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Hauts Grades

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La dynastie britannique et la FM

9 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Au moment où se marie le prince William Windsor (Dieu le bénisse), petit-fils de la reine Elisabeth II du Royaume-Uni et fils de Charles Prince de Galles, futur roi du Royaume-Uni, nous assistons à une grande manipulation, l'ensemble des media se mettent soudainement à louer les "génies de l'institution royale". Quelle est cette supercherie ? Une lumière sur quelques faits historiques que les medias alignés évitent soigneusement de médiatiser, permet de décrypter l'évènement.

La dynastie de Hanovre, dont le prince William est le représentant, sous le nom actuel des Windsors, a des liens étroits avec la franc-maçonnerie depuis trois siècles. Et ce dès sa prise de pouvoir en 1714 avec George Ier. Aucun media ne vous le dira. Cette occultation, dans une société soit-disant "démocratique" et où règne (en principe...) la transparence est problématique et fort regrettable. Elle donne tout son sens à l'engouement général pour la dite "monarchie" (il ne s'agit pas d'une monarchie au sens traditionnel mais d'une monarchie soit-disant "parlementaire" soutenue par les loges maçonniques), engouement volontairement entretenu par des medias inféodés aux puissances d'argent et enserrés dans les filets occultes de la franc-maçonnerie.
Nous tirons les informations suivantes de l'ouvrage de Bernard Faÿ, "La Franc-maçonnerie et la Révolution intellectuelle du XVIIIe siècle" (La Librairie française, Paris 1961).

Au XVIIe siècle, le catholicisme (en Angleterre) a été vaincu avec Jacques II Stuart (1685-1689), dernier monarque catholique de Grande-Bretagne, et il est écrasé; ça et là se cachent encore quelques catholiques, mais ils ne tiennent plus aucune place dans la vie publique et leur religion doit rester secrète. Cependant, les sectes foisonnent et grandissent; c'est l'époque de l'essor pour les Anabaptistes, les Quakers, les Shakers. Les sectes s'entre-dévorent et leurs polémiques sont féroces; les incroyants en profitent et le christianisme subit en Angleterre des assauts plus violents qu'à aucune époque.

Sous l'apparence d'attaques contre le catholicisme, toute une littérature antichrétienne s'était développée à Amsterdam, Leyde, Harlem, La Haye. Elle ne se répandit véritablement en Angleterre qu'après l'installation du protestant hollandais Guillaume III d'Orange -Nassau (1689-1702, mais dont la lignée s'éteindra avec lui en 1702) à Londres. Alors, la collaboration des deux peuples dans leur lutte contre Louis XIV devint intime, leurs armées, leurs flottes combattaient côte à côte; leurs diplomates siégeaient aux mêmes conseils; Londres et Amsterdam parlaient le même langage et acceptaient les mêmes principes. L'antichristianisme et l'athéisme, venus de Hollande, prirent pied en Angleterre et sous l'égide de la haute-noblesse anticatholique, ils se répandirent rapidement à travers tous les milieux cultivés et aristocratiques (B. Faÿ, ibid., p. 57-58).

La chute des Stuarts n'avait pas établi la morale en Angleterre et si certains des souverains hanovriens, tel en particulier George III (1760-1820), étaient pieux et purs, leurs entours ne l'étaient point; dans toutes les administrations régnait le goût du lucre, au point que de 1770 à 1783 il devint presque impossible de mener la guerre d'Amérique tant les rouages étaient pourris. Cette démoralisation de la haute classe et des fonctionnaires supérieurs ne laissa pas d'être une des causes qui contribuèrent à détacher l'Amérique de l'Angleterre car les colons puritains découvrirent vite que tout s'achetait à Londres, et surtout les lois; ils en profitèrent quelque temps, puis las de payer ils eurent recours à des moyens plus simples et plus brutaux; mais Franklin, qui était un 'philosophe' (franc-maçon) s'écriait : 'Que ne m'a-t-on laissé faire ! Si l'on m'avait donné le quart de l'argent que l'on a dépensé pour la guerre, nous aurions eu l'indépendance sans une goutte de sang. J'aurais acheté tout le parlement et tout le gouvernement britannique' (B. Faÿ, ibid., p. 63-64).

La grande croisade anglaise pour donner à l'Europe une civilisation nouvelle, affranchie de toute influence française et romaine

Pourtant, ils savaient et ils voyaient que la 'Réforme' (protestante) avait échoué. Elle avait voulu ranimer l'Eglise, raviver en elle la foi des premiers âges. ... Il était clair en 1700 qu'elle n'y avait pas réussi. ... Les sectes protestantes apparaissent comme des petits troupeaux isolés dans un immense désert d'aridité spirituelle et d'impiété. La fin du XVIIe siècle, le début du XVIIIe siècle avaient encore hâté la décomposition de l'Eglise d'Angleterre et multiplié les divisions. Les pasteurs comme Jean-Théophile Desaguliers, un huguenot de la La Rochelle réfugié en Angleterre, ne pouvaient se refuser à l'évidence. (B. Faÿ, ibid., p. 71).

Desaguliers était le co-auteur avec le pasteur presbytérien Anderson des Constitutions dites d'Anderson (1723), qui sont restées comme la Constitution officielle de la franc-maçonnerie. Il occupait une place de premier plan dans l'Angleterre hanovrienne du début du XVIIIe siècle. Il avait donné des gages solides de son dévouement à la dynastie (hanovrienne), au pays et à la Réforme. Contre Louis XIV qu'il haïssait et ses armées qu'il détestait il avait voulu prendre position et faire quelque chose. Aussi en 1711, quand les 'alliés' impériaux, hollandais et anglais, commandés par M. le duc de Marlborough assiégeaient Lille, Douai, Bouchain, Quesnoy et les autres placesfortes des Flandres françaises, Desaguliers avait traduit le livre d'Ozanam sur la guerre de sièges, A treatise of Fortifications done into English and amended, by J.T.D., 1711. Contre les Bourbons et leur gouvernement 'absolu' il avait dressé les rois hanovriens d'Angleterre (1714). Contre le pape et le papisme son action n'avait pas été moins publique, mais elle avait été plus continue et les conversations comme les conférences de Jean-Théophile Desaguliers avaient pris rang dans la grande croisade anglaise pour donner à l'Europe une civilisation nouvelle, affranchie de toute influence française et romaine.

Sa réputation parvint jusqu'au roi Georges Ier (1714-1727), (successeur de Anne, dernière Stuart), qui le convia à venir faire devant lui une conférence au palais de Hampton Court. Cette cérémonie se termina si bien que Desaguliers reçut d'abord un bénéfice à Norfolk d'une valeur de soixante-dix livres de revenu annuel, puis à l'avènement de George II (1727-1760) un autre bénéfice à Essex. Il fut aussi nommé chapelain du Prince de Galles, et il est clair que cette charge ne fut point seulement honorifique. Il était devenu un personnage officiel et on le consultait pour tous les problèmes techniques importants. (B. Faÿ, ibid., p. 79-81).

Son intimité avec la famille royale lui permettait d'assurer à sa société la bienveillance des pouvoirs publics et il y réussit si bien que le 5 novembre 1737 il avait l'honneur de conférer les deux premiers degrés maçonniques à Frédéric, prince de Galles, dont il était le chapelain, à une tenue de la Grande Loge d'Angleterre, dite de Londres (fondée en 1717) où il siégeait comme maître. A vrai dire la maçonnerie pouvait alors traiter d'égale à égale avec la Couronne.
Desaguliers réussit à entraîner tout un groupe de nobles et de grands seigneurs à entrer dans la maçonnerie et à prendre un rôle actif. A lire les listes de souscripteurs de ses ouvrages on s'explique qu'il ait réussi dans cette entreprise apparemment si difficile, car tout l'armorial d'Angleterre s'empressait d'acheter ses ouvrages, avant même qu'ils aient paru. Le Roi et la Reine figurent en tête suivis du Prince de Galles, du lord-maire de Londres, des ducs de Buccleugh, Chandos, Cleaveland, Montague, Norfolk, Wharton, des comtes de Burlington, Bute, Crawfurd, Halifax, Macclesfield, Pembroke, Suffolk, Sussex, Thomond, Tyrconnel, des vicomtes Hilssborough, Cobham, Longsdale et de plus de cinquante autres membres de la haute noblesse anglaise.

Desaguliers était huguenot, ... il était un ennemi persévérant du catholicisme. Son esprit se retrouve à chaque page des Constitutions. En voici un exemple : (selon les Constitutions) les prophètes, le peuple israélite, et le grand roi Salomon reçurent et développèrent la maçonnerie, que n'ignorèrent point tout à fait les autres nations : Assyriens, Egyptiens, Grecs et Romains; de là elle s'installa dans l'empire romain et le pénétra dans tous ses recoins, c'est ainsi qu'elle parvint en Angleterre où les Saxons qui, par leur nature et leur foi, avaient une disposition à la liberté et à la philosophie, l'accueillirent, s'instruisirent et firent de grands progrès; enfin les temps modernes et la dynastie de Hanovre lui redonnèrent toute la splendeur et toute l'importance qu'elle avait connues aux temps les meilleurs (The Constitutions of the Free Masons, London, 1723, p. 7-46.)

Bernard Faÿ fait cette remarque : cette abrégé d'histoire universelle, ne ressemble en rien à l'Histoire de Bossuet. Elle est d'une extraordinaire discrétion au sujet du Christ mentionné seulement en une ligne entre deux parenthèses comme le "grand architecte de l'Eglise", et elle se garde bien de mettre au premier plan les évènements religieux ou les traditions spirituelles; Abel est oublié tandis que Caïn (Ndlr. fils aîné d'Adam et Eve et premier meurtrier de l'histoire...) et ses enfants ont l'honneur d'un paragraphe entier avec mots en grandes capitales. (B. Faÿ, ibid., p. 83-94).

En trente ans, la Grande Loge de Londres devint le "centre de toutes les maçonneries de l'univers" (B. Faÿ, ibid., p. 95).

Une liste sommaire donnera l'idée de ce que fut la Grande Loge d'Angleterre entre 1720 et 1750 et à quel point elle resta inféodée à la haute société britannique. Après le duc de Montague, qui fut le premier grand maître appartenant à la noblesse, vint le duc de Wharton. Après le duc de Wharton, le comte de Dalkeith, plus tard le duc de Buccleugh; après le comte de Dalkeith, le duc de Richmond, fils naturel de Charles II; après le duc de Richmond, lord Paisley, qui fut plus tard comte d'Abercorn; après Lord Paisley, le comte d'Inchiquin; après le comte d'Inchiquin, lord Colrane; après Lord Colrane, le victomte de Kingston; après le vicomte de Kingston, la franc-maçonnerie arriva à l'époque de sa gloire la plus brillante, elle élut comme grand maître et garda deux ans à sa tête, 'Sa Grâce Thomas, duc de Norflok, maréchal comte et maréchal héréditaire d'Angleterre, comte de Arundel, Surrey, Norfolk, Norwich Mowbray, Howard Segrave, Brewse de Gower, Fitzallan, Warren, Clun Oswaldestre, Maltravers, Greystock, Furnival, Verdon Lovelot, Strange de Blackmere et Hovard de Castle Risings après les princes du sang royal, premier duc, comte et baron d'Angleterre, chef de l'illustre famille des Howard et grand maître des maçons francs et acceptés d'Angleterre' (CALVERT, Grand Lodge of England, p. 92-93.)

Dans cette liste, il y a des personnages de toutes sortes, mais il n'ya que des nobles. A sa tête la franc-maçonnerie n'acceptait qu'eux.

La franc-maçonnerie anglaise était devenue une institution aristocratique. Comme le milieu du siècle, avec les guerres victorieuses de l'Angleterre, l'expanson de son commerce, l'hégémonie de sa marine et le développement de ses colonies marque une période de prospérité inouïe pour la noblesse anglaise, dont Robert Walpole n'hésita pas à payer les suffrages parlementaires et la complicité politique au prix d'innombrables millions de livres sterling entre 1725 et 1745. Grâce à son pacte avec la haute noblesse britannique la franc-maçonnerie avait le prestige social, le prestige mondain, le prestige financier et une influence incomparable.

Elle pouvait mener à bien sa croisade. Sa grande invention est d'instaurer par le monde, sous le nom de 'fraternité' ou d''amour fraternel', l'ère de la camaraderie héritière et remplaçante de la charité chrétienne; comme sa grande oeuvre intellectuelle et mystique est de susbtituer aux religions dogmatiques, une religiosité scientifique, un mysticisme cosmique. A la place du pape, elle installe son Grand Maître, à la place de Jeovah le Grand Architecte de l'Univers. (B. Faÿ, ibid., p. 111-114).

Après avoir assuré l'unité politique de l'Angleterre, la maçonnerie travailla à amener par le monde l'unité des principes et des pratiques politiques en préparant partout la voie au 'parlementarisme'. Dans ses loges on enseigna aux nobles et aux bourgeois à discuter tous les problèmes et à se former aux méthodes parlementaires; dans les esprits on répandit le culte du parlement d'Angleterre, le rêve d'un parlement universel. (B. Faÿ, ibid., p. 126).

N'oublions pas que le 'Grand Orient de France', par deux fois, dans les premiers mois de 1789, intima l'ordre à ses frères d'instaurer en France un régime parlementaire, c'est-à-dire de se rallier aux plus audacieux des chefs 'révolutionnaires'. Rappelons nous, aussi, qu'il se terra par la suite et que son Grand Maître, Philippe Egalité, le mit officiellement en sommeil en 1793. La franc-maçonnerie ne fait pas les révolutions; elle les prépare et elle les continue. Elle laisse ses membres les faire et parfois les pousse à les faire, mais elle-même disparaît lors des révolutions pour reparaître ensuite plus brillante et plus vivante. (B. Faÿ, ibid., p. 126).
Publié dans : Franc-maçonnerie mondialisme soc. secrètes N.O.M. - Par Ingomer

Source : http://forumarchedemarie.forumperso.com

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Chevalier ou Citoyen dans les hauts grades

9 Avril 2012 Publié dans #hauts grades

 

Un article très riche qui met bien en perspective deux positionnements du Franc-Maçon : citoyen dans les trois premiers grades et chevalier dans les ateliers supérieurs. Mélenchon, John Watyne, Pinochet, Allende, Bakounine Proudhon et le Duc de Kent. La vraie richesse de cette association est sa capacité à intégrer des hommes, Frères à l'intérieur des Temples et adversaires à l'extérieur..Aucune autre organisation ne possède cette universalité (T . Dalet)

 

 

Au XXIème siècle, on rencontre donc, au rite écossais ancien et accepté, des chevaliers d’Orient, des princes de Jérusalem, des chevaliers d’Orient et d’Occident, des souverains princes Rose+Croix, des grands Pontifes ou sublimes écossais dits de la Jérusalem Céleste, des chevaliers prussiens ou Noachite, des chevaliers Royal Hache ou princes du Liban, des chevaliers du serpent d’airain, des chevaliers du Soleil, des chevaliers du soleil grands maîtres de la lumière et grands écossais de Saint-André d’Ecosse et patriarche des croisades, des chevaliers Kadosh ou chevaliers de l’aigle blanc et noir, des grands inspecteurs-inquisiteurs et commandeurs, des chevaliers de Saint-André sublimes princes du royal secret, des souverains grands inspecteurs généraux. Le rite français n’est pas en reste avec ses chevaliers maçons. Bref, objectivement, la franc-maçonnerie génère une aristocratie dans ses hauts grades.

On sait que dans l’histoire, la chevalerie organisée en ordres procède d’une tradition chrétienne concomitante de ses origines. On a pu recenser l’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem (1099), l’ordre Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem ou ordre Souverain de Malte (1113), l’ordre du Temple (1118), l’ordre de Calatrava (1158), l’ordre de Saint-Jacques-de-l’épée (1170), l’ordre de Montjoie (1175), l’ordre d’Alcántara (1177), l’ordre Constantinien de Saint-Georges (1190), l’ordre Teutonique (1198), l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et Notre-Dame du Mont Carmel (1200), l’ordre de Saint-Georges d’Alfama (1201), l’ordre des Chevaliers Porte-Glaive (1202), l’ordre de Dobrin (1216), l’ordre de Sainte-Marie d’Espagne (1272), l’ordre de Montesa (1317), l’ordre du Christ du Portugal (1319), l’ordre de Saint-Georges de Hongrie (1326), l’Ordre Très Noble de la Jarretière (1348), l’ordre des Chevaliers de la Noble Maison de Saint-Ouen ou Chevaliers de l’Etoile (1351), le Très Honorable Ordre du Bain (1399), l’ordre du Dragon (1408), le Noble Ordre de la Toison d’Or (1430), l’ordre de l’Eléphant (1462), l’ordre de Saint-Michel (1469), l’ordre de San Stefano (1561), l’ordre des Saint-Maurice-et-Lazare de Savoie (1572), l’ordre du Saint-Esprit (1578),le Bailliage d’Utrecht de l’Ordre Teutonique (1580), l’ordre Très Ancien et Très Noble du Chardon (1687), l’ordre Royal et Militaire de Saint-Louis (1693), l'ordre de la Légion d’Honneur (1802).

