un grand état de misère.

L'enfant interroge le vieillard : «Mon oncle, que peut attendre cet homme de la vie ? ». «Mon enfant, répondit le vieillard - et il me fallut longtemps pour le comprendre - mon enfant ce qu'il attend c'est toi ». (Buber), Livre sur le judaïsme.

Dans cette aspiration à la fraternité universelle qui est la nôtre, la sensibi­lité orientale nous apporte un enseignement particulièrement important dans le domaine de l'action. L'un des maux de l'Occident est de vouloir changer le monde à tout prix. Sans pour autant rejeter le monde, la seule Liberté est de ne pas vouloir changer le monde, dans le sens de ne pas désirer être l'auteur de ses actes en tant qu'égo. Ce qui est liberté, c'est vouloir ce qui est.

En tempérant cet absolu difficile pour un occidental, on doit néanmoins en retenir que l'idée de s'entraider est plus subtile que nous ne pourrions le penser. En général, lorsque nous essayons d'aider les autres, nous les gênons, nous leur imposons nos exigences. Nous nous rendons insuppor­tables à autrui parce que nous ne pouvons nous supporter nous-mêmes. Elle implique que nous ouvrions notre territoire plutôt que d'empiéter sur celui d'autrui.

Dès que l'on veut imposer le bien, ou déclencher un sanglant cercle vicieux d'oppression et de révolte, c'est une tension et une crispation sans fin. Lorsqu'on attend tant d'un ordre extérieur, la moindre défaillance provoque la colère et le désespoir.

Cette remarque vient d'ailleurs pour la manière dont est vécue la frater­nité à l'intérieur de la Maçonnerie elle-même. On est parfois surpris de constater la violence et la déchirure qui surgit entre certains frères. C'est la conséquence directe de frères qui ont considéré la fraternité comme un acquis du système maçonnique, vis-à-vis duquel leurs attentes étaient immenses, et qui sombrent dans l'attitude la plus antifraternelle dès la première déception rencontrée, déception bien évidemment inévitable, car ils attendaient un système et ont rencontré l'imperfection des frères qu'ils n'ont pas tolérée.

La fraternité universelle pourra s'ouvrir sur la liberté de tous lorsque la souffrance, clé de notre monde, ne sera plus individuelle, mais si la grande Communion des souffrances faisait monter l'humanité toute entière vers l'ceuvre mystérieuse de la création, comme nous y invite le Père Teilhard de Chardin.

L'Amour est l'élément fédérateur qui nous unit à l'invisible transcendant et dont la manifestation est de s'aimer les uns les autres, exhaltant ainsi en bas ce qui est en haut, et c'est là notre plus grand accomplissement.

Tous ces propos paraîtraient désespérément vides s'ils ne devaient rester qu'à l'état de réflexions, mais la Franc-Maçonnerie est une école de pen­sée qui prépare à l'action, sans pour autant imposer quoi que ce soit dans ce domaine. Pour le comprendre, je vous propose les paroles adressées à de jeunes frères de la Grande Loge de France par l'un de nos frères.

A vous, mes jeunes frères qui êtes l'avenir de notre Obédience, je dis : Cultivez et développez toutes les valeurs qui dépassent le plan horizontal de la communauté, mais réfléchissez aussi à ce texte.

« Explore, regarde, observe autour de toi.
Tu sais qu'il meurt beaucoup d'enfants, mais tu n'en as jamais été troublé parce que tu n'as jamais vu une mère devant le cadavre de son bébé.
Tu sais qu'il y a des guerres qui déciment des pays, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as jamais vu la lutte d'un mourant qui s'accroche à la vie et qui n'a que 20 ans.
Tu sais qu'il y a des taudis, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as pas vu ce que c'est de coucher nombreux tous les soirs dans une chambre.
Tu sais qu'il y a des orphelins, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as pas marché derrière le cercueil avec un gosse de 7 ans qui était seul.
Ce n'est pas ta faute, tu ne sais pas. Ton intelligence le sait, tu l'as lu, tu l'as entendu, mais ton coeur et ton âme ne savent pas.
Ce ne sont pas les livres qui ont pu te donner cette connaissance-là, mais va, regarde, écoute, ouvre ton cœur tout grand et tu sauras ».

Source :http://www.ledifice.net/

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La conciliation des contraires: la Franc-Maçonnerie Universelle

9 Avril 2012 , Rédigé par GLDF Publié dans #histoire de la FM

La Franc-maçonnerie a pour but le perfectionnement moral de l'humanité.

A cet effet, les Francs-Maçons travaillent à l'amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel que sur le plan du bien-être matériel.

Dans la recherche constante de la vérité et de la justice, les Francs- Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite.

Ils respectent la pensée d'autrui et sa libre expression. Ils recherchent la conciliation des contraires et veulent unir les hommes dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun. Ils considèrent le travail comme un devoir et comme un droit.

Les Francs-Maçons doivent respecter les lois et l'autorité légitime du pays dans lequel ils vivent et se réunissent librement.

Ils sont des citoyens éclairés et conforment leur existence aux impératifs de leur conscience.
Chaque Franc-maçon est libre de faire ou de ne pas faire état de sa qualité, mais il ne peut dévoiler celle d'un Frère.

Les Francs-Maçons s'associent entre eux pour constituer, conformément à la tradition maçonnique, des collectivités autonomes qui prennent le nom de Loges.

Toute Loge se gouverne conformément aux décisions prises par la majorité de ses Maîtres Maçons mais elle ne peut s'écarter des principes généraux de la Franc-maçonnerie ni des lois de l'obédience à laquelle elle appartient.

Les Loges se groupent en Grandes Loges, Puissances nationales et indépendantes, gardiennes de la Tradition et des trois grades de la Franc-maçonnerie symbolique : ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître.

Source : http://www.gldf.org/fr/

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