Dès le XIIIe siècle, d’importants princes et souverains ont créé des ordres de chevalerie laïcs, afin d’exalter la noblesse et de perpétuer les valeurs chevaleresques. En réalité, ces nouveaux ordres n’ont d’autres buts que d’asseoir l’autorité des monarques, en regroupant autour d’eux un cercle de nobles dévoués à leur cause. Ces différents ordres vont ensuite se développer, se transformer, jusqu’à devenir bien plus tard des distinctions de mérite ou des décorations, qui n’ont plus aucun rapport avec leurs buts d’origine. Par la suite, à partir du XVIe siècle, des ordres de chevalerie purement honorifiques verront le jour, ne gardant plus qu’un très lointain rapport avec l’idée première de la chevalerie mais constituant une aristocratie.

La chevalerie maçonnique, une discrimination sociale ?

Au XVIIIème siècle, aux origines de la maçonnerie, la chevalerie des hauts grades participe tout naturellement d’une discrimination sociale et politique : "... (La multiplication des Hauts-grades) participait d’un souci de nature élitiste peu compatible avec les principes de bases de la franc-maçonnerie. Force est d’admettre que, précisément en cette ère des Lumières, le développement de ces "hauts grades" correspondait à une certaine réticence de la part des adeptes issus de la noblesse ou du haut clergé à entretenir des rapports fraternels et familiers sur un pied d’égalité avec des membres du tiers état que leur tradition leur avait toujours fait considérer comme socialement inférieurs" -
Robert Kalbach, Aristocratie des Hauts-Grades in L’Ordre maçonnique p. 296.

Ou encore : "La fraction de la société française où la franc-maçonnerie s’est introduite et propagée est étrangère à toute forme d’égalité entre des personnes de rangs différents, et en vérité elle n’a que faire d’une institution qui lui propose de représenter des ouvriers du bâtiment, même s’ils sont hautement qualifiés et travaillent sous l’égide du roi Salomon… La société du XVIIIème siècle est figée en castes, qui se côtoient certes, mais ne se mélangent pas, aussi était-il nécessaire que la franc-maçonnerie française s’adapte à la structure de la société française. La solution adoptée consista à ajouter aux trois degrés venus d’Angleterre une série de grades ou de degrés dotés de titres qui reflètent la situation sociale des adeptes"- Michel Brodsky, préface à Irène Mainguy - Symbolisme des grades de perfection et des Ordres de Sagesse.

D’autre part, "Ramsay (1735/1736) assignait à l’ordre, de manière péremptoire et sans grande justification historique, des origines templières voire procédant de l’Ordre des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Ce faisant, Ramsay offrait aux francs-maçons français des classes supérieures de la noblesse ou du clergé, une généalogie moins plébéienne que celle d’ouvriers du bâtiment, fussent-ils salomoniens, et simultanément les confortait dans l’aspiration à une maçonnerie des hauts-grades bien plus en accord avec les structures de la société civile de leur temps " - Robert Kalbach - L’Ordre maçonnique.

La tradition chevaleresque en maçonnerie, une sublimation des valeurs ?

La chevalerie est venue à afficher des valeurs qu’elle revendique et porte en étendard au nom du christianisme : "L’ordre de chevalerie, antique et originel, n’a pas d’autre organisation … que le respect exigé de chacun des préceptes religieux et moraux qui fondent l’état de chevalerie : fidélité à Dieu et à l’Eglise, piété, sacrifice de soi, service des pauvres, des faibles et des opprimés, générosité et noblesse du cœur, droiture et loyauté, honneur, respect et service des dames, actions justes au service du droit, du roi ou de son suzerain".

Dans la Franc-maçonnerie moderne, les chevaliers affichent et cultivent ces valeurs : "La Chevalerie est née d’elle-même. Aucun acte souverain ne la créa. Elle est moins une situation qu’un idéal. Au Moyen-Age, cet idéal était celui du christianisme. A la vérité le chevalier est un combattant qui engage sa personne et ses ressources au service d’une cause qu’il considère comme affectée d’un caractère suprême. Porter en soi les qualités humaines de droiture, d’amour du bien, du vrai et du beau, d’ardeur militante et d’altruisme et se dédier corps et âme, au triomphe de la cause qui paraît la plus digne d’être embrassée par l’humanité en quête de perfectionnement, tel est le chevalier" -
Pierre Mollier, In Souverain Chapitre Métropolitain à l’Orient de Paris.

"Le XVIIIème s. est un siècle charnière entre la société traditionnelle et la modernité. La maçonnerie des hauts grades va se révéler comme un véritable conservatoire qui préserve dans le huis clos des loges tout un patrimoine symbolique - chevaleresque et hermétique - que la société moderne va balayer ailleurs. Aujourd’hui, beaucoup, notamment parmi les francs-maçons, sont décontenancés par les rituels des hauts grades. En fait, cette matière multiforme et un peu insaisissable ne nous semble pouvoir être comprise que si l’on considère que c’est un véritable cycle légendaire qui s’est constitué en plein Siècle des Lumières. Il faut appréhender ses textes comme les romans de chevalerie du Moyen-âge. De grade en grade, les frères apprennent des secrets nouveaux sur la geste de Salomon, d’Hiram et de leurs disciples : les Grands Élus. Mais, sous un habillage vétéro-testamentaire, le Salomon des Maçons est un proche cousin du roi Arthur. Les Grands Élus sont en fait les gardiens intemporels de la Tradition Primordiale. Les légendes qui sont révélées aux frères, souvent bien éloignées des sources bibliques, sont plus soucieuses d’enseignement symbolique que de cohérence historique ou scripturaire. Au travers de l’histoire mythique des trois temples, Jérusalem est le lieu géométrique - et magique - où se reflète, pour les cherchants, l’espace d’une cérémonie, les grands archétypes spirituels qui hantent la psyché humaine. Aujourd’hui comme hier, les rituels du Souverain Chapitre Métropolitain (Le Rite français) nous invitent à vivre le roman d’une quête qui est d’abord le Roman de Jérusalem" -
Pierre Mollier ibid.

Prenons l’exemple du chevalier d’Orient et d’Occident au 17ème grade : "Ce grade évoque l’époque de la naissance de la Chevalerie née au milieu de l’anarchie et de la tyrannie du régime féodal. Elle a consacré le culte des affections généreuses et des sentiments magnanimes. Elle a érigé quelques-uns des principes qui ont relevé l’espèce humaine courbée sous le joug de l’ignorance et de la barbarie : celui de la défense du faible et de l’opprimé ; celui qui adoucit le plus promptement les mœurs : l’amour respectueux de la femme, la générosité qui ne connaît plus d’ennemi quand il est désarmé ou à terre. Elle a valorisé cette maxime qui résume toute la morale : Fais ce que dois, advienne que pourra" - Jean-Pierre Bayard, Symbolisme maçonnique des hauts grades - t. II, p. 70).

Chevalier ou Citoyen ?

La société moderne que la franc-maçonnerie du Grand Orient De France revendique de construire au XXIème siècle peut-elle s’accommoder de tels parangons ? Elle se veut républicaine, laïque, égalitaire en droits, fondée sur les principes proclamés par la Révolution et affichés aux frontons de nos constitutions.

Dès 1791, elle dispose que "Il n’y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires, ni distinctions d’ordres, ni régime féodal, ni justices patrimoniales, ni aucun de titres, dénominations et prérogatives qui en dérivaient, ni aucun ordre de chevalerie" … que "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits".

Est-il encore judicieux et nécessaire aujourd’hui que cette franc-maçonnerie cultive et entretienne une tradition chevaleresque obsolète à forte connotation religieuse chrétienne et assure la pérennité d’une aristocratie à vocation élitiste inégalitaire ?

Ne serait-il pas plus urgent et utile à son projet de produire des citoyens laïques, armés pour construire un avenir ouvert à toutes les formes de pensée et de culture ?

 

Source : http://www.troispoints.info

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La Franc-Maçonnerie et la Révolution Française

9 Avril 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

 

On a beaucoup épilogué quant à l'influence de la Franc-Maçonnerie sur le Révolution Française. Les légendes les plus contradictoires ont couru à ce sujet. Les adversaires de la Franc-Maçonnerie s'en sont donné à cœur joie, mais il faut bien convenir que les francs-maçons sont en partie res­ponsables d'un certain nombre de légendes.

Un bref rappel historique nous paraît nécessaire.

Les Loges sont les lieux où les ouvriers constructeurs d'églises et de cathé­drales rassemblent leurs outils, et ils discutent après le travail, ils ont dès cette époque leurs règles, leurs devoirs de solidarité et de fraternité. Ils possèdent un système hiérarchique, et tout apprenti peut s'élever dans l'échelle sociale, c'est-à-dire devenir un Maître.

C'est précisément le jour où cette promotion sociale cessera d'exister que naîtra le Compagnonnage, révolte des ouvriers opératifs qui aspirent à la promotion sociale. Le Compagnonnage sera ainsi l'une des premières for­mes du Syndicalisme ouvrier, et sera connu par les poursuites judiciaires dont il était l'objet à cette époque.

La Franc-Maçonnerie opérative va se développer non seulement en France, mais en Angleterre, et essentiellement en Ecosse, où vont naître des Loges permanentes, alors que les ouvriers opératifs allaient de Loge en Loge.

Pour différentes raisons, les Loges en Ecosse vont recevoir au début du XVIIème siècle des non-opératifs, que l'on qualifiera de maçons acceptés. Différentes explications ont été données à cette nouvelle phase évolutive de la Franc-Maçonnerie, le goût du secret, le désir de rassembler des hom­mes de différentes tendances, mais qu'on ne se méprenne pas surtout sur le travail effectué dans ces Loges. On ne fait surtout pas de politique ou même de symbolisme. On se réunit volontiers pour célébrer la joie de vivre.

Cependant, on va voir apparaître une nouvelle évolution dans la Maçon­nerie, avec l'apparition de scientifiques, des membres de la Royal Science Academy, et en 1717, quatre Loges de Londres vont se réunir pour consti­tuer la Grande Loge de Londres et une Commission va être désignée, afin que l'histoire, les obligations, les règlements et le droit du Maître fussent imprimés. Et cette Constitution, exceptionnelle dans l'histoire de l'Angle­terre, est connue sous le nom des «Constitutions d'Anderson ».

Et l'Article Premier de ces Constitutions doit être rappelé avec force, car il incarne à lui seul le caractère révolutionnaire de la Franc-Maçonnerie, du moins pour l'époque.

L'Article 1 concerne Dieu et la Religion. Il est ainsi conçu : «Un maçon est obligé par son engagement, d'obéir à la Loi morale, et s'il comprend correc­tement l'Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux ».

Mais, quoique dans les temps anciens, les maçons fussent obligés, dans chaque pays, d'être de la religion de ce pays ou nation quelle qu'elle fût, aujourd'hui il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion, sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à cha­cun ses propres opinions, c'est-à-dire d'être des hommes de bien et loyaux, ou des hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses.

La Maçonnerie devient le «Centre de l'Union », et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance, et c'est là une idée tout à fait nouvelle, et quasi révolutionnaire.

Et ces idées, chères aux maçons anglais, devaient gagner la France, et il convient de rappeler ici le rôle d'un personnage, dont on n'a pas suffi­samment célébré l'anniversaire, Charles-Louis de Secondat, né le 18 jan­vier 1689, à la Brede, qui avait un mendiant comme parrain, et qui est plus connu bien entendu, sous le nom de Montesquieu. Son tricentenaire n'a pas été célébré avec éclat, mais Montesquieu, qui devait être initié le 16 mai 1730 à Londres, à la très aristocratique Loge « Horn » va inspirer la Constitution des Etats-Unis, avec son célèbre principe de la séparation des pouvoirs, qu'il évoque dans «L'esprit des Lois». Ces idées inspire­ront non seulement les Constitutionnels américains, mais bien entendu les Constitutionnels français.

Et en 1726 vont naître en France les premières Loges (environ). Mais ces réunions d'hommes appartenant à différentes catégories sociales ne vont pas manquer d'inquiéter la police et les mouches de l'époque, qui font état des dangers que représentent des réunions maçonniques par la diver­sité de leur composition.

Luquet a publié des rapports édifiants à ce sujet dans son ouvrage consa­cré à la Franc-Maçonnerie et l'Etat en France au XVIIIème siècle. On peut y lire, par exemple, dans un gazetin : «Ce que l'on trouve le plus extraordinaire, c'est qu'on prétend qu'au moyen de cinq Louis d'or, tou­tes personnes sont admises dans cette Confraternité, même jusqu'à des laquais et des artisans, en sorte que ces sortes d'assemblées font présumer au plus grand nombre qu'il s'y passe quelque chose qui pourrait bien être contre le bien de l'Etat, et même contre les bonnes mœurs ».

On parle même de fronde et de cabale contre le gouvernement. Une nou­velle forme cependant, de la Franc-Maçonnerie va naître en France avec l'Ecossisme, inspiré par les idées de Fénelon, qui veut une nouvelle Europe, loin des guerres, une Europe chevaleresque, qui désire une France totalement éloignée de la politique guerrière de Louis XIV.

Le discours du Chevalier Ramsay est-il à l'origine de l'Ecossisme ? la question reste débattue. Mais la création de grades supérieurs au sein de cette nouvelle Maçonnerie permettra plus tard aux adversaires de celle-ci de prétendre qu'elle prépare la chute de la Royauté, et la lutte contre l'Eglise. Un grade maçonnique introduit vers 1761 en France par le Che­valier Du Barailhe, originaire de Nancy, va permettre la création de cette légende, dont les instructions secrètes du grade de Chevalier Kadosch, ont fait allusion à deux abominables personnages, Philippe Le Bel et Bertrand de Got, Archevêque de Bordeaux, que Philippe Le Bel devait faire Pape.

Ces deux personnages étaient à l'origine de la destruction de l'Ordre du Temple et de la mort de Jacques de Molay. Il s'agissait donc pour les Maçons, et essentiellement pour les Chevaliers Kadosch, de se venger de la royauté et de l'église. C'est sur ce fait que s'appuie Barruel, dont nous aurons l'occasion de reparler, pour incriminer les hauts grades de la Maçonnerie, et qui confortera ainsi les accusations de tous ceux qui affir­meront avec lui que les francs-maçons des premiers degrés furent les dupes et les agents inconscients des arrières-Loges.

L'Abbé Proyart n'hésitera pas de reprendre l'opinion de Barruel lorsqu'il écrira : «c'était parmi ces exercices atroces qui se formaient sous le nom d'élus, de Rose-Croix, de chevaliers Kadosch, de frères illuminés, tous ces êtres farouches et ces buveurs de sang qui devaient 25 ans après, désoler la France et épouvanter la Terre. C'était à l'ombre de ces cavernes que pul­lulait la scélérate engeance des Jacobins ».

Est-ce à dire qu'il n'y a pas de Loges qui ont été infiltrées par des mouve­ments pré-révolutionnaires. Le phénomène s'est incontestablement pro­duit en Allemagne, ou plus exactement en Bavière, avec les Illuminés de Bavière, dont le créateur était un professeur de droit nommé Weishaupt, et dont l'objectif était d'abolir toutes les lois civiles et religieuses, pour supprimer en particulier la propriété.

Un personnage intriguera en France les Historiens, Nicolas de Bonneville, auteur de l'ouvrage «Les Jésuites chassés de la Franc-Maçonnerie et leur poignard brisé par les Maçons». Bonneville souhaitait-il infiltrer les Loges pour créer un programme anti-religieux et anti-révolutionnaire ? Il devait fonder, avec son ami l'Abbé Fauchet, le Cercle Social, la Confédé­ration Universelle des Amis de la Vérité.

A la veille de la Révolution, le Grand Orient de France a 30 000 maçons, et il existe en outre la Grande Loge de Clermont. Vont-ils jouer un rôle fondamental dans la Révolution ? Il est bon de noter que la Convocation des Etats Généraux est précédée de l'Assemblée des Notables, convoqués par Calonne. Celui-ci suggère un certain nombre de réformes, mais déjà, aucune unité parmi les maçons qui participent à ces Etats.

Ce sera plus tard la Réunion des Etats Généraux, et Monsieur Lamarque a étudié le rôle des francs-maçons aux Etats Généraux de 1789, et le bilan de ces travaux est le suivant : l'appartenance maçonnique de 200 députés titulai­res, de 37 députés suppléants, la répartition entre les trois Ordres étant la sui­vante : le Clergé 17 ou 18, la Noblesse 79, le Tiers-Etat 103 ou 117. C'est dans la députation de la noblesse que la proportion est la plus élevée. On rencontre également les opinions les plus variées parmi les députés maçons.

Cependant, le fameux serment du Jeu de Paume, prononcé le 20 juin 1789, par les députés de l'Assemblée Nationale, dans la Salle dite du «Jeu de Paume», a un caractère tout maçonnique. Le Président Bailly était-il maçon ? La question est discutée, mais il faut reconnaître que ce serment a un caractère tout maçonnique, que peut-être les historiens n'ont pas retenu : l'Assemblée Nationale arrête que tous les membres de cette Assemblée prête­ront à l'instant serment solennel de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeront, jusqu'à ce que la Constitution du Royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que le dit ser­ment étant prêté, tous les membres et chacun d'eux en particulier confirme­ront par leur signature, cette résolution inébranlable.

Et le 4 août 1789, c'est la suppression des privilèges à l'investigation du Vicomte de Noailles, qui avait pris part à la guerre d'Indépendance, et son parent La Fayette, qui lui aussi, était maçon. C'est la joie collective de la nuit du 4 août.

Et l'Assemblée Nationale va ensuite déclarer les Droits de l'Homme, inspirée par la déclaration américaine de 1776. Comment ne pas y reconnaître des relents maçonniques, lorsqu'on y lit : « Ces Droits sont déclarés d'abord naturels et imprescriptibles, et reconnus par l'Assemblée en présence, et sous les auspices de l'Etre Suprême». N'est-ce pas un hommage discret au Grand Architecte de l'Univers : «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits». Et puis, ces droits eux-mêmes : la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. Ainsi va naître la «Bible des Temps Nouveaux ».

Si les maçons sont nombreux parmi les Girondins de la Convention, les grands ténors n'appartiennent pas à la Franc-Maçonnerie, à l'exception de Marat. Et Robespierre lui-même, contrairement à la légende, n'est pas maçon. La Terreur va arrêter les travaux maçonniques. Le Grand Maître Philippe d'Orléans, se fait désormais appeler Egalité, et déclare ne plus vouloir se mêler en rien des affaires du Grand Orient ni des Assemblées de francs-maçons. Un autre maçon, célèbre pour d'autres raisons, avait joué un rôle important dans la campagne de l'ex-Duc d'Orléans, le célèbre Choderlos de Laclos, l'auteur des «Liaisons dangereuses», titre bien indi­qué pour l'auteur.

Si les Loges sont pratiquement en sommeil, la Maçonnerie ne fut pourtant jamais interdite. Les Loges se réunirent clandestinement, et il est inutile de rappeler tous les excès de la Terreur, et nombre de maçons furent guil­lotinés (qui porte le nom d'ailleurs d'un non moins célèbre maçon, le Docteur Guillotin). Signalons au passage l'authentique aventure de Jean- Marie Gallot, franc-maçon de la loge de « L'Union » de Laval, qui, ayant refusé le serment de la Constitution Civile en 1791, est emprisonné, refuse de jurer fidélité à la République, sera guillotiné, et plus tard, béatifié avec 18 autres martyrs de la Foi en Mayenne par Pie XII, le 19 juin 1955. Ainsi donc, le rôle de la Franc-Maçonnerie dans la Révolution Française devait provoquer de vives polémiques.

Barruel, dans son célèbre «Histoire du Jacobisme», n'hésitait pas à sou­tenir que l'exécution de Louis XVI et le renversement de tous les trônes avaient été préparés au Congrès de Wilhemsbad, mais en 1801, l'ex- conventionnel J.J. Mounier, s'éleva avec force contre les affirmations de Barruel. Mais plus tard, de nombreux maçons applaudirent à cette thèse et notamment Gaston Martin, dans son ouvrage «La Franc-Maçonnerie et la préparation de la révolution». Tout en niant la participation de la Franc-Maçonnerie dans la mort de Louis XVI, Gaston Martin s'efforça de glorifier l'action du Grand-Orient de France dans ce qu'il appela la préparation de la révolution.

En fait, pour les auteurs modernes, et notamment François Furet, il man­que à la fin de l'Ancien Régime des courroies de transmission entre le Pouvoir et ses sujets. La noblesse de Versailles est domestiquée à la Cour, d'où un nouveau mode de relation entre les citoyens ou sujets et le Pou­voir, de ce qu'un autre auteur, Cochin, a appelé la sociabilité politique.

Les Loges, les Clubs de pensée, les cafés et autres ont tissé peu à peu une société de lumière ouverte au talent, qui va ainsi constituer le contre­pouvoir. Et d'autre part, c'est que la Maçonnerie, par son rituel religieux, qui touche au plus profond une civilisation chrétienne, va sacraliser les valeurs morales de la philosophie des Lumières, la tolérance, la philanth­ropie, et la fraternité humaine. Elle va ouvrir les voies d'un réformisme des élites, bien plus que d'une révolution de masses.

Si les maçons n'ont pas ainsi inventé «la révolution française», si la devise Liberté, Egalité, Fraternité n'a pas une origine maçonnique, elle sera en 1848 la devise de la révolution française, et les Loges maçonni­ques, par une ironie de l'Histoire, propageront les idées chères à la Révo­lution Française par l'intermédiaire des loges militaires napoléoniennes.

«Liberté, Liberté Chérie», chanteront les soldats de l'an II. La liberté 8.

n'avait certes pas conquis le monde, mais la Maçonnerie a propagé dans le monde entier les idéaux de 1789 pour un monde un peu plus juste, un peu meilleur, et un peu plus fraternel.

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La vocation universelle de la Franc-Maçonnerie

9 Avril 2012 , Rédigé par François Bénétin Publié dans #Planches

«O Monde, que tu m'apparais divers, contraire, duel », peut s'exclamer l'homme moderne. Les formidables moyen d'information et de commu­nication mis à ma disposition me montrent chaque jour ton spectacle, règne de la multiplicité et des contraires, triomphe de la complexité gran­dissante et foisonnante. Nous savons désormais que la philosophie du système, avec Hegel à son apogée et l'idée d'une pensée universelle n'a pas réussi; que la réaction de la philosophie existentialiste contre cette même philosophie de système n'a pas su trouver davantage l'homme uni­versel. La science moderne continue à troubler nos esprits et ce que nous croyons rationnel en développant ce que l'on appelle des théories souples, c'est-à-dire susceptibles de varier étrangement pour expliquer certains phénomènes, en particulier dans le domaine de la physique des particules. Nous nous éloignons ainsi progressivement, mais sûrement de l'espoir d'explication scientifique homogène et unitaire.

De même, la renaissance de nouvelles formes d'intolérances religieuses montre combien nous sommes loin d'une tolérance entre adeptes de croyances différentes qui rapprocherait les hommes au lieu de les exclure. De même, les ségrégations raciales continuent à subsister, qu'elles soient institutionnalisées par les états ou pratiquées çà et là par réactions popu­laires.

La politique qui devrait pourtant être l'art de faire vivre les hommes en har­monie, nous montre comment les préjugés et l'égoïsme et le besoin de pou­voir font entretenir le sectarisme et comment ce qui devrait être opposition fructueuse par l'enrichissement mutuel de points de vue différents, devient opposition de parti et méprise ainsi l'opinion qui n'est pas la sienne.

Comment, devant une telle réalité, est-il raisonnable de parler universel ou universalisme ? Comment la Franc-Maçonnerie peut-elle sérieusement évoquer sa vocation universelle alors qu'elle apparaît comme diverse, divisée, jusqu'au point où certaines obédiences en excluent d'autres, en ne leur reconnaissant pas la qualité de maçonnique. Celui qui n'est pas franc-maçon, que l'on appelle profane, est souvent frappé par l'appa­rence de diversité, voire de désordre sous laquelle le monde maçonnique se présente à lui. C'est d'abord la multiplicité, voire les oppositions des obédiences. Il a entendu dire que telle obédience était marquée par l'enga­gement politique, que telle autre n'acceptait pas les femmes, alors que par ailleurs une autre obédience était mixte, mais que cela n'empêchait pas l'existence d'obédiences exclusivement féminines. Outre la multiplicité des obédiences, il y a également diversité des principes maçonniques dont s'inspirent les obédiences. Certaines font référence au Grand Architecte de l'Univers, d'autres non. Certaines demandent à leurs adeptes de prêter serment sur la Bible, d'autres non. Cette impression a d'ailleurs pu être singulièrement renforcée par la projection sur TF1, en septembre dernier, de deux émissions, consacrées à la Franc-Maçonnerie dans le monde, et qui a justement montré combien les aspects visibles de la Franc- Maçonnerie étaient en apparence si divers d'un pays à l'autre, ou d'une obédience à l'autre.

Mais d'abord, que faut-il comprendre quand on parle d'Universalisme ? Quelle signification peut avoir ce mot dont les racines latines, Unus : Un et Versus : dans la direction de, évoquent au premier abord l'idée de : tourné vers l'unité.

Si la Franc-Maçonnerie spéculative est apparue en occident, terre de chré­tienté, il n'est pas étonnant que la spiritualité de notre ordre soit inspirée des racines judéo-chrétiennes, et que la plupart d'entre nous, par nos ascendants, aient une formation judaïque, protestante ou catholique.

Mais nous ne devons pas oublier en revanche que notre philosophie, elle, est essentiellement d'origine grecque, et c'est certainement la pensée grecque qui constitue le point de départ de l'idée moderne de l'universa­lisme.

Le privilège de la philosophie grecque, dans son effort pour comprendre le monde, est d'avoir considéré les choses comme dépendantes d'un prin­cipe absolu d'harmonie et de perfection qui les dirige toutes vers une fin et donne un sens à l'Univers.

Lorsque Heraclite pose le feu comme la substance universelle, il le conçoit en même temps comme l'intelligence divine qui fait régner partout la mesure. S'il est vrai que les choses sont emportées dans un perpétuel deve­nir, le devenir est lui-même soumis à une règle d'harmonie.

Anaxagore a formulé cette sentence mémorable : «Toutes les choses ont été mises en ordre par l'intelligence».

Pour Socrate, l'idée de l'intelligence divine est poussée plus loin. Non seu­lement cette intelligence intervient à l'origine du monde, mais elle est constamment active dans le monde et ne cesse de le gouverner d'après une loi de convenance et de perfection. De cette intelligence ordonnatrice, Socrate trouve une image dans l'homme : «Connais-toi toi-même».

Ce précepte signifie que nous devons prendre conscience de notre âme comme parente de l'intelligence qui régit toutes choses vers leur fin et qu'elle seule peut conduire l'homme à l'accomplissement de sa destinée.

Platon a donné toute son ampleur à la pensée que les choses dépendent d'un principe de perfection. La théorie de l'Idée, avec une majuscule, est que la vraie réalité, ce ne sont pas les choses elles-mêmes dans leur deve­nir, mais le type éternel et parfait auquel les choses répondent. Aveugles, nous dit Platon, ceux qui s'arrêtent aux choses matérielles et qui ne com­prennent pas que l'invisible est seul réel.

Au-dessus des choses telles que nous les apercevons par les sens, multi­ples, changeantes, imparfaites, il y a l'Etre lui-même dans son unité, dans sa permanence, immortelle, dans l'intégrité de sa valeur. Voilà la subs­tance des choses et la cause de leur existence.

C'est en vain que l'on voudrait considérer comme causes les éléments matériels. La vraie cause est la perfection du modèle à la ressemblance duquel les choses sont faites. Et si nous essayons, gravissant les degrés du monde intelligible, de remonter jusqu'à la cause du suprême dont tout découle, nous devons la concevoir comme l'absolue Perfection. Par delà les idées elles-mêmes, par delà l'intelligence et la vérité, il y a la source éternelle de l'intelligence et de la vérité : le Bien, foyer resplendissant qui prodigue à tous les êtres la Lumière et la Vie.

Cependant si Platon reconnaissait, dans le Timée, que le monde sensible est régi lui aussi par des lois d'harmonie, le dualisme entre l'Idée et les choses n'était pas pour lui entièrement surmonté. Aristote, lui, fit descendre l'Idée du ciel sur la terre et la conçut comme le principe interne qui donne aux êtres le mouvement et la vie. La Forme d'Aristote, c'est l'Idée de Platon, mais l'Idée immanente aux choses et les dirigeant de l'intérieur vers leur fin. Ce qu'Aristote appelle la nature, c'est la force universelle qui conduit les êtres à leur complet achèvement et qui les fait tous s'accor­der entre eux. La nature est un principe du même ordre que l'intelligence ; elle produit spontanément et sans réflexion ce que l'intelligence produit à la lumière de la pensée. Il est donc bien délicat d'expliquer les choses par le hasard. Le hasard a sa place dans l'univers certes, mais une place subordonnée qui n'est marquée qu'aux degrés inférieurs du réel. Plus on s'élève dans les sphères où les êtres déploient leur liberté, plus on aperçoit clairement l'harmonie qui découle de la cause principale et décisive, laquelle est toujours l'intelligence.

Aristote a estimé que la raison dernière de cette tendance des êtres à la perfection dépasse la nature et doit être cherchée dans un principe supé­rieur au monde - principe transcendant qu'il a conçu comme l'acte pur de la pensée. Cette perfection divine se manifeste dans l'ordre que la nature fait régner sur le monde et les êtres qu'il renferme et, tout en exerçant sur lui un irrésistible attrait, elle reste distincte du monde.

Cette philosophie de l'immanence fut l'apogée de la pensée grecque. Car, après la néfaste guerre du Péloponnèse, la Grèce devint tributaire de la Macédoine pour finir sous la coupe de Rome.

La liberté perdue, la pensée replia ses ailes et la philosophie grecque prit une autre direction : par opposition à la théorie qui assignait comme but à la vie humaine la contemplation d'un idéal transcendant, elle proposa un bien accessible à tous et qui rentre dans la nature.

Ainsi devait se dégager le principe d'une morale universelle.

La grandeur du stoïcisme lui vient de sa morale. S'attachant à l'idée que la nature est gouvernée par l'intelligence, les stoïciens ont pensé que l'homme doit se considérer comme membre de l'ordre universel. Ils ont ainsi dégagé le trait essentiel de la morale que Socrate avait voulu fonder.

Socrate avait dit que la justice consiste dans l'observation des lois que l'intelligence fait régner sur les choses et cette pensée avait été reprise par Platon lorsqu'à la fin de sa carrière, il avait admis que le monde sensible était régi par des lois d'harmonie. Mais la philosophie de l'Idée mettait au premier plan la contemplation du principe idéal qui dépasse la nature. En ramenant l'attention sur la nature elle-même, les stoïciens ont signifié que la vertu n'est pas une haute et difficile spéculation, mais qu'elle appar­tient à tout homme en tant qu'il prend place dans l'ordre du monde.

Socrate avait conçu la vertu comme une science et, chez Platon, la vertu s'était confondue avec la science de l'Idée elle-même, préparée par la science mathématique.

Aristote, à son tour, avait fait consister le bonheur dans la vie contempla­tive. Le Bien restait l'apanage de quelques privilégiés.

Les stoïciens, eux, ont largement ouvert la vie morale à tous les hommes. De par sa nature même raisonnable, l'homme peut vivre d'accord avec l'univers entier et posséder le parfait bonheur.

Cette perfection est accessible à tout homme, fut-ce le plus humble et le plus ignorant, pourvu qu'il accepte, du fond de l'âme, la part que lui accorde le souverain Dispensateur.

En tant qu'ils possèdent tous la raison, tous les hommes sont citoyens de la grande Cité dont les lois ne sont jamais transgressées. Même l'esclave est l'égal des plus grands. Mais la Cité dont l'homme est membre n'est pas limitée à quelque partie du monde, c'est le monde lui-même, cité divine où règne à jamais le droit. A cette grande patrie, nous dit Sénèque, appar­tiennent tous les hommes, quelles que soient leur condition sociale et leur nationalité, tous sont frères en tant qu'ils ont la raison et sont destinés à la vertu.

La raison universelle qui a produit toutes choses, poursuit Sénèque, c'est Dieu créateur du monde. Comme le monde est un tout parfaitement Un, il n'y a qu'un Dieu unique.

Dieu est l'Etre intelligent, immortel et bienheureux, Père de tous les êtres et les dieux multiples de la religion populaire ne sont que des noms diffé­rents donnés au Dieu unique selon les divers aspects de sa puissance.

Ce Dieu créateur du monde, est en même temps la réalité substantielle du monde car la raison n'est pas seulement la source dont les choses provien­nent : elle est aussi la substance partout présente dont toutes les choses sont faites. Dieu, n'est donc pas seulement le principe créateur du monde : il est le monde lui-même dans sa réalité véritable, dans son inal­térable unité. Ce que nous appelons la Nature, c'est-à-dire l'ensemble harmonieux des choses, l'univers en tant qu'il est régi par un principe intelligent, n'est autre que Dieu.

C'est ainsi très sûrement que l'une des racines majeures de la Conception de l'Universalisme par la Franc-Maçonnerie est grecque et la sensibilité de la pensée grecque exprime assez bien la sensibilité de la Franc- Maçonnerie. Mais la Franc-Maçonnerie ne se fixe aucune limite et toutes les traditions et tous les systèmes participent à la construction de l'Univer­salisme maçonnique, qu'ils soient d'orient ou d'occident, de notre temps présent ou de 2000 ans avant Jésus-Christ.

Cependant, si la pensée grecque permet une première approche de ce qu'est l'Universalisme maçonnique, celui-ci reste difficile à comprendre lorsqu'on observe la diversité des formes et des modes de vie des loges et des différentes obédiences. La Franc-Maçonnerie est un ordre qui possède des règles, qui sont constituées d'un rituel appliqué dans les loges et dont il appartient aux maçons de percevoir le sens.

Pour certains francs-maçons, le rituel possède une dimension transcen­dantale qui lui permet de se relier au divin, ou pour accéder à des états supérieurs de la conscience. Pour d'autres maçons au contraire, le rituel est un simple moyen de mettre une communauté constituée de membres divers, dans de bonnes conditions et de rassembler les sensibilités et de faire régner la tolérance.

Ces différences se retrouvent d'ailleurs dans l'importance accordée à la pratique du rituel dans les tenues selon les différents ateliers, différentes obédiences.

Les loges anglaises passent l'essentiel de leur temps à cet exercice, tandis que dans les ateliers français, on peut trouver des rituels qui sont réduits au minimum. Il existe une dizaine de rites effectivement pratiqués dans le mande et certains en ont recensé une soixantaine ayant existé dans l'his­toire. Cette floraison parfois excessive a l'avantage de permettre à chaque franc-maçon de trouver la forme qui correspond le mieux à sa sensibilité et à son intelligence. Ceci signifie d'une part que ce n'est pas la forme de pratique des rituels qui détermine l'Universalisme de la Franc- Maçonnerie, mais, qu'au contraire, cet Universalisme peut vivre sous des formes diverses, et que c'est l'existence de cette diversité de forme qui per­met à chacun, selon son propre caractère, de pratiquer une voie qui lui convient pour atteindre justement à cet Universalisme.

L'Universalisme de la Franc-Maçonnerie n'est pas une question de forme, mais une question de fond. Et la Franc-Maçonnerie apparaît ainsi comme un tout divisé en de nombreuses parties qui sont nécessaires pour que l'exercice de la liberté soit effectif.

En fait, la diversité apparente de la Franc-Maçonnerie est le résultat de son histoire événementielle. En revanche, il existe une histoire qu'on pourrait appeler histoire mythique ou histoire symbolique. Cette histoire vise à montrer les origines symboliques de la Franc-Maçonnerie. C'est à travers la compréhension et le sens des symboles de ces mythes que se trouve l'inspiration de l'Universalisme de la Franc-Maçonnerie. C'est de par sa nature même et par son essence que la vocation de la Franc- Maçonnerie est universelle.

La Franc-Maçonnerie est un ordre initiatique, cela signifie qu'elle est une société avec son organisation propre et solidement établie. Le mode d'organisation est particulier car il est censé refléter et exprimer un ensemble de valeurs spirituelles qui doivent amener les membres de cette société, les Francs-Maçons, à découvrir ces valeurs spirituelles, c'est-à- dire à découvrir les aspects de la vérité qui régit le monde dans lequel nous nous trouvons, la vérité de l'harmonie cachée de l'Univers, la vérité qui donne un sens à la vie de l'homme lorsque celui-ci se pose des questions fondamentales, telles que par exemple : « D'où je viens ? Qui suis-je ? où vais-je ? Or, comme les valeurs auxquelles se réfère l'organisation de la société maçonnique sont fondamentales, cette organisation ne saurait être modifiée au gré des modes, c'est pourquoi il s'agit d'un ordre aux règles de fonctionnement durablement établies. »

D'autre part, il s'agit d'un ordre initiatique, c'est-à-dire un ordre où l'on rentre par une initiation. L'initiation a pour objet de transformer celui qui est dit profane en lui donnant les moyens de considérer l'ensemble des choses sous un autre aspect que celui qu'il voyait auparavant, et de pou­voir aussi découvrir des valeurs spirituelles qui lui restaient cachées lorsqu'il était profane.

Prenons un exemple, observons un symbole que beaucoup ont vu et qui s'appelle le delta lumineux.

Le profane pourra y voir une figure assez jolie, qui semble même expri­mer une certaine force. Un oeil venu d'ailleurs dont on sent qu'il regarde et rayonne à la fois.

Peut-être y verra-t-il, poursuivant ses réflexions, l'oeil d'une divinité ou d'un principe supérieur qui fait irruption sur le monde.

Cependant, au fur et à mesure que l'homme se transforme, il peut être amené à avoir l'intuition que l'ensemble des choses, lui-même, l'univers, le visible comme l'invisible dépendent d'une cause première, ou plus exac­tement qu'il existe une Unité transcendante qui englobe et régit toute chose. Mais la nature même de cette Unité est inconcevable pour lui.

La seule manière qu'il a de percevoir cette Unité, c'est d'en observer les effets. Il découvre alors que les choses se présentent par opposition : le Noir n'a de valeur que parce qu'il s'oppose au blanc.

Une affirmation n'est vraie que par rapport à une autre affirmation qui est ou moins vraie, ou son contraire. Une idée ne tire sa valeur que relati­vement à une autre. C'est la logique binaire qui procède par opposition, par action et réaction, et qui, sur le plan de la compréhension des choses, et de la recherche des réponses aux questions fondamentales que l'on peut être amené à se poser, devient rapidement stérile. Tout se sépare entre ce qui est vrai ou faux, bien ou mal. Adepte d'une idée, on en rejette son contraire. On devient sectaire. C'est d'ailleurs en passant l'un des dangers de certaines religions qui, imposant de croire de telle manière, rejette les autres formes de croyances et les vouent au mal. Rappelons-nous en pas­sant que le sens du mot diable est celui qui divise.

Cet homme donc, qui se pose des questions fondamentales, à la recherche du sens de l'Unité inconcevable, et ne trouvant pas dans la logique binaire de réponses satisfaisantes, se met à observer à nouveau le delta lumineux. Il découvre alors que l'oeil, qui dégage toujours une impression si forte, donne cette impression de par la forme du delta qui lui sert de cadre. Or, ce delta, de par ses trois côtés, exprime trois dimensions. Cela signifie symboliquement que toute chose de la plus petite à la plus grande, ne peut s'apprécier ni dans son unité transcendante, ni dans sa dualité, mais par trois éléments. Nous venons de faire un premier pas dans la symbolique des nombres. Ainsi, dans tout ce qui se fait interviennent trois termes : un agent qui agit, un patient qui subit, un effet produit par cette action.

Dans une loge maçonnique, les trois officiers qui la dirigent s'appellent le Vénérable Maître, le ter surveillant et le deuxième surveillant.

Le symbole du 1er surveillant est un niveau et signifie que nul ne domine sur autrui. Le symbole du 2ème surveillant est une perpendiculaire. Il sol­licite au contraire chacun à s'élever aussi haut que possible en même temps qu'à descendre dans les abîmes les plus profonds de la pensée.

Il y a donc conflit entre l'horizontale égalitaire et la verticale hiérarchi­que. Mais tout se concilie dans l'équerre, symbole du Vénérable Maître. Celui-ci accorde à tous les ouvriers une même estime en raison du zèle égal que tous apportent au travail, ce qui ne l'empêche pas d'apprécier chacun selon ses qualités particulières, si bien qu'il demande à l'un ce qu'il ne saurait exiger d'un autre. L'Equité, dont l'équerre est l'emblème, préside ainsi aux rapports des maçons.

Mais ne s'arrêtant pas là, notre homme élève encore sa réflexion et décou­vre que pour répondre à ses questions fondamentales, les systèmes de nombreuses écoles, en des temps et des lieux divers, répondent toujours par le mystère d'une trinité, (mystère signifiant que nous sommes dans les degrés ultimes où notre conception d'homme peut s'élever).

C'est le Père, le Fils et le Saint Esprit de la trinité chrétienne, c'est Brahmas, Veshnou et Shiva dans le brahmanisme, c'est le Principe, le Verbe et la Substance dans le platonicisme, c'est le Soufre; le Mercure et le Sel dans l'alchimie, c'est Sagesse, Force et Beauté en Franc- Maçonnerie.

On mesure les transformations subies par notre homme depuis sa première observation du delta lumineux, c'est le fruit d'une initiation en train de s'accomplir. Mais en même temps, on s'aperçoit que sa recher­che spirituelle le conduit naturellement à une conception universelle de la spiritualité. Ainsi apparaît l'immense domaine de l'Universalisme maçonnique.

L'Universalisme est une conception de l'Univers, du visible et de l'invisi­ble, qui considère comme inscrit dans tout ce qui nous est sensible dans notre vie terrestre (ou manifestée), comme dans ce qui est au-delà de notre perception, l'existence d'un principe d'union fondamentale. d'harmonie transcendantale entre tout, l'éparpillé et les contraires, dont la vocation de l'homme est de retrouver l'unité.

L'Universalisme est l'exaltation de l'unité. Descendu au niveau de notre domaine de ce qui est manifesté, nous devons le retrouver.

Déjà, sous cet aspect, l'origine et les principes de la Franc-Maçonnerie ont créé les conditions à ce que l'Universalisme soit vécu dans les loges en permettant la réunion de personnes d'origines différentes, d'opinions diverses, voire opposées, qui, sans la Franc-Maçonnerie, ne se seraient jamais rencontrées. Ainsi, par la vie en Loge, la Franc-Maçonnerie rassemble ce qui, dans d'autres conditions, resterait épars, et contraire. Ainsi apparaît à nouveau que l'Universalisme de la Franc-Maçonnerie n'est pas dans sa forme apparente, mais dans son fond. Ce qui est univer­sel, ce ne sont pas dans les différences apparentes des frères, mais quelque chose qui est permanent et immuable dans chaque homme, caché au plus profond des frères, mais qui est commun à tous.

Ceci transparaît dans le poème de Rudyard Kipling que tous les Francs- Maçons connaissent et qui s'appelle « La Loge Mère », que je vous pro­pose en guise de pause.

* * *

La Loge Mère
Il y avait Rundle, le chef de station,
Beaseley, des voies et travaux,
Ackman, de l'Intendance,
Donkin, de la prison,
Et Blacke, le sergent instructeur,
qui fut deux fois notre vénérable,
et aussi le vieux Franjee Eduljee
qui tenait le magasin «aux Denrées Européennes».
Dehors, on se disait: «Sergent, Monsieur, Salut, Salam».
Dedans, c'était: «Mon frère», et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le niveau et nous quittions sur l'Equerre.
Moi, j'étais second diacre dans ma loge-mère, là-bas !
Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saul, le juif d'Aden,
Din Mohamed, du bureau du cadastre,
le sieur Chuckerbutty, Amir Singh, le Sick,
Et Castro, des ateliers de réparation,
qui était catholique romain.
Nos décors n'étaient pas riches,
Notre temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens Landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée, souvent, me vient à l'esprit :
«Au fond il n'y a pas d'incrédules
Si ce n'est, peut-être, nous-mêmes !»
Car, tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer,
Nous n'osions pas faire de banquets (de peur d'enfreindre la règle de caste de certains frères)
Et nous causions à cœur ouvert de religions et d'autres choses,
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu'il connaissait le mieux.
L'un après l'autre, les frères prenaient la parole
Et aucun ne s'agitait.
L'on se séparait à l'aurore, quand s'éveillaient les perroquets
Et le maudit oiseau porte fièvre;
Comme après tant de paroles
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.
Bien souvent, depuis lors,
Mes pas, errant au service du gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l'Orient à l'Occident,
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour.
Mais combien je voudrais les revoir tous
Ceux de ma Loge-mère, là-bas !
Comme je voudrais les revoir,
Mes frères noirs ou bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l'allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l'office.
Et me retrouver parfait maçon
Une fois encore, dans ma loge d'autrefois.
Dehors, on se disait : «Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c'était : «Mon frère», et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le niveau et nous quittions sur l'Équerre.
Moi, j'étais second diacre dans la loge-mère, là-bas !
Essai de traduction du poème du Frère
Rudyard Kipling.

L'Universalisme est peut-être la raison, si elle se fait conscience, qui per­met à l'homme d'aller au-delà de lui-même, sans passer par la croyance dogmatique et religieuse qui confine l'homme dans une voie qui ne per­met plus le libre choix. Au contraire, l'Universalisme maçonnique est l'aboutissement de la demande d'une conscience libre de tout dogme, qui assimile l'ordre de l'univers, qui y coïncide, qui peut alors rassembler les diversités ou plus exactement qui, suffisamment éclairé, voit dans les diversités l'Unité qui s'y cache.

En ce sens, la Franc-Maçonnerie expose dès son entrée le Franc-Maçon au choc des différences des autres frères, lesquels peuvent être très diffé­rents, c'est à la fois sa richesse et sa difficulté, aussi sa vocation. Et la Franc-Maçonnerie demande, ou propose, au début de la démarche du Franc-Maçon, qu'il assume personnellement, l'acceptation de ces diffé­rences, jusqu'à l'amour, aboutissement accompli. En ce sens, sa démar­che diffère de celle des religions révélées de l'occident, lesquelles rassem­blent des êtres différents en les soumettant d'emblée à une loi de croyance et de comportement, qui peut ouvrir à terme à l'Universalisme, mais qui peut aussi aboutir à une loi d'exclusion, et même nourrir un réflexe primi­tif de ségrégation que nous avons tous tendance à porter naturellement en nous.

Au contraire, la Franc-Maçonnerie ne rassure aucunement ses adeptes par l'imposition d'une loi. Il n'y a pas de bon génie qui soit là pour vous dire ce qui est vrai, ou ce qui est faux, ce qu'il faut faire ou ce qu'il ne faut pas faire. Elle laisse l'adepte libre. Seule lui est proposée une variété de symboles, dont le sens est à découvrir, mais qui sont d'une portée univer­selle. Le nouveau Franc-Maçon se trouve d'ailleurs désarmé devant ce qui lui est proposé. On pourrait parler, au sens philosophique, d'une misère de l'apprenti franc-maçon devant le langage symbolique qui lui est donné, misère étant la prise de conscience de l'énormité de la distance qui le sépare et du peu de moyens qu'il croit avoir pour y parvenir, de la connaissance de la vérité authentique, c'est-à-dire de l'initiation réelle.

Une expression maçonnique souligne cette situation délicate : «on n'est pas initié, on s'initie soi-même », et l'on comprend comment cette expres­sion est déroutante pour celui qui vient d'entrer, car il s'attend à ce qu'on lui révèle quelque chose, et on ne lui apprend qu'à apprendre par lui- même. Cette situation serait en fait difficilement supportable par les êtres communs que nous sommes en majorité si la Franc-Maçonnerie ne dis­pensait pas des forces qui permettent au Franc-Maçon d'avancer sur cette voie difficile : elles sont Tolérance et Fraternité. La première de ces forces veut dire : bienvenu à toi, mon frère, malgré ta différence, quelle qu'elle soit, nous l'acceptons avec bonheur. La seconde, la Fraternité, indique que quelles que soient nos différences, il existe entre nous un lien plus fort que ces différences, qui nous unit et qui est l'essence de nos démarches. Nous, différents en apparence, recherchons la connaissance de l'unité, nos recherches sont différentes, mais l'esprit qui les anime nous lie très étroitement.

L'apprenti franc-maçon qui aura pénétré les différents aspects de cette première étape aura alors fait un pas important vers l'appréhension de ce qu'est l'unité cachée dans les choses. En persévérant, il trouvera la voie vers l'Universalisme.

Ainsi, la substance de l'Universalisme maçonnique apparaît, c'est la frater­nité, encore faut-il comprendre ce que le franc-maçon perçoit dans ce mot.

La Fraternité, si elle existe au sein de micro-groupes comme la famille, laquelle sous cette forme aboutit parfois à une nouvelle forme de ségréga­tion tournée contre l'extérieur de la cellule familiale, la Fraternité n'est vécue dans nos sociétés que d'une manière restrictive. Elle se fonde davantage sur la ressemblance au sein d'un groupe de même nature, établi sur la fortune, la naissance ou la capacité intellectuelle plutôt que sur une réelle loi d'amour.

Si la fraternité apparaît d'une façon générale fragile, c'est parce qu'elle n'est souvent que l'expression d'un amour spontané èt naturel, qui a jus­tement la fragilité de cette spontanéité, des faiblesses individuelles et de la limitation du cercle des êtres sur lesquels cet amour petit se donner. En revanche, le sentiment intérieur qui peut générer la Fraternité réelle est d'une autre nature. Si la fraternité est synonyme d'aimer son prochain, cela signifie : j'aime ton mystère comme le mien, ton mystère d'homme comme mon mystère d'homme, car c'est ce mystère qui nous unit aux Dieux. C'est parce que mon mystère est le tien que nous sommes frères; parce que nous sommes créatures d'une même cause invisible que nous sommes frères. Ce n'est pas la recherche d'une identité visible extérieure­ment qui fonde notre identité universelle. Ce qui crée notre identité uni­verselle c'est l'unité et la transcendance du principe qui nous anime.

C'est en passant l'occasion de rappeler que c'est pour cette même raison que de grands initiés ont un tel respect pour la nature jusqu'en ses moindres détails. Ce qui amuse parfois les ignorants. La Nature, justement, m'a fait don, primitivement, de ce pouvoir d'amour, fragile et spontané. Je possède un coeur qui a la capacité de brûler pour Autrui. Et puis, quel­ques Grands Hommes m'ont laissé des messages pour me guider à la fois dans ma recherche de vérité et dans l'art de cultiver cet amour embryon­naire. C'est une fois que Connaissance et Amour ont pu se fondre en moi que s'ouvre mon champ de liberté, vers cet homme vertical inscrit dans la Sphère Universelle, dont la contemplation ou l'action sont en accord avec l'Ordre Universel.

Rappelons une réflexion de Gandhi : « Toutes mes actions ont leur source dans mon amour inaltérable pour l'humanité ». « Je n'ai connu aucune distinction entre parents et inconnus, entre compatriotes et étrangers, entre blancs et hommes de couleur, entre Hindous et Indiens appartenant à d'autres confessions, qu'ils soient musulmans, parsis, chrétiens ou juifs. Je peux dire que mon cœur a été incapable de faire de telles distinc­tions ».

L'Orient utilise une belle image d'ailleurs pour saisir comment on peut être soi et dans l'unité en même temps. Ce sont les vagues de l'océan. En tant qu'océan, je suis conscience de la réalité totale et indivisible, mais je suis chacune des vagues existant ou ayant existé, naissant et mourant par­tout, à chaque instant.

Il est temps d'entrer dans le vaste champ de la fraternité universelle.

Nos sociétés occidentales ont généré un monde d'abondance, fondé sur la propriété, monde de l'AVOIR qui a créé à travers l'histoire différents modes d'organisation ayant chacun trois objectifs à résoudre : la réparti­tion de la propriété et , des richesses, leur défense, leur conquête. Qu'il s'agisse de l'organisation féodale, de la monarchie ou des systèmes politico-économiques modernes, tous règlent à leur manière ces trois questions auxquelles les systèmes religieux ont également apporté leur part. Nous restons dans l'organisation du monde de l'AVOIR.

Il produit des inégalités et des formes d'exploitation des hommes par d'autres hommes. Pourtant, de temps à autre, des voix s'élèvent et des hommes de sentiments élevés tentent d'accrocher le monde à son inclina­tion matérialiste. L'invocation « Liberté, Egalité, Fraternité », malgré ses dérives sociales, en est une manifestation.

La Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 fait référence à des valeurs humaines, et pour cette dernière l'inspiration maçonnique y a contribué. Ainsi, apparaît comme porteur de progrès le fait de faire vivre ce sentiment : «L'important, c'est l'autre ». Notre déclaration de principe «Oeuvrer à l'amélioration de l'humanité» prend une singulière réalité quand elle se confond avec « Faire vivre la fraternité ».

Un enfant accompagné par un vieillard rentrent à pied dans la ville de leur demeure. Aux portes de la ville, l'enfant voit un infirme qui n'a plus l'usage de ses jambes, et se trouve dans un grand état de misère.

L'enfant interroge le vieillard : «Mon oncle, que peut attendre cet homme de la vie ? ». «Mon enfant, répondit le vieillard - et il me fallut longtemps pour le comprendre - mon enfant ce qu'il attend c'est toi ». (Buber), Livre sur le judaïsme.

Dans cette aspiration à la fraternité universelle qui est la nôtre, la sensibi­lité orientale nous apporte un enseignement particulièrement important dans le domaine de l'action. L'un des maux de l'Occident est de vouloir changer le monde à tout prix. Sans pour autant rejeter le monde, la seule Liberté est de ne pas vouloir changer le monde, dans le sens de ne pas désirer être l'auteur de ses actes en tant qu'égo. Ce qui est liberté, c'est vouloir ce qui est.

En tempérant cet absolu difficile pour un occidental, on doit néanmoins en retenir que l'idée de s'entraider est plus subtile que nous ne pourrions le penser. En général, lorsque nous essayons d'aider les autres, nous les gênons, nous leur imposons nos exigences. Nous nous rendons insuppor­tables à autrui parce que nous ne pouvons nous supporter nous-mêmes. Elle implique que nous ouvrions notre territoire plutôt que d'empiéter sur celui d'autrui.

Dès que l'on veut imposer le bien, ou déclencher un sanglant cercle vicieux d'oppression et de révolte, c'est une tension et une crispation sans fin. Lorsqu'on attend tant d'un ordre extérieur, la moindre défaillance provoque la colère et le désespoir.

Cette remarque vient d'ailleurs pour la manière dont est vécue la frater­nité à l'intérieur de la Maçonnerie elle-même. On est parfois surpris de constater la violence et la déchirure qui surgit entre certains frères. C'est la conséquence directe de frères qui ont considéré la fraternité comme un acquis du système maçonnique, vis-à-vis duquel leurs attentes étaient immenses, et qui sombrent dans l'attitude la plus antifraternelle dès la première déception rencontrée, déception bien évidemment inévitable, car ils attendaient un système et ont rencontré l'imperfection des frères qu'ils n'ont pas tolérée.

La fraternité universelle pourra s'ouvrir sur la liberté de tous lorsque la souffrance, clé de notre monde, ne sera plus individuelle, mais si la grande Communion des souffrances faisait monter l'humanité toute entière vers l'ceuvre mystérieuse de la création, comme nous y invite le Père Teilhard de Chardin.

L'Amour est l'élément fédérateur qui nous unit à l'invisible transcendant et dont la manifestation est de s'aimer les uns les autres, exhaltant ainsi en bas ce qui est en haut, et c'est là notre plus grand accomplissement.

Tous ces propos paraîtraient désespérément vides s'ils ne devaient rester qu'à l'état de réflexions, mais la Franc-Maçonnerie est une école de pen­sée qui prépare à l'action, sans pour autant imposer quoi que ce soit dans ce domaine. Pour le comprendre, je vous propose les paroles adressées à de jeunes frères de la Grande Loge de France par l'un de nos frères.

A vous, mes jeunes frères qui êtes l'avenir de notre Obédience, je dis : Cultivez et développez toutes les valeurs qui dépassent le plan horizontal de la communauté, mais réfléchissez aussi à ce texte.

« Explore, regarde, observe autour de toi.
Tu sais qu'il meurt beaucoup d'enfants, mais tu n'en as jamais été troublé parce que tu n'as jamais vu une mère devant le cadavre de son bébé.
Tu sais qu'il y a des guerres qui déciment des pays, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as jamais vu la lutte d'un mourant qui s'accroche à la vie et qui n'a que 20 ans.
Tu sais qu'il y a des taudis, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as pas vu ce que c'est de coucher nombreux tous les soirs dans une chambre.
Tu sais qu'il y a des orphelins, mais cela ne t'a pas troublé parce que tu n'as pas marché derrière le cercueil avec un gosse de 7 ans qui était seul.
Ce n'est pas ta faute, tu ne sais pas. Ton intelligence le sait, tu l'as lu, tu l'as entendu, mais ton coeur et ton âme ne savent pas.
Ce ne sont pas les livres qui ont pu te donner cette connaissance-là, mais va, regarde, écoute, ouvre ton cœur tout grand et tu sauras ».

Source :http://www.ledifice.net/

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La conciliation des contraires: la Franc-Maçonnerie Universelle

9 Avril 2012 , Rédigé par GLDF Publié dans #histoire de la FM

La Franc-maçonnerie a pour but le perfectionnement moral de l'humanité.

A cet effet, les Francs-Maçons travaillent à l'amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel que sur le plan du bien-être matériel.

Dans la recherche constante de la vérité et de la justice, les Francs- Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite.

Ils respectent la pensée d'autrui et sa libre expression. Ils recherchent la conciliation des contraires et veulent unir les hommes dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun. Ils considèrent le travail comme un devoir et comme un droit.

Les Francs-Maçons doivent respecter les lois et l'autorité légitime du pays dans lequel ils vivent et se réunissent librement.

Ils sont des citoyens éclairés et conforment leur existence aux impératifs de leur conscience.
Chaque Franc-maçon est libre de faire ou de ne pas faire état de sa qualité, mais il ne peut dévoiler celle d'un Frère.

Les Francs-Maçons s'associent entre eux pour constituer, conformément à la tradition maçonnique, des collectivités autonomes qui prennent le nom de Loges.

Toute Loge se gouverne conformément aux décisions prises par la majorité de ses Maîtres Maçons mais elle ne peut s'écarter des principes généraux de la Franc-maçonnerie ni des lois de l'obédience à laquelle elle appartient.

Les Loges se groupent en Grandes Loges, Puissances nationales et indépendantes, gardiennes de la Tradition et des trois grades de la Franc-maçonnerie symbolique : ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître.

Source : http://www.gldf.org/fr/

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Clin d'oeil à Jean-Luc Mélenchon : le Temps des Cerises

9 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Chants

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur !
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur !


Mais il est bien court, le temps des cerises
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles...
Cerises d'amour aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang...
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant !


Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour,
Evitez les belles !
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour...
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des chagrins d'amour !


J'aimerai toujours le temps des cerises,

C'est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte !

Et dame Fortune, en m'étant offerte
Ne saurait jamais calmer ma douleur...

J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeœur !

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Clin d'oeil à John Wayne : la balade des Bérets Verts

9 Avril 2012 Publié dans #Chants

Dans le ciel couleur d’acier
Ils descendent par millier
Ceux qui vont sur cette terre
Lutter pour le béret vert

Il faut croire ce que l’on dit
Ne dire que si l’on agit
Etre brave et être fier
Pour gagner son béret vert

Ils sont parmi les meilleurs
Qui combattent et qui meurent
Pour l’occident qui espère
Rester grâce aux bérets verts

Il a laissé en mourrant
Avec ses ailes d’argents
Une lettre pour sa femme
Une lettre du Vietnam

Donne les ailes d’argents
Mon fils quand il sera grand
Qu’il soit brave et qu’il soit fier
Pour gagner le béret vert

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John Wayne et Davy Crockett Francs-Maçons

9 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

John Wayne (1907-1977), de son vrai nom, Marion Robert Morrison , fut membre de l'ordre DeMolay (une association para-maçonnique pour jeunes) quand il était aux études).

Il fut initié à la Marion McDaniel Lodge #56 à Tucson (Arizona) le 9 juillet 1970, passa Compagnon le 10 juillet et fut élevé à la Maîtrise le 11 juillet ! Par la suite, il rejoignit une Loge d'Hollywood. Il appartint également aux Shriners (Al Malaikah Shrine) de Los Angeles. Il fut élevé à titre honoraire au 33e Degré du Rite Ecossais à Los Angeles.

Au cinéma, dans le film  Alamo qu'il a lui-même dirigé, il a interprété le rôle de Davy Crockett, lui aussi Franc-Maçon.     

Source : http://www.hiram.be/

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Historique du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm

9 Avril 2012 Publié dans #Planches

La Franc-Maçonnerie est une institution pluricentenaire, car les premières révélations historiques remontent au XIIIème siècle. Cette association de métier, à l'origine dite operative..., au caractère corporatiste autant que moral et spirituel, devient, dès le Carrefour de 1723, un « centre d'union » où se retrouvent, en toute fraternité, des hommes qui, sans elle, ne se seraient pas reconnus... Adopter une vision tranchée et univoque de la Franc-Maçonnerie moderne, dite spéculative.., semble difficile, car celle-ci, selon les temps et les lieux, a revendiqué des origines et des finalités bien différentes, bien qu'elle s'inscrive dans le courant judéo-chrétien. En outre, sa philosophie ne s'exprime que par le truchement des symboles : or leur sens dépend de la tradition initiatique à laquelle se rattache chaque Rite, qui représente l'Esprit de chaque Ordre existant Ainsi, les différentes Obédiences françaises couvrent un large spectre, allant du social au spirituel, de l'athéisme au déisme ; elles ont toutes cependant en commun leur essence initiatique et leurs trois premiers degrés représentent un centre adogmatique de perfectionnement individuel, intellectuel, moral et de travail sur soi. Ce n'est que par la suite que l'empreinte du Rite, propre à chaque Obédience se manifeste dans toute son amplitude : il donne à ses cérémonies une qualité, une densité, une stabilité, une impulsion et une prégnance à nulle autre pareille. De telle sorte que cette juxtaposition de mille et une nuances dans l'Art Royal entrouvre l'accès à une voie adaptée à la nature du Cherchant et à ses exigences, dans le respect le plus strict de sa liberté absolue de conscience.

La Franc-Maçonnerie du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm possède ses spécificités propres, qui font d'elle une Maçonnerie peu connue, mais d'une grande richesse à la fois rituelle et historique. Parmi celles-ci, se distinguent entre autres :
- Son orientation spiritualiste et déiste dans le cadre de la Voie Initiatique.
- Sa volonté de donner l'accès à la Connaissance Essentielle par l'alliance de l'intelligence du cœur à celle du mental ;
- Sa représentation en tant que gardien des traditions de l'ancienne Egypte, berceau de toute initiation.
- Sa vocation de conserver et de développer une Tradition intacte (comprise comme la Tradition Primordiale transmise dans les courants hermétiques, gnosticistes, kabbalistes, templiers et rosicruciens), propre à libérer l'homme de ses chaînes matérielles, au travers de son évolution spirituelle.

Cette Tradition se veut dépositaire des antiques initiations de la vallée du Nil, perpétuées au travers de divers mouvements, parmi lesquels se retrouvent les pythagoriciens (qui détiennent l'héritage d'une Géométrie d'essence sacrée), les Hermétistes Alexandrins (dont les ouvrages de référence sont le Corpus Hermeticum et La Table d'émeraude attribués à Hermès Trismégiste), les Néo-Platoniciens, les Sabéens de Harrân, les Ismaéliens, les descendants d'Abraham, les Templiers et les Rose Croix.

Pour une Obédience spiritualiste comme celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Rituel est donc l'occasion d'une régénération spirituelle, d'une réintégration métaphysique, de la personne qui y participe et joue le rôle de catalyseur sur le sentier de l'évolution intérieure.
Mais en même temps, il reste attaché à son héritage humaniste, profondément engagé au côté des valeurs de la dignité, du droit, et de la défense de l'opprimé. C'est là sa grande force, son côté insolite, et la raison pour laquelle, peut-être, il attire autant qu'il intrigue...

LE RITE DE MISRAÏM

Il faut ici commencer à mi-chemin entre l'histoire et la légende... Peut-être par « il était une fois »...en présentant l'énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres...en tout cas acteur occulte de la Révolution Française pour l'ensemble -, et certainement un être moralement indéfinissable, tant ce Rite attire des caractères trempés dans une eau qui n'a pas grand-chose à voir avec l'eau plate.

Notre homme, très proche du Grand Maître de l'Ordre des Chevaliers de Malte Manuel Pinto de Fonseca avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques..., fonde en 1784 le « Rite de la Haute-Maçonnerie Egyptienne »... Bien que celui-ci n'ait eu que trois degrés (Apprenti, Compagnon et Maître Egyptien), le Rite de Misraïm semble lui être directement relié. On sait encore mal, aujourd'hui, où Cagliostro fut réellement initié (sans doute à Malte) et comment il bâtit son Rite : selon Gastone Ventura, il reçoit entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d'Aquino, frère du Grand Maître National de la maçonnerie napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts degrés hermétiques, venus en droite ligne des secrets d'immortalité de l'Ancienne Egypte, afin qu'il les dépose dans un Rite maçonnique d'inspiration magique, kabbalistique et divinatoire. Ce qu'il semble avoir fait en 1788, non loin de Venise, en y établissant une Loge où il opère le transfert des Arcana Arcanorum dans le Rite de Misraïm. Ce Rite, à demi-centenaire lorsque Cagliostro en fait le dépositaire du Secret des Secrets, est un écrin idéal pour le joyau qu'il reçoit, nourri de références alchimiques et occultistes, il attire alors de nombreux Adeptes. Il se réclame de plus d'une antique tradition égyptienne, le terme « Misraïm » signifiant ou « les Egyptiens » ou « Egypte » en hébreu...et possède 90 degrés... Dans l'état actuel des recherches, il apparaît surtout que les sources du Rite de Misraïm se situent dans la République de Venise et dans les Loges Franco-Italiennes du Royaume de Naples de Joachim Murat, et qu'il a subi douloureusement à la fin du siècle l'occupation autrichienne qui en interdit la pratique. Les trois frères Bédarride, dont les plus marquants, Marc et Michel, auraient été initiés dans le Rite de Misraïm en 1803, l'introduisent en France à Paris en 1814 et 1815, à l'époque où les Ordres maçonniques sont interdits en Italie. Le Rite recrute aussi bien de hautes personnalités aristocratiques, que des bonapartistes et des républicains, parfois des révolutionnaires, Carbonari, comme Pierre Joseph Briot, - membre de la société secrète républicaine des Philadelphes..., ou bien encore Charles Teste, frère cadet du baron François Teste, lieutenant de Philippe Buonarrotti, le célèbre conspirateur qui utilisa la Charbonnerie pour servir la cause de son précommunisme, et qui fut, avec Babeuf, le coauteur du Manifeste des Egaux.

Or, dès 1817, le Grand Orient, qui n'apprécie guère le système des Hauts Degrés, devient un vigoureux opposant au Rite de Misraïm. Ainsi, en 1822, alors que les affaires semblent florissantes, le Grand Orient, à cette époque monarchiste et catholique, profite de l'affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et de l'inquiétude suscitée par les Carbonari pour dénoncer aux ordres de police, l'Ordre de Misraïm comme un repaire de séditieux « anti-monarchiques et anti-religieux » prêts pour l'insurrection armée. L'essor de ce nouveau Rite plein de promesses est ainsi stoppé net.
En tant que Rite interdit, il devient tout naturellement un espace de rencontre pour tous les opposants au régime. Mais déjà il commence à péricliter. Vers 1890, les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes, se retrouvent bientôt dans une seule Loge, la fameuse Loge Arc-en-Ciel... Le Rite de Misraïm reviendra presqu'un siècle plus tard, lorsque Robert Ambelain, ancien Grand Maître ad vitam, démissionnaire du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le ravive en 1992, malgré ses engagements pris de ne jamais le ranimer. (cf les correspondances Robert Ambelain / Gérard Kloppel)

LE RITE DE MEMPHIS

Le Rite de Memphis est une variante du Rite de Misraïm, constitué par Jacques-Etienne Marconis de Nègre en 1838.

Pour autant, s'il reprend la mythologie égypto-alchimique du Rire, il la fortifie d'emprunts templiers et chevaleresques…les références à la légende d'Ormuz et à la Chevalerie de Palestine sont là-dessus très significatives…Robert Ambelain estime pour sa part, …mais l'information demande encore sa confirmation définitive…que ce Rite serait né de la fusion de divers rites ésotériques d'origine occitane, notamment le Rite Hermétique d'Avignon, le Rite Primitif de Narbonne, le Rite des Architectes Africains de Bordeaux, et un Rite Gnostique d'origine Egyptienne… Là où Misraïm est le Rite des Adeptes entre Ciel et Terre, des révolutionnaires insaisissables, et des comploteurs libertaires...selon ce qu'en disent les documents de police de l'époque Memphis durcit la ligne des références mythiques, et veut conquérir des hommes de force, à l'idéal chevaleresque.

Le Rite connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires, tant et si bien qu'en 1841, les frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint de se mettre en sommeil…

Il faudra attendre 1848 et la destitution de Louis-Philippe pour que le Rite de Memphis reprenne une vigueur toute relative, luttant pour ne pas péricliter…

Mais c'est plutôt Outre-Manche, que le Rite perdure… A partir des années 1850, des Loges anglaises, travaillant en français au Rite de Memphis, se multiplient.

Elles sont restées célèbres pour avoir été essentiellement composées d'ardents républicains ayant fui la France après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. On y retrouve Louis Blanc, Alfred Talandier, Charles Longuet le gendre de Karl Marx, et Joseph Garibaldi membre d'honneur dont nous reparlerons par la suite.

En 1871, l'écrasement de la Commune attire en Grande-Bretagne de nouveaux réfugiés… Ceux-ci contribuent à la vivification du Rite, mais toutes ces Loges s'éteignent en 1880, lorsque le nouveau gouvernement républicain déclare l'amnistie.

Parallèlement, le Rite de Memphis semble avoir connu un important développement en Egypte à partir de 1873, sous l'impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand Hièrophante...

Jusqu'à l'époque du roi Farouk, il ne cesse de se développer, en tant que continuateur des anciens Mystères Egyptiens, à telle enseigne que les frères de Memphis sont unanimement appréciés et respectés.

Le Rite de Memphis s'implante également aux Etats-Unis vers 1856-57, lors du voyage à New-York de Marconis de Nègre...

Il connaît un certain essor, notamment sous la grande maîtrise de Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France.

LE RITE DE MEMPHIS - MISRAÏM

Survient en fin décembre 1870 un événement, apparemment anodin, mais qui aura de grandes conséquences : le 28 décembre, quatre Maçons menés par Robert Wentworth Little, qui avait crée quatre ans auparavant la S.R.I.A. (Societas Rosicruciana In Anglia)...invoquent une prétendue consécration pour établir en Angleterre, auprès de Yarker, un « Suprême Conseil Général 90ème du Rite de Misraïm », Yarker associe donc au Rite de Memphis qui lui fut transmis par Seymour en 1872, le Rite de Misraïm introduit par Little puis légitimé par la Charte de Pessina en 1881... Et pour affermir cette alliance de Memphis et de Misraïm, il place à la tête du Rite la figure emblématique du chef des Camissia Rossa, Garibaldi, premier Grand Hiérophante des deux Rites en 1881, qui, trop âgé, ne put exercer ses fonctions et mourût peu après en 1882...

...La réunification de la maçonnerie de Rite Egyptien fût brève, et des dissensions successives éclatèrent quant à la succession au titre de Grand Hiérophante entre les Souverains Sanctuaires des différents pays, principalement l'Egypte… Finalement, Yarker devient le Grand Hiérophante de Memphis-Misraïm pour tous les pays d'Europe seulement, de 1903 à 1913, date de son trépas.
La fusion définitive des deux Rites ne devait réellement se faire, en fait, qu'en 1989... !

LE RITE DE MEMPHIS-MISRAÏM en France

Il nous faut maintenant parler d'une autre figure mystérieuse et étrange, agaçante pour certain, fascinante pour d'autre, et dont le profil rappellera Cagliostro : le célèbre Docteur Gérard Encausse, alias Papus. Celui qu'Anatole France pressentait pour une chaire de Magie, si d'aventure elle se faisait, laissa un profond sillage dans cette France entre deux siècles.

On suppose que Papus fut initié par des Frères dissidents de la Loge Souveraine L'Arc en Ciel avant la fin du siècle, mais on n'en a aucune preuve... En tout cas, en 1901, John Yarker lui délivre une patente, pour ouvrir son Chapitre I.N.R.I... Une Charte la transformera en « Suprême Grande Loge de France du Rite Swedenborgien » en 1906… Ce « Temple de Perfection » ne l'autorise pas cependant à initier aux trois premiers degrés… En 1906, Papus réussit à obtenir de Villarino del Villar, Grand Maître de la Grande Loge Symbolique Espagnole du Souverain Grand Conseil Ibérique, une charte du Rito National Espanol, Rite en sept degrés dérivé du Rite Italien de Memphi-Misraïm de Pessina et contesté par la Maçonnerie régulière. Celle-ci lui permet d'ouvrir une nouvelle Loge Symbolique Humanidad et d'y travailler aux trois premiers degrés du « Rite Ecossais ».Enfin, en juin 1908, Papus constitue à Paris un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite « Ancien et Primitif de la Maçonnerie », mais ce dernier n'a cependant pas le Statut de Souverain Sanctuaire et ne peut créer de Loges. Le Rite évoqué est vraisemblablement le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 97 degrés créé avec l'impulsion de John Yarker lors de la fusion des Rites de Memphis et de Misraïm entre 1881 et 1889. C'est donc par les initiatives de Papus que le Rite a pu revenir en France, par l'intermédiaire de sa Loge Mère Humanidad, pour les trois premiers degrés et de son Chapitre INRI converti au Rite Ancien et Primitif des Hauts-Degrés.

Jean Bricaud, successeur de Papus, prend en main les affaires de l'Ordre, en 1919, et cherche à faire gagner à son Obédience une respectabilité maçonnique qu'elle négligeait un peu pendant les années d'avant-guerre. Il enrichit les Rituels, avec malheureusement un mélange d'apports gnostiques, ouvre le Rite vers les profanes, fait disparaître l'efflorescence des innombrables sociétés occultes atomisées du début du siècle en ouvrant l'accès à son Ordre Martiniste, à l'Ordre de la Rose Croix Kabbalistique et Gnostique, et à l'Eglise Catholique Gnostique.

Quand Jean Bricaud s'éteint en 1934, Constant Chevillon est choisi pour lui succéder. Hélas, la menace de l'holocauste plane bientôt sur le monde. Le Rite, alors en pleine expansion subit de plein fouet la violence de la barbarie nazie. George Delaive, qui fut l'un des Grands Maîtres du Rite en Belgique, est emprisonné et bientôt assassiné par les nazis à la prison de Brandebourg, après avoir rejoint la Résistance en France. Raoul Fructus, qui avait de hautes responsabilités dans le Rite avant la guerre, meurt en déportation en février 1945.

Otto Westphal, responsable du Rite en Allemagne, est interné en camp puis torturé, Constant Chevillon, Grand Maître National du Rite après Jean Bricaud, est abattu à quelques kilomètres de Lyon au printemps 1944, par la milice de Vichy après dénonciation…
…Le Rite de Memhis-Misraïm a donc payé un lourd tribut au fléau nazi, celui de son attachement à la Liberté.

Au sortir de la guerre, c'est Henri-Charles Dupont qui prend légitimement la direction du Rite de Memphis-Misraïm pour la France. H-C Dupont nomme Pierre De Beauvais Grand Maître Général de Memphis-Misraïm, mais, comme celui-ci trop autoritaire, est mal perçu, il doit vite reprendre la Grande Maîtrise Générale par la suite. Peu avant sa mort, Henri-Charles Dupont remet le 13 août 1960 à Robert Ambelain une patente de Grand Administrateur du Rite et de successeur... Ce dernier a reçu de 1941 à 1945 tous les Hauts Degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, en plus de ceux du Rite de Memphis-Misraïm, il détient également la transmission du Suprême Conseil du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite dit Cerneau) conférée au Grand Maître Jean Bricaud, en 1920, par le Suprême Conseil des Etats-Unis.

Robert Ambelain, une fois devenu Grand Maître, va tenter de rassembler, dans une même Obédience mondiale, les Ordres se réclamant du Rite de Memphis-Misraïm. Il parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Grandes Obédiences Françaises. Il ne réussit pas néanmoins à unifier certains groupuscules de Memphis séparés, ni les Rites de Memphis-Misraïm d'Italie issus d'une filiation différente… Sous la Grande Maîtrise de Robert Ambelain, il est décidé que le siège de la Grand Maîtrise générale sera obligatoirement Paris et que le Grand Maître devra autant que possible être francophone… En outre, en 1963, les 33 premiers degrés de Memphis-Misraïm sont revus pour les conformer au « Rite Ecossais Ancien Accepté » et faciliter ainsi les contacts avec les autres Obédiences.

Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, Robert Ambelain transmet sa charge de Grand Maître ad-vitam du Rite à Gérard Kloppel, alors Grand Maître Général adjoint depuis 2 ans et responsable de la pyramide jusqu'au 32ème degré. Quelques mois plus tard, en juillet, il lui transmettra également les degrés du Rite Ecossais Primitif...en 1987, Gérard Kloppel fonde le premier Souverain Sanctuaire féminin, mais ce Souverain Sanctuaire prend son indépendance en 1990 ; une nouvelle fédération féminine, devenue par la suite Grande Loge sera recréée en 1993. Depuis 1997 est mise en place la structure mixte...

En conclusion...

Le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite de Tradition, c'est-à-dire qu'il suppose que le Rituel a une opérativité réelle pour retrouver cette Parole Perdue, qui n'est d'aucun siècle mais qui les traverse tous. Résolument spiritualiste et symbolique, il estime en outre que les Arts traditionnels, Alchimie, Kabbale, Théurgie, Gnose., sont essentiels pour quiconque veut travailler à son propre perfectionnement et à celui de la Nature et de l'Humanité toute entière...

En outre, le Rite de Memphis-Misraïm s'est toujours attaché à défendre ces valeurs fondamentales que sont : la Liberté, l'Egalité et la Fraternité... Le courage n'a jamais manqué à ces « Maçons de la Terre de Memphis », lorsqu'il s'est agi de protéger l'opprimé contre le puissant…il lui en a coûté, on l'a vu, beaucoup de martyrs… Mais c'est le prix de l'intransigeance morale.

Ce Rite a rayonné à chaque période de bouleversements sociaux ou politiques, lorsqu'il a fallu que des âmes fortes témoignent de leur attachement à l'humanisme et à la solidarité, tandis que s'étendait partout la plus sombre obscurité.

Ainsi, fidèle à ses principes et à son identité historique le Rite demeure soucieux du monde à la fois spiritualiste, traditionnel et social : il a toujours contemplé avec le même attachement et le même Amour de la Voûte étoilée et ses Frères humains, fidèle à l'éternelle parole d'Hermès Trismégiste :
« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

Car c'est là, à la croisée des Chemins, entre la contemplation des Cieux et l'engagement pour la Fraternité, les pieds ancrés dans la terre à la recherche de son être divin que se révèle et s'épanouit la Lumière du Rite de Memphis-Misraïm dans le cœur du maçon...

Source : http://www.ledifice.net

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Le Rite de Misraïm

9 Avril 2012 Publié dans #Planches

INTRODUCTION

De même que l'on attribue à l'Ordre Maçonnique en général des origines légendaires, le Rite de Misraïm n'échappe pas à cette règle. Il tient en plus dans la grande famille maçonnique une place particulière due en grande partie à une échelle d'instruction qui comporte 90 Degrés.
Marc BEDARRIDE, l'un des trois frères propagandistes du Rite en France, va même jusqu'à dire dans son ouvrage -l'Ordre Maçonnique de Misraïm- publié en 1848, que, la Maçonnerie est aussi ancienne que le monde. Ce qui, néanmoins, en réfléchissant bien à notre engagement, est intrinsèquement loin d'être absurde. Pour cela, il s'en réfère à l'Ancien Testament. Selon lui, c'est Adam lui-même qui aurait créé avec ses enfants la Première Loge de l'humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l'établit en Egypte, sous le nom de Mitzraïm, c'est-à-dire des Egyptiens (je reviendrai un peu plus loin sur l'étymologie de Misraïm). C'est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l'ésotérisme.

Et toujours selon Marc BEDARRIDE, et ses frères, le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue est leur propre père, Gad BEDARRIDE, maçon initié en 1771 à Avignon, qui aurait reçu en 1782 la visite d'un mystérieux Initiateur égyptien à Cavaillon et dont on ne connaît que le nom mystique : « Le Sage ANANIAH ». Cet envoyé l'ouvrit à la Maçonnerie Egyptienne et lui conféra toute une série de « hauts grades ». Signalons que ceci n'est pas la première allusion historique au passage d'un Supérieur Inconnu de la Maçonnerie Egyptienne. Le Frère VERNHES dans son plaidoyer pour le Rite de Misraïm, paru en 1822, signalait déjà le passage du missionnaire ANANIAH dans le midi de la France en 1782. Soulignons que si la version « BEDARRIDE » en ce qui concerne les origines de la Maçonnerie Egyptienne est pure fantaisie, l'Egypte est, dans l'histoire des traditions ésotériques, un courant original, totalement distinct du courant judaïque comme du courant judéo-chrétien et l'on comprend que chaque auteur maçonnique essaie de se rattacher à une source aussi antique que possible. Il faut se souvenir que l'Egypte est connue depuis l'époque des Croisades et que l'intérêt pour la tradition égyptienne et ses « Mystères » ne s'est pratiquement depuis jamais démenti. L'Académie platonicienne de Florence, traitant doctement de l'Egypte et des Egyptiens fut fondée en 1450. Traduit pour la première fois du grec en latin en 1471 par Marsile Ficin, le Corpus Herméticum, ensemble de textes attribués à Hermès, et dont le plus célèbre est connu sous le titre de la «Table d'Emeraude », prétend révéler l'antique sagesse égyptienne. Ces textes assurèrent la floraison des sciences dites depuis hermétiques (d'Hermès), telles que : la Magie, l'Alchimie et l'Astrologie.

Puis on s'intéressa de plus en plus aux hiéroglyphes. Il est maintenant trop souvent oublié que dès 1650, l'abbé Athanase KIRCHER proposa une explication des inscriptions trouvées sur les principaux obélisques rapportés d'Egypte. Son grand travail est regroupé dans les 4 volumes d'Oedipus Aegyptiacus. Mais ses traductions vont par la suite se révéler inexactes. Mais tout cela relève de l'époque Egypto-grecque, à peine antérieure à notre Ere et il faut attendre BONAPARTE, la campagne d'Egypte et donc la découverte de la pierre de Rosette qui permit à CHAMPOLLION les Travaux que l'on sait.(A tout hasard, permettez-moi de rappeler que la pierre de Rosette, du nom du lieu ou elle fut trouvée par le capitaine Bouchard, comporte un décret écrit en trois langues : en hiéroglyphes, en égyptien démotique, c'est-à-dire en écriture cursive et en grec. C'est en rapprochant ces trois textes que Champollion, linguiste et expert es-langues orientales (plus communément appelées de nos jours langues mortes), déchiffre et traduit le sens des hiéroglyphes, ouvrant de la sorte l'étude scientifique de l'Egypte dite pharaonique.)
Par ailleurs, l'Antiquité, il faut le dire est très liée à la Franc-Maçonnerie spéculative du XVIIIème siècle, et c'en est une des composantes du discours maçonnique (au même titre que la Chevalerie ou le plaisir de l'Amitié). Point je crois, n'est besoin de vous rappeler, entr'autres et surtout, « La Flûte Enchantée » de notre Frère MOZART, Opéra évoquant les Anciens Mystères Initiatiques Egyptiens.

A la fin de ce siècle donc, on voit apparaître une nouvelle science des religions avec des auteurs tels que COURT de GIBELIN, CHARLES-FRANCOIS DUPUIS ou ALEXANDRE LENOIR qui à travers de vastes encyclopédies démontrent que l'origine de toutes les religions se trouve en Egypte. Ces ouvrages, écrits par des Maçons, eurent un très grand succès à l'époque.
Cette mode égyptienne se trouva exacerbée à la Révolution quand il y eut plusieurs tentatives pour créer une nouvelle religion « laïque » universelle en se basant sur les mythes égyptiens. Elle fut ensuite couronnée par la campagne d'Egypte de BONAPARTE. Campagne qui rétablit un lien charnel direct avec la terre égyptienne. Mais la campagne d'Egypte eut une autre conséquence. L'enthousiasme, cette fois général, pour l'Egypte amena de nombreuses Loges Maçonniques du continent à modifier le cadre mondain dans lequel les Maçons anglais organisaient rituels et travaux de table. La Maçonnerie introduite par les britanniques qui se réunissaient non dans des Temples mais dans des restaurants se bornait à réciter les Rituels par cour en les ouvrant et les fermant par des cantiques. D'importants Travaux de bouche suivaient.

La campagne d'Egypte favorisa un mouvement déjà présent sur le continent dont l'ambition était la pratique de Rites efficaces, par des Initiés assemblés dans un local rappelant les Temples antiques. L'Initié commença a y être considéré comme une pierre vivante dont la taille s'effectuait au fil des Travaux dans une ambiance d'étude et d'affection mutuelle. Sur un plan Maçonnique, en cette fin de XVIIIème siècle, existent en France certains petits Rites Egyptiens aujourd'hui disparus.
Citons :
Le Rite des Architectes Africains crée en Allemagne et qui eu une ramification à Bordeaux ;
Le Rite Egyptien de CAGLIOSTRO ;
Le Rite Sacré des Sophisiens ;
Les Parfaits Initiés d'Egypte ;
La Souveraine Pyramide des Amis du Désert de Toulouse.

De véritables fables maçonniques couraient sur l'Egypte. Ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable.
Déjà au XVIIème siècle, circulait un traité secret d'Initiation Egyptienne qui contenait des allusions transparentes au Grand'Oeuvre. Ce même traité vers 1760 fut connu dans les milieux maçonniques allemands sous le nom de CRATA REPOA où il était considéré comme une véritable initiation égyptienne. Traduit et publié en France en 1821, par le F\ Antoine BAILLEUL, ce traité décrit cette Initiation antique donnée dans la Grande Pyramide. Elle est fidèlement reproduite par une réception symbolique à 7 degrés successifs, et l'on peut au gré de sa lecture retrouver tout un cheminement assez familier. Néanmoins, cette mode des « Initiations à l'Egyptienne » qui avait d'ailleurs conquis Paris, devait provoquer l'inquiétude, puis ultérieurement la réaction sévère des autorités maçonniques de l'époque. Autorités maçonniques cantonnées au Grand Orient. Ce qui en partie explique l'ostracisme dont fut au cours de la première moitié XIXème siècle victime notre Rite de Misraïm, auquel j'arrive maintenant.

GENÈSE DU RIT

Après cette brève introduction, venons-en à l'histoire de ce Rit de Misraïm qui passe bien souvent pour un Rit hybride et mystérieux, qui a été discrédité maintes fois dans le passé et qui pourtant a respecté et respecte toujours par dessus tout les principes traditionnels de la Franc-Maçonnerie et qui a toujours maintenu sa spécificité.

Maintenant que nous venons de quitter le XVIIIème siècle, portons-nous naturellement au début du XIXème, ce qui ne nous ramène que deux cents ans en arrière par rapport à aujourd'hui, interrogeons des contemporains et demandons leur ce qu'ils savent du Rit de Misraïm au moment ou celui-ci est en passe de « territorialiser » la France. Je dis bien territorialiser et vous verrez un peu plus loin que qu'en raison de son implantation de l'époque le terme n'est pas trop fort.

LEVESQUE, qui rédigea en 1821, un « Aperçu Général Historique » des courants maçonniques de son temps parle en ces termes :
« Il y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite de Misraïm est venu s'établir à Paris. Il venait d'Italie et jouissait de quelque considération dans les Iles Ioniennes et sur les bords du Golfe Adriatique. Il a pris naissance en Egypte ». Voyons ce qu'en dit le Frère THORY qui dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » et notamment dans sa « Nomenclature des Principaux Rites » précise : « Cette Institution (Misraïm) qui ne date en France que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les Iles Ioniennes. Il existe plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans les Pouilles ».Laissons maintenant la parole à l'historien maçonnique CLAVEL (par ailleurs membre, comme l'était son père, de Misraïm) qui écrit dans son « Histoire Pittoresque de la Maçonnerie », parue en 1843, ce qui, en l'état de mes connaissances, me parait être une des « sources sures » de notre Rite : « Les degrés d'instruction de Misraïm étaient empruntés de l'Ecossisme, du Martinisme, de la Maçonnerie Hermétique et des différentes réformes autrefois en vigueur en Allemagne et en France, et dont les cahiers ne se trouvaient plus que dans les archives de quelques curieux. C'est en 1805 que plusieurs Frères, n'ayant pu être admis dans la composition du Suprême Conseil Ecossais qui s'était fondé en cette année à Milan, imaginèrent le Régime misraïmite. Un Frère LECHANGEUR fut chargé d'en recueillir les éléments, de les classer, de les coordonner et de rédiger un projet de Statuts Généraux. Au début, les postulants ne pouvaient arriver qu'au 87ème Degré. Les trois autres Degrés qui complétaient le système, étaient réservés à des Supérieurs Inconnus et les noms même de ces Degrés étaient cachés aux Frères des Degrés inférieurs. C'est avec cette organisation que le Rite de Misraïm se répandit dans le Royaume d'Italie et le Royaume de Naples. Il fut adopté notamment par un Chapitre de Rose+Croix appelé « La Concorde » qui avait son siège dans les Abbruzes. Au bas d'un diplôme délivré en 1811 par ce Chapitre au Frère B. CLAVEL (il semble qu'il s'agisse du père de l'auteur), commissaire des guerres, figure la signature d'un des chefs actuels du Rite, le Frère Marc BEDARRIDE qui n'avait alors que le 77ème Degré.
Les Frères JOLY et BEDARRIDE apportèrent en France le Misraïmisme en l'année 1814. Il fut propagé postérieurement en Belgique, en Irlande et en Suisse. »

J'ai tiré cet extrait d'une conférence donnée en 1986 par Gérard GALTIER sur les origines du Rite de Misraïm à la R\ L\ de Recherche CONSTANT CHEVILLON de l'Ordre de Memphis Misraïm. Depuis le Frère GALTIER a reçu l'Initiation et a publié en 1989 « Maçonnerie Egyptienne, Rose-Croix et Néo-Chevalerie », ouvrage dont une partie fait aujourd'hui référence pour la connaissance des Rites de Misraïm et de Memphis. Une autre source, fait revenir un peu en arrière de cet exposé. En effet, lorsque je disais en introduction que la version de Marc BEDARRIDE, faisant remonter l'origine de la Maçonnerie et du Rit à ADAM, paraissait fantaisiste, voire farfelue, c'était le cas jusqu'à la filiation de Gad BEDARRIDE, son père. Il semble que celui-ci ait bien été un des précurseurs du Rit. Déjà Maçon de haute recherche il fut initié aux Secrets Egyptiens par le Savant Patriarche ANANIAH, Grand Conservateur Egyptien et grand voyageur lors de son passage à Cavaillon en 1782. Il transmit à ses trois «louveteaux », ses fils Marc, Michel, et Joseph, avec une partie de ses connaissances, le goût de la recherche ésotérique.

Les BEDARRIDE étaient de religion juive. Hors à l'époque, avant la Révolution, et avant qu'elle ne soit rattachée à la France, Cavaillon était l'une des quatre villes du Comtat Venaissin ou les Juifs avaient droit de résidence.
Les études de Kabbale étaient donc à l'honneur dans les communautés juives du Comtat et les Rites Maçonniques Hermétistes y étaient florissants, notamment le Rite des Elus Cohen de MARTINEZ de PASQUALLY, auquel me semble avoir été initié Gad BEDARRIDE ? le Rite des Illuminés de PERNETY ? et le Rite Ecossais Philosophique.

Une troisième source, fait apparaître le Rit pour la première fois à Venise en 1788, ou un groupe de Maçons Sociniens (secte protestante, antitrinitaire) demanda une patente de constitution à CAGLIOSTRO, lors de son séjour dans cette cité (On peut donc aisément supposer que le Frère TASSONI, dont je vais parler ensuite, fut le dépositaire de cette Loge Esotérique vénitienne).
Toutefois, les Membres de ce groupe ne voulant pas pratiquer la rituélie magico-cabalistique de CAGLIOSTRO, choisirent de travailler aux premiers Degrés du Rite Templier. CAGLIOSTRO, leur donna donc seulement la Lumière maçonnique. Il tenait les trois premiers Degrés de la Maçonnerie anglaise, et les Degrés supérieurs de la Maçonnerie allemande, très marquée de la tradition templière. Il est souvent dit que le nom de Misraîm est le pluriel d’égyptien. C'est plutôt celui d'Egypte, dans le sens des deux pays, des deux royaumes, symbolisé sur la coiffure de pharaon par le cobra, l'uraeus, pour le Nord royaume rouge de Bouto, et par le vautour pour le Sud royaume blanc d'El Kab).

A l'époque le nom de Misraïm est la seule référence égyptienne de ce Rit, hormis dans les « hauts grades » (comme était l'appellation de l'époque, toute empreinte de militarisme et comme malheureusement certains nomment encore de nos jours, avec une certaine emphase, ce qui est tout simplement pour ceux qui en ont le désir, le cheminement vers les Degrés de perfectionnement. Tout du moins est-ce ainsi que je le perçois). Il essaima rapidement à Milan, Gênes, Naples, et apparut en France avec un des frères BEDARRIDE (Marc ou Michel ?), qui avait reçu les pouvoirs magistraux en 1810, soit à Naples, du Frère De LASSALLE ou soit à Milan du Frère CERBES (mes lectures et recherches actuelles ne me permettent pas de pencher pour l'un ou pour l'autre).

Arguant de ces trois sources, l'on peut recréer avec assez de certitude et nominativement la naissance du Rit :
Tout d'abord le Frère TASSONI, (italien) qui aurait entretenu à Venise un petit Rit de Misraïm constitué depuis 1750 et structuré en 10 ou 20 Degrés.
Puis le Frère LECHANGEUR, (français résidant en Italie) initiateur du Rit de Misraïm en 70 Degrés avec l'apport, entr'autres, de Degrés du « Style Ecossais », et ami de TASSONI.
Ensuite De LASALLE, (français) Grand Maître de Misraïm pour le Royaume de Naples. Membre de vieux Rits Napolitains et apportant au Rit des Degrés Napolitains, y compris est-il évoqué par le Frère GALTIER, les « Arcana Arcanorum » du 87ème au 90ème Degré.
Enfin CERBES, (français) Grand Maître de Misraïm pour Milan (capitale alors de l'Etat Cisalpin), détenant ses pouvoirs du Frère LECHANGEUR. C'est lui qui aurait donné Patente à Michel BEDARRIDE, ce qui permit ensuite la constitution de la Grande Loge de Misraïm en France.

Comme on le voit, l'origine du Rit est indubitablement latine. Ecoutons notre Frère GALTIER dans son explication sur la genèse de Misraïm. Il faut réaliser qu'il y a en Italie toute une tradition hermétiste assez ancienne et cela reste ignoré en France. C'est une tradition que l'on peut appeler néo-platonicienne et pythagoricienne. L'Italie n'est pas très éloignée de la Grèce (et eu même des Colonies grecques très importantes) et cette tradition ancienne s'est largement mêlée au XVIIIème siècle à la Franc Maçonnerie italienne.

D'autre part il y eu dès cette époque des Loges d'Esprit Libéral et des Loges d'Esprit Esotérique. Or en Italie, les Loges d'Esprit Esotérique existèrent essentiellement à Venise et à Naples, qui sont on l'a vu deux villes importantes pour le Rit de Misraïm.
Ce qui est intéressant de voir, c'est que ces Loges Vénitiennes et Napolitaines s'affilièrent à tous les grands systèmes occultistes et templiers de l’époque, que ce soit la Stricte Observance Templière ou le Rite Ecossais Rectifié de Lyon, le Rite de la Loge Mère Ecossaise de Marseille ou le Rite Ecossais Philosophique d'Avignon.
Ce qui fait qu'à la veille de la Révolution française, ces quelques Loges étaient devenues le dépôt de toute une série de systèmes de Degrés.
On le voit donc, le Rit de Misraïm est en partie issu de la synthèse de ces systèmes qui s'était opérée dans ces Loges de Venise et de Naples.

Sur un plan historico-géographique, je rappelle rapidement que nous sommes en fin XVIIIème/début XIXème et que l'Italie est constituée d'Etats indépendants et que son unité n'interviendra que près d'un siècle plus tard. La spécificité donc à l'époque, et strictement conservée depuis, du Rite de Misraïm, avant que de se dire égyptien, réside dans ses 90 Degrés, divisés en dix sept Classes et quatre Séries.
1er au 33ème Degré -1ère à 6ème Classe, 1ère Série symboliste
34ème à 66ème Degré -7ème à 10ème Classe, 2ème Série philosophique
67ème à 77ème Degré -11ème à 14ème Classe, 3ème Série mystique
78ème au 90ème Degré -15ème à 17ème Classe, 4ème Série ésotérique ou hermétique (et notamment du 87ème au 90ème les Arcana Arcanorum du Régime de Naples).

Voyons maintenant le développement du Rit en France au XIXème siècle.

MISRAIM en FRANCE au XIXème siècle.

Les dates d'apparition, puis d'implantation du Rit en France divergent légèrement d'un auteur à l'autre.
Ce qui est certain, c'est que dès 1803 Michel ; Marc et Joseph BEDARRIDE créent plusieurs ateliers symboliques et en particulier le Conseil des Chevaliers Grands Kadosch (65° Degré). Dois-je en déduire que leur élévation ne leur permettait pas alors d'aller au-dessus ? Puis de 1810 à 1813, les trois frères BEDARRIDE, développent le Rite avec succès, et quasiment sous la protection du Rite Ecossais. En effet, il compte des noms maçonniques illustres à sa tête : le compte MURAIRE, Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien Accepté, le duc DECAZES, le duc de SAXE-WEIMAR, le duc de LECEISTER, le Lieutenant Général baron TESTE, etc...

En 1813, nous trouvons la G\ L\ de l'Arc en Ciel, Orient de Paris, professer le Rite de Misraïm. Son Gd\ M\ est l'Ill\ F\HAYERE. Le nombre des Ateliers est de 3 (Buisson Ardent et Pyramides).

Je rappelle que toujours de nos jours trois LL\ peuvent créer une G\ L\. Et le 12 février 1814, le comte MURAIRE et un certain nombre de GG\ Dignitaires tous 33° Degré du R\E\A\A\ pour la France, se réunirent chez Marc BEDARRIDE, logé alors à l'Hôtel des Indes, rue du Mail, pour créer le Suprême Grand Conseil Général du 90° Degré du Rit de Misraïm. Mais ce n'est que le 9 avril 1815 qu'il fut décidé officiellement qu'à dater de ce jour, le Suprême Grand Conseil Général des Sages, Grands Maîtres ad-vitam, 90° Degré est établi et constitué à la Vallée de Paris pour régir l'Ordre Maçonnique de Misraïm en France.

Laissant libre cours à mon imagination vagabonde, je me met à penser que le Rit arrive en France sous le Consulat, s'implante sous l'Empire et se constitue sous les Cent jours. Comme nous allons le voir : pas très royaliste tout çà ! Rapidement le Rite connaît un grand succès, et en 1822 il groupe des Loges et Conseils dans 24 villes françaises, 22 à Paris dont notre R\ L\ Mère Arc en Ciel, 6 à Lyon, 6 à Metz, 5 à Toulouse, 3 à Bordeaux,1 à Lille, St-Omer, Marseille, Rouen, Strasbourg, Clermond-Ferrand, Nancy, Besançon, Montpellier, Carcassonne, Montauban, Moissac, Roanne, Tarare, Nantes, Sedan, Nîmes, ainsi qu'en Angleterre, Suisse et Belgique. J'ai concernant Lille un compte-rendu des Travaux (extrait du Livre d'Or de Misraïm) en date du 29ème jour du 2ème mois 5826, correspondant au 29 avril 1822 disant que : « Le Représentant de la R\L\, sous le titre distinctif d'Osiris, Vallée de Lille a réclamé de la Puissance Souveraine pour qu'elle soit portée régulièrement sur le Grand Livre d'Or. La proposition a été unanimement adoptée. »
Ceci expliquant cela, voilà pourquoi j'ai voulu que lors de notre installation en Loge Juste et Parfaite, soit accolé à notre nom de Kemet celui d'Osiris, formant de la sorte un pont avec nos Frères de cette époque. J'en profite au passage pour vous donner la signification de Kemet.

En opposition à « Desret » qui a donné naissance à désert, terres rouges arides, Kemet, ou Kemit s'agit des terres noires alluvionnaires déposées lors des crues du Nil. Et comme ces crues irriguaient le delta, il ne m'a fallu franchir qu'un pas pour traduire Kemet en « terre fertile du Nord ». Ce qui me paraissait être de bon augure en souhaitant notre réimplantation septentrionale.

Revenons au sujet.
Quant à la composition de ces Loges et Conseils le recrutement en est assez composite. On y trouve on l'a vu de hautes personnalités, généralement dignitaires du Rite Ecossais, puis des amateurs de doctrines ésotériques ou de « hauts-grades » attirés par la « hiérarchie » des 90 Degrés et par l'origine supposée égyptienne du Rit et enfin des Bonapartistes et des Républicains parfois Carbonari, à la recherche d'une couverture.

On s'en doute cela ne plaît pas beaucoup au Grand Orient de France qui tient à contrôler l'ensemble de la Maçonnerie française, qui est hostile au système des « hauts grades » et à la recherche ésotérique et qui ne tient pas à ce que le gouvernement de LOUIS XVIII interdise la Maçonnerie en tant que mouvement politique adversaire de la Monarchie. Aussi, dès le début, le Grand Orient manifeste une très forte opposition au Rit de Misraïm. Dès 1817, le Maréchal de BURNONVILLE, Grand Maître du Grand Orient fait interdire tout contact de ses Membres,
sous peine d'exclusion, avec ceux de Misraïm.

Par ailleurs, et ce qui est tout à fait tristement banal de nos jours, des dissensions éclatent au sein du Rit (le Frère JOLY initié à Misraïm en Italie, revendiquant la Grande Maîtrise du Rit en France, il fut d'ailleurs soutenu par Jean-Marie RAGON). Egalement certains Frères reprochant aux BADARRIDE d'utiliser Misraïm comme étant leur propriété personnelle. Mais les ennuis principaux viennent surtout du Gouvernement.
C'est en effet l'époque ou les Carbonari se développent dans toute l'Europe Méridionale et en France.

Je vous rappelle en deux mots ce qu'était le mouvement des Charbonniers. Il s'agissait d'une société politique secrète, formée en Italie (comme c'est étrange !), qui avait pour but le triomphe des idées libérales. Dans cette société se retrouvaient de nombreux étudiants et membres de professions libérales, formant l'élément le plus actif au niveau de l'organisation et de la propagande. La Charbonnerie, voulait renverser la monarchie, appeler une assemblée constituante, obtenir des garanties de liberté et des élections libres, exiger le vote annuel des contributions, l'indépendance de la justice, et bien sûr, instituer la liberté de la presse et des cultes.

Après des dénonciations, et le rapport Duplay (Simon Duplay était fonctionnaire de police, et je n'ai pas cherché quel était son niveau dans la hiérarchie) classant le Rit parmi les sociétés secrètes constitutives de la Charbonnerie, l'on accuse Misraïm d'être l'une des principales couvertures utilisées par les Carbonari, et, en 1823 à peu près au moment du complot des 4 Sergents de la Rochelle et de leur condamnation, l'Ordre est interdit en France. Le fait qu'il est clairement supposé que chacun des Frères Bedarride ait été Carbonaro, explique la remarque de Pierre Mariel, à savoir que : « L'extravagance des origines du Rit, fait de Misraïm la plus troublante énigme de la Maçonnerie française car, comme le suggère Gaston Martin. » Il est permis de se demander si ce tissu d'absurdités n'était pas une plaisanterie destinée à masquer un but fort différent. En fait le Rit de Misraïm se recrutait parmi les Maçons les plus en vue...il semble que nous soyons en présence d'une Maçonnerie à fins secrètes et sans doute politique (certainement bonapartiste). Je me plais à croire que rien de cela ne va à l'encontre de cette éthique maçonnique qui m'est si chère, surtout dans le contexte bouillonnant de l'époque.
Donc, violemment anticlérical, mais cependant foncièrement déiste et spiritualiste, antiroyaliste et plutôt bonapartiste, la police de la Restauration n’a pas grand mal a obtenir la dissolution du Rit. Clandestin pendant une quinzaine d'années, il est restauré en 1838. Cette année voit la création par Jacques Etienne MARCONIS de NEGRE du Rite de Memphis.

En avançant sur la pointe des pieds, mes lectures et documents m'autorisent à penser qu'il s'agit d'une scission d'avec Misraïm, MARCONIS de NEGRE ayant été deux fois membre de Misraïm. Une première fois à Paris en 1833 et une seconde fois en tant que Vénérable de la Loge « la Bienveillance » à Lyon de 1835 à 1838. Selon notre défunt Frère Albert COOLS, son père Gabriel Mathieu ayant été lui-même Grand Hiérophante de Misraïm en 1816 et par ailleurs fondateur de la Loge des « Disciples de Memphis » de Montauban. Après la mort de Marc BEDARRIDE en 1846 et de Michel BEDARRIDE en 1856, leur succéda le Frère HAYERE qui communiqua un nouvel essor au Rite de Misraïm et sut lui rendre un caractère nettement initiatique. Caractère initiatique que le Rite n'avait pas ou peu. En effet, lors des Travaux consignés dans le Grand Livre d'Or dont j'ai fait mention ci avant, il est souvent fait rappel aux Frères élevés ou reçus à un Degré supérieur d'avoir à s'affilier à une Loge du Rite. En 1862, le Maréchal MAGNAN, Grand Maître du Grand Orient de France, d'accord avec son Conseil de l'Ordre, adresse à toutes les Obédiences, une circulaire en vue de l'unité Maçonnique en France. Le Frère HAYERE, Supérieur Grand Conservateur et Grand Maître du Rite de Misraïm qui a reçu la demande d'union, lui répond : « Le Rite de Misraïm tient trop à son indépendance, pour reconnaître vos pouvoirs et subir votre domination. Si l'Empereur croit devoir nous supprimer, qu'il le fasse, mais nous ne nous soumettrons jamais. »

Bien sur cette parfaite et fière réponse ne facilita pas les rapports avec le Grand Orient, et dans l'art de s'en faire un ami, on peut faire mieux ! (Il est à noter que Memphis souscrivit à la demande, et que depuis cette époque les liens se sont maintenus entre les deux Ordres, même si c'est Memphis Misraïm qui l'a repris à son compte).
Ces temps-ci, selon certains propos dont je ne suis pas très sûr, les rapports ne seraient plus tout à fait les mêmes, le Grand Orient s'étant inquiété de l'orientation prise par Memphis-Misraïm (éclaté en trois courants (Gérard KLOPPEL, Georges VIEILLEDENT et Marcel LAPERRUQUE), alors que notre Rite serait « toléré ». (C'est beau la tolérance maçonnique !). Quelle chance nous avons !

Après la mort du Frère HAYERE en 1876, lui succéda le Frère GIRAULT jusqu'en 1884, puis le Frère OSSELIN père. Ce dernier très lié avec le Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien et Accepté Louis PROAL, su faire reconnaître, pratiquement pour la première fois, sur un pied d'égalité le Rite de Misraïm. Et le 04 août 1889 lorsque le Rite célèbre sa fête d'Ordre, c'est en présence des Frères PROAL et OPPORTUN (le bien nommé), membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient. En cette même année, le Rite compte 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. Ceci sous la juridiction française, sans compter la juridiction italienne qui était indépendante à cette époque. Mais en 1890, un nouveau conflit éclate entre une minorité de Spiritualistes et une majorité de Laïcisants qui conduits par le Grand Secrétaire Henri CHAILLOUX se rallièrent au Grand Orient. Le Frère CHAILLOUX avait en effet annoncé dans un discours : « Si on peut lire dans notre déclaration de principe, imprimée en 1885 : Base fondamentale et immuable, l'existence de l'être suprême, l'immortalité de l'âme et l'amour du prochain; aujourd'hui on peut lire dans notre Constitution réformée : Autonomie de la personne humaine, justice et altruisme ».

Une telle prise de position à l'encontre totale des Statuts et des Principes du Rite en excluait ipso-facto son auteur. Néanmoins le rite de Misraïm perdura dirigé par le Grand Président Osselin et avec une seule Loge, Arc en Ciel (Loge Mère du Rite) et ce jusqu'en début de ce siècle. En étaient membres des ésotéristes de haute valeur, et c'est sous son patronage à cette époque que parut la « Bibliothèque Rosicrucienne » qui rééditait un certain nombre de grands classiques de l'occulte.

C'est aussi à cette époque que certains Martinistes en furent membres. En particulier SEDIR et Marc HAVEN. PAPUS (Dr Gérard ENCAUSSE) y sollicita par deux fois son admission en 1896 et en 1897. Admission qui lui fut chaque fois refusée. Ses convictions martinistes (de Louis-Claude de SAINT-MARTIN le Philosophe Inconnu) venant en opposition de celles martinésistes (de MARTINES DE PASQUALY) du Vénérable Abel HAATAN. SEDIR, Marc HAVEN et quelques autres Martinistes quittèrent alors le Rite et allèrent rejoindre Memphis-Misraïm (dont PAPUS devint Grand Maître en 1908).

MISRAIM en FRANCE au XXème siècle

Quelques mots sur la création de Memphis Misraïm vous serviront à mieux comprendre l'existence actuelle de Misraïm. En 1881 il y avait eu une alliance entre les Souverains Sanctuaires de Memphis des Etats-Unis, de Grande Bretagne et de Roumanie et le Souverain Sanctuaire de Misraïm de Naples dirigé par Jean-Baptiste PESSINA. C'est le Général Joseph GARIBALDI qui fut nommé Grand Hiérophante de l'ensemble. Ce qui dura peu, car il mourut en 1882. C'est de cette union que datent d'abord la réunion de Memphis et de Misraïm, puis la création du Rite de Memphis-Misraïm. Or la branche française du Rite de Misraïm ne participa pas à cette opération et conserva son indépendance. Le fait que Misraïm se soit mis en sommeil dès le début de notre siècle fit tomber cela dans l'oubli et l'on prit l'habitude de considérer que seul existait Memphis-Misraïm. Notre réveil actuel est dû à feu notre T\ Ill\ F\ Robert AMBELAIN Grand Conservateur des Rites Unis de Misraïm et de Memphis et dont il a transmis Patentes en 1994 à Jean-Marc FONT, actuel Sérénissime Grand Maître Général et Passé Maître Immédiat de la Loge Arc en Ciel de Paris. Il est toutefois à noter qu'il exista entre 1973 et 1978 une Loge « Les Sergents de la Rochelle » travaillant au Rite de Misraïm au sein de l'Obédience de Memphis-Misraïm, et dont le premier Président fut Robert AMBELAIN.

Misraïm continuant à cultiver le paradoxe, nous sommes fiers d'être à la fois Membres d'un des Rits les plus anciens et à ce titre porteurs d'un vieil et riche héritage et de l'Obédience sans doute la plus jeune. Le Présent ne peut envisager l'Avenir sans les enseignements du Passé. C'est ce Passé qui nous intéresse afin d'éviter que notre Avenir puisse cesser de n'en être que la répétition des erreurs. Notre Rite, issu de notre Rit, doit poursuivre sa volonté Initiatique et tous, Membres de cette noble Institution, nous devons nous engageons à respecter le credo de cette Maçonnerie belle et simple faite de Fraternelle Tolérance non sélective et de Compréhensive et Studieuse Recherche. Toutefois toute la spécificité de Misraïm, outre l'égyptianisation dont nos rituels des trois premiers Degrés sont empreints de nos jours, existe toujours par ses « Hauts Grades » succédant aux Degrés de Perfection du 4° au 33°, mais point ne sont l'Heure et l'Age d'en parler ici.

Comme disait notre Frère Rudyard Kipling « Ceci est une autre histoire ». Si vous le voulez bien, je vais maintenant vous parler quelques instants des spécificités propres à notre Rituel. Toutefois je serai très bref car ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire : Un Rituel ne se raconte pas; il se vit. Donc pour nos FF\ non « Misraïmites » : bien venue ultérieurement sur nos CCol\.

J'ai dit

J\L\ R\

Source : http://www.ledifice.net/

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